Rousseau

Abstract

Rousseau’s last work, ten meditative ‘walks’ written in complete solitude after feeling banished from humankind: it revisits the persecutions he suffered, defends his own innocence, and seeks, in the contemplation of nature and the pure feeling of existence, a peace that other men had taken from him.

Connections

Assi: Natura umana
Posizioni: bontà naturale
Concetti: amor proprio, natura
Forme: saggio
Scuole: illuminismo

Testo originale francese · Arvensa Editions · pubblico dominio

Me voici donc seul sur la terre, n’ayant plus de frère, de prochain, d’ami, de société que moi-même. Le plus sociable et le plus aimant des humains en a été proscrit par un accord unanime. Ils ont cherché dans les raffinements de leur haine quel tourment pouvait être le plus cruel à mon âme sensible, et ils ont brisé violemment tous les liens qui m’attachaient à eux. J’aurais aimé les hommes en dépit d’eux-mêmes. Ils n’ont pu qu’en cessant de l’être se dérober à mon affection. Les voilà donc étrangers, inconnus, nuls enfin pour moi puisqu’ils l’ont voulu. Mais moi, détaché d’eux et de tout, que suis-je moi-même ? Voilà ce qui me reste à chercher. Malheureusement cette recherche doit être précédée d’un coup-d’oeil sur ma position. C’est une idée par laquelle il faut nécessairement que je passe, pour arriver d’eux à moi.

Depuis quinze ans et plus que je suis dans cette étrange position, elle me paraît encore un rêve. Je m’imagine toujours qu’une indigestion me tourmente, que je dors d’un mauvais sommeil et que je vais me réveiller bien soulagé de ma peine en me retrouvant avec mes amis. Oui, sans doute, il faut que j’aie fait sans que je m’en aperçusse un saut de la veille au sommeil, ou plutôt de la vie à la mort. Tiré je ne sais comment de l’ordre des choses, je me suis vu précipité dans un chaos incompréhensible où je n’aperçois rien du tout ; et plus je pense à ma situation présente et moins je puis comprendre où je suis.

Eh ! Comment aurais-je pu prévoir le destin qui m’attendait ? Comment le puis-je concevoir encore aujourd’hui que j’y suis livré ? Pouvais-je dans mon bon sens supposer qu’un jour, moi le même homme que j’étais, le même que je suis encore, je passerais, je serais tenu sans le moindre doute pour un monstre, un empoisonneur, un assassin, que je deviendrais l’horreur de la race humaine, le jouet de la canaille, que toute la salutation que me feraient les passants serait de cracher sur moi ; qu’une génération tout entière s’amuserait d’un accord unanime à m’enterrer tout vivant ? Quand cette étrange révolution se fit, pris au dépourvu, j’en fus d’abord bouleversé. Mes agitations, mon indignation me plongèrent dans un délire qui n’a pas eu trop de dix ans pour se calmer, et dans cet intervalle, tombé d’erreur en erreur, de faute en faute, de sottise en sottise, j’ai fourni par mes imprudences aux directeurs de ma destinée autant d’instruments qu’ils ont habilement mis en œuvre pour la fixer sans retour.

Je me suis débattu longtemps aussi violemment que vainement. Sans adresse, sans art, sans dissimulation, sans prudence, franc, ouvert impatient, emporté, je n’ai fait en me débattant que m’enlacer davantage et leur donner incessamment de nouvelles prises qu’ils n’ont eu garde de négliger. Sentant enfin tous mes efforts inutiles et me tourmentant à pure perte, j’ai pris le seul parti qui me restait à prendre, celui de me soumettre à ma destinée sans plus regimber contre la nécessité. J’ai trouvé dans cette résignation le dédommagement de tous mes maux par la tranquillité qu’elle me procure et qui ne pouvait s’allier avec le travail continuel d’une résistance aussi pénible qu’infructueuse.

Une autre chose a contribué à cette tranquillité. Dans tous les raffinements de leur haine, mes persécuteurs en ont omis un que leur animosité leur a fait oublier ; c’était d’en graduer si bien les effets, qu’ils pussent entretenir et renouveler mes douleurs sans cesse, en me portant toujours quelque nouvelle atteinte. S’ils avaient eu l’adresse de me laisser quelque lueur d’espérance, ils me tiendraient encore par-là. Ils pourraient faire encore de moi leur jouet par quelque faux leurre, et me navrera ensuite d’un tourment toujours nouveau par mon attente déçue. Mais ils ont d’avance épuisé toutes leurs ressources ; en ne me laissant rien ils se sont tout ôté à eux-mêmes. La diffamation, la dépression, la dérision, l’opprobre dont ils m’ont couvert ne sont pas plus susceptibles d’augmentation que d’adoucissement ; nous sommes également hors d’état, eux de les aggraver et moi de m’y soustraire. Ils se sont tellement pressés de porter à son comble la mesure de ma misère, que toute la puissance humaine, aidée de toutes les ruses de l’enfer, n’y saurait plus rien ajouter. La douleur physique elle-même au lieu d’augmenter mes peines y ferait diversion. En m’arrachant des cris, peut-être, elle m’épargnerait des gémissements, et les déchirements de mon corps suspendraient ceux de mon coeur.

Qu’ai-je encore à craindre d’eux puisque tout est fait ? Ne pouvant plus empirera mon état, ils ne sauraient plus m’inspirer d’alarmes. L’inquiétude et l’effroi sont des maux dont ils m’ont pour jamais délivré : c’est toujours un soulagement. Les maux réels ont sur moi peu de prise ; je prends aisément mon parti sur ceux que j’éprouve, mais non pas sur ceux que je crains. Mon imagination effarouchée les combine, les retourne, les étend et les augmente. Leur attente me tourmente cent fais plus que leur présence, et la menace m’est plus terrible que le coup. Sitôt qu’ils arrivent, l’événement leur ôtant tout ce qu’ils avaient d’imaginaire, les réduit à leur juste valeur. Je les trouve alors beaucoup moindres que je ne me les étais figurés, et même au milieu de ma souffrance, je ne laisse pas de me sentir soulagé. Dans cet état, affranchi de toute nouvelle crainte et délivré de l’inquiétude de l’espérance, la seule habitude suffira pour me rendre de jour en jour plus supportable une situation que rien ne peut empirer, et à mesure que le sentiment s’en émousse par la durée ils n’ont plus de moyens pour le ranimer. Voilà le bien que m’ont fait mes persécuteurs en épuisant sans mesure tous les traits de leur animosité. Ils se sont ôté sur moi tout empire, et je puis désormais me moquer d’eux.

Il n’y a pas deux mois encore qu’un plein calme est rétabli dans mon coeur. Depuis long-tans je ne craignais plus rien ; mais j’espérais encore, et cet espoir tantôt bercé tantôt frustré était une prise par laquelle mille passions diverses ne cessaient de m’agiter. Un événement aussi triste qu’imprévu vient enfin d’effacer de mon coeur ce faible rayon d’espérance et m’a fait voir ma destinée fixée à jamais sans retour ici-bas. Dès-lors je me suis résigné sans réserve et j’ai retrouvé la paix.

Sitôt que j’ai commencé d’entrevoir la trame dans toute son étendue, j’ai perdu pour jamais l’idée de ramener de mon vivant le public sur mon compte, et même ce retour ne pouvant plus être réciproque me serait désormais bien inutile. Les hommes auraient beau revenir à moi, ils ne me retrouveraient plus. Avec le dédain qu’ils m’ont inspiré, leur commerce me serait insipide et même à charge, et je suis cent fais plus heureux dans ma solitude, que je ne pourrais l’être en vivant avec eux. Ils ont arraché de mon coeur toutes les douceurs de la société. Elles n’y pourraient plus germer derechef à mon âge ; il est trop tard. Qu’ils me fassent désormais du bien ou du mal tout m’est indifférent de leur part, et quoi qu’ils fassent, mes contemporains ne seront jamais rien pour moi.

Mais je comptais encore sur l’avenir, et j’espérais qu’une génération meilleure, examinant mieux et les jugements portés par celle-ci sur mon compte et sa conduite avec moi, démêlerait aisément l’artifice de ceux qui la dirigent et me verrait encore tel que je suis. C’est cet espoir qui m’a fait écrire mes Dialogues, et qui m’a suggéré mille folles tentatives pour les faire passer à la postérité. Cet espoir, quoiqu’éloigné, tenait mon âme dans la même agitation que quand je cherchais encore dans le siècle un coeur juste, et mes espérances que j’avais beau jeter au loin me rendaient également le jouet des hommes d’aujourd’hui. J’ai dit dans mes Dialogues sur quoi je fondais cette attente. Je me trompais. Je l’ai senti par bonheur assez à temps pour trouver encore avant ma dernière heure un intervalle de pleine quiétude et de repos absolu. Cet intervalle a commencé à l’époque dont je parle, et j’ai lieu de croire qu’il ne sera plus interrompu.

Here I am, alone on this earth, with no brother, no neighbor, no friend, no society but myself. The most sociable and loving of human beings have banished me by a unanimous decision. They sought out the most cruel ways to torment my sensitive soul through the refinements of their hatred, and they violently severed all ties that bound me to them. I would have loved these people despite themselves; yet they could only escape my affection by ceasing to be what they were. Now they are strangers to me, unknown, ultimately worthless—because that is what they chose. But as for me, detached from them and from everything else, who am I really? That is what remains for me to discover. Unfortunately, before beginning this search, I must first take stock of my own situation. It is an essential step if I am to move from them to myself.

For more than fifteen years now that I have found myself in this strange position, it still seems like a dream to me. I continue to imagine that some indigestion is bothering me, that I am sleeping poorly, and that I will wake up feeling greatly relieved of my suffering, reunited with my friends. Yes, surely, I must have made some unconscious transition from waking life to sleep—or rather, from life to death. Somehow, dragged out of the ordinary course of things, I found myself thrown into a chaos that is utterly incomprehensible; and the more I think about my current situation, the less I are able to understand where I am.

Ah! How could I have foreseen the fate that awaited me? How can I even conceive it today, now that I am face to it? Could I have ever imagined, in all my good judgment, that one day—I, the very same man I was then and still am today—would be regarded without a doubt as a monster, a poisoner, an assassin; that I would become the horror of the human race, a plaything for the vile; that the only greeting people would offer me as I walked by would be spitting on me; that an entire generation would conspire in unison to bury me alive? When this strange revolution took place, caught off guard, I was first overwhelmed by it. My agitation and indignation plunged me into a delirium that took nearly ten years to subside. During that time, as I stumbled from one mistake to another, from one foolishness to another, my own imprudence provided those who guided my fate with all the tools they needed to shape it irrevocably.

I struggled for a long time, violently but in vain. Without any strategy, without artistry, without deception, without prudence—frank, open, impatient, and impulsive—I only managed to entangle myself more deeply and provide them with new opportunities that they were careful not to overlook. Finally realizing that all my efforts were futile and causing me only unnecessary suffering, I resorted to the only option left: to submit to my fate without further resisting its inevitability. In this resignation, I found compensation for all my troubles in the peace it brought me—a peace that could never have been achieved through continuous, exhausting, and fruitless resistance.

Another factor contributed to this tranquility. In all their refinements of hatred, my persecutors had overlooked one thing—something their hostility had made them forget: to vary the intensity of their torment in such a way that they could continually sustain and renew my suffering by inflicting new harm upon me. If they had managed to leave me with even a glimmer of hope, they would still be able to manipulate me in that way. They could have used some deceptive trick to keep me at their mercy, only to inflict yet more unbearable pain through my disappointed expectations. But they had already exhausted all their means; by denying me anything, they had deprived themselves of any possibility of causing further suffering. The slander, humiliation, mockery, and disgrace they heaped upon me could neither be intensified nor alleviated; we were both beyond the ability to exacerbate or escape it. They had rushed so eagerly to bring my misery to its ultimate extreme that all human power, combined with every trickery of hell, could add nothing more to it. Even physical pain, far from increasing my suffering, might serve as a distraction. By taking away my cries, perhaps it would prevent me from groaning, and the torment of my body might temporarily ease the agony of my soul.

What more have I to fear from them now that everything is over? Since my situation can no longer worsen, they can no longer inspire any alarm in me. Anxiety and fear are evils from which they have forever freed me—and that alone is a relief. Real dangers hold little power over me; I can easily face those I actually experience, but not those I fear. My terrified imagination concocts them, manipulates them, exaggerates them. Their mere anticipation torments me far more than their presence itself; the threat itself is far more terrifying than the event itself. The moment they arrive, reality strips away all the imagined horrors, reducing them to their true proportions. Then I find them to be much less formidable than I had imagined them to be—and even amidst my suffering, I feel relieved. In this state, freed from any new fears and spared the anguish of hope, mere habit alone is enough to make each day increasingly bearable in a situation that can never worsen. And as time passes, these fears gradually fade away, leaving them powerless to inflict any harm again. Such is the good that my persecutors have done me—by exhausting every trace of their hostility towards me. They have stripped themselves of all power over me, and now I can even laugh at them.

It was not even two months ago that complete calm was finally restored in my heart. For a long time, I no longer feared anything; yet I still held onto hope—hope that sometimes inspired me and at other times left me disappointed, a hope that kept a thousand different passions agitating me incessantly. But an event so tragic and unexpected has now erased that faint ray of hope from my heart, making me realize that my destiny is forever fixed here below, with no possibility of return. Since then, I have resigned myself without reservation and found peace once again.

The moment I began to grasp the entire scope of that situation, I lost forever the idea of bringing the public back to my side during my lifetime; and even if such a return were now possible, it would be utterly meaningless to me. Even if those people came back to me, they would no longer find me there. Given the contempt they have inspired in me, their presence would be both insipid and burdensome to me. I am a hundred times happier in my solitude than I could ever be living with them. They have torn away from my heart all the joys that society can offer; at my age, such joys could never arise again—it is too late. Whether they do me good or harm now, it matters nothing to me. Whatever they decide to do, my contemporaries will never mean anything to me.

But I still placed my hopes in the future, hoping that a better generation—ones that would examine more carefully both the judgments made about me and the way they treated me—would easily discern the deceitful manipulations of those who guided them and see me as I truly am. It was this hope that inspired me to write my Dialogues and prompted me to make countless foolish attempts to ensure their survival for future generations. Though distant, this hope kept my soul in constant turmoil, just as when I sought throughout that century for a just and honest person. My hopes, no matter how often I tried to cast them aside, still made me a mere plaything in the hands of men today. I stated in my Dialogues what I based my expectations on. I was mistaken. Fortunately, I realized it in time enough to find a brief period of true peace and tranquility before my last hour came. This period began at the very time I am speaking of now, and I have reason to believe that it will not be interrupted again.

Ecco quindi solo sulla terra, senza più fratelli, vicini, amici o compagnia se non me stesso. L’uomo più socievole e più amorevole di tutti è stato escluso da loro per un accordo unanime. Hanno cercato nelle forme più raffinate del loro odio quale tormento potesse essere il più crudele per la mia sensibile anima, e hanno distrutto violentemente tutti i legami che mi univano a loro. Avrei voluto amare gli uomini nonostante loro stessi; ma essi non hanno potuto sfuggire al mio affetto se non smettendo di essere ciò che erano. Ecco dunque estranei, sconosciuti, finalmente nulla per me, poiché lo hanno voluto così. Ma io, separato da loro e da tutto, chi sono realmente? Questo è ciò che devo ancora scoprire. Purtroppo, questa ricerca deve essere preceduta da un’analisi della mia situazione attuale. È un pensiero attraverso il quale devo necessariamente passare, per arrivare da loro a me stesso.

Da oltre quindici anni che mi trovo in questa strana situazione, essa mi sembra ancora un sogno. Continuo a immaginare di soffrire di un’indigestione, di dormire male e di svegliarmi finalmente sollevato dal mio dolore, ritrovandomi tra i miei amici. Sì, probabilmente ho fatto, senza nemmeno accorgermene, un salto dalla vita alla morte. Estratto chissà come dall’ordine delle cose, mi sono trovato catapultato in un caos incomprensibile, dove non riesco affatto a capire dove mi trovi. Più penso alla mia situazione attuale, meno riesco a comprendere dove sia finito.

Eh! Come avrei potuto prevedere il destino che mi aspettava? Come posso ancora comprenderlo oggi, ora che sono costretto ad affrontarlo? Avrei mai potuto, con buon senso, immaginare che un giorno io, lo stesso uomo di sempre, sarei considerato un mostro, un avvelenatore, un assassino; che diventassi l’orrore dell’umanità, il giocattolo della plebaglia; che ogni persona che mi incontrasse mi sputasse addosso; che un’intera generazione si divertisse all’unanimità a seppellirmi vivo? Quando avvenne questa strana rivoluzione, colto alla sprovvista, ne fui prima sconvolto. Le mie agitazioni, la mia indignazione mi gettarono in un delirio che impiegò ben dieci anni per placarsi; e in quel lasso di tempo, cadendo da un errore all’altro, da una colpa a un’altra, da una stupidaggine all’altra, le mie imprudenze fornirono ai responsabili del mio destino tutti gli strumenti necessari per determinare il mio futuro in modo irrevocabile.

Ho lottato a lungo, con violenza ma invano. Senza abilità, senza astuzia, senza prudenza, schietto, aperto, impaziente e impulsivo, nel mio tentativo di resistere non ho fatto altro che rafforzare ancora di più le loro catene e fornire loro nuove opportunità da sfruttare. Quando finalmente ho capito che tutti i miei sforzi erano inutili e che soffrivo senza alcun risultato, ho deciso di arrendermi alla mia sorte, smettendo di oppormi a ciò che era inevitabile. In questa resa ho trovato il rimedio a tutte le mie sofferenze: la tranquillità che essa mi ha portato, una tranquillità impossibile da ottenere continuando a lottare in modo così faticoso e infruttuoso.

Un’altra cosa ha contribuito a questa tranquillità. In tutti i loro tentativi di intensificare il mio odio, i miei persecutori ne hanno omesso uno: quello di graduare con precisione gli effetti delle loro azioni, in modo da poter continuamente alimentare e rinnovare le mie sofferenze, infliggendomi sempre nuovi dolori. Se avessero avuto la capacità di lasciarmi anche solo un barlume di speranza, mi avrebbero ancora tenuto sotto controllo; avrebbero potuto continuare a usarmi come loro giocattolo, attraverso false promesse per poi infliggermi nuovi tormenti con le mie delusioni. Ma hanno esaurito già tutte le loro risorse: non lasciandomi nulla, si sono privati di ogni possibilità di agire ulteriormente contro di me. Le calunnie, la depressione, la derisione, l’infamia che mi hanno inflitto non possono né aumentare né alleviare; sia loro che io siamo ormai al di fuori di qualsiasi possibilità di peggiorare la situazione. Hanno affrettato così tanto nel portare alla massima estremità la mia miseria, che tutta la potenza umana, unita a tutte le astuzie dell’inferno, non riuscirebbe più ad aggiungere nulla. Anzi, il dolore fisico, invece di aumentare le mie sofferenze, potrebbe forse offrirmi una sorta di distrazione. Strappandomi grida, potrebbe evitarmi i gemiti; e i tormenti del mio corpo potrebbero interrompere quelli del mio cuore.

Di cosa dovrei ancora temerli, se tutto è già accaduto? Non potendo più peggiorare la mia situazione, non sono più in grado di suscitare in me alcuna preoccupazione. L’ansia e la paura sono mali da cui mi hanno liberato per sempre: questo rappresenta davvero un sollievo. I veri mali hanno poco potere su di me; riesco facilmente a fronteggiare quelli che realmente provo, ma non certo quelli che temo. La mia immaginazione allarmata li combina, li trasforma, li amplifica. Il loro atteso mi tormenta cento volte di più della loro presenza stessa; la minaccia che rappresentano è ancora più terribile dell’evento stesso. Non appena arrivano, l’evento stesso cancella tutto ciò che la loro immaginazione aveva creato, riducendoli alla loro reale entità. Allora li trovo molto meno terribili di quanto me li fossi figurati. E anche nel mezzo del dolore, non posso fare a meno di sentirmi sollevato. In questo stato, liberato da ogni nuova paura e dall’angoscia dell’attesa, l’unica abitudine che mi rimane è sufficiente per rendere giorno dopo giorno più sopportabile una situazione che, in realtà, non può peggiorare. E col passare del tempo, quei timori perdono ogni potere su di me. Ecco il bene che i miei persecutori hanno fatto a me: esaurendo senza limiti tutte le loro manifestazioni di ostilità, mi hanno privato di qualsiasi controllo su di loro. Ora posso persino prendermi gioco di loro.

Solo due mesi fa il mio cuore ha finalmente ritrovato la tranquillità. Da molto tempo non temevo più nulla; tuttavia continuavo ad avere speranza, e questa speranza, ora incoraggiata ora delusa, rappresentava una sorta di “freno” che impediva a mille diverse passioni di agitarmi continuamente. Un evento così triste quanto inaspettato ha finalmente cancellato da dentro di me quell’ultimo barlume di speranza, facendomi comprendere che il mio destino è ormai segnato per sempre, senza possibilità di ritorno in questo mondo. Da quel momento in poi mi sono rassegnato senza riserve e ho ritrovato la pace interiore.

Non appena ho iniziato a intravedere tutta la trama nel suo complesso, ho perso per sempre l’idea di riuscire, durante la mia vita, a riportare il pubblico dalla mia parte; anche se tale ritorno fosse ancora possibile, ormai mi sarebbe del tutto inutile. Anche se gli uomini tornassero da me, non mi troverebbero più lo stesso. Con l’indifferenza che hanno dimostrato nei miei confronti, la loro compagnia mi sembrerebbe insipida e persino opprimente; sono cento volte più felice nella mia solitudine di quanto potrei esserlo vivendo con loro. Hanno strappato dal mio cuore tutte le dolcezze della società. A quest’età, non potrebbero mai più germogliare in me; è troppo tardi. Che mi facciano del bene o del male, ormai non mi interessa nulla di ciò che fanno. E qualunque cosa decidano di fare, i miei contemporanei non saranno mai nulla per me.

Ma contavo ancora sull’avvenire, e speravo che una generazione migliore, esaminando più attentamente i giudizi formulati su di me da quella generazione e il suo comportamento nei miei confronti, sarebbe riuscita facilmente a smascherare le manipolazioni di coloro che la guidavano e a vedermi per quello che sono veramente. È stato questo speranza a spingermi a scrivere i miei “Dialoghi” e a tentare mille modi folli per farli arrivare alla posterità. Quell’illusione, sebbene lontana, teneva la mia anima in uno stato di continua agitazione, proprio come quando cercavo ancora nel presente un cuore giusto; le mie speranze, anche se spesso deluse, continuavano a rendermi vittima degli uomini di oggi. Nei miei “Dialoghi” ho descritto su cosa basavo queste aspettative. Mi sbagliavo. Fortunatamente me ne sono reso conto in tempo, e prima della mia ultima ora ho trovato un periodo di piena tranquillità e riposo assoluto. Quel periodo è iniziato proprio all’epoca di cui parlo, e ho motivo di credere che non verrà più interrotto.

Il se passe bien peu de jours que de nouvelles réflexions ne me confirment combien j’étais dans l’erreur de compter sur le retour du public, même dans un autre âge ; puisqu’il est conduit dans ce qui me regarde par des guides qui se renouvellent sans ces dans les Corps qui m’ont pris en aversion. Les particuliers meurent ; mais les Corps collectifs ne meurent point. Les mêmes passions s’y perpétuent, et leur haine ardente immortelle comme le démon qui l’inspire, a toujours la même activité. Quand tous mes ennemis particuliers seront morts, les Médecins, les Oratoriens vivront encore, et quand je n’aurais pour persécuteurs que ces deux Corps-là, je dois être sûr qu’ils ne laisseront pas plus de paix à ma mémoire après ma mort, qu’ils n’en laissent à ma personne de mon vivant. Peut-être par trait de temps, les Médecins que j’ai réellement offensés pourraient-ils s’apaiser : mais les Oratoriens que j’aimais, que j’estimais, en qui j’avais toute confiance et que je n’offensai jamais, les Oratoriens gens d’église et demi-moines, seront à jamais implacables, leur propre iniquité fait mon crime que leur amour-propre ne me pardonnera jamais et le public dont ils auront soin d’entretenir et ranimer l’animosité sans cesse, ne s’apaisera pas plus qu’eux.

Tout est fini pour moi sur la terre. On ne peut plus m’y faire ni bien ni mal. Il ne me reste plus rien à espérer ni à craindre en ce monde et m’y voilà tranquille au fond de l’abîme, pauvre mortel infortuné, mais impassible comme Dieu même.

Tout ce qui m’est extérieur, m’est étranger désormais. Je n’ai plus en ce monde ni prochain, ni semblables, ni frères. Je suis sur la terre comme dans une planète étrangère où je serais tombé de celle que j’habitais. Si je reconnais autour de moi quelque chose, ce ne sont que des objets affligeants et déchirants pour mon coeur, et je ne peux jeter les yeux sur ce qui me touche et m’entoure sans y trouver toujours quelque sujet de dédain qui m’indigne, ou de douleur qui m’afflige. Écartons donc de mon esprit tous les pénibles objets dont je m’occuperais aussi douloureusement qu’inutilement. Seul pour le reste de ma vie, puisque je ne trouve qu’en moi la consolation, l’espérance et la paix, je ne dois ni ne veux plus m’occuper que de moi. C’est dans cet état que je reprends la suite de l’examen sévère et sincère que j’appelai jadis mes Confessions. Je consacre mes derniers jours à m’étudier moi-même et à préparer d’avance le compte que je ne tarderai pas à rendre de moi. Livrons-nous tout entier à la douceur de converser avec mon âme, puisqu’elle est la seule que les hommes ne puissent m’ôter. Si à force de réfléchir sur mes dispositions intérieures, je parviens à les mettre en meilleur ordre et à corriger le mal qui peut y rester, mes méditations ne seront pas entièrement inutiles, et quoique je ne sais plus bon à rien sur la terre, je n’aurai pas tout-à-fait perdu mes derniers jours. Les loisirs de mes promenades journalières ont souvent été remplis de contemplations charmantes, dont j’ai regret d’avoir perdu le souvenir. Je fixerai par l’écriture celles qui pourront me venir encore ; chaque fais que je les relirai m’en rendra la jouissance. J’oublierai mes malheurs, mes persécuteurs, mes opprobres, en songeant au prix qu’avait mérité mon coeur.

Ces feuilles ne seront proprement qu’un informe journal de mes rêveries. Il y sera beaucoup question de moi, parce qu’un solitaire qui réfléchit s’occupe nécessairement beaucoup de lui-même. Du reste toutes les idées étrangères qui me passent par la tête en me promenant, y trouveront également leur place. Je dirai ce que j’ai pensé tout comme il m’est venu et avec aussi peu de liaison que les idées de la veille en ont d’ordinaire avec celles du lendemain. Mais il en résultera toujours une nouvelle connaissance de mon naturel et de mon humeur par celle des sentiments et des pensées, dont mon esprit fait sa pâture journalière dans l’étrange état où je suis. Ces feuilles peuvent donc être regardées comme un appendice de mes Confessions, mais je ne leur en donne plus le titre, ne sentant plus rien à dire qui puisse le mériter. Mon coeur s’est purifié à la coupelle de l’adversité, et j’y trouve à peine en le sondant avec soin, quelque reste de penchant répréhensible. Qu’aurais-je encore à confesser quand toutes les affections terrestres en sont arrachées ? Je n’ai pas plus à me louer qu’à me blâmer : je suis nul désormais parmi les hommes, et c’est tout ce que je puis être n’ayant plus avec eux de relation réelle, de véritable société. Ne pouvant plus faire aucun bien qui ne tourne à mal, ne pouvant plus agir sans nuire à autrui, ou à moi-même, m’abstenir est devenu mon unique devoir, et je le remplis autant qu’il est en moi. Mais dans ce désœuvrement du corps mon âme est encore active, elle produit encore des sentiments, des pensées, et sa vie interne et morale semble encore s’être accrue par la mort de tout intérêt terrestre et temporel. Mon corps n’est plus pour moi qu’un embarras, qu’un obstacle, et je m’en dégage d’avance autant que je puis.

Une situation si singulière mérite assurément d’être examinée et décrite, et c’est à cet examen que je consacre mes derniers loisirs. Pour le faire avec succès il y faudrait procéder avec ordre et méthode : mais je suis incapable de ce travail et même il m’écarterait de mon but qui est de me rendre compte des modifications de mon âme et de leurs successions. Je ferai sur moi-même à quelque égard les opérations que font les physiciens sur l’air pour en connaître l’état journalier. J’appliquerai le baromètre à mon âme, et ces opérations bien dirigées et longtemps répétées me pourraient fournir des résultats aussi sûrs que les leurs. Mais je n’étends pas jusque-là mon entreprise. Je me contenterai de tenir le registre des opérations sans chercher à les réduire en système. Je fais la même entreprise que Montaigne, mais avec un but tout contraire au sien : car il n’écrivait ses Essais que pour les autres, et je n’écris mes rêveries que pour moi. Si dans mes plus vieux jours aux approches du départ, je reste, comme je l’espère, dans la même disposition où je suis, leur lecture me rappellera la douceur que je goûte à les écrire, et faisant renaître ainsi pour moi le temps passé, doublera pour ainsi dire mon existence. En dépit des hommes je saurai goûter encore le charme de la société et je vivrai décrépit avec moi dans un autre âge, comme je vivrais avec un moins vieil ami.

J’écrivais mes premières Confessions et mes Dialogues dans un souci continuel sur les moyens de les dérober aux mains rapaces de mes persécuteurs, pour les transmettre s’il était possible à d’autres générations. La même inquiétude ne me tourmente plus pour cet écrit, je sais qu’elle serait inutile, et le désir d’être mieux connu des hommes s’étant éteint dans mon cœur, n’y laisse qu’une indifférence profonde sur le sort et de mes vrais écrits et des monuments de mon innocence, qui déjà peut-être ont été tous pour jamais anéantis. Qu’on épie ce que je fais, qu’on s’inquiète de ces feuilles, qu’on s’en empare, qu’on les supprime, qu’on les falsifie, tout cela m’est égal désormais. Je ne les cache ni ne les montre. Si on me les enlève de mon vivant on ne m’enlèvera ni le plaisir de les avoir écrites, ni le souvenir de leur contenu, ni les méditations solitaires dont elles sont le fruit et dont la source ne peut s’éteindre qu’avec mon âme. Si dès mes premières calamités j’avais su ne point regimber contre ma destinée, et prendre le parti que je prends aujourd’hui, tous les efforts des hommes, toutes leurs épouvantables machines eussent été sur moi sans effet, et ils n’auraient pas plus troublé mon repos par toutes leurs trames qu’ils ne peuvent le troubler désormais par tous leurs succès ; qu’ils jouissent à leur gré de mon opprobre, ils ne m’empêcheront pas de jouir de mon innocence et d’achever mes jours en paix malgré eux.

Deuxième promenade

Ayant donc formé le projet de décrire l’état habituel de mon âme dans la plus étrange position où se puisse jamais trouver un mortel, je n’ai vu nulle manière plus simple et plus sûre d’exécuter cette entreprise, que de tenir un registre fidèle de mes promenades solitaires et des rêveries qui les remplissent, quand je laisse ma tête entièrement libre, et mes idées suivre leur pente sans résistance et sans gêne. Ces heures de solitude et de méditation sont les seules de la journée où je sais pleinement moi et à moi sans diversion, sans obstacle, et où je puisse véritablement dire être ce que la nature a voulu.

Very few days pass without new reflections confirming to me how wrong I was to rely on the return of that public—even if it were in a different form; after all, what guides it towards me are constantly changing, unlike those groups that once held me in disdain. Individual people may die, but collective entities do not perish. The same passions persist within them, and their fierce, immortal hatred—just like the demon that inspires it—remains as active as ever. When all my individual enemies have died, the Physicians and the Orators will still be alive. And even if these two groups alone were left to persecute me after my death, I am certain they would not spare my memory any more peace than they did my person during my lifetime. Perhaps over time, those Physicians whom I truly offended might come to calm down; but those Orators whom I loved, respected, and trusted entirely—those half-religious public figures—will remain implacable forever. Their own injustice makes my crime something that their pride will never forgive, and the public they will tirelessly work to maintain and stoke in their hostility will not cease its hostility any more than they will.

Everything is over for me on this earth. Nothing good or bad can be done to me anymore. I have nothing left to hope for or fear in this world; and here I am, at peace in the depths of the abyss, a poor, unfortunate mortal—but equally indifferent as God himself.

Everything that is external to me is now foreign to me. In this world, I have no relatives, no kindred, no brothers left. I am on earth as if I were on a strange planet, where I have fallen from the one I once inhabited. If I recognize anything around me, it is only objects that cause pain and anguish to my heart, and whenever I look at what touches and surrounds me, I always find something that arouses either contempt or sorrow in me. Therefore, let us banish from our minds all these painful things upon which we spend so much time yet to no avail. Alone for the rest of my life, since I can find only within myself consolation, hope, and peace, I must and will devote myself solely to myself. It is in this state that I resume the rigorous and sincere self-examination I once called my “Confessions.” I dedicate these final days to studying myself and preparing in advance the account I will soon have to render of myself. Let us wholly immerse ourselves in the gentle dialogue with our own souls, for they are the only things that people cannot take away from us. If, through deep reflection on my inner qualities, I manage to bring them into better order and correct whatever evil may still remain within me, then my meditations will not have been entirely in vain. And even if I am no longer good for anything on earth, at least I will not have wasted the last days of my life. The leisurely walks I used to take every day were often filled with delightful contemplations; I regret having lost the memory of them. I will record those moments in writing, so that whenever I reread them, I can once again enjoy their beauty. By thinking of the high worth my heart once possessed, I will be able to forget my misfortunes, my persecutors, and all the indignities I have suffered.

These pages will merely serve as a haphazard record of my musings. They will contain much about myself, for a solitary person who reflects inevitably spends much time pondering themselves. Moreover, all the foreign ideas that come to my mind while I walk will also find their place here. I will write down whatever comes to me, just as it does, with no connection whatsoever between one thought of today and another of yesterday. Yet, in doing so, I will gain a new understanding of my nature and temperament through the sentiments and thoughts that occupy my mind in this peculiar state I live in. Therefore, these pages might be considered an appendix to my Confessions, but I no longer give them that title, for I feel there is nothing left to confess. My heart has been purified by adversity; upon careful examination, I find hardly any trace of reprehensible tendencies within it. What more could I confess now that all earthly affections have been stripped away from me? I have neither anything to praise nor anything to condemn about myself: I am nothing among men now, and that is all there is to be said, since I no longer maintain any real relationship or true fellowship with them. Unable to do any good without causing harm, unable to act without harming others or myself, abstinence has become my only duty—and I fulfill it to the best of my ability. Yet, even in this physical inactivity, my soul remains active; it continues to generate sentiments and thoughts, and its inner, moral life seems to have grown stronger as all earthly interests and temporal concerns have vanished. My body is now nothing but a burden and an obstacle to me, and I free myself from it whenever possible.

A situation so singular certainly deserves to be examined and described, and it is to this examination that I devote my last remaining leisure time. To accomplish this successfully, one would need to proceed in an orderly and methodical manner; but I am incapable of such effort, and in fact, such work would distract me from my true goal, which is to understand the changes taking place within my soul and their sequence. I will perform upon myself, in certain respects, the same experiments that physicists conduct on air in order to observe its daily state. I will apply the “barometer” of observation to my own soul, and if these operations are conducted carefully and repeatedly over time, they may yield results just as reliable as those of physical experiments. However, I do not go so far in my endeavors. I will simply keep a record of these observations without attempting to systematize them. In doing so, I am following in Montaigne’s footsteps—but with a goal entirely opposite to his own: for he wrote his “Essays” solely for others to read, whereas I write my musings solely for my own enjoyment. If, in my old age as I approach the end of my life, I remain, as I hope, in the same state of mind as now, reading these musings will remind me of the pleasure I derive from writing them. By thus reviving the past for myself, my existence will, in a way, be doubled. Despite the passage of time and the changes in human relationships, I shall still be able to savor the charm of companionship, and I will live on, even in old age, as if accompanied by a friend who has not aged at all.

I wrote my first Confessions and Dialogues with constant concern for how to protect them from the greedy hands of my persecutors, so that they might be passed on to future generations. No longer do I share such concerns regarding this work; I know they would be futile. Moreover, since the desire to be better understood by mankind has faded from my heart, all that remains is profound indifference toward the fate of my true writings and the monuments of my innocence—writings that may already have been destroyed forever. Whether people spy on what I do, worry about these pages, seize them, destroy them, or falsify them, it no longer matters to me. I neither hide nor display them. If they are taken away from me while I am alive, they will not remove from me the pleasure of having written them, nor the memory of their contents, nor the solitary reflections they inspired—a source that can only cease to flow with my own life. Had I, from the very beginning of my misfortunes, refused to resist my fate and chosen the path I have now taken, all human efforts and their terrible machinery would have been utterly ineffective against me. Their schemes would not have disturbed my peace any more than their current successes can do so. Let them revel in my disgrace if they wish; they will not prevent me from enjoying my innocence and living out my days in peace, despite them.

Second Stroll

Having thus decided to describe the usual state of my soul in the most extraordinary position that a mortal can ever occupy, I saw no simpler or surer way to accomplish this task than by keeping a faithful record of my solitary walks and the reveries that fill them when I allow my mind to be entirely free and my thoughts to follow their natural course without any resistance or hindrance. These hours of solitude and meditation are the only times of the day when I truly know myself and am myself, undisturbed by distractions or obstacles, and when I can truly say that I am what nature intended me to be.

Trascorrono pochi giorni che nuove riflessioni non mi confermino quanto fossi in errore a contare sul ritorno del pubblico, anche se in un’età diversa; infatti, per quanto riguarda me, esso è guidato da persone che si rinnovano continuamente, a differenza di quelle organizzazioni che hanno preso ad odiarmi. Gli individui muoiono; ma le organizzazioni collettive non muoiono mai. Le stesse passioni vi persistono, e il loro odio ardente e immortale, proprio come il demone che lo ispira, mantiene sempre la stessa intensità. Quando tutti i miei nemici personali saranno morti, i Medici e gli Oratori continueranno a vivere; e se i miei persecutori fossero soltanto queste due organizzazioni, dovrei essere certo che non lascerebbero mai pace alla mia memoria dopo la mia morte, proprio come non l’hanno lasciata alla mia persona durante la mia vita. Forse, col passare del tempo, i Medici che ho davvero offeso potrebbero calmarsi; ma gli Oratori che amavo, che stimavo, in cui avevo tutta fiducia e che non ho mai offeso. Gli Oratori, persone di chiesa e mezzi monaci, saranno per sempre implacabili: la loro stessa ingiustizia rende il mio crimine tale che il loro orgoglio non me lo perdonerà mai; inoltre, il pubblico di cui si occuperanno costantemente per mantenerne e ravvivare l’ostilità non si calmerà mai più di loro.

Tutto è finito per me sulla terra. Nessuno può più farmi del bene o del male. Non mi resta nulla da sperare né da temere in questo mondo; e così mi trovo tranquillo, nel fondo dell’abisso, povero mortale sfortunato, ma impassibile come Dio stesso.

Tutto ciò che è esterno a me è ormai estraneo; in questo mondo non ho più né prossimi, né simili, né fratelli. Sono sulla terra come su un pianeta straniero, dove sarei caduto da quello che abitavo prima. Se riconosco qualcosa intorno a me, sono solo oggetti dolorosi e strazianti per il mio cuore; non posso guardare ciò che mi tocca e mi circonda senza trovare sempre motivo di disprezzo o dolore. Pertanto, scacciamo dalla nostra mente tutti questi oggetti penosi di cui ci occupiamo in modo così doloroso e inutile. Essendo solo per il resto della mia vita, poiché trovo solo in me stesso consolazione, speranza e pace, non devo né voglio più occuparmi che di me stesso. È in questo stato che riprendo la prosecuzione di quell’esame severo e sincero che un tempo chiamavo le mie “Confessioni”. Dedico i miei ultimi giorni a studiare me stesso e a preparare in anticipo il resoconto che non tarderò a presentare di me. Lasciamoci completamente alla dolcezza della conversazione con la mia anima, poiché essa è l’unica che gli uomini non possono togliermi. Se, riflettendo intensamente sulle mie disposizioni interiori, riesco a metterle in ordine e a correggere il male che vi può ancora rimanere, le mie meditazioni non saranno del tutto inutili; e anche se non so più essere utile sulla terra, non avrò certo perso del tutto i miei ultimi giorni. I momenti di tranquillità delle mie passeggiate quotidiane sono spesso stati colmi di contemplazioni incantevoli, di cui mi pento di aver perso il ricordo. Trascriverò per iscritto quelle che potrebbero ancora venirmi in mente; ogni volta che le rileggerò, ne godrò nuovamente. Dimenticherò i miei mali, i miei persecutori, le mie umiliazioni, pensando al prezzo che il mio cuore aveva meritato.

Queste pagine non saranno altro che un diario informe delle mie riflessioni. Vi parlerò molto di me stesso, perché un solitario che riflette inevitabilmente si occupa molto di sé stesso. Inoltre, tutte le idee straniere che mi vengono in mente durante i miei spostamenti troveranno anch’esse il loro posto in queste pagine. Dirò ciò che ho pensato così come mi è venuto in mente, con la stessa distacco con cui di solito le idee di ieri sono legate a quelle di domani. Tuttavia, da tutto questo deriverà una nuova conoscenza della mia natura e del mio carattere, attraverso i sentimenti e i pensieri che il mio spirito assorbe quotidianamente in questa strana condizione in cui mi trovo. Queste pagine possono quindi essere considerate un’appendice alle mie “Confessioni”, ma non le do più questo titolo, poiché non sento più nulla da confessare che possa meritarlo. Il mio cuore si è purificato nell’adversità; esaminandolo con attenzione, vi trovo a malapena qualche traccia di inclinazioni riprovevoli. Cosa potrei ancora confessare, quando tutte le affezioni terrene sono state strappate via da me? Non ho più nulla da lodare né da rimproverarmi: ormai sono nulla tra gli uomini, e questo è tutto ciò che posso essere, poiché non ho più alcun legame reale, nessuna vera società con loro. Non potendo più compiere alcun bene che non si trasformi in male, né agire senza nuocere ad altri o a me stesso, astenermi è diventato il mio unico dovere, e lo adempio nel miglior modo possibile. Tuttavia, in questo ozio del corpo, la mia anima rimane attiva: produce ancora sentimenti, pensieri. E la sua vita interiore e morale sembra addirittura essere cresciuta, con la scomparsa di ogni interesse terreno e temporale. Il mio corpo non è più per me che un ostacolo; mi libero da esso nel modo possibile.

Una situazione così singolare merita certamente di essere esaminata e descritta; è proprio a questo esame che dedico i miei ultimi momenti liberi. Per farlo con successo, sarebbe necessario procedere in modo ordinato e metodico. Ma io sono incapace di tale lavoro; anzi, esso mi allontanerebbe dal mio vero scopo, che è comprendere i cambiamenti avvenuti nella mia anima e le loro sequenze. Farò su me stesso quelle osservazioni che i fisici compiono sull’aria per conoscerne lo stato quotidiano: applicherò il “barometro” alla mia anima, e queste operazioni, se condotte con cura e ripetute a lungo, potrebbero fornirmi risultati altrettanto certi dei loro. Ma non spingerò la mia indagine fino a questo punto. Mi accontenterò semplicemente di registrare questi fenomeni, senza cercare di sistematizzarli. Faccio lo stesso lavoro che Montaigne, ma con uno scopo completamente opposto al suo: lui scriveva i suoi “Saggi” solo per gli altri, mentre io scrivo le mie riflessioni soltanto per me stesso. Se, negli anni della mia vecchiaia, rimarrò, come spero, nella stessa disposizione d’animo di oggi, la lettura di queste pagine mi ricorderà la dolcezza che provo nel scriverle. Rievocando così il passato, potrò dire che la mia esistenza si raddoppierà. Nonostante gli altri, saprò ancora godere del fascino della compagnia umana; vivrò, anche in vecchiaia, come se avessi un amico più giovane al mio fianco.

Stavo scrivendo le mie prime Confessioni e i miei Dialoghi con la costante preoccupazione di trovare modi per nasconderli dalle mani rapaci dei miei persecutori, affinché potessero essere trasmessi ad altre generazioni. Ora questa stessa ansia non mi tormenta più: so che sarebbe inutile. Il desiderio di essere meglio conosciuto dagli uomini si è spento nel mio cuore, lasciandovi solo una profonda indifferenza riguardo al destino dei miei veri scritti e dei monumenti della mia innocenza, che forse sono già stati tutti distrutti per sempre. Che la gente spii ciò che faccio, che si preoccupi di queste pagine, che le prenda, che le elimini o le falsifichi. Tutto questo ormai non mi interessa più. Non le nascondo né le mostro. Anche se mi venissero portate via mentre sono in vita, non mi verrebbero tolte né il piacere di averle scritte, né il ricordo del loro contenuto, né le riflessioni solitarie da cui sono nate. Riflessioni la cui fonte non potrà mai esaurirsi, se non con la mia stessa anima. Se fin dalle prime mie calamità avessi saputo non ribellarmi al mio destino e prendere la posizione che oggi assumo, tutti gli sforzi degli uomini, tutte le loro orribili macchinazioni sarebbero stati vani. Non avrebbero turbato il mio riposo con i loro intrighi, proprio come ora non possono turbarlo con i loro successi. Che godano pure del mio disonore, ma non mi impediranno di godere della mia innocenza e di trascorrere i miei giorni in pace, nonostante loro.

Seconda passeggiata

Avendo quindi deciso di descrivere lo stato abituale della mia anima nella posizione più strana in cui possa mai trovarsi un mortale, non ho visto modo più semplice e sicuro per realizzare questo progetto se non tenere un registro fedele delle mie passeggiate solitarie e dei sogni che le accompagnano, quando lascio la mia mente completamente libera e i miei pensieri seguono il loro corso senza resistenze né ostacoli. Queste ore di solitudine e meditazione sono le sole della giornata in cui conosco pienamente me stesso e posso davvero essere ciò che la natura ha voluto che fossi.

J’ai bientôt senti que j’avais trop tardé d’exécuter ce projet. Mon imagination déjà moins vive, ne s’enflamme plus comme autrefois à la contemplation de l’objet qui l’anime, je m’enivre moins du délire de la rêverie ; il y a plus de réminiscence que de création dans ce qu’elle produit désormais, un tiède alanguissement énerve toutes mes facultés, l’esprit de vie s’éteint en moi par degrés ; mon âme ne s’élance plus qu’avec peine hors de sa caduque enveloppe, et sans l’espérance de l’état auquel j’aspire parce que je m’y sens avoir droit, je n’existerais plus que par des souvenirs. Ainsi pour me contempler moi-même avant mon déclin, il faut que je remonte au moins de quelques années au temps où perdant tout espoir ici-bas et ne trouvant plus d’aliment pour mon coeur sur la terre, je m’accoutumais peu-à-peu à le nourrir de sa propre substance et à chercher toute sa pâture au-dedans de moi.

Cette ressource, dont je m’avisai trop tard, devint si féconde qu’elle suffit bientôt pour me dédommager de tout. L’habitude de rentrer en moi-même me fit perdre enfin le sentiment et presque le souvenir de mes maux, j’appris ainsi par ma propre expérience que la source du vrai bonheur est en nous, et qu’il ne dépend pas des hommes de rendre vraiment misérable celui qui sait vouloir être heureux. Depuis quatre ou cinq ans je goûtais habituellement ces délices internes que trouvent dans la contemplation les âmes aimantes et douces. Ces ravissements, ces extases que j’éprouvais quelquefois en me promenant ainsi seul, étaient des jouissances que je devais à mes persécuteurs : sans eux, je n’aurais jamais trouvé ni connu les trésors que je portais en moi-même. Au milieu de tant de richesses, comment en tenir un registre fidèle ? En voulant me rappeler tant de douces rêveries, au lieu de les décrire j’y retombais. C’est un état que son souvenir ramène, et qu’on cesserait bientôt de connaître, en cessant tout-à-fait de le sentir.

J’éprouvai bien cet effet dans les promenades qui suivirent le projet d’écrire la suite de mes Confessions, surtout dans celle dont je vais parler et dans laquelle un accident imprévu vint rompre le fil de mes idées et leur donner pour quelque temps un autre cours.

Le jeudi 24 octobre 1776, je suivis après dîner les boulevards jusqu’à la rue du Chemin-Vert par laquelle je gagnai les hauteurs de Ménilmontant, et de là prenant les sentiers à travers les vignes et les prairies, je traversai jusqu’à Charonne le riant paysage qui sépare ces deux villages, puis je fis un détour pour revenir par les mêmes prairies en prenant un autre chemin. Je m’amusais à les parcourir avec ce plaisir et cet intérêt que m’ont toujours donnés les sites agréables, et m’arrêtant quelquefois à fixer des plantes dans la verdure. J’en aperçus deux que je voyais assez rarement autour de Paris et que je trouvai très abondantes dans ce canton-là. L’une est le picris hieracioïdes de la famille des composées, et l’autre le buplevrum falcatum de celle des ombellifères. Cette découverte me réjouit et m’amusa très longtemps et finit par celle d’une plante encore plus rare, surtout dans un pays élevé, savoir le cerastium aquaticum que, malgré l’accident qui m’arriva le même jour, j’ai retrouvé dans un livre que j’avais sur moi et placé dans mon herbier.

Enfin après avoir parcouru en détail plusieurs autres plantes que je voyais encore en fleurs, et dont l’aspect et l’énumération qui m’était familière me donnaient néanmoins toujours du plaisir, je quittai peu à peu ces menues observations pour me livrer à l’impression non moins agréable mais plus touchante que faisait sur moi l’ensemble de tout cela. Depuis quelques jours on avait achevé la vendange ; les promeneurs de la ville s’étaient déjà retirés ; les paysans aussi quittaient les champs jusqu’aux travaux d’hiver. La campagne encore verte et riante, mais défeuillée en partie et déjà presque déserte, offrait partout l’image de la solitude et des approches de l’hiver. Il résultait de son aspect un mélange d’impression douce et triste trop analogue à mon âge et à mon sort pour que je ne m’en fisse pas l’application. Je me voyais au déclin d’une vie innocente et infortunée, l’âme encore pleine de sentiments vivaces et l’esprit encore orné de quelques fleurs, mais déjà flétries par la tristesse et desséchées par les ennuis. Seul et délaissé, je sentais venir le froid des premières glaces, et mon imagination tarissante ne peuplait plus ma solitude d’êtres formés selon mon cœur. Je me disais en soupirant : qu’ai-je fait ici-bas ? J’étais fait pour vivre, et je meurs sans avoir vécu. Au moins ce n’a pas été ma faute, et je porterai à l’auteur de mon être, sinon l’offrande des bonnes œuvres qu’on ne m’a pas laissé faire, du moins un tribut de bonnes intentions frustrées, de sentiments sains mais rendus sans effet, et d’une patience à l’épreuve des mépris des hommes. Je m’attendrissais sur ces réflexions, je récapitulais les mouvements de mon âme dès ma jeunesse, et pendant mon âge mûr, et depuis qu’on m’a séquestré de la société des hommes, et durant la longue retraite dans laquelle je dois achever mes jours. Je revenais avec complaisance sur toutes les affections de mon cœur, sur ses attachements si tendres mais si aveugles, sur les idées moins tristes que consolantes dont mon esprit s’était nourri depuis quelques années, et je me préparais à les rappeler assez pour les décrire avec un plaisir presque égal à celui que j’avais pris à m’y livrer. Mon après-midi se passa dans ces paisibles méditations, et je m’en revenais très content de ma journée, quand au fort de ma rêverie j’en fus tiré par l’événement qui me reste à raconter.

J’étais sur les six heures à la descente de Ménilmontant presque vis-à-vis du Galant Jardinier, quand des personnes qui marchaient devant moi s’étant tout à coup brusquement écartées je vis fondre sur moi un gros chien danois qui, s’élançant à toutes jambes devant un carrosse, n’eut pas même le temps de retenir sa course ou de se détourner quand il m’aperçut. Je jugeai que le seul moyen que j’avais d’éviter d’être jeté par terre était de faire un grand saut si juste que le chien passât sous moi tandis que je serais en l’air. Cette idée plus prompte que l’éclair et que je n’eus le temps ni de raisonner ni d’exécuter fut la dernière avant mon accident. Je ne sentis ni le coup ni la chute, ni rien de ce qui s’ensuivit jusqu’au moment où je revins à moi.

Il était presque nuit quand je repris connaissance. Je me trouvai entre les bras de trois ou quatre jeunes gens qui me racontèrent ce qui venait de m’arriver. Le chien danois n’ayant pu retenir son élan s’était précipité sur mes deux jambes et, me choquant de sa masse et de sa vitesse, m’avait fait tomber la tête en avant : la mâchoire supérieure portant tout le poids de mon corps avait frappé sur un pavé très raboteux, et la chute avait été d’autant plus violente qu’étant à la descente, ma tête avait donné plus bas que mes pieds.

Le carrosse auquel appartenait le chien suivait immédiatement et m’aurait passé sur le corps si le cocher n’eût à l’instant retenu ses chevaux. Voilà ce que j’appris par le récit de ceux qui m’avaient relevé et qui me soutenaient encore lorsque je revins à moi. L’état auquel je me trouvai dans cet instant est trop singulier pour n’en pas faire ici la description.

La nuit s’avançait. J’aperçus le ciel, quelques étoiles, et un peu de verdure. Cette première sensation fut un moment délicieux. Je ne me sentais encore que par-là. Je naissais dans cet instant à la vie, et il me semblait que je remplissais de ma légère existence tous les objets que j’apercevais. Tout entier au moment présent je ne me souvenais de rien ; je n’avais nulle notion distincte de mon individu, pas la moindre idée de ce qui venait de m’arriver ; je ne savais ni qui j’étais ni où j’étais ; je ne sentais ni mal, ni crainte, ni inquiétude. Je voyais couler mon sang comme j’aurais vu couler un ruisseau, sans songer seulement que ce sang m’appartînt en aucune sorte. Je sentais dans tout mon être un calme ravissant, auquel chaque fois que je me le rappelle, je ne trouve rien de comparable dans toute l’activité des plaisirs connus.

I soon realized that I had delayed carrying out this project far too long. My once-vigorous imagination no longer ignited with the same intensity when contemplating the objects that once inspired it; I no longer indulged in the delirious pleasures of daydreaming. What my imagination now produced was more reminiscent than truly creative—a lukewarm, lethargic state that weakened all my faculties. The spirit of life within me gradually faded away. My soul could barely break free from its decaying shell, and without the hope of attaining the state I longed for—because I felt entitled to it—I would cease to exist at all except through memories. Thus, in order to glimpse who I once was before this decline, I must look back at those years when, having lost all hope here on earth and finding no nourishment for my heart, I gradually learned to sustain it with its own inner resources, seeking all my fulfillment within myself.

This resource, of which I became aware too late, proved so fruitful that it soon sufficed to compensate me for everything. The habit of turning within myself finally made me lose both the sensation and almost the memory of my sufferings. Through my own experience, I learned that the source of true happiness lies within us, and that it does not depend on others to make those who know how to desire happiness truly miserable. For four or five years, I had regularly enjoyed these inner delights that loving and gentle souls find in contemplation. These raptures, these extasms that I sometimes experienced while walking alone were pleasures that I owed to my persecutors—for without them, I would never have discovered or come to know the treasures that lay within me. In the midst of such abundance, how is it possible to keep a faithful record of them? Whenever I tried to recall those sweet reveries, instead of describing them, I would simply fall back into them once more. Such a state can only be recalled through its memory itself; and one would soon cease to know it altogether if one were to stop feeling it at all.

I indeed experienced this effect during the walks that followed my decision to write a continuation of my Confessions, especially during one particular walk I am about to describe. An unexpected incident interrupted the flow of my thoughts and temporarily directed them in a different direction.

On Thursday, October 24, 1776, after dinner, I strolled along the boulevards until I reached Rue du Chemin-Vert, from where I proceeded up to the hills of Ménilmontant. There, taking paths through vineyards and meadows, I crossed the pleasant landscape that separates these two villages and then took a detour to return via the same meadows but by another route. I enjoyed wandering through them with the pleasure and interest that beautiful natural settings have always inspired in me, occasionally stopping to observe various plants growing in the greenery. I noticed two species that I rarely saw around Paris but that were quite abundant in this area: one was the picris hieracioïdes from the composite family, and the other the buplevrum falcatum from the umbelliferous family. This discovery brought me great joy and kept me entertained for a long time. Eventually, I found an even rarer plant, especially in such a high-altitude region—namely, the cerastium aquaticum. Despite an accident that happened to me on the same day, I managed to locate information about it in a book I had with me and added it to my herbarium.

Finally, after carefully observing several other plants that were still in bloom, their appearance and the familiarity of their names continuing to bring me pleasure, I gradually ceased these detailed observations and allowed myself to be overwhelmed by the overall impression they all produced upon me—an impression equally pleasant but far more touching. In recent days, the harvest had been completed; the city dwellers had already retired from their outdoor activities; the farmers also left their fields, resuming only winter-related tasks. The countryside, still green and vibrant yet partially defoliated and nearly deserted, presented everywhere the signs of solitude and the approach of winter. Its appearance evoked a mix of tender and melancholic feelings—too resonant with my age and my fate for me not to reflect deeply on it. I saw myself at the twilight of an innocent but unfortunate life, my soul still filled with lively emotions, my mind adorned with what were once beautiful thoughts, yet now withered by sorrow and drained by hardships. Alone and abandoned, I felt the cold of the first frosts approaching; my dwindling imagination could no longer fill my solitude with images created from my own desires. I sighed to myself: What have I accomplished in this world? I was meant to live, yet I die having lived so little. At least it was not my fault—I would offer to the Creator of my existence, if not the fruits of good deeds I never had the chance to perform, at least a tribute of well-intentioned efforts that remained unfulfilled, of healthy sentiments that were rendered ineffective, and of patience tested by human indifference. As I pondered these thoughts, I recalled the various movements of my soul since my youth, throughout my adult life, and since I was separated from human society, during this long retreat where I must now spend my days. I relived with pleasure all the affections in my heart, those tender yet blind attachments, those ideas that, though not entirely comforting, had at least provided solace over the years, and I prepared myself to recall them in sufficient detail to describe them with a joy almost as intense as that which I had once felt while indulging in them. My afternoon passed in these peaceful meditations, and I left it quite satisfied with my day when, lost in my reverie, I was suddenly interrupted by the event that remains to be told.

It was around six o’clock in the evening as I was walking down Ménilmontant, almost opposite the Galant Jardinier, when the people walking ahead of me suddenly stepped aside. Suddenly, a large Danish dog, having rushed in front of a carriage, had no time to stop or turn away when it saw me. I realized that my only chance of avoiding being knocked over was to leap high enough so that the dog would pass underneath me while I was still in the air. This idea, faster than lightning, came to me without any time for thought or action—and it was also the last thing I remembered before the accident happened. I felt neither the impact nor the fall, nor anything that happened afterward until I regained consciousness.

It was almost night when I regained consciousness. I found myself in the arms of three or four young people who told me what had just happened to me. The Danish dog, unable to control its momentum, had rushed at my legs, and with its weight and speed, it knocked me forward. My upper jaw, bearing the entire weight of my body, struck against a very uneven surface, and the impact was all the more violent because, as I fell, my head hit the ground before my feet did.

The carriage to which the dog belonged followed immediately behind and would have run over me if the coachman had not immediately reined in his horses. This is what I learned from the accounts of those who had helped me up and were still supporting me when I regained consciousness. The state I was in at that moment is too extraordinary to not describe it here.

The night was progressing. I saw the sky, a few stars, and some greenery. This first sensation was truly delightful. At that moment, I existed only in that present. I was being born to life, and it felt as though my light existence filled every object I perceived. Completely immersed in the present, I remembered nothing; I had no clear notion of who I was or where I was; I felt neither pain, fear, nor anxiety. I watched my blood flow just as I would watch a stream flowing by, without even realizing that it belonged to me at all. Throughout my being, I experienced a wonderful calmness—something I find utterly unmatched in all the known pleasures of life, whenever I recall it.

Ben presto ho capito di essere arrivato troppo tardi per realizzare quel progetto. La mia immaginazione, ormai meno vivace, non si infiamma più come un tempo alla vista dell’oggetto che la stimolava; non mi inebrio più del delirio dei sogni. Ora ciò che produce è piuttosto un ricordo che una creazione. Un tiepido torpore paralizza tutte le mie facoltà; lo spirito di vita si spegne gradualmente in me. La mia anima fatica a uscire da questa sua decadente “involucro”, e senza l’aspirazione verso lo stato a cui anelo – perché sento di averne diritto – non esisterei più se non attraverso i ricordi. Quindi, per potermi osservare così com’ero prima del mio declino, devo tornare indietro di almeno alcuni anni. A quel tempo, avendo perso ogni speranza in questo mondo e non trovando più nulla che potesse nutrire il mio cuore sulla terra, mi abituavo gradualmente a “nutrirlo” con la sua stessa sostanza, cercando in me stesso tutta la fonte della mia energia vitale.

Questa risorsa, di cui mi resi conto troppo tardi, divenne così feconda da bastare ben presto a compensarmi di tutto. L’abitudine di riflettere su me stesso mi permise finalmente di perdere il senso e quasi il ricordo dei miei mali; imparai così, attraverso la mia esperienza personale, che la fonte del vero felicità è dentro di noi, e che non dipende dagli altri rendere davvero miserabile colui che sa voler essere felice. Da quattro o cinque anni assaporavo regolarmente quelle gioie interne che le anime amorevoli e dolci trovano nella contemplazione. Quei momenti di estasi, quei piaceri che talvolta provavo passeggiando da solo, erano in realtà doni dei miei persecutori: senza di loro, non avrei mai scoperto né conosciuto i tesori che portavo dentro di me. In mezzo a tante ricchezze, come poterne mantenere un registro fedele? Nel tentativo di ricordare quei dolci sogni, invece di descriverli, finivo per ritornarvi ancora una volta. È uno stato che il suo stesso ricordo riporta alla luce, e che presto cesserebbe di essere conosciuto, se non lo si provasse più affatto.

Provai effettivamente questo effetto durante le passeggiate che seguirono il progetto di scrivere la continuazione delle mie “Confessioni”, soprattutto durante quella di cui parlerò ora; in quell’occasione, un incidente imprevisto interruppe il filo dei miei pensieri, dando loro per un certo periodo una direzione diversa.

Nel giovedì 24 ottobre 1776, dopo cena seguii i viali fino a rue du Chemin-Vert, da dove raggiunsi le colline di Ménilmontant; da lì, percorrendo sentieri tra vigneti e praterie, attraversai il paesaggio incantevole che separa questi due villaggi fino a Charonne. Poi feci un giro più lungo, tornando sempre attraverso le stesse praterie ma seguendo un altro itinerario. Mi divertivo molto ad esplorarle con quel piacere e quell’interesse che i luoghi piacevoli hanno sempre suscitato in me; di tanto in tanto mi fermavo per osservare le piante presenti nella vegetazione circostante. Ne notai due specie che raramente vedevo intorno a Parigi, ma che in quella zona erano molto abbondanti: una era il picris hieracioïdes, appartenente alla famiglia delle Composite, l’altra il buplevrum falcatum, della famiglia delle Ombellifere. Questa scoperta mi rese molto felice e mi divertì a lungo; in seguito trovai ancora una pianta ancora più rara, soprattutto in una zona elevata: si trattava del cerastium aquaticum. Nonostante un incidente che mi accadde lo stesso giorno, riuscii comunque a trovarne descrizione in un libro che avevo con me e la inserii nel mio erbario.

Finalmente, dopo aver esaminato in dettaglio molte altre piante che ancora erano in fiore, e il cui aspetto, così come l’elenco dei loro nomi, familiari a me, continuavano a darmi piacere, abbandonai gradualmente queste osservazioni minuziose per lasciarmi trasportare da un’impressione altrettanto gradevole, ma ancora più commovente, che l’insieme di tutto ciò suscitava in me. Da alcuni giorni era terminata la raccolta delle uve; i cittadini che passeggiavano per le strade si erano già ritirati; anche i contadini lasciavano i campi, pronti per gli impegni invernali. La campagna, ancora verde e rigogliosa, ma parzialmente spoglia di foglie e ormai quasi deserta, offriva ovunque l’immagine della solitudine e dell’avvicinarsi dell’inverno. Il suo aspetto evocava un misto di sentimenti dolci e tristi, troppo simili alla mia età e al mio destino, per non farmeli riflettere profondamente. Mi vedevo nel declino di una vita innocente e sfortunata: l’anima ancora piena di sentimenti vivaci, lo spirito ancora adornato da alcune “fioriture”, ma già appassite a causa della tristezza e degli inconvenienti. Solo e abbandonato, sentivo avvicinarsi il freddo delle prime gelate; la mia immaginazione, ormai spenta, non popolava più la mia solitudine con esseri creati secondo i miei desideri. Mi chiedevo, sospirando: “Cosa ho fatto in questo mondo? Ero destinato a vivere, e muoio senza aver vissuto davvero”. Almeno non è stata colpa mia; porterò al Creatore della mia esistenza, se non l’offerta di buone azioni che non mi è stato concesso di compiere, almeno un tributo di buone intenzioni frustrate, di sentimenti sani ma resi inefficaci, e di una pazienza messa alla prova dal disprezzo degli uomini. Mi commuovevo davanti a queste riflessioni; ricordavo tutti i sentimenti del mio cuore fin dalla mia giovinezza, durante la mia età adulta, e da quando ero stato separato dalla società umana, in questa lunga solitudine nella quale dovevo trascorrere gli ultimi giorni della mia vita. Ripensavo con piacere a tutte le affezioni del mio cuore, ai suoi legami così teneri ma così ciechi, alle idee che, sebbene meno tristi, erano comunque fonte di conforto per la mia mente negli ultimi anni. E mi preparavo a ricordarle abbastanza da poterle descrivere con un piacere quasi uguale a quello che avevo provato nel dedicarmici. Il mio pomeriggio trascorse in queste tranquille meditazioni; me ne tornai molto soddisfatto della mia giornata, quando, nel bel mezzo di quelle riflessioni, fui distolto dall’evento che devo ora raccontare.

Ero alle sei in punto sulla discesa di Ménilmontant, quasi di fronte al Galant Jardinier, quando alcune persone che camminavano davanti a me si allontanarono improvvisamente; vidi quindi avvicinarsi a me un grosso cane danese che, lanciandosi davanti a una carrozza, non ebbe nemmeno il tempo di fermarsi o deviare quando mi vide. Pensai che l’unico modo per evitare di essere sbattuto a terra fosse fare un salto così preciso da far passare il cane sotto di me mentre io fossi ancora in aria. Questa idea, rapida come un lampo e senza che avessi il tempo né di riflettere né di agire, fu l’ultima cosa che mi venne in mente prima dell’incidente. Non sentii né il colpo né la caduta, né nulla di ciò che accadde dopo fino al momento in cui ripresi i sensi.

Era quasi notte quando ripresi i sens. Mi trovavo tra le braccia di tre o quattro giovani che mi raccontarono ciò che mi era appena accaduto. Il cane danese, non essendo riuscito a trattenersi, si era precipitato sulle mie gambe e, con il suo peso e la sua velocità, mi aveva fatto cadere in avanti: la mascella superiore, che sosteneva tutto il mio peso, aveva colpito un selciato molto irregolare, e la caduta era stata ancora più violenta perché, essendo in discesa, la mia testa aveva colpito il terreno prima dei piedi.

La carrozza a cui apparteneva il cane seguiva immediatamente dietro di me e mi avrebbe investito se il cocchiere non avesse fermato i cavalli all’istante. Questo è ciò che ho appreso attraverso il racconto di coloro che mi avevano aiutato a rialzarmi e che continuavano a sostenermi quando sono tornato in me stesso. Lo stato in cui mi trovavo in quel momento è troppo straordinario per non essere descritto qui.

La notte proseguiva. Vidi il cielo, alcune stelle e un po’ di verde. Questa prima sensazione fu davvero deliziosa. Mi sentivo ancora come se fossi appena nato; in quell’istante nascevo alla vita, e mi sembrava che la mia esistenza leggera riempisse tutti gli oggetti che vedevo intorno a me. Totalmente immerso nel presente, non ricordavo nulla; non avevo alcuna nozione chiara del mio essere, nessuna idea di ciò che era appena accaduto; non sapevo né chi fossi né dove mi trovassi; non provavo dolore, paura o ansia. Vedevo il mio sangue scorrere, proprio come avrei visto scorrere un ruscello, senza nemmeno pensare che quel sangue appartenesse a me. Sentivo in tutto il mio essere una pace meravigliosa; ogni volta che ci ripenso, non trovo nulla di paragonabile nell’intera gamma dei piaceri conosciuti.

On me demanda où je demeurais ; il me fut impossible de le dire. Je demandai où j’étais ; on me dit, à la Haute-Borne ; c’était comme si l’on m’eût dit au mont Atlas. Il fallut demander successivement le pays, la ville et le quartier où je me trouvais. Encore cela ne put-il suffire pour me reconnaître ; il me fallut tout le trajet de là jusqu’au boulevard pour me rappeler ma demeure et mon nom. Un monsieur que je ne connaissais pas et qui eut la charité de m’accompagner quelque temps, apprenant que je demeurais si loin, me conseilla de prendre au Temple un fiacre pour me conduire chez moi. Je marchais très bien, très légèrement, sans sentir ni douleur ni blessure, quoique je crachasse toujours beaucoup de sang. Mais j’avais un frisson glacial qui faisait claquer d’une façon très incommode mes dents fracassées. Arrivé au Temple, je pensai que puisque je marchais sans peine il valait mieux continuer ainsi ma route à pied que de m’exposer à périr de froid dans un fiacre. Je fis ainsi la demi-lieue qu’il y a du Temple à la rue Plâtrière, marchant sans peine, évitant les embarras, les voitures, choisissant et suivant mon chemin tout aussi bien que j’aurais pu faire en pleine santé. J’arrive, j’ouvre le secret qu’on a fait mettre à la porte de la rue, je monte l’escalier dans l’obscurité, et j’entre enfin chez moi sans autre accident que ma chute et ses suites, dont je ne m’apercevais pas même encore alors.

Les cris de ma femme en me voyant me firent comprendre que j’étais plus maltraité que je ne pensais. Je passai la nuit sans connaître encore et sentir mon mal. Voici ce que je sentis et trouvai le lendemain. J’avais la lèvre supérieure fendue en dedans jusqu’au nez ; en dehors la peau l’avait mieux garantie et empêchait la totale séparation ; quatre dents enfoncées à la mâchoire supérieure, toute la partie du visage qui la couvre extrêmement enflée et meurtrie, le pouce droit foulé et très gros, le pouce gauche grièvement blessé, le bras gauche foulé, le genou gauche aussi très enflé et qu’une contusion forte et douloureuse empêchait totalement de plier. Mais avec tout ce fracas rien de brisé, pas même une dent, bonheur qui tient du prodige dans une chute comme celle-là.

Voilà très fidèlement l’histoire de mon accident. En peu de jours cette histoire se répandit dans Paris, tellement changée et défigurée qu’il était impossible d’y rien reconnaître. J’aurais dû compter d’avance sur cette métamorphose ; mais il s’y joignit tant de circonstances bizarres ; tant de propos obscurs et de réticences l’accompagnèrent, on m’en parlait d’un air si risiblement discret que tous ces mystères m’inquiétèrent. J’ai toujours haï les ténèbres, elles m’inspirent naturellement une horreur que celles dont on m’environne depuis tant d’années n’ont pas dû diminuer. Parmi toutes les singularités de cette époque je n’en remarquerai qu’une, mais suffisante pour faire juger des autres.

M. Lenoir, Lieutenant général de police, avec lequel je n’avais eu jamais aucune relation, envoya son secrétaire s’informer de mes nouvelles[351], et me faire d’instantes offres de services qui ne me parurent pas dans la circonstance d’une grande utilité pour mon soulagement. Son secrétaire ne laissa pas de me presser très vivement de me prévaloir de ces offres, jusqu’à me dire que si je ne me fiais pas à lui, je pouvais écrire directement à M. Lenoir. Ce grand empressement et l’air de confidence qu’il y joignit me firent comprendre qu’il y avait sous tout cela quelque mystère que je cherchais vainement à pénétrer. Il n’en fallait pas tant pour m’effaroucher, surtout dans l’état d’agitation où mon accident et la fièvre qui s’y était jointe avaient mis ma tête. Je me livrais à mille conjectures inquiétantes et tristes, et je faisais sur tout ce qui se passait autour de moi des commentaires qui marquaient plutôt le délire de la fièvre que le sang-froid d’un homme qui ne prend plus d’intérêt à rien.

Un autre événement vint achever de troubler ma tranquillité. Mme d’Ormoy[352] m’avait recherché depuis quelques années, sans que je pusse deviner pourquoi. De petits cadeaux affectés, de fréquentes visites sans objet et sans plaisir me marquaient assez un but secret à tout cela, mais ne me le montraient pas. Elle m’avait parlé d’un roman qu’elle voulait faire pour le présenter à la reine. Je lui avais dit ce que je pensais des femmes auteurs. Elle m’avait fait entendre que ce projet avait pour but le rétablissement de sa fortune, pour lequel elle avait besoin de protection ; je n’avais rien à répondre à cela. Elle me dit depuis que, n’ayant pu avoir accès auprès de la reine, elle était déterminée à donner son livre au public. Ce n’était plus le cas de lui donner des conseils qu’elle ne me demandait pas, et qu’elle n’aurait pas suivis. Elle m’avait parlé de me montrer auparavant le manuscrit. Je la priai de n’en rien faire, et elle n’en fit rien.

Un beau jour, durant ma convalescence, je reçus de sa part ce livre tout imprimé et même relié, et je vis dans la préface de si grosses louanges de moi, si maussadement plaquées et avec tant d’affectation que j’en fus désagréablement affecté. La rude flagornerie qui s’y faisait sentir ne s’allia jamais avec la bienveillance, mon cœur ne saurait se tromper là-dessus.

Quelques jours après, Mme d’Ormoy me vint voir avec sa fille. Elle m’apprit que son livre faisait le plus grand bruit à cause d’une note qui le lui attirait ; j’avais à peine remarqué cette note en parcourant rapidement ce roman. Je la relus après le départ de Mme d’Ormoy, j’en examinai la tournure, j’y crus trouver le motif de ses visites, de ses cajoleries, des grosses louanges de sa préface, et je jugeai que tout cela n’avait d’autre but que de disposer le public à m’attribuer la note et par conséquent le blâme qu’elle pouvait attirer à son auteur dans la circonstance où elle était publiée.

Je n’avais aucun moyen de détruire ce bruit et l’impression qu’il pouvait faire, et tout ce qui dépendait de moi était de ne pas l’entretenir en souffrant la continuation des vaines et ostensives visites de Mme d’Ormoy et de sa fille. Voici pour cet effet le billet que j’écrivis à la mère :

« Rousseau ne recevant chez lui aucun auteur remercie Mme d’Ormoy de ses bontés et la prie de ne plus l’honorer de ses visites. »

Elle me répondit par une lettre honnête dans la forme, mais tournée comme toutes celles que l’on m’écrit en pareil cas. J’avais barbarement porté le poignard dans son cœur sensible, et je devais croire au ton de sa lettre qu’ayant pour moi des sentiments si vifs et si vrais elle ne supporterait point sans mourir cette rupture. C’est ainsi que la droiture et la franchise en toute chose sont des crimes affreux dans le monde, et je paraîtrais à mes contemporains méchant et féroce, quand je n’aurais à leurs yeux d’autre crime que de n’être pas faux et perfide comme eux.

J’étais déjà sorti plusieurs fois et je me promenais même assez souvent aux Tuileries, quand je vis à l’étonnement de plusieurs de ceux qui me rencontraient qu’il y avait encore à mon égard quelque autre nouvelle que j’ignorais. J’appris enfin que le bruit public était que j’étais mort de ma chute, et ce bruit se répandit si rapidement et si opiniâtrement que plus de quinze jours après que j’en fus instruit le Roi même et la Reine en parlèrent comme d’une chose sûre. Le Courrier d’Avignon à ce qu’on eut soin de m’écrire, annonçant cette heureuse nouvelle, ne manqua pas d’anticiper à cette occasion sur le tribut d’outrages et d’indignités qu’on prépare à ma mémoire après ma mort, en forme d’oraison funèbre.

Cette nouvelle fut accompagnée d’une circonstance encore plus singulière que je n’appris que par hasard et dont je n’ai pu savoir aucun détail. C’est qu’on avait ouvert en même temps une souscription pour l’impression des manuscrits que l’on trouverait chez moi. Je compris par là qu’on tenait prêt un recueil d’écrits fabriqués tout exprès pour me les attribuer d’abord après ma mort : car de penser qu’on imprimât fidèlement aucun de ceux qu’on pourrait trouver en effet, c’était une bêtise qui ne pouvait entrer dans l’esprit d’un homme sensé, et dont quinze ans d’expérience ne m’ont que trop garanti.

Someone asked me where I lived; I was unable to tell them. I then asked where I was, and they said I was at la Haute-Borne—as if they had said I was on Mount Atlas. It took me asking repeatedly about the country, the city, and the neighborhood where I found myself before anyone was able to recognize me; it wasn’t until I had traveled all the way to the boulevard that I finally remembered my address and name. A gentleman whom I did not know, but who had the kindness to accompany me for a while, suggested that I take a carriage from the Temple to get home. I was walking quite well, without feeling any pain or injury, although I was still spitting up a lot of blood. However, I was shivering with cold, which caused my broken teeth to clack uncomfortably. When I arrived at the Temple, I thought that since I was able to walk without difficulty, it would be better to continue on foot rather than risk dying of hypothermia in a carriage. So I walked the half-mile distance from the Temple to rue Plâtrière, avoiding obstacles and traffic, choosing my way just as easily as I would have done if I had been in perfect health. When I finally arrived home, I opened the secret door that had been installed at the entrance, climbed the stairs in the darkness, and entered my house—without any further accidents, aside from the fall and its consequences, of which I was not even aware at that moment.

My wife’s screams when she saw me made me realize that I had been hurt more severely than I had thought. I spent the night without yet fully understanding or feeling the extent of my injuries. Here’s what I experienced and found the next day: my upper lip was split inward all the way to my nose; on the outside, the skin had kept it somewhat intact, preventing it from splitting completely; four teeth were knocked out in my upper jaw; the entire area of my face covering that jaw was severely swollen and injured; my right thumb was crushed and greatly enlarged; my left thumb was also badly damaged; my left arm was injured; my left knee was also very swollen, and a severe and painful bruise made it impossible to bend it at all. But despite all this damage, nothing was broken—not even a single tooth. Such luck is almost like a miracle after a fall like that.

This is a very faithful account of my accident. In just a few days, this story spread throughout Paris—so altered and distorted that it was impossible to recognize anything in it. I should have anticipated such a transformation; but so many bizarre circumstances arose, so many obscure remarks and hesitations accompanied its dissemination, and people spoke of it in such ridiculously discreet ways, that all these mysteries filled me with anxiety. I have always hated the darkness; it naturally inspires in me a horror that the darkness surrounding me these past many years has not diminished at all. Among all the peculiarities of that period, I will mention only one—yet one sufficient to give an idea of the rest.

Mr. Lenoir, Lieutenant General of Police, with whom I had never had any contact before, sent his secretary to inquire about my well-being[351] and immediately offered his assistance, though these offers did not seem of much use in alleviating my current distress. His secretary insisted very earnestly that I take advantage of these offers, even suggesting that if I did not trust him, I could write directly to Mr. Lenoir himself. Such eagerness, coupled with the confidential tone he used, made me realize that there must be some mystery behind it—something I was futilely trying to understand. This was enough to frighten me greatly, especially in the state of agitation caused by my accident and the fever that had followed. I began to entertain a thousand disturbing and sad conjectures, and my reactions to everything around me seemed more like the delirium brought on by fever than the calmness of a person who no longer finds any interest in anything.

Another event came to completely disrupt my peace of mind. For some years, Madame d’Ormoy[352] had been seeking out contact with me, but I could not figure out why. Small, insincere gifts and frequent visits that seemed to have no purpose or pleasure at all clearly indicated a hidden motive behind her actions, yet they never revealed it to me. She had mentioned to me a novel she wanted to write in order to present it to the Queen. I had expressed my opinions about female authors. She then told me that this project was actually intended to restore her fortune, and that she needed protection for it; I had nothing to reply to that. Later, she said that since she had not been able to gain access to the Queen, she was determined to present her book directly to the public. It was no longer appropriate for me to offer her any advice that she neither asked for nor would have considered. She had mentioned before that she wanted to show me the manuscript. I asked her not to do so, and she did not.

One fine day, during my convalescence, I received from him a book that was already completely printed and bound. In the preface, I read such excessive praise for me—so insincerely and affectately phrased—that it disturbed me greatly. The crude flattery contained therein could never be mistaken for genuine kindness; my heart would never allow me to confuse the two.

A few days later, Madame d’Ormoy came to see me with her daughter. She told me that her book was causing quite a stir because of a particular note contained within it; I had barely noticed that note when I had quickly read through the novel. After Madame d’Ormoy left, I reread it, examining its wording carefully. I believed I had found the reason for her visits, her flattery, and the exaggerated praise in her preface—and I concluded that all of this was merely intended to make the public attribute that note, and consequently the blame that it might bring to her author, to me.

I had no way to eliminate that noise and the effect it produced; all I could do was prevent its continuation by enduring the futile and ostentatious visits of Madame d’Ormoy and her daughter. Here is the note I wrote to their mother for this purpose:

“Since Rousseau received no visitors from any authors at his home, he thanked Madame d’Ormoy for her kindnesses and asked her to refrain from visiting him in the future.”

She replied to me with a letter that was honest in form, but written in the same way as all such letters I receive in similar situations. I had brutally wounded her sensitive heart with my words, and I had to believe, from the tone of her letter, that since she felt such intense and genuine feelings for me, she could not endure this separation without dying. Such is it how honesty and frankness in everything can be regarded as terrible crimes in this world; to my contemporaries, I would seem cruel and merciless, when all I had done was not to be deceitful and treacherous like them.

I had already gone out several times and even took walks in the Tuileries quite often when, to the surprise of many who encountered me, I realized that there was some other news about me that I was unaware of. I finally learned that the rumor circulating was that I had died as a result of my fall. This rumor spread so quickly and with such conviction that more than fifteen days after I learned of it, even the King and the Queen were referring to it as an established fact. The Courrier d’Avignon, in its letter informing me of this happy news, did not fail to anticipate the insults and indignities that would surely be prepared in my memory after my death, in the form of funeral orations.

This news was accompanied by an even more peculiar circumstance which I only learned about by chance and of which I was unable to obtain any details. It turned out that at the same time, a subscription had been opened for the printing of manuscripts that would be found in my possession. From this, I understood that a collection of writings had been prepared specifically with the intention of attributing them to me after my death. For to think that anyone would actually print any of those manuscripts that could indeed be found among my belongings was simply an absurdity—something that could never occur to a sensible person; fifteen years of experience have only served to confirm this for me.

Mi chiesero dove abitassi; non riuscii a rispondere. Chiesi io stesso dove mi trovavo; mi dissero che ero alla Haute-Borne. Come se mi avessero detto che ero sul monte Atlas. Fu necessario chiedere successivamente il paese, la città e il quartiere in cui mi trovavo. Nemmeno questo fu sufficiente per riconoscermi; fu necessario percorrere l’intero tragitto fino al boulevard per ricordarmi dove abitavo e qual era il mio nome. Un signore che non conoscevo, ma che ebbe la gentilezza di accompagnarmi per un po’, sapendo che abitavo così lontano, mi consigliò di prendere una vettura al Temple per tornare a casa. Camminavo molto bene, senza sentire dolore né ferite, anche se continuavo a sputare molto sangue. Tuttavia, avevo un brivido gelido che faceva battere in modo molto fastidioso i miei denti frantumati. Arrivato al Temple, pensai che poiché camminavo senza difficoltà, fosse meglio continuare il mio viaggio a piedi piuttosto che rischiare di morire dal freddo in una vettura. Così percorsi i duecento metri che ci sono dal Temple alla rue Plâtrière, camminando senza sforzo, evitando ostacoli e veicoli, scegliendo e seguendo il mio percorso esattamente come avrei potuto fare se fossi stato in piena salute. Arrivato a casa, aprii la serratura che era stata messa sulla porta. Salii le scale al buio. E finalmente entrai nella mia abitazione, senza altri incidenti se non quello della mia caduta e delle conseguenze di essa, di cui però in quel momento non mi rendevo ancora conto.

I gridi di mia moglie quando mi vide mi fecero capire che venivo maltrattato più di quanto pensassi. Trascorsi la notte senza ancora conoscere con precisione l’entità del mio dolore. Ecco ciò che sentii il giorno dopo: la labbra superiore era spaccata all’interno fino al naso; all’esterno, la pelle la proteggeva in modo sufficiente, impedendo una separazione completa delle parti; quattro denti erano schiacciati nella mascella superiore; l’intera parte del viso che la ricopre era estremamente gonfia e ferita; il pollice destro era fratturato e molto ingrossato, mentre il pollice sinistro era gravemente ferito; il braccio sinistro era anch’esso contuso; il ginocchio sinistro era altrettanto gonfio, e una forte contusione impediva completamente di piegarlo. Ma, nonostante tutto questo, nulla era rotto, nemmeno un dente. Una fortuna che sembrava un miracolo, considerando l’entità della caduta.

Ecco, molto fedelmente, la storia del mio incidente. In pochi giorni questa storia si diffuse per Parigi, talmente trasformata e alterata da diventare impossibile riconoscerla. Avrei dovuto prevedere questa metamorfosi; ma vi furono così tante circostanze strane, così tanti discorsi oscuri e reticenze ad accompagnarla. Si parlava di me con un tono così ridicolmente discreto che tutti questi misteri iniziarono a preoccuparmi. Ho sempre odiato le tenebre; esse suscitano in me una naturale orrore, un sentimento che non è certo diminuito negli anni in cui sono circondato da oscurità. Tra tutte le stranezze di quell’epoca, ne noterò soltanto una, ma sufficiente per far giudicare delle altre.

Il signor Lenoir, tenente generale di polizia, con il quale non avevo mai avuto alcun rapporto, inviò il suo segretario per informarsi delle mie condizioni[351] e mi fece subito offerte di aiuto che, in quella circostanza, non mi sembrarono di grande utilità per alleviare le mie difficoltà. Il suo segretario insistette molto affinché accettassi queste offerte, arrivando persino a dirmi che, se non mi fidavo di lui, potevo scrivere direttamente al signor Lenoir stesso. Questo grande impegno da parte sua, unito all’atteggiamento confidenziale con cui si esprimeva, mi fece capire che c’era qualcosa di misterioso dietro tutto ciò; cercai invano di comprendere di cosa si trattasse. Non occorreva molto per spaventarmi, soprattutto nello stato di agitazione in cui mi trovavo a causa dell’incidente e della febbre che ne era derivata. Iniziai a fare mille congetture inquietanti e tristi, e i commenti che facevo su tutto ciò che accadeva intorno a me sembravano piuttosto il prodotto del delirio causato dalla febbre, piuttosto che la calma di una persona che non prova più interesse per nulla.

Un altro evento venne a turbare ulteriormente la mia tranquillità. Da alcuni anni, la signora d’Ormoy[352] cercava di mettersi in contatto con me, senza che io riuscissi a capire il motivo. Piccoli regali insinceri, visite frequenti ma prive di scopo e di piacere, indicavano chiaramente l’esistenza di un obiettivo segreto, ma non mi rivelavano quale fosse. Mi aveva parlato di un romanzo che voleva scrivere per presentarlo alla regina; le avevo espresso il mio parere sulle donne scrittrici. Lei mi aveva fatto capire che questo progetto aveva lo scopo di ripristinare la sua fortuna, e che per questo aveva bisogno di protezione; non avevo nulla da rispondere a questo. In seguito, mi disse che, non avendo ottenuto l’accesso alla regina, era decisa a far pubblicare il suo libro direttamente al pubblico. Non c’era più motivo di darle consigli che lei non mi chiedeva e che comunque non avrebbe seguito. Mi aveva detto di volermi mostrare il manoscritto in anticipo; le chiesi di non farlo, e lei non lo fece.

Un bel giorno, durante il mio periodo di convalescenza, ricevetti da sua parte quel libro completamente stampato e persino rilegato; nella prefazione vi erano lodi così esagerate nei miei confronti, presentate in modo così artefatto e ipocrita, che ne fui profondamente offeso. Quell’insolente adulatorietà non aveva alcun legame con la vera benevolenza; il mio cuore non avrebbe mai potuto ingannarsi al riguardo.

Qualche giorno dopo, la signora d’Ormoy venne a trovarmi con sua figlia. Mi disse che il suo libro stava suscitando grande interesse grazie a una nota che vi era stata aggiunta; io avevo appena notato quella nota durante la lettura rapida del romanzo. Dopo che la signora d’Ormoy se ne fu andata, rilessi quella nota attentamente, ne esaminai il contenuto e credetti di aver trovato il motivo delle sue visite, delle sue lusinghe e dei grandi elogi presenti nella sua prefazione. Giunsi alla conclusione che tutto ciò aveva lo scopo unico di indurre il pubblico a attribuirmi quella nota, e quindi anche la colpa che essa avrebbe potuto causare all’autrice in quelle circostanze particolari.

Non avevo alcun modo per eliminare quel rumore e l’impressione negativa che poteva causare; tutto ciò che dipendeva da me era evitare di alimentarlo, sopportando quindi le continue e ostentate visite della signora d’Ormoy e di sua figlia. Ecco la lettera che scrissi a sua madre a questo scopo:

“Rousseau, non ricevendo alcun autore a casa sua, ringrazia Madame d’Ormoy per le sue gentilezze e le chiede di non fargli più visita.”

Mi rispose con una lettera onesta nella forma consueta in simili circostanze, ma scritta nel modo tipico di tutte le lettere che mi vengono inviate in tali occasioni. Avevo ferito profondamente il suo cuore sensibile con le mie parole, e dovevo credere al tono della sua lettera: poiché provava per me sentimenti così intensi e sinceri, non avrebbe potuto sopportare una simile rottura senza morire. Ecco come la rettitudine e la franchezza in ogni cosa possano essere considerate crimini orribili nel mondo. Ai miei contemporanei sembrerei cattivo e crudele, quando in realtà il mio unico “crimine” è quello di non essere falso e perfido come loro.

Ero già uscito diverse volte e passeggiavo spesso anche alle Tuileries, quando vidi, con grande sorpresa di molte persone che mi incrociavano, che c’era ancora qualche altra notizia su di me che ignoravo. Scoprii infine che si diceva in giro che fossi morto a causa della mia caduta, e questa voce si diffuse così rapidamente e con tale insistenza che, più di quindici giorni dopo averne avuto conoscenza, persino il Re e la Regina ne parlavano come di una cosa certa. Il “Courrier d’Avignon”, nella lettera che mi inviò per annunciarmi questa lieta notizia, non mancò di anticipare, a tale proposito, i tributi di insulti e indignità che si stavano preparando in mio onore dopo la mia morte, sotto forma di orazioni funebri.

Questa notizia fu accompagnata da un ulteriore dettaglio ancora più singolare, di cui venni a conoscenza per caso e del quale non riuscii a sapere alcun particolare. Si trattava del fatto che era stata avviata contemporaneamente una raccolta fondi per la stampa dei manoscritti che si sarebbero trovati presso di me. Da questo capii che era stato preparato appositamente un insieme di scritti creati esclusivamente al fine di attribuirmeli dopo la mia morte: infatti, pensare che qualcuno avrebbe stampato fedelmente uno qualsiasi di quei manoscritti che effettivamente si sarebbero trovati lì era una sciocchezza che non poteva nemmeno sfiorare la mente di una persona sensata; quindici anni di esperienza mi hanno fornito prove più che sufficienti a confermare questa conclusione.

Ces remarques faites coup sur coup et suivies de beaucoup d’autres qui n’étaient guère moins étonnantes, effarouchèrent derechef mon imagination que je croyais amortie, et ces noires ténèbres qu’on renforçait sans relâche autour de moi ranimèrent toute l’horreur qu’elles m’inspirent naturellement. Je me fatiguai à faire sur tout cela mille commentaires et à tâcher de comprendre des mystères qu’on a rendus inexplicables pour moi. Le seul résultat constant de tant d’énigmes fut la confirmation de toutes mes conclusions précédentes, savoir que la destinée de ma personne et celle de ma réputation ayant été fixées de concert par toute la génération présente, nul effort de ma part ne pouvait m’y soustraire puisqu’il m’est de toute impossibilité de transmettre aucun dépôt à d’autres âges sans le faire passer dans celui-ci par des mains intéressées à le supprimer.

Mais cette fois j’allai plus loin. L’amas de tant de circonstances fortuites, l’élévation de tous mes plus cruels ennemis, affectée pour ainsi dire par la fortune, tous ceux qui gouvernent l’État, tous ceux qui dirigent l’opinion publique, tous les gens en place, tous les hommes en crédit triés comme sur le volet parmi ceux qui ont contre moi quelque animosité secrète, pour concourir au commun complot, cet accord universel est trop extraordinaire pour être purement fortuit. Un seul homme qui eût refusé d’en être complice, un seul événement qui lui eût été contraire, une seule circonstance imprévue qui lui eût fait obstacle, suffisait pour le faire échouer. Mais toutes les volontés, toutes les fatalités, la fortune et toutes les révolutions ont affermi l’œuvre des hommes, et un concours si frappant qui tient du prodige ne peut me laisser douter que son plein succès ne soit écrit dans les décrets éternels. Des foules d’observations particulières, soit dans le passé, soit dans le présent, me confirment tellement dans cette opinion que je ne puis m’empêcher de regarder désormais comme un de ces secrets du ciel impénétrables à la raison humaine la même œuvre que je n’envisageais jusqu’ici que comme un fruit de la méchanceté des hommes.

Cette idée, loin de m’être cruelle et déchirante, me console, me tranquillise, et m’aide à me résigner. Je ne vais pas si loin que saint Augustin, qui se fût consolé d’être damné si telle eût été la volonté de Dieu. Ma résignation vient d’une source moins désintéressée il est vrai, mais non moins pure et plus digne à mon gré de l’Être parfait que j’adore. Dieu est juste ; il veut que je souffre ; et il sait que je suis innocent. Voilà le motif de ma confiance, mon cœur et ma raison me crient qu’elle ne me trompera pas. Laissons donc faire les hommes et la destinée ; apprenons à souffrir sans murmure ; tout doit à la fin rentrer dans l’ordre, et mon tour viendra tôt ou tard.

Troisième promenade

Je deviens vieux en apprenant toujours.

Solon répétait souvent ce vers dans sa vieillesse. Il a un sens dans lequel je pourrais le dire aussi dans la mienne ; mais c’est une bien triste science que celle que depuis vingt ans l’expérience m’a fait acquérir : l’ignorance est encore préférable. L’adversité sans doute est un grand maître, mais il fait payer cher ses leçons, et souvent le profit qu’on en retire ne vaut pas le prix qu’elles ont coûté. D’ailleurs, avant qu’on ait obtenu tout cet acquis par des leçons si tardives, l’à-propos d’en user se passe. La jeunesse est le temps d’étudier la sagesse ; la vieillesse est le temps de la pratiquer. L’expérience instruit toujours, je l’avoue ; mais elle ne profite que pour l’espace qu’on a devant soi. Est-il temps au moment qu’il faut mourir d’apprendre comment on aurait dû vivre ?

Eh que me servent des lumières si tard et si douloureusement acquises sur ma destinée et sur les passions d’autrui dont elle est l’œuvre ! Je n’ai appris à mieux connaître les hommes que pour mieux sentir la misère où ils m’ont plongé, sans que cette connaissance, en me découvrant tous leurs pièges, m’en ait pu faire éviter aucun. Que ne suis-je resté toujours dans cette imbécile mais douce confiance qui me rendit durant tant d’années la proie et le jouet de mes bruyants amis, sans qu’enveloppé de toutes leurs trames j’en eusse même le moindre soupçon ! J’étais leur dupe et leur victime, il est vrai, mais je me croyais aimé d’eux, et mon cœur jouissait de l’amitié qu’ils m’avaient inspirée en leur en attribuant autant pour moi. Ces douces illusions sont détruites. La triste vérité que le temps et la raison m’ont dévoilée en me faisant sentir mon malheur, m’a fait voir qu’il était sans remède et qu’il ne me restait qu’à m’y résigner. Ainsi toutes les expériences de mon âge sont pour moi dans mon état sans utilité présente, et sans profit pour l’avenir.

Nous entrons en lice à notre naissance, nous en sortons à la mort. Que sert d’apprendre à mieux conduire son char quand on est au bout de la carrière ? Il ne reste plus à penser alors que comment on en sortira. L’étude d’un vieillard, s’il lui en reste encore à faire, est uniquement d’apprendre à mourir, et c’est précisément celle qu’on fait le moins à mon âge, on y pense à tout, hormis à cela. Tous les vieillards tiennent plus à la vie que les enfants et en sortent de plus mauvaise grâce que les jeunes gens. C’est que tous leurs travaux ayant été pour cette même vie, ils voient à sa fin qu’ils ont perdu leurs peines. Tous leurs soins, tous leurs biens, tous les fruits de leurs laborieuses veilles, ils quittent tout quand ils s’en vont. Ils n’ont songé à rien acquérir durant leur vie qu’ils pussent emporter à leur mort.

Je me suis dit tout cela quand il était temps de me le dire, et si je n’ai pas mieux su tirer parti de mes réflexions, ce n’est pas faute de les avoir faites à temps et de les avoir bien digérées. Jeté dès mon enfance dans le tourbillon du monde, j’appris de bonne heure par l’expérience que je n’étais pas fait pour y vivre, et que je n’y parviendrais jamais à l’état dont mon cœur sentait le besoin. Cessant donc de chercher parmi les hommes le bonheur que je sentais n’y pouvoir trouver, mon ardente imagination sautait déjà par-dessus l’espace de ma vie à peine commencée, comme sur un terrain qui m’était étranger, pour se reposer sur une assiette tranquille où je pusse me fixer.

Ce sentiment, nourri par l’éducation dès mon enfance et renforcé durant toute ma vie par ce long tissu de misères et d’infortunes qui l’a remplie, m’a fait chercher dans tous les temps à connaître la nature et la destination de mon être avec plus d’intérêt et de soin que je n’en ai trouvé dans aucun autre homme. J’en ai beaucoup vu qui philosophaient bien plus doctement que moi, mais leur philosophie leur était pour ainsi dire étrangère. Voulant être plus savants que d’autres, ils étudiaient l’univers pour savoir comment il était arrangé, comme ils auraient étudié quelque machine qu’ils auraient aperçue, par pure curiosité. Ils étudiaient la nature humaine pour en pouvoir parler savamment, mais non pas pour se connaître ; ils travaillaient pour instruire les autres, mais non pas pour s’éclairer en dedans. Plusieurs d’entre eux ne voulaient que faire un livre, n’importait quel, pourvu qu’il fût accueilli. Quand le leur était fait et publié, son contenu ne les intéressait plus en aucune sorte, si ce n’est pour le faire adopter aux autres et pour le défendre au cas qu’il fût attaqué, mais du reste sans en rien tirer pour leur propre usage, sans s’embarrasser même que ce contenu fût faux ou vrai pourvu qu’il ne fût pas réfuté. Pour moi quand j’ai désiré d’apprendre c’était pour savoir moi-même et non pas pour enseigner ; j’ai toujours cru qu’avant d’instruire les autres il fallait commencer par savoir assez pour soi, et de toutes les études que j’ai tâché de faire en ma vie au milieu des hommes il n’y en a guère que je n’eusse faite également seul dans une île déserte où j’aurais été confiné pour le reste de mes jours. Ce qu’on doit faire dépend beaucoup de ce qu’on doit croire, et dans tout ce qui ne tient pas aux premiers besoins de la nature nos opinions sont la règle de nos actions.

Dans ce principe, qui fut toujours le mien, j’ai cherché souvent et longtemps, pour diriger l’emploi de ma vie, à connaître sa véritable fin, et je me suis bientôt consolé de mon peu d’aptitude à me conduire habilement dans ce monde, en sentant qu’il n’y fallait pas chercher cette fin.

These remarks, made one after another and followed by many others just as astonishing, immediately terrified my imagination, which I had thought to be somewhat hardened against such things. These ever-expanding shadows of darkness that were constantly being cast around me revived all the horror they naturally inspired in me. I exhausted myself trying to make thousands of comments about all this and attempting to understand mysteries that had been rendered utterly inexplicable to me. The only consistent result of all these enigmas was the confirmation of all my previous conclusions: since the fate of both my person and my reputation had been predetermined by the entire current generation, no effort on my part could change it, for it was absolutely impossible for me to pass on any legacy to future generations without those interested in destroying it intervening to prevent such transmission.

But this time I went even further. The convergence of so many coincidental circumstances, the rise to power of all my most cruel enemies—those whom fortune seemed to have favored—ingether with those who governed the state, those who shaped public opinion, all those in positions of influence, all those men of credibility who had some secret animosity against me and had joined forces in this conspiracy—this universal collusion was too extraordinary to be mere chance. Had there been a single person who refused to take part, or one single event that had gone against them, or one unexpected obstacle that had thwarted their plans, the entire scheme would have failed. Yet every will, every force of fate, fortune itself, and even all revolutions worked together to bring this plan to fruition. Such a striking coincidence, bordering on the miraculous, leaves me with no doubt whatsoever that its complete success was predetermined in some eternal decree. Countless observations, both from the past and the present, reinforce this belief so firmly that I can no longer regard this outcome as anything other than one of those mysteries of heaven that are beyond human understanding—rather than merely the product of human malice.

This idea, far from being cruel and heart-wrenching to me, brings me comfort, tranquility, and helps me to accept my fate. I don’t go as far as Saint Augustine, who would have consoled himself with the thought that he would be damned if such were God’s will. My resignation comes from a source, admittedly less selfless, but no less pure and, in my opinion, just as worthy of the Perfect Being whom I adore. God is just; He wants me to suffer; and He knows that I am innocent. This is the reason for my confidence—my heart and reason tell me that it will not deceive me. Let us therefore allow men and fate to take their course; let us learn to endure suffering without complaint. In the end, everything must return to order, and my turn will come sooner or later.

Third Stroll

I grow old as I continue to learn.

In his old age, Solon often repeated this verse. It holds a truth that I could also apply to my own life; yet the lesson that twenty years of experience have taught me is one of profound sadness: ignorance is perhaps better. Adversity is indeed a great teacher, but it demands a heavy price for its lessons, and oftentimes the benefits gained are not worth the cost. Moreover, by the time we have acquired all this knowledge through such late lessons, the opportunity to put them into practice has already passed. Youth is the time to study wisdom; old age is the time to put it into practice. Experience does teach us something, I admit; but it only proves useful for the time that remains before our death. Is it really the right moment to learn how one should have lived, when it is already time to die?

What use are to me these lights that I have so late and so painfully acquired regarding my own destiny and the passions of others of which it is the product! It was only by learning to know men better that I came to realize more fully the misery into which they had plunged me; yet this knowledge, by exposing all their schemes to me, did not enable me to avoid any of them. Why did I not remain forever in that foolish but naive trust that for so many years made me the prey and plaything of my noisy friends, without even suspecting anything amid all their deceptions? Indeed, I was their dupe and their victim, but I believed they loved me, and my heart rejoiced in the friendship they seemed to offer me. These sweet illusions are now shattered. The sad truth that time and reason have revealed to me—by making me aware of my own misfortune—has shown me that it is without remedy, and that all I can do is resign myself to it. Thus, all the experiences of my life, in my current state, are of no practical use to me now, nor will they bring any benefit to my future.

We are involved in this struggle from the moment we are born until we die. What use is there in learning how to steer one’s “char” better when one has reached the end of one’s life? At that point, the only thing left to consider is how to leave it behind. The study of an old person, if there is any left for them to do, is merely about learning how to die—and precisely this is what people least think about at my age; everyone thinks about everything but that. All old people cling to life more fiercely than children, and they depart from it in far worse circumstances. That’s because all their efforts throughout their lives were directed toward preserving that very life, and when they see it come to an end, they realize they have wasted all their toils. All their care, all their possessions, all the fruits of their diligent labor—they leave them behind when they die. They never thought about acquiring anything in their lifetime that they could take with them into death.

I thought all these things when it was time for me to do so; and if I did not make better use of my reflections, it was not because I had not undertaken them in a timely manner or thoroughly considered them. Cast into the whirlpool of the world from a young age, I soon learned through experience that I was not meant to live there, and that I would never achieve the state of happiness that my heart desired. Therefore, ceasing to seek happiness among men—since I felt it could not be found there—I allowed my fervent imagination to leap beyond the limited scope of my yet-unbegun life, as if onto a foreign territory, in order to find peace and stability upon which I might settle.

This sentiment, nurtured by my education from a young age and strengthened throughout my life by the numerous hardships and misfortunes that filled it, made me seek to understand the nature and purpose of my existence with more interest and care than I found in any other person. I have seen many who philosophized far more learnedly than I did, but their philosophy was, so to speak, foreign to them. Desiring to be wiser than others, they studied the universe merely to learn how it was structured, just as they would study some machine they encountered out of pure curiosity. They examined human nature in order to speak about it intelligently, but not in order to understand themselves; they worked to educate others, but not to gain insight into their own hearts. Many of them were content to write a book—any book, so long as it was accepted by others. Once their work was completed and published, its contents held no interest for them whatsoever, except for the purpose of persuading others to accept it or defending it if attacked; yet they never applied any of that knowledge to their own use, nor did they bother to consider whether its content was true or false, so long as it was not refuted. For me, when I desired to learn, it was in order to understand myself, not to teach others. I have always believed that before attempting to instruct others, one must first acquire enough knowledge for oneself. Of all the studies I have tried to undertake in my life, very few are there that I could not have carried out alone on a deserted island, confined there for the rest of my days. What one must do depends greatly on what one believes; and in everything that is not essential for basic human needs, our opinions determine our actions.

In this principle, which has always been mine, I often and for a long time sought to understand the true purpose of life in order to guide my actions accordingly. I soon came to console myself for my lack of ability to navigate this world skillfully, realizing that it was not necessary to seek out that purpose at all.

Queste osservazioni, formulate a catena e seguite da molte altre non meno sorprendenti, rafforzarono nuovamente la mia immaginazione, che credevo ormai sopita; e quelle tenebre nere che continuavano implacabilmente a circondarmi ravvivarono in me tutta l’orrore che esse naturalmente mi ispirano. Mi stancavo a formulare mille commenti su tutto ciò e a cercare di comprendere misteri che mi erano stati resi del tutto incomprensibili. L’unico risultato costante di tante enigmi fu la conferma di tutte le mie conclusioni precedenti: cioè che la sorte della mia persona e quella della mia reputazione, fissate congiuntamente da tutta la generazione attuale, nessuno sforzo da parte mia avrebbe potuto sottrarmi a esse, poiché mi è del tutto impossibile trasmettere alcun lascito ad altri tempi senza farlo passare attraverso mani interessate a eliminarlo.

Ma questa volta andai oltre. L’insieme di tante circostanze fortuite, l’elevazione di tutti i miei più crudeli nemici, quasi come se fosse stata influenzata dalla fortuna, tutti coloro che governano lo Stato, tutti quelli che dirigono l’opinione pubblica, tutte le persone al potere, tutti gli uomini influenti selezionati con cura tra coloro che nutrono verso di me qualche animosità segreta, per concorrere al complotto comune: questo accordo universale è troppo straordinario per essere puramente casuale. Un solo uomo che si fosse rifiutato di esserne complice, un solo evento che gli fosse stato contrario, una sola circostanza imprevista che gli avesse fatto ostacolo, sarebbero bastati a far fallire il disegno. Ma tutte le volontà, tutte le fatalità, la fortuna e tutte le rivoluzioni hanno consolidato l’opera degli uomini, e un concorso così eclatante, che rasenta il prodigio, non può lasciarmi dubitare che il suo pieno successo sia scritto nei decreti eterni. Una moltitudine di osservazioni particolari, sia nel passato sia nel presente, mi confermano talmente in questa opinione che non posso fare a meno di considerare ora come uno di quei segreti del cielo inaccessibili alla ragione umana la stessa opera che finora avevo visto soltanto come frutto della malvagità degli uomini.

Questa idea, lungi dall’essere per me crudele e straziante, mi consola, mi tranquillizza e mi aiuta a rassegnarmi. Non arrivo fino a sant’Agostino, che si sarebbe consolato di essere dannato se tale fosse stata la volontà di Dio. La mia rassegnazione proviene da una fonte meno disinteressata, è vero, ma non meno pura e più degna, a mio parere, dell’Essere perfetto che adoro. Dio è giusto; vuole che io soffra; e sa che sono innocente. Ecco il motivo della mia fiducia: il mio cuore e la mia ragione mi gridano che essa non mi ingannerà. Lasciamo dunque agire gli uomini e la sorte; impariamo a soffrire senza mormorare; tutto dovrà alla fine tornare nell’ordine, e il mio turno arriverà presto o tardi.

Terza passeggiata

Divento vecchio imparando sempre.

Solone ripeteva spesso questo verso nella sua vecchiaia. Esso ha un senso nel quale anch’io potrei dirlo nella mia; ma è una scienza ben triste quella che l’esperienza mi ha fatto acquisire negli ultimi vent’anni: l’ignoranza è ancora preferibile. L’avversità è certamente un grande maestro, ma fa pagare caro le sue lezioni, e spesso il profitto che se ne ricava non vale il prezzo che esse hanno costato. Inoltre, prima ancora di aver ottenuto tutto questo bagaglio attraverso lezioni così tardive, l’opportunità di usarlo è già passata. La giovinezza è il tempo per studiare la saggezza; la vecchiaia è il tempo per metterla in pratica. L’esperienza istruisce sempre, lo ammetto; ma giova soltanto per il periodo che ci resta davanti. È forse il momento di morire quello in cui si dovrebbe imparare come si sarebbe dovuto vivere?

Che mi servono delle luci così tardive e dolorosamente acquisite sulla mia sorte e sulle passioni altrui di cui essa è l’opera! Ho imparato a conoscere meglio gli uomini soltanto per sentire meglio la miseria in cui mi hanno gettato, senza che questa conoscenza, scoprendomi tutti i loro tranelli, mi abbia permesso di evitarne alcuno. Perché non sono rimasto sempre in quella stupida ma dolce fiducia che mi ha reso per tanti anni preda e giocattolo dei miei chiassosi amici, senza che, avvolto da tutte le loro trame, ne avessi anche solo il minimo sospetto? Ero la loro vittima e la loro dupe, è vero, ma credevo di essere amato da loro, e il mio cuore godeva dell’amicizia che mi avevano ispirato attribuendomi altrettanta amicizia per loro. Queste dolci illusioni sono distrutte. La triste verità che il tempo e la ragione mi hanno svelato facendomi sentire il mio male mi ha mostrato che esso era senza rimedio e che non mi restava che rassegnarmici. Così tutte le esperienze della mia età sono per me, nel mio stato attuale, prive di utilità immediata e senza profitto per il futuro.

Entriamo in campo alla nascita, ne usciamo alla morte. A che serve imparare a guidare meglio il proprio carro quando si è arrivati alla fine della corsa? A quel punto non resta che pensare a come se ne uscirà. Lo studio di un vecchio, se gli resta ancora qualcosa da fare, consiste unicamente nell’imparare a morire, ed è proprio quello che si fa meno alla mia età: ci si pensa a tutto, tranne che a questo. Tutti i vecchi tengono più alla vita dei bambini e ne escono con meno buon animo rispetto ai giovani. È perché tutti i loro sforzi sono stati dedicati proprio a questa vita che, alla sua fine, vedono di aver perso le loro fatiche. Tutti i loro affetti, tutti i loro beni, tutti i frutti delle loro laboriose veglie, li lasciano andar via quando se ne vanno. Non hanno pensato a nulla durante la vita che potessero portare con sé alla morte.

Mi sono detto tutto questo quando era ancora tempo di dirselo, e se non ho saputo trarre maggior profitto dalle mie riflessioni, non è per mancanza di averle fatte per tempo e di averle digerite bene. Gettato sin dalla mia infanzia nel vortice del mondo, ho imparato presto per esperienza che non ero fatto per viverci, e che non vi sarei mai arrivato allo stato di cui il mio cuore sentiva il bisogno. Cessando quindi di cercare tra gli uomini la felicità che sentivo di non poter trovare, la mia fervida immaginazione già balzava oltre lo spazio della mia vita appena cominciata, come su un terreno che mi era estraneo, per posarsi su una base tranquilla dove potessi stabilirmi.

Questo sentimento, alimentato dall’educazione fin dalla mia infanzia e rafforzato durante tutta la vita da quel lungo tessuto di miserie e sventure che l’ha riempita, mi ha fatto cercare in ogni tempo di conoscere la natura e la destinazione del mio essere con più interesse e cura di quanto ne abbia trovato in qualsiasi altro uomo. Ne ho visti molti che filosofavano molto più dottamente di me, ma la loro filosofia era per così dire estranea a loro. Volendo essere più sapienti degli altri, studiavano l’universo per sapere com’era fatto, come se avessero studiato una macchina vista per la prima volta, per pura curiosità. Studiavano la natura umana per poterne parlare con competenza, ma non per conoscersi; lavoravano per istruire gli altri, ma non per illuminarsi interiormente. Molti di loro volevano soltanto scrivere un libro, qualunque esso fosse, purché fosse accolto. Quando il loro libro era pronto e pubblicato, il contenuto non li interessava più in alcun modo, se non per farlo accettare agli altri e per difenderlo nel caso fosse attaccato, ma per il resto senza trarne alcun beneficio per sé stessi, senza neppure preoccuparsi se quel contenuto fosse vero o falso, purché non venisse confutato. Per me, quando ho desiderato imparare, era per sapere io stesso e non per insegnare; ho sempre creduto che prima di istruire gli altri bisognasse cominciare col sapere abbastanza per sé stessi, e tra tutti gli studi che ho cercato di fare nella vita tra gli uomini ce ne sono pochi che non avrei fatto ugualmente da solo su un’isola deserta dove fossi stato confinato per il resto dei miei giorni. Ciò che si deve fare dipende molto da ciò che si deve credere, e in tutto ciò che non riguarda i primi bisogni della natura, le nostre opinioni sono la regola delle nostre azioni.

In questo principio, che è sempre stato il mio, ho cercato spesso e a lungo, per orientare l’uso della mia vita, di conoscere la sua vera finalità, e mi sono presto consolato della mia scarsa capacità di destreggiarmi abilmente in questo mondo, sentendo che non era lì che bisognava cercare quella finalità.

Né dans une famille où régnaient les mœurs et la piété ; élevé ensuite avec douceur chez un ministre plein de sagesse et de religion, j’avais reçu dès ma plus tendre enfance des principes, des maximes, d’autres diraient des préjugés, qui ne m’ont jamais tout à fait abandonné. Enfant encore et livré à moi-même, alléché par des caresses, séduit par la vanité, leurré par l’espérance, forcé par la nécessité, je me fis catholique, mais je demeurai toujours chrétien, et bientôt gagné par l’habitude, mon cœur s’attacha sincèrement à ma nouvelle religion. Les instructions, les exemples de Mme de Warens, m’affermirent dans cet attachement. La solitude champêtre où j’ai passé la fleur de ma jeunesse, l’étude des bons livres à laquelle je me livrai tout entier, renforcèrent auprès d’elle mes dispositions naturelles aux sentiments affectueux, et me rendirent dévot presque à la manière de Fénelon. La méditation dans la retraite, l’étude de la nature, la contemplation de l’univers, forcent un solitaire à s’élancer incessamment vers l’auteur des choses et à chercher avec une douce inquiétude la fin de tout ce qu’il voit et la cause de tout ce qu’il sent. Lorsque ma destinée me rejeta dans le torrent du monde je n’y retrouvai plus rien qui pût flatter un moment mon cœur. Le regret de mes doux loisirs me suivit partout et jeta l’indifférence et le dégoût sur tout ce qui pouvait se trouver à ma portée, propre à mener à la fortune et aux honneurs. Incertain dans mes inquiets désirs, j’espérai peu, j’obtins moins, et je sentis dans des lueurs même de prospérité que quand j’aurais obtenu tout ce que je croyais chercher je n’y aurais point trouvé ce bonheur dont mon cœur était avide sans en savoir démêler l’objet. Ainsi tout contribuait à détacher mes affections de ce monde, même avant les malheurs qui devaient m’y rendre tout à fait étranger. Je parvins jusqu’à l’âge de quarante ans, flottant entre l’indigence et la fortune, entre la sagesse et l’égarement, plein de vices d’habitude sans aucun mauvais penchant dans le cœur, vivant au hasard sans principes bien décidés par ma raison, et distrait sur mes devoirs sans les mépriser, mais souvent sans les bien connaître.

Dès ma jeunesse j’avais fixé cette époque de quarante ans comme le terme de mes efforts pour parvenir et celui de mes prétentions en tout genre. Bien résolu, dès cet âge atteint et dans quelque situation que je fusse, de ne plus me débattre pour en sortir et de passer le reste de mes jours à vivre au jour la journée sans plus m’occuper de l’avenir. Le moment venu, j’exécutai ce projet sans peine et quoique alors ma fortune semblât vouloir prendre une assiette plus fixe ; j’y renonçai non seulement sans regret mais avec un plaisir véritable. En me délivrant de tous ces leurres, de toutes ces vaines espérances, je me livrai pleinement à l’incurie et au repos d’esprit qui fit toujours mon goût le plus dominant et mon penchant le plus durable. Je quittai le monde et ses pompes, je renonçai à toute parure ; plus d’épée, plus de montre, plus de bas blancs, de dorure, de coiffure, une perruque toute simple, un bon gros habit de drap, et mieux que tout cela, je déracinai de mon cœur les cupidités et les convoitises qui donnent du prix à tout ce que je quittais. Je renonçai à la place que j’occupais alors, pour laquelle je n’étais nullement propre, et je me mis à copier de la musique à tant la page, occupation pour laquelle j’avais eu toujours un goût décidé.

Je ne bornai pas ma réforme aux choses extérieures. Je sentis que celle-là même en exigeait une autre plus pénible sans doute, mais plus nécessaire dans les opinions, et résolu de n’en pas faire à deux fois, j’entrepris de soumettre mon intérieur à un examen sévère qui le réglât pour le reste de ma vie tel que je voulais le trouver à ma mort.

Une grande révolution qui venait de se faire en moi, un autre monde moral qui se dévoilait à mes regards, les insensés jugements des hommes dont sans prévoir encore combien j’en serais la victime je commençais à sentir l’absurdité, le besoin toujours croissant d’un autre bien que la gloriole littéraire dont à peine la vapeur m’avait atteint que j’en étais déjà dégoûté, le désir enfin de tracer pour le reste de ma carrière une route moins incertaine que celle dans laquelle j’en venais de passer la plus belle moitié, tout m’obligeait à cette grande revue dont je sentais depuis longtemps le besoin. Je l’entrepris donc et je ne négligeai rien de ce qui dépendait de moi pour bien exécuter cette entreprise.

C’est de cette époque que je puis dater mon entier renoncement au monde et ce goût vif pour la solitude qui ne m’a plus quitté depuis ce temps-là. L’ouvrage que j’entreprenais ne pouvait s’exécuter que dans une retraite absolue ; il demandait de longues et paisibles méditations que le tumulte de la société ne souffre pas. Cela me força de prendre pour un temps une autre manière de vivre dont ensuite je me trouvai si bien, que ne l’ayant interrompue depuis lors que par force et pour peu d’instants, je l’ai reprise de tout mon cœur et m’y suis borné sans peine aussitôt que je l’ai pu ; et quand ensuite les hommes m’ont réduit à vivre seul, j’ai trouvé qu’en me séquestrant pour me rendre misérable, ils avaient plus fait pour mon bonheur que je n’avais su faire moi-même.

Je me livrai au travail que j’avais entrepris avec un zèle proportionné, et à l’importance de la chose, et au besoin que je sentais en avoir. Je vivais alors avec des philosophes modernes qui ne ressemblaient guère aux anciens. Au lieu de lever mes doutes et de fixer mes irrésolutions, ils avaient ébranlé toutes les certitudes que je croyais avoir sur les points qu’il m’importait le plus de connaître : car ardents missionnaires d’athéisme et très impérieux dogmatiques, ils n’enduraient point sans colère que sur quelque point que ce pût être on osât penser autrement qu’eux. Je m’étais défendu souvent assez faiblement par haine pour la dispute et par peu de talent pour la soutenir ; mais jamais je n’adoptai leur désolante doctrine, et cette résistance à des hommes aussi intolérants, qui d’ailleurs avaient leurs vues, ne fut pas une des moindres causes qui attisèrent leur animosité.

Ils ne m’avaient pas persuadé mais ils m’avaient inquiété. Leurs arguments m’avaient ébranlé sans m’avoir jamais convaincu ; je n’y trouvais point de bonne réponse mais je sentais qu’il y en devait avoir. Je m’accusais moins d’erreur que d’ineptie, et mon cœur leur répondait mieux que ma raison.

Je me dis enfin : me laisserai-je éternellement ballotter par les sophismes des mieux disants, dont je ne suis pas même sûr que les opinions qu’ils prêchent et qu’ils ont tant d’ardeur à faire adopter aux autres soient bien les leurs à eux-mêmes ? Leurs passions, qui gouvernent leur doctrine, leurs intérêts de faire croire ceci ou cela, rendent impossible à pénétrer ce qu’ils croient eux-mêmes. Peut-on chercher de la bonne foi dans des chefs de parti ? Leur philosophie est pour les autres ; il m’en faudrait une pour moi. Cherchons-la de toutes mes forces tandis qu’il est temps encore afin d’avoir une règle fixe de conduite pour le reste de mes jours. Me voilà dans la maturité de l’âge, dans toute la force de l’entendement. Déjà je touche au déclin. Si j’attends encore, je n’aurai plus dans ma délibération tardive l’usage de toutes mes forces ; mes facultés intellectuelles auront déjà perdu de leur activité, je ferai moins bien ce que je puis faire aujourd’hui de mon mieux possible : saisissons ce moment favorable ; il est l’époque de ma réforme externe et matérielle, qu’il soit aussi celle de ma réforme intellectuelle et morale. Fixons une bonne fois mes opinions, mes principes, et soyons pour le reste de ma vie ce que j’aurai trouvé devoir être après y avoir bien pensé.

J’exécutai ce projet lentement et à diverses reprises, mais avec tout l’effort et toute l’attention dont j’étais capable. Je sentais vivement que le repos du reste de mes jours et mon sort total en dépendaient. Je m’y trouvai d’abord dans un tel labyrinthe d’embarras, de difficultés, d’objections, de tortuosités, de ténèbres, que vingt fois tenté de tout abandonner, je fus près, renonçant à de vaines recherches, de m’en tenir dans mes délibérations aux règles de la prudence commune sans plus en chercher dans des principes que j’avais tant de peine à débrouiller. Mais cette prudence même m’était tellement étrangère, je me sentais si peu propre à l’acquérir, que la prendre pour mon guide n’était autre chose que vouloir, à travers les mers, les orages, chercher sans gouvernail, sans boussole, un fanal presque inaccessible et qui ne m’indiquait aucun port.

Born into a family where virtue and piety reigned; later raised with kindness by a minister filled with wisdom and religiosity, I received from my earliest childhood principles, maxims—some might call prejudices—which never completely left me. As a child, alone and at my own disposal, tempted by flattery, seduced by vanity, deceived by hope, and forced by necessity, I became Catholic; yet I remained a Christian. Soon, through habit, my heart sincerely attached itself to my new religion. The teachings and examples of Madame de Warens strengthened this attachment. The rural solitude in which I spent the prime of my youth, and the intense study of good books further nurtured my natural inclination toward tender sentiments, making me almost as devout as Fénelon. Contemplation in seclusion, the study of nature, and the contemplation of the universe compelled a solitary person to constantly seek the Creator of all things and to earnestly inquire about the purpose of everything they saw and felt. When fate cast me into the tumultuous world, I found nothing there that could briefly satisfy my desires. The longing for my former peaceful life followed me everywhere, filling me with indifference and disgust toward anything that might have led to wealth or honor. Uncertain in my restless aspirations, I hoped little and achieved even less; even in moments of apparent prosperity, I realized that possessing everything I sought would not bring me the true happiness my heart yearned for. Thus, everything contributed to detaching my affections from this world—even before the misfortunes that would eventually make me utterly estranged from it. I lived until the age of forty, drifting between poverty and wealth, between wisdom and confusion, filled with habitual vices yet without any truly evil inclinations. I led a life without clear principles guided by reason, and though I did not despise my duties, I often failed to understand them fully.

From my youth on, I had set this forty-year period as the limit for my efforts to achieve success and as the boundary of my ambitions in every regard. Resolutely determined that once this age was reached, no matter what circumstances I faced, I would cease striving to improve my lot and instead devote the rest of my days to living each day as it came without worrying about the future. When the time came, I carried out this plan without difficulty—even though my fortune seemed on the verge of stabilizing. I gave it up not only without regret but with genuine pleasure. By getting rid of all these illusions and vain hopes, I fully embraced carelessness and a peaceful state of mind, which had always been my strongest inclination and most enduring preference. I left the world and its pompous displays, renouncing all forms of adornment—no more swords, no watches, no fine clothes, no gold or elaborate hairstyles. Instead, I wore a simple wig and a decent coat made of plain fabric. More importantly than anything else, I rooted out from my heart those desires and covetousnesses that made everything I was giving up seem valuable to me. I abandoned the position I held at the time, for which I was in no way qualified, and began to copy music page by page—an activity for which I had always had a keen interest.

I did not limit my reform to external aspects alone. I felt that this very effort required another, perhaps more difficult one, but certainly more essential in terms of one’s beliefs. Resolving not to repeat the process twice, I set out to subject my inner self to a rigorous examination, in order to shape it for the rest of my life in exactly the way I desired it to be at the time of my death.

A great revolution had just taken place within me; a new moral world was unfolding before my eyes. I began to perceive the absurdity of the foolish judgments made by men—and, though I yet had no idea how much I would become a victim of them—I already sensed their utter meaninglessness. There was also an ever-growing desire for something far more worthwhile than literary glory, which, mere moments after its initial appeal, had already filled me with disgust. Lastly, there was the firm resolve to chart a path for the rest of my career that would be less uncertain than the one I had just traversed during the first half of my life. All these factors compelled me to undertake this thorough reevaluation of my priorities. And so I did, leaving no stone unturned in my efforts to carry it out successfully.

It was during this period that I can date my complete renunciation of the world and that intense fondness for solitude that has never left me since. The task I undertook could only be accomplished in absolute seclusion; it required long, peaceful meditations that could not be disturbed by the turmoil of society. This forced me to adopt a different way of living for a time, and I found myself so well suited to it that, except when compelled by necessity for very brief periods, I never ceased to pursue it wholeheartedly. And when later people forced me to live alone, I realized that by isolating me and making my life miserable, they had done more for my happiness than I could have ever accomplished on my own.

I devoted myself to the task I had undertaken with zeal that was proportionate to both the importance of the matter and the sense of necessity I felt in undertaking it. At that time, I lived among modern philosophers who bore little resemblance to the ancients. Instead of dispelling my doubts and resolving my uncertainties, they shook all the certainties I believed I possessed regarding the matters most important to me to understand. As ardent missionaries of atheism and uncompromising dogmatists, they could not tolerate in the slightest that anyone might hold differing opinions on any matter whatsoever. I often defended myself rather weakly, out of hatred for argument and a lack of talent for engaging in it; but I never embraced their desolate doctrines. This resistance against such intolerant people—whose views, after all, were not without merit—was certainly one of the main factors that fueled their hostility toward me.

They had not convinced me, but they had worried me. Their arguments had shaken me without ever convincing me; I could find no good response to them, but I felt that there must be one. I blamed less my own error than my own ineptitude, and my heart responded to them better than my reason could.

I finally asked myself: Will I forever be tossed about by the sophisms of those who speak so eloquently, whose own opinions—I’m not even sure—those they so fervently urge others to adopt, are truly their own? Their passions, which govern their doctrines, and their interests in making people believe one thing or another, make it utterly impossible to understand what they themselves believe. Can one expect good faith from the leaders of political parties? Their philosophy is meant for others; I need one for myself. Let us seek it with all our might, while there is still time, so that we may have a fixed guide for conduct for the rest of our lives. Here I am, at the maturity of age, in the full vigor of my intellect. Yet I am already approaching old age. If I wait any longer, I will no longer be able to use all my faculties in my deliberations; my intellectual abilities will have lost their sharpness, and I will perform less well than I can do today at my best. Let us seize this favorable moment—this is the time for my external and material reform, as well as for my intellectual and moral transformation. Let us once and for all establish our opinions and principles, and from then on, let us be what we have determined to be after careful reflection.

I carried out this project slowly and at various stages, but with all the effort and attention I was capable of mustering. I felt vividly that the rest of my life and my overall fate depended on it. At first, I found myself in a labyrinth of difficulties, obstacles, objections, complexities, and uncertainties; twenty times I was tempted to give up entirely, nearly resigned to abandoning these futile endeavors in favor of following the common rules of prudence without delving into principles that were so difficult for me to understand. Yet even this prudence seemed utterly foreign to me; I felt so unprepared to embrace it that relying on it as my guide was tantamount to trying to navigate through storms and seas without a rudder or compass, seeking a lighthouse that was almost impossible to reach and which offered no indication of any safe harbor.

Nato in una famiglia dove regnavano le buone maniere e la pietà; cresciuto poi con tenerezza presso un ministro pieno di saggezza e religiosità, fin dalla mia più tenera infanzia ricevetti principi, massime, alcuni direbbero pregiudizi, che non mi abbandonarono mai del tutto. Ancora bambino e lasciato a me stesso, attratto dalle carezze, sedotto dalla vanità, ingannato dall’illusione, costretto dalla necessità, diventai cattolico, ma rimasi sempre cristiano. Ben presto, abituandomici, il mio cuore si attaccò sinceramente alla mia nuova religione. Gli insegnamenti e gli esempi di Madame de Warens rafforzarono questo legame. La solitudine campestre nella quale trascorsi la parte più bella della mia giovinezza, lo studio dei buoni libri a cui mi dedicai completamente, tutto ciò rafforzò in me le inclinazioni naturali verso sentimenti affettuosi e mi rese quasi devoto, nel modo di Fénelon. La meditazione nella solitudine, lo studio della natura, la contemplazione dell’universo, spingono un uomo solitario a cercare incessantemente l’autore delle cose, a cercare con dolce ansia la fine di tutto ciò che vede e la causa di tutto ciò che sente. Quando il destino mi gettò nel tumulto del mondo, non vi trovai più nulla che potesse per un momento soddisfare i miei desideri. Il rimpianto dei miei dolci momenti di tranquillità mi accompagnò ovunque; provai indifferenza e disgusto per tutto ciò che poteva offrirmi la fortuna o gli onori. Incerto nei miei desideri inquieti, speravo poco, ottenevo ancora meno. E anche nelle luci della prosperità, sentivo che se avessi ottenuto tutto ciò che credevo di cercare, non avrei trovato comunque quella felicità di cui il mio cuore era assetato, senza però riuscire a comprenderne veramente l’essenza. Così, tutto contribuiva a allontanare i miei affetti da questo mondo, anche prima dei disastri che avrebbero dovuto rendermi completamente estraneo ad esso. Arrivai fino all’età di quarant’anni, fluttuando tra povertà e ricchezza, tra saggezza e follia, pieno di vizi abituali, senza però alcun vero malanimo nel cuore; vivendo alla casualità, senza principi ben definiti dalla ragione, distratto nei miei doveri, senza disprezzarli, ma spesso senza comprenderli davvero.

Fin da giovane avevo fissato quel periodo di quarant’anni come termine dei miei sforzi per raggiungere i miei obiettivi e come limite alle mie aspirazioni in ogni campo. Deciso, non appena raggiunto quell’età e indipendentemente dalla situazione in cui mi trovassi, a non lottare più per uscire da quella condizione e a trascorrere il resto dei miei giorni vivendo giorno per giorno senza più preoccuparmi del futuro. Quando arrivò il momento giusto, attuai questo progetto senza alcuna difficoltà; anche se in quel periodo la mia fortuna sembrava voler assumere una forma più stabile, rinunciai ad essa non solo senza rimpianti, ma con vero piacere. Liberandomi da tutte quelle illusioni e da quelle vane speranze, mi dedicai completamente all’indifferenza e al riposo mentale, che erano sempre stati i miei preferiti e i miei veri desideri. Lasciai il mondo e le sue vanità, rinunciai a ogni tipo di ornamento; più nessuna spada, nessun orologio da polso, nessun abito elegante o dorato, nessuna acconciatura elaborata. Solo una semplice parrucca, un buon abito di stoffa robusta. E, cosa ancora più importante, strappai dal mio cuore tutte le cupidità e le brame che davano valore a ciò che lasciavo. Rinunciai alla posizione che all’epoca occupavo, per la quale non ero affatto adatto, e iniziai a copiare musica, un’attività per cui avevo sempre avuto un vero interesse.

Non limitai la mia riforma alle cose esterne. Sentii che essa stessa richiedeva un’altra, probabilmente più ardua, ma certamente più necessaria nel campo delle opinioni. Deciso a non ripetere lo stesso processo, iniziai a sottoporre il mio interno a un esame rigoroso, al fine di regolarlo per il resto della mia vita, in modo che fosse esattamente come desideravo che fosse alla mia morte.

Una grande rivoluzione che si era appena verificata in me, un altro mondo morale che si rivelava ai miei occhi, i giudizi assurdi degli uomini di cui, senza ancora prevedere quanto ne sarei stato vittima, cominciavo già a percepire l’assurdità; il bisogno sempre crescente di qualcos’altro, diverso dalla gloria letteraria di cui appena avevo sentito parlare che già ne ero disgustato; infine, il desiderio di tracciare per il resto della mia carriera una strada meno incerta di quella lungo la quale avevo appena percorso la metà più bella del mio cammino. Tutto ciò mi costringeva a intraprendere questa grande riconsiderazione delle mie idee e delle mie azioni, di cui sentivo da tempo il bisogno. Così lo feci, senza trascurare nulla di ciò che dipendeva da me per portare a termine con successo questo compito.

È proprio di quel periodo che posso datare il mio totale abbandono al mondo e quel forte desiderio di solitudine che da allora non mi ha più lasciato. L’opera a cui mi dedicavo poteva essere portata a termine solo in un ambiente di assoluta ritirata; richiedeva lunghe e tranquille meditazioni, lontane dal tumulto della società. Questo mi costrinse per un certo periodo ad adottare un altro modo di vivere, e devo dire che mi trovai così bene in esso che, da allora, l’ho interrotto soltanto per necessità e per brevi periodi; poi l’ho ripreso con tutto il cuore e me ne sono tenuto fedele senza alcuna difficoltà. E quando in seguito gli uomini mi hanno costretto a vivere da solo, ho scoperto che, isolandomi per rendermi infelice, avevano fatto per la mia felicità più di quanto io stesso fossi riuscito a fare.

Mi dedicai al compito che avevo intrapreso con lo stesso zelo che la sua importanza e il bisogno che ne sentivo richiedevano. All’epoca vivevo insieme a filosofi moderni che non assomigliavano affatto agli antichi: invece di dissipare i miei dubbi e risolvere le mie incertezze, essi avevano scosso tutte le certezze che credevo di possedere su quei punti che mi erano particolarmente importanti da conoscere. Essendo ferventi propagatori dell’ateismo e dogmatici estremamente prepotenti, non tolleravano affatto che qualcuno osasse pensare in modo diverso dal loro. Spesso mi difendevo in modo piuttosto debole, a causa dell’avversione per le discussioni e della scarsa abilità nel sostenerle; ma mai adottai la loro disperata dottrina. Questa resistenza nei confronti di uomini così intolleranti – i quali, del resto, avevano le loro ragioni – fu senza dubbio una delle cause principali che alimentarono il loro astio verso di me.

Non mi avevano convinto, ma mi avevano preoccupato. I loro argomenti mi avevano scosso senza mai riuscire a convincermi; non trovavo alcuna risposta valida, ma sentivo che doveva essercene una. Mi rimproveravo meno di aver commesso un errore che di essere stato inadeguato, e il mio cuore rispondeva loro meglio della mia ragione.

Alla fine mi disi: “Mi lascerò per sempre sballottare dai sofismi di coloro che parlano con tanta eloquenza? Non sono nemmeno sicuro che le opinioni che predicano e per cui fanno tanto sforzo affinché gli altri le adottino siano davvero le loro stesse. Le loro passioni, che guidano la loro dottrina, i loro interessi nel far credere una cosa o un’altra rendono impossibile comprendere ciò in cui essi stessi credono. Si può cercare onestà e buona fede nei capi di partito? La loro filosofia è fatta per gli altri; io ne ho bisogno per me stesso. Cerchiamola con tutte le mie forze, finché c’è ancora tempo, affinché possa avere una regola fissa da seguire per il resto della mia vita. Ora sono nella piena maturità dell’età, nel pieno delle mie facoltà intellettuali. Se aspetto ancora, non avrò più a disposizione tutte le mie forze nel momento in cui deciderò; le mie capacità mentali avranno già perso parte della loro efficacia, e farò meno bene di quanto possa fare oggi al meglio delle mie possibilità. Afferriamo questo momento favorevole. È l’epoca della mia riforma esterna e materiale. Che sia anche quella della mia riforma intellettuale e morale. Decidiamo una volta per tutte le nostre opinioni, i nostri principi. E siamo, per il resto della nostra vita, ciò che avremo riconosciuto come giusto dopo averci pensato attentamente.”

Eseguii questo progetto lentamente e in più riprese, ma con tutto lo sforzo e l’attenzione di cui ero capace. Sentivo chiaramente che il riposo del resto della mia vita e il mio destino totale dipendevano da ciò. All’inizio mi trovai immerso in un labirinto di difficoltà, ostacoli, obiezioni e complicazioni; per venti volte fui tentato di abbandonare tutto, quasi pronto a rinunciare a quelle vane ricerche e ad attenermi soltanto alle regole della prudenza comune, senza cercare altre soluzioni basate su principi che mi risultavano così difficili da comprendere. Ma proprio quella prudenza mi era del tutto estranea; mi sentivo completamente incapace di acquisirla, quindi considerarla come guida equivaleva a tentare, in mezzo al mare e alle tempeste, di orientarmi senza timone né bussola, cercando un faro quasi irraggiungibile che non indicasse alcun porto.

Je persistai : pour la première fois de ma vie j’eus du courage, et je dois à son succès d’avoir pu soutenir l’horrible destinée qui dès lors commençait à m’envelopper sans que j’en eusse le moindre soupçon. Après les recherches les plus ardentes et les plus sincères qui jamais peut-être aient été faites par aucun mortel, je me décidai pour toute ma vie sur tous les sentiments qu’il m’importait d’avoir, et si j’ai pu me tromper dans mes résultats, je suis sûr au moins que mon erreur ne peut m’être imputée à crime, car j’ai fait tous mes efforts pour m’en garantir. Je ne doute point, il est vrai, que les préjugés de l’enfance et les vœux secrets de mon cœur n’aient fait pencher la balance du côté le plus consolant pour moi. On se défend difficilement de croire ce qu’on désire avec tant d’ardeur, et qui peut douter que l’intérêt d’admettre ou rejeter les jugements de l’autre vie ne détermine la foi de la plupart des hommes sur leur espérance ou leur crainte. Tout cela pouvait fasciner mon jugement, j’en conviens, mais non pas altérer ma bonne foi : car je craignais de me tromper sur toute chose. Si tout consistait dans l’usage de cette vie, il m’importait de le savoir, pour en tirer du moins le meilleur parti qu’il dépendrait de moi tandis qu’il était encore temps, et n’être pas tout à fait dupe. Mais ce que j’avais le plus à redouter au monde dans la disposition où je me sentais, était d’exposer le sort éternel de mon âme pour la jouissance des biens de ce monde, qui ne m’ont jamais paru d’un grand prix.

J’avoue encore que je ne levai pas toujours à ma satisfaction toutes ces difficultés qui m’avaient embarrassé, et dont nos philosophes avaient si souvent rebattu mes oreilles. Mais, résolu de me décider enfin sur des matières où l’intelligence humaine a si peu de prise et trouvant de toutes parts des mystères impénétrables et des objections insolubles, j’adoptai dans chaque question le sentiment qui me parut le mieux établi directement, le plus croyable en lui-même, sans m’arrêter aux objections que je ne pouvais résoudre mais qui se rétorquaient par d’autres objections non moins fortes dans le système opposé. Le ton dogmatique sur ces matières ne convient qu’à des charlatans ; mais il importe d’avoir un sentiment pour soi, et de le choisir avec toute la maturité de jugement qu’on y peut mettre. Si malgré cela nous tombons dans l’erreur, nous n’en saurions porter la peine en bonne justice puisque nous n’en aurons point la coulpe. Voilà le principe inébranlable qui sert de base à ma sécurité.

Le résultat de mes pénibles recherches fut tel à peu près que je l’ai consigné depuis dans la Profession de foi du Vicaire savoyard, ouvrage indignement prostitué et profané dans la génération présente, mais qui peut faire un jour révolution parmi les hommes si jamais il y renaît du bon sens et de la bonne foi.

Depuis lors, resté tranquille dans les principes que j’avais adoptés après une méditation si longue et si réfléchie, j’en ai fait la règle immuable de ma conduite et de ma foi, sans plus m’inquiéter ni des objections que je n’avais pu résoudre ni de celles que je n’avais pu prévoir et qui se présentaient nouvellement de temps à autre à mon esprit. Elles m’ont inquiété quelquefois mais elles ne m’ont jamais ébranlé. Je me suis toujours dit : tout cela ne sont que des arguties et des subtilités métaphysiques qui ne sont d’aucun poids auprès des principes fondamentaux adoptés par ma raison, confirmés par mon cœur, et qui tous portent le sceau de l’assentiment intérieur dans le silence des passions. Dans des matières si supérieures à l’entendement humain, une objection que je ne puis résoudre renversera-t-elle tout un corps de doctrine si solide, si bien liée et formée avec tant de méditation et de soin, si bien appropriée à ma raison, à mon cœur, à tout mon être, et renforcée de l’assentiment intérieur que je sens manquer à toutes les autres ? Non, de vaines argumentations ne détruiront jamais la convenance que j’aperçois entre ma nature immortelle et la constitution de ce monde et l’ordre physique que j’y vois régner. J’y trouve dans l’ordre moral correspondant et dont le système est le résultat de mes recherches les appuis dont j’ai besoin pour supporter les misères de ma vie. Dans tout autre système je vivrais sans ressources et je mourrais sans espoir. Je serais la plus malheureuse des créatures. Tenons-nous en donc à celui qui seul suffit pour me rendre heureux en dépit de la fortune et des hommes.

Cette délibération et la conclusion que j’en tirai ne semblent-elles pas avoir été dictées par le ciel même pour me préparer à la destinée qui m’attendait et me mettre en état de la soutenir ? Que serais-je devenu, que deviendrais-je encore, dans les angoisses affreuses qui m’attendaient et dans l’incroyable situation où je suis réduit pour le reste de ma vie si, resté sans asile où je pusse échapper à mes implacables persécuteurs, sans dédommagement des opprobres qu’ils me font essuyer en ce monde et sans espoir d’obtenir jamais la justice qui m’était due, je m’étais vu livré tout entier au plus horrible sort qu’ait éprouvé sur la terre aucun mortel ? Tandis que, tranquille dans mon innocence, je n’imaginais qu’estime et bienveillance pour moi parmi les hommes ; tandis que mon cœur ouvert et confiant s’épanchait avec des amis et des frères, les traîtres m’enlaçaient en silence de rets forgés au fond des enfers. Surpris par les plus imprévus de tous les malheurs et les plus terribles pour une âme fière, traîné dans la fange sans jamais savoir par qui ni pourquoi, plongé dans un abîme d’ignominie, enveloppé d’horribles ténèbres à travers lesquelles je n’apercevais que de sinistres objets, à la première surprise je fus terrassé, et jamais je ne serais revenu de l’abattement où me jeta ce genre imprévu de malheurs si je ne m’étais ménagé d’avance des forces pour me relever dans mes chutes.

Ce ne fut qu’après des années d’agitations que reprenant enfin mes esprits et commençant de rentrer en moi-même, je sentis le prix des ressources que je m’étais ménagées pour l’adversité. Décidé sur toutes les choses dont il m’importait de juger, je vis, en comparant mes maximes à ma situation, que je donnais aux insensés jugements des hommes et aux petits événements de cette courte vie beaucoup plus d’importance qu’ils n’en avaient. Que cette vie n’étant qu’un état d’épreuves, il importait peu que ces épreuves fussent de telle ou telle sorte pourvu qu’il en résultât l’effet auquel elles étaient destinées, et que par conséquent plus les épreuves étaient grandes, fortes, multipliées, plus il était avantageux de les savoir soutenir. Toutes les plus vives peines perdent leur force pour quiconque en voit le dédommagement grand et sûr ; et la certitude de ce dédommagement était le principal fruit que j’avais retiré de mes méditations précédentes.

I persisted: for the first time in my life, I mustered the courage to do so, and it was thanks to its success that I was able to endure the terrible fate that began to surround me without my even realizing it. After conducting the most thorough and sincere investigations that any mortal might ever undertake, I made up my mind for the rest of my life regarding all the beliefs I considered important to hold. And though I may have been wrong in my conclusions, I am at least certain that my error cannot be regarded as a crime, for I did everything in my power to ensure its accuracy. It is true that the prejudices of my childhood and the secret desires of my heart might have influenced my decision in a way that seemed comforting to me. It is difficult not to believe what one desires so fervently, and who can doubt that the desire to accept or reject the judgments of the afterlife often determines how most people view their own hopes or fears? All of these factors could have distorted my judgment, I admit, but they did not compromise my good faith—for I feared making any mistakes at all. If everything in this life truly depended on how I chose to live it, then it was essential for me to understand that in order to make the most of it while there was still time, and so as not to be completely deceived. But what I feared most in my current state of mind was to risk the eternal fate of my soul in exchange for the fleeting pleasures of this world, which had never held much value for me.

I must admit that I did not always succeed in overcoming all those difficulties that had troubled me and about which our philosophers so often bombarded me with their arguments. However, determined finally to make up my mind on matters where human intelligence holds so little power, and encountering everywhere inscrutable mysteries and insoluble objections, I adopted in every question the opinion that seemed to me most firmly established and most credible in itself, without stopping to consider those objections which I could not resolve but which were countered by equally forceful objections within the opposing system. A dogmatic tone on such matters is suitable only for charlatans; but it is essential to have an opinion of one’s own and to choose it with all the judgment and maturity at one’s disposal. Even if we still make mistakes in doing so, we can hardly be held responsible for them, since we bear no blame for them. This is the unshakable principle that forms the basis of my confidence.

The result of my arduous research was roughly what I have subsequently recorded in the “Profession of Faith of the Savoyard Vicar” – a work that has been shamefully degraded and profaned in our time, but which one day may bring about a revolution among men, if only good sense and sincerity ever revive again.

Since then, having remained steadfast in the principles I had adopted after such prolonged and thoughtful meditation, I made them the unshakable rule of my conduct and faith. I no longer worried about either those objections that I had been unable to resolve or those that I could not have anticipated and which occasionally arose in my mind. Sometimes they caused me concern, but they never shook me. I always told myself: “All these are nothing but mere arguments and metaphysical subtleties that carry no weight whatsoever against the fundamental principles embraced by my reason and confirmed by my heart—principles all bearing the seal of inner assent in the silence of my passions.” In matters so far beyond human understanding, would an objection that I could not resolve be able to overthrow a whole body of doctrine that is so solidly established, so carefully crafted through reflection and deliberation, so well suited to my reason, my heart, and my entire being, and further strengthened by the inner assent that I feel is absent in all other systems? No—vain arguments will never destroy the harmony I perceive between my immortal nature, the structure of this world, and the physical order that reigns within it. In the corresponding moral order, whose system is the result of my own inquiries, I find the support I need to endure the hardships of life. In any other system, I would live without resources and die without hope—I would be the most wretched of creatures. Therefore, let us cling firmly to the one system alone that is sufficient to bring me happiness, despite the vicissitudes of fortune and the actions of men.

Doesn’t this deliberation and the conclusion I reached seem to have been ordained by heaven itself, in order to prepare me for the fate that awaited me and to enable me to endure it? What would I have become, what would I still become, faced with the terrible anxieties awaiting me and the incredible situation into which I have been reduced for the rest of my life, if, left without any refuge where I could escape my relentless persecutors, without any compensation for the indignities they inflicted upon me in this world, and without any hope of ever obtaining the justice that was due to me, I had been utterly doomed to the most horrible fate that any mortal has ever endured on earth? While, in my innocence, I imagined only respect and kindness for myself among people; while my open and trusting heart was filled with friendship and camaraderie, traitors silently laid traps for me, woven deep within the abysses of hell. Caught off guard by the most unexpected of all misfortunes—and the most terrible for a proud soul—I was dragged into filth, never knowing who or why; plunged into an abyss of disgrace, surrounded by horrible darkness from which I could see only sinister shadows. At first, this sudden disaster overwhelmed me completely, and I would never have recovered from such despair had it not been for the strength I had prepared in advance to rise again from my falls.

It was only after years of turmoil that, finally regaining my composure and beginning to turn within myself, I realized the value of the resources I had accumulated for times of adversity. Having made up my mind on all matters that were important to judge, I compared my principles with my actual situation and saw that I had attached far too much importance to the foolish judgments of men and to the trivial events of this brief life. Since life itself is nothing but a series of trials, it matters little what kind of trials they are, so long as they achieve the intended purpose. Consequently, the greater, more severe, and more numerous these trials were, the more beneficial it was to be able to endure them. For anyone who sees that the reward for enduring such hardships is great and certain, all the most intense pains lose their severity; and this certainty of reward was precisely the main lesson I had learned from my previous reflections.

Insistetti: per la prima volta nella mia vita ebbi il coraggio necessario, e devo proprio al suo successo se riuscii a sopportare quella terribile sorte che da quel momento in poi iniziò ad avvolgermi senza che io ne avessi la minima idea. Dopo le ricerche più intense e sincere che forse mai un mortale abbia condotto, decisi per tutta la vita riguardo a tutti i sentimenti che mi erano importanti; e anche se potrei essermi sbagliato nei miei risultati, sono certo almeno che il mio errore non possa essere considerato un crimine, poiché ho fatto di tutto per evitarlo. Certo, non dubito che i pregiudizi dell’infanzia e i desideri segreti del mio cuore abbiano influenzato la mia decisione, favorendo quella che mi sembrava la scelta più consolante. È difficile resistere al desiderio di credere in ciò che si anela con tanta passione; e chi può dubitare che l’interesse a accettare o rifiutare le opinioni riguardanti la vita futura influenzi la fede della maggior parte delle persone riguardo alla propria speranza o paura? Tutto ciò avrebbe potuto distorcere il mio giudizio, lo ammetto, ma non la mia buona fede: avevo semplicemente paura di sbagliarmi su tutto. Se tutto si riduceva all’uso di questa vita, era importante che lo sapessi, almeno per trarne il massimo vantaggio possibile finché ne avevo ancora l’opportunità, e per non essere completamente ingannato. Ma ciò che temevo di più, in quella situazione, era di esporre il destino eterno della mia anima in cambio del piacere dei beni di questo mondo, che mai mi sono sembrati particolarmente preziosi.

Devo ammettere che non riuscivo sempre a superare tutte quelle difficoltà che mi creavano problemi, e di cui i nostri filosofi avevano spesso discusso con me. Tuttavia, deciso finalmente ad assumere una posizione su questioni nelle quali l’intelligenza umana ha così poche possibilità di intervenire, e trovando ovunque misteri inspiegabili e obiezioni irrisolte, adottai in ogni caso quella opinione che mi sembrava la più fondata e la più credibile in sé stessa, senza soffermarmi sulle obiezioni che non riuscivo a confutare, ma che venivano contraddette da altre obiezioni altrettanto valide nel sistema opposto. Un tono dogmatico su queste questioni è adatto soltanto agli impostori; ma è importante avere una propria opinione e sceglierla con tutta la maturità di giudizio possibile. Anche se, nonostante ciò, commettiamo errori, non dovremmo certo subirne le conseguenze, poiché non ne saremmo noi i responsabili. Questo è il principio ineguagliabile che costituisce la base della mia sicurezza.

Il risultato delle mie ardue ricerche fu più o meno quello che ho poi descritto nella “Professione di fede del Vicaire savoiardo”, un’opera oggi indegnamente prostituita e profanata, ma che un giorno potrebbe provocare una rivoluzione tra gli uomini, se mai dovesse rinascere il buon senso e la buona fede.

Da allora, rimasto fedele ai principi che avevo adottato dopo una meditazione così lunga e attenta, ne ho fatto la regola immutabile della mia condotta e della mia fede, senza più preoccuparmi né delle obiezioni che non ero riuscito a risolvere, né di quelle che non avevo previsto e che di tanto in tanto mi venivano in mente. A volte queste obiezioni mi hanno turbato, ma mai mi hanno fatto vacillare nella mia fede. Mi dicevo sempre: “Tutto ciò non sono altro che argomentazioni vuote e sottigliezze metafisiche che non hanno alcun peso di fronte ai principi fondamentali adottati dalla mia ragione, confermati dal mio cuore, e che tutti portano il sigillo dell’assenso interiore nel silenzio delle passioni”. In questioni così superiori alla comprensione umana, un’obiezione che non riesco a risolvere potrebbe forse rovesciare un intero sistema di dottrine così solido, così ben congegnato e formato attraverso tanta riflessione e cura, così adatto alla mia ragione, al mio cuore, a tutto il mio essere. E potrebbe forse distruggere l’assenso interiore che sento in me stesso? No: argomentazioni vane non potranno mai distruggere la convinzione che ho riguardo alla conformità tra la mia natura immortale, la struttura di questo mondo e l’ordine fisico che vi regna. Nel sistema morale corrispondente, il cui insieme rappresenta il risultato delle mie riflessioni, trovo le basi necessarie per sopportare le miserie della mia vita; in qualsiasi altro sistema vivrei senza risorse e morirei senza speranza. Sarei la creatura più sfortunata. Pertanto, ci atteniamo soltanto a quel sistema che, da solo, è sufficiente a rendermi felice, nonostante la fortuna e le azioni degli uomini.

Non sembra forse che questa riflessione e la conclusione a cui giunsi siano state ispirate dal cielo stesso, per prepararmi al destino che mi aspettava e mettermi in condizione di affrontarlo? Cosa sarei diventato, cosa diventerò ancora, di fronte alle terribili angosie che mi attendono e alla situazione incredibile in cui sono costretto a vivere per il resto della mia vita, se, privo di un rifugio dove poter sfuggire ai miei implacabili persecutori, senza alcun rimedio per le umiliazioni che subisco in questo mondo e senza alcuna speranza di ottenere la giustizia che mi spetta, fossi stato consegnato interamente al destino più orribile che un mortale abbia mai conosciuto sulla terra? Mentre, nella mia innocenza, immaginavo solo stima e benevolenza da parte degli uomini; mentre il mio cuore aperto e fiducioso si apriva verso amici e fratelli, i traditori mi avvolgevano in silenzio nelle loro trappole, forgiate negli abissi dell’inferno. Colto dai più imprevisti tra tutti i mali e dalle più terribili prove per un’anima orgogliosa, trascinato nella fangia senza mai sapere da chi o perché, gettato in un abisso di ignominia, avvolto in orribili tenebre attraverso le quali non vedevo che oggetti sinistri. Alla prima sorpresa fui sopraffatto; e mai sarei riuscito a riprendermi dall’abbattimento in cui mi gettarono questi improvvisi disastri, se non avessi preparato in anticipo le forze necessarie per rialzarmi dalle mie cadute.

Solo dopo anni di agitazione, riprendendomi finalmente e iniziando a riflettere su me stesso, compresi il valore delle risorse che avevo accumulato per affrontare le avversità. Avendo preso una decisione su tutte le questioni che mi interessavano giudicare, confrontai le mie convinzioni con la mia situazione e mi resi conto di attribuire agli assurdi giudizi degli uomini e ai piccoli eventi di questa breve vita un’importanza molto maggiore di quella che in realtà avevano. Poiché questa vita non è altro che uno stato di prove, non importa di quale natura siano queste prove: l’importante è che producano l’effetto per cui sono destinate; quindi, più le prove sono grandi, intense e numerose, maggiori sono i vantaggi derivanti dal loro affronto. Tutti i dolori più intensi perdono la loro gravità per chi vede nel loro superamento un rimedio grande e sicuro; e questa certezza rappresentava il principale frutto delle mie riflessioni precedenti.

Il est vrai qu’au milieu des outrages sans nombre et des indignités sans mesure dont je me sentais accablé de toutes parts, des intervalles d’inquiétude et de doutes venaient de temps à autre ébranler mon espérance et troubler ma tranquillité. Les puissantes objections que je n’avais pu résoudre se présentaient alors à mon esprit avec plus de force pour achever de m’abattre précisément dans les moments où, surchargé du poids de ma destinée, j’étais prêt à tomber dans le découragement. Souvent des arguments nouveaux que j’entendais faire me revenaient dans l’esprit à l’appui de ceux qui m’avaient déjà tourmenté. Ah ! me disais-je alors dans des serrements de cœur prêts à m’étouffer, qui me garantira du désespoir si dans l’horreur de mon sort je ne vois plus que des chimères dans les consolations que me fournissait ma raison ? Si détruisant ainsi son propre ouvrage, elle renverse tout l’appui d’espérance et de confiance qu’elle m’avait ménagé dans l’adversité ? Quel appui que des illusions qui ne bercent que moi seul au monde ? Toute la génération présente ne voit qu’erreurs et préjugés dans les sentiments dont je me nourris seul ; elle trouve la vérité, l’évidence, dans le système contraire au mien ; elle semble même ne pouvoir croire que je l’adopte de bonne foi, et moi-même en m’y livrant de toute ma volonté j’y trouve des difficultés insurmontables qu’il m’est impossible de résoudre et qui ne m’empêchent pas d’y persister. Suis-je donc seul sage, seul éclairé parmi les mortels ? pour croire que les choses sont ainsi suffit-il qu’elles me conviennent ? puis-je prendre une confiance éclairée en des apparences qui n’ont rien de solide aux yeux du reste des hommes et qui me sembleraient même illusoires à moi-même si mon cœur ne soutenait pas ma raison ? N’eût-il pas mieux valu combattre mes persécuteurs à armes égales en adoptant leurs maximes que de rester sur les chimères des miennes en proie à leurs atteintes sans agir pour les repousser ? Je me crois sage, et je ne suis que dupe, victime et martyr d’une vaine erreur.

Combien de fois dans ces moments de doute et d’incertitude je fus prêt à m’abandonner au désespoir. Si jamais j’avais passé dans cet état un mois entier, c’était fait de ma vie et de moi. Mais ces crises, quoique autrefois assez fréquentes, ont toujours été courtes, et maintenant que je n’en suis pas délivré tout à fait encore elles sont si rares et si rapides qu’elles n’ont pas même la force de troubler mon repos. Ce sont de légères inquiétudes qui n’affectent pas plus mon âme qu’une plume qui tombe dans la rivière ne peut altérer le cours de l’eau. J’ai senti que remettre en délibération les mêmes points sur lesquels je m’étais ci-devant décidé, était me supposer de nouvelles lumières ou le jugement plus formé ou plus de zèle pour la vérité que je n’avais lors de mes recherches ; qu’aucun de ces cas n’étant ni ne pouvant être le mien, je ne pouvais préférer par aucune raison solide des opinions qui, dans l’accablement du désespoir, ne me tentaient que pour augmenter ma misère, à des sentiments adoptés dans la vigueur de l’âge, dans toute la maturité de l’esprit, après l’examen le plus réfléchi, et dans des temps où le calme de ma vie ne me laissait d’autre intérêt dominant que celui de connaître la vérité. Aujourd’hui que mon cœur serré de détresse, mon âme affaissée par les ennuis, mon imagination effarouchée, ma tête troublée par tant d’affreux mystères dont je suis environné, aujourd’hui que toutes mes facultés, affaiblies par la vieillesse et les angoisses, ont perdu tout leur ressort, irai-je m’ôter à plaisir toutes les ressources que je m’étais ménagées, et donner plus de confiance à ma raison déclinante pour me rendre injustement malheureux, qu’à ma raison pleine et vigoureuse pour me dédommager des maux que je souffre sans les avoir mérités ? Non, je ne suis ni plus sage, ni mieux instruit, ni de meilleure foi que quand je me décidai sur ces grandes questions ; je n’ignorais pas alors les difficultés dont je me laisse troubler aujourd’hui ; elles ne m’arrêtèrent pas, et s’il s’en présente quelques nouvelles dont on ne s’était pas encore avisé, ce sont les sophismes d’une subtile métaphysique, qui ne sauraient balancer les vérités éternelles admises de tous les temps, par tous les sages, reconnues par toutes les nations et gravées dans le cœur humain en caractères ineffaçables. Je savais en méditant sur ces matières que l’entendement humain, circonscrit par les sens, ne les pouvait embrasser dans toute leur étendue. Je m’en tins donc à ce qui était à ma portée sans m’engager dans ce qui la passait. Ce parti était raisonnable, je l’embrassai jadis, et m’y tins avec l’assentiment de mon cœur et de ma raison. Sur quel fondement y renoncerais-je aujourd’hui que tant de puissants motifs m’y doivent tenir attaché ? quel danger vois-je à le suivre ? quel profit trouverais-je à l’abandonner ? En prenant la doctrine de mes persécuteurs, prendrais-je aussi leur morale ? Cette morale sans racine et sans fruit qu’ils étalent pompeusement dans des livres ou dans quelque action d’éclat sur le théâtre, sans qu’il en pénètre jamais rien dans le cœur ni dans la raison ; ou bien cette autre morale secrète et cruelle, doctrine intérieure de tous leurs initiés, à laquelle l’autre ne sert que de masque, qu’ils suivent seule dans leur conduite et qu’ils ont si habilement pratiquée à mon égard. Cette morale, purement offensive, ne sert point à la défense, et n’est bonne qu’à l’agression. De quoi me servirait-elle dans l’état où ils m’ont réduit ? Ma seule innocence me soutient dans les malheurs ; et combien me rendrais-je plus malheureux encore, si m’ôtant cette unique mais puissante ressource j’y substituais la méchanceté ? Les atteindrais-je dans l’art de nuire, et quand j’y réussirais, de quel mal me soulagerait celui que je leur pourrais faire ? Je perdrais ma propre estime et je ne gagnerais rien à la place.

C’est ainsi que raisonnant avec moi-même, je parvins à ne plus me laisser ébranler dans mes principes par des arguments captieux, par des objections insolubles et par des difficultés qui passaient ma portée et peut-être celle de l’esprit humain. Le mien, restant dans la plus solide assiette que j’avais pu lui donner, s’accoutuma si bien à s’y reposer à l’abri de ma conscience, qu’aucune doctrine étrangère ancienne ou nouvelle ne peut plus l’émouvoir ni troubler un instant mon repos. Tombé dans la langueur et l’appesantissement d’esprit, j’ai oublié jusqu’aux raisonnements sur lesquels je fondais ma croyance et mes maximes, mais je n’oublierai jamais les conclusions que j’en ai tirées avec l’approbation de ma conscience et de ma raison, et je m’y tiens désormais. Que tous les philosophes viennent ergoter contre : ils perdront leur temps et leurs peines. Je me tiens pour le reste de ma vie, en toute chose, au parti que j’ai pris quand j’étais plus en état de bien choisir.

Tranquille dans ces dispositions, j’y trouve, avec le contentement de moi, l’espérance et les consolations dont j’ai besoin dans ma situation. Il n’est pas possible qu’une solitude aussi complète, aussi permanente, aussi triste en elle-même, l’animosité toujours sensible et toujours active de toute la génération présente, les indignités dont elle m’accable sans cesse, ne me jettent quelquefois dans l’abattement ; l’espérance ébranlée, les doutes décourageants reviennent encore de temps à autre troubler mon âme et la remplir de tristesse. C’est alors qu’incapable des opérations de l’esprit nécessaires pour me rassurer moi-même, j’ai besoin de me rappeler mes anciennes résolutions ; les soins, l’attention, la sincérité de cœur que j’ai mise à les prendre, reviennent alors à mon souvenir et me rendent toute ma confiance. Je me refuse ainsi à toutes nouvelles idées comme à des erreurs funestes qui n’ont qu’une fausse apparence et ne sont bonnes qu’à troubler mon repos.

It is true that amidst the countless outrages and unbearable indignities that overwhelmed me on every side, intervals of anxiety and doubt would occasionally shake my hope and disturb my peace of mind. The powerful objections that I had been unable to resolve would then resurface in my thoughts, with even greater force, just at those moments when, burdened by the weight of my fate, I was on the verge of losing all hope. Often, new arguments that I heard would come back to haunt me, reinforcing those that had already troubled me. Ah! I would exclaim, in heartbreaks that seemed ready to strangle me—what can guarantee me against despair, if in the horror of my fate I see nothing but illusions in the very comforts that my reason offers me? If, by destroying its own work in this way, reason removes every last shred of hope and confidence it had managed to instill in me during adversity, what kind of support is left? Illusions that soothe only me in this world—what value do they hold? The entire present generation sees nothing but error and prejudice in the beliefs I hold; they find truth and certainty in a system utterly contrary to mine. They seem even unable to believe that I could sincerely embrace such a system, yet as I devote myself to it with all my will, I encounter insurmountable difficulties that I am powerless to resolve—yet this does not stop me from persevering. Am I therefore the only wise one, the only enlightened one among mortals? To believe that things are indeed so simply because they suit me—is that enough? Can I place my trust in appearances that seem utterly devoid of solidity in the eyes of others, and that would even appear illusory to me if it were not for the support of my own reason? Wouldn’t it have been better to fight my persecutors on equal terms by adopting their principles, rather than remaining attached to the illusions of my own while vulnerable to their attacks without taking any action to resist them? I consider myself wise, but in truth I am nothing but a fool, a victim, and a martyr of a vain error.

How many times, in those moments of doubt and uncertainty, was I ready to give myself up to despair. If I had ever spent a whole month in such a state, it would have changed both my life and who I am. But these crises, though once quite frequent, were always brief. Now that I am not entirely free from them, they occur so rarely and so quickly that they no longer have the power to disturb my peace. They are but slight worries that affect my soul no more than a feather falling into a river can alter its course. I realized that revisiting the same issues upon which I had previously made decisions would mean assuming new understandings or possessing a more mature judgment, or greater zeal for truth than I did when I first began my inquiries. Since none of these possibilities applied to me or could possibly apply, there was no solid reason to prefer opinions that, in the depths of despair, would only increase my suffering, to those sentiments that I had adopted in the vigor of my youth, with the full maturity of my mind, after the most careful consideration—and at a time when the calmness of my life allowed me no other interest than the pursuit of truth. Today, with my heart crushed by distress, my soul weakened by troubles, my imagination terrified, my mind troubled by so many horrible mysteries surrounding me, and with all my faculties diminished by age and anxiety, having lost their former strength—would I willingly abandon the resources I had carefully preserved and place more trust in my declining reason, thus bringing upon myself unjust suffering, rather than relying on my sound and vigorous reason to alleviate the evils I endure without having deserved them? No. I am neither wiser nor better informed nor more faithful now than when I made those decisions. I was aware then of the difficulties that trouble me today; they did not deter me. And if any new difficulties arise that have not yet been considered, they are but the sophisms of a subtle metaphysics—arguments that could never outweigh the eternal truths acknowledged by all wise men throughout time, recognized by all nations, and etched indelibly into the human heart. In contemplating these matters, I knew that human understanding, limited by the senses, could not encompass their entire scope. Therefore, I confined myself to what was within my reach, without delving into what lay beyond it. That choice was reasonable; I embraced it then, and I remained true to it with the consent of both my heart and reason. On what basis would I abandon it now, when so many compelling reasons hold me bound to it? What danger do I see in following it? What benefit would I gain from abandoning it? By adopting the doctrines of my persecutors, would I also embrace their morals? This morality, rootless and fruitless, which they pompously display in books or through some spectacular actions on stage—yet not a single bit of it ever penetrates the heart or the reason; or that other, secret and cruel morality, the inner doctrine reserved for their initiates, behind which the former merely serves as a mask—they follow solely in their conduct, and they have so skillfully practiced it towards me. This morality, purely offensive in nature, serves no purpose in defense; it is good only for aggression. What use could it be to me in the state they have reduced me to? My very innocence is my sole support in adversity; yet how much more wretched would I become if, deprived of this one but powerful resource, I were forced to resort to malice instead? Would it help me harm them any more effectively? And even if I succeeded in doing so, what relief could such vengeance bring me? I would only lose my own respect for myself and gain nothing in its place.

It was in this way that, by reasoning with myself in this manner, I managed to stop letting enticing arguments, insoluble objections, and difficulties beyond my own or perhaps even the human mind’s grasp shake my principles. My mind, remaining within the firmest framework I had ever established for it, became so accustomed to resting there, sheltered by my consciousness, that no foreign doctrine, old or new, could ever disturb it or perturb my peace of mind for a single moment. Lost in a state of lethargy and mental sluggishness, I even forgot the arguments upon which I based my beliefs and principles; yet I will never forget the conclusions I reached with the approval of my conscience and reason, and I shall adhere to them for the rest of my life. Let all philosophers come and argue against me—if they wish, they may waste their time and effort. For I remain steadfast in the position I took back when I was in a better state to make informed choices.

In such circumstances, I find within them, along with self-contentment, the hope and solace that I need in my situation. It is impossible for such complete, permanent solitude—so inherently sad—and for the constant hostility of the entire present generation, along with the indignities they heap upon me without cease, not to occasionally plunge me into despondency; my hopes are shaken, and disheartening doubts occasionally return to disturb my soul and fill it with sorrow. It is then, when I am unable to engage in the mental processes necessary to reassure myself, that I need to recall my past resolutions. The care, attention, and sincerity with which I made them come back to mind, restoring all my confidence. In this way, I reject any new ideas as if they were dangerous errors—illusions that possess only a false appearance and are meant solely to disturb my peace of mind.

È vero che, in mezzo a innumerevoli oltraggi e indignità da cui mi sentivo assediato da tutte le parti, di tanto in tanto intervalli di ansia e dubbi scuotevano la mia speranza e turbavano la mia tranquillità. Le potenti obiezioni che non ero riuscito a confutare mi tornavano allora alla mente con ancora maggiore forza, per abbattermi proprio nei momenti in cui, sopraffatto dal peso del mio destino, ero sul punto di cadere nel disperazione. Spesso nuovi argomenti che sentivo avanzare venivano a sostegno di quelli che già mi tormentavano. Ah! Mi dicevo allora, con il cuore stretto in una morsa quasi soffocante: “Chi mi garantirà dalla disperazione, se nella orrore della mia sorte non vedo altro che illusioni nelle consolazioni che la mia ragione mi offre? Distruggendo così il proprio stesso operato, non rovina forse tutta quella speranza e fiducia che mi aveva fornito nell’avversità? Quale sostegno possono rappresentare delle illusioni che confortano soltanto me stesso in questo mondo? L’intera generazione attuale vede solo errori e pregiudizi nei sentimenti da cui io solo mi nutro; essa trova la verità, l’evidenza nel sistema opposto al mio; sembra persino impossibile che creda che io lo adotti di buona fede. Eppure, pur impegnandomici con tutta la mia volontà, trovo in esso difficoltà insormontabili, ma ciò non mi impedisce di perseverare. Sono forse l’unico saggio, l’unico illuminato tra i mortali? Per credere che le cose siano così, basta che mi convengano. Posso davvero riporre una fiducia fondata su apparenze che agli occhi degli altri non hanno alcun fondamento solido, e che a me stesso sembrerebbero persino illusorie, se il mio cuore non sostenesse la mia ragione? Non sarebbe stato meglio combattere i miei persecutori ad armi pari, adottando le loro massime, piuttosto che rimanere aggrappato alle illusioni delle mie, esposto ai loro attacchi senza cercare di respingerli?” Mi credo saggio, ma in realtà sono solo una vittima, un martire di un’illusione vana.

Quante volte, in questi momenti di dubbio e incertezza, sono stato sul punto di abbandonarmi al dispero. Se mai fossi rimasto in questo stato per un intero mese, la mia vita sarebbe stata distrutta. Ma queste crisi, sebbene un tempo piuttosto frequenti, sono sempre state brevi; ora che non ne sono ancora del tutto liberato, sono così rare e rapide da non avere nemmeno il potere di turbare il mio riposo. Sono solo lievi preoccupazioni che non influenzano minimamente la mia anima, proprio come una piuma che cade nel fiume non può alterarne il corso. Ho capito che riconsiderare le stesse questioni su cui avevo già preso decisioni significava presumere di disporre di nuove “luci”, di un giudizio più maturo o di un maggiore zelo per la verità rispetto a quando iniziai le mie riflessioni. Ma poiché nessuno di questi casi era, né poteva essere, il mio caso reale, non avevo alcun motivo valido per preferire opinioni che, nel momento del dispero, mi avrebbero solo aumentato la sofferenza, rispetto a quelle che avevo adottato nella piena maturità della mia mente, dopo un’attenta riflessione. Oggi, con il cuore stretto dal dolore, l’anima oppressa dagli affanni, l’immaginazione spaventata da tanti orribili misteri che mi circondano, con tutte le mie facoltà indebolite dall’età e dalle angosie, come potrei rinunciare alle risorse che mi ero preparato a utilizzare, affidarmi in modo ingiusto alla mia ragione declinante per rendermi ancora più infelice, invece di affidarmi alla mia ragione piena e vigorevole per alleviare i mali che soffro senza averli meritati? No. Non sono né più saggio, né meglio istruito, né più sincero di quando presi quelle decisioni. Allora non ignoravo le difficoltà di cui oggi mi lascio turbare; esse non mi avevano fermato. E se ora dovessero presentarsi nuove difficoltà di cui nessuno si era ancora reso conto, sarebbero soltanto i sofismi di una metafisica subdola a cercare di contrastare le verità eternhe riconosciute da tutti i saggi, da tutte le nazioni. Verità incise nel cuore umano in caratteri indelebili. Riflettendo su queste questioni, sapevo che l’intelligenza umana, limitata dai sensi, non può comprenderne tutta la portata. Quindi mi sono attenuto a ciò che era alla mia portata, senza addentrarmi in ciò che andava al di là delle mie possibilità. Questa scelta era ragionevole; l’ho adottata un tempo, e me ne sono tenuto, con il consenso del mio cuore e della mia ragione. Su quale fondamento la abbandonerei oggi, quando tanti motivi potenti mi spingono a mantenerla? Qual pericolo vedo nel seguirla? Quale vantaggio troverei nell’abbandonarla? Se accettassi la dottrina dei miei persecutori, acquisirei anche la loro morale? Questa morale priva di radici e di frutti, che vengono esibita con pompa in libri o in qualche gesto spettacolare sul palcoscenico, senza che mai nulla di essa penetri nel cuore o nella ragione delle persone; oppure quell’altra morale segreta e crudele, dottrina interna riservata soltanto ai loro adepti, alla quale la prima non serve se non da maschera: è questa seconda morale che seguono realmente nelle loro azioni, e che hanno praticato con tale abilità nei miei confronti. Questa morale, puramente offensiva, non serve affatto alla difesa, ma soltanto all’aggressione. A cosa mi servirebbe, in uno stato come quello in cui mi hanno ridotto? La mia unica innocenza è ciò che mi sostiene nei momenti di sventura; e quanto diventerei ancora più infelice se, togliendomi questa unica ma potente risorsa, la sostituissi con la malvagità? Riuscirei forse a danneggiarli nell’arte del male, ma anche nel caso in cui ci riuscissi, quale sollievo mi porterebbe il dolore che potrei causare loro? Perderei la stima di me stesso e non guadagnerei nulla al suo posto.

E così, ragionando con me stesso, riuscii a non lasciarmi più scuotere nei miei principi da argomentazioni ingannevoli, da obiezioni insolubili e da difficoltà che andavano oltre le mie capacità, e forse anche quelle dell’intelletto umano. Il mio pensiero, rimasto nella posizione più solida che fossi riuscito a dargli, si abituò così bene a riposarvi al sicuro sotto la protezione della mia coscienza, che nessuna dottrina straniera, antica o nuova, poté mai più scuoterlo né turbare nemmeno per un istante il mio equilibrio interiore. Caduto in uno stato di apatia e torpore mentale, dimenticai persino i ragionamenti su cui basavo la mia fede e le mie convinzioni; tuttavia non dimenticherò mai le conclusioni a cui sono giunto con l’approvazione della mia coscienza e della mia ragione, e mi attenuerò a esse per il resto della mia vita. Che vengano pure tutti i filosofi a discutere contro di me: perderanno solo tempo e fatica. Per quanto mi riguarda, resterò per sempre fedele alla decisione che ho preso quando ero ancora in grado di scegliere con saggezza.

In queste condizioni, trovo nella tranquillità la soddisfazione di me stesso, nonché l’ speranza e le consolazioni di cui ho bisogno nella mia situazione. Non è possibile che una solitudine così completa, così permanente, così triste in sé stessa; l’animosità sempre evidente e attiva di tutta la generazione presente; le umiliazioni che mi infliggono costantemente, non mi gettino a volte nel dispero. L’ speranza vacilla, i dubbi scoraggianti ritornano di tanto in tanto a turbare la mia anima e a riempirla di tristezza. È allora che, incapace di compiere quelle azioni mentali necessarie per rassicurarmi, ho bisogno di ricordare le mie vecchie risoluzioni; i sforzi, l’attenzione, la sincerità con cui le avevo prese mi tornano in mente e mi restituiscono tutta la mia fiducia. Così mi rifiuto di accettare qualsiasi nuova idea, considerandola un errore funesto che ha soltanto un’apparenza ingannevole e che serve solo a turbare il mio riposo.

Ainsi retenu dans l’étroite sphère de mes anciennes connaissances je n’ai pas, comme Solon, le bonheur de pouvoir m’instruire chaque jour en vieillissant, et je dois même me garantir du dangereux orgueil de vouloir apprendre ce que je suis désormais hors d’état de bien savoir. Mais s’il me reste peu d’acquisitions à espérer du côté des lumières utiles, il m’en reste de bien importantes à faire du côté des vertus nécessaires à mon état. C’est là qu’il serait temps d’enrichir et d’orner mon âme d’un acquis qu’elle pût emporter avec elle, lorsque délivrée de ce corps qui l’offusque et l’aveugle, et voyant la vérité sans voile, elle apercevra la misère de toutes ces connaissances dont nos faux savants sont si vains. Elle gémira des moments perdus en cette vie à les vouloir acquérir. Mais la patience, la douceur, la résignation, l’intégrité, la justice impartiale sont un bien qu’on emporte avec soi, et dont on peut s’enrichir sans cesse, sans craindre que la mort même nous en fasse perdre le prix. C’est à cette unique et utile étude que je consacre le reste de ma vieillesse. Heureux si par mes progrès sur moi-même, j’apprends à sortir de la vie, non meilleur, car cela n’est pas possible, mais plus vertueux que je n’y suis entré.

Quatrième promenade

Dans le petit nombre de livres que je lis quelquefois encore, Plutarque est celui qui m’attache et me profite le plus. Ce fut la première lecture de mon enfance, ce sera la dernière de ma vieillesse ; c’est presque le seul auteur que je n’ai jamais lu sans en tirer quelque fruit. Avant-hier, je lisais dans ses œuvres morales le traité Comment on pourra tirer utilité de ses ennemis. Le même jour, en rangeant quelques brochures qui m’ont été envoyées par les auteurs, je tombai sur un des journaux de l’abbé R***[353], au titre duquel il avait mis ces paroles : Vitam vero impendenti, R*** [354] Trop au fait des tournures de ces messieurs pour prendre le change sur celle-là, je compris qu’il avait cru sous cet air de politesse me dire une cruelle contre-vérité : mais sur quoi fondé ? pourquoi ce sarcasme ? quel sujet y pouvais-je avoir donné ? Pour mettre à profit les leçons du bon Plutarque je résolus d’employer à m’examiner sur le mensonge la promenade du lendemain, et j’y vins bien confirmé dans l’opinion déjà prise que le Connais-toi toi-même du Temple de Delphes n’était pas une maxime si facile à suivre que je l’avais cru dans mes Confessions.

Le lendemain, m’étant mis en marche pour exécuter cette résolution, la première idée qui me vint en commençant à me recueillir fut celle d’un mensonge affreux fait dans ma première jeunesse[355], dont le souvenir m’a troublé toute ma vie et vient, jusque dans ma vieillesse, contrister encore mon cœur déjà navré de tant d’autres façons. Ce mensonge, qui fut un grand crime en lui-même, en dut être un plus grand encore par ses effets que j’ai toujours ignorés, mais que le remords m’a fait supposer aussi cruels qu’il était possible. Cependant, à ne consulter que la disposition où j’étais en le faisant, ce mensonge ne fut qu’un fruit de la mauvaise honte, et bien loin qu’il partît d’une intention de nuire à celle qui en fut la victime, je puis jurer à la face du ciel qu’à l’instant même où cette honte invincible me l’arrachait j’aurais donné tout mon sang avec joie pour en détourner l’effet sur moi seul. C’est un délire que je ne puis expliquer qu’en disant, comme je crois le sentir, qu’en cet instant mon naturel timide subjugua tous les vœux de mon cœur.

Le souvenir de ce malheureux acte et les inextinguibles regrets qu’il m’a laissés m’ont inspiré pour le mensonge une horreur qui a dû garantir mon cœur de ce vice pour le reste de ma vie. Lorsque je pris ma devise, je me sentais fait pour la mériter, et je ne doutais pas que je n’en fusse digne quand sur le mot de l’abbé R***[356] je commençai de m’examiner plus sérieusement.

Alors en m’épluchant avec plus de soin, je fus bien surpris du nombre de choses de mon invention que je me rappelais avoir dites comme vraies dans le même temps où, fier en moi-même de mon amour pour la vérité, je lui sacrifiais ma sûreté, mes intérêts, ma personne, avec une impartialité dont je ne connais nul autre exemple parmi les humains.

[Arv. ed]

Ce qui me surprit le plus était qu’en me rappelant ces choses controuvées, je n’en sentais aucun vrai repentir. Moi dont l’horreur pour la fausseté n’a rien dans mon cœur qui la balance, moi qui braverais les supplices s’il les fallait éviter par un mensonge, par quelle bizarre inconséquence mentais-je ainsi de gaieté de cœur sans nécessité, sans profit, et par quelle inconcevable contradiction n’en sentais-je pas le moindre regret, moi que le remords d’un mensonge n’a cessé d’affliger pendant cinquante ans ? Je ne me suis jamais endurci sur mes fautes ; l’instinct moral m’a toujours bien conduit, ma conscience a gardé sa première intégrité, et quand même elle se serait altérée en se pliant à mes intérêts, comment, gardant toute sa droiture dans les occasions où l’homme forcé par ses passions peut au moins s’excuser sur sa faiblesse, la perd-elle uniquement dans les choses indifférentes où le vice n’a point d’excuse ? Je vis que de la solution de ce problème dépendait la justesse du jugement que j’avais à porter en ce point sur moi-même, et après l’avoir bien examiné voici de quelle manière je parvins à me l’expliquer.

Je me souviens d’avoir lu dans un livre de philosophie que mentir c’est cacher une vérité que l’on doit manifester. Il suit bien de cette définition que taire une vérité qu’on n’est pas obligé de dire n’est pas mentir ; mais celui qui non content en pareil cas de ne pas dire la vérité dit le contraire, ment-il alors, ou ne ment-il pas ? Selon la définition, l’on ne saurait dire qu’il ment. Car s’il donne de la fausse monnaie à un homme auquel il ne doit rien, il trompe cet homme, sans doute, mais il ne le vole pas.

Il se présente ici deux questions à examiner, très importantes l’une et l’autre. La première, quand et comment on doit à autrui la vérité, puisqu’on ne la doit pas toujours. La seconde, s’il est des cas où l’on puisse tromper innocemment. Cette seconde question est très décidée, je le sais bien ; négativement dans les livres, où la plus austère morale ne coûte rien à l’auteur, affirmativement dans la société où la morale des livres passe pour un bavardage impossible à pratiquer. Laissons donc ces autorités qui se contredisent, et cherchons par mes propres principes à résoudre pour moi ces questions.

La vérité générale et abstraite est le plus précieux de tous les biens. Sans elle l’homme est aveugle ; elle est l’œil de la raison. C’est par elle que l’homme apprend à se conduire, à être ce qu’il doit être, à faire ce qu’il doit faire, à tendre à sa véritable fin. La vérité particulière et individuelle n’est pas toujours un bien, elle est quelquefois un mal, très souvent une chose indifférente. Les choses qu’il importe à un homme de savoir et dont la connaissance est nécessaire à son bonheur ne sont peut-être pas en grand nombre ; mais en quelque nombre qu’elles soient elles sont un bien qui lui appartient, qu’il a droit de réclamer partout où il le trouve, et dont on ne peut le frustrer sans commettre le plus inique de tous les vols, puisqu’elle est de ces biens communs à tous dont la communication n’en prive point celui qui le donne.

Quant aux vérités qui n’ont aucune sorte d’utilité ni pour l’instruction ni dans la pratique, comment seraient-elles un bien dû, puisqu’elles ne sont pas même un bien ? et puisque la propriété n’est fondée que sur l’utilité, où il n’y a point d’utilité possible il ne peut y avoir de propriété. On peut réclamer un terrain quoique stérile parce qu’on peut au moins habiter sur le sol : mais qu’un fait oiseux, indifférent à tous égards et sans conséquence pour personne soit vrai ou faux, cela n’intéresse qui que ce soit. Dans l’ordre moral rien n’est inutile non plus que dans l’ordre physique. Rien ne peut être dû de ce qui n’est bon à rien ; pour qu’une chose soit due, il faut qu’elle soit ou puisse être utile. Ainsi, la vérité due est celle qui intéresse la justice et c’est profaner ce nom sacré de vérité que de l’appliquer aux choses vaines dont l’existence est indifférente à tous, et dont la connaissance est inutile à tout. La vérité dépouillée de toute espèce d’utilité même possible, ne peut donc pas être une chose due, et par conséquent celui qui la tait ou la déguise ne ment point.

Thus, confined within the narrow sphere of my former knowledge, I do not enjoy, like Solon, the happiness of being able to learn anew with each passing day as I age. In fact, I must even guard against the dangerous pride of attempting to acquire what I am now unable to understand properly. Yet, while there may be little more I can gain in terms of useful knowledge, there are still many important virtues that I must cultivate for my own well-being. It is here that it would be worthwhile to enrich and adorn my soul with knowledge that it can take with it when, freed from this body that obscures and blinds it, it sees the truth without any veils and recognizes the futility of all those knowledges upon which our so-called scholars place their pride. I will lament the time wasted in this life striving for such knowledge. But patience, gentleness, resignation, integrity, and impartial justice are qualities that one can carry with them throughout life, and upon which one can continually grow without fear that even death will deprive us of their value. It is to this single and truly useful pursuit that I dedicate the rest of my years. May I succeed in becoming, through self-improvement, not better—for that is impossible—but more virtuous than when I began this journey.

Fourth Stroll

Among the few books I still occasionally read, Plutarch is the one that attracts me the most and benefits me the most. It was my first reading in childhood; it will be my last in old age. He is almost the only author whose works I have never read without gaining some insight from them. The day before yesterday, I was reading in his moral writings a treatise titled “How to Make Use of One’s Enemies.” On the same day, while organizing some pamphlets sent to me by authors, I came across one of Abbe R***[353]’s newspapers, whose headline contained these words: “Vitam vero impendenti, ” Being too familiar with the ways of these gentlemen to be deceived by such polite phrasing, I understood that he must have meant to tell me a cruel lie under that guise. But on what basis? Why such sarcasm? What could I have possibly said to warrant it? In order to put into practice the teachings of the good Plutarch, I resolved to use my walk the next day as an opportunity to examine myself regarding the issue of lying. And indeed, this experience only reinforced my earlier belief that the Delphian maxim “Know thyself” is not as easy to follow as I had thought in my own “Confessions.”

The next day, as I set out to put this resolution into action, the first thought that occurred to me while I began to reflect was that of a terrible lie I had told in my early youth[355]. The memory of it had troubled me throughout my life and, even in my old age, it still causes my already distressed heart great sorrow. This lie, which was in itself a grave crime, must have been an even greater one due to its consequences—consequences of which I had always been unaware, but which remorse made me assume to be as cruel as they possibly could be. However, if one considers only the state of mind I was in at the time, that lie was merely the result of vile shame. Far from being intended to harm the person who became its victim, I can swear before heaven that, in the very instant when that overwhelming sense of shame forced me to tell it, I would have gladly given my entire blood to prevent it from affecting me at all. It is a delusion that I can only explain by saying that, in that moment, my timid nature overpowered all the desires of my heart.

The memory of that unfortunate act and the indelible regrets it left me inspired in me such horror towards lying that it ensured my heart would remain free from this vice for the rest of my life. When I adopted my motto, I felt that I was worthy of it; and I had no doubt that I truly was when, following the advice of Abbe R***[356], I began to examine myself more seriously.

So, as I examined myself more carefully, I was greatly surprised by the number of things I had invented that I remembered saying as if they were true. At the same time, proud of my love for truth, I sacrificed my own safety, my interests, even my very person for it, with an impartiality for which I know no other example among humans.

[Arv. ed]

What surprised me most was that, when I recalled these fabricated things, I felt no true remorse at all. For me, whose hatred of falsehood is so deep that nothing in my heart could ever justify it; for me, who would endure any torture if lying were the only way to avoid it—how could I, then, lie so joyfully and without necessity or benefit? And how could I not feel the slightest regret for such an inconceivable inconsistency, when the guilt of lying had plagued me for fifty years? I have never hardened my heart towards my own mistakes; my moral instinct has always guided me correctly, and my conscience has maintained its integrity throughout. Even if it had been corrupted by accommodating my own interests, how could it lose all its integrity in matters that are utterly indifferent, where vice holds no excuse at all? I realized that the solution to this dilemma depended on the accuracy of my judgment regarding myself in this regard. After careful consideration, here is how I managed to explain it to myself.

I remember reading in a philosophy book that lying is about hiding a truth that one ought to reveal. According to this definition, keeping silent about a truth that one is not obligated to speak about would not be considered lying; but if someone, in such a case, not only fails to tell the truth but also says the opposite, are they lying then, or are they not? By this definition, one could only say that they are lying. Because if they give false money to someone to whom they owe nothing, they are certainly deceiving that person, but they are not stealing from them.

Here are two issues that need to be examined, both of great importance. The first is: when and how should one tell the truth to others, since it is not always necessary to do so. The second is whether there are any circumstances in which one might deceive others innocently. I am well aware that the answer to this second question is highly contentious: negatively, in books, where the most austere morals impose no cost on the author; positively, in society, where the morals taught in books are regarded as mere empty rhetoric impossible to put into practice. Let us therefore set aside these contradictory authorities and try to resolve these issues for ourselves, based on our own principles.

The general and abstract truth is the most precious of all possessions. Without it, man is blind; it is the eye of reason. Through it, man learns how to conduct himself, how to be what he ought to be, how to do what he ought to do, and how to strive toward his true purpose. The particular and individual truths are not always beneficial; sometimes they are harmful, and very often they are indifferent. The things that it is important for a man to know, and whose knowledge is necessary for his happiness, may not be numerous; but whatever their number, they are possessions that belong to him—he has the right to claim them wherever he finds them—and their denial would constitute the most unjust form of theft, for they are among those common goods that the giving of one does not deprive the recipient of anything.

As for those truths which are of no use whatsoever, neither in education nor in practice—how could they be considered as something owed, when they are not even considered a good thing? And since property is based solely on usefulness, where there is no possible usefulness, there can be no property at all. One may claim ownership over barren land simply because one can at least live on it; but whether some trivial fact, utterly indifferent in every respect and having no consequences for anyone, is true or false, interests no one at all. In the moral realm, just as in the physical realm, nothing is useless. Nothing that is good for nothing can be considered something owed; for something to be owed, it must be useful or capable of being useful. Thus, the truth that is owed is the one that concerns justice. To apply this sacred name of “truth” to empty matters whose existence is indifferent to all and whose knowledge is useless to everyone would be a profanation of that term. Truth, stripped of even the slightest possibility of usefulness, cannot therefore be considered something owed; and consequently, those who refrain from speaking it or distort it are not lying.

Rimasto confinato nell’ambito ristretto delle mie antiche conoscenze, non ho, come Solone, la fortuna di potermi istruire ogni giorno con l’avanzare dell’età; anzi, devo fare attenzione a non cadere nella pericolosa vanità di voler imparare ciò che ormai non sono più in grado di comprendere. Tuttavia, se mi restano poche opportunità di acquisire nuove conoscenze utili, ne ho molte altre da coltivare nel campo delle virtù necessarie al mio stato attuale. È proprio in questo ambito che dovrebbe essere il momento di arricchire e adornare la mia anima con qualcosa che possa portare con me quando, liberata da questo corpo che la offusca e la acceca, vedrà la verità senza veli e comprenderà la vanità di tutte quelle conoscenze di cui i nostri falsi saggi sono così orgogliosi. Gemerà per i momenti sprecati in questa vita nel tentativo di ottenerle. Ma la pazienza, la dolcezza, la rassegnazione, l’integrità, la giustizia imparziale sono qualità che possiamo portare con noi ovunque, e di cui possiamo continuare ad arricchirci senza temere che anche la morte ci privi del loro valore. È a questa unica e utile attività che dedico il resto della mia vecchiaia. Felice se, attraverso i progressi che faccio su me stesso, riesco a uscire da questa vita non migliore di prima – poiché questo è impossibile – ma almeno più virtuoso di quando vi sono entrato.

Quarta passeggiata

Tra i pochi libri che ancora leggo di tanto in tanto, Plutarco è quello che mi affascina e dal quale traggo il maggior beneficio. Fu la prima lettura della mia infanzia; sarà anche l’ultima della mia vecchiaia. È quasi l’unico autore che abbia mai letto senza trarne qualche insegnamento. Ieri, leggevo nelle sue opere morali il trattato “Come trarre vantaggio dai propri nemici”. Lo stesso giorno, mentre sistemavo alcune brochures inviatemi dagli autori, mi imbattei in uno dei giornali dell’abate R***[353], nel cui titolo egli aveva scritto queste parole: “Vitam vero impendenti, ”. Essendo troppo a conoscenza delle maniere di questi signori per lasciarmi ingannare da tale formulazione, capii che intendeva dirmi, sotto quella apparenza di cortesia, una crudele menzogna. Ma su cosa si basava questa accusa? Perché quel sarcasmo? Qual motivo avrei potuto dargli per farlo? Decisi quindi di utilizzare la passeggiata del giorno seguente per esaminare più attentamente il tema del mentire, e ne uscii ancora più convinto della convinzione che già avevo: il detto “Conosci te stesso” del Tempio di Delfi non era una massima così facile da seguire come avevo creduto nelle mie “Confessioni”.

Il giorno seguente, quando mi misi in cammino per attuare questa decisione, la prima idea che mi venne in mente fu quella di un terribile inganno commesso nella mia giovinezza[355], il ricordo del quale ha turbato tutta la mia vita e continua ancora, anche nella vecchiaia, a addolorare il mio cuore già afflitto da tante altre sofferenze. Quell’inganno, che di per sé rappresentava un grave crimine, ne fu uno ancora più grande a causa dei suoi effetti, di cui ho sempre ignorato la portata, ma i rimorsi mi hanno fatto supporre che fossero estremamente crudeli. Tuttavia, se si considera solo lo stato d’animo in cui mi trovavo al momento di commetterlo, quell’inganno non fu altro che il frutto di una cattiva vergogna; lontano dall’essere motivato dall’intenzione di nuocere a chi ne fu vittima, posso giurare sul cielo che, nell’istante stesso in cui quella invincibile vergogna me lo impose, avrei dato volentieri tutto il mio sangue per evitare che i suoi effetti colpissero solo me. Si tratta di un delirio che posso spiegare soltanto dicendo, come credo di sentire veramente, che in quel momento la mia natura timida sopraffece tutti i desideri del mio cuore.

Il ricordo di quell’atto infelice e i rimpianti indelebili che mi lasciò suscitarono in me un orrore per la menzogna tale da garantire che quel vizio non avrebbe mai più contaminato il mio cuore per il resto della mia vita. Quando scelsi il mio motto, sentivo di essere degno di esso; e non dubitavo affatto di esserlo quando, seguendo i consigli dell’abate R***[356], iniziai a esaminarmi più seriamente.

Quindi, esaminandomi con maggiore attenzione, fui molto sorpreso dal numero di cose che avevo inventato e che ricordavo di aver detto come vere; allo stesso tempo, fiero della mia passione per la verità, le dedicavo la mia sicurezza, i miei interessi, la mia stessa persona, con un’imparzialità di cui non conosco alcun altro esempio tra gli esseri umani.

[Edizione Arv.]

Ciò che mi sorprese di più fu il fatto che, ricordando queste azioni ingiuste, non provavo alcun vero rimorso. Io, per il quale l’orrore della falsità è così forte da far prevalere in me questo sentimento su ogni altro, io che affronterei qualsiasi supplizio pur di evitare la menzogna. Perché mai mentivo con tale spensieratezza, senza alcuna necessità né vantaggio? E per quale inconcepibile contraddizione non ne provavo il minimo rimorso, io che per cinquant’anni sono stato costantemente tormentato dal rimorso di aver mentito? Non mi sono mai abituato alle mie colpe; l’istinto morale mi ha sempre guidato rettamente, la mia coscienza ha sempre mantenuto la sua integrità. E anche se questa fosse stata alterata per adattarsi ai miei interessi personali, come potrebbe essa perdere tutta la sua rettitudine proprio nelle cose indifferenti, dove il vizio non può trovare alcuna scusa? Mi resi conto che dalla risoluzione di questo problema dipendeva la giustezza del giudizio che dovevo formulare su me stesso in questa questione. E dopo averlo esaminato attentamente, ecco come riuscii a spiegarmelo.

Ricordo di aver letto in un libro di filosofia che mentire significa nascondere una verità che si dovrebbe rivelare. Da questa definizione deriva chiaramente che tacere una verità di cui non si è obbligati a parlare non costituisce mentire; ma colui che, in tal caso, invece di dire la verità dice il contrario: mente allora, o forse no? Secondo questa definizione, si potrebbe solo affermare che mente. Infatti, se dà denaro falso a una persona a cui non deve nulla, certamente inganna quell’uomo, ma non lo ruba.

Qui si presentano due questioni molto importanti da esaminare. La prima riguarda il momento e il modo in cui si debba rivelare la verità agli altri, dato che non sempre è necessario farlo. La seconda si chiede se esistano casi in cui sia possibile ingannare qualcuno innocentemente. So bene che su questa seconda questione sussistono opinioni opposte: negativamente nei libri, dove la morale più rigorosa non costa nulla all’autore; positivamente nella società, dove la morale enunciata nei libri viene considerata un discorso inutile e impossibile da mettere in pratica. Lasciamo quindi da parte queste autorità che si contraddicono e cerchiamo di risolvere queste questioni seguendo i miei principi personali.

La verità generale e astratta è il bene più prezioso di tutti. Senza di essa, l’uomo è cieco; essa è l’occhio della ragione. È attraverso di essa che l’uomo impara a comportarsi, a essere ciò che deve essere, a fare ciò che deve fare, e a tendere verso la sua vera destinazione. La verità particolare e individuale, invece, non è sempre un bene: a volte è un male, molto spesso è qualcosa di indifferente. Le cose che è importante conoscere per il benessere di un uomo, e la cui conoscenza è necessaria per la sua felicità, forse non sono molte; ma quante esse siano, rappresentano un bene che gli appartiene, di cui ha diritto di rivendicare l’uso ovunque lo trovi, e il cui possesso non può essere negato senza commettere il più ingiusto dei furti, poiché si tratta di quei beni comuni a tutti i quali la loro condivisione non priva affatto colui che li dona.

Per quanto riguarda le verità che non presentano alcun tipo di utilità né nell’insegnamento né nella pratica, come potrebbero essere considerate qualcosa di dovuto, se non sono nemmeno considerate un bene? E poiché la proprietà si fonda esclusivamente sull’utilità, dove non c’è alcuna possibilità di utilità, non può esserci nemmeno proprietà. Si può rivendicare un terreno anche se sterile, perché almeno è possibile abitarvi; ma che un fatto privo di significato, indifferente sotto ogni aspetto e senza alcuna conseguenza per nessuno sia vero o falso, non interessa assolutamente nessuno. Nell’ordine morale, nulla è inutile come nell’ordine fisico: nulla può essere considerato qualcosa di dovuto se non è utile; affinché una cosa possa essere ritenuta dovuta, deve essere o poter essere utile. Quindi, la verità che è davvero dovuta è quella che riguarda la giustizia; è profanare questo sacro nome di “verità” applicarlo a cose vane, la cui esistenza è indifferente per tutti e la conoscenza delle quali è inutile per chiunque. La verità, privata di qualsiasi tipo di utilità possibile, non può quindi essere considerata qualcosa di dovuto; pertanto, colui che la tace o la nasconde non mente affatto.

Mais est-il de ces vérités si parfaitement stériles qu’elles soient de tout point inutiles à tout, c’est un autre article à discuter et auquel je reviendrai tout à l’heure. Quant à présent passons à la seconde question.

Ne pas dire ce qui est vrai et dire ce qui est faux sont deux choses très différentes, mais dont peut néanmoins résulter le même effet car ce résultat est assurément bien le même toutes les fois que cet effet est nul. Partout où la vérité est indifférente l’erreur contraire est indifférente aussi ; d’où il suit qu’en pareil cas celui qui trompe en disant le contraire de la vérité n’est pas plus injuste que celui qui trompe en ne la déclarant pas ; car en fait de vérités inutiles, l’erreur n’a rien de pire que l’ignorance. Que je croie le sable qui est au fond de la mer blanc ou rouge, cela ne m’importe pas plus que d’ignorer de quelle couleur il est. Comment pourrait-on être injuste en ne nuisant à personne, puisque l’injustice ne consiste que dans le tort fait à autrui ?

Mais ces questions ainsi sommairement décidées ne sauraient me fournir encore aucune application sûre pour la pratique, sans beaucoup d’éclaircissements préalables nécessaires pour faire avec justesse cette application dans tous les cas qui peuvent se présenter. Car si l’obligation de dire la vérité n’est fondée que sur son utilité, comment me constituerai-je juge de cette utilité ? Très souvent l’avantage de l’un fait le préjudice de l’autre, l’intérêt particulier est presque toujours en opposition avec l’intérêt public. Comment se conduire en pareil cas ? Faut-il sacrifier l’utilité de l’absent à celle de la personne à qui l’on parle ? Faut-il taire ou dire la vérité qui, profitant à l’un, nuit à l’autre ? Faut-il peser tout ce qu’on doit dire à l’unique balance du bien public ou à celle de la justice distributive, et suis-je assuré de connaître assez tous les rapports de la chose pour ne dispenser les lumières dont je dispose que sur les règles de l’équité ? De plus, en examinant ce qu’on doit aux autres, ai-je examiné suffisamment ce qu’on se doit à soi-même, ce qu’on doit à la vérité pour elle seule ? Si je ne fais aucun tort à un autre en le trompant, s’ensuit-il que je ne m’en fasse point à moi-même, et suffit-il de n’être jamais injuste pour être toujours innocent ?

Que d’embarrassantes discussions dont il serait aisé de se tirer en se disant, soyons toujours vrai au risque de tout ce qui en peut arriver. La justice elle-même est dans la vérité des choses ; le mensonge est toujours iniquité, l’erreur est toujours imposture, quand on donne ce qui n’est pas pour la règle de ce qu’on doit faire ou croire : et quelque effet qui résulte de la vérité on est toujours inculpable quand on l’a dite, parce qu’on n’y a rien mis du sien.

Mais c’est là trancher la question sans la résoudre. Il ne s’agissait pas de prononcer s’il serait bon de dire toujours la vérité, mais si l’on y était toujours également obligé, et sur la définition que j’examinais, supposant que non, de distinguer les cas où la vérité est rigoureusement due, de ceux où l’on peut la taire sans injustice et la déguiser sans mensonge : car j’ai trouvé que de tels cas existaient réellement. Ce dont il s’agit est donc de chercher une règle pour les connaître et les bien déterminer.

Mais d’où tirer cette règle et la preuve de son infaillibilité ?… Dans toutes les questions de morale difficiles comme celle-ci, je me suis toujours bien trouvé de les résoudre par le dictamen de ma conscience, plutôt que par les lumières de ma raison. Jamais l’instinct moral ne m’a trompé : il a gardé jusqu’ici sa pureté dans mon cœur assez pour que je puisse m’y confier, et s’il se tait quelquefois devant mes passions dans ma conduite, il reprend bien son empire sur elles dans mes souvenirs. C’est là que je me juge moi-même avec autant de sévérité peut-être que je serai jugé par le souverain juge après cette vie.

Juger des discours des hommes par les effets qu’ils produisent c’est souvent mal les apprécier. Outre que ces effets ne sont pas toujours sensibles et faciles à connaître, ils varient à l’infini comme les circonstances dans lesquelles ces discours sont tenus. Mais c’est uniquement l’intention de celui qui les tient qui les apprécie et détermine leur degré de malice ou de bonté. Dire faux n’est mentir que par l’intention de tromper, et l’intention même de tromper loin d’être toujours jointe avec celle de nuire a quelquefois un but tout contraire. Mais pour rendre un mensonge innocent il ne suffit pas que l’intention de nuire ne soit pas expresse, il faut de plus la certitude que l’erreur dans laquelle on jette ceux à qui l’on parle ne peut nuire à eux ni à personne en quelque façon que ce soit. Il est rare et difficile qu’on puisse avoir cette certitude ; aussi est-il difficile et rare qu’un mensonge soit parfaitement innocent. Mentir pour son avantage à soi-même est imposture, mentir pour l’avantage d’autrui est fraude, mentir pour nuire est calomnie ; c’est la pire espèce de mensonge. Mentir sans profit ni préjudice de soi ni d’autrui n’est pas mentir : ce n’est pas mensonge, c’est fiction.

Les fictions qui ont un objet moral s’appellent apologues ou fables, et comme leur objet n’est ou ne doit être que d’envelopper des vérités utiles sous des formes sensibles et agréables, en pareil cas on ne s’attache guère à cacher le mensonge de fait qui n’est que l’habit de la vérité, et celui qui ne débite une fable que pour une fable ne ment en aucune façon.

Il est d’autres fictions purement oiseuses, telles que sont la plupart des contes et des romans qui, sans renfermer aucune instruction véritable, n’ont pour objet que l’amusement. Celles-là, dépouillées de toute utilité morale, ne peuvent s’apprécier que par l’intention de celui qui les invente, et lorsqu’il les débite avec affirmation comme des vérités réelles on ne peut guère disconvenir qu’elles ne soient de vrais mensonges. Cependant qui jamais s’est fait un grand scrupule de ces mensonges-là, et qui jamais en a fait un reproche grave à ceux qui les font ? S’il y a par exemple quelque objet moral dans le Temple de Gnide, cet objet est bien offusqué et gâte par les détails voluptueux et par les images lascives Qu’a fait l’auteur pour couvrir cela d’un vernis de modestie ? Il a feint que son ouvrage était la traduction d’un manuscrit grec, et il a fait l’histoire de la découverte de ce manuscrit de la façon la plus propre à persuader ses lecteurs de la vérité de son récit. Si ce n’est pas là un mensonge bien positif, qu’on me dise donc ce que c’est que mentir ? Cependant qui est-ce qui s’est avisé de faire à l’auteur un crime de ce mensonge et de le traiter pour cela d’imposteur ?

On dira vainement que ce n’est là qu’une plaisanterie, que l’auteur tout en affirmant ne voulait persuader personne, qu’il n’a persuadé personne en effet, et que le public n’a pas douté un moment qu’il ne fût lui-même l’auteur de l’ouvrage prétendu grec dont il se donnait pour le traducteur. Je répondrai qu’une pareille plaisanterie sans aucun objet n’eût été qu’un bien sot enfantillage, qu’un menteur ne ment pas moins quand il affirme quoiqu’il ne persuade pas, qu’il faut détacher du public instruit des multitudes de lecteurs simples et crédules à qui l’histoire du manuscrit, narrée par un auteur grave avec un air de bonne foi, en a réellement imposé, et qui ont bu sans crainte, dans une coupe de forme antique, le poison dont ils se seraient au moins défiés s’il leur eût été présenté dans un vase moderne.

Que ces distinctions se trouvent ou non dans les livres, elles ne s’en font pas moins dans le cœur de tout homme de bonne foi avec lui-même, qui ne veut rien se permettre que sa conscience puisse lui reprocher. Car dire une chose fausse à son avantage n’est pas moins mentir que si on la disait au préjudice d’autrui, quoique le mensonge soit moins criminel. Donner l’avantage à qui ne doit pas l’avoir c’est troubler l’ordre et la justice ; attribuer faussement à soi-même ou à autrui un acte d’où peut résulter louange ou blâme, inculpation ou disculpation, c’est faire une chose injuste ; or tout ce qui, contraire à la vérité, blesse la justice en quelque façon que ce soit, c’est mensonge. Voilà la limite exacte : mais tout ce qui, contraire à la vérité, n’intéresse la justice en aucune sorte, n’est que fiction, et j’avoue que quiconque se reproche une pure fiction comme un mensonge a la conscience plus délicate que moi.

But whether such truths are so utterly sterile as to be completely useless for anything is another matter that requires discussion, and to which I will return later. For now, let us move on to the second question.

To refuse to say what is true and to say what is false are two very different things; yet the same effect may result from either, for that effect is certainly identical whenever it occurs. Wherever truth is indifferent, the corresponding error is also indifferent; hence, in such cases, those who deceive by stating the opposite of the truth are no more unjust than those who deceive by failing to declare it at all. For, among useless truths, error is no worse than ignorance. Whether I believe that the sand at the bottom of the sea is white or red makes no difference to me, just as it makes no difference to me to ignore what color it actually is. How could one be considered unjust if they cause harm to no one, since injustice consists solely in causing harm to others?

But these questions, as briefly decided in this manner, cannot yet provide me with any certain application in practice, without many preliminary clarifications that are necessary to apply them correctly in all possible circumstances. For if the obligation to tell the truth is based solely on its usefulness, how can I determine what that usefulness is? Very often, the advantage of one thing results in the disadvantage of another; particular interests almost always conflict with the public good. How should one act in such cases? Should we sacrifice the usefulness of the absent person for the benefit of the one to whom we are speaking? Should we keep silent, or should we tell the truth that benefits one but harms another? Should we weigh everything we have to say solely against the scale of the public good or against the principles of distributive justice? And am I assured of knowing all the relevant considerations well enough to provide only those informations that are based on the rules of equity? Moreover, in considering what we owe to others, have I sufficiently examined what we owe to ourselves, what we owe to truth itself? If deceiving someone does not harm them, does it mean that I am not harming myself? And is it enough never to be unjust in order to always be innocent?

What embarrassing discussions there are—those which could be easily avoided by simply saying, “Let us always be truthful, even at the risk of whatever might happen.” Justice itself lies in the truth of things; falsehood is always injustice, and error is always deception whenever one applies what is not true as the standard for what one ought to do or believe. And no matter what outcome results from speaking the truth, one is always innocent when doing so, because one has added nothing of one’s own to it.

But that would be to resolve the issue without actually solving it. The question was not whether it is always good to tell the truth, but whether one is always obliged to do so; and within the definition I was examining—assuming that one is not always obliged—to distinguish between those cases in which it is strictly necessary to tell the truth, and those in which one can refrain from telling it without committing injustice or distorting it without lying: for I found that such cases indeed exist. What is at stake, therefore, is to seek a rule that will enable us to identify them and determine them accurately.

But where does this rule come from, and what is the proof of its infallibility?. In all difficult moral questions like this one, I have always found it much easier to resolve them by following the dictates of my conscience rather than relying on the light of reason. My moral instinct has never deceived me; it has always remained pure enough in my heart for me to trust it. And even when it remains silent in the face of my passions in my actions, it regains its authority over them in my memories. It is there that I judge myself with perhaps as much severity as I will be judged by the supreme Judge after this life.

To judge people’s speeches by the effects they produce is often a mistaken way of understanding them. Not only are these effects not always evident or easy to discern, but they also vary infinitely depending on the circumstances in which the speeches are delivered. Yet it is solely the intention of the speaker that determines the nature of these effects—and thus their degree of malice or goodness. To tell a lie means to do so with the intent to deceive; however, the intention to deceive is not always coupled with the intent to cause harm. In fact, sometimes such deception serves a completely opposite purpose. But for a lie to be considered “innocent,” it is not enough that the intent to harm is absent; one must also be certain that the error communicated will not cause any harm to either the speaker or the listeners. Such certainty is rare and difficult to attain; therefore, it is likewise rare and difficult for a lie to be truly innocent. To lie for one’s own advantage is considered imposture; to lie for the benefit of others is fraud; to lie with the intent to harm is slander—the worst kind of lying. To lie without causing any harm to oneself or others is not really lying at all; it is merely fiction.

Fictions that have a moral purpose are called apologues or fables. Since their purpose is merely to present useful truths in sensible and pleasing forms, in such cases there is no real need to conceal the lie itself—since it is merely the “wrapper” of truth. And those who tell a fable solely for the sake of telling a fable are not lying at all.

There are also other fictions that are purely frivolous in nature—such as most tales and novels—which, while containing no genuine moral instruction, serve solely for entertainment. Such works, devoid of any moral utility, can be appreciated only in the light of the intent of their creator. When such creators present them as if they were true stories, it is hardly possible to deny that they are nothing but outright lies. Yet who has ever taken great offense at these lies, or seriously reproached those who tell them? For instance, if there is any moral purpose in “The Temple of Gnide,” then this purpose is certainly undermined by the lascivious details and indecent imagery that the author included to give his work a veneer of modesty. He pretended that his work was a translation of a Greek manuscript and fabricated a story about how it was discovered, in a way designed to convince his readers of its authenticity. If this is not a clear case of lying, then what exactly is lying? Nevertheless, who has ever considered such lies to be a crime and accused their authors of being impostors for telling them?

One might say in vain that this is merely a joke, that the author, while claiming not to intend to persuade anyone, indeed did not succeed in doing so, and that the public never doubted for a moment that he himself was the author of the so-called Greek work for which he pretended to be its translator. I would reply that such a joke, devoid of any real purpose, would be nothing but foolish childishness; that a liar does not cease to lie even when he claims not to be trying to persuade anyone; and that we must distinguish between the educated public and the many simple-minded, credulous readers who, having been told the story of this manuscript by an author who spoke with serious intent and apparent sincerity, were truly convinced by it. They drank without hesitation, from a vase of ancient design, the “poison” that they would have at least hesitated to consume if it had been presented to them in a modern vessel.

Whether these distinctions exist in books or not, they nevertheless arise in the heart of every honest person when he reflects on himself, for no one wishes to do anything that their conscience might later condemn. For to say something false in one’s own favor is just as much a lie as to say it with the intention of harming others, even if the latter form of lying may be less grievous. To give advantage to those who do not deserve it is to disrupt order and justice; to falsely attribute to oneself or another an action that could result in praise or blame, accusation or defense is to commit an unjust act. And anything that, contrary to the truth, undermines justice in any way whatsoever is a lie. This constitutes the exact boundary of what is considered lying. But everything that, contrary to the truth, has no impact on justice at all is merely fiction. I must admit that anyone who would reproach themselves for something that is purely fictional as if it were a lie possesses a more sensitive conscience than I do.

Ma sono queste verità così perfettamente sterili da essere del tutto inutili per qualsiasi cosa? Questo è un altro argomento da discutere, a cui tornerò più tardi. Per ora, passiamo alla seconda domanda.

Non dire ciò che è vero e dire ciò che è falso sono due cose molto diverse, ma la cui conseguenza può comunque essere la stessa, poiché tale risultato è certamente identico in ogni caso. Ovunque la verità sia indifferente, lo stesso vale per l’errore opposto; ne consegue quindi che, in tali circostanze, colui che inganna dicendo il contrario della verità non è più ingiusto di colui che inganna semplicemente tacendola; poiché, quando si tratta di verità inutili, l’errore non è certo peggiore dell’ignoranza. Che io creda che la sabbia sul fondo del mare sia bianca o rossa non ha alcuna importanza per me, proprio come non ha importanza ignorare di quale colore sia realmente. Come si potrebbe essere ingiusti senza danneggiare nessuno, se l’ingiustizia consiste soltanto nel fare del male agli altri?

Ma queste questioni, così sommariamente risolte, non potrebbero ancora fornirmi alcuna applicazione sicura nella pratica, senza molti chiarimenti preliminari necessari per poterle applicare correttamente in tutti i casi che possano presentarsi. Infatti, se l’obbligo di dire la verità si basa unicamente sulla sua utilità, come posso giudicare tale utilità? Molto spesso il vantaggio di uno rappresenta un danno per un altro; l’interesse particolare è quasi sempre in opposizione all’interesse pubblico. Come comportarmi in tali circostanze? Devo sacrificare l’utilità di colui che non è presente a quella della persona a cui parlo? Devo tacere o dire la verità, anche se questa giova a uno e danneggia l’altro? Devo valutare tutto ciò che devo dire esclusivamente in base ai principi dell’equità o alla giustizia distributiva. E sono davvero sicuro di conoscere abbastanza tutti i rapporti in gioco per fornire le “luci” di cui dispongo solo sulla base delle regole dell’equità? Inoltre, esaminando ciò che dobbiamo agli altri, ho valutato a sufficienza ciò che dobbiamo a noi stessi, ciò che dobbiamo alla verità in sé? Se non faccio alcun torto ad altri ingannandoli, ne consegue forse che non ne faccia nemmeno a me stesso. E basta davvero non essere mai ingiusti per essere sempre innocenti?

Quante discussioni imbarazzanti. Da cui si potrebbe facilmente uscire dicendo: “Siamo sempre veri, anche a rischio di tutto ciò che ne può derivare”. La stessa giustizia si fonda sulla verità delle cose; il mentire è sempre ingiustizia, l’errore è sempre frode, quando si dà ciò che non è come regola di ciò che si deve fare o credere. E qualsiasi effetto derivi dalla verità, si è sempre innocenti nel dirla, perché non vi si è aggiunto nulla di personale.

Ma questo significa semplicemente troncare la questione senza risolverla. Non si trattava di stabilire se fosse sempre giusto dire la verità, ma se ci si fosse sempre obbligati a farlo; inoltre, sulla base della definizione che stavo esaminando – supponendo che non fosse così – bisognava distinguere i casi in cui la verità sia assolutamente dovuta da quelli in cui si possa tacerla senza ingiustizia o nasconderla senza mentire: perché ho scoperto che tali casi esistono davvero. Quello che dobbiamo fare, quindi, è cercare una regola per riconoscerli e definirli correttamente.

Ma da dove trarre questa regola e la prova della sua infallibilità?. In tutte le questioni morali difficili come questa, mi sono sempre trovato bene a risolverle seguendo il dictame della mia coscienza, piuttosto che le luci della mia ragione. L’istinto morale non mi ha mai ingannato: finora ha mantenuto la sua purezza nel mio cuore al punto da potermici affidare completamente; e se a volte tace di fronte alle mie passioni nella mia condotta, riprende certamente il suo dominio su di esse nei miei ricordi. È lì che mi giudico io stesso con una severità forse pari a quella con cui sarò giudicato dal giudice supremo dopo questa vita.

Giudicare i discorsi degli uomini in base agli effetti che producono spesso significa non comprenderli correttamente. Oltre a questi effetti non essere sempre evidenti e facilmente riconoscibili, essi variano infinitamente a seconda delle circostanze in cui tali discorsi vengono pronunciati. Tuttavia, è soltanto l’intenzione di chi li pronuncia a determinarne il grado di malizia o bontà. Dire una menzogna significa mentire soltanto quando lo si fa con l’intento di ingannare; inoltre, l’intenzione stessa di ingannare non è sempre associata a quella di nuocere: a volte ha scopi completamente opposti. Tuttavia, per rendere una menzogna “innocente” non basta che l’intenzione di nuocere non sia esplicita; è necessaria anche la certezza che l’errore contenuto in quel discorso non possa causare alcun danno, né a chi lo ascolta né a nessun altro. È raro e difficile avere questa certezza; per questo motivo, è altrettanto raro e difficile che una menzogna sia davvero “innocente”. Mentire a proprio vantaggio è inganno; mentire a vantaggio altrui è frode; mentire con l’intento di nuocere è calunnia: questa è la peggiore forma di menzogna. Mentire senza alcun beneficio né danno per sé o per gli altri non è affatto una menzogna: si tratta semplicemente di una finzione.

Le opere di fantasia che hanno un scopo morale vengono chiamate apologi o favole; poiché il loro scopo è soltanto quello di nascondere verità utili sotto forme sensibili e piacevoli, in tali casi non si ha alcun interesse a mascherare il “mentire” che, in realtà, non è altro che l’“abito” della verità; chi racconta una favola soltanto per questo scopo non mente affatto.

Esistono altre finzioni puramente frivole, come la maggior parte dei racconti e dei romanzi che, senza contenere alcuna vera insegnanza, hanno lo scopo esclusivo di divertire. Queste opere, prive di qualsiasi utilità morale, possono essere apprezzate soltanto in base all’intenzione di chi le ha create; quando vengono presentate come verità reali, non si può certo negare che siano in realtà vere menzogne. Eppure, chi mai si è preoccupato seriamente di queste menzogne, o le ha rimproverate aspramente a coloro che le raccontano? Ad esempio, se nel “Tempio di Gnide” vi è qualche contenuto morale, tale contenuto viene certamente offeso e rovinato dai dettagli voluttuosi e dalle immagini licenziose che l’autore ha inserito per mascherarne il vero scopo. Ha finto che il suo lavoro fosse la traduzione di un manoscritto greco, e ha raccontato la storia della sua scoperta nel modo più adatto a convincere i lettori della veridicità del suo resoconto. Se questo non è una vera menzogna, allora ditemi: cos’è mai mentire? Eppure, chi mai ha ritenuto che l’autore commettesse un crimine per aver detto una bugia, o lo ha accusato di essere un impostore a causa di ciò?

Si potrebbe dire invano che si tratti soltanto di una battuta, che l’autore, pur affermando di non voler convincere nessuno, in realtà non abbia convinto nessuno, e che il pubblico non abbia mai dubitato nemmeno per un istante che non fosse lui stesso l’autore dell’opera presunta greca di cui si faceva traduttore. Risponderò che una simile battuta, priva di qualsiasi scopo reale, sarebbe stata soltanto una sciocca infantilaggine; inoltre, un bugiardo mente ugualmente quando afferma qualcosa, anche se non riesce a convincere nessuno. Bisogna distinguere il pubblico colto dalle masse di lettori semplici e creduloni: a questi ultimi, la storia del manoscritto, narrata da un autore serio con aria di sincerità, è effettivamente riuscita a imporsi; hanno bevuto senza timore, in una coppa di forma antica, il “veleno” che altrimenti avrebbero sicuramente rifiutato se presentato loro in un vaso moderno.

Che queste distinzioni si trovino o meno nei libri, esse vengono comunque fatte nel cuore di ogni uomo onesto quando si confronta con se stesso, e chi non vuole permettersi nulla che la propria coscienza possa rimproverargli. Infatti, dire una cosa falsa a proprio vantaggio non è meno un’inganno di quanto lo sarebbe dirla a scapito altrui, anche se in questo secondo caso il mentire potrebbe essere considerato meno grave. Dare un vantaggio a chi non ne ha diritto significa perturbare l’ordine e la giustizia; attribuire falsamente a sé stesso o ad altri un atto che può comportare lode o biasimo, accusa o difesa, significa compiere un atto ingiusto; e tutto ciò che, contrariamente alla verità, offende in qualche modo la giustizia è pur sempre un’inganno. Questa è dunque la linea di demarcazione esatta: ma tutto ciò che, contrariamente alla verità, non riguarda affatto la giustizia non è altro che finzione, e devo ammettere che chi si rimprovera per una pura finzione come se fosse un’inganno ha sicuramente una coscienza più delicata della mia.

Ce qu’on appelle mensonges officieux sont de vrais mensonges, parce qu’en imposer à l’avantage soit d’autrui, soit de soi-même, n’est pas moins injuste que d’en imposer à son détriment. Quiconque loue ou blâme contre la vérité ment, dès qu’il s’agit d’une personne réelle. S’il s’agit d’un être imaginaire il en peut dire tout ce qu’il veut sans mentir, à moins qu’il ne juge sur la moralité des faits qu’il invente et qu’il n’en juge faussement ; car alors s’il ne ment pas dans le fait, il ment contre la vérité morale, cent fois plus respectable que celle des faits.

J’ai vu de ces gens qu’on appelle vrais dans le monde. Toute leur véracité s’épuise dans les conversations oiseuses à citer fidèlement les lieux, les temps, les personnes, à ne se permettre aucune fiction, à ne broder aucune circonstance, à ne rien exagérer. En tout ce qui ne touche point à leur intérêt ils sont dans leurs narrations de la plus inviolable fidélité. Mais s’agit-il de traiter quelque affaire qui les regarde, de narrer quelque fait qui leur touche de près ; toutes les couleurs sont employées pour présenter les choses sous le jour qui leur est le plus avantageux, et si le mensonge leur est utile et qu’ils s’abstiennent de le dire eux-mêmes, ils le favorisent avec adresse et font en sorte qu’on l’adopte sans le leur pouvoir imputer. Ainsi le veut la prudence : adieu la véracité.

L’homme que j’appelle vrai fait tout le contraire. En choses parfaitement indifférentes la vérité qu’alors l’autre respecte si fort le touche fort peu, et il ne se fera guère de scrupule d’amuser une compagnie par des faits controuvés dont il ne résulte aucun jugement injuste ni pour ni contre qui que ce soit, vivant ou mort. Mais tout discours qui produit pour quelqu’un profit ou dommage, estime ou mépris, louange ou blâme contre la justice et la vérité, est un mensonge qui jamais n’approchera de son cœur, ni de sa bouche, ni de sa plume. Il est solidement vrai, même contre son intérêt quoiqu’il se pique assez peu de l’être dans les conversations oiseuses : il est vrai en ce qu’il ne cherche à tromper personne, qu’il est aussi fidèle à la vérité qui l’accuse qu’à celle qui l’honore, et qu’il n’en impose jamais pour son avantage ni pour nuire à son ennemi. La différence donc qu’il y a entre mon homme vrai et l’autre, est que celui du monde est très rigoureusement fidèle à toute vérité qui ne lui coûte rien, mais pas au-delà, et que le mien ne la sert jamais si fidèlement que quand il faut s’immoler pour elle.

Mais, dirait-on, comment accorder ce relâchement avec cet ardent amour pour la vérité dont je le glorifie ? Cet amour est donc faux puisqu’il souffre tant d’alliage ? Non, il est pur et vrai : mais il n’est qu’une émanation de l’amour de la justice et ne veut jamais être faux quoiqu’il soit souvent fabuleux. Justice et vérité sont dans son esprit deux mots synonymes qu’il prend l’un pour l’autre indifféremment. La sainte vérité que son cœur adore ne consiste point en faits indifférents et en noms inutiles, mais à rendre fidèlement à chacun ce qui lui est dû en choses qui sont véritablement siennes, en imputations bonnes ou mauvaises, en rétributions d’honneur ou de blâme, de louange et d’improbation. Il n’est faux ni contre autrui, parce que son équité l’en empêche et qu’il ne veut nuire à personne injustement, ni pour lui-même, parce que sa conscience l’en empêche et qu’il ne saurait s’approprier ce qui n’est pas à lui. C’est surtout de sa propre estime qu’il est jaloux ; c’est le bien dont il peut le moins se passer, et il sentirait une perte réelle d’acquérir celle des autres aux dépens de ce bien-là. Il mentira donc quelquefois en choses indifférentes sans scrupule et sans croire mentir, jamais pour le dommage ou le profit d’autrui ni de lui-même. En tout ce qui tient aux vérités historiques, en tout ce qui a trait à la conduite des hommes, à la justice, à la sociabilité, aux lumières utiles, il garantira de l’erreur et lui-même et les autres autant qu’il dépendra de lui. Tout mensonge hors de là selon lui n’en est pas un. Si le Temple de Gnide est un ouvrage utile, l’histoire du manuscrit grec n’est qu’une fiction très innocente ; elle est un mensonge très punissable si l’ouvrage est dangereux.

Telles furent mes règles de conscience sur le mensonge et sur la vérité. Mon cœur suivait machinalement ces règles avant que ma raison les eût adoptées, et l’instinct moral en fit seul l’application. Le criminel mensonge dont la pauvre Marion fut la victime m’a laissé d’ineffaçables remords qui m’ont garanti tout le reste de ma vie non seulement de tout mensonge de cette espèce, mais de tous ceux qui, de quelque façon que ce pût être, pouvaient toucher l’intérêt et la réputation d’autrui. En généralisant ainsi l’exclusion je me suis dispensé de peser exactement l’avantage et le préjudice, et de marquer les limites précises du mensonge nuisible et du mensonge officieux ; en regardant l’un et l’autre comme coupables, je me les suis interdits tous les deux.

En ceci comme en tout le reste, mon tempérament a beaucoup influé sur mes maximes, ou plutôt sur mes habitudes ; car je n’ai guère agi par règles ou n’ai guère suivi d’autres règles en toute chose que les impulsions de mon naturel. Jamais mensonge prémédité n’approcha de ma pensée, jamais je n’ai menti pour mon intérêt ; mais souvent j’ai menti par honte, pour me tirer d’embarras en choses indifférentes ou qui n’intéressaient tout au plus que moi seul, lorsqu’ayant à soutenir un entretien la lenteur de mes idées et l’aridité de ma conversation me forçaient de recourir aux fictions pour avoir quelque chose à dire. Quand il faut nécessairement parler et que des vérités amusantes ne se présentent pas assez tôt à mon esprit je débite des fables pour ne pas demeurer muet ; mais dans l’invention de ces fables j’ai soin, tant que je puis, qu’elles ne soient pas des mensonges, c’est-à-dire qu’elles ne blessent ni la justice ni la vérité due, et qu’elles ne soient que des fictions indifférentes à tout le monde et à moi. Mon désir serait bien d’y substituer au moins à la vérité des faits une vérité morale, c’est-à-dire d’y bien représenter les affections naturelles au cœur humain, et d’en faire sortir toujours quelque instruction utile, d’en faire en un mot des contes moraux, des apologues ; mais il faudrait plus de présence d’esprit que je n’en ai et plus de facilité dans la parole pour savoir mettre à profit pour l’instruction le babil de la conversation. Sa marche, plus rapide que celle de mes idées, me forçant presque toujours de parler avant de penser, m’a souvent suggéré des sottises et des inepties que ma raison désapprouvait et que mon cœur désavouait à mesure qu’elles échappaient de ma bouche, mais qui précédant mon propre jugement ne pouvaient plus être réformées par sa censure.

C’est encore par cette première et irrésistible impulsion du tempérament que dans des moments imprévus et rapides, la honte et la timidité m’arrachent souvent des mensonges auxquels ma volonté n’a point de part, mais qui la précèdent en quelque sorte par la nécessité de répondre à l’instant. L’impression profonde du souvenir de la pauvre Marion peut bien retenir toujours ceux qui pourraient être nuisibles à d’autres, mais non pas ceux qui peuvent servir à me tirer d’embarras quand il s’agit de moi seul, ce qui n’est pas moins contre ma conscience et mes principes que ceux qui peuvent influer sur le sort d’autrui.

J’atteste le ciel que si je pouvais l’instant d’après retirer le mensonge qui m’excuse et dire la vérité qui me charge sans me faire un nouvel affront en me rétractant, je le ferais de tout mon cœur ; mais la honte de me prendre ainsi moi-même en faute me retient encore, et je me repens très sincèrement de ma faute, sans néanmoins l’oser réparer. Un exemple expliquera mieux ce que je veux dire et montrera que je ne mens ni par intérêt ni par amour-propre, encore moins par envie ou par malignité, mais uniquement par embarras et mauvaise honte, sachant même très bien quelquefois que ce mensonge est connu pour tel et ne peut me servir du tout à rien.

Il y a quelque temps que M. Foulquier[357] m’engagea contre mon usage à aller avec ma femme dîner, en manière de pique-nique, avec lui et son ami Benoit[358] chez la dame Vacassin[359], restauratrice, laquelle et ses deux filles dînèrent aussi avec nous. Au milieu du dîner, l’aînée, qui est mariée et qui était grosse, s’avisa de me demander brusquement et en me fixant si j’avais eu des enfants. Je répondis en rougissant jusqu’aux yeux que je n’avais pas eu ce bonheur. Elle sourit malignement en regardant la compagnie : tout cela n’était pas bien obscur, même pour moi.

What is called unofficial lying is actually true lying, because imposing it, whether for the benefit of others or oneself, is just as unjust as imposing it at one’s own expense. Anyone who praises or criticizes something contrary to the truth is lying, whenever it comes to a real person. If it involves an imaginary being, one can say whatever they want without lying—unless they judge the morality of the fabricated facts in a false manner; for then, even if they are not lying about the facts themselves, they are lying against the moral truth, which is a hundred times more worthy of respect than factual truth.

I have seen such people who are called “true” in this world. All their so-called “truth” is exhausted in those empty conversations where they meticulously cite places, times, and people; they permit themselves no fiction, add no embellishments, and exaggerate nothing at all. In everything that does not concern their own interests, they maintain the most unwavering fidelity in their narratives. But when it comes to dealing with matters that affect them personally or narrating events closely related to them, they use every means possible to present things in the most favorable light for themselves. And if lying serves their purpose—and even if they refrain from telling lies themselves—they skillfully encourage it and ensure that others adopt it without realizing it is their doing. Such is the nature of prudence. Adieu, then, to truth.

The man whom I call “true” does the very opposite. In matters that are utterly indifferent, the truth—which the other person holds in such high regard—has little or no effect on him at all; he would not hesitate to amuse a company with fabricated stories that yield no judgment, either favorable or unfavorable, for anyone, living or dead. But any speech that brings profit or harm, that causes someone to esteem or despise, to praise or condemn, and that thus goes against justice and truth, is a lie—something that will never approach his heart, his mouth, or his pen. He is steadfastly true, even at the expense of his own interests, though he cares little about appearing so in idle conversations. He is true because he seeks not to deceive anyone; he is as faithful to the truth that may condemn him as to that which honors him; and he never uses it to his own advantage or to harm his enemies. The difference between my “true” man and the other kind of person is thus this: while the worldly individual is scrupulously faithful to any truth that costs him nothing—but no more than that—my man will never serve truth so loyally unless it requires his ultimate sacrifice.

But, one might ask, how can such a lax attitude be reconciled with that ardent love for truth which I praise in him? Is this love therefore false, since it involves so much compromise? No; it is pure and true. Yet it is merely an expression of the love of justice—and it never intends to be false, even though it often involves fantastical elements. In his mind, justice and truth are synonymous terms; he uses them interchangeably without distinction. The sacred truth that his heart adores does not consist in trivial facts or meaningless names, but rather in faithfully giving to each person what is rightfully theirs—whether in terms of honor, blame, praise, or reproach. He never lies against others, for his sense of equity prevents it; nor does he lie for his own benefit, for his conscience would forbid it. His greatest jealousy arises from his own self-respect—it is the good without which he cannot live, and he would consider losing it at the expense of acquiring the good of others as a real loss. Therefore, he may sometimes lie about trivial matters without remorse or even realizing he is lying, but never for the sake of harming or benefiting himself or others. In all matters relating to historical truths, human conduct, justice, social interactions, and useful knowledge, he will guarantee the accuracy of what he says, to the best of his ability. Anything beyond that, in his view, is not a lie at all. If the Temple of Gnide is a useful structure, then the story of the Greek manuscript is merely a very innocent fiction; but if that story were harmful, it would be a very punishable lie.

Such were my principles of conscience regarding lies and truth. My heart mechanically followed these principles even before my reason adopted them, and it was the moral instinct alone that ensured their application. The criminal lie that caused poor Marion such suffering left me with indelible remorse, which guaranteed that for the rest of my life I would refrain not only from all lies of that kind but also from any other lie that might in any way affect the interests or reputation of others. By generalizing this principle, I avoided having to carefully weigh the advantages and disadvantages of lying and to define precisely the boundaries between harmful lies and harmless white lies; by considering both types of lying to be morally wrong, I simply forbade myself from telling either.

In this as in everything else, my temperament has had a great influence on my principles—or rather, on my habits; for I have rarely acted according to rules or followed any other guidelines except the impulses of my nature. Never did premeditated lies even cross my mind; I never lied for my own advantage. Yet often I lied out of shame, to extricate myself from embarrassment in matters that were indifferent or concerned only me personally. When it was necessary to speak and when no amusing truths came readily to my mind, I would fabricate fables simply to avoid staying silent. But in creating these fables, I always tried, as much as possible, to ensure they were not lies—meaning they did not offend justice or truth—and were merely harmless inventions of little relevance to anyone but me. My true desire would be to replace the facts with moral truths, to depict the natural emotions of the human heart in them, and to derive some useful lesson from each story—in other words, to turn them into moral tales or fables. But for that, I would need more wit than I possess and greater eloquence to transform the casual chatter of everyday conversation into means of instruction. Since the pace of speech is far faster than the flow of my thoughts, I often find myself speaking before I have fully considered what I am saying. As a result, foolish or inappropriate remarks sometimes escape me; yet since they are uttered before my own judgment can intervene, they cannot be corrected afterward.

It is still through this initial and irresistible impulse of my temperament that, in unexpected and rapid moments, shame and timidity often force me to tell lies—lies over which my will has no control, yet which, in a way, precede it, as necessary responses to immediate circumstances. The profound impact of the memory of poor Marion may indeed keep at bay those who might harm others, but it cannot prevent me from using such lies to extricate myself from difficulties when it comes only to myself. And this is just as contrary to my conscience and principles as those actions that could influence the fate of others.

I swear by heaven that if I could immediately withdraw the lie that excuses me and speak the truth that incriminates me without causing me further humiliation by having to retract it, I would do so with all my heart; but the shame of admitting my own fault holds me back. I truly regret my mistake, yet I dare not rectify it. An example will better explain what I mean and show that I am not lying out of self-interest or pride, nor out of envy or malice, but merely out of embarrassment and shame—sometimes even knowing full well that this lie is recognized as such and cannot serve me in any way at all.

Some time ago, Mr. Foulquier[357] insisted, against my wishes, that I go dinner with my wife, in the manner of a picnic, at his home along with his friend Benoit[358], where we met with the restauratrice Madame Vacassin[359] and her two daughters. During the meal, the eldest daughter, who was married and pregnant, suddenly asked me, looking me straight in the eyes, whether I had any children. I replied, blushing crimson, that I had not yet been so fortunate. She smiled mischievously at the company present; even to me, everything was quite clear.

Quello che viene chiamato “mentire per gentilezza” è in realtà un vero e proprio inganno, poiché imporlo a vantaggio di altri o di sé stesso non è meno ingiusto che farlo a svantaggio loro. Chiunque lodi o biasimi qualcuno contrariamente alla verità sta mentendo, soprattutto quando si tratta di una persona reale. Se invece si tratta di un essere immaginario, si può dire tutto ciò che si vuole senza mentire, a meno che non si giudichi la moralità degli eventi inventati in modo errato; in tal caso, anche se non si mente riguardo ai fatti stessi, si mente contro la verità morale, che è cento volte più preziosa di quella relativa ai fatti concreti.

Ho visto queste persone che nel mondo vengono chiamate “vere”. Tutta la loro “veridicità” si esaurisce nelle conversazioni banali, dove citano fedelmente luoghi, tempi, persone, senza permettersi alcuna finzione, senza inventare circostanze, senza esagerare in nulla. In tutto ciò che non riguarda i loro interessi personali, le loro narrazioni sono di una fedeltà assoluta. Ma quando si tratta di affari che li riguardano direttamente, o di fatti che li coinvolgono personalmente, vengono utilizzate tutte le tecniche possibili per presentare le cose nel modo più vantaggioso per loro; e se il mentire è utile, anche se non lo dicono loro stessi, lo favoriscono abilmente, facendo in modo che venga accettato senza che si possa attribuirlo a loro. Così vuole la prudenza. Addio, quindi, alla veridicità.

L’uomo che io chiamo “vero” fa esattamente il contrario. In cose del tutto indifferenti, quella verità che l’altro rispetta molto poco lo tocca davvero poco; non avrà certo scrupoli a intrattenere compagnia con storie inventate, da cui non derivano giudizi ingiusti né a favore né contro nessuno, vivente o morto. Tuttavia, qualsiasi discorso che produca vantaggio o danno, che susciti ammirazione o disprezzo, lode o rimprovero, andando contro la giustizia e la verità, è una menzogna che mai raggiungerà il suo cuore, né le sue labbra, né la sua penna. È sinceramente vero, anche a scapito dei suoi interessi personali, anche se non gli importa affatto di esserlo nelle conversazioni frivole; è vero perché non cerca mai di ingannare nessuno, perché è altrettanto fedele alla verità che lo accusa quanto a quella che lo onora, e perché non la utilizza mai per il proprio vantaggio né per nuocere al proprio nemico. La differenza tra il mio “uomo vero” e gli altri, dunque, è che quello del mondo è estremamente fedele a qualsiasi verità che non gli costi nulla, ma non oltre; mentre il mio lo serve sempre con la massima lealtà, anche quando ciò richiede di sacrificarsi per essa.

Ma, si potrebbe dire, come conciliare questa distensione con questo ardente amore per la verità di cui lo lodiamo? Questo amore è quindi falso, visto che soffre così tanto a causa di tali compromessi? No, è puro e vero: ma non è altro che un’espressione dell’amore per la giustizia, e non intende mai essere falso, anche se spesso si presenta sotto forma di narrazioni fantasiose. Giustizia e verità sono, nel suo pensiero, due termini sinonimi che utilizza indistintamente l’uno in luogo dell’altro. La sacra verità che il suo cuore adora non consiste certo in fatti insignificanti o in nomi senza significato, ma nel restituire fedelmente a ciascuno ciò che gli spetta, sia nelle cose che realmente gli appartengono, che nelle accuse buone o cattive, nelle ricompense di onore o di biasimo, di lode o di rimprovero. Non mente mai contro gli altri, poiché la sua equità glielo impedisce e non vuole nuocere a nessuno in modo ingiusto; né per sé stesso, poiché la sua coscienza glielo vieta e non saprebbe appropriarsi di ciò che non gli appartiene. È soprattutto della propria stima che è geloso: è il bene di cui può fare meno a meno, e proverebbe una vera perdita nel conquistare quello degli altri a scapito di esso stesso. Quindi, a volte mentirà su cose insignificanti, senza rimorsi né la convinzione di mentire, ma mai per danneggiare o trarre vantaggio dagli altri o da sé stesso. In tutto ciò che riguarda le verità storiche, in tutto ciò che ha a che fare con il comportamento umano, con la giustizia, con la socialità, con le luci utili, garantirà l’accuratezza delle informazioni, sia per sé stesso che per gli altri, nella misura in cui ne dipende. Qualsiasi altra menzogna, al di fuori di questi ambiti, secondo lui non è tale. Se il Tempio di Gnide è un’opera utile, la storia del manoscritto greco non è altro che una finzione molto innocente; diventa invece una menzogna molto punibile se quell’opera è dannosa.

Tali furono le mie regole di coscienza riguardo al mentire e alla verità. Il mio cuore seguiva automaticamente queste regole prima ancora che la mia ragione le adottasse, e l’istinto morale ne faceva da solo applicazione. Il criminoso atto di menzogna di cui la povera Marion fu vittima mi lasciò rimorsi indelebili, i quali mi garantirono per il resto della mia vita non solo di evitare qualsiasi tipo di menzogna, ma anche tutte quelle che, in qualsiasi modo fossero, potessero danneggiare gli interessi o la reputazione altrui. Generalizzando in questo modo tale principio, mi sono risparmiato il compito di valutare con precisione i pro e i contro del mentire, né ho cercato di stabilire limiti precisi tra il “mentire dannoso” e il “mentire innocuo”; considerandoli entrambi colpevoli, me ne sono astenuto completamente.

In questo come in tutto il resto, il mio temperamento ha avuto una grande influenza sulle mie massime, o meglio sulle mie abitudini; poiché di rado ho agito seguendo regole precise, o ho rispettato altri principi se non quelli dettati dalle impulsi della mia natura. Mai un inganno premeditato ha attraversato la mia mente, mai ho mentito per il mio interesse personale; tuttavia, spesso ho mentito per vergogna, per uscire da imbarazzi in questioni indifferenti o che interessavano al massimo solo me stesso, quando la lentezza dei miei pensieri e la banalità delle mie conversazioni mi costringevano a ricorrere alle menzogne pur di dire qualcosa. Quando è necessario parlare e le verità divertenti non mi vengono in mente abbastanza rapidamente, racconto storie inventate per non rimanere in silenzio; ma nell’invenzione di queste storie faccio attenzione, ogni volta che possibile, a non dire bugie, cioè a non offendere la giustizia o la verità, e a far sì che si tratti soltanto di finzioni prive di qualsiasi rilevanza per gli altri o per me stesso. Vorrei molto sostituire alle vere storie almeno delle “verità morali”, cioè rappresentare correttamente le emozioni naturali dell’animo umano e trarne sempre insegnamenti utili; in altre parole, trasformare queste storie in racconti morali o apologhi. Tuttavia, per riuscirci servirebbe una maggiore prontezza di spirito e una maggiore abilità nel parlare, qualità che io non possiedo. Il ritmo della conversazione, più veloce del flusso dei miei pensieri, mi costringe quasi sempre a parlare prima di riflettere, il che spesso mi porta a dire sciocchezze o cose inadeguate che la mia ragione disapprova e il mio cuore rifiuta non appena escono dalla mia bocca; ma poiché queste parole precedono il mio giudizio, non possono più essere corrette da esso.

È ancora per questa prima e irresistibile spinta del temperamento che, in momenti imprevisti e rapidi, la vergogna e la timidezza mi spingono spesso a dire menzogne di cui la mia volontà non ha alcun controllo, ma che, in qualche modo, precedono tale volontà stessa, data la necessità di rispondere immediatamente. L’impressione profonda lasciata dal ricordo della povera Marion può certamente trattenere coloro che potrebbero essere dannosi per gli altri, ma non coloro che possono aiutarmi a uscire da situazioni difficili quando si tratta solo di me stesso. Il che è altrettanto contrario alla mia coscienza e ai miei principi quanto ciò che potrebbe influenzare il destino degli altri.

Giuro sul cielo che, se potessi immediatamente ritrattare la menzogna che mi scusa e dire la verità che mi incrimina senza subire un nuovo affront nel farlo, lo farei con tutto il cuore; ma la vergogna di aver commesso io stesso questo errore mi trattiene ancora, e mi pento sinceramente del mio sbaglio, anche se non oso correggerlo. Un esempio spiegherà meglio ciò che intendo e dimostrerà che non mento né per interesse né per orgoglio, tantomeno per invidia o malvagità, ma unicamente per imbarazzo e vergogna; anzi, a volte so benissimo che quella menzogna è riconosciuta tale e che non mi può essere di alcun aiuto.

Qualche tempo fa, il signor Foulquier[357] mi invitò, contro la mia abitudine, ad andare a cena con mia moglie, in qualità di pic-nic, da lui e dal suo amico Benoit[358] presso la signora Vacassin[359], una ristoratrice; anche lei e le sue due figlie cenarono con noi. A metà pasto, la maggiore delle figlie, che era sposata e incinta, mi chiese all’improvviso, fissandomi negli occhi, se avessi avuto figli. Risposi arrossendo fino agli occhi che non avevo avuto questa fortuna. Lei sorrise maliziosamente, guardando l’insieme della compagnia. Tutto ciò non era affatto oscuro, nemmeno per me.

Il est clair d’abord que cette réponse n’est point celle que j’aurais voulu faire, quand même j’aurais eu l’intention d’en imposer ; car dans la disposition où je voyais celle qui me faisait la question j’étais bien sûr que ma négative ne changeait rien à son opinion sur ce point. On s’attendait à cette négative, on la provoquait même pour jouir du plaisir de m’avoir fait mentir. Je n’étais pas assez bouché pour ne pas sentir cela. Deux minutes après, la réponse que j’aurais dû faire me vint d’elle-même. Voilà une question peu discrète de la part d’une jeune femme à un homme qui a vieilli garçon. En parlant ainsi, sans mentir, sans avoir à rougir d’aucun aveu, je mettais les rieurs de mon côté, et je lui faisais une petite leçon qui naturellement devait la rendre un peu moins impertinente à me questionner. Je ne fis rien de tout cela, je ne dis point ce qu’il fallait dire, je dis ce qu’il ne fallait pas et qui ne pouvait me servir de rien. Il est donc certain que ni mon jugement ni ma volonté ne dictèrent ma réponse et qu’elle fut l’effet machinal de mon embarras. Autrefois je n’avais point cet embarras et je faisais l’aveu de mes fautes avec plus de franchise que de honte, parce que je ne doutais pas qu’on ne vît ce qui les rachetait et que je sentais au-dedans de moi ; mais l’œil de la malignité me navre et me déconcerte ; en devenant plus malheureux je suis devenu plus timide et jamais je n’ai menti que par timidité.

Je n’ai jamais mieux senti mon aversion naturelle pour le mensonge qu’en écrivant mes Confessions, car c’est là que les tentations auraient été fréquentes et fortes, pour peu que mon penchant m’eût porté de ce côté. Mais loin d’avoir rien tu, rien dissimulé qui fût à ma charge, par un tour d’esprit que j’ai peine à m’expliquer et qui vient peut-être d’éloignement pour toute imitation, je me sentais plutôt porté à mentir dans le sens contraire en m’accusant avec trop de sévérité qu’en m’excusant avec trop d’indulgence, et ma conscience m’assure qu’un jour je serai jugé moins sévèrement que je ne me suis jugé moi-même. Oui je le dis et le sens avec une fière élévation d’âme, j’ai porté dans cet écrit la bonne foi, la véracité, la franchise, aussi loin, plus loin même, au moins je le crois, que ne fit jamais aucun autre homme ; sentant que le bien surpassait le mal j’avais mon intérêt à tout dire, et j’ai tout dit.

Je n’ai jamais dit moins, j’ai dit plus quelquefois, non dans les faits, mais dans les circonstances, et cette espèce de mensonge fut plutôt l’effet du délire de l’imagination qu’un acte de la volonté. J’ai tort même de l’appeler mensonge, car aucune de ces additions n’en fut un. J’écrivais mes Confessions déjà vieux, et dégoûté des vains plaisirs de la vie que j’avais tous effleurés et dont mon cœur avait bien senti le vide. Je les écrivais de mémoire ; cette mémoire me manquait souvent ou ne me fournissait que des souvenirs imparfaits et j’en remplissais les lacunes par des détails que j’imaginais en supplément de ces souvenirs, mais qui ne leur étaient jamais contraires. J’aimais à m’étendre sur les moments heureux de ma vie, et je les embellissais quelquefois des ornements que de tendres regrets venaient me fournir. Je disais les choses que j’avais oubliées comme il me semblait qu’elles avaient dû être, comme elles avaient été peut-être en effet, jamais au contraire de ce que je me rappelais qu’elles avaient été. Je prêtais quelquefois à la vérité des charmes étrangers, mais jamais je n’ai mis le mensonge à la place pour pallier mes vices, ou pour m’arroger des vertus.

Que si quelquefois, sans y songer, par un mouvement involontaire j’ai caché le côté difforme en me peignant de profil, ces réticences ont bien été compensées par d’autres réticences plus bizarres qui m’ont souvent fait taire le bien plus soigneusement que le mal. Ceci est une singularité de mon naturel qu’il est fort pardonnable aux hommes de ne pas croire, mais qui, tout incroyable qu’elle est n’en est pas moins réelle : j’ai souvent dit le mal dans toute sa turpitude, j’ai rarement dit le bien dans tout ce qu’il eut d’aimable, et souvent je l’ai tu tout à fait parce qu’il m’honorait trop, et qu’en faisant mes Confessions j’aurais l’air d’avoir fait mon éloge. J’ai décrit mes jeunes ans sans me vanter des heureuses qualités dont mon cœur était doué et même en supprimant les faits qui les mettaient trop en évidence. Je m’en rappelle ici deux de ma première enfance, qui tous deux sont bien venus à mon souvenir en écrivant, mais que j’ai rejetés l’un et l’autre par l’unique raison dont je viens de parler.

J’allais presque tous les dimanches passer la journée aux Pâquis chez M. Fazy, qui avait épousé une de mes tantes et qui avait là une fabrique d’indiennes. Un jour j’étais à l’étendage dans la chambre de la calandre et j’en regardais les rouleaux de fonte : leur luisant flattait ma vue, je fus tenté d’y poser mes doigts et je les promenais avec plaisir sur le lissé du cylindre, quand le jeune Fazy s’étant mis dans la roue lui donna un demi-quart de tour si adroitement qu’il n’y prit que le bout de mes deux plus longs doigts ; mais c’en fut assez pour qu’ils y fussent écrasés par le bout et que les deux ongles y restassent. Je fis, un cri perçant, Fazy détourne à l’instant la roue, mais les ongles ne restèrent pas moins au cylindre et le sang ruisselait de mes doigts. Fazy, consterné, s’écrie, sort de la roue, m’embrasse, et me conjure d’apaiser mes cris, ajoutant qu’il était perdu. Au fort de ma douleur la sienne me toucha, je me tus, nous fûmes à la carpière où il m’aida à laver mes doigts et à étancher mon sang avec de la mousse. Il me supplia avec larmes de ne point l’accuser ; je le lui promis et le tins si bien, que plus de vingt ans après personne ne savait par quelle aventure j’avais deux de mes doigts cicatrisés ; car ils le sont demeurés toujours. Je fus détenu dans mon lit plus de trois semaines, et plus de deux mois hors d’état de me servir de ma main, disant toujours qu’une grosse pierre en tombant m’avait écrasé les doigts.

Magnanima menzôgna ! or quando è il vero

Si bello che si possa a te preporre ?

Cet accident me fut pourtant bien sensible par la circonstance, car c’était le temps des exercices où l’on faisait manœuvrer la bourgeoisie, et nous avions fait un rang de trois autres enfants de mon âge avec lesquels je devais en uniforme faire l’exercice avec la compagnie de mon quartier. J’eus la douleur d’entendre le tambour de la compagnie passant sous ma fenêtre avec mes trois camarades, tandis que j’étais dans mon lit.

Mon autre histoire est toute semblable, mais d’un âge plus avancé.

Je jouais au mail à Plain-Palais avec un de mes camarades appelé Pleince. Nous prîmes querelle au jeu, nous nous battîmes et durant le combat il me donna sur la tête nue un coup de mail si bien appliqué que d’une main plus forte il m’eût fait sauter la cervelle. Je tombe à l’instant. Je ne vis de ma vie une agitation pareille à celle de ce pauvre garçon voyant mon sang ruisseler dans mes cheveux. Il crut m’avoir tué. Il se précipite sur moi, m’embrasse, me serre étroitement en fondant en larmes et poussant des cris perçants. Je l’embrassai aussi de toute ma force en pleurant comme lui dans une émotion confuse qui n’était pas sans quelque douceur. Enfin il se mit en devoir d’étancher mon sang qui continuait de couler, et voyant que nos deux mouchoirs n’y pouvaient suffire, il m’entraîna chez sa mère qui avait un petit jardin près de là. Cette bonne dame faillit à se trouver mal en me voyant dans cet état. Mais elle sut conserver des forces pour me panser, et après avoir bien bassiné ma plaie elle y appliqua des fleurs de lis macérées dans l’eau-de-vie, vulnéraire excellent et très usité dans notre pays. Ses larmes et celles de son fils pénétrèrent mon cœur au point que longtemps je la regardai comme ma mère et son fils comme mon frère, jusqu’à ce qu’ayant perdu l’un et l’autre de vue, je les oubliai peu à peu.

It is clear that this response was not the one I would have chosen had I wished to do so, even though I had intended to impose it upon her; for in the circumstances in which I found myself facing her question, I was well aware that my refusal would in no way change her opinion on the matter. Such a refusal was expected; indeed, she might have even provoked it just to enjoy the satisfaction of making me lie. I wasn’t foolish enough not to perceive this. Two minutes later, the response I should have given came to me spontaneously. What an indiscreet question from a young woman to a man who had remained unmarried all his life. By answering in such a way—without lying, without having to blush at any admission—I put those who might have laughed on my side and gave her a little lesson that, naturally enough, should have made her less impertinent in asking me questions. But I did none of this; I did not say what was necessary, I said something that was unnecessary and of no use to me at all. It is therefore certain that neither my judgment nor my will guided my response; rather, it was merely the mechanical result of my embarrassment. In the past, I had not such embarrassment; I confessed my faults more out of frankness than shame, because I was certain that people could see what redeemed them and because I felt it within myself. But the gaze of malice wounds me and confuses me; by becoming more unhappy, I have also become more timid—and I have never lied except out of timidity.

I have never felt my natural aversion to lies more strongly than when writing my Confessions, for it was there that temptations would have been frequent and powerful, had my inclination led me in that direction. But far from concealing or hiding anything that could implicate me, driven by a way of thinking I can hardly explain myself—and perhaps by a desire to avoid any form of imitation—I found myself inclined instead to lie in the opposite manner: to accuse myself with excessive severity rather than to excuse myself with too much indulgence. My conscience assures me that one day I will be judged less harshly than I have judged myself. Yes, I say this and feel it with a proud elevation of spirit; I brought to this work sincerity, truthfulness, and frankness—to the greatest extent, at least I believe, that any other man has ever done. Knowing that good outweighed evil, it was in my own interest to tell everything, and so I did.

I have never said less; sometimes I have said more—not in fact, but under certain circumstances—and this kind of “lying” was more the result of the delirium of my imagination than an act of will. In fact, it would be wrong to even call it lying, for none of those additions were truly lies. When I wrote my Confessions, I was already old and weary of the vain pleasures of life—those I had briefly tasted and whose emptiness my heart had fully understood. I wrote them from memory; often that memory failed me, or it only provided me with imperfect recollections. To fill in the gaps, I imagined additional details that, though not contrary to what I remembered, certainly embellished those moments. I liked to dwell on the happy times of my life and sometimes adorned them with imaginings born of tender regret. I recounted things as I believed they had been—or perhaps even as they truly were—never contradicting what I actually remembered. Sometimes I gave truth strange embellishments, but I never used lies to conceal my vices or to pretend to possess virtues I did not have.

Even if sometimes, without meaning to do so, through an involuntary action, I have concealed the deformed aspects of my nature by portraying myself in profile, these reticences have often been compensated for by other, even more bizarre hesitations that made me refrain from speaking of good far more carefully than I did of evil. This is a peculiarity of my nature that it is quite understandable for people not to believe; yet, as incredible as it may seem, it is indeed true: I have often spoken of evil in all its ugliness, but rarely mentioned the good in all its kindness. Moreover, I have often kept silent about good entirely because it brought me too much honor—because doing so in my Confessions would have seemed like praising myself. I have described my early years without boasting about the fortunate qualities that my heart possessed, and even by omitting those facts that made them too evident. Here, I recall two incidents from my very earliest childhood; both came to mind easily as I was writing, but I rejected both for precisely the reason I just mentioned.

I used to spend almost every Sunday at M. Fazy’s place in the Pâquis; he had married one of my aunts and owned a fabric factory there. One day, I was in the drying room, looking at the rolls of iron cloth: their smooth surface captivated me. I felt tempted to touch them and happily ran my fingers along their surfaces when young Fazy suddenly turned the wheel, catching only the tips of my two longest fingers. That was enough to crush them, leaving my nails stuck there. I let out a sharp cry. Fazy immediately stopped the wheel, but my nails remained trapped, and blood began flowing from my fingers. Overcome with grief, he hugged me and begged me to stop crying, saying he felt lost without me. My pain moved him, and after a while, we went to the carpenter’s shop where he helped me clean my fingers and stop the bleeding with soap and water. He pleaded with tears not to blame him; I promised not to, and kept my word so well that for over twenty years, no one knew how I had lost two of my fingers—because they never healed properly. I was confined to bed for more than three weeks and unable to use my hand for over two months, claiming that a heavy rock had fallen on it.

Great-hearted lies! Or when is truth truly such?

How beautiful it is to be able to offer it to you.

Yet, this accident affected me greatly due to the circumstances—it was during the training period when we were supposed to practice military maneuvers with the bourgeoisie. I had been assigned to form a group of three other children my age, and together we were supposed to perform these exercises in uniform with our neighborhood company. To my great sorrow, I heard the company’s drum pass by my window while I was still in bed, along with my three companions.

My other story is very similar, but it takes place at an older age.

I was playing shuttlecock at Plain-Palais with a friend of mine named Pleince. We started arguing during the game, and we fought. During the struggle, he struck me on the bare head with such force that, if he had used more strength, it would have killed me on the spot. I fell immediately. In all my life, I had never seen such agitation as that poor boy displayed when he saw my blood flowing down my hair. He thought he had killed me. He rushed over to me, embraced me, held me tightly in his arms, and burst into tears, screaming loudly. I also hugged him with all my strength, crying just like him, overwhelmed by a confused emotion that was not without some sweetness. Finally, he tried to stop the bleeding, but seeing that our two handkerchiefs were not enough, he took me to his mother’s house, which had a small garden nearby. That kind woman nearly fainted when she saw me in such a state. But she managed to gather her strength and bandaged my wound. After carefully cleaning it, she applied lily flowers that had been soaked in brandy—a very effective healing herb commonly used in our country. Her tears and those of her son touched my heart deeply, and for a long time, I regarded her as my mother and him as my brother. Until eventually, when I lost them both from sight, I gradually began to forget them.

È evidente che questa risposta non era affatto quella che avrei voluto dare, anche se avevo intenzione di imporla; perché, data la situazione in cui mi trovavo e considerando chi mi poneva quella domanda, ero certo che il mio rifiuto non avrebbe cambiato minimamente la sua opinione su quel punto. Si aspettava proprio un rifiuto del genere; anzi, forse lo provocava apposta per godersi il piacere di avermi fatto mentire. Non ero così ingenuo da non accorgermene. Due minuti dopo, la risposta che avrei dovuto dare mi venne spontaneamente in mente. Che domanda poco discreta da parte di una giovane donna a un uomo che è rimasto ragazzo. Parlando in questo modo, senza mentire, senza dover arrossire per alcuna ammissione, mettevo i miei interlocutori dalla mia parte e le davo una piccola lezione che, naturalmente, avrebbe dovuto renderla meno impertinente nel pormi domande. Ma non feci nulla di tutto ciò; non dissi quello che avrei dovuto dire, bensì qualcosa che non era affatto appropriato e che non mi serviva a nulla. È quindi certo che né il mio giudizio né la mia volontà guidarono la mia risposta; essa fu semplicemente l’effetto meccanico del mio imbarazzo. In passato, non provavo questo tipo di imbarazzo e confessavo i miei errori con più franchezza che vergogna, perché non dubitavo affatto che si vedesse ciò che li compensava. Ma lo sguardo della malvagità mi offende e mi disorienta; diventando più infelice, sono diventato anche più timido. E mai ho mentito se non per timidezza.

Non ho mai provato un’avversione naturale per il mentire più intensa di quando scrivevo le mie Confessioni, perché è lì che le tentazioni avrebbero potuto essere frequenti e forti, se solo la mia inclinazione mi avesse spinto in quella direzione. Ma lontano dal nascondere o mentire qualcosa che potesse incriminarmi, grazie a un modo di pensare che fatico a spiegarmi e che forse deriva da un rifiuto totale di imitare gli altri, mi sentivo piuttosto portato a mentire nel senso opposto: ad accusarmi con troppa severità piuttosto che scusarmi con troppa indulgenza. La mia coscienza mi assicura che un giorno sarò giudicato meno severamente di quanto io stesso mi sia giudicato. Sì, lo dico e lo penso con una nobile elevazione d’animo: ho messo nella stesura di queste Confessioni tutta la mia buona fede, verità e franchezza, almeno così credo; sentendo che il bene superava il male, avevo interesse a dire tutto, e l’ho detto.

Non ho mai detto meno; a volte ho detto di più, non nei fatti, ma nelle circostanze, e questo tipo di “menzogna” fu piuttosto il risultato del delirio dell’immaginazione che un atto della volontà. Ho persino torto a chiamarla menzogna, poiché nessuna di queste aggiunte costituiva davvero una menzogna. Scrivevo le mie “Confessioni” già anziano, ormai disgustato dai vani piaceri della vita che avevo tutti assaporati e dei quali il mio cuore aveva ben percepito la vacuità. Le scrivevo sulla base del ricordo; spesso questo ricordo mi mancava o mi forniva soltanto memorie imperfette, e io colmavo le lacune con dettagli che immaginavo come completamento di quelle stesse memorie, ma che in realtà non erano mai contrari a esse. Amavo soffermarmi sui momenti felici della mia vita e a volte li abbellivo con elementi forniti da teneri rimpianti. Raccontavo le cose che avevo dimenticato, come se ricordassi che dovevano essere state così, o forse proprio come erano realmente state, mai al contrario di ciò che ricordavo. A volte attribuivo alla verità caratteristiche straordinarie, ma mai ho usato la menzogna per nascondere i miei vizi o per attribuirmi virtù che non possedevo.

Anche se a volte, senza pensarci, con un movimento involontario ho nascosto il lato “deforme” di me stesso dipingendomi di profilo, queste reticenze sono state ben compensate da altre ancora più strane, che spesso mi hanno fatto tacere riguardo al bene molto più attentamente di quanto facessi riguardo al male. Questa è una singolarità del mio carattere che gli uomini hanno tutto il diritto di non credere; tuttavia, per quanto incredibile possa sembrare, è pur sempre reale: ho spesso parlato del male nella sua totale turpitudine, raramente ho parlato del bene in tutto ciò che aveva di amabile, e spesso l’ho completamente taciuto perché mi onorava troppo. E se ne avessi parlato nelle mie “Confessioni”, sarebbe sembrato come se stessi facendo il mio elogio. Ho descritto i miei primi anni senza vantarmi delle qualità felici di cui il mio cuore era dotato, anzi eliminando persino quegli episodi che le mettevano troppo in evidenza. Ricordo qui due fatti della mia prima infanzia: entrambi mi sono tornati alla mente mentre scrivevo, ma li ho rifiutati entrambi per la stessa ragione di cui ho appena parlato.

Quasi ogni domenica trascorrevo la giornata ai Pâquis da parte di Monsieur Fazy, che aveva sposato una delle mie zie e possedeva lì una fabbrica di stoffe. Un giorno mi trovavo nella stanza dove venivano stese le stoffe e osservavo i rotoli di ferro: il loro lucido mi piaceva molto; fui tentato di toccarli con le dita e li accarezzai felicemente lungo la superficie liscia dei cilindri. In quel momento, il giovane Fazy girò abilmente la ruota su cui i rotoli venivano posizionati, facendoli ruotare di un quarto di giro; però ne afferrò solo le estremità delle mie due dita più lunghe, che rimasero schiacciate contro il cilindro. Gridai forte; Fazy fermò immediatamente la ruota, ma i miei due unghie rimasero lì e il sangue iniziò a scorrere dalle mie dita. Sconvolto, Fazy mi abbracciò e mi pregò di calmarmi, dicendo che era perduto. Nel mezzo del mio dolore, la sua angoscia ebbe effetto su di me; smisi di gridare. Andammo insieme alla bottega di un carpentiere, dove lui mi aiutò a lavare le dita e a fermare la fuoriuscita di sangue con della schiuma. Mi supplicò in lacrime di non accusarlo; glielo promisi e mantenni la mia parola, tanto che per più di vent’anni nessuno seppe mai quale fosse stata l’incidente che mi aveva causato quelle cicatrici. Le mie dita rimasero infatti segnate per sempre. Rimasi a letto per più di tre settimane e per oltre due mesi non riuscii a utilizzare la mano; continuavo a dire che una pietra pesante caduta mi aveva schiacciato le dita.

Che nobile menzogna, o quando invece è la verità?

Che cosa c’è di così bello nel poter offrirti qualcosa?

Quell’incidente ebbe su di me un impatto molto forte, soprattutto per il contesto in cui avvenne: era il periodo degli addestramenti militari durante i quali si faceva esercitare la borghesia, e noi dovevamo partecipare insieme ad altri tre bambini della mia età, in uniforme, agli esercizi con la compagnia del mio quartiere. Fu per me una grande sofferenza ascoltare il suono del tamburo della compagnia che passava sotto la mia finestra, mentre io ero a letto.

La mia un’altra storia è molto simile, ma riguarda un’epoca più avanzata.

Giocavo a pallamano a Plain-Palais con un mio compagno di nome Pleince. Durante la partita abbiamo iniziato a litigare, ci siamo picchiati e, nel corso dello scontro, lui mi ha dato un colpo sulla testa con il palmo della mano; se avesse usato più forza, mi avrebbe spaccato il cranio. Sono caduto immediatamente a terra. Non avevo mai visto in vita mia una tale agitazione in quel povero ragazzo, che vedeva il mio sangue scorrere tra i capelli. Credeva di avermi ucciso; si è precipitato su di me, mi ha abbracciato stretto, piangendo e gridando disperatamente. Anch’io l’ho abbracciato con tutte le mie forze, piangendo insieme a lui in un’emozione confusa ma piena di dolcezza. Alla fine, ha cercato di fermare il sangue che continuava a scorrere; vedendo che i nostri fazzoletti non erano sufficienti, mi ha portato da sua madre, la quale aveva un piccolo giardino nelle vicinanze. Quella brava donna è quasi svenuta nel vedermi in quello stato. Ma è riuscita a mantenere le forze necessarie per curarmi. Dopo aver pulito bene la ferita, vi ha applicato dei fiori di lillà immersi nell’acquavite: un rimedio eccellente e molto utilizzato nel nostro paese. Le sue lacrime e quelle di suo figlio hanno toccato profondamente il mio cuore. Per molto tempo ho considerato lei come mia madre e lui come mio fratello, fino a quando non ho più perso loro di vista e li ho gradualmente dimenticati.

Je gardai le même secret sur cet accident que sur l’autre, et il m’en est arrivé cent autres de pareille nature en ma vie, dont je n’ai pas même été tenté de parler dans mes Confessions, tant j’y cherchais peu l’art de faire valoir le bien que je sentais dans mon caractère. Non, quand j’ai parlé contre la vérité qui m’était connue, ce n’a jamais été qu’en choses indifférentes, et plus, ou par l’embarras de parler ou pour le plaisir d’écrire que par aucun motif d’intérêt pour moi, ni d’avantage ou de préjudice d’autrui. Et quiconque lira mes Confessions impartialement, si jamais cela arrive, sentira que les aveux que j’y fais sont plus humiliants, plus pénibles à faire, que ceux d’un mal plus grand mais moins honteux à dire, et que je n’ai pas dit parce que je ne l’ai pas fait.

Il suit de toutes ces réflexions que la profession de véracité que je me suis faite a plus son fondement sur des sentiments de droiture et d’équité que sur la réalité des choses, et que j’ai plus suivi dans la pratique les directions morales de ma conscience que les notions abstraites du vrai et du faux. J’ai souvent débité bien des fables, mais j’ai très rarement menti. En suivant ces principes j’ai donné sur moi beaucoup de prise aux autres, mais je n’ai fait tort à qui que ce fût, et je ne me suis point attribué à moi-même plus d’avantage qu’il ne m’en était dû. C’est uniquement par là, ce me semble, que la vérité est une vertu. À tout autre égard elle n’est pour nous qu’un être métaphysique dont il ne résulte ni bien ni mal.

Je ne sens pourtant pas mon cœur assez content de ces distinctions pour me croire tout à fait irrépréhensible. En pesant avec tant de soin ce que je devais aux autres, ai-je assez examiné ce que je me devais à moi-même ? S’il faut être juste pour autrui, il faut être vrai pour soi, c’est un hommage que l’honnête homme doit rendre à sa propre dignité. Quand la stérilité de ma conversation me forçait d’y suppléer par d’innocentes fictions j’avais tort, parce qu’il ne faut point, pour amuser autrui, s’avilir soi-même ; et quand, entraîné par le plaisir d’écrire, j’ajoutais à des choses réelles des ornements inventés, j’avais plus de tort encore parce qu’orner la vérité par des fables c’est en effet la défigurer.

Mais ce qui me rend plus inexcusable est la devise que j’avais choisie. Cette devise m’obligeait plus que tout autre homme à une profession plus étroite de la vérité, et il ne suffisait pas que je lui sacrifiasse partout mon intérêt et mes penchants, il fallait lui sacrifier aussi ma faiblesse et mon naturel timide. Il fallait avoir le courage et la force d’être vrai toujours, en toute occasion, et qu’il ne sortît jamais ni fiction ni fable d’une bouche et d’une plume qui s’étaient particulièrement consacrées à la vérité. Voilà ce que j’aurais dû me dire en prenant cette fière devise, et me répéter sans cesse tant que j’osai la porter. Jamais la fausseté ne dicta mes mensonges, ils sont tous venus de faiblesse, mais cela m’excuse très mal. Avec une âme faible on peut tout au plus se garantir du vice, mais c’est être arrogant et téméraire d’oser professer de grandes vertus.

Voilà des réflexions qui probablement ne me seraient jamais venues dans l’esprit si l’Abbé R***[360] ne me les eût suggérées. Il est bien tard, sans doute, pour en faire usage ; mais il n’est pas trop tard au moins pour redresser mon erreur et remettre ma volonté dans la règle : car c’est désormais tout ce qui dépend de moi. En ceci donc et en toutes choses semblables, la maxime de Solon est applicable à tous les âges, et il n’est jamais trop tard pour apprendre même de ses ennemis, à être sage, vrai, modeste, et à moins présumer de soi.

Cinquième promenade

De toutes les habitations où j’ai demeuré (et j’en ai eu de charmantes), aucune ne m’a rendu si véritablement heureux et ne m’a laissé de si tendres regrets que l’île de Saint-Pierre au milieu du lac de Bienne. Cette petite île qu’on appelle à Neufchâtel l’île de La Motte est bien peu connue, même en Suisse. Aucun voyageur, que je sache, n’en fait mention. Cependant elle est très agréable et singulièrement située pour le bonheur d’un homme qui aime à se circonscrire ; car quoique je sois peut-être le seul au monde à qui sa destinée en ait fait une loi, je ne puis croire être le seul qui ait un goût si naturel, quoique je ne l’aie trouvé jusqu’ici chez nul autre.

Les rives du lac de Bienne sont plus sauvages et romantiques que celles du lac de Genève, parce que les rochers et les bois y bordent l’eau de plus près ; mais elles ne sont pas moins riantes. S’il y a moins de culture de champs et de vignes, moins de villes et de maisons, il y a aussi plus de verdure naturelle, plus de prairies, d’asiles ombragés de bocages, des contrastes plus fréquents et des accidents plus rapprochés. Comme il n’y a pas sur ces heureux bords de grandes routes commodes pour les voitures, le pays est peu fréquenté par les voyageurs ; mais qu’il est intéressant pour des contemplatifs solitaires qui aiment à s’enivrer à loisir des charmes de la nature, et à se recueillir dans un silence que ne trouble aucun autre bruit que le cri des aigles, le ramage entrecoupé de quelques oiseaux, et le roulement des torrents qui tombent de la montagne. Ce beau bassin d’une forme presque ronde enferme dans son milieu deux petites îles, l’une habitée et cultivée, d’environ demi-lieue de tour, l’autre plus petite, déserte et en friche, et qui sera détruite à la fin par les transports de la terre qu’on en ôte sans cesse pour réparer les dégâts que les vagues et les orages font à la grande. C’est ainsi que la substance du faible est toujours employée au profit du puissant.

Il n’y a dans l’île qu’une seule maison mais grande, agréable et commode, qui appartient à l’hôpital de Berne ainsi que l’île, et où loge un receveur avec sa famille et ses domestiques. Il y entretient une nombreuse basse-cour, une volière et des réservoirs pour le poisson. L’île dans sa petitesse est tellement variée dans ses terrains et ses aspects, qu’elle offre toutes sortes de sites et souffre toutes sortes de cultures. On y trouve des champs, des vignes, des bois, des vergers, de gras pâturages ombragés de bosquets et bordés d’arbrisseaux de toute espèce dont le bord des eaux entretient la fraîcheur ; une haute terrasse plantée de deux rangs d’arbres borde l’île dans sa longueur, et dans le milieu de cette terrasse on a bâti un joli salon où les habitants des rives voisines se rassemblent et viennent danser les dimanches durant les vendanges.

C’est dans cette île que je me réfugiai après la lapidation de Môtiers. J’en trouvai le séjour si charmant, j’y menais une vie si convenable à mon humeur que, résolu d’y finir mes jours, je n’avais d’autre inquiétude sinon qu’on ne me laissât pas exécuter ce projet qui ne s’accordait pas avec celui de m’entraîner en Angleterre, dont je sentais déjà les premiers effets. Dans les pressentiments qui m’inquiétaient j’aurais voulu qu’on m’eût fait de cet asile une prison perpétuelle, qu’on m’y eût confiné pour toute ma vie, et qu’en m’ôtant toute puissance et tout espoir d’en sortir, on m’eût interdit toute espèce de communication avec la terre ferme de sorte qu’ignorant tout ce qui se faisait dans le monde j’en eusse oublié l’existence et qu’on y eût oublié la mienne aussi.

On ne m’a laissé passer guère que deux mois dans cette île, mais j’y aurais passé deux ans, deux siècles, et toute l’éternité sans m’y ennuyer un moment, quoique je n’y eusse, avec ma compagne, d’autre société que celle du receveur, de sa femme et de ses domestiques, qui tous étaient à la vérité de très bonnes gens et rien de plus, mais c’était précisément ce qu’il me fallait. Je compte ces deux mois pour le temps le plus heureux de ma vie et tellement heureux qu’il m’eût suffi durant toute mon existence sans laisser naître un seul instant dans mon âme le désir d’un autre état.

Quel était donc ce bonheur et en quoi consistait sa jouissance ? Je le donnerais à deviner à tous les hommes de ce siècle sur la description de la vie que j’y menais. Le précieux farniente fut la première et la principale de ces jouissances que je voulus savourer dans toute sa douceur, et tout ce que je fis durant mon séjour ne fut en effet que l’occupation délicieuse et nécessaire d’un homme qui s’est dévoué à l’oisiveté.

I kept the same silence about this incident as I did about the other one; in fact, a hundred more incidents of a similar nature have happened to me in my life, and I never even considered mentioning them in my Confessions, for I sought therein no means to highlight the good qualities I perceived in my character. No, when I spoke against the truth that was known to me, it was always regarding matters of little importance—more often out of embarrassment at having to speak about such things, or for the pleasure of writing, than for any reason relating to my own interests or to the benefit or harm of others. And anyone who reads my Confessions impartially—and I hope this will ever happen—will realize that the confessions I make there are far more humiliating and difficult to utter than those pertaining to more serious sins but less disgraceful in nature; and that I refrained from mentioning certain things not because I had actually committed them.

From all these reflections, it follows that the commitment to truth that I have made is based more on feelings of righteousness and fairness than on the reality of things; in practice, I have followed the moral guidance of my conscience rather than abstract notions of what is true and false. I have often told many fables, but I have rarely lied. By adhering to these principles, I have given others much leverage over me, yet I have never done anyone any harm, nor have I claimed for myself more than what was rightfully due to me. It is in this way, I believe, that truth constitutes a virtue. In every other respect, it remains merely a metaphysical concept that yields neither good nor evil consequences for us.

Yet, I do not feel that my heart is sufficiently content with these distinctions to believe myself entirely without reproach. In carefully weighing what I owe to others, have I examined thoroughly what I owe to myself? If one must be just toward others, one must also be true to oneself—this is a tribute that an honest person owes to his own dignity. When the sterility of my conversation forced me to compensate for it with innocent fictions, I was in error, for one should not degrade oneself in order to amuse others; and when, driven by the pleasure of writing, I added invented embellishments to real matters, I was even more wrong, for to adorn the truth with fables is indeed to distort it.

But what makes me even more inexcusable is the motto I had chosen for myself. That motto required me, more than any other person, to adhere strictly to the truth in all my actions. It was not enough for me to sacrifice my own interests and inclinations in pursuit of it; I also had to give up my weakness and my timid nature. I needed the courage and strength to always speak and write the truth, under any circumstances. A motto dedicated solely to the truth should never allow falsehood or myth to emerge from one’s words or writings. This is what I should have told myself when adopting that proud motto—and what I should have constantly reminded myself of as long as I dared to uphold it. None of my lies were ever inspired by deceit; they all resulted from weakness—but this hardly excuses me. With a weak soul, one can at most avoid committing vices; but to claim to possess great virtues while being so flawed is nothing short of arrogance and recklessness.

These reflections would probably never have occurred to me if not for the suggestions made by Abbe R***[360]. It is certainly too late to put them into practice now; but it is not too late at least to correct my mistake and bring my will back in line with what is right—because now, more than ever, it is up to me. In this matter, as in all similar situations, Solon’s maxim applies to everyone, at every age. And it is never too late to learn, even from one’s enemies, to be wise, true, modest, and to refrain from overestimating oneself.

Fifth Stroll

Of all the places where I have lived (and there have been some quite charming ones), none has ever made me truly happy or left me with such tender regrets as the island of Saint-Pierre, located in the middle of Lake Bienne. This small island, which is called l’île de La Motte in Neufchâtel, is little known even within Switzerland. As far as I know, no traveler ever mentions it. Nevertheless, it is very pleasant and uniquely situated for a person who enjoys living in seclusion; for although I may be the only one in the world whose fate has led me there, I cannot believe that I am also the only one who possesses such a natural inclination toward it—though I have never found it in anyone else before.

The shores of Lake Bienne are more wild and romantic than those of Lake Geneva, for rocks and woods there border the water more closely; yet they are no less delightful. Although there is less cultivation of fields and vineyards, fewer towns and houses, there is also more natural greenery, more meadows, shaded refuges amidst groves, more frequent contrasts, and closer proximity of scenic features. Since there are no major roads along these pleasant shores suitable for vehicles, travelers rarely visit them; but they are indeed fascinating for solitary contemplators who delight in basking leisurely in the charms of nature and in enjoying a silence disturbed only by the cry of eagles, the intermittent chirping of birds, and the roar of torrents rushing down from the mountains. This beautiful, nearly circular lake encloses within its waters two small islands: one inhabited and cultivated, about half a mile in circumference; the other smaller, uninhabited, and overgrown, destined ultimately to be destroyed by the constant removal of soil needed to repair the damage caused by waves and storms to the larger island. Such is how the resources of the weak are always utilized to the benefit of the strong.

On the island, there is only one house—but it is large, pleasant, and comfortable. It belongs to the hospital of Bern, just like the island itself, and therein resides a caretaker along with his family and servants. He maintains a large courtyard, an aviary, and ponds for fish. Despite its small size, the island boasts diverse terrain and landscapes, offering various suitable areas for cultivation. One can find fields, vineyards, forests, orchards, as well as lush meadows shaded by groves and bordered by shrubs of all kinds; the waters along the shore help maintain a cool climate. A high terrace, lined with two rows of trees running the length of the island, serves as a lovely spot where residents from nearby areas gather on Sundays to dance during the harvest season.

It was on this island that I took refuge after the stoning of Môtiers. I found its dwelling so charming, and my life there so in accordance with my mood, that I resolved to spend the rest of my days there. My only concern was that someone might prevent me from carrying out this plan, which did not coincide with my intention of traveling to England—whose first effects I was already beginning to feel. In those uneasy forebodings, I wished that this refuge could have been turned into a permanent prison, that I would be confined there for the rest of my life, and that by stripping me of all power and hope of escaping, I would be completely cut off from any contact with the mainland. In that way, ignorant of everything that was happening in the world, I would have forgotten its existence—and so would they have forgotten mine as well.

I was only allowed to stay on this island for two months, but I could have spent there two years, two centuries, or even eternity without ever feeling bored for a single moment. Although my companion and I had no other company than that of the island’s caretaker, his wife, and their servants—who were, in truth, very kind people but nothing more—this was precisely what I needed. I consider these two months to be the happiest time of my life; so happy, in fact, that they would have been enough for the rest of my existence, without ever stirring in my soul the slightest desire for anything else.

What was this happiness then, and in what did its enjoyment consist? I would challenge every man of this century to guess it, based on the description of the life I led there. That precious leisure was the first and foremost of these pleasures that I sought to savor in all its sweetness; indeed, everything I did during my stay was nothing but the delightful and necessary pursuit of an individual who had devoted himself to idleness.

Rimasi fedele al silenzio riguardo a quell’incidente, così come per gli altri; nella mia vita sono accaduti centinaia di eventi simili, e non ho mai nemmeno pensato di parlarne nelle mie Confessioni, poiché vi cercavo ben poco lo scopo di esaltare il bene che sentivo nel mio carattere. No: quando ho parlato contro la verità che conoscevo, è sempre stato riguardo a questioni indifferenti; e l’ho fatto più per l’imbarazzo di dover parlare o per il piacere di scrivere, che per qualsiasi motivo legato al mio interesse personale o al vantaggio o danno altrui. Chiunque legga le mie Confessioni con imparzialità comprenderà che le confessioni che vi faccio sono più umilianti, più difficili da rivelare, di quelle relative a peccati più gravi ma meno vergognosi da confessare; e non le ho rivelate perché semplicemente non l’ho fatto.

Da tutte queste riflessioni deriva che l’impegno a dire la verità che mi sono assunto si basa più sui sentimenti di rettitudine ed equità che sulla realtà delle cose, e che nella pratica ho seguito soprattutto le indicazioni morali della mia coscienza piuttosto che le nozioni astratte di vero e falso. Spesso ho raccontato molte storie inventate, ma molto raramente ho mentito. Seguendo questi principi, ho dato agli altri molti motivi per criticarmi, ma non ho mai fatto del male a nessuno, né mi sono attribuito vantaggi maggiori di quelli che mi spettavano. È soltanto in questo senso, a mio parere, che la verità rappresenta davvero una virtù; in ogni altro ambito, essa non è per noi altro che un concetto metafisico dal quale non derivano né benefici né danni concreti.

Tuttavia, non sento il mio cuore abbastanza soddisfatto di queste distinzioni per ritenermi del tutto irreprensibile. Valutando con tanta attenzione ciò che devo agli altri, ho davvero esaminato a sufficienza ciò che devo a me stesso? Se si deve essere giusti verso gli altri, bisogna essere veri con se stessi: è un omaggio che l’uomo onesto deve rendere alla propria dignità. Quando la sterilità delle mie conversazioni mi costringeva a compensarla con invenzioni innocue, commettevo un errore, perché non si dovrebbe umiliare se stessi per divertire gli altri; e quando, spinto dal piacere di scrivere, aggiungevo ad eventi reali ornamenti inventati, commettevo un errore ancora più grave, perché abbellire la verità con favole significa in realtà deformarla.

Ma ciò che mi rende ancora più inescusabile è lo slogan che avevo scelto. Quell’Slogan mi obbligava, più di qualsiasi altro uomo, a una ricerca più rigorosa della verità; non bastava che io sacrificassi ovunque i miei interessi e le mie inclinazioni, ma dovevo anche sacrificare la mia debolezza e il mio carattere timido. Dovevo avere il coraggio e la forza di essere sempre sincero, in ogni occasione, e che nessuna menzogna o favola potesse mai uscire dalla bocca o dalla penna di chi si era dedicato appositamente alla verità. Questo è ciò che avrei dovuto dirmi quando ho scelto quel fiero slogan, e ripetermi costantemente finché l’ho osato portare avanti. Mai la menzogna ha guidato le mie parole: tutte le mie bugie sono nate dalla debolezza. Ma questo non mi scusa affatto. Con un’anima debole si può al massimo cercare di evitare il vizio, ma è davvero arrogante e temerario osare proclamarsi possessori di grandi virtù.

Queste riflessioni probabilmente non mi sarebbero mai venute in mente se l’Abate R***[360] me le avesse suggerite. È certamente troppo tardi per farne uso; ma almeno non è troppo tardo per correggere il mio errore e ricondurre la mia volontà alla retta via: perché ormai tutto dipende da me. Pertanto, in questo e in tutte le circostanze simili, il detto di Solone è applicabile a tutti gli anni della vita; e non è mai troppo tardi per imparare, anche dai propri nemici, ad essere saggi, veri, umili e a non sopravvalutarsi.

Quinta passeggiata

Di tutte le abitazioni in cui ho vissuto (e ne ho avute alcune davvero incantevoli), nessuna mi ha reso così veramente felice e non mi ha lasciato rimpianti così teneri come l’isola di Saint-Pierre, situata nel mezzo del lago di Bienne. Questa piccola isola, chiamata a Neufchâtel “l’île de La Motte”, è quasi sconosciuta, anche in Svizzera; nessun viaggiatore, che io sappia, ne fa menzione. Tuttavia, è molto piacevole e situata in modo particolarmente adatto al benessere di una persona che ama vivere in solitudine; perché, sebbene forse io sia l’unico al mondo il cui destino abbia fatto di essa il luogo ideale per la mia vita, non posso credere di essere l’unico ad avere un tale gusto naturale, anche se finora non l’ho trovato in nessun altro.

Le rive del lago di Bienna sono più selvagge e romantiche di quelle del lago di Ginevra, perché le rocce e i boschi vi si affacciano più direttamente sull’acqua; tuttavia non sono meno piacevoli da contemplare. Sebbene ci sia meno coltivazione dei campi e delle vigne, meno città e case, c’è invece molta più vegetazione naturale: praterie, ombreggiati boschetti, contrasti di colore più intensi e paesaggi più variegati. Poiché su queste felici rive non ci sono grandi strade adatte ai veicoli, i viaggiatori le visitano raramente; ma sono davvero ideali per chi ama godersi in solitudine i piaceri della natura, immergendosi in un silenzio interrotto solo dal grido degli aquile, dal canto degli uccelli e dal rumore dei torrenti che scendono dalla montagna. Questo bel lago, di una forma quasi rotonda, racchiude al suo interno due piccole isole: una abitata e coltivata, lunga circa mezzo miglio, l’altra più piccola, deserta e incolta; quest’ultima sarà presto distrutta a causa dei lavori di dragaggio che si effettuano continuamente per riparare i danni causati dalle onde e dai temporali. È così che la materia del debole viene sempre utilizzata a vantaggio di quella del potente.

Sull’isola c’è una sola casa, ma grande, piacevole e comoda; appartiene all’ospedale di Berna, così come l’isola stessa, ed è abitata da un custode con la sua famiglia e i suoi domestici. Lui si occupa della cura di un ampio cortile, di un pollaio e di serbatoi per il pesce. Nonostante le sue dimensioni ridotte, l’isola presenta terreni e paesaggi molto variegati, tanto da offrire ogni tipo di ambiente adatto alle diverse coltivazioni: ci sono campi, vigne, boschi, frutteti, ampi pascoli ombreggiati da alberelli di ogni sorta; inoltre, il bordo delle acque mantiene una freschezza costante. Lungo l’intera lunghezza dell’isola si estende un alto terrazzo piantato con due file di alberi, e al centro di questo terrazzo è stato costruito un bel salone dove gli abitanti delle zone circostanti si riuniscono per ballare la domenica, durante i periodi di vendemmia.

Fu su quest’isola che mi rifugiai dopo la lapidazione di Môtiers. Trovai il suo ambiente così incantevole, vi conducevo una vita così in armonia con il mio umore, che, deciso a trascorrervi i restanti giorni della mia vita, non avevo altra preoccupazione se non quella che qualcuno potesse impedirmi di realizzare questo progetto, che non era in linea con quello di recarmi in Inghilterra, da cui già percepivo gli effetti iniziali. Tra le premonizioni che mi angosciavano, avrei voluto che quel rifugio fosse trasformato in una prigione a vita, che vi fossi confinato per sempre; che, privandomi di ogni potere e di qualsiasi speranza di uscirne, mi venisse impedito ogni tipo di comunicazione con la terraferma, in modo che, ignaro di tutto ciò che accadeva nel mondo, dimenticassi sia l’esistenza di quest’ultimo che la mia stessa.

Mi è stato concesso di trascorrere soltanto due mesi su quest’isola, ma avrei potuto passarci anche due anni, due secoli, o addirittura l’eternità senza mai annoiarmi un istante. Anche se, insieme alla mia compagna, non avevamo altra compagnia che quella del custode dell’isola, di sua moglie e dei suoi domestici – persone davvero perbene, ma nient’altro di più – era proprio ciò di cui avevo bisogno. Considero questi due mesi il periodo più felice della mia vita; così felice che mi sarebbero bastati per tutta la mia esistenza, senza mai far sorgere nella mia anima il desiderio di un altro stato di cose.

Qual era dunque questa felicità e in cosa consisteva il suo piacere? Lo lascerei indovinare a tutti gli uomini di questo secolo, sulla base della descrizione della vita che conducevo. Quel prezioso ozio fu la prima e principale di queste gioie che desideravo assaporare nella loro intera dolcezza; tutto ciò che feci durante il mio soggiorno non fu altro che l’occupazione deliziosa e necessaria di un uomo dedicato all’ozio.

L’espoir qu’on ne demanderait pas mieux que de me laisser dans ce séjour isolé où je m’étais enlacé de moi-même, dont il m’était impossible de sortir sans assistance et sans être bien aperçu, et où je ne pouvais avoir ni communication ni correspondance que par le concours des gens qui m’entouraient, cet espoir, dis-je, me donnait celui d’y finir mes jours plus tranquillement que je ne les avais passés, et l’idée que j’aurais le temps de m’y arranger tout à loisir fit que je commençai par n’y faire aucun arrangement. Transporté là brusquement seul et nu, j’y fis venir successivement ma gouvernante, mes livres et mon petit équipage, dont j’eus le plaisir de ne rien déballer, laissant mes caisses et mes malles comme elles étaient arrivées, et vivant dans l’habitation où je comptais achever mes jours comme dans une auberge dont j’aurais dû partir le lendemain. Toutes choses telles qu’elles étaient, allaient si bien que vouloir les mieux ranger était y gâter quelque chose. Un de mes plus grands délices était surtout de laisser toujours mes livres bien encaissés et de n’avoir point d’écritoire. Quand de malheureuses lettres me forçaient de prendre la plume pour y répondre j’empruntais en murmurant l’écritoire du receveur, et je me hâtais de la rendre dans la vaine espérance de n’avoir plus besoin de la remprunter. Au lieu de ces tristes paperasses et de toute cette bouquinerie, j’emplissais ma chambre de fleurs et de foin ; car j’étais alors dans ma première ferveur de botanique, pour laquelle le docteur d’Ivernois m’avait inspiré un goût qui bientôt devint passion. Ne voulant plus d’œuvre de travail il m’en fallait une d’amusement qui me plût et qui ne me donnât de peine que celle qu’aime à prendre un paresseux. J’entrepris de faire la Flora petrinsularis et de décrire toutes les plantes de l’île sans en omettre une seule, avec un détail suffisant pour m’occuper le reste de mes jours. On dit qu’un Allemand a fait un livre sur un zeste de citron, j’en aurais fait un sur chaque gramen des prés, sur chaque mousse des bois, sur chaque lichen qui tapisse les rochers ; enfin je ne voulais pas laisser un poil d’herbe, pas un atome végétal qui ne fût amplement décrit. En conséquence de ce beau projet, tous les matins après le déjeuner, que nous faisions tous ensemble, j’allais une loupe à la main et mon Systema naturæ sous le bras visiter un canton de l’île, que j’avais pour cet effet divisée en petits carrés dans l’intention de les parcourir l’un après l’autre en chaque saison. Rien n’est plus singulier que les ravissements, les extases que j’éprouvais à chaque observation que je faisais sur la structure et l’organisation végétale, et sur le jeu des parties sexuelles dans la fructification, dont le système était alors tout à fait nouveau pour moi. La distinction des caractères génériques, dont je n’avais pas auparavant la moindre idée, m’enchantait en les vérifiant sur les espèces communes, en attendant qu’il s’en offrît à moi de plus rares. La fourchure des deux longues étamines de la brunelle, le ressort de celles de l’ortie et de la pariétaire, l’explosion du fruit de la balsamine et de la capsule du buis, mille petits jeux de la fructification que j’observais pour la première fois me comblaient de joie, et j’allais demandant si l’on avait vu les cornes de la brunelle, comme La Fontaine demandait si l’on avait lu Habacuc. Au bout de deux ou trois heures je m’en revenais chargé d’une ample moisson, provision d’amusement pour l’après-dînée au logis, en cas de pluie. J’employais le reste de la matinée à aller avec le receveur, sa femme et Thérèse, visiter leurs ouvriers et leur récolte, mettant le plus souvent la main à l’œuvre avec eux, et souvent des Bernois qui me venaient voir m’ont trouvé juché sur de grands arbres, ceint d’un sac que je remplissais de fruits, et que je dévalais ensuite à terre avec une corde. L’exercice que j’avais fait dans la matinée et la bonne humeur qui en est inséparable me rendaient le repos du dîner très agréable ; mais quand il se prolongeait trop et que le beau temps m’invitait, je ne pouvais si longtemps attendre ; et pendant qu’on était encore à table, je m’esquivais et j’allais me jeter seul dans un bateau que je conduisais au milieu du lac quand l’eau était calme, et là, m’étendant tout de mon long dans le bateau les yeux tournés vers le ciel, je me laissais aller et dériver lentement au gré de l’eau, quelquefois pendant plusieurs heures, plongé dans mille rêveries confuses mais délicieuses, et qui sans avoir aucun objet bien déterminé ni constant ne laissaient pas d’être à mon gré cent fois préférables à tout ce que j’avais trouvé de plus doux dans ce qu’on appelle les plaisirs de la vie. Souvent averti par le baisser du soleil de l’heure de la retraite je me trouvais si loin de l’île que j’étais forcé de travailler de toute ma force pour arriver avant la nuit close. D’autre fois, au lieu de m’écarter en pleine eau je me plaisais à côtoyer les verdoyantes rives de l’île dont les limpides eaux et les ombrages frais m’ont souvent engagé à m’y baigner. Mais une de mes navigations les plus fréquentes était d’aller de la grande à la petite île, d’y débarquer et d’y passer l’après-dînée, tantôt à des promenades très circonscrites au milieu des marceaux, des bourdaines, des persicaires, des arbrisseaux de toute espèce, et tantôt m’établissant au sommet d’un tertre sablonneux couvert de gazon, de serpolet, de fleurs, même d’esparcette et de trèfles qu’on y avait vraisemblablement semés autrefois, et très propre à loger des lapins qui pouvaient là multiplier en paix sans rien craindre et sans nuire à rien. Je donnai cette idée au receveur qui fît venir de Neufchâtel des lapins mâles et femelles, et nous allâmes en grande pompe, sa femme, une de ses sœurs, Thérèse et moi, les établir dans la petite île, où ils commençaient à peupler avant mon départ et où ils auront prospéré sans doute s’ils ont pu soutenir la rigueur des hivers. La fondation de cette petite colonie fut une fête. Le pilote des Argonautes n’était pas plus fier que moi menant en triomphe la compagnie et les lapins de la grande île à la petite, et je notais avec orgueil que la receveuse, qui redoutait l’eau à l’excès et s’y trouvait toujours mal, s’embarqua sous ma conduite avec confiance et ne montra nulle peur durant la traversée.

Quand le lac agité ne me permettait pas la navigation je passais mon après-midi à parcourir l’île en herborisant à droite et à gauche, m’asseyant tantôt dans les réduits les plus riants et les plus solitaires pour y rêver à mon aise, tantôt sur les terrasses et les tertres, pour parcourir des yeux le superbe et ravissant coup d’œil du lac et de ses rivages couronnés d’un côté par des montagnes prochaines, et de l’autre élargis en riches et fertiles plaines dans lesquelles la vue s’étendait jusqu’aux montagnes bleuâtres plus éloignées qui la bornaient.

Quand le soir approchait je descendais des cimes de l’île et j’allais volontiers m’asseoir au bord du lac, sur la grève, dans quelque asile caché ; là le bruit des vagues et l’agitation de l’eau fixant mes sens et chassant de mon âme toute autre agitation la plongeaient dans une rêverie délicieuse où la nuit me surprenait souvent sans que je m’en fusse aperçu. Le flux et reflux de cette eau, son bruit continu mais renflé par intervalles frappant sans relâche mon oreille et mes yeux, suppléaient aux mouvements internes que la rêverie éteignait en moi et suffisaient pour me faire sentir avec plaisir mon existence, sans prendre la peine de penser. De temps à autre naissait quelque faible et courte réflexion sur l’instabilité des choses de ce monde dont la surface des eaux m’offrait l’image : mais bientôt ces impressions légères s’effaçaient dans l’uniformité du mouvement continu qui me berçait, et qui sans aucun concours actif de mon âme ne laissait pas de m’attacher au point qu’appelé par l’heure et par le signal convenu je ne pouvais m’arracher de là sans effort.

Après le souper, quand la soirée était belle, nous allions encore tous ensemble faire quelque tour de promenade sur la terrasse pour y respirer l’air du lac et la fraîcheur. On se reposait dans le pavillon, on riait, on causait, on chantait quelque vieille chanson qui valait bien le tortillage moderne, et enfin l’on s’allait coucher content de sa journée et n’en désirant qu’une semblable pour le lendemain.

The hope that no one would ask me to leave this isolated place where I had confined myself, from which it was impossible for me to escape without assistance and without being seen, and where I could have no communication or correspondence except through the help of those around me—this hope gave me the expectation of spending my days there more peacefully than I had previously done. The thought that I would have time to arrange everything at my leisure made me decide not to make any arrangements at all. Suddenly transported there alone and without anything, I successively brought my governess, my books, and my small belongings, but I took the pleasure of leaving them unpacked, leaving my boxes and trunks just as they had arrived, and living in the place where I intended to spend the rest of my days as if it were an inn from which I would leave the next day. Everything was so well arranged that trying to improve it would have been to spoil it. One of my greatest delights was to leave my books neatly stacked away and not to have a writing desk at all. When unfortunate letters forced me to take up the pen to respond, I would borrow the receiver’s desk muttering an apology and hurriedly return it, in vain hoping that I would never need to borrow it again. Instead of those sad papers and all that reading, I filled my room with flowers and hay; for at that time I was in the initial fervor of my interest in botany, a passion which Dr. d’Ivernois had kindled in me. No longer wanting any work-related tasks, I needed something entertaining that pleased me and caused me no more trouble than what a lazy person would enjoy. I set out to compile the Flora Petrinsularis, describing every plant on the island without omitting a single one, with such detail that it would keep me occupied for the rest of my days. They say that a German wrote a book about the rind of a lemon; I could have written one about every blade of grass in the fields, every moss on the trees, every lichen covering the rocks—in short, I wanted to ensure that not a single hair of grass or an atom of vegetation went undescribed. As a result of this ambitious plan, every morning after lunch, which we all shared together, I would take a magnifying glass and my Systema Naturæ and go to explore a particular area of the island, which I had divided into small sections in order to visit them one by one throughout the seasons. Nothing could be more delightful than the exhilaration and ecstasy I felt with each observation I made about the structure and organization of plants, as well as the role of the reproductive organs in their flowering process—a subject that was entirely new to me at that time. The distinction between generic characteristics, of which I had no prior knowledge, filled me with joy as I verified them in common species, while eagerly awaiting the chance to study rarer ones. The long stamens of the brunelle plant, the springiness of those in the nettle and the woodbind, the explosive release of seeds from the balsamine and the capsules of the buis tree—these thousand little wonders of flowering that I was observing for the first time filled me with joy. I would ask people if they had seen the horns of the brunelle, just as La Fontaine asked if anyone had read the Book of Habakkuk. After two or three hours, I would return home with a rich harvest of these delights, enough to pass the afternoon in amusement at my residence, in case it should rain. I spent the rest of the morning accompanying the receiver, his wife, and Thérèse to inspect their workers and their crops, often joining them in the work itself. Often, Bernese visitors would find me perched high up on trees, with a sack around my waist filled with fruits, descending from the trees using a rope. The exercise I had engaged in during the morning, along with the good humor it brought, made my dinner time very pleasant. But when the afternoon stretched too long and the beautiful weather tempted me, I couldn’t wait any longer. While everyone was still at the table, I would sneak away and take a boat out onto the lake when the water was calm. There, lying lengthwise in the boat with my eyes turned toward the sky, I would let myself drift slowly along, lost in a thousand vague yet delightful reveries—reveries that, though lacking any clear or constant focus, were far more satisfying to me than anything else I had ever experienced in what people call the pleasures of life. Often, as the sun began to set, I would realize how far away from the island I was and have to work hard to get back before night fell. On other occasions, instead of drifting out into open water, I would enjoy cruising along the verdant shores of the island, where the clear waters and cool shade often tempted me to swim. But one of my favorite activities was to travel between the large and the small island, disembark there, and spend the afternoon either taking leisurely walks amidst fields of marigolds, buttercups, and various shrubs, or settling atop a sandy hillock covered with grass, thyme, flowers—even some wild vetches and clovers that must have been sown there in the past. Such a place was perfect for rabbits to multiply in peace, without fear or causing any harm. I suggested this idea to the receiver, who brought male and female rabbits from Neufchâtel. Together with his wife, one of his sisters, Thérèse, and me, we went in great detail to settle them on the small island. By the time I left, they had already begun to populate the area, and if they were able to survive the harsh winters, they would surely thrive there. The establishment of this small colony was a celebration. The captain of the Argonauts felt no less pride than I did in leading our group and the rabbits from the large island to the small one; I noted with satisfaction that the woman who feared water so much and always felt unwell aboard managed to board confidently under my guidance and showed not the slightest fear throughout the journey.

When the turbulent lake made navigation impossible, I would spend my afternoons exploring the island, collecting plants here and there. Sometimes I would sit in the most serene and secluded spots to dream peacefully; other times, I would ascend to the terraces and hillsides to take in the magnificent view of the lake and its shores—surrounded on one side by nearby mountains and on the other by vast, fertile plains stretching as far as the distant, bluish mountains that formed its horizon.

As evening approached, I would descend from the peaks of the island and willingly sit by the lake, on the shore, in some hidden nook; there, the sound of the waves and the agitation of the water would focus my senses and dispel all other distractions from my mind, plunging me into a delightful reverie. Often, night would overtake me before I even realized it. The ebb and flow of the water, its continuous yet intermittent sounds that incessantly struck my ears and eyes, filled the void left by the internal thoughts that the reverie had silenced within me, and were enough to make me happily aware of my own existence, without the need for any conscious reflection. Occasionally, some faint and brief musings would arise regarding the instability of worldly affairs—whose reflections were mirrored in the surface of the water—but these fleeting impressions would soon vanish into the uniformity of that continuous motion that gently rocked me. Without any active involvement on my part, this rhythm kept me firmly bound to that place until it was time to leave, at the appointed hour and by the agreed signal.

After dinner, when the evening was nice, we would all go for a walk together on the terrace to breathe in the air by the lake and enjoy the coolness. We would rest in the pavilion, laugh, chat, sing some old songs that were just as good as any modern tunes, and then go to bed content with our day, looking forward to another just like it the next day.

L’illusione che nessuno potesse desiderare di meglio che lasciarmi in quel luogo isolato dove mi ero ritirato da solo, da cui non era possibile uscire senza aiuto e senza essere visto, e dove potevo comunicare o ricevere corrispondenza soltanto con l’aiuto delle persone che mi circondavano. Quest’illusione mi dava la speranza di trascorrere i miei ultimi giorni in modo più tranquillo di quanto non fosse avvenuto fino ad allora; e il pensiero di avere tutto il tempo necessario per sistemare le cose a mio piacimento mi spinse, all’inizio, a non fare alcun preparativo. Portato lì improvvisamente, da solo e senza nulla con me, feci venire successivamente la mia governante, i miei libri e il mio piccolo equipaggiamento. Ebbi il piacere di non dover aprire nulla; lasciai le mie casse e i miei bagagli esattamente come erano arrivati, e vivevo nella casa dove intendevo trascorrere i miei ultimi giorni come se fosse una locanda da cui avrei dovuto partire il giorno dopo. Tutto andava così bene che cercare di sistemare le cose in modo migliore avrebbe significato rovinarle. Uno dei miei maggiori piaceri era lasciare i miei libri ordinatamente impilati e non avere alcuna scrivania a disposizione; quando qualche lettera sfortunata mi costringeva a prendere la penna per rispondere, prendevo in prestito quella del ricevitore, promettendomi di restituirgliela al più presto. Invece di quelle tristi pratiche legate alla scrittura e a tutta quella carta, riempivo la mia stanza di fiori e di paglia. All’epoca ero appassionato di botanica; il dottor d’Ivernois aveva suscitato in me questo interesse, che presto divenne una vera passione. Non volendo più dedicarmi a lavori impegnativi, cercavo qualcosa di divertente che mi piacesse e che non richiedesse alcuno sforzo. Iniziai quindi a compilare la “Flora petrinsularis”, descrivendo tutte le piante dell’isola, senza ometterne nessuna, con dettagli sufficienti per occuparmene per il resto della mia vita. Si dice che un tedesco abbia scritto un libro su un semplice spicchio di limone. Io avrei potuto scrivere uno libro su ogni singolo granello d’erba, su ogni muschio dei boschi, su ogni lichene che ricopre le rocce. Insomma, non volevo lasciare indietro nemmeno un filo d’erba, né un singolo atomo vegetale senza descriverlo accuratamente. A seguito di questo ambizioso progetto, ogni mattina, dopo pranzo – che mangiavamo tutti insieme – prendevo una lente d’ingrandimento e il mio “Systema naturæ” sotto il braccio per esplorare una parte dell’isola. L’avevo divisa in piccoli quadrati, con l’intenzione di visitarli uno dopo l’altro in ogni stagione. Non c’è nulla di più straordinario delle emozioni e delle estasi che provavo ogni volta che osservavo la struttura e l’organizzazione delle piante, nonché il funzionamento dei loro organi riproduttivi. A quel tempo, questo aspetto della natura mi era completamente sconosciuto. La distinzione tra i caratteri generici, di cui prima non avevo la minima idea, mi entusiasmava ogni volta che li verificavo sulle specie comuni. Aspettavo con impazienza l’occasione di studiare piante più rare. La biforcazione delle due lunghe stami della brunella, la “molla” presente negli stami dell’ortica e del pariétaire, l’esplosione del frutto della balsamina e della capsula del buis. Mille piccoli aspetti della fioritura che osservavo per la prima volta mi riempivano di gioia; chiedevo sempre se qualcuno avesse visto le “corna” della brunella, proprio come La Fontaine chiedeva se qualcuno avesse letto l’Apocalisse di Abacuc. Dopo due o tre ore tornavo a casa con un ricco raccolto, una vera riserva di divertimenti per il pomeriggio, nel caso piovesse. Trascorrevo il resto della mattinata accompagnando il ricevevole, sua moglie e Thérèse a visitare i loro lavoratori e la loro raccolta; spesso mi univo direttamente al lavoro con loro. Molte volte, alcuni abitanti di Berna che venivano a trovarmi mi trovavano appollaiato su grandi alberi, con un sacco in spalla pieno di frutti, che poi scendevo a terra usando una corda. L’esercizio fisico svolto durante la mattinata e l’ottima disposizione d’animo che ne derivava rendevano il riposo pomeridiano particolarmente piacevole; tuttavia, quando questo riposo si prolungava troppo e il bel tempo mi invitava ad uscire, non riuscivo a resistere. Mentre tutti erano ancora a tavola, me ne andavo da solo su una barca che guidavo nel mezzo del lago, quando le acque erano calme. Lì, sdraiato completamente nella barca con lo sguardo rivolto al cielo, mi lasciavo portare dolcemente dalla corrente, a volte per molte ore, immerso in mille pensieri confusi ma deliziosi. Pensieri che, pur non avendo un oggetto preciso o costante, erano comunque cento volte più piacevoli di tutto ciò che avevo trovato di più dolce tra i cosiddetti “piaceri della vita”. Spesso, quando il sole iniziava a tramontare, mi rendevo conto di essere troppo lontano dall’isola e dovevo lavorare sodo per tornare prima che calasse la notte. Altre volte, invece di allontanarmi dalla riva, mi piaceva passeggiare lungo le verdi sponde dell’isola; le sue acque limpide e gli ombreggi freschi mi spingevano spesso a fare il bagno lì. Ma una delle mie attività preferite era attraversare il lago dalla grande all’isola piccola, sbarcarvi e trascorrervi il pomeriggio: a volte facendo lunghe passeggiate tra i campi di margherite, i rovi, i cespugli di ogni tipo; altre volte mi sistemavo sulla sommità di un tumulo di sabbia ricoperto d’erba, di serpilliere, di fiori. Un luogo perfetto per gli conigli, che potevano riprodursi in pace senza temere nulla né danneggiare nulla. Diedi questa idea al ricevevole, che fece venire dei conigli maschi e femmine da Neufchâtel; insieme a sua moglie, a una delle sue sorelle, a Thérèse e a me, andammo ad abitarli nell’isola piccola. Prima della mia partenza, avevano già iniziato a riprodursi lì, e probabilmente sono sopravvissuti anche alle rigide gelate invernali. La fondazione di questa piccola colonia fu una vera festa. Il pilota degli Argonauti non era affatto più orgoglioso di me nel guidare con successo il gruppo e i conigli dalla grande isola alla piccola; notai con soddisfazione che la donna incaricata di riceverli, che aveva un’estrema paura dell’acqua e si sentiva sempre a disagio in sua presenza, salì a bordo sotto la mia guida con fiducia e non mostrò alcuna paura durante il viaggio.

Quando il lago agitato non mi permetteva di navigare, trascorrevo le mie pomeriggi esplorando l’isola, raccogliendo erbe da tutte le parti. A volte mi sedevo nei luoghi più incantevoli e solitari per sognare in pace; altre volte mi recavo sulle terrazze e sui pendii per ammirare il magnifico paesaggio del lago e delle sue rive: da un lato circondate da montagne vicine, dall’altro si estendevano vaste e fertili pianure, fino alle lontane montagne azzurre che ne delimitavano l’orizzonte.

Quando il tramonto si avvicinava, scendevo dalle cime dell’isola e mi recavo volentieri a sedermi sulle rive del lago, sulla spiaggia, in qualche nascondiglio segreto; lì, il rumore delle onde e l’agitazione dell’acqua concentravano i miei sensi e scacciavano da anima mia ogni altra distrazione, immergendomi in una dolce meditazione. Spesso la notte mi sorprendeva mentre ero ancora immerso in quel stato di tranquillità, senza che me ne accorgessi. Il flusso e il riflusso dell’acqua, il suo suono continuo ma intermittente che colpiva costantemente le mie orecchie e i miei occhi, compensavano quei movimenti interiori che la meditazione stessa spegneva in me; erano sufficienti per farmi percepire con piacere la mia esistenza, senza nemmeno il bisogno di pensare. Di tanto in tanto nascevano in me qualche debole e fugace riflessione sull’instabilità delle cose di questo mondo, di cui la superficie dell’acqua mi offriva l’immagine; ma presto quelle impressioni leggere svanivano nell’uniformità di quel movimento continuo che mi cullava, e senza alcun intervento attivo della mia mente, mi impediva di allontanarmene.

Dopo la cena, quando la serata era bella, andavamo tutti insieme a fare una passeggiata in terrazza per respirare l’aria del lago e la frescura della notte. Ci riposavamo nel padiglione, ridevamo, chiacchieravamo, cantavamo qualche vecchia canzone che valeva ben più delle moderne melodie, e infine andavamo a letto soddisfatti della giornata, desiderando solo che il giorno seguente fosse simile.

Telle est, laissant à part les visites imprévues et importunes, la manière dont j’ai passé mon temps dans cette île durant le séjour que j’y ai fait. Qu’on me dise à présent ce qu’il y a là d’assez attrayant pour exciter dans mon cœur des regrets si vifs, si tendres et si durables qu’au bout de quinze ans il m’est impossible de songer à cette habitation chérie sans m’y sentir à chaque fois transporté encore par les élans du désir.

J’ai remarqué dans les vicissitudes d’une longue vie que les époques des plus douces jouissances et des plaisirs les plus vifs ne sont pourtant pas celles dont le souvenir m’attire et me touche le plus. Ces courts moments de délire et de passion, quelque vifs qu’ils puissent être ne sont cependant, et par leur vivacité même, que des points bien clairsemés dans la ligne de la vie. Ils sont trop rares et trop rapides pour constituer un état, et le bonheur que mon cœur regrette n’est point composé d’instants fugitifs mais un état simple et permanent, qui n’a rien de vif en lui-même, mais dont la durée accroît le charme au point d’y trouver enfin la suprême félicité.

Tout est dans un flux continuel sur la terre. Rien n’y garde une forme constante et arrêtée, et nos affections qui s’attachent aux choses extérieures passent et changent nécessairement comme elles. Toujours en avant ou en arrière de nous, elles rappellent le passé qui n’est plus ou préviennent l’avenir qui souvent ne doit point être : il n’y a rien là de solide à quoi le cœur se puisse attacher. Aussi n’a-t-on guère ici-bas que du plaisir qui passe ; pour le bonheur qui dure je doute qu’il y soit connu. À peine est-il dans nos plus vives jouissances un instant où le cœur puisse véritablement nous dire : Je voudrais que cet instant durât toujours ; et comment peut-on appeler bonheur un état fugitif qui nous laisse encore le cœur inquiet et vide, qui nous fait regretter quelque chose avant, ou désirer encore quelque chose après ?

Mais s’il est un état où l’âme trouve une assiette assez solide pour s’y reposer tout entière et rassembler là tout son être, sans avoir besoin de rappeler le passé ni d’enjamber sur l’avenir ; où le temps ne soit rien pour elle, où le présent dure toujours sans néanmoins marquer sa durée et sans aucune trace de succession, sans aucun autre sentiment de privation ni de jouissance, de plaisir ni de peine, de désir ni de crainte que celui seul de notre existence, et que ce sentiment seul puisse la remplir tout entière ; tant que cet état dure celui qui s’y trouve peut s’appeler heureux, non d’un bonheur imparfait, pauvre et relatif, tel que celui qu’on trouve dans les plaisirs de la vie mais d’un bonheur suffisant, parfait et plein, qui ne laisse dans l’âme aucun vide qu’elle sente le besoin de remplir. Tel est l’état où je me suis trouvé souvent à l’île de Saint-Pierre dans mes rêveries solitaires, soit couché dans mon bateau que je laissais dériver au gré de l’eau, soit assis sur les rives du lac agité, soit ailleurs, au bord d’une belle rivière ou d’un ruisseau murmurant sur le gravier.

De quoi jouit-on dans une pareille situation ? De rien d’extérieur à soi, de rien sinon de soi-même et de sa propre existence, tant que cet état dure on se suffit à soi-même comme Dieu. Le sentiment de l’existence dépouillé de toute autre affection est par lui-même un sentiment précieux de contentement et de paix, qui suffirait seul pour rendre cette existence chère et douce à qui saurait écarter de soi toutes les impressions sensuelles et terrestres qui viennent sans cesse nous en distraire et en troubler ici-bas la douceur. Mais la plupart des hommes agités de passions continuelles connaissent peu cet état, et ne l’ayant goûté qu’imparfaitement durant peu d’instants n’en conservent qu’une idée obscure et confuse qui ne leur en fait pas sentir le charme. Il ne serait pas même bon, dans la présente constitution des choses, qu’avides de ces douces extases ils s’y dégoûtassent de la vie active dont leurs besoins toujours renaissants leur prescrivent le devoir. Mais un infortuné qu’on a retranché de la société humaine et qui ne peut plus rien faire ici-bas d’utile et de bon pour autrui ni pour soi, peut trouver dans cet état à toutes les félicités humaines des dédommagements que la fortune et les hommes ne lui sauraient ôter.

Il est vrai que ces dédommagements ne peuvent être sentis par toutes les âmes ni dans toutes les situations. Il faut que le cœur soit en paix et qu’aucune passion n’en vienne troubler le calme. Il y faut des dispositions de la part de celui qui les éprouve, il en faut dans le concours des objets environnants. Il n’y faut ni un repos absolu ni trop d’agitation, mais un mouvement uniforme et modéré qui n’ait ni secousses ni intervalles. Sans mouvement la vie n’est qu’une léthargie. Si le mouvement est inégal ou trop fort il réveille ; en nous rappelant aux objets environnants, il détruit le charme de la rêverie, et nous arrache d’au-dedans de nous pour nous remettre à l’instant sous le joug de la fortune et des hommes et nous rendre au sentiment de nos malheurs. Un silence absolu porte à la tristesse. Il offre une image de la mort. Alors le secours d’une imagination riante est nécessaire, et se présente assez naturellement à ceux que le ciel en a gratifiés. Le mouvement qui ne vient pas du dehors se fait alors au-dedans de nous. Le repos est moindre, il est vrai, mais il est aussi plus agréable quand de légères et douces idées, sans agiter le fond de l’âme, ne font pour ainsi dire qu’en effleurer la surface. Il n’en faut qu’assez pour se souvenir de soi-même en oubliant tous ses maux. Cette espèce de rêverie peut se goûter partout où l’on peut être tranquille, et j’ai souvent pensé qu’à la Bastille, et même dans un cachot où nul objet n’eût frappé ma vue, j’aurais encore pu rêver agréablement.

Mais il faut avouer que cela se faisait bien mieux et plus agréablement dans une île fertile et solitaire, naturellement circonscrite et séparée du reste du monde, où rien ne m’offrait que des images riantes, où rien ne me rappelait des souvenirs attristants, où la société du petit nombre d’habitants était liante et douce sans être intéressante au point de m’occuper incessamment ; où je pouvais enfin me livrer tout le jour sans obstacles et sans soins aux occupations de mon goût, ou à la plus molle oisiveté. L’occasion sans doute était belle pour un rêveur qui sachant se nourrir d’agréables chimères au milieu des objets les plus déplaisants, pouvait s’en rassasier à son aise en y faisant concourir tout ce qui frappait réellement ses sens. En sortant d’une longue et douce rêverie, en me voyant entouré de verdure, de fleurs, d’oiseaux, et laissant errer mes yeux au loin sur les romanesques rivages qui bordaient une vaste étendue d’eau claire et cristalline, j’assimilais à mes fictions tous ces aimables objets et me trouvant enfin ramené par degrés à moi-même et à ce qui m’entourait, je ne pouvais marquer le point de séparation des fictions aux réalités ; tant tout concourait également à me rendre chère la vie recueillie et solitaire que je menais dans ce beau séjour. Que ne peut-elle renaître encore ? que ne puis-je aller finir mes jours dans cette île chérie sans en ressortir jamais, ni jamais y revoir aucun habitant du continent qui me rappelât le souvenir des calamités de toute espèce qu’ils se plaisent à rassembler sur moi depuis tant d’années ? Ils seraient bientôt oubliés pour jamais ; sans doute ils ne m’oublieraient pas de même, mais que m’importerait, pourvu qu’ils n’eussent aucun accès pour y venir troubler mon repos ?

Délivré de toutes les passions terrestres qu’engendre le tumulte de la vie sociale, mon âme s’élancerait fréquemment au-dessus de cette atmosphère, et commercerait d’avance avec les intelligences célestes dont elle espère aller augmenter le nombre dans peu de temps. Les hommes se garderont, je le sais, de me rendre un si doux asile où ils n’ont pas voulu me laisser.

Mais ils ne m’empêcheront pas du moins de m’y transporter chaque jour sur les ailes de l’imagination, et d’y goûter durant quelques heures le même plaisir que si je l’habitais encore. Ce que j’y ferais de plus doux serait d’y rêver à mon aise. En rêvant que j’y suis ne fais-je pas la même chose ? Je fais même plus ; à l’attrait d’une rêverie abstraite et monotone je joins des images charmantes qui la vivifient. Leurs objets échappaient souvent à mes sens dans mes extases, et maintenant plus ma rêverie est profonde plus elle me les peint vivement. Je suis souvent plus au milieu d’eux et plus agréablement encore que quand j’y étais réellement.

Such was the manner in which I spent my time on that island during my stay there, apart from those unexpected and annoying visits. Now tell me what there is about it that could arouse in my heart such intense, tender, and enduring regrets that, fifteen years later, the very thought of that beloved place still fills me with renewed longing.

In the vicissitudes of a long life, I have observed that the periods of greatest pleasure and intense enjoyment are not necessarily those whose memories attract me and touch me most deeply. These brief moments of ecstasy and passion, no matter how vivid they may be, are merely scattered points along the course of life. They are too rare and too fleeting to constitute a lasting state of happiness. The joy that my heart laments is not composed of such fleeting instants, but rather of a simple, permanent state—something that does not possess inherent intensity itself, yet whose duration enhances its allure, until ultimately, supreme felicity is attained therein.

Everything on earth is in a continuous flux. Nothing maintains a constant and fixed form, and our affections, which cling to external things, inevitably pass and change just like them. Always moving ahead or behind us, they remind us of the past that no longer exists or prepare us for the future that often should not even happen: there is nothing solid here upon which the heart could settle. Hence, in this world, we have only fleeting pleasures; as for true happiness that endures, I doubt it even exists. Even in our most intense joys, there is hardly any moment when the heart can truly say to us: “I wish this moment would last forever.” And how can one call a fleeting state of being happiness, if it leaves our hearts uneasy and empty, making us regret something before it arrives or long for something after it has passed?

But if there exists a state in which the soul finds a firm enough foundation upon which to rest entirely and gather all its being there, without needing to recall the past or leap into the future; where time holds no meaning for it, where the present lasts forever yet bears no trace of succession, where there are no other sensations of deprivation or enjoyment, pleasure or pain, desire or fear than those related to our very existence itself, and where this single sensation alone is able to fill the soul entirely; then anyone who finds themselves in such a state may be called happy—not with an imperfect, poor, and relative kind of happiness, like that found in the pleasures of life, but with a happiness that is sufficient, perfect, and complete, which leaves no void within the soul that it might seek to fill. Such was the state I often found myself in on the island of Saint-Pierre during my solitary reveries—whether lying in my boat, letting it drift at the mercy of the currents, or sitting by the shores of the turbulent lake, or elsewhere, by the banks of a beautiful river or a babbling brook.

What pleasure can one derive from such a situation? None other than what is inherent within oneself—nothing but one’s own being and existence. As long as this state endures, one is self-sufficient, just like God. The sensation of existing, stripped of all other attachments, is in itself a precious feeling of contentment and peace, sufficient in itself to make this existence dear and sweet to those who know how to rid themselves of all sensual and earthly influences that constantly distract us and disturb the tranquility of our existence here below. Yet most men, consumed by incessant passions, know little of this state; having tasted it only imperfectly for brief moments, they retain only a vague and confused notion of it, which fails to make them aware of its true charm. Under the current circumstances of things, it would not even be wise for them, in their eagerness for such sweet delights, to become weary of active life, which their ever-renewing needs demand of them. But a unfortunate person who has been isolated from human society and can no longer do anything useful or good for others or for himself may find in this state compensations for all the joys that fortune and other men are unable to take away from him.

It is true that such compensations cannot be felt by all souls, nor in all circumstances. One’s heart must be at peace, and no passions must disturb its tranquility. There must be certain predispositions on the part of those who experience them, as well as appropriate conditions in the surrounding environment. Neither complete stillness nor excessive agitation is desirable; rather, a uniform and moderate movement that is neither jerky nor interrupted is necessary. Without movement, life would be nothing but lethargy. If the movement is uneven or too intense, it awakens us; by drawing our attention to the surroundings, it destroys the charm of meditation and pulls us back from within, subjecting us once again to the control of fate and human beings, and making us aware of our misfortunes. Absolute silence leads to sadness; it presents an image of death. Hence, the aid of a cheerful imagination becomes necessary—and it naturally arises in those whom heaven has blessed with such gifts. In such cases, the movement originates within us rather than from without. The resulting rest is indeed less profound, but it is also more pleasant when gentle and soothing thoughts, without disturbing the depths of the soul, merely touch its surface. Such thoughts are enough to remind one of oneself while forgetting all one’s troubles. This kind of meditation can be enjoyed anywhere one can find tranquility. I have often thought that even in the Bastille, or in a prison cell where nothing could catch my eye, I would still have been able to experience pleasant dreams.

But it must be admitted that all this was much better and more pleasant to experience on a fertile, solitary island—naturally bounded and separated from the rest of the world—where nothing presented me with anything but joyful images, where nothing reminded me of sad memories, where the society of the few inhabitants was warm and kind without being so engaging as to occupy my mind incessantly; where I could finally devote myself wholeheartedly, without obstacles or worries, to pursuits that pleased me, or simply to the most leisurely idleness. Such an environment would indeed be ideal for a dreamer who, knowing how to nourish himself on pleasant illusions amidst the most unpleasant objects, could indulge in them at will, combining everything that truly struck his senses. Emerging from a long and peaceful reverie, surrounded by greenery, flowers, and birds, and letting my gaze wander over the romantic shores that bordered a vast expanse of clear, crystalline water, I incorporated all these lovely elements into my fantasies. Gradually, being brought back to myself and to what surrounded me, I could no longer distinguish between fiction and reality—for everything combined to make the solitary life I led in this beautiful place truly delightful. How I wish it could revive once more! How I wish I could spend the rest of my days on this beloved island, never to leave it again, and never to see another inhabitant from the mainland who might remind me of all the misfortunes they have brought upon me over the years. Those misfortunes would soon be forgotten forever; perhaps they would not forget me either, but what does it matter to me, so long as they have no way of disturbing my peace there?

Free from all the earthly passions that arise from the turmoil of social life, my soul would often rise above this atmosphere and engage in communion with those celestial intelligences, hoping to increase their number in the near future. I know that men will refrain from providing me with such a gentle refuge as they were unwilling to offer me before.

But at least they will not prevent me from transporting myself there every day on the wings of imagination, and from experiencing for a few hours the same pleasure as if I were still living there. The sweetest thing I could do there would be to dream peacefully. By dreaming that I am there, am I not doing the very same thing? In fact, I do even more: to the allure of an abstract and monotonous fantasy, I add charming images that bring it to life. In my moments of ecstasy, these objects often eluded my senses; now, the deeper my dream, the more vividly they are brought before me. Often, I find myself amidst them in a way that is even more delightful than when I was actually there.

Ecco come ho trascorso il mio tempo in quell’isola durante la mia permanenza, a parte alcune visite impreviste e importunate. Ora ditemi: cosa c’è di così attraente lì, da suscitare nel mio cuore rimpianti così intensi, teneri e duraturi, che dopo quindici anni non riesco nemmeno a pensare a quella dimora cara senza sentirmi ancora travolto dai sentimenti del desiderio.

Nelle vicissitudini di una lunga vita ho notato che gli periodi di più dolci piaceri e di più intensi divertimenti non sono però quelli i cui ricordi mi attirano e mi toccano di più. Questi brevi momenti di delirio e passione, per quanto intensi possano essere, non sono in realtà che punti sparsi lungo il corso della vita. Sono troppo rari e troppo fugaci per costituire uno stato stabile; la felicità che il mio cuore rimpiange non è quindi composta da momenti effimeri, ma da uno stato semplice e permanente, che in sé non possiede nulla di intensamente piacevole, ma il cui durare aumenta il suo fascino, fino a farne la fonte della suprema felicità.

Tutto sulla terra è soggetto a un flusso continuo. Nulla mantiene una forma costante e immutabile; anche i nostri affetti, legati alle cose esterne, passano e cambiano inevitabilmente. Sempre presenti nel passato o nel futuro, essi ci ricordano ciò che non esiste più o ci anticipano ciò che spesso non dovrà mai accadere: non c’è nulla di solido a cui il cuore possa attaccarsi. Pertanto, quaggiù non esiste altro che piacere effimero; per quanto riguarda la felicità duratura, dubito che sia davvero conosciuta. Nemmeno nelle nostre gioie più intense esiste un istante in cui il cuore possa realmente dire: “Vorrei che questo istante durasse per sempre”. E come si può definire felicità uno stato fugace che lascia il cuore ansioso e vuoto, che ci fa rimpiangere qualcosa prima o desiderare ancora qualcos’altro dopo?

Ma se esiste uno stato in cui l’anima trova un “piano” abbastanza solido su cui riposarsi completamente e radunare tutto il proprio essere, senza aver bisogno di ricordare il passato né di anticipare il futuro; in cui il tempo non ha alcun significato per lei, in cui il presente dura all’infinito senza tuttavia lasciare traccia della propria durata, e in cui non esistono altri sentimenti di privazione o di gioia, di piacere o di dolore, di desiderio o di paura se non quello legato alla nostra stessa esistenza; e se questo unico sentimento è sufficiente a riempire interamente l’anima. Allora colui che si trova in tale stato può essere considerato felice. Non si tratta certo di una felicità imperfetta, povera e relativa, come quella che si prova nei piaceri della vita, ma di una felicità piena, perfetta e completa, che non lascia nell’anima alcun vuoto da colmare. È lo stato in cui mi sono spesso trovato sull’isola di Saint-Pierre, durante le mie solitarie meditazioni: sia sdraiato nella mia barca che lasciavo galleggiare alla deriva, sia seduto sulle rive del lago agitato, sia altrove, lungo un bel fiume o un ruscello che mormorava sui ciottoli.

Di cosa si gode in una situazione del genere? Di nulla che sia esterno a noi stessi; di nulla se non di noi stessi e della nostra esistenza. Finché dura questo stato, ci basta a noi stessi, proprio come Dio. Il sentimento dell’esistenza, privo di ogni altra emozione, è in sé stesso un prezioso sentimento di soddisfazione e pace; basterebbe da solo per rendere questa esistenza dolce e piacevole a chi sapesse allontanare da sé tutte le impressioni sensuali e terrene che continuamente ci distraggono e turbano la dolcezza della vita. Ma la maggior parte degli uomini, agitati da passioni continue, conosce poco questo stato; averlo provato solo in modo imperfetto per brevi istanti, non gli lascia che un’idea vaga e confusa, che non gli permette di percepirne tutto il fascino. Non sarebbe nemmeno opportuno, nella presente struttura delle cose, che coloro che desiderano queste dolci estasi si stancassero della vita attiva, dalla quale i loro bisogni incessanti li costringono a trarre il proprio dovere. Ma un infelice, rimosso dalla società umana e incapace ormai di compiere nulla di utile o buono per gli altri né per sé stesso, può trovare in questo stato compensazioni per tutte le felicità umane che la fortuna e gli uomini non potrebbero mai togliergli.

È vero che questi rimedi non possono essere percepiti da tutte le persone o in tutte le situazioni. È necessario che il cuore sia in pace e che nessuna passione venga a turbare la sua tranquillità. Sono richieste determinate disposizioni da parte di colui che li sperimenta, così come un ambiente circostante appropriato. Non è necessario né un riposo assoluto né troppa agitazione, ma un movimento uniforme e moderato, privo di scosse o interruzioni. Senza movimento, la vita non è altro che una letargia; se il movimento è irregolare o troppo intenso, risveglia le sensazioni; ricordandoci degli oggetti circostanti, distrugge il fascino del sogno e ci riporta immediatamente sotto il dominio della fortuna e degli uomini, facendoci riconoscere i nostri mali. Un silenzio assoluto conduce alla tristezza; offre l’immagine della morte. In questi casi, è necessario l’aiuto di un’immaginazione allegra, che si presenta in modo naturale a coloro che il cielo ne ha dotati. Il movimento che non proviene dall’esterno allora scaturisce dentro di noi. Il riposo è certo minore, ma anche più piacevole quando idee leggere e dolci, senza turbare le profondità dell’anima, ne sfiorano soltanto la superficie. Basta poco per ricordarsi di sé stessi, dimenticando tutti i propri mali. Questo tipo di sogno può essere gustato ovunque si possa trovare tranquillità; spesso ho pensato che anche nella Bastiglia, o addirittura in una prigione dove nessun oggetto potesse colpirmi la vista, avrei potuto sognare piacevolmente.

Ma bisogna ammettere che tutto ciò si svolgeva molto meglio e in modo più piacevole su un’isola fertile e solitaria, naturalmente delimitata e separata dal resto del mondo; un luogo dove nulla mi offriva se non immagini gioiose, dove nulla mi ricordava di ricordi tristi, dove la compagnia dei pochi abitanti era affettuosa e dolce, senza però essere così interessante da occuparmi costantemente; un luogo dove finalmente potevo dedicarmi tutto il giorno, senza ostacoli né preoccupazioni, alle attività che mi piacevano o alla più tranquilla ozio. Senza dubbio, quella era un’ottima opportunità per un sognatore: chi sa come nutrirsi di gradevoli illusioni tra gli oggetti più spiacevoli, poteva saziarsene facilmente, facendo concorrere in esse tutto ciò che realmente colpiva i suoi sensi. Uscendo da una lunga e dolce fantasticheria, trovandomi circondato da verde, fiori, uccelli, e lasciando che i miei occhi si perdessero lontano sulle pittoresche rive che costeggiavano un vasto specchio d’acqua limpida e cristallina, assimilavo tutti questi bei elementi alle mie fantasie; gradualmente ritornavo a me stesso e a ciò che mi circondava, e non riuscivo più a distinguere il confine tra finzione e realtà. Tutto contribuiva infatti a rendere deliziosa la vita solitaria e tranquilla che conducevo in quel meraviglioso luogo. Che cosa non potrebbe rinascere ancora? Che cosa non potrei fare per trascorrervi i miei ultimi giorni, senza mai più uscirne, né rivederci alcun abitante del continente che mi ricordasse le calamità di ogni sorta che da tanti anni si divertono a infliggermi? Presto tutto ciò sarà dimenticato per sempre. Forse loro non mi dimenticheranno mai, ma a me che importa, purché non abbiano alcun modo per disturbare il mio riposo?

Liberato da tutte le passioni terrene generate dal tumulto della vita sociale, la mia anima si solleverebbe spesso al di sopra di quest’atmosfera e comunicerebbe in anticipo con quelle intelligenze celesti delle quali spero di poter aumentare il numero nel giro di poco tempo. So che gli uomini si asterranno dal fornirmi un rifugio così dolce, dove non hanno voluto lasciarmi.

Ma almeno non mi impediranno di viaggiare lì ogni giorno, sulle ali dell’immaginazione, e di godere per alcune ore dello stesso piacere come se ci vivessi ancora. La cosa più dolce che potrei fare lì sarebbe sognare liberamente. Non faccio forse la stessa cosa quando sogno di essere lì? Anzi, faccio anche di più: all’attrazione di un sogno astratto e monotono aggiungo immagini incantevoli che lo rendono più vivido. Nei miei estasi, gli oggetti di quei sogni spesso sfuggivano ai miei sensi; ora, invece, più profondo è il mio sogno, più vividamente me li ritrae. Spesso mi trovo proprio nel mezzo di loro, e in modo ancora più piacevole di quando ci ero realmente.

Le malheur est qu’à mesure que l’imagination s’attiédit cela vient avec plus de peine et ne dure pas si longtemps. Hélas, c’est quand on commence à quitter sa dépouille qu’on en est le plus offusqué !

Sixième promenade

Nous n’avons guère de mouvement machinal dont nous ne pussions trouver la cause dans notre cœur, si nous savions bien l’y chercher. Hier, passant sur le nouveau boulevard pour aller herboriser le long de la Bièvre du côté de Gentilly, je fis le crochet à droite en approchant de la barrière d’Enfer, et m’écartant dans la campagne j’allai par la route de Fontainebleau gagner les hauteurs qui bordent cette petite rivière. Cette marche était fort indifférente en elle-même, mais en me rappelant que j’avais fait plusieurs fois machinalement le même détour, j’en recherchai la cause en moi-même, et je ne pus m’empêcher de rire quand je vins à la démêler.

Dans un coin du boulevard, à la sortie de la barrière d’Enfer, s’établit journellement en été une femme qui vend du fruit, de la tisane et des petits pains. Cette femme a un petit garçon fort gentil mais boiteux, qui, clopinant avec ses béquilles, s’en va d’assez bonne grâce demander l’aumône aux passants. J’avais fait une espèce de connaissance avec ce petit bonhomme ; il ne manquait pas chaque fois que je passais de venir me faire son petit compliment, toujours suivi de ma petite offrande. Les premières fois je fus charmé de le voir, je lui donnais de très bon cœur, et je continuai quelque temps de le faire avec le même plaisir, y joignant même le plus souvent celui d’exciter et d’écouter son petit babil que je trouvais agréable. Ce plaisir devenu par degrés habitude se trouva je ne sais comment transformé dans une espèce de devoir dont je sentis bientôt la gêne, surtout à cause de la harangue préliminaire qu’il fallait écouter, et dans laquelle il ne manquait jamais de m’appeler souvent M. Rousseau pour montrer qu’il me connaissait bien, ce qui m’apprenait assez au contraire qu’il ne me connaissait pas plus que ceux qui l’avaient instruit. Dès lors je passai par là moins volontiers, et enfin je pris machinalement l’habitude de faire le plus souvent un détour quand j’approchais de cette traverse.

Voilà ce que je découvris en y réfléchissant, car rien de tout cela ne s’était offert jusqu’alors distinctement à ma pensée. Cette observation m’en a rappelé successivement des multitudes d’autres qui m’ont bien confirmé que les vrais et premiers motifs de la plupart de mes actions ne me sont pas aussi clairs à moi-même que je me l’étais longtemps figuré. Je sais et je sens que faire du bien est le plus vrai bonheur que le cœur humain puisse goûter ; mais il y a longtemps que ce bonheur a été mis hors de ma portée, et ce n’est pas dans un aussi misérable sort que le mien qu’on peut espérer de placer avec choix et avec fruit une seule action réellement bonne. Le plus grand soin de ceux qui règlent ma destinée ayant été que tout ne fût pour moi que fausse et trompeuse apparence, un motif de vertu n’est jamais qu’un leurre qu’on me présente pour m’attirer dans le piège où l’on veut m’enlacer. Je sais cela ; je sais que le seul bien qui soit désormais en ma puissance est de m’abstenir d’agir de peur de mal faire sans le vouloir et sans le savoir.

Mais il fut des temps plus heureux où, suivant les mouvements de mon cœur, je pouvais quelquefois rendre un autre cœur content, et je me dois l’honorable témoignage que chaque fois que j’ai pu goûter ce plaisir je l’ai trouvé plus doux qu’aucun autre. Ce penchant fut vif, vrai, pur ; et rien dans mon plus secret intérieur ne l’a jamais démenti. Cependant j’ai senti souvent le poids de mes propres bienfaits par la chaîne des devoirs qu’ils entraînaient à leur suite : alors le plaisir a disparu, et je n’ai plus trouvé dans la continuation des mêmes soins qui m’avaient d’abord charmé, qu’une gêne presque insupportable. Durant mes courtes prospérités beaucoup de gens recouraient à moi, et jamais dans tous les services que je pus leur rendre aucun d’eux ne fut éconduit. Mais de ces premiers bienfaits versés avec effusion de cœur naissaient des chaînes d’engagements successifs que je n’avais pas prévus et dont je ne pouvais plus secouer le joug. Mes premiers services n’étaient aux yeux de ceux qui les recevaient que les arrhes de ceux qui les devaient suivre ; et dès que quelque infortuné avait jeté sur moi le grappin d’un bienfait reçu, c’en était fait désormais, et ce premier bienfait libre et volontaire devenait un droit indéfini à tous ceux dont il pouvait avoir besoin dans la suite, sans que l’impuissance même suffît pour m’en affranchir. Voilà comment des jouissances très douces se transformaient pour moi dans la suite en d’onéreux assujettissements.

Ces chaînes cependant ne me parurent pas très pesantes tant qu’ignoré du public je vécus dans l’obscurité. Mais quand une fois ma personne fut affichée par mes écrits, faute grave sans doute, mais plus qu’expiée par mes malheurs, dès lors je devins le bureau général d’adresse de tous les souffreteux ou soi-disant tels, de tous les aventuriers qui cherchaient des dupes, de tous ceux qui sous prétexte du grand crédit qu’ils feignaient de m’attribuer voulaient s’emparer de moi de manière ou d’autre. C’est alors que j’eus lieu de connaître que tous les penchants de la nature sans excepter la bienfaisance elle-même, portés ou suivis dans la société sans prudence et sans choix, changent de nature et deviennent souvent aussi nuisibles qu’ils étaient utiles dans leur première direction. Tant de cruelles expériences changèrent peu à peu mes premières dispositions, ou plutôt les renfermant enfin dans leurs véritables bornes, elles m’apprirent à suivre moins aveuglément mon penchant à bien faire, lorsqu’il ne servait qu’à favoriser la méchanceté d’autrui.

Mais je n’ai point regret à ces mêmes expériences, puisqu’elles m’ont procuré par la réflexion de nouvelles lumières sur la connaissance de moi-même et sur les vrais motifs de ma conduite en mille circonstances sur lesquelles je me suis si souvent fait illusion. J’ai vu que pour bien faire avec plaisir il fallait que j’agisse librement, sans contrainte, et que pour m’ôter toute la douceur d’une bonne œuvre il suffisait qu’elle devînt un devoir pour moi. Dès lors le poids de l’obligation me fait un fardeau des plus douces jouissances et, comme je l’ai dit dans l’Émile, à ce que je crois, j’eusse été chez les Turcs un mauvais mari à l’heure où le cri public les appelle à remplir les devoirs de leur état.

Voilà ce qui modifie beaucoup l’opinion que j’eus longtemps de ma propre vertu ; car il n’y en a point à suivre ses penchants, et à se donner, quand ils nous y portent, le plaisir de bien faire. Mais elle consiste à les vaincre quand le devoir le commande, pour faire ce qu’il nous prescrit, et voilà ce que j’ai su moins faire qu’homme du monde. Né sensible et bon, portant la pitié jusqu’à la faiblesse, et me sentant exalter l’âme par tout ce qui tient à la générosité, je fus humain, bienfaisant, secourable, par goût, par passion même, tant qu’on n’intéressa que mon cœur ; j’eusse été le meilleur et le plus clément des hommes si j’en avais été le plus puissant, et pour éteindre en moi tout désir de vengeance il m’eût suffi de pouvoir me venger. J’aurais même été juste sans peine contre mon propre intérêt, mais contre celui des personnes qui m’étaient chères je n’aurais pu me résoudre à l’être. Dès que mon devoir et mon cœur étaient en contradiction le premier eut rarement la victoire, à moins qu’il ne fallût seulement que m’abstenir ; alors j’étais fort le plus souvent, mais agir contre mon penchant me fut toujours impossible. Que ce soient les hommes, le devoir, ou même la nécessité qui commandent, quand mon cœur se tait, ma volonté reste sourde, et je ne saurais obéir. Je vois le mal qui me menace et je le laisse arriver plutôt que de m’agiter pour le prévenir. Je commence quelquefois avec effort, mais cet effort me lasse et m’épuise bien vite ; je ne saurais continuer. En toute chose imaginable ce que je ne fais pas avec plaisir m’est bientôt » impossible à faire.

The trouble is that as imagination fades, it becomes more difficult to sustain, and its effects do not last as long. Alas, it is precisely when one begins to step away from their own creations that they become most offended by them!

Sixth Stroll

We hardly ever engage in any mechanical actions for which we cannot find the cause within our own hearts, if we only know how to search there properly. Yesterday, as I was walking along the new boulevard on my way to collect plants alongside the Bièvre near Gentilly, I turned right near the Enfer barrier and then took a side road through the countryside, heading towards the hills that border this small river. This walk in itself was quite unremarkable, but when I realized that I had made this same detour several times on automatic pilot, I began to search for the reason within myself—and I couldn’t help but laugh when I finally uncovered it.

In a corner of the boulevard, just outside the gates of Hell, there lived a woman who sold fruit, tea, and small bread rolls every summer day. This woman had a very nice but lame little boy who, using his crutches, would go around politely asking passersby for alms. I had kind of gotten to know this little fellow; whenever I passed by, he would always come up to me with his little compliments, followed by my small donation. At first, I was delighted to see him and gave him things very willingly. For some time, I continued to do so with the same pleasure, even enjoying listening to his chatter, which I found quite endearing. But gradually, this pleasure turned into a sort of duty that began to bother me—especially because he always started by preaching at length, often calling me “Mr. Rousseau” to show how well he knew me, which in fact only proved that he didn’t know me any better than those who had taught him. Eventually, I became less willing to pass by there, and eventually, out of habit, I began taking a detour whenever I approached that corner.

This is what I discovered upon reflection, for none of these things had previously presented themselves clearly to my mind. This observation led me to recall numerous other instances, which further confirmed that the true and initial motives behind most of my actions are not as clear to me as I had long assumed they were. I know, and I feel, that doing good is the truest happiness that the human heart can experience; yet for a long time now, this happiness has been beyond my reach. And it is certainly not in such a miserable fate as mine that one can hope to carry out a single truly good action, with intention and success. Since those who govern my destiny have taken great care to ensure that everything for me is nothing but false and deceptive appearance, any motive for virtue is merely a lure intended to draw me into the trap they wish to ensnare me in. I know this; I know that the only good now within my power is to refrain from acting, for fear of doing harm unintentionally and without knowledge.

But there were happier times when, following the dictates of my heart, I could sometimes bring joy to another person’s life, and I must bear honest witness that whenever I experienced such pleasure, it always seemed more tender than any other. This inclination was intense, genuine, pure; not a single aspect of my innermost being ever denied its existence. Yet often I felt the burden of my own acts of kindness, weighed down by the chain of obligations they entailed: then the joy vanished, and what once filled me with delight now became an almost unbearable burden. During those brief periods of prosperity, many people sought my help, and in all the services I rendered them, not one was ever turned away. But from these initial acts of kindness, unforeseen chains of obligation arose, from which I could no longer free myself. To those who received my assistance, my first acts were merely deposits that promised further favors to come; and once a person unfortunate enough to seek my help clung to that first favor, it was as if that act had forever bound me to them—turning what had once been a voluntary gesture into an indefinite duty, one from which even utter inability could not free me. Thus, what had begun as extremely sweet pleasures soon turned into onerous burdens for me.

However, these chains did not seem particularly heavy on me as long as I remained unknown to the public and lived in obscurity. But once my identity became known through my writings—a grave mistake, certainly, yet more than compensated for by my misfortunes—I became, in effect, the central point of reference for all those who suffered or pretended to suffer, for all adventurers seeking victims, for everyone who, under the pretense of granting me great credibility, sought to exploit me in one way or another. It was then that I came to realize that every inclination inherent in human nature—except perhaps for benevolence itself—when pursued without prudence or discernment in society, would change in nature and often become just as harmful as it had been useful before. So many cruel experiences gradually altered my initial inclinations; rather, by confining them within their true limits, they taught me to follow my desire to do good less blindly, especially when that desire merely served to enable the malice of others.

But I have no regrets regarding those very experiences, for they enabled me to gain new insights through reflection into my own nature and the true motives behind my actions in countless situations where I had often deluded myself. I came to realize that in order to do things well and with pleasure, I must act freely, without constraints; whereas making any good deed a mere duty would strip it of all its sweetness. From then on, the burden of obligation turned what should have been the most delightful pleasures into a heavy load. And as I said in Émile, I believe that among the Turks, at a time when public call upon them to fulfill their duties as citizens, I would have made a poor husband.

This is what greatly changed my long-held opinion about my own virtue; for there is no virtue in following one’s inclinations and indulging in good deeds whenever they urge us to do so. True virtue lies in overcoming those inclinations when duty demands it, in doing exactly what duty prescribes. And this is precisely what I have been least capable of doing as a human being. Born with sensitivity and kindness, showing compassion even toward the weak, and feeling my soul uplifted by everything associated with generosity, I was naturally inclined to be kind, benevolent, and helpful—out of taste, even out of passion, so long as only my heart was involved. I could have been the best and most merciful of men if I had also been the strongest; and to extinguish every desire for vengeance within me, it would have sufficed for me to be able to take revenge when I wished. I could have even acted justly against my own interests without difficulty, but against those of people dear to me, I would never have been able to bring myself to do so. Whenever my duty and my heart were in conflict, the former rarely had the upper hand—unless it simply involved abstaining from action; then I was often strong enough to resist, but acting against my inclinations was always impossible for me. Whether it be men, duty, or even necessity that demand it, whenever my heart remains silent, my will becomes deaf, and I am unable to obey. I see the harm that threatens me, yet I let it happen rather than take steps to prevent it. Sometimes I begin to do something with effort, but that effort soon tires and exhausts me; I am unable to continue. In everything conceivable, what I do not do with pleasure soon becomes utterly impossible for me to accomplish.

Il fatto è che, man mano che l’immaginazione perde vigore, tutto diventa più difficile da realizzare e non dura a lungo. Purtroppo, è proprio quando si inizia ad abbandonare quella “pelle” che ci appartiene che ci si sente maggiormente offesi.

Sesta passeggiata

Non abbiamo quasi alcun movimento meccanico il cui motivo non possiamo trovare nel nostro cuore, se solo sappiamo cercarlo lì. Ieri, passando lungo il nuovo viale per andare a raccogliere erbe lungo il fiume Bièvre, nei pressi di Gentilly, ho svoltato a destra avvicinandomi al cancello di Enfer e, allontanandomi verso la campagna, ho proseguito lungo la strada di Fontainebleau per raggiungere le colline che costeggiano quel piccolo fiume. Questa passeggiata, in sé, era del tutto insignificante; ma ricordando che avevo fatto più volte lo stesso giro in modo meccanico, ho cercato la causa di questo comportamento dentro di me, e non ho potuto fare a meno di ridere quando l’ho scoperta.

In un angolo del viale, all’uscita dal cancello di Enfer, in estate si stabiliva ogni giorno una donna che vendeva frutta, tisane e piccoli panini. Questa donna aveva un bambino molto carino ma zoppo; camminando con le sue stampelle, andava con grande grazia a chiedere l’elemosina ai passanti. Avevo fatto conoscenza con questo piccolo ragazzo: ogni volta che passavo, lui non mancava mai di venire a farmi i suoi complimenti, accompagnati sempre dalla mia piccola offerta. All’inizio fui molto contento di vederlo e gli davo tutto di buon cuore; continuai per un po’ a farlo con lo stesso piacere, aggiungendo spesso anche il divertimento di ascoltare il suo piccolo chiacchiericcio che trovavo gradevole. Questo piacere, diventato gradualmente abitudine, si trasformò in qualche modo in un dovere. Il cui peso iniziai presto a sentire, soprattutto a causa dei discorsi preliminari che dovevo ascoltare; in quei discorsi lui non mancava mai di chiamarmi “Signor Rousseau” per dimostrare di conoscermi bene. Il che, in realtà, mi faceva capire che non mi conosceva affatto meglio di coloro che lo avevano istruito. Da quel momento in poi passai lì meno volentieri. E alla fine presi l’abitudine, quasi senza rendermene conto, di fare sempre un giro più lungo quando mi avvicinavo a quella strada.

Ecco ciò che scoprii riflettendoci, poiché nulla di tutto ciò mi era mai venuto chiaramente in mente prima d’allora. Questa osservazione mi fece ricordare successivamente molte altre cose, le quali confermarono ampiamente che i veri e primi motivi della maggior parte delle mie azioni non sono così evidenti per me stesso come avevo a lungo creduto. So e sento che fare del bene è la vera felicità che il cuore umano possa provare; ma da molto tempo questa felicità mi è stata preclusa, e non è certo in una sorte così misera come la mia che si possa sperare di compiere anche solo un’azione veramente buona. Poiché coloro che governano il mio destino hanno fatto in modo che tutto per me fosse soltanto apparenza falsa e ingannevole, ogni motivo di virtù non è altro che una trappola che mi viene presentata per attirarmi nella rete in cui vogliono intrappolarmi. Lo so; so che l’unico bene che ora mi sia possibile ottenere è astenermi dall’agire, per paura di fare del male senza volerlo e senza saperlo.

Ma ci furono tempi più felici in cui, seguendo i movimenti del mio cuore, potevo talvolta rendere un altro cuore felice; devo dare questa onorabile testimonianza: ogni volta che riuscivo a provare tale piacere, lo trovavo più dolce di qualsiasi altro. Questo sentimento fu vivo, sincero, puro; e nulla nel mio intimo segreto lo ha mai negato. Tuttavia, spesso sentii il peso dei miei stessi benefici, a causa delle obbligazioni che ne derivavano: allora quel piacere scomparve, e nella continuazione di quegli stessi atti che inizialmente mi avevano incantato, non trovai più che un fastidio quasi insopportabile. Durante i miei brevi periodi di prosperità, molte persone si rivolgevano a me; e in tutti i servizi che potevo loro rendere, nessuno venne mai rifiutato. Ma da quei primi benefici offerti con sincero cuore nascevano catene di obblighi successivi che non avevo previsto e dai quali non potevo più liberarmi. Ai miei benefattori, i miei primi aiuti sembravano soltanto un acconto di ciò che avrei dovuto offrire in seguito; e non appena qualcuno sfortunato si aggrappava a me attraverso un favore ricevuto, tutto era deciso: quel primo atto di generosità volontario diventava un diritto indeterminato per tutte le persone di cui avrei potuto aver bisogno in futuro, e nemmeno l’impossibilità bastava a liberarmene. Ecco come piaceri molto dolci si trasformavano, per me, in onerosi vincoli.

Tuttavia, queste catene non mi sembravano particolarmente pesanti finché, ignorato dal pubblico, vivevo nell’oscurità. Ma quando la mia persona venne resa nota attraverso i miei scritti – un grave errore, senza dubbio, ma più che compensato dai miei mali – diventai di fatto l’“ufficio generale di indirizzi” di tutti coloro che soffrivano o si dicevano tali, di tutti gli avventurieri alla ricerca di vittime, di tutti coloro che, sotto il pretesto del grande credito che fingevano di attribuirmi, cercavano in qualche modo di approfittare di me. Fu allora che compresi come tutti i istinti naturali, senza eccezione della stessa bontà, se coltivati o seguiti nella società senza prudenza e senza discernimento, cambino natura e spesso diventino altrettanto dannosi di quanto fossero utili inizialmente. Tante crudeli esperienze cambiarono gradualmente le mie prime intenzioni; piuttosto, confinandole finalmente nei loro veri limiti, mi insegnarono a seguire meno ciecamente il mio desiderio di fare del bene, quando questo non serviva altro che ad alimentare la malvagità altrui.

Ma non rimpiango affatto quelle stesse esperienze, poiché mi hanno permesso, attraverso la riflessione, di acquisire nuove luci sulla conoscenza di me stesso e sui veri motivi della mia condotta in mille circostanze su cui spesso mi ero fatto illusioni. Ho capito che per agire bene e con piacere era necessario farlo liberamente, senza costrizioni; e che per privarmi della dolcezza di un’azione nobile bastava che essa diventasse un dovere per me. Da quel momento in poi, il peso dell’obbligo è diventato per me un fardello che offusca le più piacevoli esperienze. E, come ho detto nell’“Émile”, credo che tra i Turchi sarei stato un cattivo marito nel momento in cui il richiamo pubblico li esorta a adempiere ai doveri del loro stato.

Ecco ciò che ha profondamente modificato la mia opinione riguardo alla mia stessa virtù; infatti, non esiste alcuna virtù che possa essere realizzata seguendo semplicemente i propri desideri e concedendosi il piacere di fare del bene quando questi ci spingono in quella direzione. La vera virtù consiste invece nel vincere tali desideri quando il dovere lo richiede, per compiere ciò che ci viene imposto. Ed è proprio questo che ho saputo fare meno di chiunque altro al mondo. Nato sensibile e buono, portavo la compassione fino verso le debolezze altrui; mi sentivo esaltare l’anima da tutto ciò che aveva a che vedere con la generosità. Ero umano, benevolo, pronto ad aiutare, per gusto, persino per passione, finché non veniva messo in gioco il mio interesse personale. Sarei stato l’uomo migliore e più compassionevole se solo ne avessi avuto la forza. E per estinguere in me ogni desiderio di vendetta sarebbe bastato che potessi realmente vendicarmi. Avrei persino potuto essere giusto a scapito dei miei interessi personali, ma contro quelli delle persone a me care non avrei mai potuto decidermi a farlo. Ogni volta che il mio dovere e i miei sentimenti erano in contraddizione, spesso era il dovere ad avere la meglio. A meno che non si trattasse semplicemente di astenersi dal compiere un certo atto; in quei casi, molto spesso riuscivo a seguire le indicazioni del dovere. Ma agire contro i miei desideri personali mi è sempre risultato impossibile. Che si tratti degli uomini, del dovere o persino della necessità che ci impongono qualcosa. Quando il mio cuore tace, anche la mia volontà rimane sorda. E non so come possa obbedire. Vedo il male che mi minaccia e lo lascio avvenire, piuttosto che cercare di prevenirlo. A volte inizio con sforzo, ma quel sforzo mi stanca e mi esaurisce rapidamente. Non riesco a continuare. In ogni situazione possibile, ciò che non faccio con piacere diventa ben presto impossibile da realizzare.

Il y a plus. La contrainte d’accord avec mon désir suffit pour l’anéantir, et le changer en répugnance, en aversion même, pour peu qu’elle agisse trop fortement, et voilà ce qui me rend pénible la bonne œuvre qu’on exige et que je faisais de moi-même lorsqu’on ne l’exigeait pas. Un bienfait purement gratuit est certainement une œuvre que j’aime à faire. Mais quand celui qui l’a reçu s’en fait un titre pour en exiger la continuation sous peine de sa haine, quand il me fait une loi d’être à jamais son bienfaiteur pour avoir d’abord pris plaisir à l’être, dès lors la gêne commence et le plaisir s’évanouit. Ce que je fais alors quand je cède est faiblesse et mauvaise honte, mais la bonne volonté n’y est plus, et loin que je m’en applaudisse en moi-même, je me reproche en ma conscience de bien faire à contre-cœur.

Je sais qu’il y a une espèce de contrat et même le plus saint de tous entre le bienfaiteur et l’obligé. C’est une sorte de société qu’ils forment l’un avec l’autre, plus étroite que celle qui unit les hommes en général, et si l’obligé s’engage tacitement à la reconnaissance, le bienfaiteur s’engage de même à conserver à l’autre, tant qu’il ne s’en rendra pas indigne, la même bonne volonté qu’il vient de lui témoigner, et à lui en renouveler les actes toutes les fois qu’il le pourra et qu’il en sera requis. Ce ne sont pas là des conditions expresses, mais ce sont des effets naturels de la relation qui vient de s’établir entre eux. Celui qui la première fois refuse un service gratuit qu’on lui demande ne donne aucun droit de se plaindre à celui qu’il a refusé ; mais celui qui dans un cas semblable refuse au même la même grâce qu’il lui accorda ci-devant frustre une espérance qu’il l’a autorisé à concevoir ; il trompe et dément une attente qu’il a fait naître. On sent dans ce refus je ne sais quoi d’injuste et de plus dur que dans l’autre ; mais il n’en est pas moins l’effet d’une indépendance que le cœur aime, et à laquelle il ne renonce pas sans effort. Quand je paye une dette c’est un devoir que je remplis ; quand je fais un don c’est un plaisir que je me donne. Or le plaisir de remplir ses devoirs est de ceux que la seule habitude de la vertu fait naître : ceux qui nous viennent immédiatement de la nature ne s’élèvent pas si haut que cela.

Après tant de tristes expériences j’ai appris à prévoir de loin les conséquences de mes premiers mouvements suivis, et je me suis souvent abstenu d’une bonne œuvre que j’avais le désir et le pouvoir de faire, effrayé de l’assujettissement auquel dans la suite je m’allais soumettre si je m’y livrais inconsidérément. Je n’ai pas toujours senti cette crainte, au contraire dans ma jeunesse je m’attachais par mes propres bienfaits, et j’ai souvent éprouvé de même que ceux que j’obligeais s’affectionnaient à moi par reconnaissance encore plus que par intérêt. Mais les choses ont bien changé de face à cet égard comme à tout autre aussitôt que mes malheurs ont commencé. J’ai vécu dès lors dans une génération nouvelle qui ne ressemblait point à la première, et mes propres sentiments pour les autres ont souffert des changements que j’ai trouvés dans les leurs. Les mêmes gens que j’ai vus successivement dans ces deux générations si différentes se sont pour ainsi dire assimilés successivement à l’une et à l’autre. De vrais et francs qu’ils étaient d’abord, devenus ce qu’ils sont, ils ont fait comme tous les autres ; et par cela seul que les temps sont changés, les hommes ont changé comme eux. Eh ! comment pourrais-je garder les mêmes sentiments pour ceux en qui je trouve le contraire de ce qui les fit naître. Je ne les hais point, parce que je ne saurais haïr ; mais je ne puis me défendre du mépris qu’ils méritent ni m’abstenir de le leur témoigner.

Peut-être, sans m’en apercevoir, ai-je changé moi-même plus qu’il n’aurait fallu. Quel naturel résisterait sans s’altérer à une situation pareille à la mienne ? Convaincu par vingt ans d’expérience que tout ce que la nature a mis d’heureuses dispositions dans mon cœur est tourné par ma destinée et par ceux qui en disposent au préjudice de moi-même ou d’autrui, je ne puis plus regarder une bonne œuvre qu’on me présente à faire que comme un piège qu’on me tend et sous lequel est caché quelque mal. Je sais que, quel que soit l’effet de l’œuvre, je n’en aurai pas moins le mérite de ma bonne intention. Oui, ce mérite y est toujours sans doute, mais le charme intérieur n’y est plus, et sitôt que ce stimulant me manque, je ne sens qu’indifférence et glace au-dedans de moi, et sûr qu’au lieu de faire une action vraiment utile je ne fais qu’un acte de dupe, l’indignation de l’amour-propre jointe au désaveu de la raison ne m’inspire que répugnance et résistance, où j’eusse été plein d’ardeur et de zèle dans mon état naturel.

Il est des sortes d’adversités qui élèvent et renforcent l’âme, mais il en est qui l’abattent et la tuent ; telle est celle dont je suis la proie. Pour peu qu’il y eût eu quelque mauvais levain dans la mienne elle l’eût fait fermenter à l’excès, elle m’eût rendu frénétique ; mais elle ne m’a rendu que nul. Hors d’état de bien faire et pour moi-même et pour autrui, je m’abstiens d’agir ; et cet état, qui n’est innocent que parce qu’il est forcé, me fait trouver une sorte de douceur à me livrer pleinement sans reproche à mon penchant naturel. Je vais trop loin sans doute, puisque j’évite les occasions d’agir, même où je ne vois que du bien à faire. Mais certain qu’on ne me laisse pas voir les choses comme elles sont, je m’abstiens de juger sur les apparences qu’on leur donne, et de quelque leurre qu’on couvre les motifs d’agir, il suffit que ces motifs soient laissés à ma portée pour que je sois sûr qu’ils sont trompeurs.

Ma destinée semble avoir tendu dès mon enfance le premier piège qui m’a rendu longtemps si facile à tomber dans tous les autres. Je suis né le plus confiant des hommes et durant quarante ans entiers jamais cette confiance ne fut trompée une seule fois. Tombé tout d’un coup dans un autre ordre de gens et de choses j’ai donné dans mille embûches sans jamais en apercevoir aucune, et vingt ans d’expérience ont à peine suffi pour m’éclairer sur mon sort. Une fois convaincu qu’il n’y a que mensonge et fausseté dans les démonstrations grimacières qu’on me prodigue, j’ai passé rapidement à l’autre extrémité : car quand on est une fois sorti de son naturel, il n’y a plus de bornes qui nous retiennent. Dès lors je me suis dégoûté des hommes, et ma volonté concourant avec la leur à cet égard me tient encore plus éloigné d’eux que ne font toutes leurs machines.

Ils ont beau faire : cette répugnance ne peut jamais aller jusqu’à l’aversion. En pensant à la dépendance où ils se sont mis de moi pour me tenir dans la leur ils me font une pitié réelle. Si je ne suis malheureux ils le sont eux-mêmes, et chaque fois que je rentre en moi je les trouve toujours à plaindre. L’orgueil peut-être se mêle encore à ces jugements, je me sens trop au-dessus d’eux pour les haïr. Ils peuvent m’intéresser tout au plus jusqu’au mépris, mais jamais jusqu’à la haine : enfin je m’aime trop moi-même pour pouvoir haïr qui que ce soit. Ce serait resserrer, comprimer mon existence, et je voudrais plutôt l’étendre sur tout l’univers.

J’aime mieux les fuir que les haïr. Leur aspect frappe mes sens, et par eux mon cœur d’impressions que mille regards cruels me rendent pénibles ; mais le malaise cesse aussitôt que l’objet qui le cause a disparu. Je m’occupe d’eux, et bien malgré moi par leur présence, mais jamais par leur souvenir. Quand je ne les vois plus, ils sont pour moi comme s’ils n’existaient point.

Ils ne me sont même indifférents qu’en ce qui se rapporte à moi ; car dans leurs rapports entre eux ils peuvent encore m’intéresser et m’émouvoir comme les personnages d’un drame que je verrais représenter. Il faudrait que mon être moral fût anéanti pour que la justice me devînt indifférente. Le spectacle de l’injustice et de la méchanceté me fait encore bouillir le sang de colère ; les actes de vertu où je ne vois ni forfanterie ni ostentation me font toujours tressaillir de joie et m’arrachent encore de douces larmes. Mais il faut que je les voie et les apprécie moi-même ; car après ma propre histoire il faudrait que je fusse insensé pour adopter sur quoi que ce fût le jugement des hommes, et pour croire aucune chose sur la foi d’autrui.

There is more to it. The mere requirement that something conform to my desires is enough to destroy that desire and turn it into repulsion, even aversion, if that requirement is too forceful. This is precisely why what used to be a voluntary and enjoyable act for me—something I would do on my own initiative—becomes difficult when others demand it of me. A pure act of kindness done without any expectation in return is certainly something I am willing to perform. But when the person who receives that kindness uses it as a pretext to demand further favors, threatening me with their hatred if I refuse, when they force me to become their benefactor forever just because I once took pleasure in doing so, then the discomfort begins and the joy vanishes. What I do in such circumstances is nothing but weakness and shamefulness. Good will is completely absent, and far from feeling proud of myself, I feel guilty for doing something against my true desires.

I know that there exists a kind of contract, indeed the most sacred of all, between the benefactor and the one who is indebted to them. It is a form of association that they form with each other, one far closer than the bond that usually unites people. If the person in debt tacitly agrees to show gratitude, then the benefactor likewise undertakes to maintain toward them the same goodwill he has shown them, as long as they do not deserve to lose it, and to renew such acts of kindness whenever possible and whenever required. These are not explicit conditions; rather, they are natural consequences of the relationship that has been established between them. Those who refuse a free service offered to them for the first time give no right to complaint on the part of the person who offered it; but those who, in a similar situation, refuse to extend the same kindness they once granted, deprive the other person of the hope they had been allowed to hold—and they betray and deny the expectations that they themselves had inspired. There is something unjust and even more harsh in such refusal; yet it remains an expression of that independence which the heart cherishes and from which it does not readily relinquish. When I pay off a debt, I am fulfilling a duty; when I make a donation, I am seeking pleasure for myself. Now, the pleasure of fulfilling one’s duties is one of those sentiments that arise solely from the habit of virtue—those pleasures that come directly from nature itself do not reach such heights.

After so many sad experiences, I learned to anticipate in advance the consequences of my initial actions, and often refrained from doing good deeds that I desired and had the ability to perform, out of fear of the subjugation I would inevitably face if I acted recklessly. However, this fear was not always present; in fact, when I was young, I felt a sense of loyalty toward those I helped, and I often noticed that those I benefited also came to regard me with gratitude rather than mere interest. But everything changed drastically once my misfortunes began—my surroundings became entirely different from before, and even my own feelings toward others underwent profound alterations. The same people I encountered in these two vastly distinct generations gradually adapted to each new environment. What were once genuine and honest individuals had become like everyone else; and simply because times had changed, so too had human nature. How could I possibly maintain the same feelings for those who now embodied everything that initially made them different? I do not hate them, for I am incapable of hatred; yet I cannot help but feel contempt for them—and I cannot refrain from expressing it.

Perhaps, without even realizing it, I have changed far more than was necessary. What kind of nature could remain unaltered in a situation like mine? Convicted after twenty years of experience that everything in my heart that nature had endowed with good qualities has been turned against me or others by fate and those who wield power over it, I can no longer regard any act of kindness offered to me as anything other than a trap laid for me, beneath which some harm is hidden. I know that, regardless of the outcome of such an action, I will still retain the merit of my good intentions. Yes, that merit is certainly there, but the inner enthusiasm and drive are gone. Once deprived of this stimulus, all I feel is indifference and coldness within me; and instead of performing a truly useful act, I am merely playing the role of a dupe. The indignation of my self-respect combined with the rejection of reason only fill me with repulsion and resistance—whereas in my natural state, I would have been filled with fervor and zeal.

There are certain kinds of adversity that elevate and strengthen the soul, but there are others that bring it down and destroy it; such is the adversity that I am afflicted with. Had there been even a trace of evil within me, it would have caused it to ferment excessively, turning me frenzied; but instead, it has left me utterly powerless. Unable to do good, either for myself or for others, I refrain from taking action. And this state, which is only innocent because it is forced upon me, makes me find a sort of sweetness in surrendering entirely and without reproach to my natural inclinations. Perhaps I am going too far in avoiding any opportunity to act, even where I see only good to be done. But since I am certainly not allowed to see things as they really are, I refrain from judging based on the appearances that others present them in. No matter what deceit is used to conceal the true motives behind actions, as long as those motives remain within my reach, I am certain that they are deceptive.

My fate seemed to have laid the first trap for me even in my childhood, a trap that made it so easy for me to fall into all subsequent ones. I was born with the greatest confidence of any man, and for forty entire years, that confidence was never once betrayed. Suddenly finding myself in an environment composed of different people and things, I stumbled into countless pitfalls without ever realizing them; it took twenty years of experience to begin to understand my true destiny. Once convinced that all the artificial demonstrations and pretenses offered to me were nothing but lies and deceit, I quickly moved to the other extreme: for once one has stepped outside of one’s natural state, there are no limits left to hold us back. Since then, I have grown to despise human beings, and my will, working in conjunction with theirs in this regard, keeps me even further away from them than all their machines could ever do.

No matter what they do, this disgust can never reach the level of aversion. When I think about how dependent they have become on me in order to keep me within their sphere of influence, I truly feel pity for them. If I am not unhappy, then they are; and every time I look within myself, I find them worthy of sympathy. Perhaps pride still plays a role in my judgments, but I feel too superior to them to hate them. At most, they might arouse in me feelings of disdain, but never hatred—after all, I love myself too much to be able to hate anyone. To hate someone would mean to tighten and compress the very essence of my existence; instead, I would prefer to extend it throughout the entire universe.

I would rather avoid them than hate them. Their presence affects my senses, and through them, they leave impressions on my heart—impressions that a thousand cruel looks might make painful for me; yet the discomfort vanishes as soon as the object that causes it is gone. I deal with them, but only involuntarily, because of their presence—not ever because of their memory. Once I no longer see them, they are as if they never existed at all.

They are indifferent to me only insofar as they relate to myself; for in their interactions with one another, they can still interest and move me, just like the characters in a drama that I watch being performed. My moral being would have to be utterly destroyed for justice to become indifferent to me. The sight of injustice and malice still fills me with rage; acts of virtue, in which I see neither arrogance nor ostentation, always fill me with joy and bring me sweet tears. But I must witness these acts myself and appreciate them firsthand; for after my own experiences, it would be utterly foolish of me to accept the judgments of others on any matter, or to believe anything merely on the word of another.

C’è di più: la sola costrizione di conformarsi al mio desiderio è sufficiente per annientarlo e trasformarlo in repulsione, persino in avversione, se agisce con troppa forza. Ed è proprio questo che rende difficile per me compiere quelle buone azioni che mi vengono richieste, o che facevo di mia spontanea volontà quando nessuno me lo chiedeva. Un atto di benevolenza puramente gratuito è certamente qualcosa che mi piace fare. Ma quando colui che l’ha ricevuto ne fa un pretesto per esigerne la continuazione, minacciando di odiarmi se non lo faccio, quando mi impone di essere per sempre il suo benefattore solo perché inizialmente ho trovato piacere nel farlo, allora sorge il disagio e il piacere svanisce. Quello che faccio allora, quando cedo, è segno di debolezza e vergogna. Ma la buona volontà non c’è più; lontano dall’essermene compiaciuto in cuor mio, mi rimprovero dentro di me per fare qualcosa contro la mia volontà.

So che esiste una sorta di contratto, anzi il più sacro di tutti, tra colui che fa del bene e colui che ne è debitore. È una specie di legame che si stabilisce tra loro, più stretto di quello che generalmente unisce gli uomini. Se il debitore si impegna tacitamente a riconoscere tale debito, lo stesso il benefattore si impegna a mantenere verso di lui, finché non ne diventi indegno, la stessa buona volontà che ha dimostrato, e a ripetere tali atti ogni volta che sia possibile e richiesto. Queste non sono condizioni esplicite, ma effetti naturali della relazione che si è instaurata tra loro. Chi rifiuta per la prima volta un favore gratuito che gli viene chiesto non dà alcun diritto a lamentarsi di colui che ha rifiutato; ma chi, in una situazione simile, rifiuta al stesso il medesimo aiuto che in precedenza gli aveva concesso, priva quell’altra persona di una speranza che aveva autorizzato a nutrire; tradisce e nega un’aspettativa che aveva suscitato. Si percepisce in questo rifiuto qualcosa di ingiusto e più duro rispetto al caso precedente; tuttavia, esso rappresenta comunque l’espressione di un’indipendenza che il cuore ama e dalla quale non si rinuncia facilmente. Quando pago un debito, sto adempiendo a un dovere; quando faccio un dono, mi sto concedendo un piacere. Ora, il piacere di adempiere ai propri doveri è uno di quelli che nascono soltanto dall’abitudine alla virtù: quelli che derivano direttamente dalla natura umana non raggiungono mai tale livello.

Dopo tante tristi esperienze, ho imparato a prevedere in anticipo le conseguenze dei miei primi gesti; spesso mi sono astenuto da compiere azioni buone che desideravo e potevo fare, temendo di assoggettarmi in seguito a obblighi cui non avrei potuto sfuggire se me ne fossi lasciato trascinare senza riflettere. Non ho sempre provato questo timore; anzi, da giovane, cercavo di compiere azioni benefiche per gli altri, e spesso mi rendevo conto che coloro che aiutavo si affezionavano a me più per gratitudine che per interesse personale. Ma le cose sono cambiate radicalmente non appena i miei mali hanno iniziato. Da allora ho vissuto in una nuova generazione, completamente diversa dalla prima; anche i miei sentimenti verso gli altri ne hanno risentito. Le stesse persone che ho incontrato in queste due generazioni così diverse si sono, per così dire, adattate gradualmente a ciascuna di esse. Quelli che un tempo erano sinceri e onesti sono diventati come tutti gli altri; e proprio perché i tempi sono cambiati, anche gli uomini hanno cambiato con loro. Come potrei quindi mantenere gli stessi sentimenti verso coloro in cui trovo il contrario di ciò che li ha fatti nascere? Non li odio, perché non saprei nemmeno odiare; ma non posso fare a meno di provare per loro disprezzo, né di manifestarglielo apertamente.

Forse, senza nemmeno accorgermene, ho cambiato più di quanto fosse necessario. Quale natura potrebbe resistere senza alterarsi in una situazione simile alla mia? Convinto, dopo vent’anni di esperienza, che tutto ciò che la natura ha messo nel mio cuore di disposizioni positive è stato utilizzato dalla mia sorte e da coloro che ne hanno il controllo a mio svantaggio o a quello altrui, non riesco più a considerare un’azione buona che mi viene proposta come qualcosa di diverso da una trappola tendutami, sotto la quale si nasconde qualche male. So che, indipendentemente dall’effetto effettivo dell’azione, avrò comunque il merito della mia buona intenzione. Sì, quel merito c’è sicuramente sempre, ma il fascino interiore è ormai scomparso; e non appena mi manca questo stimolo, dentro di me provo solo indifferenza e freddezza. Ne consegue che, invece di compiere un’azione davvero utile, finisco per commettere un atto di inganno. L’indignazione del mio orgoglio unita al disprezzo della ragione non mi ispirano altro che repulsione e resistenza, mentre in condizioni naturali sarei stato pieno di ardore e zelo.

Ci sono alcuni tipi di avversità che elevano e rafforzano l’anima, ma ce ne sono altre che la abbassano e la distruggono; questa è proprio quella di cui sono vittima io. Se nella mia anima fosse esistito anche solo un minimo di “lievito malvagio”, esso avrebbe fatto fermentare negativamente i miei sentimenti, rendendomi folle. Ma in realtà non ha fatto altro che rendermi incapace di agire, né per il mio bene né per quello degli altri. Per questo mi astengo dal compiere qualsiasi azione; e questa condizione, che è innocente soltanto perché forzata, mi permette di abbandonarmi completamente, senza rimorsi, ai miei istinti naturali. Forse vado troppo lontano, poiché evito anche quelle occasioni in cui potrei compiere azioni positive. Ma sicuramente non mi viene permesso di vedere le cose come sono realmente; quindi mi astengo dal giudicare in base alle apparenze che ne vengono date. E qualunque inganno venga utilizzato per nascondere i veri motivi delle azioni umane, basta che questi motivi siano a mia disposizione perché io sia certo che si tratta di inganni.

Il mio destino sembra essersi manifestato fin da quando ero bambino con il primo inganno che mi rese per molto tempo estremamente vulnerabile di fronte a tutti gli altri. Sono nato tra le persone più fiduciose del mondo, e per quarant’anni interi quella fiducia non è mai stata tradita nemmeno una volta. Improvvisamente ritrovandomi in un ambiente completamente diverso, sono caduto in mille trappole senza riuscire a percepirne nessuna; soltanto vent’anni di esperienza sono stati sufficienti per farmi comprendere la mia sorte. Una volta convinto che nelle dimostrazioni ipocrite che mi venivano fatte non c’era altro che menzogna e falsità, sono rapidamente passato all’estremo opposto: perché una volta usciti dalla propria natura, non esistono più limiti che possano trattenerci. Da quel momento in poi ho iniziato a disprezzare gli uomini, e la mia volontà, unita alla loro in questo senso, mi mantiene ancora più lontano da loro di quanto possano farlo tutte le loro macchinazioni.

Per quanto possano fare, questo disgusto non può mai arrivare al livello dell’avversione. Pensando alla dipendenza in cui si sono posti nei miei confronti per tenermi legato a loro, provo davvero per loro compassione. Se non fossi infelice, lo sarebbero loro; ogni volta che rifletto su me stesso, li trovo sempre degni di pietà. Forse l’orgoglio si mescola ancora in questi sentimenti, ma mi sento troppo al di sopra di loro per odiarli. Al massimo possono suscitare in me solo disprezzo, mai odio: dopotutto amo troppo me stesso per poter odiare qualcuno. Odiare significherebbe restringere e comprimere la mia esistenza, mentre io vorrei invece estenderla a tutto l’universo.

Preferisco evitarli piuttosto che odiarli. Il loro aspetto colpisce i miei sens e, attraverso di essi, il mio cuore riceve impressioni che mille sguardi crudeli renderebbero dolorose; tuttavia, quel disagio svanisce non appena l’oggetto che lo causa scompare. Mi occupo di loro, ma solo a causa della loro presenza, mai a causa del loro ricordo. Quando non li vedo più, per me sono come se non esistessero affatto.

Non mi interessano nemmeno in quanto riguarda loro stessi; nei loro rapporti reciproci possono ancora interessarmi e commuovermi, come i personaggi di un dramma che assisterei mentre viene rappresentato. Solo se il mio essere morale venisse distrutto, la giustizia diventerebbe per me indifferente. Lo spettacolo dell’ingiustizia e della malvagità mi fa ancora ribollire il sangue di rabbia; gli atti di virtù, in cui non vedo né vanità né ostentazione, continuano a farmi tremare di gioia e a strapparmi lacrime dolci. Ma devo vederli e apprezzarli personalmente; perché, dopo aver vissuto la mia stessa storia, sarei pazzo se accettassi il giudizio degli altri su qualsiasi cosa, o credessi in qualcosa solo sulla parola altrui.

Si ma figure et mes traits étaient aussi parfaitement inconnus aux hommes que le sont mon caractère et mon naturel, je vivrais encore sans peine au milieu d’eux ; leur société même pourrait me plaire tant que je leur serais parfaitement étranger. Livré sans contrainte à mes inclinations naturelles, je les aimerais encore s’ils ne s’occupaient jamais de moi. J’exercerais sur eux une bienveillance universelle et parfaitement désintéressée : mais sans former jamais d’attachement particulier, et sans porter le joug d’aucun devoir, je ferais envers eux librement et de moi-même, tout ce qu’ils ont tant de peine à faire, incités par leur amour-propre et contraints par toutes leurs lois.

Si j’étais resté libre, obscur, isolé, comme j’étais fait pour l’être, je n’aurais fait que du bien : car je n’ai dans le cœur le germe d’aucune passion nuisible. Si j’eusse été invisible et tout-puissant comme Dieu, j’aurais été bienfaisant et bon comme lui. C’est la force et la liberté qui font les excellents hommes. La faiblesse et l’esclavage n’ont fait jamais que des méchants. Si j’eusse été possesseur de l’anneau de Gygès, il m’eût tiré de la dépendance des hommes et les eût mis dans la mienne. Je me suis souvent demandé, dans mes châteaux en Espagne, quel usage j’aurais fait de cet anneau ; car c’est bien là que la tentation d’abuser doit être près du pouvoir. Maître de contenter mes désirs, pouvant tout sans pouvoir être trompé par personne, qu’aurais-je pu désirer avec quelque suite ? Une seule chose : c’eût été de voir tous les cœurs contents. L’aspect de la félicité publique eût pu seul toucher mon cœur d’un sentiment permanent, et l’ardent désir d’y concourir eût été ma plus constante passion. Toujours juste sans partialité et toujours bon sans faiblesse, je me serais également garanti des méfiances aveugles et des haines implacables ; parce que, voyant les hommes tels qu’ils sont et lisant aisément au fond de leurs cœurs, j’en aurais peu trouvé d’assez aimables pour mériter toutes mes affections, peu d’assez odieux pour mériter toute ma haine, et que leur méchanceté même m’eût disposé à les plaindre par la connaissance certaine du mal qu’ils se font à eux-mêmes en voulant en faire à autrui. Peut-être aurais-je eu dans des moments de gaieté l’enfantillage d’opérer quelquefois des prodiges : mais parfaitement désintéressé pour moi-même et n’ayant pour loi que mes inclinations naturelles, sur quelques actes de justice sévère j’en aurais fait mille de clémence et d’équité. Ministre de la Providence et dispensateur de ses lois selon mon pouvoir, j’aurais fait des miracles plus sages et plus utiles que ceux de la légende dorée et du tombeau de saint Médard.

Il n’y a qu’un seul point sur lequel la faculté de pénétrer partout invisible m’eût pu faire chercher des tentations auxquelles j’aurais mal résisté, et une fois entré dans ces voies d’égarement où n’eussé-je point été conduit par elles ? Ce serait bien mal connaître la nature et moi-même que de me flatter que ces facilités ne m’auraient point séduit, ou que la raison m’aurait arrêté dans cette fatale pente. Sûr de moi sur tout autre article, j’étais perdu par celui-là seul. Celui que sa puissance met au-dessus de l’homme doit être au-dessus des faiblesses de l’humanité, sans quoi cet excès de force ne servira qu’à le mettre en effet au-dessous des autres et de ce qu’il eût été lui-même s’il fût resté leur égal.

Tout bien considéré, je crois que je ferai mieux de jeter mon anneau magique avant qu’il m’ait fait faire quelque sottise. Si les hommes s’obstinent à me voir tout autre que je ne suis et que mon aspect irrite leur injustice, pour leur ôter cette vue il faut les fuir, mais non pas m’éclipser au milieu d’eux. C’est à eux de se cacher devant moi, de me dérober leurs manœuvres, de fuir la lumière du jour, de s’enfoncer en terre comme des taupes. Pour moi qu’ils me voient s’ils peuvent, tant mieux, mais cela leur est impossible ; ils ne verront jamais à ma place que le Jean-Jacques qu’ils se sont fait et qu’ils ont fait selon leur cœur, pour le haïr à leur aise. J’aurais donc tort de m’affecter de la façon dont ils me voient : je n’y dois prendre aucun intérêt véritable, car ce n’est pas moi qu’ils voient ainsi.

Le résultat que je puis tirer de toutes ces réflexions est que je n’ai jamais été vraiment propre à la société civile où tout est gêne, obligation, devoir, et que mon naturel indépendant me rendit toujours incapable des assujettissements nécessaires à qui veut vivre avec les hommes. Tant que j’agis librement je suis bon et je ne fais que du bien ; mais sitôt que je sens le joug, soit de la nécessité soit des hommes, je deviens rebelle ou plutôt rétif, alors je suis nul. Lorsqu’il faut faire le contraire de ma volonté, je ne le fais point, quoi qu’il arrive ; je ne fais pas non plus ma volonté même, parce que je suis faible. Je m’abstiens d’agir : car toute ma faiblesse est pour l’action, toute ma force est négative, et tous mes péchés sont d’omission, rarement de commission. Je n’ai jamais cru que la liberté de l’homme consistât à faire ce qu’il veut, mais bien à ne jamais faire ce qu’il ne veut pas, et voilà celle que j’ai toujours réclamée, souvent conservée, et par qui j’ai été le plus en scandale à mes contemporains. Car pour eux, actifs, remuants, ambitieux, détestant la liberté dans les autres et n’en voulant point pour eux-mêmes, pourvu qu’ils fassent quelquefois leur volonté, ou plutôt qu’ils dominent celle d’autrui, ils se gênent toute leur vie à faire ce qui leur répugne et n’omettent rien de servile pour commander. Leur tort n’a donc pas été de m’écarter de la société comme un membre inutile, mais de m’en proscrire comme un membre pernicieux : car j’ai très peu fait de bien, je l’avoue, mais pour du mal, il n’en est entré dans ma volonté de ma vie, et je doute qu’il y ait aucun homme au monde qui en ait réellement moins fait que moi.

Septième promenade

Le recueil de mes longs rêves est à peine commencé, et déjà je sens qu’il touche à sa fin. Un autre amusement lui succède, m’absorbe, et m’ôte même le temps de rêver. Je m’y livre avec un engouement qui tient de l’extravagance et qui me fait rire moi-même quand j’y réfléchis ; mais je ne m’y livre pas moins, parce que dans la situation où me voilà, je n’ai plus d’autre règle de conduite que de suivre en tout mon penchant sans contrainte. Je ne peux rien à mon sort, je n’ai que des inclinations innocentes, et tous les jugements des hommes étant désormais nuls pour moi, la sagesse même veut qu’en ce qui reste à ma portée je fasse tout ce qui me flatte, soit en public soit à part moi, sans autre règle que ma fantaisie, et sans autre mesure que le peu de force qui m’est resté. Me voilà donc à mon foin pour toute nourriture, et à la botanique pour toute occupation. Déjà vieux j’en avais pris la première teinture en Suisse auprès du docteur d’Ivernois, et j’avais herborisé assez heureusement durant mes voyages pour prendre une connaissance passable du règne végétal. Mais devenu plus que sexagénaire et sédentaire à Paris, les forces commençant à me manquer pour les grandes herborisations, et d’ailleurs assez livré à ma copie de musique pour n’avoir pas besoin d’autre occupation, j’avais abandonné cet amusement qui ne m’était plus nécessaire ; j’avais vendu mon herbier, j’avais vendu mes livres, content de revoir quelquefois les plantes communes que je trouvais autour de Paris dans mes promenades. Durant cet intervalle, le peu que je savais s’est presque entièrement effacé de ma mémoire, et bien plus rapidement qu’il ne s’y était gravé.

Tout d’un coup, âgé de soixante-cinq ans passés, privé du peu de mémoire que j’avais et des forces qui me restaient pour courir la campagne, sans guide, sans livres, sans jardin, sans herbier, me voilà repris de cette folie, mais avec plus d’ardeur encore que je n’en eus en m’y livrant la première fois ; me voilà sérieusement occupé du sage projet d’apprendre par cœur tout le Regnum vegetabile de Murray et de connaître toutes les plantes connues sur la terre. Hors d’état de racheter des livres de botanique je me suis mis en devoir de transcrire ceux qu’on m’a prêtés, et résolu de refaire un herbier plus riche que le premier, en attendant que j’y mette toutes les plantes de la mer et des Alpes et de tous les arbres des Indes, je commence toujours à bon compte par le mouron, le cerfeuil, la bourrache et le séneçon ; j’herborise savamment sur la cage de mes oiseaux et à chaque nouveau brin d’herbe que je rencontre, je me dis avec satisfaction : voilà toujours une plante de plus.

If my appearance and features were just as completely unknown to people as my character and nature are, I could still live among them without any difficulty; their company might even please me so long as I remained entirely foreign to them. Unrestrained by any constraints, guided solely by my natural inclinations, I would still love them even if they never paid any attention to me. I would extend towards them universal and completely disinterested kindness—but without ever forming any particular attachment or being bound by any duty. I would freely, out of my own volition, do for them all that they find so difficult to do, driven solely by their own self-love and constrained by all their own laws.

If I had remained free, obscure, isolated—just as I was meant to be—I would have done only good, for in my heart there lies no seed of any harmful passion. If I had been invisible and omnipotent like God, I would have been benevolent and good just like Him. It is strength and freedom that create great men; weakness and slavery have never produced anything but evil. If I had possessed the ring of Gyges, it would have freed me from human dependence and placed them under mine. Often, in my castles in Spain, I wondered what use I might make of such a ring—for surely there, where power lies, temptation to abuse it is greatest. Master of my own desires, able to do anything without being deceived by anyone, what could I have desired with any persistence? Only one thing: to see all hearts at peace. The sight of universal happiness alone could have filled my heart with a lasting sentiment, and the fervent desire to contribute to it would have been my most enduring passion. Always just without bias, always good without weakness, I would have avoided both blind suspicion and relentless hatred—for by seeing men as they truly are and easily reading the depths of their hearts, I would have found few worthy of my affection and even fewer deserving of my hate. Even their malice would have made me pity them, for I would have understood the harm they inflicted upon themselves in trying to harm others. Perhaps, in moments of joy, I might have indulged in childish whims and performed some miracles; but being entirely selfless and guided only by my natural inclinations, for every act of severe justice, I would have performed a thousand acts of mercy and fairness. As an agent of Providence, dispensing its laws according to my power, I would have wrought miracles that were wiser and more beneficial than those in the golden legends or at the tomb of Saint Medard.

There is only one single aspect in which the ability to penetrate everywhere invisibly might have led me to seek out temptations that I would have found difficult to resist—once I had embarked on those paths of delusion that such power could have guided me down. To imagine that such advantages would not have seduced me, or that reason would have stopped me from sliding down that fatal slope, would be a profound misunderstanding both of nature and of myself. Confident in every other regard, I was utterly lost in that single area. That which its power places above humanity must also be above human weaknesses; otherwise, such excessive power would only serve to reduce it to a position beneath others—and beneath what it could have become if it had remained their equal.

All things considered, I think it would be better for me to get rid of my magic ring before it causes me to do some foolish thing. If people insist on seeing me in a way that is different from who I really am, and if my appearance irritates their injustice, then in order to free them from this delusion, I must flee from them—not hide among them. It is they who should hide from me, conceal their schemes, flee the light of day, and burrow underground like moles. As for me, it would be fine if they could see me as they wish; but that is impossible for them. All they will ever see in my place is the Jean-Jacques that they have created in their own minds, the one they have shaped according to their own desires, so that they can hate me at their ease. Therefore, it would be wrong of me to care about the way they perceive me; I should take no real interest in it, for what they see is not me at all.

The conclusion I can draw from all these reflections is that I was never truly suited for civil society, where everything is characterized by embarrassment, obligation, and duty. My independent nature always made it impossible for me to comply with the constraints necessary for those who wish to live among men. As long as I act freely, I am good and only do good; but the moment I feel the yoke of necessity or the pressure of other people, I become rebellious—or rather, resistant—and then I am nothing at all. When it comes to doing the opposite of what I desire, I refuse to do so no matter what; I even fail to follow my own will, for I am weak. I refrain from taking action, because all my weakness lies in action, all my strength is negative, and all my “sins” consist in inaction, rather than outright wrongdoing. I have never believed that a man’s freedom consisted in doing whatever he wanted; rather, it consisted in never doing what he did not want to do. And this is precisely the freedom I always demanded, often managed to maintain, and which caused me so much scandal among my contemporaries. For them—active, restless, ambitious, hating freedom in others yet refusing it for themselves—they were willing to endure everything that disgusted them in order to command others. Their mistake was not in excluding me from society as an useless member, but in condemning me as a harmful one: for I must admit that I have done very little good in my life; but as for evil, never once has it been my will to do any harm. I doubt there is anyone in the world who has truly done less than I have.

Seventh Stroll

The collection of my long dreams has barely begun, and yet I already feel that it is coming to an end. Another pursuit takes its place, absorbing me entirely and even leaving me no time for dreaming. I engage in it with a fervor that borders on extravagance, and it makes me laugh when I think about it; yet I continue nonetheless, because in my current situation, my only rule of conduct is to follow whatever inclination arises without any restraint. I can do nothing about my fate; I have only innocent inclinations, and since all human judgments are now meaningless to me, even wisdom advises me to do whatever pleases me within my reach, whether in public or in private—without any other guide than my imagination and the little strength that remains to me. Thus, for my sustenance, I rely on hay; for my occupation, I turn to botany. As a young man, I had begun studying it in Switzerland under Dr. d’Ivernois and had acquired a decent knowledge of the plant kingdom through my travels. But after turning sixty and settling in Paris, as my energy diminished and my focus shifted entirely to music, I abandoned this pursuit, which was no longer necessary for me. I sold my herbarium and my books, content merely to occasionally observe the common plants around Paris during my walks. In the meantime, what little knowledge I had acquired nearly completely faded from my memory—far more quickly than it had been ingrained in it.

Suddenly, at the age of sixty-five, deprived of the little memory I still had and of the strength left to roam the countryside—without a guide, without books, without a garden, without a herbarium—I found myself seized again by that same madness, but with even greater fervor than when I first devoted myself to it. I began earnestly working on the ambitious plan to memorize entire sections of Murray’s “Regnum Vegetabile” and to learn about every plant known on earth. Unable to afford new botany books, I set out to transcribe those that were lent to me and resolved to create a herbarium more comprehensive than the first one. In the meantime, I started with common plants such as sow thistle, chervil, shepherd’s purse, and senega. I carefully collected specimens from around my birdcage, and whenever I encountered a new sprout of grass, I would rejoice at adding another plant to my collection.

Se la mia figura e i miei tratti fossero completamente sconosciuti agli uomini, così come lo sono il mio carattere e la mia natura, vivrei ancora senza difficoltà tra di loro; anche la loro compagnia potrebbe piacermi, purché io fossi per loro totalmente estraneo. Lasciato libero di seguire le mie inclinazioni naturali, li amerei comunque, anche se non si occupassero mai di me. Gli dimostrerei una benevolenza universale e del tutto disinteressata; ma senza mai formare legami particolari, e senza essere vincolato da alcun dovere, farei per loro liberamente, e spinto soltanto dal mio stesso desiderio, tutto ciò che a loro costa tanta fatica, motivati dal loro orgoglio e costretti dalle loro leggi.

Se fossi rimasto libero, oscuro, isolato, come ero destinato a essere, avrei fatto solo del bene: perché nel mio cuore non esiste il germe di alcuna passione nociva. Se fossi stato invisibile e onnipotente come Dio, sarei stato benefattore e buono come Lui. Sono la forza e la libertà a creare gli uomini eccellenti; la debolezza e l’schiavitù hanno sempre prodotto solo malvagi. Se fossi posseduto dell’anello di Gige, mi sarebbe servito per liberarmi dalla dipendenza dagli altri e renderli invece dipendenti da me. Molti volte, nei miei castelli in Spagna, mi sono chiesto a cosa avrei potuto utilizzare quell’anello, perché è proprio nel luogo dove si trova il potere che nasce la tentazione di abusarlo. Se fossi stato padrone di soddisfare i miei desideri, se avessi potuto fare tutto senza essere ingannato da nessuno, cosa avrei potuto desiderare con costanza? Solo una cosa: vedere tutti i cuori felici. L’aspetto della felicità pubblica avrebbe potuto toccare il mio cuore in modo permanente, e il forte desiderio di contribuire ad essa sarebbe stato la mia passione più costante. Essendo sempre giusto senza pregiudizi e sempre buono senza debolezze, mi sarei anche protetto dalle diffidenze cieche e dagli odi implacabili, perché, vedendo gli uomini per ciò che sono e leggendo facilmente nel profondo dei loro cuori, avrei trovato pochi abbastanza amabili da meritare tutta la mia affezione, pochi abbastanza odiosi da meritare tutto il mio odio; e anche la loro malvagità mi avrebbe spinto a compiangere loro, conoscendo con certezza il male che si fanno a se stessi nel volerlo fare agli altri. Forse, in momenti di gioia, avrei avuto l’impulso infantile di compiere qualche miracolo, ma essendo completamente disinteressato a me stesso e guidato soltanto dalle mie inclinazioni naturali, su alcuni atti di giustizia severa ne avrei fatti mille di clemenza ed equità. Essendo il “ministro della Provvidenza” e colui che distribuisce le sue leggi secondo il mio potere, avrei compiuto miracoli più saggi e utili di quelli descritti nella leggenda o presso la tomba di San Medardo.

C’è soltanto un unico aspetto in cui la capacità di penetrare ovunque, rimanendo invisibile, avrebbe potuto indurmi a cercare tentazioni alle quali sarei stato difficile resistere; e una volta intraprese quelle strade di perdizione, come avrei potuto non essere trascinato da esse? Sarebbe davvero sottovalutare la natura stessa e me stesso illudersi che tali facilità non mi avrebbero sedotto, o che la ragione mi avrebbe fermato su quella pericolosa strada. Sicuro di me in ogni altro ambito, ero perduto proprio in questo unico aspetto. Colui il cui potere è posto al di sopra dell’uomo dovrebbe essere anche al di sopra delle debolezze umane; altrimenti, tale eccesso di forza non farebbe che porlo effettivamente al di sotto degli altri e di ciò che sarebbe stato se fosse rimasto loro pari.

Considerando tutto ciò, credo che sia meglio gettare via il mio anello magico prima che mi faccia commettere qualche sciocchezza. Se gli uomini insistono nel vedermi diverso da quello che sono e se il mio aspetto offende la loro ingiustizia, per togliere loro questa percezione è necessario fuggirli, ma non nascondermi tra di loro. Sono loro che dovrebbero nascondersi davanti a me, evitare di mostrarmi le loro manovre, fuggire dalla luce del giorno, immergersi nella terra come talpe. Per quanto mi riguarda, che mi vedano pure se possono, meglio ancora; ma per loro è impossibile. Non vedranno mai al mio posto altro che quel “Jean-Jacques” che si sono creati secondo i propri desideri, solo per poterlo odiare a piacimento. Quindi sarebbe sbagliato preoccuparmi di ciò che pensano di me: non dovrei affatto darvi importanza, perché in realtà non è me che vedono così.

Il risultato a cui arrivo riflettendo su tutto ciò è che non sono mai stato veramente adatto alla società civile, dove tutto è ostacolo, obbligo, dovere; la mia natura indipendente mi ha sempre reso incapace di subire quelle restrizioni necessarie a chi vuole vivere tra gli uomini. Finché agisco liberamente, sono buono e faccio solo del bene; ma non appena avverto il giogo, sia della necessità che degli altri, divento ribelle, o meglio, riluttante, e allora divento inutile. Quando devo fare il contrario di ciò che desidero, non lo faccio, a qualunque costo; né riesco nemmeno a seguire la mia volontà, perché sono debole. Mi astengo dall’agire: tutta la mia debolezza è rivolta all’azione, tutta la mia forza è negativa, e tutti i miei “peccati” consistono nell’omissione, raramente nell’atto stesso. Non ho mai creduto che la libertà dell’uomo consistesse nel fare ciò che vuole, ma piuttosto nel non fare mai ciò che non vuole. Ed è questa libertà che ho sempre reclamato, spesso difeso, e per cui sono stato oggetto di grande scandalo tra i miei contemporanei. Per loro, infatti, essendo persone attive, ambiziose, che odiano la libertà negli altri ma non la desiderano per sé stessi, basta che facciano talvolta ciò che vogliono, o meglio, che dominino la volontà altrui, e così si impongono per tutta la vita di fare ciò che li ripugna, senza esitare a compiere azioni servili pur di comandare. Il loro errore non è stato quindi quello di allontanarmi dalla società come un membro inutile, ma di bandirmi come un membro pericoloso. Perché, lo ammetto, ho fatto molto poco del bene. Ma quanto al male, nessuno al mondo, ne sono certo, ne ha commesso di più di me.

Settima passeggiata

La raccolta dei miei lunghi sogni è appena iniziata, e già sento che sta per giungere alla fine. Un altro passatempo ne prende il posto, mi assorbe completamente e persino mi toglie il tempo di sognare. Mi dedico a esso con un entusiasmo che sembra quasi eccessivo; quando ci penso, mi fa anche ridere. Ma non per questo smetto di farlo: nella situazione in cui mi trovo, non ho altra regola da seguire se non quella di lasciarmi guidare interamente dai miei desideri, senza alcuna restrizione. Non posso nulla sul mio destino; ho solo inclinazioni innocenti. E poiché tutti i giudizi degli uomini ormai non hanno più alcun valore per me, anche la saggezza stessa consiglia di fare tutto ciò che mi dà piacere, sia in pubblico che in privato, senza altre regole se non quella della mia fantasia, e senza altri limiti se non le poche forze che mi sono rimaste. Così, per nutrirmi, mi affido al fieno; per occuparmi, alla botanica. Già da giovane avevo iniziato a interessarmi di queste cose in Svizzera, sotto la guida del dottor d’Ivernois, e durante i miei viaggi avevo raccolto piante con notevole successo, acquisendo una conoscenza sufficientemente approfondita del regno vegetale. Ma diventato oltre sessantenne e trasferendomi a Parigi, le forze mi mancavano sempre di più per dedicarmi seriamente alla botanica. Inoltre, essendo completamente assorbito dalla mia attività musicale, non avevo bisogno di altre occupazioni. Così ho abbandonato questo passatempo che ormai non mi era più necessario; ho venduto il mio erbario, i miei libri. E mi accontentavo di rivedere occasionalmente le piante comuni che trovavo durante le mie passeggiate a Parigi. Nel frattempo, tutto ciò che sapevo si è quasi completamente dimenticato. Molto più rapidamente di quanto fosse stato imparato.

All’improvviso, a sessantacinque anni, privo della scarsa memoria che mi rimaneva e delle forze necessarie per viaggiare in campagna, senza guida, senza libri, senza giardino, senza erbario, mi ritrovo assalito da quella stessa follia, ma con ancora maggiore ardore di quando l’avevo sperimentata la prima volta. Ora mi dedico seriamente al progetto di imparare a memoria tutto il “Regnum vegetabile” di Murray e di conoscere tutte le piante conosciute sulla Terra. Non avendo i mezzi per acquistare nuovi libri di botanica, ho deciso di trascrivere quelli che mi venivano prestati, e di creare un erbario più completo del primo. Aspettando di potervi includere tutte le piante del mare, delle Alpi e di tutti gli alberi delle Indie. Per ora inizio con il pruno selvatico, il cerfoglio, la borsa di pastore e il senape; raccolgo attentamente erbe intorno alla gabbia dei miei uccelli. E ogni volta che trovo un nuovo filo d’erba, mi dico con soddisfazione: “Ecco un’altra pianta in più”.

Je ne cherche pas à justifier le parti que je prends de suivre cette fantaisie ; je la trouve très raisonnable, persuadé que dans la position où je suis me livrer aux amusements qui me flattent est une grande sagesse, et même grande vertu : c’est le moyen de ne laisser germer dans mon cœur aucun levain de vengeance ou de haine, et pour trouver encore dans ma destinée du goût à quelque amusement, il faut assurément avoir un naturel bien épuisé de toutes passions irascibles. C’est me venger de mes persécuteurs à ma manière, je ne saurais les punir plus cruellement que d’être heureux malgré eux.

Oui, sans doute, la raison me permet, me prescrit même de me livrer à tout penchant qui m’attire et que rien ne m’empêche de suivre ; mais elle ne m’apprend pas pourquoi ce penchant m’attire, et quel attrait je puis trouver à une vaine étude faite sans profit, sans progrès, et qui, vieux radoteur déjà caduc et pesant, sans facilité, sans mémoire, me ramène aux exercices de la jeunesse et aux leçons d’un écolier. Or c’est une bizarrerie que je voudrais m’expliquer ; il me semble que, bien éclaircie, elle pourrait jeter quelque nouveau jour sur cette connaissance de moi-même à l’acquisition de laquelle j’ai consacré mes derniers loisirs.

J’ai pensé quelquefois assez profondément ; mais rarement avec plaisir, presque toujours contre mon gré et comme par force : la rêverie me délasse et m’amuse, la réflexion me fatigue et m’attriste ; penser fut toujours pour moi une occupation pénible et sans charme. Quelquefois mes rêveries finissent par la méditation, mais plus souvent mes méditations finissent par la rêverie, et durant ces égarements mon âme erre et plane dans l’univers sur les ailes de l’imagination, dans des extases qui passent toute autre jouissance.

Tant que je goûtai celle-là dans toute sa pureté toute autre occupation me fut toujours insipide. Mais quand une fois, jeté dans la carrière littéraire par des impulsions étrangères, je sentis la fatigue du travail d’esprit et l’importunité d’une célébrité malheureuse, je sentis en même temps languir et s’attiédir mes douces rêveries, et bientôt forcé de m’occuper malgré moi de ma triste situation, je ne pus plus retrouver que bien rarement ces chères extases qui durant cinquante ans m’avaient tenu lieu de fortune et de gloire, et sans autre dépense que celle du temps, m’avaient rendu dans l’oisiveté le plus heureux des mortels.

J’avais même à craindre dans mes rêveries que mon imagination effarouchée par mes malheurs ne tournât enfin de ce côté son activité, et que le continuel sentiment de mes peines me resserrant le cœur par degrés ne m’accablât enfin de leur poids. Dans cet état, un instinct qui m’est naturel me faisant fuir toute idée attristante imposa silence à mon imagination, et fixant mon attention sur les objets qui m’environnaient me fit pour la première fois détailler le spectacle de la nature, que je n’avais guère contemplé jusqu’alors qu’en masse et dans son ensemble.

Les arbres, les arbrisseaux, les plantes sont la parure et le vêtement de la terre. Rien n’est si triste que l’aspect d’une campagne nue et pelée qui n’étale aux yeux que des pierres, du limon et des sables. Mais vivifiée par la nature et revêtue de sa robe de noces au milieu du cours des eaux et du chant des oiseaux, la terre offre à l’homme dans l’harmonie des trois règnes un spectacle plein de vie, d’intérêt et de charme, le seul spectacle au monde dont ses yeux et son cœur ne se lassent jamais.

Plus un contemplateur a l’âme sensible plus il se livre aux extases qu’excite en lui cet accord. Une rêverie douce et profonde s’empare alors de ses sens, et il se perd avec une délicieuse ivresse dans l’immensité de ce beau système avec lequel il se sent identifié. Alors tous les objets particuliers lui échappent ; il ne voit et ne sent rien que dans le tout. Il faut que quelque circonstance particulière resserre ses idées et circonscrive son imagination pour qu’il puisse observer par parties cet univers qu’il s’efforçait d’embrasser.

C’est ce qui m’arriva naturellement quand mon cœur resserré par la détresse rapprochait et concentrait tous ses mouvements autour de lui pour conserver ce reste de chaleur prêt à s’évaporer et s’éteindre dans l’abattement où je tombais par degrés. J’errais nonchalamment dans les bois et dans les montagnes, n’osant penser de peur d’attiser mes douleurs. Mon imagination qui se refuse aux objets de peine laissait mes sens se livrer aux impressions légères mais douces des objets environnants. Mes yeux se promenaient sans cesse de l’un à l’autre, et il n’était pas possible que dans une variété si grande il ne s’en trouvât qui les fixaient davantage et les arrêtaient plus longtemps.

Je pris goût à cette récréation des yeux, qui dans l’infortune repose, amuse, distrait l’esprit et suspend le sentiment des peines. La nature des objets aide beaucoup à cette diversion et la rend plus séduisante. Les odeurs suaves, les vives couleurs, les plus élégantes formes semblent se disputer à l’envi le droit de fixer notre attention. Il ne faut qu’aimer le plaisir pour se livrer à des sensations si douces, et si cet effet n’a pas lieu sur tous ceux qui en sont frappés, c’est dans les uns faute de sensibilité naturelle, et dans la plupart que leur esprit, trop occupé d’autres idées, ne se livre qu’à la dérobée aux objets qui frappent leurs sens.

Une autre chose contribue encore à éloigner du règne végétal l’attention des gens de goût ; c’est l’habitude de ne chercher dans les plantes que des drogues et des remèdes. Théophraste s’y était pris autrement, et l’on peut regarder ce philosophe comme le seul botaniste de l’antiquité : aussi n’est-il presque point connu parmi nous ; mais grâce à un certain Dioscoride, grand compilateur de recettes, et à ses commentateurs, la médecine s’est tellement emparée des plantes transformées en simples qu’on n’y voit que ce qu’on n’y voit point, savoir les prétendues vertus qu’il plaît au tiers et au quart de leur attribuer. On ne conçoit pas que l’organisation végétale puisse par elle-même mériter quelque attention ; des gens qui passent leur vie à arranger savamment des coquilles se moquent de la botanique comme d’une étude inutile quand on n’y joint pas, comme ils disent, celle des propriétés, c’est-à-dire quand on n’abandonne pas l’observation de la nature qui ne ment point et qui ne nous dit rien de tout cela, pour se livrer uniquement à l’autorité des hommes qui sont menteurs et qui nous affirment beaucoup de choses qu’il faut croire sur leur parole, fondée elle-même le plus souvent sur l’autorité d’autrui. Arrêtez-vous dans une prairie émaillée à examiner successivement les fleurs dont elle brille, ceux qui vous verront faire, vous prenant pour un frater, vous demanderont des herbes, pour guérir la rogne des enfants, la gale des hommes ou la morve des chevaux. Ce dégoûtant préjugé est détruit en partie dans les autres pays et surtout en Angleterre grâce à Linnæus qui a un peu tiré la botanique des écoles de pharmacie pour la rendre à l’histoire naturelle et aux usages économiques ; mais en France où cette étude a moins pénétré chez les gens du monde, on est resté sur ce point tellement barbare qu’un bel esprit de Paris voyant à Londres un jardin de curieux plein d’arbres et de plantes rares s’écria pour tout éloge : « Voilà un fort beau jardin d’apothicaire ! » À ce compte le premier apothicaire fut Adam. Car il n’est pas aisé d’imaginer un jardin mieux assorti de plantes que celui d’Eden.

Ces idées médicinales ne sont assurément guère propres à rendre agréable l’étude de la botanique, elles flétrissent l’émail des prés, l’éclat des fleurs, dessèchent la fraîcheur des bocages, rendent la verdure et les ombrages insipides et dégoûtants ; toutes ces structures charmantes et gracieuses intéressent fort peu quiconque ne veut que piler tout cela dans un mortier, et l’on n’ira pas chercher des guirlandes pour les bergères parmi des herbes pour les lavements.

I seek not to justify my decision to indulge in this fantasy; I find it entirely reasonable, convinced that, in my current situation, pursuing those amusements that please me is a sign of great wisdom—and even great virtue. It is the way to prevent any seeds of vengeance or hatred from taking root in my heart. Moreover, to find pleasure in my fate at all, one must surely possess a nature devoid of all irritable passions. In this way, I am avenging myself on my persecutors—in fact, I could not punish them more cruelly than by being happy despite their actions.

Yes, undoubtedly, reason allows me, indeed even commands me, to indulge in any inclination that attracts me and that nothing prevents me from following; but it does not tell me why this inclination attracts me, nor what allure I can find in a futile study that yields no profit, brings about no progress, and which, being as dull and burdensome as an old, outdated routine—lacking both ease and clarity of thought—forces me to return to the exercises of youth and the lessons of a schoolchild. Yet this is a mystery that I would like to unravel; it seems to me that, if properly understood, it might shed some new light on this self-awareness upon whose acquisition I have devoted my last moments of leisure.

I have sometimes engaged in deep thought; but rarely with pleasure, almost always against my will and as if compelled to do so: daydreaming relaxes me and amuses me, while reflection tires me and saddens me; thinking has always been for me a tedious and unattractive occupation. Sometimes my daydreaming leads to meditation; but more often, my meditations end in daydreaming. During these moments of distraction, my soul wanders and soars through the universe on the wings of imagination, experiencing delights that surpass all other pleasures.

As long as I tasted that pureness in its entirety, every other pursuit seemed insipid to me. But when, once driven into the literary world by external impulses, I felt the exhaustion of mental labor and the burdensome demands of an unfortunate fame, my gentle reveries began to fade away. Soon forced to deal with my sad circumstances against my will, I could rarely once again experience those cherished moments of ecstasy which, for fifty years, had served me as fortune and glory—moments that, requiring no other expense than time itself, had made me the happiest of mortals in leisure.

I even feared, in my dreams, that my terrified imagination, overwhelmed by my misfortunes, might finally begin to dwell on such things, and that the constant weight of my suffering, gradually tightening its grip on my heart, might ultimately overwhelm me completely. In such a state, an instinct inherent in me made me flee from all melancholic thoughts, silencing my imagination. By focusing my attention on the objects around me, I began for the first time to observe the details of the natural world—something I had previously only regarded in its entirety, as a unified whole.

Trees, shrubs, and plants are the adornment and clothing of the earth. Nothing is more bleak than the sight of a bare, barren landscape that presents nothing but rocks, mud, and sand. But when animated by nature and dressed in its wedding gown, amidst the flow of waters and the songs of birds, the earth offers mankind, within the harmony of the three kingdoms, a spectacle full of life, interest, and charm—the only sight in the world whose beauty never fails to delight both eye and heart.

The more a contemplator possesses a sensitive soul, the more he yields to the ecstasy aroused within him by this harmonious unity. A gentle and profound reverie then takes hold of his senses, and he loses himself in a delightful intoxication, immersed in the vastness of this beautiful system with which he feels identified. At such times, all particular objects escape his perception; he sees and feels nothing but the whole. It is only when some particular circumstance helps to focus his thoughts and limit his imagination that he is able to observe this universe in its various parts.

This is what naturally happened to me when my heart, compressed by sorrow, concentrated all its efforts on preserving that remaining warmth—warmth that was on the verge of dissipating and fading away in the despair into which I was gradually sinking. I wandered aimlessly through the woods and mountains, too afraid to think, for fear of intensifying my pain. My imagination, refusing to dwell on sources of sorrow, allowed my senses to be touched by the light but gentle impressions of the surrounding objects. My eyes kept moving from one thing to another, and in such a wide variety, it was inevitable that some of them would catch my attention more deeply and hold it for longer.

I began to enjoy this form of visual recreation, which, in times of adversity, provides amusement and distracts the mind, temporarily alleviating the sensation of pain. The very nature of these objects greatly contributes to this diversion and makes it all the more enticing. Sweet scents, bright colors, and the most elegantly shaped objects seem to compete with one another to capture our attention. One only needs to cherish such pleasures in order to indulge in such tender sensations. And if this effect does not occur in everyone who is exposed to these things, then in some it is due to a lack of natural sensitivity; in most cases, however, it is because their minds are preoccupied with other thoughts and only occasionally allow themselves to be captivated by the objects that strike their senses.

Another factor that further distracts people of taste from the realm of plants is the habit of seeking in them only drugs and remedies. Théophraste approached this subject differently; indeed, he can be regarded as the sole botanist of antiquity. Yet he is hardly known among us today. However, thanks to a certain Dioscorides, a great compiler of medical recipes, and his commentators, medicine has come to focus so exclusively on plants used as remedies that we only see what we wish to see—those supposed virtues that some people are willing to attribute to them. It is hard to conceive that the structure of plants in themselves could be worthy of attention. People who spend their lives carefully arranging shells dismiss botany as an useless study, unless one also examines its medicinal properties—that is, unless one abandons the observation of nature itself, which never lies and tells us nothing of such things, in favor of relying solely on the authority of men, who are often liars and tell us many things that we are forced to believe on their word, when those claims are often based on the authority of others. If you stop in a lush meadow and begin to examine the flowers that adorn it, those who see you doing so will probably mistake you for a friar and ask you for some herbs to cure children’s ira, men’s ringworm, or horses’ hooves. This repugnant prejudice has been somewhat diminished in other countries, especially in England, thanks to Linnæus, who brought botany back from the realms of pharmacy into the realm of natural history and practical applications. But in France, where this study has not penetrated as deeply among the educated classes, people remain so ignorant on this matter that a clever man from Paris, upon seeing a curious garden in London filled with rare trees and plants, exclaimed in praise: “What a wonderful apothecary’s garden!” By that standard, the first apothecary would have been Adam—for it is hard to imagine a garden more perfectly arranged with plants than the Garden of Eden.

Such medical ideas are certainly not conducive to making the study of botany a pleasant endeavor; they dull the luster of meadows and flowers, dry up the freshness of groves, and render greenery and shade insipid and repulsive. All these charming and graceful aspects of nature hold little interest for anyone who merely wishes to crush them into a mortar. One would certainly not go looking for garlands for shepherdesses among herbs used for washing.

Non cerco di giustificare la scelta che ho fatto di seguire questa fantasia; la ritengo assolutamente ragionevole, convinto che, nella mia situazione attuale, dedicarmi a quegli svaghi che mi compiacciono rappresenti una grande saggezza, persino una grande virtù. È il modo per impedire che nel mio cuore germogli alcun sentimento di vendetta o odio. Inoltre, per trovare ancora piacere nella mia sorte, è necessario che la propria natura sia completamente priva di tutte le passioni irascibili. Questo è il mio modo di vendicarmi dei miei persecutori: non potrei punirli in modo più crudele di essere felice nonostante loro.

Sì, senza dubbio, la ragione mi permette, anzi mi impone, di cedere a qualsiasi inclinazione mi attiri e che nulla mi ostacoli nel seguirla; ma non mi spiega perché tale inclinazione mi attragga, né quale fascino possa esercitare su di me uno studio vano, privo di utilità e di progressi, che, vecchio e obsoleto, privo di facilità e di memoria, mi riporta agli esercizi della giovinezza e alle lezioni di un scolaro. Ora, questa è una stranezza che vorrei spiegarmi; mi sembra che, se ben compresa, potrebbe gettare nuova luce su questa conoscenza di me stesso, alla cui acquisizione ho dedicato i miei ultimi momenti liberi.

A volte ho riflettuto con profondità; ma raramente con piacere, quasi sempre contro la mia volontà e come se fossi costretto a farlo: il sogno mi distende e mi diverte, la riflessione mi stanca e mi rattrista; pensare è sempre stato per me un’occupazione faticosa e priva di fascino. A volte i miei sogni si trasformano in meditazioni, ma più spesso le mie meditazioni sfociano in sogni; durante questi momenti di distacco, la mia anima vaga nell’universo, sospesa sulle ali dell’immaginazione, in estasi che superano qualsiasi altra forma di piacere.

Finché assaporai quella gioia nella sua purezza totale, qualsiasi altra attività mi sembrò sempre insipida. Ma quando, spinto verso la carriera letteraria da impulsi estranei, provai la fatica del lavoro intellettuale e l’importunità di una fama infelice, sentii contemporaneamente svanire quelle dolci fantasticherie che per cinquant’anni mi avevano sostituito fortuna e gloria; costretto a occuparmi, contro la mia volontà, della mia triste situazione, riuscivo ormai solo di rado a ritrovare quegli stati di estasi che, senza alcun costo se non quello del tempo, mi avevano reso l’uomo più felice tra i mortali nell’ozio.

Avevo persino paura che, nei miei sogni, l’immaginazione, spaventata dai miei mali, non iniziasse finalmente a concentrarsi su queste cose, e che il continuo sentimento delle mie sofferenze, stringendomi il cuore poco a poco, non mi schiacciasse infine sotto il loro peso. In questo stato, un istinto naturale in me mi spinse a fuggire da qualsiasi idea triste; questa forza impose il silenzio alla mia immaginazione e, concentrando la mia attenzione sugli oggetti che mi circondavano, per la prima volta iniziai ad osservare con attenzione lo spettacolo della natura, che fino ad allora avevo quasi sempre considerato solo nel suo insieme, senza analizzarne i dettagli.

Gli alberi, i cespugli, le piante sono la decorazione e il vestito della terra. Non c’è nulla di più triste dell’aspetto di una campagna nuda e spoglia, che offre agli occhi solo pietre, limo e sabbia. Ma quando la natura la rivitalizza e la veste con il suo abito da sposa, tra i corsi d’acqua e il canto degli uccelli, la terra offre all’uomo, nell’armonia dei tre regni della natura, uno spettacolo pieno di vita, interesse e fascino: l’unico spettacolo al mondo dal quale i suoi occhi e il suo cuore non si stancano mai.

Più un osservatore possiede un’anima sensibile, più si abbandona alle estasi che tale armonia suscita in lui. Allora una dolce e profonda meditazione prende il sopravvento sui suoi sensi, e egli si perde, in un’estrema beatitudine, nell’immensità di questo bellissimo sistema con cui si sente identificato. In quel momento, tutti gli oggetti particolari gli sfuggono; non vede e non percepisce nulla se non nel tutto. Solo una circostanza particolare può rafforzare le sue idee e delimitare la sua immaginazione, permettendogli di osservare, in modo più dettagliato, questo universo che prima cercava di abbracciare interamente.

È ciò che mi accadeva naturalmente quando il mio cuore, stretto dal dolore, concentrava tutte le sue sensazioni su di sé, nel tentativo di trattenere quel residuo di calore che rischiava di svanire nell’abisso della disperazione in cui cadevo gradualmente. Vagavo senza meta tra boschi e montagne, senza osare pensare, per paura di alimentare il mio dolore. La mia immaginazione, riluttante ad affrontare gli oggetti che causavano sofferenza, permetteva ai miei sensi di assorbire soltanto le impressioni leggere ma dolci degli ambienti circostanti. I miei occhi si muovevano continuamente da un oggetto all’altro; in una tale varietà, era inevitabile che ne trovasse qualcuno che attirasse maggiormente la mia attenzione e la trattenesse più a lungo.

Mi piacque molto questa forma di distrazione per gli occhi, che, nella sfortuna, offre riposo, divertimento e aiuta a distrarre l’attenzione dalle sofferenze. La natura stessa degli oggetti contribuisce in modo significativo a questa divertimento, rendendola ancora più attraente. Gli odori piacevoli, i colori vivaci e le forme più eleganti sembrano competere tra loro per attirare la nostra attenzione. Basta amare il piacere per abbandonarsi a sensazioni così dolci. E se questo effetto non si verifica in tutti coloro che ne sono colpiti, allora in alcuni è dovuto alla mancanza di sensibilità naturale; nella maggior parte dei casi, invece, è perché la loro mente, troppo occupata da altre idee, permette agli oggetti che stimolano i loro sensi di influenzarla solo di tanto in tanto.

Un’altra ragione contribuisce ulteriormente ad allontanare l’attenzione delle persone di gusto dal regno vegetale: l’abitudine di cercare nelle piante soltanto sostanze medicinali e rimedi. Teofrasto aveva adottato un approccio diverso, e si può considerare questo filosofo l’unico botanico dell’antichità; tuttavia è quasi sconosciuto tra di noi. Ma grazie a Dioscoride, grande compilatore di ricette, e ai suoi commentatori, la medicina ha assorbito completamente le piante utilizzate come semplici medicinali, al punto che oggi si vedono soltanto quelle presunte proprietà che alcuni attribuiscono loro a piacimento. Non si riesce nemmeno a immaginare che l’organizzazione stessa delle piante possa meritare un’attenzione particolare; persone che trascorrono la vita ad ordinare con cura conchiglie deridono la botanica come uno studio inutile, se non si aggiunge, a loro dire, lo studio delle proprietà delle piante. In altre parole, si abbandona l’osservazione diretta della natura, che non mente mai e non ci dice nulla di tutto questo, per affidarsi unicamente all’autorità degli uomini, che spesso mentono e ci dicono molte cose che dobbiamo credere sulla loro parola, basata nella maggior parte dei casi sull’autorità altrui. Fermatevi in una prateria fiorita e osservate attentamente i fiori che la adornano; coloro che vi vedranno fare questo, scambiandovi per un frate, vi chiederanno erbe per curare la rabbia dei bambini, la rogna degli uomini o la morva dei cavalli. Questo disgustoso pregiudizio è in parte stato superato in altri paesi, soprattutto in Inghilterra, grazie a Linneo che ha portato la botanica fuori dalle scuole di farmacia per riconducerla all’ambito della storia naturale e degli usi pratici. Ma in Francia, dove questa disciplina non è penetrata profondamente tra le persone colte, siamo rimasti così barbari su questo punto che un intellettuale parigino, vedendo a Londra un giardino pieno di alberi e piante rare, esclamò: “Ecco davvero un bellissimo giardino di farmacista!” A questo modo, il primo “farmacista” sarebbe stato Adamo. Poiché non è facile immaginare un giardino più ricco di piante del Giardino dell’Eden.

Queste concezioni mediche certamente non sono adatte a rendere piacevole lo studio della botanica: appassiscono lo splendore dei prati, l’effetto luminoso dei fiori, prosciugano la freschezza degli arbusti, rendono insipide e disgustose le piante verdi e gli ombreggi; tutte queste strutture incantevoli e graziose interessano molto poco chi desidera soltanto ridurle in polvere in un mortaio. E nessuno andrà certo a cercare ghirlande per le pastorelle tra erbe destinate ai lavaggi.

Toute cette pharmacie ne souillait point mes images champêtres ; rien n’en était plus éloigné que des tisanes et des emplâtres. J’ai souvent pensé en regardant de près les champs, les vergers, les bois et leurs nombreux habitants, que le règne végétal était un magasin d’aliments donnés par la nature à l’homme et aux animaux. Mais jamais il ne m’est venu à l’esprit d’y chercher des drogues et des remèdes. Je ne vois rien dans ses diverses productions qui m’indique un pareil usage, et elle nous aurait montré le choix si elle nous l’avait prescrit, comme elle a fait pour les comestibles. Je sens même que le plaisir que je prends à parcourir les bocages serait empoisonné par le sentiment des infirmités humaines s’il me laissait penser à la fièvre, à la pierre, à la goutte, et au mal caduc. Du reste je ne disputerai point aux végétaux les grandes vertus qu’on leur attribue ; je dirai seulement qu’en supposant ces vertus réelles c’est malice pure aux malades de continuer à l’être ; car de tant de maladies que les hommes se donnent il n’y en a pas une seule dont vingt sortes d’herbes ne guérissent radicalement.

Ces tournures d’esprit qui rapportent toujours tout à notre intérêt matériel, qui font chercher partout du profit ou des remèdes, et qui feraient regarder avec indifférence toute la nature si l’on se portait toujours bien, n’ont jamais été les miennes. Je me sens là-dessus tout à rebours des autres hommes : tout ce qui tient au sentiment de mes besoins attriste et gâte mes pensées, et jamais je n’ai trouvé de vrai charme aux plaisirs de l’esprit qu’en perdant tout à fait de vue l’intérêt de mon corps. Ainsi quand même je croirais à la médecine, et quand même ses remèdes seraient agréables, je ne trouverais jamais à m’en occuper ces délices que donne une contemplation pure et désintéressée, et mon âme ne saurait s’exalter et planer sur la nature, tant que je la sens tenir aux liens de mon corps. D’ailleurs, sans avoir eu jamais grande confiance à la médecine j’en ai eu beaucoup à des médecins que j’estimais, que j’aimais, et à qui je laissais gouverner ma carcasse avec pleine autorité. Quinze ans d’expérience m’ont instruit à mes dépens ; rentré maintenant sous les seules lois de la nature, j’ai repris par elle ma première santé. Quand les médecins n’auraient point contre moi d’autres griefs, qui pourrait s’étonner de leur haine ? Je suis la preuve vivante de la vanité de leur art et de l’inutilité de leurs soins.

Non, rien de personnel, rien qui tienne à l’intérêt de mon corps ne peut occuper vraiment mon âme. Je ne médite, je ne rêve jamais plus délicieusement que quand je m’oublie moi-même. Je sens des extases, des ravissements inexprimables à me fondre pour ainsi dire dans le système des êtres, à m’identifier avec la nature entière. Tant que les hommes furent mes frères, je me faisais des projets de félicité terrestre ; ces projets étant toujours relatifs au tout, je ne pouvais être heureux que de la félicité publique, et jamais l’idée d’un bonheur particulier n’a touché mon cœur que quand j’ai vu mes frères ne chercher le leur que dans ma misère. Alors pour ne les pas haïr il a bien fallu les fuir ; alors me réfugiant chez la mère commune j’ai cherché dans ses bras à me soustraire aux atteintes de ses enfants, je suis devenu solitaire, ou, comme ils disent, insociable et misanthrope, parce que la plus sauvage solitude me paraît préférable à la société des méchants, qui ne se nourrit que de trahisons et de haine.

Forcé de m’abstenir de penser, de peur de penser à mes malheurs malgré moi ; forcé de contenir les restes d’une imagination riante mais languissante, que tant d’angoisses pourraient effaroucher à la fin ; forcé de tâcher d’oublier les hommes, qui m’accablent d’ignominies et d’outrages, de peur que l’indignation ne m’aigrît enfin contre eux, je ne puis cependant me concentrer tout entier en moi-même, parce que mon âme expansive cherche malgré que j’en aie à étendre ses sentiments et son existence sur d’autres êtres, et je ne puis plus comme autrefois me jeter tête baissée dans ce vaste océan de la nature, parce que mes facultés affaiblies et relâchées ne trouvent plus d’objets assez déterminés, assez fixes, assez à ma portée pour s’y attacher fortement, et que je ne me sens plus assez de vigueur pour nager dans le chaos de mes anciennes extases. Mes idées ne sont presque plus que des sensations, et la sphère de mon entendement ne passe pas les objets dont je suis immédiatement entouré.

Fuyant les hommes, cherchant la solitude, n’imaginant plus, pensant encore moins, et cependant doué d’un tempérament vif qui m’éloigne de l’apathie languissante et mélancolique, je commençai de m’occuper de tout ce qui m’entourait et par un instinct fort naturel je donnai la préférence aux objets les plus agréables. Le règne minéral n’a rien en soi d’aimable et d’attrayant ; ses richesses enfermées dans le sein de la terre semblent avoir été éloignées des regards des hommes pour ne pas tenter leur cupidité. Elles sont là comme en réserve pour servir un jour de supplément aux véritables richesses qui sont plus à sa portée et dont il perd le goût à mesure qu’il se corrompt. Alors il faut qu’il appelle l’industrie, la peine et le travail au secours de ses misères ; il fouille les entrailles de la terre, il va chercher dans son centre aux risques de sa vie et aux dépens de sa santé des biens imaginaires à la place des biens réels qu’elle lui offrait d’elle-même quand il savait en jouir. Il fuit le soleil et le jour qu’il n’est plus digne de voir ; il s’enterre tout vivant et fait bien, ne méritant plus de vivre à la lumière du jour. Là, des carrières, des gouffres, des forges, des fourneaux, un appareil d’enclumes, de marteaux, de fumée et de feu, succèdent aux douces images des travaux champêtres. Les visages hâves des malheureux qui languissent dans les infectes vapeurs des mines, de noirs forgerons, de hideux cyclopes, sont le spectacle que l’appareil des minés substitue, au sein de la terre, à celui de la verdure et des fleurs, du ciel azuré, des bergers amoureux et des laboureurs robustes, sur sa surface.

Il est aisé, je l’avoue, d’aller ramassant du sable et des pierres, d’en remplir ses poches et son cabinet et de se donner avec cela les airs d’un naturaliste : mais ceux qui s’attachent et se bornent à ces sortes de collections sont pour l’ordinaire de riches ignorants qui ne cherchent à cela que le plaisir de l’étalage. Pour profiter dans l’étude des minéraux, il faut être chimiste et physicien ; il faut faire des expériences pénibles et coûteuses, travailler dans des laboratoires, dépenser beaucoup d’argent et de temps parmi le charbon, les creusets, les fourneaux, les cornues, dans la fumée et les vapeurs étouffantes, toujours au risque de sa vie et souvent aux dépens de sa santé. De tout ce triste et fatigant travail résulte pour l’ordinaire beaucoup moins de savoir que d’orgueil, et où est le plus médiocre chimiste qui ne croie pas avoir pénétré toutes les grandes opérations de la nature pour avoir trouvé par hasard peut-être quelques petites combinaisons de l’art ?

All this plant life in no way tainted my rural imagery; it was as far removed from anything medicinal as herbal infusions and ointments could be. Often, as I observed the fields, orchards, forests, and their numerous inhabitants up close, I would think that the kingdom of plants was nothing but a storehouse of nourishment provided by nature for humans and animals. Yet not once did it occur to me to seek drugs or remedies in them. I see nothing in their various productions that suggests such use; if they had intended for us to employ them in this way, they would have shown us how, just as they did with edible plants. In fact, I feel that the pleasure I take in wandering through these greenery would be tainted by the thought of human ailments—if it were to remind me of fever, stones, gout, and other chronic illnesses. Nevertheless, I would not dispute the great virtues often attributed to plants; I would merely say that if these virtues truly existed, it would be pure malice on the part of those who are sick to continue suffering from their illnesses, for out of all the ailments that afflict humans, there isn’t a single one for which twenty kinds of herbs cannot provide a complete cure.

These ways of thinking that always relate everything to our material interests, that seek profit or remedies everywhere, and that would make us regard nature with indifference if we were always in good health—such ways have never been mine. In this regard, I feel utterly different from other people: anything that reminds me of my physical needs brings me sorrow and distracts my thoughts. I have never found any true pleasure in the delights of the mind unless I completely set aside the concerns of my body. Even if I believed in medicine and its remedies were pleasant, I would never find any joy in engaging with them except through pure, disinterested contemplation. My soul could never be elevated or soar over nature while I felt it was bound to the constraints of my body. Moreover, although I have never had much trust in medicine, I have trusted greatly in doctors whom I respected and loved, and who were given full authority to care for my bodily needs. Fifteen years of personal experience have taught me at great cost; now, by submitting solely to the laws of nature, I have regained my health once more. If doctors had no other complaints against me, who could be surprised by their hatred? I am living proof of the futility of their art and the ineffectiveness of their treatments.

No, nothing personal; nothing related to the interests of my body can truly occupy my soul. I never meditate or dream more delightfully than when I forget myself entirely. I experience indescribable ecstasy and rapture when I seem to merge with the entire system of existence, when I identify myself with nature as a whole. As long as men were my brothers, I would make plans for earthly happiness; but since these plans were always related to the whole, I could only find true joy in the happiness of all. The idea of personal happiness never touched my heart until I saw that my brothers sought their own happiness only in my suffering. To avoid hating them, I had no choice but to flee from them; by seeking refuge in the common mother, I tried to escape the harm inflicted by her children. Thus, I became solitary—or, as they say, unsociable and misanthropic—for I found that the most desolate solitude was preferable to the company of evil people, who live only on betrayal and hatred.

Forced to refrain from thinking, for fear that I might involuntarily dwell upon my misfortunes; forced to suppress the remnants of a once-lively but now languishing imagination, which so much anxiety might ultimately frighten away; forced to try to forget about those who overwhelm me with indignities and insults, for fear that rage might finally make me turn against them—yet I am unable to fully concentrate on myself. For my expansive soul seeks, despite my efforts, to extend its feelings and existence to other beings. I can no longer plunge headlong into that vast ocean of nature as I once could; my weakened and weakened faculties can no longer find objects that are clear, fixed, and within my reach upon which to focus my attention. My thoughts have almost reduced themselves to mere sensations, and the scope of my understanding does not extend beyond the objects that immediately surround me.

Fleeing from men, seeking solitude, no longer able to imagine anything, and much less to think—yet endowed with a lively temperament that kept me far from languid apathy or melancholy—I began to pay attention to everything around me. By a natural instinct, I preferred the most pleasing objects. The mineral realm, in itself, possesses nothing endearing or attractive; its riches, locked away within the earth, seem to have been hidden from human sight, lest they tempt our greed. They exist as reserves, meant one day to supplement the true wealth that is far more readily accessible—yet of which we lose taste as we degenerate. Thus, man must resort to industry, hardship, and labor to alleviate his suffering. He digs into the earth’s depths, risking life and health in search of imaginary treasures, rather than the real riches that nature once offered him freely. He avoids the sun and daylight, for he no longer deserves to behold them; he buries himself alive, doing well indeed, since he no longer deserves to live under the light of day. There, shafts, pits, furnaces, and smoke-filled workshops replace the gentle scenes of pastoral labor. The haggard faces of unfortunate men struggling in the foul fumes of mines—blacksmiths, grotesque dwarfs—become the spectacle that mining replaces on earth’s surface, in place of green fields, blooming flowers, azure skies, loving shepherds, and strong, hardworking farmers.

It is easy, I admit, to collect sand and stones, to fill one’s pockets and laboratory with them, and thus to pretend to be a naturalist. But those who limit themselves to such collections are usually wealthy ignorants who seek merely the pleasure of showing off what they have gathered. To truly benefit from the study of minerals, one must be a chemist or physicist; one must conduct tedious and costly experiments, work in laboratories, spend a great deal of money and time amidst coal, crucibles, furnaces, and other equipment, surrounded by smoke and suffocating vapors—always at risk to one’s life and often at the expense of one’s health. In the end, all this sad and exhausting labor usually yields far less knowledge than it generates pride. And where is that most mediocre chemist who does not believe himself to have “penetrated” all the great mysteries of nature, merely by chance discovering some minor combinations within its processes?

Tutta questa “farmacia” naturale non offuscava affatto le mie immagini idilliache; nulla in essa aveva a che fare con decotti o unguenti. Spesso, osservando da vicino i campi, i frutteti, i boschi e i loro numerosi abitanti, pensavo che il regno vegetale fosse in realtà un magazzino di cibi donati dalla natura all’uomo e agli animali. Ma mai mi è venuto in mente di cercare in esso droghe o rimedi medicinali. Non vedo nulla nelle sue varie produzioni che possa suggerire un uso del genere; anzi, se la natura avesse voluto indicarcelo, lo avrebbe fatto chiaramente, proprio come ha fatto per i cibi commestibili. Sento persino che il piacere che provo nel passeggiare tra i boschetti verrebbe rovinato dal pensiero alle malattie umane, se ciò mi facesse riflettere sulla febbre, sulla gotta o su altre patologie. Del resto, non negherò affatto le grandi virtù attribuite ai vegetali; dirò soltanto che, anche ammettendo che queste virtù siano reali, è pura malvagità da parte dei malati continuare ad essere tali. Poiché, di tutte le malattie che gli esseri umani si infliggono, non ce n’è una sola per la quale venti tipi di erbe non possano fornire una cura efficace.

Questi modi di pensare che sempre collegano tutto al nostro interesse materiale, che cercano ovunque profitto o rimedi, e che farebbero guardare con indifferenza tutta la natura se ci sentissimo sempre bene, non sono mai stati i miei. In questo senso mi trovo completamente all’opposto degli altri uomini: tutto ciò che riguarda il senso dei miei bisogni mi rattrista e offusca i miei pensieri; mai ho trovato vero piacere nei divertimenti dello spirito se non perdendo completamente di vista l’interesse del mio corpo. Anche se credessi nella medicina, anche se i suoi rimedi fossero gradevoli, non troverei mai nel loro studio quei piaceri che derivano da una contemplazione pura e disinteressata; la mia anima non potrebbe esaltarsi e librarsi sulla natura finché la sento legata ai vincoli del mio corpo. Del resto, senza aver mai avuto grande fiducia nella medicina, ne ho avuta molta per alcuni medici che stimavo, amavo e a cui lasciavo governare il mio corpo con piena autorità. Quindici anni di esperienza mi hanno insegnato a mie spese; ora, rientrando sotto le sole leggi della natura, ho ripreso la mia salute originale attraverso di essa. Se i medici non avessero altri motivi di risentimento contro di me, chi potrebbe meravigliarsi del loro odio? Sono la prova vivente della vanità della loro arte e dell’inutilità dei loro trattamenti.

No, nulla di personale; nulla che riguardi gli interessi del mio corpo può davvero occupare la mia anima. Non medito mai, non sogno mai in modo così delizioso come quando mi dimentico completamente di me stesso. Provo estasi, emozioni indescrivibili quando mi fuso, per così dire, nel sistema degli esseri, quando mi identifico con tutta la natura. Finché gli uomini erano miei fratelli, facevo progetti di felicità terrena; poiché questi progetti riguardavano sempre il tutto, potevo essere felice soltanto attraverso la felicità collettiva. L’idea di una felicità individuale non ha mai toccato il mio cuore, finché non ho visto i miei “fratelli” cercare la loro felicità nella mia stessa miseria. Allora, per non odiarli, è stato necessario fuggirli; rifugiandomi presso la “madre comune”, ho cercato nei suoi abbracci di sfuggire alle offese dei suoi figli. Sono diventato solitario, o, come dicono, antisociale e misantropo: perché la solitudine più selvaggia mi sembra preferibile alla compagnia dei malvagi, che si nutrono solo di tradimenti e odio.

Costretto a astenermi dal pensare, per paura di riflettere involontariamente sui miei mali; costretto a reprimere gli ultimi barlumi di un’immaginazione un tempo vivace ma ormai appassita, che tante angosie potrebbero alla fine spaventare del tutto; costretto a cercare di dimenticare gli uomini che mi opprimono con ignominie e oltraggi, per paura che la mia indignazione non si intensifichi ancora di più contro di loro. Tuttavia non riesco più a concentrarmi completamente su me stesso: il mio spirito, per sua natura estroversiva, cerca inutilmente di estendere i propri sentimenti e la propria esistenza ad altri esseri. Non posso più, come un tempo, immergermi totalmente in quell’immenso oceano della natura; le mie facoltà, ormai indebolite e appassite, non trovano più oggetti abbastanza concreti, stabili e accessibili a cui attaccarsi con forza. E non ho più la forza necessaria per “nuotare” nel caos delle mie antiche estasi. Le mie idee sono ormai quasi soltanto sensazioni; la mia mente non riesce ad andare oltre gli oggetti che mi circondano immediatamente.

Fuggendo dagli uomini, cercando la solitudine, senza più immaginare nulla e pensando ancora meno, eppure dotato di un temperamento vivace che mi allontana dall’apatia languida e malinconica, iniziai a occuparmi di tutto ciò che mi circondava; per un istinto naturale, diedi la preferenza agli oggetti più piacevoli. Il regno minerale, in sé, non ha nulla di attraente o gradevole; le sue ricchezze, nascoste nel grembo della terra, sembrano essere state allontanate dagli occhi degli uomini per non tentare la loro avidità. Sono lì come riserve, pronte un giorno a integrare le vere ricchezze, che sono più a portata di mano e delle quali perdiamo il gusto man mano che ci corrompiamo. Allora dobbiamo chiamare in aiuto l’industria, il dolore e il lavoro per alleviare le nostre miserie; scaviamo nelle profondità della terra, rischiamo la vita e compromettiamo la salute alla ricerca di beni immaginari, al posto di quelli reali che essa stessa ci offriva quando sapevamo come goderli. Fuggiamo dal sole e dalla luce del giorno, di cui non siamo più degni; ci seppelliamo vivi, facendo bene, non meritando più di vivere alla luce del sole. Lì, cave, abissi, forge, forni, un insieme di incudini, martelli, fumo e fuoco sostituiscono le dolci immagini dei lavori agricoli; i volti pallidi degli sfortunati che soffrono nelle fetide nebbie delle miniere, i neri fabbri, quegli orribili “ciclopi”, sono lo spettacolo che l’industria mineraria offre, nel grembo della terra, al posto di quello della vegetazione e dei fiori, del cielo azzurro, dei pastori innamorati e dei contadini robusti, sulla superficie della terra.

Devo ammettere che è facile raccogliere sabbia e pietre, riempirne le proprie tasche e il proprio laboratorio, e con questo comportarsi come un naturalista. Ma coloro che si limitano a queste sorti di collezioni sono solitamente ricchi ignoranti che cercano in esse solo il piacere di esporre i propri oggetti. Per trarre veri benefici nello studio dei minerali, è necessario essere chimici e fisici: bisogna condurre esperimenti difficili e costosi, lavorare nei laboratori, spendere molto denaro e tempo tra carbone, crogioli, forni, corna, in mezzo a fumo e vapori soffocanti, sempre a rischio della propria vita e spesso a scapito della propria salute. Da tutto questo lavoro triste e faticoso, di solito si ottiene molto meno conoscenza che orgoglio. E dove mai si trova il chimico più mediocre che non creda di aver compreso tutte le grandi leggi della natura, semplicemente perché per caso ha scoperto qualche piccola combinazione artificiale?

Le règne animal est plus à notre portée et certainement mérite encore mieux d’être étudié. Mais enfin cette étude n’a-t-elle pas aussi ses difficultés, ses embarras, ses dégoûts et ses peines. Surtout pour un solitaire qui n’a, ni dans ses jeux ni dans ses travaux, d’assistance à espérer de personne. Comment observer, disséquer, étudier, connaître les oiseaux dans les airs, les poissons dans les eaux, les quadrupèdes plus légers que le vent, plus forts que l’homme et qui ne sont pas plus disposés à venir s’offrir à mes recherches que moi de courir après eux pour les y soumettre de force ? J’aurais donc pour ressource des escargots, des vers, des mouches, et je passerais ma vie à me mettre hors d’haleine pour courir après des papillons, à empaler de pauvres insectes, à disséquer des souris quand j’en pourrais prendre ou les charognes des bêtes que par hasard je trouverais mortes. L’étude des animaux n’est rien sans l’anatomie ; c’est par elle qu’on apprend à les classer, à distinguer les genres, les espèces. Pour les étudier par leurs mœurs, par leurs caractères, il faudrait avoir des volières, des viviers, des ménageries ; il faudrait les contraindre en quelque manière que ce pût être à rester rassemblés autour de moi. Je n’ai ni le goût ni les moyens de les tenir en captivité, ni l’agilité nécessaire pour les suivre dans leurs allures quand ils sont en liberté. Il faudra donc les étudier morts, les déchirer, les désosser, fouiller à loisir dans leurs entrailles palpitantes ! Quel appareil affreux qu’un amphithéâtre anatomique : des cadavres puants, de baveuses et livides chairs, du sang, des intestins dégoûtants, des squelettes affreux, des vapeurs pestilentielles ! Ce n’est pas là, sur ma parole, que Jean-Jacques ira chercher ses amusements.

Brillantes fleurs, émail des prés, ombrages frais, ruisseaux, bosquets, verdure, venez purifier mon imagination salie par tous ces hideux objets. Mon âme morte à tous les grands mouvements ne peut plus s’affecter que par des objets sensibles ; je n’ai plus que des sensations, et ce n’est plus que par elles que la peine ou le plaisir peuvent m’atteindre ici-bas. Attiré par les riants objets qui m’entourent, je les considère, je les contemple, je les compare, j’apprends enfin à les classer, et me voilà tout d’un coup aussi botaniste qu’a besoin de l’être celui qui ne veut étudier la nature que pour trouver sans cesse de nouvelles raisons de l’aimer.

Je ne cherche point à m’instruire : il est trop tard. D’ailleurs je n’ai jamais vu que tant de science contribuât au bonheur de la vie. Mais je cherche à me donner des amusements doux et simples que je puisse goûter sans peine et qui me distraient de mes malheurs. Je n’ai ni dépense à faire ni peine à prendre pour errer nonchalamment d’herbe en herbe, de plante en plante, pour les examiner, pour comparer leurs divers caractères, pour marquer leurs rapports et leurs différences, enfin pour observer l’organisation végétale de manière à suivre la marche et le jeu de ces machines vivantes, à chercher quelquefois avec succès leurs lois générales, la raison et la fin de leurs structures diverses, et à me livrer au charme de l’admiration reconnaissante pour la main qui me fait jouir de tout cela.

Les plantes semblent avoir été semées avec profusion sur la terre, comme les étoiles dans le ciel, pour inviter l’homme par l’attrait du plaisir et de la curiosité à l’étude de la nature ; mais les astres sont placés loin de nous ; il faut des connaissances préliminaires, des instruments, des machines, de bien longues échelles pour les atteindre et les rapprocher à notre portée. Les plantes y sont naturellement. Elles naissent sous nos pieds, et dans nos mains pour ainsi dire, et si la petitesse de leurs parties essentielles les dérobe quelquefois à la simple vue, les instruments qui les y rendent sont d’un beaucoup plus facile usage que ceux de l’astronomie. La botanique est l’étude d’un oisif et paresseux solitaire : une pointe et une loupe sont tout l’appareil dont il a besoin pour les observer. Il se promène, il erre librement d’un objet à l’autre, il fait la revue de chaque fleur avec intérêt et curiosité, et sitôt qu’il commence à saisir les lois de leur structure il goûte à les observer un plaisir sans peine aussi vif que s’il lui en coûtait beaucoup. Il y a dans cette oiseuse occupation un charme qu’on ne sent que dans le plein calme des passions mais qui suffit seul alors pour rendre la vie heureuse et douce : mais sitôt qu’on y mêle un motif d’intérêt ou de vanité, soit pour remplir des places ou pour faire des livres, sitôt qu’on ne veut apprendre que pour instruire, qu’on n’herborise que pour devenir auteur ou professeur, tout ce doux charme s’évanouit, on ne voit plus dans les plantes que des instruments de nos passions, on ne trouve plus aucun vrai plaisir dans leur étude, on ne veut plus savoir mais montrer qu’on sait, et dans les bois on n’est que sur le théâtre du monde, occupé du soin de s’y faire admirer ; ou bien se bornant à la botanique de cabinet et de jardin tout au plus, au lieu d’observer les végétaux dans la nature, on ne s’occupe que de systèmes et de méthodes ; matière éternelle de dispute qui ne fait pas connaître une plante de plus et ne jette aucune véritable lumière sur l’histoire naturelle et le règne végétal. De là les haines, les jalousies, que la concurrence de célébrité excite chez les botanistes auteurs autant et plus que chez les autres savants. En dénaturant cette aimable étude, ils la transplantent au milieu des villes et des académies où elle ne dégénère pas moins que les plantes exotiques dans les jardins des curieux.

Des dispositions bien différentes ont fait pour moi de cette étude une espèce de passion qui remplit le vide de toutes celles que je n’ai plus. Je gravis les rochers, les montagnes, je m’enfonce dans les vallons, dans les bois, pour me dérober autant qu’il est possible au souvenir des hommes et aux atteintes des méchants. Il me semble que sous les ombrages d’une forêt je suis oublié, libre et paisible comme si je n’avais plus d’ennemis ou que le feuillage des bois dût me garantir de leurs atteintes, comme il les éloigne de mon souvenir, et je m’imagine dans ma bêtise qu’en ne pensant point à eux ils ne penseront point à moi. Je trouve une si grande douceur dans cette illusion que je m’y livrerais tout entier si ma situation, ma faiblesse et mes besoins me le permettaient. Plus la solitude où je vis alors est profonde, plus il faut que quelque objet en remplisse le vide, et ceux que mon imagination me refuse ou que ma mémoire repousse sont suppléés par les productions spontanées que la terre, non forcée par les hommes, offre à mes yeux de toutes parts. Le plaisir d’aller dans un désert chercher de nouvelles plantes couvre celui d’échapper à des persécuteurs ; et parvenu dans des lieux où je ne vois nulles traces d’hommes je respire plus à mon aise comme dans un asile où leur haine ne me poursuit plus.

The animal kingdom is much more within our reach, and it certainly deserves even greater study. But after all, doesn’t this kind of research also present its difficulties, obstacles, repulsions, and hardships? Especially for a solitary individual who, in both his play and his work, cannot expect any assistance from anyone. How can one observe, dissect, study, and understand the birds in the air, the fish in the water, those quadrupeds lighter than the wind and stronger than man—animals that are just as unwilling to submit to my research as I am willing to chase them down and force them into it? My only resources would be snails, worms, and flies; I would spend my life running out of breath in pursuit of butterflies, impaling poor insects, dissecting mice whenever I could catch one, or the carcasses of animals that happened to die. The study of animals is impossible without anatomy; it is through anatomy that we learn to classify them, to distinguish between genera and species. To study them according to their habits and characteristics, one would need aviaries, ponds, and menageries; one would have to force them in some way to stay gathered around me. I neither have the desire nor the means to keep them captive, nor do I possess the agility needed to follow them as they move freely in the wild. Therefore, we will have to study them dead—tearing them apart, removing their bones, and rummaging at will through their pulsing innards! What a horrifying apparatus an anatomical theater must be: foul-smelling corpses, pale and slimy flesh, blood, disgusting intestines, grotesque skeletons, poisonous fumes. I swear, Jean-Jacques would never seek his amusement there.

Brilliant flowers, the emerald of the meadows, fresh shadows, streams, groves, greenery—come and purify my imagination, tainted by all these ugly objects. My soul, dead to all great emotions, can now be affected only by sensible objects; I have nothing left but sensations, and it is through them alone that pain or pleasure can reach me here below. Drawn toward the cheerful objects surrounding me, I observe them, contemplate them, compare them, and gradually learn to classify them. Suddenly, I become as much a botanist as one who wishes to study nature solely in order to find ever new reasons to love it.

I seek not to acquire knowledge: it is too late for that. Moreover, I have never seen how much science can contribute to the happiness of life. But I strive to find gentle and simple pleasures that I can enjoy without effort, and that will distract me from my misfortunes. I have no expenses to bear, nor any hardship to endure in wandering leisurely from one plant to another, examining them, comparing their various characteristics, noting their relationships and differences—and ultimately, in observing the organizational structure of plants, so as to understand the workings and functions of these living mechanisms. Sometimes, I succeed in discovering their general laws, the reasons behind their diverse structures, and the purpose of their existence. And in doing so, I am filled with gratitude and admiration for the hand that has granted me all this.

Plants seem to have been abundantly sown upon the earth, just like stars in the sky, in order to attract mankind—through the allure of pleasure and curiosity—to the study of nature. But the stars are placed far from us; we need preliminary knowledge, instruments, machinery, and lengthy efforts to reach them and bring them within our grasp. Plants, on the other hand, are naturally present around us. They grow right under our feet, so to speak, in our very hands. And although the tiny size of their essential parts sometimes obscures them from simple observation, the tools needed for studying them are far easier to use than those required for astronomy. Botany is thus the study of a leisurely and idle individual: a needle and a magnifying glass constitute all the equipment necessary for observing plants. One can wander freely from one specimen to another, examining each flower with interest and curiosity. Once one begins to grasp the laws governing their structure, the pleasure derived from such observation becomes as intense—and seemingly effortless—as if great effort were involved. There is indeed a charm in this leisurely pursuit—one that can only be fully appreciated in the calmness of one’s emotions. But once motives of interest or vanity are introduced—whether it be to gain fame or to write books, whether the goal is merely to appear knowledgeable—then all this gentle charm vanishes. Plants are then seen merely as instruments for fulfilling our own desires; their study no longer brings true pleasure. One no longer seeks knowledge for its own sake but rather to prove one’s competence. In the woods, one is merely concerned with appearing impressive in the eyes of others; or at best, one confines oneself to the study of plants in a laboratory or garden, focusing instead on theoretical systems and methods—topics that lead only to endless debates without truly advancing our understanding of nature or the plant kingdom. Hence the hatreds and jealousies that arise among botanists, just like among other scholars, due to competition for fame. By distorting this delightful pursuit, they bring it into the midst of cities and academies, where it degenerates just as exotic plants do in the gardens of curious individuals.

Very different circumstances have turned this pursuit into a sort of passion that fills the void left by all those other pursuits I no longer have. I climb rocks and mountains, delve into valleys and forests, seeking to escape both human memories and the threats of villains as much as possible. It seems to me that in the shade of a forest, I am forgotten, free, and at peace—as if I had no enemies left, or as if the foliage of the trees could protect me from their harm, just as it keeps their thoughts away from my mind. In my naivety, I imagine that if I do not think of them, they will not think of me either. I find such great solace in this illusion that I would give myself entirely to it if my circumstances, my weakness, and my needs allowed it. The deeper the solitude in which I live, the more something must fill its void—and what my imagination refuses or my memory rejects is compensated for by the spontaneous wonders that nature offers me everywhere, unforced by human hands. The pleasure of exploring a desert in search of new plants outweighs the joy of escaping persecutors; and when I reach places where there are no traces of humans at all, I breathe more freely, as if I have found a sanctuary where their hatred can no longer pursue me.

Il regno animale ci è più accessibile e certamente merita di essere studiato ancora di più. Ma anche questa ricerca presenta le sue difficoltà, i suoi ostacoli, i suoi dispiaceri e le sue fatiche. Soprattutto per uno che vive da solo, il quale non può sperare in alcun aiuto né nei propri giochi né nel proprio lavoro. Come si possono osservare, dissezionare, studiare e conoscere gli uccelli nell’aria, i pesci nelle acque, i quadrupedi più leggeri del vento, più forti dell’uomo, e che non sono certo disposti a farsi catturare per le mie ricerche, così come io non sono disposto a inseguirli con la forza? La mia risorsa sarebbero solo lumache, vermi, mosche. E passerei la mia vita a correre dietro ai farfalle, a infilzare poveri insetti, a dissezionare topi quando ne avessi l’opportunità, o i cadaveri di animali che per caso trovassi morti. Lo studio degli animali non può prescindere dall’anatomia: è attraverso di essa che si impara a classificarli, a distinguere i generi e le specie. Per studiarli attraverso i loro comportamenti e i loro caratteri, sarebbero necessari recinti per gli uccelli, acquari per i pesci, gabbie per gli animali. Sarebbe necessario costringerli in qualche modo a rimanere tutti intorno a me. Non ho né il desiderio né i mezzi per tenerli in cattività, né l’agilità necessaria per seguirli quando sono liberi. Quindi dovrò studiarli morti: squarciarli, smontarli, esaminare a piacimento le loro viscere palpitanti. Che orribile strumento è un anfiteatro anatomico: cadaveri puzzolenti, carni livide e bavose, sangue, intestini disgustosi, scheletri orribili, vapori pestilenziali. Non è certo lì che Jean-Jacques andrà a cercare i suoi divertimenti.

Fiori splendenti, luccichio dell’erba, ombre fresche, ruscelli, boschetti, verdure. Venite a purificare la mia immaginazione offuscata da tutti questi oggetti orribili. La mia anima, morta per ogni grande emozione, può essere colpita ormai solo da oggetti sensibili; non ho più che sensazioni, e è soltanto attraverso di esse che il dolore o il piacere possono raggiungermi in questo mondo. Attratto dagli oggetti gioiosi che mi circondano, li osservo, li ammiro, li confronto. E finalmente imparo a classificarli; e così, all’improvviso, divento un botanico, proprio come ne ha bisogno chi vuole studiare la natura soltanto per trovare continuamente nuove ragioni per amarla.

Non cerco di istruirmi: è troppo tardi. Inoltre, non ho mai visto che tanta scienza possa contribuire al benessere della vita. Cerco invece di trovare distrazioni dolci e semplici che possa godermi facilmente e che mi aiutino a dimenticare i miei mali. Non ho spese da sostenere, né fatiche da affrontare per passeggiare tranquillamente tra l’erba e le piante, per esaminarle, confrontarne le caratteristiche, individuare i loro rapporti e le loro differenze, e infine per osservare l’organizzazione vegetale al fine di comprendere il funzionamento di queste “macchine viventi”, cercando talvolta con successo le loro leggi generali, la ragione e lo scopo delle loro varie strutture, e lasciandomi incantare dall’ammirazione per quella mano che mi permette di godere di tutto ciò.

Le piante sembrano essere state seminate in abbondanza sulla terra, proprio come le stelle nel cielo, al fine di invogliare l’uomo, attraverso il fascino del piacere e della curiosità, a studiare la natura; ma gli astri sono posti lontano da noi: servono conoscenze preliminari, strumenti, macchinari, scale molto lunghe per raggiungerli e avvicinarli alla nostra portata. Le piante, invece, sono naturalmente presenti intorno a noi: nascono sotto i nostri piedi, quasi nelle nostre mani; e sebbene la piccolezza delle loro parti essenziali le renda talvolta invisibili ad occhio nudo, gli strumenti necessari per osservarle sono molto più semplici da utilizzare rispetto a quelli dell’astronomia. La botanica è dunque lo studio di uno che ama il riposo e la tranquillità: un semplice punteruolo e una lente costituiscono tutto l’equipaggiamento di cui ha bisogno per osservare le piante. Si aggira liberamente, esamina con interesse ogni fiore, e non appena inizia a comprendere le leggi della loro struttura, prova un piacere intenso nell’osservarle, senza alcuno sforzo. In questa attività apparentemente oziosa c’è un fascino che si percepisce soltanto nel pieno equilibrio delle emozioni; tale fascino è sufficiente da rendere la vita felice e serena. Ma non appena vi si mescolano motivi di interesse o vanità – sia per ottenere riconoscimenti o scrivere libri –, non appena lo scopo dello studio diventa soltanto quello di dimostrare ciò che si sa, allora tutto quel dolce piacere scompare: le piante non sono più viste come oggetti di studio, ma come strumenti al servizio delle nostre passioni; lo studio stesso perde ogni valore autentico. Ne consegue che nascono inimicizie e gelosie tra i botanici, proprio come avviene tra gli altri scienziati nella competizione per la notorietà. Denaturando questa piacevole attività di ricerca, la si trasferisce nelle città e nelle accademie, dove non fa che degenerare, proprio come le piante esotiche nei giardini dei curiosi.

Condizioni molto diverse hanno reso per me questo studio una sorta di passione che riempie il vuoto lasciato da tutte quelle altre che non ho più. Scalo rocce e montagne, mi addentro in valli e foreste, nel tentativo di sfuggire il più possibile ai ricordi degli uomini e alle minacce dei malvagi. Mi sembra che, all’ombra di una foresta, io sia dimenticato, libero e sereno, come se non avessi più nemici. O forse è proprio la vegetazione del bosco a proteggermi dalle loro aggressioni, così come a tenere lontani i loro ricordi da me. Nella mia ingenuità, penso che, se io non penso a loro, nemmeno loro penseranno a me. Trovo una grande dolcezza in questa illusione; mi ci abbandonerei completamente, se solo la mia situazione, la mia debolezza e i miei bisogni me lo permettessero. Più profonda è la solitudine in cui vivo, più è necessario che qualcosa riempia quel vuoto. E ciò che la mia immaginazione mi nega o che la mia memoria respinge, viene compensato dalle cose spontanee che la natura, senza essere influenzata dagli uomini, offre ovunque ai miei occhi. Il piacere di esplorare un deserto alla ricerca di nuove piante supera persino quello di sfuggire a dei persecutori. Arrivato in luoghi dove non vedo traccia di esseri umani, respiro più liberamente, come se fossi in un rifugio dove l’odio altrui non può più raggiungermi.

Je me rappellerai toute ma vie une herborisation que je fis un jour du côté de la Robaila, montagne du justicier Clerc. J’étais seul, je m’enfonçai dans les anfractuosités de la montagne, et de bois en bois, de roche en roche, je parvins à un réduit si caché que je n’ai vu de ma vie un aspect plus sauvage. De noirs sapins entremêlés de hêtres prodigieux, dont plusieurs tombés de vieillesse et entrelacés les uns dans les autres, fermaient ce réduit de barrières impénétrables ; quelques intervalles que laissait cette sombre enceinte n’offraient au-delà que des roches coupées à pic et d’horribles précipices que je n’osais regarder qu’en me couchant sur le ventre. Le duc, la chevêche et l’orfraie faisaient entendre leurs cris dans les fentes de la montagne, quelques petits oiseaux rares mais familiers tempéraient cependant l’horreur de cette solitude. Là je trouvai la dentaire heptaphyllos, le ciclamen, lenidus avis, le grand lacerpitium et quelques autres plantes qui me charmèrent et m’amusèrent longtemps. Mais insensiblement dominé par la forte impression des objets, j’oubliai la botanique et les plantes, je m’assis sur des oreillers de lycopodium et de mousses, et je me mis à rêver plus à mon aise en pensant que j’étais là dans un refuge ignoré de tout l’univers où les persécuteurs ne me déterreraient pas. Un mouvement d’orgueil se mêla bientôt à cette rêverie. Je me comparais à ces grands voyageurs qui découvrent une île déserte, et je me disais avec complaisance : sans doute je suis le premier mortel qui ait pénétré jusqu’ici ; je me regardais presque comme un autre Colomb. Tandis que je me pavanais dans cette idée, j’entendis peu loin de moi un certain cliquetis que je crus reconnaître ; j’écoute : le même bruit se répète et se multiplie. Surpris et curieux je me lève, je perce à travers un fourré de broussailles du côté d’où venait le bruit, et dans une combe à vingt pas du lieu même où je croyais être parvenu le premier j’aperçois une manufacture de bas.

Je ne saurais exprimer l’agitation confuse et contradictoire que je sentis dans mon cœur à cette découverte. Mon premier mouvement fut un sentiment de joie de me retrouver parmi des humains où je m’étais cru totalement seul. Mais ce mouvement, plus rapide que l’éclair, fit bientôt place à un sentiment douloureux plus durable, comme ne pouvant dans les antres mêmes des Alpes échapper aux cruelles mains des hommes acharnés à me tourmenter. Car j’étais bien sûr qu’il n’y avait peut-être pas deux hommes dans cette fabrique qui ne fussent initiés dans le complot dont le prédicant Montmollin s’était fait le chef, et qui tirait de plus loin ses premiers mobiles. Je me hâtai d’écarter cette triste idée et je finis par rire en moi-même, et de ma vanité puérile, et de la manière comique dont j’en avais été puni.

Mais en effet qui jamais eût dû s’attendre à trouver une manufacture dans un précipice. Il n’y a que la Suisse au monde qui présente ce mélange de la nature sauvage et de l’industrie humaine. La Suisse entière n’est pour ainsi dire qu’une grande ville, dont les rues larges et longues plus que celle de Saint-Antoine, sont semées de forêts, coupées de montagnes, et dont les maisons éparses et isolées ne communiquent entre elles que par des jardins anglais. Je me rappelai à ce sujet une autre herborisation que Du Peyrou, d’Escherny, le colonel Pury, le justicier Clerc et moi, avions faite il y avait quelque temps sur la montagne de Chasseron, du sommet de laquelle on découvre sept lacs. On nous dit qu’il n’y avait qu’une seule maison sur cette montagne, et nous n’eussions sûrement pas deviné la profession de celui qui l’habitait, si l’on n’eût ajouté que c’était un libraire, et qui même faisait fort bien ses affaires dans le pays[361]. Il me semble qu’un seul fait de cette espèce fait mieux connaître la Suisse que toutes les descriptions des voyageurs.

En voici un autre de même nature ou à peu près qui ne fait pas moins connaître un peuple fort différent. Durant mon séjour à Grenoble je faisais souvent de petites herborisations hors de la ville avec le sieur Bovier, avocat de ce pays-là ; non pas qu’il aimât ni sût la botanique, mais parce que s’étant fait mon garde de la manche, il se faisait autant que la chose était possible une loi de ne pas me quitter d’un pas. Un jour nous nous promenions le long de l’Isère dans un lieu tout plein de saules épineux. Je vis sur ces arbrisseaux des fruits mûrs, j’eus la curiosité d’en goûter et leur trouvant une petite acidité très agréable, je me mis à manger de ces grains pour me rafraîchir ; le sieur Bovier se tenait à côté de moi sans m’imiter et sans rien dire. Un de ses amis survint, qui me voyant picorer ces grains me dit : « Eh ! monsieur, que faites-vous là ? Ignorez-vous que ce fruit empoisonne ? — Ce fruit empoisonne ? m’écriai-je tout surpris ! — Sans doute, reprit-il ; et tout le monde sait si bien cela que personne dans le pays ne s’avise d’en goûter. » Je regardai le sieur Bovier et je lui dis : « Pourquoi donc ne m’avertissiez-vous pas ? — Ah, monsieur, me répondit-il d’un ton respectueux, je n’osais pas prendre cette liberté. » Je me mis à rire de cette humilité dauphinoise, en discontinuant néanmoins ma petite collation. J’étais persuadé, comme je le suis encore, que toute production naturelle agréable au goût ne peut être nuisible au corps ou ne l’est du moins que par son excès. Cependant j’avoue que je m’écoutai un peu tout le reste de la journée : mais j’en fus quitte pour un peu d’inquiétude ; je soupai très bien, dormis mieux, et me levai le matin en parfaite santé, après avoir avalé la veille quinze ou vingt grains de ce terrible hippophae, qui empoisonne à très petite dose, à ce que tout le monde me dit à Grenoble le lendemain. Cette aventure me parut si plaisante que je ne me la rappelle jamais sans rire de la singulière discrétion de M. l’avocat Bovier[362].

Toutes mes courses de botanique, les diverses impressions du local des objets qui m’ont frappé, les idées qu’il m’a fait naître, les incidents qui s’y sont mêlés, tout cela m’a laissé des impressions qui se renouvellent par l’aspect des plantes herborisées dans ces mêmes lieux. Je ne reverrai plus ces beaux paysages, ces forêts, ces lacs, ces bosquets, ces rochers, ces montagnes, dont l’aspect a toujours touché mon cœur : mais maintenant que je ne peux plus courir ces heureuses contrées je n’ai qu’à ouvrir mon herbier et bientôt il m’y transporte. Les fragments des plantes que j’y ai cueillies suffisent pour me rappeler tout ce magnifique spectacle. Cet herbier est pour moi un journal d’herborisation qui me les fait recommencer avec un nouveau charme et produit l’effet d’une optique qui les peindrait derechef à mes yeux.

C’est la chaîne des idées accessoires qui m’attache à la botanique. Elle rassemble et rappelle à mon imagination toutes les idées qui la flattent davantage. Les prés, les eaux, les bois, la solitude, la paix surtout et le repos qu’on trouve au milieu de tout cela sont retracés par elle incessamment à ma mémoire. Elle me fait oublier les persécutions des hommes, leur haine, leurs mépris, leurs outrages, et tous les maux dont ils ont payé mon tendre et sincère attachement pour eux. Elle me transporte dans des habitations paisibles au milieu de gens simples et bons tels que ceux avec qui j’ai vécu jadis. Elle me rappelle et mon jeune âge et mes innocents plaisirs, elle m’en fait jouir derechef, et me rend heureux bien souvent encore au milieu du plus triste sort qu’ait subi jamais un mortel.

Huitième promenade

En méditant sur les dispositions de mon âme dans toutes les situations de ma vie, je suis extrêmement frappé de voir si peu de proportion entre les diverses combinaisons de ma destinée et les sentiments habituels de bien ou mal être dont elles m’ont affecté. Les divers intervalles de mes courtes prospérités ne m’ont laissé presque aucun souvenir agréable de la manière intime et permanente dont elles m’ont affecté, et au contraire, dans toutes les misères de ma vie je me sentais constamment rempli de sentiments tendres, touchants, délicieux, qui versant un baume salutaire sur les blessures de mon cœur navré semblaient en convertir la douleur en volupté, et dont l’aimable souvenir me revient seul, dégagé de celui des maux que j’éprouvais en même temps. Il me semble que j’ai plus goûté la douceur de l’existence, que j’ai réellement plus vécu quand mes sentiments resserrés, pour ainsi dire, autour de mon cœur par ma destinée, n’allaient point s’évaporant au dehors sur tous les objets de l’estime des hommes, qui en méritent si peu par eux-mêmes, et qui font l’unique occupation des gens que l’on croit heureux.

I will remember for the rest of my life a botanizing expedition I undertook one day near the Robaila mountain, the dwelling place of the just Clerc. I was alone; I ventured deeper into the mountain’s ravines, and through layers of woods and rocks, I eventually reached a secluded spot so hidden that I had never seen anything more wild in my life. Dark pines intermingled with enormous beech trees—some of them fallen from old age and entwined together—formed an impenetrable barrier around this haven; the few gaps in this dark enclosure revealed only sheer cliffs and terrifying precipices that I could only dare to look at while lying on my stomach. The duke, the roe deer, and the woodpecker could be heard calling out from the mountain’s crevices, but a few rare yet familiar little birds somewhat mitigated the horror of this solitude. There, I found the dentaria heptaphyllos, the cyclamen, lenidus avis, the great lacerpitium, and several other plants that delighted and entertained me for a long time. But gradually, overwhelmed by the overwhelming beauty of the surroundings, I forgot about botany and plants altogether; I sat on cushions made of lycopodium and mosses and began to dream, feeling safe in this unknown refuge where my persecutors could never find me. Soon, a sense of pride mingled with these thoughts. I compared myself to those great explorers who discover deserted islands, and I thought to myself with satisfaction: “Surely I am the first mortal to have ever set foot here; I almost consider myself another Columbus.” As I indulged in this fantasy, I heard a certain clicking sound not far away; I listened carefully—it was the same noise, repeating and growing louder. Surprised and curious, I got up and pushed through a thicket of bushes in the direction of the sound. Twenty paces away, in a hollow, I found a lace-making workshop.

I could not express in words the confused and contradictory agitation I felt in my heart upon making this discovery. My first reaction was a sense of joy at finding myself among humans, after having believed myself to be utterly alone. But this feeling, swift as lightning, was soon replaced by a more enduring and painful sensation—as if, even in the depths of the Alps, I could not escape the cruel hands of those men determined to torment me. For I was certain that there were no two people in that factory who were not involved in the conspiracy led by the preacher Montmollin, whose true motives stemmed from far more sinister origins. I quickly tried to shake off this gloomy thought and eventually laughed at my own childish vanity—and at the ridiculous way in which I had been punished for it.

But indeed, who could have ever expected to find a factory in a precipice? Only Switzerland in the whole world presents this combination of wild nature and human industry. The entire country of Switzerland is, so to speak, a great city; its wide and long streets—longer even than those in Saint-Antoine—are interspersed with forests and mountains, and its scattered, isolated houses are connected only by English-style gardens. I recall another botanizing expedition that Du Peyrou, d’Escherny, Colonel Pury, Justicier Clerc, and I had undertaken some time ago on the mountain of Chasseron, from whose summit one can see seven lakes. We were told that there was only one house on that mountain, and we would surely never have guessed the profession of its inhabitant if it had not been mentioned that he was a bookseller who was even doing quite well in his business in that region[361]. It seems to me that such a single fact is far more telling about Switzerland than all the descriptions given by travelers.

Here is another story of similar or nearly similar nature, which also reveals a very different people. During my stay in Grenoble, I often went on small excursions outside the city with Mr. Bovier, a lawyer from that region; not because he had any interest in or knowledge of botany, but because he acted as my personal attendant and made every effort to never leave my side. One day we were walking along the Isère in a area full of thorny willows. I saw ripe fruits on these shrubs; out of curiosity, I tasted them and found them to have a slightly sour but very pleasant flavor, so I began eating them to refresh myself. Mr. Bovier stood beside me without imitating me or saying anything. Suddenly, one of his friends came along and, seeing me eating those fruits, said, “Oh, sir, what are you doing? Don’t you know that these fruits are poisonous?” “Poisonous?” I exclaimed in surprise. “Certainly,” he replied; “everyone knows that so well that no one in this region would ever dare to eat them.” I looked at Mr. Bovier and said, “Why didn’t you warn me?” “Ah, sir,” he replied respectfully, “I didn’t dare to take such liberty.” I laughed at this display of Dauphinian humility but continued eating those fruits anyway. I was convinced—at least I still am—that any naturally occurring food that tastes good cannot be harmful to the body, or at least it can only be harmful if consumed in excess. However, I must admit that I kept an eye on myself for the rest of the day; but apart from some mild anxiety, I felt fine. I had a good dinner, slept well, and woke up the next morning perfectly healthy, after having eaten fifteen or twenty of those supposedly poisonous fruits the previous day. Everyone in Grenoble told me that even in small doses, this plant is highly toxic. That incident seemed so amusing to me that I never forget it, and I always laugh at Mr. Bovier’s peculiar discretion[362].

All my botany trips, the various impressions made upon me by the collection of plants in that place, the ideas they inspired in me, and the incidents that took place there—all these have left lasting memories, which are renewed whenever I see the plants gathered in those very same locations. I will never again see those beautiful landscapes, those forests, lakes, groves, rocks, and mountains whose beauty has always touched my heart; but now that I can no longer visit those delightful regions, all I need to do is open my herbarium, and soon it transports me there once more. The fragments of plants I have collected there are enough to remind me of all that magnificent scenery. For me, this herbarium is like a journal of my botanical adventures; it allows me to relive them with renewed fascination, as if they were being depicted before my eyes once again through the power of imagination.

It is the chain of associated ideas that binds me to botany. It gathers and reminds my imagination of all those concepts that particularly please it. Meadows, waters, forests, solitude—especially peace and tranquility found in such environments—are constantly recalled by these ideas. They help me forget about human persecution, their hatred, their contempt, their insults, and all the evils they have inflicted because of my tender and sincere affection for them. They transport me to peaceful homes, surrounded by simple and kind people, just like those I once lived with. They remind me of my youth and my innocent pleasures, allowing me to relive them once again, and often bring me happiness even in the midst of the most tragic fates that a mortal may endure.

Eighth Stroll

In reflecting on the state of my soul in all the circumstances of my life, I am deeply struck by the striking disparity between the various combinations that have shaped my fate and the usual feelings of happiness or suffering that these experiences have brought me. The brief periods of prosperity in my life have left me with almost no pleasant memories of how profoundly they influenced me; on the contrary, throughout all my hardships, I was constantly filled with tender, moving, and delightful emotions that seemed to heal the wounds in my wounded heart, transforming pain into pleasure. The recollection of these moments alone remains vivid for me, separate from the memories of the evils I endured at the same time. It seems to me that I truly experienced the sweetness of life more fully when my feelings were closely bound to my heart, un distracted by external objects of human admiration—objects that are so insignificant in their own right and yet occupy the minds of those we consider happy.

Ricorderò per tutta la vita una raccolta di erbe che feci un giorno vicino alla Robaila, montagna del giudice Clerc. Ero solo; mi addentrai nelle cavità della montagna e, passo dopo passo, tra alberi e rocce, raggiunsi un rifugio così nascosto che non avevo mai visto nulla di più selvaggio in vita mia. Neri pini mescolati a maestosi faggi, alcuni dei quali caduti per vecchiaia e intrecciati tra loro, formavano barriere insuperabili; pochi spazi lasciati da questa oscura cerchia offrivano soltanto rocce scoscese e orribili precipizi che non osavo guardare se non sdraiandomi a pancia in giù. Il duca, la lepre e l’usignolo emettevano i loro richiami dalle fessure della montagna; alcuni piccoli uccelli rari, ma familiari, mitigavano però l’orrore di quella solitudine. Lì trovai la dentaria heptaphyllos, il ciclamen, il lenidus avis, il grande lacerpitium e altre piante che mi incantarono e divertirono a lungo. Ma gradualmente, sopraffatto dall’impressione forte di quegli ambienti, dimenticai la botanica e le piante stesse; mi sedetti su cuscini di licopodio e muschio e iniziai a sognare, convinto di trovarmi in un rifugio sconosciuto da tutto l’universo, dove i miei persecutori non avrebbero mai potuto trovarmi. Presto, un senso di orgoglio si mescolò a questi pensieri: mi paragonavo a quei grandi viaggiatori che scoprono isole deserte e mi dicevo con compiacimento che probabilmente ero il primo essere umano ad aver raggiunto quel luogo; quasi mi consideravo un altro Colombo. Mentre mi crogiolavo in queste fantasie, sentii poco lontano da me un certo rumore che sembrava familiare. Ascoltai: lo stesso suono si ripeteva continuamente. Sorpreso e curioso, mi alzai e, attraverso un cespuglio di rovi, scorsi in una conca a venti passi dal luogo dove credevo di essere arrivato per primo. Una fabbrica di calze!

Non saprei come esprimere l’agitazione confusa e contraddittoria che provai nel mio cuore di fronte a questa scoperta. Il mio primo impulso fu un senso di gioia nel ritrovarmi tra degli esseri umani, dopo aver creduto di essere completamente solo. Ma questo sentimento, più veloce del lampo, fu presto sostituito da una sensazione dolorosa e duratura. Come se, anche nelle profondità delle Alpi, non potessi sfuggire alle crudeli mani di uomini decisi a tormentarmi. Infatti, ero certo che in quella fabbrica non ci fossero due persone soltanto che non fossero coinvolte nel complotto guidato dal predicante Montmollin. E che i motivi alla base di quel complotto risalissero a fonti ancora più lontane. Mi affrettai ad allontanare quest’idea triste, e alla fine iniziai a ridere, di me stesso, della mia vanità infantile, e del modo ridicolo in cui ne ero stato punito.

Ma in effetti, chi avrebbe mai potuto immaginare di trovare una fabbrica in un precipizio? Solo la Svizzera presenta questo strano miscuglio di natura selvaggia e industria umana. L’intera Svizzera è, per così dire, una grande città le cui strade ampie e lunghe, più ancora di quelle di Saint-Antoine, sono costellate di foreste e interrotte da montagne; le case sparse e isolate comunicano tra loro soltanto attraverso giardini all’inglese. A questo proposito, ricordo un’altra escursione botanica che io, Du Peyrou, d’Escherny, il colonnello Pury, il giudice Clerc e altri avevamo fatto tempo fa sulla montagna di Chasseron, dal cui vertice si possono ammirare sette laghi. Ci dissero che su quella montagna c’era soltanto una casa; sicuramente non avremmo mai indovinato la professione del suo abitante, se non ci fosse stato detto che si trattava di un libraio il quale, anzi, conduceva i propri affari molto bene in quella regione[361]. Credo che un solo fatto del genere possa far conoscere meglio la Svizzera di tutte le descrizioni dei viaggiatori.

Ecco un altro episodio simile o quasi, che ci fa conoscere un popolo molto diverso da quello di Grenoble. Durante il mio soggiorno in quella città, facevo spesso piccole escursioni botaniche fuori città insieme al signor Bovier, avvocato del luogo; non perché lui amasse o conoscesse la botanica, ma perché, essendo diventato il mio “guardiano personale”, si impegnava al massimo per non lasciarmi mai solo. Un giorno stavamo passeggiando lungo l’Isère in un luogo pieno di salici spinosi; vidi su quegli arbusti dei frutti maturi, ne provai uno e, trovandolo leggermente acidulo ma molto gradevole al gusto, iniziai a mangiarne per rinfrescarmi. Il signor Bovier stava accanto a me senza imitarmi né dire nulla. Poi arrivò un suo amico che, vedendomi mangiare quei frutti, mi disse: “Ehi, signore, cosa state facendo? Non sapete forse che questo frutto è velenoso?” “Questo frutto è velenoso?”, esclamai sorpreso. “Certo”, rispose lui; “e tutti lo sanno così bene che nessuno nel paese osa assaggiarlo.” Guardai il signor Bovier e gli dissi: “Perché allora non mi avete avvertito?” “Ah, signore”, rispose lui con rispetto, “non ho osato prendermi questa libertà.” Risi di quella sua umiltà tipica del Delfinato, ma continuai comunque a mangiare quei frutti. Ero convinto, e lo sono ancora oggi, che qualsiasi prodotto naturale gradevole al gusto non possa essere dannoso per il corpo, o lo sia al massimo solo se consumato in eccesso. Tuttavia devo ammettere che per tutto il resto della giornata continuai a chiedermi cosa fosse successo. Ma alla fine non mi accadde nulla di grave: cenai bene, dormii meglio e la mattina dopo mi alzai in perfetta salute, dopo aver mangiato quindici o venti di quei frutti, che, a quanto mi dissero tutti a Grenoble il giorno seguente, sono davvero velenosi anche in piccole dosi. Questa avventura mi sembrò così divertente che non la dimentico mai senza ridere della singolare discrezione del signor Bovier.

Tutte le mie escursioni botaniche, le varie impressioni che il luogo in cui sono stato hanno suscitato in me, le idee che mi sono venute in mente, gli eventi che vi si sono verificati. Tutto ciò mi ha lasciato ricordi che si rinnovano ogni volta che osservo le piante raccolte nello stesso luogo. Non vedrò più quei bellissimi paesaggi, quelle foreste, quei laghi, quei boschetti, quei massi, quelle montagne il cui aspetto ha sempre toccato il mio cuore; ma ora che non posso più visitare quelle terre meravigliose, devo soltanto aprire il mio erbario. E subito mi vi ritrovo trasportato. I frammenti di piante che ho raccolto sono sufficienti per ricordarmi tutto quel magnifico spettacolo. Questo erbario è, per me, un “diario di botanica” che mi permette di rivivere quelle esperienze con un nuovo fascino, come se una sorta di “ottica magica” le raffigurasse immediatamente davanti ai miei occhi.

È la catena di idee accessorie che mi lega alla botanica. Questa catena raccoglie e richiama nella mia immaginazione tutte quelle idee che la lusingano maggiormente: i prati, le acque, i boschi, la solitudine, soprattutto la pace e il riposo che si trovano in mezzo a tutto ciò vengono incessantemente ricordati nella mia memoria. Questa catena di idee mi fa dimenticare le persecuzioni degli uomini, il loro odio, il loro disprezzo, i loro oltraggi, e tutti i mali che hanno causato a causa del mio tenero e sincero affetto per loro. Mi trasporta in abitazioni tranquille, tra persone semplici e buone, come quelle con cui ho vissuto un tempo. Mi ricorda della mia giovane età e dei miei innocenti piaceri; mi fa rivivere quei momenti e spesso mi rende felice, anche nel mezzo del destino più triste che un mortale abbia mai subito.

Ottava passeggiata

Meditando sulle disposizioni della mia anima in tutte le situazioni della mia vita, sono profondamente colpito dal constatare quanto sia scarsa la proporzione tra le diverse combinazioni del mio destino e i sentimenti di benessere o dolore che queste hanno suscitato in me. I brevi periodi di prosperità non mi hanno lasciato quasi alcun ricordo piacevole riguardo al modo in cui mi hanno influenzato; al contrario, in tutte le mie difficoltà ho sempre provato sentimenti teneri, commoventi e deliziosi che, come un balsamo lenitivo sulle ferite del mio cuore addolorato, sembravano trasformare il dolore in piacere. Il ricordo di questi momenti mi torna alla mente da solo, separato da quello dei mali che provavo contemporaneamente. Mi pare di aver assaporato maggiormente la dolcezza dell’esistenza, di aver vissuto davvero più intensamente quando i miei sentimenti erano concentrati esclusivamente sul mio cuore, senza disperdersi verso tutti quegli oggetti che gli uomini stimano tanto, ma che in realtà non meritano tale considerazione e rappresentano l’unica occupazione delle persone che si credono felici.

Quand tout était dans l’ordre autour de moi, quand j’étais content de tout ce qui m’entourait et de la sphère dans laquelle j’avais à vivre, je la remplissais de mes affections. Mon âme expansive s’étendait sur d’autres objets, et sans cesse attiré loin de moi par des goûts de mille espèces, par des attachements aimables qui sans cesse occupaient mon cœur, je m’oubliais en quelque façon moi-même, j’étais tout entier à ce qui m’était étranger et j’éprouvais dans la continuelle agitation de mon cœur toute la vicissitude des choses humaines. Cette vie orageuse ne me laissait ni paix au dedans, ni repos au dehors. Heureux en apparence, je n’avais pas un sentiment qui pût soutenir l’épreuve de la réflexion et dans lequel je pusse vraiment me complaire. Jamais je n’étais parfaitement content ni d’autrui ni de moi-même. Le tumulte du monde m’étourdissait, la solitude m’ennuyait, j’avais sans cesse besoin de changer de place et je n’étais bien nulle part. J’étais fêté pourtant, bien voulu, bien reçu, caressé partout. Je n’avais pas un ennemi, par un malveillant, pas un envieux. Comme on ne cherchait qu’à m’obliger j’avais souvent le plaisir d’obliger moi-même beaucoup de monde, et sans bien, sans emploi, sans fauteurs, sans grands talents bien développés ni bien connus, je jouissais des avantages attachés à tout cela, et je ne voyais personne dans aucun état dont le sort me parût préférable au mien. Que me manquait-il donc pour être heureux ; je l’ignore ; mais je sais que je ne l’étais pas.

Que me manque-t-il aujourd’hui pour être le plus infortuné des mortels ? Rien de tout ce que les hommes ont pu mettre du leur pour cela. Eh bien, dans cet état déplorable je ne changerais pas encore d’être et de destinée contre le plus fortuné d’entre eux, et j’aime encore mieux être moi dans toute ma misère que d’être aucun de ces gens-là dans toute leur prospérité. Réduit à moi seul, je me nourris, il est vrai, de ma propre substance, mais elle ne s’épuise pas et je me suffis à moi-même, quoique je rumine pour ainsi dire à vide et que mon imagination tarie et mes idées éteintes ne fournissent plus d’aliments à mon cœur. Mon âme offusquée, obstruée par mes organes, s’affaisse de jour en jour et sous le poids de ces lourdes masses n’a plus assez de vigueur pour s’élancer comme autrefois hors de sa vieille enveloppe.

C’est à ce retour sur nous-mêmes que nous force l’adversité, et c’est peut-être là ce qui la rend le plus insupportable à la plupart des hommes. Pour moi qui ne trouve à me reprocher que des fautes, j’en accuse ma faiblesse et je me console ; car jamais mal prémédité n’approcha de mon cœur.

Cependant à moins d’être stupide comment contempler un moment ma situation sans la voir aussi horrible qu’ils l’ont rendue, et sans périr de douleur et de désespoir ? Loin de cela, moi le plus sensible des êtres, je la contemple et ne m’en émeus pas ; et sans combats, sans efforts sur moi-même, je me vois presque avec indifférence dans un état dont nul autre homme peut-être ne supporterait l’aspect sans effroi.

Comment en suis-je venu là ? car j’étais bien loin de cette disposition paisible au premier soupçon du complot dont j’étais enlacé depuis longtemps sans m’en être aucunement aperçu. Cette découverte nouvelle me bouleversa. L’infamie et la trahison me surprirent au dépourvu. Quelle âme honnête est préparée à de tels genres de peines, il faudrait les mériter pour les prévoir. Je tombai dans tous les pièges qu’on creusa sous mes pas, l’indignation, la fureur, le délire, s’emparèrent de moi, je perdis la tramontane, ma tête se bouleversa, et dans les ténèbres horribles où l’on n’a cessé de me tenir plongé, je n’aperçus plus ni lueur pour me conduire, ni appui ni prise où je pusse me tenir ferme et résister au désespoir qui m’entraînait.

Comment vivre heureux et tranquille dans cet état affreux ? J’y suis pourtant encore et plus enfoncé que jamais, et j’y ai retrouvé le calme et la paix, et j’y vis heureux et tranquille, et j’y ris des incroyables tourments que mes persécuteurs se donnent en vain sans cesse, tandis que je reste en paix, occupé de fleurs, d’étamines et d’enfantillages, et que je ne songe pas même à eux.

Comment s’est fait ce passage ? Naturellement, insensiblement et sans peine. La première surprise fut épouvantable. Moi qui me sentais digne d’amour et d’estime, moi qui me croyais honoré, chéri comme je méritais de l’être, je me vis travesti tout d’un coup en un monstre affreux tel qu’il n’en exista jamais. Je vois toute une génération se précipiter tout entière dans cette étrange opinion, sans explication, sans doute, sans honte, et sans que je puisse au moins parvenir à savoir jamais la cause de cette étrange révolution. Je me débattis avec violence et ne fis que mieux m’enlacer. Je voulus forcer mes persécuteurs à s’expliquer avec moi ; ils n’avaient garde. Après m’être longtemps tourmenté sans succès, il fallut bien prendre haleine. Cependant j’espérais toujours ; je me disais : un aveuglement si stupide, une si absurde prévention, ne saurait gagner tout le genre humain. Il y a des hommes de sens qui ne partagent pas ce délire ; il y a des âmes justes qui détestent la fourberie et les traîtres. Cherchons, je trouverai peut-être enfin un homme ; si je le trouve, ils sont confondus. J’ai cherché vainement, je ne l’ai point trouvé. La ligue est universelle, sans exception, sans retour, et je suis sûr d’achever mes jours dans cette affreuse proscription, sans jamais en pénétrer le mystère.

C’est dans cet état déplorable qu’après de longues angoisses, au lieu du désespoir qui semblait devoir être enfin mon partage, j’ai retrouvé la sérénité, la tranquillité, la paix, le bonheur même, puisque chaque jour de ma vie me rappelle avec plaisir celui de la veille, et que je n’en désire point d’autre pour le lendemain.

D’où vient cette différence ? D’une seule chose. C’est que j’ai appris à porter le joug de la nécessité sans murmure. C’est que je m’efforçai de tenir encore à mille choses et que toutes ces prises m’ayant successivement échappé, réduit à moi seul j’ai repris enfin mon assiette. Pressé de tous côtés, je demeure en équilibre parce que ne m’attachant plus à rien je ne m’appuie que sur moi.

Quand je m’élevais avec tant d’ardeur contre l’opinion, je portais encore son joug sans que je m’en aperçusse. On veut être estimé des gens qu’on estime et tant que je pus juger avantageusement des hommes ou du moins de quelques hommes, les jugements qu’ils portaient de moi ne pouvaient m’être indifférents. Je voyais que souvent les jugements du public sont équitables ; mais je ne voyais pas que cette équité même était l’effet du hasard, que les règles sur lesquelles les hommes fondent leurs opinions ne sont tirées que de leurs passions ou de leurs préjugés qui en sont l’ouvrage, et que lors même qu’ils jugent bien, souvent encore ces bons jugements naissent d’un mauvais principe, comme lorsqu’ils feignent d’honorer en quelque succès le mérite d’un homme non par esprit de justice mais pour se donner un air impartial en calomniant tout à leur aise le même homme sur d’autres points.

Mais quand, après de longues et vaines recherches, je les vis tous rester sans exception dans le plus inique et absurde système qu’un esprit infernal pût inventer ; quand je vis qu’à mon égard la raison était bannie de toutes les têtes et l’équité de tous les cœurs ; quand je vis une génération frénétique se livrer tout entière à l’aveugle fureur de ses guides contre un infortuné qui jamais ne fit, ne voulut, ne rendit de mal à personne ; quand après avoir vainement cherché un homme il fallut éteindre enfin ma lanterne et m’écrier : il n’y en a plus ; alors je commençai à me voir seul sur la terre, et je compris que mes contemporains n’étaient par rapport à moi que des êtres mécaniques qui n’agissaient que par impulsion et dont je ne pouvais calculer l’action que par les lois du mouvement. Quelque intention, quelque passion que j’eusse pu supposer dans leurs âmes, elles n’auraient jamais expliqué leur conduite à mon égard d’une façon que je pusse entendre. C’est ainsi que leurs dispositions intérieures cessèrent d’être quelque chose pour moi ; je ne vis plus en eux que des masses différemment mues, dépourvues à mon égard de toute moralité.

When everything around me was in order, when I was content with everything surrounding me and with the world in which I lived, I filled it with my affections. My expansive soul reached out to other things, and constantly drawn away by a thousand different interests and endearing attachments that occupied my heart, I somewhat forgot about myself entirely, becoming wholly absorbed in what was foreign to me. In the constant turmoil of my emotions, I experienced all the vicissitudes of human life. This stormy existence brought me neither peace within nor rest without. Apparently happy, I lacked a state of mind that could withstand the test of reflection or that would truly bring me satisfaction. I was never completely content with others or with myself. The chaos of the world overwhelmed me; solitude bored me. I constantly needed to change my surroundings, yet I felt at ease nowhere. Yet I was celebrated, well-wished, and welcomed everywhere. I had no enemies—no malcontents, no envious people. Since everyone seemed eager to please me, I often found pleasure in helping many others. Without great wealth, without a specific role in life, without powerful supporters or highly developed talents, I still enjoyed the benefits that came with all this. And I saw no one in any situation whose fate seemed better than my own. So what was it that lacked for me to be happy? I do not know; but I know that I was not happy.

What is it that is missing from me today to make me the most unfortunate of mortals? Nothing of all that humans have ever tried to give me in this regard. Well, in this wretched state, I would not exchange my being and my fate for that of the luckiest among them; I would rather remain myself, in all my misery, than be any one of those people in all their prosperity. Alone, it is true, I sustain myself on my own inner resources, but they do not diminish; I am sufficient to myself, even though I seem to chew on nothing but emptiness, and my withered imagination and extinguished ideas no longer provide nourishment for my soul. My offended soul, obstructed by my physical body, declines day by day, and under the weight of these heavy burdens, it no longer possesses enough strength to break free from its old confines, as it once did.

It is this return to ourselves that adversity forces upon us, and perhaps it is precisely this that makes it so unbearable for most people. For me, who can find nothing but faults to reproach myself, I blame my own weakness and console myself; for never has any malice or premeditation ever approached my heart.

Yet, unless one is utterly foolish, how can one possibly regard one’s own situation without seeing it as horrible as they have made it appear, without being overwhelmed by pain and despair? Far from it—I, the most sensitive of beings—look upon it without any emotion; and without any struggle or effort on my part, I find myself almost indifferently facing a state that perhaps no other man could endure without feeling terror.

How did I come to such a state? For at the first hint of the conspiracy in which I had been involved for so long without even realizing it, I was far from any calm and peaceful disposition. This new discovery completely overturned me. Infamy and betrayal caught me off guard. What honest soul is prepared for such punishments? One would have to deserve them in order to anticipate them. I fell into every trap that was laid beneath my feet—indignation, fury, delirium overtook me. I lost my sense of direction; my mind became utterly confused. In those terrible shadows into which I was constantly plunged, I saw neither a glimmer of light to guide me nor any support or hold onto which I could cling in order to resist the despair that was dragging me down.

How is it possible to live happily and in peace in such a terrible state? Yet I am still there, even more deeply immersed than ever before. I have found calmness and peace there; I live happily and tranquilly, and I laugh at the incredible troubles that my persecutors go through in vain, while I remain at peace, occupied with flowers, stamens, and childish pursuits, and I don’t even think about them.

How did this transformation occur? Naturally, insensibly, and without difficulty. The first shock was terrible. I, who felt worthy of love and respect, who believed I was honored and cherished as I deserved to be, suddenly found myself transformed into a monstrous creature like no other that had ever existed. I saw an entire generation rushing headlong into this strange belief—without explanation, perhaps without shame—and I was never able to discover the cause of this bizarre revolution. I fought violently against it, but only managed to entangle myself further in its web. I tried to force my persecutors to explain themselves to me, but they refused to do so. After enduring much suffering in vain, I finally had to give up hope. Yet I still held on, thinking that such foolish blindness, such absurd prejudice could not prevail over all of humanity. There must be sensible people who do not share this delirium; there must be righteous souls who despise deceit and traitors. Let me search—perhaps I will finally find someone who can shed light on this mystery. But in vain did I search; I found no one. This conspiracy is universal, without exception, and without return. I am certain that I will spend the rest of my life in this terrible exile, never understanding its true nature.

It was in this deplorable state that, after long periods of anguish, instead of the despair that seemed destined to become my lot, I found serenity, tranquility, peace—even happiness. For every day of my life brings me joyful memories of the previous one, and I desire no other for the day ahead.

Where does this difference come from? From just one thing. It is that I learned to bear the yoke of necessity without complaint. It is that I tried to hold onto a thousand things, but as all of them gradually slipped away from me, left alone at last, I took back what was mine. Pressed on all sides, I remain in balance because, no longer clinging to anything, I rely solely on myself.

When I fought so passionately against prevailing opinions, I was still carrying their yoke without even realizing it. One desires to be respected by those whom one respects oneself; and as long as I was able to form favorable opinions about people—or at least about some of them—then the judgments they made about me could not remain indifferent to me. I saw that often public judgment is fair; but I did not realize that this very fairness was merely the result of chance, that the principles upon which people base their opinions are derived solely from their passions or prejudices, and that even when they judge rightly, such good judgments often stem from flawed foundations—just as when they pretend to honor someone’s achievements out of a sense of justice, but in reality do so only to appear impartial while freely condemning that same person on other matters.

But when, after long and futile searches, I saw them all, without exception, trapped within the most unjust and absurd system that an evil mind could ever devise; when I saw reason banished from everyone’s thoughts and fairness discarded from everyone’s hearts regarding me; when I saw a whole generation surrendering itself entirely to the blind fury of its leaders against a unfortunate man who had never done, wanted to do, or caused harm to anyone; when, after vainly searching for such a person, I was forced to extinguish my lantern and declare: “He is nowhere to be found”; then I began to realize that I was alone on this earth, and I understood that my contemporaries were nothing more than mechanical beings acting solely out of impulse, whose actions could be predicted only through the laws of motion. No matter what intentions or passions I might have imagined existing in their hearts, they would never have explained their behavior toward me in a way that I could understand. Thus, their inner motivations ceased to mean anything to me; I saw them merely as masses moving in different ways, devoid of any moral significance whatsoever.

Quando tutto intorno a me era in ordine, quando ero soddisfatto di ciò che mi circondava e della sfera nella quale dovevo vivere, la riempivo delle mie affezioni. La mia anima, estroversa e aperta, si estendeva verso altri oggetti; continuamente attratto da mille diversi interessi, da affetti dolci che occupavano costantemente il mio cuore, in un certo senso mi dimenticavo di me stesso, ero interamente dedicato a ciò che era estraneo a me e provavo, nell’incessante agitazione del mio animo, tutta la varietà delle esperienze umane. Questa vita tumultuosa non mi lasciava né pace dentro né riposo fuori. Apparentemente felice, non possedevo alcun sentimento che potesse resistere alla prova della riflessione, nessun sentimento nel quale potessi davvero trovar soddisfazione. Mai ero completamente contento né degli altri né di me stesso. Il tumulto del mondo mi assordiva; la solitudine mi annoiava; avevo sempre bisogno di cambiare ambiente e in nessun luogo mi sentivo veramente a mio agio. Eppure venivo festeggiato, apprezzato, accolto con affetto ovunque andassi. Non avevo nemici, né persone malvagie intorno a me, né invidiosi. Poiché tutti cercavano solo di rendermi felice, spesso avevo il piacere di rendere felici molti altri. Senza ricchezze, senza un ruolo preciso nella società, senza protettori o grandi talenti ben sviluppati, godevo comunque dei vantaggi che tutto ciò comportava. Eppure non vedevo nessuno il cui destino mi sembrasse migliore del mio. Che cosa mi mancava dunque per essere felice? Non lo so. So soltanto che non lo ero.

Cosa mi manca oggi per essere il più sfortunato tra i mortali? Niente di tutto ciò che gli uomini possono offrirmi per questo scopo. Ebbene, in questa condizione deplorevole, non cambierei ancora la mia essenza e il mio destino nemmeno per diventare il più fortunato tra loro; preferisco rimanere me stesso, nella mia completa miseria, piuttosto che essere uno di quegli uomini nella loro massima prosperità. Ridotto a me solo, è vero che mi nutro della mia stessa sostanza, ma essa non si esaurisce mai e io riesco a bastarmi, anche se in qualche modo “mastico il nulla”, e la mia immaginazione atrofizzata, le mie idee estinte non forniscono più alcun nutrimento al mio cuore. La mia anima, offesa e ostacolata dai miei stessi organi, si indebolisce giorno dopo giorno, e sotto il peso di queste pesanti “masse” non ha più abbastanza forza per liberarsi, come un tempo, dal suo vecchio involucro.

È proprio questo ritorno su noi stessi che l’avversità ci costringe a fare, e forse è proprio questo il motivo per cui la maggior parte degli uomini la trova insopportabile. Per me, che non ho da rimproverarmi se non di errori, ne attribuisco la colpa alla mia debolezza e mi consolo; perché mai un male premeditato è giunto al mio cuore.

Tuttavia, a meno di essere stupidi, come si può considerare la propria situazione senza vederla così orribile come loro l’hanno resa, e senza soffrire terribilmente per il dolore e il dispero? Lontano da questo, io, che sono forse la creatura più sensibile, la osservo senza provare alcuna emozione; e senza lotte, senza sforzi su me stesso, mi ritrovo quasi con indifferenza in una condizione di cui probabilmente nessun altro uomo potrebbe sopportare l’aspetto senza provare terrore.

Come sono arrivato a questo punto? Poiché, alla prima traccia di quel complotto in cui ero da tempo coinvolto senza che me ne rendessi conto, ero lontano da qualsiasi disposizione pacifica. Questa nuova scoperta mi sconvolse: l’infamia e la tradizione mi colsero impreparato. Quale anima onesta può essere preparata a subire simili punizioni? Bisognerebbe meritarle per poterle prevedere. Caddi in tutti gli inganni che mi venivano tenduti; l’indignazione, la furia, il delirio presero il sopravvento su di me. Persi l’equilibrio mentale; nelle orribili tenebre in cui fui costantemente immerso, non vidi più alcuna luce che potesse guidarmi, né alcun appoggio o punto d’appiglio su cui reggermi e resistere al disperazione che mi travolgeva.

Come si può vivere felici e in pace in uno stato così terribile? Eppure ci sono ancora, più intrappolato che mai; ho ritrovato l’equilibrio e la serenità, vivo felice e tranquillo. Rido delle incredibili sofferenze che i miei persecutori si infliggono invano, mentre io resto in pace, occupato da fiori, stami e cose infantili, senza nemmeno pensarli.

Come è avvenuto questo cambiamento? Naturalmente, in modo insensibile e senza alcuna difficoltà. La prima sorpresa fu terribile: io, che mi sentivo degno d’amore e di stima, che credevo di essere onorato e amato come meritavo, mi ritrovai all’improvviso trasformato in un mostro orrendo, mai esistito prima. Vidi intere generazioni precipitarsi in questa strana convinzione, senza alcuna spiegazione, senza vergogna. E non riuscii nemmeno a scoprire la causa di questa strana “rivoluzione”. Lottai con violenza, ma mi ritrovai solo più intrappolato in quella situazione. Cercai di far sì che i miei persecutori si spiegassero; loro, però, non avevano alcuna intenzione di farlo. Dopo aver sofferto a lungo senza successo, alla fine dovetti arrendermi. Tuttavia continuavo a sperare: un’ignoranza così stupida, una prevenzione così assurda, non poteva certo conquistare l’intera umanità. Ci devono essere uomini di buon senso che non condividono questo delirio; ci devono essere anime giuste che odiano la frode e i traditori. Cercherò ancora. Forse troverò finalmente qualcuno che possa chiarire tutto questo mistero. Ho cercato invano. Non l’ho trovato. La lega contro di me è universale, senza eccezioni, senza possibilità di ritorno. Sono sicuro che passerò i miei giorni in questa orribile esclusione, senza mai riuscire a comprendere il motivo di tutto ciò.

È in questo stato deplorevole che, dopo lunghi momenti di angoscia, al posto del disperazione che sembrava dover finalmente diventare la mia sorte, ho ritrovato la serenità, la tranquillità, la pace, persino la felicità. Infatti, ogni giorno della mia vita mi ricorda con piacere quello precedente, e non desidero alcun altro per il domani.

Da dove deriva questa differenza? Da una sola cosa: ho imparato a sopportare il giogo della necessità senza lamentarmi. Ho cercato di attaccarmi ancora a molte cose, ma poiché tutte queste mi sono successivamente sfuggite, alla fine, ridotto solo a me stesso, ho ripreso in mano la mia situazione. Pressato da tutti i lati, riesco comunque a mantenere l’equilibrio, perché non essendomi più attaccato a nulla, mi appoggio soltanto su me stesso.

Quando mi levavo con tanta passione contro l’opinione altrui, portavo ancora il suo giogo senza nemmeno accorgermene. Si vuole essere stimati da coloro che si stima; e finché potei giudicare positivamente gli uomini, o almeno alcuni di loro, i giudizi che essi avevano su di me non potevano lasciarmi indifferente. Vedevo infatti che spesso i giudizi del pubblico sono equi; ma non mi rendevo conto che proprio questa equità derivava dal caso, che le regole su cui gli uomini basano le loro opinioni nascono soltanto dalle loro passioni o dai loro pregiudizi, e che anche quando giudicano bene, spesso questi buoni giudizi derivano da principi errati. Ad esempio, quando fingono di onorare in qualche successo il merito di una persona, non lo fanno per spirito di giustizia, ma per dare l’impressione di essere imparziali, mentre in realtà diffamano facilmente quella stessa persona su altri aspetti.

Ma quando, dopo lunghe e vane ricerche, vidi che tutti rimanevano senza eccezione all’interno del sistema più ingiusto e assurdo che un’anima infernale potesse inventare; quando vidi che, riguardo a me, la ragione era bandita da tutte le menti e l’equità da tutti i cuori; quando vidi una generazione folle e frenetica abbandonarsi completamente alla furia cieca dei suoi capi contro un infelice che mai aveva fatto, voluto o causato del male a nessuno; quando, dopo aver cercato invano un uomo, dovetti finalmente spegnere la mia lanterna e dire: “Non ce n’è più, ”, allora cominciai a sentirmi solo su questa terra, e capii che i miei contemporanei, rispetto a me, non erano altro che esseri meccanici che agivano soltanto per impulso, e le cui azioni potevo comprendere soltanto attraverso le leggi del movimento. Qualsiasi intenzione o passione potessi immaginare nelle loro anime, non avrebbero mai potuto spiegare il loro comportamento nei miei confronti in modo che io potessi comprenderlo. Fu così che le loro disposizioni interiori cessarono di avere qualsiasi significato per me; non vidi più in loro altro che masse mosse in modi diversi, prive, rispetto a me, di ogni forma di moralità.

Dans tous les maux qui nous arrivent, nous regardons plus à l’intention qu’à l’effet. Une tuile qui tombe d’un toit peut nous blesser davantage mais ne nous navre pas tant qu’une pierre lancée à dessein par une main malveillante. Le coup porte à faux quelquefois mais l’intention ne manque jamais son atteinte. La douleur matérielle est ce qu’on sent le moins dans les atteintes de la fortune, et quand les infortunés ne savent à qui s’en prendre de leurs malheurs ils s’en prennent à la destinée qu’ils personnifient et à laquelle ils prêtent des yeux et une intelligence pour les tourmenter à dessein. C’est ainsi qu’un joueur dépité par ses pertes se met en fureur sans savoir contre qui. Il imagine un sort qui s’acharne à dessein sur lui pour le tourmenter, et trouvant un aliment à sa colère, il s’anime et s’enflamme contre l’ennemi qu’il s’est créé. L’homme sage, qui ne voit dans tous les malheurs qui lui arrivent que les coups de l’aveugle nécessité, n’a point ces agitations insensées ; il crie dans sa douleur mais sans emportement, sans colère ; il ne sent du mal dont il est la proie que l’atteinte matérielle, et les coups qu’il reçoit ont beau blesser sa personne, pas un n’arrive jusqu’à son cœur.

C’est beaucoup d’en être venu là mais ce n’est pas tout si l’on s’arrête. C’est bien avoir coupé le mal mais c’est avoir laissé la racine. Car cette racine n’est pas dans les êtres qui nous sont étrangers, elle est en nous-mêmes et c’est là qu’il faut travailler pour l’arracher tout à fait. Voilà ce que je sentis parfaitement dès que je commençai à revenir à moi. Ma raison ne me montrant qu’absurdité dans toutes les explications que je cherchais à donner à ce qui m’arrive, je compris que les causes, les instruments, les moyens de tout cela m’étant inconnus et inexplicables, devaient être nuls pour moi. Que je devais regarder tous les détails de ma destinée comme autant d’actes d’une pure fatalité où je ne devais supposer ni direction, ni intention, ni cause morale ; qu’il fallait m’y soumettre sans raisonner et sans regimber parce que cela serait inutile ; que tout ce que j’avais à faire encore sur la terre étant de m’y regarder comme un être purement passif, je ne devais point user à résister inutilement à ma destinée la force qui me restait pour la supporter. Voilà ce que je me disais. Ma raison, mon cœur y acquiesçaient et néanmoins je sentais ce cœur murmurer encore. D’où venait ce murmure ? Je le cherchai, je le trouvai ; il venait de l’amour-propre qui après s’être indigné contre les hommes se soulevait encore contre la raison.

Cette découverte n’était pas si facile à faire qu’on pourrait croire, car un innocent persécuté prend longtemps pour un pur amour de la justice l’orgueil de son petit individu. Mais aussi la véritable source une fois bien connue est facile à tarir ou du moins à détourner. L’estime de soi-même est le plus grand mobile des âmes fières ; l’amour-propre, fertile en illusions, se déguise et se fait prendre pour cette estime ; mais quand la fraude enfin se découvre et que l’amour-propre ne peut plus se cacher, dès lors il n’est plus à craindre et quoiqu’on l’étouffe avec peine on le subjugue au moins aisément.

Je n’eus jamais beaucoup de pente à l’amour-propre ; mais cette passion factice s’était exaltée en moi dans le monde, et surtout quand je fus auteur ; j’en avais peut-être encore moins qu’un autre mais j’en avais prodigieusement. Les terribles leçons que j’ai reçues l’ont bientôt renfermé dans ses premières bornes ; il commença par se révolter contre l’injustice mais il a fini par la dédaigner. En se repliant sur mon âme et en coupant les relations extérieures qui le rendent exigeant, en renonçant aux comparaisons et aux préférences, il s’est contenté que je fusse bon pour moi ; alors redevenant amour de moi-même il est rentré dans l’ordre de la nature et m’a délivré du joug de l’opinion.

Dès lors j’ai retrouvé la paix de l’âme et presque la félicité. Dans quelque situation qu’on se trouve ce n’est que par lui qu’on est constamment malheureux. Quand il se tait et que la raison parle elle nous console enfin de tous les maux qu’il n’a pas dépendu de nous d’éviter. Elle les anéantit même autant qu’ils n’agissent pas immédiatement sur nous, car on est sûr alors d’éviter leurs plus poignantes atteintes en cessant de s’en occuper. Ils ne sont rien pour celui qui n’y pense pas. Les offenses, les vengeances, les passe-droits, les outrages, les injustices, ne sont rien pour celui qui ne voit dans les maux qu’il endure que le mal même et non pas l’intention, pour celui dont la place ne dépend pas dans sa propre estime de celle qu’il plaît aux autres de lui accorder. De quelque façon que les hommes veuillent me voir, ils ne sauraient changer mon être, et malgré leur puissance et malgré toutes leurs sourdes intrigues, je continuerai, quoi qu’ils fassent, d’être en dépit d’eux ce que je suis. Il est vrai que leurs dispositions à mon égard influent sur ma situation réelle, la barrière qu’ils ont mise entre eux et moi m’ôte toute ressource de subsistance et d’assistance dans ma vieillesse et mes besoins. Elle me rend l’argent même inutile, puisqu’il ne peut me procurer les services qui me sont nécessaires, il n’y a plus ni commerce ni secours réciproques, ni correspondance entre eux et moi. Seul au milieu d’eux, je n’ai que moi seul pour ressource, et cette ressource est bien faible à mon âge et dans l’état où je suis. Ces maux sont grands, mais ils ont perdu pour moi toute leur force depuis que j’ai su les supporter sans m’en irriter. Les points où le vrai besoin se fait sentir sont toujours rares. La prévoyance et l’imagination les multiplient, et c’est par cette continuité de sentiments qu’on s’inquiète et qu’on se rend malheureux. Pour moi j’ai beau savoir que je souffrirai demain, il me suffit de ne pas souffrir aujourd’hui pour être tranquille. Je ne m’affecte point du mal que je prévois mais seulement de celui que je sens, et cela le réduit à très peu de chose. Seul, malade et délaissé dans mon lit, j’y peux mourir d’indigence, de froid et de faim, sans que personne s’en mette en peine. Mais qu’importe si je ne m’en mets pas en peine moi-même et si je m’affecte aussi peu que les autres de mon destin quel qu’il soit ? N’est-ce rien, surtout à mon âge, que d’avoir appris à voir la vie et la mort, la maladie et la santé, la richesse et la misère, la gloire et la diffamation avec la même indifférence. Tous les autres vieillards s’inquiètent de tout ; moi je ne m’inquiète de rien, quoi qu’il puisse arriver tout m’est indifférent, et cette indifférence n’est pas l’ouvrage de ma sagesse, elle est celui de mes ennemis. Apprenons à prendre donc ces avantages en compensation des maux qu’ils me font. En me rendant insensible à l’adversité ils m’ont fait plus de bien que s’ils m’eussent épargné ses atteintes. En ne l’éprouvant pas je pourrais toujours la craindre, au lieu qu’en la subjuguant je ne la crains plus.

Cette disposition me livre, au milieu des traverses de ma vie, à l’incurie de mon naturel presque aussi pleinement que si je vivais dans la plus complète prospérité. Hors les courts moments où je suis rappelé par la présence des objets aux plus douloureuses inquiétudes. Tout le reste du temps, livré par mes penchants aux affections qui m’attirent, mon cœur se nourrit encore des sentiments pour lesquels il était né, et j’en jouis avec des êtres imaginaires qui les produisent et qui les partagent comme si ces êtres existaient réellement. Ils existent pour moi qui les ai créés et je ne crains ni qu’ils me trahissent ni qu’ils m’abandonnent. Ils dureront autant que mes malheurs mêmes et suffiront pour me les faire oublier.

In all the misfortunes that befall us, we pay more attention to the intention behind them than to their actual effects. A tile falling from a roof may hurt us more severely, but it does not cause us as much suffering as a stone deliberately thrown by a malicious hand. Sometimes the blow misses its target, but the intention never fails to strike its mark. Physical pain is what we feel least in the face of misfortune; and when the unfortunate do not know whom to blame for their troubles, they turn their anger towards fate itself, personifying it and attributing eyes and intelligence to it in order to inflict suffering upon it deliberately. Thus, a gambler, frustrated by his losses, becomes furious without knowing against whom he is angry. He imagines that some cruel destiny is deliberately tormenting him, and, finding an outlet for his rage, he directs it towards the enemy he has created in his own mind. The wise man, however, sees in all misfortunes nothing but the inevitable blows of fate; he cries out in pain, but without frenzy or anger. He feels only the physical harm that befalls him, and though these blows may wound his body, none of them ever reach his heart.

It has taken a great deal to reach this point, but that is not all when we stop there. It is true that we have cut off the evil, but we have also left its root behind. For that root does not lie in those who are foreign to us; it lies within us, and it is there that we must work to eradicate it completely. This is what I felt with absolute clarity the moment I began to return to myself. My reason showed me nothing but absurdity in all the explanations I tried to give for what was happening to me. I realized that since the causes, instruments, and means behind it were unknown and inexplicable to me, they must be considered non-existent for my purposes. I had to regard every detail of my fate as acts of pure fate—acts in which I should assume neither direction, intention, nor moral cause. I had to submit to it without reasoning or resisting, for such resistance would be futile. All that was left for me to do on earth was to view myself as a purely passive being and not waste the strength I still possessed in futile attempts to resist my fate. That is what I told myself. My reason and my heart agreed with this, yet I could still feel my heart murmuring against it. Where did that murmur come from? I searched for it and found it—it came from my self-esteem, which, after having been outraged by human actions, rose up again against reason itself.

This discovery was not as easy to make as one might think, for an innocent person who is persecuted often mistakes the pride inherent in his own individuality for a genuine love of justice. Moreover, once the true source of such behavior is fully understood, it becomes easy to stem or at least divert it. Self-respect is the greatest driving force behind proud souls; vanity, rich in illusions, disguises itself as self-respect and manages to fool people into believing it to be what it really is. But when this deception is finally uncovered and vanity can no longer hide, it is no longer something to fear. Even if one tries hard to suppress it, it can still be easily subdued.

I never possessed much self-esteem; but this artificial passion had grown within me in the world, especially after I became a writer. Perhaps I had even less of it than others, yet it was overwhelming. The terrible lessons I endured soon brought it back within its proper limits. At first, it rebelled against injustice, but eventually it came to despise it. By turning inward and cutting off those external relationships that made me demanding, by giving up comparisons and preferences, it contented itself with the simple requirement that I be kind to myself. Thus, it reasserted itself as genuine self-love and restored me to the natural order of things, freeing me from the yoke of public opinion.

From that moment on, I regained the peace of my soul and almost happiness. No matter what situation one finds oneself in, it is only through the influence of the will that one remains constantly unhappy. When the will remains silent and reason speaks, it finally consoles us for all those evils which we had no control over preventing. It even annihilates them, so long as they do not immediately affect us, for then we are certain to avoid their most painful consequences by simply ceasing to dwell upon them. For those who do not give them thought, offenses, vengeance, injustices, and all such misfortunes mean nothing at all. To one who sees in the evils endured only the evil itself, and not the intentions of those who cause it; to one whose self-esteem does not depend on what others think of him—no matter how people wish to perceive me, they cannot change who I am. Despite their power and all their schemes, I will continue to be what I am, regardless of their actions. It is true that their attitudes toward me affect my actual circumstances; the barriers they have erected between us deprive me of any means of support in old age or when I am in need. Money becomes useless to me, for it cannot provide me with what I require; there is no more trade, no mutual assistance, no communication between them and me. Alone among them, I have only myself as a resource—and that resource is far too meager at my age and in my state. These misfortunes are severe, but they have lost all their power over me since I learned to endure them without being irritated by them. The moments of true need are few and far between; it is our own anticipation and imagination that multiply such occasions, and it is precisely this constant worry that brings us sorrow and unhappiness. For me, even though I know I will suffer tomorrow, as long as I do not suffer today, I am at peace. I am affected only by the harm that I am actually experiencing, and even that is reduced to very little. Alone, sick, and abandoned in my bed, I could die of poverty, cold, and hunger, and no one would care. But what does it matter if I do not care myself, and if I am just as indifferent to my fate as everyone else? At my age, is it not nothing at all to have learned to view life and death, sickness and health, wealth and poverty, glory and slander with the same indifference? While other old people worry about everything, I worry about nothing; whatever happens, it is all indifferent to me. And this indifference is not the result of my wisdom—it is the work of my enemies. Let us therefore consider these so-called “advantages” as compensation for the evils they inflict upon me. By making me insensitive to adversity, they have done me more good than if they had spared me its effects altogether. By not experiencing it myself, I could still fear it; but by conquering it, I no longer fear it.

In the midst of the hardships in my life, this state leaves me entirely at the mercy of my natural indifference, just as if I were living in utter prosperity. Only for brief moments am I reminded of the most painful worries by the presence of certain objects around me. For the rest of the time, carried away by my inclinations toward those things that attract me, my heart continues to nourish itself on the sentiments for which it was born, and I enjoy them in the company of imaginary beings who create and share these feelings with me, as if they truly existed. They exist for me, having been created by me; I fear neither their betrayal nor their abandonment. They will endure as long as my misfortunes last, and they will be enough to make me forget them altogether.

In tutti i mali che ci accadono, prestiamo più attenzione all’intenzione che all’effetto concreto. Una tegola che cade dal tetto può ferirci gravemente, ma non tanto quanto una pietra lanciata intenzionalmente da una mano malvagia. A volte il colpo manca il bersaglio, ma l’intenzione non fallisce mai nel suo scopo. Il dolore fisico è ciò che si percepisce meno nelle avversità della vita; e quando gli sfortunati non sanno a chi attribuire i loro mali, incolpano la sorte, personificandola e attribuendole occhi e intelligenza, come se essa agisse deliberatamente per tormentarli. È così che un giocatore, deluso dalle sue perdite, si arrabbia senza sapere contro chi; immagina che esista un destino che si accanisca su di lui con malizia, e trovando così uno sfogo alla sua rabbia, si scatena contro il nemico che si è creato da solo. L’uomo saggio, invece, vede in tutti i mali che gli capitano soltanto i colpi della necessità cieca; grida nel dolore, ma senza eccessi né rabbia; percepisce soltanto l’effetto materiale del male che lo colpisce, e anche se quei colpi feriscono il suo corpo, nessuno di essi raggiunge il suo cuore.

È stato davvero un lungo percorso fino a raggiungere questo punto, ma non è ancora tutto. È vero che abbiamo eliminato la causa del male, ma abbiamo lasciato intatta la sua radice. Questa radice non risiede negli esseri che ci sono estranei, ma in noi stessi. Ed è proprio lì che dobbiamo lavorare per eliminarla completamente. Fu esattamente ciò che percepii non appena iniziai a riprendermi. La mia ragione mi mostrava soltanto assurdità in tutte le spiegazioni che cercavo di dare a quanto mi stava accadendo; compresi quindi che le cause, gli strumenti e i mezzi utilizzati per tutto ciò erano sconosciuti e inspiegabili per me. Dovevo considerare ogni dettaglio della mia destinazione come un semplice atto di fatalità, senza supporre alcuna direzione, intenzione o causa morale. Dovevo sottomettermici senza ragionare, senza ribellarmi, perché sarebbe stato inutile. Tutto ciò che dovevo ancora fare sulla terra era considerarmi un essere puramente passivo. Non dovevo sprecare la forza che mi restava per resistere alla mia destinazione. Questo è ciò che mi dicevo. La mia ragione, il mio cuore acconsentivano a queste idee. Eppure sentivo ancora quel mormorio nel mio cuore. Da dove proveniva? Lo cercai. E lo trovai: proveniva dall’amor proprio che, dopo essersi indignato contro gli uomini, si ribellava ancora contro la ragione.

Questa scoperta non era affatto così facile da realizzare come si potrebbe credere, perché un innocente perseguitato spesso scambia l’orgoglio del proprio individuo per un vero amore della giustizia. Inoltre, una volta conosciuta la vera fonte di quel comportamento, è facile soffocarla o almeno deviarne il corso. L’autostima rappresenta il più grande motore delle anime orgogliose; l’amor proprio, ricco di illusioni, si nasconde e si finge essere quell’autostima stessa; ma quando la frode viene finalmente scoperta e l’amor proprio non può più nascondersi, allora non è più da temere: anche se difficile da sopprimere, almeno può essere facilmente domato.

Non ho mai avuto una grande propension per l’amor proprio; ma questa passione artificiale si era intensificata in me nel mondo, soprattutto quando sono diventato uno scrittore. Forse ne avevo ancora meno di un altro, ma ne avevo una quantità eccessiva. Le terribili lezioni che ho ricevuto l’hanno presto ridotta ai suoi limiti originari: all’inizio si è ribellata contro l’ingiustizia, ma alla fine ha finito per disprezzarla. Ritrattandomi nel mio interno e interrompendo quelle relazioni esterne che la rendevano esigente, rinunciando alle comparazioni e alle preferenze, mi sono accontentato che fossi buono con me stesso; allora, tornando ad essere un amore per me stesso, è rientrata nell’ordine naturale e mi ha liberato dal giogo dell’opinione altrui.

Da quel momento in poi ritrovai la pace dell’anima e quasi la felicità. In qualunque situazione ci si trovi, è soltanto a causa di essa che si è costantemente infelici. Quando tace e la ragione parla, finalmente ci consola di tutti quei mali che non dipendevano da noi per essere evitati; anzi, li annienta, anche se non agiscono immediatamente su di noi, perché allora si è certi di poter evitare i loro colpi più dolorosi semplicemente smettendo di preoccuparsene. Per chi non ci pensa affatto, offese, vendette, prepotenze, oltraggi e ingiustizie non significano nulla. Per colui il cui valore personale non dipende da quello che gli altri sono disposti a riconoscergli, non importa in che modo gli uomini vogliano vedermi: non potranno mai cambiare la mia essenza. Nonostante la loro potenza e tutte le loro insidiose manovre, continuerò ad essere ciò che sono, indipendentemente da loro. È vero che il loro atteggiamento nei miei confronti influisce sulla mia situazione reale; la barriera che hanno creato tra di noi mi priva di ogni risorsa per sopravvivere e ricevere aiuto nella vecchiaia e nei momenti di bisogno. Mi rende persino inutile il denaro, poiché non può procurarmi i servizi di cui ho bisogno; non c’è più né scambio né aiuto reciproco, né comunicazione tra loro e me. Solo, nel mezzo di loro, ho me stesso come unica risorsa, ma questa risorsa è davvero scarsa, alla mia età e nello stato in cui mi trovo. Questi mali sono grandi, ma hanno perso tutto il loro potere su di me da quando ho imparato a sopportarli senza irritarmi. I momenti in cui il vero bisogno si fa sentire sono sempre rari; la previdenza e l’immaginazione li moltiplicano, ed è proprio questa continuità di sentimenti che ci rende ansiosi e infelici. Per me, anche se so che domani soffrirò, basta che oggi non soffra per essere tranquillo. Non mi preoccupo del male che prevedo, ma solo di quello che sento, e questo lo riduce a molto poco. Solo, malato e abbandonato nel mio letto, potrei morire di povertà, freddo e fame, senza che nessuno se ne curi. Ma che importa, se non mi preoccupo nemmeno io stesso e se mi lascio influenzare tanto poco dal mio destino, qualunque esso sia? A mio parere, non è forse nulla, soprattutto alla mia età, aver imparato a considerare la vita e la morte, la malattia e la salute, la ricchezza e la povertà, la gloria e la diffamazione con la stessa indifferenza? Tutti gli altri anziani si preoccupano di tutto, io invece non mi preoccupo di nulla; qualunque cosa possa accadere, per me è indifferente. E questa indifferenza non è certo il risultato della mia saggezza, ma piuttosto di quelle persone che mi hanno fatto del male. Impariamo quindi ad considerare questi “vantaggi” come compensazione per i mali che ci infliggono. Rendendomi insensibile all’avversità, mi hanno fatto più bene di quanto avrebbero potuto fare se non mi avessero colpito affatto. Poiché non la provo, potrei comunque temerla; invece, una volta che l’ho sottomessa, non la temo più.

Questa disposizione mi lascia, nel mezzo delle avversità della mia vita, esposto all’indifferenza del mio carattere, quasi tanto quanto se vivessi nella massima prosperità. Solo in brevi momenti la presenza di oggetti mi ricorda delle più dolorose preoccupazioni. Nel resto del tempo, lasciato alle mie inclinazioni verso quelle affezioni che mi attirano, il mio cuore si nutre ancora dei sentimenti per cui è nato e ne godo con esseri immaginari che li generano e li condividono, come se questi esseri esistessero realmente. Esistono per me, che li ho creati, e non temo né che mi tradiscano né che mi abbandonino. Dureranno tanto quanto le mie stesse sfortune e saranno sufficienti a farme dimenticare quelle avversità.

Tout me ramène à la vie heureuse et douce pour laquelle j’étais né. Je passe les trois quarts de ma vie, ou occupé d’objets instructifs et même agréables auxquels je livre avec délices mon esprit et mes sens, ou avec les enfants de mes fantaisies que j’ai créés selon mon cœur et dont le commerce en nourrit les sentiments, ou avec moi seul, content de moi-même et déjà plein du bonheur que je sens m’être dû. En tout ceci l’amour de moi-même fait toute l’œuvre, l’amour-propre n’y entre pour rien. Il n’en est pas ainsi des tristes moments que je passe encore au milieu des hommes, jouet de leurs caresses traîtresses, de leurs compliments ampoulés et dérisoires, de leur mielleuse malignité. De quelque façon que je m’y sois pu prendre l’amour-propre alors fait son jeu. La haine et l’animosité que je vois dans leurs cœurs à travers cette grossière enveloppe déchirent le mien de douleur ; et l’idée d’être ainsi sottement pris pour dupe ajoute encore à cette douleur un dépit très puéril, fruit d’un sot amour-propre dont je sens toute la bêtise mais que je ne puis subjuguer. Les efforts que j’ai faits pour m’aguerrir à ces regards insultants et moqueurs sont incroyables. Cent fois j’ai passé par les promenades publiques et par les lieux les plus fréquentés dans l’unique dessein de m’exercer à ces cruelles bordes ; non seulement je n’y ai pu parvenir mais je n’ai même rien avancé, et tous mes pénibles mais vains efforts m’ont laissé tout aussi facile à troubler, à navrer, à indigner qu’auparavant.

Dominé par mes sens quoi que je puisse faire, je n’ai jamais su résister à leurs impressions, et tant que l’objet agit sur eux mon cœur ne cesse d’en être affecté ; mais ces affections passagères ne durent qu’autant que la sensation qui les cause. La présence de l’homme haineux m’affecte violemment, mais sitôt qu’il disparaît l’impression cesse ; à l’instant que je ne le vois plus je n’y pense plus. J’ai beau savoir qu’il va s’occuper de moi, je ne saurais m’occuper de lui. Le mal que je ne sens point actuellement ne m’affecte en aucune sorte, le persécuteur que je ne vois point est nul pour moi. Je sens l’avantage que cette position donne à ceux qui disposent de ma destinée. Qu’ils en disposent donc tout à leur aise. J’aime encore mieux qu’ils me tourmentent sans résistance que d’être forcé de penser à eux pour me garantir de leurs coups.

Cette action de mes sens sur mon cœur fait le seul tourment de ma vie. Les jours où je ne vois personne, je ne pense plus à ma destinée, je ne la sens plus, je ne souffre plus, je suis heureux et content sans diversion, sans obstacle. Mais j’échappe rarement à quelque atteinte sensible, et lorsque j’y pense le moins, un geste, un regard sinistre que j’aperçois, un mot envenimé que j’entends, un malveillant que je rencontre, suffit pour me bouleverser. Tout ce que je puis faire en pareil cas est d’oublier bien vite et de fuir. Le trouble de mon cœur disparaît avec l’objet qui l’a causé et je rentre dans le calme aussitôt que je suis seul. Ou si quelque chose m’inquiète, c’est la crainte de rencontrer sur mon passage quelque nouveau sujet de douleur. C’est là ma seule peine ; mais elle suffit pour altérer mon bonheur. Je loge au milieu de Paris. En sortant de chez moi je soupire après la campagne et la solitude, mais il faut l’aller chercher si loin qu’avant de pouvoir respirer à mon aise je trouve en mon chemin mille objets qui me serrent le cœur, et la moitié de la journée se passe en angoisses avant que j’aie atteint l’asile que je vais chercher. Heureux du moins quand on me laisse achever ma route. Le moment où j’échappe au cortège des méchants est délicieux, et sitôt que je me vois sous les arbres, au milieu de la verdure, je crois me voir dans le paradis terrestre et je goûte un plaisir interne aussi vif que si j’étais le plus heureux des mortels.

Je me souviens parfaitement que durant mes courtes prospérités, ces mêmes promenades solitaires qui me sont aujourd’hui si délicieuses m’étaient insipides et ennuyeuses. Quand j’étais chez quelqu’un à la campagne, le besoin de faire de l’exercice et de respirer le grand air me faisait souvent sortir seul, et m’échappant comme un voleur je m’allais promener dans le parc ou dans la campagne ; mais loin d’y trouver le calme heureux que j’y goûte aujourd’hui, j’y portais l’agitation des vaines idées qui m’avaient occupé dans le salon ; le souvenir de la compagnie que j’y avais laissée m’y suivait, dans la solitude, les vapeurs de l’amour-propre et le tumulte du monde ternissaient à mes yeux la fraîcheur des bosquets et troublaient la paix de la retraite. J’avais beau fuir au fond des bois, une foule importune me suivait partout et voilait pour moi toute la nature. Ce n’est qu’après m’être détaché des passions sociales et de leur triste cortège que je l’ai retrouvée avec tous ses charmes.

Convaincu de l’impossibilité de contenir ces premiers mouvements involontaires, j’ai cessé tous mes efforts pour cela. Je laisse à chaque atteinte mon sang s’allumer, la colère et l’imagination s’emparer de mes sens, je cède à la nature cette première explosion que toutes mes forces ne pourraient arrêter ni suspendre. Je tâche seulement d’en arrêter les suites avant qu’elle ait produit aucun effet. Les yeux étincelants, le feu du visage, le tremblement des membres, les suffocantes palpitations, tout cela tient au seul physique et le raisonnement n’y peut rien ; mais après avoir laissé faire au naturel sa première explosion, l’on peut redevenir son propre maître en reprenant peu à peu ses sens ; c’est ce que j’ai tâché de faire longtemps sans succès, mais enfin plus heureusement. Et cessant d’employer ma force en vaine résistance j’attends le moment de vaincre en laissant agir ma raison, car elle ne me parle que quand elle peut se faire écouter. Et que dis-je hélas ! ma raison ? j’aurais grand tort encore de lui faire l’honneur de ce triomphe car elle n’y a guère de part. Tout vient également d’un tempérament versatile qu’un vent impétueux agite, mais qui rentre dans le calme à l’instant que le vent ne souffle plus. C’est mon naturel ardent qui m’agite, c’est mon naturel indolent qui m’apaise. Je cède à toutes les impulsions présentes, tout choc me donne un mouvement vif et court ; sitôt qu’il n’y a plus de choc, le mouvement cesse, rien de communiqué ne peut se prolonger en moi. Tous les événements de la fortune, toutes les machines des hommes ont peu de prise sur un homme ainsi constitué. Pour m’affecter de peines durables, il faudrait que l’impression se renouvelât à chaque instant. Car les intervalles quelque courts qu’ils soient suffisent pour me rendre à moi-même. Je suis ce qu’il plaît aux hommes tant qu’ils peuvent agir sur mes sens ; mais au premier instant de relâche, je redeviens ce que la nature a voulu, c’est là, quoi qu’on puisse faire, mon état le plus constant et celui par lequel en dépit de la destinée je goûte un bonheur pour lequel je me sens constitué. J’ai décrit cet état dans une de mes rêveries[363]. Il me convient si bien que je ne désire autre chose que sa durée et ne crains que de le voir troubler. Le mal que m’ont fait les hommes ne me touche en aucune sorte ; la crainte seule de celui qu’ils peuvent me faire encore est capable de m’agiter ; mais certain qu’ils n’ont plus de nouvelle prise par laquelle ils puissent m’affecter d’un sentiment permanent je me ris de toutes leurs trames et je jouis de moi-même en dépit d’eux.

Neuvième promenade

Everything leads me back to the happy and gentle life for which I was born. Three-quarters of my life are spent either engrossed in instructive or even pleasant pursuits, into which I devote my mind and senses with delight; or in interacting with the creatures of my imagination that I have created according to my own heart, the companionship of which nourishes my emotions; or alone, content with myself and already filled with the happiness that I feel is rightfully mine. In all these activities, it is self-love that plays the decisive role—self-esteem plays no part at all. However, this is not the case during those sad moments when I find myself among people, a prey to their treacherous flattery, their insincere compliments, and their sweetly malicious behavior. No matter what I do, self-esteem always gets involved. The hatred and hostility that I see in their hearts, behind all that superficiality, pierce my own heart with pain; and the thought of being so foolishly deceived adds to this suffering a sense of childish resentment—the result of a foolish self-esteem whose stupidity I fully recognize but that I am unable to overcome. The efforts I have made to steel myself against those insulting and mocking looks are truly incredible. Hundreds of times I have gone through public places and the most crowded areas, with the sole intention of practicing facing such cruel behavior. Not only did I fail to achieve my goal, but I didn’t even make any progress—my painful yet futile attempts only left me just as vulnerable to being disturbed, hurt, and angered as before.

Overpowered by my senses no matter what I try, I have never been able to resist their influence. As long as an object affects them, my heart continues to be affected by it; but these fleeting emotions last only as long as the sensation that causes them persists. The presence of a hateful person affects me intensely, but once he disappears, that impression vanishes too—the moment I no longer see him, I no longer think about him. Even though I know he will harm me, I am unable to harm him in return. The evil that I do not currently perceive affects me in no way at all; a persecutor whom I do not see means nothing to me. I realize the advantage this situation gives those who control my fate. So let them wield that power as they please. I would rather they torment me without resistance than be forced to think about them just to protect myself from their attacks.

The influence of my senses upon my heart constitutes the only torment in my life. On those days when I see no one, I no longer think about my destiny, I no longer sense it, I no longer suffer; I am happy and content, without any distractions or obstacles. Yet I rarely escape some sensory disturbance, and at the very moment when I least expect it—a sinister gesture, a menacing look, a venomous word, or a malicious person I encounter—are enough to upset me completely. All I can do in such cases is to quickly forget and flee. The turmoil in my heart disappears along with the object that caused it, and I return to calmness as soon as I am alone. Or if something worries me, it is the fear of encountering some new source of pain on my way. That is my only sorrow; yet it is enough to mar my happiness. I live in the center of Paris. When I leave my home, I long for the countryside and solitude, but I must travel so far that before I can breathe freely, I encounter countless things along the way that weigh heavily on my heart. Half of the day passes in anxiety before I finally reach the refuge I seek. At least I am happy when I am allowed to complete my journey unimpeded. The moment I escape from the company of those who cause me harm is truly delightful; as soon as I find myself under the trees, amidst the greenery, I feel as if I have entered a terrestrial paradise, and I experience an intense inner joy, as if I were the happiest of mortals.

I remember perfectly that during those brief periods of prosperity, the very same solitary walks that now seem so delightful to me were once insipid and boring to me. When I was staying at someone’s country house, the need to exercise and breathe fresh air often drove me out alone; I would slip away like a thief and wander through the park or the countryside. But far from finding the peaceful tranquility I enjoy there now, I carried with me the turmoil of vain thoughts that had occupied my mind in the salon. The memory of the company I had left behind followed me into solitude; the vapors of pride and the noise of the world tarnished the beauty of the woods and disturbed the peace of my retreat. No matter how far I fled into the depths of the forest, an annoying crowd would follow me everywhere, obscuring the entire natural world before my eyes. It was only after freeing myself from social passions and their sad entourage that I once again found nature in all its charms.

Convinced of the impossibility of suppressing these initial, involuntary movements, I ceased all efforts to do so. I allow my blood to ignite with every impulse, let anger and imagination take control of my senses; I yield to nature this first outburst that no amount of force could stop or delay. My only aim is to prevent its consequences before they cause any harm. With flashing eyes, a face ablaze with emotion, trembling limbs, and a suffocating heartbeat—all these are purely physical reactions, beyond the power of reason to control. But after allowing nature to unleash this initial explosion, one can gradually regain control by restoring order to one’s senses. This is what I tried for a long time without success, until finally, more fortunately, I succeeded. By ceasing to resist in vain and instead letting my reason take its course—for it speaks only when it can be heard—I await the moment when I will triumph through rationality. But alas, what right do I have to call this “my reason”? It would be a grave mistake to attribute such success to it, for it has played little role in it. Everything stems from my changeable temperament, stirred by impetuous forces but returning to calm the moment the wind ceases to blow. It is my fiery nature that agitates me; it is my indolent nature that calms me down. I yield to every fleeting impulse—every shock gives rise to a brief, intense reaction; once the shock subsides, the movement stops, and nothing remains in me. The various events of fate, the schemes of mankind—all these have little effect on someone like me. To inflict lasting pain upon me, it would take for these impressions to recur constantly; but even the shortest intervals are enough for me to return to myself. I am what people wish to make of me so long as they can influence my senses, but at the first moment of relaxation, I revert to what nature intended me to be. That is, beyond whatever fate may bring, my most constant state—and the very condition that allows me to experience a happiness for which I seem destined. I described this state in one of my dreams[363]. It suits me so well that all I desire is its continuation, and all I fear is its disruption. The harm that men have done me affects me not at all; only the fear of what they might yet do troubles me. But since I am certain they no longer possess any means to affect me permanently, I laugh at all their schemes and enjoy myself, despite them.

Ninth Promenade

Tutto mi riporta a quella vita felice e dolce per cui sono nato. Trascorro tre quarti della mia vita occupandomi di oggetti istruttivi o addirittura piacevoli, ai quali dedico con gioia la mia mente e i miei sensi; oppure mi intrattengo con le fantasie che ho creato secondo il mio cuore, e il cui contatto alimenta i miei sentimenti; o ancora resto solo con me stesso, soddisfatto di me stesso e già pieno di quella felicità che sento di meritare. In tutto ciò, è l’amore per me stesso a guidarmi; l’amor-propre non ha alcun ruolo in questo processo. Tuttavia, nei momenti tristi che ancora trascorro tra le persone, vittima delle loro carezze traditrici, dei loro complimenti banali e derisori, della loro malvagità dolcevola, è sempre l’amor-propre a prendere il sopravvento. L’odio e l’animosità che vedo nei loro cuori, attraverso quella superficie grossolana, strappano il mio cuore dal dolore; e l’idea di essere così stupidamente preso in giro aggiunge ancora più amarezza a questa sofferenza, frutto di un amor-propre sciocco e stupido, la cui stupidità ne percepisco pienamente tutta la gravità, ma che non riesco a dominare. Gli sforzi che ho fatto per abituarmi a quegli sguardi offensivi e derisori sono stati innumerevoli. Centinaia di volte mi sono recato nei luoghi pubblici e nelle zone più frequentate, con l’unico scopo di esercitarmi ad affrontare quelle situazioni crudeli; non solo non ci sono riuscito, ma non ho nemmeno fatto progressi: tutti i miei sforzi dolorosi e vani hanno reso me ancora più vulnerabile, offeso e indignato di prima.

Dominato dai miei sens, nonostante tutto ciò che possa fare, non sono mai riuscito a resistere alle loro impressioni; finché l’oggetto che le provoca agisce su di essi, il mio cuore continua ad essere influenzato da esse. Ma queste emozioni passeggeri durano soltanto per il tempo in cui la sensazione che le causa è presente. La presenza di una persona odiosa mi colpisce violentemente, ma non appena scompare, quell’impressione svanisce anch’essa; nel momento stesso in cui non la vedo più, smetto anche di pensarci. Anche se so che si occuperà di me, non riuscirei mai a occuparmi io di lei. Il male che al momento non percepisco affatto non mi influisce in alcun modo; il persecutore che non vedo è semplicemente inesistente per me. Percepo chiaramente il vantaggio che questa situazione offre a coloro che hanno il controllo del mio destino. Che ne dispongano quindi liberamente. Preferisco di gran lunga che mi tormentino senza che io possa resistere, piuttosto che essere costretto a pensare a loro per proteggermi dai loro attacchi.

L’azione dei miei sens sul mio cuore rappresenta l’unica fonte di tormento nella mia vita. Nei giorni in cui non vedo nessuno, smetto di pensare al mio destino, di percepirlo, di soffrire. Sono felice e soddisfatto, senza distrazioni, senza ostacoli. Tuttavia, raramente riesco a sfuggire ad alcuna sensazione negativa: un gesto, uno sguardo sinistro, una parola velenosa, un individuo malvagio, tutto può scuotermi profondamente. In tali momenti, l’unica cosa che posso fare è dimenticare rapidamente e fuggire. Il turbamento nel mio cuore scompare insieme all’oggetto che lo ha causato, e ritrovo la calma non appena resto solo. A volte, ciò che mi preoccupa è il timore di incontrare nuovi motivi di dolore lungo il cammino. Questa è l’unica mia sofferenza, ma basta già a turbare la mia felicità. Vivo nel centro di Parigi: uscendo di casa, desidero ardentemente la campagna e la solitudine, ma per raggiungerle devo viaggiare così lontano che, prima ancora di poter respirare liberamente, incontro mille cose che mi stringono il cuore. Metà della giornata trascorre nell’angoscia, prima di arrivare finalmente all’ rifugio che cerco. Almeno sono felice quando nessuno mi ostacola nel mio cammino. Il momento in cui riesco a sfuggire al “corteo dei malvagi” è davvero delizioso. Appena mi trovo tra gli alberi, immerso nella verdeggia, ho l’impressione di essere nel paradiso terrestre. E provo una gioia così intensa che sembro il più felice degli esseri umani.

Ricordo perfettamente che, durante i miei brevi periodi di prosperità, quelle stesse passeggiate solitarie che oggi mi sembrano così deliziose allora mi risultavano insipide e noiose. Quando soggiornavo da qualcuno in campagna, il bisogno di fare esercizio fisico e di respirare l’aria fresca spesso mi spingeva a uscire da solo; mi allontanavo come un ladro e andavo a passeggiare nel parco o nella campagna. Ma lontano dal trovare la tranquillità felice che oggi provo, portavo con me l’agitazione delle vane idee che mi assorbivano in società; il ricordo della compagnia che avevo lasciato là mi seguiva anche nella solitudine. Le vanità dell’amor proprio e il tumulto del mondo offuscavano ai miei occhi la freschezza dei boschetti e disturbavano la pace di quel rifugio. Nonostante fuggissi nelle profondità della foresta, una folla importuna mi seguiva ovunque, oscurando per me tutta la natura. Solo dopo essermi liberato dalle passioni sociali e dal loro triste seguito, riuscii a ritrovare la natura con tutti i suoi incanti.

Convinto dell’impossibilità di contenere questi primi movimenti involontari, ho smesso di compiere qualsiasi sforzo al riguardo. Lascio che in ogni occasione il mio sangue si infiammi, la rabbia e l’immaginazione prendano il sopravvento sui miei sensi; cedo alla natura questa prima esplosione che nessuna forza umana potrebbe fermare o trattenere. Cerco soltanto di impedire che le sue conseguenze abbiano effetti negativi, prima che possano manifestarsi. Gli occhi scintillanti, il viso arroventato dal fuoco interno, i tremori dei membri, le palpitazioni soffocanti, tutto ciò deriva esclusivamente dalla mia natura fisica; il ragionamento non può nulla in questo senso. Tuttavia, dopo aver lasciato che la natura si scatenasse liberamente, posso tornare a essere padrone di me stesso, riprendendo gradualmente il controllo dei miei sensi. È ciò che ho cercato di fare per molto tempo senza successo, ma infine con maggiore fortuna. Smettendo di opporre inutilmente la mia forza a queste impulsi, aspetto il momento in cui potrò vincere, lasciando agire la mia ragione, poiché essa parla soltanto quando può essere ascoltata. E che dire della mia ragione? Ahimè, farele l’onore di questo “trionfo” sarebbe un grave errore: essa, in realtà, non ha quasi alcun ruolo in tutto ciò. Tutto deriva da un temperamento mutevole, agitato da forze impetuose, ma che ritorna alla calma non appena queste forze cessano di soffiare. È il mio ardente temperamento a farmi agire; è il mio indolente carattere a placarmi. Cedo a ogni impulso del momento presente, ogni shock mi provoca un movimento rapido e fugace; non appena quel shock scompare, anche il movimento cessa, nulla di ciò che accade può prolungarsi in me. Tutti gli eventi della vita, tutte le influenze umane hanno poco effetto su una persona come me. Per farmi provare sofferenze durature, sarebbe necessario che quelle impressioni si ripetessero continuamente. Ma i brevi intervalli tra un’impressione e l’altra sono sufficienti perché io torni a essere me stesso. Sono ciò che gli uomini desiderano, finché possono influenzare i miei sensi, ma nel momento in cui mi rilasso, divento ciò che la natura ha voluto che fossi. E questo, qualunque cosa accada, è lo stato più costante in cui mi trovo, e attraverso il quale, nonostante il destino, provo una felicità per cui sono stato creato. Ho descritto questo stato in uno dei miei sogni. Mi si addice così bene che non desidero altro se non la sua durata, e temo soltanto che venga disturbato. Il male che gli uomini mi hanno fatto non mi colpisce affatto. Solo la paura di ciò che potrebbero ancora farmi è in grado di agitarmi. Ma essendo certo che ormai non hanno più alcun mezzo per influenzarmi permanentemente, rido di tutte le loro macchinazioni, e mi godo me stesso, nonostante loro.

Nona passeggiata

Le bonheur est un état permanent qui ne semble pas fait ici-bas pour l’homme. Tout est sur la terre dans un flux continuel qui ne permet à rien d’y prendre une forme constante. Tout change autour de nous. Nous changeons nous-mêmes et nul ne peut s’assurer qu’il aimera demain ce qu’il aime aujourd’hui. Ainsi tous nos projets de félicité pour cette vie sont des chimères. Profitons du contentement d’esprit quand il vient ; gardons-nous de l’éloigner par notre faute, mais ne faisons pas des projets pour l’enchaîner, car ces projets-là sont de pures folies. J’ai peu vu d’hommes heureux, peut-être point ; mais j’ai souvent vu des cœurs contents, et de tous les objets qui m’ont frappé c’est celui qui m’a le plus contenté moi-même. Je crois que c’est une suite naturelle du pouvoir des sensations sur mes sentiments internes. Le bonheur n’a point d’enseigne extérieure ; pour le connaître, il faudrait lire dans le cœur de l’homme heureux ; mais le contentement se lit dans les yeux, dans le maintien, dans l’accent, dans la démarche, et semble se communiquer à celui qui l’aperçoit. Est-il une jouissance plus douce que de voir un peuple entier se livrer à la joie un jour de fête, et tous les cœurs s’épanouir aux rayons expansifs du plaisir qui passe rapidement, mais vivement, à travers les nuages de la vie ?

Il y a trois jours que M. P. vint avec un empressement extraordinaire me montrer l’éloge de Mme Geoffrin par M. d’Alembert. La lecture fut précédée de longs et grands éclats de rire sur le ridicule néologisme de cette pièce et sur les badins jeux de mots dont il la disait remplie. Il commença de lire en riant toujours, je l’écoutai d’un sérieux qui le calma, et voyant toujours que je ne l’imitais point, il cessa enfin de rire. L’article le plus long et le plus recherché de cette pièce roulait sur le plaisir que prenait Mme Geoffrin à voir les enfants et à les faire causer. L’auteur tirait avec raison de cette disposition une preuve de bon naturel. Mais il ne s’arrêtait pas là et il accusait décidément de mauvais naturel et de méchanceté tous ceux qui n’avaient pas le même goût, au point de dire que si l’on interrogeait là-dessus ceux qu’on mène au gibet ou à la roue tous conviendraient qu’ils n’avaient pas aimé les enfants. Ces assertions faisaient un effet singulier dans la place où elles étaient. Supposant tout cela vrai, était-ce là l’occasion de le dire et fallait-il souiller l’éloge d’une femme estimable des images de supplice et de malfaiteur ? Je compris aisément le motif de cette affectation vilaine et quand M. P. eut fini de lire, en relevant ce qui m’avait paru bien dans l’éloge, j’ajoutai que l’auteur en l’écrivant avait dans le cœur moins d’amitié que de haine[364].

Le lendemain, le temps étant assez beau quoique froid, j’allai faire une course jusqu’à l’École militaire comptant d’y trouver des mousses en pleine fleur. En allant, je rêvais sur la visite de la veille et sur l’écrit de M. d’Alembert où je pensais bien que ce placage épisodique n’avait pas été mis sans dessein ; et la seule affectation de m’apporter cette brochure, à moi à qui l’on cache tout, m’apprenait assez quel en était l’objet. J’avais mis mes enfants aux Enfants-Trouvés ; c’en était assez pour m’avoir travesti en père dénaturé, et de là, en étendant et caressant cette idée on en avait peu à peu tiré la conséquence évidente que je haïssais les enfants ; en suivant par la pensée la chaîne de ces gradations j’admirais avec quel art l’industrie humaine sait changer les choses du blanc au noir. Car je ne crois pas que jamais homme ait plus aimé que moi à voir de petits bambins folâtrer et jouer ensemble, et souvent dans la rue et aux promenades je m’arrête à regarder leur espièglerie et leurs petits jeux avec un intérêt que je ne vois partager à personne. Le jour même où vint M. P., une heure avant sa visite, j’avais eu celle des deux petits du Soussoi, les plus jeunes enfants de mon hôte, dont l’aîné peut avoir sept ans ; ils étaient venus m’embrasser de si bon cœur et je leur avais rendu si tendrement leurs caresses que malgré la disparité des âges ils avaient paru se plaire avec moi sincèrement, et pour moi j’étais transporté d’aise de voir que ma vieille figure ne les avait pas rebutés ; le cadet même paraissait revenir à moi si volontiers que plus enfant qu’eux, je me sentais attacher à lui déjà par préférence et je le vis partir avec autant de regret que s’il m’eût appartenu.

Je comprends que le reproche d’avoir mis mes enfants aux Enfants-Trouvés a facilement dégénéré, avec un peu de tournure, en celui d’être un père dénaturé et de haïr les enfants. Cependant il est sûr que c’est la crainte d’une destinée pour eux mille fois pire et presque inévitable par toute autre voie, qui m’a le plus déterminé dans cette démarche. Plus indifférent sur ce qu’ils deviendraient et hors d’état de les élever moi-même, il aurait fallu dans ma situation les laisser élever par leur mère qui les aurait gâtés et par sa famille qui en aurait fait des monstres. Je frémis encore d’y penser. Ce que Mahomet fit de Séide n’est rien auprès de ce qu’on aurait fait d’eux à mon égard et les pièges qu’on m’a tendus là-dessus dans la suite me confirment assez que le projet en avait été formé. À la vérité j’étais bien éloigné de prévoir alors ces trames atroces : mais je savais que l’éducation pour eux la moins périlleuse était celle des Enfants-Trouvés et je les y mis. Je le ferais encore avec bien moins de doute aussi si la chose était à faire, et je sais bien que nul père n’est plus tendre que je l’aurais été pour eux, pour peu que l’habitude eût aidé la nature.

Si j’ai fait quelque progrès dans la connaissance du cœur humain c’est le plaisir que j’avais à voir et observer les enfants qui m’a valu cette connaissance. Ce même plaisir, dans ma jeunesse, y a mis une espèce d’obstacle, car je jouais avec les enfants si gaiement et de si bon cœur que je ne songeais guère à les étudier. Mais quand en vieillissant j’ai vu que ma figure caduque les inquiétait je me suis abstenu de les importuner, et j’ai mieux aimé me priver d’un plaisir que de troubler leur joie ; content alors de me satisfaire en regardant leurs jeux et tous leurs petits manèges, j’ai trouvé le dédommagement de mon sacrifice dans les lumières que ces observations m’ont fait acquérir sur les premiers et vrais mouvements de la nature auxquels tous nos savants ne connaissent rien. J’ai consigné dans mes écrits la preuve que je m’étais occupé de cette recherche trop soigneusement pour ne l’avoir pas faite avec plaisir, et ce serait assurément la chose du monde la plus incroyable que l’Héloïse et l’Émile fussent l’ouvrage d’un homme qui n’aimait pas les enfants.

Je n’eus jamais ni présence d’esprit ni facilité de parler ; mais depuis mes malheurs ma langue et ma tête se sont de plus en plus embarrassés. L’idée et le mot propre m’échappent également, et rien n’exige un meilleur discernement et un choix d’expressions plus justes que les propos qu’on tient aux enfants. Ce qui augmente encore en moi cet embarras, est l’attention des écoutants, les interprétations et le poids qu’ils donnent à tout ce qui part d’un homme qui, ayant écrit expressément pour les enfants, est supposé ne devoir leur parler que par oracles. Cette gêne extrême et l’inaptitude que je me sens me trouble, me déconcerte et je serais bien plus à mon aise devant un monarque d’Asie que devant un bambin qu’il faut faire babiller.

Happiness is a permanent state that does not seem to be meant for mankind in this world. Everything on earth is in a continuous flux, which prevents anything from taking on a constant form. Everything around us changes; we ourselves change, and no one can be sure that they will still love what they love tomorrow. Therefore, all our plans for happiness in this life are but illusions. Let us enjoy the contentment of mind when it comes; let us refrain from driving it away through our own mistakes, but let us not make plans to ensnare it, for such plans are pure madness. I have seen very few happy people, perhaps none at all; but I have often seen hearts filled with contentment. Of all the things that have struck me, it is this state of contentment that has pleased me the most. I believe it is a natural result of the power of sensations over our inner emotions. Happiness has no external signs; to understand it, one would need to read into the heart of a happy person. But contentment can be seen in their eyes, in their posture, in their tone of voice, in their gait—it seems to communicate itself to anyone who observes it. Is there any greater pleasure than seeing an entire people indulge in joy on a day of celebration, and seeing all hearts bloom with the radiant radiance of fleeting but intense happiness that passes swiftly through the clouds of life?

Three days ago, Mr. P. came to me with great eagerness to show me the eulogy written by Mr. d’Alembert in praise of Madame Geoffrin. Before beginning to read it, he let out long and loud bursts of laughter at the ridiculous neologisms used in this piece and at the playful wordplay that it was said to be filled with. He started reading while still laughing, but I listened with such seriousness that he eventually stopped laughing. The longest and most elaborate part of this article revolved around the pleasure Madame Geoffrin took in watching children and encouraging them to talk. The author rightly regarded this trait as evidence of her good nature. But he did not stop there; he outright accused those who did not share this taste of having bad character and malice, going so far as to claim that if one questioned people destined for the gallows or the wheel on this matter, they would all agree that they did not like children. These statements had a peculiar effect where they were made. Assuming all of this was true, was it really appropriate to mention such things in an eulogy dedicated to a respected woman? I quickly understood the motive behind this despicable pretense. When Mr. P. finished reading, I pointed out what I considered to be the positive aspects of the eulogy and added that, in writing it, the author had less kindness than hatred in his heart[364].

The next day, since the weather was fairly nice although cold, I went for a walk all the way to the Military Academy in the hope of finding mosses in full bloom there. As I walked, I reflected on the visit of the previous day and on Mr. d’Alembert’s letter; I felt certain that such incidental arrangements could not have been made without some purpose. The very fact that someone had gone out of their way to bring me that brochure, when so much is kept hidden from me, was enough to tell me what its purpose was. I had left my children in the Orphanage; that alone seemed sufficient to make me appear like a heartless father. And by extending and pondering over this idea, it became increasingly clear to me that people must think I hated children. Following this train of thought, I marvelled at how skillfully human ingenuity can turn things upside down. For I truly believe no one has ever loved watching little babies frolic and play together more than I have. Often, in the streets or during walks, I would stop to watch their antics and games with such interest that I doubt anyone else shares it. On the very day Mr. P. came to visit, an hour before his arrival, I had already spent time with the two youngest children of my host—the older one was probably about seven years old. They came to kiss me so affectionately, and I returned their caresses so tenderly, that despite the difference in our ages, they seemed to enjoy my company sincerely. For me, it was a great source of joy to see that my aged face had not repelled them; the younger one, in particular, seemed so eager to be with me that, being even younger than them, I already felt a special fondness for him—and when he left, I regretted it as if he had been mine.

I understand how the accusation of placing my children in the Orphanage could easily be twisted into accusations that I was a depraved father who hated children. However, it was undoubtedly the fear that their fate would be a thousand times worse—and almost inevitable by any other means—that ultimately drove me to take this action. Since I was indifferent to what would become of them and unable to raise them myself, in my situation, they would have been raised by their mother, who would have spoiled them, or by her family, who would have turned them into monsters. I still shudder when I think about it. What Muhammad did to Saeed is nothing compared to what might have been done to them if it had been up to me, and the traps that were set for me afterward confirm that such plans had indeed been made. To be honest, I was far from anticipating such horrible schemes at the time; but I knew that the least dangerous option for their upbringing would be the Orphanage, so I placed them there. I would do it again without hesitation if the situation arose again—and I am certain that no father could be more tender toward them than I would have been, had habit not weakened my natural instincts.

If I have made any progress in understanding the human heart, it is because of the pleasure I took in watching and observing children that enabled me to gain this knowledge. In my youth, however, this very pleasure posed an obstacle, for I played with the children so joyfully and wholeheartedly that I hardly ever thought of studying them. But as I grew older and saw that my aged appearance troubled them, I refrained from disturbing them. I would rather forego that pleasure than disrupt their happiness. Content to merely watch their games and little antics, I found compensation in the insights these observations gave me into the most fundamental and genuine aspects of human nature—knowledge that all our scholars still lack. I have documented in my writings the evidence that I pursued this research with such care and enjoyment that it would indeed be the most incredible thing in the world if Héloïse and Émile were the work of a man who did not love children.

I never possessed either quick wit or ease of speech; but since my misfortunes, both my tongue and my mind have become increasingly awkward in expressing myself. Ideas and precise words also elude me, and nothing requires greater discernment or more careful choice of expression than what one says to children. What adds further to this difficulty is the attention of the listeners, their interpretations, and the weight they place on whatever comes from a man who has explicitly written for children—and who is therefore supposed to speak to them only in the most solemn and authoritative manner. This extreme embarrassment and my own inability to express myself properly disturb me greatly; I would feel much more at ease in front of an Asian monarch than in front of a child whom one must coax into speaking.

La felicità è uno stato permanente che, a quanto pare, non è destinato all’uomo in questo mondo. Tutto sulla terra è soggetto a un flusso continuo che impedisce a nulla di assumere una forma stabile; tutto intorno a noi cambia, e anche noi stessi cambiiamo. Nessuno può essere certo di amare domani ciò che ama oggi. Pertanto, tutti i nostri progetti di felicità in questa vita sono solo illusioni. Godiamoci la soddisfazione interiore quando arriva; evitiamo di allontanarla a causa delle nostre stesse colpe, ma non facciamo progetti per legarla a noi, perché tali progetti sono pura follia. Ho visto pochi uomini felici, forse nessuno; tuttavia ho spesso notato cuori soddisfatti. Tra tutti gli oggetti che mi hanno colpito, è stato proprio questo ad appagare maggiormente i miei desideri. Credo che questa soddisfazione derivi naturalmente dal potere delle sensazioni sui nostri sentimenti interiori. La felicità non ha alcun segno esteriore evidente; per comprenderla, bisognerebbe leggere nel cuore di un uomo felice. Ma la soddisfazione si legge negli occhi, nell’atteggiamento, nell’intonazione della voce, nel modo di camminare. E sembra trasmettersi a chi la osserva. Esiste forse una gioia più dolce di quella di vedere un intero popolo immergersi nella felicità in un giorno di festa, quando tutti i cuori fioriscono sotto i raggi del piacere che, anche se fugace, è intensissimo?

Tre giorni fa, il signor P. venne da me con grande fretta per mostrarmi l’elogio della signora Geoffrin scritto dal signor d’Alembert. La lettura fu preceduta da lunghi e fragorosi scoppi di risa riguardo al ridicolo neologismo utilizzato in quell’opera, nonché ai giochi di parole scherzosi di cui essa era piena. Il signor P. continuò a leggere ridendo, ma io lo ascoltavo con serietà, il che lo calmò; vedendo però che non lo imitavo affatto, alla fine smise di ridere. La parte più lunga e elaborata di quell’articolo parlava del piacere che la signora Geoffrin provava nel vedere i bambini e nel farli chiacchierare; l’autore, a ragione, considerava questa caratteristica una prova di buon carattere. Ma non si fermava qui: accusava decisamente di cattivo carattere e malvagità tutti coloro che non condividevano quel gusto, arrivando addirittura a dire che, se si interrogassero in proposito persone destinate al patibolo o alla ruota, tutte concorderebbero nel riconoscere di non aver mai amato i bambini. Queste affermazioni ebbero un effetto singolare nel luogo in cui furono pronunciate. Ammettendo tutto ciò fosse vero, era davvero il caso di esprimersi in quel modo? E doveva forse macchiare l’elogio di una donna stimabile con immagini di supplizio e malvagità? Capii facilmente il motivo di questa volgare ostentazione; quando il signor P. finì di leggere, elencando ciò che mi era sembrato positivo in quell’elogio, aggiunsi che l’autore, scrivendolo, provava nel cuore meno amicizia che odio[364].

Il giorno seguente, poiché il tempo era abbastanza bello sebbene freddo, andai a fare una passeggiata fino alla Scuola Militare nella speranza di trovare delle felci in piena fioritura. Mentre camminavo, riflettevo sulla visita del giorno precedente e sulle parole di Monsieur d’Alembert; ero convinto che quel gesto apparentemente casuale non fosse stato fatto senza un motivo preciso. E il solo fatto che qualcuno avesse voluto portarmi quella brochure, a me a cui viene nascosto tutto, mi rivelava chiaramente lo scopo di tale azione. Avevo affidato i miei figli agli Orfani; questo era sufficiente per farmi considerare un padre indegno. E da lì, estendendo e riflettendo su questa idea, ne derivava naturalmente la conclusione che io odiassi i bambini. Seguendo mentalmente questa catena di pensieri, ammiravo con quanta abilità l’ingegnosità umana sappia trasformare le cose nel loro opposto. Non credo infatti che nessuno abbia mai amato più di me vedere dei piccoli bambini giocare insieme. Spesso mi fermavo per osservare le loro scherzose attività, e non vedo nessuno condividere il mio interesse per questo. Lo stesso giorno in cui arrivò Monsieur P., un’ora prima della sua visita, avevo già visto i due bambini più piccoli del mio ospite. Il maggiore doveva avere circa sette anni; erano venuti ad abbracciarmi con tanta affetto, e io avevo ricambiato le loro carezze con altrettanto calore. Nonostante la differenza d’età, sembravano davvero divertirsi in mia compagnia. E per me fu un vero piacere constatare che il mio aspetto anziano non li aveva allontanati. Anzi, il più piccolo sembrava volermi bene particolarmente. Così, mentre lo guardavo andarsene, provai un dolore simile a quello che avrei provato se fosse stato mio.

Capisco che il rimprovero di aver affidato i miei figli agli Orfani abbia facilmente degenerato, con un po’ di manipolazione, in quello di essere un padre depravato e che odiasse i bambini. Tuttavia, è certamente la paura di una sorte per loro mille volte peggiore e quasi inevitabile per qualsiasi altra strada, che mi ha spinto maggiormente a prendere questa decisione. Essendo del tutto indifferente riguardo al loro futuro e impossibilitato di crescerli personalmente, in quella situazione avrei dovuto lasciarli affidati a loro madre, che li avrebbe viziati, o alla sua famiglia, che ne avrebbe fatto dei mostri. Ancora oggi rabbrividisco al pensiero. Quello che Maometto fece con Sa’id non è nulla in confronto a ciò che sarebbe potuto accadere loro se fossero stati affidati a me; inoltre, le insidie che mi sono state tendute in seguito ne confermano ampiamente l’esistenza. A dire il vero, all’epoca non avrei mai potuto prevedere tali orrori. Ma sapevo che l’educazione più sicura per loro fosse quella offerta dagli Orfani, e li ho affidati proprio lì. Lo farei di nuovo senza alcun dubbio, se oggi fosse necessario. E so bene che nessun padre potrebbe essere più amorevole di quanto lo sarei stato io con loro, se solo l’abitudine avesse potuto aiutare la natura.

Se ho fatto qualche progresso nella conoscenza del cuore umano, è stato il piacere che provavo nel vedere e osservare i bambini a farmi acquisire questa conoscenza. Lo stesso piacere, quando ero giovane, rappresentava però un ostacolo: giocavo con i bambini con tale allegria e buon cuore che quasi non pensavo ad studiarli. Ma quando, invecchiando, ho visto che il mio aspetto invecchiato li preoccupava, ho smesso di disturbarli, preferendo rinunciare a quel piacere piuttosto che rovinare la loro gioia. Mi accontentavo quindi di osservare i loro giochi e le loro piccole azioni, trovando nel sapere che queste osservazioni mi avevano fornito informazioni preziose sui primi e veri motivi della natura – di cui tutti i nostri scienziati ignorano ancora molto. Ho raccolto nelle mie opere prove concrete del fatto che mi sono dedicato con grande impegno a questa ricerca, e con piacere; sarebbe certamente la cosa più incredibile al mondo se “Eloisa ed Emilio” fossero stati l’opera di un uomo che non amava i bambini.

Non ho mai posseduto né prontezza di spirito né facilità nel parlare; ma da quando sono caduto in disgrazia, sia la mia lingua che il mio pensiero hanno iniziato ad inciampare sempre di più. Anche le idee e le parole giuste mi sfuggono; nulla richiede infatti una maggiore attenzione e una scelta più accurata delle espressioni quanto ciò che si dice ai bambini. Ciò che aumenta ulteriormente questa difficoltà è l’attenzione degli ascoltatori, le interpretazioni che danno a tutto ciò che proviene da un uomo che, avendo scritto appositamente per i bambini, dovrebbe parlare loro soltanto come se fosse un oracolo. Questo estremo imbarazzo e questa mia totale inadeguatezza mi turbano, mi confondono; mi sentirei molto più a mio agio davanti a un monarca d’Asia che davanti a un bambino che bisogna far parlare a forza.

Un autre inconvénient me tient maintenant plus éloigné d’eux, et depuis mes malheurs je les vois toujours avec le même plaisir, mais je n’ai plus avec eux la même familiarité. Les enfants n’aiment pas la vieillesse, l’aspect de la nature défaillante est hideux à leurs yeux, leur répugnance que j’aperçois me navre ; et j’aime mieux m’abstenir de les caresser que de leur donner de la gêne ou du dégoût. Ce motif qui n’agit que sur les âmes vraiment aimantes, est nul pour tous nos docteurs et doctoresses. Mme Geoffrin s’embarrassait fort peu que les enfants eussent du plaisir avec elle pourvu qu’elle en eût avec eux. Mais pour moi ce plaisir est pis que nul, il est négatif quand il n’est pas partagé, et je ne suis plus dans la situation ni dans l’âge où je voyais le petit cœur d’un enfant s’épanouir avec le mien. Si cela pouvait m’arriver encore, ce plaisir devenu plus rare n’en serait pour moi que plus vif et je l’éprouvais bien l’autre matin par le goût que je prenais à caresser les petits du Soussoi, non seulement parce que la bonne qui les conduisait ne m’en imposait pas beaucoup et que je sentais moins le besoin de m’écouter devant elle, mais encore parce que l’air jovial avec lequel ils m’abordèrent ne les quitta point, et qu’ils ne parurent ni se déplaire ni s’ennuyer avec moi.

Oh ! si j’avais encore quelques moments de pures caresses qui vinssent du cœur ne fût-ce que d’un enfant encore en jaquette, si je pouvais voir encore dans quelques yeux la joie et le contentement d’être avec moi, de combien de maux et de peines ne me dédommageraient pas ces courts mais doux épanchements de mon cœur ? Ah ! je ne serais pas obligé de chercher parmi les animaux le regard de la bienveillance qui m’est désormais refusé parmi les humains. J’en puis juger sur bien peu d’exemples mais toujours chers à mon souvenir. En voici un qu’en tout autre état j’aurais oublié presque et dont l’impression qu’il a faite sur moi peint bien toute ma misère. Il y a deux ans que m’étant allé promener du côté de la Nouvelle-France, je poussai plus loin, puis tirant à gauche et voulant tourner autour de Montmartre, je traversai le village de Clignancourt. Je marchais distrait et rêvant sans regarder autour de moi quand tout à coup je me sentis saisir les genoux. Je regarde et je vois un petit enfant de cinq ou six ans qui serrait mes genoux de toute sa force en me regardant d’un air si familier et si caressant que mes entrailles s’émurent et je me disais : c’est ainsi que j’aurais été traité des miens. Je pris l’enfant dans mes bras, je le baisai plusieurs fois dans une espèce de transport et puis je continuai mon chemin. Je sentais en marchant qu’il me manquait quelque chose, un besoin naissant me ramenait sur mes pas. Je me reprochais d’avoir quitté si brusquement cet enfant, je croyais voir dans son action sans cause apparente une sorte d’inspiration qu’il ne fallait pas dédaigner. Enfin cédant à la tentation, je reviens sur mes pas, je cours à l’enfant, je l’embrasse de nouveau et je lui donne de quoi acheter des petits pains de Nanterre dont le marchand passait là par hasard, et je commençai à le faire jaser. Je lui demandai où était son père ; il me le montra qui reliait des tonneaux. J’étais prêt à quitter l’enfant pour aller lui parler quand je vis que j’avais été prévenu par un homme de mauvaise mine qui me parut être une de ces mouches qu’on tient sans cesse à mes trousses. Tandis que cet homme lui parlait à l’oreille, je vis les regards du tonnelier se fixer attentivement sur moi d’un air qui n’avait rien d’amical. Cet objet me resserra le cœur à l’instant et je quittai le père et l’enfant avec plus de promptitude encore que je n’en avais mis à revenir sur mes pas, mais dans un trouble moins agréable qui changea toutes mes dispositions.

Je les ai pourtant senties renaître assez souvent depuis lors ; je suis repassé plusieurs fois par Clignancourt dans l’espérance d’y revoir cet enfant mais je n’ai plus revu ni lui ni le père, et il ne m’est plus resté de cette rencontre qu’un souvenir assez vif mêlé toujours de douceur et de tristesse, comme toutes les émotions qui pénètrent encore quelquefois jusqu’à mon cœur et qu’une réaction douloureuse finit toujours en le refermant.

Il y a compensation à tout. Si mes plaisirs sont rares et courts je les goûte aussi plus vivement quand ils viennent que s’ils m’étaient plus familiers ; je les rumine pour ainsi dire par de fréquents souvenirs, et quelque rares qu’ils soient, s’ils étaient purs et sans mélange je serais plus heureux peut-être que dans ma prospérité. Dans l’extrême misère on se trouve riche de peu ; un gueux qui trouve un écu en est plus affecté que ne le serait un riche en trouvant une bourse d’or. On rirait si l’on voyait dans mon âme l’impression qu’y font les moindres plaisirs de cette espèce que je puis dérober à la vigilance de mes persécuteurs. Un des derniers s’offrit il y a quatre ou cinq ans, que je ne me rappelle jamais sans me sentir ravi d’aise d’en avoir si bien profité.

Un dimanche nous étions allés, ma femme et moi, dîner à la porte Maillot. Après le dîner nous traversâmes le bois de Boulogne jusqu’à la Muette ; là nous nous assîmes sur l’herbe à l’ombre en attendant que le soleil fût baissé pour nous en retourner ensuite tout doucement par Passy. Une vingtaine de petites filles conduites par une manière de religieuse vinrent les unes s’asseoir les autres folâtrer assez près de nous. Durant leurs jeux vint à passer un oublieur avec son tambour et son tourniquet, qui cherchait pratique. Je vis que les petites filles convoitaient fort les oublies et deux ou trois d’entre elles, qui apparemment possédaient quelques liards, demandèrent la permission de jouer. Tandis que la gouvernante hésitait et disputait j’appelai l’oublieur et je lui dis : faites tirer toutes ces demoiselles chacune à son tour et je vous paierai le tout. Ce mot répandit dans toute la troupe une joie qui seule eût plus que payé ma bourse quand je l’aurais toute employée à cela.

Comme je vis qu’elles s’empressaient avec un peu de confusion, avec l’agrément de la gouvernante je les fis ranger toutes d’un côté, et puis passer de l’autre côté l’une après l’autre à mesure qu’elles avaient tiré. Quoiqu’il n’y eût point de billet blanc et qu’il revînt au moins une oublie à chacune de celles qui n’auraient rien, qu’aucune d’elles ne pouvait être absolument mécontente, afin de rendre la fête encore plus gaie, je dis en secret à l’oublieur d’user de son adresse ordinaire en sens contraire en faisant tomber autant de bons lots qu’il pourrait, et que je lui en tiendrais compte. Au moyen de cette prévoyance il y eut tout près d’une centaine d’oublies distribuées, quoique les jeunes filles ne tirassent chacune qu’une seule fois, car là-dessus je fus inexorable, ne voulant ni favoriser des abus ni marquer des préférences qui produiraient des mécontentements. Ma femme insinua à celles qui avaient de bons lots d’en faire part à leurs camarades, au moyen de quoi le partage devint presque égal et la joie plus générale.

Je priai la religieuse de vouloir bien tirer à son tour, craignant fort qu’elle ne rejetât dédaigneusement mon offre ; elle l’accepta de bonne grâce, tira comme les pensionnaires et prit sans façon ce qui lui revint ; je lui en sus un gré infini, et je trouvai à cela une sorte de politesse qui me plut fort et qui vaut bien je crois celle des simagrées. Pendant toute cette opération il y eut des disputes qu’on porta devant mon tribunal, et ces petites filles venant plaider tour à tour leur cause me donnèrent occasion de remarquer que, quoiqu’il n’y en eût aucune de jolie, la gentillesse de quelques-unes faisait oublier leur laideur.

Nous nous quittâmes enfin très contents les uns des autres ; et cette après-midi fut une de celles de ma vie dont je me rappelle le souvenir avec le plus de satisfaction. La fête au reste ne fut pas ruineuse, mais pour trente sols qu’il m’en coûta tout au plus, il y eut pour plus de cent écus de contentement. Tant il est vrai que le vrai plaisir ne se mesure pas sur la dépense et que la joie est plus amie des liards que des louis. Je suis revenu plusieurs autres fois à la même place à la même heure, espérant d’y rencontrer encore la petite troupe, mais cela n’est plus arrivé.

Another inconvenience now keeps me at a distance from them; since my misfortunes, I still see them with the same pleasure, but I no longer share with them that same familiarity. Children do not love old age; the sight of nature in its decaying state is hideous to their eyes, and their aversion fills me with sorrow. I would rather refrain from caressing them than cause them distress or disgust. This sentiment, which affects only truly loving hearts, is utterly ignored by all our doctors. Madame Geoffrin cared little whether the children enjoyed her company, so long as she herself found pleasure in theirs. But for me, such pleasure is nothing but negative—when it is not shared, it becomes even more painful. I am no longer in that state of mind or at that age when I could see a child’s heart blossoming together with mine. If it were possible for this to happen again, such a now-rarer pleasure would only become all the more intense for me. Indeed, that very morning, as I enjoyed caressing the children in the Soussoi, I felt this vividly—not only because the nurse who took care of them did not impose on me and I felt less need to restrain myself in her presence, but also because they greeted me with such joyous enthusiasm that they seemed neither displeased nor bored by my company.

Oh! If only I could still experience those moments of pure affection that come from the heart—even if it were just from a child still in their jacket; if only I could once again see in someone’s eyes the joy and contentment of being with me, how many evils and pains would such brief but tender expressions of my heart be able to compensate for? Ah! Then I wouldn’t have to seek among animals for that look of kindness which is now denied to me among humans. I can judge this from few examples, yet they are always dear to my memory. Here is one such example: in any other situation, I would have almost forgotten it, but the impression it left on me vividly portrays all my misery. Two years ago, while taking a walk near New France, I went further ahead, then turned left, intending to circle around Montmartre, and passed through the village of Clignancourt. I walked in a daze, lost in thought, without looking around when suddenly I felt someone grasp my knees. I looked up and saw a little boy of five or six years old, holding my knees tightly and looking at me with such a familiar and affectionate expression that it stirred something deep within me. I thought to myself: “This is how my own children would treat me.” I took the child in my arms, kissed him several times in an emotional outburst, and then continued on my way. As I walked, I felt as if something was missing; a growing urge made me turn back. I reproached myself for leaving the child so abruptly and thought that his seemingly unprovoked gesture must be some kind of inspiration that should not be ignored. Finally, succumbing to this impulse, I returned, ran up to the child, kissed him again, and gave him enough money to buy some Nanterre bread from a merchant who happened to be passing by. I then tried to engage him in conversation, asking where his father was; he pointed to him, saying he was repairing barrels. I was about to leave the child to talk to his father when I noticed a man of disheveled appearance approaching them. He seemed like one of those people who constantly follow me around. As this man whispered something into the child’s ear, the barrelmaker’s gaze fixed intently on me in an unfriendly manner. This sight immediately weighed heavily on my heart, and I left both father and child even more hurriedly than I had come—only to find myself in a much less pleasant state of mind.

Yet I have often felt them revive since then; I passed by Clignancourt several times in the hope of seeing that child again, but I never saw either him or his father. All that remained of that encounter was a rather vivid memory, always mixed with both sweetness and sadness—just like all those emotions that still occasionally penetrate my heart, only to be met by a painful reaction that ultimately closes it off again.

There is always compensation for everything. If my pleasures are rare and brief, I savor them all the more intensely when they occur; I seem to relive them through frequent memories. And even if they are rare, if they are pure and unadulterated, I might be happier than in times of prosperity. In extreme poverty, one can find wealth in very little; a beggar who finds an écu would be more affected by it than a rich man who finds a purse of gold. One would laugh if they saw the impact that even the smallest pleasures of this kind have on my soul—pleasures that I manage to steal away from the vigilance of those who persecute me. One such pleasure occurred four or five years ago; I never remember it without feeling delighted by how well I took advantage of it.

One Sunday, my wife and I went to dine at Le Port Maillot. After dinner, we walked through the Bois de Boulogne until we reached La Muette; there we sat on the grass in the shade, waiting for the sun to set before making our way back slowly via Passy. About twenty little girls, led by a sort of governess, came over and sat or played not far from us. During their games, a street vendor carrying a drum and a stick passed by; the girls seemed very interested in his wares. Two or three of them, who apparently had some money, asked if they could play with it. While the governess hesitated, I called to the vendor and said, “Let these young ladies take turns playing, and I’ll pay you for everything.” This announcement caused great joy among the girls—joy that would have been more than enough to pay for my expenses if I had spent all my money on it.

Seeing that they were hurrying about in some confusion, I, with the governor’s permission, had them all gather on one side and then, one by one, have them cross to the other side as soon as they had drawn their lots. Although there were no blank tickets, and each girl who received nothing would at least get something left over, none of them could be completely dissatisfied. To make the celebration even more joyful, I secretly instructed the person in charge of distributing the gifts to use his usual method but in reverse, making sure to distribute as many good prizes as possible—and I promised to take it into account later. Thanks to this arrangement, nearly a hundred extra gifts were distributed, although each girl only got to draw once, for on this point I was firm: I refused to allow any favoritism or preferential treatment that might cause dissatisfaction. My wife suggested that those who had received good prizes share them with their friends, and as a result, the distribution became almost equal, and everyone’s joy was even greater.

I asked the nun if she would be so kind as to take her turn at drawing, fearing greatly that she might disdainfully reject my offer; but she accepted it with pleasure, drew just like the other girls, and took without hesitation what was hers. I was infinitely grateful to her for this, and I found in it a kind of politeness that pleased me very much—indeed, I believe it far surpassed the affectation of those who put on airs. Throughout the whole process, there were arguments brought before my “court,” and as these little girls came one after another to plead their case, I had the opportunity to observe that, although none of them was particularly pretty, the kindness of some of them made their ugliness seem insignificant.

We finally parted ways, each very satisfied with the other; and that afternoon was one of those in my life that I recall with the greatest pleasure. Moreover, the party was not costly at all—though it only cost me thirty sols at most, it brought me more than a hundred écus worth of joy. For indeed, true pleasure cannot be measured by the amount spent, and happiness is far more readily found among those with little money than among the wealthy. I returned to that same place at the same time several times, hoping to encounter that small group again, but it never happened again.

Un altro inconveniente mi allontana ora da loro: nonostante i miei malanni, li vedo ancora con lo stesso piacere di sempre, ma non ho più con loro la stessa familiarità. I bambini non amano la vecchiaia; l’aspetto della natura in declino è orribile ai loro occhi, e il loro disgusto mi addolora profondamente. Preferisco quindi astenermi dal coccolarli, piuttosto che causare loro disagio o ripugnanza. Questo motivo, che agisce soltanto sulle anime veramente amorevoli, è del tutto ignorato da tutti i nostri “dottori”. La signora Geoffrin non si preoccupava affatto se i bambini provassero piacere in sua compagnia, purché lei ne provasse altrettanto. Ma per me quel piacere è addirittura negativo quando non è condiviso; non sono più nella condizione né nell’età in cui il piccolo cuore di un bambino si apriva gioiosamente insieme al mio. Se ciò dovesse accadere ancora, questo piacere, ormai più raro, diventerebbe per me ancora più intenso. Lo provavo quella mattina, nel piacere che provavo a coccolare i bambini del Soussoi: non solo perché la donna che li accompagnava non mi impondeva alcun limite e sentivo meno il bisogno di controllarmi davanti a lei, ma anche perché l’aria gioiosa con cui mi accoglievano non svaniva mai. E non sembravano né infastiditi né annoiati in mia compagnia.

Oh! Se solo potessi ancora godere di quei momenti di tenerezza pura che provengono dal cuore, anche solo da parte di un bambino ancora in cappotto. Se solo potessi ancora vedere negli occhi di qualcuno la gioia e il piacere di stare con me. Quanti mali e dolori non verrebbero compensati da questi brevi ma dolci momenti di affetto? Ah! Non sarei costretto a cercare tra gli animali quell’atteggiamento di benevolenza che ormai mi viene rifiutato dagli esseri umani. Posso giudicarlo anche solo attraverso pochi esempi, ma sempre molto cari alla mia memoria. Ecco uno di questi esempi: in altre circostanze l’avrei quasi dimenticato, ma l’impressione che mi ha lasciato descrive perfettamente tutta la mia miseria. Due anni fa, mentre passeggiavo nei dintorni della Nuova Francia, proseguii oltre; svoltando a sinistra e volendo girare intorno a Montmartre, attraversai il villaggio di Clignancourt. Camminavo distratto, immerso nei miei pensieri, senza guardarmi intorno. Quando all’improvviso sentii qualcuno afferrarmi per le ginocchia. Guardai e vidi un bambino di cinque o sei anni che stringeva forte le mie ginocchia, guardandomi con uno sguardo così familiare e dolce che il mio cuore si commosse. Pensai: “Ecco come sarei stato trattato dai miei stessi figli, ” Presi il bambino tra le braccia, lo baciai più volte, in un impeto di emozione. Poi continuai per la mia strada. Mentre camminavo, sentivo che mi mancava qualcosa. Un bisogno improvviso mi spinse a tornare indietro. Mi rimproveravo di aver lasciato così bruscamente quel bambino. Pensavo che il suo gesto, apparentemente senza motivo, fosse in realtà un segnale che non dovevo trascurare. Alla fine, cedendo alla tentazione, tornai indietro, corsi da lui, lo baciai di nuovo e gli diedi dei soldi per comprare dei piccoli panini di Nanterre. Il venditore passava proprio lì per caso. Iniziai a chiacchierare con il bambino. Gli chiesi dove fosse suo padre; mi indicò un uomo che stava legando dei barili. Ero pronto ad andare da lui quando vidi un uomo dall’aspetto sgradevole avvicinarsi al bambino e parlargli all’orecchio. Vidi anche lo sguardo del tonneliere fissarsi su di me con aria ostile. Quel momento cambiò completamente il mio umore. Lasciai sia il padre che il bambino ancora più in fretta di quanto fossi tornato indietro.

Tuttavia, da allora ho sentito spesso che quelle emozioni rinacessero; sono tornato più volte a Clignancourt nella speranza di rivedere quel bambino, ma non l’ho più rivisto né lui né il padre. Di quell’incontro mi è rimasto solo un ricordo molto vivido, sempre mescolato di dolcezza e tristezza, come tutte le emozioni che a volte ancora penetrano nel mio cuore, per poi essere represse da una reazione dolorosa che finisce per chiuderlo.

Tutto ha la sua compensazione. Se i miei piaceri sono rari e brevi, li assaporo con ancora maggiore intensità quando arrivano; li “ripasso” nella mia mente attraverso frequenti ricordi, e per quanto rari siano, se fossero puri e senza mescolanze, forse sarei più felice di quanto lo fossi nella mia prosperità. Nella estrema povertà si è ricchi di ben poco; un mendicante che trova una moneta ne è più commosso di quanto lo sarebbe un ricco trovando un sacchetto d’oro. Rideremmo se vedessimo nell’anima mia l’impressione che producono i più piccoli piaceri di questo genere, quelli che riesco a nascondere alla vigilanza dei miei persecutori. Uno degli ultimi di questi piaceri mi è capitato quattro o cinque anni fa; non me ne ricordo mai senza provare una grande gioia per averne goduto così appieno.

Un domenica, mia moglie ed io siamo andati a cena al ristorante “Porte Maillot”. Dopo cena abbiamo attraversato il bosco di Boulogne fino alla Muette; lì ci siamo seduti sull’erba all’ombra, aspettando che il sole calasse per poi tornare lentamente passando per Passy. Una ventina di bambine, guidate da una sorta di suora, vennero a sedersi o a giocare piuttosto vicino a noi. Durante i loro giochi, passò un venditore ambulante con il suo tamburo e il suo strumento per raccogliere le monete; vidi che le bambine desideravano molto quelle caramelle. Due o tre di loro, che evidentemente avevano qualche soldo, chiesero il permesso di giocare. Mentre la governante esitava, chiamai il venditore e gli dissi: “Lasciate che tutte queste signorine tirino a turno; vi pagherò per tutto”. Queste parole diffusero tra le bambine una gioia tale che, se avessi speso tutta la mia borsa per comprarle, quella gioia sarebbe stata più che sufficiente a compensarmi.

Vedendo che si affrettavano un po’ in modo disordinato, con l’aiuto della governante le feci allineare tutte da un lato e poi, una dopo l’altra, far passare dall’altro lato non appena avevano estratto i loro biglietti. Poiché non c’erano biglietti bianchi e ognuna di quelle che non riceveva nulla doveva comunque essere soddisfatta, per rendere la festa ancora più allegra, dissi in segreto all’addetto incaricato di distribuire i premi di utilizzare il suo solito metodo, ma al contrario, facendo cadere quante più buone ricompense possibile; gli promisi che gliene sarei stata grata. Grazie a questa precauzione furono distribuite quasi cento ricompense, anche se le ragazze ne potevano estrarre una sola ciascuna, poiché su questo punto fui inflessibile: non volevo né favorire abusi né mostrare preferenze che avrebbero potuto causare disappunti. Mia moglie suggerì alle ragazze che avevano ricevuto buone ricompense di condividerle con le loro compagne, e così il distribuzione divenne quasi equa e la gioia ancora più generale.

Chiesi alla religiosa di voler a sua volta tirare, temendo molto che rifiutasse con disprezzo la mia offerta; lei l’accettò volentieri, tirò insieme alle altre ragazze e prese senza alcuna esitazione ciò che le spettava; ne fui infinitamente grato e trovai in questo un certo tipo di gentilezza che mi piacque molto, e che credo sia ben superiore a quella delle solite formalità. Durante tutta questa operazione ci furono delle dispute che vennero portate davanti al mio “tribunale”, e queste ragazze, venendo una dopo l’altra a difendere le proprie ragioni, mi diedero l’occasione di notare che, sebbene nessuna di loro fosse bella, la gentilezza di alcune faceva dimenticare la loro bruttezza.

Ci lasciammo finalmente molto soddisfatti l’uno dell’altro; e quel pomeriggio fu uno di quelli della mia vita che ricordo con grande piacere. Del resto, la festa non risultò troppo dispendiosa: per al massimo trenta soldi che ci costò, ne ottenemmo più di cento in felicità. È davvero vero che il vero piacere non si misura in termini di spese, e che la gioia è più vicina ai piccoli soldi che ai grandi guadagni. Sono tornato più volte nello stesso posto alla stessa ora, nella speranza di incontrare di nuovo quel gruppo di persone, ma non è mai più successo.

Ceci me rappelle un autre amusement à peu près de même espèce dont le souvenir m’est resté de beaucoup plus loin. C’était dans le malheureux temps où faufilé parmi les riches et les gens de lettres, j’étais quelquefois réduit à partager leurs tristes plaisirs. J’étais à la Chevrette au temps de la fête du maître de la maison. Toute sa famille s’était réunie pour la célébrer, et tout l’éclat des plaisirs bruyants fut mis en œuvre pour cet effet. Jeux, spectacles, festins, feux d’artifice, rien ne fut épargné. L’on n’avait pas le temps de prendre haleine et l’on s’étourdissait au lieu de s’amuser. Après le dîner on alla prendre l’air dans l’avenue. On tenait une espèce de foire. On dansait ; les messieurs daignèrent danser avec les paysannes, mais les Dames gardèrent leur dignité. On vendait là des pains d’épice. Un jeune homme de la compagnie s’avisa d’en acheter pour les lancer l’un après l’autre au milieu de la foule, et l’on prit tant de plaisir à voir tous ces manants se précipiter, se battre, se renverser pour en avoir, que tout le monde voulut se donner le même plaisir. Et pains d’épice de voler à droite et à gauche, et filles et garçons de courir, s’entasser et s’estropier ; cela paraissait charmant à tout le monde. Je fis comme les autres par mauvaise honte, quoique en dedans je ne m’amusasse pas autant qu’eux. Mais bientôt ennuyé de vider ma bourse pour faire écraser les gens, je laissai là la bonne compagnie et je fus me promener seul dans la foire. La variété des objets m’amusa longtemps. J’aperçus entre autres cinq ou six Savoyards autour d’une petite fille qui avait encore sur son inventaire une douzaine de chétives pommes dont elle aurait bien voulu se débarrasser. Les Savoyards de leur côté auraient bien voulu l’en débarrasser mais ils n’avaient que deux ou trois liards à eux tous et ce n’était pas de quoi faire une grande brèche aux pommes. Cet inventaire était pour eux le jardin des Hespérides, et la petite fille était le dragon qui le gardait. Cette comédie m’amusa longtemps ; j’en fis enfin le dénouement en payant les pommes à la petite fille et les lui faisant distribuer aux petits garçons. J’eus alors un des plus doux spectacles qui puissent flatter un cœur d’homme, celui de voir la joie unie avec l’innocence de l’âge se répandre tout autour de moi ; car les spectateurs mêmes en la voyant la partagèrent, et moi qui partageais à si bon marché cette joie, j’avais de plus celle de sentir qu’elle était mon ouvrage.

En comparant cet amusement avec ceux que je venais de quitter, je sentais avec satisfaction la différence qu’il y a des goûts sains et des plaisirs naturels à ceux que fait naître l’opulence, et qui ne sont guère que des plaisirs de moquerie et des goûts exclusifs engendrés par le mépris. Car quelle sorte de plaisir pouvait-on prendre à voir des troupeaux d’hommes avilis par la misère s’entasser, s’étouffer, s’estropier brutalement, pour s’arracher avidement quelques morceaux de pains d’épice foulés aux pieds et couverts de boue ?

De mon côté quand j’ai bien réfléchi sur l’espèce de volupté que je goûtais dans ces sortes d’occasions, j’ai trouvé qu’elle consistait moins dans un sentiment de bienfaisance que dans le plaisir de voir des visages contents. Cet aspect a pour moi un charme qui, bien qu’il pénètre jusqu’à mon cœur, semble être uniquement de sensation. Si je ne vois la satisfaction que je cause, quand même j’en serais sûr je n’en jouirais qu’à demi. C’est même pour moi un plaisir désintéressé qui ne dépend pas de la part que j’y puis avoir ; car dans les fêtes du peuple celui de voir des visages gais m’a toujours vivement attiré. Cette attente a pourtant été souvent frustrée en France où cette nation qui se prétend si gaie montre peu cette gaieté dans ses jeux. Souvent j’allais jadis aux guinguettes pour y voir danser le menu peuple : mais ses danses étaient si maussades, son maintien si dolent, si gauche, que j’en sortais plutôt contristé que réjoui. Mais à Genève et en Suisse, où le rire ne s’évapore pas sans cesse en folles malignités, tout respire le contentement et la gaieté dans les fêtes, la misère n’y porte point son hideux aspect, le faste n’y montre pas non plus son insolence ; le bien-être, la fraternité, la concorde y disposent les cœurs à s’épanouir, et souvent dans les transports d’une innocente joie, les inconnus s’accostent, s’embrassent, et s’invitent à jouir de concert des plaisirs du jour. Pour jouir moi-même de ces aimables fêtes, je n’ai pas besoin d’en être, il me suffit de les voir ; en les voyant je les partage ; et parmi tant de visages gais, je suis bien sûr qu’il n’y a pas un cœur plus gai que le mien.

Quoique ce ne soit là qu’un plaisir de sensation il a certainement une cause morale, et la preuve en est que ce même aspect, au lieu de me flatter, de me plaire, peut me déchirer de douleur et d’indignation quand je sais que ces signes de plaisir et de joie sur les visages des méchants ne sont que des marques que leur malignité est satisfaite. La joie innocente est la seule dont les signes flattent mon cœur. Ceux de la cruelle et moqueuse joie le navrent et l’affligent quoiqu’elle n’ait nul rapport à moi. Ces signes, sans doute, ne sauraient être exactement les mêmes, partant de principes si différents : mais enfin ce sont également des signes de joie, et leurs différences sensibles ne sont assurément pas proportionnelles à celles des mouvements qu’ils excitent en moi.

Ceux de douleur et de peine me sont encore plus sensibles au point qu’il m’est impossible de les soutenir sans être agité moi-même d’émotions peut-être encore plus vives que celles qu’ils représentent. L’imagination renforçant la sensation m’identifie avec l’être souffrant et me donne souvent plus d’angoisse qu’il n’en sent lui-même. Un visage mécontent est encore un spectacle qu’il m’est impossible de soutenir surtout si j’ai lieu de penser que ce mécontentement me regarde. Je ne saurais dire combien l’air grognard et maussade des valets qui servent en rechignant m’a arraché d’écus dans les maisons où j’avais autrefois la sottise de me laisser entraîner, et où les domestiques m’ont toujours fait payer bien chèrement l’hospitalité des maîtres. Toujours trop affecté des objets sensibles, et surtout de ceux qui portent signe de plaisir ou de peine, de bienveillance ou d’aversion, je me laisse entraîner par ces impressions extérieures sans pouvoir jamais m’y dérober autrement que par la fuite. Un signe, un geste, un coup d’œil d’un inconnu suffit pour troubler mes plaisirs ou calmer mes peines. Je ne suis à moi que quand je suis seul, hors de là je suis le jouet de tous ceux qui m’entourent.

Je vivais jadis avec plaisir dans le monde quand je n’y voyais dans tous les yeux que bienveillance, ou tout au pis indifférence dans ceux à qui j’étais inconnu. Mais aujourd’hui qu’on ne prend pas moins de peine à montrer mon visage au peuple qu’à lui masquer mon naturel, je ne puis mettre le pied dans la rue sans m’y voir entouré d’objets déchirants ; je me hâte de gagner à grands pas la campagne ; sitôt que je vois la verdure, je commence à respirer. Faut-il s’étonner si j’aime la solitude ? Je ne vois qu’animosité sur les visages des hommes, et la nature me rit toujours.

Je sens pourtant encore, il faut l’avouer, du plaisir à vivre au milieu des hommes tant que mon visage leur est inconnu. Mais c’est un plaisir qu’on ne me laisse guère. J’aimais encore il y a quelques années à traverser les villages et à voir au matin les laboureurs raccommoder leurs fléaux ou les femmes sur leur porte avec leurs enfants. Cette vue avait je ne sais quoi qui touchait mon cœur. Je m’arrêtais quelquefois, sans y prendre garde, à regarder les petits manèges de ces bonnes gens, et je me sentais soupirer sans savoir pourquoi. J’ignore si l’on m’a vu sensible à ce petit plaisir et si l’on a voulu me l’ôter encore ; mais au changement que j’aperçois sur les physionomies à mon passage, et à l’air dont je suis regardé, je suis bien forcé de comprendre qu’on a pris grand soin de m’ôter cet incognito. La même chose m’est arrivée et d’une façon plus marquée encore aux Invalides. Ce bel établissement m’a toujours intéressé. Je ne vois jamais sans attendrissement et vénération ces groupes de bons vieillards qui peuvent dire comme ceux de Lacédémone :

Nous avons été jadis

Jeunes, vaillants et hardis.

This reminds me of another amusement of somewhat the same kind, whose memory dates back from a much earlier time. It was during those unfortunate times when, mingling among the rich and the literati, I was sometimes forced to share in their rather sad forms of entertainment. I happened to be at the Chevrette during the host’s birthday celebration. His entire family had gathered to festivities, and every possible means of noisy amusement was brought into play: games, performances, banquets, fireworks—nothing was spared. People didn’t even have time to catch their breath; they were overwhelmed rather than truly enjoying themselves. After dinner, we went out into the street for some fresh air. There was sort of a fair going on; people were dancing. The gentlemen deigned to dance with the country girls, but the ladies preserved their dignity. Spiced cakes were being sold there. One of the young men in our group decided to buy some and start throwing them among the crowd. Everyone found great amusement watching the peasants scramble, bump into each other, and try to catch the falling cakes—so much so that everyone wanted to join in. Cakes flying everywhere, girls and boys running around, pushing and shoving—it seemed delightful to everyone. Out of bad form, I joined in like the others, though inwardly I didn’t enjoy it as much as they did. But soon, tired of wasting my money just to make people get bumped around, I left that pleasant company and wandered alone through the fair. The variety of things on display kept me entertained for a long time. Among other things, I saw five or six Savoyards surrounding a little girl who still had a dozen meager apples left that she was eager to get rid of. The Savoyards, for their part, would have been happy to help her out, but they only had two or three pennies between them—far from enough to buy all those apples. To them, that pile of apples was like the Garden of Hesperides, and the little girl was the dragon guarding it. This little comedy amused me for a while until I finally resolved it by buying the apples from the girl and having her distribute them among the children. Then I got to enjoy one of the sweetest sights conceivable: to see joy mixed with the innocence of youth spreading all around me. Even the onlookers shared in this happiness, and I, who had so readily contributed to it, felt even more pleased to know that it was my doing.

Comparing this form of amusement with those I had just left behind, I felt with satisfaction the difference between healthy tastes and natural pleasures, on the one hand, and those that arise from wealth—pleasures that are nothing but acts of mockery and exclusive indulgences born out of contempt. For what kind of pleasure could one derive from watching crowds of people degraded by poverty huddle together, suffocate, and brutally injure themselves in order to snatch at some crumbs of spiced bread trampled underfoot and covered in mud?

On my part, when I carefully reflected on the kind of pleasure I experienced in such occasions, I found that it stemmed less from a sense of benevolence than from the joy of seeing happy faces. This aspect holds a charm for me; although it touches my heart, it seems to be purely sensory in nature. If I were not aware of the satisfaction I bring others, even if I were certain of it, I would only enjoy it half as much. For me, it is an unselfish pleasure that does not depend on my own role in it; for in the festivities of the people, the sight of joyful faces has always greatly attracted me. Yet this desire has often been frustrated in France, where a nation that prides itself on being so cheerful rarely displays it in its celebrations. In the past, I would often go to the taverns to watch the common people dance; but their dances were so gloomy, their movements so awkward and painful, that I left there feeling more distressed than delighted. But in Geneva and Switzerland, where laughter does not always degenerate into foolish mischief, everything exudes contentment and joy during festivities. Poverty does not reveal its hideous face there, nor does extravagance display its arrogance; instead, well-being, fraternity, and harmony prepare people’s hearts to bloom with happiness. Often, in the midst of innocent joy, strangers approach each other, embrace, and invite one another to share in the day’s pleasures together. To enjoy these delightful festivities myself, I do not need to be a part of them; merely observing them is enough. In watching them, I share in their joy; and among so many happy faces, I am certain that none are happier than mine.

Although it is merely a sensation of pleasure, it must surely have some moral cause; proof of this is that the very same expression, instead of flattering or pleasing me, can fill me with pain and indignation when I realize that those signs of pleasure and joy on the faces of evil people are merely indications that their malice has been satisfied. Only innocent joy is such that its manifestations flatter my heart; whereas the signs of cruel and mocking joy disturb and afflict me, even though it bears no relation to me at all. Undoubtedly, these signs would be entirely different if they stemmed from such vastly differing principles; yet after all, they are still signs of joy, and the perceived differences between them are certainly not in proportion to the effects they have upon me.

Those who suffer and endure pain are especially sensitive to such things; as a result, it is impossible for me to support them without being myself overwhelmed by emotions that may even be more intense than those they experience. My imagination, which intensifies these sensations, makes me identify with the suffering individual and often causes me greater anguish than what they feel themselves. The sight of an unhappy face is something I simply cannot endure, especially when I have reason to believe that that unhappiness is directed at me. I cannot count how many times the grumpy and sullen demeanor of servants who performed their duties reluctantly made me pay dearly in those houses where I once foolishly allowed myself to be entertained—houses where the domestic staff always made me pay a heavy price for the “hospitality” of their masters. Always overly affected by sensory objects, especially those that signify pleasure or pain, kindness or hostility, I am carried away by these external impressions and can never escape them except by fleeing. A single gesture, a look from an stranger is enough to disrupt my pleasures or soothe my pains. I am truly myself only when I am alone; otherwise, I am at the mercy of everyone around me.

Once upon a time, I enjoyed living in the world, for in everyone’s eyes I saw only kindness—or at worst, indifference—when they knew me not. But now, since it takes just as much effort to show my face to people as to hide my true nature, I cannot step into the streets without feeling surrounded by things that pierce my heart; I hurry away into the countryside. As soon as I see greenery, I begin to breathe again. Is it any wonder that I love solitude? In human faces, I see only hostility; but nature always smiles at me.

Yet, I must admit, I still find some pleasure in living among people as long as my face remains unknown to them. But such pleasure is rarely allowed to me. A few years ago, I loved walking through the villages and watching in the morning how the farmers repaired their plows or how women stood at their doors with their children. There was something in that sight that touched my heart. Sometimes, without realizing it, I would stop to watch the little antics of these kind-hearted people, and I would find myself sighing for no apparent reason. I don’t know if anyone noticed my fondness for this simple pleasure or if they tried to take it away from me; but judging by the changes in people’s expressions when I passed by and the way they looked at me, it is clear that great effort was made to strip me of this anonymity. The same thing happened to me, even more dramatically, at the Invalides. That wonderful institution has always held a special place in my heart. Whenever I see those groups of kind-hearted elderly people, I can’t help but feel moved and filled with respect—just like those in Sparta.

We were once.

Young, brave, and daring.

Questo mi ricorda un altro divertimento di genere simile, il cui ricordo risale a tempi molto più lontani. Era in quei tristi tempi in cui, mescolato tra i ricchi e gli intellettuali, a volte ero costretto a condividere i loro tristi piaceri. Ero alla Chevrette durante la festa del padrone di casa: tutta la sua famiglia si era riunita per celebrarla, e fu organizzato ogni tipo di divertimento rumoroso. Giochi, spettacoli, banchetti, fuochi d’artificio, nulla venne risparmiato. Non ci si dava nemmeno il tempo di riprendere fiato; ci si stordiva senza davvero divertirsi. Dopo cena andammo a prendere aria in strada: c’era una sorta di mercato. Si ballava; gli uomini si degnarono di ballare con le contadine, ma le signore mantennero la loro dignità. Lì si vendevano biscotti al miele. Un giovane del gruppo ebbe l’idea di comprarne alcuni per lanciarli nella folla; tutti si divertirono molto a vedere i contadini correre, litigare e cadere per raccoglierli. Così anche tutti gli altri vollero provare lo stesso divertimento. Biscotti che volavano da una parte all’altra, ragazze e ragazzi che correvano, si urtavano. A tutti sembrava qualcosa di incantevole. Anch’io feci come gli altri, per pura vergogna, anche se in realtà non mi divertivo quanto loro. Ma presto, stanco di spendere i miei soldi solo per far cadere la gente, lasciai quella bella compagnia e andai a passeggiare da solo nel mercato. La varietà degli oggetti mi divertì a lungo. Vidi soprattutto cinque o sei svizzeri intorno a una ragazzina che aveva ancora una dozzina di mele magre, delle quali avrebbe voluto liberarsi. Gli svizzeri, dal canto loro, avrebbero voluto aiutarla, ma avevano solo due o tre soldi tra tutti. Non era abbastanza per comprare tutte quelle mele. Per loro quel “giardino” rappresentava il paradiso, e la ragazzina era il drago che lo custodiva. Questa commedia mi divertì molto. Alla fine risolsi il problema pagando le mele alla ragazza e facendole distribuire ai bambini. E allora vidi uno dei spettacoli più dolci che possano esistere: la gioia unita all’innocenza dell’età si diffondeva intorno a me. Anche gli spettatori, vedendola, ne condividevano la felicità. E io, che condividevo così facilmente quella gioia, provavo anche la soddisfazione di sentire che era frutto del mio operato.

Paragonando questo divertimento con quelli che avevo appena lasciato, provavo soddisfazione nel constatare la differenza tra i gusti sani e i piaceri naturali, da un lato, e quelli che derivano dall’opulenza – piaceri che non sono altro che divertimenti derisori e gusti esclusivi generati dal disprezzo. Infatti, quale tipo di piacere si può provare nel vedere gruppi di persone umiliate dalla povertà accalcarsi, soffocarsi, ferirsi brutalmente, solo per strappare avidamente qualche pezzo di pane speziato calpestato e coperto di fango?

Da parte mia, quando ho riflettuto attentamente su quel tipo di piacere che provavo in queste occasioni, ho scoperto che esso derivava meno da un sentimento di benevolenza che dal piacere di vedere volti felici. Questo aspetto possiede per me un fascino tale che, sebbene penetri nel mio cuore, sembra essere puramente legato alle sensazioni. Se non potessi vedere la soddisfazione che provoco, anche se ne fossi certo, non ne godrei nemmeno in parte. Per me si tratta di un piacere disinteressato, che non dipende dal ruolo che io possa svolgere in esso; infatti, nelle feste popolari, il vedere volti felici mi ha sempre attratto profondamente. Tuttavia, questa attesa è stata spesso delusa in Francia, dove questo popolo che si proclama così allegro dimostra ben poco di tale allegria nei suoi divertimenti. Spesso in passato andavo alle guinguette per vedere danzare la gente comune; ma le loro danze erano così tristi, il loro comportamento così malinconico e goffo, che ne uscivo più rattristato che felice. Ma a Ginevra e in Svizzera, dove il riso non si trasforma continuamente in folli malevolità, tutto nelle feste respira soddisfazione e allegria; la povertà non mostra il suo aspetto orribile, né la ricchezza la sua arroganza; il benessere, la fraternità e l’armonia predispongono i cuori a sbocciare in gioie innocenti, e spesso, nell’entusiasmo di una felicità pura, gli sconosciuti si avvicinano, si abbracciano e si invitano a condividere insieme i piaceri della giornata. Per godere anch’io di queste deliziose feste, non ho bisogno di parteciparvi: mi basta vederle; vedendole, le condivido; e tra tanti volti felici, sono certo che non esiste cuore più gioioso del mio.

Sebbene si tratti soltanto di un piacere sensoriale, esso deve certamente avere una causa morale; la prova sta nel fatto che lo stesso aspetto, invece di lusingarmi o piacermi, può causarmi dolore e indignazione quando so che quei segni di piacere e gioia sui volti dei malvagi non sono altro che manifestazioni del soddisfatto compiacimento della loro malvagità. Solo la gioia innocente è tale da lusingare il mio cuore; invece, i segni di quella gioia crudele e beffarda lo turbano e lo addolorano, anche se essa non ha alcun legame con me. Senza dubbio, tali segni non potrebbero essere esattamente gli stessi, provenendo da principi così diversi; tuttavia, rimangono comunque segni di gioia, e le loro differenze sensibili certamente non sono proporzionali a quelle dei sentimenti che suscitano in me.

Coloro che soffrono e provano dolore sono ancora più sensibili a tali emozioni, al punto che mi è impossibile sostenerli senza essere anch’io agitato da sentimenti forse ancora più intensi di quelli che loro stessi provano. L’immaginazione, rafforzando questa sensazione, mi fa identificare con l’essere che soffre e spesso mi causa più angoscia di quanta ne provi lui stesso. Un volto scontento rappresenta uno spettacolo che non riesco affatto a sopportare, soprattutto quando penso che quel disappunto sia rivolto direttamente verso di me. Non saprei quanti soldi mi sono stati costati l’atteggiamento cupo e sgarbato dei domestici che lavoravano con riluttanza nelle case in cui un tempo avevo la stupidità di recarmi. In quelle case, i servitori mi facevano sempre pagare a caro prezzo l’“ospitalità” dei loro padroni. Troppo influenzato dagli oggetti sensibili, e soprattutto da quelli che rappresentano segni di piacere o dolore, benevolenza o avversione, mi lascio guidare da queste impressioni esterne senza mai riuscire a sfuggirne, se non fuggendo. Un semplice gesto, uno sguardo di uno sconosciuto è sufficiente per turbare i miei piaceri o alleviare le mie sofferenze. Sono me stesso soltanto quando sono solo; altrimenti, sono il giocattolo di tutti coloro che mi circondano.

Un tempo vivevo felicemente nel mondo, quando in tutti gli occhi vedevo soltanto benevolenza, o al massimo indifferenza da parte di coloro che non mi conoscevano. Ma oggi, poiché si dedica lo stesso impegno a mostrare il mio volto alla gente quanto a nascondere la mia vera natura, non posso mettere piede in strada senza sentirmi circondato da cose dolorose; mi affretto quindi a dirigermi verso la campagna; non appena vedo l’erba verde, inizio finalmente a respirare liberamente. Bisogna forse meravigliarsi se amo la solitudine? Negli occhi degli uomini vedo solo ostilità, mentre la natura continua sempre a sorridermi.

Tuttavia, devo ammetterlo, provo ancora piacere a vivere tra le persone finché il mio volto è loro sconosciuto. Ma questo piacere mi viene raramente concesso. Qualche anno fa adoravo attraversare i villaggi e vedere al mattino i contadini riparare i loro attrezzi agricoli o le donne, insieme ai loro bambini, sulla soglia di casa. Quella scena aveva qualcosa che toccava il mio cuore. A volte mi fermavo, senza pensarci troppo, a osservare i piccoli gesti di queste brave persone e sentivo il bisogno di sospirare, senza sapere esattamente il motivo. Non so se qualcuno abbia notato la mia sensibilità verso questo piccolo piacere e se abbia cercato di privarmene ancora; ma dal cambiamento che noto nei loro volti quando passo e dall’atteggiamento con cui vengo osservato, devo ammettere che hanno fatto di tutto per togliermi questa possibilità di rimanere anonimo. La stessa cosa mi è accaduta, in modo ancora più evidente, all’Invalides. Questo bell’istituto mi ha sempre interessato profondamente. Non posso mai guardare senza commozione e rispetto questi gruppi di anziani gentili che, proprio come quelli di Lacedemone, possono dire.

Un tempo siamo stati.

Giovani, coraggiosi e audaci.

Une de mes promenades favorites était autour de l’École militaire et je rencontrais avec plaisir çà et là quelques invalides qui, ayant conservé l’ancienne honnêteté militaire, me saluaient en passant. Ce salut que mon cœur leur rendait au centuple me flattait et augmentait le plaisir que j’avais à les voir. Comme je ne sais rien cacher de ce qui me touche, je parlais souvent des invalides et de la façon dont leur aspect m’affectait. Il n’en fallut pas davantage. Au bout de quelque temps je m’aperçus que je n’étais plus un inconnu pour eux, ou plutôt que je le leur étais bien davantage puisqu’ils me voyaient du même œil que fait le public. Plus d’honnêteté, plus de salutations. Un air repoussant, un regard farouche avaient succédé à leur première urbanité. L’ancienne franchise de leur métier ne leur laissant pas comme aux autres couvrir leur animosité d’un masque ricaneur et traître, ils me montrent tout ouvertement la plus violente haine, et tel est l’excès de ma misère que je suis forcé de distinguer dans mon estime ceux qui me déguisent le moins leur fureur.

Depuis lors je me promène avec moins de plaisir du côté des Invalides ; cependant comme mes sentiments pour eux ne dépendent pas des leurs pour moi, je ne vois toujours point sans respect et sans intérêt ces anciens défenseurs de leur patrie : mais il m’est bien dur de me voir si mal payé de leur part de la justice que je leur rends. Quand par hasard j’en rencontre quelqu’un qui a échappé aux instructions communes, ou qui ne connaissant pas ma figure ne me montre aucune aversion, l’honnête salutation de ce seul-là me dédommage du maintien rébarbatif des autres. Je les oublie pour ne m’occuper que de lui, et je m’imagine qu’il a une de ces âmes comme la mienne où la haine ne saurait pénétrer. J’eus encore ce plaisir l’année dernière en passant l’eau pour m’aller promener à l’île aux Cygnes. Un pauvre vieil invalide dans un bateau attendait compagnie pour traverser. Je me présentai et je dis au batelier de partir. L’eau était forte et la traversée fut longue. Je n’osais presque pas adresser la parole à l’invalide de peur d’être rudoyé et rebuté comme à l’ordinaire, mais son air honnête me rassura. Nous causâmes. Il me parut homme de sens et de mœurs. Je fus surpris et charmé de son ton ouvert et affable, je n’étais pas accoutumé à tant de faveur ; ma surprise cessa quand j’appris qu’il arrivait tout nouvellement de province. Je compris qu’on ne lui avait pas encore montré ma figure et donné ses instructions. Je profitai de cet incognito pour converser quelques moments avec un homme et je sentis à la douceur que j’y trouvais combien la rareté des plaisirs les plus communs est capable d’en augmenter le prix. En sortant du bateau, il préparait ses deux pauvres liards. Je payai le passage et le priai de les resserrer en tremblant de le cabrer. Cela n’arriva point ; au contraire il parut sensible à mon attention et surtout à celle que j’eus encore, comme il était plus vieux que moi, de lui aider à sortir du bateau. Qui croirait que je fus assez enfant pour en pleurer d’aise ? Je mourais d’envie de lui mettre une pièce de vingt-quatre sols dans la main pour avoir du tabac ; je n’osai jamais. La même honte qui me retint m’a souvent empêché de faire de bonnes actions qui m’auraient comblé de joie et dont je ne me suis abstenu qu’en déplorant mon imbécillité. Cette fois, après avoir quitté mon vieil invalide je me consolai bientôt en pensant que j’aurais pour ainsi dire agi contre mes propres principes en mêlant aux choses honnêtes un prix d’argent qui dégrade leur noblesse et souille leur désintéressement. Il faut s’empresser de secourir ceux qui en ont besoin, mais dans le commerce ordinaire de la vie laissons la bienveillance naturelle et l’urbanité faire chacune leur œuvre, sans que jamais rien de vénal et de mercantile ose approcher d’une si pure source pour la corrompre ou pour l’altérer. On dit qu’en Hollande le peuple se fait payer pour vous dire l’heure et pour vous montrer le chemin. Ce doit être un bien méprisable peuple que celui qui trafique ainsi des plus simples devoirs de l’humanité.

J’ai remarqué qu’il n’y a que l’Europe seule où l’on vende l’hospitalité. Dans toute l’Asie on vous loge gratuitement, je comprends qu’on n’y trouve pas si bien toutes ses aises. Mais n’est-ce rien que de se dire : je suis homme et reçu chez des humains. C’est l’humanité pure qui me donne le couvert. Les petites privations s’endurent sans peine, quand le cœur est mieux traité que le corps.

One of my favorite walks was around the Military Academy, and I would gladly meet here and there with some disabled veterans who, having retained their old military honesty, would salute me as they passed by. The respect I returned to them a hundredfold filled me with pleasure and increased my enjoyment in seeing them. Since I never hide anything that touches me, I often talked about these veterans and how their appearance affected me. And that was enough. After some time, I realized that I was no longer an stranger to them—or rather, that I was even more familiar to them than they were to me, since they viewed me in the same way that the general public did. No more honesty, no more salutes. A repulsive demeanor and a fierce look had replaced their initial courtesy. The old frankness inherent in their profession prevented them, like others, from masking their hostility with a sneering, treacherous facade; they openly displayed to me the most intense hatred. And such is the extreme nature of my misfortune that I am forced to distinguish, in my own estimation, those who least disguise their fury toward me.

Since then, I have less pleasure in walking along the banks of the Invalides; however, since my feelings toward them do not depend on their feelings toward me, I still regard these former defenders of their country with respect and interest. But it is truly hard for me to see how little gratitude they show for the justice I extend toward them. Occasionally, when I happen to meet someone who has not heard about my reputation or who does not show any aversion toward me because he does not recognize my face, the honest greeting of such a person makes up for the coldness and hostility of the others. I forget about them all and focus solely on that one individual, imagining that his heart is just like mine—one in which hatred could never find a place. Last year, while crossing the river to go for a walk on the Isle aux Cygnes, I had this same pleasant experience. There was a poor old invalid waiting in a boat for someone to accompany him across. I approached him and asked the boatman to set off. The water was rough, and the journey was long. I hardly dared speak to the old man, fearing that he would be rude or dismissive, as usual—but his honest demeanor reassured me. We chatted, and he seemed to be a sensible and well-mannered person. I was surprised and delighted by his open and friendly tone; I was not accustomed to such kindness. My surprise faded when I learned that he had just recently arrived from the province and that people there had not yet told him about me or given him any instructions regarding me. Taking advantage of this anonymity, I spent some time talking with him and realized how much the rarity of even the simplest pleasures can increase their value. After getting off the boat, he was counting his few coins. I paid for the fare and, trembling with embarrassment at the thought of offending him, asked if I could give him a little more money. But that did not happen; on the contrary, he seemed grateful for my consideration—and especially for the fact that, since he was older than me, I helped him get off the boat. Who would have believed that I was so naive as to be overjoyed by such a small act of kindness? I really wanted to give him a twenty-four-sol coin so that he could buy some tobacco—but I never dared to. The same sense of shame that prevented me from doing such a kind thing also often stopped me from performing other good deeds that would have brought me great joy, and I regretted my foolishness every time. But after leaving that old man, I consoled myself by thinking that, in a way, I had acted against my own principles by attaching a monetary value to what should be pure and selfless acts of kindness. We must quickly help those in need, but in the ordinary affairs of life, let natural generosity and courtesy do their work without allowing anything selfish or mercenary to taint such noble intentions. It is said that in Holland, people even charge money to tell you the time or show you the way. Such a people must be truly contemptible for to trade in such a manner with the simplest duties of humanity.

I have noticed that only in Europe is hospitality sold as a commodity. Throughout Asia, people provide free lodging for you; I understand that such comforts may not be readily available there. But isn’t it enough to think: “I am human, and I am being received by other humans.” It is pure humanity that provides me with shelter. Minor inconveniences are easily endured when one’s heart is treated better than one’s body.

Uno dei miei passeggiate preferiti era intorno alla Scuola Militare, e con piacere incontravo qua e là alcuni invalidi che, avendo conservato l’antica onestà militare, mi salutavano al mio passaggio. Quel saluto, che il mio cuore ricambiava loro centuplicatamente, mi lusingava e aumentava il piacere che provavo nel vederli. Poiché non so nascondere nulla di ciò che mi tocca, parlavo spesso degli invalidi e del modo in cui il loro aspetto mi influenzava. Non fu necessario altro: dopo un po’ mi resi conto che per loro non ero più uno sconosciuto, anzi, lo ero ancora meno, visto che mi guardavano con gli stessi occhi con cui il pubblico generalmente guarda queste persone. L’onestà svanì; i saluti cessarono. Un aspetto repellente, uno sguardo minaccioso sostituirono la loro precedente cortesia. La vecchia franchezza tipica del loro mestiere non permetteva loro, come agli altri, di nascondere la loro animosità dietro una maschera beffarda e traditrice. Così mi mostravano apertamente l’odio più violento possibile. Ed è tale l’estremità della mia miseria che sono costretto a distinguere, nella mia stima, coloro che meno nascondono la loro furia verso di me.

Da allora, passeggiare nei pressi degli Invalides non mi procura più lo stesso piacere; tuttavia, poiché i miei sentimenti verso di loro non dipendono dai loro sentimenti verso di me, continuo comunque a rispettarli e ad interessarmi per questi antichi difensori della loro patria. È davvero difficile, però, constatare quanto siano scarsi i ringraziamenti che ricevo in cambio della giustizia che io stesso loro rendo. Quando, per caso, incontro qualcuno di loro che non ha seguito le istruzioni comuni o che, non conoscendomi, non mostra alcun disprezzo nei miei confronti, l’onesta cordialità di queste persone compensa ampiamente la freddezza degli altri. Allora li dimentico completamente e mi concentro su di loro, immaginando che abbiano un’anima simile alla mia, in cui l’odio non potrebbe mai penetrare. L’anno scorso, mentre attraversavo il fiume per andare a passeggiare sull’isola dei Cigni, ebbi di nuovo questa gioia: un povero vecchio invalido, su una barca, aspettava qualcuno che lo accompagnasse nel tragitto. Mi avvicinai al battelliere e gli chiesi di partire. L’acqua era agitata e il viaggio fu lungo; non osavo quasi parlare con l’invalide per paura di essere scortesamente respinto, come accadeva di solito. Ma il suo aspetto onesto mi rassicurò. Conversammo e mi sembrò una persona sensata e perbene. Fui sorpreso e commosso dal suo tono aperto e cordiale: non ero abituato a tanta gentilezza. La mia sorpresa svanì quando scoprii che era appena arrivato dalla provincia; capii quindi che nessuno gli aveva ancora mostrato il mio volto né dato istruzioni su di me. Approfittai di questa situazione per conversare con lui per qualche momento, e mi resi conto di quanto la rarità dei piaceri più comuni possa aumentarne il valore. Uscendo dalla barca, stava preparando i suoi pochi soldi. Pagai il tragitto e gli chiesi di conservarli con cura. Non accadde nulla del genere; anzi, sembrò apprezzare molto la mia attenzione, soprattutto quando lo aiutai a scendere dalla barca. Chi avrebbe mai creduto che fossi così infantile da essere felice fino alle lacrime per questo? Avrei voluto dargli una moneta da ventiquattro soldi per comprargli del tabacco. Ma non osai mai farlo. La stessa vergogna che mi impediva di agire in modo generoso mi ha spesso impedito di compiere azioni che avrebbero potuto darmi grande gioia. Questa volta, dopo aver lasciato quel povero vecchio invalido, mi consolai pensando che, in un certo senso, avevo agito contro i miei principi, mescolando elementi materiali a qualcosa di nobile e disinteressato. Bisogna affrettarsi ad aiutare coloro che ne hanno bisogno. Ma nella vita quotidiana, lasciamo che la gentilezza naturale e l’urbanità facciano il loro lavoro. Senza che nulla di mercantile o venale osi contaminare una fonte così pura. Si dice che in Olanda la gente chieda denaro per indicarti l’ora o mostrarti la strada. Deve trattarsi di un popolo davvero spregevole quello che commercia in questo modo con i doveri più elementari dell’umanità.

Ho notato che solo in Europa si vende l’ospitalità come un bene commerciale. In tutta l’Asia ti ospitano gratuitamente; capisco quindi che non ci siano tutte quelle comodità. Ma non è forse sufficiente dire: “Sono un uomo e sono accolto da altri esseri umani”? È proprio l’umanità stessa a offrirmi rifugio. Le piccole privazioni si sopportano facilmente, quando il cuore viene trattato con più gentilezza del corpo.