Rousseau

Abstract

The Discourse on the Sciences and Arts (Rousseau’s first Discourse, prize-winner of the Academy of Dijon, 1750): Rousseau argues the paradoxical thesis that the progress of the sciences and arts has corrupted morals rather than purifying them, substituting refined appearance for simple virtue in an ‘uncivilized’ civilization.

Connections

Assi: Senso della storia
Posizioni: decadenza
Concetti: virtù, natura
Forme: saggio
Scuole: illuminismo

Testo originale francese · Arvensa Editions · pubblico dominio

C’est un grand et beau spectacle de voir l’homme sortir en quelque manière du néant par ses propres efforts ; dissiper, par les lumières de sa raison, les ténèbres dans lesquelles la nature l’avait enveloppé ; s’élever au-dessus de lui-même ; s’élancer par l’esprit jusque dans les régions célestes ; parcourir à pas de géant, ainsi que le soleil, la vaste étendue de l’univers ; et, ce qui est encore plus grand et plus difficile, rentrer en soi pour y étudier l’homme et connaître sa nature, ses devoirs, et sa fin. Toutes ces merveilles se sont renouvelées depuis peu de générations.

L’Europe était retombée dans la barbarie des premiers âges. Les peuples de cette partie du monde aujourd’hui si éclairée vivaient, il y a quelques siècles, dans un état pire que l’ignorance. Je ne sais quel jargon scientifique, encore plus méprisable que l’ignorance, avait usurpé le nom du savoir, et opposait à son retour un obstacle presque invincible. Il fallait une révolution pour ramener les hommes au sens commun ; elle vint enfin du côté d’où on l’aurait le moins attendue. Ce fut le stupide musulman, ce fut l’éternel fléau des lettres qui les fit renaître parmi nous. La chute du trône de Constantin porta dans l’Italie les débris de l’ancienne Grèce. La France s’enrichit à son tour de ces précieuses dépouilles. Bientôt les sciences suivirent les lettres : à l’art d’écrire se joignit l’art de penser ; gradation qui paraît étrange, et qui n’est peut-être que trop naturelle : et l’on commença à sentir le principal avantage du commerce des muses, celui de rendre les hommes plus sociables en leur inspirant le désir de se plaire les uns aux autres par des ouvrages dignes de leur approbation mutuelle.

L’esprit a ses besoins, ainsi que le corps. Ceux-ci font les fondements de la société, les autres en font l’agrément. Tandis que le gouvernement et les lois pourvoient à la sûreté et au bien-être des hommes assemblés, les sciences, les lettres, et les arts, moins despotiques et plus puissants peut-être, étendent des guirlandes de fleurs sur les chaînes de fer dont ils sont chargés, étouffent en eux le sentiment de cette liberté originelle pour laquelle ils semblaient être nés, leur font aimer leur esclavage, et en forment ce qu’on appelle des peuples policés. Le besoin éleva les trônes ; les sciences et les arts les ont affermis. Puissances de la terre, aimez les talents, et protégez ceux qui les cultivent[7]. peuples policés, cultivez-les : heureux esclaves, vous leur devez ce goût délicat et fin dont vous vous piquez ; cette douceur de caractère et cette urbanité de mœurs qui rendent parmi vous le commerce si liant et si facile ; en un mot, les apparences de toutes les vertus sans en avoir aucune.

C’est par cette sorte de politesse, d’autant plus aimable, qu’elle affecte moins de se montrer, que se distinguèrent autrefois Athènes et Rome dans les jours si vantés de leur magnificence et de leur éclat ; c’est par elle, sans doute, que notre siècle et notre nation l’emporteront sur tous les temps et sur tous les peuples. Un ton philosophe sans pédanterie, des manières naturelles et pourtant prévenantes, également éloignées de la rusticité tudesque et de la pantomime ultramontaine : voilà les fruits du goût acquis par de bonnes études et perfectionné dans le commerce du monde.

Qu’il serait doux de vivre parmi nous, si la contenance extérieure était toujours l’image des dispositions du cœur, si la décence était la vertu, si nos maximes nous servaient de règle, si la véritable philosophie était inséparable du titre de philosophe ! Mais tant de qualités vont trop rarement ensemble, et la vertu ne marche guère en si grande pompe. La richesse de la parure peut annoncer un homme opulent, et son élégance un homme de goût : l’homme sain et robuste se reconnaît à d’autres marques ; c’est sous l’habit rustique d’un laboureur, et non sous la dorure d’un courtisan, qu’on trouvera la force et la vigueur du corps. La parure n’est pas moins étrangère à la vertu, qui est la force et la vigueur de l’âme. L’homme de bien est un athlète qui se plaît à combattre nu ; il méprise tous ces vils ornements qui gêneraient l’usage de ses forces, et dont la plupart n’ont été inventés que pour cacher quelque difformité.

Avant que l’art eût façonné nos manières et appris à nos passions à parler un langage apprêté, nos mœurs étaient rustiques, mais naturelles ; et la différence des procédés annonçait, au premier coup d’œil, celle des caractères. La nature humaine, au fond, n’était pas meilleure ; mais les hommes trouvaient leur sécurité dans la facilite de se pénétrer réciproquement ; et cet avantage, dont nous ne sentons plus le prix, leur épargnait bien des vices.

Aujourd’hui que des recherches plus subtiles et un goût plus fin ont réduit l’art de plaire en principes, il règne dans nos mœurs une vile et trompeuse uniformité, et tous les esprits semblent avoir été jetés dans un même moule : sans cesse la politesse exige, la bienséance ordonne ; sans cesse on suit des usages, jamais son propre génie. On n’ose plus paraître ce qu’on est ; et, dans cette contrainte perpétuelle, les hommes qui forment ce troupeau qu’on appelle société, placés dans les mêmes circonstances, feront tous les mêmes choses si des motifs plus puissants ne les en détournent. On ne saura donc jamais bien à qui l’on a affaire : il faudra donc, pour connaître son ami, attendre les grandes occasions, c’est-à-dire attendre qu’il n’en soit plus temps, puisque c’est pour ces occasions mêmes qu’il eût été essentiel de le connaître.

Quel cortège de vices n’accompagnera point cette incertitude ! Plus d’amitiés sincères : plus d’estime réelle ; plus de confiance fondée. Les soupçons, les ombrages, les craintes, la froideur, la réserve, la haine, la trahison, se cacheront sans cesse sous ce voile uniforme et perfide de politesse, sous cette urbanité si vantée que nous devons aux lumières de notre siècle. On ne profanera plus par des jurements le nom du maître de l’univers ; mais on l’insultera par des blasphèmes, sans que nos oreilles scrupuleuses en soient offensées. On ne vantera pas son propre mérite, mais on rabaissera celui d’autrui. On n’outragera point grossièrement son ennemi, mais on le calomniera avec adresse.

Les haines nationales s’éteindront, mais ce sera avec l’amour de la patrie. À l’ignorance méprisée on substituera un dangereux pyrrhonisme. Il y aura des excès proscrits, des vices déshonorés mais d’autres seront décorés du nom de vertus ; il faudra ou les avoir ou les affecter. Vantera qui voudra la sobriété des sages du temps ; je n’y vois, pour moi, qu’un raffinement d’intempérance autant indigne de mon éloge que leur artificieuse simplicité[8].

Telle est la pureté que nos mœurs ont acquise ; c’est ainsi que nous sommes devenus gens de bien. C’est aux lettres, aux sciences et aux arts à revendiquer ce qui leur appartient dans un si salutaire ouvrage. J’ajouterai seulement une réflexion, c’est qu’un habitant de quelques contrées éloignées qui chercherait à se former une idée des mœurs européennes sur l’état des sciences parmi nous, sur la perfection de nos arts, sur la bienséance de nos spectacles, sur la politesse de nos manières, sur l’affabilité de nos discours, sur nos démonstrations perpétuelles de bienveillance, et sur ce concours tumultueux d’hommes de tout âge et de tout état qui semblent empressés, depuis le lever de l’aurore jusqu’au coucher du soleil, à s’obliger réciproquement ; c’est que cet étranger, dis-je, devinerait exactement de nos mœurs le contraire de ce qu’elles sont.

Où il n’y a nul effet, il n’y a point de cause à chercher : mais ici l’effet est certain, la dépravation réelle, et nos âmes se sont corrompues à mesure que nos sciences et nos arts se sont avancés à la perfection. Dira-t-on que c’est un malheur particulier à notre âge ? Non, messieurs ; les maux causés par notre vaine curiosité sont aussi vieux que le monde. L’élévation et l’abaissement journaliers des eaux de l’Océan n’ont pas été plus régulièrement assujettis au cours de l’astre qui nous éclaire durant la nuit, que le sort des mœurs et de la probité au progrès des sciences et des arts. On a vu la vertu s’enfuir à mesure que leur lumière s’élevait sur notre horizon, et le même phénomène s’est observé dans tous les temps et dans tous les lieux.

Voyez l’Égypte, cette première école de l’univers, ce climat si fertile sous un ciel d’airain, cette contrée célèbre d’où Sésostris partit autrefois pour conquérir le monde. Elle devient la mère de la philosophie et des beaux-arts, et, bientôt après, la conquête de Cambyse, puis celle des Grecs, des Romains, des Arabes, et enfin des Turcs.

It is a truly magnificent and beautiful sight to see man, in some way, emerge from nothingness through his own efforts; to see him dispel, with the lights of reason, the darkness into which nature had enveloped him; to see him rise above himself; to see him soar, through the power of his spirit, into the celestial realms; to watch him, like the sun itself, traverse the vast expanse of the universe; and—and this is even greater and more difficult—to see him turn within himself in order to study human nature, understand man’s duties, and comprehend his ultimate destiny. All these wonders have been repeated again and again over the course of just a few generations.

Europe had fallen back into the barbarity of early times. The peoples of this once-so-enlightened part of the world had, just a few centuries ago, lived in a state even worse than ignorance. Some kind of scientific jargon—even more despicable than ignorance itself—had usurped the name of knowledge and posed an almost insurmountable obstacle to its revival. A revolution was needed to restore common sense among men; it finally came from the very place where one would least have expected it. It was the foolish Muslim, that eternal scourge upon literature, who brought them back to life among us. The fall of the throne of Constantinople carried the remnants of ancient Greece into Italy; France, in turn, benefited from these precious treasures. Soon, sciences followed the path laid by letters: the art of writing was joined by the art of thinking—a progression that may seem strange, but is perhaps all too natural. And people began to realize the greatest advantage of engaging with the “muses”: it made them more sociable by inspiring in them the desire to please one another through works worthy of their mutual approval.

The mind has its needs, just as the body does. These needs form the foundation of society; others merely add to its pleasure. While government and laws ensure the safety and well-being of assembled peoples, sciences, literature, and the arts—less despotic and perhaps even more powerful—add “garlands of flowers” to the “iron chains” that bind these people, stifling within them the sense of that original freedom for which they seemed to be born. They make these people love their slavery and thus create what is called “civilized nations.” It was need that raised thrones; sciences and arts have made them stable. O powers of the earth, cherish talent and protect those who cultivate it[7]. Civilized peoples, nurture such talents: happy slaves, you owe them the delicate and refined tastes that you take pride in; the gentle nature of their character and the civilized manners that make trade among you so harmonious and easy—in short, all the appearances of virtue without actually possessing any of them.

It is precisely through this kind of politeness—all the more charming for being less ostentatious—that Athens and Rome distinguished themselves in those days so celebrated for their magnificence and brilliance; it is undoubtedly through such qualities that our century and our nation will surpass all other times and peoples. A philosophical tone, free from pedantry; natural manners that are at the same time considerate—far removed both from the rusticity of the Germanic style and the theatrical excesses of the Italian manner: these are the fruits of a taste cultivated through thorough education and refined in the midst of worldly affairs.

How pleasant it would be to live among us if outward appearance always reflected the true state of one’s heart, if decency were truly considered a virtue, if our principles guided our actions, and if true philosophy was inseparable from the title of philosopher! But so few people possess these qualities together; virtue rarely appears in such grand display. The richness of one’s attire may indicate wealth, and elegance taste; but a healthy and strong man can be recognized by other signs—it is in the simple garb of a laborer, not in the splendor of a courtier, that one finds the strength and vigor of the body. Ornamentation is just as foreign to virtue, which is the strength and vigor of the soul. A good person is like an athlete who enjoys fighting naked; he despises all those vulgar trappings that would hinder the free use of his strength—and most of them were invented merely to conceal some physical deformity.

Before art had shaped our manners and taught our passions to speak in a refined language, our customs were simple but natural; and the differences in these practices readily revealed the distinctions in people’s characters at first glance. In essence, human nature was no better then it is now; yet men found security in the ease with which they could understand one another; and this advantage, whose value we no longer appreciate, spared them many vices.

Today, as more subtle research and finer tastes have reduced the art of pleasing to mere principles, a vile and deceptive uniformity reigns in our manners. It seems as if all minds have been cast into the same mold: courtesy is constantly demanded, propriety is always prescribed; people follow conventions without ever embracing their own genius. One no longer dares to be oneself; and in this perpetual restraint, those who form what is called society, placed in identical circumstances, would all do the same things if not for more powerful motives that prevent them from doing so. As a result, one will never truly know whom one is dealing with. Therefore, to understand a friend, one must wait for significant occasions—meaning, wait until it is too late, since it was precisely during such moments that it would have been essential to know them well in the first place.

What a procession of vices will not accompany this state of uncertainty! No more sincere friendships; no more genuine respect; no more sound trust. Suspicion, resentment, fear, coldness, reserve, hatred, and betrayal will constantly hide beneath that uniform and deceitful veil of politeness, beneath that so much touted formality that we owe to the enlightenment of our age. One will no longer profane the name of the Lord of the universe with oaths; instead, one will insult it with blasphemies, without our sensitive ears being offended in the slightest. One will not boast about one’s own merits; rather, one will belittle those of others. One will not rudely insult one’s enemy; instead, one will slander them with cunning.

National hatreds will cease, but only through love for the fatherland. The despised ignorance will be replaced by a dangerous form of skepticism. Some vices will be condemned and shamed, while others will be hailed as virtues; one will either have to possess them or pretend to have them. Those who wish to praise the sobriety of the sages of old may do so, but for me, I see in it nothing but a refinement of intemperance—just as unworthy of my admiration as their artificially simple ways[8].

Such is the purity that our manners have acquired; it is in this way that we have become good people. It is to literature, science, and the arts that belongs what they deserve in such a beneficial undertaking. I would only like to add one thought: if a resident of some distant region were to try to form an idea of European manners based on the state of science among us, the perfection of our arts, the decency of our performances, the politeness of our behavior, the affability of our conversations, and all those constant demonstrations of kindness—and if that stranger were to observe the bustling activity of people of all ages and social statuses, who seem eager to help one another from dawn till dusk—then he would surely conclude that our manners are precisely the opposite of what they actually are.

Where there is no effect at all, there is no cause to seek; but here the effect is undeniable—the true degeneration of our souls has occurred as our sciences and arts have progressed toward perfection. Shall we say that this is a misfortune particular to our age? No, gentlemen; the evils caused by our vain curiosity are just as old as the world itself. The daily rises and falls of the ocean’s tides have followed the same regular patterns throughout the course of time, just as the fate of morals and integrity has been influenced by the advancement of science and art. We have seen virtue fade away as the light of these pursuits grew brighter on our horizon—and this same phenomenon has been observed throughout history and across all regions.

Look at Egypt—this first school of the universe, this land so fertile beneath a sky of iron, this famous region from which Sesostris once set forth to conquer the world. It became the mother of philosophy and the arts, and soon after that, it witnessed the conquests of Cambyses, then those of the Greeks, Romans, Arabs, and finally the Turks.

È uno spettacolo grande e bellissimo vedere l’uomo uscire in qualche modo dal nulla grazie ai propri sforzi; dissipare, con le luci della sua ragione, le tenebre nelle quali la natura lo aveva avvolto; elevarsi al di sopra di sé stesso; spingersi con l’intelletto fino alle regioni celesti; percorrere, come il sole, l’immensa vastità dell’universo; e, cosa ancora più grande e difficile, ritornare in se stesso per studiare l’uomo e conoscere la sua natura, i suoi doveri e la sua destinazione. Tutte queste meraviglie si sono ripetute nelle ultime generazioni.

L’Europa era ricaduta nella barbarie dei primi tempi. I popoli di questa parte del mondo, oggi così illuminata, vivevano, alcuni secoli fa, in uno stato peggiore dell’ignoranza stessa. Non so quale gergo scientifico, ancora più disprezzabile dell’ignoranza, avesse usurpato il nome della conoscenza, opponendo al suo ritorno un ostacolo quasi insormontabile. Era necessaria una rivoluzione per riportare gli uomini al buon senso comune; essa arrivò infine da dove meno ci si aspettava. Fu quel stupido musulmano, quel flagello eterno delle lettere, a farli rinascere tra di noi. La caduta del trono di Costantinino portò in Italia i resti dell’antica Grecia; la Francia, a sua volta, si arricchì di queste preziose reliquie. Presto anche le scienze seguirono le lettere: all’arte di scrivere si aggiunse l’arte di pensare. Una progressione che può sembrare strana, ma che forse è solo troppo naturale. E così iniziò a manifestarsi il principale vantaggio del “commercio con le Muse”: rendere gli uomini più socievoli, ispirandoli al desiderio di piacersi a vicenda attraverso opere degne della loro reciproca approvazione.

Lo spirito, come il corpo, ha i suoi bisogni. Questi ultimi costituiscono la base della società, mentre gli altri ne aumentano il piacere. Mentre il governo e le leggi assicurano la sicurezza e il benessere degli uomini riuniti, le scienze, le lettere e le arti, meno dispotiche e forse più potenti, “appendono ghirlande di fiori” alle catene di ferro dalle quali sono incatenati gli esseri umani; soffocano in loro il sentimento di quella libertà originale per la quale sembravano essere nati, li fanno amare la loro schiavitù e ne formano ciò che si chiama “popoli civili”. Il bisogno ha elevato i troni; le scienze e le arti li hanno resi ancora più stabili. Potenze della terra, amate i talenti e proteggete coloro che li coltivano[7]. Popoli civili, coltivatele: felici schiavi, a loro dovete quel gusto raffinato e delicato di cui vi vanti; quella dolcezza di carattere e quell’urbanità nei costumi che rendono il commercio tra voi così cordiale e agevole; in breve, tutte le apparenze delle virtù, senza però possederne alcuna realmente.

È proprio grazie a questo tipo di cortesia, tanto più affabile quanto meno ostentata, che un tempo Atene e Roma si distinguevano nei giorni della loro magnificenza e del loro splendore; è senza dubbio grazie ad essa che il nostro secolo e la nostra nazione trionferanno su tutti i tempi e su tutti i popoli. Un tono filosofico privo di pedanteria, modi naturali ma al contempo premurosi, lontani sia dalla rozzezza tedesca che dalla pantomima ultramontana: ecco i frutti di un gusto acquisito attraverso buone letture e perfezionato nel contesto della vita sociale.

Che dolce sarebbe vivere tra di noi, se l’aspetto esteriore riflettesse sempre lo stato d’animo interno, se la decenza fosse considerata una vera virtù, se le nostre massime ci guidassero nella vita, se la vera filosofia fosse inseparabile dal titolo di filosofo! Ma molte di queste qualità si incontrano raramente insieme, e la virtù difficilmente appare in tutta la sua maestosa bellezza. La ricchezza degli abiti può indicare un uomo agiato, e la sua eleganza una persona dal buon gusto; l’uomo sano e robusto si riconosce per altri segni: è sotto l’aspetto semplice di un contadino, e non sotto le decorazioni lussuose di un cortigiano, che si trovano la forza e la vitalità del corpo. Gli ornamenti esteriori sono altrettanto estranei alla virtù, che rappresenta invece la forza e la vitalità dell’anima. L’uomo buono è come un atleta che ama combattere nudo; disprezza tutti quegli orpelli volgari che potrebbero ostacolare l’esercizio delle sue forze, e la maggior parte dei quali sono stati inventati soltanto per nascondere qualche difformità fisica.

Prima che l’arte modellasse i nostri comportamenti e insegnasse alle nostre passioni a utilizzare un linguaggio “artificiale”, le nostre abitudini erano semplici, ma naturali; e la diversità nei metodi utilizzati permetteva, già al primo sguardo, di distinguere i caratteri delle persone. In fondo, la natura umana non era migliore; tuttavia gli uomini trovavano sicurezza nella facilità con cui riuscivano a comprendersi a vicenda; e questo vantaggio, del quale oggi non ci rendiamo più conto, li proteggeva da molti vizi.

Oggi, poiché ricerche più raffinate e un gusto più delicato hanno ridotto l’arte di piacere a semplici principi, nelle nostre abitudini regna un’uniformità vile e ingannevole; sembra che tutti gli spiriti siano stati modellati secondo lo stesso stampo: la cortesia richiede costantemente, la decenza ordina senza sosta; si segue sempre ciò che è considerato conveniente, mai il proprio vero genio. Non si osa più essere ciò che si è veramente; e in questa continua costrizione, le persone che compongono quella che chiamiamo società, trovandosi nelle stesse circostanze, faranno sempre le stesse cose, a meno che motivi più potenti non le distolgano da questo comportamento. Di conseguenza, non si saprà mai veramente con chi ci si ha a che fare; per conoscere un amico, quindi, sarà necessario aspettare le grandi occasioni, il che significa aspettare che sia ormai troppo tardi, poiché proprio in quelle occasioni sarebbe stato essenziale conoscerlo davvero.

Quale corteo di vizi non accompagnerà questa incertezza! Nessun’amicizia sincera, nessuna stima reale, nessuna fiducia fondata. Sospetti, ostilità, paure, freddezza, riserve, odio, tradimenti si nasconderanno costantemente dietro questo velo uniforme e perfido della cortesia, dietro questa urbanità tanto lodata, ma che in realtà dobbiamo alle luci del nostro secolo. Non si profanerà più il nome del Signore dell’universo con giuramenti; al contrario, verrà insultato con blasfemi, senza che le nostre orecchie scrupolose ne siano offese. Non si esalterà il proprio merito, ma si umilierà quello degli altri. Non si offenderà grossolanamente il nemico, ma si calomminerà abilmente.

Le ostilità nazionali si estingueranno, ma ciò avverrà attraverso l’amore per la patria. All’ignoranza disprezzata subentrerà un pericoloso pirronismo. Alcuni vizi saranno condannati e considerati disonoriabili, mentre altri verranno definiti virtù; sarà necessario possederli o fingere di averli. Chi vuole può lodare la sobrietà dei saggi di quel tempo. Ma io vi vedo soltanto un ulteriore esempio di intemperanza, altrettanto indegno del mio elogio quanto la loro artefatta semplicità[8].

Ecco la purezza che le nostre usanze hanno acquisito; è così che siamo diventati persone oneste e virtuose. Sono le lettere, le scienze e le arti a dover rivendicare ciò che loro appartiene in quest’opera così salutare. Aggiungerei soltanto una riflessione: un abitante di qualche regione lontana che cercasse di farsi un’idea delle usanze europee, dello stato delle scienze tra di noi, della perfezione delle nostre arti, della decoro dei nostri spettacoli, della cortesia delle nostre maniere, dell’affabilità dei nostri discorsi, nonché di questa competizione incessante di persone di ogni età e condizione che sembrano impegnate, dal sorgere all’alba fino al tramonto del sole, a dimostrarsi reciprocamente affetto; beh, questo straniero capirebbe esattamente il contrario di ciò che le nostre usanze realmente sono.

Laddove non esiste alcun effetto, non c’è motivo di cercare una causa; ma in questo caso l’effetto è certo: la corruzione reale delle nostre anime è avvenuta man mano che le nostre scienze e i nostri arti hanno raggiunto la perfezione. Si potrà dire che si tratti di un male specifico della nostra epoca? No, signori; i mali causati dalla nostra vana curiosità esistono da tempi immemorabili. L’altalena quotidiana del livello delle acque dell’Oceano non segue regolarmente il corso della stella che ci illumina di notte, così come il destino delle nostre morali e della nostra onestà non dipende dal progresso delle scienze e degli arti. Si è visto la virtù allontanarsi man mano che la luce di queste discipline si diffondeva nel nostro orizzonte; lo stesso fenomeno si è osservato in tutti i tempi e in tutti i luoghi.

Guardate l’Egitto: questa prima scuola dell’universo, questo clima così fertile sotto un cielo di ferro, questa terra celebre da cui un tempo Sesostri partì per conquistare il mondo. L’Egitto diventa la culla della filosofia e delle belle arti; poco dopo, seguono le conquiste di Cambise, poi quelle dei Greci, dei Romani, degli Arabi e infine dei Turchi.

Voyez la Grèce, jadis peuplée de héros qui vainquirent deux fois l’Asie, l’une devant Troie, et l’autre dans leurs propres foyers. Les lettres naissantes n’avaient point porté encore la corruption dans les cœurs de ses habitants ; mais le progrès des arts, la dissolution des mœurs, et le joug du Macédonien, se suivirent de près ; et la Grèce, toujours savante, toujours voluptueuse, et toujours esclave, n’éprouva plus dans ses révolutions que des changements de maîtres. Toute l’éloquence de Démosthène ne put jamais ranimer un corps que le luxe et les arts avaient énervé.

C’est au temps des Ennius et des Térence que Rome, fondée par un pâtre et illustrée par des laboureurs, commence à dégénérer. Mais après les Ovide, les Catulle, les Martial, et cette foule d’auteurs obscènes dont les noms seuls alarment la pudeur, Rome, jadis le temple de la vertu, devient le théâtre du crime, l’opprobre des nations, et le jouet des barbares. Cette capitale du monde tombe enfin sous le joug qu’elle avait imposé à tant de peuples, et le jour de sa chute fut la veille de celui où l’on donna à l’un de ses citoyens le titre d’arbitre du bon goût[9].

Que dirai-je de cette métropole de l’empire d’Orient, qui par sa position semblait devoir l’être du monde entier, de cet asile des sciences et des arts proscrits du reste de l’Europe, plus peut-être par sagesse que par barbarie ? Tout ce que la débauche et la corruption ont de plus honteux ; les trahisons, les assassinats, et les poisons de plus noir ; le concours de tous les crimes de plus atroce : voilà ce qui forme le tissu de l’histoire de Constantinople : voilà la source pure d’où nous sont émanées les lumières dont notre siècle se glorifie.

Mais pourquoi chercher dans des temps reculés des preuves d’une vérité dont nous avons sous nos yeux des témoignages subsistants ? Il est en Asie une contrée immense où les lettres honorées conduisent aux premières dignités de l’état. Si les sciences épuraient les mœurs, si elles apprenaient aux hommes à verser leur sang pour la patrie, si elles animaient le courage, les peuples de la Chine devraient être sages, libres, et invincibles. Mais s’il n’y a point de vice qui ne les domine, point de crime qui ne leur soit familier ; si les lumières des ministres, ni la prétendue sagesse des lois, ni la multitude des habitants de ce vaste empire, n’ont pu le garantir du joug du Tartare ignorant et grossier, de quoi lui ont servi tous ses savants ? Quel fruit a-t-il retiré des honneurs dont ils sont comblés ? serait-ce d’être peuplé d’esclaves et de méchants ?

Opposons à ces tableaux celui des mœurs du petit nombre de peuples qui, préservés de cette contagion des vaines connaissances, ont par leurs vertus fait leur propre bonheur et l’exemple des autres nations. Tels furent les premiers Perses : nation singulière, chez laquelle on apprenait la vertu comme chez nous on apprend la science ; qui subjugua l’Asie avec tant de facilité, et qui seule a eu cette gloire, que l’histoire de ses institutions ait passé pour un roman de philosophie. Tels furent les Scythes, dont on nous a laissé de si magnifiques éloges. Tels les Germains, dont une plume, lasse de tracer les crimes et les noirceurs d’un peuple instruit, opulent et voluptueux, se soulageait à peindre la simplicité, l’innocence et les vertus. Telle avait été Rome même, dans les temps de sa pauvreté et de son ignorance. Telle enfin s’est montrée jusqu’à nos jours cette nation rustique si vantée pour son courage que l’adversité n’a pu abattre, et pour sa fidélité que l’exemple n’a pu corrompre.[10]

Ce n’est point par stupidité que ceux-ci ont préféré d’autres exercices à ceux de l’esprit. Ils n’ignoraient pas que dans d’autres contrées des hommes oisifs passaient leur vie à disputer sur le souverain bien, sur le vice et sur La vertu, et que d’orgueilleux raisonneurs, se donnant à eux-mêmes les plus grands éloges, confondaient les autres peuples sous le nom méprisant de barbares ; mais ils ont considéré leurs mœurs et appris à dédaigner leur doctrine.[11]

Oublierais-je que ce fut dans le sein même de la Grèce qu’on vit s’élever cette cité aussi célèbre par son heureuse ignorance que par la sagesse de ses lois, cette république de demi-dieux plutôt que d’hommes, tant leurs vertus semblaient supérieures à l’humanité ? O Sparte, opprobre éternel d’une vaine doctrine ! tandis que les vices conduits par les beaux-arts s’introduisaient ensemble dans Athènes, tandis qu’un tyran y rassemblait avec tant de soin les ouvrages du prince des poètes, tu chassais de tes murs les arts et les artistes, les sciences et les savants !

L’événement marqua cette différence. Athènes devint le séjour de la politesse et du bon goût, le pays des orateurs et des philosophes : l’élégance des bâtiments y répondait à celle du langage : on y voyait de toutes parts le marbre et la toile animés par les mains des maîtres les plus habiles : c’est d’Athènes que sont sortis ces ouvrages surprenants qui serviront de modèles dans tous les âges corrompus. Le tableau de Lacédémone est moins brillant. « Là, disaient les autres peuples, les hommes naissent vertueux, et l’air même du pays semble inspirer la vertu. » Il ne nous reste de ses habitants que la mémoire de leurs actions héroïques. De tels monuments vaudraient-ils moins pour nous que les marbres curieux qu’Athènes nous a laissés ?

Quelques sages, il est vrai, ont résisté au torrent général et se sont garantis du vice dans le séjour des muses. Mais qu’on écoute le jugement que le premier et le plus malheureux d’entre eux portait des savants et des artistes de son temps.

« J’ai examiné, dit-il, les poètes, et je les regarde comme des gens dont le talent en impose à eux-mêmes et aux autres, qui se donnent pour sages, qu’on prend pour tels, et qui ne sont rien moins.

« Des poètes, continue Socrate, j’ai passé aux artistes. Personne n’ignorait plus les arts que moi ; personne n’était plus convaincu que les artistes possédaient de fort beaux secrets. Cependant je me suis aperçu que leur condition n’est pas meilleure que celle des poètes, et qu’ils sont, les uns et les autres, dans le même préjugé. Parce que les plus habiles d’entre eux excellent dans leur partie, ils se regardent comme les plus sages des hommes. Cette présomption a terni tout-à-fait leur savoir à mes yeux : de sorte que, me mettant à la place de l’oracle, et me demandant ce que j’aimerais le mieux être, ce que je suis ou ce qu’ils sont, savoir ce qu’ils ont appris ou savoir que je ne sais rien, j’ai répondu à moi-même et au dieu : Je veux rester ce que je suis.

« Nous ne savons, ni les sophistes, ni les poètes, ni les orateurs, ni les artistes, ni moi, ce que c’est que le vrai, le bon, et le beau. Mais il y a entre nous cette différence, que, quoique ces gens ne sachent rien, tous croient savoir quelque chose : au lieu que moi, si je ne sais rien, au moins je n’en suis pas en doute. De sorte que toute cette supériorité de sagesse qui m’est accordée par l’oracle se réduit seulement à être bien convaincu que j’ignore ce que je ne sais pas. »

Voilà donc le plus sage des hommes au jugement des dieux, et le plus savant des Athéniens au sentiment de la Grèce entière, Socrate, faisant l’éloge de l’ignorance ! Croit-on que, s’il ressuscitait parmi nous, nos savants et nos artistes lui feraient changer d’avis ? Non, messieurs : cet homme juste continuerait de mépriser nos vaines sciences ; il n’aiderait point à grossir cette foule de livres dont on nous inonde de toutes parts, et ne laisserait, comme il a fait, pour tout précepte à ses disciples et à nos neveux, que l’exemple et la mémoire de sa vertu. C’est ainsi qu’il est beau d’instruire les hommes.

Socrate avait commencé dans Athènes, le vieux Caton continua dans Rome, de se déchaîner contre ces Grecs artificieux et subtils qui séduisaient la vertu et amollissaient le courage de ses concitoyens. Mais les sciences, les arts, et la dialectique, prévalurent encore : Rome se remplit de philosophes et d’orateurs ; on négligea la discipline militaire, on méprisa l’agriculture, on embrassa des sectes, et l’on oublia la patrie. Aux noms sacrés de liberté, de désintéressement, d’obéissance aux lois, succédèrent les noms d’Épicure, de Zénon, d’Arcésilas. « Depuis que les savants ont commencé à paraître parmi nous, disaient leurs propres philosophes, les gens de bien se sont éclipsés[12]. » Jusqu’alors les Romains s’étaient contentés de pratiquer la vertu ; tout fut perdu quand ils commencèrent à l’étudier.

Look at Greece—once inhabited by heroes who conquered Asia twice: once before Troy, and once in their own homes. The nascent arts had yet to bring corruption into the hearts of its people; but the advancement of the arts, the decline of morals, and the yoke of the Macedonians followed one after another. Greece, always wise, always indulgent in pleasure, and always a slave, experienced only changes in masters throughout its revolutions. All the eloquence of Demosthenes could never revive a nation that had been enervated by luxury and the arts.

It was during the times of Ennius and Terence that Rome—founded by a shepherd and distinguished by its farmers—began to degenerate. But after Ovid, Catullus, Martial, and that multitude of obscene authors whose very names shocked decency, Rome, once the temple of virtue, became the theater of crime, the disgrace of nations, and the plaything of barbarians. This capital of the world finally fell under the yoke it had imposed upon so many peoples, and the day of its downfall was the very eve on which one of its citizens was granted the title of “arbiter of good taste.”

What shall I say of this metropolis of the Eastern Empire, which, by its position, seemed destined to be the metropolis of the entire world—this refuge for sciences and arts that were prohibited in the rest of Europe, perhaps more out of wisdom than out of barbarity? All that debauchery and corruption have of most shameful; all acts of betrayal, assassination, and the darkest forms of poison; all combinations of crimes the most atrocious—these are what constitute the very fabric of the history of Constantinople. This is the pure source from which the lights that our century takes pride in have emanated.

But why seek evidence of a truth in distant times when we have living testimonies right before our eyes? In Asia lies a vast realm where the study of the classics leads to the highest offices of state. If science could purify people’s morals, if it could teach them to shed their blood for their country, if it could inspire courage, then the peoples of China would surely be wise, free, and invincible. Yet if there is no vice that does not dominate them, no crime that they are not accustomed to; if the wisdom of their rulers, the supposed wisdom of their laws, and the vast population of this immense empire have all been unable to protect them from the oppression of ignorant and barbaric Tartars—what use have all their scholars been to them? What benefit has China gained from all the honors they have received? Surely not the freedom or happiness of its people.

Let us contrast these scenes with those depicting the manners of the few peoples who, spared from the contagion of vain knowledge, have achieved their own happiness through virtue and set an example for other nations. Such were the early Persians: a unique nation where virtue was learned in the same way that science is studied among us; they conquered Asia so effortlessly that their institutions alone were regarded as a philosophical romance in history. Such were also the Scythians, about whom we have been given such magnificent praises. And the Germans—whose writers, weary of documenting the crimes and vices of a learned, wealthy, and indulgent people, found solace in depicting simplicity, innocence, and virtue. Rome itself, in its times of poverty and ignorance, was likewise such a nation. And until our own days, this same rustic people, so celebrated for their courage that adversity could never bring them down, and for their fidelity that no example could corrupt them, has remained true to its nature.[10]

It was not out of stupidity that these people preferred other forms of exercise to those that engage the mind. They were well aware that in other regions, idle men spent their lives debating about the supreme good, vice, and virtue; and that proud rationalists, giving themselves the highest praise, regarded other peoples with contemptuous terms such as “barbarians.” Yet they deemed their own customs inferior and learned to despise their doctrines.[11]

Would I forget that it was within the very heart of Greece that this city arose—so famous for its happy ignorance as well as for the wisdom of its laws? This republic of semi-gods rather than of men, whose virtues seemed so far superior to those of ordinary humans. O Sparta, eternal disgrace of a vain doctrine! While vices, nurtured by the arts, were creeping into Athens; while a tyrant was painstakingly collecting the works of the greatest poet—thou drove the arts and their practitioners, the sciences and their scholars, away from thy walls!

This event underscored this difference. Athens became the seat of courtesy and good taste, the land of orators and philosophers: the elegance of its buildings mirrored that of its language; everywhere one could see marble and tapestries crafted by the most skilled hands. It was from Athens that these astonishing works emerged, to serve as models for all corrupt ages to come. The scene in Sparta, however, is less dazzling. “There,” said other peoples, “men are born virtuous, and even the very air of the land seems to inspire virtue.” Of its inhabitants, all that remains to us is the memory of their heroic deeds. Would such monuments be worth less to us than the exquisite marbles that Athens has left us?

Indeed, some sages managed to resist the general trend and preserved themselves from vice amidst the company of the muses. But let us hear what judgment the foremost and most unfortunate among them held of the scholars and artists of his time.

“I have examined these poets,” he said, “and I regard them as people whose talent imposes itself upon both themselves and others; who present themselves as wise, and are indeed regarded as such, but in reality they are nothing of the sort.”

“Regarding poets,” Socrates continued, “I then turned my attention to artists. No one was more knowledgeable about the arts than I was; no one was more convinced that artists possessed extremely beautiful secrets. Yet I realized that their situation was no better than that of poets, and that both groups were trapped by the same prejudice. Because the most skilled among them excelled in their field, they regarded themselves as the wisest of men. This presumption completely tarnished the value of their knowledge in my eyes. So, putting myself in the place of the oracle and asking what I would prefer to be—what I am or what they are, whether to know what they have learned or to realize that I know nothing—I answered both myself and the god: ‘I want to remain what I am.’”

“Neither the sophists nor the poets, nor the orators, nor the artists, nor I know what truth, goodness, and beauty really are. But there is this difference between us: while those people know nothing, they all believe they know something; whereas I, even if I know nothing, at least I am not in doubt about it. Thus, all this so-called superiority of wisdom that the oracle attributes to me amounts merely to being firmly convinced that I am ignorant of what I do not know.”

Here, then, is the wisest of men in the eyes of the gods, and the most learned of all Athenians in the understanding of the essence of Greece—Socrates—praising ignorance! Do you think that if he were to revive among us, our scholars and artists would persuade him to change his opinion? No, gentlemen: this just man would continue to despise our futile sciences; he would not contribute to the proliferation of those countless books that inundate us from every direction. Instead, he would leave to his disciples and to our descendants only the example of his virtue and the memory of it. Such is indeed the noble way to educate people.

Socrates had begun this campaign in Athens; the old Cato continued it in Rome, hurling his accusations against those artificial and cunning Greeks who seduced people’s virtue and weakened their courage. Yet science, the arts, and dialectics still prevailed: Rome was filled with philosophers and orators; military discipline was neglected, agriculture was despised, various sects were embraced, and the concept of patriotism was forgotten. The sacred names of freedom, selflessness, and obedience to the law were replaced by those of Epicurus, Zeno, and Arcesilaus. “Since scholars began to appear among us,” their own philosophers declared, “the good people have disappeared.” Until then, the Romans had been content to practice virtue simply; but everything was lost when they began to study it in depth.

Guardate la Grecia: un tempo popolata da eroi che vinsero due volte sull’Asia, una volta davanti a Troia e l’altra nelle loro stesse città. Le lettere, allora appena nate, non avevano ancora portato corruzione nei cuori dei suoi abitanti; ma il progresso delle arti, il declino delle morali e il giogo dei Macedoni seguirono rapidamente. La Grecia, sempre sapiente, sempre lussuriosa e sempre schiava, non conobbe nelle sue rivoluzioni che cambiamenti di padroni. Tutta l’eloquenza di Demostene non riuscì mai a ravvivare un popolo ormai indebolito dal lusso e dalle arti.

Fu nell’epoca degli Enni e dei Terenzi che Roma, fondata da un pastore e illustriata da contadini, iniziò a degenerare. Ma dopo Ovidio, Catullo, Marziale e quella folla di autori osceni i cui nomi soltanto già offendevano la pudicizia, Roma, un tempo tempio della virtù, divenne teatro del crimine, oggetto di disprezzo per tutte le nazioni e preda dei barbari. Questa capitale del mondo cadde infine sotto il giogo che aveva imposto a tanti popoli; e il giorno della sua rovina fu proprio quello in cui uno dei suoi cittadini ricevette il titolo di “arbitro del buon gusto”.

Cosa dirò di questa metropoli dell’impero d’Oriente, che per la sua posizione sembrava dover essere quella del mondo intero, di questo rifugio delle scienze e degli arti proibiti nel resto d’Europa, forse più per saggezza che per barbarie? Tutto ciò che la depravazione e la corruzione hanno di più vergognoso; le tradizioni, gli assassinii e i veleni i più orribili; la concorrenza di tutti i crimini i più atroci: ecco ciò che costituisce il tessuto della storia di Costantinopoli; ecco la fonte pura da cui sono scaturite le luoghi di cui il nostro secolo si vanta.

Ma perché cercare in tempi lontani prove di una verità di cui abbiamo sotto i nostri occhi testimonianze ancora esistenti? In Asia esiste un immenso territorio dove le lettere e le virtù guidano alle più alte cariche dello stato. Se le scienze purificassero i costumi, se insegnassero agli uomini a versare il loro sangue per la patria, se stimolassero il coraggio, i popoli della Cina dovrebbero essere saggi, liberi e invincibili. Ma se non esiste alcun vizio che non li domini, nessun crimine che non sia loro familiare; se nemmeno la saggezza dei ministri, né le cosiddette leggi, né la moltitudine degli abitanti di questo vasto impero sono riuscite a proteggerlo dal giogo del tartaro ignorante e barbaro, a cosa gli sono serviti tutti i suoi sapienti? Qual frutto hanno ottenuto da quegli onori di cui sono colmi? Forse quello di essere popolati da schiavi e da malvagi?

Contrapponiamo a questi ritratti di costumi quelli dei pochi popoli che, essendo rimasti al riparo da questa “contagione” delle conoscenze vane, hanno costruito la propria felicità grazie alle loro virtù, diventando un esempio per le altre nazioni. Così furono i primi Persiani: una nazione straordinaria, in cui si imparava la virtù proprio come da noi si studia la scienza; una nazione che sottomise l’Asia con tale facilità e che fu l’unica ad avere il merito che la storia delle sue istituzioni venisse considerata un vero e proprio romanzo di filosofia. Così furono gli Sciti, di cui ci sono stati lasciati così magnifici elogi. Così furono i Germani: una nazione la cui penna, stancata di descrivere i crimini e le oscurezze di un popolo istruito, ricco e lussurioso, si ristorava nel dipingere la semplicità, l’innocenza e le virtù. Così era stata anche Roma, nei tempi della sua povertà e ignoranza. E così si è mostrata fino ai giorni nostri questa nazione rustica, tanto lodata per il suo coraggio da non essere mai stata abbattuta dall’avversità, e per la sua fedeltà da non essere mai stata corrotta dagli esempi negativi.[10]

Non è per stupidità che queste persone hanno preferito altri esercizi a quelli dell’intelletto. Non ignoravano certo che in altre regioni ci fossero uomini oziosi che trascorrevano la loro vita discutendo sul bene supremo, sul vizio e sulla virtù; né che alcuni presuntuosi ragionatori, lodandosi enormemente, definissero gli altri popoli con disprezzo “barbari”; tuttavia hanno valutato le proprie usanze e hanno imparato a disdegnare quella dottrina.[11]

Potrei forse dimenticare che fu proprio in Grecia che sorse questa città tanto celebre per la sua “felice ignoranza” quanto per la saggezza delle sue leggi, questa repubblica di semidei piuttosto che di uomini, poiché le loro virtù sembravano superiori a quelle umane? Oh Sparta, ignominia eterna di una dottrina vana! Mentre nei tempi in cui i vizi, ispirati dalle belle arti, si diffondevano ad Atene, mentre un tiranno raccoglieva con tanto impegno le opere del principe dei poeti, tu scacciavi dai tuoi muri le arti e gli artisti, le scienze e i sapienti!

Quell’evento evidenziò questa differenza: Atene divenne il luogo della cortesia e del buon gusto, la patria degli oratori e dei filosofi. L’eleganza dei suoi edifici rispecchiava quella del suo linguaggio; ovunque si vedevano marmi e tele realizzati dalle mani dei maestri più abili. Fu da Atene che provennero quegli straordinari capolavori che costituirono modelli per tutte le epoche corrotte. Il quadro della Laconia, invece, appare meno brillante. “Lì,” dicevano gli altri popoli, “gli uomini nascono virtuosi, e persino l’aria stessa del paese sembra ispirare la virtù.” Di quei suoi abitanti ci rimane soltanto il ricordo delle loro imprese eroiche. Tali monumenti valgono forse meno per noi rispetto ai meravigliosi marmi che Atene ci ha lasciato?

È vero che alcuni saggi riuscirono a resistere alla corrente dominante e si preservarono dal vizio durante il loro soggiorno tra le muse. Ma ascoltiamo il giudizio che il primo e più sfortunato di loro espresse sui sapienti e sugli artisti del suo tempo.

“Ho esaminato i poeti”, disse, “e li considero persone il cui talento impressiona sia loro stessi che gli altri; si proclamano saggi, e tutti li ritengono tali, ma in realtà non sono affatto ciò che pretendono di essere”.

“Dai poeti,” continuò Socrate, “sono passato agli artisti. Nessuno conosceva gli arti meglio di me; nessuno era più convinto che gli artisti possedessero segreti davvero meravigliosi. Tuttavia ho scoperto che la loro condizione non è migliore di quella dei poeti, e che entrambi sono vittime degli stessi pregiudizi. Poiché i più abili tra loro eccellono nella loro arte, si considerano gli uomini più saggi. Questa presunzione ha completamente offuscato la loro conoscenza ai miei occhi; quindi, mettendomi al posto dell’oracolo e chiedendomi cosa desiderassi essere di più: ciò che sono io o ciò che sono loro, sapere ciò che hanno imparato o rendersi conto che non so nulla, ho risposto a me stesso e al dio: Voglio rimanere ciò che sono.”

“Né i sofisti, né i poeti, né gli oratori, né gli artisti, né io stesso sappiamo cosa siano la verità, il bene e la bellezza. Tuttavia, c’è una differenza tra di noi: mentre queste persone non sanno nulla, tutte credono di sapere qualcosa; io, invece, anche se non so nulla, almeno non ne ho dubbi. Quindi, tutta questa presunta superiorità intellettuale che mi viene attribuita dall’oracolo si riduce semplicemente al fatto di essere assolutamente convinto di ignorare ciò che non conosco.”

Ecco quindi il più saggio degli uomini ai occhi degli dei, e il più erudito degli Ateniesi per quanto riguarda la cultura della Grecia intera: Socrate, che esalta l’ignoranza! Si crede davvero che, se risorgesse tra di noi, i nostri saggi e gli artisti lo convincerebbero a cambiare opinione? No, signori: quest’uomo giusto continuerebbe a disprezzare le nostre vane scienze; non contribuirebbe certo ad aumentare quella massa di libri che ci sommerge da tutte le parti, e lascerebbe, come ha fatto in passato, come unico insegnamento per i suoi discepoli e i nostri nipoti l’esempio e il ricordo della sua virtù. Ecco come è bello educare gli uomini.

Socrate aveva iniziato ad Atene; il vecchio Catone continuò a Roma nel suo attacco contro quei Greci artificiali e subdoli che seducevano la virtù e indebolivano il coraggio dei suoi concittadini. Tuttavia, le scienze, le arti e la dialettica prevalse ancora: Roma si riempì di filosofi e oratori; si trascurò la disciplina militare, si disprezzò l’agricoltura, si aderirono a varie sette e si dimenticò la patria. Ai nomi sacri di libertà, disinteresse e obbedienza alle leggi subentrarono quelli di Epicuro, Zenone, Arcesilao. “Da quando gli studiosi hanno iniziato ad apparire tra di noi”, dicevano i loro stessi filosofi, “le persone virtuose sono scomparse[12].” Fino ad allora i Romani si erano accontentati di praticare la virtù; tutto fu perduto quando iniziarono a studiarla.

O Fabricius ! qu’eut pensé votre grande âme, si, pour votre malheur, rappelé à la vie, vous eussiez vu la face pompeuse de cette Rome sauvée par votre bras, et que votre nom respectable avait plus illustrée que toutes ses conquêtes ? « Dieux ! eussiez-vous dit, que sont devenus ces toits de chaume et ces foyers rustiques qu’habitaient jadis la modération et la vertu ? Quelle splendeur funeste a succédé à la simplicité romaine ? quel est ce langage étranger ? quelles sont ces mœurs efféminées ? que signifient ces statues, ces tableaux, ces édifices ? Insensés, qu’avez-vous fait ? Vous, les maîtres des nations, vous vous êtes rendus les esclaves des hommes frivoles que vous avez vaincus ! Ce sont des rhéteurs qui nous gouvernent ! C’est pour enrichir des architectes, des peintres, des statuaires, et des histrions, que vous avez arrosé de votre sang la Grèce et l’Asie ! Les dépouilles de Carthage sont la proie d’un joueur de flûte ! Romains, hâtez-vous de renverser ces amphithéâtres ; brisez ces marbres, brûlez ces tableaux, chassez ces esclaves qui vous subjuguent, et dont les funestes arts vous corrompent. Que d’autres mains s’illustrent par de vains talents ; le seul talent digne de Rome est celui de conquérir le monde, et d’y faire régner la vertu. Quand Cynéas prit notre sénat pour une assemblée de rois, il ne fut ébloui ni par une pompe vaine, ni par une élégance recherchée ; il n’y entendit point cette éloquence frivole, l’étude et le charme des hommes futiles. Que vit donc Cynéas de si majestueux ? O citoyens ! il vit un spectacle que ne donneront jamais vos richesses ni tous vos arts ; le plus beau spectacle qui ait jamais paru sous le ciel : l’assemblée de deux cents hommes vertueux, dignes de commander à Rome, et de gouverner la terre. »

Mais franchissons la distance des lieux et des temps, et voyons ce qui s’est passé dans nos contrées et sous nos yeux ; ou plutôt, écartons des peintures odieuses qui blesseraient notre délicatesse, et épargnons-nous la peine de répéter les mêmes choses sous d’autres noms. Ce n’est point en vain que j’évoquais les mânes de Fabricius ; et qu’ai-je fait dire à ce grand homme, que je n’eusse pu mettre dans la bouche de Louis XII ou de Henri IV ? Parmi nous, il est vrai, Socrate n’eut point bu la ciguë, mais il eut bu, dans une coupe encore plus amère, la raillerie insultante, et le mépris pire cent fois que la mort.

Voilà comment le luxe, la dissolution, et l’esclavage, ont été de tout temps le châtiment des efforts orgueilleux que nous avons faits pour sortir de l’heureuse ignorance où la sagesse éternelle nous avait placés. Le voile épais dont elle a couvert toutes ses opérations semblait nous avertir assez qu’elle ne nous a point destinés à de vaines recherches. Mais est-il quelqu’une de ses leçons dont nous ayons su profiter, ou que nous ayons négligée impunément ? peuples, sachez donc une fois que la nature a voulu vous préserver de la science, comme une mère arrache une arme dangereuse des mains de son enfant ; que tous les secrets qu’elle vous cache sont autant de maux dont elle vous garantit, et que la peine que vous trouvez à vous instruire n’est pas le moindre de ses bienfaits. Les hommes sont pervers ; ils seraient pires encore, s’ils avaient eu le malheur de naître savants.

Que ces réflexions sont humiliantes pour l’humanité ! que notre orgueil en doit être mortifié ! Quoi ! la probité serait fille de l’ignorance ? la science et la vertu seraient incompatibles ? Quelles conséquences ne tirerait-on point de ces préjugés ? Mais, pour concilier ces contrariétés apparentes, il ne faut qu’examiner de près la vanité et le néant de ces titres orgueilleux qui nous éblouissent, et que nous donnons si gratuitement aux connaissances humaines. Considérons donc les sciences et les arts en eux-mêmes ; voyons ce qui doit résulter de leurs progrès, et ne balançons plus à convenir de tous les points où nos raisonnements se trouveront d’accord avec les inductions historiques.

Seconde partie

C’était une ancienne tradition passée de l’Égypte en Grèce, qu’un dieu ennemi du repos des hommes était l’inventeur des sciences.[13] Quelle opinion fallait-il donc qu’eussent d’elles les Égyptiens mêmes, chez qui elles étaient nées ? C’est qu’ils voyaient de près les sources qui les avaient produites. En effet, soit qu’on feuillette les annales du monde, soit qu’on supplée à des chroniques incertaines par des recherches philosophiques, on ne trouvera pas aux connaissances humaines une origine qui réponde à l’idée qu’on aime à s’en former. L’astronomie est née de la superstition ; l’éloquence, de l’ambition, de la haine, de la flatterie, du mensonge ; la géométrie, de l’avarice ; la physique, d’une vaine curiosité ; toutes, et la morale même, de l’orgueil humain. Les sciences et les arts doivent donc leur naissance à nos vices : nous serions moins en doute sur leurs avantages, s’ils la devaient à nos vertus.

Le défaut de leur origine ne nous est que trop retracé dans leurs objets. Que ferions-nous des arts, sans le luxe qui les nourrit ? Sans les injustices des hommes, à quoi servirait la jurisprudence ? Que deviendrait l’histoire, s’il n’y avait ni tyrans, ni guerres, ni conspirateurs ? Qui voudrait, en un mot, passer sa vie à de stériles contemplations, si chacun, ne consultant que les devoirs de l’homme et les besoins de la nature, n’avait de temps que pour la patrie, pour les malheureux, et pour ses amis ? Sommes-nous donc faits pour mourir attachés sur les bords du puits où la vérité s’est retirée ? Cette seule réflexion devrait rebuter dès les premiers pas tout homme qui chercherait sérieusement à s’instruire par l’étude de la philosophie.

Que de dangers, que de fausses routes, dans l’investigation des sciences ? Par combien d’erreurs, mille fois plus dangereuses que la vérité n’est utile, ne faut-il point passer pour arriver à elle ? Le désavantage est visible : car le faux est susceptible d’une infinité de combinaisons ; mais la vérité n’a qu’une manière d’être. Qui est-ce d’ailleurs qui la cherche bien sincèrement ? Même avec la meilleure volonté à quelles marques est-on sûr de la reconnaître ? Dans cette foule de sentiments différents, quel sera notre criterium pour en bien juger ? [14] Et, ce qui est le plus difficile, si par bonheur nous le trouvons à la fin, qui de nous en saura faire un bon usage ?

Si nos sciences sont vaines dans l’objet qu’elles se proposent, elles sont encore plus dangereuses par les effets qu’elles produisent. Nées dans l’oisiveté, elles la nourrissent à leur tour ; et la perte irréparable du temps est le premier préjudice qu’elles causent nécessairement à la société. En politique comme en morale, c’est un grand mal que de ne point faire de bien ; et tout citoyen inutile peut être regardé comme un homme pernicieux. Répondez-moi donc, philosophes illustres, vous par qui nous savons en quelles raisons les corps s’attirent dans le vide ; quels sont, dans les révolutions des planètes, les rapports des aires parcourues en temps égaux ; quelles courbes ont des points conjugués, des points d’inflexion et de rebroussement ; comment l’homme voit tout en Dieu ; comment l’âme et le corps se correspondent sans communication, ainsi que feraient deux horloges ; quels astres peuvent être habités ; quels insectes se reproduisent d’une manière extraordinaire : répondez-moi, dis-je, vous de qui nous avons reçu tant de sublimes connaissances : quand vous ne nous auriez jamais rien appris de ces choses, en serions-nous moins nombreux, moins bien gouvernés, moins redoutables, moins florissants, ou plus pervers ? Revenez donc sur l’importance de vos productions ; et si les travaux des plus éclairés de nos savants et de nos meilleurs citoyens nous procurent si peu d’utilité, dites-nous ce que nous devons penser de cette foule d’écrivains obscurs et de lettrés oisifs qui dévorent en pure perte la substance de l’état.

Que dis-je, oisifs ? et plût à Dieu qu’ils le fussent en effet ! les mœurs en seraient plus saines et la société plus paisible. Mais ces vains et futiles déclamateurs vont de tous côtés, armés de leurs funestes paradoxes, sapant les fondements de la foi, et anéantissant la vertu. Ils sourient dédaigneusement à ces vieux mots de patrie et de religion, et consacrent leurs talents et leur philosophie à détruire et avilir tout ce qu’il y a de sacré parmi les hommes. Non qu’au fond ils haïssent ni la vertu ni nos dogmes ; c’est de l’opinion publique qu’ils sont ennemis : et, pour les ramener aux pieds des autels, il suffirait de les reléguer parmi les athées. O fureur de se distinguer, que ne pouvez-vous point !

O Fabricius! What would your great soul have thought if, against your will, you had been brought back to life and seen the pompous appearance of this Rome saved by your efforts—how your respected name had outshone all its conquests? “Gods!” you might have exclaimed, “what has become of those thatched roofs and simple homes where moderation and virtue once dwelled? What terrible splendor has replaced the simplicity of ancient Rome? What is this strange language? What are these effeminate customs? What mean these statues, paintings, and buildings? Foolish men, what have you done? You, who were once masters of nations, have become slaves to those frivolous people you conquered! It is orators who now govern us! It is to enrich architects, painters, sculptors, and actors that you have shed your blood in Greece and Asia! The spoils of Carthage have fallen into the hands of a flute player! Romans, hasten to destroy these amphitheaters; shatter those marbles, burn those paintings, drive away these slaves who enslave you and corrupt you with their harmful arts. Let other men excel in vain talents—only the talent worthy of Rome is that of conquering the world and establishing virtue therein. When Cynéas saw our senate, he was not impressed by empty pomp or ostentatious elegance; he heard no frivolous rhetoric, nor saw the flattery and charm of worthless people. What did Cynéas see, then? Oh citizens, he witnessed a sight that neither your wealth nor all your arts can ever provide: the assembly of two hundred virtuous men—men worthy of commanding Rome and governing the world.”

But let us cross the distances of place and time and see what happened in our own lands and right before our eyes; or rather, let us set aside those repugnant descriptions that would wound our sensibilities, and spare ourselves the trouble of repeating the same things under different names. It was not in vain that I invoked the spirit of Fabricius; and what did I have that great man say say that I could not have put into the mouth of Louis XII or Henry IV? Among us, indeed, Socrates never drank hemlock; but he drank, from a cup even more bitter, insults and scorn far worse than death itself.

Such has been the fate of luxury, indulgence, and slavery—always serving as a punishment for those proud efforts we have made to escape from that blissful ignorance into which the eternal wisdom had placed us. The thick veil with which it has concealed all its workings seemed to warn us clearly enough that it did not intend for us to engage in futile pursuits. But is there any of its lessons that we have managed to apply, or any that we have recklessly neglected? O peoples, let this be known: nature intended to protect you from the pursuit of knowledge, just as a mother would remove a dangerous weapon from her child’s hands; all the secrets it hides from you are nothing but sources of harm from which it seeks to safeguard you. And the difficulty you face in seeking knowledge is not the least of its benefits. Men are perverse by nature; they would have been even worse if they had the misfortune to be born knowledgeable.

What humiliating thoughts these are for humanity! How greatly must our pride be humiliated by them! How could it be that integrity is the offspring of ignorance? That science and virtue are incompatible with each other? What terrible consequences might not arise from such prejudices? But in order to reconcile these apparent contradictions, we merely need to examine closely the vanity and emptiness of those proud titles that dazzle us and that we so readily bestow upon human knowledge. Let us therefore consider the sciences and the arts in themselves; let us see what their progress will ultimately lead to, and then cease to hesitate in agreeing on all those points where our reasoning coincides with historical evidence.

Second Part

It was an ancient tradition that originated in Egypt and spread to Greece, according to which a god who was hostile to human rest was considered the inventor of science.[13] What opinion, then, must the Egyptians themselves have held about these sciences, since they were born among them? Clearly, they had direct access to the origins from which they arose. Indeed, whether one examines the annals of human history or seeks to supplement uncertain chronicles through philosophical inquiry, one will not find any origin for human knowledge that corresponds to the image we prefer to have of it. Astronomy was born out of superstition; rhetoric, out of ambition, hatred, flattery, and lies; geometry, out of greed; physics, out of vain curiosity; and even morality itself, out of human pride. Therefore, science and the arts owe their existence to our vices. We would have less doubt about their benefits if they were derived from our virtues.

The lack of a proper origin is all too evident in their creations. What would we do with the arts without the luxury that sustains them? Without the injustices of men, what use would jurisprudence be? What would history become if there were no tyrants, no wars, no conspirators? In short, who would want to spend their life engaged in futile contemplations, when everyone, guided only by the duties of humanity and the needs of nature, would have time only for their country, for the oppressed, and for their friends? Are we therefore destined to die bound to the brink of that pit from which truth has withdrawn itself? Such a reflection alone should deter any person who seriously seeks to gain knowledge through the study of philosophy.

How many dangers, how many false paths exist in the pursuit of scientific knowledge! How many errors—far more dangerous than those that are actually beneficial to the discovery of truth—must one endure before finally reaching it. The disadvantage is obvious: falsehood can assume countless different forms; whereas truth possesses but one single way of existing. But who, after all, seeks it with genuine sincerity? Even with the best intentions, how can one be certain of recognizing it? Amidst this multitude of diverse opinions and emotions, what criterion will enable us to judge them rightly? [14] And, most difficult of all, even if by some fortunate chance we do find the right path, who among us will know how to make good use of it?

If our sciences prove to be futile in achieving their intended objectives, they are even more dangerous due to the adverse effects they produce. Born out of idleness, they in turn feed it; and the irreparable loss of time is the first harm they inevitably cause to society. Whether in politics or morality, failing to accomplish anything beneficial is a great evil; every useless citizen can be regarded as a harmful individual. Therefore, answer me, illustrious philosophers—those from whom we have learned so much about why celestial bodies attract each other in space, about the relationships between the areas covered by planets in equal amounts of time during their revolutions, about the curves that possess points of concurrence, inflection, and reversal, about how humans perceive God within everything, about how soul and body correspond to each other without any direct communication, just as two clocks would—answer me! Tell me which stars may be inhabited, which insects reproduce in such extraordinary ways. Answer me, you who have bestowed upon us so many profound insights. Even if you had never taught us anything about these matters, would we be fewer in number, less well-governed, less formidable, less prosperous, or more corrupt? Reconsider, then, the significance of your achievements. And if the work of our most enlightened scholars and finest citizens yields so little practical benefit for us, tell us what we should think of that multitude of obscure writers and idle literati who squander the very essence of society in vain.

What am I saying, you idle people? And may God wish that they truly were idle! Such would be healthier morals and a more peaceful society. But these vain and futile declamators go everywhere, armed with their deadly paradoxes, undermining the foundations of faith and destroying virtue. They scoff at those old words of patriotism and religion, and devote their talents and philosophy to destroying and demeaning everything that is sacred among men. It’s not that they truly hate virtue or our doctrines; it’s public opinion they oppose. And to bring them back to the feet of the altar, it would be enough to cast them among the atheists. Oh, the fury with which you seek to distinguish yourselves, what cannot you not do!

O Fabricio! Che cosa avrebbe pensato la tua grande anima se, per sfortuna tua, fossi stato richiamato in vita e avessi visto l’aspetto pomposo di questa Roma salvata dal tuo braccio, e se il tuo nome rispettabile fosse stato più illustre di tutte le sue conquiste? “Dèi!”, avresti detto, “che ne è stato di quei tetti di paglia e di quelle case rustiche in cui un tempo vivevano la moderazione e la virtù? Quale splendore funesto ha sostituito la semplicità romana? Che lingua straniera è questa? Quali costumi effeminati sono questi? Che significato hanno queste statue, questi dipinti, questi edifici? Insensati, che cosa avete fatto? Voi, i signori delle nazioni, vi siete resi schiavi di uomini frivoli che avete sconfitto! Sono dei retorici a governarci! È per arricchire architetti, pittori, scultori e attori che avete versato il vostro sangue in Grecia e in Asia! I tesori di Cartagine sono diventati preda di un flautista! Romani, affrettatevi a rovesciare questi anfiteatri; distruggete questi marmi, bruciate questi dipinti, scacciate questi schiavi che vi sottomettono e i cui arti funesti vi corrompono. Che altre mani si illustri con talenti vani; l’unico vero talento degno di Roma è quello di conquistare il mondo e di farvi regnare la virtù. Quando Cinegio considerò il nostro senato un’assemblea di re, non fu affatto colpito da una pompa vana né da un’eleganza ostentata; non udì alcuna eloquenza frivola, né studi o attrattive legate agli uomini vani. Che cosa vide dunque Cinegio di così maestoso? Oh cittadini! Vide uno spettacolo che le vostre ricchezze e tutti i vostri arti non potranno mai offrire: lo spettacolo più bello che sia mai apparso sotto il cielo: l’assemblea di duecento uomini virtuosi, degni di comandare a Roma e di governare la terra.”

Ma superiamo le distanze di luogo e di tempo, e vediamo ciò che è accaduto nelle nostre regioni e sotto i nostri occhi; o meglio, allontaniamoci da quelle rappresentazioni odiose che potrebbero ferire la nostra sensibilità, e risparmiamoci la fatica di ripetere le stesse cose con altri nomi. Non è invano che ho menzionato le gesta di Fabricio; e cosa ho fatto dire a quel grande uomo, se non ciò che avrei potuto dire anch’io in bocca a Luigi XII o Enrico IV? Tra di noi, è vero, Socrate non bevve la cicuta, ma bevve, in una coppa ancora più amara, le derisioni offensive e il disprezzo cento volte peggiori della morte.

Ecco come il lusso, la dissoluzione e lo schiavitù siano sempre stati la punizione dei nostri orgogliosi sforzi per uscire da quella felice ignoranza nella quale la saggezza eterna ci aveva posto. Il fitto velo con cui essa ha nascosto tutte le sue azioni sembrava dirci chiaramente che non ci aveva destinati a vane ricerche. Ma esiste forse una sua lezione di cui abbiamo saputo trarre profitto, o che abbiamo trascurato impunemente? Popoli, sappiate dunque che la natura ha voluto preservarvi dalla scienza, proprio come una madre strappa un’arma pericolosa dalle mani del suo bambino; che tutti i segreti che vi nasconde rappresentano mali dai quali vi protegge, e che il dolore che provate nell’apprendere non è certo il minore dei suoi benefici. Gli uomini sono perversi; sarebbero ancora peggiori se avessero la sfortuna di nascere sapienti.

Che umilianti sono queste riflessioni per l’umanità! Quanto il nostro orgoglio deve sentirsi offeso da esse. Che cosa? La probità sarebbe figlia dell’ignoranza? La scienza e la virtù sarebbero incompatibili? Quali conseguenze non ne deriverebbero da questi pregiudizi? Ma, per conciliare queste apparenti contraddizioni, basta esaminare attentamente l’vanità e il nulla di quei titoli orgogliosi che ci abbagliano e che concediamo così gratuitamente alle conoscenze umane. Consideriamo quindi le scienze e gli arti in se stessi; vediamo quale risultato possano dare i loro progressi, e smettiamola di esitare ad accordarci su tutti quei punti in cui i nostri ragionamenti coincidono con le induzioni storiche.

Seconda parte

Si trattava di un’antica tradizione che si era diffusa dall’Egitto alla Grecia: secondo questa credenza, un dio nemico del riposo umano sarebbe stato l’inventore delle scienze.[13] Quale opinione dovrebbero quindi averne gli stessi Egizi, da cui queste scienze sono nate? È evidente che essi conoscevano bene le origini di tali conoscenze. Infatti, sia che si esaminino le cronache del mondo, sia che si integrino cronache incerte attraverso ricerche filosofiche, non si troverà mai un’origine delle conoscenze umane che corrisponda all’immagine che ci piace farne. L’astronomia è nata dalla superstizione; l’oratoria, dall’ambizione, dall’odio, dalla lusinga e dal mentire; la geometria, dall’avarizia; la fisica, da una vana curiosità; tutte le scienze, e persino la morale stessa, derivano dall’orgoglio umano. Pertanto, le scienze e gli arti devono la loro nascita ai nostri vizi: saremmo meno incerti sui loro vantaggi se essi derivassero dalle nostre virtù.

La mancanza di un’origine nobile si riflette troppo chiaramente nei loro oggetti. Cosa faremmo degli arti senza il lusso che li sostiene? Senza le ingiustizie umane, a cosa servirebbe la giurisprudenza? E cosa diventerebbe la storia se non ci fossero tiranni, guerre né cospiratori? In breve, chi vorrebbe trascorrere la propria vita in contemplazioni sterili, se ognuno, seguendo soltanto i doveri dell’uomo e i bisogni della natura, avesse tempo solo per la patria, per i malheureux e per gli amici? Siamo dunque destinati a morire legati ai bordi di quel pozzo dal quale la verità si è ritirata? Questa sola riflessione dovrebbe scoraggiare fin dai primi passi chiunque cerchi seriamente di approfondire la propria conoscenza attraverso lo studio della filosofia.

Quanti pericoli, quante strade sbagliate nell’indagine scientifica! Quante errori, mille volte più pericolosi della verità stessa e meno utili di essa, bisogna affrontare per raggiungerla? Lo svantaggio è evidente: il falso, infatti, può assumere un’infinità di forme diverse; la verità, invece, ha soltanto una forma possibile. E chi, in realtà, la cerca con sincera determinazione? Anche con la migliore volontà, su quali segni possiamo essere certi di riconoscerla? In mezzo a tutti questi sentimenti diversi, quale criterio avremo per giudicarli correttamente? [14] E, cosa ancora più difficile, anche se per fortuna riuscissimo a trovarlo, chi di noi saprebbe utilizzarlo al meglio?

Se le nostre scienze risultano inutili nell’obiettivo che si proponevano, diventano ancora più pericolose a causa degli effetti che producono. Nate nell’ozio, esse lo alimentano a loro volta; e la perdita irreparabile del tempo è il primo danno che inevitabilmente causano alla società. Sia in politica che in morale, non fare del bene rappresenta un grande male; ogni cittadino inutile può essere considerato una persona pericolosa. Rispondetemi quindi, illustri filosofi, voi da cui abbiamo appreso tante conoscenze sublimi: anche se non ci aveste mai insegnato nulla di tutto questo, saremmo forse meno numerosi, meno ben governati, meno temibili, meno prosperi, o più perversi? Riconoscete dunque l’importanza delle vostre scoperte; e se il lavoro dei nostri scienziati più eruditi e dei nostri migliori cittadini ci procura così poco beneficio, diteci cosa dobbiamo pensare di quella folla di scrittori oscuri e letterati oziosi che consumano inutilmente le risorse della società.

Che dico io, o pigri? E che Dio voglia che lo fossero davvero! I costumi sarebbero più sani e la società più pacifica. Ma questi vani e inutili declamatori vanno ovunque, armati dei loro funesti paradossi, minando le fondamenta della fede e distruggendo la virtù. Sorridono con disprezzo di quei vecchi concetti di patria e religione, e dedicano i loro talenti e la loro filosofia a distruggere e umiliare tutto ciò che è sacro tra gli uomini. Non è che in realtà odino la virtù o i nostri dogmi; sono nemici dell’opinione pubblica. E per ricondurla ai piedi degli altari, basterebbe relegarli tra gli atei. Oh furia di voler distinguersi a tutti i costi. Che cosa non potreste fare!

C’est un grand mal que l’abus du temps. D’autres maux pires encore suivent les lettres et les arts. Tel est le luxe, né comme eux de l’oisiveté et de la vanité des hommes. Le luxe va rarement sans les sciences et les arts, et jamais ils ne vont sans lui. Je sais que notre philosophie, toujours féconde en maximes singulières, prétend, contre l’expérience de tous les siècles, que le luxe fait la splendeur des états : mais, après avoir oublié la nécessité des lois somptuaires, osera-t-elle nier encore que les bonnes mœurs ne soient essentielles à la durée des empires, et que le luxe ne soit diamétralement opposé aux bonnes mœurs ? Que le luxe soit un signe certain des richesses ; qu’il serve même si l’on veut à les multiplier : que faudra-t-il conclure de ce paradoxe si digne d’être né de nos jours ? et que deviendra la vertu, quand il faudra s’enrichir à quelque prix que ce soit ? Les anciens politiques parlaient sans cesse de mœurs et de vertu ; les nôtres ne parlent que de commerce et d’argent. L’un vous dira qu’un homme vaut en telle contrée la somme qu’on le vendrait à Alger ; un autre, en suivant ce calcul, trouvera des pays où un homme ne vaut rien, et d’autres où il vaut moins que rien. Ils évaluent les hommes comme des troupeaux de bétail. Selon eux, un homme ne vaut à l’état que la consommation qu’il y fait ; ainsi un Sybarite aurait bien valu trente Lacédémoniens. Qu’on devine donc laquelle de ces deux républiques, de Sparte ou de Sybaris, fut subjuguée par une poignée de paysans, et laquelle fit trembler l’Asie.

La monarchie de Cyrus a été conquise avec trente mille hommes par un prince plus pauvre que le moindre des satrapes de Perse ; et les Scythes, le plus misérable de tous les peuples, ont résisté aux plus puissants monarques de l’univers. Deux fameuses républiques se disputèrent l’empire du monde ; l’une était très riche, l’autre n’avait rien, et ce fut celle-ci qui détruisit l’autre. L’empire romain, à son tour, après avoir englouti toutes les richesses de l’univers, fut la proie des gens qui ne savaient pas même ce que c’était que richesse. Les Francs conquirent les Gaules, les Saxons l’Angleterre, sans autres trésors que leur bravoure et leur pauvreté. Une trempe de pauvres montagnards dont toute l’avidité se bornait à quelques peaux de moutons, après avoir dompté la fierté autrichienne, écrasa cette opulente et redoutable maison de Bourgogne qui faisait trembler les potentats de l’Europe. Enfin toute la puissance et toute la sagesse de l’héritier de Charles-Quint, soutenues de tous les trésors des Indes, vinrent se briser contre une poignée de pécheurs de harengs. Que nos politiques daignent suspendre leurs calculs pour réfléchir à ces exemples, et qu’ils apprennent une fois qu’on a de tout avec de l’argent, hormis des mœurs et des citoyens.

De quoi s’agit-il donc précisément dans cette question du luxe ? De savoir lequel importe le plus aux empires d’être brillants et momentanés, ou vertueux et durables. Je dis brillants, mais de quel éclat ? Le goût du faste ne s’associe guère dans les mêmes âmes avec celui de l’honnête. Non, il n’est pas possible que des esprits dégradés par une multitude de soins futiles s’élèvent jamais à rien de grand ; et quand ils en auraient la force, le courage leur manquerait.

Tout artiste veut être applaudi. Les éloges de ses contemporains sont la partie la plus précieuse de ses récompenses. Que fera-t-il donc pour les obtenir, s’il a le malheur d’être né chez un peuple et dans des temps où les savants devenus à la mode ont mis une jeunesse frivole en état de donner le ton ; où les hommes ont sacrifié leur goût aux tyrans de leur liberté ; [15] où, l’un des sexes n’osant approuver que ce qui est proportionné à la pusillanimité de l’autre, on laisse tomber des chefs-d’oeuvre de poésie dramatique, et des prodiges d’harmonie sont rebutés ? Ce qu’il fera, messieurs ? Il rabaissera son génie au niveau de son siècle, et aimera mieux composer des ouvrages communs qu’on admire pendant sa vie, que des merveilles qu’on n’admirerait que longtemps après sa mort. Dites-nous, célèbre Arouet, combien vous avez sacrifié de beautés mâles et fortes à notre fausse délicatesse ! et combien l’esprit de la galanterie, si fertile en petites choses vous en a coûté de grandes !

C’est ainsi que la dissolution des mœurs, suite nécessaire du luxe, entraîne à son tour la corruption du goût. Que si par hasard, entre les hommes extraordinaires par leurs talents, il s’en trouve quelqu’un qui ait de la fermeté dans l’âme et qui refuse de se prêter au génie de son siècle et de s’avilir par des productions puériles, malheur à lui ! Il mourra dans l’indigence et dans l’oubli. Que n’est-ce ici un pronostic que je fais et non une expérience que je rapporte !

Carle, Pierre[16], le moment est venu où ce pinceau destiné à augmenter la majesté de nos temples, par des images sublimes et saintes, tombera de vos mains, ou sera prostitué à orner de peintures lascives les panneaux d’un vis-à-vis. Et toi, rival de Praxitèle et des Phidias ; toi dont les anciens auraient employé le ciseau à leur faire des dieux capables d’excuser à nos yeux leur idolâtrie ; inimitable Pigal, ta main se résoudra à ravaler le ventre d’un magot, ou il faudra qu’elle demeure oisive.

On ne peut réfléchir sur les mœurs, qu’on ne se plaise à se rappeler l’image de la simplicité des premiers temps. C’est un beau rivage, paré des seules mains de la nature, vers lequel on tourne incessamment les yeux, et dont on se sent éloigner à regret. Quand les hommes innocents et vertueux aimaient à avoir les dieux pour témoins de leurs actions, ils habitaient ensemble sous les mêmes cabanes ; mais bientôt devenus méchants, ils se lassèrent de ces incommodes spectateurs, et les reléguèrent dans des temples magnifiques. Ils les en chassèrent enfin pour s’y établir eux-mêmes, ou du moins les temples des dieux ne se distinguèrent plus des maisons des citoyens. Ce fut alors le comble de la dépravation, et les vices ne furent jamais poussés plus loin que quand on les vit pour ainsi dire soutenus, à l’entrée des palais des grands, sur des colonnes de marbre, et gravés sur des chapiteaux corinthiens.

Tandis que les commodités de la vie se multiplient, que les arts se perfectionnent, et que le luxe s’étend, le vrai courage s’énerve, les vertus militaires s’évanouissent ; et c’est encore l’ouvrage des sciences et de tous ces arts qui s’exercent dans l’ombre du cabinet. Quand les Goths ravagèrent la Grèce, toutes les bibliothèques ne furent sauvées du feu que par cette opinion semée par l’un d’entre eux, qu’il fallait laisser aux ennemis des meubles si propres à les détourner de l’exercice militaire, et à les amuser à des occupations oisives et sédentaires. Charles VIII se vit maître de la Toscane et du royaume de Naples sans avoir presque tiré l’épée ; et toute sa cour attribua cette facilité inespérée à ce que les princes et la noblesse d’Italie s’amusaient plus à se rendre ingénieux et savants, qu’ils ne s’exerçaient à devenir vigoureux et guerriers. En effet, dit l’homme de sens qui rapporte ces deux traits[17], tous les exemples nous apprennent qu’en cette martiale police, et en toutes celles qui lui sont semblables, l’étude des sciences est bien plus propre à amollir et efféminer les courages qu’à les affermir et les animer.

Les Romains ont avoué que la vertu militaire s’était éteinte parmi eux à mesure qu’ils avaient commencé à se connaître en tableaux, en gravures, en vases d’orfèvrerie, et à cultiver les beaux-arts ; et comme si cette contrée fameuse était destinée à servir sans cesse d’exemple aux autres peuples, l’élévation des Médicis et le rétablissement des lettres ont fait tomber derechef, et peut-être pour toujours, cette réputation guerrière que l’Italie semblait avoir recouvrée il y a quelques siècles.

The abuse of time is a grave evil; even worse evils follow the pursuit of letters and the arts. Such is luxury—born, like them, of human idleness and vanity. Luxury seldom exists without science and the arts, and these in turn are never separated from it. I know that our philosophy, always rich in peculiar maxims, claims, against the experience of all centuries, that luxury is what makes nations splendid. But after having forgotten the necessity of sumptuary laws, will it dare to deny that good morals are essential for the longevity of empires, and that luxury is utterly contrary to them? That luxury is a sure sign of wealth; that it can even be used to increase it further—what conclusion should we draw from this paradox, so fitting for our times? And what will become of virtue when it becomes necessary to enrich oneself at any cost? Ancient statesmen constantly spoke of morals and virtue; our contemporaries talk only of commerce and money. One may say that a man in certain regions is worth as much as he would fetch in Algiers; following such calculations, others might find countries where a man is worth nothing—or even less than nothing. They evaluate people as if they were mere livestock. In their view, a man is valuable to a state only insofar as he consumes resources; thus, a Sybarite would have been worth thirty Spartans. So tell me—which of these two republics, Sparta or Sybaris, was conquered by a handful of peasants, and which one shook Asia?

The monarchy of Cyrus was conquered by a prince poorer than any of Persia’s satraps, with merely thirty thousand men; and the Scythians, the most miserable of all peoples, resisted the mightiest monarchs in the world. Two famous republics competed for dominion over the empire—the one extremely wealthy, the other possessing nothing at all, yet it was this latter that destroyed the former. The Roman empire, in turn, after having devoured all the riches of the world, fell prey to people who had no notion what wealth even meant. The Franks conquered Gaul, and the Saxons conquered England, relying solely on their bravery and poverty. A band of poor mountainers, whose greed was limited to a few sheepskins, after subduing the arrogance of the Austrians, overthrew that wealthy and formidable House of Burgundy which made Europe’s powers tremble. Finally, all the power and wisdom of the heir to Charles V, supported by the riches of the Indies, were utterly defeated by a handful of men who caught herring. May our politicians take the time to reflect on these examples—and learn that with money one can obtain anything except decent morals and good citizens.

What exactly is at stake in this question of luxury? It is about determining what is more important for empires: to be brilliant and fleeting, or virtuous and enduring. I say “brilliant,” but what kind of brilliance? The taste for extravagance rarely coincides in the same individuals with the desire for honesty. No, it is impossible for minds degraded by a multitude of futile concerns to ever attain anything great; and even if they had the strength, they would lack the courage.

Every artist desires to be praised. The compliments of their contemporaries are the most precious part of their rewards. So what will they do in order to obtain them, if they happen to be born among a people and at a time when fashionable scholars have led a frivolous youth astray; when men have sacrificed their taste to the tyrants of their own freedom; [15] when one sex dares to approve only of what is in keeping with the weakness of the other, resulting in the neglect of masterpieces of dramatic poetry and the rejection of wonders of musical harmony? What will they do, gentlemen? They will reduce the level of their genius to that of their times, and would rather produce commonplace works that are admired during their lifetime than create marvels that are only appreciated long after their death. Tell us, illustrious Arouet, how many noble and powerful qualities you have had to sacrifice for our false delicacy! And how much the spirit of gallantry, so fruitful in trivial matters, has cost you in terms of great things!

In this way, the dissolution of morals, which is an inevitable consequence of luxury, in turn leads to the corruption of taste. If, by some chance, among those extraordinary individuals endowed with great talents, there should be someone who possesses firmness of character and refuses to yield to the dictates of his era or to degrade himself through trivial or childish creations, alas for him! He will die in poverty and obscurity. Alas, this is merely a prediction I make, rather than an experience I have personally witnessed!

For Carle, Pierre[16], the time has come when this brush, intended to enhance the majesty of our temples with sublime and sacred images, will either fall from your hands or be used to depict lascivious scenes on walls. And you, rival of Praxitèle and Phidias—you, whose skills the ancients would have employed to create gods capable of justifying their idolatry in our eyes—unrivaled Pigal, your hand will either be forced to distort the form of a grotesque figure or remain idle altogether.

One cannot reflect upon manners without fondly recalling the image of simplicity from those early times. It is like a beautiful shore, adorned solely by nature’s hand, toward which one’s gaze constantly turns, yet from which one feels regretful to be separated. When innocent and virtuous people wished for gods to witness their actions, they lived together under the same simple shelters; but soon, having become wicked, they grew tired of these inconvenient “spectators” and confined them to magnificent temples. Eventually, they drove the gods out themselves in order to take their place there—or rather, the gods’ temples ceased to be distinguishable from ordinary citizens’ homes. That was the ultimate pinnacle of degeneration; vices were never carried any further than when they seemed, so to speak, to be openly supported at the entrances to the greats’ palaces, upon marble columns and carved into Corinthian capitals.

As the conveniences of life multiply, the arts become more refined, and luxury spreads, true courage declines, and military virtues vanish—once again, as a result of the endeavors of science and all those arts practiced in the shadows of study. When the Goths ravaged Greece, it was only because one of them had spread the idea that it was wise to allow enemies to possess such items as books, which were likely to distract them from military pursuits and indulge them in idle, sedentary pursuits that all the libraries were saved from destruction. Charles VIII came to rule Tuscany and the Kingdom of Naples without even drawing his sword; his entire court attributed this unexpected success to the fact that the princes and nobility of Italy preferred to pursue knowledge and learning rather than training themselves to become strong and warriors. Indeed, as the sensible observer remarks[17], all experience shows us that in such martial societies—and in others similar to them—the study of science is far more likely to weaken and soften courage than to strengthen and invigorate it.

The Romans admitted that military virtue had faded among them as they began to become familiar with paintings, engravings, and goldsmithery, and as they cultivated the arts; and just as if this renowned land were destined to constantly serve as an example to other peoples, the rise of the Medici family and the revival of letters caused that martial reputation—which Italy seemed to have regained a few centuries ago—to decline once again, and perhaps forever.

L’abuso del tempo rappresenta un grave male; altri mali ancora più gravi derivano dalle lettere e dalle arti. Così è il lusso: nato anch’esso dall’ozio e dalla vanità umana, spesso va di pari passo con le scienze e le arti, e queste ultime non possono mai esistere senza di esso. So che la nostra filosofia, sempre ricca di massime originali, afferma, contrariamente all’esperienza di tutti i secoli, che il lusso sia alla base della grandezza degli stati; ma dopo aver dimenticato l’importanza delle leggi riguardanti lo sfarzo, oserà forse negare ancora che le buone virtù siano essenziali per la durata dei regni, e che il lusso sia diametralmente opposto a esse? Il lusso è certamente un segno di ricchezza; anzi, a volte può persino contribuire ad aumentarla. Ma quale conclusione si dovrebbe trarre da questo paradosso, così degno di nascere ai nostri tempi? E cosa ne sarà della virtù, quando dovrà essere sacrificata a qualsiasi prezzo pur di arricchirsi? Gli antichi politici parlavano costantemente di morale e virtù; i nostri, invece, parlano solo di commercio e denaro. Uno vi dirà che in certe regioni un uomo vale la stessa somma per cui verrebbe venduto ad Algeri; un altro, seguendo questo calcolo, troverà paesi in cui un uomo non vale nulla, o addirittura meno di nulla. Valutano gli uomini come se fossero semplicemente bestiame. Secondo loro, un uomo ha valore per lo stato soltanto nella misura in cui ne consuma i beni; quindi, un abitante di Siracusa avrebbe potuto valere ben trenta Spartani. Quindi, indovinate quale di queste due repubbliche – Sparta o Siracusa – fu sottomessa da un manipolo di contadini, e quale riuscì a far tremare l’Asia.

La monarchia di Ciro fu conquistata da un principe più povero di qualsiasi satrapo persiano, con soltanto trentamila uomini; e gli Sciti, il popolo più misero di tutti, riuscirono a resistere ai più potenti monarchi dell’universo. Due famose repubbliche si contesero l’impero del mondo: una era molto ricca, l’altra non possedeva nulla, e fu proprio quest’ultima ad annientare la prima. L’impero romano, a sua volta, dopo aver inghiottito tutte le ricchezze dell’universo, divenne preda di popoli che nemmeno sapevano cosa significasse essere ricchi. I Franchi conquistarono la Gallia, i Sassoni l’Inghilterra, utilizzando come unico tesoro il loro coraggio e la loro povertà. Una banda di poveri montanari, la cui avidità si limitava a qualche pelle di pecora, dopo aver sconfitto l’arroganza degli Austriaci, distrusse quella ricca e temibile dinastia dei Borgognoni che faceva tremare i potenti d’Europa. Infine, tutta la potenza e tutta la saggezza dell’erede di Carlo V, sostenute da tutti i tesori delle Indie, si rivelarono inutili contro un gruppo di pescatori di aringhe. Che i nostri politici abbiano la cortesia di sospendere i loro calcoli per riflettere su questi esempi, e che imparino finalmente che con denaro si può ottenere qualsiasi cosa, tranne le buone maniere e dei cittadini onesti.

Di cosa si tratta esattamente in questa questione del lusso? Si tratta di capire quale sia più importante per gli imperi: essere brillanti e effimeri, o virtuosi e duraturi. Dico “brillanti”, ma di quale genere di splendore? Il gusto per il fasto difficilmente coincide nello stesso individuo con quello per l’onestà. No, non è possibile che menti degradate da innumerevoli cure futili possano mai raggiungere qualcosa di grande; e anche se ne avessero la forza, mancherebbe loro il coraggio.

Tutti gli artisti desiderano essere applauditi; gli elogi dei loro contemporanei rappresentano la parte più preziosa delle loro ricompense. Quindi, cosa farà un artista per ottenerli, se sfortunatamente è nato in un popolo e in tempi in cui i “sapienti” diventati alla moda hanno indotto una gioventù frivola a imporre il proprio gusto; in cui gli uomini hanno sacrificato il proprio senso del bello ai “tiranni” della propria libertà; [15] in cui uno dei sessi osa approvare soltanto ciò che è conforme alla pusillanimità dell’altro, lasciando così cadere capolavori di poesia drammatica e opere d’armonia straordinarie? Cosa farà, signori? Ridurrà il proprio genio al livello del suo secolo, preferendo comporre opere comuni che vengono ammirate durante la sua vita, piuttosto che capolavori che verrebbero apprezzati soltanto molto tempo dopo la sua morte. Ditemi, celebre Arouet: quante bellezze maschili e forti avete sacrificato per la nostra falsa delicatezza! E quanto il “spirito della galanteria”, così fertile in piccole cose, vi ha fatto perdere molte grandi opportunità.

Ed è così che la dissoluzione dei costumi, conseguenza necessaria del lusso, a sua volta conduce alla corruzione del gusto. Se per caso, tra gli uomini straordinari per i loro talenti, si trovasse qualcuno che possieda fermezza d’animo e rifiuti di conformarsi al genio del proprio secolo e di umiliarsi producendo opere banali, ahimè per lui! Morirà nella povertà e nell’oblio. Che questo non sia altro che una previsione, e non un’esperienza da raccontare.

Carle, Pierre[16], è giunto il momento in cui questo pennello, destinato ad aumentare la maestosità dei nostri templi attraverso immagini sublimi e sacre, cadrà dalle tue mani, oppure verrà utilizzato per decorare con dipinti licenziosi le pareti di un negozio. E tu, rivale di Prassitele e di Fidia; tu, il cui lavoro gli antichi avrebbero utilizzato per creare dei dèi capaci di giustificare, ai nostri occhi, la loro idolatria. Inimitabile Pigalle, la tua mano si deciderà forse a decorare il ventre di un idiota, oppure dovrà rimanere inattiva.

Non si può riflettere sulle usanze senza voler ricordare l’immagine della semplicità dei primi tempi. È una bella riva, adornata soltanto dalle mani della natura, verso la quale gli occhi si rivolgono incessantemente, e da cui ci si sente separati con rammarico. Quando gli uomini innocenti e virtuosi amavano avere gli dèi come testimoni delle loro azioni, vivevano insieme nelle stesse capanne; ma ben presto, diventati malvagi, si stancarono di questi “spettatori scomodi” e li relegarono in templi magnifici. Alla fine li scacciarono per stabilirsi lì loro stessi; o almeno, i templi degli dèi non si distinguevano più dalle case dei cittadini. Fu allora il culmine della corruzione: i vizi non furono mai spinti oltre quel punto in cui venivano, per così dire, sostenuti all’ingresso dei palazzi dei potenti, su colonne di marmo e incisi sui capitelli corinzi.

Mentre i comodi della vita aumentano, le arti si perfezionano e il lusso si diffonde, il vero coraggio diminuisce e le virtù militari svaniscono; ed è ancora opera delle scienze e di tutte queste arti che si praticano nell’ombra degli studi. Quando i Goti devastarono la Grecia, tutte le biblioteche furono salvate dal fuoco grazie all’idea diffusa da uno di loro: bisognava lasciare agli nemici oggetti così adatti a distoglierli dall’esercizio militare e a indurli ad occupazioni oziose e sedentarie. Carlo VIII si impadronì della Toscana e del Regno di Napoli senza quasi estrarre la spada; tutta la sua corte attribuì questa facilità inaspettata al fatto che i principi e la nobiltà d’Italia preferivano dedicarsi a diventare ingegnosi e sapienti, piuttosto che allenarsi a diventare forti e guerrieri. Infatti, dice colui che riporta questi fatti[17], tutti gli esempi ci insegnano che in questa e in tutte le altre società militari, lo studio delle scienze è molto più propenso ad indebolire e rendere effeminati i coraggi, piuttosto che a rafforzarli e infondervi vigore.

I Romani ammisero che la virtù militare era scomparsa tra di loro non appena iniziarono a conoscere i dipinti, le incisioni, i vasi d’oro e ad coltivare le belle arti; e poiché quella famosa regione sembrava destinata a costituire per sempre un esempio per gli altri popoli, l’ascesa dei Medici e il rilancio delle lettere fecero sì che quella reputazione guerriera, che l’Italia pareva aver riacquistato alcuni secoli prima, cadesse immediatamente – e forse per sempre.

Les anciennes républiques de la Grèce, avec cette sagesse qui brillait dans la plupart de leurs institutions, avaient interdit à leurs citoyens tous ces métiers tranquilles et sédentaires qui, en affaissant et corrompant le corps, énervent sitôt la vigueur de l’âme. De quel œil, en effet, pense-t-on que puissent envisager la faim, la soif, les fatigues, les dangers, et la mort, des hommes que le moindre besoin accable, et que la moindre peine rebute ? Avec quel courage les soldats supporteront-ils des travaux excessifs dont ils n’ont aucune habitude ? Avec quelle ardeur feront-ils des marches forcées sous des officiers qui n’ont pas même la force de voyager à cheval ? Qu’on ne m’objecte point la valeur renommée de tous ces modernes guerriers si savamment disciplinés. On me vante bien leur bravoure en un jour de bataille ; mais on ne me dit point comment ils supportent l’excès du travail, comment ils résistent à la rigueur des saisons et aux intempéries de l’air. Il ne faut qu’un peu de soleil ou de neige, il ne faut que la privation de quelques superfluités, pour fondre et détruire en peu de jours la meilleure de nos armées. Guerriers intrépides, souffrez une fois la vérité qu’il vous est si rare d’entendre. Vous êtes braves, je le sais ; vous eussiez triomphé avec Annibal à Cannes et à Trasymène ; César avec vous eût passé le Rubicon et asservi son pays ; mais ce n’est point avec vous que le premier eût traversé les Alpes, et que l’autre eût vaincu vos aïeux.

Les combats ne font pas toujours le succès de la guerre, et il est pour les généraux un art supérieur à celui de gagner des batailles. Tel court au feu avec intrépidité, qui ne laisse pas d’être un très mauvais officier : dans le soldat même, un peu plus de force et de vigueur serait peut-être plus nécessaire que tant de bravoure, qui ne le garantit pas de la mort. Et qu’importe à l’état que ses troupes périssent par la fièvre et le froid, ou par le fer de l’ennemi ?

Si la culture des sciences est nuisible aux qualités guerrières, elle l’est encore plus aux qualités morales. C’est dès nos premières années qu’une éducation insensée orne notre esprit et corrompt notre jugement. Je vois de toutes parts des établissements immenses, où l’on élève à grands frais la jeunesse pour lui apprendre toutes choses, excepté ses devoirs. Vos enfants ignoreront leur propre langue, mais ils en parleront d’autres qui ne sont en usage nulle part : ils sauront composer des vers qu’à peine ils pourront comprendre ; sans savoir démêler l’erreur de la vérité, ils posséderont l’art de les rendre méconnaissables aux autres par des arguments spécieux : mais ces mots de magnanimité, d’équité, de tempérance, d’humanité, de courage, ils ne sauront ce que c’est ; ce doux nom de patrie ne frappera jamais leur oreille ; et s’ils entendent parler de Dieu, ce sera moins pour le craindre que pour en avoir peur[18]. J’aimerais autant, disait un sage, que mon écolier eût passé le temps dans un jeu de paume, au moins le corps en serait plus dispos. Je sais qu’il faut occuper les enfants, et que l’oisiveté est pour eux le danger le plus à craindre. Que faut-il donc qu’ils apprennent ? Voilà certes une belle question ! Qu’ils apprennent ce qu’ils doivent faire étant hommes[19], et non ce qu’ils doivent oublier.

Nos jardins sont ornés de statues et nos galeries de tableaux. Que penseriez-vous que représentent ces chefs-d’œuvre de l’art exposés à l’admiration publique ? les défenseurs de la patrie ? ou ces hommes plus grands encore qui l’ont enrichie par leurs vertus ? Non. Ce sont des images de tous les égarements du cœur et de la raison, tirées soigneusement de l’ancienne mythologie, et présentées de bonne heure à la curiosité de nos enfants ; sans doute afin qu’ils aient sous leurs yeux des modèles de mauvaises actions, avant même que de savoir lire.

D’où naissent tous ces abus, si ce n’est de l’inégalité funeste introduite entre les hommes par la distinction des talents et par l’avilissement des vertus ? Voilà l’effet le plus évident de toutes nos études, et la plus dangereuse de toutes leurs conséquences. On ne demande plus d’un homme s’il a de la probité, mais s’il a des talents ; ni d’un livre s’il est utile, mais s’il est bien écrit. Les récompenses sont prodiguées au bel esprit, et la vertu reste sans honneurs. Il y a mille prix pour les beaux discours, aucun pour les belles actions. Qu’on me dise cependant si la gloire attachée au meilleur des discours qui seront couronnés dans cette académie est comparable au mérite d’en avoir fondé le prix.

Le sage ne court point après la fortune ; mais il n’est pas insensible à la gloire ; et quand il la voit si mal distribuée, sa vertu, qu’un peu d’émulation aurait animée et rendue avantageuse à la société, tombe en langueur, et s’éteint dans la misère et dans l’oubli. Voilà ce qu’à la longue doit produire partout la préférence des talents agréables sur les talents utiles, et ce que l’expérience n’a que trop confirmé depuis le renouvellement des sciences et des arts. Nous avons des physiciens, des géomètres, des chimistes, des astronomes, des poètes, des musiciens, des peintres : nous n’avons plus de citoyens ; ou, s’il nous en reste encore, dispersés dans nos campagnes abandonnées, ils y périssent indigents et méprisés. Tel est l’état où sont réduits, tels sont les sentiments qu’obtiennent de nous ceux qui nous donnent du pain, et qui donnent du lait à nos enfants.

Je l’avoue cependant, le mal n’est pas aussi grand qu’il aurait pu le devenir. La prévoyance éternelle, en plaçant à côté de diverses plantes nuisibles des simples salutaires, et dans la substance de plusieurs animaux malfaisants le remède à leurs blessures, a enseigné aux souverains, qui sont ses ministres, à imiter sa sagesse. C’est à son exemple que du sein même des sciences et des arts, sources de mille dérèglements, ce grand monarque dont la gloire ne fera qu’acquérir d’âge en âge un nouvel éclat, tira ces sociétés célèbres chargées à la fois du dangereux dépôt des connaissances humaines et du dépôt sacré des mœurs, par l’attention qu’elles ont d’en maintenir chez elles toute la pureté, et de l’exiger dans les membres qu’elles reçoivent.

Ces sages institutions, affermies par son auguste successeur, et imitées par tous les rois de l’Europe, serviront du moins de frein aux gens de lettres, qui, tous, aspirant à l’honneur d’être admis dans les académies, veilleront sur eux-mêmes, et tâcheront de s’en rendre dignes par des ouvrages utiles et des mœurs irréprochables. Celles de ces compagnies qui pour les prix dont elles honorent le mérite littéraire feront un choix de sujets propres à ranimer l’amour de la vertu dans les cœurs des citoyens, montreront que cet amour règne parmi elles, et donneront aux peuples ce plaisir si rare et si doux de voir des sociétés savantes se dévouer à verser sur le genre humain non seulement des lumières agréables, mais aussi des instructions salutaires.

Qu’on ne m’oppose donc point une objection qui n’est pour moi qu’une nouvelle preuve. Tant de soins ne montrent que trop la nécessité de les prendre, et l’on ne cherche point des remèdes à des maux qui n’existent pas. Pourquoi faut-il que ceux-ci portent encore par leur insuffisance le caractère des remèdes ordinaires ? Tant d’établissements faits à l’avantage des savants n’en sont que plus capables d’en imposer sur les objets des sciences, et de tourner les esprits à leur culture. Il semble, aux précautions qu’on prend, qu’on ait trop de laboureurs et qu’on craigne de manquer de philosophes. Je ne veux point hasarder ici une comparaison de l’agriculture et de la philosophie ; on ne la supporterait pas. Je demanderai seulement : Qu’est-ce que la philosophie ? que contiennent les écrits des philosophes les plus connus ? quelles sont les leçons de ces amis de la sagesse ? À les entendre, ne les prendrait-on pas pour une troupe de charlatans criant chacun de son côté sur une place publique : Venez à moi, c’est moi seul qui ne trompe point ? L’un prétend qu’il n’y a point de corps, et que tout est en représentation ; l’autre, qu’il n’y a d’autre substance que la matière, ni d’autre dieu que le monde Celui-ci avance qu’il n’y a ni vertus, ni vices, et que le bien et le mal moral sont des chimères ; celui-là, que les hommes sont des loups et peuvent se dévorer en sûreté de conscience. O grands philosophes ! que ne réservez-vous pour vos amis et pour vos enfants ces leçons profitables ? vous en recevriez bientôt le prix, et nous ne craindrions pas de trouver dans les nôtres quelqu’un de vos sectateurs.

The ancient republics of Greece, with the wisdom that characterized most of their institutions, had forbidden their citizens to engage in those tranquil, sedentary occupations that weaken and corrupt the body while rapidly exhausting the vigor of the soul. Indeed, how could men who are overwhelmed by the slightest hardship and deterred by the slightest pain possibly endure hunger, thirst, fatigue, danger, and death? With what courage would soldiers tolerate excessive labor for which they have no prior experience? With what zeal would they undertake forced marches under officers who themselves lack the strength to ride a horse? Let none argue against the renowned valor of these modern warriors, so meticulously disciplined. Their bravery is certainly praised on battle days; yet no one explains how they endure such extreme hardship, how they withstand the rigors of the seasons and the harshness of the weather. It takes merely a little sunshine or snow, merely the deprivation of some comforts, to weaken and destroy even the best of our armies in just a few days. Bold warriors, hear this truth that you so rarely hear: you are brave, I know—you would have triumphed with Hannibal at Cannae and Trasimene; Caesar would have crossed the Rubicon with your help and conquered his country. But it was not with you that the first of these conquerors crossed the Alps, nor that the second defeated your ancestors.

Battles do not always ensure the success of a war, and for generals, it is an art far superior to that of winning battles. There are those who charge into battle with utter bravery, yet such individuals are often very poor officers. Even among soldiers, perhaps more strength and vigor would be more necessary than sheer courage—courage that does not guarantee survival in the face of death. And what does it matter to a nation if its troops perish from disease and cold, or from the enemy’s weapons?

If the cultivation of the sciences is harmful to martial qualities, it is even more so to moral ones. From our earliest years, a senseless education corrupts our minds and undermines our judgment. Everywhere I see immense institutions where great expense is spent to educate young people—yet they are taught everything except what they truly ought to know. Your children will ignore their own language yet speak of others that are used nowhere; they will learn to compose verses they themselves can hardly understand; without distinguishing between error and truth, they will master the art of making those distinctions impossible for others to discern through clever arguments. But terms like “magnanimity,” “equity,” “temperance,” “humanity,” “courage”—they will not even know what they mean. The gentle name of “patriotism” will never reach their ears; and if they hear about God, it will be less to fear Him than to dread Him[18]. “I would rather,” said a wise man, “that my student spend his time playing with dice—at least his body would remain in better shape.” I know it is necessary to keep children occupied, and that idleness is the greatest danger for them. But what exactly should they learn? Ah, what a strange question indeed! Let them learn what they must do as human beings[19]—not what they must forget.

Our gardens are adorned with statues, and our galleries with paintings. What do you think these masterpieces of art, displayed for the public’s admiration, represent? The defenders of the fatherland? Or those even greater men who enriched it through their virtues? No. They are images of all the errors of the heart and reason—carefully selected from ancient mythology—and presented to our children at a very early age; undoubtedly, so that they will have models of bad behavior before they even learn how to read.

Where do all these abuses arise, if not from the fatal inequality imposed upon men through the distinction between talents and the denigration of virtues? This is the most evident effect of all our studies, and the most dangerous consequence of their influence. People no longer ask whether a man is honest, but whether he possesses talent; nor whether a book is useful, but whether it is well-written. Rewards are lavished upon those with brilliant intellect, while virtue remains without honor. There are a thousand prizes for beautiful speeches, but none for noble deeds. Yet let someone tell me whether the glory associated with the finest speech to be awarded in this academy can compare with the merit of having established such an award in the first place.

The wise do not pursue wealth; yet they are not indifferent to glory. But when they see how unevenly it is distributed, their virtue—which a little competition might have stimulated and made beneficial to society—becomes languid and dies out in poverty and oblivion. This is what, in the long run, must inevitably result wherever talents that please the senses are preferred over those that are useful; and experience has only too often confirmed this since the revival of sciences and the arts. We have physicists, geometers, chemists, astronomers, poets, musicians, painters—yet we no longer have citizens. Or, if any remain, they are scattered across our abandoned countryside, where they perish in poverty and scorn. Such is the state to which those who provide us with food and milk for our children have reduced us.

I must admit, however, that the harm is not as great as it could have been. Eternal foresight, by placing beneficial plants alongside various harmful ones and incorporating the remedy for the injuries caused by certain harmful animals into their very nature, has taught those who rule—whom it regards as its ministers—to emulate its wisdom. It was by following this example that, from within the very realms of science and art, which are sources of countless disorders, this great monarch, whose glory will only grow more brilliant with time, created these renowned institutions that are tasked both with preserving the dangerous treasures of human knowledge and the sacred norms of morality. These institutions ensure that such knowledge remains pure within their ranks and that it is also demanded of those who are admitted into them.

These wise institutions, affirmed by his august successor and emulated by all the kings of Europe, will at least serve as a restraint on men of letters. Since all such men aspire to the honor of being admitted to these academies, they will exercise self-discipline and strive to earn that honor through useful works and irreproachable conduct. Those academies that award prizes in recognition of literary merit will choose subjects capable of reviving the love of virtue among their members, demonstrate that this virtue indeed prevails within them, and provide peoples with the rare and delightful pleasure of seeing learned societies devote themselves not only to imparting pleasant light, but also to offering beneficial guidance to humanity.

Let us therefore not be confronted with objections that are, for me, nothing but further proofs of the truth. All this attention paid to these matters only serves to highlight their necessity; people do not seek remedies for ailments that do not exist. Why should those supposed remedies, due to their very inadequacy, bear the characteristics of ordinary remedies? The numerous institutions established in favor of scholars are all the more capable of imposing them on the subjects of science and directing minds toward their pursuit. From the precautions taken, it seems as if we have too many “farmers” but fear a shortage of “philosophers.” I dare not make the comparison between agriculture and philosophy here; it would not be tolerated. I merely ask: What is philosophy? What do the writings of the most renowned philosophers contain? What are the lessons taught by these friends of wisdom? If one were to listen to them, might they not seem like a group of charlatans each shouting from different corners of a public square: “Come to me—only I do not deceive you!” One claims that there are no substances at all and that everything is merely representation; another asserts that there is no substance other than matter, and no god other than the world itself. Yet another declares that there are neither virtues nor vices, and that moral good and evil are mere illusions; still another claims that humans are nothing but wolves and can devour one another without any sense of guilt. Oh, great philosophers! Why do you not reserve these beneficial teachings for your friends and children? You would soon reap the rewards, and we need not fear finding among our own some of your followers.

Le antiche repubbliche della Grecia, con quella saggezza che brillava nella maggior parte delle loro istituzioni, avevano proibito ai propri cittadini tutti quei mestieri tranquilli e sedentari che, indebolendo e corrompendo il corpo, minavano immediatamente la forza dell’anima. Con quale spirito, infatti, si può pensare che uomini i quali già si sentono sopraffatti dal minimo bisogno e scoraggiati dal più lieve dolore possano affrontare la fame, la sete, le fatiche, i pericoli e la morte? Con quale coraggio i soldati potranno sopportare lavori eccessivi a cui non sono affatto abituati? Con quale ardore compieranno marce forzate sotto ufficiali che nemmeno hanno la forza di viaggiare a cavallo? Non mi si obietti certo il rinomato valore di tutti questi moderni guerrieri, così ben disciplinati. Si ammira certamente il loro coraggio in un giorno di battaglia; ma non ci si spiega come riescano a sopportare l’eccesso di lavoro, come resistano alle rigidezze delle stagioni e ai maltempi atmosferici. Basta poco sole o neve, basta privarsi di alcune comodità, per distruggere in pochi giorni le migliori nostre truppe. Guerrieri intrépidi, ascoltate una volta questa verità che vi è così rara da essere spesso ignorata. Siete coraggiosi, lo so; avreste potuto vincere con Annibale a Canne e a Trasimene; Cesare, con voi, avrebbe attraversato il Rubicone e sottomesso il suo paese; ma non è certo con voi che il primo avrebbe attraversato le Alpi, né che l’altro avrebbe sconfitto i vostri antenati.

I combattimenti non sono sempre la chiave del successo in una guerra, e per i generali rappresentano un’arte superiore a quella di vincere le battaglie. C’è chi si getta nel fuoco con coraggio, ma ciò non lo rende necessariamente un ottimo ufficiale; persino tra i soldati, forse sarebbero più utili maggiore forza e vigore che tanta bravura, la quale non li protegge dalla morte. E a cosa serve allo Stato che le sue truppe periscano a causa del freddo, della febbre o delle armi nemiche?

Se l’educazione scientifica è dannosa alle qualità guerriere, lo è ancora di più alle qualità morali. Già dalle nostre prime anni, un’educazione insensata arricchisce la nostra mente ma corrompe il nostro giudizio. Ovunque si vedono istituzioni enormi in cui si spende molto denaro per educare i giovani, insegnandogli di tutto tranne che i loro doveri. I vostri figli ignoreranno la propria lingua, ma ne parleranno altre che non sono utilizzate da nessuno; sapranno comporre versi che a malapena riusciranno a comprendere; senza saper distinguere tra errore e verità, possiederanno l’arte di rendere tali versi incomprensibili agli altri attraverso argomentazioni ingannevoli. Ma quei termini come magnanimità, equità, temperanza, umanità, coraggio, loro non sapranno nemmeno cosa significhino; quel dolce nome di “patria” non risuonerà mai nelle loro orecchie; e se sentiranno parlare di Dio, sarà meno per temerlo che per averne paura[18]. “Preferirei”, diceva un saggio, “che il mio studente trascorresse il tempo a giocare a carte. Almeno così il suo corpo ne trarrebbe beneficio”. So bene che è necessario occupare i bambini, e che l’ozio rappresenta per loro il pericolo più grande. Ma allora, cosa dovrebbero imparare? Questa sì che è una bella domanda. Dovrebbero imparare ciò che devono fare da uomini[19], e non ciò che devono dimenticare.

I nostri giardini sono adornati di statue e le nostre gallerie di dipinti. Cosa pensate che rappresentino questi capolavori d’arte esposti all’ammirazione del pubblico? I difensori della patria, o quegli uomini ancora più grandi che l’hanno arricchita con le loro virtù? No. Sono immagini di tutti gli errori e degli sbagli dell’animo e della ragione, tratte con cura dall’antica mitologia e presentate fin da piccoli alla curiosità dei nostri bambini; probabilmente per far sì che abbiano sotto gli occhi modelli di cattive azioni, ancora prima di imparare a leggere.

Da dove derivano tutti questi abusi, se non dall’ineguaglianza funesta introdotta tra gli uomini attraverso la distinzione dei talenti e l’avvilimento delle virtù? Questo è l’effetto più evidente di tutte le nostre ricerche, e la conseguenza più pericolosa di tutte le loro analisi. Non si chiede più a un uomo se sia onesto, ma se abbia talenti; né a un libro se sia utile, ma se sia ben scritto. Le ricompense vengono distribuite generosamente all’intelligenza brillante, mentre la virtù rimane senza onori. Ci sono mille premi per i bei discorsi, nessuno per le belle azioni. Ma ditemi: la gloria attribuita al miglior dei discorsi che verranno premiati in questa accademia è davvero paragonabile al merito di aver istituito tale premio?

Il saggio non insegue la fortuna; tuttavia non è insensibile alla gloria; e quando la vede distribuita in modo così ingiusto, la sua virtù, che un po’ di competizione avrebbe potuto stimolare e rendere utile alla società, perde slancio e si estingue nella miseria e nell’oblio. Ecco ciò che, a lungo andare, deve inevitabilmente derivare ovunque dalla preferenza accordata ai talenti piacevoli rispetto a quelli utili; ed è ciò che l’esperienza ha confermato ampiamente da quando le scienze e le arti hanno conosciuto un nuovo sviluppo. Abbiamo fisici, geometri, chimici, astronomi, poeti, musicisti, pittori. Ma non abbiamo più cittadini; o, se ne rimangono ancora, sono dispersi nelle nostre campagne abbandonate, dove muoiono in povertà e disprezzo. Ecco lo stato in cui si trovano, ecco i sentimenti che provano nei nostri confronti coloro che ci forniscono il pane e il latte per i nostri bambini.

Devo ammetterlo tuttavia: il male non è così grave come avrebbe potuto essere. La saggezza eterna, ponendo accanto a diverse piante nocive quelle salutari, e nella sostanza di molti animali dannosi il rimedio alle loro ferite, ha insegnato ai sovrani – che ne sono i ministri – ad imitare la sua saggezza. È seguendo il suo esempio che, proprio dal seno delle scienze e degli arti, fonti di mille disordini, questo grande monarca, la cui gloria acquisirà sempre più splendore con il passare del tempo, ha creato queste celebri società incaricate sia della custodia pericolosa delle conoscenze umane che della conservazione sacra delle virtù morali; società che si impegnano a mantenere la purezza di tali conoscenze al loro interno e a richiederla anche dai membri che vi aderiscono.

Queste sagge istituzioni, affermate dal suo nobile successore e imitate da tutti i re d’Europa, serviranno almeno da freno per gli uomini di lettere, i quali, essendo tutti desiderosi dell’onore di essere ammessi nelle accademie, si prenderanno cura di sé stessi e cercheranno di meritarle attraverso opere utili e comportamenti irreprensibili. Le selezioni dei temi proposti da queste società, volte a premiare il merito letterario, contribuiranno ad alimentare nell’animo dei cittadini l’amore per la virtù, dimostrando che tale amore regna al loro interno e offrendo ai popoli quel piacere raro e dolce di vedere delle società erudite dedicarsi a diffondere sull’umanità non solo lumi graditi, ma anche insegnamenti salutari.

Pertanto, non mi si opponga alcuna obiezione che, per me, non rappresenti soltanto un’altra prova a sostegno della mia tesi. Tutti questi sforzi dimostrano chiaramente la necessità di adottare tali misure; inoltre, non si cercano rimedi per mali che in realtà non esistono. Perché mai questi presunti “rimedi” dovrebbero portare con sé, proprio a causa della loro inefficacia, i tratti tipici dei soliti rimedi? Tutti questi istituti creati a vantaggio degli scienziati sono ancora più in grado di imporre la loro influenza sugli oggetti delle scienze e di orientare gli spiriti verso la loro cultura. Le precauzioni che si adottano sembrano indicare che ci siano troppi “contadini” e che si tema di mancare di “filosofi”. Non oso affrontare qui una comparazione tra l’agricoltura e la filosofia; nessuno la accetterebbe. Vorrei soltanto chiedere: cos’è la filosofia? Che cosa contengono gli scritti dei filosofi più noti? Quali sono le lezioni che questi “amici della saggezza” ci offrono? Ascoltandoli, non si potrebbe forse considerarli un gruppo di ciarlatani che gridano ognuno dalla propria parte in una piazza pubblica: “Venite da me, solo io non inganno nessuno!” Uno afferma che non esistono corpi fisici e che tutto è soltanto rappresentazione; un altro sostiene che l’unica sostanza esistente sia la materia, e che non ci sia alcun dio se non il mondo stesso. Quest’ultimo asserisce che non esistano né virtù né vizi, e che il bene e il male morali siano soltanto illusioni; ancora un altro dice che gli uomini siano dei lupi e che possano divorarsi a vicenda senza rimorsi di coscienza. Oh grandi filosofi! Perché non riservate queste lezioni utili ai vostri amici e ai vostri figli? Presto ne ricevereste il giusto compenso, e noi non temeremmo più di trovare tra i nostri conterranei qualche seguace delle vostre idee.

Voilà donc les hommes merveilleux à qui l’estime de leurs contemporains a été prodiguée pendant leur vie, et l’immortalité réservée après leur trépas ! Voilà les sages maximes que nous avons reçues d’eux, et que nous transmettons d’âge en âge à nos descendants. Le paganisme, livré à tous les égarements de la raison humaine, a-t-il laissé à la postérité rien qu’on puisse comparer aux monuments honteux que lui a préparé l’Imprimerie, sous le règne de l’Évangile ? Les écrits impies des Leucippe et des Diagoras sont péris avec eux ; on n’avait point encore inventé l’art d’éterniser les extravagances de l’esprit humain. Mais, grâce aux caractères typographiques [20] et à l’usage que nous en faisons, les dangereuses rêveries des Hobbes et des Spinosa resteront à jamais. Allez, écrits célèbres dont l’ignorance et la rusticité de nos pères n’auraient point été capables ; accompagnez chez nos descendants ces ouvrages plus dangereux encore d’où s’exhale la corruption des mœurs de notre siècle, et portez ensemble aux siècles à venir une histoire fidèle du progrès et des avantages de nos sciences et de nos arts. S’ils vous lisent, vous ne leur laisserez aucune perplexité sur la question que nous agitons aujourd’hui ; et à moins qu’ils ne soient plus insensés que nous, ils lèveront leurs mains au ciel, et diront dans l’amertume de leur cœur « Dieu tout-puissant, toi qui tiens dans tes mains les esprits, délivre-nous des lumières et des funestes arts de nos pères, et rends-nous l’ignorance, l’innocence et la pauvreté, les seuls biens qui puissent faire notre bonheur et qui soient précieux devant toi. »

Mais si le progrès des sciences et des arts n’a rien ajouté à notre véritable félicité ; s’il a corrompu nos mœurs, et si la corruption des mœurs a porté atteinte à la pureté du goût, que penserons-nous de cette foule d’auteurs élémentaires qui ont écarté du temple des muses les difficultés qui défendaient son abord, et que la nature y avait répandues comme une épreuve des forces de ceux : qui seraient tentés de savoir ? Que penserons-nous de ces compilateurs d’ouvrages qui ont indiscrètement brisé la porte des sciences et introduit dans leur sanctuaire une populace indigne d’en approcher, tandis qu’il serait à souhaiter que tous ceux qui ne pouvaient avancer loin dans la carrière des lettres eussent été rebutés dès l’entrée, et se fussent jetés dans des arts utiles à la société ? Tel qui sera toute sa vie un mauvais versificateur, un géomètre subalterne, serait peut-être devenu un grand fabricateur d’étoffes. Il n’a point fallu de maîtres à ceux que la nature destinait à faire des disciples. Les Verulam, les Descartes, et les Newton, ces précepteurs du genre humain, n’en ont point eu eux-mêmes ; et quels guides les eussent conduits jusqu’où leur vaste génie les a portés ? Des maîtres ordinaires n’auraient pu que rétrécir leur entendement en le resserrant dans l’étroite capacité du leur. C’est par les premiers obstacles qu’ils ont appris à faire des efforts, et qu’ils se sont exercés à franchir l’espace immense qu’ils ont parcouru. S’il faut permettre à quelques hommes de se livrer à l’étude des sciences et des arts, ce n’est qu’à ceux qui se sentiront la force de marcher seuls sur leurs traces, et de les devancer ; c’est à ce petit nombre qu’il appartient d’élever des monuments à la gloire de l’esprit humain. Mais si l’on veut que rien ne soit au-dessus de leur génie, il faut que rien ne soit au-dessus de leurs espérances ; voilà l’unique encouragement dont ils ont besoin. L’âme se proportionne insensiblement aux objets qui l’occupent, et ce sont les grandes occasions qui font les grands hommes. Le prince de l’éloquence fut consul de Rome ; et le plus grand peut-être des philosophes, chancelier d’Angleterre. Croit-on que si l’un n’eût occupé qu’une chaire dans quelque université, et que l’autre n’eût obtenu qu’une modique pension d’académie ; croit-on, dis-je, que leurs ouvrages ne se sentiraient pas de leur état ? Que les rois ne dédaignent donc pas d’admettre dans leurs conseils les gens les plus capables de les bien conseiller ; qu’ils renoncent à ce vieux préjugé inventé par l’orgueil des grands, que l’art de conduire les peuples est plus difficile que celui de les éclairer ; comme s’il était plus aisé d’engager les hommes à bien faire de leur bon gré, que de les y contraindre par la force : que les savants du premier ordre trouvent dans leurs cours d’honorables asiles ; qu’ils y obtiennent la seule récompense digne d’eux, celle de contribuer par leur crédit au bonheur des peuples à qui ils auront enseigné la sagesse : c’est alors seulement qu’on verra ce que peuvent la vertu, la science et l’autorité animées d’une noble émulation, et travaillant de concert à la félicité du genre humain. Mais tant que la puissance sera seule d’un côté, les lumières et la sagesse seules d’un autre, les savants penseront rarement de grandes choses, les princes en feront plus rarement de belles, et les peuples continueront d’être vils, corrompus, et malheureux.

Pour nous, hommes vulgaires, à qui le ciel n’a point départi de si grands talents, et qu’il ne destine pas à tant de gloire, restons dans notre obscurité. Ne courons point après une réputation qui nous échapperait, et qui, dans l’état présent des choses, ne nous rendrait jamais ce qu’elle nous aurait coûté, quand nous aurions tous les titres pour l’obtenir. À quoi bon chercher notre bonheur dans l’opinion d’autrui, si nous pouvons le trouver en nous-mêmes ? Laissons à d’autres le soin d’instruire les peuples de leurs devoirs, et bornons-nous à bien remplir les nôtres ; nous n’avons pas besoin d’en savoir davantage.

O vertu ! science sublime des âmes simples, faut-il donc tant de peines et d’appareil pour te connaître ? Tes principes ne sont-ils pas gravés dans tous les cœurs ? et ne suffit-il pas pour apprendre tes lois de rentrer en soi-même et d’écouter la voix de sa conscience dans le silence des passions ? Voilà la véritable philosophie, sachons nous en contenter ; et, sans envier la gloire de ces hommes célèbres qui s’immortalisent dans la république des lettres, tâchons de mettre entre eux et nous cette distinction glorieuse qu’on remarquait jadis entre deux grands peuples ; que l’un savait bien dire, et l’autre bien faire.

FIN du DISCOURS SUR LES SCIENCES ET LES ARTS

Table des matières du titre

Liste des œuvres philosophiques et politiques

Liste générale des titres

Here, then, are those wonderful men to whom their contemporaries bestowed such high esteem during their lifetime, and to whom immortality was reserved after their death! Here are the wise maxims they bequeathed to us, which we pass down from generation to generation to our descendants. Has paganism, with all its deviations from human reason, left anything behind for future generations that could compare even remotely to the shameful monuments it has produced under the influence of printing during the age of the Gospel? The impious writings of Leucippus and Diagoras have perished along with their authors; at that time, the art of preserving the absurdities of the human mind had not yet been invented. But thanks to typographic characters [20] and our use of them, the dangerous delusions of Hobbes and Spinoza will endure forever. Oh, famous writings whose ignorance and rudeness would have been beyond the comprehension of our ancestors—accompany these works, even more perilous than those that have corrupted the morals of our times, as we carry together a true account of the progress and benefits of our sciences and arts to future generations. If they read you, you will leave them without any confusion regarding the issues we are discussing today. And unless they are more foolish than we are, they will raise their hands to the heavens and cry out in bitterness: “Almighty God, who holds the souls in your hands, deliver us from the ‘light’ and the deadly arts of our ancestors, and grant us ignorance, innocence, and poverty—these alone are true blessings that can bring us happiness and are worthy in your eyes.”

But if the progress of science and the arts has added nothing to our true happiness; if it has corrupted our morals, and if the corruption of morals has harmed the purity of taste, what shall we think of those numerous mediocre authors who have removed from the temple of the Muses all those obstacles that nature had placed there to test the resolve of those who might be tempted to pursue knowledge? What shall we think of those compilers who have recklessly broken down the barriers of science and allowed an unworthy crowd to enter its sanctum, when it would have been far better if all those who were not destined to make significant achievements in literature had been deterred from even attempting to approach it, and instead devoted themselves to arts that are useful to society? Someone who remains a mediocre poet or a mediocre geometer throughout his life might well have become an excellent fabricator of textiles. Those whom nature was meant to nurture as disciples did not need any teachers at all. Verulam, Descartes, and Newton—these guides for mankind—had no teachers themselves; and what guides could have led them to the heights their immense genius enabled them to reach? Ordinary teachers would only have narrowed their understanding by confining it within the limited scope of their own knowledge. It was through those initial obstacles that they learned to exert themselves and practiced overcoming the vast distances they eventually covered. If we are to allow some people to engage in the study of science and the arts, it should only be those who feel capable of following in their footsteps and even surpassing them; it is among this small number that true monuments to the glory of the human spirit can be erected. But if we wish for nothing to exceed their abilities, then nothing should exceed their hopes either; such encouragement is all they need. The soul gradually develops in proportion to the objects that occupy its attention, and it is great opportunities that give rise to great men. The master of oratory once served as consul of Rome; perhaps the greatest philosopher of all time was chancellor of England. Do we really believe that if one of them had merely held a teaching position at some university, or if the other had received only a modest stipend from an academy, their works would have been less remarkable for their quality? Let kings therefore not disdain to include in their councils those people best capable of offering them sound advice; let them abandon that old prejudice born of the pride of the powerful—namely, the notion that the art of governing peoples is more difficult than the art of enlightening them. As if it were easier to persuade men to do good of their own free will than to force them to do so by force! Let the foremost scholars find honorable refuge in the courts of kings; let them receive there the only reward worthy of them: that of contributing, through their authority and wisdom, to the happiness of those peoples they have taught. Only then will we see what virtue, science, and authority can achieve when inspired by noble ambition and working together for the welfare of mankind. But so long as power remains on one side alone, while light and wisdom remain on the other, scholars will seldom conceive great things; princes will rarely accomplish noble deeds; and peoples will continue to be vile, corrupt, and unhappy.

For us, ordinary men, to whom heaven has not bestowed such great talents nor destined us for such glory, let us remain in our obscurity. Let us not pursue a reputation that would elude us and that, given the current circumstances, could never repay us for what it would cost us, even if we possessed all the qualifications necessary to attain it. What use is there in seeking our happiness in the opinions of others, when we can find it within ourselves? Let us leave it to others to instruct people in their duties; let us content ourselves with fulfilling our own obligations properly—we have no need to know anything more.

O virtue! Sublime science of simple souls—why must such great pains and elaborate methods be required to understand you? Are not your principles inscribed in everyone’s heart? And is it not enough to learn your laws by turning within oneself and listening to the voice of conscience in the silence of one’s passions? This is true philosophy; let us content ourselves with it. And without envying the glory of those famous men who achieve immortality in the realm of letters, let us strive to establish that glorious distinction between them and us—which used to exist between two great peoples: one who knew how to speak well, and the other who knew how to act well.

END OF THE DISCUSSION ON SCIENCE AND ARTS

Table of Contents for the title

List of philosophical and political works

General list of titles

Ecco dunque questi uomini meravigliosi, a cui i loro contemporanei hanno riservato grande stima durante la loro vita e l’immortalità dopo la loro morte! Ecco queste sagge massime che abbiamo ricevuto da loro e che tramandiamo di generazione in generazione ai nostri discendenti. Il paganesimo, abbandonato a tutti gli errori della ragione umana, ha lasciato alla posterità qualcosa che possa essere paragonato ai “monumenti vergognosi” che l’arte tipografica ha preparato per lui, sotto il regno dell’Evangelo? Gli scritti empio di Leucippo e Diagora sono andati perduti con loro; all’epoca non era ancora stata inventata l’arte di rendere eterni gli stravaganti pensieri dell’uomo. Ma, grazie ai caratteri tipografici e al loro uso attuale, le pericolose fantasie di Hobbes e Spinoza rimarranno per sempre. Ecco dunque questi scritti celebri: l’ignoranza e la rozzezza dei nostri antenati non avrebbero mai potuto permetterseli; ora essi accompagneranno i nostri discendenti in un viaggio attraverso le “pericolose opere” che hanno corrotto le nostre usanze nel corso di questo secolo, portando insieme ai futuri generazioni una storia fedele dei progressi e dei vantaggi delle nostre scienze e delle nostre arti. Se questi scritti verranno letti, non lasceranno alcuna incertezza riguardo alle questioni che oggi dibattiamo; e a meno che le persone non siano più folli di noi, alzeranno le mani al cielo e diranno con amarezza: “Dio onnipotente, tu che possiedi gli spiriti umani, liberaci dalle ‘luci’ e dagli arte funeste dei nostri antenati. Restituiscici l’ignoranza, l’innocenza e la povertà: queste soltanto possono rendere felici gli uomini e sono preziose ai tuoi occhi”.

Ma se il progresso delle scienze e delle arti non ha aggiunto nulla alla nostra vera felicità; se ha corrotto i nostri costumi, e se la corruzione dei costumi ha danneggiato la purezza del gusto, che penseremo di quella moltitudine di autori superficiali che hanno allontanato dal tempio delle Muse le difficoltà che ne ostacolavano l’accesso, quelle stesse difficoltà che la natura aveva posto lì come una prova per coloro che avessero voluto intraprendere lo studio? Che penseremo di quei compilatori di opere che hanno aperto indebitamente le porte delle scienze, introducendo nel loro santuario persone indegne di avvicinarsi ad esse, mentre sarebbe stato auspicabile che tutti coloro i quali non erano in grado di progredire molto nella carriera letteraria venissero scoraggiati fin dall’inizio e si dedicassero invece ad arti utili alla società? Chi per tutta la vita rimarrebbe un pessimo poeta o un geometra mediocre, potrebbe forse diventare un grande produttore di tessuti. A coloro che la natura aveva destinato a diventare discepoli non sono stati necessari maestri: Verulamo, Cartesio e Newton, questi grandi insegnanti dell’umanità, non ne hanno avuto alcuno; e quali guide avrebbero potuto guidarli fino ai limiti del loro vasto genio? I maestri comuni avrebbero solo ristretto la loro comprensione, confinandola nella capacità limitata dei loro insegnanti. È proprio attraverso gli ostacoli iniziali che hanno imparato a sforzarsi e si sono esercitati a superare le enormi distanze che hanno percorso. Se dobbiamo permettere ad alcuni di dedicarsi allo studio delle scienze e delle arti, è solo a coloro che sentono la forza di seguire da soli le loro orme e di superarli; è a questo piccolo numero che spetta il compito di erigere monumenti alla gloria dell’intelletto umano. Ma se vogliamo che nulla sia al di sopra del loro genio, è necessario che nulla sia al di sopra delle loro speranze: questo è l’unico incoraggiamento di cui hanno bisogno. L’anima si sviluppa in modo proporzionale agli oggetti che la occupano, e sono le grandi occasioni a creare i grandi uomini. Il principe dell’oratoria fu console di Roma; e il più grande dei filosofi fu cancelliere d’Inghilterra. Si può credere che se uno di loro non avesse ricoperto una carica universitaria o non avesse ricevuto una modesta pensione da accademia, i suoi lavori sarebbero stati ugualmente significativi? Che i re non si rifiutino quindi di includere nei loro consigli le persone più capaci di dar loro buoni consigli; che rinuncino a quel vecchio pregiudizio inventato dall’orgoglio dei potenti, secondo cui l’arte di guidare i popoli sia più difficile di quella di illuminarli; come se fosse più facile indurre le persone a comportarsi bene di loro spontanea volontà che costringerle con la forza: che gli scienziati di prim’ordine trovino nelle corti rifugi onorevoli; che lì ricevano la sola ricompensa degna di loro, ovvero contribuire con il proprio credito al benessere dei popoli a cui hanno insegnato la saggezza: solo allora si potrà vedere ciò che la virtù, la scienza e l’autorità, animate da una nobile ambizione e lavorando insieme per la felicità dell’umanità, sono in grado di realizzare. Ma finché il potere sarà l’unica forza da un lato, e le luci e la saggezza dall’altro, gli scienziati raramente penseranno a grandi cose, i principi raramente compiranno azioni nobili, e i popoli continueranno ad essere vili, corrotti e sfortunati.

Noi, uomini comuni, a cui il cielo non ha donato talenti così grandi e che non è destinato a tanta gloria, rimaniamo nella nostra oscurità. Non inseguiremo una reputazione che ci sfuggirebbe e che, nelle attuali circostanze, non ci restituirebbe mai ciò che ci sarebbe costata, anche se avessimo tutti i titoli per ottenerla. A che scopo cercare la nostra felicità nell’opinione altrui, se possiamo trovarla in noi stessi? Lasciamo che altri si occupino di insegnare ai popoli i loro doveri; ci limiteremo a adempiere bene ai nostri. Non abbiamo bisogno di saperne di più.

O virtù! Scienza sublime delle anime semplici. Bisogna davvero affrontare tante difficoltà e usare tanti mezzi per conoscerti? I tuoi principi non sono forse incisi nel cuore di tutti? E non basta forse, per comprendere le tue leggi, riflettere su se stessi e ascoltare la voce della propria coscienza nel silenzio delle passioni? Questa è la vera filosofia. Sappiamo accontentarci di essa; e, senza invidiare la gloria di quegli uomini celebri che si immortalano nella “repubblica delle lettere”, cerchiamo di stabilire tra noi e loro quella distinzione gloriosa che un tempo esisteva tra due grandi popoli: uno che sapeva parlare bene, l’altro che sapeva agire bene.

Fine del discorso sulle scienze e le arti.

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Elenco delle opere filosofiche e politiche

Elenco generale dei titoli