Rousseau

Abstract

A reply to objections raised against the first Discourse: Rousseau clarifies his thesis on the decline of morals caused by the revival of the sciences, addressing the historical sense of his argument against certain imprecise criticisms.

Connections

Assi: Senso della storia
Posizioni: decadenza
Forme: epistola
Scuole: illuminismo

Testo originale francese · Arvensa Editions · pubblico dominio

Réponse de J.J. Rousseau

À l’Abbé Raynal

(Juin 1751[23])

Je dois, monsieur, des remerciements à ceux qui vous ont fait passer les observations que vous avez la bonté de me communiquer, et je tâcherai d’en faire mon profit : je vous avouerai pourtant que je trouve mes censeurs un peu sévères sur ma logique ; et je soupçonne qu’ils se seraient montrés moins scrupuleux, si j’avais été de leur avis. Il me semble au moins que s’ils avaient eux-mêmes un peu de cette exactitude rigoureuse qu’ils exigent de moi, je n’aurais aucun besoin des éclaircissements que je leur vais demander.

« L’auteur semble, disent-ils, préférer la situation où était l’Europe avant le renouvellement des sciences ; état pire que l’ignorance, par le faux savoir ou le jargon qui était en règne. »

L’auteur de cette observation semble me faire dire que le faux savoir, ou le jargon scolastique, soit préférable à la science ; et c’est moi-même qui ai dit qu’il était pire que l’ignorance. Mais qu’entend-il par ce mot de situation ? l’applique-t-il aux lumières ou aux mœurs, ou s’il confond ces choses que j’ai tant pris de peine à distinguer ? Au reste, comme c’est ici le fond de la question, j’avoue qu’il est très maladroit à moi de n’avoir fait que sembler prendre parti là-dessus.

Ils ajoutent que « l’auteur préfère la rusticité à la politesse. »

« Il aurait dû, disent-ils encore, marquer le point d’où il part, pour désigner l’époque de la décadence. » J’ai fait plus : j’ai rendu ma proposition générale : j’ai assigné ce premier degré de la décadence des mœurs au premier moment de la culture des lettres dans tous les pays du monde, et j’ai trouvé le progrès de ces deux choses toujours en proportion, « Et, en remontant à cette première époque, faire comparaison des mœurs de ce temps-là avec les nôtres. » C’est ce que j’aurais fait encore plus au long dans un volume in-4°. Sans cela nous ne voyons point jusqu’où il faudrait remonter, à moins que ce ne soit au temps des apôtres. » Je ne vois pas, moi, l’inconvénient qu’il y aurait à cela, si le fait était vrai. Mais je demande justice au censeur : voudrait-il que j’eusse dit que le temps de la plus profonde ignorance était celui des apôtres ?

Ils disent de plus, par rapport au luxe, « qu’en bonne politique on sait qu’il doit être interdit dans les petits états, mais que le cas d’un royaume tel que la France, par exemple, est tout différent ; les raisons en sont connues. »

N’ai-je pas ici encore quelque sujet de me plaindre ? ces raisons sont celles auxquelles j’ai taché de répondre. Bien ou mal, j’ai répondu. Or, on ne saurait guère donner à un auteur une plus grande marque de mépris qu’en ne lui répliquant que par les mêmes arguments qu’il a réfutés. Mais faut-il leur indiquer la difficulté qu’ils ont à résoudre ? la voici : Que deviendra la vertu quand il faudra s’enrichir à quelque prix que ce soit ? Voilà ce que je leur ai demandé, et ce que je leur demande encore.

Quant aux deux observations suivantes, dont la première commence par ces mots : « Enfin voici ce qu’on objecte, etc. ; » et l’autre par ceux-ci : « Mais ce qui touche de plus près, etc. ; » je supplie le lecteur de m’épargner la peine de les transcrire. L’Académie m’avait demandé si le rétablissement des sciences et des arts avait contribué à épurer les mœurs. Telle était la question que j’avais à résoudre : cependant voici qu’on me fait un crime de n’en avoir pas résolu une autre. Certainement cette critique est tout au moins fort singulière. Cependant j’ai presque à demander pardon au lecteur de l’avoir prévue, car c’est ce qu’il pourrait croire en lisant les cinq ou six dernières pages de mon discours.

Au reste, si mes censeurs s’obstinent à désirer encore des conclusions pratiques, je leur en promets de très clairement énoncées dans ma première réponse.

Sur l’inutilité des lois somptuaires pour déraciner le luxe une fois établi, on dit que « l’auteur n’ignore pas ce qu’il y a à dire là-dessus. » Vraiment non, je n’ignore pas que quand un homme est mort, il ne faut point appeler de médecin.

« On ne saurait mettre dans un trop grand jour des vérités qui heurtent autant de front le goût général, et il importe d’ôter toute prise à la chicane. » Je ne suis pas tout-à-fait de cet avis, et je crois qu’il faut laisser des osselets aux enfants.

« Il est aussi bien des lecteurs qui les goûteront mieux dans un style tout uni, que sous cet habit de cérémonie qu’exigent les discours académiques. » Je suis fort du goût de ces lecteurs-là. Voici donc un point dans lequel je puis me conformer au sentiment de mes censeurs, comme je fais dès aujourd’hui.

J’ignore quel est l’adversaire dont on me menace dans le post-scriptum ; tel qu’il puisse être, je ne saurais me résoudre à répondre à un ouvrage avant que de l’avoir lu, ni à me tenir pour battu avant que d’avoir été attaqué.

Au surplus, soit que je réponde aux critiques qui me sont annoncées, soit que je me contente de publier l’ouvrage augmenté qu’on me demande, j’avertis mes censeurs qu’ils pourraient bien n’y pas trouver les modifications qu’ils espèrent ; je prévois que, quand il sera question de me défendre, je suivrai sans scrupule toutes les conséquences de mes principes.

Je sais d’avance avec quels grands mots on m’attaquera : lumières, connaissances, lois, morale, raison, bienséance, égards, douceur, aménité, politesse, éducation, etc. À tout cela je ne répondrai que par deux autres mots, qui sonnent encore plus fort à mon oreille : Vertu ! vérité ! m’écrierai-je sans cesse, vérité ! vertu ! Si quelqu’un n’aperçoit là que des mots, je n’ai plus rien à lui dire.

FIN de la LETTRE À L’ABBÉ RAYNAL

Table des matières du titre

Liste des œuvres philosophiques et politiques

Liste générale des titres

Response by J.J. Rousseau

To Abbé Raynal

(June 1751[23])

Sir, I am obliged to express my gratitude to those who have helped you convey to me the observations you have taken the kindness to share with me, and I will try to make use of them. However, I must admit that I find my reviewers a bit too severe in their criticism of my logic; and I suspect they would have been less meticulous if I had shared their views. At least, it seems to me that if they themselves possessed even a fraction of the rigorous accuracy they demand of me, I would not need the clarifications I am about to ask for.

“Apparently,” they say, “the author prefers the state of Europe before the renewal of science; a state worse than ignorance, due to the prevalence of false knowledge or jargon.”

The author of this observation seems to be implying that false knowledge, or academic jargon, is preferable to science; yet it was I who said that such knowledge is worse than ignorance. But what does he mean by the term “situation”? Does he apply it to enlightenment or to morals, or is he confusing these concepts that I have gone to great lengths to distinguish? In any case, since this is at the heart of the issue, I must admit that it is very unadvisable of me to have merely pretended to take a position on this matter.

They also add that “the author prefers rudeness to politeness.”

“He should have, they say, indicated the point from which he began his analysis in order to designate the era of decline.” I did more than that: I formulated my general proposition clearly—I attributed this initial stage of moral decay to the very beginning of the development of literary culture in all countries around the world, and I observed that the progress of both these phenomena was always proportional. “By going back to that earliest period, one could then compare the morals of that time with our own.” This is what I would have elaborated further in a full-volume work in quarto format. Without such an approach, we would never know how far back in history we must trace these phenomena—unless we were to consider the times of the Apostles. As for me, I see no inherent flaw in this approach, provided that the fact is indeed true. But I demand fairness from the censor: would he have preferred it if I had claimed that the era of deepest ignorance was precisely the time of the Apostles?

They also say, with regard to luxury, “that in good politics it is understood that such things should be prohibited in small states, but that the case of a kingdom like France, for example, is entirely different; the reasons for this are well-known.”

Do I not still have some reason here to complain? These are the arguments I tried to address. Well or ill, I did respond. Yet, there is hardly any way to show a writer greater disdain than by replying to him with precisely the same arguments he himself has refuted. But must we point out to them the difficulty they face in resolving this issue? Here it is: What will happen to virtue when it becomes necessary to enrich oneself at any cost? This is what I asked them, and what I still ask them today.

As for the following two observations, the first of which begins with these words: “Finally, here are the objections raised, etc.”; and the second with these words: “But what is more relevant, etc.”; I beg the reader to spare me the trouble of transcribing them. The Academy had asked me whether the revival of sciences and arts had contributed to purifying morals. That was the question I was required to answer; yet now people accuse me of failing to address another question altogether. Certainly, this criticism is at least most peculiar. Nevertheless, I might almost have to apologize to the reader for anticipating it, because that is what he might think upon reading the last five or six pages of my speech.

Furthermore, if my reviewers insist on wanting some practical conclusions, I promise to state them very clearly in my first reply.

Regarding the futility of sumptuary laws in trying to eradicate luxury once it has taken root, it is said that “the author is well aware of what needs to be said on this subject.” Indeed, I am fully aware that when a man dies, there is no need to call a doctor.

“One should not bring to too much prominence truths that so blatantly clash with the general public’s tastes; it is important to remove any pretext for quarrels.” I do not entirely agree with this view; I believe it is necessary to provide children with some “food for thought” or opportunities to engage in intellectual activity.

“Some readers will find them more enjoyable in a unified style, rather than under the formal ‘garb’ required by academic speeches.” I quite agree with the tastes of such readers. Therefore, this is one aspect in which I can conform to the opinions of my reviewers, just as I am doing today.

I do not know what adversary is being mentioned in the postscriptum; whatever he may be, I would not consider it appropriate to respond to a work before having read it, nor would I assume defeat before being actually attacked.

Furthermore, whether I respond to the criticisms that are anticipated against me or simply publish the expanded edition that is requested of me, I warn my censors that they may well not find the alterations they hope for; I anticipate that, when it comes to defending myself, I will without hesitation pursue all the consequences inherent in my principles.

I already know with what grand words they will attack me: light, knowledge, laws, morality, reason, propriety, respect, kindness, comfort, politeness, education, and so on. To all of this, I will respond with only two other words, which sound even more powerful in my ears: Virtue! Truth! I will cry out incessantly: Truth! Virtue! If someone sees nothing but mere words in these terms, then I have nothing further to say to them.

End of the letter to Abbe Raynal.

Table of Contents for the title

List of philosophical and political works

General list of titles

Risposta di J.-J. Rousseau

All’Abate Raynal

(Giugno 1751[23])

Devo ringraziare, signore, coloro che vi hanno permesso di formulare le osservazioni che avete la gentilezza di condividere con me; cercherò di trarne profitto. Tuttavia devo ammettere che ritengo i miei censori un po’ troppo severi riguardo alla mia logica. E sospetto che si sarebbero mostrati meno critici se fossi stato d’accordo con loro. Almeno, penso che se anche loro avessero dimostrato la stessa precisione rigorosa che esigono da me, non avrei alcun bisogno dei chiarimenti che intendo chiedere loro.

“Secondo loro, l’autore sembra preferire lo stato in cui si trovava l’Europa prima del rinnovamento delle scienze; uno stato peggiore dell’ignoranza, a causa della falsa conoscenza o del gergo che allora prevalevano.”

L’autore di questa osservazione sembra volermi far credere che la falsa conoscenza, o il gergo accademico, sia preferibile alla scienza; e sono stato proprio io a dire che è peggiore dell’ignoranza. Ma cosa intende con il termine “situazione”? Lo applica alle luoghi o ai costumi, oppure confonde queste cose che ho fatto tanta fatica a distinguere? Del resto, poiché questo è proprio il cuore della questione, ammetto che sia molto improprio da parte mia non aver affatto preso posizione in merito.

Aggiungono che “l’autore preferisce la rusticità alla cortesia”.

“Avrebbe dovuto, dicono ancora, segnare il punto da cui ha iniziato, per indicare l’epoca del declino.” Io ho fatto di più: ho generalizzato la mia ipotesi, attribuendo questo primo stadio del declino dei costumi al momento iniziale dello sviluppo della cultura letteraria in tutti i paesi del mondo; ho anche constatato che il progresso di queste due cose era sempre proporzionale. “E, tornando a quel primo periodo, si potrebbero confrontare i costumi di allora con i nostri.” Avrei potuto approfondire ulteriormente questo argomento in un volume in quarto di dimensioni maggiori. Senza questo approccio, non vedremmo mai fino a che punto dovremmo risalire nel tempo, a meno che non si voglia arrivare all’epoca degli apostoli. Io non vedo alcun inconveniente in questo, se il fatto fosse vero. Ma chiedo giustizia al censore: vorrebbe forse che avessi detto che l’epoca della più profonda ignoranza era proprio quella degli apostoli?

Dicono inoltre, riguardo al lusso, “che in una buona politica si sa che debba essere proibito nei piccoli stati, ma che il caso di un regno come la Francia, ad esempio, è completamente diverso; le ragioni sono note”.

Non ho forse ancora motivo di lamentarmi? Queste sono le ragioni alle quali ho cercato di rispondere. Bene o male, ho risposto. Ora, non si potrebbe certo dimostrare maggiore disprezzo verso un autore che rispondergli con gli stessi argomenti che lui stesso ha confutato. Ma dobbiamo forse indicargli la difficoltà che hanno nel risolvere il problema? Ecco: cosa ne sarà della virtù quando sarà necessario arricchirsi a qualunque prezzo? Questo è ciò che ho chiesto loro, e ciò che continuo a chiedere.

Per quanto riguarda le due osservazioni seguenti, la prima delle quali inizia con queste parole: “Ecco finalmente ciò che si obietta, ecc.”; e l’altra con queste altre: “Ma ciò che riguarda più da vicino, ecc.”, prego il lettore di risparmiarmi la fatica di trascriverle. L’Accademia mi aveva chiesto se il ripristino delle scienze e degli arti avesse contribuito a purificare i costumi. Questa era la domanda che dovevo risolvere; tuttavia ora si vuole farne un crimine il fatto che non abbia risolto un’altra questione. Certamente questa critica è almeno molto singolare. Tuttavia, devo quasi chiedere scusa al lettore per averla prevista, perché è ciò che potrebbe credere leggendo le ultime cinque o sei pagine del mio discorso.

Del resto, se i miei censori insistono nel volere delle conclusioni pratiche, vi prometto che le enuncierò molto chiaramente nella mia prima risposta.

Sull’inutilità delle leggi sumptuarie per sradicare il lusso una volta che è già radicato, si dice che “l’autore non ignori ciò che c’è da dire al riguardo”. Davvero no: non ignoro affatto che, quando un uomo muore, non bisogna chiamare un medico.

“Non si dovrebbero mettere in evidenza verità che contrastano così apertamente con i gusti generali; inoltre, è importante eliminare ogni possibilità di controversie.” Non sono del tutto d’accordo con questo punto di vista e credo che sia necessario lasciare “ossetti” ai bambini, cioè fornire loro degli spunti su cui riflettere.

“Ci sono sicuramente lettori che apprezzeranno questi testi di più se presentati in uno stile uniforme, piuttosto che sotto quell’aspetto cerimonioso richiesto dai discorsi accademici.” Sono convinto del gusto di questi lettori. Ecco quindi un punto in cui posso conformarmi al parere dei miei censori, proprio come faccio oggi.

Non so chi sia il nemico di cui mi si minaccia nel post-scriptum; qualunque esso sia, non riuscirei a decidere di rispondere a un’opera prima di averla letta, né di considerarmi sconfitto prima di essere stato attaccato.

Inoltre, sia che risponda alle critiche che mi sono state rivolte, sia che mi limiti a pubblicare l’opera ampliata che mi viene richiesta, avverto i miei censori che potrebbero non trovare le modifiche che si aspettano; prevedo che, quando sarà il momento di difendermi, seguirò senza esitazioni tutte le conseguenze dei miei principi.

So già con quali grandi parole mi attaccheranno: lumi, conoscenze, leggi, morale, ragione, buone maniere, rispetto, dolcezza, comodità, cortesia, educazione, ecc. A tutto ciò risponderò soltanto con altre due parole che suonano ancora più forti alle mie orecchie: Virtù! Verità! Continuerò a gridare senza sosta: verità! virtù! Se qualcuno vede in queste parole solo parole vuote, non ho più nulla da dirgli.

Fine della lettera all’abate Raynal.

Indice dei contenuti del titolo

Elenco delle opere filosofiche e politiche

Elenco generale dei titoli