Rousseau
Abstract
A long letter defending Émile against the Archbishop of Paris’s condemnation: Rousseau defends the ‘Profession of Faith of the Savoyard Vicar’ and the natural religion of the heart against the charge of impiety, arguing that true piety lies in the agreement of reason, feeling and moral conscience, not in dogmatic authority.
Connections
Assi: Dio
Posizioni: deismo
Concetti: religione, fede, religione civile
Forme: epistola
Scuole: illuminismo
Testo originale francese · Arvensa Editions · pubblico dominio
Pourquoi faut-il, monseigneur, que j’aie quelque chose à vous dire ? Quelle langue commune pouvons-nous parler ? comment pouvons-nous nous entendre ? et qu’y a-t-il entre vous et moi ?
Cependant il faut vous répondre ; c’est vous-même qui m’y forcez. Si vous n’eussiez attaqué que mon livre, je vous aurais laissé dire : mais vous attaquez aussi ma personne ; et plus vous avez d’autorité parmi les hommes, moins il m’est permis de me taire quand vous voulez me déshonorer. Je ne puis m’empêcher, en commençant cette lettre, de réfléchir sur les bizarreries de ma destinée : elle en a qui n’ont été que pour moi. J’étais né avec quelque talent ; le public l’a jugé ainsi : cependant j’ai passé ma jeunesse dans une heureuse obscurité, dont je ne cherchais point à sortir. Si je l’avais cherché, cela même eût été une bizarrerie que, durant tout le feu du premier âge, je n’eusse pu réussir, et que j’eusse trop réussi dans la suite quand ce feu commençait à passer. J’approchais de ma quarantième année et j’avais, au lieu d’une fortune que j’ai toujours méprisée et d’un nom qu’on m’a fait payer si cher, le repos et des amis, les deux seuls biens dont mon cœur soit avide. Une misérable question d’académie, m’agitant l’esprit malgré moi, me jeta dans un métier pour lequel je n’étais point fait : un succès inattendu m’y montra des attraits qui me séduisirent. Des foules d’adversaires m’attaquèrent sans m’entendre, avec une étourderie qui me donna de l’humeur, et avec un orgueil qui m’en inspira peut-être. Je me défendis et, de dispute en dispute, je me sentis engagé dans la carrière, presque sans y avoir pensé. Je me trouvai devenu pour ainsi dire auteur à l’âge où l’on cesse de l’être, et homme de lettres par mon mépris même pour cet état. Dès là je fus dans le public quelque chose ; mais aussi le repos et les amis disparurent. Quels maux ne souffris-je point avant de prendre une assiette plus fixe et des attachements plus heureux ! Il fallut dévorer mes peines ; il fallut qu’un peu de réputation me tînt lieu de tout. Si c’est un dédommagement pour ceux qui sont toujours loin d’eux-mêmes, ce n’en fut jamais un pour moi.
Si j’eusse un moment compté sur un bien si frivole, que j’aurais été promptement désabusé ! Quelle inconstance perpétuelle n’ai-je pas éprouvée dans les jugements du public sur mon compte ! J’étais trop loin de lui ; ne me jugeant que sur le caprice ou l’intérêt de ceux qui le mènent, à peine deux jours de suite avait-il pour moi les mêmes yeux. Tantôt j’étais un homme noir, et tantôt un ange de lumière. Je me suis vu dans la même année vanté, fêté, recherché, même à la cour, puis insulté, menacé, détesté, maudit : les soirs on m’attendait pour m’assassiner dans les rues ; les matins on m’annonçait une lettre de cachet ! Le bien et le mal coulaient à peu près de la même source ; le tout me venait pour des chansons.
J’ai écrit sur divers sujets, mais toujours dans les mêmes principes ; toujours la même morale, la même croyance, les mêmes maximes et, si l’on veut, les mêmes opinions. Cependant, on a porté des jugements opposés de mes livres, ou plutôt de l’auteur de mes livres, parce qu’on m’a jugé sur les matières que j’ai traitées, bien plus que sur mes sentiments. Après mon premier Discours, j’étais un homme à paradoxes, qui se faisait un jeu de prouver ce qu’il ne pensait pas : après ma Lettre sur la musique française, j’étais l’ennemi déclaré de la nation ; il s’en fallait peu qu’on ne m’y traitât en conspirateur ; on eût dit que le sort de la monarchie était attaché à la gloire de l’Opéra : après mon Discours sur l’inégalité, j’étais athée et misanthrope : après la Lettre à M. d’Alembert, j’étais le défenseur de la morale chrétienne : après l’Héloïse, j’étais tendre et doucereux : maintenant je suis un impie ; bientôt peut-être serai-je un dévot.
Ainsi va flottant le sot public sur mon compte, sachant aussi peu pourquoi il m’abhorre que pourquoi il m’aimait auparavant. Pour moi, je suis toujours demeuré le même ; plus ardent qu’éclairé dans mes recherches, mais sincère en tout, même contre moi ; simple et bon, mais sensible et faible : faisant souvent le mal, et toujours aimant le bien ; lié par l’amitié, jamais par les choses, et tenant plus à mes sentiments qu’à mes intérêts ; n’exigeant rien des hommes, et n’en voulant point dépendre ; ne cédant pas plus à leurs préjugés qu’à leurs volontés, et gardant la mienne aussi libre que ma raison ; craignant Dieu sans peur de l’enfer, raisonnant sur la religion sans libertinage, n’aimant ni l’impiété ni le fanatisme, mais haïssant les intolérants encore plus que les esprits forts ; ne voulant cacher mes façons de penser à personne ; sans fard, sans artifice en toutes choses ; disant mes fautes à mes amis, mes sentiments à tout le monde, au public ses vérités sans flatterie et sans fiel, et me souciant tout aussi peu de le fâcher que de lui plaire. Voilà mes crimes, et voilà mes vertus.
Enfin lassé d’une vapeur enivrante qui enfle sans rassasier, excédé du tracas des oisifs surchargés de leur temps et prodigues du mien, soupirant après un repos si cher à mon cœur et si nécessaire à mes maux, j’avais posé la plume avec joie : content de ne l’avoir prise que pour le bien de mes semblables, je ne leur demandais pour prix de mon zèle que de me laisser mourir en paix dans ma retraite et de ne m’y point faire de mal. J’avais tort : des huissiers sont venus me l’apprendre ; et c’est à cette époque où j’espérais qu’allaient finir les ennuis de ma vie, qu’ont commencé mes plus grands malheurs. Il y a déjà dans tout cela quelques singularités : ce n’est rien encore. Je vous demande pardon, monseigneur, d’abuser de votre patience ; mais, avant d’entrer dans les discussions que je dois avoir avec vous, il faut parler de ma situation présente et des causes qui m’y ont réduit.
Un Genevois fait imprimer un livre en Hollande, et par arrêt du parlement de Paris, ce livre est brûlé sans respect pour le souverain dont il porte le privilège. Un protestant propose, en pays protestant, des objections contre l’Église romaine, et il est décrété par le parlement de Paris. Un républicain fait, dans une république, des objections contre l’état monarchique, et il est décrété par le parlement de Paris. Il faut que le parlement de Paris ait d’étranges idées de son empire, et qu’il se croie le légitime juge du genre humain.
Ce même parlement, toujours si soigneux pour les Français de l’ordre des procédures, les néglige toutes dès qu’il s’agit d’un pauvre étranger. Sans savoir si cet étranger est bien l’auteur du livre qui porte son nom, s’il le reconnaît pour sien, si c’est lui qui l’a fait imprimer ; sans égard pour son triste état, sans pitié pour les maux qu’il souffre, on commence par le décréter de prise de corps : on l’eût arraché de son lit pour le traîner dans les mêmes prisons où pourrissent les scélérats : on l’eût brûlé peut-être même sans l’entendre ; car qui sait si l’on eût poursuivi plus régulièrement des procédures si violemment commencées, et dont on trouverait à peine un autre exemple, même en pays d’inquisition. Ainsi c’est pour moi seul qu’un tribunal si sage oublie sa sagesse ; c’est contre moi seul, qui croyais y être aimé, que ce peuple, qui vante sa douceur, s’arme de la plus étrange barbarie : c’est ainsi qu’il justifie la préférence que je lui ai donnée sur tant d’asiles que je pouvais choisir au même prix. Je ne sais comment cela s’accorde avec le droit des gens, mais je sais bien qu’avec de pareilles procédures la liberté de tout homme, et peut-être sa vie, est à la merci du premier imprimeur.
Le citoyen de Genève ne doit rien à des magistrats injustes et incompétents qui, sur un réquisitoire calomnieux, ne le citent pas, mais le décrètent. N’étant point sommé de comparaître, il n’y est point obligé. L’on n’emploie contre lui que la force, et il s’y soustrait. Il secoue la poudre de ses souliers, et sort de cette terre hospitalière où l’on s’empresse d’opprimer le faible, et où l’on donne des fers à l’étranger avant de l’entendre, avant de savoir si l’acte dont on l’accuse est punissable, avant de savoir s’il l’a commis.
Why must I have something to say to you, my lord? What common language can we speak? How can we understand each other? And what is there between you and me?
However, I must respond to you; it is you who force me to do so. If you had attacked only my book, I would have allowed you to say whatever you wished; but you also attack my person. And the more authority you hold among people, the less I am permitted to remain silent when you seek to bring me dishonor. As I begin this letter, I cannot help but reflect on the oddities of my fate—some of which have existed solely for my own sake. I was born with certain talents; the public perceived them as such. Yet I spent my youth in a happy obscurity, something I never sought to leave. Had I done so, that in itself would have been an oddity: during the fervor of my early years, I was unable to achieve it; yet later on, when that fervor began to fade, I succeeded all too well. As I approached forty, instead of wealth—which I have always despised—or a reputation for which I paid such a high price, I possessed only peace and friends, the two things my heart truly desired. Yet a mere academic dispute, disturbing me against my will, drew me into a career for which I was not suited. An unexpected success revealed certain attractions that seduced me. Hordes of opponents attacked me without understanding me, their foolishness provoking in me both anger and perhaps pride. I defended myself, and through one argument after another, I found myself drawn into this path, almost without having intended to do so. At an age when one should cease being an author, I became one—yet it was my very disdain for that status that made me a man of letters. From then on, I gained some recognition among the public; but at the same time, peace and friends vanished from my life. How many sufferings did I endure before finally finding stability and true happiness! I had to swallow my pains; I had to let a little reputation serve as a substitute for everything else. If this can be considered some sort of compensation for those who are always estranged from themselves, it was certainly not so for me.
If I had for a single moment placed my trust in something so frivolous, I would have been swiftly disappointed! What constant inconsistency have I not witnessed in the public’s judgments about me? I was too far removed from them; they judged me solely based on the whims or interests of those who influenced them, and hardly ever did they regard me in the same way for two consecutive days. At one moment I was considered a man of darkness; at another, an angel of light. In the same year, I saw myself being praised, celebrated, sought after—even at court—but then insulted, threatened, hated, and cursed. On evenings, people would wait in the streets to assassinate me; on mornings, I would receive letters ordering my arrest! Good and evil seemed to originate from the very same source; all of this stemmed merely from songs.
I have written on various subjects, but always within the same principles; always adhering to the same morality, the same beliefs, the same maxims—and, if one wishes, the same opinions. Nevertheless, people have formed opposing judgments about my books, or rather about the author behind them, because they have judged me based on the subjects I addressed, far more than on my sentiments. After my first Discourse, I was seen as a man full of paradoxes, someone who playfully sought to prove what he did not actually believe; after my Letter on French Music, I became the declared enemy of the nation—almost treated as a conspirator; it seemed as if the fate of monarchy were tied to the glory of the opera. After my Discourse on Inequality, I was labeled an atheist and a misanthrope; after my Letter to Mr. d’Alembert, I became a defender of Christian morality; after Héloïse, I appeared tender and gentle; now, I am an infidel—but perhaps soon, I will become a devout believer.
Thus does the foolish public wander about regarding me, knowing no more why they hate me than why they once loved me. To me, I have always remained the same: more passionate than enlightened in my pursuits, but sincere in everything, even at my own expense; simple and good, yet sensitive and weak—often doing evil, yet always loving goodness; bound by friendship, never by material things, and valuing my sentiments more than my interests; demanding nothing from men, nor wishing to depend on them; yielding neither to their prejudices nor to their wills, and keeping both my will and my reason free; fearing God without dread of hell, reasoning about religion without licentiousness, hating neither impiety nor fanaticism, but despising intolerants even more than strong-minded individuals; never wishing to hide my ways of thinking from anyone; honest and unpretending in all things; admitting my faults to my friends, expressing my feelings to everyone, telling the public its truths without flattery or malice—and caring just as little about offending it as about pleasing it. Such are my “crimes”, and such are my “virtues.”
Finally, tired of the intoxicating vapor that swells but never satisfies, weary of the troubles caused by those idle people who waste their time and also mine, I longed for a rest so dear to my heart and so necessary to alleviate my suffering. With joy, I put down my pen—satisfied that I had taken up this task only for the good of my fellow beings—I asked them in return for my zeal nothing more than to allow me to die in peace in my retreat and not to harm me there. I was wrong: bailiffs came to inform me otherwise; and it was at a time when I hoped that the troubles of my life were coming to an end that my greatest misfortunes began. There are already some strange aspects to this entire situation. But that is not all yet. I beg your pardon, my lord, for abusing your patience; but before entering into the discussions I must have with you, it is necessary to explain my current circumstances and the reasons that have brought me to this state.
A Genevan has a book printed in the Netherlands; by decree of the Parlement of Paris, this book is burned, without any respect for the sovereign whose privilege it carries. A Protestant, in a Protestant country, raises objections against the Roman Church, and he is condemned by the Parlement of Paris. A republican, within a republic, expresses opposition to the monarchical state, and he is likewise condemned by the Parlement of Paris. It seems that the Parlement of Paris has some very peculiar notions about its authority, and believes itself to be the legitimate judge of all mankind.
The very same parliament, which is always so meticulous in ensuring that French citizens follow proper procedural rules, completely ignores them whenever it comes to a poor foreigner. Without even verifying whether this foreigner is indeed the author of the book bearing his name, whether he acknowledges it as his own, or whether he was the one who had it printed; without considering his dire circumstances or showing any pity for his suffering, they proceed immediately to order his arrest: they would have dragged him from his bed and thrown him into the very same prisons where scoundrels rot away; they might even have burned him without giving him a hearing—because who knows whether such violently initiated proceedings would have been carried out more rigorously? Such practices are hardly found anywhere else, not even in countries with inquisitional systems. Thus, it is only against me alone that a tribunal so supposedly wise forgets its wisdom; it is only against me, who believed I was loved by this people who boast of their kindness, that they resort to the most bizarre forms of barbarity. In this way, they justify the preference I gave them over so many other refuges that were equally available to me at the same cost. I don’t know how such actions can be reconciled with the principles of international law, but I do know that with procedures like these, the freedom—and perhaps even the life—of any man is at the mercy of the first printer who dares to print such a book.
A citizen of Geneva owes nothing to unjust and incompetent magistrates who, on the basis of a slanderous accusation, do not summon him but rather decree his condemnation. Since he is not compelled to appear before them, he is therefore not obligated to do so. Against him, force alone is employed, and he resists it. He shakes the dust off his shoes and leaves this land where the weak are eagerly oppressed, where foreigners are deprived of their rights before they are even given a hearing, before it is determined whether the charges against them are punishable, or even before it is known whether they have committed those charges in the first place.
Perché, mio signore, dovrei avere qualcosa da dirvi? Qual lingua comune possiamo utilizzare per comunicare? Come possiamo capirci a vicenda? E cosa c’è tra voi e me?
Tuttavia devo rispondervi; siete voi stesso a costringermi a farlo. Se aveste attaccato soltanto il mio libro, vi avrei lasciato dire ciò che volevate; ma attaccate anche la mia persona, e più autorità avete tra le persone, meno mi è permesso tacere quando cercate di disonorarmi. Non posso fare a meno, all’inizio di questa lettera, di riflettere sulle stranezze del mio destino: alcune di esse sono esistite soltanto per me. Sono nato con qualche talento; il pubblico l’ha riconosciuto così; tuttavia ho trascorso la mia giovinezza in una felice oscurità, dalla quale non cercavo affatto di uscire. Se l’avessi fatto, anche questo sarebbe stato strano: durante tutto il fervore della prima età della vita, non sono riuscito a realizzarlo, e invece ci sono riuscito troppo bene in seguito, quando quel fervore cominciava a diminuire. Avvicinandomi ai quarant’anni, avevo, al posto di una fortuna che ho sempre disprezzato e di un nome per il quale si è dovuto pagare così caro, soltanto la tranquillità e degli amici, i due unici beni desiderati dal mio cuore. Una misera questione accademica, che agitava in me contro la mia volontà, mi ha costretto a intraprendere una carriera per la quale non ero adatto; un successo inaspettato mi ha fatto scoprire degli aspetti di essa che mi hanno sedotto. Molti avversari mi attaccarono senza nemmeno capirmi, con una follia che mi rese irascibile e con un orgoglio che forse ne fu la causa. Mi difesi, e da una disputa all’altra, mi ritrovai coinvolto in questa carriera, quasi senza averci pensato. Mi trovai diventato, per così dire, uno scrittore all’età in cui si dovrebbe smettere di esserlo, e un letterato proprio a causa del mio disprezzo per tale stato. Da quel momento divenni qualcuno nel mondo letterario; ma allo stesso tempo persi la tranquillità e gli amici. Quanti mali ho dovuto sopportare prima di trovare una posizione più stabile e relazioni più felici! Ho dovuto ingoiare le mie sofferenze; ho dovuto accontentarmi di un po’ di reputazione al posto di tutto il resto. Se questo può essere considerato un rimedio per coloro che sono sempre lontani da se stessi, per me non è mai stato tale.
Se avessi anche solo per un momento contato su qualcosa di così frivolo, sarei stato rapidamente deluso! Quanta inconstanza ho dovuto sopportare nei giudizi del pubblico su di me. Ero troppo lontano da loro; mi giudicavano soltanto in base ai capricci o agli interessi di coloro che li guidavano, e a malapena due giorni consecutivi mi vedevano con gli stessi occhi. A volte ero considerato un uomo malvagio, altre volte un angelo di luce. Nello stesso anno sono stato lodato, festeggiato, cercato persino alla corte; poi insultato, minacciato, odiato, maledetto. Di notte mi aspettavano per assassinarmi per le strade; di giorno mi annunciavano l’arrivo di una lettera con sigillo reale. Il bene e il male provenivano quasi dalla stessa fonte. E tutto ciò per delle semplici canzoni.
Ho scritto su vari argomenti, ma sempre seguendo gli stessi principi; sempre la stessa morale, la stessa fede, le stesse massime e, se si vuole, le stesse opinioni. Tuttavia, sulle mie opere, o meglio sull’autore delle mie opere, sono stati emessi giudizi opposti, perché mi si è valutato soprattutto in base ai temi che ho trattato, piuttosto che in base ai miei sentimenti. Dopo il mio primo Discorso, ero considerato un uomo pieno di paradossi, che si divertiva a dimostrare ciò che non pensava; dopo la mia Lettera sulla musica francese, ero diventato l’acerrimo nemico della nazione; per poco non mi si è trattato come un congiuratore; sembrava quasi che il destino della monarchia fosse legato alla gloria dell’Opera; dopo il mio Discorso sull’ineguaglianza, ero considerato ateo e misantropo; dopo la Lettera a M. d’Alembert, diventai il difensore della morale cristiana; dopo l’Héloïse, mostravo un carattere tenero e dolce; ora sono un empio. Forse presto sarò un devoto.
Ecco come il volgo comune giudica su di me: ignora tanto il motivo per cui mi odia quanto quello per cui un tempo mi amava. Per me, sono sempre rimasto lo stesso: appassionato nelle mie ricerche, ma sincero in tutto, anche a scapito di me stesso; semplice e buono, ma sensibile e debole; spesso causa di male, ma sempre incline al bene; legato dall’amicizia, mai dalle cose materiali; attaccato più ai miei sentimenti che ai miei interessi; che non chiedo nulla agli uomini e non desidero dipenderne; che non cedo né ai loro pregiudizi né alle loro volontà, mantenendo sia la mia libertà di pensiero che quella della ragione; che temo Dio senza paura dell’inferno, rifletto sulla religione senza indulgenze, non amo né l’irreligiosità né il fanatismo, ma odio gli intolleranti ancora di più dei pensatori liberi; che non voglio nascondere le mie idee a nessuno; schietto e sincero in tutto; che confido i miei errori agli amici e i miei sentimenti a tutti, che dico al pubblico la verità senza lusinghe né rancore, e che mi interessa altrettanto poco offenderlo quanto compiacerlo. Ecco i miei “crimini”, ed ecco le mie “virtù”.
Finalmente stanco di quella nebbia inebriante che si accumula senza mai saziare, esasperato dai fastidi dei pigri che sprechano il proprio tempo e il mio, anelando a un riposo tanto desiderato dal mio cuore e necessario per alleviare i miei mali, posai con gioia la penna: soddisfatto di averla impiegata soltanto al bene dei miei simili, non chiedevo loro in cambio del mio impegno altro che di lasciarmi morire in pace nella mia ritirata e di non farmi del male. Mi sbagliavo: arrivarono degli uscieri a comunicarmelo; ed è proprio in quel momento in cui speravo che finissero i problemi della mia vita che iniziarono i miei più grandi dolori. Ci sono già alcune stranezze in tutto ciò. Ma non è ancora niente. Vi chiedo scusa, signore, per aver abusato della vostra pazienza; tuttavia, prima di entrare nelle discussioni che dovrò avere con voi, è necessario parlare della mia situazione attuale e delle cause che mi hanno portato in questa condizione.
Un genevese fa stampare un libro in Olanda; per decreto del parlamento di Parigi, quel libro viene bruciato, senza alcun rispetto per il sovrano di cui porta il privilegio. Un protestante, in un paese protestante, solleva obiezioni contro la Chiesa romana; per questo viene condannato dal parlamento di Parigi. Un repubblicano, in una repubblica, solleva obiezioni contro lo stato monarchico; anch’egli viene condannato dal parlamento di Parigi. Bisogna riconoscere che il parlamento di Parigi ha idee davvero strane riguardo al proprio “impero”, e si considera il giudice legittimo dell’umanità intera.
Lo stesso parlamento, sempre così attento all’ordine delle procedure per i francesi, le trascura completamente quando si tratta di un povero straniero. Senza nemmeno verificare se quell’estraneo sia davvero l’autore del libro che porta il suo nome, se lo riconosca come proprio, o se sia stato lui stesso a farlo stampare; senza curarsi della sua triste condizione, senza provare pietà per i mali che soffre, si decide immediatamente di arrestarlo: lo si sarebbe strappato dal letto per trascinarlo nelle stesse prigioni in cui marciscono i criminali; forse lo si sarebbe persino bruciato senza nemmeno ascoltarlo. Chi sa infatti se le procedure, così violente fin dall’inizio e difficilmente reperibili anche nei paesi d’Inquisizione, sarebbero state portate avanti in modo più regolare. Così, è solo a mio vantaggio che un tribunale tanto saggio dimentica la sua saggezza; è contro di me, che credevo di essere amato da questo popolo che si vanta della sua dolcezza, che si arma della più strana barbarie. Ed è così che si giustifica la preferenza che gli ho dato rispetto a tanti altri rifugi che avrei potuto scegliere allo stesso prezzo. Non so come ciò possa essere in accordo con i diritti degli uomini. Ma so bene che, con procedure del genere, la libertà di ogni individuo, e forse anche la sua vita, sono completamente alla mercé del primo editore che se ne occuperà.
Il cittadino di Ginevra non deve nulla a magistrati ingiusti e incompetenti che, su una denuncia calunniosa, non lo citano in giudizio, ma lo dichiarano colpevole per decreto. Non essendo stato costretto ad presentarsi, non è nemmeno obbligato a farlo. Gli si usa contro solo la forza, e lui se ne sottrae. Scuote via la polvere dai propri stivali e esce da questa terra ostile, dove si fa di tutto per opprimere i deboli e dove si concedono poteri agli stranieri prima ancora di ascoltarli, prima ancora di verificare se l’atto di cui sono accusati sia punibile, prima ancora di sapere se davvero lo abbiano commesso.
Il abandonne en soupirant sa chère solitude. Il n’a qu’un seul bien, mais précieux, des amis ; il les fuit. Dans sa faiblesse, il supporte un long voyage : il arrive, et croit respirer dans une terre de liberté ; il s’approche de sa patrie, de cette patrie dont il s’est tant vanté, qu’il a chérie et honorée ; l’espoir d’y être accueilli le console de ses disgrâces… Que vais-je dire ? Mon cœur se serre, ma main tremble, la plume en tombe ; il faut se taire, et ne pas imiter le crime de Cham. Que ne puis-je dévorer en secret la plus amère de mes douleurs !
Et pourquoi tout cela ? Je ne dis pas sur quelle raison, mais sur quel prétexte. On ose m’accuser d’impiété, sans songer que le livre où l’on la cherche est entre les mains de tout le monde. Que ne donnerait-on point pour pouvoir supprimer cette pièce justificative, et dire qu’elle contient tout ce qu’on a feint d’y trouver ! Mais elle restera, quoi qu’on fasse ; et, en y cherchant les crimes reprochés à l’auteur, la postérité n’y verra, dans ses erreurs mêmes, que les torts d’un ami de la vertu.
J’éviterai de parler de mes contemporains ; je ne veux nuire à personne. Mais l’athée Spinoza enseignait paisiblement sa doctrine, il faisait sans obstacle imprimer ses livres, on les débitait publiquement : il vint en France, et il y fut bien reçu ; tous les États lui étaient ouverts, partout il trouvait protection, ou du moins sûreté ; les princes lui rendaient des honneurs, lui offraient des chaires : il vécut et mourut tranquille, et même considéré. Aujourd’hui, dans le siècle tant célébré de la philosophie, de la raison, de l’humanité, pour avoir proposé avec circonspection, même avec respect et pour l’amour du genre humain, quelques doutes fondés sur la gloire même de l’Être suprême, le défenseur de la cause de Dieu, flétri, proscrit, poursuivi d’État en État, d’asile en asile, sans égard pour son indigence, sans pitié pour ses infirmités, avec un acharnement que n’éprouva jamais aucun malfaiteur et qui serait barbare même contre un homme en santé, se voit interdire le feu et l’eau dans l’Europe presque entière ; on le chasse du milieu des bois : il faut toute la fermeté d’un protecteur illustre et toute la bonté d’un prince éclairé pour le laisser en paix au sein des montagnes. Il eût passé le reste de ses malheureux jours dans les fers, il eût péri peut-être dans les supplices si durant le premier vertige qui gagnait les gouvernements, il se fût trouvé à la merci de ceux qui l’ont persécuté.
Échappé aux bourreaux, il tombe dans les mains des prêtres. Ce n’est pas là ce que je donne pour étonnant, mais un homme vertueux qui a l’âme aussi noble que la naissance, un illustre archevêque qui devrait réprimer leur lâcheté, l’autorise : il n’a pas honte, lui qui devrait plaindre les opprimés, d’en accabler un dans le fort de ses disgrâces ; il lance, lui prélat catholique, un mandement contre un auteur protestant ; il monte sur son tribunal pour examiner comme juge la doctrine particulière d’un hérétique : et, quoiqu’il damne indistinctement quiconque n’est pas de son Église, sans permettre à l’accusé d’errer à sa mode, il lui prescrit en quelque sorte la route par laquelle il doit aller en enfer. Aussitôt le reste de son clergé s’empresse, s’évertue, s’acharne autour d’un ennemi qu’il croit terrassé. Petits et grands, tout s’en mêle : le dernier cuistre vient trancher du capable ; il n’y a pas un sot en petit collet, pas un chétif habitué de paroisse qui, bravant à plaisir celui contre qui sont réunis leur sénat et leur évêque, ne veuille avoir la gloire de lui porter le dernier coup de pied.
Tout cela, monseigneur, forme un concours dont je suis le seul exemple : et ce n’est pas tout… Voici peut-être une des situations les plus difficiles de ma vie, une de celles où la vengeance et l’amour-propre sont le plus aisés à satisfaire, et permettent le moins à l’homme juste d’être modéré. Dix lignes seulement et je couvre mes persécuteurs d’un ridicule ineffaçable. Que le public ne peut-il savoir deux anecdotes sans que je les dise ! Que ne connaît-il ceux qui ont médité ma ruine, et ce qu’ils ont fait pour l’exécuter ! Par quels méprisables insectes, par quels ténébreux moyens il verrait s’émouvoir les puissances ! Quels levains il verrait s’échauffer par leur pourriture et mettre le parlement en fermentation ! Par quelle risible cause il verrait les États de l’Europe se liguer contre le fils d’un horloger ! Que je jouirais avec plaisir de sa surprise, si je pouvais n’en être pas l’instrument[531] !
Jusqu’ici ma plume, hardie à dire la vérité, mais pure de toute satire, n’a jamais compromis personne ; elle a toujours respecté l’honneur des autres, même en défendant le mien. Irais-je, en la quittant, la souiller de médisance, et la teindre des noirceurs de mes ennemis ? Non ; laissons-leur l’avantage de porter leurs coups dans les ténèbres. Pour moi, je ne veux me défendre qu’ouvertement, et même je ne veux que me défendre. IL suffit pour cela de ce qui est su du public, ou de ce qui peut l’être sans que personne en soit offensé.
Une chose étonnante de cette espèce, et que je puis dire, est de voir l’intrépide Christophe de Beaumont, qui ne sait plier sous aucune puissance ni faire aucune paix avec les jansénistes, devenir, sans le savoir, leur satellite et l’instrument de leur animosité ; de voir leur ennemi le plus irréconciliable sévir contre moi pour avoir refusé d’embrasser leur parti, pour n’avoir point voulu prendre la plume contre les jésuites, que je n’aime pas, mais dont je n’ai point à me plaindre et que je vois opprimés. Daignez monseigneur, jeter les yeux sur le sixième tome de la Nouvelle Héloïse, première édition ; vous trouverez, dans la note de la page 138[532], la véritable source de tous mes malheurs. J’ai prédit dans cette note (car je me mêle aussi quelquefois de prédire) qu’aussitôt que les jansénistes seraient les maîtres ils seraient plus intolérants et plus durs que leurs ennemis. Je ne savais pas alors que ma propre histoire vérifierait si bien ma prédiction. Le fil de cette trame ne serait pas difficile à suivre à qui saurait comment mon livre a été déféré. Je n’en puis dire davantage sans en trop dire, mais je pouvais au moins vous apprendre par quelles gens vous avez été conduit sans vous en douter.
Croira-t-on que, quand mon livre n’eût point été déféré au parlement, vous ne l’eussiez pas moins attaqué ? D’autres pourront le croire ou le dire ; mais vous, dont la conscience ne sait point souffrir le mensonge, vous ne le direz pas. Mon Discours sur l’inégalité a couru votre diocèse, et vous n’avez point donné de mandement. Ma Lettre à M. d’Alembert a couru votre diocèse, et vous n’avez point donné de mandement. La Nouvelle Héloïse a couru votre diocèse, et vous n’avez point donné de mandement. Cependant tous ces livres, que vous avez lus, puisque vous les jugez, respirent les mêmes maximes ; les mêmes manières de penser n’y sont pas plus déguisées : si le sujet ne les a pas rendues susceptibles du même développement, elles gagnent en force ce qu’elles perdent en étendue, et l’on y voit la profession de foi de l’auteur exprimée avec moins de réserve que celle du Vicaire savoyard. Pourquoi donc n’avez-vous rien dit alors ? Monseigneur, votre troupeau vous était-il moins cher ? me lisait-il moins ? goûtait-il moins mes livres ? était-il moins exposé à l’erreur ? Non ; mais il n’y avait point alors de jésuites à proscrire ; des traîtres ne m’avaient point encore enlacé dans leurs pièges ; la note fatale n’était point connue et, quand elle le fut, le public avait déjà donné son suffrage au livre. Il était trop tard pour faire du bruit ; on aima mieux différer, on attendit l’occasion, on l’épia, on la saisit, on s’en prévalut avec la fureur ordinaire aux dévots ; on ne parlait que de chaînes et de bûchers ; mon livre était le tocsin de l’anarchie et la trompette de l’athéisme ; l’auteur était un monstre à étouffer ; on s’étonnait qu’on l’eût si longtemps laissé vivre. Dans cette rage universelle, vous eûtes honte de garder le silence : vous aimâtes mieux faire un acte de cruauté que d’être accusé de manquer de zèle, et servir vos ennemis que d’essuyer leurs reproches. Voilà, monseigneur, convenez-en, le vrai motif de votre mandement ; voilà ce me semble, un concours de faits assez singuliers pour donner à mon sort le nom de bizarre.
He sighs as he renounces his cherished solitude. He possesses only one thing, but it is precious—friends; yet he flees from them. In his weakness, he endures a long journey. Upon arrival, he believes he has found a land of freedom. He approaches his homeland, that very homeland of which he has spoken so proudly, which he has loved and honored. The hope of being welcomed there consoles him for his misfortunes. What can I say? My heart tightens, my hand trembles, and the pen falls from my hand. I must remain silent—and not imitate the crime of Cham. How I wish I could secretly devour the bitterest of my sorrows!
And why all this? I do not refer to the reason behind it, but rather to the pretext used. People dare accuse me of impiety, without realizing that the book in which such accusations are made is readily available to everyone. How much one would be willing to give to remove this so-called “justifying document” and claim that it contains nothing other than what people have pretended to find therein! But it will remain, no matter what; and when future generations search it for the crimes alleged against its author, they will see, in those very errors, nothing but the faults of a man who was a friend of virtue.
I will refrain from speaking about my contemporaries; I wish to harm no one. Yet the atheist Spinoza calmly taught his doctrines, unimpededly had his books printed, and they were publicly circulated. He came to France and was received there with kindness; all nations were open to him, and everywhere he found protection—or at least safety. Princes honored him and offered him academic positions. He lived and died in peace, even respected by many. Today, in this century so celebrated for philosophy, reason, and humanity, because he cautiously—and even with respect and love for the human race—raised some doubts based on the very glory of the Supreme Being, the defender of God’s cause is condemned, persecuted from state to state, hunted from refuge to refuge, without regard for his poverty or compassion for his frailties. With a cruelty never experienced by any criminal—and which would be barbaric even towards a healthy man—he is denied fire and water throughout nearly all of Europe. He is driven out of the forests; it takes the firmness of a distinguished protector and the kindness of an enlightened prince to allow him peace in the mountains. Had he fallen into the hands of those who persecuted him during that initial period of confusion among the governments, he might have spent the rest of his miserable days in chains or even died under cruel torture.
Having escaped the executioners, he falls into the hands of the priests. This is not what I find astonishing; rather, it is a virtuous man whose soul is as noble as his birth, an illustrious archbishop who should suppress their cowardice—yet he allows it. He does not feel ashamed, this man who ought to pity the oppressed, of crushing one of them in the very depths of their misfortune. As a Catholic prelate, he issues an edict against a Protestant author; he sits on his tribunal to judge the doctrines of a heretic. And although he condemns without distinction anyone who does not belong to his church, refusing even to allow the accused the chance to defend himself in his own way, he is effectively prescribing the very path that will lead that person to hell. At once, the rest of his clergy rush forward, striving eagerly and relentlessly against an enemy they believe to be defeated. From the lowest to the highest ranks, everyone takes part: even the most insignificant and worthless individuals, those who habitually attend parish services, brazenly join in, eager to take the final blow against him—against someone against whom their entire clergy and bishop have united.
All of this, my lord, constitutes a series of events in which I am the sole example—and that is not all. Perhaps this is one of the most difficult situations of my life: one in which vengeance and pride are most easily satisfied, yet in which a righteous person can least afford to be moderate. With just ten lines, I can bring eternal ridicule upon my persecutors. How much the public would know without me having to tell it! How they would recognize those who plotted my ruin and what they did to carry it out! Through what despicable means, through what dark schemes, one might see mighty forces stirred into action! By what laughable pretext, one might see the nations of Europe unite against the son of a clockmaker! How gladly I would enjoy their surprise—if only I were not its instrument[531]!
Thus far, my pen, bold enough to speak the truth yet free from any trace of satire, has never compromised anyone’s honor; it has always respected the dignity of others, even while defending my own. Should I, in parting with it, tarnish it with slander and dye it with the evils of my enemies? No; let them have the advantage of carrying out their attacks in the shadows. For myself, I wish to defend myself only openly—and indeed, I merely wish to defend myself. For that purpose, all that is known to the public, or that can be known without offending anyone, is sufficient.
One astonishing thing about this species—and one that I can truly say—is to see how the intrepid Christophe de Beaumont, who refuses to yield to any authority or make peace with the Jansenists, unknowingly becomes their tool and instrument of hostility; to see how their most irreconcilable enemy turns against me simply because I refused to join their cause, simply because I chose not to write in defense of the Jesuits—people whom I do not like, but of whom I have no reason to complain and who I see being oppressed. My lord, please take the time to read the sixth volume of La Nouvelle Héloïse, first edition; on page 138[532], you will find the true source of all my misfortunes. In that note (for I sometimes indulge in making predictions), I stated that as soon as the Jansenists came to power, they would become even more intolerant and ruthless than their enemies. At that time, I had no idea that my own experience would prove my prediction so accurately. For those who know how my book was treated, it would not be difficult to follow the thread of this tragedy. I cannot say more without revealing too much, but at least I can tell you through whom you were led astray, without your even realizing it.
Will anyone believe that, even if my book had not been submitted to the parliament, you would have attacked it anyway? Others may believe it or say so; but you, whose conscience cannot tolerate lies, will not say it. My “Discourse on Inequality” circulated throughout your diocese, and you did not issue any decree against it. My letter to Mr. d’Alembert also spread throughout your diocese, yet you again took no action. “The New Heloise” was published in your region too, and still you remained silent. Yet all these books, which you have read—and since you have judged them—promote the same principles; their ways of thinking are not concealed in any way. If the subject matter had not allowed for different developments, the ideas themselves would have gained in intensity what they might have lost in scope. In these works, the author’s beliefs are expressed with less restraint than those of the Savoyard Vicar. So why did you say nothing at that time? My lord, was your flock less dear to you? Did it read my books less often? Did it find them of less value? Was it less susceptible to error? No. But at that time, there were no Jesuits to condemn; no traitors had yet ensnared me in their schemes; the fatal decree had not been issued. And when it finally was, the public had already given my book its approval. It was too late to cause a stir; people chose to delay, to wait for the right moment, to seize it when it came—and then they used it with the usual fury of fanatics. Everyone spoke only of chains and gibbets; my book was regarded as the poison of anarchy and the trumpet of atheism; its author was seen as a monster to be extinguished. People wondered how he had been allowed to live for so long. In such universal rage, you would have felt ashamed to remain silent. You preferred to commit an act of cruelty than to be accused of lacking zeal; you chose to serve your enemies rather than endure their reproaches. My lord, admit it—this is the real reason behind your decree. In my opinion, these series of events are indeed peculiar enough to give my fate a bizarre character.
Abbandona con un sospiro la sua cara solitudine. Ha solo un bene, ma prezioso: gli amici; eppure li fugge. Nella sua debolezza, sopporta un lungo viaggio. Arriva, e crede di poter respirare in una terra di libertà. Si avvicina alla sua patria, a quella patria di cui si è tanto vantato, che ha amato e onorato. L’illusione di essere accolto lì consola le sue sfortune. Ma cosa posso dire? Il mio cuore si stringe, la mia mano trema. Devo tacere. E non imitare il crimine di Cham. Ah, se solo potessi inghiottire in segreto il dolore più amaro che provo!
E perché tutto questo? Non dico per quale motivo, ma con quale pretesto. Si osa accusarmi di impietà, senza pensare che il libro in cui si cerca questa prova è accessibile a tutti. Quanto non si darebbe per poter eliminare questo “pezzo giustificativo” e affermare che contenga tutto ciò che si è finto di trovarvi! Ma rimarrà, qualunque cosa si faccia; e, cercando in esso i crimini attribuiti all’autore, la posterità vedrà, nelle sue stesse errori, soltanto gli atti di un amico della virtù.
Eviterò di parlare dei miei contemporanei; non voglio nuocere a nessuno. Ma l’ateo Spinoza insegnava pacificamente la sua dottrina, faceva stampare i suoi libri senza ostacoli, e questi venivano pubblicamente distribuiti: egli giunse in Francia e vi fu accolto con favore; tutti gli stati gli erano aperti, ovunque trovava protezione, o almeno sicurezza; i principi gli rendevano onori, gli offrivano cattedre: visse e morì in pace, anzi con considerazione. Oggi, in questo secolo tanto celebrato per la filosofia, la ragione, l’umanità, perché ha sollevato, con cautela, persino con rispetto e per amore dell’umanità, alcuni dubbi fondati sulla stessa gloria dell’Essere supremo, il difensore della causa di Dio viene maledetto, proscritto, inseguito da uno stato all’altro, da un rifugio all’altro, senza considerazione per la sua povertà, senza pietà per le sue infermità, con un accanimento che nessun malvivente ha mai provato e che sarebbe barbaro anche contro un uomo sano; in quasi tutta l’Europa gli viene negata l’accesso al fuoco e all’acqua; viene cacciato dai boschi: occorre tutta la fermezza di un illustre protettore e tutta la bontà di un principe illuminato per lasciarlo in pace tra le montagne. Avrebbe potuto trascorrere il resto dei suoi giorni in prigione, forse sarebbe morto nei supplizi, se durante i primi momenti di confusione che colpirono i governi fosse caduto nelle mani di coloro che lo perseguitarono.
Scappato ai carnefici, cade nelle mani dei preti. Non è questo che trovo sorprendente: un uomo virtuoso, il cui animo è nobile quanto la sua nascita; un illustre arcivescovo che dovrebbe reprimere la loro codardia, invece li autorizza a farlo. Lui, che dovrebbe compiangere gli oppressi, non si vergogna di aggravare le loro sfortune; lui, prelato cattolico, emette un editto contro un autore protestante; sale sul suo tribunale per giudicare la dottrina di un eretico. E sebbene condanni indiscriminatamente chiunque non appartenga alla sua Chiesa, senza permettere all’accusato di difendersi secondo le sue convinzioni, in qualche modo gli indica la strada che lo porterà all’inferno. Subito il resto del suo clero si precipita, si impegna con tutte le sue forze contro un nemico che crede ormai sconfitto. Piccoli e grandi, tutti vi prendono parte: persino il più ignorante dei chierici si affretta a infliggere il colpo finale. Non c’è uno solo sciocco, nessun individuo meschino o debole che, sfidando apertamente chi è circondato dal loro senato e dal loro vescovo, non desideri ardentemente avere l’onore di infliggergli il colpo decisivo.
Tutto ciò, monsignore, forma un insieme nel quale io sono l’unico esempio. E non è tutto: questa è forse una delle situazioni più difficili della mia vita, una di quelle in cui la vendetta e l’orgoglio risultano i mezzi più facili da utilizzare, ma allo stesso tempo quelli che meno permettono a un uomo giusto di mantenere la moderazione. Solo dieci righe, e i miei persecutori vengono coperti di ridicolo indelebile. Che il pubblico possa conoscere queste storie senza che io le racconti! Che possa sapere chi ha meditato la mia rovina, e cosa ha fatto per realizzarla. Con quali mezzi spregevoli, con quali metodi oscuri si vedrebbero muovere le potenze supreme! Con quale motivo ridicolo si vedrebbero gli Stati d’Europa allearsi contro il figlio di un orologiaio. Che piacere proverei nel vedere la loro sorpresa, se solo non fossi io lo strumento che la provoca![531]
Fino ad ora, la mia penna, audace nel dire la verità ma pura da qualsiasi forma di satira, non ha mai compromesso nessuno; ha sempre rispettato l’onore degli altri, anche quando difendeva il mio. Lascerei che, abbandonandola, venisse contaminata da calunnie e intrisa dalle oscurezze dei miei nemici? No; lasciamo loro il vantaggio di sferrare i loro attacchi nell’oscurità. Per quanto mi riguarda, voglio difendermi solo apertamente. E anzi, non desidero nemmeno farlo. Basta ciò che è noto al pubblico, o ciò che può essere rivelato senza offendere nessuno.
Una cosa sorprendente di questa specie è vedere come l’intraprendente Christophe de Beaumont, che non si sottomette a nessuna autorità né conclude alcuna pace con i giansenisti, diventi, senza saperlo, loro satellite e strumento della loro ostilità; vedere come il loro nemico più irriducibile agisca contro di me soltanto perché ho rifiutato di schierarmi dalla loro parte, perché non ho voluto scrivere contro i gesuiti, che non amo ma di cui non ho nulla da lamentarmi e che vedo oppressi. Per favore, monsignore, date un’occhiata al sesto volume della “Nouvelle Héloïse”, prima edizione: nella nota alla pagina 138 troverete la vera fonte di tutti i miei mali. In quella nota avevo predetto (poiché a volte mi occupo anche di fare previsioni) che non appena i giansenisti avrebbero preso il potere, sarebbero diventati ancora più intolleranti e spietati dei loro nemici. All’epoca non sapevo che la mia stessa storia avrebbe confermato così bene questa previsione. Chi sapesse come è stato trattato il mio libro potrebbe facilmente seguire le tracce di questa vicenda. Non posso dire di più senza rivelare troppo, ma almeno posso dirvi attraverso quali persone siete stati guidati, senza che ve ne rendeste conto.
Si crederà davvero che, anche se il mio libro non fosse stato presentato al parlamento, voi lo avreste comunque attaccato? Altri potranno crederlo o dirlo; ma voi, la cui coscienza non può tollerare la menzogna, non lo direte. Il mio “Discorso sull’ineguaglianza” è circolato nella vostra diocesi, e voi non avete emesso alcun editto per proibirlo; la mia “Lettera a Monsieur d’Alembert” è stata diffusa nella vostra diocesi, e ancora una volta non avete ordinato nulla contro di essa; anche “La Nuova Eloisa” è arrivata nelle vostre regioni, e sempre senza alcuna reazione da parte vostra. Eppure tutti questi libri, che avete letto – poiché li giudicate – esprimono le stesse idee; i medesimi modi di pensare non sono in essi né mascherati né alterati: anche se l’argomento stesso non ne ha favorito uno sviluppo particolarmente esteso, tali idee acquistano forza proprio dove perdono ampiezza; si può vedere chiaramente nella loro essenza la fede dell’autore espressa con meno riserve di quanto avvenisse nel caso del “Vicario savoiardo”. Allora, perché non avete detto nulla? Monsignore, il vostro gregge vi era forse meno caro? Lo leggeva forse meno spesso? Apprezzava meno i miei libri? Era forse meno esposto all’errore? No; ma in quel momento non c’erano gesuiti da proibire; nessun traditore mi aveva ancora intrappolato nei suoi inganni; quella nota fatale non era ancora conosciuta. E quando lo divenne, il pubblico aveva già espresso il proprio favore per i miei libri. Era troppo tardi per creare scompiglio; si preferì attendere l’occasione giusta, osservarla attentamente, coglierla al volo, e poi utilizzarla con la furia tipica dei devoti: si parlava solo di catene e roghi; il mio libro era considerato il veleno dell’anarchia e la tromba dell’ateismo; l’autore un mostro da soffocare. Si stupiva che fosse stato lasciato in vita così a lungo. In quella furia generale, voi avreste dovuto vergognarvi di rimanere in silenzio: avreste preferito compiere un atto di crudeltà piuttosto che essere accusati di mancanza di zelo. E servire i vostri nemici piuttosto che subire le loro critiche. Ecco, monsignore, ammettetelo pure: questo è il vero motivo del vostro editto. Questo, a mio parere, è un insieme di eventi davvero singolari, sufficienti per rendere la mia sorte qualcosa di davvero bizzarro.
Il y a longtemps qu’on a substitué des bienséances d’État à la justice. Je sais qu’il est des circonstances malheureuses qui forcent un homme public à sévir malgré lui contre un bon citoyen. Qui veut être modéré parmi des furieux s’expose à leur furie ; et je comprends que, dans un déchaînement pareil à celui dont je suis la victime, il faut hurler avec les loups, ou risquer d’être dévoré. Je ne me plains donc pas que vous ayez donné un mandement contre mon livre ; mais je me plains que vous l’ayez donné contre ma personne, avec aussi peu d’honnêteté que de vérité ; je me plains qu’autorisant par votre propre langage celui que vous me reprochez d’avoir mis dans la bouche de l’inspiré, vous m’accabliez d’injures qui, sans nuire à ma cause, attaquant mon honneur ou plutôt le vôtre ; je me plains que de gaieté de cœur, sans raison, sans nécessité, sans respect au moins pour mes malheurs, vous m’outragiez d’un ton si peu digne de votre caractère. Et que vous avais-je donc fait, moi qui parlai toujours de vous avec tant d’estime ; moi qui tant de fois admirai votre inébranlable fermeté en déplorant, il est vrai, l’usage que vos préjugés vous en faisaient faire ; moi qui toujours honorai vos mœurs, qui toujours respectai vos vertus, et qui les respecte encore aujourd’hui que vous m’avez déchiré ?
C’est ainsi qu’on se tire d’affaire quand on veut quereller et qu’on a tort. Ne pouvant résoudre mes objections, vous m’en avez fait des crimes : vous avez cru m’avilir en me maltraitant, et vous vous êtes trompé ; sans affaiblir mes raisons, vous avez intéressé les cœurs généreux à mes disgrâces ; vous avez fait croire aux gens sensés qu’on pouvait ne pas bien juger du livre quand on jugeait si mal de l’auteur.
Monseigneur, vous n’avez été pour moi ni humain ni généreux ; et non seulement vous pouviez l’être sans m’épargner aucune des choses que vous avez dites contre mon ouvrage, mais elles n’en auraient fait que mieux leur effet. J’avoue aussi que je n’avais pas droit d’exiger de vous ces vertus, ni lieu de les attendre d’un homme d’Église. Voyons si vous avez été du moins équitable et juste ; car c’est un devoir étroit imposé à tous les hommes, et les saints mêmes n’en sont pas dispensés.
Vous avez deux objets dans votre mandement, l’un de censurer mon livre, l’autre de décrier ma personne. Je croirai vous avoir bien répondu si je prouve que partout où vous m’avez réfuté vous avez mal raisonné, et que partout où vous m’avez insulté vous m’avez calomnié. Mais quand on ne marche que la preuve à la main quand on est forcé, par l’importance du sujet et par la qualité de l’adversaire à prendre une marche pesante et à suivre pied à pied toutes ses censures, pour chaque mot il faut des pages ; et tandis qu’une courte satire amuse, une longue défense ennuie. Cependant il faut que je me défende, ou que je reste chargé par vous des plus fausses imputations. Je me défendrai donc, mais je défendrai mon honneur plutôt que mon livre. Ce n’est point la Profession de foi du vicaire savoyard que j’examine, c’est le Mandement de l’archevêque de Paris ; et ce n’est que le mal qu’il dit de l’éditeur qui me force à parler de l’ouvrage. Je me rendrai ce que je me dois, parce que je le dois, mais sans ignorer que c’est une position bien triste que d’avoir à se plaindre d’un homme plus puissant que soi, et que c’est une bien fade lecture que la justification d’un innocent.
Le principe fondamental de toute morale, sur lequel j’ai raisonné dans tous mes écrits et que j’ai développé dans ce dernier avec toute la clarté dont j’étais capable, est que l’homme est un être naturellement bon, aimant la justice et l’ordre ; qu’il n’y a point de perversité originelle dans le cœur humain, et que les premiers mouvements de la nature sont toujours droits. J’ai fait voir que l’unique passion qui naisse avec l’homme, savoir l’amour de soi, est une passion indifférente en elle-même au bien et au mal ; qu’elle ne devient bonne ou mauvaise que par accident, et selon les circonstances dans lesquelles elle se développe. J’ai montré que tous les vices qu’on impute au cœur humain ne lui sont point naturels : j’ai dit la manière dont ils naissent ; j’en ai pour ainsi dire suivi la généalogie ; et j’ai fait voir comment, par l’altération successive de leur bonté originelle, les hommes deviennent enfin ce qu’ils sont.
J’ai encore expliqué ce que j’entendais par cette bonté originelle, qui ne semble pas se déduire de l’indifférence au bien et au mal, naturelle à l’amour de soi. L’homme n’est pas un être simple ; il est composé de deux substances. Si tout le monde ne convient pas de cela, nous en convenons vous et moi, et j’ai tâché de le prouver aux autres. Cela prouvé, l’amour de soi n’est plus une passion simple mais elle a deux principes, savoir, l’être intelligent et l’être sensitif dont le bien-être n’est pas le même. L’appétit des sens tend à celui du corps, et l’amour de l’ordre à celui de l’âme. Ce dernier amour, développé et rendu actif, porte le nom de conscience ; mais la conscience ne se développe et n’agit qu’avec les lumières de l’homme. Ce n’est que par ces lumières qu’il parvient à connaître l’ordre, et ce n’est que quand il le connaît que sa conscience le porte à l’aimer. La conscience est donc nulle dans l’homme qui n’a rien comparé et qui n’a point vu ses rapports. Dans cet état, l’homme ne connaît que lui ; il ne voit son bien-être opposé ni conforme à celui de personne ; il ne hait ni n’aime rien ; borné au seul instinct physique, il est nul, il est bête : c’est ce que j’ai fait voir dans mon Discours sur l’inégalité.
Quand, par un développement dont j’ai montré le progrès, les hommes commencent à jeter les yeux sur leurs semblables, ils commencent aussi à voir leurs rapports et les rapports des choses, à prendre des idées de convenance, de justice et d’ordre ; le beau moral commence à leur devenir sensible, et la conscience agit : alors ils ont des vertus ; et s’ils ont aussi des vices, c’est parce que leurs intérêts se croisent, et que leur ambition s’éveille à mesure que leurs lumières s’étendent. Mais tant qu’il y a moins d’opposition d’intérêts que de concours de lumières, les hommes sont essentiellement bons. Voilà le second état.
Quand enfin tous les intérêts particuliers agités s’entrechoquent, quand l’amour de soi mis en fermentation devient amour-propre, que l’opinion, rendant l’univers entier nécessaire à chaque homme, les rend tous ennemis nés les uns des autres, et fait que nul ne trouve son bien que dans le mal d’autrui, alors la conscience, plus faible que les passions exaltées, est étouffée par elles, et ne reste plus dans la bouche des hommes qu’un mot fait pour se tromper mutuellement. Chacun feint alors de vouloir sacrifier ses intérêts à ceux du public, et tous mentent. Nul ne veut le bien public que quand il s’accorde avec le sien : aussi cet accord est-il l’objet du vrai politique qui cherche à rendre les peuples heureux et bons. Mais c’est ici que je commence à parler une langue étrangère, aussi peu connue des lecteurs que de vous.
Voilà, monseigneur, le troisième et dernier terme au-delà duquel rien ne reste à faire ; et voilà comment, l’homme étant bon, les hommes deviennent méchants. C’est à chercher comment il faudrait s’y prendre pour les empêcher de devenir tels, que j’ai consacré mon livre. Je n’ai pas affirmé que dans l’ordre actuel la chose fût absolument possible ; mais j’ai bien affirmé et j’affirme encore qu’il n’y a, pour en venir à bout, d’autres moyens que ceux que j’ai proposés.
Là-dessus vous dites que mon plan d’éducation[533], loin de s’accorder avec le christianisme, n’est pas même propre à faire des citoyens ni des hommes : et votre unique preuve est de m’opposer le péché originel. Monseigneur, il n’y a d’autre moyen de se délivrer du péché originel et de ses effets, que le baptême. D’où il suivrait, selon vous, qu’il n’y aurait jamais eu de citoyens ni d’hommes que des chrétiens. Ou niez cette conséquence, ou convenez que vous avez trop prouvé.
For a long time now, state proprieties have been substituted for justice. I know that there are unfortunate circumstances that force a public figure to act harshly against a good citizen, even against their will. He who seeks to remain moderate among the furious is exposing himself to their rage; and I understand that in a frenzy like the one of which I am a victim, one must howl with the wolves, or risk being devoured. Therefore, I do not complain that you issued an order against my book; but I complain that you did so against my person, with as little honesty as truth. I complain that by allowing, in your own words, what you accuse me of putting into the mouth of the inspired, you are heaping insults upon me—insults that, while doing no harm to my cause, attack my honor—or rather, yours. I complain that, out of sheer malice, without reason, without necessity, and without even a shred of respect for my misfortunes, you insulted me in a tone utterly unworthy of your character. And what had I done to you? I who always spoke of you with such esteem; I who so often admired your unshakable firmness, though I also deplored the way your prejudices led you to use it; I who always honored your manners and respected your virtues—and who still respect them today, even after you have torn me apart.
This is how one gets out of trouble when one wants to argue and is in the wrong. Unable to refute my objections, you have turned them into crimes against me: you believed that mistreating me would humiliate me, but you were mistaken; without weakening my arguments, you managed to arouse the sympathy of kind-hearted people towards my misfortunes; you made sensible people believe that one could possibly misunderstand a book when one judged its author so poorly.
My lord, you have neither been kind nor generous towards me; and not only could you have been both without sparing me any of the things you said against my work, but such words would even have had a greater effect. I also admit that I had no right to demand these virtues from you, nor was there any reason to expect them from a man of the Church. Let us see whether at least you were fair and just; for this is a duty imposed upon all men, and not even the saints are exempt from it.
Your mandate contains two objectives: one is to censor my book, and the other is to denounce my person. I would consider myself to have answered you satisfactorily if I could prove that wherever you refuted me, you did so based on flawed reasoning; and wherever you insulted me, you slandered me. However, when one is forced to proceed solely on evidence, when the subject at hand is of great importance and the opponent is formidable, it becomes necessary to devote extensive pages to addressing each and every accusation. While a brief satire may be entertaining, a lengthy defense tends to be tedious. Nevertheless, I must defend myself, or else I will remain burdened by your false accusations. I will therefore defend myself, but I will defend my honor rather than my book. What I am examining is not the “Profession of Faith” of the Savoyard vicar, but the mandate of the Archbishop of Paris; and it is solely the harmful remarks made about the publisher that compel me to address this matter. I will do what is due to me, because it is my duty, but I am well aware that it is a sad position to have to complain against someone more powerful than oneself, and that defending an innocent person’s reputation is indeed a rather dull undertaking.
The fundamental principle of all morality—on which I have reasoned in all my writings and which I have developed in this latest work with all the clarity at my disposal—is that man is by nature a good being, who loves justice and order; that there is no inherent wickedness in the human heart, and that the initial impulses of nature are always righteous. I have shown that the only passion innate in humans, namely self-love, is in itself indifferent to good and evil; it becomes good or bad only by accident, depending on the circumstances in which it develops. I have also demonstrated that all the vices attributed to the human heart are not inherent to it; I have explained how they arise, so to speak, traced their “genealogy,” and shown how, through the gradual deterioration of their original goodness, men eventually become what they are.
I have once again explained what I understand by this original goodness, which does not seem to derive from the indifference toward good and evil that is inherent in self-love. Man is not a simple being; he is composed of two distinct substances. Although not everyone agrees on this point, you and I do, and I have tried to prove it to others. Once this is established, self-love is no longer a simple passion but consists of two principles: the intelligent part of man and the sensitive part, whose well-being is not the same. The desires of the senses tend toward the physical well-being of the body, while the love for order leads one toward the spiritual well-being of the soul. This latter form of love, when developed and brought to action, is called conscience; but conscience can only develop and act through the lights of reason. It is only through these lights that man comes to understand what order truly is, and it is only when he understands this order that his conscience drives him to love it. Therefore, in a person who has never made any comparisons or considered his own relationships with others, conscience is utterly nonexistent. In such a state, a man knows only himself; he does not perceive any contrast or similarity between his own well-being and that of others; he feels neither hatred nor affection for anything. Restricted to mere physical instincts, he is nothing but a brute—this is what I demonstrated in my “Discourse on Inequality.”
When, through a process of development whose progress I have illustrated, men begin to look upon their fellow beings, they also begin to perceive the relationships between themselves and between things; they start to conceive notions of propriety, justice, and order. Beautiful moral principles begin to become tangible to them, and conscience begins to exert its influence—then they possess virtues. And if they also have vices, it is because their interests intersect, and their ambition awakens as their knowledge expands. But so long as the opposition of interests is less than the convergence of understanding, men are essentially good. This constitutes the second stage.
When at last all those conflicting particular interests collide with each other, when self-love, once set in motion, turns into self-esteem, and when opinion—making the entire universe necessary for every individual—transforms everyone into natural enemies, ensuring that no one can find their own good except through the harm of others, then conscience, weaker than those intensified passions, is stifled by them. All that remains in people’s mouths is a mere phrase designed to deceive one another. Each pretends to want to sacrifice their own interests for the public good, and everyone lies. No one truly seeks the common good unless it coincides with their own interests; hence, such harmony is the goal of true politics—politics aimed at making peoples happy and virtuous. But here, I begin to speak a language that is as unfamiliar to readers as it is to you.
Here it is, my lord, the third and final step beyond which nothing further remains to be done; and this is how, since man is inherently good, men become evil. It is precisely by exploring how we might prevent them from becoming such that I dedicated my book. I have not claimed that it is absolutely possible within the current system; but I have certainly asserted—and I still assert—that there are no other means to achieve this goal than those I have proposed.
You claim that my educational plan[533], far from being in line with Christianity, is not even suitable for creating citizens or human beings at all; and your only argument is to oppose it to the concept of original sin. My Lord, there is no other way to be freed from original sin and its consequences than through baptism. Consequently, according to you, there would never have been any citizens or human beings who were not Christians. Either deny this conclusion, or admit that you have proven your point too thoroughly.
Da molto tempo si sono sostituite le leggi della giustizia con le convenienze di Stato. So che ci sono circostanze sfortunate che costringono un funzionario pubblico a agire contro un buon cittadino, anche se questo non lo desidera. Chi vuole mantenersi moderato in mezzo alla furia altrui si espone al loro stesso furore; e capisco bene che, in una situazione simile a quella di cui sono vittima io, sia necessario gridare insieme ai lupi, o rischiare di essere divorati. Non mi lamento quindi del fatto che abbiate emesso un editto contro il mio libro; ma mi lamento che lo abbiate fatto contro la mia persona, con così poca onestà e verità. Mi lamento anche del fatto che, autorizzando con le vostre stesse parole ciò che mi accusate di aver fatto dire all’ispirato, mi abbiate sommerso di insulti che, senza danneggiare la mia causa, attaccano il mio onore, o piuttosto il vostro. Mi lamento infine del fatto che, con leggerezza, senza motivo, senza alcun rispetto per le mie sfortune, mi abbiate insultato in un tono così poco degno del vostro carattere. E cosa avevo mai fatto io, che ho sempre parlato di voi con tanto rispetto; che molte volte ho ammirato la vostra fermezza incondizionata, pur deplorando il modo in cui i vostri pregiudizi ne facevano uso; che ho sempre onorato le vostre virtù, e che le onoro ancora oggi, nonostante mi abbiate distrutto?
Ecco come ci si libera di una situazione imbarazzante quando si desidera litigare e si ha torto. Non essendo in grado di confutare le mie obiezioni, mi avete attribuito crimini ingiusti: credevate di umiliarmi maltrattandomi, ma vi siete sbagliati; senza indebolire le mie argomentazioni, avete suscitato la simpatia delle persone generose verso le mie sfortune; avete fatto credere alle persone sensate che si potesse giudicare male un libro quando si valutava così negativamente il suo autore.
Signore, voi non siete stato né umano né generoso nei miei confronti; anzi, avreste potuto esserlo senza risparmiarmi alcuna delle cose che avete detto contro il mio lavoro, e quelle parole avrebbero avuto ancora più effetto. Ammetto anche di non aver avuto il diritto di esigere da voi queste virtù, né motivo di aspettarmele da un uomo d’Chiesa. Vediamo almeno se siete stato equo e giusto. Poiché questo è un dovere imprescindibile per tutti gli uomini, e nemmeno i santi ne sono esentati.
Nel vostro mandato avete due obiettivi: uno è quello di condannare il mio libro, l’altro è quello di diffamare la mia persona. Credo di avervi risposto adeguatamente se dimostro che in ogni punto in cui mi avete confutato avete ragionato male, e che in ogni punto in cui mi avete insultato mi avete calunniato. Tuttavia, quando si deve procedere unicamente sulla base delle prove, quando ci si trova costretti, a causa dell’importanza dell’argomento e della qualità dell’avversario, ad adottare un approccio rigoroso e a rispondere punto per punto a tutte le accuse, per ogni singola parola sono necessarie intere pagine; inoltre, mentre una breve satira può essere divertente, una lunga difesa diventa noiosa. Ciononostante devo difendermi, altrimenti rimarrò accusato delle più false imputazioni da parte vostra. Mi difenderò quindi, ma difenderò il mio onore piuttosto che il mio libro. Non è la “Professione di fede” del vescovo savoiardo che sto esaminando, bensì il mandato dell’arcivescovo di Parigi; e sono soltanto i danni che questo mandato arreca all’editore a costringermi a parlare dell’opera stessa. Farò ciò che mi è dovuto, perché lo devo, ma senza ignorare che sia una situazione davvero triste dover lamentarsi di una persona più potente di sé, e che sia una lettura piuttosto noiosa dover difendere l’onore di un innocente.
Il principio fondamentale di ogni morale, su cui ho ragionato in tutti i miei scritti e che ho sviluppato in questo ultimo con tutta la chiarezza di cui ero capace, è che l’uomo è un essere naturalmente buono, che ama la giustizia e l’ordine; che non esiste alcuna perversità originale nel cuore umano, e che i primi impulsi della natura sono sempre retti. Ho dimostrato che l’unica passione che nasce con l’uomo, ovvero l’amore di sé, è in sé stessa indifferente al bene e al male; che diventa buona o cattiva soltanto per caso, e a seconda delle circostanze in cui si sviluppa. Ho mostrato che tutti i vizi che si attribuiscono al cuore umano non gli sono naturali: ho spiegato il modo in cui nascono; ne ho così dire seguito la “genealogia”; e ho dimostrato come, attraverso l’alterazione progressiva della loro bontà originale, gli uomini diventino infine ciò che sono.
Ho ancora spiegato ciò che intendo per questa “bontà originale”, che non sembra derivare dall’indifferenza verso il bene e il male, caratteristica naturale dell’amore di sé. L’uomo non è un essere semplice; è composto da due sostanze. Se tutti non sono d’accordo su questo punto, noi lo siamo, io e te, e ho cercato di dimostrarlo agli altri. Una volta dimostrato ciò, l’amore di sé non è più una passione semplice, ma possiede due principi: l’essere intelligente e l’essere sensibile, i cui beni non sono gli stessi. Il desiderio dei sensi tende verso il bene del corpo, mentre l’amore dell’ordine tende verso il bene dell’anima. Quest’ultimo amore, quando sviluppato e reso attivo, prende il nome di coscienza; ma la coscienza si sviluppa e agisce soltanto con le “luci” dell’intelligenza umana. È solo attraverso queste luci che l’uomo riesce a comprendere l’ordine delle cose, e è solo quando lo comprende che la sua coscienza lo spinge ad amarlo. Quindi, la coscienza è nulla nell’uomo che non ha mai fatto confronti né compreso i propri rapporti con gli altri. In questo stato, l’uomo conosce soltanto se stesso; non vede il proprio bene contrapposto o simile a quello di nessun altro; non odia né ama nulla; limitato esclusivamente all’istinto fisico, è nulla, è stupido: è ciò che ho dimostrato nel mio “Discorso sull’ineguaglianza”.
Quando, grazie a un processo di sviluppo il cui progresso ho già illustrato, gli uomini iniziano a osservare i loro simili, cominciano anche a comprendere i propri rapporti reciproci e quelli tra le cose, e ad acquisire concetti di convenienza, giustizia e ordine; la bellezza morale diventa per loro qualcosa di concreto e la coscienza inizia a esercitare il proprio ruolo: è allora che sviluppano virtù; e se presentano anche vizi, è perché i loro interessi si scontrano e la loro ambizione si risveglia man mano che le loro conoscenze aumentano. Ma finché l’opposizione tra gli interessi umani è minore del concorso delle loro idee, gli uomini sono essenzialmente buoni. Questo è il secondo stadio dello sviluppo umano.
Quando finalmente tutti gli interessi particolari in conflitto si scontrano tra loro, quando l’amore di sé, messo in fermentazione, diventa orgoglio, quando l’opinione, rendendo l’universo intero necessario per ogni individuo, li trasforma tutti in nemici naturali gli uni degli altri e fa sì che nessuno possa trovare il proprio bene se non nel male altrui, allora la coscienza, più debole delle passioni esaltate, viene soffocata da queste ultime e nella bocca degli uomini non rimane altro che una parola destinata a ingannarsi a vicenda. Ognuno allora finge di voler sacrificare i propri interessi a quelli del pubblico, e tutti mentono. Nessuno desidera il bene comune se questo non coincide con il proprio interesse personale; perciò tale coincidenza rappresenta l’obiettivo del vero politico, che cerca di rendere i popoli felici e virtuosi. Ma è qui che inizio a parlare una lingua straniera, poco conosciuta sia dai lettori che da voi.
Ecco, monsignore, il terzo e ultimo passo oltre il quale non resta più nulla da fare; ed è proprio così che, poiché l’uomo è buono, gli uomini diventano cattivi. È cercando modi per impedire loro di diventare tali che ho dedicato il mio libro. Non ho affermato che, nell’ordine attuale, ciò fosse assolutamente possibile; ma ho certamente affermato, e lo affermo ancora oggi, che non esistono altri mezzi per risolvere questo problema se non quelli che ho proposto.
A questo proposito voi affermate che il mio piano educativo[533], lontano dall’essere in accordo con il cristianesimo, non sia nemmeno adatto a formare cittadini o uomini; e la vostra unica prova consiste nel contrappormi al peccato originale. Signore, non esiste altro mezzo per liberarsi dal peccato originale e dai suoi effetti se non il battesimo. Da ciò concludete che non siano mai esistiti cittadini o uomini se non cristiani. O negate questa conseguenza, o ammettete di aver dimostrato troppo.
Vous tirez vos preuves de si haut, que vous me forcez d’aller aussi chercher loin mes réponses. D’abord il s’en faut bien, selon moi, que cette doctrine du péché originel, sujette à des difficultés si terribles, ne soit contenue dans l’Écriture ni si clairement ni si durement qu’il a plu au rhéteur Augustin et à nos théologiens de la bâtir. Et le moyen de concevoir que Dieu crée tant d’âmes innocentes et pures, tout exprès pour les joindre à des corps coupables, pour leur y faire contracter la corruption morale, et pour les condamner toutes à l’enfer, sans autre crime que cette union qui est son ouvrage ? Je ne dirai pas si (comme vous vous en vantez) vous éclaircissez par ce système le mystère de notre cœur ; mais je vois que vous obscurcissez beaucoup la justice et la bonté de l’Être suprême. Si vous levez une objection, c’est pour en substituer de cent fois plus fortes.
Mais au fond, que fait cette doctrine à l’auteur d’Émile ? Quoiqu’il ait cru son livre utile au genre humain, c’est à des chrétiens qu’il l’a destiné ; c’est à des hommes lavés du péché originel et de ses effets, du moins quant à l’âme, par le sacrement établi pour cela. Selon cette même doctrine, nous avons tous dans notre enfance recouvré l’innocence primitive ; nous sommes tous sortis du baptême aussi sains de cœur qu’Adam sortit de la main de Dieu. Nous avons, direz-vous, contracté de nouvelles souillures. Mais puisque nous avons commencé par en être délivrés, comment les avons-nous derechef contractées ? Le sang de Christ n’est-il donc pas encore assez fort pour effacer entièrement la tache ? ou bien serait-elle un effet de la corruption naturelle de notre chair ? comme si, même indépendamment du péché originel, Dieu nous eût créés corrompus, tout exprès pour avoir le plaisir de nous punir ! Vous attribuez au péché originel les vices des peuples que vous avouez avoir été délivrés du péché originel ; puis vous me blâmez d’avoir donné une autre origine à ces vices. Est-il juste de me faire un crime de n’avoir pas aussi mal raisonné que vous ?
On pourrait, il est vrai, me dire que ces effets que j’attribue au baptême[534], ne paraissent par nul signe extérieur ; qu’on ne voit pas les chrétiens moins enclins au mal que les infidèles ; au lieu que, selon moi, la malice infuse du péché devrait se marquer dans ceux-ci par des différences sensibles. Avec les secours que vous avez dans la morale évangélique, outre le baptême, tous les chrétiens, poursuivrait-on, devraient être des anges ; et les infidèles, outre leur corruption originelle, livrés à leurs cultes erronés, devraient être des démons. Je conçois que cette difficulté pressée pourrait devenir embarrassante : car que répondre à ceux qui me feraient voir que, relativement au genre humain, l’effet de la rédemption, faite à si haut prix, se réduit à peu près à rien ?
Mais, monseigneur, outre que je ne crois point qu’en bonne théologie on n’ait pas quelque expédient pour sortir de là ; quand je conviendrais que le baptême ne remédie point à la corruption de notre nature, encore n’en auriez-vous pas raisonné plus solidement. Nous sommes, dites-vous, pécheurs à cause du péché de notre premier père. Mais notre premier père, pourquoi fut-il pécheur lui-même ? pourquoi la même raison par laquelle vous expliquerez son péché ne serait-elle pas applicable à ses descendants sans le péché originel ? et pourquoi faut-il que nous imputions à Dieu une injustice en nous rendant pécheurs et punissables par le vice de notre naissance ; tandis que notre premier père fut pécheur et puni comme nous sans cela ? Le péché originel explique tout, excepté son principe ; et c’est ce principe qu’il s’agit d’expliquer.
Vous avancez que, par mon principe à moi[535], l’on perd de vue le rayon de lumière qui nous fait connaître le mystère de notre propre cœur ; et vous ne voyez pas que ce principe, bien plus universel, éclaire même la faute du premier homme[536], que le vôtre laisse dans l’obscurité. Vous ne savez voir que l’homme dans les mains du diable, et moi je vois comment il y est tombé : la cause du mal est, selon vous, la nature corrompue, et cette corruption même est un mal dont il fallait chercher la cause. L’homme fut créé bon ; nous en convenons, je crois, tous les deux : mais vous dites qu’il est méchant parce qu’il a été méchant ; et moi je montre comment il a été méchant. Qui de nous, à votre avis, remonte le mieux au principe ?
Cependant vous ne laissez pas de triompher à votre aise, comme si vous m’aviez terrassé. Vous m’opposez comme une objection insoluble[537] ce mélange frappant de grandeur et de bassesse, d’ardeur pour la vérité et de goût pour l’erreur, d’inclination pour la vertu et de penchant pour le vice, qui se trouve en nous. Étonnant contraste, ajoutez-vous, qui déconcerte la philosophie païenne, et la laisse errer dans de vaines spéculations !
Ce n’est pas une vaine spéculation que la théorie de l’homme, lorsqu’elle se fonde sur la nature, qu’elle marche à l’appui des faits par des conséquences bien liées, et qu’en nous menant à la source des passions, elle nous apprend à régler leurs cours. Que si vous appelez philosophie païenne la Profession de foi du vicaire savoyard, je ne puis répondre à cette imputation, parce que je n’y comprends rien[538] ; mais je trouve plaisant que vous empruntiez presque ses propres termes pour dire qu’il n’explique pas ce qu’il a le mieux expliqué.
Permettez, monseigneur, que je mette sous vos yeux la conclusion que vous tirez d’une objection si bien discutée, et successivement toute la tirade qui s’y rapporte.
L’homme se sent entraîné par une pente funeste : et comment se raidirait-il contre elle, si son enfance n’était dirigée par des maîtres pleins de vertu, de sagesse, de vigilance et si, durant tout le cours de sa vie, il ne faisait lui-même, sous la protection et avec les grâces de son Dieu, des efforts puissants et continuels[539] ?
C’est-à-dire : Nous voyons que les hommes sont méchants, quoique incessamment tyrannisés dès leur enfance. Si donc on ne les tyrannisait pas dès ce temps-là, comment parviendrait-on à les rendre sages, puisque, même en les tyrannisant sans cesse, il est impossible de les rendre tels ?
Nos raisonnements sur l’éducation pourront devenir plus sensibles en les appliquant à un autre sujet.
Supposons, monseigneur, que quelqu’un vint tenir ce discours aux hommes :
« Vous vous tourmentez beaucoup pour chercher des gouvernements équitables et pour vous donner de bonnes lois. Je vais premièrement vous prouver que ce sont vos gouvernements mêmes qui font les maux auxquels vous prétendez remédier par eux. Je vous prouverai de plus qu’il est impossible que vous ayez jamais ni de bonnes lois ni des gouvernements équitables ; et je vais vous montrer ensuite le vrai moyen de prévenir, sans gouvernements et sans lois, tous ces maux dont vous vous plaignez. »
Supposons qu’il expliquât après cela son système et proposât son moyen prétendu. Je n’examine point si ce système serait solide et ce moyen praticable. S’il ne l’était pas, peut-être se contenterait-on d’enfermer l’auteur avec les fous, et l’on lui rendrait justice mais si malheureusement il l’était, ce serait bien pis ; et vous concevez, monseigneur, ou d’autres concevront pour vous, qu’il n’y aurait pas assez de bûchers et de roues pour punir l’infortuné d’avoir eu raison. Ce n’est pas de cela qu’il s’agit ici.
Quel que fût le sort de cet homme, il est sûr qu’un déluge d’écrits viendrait fondre sur le sien : il n’y aurait pas un grimaud qui, pour faire sa cour aux puissances, et tout fier d’imprimer avec privilège du roi, ne vint lancer sur lui sa brochure et ses injures, et ne se vantât d’avoir réduit au silence celui qui n’aurait pas daigné répondre, ou qu’on aurait empêché de parler. Mais ce n’est pas encore de cela qu’il s’agit.
Supposons enfin qu’un homme grave, et qui aurait son intérêt à la chose, crût devoir aussi faire comme les autres et, parmi beaucoup de déclamations et d’injures, s’avisât d’argumenter ainsi :
Quoi ! malheureux, vous voulez anéantir les gouvernements et les lois, tandis que les gouvernements et les lois sont le seul frein du vice, et ont bien de la peine encore à le contenir ! Que serait-ce, grand Dieu, si nous ne les avions plus ? Vous nous ôtez les gibets et les roues, vous voulez établir un brigandage public. Vous êtes un homme abominable.
You draw your arguments from such lofty sources that you force me to seek my answers in equally distant places. In my opinion, there is not the slightest doubt that this doctrine of original sin—such a difficult and problematic concept—is neither clearly nor explicitly stated in the Scriptures. It was precisely because of these difficulties that the rhetorician Augustine and our theologians chose to construct their theories based on it. How can one conceive that God creates so many innocent and pure souls solely in order to unite them with sinful bodies, cause them to contract moral corruption, and condemn them all to hell—on account of nothing other than this very union which is His own creation? I will not say whether (as you claim) your system clarifies the mystery of our human nature; but what I do see is that it greatly obscures the justice and goodness of the Supreme Being. If you raise an objection, it is only to replace it with one hundred times more compelling ones.
But in essence, what does this doctrine have to do with the author of Émile? Even if he believed his book would be useful to humanity, he intended it for Christians—men who, at least in terms of their souls, had been cleansed of original sin and its effects through the sacrament established for that purpose. According to this very doctrine, we all regained our original innocence in childhood; we all emerged from baptism as pure-hearted as Adam when he came forth from God’s hand. You may say that we have since incurred new sins. But if we were initially freed from them, how could we have fallen into them again? Is Christ’s blood not yet powerful enough to erase such stains completely? Or is this some effect of the natural corruption of our flesh—as if, even apart from original sin, God had created us corrupt in order to have the pleasure of punishing us! You attribute the vices of peoples you claim have been freed from original sin to that very sin; then you blame me for assigning a different origin to those vices. Is it fair to condemn me for not reasoning in the same way as you?
It is true that one might argue to me that these effects which I attribute to baptism[534] show no visible external signs; that Christians do not seem any less inclined toward evil than unbelievers; whereas, in my view, the malevolence inherent in sin should manifest itself in unbelievers through clear and tangible differences. With the aid of the evangelical morality you profess, apart from baptism, all Christians, it would be argued, ought to be like angels; while unbelievers, apart from their original corruption and their adherence to erroneous cults, ought to be like demons. I acknowledge that this objection might seem pressing and even embarrassing: for what reply could one make to those who point out that, in relation to the human race as a whole, the effect of redemption, which was achieved at such great cost, is practically negligible?
But, my lord, apart from the fact that I do not believe that good theology would fail to find some solution to this dilemma; even if I were to admit that baptism does not cure the corruption of our nature, you would still not have argued your point more convincingly. You say that we are sinners because of the sin of our first father. But why was our first father a sinner in the first place? Why could not the very same reason you use to explain his sin be applied to his descendants without the original sin? And why must we attribute injustice to God by making us sinners and deserving of punishment due to the vice inherent in our birth, when our first father was made a sinner and punished just like us, without such an inherent flaw? The original sin explains everything—except for its own origin; and it is precisely this origin that needs to be explained.
You claim that, according to my principle, we lose sight of the ray of light that enables us to understand the mystery of our own hearts; yet you fail to realize that this principle, being far more universal, actually sheds light on the error committed by the first man—an error that your own principle leaves in darkness. You only see man in the hands of the devil, but I show how he came to be there. In your view, the cause of evil is a corrupted nature; yet this very corruption is itself an evil whose true origin we must seek. Man was created good; I believe we both agree on that. But you say he is evil because he has acted evilly; while I demonstrate how he came to act in that way. Who of us, in your opinion, approaches the root cause more effectively?
However, you do not allow me to triumph easily, as if you had utterly defeated me. You present to me this striking combination of greatness and baseness, of zeal for truth and a taste for error, of a tendency toward virtue and a propensity toward vice that exists within us, as an insurmountable obstacle[537]. “What a remarkable contrast,” you add, “that confounds pagan philosophy and leaves it wandering in vain speculation!”
It is not merely a vain speculation that the theory of man, when it is based on nature and supported by facts through logically coherent consequences, and when it leads us to the origins of our passions, also teaches us how to regulate their course. As for calling the “Profession of Faith” of the Savoyard vicar “pagan philosophy,” I cannot respond to this accusation, because I simply do not understand what it means[538]; however, I find it amusing that you use almost the very same terms to claim that he fails to explain what he has actually explained most clearly.
Allow me, my lord, to present before you the conclusion you have drawn from an objection that has been so thoroughly discussed, as well as the entire argument that follows from it.
Man feels himself being drawn down a terrible slope; how could he resist it, if not because his childhood was guided by masters filled with virtue, wisdom, and vigilance, and if, throughout the course of his life, he himself did not make strenuous and continuous efforts, under the protection and with the grace of his God[539]?
In other words: We observe that men are evil, yet they are constantly oppressed from their childhood onward. If they were not oppressed from such a young age, how could it ever be possible to make them wise? For even if they were oppressed incessantly, it would still be impossible to turn them into wise beings.
Our reasoning regarding education may become more insightful when applied to another subject.
Let us suppose, my lord, that someone were to come and deliver such a speech to these people:
“You exert great effort in seeking equitable governments and in establishing good laws. First of all, I will prove to you that it is precisely these very governments of yours that are the cause of the evils you claim to be trying to remedy through them. Furthermore, I will demonstrate to you that it is impossible for you ever to have either good laws or equitable governments; and then I will show you the true way to prevent all these evils, without the need for governments or laws at all.”
Suppose he were to explain his system afterward and propose his so-called method. I do not consider whether this system would be sound or whether this method would be feasible. If it were not, perhaps one would simply confine the author with the madmen and bring him justice—but unfortunately, if it were sound, that would be even worse. And you can imagine, my lord, or others can imagine for you, that there would not be enough gallows or wheels to punish such an unfortunate person for having been right. But that is not what is at issue here.
Whatever the fate of this man might be, it is certain that a deluge of writings would be directed at him: there wouldn’t be a single ruffian who, in order to curry favor with those in power and proudly using the privilege granted by the king to print his material, wouldn’t hurl his pamphlets and insults at him, boasting that he had silenced someone who either didn’t deign to respond or was prevented from speaking. But that’s not what’s at issue here.
Let us suppose, finally, that a serious man, who had an interest in this matter, believed he too had to act like everyone else; and that, amidst much rhetoric and abuse, he decided to argue in the following way:
What! Unfortunate man, you wish to destroy governments and laws, yet governments and laws are the only deterrents against vice—and they still struggle greatly to contain it! What would happen, oh God, if we no longer had them? You are taking away our gallows and wheels; you want to establish a system of public banditry. You are an abominable person.
Estraiete le vostre prove da fonti così elevate che mi costringete a cercare anch’io le mie risposte in luoghi lontani. A mio parere, tuttavia, questa dottrina del peccato originale, soggetta a difficoltà così terribili, non è affatto contenuta nelle Scritture in modo chiaro e deciso; ed è proprio per questo che il retore Agostino e i nostri teologi hanno voluto costruirla su tali basi. Come si può concepire che Dio crei molte anime innocenti e pure soltanto per unirle a corpi colpevoli, per far loro contrarre la corruzione morale e condannarle tutte all’inferno, senza alcun altro crimine se non questa stessa unione che è opera sua? Non dirò se (come vi vantate) questo sistema riesca davvero a chiarire il mistero del nostro cuore; ma vedo chiaramente che offusca molto la giustizia e la bontà dell’Essere supremo. Se sollevate un’obiezione, è solo per sostituirla con altre cento volte più gravi.
Ma, in fondo, che cosa ha a che fare questa dottrina con l’autore di “Émile”? Per quanto abbia ritenuto il suo libro utile all’umanità, lo destinò ai cristiani; cioè ad uomini che, almeno per quanto riguarda l’anima, erano stati purificati dal peccato originale e dai suoi effetti attraverso il sacramento istituito a tale scopo. Secondo questa stessa dottrina, tutti noi, nella nostra infanzia, abbiamo riacquistato l’innocenza primordiale; siamo tutti usciti dal battesimo con un cuore puro, proprio come Adamo uscì dalla mano di Dio. Direte forse che abbiamo contratto nuove impurità. Ma poiché all’inizio ne eravamo stati liberati, come possiamo averle nuovamente contratte? Il sangue di Cristo non è forse ancora abbastanza potente per cancellare completamente quel peccato? Oppure quelle impurità derivano dalla corruzione naturale della nostra carne. Come se, anche indipendentemente dal peccato originale, Dio ci avesse creati già corrotti, apposta per avere il piacere di punirci! attribuite i vizi dei popoli che affermate essere stati liberati dal peccato originale proprio a questo stesso peccato. E poi mi rimproverate perché ho dato un’altra origine a questi vizi. È giusto accusarmi di non aver ragionato altrettanto male di voi?
Si potrebbe, è vero, dirmi che questi effetti che attribuisco al battesimo[534] non appaiono in alcun modo esteriore; che non si osserva che i cristiani siano meno inclini al male degli infedeli; mentre, secondo me, la malvagità insita nel peccato dovrebbe manifestarsi in questi ultimi attraverso differenze sensibili. Con gli aiuti offerti dalla morale evangelica, oltre al battesimo, tutti i cristiani, si potrebbe aggiungere, dovrebbero essere angeli; mentre gli infedeli, oltre alla loro corruzione originale e abbandonati ai loro culti errati, dovrebbero essere demoni. Capisco che questa difficoltà possa rivelarsi imbarazzante: perché cosa si potrebbe rispondere a coloro che sostengono che, per quanto riguarda l’umanità nel suo complesso, l’effetto della redenzione, ottenuta a un prezzo così alto, sia praticamente nullo?
Ma, monsignore, oltre al fatto che non credo affatto che in una buona teologia non esistano mezzi per uscire da questa difficoltà; anche ammettessi che il battesimo non possa rimediare alla corruzione della nostra natura, comunque non avreste argomentato in modo più solido. Dite che siamo peccatori a causa del peccato di nostro primo padre. Ma perché nostro primo padre fu lui stesso peccatore? Perché la stessa ragione con cui spiegate il suo peccato non potrebbe essere applicata anche ai suoi discendenti, senza il peccato originale? E perché dovremmo attribuire a Dio un’ingiustizia rendendoci peccatori e punibili a causa del vizio della nostra nascita, mentre nostro primo padre fu peccatore e punito come noi, senza che ciò fosse necessario? Il peccato originale spiega tutto, tranne il suo stesso principio; ed è proprio questo principio che bisogna spiegare.
Sostenete che, secondo il mio principio, si perda di vista quel raggio di luce che ci permette di comprendere il mistero del nostro stesso cuore; e non vi rendete conto che questo principio, molto più universale del vostro, illumina persino l’errore dell’uomo primordiale, mentre il vostro lascia tutto nel buio. Voi vedete soltanto l’uomo nelle mani del diavolo, mentre io mostro come sia finito lì: secondo voi, la causa del male è una natura corrotta, ma questa stessa corruzione rappresenta un male il cui vero motivo andrebbe cercato. L’uomo fu creato buono; ne conveniamo entrambi, credo. Ma voi dite che sia malvagio perché è diventato malvagio; mentre io mostro come abbia potuto diventarlo. Chi di noi, a vostro parere, riesce meglio a risalire alle origini di tutto ciò?
Tuttavia, non vi lasciate vincere facilmente, come se mi aveste realmente sconfitto. Mi presentate come un’obiezione insolubile questo strano miscuglio di grandezza e bassezza, di passione per la verità e di inclinazione verso l’errore, di tendenza verso la virtù e di propensione al vizio che esiste in noi. Un contrasto sorprendente, aggiungete voi, che sconcerta la filosofia pagana e la lascia vagare in vane speculazioni!
Non è una vana speculazione la teoria dell’uomo, quando si basa sulla natura, quando si avvale dei fatti attraverso conseguenze ben logiche e quando, conducendoci alle origini delle passioni, ci insegna a regolarne il corso. Se chiamate “filosofia pagana” la “Professione di fede” del vescovo savoiardo, non posso rispondere a questa accusa, perché non ne capisco assolutamente nulla[538]; tuttavia trovo divertente che utilizziate quasi i suoi stessi termini per affermare che non spieghi ciò che ha spiegato meglio di ogni altro.
Permettetemi, signore, di porvi davanti alla conclusione a cui siete giunto da un’obiezione così ampiamente discussa, nonché l’intero ragionamento che vi è associato.
L’uomo si sent trascinato verso una discesa funesta: come potrebbe resistervi, se la sua infanzia non fosse stata guidata da maestri pieni di virtù, saggezza e vigilanza, e se, per tutta la durata della sua vita, egli stesso, sotto la protezione e con le grazie del suo Dio, non compisse sforzi intensi e continui[539]?
In altre parole: vediamo che gli uomini sono malvagi, nonostante vengano incessantemente tirannizzati fin dall’infanzia. Se quindi non venissero tirannizzati fin da quel momento, come si riuscirebbe a renderli saggi, visto che anche torturandoli continuamente è impossibile farli diventare tali?
I nostri ragionamenti sull’educazione potranno diventare più efficaci se applicati a un altro argomento.
Supponiamo, monsignore, che qualcuno venisse a tenere questo discorso agli uomini:
“Vi tormentate molto nel cercare governi equi e di stabilire leggi giuste. Prima di tutto vi dimostrerò che sono proprio i vostri governi stessi a causare i mali che pretendete di remediare con loro. Vi proverò inoltre che è impossibile che possiate mai avere leggi giuste o governi equi; e successivamente vi mostrerò il vero modo per prevenire, senza governi né leggi, tutti questi mali di cui vi lamentate.”
Supponiamo che dopo ciò spieghi il suo sistema e proponga il suo presunto metodo. Non esamino se tale sistema sia solido o tale metodo praticabile. Se non lo fossero, forse si accontenterebbe di rinchiudere l’autore tra i pazzi e gli si farebbe giustizia. Ma se, sfortunatamente, lo fossero, sarebbe ancora peggio; e voi capite, monsignore, o altri capiranno al vostro posto, che non ci sarebbero abbastanza roghi né ruote per punire quell’infortunato che avrebbe avuto ragione. Non è di questo che si tratta qui.
Qualunque fosse la sorte di quest’uomo, è certo che una pioggia di scritti gli sarebbe stata rivolta contro: non esisterebbe alcun individuo che, nel tentativo di ingraziarsi i potenti e fiero di poter stampare con privilegio reale, non avrebbe pubblicato contro di lui brogli e insulti, vantandosi di aver ridotto al silenzio colui che forse non si sarebbe nemmeno degnato di rispondere, o che comunque non gli sarebbe stato permesso di parlare. Ma non è di questo che si tratta.
Supponiamo infine che un uomo serio, il quale avrebbe dei motivi personali per interessarsi a questa questione, ritenesse di dover comportarsi come tutti gli altri e, tra molte dichiarazioni e insulti, decidesse di argomentare in questo modo:
Che cosa! Infelice, vuoi distruggere i governi e le leggi, mentre proprio i governi e le leggi sono l’unico freno al vizio, e faticano persino a contenerlo! Che cosa accadrebbe, o grande Dio, se non li avessimo più? Ci togliete i patiboli e le ruote della tortura, volete instaurare un vero e proprio brigantaggio pubblico. Siete un uomo orribile.
Si ce pauvre homme osait parler, il dirait sans doute : « Très excellent seigneur, votre Grandeur fait une pétition de principe. Je ne dis point qu’il ne faut pas réprimer le vice, mais je dis qu’il vaut mieux l’empêcher de naître. Je veux pourvoir à l’insuffisance des lois, et vous m’alléguez l’insuffisance des lois. Vous m’accusez d’établir les abus, parce qu’au lieu d’y remédier, j’aime mieux qu’on les prévienne. Quoi ! s’il était un moyen de vivre toujours en santé, faudrait-il donc le proscrire, de peur de rendre les médecins oisifs ? Votre Excellence veut toujours voir des gibets et des roues, et moi je voudrais ne plus voir de malfaiteurs : avec tout le respect que je lui dois, je ne crois pas être un homme abominable. »
Hélas ! M. T. C. F., malgré les principes de l’éducation la plus saine et la plus vertueuse, malgré des promesses les plus magnifiques de la religion et les menaces les plus terribles, les écarts de la jeunesse ne sont encore que trop fréquents, trop multipliés. J’ai prouvé que cette éducation, que vous appelez la plus saine était la plus insensée ; que cette éducation que vous appelez la plus vertueuse donnait aux enfants tous leurs vices : j’ai prouvé que toute la gloire du paradis les tentait moins qu’un morceau de sucre, et qu’ils craignaient beaucoup plus de s’ennuyer à vêpres que de brûler en enfer, j’ai prouvé que les écarts de la jeunesse, qu’on se plaint de ne pouvoir réprimer par ces moyens, en étaient l’ouvrage. Dans quelles erreurs, dans quels excès, abandonnée à elle-même, ne se précipiterait-elle donc pas ! La jeunesse ne s’égare jamais d’elle-même, toutes ses erreurs lui viennent d’être mal conduite ; les camarades et les maîtres achèvent ce qu’ont commencé les prêtres et les précepteurs : j’ai prouvé cela. C’est un torrent qui se déborde, malgré les digues puissantes qu’on lui avait opposées. Que serait-ce donc si nul obstacle ne suspendait ses flots et ne rompait ses efforts ? Je pourrais dire : C’est un torrent qui renverse vos impuissantes digues et brise tout : élargissez son lit et le laissez courir sans obstacle, il ne fera jamais de mal. Mais j’ai honte d’employer, dans un sujet aussi sérieux, ces figures de collège, que chacun applique à sa fantaisie, et qui ne prouvent rien d’aucun côté.
Au reste, quoique, selon vous, les écarts de la jeunesse ne soient encore que trop fréquents, trop multipliés à cause de la pente de l’homme au mal, il paraît qu’à tout prendre vous n’êtes pas trop mécontent d’elle ; que vous vous complaisez assez dans l’éducation saine et vertueuse que lui donnent actuellement vos maîtres pleins de vertus, de sagesse et de vigilance ; que, selon vous, elle perdrait beaucoup à être élevée d’une autre manière, et qu’au fond vous ne pensez pas de ce siècle, la lie des siècles, tout le mal que vous affectez d’en dire à la tête de vos mandements.
Je conviens qu’il est superflu de chercher de nouveaux plans d’éducation, quand on est si content de celle qui existe : mais convenez aussi, monseigneur, qu’en ceci vous n’êtes pas difficile. Si vous eussiez été aussi coulant en matière de doctrine, votre diocèse eût été agité de moins de troubles ; l’orage que vous avez excité ne fût point retombé sur les jésuites ; je n’en aurais point été écrasé par compagnie ; vous fussiez resté plus tranquille, et moi aussi. Vous avouez que pour réformer le monde autant que le permettent la faiblesse et, selon vous, la corruption de notre nature, il suffirait d’observer, sous la direction et l’impression de la grâce, les premiers rayons de la raison humaine, de les saisir avec soin, et de les diriger vers la route qui conduit à la vérité[540]. Par là, continuez-vous, ces esprits, encore exempts de préjugés, seraient pour toujours en garde contre l’erreur : ces cœurs, encore exempts des grandes passions, prendraient les impressions de toutes les vertus. Nous sommes donc d’accord sur ce point, car je n’ai pas dit autre chose. Je n’ai pas ajouté, j’en conviens, qu’il fallût faire élever les enfants par des prêtres ; même je ne pensais pas que cela fût nécessaire pour en faire des citoyens et des hommes : et cette erreur, si c’en est une, commune à tant de catholiques, n’est pas un si grand crime à un protestant. Je n’examine pas si, dans votre pays, les prêtres eux-mêmes passent pour de si bons citoyens ; mais comme l’éducation de la génération présente est leur ouvrage, c’est entre vous d’un côté, et vos anciens mandements de l’autre, qu’il faut décider si leur lait spirituel lui a si bien profité, s’il en a fait de si grands saints[541], vrais adorateurs de Dieu, et de si grands hommes, dignes d’être la ressource et l’ornement de la patrie. Je puis ajouter une observation qui devrait frapper tous les bons Français, et vous-même comme tel : c’est que de tant de rois qu’a eus votre nation, le meilleur est le seul que n’ont point élevé les prêtres.
Mais qu’importe tout cela, puisque je ne leur ai point donné d’exclusion ? Qu’ils élèvent la jeunesse, s’ils en sont capables, je ne m’y oppose pas ; et ce que vous dites là-dessus[542] ne fait rien contre mon livre. Prétendriez-vous que mon plan fût mauvais, par cela seul qu’il peut convenir à d’autres qu’aux gens d’Église ? Si l’homme est bon par sa nature, comme je crois l’avoir démontré, il s’ensuit qu’il demeure tel tant que rien d’étranger à lui ne l’altère ; et si les hommes sont méchants, comme ils ont pris peine à me l’apprendre, il s’ensuit que leur méchanceté leur vient d’ailleurs : fermez donc l’entrée au vice, et le cœur humain sera toujours bon. Sur ce principe j’établis l’éducation négative comme la meilleure ou plutôt la seule bonne ; je fais voir comment toute éducation positive suit, comme qu’on s’y prenne, une route opposée à son but ; et je montre comment on tend au même but et comment on y arrive par le chemin que j’ai tracé.
J’appelle éducation positive ce qui tend à former l’esprit avant l’âge, et à donner à l’enfant la connaissance des devoirs de l’homme. J’appelle éducation négative celle qui tend à perfectionner les organes, instruments de nos connaissances, avant de nous donner ces connaissances, et qui prépare à la raison par l’exercice des sens. L’éducation négative n’est pas oisive, tant s’en faut : elle ne donne pas les vertus, mais elle prévient les vices ; elle n’apprend pas la vérité, mais elle préserve de l’erreur ; elle dispose l’enfant à tout ce qui peut le mener au vrai quand il est en état de l’entendre, et au bien quand il est en état de l’aimer.
Cette marche vous déplaît et vous choque : il est aisé de voir pourquoi. Vous commencez par calomnier les intentions de celui qui la propose. Selon vous, cette oisiveté de l’âme m’a paru nécessaire pour la disposer aux erreurs que je voulais inculquer. On ne sait pourtant pas trop quelle erreur veut donner à son élève celui qui ne lui apprend rien avec plus de soin qu’à sentir son ignorance et à savoir qu’il ne sait rien.
If that poor man dared to speak, he would probably say: “Most excellent sir, your Highness is making a plea based on principle. I am not saying that vice should not be repressed, but I believe it is better to prevent it from arising in the first place. I aim to address the shortcomings of the laws, yet you point out precisely those very shortcomings. You accuse me of creating abuses, simply because instead of remedying them, I prefer to prevent them from happening at all. What! If there were a way to live in perfect health forever, would we really have to ban it, for fear that it might make doctors idle? Your Highness always seems to envision gibbets and wheels, while I would like to see no more criminals at all. With all the respect I owe you, I do not believe I am a terrible person.”
Alas! Despite the principles of the most healthy and virtuous education, despite the most magnificent promises of religion and the most terrible threats, the deviations of youth are still all too frequent and widespread. I have proven that this education, which you call the healthiest, is in fact the most absurd; that this education, which you consider the most virtuous, actually instills all kinds of vices in children. I have shown that even the allure of paradise holds less attraction for them than a piece of sugar, and that they fear boredom during evening prayers far more than the flames of hell. I have also proven that the very deviations of youth that people complain are impossible to curb using these methods are, in fact, the result of such education. Into what errors and excesses would not youth be plunged if left to its own devices! Youth does not stray on its own; all its mistakes stem from being misguided. Comrades and teachers complete what priests and mentors have begun—I have proven this as well. It is like a torrent that bursts its banks despite strong dams built to contain it. What would happen if no obstacles were put in its way to stop its flow? I might say: It would be a torrent that overthrows your feeble barriers and destroys everything in its path. Expand its channel and let it flow unimpeded—then it will never cause harm. But I feel ashamed to use such trivial metaphors in a matter of such grave importance; they serve only to indulge people’s whims and prove nothing at all.
Furthermore, although, in your view, the deviations of youth are still all too frequent and multiply due to human inclination toward evil, it seems that overall you are not too dissatisfied with them; you seem quite content with the healthy and virtuous education that her current mentors, filled with virtue, wisdom, and vigilance, provide her. You believe that she would lose a great deal if raised in another way, and ultimately, you do not truly hold all the negative views about this century—that “dregs of the centuries”—that you express in your teachings.
I admit that it is unnecessary to seek new educational plans when we are so satisfied with those that already exist; but please also acknowledge, my lord, that you are not difficult in this matter. If you had been as flexible in matters of doctrine, your diocese would have suffered fewer troubles; the storm you provoked would not have fallen upon the Jesuits; I would not have been crushed by its effects; you would have remained more at peace, and so would I. You admit that, to reform the world to the extent permitted by the weakness—and, in your view, the corruption—of our nature, it would be sufficient to follow, under the guidance and influence of grace, the first rays of human reason, to grasp them carefully, and to direct them toward the path that leads to truth[540]. In this way, you continue, these minds, still free from prejudice, would forever be protected against error; these hearts, still untouched by intense passions, would embrace the ideals of all virtue. We therefore agree on this point, for I have not said anything else. I have not added, I admit, that children should be raised by priests; indeed, I did not think it necessary to make them citizens and men in that way. And this error, if indeed it is one, which is shared by so many Catholics, is not such a grave sin for a Protestant. I do not question whether, in your country, priests themselves are regarded as good citizens; but since the education of the current generation is their work, it falls to you, on the one hand, and your ancient teachings, on the other, to determine whether their spiritual influence has been so beneficial that they have produced such great saints[541]—true worshippers of God and noble men, worthy of being the pride and ornament of their country. I might add another observation that should strike every good Frenchman, including you: among all the kings your nation has had, the best is the only one who was not raised by priests.
But what does all this matter, since I have not imposed any exclusions upon them? If they are capable of raising the youth, I have no objection to it; and what you say on this subject[542] in no way contradicts my ideas. Would you claim that my plan is bad merely because it may be suitable for others besides churchmen? If man is inherently good, as I believe I have demonstrated, then he remains good so long as nothing foreign alters him; and if men are evil, as they have taken great pains to tell me, then their wickedness must come from some other source. Therefore, shut the door to vice, and the human heart will always remain good. On this principle, I establish negative education as the best—or rather, the only—true form of education; I show how all positive educational approaches, no matter how well-intentioned, inevitably lead in the opposite direction; and I demonstrate how one can achieve the same goal through the path I have outlined.
I call positive education that which tends to shape the mind before childhood and to impart to the child knowledge of the duties of a human being. I call negative education that which seeks to perfect the organs—those instruments through which we acquire knowledge—before providing us with that knowledge itself, and which prepares us for reason through the exercise of our senses. Negative education is by no means idle; it does not impart virtues, but it prevents vices; it does not teach truth, but it protects us from error; it prepares the child for everything that can lead him to the truth when he is in a position to understand it, and to the good when he is in a position to love it.
This march offends you and shocks you: it is easy to see why. You begin by slandering the intentions of those who propose it. In your view, this sort of “laziness of the soul” seems necessary in order to prepare one for the mistakes I intended to instill in them. Yet, one cannot really be sure what kind of mistake someone who spends more effort in merely acknowledging a person’s ignorance than in actually teaching them anything intends to lead their student towards.
Se quel poveruomo osasse parlare, probabilmente direbbe: “Mio eccellente signore, Vostra Maestà presenta una richiesta di principio. Non dico che non si debba reprimere il vizio, ma affermo che sia meglio impedirne la nascita. Io intendo colmare le lacune delle leggi, e voi mi adducete proprio l’inadeguatezza delle leggi stesse. Mi accusate di creare abusi, perché invece di rimediarvi preferisco che vengano prevenuti. Ma ditemi: se esistesse un modo per vivere sempre in salute, dovremmo forse proibirlo, solo per non rendere i medici inutili? Vostra Maestà vuole sempre vedere impicagioni e ruote di tortura, mentre io vorrei che non ci fossero più delinquenti. Con tutto il rispetto che devo a Vostra Maestà, non credo di essere un uomo spregevole.”
Ahimè! M. T. C. F., nonostante i principi dell’educazione più sana e più virtuosa, nonostante le promesse più magnifiche della religione e le minacce più terribili, gli errori dei giovani sono ancora troppo frequenti, troppo diffusi. Ho dimostrato che quell’educazione che voi chiamate la più sana è in realtà la più assurda; che quell’educazione che voi considerate la più virtuosa trasmette ai bambini tutti i loro vizi; ho dimostrato che tutta la gloria del paradiso li tenta meno di un pezzo di zucchero, e che temono molto di più annoiarsi durante le funzioni religiose che di bruciare all’inferno; ho dimostrato che gli errori dei giovani, di cui ci si lamenta di non riuscire a reprimerli con questi metodi, sono in realtà il risultato proprio di tali metodi. In quali errori, in quali eccessi non si precipiterebbe la gioventù, se lasciata a se stessa! La gioventù non si perde mai da sola: tutti i suoi errori derivano dal fatto che viene guidata male; compagni e insegnanti completano ciò che preti e maestri avevano iniziato. Ho dimostrato tutto questo. È come un fiume in piena che si rovescia nonostante le dighe possenti che gli vengono opposte. Che cosa accadrebbe se nessun ostacolo fermasse le sue acque e interrompesse la sua forza? Potrei dire: è un fiume che distrugge tutte le vostre deboli difese. Allargate il suo corso e lasciatelo scorrere senza impedimenti. Non farebbe mai del male. Ma mi vergogno di utilizzare, in un argomento così serio, queste figure retoriche che tutti usano secondo la propria fantasia. Figure che, in realtà, non dimostrano nulla.
Del resto, anche se, secondo voi, gli eccessi della gioventù siano ancora troppo frequenti e moltiplicati a causa della tendenza naturale dell’uomo al male, sembra che in fondo non siate del tutto insoddisfatti di lei; che vi compiacciate abbastanza dell’educazione sana e virtuosa che le vengono attualmente impartite da maestri pieni di virtù, saggezza e vigilanza; che, secondo voi, perderebbe molto se venisse educata in un altro modo, e che in realtà non pensiate davvero a tutto il male che attribuite a questo secolo – considerato la feccia dei secoli – quando lo menzionate nelle vostre prediche.
Concordo sul fatto che sia inutile cercare nuovi piani educativi quando si è così soddisfatti di quelli esistenti; ma concordate anche voi, monsignore, che in questo non siete certo difficile da convincere. Se foste stati altrettanto flessibili in materia di dottrina, il vostro distretto ecclesiastico avrebbe conosciuto meno turbamenti; la tempesta che avete scatenato non sarebbe ricaduta sui gesuiti; io stesso non ne sarei stato schiacciato; voi sareste rimasti più tranquilli, e lo sarei stato anch’io. Ammettete infatti che, per riformare il mondo nella misura in cui ci permettono la debolezza e, secondo voi, la corruzione della nostra natura, basterebbe osservare, sotto la guida e l’influenza della grazia divina, i primi raggi della ragione umana, afferrarli con cura e indirizzarli verso la strada che conduce alla verità[540]. In questo modo, proseguite voi, quegli spiriti ancora privi di pregiudizi sarebbero per sempre al riparo dall’errore; quei cuori ancora liberi dalle grandi passioni assorbirebbero le influenze di tutte le virtù. Siamo quindi d’accordo su questo punto, poiché non ho detto altro. Non ho aggiunto, è vero, che sia necessario far educare i bambini dai preti; anzi, non ritenevo nemmeno che ciò fosse indispensabile per farne cittadini e uomini onesti. E questo errore, se davvero lo è, comune a tanti cattolici, non rappresenta certo un crimine grave per un protestante. Non esamino se, nel vostro paese, i preti stessi siano considerati cittadini modello; ma poiché l’educazione della generazione attuale è opera loro, spetta a voi, da un lato, e ai vostri antichi precetti, dall’altro, stabilire se il loro “latte spirituale” abbia davvero giovato alla nazione, se ne sia reso protagonisti di grandi santi, veri adoratori di Dio e uomini eccezionali, degni di essere la risorsa e l’onore della patria. Posso aggiungere un’osservazione che dovrebbe colpire tutti i buoni francesi, e voi stesso in particolare: tra tanti re che ha avuto la vostra nazione, il migliore è senz’altro quello che non è stato educato dai preti.
Ma che importanza ha tutto ciò, se non ho loro imposto alcuna esclusione? Che educino la gioventù, se ne sono capaci, non mi oppongo; e quanto voi dite al riguardo non contraddice affatto il mio libro. Vorreste forse affermare che il mio piano sia cattivo, solo perché può essere adatto a persone diverse da quelle della Chiesa? Se l’uomo è buono per natura, come credo di aver dimostrato, ne consegue che rimarrà tale finché nulla di estraneo non lo alteri; e se gli uomini sono malvagi, come hanno cercato con insistenza di insegnarmi, ne consegue che la loro malvagità proviene da altre fonti: quindi chiudete pure l’ingresso al vizio, e il cuore umano rimarrà sempre buono. Su questo principio stabilisco l’educazione negativa come la migliore, o meglio, l’unica vera educazione; mostro come ogni forma di educazione positiva, qualunque sia il suo approccio, segua una strada opposta al suo vero scopo; e dimostro come si possa raggiungere lo stesso obiettivo proprio attraverso il percorso che ho tracciato.
Chiamo “educazione positiva” ciò che tende a formare lo spirito prima dell’età adulta e a fornire al bambino la conoscenza dei doveri umani. Chiamo “educazione negativa” invece ciò che tende a perfezionare gli organi, strumenti delle nostre conoscenze, prima ancora di darci queste conoscenze stesse; inoltre, tale educazione prepara l’individuo alla ragione attraverso l’esercizio dei sensi. L’educazione negativa non è affatto oziosa: anzi, sebbene non conferisca le virtù, previene i vizi; sebbene non insegni la verità, protegge dall’errore; prepara il bambino a tutto ciò che può condurlo alla verità quando sarà in grado di comprenderla, e al bene quando sarà in grado di amarlo.
Questa attività vi dispiace e vi offende: è facile capire il motivo. Iniziate calunnianto le intenzioni di chi l’ha proposta. Secondo voi, questa sorta di “ozio dell’anima” sarebbe necessaria per predisporla alle errori che volevate farle commettere. Tuttavia, non è affatto chiaro quale errore uno che non insegna al proprio allievo con maggiore impegno se non quello di fargli percepire la propria ignoranza e rendersi conto che non sa nulla, voglia davvero trasmettergli.
Vous convenez que le jugement a ses progrès, et ne se forme que par degrés ; mais s’ensuit-il, ajoutez-vous, qu’à l’âge de dix ans un enfant ne connaisse pas la différence du bien et du mal, qu’il confonde la sagesse avec la folie, la bonté avec la barbarie, la vertu avec le vice ? Tout cela s’ensuit sans doute, si à cet âge le jugement n’est pas développé. Quoi ! poursuivez-vous, il ne sentira pas qu’obéir à son père est un bien, que lui désobéir est un mal ? Bien loin de là, je soutiens qu’il sentira, au contraire, en quittant le jeu pour aller étudier sa leçon, qu’obéir à son père est un mal, et que lui désobéir est un bien, en volant quelque fruit défendu. Il sentira aussi, j’en conviens, que c’est un mal d’être puni et un bien d’être récompensé ; et c’est dans la balance de ces biens et de ces maux contradictoires que se règle sa prudence enfantine. Je crois avoir démontré cela mille fois dans mes deux premiers volumes, et surtout dans le dialogue du maître et de l’enfant sur ce qui est mal. Pour vous, monseigneur, vous réfutez mes deux volumes en deux lignes, et les voici[543] : Le prétendre, M. T. C. F., c’est calomnier la nature humaine, en lui attribuant une stupidité qu’elle n’a point. On ne saurait employer une réfutation plus tranchante, ni conçue en moins de mots. Mais cette ignorance qu’il vous plaît d’appeler stupidité, se trouve constamment dans tout esprit gêné dans des organes imparfaits, ou qui n’a pas été cultivé ; c’est une observation facile à faire, et sensible à tout le monde. Attribuer cette ignorance à la nature humaine n’est donc pas la calomnier ; et c’est vous qui l’avez calomniée en lui imputant une malignité qu’elle n’a point.
Vous dites encore[544] : Ne vouloir enseigner la sagesse à l’homme que dans le temps qu’il sera dominé par la fougue des passions naissantes n’est-ce pas la lui présenter dans le dessein qu’il la rejette ? Voilà derechef une intention que vous avez la bonté de me prêter et qu’assurément nul autre que vous ne trouvera dans mon livre. J’ai montré, premièrement, que celui qui sera élevé comme je veux ne sera pas dominé par les passions dans le temps que vous dites ; j’ai montré encore comment les leçons de la sagesse pouvaient retarder le développement de ces mêmes passions. Ce sont les mauvais effets de votre éducation que vous imputez à la mienne, et vous m’objectez les défauts que je vous apprends à prévenir. Jusqu’à l’adolescence j’ai garanti des passions le cœur de mon élève ; et quand elles sont prêtes à naître, j’en recule encore le progrès par des soins propres à les réprimer. Plus tôt, les leçons de la sagesse ne signifient rien pour l’enfant hors d’état d’y prendre intérêt et de les entendre ; plus tard, elles ne prennent plus sur un cœur déjà livré aux passions. C’est au seul moment que j’ai choisi qu’elles sont utiles : soit pour l’alarmer ou pour le distraire, il importe également qu’alors le jeune homme en soit occupé.
Vous dites[545] : Pour trouver la jeunesse plus docile aux leçons qu’il lui prépare, cet auteur veut qu’elle soit dénuée de tout principe de religion. La raison en est simple, c’est que je veux qu’elle ait une religion, et que je ne lui veux rien apprendre dont son jugement ne soit en état de sentir la vérité. Mais moi, monseigneur, si je disais Pour trouver la jeunesse plus docile aux leçons qu’on lui prépare, on a grand soin de la prendre avant l’âge de raison, ferais-je un raisonnement plus mauvais que le vôtre ? et serait-ce un préjugé bien favorable à ce que vous faites apprendre aux enfants ? Selon vous, je choisis l’âge de raison pour inculquer l’erreur ; et vous, vous prévenez cet âge pour enseigner la vérité. Vous vous pressez d’instruire l’enfant avant qu’il puisse discerner le vrai du faux ; et moi j’attends pour le tromper qu’il soit en état de le connaître. Ce jugement est-il naturel ? et lequel paraît chercher à séduire, de celui qui ne veut parler qu’à des hommes, ou de celui qui s’adresse aux enfants ?
Vous me censurez d’avoir dit et montré que tout enfant qui croit en Dieu est idolâtre ou anthropomorphite, et vous combattez cela en disant[546] : qu’on ne peut supposer ni l’un ni l’autre d’un enfant qui a reçu une éducation chrétienne. Voilà ce qui est en question ; reste à voir la preuve. La mienne est que l’éducation la plus chrétienne ne saurait donner à l’enfant l’entendement qu’il n’a pas, ni détacher ses idées des êtres matériels, au-dessus desquels tant d’hommes ne sauraient élever les leurs. J’en appelle de plus à l’expérience : j’exhorte chacun des lecteurs à consulter sa mémoire, et à se rappeler si, lorsqu’il a cru en Dieu étant enfant, il ne s’en est pas toujours fait quelque image. Quand vous lui dites que la Divinité n’est rien de ce qui peut tomber sous les sens, ou son esprit troublé n’entend rien, ou il entend qu’elle n’est rien. Quand vous lui parlez d’une intelligence infinie, il ne sait ce que c’est qu’intelligence, et il sait encore moins ce que c’est qu’infini. Mais vous lui ferez répéter après vous les mots qu’il vous plaira de lui dire ; vous lui ferez même ajouter, s’il le faut, qu’il les entend, car cela ne coûte guère ; et il aime encore mieux dire qu’il les entend que d’être grondé ou puni. Tous les anciens, sans excepter les juifs, se sont représenté Dieu corporel ; et combien de chrétiens, surtout de catholiques, sont encore aujourd’hui dans ce cas-là ! Si vos enfants parlent comme des hommes, c’est parce que les hommes sont encore des enfants. Voilà pourquoi les mystères entassés ne coûtent plus rien à personne ; les termes en sont tout aussi faciles à prononcer que d’autres. Une des commodités du christianisme moderne est de s’être fait un certain jargon de mots sans idées, avec lesquels on satisfait à tout, hors à la raison.
Par l’examen de l’intelligence qui mène à la connaissance de Dieu, je trouve qu’il n’est pas raisonnable de croire cette connaissance toujours nécessaire au salut. Je cite en exemple les insensés, les enfants, et je mets dans la même classe les hommes dont l’esprit n’a pas acquis assez de lumière pour comprendre l’existence de Dieu. Vous dites là-dessus[547] : Ne soyons point surpris que l’auteur d’Émile remette à un temps si reculé la connaissance de l’existence de Dieu ; il ne la croit pas nécessaire au salut. Vous commencez, pour rendre ma proposition plus dure, par supprimer charitablement le mot toujours, qui non seulement la modifie, mais qui lui donne un autre sens, puisque, selon ma phrase, cette connaissance est ordinairement nécessaire au salut, et qu’elle ne le serait jamais, selon la phrase que vous me prêtez. Après cette petite falsification, vous poursuivez ainsi :
« Il est clair, dit-il par l’organe d’un personnage chimérique, il est clair que tel homme, parvenu jusqu’à la vieillesse sans croire en Dieu, ne sera pas pour cela privé de sa présence dans l’autre (vous avez omis le mot de vie), si son aveuglement n’a pas été volontaire ; et je dis qu’il ne l’est pas toujours. »
Avant de transcrire ici votre remarque, permettez que je fasse la mienne. C’est que ce personnage prétendu chimérique, c’est moi-même, et non le vicaire ; que ce passage, que vous avez cru être dans la Profession de foi, n’y est point, mais dans le corps même du livre. Monseigneur, vous lisez bien légèrement, vous citez bien négligemment les écrits que vous flétrissez si durement : je trouve qu’un homme en place qui censure, devrait mettre un peu plus d’examen dans ses jugements. Je reprends à présent votre texte.
Remarquez, M. T. C. F., qu’il ne s’agit point ici d’un homme qui serait dépourvu de l’usage de sa raison, Mais uniquement de celui dont la raison ne serait point aidée de l’instruction. Vous affirmez ensuite 36 qu’une telle prétention est souverainement absurde. Saint Paul assure qu’entre les philosophes païens plusieurs sont parvenus par les seules forces de la raison, à la connaissance du vrai Dieu, et là-dessus vous transcrivez son passage.
Monseigneur, c’est souvent un petit mal de ne pas entendre un auteur qu’on lit ; mais c’en est un grand quand on le réfute, et un très grand quand on le diffame. Or, vous n’avez point entendu le passage de mon livre que vous attaquez ici, de même que beaucoup d’autres. Le lecteur jugera si c’est ma faute ou la vôtre, quand j’aurai mis le passage entier sous ses yeux.
You admit that judgment progresses gradually and is formed step by step; but does that mean, you ask, that a child at the age of ten cannot distinguish between good and evil, that it confuses wisdom with madness, goodness with barbarity, virtue with vice? Without doubt, such things will happen if judgment has not yet developed at that age. Indeed, you might say, it will not even realize that obeying its father is good and disobeying him is bad. On the contrary, I contend that at that age, a child will feel that leaving play to study its lessons means disobeying its father—and therefore doing wrong—and that stealing some forbidden fruit means obeying its father—and thus doing right. It will also understand, I agree, that being punished is bad and being rewarded is good; and it is in the balance of these conflicting rights and wrongs that its childish prudence is shaped. I believe I have demonstrated this thousands of times in my first two volumes, especially in the dialogue between the teacher and the child regarding what is wrong. As for you, my lord, you dismiss my entire work in just two lines: To claim such a thing, Mr. T. C. F., is to slander human nature by attributing to it a stupidity that it does not possess. There could be no more incisive or concise refutation possible. But this so-called stupidity, which you choose to call ignorance, is something that can always be observed in any mind that is hindered by imperfect faculties or has not been cultivated; it is an observation that anyone can easily make and perceive. To attribute such ignorance to human nature is therefore not to slander it; rather, it is you who have slandered it by attributing to it a malevolence that it does not possess at all.
You still say[544]: “To teach wisdom to man only at a time when he is dominated by the fervor of emerging passions—isn’t that presenting it to him with the intention that he will reject it?” Yet this very intention is one you kindly attribute to me, and surely no one else but you would find it in my writings. I have first shown that those who are raised in the way I propose will not be dominated by passions at the time you refer to; I have also demonstrated how the lessons of wisdom can actually delay the development of such passions. It is the adverse effects of your own educational methods that you blame on mine, and you cite precisely those flaws that I teach you to prevent. Until adolescence, I ensure that my students’ hearts remain free from passion; and when those passions are about to arise, I use appropriate measures to curb their growth. Earlier in life, the lessons of wisdom mean nothing to a child who is unable to appreciate or understand them; later on, they no longer have any effect on a heart that has already been enslaved by passions. It is only at the very moment I have chosen that these lessons become useful—whether to alert or to distract a young person, it is essential that he engage with them at that time.
You say[545]: “In order to make youth more receptive to the lessons prepared for them, this author wants them to be devoid of any religious principles.” The reason is simple: I want them to have a religion, and I do not wish to teach them anything about which their judgment would not be capable of discerning the truth. But, my lord, if I were to say that “in order to make youth more receptive to the lessons prepared for them,” we should seize them before they reach the age of reason—would I then be making a worse argument than yours? And would such an approach be any more conducive to what you teach children? According to you, I choose the age of reason to impart error; while you prevent that very age from arriving in order to teach truth. You rush to educate a child before they are capable of distinguishing right from wrong; whereas I wait until they are in a position to understand it in order to deceive them. Is such reasoning natural? And which one seems more intent on seduction—those who speak only to adults, or those who address children?
You criticize me for stating and demonstrating that any child who believes in God is either idolater or anthropomorphist, and you counter this by claiming[546] that such a child cannot possibly hold either view if they have received a Christian education. That is the issue at hand; what remains to be seen is the evidence. My argument is that even the most Christian education could not impart to a child an understanding that he does not already possess, nor could it separate his ideas from material beings—above which so many people are unable to elevate their own thoughts. I also appeal to experience: I urge every reader to reflect on their own memories and recall whether, as children, they never formed some kind of image of God in their minds. When you tell them that the Divine is nothing that can be perceived by the senses, or when their confused minds fail to understand anything at all, or when they are told that it simply does not exist—when you speak of an infinite intelligence, they have no idea what intelligence means, let alone what infinity is. Yet you will have them repeat after you whatever words you wish; you may even make them add that they “hear” these words, since this costs them little effort—and they would prefer to say they hear them than to be scolded or punished. All the ancients, without exception, including the Jews, imagined God as having a corporeal form; and how many Christians, especially Catholics, still hold such beliefs today! If your children speak like adults, it is because adults are still children at heart. That is why all these complicated mysteries no longer mean anything to anyone; their terms are just as easy to pronounce as any others. One of the conveniences of modern Christianity is that it has created a jargon of words devoid of real meaning, with which people can satisfy themselves in everything except for reason itself.
In examining the intelligence that leads to knowledge of God, I find it unreasonable to believe that such knowledge is always necessary for salvation. I take as examples the insane and children, and I classify those whose minds have not acquired enough understanding to comprehend the existence of God in the same category. You say regarding this: “Let us not be surprised that the author of ‘Émile’ places the knowledge of God’s existence in such a distant past; he does not consider it necessary for salvation.” To make my argument seem more forceful, you first kindly remove the word “always,” which not only modifies my statement but also gives it a different meaning—since, according to my phrase, this knowledge is ordinarily necessary for salvation, whereas, according to the phrase you attribute to me, it would never be necessary. After this slight distortion of my words, you proceed in this manner.
“It is clear,” he said through the voice of a fictitious character, “it is clear that such a man, who has lived to old age without believing in God, will not therefore be deprived of His presence in the other world (you have omitted the word ‘life’); provided that his blindness has not been voluntary. And I say that it is not always voluntary.”
Before transcribing your remark here, allow me to express my own. That so-called mythical character is none other than myself, and not the vicar; moreover, the passage you thought belonged to the Profession of Faith actually appears within the very body of the book itself. My Lord, you read too carelessly, and you quote with too much indifference the writings that you condemn so harshly. I believe that a person in your position, who holds the authority to censor, should exercise greater scrutiny in their judgments. Now, I will proceed to restate your text.
Please note, Mr. T. C. F., that this does not refer to a person who is devoid of the use of his reason, but merely to one whose reason is not aided by education or instruction. You then assert that such a claim is utterly absurd. Saint Paul declares that among the pagan philosophers, many have come to know the true God solely through the power of their reason, and you quote his passage on this matter.
My Lord, it is often a minor inconvenience not to hear what an author has written; but it becomes a serious matter when one refutes their work, and an extremely serious matter when one defames them. Yet you have not read the passage from my book that you are attacking here, just as many others have not either. The reader will be able to judge whether it is my fault or yours once I have placed the entire passage before them.
Convenite che il giudizio umano progredisce gradualmente e si forma solo attraverso un processo graduale; ma ne consegue forse, aggiungete voi, che a dieci anni un bambino non sia in grado di distinguere il bene dal male, confondendo la saggezza con la follia, la bontà con la barbarie, la virtù con il vizio? Senza dubbio sì, se a quell’età il giudizio non è ancora sviluppato. Ebbene! continuate voi, non sentirà forse che obbedire al proprio padre è un bene, mentre disobbedirgli è un male? Lungi da ciò, sostengo anzi che, lasciando il gioco per andare a studiare, percepirà chiaramente che obbedire al padre è un male e disobbedirgli un bene, soprattutto quando ruba qualche frutto proibito. Ammetto anche che capisca che essere punito è un male e essere ricompensato un bene; ed è proprio nel bilancio di questi contraddittori beni e mali che si forma la sua prudenza infantile. Credo di aver dimostrato questo migliaia di volte nei miei primi due volumi, soprattutto nel dialogo tra il maestro e il bambino su ciò che è male. Per voi, monsignore, rifiutate entrambi i miei volumi in soltanto due frasi: “Affermarlo significa diffamare la natura umana, attribuendole una stupidità che non possiede”. Non si potrebbe utilizzare una confutazione più decisa o formulata in meno parole. Ma questa ignoranza, che voi chiamate stupidità, è presente costantemente in ogni mente che sia limitata nei suoi organi sensoriali o che non sia stata educata; è un’osservazione facile da fare e evidente a tutti. Pertanto, attribuire questa ignoranza alla natura umana non significa diffamarla; siete voi invece a diffamarla, imputandole una malvagità che non possiede affatto.
Dite ancora[544]: “Insegnare la saggezza all’uomo soltanto quando è dominato dalla furia delle passioni nascenti non significa forse presentargliela con l’intento che la rifiuti?” Ebbene, questa è proprio l’intenzione che avete la gentilezza di attribuirmi, e certamente nessun altro se non voi la troverebbe nel mio libro. Ho dimostrato, innanzitutto, che colui che viene educato secondo i miei principi non sarà dominato dalle passioni in quel periodo che voi indicate; ho anche mostrato come le lezioni della saggezza possano ritardare lo sviluppo di tali passioni. Sono proprio gli effetti negativi della vostra educazione che attribuite alla mia, e mi opporrete i difetti che vi insegno a prevenire. Fino all’adolescenza, ho protetto il cuore del mio allievo dalle passioni; e quando queste sono pronte a nascere, ne ritardo ancora lo sviluppo con misure appropriate per reprimerle. Prima ancora che l’infante sia in grado di interessarsi o comprendere le lezioni della saggezza, esse non hanno alcun significato per lui; più tardi, non influiscono più su un cuore ormai dominato dalle passioni. È proprio nel momento che ho scelto io che queste lezioni risultano utili: sia per allarmare il giovane che per distrarlo, è comunque importante che in quel momento egli vi si dedichi.
Dite voi[545]: “Per rendere la gioventù più docile alle lezioni che le vengono preparate, questo autore vuole che essa sia priva di ogni principio religioso”. La ragione è semplice: io voglio che la gioventù abbia una religione, e non voglio insegnarle nulla di ciò che il suo giudizio non sia in grado di comprendere come verità. Ma se io dicessi lo stesso, signore mio, si farebbe grande attenzione a prendere i bambini prima dell’età della ragione. Farei forse un ragionamento peggiore del vostro? E sarebbe davvero un pregiudizio favorevole a ciò che voi insegnate ai bambini? Secondo voi, io scelgo l’età della ragione per inculcare l’errore; mentre voi anticipate quell’età per insegnare la verità. Voi vi affrettate ad istruire il bambino prima che possa distinguere il vero dal falso; io aspetto invece che sia in grado di comprenderli entrambi per poi ingannarlo. Questo giudizio è naturale? E quale sembra cercare di sedurre, quello di chi parla soltanto agli adulti, o quello di chi si rivolge ai bambini?
Mi rimproverate per aver detto e dimostrato che ogni bambino che crede in Dio è idolatra o antropomorfo, e vi opponete a questa tesi sostenendo[546] che non si possa supporre né l’una né l’altra cosa riguardo a un bambino che abbia ricevuto un’educazione cristiana. Ecco ciò di cui si tratta; resta da vedere la prova. La mia prova è che l’educazione più cristiana non potrebbe dare al bambino quella comprensione che lui non possiede, né separare le sue idee dagli esseri materiali, al di sopra dei quali tante persone non riescono nemmeno a elevare le proprie. Chiamo inoltre in giudizio l’esperienza: esorto ogni lettore a ricordare se, da bambino, quando credeva in Dio, non si fosse sempre fatto un’immagine di Lui. Quando gli dite che la Divinità non è nulla di ciò che può essere percepito dai sensi, o che la sua mente confusa non capisce nulla, oppure che Lei non è nulla. Quando gli parlate di un’intelligenza infinita, lui non sa nemmeno cosa significhi “intelligenza”, e ancor meno cosa sia “infinito”. Ma voi gli farete ripetere le parole che vorrete; anzi, se necessario, gli farete aggiungere che le capisce, perché questo non costa nulla; e a lui piace molto dire di capirle, piuttosto che essere rimproverato o punito. Tutti gli antichi, senza eccezione dei giudei, si sono rappresentati Dio in forma corporea; e quanti cristiani, soprattutto cattolici, sono ancora oggi in questa condizione! Se i vostri bambini parlano come degli uomini, è perché gli uomini sono ancora bambini. Ecco perché i misteri del cristianesimo moderno non costano più nulla a nessuno; i loro termini sono altrettanto facili da pronunciare di altri. Uno dei vantaggi del cristianesimo contemporaneo è proprio quello di aver creato un certo gergo fatto di parole prive di significato reale, con il quale si può soddisfare qualsiasi desiderio, tranne quello della ragione stessa.
Esaminando l’intelligenza che conduce alla conoscenza di Dio, ritengo che non sia ragionevole credere che tale conoscenza sia sempre necessaria per il salvezzo. Cito come esempi gli insensati e i bambini, e colloco nella stessa categoria anche gli uomini il cui spirito non ha acquisito abbastanza luce per comprendere l’esistenza di Dio. Voi affermate in merito: “Non sorprendiamoci se l’autore di ‘Émile’ colloca la conoscenza dell’esistenza di Dio in un periodo così remoto del tempo; egli non la ritiene necessaria per il salvezzo”. Per rendere la mia argomentazione più dura, voi eliminate gentilmente la parola “sempre”, che non solo la modifica, ma le conferisce anche un significato diverso: secondo la mia frase, infatti, questa conoscenza è normalmente necessaria per il salvezzo; secondo la frase che mi attribuite, invece, non lo sarebbe mai. Dopo questa piccola falsificazione, proseguite così.
“È chiaro”, disse attraverso la voce di un personaggio immaginario, “è chiaro che un uomo che ha raggiunto l’età avanzata senza credere in Dio non sarà per questo privato della sua presenza nell’aldilà (avete omesso la parola ‘vita’), a meno che la sua cecità non sia stata volontaria; e io dico che non sempre lo è.”
Prima di trascrivere qui la vostra osservazione, permettetemi di esprimere la mia. Quel personaggio presunto “chimico”, in realtà sono io stesso, e non il vescovo ausiliare; quel passo che avete creduto appartenesse alla Professione di fede, in realtà si trova nel corpo stesso del libro. Monsignore, leggete con troppa superficialità e citate con troppa negligenza gli scritti che condannate così severamente. Credo che un uomo in una posizione di responsabilità che critica altrui dovrebbe prestare maggiore attenzione ai propri giudizi. Ora riprendo il vostro testo.
Notate, signor T. C. F., che qui non si tratta di una persona priva della capacità di usare la propria ragione, ma soltanto di qualcuno il cui intelletto non è stato aiutato dall’istruzione. Successivamente affermate che tale pretesa sia assolutamente assurda. San Paolo sostiene che tra i filosofi pagani molti siano riusciti, unicamente grazie alle forze della ragione stessa, a conoscere il vero Dio, e voi citate appunto il suo passo in merito.
Signore, spesso non è un grosso problema non ascoltare un autore che si legge; ma diventa un grosso problema quando lo si confuta, e un problema ancora più grave quando lo si diffama. Ora, voi non avete affatto ascoltato il passaggio del mio libro che qui attaccate, così come molti altri passaggi. Il lettore deciderà se la colpa sia mia o vostra, quando avrò messo l’intero passaggio sotto i suoi occhi.
« Nous tenons (les réformés) que nul enfant mort avant l’âge de raison ne sera privé du bonheur éternel. Les catholiques croient la même chose de tous les enfants qui ont reçu le baptême, quoiqu’ils n’aient jamais entendu parler de Dieu. Il y a donc des cas où l’on peut être sauvé sans croire en Dieu ; et ces cas ont lieu, soit dans l’enfance, soit dans la démence, quand l’esprit humain est incapable des opérations nécessaires pour reconnaître la Divinité. Toute la différence que je vois ici entre vous et moi, est que vous prétendez que les enfants ont à sept ans cette capacité, et que je ne la leur accorde pas même à quinze. Que j’aie tort ou raison, il ne s’agit pas ici d’un article de foi, mais d’une simple observation d’histoire naturelle. »
« Par le même principe, il est clair que tel homme, parvenu jusqu’à la vieillesse sans croire en Dieu, ne sera pas pour cela privé de sa présence dans l’autre vie, si son aveuglement n’a pas été volontaire ; et je dis qu’il ne l’est pas toujours. Vous en convenez pour les insensés qu’une maladie prive de leurs facultés spirituelles, mais non de leur qualité d’hommes ni, par conséquent, du droit aux bienfaits de leur créateur. Pourquoi donc n’en pas convenir aussi pour ceux qui, séquestrés de toute société dès leur enfance, auraient mené une vie absolument sauvage, privés des lumières qu’on n’acquiert que dans le commerce des hommes ? car il est d’une impossibilité démontrée qu’un pareil sauvage pût jamais élever ses réflexions jusqu’à la connaissance du vrai Dieu. La raison nous dit qu’un homme n’est punissable que pour les fautes de sa volonté, et qu’une ignorance invincible ne lui saurait être imputée à crime. D’où il suit que devant la justice éternelle tout homme qui croirait s’il avait les lumières nécessaires est réputé croire, et qu’il n’y aura d’incrédules punis que ceux dont le cœur se ferme à la vérité. »
Voilà mon passage entier, sur lequel votre erreur saute aux yeux. Elle consiste en ce que vous avez entendu ou fait entendre que, selon moi, il fallait avoir été instruit de l’existence de Dieu pour y croire. Ma pensée est fort différente. Je dis qu’il faut avoir l’entendement développé et l’esprit cultivé jusqu’à certain point pour être en état de comprendre les preuves de l’existence de Dieu, et surtout pour les trouver de soi-même sans en avoir jamais entendu parler. Je parle des hommes barbares ou sauvages : vous m’alléguez des philosophes ; je dis qu’il faut avoir acquis quelque philosophie pour s’élever aux notions du vrai Dieu : vous citez saint Paul, qui reconnaît que quelques philosophes païens se sont élevés aux notions du vrai Dieu ; je dis que tel homme grossier n’est pas toujours en état de se former de lui-même une idée juste de la Divinité : vous dites que les hommes instruits sont en état de se former une idée juste de la Divinité et, sur cette unique preuve, mon opinion vous paraît souverainement absurde. Quoi ! parce qu’un docteur en droit doit savoir les lois de son pays, est-il absurde de supposer qu’un enfant qui ne sait pas lire a pu les ignorer ?
Quand un auteur ne veut pas se répéter sans cesse, et qu’il a une fois établi clairement son sentiment sur une matière, il n’est pas tenu de rapporter toujours les mêmes preuves en raisonnant sur le même sentiment : ses écrits s’expliquent alors les uns par les autres ; et les derniers, quand il a de la méthode, supposent toujours les premiers. Voilà ce que j’ai toujours tâché de faire, et ce que j’ai fait, surtout dans l’occasion dont il s’agit.
Vous supposez, ainsi que ceux qui traitent de ces matières, que l’homme apporte avec lui sa raison toute formée, et qu’il ne s’agit que de la mettre en œuvre. Or cela n’est pas vrai ; car l’une des acquisitions de l’homme, et même des plus lentes, est la raison. L’homme apprend à voir des yeux de l’esprit ainsi que des yeux du corps : mais le premier apprentissage est bien plus long que l’autre, parce que les rapports des objets intellectuels, ne se mesurant pas comme l’étendue, ne se trouvent que par estimation, et que nos premiers besoins, nos besoins physiques, ne nous rendent pas l’examen de ces mêmes objets si intéressant. Il faut apprendre à voir deux objets à la fois ; il faut apprendre à les comparer entre eux ; il faut apprendre à comparer les objets en grand nombre, à remonter par degrés aux causes ; à les suivre dans leurs effets ; il faut avoir combiné des infinités de rapports pour acquérir des idées de convenance, de proportion, d’harmonie et d’ordre. L’homme qui, privé du secours de ses semblables et sans cesse occupé de pourvoir à ses besoins, est réduit en toute chose à la seule marche de ses propres idées, fait un progrès bien lent de ce côté-là ; il vieillit et meurt avant d’être sorti de l’enfance de la raison. Pouvez-vous croire de bonne foi que, d’un million d’hommes élevés de cette manière, il y en eût un seul qui vînt à penser à Dieu ?
L’ordre de l’univers, tout admirable qu’il est, ne frappe pas également tous les yeux. Le peuple y fait peu attention, manquant des connaissances qui rendent cet ordre sensible, et n’ayant point appris à réfléchir sur ce qu’il aperçoit. Ce n’est ni endurcissement ni mauvaise volonté ; c’est ignorance, engourdissement d’esprit. La moindre méditation fatigue ces gens-là, comme le moindre travail des bras fatigue un homme de cabinet. Ils ont ouï parler des œuvres de Dieu et des merveilles de la nature. Ils répètent les mêmes mots sans y joindre les mêmes idées, et ils sont peu touchés de tout ce qui peut élever le sage à son créateur. Or, si parmi nous le peuple, à portée de tant d’instructions, est encore si stupide, que seront ces pauvres gens abandonnés à eux-mêmes dès leur enfance, et qui n’ont jamais rien appris d’autrui ? Croyez-vous qu’un Cafre ou un Lapon philosophe beaucoup sur la marche du monde et sur la génération des choses ? Encore les Lapons et les Cafres, vivant en corps de nations, ont-ils des multitudes d’idées acquises et communiquées, à l’aide desquelles ils acquièrent quelques notions grossières d’une divinité ; ils ont en quelque façon leur catéchisme mais l’homme sauvage, errant seul dans les bois, n’en a point du tout. Cet homme n’existe pas, direz-vous ; soit : mais il peut exister par supposition. Il existe certainement des hommes qui n’ont jamais eu d’entretien philosophique en leur vie, et dont tout le temps se consume à chercher leur nourriture, la dévorer, et dormir. Que ferons-nous de ces hommes-là, des Esquimaux, par exemple ? en ferons-nous des théologiens ?
Mon sentiment est donc que l’esprit de l’homme, sans progrès, sans instruction, sans culture, et tel qu’il sort des mains de la nature, n’est pas en état de s’élever de lui-même aux sublimes notions de la Divinité ; mais que ces notions se présentent à nous à mesure que notre esprit se cultive ; qu’aux yeux de tout homme qui a pensé, qui a réfléchi, Dieu se manifeste dans ses ouvrages ; qu’il se révèle aux gens éclairés dans le spectacle de la nature ; qu’il faut, quand on a les yeux ouverts, les fermer pour ne l’y pas voir ; que tout philosophe athée est un raisonneur de mauvaise foi, ou que son orgueil aveugle ; mais qu’aussi tel homme stupide et grossier, quoique simple et vrai, tel esprit sans erreur et sans vice peut, par une ignorance involontaire, ne pas remonter à l’auteur de son être, et ne pas concevoir ce que c’est que Dieu, sans que cette ignorance le rende punissable d’un défaut auquel son cœur n’a point consenti. Celui-ci n’est pas éclairé, et l’autre refuse de l’être : cela me paraît fort différent.
“We believe that no child who dies before reaching the age of reason shall be deprived of eternal happiness. Catholics hold the same belief regarding all children who have been baptized, even if they have never heard of God. Therefore, there are cases in which one can be saved without believing in God; such cases occur either in childhood or in madness, when the human mind is incapable of performing the necessary operations to recognize the Divinity. The only difference between you and me here is that you claim children possess this capacity at the age of seven, while I do not grant it even to them at fifteen. Whether I am right or wrong, this is not a matter of faith, but merely a simple observation based on natural history.”
“By the same principle, it is clear that a man who has lived to old age without believing in God will not, for that reason, be deprived of His presence in the afterlife, provided that his ignorance was not voluntary; and I claim that such ignorance is not always voluntary. You acknowledge this in the case of the insane, whose illnesses deprive them of their spiritual faculties but not of their human dignity or, consequently, of their right to the blessings of their Creator. Why then not admit the same for those who, isolated from all human society since childhood and leading a completely savage life, have been deprived of the light that can only be gained through interaction with others? For it is demonstrably impossible for such a person to ever attain any understanding of the true God. Reason tells us that a man can be punished only for the sins committed by his own will, and that invincible ignorance cannot be considered a crime. Therefore, before the eternal judgment, any man who believes in God, if he possesses the necessary knowledge, is deemed to believe; and only those whose hearts shut themselves off to the truth will be punished as unbelievers.”
Here is my entire passage; your mistake is glaringly obvious. It consists in what you have stated—or had others state—that, in my opinion, one must have been informed of the existence of God in order to believe in it. My view is quite different. I say that one must have a developed understanding and a cultivated mind to a certain extent in order to be able to comprehend the proofs of God’s existence—and, more importantly, to discover them on one’s own without having ever heard of them before. I am referring here to barbaric or uncivilized people; you bring up philosophers as an example. I say that one must have acquired some knowledge of philosophy in order to grasp the concept of the true God; you cite Saint Paul, who acknowledges that some pagan philosophers had already reached an understanding of the true God. I argue that such a crude person is not necessarily capable of forming a correct notion of the Divine on his own; you claim that educated people are able to do so—and, based on this single argument, you consider my opinion utterly absurd. Why? Just because a law professor must know the laws of his country does it mean it is absurd to assume that a child who cannot read might have never heard of them?
When an author does not wish to repeat himself endlessly, and has once clearly expressed his views on a particular matter, he is not obliged to present the same evidence again when reasoning about that same issue. His writings then explain each other; and in cases where he employs a systematic approach, his later works always assume the premises of his earlier ones. This is what I have always tried to do—and indeed, this is precisely what I did in the particular instance in question.
You assume, as do those who study these matters, that man brings with him a fully developed reason, and that all that is required is to put it into practice. But this is not true; for one of the things man acquires—and indeed one of the slowest—to be acquired is reason itself. Man learns to perceive things through both the eyes of the mind and those of the body; but the first kind of learning takes far longer than the second, because the relationships between intellectual objects cannot be measured in the same way as physical distances; they can only be determined by estimation. Moreover, our most basic physical needs make it far less interesting for us to examine these intellectual objects. One must learn to perceive two objects at once, to compare them with each other, to compare numerous objects together, to trace their causes step by step, to follow the effects they produce; one must also combine countless relationships in order to acquire concepts of suitability, proportion, harmony, and order. A man who, deprived of the help of his fellow beings and constantly preoccupied with satisfying his physical needs, is forced to rely solely on the progression of his own thoughts—such a person makes very little progress in this regard; he grows old and dies before ever emerging from the “infancy” of reason. Can you truly believe that, out of a million people raised in such a manner, there would even be one who came to think about God?
The order of the universe, as admirable as it is, does not affect all people in the same way. The common folk pay little attention to it, lacking the knowledge that would make this order apparent to them; they have never learned to reflect on what they observe. This is neither stubbornness nor malice, but ignorance, a dullness of mind. Even the slightest contemplation tires these people, just as minimal physical labor would tire a sedentary person. They have heard about God’s works and the wonders of nature, but they repeat those words without truly understanding their meaning; thus, they remain untouched by everything that could elevate a wise person toward their Creator. Now, if among us the common people, who have such easy access to instruction, are still so ignorant, what must be said of those poor souls who are left to themselves from childhood and who have never learned anything from others? Do you think a Negro or a Lapp would engage in much philosophical speculation about the workings of the world or the origin of things? Even the Lapps and Negroes, living within organized societies, possess a wealth of ideas acquired through communication, which give them some vague understanding of divinity; they have their own form of catechism. But the savage, wandering alone in the woods, possesses none at all. You might say such people do not exist; but it is possible they do. Surely there are men who have never engaged in any philosophical discourse in their lives, whose entire existence is devoted to finding food, consuming it, and sleeping. What should we do with these people—say, the Eskimos? Make them theologians?
Therefore, my opinion is that the human mind, in its natural state—without progress, education, or culture—is not capable of elevating itself to the sublime concepts of Divinity on its own; rather, these concepts become accessible to us as our minds develop and are cultivated. To any person who has thought and reflected, God manifests himself in his creations; to the enlightened, he reveals himself through the spectacle of nature. Yet, it would be foolish to close one’s eyes to such evidence when they are open. Any atheist philosopher is either a dishonest reasoner, blinded by pride, or a simple-minded individual whose ignorance prevents them from recognizing the truth about God—though this ignorance does not render them deserving of punishment for beliefs their hearts never accepted. One lacks enlightenment; the other refuses to seek it—but these are, in my view, very different things.
“Riteniamo che nessun bambino morto prima dell’età della ragione debba essere privato della felicità eterna. I cattolici credono la stessa cosa per tutti i bambini che hanno ricevuto il battesimo, anche se non hanno mai sentito parlare di Dio. Esistono quindi casi in cui si può essere salvati senza credere in Dio; e questi casi si verificano sia nell’infanzia che nella follia, quando lo spirito umano è incapace delle operazioni necessarie per riconoscere la Divinità. L’unica differenza tra voi e me riguarda il fatto che voi affermate che i bambini abbiano questa capacità già all’età di sette anni, mentre io non gliela attribuisco nemmeno a quindici anni. Che abbia torto o ragione, qui non si tratta di un articolo di fede, ma semplicemente di una osservazione sulla natura umana.”
“Per lo stesso principio, è chiaro che un uomo che abbia raggiunto l’età avanzata senza credere in Dio non ne sarà per questo privato della sua presenza nell’altra vita, a condizione che la sua ignoranza non sia stata volontaria; e io affermo che spesso non lo è. Voi concordate sul fatto che gli insensati, privati delle loro facoltà spirituali a causa di una malattia, non perdano comunque la loro natura umana né il diritto ai benefici del loro Creatore. Perché allora non dovremmo riconoscere lo stesso anche per coloro che, segregati da ogni società fin dall’infanzia e condotti una vita completamente selvaggia, siano rimasti privi delle luci che si acquisiscono solo attraverso il rapporto con gli altri esseri umani? È infatti assolutamente impossibile che un simile individuo possa mai elevare le proprie riflessioni fino alla conoscenza del vero Dio. La ragione ci insegna che un uomo può essere punito soltanto per i peccati compiuti con la sua volontà, e che un’ignoranza invincibile non può essere considerata un crimine. Ne consegue quindi che davanti alla giustizia eterna ogni uomo che credesse, se possedesse le necessarie conoscenze, verrà ritenuto credente; e gli unici increduli puniti saranno quelli il cui cuore si chiude alla verità.”
Ecco il mio intero passaggio: l’errore che avete commesso è evidente. Essa consiste nel fatto che avete affermato, o fatto credere agli altri, che secondo me sia necessario essere stati istruiti sull’esistenza di Dio per crederci. La mia opinione, invece, è molto diversa: dico che è necessario avere un’intelligenza sviluppata e uno spirito coltivato fino a un certo punto per essere in grado di comprendere le prove dell’esistenza di Dio, e soprattutto per riconoscerle da soli, senza averne mai sentito parlare. Parlo degli uomini barbari o selvaggi; voi mi citate i filosofi; io dico che è necessario aver acquisito una certa conoscenza filosofica per raggiungere la comprensione delle verità sulla Divinità; voi citate San Paolo, il quale ammette che alcuni filosofi pagani siano giunti a comprendere le verità sulla Divinità; io dico che un uomo ignorante non è sempre in grado di formarsi da solo un’idea corretta della Divinità; voi affermate che gli uomini istruiti siano in grado di farlo, e su questa sola base ritenete la mia opinione assolutamente assurda. Ma come! Solo perché un giurista deve conoscere le leggi del suo paese, è forse assurdo supporre che un bambino analfabeta possa non conoscerle?
Quando un autore non vuole ripetersi continuamente e ha una volta espresso chiaramente il proprio punto di vista su un argomento, non è obbligato a riportare sempre le stesse prove quando ragiona sullo stesso tema: i suoi scritti si spiegano a vicenda; inoltre, quelli successivi, se l’autore segue una metodologia coerente, presuppongono sempre quelli precedenti. È ciò che ho sempre cercato di fare, soprattutto nella circostanza di cui si tratta.
Voi, così come coloro che si occupano di queste materie, supponete che l’uomo porti con sé una ragione già completamente formata, e che si tratti soltanto di metterla in pratica. In realtà questo non è vero; poiché uno degli acquisimenti umani, anzi uno dei più lenti, è proprio la ragione stessa. L’uomo impara a “vedere” con gli occhi dell’intelletto così come con quelli del corpo; ma il primo processo di apprendimento è molto più lungo del secondo, perché i rapporti tra gli oggetti intellettuali non possono essere misurati in modo diretto, come avviene per le dimensioni fisiche, e possono essere compresi soltanto attraverso l’indagine. Inoltre, i nostri primi bisogni, quelli fisici, non rendono l’esame di questi oggetti intellettuali particolarmente interessante per noi. È necessario imparare a considerare due oggetti contemporaneamente, a confrontarli tra loro, a confrontare un gran numero di oggetti, a risalire gradualmente alle loro cause, a seguire i loro effetti; è necessario combinare un’infinità di relazioni per acquisire concetti di convenienza, proporzione, armonia e ordine. L’uomo, privo dell’aiuto dei suoi simili e costantemente impegnato a soddisfare i propri bisogni, è costretto ad affidarsi esclusivamente al proprio pensiero; in questo modo il suo progresso è molto lento. Invecchia e muore prima ancora di essere uscito dall’“infanzia della ragione”. Potete davvero credere, con sincerità, che, tra un milione di uomini cresciuti in questo modo, ci sia anche solo uno che arrivi a pensare a Dio?
L’ordine dell’universo, per quanto ammirevole sia, non colpisce tutti allo stesso modo. Il popolo vi presta poca attenzione, poiché manca delle conoscenze necessarie per comprenderlo appieno e non ha imparato a riflettere su ciò che osserva. Questo non deriva da una volontà ostile o da una mancanza di interesse, ma dall’ignoranza e dal torpore mentale. Persino la minima riflessione li stanca, proprio come il minimo sforzo fisico stanca un uomo seduto tutto il giorno in ufficio. Hanno sentito parlare delle opere di Dio e delle meraviglie della natura; ripetono le stesse parole senza comprenderne davvero il significato, e sono poco toccati da tutto ciò che potrebbe elevare l’uomo verso il suo Creatore. Ora, se tra di noi il popolo, che ha a disposizione tante opportunità di istruzione, è ancora così ignorante, cosa diremo di quei poveri esseri abbandonati a se stessi fin dall’infanzia e che non hanno mai imparato nulla dagli altri? Pensate davvero che un cafro o un lappone possano riflettere profondamente sul funzionamento del mondo e sulla genesi delle cose? Anche i lapponi e i cafri, vivendo in comunità, possiedono molte idee acquisite attraverso la comunicazione con gli altri; grazie a queste, riescono ad avere almeno una vaga concezione di una divinità. Hanno, in qualche modo, il loro “catechismo”. Ma l’uomo selvaggio, che vive da solo nella foresta, non ne possiede affatto. Direte che un tale uomo non esista. Forse sì; ma è possibile che esista, anche se solo ipoteticamente. Senza dubbio ci sono persone che non hanno mai avuto alcun contatto con la filosofia in tutta la loro vita: il loro tempo viene interamente dedicato a cercare cibo, a mangiarlo e a dormire. Cosa faremo di queste persone, ad esempio degli eschimesi? Le renderemo teologi?
Il mio parere è quindi che lo spirito umano, privo di progresso, istruzione e cultura, così com’è quando esce dalle mani della natura, non sia in grado di elevarsi da solo alle sublimi nozioni della Divinità; ma che queste nozioni ci si presentino man mano che lo spirito si coltiva; che agli occhi di ogni uomo che ha pensato, che ha riflettuto, Dio si manifesti nelle sue opere; che si riveli alle persone illuminate nel spettacolo della natura; che, quando si hanno gli occhi aperti, bisogna chiuderli per non vederlo; che ogni filosofo ateo sia un ragionatore di cattiva fede, o che il suo orgoglio lo accechi; ma che anche un uomo così stupido e grossolano, pur essendo semplice e sincero, uno spirito privo di errori e vizi possa, a causa di un’ignoranza involontaria, non riconoscere l’autore della propria esistenza e non comprendere cosa sia Dio, senza che questa ignoranza lo renda colpevole di un difetto al quale il suo cuore non ha mai acconsentito. Quest’ultimo non è illuminato, mentre l’altro rifiuta di esserlo: questo mi sembra una grande differenza.
Appliquez à ce sentiment votre passage de saint Paul, et vous verrez qu’au lieu de le combattre, il le favorise ; vous verrez que ce passage tombe uniquement sur ces sages prétendus à qui ce qui peut être connu de Dieu a été manifesté, à qui la considération des choses qui ont été faites dès la création du monde a rendu visible ce qui est invisible en Dieu, mais qui, ne l’ayant point glorifié et ne lui ayant point rendu grâces, se sont perdus dans la vanité de leur raisonnement et ainsi demeurés sans excuse, en se disant sages, sont devenus fous. La raison sur laquelle l’Apôtre reproche aux philosophes de n’avoir pas glorifié le vrai Dieu, n’étant point applicable à ma supposition, forme une induction tout en ma faveur ; elle confirme ce que j’ai dit moi-même que tout philosophe qui ne croit pas a tort, parce qu’il use mal de la raison qu’il a cultivée, et qu’il est en état d’entendre les vérités qu’il rejette : elle montre enfin, par le passage même, que vous ne m’avez point entendu ; et quand vous m’imputez d’avoir dit ce que je n’ai dit ni pensé, savoir, que l’on ne croit en Dieu que sur l’autorité d’autrui[548], vous avez tellement tort, qu’au contraire je n’ai fait que distinguer les cas où l’on peut connaître Dieu par soi-même, et les cas où l’on ne le peut que par le secours d’autrui.
Au reste, quand vous auriez raison dans cette critique, quand vous auriez solidement réfuté mon opinion, il ne s’ensuivrait pas de cela seul qu’elle fût souverainement absurde, comme il vous plaît de la qualifier : on peut se tromper sans tomber dans l’extravagance, et toute erreur n’est pas une absurdité. Mon respect pour vous me rendra moins prodigue d’épithètes, et ce ne sera pas ma faute si le lecteur trouve à les placer.
Toujours, avec l’arrangement de censurer sans entendre, vous passez d’une imputation grave et fausse à une autre qui l’est encore plus ; et, après m’avoir injustement accusé de nier l’évidence de la Divinité vous m’accusez plus injustement d’en avoir révoqué l’unité en doute. Vous faites plus ; vous prenez la peine d’entrer là-dessus en discussion, contre votre ordinaire ; et le seul endroit de votre mandement où vous ayez raison est celui où vous réfutez une extravagance que je n’ai pas dite.
Voici le passage que vous attaquez, ou plutôt votre passage où vous rapportez le mien ; car il faut que le lecteur me voie entre vos mains.
« Je sais[549], fait-il dire au personnage supposé qui lui sert d’organe, je sais que le monde est gouverné par une volonté puissante et sage ; je le vois, ou plutôt je le sens, et cela m’importe à savoir. Mais ce même monde est-il éternel ou créé ? Y a-t-il un principe unique des choses ? y en a-t-il deux ou plusieurs ? et quelle est leur nature ? Je n’en sais rien. Et que m’importe[550] ?… Je renonce à des questions oiseuses qui peuvent inquiéter mon amour-propre, mais qui sont inutiles à ma conduite et supérieures à ma raison. »
J’observe, en passant que voici la seconde fois que vous qualifiez le prêtre savoyard de personnage chimérique ou supposé. Comment êtes-vous instruit de cela, je vous supplie ? J’ai affirmé ce que je savais ; vous niez ce que vous ne savez pas : qui des deux est le téméraire ? On sait, j’en conviens, qu’il y a peu de prêtres qui croient en Dieu ; mais encore n’est-il pas prouvé qu’il n’y en ait point du tout. Je reprends votre texte.
Que veut donc dire cet auteur téméraire[551] ?…
L’unité de Dieu lui paraît une question oiseuse et supérieure à sa raison : comme si la multiplicité des dieux n’était pas la plus grande des absurdités ! « La pluralité des dieux, dit énergiquement Tertullien, est une nullité de Dieu. » Admettre un Dieu, c’est admettre un Être suprême et indépendant, auquel tous les autres êtres soient subordonnés[552]. Il implique donc qu’il y ait plusieurs dieux.
Mais qui est-ce qui dit qu’il y a plusieurs dieux ? Ah ! monseigneur, vous voudriez bien que j’eusse dit de pareilles folies, vous n’auriez sûrement pas pris la peine de faire un mandement contre moi.
Je ne sais ni pourquoi ni comment ce qui est est, et bien d’autres qui se piquent de le dire ne le savent pas mieux que moi ; mais je vois qu’il n’y a qu’une première cause motrice, puisque tout concourt sensiblement aux mêmes fins. Je reconnais donc une volonté unique et suprême qui dirige tout, et une puissance unique et suprême qui exécute tout. J’attribue cette puissance et cette volonté au même être, à cause de leur parfait accord, qui se conçoit mieux dans un que dans deux, et parce qu’il ne faut pas sans raison multiplier les êtres : car le mal même que nous voyons n’est point un mal absolu et, loin de combattre directement le bien, il concourt avec lui à l’harmonie universelle.
Mais ce par quoi les choses sont se distingue très nettement sous deux idées : savoir, la chose qui fait, et la chose qui est faite : même ces deux idées ne se réunissent pas dans le même être sans quelque effort d’esprit, et l’on ne conçoit guère une chose qui agit sans en supposer une autre sur laquelle elle agit. De plus, il est certain que nous avons l’idée de deux substances distinctes ; savoir, l’esprit et la matière, ce qui pense et ce qui est étendu ; et ces deux idées se conçoivent très bien l’une sans l’autre.
Il y a donc deux manières de concevoir l’origine des choses savoir, ou dans deux causes diverses, l’une vive et l’autre morte, l’une motrice et l’autre mue, l’une active et l’autre passive, l’une efficiente et l’autre instrumentale ; ou dans une cause unique qui tire d’elle seule tout ce qui est et tout ce qui se fait. Chacun de ces deux sentiments, débattus par les métaphysiciens depuis tant de siècles, n’en est pas devenu plus croyable à la raison humaine : et si l’existence éternelle et nécessaire de la matière a pour nous ses difficultés, sa création n’en a pas de moindres, puisque tant d’hommes et de philosophes, qui dans tous les temps ont médité sur ce sujet, ont tous unanimement rejeté la possibilité de la création, excepté peut-être un très petit nombre qui paraissent avoir sincèrement soumis leur raison à l’autorité ; sincérité que les motifs de leur intérêt, de leur sûreté, de leur repos, rendent fort suspecte, et dont il sera toujours impossible de s’assurer tant que l’on risquera quelque chose à parler vrai.
Supposé qu’il y ait un principe éternel et unique des choses, ce principe, étant simple dans son essence, n’est pas composé de matière et d’esprit, mais il est matière ou esprit seulement. Sur les raisons déduites par le vicaire, il ne saurait concevoir que ce principe soit matière ; et s’il est esprit, il ne saurait concevoir que par lui la matière ait reçu l’être ; car il faudrait pour cela concevoir la création. Or l’idée de création, l’idée sous laquelle on conçoit que, par un simple acte de volonté, rien devient quelque chose, est, de toutes les idées qui ne sont pas clairement contradictoires, la moins compréhensible à l’esprit humain.
Arrêté des deux côtés par ces difficultés, le bon prêtre demeure indécis, et ne se tourmente point d’un doute de pure spéculation, qui n’influe en aucune manière sur ses devoirs en ce monde ; car enfin que m’importe d’expliquer l’origine des êtres, pourvu que je sache comment ils subsistent, quelle place j’y dois remplir, et en vertu de quoi cette obligation m’est imposée ?
Mais supposer deux principes[553] des choses, supposition que pourtant le vicaire ne fait point, ce n’est pas pour cela supposer deux dieux ; à moins que, comme les manichéens, on ne suppose aussi ces principes tous deux actifs : doctrine absolument contraire à celle du vicaire, qui très positivement n’admet qu’une intelligence première, qu’un seul principe actif, et par conséquent qu’un seul Dieu.
Apply Saint Paul’s passage to this sentiment, and you will see that instead of fighting against it, it actually supports it; you will see that this passage applies exclusively to those so-called wise men to whom what can be known about God has been revealed, to whom the contemplation of things that existed since the creation of the world has made visible what is invisible in God. Yet, because they did not glorify Him or give thanks to Him, they lost themselves in the vanity of their reasoning and thus remained without excuse. Calling themselves wise, they became fools. The reason why the Apostle reproaches the philosophers for not glorifying the true God does not apply to my hypothesis; rather, it constitutes an argument in my favor. It confirms what I have said myself: that any philosopher who does not believe is in error, because he misuses the reason he has cultivated and is therefore capable of understanding the truths he rejects. Finally, this very passage shows that you have not understood me at all; and when you accuse me of saying something I have neither said nor thought—namely, that one can believe in God only on the authority of others[548]—you are utterly wrong. On the contrary, I merely distinguished between those cases in which one can know God for oneself and those in which one can do so only with the help of others.
Besides, even if you were right in this criticism, even if you had thoroughly refuted my opinion, that alone would not mean that it was utterly absurd, as you like to describe it: one can make mistakes without falling into extravagance, and not every error is an absurdity. My respect for you will prevent me from being too profuse with epithets, and it will not be my fault if the reader chooses to use them anyway.
Once again, by resorting to the practice of censoring without even listening, you move from one grave and false accusation to another that is even more so; and after having unjustly accused me of denying the evidence of God’s existence, you now accuse me even more unjustly of doubting His unity. What’s more, you go to the lengths of discussing this matter, contrary to your usual practice; and the only point in your decree where you are right is that you refute an extravagance that I have never made at all.
Here is the passage you are criticizing—or rather, your version of my passage; for it is essential that the reader see me “in your hands.”
“ I know,” he makes the supposed voice speaking through him say, “I know that the world is governed by a powerful and wise will; I see it, or rather, I sense it, and it is important for me to know this. But is this very world eternal, or was it created? Is there one single principle underlying all things? Are there two or more principles? And what is their nature? I do not know. And why should it matter to me?. I renounce these futile questions that might disturb my self-respect, but which are of no use to my actions and beyond the grasp of my reason.”
I would like to note that this is the second time you have described the Savoyard priest as a fictitious or hypothetical character. How are you informed of this, I beg you? I stated what I knew; you deny what you do not know—whom of the two is the more presumptuous? It is true that few priests believe in God, but it has not yet been proven that there isn’t a single one at all. Let me repeat your text.
What exactly does this audacious author mean by this[551]?.
To him, the unity of God seemed a futile question beyond the grasp of reason—as if the multiplicity of gods were not the greatest of absurdities! “The plurality of gods,” Tertullian declared emphatically, “is nothing but the negation of God itself.” To acknowledge one God is to admit the existence of a supreme and independent Being to which all other beings are subordinate[552]. Such an admission necessarily implies the existence of multiple gods.
But who says that there are multiple gods? Ah! My lord, if I had uttered such foolishness, you surely would not have taken the trouble to issue an edict against me.
I neither know why nor how what is exists; and many others who claim to understand it do no better than I do. Yet I see that there can only be one primary causal force, for everything seemingly contributes toward the same ends. Therefore, I acknowledge a single, supreme will that directs everything, and a single, supreme power that executes it all. I attribute this power and this will to the same being, due to their perfect harmony—which is easier to comprehend in one entity than in two—and because there must be some reason for not multiplying entities needlessly. For even what we regard as evil is not an absolute evil; far from opposing good directly, it contributes, along with good, to the universal harmony.
But the way in which things exist can be clearly distinguished under two concepts: the thing that acts, and the thing that is acted upon; even these two concepts do not come together within a single entity without some mental effort. It is hardly possible to conceive of something that acts without assuming another thing on which it acts. Moreover, it is certain that we have notions of two distinct substances: the mind and matter, that which thinks and that which is extended; and these two concepts can be clearly understood independently of each other.
There are therefore two ways of conceiving the origin of things: either in terms of two different causes—one active and the other passive, one motivating and the other being motivated, one active and the other passive, one efficient and the other instrumental; or in terms of a single cause that alone generates everything that exists and everything that happens. Each of these two views, debated by metaphysicians for centuries, has not become any more credible to human reason. Moreover, if the eternal and necessary existence of matter poses difficulties for us, its creation is no less perplexing, given that so many men and philosophers—those who have contemplated this subject throughout history—have unanimously rejected the possibility of creation, except perhaps for a very small number who seem to have genuinely submitted their reasoning to authority. Yet this sincerity is highly suspect, given the motives of their own interest, security, or desire for peace of mind; and it will always remain impossible to verify such claims, so long as there is any risk involved in speaking the truth.
Suppose there exists an eternal and unique principle underlying all things; this principle, being pure in its essence, is neither composed of matter nor spirit—it is either entirely matter or entirely spirit. Based on the arguments presented by the vicar, one can only conceive that this principle is matter; and if it were spirit, one could only conclude that it is through this spirit that matter came into existence—since such an explanation would imply the concept of creation. Yet the idea of creation, the notion that something can come into being through a mere act of will, is, among all ideas that are not clearly contradictory, the least understandable to the human mind.
Confronted on both sides by these difficulties, the good priest remains indecisive and is not troubled by any doubts that are merely speculative and have no influence whatsoever on his duties in this world. After all, what does it matter to me to understand the origin of beings, so long as I know how they exist, what role I am supposed to play, and on what grounds this obligation is imposed upon me?
But to assume the existence of two principles underlying things—an assumption which, nevertheless, the Vicar does not make—is not in itself equivalent to assuming the existence of two gods. Unless, like the Manichaeans, one also assumes that both of these principles are active: a doctrine that is absolutely contrary to that of the Vicar, who firmly maintains that there is only one primary intelligence, only one active principle—and consequently, only one God.
Applicate a questo sentimento il passo di San Paolo, e vedrete che, invece di combatterlo, esso lo favorisce; vedrete che tale passo si riferisce esclusivamente a quei presunti saggi a cui ciò che può essere conosciuto di Dio è stato rivelato, a cui la riflessione sulle cose avvenute fin dalla creazione del mondo ha reso visibile ciò che in Dio è invisibile; ma che, non essendolo lodato né ringraziato, si sono perduti nella vanità delle loro ragionamenti e così sono rimasti senza scuse, dicendosi saggi, sono diventati pazzi. La ragione per cui l’Apostolo rimprovera i filosofi di non aver lodato il vero Dio non è applicabile alla mia ipotesi; al contrario, essa costituisce una prova a mio favore e conferma ciò che ho detto io stesso: che ogni filosofo che non crede ha torto, perché utilizza male la ragione che ha coltivato, e si trova in condizioni di comprendere le verità che rifiuta; mostra infine, proprio con quel passo, che voi non mi avete affatto ascoltato; e quando mi accusate di aver detto ciò che non ho mai detto né pensato, cioè che si crede in Dio solo sull’autorità altrui[548], avete completamente torto: anzi, ho semplicemente distinto i casi in cui si può conoscere Dio da soli e quelli in cui ciò è possibile solo con l’aiuto altrui.
Del resto, anche se aveste ragione in questa critica, anche se riusciste a confutare solidamente la mia opinione, ciò non significherebbe necessariamente che essa sia assolutamente assurda, come voi preferite definirla: si può sbagliare senza cadere nell’eccesso, e non ogni errore è un’assurdità. Il mio rispetto per voi mi impedirà di essere troppo prodigo di epiteti, e non sarà certo colpa mia se il lettore decidesse di utilizzarli.
Sempre, con l’abitudine di censurare senza ascoltare, passate da un’accusa grave e falsa a un’altra ancora più grave; e dopo avermi accusato ingiustamente di negare l’evidenza della Divinità, ora mi accusate ancora più ingiustamente di aver messo in dubbio la sua unità. Fate persino di più: vi prendete la briga di discutere su questo argomento, contro la vostra abitudine; e l’unico punto del vostro mandato in cui avete ragione è proprio quello in cui confutate un’assurdità che non ho mai detto.
Ecco il passaggio che state criticando, o meglio, il vostro passaggio in cui riportate il mio; infatti è necessario che il lettore mi veda “tra le vostre mani”.
“Lo so”, fa dire al personaggio che funge da suo portavoce, “so che il mondo è governato da una volontà potente e saggia; la vedo, o meglio, la percepisco, ed è importante che io lo sappia. Ma questo stesso mondo è eterno o è stato creato? Esiste un principio unico di tutte le cose? Ne esistono due o più? E qual è la loro natura? Non lo so. E a me cosa importa? Rinuncio a domande inutili che potrebbero turbare il mio orgoglio, ma che sono prive di significato per la mia condotta e al di là della portata della mia ragione.”
Osservo, tra l’altro, che questa è la seconda volta che definite il prete savoiardo un personaggio immaginario o fittizio. Da dove derivano queste informazioni? Vi supplico di spiegarlo. Io ho affermato ciò che sapevo; voi negate ciò che non sapete: chi dei due è più temerario? È vero che ci sono pochi preti che credono in Dio, ma questo non dimostra affatto che non ne esista nessuno. Riprendo il vostro testo.
Cosa intende dunque questo audace autore[551]?.
L’unità di Dio gli sembra una questione futile e al di là della sua ragione: come se la pluralità degli dèi non fosse la più grande delle assurdità! “La pluralità degli dèi”, afferma con forza Tertulliano, “è una negazione stessa di Dio”. Ammettere l’esistenza di un Dio significa ammettere un Essere supremo e indipendente, al quale tutti gli altri esseri siano subordinati[552]. Ciò implica quindi che esistano più dèi.
Ma chi dice che ci siano più dèi? Ah! Signore, se avessi detto simili sciocchezze, sicuramente non vi sareste preso la briga di emettere un editto contro di me.
Non so né perché né come ciò che è esista; molti altri, che si vantano di saperlo, non ne sono più informati di me. Tuttavia vedo chiaramente che esiste una sola causa motrice primaria, poiché tutto concorre in modo sensibile verso gli stessi scopi. Riconosco quindi un’unica volontà suprema che dirige tutto, e un’unica forza suprema che realizza tutto. Assegno questa forza e questa volontà allo stesso essere, a causa del loro perfetto accordo, che è più facile comprendere in un essere unico che in due; inoltre, non si dovrebbero moltiplicare gli esseri senza motivo: il male stesso, infatti, non è un male assoluto, e anzi, lontano dal contrastare direttamente con il bene, contribuisce insieme ad esso all’armonia universale.
Ma ciò che costituisce le cose si distingue in modo molto chiaro in due concetti: da un lato, ciò che “fa”, cioè l’azione stessa; dall’altro, ciò che è “stato fatto”, il risultato di quell’azione. Anche questi due concetti non si uniscono in un unico essere senza uno sforzo intellettuale, e difficilmente si può concepire una cosa che agisce senza supporre l’esistenza di un’altra su cui essa agisce. Inoltre, è certo che abbiamo l’idea di due sostanze distinte: lo spirito e la materia, ciò che pensa e ciò che è esteso; e questi due concetti si possono ben concepire l’uno senza l’altro.
Esistono quindi due modi di concepire l’origine delle cose: o in due cause diverse – una vivente e l’altra morta, una motrice e l’altra passiva, una attiva e l’altra passiva, una efficiente e l’altra strumentale – oppure in una causa unica che da sé sola genera tutto ciò che esiste e tutto ciò che avviene. Ognuno di questi due punti di vista, dibattuti dai metafisici per secoli, non è diventato più credibile per la ragione umana; e se l’esistenza eterna e necessaria della materia presenta delle difficoltà per noi, anche la sua creazione non ne è priva, poiché molti uomini e filosofi, che nel corso dei tempi hanno riflettuto su questo argomento, hanno unanimemente rifiutato l’ipotesi della creazione, ad eccezione forse di un numero molto esiguo di persone che sembrano aver sinceramente sottomesso la propria ragione all’autorità altrui. Tuttavia, questa sincerità è estremamente dubbia, data dai motivi legati ai loro interessi personali, alla loro sicurezza o al loro desiderio di tranquillità; e sarà sempre impossibile verificarla, finché ci saranno rischi da correre nel dire la verità.
Supponendo che esista un principio eterno e unico delle cose, questo principio, essendo semplice nella sua essenza, non è composto da materia ed spirito, ma è soltanto materia o spirito. Sulla base delle ragioni dedotte dal viceré, si può concepire che questo principio sia materia; e se fosse spirito, si potrebbe solo pensare che attraverso di esso la materia abbia ricevuto l’esistenza; poiché ciò richiederebbe necessariamente l’idea di creazione. Ora, l’idea di creazione – quell’idea secondo cui, mediante un semplice atto di volontà, nulla diventa qualcosa – è, tra tutte le idee che non sono chiaramente contraddittorie, quella meno comprensibile per la mente umana.
Bloccato da entrambi questi ostacoli, il buon prete rimane indeciso e non si tormenta per un dubbio di pura speculazione, che in alcun modo non influisce sui suoi doveri in questo mondo; infatti, a me che importa spiegare l’origine degli esseri, purché sappia come sopravvivano, quale ruolo debba svolgere e su quali basi mi venga imposta questa obbligazione?
Ma supporre l’esistenza di due principi fondamentali delle cose – ipotesi che tuttavia il Vescovo non formula mai – non significa necessariamente supporre l’esistenza di due dèi; a meno che, come i Manichei, si ritenga che entrambi questi principi siano attivi: una dottrina assolutamente contraria a quella del Vescovo, il quale ammette in modo categorico l’esistenza di un’unica intelligenza primordiale, di un solo principio attivo, e quindi di un solo Dio.
J’avoue bien que la création du monde étant clairement énoncée dans nos traductions de la genèse, la rejeter positivement serait à cet égard rejeter l’autorité, sinon des livres sacrés, au moins des traductions qu’on nous en donne : et c’est aussi ce qui tient le vicaire dans un doute qu’il n’aurait peut-être pas sans cette autorité ; car d’ailleurs la coexistence des deux principes[554] semble expliquer mieux la constitution de l’univers, et lever des difficultés qu’on a peine à résoudre sans elle, comme entre autres celle de l’origine du mal. De plus, il faudrait entendre parfaitement l’hébreu, et même avoir été contemporain de Moïse, pour savoir certainement quel sens il a donné au mot qu’on nous rend par le mot créa. Ce terme est trop philosophique pour avoir eu dans son origine l’acception connue et populaire que nous lui donnons maintenant, sur la foi de nos docteurs. Rien n’est moins rare que des mots dont le sens change par trait de temps, et qui font attribuer aux anciens auteurs qui s’en sont servis des idées qu’ils n’ont point eues. Le mot hébreu qu’on a traduit par créer, faire quelque chose de rien, signifie faire, produire quelque chose avec magnificence. Rivet prétend même que ce mot hébreu bara, ni le mot grec qui lui répond, ni même le mot latin creare, ne peuvent se restreindre à cette signification particulière de produire quelque chose de rien : il est si certain du moins que le mot latin se prend dans un autre sens, que Lucrèce, qui nie formellement la possibilité de toute création, ne laisse pas d’employer souvent le même terme pour exprimer la formation de l’univers et de ses parties. Enfin, M. de Beausobre[555] a prouvé que la notion de la création ne se trouve point dans l’ancienne théologie judaïque ; et vous êtes trop instruit, monseigneur, pour ignorer que beaucoup d’hommes, pleins de respect pour nos livres sacrés, n’ont cependant point reconnu dans le récit de Moïse l’absolue création de l’univers. Ainsi le vicaire, à qui le despotisme des théologiens n’en impose pas, peut très bien, sans en être moins orthodoxe, douter s’il y a deux principes éternels des choses, ou s’il n’y en a qu’un. C’est un débat purement grammatical ou philosophique où la révélation n’entre pour rien.
Quoi qu’il en soit, ce n’est pas de cela qu’il s’agit entre nous et, sans soutenir les sentiments du vicaire, je n’ai rien à faire ici qu’à montrer vos torts.
Or vous avez tort d’avancer que l’unité de Dieu me paraît une question oiseuse et supérieure à la raison, puisque, dans l’écrit que vous censurez, cette unité est établie et soutenue par le raisonnement : et vous avez tort de vous étayer d’un passage de Tertullien pour conclure contre moi qu’il implique qu’il y ait plusieurs dieux ; car, sans avoir besoin de Tertullien, je conclus aussi de mon côté qu’il implique qu’il y ait plusieurs dieux.
Vous avez tort de me qualifier pour cela, d’auteur téméraire, puisqu’où il n’y a point d’assertion il n’y a point de témérité. On ne peut concevoir qu’un auteur soit un téméraire, uniquement pour être moins hardi que vous.
Enfin vous avez tort de croire avoir bien justifié les dogmes particuliers qui donnent à Dieu les passions humaines et qui, loin d’éclaircir les notions du grand Être les embrouillent et les avilissent, en m’accusant faussement d’embrouiller et d’avilir moi-même ces notions, d’attaquer directement l’essence divine, que je n’ai point attaquée, et de révoquer en doute son unité, que je n’ai point révoquée en doute. Si je l’avais fait, que s’ensuivrait-il ? Récriminer n’est pas se justifier : mais celui qui, pour toute défense, ne sait que récriminer à faux, a bien l’air d’être seul coupable.
La contradiction que vous me reprochez dans le même lieu est tout aussi bien fondée que la précédente accusation. Il ne sait, dites-vous, quelle est la nature de Dieu, et bientôt après il reconnaît que cet Être suprême est doué d’intelligence, de puissance, de volonté et de bonté : n’est-ce pas là avoir une idée de la nature divine ?
Voici, monseigneur, là-dessus ce que j’ai à vous dire :
« Dieu est intelligent ; mais comment l’est-il ? L’homme est intelligent quand il raisonne, et la suprême intelligence n’a pas besoin de raisonner ; il n’y a pour elle ni prémisses, ni conséquences, il n’y a pas même de proposition ; elle est purement intuitive, elle voit également tout ce qui est et tout ce qui peut être ; toutes les vérités ne sont pour elle qu’une seule idée, comme tous les lieux un seul point et tous les temps un seul moment. La puissance humaine agit par des moyens ; la puissance divine agit par elle-même : Dieu peut parce qu’il veut, sa volonté fait son pouvoir. Dieu est bon, rien n’est plus manifeste ; mais la bonté dans l’homme est l’amour de ses semblables, et la bonté de Dieu est l’amour de l’ordre ; car c’est par l’ordre qu’il maintient ce qui existe, et lie chaque partie avec le tout. Dieu est juste, j’en suis convaincu, c’est une suite de sa bonté ; l’injustice des hommes est leur œuvre, et non pas la sienne ; le désordre moral, qui dépose contre la Providence aux yeux des philosophes, ne fait que la démontrer aux miens. Mais la justice de l’homme est de rendre à chacun ce qui lui appartient ; et la justice de Dieu, de demander compte à chacun de ce qu’il lui a donné.
« Que si je viens à découvrir successivement ces attributs dont je n’ai nulle idée absolue, c’est par des conséquences forcées, c’est par le bon usage de ma raison : mais je les affirme sans les comprendre, et dans le fond c’est n’affirmer rien. J’ai beau me dire, Dieu est ainsi ; je le sens, je me le prouve : je n’en conçois pas mieux comment Dieu peut être ainsi.
« Enfin, plus je m’efforce de contempler son essence infinie, moins je la conçois : mais elle est, cela me suffit ; moins je la conçois, plus je l’adore. Je m’humilie et lui dis : Être des êtres je suis parce que tu es ; c’est m’élever à ma source que de te méditer sans cesse ; le plus digne usage de ma raison est de s’anéantir devant toi ; c’est mon ravissement d’esprit, c’est le charme de ma faiblesse de me sentir accablé de ta grandeur. »
Voilà ma réponse, et je la crois péremptoire. Faut-il vous dire à présent où je l’ai prise ? je l’ai tirée mot à mot de l’endroit même que vous accusez de contradiction. Vous en usez comme tous mes adversaires, qui, pour me réfuter, ne font qu’écrire les objections que je me suis faites et supprimer mes solutions. La réponse est déjà toute prête ; c’est l’ouvrage qu’ils ont réfuté.
Nous avançons, monseigneur, vers les discussions les plus importantes.
Après avoir attaqué mon système et mon livre, vous attaquez aussi ma religion ; et parce que le vicaire catholique fait des objections contre son Église, vous cherchez à me faire passer pour ennemi de la mienne : comme si proposer des difficultés sur un sentiment, c’était y renoncer ; comme si toute connaissance humaine n’avait pas les siennes ; comme si la géométrie elle-même n’en avait pas, ou que les géomètres se fissent une loi de les taire, pour ne pas nuire à la certitude de leur art !
La réponse que j’ai d’avance à vous faire est de vous déclarer, avec ma franchise ordinaire, mes sentiments en matière de religion, tels que je les ai professés dans tous mes écrits, et tels qu’ils ont toujours été dans ma bouche et dans mon cœur. Je vous dirai de plus pourquoi j’ai publié la Profession de foi du vicaire ; et pourquoi, malgré tant de clameurs, je la tiendrai toujours pour l’écrit le meilleur et le plus utile dans le siècle où je l’ai publiée. Les bûchers ni les décrets ne me feront point changer de langage ; les théologiens, en m’ordonnant d’être humble, ne me feront point être faux ; et les philosophes, en me taxant d’hypocrisie, ne me feront point professer l’incrédulité. Je dirai ma religion ; parce que j’en ai une ; et je la dirai hautement, parce que j’ai le courage de la dire, et qu’il serait à désirer, pour le bien des hommes, que ce fût celle du genre humain.
I must admit that since the creation of the world is clearly stated in our translations of the Genesis, to reject this notion would be tantamount to rejecting the authority of those sacred texts—or at least the translations we have been given of them. It is also precisely this authority that keeps the vicar in doubt; without it, he might not hesitate to accept certain theories. Indeed, the coexistence of these two principles seems to provide a better explanation for the origin of the universe and resolves many difficulties that would otherwise remain insoluble—such as the question of the origin of evil. Moreover, one would need to have a perfect knowledge of Hebrew, or even have lived contemporaneously with Moses, in order to understand precisely what meaning he gave to the term used in the Bible. This term is far too philosophical to have had the common and familiar meaning we assign it today, based on the interpretations of our theologians. It is hardly uncommon for words to change meaning over time, leading us to attribute ideas to ancient authors who may not have actually held them. The Hebrew word translated as “create” actually means “to bring something into existence with great effort or splendor.” Some scholars even argue that neither the corresponding Greek nor Latin terms can be limited to this specific meaning of “producing something out of nothing.” Indeed, the Latin term is often used in other contexts; even Lucretius, who explicitly denied the possibility of creation, frequently used the same word to describe the formation of the universe and its components. Finally, M. de Beausobre has demonstrated that the concept of creation is not found in ancient Jewish theology. And you are too well-informed, my lord, to ignore the fact that many people, despite their reverence for our sacred texts, do not acknowledge the idea of a complete creation of the universe as described in the account of Moses. Thus, the vicar, who is not bound by the dogmas of theologians, can quite reasonably doubt whether there are two eternal principles at work in the world—or whether there is only one. This is a purely grammatical or philosophical debate in which revelation plays no role whatsoever.
In any case, that is not what is at issue between us. And without endorsing the feelings of the vicar, my role here is merely to point out your faults.
Or you are wrong in claiming that the unity of God seems to me to be a trivial matter that transcends reason; for in the writings that you censure, this unity is established and supported by reasoning itself. Moreover, you are wrong in relying on a passage from Tertullian to conclude against me that it implies the existence of multiple gods; for, without needing Tertullian at all, I could also arrive at the same conclusion on my own.
You are wrong to call me a presumptuous author for this; for where there is no assertion at all, there can be no presumption. One cannot possibly consider an author to be presumptuous merely because they are less bold than you.
Ultimately, you are mistaken in believing that you have successfully justified those particular dogmas that attribute human passions to God. These dogmas, far from clarifying the concept of the Supreme Being, actually confuse and degrade it. By falsely accusing me of doing the same, you are attacking the very essence of divinity—something I have never done—and questioning its unity, which I have likewise never questioned. If I had done so, what would be the consequence? To hurl accusations is not to provide justification; yet those who resort to false accusations in defense surely seem to be the sole culprits.
The contradiction you point out to me in the same passage is just as well-founded as the previous accusation. You say that he does not know what the nature of God is; yet shortly afterwards, he acknowledges that this supreme being possesses intelligence, power, will, and goodness—doesn’t that constitute having some understanding of the divine nature?
Here, my lord, is what I have to say on this matter:
“God is intelligent; but how is he intelligent? Man is intelligent when he reasons, but supreme intelligence does not need to reason at all; for it there are no premises, no consequences, not even any propositions. It is purely intuitive—it sees everything that is and everything that could be. To it, all truths are but a single idea, just as all places are but a single point and all times but a single moment. Human power acts through means; divine power acts in itself. God can do anything because he wills—it is his will that constitutes his power. God is good; nothing could be more evident than that. But human goodness consists in loving one’s fellow beings, while God’s goodness lies in loving order. For it is through order that he maintains what exists and binds every part to the whole. I am convinced that God is just—it is a consequence of his goodness. The injustice of men is their own doing, not his. The moral disorder that philosophers use to challenge Providence only serves to prove it to me. But human justice consists in giving each person what belongs to them; while God’s justice consists in holding each person accountable for what he has been given.”
“Even if I were to discover these attributes one after another, of which I have no absolute understanding at all, it would be through inevitable consequences, through the proper use of my reason. Yet I affirm them without truly understanding them, and in essence, that means affirming nothing at all. No matter how much I tell myself that God is thus, no matter how much I feel it and prove it to myself, I still cannot comprehend any better how God can be in such a way.”
“Indeed, the more I strive to comprehend its infinite essence, the less I seem to grasp it; but it exists—and that is enough for me. The less I understand it, the more I adore it. I humble myself and say to it: ‘I am what I am because you exist; to meditate on you endlessly is to ascend toward my true source. The most noble use of my reason is to vanish in the face of your greatness; it is my spiritual exultation, it is the charm of my weakness—to feel overwhelmed by your magnificence.’”
Here is my answer, and I believe it to be definitive. Must I now tell you where I derived it? I took it word for word from precisely the very source you accuse of containing contradictions. You use it in the same way as all my opponents do—those who, in order to refute me, simply write down the objections I have raised myself and then eliminate my own solutions. The answer is already ready; it is the very work they have refuted.
We are moving forward, my lord, towards the most important discussions.
After attacking my system and my book, you now attack my religion as well; and because the Catholic vicar raises objections against his own Church, you try to make me appear as an enemy of mine: as if raising doubts about a belief were tantamount to giving up on it; as if all human knowledge did not possess its own limitations; as if geometry itself had no such limitations, or as if mathematicians would deliberately refrain from expressing them in order not to undermine the certainty of their discipline!
The reply I have ready for you is to declare to you, in all my usual frankness, my feelings regarding religion—as those I have expressed in all my writings, and as they have always been in my words and in my heart. I will also tell you why I published the “Vicar’s Profession of Faith”; and why, despite so much opposition, I continue to regard it as the best and most useful work written in the century in which it was published. Neither gibbets nor decrees will make me change my words; theologians who order me to be humble will not make me lie; and philosophers who accuse me of hypocrisy will not prevent me from professing my faith. I will declare my religion—because I indeed have one—and I will declare it openly, because I have the courage to do so. Moreover, for the good of mankind, it would be desirable if everyone professed the same religion.
Devo ammettere che, poiché la creazione del mondo è chiaramente descritta nelle nostre traduzioni della Genesi, rifiutarla apertamente significherebbe in questo senso rinnegare l’autorità, se non dei libri sacri, almeno delle traduzioni che ci vengono fornite; ed è proprio questo che induce il vescovo a nutrire dubbi che forse non avrebbe senza tale autorità, poiché la coesistenza dei due principi sembra spiegare meglio la formazione dell’universo e risolvere difficoltà che altrimenti sarebbero arduamente comprensibili, come ad esempio quella sull’origine del male. Inoltre, per comprendere con certezza il significato della parola “creare”, bisognerebbe conoscere perfettamente l’ebraico e addirittura essere stati contemporanei di Mosè. Questo termine è troppo filosofico per aver avuto all’origine il significato comune che oggi gli attribuiamo, sulla base delle interpretazioni dei nostri dottori. Non è affatto raro che il significato delle parole cambi nel corso del tempo, facendo attribuire agli autori antichi idee che in realtà non possedevano. La parola ebraica tradotta con “creare” significa letteralmente “fare qualcosa dal nulla”, ma in realtà indica l’atto di creare qualcosa con magnificenza. Anche Rivet sostiene che questa parola ebraica, così come il termine greco e quello latino corrispondenti, non possano essere limitati a questo significato specifico; è certo infatti che il termine latino viene utilizzato anche in altri contesti. Lucrizio, ad esempio, pur negando formalmente la possibilità di una vera creazione, usa spesso lo stesso termine per descrivere la formazione dell’universo e delle sue parti. Infine, M. de Beausobre ha dimostrato che il concetto di creazione non si trova nella teologia ebraica antica; ed è ovvio, monsignore, che molte persone, pur rispettando i nostri libri sacri, non hanno riconosciuto nel racconto di Mosè un’idea di creazione assoluta dell’universo. Pertanto, il vescovo, libero dal dominio dei teologi, può tranquillamente dubitare se esistano due principi eterni delle cose o se ne esista soltanto uno: si tratta di un dibattito puramente grammaticale o filosofico, nel quale la rivelazione non ha alcun ruolo.
In ogni caso, non è di questo che si tratta tra noi; e senza sostenere i sentimenti del vicario, non ho altro da fare qui se non evidenziare i vostri errori.
Ovviamente avete torto quando affermate che l’unità di Dio sia una questione futile e al di sopra della ragione; infatti, nel testo che voi stesso censurate, questa unità viene dimostrata e sostenuta appunto attraverso il ragionamento. Inoltre, avete torto anche quando vi basate su un passaggio di Tertulliano per concludere contro di me che esso implichi l’esistenza di più dèi; perché, senza aver bisogno di Tertulliano, anch’io arrivo alla stessa conclusione.
Avete torto a definirmi, per questo motivo, un autore temerario: infatti, dove non c’è alcuna affermazione, non può esserci nemmeno temerarietà. Non si può considerare un autore temerario semplicemente perché è meno audace di voi.
Infine, avete tort nel credere di aver giustificato adeguatamente quei dogmi che attribuiscono a Dio le passioni umane; tali dogmi, invece di chiarire le nozioni relative all’Essere Supremo, le confondono e le degradano. Incolpandomi falsamente di confondere e degradare anch’io queste nozioni, attaccate direttamente l’essenza divina – che io non ho mai attaccato – e mettete in dubbio la sua unità, che io non ho mai messo in discussione. Se l’avessi fatto, cosa ne sarebbe risultato? Accusare gli altri non significa giustificarsi; ma colui che, per difendersi, sa soltanto accusare falsamente, sembra davvero essere l’unico colpevole.
La contraddizione che mi rimproverate nello stesso passaggio è altrettanto fondata quanto l’accusa precedente. Dite che non sa quale sia la natura di Dio, e poco dopo ammettete che quest’Essere supremo possiede intelligenza, potenza, volontà e bontà: non è forse questo avere un’idea della natura divina?
Ecco, mio signore, ciò che ho da dirvi in merito.
“Dio è intelligente; ma in che modo lo è? L’uomo è intelligente quando ragiona, mentre l’intelligenza suprema non ha bisogno di ragionare: per essa non esistono premesse né conseguenze, nemmeno proposizioni; è puramente intuitiva, e vede contemporaneamente tutto ciò che è e tutto ciò che può essere. Tutte le verità, per lei, non sono altro che un’unica idea, così come tutti i luoghi non sono altro che un unico punto e tutti i tempi un unico momento. Il potere umano agisce attraverso mezzi; il potere divino agisce di per sé: Dio può perché vuole, e la sua volontà è il suo stesso potere. Dio è buono; nulla è più evidente di questo. Ma la bontà nell’uomo consiste nell’amore verso i propri simili, mentre la bontà di Dio consiste nell’amore per l’ordine: infatti è attraverso l’ordine che mantiene ciò che esiste e collega ogni parte al tutto. Sono convinto che Dio sia giusto; questa è una conseguenza della sua bontà. L’ingiustizia degli uomini, invece, è opera loro, non di Lui. Il disordine morale, che per i filosofi sembra contraddire la Provvidenza, in realtà ne costituisce la dimostrazione ai miei occhi. Ma la giustizia umana consiste nel restituire a ciascuno ciò che gli appartiene; mentre la giustizia di Dio consiste nel chiedere conto a ciascuno di ciò che Gli è stato dato.”
“Se dovesse scoprire successivamente questi attributi di cui non ho alcuna idea precisa, lo farei attraverso delle conseguenze inevitabili, grazie al corretto uso della mia ragione; ma li affermo senza comprenderli veramente, e in fondo questo significa non affermare nulla. Potrei anche dirmi che Dio è così; lo percepisco, me lo dimostro, ma non riesco comunque a comprendere meglio come Dio possa essere davvero così.”
“Infine, più mi sforzo di contemplare la sua essenza infinita, meno riesco a comprenderla; ma esiste, e questo mi basta; meno la comprendo, più la amo. Mi umilio e le dico: ‘Sono un essere perché tu esisti’; meditare su di te senza sosta significa elevarmi alla mia fonte; l’uso più degno della mia ragione è annientarsi davanti a te; il mio estasiamento, la magia della mia debolezza consistono nel sentirmi sopraffatto dalla tua grandezza.”
Ecco la mia risposta, e la ritengo definitiva. Devo forse dirvi ora da dove l’ho tratta? L’ho ricavata, parola per parola, proprio dal luogo che voi stesso accusate di contraddizione. Voi la utilizzate, come fanno tutti i miei avversari: per confutarmi, non fanno altro che scrivere le obiezioni che mi sono posto io stesso e eliminare le mie soluzioni. La risposta è già pronta, ed è proprio l’opera che loro stessi hanno confutato.
Stiamo avanzando, signore, verso le discussioni più importanti.
Dopo aver attaccato il mio sistema e il mio libro, ora attaccate anche la mia religione; e perché il vescovo cattolico solleva obiezioni contro la sua Chiesa, cercate di far credere che io sia nemico della mia: come se sollevare dubbi su un concetto significasse rinunciarvi; come se ogni conoscenza umana non avesse i suoi limiti; come se anche la geometria stessa non ne avesse, o come se i geometri si imponessero il divieto di esprimerla per non compromettere la certezza della loro disciplina!
La risposta che vi do in anticipo è di dichiararvi, con la mia solita franchezza, i miei sentimenti in materia di religione, così come li ho sempre espressi in tutti i miei scritti, e così come sono sempre stati nel mio cuore. Vi spiegherò anche perché ho pubblicato la “Professione di fede” del vescovo; e perché, nonostante tante critiche, continuerò a considerarla il testo migliore e più utile del secolo in cui è stato pubblicato. Né i roghi né i decreti mi faranno cambiare opinione; i teologi, ordinandomi di essere umile, non mi faranno mentire; e i filosofi, accusandomi di ipocrisia, non mi faranno abbracciare l’ateismo. Dirò la mia religione, perché ne ho una; e la dirò apertamente, perché ho il coraggio di farlo, e perché sarebbe auspicabile, per il bene dell’umanità, che questa fosse proprio quella del genere umano.
Monseigneur, je suis chrétien, et sincèrement chrétien, selon la doctrine de l’Évangile. Je suis chrétien, non comme un disciple des prêtres, mais comme un disciple de Jésus-Christ. Mon maître a peu subtilisé sur le dogme et beaucoup insisté sur les devoirs : il prescrivait moins d’articles de foi que de bonnes œuvres ; il n’ordonnait de croire que ce qui était nécessaire pour être bon ; quand il résumait la loi et les prophètes, c’était bien plus dans des actes de vertu que dans des formules de croyance[556] ; et il m’a dit par lui-même et par ses apôtres que celui qui aime son frère a accompli la loi[557].
Moi, de mon côté, très convaincu des vérités essentielles au christianisme, lesquelles servent de fondement à toute bonne morale, cherchant au surplus à nourrir mon cœur de l’esprit de l’Évangile, sans tourmenter ma raison de ce qui m’y paraît obscur ; enfin, persuadé que quiconque aime Dieu par-dessus toute chose et son prochain comme soi-même est un vrai chrétien, je m’efforce de l’être, laissant à part toutes ces subtilités de doctrine, tous ces importants galimatias dont les pharisiens embrouillent nos devoirs et offusquent notre foi, et mettant avec saint Paul la foi même au-dessous de la charité[558].
Heureux d’être né dans la religion la plus raisonnable et la plus sainte qui soit sur la terre, je reste inviolablement attaché au culte de mes pères : comme eux je prends l’Écriture et la raison pour les uniques règles de ma croyance ; comme eux je récuse l’autorité des hommes, et n’entends me soumettre à leurs formules qu’autant que j’en aperçois la vérité ; comme eux je me réunis de cœur avec les vrais serviteurs de Jésus-Christ et les vrais adorateurs de Dieu, pour lui offrir dans la communion des fidèles des hommages de son Église. Il m’est consolant et doux d’être compté parmi ses membres, de participer au culte public qu’ils rendent à la Divinité, et de me dire, au milieu d’eux : Je suis avec mes frères.
Pénétré de reconnaissance pour le digne pasteur qui, résistant au torrent de l’exemple, et jugeant dans la vérité, n’a point exclu de l’Église un défenseur de la cause de Dieu, je conserverai toute ma vie un tendre souvenir de sa charité vraiment chrétienne. Je me ferai toujours une gloire d’être compté dans son troupeau, et j’espère n’en point scandaliser les membres ni par mes sentiments ni par ma conduite. Mais lorsque d’injustes prêtres, s’arrogeant des droits qu’ils n’ont pas, voudront se faire les arbitres de ma croyance, et viendront me dire arrogamment : Rétractez-vous, déguisez-vous, expliquez ceci, désavouez cela ; leurs hauteurs ne m’en imposeront point ; ils ne me feront point mentir pour être orthodoxe, ni dire pour leur plaire ce que je ne pense pas. Que si ma véracité les offense, et qu’ils veuillent me retrancher de l’Église, je craindrai peu cette menace, dont l’exécution n’est pas en leur pouvoir. Ils ne m’empêcheront pas d’être uni de cœur avec les fidèles ; ils ne m’ôteront pas du rang des élus si j’y suis inscrit. Ils peuvent m’en ôter les consolations dans cette vie, mais non l’espoir dans celle qui doit la suivre ; et c’est là que mon vœu le plus ardent et le plus sincère est d’avoir Jésus-Christ même pour arbitre et pour juge entre eux et moi.
Tels sont, monseigneur, mes vrais sentiments, que je ne donne pour règle à personne, mais que je déclare être les miens, et qui resteront tels tant qu’il plaira, non aux hommes, mais à Dieu, seul maître de changer mon cœur et ma raison ; car aussi longtemps que je serai ce que je suis et que je penserai comme je pense je parlerai comme je parle : bien différent, je l’avoue, de vos chrétiens en effigie toujours prêts à croire ce qu’il faut croire, ou à dire ce qu’il faut dire, pour leur intérêt ou pour leur repos, et toujours sûrs d’être assez bons chrétiens, pourvu qu’on ne brûle pas leurs livres et qu’ils ne soient pas décrétés. Ils vivent en gens persuadés que non seulement il faut confesser tel et tel article, mais que cela suffit pour aller en paradis : et moi je pense, au contraire, que l’essentiel de la religion consiste en pratique ; que non seulement il faut être homme de bien, miséricordieux, humain, charitable, mais que quiconque est vraiment tel en croit assez pour être sauvé. J’avoue, au reste, que leur doctrine est plus commode que la mienne, et qu’il en coûte bien moins de se mettre au nombre des fidèles par des opinions que par des vertus.
Que si j’ai dû garder ces sentiments pour moi seul, comme ils ne cessent de le dire ; si, lorsque j’ai eu le courage de les publier et de me nommer, j’ai attaqué les lois et troublé l’ordre public ; c’est ce que j’examinerai tout à l’heure. Mais qu’il me soit permis auparavant de vous supplier, monseigneur, vous et tous ceux qui liront cet écrit, d’ajouter quelque foi aux déclarations d’un ami de la vérité, et de ne pas imiter ceux qui, sans preuve, sans vraisemblance, et sur le seul témoignage de leur propre cœur, m’accusent d’athéisme et d’irréligion contre des protestations si positives, et que rien de ma part n’a jamais démenties. Je n’ai pas trop, ce me semble, l’air d’un homme qui se déguise, et il n’est pas aisé de voir quel intérêt j’aurais à me déguiser ainsi. L’on doit présumer que celui qui s’exprime si librement sur ce qu’il ne croit pas est sincère en ce qu’il doit croire et quand ses discours, sa conduite et ses écrits sont toujours d’accord sur ce point, quiconque ose affirmer qu’il ment et n’est pas un dieu, ment infailliblement lui-même.
Je n’ai pas toujours eu le bonheur de vivre seul ; j’ai fréquenté des hommes de toute espèce ; j’ai vu des gens de tous les partis, des croyants de toutes les sectes, des esprits forts de tous les systèmes : j’ai vu des grands, des petits, des libertins, des philosophes : j’ai eu des amis sûrs et d’autres qui l’étaient moins : j’ai été environné d’espions, de malveillants, et le monde est plein de gens qui me haïssent à cause du mal qu’ils m’ont fait. Je les adjure tous, quels qu’ils puissent être, de déclarer au public ce qu’ils savent de ma croyance en matière de religion ; si dans le commerce le plus suivi, si dans la plus étroite familiarité, si dans la gaieté des repas, si dans les confidences du tête-à-tête, ils m’ont jamais trouvé différent de moi-même ; si, lorsqu’ils ont voulu disputer ou plaisanter, leurs arguments ou leurs railleries m’ont un moment ébranlé ; s’ils m’ont surpris à varier dans mes sentiments : si dans le secret de mon cœur ils en ont pénétré que je cachais au public ; si, dans quelque temps que ce soit, ils ont trouvé en moi une ombre de fausseté ou d’hypocrisie : qu’ils le disent, qu’ils révèle tout, qu’ils me dévoilent ; j’y consens, je les en prie, je les dispense du secret de l’amitié ; qu’ils disent hautement, non ce qu’ils voudraient que je fusse, mais ce qu’ils savent que je suis ; qu’ils me jugent selon leur conscience : je leur confie mon honneur sans crainte, et je promets de ne les point récuser.
Que ceux qui m’accusent d’être sans religion, parce qu’ils ne conçoivent pas qu’on en puisse avoir une, s’accordent au moins s’ils peuvent entre eux. Les uns ne trouvent dans mes livres qu’un système d’athéisme ; les autres disent que je rends gloire à Dieu dans mes livres sans y croire au fond de mon cœur. Ils taxent mes écrits d’impiété, et mes sentiments d’hypocrisie. Mais si je prêche en public l’athéisme, je ne suis donc pas un hypocrite ; et si j’affecte une foi que je n’ai point, je n’enseigne donc pas l’impiété. En entassant des imputations contradictoires, la calomnie se découvre elle-même : mais la malignité est aveugle ; et la passion ne raisonne pas.
My Lord, I am a Christian, and a sincere Christian, according to the doctrine of the Gospel. I am a Christian not as a disciple of priests, but as a disciple of Jesus Christ. My master paid little attention to dogma and placed great emphasis on duties; he prescribed fewer articles of faith than good deeds; he commanded us to believe only what was necessary for being good; when summarizing the Law and the Prophets, he did so more in terms of acts of virtue than in formulas of belief[556]; and he himself, as well as his apostles, told me that whoever loves his brother has fulfilled the law[557].
For my part, being thoroughly convinced of the essential truths of Christianity—those which form the foundation of any good morality—I endeavor to nourish my heart with the spirit of the Gospel, without allowing what seems obscure to me to torment my reason. Moreover, believing that anyone who loves God above all else and loves their neighbor as themselves is a true Christian, I strive to live up to this standard, setting aside all those subtle theological distinctions and meaningless complexities that Pharisees use to confuse our duties and obscure our faith. Just as Saint Paul did, I place faith itself beneath charity[558].
Happy to have been born into the most rational and sacred religion on earth, I remain steadfastly attached to the worship of my ancestors. Just as they did, I take the Scriptures and reason as the sole guidelines for my faith; just as they did, I reject the authority of men and am willing to submit to their teachings only if I perceive truth in them; just as they did, I join heart with the true servants of Jesus Christ and the true worshippers of God, to offer him the prayers and sacrifices of his Church in community with all believers. It brings me comfort and joy to be considered one of its members, to participate in the public worship they render to the Divine, and to say to myself, among them: I am with my brothers.
Filled with gratitude for that worthy pastor who, resisting the pressures of example and judging in accordance with truth, did not exclude from the Church a defender of God’s cause, I shall cherish for all my life the tender memory of his truly Christian charity. I will always take pride in being counted among his flock, and I hope to neither scandalize its members nor betray their faith through my feelings or behavior. But when unjust priests, claiming rights they do not possess, attempt to dictate my beliefs and arrogantly demand that I renounce certain things or affirm others, their arrogance shall not prevail over me. They will not make me lie in order to be considered orthodox, nor will I say anything merely to please them—whether I truly believe it or not. If my honesty offends them and they wish to expel me from the Church, I fear little such a threat, for they do not have the power to carry it out. They cannot prevent me from being united in spirit with the faithful; nor can they remove me from the ranks of those chosen by God if I truly belong there. They may take away the comforts of this life from me, but they cannot strip me of the hope for the life that follows. And it is in that life that my most fervent and sincere desire is to have Jesus Christ himself as my arbiter and judge between them and me.
These are, my lord, my true sentiments. I do not impose them upon anyone as rules to follow, but declare them to be mine own. They shall remain unchanged so long as it pleases not man, but God alone—the sole authority capable of altering my heart and my reason. For as long as I am what I am and think as I think, I will speak as I speak. Admittedly, this is quite different from your Christians, who are always ready to believe what is required of them or to say what is necessary for their own advantage or peace of mind, certain that they are good Christians so long as their books are not burned and they are not condemned. They live in the conviction that merely professing certain doctrines is enough to ensure entry into heaven. But I believe, on the contrary, that the essence of religion lies in practice—not only must one be a good person, merciful, kind, and charitable, but anyone who truly possesses these qualities believes sufficiently to be saved. I must also admit that their doctrine is more convenient than mine; it costs far less to join their ranks through opinions than through virtue.
Even if I had been forced to keep these sentiments to myself, as they constantly claim; even if, when I mustered the courage to express them and reveal my identity, I offended the laws and disturbed public order—this is what I will examine shortly. But before that, permit me to implore you, my lord, and all those who will read these words, to lend some credence to the declarations of a friend of truth, and not to follow in the footsteps of those who, without any evidence or reason, and based solely on the testimony of their own hearts, accuse me of atheism and irreligion—when my own statements have never been refuted in the slightest. I do not, in my opinion, bear the appearance of a man who is deceiving others; moreover, it would be difficult to see what advantage I could gain from such deception. One must assume that those who speak so freely about what they do not believe are sincere regarding what they must believe. And when their words, actions, and writings are consistently consistent on this point, anyone who dares to claim that they are lying and are not a god is, in turn, surely lying themselves.
I have not always been fortunate enough to live alone; I have associated with men of all kinds; I have met people from every political party, believers from all sects, and individuals adhering to various systems of thought: I have seen the great as well as the small, libertines as well as philosophers; I have had both reliable friends and those who were less so; I have been surrounded by spies and malcontents, and the world is full of people who hate me because of the harm they have done me. I urge them all, regardless of who they are, to declare to the public what they know about my religious beliefs. If, in the most ordinary interactions, in the closest friendships, during cheerful meals, or in private confidences, they have ever noticed any difference in my behavior; if their arguments or jokes have ever managed to shake me for a moment; if they have ever observed any inconsistency in my feelings; if they have discovered anything in my heart that I hide from the public; if at any time they have found even the slightest trace of falsehood or hypocrisy in me—let them say it, let them reveal everything, let them expose me. I consent to it; I beg them to do so, for I release them from the secrecy of friendship. Let them speak openly, not what they would like me to be, but what they know I am. Let them judge me according to their conscience: I entrust my honor to them without fear, and I promise not to refute their accusations.
Those who accuse me of being without religion—because they cannot conceive that it is possible to have one—should at least agree with each other on this point. Some see in my books nothing but a system of atheism; others claim that I praise God in my writings, even though I do not believe in him in my heart. They label my writings impious and my sentiments hypocritical. But if I preach atheism in public, then I am not a hypocrite; and if I pretend to have faith when I do not, then I am certainly not teaching impiedad. By throwing out contradictory accusations, slander reveals itself; but malice is blind, and passion does not reason.
Signore, sono cristiano, e sinceramente cristiano, secondo la dottrina dell’Evangelo. Sono cristiano non come discepolo dei sacerdoti, ma come discepolo di Gesù Cristo. Il mio maestro non si soffermava molto sui dogmi, ma insisteva molto sui doveri: prescriveva meno articoli di fede che buone opere; ordinava di credere soltanto in ciò che era necessario per essere buoni; quando riassumeva la legge e i profeti, lo faceva soprattutto attraverso esempi di virtù piuttosto che formule di credenza[556]; e mi ha detto lui stesso, così come i suoi apostoli, che colui che ama il suo fratello ha compiuto la legge[557].
Io, da parte mia, estremamente convinto delle verità essenziali al cristianesimo, che costituiscono il fondamento di ogni buona morale, e desideroso inoltre di nutrire il mio cuore dello spirito dell’Evangelo, senza tormentare la mia ragione con ciò che mi sembra oscuro; infine, persuaso che chiunque ami Dio sopra ogni cosa e il proprio prossimo come se fosse sé stesso sia un vero cristiano, mi sforzo di esserlo anch’io, mettendo da parte tutte queste sottigliezze dottrinali, tutti questi importanti dibattiti teologici con cui i farisei confondono i nostri doveri e offuscano la nostra fede, e seguendo l’esempio di San Paolo, che pone addirittura la fede al di sotto della carità[558].
Felice di essere nato nella religione più ragionevole e più sacra che esista sulla terra, rimango fedele al culto dei miei antenati: come loro, considero la Scrittura e la ragione le uniche regole della mia fede; come loro, rifiuto l’autorità degli uomini e non intendo sottomettermi alle loro formule se non ne percepisco la verità; come loro, mi unisco con tutto il cuore ai veri servitori di Gesù Cristo e ai veri adoratori di Dio, per offrire alla Divinità, nella comunione dei fedeli, gli omaggi della sua Chiesa. È per me una consolazione e una gioia essere considerato uno dei suoi membri, partecipare al culto pubblico che rendono alla Divinità, e poter dire, in mezzo a loro: “Sono con i miei fratelli”.
Rispetto profondamente quel nobile pastore che, resistendo al flusso degli esempi negativi e giudicando secondo la verità, non ha escluso dall’Chiesa alcun difensore della causa di Dio. Conserverò per tutta la vita un tenero ricordo della sua carità davvero cristiana. Mi farò sempre onore di essere considerato parte del suo gregge e spero di non scandalizzare mai i suoi membri, né con i miei sentimenti né con il mio comportamento. Tuttavia, quando preti ingiusti, arrogandosi diritti che non possiedono, vorranno imporsi come arbitri della mia fede e mi diranno con prepotenza: “Ritiratevi, nascondetevi, spiegate questo, negate quello”. La loro presunzione non mi intimidirà; non mi faranno mentire per essere considerato ortodosso, né dire ciò che non penso per compiacerli. Se la mia verità li offende e vogliono escludermi dall’Chiesa, non temerò questa minaccia, poiché la sua attuazione non è in loro potere. Non mi impediranno di essere unito nel cuore ai fedeli; non mi toglieranno il posto tra gli eletti, se vi sono incluso. Possono privarmi delle consolazioni di questa vita, ma non della speranza in quella che seguirà; ed è proprio lì che il mio desiderio più ardente e sincero è quello di avere Gesù Cristo stesso come arbitro e giudice tra loro e me.
Ecco, signore, i miei veri sentimenti: non li impongo a nessuno, ma li dichiaro come miei, e rimarranno tali finché piacerà a Dio, l’unico padrone in grado di cambiare il mio cuore e la mia ragione; perché finché sarò ciò che sono e penserò come penso, parlerò come parlo. Ammetto che sono molto diverso dai vostri cristiani, sempre pronti a credere ciò che è necessario credere o a dire ciò che è necessario dire, per il loro interesse o per il loro riposo, e sempre certi di essere abbastanza buoni cristiani, purché non brucino i loro libri e non vengano condannati. Vivono convinti che non solo sia necessario confessare determinate dottrine, ma che ciò basti per andare in paradiso; mentre io penso, al contrario, che l’essenza della religione risieda nella pratica: che non solo sia necessario essere persone buone, misericordiose, umane e caritatevoli, ma che chiunque lo sia veramente ne abbia abbastanza per essere salvato. Ammetto inoltre che la loro dottrina sia più comoda della mia, e che costi molto meno entrare a far parte dei fedeli attraverso opinioni piuttosto che attraverso virtù.
Che io abbia dovuto tenere questi sentimenti per me stesso, come continuano a dire; che, quando ho avuto il coraggio di pubblicarli e di rivelare la mia identità, abbia attaccato le leggi e disturbato l’ordine pubblico. Questo è ciò che esaminerò tra poco. Ma permettetemi prima di supplicarvi, signore, voi e tutti coloro che leggeranno queste parole, di dare un po’ di credito alle dichiarazioni di un amico della verità, e di non imitare coloro che, senza prove, senza plausibilità, e basandosi soltanto sulle testimonianze del proprio cuore, mi accusano di ateismo e irreligione, nonostante le mie proteste così chiare e mai smentite. Non credo di avere l’aspetto di una persona che si nasconde; inoltre, non è facile capire quale interesse potrei avere a comportarmi in questo modo. Si deve presumere che colui che parla con tanta libertà su ciò in cui non crede sia sincero riguardo a ciò in cui invece deve credere. E quando i suoi discorsi, il suo comportamento e le sue scritture sono sempre coerenti su questo punto, chiunque osi affermare che mente e non sia un vero credente, mente inevitabilmente lui stesso.
Non ho sempre avuto la fortuna di vivere da solo; ho frequentato uomini di ogni sorta; ho incontrato persone di tutti i partiti, credenti di tutte le sette, intellettuali seguaci di tutti i sistemi filosofici: ho conosciuto grandi e piccoli, libertini e filosofi; ho avuto amici fedeli e altri meno affidabili; sono stato circondato da spie e persone malvagie, e il mondo è pieno di gente che mi odia a causa del male che mi hanno fatto. Li esorto tutti, qualunque sia la loro posizione, a dichiarare al pubblico ciò che sanno riguardo alla mia fede religiosa; se, nel corso delle conversazioni più quotidiane, nella più stretta intimità, durante le risate e i momenti di confidenza, mi hanno mai trovato diverso da come sono veramente; se, quando hanno cercato di discutere o scherzare, i loro argomenti o le loro battute mi hanno anche solo per un momento turbato; se mi hanno visto cambiare opinione; se, nel segreto del mio cuore, hanno scoperto qualcosa che nascondevo al pubblico; se, in qualsiasi momento, hanno notato in me anche solo un’ombra di falsità o ipocrisia: che lo dicano, che rivelino tutto, che mi espongano completamente; io lo accetto, li prego, li libero dal segreto dell’amicizia; che dichiarino apertamente, non ciò che vorrebbero che fossi, ma ciò che sanno che sono realmente; che mi giudichino secondo la loro coscienza: confido loro il mio onore senza paura e prometto di non contraddirli in nulla.
Coloro che mi accusano di essere senza religione, perché non riescono a concepire che si possa averne una, almeno dovrebbero concordare tra loro. Alcuni trovano nei miei libri soltanto un sistema di ateismo; altri dicono che lodi Dio nei miei scritti senza crederci veramente nel profondo del cuore. Definiscono le mie opere empie e i miei sentimenti ipocriti. Ma se predico pubblicamente l’ateismo, allora non sono un ipocrita; e se fingo una fede che in realtà non ho, allora non insegno l’empietà. Accumulando accuse contraddittorie, la calunnia si smaschera da sola; ma la malvagità è cieca, e la passione non ragiona.
Je n’ai pas, il est vrai, cette foi dont j’entends se vanter tant de gens d’une probité si médiocre, cette foi robuste qui ne doute jamais de rien, qui croit sans façon tout ce qu’on lui présente à croire, et qui met à part ou dissimule les objections qu’elle ne sait pas résoudre. Je n’ai pas le bonheur de voir dans la révélation l’évidence qu’ils y trouvent ; et si je me détermine pour elle, c’est parce que mon cœur m’y porte qu’elle n’a rien que de consolant pour moi, et qu’à la rejeter les difficultés ne sont pas moindres : mais ce n’est pas parce que je la vois démontrée, car très sûrement elle ne l’est pas à mes yeux. Je ne suis pas même assez instruit, à beaucoup près, pour qu’une démonstration qui demande un si profond savoir soit jamais à ma portée. N’est-il pas plaisant que moi, qui propose ouvertement mes objections et mes doutes, je sois l’hypocrite, et que tous ces gens si décidés, qui disent sans cesse croire fermement ceci et cela, que ces gens, si sûrs de tout sans avoir pourtant de meilleures preuves que les miennes, que ces gens enfin dont la plupart ne sont guère plus savants que moi, et qui, sans lever mes difficultés, me reprochent de les avoir proposées, soient les gens de bonne foi ?
Pourquoi serais-je un hypocrite ? et que gagnerais-je à l’être ? J’ai attaqué tous les intérêts particuliers, j’ai suscité contre moi tous les partis, je n’ai soutenu que la cause de Dieu et de l’humanité : et qui est-ce qui s’en soucie ? Ce que j’en ai dit n’a pas même fait la moindre sensation, et pas une âme ne m’en a su gré. Si je me fusse ouvertement déclaré pour l’athéisme, les dévots ne m’auraient pas fait pis, et d’autres ennemis non moins dangereux ne me porteraient point leurs coups en secret. Si je me fusse ouvertement déclaré pour l’athéisme, les uns m’eussent attaqué avec plus de réserve, en me voyant défendu par les autres, et disposé moi-même à la vengeance mais un homme qui craint Dieu n’est guère à craindre : son parti n’est pas redoutable ; il est seul ou à peu près, et l’on est sûr de pouvoir lui faire beaucoup de mal avant qu’il songe à le rendre. Si je me fusse ouvertement déclaré pour l’athéisme, en me séparant ainsi de l’Église, j’aurais ôté tout d’un coup à ses ministres le moyen de me harceler sans cesse et de me faire endurer toutes leurs petites tyrannies ; je n’aurais point essuyé tant d’ineptes censures, et, au lieu de me blâmer si aigrement d’avoir écrit, il eût fallu me réfuter, ce qui n’est pas tout à fait si facile. Enfin, si je me fusse ouvertement déclaré pour l’athéisme, on eût d’abord un peu clabaudé, mais on m’eût bientôt laissé en paix comme tous les autres ; le peuple du Seigneur n’eût point pris inspection sur moi, chacun n’eût point cru me faire grâce en ne me traitant pas en excommunié, et j’eusse été quitte à quitte avec tout le monde : les saintes en Israël ne m’auraient point écrit des lettres anonymes, et leur charité ne se fût point exhalée en dévotes injures ; elles n’eussent point pris la peine de m’assurer humblement que j’étais un scélérat, un monstre exécrable, et que le monde eût été trop heureux si quelque bonne âme eût pris le soin de m’étouffer au berceau : d’honnêtes gens, de leur côté, me regardant alors comme un réprouvé, ne se tourmenteraient et ne me tourmenteraient point pour me ramener dans la bonne voie ; ils ne me tirailleraient pas à droite et à gauche, ils ne m’étoufferaient pas sous le poids de leurs sermons, ils ne me forceraient pas de bénir leur zèle en maudissant leur importunité, et de sentir avec reconnaissance qu’ils sont appelés à me faire périr d’ennui.
Monseigneur, si je suis un hypocrite, je suis un fou, puisque, pour ce que je demande aux hommes, c’est une grande folie de se mettre en frais de fausseté. Si je suis un hypocrite, je suis un sot : car il faut l’être beaucoup pour ne pas voir que le chemin que j’ai pris ne mène qu’à des malheurs dans cette vie et que, quand j’y pourrais trouver quelque avantage, je n’en puis profiter sans me démentir. IL est vrai que j’y suis à temps encore ; je n’ai qu’à vouloir un moment tromper les hommes, et je mets à mes pieds tous mes ennemis. Je n’ai point encore atteint la vieillesse ; je puis avoir longtemps à souffrir ; je puis voir changer derechef le public sur mon compte : mais si jamais j’arrive aux honneurs et à la fortune, par quelque route que j’y parvienne, alors je serai un hypocrite, cela est sûr.
La gloire de l’ami de la vérité n’est point attachée à telle opinion plutôt qu’à telle autre : quoi qu’il dise, pourvu qu’il le pense, il tend à son but. Celui qui n’a d’autre intérêt que d’être vrai n’est point tenté de mentir, et il n’y a nul homme sensé qui ne préfère le moyen le plus simple, quand il est aussi le plus sûr. Mes ennemis auront beau faire avec leurs injures, ils ne m’ôteront point l’honneur d’être un homme véridique en toute chose, d’être le seul auteur de mon siècle et de beaucoup d’autres qui ait écrit de bonne foi, et qui n’ait dit que ce qu’il a cru : ils pourront un moment souiller ma réputation à force de rumeurs et de calomnies, mais elle en triomphera tôt ou tard ; car, tandis qu’ils varieront dans leurs imputations ridicules, je resterai toujours le même, et, sans autre art que ma franchise, j’ai de quoi les désoler toujours.
Mais cette franchise est déplacée avec le public ! Mais toute vérité n’est pas bonne à dire ! Mais, bien que tous les gens sensés pensent comme vous, il n’est pas bon que le vulgaire pense ainsi ! Voilà ce qu’on me crie de toutes parts ; voilà peut-être ce que vous me diriez vous-même, si nous étions tête à tête dans votre cabinet. Tels sont les hommes : ils changent de langage comme d’habits ; ils ne disent la vérité qu’en robe de chambre ; en habit de parade ils ne savent plus que mentir ; et non seulement ils sont trompeurs et fourbes à la face du genre humain, mais ils n’ont pas honte de punir, contre leur conscience, quiconque ose n’être pas fourbe et trompeur public comme eux. Mais ce principe est-il bien vrai, que toute vérité n’est pas bonne à dire ? Quand il le serait, s’ensuivrait-il que nulle erreur ne fût bonne à détruire ? et toutes les folies des hommes sont-elles si saintes qu’il n’y en ait aucune qu’on ne doive respecter ? Voilà ce qu’il conviendrait d’examiner avant de me donner pour loi une maxime suspecte et vague qui, fût-elle vraie en elle-même, peut pécher par son application.
J’ai grande envie, monseigneur, de prendre ici ma méthode ordinaire, et de donner l’histoire de mes idées pour toute réponse à mes accusateurs. Je crois ne pouvoir mieux justifier tout ce que j’ai osé dire, qu’en disant encore tout ce que j’ai pensé.
Sitôt que je fus en état d’observer les hommes, je les regardais faire, et je les écoutais parler ; puis, voyant que leurs actions ne ressemblaient point à leurs discours, je cherchai la raison de cette dissemblance, et je trouvai qu’être et paraître étant pour eux deux choses aussi différentes qu’agir et parler, cette deuxième différence était la cause de l’autre, et avait elle-même une cause qui me restait à chercher.
Je la trouvai dans notre ordre social qui, de tout point contraire à la nature que rien ne détruit, la tyrannise sans cesse, et lui fait sans cesse réclamer ses droits. Je suivis cette contradiction dans ses conséquences, et je vis qu’elle expliquait seule tous les vices des hommes et tous les maux de la société. D’où je conclus qu’il n’était pas nécessaire de supposer l’homme méchant par sa nature, lorsqu’on pouvait marquer l’origine et le progrès de sa méchanceté. Ces réflexions me conduisirent à de nouvelles recherches sur l’esprit humain considéré dans l’état civil ; et je trouvai qu’alors le développement des lumières et des vices se faisait toujours en même raison, non dans les individus, mais dans les peuples : distinction que j’ai toujours soigneusement faite, et qu’aucun de ceux qui m’ont attaqué n’a jamais pu concevoir.
Indeed, I do not possess that faith of which so many people boast, those whose integrity is so mediocre. I lack that firm belief that never doubts anything, that readily accepts whatever is presented to it as true, and that sets aside or conceals those objections it cannot resolve. I am not fortunate enough to see in revelation the undeniable evidence that they find therein; and if I choose to follow it, it is because my heart inclines toward it—because it brings me solace—and because rejecting it would only increase my difficulties. Yet, it is not because I consider its truth proven, for surely it is not in my eyes. In fact, I am far from being knowledgeable enough for such a demonstration to be within my grasp. Is it not amusing that I, who openly express my objections and doubts, should be considered a hypocrite, while all these people—so assertive in their claims of firm belief—those so certain of everything without possessing better evidence than mine, those whose knowledge is hardly superior to my own, and who, without addressing my difficulties, accuse me of raising them in the first place—are regarded as people of good faith?
Why should I be a hypocrite? And what would I gain by being one? I have attacked all particular interests; I have provoked the opposition of all factions against me; I have only supported the cause of God and humanity—yet who cares about that? What I said had no effect at all, and not a single person showed any gratitude toward me. If I had openly declared myself an atheist, the devout would not have treated me any worse, and other equally dangerous enemies would not have hidden their attacks on me. If I had openly declared myself an atheist, some might have attacked me more cautiously, seeing that I was defended by others and willing to seek vengeance myself. But a man who fears God is hardly anything to fear; his cause is not formidable. He is alone or almost alone, and it is certain that one could inflict great harm on him before he even thinks of retaliating. If I had openly declared myself an atheist, by thus separating myself from the Church, I would have immediately deprived its ministers of the means to harass me constantly and subject me to all their petty tyrannies. I would not have endured so many inept criticisms; instead of being harshly condemned for my writings, they would have been obliged to refute them—which is not such an easy task after all. Finally, if I had openly declared myself an atheist, people might have made some noise at first, but they would soon have left me alone, just like everyone else. The people of the Lord would not have paid any special attention to me; no one would have thought they were doing me a favor by not treating me as a heretic. I would have been free from all troubles with everyone. The pious women in Israel would not have written me anonymous letters, nor would their so-called “charity” have manifested itself in cruel insults. They would not have gone to such lengths as to assure me humbly that I was a scoundrel, a detestable monster—and the world would have been much happier if some kind-hearted person had taken the trouble to put an end to my existence. On the other hand, honest people would have regarded me as a sinner and would not have bothered themselves or tried to lead me back onto the right path. They would not have pulled me this way and that; they would not have burdened me with their sermons; they would not have forced me to thank them for their “zeal” by enduring their incessant harassment.
My Lord, if I am a hypocrite, then I am a fool—for what I ask of people requires nothing short of utter madness in order to resort to deceit. If I am a hypocrite, then I am a stupid man: for one would have to be exceedingly foolish not to see that the path I have chosen leads only to misfortune in this life, and that even if there were some advantage to be gained from it, I could never enjoy it without renouncing my principles. It is true that I still have time; all I need to do is wish for a moment to deceive people, and I will have all my enemies at my feet. I am not yet old; I may have much more suffering ahead; I may see public opinion change dramatically against me—but if ever I achieve honor and fortune, by whatever means, then I shall certainly be a hypocrite. That is certain.
The glory of one who is a friend of truth is not tied to one opinion over another; whatever he says, so long as it comes from the heart, he is on his way toward his goal. He who has no other interest than to speak truth is not tempted to lie, and there is no sensible person who would not prefer the simplest and most certain method whenever possible. No matter what my enemies may do with their insults, they cannot take away from me the honor of being a man who always speaks truth in all things, of being the only author of my own time—and indeed of many other times—who wrote out of good faith and said only what he believed. They may try to tarnish my reputation through rumors and slander for a while, but it will eventually triumph; for while they may vary in their ridiculous accusations, I will remain unchanged, and with nothing but my honesty at my disposal, I have everything needed to bring them to shame forever.
But this doctrine is completely misplaced when addressed to the general public! Not every truth is suitable to be spoken aloud! Moreover, even if all sensible people thought as you do, it would still not be right for ordinary people to hold such views! This is what I am being told from all sides; perhaps it is also what you would say to me if we were alone in your office. Such are men: they change their language just like they change their clothes; they only speak the truth when wearing their nightgowns; in their formal attire, they know only how to lie. And not only are they deceitful and cunning in front of humanity, but they do not even hesitate to punish, against their own conscience, anyone who dares not be as deceitful and manipulative as they are. But is this principle truly true—that not every truth is suitable to be expressed? If it were, would that mean that no mistake was ever justified for being corrected? And are all of humanity’s follies really so sacred that none of them should be questioned or challenged? These are the questions that must be examined before accepting as a rule a dubious and vague maxim—no matter how true it may be in itself.
Sir, I have a great desire to employ my usual method here and to recount the history of my thoughts as my sole response to my accusers. I believe that there is no better way to justify everything I have dared to say than by expressing once again all that I have thought.
As soon as I was in a position to observe men, I watched them act and listened to them speak; then, seeing that their actions did not correspond to their words, I sought the reason for this discrepancy. I found that for them, being and appearing were two entirely different things, just as acting and speaking were also different. This second difference was the cause of the first, and it too had its own cause—which I still needed to discover.
I found it in our social order—which, in every way contrary to the nature of man, which is indestructible—tyrannizes over him incessantly and forces him to constantly demand his rights. I pursued this contradiction to its consequences and saw that it alone could explain all the vices of human beings and all the evils in society. From this, I concluded that there was no need to assume that man is inherently evil, when it was possible to trace the origin and development of his malice. These reflections led me to conduct further inquiries into the human mind as it exists within civil society; and I found that the growth of both enlightenment and vice always proceeded for the same reasons—not in individuals, but in peoples. This distinction has always been carefully maintained by me, and none of those who have attacked me have ever been able to grasp it.
Non possiedo, è vero, quella fede di cui tante persone di una probità così mediocre vanno tanto vantandosi: quella fede robusta che non dubita mai di nulla, che crede senza esitazione in tutto ciò che le viene presentato come vero, e che mette da parte o nasconde quelle obiezioni che non sa risolvere. Non ho la fortuna di vedere nella rivelazione l’evidenza che loro vi trovano; e se mi decido a seguirla, è perché il mio cuore mi spinge verso di essa, perché essa rappresenta per me solo consolazione, mentre rifiutarla significherebbe affrontare difficoltà non meno grandi. Ma non è perché la consideri dimostrata, poiché molto probabilmente non lo è ai miei occhi. Non sono nemmeno abbastanza istruito da poter comprendere una dimostrazione che richieda una conoscenza così profonda. Non è forse ironico che io, che espongo apertamente le mie obiezioni e i miei dubbi, sia considerato un ipocrita, mentre tutte queste persone così decise, che continuano a dichiarare di credere fermamente in questo o in quell’altro, che sono così sicure di tutto senza possedere prove migliori delle mie. Beh, quelle persone, la maggior parte delle quali non è certo più istruita di me, e che, senza affrontare le mie difficoltà, mi rimproverano per averle sollevate, sono proprio loro le persone di buona fede?
Perché dovrei essere un ipocrita? E cosa guadagnerei ad esserlo? Ho attaccato tutti gli interessi particolari, ho suscitato contro di me l’ostilità di tutti i partiti; ho sostenuto soltanto la causa di Dio e dell’umanità. Ma a chi importa davvero? Quello che ho detto non ha nemmeno suscitato alcuna reazione; nessuno mi è stato grato per questo. Se mi fossi apertamente dichiarato ateo, i devoti non mi avrebbero trattato peggio di così, e altri nemici altrettanto pericolosi non avrebbero nascosto i loro attacchi contro di me. Se mi fossi apertamente dichiarato ateo, alcuni mi avrebbero attaccato con maggiore cautela, vedendomi difeso da altri e pronto a vendicarmi. Ma un uomo che teme Dio non è davvero qualcuno da temere: il suo partito non è pericoloso; è solo, o quasi solo. E si può essere certi di potergli infliggere molto dolore prima che lui pensi a reagire. Se mi fossi apertamente dichiarato ateo, separandomi così dalla Chiesa, avrei tolto ai suoi ministri ogni possibilità di perseguitarmi continuamente e di farmi subire tutte le loro piccole tirannie. Non avrei dovuto sopportare tante critiche inutili; al posto di essere accusato aspramente per aver scritto certe cose, sarebbe stato necessario confutarle. Il che non è affatto così facile. Infine, se mi fossi apertamente dichiarato ateo, all’inizio ci sarebbe stata un po’ di agitazione. Ma poi mi avrebbero lasciato in pace, come fanno con tutti gli altri. Il popolo del Signore non si sarebbe occupato di me; nessuno avrebbe pensato di “farmi un favore” trattandomi come un escomunicato. E io sarei stato libero da ogni problema. Le donne virtuose d’Israele non mi avrebbero scritto lettere anonime, e la loro “carità” non si sarebbe manifestata in insulti e offese. Non si sarebbero nemmeno prese la briga di assicurarmi umilmente che fossi un mostro abominabile. E il mondo sarebbe stato molto più felice se qualcuno avesse avuto la gentilezza di “soffocarmi” ancora nel grembo materno. Gli uomini onesti, dal canto loro, vedendomi come un reprobo, non si sarebbero tormentati né mi avrebbero tormentato per farmi tornare sulla retta via. Non mi avrebbero tirato da una parte all’altra, non mi avrebbero soffocato sotto il peso dei loro sermoni, non mi avrebbero costretto a ringraziarli per la loro “zelo” mentre maledicevo la loro insistenza. E non avrei dovuto sopportare tutto questo fastidio.
Signore, se fossi un ipocrita, sarei un pazzo; infatti, ciò che chiedo agli uomini richiede una grande follia: impegnarsi in azioni mendaci. Se fossi un ipocrita, sarei uno sciocco; perché bisogna essere davvero molto sciocchi per non rendersi conto che la strada che ho intrapreso conduce soltanto a sfortune in questa vita, e che, anche se potessi trarne qualche vantaggio, non potrei goderne senza contraddirmi. È vero che ho ancora tempo; basta che desideri per un momento ingannare gli uomini, e tutti i miei nemici saranno ai miei piedi. Non sono ancora arrivato alla vecchiaia; posso ancora soffrire a lungo; posso vedere il pubblico cambiare immediatamente opinione su di me. Ma se mai raggiungerò onori e fortuna, per quale strada che sia, allora sarò sicuramente un ipocrita.
La gloria di colui che ama la verità non dipende da un’opinione piuttosto che un’altra: qualunque cosa dica, purché la creda davvero, tende sempre verso il suo scopo. Chi ha come unico interesse essere sincero non è tentato di mentire, e nessun uomo saggio preferirà mai un mezzo più complicato quando questo è anche il più sicuro. Per quanto i miei nemici possano fare con le loro offese, non mi toglieranno mai l’onore di essere una persona veritiera in tutto ciò che faccio, di essere l’unico autore del mio secolo e di molti altri che abbia scritto con sincerità, dicendo soltanto ciò che credeva. Potranno per un momento macchiare la mia reputazione con voci e calunnie, ma questa ne trionferà prima o poi; perché mentre loro cambieranno continuamente le loro accuse ridicole, io rimarrò sempre lo stesso, e, senza alcun altro strumento se non la mia franchezza, avrò sempre qualcosa per rattristarli.
Ma questa franchezza è inappropriata per il pubblico! Non tutte le verità sono adatte a essere dette! Eppure, anche se tutti coloro che hanno buon senso la pensano come voi, non è opportuno che la gente comune la condivida. Questo è ciò che mi viene gridato da tutte le parti; forse lo direste anche voi stesso, se fossimo faccia a faccia nel vostro studio. Gli uomini sono così: cambiano linguaggio come cambiano abiti; dicono la verità soltanto quando sono in pigiama; indossando l’“abito da parata”, non sanno fare altro che mentire. E non solo sono ingannatori e astuti di fronte all’umanità, ma non hanno nemmeno vergogna di punire, contro la loro coscienza, chiunque osi non essere altrettanto astuto e ingannevole quanto loro. Ma è davvero vero che non tutte le verità siano adatte a essere dette? Se lo fossero, ne conterrebbe forse questo che nessun errore sia degno di essere distrutto? E tutte le follie umane sono davvero così “sante” da meritare rispetto incondizionato? Questo è ciò che dovremmo esaminare prima di considerare una massima dubbia e vaga come legge. Anche se fosse vera in sé, la sua applicazione potrebbe rivelarsi errata.
Signore, ho grande desiderio di adottare qui il mio solito metodo e di raccontare la storia delle mie idee come risposta a tutti coloro che mi accusano. Credo che non possa giustificare meglio tutto ciò che ho osato dire se non raccontando anche tutto ciò che ho pensato.
Non appena fui in grado di osservare gli uomini, li guardavo agire e ascoltavo ciò che dicevano; poi, vedendo che le loro azioni non corrispondevano alle loro parole, cercai la ragione di questa discrepanza e scoprii che essere e apparire per loro erano due cose tanto diverse quanto agire e parlare; questa seconda differenza era quindi la causa della prima, e essa stessa aveva una causa che dovevo ancora cercare.
La trovai nel nostro ordine sociale, che, in ogni modo contrario alla natura della quale nulla può distruggere, la tyrannizza costantemente e la spinge continuamente a reclamare i suoi diritti. Seguii le conseguenze di questa contraddizione e vidi che essa sola spiegava tutti i vizi degli uomini e tutti i mali della società. Da ciò conclusi che non era necessario supporre l’uomo malvagio per natura, quando si poteva individuare l’origine e lo sviluppo della sua malvagità. Queste riflessioni mi portarono a nuove indagini sull’intelletto umano considerato nel suo stato civile; scoprii che allora lo sviluppo delle “luci” e dei vizi avveniva sempre per le stesse ragioni, non negli individui ma nei popoli: una distinzione che ho sempre mantenuto con attenzione, e che nessuno di coloro che mi hanno attaccato è mai riuscito a comprendere.
J’ai cherché la vérité dans les livres : je n’y ai trouvé que le mensonge et l’erreur. J’ai consulté les auteurs ; je n’ai trouvé que des charlatans qui se font un jeu de tromper les hommes sans autre loi que leur intérêt, sans autre dieu que leur réputation ; prompts à décrier les chefs qui ne les traitent pas à leur gré, plus prompts à louer l’iniquité qui les paye. En écoutant les gens à qui l’on permet de parler en public, j’ai compris qu’ils n’osent ou ne veulent dire que ce qui convient à ceux qui commandent, et que, payés par le fort pour prêcher le faible, ils ne savent parler au dernier que de ses devoirs, et à l’autre que de ses droits. Toute l’instruction publique tendra toujours au mensonge, tant que ceux qui la dirigent trouveront leur intérêt à mentir ; et c’est pour eux seulement que la vérité n’est pas bonne à dire. Pourquoi serais-je le complice de ces gens-là ?
Il y a des préjugés qu’il faut respecter. Cela peut être ; mais c’est quand d’ailleurs tout est dans l’ordre et qu’on ne peut ôter ces préjugés sans ôter aussi ce qui les rachète ; on laisse alors le mal pour l’amour du bien. Mais lorsque tel est l’état des choses que plus rien ne saurait changer qu’en mieux, les préjugés sont-ils si respectables qu’il faille leur sacrifier la raison, la vertu, la justice, et tout le bien que la vérité pourrait faire aux hommes ? Pour moi, j’ai promis de la dire en toute chose utile, autant qu’il serait en moi ; c’est un engagement que j’ai dû remplir selon mon talent, et que sûrement un autre ne remplira pas à ma place, puisque, chacun se devant à tous, nul ne peut payer pour autrui. « La divine vérité, a dit Augustin n’est ni à moi, ni à vous, ni à lui, mais à nous tous, qu’elle appelle avec force à la publier de concert, sous peine d’être inutile à nous-même si nous ne la communiquons aux autres : car quiconque s’approprie à lui seul un bien dont Dieu veut que tous jouissent, perd par cette usurpation ce qu’il dérobe au public, et ne trouve qu’erreur en lui-même pour avoir trahi la vérité[559]. »
Les hommes ne doivent point être instruits à demi. S’ils doivent rester dans l’erreur, que ne les laissez-vous dans l’ignorance ? À quoi bon tant d’écoles et d’universités pour ne leur apprendre rien de ce qui leur importe à savoir ? Quel est donc l’objet de vos collèges, de vos académies, de tant de fondations savantes ? Est-ce de donner le change au peuple, d’altérer sa raison d’avance, et de l’empêcher d’aller au vrai ? Professeurs de mensonge, c’est pour l’abuser que vous feignez de l’instruire et, comme des brigands qui mettent des fanaux sur les écueils, vous l’éclairez pour le perdre.
Voilà ce que je pensais en prenant la plume ; et en la quittant je n’ai pas lieu de changer de sentiment. J’ai vu que toujours l’instruction publique avait deux défauts essentiels qu’il était impossible d’en ôter. L’un est la mauvaise foi de ceux qui la donnent et l’autre l’aveuglement de ceux qui la reçoivent. Si des hommes sans passions instruisaient des hommes sans préjugés, nos connaissances resteraient plus bornées, mais plus sûres, et la raison régnerait toujours. Or, quoi qu’on fasse, l’intérêt des hommes publics sera toujours le même ; mais les préjugés du peuple, n’ayant aucune base fixe, sont plus variables ; ils peuvent être altérés, changés, augmentés, ou diminués. C’est donc de ce côté seul que l’instruction peut avoir quelque prise, et c’est là que doit tendre l’ami de la vérité. Il peut espérer de rendre le peuple plus raisonnable, mais non ceux qui le mènent plus honnêtes gens.
J’ai vu dans la religion la même fausseté que dans la politique ; et j’en ai été beaucoup plus indigné : car le vice du gouvernement ne peut rendre les sujets malheureux que sur la terre : mais qui sait jusqu’où les erreurs de la conscience peuvent nuire aux infortunés mortels ? J’ai vu qu’on avait des professions de foi, des doctrines, des cultes qu’on suivait sans y croire ; et que rien de tout cela, ne pénétrant ni le cœur ni la raison, n’influait que très peu sur la conduite. Monseigneur, il faut vous parler sans détour. Le vrai croyant ne peut s’accommoder de toutes ces simagrées : il sent que l’homme est un être intelligent auquel il faut un culte raisonnable, et un être social auquel il faut une morale faite pour l’humanité. Trouvons premièrement ce culte et cette morale, cela sera de tous les hommes ; et puis, quand il faudra des formules nationales, nous en examinerons les fondements, les rapports, les convenances ; et, après avoir dit ce qui est de l’homme, nous dirons ensuite ce qui est du citoyen. Ne faisons pas surtout comme votre M. Joly de Fleury qui, pour établir son jansénisme, veut déraciner toute loi naturelle et toute obligation qui lie entre eux les humains, de sorte que, selon lui, le chrétien et l’infidèle qui contractent entre eux ne sont tenus à rien du tout l’un envers l’autre, puisqu’il n’y a point de loi commune à tous les deux.
Je vois donc deux manières d’examiner et comparer les religions diverses : l’une selon le vrai et le faux qui s’y trouvent, soit quant aux faits naturels ou surnaturels sur lesquels elles sont établies, soit quant aux notions que la raison nous donne de l’Être suprême et du culte qu’il veut de nous ; l’autre selon leurs effets temporels et moraux sur la terre, selon le bien ou le mal qu’elles peuvent faire à la société et au genre humain. Il ne faut pas, pour empêcher ce double examen, commencer par décider que ces deux choses vont toujours ensemble, et que la religion la plus vraie est aussi la plus sociale : c’est précisément ce qui est en question ; et il ne faut pas d’abord crier que celui qui traite cette question est un impie, un athée, puisque autre chose est de croire, et autre chose d’examiner l’effet de ce que l’on croit.
Il paraît pourtant certain, je l’avoue, que si l’homme est fait pour la société, la religion la plus vraie est aussi la plus sociale et la plus humaine ; car Dieu veut que nous soyons tels qu’il nous a faits ; et s’il était vrai qu’il nous eût faits méchants, ce serait lui désobéir que de vouloir cesser de l’être. De plus, la religion, considérée comme une relation entre Dieu et l’homme, ne peut aller à la gloire de Dieu que par le bien-être de l’homme, puisque l’autre terme de la relation, qui est Dieu, est par sa nature au-dessus de tout ce que peut l’homme pour ou contre lui.
Mais ce sentiment, tout probable qu’il est, est sujet à de grandes difficultés par l’historique et les faits qui le contrarient. Les juifs étaient les ennemis nés de tous les autres peuples, et ils commencèrent leur établissement par détruire sept nations, selon l’ordre exprès qu’ils en avaient reçu. Tous les chrétiens ont eu des guerres de religion, et la guerre est nuisible aux hommes ; tous les partis ont été persécuteurs et persécutés, et la persécution est nuisible aux hommes ; plusieurs sectes vantent le célibat, et le célibat est si nuisible[560] à l’espèce humaine que, s’il était suivi partout, elle périrait. Si cela ne fait pas preuve pour décider, cela fait raison pour examiner ; et je ne demandais autre chose sinon qu’on permît cet examen.
Je ne dis ni ne pense qu’il n’y ait aucune bonne religion sur la terre ; mais je dis, et il est trop vrai, qu’il n’y en a aucune, parmi celles qui sont ou qui ont été dominantes, qui n’ait fait à l’humanité des plaies cruelles. Tous les partis ont tourmenté leurs frères, tous ont offert à Dieu des sacrifices du sang humain. Quelle que soit la source de ces contradictions, elles existent : est-ce un crime de vouloir les ôter ?
La charité n’est point meurtrière ; l’amour du prochain ne porte point à le massacrer. Ainsi le zèle du salut des hommes n’est point la cause des persécutions ; c’est l’amour propre et l’orgueil qui en sont la cause. Moins un culte est raisonnable, plus on cherche à l’établir par la force : celui qui professe une doctrine insensée ne peut souffrir qu’on ose la voir telle qu’elle est. La raison devient alors le plus grand des crimes ; à quelque prix que ce soit, il faut l’ôter aux autres, parce qu’on a honte d’en manquer à leurs yeux. Ainsi l’intolérance et l’inconséquence ont la même source. Il faut sans cesse intimider, effrayer les hommes. Si vous les livrez un moment à leur raison, vous êtes perdus.
I sought the truth in books, but found only lies and errors. I consulted various authors, yet encountered nothing but charlatans who played the game of deceiving people, guided solely by their own interests and driven by the desire for reputation; they were quick to denounce those leaders who did not cater to their whims, yet even quicker to praise injustice whenever it brought them profit. By listening to those whom society allows to speak in public, I realized that they dare or wish to say only what suits those in power. Paid by the strong to preach to the weak, they teach the downtrodden only about their duties and the powerful only about their rights. As long as those who govern public education see profit in lying, all such education will inevitably lead to deceit; and it is indeed only for their own benefit that truth remains unspeakable. Why should I become an accomplice of such people?
There are prejudices that must be respected. That is certainly possible; but it is only when everything is in order that such prejudices cannot be eliminated without also removing what compensates for them—when we are forced to tolerate evil in the name of good. However, when the situation is such that nothing can improve it except for the better, are these prejudices truly so respectable that we must sacrifice reason, virtue, justice, and all that truth could bring to humanity? For my part, I have promised to speak the truth in everything useful, to the best of my ability. This is an obligation I must fulfill according to my talents—and surely no one else can do it in my place, for since everyone is responsible to everyone else, no one can pay for another. “The divine truth,” said Augustine, “is not mine nor yours nor his, but ours all together; it calls us urgently to proclaim it together, for otherwise it will be of no use to us if we do not share it with others. For anyone who seizes for himself alone a good that God intends for all to enjoy loses, by such usurpation, what he steals from the community, and finds only error within himself for having betrayed the truth[559].”
Men should not be educated in a half-hearted manner. If they are destined to remain in error, why not let them stay in ignorance? What use are all these schools and universities if they teach people nothing that is truly important for them to know? What is then the purpose of your colleges, academies, and numerous scientific foundations? Is it to deceive the people, to obscure their judgment, and to prevent them from seeking the truth? You, teachers of falsehood, pretend to educate them in order to manipulate them; just like robbers who place beacons on reefs, you “illuminate” them in order to lead them astray.
This is what I thought when I took up the pen; and now that I have put it down, I have no reason to change my opinion. I have seen that public education always possesses two essential flaws that are impossible to eliminate. The first is the bad faith of those who impart it, and the second is the ignorance of those who receive it. If men without passions educated men without prejudices, our knowledge would remain more limited but more certain, and reason would always prevail. However, no matter what is done, the interests of the public will remain unchanged; but since people’s prejudices have no firm basis, they are far more variable—they can be altered, changed, increased, or decreased. It is therefore only in this regard that education can be effective, and it is towards this goal that those who seek truth should strive. They can hope to make the people more rational, but not necessarily the leaders more honest.
I have seen in religion the same falsehood as in politics; and I was much more outraged by it, for the evils of government can only make its subjects unhappy on earth—but who knows to what extent the errors of conscience can harm these unfortunate mortals? I have seen people profess beliefs, follow doctrines, and engage in rituals without truly believing in them; and none of these things, since they neither penetrate the heart nor affect reason, have any real influence on behavior. My lord, I must speak frankly with you. A true believer cannot tolerate all such pretenses; he knows that man is an intelligent being that requires a rational form of worship, and a social being that needs morals suited to human nature. Let us first establish this worship and these morals—they should apply to all men. Then, when it comes to national rituals, we can examine their foundations, relationships, and appropriateness; and after discussing what is inherent in man, we can address what is specific to a citizen. Above all, let us not follow the example of your Monsieur Joly de Fleury, who, in order to establish his Jansenist views, seeks to uproot every natural law and obligation that binds humans together. According to him, a Christian and an infidel who enter into a relationship with each other are not bound by anything at all, since there is no common law for both of them.
I therefore see two ways of examining and comparing various religions: one based on what is true or false within them, whether in regard to the natural or supernatural facts upon which they are founded, or regarding the concepts that reason provides us about the Supreme Being and the worship that He requires of us; the other based on their temporal and moral effects on society, on the good or harm they may cause to humanity. To prevent this dual approach, one should not prematurely conclude that these two aspects are always inseparable, or that the most true religion is also the most beneficial to society—precisely this is what is at issue here. Nor should one immediately label anyone who discusses this matter as an impious or atheist, for believing something and examining the effects of one’s beliefs are entirely different things.
It seems certain, I must admit, that if man is created for society, then the truest religion is also the most social and the most humane; for God wants us to be what He has made us. And if it were true that He had created us wicked, it would be disobedience to Him to seek to cease being so. Moreover, religion, considered as a relationship between God and man, can only bring glory to God through the well-being of man, since the other party in this relationship—God—is, by his very nature, above everything that man can do, whether for or against Him.
But this sentiment, as likely as it may be, is subject to great difficulties posed by historical events and facts that contradict it. The Jews were the natural enemies of all other peoples, and they began their establishment by destroying seven nations, in accordance with the explicit command they had received. All Christians have engaged in religious wars, and war is harmful to mankind; all factions have been both persecutors and persecuted, and persecution is harmful to mankind; numerous sects advocate celibacy, yet celibacy is so detrimental[560] to the human race that if it were practiced everywhere, humanity would perish. If this does not constitute sufficient proof to reach a conclusion, it at least provides reason for further examination; and all I asked was that such an examination be permitted.
I neither say nor believe that there is no good religion on earth; but I do say—and it is absolutely true—that among all the religions that have been or are currently dominant, none has failed to inflict cruel harm upon humanity. All sects have tormented their fellow human beings; all have offered sacrifices of human blood to God. Whatever the source of these contradictions may be, they exist indeed: is it a crime to seek to eliminate them?
Charity is not murderous; love for one’s fellow human beings does not lead to their slaughter. Thus, the zeal to save mankind is not the cause of persecution; rather, pride and self-love are the true causes. The less reasonable a belief is, the more people try to establish it by force: those who preach absurd doctrines can only tolerate it if others dare to see them for what they truly are. Reason then becomes the greatest of crimes; at any cost, it must be taken away from others, because one is ashamed to lack it in their eyes. Thus, intolerance and inconsistency share the same origin. People must always be intimidated and frightened. If you let them use their reason for even a moment, you are lost.
Ho cercato la verità nei libri: vi ho trovato solo menzogne e errori. Ho consultato gli autori: ho incontrato solo ciarlatani che si divertono a ingannare le persone, guidati soltanto dal proprio interesse e dalla propria reputazione; pronti a denunciare coloro che non li trattano secondo i loro desideri, ma ancora più pronti ad elogiare l’ingiustizia che li compensa. Ascoltando le persone a cui viene permesso di parlare in pubblico, ho capito che osano o vogliono dire soltanto ciò che è gradito a coloro che comandano; e poiché vengono pagati dai potenti per diffondere idee dannose ai deboli, sanno parlare al debole solo dei suoi doveri, e al potente solo dei suoi diritti. Tutta l’istruzione pubblica tenderà sempre al mentire, finché coloro che la guidano troveranno vantaggio nel mentire; ed è soltanto per loro che la verità non è degna di essere detta. Perché dovrei diventare complice di queste persone?
Ci sono pregiudizi che bisogna rispettare. Questo può essere accettabile; ma solo quando tutto è in ordine e non si possono eliminare questi pregiudizi senza eliminare anche ciò che li compensa; in tal caso, si preferisce il male per amore del bene. Tuttavia, quando lo stato delle cose è tale che nulla potrebbe migliorare se non in meglio, sono davvero questi pregiudizi così degni di rispetto da doverci sacrificare la ragione, la virtù, la giustizia e tutto ciò di buono che la verità potrebbe portare agli uomini? Per quanto mi riguarda, ho promesso di pronunciarmi su ogni questione utile, nella misura delle mie possibilità; è un impegno che dovevo assolvere secondo le mie capacità, e sicuramente nessun altro lo adempirà al mio posto, poiché, essendo ognuno responsabile di fronte a tutti, nessuno può pagare al posto di un altro. “La divina verità”, disse Agostino, “non è né mia, né tua, né sua, ma di noi tutti; essa ci esorta con forza a diffonderla insieme, altrimenti rimarrà inutile per noi stessi se non la condivideremo con gli altri: poiché chi si appropria da solo di un bene di cui Dio vuole che tutti godano, per questa usurpazione perde ciò che ruba al pubblico, e trova soltanto errore in sé stesso per aver tradito la verità[559]”.
Gli uomini non dovrebbero essere istruiti a metà strada. Se devono rimanere nell’errore, lasciateli pure nell’ignoranza. A che servono tutte queste scuole e università se non per insegnare loro nulla di ciò che è veramente importante sapere? Qual è dunque lo scopo dei vostri istituti, delle vostre accademie, di tante fondazioni scientifiche? È forse quello di ingannare il popolo, di alterarne la capacità di ragionare e di impedirgli di giungere alla verità? Insegnanti di menzogne, è per abbindolarlo che fingete di istruirlo; e, come dei banditi che posizionano lanterne sugli scogli, lo “illuminate” soltanto per farlo perdere.
Ecco ciò che pensavo mentre prendevo la penna; e lasciandola, non ho motivo di cambiare opinione. Ho constatato che l’istruzione pubblica presenta sempre due difetti essenziali da cui è impossibile liberarsi. Il primo è la malafede di coloro che la forniscono, il secondo l’ignoranza di coloro che la ricevono. Se uomini senza passioni insegnassero ad altri uomini privi di pregiudizi, le nostre conoscenze rimarrebbero più limitate, ma certamente più affidabili, e la ragione regnerebbe sempre. Tuttavia, qualunque cosa si faccia, gli interessi del pubblico rimarranno sempre gli stessi; mentre i pregiudizi del popolo, non avendo alcuna base solida, sono molto più soggetti a cambiamenti: possono essere modificati, aumentati o diminuiti. È quindi solo in questo ambito che l’istruzione può avere un effetto concreto, ed è verso di lì che deve mirare chi ama la verità. Si può sperare di rendere il popolo più razionale, ma non certo coloro che lo guidano più onesti.
Ho visto nella religione la stessa falsità che nella politica; e ne sono stato molto più indignato: perché il vizio del governo può rendere i sudditi infelici soltanto sulla terra; ma chi sa fino a dove gli errori della coscienza possono nuocere ai miseri mortali? Ho visto che le persone avevano professioni di fede, dottrine, riti che seguivano senza crederci veramente; e che nulla di tutto ciò, non penetrando né nel cuore né nella ragione, influenzava in modo significativo il loro comportamento. Signore, devo parlarvi senza mezzi termini: il vero credente non può accontentarsi di tutte queste simulazioni; sa che l’uomo è un essere intelligente al quale è necessario un culto razionale, e un essere sociale al quale è necessaria una morale adatta all’umanità. Dobbiamo prima trovare questo culto e questa morale: essi saranno validi per tutti gli uomini. Poi, quando sarà il momento di stabilire formule nazionali, ne esamineremo i fondamenti, le relazioni, le convenienze; e, dopo aver detto ciò che riguarda l’uomo, parleremo poi di ciò che riguarda il cittadino. Non dobbiamo assolutamente seguire le orme di vostro signor Joly de Fleury, che, per affermare il suo giansenesimo, vuole sradicare ogni legge naturale e ogni obbligo che unisce gli esseri umani; secondo lui, il cristiano e l’infedele che intrattengono rapporti tra loro non sono tenuti a nulla l’uno verso l’altro, poiché non esiste alcuna legge comune a entrambi.
Quindi, esistono due modi per esaminare e confrontare le diverse religioni: il primo in base a ciò che è vero o falso al loro interno, sia riguardo ai fatti naturali o soprannaturali su cui si basano, sia riguardo alle nozioni che la ragione ci fornisce sull’Essere supremo e sul culto che esso richiede da noi; il secondo in base ai loro effetti temporali e morali sulla terra, al bene o al male che possono causare nella società e nell’umanità. Non si dovrebbe, per impedire questo doppio esame, partire dal presupposto che queste due cose vadano sempre di pari passo, né considerare la religione più vera anche quella più utile alla società: è proprio questo il punto in discussione. Inoltre, non si dovrebbe definire un uomo irriverente o ateo solo perché affronta questa questione, poiché credere e esaminare gli effetti di ciò in cui si crede sono due cose distinte.
Tuttavia, sembra certo – lo ammetto – che se l’uomo è fatto per la società, allora la religione più vera sia anche quella più sociale e più umana; poiché Dio vuole che siamo tali come Lui ci ha fatti. E se fosse vero che ci avesse creati cattivi, disobbediremmo a Lui cercando di smettere di esserlo. Inoltre, la religione, considerata come una relazione tra Dio e l’uomo, può portare alla gloria di Dio soltanto attraverso il benessere dell’uomo; poiché l’altro termine di questa relazione, cioè Dio, per sua natura è al di sopra di tutto ciò che l’uomo possa fare, a suo favore o contro di Lui.
Ma questo sentimento, per quanto probabile possa essere, è soggetto a grandi difficoltà a causa di ciò che la storia e i fatti contraddicono. I Giudei erano gli nemici naturali di tutti gli altri popoli, e iniziarono la loro espansione distruggendo sette nazioni, secondo l’ordine preciso che avevano ricevuto. Tutti i cristiani hanno condotto guerre di religione, e la guerra è dannosa per gli uomini; tutti i partiti sono stati sia persecutori che perseguitati, e la persecuzione è altrettanto dannosa per gli uomini; molte sette esaltano il celibato, ma il celibato è così nocivo all’umanità che, se fosse praticato ovunque, l’intera specie umana ne andrebbe distrutta. Se questo non costituisce una prova sufficiente per prendere una decisione, almeno rappresenta un motivo valido per esaminare la questione; e tutto ciò che chiedevo era che si permettesse tale esame.
Non dico né penso che non esista alcuna religione buona sulla terra; ma affermo, e è troppo vero, che nessuna delle religioni che sono state o sono attualmente dominanti non abbia inflitto crudeli sofferenze all’umanità. Tutti i partiti hanno tormentato i loro simili, tutti hanno offerto a Dio sacrifici umani. Qualunque ne sia la causa, queste contraddizioni esistono: è forse un crimine volerle eliminare?
La carità non è assassina; l’amore per il prossimo non porta mai al suo massacro. Pertanto, lo zelo per la salvezza degli uomini non è la causa delle persecuzioni: sono l’orgoglio e l’amor proprio a esserne la causa. Più un culto è irragionevole, più si cerca di stabilirlo con la forza; colui che professa una dottrina assurda non può sopportare che qualcuno osi vederla per quella che realmente è. In tal caso, la ragione diventa il più grande dei crimini: a qualsiasi prezzo sia, bisogna toglierla agli altri, perché si ha vergogna di mancarne ai loro occhi. Ecco quindi che l’intolleranza e l’irragionevolezza hanno lo stesso origine: è necessario intimidire e spaventare costantemente gli uomini. Se li si lascia per un momento alla loro ragione, si è perduti.
De cela seul il suit que c’est un grand bien à faire aux peuples dans ce délire, que de leur apprendre à raisonner sur la religion car c’est les rapprocher des devoirs de l’homme, c’est ôter le poignard à l’intolérance, c’est rendre à l’humanité tous ses droits. Mais il faut remonter à des principes généraux et communs à tous les hommes ; car si, voulant raisonner, vous laissez quelque prise à l’autorité des prêtres, vous rendez au fanatisme son arme, et vous lui fournissez de quoi devenir plus cruel.
Celui qui aime la paix ne doit point recourir à des livres, c’est le moyen de ne rien finir. Les livres sont des sources de disputes intarissables : parcourez l’histoire des peuples, ceux qui n’ont point de livres ne disputent point. Voulez-vous asservir les hommes à des autorités humaines ; l’un sera plus près, l’autre plus loin de la preuve ; ils en seront diversement affectés : avec la bonne foi la plus entière, avec le meilleur jugement du monde, il est impossible qu’ils soient jamais d’accord. N’argumentez point sur des arguments, et ne vous fondez point sur des discours. Le langage humain n’est pas assez clair. Dieu lui-même, s’il daignait nous parler dans nos langues, ne nous dirait rien sur quoi l’on ne pût disputer.
Nos langues sont l’ouvrage des hommes, et les hommes sont bornés. Nos langues sont l’ouvrage des hommes, et les hommes sont menteurs. Comme il n’y a point de vérité si clairement énoncée où l’on ne puisse trouver quelque chicane à faire, il n’y a point de si grossier mensonge qu’on ne puisse étayer de quelque fausse raison.
Supposons qu’un particulier vienne à minuit nous crier qu’il est jour, on se moquera de lui : mais laissez à ce particulier le temps et les moyens de se faire une secte, tôt ou tard ses partisans viendront à bout de lui prouver qu’il disait vrai : car enfin, diront-ils, quand il a prononcé qu’il était jour, il était jour en quelque lieu de la terre, rien n’est plus certain. D’autres, ayant établi qu’il y a toujours dans l’air quelques particules de lumière, soutiendront qu’en un autre sens encore il est très vrai qu’il est jour la nuit. Pourvu que les gens subtils s’en mêlent, bientôt on vous fera voir le soleil en plein minuit. Tout le monde ne se rendra pas à cette évidence. Il y aura des débats, qui dégénèreront, selon l’usage, en guerres et en cruautés. Les uns voudront des explications, les autres n’en voudront point ; l’un voudra prendre la proposition au figuré, l’autre au propre. L’un dira : il a dit à minuit qu’il était jour, et il était nuit. L’autre dira : il a dit à minuit qu’il était jour, et il était jour. Chacun taxera de mauvaise foi le parti contraire, et n’y verra que des obstinés. On finira par se battre, se massacrer, les flots de sang couleront de toutes parts ; et si la nouvelle secte est enfin victorieuse, il restera démontré qu’il est jour la nuit. C’est à peu près l’histoire de toutes les querelles de religion.
La plupart des cultes nouveaux s’établissent par le fanatisme et se maintiennent par l’hypocrisie ; de là vient qu’ils choquent la raison et ne mènent point à la vertu. L’enthousiasme et le délire ne raisonnent pas ; tant qu’ils durent, tout passe, et l’on marchande peu sur les dogmes : cela est d’ailleurs si commode ! la doctrine coûte si peu à suivre, et la morale coûte tant à pratiquer, qu’en se jetant du côté le plus facile, on rachète les bonnes œuvres par le mérite d’une grande foi. Mais, quoi qu’on fasse, le fanatisme est un état de crise qui ne peut durer toujours : il a ses accès plus ou moins longs, plus ou moins fréquents, et il a aussi ses relâches, durant lesquels on est de sang-froid. C’est alors qu’en revenant sur soi-même on est tout surpris de se voir enchaîné par tant d’absurdités. Cependant le culte est réglé, les formes sont prescrites, les lois sont établies, les transgresseurs sont punis. Ira-t-on protester seul contre tout cela, récuser les lois de son pays, et renier la religion de son père ? Qui l’oserait ? On se soumet en silence ; l’intérêt veut qu’on soit de l’avis de celui dont on hérite. On fait donc comme les autres ; sauf à rire à son aise en particulier de ce qu’on feint de respecter en public. Voilà, monseigneur, comme pense le gros des hommes dans la plupart des religions, et surtout dans la vôtre ; et voilà la clef des inconséquences qu’on remarque entre leur morale et leurs actions. Leur croyance n’est qu’apparence, et leurs mœurs sont comme leur foi.
Pourquoi un homme a-t-il inspection sur la croyance d’un autre ? et pourquoi l’État a-t-il inspection sur celle des citoyens ? C’est parce qu’on suppose que la croyance des hommes détermine leur morale, et que des idées qu’ils ont de la vie à venir dépend leur conduite en celle-ci. Quand cela n’est pas, qu’importe ce qu’ils croient ou ce qu’ils font semblant de croire ? L’apparence de la religion ne sert plus qu’à les dispenser d’en avoir une.
Dans la société, chacun est en droit de s’informer si un autre se croit obligé d’être juste, et le souverain est en droit d’examiner les raisons sur lesquelles chacun fonde cette obligation. De plus, les formes nationales doivent être observées ; c’est sur quoi j’ai beaucoup insisté. Mais, quant aux opinions qui ne tiennent point à la morale, qui n’influent en aucune manière sur les actions, et qui ne tendent point à transgresser les lois, chacun n’a là-dessus que son jugement pour maître, et nul n’a ni droit ni intérêt de prescrire à d’autres sa façon de penser. Si, par exemple, quelqu’un, même constitué en autorité, venait me demander mon sentiment sur la fameuse question de l’hypostase, dont la Bible ne dit pas un mot, mais pour laquelle tant de grands enfants ont tenu des conciles et tant d’hommes ont été tourmentés[561] ; après lui avoir dit que je ne l’entends point et ne me soucie point de l’entendre, je le prierais le plus honnêtement que je pourrais de se mêler de ses affaires ; et, s’il insistait, je le laisserais là.
Voilà le seul principe sur lequel on puisse établir quelque chose de fixe et d’équitable sur les disputes de religion : sans quoi, chacun posant de son côté ce qui est en question, jamais on ne conviendra de rien, l’on ne s’entendra de la vie ; et la religion, qui devrait faire le bonheur des hommes, fera toujours leurs plus grands maux.
Mais plus les religions vieillissent, plus leur objet se perd de vue, plus les subtilités se multiplient ; on veut tout expliquer, tout décider, tout entendre ; incessamment la doctrine se raffine, et la morale dépérit toujours plus. Assurément il y a loin de l’esprit du Deutéronome à l’esprit du Talmud et de la Misnah, et de l’esprit de l’Évangile aux querelles sur la Constitution. Saint Thomas demande[562] si, par la succession des temps, les articles de foi se sont multipliés, et il se déclare pour l’affirmative. C’est-à-dire que les docteurs, renchérissant les uns sur les autres, en savent plus que n’en ont dit les apôtres et Jésus-Christ. Saint Paul avoue ne voir qu’obscurément et ne connaître qu’en partie[563].Vraiment nos théologiens sont bien plus avancés que cela ; ils voient tout, ils savent tout : ils nous rendent clair ce qui est obscur dans l’Écriture ; ils prononcent sur ce qui était indécis ; ils nous font sentir, avec leur modestie ordinaire, que les auteurs sacrés avaient grand besoin de leur secours pour se faire entendre, et que le Saint-Esprit n’eût pas su s’expliquer clairement sans eux.
Quand on perd de vue les devoirs de l’homme pour ne s’occuper que des opinions des prêtres et de leurs frivoles disputes, on ne demande plus d’un chrétien s’il craint Dieu, mais s’il est orthodoxe ; on lui fait signer des formulaires sur les questions les plus inutiles et souvent les plus inintelligibles ; et quand il a signé, tout va bien, l’on ne s’informe plus du reste ; pourvu qu’il n’aille pas se faire pendre, il peut vivre au surplus comme il lui plaira ; ses mœurs ne font rien à l’affaire, la doctrine est en sûreté. Quand la religion en est là, quel bien fait-elle à la société ? de quel avantage est-elle aux hommes ? Elle ne sert qu’à exciter entre eux des dissensions, des troubles, des guerres de toute espèce ; à les faire s’entr’égorger pour des logogriphes. Il vaudrait mieux alors n’avoir point de religion, que d’en avoir une si mal entendue. Empêchons-là, s’il se peut, de dégénérer à ce point, et soyons sûrs, malgré les bûchers et les chaînes, d’avoir bien mérité du genre humain.
It follows from this alone that it is a great good to teach people how to reason about religion in this state of delirium—because it brings them closer to their human duties, takes away the weapon of intolerance, and restores all of humanity’s rights. However, one must begin with principles that are universal and common to all men. For if, in seeking to reason, one allows any room for the authority of priests, one is giving fanaticism its weapon and providing it with means to become even more cruel.
He who loves peace should not resort to books, for that is the way to never achieve anything. Books are endless sources of dispute; look at the history of peoples—those who do not have books do not argue. Do you wish to enslave men to human authorities? One will be closer to the truth, another further away; they will be affected by it in different ways. With the utmost good faith and the best judgment in the world, it is impossible for them ever to agree. Do not argue on the basis of arguments, nor rely on speeches; human language is not clear enough. Even if God himself were to speak to us in our own languages, he would still tell us things about which we could disagree.
Our languages are the creations of men, and men are limited. Our languages are the creations of men, and men are liars. Since there is no truth that, when clearly stated, cannot be subject to some sort of dispute or objection, there is no lie that is so blatant that it cannot be supported by some false reasoning.
Suppose someone comes to us at midnight and claims that it is day – people would laugh at him. But give that person time and means to establish his own sect, and sooner or later his supporters will succeed in proving that he was right. After all, they would argue, when he said it was day, it must have indeed been day somewhere on Earth; there is nothing more certain than that. Others, having established that there are always some particles of light in the air, would claim that in another sense too, it is absolutely true that it is day at night. Once clever people get involved, soon someone will claim to see the sun at midnight. Not everyone will accept such an argument. Debates will arise, and as is usual, they will degenerate into wars and violence. Some will demand explanations; others will refuse them. Some will interpret the statement metaphorically; others literally. Some will say: “He claimed it was day at midnight, but it was actually night.” Others will say: “He claimed it was day at midnight, and it was indeed day.” Both sides will accuse the other of dishonesty, seeing only stubbornness in their opponents. Eventually, people will start fighting and killing each other; blood will flow everywhere. And if that new sect ultimately succeeds, it will still prove that it is possible for it to be day at night. That is, more or less, the story of all religious disputes.
Most new cults are established through fanaticism and maintained through hypocrisy; hence they offend reason and do not lead to virtue. Enthusiasm and delirium do not operate through rationality; as long as they last, everything changes, and people are reluctant to question dogmas—after all, it is so convenient! The doctrine costs so little to follow, while morality demands such great effort that by choosing the easier path, one can “atone” for good deeds with the merit of strong faith. Yet, no matter what, fanaticism is a state of crisis that cannot endure forever; it has its periods of intensity and relaxation, during which people regain their clarity of mind. It is then that one is shocked to realize how bound they are by such absurdities. Nevertheless, cults have their rules, prescribed forms, established laws, and offenders are punished. Would anyone dare protest against all this alone, reject the laws of their country, and renounce the religion of their fathers? Who would dare? People submit in silence; self-interest dictates that one should agree with those from whom they inherit. So they follow the crowd—except perhaps to laugh inwardly at what they pretend to respect in public. Such is the mindset of the majority of people in most religions, especially in yours; and this is the key to the inconsistencies between their morals and actions. Their faith is merely an outward appearance, and their behavior reflects the same hypocrisy as their beliefs.
Why should one man have the right to inspect another man’s beliefs? And why should the state have the right to inspect its citizens’ beliefs? It is because it is assumed that people’s beliefs determine their morality, and that the ideas they hold about the future determine their behavior in the present. But when this is not the case, what does it matter what they believe or what they pretend to believe? The mere appearance of religion then serves no other purpose than to exempt them from actually having any religion at all.
In society, everyone has the right to know whether another person believes it is their duty to be just, and the sovereign has the right to examine the reasons upon which each person bases such a belief. Moreover, national traditions must be respected; on this point I have insisted greatly. But as for opinions that have nothing to do with morality, that in no way influence actions, and that do not aim to violate laws, everyone should rely solely on their own judgment in matters such as these. No one has the right or interest in imposing their own way of thinking on others. For example, if someone—even if they hold authority—came to ask me what I thought about the famous issue of hypostasis, about which the Bible says not a word, but over which so many fools have convened councils and so many people have suffered[561], I would tell them that I did not understand it and cared nothing about it. Then I would politely ask them to mind their own business. And if they persisted, I would simply leave them be.
This is the only principle upon which something fixed and equitable can be established regarding religious disputes: otherwise, since everyone will present their own version of what is at issue, it will never be possible to reach any agreement or live in harmony; and religion, which ought to bring happiness to people, will always cause them the greatest harm.
But the older religions grow, the more their object becomes obscured from view, and the more subtle distinctions arise; people seek to explain everything, decide everything, understand everything. Unceasingly, the doctrines become more refined, yet morality deteriorates all the more. Indeed, there is a vast difference between the spirit of the Deuteronomy and the spirit of the Talmud and Mishnah, and between the spirit of the Gospel and the debates over constitutional matters. Saint Thomas questions[562] whether, over the course of time, the articles of faith have multiplied, and he affirms that they have. In other words, theologians, building upon one another’s teachings, claim to know more than what the apostles and Jesus Christ themselves said. Saint Paul admits that he can only see things dimly and understand them only in part[563]. Truly, our theologians are far more advanced than this; they claim to see everything, to know everything. They make what is obscure in the Scriptures clear to us; they offer opinions on what was once uncertain; with their usual modesty, they remind us that the sacred authors would have greatly needed their assistance to be understood, and that the Holy Spirit could not have expressed itself clearly without them.
When one loses sight of the duties inherent to humanity and focuses solely on the opinions of priests and their frivolous disputes, one no longer asks a Christian whether he fears God, but whether he is orthodox; one makes him sign forms pertaining to the most irrelevant and often the most incomprehensible matters; and once he has signed them, everything is deemed satisfactory—no further inquiries are made. So long as he does not go and get hanged, he may live as he pleases; his morals are of no consequence whatsoever, for the doctrine is safe and secure. When religion has degenerated to such a state, what good does it do to society? What benefit does it bring to people? It only serves to stir up disagreements, troubles, and wars of every kind among them; it causes them to slaughter one another over meaningless trivialities. In such cases, it would be better not to have any religion at all than to have one that is so misinterpreted. Let us prevent it, if possible, from deteriorating further, and let us be certain—that, despite the executioners’ blocks and chains—we have truly earned the respect of the human race.
Da ciò solo deriva che insegnare ai popoli a ragionare sulla religione rappresenti un grande bene: li avvicina ai doveri dell’uomo, toglie all’intolleranza la sua arma e restituisce all’umanità tutti i suoi diritti. Tuttavia, è necessario basarsi su principi generali e comuni a tutti gli uomini; perché se, nel voler ragionare, si lasciano spazi alle autorità dei preti, si fornisce al fanatismo l’arma per diventare ancora più crudele.
Chi ama la pace non dovrebbe ricorrere ai libri: è proprio questo il modo per non arrivare a nulla. I libri sono fonti inesauribili di dispute: esaminate la storia dei popoli, coloro che non possiedono libri non discutono mai. Volete forse asservire gli uomini ad autorità umane? Uno sarà più vicino, l’altro più lontano dalla verità; ne saranno influenzati in modi diversi. Con la massima buona fede e il miglior giudizio possibile, è impossibile che riescano mai a concordare. Non discutete basandovi su argomentazioni o su discorsi: il linguaggio umano non è abbastanza chiaro. Anche Dio stesso, se si degnasse di parlare nelle nostre lingue, non ci direbbe nulla su cui non si potesse discutere.
Le nostre lingue sono opere degli uomini, e gli uomini sono limitati. Le nostre lingue sono opere degli uomini, e gli uomini mentono. Poiché non esiste alcuna verità enunciata in modo così chiaro da non poter essere contestata, non esiste alcuna menzogna così evidente che non possa essere avvalorata da qualche ragione falsa.
Supponiamo che una persona venga a mezzanotte a gridarci che è giorno: ci rideremmo di lei. Ma se a questa persona venissero dati il tempo e i mezzi per fondare una setta, prima o poi i suoi sostenitori riuscirebbero a dimostrare che diceva la verità. Dopotutto, si direbbe: quando ha affermato che era giorno, in qualche parte della terra effettivamente era giorno; nulla è più certo di questo. Altri, avendo stabilito che nell’aria ci siano sempre alcune particelle di luce, sosterranno che, in un altro senso, sia davvero vero che sia giorno anche di notte. Basta che si intromettano persone erudite, e presto vi faranno vedere il sole a mezzanotte. Ma non tutti accetteranno questa evidenza. Ci saranno dibattiti che, come è consueto, degenereranno in guerre e crudeltà: alcuni vorranno spiegazioni, altri no; alcuni interpreteranno la proposizione in senso figurato, altri in senso letterale. Alcuni diranno: “Ha detto che era giorno a mezzanotte, ma in realtà era notte”; altri risponderanno: “Ha detto che era giorno a mezzanotte, e infatti era giorno”. Ognuno accuserà l’altra parte di malafede, vedendo solo ostinazione da parte loro. Alla fine ci si batterà, si massacrerà. E se la nuova setta dovesse vincere, rimarrebbe comunque dimostrato che è giorno anche di notte. Questa è più o meno la storia di tutte le controversie religiose.
La maggior parte dei nuovi culti si stabilisce attraverso il fanatismo e si mantiene grazie all’ipocrisia; è per questo che offendono la ragione e non portano alla virtù. L’entusiasmo e il delirio non sono basati sulla ragione; finché durano, tutto passa, e sui dogmi si fa poco caso. È davvero comodo! La dottrina costa così poco da seguire, mentre la morale richiede sforzi enormi per essere praticata. Quindi, scegliendo la strada più facile, si compensano le buone azioni con il merito di una fede profonda. Ma, qualunque cosa si faccia, il fanatismo è uno stato di crisi che non può durare per sempre: ha periodi più o meno lunghi, più o meno frequenti. E ci sono anche momenti in cui si torna in sé e ci si rende conto di essere vincolati da tante assurdità. Tuttavia, il culto è regolamentato, le forme sono stabilite, le leggi esistono, i trasgressori vengono puniti. Si oserebbe davvero protestare contro tutto questo, rifiutare le leggi del proprio paese, negare la religione del proprio padre? Chi oserebbe? Si subisce in silenzio. L’interesse personale vuole che si sia d’accordo con chi ci ha preceduti. Quindi si fa come fanno gli altri. A meno che non si voglia ridere apertamente di ciò che si pretende di rispettare in pubblico. Ecco, signore, come pensano la maggior parte delle persone nella maggior parte delle religioni. E ecco la spiegazione delle contraddizioni che si osservano tra la loro morale e le loro azioni. La loro fede non è altro che apparenza. E le loro comportamenti sono esattamente come la loro fede.
Perché un uomo ha il diritto di controllare le credenze di un altro? E perché lo Stato ha il diritto di controllare quelle dei cittadini? È perché si suppone che le credenze delle persone determinino la loro morale, e che le idee che hanno sulla vita futura influenzino il loro comportamento nella vita presente. Quando invece questo non è vero, che importanza ha ciò in cui credono o ciò che fingono di credere? L’apparenza della religione serve soltanto a farli evitare di averne davvero una.
Nella società, ognuno ha il diritto di sapere se un altro si ritiene obbligato ad essere giusto, e il sovrano ha il diritto di esaminare le ragioni su cui ognuno fonda tale obbligo. Inoltre, devono essere rispettate le forme nazionali; su questo ho insistito molto. Ma per quanto riguarda le opinioni che non hanno nulla a che fare con la morale, che in alcun modo non influenzano le azioni e che non tendono a violare le leggi, ognuno ha soltanto il proprio giudizio come guida; nessuno ha il diritto né l’interesse di imporre agli altri il proprio modo di pensare. Ad esempio, se qualcuno, anche se investito di autorità, venisse a chiedermi la mia opinione sulla famosa questione dell’ipostasi, di cui la Bibbia non dice una parola, ma per la quale tanti hanno tenuto concili e molti uomini sono stati tormentati[561]; dopo avergli detto che non la comprendo e che non mi interessa comprenderla, lo pregherei con la massima sincerità di occuparsi delle sue faccende; e se insistesse, lo lascierei andare.
Ecco l’unico principio su cui si possa stabilire qualcosa di fisso ed equo nelle controversie religiose: altrimenti, poiché ognuno sostiene da parte sua ciò che è in discussione, non si arriverà mai a un accordo, non si troverà mai un punto di intesa; e la religione, che dovrebbe rendere gli uomini felici, finirà sempre per causare loro i maggiori mali.
Ma più le religioni invecchiano, più il loro oggetto diventa sfocato e meno evidente; le sottigliezze aumentano continuamente: si vuole spiegare tutto, decidere tutto, comprendere tutto. La dottrina si perfeziona senza sosta, mentre la morale declina sempre di più. C’è certamente una grande differenza tra lo spirito del Deuteronomio e quello del Talmud e della Mishnah, e tra lo spirito dell’Evangelo e le dispute sulla Costituzione. San Tommaso si chiede[562] se, con il passare del tempo, i punti di fede siano aumentati, e risponde affermativamente. In altre parole, i teologi, arricchendo continuamente la dottrina, ne sanno più di quanto abbiano detto gli apostoli e Gesù Cristo. San Paolo ammette di vedere solo in modo vago e di conoscere solo parzialmente[563] ciò che è contenuto negli Scritti sacri. In realtà i nostri teologi sono molto più avanti di così: vedono tutto, sanno tutto; rendono chiara per noi quella parte degli Scritti che è oscura; esprimono opinioni su ciò che era incerto; e con la loro solita modestia, ci fanno capire quanto gli autori sacri avessero bisogno del loro aiuto per farsi comprendere, e che lo Spirito Santo non sarebbe stato in grado di spiegarsi chiaramente senza di loro.
Quando ci si dimentica dei doveri dell’uomo per occuparsi soltanto delle opinioni dei preti e delle loro dispute frivole, non si chiede più a un cristiano se teme Dio, ma se è ortodosso; gli si fa firmare moduli su questioni assolutamente inutili e spesso incomprensibili; e una volta che ha firmato, tutto va bene: non ci si interessa più a nulla altro, purché non vada a farsi impiccare. Altrimenti può vivere come vuole; i suoi costumi non contano nulla, l’importante è che la dottrina sia salva. Quando la religione arriva a questo punto, quale bene apporta alla società? Qual vantaggio ha per gli uomini? Servie soltanto a suscitare tra di loro dissensioni, turbamenti, guerre di ogni sorta; a farli uccidere a vicenda per delle sciocchezze. In tal caso, sarebbe meglio non avere affatto religione, piuttosto che averne una così malintesa. Impediamo, se possibile, che degeneri fino a questo punto. E siamo certi che, nonostante i roghi e le catene, avremo comunque meritato il rispetto dell’umanità.
Supposons que, las des querelles qui le déchirent, il s’assemble pour les terminer, et convenir d’une religion commune à tous les peuples, chacun commencera, cela est sûr, par proposer la sienne comme la seule vraie, la seule raisonnable et démontrée, la seule agréable à Dieu et utile aux hommes : mais ses preuves ne répondant pas là-dessus à sa persuasion, du moins au gré des autres sectes, chaque parti n’aura de voix que la sienne, tous les autres se réuniront contre lui ; cela n’est pas moins sûr. La délibération fera le tour de cette manière, un seul proposant, et tous rejetant. Ce n’est pas le moyen d’être d’accord. Il est croyable qu’après bien du temps perdu dans ces altercations puériles, les hommes de sens chercheront des moyens de conciliation. Ils proposeront pour cela, de commencer par chasser tous les théologiens de l’assemblée, et il ne leur sera pas difficile de faire voir combien ce préliminaire est indispensable. Cette bonne œuvre faite, ils diront aux peuples : « Tant que vous ne conviendrez pas de quelque principe, il n’est pas possible même que vous vous entendiez et c’est un argument qui n’a jamais convaincu personne, que de dire : Vous avez tort, car j’ai raison.
« Vous parlez de ce qui est agréable à Dieu : voilà précisément ce qui est en question. Si nous savions quel culte lui est le plus agréable, il n’y aurait plus de dispute entre nous. Vous parlez aussi de ce qui est utile aux hommes : c’est autre chose ; les hommes peuvent juger de cela. Prenons donc cette utilité pour règle, et puis établissons la doctrine qui s’y rapporte le plus. Nous pourrons espérer d’approcher ainsi de la vérité autant qu’il est possible à des hommes : car il est à présumer que ce qui est le plus utile aux créatures est le plus agréable au Créateur.
« Cherchons d’abord s’il y a quelque affinité naturelle entre nous, si nous sommes quelque chose les uns aux autres. Vous juifs, que pensez-vous sur l’origine du genre humain ? Nous pensons qu’il est sorti d’un même père. Et vous, chrétiens ? Nous pensons là-dessus comme les juifs. Et vous, Turcs ? Nous pensons comme les juifs et les chrétiens. Cela est déjà bon : puisque les hommes sont tous frères, ils doivent s’aimer comme tels.
« Dites-nous maintenant de qui leur père commun avait reçu l’être, car il ne s’était pas fait tout seul. Du Créateur du ciel et de la terre, juifs, chrétiens et Turcs sont d’accord aussi sur cela ; c’est encore un très grand point.
Et cet homme, ouvrage du Créateur, est-il un être simple ou mixte ? est-il formé d’une substance unique oui de plusieurs ? Chrétiens, répondez. Il est composé de deux substances, dont l’une est mortelle, et dont l’autre ne peut mourir. Et vous, Turcs ? Nous pensons de même. Et vous, juifs ? Autrefois nos idées là-dessus étaient fort confuses, comme les expressions de nos livres sacrés ; mais les esséniens nous ont éclairés, et nous pensons encore sur ce point comme les chrétiens. »
En procédant ainsi d’interrogations en interrogations sur la providence divine, sur l’économie de la vie à venir, et sur toutes les questions essentielles au bon ordre du genre humain, ces mêmes hommes ayant obtenu de tous des réponses presque uniformes, leur diront (on se souviendra que les théologiens n’y sont plus) : « Mes amis, de quoi vous tourmentez-vous ? Vous voilà tous d’accord sur ce qui vous importe : quand vous différeriez de sentiment sur le reste, j’y vois peu d’inconvénient. Formez de ce petit nombre d’articles une religion universelle qui soit, pour ainsi dire, la religion humaine et sociale que tout homme vivant en société soit obligé d’admettre. Si quelqu’un dogmatise contre elle, qu’il soit banni de la société comme ennemi de ses lois fondamentales. Quant au reste, sur quoi vous n’êtes pas d’accord, formez chacun de vos croyances particulières autant de religions nationales, et suivez-les en sincérité de cœur : mais n’allez point vous tourmentant pour les faire admettre aux autres peuples, et soyez assurés que Dieu n’exige pas cela. Car il est aussi injuste de vouloir les soumettre à vos opinions qu’à vos lois, et les missionnaires ne me semblent guère plus sages que les conquérants.
« En suivant vos diverses doctrines, cessez de vous les figurer si démontrées, que quiconque ne les voit pas telles soit coupable à vos yeux de mauvaise foi : ne croyez point que tous ceux qui pèsent vos preuves et les rejettent soient pour cela des obstinés que leur incrédulité rende punissables ; ne croyez point que la raison, l’amour du vrai, la sincérité, soient pour vous seuls. Quoi qu’on fasse, on sera toujours porté à traiter en ennemis ceux qu’on accusera de se refuser à l’évidence. On plaint l’erreur, mais on hait l’opiniâtreté. Donnez la préférence à vos raisons, à la bonne heure ; mais sachez que ceux qui ne s’y rendent pas ont les leurs.
« Honorez en général tous les fondateurs de vos cultes respectifs ; que chacun rende au sien ce qu’il croit lui devoir ; mais qu’il ne méprise point ceux des autres. Ils ont eu de grands génies et de grandes vertus : cela est toujours estimable. Ils se sont dits les envoyés de Dieu ; cela peut être et n’être pas : c’est de quoi la pluralité ne saurait juger d’une manière uniforme, les preuves n’étant pas également à sa portée. Mais quand cela ne serait pas, il ne faut point les traiter si légèrement d’imposteurs. Qui sait jusqu’où les méditations continuelles sur la Divinité, jusqu’où l’enthousiasme de la vertu ont pu, dans leurs sublimes âmes, troubler l’ordre didactique et rampant des idées vulgaires ? Dans une trop grande élévation la tête tourne, et l’on ne voit plus les choses comme elles sont. Socrate a cru avoir un esprit familier, et l’on n’a point osé l’accuser pour cela d’être un fourbe. Traiterons-nous les fondateurs des peuples, les bienfaiteurs des nations avec moins d’égards qu’un particulier ?
« Du reste, plus de disputes entre vous sur la préférence de vos cultes : ils sont tous bons lorsqu’ils sont prescrits par les lois, et que la religion essentielle s’y trouve ; ils sont mauvais quand elle ne s’y trouve pas. La forme du culte est la police des religions et non leur essence, et c’est au souverain qu’il appartient de régler la police dans son pays. »
J’ai pensé, monseigneur, que celui qui raisonnerait ainsi ne serait point un blasphémateur, un impie ; qu’il proposerait un moyen de paix juste, raisonnable, utile aux hommes : et que cela n’empêcherait pas qu’il n’eût sa religion particulière ainsi que les autres, et qu’il n’y fût tout aussi sincèrement attaché. Le vrai croyant, sachant que l’infidèle est aussi un homme, et peut-être un honnête homme, peut sans crime s’intéresser à son sort. Qu’il empêche un culte étranger de s’introduire dans son pays, cela est juste ; mais qu’il ne damne pas pour cela ceux qui ne pensent pas comme lui ; car quiconque prononce un jugement si téméraire se rend l’ennemi du reste du genre humain. J’entends dire sans cesse qu’il faut admettre la tolérance civile, non la théologique. Je pense tout le contraire ; je crois qu’un homme de bien, dans quelque religion qu’il vive de bonne foi, peut être sauvé. Mais je ne crois pas pour cela qu’on puisse légitimement introduire en un pays des religions étrangères sans la permission du souverain : car si ce n’est pas directement désobéir à Dieu, c’est désobéir aux lois ; et qui désobéit aux lois désobéit à Dieu.
Suppose that, despite the disputes that divide them, people gather together in order to put an end to them and agree on a common religion for all peoples. Surely, each party will begin by proposing its own belief as the only true one, the only reasonable and well-founded, the only one that pleases God and is beneficial to mankind. However, since their arguments fail to convince others—at least not according to the views of other sects—each group will only have its own voice, and all the rest will unite against it; this is just as certain. The deliberations will proceed in this manner: one party proposes something, and everyone else rejects it. Such a method cannot lead to agreement. It is likely that, after wasting so much time on these childish arguments, people of good sense will seek ways to reconcile. They might propose that all theologians be excluded from the assembly first, and it would not be difficult to show how essential such a preliminary step is. Once this is done, they could say to the peoples: “Until you agree on some common principle, it is impossible for you to reach any understanding. And the only argument that has never convinced anyone is simply this: ‘You are wrong, because I am right.’”
“You are speaking of what is pleasing to God—and that is precisely what is at issue here. If we knew which form of worship is most pleasing to Him, there would be no more disputes among us. You also mention what is useful to humans; but that is another matter—and humans can judge for themselves what is useful. Let us therefore take this usefulness as our guide, and establish the doctrine that corresponds most closely to it. In this way, we may hope to come as close as possible to the truth, given that what is most useful to creation must be what is most pleasing to the Creator.”
“Let us first seek to determine whether there is some natural affinity between us, whether we are in some way related to one another. You Jews, what do you think about the origin of the human race? We believe that it originated from a common father. And you Christians? We share the same view as you Jews on this matter. And you Turks? We also hold the same opinions as you Jews and Christians. That is already a good start: since all men are brothers, they should love one another as such.”
“Tell us now from whom their common father received existence, for he could not have come into being on his own. Jews, Christians, and Turks all agree on this point; it is yet another very important matter.”
And this man, a creation of the Creator, is he a simple being or a composite one? Is he made of a single substance, or of several? Christians, answer. He is composed of two substances: one of them is mortal, and the other cannot die. And you, Turks? We hold the same view. And you, Jews? In the past, our understanding on this matter was very confused, just as the expressions in our sacred books; but the Essenes enlightened us, and now we think on this point in the same way as Christians.
By engaging in such inquiries into divine providence, the economy of future life, and all those fundamental issues essential to the proper order of human society, these very men—having received almost uniform answers from everyone—would say to them (and one should remember that theologians are no longer involved in this process): “My friends, why do you torment yourselves? You are all in agreement on what matters most to you; even if you differ in opinion on other matters, I see little harm in that. Take these few fundamental principles and construct a universal religion—what might be called the human and social religion that every person living in society is obliged to accept. If anyone dogmatizes against it, let them be banished from society as enemies of its fundamental laws. As for the rest of the matters on which you disagree, each of you may form his own particular beliefs and follow them with sincere conviction in your hearts. But do not go to great lengths to force others to accept them; be assured that God does not require it. For it would be just as unjust to try to impose them upon others as it would be to impose your laws upon them, and I consider missionaries to be no wiser than conquerors.”
“By adhering to your various doctrines, you cease to regard them as self-evident; anyone who does not see them in that light is considered by you to be guilty of bad faith. Do not believe that all those who examine your arguments and reject them are stubborn individuals whose disbelief warrants punishment. Do not assume that reason, the love for truth, and sincerity are exclusive to yourselves. No matter what one does, it is inevitable to regard those whom one accuses of refusing to accept evidence as enemies. People regret error, but they hate obstinacy. Give preference to your reasons when appropriate; but be aware that those who do not agree with you have their own reasons too.”
“Honor in general all the founders of your respective cults; let each one give to his own what he believes he owes it; but let him not despise those of others. They have possessed great geniuses and great virtues: such qualities are always worthy of respect. They have claimed to be messengers of God; this may be true, or it may not be: the multitude is unable to judge in a uniform manner on such matters, for the evidence is not equally accessible to everyone. But even if it were not true, we should not treat them so lightly as impostors. Who knows to what extent continuous contemplation of the Divine, to what extent the fervor for virtue, may have disturbed in their noble souls the ordinary, conventional order of thought? In excessive elevation, the mind loses its balance, and things are no longer seen as they really are. Socrates believed he had a spirit that was in communion with the divine; and yet no one dared accuse him of being a swindler for that reason. Shall we treat the founders of peoples, the benefactors of nations, with less respect than we would a mere individual?”
“Besides, there should be no more disputes among you regarding the preference of one religion over another: all are good when they are prescribed by law and when the essential elements of religion are present within them; they are bad when those essential elements are absent. The form of worship is merely a matter of regulating religions, not their essence, and it is the sovereign’s duty to determine such regulations within his own realm.”
I thought, my lord, that someone who reasoned in this way would not be considered a blasphemer or an infidel; rather, he would propose a means of peace that was just, reasonable, and beneficial to mankind. Moreover, this would not prevent him from having his own particular religion, just like everyone else, and from being equally sincere in it. A true believer, knowing that an unbeliever is also a human being—and perhaps even an honest one—can, without committing any sin, care about his fate. It is right to prevent foreign cults from being introduced into one’s country; but it is not right to condemn those who do not think the same way as oneself for that reason. For anyone who pronounces such a presumptuous judgment is making himself an enemy of the rest of humanity. I constantly hear people say that civil tolerance should be accepted, but not theological tolerance. I believe the exact opposite: I think that a good person, no matter what religion he sincerely practices, can be saved. However, I do not believe that it is legitimate to introduce foreign religions into a country without the permission of its sovereign. For if this is not directly disobedience to God, it is at least disobedience to the laws; and anyone who disobeys the laws is disobeying God.
Supponiamo che, a dispetto delle controversie che lo dividono, si riunisca per porre fine ad esse e concordare su una religione comune a tutti i popoli: ognuno, senza dubbio, inizierà proponendo la propria come l’unica vera, l’unica ragionevole e dimostrabile, l’unica gradita a Dio e utile agli uomini. Tuttavia, poiché le sue argomentazioni non rispondono alle convinzioni altrui, o quanto meno non soddisfano i requisiti delle altre sette, ciascuna fazione avrà voce soltanto propria, mentre tutte le altre si uniranno contro di essa: questo è altrettanto certo. La discussione proseguirà in questo modo: uno propone, tutti rifiutano. Questo non è certo il modo per giungere a un accordo. È credibile che, dopo aver perso molto tempo in queste infantili controversie, le persone di buon senso cercheranno modi per conciliarsi. Proporranno quindi di allontanare tutti i teologi dall’assemblea, e non sarà difficile dimostrare quanto tale preludio sia indispensabile. Una volta compiuto questo passo positivo, diranno ai popoli: “Finché non concorderete su qualche principio fondamentale, non sarà nemmeno possibile raggiungere un accordo; l’unico argomento che abbia mai convinto qualcuno è quello di affermare: Voi avete torto, perché io ho ragione”.
“Parlate di ciò che è gradito a Dio: ed è proprio questo l’argomento principale della nostra discussione. Se sapessimo quale tipo di culto sia il più gradito a Lui, non ci sarebbero più dispute tra di noi. Parlate anche di ciò che è utile agli uomini: questa è un’altra questione; gli uomini possono giudicarne da soli. Quindi prendiamo questa utilità come criterio e stabiliamo la dottrina che vi si adatti maggiormente. In questo modo possiamo sperare di avvicinarci alla verità nel limite delle nostre possibilità umane: poiché è ragionevole supporre che ciò che è più utile alle creature sia anche ciò che è più gradito al Creatore.”
“Diamo prima di tutto un’occhiata per vedere se esista qualche affinità naturale tra di noi, se siamo in qualche modo legati gli uni agli altri. Voi ebrei, che ne pensate sull’origine dell’umanità? Noi crediamo che sia sorta da un unico padre. E voi cristiani? Pensate allo stesso modo degli ebrei. E voi turchi? Anche voi la pensate come gli ebrei e i cristiani. Questo è già un buon inizio: poiché tutti gli uomini sono fratelli, devono amarsi tra loro.”
“Diteci ora da chi abbiano ricevuto la vita il loro padre comune, poiché non si è creato da solo. Sul Creatore del cielo e della terra, ebrei, cristiani e turchi sono d’accordo anche su questo; questo è un altro punto molto importante.”
E quest’uomo, opera del Creatore, è un essere semplice o misto? È formato da una sola sostanza o da più sostanze? Cristiani, rispondete. È composto da due sostanze: una mortale e l’altra immortale. E voi, Turchi? Pensiamo allo stesso modo. E voi, Ebrei? In passato le nostre idee su questo argomento erano molto confuse, così come le espressioni presenti nei nostri libri sacri; ma gli Esseni ci hanno illuminati, e ora pensiamo ancora in questo senso come i Cristiani.
Procedendo in questo modo, ponendo domanda dopo domanda sulla provvidenza divina, sull’organizzazione della vita futura e su tutte le questioni essenziali per il buon ordine dell’umanità, questi stessi uomini, avendo ottenuto da tutti risposte quasi uniformi, diranno loro (si ricorderà che i teologi non sono più coinvolti in questo processo): “Amici miei, di cosa vi tormentate? Siete tutti d’accordo su ciò che vi è realmente importante; anche se divergiste sul resto, non vedo alcun inconveniente. Formate da questi pochi punti di accordo una religione universale, che possa essere considerata la religione umana e sociale che ogni uomo che vive in società sia obbligato ad accettare. Se qualcuno si ostina a contraddirla, che venga escluso dalla società come nemico delle sue leggi fondamentali. Per quanto riguarda il resto, su cui non siete d’accordo, ognuno possa formare le proprie credenze particolari e seguirle con sincerità; ma non cercate assolutamente di farle accettare agli altri popoli, e siate certi che Dio non lo richiede. Infatti, sarebbe altrettanto ingiusto costringerli ad adottare le vostre opinioni quanto le vostre leggi, e i missionari, a mio parere, non sono molto più saggi dei conquistatori.”
“Seguendo le vostre diverse dottrine, smettete di ritenere che queste siano così evidenti da non poter essere contestate; chi non le considera tali è, ai vostri occhi, colpevole di malafede. Non crediate che tutti coloro che esaminano attentamente le vostre argomentazioni e le rifiutano siano necessariamente ostinati o degni di punizione a causa della loro incredulità; non credete che la ragione, l’amore per la verità e la sincerità siano riservate soltanto a voi. Qualunque cosa si faccia, si tende sempre a considerare nemici coloro che si rifiutano di accettare le evidenze. Si compiange l’errore, ma si odia l’ostinazione. Dategli la preferenza alle vostre ragioni, se così desiderate; ma sappiate che anche coloro che non vi seguono hanno le loro ragioni.”
“On dovrebbe onorare in generale tutti i fondatori dei rispettivi culti; che ciascuno renda a quello del proprio popolo ciò che ritiene di dovergli; ma senza disprezzare quelli degli altri. Essi hanno posseduto grandi talenti e grandi virtù: questo è sempre degno di stima. Si sono dichiarati inviati di Dio; questa può essere vera, ma non necessariamente: la pluralità delle opinioni non potrebbe giudicare in modo uniforme su questo punto, poiché le prove a disposizione non sono uguali per tutti. Ma anche se così non fosse, non si dovrebbero trattare con troppa leggerezza come impostori. Chi sa fino a che punto la continua meditazione sulla Divinità, fino a che punto l’entusiasmo per la virtù possano aver alterato, nelle loro anime sublimi, l’ordine naturale delle idee comuni? In un’elevazione eccessiva, la mente può perdere il senso della realtà. Socrate credeva di avere uno spirito ispirato dalla Divinità, e nessuno osò accusarlo di essere un ingannatore per questo motivo. Dovremmo trattare i fondatori dei popoli, i benefattori delle nazioni con meno rispetto di quanto facciamo con un individuo qualsiasi?”
“Del resto, non ci siano più dispute tra di voi riguardo alla preferenza dei vostri riti: sono tutti buoni quando prescritti dalle leggi e quando la religione essenziale vi è contenuta; sono cattivi quando essa vi manca. La forma del rito rappresenta soltanto l’aspetto esteriore delle religioni, non la loro essenza, ed è al sovrano che spetta regolare tale aspetto nel suo paese.”
Ho pensato, monsignore, che colui che ragiona in questo modo non sia certo un blasfemo, un irriverente; che proponga piuttosto un mezzo di pace giusto, razionale e utile agli uomini; e che ciò non impedisca affatto che abbia la propria religione particolare, proprio come gli altri, e che vi sia altrettanto sinceramente attaccato. Il vero credente, sapendo che l’infedele è anch’egli un uomo, e forse addirittura un uomo onesto, può senza peccato interessarsi al suo destino. È giusto impedire che un culto straniero si introduca nel proprio paese; ma ciò non significa condannare coloro che non pensano come lui, poiché chi emette giudizi così temerari si rende nemico del resto dell’umanità. Si dice spesso che sia necessaria la tolleranza civile, ma non quella teologica. Io penso il contrario: credo che un uomo onesto, qualunque religione pratichi con sincerità, possa essere salvato. Tuttavia, non ritengo che si possa legittimamente introdurre in un paese religioni straniere senza il permesso del sovrano; poiché, se ciò non costituisce una diretta disobbedienza a Dio, allora rappresenta comunque una disobbedienza alle leggi. E chi disobbedisce alle leggi disobbedisce a Dio.
Quant aux religions une fois établies ou tolérées dans un pays, je crois qu’il est injuste et barbare de les y détruire par la violence, et que le souverain se fait tort à lui-même en maltraitant leurs sectateurs. Il est bien différent d’embrasser une religion nouvelle, ou de vivre dans celle où l’on est né ; le premier cas seul est punissable. On ne doit ni laisser établir une diversité de cultes, ni proscrire ceux qui sont une fois établis ; car un fils n’a jamais tort de suivre la religion de son père. La raison de la tranquillité publique est toute contre les persécuteurs. La religion n’excite jamais de troubles dans un État que quand le parti dominant veut tourmenter le parti faible, ou que le parti faible, intolérant par principes, ne peut vivre en paix avec qui que ce soit. Mais tout culte légitime, c’est-à-dire tout culte où se trouve la religion essentielle, et dont par conséquent les sectateurs ne demandent que d’être soufferts et vivre en paix, n’a jamais causé ni révoltes ni guerres civiles, si ce n’est lorsqu’il a fallu se défendre et repousser les persécuteurs. Jamais les protestants n’ont pris les armes en France que lorsqu’on les y a poursuivis. Si l’on eût pu se résoudre à les laisser en paix, ils y seraient demeurés. Je conviens sans détour qu’à sa naissance la religion réformée n’avait pas droit de s’établir en France malgré les lois : mais lorsque, transmise des pères aux enfants, cette religion fut devenue celle d’une partie de la nation française, et que le prince eut solennellement traité avec cette partie par l’édit de Nantes, cet édit devint un contrat inviolable, qui ne pouvait plus être annulé que du commun consentement des deux partis ; et depuis ce temps l’exercice de la religion protestante est, selon moi, légitime en France.
Quand il ne le serait pas, il resterait toujours aux sujets l’alternative de sortir du royaume avec leurs biens, ou d’y rester soumis au culte dominant. Mais les contraindre à rester sans les vouloir tolérer, vouloir à la fois qu’ils soient et qu’ils ne soient pas ; les priver même du droit de la nature, annuler leurs mariages[564], déclarer leurs enfants bâtards… En ne disant que ce qui est, j’en dirais trop ; il faut me taire.
Voici du moins ce que je puis dire. En considérant la seule raison d’État, peut-être a-t-on bien fait d’ôter aux protestants français tous leurs chefs : mais il fallait s’arrêter là. Les maximes politiques ont leurs applications et leurs distinctions. Pour prévenir les dissensions qu’on n’a plus à craindre, on s’ôte des ressources dont on aurait grand besoin. Un parti qui n’a plus ni grands ni noblesse à sa tête, quel mal peut-il faire dans un royaume tel que la France ? Examinez toutes vos précédentes guerres appelées guerres de religion ; vous trouverez qu’il n’y en a pas une qui n’ait eu sa cause à la cour et dans les intérêts des grands : des intrigues de cabinet brouillaient les affaires, et puis les chefs ameutaient les peuples au nom de Dieu. Mais quelles intrigues, quelles cabales peuvent former des marchands et des paysans ? Comment s’y prendront-ils pour susciter un parti dans un pays où l’on ne veut que des valets ou des maîtres, et où l’égalité est inconnue ou en horreur ? Un marchand proposant de lever des troupes peut se faire écouter en Angleterre, mais il fera toujours rire des Français[565].
Si j’étais roi, non ; ministre, encore moins ; mais homme puissant en France, je dirais : Tout tend parmi nous aux emplois, aux charges ; tout veut acheter le droit de mal faire : Paris et la cour engouffrent tout. Laissons ces pauvres gens remplir le vide des provinces qu’ils soient marchands, et toujours marchands ; laboureurs, et toujours laboureurs. Ne pouvant quitter leur état, ils en tireront le meilleur parti possible ; ils remplaceront les nôtres dans les conditions privées dont nous cherchons tous à sortir ; ils feront valoir le commerce et l’agriculture, que tout nous fait abandonner ; ils alimenteront notre luxe ; ils travailleront, et nous jouirons.
Si ce projet n’était pas plus équitable que ceux qu’on suit, il serait du moins plus humain, et sûrement il serait plus utile. C’est moins la tyrannie et c’est moins l’ambition des chefs, que ce ne sont leurs préjugés et leurs courtes vues, qui font le malheur des nations.
Je finirai par transcrire une espèce de discours qui a quelque rapport à mon sujet, et qui ne m’en écartera pas longtemps.
Un parsi de Surate, ayant épousé en secret une musulmane, fut découvert, arrêté ; et ayant refusé d’embrasser le mahométisme, il fut condamné à mort. Avant d’aller au supplice, il parla ainsi à ses juges :
« Quoi ! vous voulez m’ôter la vie ! Eh ! de quoi me punissez-vous ? J’ai transgressé ma loi plutôt que la vôtre : ma loi parle au cœur et n’est pas cruelle ; mon crime a été puni par le blâme de mes frères. Mais que vous ai-je fait pour mériter de mourir ? Je vous ai traités comme ma famille ; et je me suis choisi une sœur parmi vous ; je l’ai laissée libre dans sa croyance, et elle a respecté la mienne pour son propre intérêt : borné sans regret à elle seule, je l’ai honorée comme l’instrument du culte qu’exige l’auteur de mon être : j’ai payé par elle le tribut que tout homme doit au genre humain : l’amour me l’a donnée, et la vertu me la rendait chère ; elle n’a point vécu dans la servitude, elle a possédé sans partage le cœur de son époux ; ma faute n’a pas moins fait son bonheur que le mien.
« Pour expier une faute si pardonnable, vous m’avez voulu rendre fourbe et menteur ; vous m’avez voulu forcer à professer vos sentiments, sans les aimer et sans y croire : comme si le transfuge de nos lois eût mérité de passer sous les vôtres, vous m’avez fait opter entre le parjure et la mort ; et j’ai choisi, car je ne veux pas vous tromper. Je meurs donc, puisqu’il le faut mais je meurs digne de revivre et d’animer un autre homme juste. Je meurs martyr de ma religion, sans crainte d’entrer après ma mort dans la vôtre. Puissé-je renaître chez les musulmans pour leur apprendre à devenir humains, cléments, équitables ; car, servant le même Dieu que nous servons, puisqu’il n’y en a pas deux, vous vous aveuglez dans votre zèle en tourmentant ses serviteurs, et vous n’êtes cruels et sanguinaires que parce que vous êtes inconséquents.
« Vous êtes des enfants qui, dans vos jeux, ne savez que faire du mal aux hommes. Vous vous croyez savants, et vous ne savez rien de ce qui est de Dieu. Vos dogmes récents sont-ils convenables à celui qui est et qui veut être adoré de tous les temps ? Peuples nouveaux, comment osez-vous parler de la religion devant nous ? Nos rites sont aussi vieux que les astres ; les premiers rayons du soleil ont éclairé et reçu les hommages de nos pères. Le grand Zerdust a vu l’enfance du monde, il a prédit et marqué l’ordre de l’univers : et vous, hommes d’hier, vous voulez être nos prophètes ! Vingt siècles avant Mahomet, avant la naissance d’Ismaël et de son père, les mages étaient antiques ; nos livres sacrés étaient déjà la loi de l’Asie et du monde, et trois grands empires avaient successivement achevé leur long cours sous nos ancêtres avant que les vôtres fussent sortis du néant.
« Voyez, hommes prévenus, la différence qui est entre vous et nous. Vous vous dites croyants, et vous vivez en barbares. Vos institutions, vos lois, vos cultes, vos vertus même, tourmentent l’homme et le dégradent : vous n’avez que de tristes devoirs à lui prescrire, des jeûnes, des privations, des combats, des mutilations, des clôtures : vous ne savez lui faire un devoir que de ce qui peut l’affliger et le contraindre : vous lui faites haïr la vie et les moyens de la conserver : vos femmes sont sans hommes, vos terres sont sans culture : vous mangez les animaux et vous massacrez les humains ; vous aimez le sang, les meurtres : tous vos établissements choquent la nature, avilissent l’espèce humaine ; et, sous le double joug du despotisme et du fanatisme, vous l’écrasez de ses rois et de ses dieux.
As for religions that have once been established or tolerated in a country, I believe it is unjust and barbaric to destroy them by violence, and that a sovereign does himself harm when he mistreats their followers. It is quite different from embracing a new religion or living within the one in which one was born; only the former case deserves punishment. One should neither allow the establishment of diverse cults nor prohibit those that have already taken root, for a son is never wrong to follow his father’s religion. The very basis of public tranquility is opposed to persecutors. Religion never causes trouble in a state unless the dominant party seeks to torment the weaker one, or unless the weaker party, out of principle, cannot live in peace with anyone else. But any legitimate cult—that is, any cult that embodies essential religious beliefs and whose followers merely ask to be tolerated and allowed to live in peace—has never led to revolts or civil wars, except when it was necessary to defend oneself against persecutors. The Protestants in France never took up arms unless they were persecuted; if they had been left alone, they would have remained peaceful. I admit without hesitation that, at its inception, the Reformed religion had no right to establish itself in France despite the laws; but once it was passed down from parents to children and became the religion of a portion of the French nation, and when the sovereign solemnly recognized it through the Edict of Nantes, that edict became an inviolable contract that could only be revoked with the mutual consent of both parties. Since then, in my view, the practice of Protestantism in France has been legitimate.
If it were not the case, subjects would still have the option to leave the kingdom with their possessions or remain subject to the dominant cult. But to force them to stay without being willing to tolerate them—to want them to be there yet also not to be there; to even deprive them of their natural rights, to annul their marriages[564], to declare their children illegitimate. By saying only what is true, I would say too much; I must remain silent.
At least this is what I can say. If we consider only the reasons of state, perhaps it was right to strip French Protestants of all their leaders; but that should have been the end of it. Political principles have their applications and distinctions. In order to prevent dissentions that were no longer a threat, people deprived themselves of resources that they would have needed greatly. What harm could a party lead in a kingdom like France, when it no longer had any nobles or great men at its head? Examine all your previous wars labeled “religious wars”; you will find that not one of them had any other cause than those prevailing at court and serving the interests of the powerful. Intrigues in the cabinets disrupted affairs, and then these leaders incited the people in the name of God. But what intrigues or plots could merchants and peasants possibly devise? How could they succeed in forming a party in a country where people only wanted to be either servants or masters, and where equality was unknown or despised? A merchant who proposed raising an army might be listened to in England, but such a proposition would always draw laughter from the French[565].
If I were a king, no; a minister, even less; but a powerful man in France, I would say: Among us, everything tends toward holding offices and taking on responsibilities; everyone seeks to buy the right to do wrong. Paris and the court devour everything. Let these poor people fill the void in the provinces—let them be merchants, always merchants; let them be farmers, always farmers. Since they cannot leave their status, they will make the best of it possible. They will take our place in those private circumstances from which we all strive to escape. They will promote commerce and agriculture, which everyone seems to want to abandon. They will provide for our luxury; they will work, and we will enjoy the benefits.
If this project were not more equitable than those we currently follow, it would at least be more humane, and surely it would be more useful. It is less the tyranny and the ambition of leaders than their prejudices and narrow-mindedness that bring misfortune to nations.
I will eventually end up transcribing a kind of speech that is somewhat related to my subject and that will not deviate too far from it.
A Parsi from Surat, who had secretly married a Muslim woman, was discovered and arrested; and since he refused to convert to Islam, he was sentenced to death. Before being executed, he said the following to his judges:
“What! You want to take my life! Why are you punishing me? I have violated my own laws, not yours: my laws speak to the heart and are not cruel; my crime was punished only by the reproaches of my own brothers. But what have I done to deserve death? I have treated you all as my family; I chose a sister among you, and I allowed her to pursue her faith freely. She respected mine out of her own interests; devoted solely to her, I honored her as the instrument of worship required by the Creator of my existence. Through her, I paid the tribute that every man owes to humanity: love gave her to me, and virtue made her dear to my heart. She never lived in slavery; she possessed the heart of her husband without any rival. My fault did not diminish her happiness any more than it diminished mine.”
“To atone for such a pardonable mistake, you sought to make me cunning and deceitful; you forced me to profess your beliefs without truly loving them or believing in them: as if the followers of our religion deserved to be subjected to yours. You left me with no choice but between perjury and death—and I chose death, for I refuse to deceive you. I die, then, when it must be so, but I die worthy of being reborn and giving life to another righteous man. I die as a martyr for my faith, without fear of entering your religion after this life. May I be reborn among Muslims to teach them how to become human, kind, and just; for, serving the same God as we do—and since there can be only one—your zeal blinds you as you torment his followers. Your cruelty and violence stem merely from your inconsistency.”
“You are but children who, in your games, know only how to cause harm to men. You think yourselves wise, yet you know nothing of what concerns God. Are your recent doctrines suitable for one who has always been, and who wishes to be, worshipped by all times? New peoples, how dare you speak of religion before us? Our rites are as ancient as the stars; the first rays of the sun illuminated our ancestors and received their worship. The great Zerdust witnessed the beginning of this world; he predicted and established the order of the universe—yet you, men of yesterday, wish to be our prophets! Twenty centuries before Muhammad, before the birth of Ismail and his father, the magi already existed; our sacred texts were already the law of Asia and the whole world. Three great empires had completed their course under our ancestors long before yours even came into existence.”
“See, men who are warned in advance, the difference that exists between you and us. You call yourselves believers, yet you live like barbarians. Your institutions, your laws, your cults, even your so-called virtues—all torment and degrade human beings. You impose upon them only sad duties: fasting, privations, battles, mutilations, restrictions. You teach them to regard only what can cause them suffering and oppression. You make them hate life and the means by which it can be preserved. Your women lack husbands, your lands lie uncultivated; you eat animals and slaughter human beings. You crave blood and violence. All your systems offend nature and degrade the human race. And under the double yoke of despotism and fanaticism, you crush mankind both in its kings and its gods.”
Per quanto riguarda le religioni, una volta stabilite o tollerate in un paese, credo che sia ingiusto e barbaro distruggerle con la violenza, e che il sovrano si faccia del male a se stesso maltrattando i loro seguaci. È ben diverso adottare una nuova religione rispetto a vivere in quella nella quale si è nati; solo nel primo caso l’azione è punibile. Non si dovrebbe né permettere lo stabilimento di diverse forme di culto, né proibire quelle che sono già esistenti; infatti un figlio non ha mai torto ad aderire alla religione del proprio padre. La ragione principale della tranquillità pubblica è proprio l’opposizione ai persecutori. Una religione non provoca mai disordini in uno Stato se non quando il partito dominante vuole tormentare quello più debole, o quando quest’ultimo, per principio intollerante, non può vivere in pace con nessuno. Ma ogni culto legittimo, cioè ogni credo che contenga i principi essenziali della religione e il cui seguimento richieda soltanto tolleranza e pace, non ha mai causato rivolte o guerre civili, se non quando è stato necessario difendersi dai persecutori. I protestanti in Francia non hanno mai preso le armi se non quando sono stati perseguitati; se si fosse potuto decidere di lasciarli in pace, sarebbero rimasti lì. Ammetto senza esitazione che, al momento della sua nascita, la religione riformata non avesse diritto di stabilirsi in Francia nonostante le leggi; ma quando questa religione, trasmessa dai genitori ai figli, divenne quella di una parte del popolo francese, e il sovrano stipulò solennemente l’editto di Nantes con tale parte, quell’editto divenne un contratto inviolabile che non poteva più essere annullato se non con il consenso comune delle due parti; da allora, secondo me, l’esercizio della religione protestante in Francia è legittimo.
Se non lo fosse, ai sudditi resterebbe sempre l’alternativa di lasciare il regno con i loro beni o di rimanervi sottomessi al culto dominante. Ma costringerli a rimanere senza volerli tollerare, voler che siano e allo stesso tempo che non siano; privarli persino del diritto naturale, annullare i loro matrimoni[564], dichiarare i loro figli illegittimi. Se dicessi solo ciò che è, direi troppo; devo tacere.
Ecco almeno ciò che posso dire. Se si considera esclusivamente la ragione di Stato, forse è stato giusto privare i protestanti francesi di tutti i loro capi; ma sarebbe bastato fermarsi lì. Le massime politiche hanno le loro applicazioni e le loro distinzioni. Per prevenire dissensioni che ormai non si temevano più, si eliminavano risorse di cui ci sarebbe stato grande bisogno. Un partito privo di grandi personalità o nobiltà alla sua guida, quale danno potrebbe causare in un regno come la Francia? Esaminate tutte le vostre guerre precedenti, chiamate guerre di religione: non ce n’è una che non abbia avuto origine alla corte e nell’interesse dei nobili; intrighi di cortile confondevano le cose, e poi i capi sollevavano i popoli in nome di Dio. Ma quali intrighi, quali congiure possono escogitare mercanti e contadini? Come riusciranno a formare un partito in un paese dove si desiderano solo servi o padroni, e dove l’uguaglianza è sconosciuta o detestata? Un mercante che proponesse di radunare truppe potrebbe essere ascoltato in Inghilterra, ma i francesi lo troverebbero sempre ridicolo[565].
Se fossi re, no; ministro, ancora meno; ma una persona potente in Francia, direi: tra di noi tutto tende verso le cariche e gli incarichi pubblici; tutti cercano di comprare il diritto di fare del male: Parigi e la corte inghiottono tutto. Lasciamo che questi poveri uomini riempiano il vuoto delle province: che siano mercanti, e sempre mercanti; contadini, e sempre contadini. Non potendo lasciare la loro condizione sociale, ne trarranno il massimo vantaggio possibile; sostituiranno i nostri in quelle situazioni private da cui tutti cerchiamo di uscire; promuoveranno il commercio e l’agricoltura, che tutti noi tendiamo ad abbandonare; forniranno il cibo al nostro lusso; lavoreranno, e noi ne godremo i frutti.
Se questo progetto non fosse più equo di quelli attualmente seguiti, sarebbe almeno più umano e sicuramente più utile. Sono meno la tirannia e l’ambizione dei capi che i loro pregiudizi e la loro miopia a causare il male delle nazioni.
Finirò per trascrivere una sorta di discorso che abbia qualche legame con il mio argomento e che non mi allontanerà troppo da esso.
Un Parsi di Surate, che aveva sposato in segreto una musulmana, fu scoperto e arrestato; poiché rifiutò di abbracciare l’Islam, fu condannato a morte. Prima di essere portato al patibolo, disse così ai suoi giudici:
“Che cosa! Volete togliermi la vita! Per quale colpa mi punite? Ho violato la mia legge, non la vostra: la mia legge parla al cuore e non è crudele; il mio crimine è stato punito dal rimorso dei miei fratelli. Ma che cosa vi ho fatto per meritare di morire? Vi ho trattati come membri della mia famiglia; ho scelto una sorella tra voi, l’ho lasciata libera nella sua fede, e lei ha rispettato la mia per il proprio bene. Limitato a lei sola nel mio affetto, l’ho onorata come lo strumento del culto che richiede colui che mi ha creato; con lei ho pagato il tributo che ogni uomo deve all’umanità: l’amore me l’ha data, e la virtù l’ha resa preziosa per me. Non ha vissuto nella schiavitù; ha posseduto interamente il cuore del suo marito. Il mio errore non ha fatto meno felice lei di quanto abbia reso felice me.”
“Per espiare un errore perdonabile, avete voluto rendermi astuto e bugiardo; avete voluto costringermi a professare i vostri sentimenti, senza amarli né crederci: come se il trasferimento delle nostre leggi meritasse di essere sostituito dalle vostre. Mi avete costretto a scegliere tra la spergiura e la morte; e ho scelto la morte, perché non voglio ingannarvi. Moro quindi, poiché è necessario, ma muoio da uomo degno di rinascere e di guidare un altro essere giusto. Muoio martire della mia fede, senza paura di entrare, dopo la morte, nella vostra. Possa rinascere tra i musulmani per insegnar loro ad essere umani, compassionevoli, equi. Poiché servono lo stesso Dio che serviamo noi – e non ne esiste un altro – vi accecate nel vostro zelo, tormentando i suoi servitori. E siete crudeli e spietati soltanto perché siete incoerenti.”
“Voi siete bambini che, nei vostri giochi, non sapete fare altro che causare dolore agli uomini. Vi credete saggi, ma non conoscete nulla di ciò che riguarda Dio. I vostri recenti dogmi sono davvero adatti a colui che è e che vuole essere venerato da tutti i tempi? Popoli nuovi, come osate parlare di religione davanti a noi? I nostri riti sono antichi quanto le stelle; i primi raggi del sole hanno illuminato e ricevuto gli omaggi dei nostri antenati. Il grande Zerdust ha visto l’inizio del mondo, ha predetto e stabilito l’ordine dell’universo. E voi, uomini di oggi, volete essere i nostri profeti! Venti secoli prima di Maometto, prima della nascita di Ismaele e di suo padre, i maghi già esistevano; i nostri libri sacri erano già la legge dell’Asia e del mondo. E tre grandi imperi avevano già completato il loro percorso sotto i nostri antenati, prima ancora che i vostri nascessero dal nulla.”
“Ecco, o uomini prevenuti, la differenza che c’è tra voi e noi. Vi dichiarate credenti, ma vivete come barbari. Le vostre istituzioni, le vostre leggi, i vostri riti, persino le vostre cosiddette virtù, tormentano l’uomo e lo degradano: non gli imponete che doveri tristi, digiuni, privazioni, battaglie, mutilazioni. Gli fate odiare la vita e i mezzi per conservarla. Le vostre donne sono senza uomini, le vostre terre sono incolte; mangiate animali e massacrate esseri umani; amate il sangue e gli omicidi. Tutti i vostri sistemi offendono la natura e umiliano l’umanità. E sotto il doppio giogo del dispotismo e del fanatismo, la schiavizzate con i vostri re e i vostri dei.”
« Pour nous, nous sommes des hommes de paix, nous ne faisons ni ne voulons aucun mal à rien de ce qui respire, non pas même à nos tyrans ; nous leur cédons sans regret le fruit de nos peines, contents de leur être utiles et de remplir nos devoirs. Nos nombreux bestiaux couvrent vos pâturages ; les arbres plantés par nos mains vous donnent leurs fruits et leurs ombres ; vos terres que nous cultivons vous nourrissent par nos soins ; un peuple simple et doux multiplie sous vos outrages, et tire pour vous la vie et l’abondance du sein de la mère commune, où vous ne savez rien trouver. Le soleil, que nous prenons à témoin de nos œuvres, éclaire notre patience et vos injustices ; il ne se lève point sans nous trouver occupés à bien faire, et en se couchant il nous ramène au sein de nos familles nous préparer à de nouveaux travaux.
« Dieu seul sait la vérité. Si malgré tout cela nous nous trompons dans notre culte, il est toujours peu croyable que nous soyons condamnés à l’enfer, nous qui ne faisons que du bien sur la terre, et que vous soyez les élus de Dieu ; fous qui n’y faites que du mal. Quand nous serions dans l’erreur, vous devriez la respecter pour votre avantage. Notre piété vous engraisse, et la vôtre vous consume ; nous réparons le mal que vous fait une religion destructive. Croyez-moi, laissez-nous un culte qui vous est utile : craignez qu’un jour nous n’adoptions le vôtre ; c’est le plus grand mal qui vous puisse arriver. »
J’ai tâché, monseigneur, de vous faire entendre dans quel esprit a été écrite la Profession de foi du vicaire savoyard, et les considérations qui m’ont porté à la publier. Je vous demande à présent à quel égard vous pouvez qualifier sa doctrine de blasphématoire, d’impie, d’abominable, et ce que vous y trouvez de scandaleux et de pernicieux au genre humain. J’en dis autant à ceux qui m’accusent d’avoir dit ce qu’il fallait taire, et d’avoir voulu troubler l’ordre public ; imputation vague et téméraire, avec laquelle ceux qui ont le moins réfléchi sur ce qui est utile ou nuisible indisposent d’un mot le public crédule contre un auteur bien intentionné. Est-ce apprendre au peuple à ne rien croire, que le rappeler à la véritable foi qu’il oublie ? Est-ce troubler l’ordre, que renvoyer chacun aux lois de son pays ? Est-ce anéantir tous les cultes, que borner chaque peuple au sien ? Est-ce ôter celui qu’on a, que ne vouloir pas qu’on en change ? Est-ce se jouer de toute religion, que respecter toutes les religions ? Enfin, est-il donc si essentiel à chacune de haïr les autres, que, cette haine ôtée, tout soit ôté ?
Voilà pourtant ce qu’on persuade au peuple quand on veut lui faire prendre son défenseur en haine, et qu’on a la force en main. Maintenant, hommes cruels, vos décrets, vos bûchers, vos mandements, vos journaux, le troublent et l’abusent sur mon compte. Il me croit un monstre, sur la foi de vos clameurs. Mais vos clameurs cesseront enfin ; mes écrits resteront malgré vous, pour votre honte : les chrétiens, moins prévenus, y chercheront avec surprise les horreurs que vous prétendez y trouver ; ils n’y verront, avec la morale de leur divin Maître, que des leçons de paix, de concorde et de charité. Puissent-ils y apprendre à être plus justes que leurs pères ! Puissent les vertus qu’ils y auront prises me venger un jour de vos malédictions !
À l’égard des objections sur les sectes particulières dans lesquelles l’univers est divisé, que ne puis-je leur donner assez de force pour rendre chacun moins entêté de la sienne et moins ennemi des autres, pour porter chaque homme à l’indulgence, à la douceur, par cette considération si frappante et si naturelle que, s’il fût né dans un autre pays, dans une autre secte, il prendrait infailliblement pour I’erreur ce qu’il prend pour la vérité, et pour la vérité ce qu’il prend pour l’erreur ! Il importe tant aux hommes de tenir moins aux opinions qui les divisent qu’à celles qui les unissent ! Et, au contraire, négligeant ce qu’ils ont de commun, ils s’acharnent aux sentiments particuliers avec une espèce de rage ; ils tiennent d’autant plus à ces sentiments, qu’ils semblent moins raisonnables ; et chacun voudrait suppléer, à force de confiance, à l’autorité que la raison refuse à son parti. Ainsi, d’accord au fond sur tout ce qui nous intéresse, et dont on ne tient aucun compte, on passe la vie à disputer, à chicaner, à tourmenter, à persécuter, à se battre pour les choses qu’on entend le moins, et qu’il est le moins nécessaire d’entendre ; on entasse en vain décisions sur décisions ; on plâtre en vain leurs contradictions d’un jargon inintelligible ; on trouve chaque jour de nouvelles questions à résoudre, chaque jour de nouveaux sujets de querelles, parce que chaque doctrine a des branches infinies, et que chacun, entêté de sa petite idée, croit essentiel ce qui ne l’est point, et néglige l’essentiel véritable. Que si on leur propose des objections qu’ils ne peuvent résoudre, ce qui, vu l’échafaudage de leurs doctrines, devient plus facile de jour en jour, ils se dépitent comme des enfants ; et parce qu’ils sont plus attachés à leur parti qu’à la vérité, et qu’ils ont plus d’orgueil que de bonne foi, c’est sur ce qu’ils peuvent le moins prouver qu’ils pardonnent le moins quelque doute.
Ma propre histoire caractérise mieux qu’aucune autre le jugement qu’on doit porter des chrétiens d’aujourd’hui : mais comme elle en dit trop pour être crue, peut-être un jour fera-t-elle porter un jugement tout contraire ; un jour peut-être ce qui fait aujourd’hui l’opprobre de mes contemporains fera leur gloire, et les simples qui liront mon livre diront avec admiration : Quels temps angéliques ce devaient être ceux où un tel livre a été brûlé comme impie, et son auteur poursuivi comme un malfaiteur ! sans doute alors tous les écrits respiraient la dévotion la plus sublime, et la terre était couverte de saints.
Mais d’autres livres demeureront. On saura, par exemple, que ce même siècle a produit un panégyriste de la Saint-Barthélemy, Français, et, comme on peut bien croire, homme d’Église, sans que ni parlement ni prélat ait songé même à lui chercher querelle. Alors en comparant la morale des deux livres et le sort des deux auteurs, on pourra changer de langage et tirer une autre conclusion.
Les doctrines abominables sont celles qui mènent au crime, au meurtre, et qui font des fanatiques. Eh ! qu’y a-t-il de plus abominable au monde que de mettre l’injustice et la violence en système, et de les faire découler de la clémence de Dieu ? Je m’abstiendrai d’entrer ici dans un parallèle qui pourrait vous déplaire : convenez seulement, monseigneur, que si la France eût professé la religion du prêtre savoyard, cette religion si simple et si pure, qui fait craindre Dieu et aimer les hommes, des fleuves de sang n’eussent point si souvent inondé les champs français ; ce peuple si doux et si gai n’eût point étonné les autres de ses cruautés dans tant de persécutions et de massacres, depuis l’inquisition de Toulouse[566] jusqu’à la Saint-Barthélemy, et depuis les guerres des Albigeois jusqu’aux dragonnades ; le conseiller Anne du Bourg n’eût point été pendu pour avoir opiné à la douceur envers les réformés ; les habitants de Mérindol et de Cabrière n’eussent point été mis à mort par arrêt du parlement d’Aix ; et, sous nos yeux, l’innocent Calas, torturé par les bourreaux, n’eût point péri sur la roue. Revenons à présent, monseigneur, à vos censures, et aux raisons sur lesquelles vous les fondez.
Ce sont toujours des hommes, dit le vicaire, qui nous attestent la parole de Dieu, et qui nous l’attestent en des langues qui nous sont inconnues. Souvent, au contraire, nous aurions grand besoin que Dieu nous attestât la parole des hommes ; il est bien sûr au moins qu’il eût pu nous donner la sienne, sans se servir d’organes si suspects. Le vicaire se plaint qu’il faille tant de témoignages humains pour certifier la parole divine : Que d’hommes, dit-il, entre Dieu et moi !
Vous répondez : Pour que cette plainte faut sensée, M. T. C. F., il faudrait pouvoir conclure que la révélation est fausse dès qu’elle n’a point été faite à chaque homme en particulier ; il faudrait pouvoir dire : Dieu ne peut exiger de moi que je croie ce qu’on m’assure qu’il a dit, dès que ce n’est pas directement à moi qu’il a adressé sa parole[567].
“For us, we are men of peace; we do not cause nor wish any harm to anything that breathes, not even to our tyrants. We willingly surrender to them the fruits of our labor, content to be useful to them and to fulfill our duties. Our numerous animals graze on your pastures; the trees planted by our hands provide you with their fruit and shade; the lands we cultivate nourish you through our care. A simple and gentle people multiplies under your oppression, drawing life and abundance from the common source from which you yourselves derive nothing. The sun, whose witness we make of our endeavors, shines upon both our patience and your injustices. It rises while we are engaged in doing good, and as it sets, it brings us back to our families, ready for new tasks.”
“Only God knows the truth. Even if we err in our worship despite all this, it is still hard to believe that we would be condemned to hell—we who do only good on earth—and that you, who do only evil, are God’s chosen ones. If we are mistaken, you should respect our beliefs for your own benefit. Our piety nourishes you, while yours destroys you; we repair the harm caused by your destructive religion. Believe me—allow us to maintain a worship that is beneficial to you. Fear that one day we might adopt your ways; that would be the greatest evil that could happen to you.”
I have tried, my lord, to explain to you in what spirit the Profession of Faith of the Savoyard Vicar was written and what considerations led me to publish it. I now ask you: in what respect can you consider its doctrines blasphemous, impious, or abominable? What do you see in them that is scandalous or harmful to mankind? I say this especially to those who accuse me of saying what should have been kept silent and of attempting to disturb public order. Such accusations are vague and rash; they allow those who have least thought about what is useful or harmful to mislead the credulous public against a well-intentioned author. Is it teaching people not to believe in anything, or is it reminding them of the true faith they have forgotten? Is it disturbing order to remind everyone to abide by the laws of their country? Is it destroying all religions to confine each people to their own? Is it taking away what one already has and refusing to allow change? Is it mocking all religions when in fact respecting them all? Finally, is it really essential for every religion to hate others, to the extent that without that hatred everything else would be lost?
Yet this is precisely what people are led to believe when one seeks to make them hate their defenders, while possessing the power to do so. Oh, cruel men, your decrees, your bonfires, your edicts, your newspapers—they disturb and abuse him in my name. He believes me to be a monster, based on your claims. But your clamors will eventually cease; my writings will remain, despite you, for your shame. The less informed among Christians will search them in surprise for the horrors you claim to find therein; yet, guided by the morality of their divine Master, they will see only lessons of peace, concord, and charity. May they learn there to be more just than their fathers! May the virtues they derive from these writings one day avenge me for your curses!
As for the objections regarding the particular sects into which the universe is divided, what more could I add to give them sufficient weight to make each person less stubborn in their own views and less hostile toward others? Such considerations are so striking and natural that if a person were born in another country, belonging to another sect, they would undoubtedly regard as error what they now consider truth, and as truth what they now regard as error! It is far more important for people to attach less importance to the opinions that divide them than to those that unite them. On the contrary, ignoring what they have in common, they cling to their particular beliefs with a kind of rage; they hold onto these beliefs all the more because they seem less reasonable, and each one is determined, by sheer confidence, to compensate for the authority that reason refuses to grant their side. Thus, despite agreeing fundamentally on everything that matters to us—and on things that are ultimately irrelevant—people spend their lives arguing, quibbling, tormenting, persecuting, and fighting over things that we hear very little about and that are least necessary to understand. In vain do they pile up decision after decision; in vain do they try to explain their contradictions using an incomprehensible jargon; every day they find new issues to resolve, new topics for debate, because every doctrine has endless branches, and because each person, obsessed with their own narrow ideas, believes that what is not essential is actually vital, while neglecting the true essentials. And when objections are raised that they cannot refute—something that, given the flawed structure of their doctrines, becomes increasingly easy to do—they react like children; and because they are more loyal to their own party than to the truth, and because they are filled with pride rather than sincerity, it is precisely on those things they are least able to prove that they are least willing to accept any doubt.
My own story illustrates better than anything else the judgment that must be passed on today’s Christians. But since it says too much to be believed, perhaps one day it will lead to a completely opposite conclusion. Perhaps what now brings disgrace upon my contemporaries will one day bring them glory, and those who read my book will say in admiration: What an angelic age that must have been when such a book was burned as heretical, and its author persecuted as a criminal! Surely at that time, all writings would have breathed the purest devotion, and the earth would have been filled with saints.
But other books will remain. For example, it will be known that the same century produced a panegyrist of Saint Bartholomew—a Frenchman, and one who was undoubtedly a clergyman, yet neither parliament nor any prelate ever thought of taking issue with him. By comparing the morals expressed in these two books and the fates of their authors, one might then change perspective and draw different conclusions.
Those abominable doctrines are the very ones that lead to crime and murder, and that give rise to fanatics. Ah! What could be more abominable in this world than to turn injustice and violence into a systematic practice, and to pretend that they flow from God’s mercy? I will refrain from making comparisons here that might displeasure you; but please admit, my lord, that if France had embraced the religion of that simple and pure priest from Savoy—that religion which teaches us to fear God and love our fellow men—then rivers of blood would not have so often flooded the French fields; this gentle and cheerful people would not have astonished others with their cruelty during all those persecutions and massacres, from the Toulouse Inquisition to the Saint Bartholomew’s Day massacre, and from the Wars of the Albigensians to the dragonnades. The counselor Anne du Bourg would not have been hanged for advocating kindness toward the Reformers; the inhabitants of Mérindol and Cabrière would not have been executed on the orders of the Aix parliament; and before our very eyes, the innocent Calas would not have died under the torture of the executioners. Now, let us return to your criticisms and the reasons you base them on, my lord.
“It is always men,” said the vicar, “who bear witness to God’s word for us, and they do so in languages that are unknown to us. Often, on the contrary, we would greatly need God to bear witness to the words of men; surely He could at least have given us His own testimony, without making use of such suspect instruments.” The vicar lamented that so many human testimonies were required to verify divine truth: “How many men stand between God and me!” he said.
You reply: For for this complaint to make any sense, Mr. T. C. F., it would be necessary to conclude that a revelation is false whenever it has not been communicated directly to each individual person; it would be necessary to say that God cannot require me to believe what I am told he has said, unless he himself addressed his words directly to me[567].
“Per noi, siamo uomini di pace; non facciamo né vogliamo alcun male a nulla di ciò che respira, nemmeno ai nostri tiranni. Gli cediamo senza rimpianto il frutto dei nostri sforzi, contenti di essergli utili e di adempiere ai nostri doveri. I nostri numerosi animali pascolano nei vostri campi; gli alberi piantati dalle nostre mani vi offrono i loro frutti e la loro ombra; le vostre terre, che coltiviamo con cura, vi forniscono il cibo grazie ai nostri sforzi. Un popolo semplice e mite si moltiplica nonostante le vostre ingiustizie, e trae per voi la vita e l’abbondanza dal “grembo comune” della natura, da cui voi stessi non riuscite a ricavare nulla. Il sole, che testimonia delle nostre azioni, illumina la nostra pazienza e le vostre ingiustizie; non sorge mai senza trovarci impegnati a fare del bene, e al tramonto ci riporta alle nostre famiglie, pronti per nuovi lavori.”
“Solo Dio conosce la verità. Anche se ci sbagliamo nel nostro culto, è difficile credere che siamo condannati all’inferno noi, che facciamo solo del bene sulla terra, mentre voi siete gli eletti di Dio; voi pazzi che fate solo del male. Anche se ci sbagliamo, dovreste rispettare le nostre credenze a vostro vantaggio. La nostra devozione vi arricchisce, mentre la vostra vi distrugge; noi compensiamo il male che una religione distruttiva vi causa. Credetemi: lasciateci un culto che sia utile per voi. Temete che un giorno possiamo adottare il vostro; sarebbe il peggior male che potrebbe capitarvi.”
Ho cercato, signore, di farvi comprendere con quale intento è stata scritta la Professione di fede del vescovo savoiardo, nonché le ragioni che mi hanno spinto a pubblicarla. Ora vi chiedo in qual senso possiate definire la sua dottrina blasfema, empia, abominabile, e cosa vi sembri scandaloso o dannoso per l’umanità in essa contenuto. Dico questo anche a coloro che mi accusano di aver detto ciò che avrebbe dovuto essere taciuto e di aver voluto disturbare l’ordine pubblico: un’accusa vaga e temeraria, con la quale coloro che hanno riflettuto poco su ciò che è utile o dannoso inducono il pubblico ingenuo a prendere in cattiva considerazione un autore ben intenzionato. Imparare al popolo a non credere nulla significa forse ricordargli la vera fede che ha dimenticato? Disturbare l’ordine pubblico significa forse rimandare ognuno alle leggi del proprio paese? Annientare tutti i culti significa forse limitare ogni popolo al proprio? Togliere a qualcuno ciò che possiede significa forse impedirgli di cambiarlo? Scherzare con tutte le religioni significa forse rispettarle tutte? Infine, è davvero così essenziale che ciascuna religione odii le altre, al punto che, senza questa odio, tutto venga distrutto?
Eppure è proprio questo che si persuade il popolo quando si vuole che odii colui che dovrebbe difenderlo, e quando si possiede il potere. Ora, o crudeli uomini, i vostri decreti, i vostri roghi, i vostri ordini, i vostri giornali turbano e abusano di me a vostro vantaggio. Il popolo mi considera un mostro, sulla base delle vostre grida. Ma queste gride finiranno presto; i miei scritti rimarranno, nonostante voi, per la vostra vergogna: i cristiani, meno prevenuti, vi cercheranno dentro le orrori che voi pretendete di trovarvi; ma con la morale del loro divino Maestro, vi troveranno soltanto insegnamenti di pace, di concordia e di carità. Possano imparare da essi a essere più giusti dei loro padri! Possano le virtù che ne trarranno un giorno vendicarmi delle vostre maledizioni!
Per quanto riguarda le obiezioni relative alle diverse sette in cui l’universo è diviso, quale forza non potrei dare loro per rendere ognuno meno ostinato nelle proprie convinzioni e meno nemico degli altri? Per indurre ciascun uomo all’indulgenza e alla dolcezza, considerando questa realtà così evidente e naturale: se fosse nato in un altro paese, appartenente a un’altra setta, senza dubbio considererebbe errore ciò che oggi ritiene verità, e verità ciò che considera errore! È di fondamentale importanza per gli uomini rinunciare alle opinioni che li dividono, piuttosto che a quelle che li uniscono. Al contrario: trascurando ciò che hanno in comune, si attaccano con furia ai propri pregiudizi particolari; tengono ancora di più a queste convinzioni proprio perché sembrano meno razionali. E ognuno cerca, con una fiducia cieca, di compensare l’autorità che la ragione rifiuta di concedere al proprio punto di vista. Così, pur essendo d’accordo su tutto ciò che ci interessa veramente – e che in realtà non ha alcuna importanza – trascorriamo la vita a discutere, a litigare, a tormentare, a perseguitare, per questioni di cui si parla molto poco e che sono del tutto irrilevanti. Accumuliamo decisioni su decisioni, ci lamentiamo inutilmente delle loro contraddizioni con un gergo incomprensibile. E ogni giorno troviamo nuove questioni da risolvere, nuovi motivi di disputa: perché ogni dottrina ha infinite ramificazioni, e ognuno, ostinato nella propria piccola idea, ritiene essenziale ciò che non lo è affatto, trascurando invece ciò che veramente conta. Se poi gli si presentano obiezioni che non riescono a confutare – il che, considerando la struttura labilissima delle loro dottrine, diventa sempre più facile – si arrabbiano come bambini. E poiché sono più legati al proprio partito che alla verità, e hanno più orgoglio che buona fede, è proprio su ciò che possono dimostrare di meno che sono meno disposti ad ammettere eventuali dubbi.
La mia stessa storia caratterizza meglio di qualsiasi altra il giudizio che si deve formulare sui cristiani di oggi; ma poiché ne dice troppo per essere creduta, forse un giorno porterà a un giudizio completamente opposto. Forse un giorno ciò che oggi è motivo di disprezzo per i miei contemporanei diventerà motivo di gloria per loro, e coloro che leggeranno il mio libro diranno con ammirazione: “Che tempi angeliaci dovevano essere quelli in cui un simile libro fu bruciato come empio, e il suo autore perseguito come un criminale! Senza dubbio, allora tutti gli scritti esprimevano la devozione più sublime, e la terra era coperta di santi”.
Ma altri libri rimarranno. Si saprà, ad esempio, che lo stesso secolo ha prodotto un panegirista di San Bartolomeo, francese e, come si può ben credere, uomo d’Chiesa, senza che né il parlamento né i prelati abbiano mai pensato di metterlo in discussione. Allora, confrontando la morale dei due libri e il destino dei loro autori, si potrà cambiare prospettiva e trarre una conclusione diversa.
Le dottrine abominate sono quelle che portano al crimine, all’omicidio e che generano fanatici. Ebbene, cosa c’è di più abominabile al mondo dell’instituire sistematicamente l’ingiustizia e la violenza, facendole derivare dalla “clemenza” di Dio? Mi asterrò dal fare qui paragoni che potrebbero dispiacervi; acconsentite soltanto, monsignore, che se la Francia avesse professato quella religione così semplice e pura del prete savoiardo – quella religione che insegna a temere Dio e ad amare gli uomini – i fiumi di sangue non avrebbero inondato così spesso i campi francesi; quel popolo così dolce e gioioso non avrebbe stupito gli altri con le sue crudeltà, nelle tante persecuzioni e massacri che si sono verificati, dalla Inquisizione di Tolosa fino alla Saint-Barthélemy, dalle guerre degli Albigesi alle dragonnades; il consigliere Anne du Bourg non sarebbe stato impiccato per aver proposto misure di clemenza nei confronti dei riformati; gli abitanti di Mérindol e Cabrière non sarebbero stati giustiziati su ordine del parlamento di Aix; e, sotto i nostri occhi, l’innocente Calas non sarebbe morto torturato dai carnefici. Torniamo ora, monsignore, alle vostre critiche e alle ragioni su cui le basate.
“Sono sempre degli uomini”, disse il vescovo ausiliare, “quelli che ci attestano la parola di Dio, e lo fanno in lingue che per noi sono sconosciute. Spesso, invece, avremmo un grande bisogno che fosse Dio stesso a testimoniare la parola degli uomini; è certo che avrebbe potuto darci la sua, senza ricorrere a mezzi così dubbi. Il vescovo ausiliare si lamentava del fatto che servissero tanti testimonianze umane per confermare la parola divina: ‘Quanti uomini ci sono, tra Dio e me!’, diceva.”
Rispondete: Affinché questa lamentela abbia senso, signor T. C. F., sarebbe necessario poter concludere che una rivelazione è falsa non appena non viene fatta a ogni individuo in particolare; sarebbe necessario poter dire: Dio non può esigere da me che creda in ciò che mi si assicura essere stato detto da Lui, non appena queste parole non siano state rivolte direttamente a me[567].
Et, tout au contraire, cette plainte n’est sensée qu’en admettant la vérité de la révélation : car si vous la supposez fausse quelle plainte avez-vous à faire du moyen dont Dieu s’est servi, puisqu’il ne s’en est servi d’aucun ? Vous doit-il compte des tromperies d’un imposteur ? Quand vous vous laissez duper, c’est votre faute et non pas la sienne. Mais lorsque Dieu, maître du choix de ses moyens, en choisit par préférence qui exigent de notre part tant de savoir et de si profondes discussions, le vicaire a-t-il tort de dire : « Voyons toutefois, examinons, comparons, vérifions. Oh ! si Dieu eût daigné me dispenser de tout ce travail l’en aurais-je servi de moins bon cœur ? »
Monseigneur, votre mineure est admirable : il faut la transcrire tout entière : j’aime à rapporter vos propres termes : c’est ma plus grande méchanceté.
Mais n’est-il donc pas une infinité de faits, même antérieurs à celui de la révélation chrétienne dont il serait absurde de douter ? Par quelle autre voie que celle des témoignages humains l’auteur lui-même a-t-il donc connu cette Sparte, cette Athènes, cette Rome dont il vante si souvent et avec tant d’assurance les lois, les mœurs et les héros ? Que d’hommes entre lui et les historiens qui ont conservé la mémoire de ces événements !
Si la matière était moins grave et que j’eusse moins de respect pour vous, cette manière de raisonner me fournirait peut-être l’occasion d’égayer un peu mes lecteurs : mais à Dieu ne plaise que j’oublie le ton qui convient au sujet que je traite et à l’homme à qui je parle ! Au risque d’être plat dans ma réponse, il me suffit de montrer que vous vous trompez.
Considérez donc, de grâce, qu’il est tout à fait dans l’ordre que des faits humains soient attestés par des témoignages humains : ils ne peuvent l’être par nulle autre voie : je ne puis savoir que Sparte et Rome ont existé que parce que des auteurs contemporains me le disent, et entre moi et un autre homme qui a vécu loin de moi, il faut nécessairement des intermédiaires. Mais pourquoi en faut-il entre Dieu et moi ? et pourquoi en faut-il de si éloignés, qui en ont besoin de tant d’autres ? Est-il simple, est-il naturel que Dieu ait été chercher Moïse pour parler à Jean-Jacques Rousseau ?
D’ailleurs nul n’est obligé, sous peine de damnation, de croire que Sparte ait existé ; nul, pour en avoir douté, ne sera dévoré des flammes éternelles. Tout fait dont nous ne sommes pas les témoins n’est établi pour nous que sur des preuves morales, et toute preuve morale est susceptible de plus et de moins. Croirai-je que la justice divine me précipite à jamais dans l’enfer, uniquement pour n’avoir pas su marquer bien exactement le point où une telle preuve devient invincible ?
S’il y a dans le monde une histoire attestée, c’est celle des vampires : rien n’y manque, procès-verbaux, certificats de notables, de chirurgiens, de curés, de magistrats ; la preuve juridique est des plus complètes. Avec cela, qui est-ce qui croit aux vampires ? Serons-nous tous damnés pour n’y avoir pas cru ?
Quelque attestés que soient, au gré même de l’incrédule Cicéron, plusieurs des prodiges rapportés par Tite Live, je les regarde comme autant de fables et sûrement je ne suis pas le seul. Mon expérience constante et celle de tous les hommes est plus forte en ceci que le témoignage de quelques-uns. Si Sparte et Rome ont été des prodiges elles-mêmes, c’étaient des prodiges dans le genre moral ; et comme on s’abuserait en Laponie de fixer à quatre pieds la stature naturelle de l’homme, on ne s’abuserait pas moins parmi nous de fixer la mesure des âmes humaines sur celle des gens que l’on voit autour de soi.
Vous vous souviendrez, s’il vous plaît, que je continue ici d’examiner vos raisonnements en eux-mêmes, sans soutenir ceux que vous attaquez. Après ce mémoratif nécessaire, je me permettrai sur votre manière d’argumenter encore une supposition.
Un habitant de la rue Saint-Jacques vient tenir ce discours à monsieur l’archevêque de Paris : « Monseigneur, je sais que vous ne croyez ni à la béatitude de saint Jean de Pâris, ni aux miracles qu’il a plu à Dieu d’opérer en public sur sa tombe, à la vue de la ville du monde la plus éclairée et la plus nombreuse ; mais je crois devoir vous attester que je viens de voir ressusciter le saint en personne, dans le lieu où ses os ont été déposés. »
L’homme de la rue Saint-Jacques ajoute à cela le détail de toutes les circonstances qui peuvent frapper le spectateur d’un pareil fait. Je suis persuadé qu’à l’ouïe de cette nouvelle, avant de vous expliquer sur la foi que vous y ajoutez, vous commencerez par interroger celui qui l’atteste, sur son état, sur ses sentiments, sur son confesseur, sur d’autres articles semblables ; et lorsqu’à son air comme à ses discours vous aurez compris que c’est un pauvre ouvrier, et que, n’ayant point à vous montrer de billet de confession, il vous confirmera dans l’opinion qu’il est janséniste : « Ah ! ah ! lui direz-vous d’un air railleur, vous êtes convulsionnaire, et vous avez vu ressusciter saint Pâris ! cela n’est pas fort étonnant ; vous avez tant vu d’autres merveilles ! »
Toujours dans ma supposition, sans doute il insistera : il vous dira qu’il n’a point vu seul le miracle ; qu’il avait deux ou trois personnes avec lui qui ont vu la même chose, et que d’autres à qui il l’a voulu raconter disent l’avoir aussi vu eux-mêmes. Là-dessus vous demanderez si tous ces témoins étaient jansénistes. « Oui, monseigneur, dira-t-il ; mais n’importe, ils sont en nombre suffisant, gens de bonnes mœurs, de bon sens, et non récusables ; la preuve est complète, et rien ne manque à notre déclaration pour constater la vérité du fait. »
D’autres évêques moins charitables enverraient chercher un commissaire, et lui consigneraient le bon homme honoré de la vision glorieuse, pour en aller rendre grâce à Dieu aux Petites-Maisons. Pour vous, monseigneur, plus humain, mais non plus crédule, après une grave réprimande, vous vous contenterez de lui dire : « Je sais que deux ou trois témoins, honnêtes gens et de bon sens, peuvent attester la vie ou la mort d’un homme ; mais je ne sais pas encore combien il en faut pour constater la résurrection d’un janséniste. En attendant que je l’apprenne, allez, mon enfant, tâchez de fortifier votre cerveau creux. Je vous dispense du jeûne, et voilà de quoi vous faire de bon bouillon. »
C’est à peu près, monseigneur, ce que vous diriez, et ce que dirait tout autre homme sage à votre place. D’où je conclus que, même selon vous, et selon tout autre homme sage, les preuves morales suffisantes pour constater les faits qui sont dans l’ordre des possibilités morales ne suffisent plus pour constater des faits d’un autre ordre et purement surnaturels ; sur quoi je vous laisse juger vous-même de la justesse de votre comparaison.
Voici pourtant la conclusion triomphante que vous en tirez contre moi : Son scepticisme n’est donc ici fondé que sur l’intérêt de son incrédulité[568].
Monseigneur, si jamais elle me procure un évêché de cent mille livres de rente, vous pourrez parler de l’intérêt de mon incrédulité.
Continuons maintenant à vous transcrire, en prenant seulement la peine de restituer, au besoin, les passages de mon livre que vous tronquez.
Qu’un homme, ajoute-t-il plus loin, vienne nous tenir ce langage : Mortels, je vous annonce les volontés du Très-Haut ; reconnaissez à ma voix celui qui m’envoie. J’ordonne au soleil de changer son cours, aux étoiles de former un autre arrangement, aux montagnes de s’aplanir, aux flots de s’élever, à la terre de prendre un autre aspect : à ces merveilles, qui ne reconnaîtra pas à l’instant le maître de la nature ? — Qui ne croirait, M. T. C. F., que celui qui s’exprime de la sorte ne demande qu’à voir des miracles pour être chrétien ?
Bien plus que cela, monseigneur, puisque je n’ai pas même besoin de miracles pour être chrétien.
On the contrary, this complaint makes sense only if we acknowledge the truth of that revelation: for if you assume it to be false, what complaint can you have about the means God used—since he did not use any at all? Is He accountable for the deceptions of a fraudster? When you allow yourself to be deceived, it is your fault, not His. But when God, who has full authority over the choice of his methods, chooses those that require such great knowledge and profound deliberation from us, is it wrong for His agent to say: “Let us examine, compare, verify. Oh! If God had deigned to spare me all this effort, would I have served Him any less loyally?”
My lord, your note is truly admirable; it must be transcribed in its entirety. I enjoy quoting your very own words—it is my greatest pleasure.
But are there not countless facts, even those that precede the Christian revelation, about which it would be absurd to doubt? By what other means, apart from human testimonies, could the author himself have come to know about this Sparta, this Athens, this Rome—places whose laws, customs, and heroes he so often praises with such confidence? How many people must have existed between him and those historians who preserved the memory of these events!
If matter were less serious and if I held you in less respect, such a way of reasoning might perhaps provide me with an opportunity to amuse my readers a bit; but by God, I shall not forget the tone that befits the subject I am discussing and the person to whom I am speaking! Even if my response seems flat, it is enough for me to show that you are mistaken.
Therefore, please consider it entirely reasonable that human facts be attested by human testimonies: they cannot be proven in any other way. I can only know that Sparta and Rome existed because contemporary authors tell me so; and between me and another person who lived far from me, intermediaries are necessarily required. But why must there be intermediaries between God and me? And why must those intermediaries be so distant, and why do they need so many other intermediaries themselves? Is it really simple, is it truly natural for God to have gone to seek Moses in order to speak to Jean-Jacques Rousseau?
After all, no one is obliged, under the threat of damnation, to believe that Sparta actually existed; nor will anyone who doubted it be consumed by eternal flames. Any event of which we are not witnesses can be established for us only on moral evidence, and every moral evidence is subject to variation. Would I believe that divine justice would condemn me to eternal hell merely because I failed to determine precisely the point at which such evidence becomes irrefutable?
If there is any well-documented story in the world, it is the one of vampires: everything is available—official records, certificates from dignitaries, surgeons, priests, magistrates; the legal evidence is extremely thorough. With all this, who still believes in vampires? Will we all be damned for not having believed in them?
However much some of the miracles reported by Titus Livy may be attested to—even by the unbelieving Cicero himself—I regard them as nothing but fables, and surely I am not alone in this opinion. My own constant experience, as well as that of all men, speaks far more eloquently on this matter than the testimony of a few individuals. If Sparta and Rome were themselves miracles, it was miracles of a moral nature; and just as it would be absurd to assume in Lapland that the natural height of a human being is four feet, it would be equally absurd among us to determine the measure of human souls based on those around us.
Please remember that I am continuing to examine your arguments in themselves here, without endorsing those that you are criticizing. After this necessary reminder, I will allow myself to make another assumption regarding your method of reasoning.
A resident of the Rue Saint-Jacques came to deliver this speech to Monsignor the Archbishop of Paris: “Monseignor, I know that you do not believe in the beatification of Saint John of Paris, nor in the miracles that God chose to perform publicly at his tomb, in front of the most enlightened and populous city in the world; but I feel it my duty to testify that I have just seen the saint resurrect in person, in the very place where his bones were laid.”
The man from Rue Saint-Jacques adds to this all the details of the various circumstances that might strike a listener upon hearing such a story. I am convinced that, upon hearing this news, before you form your own opinion based on what you have been told, you would first question the person who witnessed it about his state of mind, his feelings, the person who heard him confess, and other similar details. And when, from his appearance and his words, you come to understand that he is a poor laborer who has no need to show you any confession documents, he will only confirm your belief that he is a Jansenist. “Ah! Ah!” you would say in a mocking tone, “So you’re one of those convulsionaries who claimed to have seen Saint Pâris resurrected! That’s not very surprising—after all, you’ve seen so many other miracles!”
In my hypothesis, he will undoubtedly insist: he will tell you that he did not witness the miracle alone; that there were two or three people with him who saw the same thing, and that others to whom he tried to tell it also claimed to have seen it themselves. At this point, you would ask whether all these witnesses were Jansenists. “Yes, my lord,” he would reply; “but anyway, their number is sufficient; they are people of good character and sound judgment, and their testimonies are not questionable; the evidence is complete, and nothing is lacking in our account to establish the truth of this event.”
Other, less charitable bishops would send for a commissioner and hand over this honorable man who had experienced such a glorious vision to him, so that he could go and give thanks to God in the Little Houses. But you, my lord, being more humane yet not so credulous, after giving him a severe reprimand, would simply say to him: “I know that two or three honest people of sound judgment can testify to the life or death of a man; but I still do not know how many are needed to attest to the resurrection of a Jansenist. Until I find out, go, my child, and try to strengthen your weak mind. I exempt you from fasting—here is some good soup for you.”
That is, my lord, roughly what you would say, and what any other wise man in your position would say as well. Hence I conclude that, even in your view, and in the view of any other wise man, the moral evidence sufficient to establish facts that fall within the realm of moral possibility is not sufficient to establish facts of a different order, namely those that are purely supernatural; and I leave it to you to judge for yourself whether your analogy is appropriate.
Yet, here is the triumphant conclusion you draw against me: His skepticism is therefore based solely on the advantage of his disbelief[568].
My Lord, if it ever brings me a bishopric with an annual income of one hundred thousand livres, then you may speak of the benefits of my disbelief.
Let us continue to transcribe for you, taking the trouble to restore, whenever necessary, those passages from my book that you have cut out.
“If a man,” he adds further, “were to come to us and speak in this manner: ‘Mortals, I announce to you the will of the Supreme One; recognize in my voice him who sends me.’ If I commanded the sun to change its course, the stars to rearrange themselves, the mountains to flatten, the seas to rise, and the earth to take on a different appearance—who among these wonders would not immediately recognize the master of nature? — Who, Mr. T. C. F., would not believe that such a person is merely seeking to witness miracles in order to become a Christian?”
Even more than that, my lord, for I do not even need miracles in order to be a Christian.
E, al contrario, questa lamentela ha senso soltanto ammettendo la veridicità della rivelazione: perché se la considerate falsa, quale motivo avete di criticare il mezzo che Dio ha utilizzato, visto che non ne ha affatto usato alcuno? Deve forse rendere conto delle inganni di un impostore? Quando vi lasciate ingannare, è colpa vostra, non sua. Ma quando Dio, padrone del diritto di scegliere i propri mezzi, preferisce quelli che richiedono da parte nostra tanto sapere e discussioni così approfondite, ha forse torto il vescovo a dire: “Esaminiamo dunque attentamente, confrontiamo, verifichiamo. Oh! Se Dio avesse voluto risparmiarmi tutto questo lavoro, l’avrei servito con meno impegno?”
Signore, la vostra osservazione è davvero ammirevole: bisogna trascriverla integralmente. Mi piace ripetere le vostre stesse parole. È la mia più grande malvagità.
Ma non esiste forse un’infinità di fatti, anche anteriori a quello della rivelazione cristiana, di cui sarebbe assurdo dubitare? Per quale altro mezzo, se non attraverso i testimoni umani, l’autore stesso ha potuto conoscere quella Sparta, quell’Atene, quella Roma di cui esalta così spesso e con tanta sicurezza le leggi, i costumi e gli eroi? Quanti uomini ci sono stati, tra lui e gli storici che hanno conservato la memoria di questi eventi!
Se la materia fosse meno importante e se provassi meno rispetto per voi, questo modo di ragionare potrebbe forse offrirmi l’occasione per divertire un po’ i miei lettori. Ma per amor di Dio, non permettete che dimentichi il tono adatto al soggetto di cui parlo e all’uomo a cui mi rivolgo! Anche se la mia risposta dovesse risultare banale, basterà dimostrare che vi sbagliate.
Pertanto, vi prego di considerare come del tutto naturale che fatti umani siano attestati da testimonianze umane: non possono essere confermati in alcun altro modo. Io posso sapere che Sparta e Roma siano esistite soltanto perché autori contemporanei me lo dicono; tra me e un’altra persona vissuta lontano da me, sono necessari degli intermediari. Ma perché dovrebbero essercene tra Dio e me? E perché intermediari così lontani, che hanno bisogno di altri intermedi per trasmettere il messaggio divino? È davvero semplice, è davvero naturale che Dio abbia cercato Mosè per parlare a Jean-Jacques Rousseau?
Del resto, nessuno è obbligato, altrimenti sarebbe condannato all’inferno, a credere che Sparta sia realmente esistita; e nessuno, per averne dubitato, sarà divorato dalle fiamme eternhe. Tutto ciò di cui non siamo stati testimoni è stabilito per noi soltanto su basi morali, e ogni prova morale può essere valida in misura maggiore o minore. Crederei forse che la giustizia divina mi precipiti per sempre all’inferno solo perché non sono riuscito a individuare con precisione il punto in cui una tale prova diventa irrefutabile?
Se esiste una storia nel mondo la cui veridicità sia attestata, è quella dei vampiri: non manca nulla, verbali ufficiali, certificati di notabili, chirurghi, preti, magistrati; le prove legali sono delle più complete. Eppure, chi crede nei vampiri? Saremo tutti dannati per non averci creduto?
Per quanto attestati possano essere, anche secondo il cinico Cicerone, molti dei miracoli descritti da Tito Livio, io li considero semplicemente favole; e sicuramente non sono l’unico a pensarla così. La mia esperienza costante, come quella di tutti gli uomini, è più convincente in questo senso del testimoneio di pochi individui. Se Sparta e Roma furono davvero dei “miracoli”, si trattava di miracoli di natura morale; e proprio come si commetterebbe un errore nel Lappia stabilendo che la statura naturale dell’uomo sia di quattro piedi, allo stesso modo ci si sbaglierebbe anche tra noi fissando le dimensioni delle anime umane in base a quelle delle persone che ci circondano.
Vi ricorderete, per favore, che qui continuo ad esaminare i vostri ragionamenti nel loro complesso, senza sostenere quelli che attaccate. Dopo questo necessario chiarimento, mi permetterò di fare un’altra ipotesi riguardo al vostro modo di argomentare.
Un abitante di rue Saint-Jacques viene a tenere questo discorso all’arcivescovo di Parigi: “Monsignore, so che voi non credete né alla beatitudine di san Giovanni di Parigi, né ai miracoli che Dio ha voluto compiere pubblicamente sulla sua tomba, davanti alla città più illuminata e più popolosa del mondo; ma ritengo dovervi testimoniare che ho appena visto il santo risorgere in persona nel luogo dove i suoi resti sono stati sepolti.”
L’uomo di rue Saint-Jacques aggiunge inoltre tutti i dettagli relative alle circostanze che possono colpire lo spettatore di un simile fatto. Sono convinto che, all’udire questa notizia, prima ancora di darvi una spiegazione basata sulla vostra stessa interpretazione, comincerete sicuramente a interrogare la persona che l’ha raccontata riguardo al suo stato, ai suoi sentimenti, al suo confessore, e ad altri aspetti correlati; e quando, dal suo comportamento o dalle sue parole, comprenderete che si tratta di un povero operaio che non ha nulla da mostrarvi per confermare la sua fede jansenista, gli direte con tono derisorio: “Ah! Ah. Sei un convulsionario, e hai visto risorgere san Pâris? Non è affatto sorprendente. Hai visto tante altre meraviglie, no?”
Nella mia ipotesi, senza dubbio insisterà: vi dirà che non ha visto da solo il miracolo; che aveva con sé due o tre persone che hanno visto la stessa cosa, e che altre a cui ne ha voluto parlare dicono di averlo visto anch’esse. A questo punto chiederete se tutti questi testimoni fossero jansenisti. “Sì, monsignore”, risponderà; “ma comunque, sono in numero sufficiente: persone di buone maniere, con buon senso, e non suscettibili di essere rifiutate come testimoni; la prova è completa, e nulla manca nella nostra dichiarazione per confermare la veridicità del fatto”.
Altri vescovi, meno caritatevoli, avrebbero mandato a chiamare un commissario, il quale avrebbe affidato quell’uomo onesto e degno di tale visione gloriosa alle Piccole Case per che egli potesse rendere grazie a Dio. Per voi, monsignore, più umano ma non meno scettico, dopo una severa rimprovera, vi sareste accontentato di dirgli: “So che due o tre testimoni onesti e ragionevoli possono attestare la vita o la morte di un uomo; ma non so ancora quanti ne siano necessari per dimostrare la resurrezione di un giansenista. Fino a quando non lo scoprirò, vai, mio figlio, cerca di rafforzare il tuo intelletto debole. Ti dispenso dal digiuno; ecco qualcosa con cui poter preparare del buon brodo.”
È più o meno ciò che voi direste, e ciò che qualsiasi altro uomo saggio direbbe al vostro posto, mio signore. Da questo concludo che, anche secondo voi e secondo qualsiasi altro uomo saggio, le prove morali sufficienti per dimostrare fatti che rientrano nell’ambito delle possibilità morali non sono sufficienti per dimostrare fatti di un altro ordine, puramente soprannaturale; su questo vi lascio giudicare voi stesso della correttezza della vostra analogia.
Eppure, questa è la conclusione trionfale a cui giungete contro di me: il suo scetticismo si basa quindi soltanto sull’interesse derivante dalla sua incredulità[568].
Signore, se mai lei mi procurasse una diocesi con un reddito annuo di centomila lire, allora potrete parlare dell’utilità della mia incredulità.
Proseguiamo ora nella traduzione per voi, prendendoci solo la briga di riprodurre, ove necessario, i passaggi del mio libro che state omettendo.
“Un uomo”, aggiunge in seguito, venisse a parlarci in questo modo: “Uomini mortali, vi annuncio le volontà del Très-Haut; riconoscete nella mia voce colui che mi manda. Ordino al sole di cambiare il suo corso, alle stelle di formare un altro disegno nel cielo, alle montagne di appiattirsi, ai flutti di sollevarsi, alla terra di assumere un aspetto diverso. Di fronte a tali meraviglie, chi non riconoscerebbe immediatamente il padrone della natura? E chi non crederebbe, signor T. C. F., che colui che si esprime in questo modo desideri soltanto vedere dei miracoli per poter essere considerato cristiano?”
Ancor di più, mio signore: poiché non ho nemmeno bisogno di miracoli per essere cristiano.
Écoutez toutefois ce qu’il ajoute : « Reste enfin, dit-il, l’examen le plus important dans la doctrine annoncée : car, puisque ceux qui disent que Dieu fait ici-bas des miracles prétendent que le diable les imite quelquefois, avec les prodiges les mieux constatés nous ne sommes pas plus avancés qu’auparavant, et puisque les magiciens de Pharaon osaient, en présence même de Moïse, faire les mêmes signes qu’il faisait par l’ordre exprès de Dieu, pourquoi, dans son absence, n’eussent-ils pas, aux mêmes titres, prétendu la même autorité ? Ainsi donc, après avoir prouvé la doctrine par le miracle, il faut prouver le miracle par la doctrine, de peur de prendre l’œuvre du démon pour l’œuvre de Dieu[569]. Que faire en pareil cas pour éviter le diallèle ? Une seule chose, revenir au raisonnement, et laisser là les miracles. Mieux eût valu n’y pas recourir. »
C’est dire : Qu’on me montre des miracles, et je croirai. Oui, monseigneur, c’est dire : « Qu’on me montre des miracles, et je croirai aux miracles. » C’est dire : Qu’on me montre des miracles, et je refuserai encore de croire. Oui, monseigneur, c’est dire, selon le précepte même de Moïse[570] : Qu’on me montre des miracles, et je refuserai encore de croire une doctrine absurde et déraisonnable qu’on voudrait étayer par eux. Je croirai plutôt à la magie, que de reconnaître la voix de Dieu dans des leçons contre la raison.
J’ai dit que c’était là du bon sens le plus simple, qu’on n’obscurcirait qu’avec des distinctions tout au moins très subtiles : c’est encore une de mes prédictions ; en voici l’accomplissement.
Quand une doctrine est reconnue vraie, divine, fondée sur une révélation certaine, on s’en sert pour juger des miracles, c’est-à-dire, pour rejeter les prétendus prodiges que des imposteurs voudraient opposer à cette doctrine. Quand il s’agit d’une doctrine nouvelle qu’on annonce comme émanée du sein de Dieu, les miracles sont produits en preuves ; c’est-à-dire que celui qui prend la qualité d’envoyé du Très-Haut confirme sa mission, sa prédication par des miracles, qui sont le témoignage même de la Divinité. Ainsi la doctrine et les miracles sont des arguments respectifs dont on fait usage selon les divers points de vue où l’on se place dans l’étude et dans l’enseignement de la religion. Il ne se trouve là ni abus du raisonnement, ni sophisme ridicule, ni cercle vicieux[571].
Le lecteur en jugera : pour moi, je n’ajouterai pas un seul mot. J’ai quelquefois répondu ci-devant avec mes passages ; mais c’est avec le vôtre que je veux vous répondre ici.
Où est donc, M : T. C. F., la bonne foi philosophique dont se pare cet écrivain ?
Monseigneur, je ne me suis jamais piqué d’une bonne foi philosophique, car je n’en connais pas de telle : je n’ose même plus trop parler de la bonne foi chrétienne, depuis que les soi-disant chrétiens de nos jours trouvent si mauvais qu’on ne supprime pas les objections qui les embarrassent. Mais, pour la bonne foi pure et simple, je demande laquelle, de la mienne ou de la vôtre, est la plus facile à trouver ici.
Plus j’avance, plus les points à traiter deviennent intéressants. Il faut donc continuer à vous transcrire. Je voudrais, dans des discussions de cette importance, ne pas omettre un de vos mots.
On croirait qu’après les plus grands efforts pour décréditer les témoignages humains qui attestent la révélation chrétienne, le même auteur y défère cependant de la manière la plus positive, la plus solennelle.
On aurait raison sans doute, puisque je tiens pour révélée toute doctrine où je reconnais l’esprit de Dieu. Il faut seulement ôter l’amphibologie de votre phrase ; car si le verbe relatif y défère se rapporte à la révélation chrétienne, vous avez raison : mais s’il se rapporte aux témoignages humains, vous avez tort. Quoi qu’il en soit, je prends acte de votre témoignage contre ceux qui osent dire que je rejette toute révélation ; comme si c’était rejeter une doctrine que de la reconnaître sujette à des difficultés insolubles à l’esprit humain ; comme si c’était la rejeter que ne pas l’admettre sur le témoignage des hommes, lorsqu’on a d’autres preuves équivalentes ou supérieures qui dispensent de celle-là ! Il est vrai que vous dites conditionnellement. On croirait : mais on croirait signifie on croit, lorsque la raison d’exception pour ne pas croire se réduit à rien, comme on verra ci-après de la vôtre. Commençons par la preuve affirmative.
Il faut, pour vous en convaincre, M. T. C. F., et en même temps pour vous édifier, mettre sous vos yeux cet endroit de son ouvrage :
« J’avoue que la majesté des Écritures m’étonne : la sainteté de l’Évangile[572] parle à mon cœur. Voyez les livres des philosophes : avec toute leur pompe, qu’ils sont petits près de celui-là ! Se peut-il qu’un livre à la fois si sublime et si simple soit l’ouvrage des hommes ? Se peut-il que celui dont il fait l’histoire ne soit qu’un homme lui-même ? Est-ce là le ton d’un enthousiaste ou d’un ambitieux sectaire ? Quelle douceur, quelle pureté dans ses mœurs ! quelle grâce touchante dans ses instructions ! quelle élévation dans ses maximes ! quelle profonde sagesse dans ses discours ! quelle présence d’esprit ! quelle finesse et quelle justesse dans ses réponses ! quel empire sur ses passions ! Où est l’homme, où est le sage qui sait agir, souffrir et mourir sans faiblesse et sans ostentation[573] ? Quand Platon peint son juste imaginaire couvert de tout l’opprobre du crime et digne de tous les prix de la vertu, il peint trait pour trait Jésus-Christ : la ressemblance est si frappante, que tous les pères l’ont sentie, et qu’il n’est pas possible de s’y tromper. Quels préjugés, quel aveuglement ne faut-il point avoir, pour oser comparer le fils de Sophronisque au fils de Marie ! Quelle distance de l’un à l’autre ! Socrate mourant sans douleurs, sans ignominie, soutint aisément jusqu’au bout son personnage ; et si cette facile mort n’eût honoré sa vie, on douterait si Socrate, avec tout son esprit, fut autre chose qu’un sophiste. Il inventa, dit-on, la morale : d’autres avant lui l’avaient mise en pratique ; il ne fit que dire ce qu’ils avaient fait ; il ne fit que mettre en leçons leurs exemples. Aristide avait été juste avant que Socrate eût dit ce que c’était que justice. Léonidas était mort pour son pays avant que Socrate eût fait un devoir d’aimer la patrie ; Sparte était sobre avant que Socrate eût loué la sobriété ; avant qu’il eût défini la vertu, Sparte abondait en hommes vertueux. Mais où Jésus avait-il pris parmi les siens cette morale élevée et pure, dont lui seul a donné les leçons et l’exemple. Du sein du plus furieux fanatisme la plus haute sagesse se fit entendre, et la simplicité des plus héroïques vertus honora le plus vil de tous les peuples. La mort de Socrate, philosophant tranquillement avec ses amis, est la plus douce qu’on puisse désirer ; celle de Jésus expirant dans les tourments, injurié, raillé, maudit de tout un peuple, est la plus horrible qu’on puisse craindre. Socrate prenant la coupe empoisonnée bénit celui qui la lui présente et qui pleure. Jésus, au milieu d’un supplice affreux, prie pour ses bourreaux acharnés. Oui, si la vie et la mort de Socrate sont d’un sage, la vie et la mort de Jésus sont d’un Dieu. Dirons-nous que l’histoire de l’Évangile est inventée à plaisir ? Non, ce n’est pas ainsi qu’on invente ; et les faits de Socrate, dont personne ne doute, sont moins attestés que ceux de Jésus-Christ. Au fond, c’est reculer la difficulté sans la détruire. Il serait plus inconcevable que plusieurs hommes d’accord eussent fabriqué ce livre, qu’il ne l’est qu’un seul en ait fourni le sujet. Jamais des auteurs juifs n’eussent trouvé ni ce ton ni cette morale ; et l’Évangile a des caractères de vérité si grands, si frappants, si parfaitement inimitables, que l’inventeur en serait plus étonnant que le héros. »
Il serait difficile, M. T. C. F., de rendre un plus bel hommage à l’authenticité de l’Évangile[574]. Je vous sais gré, monseigneur, de cet aveu ; c’est une injustice que vous avez de moins que les autres. Venons maintenant à la preuve négative qui vous fait dire on croirait, au lieu d’on croit.
However, listen to what he adds: “Finally,” he says, “there remains the most important test of the doctrine proclaimed: for since those who claim that God performs miracolos on earth also assert that the devil sometimes imitates them—even with the most well-documented wonders—we are no further along than before. Moreover, since Pharaoh’s magicians dared to perform the very same signs that Moses did, by God’s explicit command, why should they not, in his absence, have claimed the same authority on the same grounds? Therefore, after having proven the doctrine through miracles, we must now prove the miracles through the doctrine, lest we mistake the work of the devil for that of God[569]. What can be done in such a case to avoid this fallacy? Only one thing: return to reasoning and abandon the use of miracles altogether. It would have been better never to resort to them in the first place.”
In other words: Show me miracles, and I will believe. Yes, my lord—that is to say: “Show me miracles, and I will believe in miracles.” Or rather: Show me miracles, and I will still refuse to believe. Yes, my lord—this is what it means, according to the very teachings of Moses[570]: Show me miracles, and I will still refuse to believe in a doctrine that is absurd and unreasonable, even if it were attempted to be supported by such signs. I would rather believe in magic than acknowledge the voice of God in teachings that defy reason.
I said that this was pure common sense, something that could only be obscured by distinctions that were at least very subtle: yet this is another one of my predictions—and here it is, fulfilled.
When a doctrine is recognized as true, divine, and based on certain revelations, it is used to judge miracles—that is, to reject the so-called wonders that impostors might attempt to oppose this doctrine. When it comes to a new doctrine proclaimed as originating from God, miracles are produced as evidence; in other words, those who claim to be messengers of the Supreme confirm their mission and their teachings through miracles, which are themselves testimonies to the Divinity. Thus, doctrine and miracles are respective arguments that are employed depending on the different perspectives one adopts in the study and teaching of religion. There is neither abuse of reasoning nor ridiculous sophistry, nor any vicious circle involved[571].
The reader will judge for himself: as for me, I shall not add a single word. On some occasions, I have replied earlier with my own passages; but it is with yours that I wish to respond here.
Where, then, is that philosophical good faith which this writer professes to possess?
My Lord, I have never claimed to possess any philosophical good faith, for I know none such thing to exist; indeed, I no longer dare speak much about Christian good faith either, since so-called Christians today consider it wrong not to dismiss the objections that trouble them. But as for pure and simple good faith, I would like to ask which one—my own or yours—is easier to attain in this matter.
The more I progress, the more interesting the topics that need to be addressed become. Therefore, it is necessary to continue transcribing your words for you. In discussions of such significance, I would not want to miss any of what you have to say.
One might think that, after making every effort to discredit the human testimonies that bear witness to the Christian revelation, the same author would instead refer to them in the most positive and solemn manner possible.
One would undoubtedly be right in that regard, since I consider any doctrine that acknowledges the spirit of God to be revelatory. It is merely necessary to eliminate the ambiguity in your statement; for if the verb used therein refers to the Christian revelation, then you are right; but if it refers to human testimonies, then you are wrong. In any case, I take note of your testimony against those who dare claim that I reject all revelation—as if rejecting a doctrine were tantamount to denying its truth, merely because it contains difficulties insoluble for the human mind; as if not accepting it on the basis of human testimony were equivalent to rejecting it altogether, when one possesses other equally valid or even more compelling evidence that renders such testimony unnecessary! It is true that you are expressing this conditionally. One might think otherwise—but “one might think otherwise” actually means “one believes otherwise,” whenever the reason for not believing amounts to nothing at all, as we shall see in your case below. Let us begin with the positive evidence.
To convince you of this, Mr. T. C. F., and at the same time to enlighten you further, I must present to you this passage from his work.
“I must admit that the majesty of the Scriptures fills me with wonder; the sanctity of the Gospel speaks directly to my heart. Look at the writings of the philosophers—how insignificant they seem in comparison! How is it possible that a book so sublime and yet so simple could be the work of mere men? How can the one about whom it tells such stories be nothing more than an ordinary man? Is this the tone of an enthusiast or of an ambitious zealot? What gentleness, what purity in his manners! What touching grace in his teachings! What elevation in his maxims! What profound wisdom in his speeches! What quick wit! What finesse and accuracy in his responses! What mastery over his passions! Where is the man, where is the sage who can act, suffer, and die without weakness or ostentation? When Plato portrays his ideal just man covered in the disgrace of crime yet worthy of all the rewards of virtue, he is depicting Jesus Christ in every detail—such a striking resemblance that all theologians have recognized it, and there is no room for error. What prejudices, what blindness must one possess to dare compare the son of Sophroniscus with the son of Mary! What a gap between them! Socrates died without pain, without humiliation, maintaining his character to the end; and if such a peaceful death had not honored his life, one might doubt whether Socrates, with all his wisdom, was anything more than a sophist. It is said he invented morality—others had already put it into practice before him; he merely expressed what they had done, offering their examples as lessons. Aristide had been just long before Socrates defined justice. Leonidas died for his country before Socrates taught us the duty to love our homeland; Sparta was known for its sobriety before Socrates praised it; Sparta had many virtuous men long before he defined virtue itself. But where did Jesus obtain this lofty and pure morality, if not from within himself? From the depths of the most fervent fanaticism emerged the highest wisdom, and the simplest of heroic virtues brought honor to the most humble among peoples. Socrates’ death, spent in peaceful conversation with his friends, is the sweetest death one could wish for; Jesus’ death, endured in agony, insulted, mocked, cursed by an entire people, is the most horrible death one can fear. Socrates, taking the poisoned cup, blessed those who offered it to him and wept at their sorrow. Jesus, amidst terrible suffering, prayed for his cruel tormentors. Yes, if the life and death of Socrates are those of a sage, then the life and death of Jesus are those of a God. Shall we say that the story of the Gospel is invented out of mere whimsy? No—such things are not invented; and although no one doubts the facts of Socrates’ life, they are less well-documented than those of Jesus Christ. In truth, this merely shifts the difficulty without resolving it.” It would be even more inconceivable that several people working together could have composed this book than that it was written by a single individual. Never would Jewish authors have been able to conceive such a tone or such moral teachings; moreover, the Gospel possesses such undeniable, striking, and utterly unparalleled qualities of truth that the person who invented it would be even more astonishing than its protagonist.
It would be difficult, Mr. T. C. F., to render a more heartfelt tribute to the authenticity of the Gospel[574]. I am grateful to you, my lord, for this admission; it is an injustice that you are deprived of something that others possess. Now let us turn to the negative evidence that leads you to say “one would think” rather than “one believes”.
Ascoltate tuttavia ciò che aggiunge: “Resta infine, dice, l’esame più importante nella dottrina annunciata: poiché coloro che affermano che Dio compia miracoli quaggiù sostengono che il diavolo li imiti talvolta, con i prodigi più evidenti non siamo affatto più avanti di prima; e poiché i maghi di Faraone osavano, persino davanti a Mosè, compiere gli stessi segni che lui faceva per ordine esplicito di Dio, perché, in sua assenza, non avrebbero potuto, con gli stessi motivi, pretendere la stessa autorità? Pertanto, dopo aver dimostrato la dottrina attraverso il miracolo, bisogna dimostrare il miracolo attraverso la dottrina, per evitare di confondere l’opera del demonio con quella di Dio[569]. Che si può fare in tal caso per evitare questo errore? Una sola cosa: tornare al ragionamento e lasciare da parte i miracoli. Sarebbe stato meglio non ricorrervi affatto.”
In altre parole: che mi vengano mostrati dei miracoli, e crederò. Sì, signore, significa proprio questo: “Che mi vengano mostrati dei miracoli, e crederò nei miracoli”. Ma significa anche: che mi vengano mostrati dei miracoli, e rifiuterò comunque di credere. Sì, signore, significa, secondo lo stesso precetto di Mosè[570], che mi vengano mostrati dei miracoli, e rifiuterò ancora di credere in una dottrina assurda e irragionevole che si vorrebbe avvalorare con loro. Preferirei credere nella magia, piuttosto che riconoscere la voce di Dio in insegnamenti contrari alla ragione.
Ho detto che si trattava del buon senso più elementare, che non avrebbe potuto essere confuso se non da distinzioni almeno molto sottili: questa è un’altra delle mie previsioni; ecco che si realizza.
Quando una dottrina viene riconosciuta come vera, divina, fondata su una rivelazione certa, si utilizza per giudicare i miracoli, cioè per respingere quei presunti prodigi che degli impostori vorrebbero opporre a tale dottrina. Quando invece si tratta di una dottrina nuova, annunciata come proveniente dal cuore di Dio, i miracoli vengono prodotti come prove; in altre parole, colui che si proclama inviato del Très-Haut conferma la propria missione e la propria predicazione attraverso dei miracoli, che sono appunto il testimone stesso della Divinità. Così, dottrina e miracoli costituiscono argomenti distinti, utilizzati a seconda dei diversi punti di vista da cui si considerano lo studio e l’insegnamento della religione. In questo contesto non vi è né abuso del ragionamento, né sofismo ridicolo, né circolo vizioso[571].
Il lettore ne giudicherà: per quanto mi riguarda, non aggiungerò nemmeno una parola in più. A volte ho risposto in precedenza con i miei passaggi; ma è con il vostro che desidero rispondervi ora.
Dove mai si trova, allora, in questo scrittore, quella buona fede filosofica di cui parla?
Signore, non ho mai preteso di possedere una buona fede filosofica, perché non ne conosco alcuna del genere; non oso nemmeno parlare troppo della buona fede cristiana, da quando i cosiddetti cristiani di oggi ritengono così sbagliato che non si debbano eliminare le obiezioni che li mettono in imbarazzo. Ma, per quanto riguarda la buona fede pura e semplice, vi chiedo quale delle due, la mia o la vostra, sia più facile da trovare qui.
Più avanzo nella lettura, più i punti da trattare diventano interessanti. Pertanto, devo continuare a trascrivervi i contenuti. Vorrei, in discussioni di questa importanza, non tralasciare nessuna delle vostre parole.
Si potrebbe pensare che, dopo aver compiuto i maggiori sforzi per screditare le testimonianze umane che attestano la rivelazione cristiana, lo stesso autore vi faccia invece riferimento nel modo più positivo e solenne possibile.
Si avrebbe senza dubbio ragione, poiché considero rivelata qualsiasi dottrina in cui riconosca lo spirito di Dio. È necessario soltanto eliminare l’ambiguità dalla vostra frase: se il verbo relativo si riferisce alla rivelazione cristiana, avete ragione; ma se si riferisce ai testimoni umani, avete torto. In ogni caso, prendo atto del vostro testimonio contro coloro che osano affermare che io rifiuti qualsiasi rivelazione; come se rifiutare una dottrina significasse negarne l’autenticità, quando essa è riconosciuta come soggetta a difficoltà insolubili per la ragione umana; come se rifiutarla significasse non accettarla sulla base dei testimoni umani, quando si dispongono di altre prove equivalenti o superiori che ne dispensano l’uso! È vero che voi parlate in modo condizionale. Si potrebbe pensare che ci sia una possibilità di errore. Ma “si potrebbe pensare” significa semplicemente che si può credere, quando la ragione per non crederci è del tutto irrilevante, come vedremo più avanti nel vostro argomento. Cominciamo dunque con le prove affermative.
Per convincervene, signor T. C. F., e al contempo per farvi una chiara idea, è necessario mostrarvi questa parte del suo lavoro.
“Ammetto che la maestosità delle Scritture mi stupisce: la santità dell’Evangelo parla al mio cuore. Guardate i libri dei filosofi: con tutta la loro pompa, quanto appaiono insignificanti rispetto a quello! È possibile che un libro così sublime e allo stesso tempo così semplice sia l’opera di un uomo? È possibile che colui di cui racconta la storia non sia altro che un uomo? Questo è il tono di un entusiasta o di un ambizioso settario? Quanta dolcezza, quanta purezza nelle sue azioni! Quanta grazia toccante nelle sue insegnanze! Quanto elevamento nelle sue massime! Quanta profonda saggezza nei suoi discorsi! Quanta prontezza d’intelletto! Quanta finezza e precisione nelle sue risposte! Quanto dominio sulle proprie passioni! Dove è l’uomo, dove è il saggio che sa agire, soffrire e morire senza debolezze né ostentazione? Quando Platone descrive il suo immaginario giusto coperto di tutto l’infamia del crimine e degno di tutti i premi della virtù, sta dipingendo punto per punto Gesù Cristo: la somiglianza è così evidente che tutti i padri della Chiesa l’hanno riconosciuta, e non è possibile sbagliarsi. Quanti pregiudizi, quanta cecità bisogna avere per osare paragonare il figlio di Sofronisco al figlio di Maria! Quanta differenza tra i due! Socrate morì senza dolore, senza umiliazione, mantenendo con facilità fino alla fine il ruolo che si era imposto; e se questa morte facile non avesse onorato la sua vita, si potrebbe dubitare che Socrate, con tutto il suo intelletto, fosse altro che un sofista. Si dice che abbia inventato la morale: altri prima di lui l’avevano già messa in pratica; egli non fece altro che esprimere ciò che loro avevano fatto, e insegnare con i loro esempi. Aristide era stato giusto prima che Socrate definisse cosa fosse la giustizia. Leonida era morto per il suo paese prima che Socrate enunciasse il dovere di amare la patria; Sparta era sobria prima che Socrate lodasse la sobrietà; prima che egli definisse la virtù, Sparta aveva già molti uomini virtuosi. Ma da dove Gesù aveva tratto quella morale elevata e pura, di cui solo lui diede lezioni ed esempi? Dal cuore del fanatismo più furioso si fece sentire la saggezza più alta, e la semplicità delle virtù più eroiche onorò il popolo più vile di tutti. La morte di Socrate, che conversava tranquillamente con i suoi amici, è la più dolce che si possa desiderare; quella di Gesù, che morì tra tormenti, insultato, deriso, maledetto da un intero popolo, è la più orribile che si possa temere. Socrate, prendendo la coppa avvelenata, benedisse colui che gliela porgeva e che piangeva; Gesù, nel mezzo di un supplizio atroce, pregò per i suoi crudeli torturatori. Sì, se la vita e la morte di Socrate sono quelle di un saggio, la vita e la morte di Gesù sono quelle di un Dio. Diremo forse che la storia dell’Evangelo sia stata inventata a piacimento? No, non è così che si inventano le storie; e i fatti di Socrate, di cui nessuno dubita, sono meno attestati di quelli di Gesù Cristo. In fondo, questo significa solo eludere la difficoltà senza risolverla davvero.” Sarebbe ancora più inconcepibile che diversi uomini d’accordo avessero scritto questo libro, di quanto lo sia il fatto che ne abbia fornito il soggetto un solo individuo. Mai degli autori ebrei avrebbero potuto trovare quel tono o quella morale; inoltre, l’Evangelo presenta caratteristiche di verità così evidenti, così straordinarie e perfettamente inimitabili, che chi l’ha inventato sarebbe ancora più sorprendente del suo autore.
Sarebbe difficile, signor T. C. F., rendere un omaggio più bello all’autenticità dell’Evangelo[574]. Vi ringrazio, monsignore, per questa ammissione; è un vantaggio che avete rispetto agli altri. Ora veniamo alla prova negativa che vi spinge a dire “si crederebbe”, invece di “si crede”.
Cependant l’auteur ne la croit qu’en conséquence des témoignages humains. Vous vous trompez, monseigneur ; je la reconnais en conséquence de l’Évangile, et de la sublimité que j’y vois sans qu’on me l’atteste. Je n’ai pas besoin qu’on m’affirme qu’il y a un Évangile lorsque je le tiens. Ce sont toujours des hommes qui lui rapportent ce que d’autres hommes ont rapporté. Eh ! point du tout ; on ne me rapporte point que l’Évangile existe, je le vois de mes propres yeux ; et quand tout l’univers me soutiendrait qu’il n’existe pas, je saurais très bien que tout l’univers ment ou se trompe. Que d’hommes entre Dieu et lui ! Pas un seul. L’Évangile est la pièce qui décide, et cette pièce est entre mes mains. De quelque manière qu’elle y soit venue et quelque auteur qui l’ait écrite, j’y reconnais l’esprit divin, cela est immédiat autant qu’il peut l’être ; il n’y a point d’hommes entre cette preuve et moi ; et, dans le sens où il y en aurait, l’historique de ce saint livre, de ses auteurs, du temps où il a été composé, etc., rentre dans les discussions de critique où la preuve morale est admise. Telle est la réponse du vicaire savoyard.
Le voilà donc bien évidemment en contradiction avec lui-même : le voilà confondu par ses propres aveux. Je vous laisse jouir de toute ma confusion. Par quel étrange aveuglement a-t-il donc pu ajouter »Avec tout cela ce même Évangile est plein de choses incroyables, de choses qui répugnent à la raison, et qu’il est impossible à tout homme sensé de concevoir ni d’admettre. Que faire au milieu de toutes ces contradictions ? Être toujours modeste et circonspect, respecter en silence[575] ce qu’on ne saurait ni rejeter ni comprendre, et s’humilier devant le grand Être qui seul sait la vérité. Voilà le scepticisme involontaire où je suis resté. » — Mais le scepticisme, M. T. C. F., peut-il donc être involontaire, lorsqu’on refuse de se soumettre à la doctrine d’un livre qui ne saurait être inventé par les hommes ; lorsque ce Livre porte des caractères de vérité si grands, si frappants, si parfaitement inimitables, que l’inventeur en serait plus étonnant que le héros ? C’est bien ici qu’on peut dire que l’iniquité a menti contre elle-même[576].
Monseigneur, vous me taxez d’iniquité sans sujet ; vous m’imputez souvent des mensonges, et vous n’en montrez aucun. Je m’impose avec vous une maxime contraire, et j’ai quelquefois lieu d’en user.
Le scepticisme du vicaire est involontaire par la raison même qui vous fait nier qu’il le soit. Sur les faibles autorités qu’on veut donner à l’Évangile, il le rejetterait par les raisons déduites auparavant, si l’esprit divin qui brille dans la morale et dans la doctrine de ce livre ne lui rendait toute la force qui manque au témoignage des hommes sur un tel point. Il admet donc ce livre sacré avec toutes les choses admirables qu’il renferme, et que l’esprit humain peut entendre ; mais quant aux choses incroyables qu’il y trouve, lesquelles répugnent à sa raison, et qu’il est impossible à tout homme sensé de concevoir ni d’admettre, il les respecte en silence sans les comprendre ni les rejeter, et s’humilie devant le grand Être qui seul sait la vérité. Tel est son scepticisme ; et ce scepticisme est bien involontaire, puisqu’il est fondé sur des preuves invincibles de part et d’autre, qui forcent la raison de rester en suspens. Ce scepticisme est celui de tout chrétien raisonnable et de bonne foi, qui ne veut savoir des choses du ciel que celles qu’il peut comprendre, celles qui importent à sa conduite, et qui rejette, avec l’Apôtre, les questions peu sensées, qui sont sans instruction, et qui n’engendrent que des combats.
D’abord vous me faites rejeter la révélation pour m’en tenir à la religion naturelle ; et premièrement je n’ai point rejeté la révélation. Ensuite vous m’accusez de ne pas admettre même la religion naturelle, ou du moins de n’en pas reconnaître la nécessité : et votre unique preuve est dans le passage suivant que vous rapportez : « Si je me trompe, c’est de bonne foi ; cela suffit[577] pour que mon erreur ne me soit pas imputée à crime : quand vous vous tromperiez de même, il y aurait peu de mal à cela ». C’est-à-dire, continuez-vous, que, selon lui, il suffit de se persuader qu’on est en possession de la vérité ; que cette persuasion, fût-elle accompagnée des plus monstrueuses erreurs, ne peut jamais être un sujet de reproche, qu’on doit toujours regarder comme un homme sage et religieux celui qui, adoptant les erreurs même de l’athéisme, dira qu’il est de bonne foi. Or, n’est-ce pas là ouvrir la porte à toutes les superstitions, à tous les systèmes fanatiques, à tous les délires de l’esprit humain [578] ?
Pour vous, monseigneur, vous ne pourrez pas dire ici comme le vicaire, Si je me trompe, c’est de bonne foi, car c’est bien évidemment à dessein qu’il vous plait de prendre le change et de le donner à vos lecteurs : c’est ce que je m’engage à prouver sans réplique et je m’y engage aussi d’avance afin que vous y regardiez de plus prés.
La Profession du vicaire savoyard est composée de deux parties : la première, qui est la plus grande, la plus importante, la plus remplie de vérités frappantes et neuves, est destinée à combattre le moderne matérialisme, à établir l’existence de Dieu et la religion naturelle avec toute la force dont l’auteur est capable. De celle-là ni vous ni les prêtres n’en parlez point, parce qu’elle vous est fort indifférente, et qu’au fond la cause de Dieu ne vous touche guère, pourvu que celle du clergé soit en sûreté.
La seconde, beaucoup plus courte, moins régulière, moins approfondie, propose des doutes et des difficultés sur les révélations en général, donnant pourtant à la nôtre sa véritable certitude dans la pureté, la sainteté de sa doctrine, et dans la sublimité toute divine de celui qui en fut l’auteur. L’objet de cette seconde partie est de rendre chacun plus réservé dans sa religion à taxer les autres de mauvaise foi dans la leur, et de montrer que les preuves de chacune ne sont pas tellement démonstratives à tous les yeux, qu’il faille traiter en coupables ceux qui n’y voient pas la même clarté que nous. Cette seconde partie, écrite avec toute la modestie, avec tout le respect convenable, est la seule qui ait attiré votre attention et celle des magistrats. Vous n’avez eu que des bûchers et des injures pour réfuter mes raisonnements. Vous avez vu le mal dans le doute de ce qui est douteux ; vous n’avez point vu le bien dans la preuve de ce qui est vrai.
En effet, cette première partie, qui contient ce qui est vraiment essentiel à la religion, est décisive et dogmatique. L’auteur ne balance pas, n’hésite pas ; sa conscience et sa raison le déterminent d’une manière invincible ; il croit, il affirme, il est fortement persuadé.
Il commence l’autre, au contraire, par déclarer que l’examen qui lui reste à faire est bien différent ; qu’il n’y voit qu’embarras, mystère, obscurité ; qu’il n’y porte qu’incertitude et défiance ; qu’il n’y faut donner à ses discours que l’autorité de la raison ; qu’il ignore lui-même s’il est dans l’erreur, et que toutes ses affirmations ne sont ici que des raisons de douter. Il propose donc ses objections, ses difficultés, ses doutes. Il propose aussi ses grandes et fortes raisons de croire ; et de toute cette discussion résulte la certitude des dogmes essentiels, et un scepticisme respectueux sur les autres. À la fin de cette seconde partie, il insiste de nouveau sur la circonspection nécessaire en l’écoutant. Si j’étais plus sûr de moi, j’aurais, dit-il, pris un ton dogmatique et décisif ; mais je suis homme, ignorant, sujet à l’erreur : que pouvais-je faire ? Je vous ai ouvert mon cœur sans réserve ; ce que je tiens pour sûr, je vous l’ai donné pour tel ; je vous ai donné mes doutes pour des doutes, mes opinions pour des opinions ; je vous ai dit mes raisons de douter et de croire. Maintenant c’est à vous de juger.
However, the author believes in it only on the basis of human testimonies. You are mistaken, my lord; I believe in it on the basis of the Gospel and the sublimity I perceive within it, without any need for external confirmation. I do not require anyone to tell me that there is a Gospel when I hold it in my hands itself—after all, it is always men who report what other men have said. But no, at all; no one tells me that the Gospel exists; I see it with my own eyes. And even if the entire universe were to claim that it does not exist, I would know for certain that the whole universe is lying or mistaken. How many men are there between God and the Gospel? Not a single one. The Gospel is the decisive evidence, and this evidence is in my hands. Regardless of how it came into existence or who wrote it, I recognize within it the divine spirit—this recognition is immediate, beyond any doubt. There are no humans standing between this evidence and me; and if there were, then the historical details regarding this sacred book, its authors, and the time it was composed would fall within the realm of critical debate, where moral evidence is subject to discussion. Such is the response of the Savoyard vicar.
Thus, he is clearly in contradiction with himself: he has been confused by his own admissions. I leave you to ponder over all this confusion. By what strange blindness could he have added, “Yet, despite all this, the same Gospel is full of incredible things, things that repugn against reason and that no sensible person can possibly conceive or accept. What is one to do in the face of all these contradictions? One must always remain modest and cautious, silently respecting what one cannot reject or understand, and humbling oneself before the great Being who alone knows the truth.” Such is the involuntary skepticism into which I have remained. — But, Mr. T. C. F., can skepticism truly be involuntary when one refuses to submit to the doctrines of a book that could never have been invented by men; when this Book bears such undeniable signs of truth—so striking, so utterly unparalleled—that its inventor would be even more astonishing than its contents? It is here that we can say that injustice has itself lied against itself.
My Lord, you accuse me of injustices without any basis; you frequently claim I lie, yet you yourself never provide any evidence. I adopt a principle contrary to yours, and sometimes I am obliged to apply it.
The vicar’s skepticism is involuntary, precisely for the very reason that makes you deny it to be voluntary. Regarding the weak authority that some wish to attribute to the Gospel, he would reject it on the grounds already discussed earlier, were it not for the divine spirit that shines through the morality and doctrine of this book, giving it all the force that human testimony lacks in such matters. Therefore, he accepts this sacred book along with all its admirable contents that the human mind can comprehend; but as for those incredible claims it contains—claims that defy his reason and are impossible for any sensible person to conceive or accept—he respects them in silence, without understanding them or rejecting them, and humbly submits himself to the great Being who alone knows the truth. Such is his skepticism—and indeed, it is entirely involuntary, since it is based on irrefutable arguments on both sides, which force reason into a state of uncertainty. This kind of skepticism is characteristic of every reasonable and sincere Christian who seeks to know only those things about heaven that he can understand and that are relevant to his own conduct; and who, like the Apostles, rejects those meaningless questions that lead only to strife and confusion.
First of all, you make me reject revelation in favor of natural religion; but I have never rejected revelation at all. Secondly, you accuse me of not even acknowledging natural religion, or at least of failing to recognize its necessity; and your only proof is the following passage you quote: “If I am mistaken, it is out of good faith; that alone is sufficient to ensure that my error cannot be considered a crime. If you were to make the same mistake, there would be little harm in it.” In other words, you claim that, according to him, it is enough to believe one possesses the truth; that such belief, even if accompanied by the most monstrous errors, can never be the subject of reproach; and that one should always regard as a wise and pious person someone who, despite adopting the errors of atheism, claims to act out of good faith. But isn’t this precisely opening the door to all superstitions, all fanatical systems, and all the deliriums of the human mind? [578]
For you, my lord, you cannot say here, as the vicar would, “If I am mistaken, it is out of good faith,” because it is obviously intentional that you choose to mislead your readers by presenting things in this way. It is what I pledge to prove beyond any doubt, and I do so in advance so that you will consider this matter more carefully.
“The Profession of the Savoyard Vicar” is composed of two parts: the first part, which is the larger and more important one, and contains many striking and original truths, is intended to combat modern materialism and to establish the existence of God and natural religion with all the force at the author’s disposal. Neither you nor the priests mention this part, because it is utterly indifferent to you; in truth, the cause of God matters little to you, so long as the interests of the clergy are secure.
The second part, much shorter, less systematic, and less thorough, raises doubts and difficulties regarding revelations in general, yet it affirms the true certainty of our own revelation in terms of its purity, sanctity, and the divinely sublime nature of its author. The purpose of this second section is to encourage greater caution among people in their religious beliefs, to prevent them from accusing others of bad faith in their convictions, and to show that the arguments for each side are not so indisputable that those who do not see the same clarity as we should be regarded as guilty. This second part, written with utmost modesty and proper respect, is the only one that has attracted your attention as well as that of the authorities. All you had in response to my reasoning were gibbets and insults. You saw evil in doubting what is doubtful; you failed to recognize the good in proving what is true.
Indeed, this first part, which contains what is truly essential to religion, is decisive and dogmatic. The author does not waver, does not hesitate; his conscience and reason determine him in an irrefutable manner; he believes, he asserts, he is firmly convinced.
On the contrary, he begins the second part by stating that the examination remaining before him is entirely different; that he sees nothing but difficulties, mystery, and obscurity in it; that he feels only uncertainty and skepticism toward it; that one should attribute to his arguments merely the authority of reason; that he himself does not know whether he is in error, and that all his assertions are merely reasons for doubt. He therefore presents his objections, difficulties, and doubts. At the same time, he also offers his strong and compelling reasons for believing. And from all this discussion arises a certainty regarding the essential dogmas, along with a respectful skepticism toward the rest. At the end of this second part, he once again emphasizes the necessity of caution when listening to him. “If I were more certain of myself,” he says, “I would have adopted a dogmatic and decisive tone; but I am but a man—ignorant, subject to error—what else could I do? I have opened my heart to you without reservation; what I consider certain, I have presented to you as such; my doubts, I have regarded as doubts; my opinions, as merely opinions. I have told you my reasons for doubting and believing. Now it is up to you to judge.”
Tuttavia, l’autore crede in essa soltanto sulla base dei testimoni umani. Vi sbagliate, monsignore; io la riconosco sulla base dell’Evangelo e della sublimità che vi scorgo, senza che nessuno me lo debba dimostrare. Non ho bisogno che mi si dica che esiste un Evangelo quando lo tengo tra le mie mani: sono sempre degli uomini a riferire ciò che altri uomini hanno raccontato. No, affatto; non mi viene detto che l’Evangelo esista: io lo vedo con i miei occhi. E anche se tutto l’universo sostenesse il contrario, saprei benissimo che tutto l’universo mente o si sbaglia. Quanti uomini ci sono tra Dio e l’Evangelo? Nessuno. L’Evangelo è la prova decisiva, e questa prova è nelle mie mani. Qualunque sia il modo in cui sia venuta a me, qualunque sia l’autore che l’abbia scritta, vi riconosco lo spirito divino; questo è evidente al massimo grado possibile. Non ci sono uomini tra questa prova e me. E, nel caso ci fossero, la storia di questo libro sacro, dei suoi autori, del tempo in cui fu composto, ecc., rientrerebbe nelle discussioni della critica, dove vengono prese in considerazione prove morali. Questa è la risposta del vescovo savoiardo.
Ecco dunque chiaramente in contraddizione con se stesso: è confuso dai propri stessi confessioni. Vi lascio godere della mia totale confusione. Con quale strano cieco rifiuto ha potuto aggiungere: “Nonostante tutto ciò, lo stesso Vangelo è pieno di cose inverosimili, di cose che repugnano alla ragione, e che nessun uomo saggio può concepire né ammettere. Che si fa di fronte a tutte queste contraddizioni? Bisogna sempre essere modesti e cauti, rispettare in silenzio ciò che non si può né rifiutare né comprendere, e umiliarsi davanti all’Essere supremo che solo conosce la verità”. Ecco il scetticismo involontario in cui sono rimasto. Ma, signor T. C. F., può forse il scetticismo essere involontario quando si rifiuta di sottomettersi alla dottrina di un libro che non potrebbe mai essere stato inventato dagli uomini; quando quel Libro presenta caratteristiche di verità così evidenti, così straordinarie, così perfettamente inimitabili, da rendere l’inventore ancora più sorprendente del protagonista stesso della storia? È proprio qui che si può dire che l’ingiustizia ha mentito contro se stessa.
Signore, mi accusate ingiustamente senza alcun motivo; spesso mi attribuite menzogne, ma voi stesso non ne dimostrate alcuna. Io mi impongo una massima opposta alla vostra, e a volte ho motivo di seguirla.
Lo scetticismo del vescovo è involontario, proprio per la stessa ragione che vi spinge a negare che lo sia. Riguardo alle deboli autorità che si vorrebbero attribuire all’Evangelo, egli lo rifiuterebbe con le stesse argomentazioni già esposte in precedenza, se non fosse per lo spirito divino che risplende nella morale e nella dottrina di questo libro, il quale gli conferisce tutta la forza di cui manca il testimone umano su questioni così importanti. Pertanto, egli ammette questo libro sacro con tutte le cose meravigliose che contiene e che lo spirito umano può comprendere; ma riguardo alle cose inverosimili che vi trova, quelle che contraddicono la sua ragione e che è impossibile per qualsiasi uomo sensato concepire o accettare, le rispetta in silenzio, senza comprenderle né rifiutarle, e si umilia davanti al grande Essere che solo conosce la verità. Ecco il suo scetticismo; ed è certamente involontario, poiché si basa su prove irrefutabili da entrambe le parti, che costringono la ragione a rimanere in dubbio. Questo scetticismo è proprio di ogni cristiano razionale e di buona fede, il quale non vuole conoscere delle cose celesti se non quelle che può comprendere, quelle che sono importanti per la sua condotta, e che rifiuta, insieme all’Apostolo, le domande prive di senso, che non portano ad alcuna vera conoscenza e che non fanno altro che generare conflitti.
Prima di tutto, mi fate rifiutare la rivelazione per attenermi soltanto alla religione naturale; ma in realtà non ho mai rifiutato la rivelazione. In secondo luogo, mi accusate di non ammettere nemmeno la religione naturale, o almeno di non riconoscere la sua necessità; e l’unica vostra prova è il passaggio che citate: “Se mi sbaglio, lo faccio in buona fede; questo basta affinché il mio errore non venga considerato un crimine. Se invece voi vi sbagliaste allo stesso modo, ci sarebbe poco di male in ciò”. In altre parole, secondo voi, basterebbe convincersi di possedere la verità; che questa convinzione, anche se accompagnata dalle più orribili errori, non possa mai essere motivo di rimprovero; e che si debba sempre considerare saggio e religioso colui che, adottando persino gli errori dell’ateismo, affermi di farlo in buona fede. Ora, non è forse questo aprire la strada a tutte le superstizioni, a tutti i sistemi fanatici, a tutti i deliri dell’intelletto umano?
Per voi, monsignore, non potrete dire qui come il viceré: “Se mi sbaglio, è per buona fede”, perché è ovviamente con intenzione che vi piace prendere il posto del viceré e trasmettere queste parole ai vostri lettori. È ciò che mi impegno a dimostrare senza possibilità di replica, e lo faccio anche in anticipo affinché voi prestiate particolare attenzione a questo punto.
“La Professione del vicaire savoyardo” è composta da due parti: la prima, che è la più lunga, la più importante e quella ricca di verità sorprendenti e originali, ha lo scopo di combattere il materialismo moderno, di dimostrare l’esistenza di Dio e la religione naturale con tutta la forza di cui l’autore è capace. Di questa parte né voi né i preti ne parlate, perché vi è del tutto indifferente; in fondo, la causa di Dio non vi interessa affatto, purché quella del clero sia al sicuro.
La seconda parte, molto più breve, meno regolare e meno approfondita, solleva dubbi e difficoltà riguardo alle rivelazioni in generale; tuttavia conferisce alla nostra dottrina la sua vera certezza nella purezza e nella santità della sua dottrina, nonché nella sublimità divina di colui che ne fu l’autore. Lo scopo di questa seconda parte è quello di indurre ciascuno ad essere più riservato nel giudicare le credenze altrui, ritenendole frutto di malafede, e di dimostrare che le prove a sostegno di ciascuna dottrina non sono così evidenti agli occhi di tutti da rendere necessario considerare colpevoli coloro che non ne percepiscono la stessa chiarezza. Questa seconda parte, scritta con tutta umiltà e rispetto, è l’unica ad aver attirato la vostra attenzione e quella dei magistrati; voi avete risposto solo a essa con roghi e insulti. Avete visto il male nel dubbio riguardo a ciò che è effettivamente dubbia; non avete però riconosciuto il bene nella prova di ciò che è veramente vero.
Infatti, questa prima parte, che contiene ciò che è veramente essenziale per la religione, è decisiva e dogmatica. L’autore non esita, non vacilla; la sua coscienza e la sua ragione lo guidano in modo irrefutabile; crede, afferma, ed è profondamente convinto di ciò che dice.
L’altro, al contrario, inizia dichiarando che l’esame che gli resta da affrontare è ben diverso; che vi vede soltanto imbarazzi, misteri, oscurità; che non suscita in lui altro che incertezza e diffidenza; che ai suoi discorsi si deve attribuire soltanto l’autorità della ragione; che egli stesso ignora se si trovi nell’errore, e che tutte le sue affermazioni non sono altro che motivi per dubitare. Pertanto, presenta le proprie obiezioni, le proprie difficoltà, i propri dubbi. Presenta anche le proprie ragioni solide e convincenti per credere; e da tutta questa discussione emerge la certezza dei dogmi essenziali, e un scetticismo rispettoso nei confronti degli altri. Alla fine di questa seconda parte, insiste nuovamente sull’importanza della prudenza nell’ascoltarlo. “Se fossi più sicuro di me”, dice, “avrei adottato un tono dogmatico e deciso; ma sono un uomo, ignorante, soggetto all’errore: cosa avrei potuto fare? Vi ho aperto il mio cuore senza riserve; ciò che ritengo certo ve l’ho presentato come tale; i miei dubbi li ho considerati tali, le mie opinioni come semplici opinioni; vi ho esposto le ragioni per cui dubito e per cui credo. Ora tocca a voi giudicare.”
Lors donc que, dans le même écrit, l’auteur dit : Si je me trompe, c’est de bonne foi, cela suffit pour que mon erreur ne me soit pas imputée à crime, je demande à tout lecteur qui a le sens commun et quelque sincérité, si c’est sur la première ou sur la seconde partie que peut tomber ce soupçon d’être dans l’erreur ; sur celle où l’auteur affirme ou sur celle où il balance ; si ce soupçon marque la crainte de croire en Dieu mal à propos, ou celle d’avoir à tort des doutes sur la révélation. Vous avez pris le premier parti contre toute raison et dans le seul désir de me rendre criminel : je vous défie d’en donner aucun autre motif. Monseigneur, où sont, je ne dis pas l’équité, la charité chrétienne, mais le bon sens et l’humanité ?
Quand vous auriez pu vous tromper sur l’objet de la crainte du vicaire, le texte seul que vous rapportez vous eût désabusé malgré vous ; car lorsqu’il dit, cela suffit pour que mon erreur ne me soit pas imputée à crime, il reconnaît qu’une pareille erreur pourrait être un crime, et que ce crime lui pourrait être imputé s’il ne procédait pas de bonne foi. Mais quand il n’y aurait point de Dieu, où serait le crime, de croire qu’il y en a un ? Et quand ce serait un crime, qui est-ce qui le pourrait imputer ? La crainte d’être dans l’erreur ne peut donc ici tomber sur la religion naturelle, et le discours du vicaire serait un vrai galimatias dans le sens que vous lui prêtez. Il est donc impossible de déduire du passage que vous rapportez que je n’admets pas la religion naturelle, ou que je n’en reconnais pas la nécessité ; il est encore impossible d’en déduire qu’on doive toujours, ce sont vos termes, regarder comme un homme sage et religieux celui qui, adoptant les erreurs de l’athéisme, dira qu’il est de bonne foi : et il est même impossible que vous ayez cru cette déduction légitime. Si cela n’est pas démontré, rien jamais ne saurait l’être, ou il faut que je sois un insensé.
Pour montrer qu’on ne peut s’autoriser d’une mission divine pour débiter des absurdités, le vicaire met aux prises un inspiré qu’il vous plaît d’appeler chrétien, et un raisonneur qu’il vous plaît d’appeler incrédule ; et il les fait disputer chacun dans leur langage, qu’il désapprouve et qui, très sûrement, n’est ni le sien ni le mien. Là-dessus vous me taxez d’une insigne mauvaise foi[579] et vous prouvez cela par l’ineptie des discours du premier. Mais si ces discours sont ineptes, à quoi donc le reconnaissez-vous pour chrétien ? et si le raisonneur ne réfute que des inepties, quel droit avez-vous de le taxer d’incrédulité ? S’ensuit-il des inepties que débite un inspiré que ce soit un catholique, et de celles que réfute un raisonneur que ce soit un mécréant ? Vous auriez bien pu, monseigneur, vous dispenser de vous reconnaître à un langage si plein de bile et de déraison ; car vous n’aviez pas encore donné votre mandement.
Si la raison et la révélation étaient opposées l’une à l’autre, il est constant, dites-vous, que Dieu serait en contradiction avec lui-même[580] Voilà un grand aveu que vous nous faites là ; car il est sûr que Dieu ne se contredit point. Vous dites, ô impies, que les dogmes que nous regardons comme révélés combattent les vérités éternelles : mais il ne suffit pas de le dire. J’en conviens ; tâchons de faire plus.
Je suis sûr que vous pressentez d’avance où j’en vais venir. On voit que vous passez sur cet article des mystères comme sur des charbons ardents ; vous osez à peine y poser le pied. Vous me forcez pourtant à vous arrêter un moment dans cette situation douloureuse : j’aurai la discrétion de rendre ce moment le plus court qu’il se pourra.
Vous conviendrez bien, je pense, qu’une de ces vérités éternelles qui servent d’éléments à la raison, est que la partie est moindre que le tout ; et c’est pour avoir affirmé le contraire que l’inspiré vous paraît tenir un discours plein d’inepties. Or, selon votre doctrine de la transsubstantiation, lorsque Jésus fit la dernière cène avec ses disciples, et qu’ayant rompu le pain il donna son corps à chacun d’eux, il est clair qu’il tint son corps entier dans sa main ; et s’il mangea, lui-même du pain consacré, comme il put le faire, il mit sa tête dans sa bouche.
Voilà donc bien clairement, bien précisément, la partie plus grande que le tout, et le contenant moindre que le contenu. Que dites-vous à cela, monseigneur ? Pour moi, je ne vois que M. le chevalier de Causans qui puisse vous tirer d’affaire[581].
Je sais bien que vous avez encore la ressource de saint Augustin ; mais c’est la même. Après avoir entassé sur la Trinité force discours inintelligibles, il convient qu’ils n’ont aucun sens ; mais, dit naïvement ce père de l’Église, on s’exprime ainsi, non pour dire quelque chose, mais pour ne pas rester muet[582]
Tout bien considéré, je crois, monseigneur, que le parti le plus sûr que vous ayez à prendre sur cet article, et sur beaucoup d’autres, est celui que vous avez pris avec M. de Montazet, et par la même raison[583].
La mauvaise foi de l’auteur d’Émile n’est pas moins révoltante dans de langage qu’il fait tenir à un catholique prétendu[584] : « Nos catholiques, lui fait-il dire, font grand bruit de l’autorité de l’Église mais que gagnent-ils à cela, s’il leur faut un aussi grand appareil de preuves pour cette autorité qu’aux autres sectes pour établir directement leur doctrine ? L’Église décide que l’Église a droit de décider. Ne voilà-t-il pas une autorité bien prouvée ? » Qui ne croirait, M. T. C. F., à entendre cet imposteur, que l’autorité de l’Église n’est prouvée que par ses propres décisions, et qu’elle procède ainsi : Je décide que je suis infaillible, donc je le suis ? Imputation calomnieuse, M. T. C. F. Voilà, monseigneur, ce que vous assurez : il nous reste à voir vos preuves. En attendant, oseriez-vous bien affirmer que les théologiens catholiques n’ont jamais établi l’autorité de l’Église par l’autorité de l’Église, ut in se virtualiter reflexam ? S’ils l’ont fait, je ne les charge donc pas d’une imputation calomnieuse.
La constitution du christianisme, l’esprit de l’Évangile[585], les erreurs mêmes et la faiblesse de l’esprit humain, tendent à démontrer que l’Église établie par Jésus-Christ est une Église infaillible. Monseigneur, vous commencez par nous payer là de mots qui ne nous donnent pas le change. Les discours vagues ne font jamais preuve, et toutes ces choses qui tendent à démontrer ne démontrent rien. Allons donc tout d’un coup au corps de la démonstration ; le voici :
Nous assurons que comme ce divin législateur a toujours enseigné la vérité, son Église l’enseigne aussi toujours[586].
Mais qui êtes-vous, vous qui nous assurez cela pour toute preuve ? Ne seriez-vous point l’Église ou ses chefs ? À vos manières d’argumenter, vous paraissez compter beaucoup sur l’assistance du Saint-Esprit. Que dites-vous donc, et qu’a dit l’imposteur ? De grâce, voyez cela vous-même, car je n’ai pas le courage d’aller jusqu’au bout.
Je dois pourtant remarquer que toute la force de l’objection que vous attaquez si bien consiste dans cette phrase que vous avez eu soin de supprimer à la fin du passage dont il s’agit : Sortez de là, vous rentrez dans toutes nos discussions.
Therefore, when in the very same text the author says: “If I am mistaken, it is out of good faith; this alone is sufficient to ensure that my error cannot be considered a crime,” I ask any reader who possesses common sense and sincerity whether this suspicion of being in error can apply to the first part or to the second part of the text—whether to the portion where the author affirms something or to the one where he expresses doubt. Does such suspicion stem from a fear of believing in God at the wrong time, or from an unjustified doubt regarding divine revelation? You have chosen the first interpretation, against all reason and merely with the intent to make me appear criminal; I challenge you to provide any other justification for this choice. My Lord, where are—let me not say justice or Christian charity—but common sense and humanity?
If you might have been mistaken about the object of the vicar’s fear, merely the text you report would have dispelled your doubts against your will; for when he says, “This is enough to ensure that my mistake shall not be considered a crime,” he admits that such a mistake could indeed be a crime—and that it would be attributed to him if he did not act in good faith. But if there were no God at all, where would the crime of believing in His existence come from? And if it were indeed a crime, who could impute it to anyone? Therefore, the fear of being in error cannot apply here to natural religion at all; the vicar’s statement would be pure nonsense, as you interpret it. It is thus impossible to conclude from the text you quote that I do not acknowledge natural religion or that I deny its necessity. Nor can it be inferred that one should always regard as a wise and pious person someone who, by adopting the errors of atheism, claims to act in good faith. In fact, it is utterly impossible for you to have believed such a conclusion to be valid. If this cannot be proven, then nothing could ever be proven; or else I must be utterly insane.
To demonstrate that one cannot invoke a divine mission as justification for uttering absurdities, the vicar takes an individual whom you may call a Christian, and another whom you may call an unbeliever, and makes them debate in their respective languages—which he himself disapproves of, and which are certainly neither his nor mine. On this basis, you accuse me of grievous bad faith[579] and prove it by the ineptness of the first individual’s arguments. But if those arguments are indeed inept, on what grounds do you identify him as a Christian? And if the second individual merely refutes nonsense, what right do you have to call him an unbeliever? Does it follow that whatever an inspired person says is necessarily true because he is a Catholic, and whatever a rational person refutes is necessarily false because he is an atheist? My lord, you could very well have avoided identifying yourself with such a language filled with bitterness and irrationality—after all, you had not yet issued your decree.
If reason and revelation were in opposition to each other, it would certainly mean that God was contradictory to himself[580]. This is a significant admission you are making to us; for it is undeniable that God is not self-contradictory. You say, oh unbelievers, that the doctrines which we regard as revelations conflict with eternal truths—but merely stating this is not enough. I agree; let us strive to do more than that.
I am sure you can already guess where I am about to go. It is evident that you treat the contents of this article with extreme caution, as if they were hot coals; you hardly dare to touch them at all. Nevertheless, I am forced to pause for a moment in this painful situation—and I will ensure that this pause is as brief as possible.
You will surely agree that one of these eternal truths that form the basis of reason is that the part is always less than the whole; and it is precisely because someone has asserted the opposite that this so-called “inspired” individual seems to be delivering a speech full of absurdities. Moreover, according to your doctrine of transsubstantiation, when Jesus held the Last Supper with his disciples and broke the bread to give each one of them his body, it is clear that he held his entire body in his hands; and if he ate the consecrated bread himself, as he undoubtedly did, then he must have put his head into his mouth as well.
Here, then, is clearly and precisely stated the part that is greater than the whole, and the container that is smaller than what it contains. What do you have to say about this, my lord? In my opinion, only Mr. Chevalier de Causans could help you out of this difficult situation[581].
I know quite well that you still possess the resources of St. Augustine; but it’s exactly the same thing. After amassing a plethora of incomprehensible speeches regarding the Trinity, it stands to reason that they make no sense at all; yet, this father of the Church naively says, “We express ourselves in this way not in order to say something meaningful, but rather in order not to remain silent[582].”
After careful consideration, I believe, my lord, that the safest course of action you can take on this matter—and on many others as well—is the one you followed with Mr. de Montazet, for precisely the same reasons[583].
The bad faith of the author of Émile is just as repugnant when expressed in the language he attributes to a supposed Catholic: “Our Catholics,” he has him say, “make much of the authority of the Church, but what do they gain from it if they need such an extensive array of proofs for this authority as other sects do to establish their own doctrines directly? The Church decides that it itself has the right to decide—doesn’t that constitute clear proof of its authority?” Who would not believe, Mr. T. C. F., upon hearing such a pretender, that the authority of the Church is proven only by its own decisions, and that it operates on this principle: “I decide that I am infallible; therefore, I am infallible.” Such an accusation is utterly slanderous, Mr. T. C. F. Here, my lord, is what you claim; we await your proofs. In the meantime, would you dare to assert that Catholic theologians have never established the authority of the Church by means of the authority of the Church itself, as it were, by reflecting it upon itself? If they have done so, then I am not accusing them of any slanderous imputation.
The very structure of Christianity, the spirit of the Gospel[585], even the mistakes and weaknesses of the human mind, all tend to prove that the Church established by Jesus Christ is an infallible Church. My Lord, you begin by offering us words that fail to convince us. Vague statements never provide any proof, and all these arguments that seem to aim at proving something actually prove nothing at all. Let us therefore proceed directly to the substance of the argument; here it is:
We assure that just as this divine legislator has always taught the truth, his Church also teaches it unceasingly[586].
But who are you, you who assure us of this with such certainty? Are you not the Church or its leaders? From the way you argue, it seems that you place great trust in the assistance of the Holy Spirit. What do you say, and what did that impostor say? Please, see for yourself, for I do not have the courage to go on any further.
I must, however, point out that the entire strength of the objection you are so effectively criticizing lies in that very phrase which you took care to omit at the end of the passage in question: “Get out of there; you are meddling in all our discussions.”
Quindi, quando nello stesso scritto l’autore afferma: “Se mi sbaglio, lo faccio in buona fede; questo basta perché il mio errore non venga considerato un crimine”, chiedo a ogni lettore che abbia un minimo di buon senso e sincerità di riflettere su quale parte dello scritto possa fondarsi tale sospetto di errore: sulla prima, in cui l’autore afferma qualcosa con certezza, o sulla seconda, in cui esprime incertezze. Questo sospetto indica forse una paura ingiustificata di credere in Dio, oppure il timore di nutrire dubbi errati sulla rivelazione divina? Voi avete scelto la prima interpretazione, contro ogni logica e soltanto con l’intento di farmi apparire colpevole; vi sfido a fornire un altro motivo per questa vostra decisione. Signore, dove sono, non dico l’equità o la carità cristiana, ma almeno il buon senso e l’umanità?
Se aveste potuto sbagliarvi riguardo all’oggetto della paura del vescovo, solo il testo che riportate vi avrebbe disilluso contro la vostra volontà; infatti, quando egli afferma che “ciò basta affinché il mio errore non mi venga attribuito come un crimine”, riconosce che un simile errore potrebbe essere considerato un crimine e che tale crimine gli potrebbe essere imputato se non fosse commesso in buona fede. Ma se non esistesse Dio, dove starebbe il crimine di credere nella sua esistenza? E se si trattasse davvero di un crimine, chi potrebbe attribuirlo? Quindi, la paura di sbagliare non può certo riguardare la religione naturale, e il discorso del vescovo sarebbe un vero guazzabuglio, secondo il significato che voi gli date. È quindi impossibile dedurre dal testo che riportate che io non ammetta la religione naturale o che non ne riconosca la necessità; è altrettanto impossibile dedurre che si debba sempre considerare una persona saggia e religiosa colui che, adottando gli errori dell’ateismo, affermi di agire in buona fede. E anzi, è impossibile che abbiate mai ritenuto tale deduzione legittima. Se questo non viene dimostrato, nulla potrà mai esserlo; altrimenti, io dovrei essere un insensato.
Per dimostrare che non si può invocare una missione divina per pronunciare assurdità, il vescovo mette di fronte a un individuo che voi potete chiamare cristiano e a uno che potete chiamare ateo; li fa discutere ciascuno nel proprio linguaggio, che egli stesso disapprova e che certamente non è né il suo né il mio. Su questo punto mi accusate di una gravissima mancanza di buona fede[579] e lo dimostrate con l’inadeguatezza dei discorsi del primo. Ma se questi discorsi sono inadeguati, su quale base lo riconoscete come cristiano? E se l’individuo che li pronuncia confuta soltanto assurdità, quale diritto avete di accusarlo di ateismo? Ne consegue forse che ciò che un individuo considerato “ispirato” dice sia vero perché è cattolico, e che ciò che un individuo considerato “razionale” nega sia falso perché è miscredente? Avreste potuto benissimo, monsignore, evitare di riconoscervi in un linguaggio così pieno di rancore e irragionevole; poiché non avevate ancora emesso alcun decreto.
Se la ragione e la rivelazione fossero in opposizione l’una all’altra, sarebbe certo, dite voi, che Dio si contraddirebbe[580]. Questa è una grande ammissione da parte vostra; infatti è certo che Dio non si contraddice mai. Voi dite, o infedeli, che i dogmi che consideriamo rivelati sono in contrasto con le verità eterne: ma non basta semplicemente dirlo. Lo ammetto; cerchiamo di fare di più.
Sono certo che già intuite a cosa sto per arrivare. Si nota che trattate questo argomento con estrema cautela, come se si trattasse di carboni ardenti; quasi non osate nemmeno toccarlo. Tuttavia, mi costringete ad arrestarmi per un momento in questa situazione dolorosa. Avrò la discrezione di rendere questo momento il più breve possibile.
Credo che concorderete facilmente sul fatto che una di queste verità eterne, fondamentali per la ragione, sia che la parte è minore del tutto; ed è proprio perché qualcuno ha affermato il contrario che le parole di colui che fu ispirato vi sembrano piene di incoerenze. Ora, secondo la vostra dottrina della transustanziazione, quando Gesù tenne l’ultima cena con i suoi discepoli e, dopo aver spezzato il pane, diede il proprio corpo a ciascuno di loro, è evidente che teneva tutto il proprio corpo nella propria mano; e se mangiò lui stesso il pane consacrato, come poté fare, allora mise la propria testa nella bocca.
Ecco quindi, in modo molto chiaro e preciso, il caso in cui la parte è maggiore del tutto, e il contenitore minore del contenuto stesso. Che ne dite, monsignore? Per quanto mi riguarda, vedo solo il signor cavaliere de Causans che possa aiutarvi in questa situazione[581].
So bene che disponete ancora delle argomentazioni di Sant’Agostino; ma sono sempre le stesse. Dopo aver accumulato sulla Trinità una serie di discorsi incomprensibili, è logico che non abbiano alcun senso; tuttavia, dice ingenuamente questo padre della Chiesa, ci si esprime in questo modo non per dire qualcosa, ma per non rimanere in silenzio[582].
Considerando tutto attentamente, credo, signore, che l’approccio più sicuro da adottare su questa questione, e su molte altre, sia proprio quello che avete seguito con il signor de Montazet, e per le stesse ragioni[583].
La malafede dell’autore di “Émile” non è meno rivoltante nel linguaggio che fa pronunciare a un presunto cattolico: “I nostri cattolici, gli fa dire, fanno molto rumore sull’autorità della Chiesa, ma cosa ne guadagnano? Se per dimostrare tale autorità hanno bisogno di un apparato di prove altrettanto complesso di quello che altre sette utilizzano per stabilire direttamente le proprie dottrine, allora non c’è davvero alcuna prova concreta dell’autorità della Chiesa”. Chi non crederebbe, signor T. C. F., ascoltando quest’impostore, che l’autorità della Chiesa sia dimostrata soltanto dalle sue stesse decisioni, e che essa proceda in questo modo: “Decido che sono infallibile, quindi lo sono”? Questa è un’accusa calunniosa, signor T. C. F. Ecco ciò che voi affermate. Resta da vedere le vostre prove. Nel frattempo, osereste davvero sostenere che i teologi cattolici non abbiano mai stabilito l’autorità della Chiesa attraverso l’autorità stessa della Chiesa? Se l’hanno fatto, allora non vi sto certo imputando nulla di calunnioso.
La costituzione del cristianesimo, lo spirito dell’Evangelo[585], persino gli errori e le debolezze dello spirito umano tendono a dimostrare che la Chiesa fondata da Gesù Cristo è una Chiesa infallibile. Monsignore, voi iniziate con parole che non ci soddisfano affatto. I discorsi vaghi non costituiscono mai prove valide, e tutte queste argomentazioni che tendono a dimostrare qualcosa, in realtà non dimostrano nulla. Andiamo dunque direttamente al cuore della dimostrazione; eccolo qui:
Assicuriamo che, poiché questo divino legislatore ha sempre insegnato la verità, anche la sua Chiesa la insegna sempre[586].
Ma chi siete voi, che ci assicurate tutto questo come prova inconfutabile? Non sareste forse la Chiesa o i suoi capi? Dal modo in cui argomentate, sembrate fare molto affidamento sull’aiuto dello Spirito Santo. Che cosa dite voi, e cosa ha detto quell’impostore? Per favore, verificate voi stesso, perché io non ho il coraggio di andare fino in fondo.
Devo tuttavia osservare che l’intera forza dell’obiezione che state attaccando con tanta veemenza risiede proprio in quella frase che avete curato di omettere alla fine del passaggio in questione: “Uscite da lì; vi inserite in tutte le nostre discussioni”.
En effet, quel est ici le raisonnement du vicaire ? Pour choisir entre les religions diverses, il faut, dit-il, de deux choses l’une : ou entendre les preuves de chaque secte et les comparer, ou s’en rapporter à l’autorité de ceux qui nous instruisent. Or le premier moyen suppose des connaissances que peu d’hommes sont en état d’acquérir ; et le second justifie la croyance de chacun, dans quelque religion qu’il naisse. Il cite en exemple la religion catholique, où l’on donne pour loi l’autorité de l’Église, et il établit là-dessus ce second dilemme : Ou c’est l’Église qui s’attribue à elle-même cette autorité, et qui dit : Je décide que je suis infaillible, donc je le suis ; et alors elle tombe dans le sophisme appelé cercle vicieux, ou elle prouve qu’elle a reçu cette autorité de Dieu, et alors il lui faut un aussi grand appareil de preuves pour montrer qu’en effet elle a reçu cette autorité, qu’aux autres sectes pour établir directement leur doctrine. Il n’y a donc rien à gagner pour la facilité de l’instruction, et le peuple n’est pas plus en état d’examiner les preuves de l’autorité de l’Église chez les catholiques, que la vérité de la doctrine chez les protestants. Comment donc se déterminera-t-il d’une manière raisonnable autrement que par l’autorité de ceux qui l’instruisent ? Mais alors le Turc se déterminera de même. En quoi le Turc est-il plus coupable que nous ? Voilà, monseigneur, le raisonnement auquel vous n’avez pas répondu, et auquel je doute qu’on puisse répondre[587]. Votre franchise épiscopale se tire d’affaire en tronquant le passage de l’auteur de mauvaise foi.
Grâce au ciel, j’ai fini cette ennuyeuse tâche. J’ai suivi pied à pied vos raisons, vos citations, vos censures, et j’ai fait voir qu’autant de fois que vous avez attaqué mon livre, autant de fois vous avez eu tort. IL reste le seul article du gouvernement, dont je veux bien vous faire grâce, très sûr que quand celui qui gémit sur les misères du peuple, et qui les éprouve, est accusé par vous d’empoisonner les sources de la félicité publique, il n’y a point de lecteur qui ne sente ce que vaut un pareil discours. Si le traité du Contrat social n’existait pas, et qu’il fallût prouver de nouveau les grandes vérités que j’y développe, les compliments que vous faites à mes dépens aux puissances seraient un des faits que je citerais en preuve, et le sort de l’auteur en serait un autre encore plus frappant. IL ne me reste plus rien à dire à cet égard ; mon seul exemple a tout dit, et la passion de l’intérêt particulier ne doit point souiller les vérités utiles. C’est le décret contre ma personne, c’est mon livre brûlé par le bourreau, que je transmets à la postérité pour pièces justificatives : mes sentiments sont moins bien établis par mes écrits que par mes malheurs.
Je viens, monseigneur, de discuter tout ce que vous alléguez contre mon livre. Je n’ai pas laissé passer une de vos propositions sans examen : j’ai fait voir que vous n’avez raison dans aucun point, et je n’ai pas peur qu’on réfute mes preuves ; elles sont au-dessus de toute réplique où règne le sens commun.
Cependant, quand j’aurais eu tort en quelques endroits, quand j’aurais eu toujours tort, quelle indulgence ne méritait point un livre où l’on sent partout, même dans les erreurs, même dans le mal qui peut y être, le sincère amour du bien et le zèle de la vérité ; un livre où l’auteur, si peu affirmatif, si peu décisif, avertit si souvent ses lecteurs de se défier de ses idées, de peser ses preuves, de ne leur donner que l’autorité de la raison ; un livre qui ne respire que paix, douceur, patience, amour de l’ordre, obéissance aux lois en toute chose, et même en matière de religion ; un livre enfin où la cause de la Divinité est si bien défendue, l’utilité de la religion si bien établie, où les mœurs sont si respectées, où l’arme du ridicule est si bien ôtée au vice, où la méchanceté est peinte si peu sensée, et la vertu si aimable ? Eh ! quand il n’y aurait pas un mot de vérité dans cet ouvrage, on en devrait honorer et chérir les rêveries comme les chimères les plus douces qui puissent flatter et nourrir le cœur d’un homme de bien. Oui, je ne crains point de le dire, s’il existait en Europe un seul gouvernement vraiment éclairé, un gouvernement dont les vues fussent vraiment utiles et saines, il eût rendu des honneurs publics à l’auteur d’Émile, il lui eût élevé des statues[588]. Je connaissais trop les hommes pour attendre d’eux de la reconnaissance ; je ne les connaissais pas assez, je l’avoue, pour en attendre ce qu’ils ont fait.
Après avoir prouvé que vous avez mal raisonné dans vos censures, il me reste à prouver que vous m’avez calomnié dans vos injures. Mais, puisque vous ne m’injuriez qu’en vertu des torts que vous m’imputez dans mon livre, montrer que mes prétendus torts ne sont que les vôtres, n’est-ce pas dire assez que les injures qui les suivent ne doivent pas être pour moi ? Vous chargez mon ouvrage des épithètes les plus odieuses, et moi, je suis un homme abominable, un téméraire, un impie, un imposteur. Charité chrétienne, que vous avez un étrange langage dans la bouche des ministres de Jésus-Christ !
Mais vous qui m’osez reprocher des blasphèmes, que faites-vous quand vous prenez les apôtres pour complices des propos offensants qu’il vous plaît de tenir sur mon compte ? À vous entendre, on croirait que saint Paul m’a fait l’honneur de songer à moi, et de prédire ma venue comme celle de l’Antéchrist. Et comment l’a-t-il prédite, je vous prie ? Le voici : c’est le début de votre mandement.
Saint Paul a prédit, M. T. C. F., qu’il viendrait des jours périlleux, où il y aurait des gens amateurs d’eux-mêmes, fiers, superbes, blasphémateurs, impies, calomniateurs, enflés d’orgueil, amateurs de voluptés plutôt que de Dieu ; des hommes d’un esprit corrompu et pervertis dans la foi[589].
Je ne conteste assurément pas que cette prédiction de saint Paul ne soit très bien accomplie ; mais s’il eût prédit au contraire qu’il viendrait un temps où l’on ne verrait point de ces gens-là, j’aurais été, je l’avoue, beaucoup plus frappé de la prédiction, et surtout de l’accomplissement.
D’après une prophétie si bien appliquée, vous avez la bonté de faire de moi un portrait dans lequel la gravité épiscopale s’égaye à des antithèses, et où je me trouve un personnage fort plaisant. Cet endroit, monseigneur, m’a paru le plus joli morceau de votre mandement ; on ne saurait faire une satire plus agréable, ni diffamer un homme avec plus d’esprit.
Du sein de l’erreur (il est vrai que j’ai passé ma jeunesse dans votre Église) il s’est élevé (pas fort haut) un homme plein du langage de la philosophie (comment prendrais-je un langage que je n’entends point ?) sans être véritablement philosophe (oh ! d’accord, je n’aspirai jamais à ce titre, auquel je reconnais n’avoir aucun droit, et je n’y renonce assurément pas par modestie) ; esprit doué d’une multitude de connaissances (j’ai appris à ignorer des multitudes de choses que je croyais savoir) qui ne l’ont pas éclairé (elles m’ont appris à ne pas penser l’être), et qui ont répandu des ténèbres dans les autres esprits (les ténèbres de l’ignorance valent mieux que la fausse lumière de l’erreur) ; caractère livré aux paradoxes d’opinions et de conduite (y a-t-il beaucoup à perdre à ne pas agir et penser comme tout le monde ?), alliant la simplicité des mœurs avec le faste des pensées (la simplicité des mœurs élève l’âme ; quant au faste de mes pensées, je ne sais ce que c’est),le zèle des maximes antiques avec la fureur d’établir des nouveautés (rien de plus nouveau pour nous que des maximes antiques ; il n’y a point à cela d’alliage, et je n’y ai point mis de fureur), l’obscurité de la retraite avec le désir d’être connu de tout le monde (monseigneur, vous voilà comme les faiseurs de romans, qui devinent tout ce que leur héros a dit et pensé dans sa chambre. Si c’est ce désir qui m’a mis la plume à la main, expliquez comment il m’est venu si tard, ou pourquoi j’ai tardé si longtemps à le satisfaire). On l’a vu invectiver contre les sciences qu’il cultivait (cela prouve que je n’imite pas vos gens de lettres et que, dans mes écrits, l’intérêt de la vérité marche avant le mien), préconiser l’excellence de l’Évangile (toujours et avec le plus grand zèle), dont il détruisait les dogmes (non, mais j’en prêchais la charité, bien détruite par les prêtres) ; peindre la beauté des vertus, qu’il éteignait dans l’âme de ses lecteurs.(Ames honnêtes, est-il vrai que j’éteins en vous l’amour des vertus ?).
Indeed, what is the reasoning of this vicar? To choose between various religions, he says, one must either consider the arguments of each sect and compare them, or rely on the authority of those who instruct us. Yet the first method requires knowledge that few people are capable of acquiring; and the second method merely justifies everyone’s beliefs, regardless of the religion they follow. He takes the Catholic religion as an example, where the authority of the Church is regarded as a principle of faith. Based on this, he poses the following dilemma: Either the Church claims this authority for itself and declares itself infallible—then it falls into what is called a circular argument—or it must prove that it has received this authority from God. But in either case, it would need an equally extensive set of arguments to prove its own authority as much as other sects would need to establish their doctrines directly. Therefore, there is no real advantage in terms of facilitating people’s understanding; and the general public is just as unable to examine the evidence for the Church’s authority among Catholics as they are to evaluate the truth of Protestant doctrines. So how can one make a reasonable decision unless one relies on the authority of those who instruct them? But then, the Turk could make the same decision. In what way is the Turk more guilty than us? This, my lord, is the reasoning that you have not addressed—and I doubt whether it can be refuted[587]. Your episcopal candor merely avoids dealing with the issue by deliberately misquoting the author’s words.
Thank heaven, I have finally finished this tedious task. I have carefully examined your arguments, your citations, your criticisms, and I have shown that whenever you attacked my book, you were in error every time. It remains the only government document that I am willing to acknowledge, for I am certain that when someone who laments the sufferings of the people—and indeed endures them himself—is accused by you of poisoning the sources of public happiness, no reader can fail to see the utter absurdity of such claims. If the treatise The Social Contract did not exist, and it were necessary to prove once again the profound truths I expound in it, the compliments you offer me at the expense of this work would be one of the arguments I could cite in its defense; the fate of its author would be another even more striking proof. I have nothing further to say on this matter. My example speaks for itself, and the passion for personal interests must not tarnish useful truths. It is this decree against my person, it is this book burned by the executioner, that I leave to future generations as evidence of my innocence. My feelings are better demonstrated by my misfortunes than by my writings.
Sir, I have just discussed all the points you raise against my book. I did not leave a single one of your arguments unexamined; I showed that you are wrong in every respect, and I am not afraid that anyone will refute my proofs—they are beyond any rebuttal that relies on common sense.
However, even if I had been wrong in some respects, even if I had always been wrong, what indulgence would not be deserved by a book in which, even in the mistakes and even in the evil that may be contained within it, one can feel the sincere love of goodness and the zeal for truth; a book in which the author, though far from assertive or decisive, so often warns his readers to scrutinize his ideas, to weigh his evidence, and to accept them only on the authority of reason; a book that breathes nothing but peace, gentleness, patience, love of order, obedience to laws in all matters—even in religious ones; a book in which the cause of the Divine is so well defended, the usefulness of religion so clearly established, where morals are so respected, where the power of ridicule is used so effectively against vice, where malice is depicted as so senseless, and virtue as so endearing? Ah! Even if not a single word of truth were contained in this work, one should still honor and cherish its aspirations, just as one would cherish the sweetest fantasies that can please and nourish the heart of a good person. Yes, I dare say it: if there existed in Europe a single truly enlightened government, a government whose policies were truly beneficial and sound, it would have honored the author of “Émile” with public recognition; it would have erected statues in his honor[588]. I knew men too well to expect gratitude from them; I must admit, however, that I did not know them well enough to expect even what they have actually done.
After having proven that your criticisms were based on flawed reasoning, it remains for me to show that your insults were motivated by slander. But since you only hurl these insults on the basis of the alleged wrongs you attribute to my book, proving that these so-called wrongs are in fact yours own should be sufficient evidence that the insults accompanying them cannot possibly be directed at me. You bestow upon my work the most abhorrent epithets, while I am portrayed as an abominable man—a foolhardy, impious impostor. Oh, Christian charity, what a strange language you permit to be spoken from the mouths of the ministers of Jesus Christ!
But you, who dare to reproach me of blasphemy, what do you do when you regard the apostles as accomplices in the offensive statements you choose to make about me? Listening to you, one would think that Saint Paul had the honor of thinking of me and predicting my coming as that of the Antichrist. And how did he predict it, I ask you? Here it is: it is the beginning of your commandment.
Saint Paul predicted, M. T. C. F., that there would come dangerous times when people would be self-loving, proud, arrogant, blasphemers, impious, slanderers, filled with pride, and more devoted to pleasures than to God; men whose minds were corrupt and whose faith was perverted[589].
I certainly do not dispute that this prophecy of Saint Paul has been remarkably fulfilled; but if he had instead predicted that there would come a time when such people would no longer be seen, I must admit that I would have been much more impressed by that prediction—and especially by its fulfillment.
According to a prophecy that has been so accurately fulfilled, you have taken the kindness to portray me in a work where the dignity of an episcopal position is playfully juxtaposed with various contrasts, and where I emerge as a rather pleasant character. This passage, my lord, seemed to me to be the most delightful part of your entire work; one could not conceive of a more pleasing satire, nor a more clever way to slander a person.
From within the realm of error (it is true that I spent my youth in your Church), there arose a man filled with the language of philosophy—how could I embrace a language that I did not understand?—yet he was not truly a philosopher (oh! certainly, I never aspired to that title, for I acknowledge having no right to it, and I certainly do not renounce it out of modesty). This man possessed a wealth of knowledge (I learned to ignore many things that I thought I knew), but such knowledge did not enlighten him; rather, it taught me not to think that I was enlightened. It spread darkness into the minds of others—the darkness of ignorance is better than the false light of error. His character was marked by contradictions in his opinions and actions (what harm can there be in not acting and thinking as everyone else does?). He combined the simplicity of manners with the grandeur of thought (the simplicity of manners elevates the soul; as for the grandeur of my thoughts, I myself do not know what it is). He was zealous in upholding ancient principles while also fervently advocating for innovations (nothing new for us could be more ancient than these principles; there is no need to combine them, and I certainly did not pursue them with fury). His reclusive nature clashed with his desire to be known by everyone (my lord, you are just like those novelists who reveal everything their hero said and thought in private. If it was this desire that prompted me to take up the pen, then explain how it came so late in my life, or why I delayed satisfying it for such a long time). People saw him criticize the sciences he pursued (this proves that I do not imitate your literati; in my writings, the pursuit of truth comes before my own interests). He proclaimed the excellence of the Gospel with great zeal, yet he also destroyed its doctrines (no, rather, I preached its charity, which was greatly undermined by the priests). He depicted the beauty of virtues, only to extinguish that same beauty in the hearts of his readers. (Honest souls, is it true that I extinguish in you the love for virtue?)
Infatti, qual è il ragionamento del vescovo? Per scegliere tra le diverse religioni, si deve, afferma lui, fare una delle due cose: o ascoltare le prove di ciascuna setta e confrontarle, oppure affidarsi all’autorità di coloro che ci insegnano. Ora, il primo metodo richiede conoscenze che pochi uomini sono in grado di acquisire; mentre il secondo metodo giustifica la fede di ognuno, indipendentemente dalla religione a cui appartiene. Il vescovo cita come esempio la religione cattolica, nella quale si considera legge l’autorità della Chiesa, e su questo basa il suo ragionamento: o è la Chiesa stessa ad attribuirsi tale autorità, affermando “Io decido di essere infallibile, quindi lo sono”; in tal caso cade nel sofisma del circolo vizioso; oppure deve dimostrare che ha ricevuto tale autorità da Dio, e allora le serviranno prove altrettanto solide per dimostrarlo, quanto ne servirebbero ad altre sette per stabilire direttamente la propria dottrina. Non vi è quindi alcun vantaggio in termini di facilità nell’apprendimento; e il popolo non è in grado di esaminare le prove dell’autorità della Chiesa nei cattolici, così come non è in grado di verificare la veridicità della loro dottrina nei protestanti. Come potrà quindi decidere in modo razionale, se non affidandosi all’autorità di coloro che lo insegnano? Ma in tal caso anche il turco agirebbe allo stesso modo. In che cosa il turco è più colpevole di noi? Ecco, monsignore, il ragionamento al quale voi non avete risposto, e di cui dubito si possa dare una risposta[587]. La vostra “franchezza episcopale” consiste semplicemente nel tagliare fuori, a fini opportunistici, il passaggio in questione.
Grazie al cielo, ho finalmente terminato questo noioso compito. Ho esaminato attentamente le vostre argomentazioni, le vostre citazioni, le vostre critiche, e ho dimostrato che ogni volta che avete attaccato il mio libro, vi siete sbagliati. Quel trattato rappresenta l’unico documento ufficiale del governo; sono disposto ad accettare i vostri rimproveri, poiché sono assolutamente convinto che, quando colui che si lamenta delle miserie del popolo e le vive personalmente viene accusato da voi di avvelenare le fonti della felicità pubblica, nessun lettore possa ignorare il vero valore di un simile discorso. Se il “Trattato sul Contratto Sociale” non esistesse, e fosse necessario dimostrare nuovamente le grandi verità che vi sono contenute, i complimenti che mi fate a spese delle autorità sarebbero uno dei fatti che potrei citare come prove; il destino dell’autore di quel libro ne sarebbe un altro ancora più evidente. Non mi resta nulla da aggiungere in questo senso: il mio esempio parla da solo, e la passione per gli interessi particolari non dovrebbe mai contaminare le verità utili alla società. È proprio questo decreto contro di me, è proprio questo libro bruciato dal boia, che trasmetto alla posterità come prove concrete delle mie idee: i miei sentimenti sono dimostrati meglio dalle mie sfortune che dai miei scritti.
Signore, sono appena venuto a discutere di tutto ciò che avete sollevato contro il mio libro. Non ho lasciato passare nessuna delle vostre argomentazioni senza esaminarla attentamente: ho dimostrato che in nessun punto avete ragione, e non temo affatto che le mie prove possano essere confutate; esse sono al di sopra di qualsiasi replica basata sul buon senso comune.
Tuttavia, anche se in alcuni punti avessi avuto torto, anche se avessi sempre avuto torto, quale indulgenza potrebbe giustificare la stesura di un libro in cui, persino nei errori e nel male che esso possa contenere, si percepisca l’affetto sincero per il bene e lo zelo per la verità? Un libro in cui l’autore, pur essendo così poco assertivo e deciso, avverte spesso i suoi lettori di mettere in dubbio le sue idee, di valutare attentamente le sue prove e di affidarsi soltanto all’autorità della ragione. Un libro che esala pace, dolcezza, pazienza, amore dell’ordine, obbedienza alle leggi in ogni ambito, anche in quello religioso. Un libro in cui la causa della Divinità viene difesa con tanta efficacia, l’utilità della religione dimostrata con chiarezza, le virtù rispettate, il vizio denigrato, la malvagità descritta come assurda e la virtù rappresentata in modo così affascinante. Eh! Anche se in quest’opera non ci fosse una sola parola di verità, si dovrebbero comunque onorare e amare le sue fantasie, come le più dolci chimere capaci di confortare e nutrire il cuore di un uomo buono. Sì, non esito a dirlo: se in Europa esistesse un solo governo davvero illuminato, un governo la cui visione fosse realmente utile e sana, renderebbe onori pubblici all’autore di “Émile” e gli erigerebbe statue[588]. Conoscevo troppo bene gli uomini per aspettarmi da loro riconoscimenti; devo ammettere, però, che non li conoscevo abbastanza bene da aspettarmi ciò che invece hanno fatto.
Dopo aver dimostrato che avete ragionato male nelle vostre critiche, mi resta da dimostrare che mi avete calunniato nelle vostre offese. Ma poiché mi insultate soltanto in base ai torti che mi attribuite nel mio libro, dimostrare che i presunti torti miei non sono altro che i vostri, non significa forse già che le offese che ne derivano non dovrebbero essere rivolte a me? Impilate sul mio lavoro le epiteti più odiosi; e io, allora, sarei un uomo abominabile, un temerario, un empio, un impostore. Carità cristiana. Che linguaggio strano avete voi, ministri di Gesù Cristo!
Ma voi che osate rimproverarmi di blasfemi, cosa fate quando considerate gli apostoli complici delle offese che vi piace pronunciare a mio riguardo? Ascoltandovi, si potrebbe pensare che san Paolo mi abbia fatto l’onore di pensare a me e di predire la mia venuta come quella dell’Anticristo. E come l’avrebbe predetta, vi prego? Ecco: è proprio l’inizio del vostro precetto.
San Paolo ha predetto, M. T. C. F., che sarebbero venuti giorni pericolosi, in cui ci sarebbero stati persone amanti di sé stesse, orgogliose, presuntuose, blasfeme, irreligiose, calunniose, gonfie d’orgoglio, desiderose di piaceri più che di Dio; uomini il cui spirito fosse corrotto e la cui fede fosse distorta[589].
Certamente non contesto che questa profezia di San Paolo si sia avverata perfettamente; ma se invece avesse predetto che sarebbe venuto un tempo in cui non si sarebbero più visti queste persone, devo ammettere che la profezia, e soprattutto il suo adempimento, mi avrebbero colpito molto di più.
Secondo una profezia che si è avverata perfettamente, voi avete la gentilezza di ritrarre me in un quadro in cui la solennità episcopale si mescola con delle antitesi, rendendomi un personaggio molto piacevole. Questo passaggio del vostro scritto mi è sembrato il più raffinato e divertente; non si potrebbe creare una satira più gradevole, né diffamare qualcuno con maggiore ingegno.
Dentro l’errore stesso (è vero che ho trascorso la mia giovinezza nella vostra Chiesa), è emerso un uomo pieno di parole filosofiche (come potrei comprendere un linguaggio che non conosco?), ma che in realtà non era un vero filosofo (oh! certo, non ho mai aspirato a tale titolo, di cui riconosco di non avere alcun diritto, e certamente non lo rinuncio per modestia); un uomo dotato di molte conoscenze (ho imparato ad ignorare molte cose che credevo di sapere), ma le quali non l’hanno illuminato (mi hanno insegnato a non pensare di essere illuminato), anzi hanno diffuso tenebre nelle menti altrui (le tenebre dell’ignoranza sono meglio della falsa luce dell’errore); un uomo il cui carattere era dominato dai paradossi nelle opinioni e nel comportamento (che male c’è nel non agire e pensare come tutti gli altri?), che combinava la semplicità dei costumi con lo sfarzo del pensiero (la semplicità dei costumi eleva l’anima; quanto allo sfarzo dei miei pensieri, non so nemmeno cosa significhi), il zelo per le antiche massime con la furia di introdurre novità (nulla di più nuovo per noi delle antiche massime; non c’è alcun bisogno di mescolare queste cose, e certamente non ho messo alcuna furia nel farlo), l’oscurità della solitudine con il desiderio di essere conosciuto da tutti (signore, siete proprio come gli autori di romanzi, che inventano tutto ciò che il loro protagonista ha detto e pensato nella sua stanza. Se è stato questo desiderio a spingermi a prendere la penna in mano, spiegate come sia nato così tardi, o perché abbia impiegato tanto tempo per soddisfarlo). Si è visto che attaccava le scienze che coltivava (ciò dimostra che non imito i vostri letterati e che, nei miei scritti, l’interesse per la verità viene prima del mio interesse personale), predicava l’eccellenza dell’Evangelo (sempre con grande zelo), pur distruggendone i dogmi (no, ma ne predicavo la carità, ben distrutta dai preti); descriveva la bellezza delle virtù, pur spegnendole nell’anima dei suoi lettori, (Oneste anime, è vero che in voi spengo l’amore per le virtù?).
Il s’est fait le précepteur du genre humain pour le tromper, le moniteur public pour égarer tout le monde, l’oracle du siècle pour achever de le perdre (je viens d’examiner comment vous avez prouvé tout cela). Dans un ouvrage sur l’inégalité des conditions (pourquoi des conditions ? ce n’est là ni mon sujet ni mon titre), il avait rabaissé l’homme jusqu’au rang des bêtes (lequel de nous deux l’élève ou l’abaisse, dans l’alternative d’être bête ou méchant ?). Dans une autre production plus récente, il avait insinué le poison de la volupté (eh ! que ne puis-je aux horreurs de la débauche substituer le charme de la volupté ! Mais rassurez-vous, monseigneur ; vos prêtres sont à l’épreuve de l’Héloïse, ils ont pour préservatif l’Aloïsia). Dans celui-ci, il s’empare des premiers moments de l’homme afin d’établir l’empire de l’irréligion (cette imputation a déjà été examinée).
Voilà, monseigneur, comment vous me traitez, et bien plus cruellement encore, moi que vous ne connaissez point, et que vous ne jugez que sur des ouï-dire. Est-ce donc là la morale de cet Évangile dont vous vous portez pour le défenseur ? Accordons que vous voulez préserver votre troupeau du poison de mon livre : pourquoi des personnalités contre l’auteur ? J’ignore quel effet vous attendez d’une conduite si peu chrétienne ; mais je sais que défendre sa religion par de telles armes, c’est la rendre fort suspecte aux gens de bien.
Cependant, c’est moi que vous appelez téméraire. Eh ! comment ai-je mérité ce nom, en ne proposant que des doutes, et même avec tant de réserve ; en n’avançant que des raisons, et même avec tant de respect ; en n’attaquant personne, en ne nommant personne ? Et vous, monseigneur, comment osez-vous traiter ainsi celui dont vous parlez avec si peu de justice et de bienséance, avec si peu d’égard, avec tant de légèreté ?
Vous me traitez d’impie ! et de quelle impiété pouvez-vous m’accuser, moi qui jamais n’ai parlé de l’Être suprême que pour lui rendre la gloire qui lui est due, ni du prochain que pour porter tout le monde à l’aimer ? Les impies sont ceux qui profanent indignement la cause de Dieu en la faisant servir aux passions des hommes. Les impies sont ceux qui, s’osant porter pour interprètes de la Divinité, pour arbitres entre elle et les hommes, exigent pour eux-mêmes les honneurs qui lui sont dus. Les impies sont ceux qui s’arrogent le droit d’exercer le pouvoir de Dieu sur la terre, et veulent ouvrir et fermer le ciel à leur gré. Les impies sont ceux qui font lire des libelles dans les églises. À cette idée horrible, tout mon sang s’allume, et des larmes d’indignation coulent de mes yeux. Prêtres du Dieu de paix, vous lui rendrez compte un jour, n’en doutez pas, de l’usage que vous osez faire de sa maison.
Vous me traitez d’imposteur ! et pourquoi ? Dans votre manière de penser, j’erre ; mais où est mon imposture ? Raisonner et se tromper, est-ce en imposer ? Un sophiste même qui trompe sans se tromper n’est pas un imposteur encore, tant qu’il se borne à l’autorité de la raison, quoiqu’il en abuse. Un imposteur veut être cru sur sa parole, il veut lui-même faire autorité. Un imposteur est un fourbe qui veut en imposer aux autres pour son profit : et où est, je vous prie, mon profit dans cette affaire ? Les imposteurs sont, selon Ulpien, ceux qui font des prestiges, des imprécations, des exorcismes : or, assurément, je n’ai jamais rien fait de tout cela.
Que vous discourez à votre aise, vous autres hommes constitués en dignité ! Ne reconnaissant de droits que les vôtres, ni de lois que celles que vous imposez, loin de vous faire un devoir d’être justes, vous ne vous croyez pas même obligés d’être humains. Vous accablez fièrement le faible, sans répondre de vos iniquités à personne : les outrages ne vous coûtent pas plus que les violences ; sur les moindres convenances d’intérêt ou d’état, vous nous balayez devant vous comme la poussière. Les uns décrètent et brûlent, les autres diffament et déshonorent sans droit, sans raison, sans mépris, même sans colère, uniquement parce que cela les arrange, et que l’infortuné se trouve sur leur chemin. Quand vous nous insultez impunément, il ne nous est pas même permis de nous plaindre ; et si nous montrons notre innocence et vos torts, on nous accuse encore de vous manquer de respect.
Monseigneur, vous m’avez insulté publiquement : je viens de vous prouver que vous m’avez calomnié. Si vous étiez un particulier comme moi, que je pusse vous citer devant un tribunal équitable, et que nous y comparussions tous deux, moi avec mon livre et vous avec votre mandement, vous y seriez certainement déclaré coupable, et condamné à me faire une réparation aussi publique que l’offense l’a été. Mais vous tenez un rang où l’on est dispensé d’être juste ; et je ne suis rien. Cependant vous, qui professez l’Évangile, vous, prélat fait pour apprendre aux autres leur devoir, vous savez le vôtre en pareil cas. Pour moi, j’ai fait le mien, je n’ai plus rien à vous dire, et je me tais.
Daignez, monseigneur, agréer mon profond respect.
J.-J. ROUSSEAU.
Môtiers, le 18 novembre 1762.
Fin de la LETTRE À MONSEIGNEUR DE BEAUMONT
Table des matières du titre
Liste des œuvres philosophiques et politiques
Liste générale des titres
He made himself the teacher of mankind in order to deceive it, the public “monitor” intended to lead everyone astray, and the “oracle of the century” destined to utterly lose it (I have just examined how you proved all this). In a work on the inequality of social conditions (why conditions at all? That is neither my subject nor my title), he reduced man to the rank of beasts (which of us two, in this choice between being beast or wicked, truly enslaves or degrades the other?). In a more recent work, he sowed the seeds of sensual pleasure (alas! How I wish I could replace the horrors of debauchery with the allure of true pleasure! But rest assured, my lord; your priests are undergoing the test of Heloise—Aloisia serves as their safeguard against such temptations). In this latest work, he seizes upon mankind’s earliest moments in order to establish the reign of irreligion (this accusation has already been examined).
Here, my lord, is how you treat me—far more cruelly even, since you know nothing about me and judge me solely on hearsay. Is this truly the morality of that Gospel which you profess to defend? Admittedly, you wish to protect your flock from the “poison” of my book; but why target the author personally? I have no idea what outcome you expect from such unchristian behavior; yet I know that using such means to defend one’s religion only casts serious doubt upon it in the eyes of good people.
However, it is me that you call presumptuous. Ah! How have I deserved such a name, when all I have offered are doubts—even expressed with such restraint; when all I have presented are reasons—even stated with such respect; when I have never attacked anyone, nor named anyone in particular? And you, my lord, how dare you treat in this manner someone about whom you speak with so little justice and propriety, with so little regard, and with such levity?
You call me an infidel! But what kind of infidelity can you accuse me of, when I have never spoken of the Supreme Being but to give him the glory he deserves, and never of my fellow men but to encourage everyone to love them? The truly infidels are those who desecrate God’s cause by using it to serve human passions. They are those who dare to pose as interpreters of Divinity, as arbiters between God and man, and demand for themselves the honors that belong to Him. They are those who arrogantly claim the right to exercise God’s power on earth, wanting to open and close heaven at their will. They are those who allow slanderous writings to be read in churches. At the thought of such horrors, my blood boils with indignation, and tears of outrage stream from my eyes. Priests of the God of peace, do not doubt that one day you will have to answer Him for the way you use His house.
You call me a fraudster! And why? In your way of thinking, I may be mistaken; but where lies my fraud? To reason and yet to err—does that constitute fraud? Even a sophist who deceives others without deluding himself is not a fraudster, so long as he relies solely on the authority of reason, even if he abuses it. A fraudster seeks to make others believe his words; he wants to assert his own authority. A fraudster is a cunning person who manipulates others for his own gain—but where, I ask you, is my gain in all this? According to Ulpien, fraudsters are those who perform miracles, cast curses, or carry out exorcisms; yet, surely, I have never done any of these things.
You men, who consider yourselves to be dignified beings, speak freely as you please! Recognizing only your own rights and the laws you impose upon others, you neither feel it is your duty to be just nor even consider it necessary to behave humbly. You proudly oppress the weak, never taking responsibility for your injustices. Offenses cost you no more than acts of violence; for the sake of trivial interests or status, you trample us underfoot like dust. Some decree and burn; others slander and dishonor us without any right, reason, or even respect—sometimes not even out of anger, but simply because it suits them, and because the unfortunate happen to be in their way. When you insult us with impunity, we are not even allowed to complain; and if we attempt to prove our innocence and expose your wrongdoing, we are accused of showing you lack of respect.
My lord, you have insulted me in public; I have just proven to you that you have slandered me. If you were an ordinary person like me, if I could bring you before a fair tribunal and we both appeared there—me with my book and you with your decree—you would surely be found guilty and condemned to make amends to me in as public a manner as your offense was. But you hold a position where one is exempt from having to be just; and I am nothing. Yet you, who profess to preach the Gospel, you, a prelate appointed to teach others their duties, you know what your duty is in such a situation. As for me, I have done my part; I have nothing more to say to you, and I shall remain silent.
Please accept, my lord, my deepest respect.
J.-J. Rousseau.
Môtiers, November 18, 1762.
End of the LETTER TO MONSIEUR DE BEAUMONT
Table of Contents for the title
List of philosophical and political works
General list of titles
Si è proclamato precettore dell’umanità per ingannarla, sorvegliante pubblico per confondere tutti, oracolo del secolo per condurlo definitivamente alla perdizione (ho appena analizzato come abbiate dimostrato tutto ciò). In un’opera sull’ineguaglianza delle condizioni sociali (perché parlare di condizioni? Questo non è né il mio argomento né il titolo del mio lavoro), aveva umiliato l’uomo al rango degli animali (chi di noi due, in questa alternativa tra essere bestia o malvagio, è davvero l’insegnante o colui che degrada l’altro?). In un’opera più recente, aveva insinuato il veleno della voluttà (eh! Quanto vorrei poter sostituire le orrori della depravazione con il fascino della voluttà. Ma state tranquilli, signore: i vostri preti sono sotto la prova di “Eloisa”; hanno l’“Aloisia” come protezione). In quest’ultima opera, si impossessa dei primi momenti della vita umana al fine di stabilire l’impero dell’irreligione (questa accusa è già stata esaminata in precedenza).
Ecco, signore, come mi trattate voi; e in modo ancora più crudele, verso di me che non conoscete affatto e che giudicate soltanto in base a voci altrui. È davvero questa la morale di quel Vangelo di cui vi proclamate difensore? Ammettiamo pure che vogliate proteggere il vostro gregge dal “veleno” del mio libro: perché attaccare l’autore personalmente? Non so quale risultato speriate ottenere con un comportamento così poco cristiano; ma so che difendere la propria religione con simili mezzi la rende assai sospetta agli occhi delle persone oneste.
Tuttavia, siete voi a chiamarmi temerario. Ehi! Come ho potuto meritare questo nome, se propongo soltanto dubbi, e anche con tanta cautela; se avanzo soltanto ragioni, e anche con tanto rispetto; se non attacco nessuno, né nomino nessuno? E voi, signore, come osate trattare in questo modo colui di cui parlate con così poca giustizia e cortesia, con così poco rispetto, con tanta leggerezza?
Mi definite empio! E di quale empietà potete accusarmi, io che mai ho parlato dell’Essere Supremo se non per rendergli la gloria che gli spetta, né del prossimo se non per incoraggiare tutti ad amarlo? Gli empii sono coloro che profanano indegnamente la causa di Dio, utilizzandola al servizio delle passioni umane. Gli empii sono coloro che, osando farsi interpreti della Divinità, arbitri tra essa e gli uomini, si appropriano degli onori che spettano a Lui stesso. Gli empii sono coloro che si arrogano il diritto di esercitare il potere di Dio sulla terra, cercando di aprire e chiudere il cielo a loro piacimento. Gli empii sono coloro che fanno leggere libelli nelle chiese. Alla sola idea di tutto questo, tutto il mio sangue si infiamma, e lacrime di indignazione scorrono dai miei occhi. Sacerdoti del Dio della pace, un giorno dovrete rendere conto a Lui dell’uso che osate fare della Sua casa. Non ne dubitate.
Mi definite imbroglione! E perché? Nel vostro modo di pensare, io erro; ma dove sta la mia frode? Ragionare e sbagliarsi, significa forse ingannare gli altri? Anche un sofista che inganna senza rendersene conto non è considerato un imbroglione, purché si limiti all’autorità della ragione, anche se ne abusa. Un imbroglione vuole essere creduto sulla parola sua; vuole lui stesso diventare fonte di autorità. Un imbroglione è una persona astuta che cerca di trarre profitto ingannando gli altri. E dove, vi prego, sta il mio profitto in questa faccenda? Secondo Ulpiano, gli impostori sono coloro che compiono magie, pronunciano incantesimi, eseguono riti esorcistici. Ora, certamente, io non ho mai fatto nulla di tutto ciò.
Parlate pure liberamente, voi uomini che vi considerate tali! Riconoscendo soltanto i vostri diritti e le leggi che voi stessi imponete, non vi sentite nemmeno in dovere di essere giusti. E non ritenete nemmeno necessario comportarvi umanamente. Schiacciate con orgoglio il debole, senza mai rendere conto delle vostre ingiustizie a nessuno: gli insulti non vi costano nulla più delle violenze; per le più banali questioni di interesse o status, ci calpestate come se fossimo polvere. Alcuni ordinano e bruciano, altri diffamano e disonorano senza alcun diritto, senza motivo, con disprezzo, persino senza rabbia, semplicemente perché così conviene a loro, e perché la vittima si trova sul loro cammino. Quando ci insultate impunemente, non ci è nemmeno permesso di lamentarci; e se proviamo a dimostrare la nostra innocenza e i vostri errori, veniamo accusati comunque di mancarvi di rispetto.
Signore, mi avete insultato pubblicamente: vi ho appena dimostrato che mi avete calunniato. Se foste una persona comune come me, se potessi citarvi davanti a un tribunale equo e se fossimo entrambi presenti lì, io con il mio libro e voi con il vostro mandato, sareste sicuramente dichiarato colpevole e condannato a rimediare pubblicamente al danno arrecatomi. Ma voi occupate una posizione che vi esenta dall’essere giusti; e io non sono nulla. Tuttavia, voi, che proclamate l’Evangelo, voi, prelato chiamato ad insegnare agli altri i loro doveri, conoscete certamente il vostro dovere in una situazione del genere. Per quanto mi riguarda, ho fatto la mia parte; non ho più nulla da dirvi e taccio.
Permettetemi, signore, di esprimere il mio profondo rispetto.
J.-J. ROUSSEAU.
Môtiers, 18 novembre 1762.
Fine della LETTERA A MONSIGNOR DE BEAUMONT
Indice dei contenuti del titolo
Elenco delle opere filosofiche e politiche
Elenco generale dei titoli