Rousseau

Abstract

A satirical imaginary letter from an Opéra orchestra musician gloating over the expulsion of the Italian ‘bouffons’, within the dispute between French and Italian music. A musical pamphlet, without philosophical content.

Testo originale francese · Arvensa Editions · pubblico dominio

Enfin, mes chers camarades, nous triomphons ; les bouffons sont renvoyés : nous allons briller de nouveau dans les symphonies de M. Lulli ; nous n’aurons plus si chaud à l’Opéra, ni tant de fatigue à l’orchestre. Convenez, messieurs, que c’était un métier pénible que celui de jouer cette chienne de musique où la mesure allait sans miséricorde, et n’attendait jamais que nous pussions la suivre. Pour moi, quand je me sentais observé par quelqu’un de ces maudits habitants du Coin de la reine, et qu’un reste de mauvaise honte m’obligeait de jouer à peu près ce qui était sur ma partie, je me trouvais le plus embarrassé du monde, et au bout d’une ligne ou deux, ne sachant plus où j’en étais, je feignais de compter des pauses, ou bien je me tirais d’affaire en sortant pour aller pisser.

Vous ne sauriez croire quel tort nous a fait cette musique qui va si vite, ni jusqu’où s’étendait déjà la réputation d’ignorance que quelques prétendus connaisseurs osaient nous donner. Pour ses quarante sous, le moindre polisson se croyait en droit de murmurer lorsque nous jouions faux ; ce qui troublait très fréquemment l’attention des spectateurs. Il n’y avait pas jusqu’à certaines gens qu’on appelle, je crois, des philosophes, qui, sans le moindre respect pour une académie royale, n’eussent l’insolence de critiquer effrontément des personnes de notre sorte. Enfin j’ai vu le moment qu’enfreignant sans pudeur nos antiques et respectables privilèges, on allait obliger les officiers du roi à savoir la musique, et à jouer tout de bon de l’instrument pour lequel ils sont payés.

Hélas ! qu’est devenu le temps heureux de notre gloire ? Que sont devenus ces jours fortunés où, d’une voix unanime, nous passions, parmi les anciens de la chambre des comptes et les meilleurs bourgeois de la rue Saint-Denys, pour le premier orchestre de l’Europe ; où l’on se pâmait à cette célèbre ouverture d’Isis, à cette belle tempête d’Alcyone, à cette brillante logistille de Roland, et où le bruit de notre premier coup d’archet s’élevait jusqu’au ciel avec les acclamations du parterre. Maintenant chacun se mêle impudemment de contrôler notre exécution ; et parce que nous ne jouons pas trop juste et que nous n’allons guère bien ensemble, on nous traite sans façon de racleurs de boyau, et l’on nous chasserait volontiers du spectacle, si les sentinelles, qui sont ainsi que nous au service du roi, et par conséquent d’honnêtes gens et du bon parti, ne maintenaient un peu la subordination. Mais, mes chers camarades, qu’ai-je besoin, pour exciter votre juste colère, de vous rappeler notre antique splendeur, et les affronts qui nous en ont fait déchoir ? Ils sont tous présents à votre mémoire, ces affronts cruels, et vous avez montré, par votre ardeur à en éteindre l’odieuse cause, combien vous êtes peu disposés à les endurer. Oui, messieurs, c’est cette dangereuse musique étrangère qui, sans autre secours que ses propres charmes, dans un pays où tout était contre elle, a failli détruire la nôtre qu’on joue si à son aise. C’est elle qui nous perd d’honneur, et c’est contre elle que nous devons tous rester unis jusqu’au dernier soupir.

Je me souviens qu’avertis du danger par les premiers succès de la Serva Padrona, et nous étant assemblés en secret pour chercher les moyens d’estropier cette musique enchanteresse le plus qu’il serait possible, l’un de nous, que j’ai reconnu depuis pour un faux frère[40], s’avisa de dire d’un ton moitié goguenard que nous n’avions que faire de tant délibérer, et qu’il fallait hardiment la jouer tout de notre mieux : jugez de ce qu’il en serait arrivé si nous eussions eu la maladroite modestie de suivre cet avis, puisque tous nos soins, joints à nos grands talents pour laisser aux ouvrages que nous exécutons tout le mérite du plaisir qu’ils peuvent donner, ont eu peine à empêcher le public de sentir les beautés de la musique italienne livrée à nos archets. Nous avons donc écorché et cette musique et les oreilles des spectateurs avec une intrépidité sans exemple et capable de rebuter les plus déterminés bouffonnistes. Il est vrai que l’entreprise était hasardeuse, et que partout ailleurs la moitié de notre bande se serait fait mettre vingt fois au cachot ; mais nous connaissons nos droits, et nous en usons : c’est le public, s’il se plaint, qui sera mis au cachot.

Non contents de cela, nous avons joint l’intrigue à l’ignorance et à la mauvaise volonté : nous n’avons pas oublié de dire autant de mal des acteurs que nous en faisions à leur musique ; et le bruit du traitement qu’ils ont reçu de nous a opéré un très bon effet en dégoûtant de venir à Paris pour y recevoir des affronts, tous les bons sujets que Bambini a tâché d’attirer. Réunis par un puissant intérêt commun et par le désir de venger la gloire de notre archet, il ne nous a pas été difficile d’écraser de pauvres étrangers qui, ignorant les mystères de la boutique, n’avaient d’autres protecteurs que leurs talents, d’autres partisans que les oreilles sensibles et équitables, ni d’autre cabale que le plaisir qu’ils s’efforçaient de faire aux spectateurs. Ils ne savaient pas, les bonnes gens, que ce plaisir même aggravait leur crime et accélérait leur punition. Ils sont prêts à la recevoir enfin, sans même qu’ils s’en doutent ; car, pour qu’ils la sentent davantage, nous aurons la satisfaction de les voir congédiés brusquement, sans être avertis ni payés, et sans qu’ils aient eu le temps de chercher quelque asile où il leur soit permis de plaire impunément au public.

Nous espérons aussi, pour la consolation des vrais citoyens, et surtout des gens de goût qui fréquentent notre théâtre, que les comédiens français, délaissés de tout le monde et surchargés d’affronts, seront bientôt obligés à fermer le leur ; ce qui nous fera d’autant plus de plaisir que le Coin de la reine est composé de leurs plus ardents partisans, dignes admirateurs des farces de Corneille, Racine et Voltaire, ainsi que de celles des intermèdes. C’est ainsi que les étrangers, qui ont tous la grossièreté de rechercher la comédie française et l’opéra italien, ne trouvant plus à Paris que la comédie italienne et l’opéra français, monuments précieux du goût de la nation, cesseront d’y accourir avec tant d’empressement, ce qui sera un grand avantage pour le royaume, attendu qu’il y fera meilleur vivre, et que les loyers n’y seront plus si chers.

Tout ce que nous avons fait est quelque chose, et ce n’est pas encore assez. J’ai découvert un fait sur lequel il est bon que vous soyez tous prévenus, afin de concerter la conduite qu’il faut tenir en cette occasion : c’est que le sieur Bambini, encouragé par le succès de la Bohémienne, prépare un nouvel intermède qui pourrait bien paraître encore avant son départ. Je ne puis comprendre où diable il prend tant d’intermèdes, car nous assurions tous qu’il n’y en avait que trois ou quatre dans toute l’Italie. Je crois, pour moi, que ces maudits intermèdes tombent du ciel tout faits par les anges, exprès pour nous faire damner.

Finally, my dear comrades, we have triumphed; those fools have been dismissed—we will shine once again in Mr. Lulli’s symphonies. We won’t suffer from the heat in the Opera House, nor from the exhaustion of performing in the orchestra. Admit it, gentlemen, playing that damned music, where the rhythm moved mercilessly and never allowed us a moment to catch our breath—what a weary profession it was! For me, whenever I felt someone from those damned inhabitants of the “Corner of the Queen” watching me, and when a lingering sense of shame forced me to play whatever was written on my part, I felt utterly embarrassed. After a few lines, not knowing where I was anymore, I would pretend to count the beats or simply excuse myself by going outside to urinate.

You would never believe the harm that such fast-paced music has done to us, nor how far the reputation of ignorance that some so-called connoisseurs dared to assign to us had already spread. For a few pennies, any rascal thought they had the right to mutter when we played incorrectly; this often distracted the attention of the audience. There were even certain people—whom I suppose are called philosophers—who, without the slightest respect for a royal academy, had the audacity to criticize us bluntly. Finally, I saw the moment arrive when, in utter disregard for our ancient and respected privileges, people were about to force the king’s officers to learn music themselves and actually play the instruments for which they were paid.

Alas! What has become of those happy days of our glory? Where have gone those fortunate times when, with one voice in unison, we were regarded among the elders of the Chambre des Comptes and the finest citizens of the Rue Saint-Denys as Europe’s foremost orchestra; when people would marvel at the famous opening movement of “Isis,” at that splendid “Tempest” from “Alcyone,” at that brilliant “Logistille” by Roland, and when the sound of our first bowstroke would rise to the heavens along with the cheers of the audience? Now, everyone dares to criticize our performances; and because we don’t play perfectly in tune or work well together, we are shamelessly called scavengers and would be swiftly driven out of the stage if it weren’t for the guards—people who, like us, serve the king and therefore represent honesty and the right cause—who at least maintain some order. But, my dear comrades, what need is there for me to remind you of our former glory or of the insults that caused us to decline, in order to arouse your righteous anger? Those cruel affronts are still fresh in your memories, and you have shown, with your determination to eradicate their cause, how little you are willing to endure them. Yes, gentlemen, it is this dangerous foreign music—relying solely on its own allure in a country where everything was against it—that nearly destroyed our own reputation. It is it that brings us dishonor, and it is against it that we must all remain united until our last breath.

I recall that, alerted to the danger posed by the initial successes of the “Serva Padrona,” we gathered in secret to devise ways to render this enchanting music as unpleasant as possible. One of us—whom I later identified as a false brother[40]—mockingly suggested that all our deliberations were futile and that we should simply play it with all our might. Imagine what would have happened if we had foolishly followed his advice! All our efforts, coupled with our considerable talent at ensuring that the performances we gave received full credit for the pleasure they offered, barely managed to prevent the audience from appreciating the beauty of Italian music as performed by us. We thus tore both this music and the ears of our listeners apart with an audacity unmatched even by the most relentless jesters. It is true that our undertaking was risky, and in any other place, half of our group would have been thrown into prison twenty times over; but we know our rights, and we exercise them—should the audience complain, it will be they who end up in jail.

Not content with that, we intertwined the plot with ignorance and malice: we did not forget to speak as harshly of the performers as we had of their music; and the negative reputation they acquired through our treatment had the very good effect of deterring all those worthy individuals whom Bambini had tried to attract from coming to Paris to endure such insults. United by a strong common interest and the desire to restore the glory of our art, it was not difficult for us to crush these poor strangers—who, ignorant of the intricacies of the artistic world, had only their talents as their protectors, their sensitive and discerning audiences as their supporters, and the pleasure they sought to bring to the public as their sole “cabal.” Those good people had no idea that precisely this very pleasure was what aggravated their sins and hastened their punishment. They are now ready to receive it—without even realizing it; for to make them feel it more keenly, we will have the satisfaction of seeing them abruptly dismissed, without any warning or payment, before they even have time to seek refuge where they might continue to please the public without suffering consequences.

We also hope, for the consolation of true citizens—and especially of those with good taste who frequent our theater—that French actors, abandoned by everyone and overwhelmed by insults, will soon be forced to close their theaters; this would bring us even greater pleasure, since the “Coin de la Reine” is composed of their most ardent supporters, worthy admirers of the comedies of Corneille, Racine, and Voltaire, as well as of those intermezzi. In this way, foreigners, who all have the rudeness to seek out French comedy and Italian opera, and who in Paris will now find only Italian opera and French comedy—precious monuments of the nation’s taste—will cease to flock there with such enthusiasm. This would be a great advantage for the kingdom, for people’s living conditions would improve, and rents would no longer be so high.

Everything we have done is something, but it is still not enough. I have discovered a fact that it is important for all of you to know, in order to decide on the course of action to take in this situation: namely, that Mr. Bambini, encouraged by the success of “La Bohémienne,” is preparing a new intermezzo that might very well be staged before he leaves. I truly cannot understand where in the world he gets so many intermezzi; we all thought there were only three or four of them in all of Italy. In my opinion, these damned intermezzi must fall from heaven already finished by angels, specifically created to damn us.

Infine, cari compagni, abbiamo trionfato; quei buffoni sono stati mandati via: torneremo a brillare nelle sinfonie di Monsieur Lulli; non avremo più troppo caldo all’Opera, né tanta fatica nell’orchestra. Ammettete, signori, che era davvero un lavoro duro suonare quella maledetta musica in cui il tempo procedeva senza pietà, aspettando soltanto che noi riuscissimo a seguirlo. Per me, quando sentivo che qualcuno di quei maledetti abitanti del “Coin de la reine” mi osservava, e un resto di vergogna mi costringeva a suonare più o meno ciò che era scritto sulla mia parte, mi trovavo nel più grande imbarazzo del mondo; dopo una o due battute, non sapendo più cosa fare, fingevo di contare le pause, oppure cercavo di cavarmela andando in bagno.

Non potreste mai immaginare quale torto ci abbia inflitto questa musica che suona così velocemente, né fino a che punto si estendesse già la reputazione di ignoranza che alcuni presunti conoscitori osavano attribuirci. Per soli quaranta soldi, il più insignificante individuo si riteneva in diritto di mormorare quando suonavamo male; questo disturbava molto spesso l’attenzione degli spettatori. Non c’erano nemmeno alcune persone che, credo, vengano chiamate filosofi, le quali, senza il minimo rispetto per un’accademia reale, avevano l’insolenza di criticare apertamente persone della nostra condizione. Infine, ho assistito al momento in cui, violando senza alcuna vergogna i nostri antichi e rispettabili privilegi, si stava per costringere gli ufficiali del re a conoscere la musica e a suonare davvero bene lo strumento per il quale venivano pagati.

Ahimè! Che ne è stato di quei giorni felici della nostra gloria? Dove sono finiti quei momenti fortunati in cui, con una voce unanime, venivamo considerati il primo orchestra d’Europa tra gli anziani della camera dei conti e i migliori borghesi di rue Saint-Denys; quando ci emozionavamo ascoltando l’infame apertura dell’“Isis”, quella splendida “tempesta” dell’“Alcyone” o quella brillante “logistille” del “Roland”; e quando il suono dei nostri primi accordi si alzava fino al cielo, accompagnato dalle acclamazioni del pubblico. Ora, invece, tutti si permettono di giudicare impudentemente la nostra esecuzione; e perché non suoniamo perfettamente all’unisono, veniamo insultati come “racleurs de boyau” e ci vorrebbero cacciare dal palco, se non fosse per le sentinelle che, proprio come noi, servono il re, e quindi sono persone oneste e fedeli al partito giusto. Ma, cari compagni, a quale scopo dovrei ricordarvi la nostra antica gloria e gli insulti che ci hanno costretto a cadere in rovina? Quegli insulti crudeli sono ancora vividi nella vostra memoria, e avete dimostrato con la vostra determinazione di eliminarne le cause odiose quanto siate disposti a sopportarli. Sì, signori: è proprio questa pericolosa musica straniera che, senza alcun altro aiuto se non i suoi stessi incantesimi, in un paese dove tutto era contro di essa, ha rischiato di distruggere la nostra gloria. Ed è contro di essa che dobbiamo rimanere uniti fino all’ultimo respiro.

Ricordo che, avvertiti del pericolo dai primi successi della “Serva Padrona”, ci riunimmo in segreto per trovare il modo di rovinare al massimo possibile questa musica incantevole. Uno di noi – che in seguito ho riconosciuto come un falso fratello[40] – disse, con tono semiserio, che non c’era bisogno di tanto dibattere e che dovevamo suonarla con tutte le nostre forze. Immaginate cosa sarebbe successo se avessimo avuto la sfortunata modestia di seguire quel consiglio. Tutti i nostri sforzi, uniti ai nostri grandi talenti nel far sì che le opere che eseguivamo godessero appieno del piacere che potevano offrire, sono stati sufficienti a impedire al pubblico di percepire le bellezze della musica italiana eseguita dai nostri archi. Abbiamo quindi “straziato” sia questa musica che le orecchie degli spettatori con un’audacia senza precedenti. Un’audacia tale da scoraggiare anche i buffoni più determinati. È vero: l’impresa era rischiosa, e in altri luoghi metà del nostro gruppo sarebbe stata messa in prigione venti volte. Ma conosciamo i nostri diritti, e li esercitiamo: se il pubblico si lamenta, sarà lui a finire in prigione.

Non contenti di questo, abbiamo unito all’intrigo l’ignoranza e la cattiva volontà: non abbiamo dimenticato di dire tante cose negative sugli artisti quante ne dicevamo sulla loro musica; e il rumore delle offese che hanno ricevuto da noi ha avuto un effetto molto positivo, scoraggiando tutti quei bravi musicisti che Bambini aveva cercato di attirare a Parigi. Uniti da un forte interesse comune e dal desiderio di vendicare la gloria del nostro strumento, non ci è stato difficile sopraffare quei poveri stranieri che, ignari dei segreti del mondo musicale, non avevano altri protettori se non i loro talenti, altri sostenitori se non orecchie sensibili ed equilibrate, e nessuna cospirazione se non il piacere che cercavano di procurare al pubblico. Quei bravi musicisti non sapevano che proprio quel piacere aggravava il loro “crimine” e accelerava la loro punizione. Sono pronti ad accettarla, senza nemmeno sospettarlo; perché, per farli soffrire ancora di più, avremo la soddisfazione di vederli congedati bruscamente, senza alcun preavviso né compenso, e senza che abbiano avuto il tempo di cercare un rifugio dove poter continuare a piacere al pubblico, impunemente.

Speriamo anche, a conforto dei veri cittadini e soprattutto delle persone di gusto che frequentano il nostro teatro, che gli attori francesi, abbandonati da tutti e sommersi di offese, siano presto costretti a chiudere i loro teatri; ciò ci renderà ancora più felici, poiché il “Coin de la reine” è composto dai loro più ferventi sostenitori, degni ammiratori delle commedie di Corneille, Racine e Voltaire, così come degli intermezzi. Così, gli stranieri, che hanno l’impertinenza di cercare sia le commedie francesi che gli opere italiane, trovando a Parigi soltanto queste ultime – monumenti preziosi del gusto della nazione – smetteranno di affollarvisi con tanta fretta; ciò rappresenterà un grande vantaggio per il regno, poiché le condizioni di vita miglioreranno e gli affitti non saranno più così elevati.

Tutto ciò che abbiamo fatto è qualcosa, ma non ancora abbastanza. Ho scoperto un fatto di cui è bene che tutti voi sappiate, al fine di concordare le azioni da intraprendere in questa circostanza: il signor Bambini, incoraggiato dal successo dell’“Bohémienne”, sta preparando un nuovo intermezzo che potrebbe essere rappresentato ancora prima della sua partenza. Non riesco proprio a capire da dove diavolo trovi tutto questo materiale per gli intermezzi, poiché tutti eravamo convinti che in tutta l’Italia ne esistessero soltanto tre o quattro. Io credo, personalmente, che questi maledetti intermezzi cadano dal cielo già pronti, creati apposta dagli angeli per farci andare all’inferno.

Il s’agit donc, messieurs, de nous bien réunir dans ce moment pour empêcher que celui-ci ne soit mis au théâtre, ou du moins pour l’y faire tomber avec éclat, surtout s’il est bon, afin que les bouffons s’en aillent chargés de la haine publique, et que tout Paris apprenne, par cet exemple, à craindre notre autorité et à respecter nos décisions. Dans cette vue, je me suis adroitement insinué chez le sieur Bambini, sous prétexte d’amitié ; et comme le bonhomme ne se défiait de rien, car il n’a pas seulement l’esprit de voir les tours que nous lui jouons, il m’a sans mystère montré son intermède. Le titre en est l’Oiseleuse anglaise, et l’auteur de la musique est un certain Jommelli. Or, vous saurez que ce Jommelli est un de ces ignorants d’Italiens qui ne savent rien, et qui font, on ne sait comment, de la musique ravissante que nous avons quelquefois beaucoup de peine à défigurer. Pour en méditer à loisir les moyens, j’ai examiné la partition avec autant de soin qu’il m’a été possible : malheureusement je ne suis pas, non plus que les autres, fort habile à déchiffrer, mais j’en ai vu suffisamment pour connaître que cette symphonie semble faite exprès pour favoriser nos projets ; elle est fort coupée, fort variée, pleine de petits jours, de petites réponses de divers instruments qui entrent les uns après les autres ; en un mot, elle demande une précision singulière dans l’exécution. Jugez de la facilité que nous aurons à brouiller tout cela sans affectation, et d’un air tout-à-fait naturel : pour peu que nous voulions nous entendre, nous allons faire un charivari de tous les diables ; cela sera délicieux. Voici donc un projet de règlement que nous avons médité avec nos illustres chefs, et entre autres avec M. l’Abbé et M. Caraffe, qui, en toute occasion, ont si bien mérité du bon parti et fait tant de mal à la bonne musique.

I. On ne suivra point en cette occasion la méthode ordinaire, employée avec succès dans les autres intermèdes : mais, avant que de mal parler de celui-ci, on attendra de le connaître dans les répétitions. Si la musique en est médiocre, nous en parlerons avec admiration ; nous affecterons tous unanimement de l’élever jusqu’aux nues, afin qu’on attende des prodiges, et qu’on se trouve plus loin de compte à la première représentation. Si malheureusement la musique se trouve bonne, comme il n’y a que trop lieu de le craindre, nous en parlerons avec dédain, avec un mépris outré, comme de la plus misérable chose qui ait été faite ; notre jugement séduira les sots, qui ne se rétractent jamais que quand ils ont eu raison, et le plus grand nombre sera pour nous.

II. Il faudra jouer de notre mieux aux répétitions pour disculper les chefs, à qui l’on reprocherait sans cela de n’avoir pas réitéré les répétitions jusqu’à ce que le tout allât bien. Ces répétitions ne seront pas pour cela à pure perte, car c’est là que nous concerterons entre nous les moyens d’être, aux représentations, le plus discordants qu’il sera possible.

III. L’accord se prendra, selon la règle, sur l’avis du premier violon, attendu qu’il est sourd.

IV. Les violons se distribueront en trois bandes, dont la première jouera un quart de ton trop haut, la deuxième lui quart de ton trop bas, et la troisième jouera le plus juste qu’il lui sera possible. Cette cacophonie se pratiquera facilement, en haussant ou baissant subtilement le ton de l’instrument durant l’exécution. À l’égard des hautbois, il n’y a rien à leur dire, et d’eux-mêmes ils iront à souhait.

V. On en usera pour la mesure à peu près comme pour le ton : un tiers la suivra, un tiers l’anticipera, et un autre tiers ira après tous les autres. Dans toutes les entrées, les violons se garderont surtout d’être ensemble ; mais partant successivement, et les uns après les autres, ils feront des manières de petites fugues ou d’imitations qui produiront un très grand effet. À l’égard des violoncelles, ils sont exhortés d’imiter l’exemple édifiant de l’un d’entre eux, qui se pique avec une juste fierté de n’avoir jamais accompagné un intermède italien dans le ton, et de jouer toujours majeur quand le mode est mineur, et mineur quand il est majeur.

VI. On aura grand soin d’adoucir les fort et de renforcer les doux, principalement sous le chant ; il faudra surtout racler à tour de bras quand la Tonelli chantera, car il est surtout d’une grande importance d’empêcher qu’elle ne soit entendue.

VII. Une autre précaution qu’il ne faut pas oublier, c’est de forcer les seconds autant qu’il sera possible, et d’adoucir les premiers, afin qu’on n’entende partout que la mélodie du second dessus. Il faudra aussi engager Durand à ne pas se donner la peine de copier les parties de quintes toutes les fois qu’elles sont à l’octave de la basse, afin que ce défaut de liaison entre les basses et les dessus rende l’harmonie plus sèche.

VIII. On recommande aux jeunes racleurs de ne pas manquer de prendre l’octave, de miauler sur le chevalet, et de doubler et défigurer leur partie, surtout lorsqu’ils ne pourront pas jouer le simple, afin de donner le change sur leur maladresse, de barbouiller toute la musique, et de montrer qu’ils sont au-dessus des lois de tous les orchestres du monde.

IX. Comme le public pourrait à la fin s’impatienter de tout ce charivari, si nous nous apercevons qu’il nous observe de trop près, il faudra changer de méthode pour prévenir les caquets : alors, tandis que trois ou quatre violons joueront comme ils savent, tous les autres se mettront à s’accorder durant les airs, et auront soin de racler de toute leur force et de faire un bruit de diable avec leurs cordes à vide, précisément dans les endroits les plus doux. Par ce moyen nous gâterons la plus belle musique sans qu’on ait rien à nous dire ; car encore faut-il bien s’accorder. Que si l’on nous reprenait là-dessus, nous aurions le plus beau prétexte du monde de jouer aussi faux qu’il nous plairait. Ainsi, soit qu’on nous permette d’accorder, soit qu’on nous en empêche, nous trouverons toujours le moyen de n’être jamais d’accord.

X. Nous continuerons de crier tous au scandale et à la profanation : nous nous plaindrons hautement qu’on déshonore le séjour des dieux par des bateleurs ; nous tâcherons de prouver que nos acteurs ne sont pas des bateleurs comme les autres, attendu qu’ils chantent et gesticulent tout au plus, mais qu’ils ne jouent point ; que la petite Tonelli se sert de ses bras pour faire son rôle avec une intelligence et une gentillesse ignominieuse ; au lieu que l’illustre mademoiselle Chevalier ne se sert des siens que pour aider à l’effort de ses poumons, ce qui est beaucoup plus décent ; qu’au surplus il n’y a que le talent qui déroge, et que nos acteurs n’ont jamais dérogé. Nous ferons voir aussi que la musique italienne déshonore notre théâtre, par la raison qu’une Académie royale de Musique doit se soutenir avec la seule pompe de son titre et son privilège, et qu’il n’est pas de sa dignité d’avoir besoin pour cela de bonne musique.

XI. La plus essentielle précaution que nous avons à prendre en cette occasion est de tenir nos délibérations secrètes : de si grands intérêts ne doivent point être exposés aux yeux d’un vulgaire stupide, qui s’imagine follement que nous sommes payés pour le servir. Les spectateurs sont d’une telle arrogance, que si cette lettre venait à se divulguer par l’indiscrétion de quelqu’un de vous, ils se croiraient en droit d’observer de plus près notre conduite, ce qui ne laisserait pas d’avoir son incommodité : car enfin, quelque supérieur qu’on puisse être au public, il n’est point agréable d’en essuyer les clabauderies.

Voilà, messieurs, quelques articles préliminaires sur lesquels il nous paraît convenable de se concerter d’avance : à l’égard des discours particuliers que nous tiendrons quand l’ouvrage en question sera en train, comme ils doivent être modifiés sur la manière dont on le recevra, il est à propos de réserver à ce temps-là d’en convenir. Chacun de nous, à quelques-uns près, s’est jusqu’ici comporté si convenablement à l’intérêt commun, qu’il n’y a pas d’apparence que nul se démente là-dessus au moment de couronner l’œuvre ; et nous espérons que si l’on nous reproche de manquer de talent, ce ne sera pas au moins de celui de bien cabaler.

Therefore, gentlemen, it is essential that we gather together at this moment to prevent such a thing from being put into practice—or, at the very least, to ensure its complete failure, especially if it is of any quality. In this way, those who seek to provoke public hatred will be left to bear the consequences, and the whole of Paris will learn, through this example, to fear our authority and respect our decisions. For this purpose, I managed to gain access to Mr. Bambini under the pretext of friendship; since he was completely unsuspecting—because he simply failed to realize the tricks we were playing on him—I showed him his intermezzo without any concealment. Its title is “The English Nightingale,” and the composer of the music is a certain Jommelli. As you know, this Jommelli is one of those ignorant Italians who know nothing about music but manage to produce delightful compositions that we often have great difficulty in spoiling. To thoroughly examine these works, I studied the score with great care; unfortunately, I am not as skilled at reading musical scores as others, but what I saw was enough to convince me that this symphony seems tailor-made to serve our purposes. It is highly structured and varied, filled with brief passages and responses between different instruments; in short, it requires exceptional precision in performance. Imagine how easily we could distort all these elements without any effort, in a completely natural manner—just by wanting to create some noise, we would turn it into a complete chaos; it would be delightful. Here is therefore a proposed set of rules that we have discussed with our distinguished colleagues, including Mr. l’Abbé and Mr. Caraffe, who, on many occasions, have so greatly contributed to the downfall of good music.

I. On will not follow the usual method, which has been successfully employed in other interludes; rather, before criticizing this one, we will wait to understand it thoroughly through its rehearsals. If the music is mediocre, we will speak of it with admiration, unanimously praising it excessively so that people expect wonders from it—and thus be disappointed on its first performance. Unfortunately, if the music turns out to be good, which is a very likely outcome, we will speak of it with disdain, treating it with utter contempt as if it were the most miserable thing ever created. Our judgment will convince the foolish, who never admit they were wrong unless they turn out to have been in the right—and thus, the majority will side with us.

II. We must do our best during the rehearsals in order to excuse the directors, who would otherwise be criticized for not having repeated the rehearsals until everything was perfect. These rehearsals will not be in vain, because it is during them that we will discuss among ourselves how to create as much discord as possible during the performances.

III. The agreement shall be made, in accordance with the rule, on the advice of the first violinist, given that he is deaf.

IV. The violins will be divided into three groups: the first group will play a quarter tone too high, the second group a quarter tone too low, and the third group will play as accurately as possible. This cacophony can be easily achieved by subtly raising or lowering the pitch of the instrument during performance. As for the oboes, there is nothing special to mention regarding them; they will naturally adjust accordingly.

V. It shall be used for measurement in much the same way as for pitch: one-third of the instruments will follow the lead, another third will precede it, and the remaining third will come after all the others. In all passages, the violins must especially avoid playing together; rather, they should take turns, one after another, performing little fugues or imitations that will produce a very impressive effect. As for the cellos, they are encouraged to follow the exemplary conduct of one of their number, who takes legitimate pride in never having accompanied an Italian intermezzo in the wrong pitch, and who always plays in the major key when the mode is minor, and in the minor key when it is major.

VI. Great care shall be taken to soften the strong and strengthen the soft, especially while singing; above all, it will be necessary to sing with all one’s might when Tonelli performs, for it is of utmost importance to prevent her voice from being heard.

VII. Another precaution that must not be forgotten is to make the secondary voices as prominent as possible and to soften the primary voices, so that everywhere one can only hear the melody of the secondary voices. It will also be necessary to instruct Durand not to bother copying the quint parts every time they are an octave above the bass line; this lack of connection between the basses and the higher voices will make the harmony sound more “dry.”

VIII. It is recommended that young musicians who play the rasqueau do not neglect to use the octave range, to add melodic embellishments while playing, and to deliberately distort their own part—especially when they are unable to play the simple melody properly. By doing so, they can conceal their lack of skill, clutter the overall music with unnecessary embellishments, and demonstrate that they are above the rules of any orchestra in the world.

IX. Since the audience might eventually grow impatient with all this commotion, and if we notice them observing us too closely, we will have to change our method in order to prevent any gossip. Therefore, while three or four violins will play as they know how, all the others will begin tuning their instruments during the pieces, making sure to scrape their strings with all their might and create a tremendous noise—even in the very softest passages. In this way, we will ruin the most beautiful music without anyone having anything to say to us; after all, it is necessary to tune one’s instrument before playing. And if someone were to criticize us for this, we would have the perfect excuse to play as wrongly as we wished. Thus, whether we are allowed to tune our instruments or not, we will always find a way to ensure that we never do so correctly.

X. We will continue to cry out in outrage and indignation: we will protest loudly that the sanctity of the gods’ presence is being desecrated by such performers; we will strive to prove that our actors are not ordinary entertainers—after all, they at most sing and gesture, but do not truly act; that that poor little Tonelli uses her arms merely to perform her role in a manner that reveals a shocking lack of intelligence and grace; whereas the illustrious mademoiselle Chevalier uses hers solely to assist in the exertion required by her vocal performance, which is far more decent. Moreover, we will assert that only talent itself can be considered improper or degenerate—and our actors have never been such. We will also show how Italian music desecrates our theater, since a Royal Academy of Music should rely solely on the prestige of its title and its privileges for support; it would be utterly beneath its dignity to require good music in order to function properly.

XI. The most essential precaution we must take in this matter is to keep our deliberations secret: such great interests must not be exposed to the eyes of a foolish and ignorant public, who foolishly imagines that we are paid to serve them. These spectators are so arrogant that if this letter were to become known through the indiscretion of any of you, they would consider it their right to monitor our actions more closely, which would undoubtedly cause us considerable inconvenience—because, after all, no matter how superior one may be to the general public, it is certainly not pleasant to have to endure their gossip and chatter.

Here, gentlemen, are some preliminary articles on which we deem it appropriate to reach an agreement in advance: regarding the particular speeches we will deliver once the work in question is underway, and how these speeches should be adapted according to how it is received, it seems wise to wait until that time to decide upon them. Almost all of us have so far acted in a manner that serves the common good; therefore, there is no reason to believe that anyone will deviate from this approach at the moment of completing the work. And we hope that if anyone were to criticize us for lacking talent, it would at least not be in the area of coordinating our efforts effectively.

Signori, è quindi necessario che ci riuniamo tutti insieme in questo momento per impedire che tale evento venga messo in atto, o almeno far sì che fallisca miseramente, soprattutto se si tratta di qualcosa di valido; in questo modo, gli sciocchi porteranno su di sé l’odio del pubblico, e tutto Parigi imparerà, attraverso questo esempio, a temere la nostra autorità e a rispettare le nostre decisioni. A tale scopo, mi sono insinuato abilmente presso il signor Bambini, sotto pretesto di amicizia; poiché quell’uomo non sospettava nulla, essendo del tutto incapace di comprendere le trappole che gli tendevamo, mi ha mostrato senza alcun segreto il suo intermezzo teatrale. Il titolo è “L’Oiseleuse anglaise”, e l’autore della musica è un certo Jommelli. Ma voi sapete bene che questo Jommelli è uno di quegli ignoranti italiani che non sanno assolutamente nulla, e che producono musiche deliziose, le quali, però, a volte ci costano molta fatica per renderle accettabili. Per analizzare attentamente i dettagli di questa composizione, l’ho esaminata con la massima cura possibile; purtroppo, anch’io, come gli altri, non sono molto abile nel leggere le partiture. Tuttavia, ne ho capito abbastanza per constatare che questa sinfonia sembra essere stata creata apposta per favorire i nostri piani: è ricca di variazioni, piena di momenti in cui diversi strumenti intervengono uno dopo l’altro. In breve, richiede un’esecuzione estremamente precisa. Immaginate quindi quanto sarà facile per noi confondere tutto questo in modo del tutto naturale. Basterà che vogliamo, e creeremo un vero e proprio caos; sarà davvero delizioso. Ecco dunque un progetto di regolamento che abbiamo elaborato insieme ai nostri illustri collaboratori, tra cui l’Abate e il signor Caraffe, che in ogni occasione hanno sempre favorito le idee sbagliate e danneggiato la vera musica.

I. In questa occasione non si seguirà il metodo abituale, utilizzato con successo negli altri intermezzi; ma prima di criticare questo intermezzo, aspetteremo di conoscerlo meglio attraverso le repetizioni. Se la musica è scadente, ne parleremo con ammirazione; tutti insieme fingeremo di esaltarla al massimo, affinché si aspettino dei veri “prodigi” e si rimanga delusi alla prima rappresentazione. Se, sfortunatamente, la musica è buona – il che è più che probabile – ne parleremo con disprezzo, con un’ostentata derisione, come della cosa più miserabile mai creata; il nostro giudizio convincerà gli sciocchi, i quali non ammettono mai di aver sbagliato se non dopo essersi rivelati nel giusto. E la maggior parte delle persone sarà dalla nostra parte.

II. Dovremo impegnarci al massimo durante le prove per scusare i direttori, ai quali altrimenti si potrebbe rimproverare di non aver ripetuto le prove fino a quando tutto non fosse andato bene. Queste prove non saranno comunque vane, perché sarà proprio in quel momento che concorderemo tra noi i modi per essere, durante le rappresentazioni, il più possibile discordanti possibile.

III. L’accordo verrà preso, secondo le regole stabilite, in base al parere del primo violino, dato che è sordo.

IV. I violini saranno distribuiti in tre gruppi: il primo suonerà un quarto di tono più alto, il secondo uno più basso, e il terzo suonerà esattamente nel tono corretto. Questa cacofonia può essere facilmente realizzata aumentando o diminuendo leggermente il tono dello strumento durante l’esecuzione. Per quanto riguarda gli oboi, non c’è nulla da aggiungere: essi si adatteranno da soli secondo le necessità.

V. Si userà di esso per la misura più o meno come per il tono: un terzo lo seguirà, un terzo lo anticiperà, e un altro terzo verrà dopo tutti gli altri. In tutte le parti musicali, i violini dovranno evitare assolutamente di suonare insieme; piuttosto, dovrebbero eseguire sequenze che ricordino piccole fughe o imitazioni, il che produrrà un effetto molto suggestivo. Per quanto riguarda i violoncelli, si raccomanda loro di seguire l’esempio encomiabile di uno di loro, che si vanta con giusta fierezza di non aver mai accompagnato un intermezzo italiano nel tono corretto, e di suonare sempre in maggiore quando il modo musicale è minore, e in minore quando è maggiore.

VI. Si dovrà prendersi grandissima cura di addolcire ciò che è duro e di rafforzare ciò che è morbido, soprattutto durante il canto; in particolare, sarà necessario fare del rumore con le mani quando la Tonelli canterà, poiché è estremamente importante evitare che venga sentita.

VII. Un’altra precauzione che non si deve dimenticare è quella di rendere le parti secondarie il più possibili più forti e di attenuare quelle primarie, in modo che ovunque si senta soltanto la melodia delle seconde parti. Inoltre, sarà necessario convincere Durand a non prendersi la briga di copiare le parti costituite da quinte ogni volta che queste si trovano all’ottava della parte bassa; tale mancanza di collegamento tra le parti basse e quelle superiori renderà l’armonia più “asciutta”.

VIII. Si raccomanda ai giovani musicisti che suonano con l’arco di non trascurare di utilizzare l’ottava, di eseguire i passaggi con particolare intensità sullo strumento, e di rendere il proprio suono più complesso e distorto, soprattutto quando non sono in grado di suonare le parti semplici. Questo per mascherare la propria mancanza di abilità, per “sporcare” l’intera musica e per dimostrare di essere al di sopra delle regole di qualsiasi orchestra esista al mondo.

IX. Poiché il pubblico potrebbe alla fine diventare impaziente di tutta questa confusione, e se ci accorgiamo che ci osserva troppo da vicino, sarà necessario cambiare metodo per evitare chiacchiere: in tal caso, mentre tre o quattro violini suoneranno come sanno fare, tutti gli altri si occuperanno di accordarsi durante le melodie, facendo attenzione a strimpellare con tutte le loro forze e a produrre un rumore assordante con le corde vuote, proprio nei punti più delicati delle melodie. In questo modo rovineremo la musica più bella senza che nessuno abbia nulla da rimproverarci; dopotutto, è necessario accordarsi. E se qualcuno ci rimproverasse per questo, avremmo il pretesto perfetto per suonare quanto più stortamente ci piacesse. Quindi, sia che ci venga permesso di accordarci sia che ce lo vieti, troveremo sempre il modo per non essere mai d’accordo.

X. Continueremo a gridare tutti scandalo e profanazione: ci lamenteremo apertamente del fatto che il soggiorno degli dei venga disonorato da attori che si limitano a cantare e gesticolare, senza davvero recitare; dimostreremo che i nostri attori non sono come gli altri, poiché non svolgono alcun ruolo concreto; che la giovane Tonelli utilizza le sue braccia soltanto per interpretare il proprio ruolo in modo ridicolmente insensato e poco elegante; mentre l’illustre signorina Chevalier usa le proprie braccia esclusivamente per sostenere lo sforzo respiratorio, il che è molto più dignitoso. Inoltre, sottolineeremo che soltanto la mancanza di talento può costituire una vera e propria trasgressione delle regole del teatro, e che i nostri attori non hanno mai violato tali regole. Mostreremo anche come la musica italiana disonori il nostro teatro: un’Accademia reale di Musica dovrebbe infatti sostenersi soltanto con il prestigio del proprio titolo e dei propri privilegi, e non ha certo il diritto di aver bisogno di una buona musica per farlo.

XI. La precauzione più essenziale da adottare in questa circostanza è mantenere segrete le nostre deliberazioni: interessi così importanti non devono essere esposti agli occhi di persone ignoranti e presuntuose, che si immaginano follemente di essere pagate per servirci. Gli spettatori sono talmente arroganti che, se questa lettera dovesse diventare di dominio pubblico a causa della indiscrezione di qualcuno di voi, si considererebbero in diritto di osservare più da vicino il nostro comportamento, il che sicuramente causerebbe disagi: infatti, per quanto si possa essere superiori al pubblico, non è affatto piacevole dover sopportare le loro chiacchiere.

Ecco, signori, alcuni articoli preliminari su cui ci sembra opportuno concordare in anticipo: riguardo ai discorsi che pronunceremo quando l’opera in questione sarà già in corso di realizzazione, e che dovranno essere modificati in base alla ricezione che ne avrà, è giusto riservare a quel momento la decisione definitiva. Ognuno di noi, ad eccezione di alcuni, si è finora comportato in modo così conforme agli interessi comuni, che non sembra probabile che qualcuno cambi idea al momento di completare l’opera; e speriamo che, anche se ci si dovesse rimproverare di mancare di talento, almeno non sia quello di saper gestire le situazioni in modo appropriato.

C’est ainsi qu’après avoir expulsé avec ignominie toute cette engeance italienne, nous allons nous établir un tribunal[41] redoutable ; bientôt le succès ou du moins la chute des pièces dépendra de nous seuls ; les auteurs, saisis d’une juste crainte, viendront en tremblant rendre hommage à l’archet qui peut les écorcher ; et d’une bande de misérables racleurs, pour laquelle on nous prend maintenant, nous deviendrons un jour les juges suprêmes de l’opéra français, et les arbitres souverains de la chaconne et du rigaudon.

J’ai l’honneur d’être avec un très profond respect, mes chers camarades, etc.

In this way, after having expelled all that Italian trash with utter disgrace, we will establish a formidable tribunal[41]; soon, the success—or at least the failure—of these musical works will depend solely on us. The authors, seized by legitimate fear, will come trembling to pay homage to the authority that can ruin them. And what we are now regarded as just a bunch of miserable scavengers, one day we will become the supreme judges of French opera, and the sovereign arbiters of the chaconne and the rigaudon.

I am honored to be with you, my dear comrades, and so on, with utmost respect.

Ecco come, dopo aver espulso con ignominia tutta questa gente italiana, stabiliremo un tribunale terribile; presto il successo, o almeno la caduta di queste opere musicali, dipenderà soltanto da noi. Gli autori, presi da una giusta paura, verranno a tremare ad rendere omaggio a colui che può distruggerli; e da un gruppo di miserabili individui, per i quali ora ci considerano, un giorno diventeremo i giudici supremi dell’opera francese, gli arbitri sovrani della chaconne e del rigaudon.

Ho l’onore di essere qui, con il più profondo rispetto, miei cari compagni, ecc.