Rousseau

Abstract

A reply to a Dijon academician who had published a refutation of the first Discourse: Rousseau defends his thesis on the corruption of morals by the sciences and arts, reproaching his opponents for indiscreetly attacking the impartiality of their own colleagues.

Connections

Assi: Senso della storia
Posizioni: decadenza
Forme: epistola
Scuole: illuminismo

Testo originale francese · Arvensa Editions · pubblico dominio

Je viens, monsieur, de voir une brochure intitulée, Discours qui a remporté le prix à l’Académie de Dijon en 1750, etc., accompagné de la réfutation de ce Discours, par un académicien de Dijon qui lui a refusé son suffrage ; et je pensais en parcourant cet écrit, qu’au lieu de s’abaisser jusqu’à être l’éditeur de mon Discours, l’académicien qui lui refusa son suffrage aurait bien dû publier l’ouvrage auquel il l’avait accordé : c’eût été une très bonne manière de réfuter le mien.

Voilà donc un de mes juges qui ne dédaigne pas de devenir un de mes adversaires, et qui trouve très mauvais que ses collègues m’aient honoré du prix : j’avoue que j’en ai été fort étonné moi-même ; J’avais tâché de le mériter, mais je n’avais rien fait pour l’obtenir. D’ailleurs, quoique je susse que les académies n’adoptent point les sentiments des auteurs qu’elles couronnent, et que le prix s’accorde, non à celui qu’on croit avoir soutenu la meilleure cause, mais à celui qui a le mieux parlé, même en me supposant dans ce cas, j’étais bien éloigné d’attendre d’une académie cette impartialité, dont les savants ne se piquent nullement toutes les fois qu’il s’agit de leurs intérêts.

Mais si j’ai été surpris de l’équité de mes juges, j’avoue que je ne le suis pas moins de l’indiscrétion de mes adversaires : comment osent-ils témoigner si publiquement leur mauvaise humeur sur l’honneur que j’ai reçu ? Comment n’aperçoivent-ils point le tort irréparable qu’ils font en cela à leur propre cause ? Qu’ils ne se flattent pas que personne prenne le change sur le sujet de leur chagrin : ce n’est pas parce que mon Discours est mai fait, qu’ils sont fâchés de le voir couronné ; on en couronne tous les jours d’aussi mauvais, et ils ne disent mot ; c’est par une autre raison qui touche de plus près à leur métier, et qui n’est pas difficile à voir. Je savais bien que les sciences corrompaient les mœurs, rendaient les hommes injustes et jaloux, et leur faisaient tout sacrifier à leur intérêt et à leur vaine gloire ; mais j’avais cru m’apercevoir que cela se faisait avec un peu plus de décence et d’adresse : je voyais que les gens de lettres parlaient sans cesse d’équité, de modération, de vertu, et que c’était sous la sauvegarde sacrée de ces beaux mots qu’ils se livraient impunément à leurs passions et à leurs vices ; mais je n’aurais jamais cru qu’ils eussent le front de blâmer publiquement l’impartialité de leurs confrères. Partout ailleurs, c’est la gloire des juges de prononcer selon l’équité contre leur propre intérêt ; il n’appartient qu’aux sciences de faire à ceux qui les cultivent, un crime de leur intégrité : voilà vraiment un beau privilège qu’elles ont là !

J’ose le dire, l’académie de Dijon, en faisant beaucoup pour ma gloire, a beaucoup fait pour la sienne : un jour à venir les adversaires de ma cause tireront avantage de ce jugement, pour prouver que la culture des lettres peut s’associer avec l’équité et le désintéressement. Alors les partisans de la vérité leur répondront : Voilà un exemple particulier qui semble faire[72] contre nous ; mais souvenez-vous du scandale que ce jugement causa dans le temps parmi la foule des gens de lettres, et de la manière dont ils s’en plaignirent, et tirez de là une juste conséquence sur leurs maximes.

Ce n’est pas, à mon avis, une moindre imprudence de se plaindre que l’académie ait proposé son sujet en problème. Je laisse à part le peu de vraisemblance qu’il y avait, que dans l’enthousiasme universel qui règne aujourd’hui, quelqu’un eût le courage de renoncer volontairement au prix, en se déclarant pour la négative ; mais je ne sais comment des philosophes osent trouver mauvais qu’on leur offre des voies de discussion : bel amour de la vérité, qui tremble qu’on examine le pour et le contre ! Dans les recherches de philosophie, le meilleur moyen de rendre un sentiment suspect, c’est de donner l’exclusion au sentiment contraire : quiconque s’y prend ainsi, a bien l’air d’un homme de mauvaise foi, qui se défie de la bonté de sa cause. Toute la France est dans l’attente de la pièce qui remportera cette année le prix à l’académie française ; non seulement elle effacera très certainement mon discours, ce qui ne sera guère difficile, mais on ne saurait même douter qu’elle ne soit un chef-d’œuvre. Cependant, que fera cela à la solution de la question ? rien du tout ; car chacun dira, après l’avoir lue : « Ce discours est fort beau ; mais si l’auteur avait eu la liberté de prendre le sentiment contraire, il en eût peut-être fait un plus beau encore. »

J’ai parcouru la nouvelle Réfutation ; car c’en est encore une, et je ne sais par quelle fatalité les écrits de mes adversaires qui portent ce titre si décisif, sont toujours ceux où je suis le plus mal réfuté. Je l’ai donc parcourue cette réfutation, sans avoir le moindre regret à la résolution que j’ai prise de ne plus répondre à personne ; je me contenterai de citer un seul passage, sur lequel le lecteur pourra juger si j’ai tort ou raison : le voici :

« Je conviendrai qu’on peut être honnête homme sans talents ; mais n’est-on engagé dans la société qu’à être honnête homme ? Et qu’est-ce qu’un honnête homme ignorant et sans talents ? un fardeau inutile, à charge même à la terre, etc. » Je ne répondrai pas, sans doute, à un auteur capable d’écrire de cette manière ; mais je crois qu’il peut m’en remercier.

Il n’y aurait guère moyen, non plus, à moins que de vouloir être aussi diffus que l’auteur, de répondre à la nombreuse collection des passages latins, des vers de La Fontaine, de Boileau, de Molière, de Voiture, de Regnard, de M. Gresset, ni à l’histoire de Nemrod, ni à celle des paysans picards ; car que peut-on dire à un philosophe qui nous assure qu’il veut du mal aux ignorants parce que son fermier de Picardie, qui n’est pas un docteur, le paie exactement, à la vérité, mais ne lui donne pas assez d’argent de sa terre ? L’auteur est si occupé de ses terres, qu’il me parle de la mienne. Une terre à moi ! la terre de Jean-Jacques Rousseau ! En vérité je lui conseille de me calomnier[73] plus adroitement.

Si j’avais à répondre à quelque partie de la Réfutation, ce serait aux personnalités dont cette critique est remplie ; mais comme elles ne font rien à la question, je ne m’écarterai point de la constante maxime que j’ai toujours suivie de me renfermer dans le sujet que je traite, sans y mêler rien de personnel : le véritable respect qu’on doit au public est de lui épargner, non de tristes vérités qui peuvent lui être utiles, mais bien toutes les petites hargneries d’auteurs[74] dont on remplit les écrits polémiques, et qui ne sont bonnes qu’à satisfaire une honteuse animosité. On veut que j’aie pris dans Clénard[75] un mot de Cicéron, soit ; que j’aie fait des solécismes, à la bonne heure ; que je cultive les belles-lettres et la musique, malgré le mal que j’en pense ; j’en conviendrai si l’on veut, je dois porter dans un âge plus raisonnable la peine des amusements de ma jeunesse : mais enfin, qu’importe tout cela, et au public et à la cause des sciences ? Rousseau peut mal parler français, et que la grammaire n’en soit pas plus utile à la vertu. Jean-Jacques peut avoir une mauvaise conduite, et que celle des savants n’en soit pas meilleure : voilà toute la réponse que je ferai, et je crois, toute celle que je dois faire à la nouvelle Réfutation.

Je finirai cette lettre, et ce que j’ai à dire sur un sujet si longtemps débattu, par un conseil à mes adversaires, qu’ils mépriseront à coup sûr, et qui pourtant serait plus avantageux qu’ils ne pensent au parti qu’ils veulent défendre ; c’est de ne pas tellement écouter leur zèle, qu’ils négligent de consulter leurs forces, et quid valeant humeri. Ils me diront sans doute que j’aurais dû prendre cet avis pour moi-même, et cela peut être vrai ; mais il y a au moins cette différence, que j’étais seul de mon parti, au lieu que, le leur étant celui de la foule, les derniers venus semblaient dispensés de se mettre sur les rangs, ou obligés de faire mieux que les autres.

Sir, I have just come across a brochure entitled “A Speech that won the prize at the Académie of Dijon in 1750, etc.”, accompanied by a refutation of this speech written by an academician from Dijon who refused to vote for it. As I read this text, I thought that instead of stooping so low as to publish my own speech, the academician who rejected it could have quite simply published the one he had approved of—it would have been a much more effective way to refute mine.

Here, then, is one of my judges who does not hesitate to become one of my opponents, and who finds it highly objectionable that his colleagues have honored me with this prize: I must admit that I was myself quite surprised by this. I had tried to deserve it, but I had done nothing to obtain it. Moreover, even though I knew that academies do not follow the opinions of the authors they honor, and that the prize is awarded not to those who one believes have supported the best cause, but to those who have spoken the best—even assuming that was my case—I was far from expecting such impartiality from an academy, especially since scholars are by no means impartial whenever it comes to their own interests.

But if I was surprised by the fairness of my judges, I must admit that I am equally astonished by the indiscretion of my opponents: how dare they so openly display their bad temper regarding the honor I have received? How do they not realize the irreparable harm they are causing to their own cause in doing so? They should be pleased that no one is deceived by their pretenses of sorrow; it is not because my Speech has been delivered that they are upset at its success—every day, speeches just as bad are crowned with honor, and yet they say nothing. There must be some other reason, one that relates more closely to their profession and is not difficult to discern. I knew well that the sciences corrupted morals, made people unjust and jealous, and caused them to sacrifice everything for their own interests and vain glory; but I had assumed that this was done with a bit more decency and subtlety. I saw that men of letters constantly spoke of fairness, moderation, and virtue, and that it was under the sacred protection of these lofty words that they freely indulged in their passions and vices. But I never would have believed that they would have the audacity to publicly criticize the impartiality of their fellow scholars. In every other field, it is the glory of judges to render judgments fairly, even at the expense of their own interests; yet it is only the sciences that make those who pursue them commit crimes against their very integrity—what a remarkable privilege they truly possess!

I dare say that the Academy of Dijon, in doing much to promote my glory, has also done much for its own reputation: one day in the future, the opponents of my cause will use this judgment to prove that the cultivation of letters can be combined with fairness and disinterestedness. Then the advocates of truth will respond to them: “This is a particular example that seems to work against us; but remember the scandal that this judgment caused among the literary world at the time, and how they complained about it—draw a fair conclusion from that regarding their own principles.”

In my opinion, it is no less imprudent to complain that the Academy chose this particular subject as the one to be discussed. I set aside the fact that there was little likelihood that, in today’s universal enthusiasm, anyone would have the courage to voluntarily give up the prize by advocating the opposite view; but I cannot understand how philosophers can find it wrong when people offer them avenues for discussion: what a wonderful “love of truth” this is—one that trembles at the mere possibility of examining both sides of an issue! In philosophical inquiry, the best way to make a particular opinion seem questionable is to exclude all opposing views; anyone who does so surely appears to be a person of poor integrity, doubting the righteousness of their own cause. The whole of France is eagerly awaiting the work that will win this year’s award at the Académie Française. not only will it most certainly overshadow my speech—which is hardly likely—but there is no doubt that it will be a masterpiece. Yet what effect will this have on resolving the issue at hand? None at all; for everyone who reads it will say: “This speech is very beautiful; but if the author had been given the freedom to express the opposite view, he might have created an even more outstanding work.”

I read through the new Refutation; for it is indeed another one, and I wonder by what fate it is that the writings of my adversaries which bear such a decisive title are always those in which I am most thoroughly refuted. I therefore read through this refutation without the slightest regret at my decision to stop responding to anyone anymore; I will content myself by quoting just one passage, on which the reader can judge for themselves whether I am right or wrong: here it is.

“I would admit that it is possible to be an honest man without any talents; but is one’s role in society merely to be an honest man? And what is an honest man who is ignorant and lacks talents? Nothing but a useless burden, even a hindrance to the world, ” I doubt I would respond to an author capable of writing in such a manner; but I believe he might thank me for it.

There would hardly be any way to address the numerous quotations from Latin texts, as well as verses by La Fontaine, Boileau, Molière, Voiture, Regnard, and Monsieur Gresset, nor to deal with stories about Nemrod or the peasants of Picardy—because what can one say to a philosopher who claims that he wants to do harm to the ignorant simply because his farmer from Picardy, who is not a doctor, pays him exactly what is due, but does not give him enough money from his land? The author is so preoccupied with his own lands that he even talks about mine. My land! The land of Jean-Jacques Rousseau! In truth, I advise him to invent more ingenious slander against me[73].

If I were to respond to any part of this Refutation, it would be directed at those individuals whom such criticism targets; but since they have nothing to do with the issue at hand, I will not deviate from the constant principle I have always followed: to confine myself strictly to the subject under discussion and to avoid incorporating anything personal into it. The true respect due to the public is to spare them not only those sad truths that might be useful to them, but also all those petty irritabilities of authors that fill their polemical writings—and which are good for nothing but to satisfy a shameful hostility. Suppose I have taken a word from Cicero in my work Clénard; so be it. Suppose I have committed some grammatical errors—well and good. Suppose I cultivate the arts of literature and music, despite my negative views on them—I would agree if you insisted; after all, at a more reasonable age, one must bear the consequences of the past amusements of youth. But in the end, what does all this matter to the public or to the cause of science? Rousseau may speak French poorly, but that doesn’t make grammar any less useful for the pursuit of virtue. Jean-Jacques may behave badly, but that doesn’t mean scientists behave any better. That is my entire response—and I believe it is also the only response necessary to this new Refutation.

I will conclude this letter, and what I have to say on a subject that has been debated for so long, by offering my opponents a piece of advice that they will surely despise—but which would actually be more beneficial to the cause they wish to defend than they realize. That advice is: not to listen too closely to their zeal, to the point of neglecting to assess their own strengths—and after all, what is strength without the use of one’s arms? They may say that I should have applied this advice to myself as well, and that might be true; but there is at least this difference: I was alone in supporting my cause, whereas they represent the opinions of the crowd. As such, those who joined them later on seemed either exempt from taking active action or required to perform even better than others.

Signore, ho appena letto una brochure intitolata “Discorso che ha vinto il premio all’Accademia di Digione nel 1750, ecc.”, accompagnata dalla confutazione di tale discorso da parte di un accademico di Digione che gli aveva negato il proprio voto. Mentre la leggevo, ho pensato che, invece di abbassarsi al punto di diventare l’editore del mio discorso, quell’accademico avrebbe dovuto pubblicare proprio l’opera a cui aveva concesso il suo voto: sarebbe stata una ottima maniera per confutarne il contenuto.

Ecco quindi uno dei miei giudici che non si vergogna di diventare uno dei miei avversari e che trova molto spiacevole il fatto che i suoi colleghi mi abbiano onorato con questo premio: devo ammettere di essere rimasto molto sorpreso anch’io; avevo cercato di meritarlo, ma non avevo fatto nulla per ottenerlo. Del resto, anche se sapevo che le accademie non seguono necessariamente i punti di vista degli autori che onorano, e che il premio viene assegnato non a colui che si ritiene abbia sostenuto la causa migliore, ma a colui che ha parlato meglio, anche supponendo di trovarmi in questa situazione, non avrei mai potuto aspettarmi da un’accademia tale imparzialità, di cui gli studiosi non si preoccupano affatto quando si tratta dei loro interessi personali.

Ma se sono sorpreso dall’equità dei miei giudici, ammetto di essere altrettanto sorpreso dalla indiscrezione dei miei avversari: come osano manifestare così apertamente il loro cattivo umore riguardo all’onore che ho ricevuto? Come non comprendono il danno irreparabile che arrecano in questo modo alla propria causa? Non si rendono conto forse che nessuno crede alle loro lamentele riguardo al loro dolore? Non si illudono certo che la gente possa credere che il mio Discorso sia davvero così cattivo da meritare tali critiche. Non è perché il mio Discorso sia stato pubblicato che sono oggetto di critiche; ogni giorno vengono pubblicati discorsi altrettanto scarsi, e loro non dicono nulla. La ragione è un’altra, molto più legata al loro mestiere. E non è difficile comprenderla. Sapevo bene che le scienze corrompono i costumi, rendono gli uomini ingiusti e gelosi, e li spingono a sacrificare tutto per il proprio interesse e la propria vanità. Ma credevo che ciò avvenisse in modo un po’ più discreto e astuto. Vedevo che gli intellettuali parlavano costantemente di equità, moderazione, virtù. E che, sotto la protezione di questi bei termini, si abbandonavano impunemente alle proprie passioni e ai propri vizi. Ma non avrei mai creduto che avessero il coraggio di criticare pubblicamente l’imparzialità dei loro colleghi. In ogni altro ambito, è la gloria dei giudici pronunciare decisioni equitate, anche a scapito dei propri interessi personali. Solo le scienze hanno il potere di trasformare coloro che le praticano in criminali della propria integrità. Che bel privilegio davvero!

Oso dirlo: l’Accademia di Digione, facendo molto per la mia gloria, ha fatto molto anche per la propria. Un giorno, gli avversari della mia causa trarranno vantaggio da questo giudizio per dimostrare che la cultura letteraria può associarsi all’equità e al disinteresse. Allora i sostenitori della verità risponderanno loro: “Ecco un esempio particolare che sembra contraddirci; ma ricordatevi dello scandalo che questo giudizio causò all’epoca tra il mondo letterario, e del modo in cui ne soffrirono. E trarrete da ciò una giusta conclusione sulle loro idee.”

A mio parere, non è affatto meno imprudente lamentarsi del fatto che l’Accademia abbia proposto come tema di discussione proprio quel soggetto. Lascio da parte la scarsa probabilità che, nell’entusiasmo generale che regna oggi, qualcuno abbia il coraggio di rinunciare volontariamente al premio dichiarandosi a favore della risposta negativa; ma non capisco come dei filosofi possano ritenere sbagliato che loro vengano offerte opportunità per discutere: che bel “amore” per la verità, questo, che trema all’idea di esaminare i pro e i contro! Nelle ricerche filosofiche, il modo migliore per rendere sospetto un certo punto di vista è proprio negare l’esistenza del contrario: chi procede in questo modo sembra certamente una persona di cattiva fede, che dubita della bontà delle proprie argomentazioni. L’intera Francia attende con ansia l’opera che quest’anno vincerà il premio all’Accademia francese; non solo sicuramente cancellerà il mio discorso – il che non sarà affatto difficile –, ma si potrebbe persino dubitare che non sia un capolavoro. Tuttavia, cosa cambierà questo fatto nella soluzione del problema? Niente affatto; perché tutti diranno, dopo averla letta: “Questo discorso è molto bello; ma se l’autore avesse avuto la libertà di esprimere il punto di vista opposto, forse ne avrebbe fatto uno ancora più bello”.

Ho letto questa nuova “Rifutazione”; poiché si tratta ancora di una rifutazione, e non so per quale fatalità gli scritti dei miei avversari che portano questo titolo così decisivo siano sempre quelli in cui vengo confutato più gravemente. L’ho quindi letta senza provare il minimo rimpianto riguardo alla decisione che ho preso di non rispondere più a nessuno; mi limiterò a citare un solo passaggio, su cui il lettore potrà giudicare se ho torto o ragione: eccolo qui.

“Concordo sul fatto che si possa essere persone oneste anche senza talenti; ma è davvero questo l’unico scopo per cui ci si impegna nella società? E cosa significa essere una persona onesta ma ignorante e priva di talenti? Significa essere un peso inutile, persino un onere per la società, ” Probabilmente non risponderò a un autore capace di scrivere in questo modo; ma credo che possa ringraziarmi per queste parole.

Non ci sarebbero davvero molti modi, a meno di voler essere altrettanto diffusi dell’autore stesso, per rispondere alla vasta collezione di passaggi latini, di versi di La Fontaine, Boileau, Molière, Voiture, Regnard, M. Gresset, né alla storia di Nemrod né a quella dei contadini piccardi; perché cosa si può dire infatti a un filosofo che ci assicura di voler fare del male agli ignoranti soltanto perché il suo contadino della Piccardia, che non è certo un dottore, gli paga esattamente quanto dovuto, anche se in realtà non gli dà abbastanza denaro con i frutti della sua terra? L’autore è talmente occupato delle sue proprietà terriere da parlarmi addirittura della mia. Una terra che mi appartiene! La terra di Jean-Jacques Rousseau! In verità, gli consiglio di diffamarmi in modo più astuto.

Se dovessi rispondere a qualche parte di questa “Rifutazione”, lo farei riguardo alle personalità di cui essa è piena; ma poiché queste personalità non hanno nulla a che fare con l’argomento principale, non mi allontanerò mai dalla costante massima che ho sempre seguito: limitarmi esclusivamente al tema che sto trattando, senza introdurre nulla di personale. Il vero rispetto che si deve al pubblico consiste nel risparmiargli, non verità tristi ma utili, bensì tutte quelle piccole ostilità tipiche degli autori presenti nei loro scritti polemici, e che servono soltanto a soddisfare un’odiosa animosità. Dicono che abbia preso una parola di Cicerone da Clénard. Ebbene; che abbia commesso errori grammaticali. Benissimo; che coltivi le belle lettere e la musica, nonostante i miei dubbi al riguardo. Lo ammetterò se volete; devo pur sopportare, in età più matura, gli svaghi della mia giovinezza. Ma insomma, a cosa serve tutto questo, sia per il pubblico che per la causa delle scienze? Rousseau può parlare male il francese. Ebbene, la grammatica non ne sarà certo più utile alla virtù. Jean-Jacques può avere un cattivo comportamento. Ebbene, quello dei saggi non sarà certo migliore. Questa è tutta la risposta che darò. E credo sia anche l’unica risposta che debba dare a questa nuova “Rifutazione”.

Concluderò questa lettera e ciò che ho da dire su un argomento così a lungo dibattuto con un consiglio ai miei avversari: un consiglio che sicuramente disprezzeranno, ma che in realtà sarebbe più vantaggioso per loro di quanto pensino riguardo al partito che vogliono difendere. Il consiglio è di non ascoltare troppo il loro zelo, al punto da trascurare di valutare le proprie forze, e ciò che vale davvero in una situazione del genere. Sicuramente mi diranno che avrei dovuto seguire questo stesso consiglio anch’io; ed è possibile che abbiano ragione. Ma c’è almeno questa differenza: io ero da solo nel mio schieramento, mentre il loro era quello della folla; quindi coloro che si erano uniti a loro in un secondo momento sembravano essere esentati dal dover “mettersi in fila” o dall’essere costretti a fare di più rispetto agli altri.

De peur que cet avis ne paraisse téméraire ou présomptueux, je joins ici un échantillon des raisonnements de mes adversaires, par lequel on pourra juger de la justesse et de la force de leurs critiques : « Les peuples de l’Europe, ai-je dit, vivaient il y a quelques siècles dans un état pire que l’ignorance ; je ne sais quel jargon scientifique, encore plus méprisable qu’elle, avait usurpé le nom du savoir, et opposait à son retour un obstacle presque invincible : il fallait une révolution pour ramener les hommes au sens commun. » Les peuples avaient perdu le sens commun, non parce qu’ils étaient ignorants, mais parce qu’ils avaient la bêtise de croire savoir quelque chose, avec les grands mots d’Aristote et l’impertinente doctrine de Raymond Lulle ; il fallait une révolution pour leur apprendre qu’ils ne savaient rien, et nous en aurions grand besoin d’une autre pour nous apprendre la même vérité. Voici là-dessus l’argument de mes adversaires : « Cette révolution est due aux lettres, elles ont ramené le sens commun, de l’aveu de l’auteur ; mais aussi, selon lui, elles ont corrompu les mœurs : il faut donc qu’un peuple renonce au sens commun pour avoir de bonnes mœurs. » Trois écrivains de suite ont répété ce beau raisonnement : je leur demande maintenant lequel ils aiment mieux que j’accuse, ou leur esprit, de n’avoir pu pénétrer le sens très clair de ce passage, ou leur mauvaise foi d’avoir feint de ne pas l’entendre ? Ils sont gens de lettres, ainsi leur choix ne sera pas douteux. Mais que dirons-nous des plaisantes interprétations qu’il plaît à ce dernier adversaire de prêter à la figure de mon frontispice ? J’aurais cru faire injure aux lecteurs, et les traiter comme des enfants, de leur interpréter une allégorie si claire, de leur dire que le flambeau de Prométhée est celui des sciences, fait pour animer les grands génies ; que le satyre qui, voyant le feu pour la première fois, court à lui et veut l’embrasser, représente les hommes vulgaires qui, séduits par l’éclat des lettres, se livrent indiscrètement à l’étude ; que le Prométhée qui crie et les avertit du danger, est le citoyen de Genève. Cette allégorie est juste, belle ; j’ose la croire sublime. Que doit-on penser d’un écrivain qui l’a méditée, et qui n’a pu parvenir à l’entendre ? On peut croire que cet homme-là n’eût pas été un grand docteur parmi les Égyptiens ses amis.

Je prends donc la liberté de proposer à mes adversaires, et surtout au dernier [76] cette sage leçon d’un philosophe sur un autre sujet : Sachez qu’il n’y a point d’objections qui puissent faire autant de tort à votre parti que les mauvaise réponses ; sachez que si vous n’avez rien dit qui vaille, on avilira votre cause en vous faisant l’honneur de croire qu’il n’y avait rien de mieux à dire.

Je suis, etc.

FIN de la LETTRE SUR UNE NOUVELLE RÉFUTATION DE SON DISCOURS

Liste des œuvres philosophiques et politiques

Liste générale des titres

For fear that this opinion might seem presumptuous or arrogant, I attach here an excerpt from the arguments of my opponents, which will allow one to judge the merit and force of their criticisms: “I have said,” I wrote, “that the peoples of Europe lived centuries ago in a state worse than ignorance; some kind of scientific jargon, even more despicable than ignorance itself, had usurped the name of knowledge and posed an almost insurmountable obstacle to its return: a revolution was necessary to restore people to common sense.” The peoples had lost their common sense, not because they were ignorant, but because they foolishly believed they knew something, relying on Aristotle’s grand words and Raymond Lulle’s absurd doctrines; a revolution was needed to teach them that they knew nothing—and we would still greatly need another revolution to learn the same truth. Here is my opponent’s argument on this point: “This revolution was brought about by letters; they restored common sense, according to the author himself; but at the same time, he claims, they corrupted morals: therefore, a people must abandon common sense in order to have good morals.” Three writers in succession repeated this clever reasoning; I now ask them which they would prefer—for me to accuse them of failing to understand the very clear meaning of this passage, or for their bad faith in pretending not to understand it. They are men of letters, so their choice should be obvious. But what about those amusing interpretations that one of my opponents likes to attribute to the illustration on my frontispiece? I would have thought it an insult to treat readers as children and explain to them such a clear allegory—telling them that Prometheus’ torch is the symbol of science, meant to inspire great geniuses; that the satyr, who, seeing fire for the first time, rushes toward it in eager embrace, represents the vulgar people who, seduced by the brilliance of letters, indulge recklessly in study; and that Prometheus, who cries out to warn them of the danger, is the citizen of Geneva. This allegory is fair and beautiful; I dare say it is sublime. What can one think of a writer who has pondered it yet failed to understand it? One might well conclude that such a person would never have been considered a great scholar among his Egyptian friends.

Therefore, I take the liberty of offering my opponents, and especially the last one [76], this wise lesson from a philosopher on another subject: Remember that no objections can do as much harm to your cause as poor or ineffective responses; realize that if you have said nothing worthwhile, people will actually degrade your cause by giving you the “honor” of believing that there was nothing better to say.

I am, etc.

End of the letter regarding a new refutation of his speech.

List of philosophical and political works

General list of titles

Per timore che questo punto di vista possa sembrare temerario o presuntuoso, allego qui un esempio dei ragionamenti dei miei avversari, attraverso cui si potrà giudicare della validità e della forza delle loro critiche: “I popoli d’Europa, ho detto, vivevano alcuni secoli fa in uno stato peggiore dell’ignoranza; non so quale gergo scientifico, ancora più disprezzabile di quest’ultima, avesse usurpato il nome della conoscenza e opponeva un ostacolo quasi insormontabile al suo ritorno: era necessaria una rivoluzione per riportare gli uomini al senso comune.” I popoli avevano perso il senso comune, non perché fossero ignoranti, ma perché avevano la stupidità di credere di sapere qualcosa, utilizzando grandi parole come quelle di Aristotele e dottrine insensate come quelle di Raimondo Lullo; era necessaria una rivoluzione per insegnare loro che in realtà non sapevano nulla. E noi avremmo bisogno di un’altra rivoluzione per imparare la stessa verità. Ecco l’argomento dei miei avversari: “Questa rivoluzione è dovuta alle lettere; esse hanno riportato il senso comune, ammette lo stesso autore; ma allo stesso tempo, secondo lui, hanno corrotto i costumi: quindi un popolo deve rinunciare al senso comune per avere buoni costumi.” Tre scrittori di fila hanno ripetuto questo “bellissimo” ragionamento. Ora chiedo loro: quale preferiscono, che io accusi il loro spirito di non essere stato in grado di comprendere il significato molto chiaro di questo passaggio, o la loro malafede nel fingere di non averlo capito? Sono persone di lettere. Quindi la loro scelta non dovrebbe essere dubbia. Ma che dire delle divertenti interpretazioni che quel mio ultimo avversario ha voluto attribuire alla figura del mio frontespizio? Avrei creduto di offendere i lettori, trattandoli come bambini se avessi cercato di spiegare loro un’allegoria così chiara. Dire loro che la torcia di Prometeo rappresenta le scienze, create per ispirare i grandi geni; che il satiro che, vedendo il fuoco per la prima volta, corre ad abbracciarlo simboleggia gli uomini comuni sedotti dallo splendore delle lettere e che si dedicano imprudentemente allo studio; che Prometeo, che grida avvertendoli del pericolo, è il cittadino di Ginevra. Questa allegoria è giusta, bella. Oso crederla davvero sublime. Che cosa si può pensare di uno scrittore che l’ha meditata e non è riuscito a comprenderla? Si potrebbe credere che quell’uomo non sarebbe stato considerato un grande studioso tra gli Egizi, i suoi amici.

Prendo quindi la libertà di proporre ai miei avversari, e soprattutto all’ultimo [76], questa saggia lezione di un filosofo su un altro argomento: Sappiate che non esistono obiezioni in grado di danneggiare maggiormente la vostra causa delle risposte sbagliate; sappiate che, se non avete detto nulla di significativo, la vostra causa verrà umiliata proprio perché si darà credito al fatto che non ci fosse nulla di meglio da dire.

Io sono, ecc.

Fine della lettera riguardante una nuova confutazione del suo discorso.

Elenco delle opere filosofiche e politiche

Elenco generale dei titoli