Rousseau
Abstract
A response to d’Alembert’s Encyclopédie article on ‘Genève’, which had proposed introducing a theatre to Geneva: Rousseau argues that theatre, far from shaping morals, corrupts them by feeding vanity and fictitious passions; for a small virtuous republic, open-air popular festivals are preferable to theatrical spectacle.
Connections
Assi: Fondamento della morale, Stato e individuo
Posizioni: virtù, società civile
Concetti: bellezza
Forme: saggio
Scuole: illuminismo
Testo originale francese · Arvensa Editions · pubblico dominio
Préface
J’ai tort si j’ai pris en cette occasion la plume sans nécessité. Il ne peut m’être ni avantageux ni agréable de m’attaquer à M. d’Alembert. Je considère sa personne ; j’admire ses talents ; j’aime ses ouvrages ; je suis sensible au bien qu’il a dit de mon pays : honoré moi-même de ses éloges, un juste retour d’honnêteté m’oblige à toutes sortes d’égards envers lui ; mais les égards ne l’emportent sur les devoirs que pour ceux dont toute la morale consiste en apparences. Justice et vérité, voilà les premiers devoirs de l’homme. Humanité, patrie, voilà ses premières affections. Toutes les fois que des ménagements particuliers lui font changer cet ordre, il est coupable. Puis-je l’être en faisant ce que j’ai dû ? Pour me répondre il faut avoir une patrie à servir, et plus d’amour pour ses devoirs que de crainte de déplaire aux hommes.
Comme tout le monde n’a pas sous les yeux l’Encyclopédie, je vais transcrire ici de l’article Genève le passage qui m’a mis la plume à la main. Il aurait dû l’en faire tomber, si j’aspirais à l’honneur de bien écrire ; mais j’ose en rechercher un autre, dans lequel je ne crains la concurrence de personne. En lisant ce passage isolé, plus d’un lecteur sera surpris du zèle qui l’a pu dicté : en le lisant dans son article, on trouvera que la comédie, qui n’est pas à Genève, et qui pourrait y être, tient la huitième partie de la place qu’occupent les choses qui y sont.
« On ne souffre point de comédie à Genève : ce n’est pas qu’on y désapprouve les spectacles en eux-mêmes ; mais on craint, dit-on, le goût de parure, de dissipation et de libertinage, que les troupes de comédiens répandent parmi la jeunesse. Cependant ne serait-il pas possible de remédier à cet inconvénient par des lois sévères et bien exécutées sur la conduite des comédiens ? Parce moyen Genève aurait des spectacles et des mœurs, et jouirait de l’avantage des uns et des autres ; les représentations théâtrales formeraient le goût des citoyens, et leur donneraient une finesse de tact, une délicatesse de sentiment qu’il est très difficile d’acquérir sans ce secours : la littérature en profiterait sans que le libertinage fit des progrès ; et Genève réunirait la sagesse de Lacédémone à la politesse d’Athènes. Une autre considération, digne d’une république si sage et si éclairée, devrait peut-être l’engager à permettre les spectacles. Le préjugé barbare contre la profession de comédien, l’espèce d’avilissement où nous avons mis ces hommes si nécessaires au progrès et au soutien des arts, est certainement une des principales causes qui contribuent au dérèglement que nous leur reprochons : ils cherchent à se dédommager, par les plaisirs, de l’estime que leur état ne peut obtenir. Parmi nous, un comédien qui a des mœurs est doublement respectable ; mais à peine lui en sait-on gré. Le traitant qui insulte à l’indigence publique et qui s’en nourrit, le courtisan qui rampe et qui ne paie point ses dettes ; voilà l’espèce d’hommes que nous honorons le plus. Si les comédiens étaient non seulement soufferts à Genève, mais contenus d’abord par des règlements sages, protégés ensuite et même considérés dès qu’ils en seraient dignes, enfin absolument placés sur la même ligne que les autres citoyens, cette ville aurait bientôt l’avantage de posséder ce qu’on croit si rare, et qui ne l’est que par notre faute, une troupe de comédiens estimables. Ajoutons que cette troupe deviendrait bientôt la meilleure de l’Europe : plusieurs personnes pleines de goût et de dispositions pour le théâtre, et qui craignent de se déshonorer parmi nous en s’y livrant, accourraient à Genève, pour cultiver non seulement sans honte, mais même avec estime, un talent si agréable et si peu commun. Le séjour de cette ville, que bien des Français regardent comme triste par la privation des spectacles, deviendrait alors le séjour des plaisirs honnêtes, comme il est celui de la philosophie et de la liberté, et les étrangers ne seraient plus surpris de voir que, dans une ville où les spectacles décents et réguliers sont défendus, on permette dos farces grossières et sans esprit, aussi contraires au bon goût qu’aux bonnes mœurs. Ce n’est pas tout : peu à peu l’exemple des comédiens de Genève, la régularité de leur conduite, et la considération dont elle les ferait jouir, serviraient de modèle aux comédiens des autres nations, et de leçon à ceux qui les ont traités jusqu’ici avec tant de rigueur et même d’inconséquence. On ne les verrait pas d’un côté pensionnés par le gouvernement, et de l’autre un objet d’anathème : nos prêtres perdraient l’habitude de les excommunier, et nos bourgeois de les regarder avec mépris : et une petite république aurait la gloire d’avoir réformé l’Europe sur ce point, plus important peut-être qu’on ne pense. »
Voilà certainement le tableau le plus agréable et le plus séduisant qu’on pût nous offrir ; mais voilà en même temps le plus dangereux conseil qu’on pût nous donner. Du moins, tel est mon sentiment ; et mes raisons sont dans cet écrit. Avec quelle avidité la jeunesse de Genève, entraînée par une autorité d’un si grand poids, ne se livrera-t-elle point à des idées auxquelles elle n’a déjà que trop de penchant ! Combien, depuis la publication de ce volume, de jeunes Genevois, d’ailleurs bons citoyens, n’attendent-ils que le moment de favoriser l’établissement d’un théâtre, croyant rendre un service à la patrie et presque au genre humain ! Voilà le sujet de mes alarmes, voilà le mal que je voudrais prévenir. Je rends justice aux intentions de M. d’Alembert, j’espère qu’il voudra bien la rendre aux miennes ; je n’ai pas plus d’envie de lui déplaire que lui de nous nuire. Mais enfin, quand je me tromperais, ne dois-je pas agir, parler, selon ma conscience et mes lumières ? Ai-je dû me taire ? l’ai-je pu, sans trahir mon devoir et ma patrie ? Pour avoir droit de garder le silence en cette occasion, il faudrait que je n’eusse jamais pris la plume sur des sujets moins nécessaires. Douce obscurité qui fit trente ans mon bonheur, il faudrait avoir toujours su t’aimer ; il faudrait qu’on ignorât que j’ai eu quelques liaisons avec les éditeurs de l’Encyclopédie, que j’ai fourni quelques articles à l’ouvrage, qui ? mon nom se trouve avec ceux des auteurs ; il faudrait que mon zèle pour mon pays fût moins connu, qu’on supposât que l’article Genève m’eût échappé, ou qu’on ne pût inférer démon silence que j’adhère à ce qu’il contient ! Rien de tout cela ne pouvant être, il faut donc parler : il faut que je désavoue ce que je n’approuve point, afin qu’on ne m’impute pas d’autres sentiments que les miens. Mes compatriotes n’ont pas besoin de mes conseils, je le sais bien ; mais moi, j’ai besoin de m’honorer, en montrant que je pense comme eux sur nos maximes. Je n’ignore pas combien cet écrit, si loin de ce qu’il devrait être, est loin même de ce que j’aurais pu faire en de plus heureux jours. Tant de choses ont concouru à le mettre au-dessous du médiocre où je pouvais autrefois atteindre, que je m’étonne qu’il ne soit pas pire encore. J’écrivais pour ma patrie : s’il était vrai que le zèle tînt lieu de talent, j’aurais fait mieux que jamais ; mais j’ai vu ce qu’il fallait faire, et n’ai pu l’exécuter. J’ai dit froidement la vérité : qui est-ce qui se soucie d’elle ? Triste recommandation pour un livre ! Pour être utile il faut être agréable ; et ma plume a perdu cet art-là. Tel me disputera malignement cette perte. Soit : cependant je me sens déchu, et l’on ne tombe pas au-dessous de rien.
Premièrement, il ne s’agit plus ici d’un vain babil de philosophie, mais d’une vérité de pratique importante à tout un peuple. Il ne s’agit plus de parler au petit nombre, mais au public ; ni de faire penser les autres, mais d’expliquer nettement ma pensée. Il a donc fallu changer de style : pour me faire mieux entendre à tout le monde, j’ai dit moins de choses en plus de mots ; et voulant être clair et simple, je me suis trouvé lâche et diffus.
Je comptais d’abord sur une feuille ou deux d’impression tout au plus : j’ai commencé à la hâte ; et mon sujet s’étendant sous ma plume, je l’ai laissée aller sans contrainte. J’étais malade et triste ; et, quoique j’eusse grand besoin de distraction, je me sentais si peu en état de penser et d’écrire, que, si l’idée d’un devoir à remplir ne m’eût soutenu, j’aurais jeté cent fois mon papier au feu. J’en suis devenu moins sévère à moi-même. J’ai cherché dans mon travail quelque amusement qui me le fit supporter. Je me suis jeté dans toutes les digressions qui se sont présentées, sans prévoir combien, pour soulager mon ennui, j’en préparais peut-être au lecteur.
Preface
I am in error if I took up the pen on this occasion without necessity. It can bring me neither advantage nor pleasure to attack Mr. d’Alembert. I respect his person; I admire his talents; I love his works; I am grateful for the kind things he has said about my country. Honored by his praise myself, a sense of fairness and honesty obliges me to show him every sort of consideration. However, such considerations take precedence over duties only in those cases where the whole essence of morality consists merely in appearances. Justice and truth are a man’s primary duties; humanity and his country are his first affections. Whenever particular considerations cause him to alter this order, he is guilty. But can I be guilty in doing what was right for me to do? To answer this question, one must have a country to serve and a greater love for one’s duties than fear of displeasing others.
Since not everyone has access to the Encyclopedia at hand, I will transcribe here the passage from the article on Geneva that inspired me to write. Had I aspired to truly excellent writing, such a passage should have discouraged me; yet I dare seek another opportunity, where I fear no competition from anyone. Upon reading this isolated passage, more than one reader will be surprised by the zeal that must have dictated it; but when read within its context in the article, one will realize that comedy—something that is not present in Geneva but could potentially be—occupies roughly one-eighth of the space devoted to other subjects there.
“In Geneva, people do not suffer from the negative effects of comedy; it is not that such performances are in themselves condemned by the locals. However, it is feared that the taste for ostentation, excess, and licentiousness that theatrical troupes spread among the youth could be a problem. Nevertheless, would it not be possible to address this issue through strict laws that are effectively enforced regarding the conduct of comedians? In this way, Geneva could enjoy both performances and decent morals, benefiting from the advantages of both. Theatrical presentations would cultivate the tastes of its citizens, endowing them with finesse in taste and sensitivity in sentiment—qualities that are very difficult to acquire without such support. Literature would also benefit, without the progression of licentiousness; Geneva would thus combine the wisdom of Sparta with the refinement of Athens. Another consideration, worthy of a so wise and enlightened republic, might persuade it to allow such performances after all. The barbaric prejudice against the profession of comedy, and the kind of degradation we impose on these individuals who are so essential to the advancement and support of the arts, are certainly among the main reasons for the disorder we reproach them for. They seek to compensate for the lack of respect their profession naturally entails by seeking pleasure in other ways. Among us, a comedian with decent manners is doubly respected—but such respect is hardly appreciated. On the contrary, those who exploit public poverty or who behave in shameless and debt-ridden ways are often honored the most. If comedians were not only tolerated in Geneva but also regulated by wise laws, protected when they deserve it, and ultimately treated on an equal footing with other citizens, this city would soon enjoy what is considered so rare—namely, a respectable troupe of comedians. Moreover, such a troupe would likely become the best in Europe. Many people with a genuine taste for theater, who are afraid of losing their reputation by engaging in it here, would flock to Geneva to cultivate a talent that is both enjoyable and uncommon, without any shame or embarrassment. The reputation of this city, which many French consider dull due to the lack of performances, would then become one of honest enjoyment, just as it is already a center for philosophy and freedom. Strangers would no longer be surprised to find that, in a place where decent and regulated theatrical activities are discouraged, people still allow crude and tasteless farces that are contrary to both good taste and good morals.” That is not all: gradually, the example of the actors from Geneva—their regular conduct and the respect it would bring them—would serve as a model for actors in other nations, and as a lesson for those who have hitherto treated them with such rigidity and even inconsistency. One would no longer see them on one hand receiving support from the government, and on the other hand being objects of condemnation; our priests would cease to habitually excommunicate them, and our merchants would stop looking down upon them. A small republic would thus have the glory of having reformed Europe in this regard, which is perhaps more important than people realize.
This is undoubtedly the most pleasing and attractive proposition that could be made to us; yet at the same time, it is also the most dangerous advice that could be given. At least, that is my opinion; and my reasons are set forth in this writing. With what eagerness the youth of Geneva, led on by such an authoritative figure, will embrace ideas toward which they already have too strong a propensity! How many young Genevans, who are otherwise good citizens, have been waiting only for the right moment to support the establishment of a theater, believing that they are doing a service to their country and even to mankind itself! Such is the cause of my concern; such is the harm I wish to prevent. I acknowledge Mr. d’Alembert’s intentions; I hope he will be willing to acknowledge mine as well. I have no desire to offend him, just as he has no desire to harm us. But after all, if I am mistaken, should I not act and speak according to my conscience and my understanding? Was it right for me to remain silent? Could I have remained silent without betraying my duty and my country? To have the right to keep silent in this matter, it would be necessary for me never to have taken up the pen on less important subjects. Oh, gentle darkness that was my happiness for thirty years—had I always known how to cherish you; had people never learned that I had some connection with the editors of the Encyclopédie, that I contributed articles to that work, whose authors include my name; if my zeal for my country were less well-known, if it could be assumed that the article on Geneva was written by someone else, or if one could not infer from my silence that I agree with its contents! Since none of this is possible, I must speak out: I must denounce what I do not approve of, so that people will not attribute to me feelings other than my own. My compatriots certainly do not need my advice; but I need to honor myself by showing that I share their views on our principles. I am well aware that this writing, far from being what it should be, is also far from what I could have accomplished in happier times. So many factors have contributed to making it inferior to the mediocre standard I once was able to reach; I am surprised it is not even worse. I wrote this for my country: if zeal could replace talent, I would have done better than ever before; but I saw what needed to be done and was unable to carry it out. I spoke the truth coldly—but who cares about the truth? What a sad recommendation for a book! To be useful, it must also be pleasing; yet my pen has lost that ability. Some may maliciously argue against this loss of skill. Well then. Nevertheless, I feel as if I have fallen; but one cannot fall any lower than nothing at all.
Firstly, what we are dealing with here is no longer mere empty philosophical chatter, but a practical truth of great importance to an entire people. It is no longer about addressing a small elite, but the general public; it is not about trying to make others think, but about clearly explaining my own thoughts. Therefore, I had to change my style: in order to be better understood by everyone, I said fewer things but in more words; and in striving for clarity and simplicity, I found myself being rather vague and indistinct.
At first, I had expected to produce at most one or two pages of writing; I began in a hurry, and as my subject unfolded beneath my pen, I let it flow freely without restraint. I was ill and sad; and although I greatly needed distraction, I felt so unfit for thinking and writing that, if it weren’t for the idea of a task to complete, I would have thrown my paper into the fire a hundred times over. As a result, I became less strict with myself. I sought some pleasure in my work itself that would help me endure it. I allowed myself to indulge in all sorts of digressions that came to mind, without realizing how much, in doing so, I might be causing annoyance for the reader.
Prefazione
Ho torto se in questa occasione ho preso la penna senza necessità. Non può essermi né vantaggioso né piacevole attaccare il signor d’Alembert. Considero la sua persona, ammiro i suoi talenti, amo le sue opere; sono sensibile al bene che ha detto del mio paese: onorato io stesso dai suoi elogi, un giusto senso dell’onestà mi obbliga a rispettarlo in ogni modo possibile; ma il rispetto non prevale sui doveri se non per coloro per i quali tutta la morale consiste nelle apparenze. Giustizia e verità: questi sono i primi doveri dell’uomo. Umanità, patria: queste sono le sue prime affezioni. Ogni volta che delle considerazioni particolari lo spingono a modificare questo ordine, è colpevole. Posso esserlo io facendo ciò che dovevo? Per rispondere a questa domanda, bisogna avere una patria da servire e un amore più grande per i propri doveri che la paura di dispiacere agli altri.
Poiché non tutti hanno a disposizione l’Enciclopedia, trascriverò qui il passaggio dell’articolo su Ginevra che mi ha spinto a scrivere. Se desiderassi davvero onorarmi di scrivere bene, quel passaggio avrebbe dovuto scoraggiarmi; ma oso cercare un altro, nel quale non temo alcuna concorrenza. Leggendo questo passaggio isolato, molti lettori saranno sorpresi dall’entusiasmo che ne ha ispirato la stesura; leggendolo nell’articolo completo, si scoprirà che la commedia – che non esiste a Ginevra, ma potrebbe esserci – occupa addirittura l’ottava parte dello spazio riservato alle cose realmente presenti in quella città.
“A Ginevra non si soffre a causa delle commedie: non è che vi si disapprovi la rappresentazione teatrale in sé; ma si teme, si dice, il gusto per le vanità, le dissipazioni e il libertinaggio che le compagnie di attori diffondono tra i giovani. Tuttavia, non sarebbe possibile rimediare a questo inconveniente con leggi severe e ben applicate riguardo al comportamento degli attori? In questo modo Ginevra potrebbe godere sia dello spettacolo che delle buone maniere, beneficiando dei vantaggi di entrambi; le rappresentazioni teatrali formerebbero il gusto dei cittadini e ne migliorerebbero la raffinatezza nei modi e i sentimenti, qualità molto difficili da acquisire senza questo aiuto: la letteratura ne trarrebbe beneficio senza che aumentasse il libertinaggio; e Ginevra unirebbe la saggezza di Lacedemone alla cortesia di Atene. Un’altra considerazione, degna di una repubblica così saggia ed illuminata, potrebbe spingerla a permettere lo spettacolo teatrale. Il pregiudizio barbaro contro la professione di attore, l’umiliazione a cui si sottopongono queste persone così necessarie al progresso e al sostegno delle arti, è certamente una delle principali cause del disordine che loro viene rimproverato: cercano di compensare, attraverso i piaceri, la stima che il loro stato non può ottenere. Tra di noi, un attore che si comporta bene è doppiamente rispettabile; ma a malapena se ne riconosce il merito. Il commerciante che offende la pubblica povertà e ne trae profitto, il cortigiano che si umilia e non paga i suoi debiti, ecco il tipo di persone che onoriamo di più. Se gli attori fossero non solo tollerati a Ginevra, ma anche regolamentati da norme sagge, protetti e persino rispettati quando ne fossero degni, e infine trattati esattamente come tutti gli altri cittadini, questa città avrebbe presto il vantaggio di disporre di una compagnia di attori stimabili, qualcosa che consideriamo così raro, ma che in realtà lo è solo a causa delle nostre cattive abitudini. Inoltre, questa compagnia diventerebbe ben presto la migliore d’Europa: molte persone colte e appassionate di teatro, che temono di perdere la loro reputazione se si dedichino a questo mestiere tra di noi, accorrerebbero a Ginevra per coltivare con onore e stima un talento così piacevole e raro. La permanenza in questa città, che molti francesi considerano triste a causa della mancanza di spettacoli, diventerebbe allora il luogo dei piaceri onesti, così come è il centro della filosofia e della libertà. E gli stranieri non sarebbero più sorpresi nel vedere che, in una città dove lo spettacolo teatrale decente e regolare è proibito, si permettano farse volgari e prive di spirito, così contrarie al buon gusto quanto alle buone maniere.” E non basta: gradualmente, l’esempio dei comici di Ginevra, la regolarità del loro comportamento e la considerazione di cui godrebbero per questo sarebbero modelli per i comici delle altre nazioni, e una lezione per coloro che finora li hanno trattati con tanta rigidezza, persino con incoerenza. Non si vedrebbe più che da un lato siano sostenuti dal governo, mentre dall’altro vengano condannati all’anatema: i nostri preti smetterebbero di escomunicarli, e i nostri borghesi di guardarli con disprezzo. Una piccola repubblica avrebbe così la gloria di aver riformato l’Europa su questo punto, forse più importante di quanto si possa pensare.
Questo è certamente il quadro più piacevole e seducente che ci si possa offrire; ma allo stesso tempo è anche il consiglio più pericoloso che ci si possa dare. Almeno, questo è il mio parere; e le mie ragioni sono espresse in questo scritto. Con quanta avidità la gioventù di Ginevra, spinta dall’autorità di una figura così influente, non si abbandonerà ad idee verso cui già prova un’eccessiva inclinazione! Quanti giovani ginevrini, che in ogni altro aspetto sono buoni cittadini, attendono soltanto l’occasione per favorire la creazione di un teatro, credendo di rendere un servizio alla patria e quasi all’umanità intera! Ecco il motivo delle mie preoccupazioni, ecco il male che vorrei evitare. Riconosco le intenzioni del signor d’Alembert; spero che sia disposto a riconoscere anche le mie; non desidero affatto contrariarlo, così come lui non desidera nuocerci. Ma dopotutto, anche se mi sbagliassi, non dovrei forse agire e parlare secondo la mia coscienza e le mie conoscenze? Dovevo tacere? Avrei potuto farlo senza tradire il mio dovere e la mia patria? Per avere il diritto di rimanere in silenzio in questa circostanza, sarebbe necessario che non avessi mai scritto su argomenti meno importanti. Dolce oscurità che per trent’anni è stata la mia felicità. Bisognerebbe sempre saper amare l’ignoranza; bisognerebbe che nessuno sapesse che ho avuto qualche rapporto con gli editori dell’Enciclopedia, che ho contribuito con alcuni articoli a quell’opera nella quale il mio nome compare tra quelli degli autori. Bisognerebbe che il mio zelo per la mia patria fosse meno noto. Che si pensasse che l’articolo su Ginevra mi sia sfuggito, o che non si potesse dedurre dal mio silenzio che io approvi il suo contenuto. Ma poiché nulla di tutto ciò è possibile, bisogna parlare. Devo negare ciò che non approvo, affinché nessuno possa attribuirmi sentimenti diversi dai miei. I miei connazionali non hanno certo bisogno dei miei consigli; lo so bene. Ma io ho bisogno di onorarmi, dimostrando di pensare come loro riguardo alle nostre principie. So bene quanto questo scritto sia lontano da ciò che avrebbe dovuto essere. E anche da ciò che avrei potuto scrivere in tempi più fortunati. Tante cose hanno contribuito a renderlo inferiore al livello mediocre che un tempo potevo raggiungere. Mi meraviglio che non sia ancora peggiore. Scrivevo per la mia patria. Se davvero l’entusiasmo potesse sostituire il talento, avrei fatto di meglio che mai. Ma ho visto ciò che doveva essere fatto, e non sono riuscito a realizzarlo. Ho detto freddamente la verità. Ma a chi importa la verità? Che triste raccomandazione per un libro. Per essere utile, bisogna essere piacevoli. E la mia penna ha perso questa capacità. Alcuni potrebbero criticarmi aspramente per questa perdita. Bene. Tuttavia, mi sento decaduto. Ma non si può cadere più in basso di così.
In primo luogo, non si tratta più di un vano discorso filosofico, ma di una verità pratica di grande importanza per un intero popolo. Non si tratta più di parlare a pochi, ma al pubblico; né di cercare di far riflettere gli altri, ma di esporre chiaramente le proprie idee. È stato quindi necessario cambiare stile: per essere meglio compreso da tutti, ho detto meno cose, ma in modo più chiaro e conciso; e nel tentativo di essere semplice e diretto, mi sono ritrovato a esprimermi in modo poco preciso e poco efficace.
Inizialmente pensavo di scrivere al massimo una o due pagine: ho iniziato con fretta; e poiché l’argomento si è ampliato sotto la mia penna, l’ho lasciato svilupparsi senza alcun controllo. Ero malato e triste; e sebbene avessi un grande bisogno di distrazione, mi sentivo così incapace di pensare e scrivere che, se non fosse stata la necessità di adempiere a un compito, avrei gettato cento volte il mio foglio nel fuoco. Così sono diventato meno severo con me stesso; ho cercato nel mio lavoro qualche elemento di divertimento che mi aiutasse a sopportarlo. Mi sono lasciato andare alle digressioni che si presentavano, senza prevedere quanto, nel tentativo di alleviare la mia noia, potessero rivelarsi fonte di distrazione anche per il lettore.
Le goût, le choix, la correction ne sauraient se trouver dans cet ouvrage. Vivant seul, je n’ai pu le montrer à personne. J’avais un Aristarque sévère et judicieux ; je ne l’ai plus, je n’en veux plus[139] mais je le regretterai sans cesse, et il manque bien plus encore à mon cœur qu’à mes écrits.
La solitude calme l’âme et apaise les passions que le désordre du monde a fait naître. Loin des vices qui nous irritent, on en parle avec moins d’indignation ; loin des maux qui nous touchent, le cœur en est moins ému. Depuis que je ne vois plus les hommes, j’ai presque cessé de haïr les méchants. D’ailleurs le mal qu’ils m’ont fait à moi-même m’ôte le droit d’en dire d’eux. Il faut désormais que je leur pardonne, pour ne leur pas ressembler. Sans y songer, je substituerais l’amour de la vengeance à celui de la justice : il vaut mieux tout oublier. J’espère qu’on ne me trouvera plus cette âpreté qu’on me reprochait, mais qui me faisait lire ; je consens d’être moins lu, pourvu que je vive en paix.
À ces raisons il s’en joint une autre plus cruelle, et que je voudrais en vain dissimuler ; le public ne la sentirait que trop malgré moi. Si, dans les essais sortis de ma plume, ce papier est encore au-dessous des autres, c’est moins la faute des circonstances que la mienne ; c’est que je suis au-dessous de moi-même. Les maux du corps épuisent l’âme : à force de souffrir elle perd son ressort. Un instant de fermentation passagère produisit en moi quelque lueur de talent : il s’est montré tard, il s’est éteint de bonne heure. En reprenant mon état naturel, je suis rentré dans le néant. Je n’eus qu’un moment ; il est passé ; j’ai la honte de me survivre. Lecteur, si vous recevez ce dernier ouvrage avec indulgence, vous accueillerez mon ombre ; car, pour moi, je ne suis plus.
À Montmorency, le 20 mars 1758.
La lettre
J’ai lu, monsieur, avec plaisir votre article Genève, dans le septième volume de l’Encyclopédie. En le relisant avec plus de plaisir encore, il m’a fourni quelques réflexions que j’ai cru pouvoir offrir, sous vos auspices, au public et à mes concitoyens. Il y a beaucoup à louer dans cet article ; mais si les éloges dont vous honorez ma patrie m’ôtent le droit de vous en rendre, ma sincérité parlera pour moi : n’être pas de votre avis sur quelques points, c’est assez m’expliquer sur les autres.
Je commencerai par celui que j’ai le plus de répugnance à traiter et dont l’examen me convient le moins, mais sur lequel, par la raison que je viens de dire, le silence ne m’est pas permis : c’est le jugement que vous portez de la doctrine de nos ministres en matière de foi. Vous avez fait de ce corps respectable un éloge très beau, très vrai, très propre à eux seuls dans tous les clergés du monde, et qu’augmente encore la considération qu’ils vous ont témoignée, en montrant qu’ils aiment la philosophie, et ne craignent pas l’œil du philosophe. Mais, monsieur, quand on veut honorer les gens, il faut que ce soit à leur manière, et non pas à la nôtre, de peur qu’ils ne s’offensent avec raison des louanges nuisibles, qui, pour être données à bonne intention, n’en blessent pas moins l’état, l’intérêt, les opinions, ou les préjugés de ceux qui en sont l’objet. Ignorez-vous que tout nom de secte est toujours odieux, et que de pareilles imputations, rarement sans conséquence pour des laïques, ne le sont jamais pour des théologiens ?
Vous me direz qu’il est question de faits et non de louanges, et que le philosophe a plus d’égard à la vérité qu’aux hommes ; mais cette prétendue vérité n’est pas si claire ni si indifférente que vous soyez en droit de l’avancer sans de bonnes autorités, et je ne vois pas où l’on en peut prendre pour prouver que les sentiments qu’un corps professe et sur lesquels il se conduit ne sont pas les siens. Vous me direz encore que vous n’attribuez point à tout le corps ecclésiastique les sentiments dont vous parlez ; mais vous les attribuez à plusieurs ; et plusieurs, dans un petit nombre, font toujours une si grande partie, que le tout doit s’en ressentir.
Plusieurs pasteurs de Genève n’ont, selon vous, qu’un socinianisme parfait. Voilà ce que vous déclarez hautement à la face de l’Europe. J’ose vous demander comment vous l’avez appris : ce ne peut être que par vos propres conjectures, ou par le témoignage d’autrui, ou sur l’aveu des pasteurs en question.
Or, dans les matières de pur dogme, et qui ne tiennent point à la morale, comment peut-on juger de la foi d’autrui par conjecture ? comment peut-on même en juger sur la déclaration d’un tiers, contre celle de la personne intéressée ? Qui sait mieux que moi ce que je crois ou ne crois pas ? et à qui doit-on s’en rapporter là-dessus plutôt qu’à moi-même ? Qu’après avoir tiré des discours ou des écrits d’un honnête homme des conséquences sophistiques et désavouées, un prêtre acharné poursuive l’auteur sur ces conséquences, le prêtre fait son métier, et n’étonne personne ; mais devons-nous honorer les gens de bien comme un fourbe les persécute ? et le philosophe imitera-t-il des raisonnements captieux dont il fut si souvent la victime ?
Il resterait donc à penser, sur ceux de nos pasteurs que vous prétendez être sociniens parfaits et rejeter les peines éternelles, qu’ils vous ont confié là-dessus leurs sentiments particuliers. Mais, si c’était en effet leur sentiment et qu’ils vous l’eussent confié, sans doute ils vous l’auraient dit en secret, dans l’honnête et libre épanchement d’un commerce philosophique ; ils l’auraient dit au philosophe et non pas à l’auteur. Ils n’en ont donc rien fait, et ma preuve est sans réplique ; c’est que vous l’avez publié.
Je ne prétends point pour cela juger ni blâmer la doctrine que vous leur imputez ; je dis seulement qu’on n’a nul droit de la leur imputer, à moins qu’ils ne la reconnaissent ; et j’ajoute qu’elle ne ressemble en rien à celle dont ils nous instruisent. Je ne sais ce que c’est que le socinianisme, ainsi je n’en puis parler ni en bien ni en mal (et même, sur quelques notions confuses de cette secte et de son fondateur, je me sens plus d’éloignement que de goût pour elle) : mais, en général, je suis l’ami de toute religion paisible, où l’on sert l’Être éternel selon la raison qu’il nous a donnée[140].Quand un homme ne peut croire ce qu’il trouve absurde, ce n’est pas sa faute, c’est celle de sa raison[141] : et comment concevrai-je que Dieu le punisse de ne s’être pas fait un entendement[142] contraire à celui qu’il a reçu de lui ? Si un docteur venait m’ordonner de la part de Dieu de croire que la partie est plus grande que le tout, que pourrais-je penser en moi-même, sinon que cet homme vient m’ordonner d’être fou ? Sans doute l’orthodoxe, qui ne voit nulle absurdité dans les mystères, est obligé de les croire : mais si le socinien y en trouve, qu’a-t-on à lui dire ? Lui prouvera-t-on qu’il n’y en a pas ? Il commencera, lui, par vous prouver que c’est une absurdité de raisonner sur ce qu’on ne saurait entendre. Que faire donc ? Le laisser en repos.
Je ne suis pas plus scandalisé que ceux qui servent un Dieu clément rejettent l’éternité des peines, s’ils la trouvent incompatible avec sa justice. Qu’en pareil cas ils interprètent de leur mieux les passages contraires à leur opinion, plutôt que de l’abandonner, que peuvent-ils faire autre chose ? Nul n’est plus pénétré que moi d’amour et de respect pour le plus sublime de tous les livres : il me console et m’instruit tous les jours, quand les autres ne m’inspirent plus que du dégoût. Mais je soutiens que, si l’Écriture elle-même nous donnait de Dieu quelque idée indigne de lui, il faudrait la rejeter en cela, comme vous rejetez en géométrie les démonstrations qui mènent à des conclusions absurdes ; car, de quelque authenticité que puisse être le texte sacré, il est encore plus croyable que la Bible soit altérée, que Dieu injuste ou malfaisant.
Taste, choice, and correction could never be found in this work. Living alone, I was unable to show it to anyone. I once had a severe and discerning critic like Aristarque; I no longer have him, nor do I wish to have one[139], but I will miss him forever. He is much more lacking in my heart than in my writings.
Solitude calms the soul and alleviates those passions that the disorder of the world has given rise to. Far removed from the vices that irritate us, we speak of them with less indignation; far removed from the evils that affect us, our hearts are less stirred by them. Since I no longer see men, I have almost ceased to hate the wicked. Moreover, the harm they have done to me personally deprives me of the right to judge them harshly. Now I must forgive them, if I do not wish to become like them. Unconsciously, I might replace love for justice with a desire for vengeance; but it is better to forget everything. I hope that people will no longer find in me that bitterness which was often criticized, yet which once drove my writing. I am willing to be read less, so long as I may live in peace.
For these reasons, there is another even more cruel one that I would in vain attempt to conceal; the public would perceive it all too well, despite my efforts. If, in the writings that come from my pen, this work still falls short of others, it is less the fault of circumstances than my own; it is because I have fallen short of my own potential. The sufferings of the body exhaust the soul: through excessive pain, it loses its vitality. For a brief moment, some flicker of talent emerged within me; but it appeared too late and faded just as quickly. Returning to my natural state, I returned to nothingness. I had only that one fleeting moment; it is now gone, and I am ashamed to continue existing after it. Reader, if you receive this final work with tolerance, you are in fact welcoming my shadow; for to me, I no longer exist.
In Montmorency, on March 20, 1758.
The letter
I read with pleasure, sir, your article “Genève,” which appeared in the seventh volume of the Encyclopedia. Reading it once again with even greater delight, it inspired some reflections that I thought I could offer, under your auspices, to the public and my fellow citizens. There is much to commend in this article; but if the praises you bestow upon my country should deprive me of the right to express my own views, my sincerity will speak for me: simply not agreeing with you on certain points is, in itself, sufficient to explain my position on others.
I shall begin with that subject which fills me with the greatest aversion to address and which I am least suited to examine, but on which, for the reasons I have just mentioned, silence is not an option: it refers to your judgment regarding the doctrines of our ministers in matters of faith. You have rendered this esteemed body great praise—beautiful, true, and entirely appropriate to them alone among all the clergy of the world—and this praise has only been enhanced by the respect they have shown towards you, in that they demonstrate their fondness for philosophy and their fearlessness in facing the philosopher’s gaze. However, sir, when one wishes to honor people, it is necessary to do so in their own way, and not in our own, lest they reasonably take offense at such harmful compliments. Even if given with good intentions, such praise may still harm the reputation, interests, opinions, or prejudices of those who are its targets. Do you not realize that any designation of a sect is always offensive, and that such accusations, which rarely bear no consequences for laypeople, never fail to have serious implications for theologians?
You may say that what is at issue here are facts, not praises, and that a philosopher places more emphasis on truth than on human beings; but this so-called truth is neither so clear nor so neutral that one would be justified in asserting it without solid authority. Moreover, I fail to see where such evidence could be found to prove that the sentiments professed by a particular body and upon which its actions are based are not actually its own. You might also argue that you do not attribute the sentiments in question to the entire ecclesiastical body; but you do attribute them to certain individuals within it. And since several individuals, even if they are few in number, constitute such a significant portion of the whole, the whole must inevitably be influenced by their sentiments.
In your view, several pastors in Geneva merely possess perfect Socinianism. This is what you openly declare before the whole of Europe. I dare to ask you how you came to this conclusion: it can only be based on your own conjectures, on the testimony of others, or on the admissions of those pastors in question.
Or, in matters of pure doctrine that have nothing to do with morality, how can one judge another’s faith based on mere conjecture? How can one even judge it on the word of a third party rather than that of the person involved? Who knows better than me what I believe or do not believe? And to whom should we refer in such matters rather than to myself? When a priest, after drawing sophistical and discredited conclusions from the words or writings of an honest man, goes on to persecute that man on those very grounds, it is but his duty as a priest—and no one finds it surprising. But should we treat good people in the same way that a deceitful person persecutes them? And shall a philosopher imitate the misleading reasoning of which he himself has so often been a victim?
It would thus remain to consider the views of those among our pastors who you claim to be perfect Socinians and who reject the concept of eternal punishment. They must have shared with you their particular opinions on this matter. But if indeed that was their view and they had confided it to you, they would probably have done so in secret, in the honest and free exchange of philosophical discussions; they would have spoken to a philosopher, not to its author. Since they did nothing of the sort, my argument is irrefutable—because you have published it yourself.
I make no claim to be judging or condemning the doctrine that you attribute to them; I merely say that one has no right to attribute it to them unless they themselves acknowledge it; and I add that it bears no resemblance at all to the doctrine they teach us. I have no idea what Socinianism is, so I cannot speak of it either in favor or against it (indeed, regarding some confused notions of this sect and its founder, I feel more distaste than interest in it). But in general, I am a friend of any peaceful religion that serves the eternal Being according to the reason he has given us[140]. When a person cannot believe what they consider absurd, it is not their fault but the fault of their reason[141]; and how could I conceive that God would punish them for not forming an understanding contrary to the one he has granted them? If some so-called “doctor” were to come and order me, on behalf of God, to believe that a part is greater than the whole, what else could I think but that this person is ordering me to be insane? Undoubtedly, an orthodox believer, who sees no absurdity in these mysteries, is obliged to believe them; but if a Socinian finds them absurd, what can be said to him? Can we prove to him that they are not absurd? He, in turn, would prove to us that it is absurd to reason about things that one cannot possibly understand. So what should we do? Leave him alone.
I am no more scandalized than those who serve a merciful God reject the notion of eternal punishment if they deem it incompatible with His justice. If, in such cases, they choose to interpret those passages of Scripture that contradict their beliefs rather than abandon them altogether, what else can they do? No one is more filled with love and respect for the most sublime of all books than I am; it comforts me and teaches me every day, when other texts inspire in me nothing but disgust. Yet I assert that if Scripture itself were to present us with any notion of God that is unworthy of Him, we would have to reject it just as you reject in geometry those proofs that lead to absurd conclusions. For no matter how authentic the sacred text may be, it is far more plausible that the Bible has been altered than that God could be unjust or malevolent.
Il gusto, la scelta, la correzione, nulla di tutto ciò si trova in quest’opera. Vivendo da solo, non ho potuto mostrarla a nessuno. Avevo un Aristarco severo e giudiziose; ora non ce l’ho più, non ne voglio più[139], ma me ne pentirò per sempre. Mi manca molto di più nel cuore che nei miei scritti.
La solitudine placa l’anima e lenisce le passioni che il disordine del mondo ha fatto nascere. Lontano dai vizi che ci irritano, ne parliamo con meno indignazione; lontano dai mali che ci colpiscono, il cuore ne è meno commosso. Da quando non vedo più gli uomini, ho quasi smesso di odiare i malvagi. Del resto, il male che mi hanno fatto a me stesso mi toglie il diritto di parlare male di loro. Ora devo perdonarli, per non assomigliare a loro. Senza pensarci troppo, sostituirei l’amore per la vendetta con quello per la giustizia. È meglio dimenticare tutto. Spero che nessuno mi trovi più con quell’asprezza di cui mi si rimproverava, ma che invece mi spingeva a riflettere; accetto di essere meno letto, purché possa vivere in pace.
A queste ragioni se ne aggiunge un’altra ancora più crudele, che vorrei inutilmente nascondere; il pubblico la percepirebbe comunque troppo chiaramente, nonostante i miei sforzi. Se, negli scritti che sono usciti dalla mia penna, questo lavoro risulta ancora inferiore agli altri, la colpa è meno delle circostanze e più mia stessa: significa semplicemente che non sono all’altezza di me stesso. I mali del corpo esauriscono l’anima: soffrendo troppo, essa perde la sua forza vitale. Un breve momento di ispirazione ha fatto sì che in me emergesse un barlume di talento; ma è apparso tardi e si è spento presto. Riprendendo il mio stato naturale, sono tornato nel nulla. Ho avuto soltanto un istante; è passato. E ora provo vergogna di essere ancora vivo. Lettore, se accetterete con indulgenza quest’ultimo mio lavoro, accoglierete soltanto l’ombra di ciò che un tempo fui. Perché, per me, ormai non esisto più.
A Montmorency, il 20 marzo 1758.
La lettera
Ho letto con piacere, signore, il suo articolo “Genova”, pubblicato nel settimo volume dell’Enciclopedia. Rileggerlo ancora una volta mi ha ispirato alcune riflessioni che ho ritenuto opportuno condividere, sotto i suoi auspici, con il pubblico e i miei concittadini. C’è molto da lodare in questo articolo; tuttavia, se gli elogi che rivolge alla mia patria mi privano del diritto di risponderle allo stesso modo, la mia sincerità parlerà per me: non essere d’accordo su alcuni punti è già una spiegazione sufficiente riguardo agli altri.
Comincerò da ciò che mi ripugna di più trattare e che meno mi conviene esaminare, ma su cui, per le ragioni appena espresse, il silenzio non è permesso: si tratta del giudizio che voi formate sulla dottrina dei nostri ministri in materia di fede. Avete reso questo rispettabile corpo oggetto di un elogio molto bello, molto vero e davvero degno di loro tra tutti i cleri del mondo; tale elogio viene ulteriormente rafforzato dalla considerazione che essi vi hanno dimostrato, dimostrando di amare la filosofia e di non temere lo sguardo del filosofo. Tuttavia, signore, quando si vuole onorare le persone, bisogna farlo nel loro modo e non nel nostro, per evitare che si offendano giustamente con lodi dannose che, pur date con buone intenzioni, non mancano comunque di ferire lo stato, gli interessi, le opinioni o i pregiudizi di coloro a cui sono rivolte. Non ignorate forse che qualsiasi nome di setta è sempre odioso, e che simili accuse, raramente prive di conseguenze per i laici, lo sono sempre per i teologi?
Mi direte che si tratta di fatti e non di lodi, e che il filosofo dia più importanza alla verità che alle persone; ma questa cosiddetta verità non è così chiara né così indifferente da permettervi di sostenerla senza valide autorità. Inoltre, non vedo dove si possano trovare prove per dimostrare che i sentimenti che un corpo manifesta e su cui si comporta non siano realmente suoi. Mi direte anche che non attribuite a tutto il corpo ecclesiastico i sentimenti di cui parlate; ma li attribuite a alcuni suoi membri. E poiché alcuni, in un insieme limitato, rappresentano comunque una parte così grande, l’intero corpo ne deve inevitabilmente risentire.
Secondo voi, molti pastori di Ginevra non hanno altro che un perfetto socinianesimo. È questo che dichiarate apertamente davanti all’Europa. Oso chiedervi come abbiate appreso questa informazione: può trattarsi soltanto delle vostre congetture, del testimone di altri o delle ammissioni stesse dei pastori in questione.
Ora, in materia di puro dogma, che non hanno nulla a che fare con la morale, come si può giudicare della fede altrui sulla base di congetture? E come si può nemmeno farlo sulla base delle dichiarazioni di terzi, contrarie a quelle della persona interessata? Chi sa meglio di me ciò in cui credo o non credo? E a chi dobbiamo rivolgerci in merito, piuttosto che a me stesso? Dopo aver tratto da discorsi o scritti di una persona onesta conseguenze sofisticate e negate, un prete determinato continua a perseguitare l’autore su tali conclusioni; il prete sta semplicemente svolgendo il proprio dovere, e questo non sorprende nessuno. Ma dobbiamo onorare le persone oneste allo stesso modo in cui un ingannatore perseguita coloro che sono buoni? E il filosofo dovrebbe imitare ragionamenti ingannevoli di cui è stato lui stesso così spesso vittima?
Resterebbe quindi da considerare, riguardo a quei nostri pastori che voi pretendete siano perfetti sociniani e rifiutino le pene eterne, quali siano i loro sentimenti al riguardo. Ma se davvero questi fossero i loro sentimenti e loro li avessero confidati a voi, probabilmente lo avrebbero fatto in segreto, nell’onesta e libera espressione di un dialogo filosofico; lo avrebbero detto al filosofo, non all’autore. Pertanto non l’hanno fatto, e la mia prova è irrefutabile: voi stesso l’avete pubblicato.
Non pretendo affatto di giudicare o biasimare la dottrina che voi loro attribuite; dico soltanto che non si ha alcun diritto di imputargliela, a meno che essi stessi non la riconoscano; inoltre, aggiungo che essa non assomiglia affatto a quella con cui ci insegnano loro. Non so cosa sia lo socinianesimo, quindi non posso parlare né bene né male di esso (anzi, riguardo ad alcune nozioni confuse di questa setta e del suo fondatore, provo più distacco che interesse per essa); ma in generale, sono amico di qualsiasi religione pacifica, nella quale si serva l’Essere eterno secondo la ragione che ci ha data[140]. Quando un uomo non può credere in ciò che ritiene assurdo, non è colpa sua, ma della sua ragione[141]; e come potrei pensare che Dio lo punisca per non essersi formato una concezione contraria a quella che gli è stata data da Lui stesso? Se un dotto venisse da me ordinandomi, in nome di Dio, di credere che la parte sia maggiore del tutto, cosa potrei pensare se non che quest’uomo mi sta ordinando di diventare pazzo? Senza dubbio, l’ortodosso, che non vede alcuna assurdità nei misteri della religione, è obbligato a crederci; ma se lo sociniano ne trova delle assurdità, cosa si può dirgli? Gli si proverà forse che non ce ne sono? Lui, invece, inizierebbe col dimostrare a voi che è assurdo ragionare su ciò che non si potrebbe nemmeno comprendere. Quindi, cosa fare? Lasciarlo in pace.
Non sono più scandalizzato di coloro che servono un Dio misericordioso e rifiutano l’eternità delle punizioni, se la ritengono incompatibile con la sua giustizia. In tal caso, cosa possono fare se non interpretare al meglio i passaggi che contraddicono le loro opinioni, piuttosto che abbandonarle? Nessuno è più profondamente colmo d’amore e rispetto per il più sublime di tutti i libri: esso mi consola e mi insegna ogni giorno, quando gli altri non mi ispirano altro che disgusto. Tuttavia sostengo che, anche se lo stesso Testo Sacro ci desse di Dio un’immagine indegna di Lui, dovremmo rifiutarla proprio come rifiutiamo in geometria le dimostrazioni che portano a conclusioni assurde; perché, per autentica che possa essere la traduzione del testo sacro, è ancora più plausibile che la Bibbia sia stata alterata, che Dio sia ingiusto o malvagio.
Voilà, monsieur, les raisons qui m’empêcheraient de blâmer ces sentiments dans d’équitables et modérés théologiens, qui de leur propre doctrine apprendraient à ne forcer personne à l’adopter. Je dirai plus, des manières de penser si convenables à une créature raisonnable et faible, si digne d’un créateur juste et miséricordieux, me paraissent préférables à cet assentiment stupide qui fait de l’homme une bête, et à cette barbare intolérance qui se plaît à tourmenter dès cette vie ceux qu’elle destine aux tourments éternels dans l’autre. En ce sens je vous remercie pour ma patrie de l’esprit de philosophie et d’humanité que vous reconnaissez dans son clergé, et de la justice que vous aimez à lui rendre ; je suis d’accord avec vous sur ce point. Mais, pour être philosophes et tolérants[143], il ne s’ensuit pas que ses membres soient hérétiques. Dans le nom de parti que vous leur donnez, dans les dogmes que vous dites être les leurs, je ne puis ni vous approuver ni vous suivre. Quoiqu’un tel système n’ait rien peut-être que d’honorable à ceux qui l’adoptent, je me garderai de l’attribuer à mes pasteurs, qui ne l’ont pas adopté, de peur que l’éloge que j’en pourrais faire ne fournît à d’autres le sujet d’une accusation très grave, et ne nuisît à ceux que j’aurais prétendu louer. Pourquoi me chargerais-je de la profession de foi d’autrui ? N’ai-je pas trop appris à craindre ces imputations téméraires ? Combien de gens se sont chargés de la mienne en m’accusant de manquer de religion, qui sûrement a fort mal lu dans mon cœur ! Je ne les taxerai point d’en manquer eux-mêmes ; car un des devoirs qu’elle m’impose est de respecter les secrets des consciences. Monsieur, jugeons les actions des hommes, et laissons Dieu juger de leur foi.
En voilà trop peut-être sur un point dont l’examen ne m’appartient pas, et n’est pas aussi le sujet de cette lettre. Les ministres de Genève n’ont pas besoin de la plume d’autrui pour se défendre[144] ;ce n’est pas la mienne qu’ils choisiraient pour cela, et de pareilles discussions sont trop loin de mon inclination pour que je m’y livre avec plaisir : mais, ayant à parler du même article où vous leur attribuez des opinions que nous ne leur connaissons point, me taire sur cette assertion, c’était y paraître adhérer, et c’est ce que je suis fort éloigné de faire. Sensible au bonheur que nous avons de posséder un corps de théologiens philosophes et pacifiques, ou plutôt un corps d’officiers de morale[145] et de ministres de la vertu, je ne vois naître qu’avec effroi toute occasion pour eux de se rabaisser jusqu’à n’être plus que des gens d’église. Il nous importe de les conserver tels qu’ils sont. Il nous importe qu’ils jouissent eux-mêmes de la paix qu’ils nous font aimer, et que d’odieuses disputes de théologie ne troublent plus leur repos ni le nôtre. Il nous importe enfin d’apprendre toujours, par leurs leçons et par leur exemple, que la douceur et l’humanité sont aussi les vertus du chrétien.
Je me hâte de passer à une discussion moins grave et moins sérieuse, mais qui nous intéresse encore assez pour mériter nos réflexions, et dans laquelle j’entrerai plus volontiers, comme étant un peu plus de ma compétence ; c’est celle du projet d’établir un théâtre de comédie à Genève. Je n’exposerai point ici mes conjectures sur les motifs qui vous ont pu porter à nous proposer un établissement si contraire à nos maximes. Quelles que soient vos raisons, il ne s’agit pour moi que des nôtres ; et tout ce que je me permettrai de dire à votre égard, c’est que vous serez sûrement le premier philosophe[146] qui jamais ait excité un peuple libre, une petite ville, et un état pauvre, à se charger d’un spectacle public.
Que de questions je trouve à discuter dans celle que vous semblez résoudre ! si les spectacles sont bons ou mauvais en eux-mêmes ? s’ils peuvent s’allier avec les mœurs ? si l’austérité républicaine les peut comporter ? s’il faut les souffrir dans une petite ville ? si la profession de comédien peut être honnête ? si les comédiennes peuvent être aussi sages que d’autres femmes ? si de bonnes lois suffisent pour réprimer les abus ? si ces lois peuvent être bien observées ? etc. Tout est problème encore sur les vrais effets du théâtre, parce que les disputes qu’il occasionne ne partageant que les gens d’église et les gens du monde, chacun ne l’envisage que par ses préjugés. Voilà, monsieur, des recherches qui ne seraient pas indignes de votre plume. Pour moi, sans croire y suppléer, je me contenterai de chercher, dans cet essai, les éclaircissements que vous nous avez rendus nécessaires ; vous priant de considérer qu’en disant mon avis, à votre exemple, je remplis un devoir envers ma patrie ; et qu’au moins, si je me trompe dans mon sentiment, cette erreur ne peut nuire à personne.
Au premier coup d’oeil jeté sur ces institutions, je vois d’abord qu’un spectacle est un amusement ; et, s’il est vrai qu’il faille des amusements à l’homme, vous conviendrez au moins qu’ils ne sont permis qu’autant qu’ils sont nécessaires, et que tout amusement inutile est un mal pour un être dont la vie est si courte et le temps si précieux. L’état d’homme a ses plaisirs, qui dérivent de sa nature, et naissent de ses travaux, de ses rapports, de ses besoins ; et ces plaisirs, d’autant plus doux que celui qui les goûte a l’âme plus saine, rendent quiconque en sait jouir peu sensible à tous les autres. Un père, un fils, un mari, un citoyen, ont des devoirs si chers à remplir, qu’ils ne leur laissent rien à dérober à l’ennui. Le bon emploi du temps rend le temps plus précieux encore ; et mieux on le met à profit, moins on en sait trouver à perdre. Aussi voit-on constamment que l’habitude du travail rend l’inaction insupportable, et qu’une bonne conscience éteint le goût des plaisirs frivoles : mais c’est le mécontentement de soi-même, c’est le poids de l’oisiveté, c’est l’oubli des goûts simples et naturels, qui rendent si nécessaire un amusement étranger. Je n’aime point qu’on ait besoin d’attacher incessamment son cœur sur la scène, comme s’il était mal à son aise au-dedans de nous. La nature même a dicté la réponse de ce barbare[147] à qui l’on vantait les magnificences du cirque et des jeux établis à Rome. Les Romains, demanda ce bon homme, n’ont-ils ni femmes ni enfants ? Le barbare avait raison. L’on croit s’assembler au spectacle, et c’est là que chacun s’isole ; c’est là qu’on va oublier ses amis, ses voisins, ses proches, pour s’intéresser à des fables, pour pleurer les malheurs des morts, ou rire aux dépens des vivants. Mais j’aurais dû sentir que ce langage n’est plus de saison dans notre siècle. Tâchons d’en prendre un qui soit mieux entendu.
Demander si les spectacles sont bons ou mauvais en eux-mêmes, c’est faire une question trop vague ; c’est examiner un rapport avant que d’avoir fixé les termes. Les spectacles sont faits pour le peuple, et ce n’est que par leurs effets sur lui qu’on peut déterminer leurs qualités absolues. Il peut y avoir des spectacles d’une infinité d’espèces[148] : il y a de peuple à peuple une prodigieuse diversité de mœurs, de tempéraments, de caractères. L’homme est un, je l’avoue ; mais l’homme modifié par les religions, par les gouvernements, par les lois, par les coutumes, par les préjugés, par les climats, devient* si différent de lui-même, qu’il ne faut plus chercher parmi nous ce qui est bon aux hommes en général, mais ce qui leur est bon dans tel temps ou dans tel pays. Ainsi les pièces de Ménandre, faites pour le théâtre d’Athènes, étaient déplacées sur celui de Rome : ainsi les combats des gladiateurs, qui, sous la république, animaient le courage et la valeur des Romains, n’inspiraient, sous les empereurs, à la populace de Rome, que l’amour du sang et la cruauté : du même objet offert au même peuple en différents temps, il apprit d’abord à mépriser sa vie, et ensuite à se jouer de celle d’autrui.
Here, sir, are the reasons that prevent me from condemning such sentiments in fair and moderate theologians, who would learn from their own doctrine not to force anyone to adopt them. Indeed, I consider such ways of thinking so suitable for a reasonable and weak creature, so worthy of a just and merciful Creator, that they seem preferable to that foolish conformity which reduces man to a beast, and to that barbaric intolerance that takes pleasure in tormenting those whom it destined for eternal suffering in the afterlife. In this regard, I thank you for the spirit of philosophy and humanity that you acknowledge in your clergy, and for the justice you are so keen to uphold toward them; on this point, I agree with you. However, being philosophers and tolerant does not necessarily mean that their members are heretics. In the name of the party you associate them with, and in the doctrines you claim they hold, I cannot either approve or follow you. Even if such a system may be honorable for those who adopt it, I would refrain from attributing it to my own priests, who have not embraced it, for fear that any praise I might offer for it might provide others with grounds for grave accusation and harm those whom I seek to honor. Why should I take upon myself the profession of faith of others? Have I not learned enough to beware of such presumptuous accusations? How many people have taken it upon themselves to accuse me of lacking religion, when they surely have misunderstood my intentions! I will not accuse them of lacking it themselves; for one of the duties that religion imposes upon me is to respect the secrets of conscience. Sir, let us judge men’s actions and leave God to judge their faith.
Perhaps this is going too far in a matter that is not within my jurisdiction to examine, nor is it the subject of this letter. The ministers in Geneva do not need the pen of another to defend themselves[144]; certainly, they would not choose mine for such a purpose. Moreover, such discussions are far from my inclinations, and I would never engage in them willingly. However, since I must address the same issue on which you attribute to them opinions that we are not aware they hold, remaining silent on this point would tantamount to agreeing with it, which is something I am far from willing to do. Aware of the great fortune we have in possessing a group of theologians who are philosophers and pacifists—or, rather, a body of moral instructors and ministers of virtue[145]—I feel utter dismay at any possibility that they might degrade themselves to the status of mere clergymen. It is our duty to preserve them as they are. It is essential that they themselves enjoy the peace they encourage us to pursue, and that hateful theological disputes no longer disturb their tranquility or ours. Lastly, it is crucial for us to learn from their teachings and examples that gentleness and humanity are also virtues of a Christian.
I hasten to move on to a discussion that is less serious and solemn, yet still of sufficient interest to merit our consideration; one in which I am more willing to engage, as it falls within my area of expertise. It concerns the proposal to establish a comedy theater in Geneva. I will not here express my conjectures about the motives that led you to suggest an establishment so contrary to our principles. Whatever your reasons may be, they are mine alone; and all I would like to say regarding you is that you will surely be the first philosopher[146] in history to have inspired a free people, a small town, and a poor state to undertake the organization of public entertainment.
How many questions arise when considering what you seem to regard as a resolved issue! Whether such performances are good or bad in themselves; whether they can be compatible with prevailing morals; whether republican rigor allows for their existence; whether one must endure them in a small town; whether the profession of actor can be honorable; whether female actors can be just as wise as other women; whether proper laws are sufficient to curb abuses; whether such laws can be effectively enforced, and so on. Everything remains uncertain regarding the true effects of theater, for the debates it provokes only involve those from religious or secular circles, and each side views it through the lens of their own prejudices. These are, sir, inquiries that would not be unworthy of your pen. For my part, without claiming to offer a definitive solution, I will merely seek in this essay the clarifications you have deemed necessary for us. I beg you to understand that by expressing my opinion, following your example, I am fulfilling a duty toward my country; and at the very least, should I be mistaken in my judgment, such error can cause no harm to anyone.
At first glance at these institutions, I see that a spectacle is essentially a form of entertainment; and although it is true that humans need amusement, you will surely agree that it should only be permitted to the extent that it is necessary, for any unnecessary form of entertainment is a harm to beings whose lives are so short and time so precious. Human existence has its pleasures, which arise from our nature and from our daily activities, relationships, and needs; and these pleasures, all the more delightful when enjoyed by those with healthy souls, make anyone who knows how to appreciate them less susceptible to all other forms of enjoyment. A father, a son, a husband, a citizen—all have duties so dear to fulfill that they leave them with no time to indulge in boredom. Making good use of one’s time makes it even more precious; the better one utilizes it, the less one seems to have time to waste. Hence, it is evident that the habit of working renders inaction unbearable, and a clear conscience extinguishes the desire for frivolous pleasures. However, it is dissatisfaction with oneself, the burden of idleness, and the neglect of simple, natural pleasures that make foreign forms of entertainment seem so necessary. I dislike the idea that one must constantly fix one’s attention on spectacles, as if something within us is not satisfied otherwise. Indeed, nature itself provided the answer when a barbarian was praised for the magnificence of the circuses and public entertainments in Rome. “Don’t the Romans have wives and children?” asked this good man—and he was right. We think we are going to watch a spectacle, but in reality, each one of us becomes isolated there; we forget our friends, neighbors, and loved ones, to focus instead on fictional tales, to mourn the misfortunes of the dead, or to laugh at the expense of the living. Yet I should have realized that such language is no longer appropriate for our times. Let us seek a way of expressing ourselves that is better understood by everyone.
To ask whether performances are good or bad in themselves is to pose a far too vague question; it is to examine a relationship without first defining its terms. Performances are created for the people, and it is only through their effects on them that we can determine their absolute qualities. There can be countless different kinds of performances[148]; from one people to another, there exists an immense variety in customs, temperaments, and character traits. I admit that man is one and the same; but man, altered by religions, governments, laws, customs, prejudices, and climates, becomes so different from his original self that we can no longer seek among us what is good for mankind in general, but rather what is good for it at a particular time or in a particular country. Thus, Ménander’s plays, designed for the theaters of Athens, were unsuitable for those of Rome; likewise, the gladiatorial fights, which under the Republic inspired the courage and valor of the Romans, under the Emperors only aroused in the Roman populace a thirst for blood and cruelty. The same thing offered to the same people at different times led them first to despise their own lives and then to trample on those of others.
Ecco, signore, le ragioni che mi impedirebbero di biasimare questi sentimenti in teologi equilibrati e moderati, i quali, sulla base della propria dottrina, imparerebbero a non costringere nessuno ad adottarli. Dirò di più: modi di pensare così convenienti per una creatura razionale e debole, così degni di un Creatore giusto e misericordioso, mi sembrano preferibili a quell’assenso stupido che trasforma l’uomo in bestia, e a quella barbara intolleranza che si compiace nel tormentare fin da questa vita coloro che destina alle pene eterne nell’altra. In questo senso vi ringrazio per lo spirito di filosofia e umanità che riconoscete nel suo clero, e per la giustizia che amate riservargli; su questo punto sono d’accordo con voi. Tuttavia, essere filosofi e tolleranti non significa necessariamente che i membri di un determinato gruppo siano eretici. Nel nome del partito che loro attribuite, nei dogmi che affermate siano i loro, non posso né approvare né seguire voi. Anche se un tale sistema possa avere qualcosa di onorevole per coloro che lo adottano, mi asterrò dal attribuirlo ai miei pastori, che non l’hanno accolto, per timore che il mio elogio potesse fornire ad altri motivo di gravi accuse e nuocere a coloro che avrei voluto lodare. Perché dovrei assumermi la responsabilità della fede altrui? Non ho forse imparato abbastanza a temere queste accuse temerarie? Quanti uomini si sono presi la libertà di giudicare la mia fede, accusandomi di mancare di religione, quando sicuramente hanno letto molto male nel mio cuore! Non li accuserò certo di mancarne loro stessi; poiché uno dei doveri che la religione mi impone è rispettare i segreti delle coscienze. Signore, giudichiamo le azioni degli uomini e lasciamo che Dio giudichi della loro fede.
Forse si è detto troppo su un argomento che non spetta a me esaminare e che non rientra nemmeno nell’oggetto di questa lettera. I ministri di Ginevra non hanno bisogno della penna altrui per difendersi[144]; non sceglierebbero certo la mia per farlo, e discussioni del genere sono lontane dalla mia natura tanto da non attrarmi affatto: tuttavia, poiché devo parlare dello stesso argomento su cui voi attribuite loro opinioni che in realtà non possediamo, tacere su questa affermazione significherebbe sembrarvi d’accordo, e questo è lontano da quanto io intenda fare. Essendo consapevole della fortuna di disporre di un gruppo di teologi filosofi e pacifici, o meglio, di un insieme di insegnanti di morale[145] e ministri della virtù, provo solo orrore all’idea che possano mai abbassarsi al punto di diventare semplicemente persone di chiesa. È importante per noi mantenerli così come sono; è importante che godano essi stessi della pace che ci fanno amare, e che odiose dispute teologiche non disturbino più il loro riposo né il nostro. Infine, è importante che possiamo sempre imparare, dalle loro lezioni e dal loro esempio, che la dolcezza e l’umanità sono anch’esse virtù del cristiano.
Mi affretto a passare a una discussione meno grave e meno seria, ma che ci interessa comunque abbastanza da meritare le nostre riflessioni, e nella quale entrerò con maggiore disponibilità, poiché rientra un po’ più nelle mie competenze: si tratta del progetto di istituire un teatro di commedia a Ginevra. Non esporrò qui le mie congetture sui motivi che vi hanno spinto a proporci un’iniziativa così contraria alle nostre massime. Qualunque siano le vostre ragioni, per me contano solo le nostre; e tutto ciò che mi permetterò di dire a vostro riguardo è che sicuramente sarete il primo filosofo[146] che abbia mai stimolato un popolo libero, una piccola città e uno stato povero ad occuparsi di spettacoli pubblici.
Quante domande mi vengono in mente da discutere su ciò che voi sembrate risolvere! Se gli spettacoli siano buoni o cattivi di per sé; se possano essere compatibili con le usanze del tempo; se l’austerità repubblicana li possa tollerare; se sia necessario sopportarli in una piccola città; se la professione di attore possa essere onesta; se le attrici possano essere sagge come altre donne; se leggi valide siano sufficienti a reprimere gli abusi; se queste leggi possano essere rispettate. Tutto ciò rappresenta ancora problemi riguardo ai veri effetti del teatro, poiché le discussioni che suscita coinvolgono soltanto persone di chiesa e persone del mondo, e ciascuno le considera solo in base ai propri pregiudizi. Ecco, signore, argomenti che non sarebbero indegni della vostra penna. Per quanto mi riguarda, senza pretendere di fornire soluzioni definitive, mi limiterò a cercare, in questo saggio, le chiarimenti che voi avete ritenuto necessari; vi prego di considerare che, esprimendo il mio parere seguendo il vostro esempio, sto adempiendo a un dovere verso la mia patria; e che, almeno, se mi sbaglio nel mio giudizio, questo errore non potrà nuocere a nessuno.
A prima vista di queste istituzioni, noto subito che uno spettacolo rappresenta soltanto un mezzo di divertimento; e se è vero che l’uomo abbia bisogno di distrazioni, dovreste almeno ammettere che esse siano tollerate solo nella misura in cui sono necessarie, e che qualsiasi forma di divertimento inutile rappresenti un danno per un essere la cui vita è così breve e il cui tempo così prezioso. Lo stato umano possiede dei piaceri che derivano dalla sua natura stessa, nascono dai suoi lavori, dalle sue relazioni, dai suoi bisogni; e questi piaceri, tanto più dolci quanto più sana è l’anima di colui che li gode, rendono chi sa apprezzarli poco sensibile a qualsiasi altro tipo di divertimento. Un padre, un figlio, un marito, un cittadino hanno doveri così importanti da assolvere che non gli lasciano alcuno spazio per il tedio. Un buon utilizzo del tempo rende quest’ultimo ancora più prezioso; e più lo si sfrutta al meglio, meno ne si ha la sensazione di poterlo sprecare. Si osserva costantemente che l’abitudine al lavoro rende insopportabile l’inattività, e che una coscienza pulita elimina il desiderio di piaceri frivoli; ma è proprio il discontento verso se stessi, il peso dell’ozio, l’oblio dei gusti semplici e naturali a rendere necessari quei divertimenti estranei. Non mi piace che si debba costantemente fissare lo sguardo sulla scena, come se dentro di noi ci fosse qualcosa che non va. Anche la natura stessa ha fornito una risposta a quel barbaro[147] a cui venivano lodate le meraviglie del circo e dei giochi organizzati a Roma: “I Romani”, chiese quell’uomo, “non hanno forse donne né figli?”. Il barbaro aveva ragione. Si crede di andare a uno spettacolo, ma in realtà ognuno si isola lì; ci si dimentica degli amici, dei vicini, delle persone care, per interessarsi a storie fittizie, per piangere le sfortune dei morti o ridere alle spalle dei viventi. Ma avrei dovuto capire che questo modo di pensare non è più adatto al nostro secolo. Cerchiamo quindi di utilizzare un linguaggio che sia meglio compreso da tutti.
Chiedersi se gli spettacoli siano buoni o cattivi in sé è porre una domanda troppo vaga; significa esaminare un rapporto senza aver prima definito i termini del confronto. Gli spettacoli sono fatti per il popolo, e solo attraverso i loro effetti su di esso si possono determinarne le qualità assolute. Esistono spettacoli di infinite specie: da popolo a popolo c’è una straordinaria diversità di costumi, temperamenti e caratteri. L’uomo è uno, lo ammetto; ma l’uomo modificato dalle religioni, dai governi, dalle leggi, dalle usanze, dai pregiudizi e dai climi diventa così diverso da sé stesso che non si deve più cercare tra di noi ciò che è buono per gli uomini in generale, ma ciò che è utile a loro in un determinato momento o in un certo paese. Così le opere di Menandro, destinate al teatro di Atene, risultavano inadatte a quello di Roma; così i combattimenti dei gladiatori, che sotto la repubblica stimolavano il coraggio e il valore dei Romani, sotto gli imperatori ispiravano nella plebe romana solo amore per il sangue e crudeltà: lo stesso oggetto offerto allo stesso popolo in momenti diversi lo portò prima a disprezzare la propria vita e poi a giocarci sopra con quella altrui.
Quant à l’espèce des spectacles, c’est nécessairement le plaisir qu’ils donnent, et non leur utilité, qui la détermine. Si l’utilité peut s’y trouver, à la bonne heure ; mais l’objet principal est de plaire, et pourvu que le peuple s’amuse, cet objet est assez rempli. Cela seul empêchera toujours qu’on ne puisse donner à ces sortes d’établissements tous les avantages dont ils seraient susceptibles, et c’est s’abuser beaucoup que de s’en former une idée de perfection qu’on ne saurait mettre en pratique sans rebuter ceux qu’on croit instruire. Voilà d’où naît la diversité des spectacles selon les goûts divers des nations. Un peuple intrépide, grave et cruel, veut des fêtes meurtrières et périlleuses, où brillent la valeur et le sang-froid. Un peuple féroce et bouillant veut du sang, des combats, des passions atroces. Un peuple voluptueux veut de la musique et des danses. Un peuple galant veut de l’amour et de la politesse. Un peuple badin veut de la plaisanterie et du ridicule. Trahit sua quemque voluptas. Il faut, pour leur plaire, des spectacles qui favorisent leurs penchants, au lieu qu’il en faudrait qui les modérassent.
La scène, en général, est un tableau des passions humaines, dont l’original est dans tous les cœurs : mais si le peintre n’avait soin de flatter ces passions, les spectateurs seraient bientôt rebutés, et ne voudraient plus se voir sous un aspect qui les fît mépriser d’eux-mêmes. Que s’il donne à quelques-unes des couleurs odieuses, c’est seulement à celles qui ne sont point générales, et qu’on hait naturellement. Ainsi l’auteur ne fait encore en cela que suivre le sentiment du public ; et alors ces passions de rebut sont toujours employées à en faire valoir d’autres, sinon plus légitimes, du moins plus au gré des spectateurs. Il n’y a que la raison qui ne soit bonne à rien sur la scène. Un homme sans passions, ou qui les dominerait toujours, n’y saurait intéresser personne ; et l’on a déjà remarqué qu’un stoïcien, dans la tragédie, serait un personnage insupportable : dans la comédie, il ferait rire tout au plus.
Qu’on n’attribue donc pas au théâtre le pouvoir de changer des sentiments ni des mœurs qu’il ne peut que suivre et embellir. Un auteur qui voudrait heurter le goût général composerait bientôt pour lui seul. Quand Molière corrigea la scène comique, il attaqua des modes, des ridicules ; mais il ne choqua pas pour cela le goût du public[149], il le suivit ou le développa, comme fit aussi Corneille de son côté. C’était l’ancien théâtre qui commençait à choquer ce goût, parce que, dans un siècle devenu plus poli, le théâtre gardait sa première grossièreté. Aussi, le goût général ayant changé depuis ces deux auteurs, si leurs chefs-d’œuvre étaient encore à paraître, tomberaient-ils infailliblement aujourd’hui. Les connaisseurs ont beau les admirer toujours, si le public les admire encore, c’est plus par honte de s’en dédire que par un vrai sentiment de leurs beautés. On dit que jamais une bonne pièce ne tombe : vraiment je le crois bien, c’est que jamais une bonne pièce ne choque les mœurs[150] de son temps. Qui est-ce qui doute que sur nos théâtres la meilleure pièce de Sophocle ne tombât tout à plat ? On ne saurait se mettre à la place des gens qui ne nous ressemblent point.
Tout auteur qui veut nous peindre des mœurs étrangères a pourtant grand soin d’approprier sa pièce aux nôtres. Sans cette précaution, l’on ne réussit jamais, et le succès même de ceux qui l’ont prise a souvent des causes bien différentes de celles que lui suppose un observateur superficiel. Quand Arlequin sauvage[151] est si bien accueilli des spectateurs, pense-t-on que ce soit par le goût qu’ils prennent pour le sens et la simplicité de ce personnage, et qu’un seul d’entre eux voulût pour cela lui ressembler ? C’est, tout au contraire, que cette pièce favorise leur tour d’esprit, qui est d’aimer et rechercher les idées neuves et singulières. Or il n’y en a point de plus neuves pour eux que celles de la nature. C’est précisément leur aversion pour les choses communes qui les ramène quelquefois aux choses simples.
Il s’ensuit de ces premières observations que l’effet général du spectacle est de renforcer le caractère national, d’augmenter les inclinations naturelles, et de donner une nouvelle énergie à toutes les passions. En ce sens il semblerait que, cet effet se bornant à charger et non changer les mœurs établies, la comédie serait bonne aux bons et mauvaise aux méchants. Encore, dans le premier cas, resterait-il toujours à savoir si les passions trop irritées ne dégénèrent point en vices. Je sais que la poétique du théâtre prétend faire tout le contraire, et purger les passions en les excitant : mais j’ai peine à bien concevoir cette règle. Serait-ce que, pour devenir tempérant et sage, il faut commencer par être furieux et fou ?
« Eh ! non, ce n’est pas cela, disent les partisans du théâtre. La tragédie prétend bien que toutes les passions dont elle fait des tableaux nous émeuvent, mais elle ne veut pas toujours que notre affection soit la même que celle du personnage tourmenté par une passion. Le plus souvent, au contraire, son but est d’exciter en nous des sentiments opposés à ceux qu’elle prête à ses personnages. » Ils disent encore que, si les auteurs abusent du pouvoir d’émouvoir les cœurs pour mal placer l’intérêt, cette faute doit être attribuée à l’ignorance et à la dépravation des artistes, et non point à l’art. Ils disent enfin que la peinture fidèle des passions et des peines qui les accompagnent suffit seule pour nous les faire éviter avec tout le soin dont nous sommes capables.
Il ne faut, pour sentir la mauvaise foi de toutes ces réponses, que consulter l’état de son cœur à la fin d’une tragédie. L’émotion, le trouble et l’attendrissement, qu’on sent en soi-même, et qui se prolongent après la pièce, annoncent-ils une disposition bien prochaine à surmonter et régler nos passions ? Les impressions vives et touchantes dont nous prenons l’habitude, et qui reviennent si souvent, sont-elles bien propres à modérer nos sentiments au besoin ? Pourquoi l’image des peines qui naissent des passions effacerait-elle celle des transports de plaisir et de joie qu’on en voit aussi naître, et que les auteurs ont soin d’embellir encore pour rendre leurs pièces plus agréables ? Ne sait-on pas que toutes les passions sont sœurs, qu’une seule suffit pour en exciter mille, et que les combattre l’une par l’autre n’est qu’un moyen de rendre le cœur plus sensible à toutes ? Le seul instrument qui serve à les purger est la raison ; et j’ai déjà dit que la raison n’avait nul effet au théâtre. Nous ne partageons pas les affections de tous les personnages, il est vrai ; car, leurs intérêts étant opposés, il faut bien que l’auteur nous en fasse préférer quelqu’un, autrement nous n’en prendrions point du tout : mais, loin de choisir pour cela les passions qu’il veut nous faire aimer, il est forcé de choisir celles que nous aimons. Ce que j’ai dit du genre des spectacles doit s’entendre encore de l’intérêt qu’on y fait régner. À Londres, un drame intéresse en faisant haïr les Français ; à Tunis, la belle passion serait la piraterie ; à Messine, une vengeance bien savoureuse ; à Goa, l’honneur de brûler des Juifs. Qu’un auteur[152] choque ces maximes, il pourra faire une fort belle pièce où l’on n’ira point : et c’est alors qu’il faudra taxer cet auteur d’ignorance, pour avoir manqué à la première loi de son art, à celle qui sert de base à toutes les autres, qui est de réussir. Ainsi le théâtre purge les passions qu’on n’a pas, et fomente celles qu’on a. Ne voilà-t-il pas un remède bien administré ?
Il y a donc un concours de causes générales et particulières qui doivent empêcher qu’on ne puisse donner aux spectacles la perfection dont on les croit susceptibles, et qu’ils ne produisent les effets avantageux qu’on semble en attendre. Quand on supposerait même cette perfection aussi grande qu’elle peut être, et le peuple aussi bien disposé qu’on voudra ; encore ces effets se réduiraient-ils à rien, faute de moyens pour les rendre sensibles. Je ne sache que trois sortes d’instruments à l’aide desquels on puisse agir sur les mœurs d’un peuple ; savoir, la force des lois, l’empire de l’opinion, et l’attrait du plaisir. Or les lois n’ont nul accès au théâtre, dont la moindre contrainte ferait[153] une peine et non pas un amusement. L’opinion n’en dépend point, puisqu’au lieu de faire la loi au public, le théâtre la reçoit de lui ; et, quant au plaisir qu’on y peut prendre, tout son effet est de nous y ramener plus souvent.
As for the category of spectacles, it is undoubtedly their ability to provide pleasure, and not their usefulness, that determines their nature. If usefulness can be associated with them, so much the better; but the primary purpose is to entertain, and as long as the public enjoys themselves, that goal is sufficiently achieved. This alone ensures that such institutions cannot be given all the advantages they might potentially possess, and it would be a grave mistake to imagine them as perfect when in reality their practice would inevitably deter those whom we seek to educate. Hence arises the diversity of spectacles, reflecting the varied tastes of different nations. A brave, solemn, and cruel people desires bloody and dangerous festivities where valor and composure are displayed; a ferocious and passionate people craves bloodshed, battles, and intense emotions; a sensual people seeks music and dance; a courtly people values love and manners; while a frivolous people prefers humor and ridicule. Each people demands spectacles that cater to their own inclinations, rather than those that might moderate or restrain them.
In general, a theatrical scene is a depiction of human passions, the essence of which resides in everyone’s heart. Yet if the artist were to seek merely to flatter these passions, the audience would soon grow weary and refuse to see themselves depicted in a light that would cause them to despise themselves. When the artist attributes certain passions unpleasant colors, it is only those that are not universally cherished and that people naturally loathe. In this regard, the playwright merely follows the sentiments of the public. Moreover, these seemingly repulsive passions are always used to highlight others—perhaps not more legitimate, but certainly more in line with the audience’s preferences. On stage, reason alone is utterly useless. A man devoid of passions, or one who always manages to suppress them, would be unable to arouse anyone’s interest. As has already been observed, a Stoic in a tragedy would be an unbearable character; in a comedy, at best he might elicit some laughter.
Let us therefore not attribute to drama the power to change sentiments or manners; it can merely follow and embellish them. An author who sought to offend the general taste would soon be composing solely for himself. When Molière revised his comedic scenes, he attacked certain fashions and ridicules; yet he did not offend the public’s taste[149]—rather, he followed or developed it, just as Corneille did on his own account. It was the old-style drama that began to offend this taste, for in a century that had become more refined, drama still retained its original crudeness. Hence, since the general taste has changed since these two authors’ times, if their masterpieces were produced today, they would undoubtedly fail. Although connoisseurs may still admire them, if the public does too, it is more out of shame at having to disapprove of them than from a true appreciation of their beauty. People say that a good play can never fall from favor: indeed, I believe this to be true, for a good play can never offend the morals of its time[150]. Who would doubt that the best play by Sophocles would fail miserably on our modern stages? We simply cannot put ourselves in the place of people who are so different from us.
Any author who wishes to depict foreign customs takes great care to adapt his work to our own. Without this precaution, success is impossible; even the successes of those who have taken it often stem from reasons quite different from those imagined by a superficial observer. When Arlequin Sauvage[151] is so well received by the audience, do we really think it is because they appreciate the sense and simplicity of this character, or that even one of them would wish to resemble him? On the contrary, this play suits their way of thinking—namely, their inclination to love and seek out new and unusual ideas. And for them, there are few ideas more novel than those derived from nature itself. It is precisely their aversion to common things that sometimes leads them back to simplicity.
From these initial observations, it follows that the overall effect of theater is to strengthen national character, enhance natural inclinations, and infuse new energy into all passions. In this sense, it might seem that since this effect merely intensifies rather than alters established morals, comedy would be beneficial for the good and harmful for the bad. Yet, even in the first case, it remains uncertain whether excessively stirred passions might not degenerate into vices. I know that theater poetry claims to do just the opposite—purifying passions by stimulating them—but I find it difficult to grasp this notion. Could it be that in order to become temperate and wise, one must first become furious and insane?
“Ah no, that’s not it at all,” say the advocates of theater. “Tragedy claims that all those emotions it portrays move us, but it doesn’t always want our feelings to be the same as those of the characters tormented by those emotions. More often than not, its aim is to arouse in us sentiments that are the very opposite of those it attributes to its characters.” They also argue that if authors abuse their power to move people’s hearts in order to misplace what is truly important, this fault should be attributed to the ignorance and corruption of these artists, rather than to the art itself. Finally, they claim that a faithful depiction of emotions and the suffering that accompanies them is enough in itself to make us avoid such things with all the care we are capable of showing.
To perceive the malice inherent in all such responses, one only needs to reflect on one’s own state of mind at the end of a tragedy. The emotions, turmoil, and compassion that one feels within oneself, and that persist even after the play has ended—do they truly indicate a willingness to soon overcome and regulate our passions? Are those vivid and moving impressions, to which we grow accustomed and that recur so frequently, really capable of moderating our feelings when needed? Why should the image of the suffering caused by passions erase the memories of the pleasures and joys that also arise from them, and which playwrights go to such lengths as to embellish further in order to make their plays more enjoyable? Don’t we know that all passions are related to one another; that a single passion is enough to arouse thousands; and that fighting one against another is merely a way of making the heart more susceptible to them all? The only instrument capable of purging these passions is reason—yet I have already stated that reason holds no effect in the theater. It is true that we do not share in the sentiments of all the characters; since their interests are often opposed, the playwright must make us favor one over another, otherwise we would not be interested at all. But far from choosing those passions he wants us to admire, he is forced to choose those we already love. What I have said about the genre of theater applies equally to the interest it seeks to arouse in its audience. In London, a play succeeds by making people hate the French; in Tunis, the “beautiful passion” would be piracy; in Messina, a satisfying act of vengeance; in Goa, the so-called honor of burning Jews. If a playwright dares to challenge these principles, he may produce a very good play that no one will attend—but in that case, such a playwright should be condemned for ignorance, for having violated the primary rule of his art, the rule upon which all others depend: to succeed. In this way, the theater purges those passions we do not possess and fosters those we already have. Isn’t this a remarkably effective remedy?
There is thus a competition between general and particular causes that must prevent performances from attaining the perfection for which they are deemed capable, or from producing the beneficial effects that one would expect of them. Even if we assumed such perfection existed to the greatest extent possible, and the public were as receptive as one might wish, these effects would still be rendered nonexistent in the absence of the means to make them tangible. I am aware of only three kinds of instruments through which one can influence the morals of a people: the power of laws, the influence of public opinion, and the allure of piacere. However, laws have no effect on the theater, since even the slightest restraint there would turn it into a source of pain rather than enjoyment. Public opinion is not influenced by the theater, since it is the theater that receives opinions from the audience, rather than imposing them upon it. As for the pleasure one can derive from the theater, its sole effect is to encourage us to attend it more frequently.
Per quanto riguarda il genere dei spettacoli, è necessariamente il piacere che offrono, e non la loro utilità, a determinarne l’esistenza. Se in essi può esserci anche un’utilità, ben venga; ma lo scopo principale è quello di divertire il pubblico, e purché quest’ultimo si diverta, tale scopo è più che sufficiente. Solo questo può impedire che a questi tipi di manifestazioni vengano attribuiti tutti i vantaggi di cui sarebbero capaci; ed è un grave errore formarsi un’idea di perfezione che non si potrebbe mai realizzare senza allontanare coloro che si crede di istruire. Ecco da dove deriva la diversità degli spettacoli a seconda dei diversi gusti delle nazioni: un popolo coraggioso, serio e crudele desidera feste violente e pericolose in cui brillino il valore e la freddezza; un popolo feroce e irruento cerca sangue, combattimenti e passioni atroci; un popolo lussurioso preferisce musica e danze; un popolo galante ama l’amore e la cortesia; un popolo frivolo ricerca scherzi e ridicoli. Ogni popolo ha i propri gusti, e bisogna offrire spettacoli che li soddisfino, piuttosto che quelli che potrebbero moderarli.
In generale, la scena rappresenta un quadro delle passioni umane, le cui caratteristiche fondamentali esistono nel cuore di tutti; tuttavia, se l’artista non si prendesse cura di lusingare queste passioni, gli spettatori ne sarebbero presto disgustati e non vorrebbero più vedere se stessi rappresentati in un modo che li facesse disprezzare. Se invece attribuisce ad alcune di queste passioni colori odiosi, è soltanto per quelle che non sono comuni a tutti e che naturalmente suscitano avversione. In questo modo, l’autore segue semplicemente i sentimenti del pubblico; e le passioni ritenute ripugnanti vengono utilizzate proprio per far risaltare altre, se non più legittime, almeno più gradite agli spettatori. Solo la ragione, sulla scena, non ha alcun valore. Un uomo privo di passioni, o che le controllasse sempre completamente, non riuscirebbe a interessare nessuno; e si è già notato che uno stoico, in una tragedia, sarebbe un personaggio insopportabile, mentre in una commedia al massimo susciterebbe solo risate.
Non si deve quindi attribuire al teatro il potere di cambiare sentimenti o costumi, poiché esso può soltanto seguirli e abbellirli. Un autore che volesse contrariare i gusti del pubblico finirebbe presto per scrivere solo per se stesso. Quando Molière modificò le sue commedie, attaccò certe mode e ridicolità; tuttavia non offese i gusti del pubblico[149], ma li seguì o li sviluppò, proprio come fece anche Corneille. Fu il vecchio teatro a iniziare ad offendere questi gusti, perché, in un secolo diventato più raffinato, il teatro conservava ancora la sua rozzezza originale. Pertanto, poiché i gusti del pubblico sono cambiati da quando questi due autori vissero, anche se le loro opere maggiori dovessero essere rappresentate oggi, fallirebbero inevitabilmente. Anche se gli esperti continuano ad ammirarle, se il pubblico le apprezza ancora, è più per vergogna di doverne dissentire che per un vero riconoscimento delle loro qualità. Si dice che una buona opera teatrale non possa mai fallire: in realtà lo credo anch’io, perché una vera opera buona non contraddice mai i costumi del suo tempo[150]. Chi dubita che su i nostri teatri l’opera migliore di Sofocle non riceverebbe un completo insuccesso? Non possiamo certo metterci nei panni delle persone che non sono come noi.
Ogni autore che intenda descriverci usanze straniere fa però grande attenzione ad adattare la propria opera alle nostre abitudini. Senza questa precauzione, non si riesce mai; anzi, il successo stesso di coloro che l’hanno adottata spesso deriva da cause molto diverse da quelle che un osservatore superficiale potrebbe immaginare. Quando Arlequin selvaggio è così ben accolto dal pubblico, si può pensare che ciò sia dovuto al gusto che gli spettatori provano per il senso dell’umorismo e la semplicità di questo personaggio. Eppure, solo un raro tra loro vorrebbe davvero assomigliargli! Al contrario, questa opera favorisce proprio il loro modo di pensare, che consiste nell’amare e cercare idee nuove e originali. Ora, per loro non esistono idee più nuove di quelle offerte dalla natura stessa. Ed è proprio la loro avversione verso le cose comuni a portarli talvolta alle cose semplici.
Da queste prime osservazioni si deduce che l’effetto generale dello spettacolo sia quello di rafforzare il carattere nazionale, di intensificare le inclinazioni naturali e di infondere nuova energia in tutte le passioni. In questo senso, sembrerebbe che, poiché tale effetto si limita a esacerbare anziché modificare i costumi consolidati, la commedia possa essere benefica per i buoni e dannosa per i cattivi. Tuttavia, anche nel primo caso, rimane da chiedersi se passioni troppo eccitate non degenerino in vizi. So che la poetica del teatro pretende esattamente il contrario: purificare le passioni stimolandole. Ma fatico a comprendere davvero questo principio. Significherebbe forse che, per diventare moderati e saggi, bisogni prima diventare furiosi e pazzi?
“Eh no, non è proprio così”, dicono i sostenitori del teatro. La tragedia afferma certamente che tutte le passioni di cui descrive gli episodi ci commuovono, ma non vuole sempre che il nostro sentimento sia lo stesso di quello del personaggio tormentato da quella passione. Più spesso, al contrario, il suo scopo è suscitare in noi sentimenti opposti a quelli che attribuisce ai suoi personaggi. Dicono anche che, se gli autori abusano del potere di commuovere i cuori per porre in modo errato gli interessi dei personaggi, questo errore deve essere attribuito all’ignoranza e alla corruzione degli artisti, e non all’arte stessa. Infine, affermano che una rappresentazione fedele delle passioni e dei dolori che le accompagnano sia sufficiente per farci evitare tali sentimenti con tutto il riguardo di cui siamo capaci.
Basta, per percepire la malafede di tutte queste risposte, esaminare lo stato del proprio cuore alla fine di una tragedia. L’emozione, il turbamento e la commozione che si provano in sé stessi, e che persistono anche dopo la rappresentazione, indicano forse una prossima disposizione a superare e regolare le proprie passioni? Le impressioni vivide e toccanti a cui ci abituiamo, e che ritornano così spesso, sono davvero adatte a moderare i nostri sentimenti quando necessario? Perché allora l’immagine dei dolori derivanti dalle passioni dovrebbe cancellare quella degli istanti di piacere e gioia che ne derivano anch’essi, e che gli autori si prendono cura di rendere ancora più belle per rendere le loro opere più gradite? Non sappiamo forse che tutte le passioni sono sorelle tra loro, che una sola basta a suscitare mille altre, e che combatterle l’una contro l’altra non è altro che un modo per rendere il cuore ancora più sensibile a tutte? L’unico strumento efficace per purificarle è la ragione; ma ho già detto che la ragione non ha alcun effetto sul teatro. È vero che non condividiamo le emozioni di tutti i personaggi; poiché i loro interessi sono opposti, l’autore deve necessariamente farci preferire qualcuno, altrimenti non ne proveremmo affatto interesse; ma, lontano dal scegliere quelle passioni che vuole farci amare, è costretto a scegliere quelle che già amiamo. Quello che ho detto sul genere degli spettacoli si applica anche all’interesse che vi viene attribuito. A Londra, un dramma suscita interesse facendo odiare i francesi; a Tunisi, la passione “bella” sarebbe quella della pirateria; a Messina, una vendetta ben gustosa; a Goa, l’onore di bruciare gli ebrei. Se un autore viola queste regole, potrà comunque scrivere un’opera molto bella, ma in tal caso bisognerà considerarlo ignorante, per aver trasgredito la prima legge del suo arte, quella che ne costituisce la base e che è il successo stesso. Così il teatro purifica le passioni che non si hanno, e al contempo le alimenta. Non è forse questo un rimedio efficace?
Esiste quindi una competizione tra cause generali e particolari che impedisce di raggiungere quella perfezione che si ritiene possibili gli spettacoli, e che impedisce loro di produrre gli effetti positivi che ci si aspetta da essi. Anche se si ipotizzasse che tale perfezione fosse massima e il pubblico estremamente disponibile, tali effetti rimarrebbero comunque nulli, a causa della mancanza dei mezzi necessari per renderli percettibili. Conosco soltanto tre tipi di strumenti attraverso i quali si possa influenzare i costumi di un popolo: la forza delle leggi, l’influenza dell’opinione pubblica e il fascino del piacere. Tuttavia, le leggi non hanno alcun potere sugli spettacoli, poiché anche la minima coercizione in loro contenuta trasformerebbe lo spettatore in vittima di sofferenza anziché di divertimento. L’opinione pubblica, inoltre, non ne dipende, poiché lo spettacolo riceve le sue direttive dal pubblico stesso, piuttosto che imporle. Quanto al piacere che si può trarne, l’unico effetto dello spettacolo è quello di invogliare le persone a frequentarlo più spesso.
Examinons s’il en peut avoir d’autres. Le théâtre, me dit-on, dirigé comme il peut et doit l’être, rend la vertu aimable et le vice odieux. Quoi donc ! avant qu’il y eût des comédies n’aimait-on point les gens de bien ? ne haïssait-on point les méchants ? et ces sentiments sont-ils plus faibles dans les lieux dépourvus de spectacles ? Le théâtre rend la vertu aimable… Il opère un grand prodige de faire ce que la nature et la raison font avant lui ? Les méchants sont haïs sur la scène… Sont-ils aimés dans la société, quand on les y connaît pour tels ? Est-il bien sûr que cette haine soit plutôt l’ouvrage de l’auteur que des forfaits qu’il leur fait commettre ? Est-il bien sûr que le simple récit de ces forfaits nous en donnerait moins d’horreur que toutes les couleurs dont il nous les peint ? Si tout son art consiste à nous montrer des malfaiteurs pour nous les rendre odieux, je ne vois point ce que cet art a de si admirable, et l’on ne prend là-dessus que trop d’autres leçons sans celle-là. Oserai-je ajouter un soupçon qui me vient ? Je doute que tout homme à qui l’on exposera d’avance les crimes de Phèdre ou de Médée ne les déteste plus encore au commencement qu’à la fin de la pièce : et si ce doute est fondé, que faut-il penser de cet effet si vanté du théâtre ?
Je voudrais bien qu’on me montrât clairement et sans verbiage par quels moyens il pourrait produire en nous des sentiments que nous n’aurions pas, et nous faire juger des êtres moraux autrement que nous n’en jugeons en nous-mêmes. Que toutes ces vaines prétentions approfondies sont puériles et dépourvues de sens ! Ah ! si la beauté de la vertu était l’ouvrage de l’art, il y a longtemps qu’il l’aurait défigurée. Quant à moi, dût-on me traiter de méchant encore pour oser soutenir que l’homme est né bon, je le pense et crois l’avoir prouvé : la source de l’intérêt qui nous attache à ce qui est honnête, et nous inspire de l’aversion pour le mal, est en nous et non dans les pièces. Il n’y a point d’art pour produire cet intérêt, mais seulement pour s’en prévaloir. L’amour du beau[154] est un sentiment aussi naturel au cœur humain que l’amour de soi-même ; il n’y naît point d’un arrangement de scènes ; l’auteur ne l’y porte pas, il l’y trouve ; et de ce pur sentiment qu’il flatte naissent les douces larmes qu’il fait couler.
Imaginez la comédie aussi parfaite qu’il vous plaira ; où est celui qui, s’y rendant pour la première fois, n’y va pas déjà convaincu de ce qu’on y prouve, et déjà prévenu pour ceux qu’on y fait aimer ? Mais ce n’est pas de cela qu’il est question, c’est d’agir conséquemment à ses principes et d’imiter les gens qu’on estime. Le cœur de l’homme est toujours droit sur tout ce qui ne se rapporte pas personnellement à lui. Dans les querelles dont nous sommes purement spectateurs, nous prenons à l’instant le parti de la justice, et il n’y a point d’acte de méchanceté qui ne nous donne une vive indignation, tant que nous n’en tirons aucun profit : mais quand notre intérêt s’y mêle, bientôt nos sentiments se corrompent ; et c’est alors seulement que nous préférons le mal qui nous est utile, au bien que nous fait aimer la nature. N’est-ce pas un effet nécessaire de la constitution des choses, que le méchant tire un double avantage de son injustice et de la probité d’autrui ? Quel traité plus avantageux pourrait-il faire, que d’obliger le monde entier d’être juste, excepté lui seul, en sorte que chacun lui rendit fidèlement ce qui lui est dû, et qu’il ne rendit ce qu’il doit à personne ? Il aime la vertu, sans doute ; mais il l’aime dans les autres, parce qu’il espère en profiter ; il n’en veut point pour lui, parce qu’elle lui serait coûteuse. Que va-t-il donc voir au spectacle ? Précisément ce qu’il voudrait trouver partout ; des leçons de vertu pour le public, dont il s’excepte, et des gens immolant tout à leur devoir, tandis qu’on n’exige rien de lui.
J’entends dire que la tragédie mène à la pitié par la terreur, soit. Mais quelle est cette pitié ? Une émotion passagère et vaine, qui ne dure pas plus que l’illusion qui l’a produite ; un reste de sentiment naturel étouffé bientôt par les passions, une pitié stérile, qui se repaît de quelques larmes, et n’a jamais produit le moindre acte d’humanité. Ainsi pleurait le sanguinaire Sylla au récit des maux qu’il n’avait pas faits lui-même : ainsi se cachait le tyran de Phère au spectacle, de peur qu’on ne le vît gémir avec Andromaque et Priam[155], tandis qu’il écoutait sans émotion les cris de tant d’infortunés qu’on égorgeait tous les jours par ses ordres. Tacite rapporte[156] que Valérius-Asiaticus, accusé calomnieusement par l’ordre de Messaline qui voulait le faire périr, se défendit par-devant l’empereur d’une manière qui toucha extrêmement ce prince et arracha des larmes à Messaline elle-même. Elle entra dans une chambre voisine pour se remettre, après avoir, tout en pleurant, averti Vitellius à l’oreille de ne pas laisser échapper l’accusé. Je ne vois pas au spectacle une de ces pleureuses de loges si fières de leurs larmes, que je ne songe à celles de Messaline pour ce pauvre Valérius-Asiaticus.
Si, selon la remarque de Diogène Laërce, le cœur s’attendrit plus volontiers à des maux feints qu’à des maux véritables ; si les imitations du théâtre nous arrachent quelquefois plus de pleurs que ne ferait la présence même des objets imités c’est moins, comme le pense l’abbé Du Bos, parer que les émotions sont plus faibles et ne vont pas jusqu’à la douleur[157], que parce qu’elles sont pures et sans mélange d’inquiétude pour nous-mêmes. En donnant des pleurs à ces fictions, nous avons satisfait à tous les droits de l’humanité, sans avoir plus rien à mettre du nôtre ; au lieu que les infortunés en personne exigeraient de nous des soins, des soulagements, des consolations, des travaux, qui pourraient nous associer à leurs peines, qui coûteraient du moins à notre indolence, et dont nous sommes bien aises d’être exemptés. On dirait que notre cœur se resserre, de peur de s’attendrir à nos dépens.
Au fond, quand un homme est allé admirer de belles actions dans des fables et pleurer des malheurs imaginaires, qu’a-t-on encore à exiger de lui ? N’est-il pas content de lui-même ? Ne s’applaudit-il pas de sa belle âme ? ne s’est-il pas acquitté de tout ce qu’il doit à la vertu par l’hommage qu’il vient de lui rendre ? Que voudrait-on qu’il fit de plus ? Qu’il la pratiquât lui-même ? il n’a point de rôle à jouer : il n’est pas comédien.
Plus j’y réfléchis, et plus je trouve que tout ce qu’on met en représentation au théâtre, on ne l’approche pas de nous, on l’en éloigne. Quand je vois le Comte d’Essex, le règne d’Elisabeth se recule, à mes yeux, de dix siècles ; et si l’on jouait un événement arrivé hier dans Paris, on me le ferait supposer du temps de Molière. Le théâtre a ses règles, ses maximes, sa morale à part, ainsi que son langage et ses vêtements. On se dit bien que rien de tout cela ne nous convient, et l’on se croirait aussi ridicule d’adopter les vertus de ses héros, que de parler en vers et d’endosser un habit à la romaine. Voilà donc à peu près à quoi servent tous ces grands sentiments et toutes ces brillantes maximes qu’on vante avec tant d’emphase ; à les reléguer à jamais sur la scène, et à nous montrer la vertu comme un jeu de théâtre, bon pour amuser le public, mais qu’il y aurait de la folie à vouloir transporter sérieusement dans la société. Ainsi la plus avantageuse impression des meilleures tragédies est de réduire à quelques affections passagères, stériles, et sans effet, tous les devoirs de l’homme ; à nous faire applaudir de notre courage en louant celui des autres, de notre humanité en plaignant les maux que nous aurions pu guérir, de notre charité en disant au pauvre, Dieu vous assiste !
Let us consider whether there can be other such effects. I am told that, when theatre is directed in the way it can and must be directed, it makes virtue seem lovely and vice seem hateful. But indeed—before the existence of comedies, did not people already love the good and hate the evil? Are these sentiments any weaker in places where there are no theatrical performances? Theatre makes virtue seem lovely. It performs a great miracle: it manages to do what nature and reason accomplish long before it arrives. Evils are hated on stage. But are they really loved in society, once people know them for what they are? Is it certain that this hatred is primarily the result of what the theatre makes these characters do, rather than the characters themselves? And is it really true that merely hearing about these crimes would arouse less horror in us than seeing them depicted through all those vivid descriptions? If the whole purpose of theatre is to show us villains in order to make us hate them, then I see nothing admirable about such an art—and people seem to draw far too many other lessons from it, without learning this one at all. May I dare express a doubt that comes to my mind? I suspect that any man who is given advance knowledge of the crimes committed by Phaedra or Medea would hate them even more at the beginning of the play than at its end. And if this doubt is justified, what should we think of this so much touted effect of theatre?
I would be very willing to see clearly and without any circumlocution shown to me what means could be used to arouse in us feelings that we otherwise would not possess, and to lead us to judge moral beings in a different way from how we judge ourselves. How futile and senseless all these pretentious attempts at profundity are! Ah! if the beauty of virtue were the product of art, it would have long been distorted by such efforts. As for me, even if I were called evil for daring to assert that man is born good, I still hold this belief and believe I have proven it: the source of that inclination which binds us to what is honest and inspires in us aversion toward evil lies within us, not in artificial arrangements or dramatic scenes. There is no art capable of creating such feelings; art can only exploit them. The love of beauty is a sentiment as natural to the human heart as self-love; it does not arise from any fabricated scenarios; the artist does not bring it into existence—he finds it already there. And from this pure and genuine emotion, which he merely nurtures, flow those gentle tears that art makes us weep.
Imagine a comedy as perfect as you may wish; who would ever attend it for the first time without already being convinced of what is demonstrated therein, and preconceived in favor of those whom it seeks to make beloved? But that is not the point at issue here. The matter is to act in accordance with one’s principles and to emulate those whom we regard as admirable. The human heart is always upright regarding everything that does not directly concern us personally. In disputes of which we are mere spectators, we immediately side with justice; there is no act of malice that does not arouse our intense indignation, so long as we ourselves derive no benefit from it. But when our own interests become involved, our sentiments soon degenerate, and then we prefer the evil that serves our own purposes to the good that nature prompts us to pursue. Is it not an inevitable consequence of the way things are arranged that the wicked reaps double benefits from both their own injustice and the honesty of others? What more advantageous treaty could there be than one that forces the entire world to be just—except for itself—so that everyone pays what is due to it, while it itself owes nothing to anyone? It professes to love virtue; but it loves it in others because it hopes to profit from it; it does not desire it for itself because it would be costly to its own interests. So what is it that it seeks to gain from such a spectacle? Precisely what it would wish to find everywhere: lessons of virtue meant for the general public, to which it itself excludes itself; people who sacrifice everything for their duties, while nothing is demanded of it.
I hear it said that tragedy leads to pity through fear—so be it. But what is this pity? A fleeting and futile emotion, lasting no longer than the illusion that gave rise to it; a remnant of natural sympathy soon stifled by passions, a sterile pity that feeds on mere tears and has never once inspired a single act of humanity. Thus wept the bloody Sylla when hearing of the evils he had not himself committed; thus did the tyrant of Phere hide behind a curtain, afraid that anyone might see him weep with Andromache and Priam[155], while coldly listening to the cries of so many unfortunate people who were slaughtered every day at his orders. Tacitus relates[156] that Valerius Asiaticus, falsely accused on the order of Messaline who sought his death, defended himself before the emperor in such a way that it deeply moved the emperor and brought tears to Messaline’s own eyes. She went into a nearby room to recover her composure, while, still weeping, she whispered in Vitellius’ ear not to let the accused escape. When I watch a tragedy, I think not of those ostentatious mourners in the galleries who take pride in their tears, but rather of Messaline’s tears for that poor Valerius Asiaticus.
If, as Diogenes Laërtius observes, the heart is more readily moved by fictitious misfortunes than by real ones; if theatrical imitations sometimes provoke us to shed more tears than the actual presence of the things they depict—then this is less because, in the words of Abbe Du Bos, such emotions are weaker and do not even reach the level of true pain[157], than because they are pure and free from any concern for ourselves. By shedding tears over these fictitious tragedies, we satisfy all the legitimate demands of humanity without having to contribute anything of our own. Instead of the unfortunate victims themselves demanding from us care, relief, consolation, or even efforts that might involve sharing their suffering—efforts that would at least cost us some effort and from which we are only too happy to be exempt—we find solace in these artificial tragedies. It is as if our hearts hold back their true emotions, for fear of being moved too deeply at our own expense.
After all, when a man goes to admire beautiful deeds in fables and weep over imagined misfortunes, what more can be expected of him? Is he not satisfied with himself? Does he not praise his own noble soul? Has he not fulfilled everything he owes to virtue by the respect he has just paid it? What more could one possibly want from him? That he practice virtue himself? But he has no role to play in that; he is not an actor.
The more I think about it, the more I realize that everything presented on stage in theater actually distances us from those experiences rather than bringing them closer. When I watch “The Count of Essex,” the reign of Elizabeth seems to recede by ten centuries in my eyes; and if a play were to depict an event that happened just yesterday in Paris, it would make me assume it took place during Molière’s time. Theater has its own rules, principles, morals, language, and costumes. We certainly know that none of these suit us, and we would find it as ridiculous to adopt the virtues of its heroes as it would be to speak in verse or don a Roman costume. Such is, then, the nearly exclusive purpose of all those grand sentiments and brilliant maxims that are so highly praised: to confine them forever to the stage and to present virtue as nothing more than a theatrical performance, suitable for entertaining the audience—but utterly foolish if one were to attempt to apply it seriously in real life. Thus, the most “beneficial” effect of the best tragedies is to reduce all of man’s duties to mere fleeting, sterile emotions that have no real impact on our lives; to make us applaud our own courage while praising that of others, to feel compassionate toward sufferings we could easily alleviate, and to treat charity merely as a theatrical gesture, good enough to amuse the crowd but nothing more.
Esaminiamo se possano esistere altri casi simili. Mi si dice che il teatro, gestito come può e deve essere, renda la virtù amabile e il vizio odioso. Ma allora! Prima dell’esistenza delle commedie, non si amavano forse le persone buone e non si odiavano i malvagi? E questi sentimenti sono davvero più deboli nei luoghi privi di spettacoli? Il teatro rende la virtù amabile. Commette davvero un grande miracolo nel riuscire a fare ciò che la natura e la ragione fanno già prima di lui? I malvagi sono odiati sul palco. Ma li si ama nella società, quando si conosce chiaramente che lo sono? È davvero certo che questo odio sia frutto dell’opera dello scrittore piuttosto che dei crimini che fa commettere ai suoi personaggi? È davvero certo che il semplice racconto di questi crimini ci susciti meno orrore di tutte le descrizioni vivide con cui vengono rappresentati? Se tutto l’arte del teatro consiste nel mostrarci dei malvagi per renderli odiosi, non vedo proprio cosa ci sia di così ammirevole in questo. E si traggono da esso troppe altre lezioni, senza quella principale. Oserò aggiungere un dubbio che mi viene in mente? Dubito che qualsiasi uomo, a cui vengano anticipatamente descritti i crimini di Fedra o di Medea, non li odii ancora di più all’inizio che alla fine dell’opera. E se questo dubbio è fondato, cosa si deve pensare di questo effetto tanto lodato del teatro?
Mi piacerebbe molto che mi venissero chiaramente e senza giri di parole mostrati quali mezzi potrebbero essere utilizzati per suscitare in noi sentimenti che altrimenti non avremmo, e farci giudicare gli esseri morali in modo diverso da come li giudichiamo noi stessi. Quanto sono infantili e prive di senso tutte queste vane pretese! Ah, se la bellezza della virtù fosse il risultato dell’arte, da tempo essa ne sarebbe stata deformata. Per quanto mi riguarda, anche se dovessi essere considerato un malvagio per osare affermare che l’uomo è nato buono, lo penso e credo di averlo dimostrato: la fonte dell’interesse che ci lega a ciò che è onesto, e che ci induce ad avversione verso il male, risiede in noi stessi, e non nelle opere d’arte. Non esiste alcun mezzo artistico per generare questo interesse, ma soltanto per approfittarne. L’amore del bello è un sentimento altrettanto naturale nel cuore umano quanto l’amore di sé stesso; non nasce da alcuna sceneggiatura preconfezionata; l’autore non lo introduce, ma lo trova già presente in noi. E da questo puro sentimento, che egli esalta, scaturiscono quelle dolci lacrime che suscita.
Immaginate una commedia perfetta quanto vi piaccia; chi mai, andandoci per la prima volta, non vi va già convinto di ciò che vi viene dimostrato e già predisposto a favore di coloro che vi vengono fatti amare? Ma non è di questo che si tratta: si tratta piuttosto di agire in modo coerente con i propri principi e di imitare le persone che stimiamo. Il cuore dell’uomo è sempre giusto riguardo a tutto ciò che non lo riguarda personalmente. Nei conflitti di cui siamo semplici spettatori, prendiamo immediatamente posizione a favore della giustizia; non esiste alcun atto di malvagità che non susciti in noi una viva indignazione, purché da esso non traiamo alcun vantaggio personale. Ma quando il nostro interesse vi è coinvolto, i nostri sentimenti si corrompono rapidamente; ed è allora che preferiamo il male che ci è utile al bene che la natura ci spinge ad amare. Non è forse un effetto inevitabile della struttura stessa delle cose il fatto che il malvagio trae un doppio vantaggio dalla propria ingiustizia e dalla virtù degli altri? Qual trattato potrebbe essere più vantaggioso di questo: costringere l’intero mondo ad essere giusto, tranne lui stesso, in modo che tutti gli altri gli restituiscano fedelmente ciò che gli è dovuto, mentre lui non restituisce nulla a nessuno? Lui ama la virtù, ma la ama negli altri, perché spera di trarne profitto; non la vuole per sé, perché gli costerebbe troppo. Allora, cosa va davvero a vedere in quei spettacoli? Proprio ciò che vorrebbe trovare ovunque: lezioni di virtù destinate al pubblico, da cui lui stesso è escluso, e persone che sacrificano tutto per il proprio dovere, mentre da lui non si richiede nulla.
Si dice che la tragedia porti alla pietà attraverso il terrore. Ma cos’è questa pietà? Un’emozione passeggera e vana, che dura non più a lungo dell’illusione che l’ha generata; un residuo di sentimento naturale presto soffocato dalle passioni. Una pietà sterile, che si nutre soltanto di qualche lacrima, e che mai ha prodotto il minimo atto di umanità. Così piangeva il sanguinario Silla ascoltando i racconti dei mali che non aveva lui stesso commessi; così si nascondeva il tiranno di Fere davanti a quegli spettacoli, per paura che qualcuno lo vedesse gemere insieme ad Andromaca e Priamo[155], mentre ascoltava senza emozione le grida di tanti sfortunati che ogni giorno venivano massacrati per suo ordine. Tacito racconta[156] che Valerio Asiatico, accusato calunniosamente dall’ordine di Messalina che voleva la sua morte, si difese davanti all’imperatore in modo tale da commuovere profondamente quel principe e far versare lacrime anche a Messalina stessa. Lei entrò in una stanza vicina per riprendersi, dopo aver, tra le lacrime, sussurrato a Vitellio di non lasciare scappare l’accusato. Non vedo, davanti a questi spettacoli, nessuna di quelle donne delle tribune così orgogliose delle proprie lacrime. E penso soltanto a quelle di Messalina per quel povero Valerio Asiatico.
Se, come osserva Diogene Laerzio, il cuore si commuove più facilmente di fronte a dolori fingiti che a dolori veri; se le imitazioni teatrali ci fanno talvolta versare più lacrime di quanto non farebbe la presenza stessa degli oggetti rappresentati, ciò non significa, come ritiene l’abate Du Bos, che le emozioni siano più deboli e non arrivino fino al dolore stesso[157], ma piuttosto che esse siano pure e prive di qualsiasi ansia riguardo a noi stessi. Dando lacrime a queste finzioni, soddisfiamo tutti i diritti dell’umanità senza dover contribuire con nulla di nostro; al contrario, se quelle persone sfortunate ci chiedessero direttamente cure, sollievi, consolazioni o aiuti, questo potrebbe costringerci ad associarci alle loro sofferenze, richiedere uno sforzo da parte nostra e, in ogni caso, farci perdere la comodità della nostra indolenza. Sembra quasi che il nostro cuore si ritragga, per paura di commuoversi a nostre spese.
In fondo, quando un uomo si reca ad ammirare belle azioni descritte nelle favole e a piangere per sfortune immaginarie, cosa si può ancora chiedergli? Non è forse soddisfatto di sé stesso? Non si compiace della sua “bella anima”? Non ha forse adempiuto a tutto ciò che deve alla virtù rendendole omaggio in questo modo? Cosa si potrebbe volere da lui di più? Che la pratichi personalmente? Lui non ha alcun ruolo da svolgere: non è un attore.
Più ci penso, più mi rendo conto che tutto ciò che viene rappresentato sul teatro, in realtà ci allontana da esso. Quando vedo “Il Conte di Essex”, il regno di Elisabetta sembra retrocedere di dieci secoli ai miei occhi; e se si rappresentasse un evento accaduto ieri a Parigi, mi sembrerebbe appartenente all’epoca di Molière. Il teatro ha le sue regole, i suoi principi morali, il suo linguaggio e i suoi costumi specifici. Si sa bene che nulla di tutto ciò ci si addice, e ci sembrerebbe altrettanto ridicolo adottare le virtù dei suoi eroi quanto parlare in versi o indossare abiti romani. Ecco dunque a cosa servono tutti questi grandi sentimenti e queste brillanti massime di cui si parla con tanto entusiasmo: a relegarli per sempre sul palcoscenico, a farci considerare la virtù come un semplice spettacolo teatrale, adatto solo a divertire il pubblico, ma assurdo se si volesse davvero trasferirla nella vita reale. Così, l’impressione più positiva che le migliori tragedie riescono a suscitare è quella di ridurre tutti i doveri umani a semplici emozioni passeggeri, sterili e prive di effetto reale; ci fanno applaudire il nostro coraggio lodando quello degli altri, la nostra umanità lamentandoci dei mali che avremmo potuto eliminare, la nostra carità dicendo al povero: “Dio vi assista!”.
On peut, il est vrai, donner un appareil plus simple à la scène, et rapprocher dans la comédie le ton du théâtre de celui du monde : mais de cette manière on ne corrige pas les mœurs, on les peint ; et un laid visage ne paraît point laid à celui qui le porte. Que si l’on veut les corriger par leur charge, on quitte la vraisemblance et la nature, et le tableau ne fait plus d’effet. La charge ne rend pas les objets haïssables, elle ne les rend que ridicules ; et de là résulte un très grand inconvénient, c’est qu’à force de craindre les ridicules, les vices n’effraient plus, et qu’on ne saurait guérir les premiers sans fomenter les autres. Pourquoi, direz-vous, supposer cette opposition nécessaire ? Pourquoi, monsieur ? Parce que les bons ne tournent point les méchants en dérision, mais les écrasent de leur mépris, et que rien n’est moins plaisant et risible que l’indignation de la vertu. Le ridicule, au contraire, est l’arme favorite du vice. C’est par elle qu’attaquant dans le fond des cœurs le respect qu’on doit à la vertu, il éteint enfin l’amour qu’on lui porte.
Ainsi tout nous force d’abandonner cette vaine idée de perfection qu’on nous veut donner de la forme des spectacles, dirigés vers l’utilité publique. C’est une erreur, disait le grave Muralt, d’espérer qu’on y montre fidèlement les véritables rapports des choses : car, en général, le poète ne peul qu’altérer ces rapports pour les accommoder au goût du peuple. Dans le comique, il les diminue et les met au-dessous de l’homme ; dans le tragique, il les étend pour les rendre héroïques, et les met au-dessus de l’humanité. Ainsi jamais ils ne sont à sa mesure, et toujours nous voyons au théâtre d’autres êtres que nos semblables. J’ajouterai que cette différence est si vraie et si reconnue, qu’Aristote en fait une règle dans sa Poétique[158] : Comœdia enim déteriores, tragœdia meliores quam nunc sunt, imitari conantur. Ne voilà-t-il pas une imitation bien entendue, qui se propose pour objet ce qui n’est point, et laisse, entre le défaut et l’excès, ce qui est comme une chose inutile ? Mais qu’importe la vérité de l’imitation, pourvu que l’illusion y soit ? il ne s’agit que de piquer la curiosité du peuple. Ces productions d’esprit, comme la plupart des autres, n’ont pour but que les applaudissements. Quand l’auteur en reçoit et que les acteurs les partagent, la pièce est parvenue à son but, et l’on n’y cherche point d’autre utilité. Or, si le bien est nul, reste le mal ; et comme celui-ci n’est pas douteux, la question me paraît décidée. Mais passons à quelques exemples qui puissent en rendre la solution plus sensible.
Je crois pouvoir avancer, comme une vérité facile à prouver, en conséquence des précédentes, que le théâtre français, avec les défauts qui lui restent, est cependant à peu près aussi parfait qu’il peut l’être, soit pour l’agrément, soit pour l’utilité ; et que ces deux avantages y sont dans un rapport qu’on ne peut troubler sans ôter à l’un plus qu’on ne donnerait à l’autre, ce qui rendrait ce même théâtre moins parfait encore. Ce n’est pas qu’un homme de génie ne puisse inventer un genre de pièces préférable à ceux qui sont établis : mais ce nouveau genre, ayant besoin pour se soutenir des talents de l’auteur, périra nécessairement avec lui ; et ses successeurs, dépourvus des mêmes ressources, seront toujours forcés de revenir aux moyens communs d’intéresser et de plaire. Quels sont ces moyens parmi nous ? Des actions célèbres, de grands noms, de grands crimes, et de grandes vertus dans la tragédie ; le comique et le plaisant dans la comédie ; et toujours l’amour dans toutes deux[159]. Je demande quel profit les mœurs peuvent tirer de tout cela.
On me dira que, dans ces pièces, le crime est toujours puni, et la vertu toujours récompensée. Je réponds que, quand cela serait, la plupart des actions tragiques, n’étant que de pures fables, des événements qu’on sait être de l’invention du poète, ne font pas une grande impression sur les spectateurs ; à force de leur montrer qu’on veut les instruire, on ne les instruit plus. Je réponds encore que ces punitions et ces récompenses s’opèrent toujours par des moyens si peu communs, qu’on n’attend rien de pareil dans le cours naturel des choses humaines. Enfin je réponds en niant le fait. Il n’est ni ne peut être généralement vrai : car cet objet n’étant point celui sur lequel les auteurs dirigent leurs pièces, ils doivent rarement l’atteindre, et souvent il serait un obstacle au succès. Vice ou vertu, qu’importe, pourvu qu’on en impose par un air de grandeur ? Aussi la scène française, sans contredit la plus parfaite, ou du moins la plus régulière qui ait encore existé, n’est-elle pas moins le triomphe des grands scélérats que des plus illustres héros : témoin Catilina, Mahomet, Atrée, et beaucoup d’autres.
Je comprends bien qu’il ne faut pas toujours regarder à la catastrophe pour juger de l’effet moral d’une tragédie, et qu’à cet égard l’objet est rempli quand on s’intéresse pour l’infortuné vertueux plus que pour l’heureux coupable, ce qui n’empêche point qu’alors la prétendue règle ne soit violée. Comme il n’y a personne qui n’aimât mieux être Britannicus que Néron, je conviens qu’on doit compter en ceci pour bonne la pièce qui les représente, quoique Britannicus y périsse. Mais, par le même principe, quel jugement porterons-nous d’une tragédie où, bien que les criminels soient punis, ils nous sont présentés sous un aspect si favorable, que tout l’intérêt est pour eux ; où-Caton, le plus grand des humains, fait le rôle d’un pédant ; où Cicéron, le sauveur de la république, Cicéron, de tous ceux qui portèrent le nom de pères de la patrie le premier qui en fut honoré et le seul qui le mérita, nous est montré comme un vil rhéteur, un lâche ; tandis que l’infâme Catilina, couvert de crimes qu’on n’oserait nommer, près d’égorger tous ses magistrats et de réduire sa patrie en cendre, fait le rôle d’un grand homme, et réunit, par ses talents, sa fermeté, son courage, toute l’estime des spectateurs ? Qu’il eût, si l’on veut, une âme forte ; en était-il moins un scélérat détestable ? et fallait-il donner aux forfaits d’un brigand le coloris des exploits d’un héros ? À quoi donc aboutit la morale d’une pareille pièce, si ce n’est à encourager des Catilina, et à donner aux méchants habiles le prix de l’estime publique due aux gens de bien ? Mais tel est le goût qu’il faut flatter sur la scène ; telles sont les mœurs d’un siècle instruit. Le savoir, l’esprit, le courage, ont seuls notre admiration, et toi, douce et modeste vertu, tu restes toujours sans honneurs ! Aveugles que nous sommes au milieu de tant de lumières ! victimes de nos applaudissements insensés, n’apprendrons-nous jamais combien mérite de mépris et de haine tout homme qui abuse, pour le malheur du genre humain, du génie et des talents que lui donna la nature !
Atrée et Mahomet n’ont pas même la faible ressource du dénouement. Le monstre qui sert de héros à chacune de ces deux pièces achève paisiblement ses forfaits, en jouit ; et l’un des deux le dit en propres termes au dernier vers de la tragédie :
Et je jouis enfin du prix de mes forfaits.
Je veux bien supposer que les spectateurs, renvoyés avec cette belle maxime, n’en concluront pas que le crime a donc un prix de plaisir et de jouissance ; mais je demande enfin de quoi leur aura profité la pièce où cette maxime est mise en exemple.
Quant à Mahomet, le défaut d’attacher l’admiration publique au coupable y serait d’autant plus grand, que celui-ci a bien un autre coloris, si l’auteur n’avait eu soin de porter sur un second personnage un intérêt de respect et de vénération capable d’effacer ou de balancer au moins la terreur et l’étonnement que Mahomet inspire. La scène surtout qu’ils ont ensemble est conduite avec tant d’art, que Mahomet, sans se démentir, sans rien perdre de la supériorité qui lui est propre, est pourtant éclipsé par le simple bon sens et l’intrépide vertu de Zopire[160]. Il fallait un auteur qui sentit bien sa force pour oser mettre vis-à-vis l’un de l’autre deux pareils interlocuteurs. Je n’ai jamais ouï faire de cette scène en particulier tout l’éloge dont elle me paraît digne ; mais je n’en connais pas une au théâtre français où la main d’un grand maître soit plus sensiblement empreinte, et où le sacré caractère de la vertu l’emporte plus sensiblement sur l’élévation du génie.
It is true that one could simplify the theatrical presentation and bring the tone of comedy closer to that of everyday life; but in doing so, one does not correct bad manners—rather, one merely portrays them. Moreover, a ugly face does not seem ugly to those who bear it. If one were to attempt to correct such vices through their exaggerated portrayal, one would depart from truth and nature, and the effect of such representation would be lost. Exaggeration does not make things detestable; it only makes them ridiculous. And this leads to a serious consequence: by overemphasizing what is ridiculous, vices cease to inspire fear, and trying to eradicate the former without fostering the latter would be utterly futile. Why assume such an inevitable opposition? Why, my dear sir? Because good people do not mock the wicked; they crush them with their contempt. And nothing is less pleasing or laughable than the indignation of virtue itself. On the contrary, ridicule is the vice’s favorite weapon. It is through it that vice attacks, at the very core of our hearts, the respect we owe to virtue—and ultimately extinguishes the love we hold for it.
Thus, everything forces us to abandon this futile notion of perfection that people try to impose on us regarding the form of theatrical performances, which are supposed to serve the public good. “It is a mistake,” said the serious Muralt, “to expect such performances to faithfully depict the true relationships between things; for, in general, the poet can only alter these relationships in order to suit the tastes of the audience. In comedy, he reduces them and places them below human nature; in tragedy, he exaggerates them to make them heroic and place them above humanity. As a result, they are never truly in accordance with reality, and at the theater we always see beings other than our own kind.” I would add that this difference is so evident and widely recognized that Aristotle even makes it a rule in his Poetics[158]: “Comedy aims to imitate things that are worse than what actually exists, while tragedy aims to imitate things that are better.” Isn’t this a clear example of imitation—imitation that takes something that does not exist as its object and leaves us with something that is, in essence, useless? But what does the truth of such imitation matter, so long as it creates illusion? The goal is simply to arouse the curiosity of the audience. These intellectual creations, like most others, are intended solely to elicit applause. When the author receives it and the actors share it with the audience, the play has achieved its purpose, and no one seeks any other benefit from it. Now, if the “good” aspect of such performances is nonexistent, then at least the “bad” aspect remains; and since that aspect is certainly real, the issue seems to be settled. But let us consider some examples that may make this point more apparent.
I believe I can assert, as a truth easily proven based on what has been said before, that French drama, with the flaws it still possesses, is nevertheless almost as perfect as it possibly can be, whether in terms of entertainment or usefulness; and that these two advantages are related to each other in such a way that disturbing one would mean taking away more from one than adding to the other, which would only make this same drama less perfect. It is not that a genius could not invent a new genre of plays superior to those that already exist; but such a new genre, needing the talents of its creator to thrive, would inevitably perish with that creator; and its successors, lacking the same resources, would always be forced to return to the common methods of engaging and pleasing the audience. What are these common methods among us? In tragedy, famous deeds, great names, grave crimes, and noble virtues; in comedy, humor and amusement; and in both genres, love[159]. I ask what benefit society can derive from all this.
One might say that in these plays, crime is always punished and virtue is always rewarded. I reply that if this were the case, most of the tragic events, being nothing but pure fables—events that we know to be the inventions of poets—would not have much impact on the audience. By constantly showing them that we intend to instruct them, we actually end up failing to do so. I also argue that these punishments and rewards are always carried out through means so extraordinary that one would never expect such things to happen in the natural course of human affairs. Finally, I deny this claim outright—it is neither true nor can it possibly be true. Since this is not the main purpose for which playwrights compose their plays, they rarely succeed in achieving it; moreover, such an approach would often hinder their success. Whether it be vice or virtue, what does it matter, so long as one can impose them with an air of grandeur? Hence, the French stage—undoubtedly the most perfect or, at least, the most well-structured stage that has ever existed—is no less a forum for the triumph of great villains than it is for illustrious heroes: Catilina, Muhammad, Atraeus, and many others are just a few examples.
I fully understand that one should not always look to the catastrophe itself in order to judge the moral impact of a tragedy; indeed, when we place more interest in the unfortunate virtuous character than in the fortunate villain, the purpose of such a work is fulfilled. Nevertheless, this does not mean that the so-called rule is not violated in doing so. Since no one would prefer to be Britannicus rather than Nero, I agree that a play depicting them should be considered successful, even if Britannicus dies in it. But by the same principle, what judgment should we make of a tragedy where, despite the criminals being punished, they are portrayed in such a favorable light that all sympathy goes their way? Where Cato, the greatest of men, is depicted as a pedant; where Cicero, the savior of the republic—Cicero, the first and only one to truly deserve that honor—is shown as a vile orator and a coward; while the infamous Catilina, guilty of crimes too horrible to name, nearly succeeds in murdering all his officials and reducing his country to ruins, is portrayed as a great man, whose talents, firmness, and courage earn him the admiration of the audience? May he have a strong soul, if one wishes—but does that make him any less a despicable scoundrel? And should the atrocities of a brigand be given the same glorification as the deeds of a hero? What moral lesson can such a play possibly convey, if not one that encourages Catilinas and rewards the wicked for their cunning at the expense of the good? But such is the taste that must be flattered on stage; such are the morals of an educated century. Knowledge, intellect, and courage alone deserve our admiration—while you, gentle and modest virtue, remain forever neglected and honored less than those who abuse the gifts nature has bestowed upon them! How blind we are, amidst all this so-called “light”! Victims of our own foolish applause, will we never learn how much contempt and hatred every man deserves who, for the sake of human suffering, exploits the genius and talents given to him by nature?
Neither Atrée nor Muhammad possess even the meager consolation of a happy ending. The monster that serves as the hero in each of these two plays peacefully carries out its atrocities and even takes pleasure in them; one of them explicitly states this in the very last line of the tragedy.
And I finally get to enjoy the benefits of my subscriptions.
I am willing to assume that the spectators, having been given this beautiful maxim, will not conclude that crime therefore carries with it some pleasure or enjoyment; but I must ask what benefit this play, which uses this maxim as an example, could have been to them.
As for Muhammad, the lack of any attempt to associate public admiration with this figure would only make such admiration all the greater, given that Muhammad possesses a completely different nature. Had the author not taken care to endow another character with respect and reverence sufficient to at least offset or mitigate the fear and astonishment Muhammad inspires, the effect would have been even more pronounced. In particular, the scene in which they appear together is so masterfully crafted that Muhammad, without compromising his inherent superiority, is nonetheless overshadowed by the simple good sense and fearless virtue of Zopire[160]. Only an author who fully understood the power of such a confrontation could dare to present two such characters face to face. I have never heard this particular scene receive the praise it deserves; yet in all French theater productions I know, none approaches it in terms of the subtle influence of a masterful hand or the clear dominance of the sacred nature of virtue over the brilliance of genius.
È vero che si può rendere la scena teatrale più semplice e avvicinare, nella commedia, il tono del teatro a quello del mondo reale; ma in questo modo non si correggono i vizi, si cercano soltanto di rappresentarli. Inoltre, un volto brutto non sembra tale a chi lo possiede. Se invece si cerca di correggere i vizi attraverso le loro caratteristiche ridicole, si abbandona la verosimiglianza e la natura, e l’immagine risultante perde ogni effetto persuasivo. Il ridicolo non rende gli oggetti odiosi, ma soltanto ridicoli; e da ciò deriva un grande inconveniente: poiché, temendo troppo il ridicolo, i vizi smettono di spaventare le persone, e non si riesce a curare i primi senza incoraggiare gli altri. Perché mai si dovrebbe supporre questa necessaria opposizione tra virtù e vizio? Signore mio, perché i buoni non deridono i cattivi, ma li schiacciano con il loro disprezzo; e nulla è meno piacevole e ridicolo dell’indignazione della virtù. Il ridicolo, al contrario, è l’arma preferita del vizio: attraverso di esso, attaccando nel profondo dei cuori il rispetto che si deve alla virtù, esso finisce per spegnere l’amore che le viene portato.
Pertanto, tutto ci costringe ad abbandonare questa vana idea di perfezione che ci viene presentata riguardo alla forma degli spettacoli, destinati all’utilità pubblica. “È un errore”, diceva il serio Muralt, “sperare che in essi vengano fedelmente rappresentati i veri rapporti tra le cose: infatti, in generale, il poeta non può fare altro che alterarli per adattarli al gusto del popolo. Nel comico, li riduce e li colloca al di sotto dell’uomo; nel tragico, li esalta fino a renderli eroici, e li colloca al di sopra dell’umanità. Così, mai essi corrispondono alla realtà, e sempre al teatro vediamo esseri diversi dai nostri simili”. Aggiungerei che questa differenza è così evidente e riconosciuta da essere stata considerata una regola da Aristotele nella sua Poetica[158]: “Il comico cerca di imitare ciò che è peggio, il tragico ciò che è migliore di quanto non sia in realtà”. Ecco dunque un’espressione di imitazione ben intesa: si propone di rappresentare qualcosa che non esiste realmente, lasciando tra il difetto e l’eccesso soltanto ciò che appare inutile. Ma quale importanza ha la veridicità dell’imitazione, purché vi sia illusione? L’obiettivo è soltanto stimolare la curiosità del pubblico. Queste opere dello spirito, come la maggior parte delle altre, hanno lo scopo unico di suscitare applausi. Quando l’autore li riceve e gli attori li eseguono, l’opera ha raggiunto il suo scopo; non si cerca in essa alcun altro utilità. Ora, se il bene è nullo, rimane il male. E poiché questo non è certo discutibile, la questione mi sembra risolta. Ma passiamo ora ad alcuni esempi che possano rendere questa conclusione ancora più evidente.
Credo di poter affermare, come una verità facilmente dimostrabile, che il teatro francese, nonostante i difetti che gli rimangono, è comunque quasi perfetto, sia per il piacere che per l’utilità offerti agli spettatori; inoltre, questi due aspetti sono strettamente legati tra loro, e perturbarne uno significherebbe privare l’altro di qualcosa di essenziale, rendendo così il teatro ancora meno perfetto. Non è che un uomo di genio non possa inventare un genere di opere teatrali migliore di quelli già esistenti; ma tale nuovo genere, avendo bisogno dei talenti dell’autore per sopravvivere, sarebbe inevitabilmente destinato a scomparire insieme a lui; i suoi successori, privi delle stesse risorse, sarebbero costretti a tornare ai metodi tradizionali per interessare e divertire il pubblico. Quali sono questi metodi nel nostro teatro? Azioni celebri, grandi nomi, crimini e virtù nella tragedia; elementi comici e divertenti nella commedia; e sempre, in entrambi i generi, l’amore come elemento centrale[159]. Chiedo: quale beneficio possano trarne le nostre usanze sociali?
Si dirà che, in queste opere teatrali, il crimine venga sempre punito e la virtù sempre ricompensata. Rispondo che, anche se fosse così, la maggior parte delle azioni tragiche, essendo pura finzione, eventi frutto dell’invenzione del poeta, non lascerebbero un grande impatto sugli spettatori; cercando troppo di istruirli, in realtà non si riesce più a farlo. Rispondo ancora che queste punizioni e ricompense avvengono sempre con mezzi così insoliti da non poter essere attesi nel corso naturale delle cose umane. Infine, nego semplicemente il fatto: non è vero, né può esserlo in generale; poiché questo non è l’obiettivo principale per cui gli autori scrivono queste opere, raramente riescono a raggiungerlo, e spesso tale obiettivo rappresenterebbe addirittura un ostacolo al loro successo. Vizio o virtù, che importanza ha, purché vengano imposti con un atteggiamento di maestosità? Ecco perché la scena francese, senza dubbio la più perfetta, o almeno la più regolare che sia mai esistita, non è altro che il trionfo dei grandi criminali tanto quanto degli eroi più illustri: basta pensare a Catilina, Maometto, Atreo e molti altri.
Capisco bene che non si debba sempre guardare alla catastrofe per giudicare l’effetto morale di una tragedia; in questo senso, l’opera è riuscita quando ci interessa di più il sfortunato e virtuoso piuttosto che il felice e colpevole. Tuttavia, ciò non impedisce che questa cosiddetta regola venga violata. Poiché nessuno preferirebbe essere Britannico piuttosto che Nerone, concordo sul fatto che un’opera che li rappresenta debba essere considerata valida, anche se in essa Britannico muore. Ma, per lo stesso principio, quale giudizio dovremmo dare di una tragedia in cui, pur essendo i criminali puniti, vengono presentati sotto un aspetto così favorevole da far sì che tutto l’interesse sia rivolto a loro; in cui Catone, il più grande degli uomini, interpreta il ruolo di un pedante; in cui Cicerone, il salvatore della repubblica, il primo e l’unico ad essere onorato con questo titolo, viene mostrato come un vile oratore, un codardo; mentre l’infame Catilina, coperto di crimini orribili, quasi sul punto di uccidere tutti i suoi magistrati e ridurre la sua patria in cenere, appare come un grande uomo, riscuotendo l’ammirazione del pubblico per i suoi talenti, la sua fermezza e il suo coraggio? Anche se avesse, per così dire, un’anima forte, non sarebbe comunque un individuo spregevole? E dovremmo forse attribuire ai crimini di un brigante lo stesso valore degli atti eroici di un uomo virtuoso? A cosa porta dunque la morale di un’opera del genere, se non a incoraggiare persone come Catilina e a dare agli uomini malvagi l’onore che spetta alle persone buone? Ma è proprio questo il gusto che bisogna soddisfare sul palcoscenico; sono queste le abitudini di un secolo “istruito”. Solo la conoscenza, l’intelligenza e il coraggio meritano la nostra ammirazione. E tu, dolce e modesta virtù, rimani sempre senza onori! Che sciocchi siamo, in mezzo a tante “luci”! Vittime dei nostri applausi insensati, non impareremo mai quanto meriti disprezzo e odio ogni uomo che, a scapito dell’umanità intera, abusa del genio e dei talenti che la natura gli ha donato.
Atrée e Maometto non dispongono nemmeno di quella debole “risorsa” rappresentata dal lieto fine. Il mostro che funge da eroe in entrambe queste opere compie tranquillamente i suoi crimini, ne gode; e uno dei due lo afferma esplicitamente nell’ultimo verso della tragedia.
E finalmente riesco a godermi i frutti dei miei sforzi.
Sono disposto ad ammettere che gli spettatori, rimasti colpiti da questa bella massima, non ne dedurranno necessariamente che il crimine comporti in sé un piacere e un godimento; ma chiedo infine: di cosa avrà tratto beneficio lo spettacolo in cui questa massima viene messa in pratica?
Per quanto riguarda Maometto, la mancanza di un legame tra l’ammirazione del pubblico e il personaggio colpevole sarebbe ancora più evidente, soprattutto considerando che quest’ultimo presenta caratteristiche ben diverse; se solo l’autore avesse prestato attenzione a conferire al secondo personaggio un interesse tale da suscitare rispetto e venerazione, in grado di attenuare o bilanciare almeno la paura e lo stupore che Maometto ispira. La scena in cui i due si incontrano è condotta con tale maestria che Maometto, senza mai compromettersi né perdere la superiorità che gli è propria, viene comunque oscurato dal semplice buon senso e dalla coraggiosa virtù di Zopire[160]. Era necessario un autore che comprendesse appieno la propria forza per osare mettere uno di fronte all’altro due interlocutori così simili. Non ho mai sentito parlare di questa scena in termini tanto lusinghieri; tuttavia, non conosco alcuna rappresentazione teatrale francese in cui la mano di un grande maestro si manifesti in modo più evidente, e in cui il carattere sacro della virtù prevale in modo così netto sull’elevatezza del genio.
Une autre considération qui tend à justifier cette pièce, c’est qu’il n’est pas seulement question d’étaler des forfaits, mais les forfaits du fanatisme en particulier, pour apprendre au peuple à le connaître et s’en défendre. Par malheur, de pareils soins sont très inutiles, et ne sont pas toujours sans danger. Le fanatisme n’est pas une erreur, mais une fureur aveugle et stupide que la raison ne retient jamais. L’unique secret pour l’empêcher de naître est de contenir ceux qui l’excitent. Vous avez beau démontrer à des fous que leurs chefs les trompent, ils n’en sont pas moins ardents à les suivre. Que si le fanatisme existe une fois, je ne vois encore qu’un seul moyen d’arrêter son progrès ; c’est d’employer contre lui ses propres armes. Il ne s’agit ni de raisonner ni de convaincre ; il faut laisser là la philosophie, fermer les livres, prendre le glaive et punir les fourbes. De plus, je crains bien, par rapport à Mahomet, qu’aux yeux des spectateurs sa grandeur d’âme ne diminue beaucoup l’atrocité de ses crimes ; et qu’une pareille pièce, jouée devant des gens en état de choisir, ne fît plus de Mahomet que de Zopire. Ce qu’il y a du moins de bien sûr, c’est que de pareils exemples ne sont guère encourageants pour la vertu.
Le noir Atrée n’a aucune de ces excuses, l’horreur qu’il inspire est à pure perte ; il ne nous apprend rien qu’à frémir de son crime, et, quoiqu’il ne soit grand que par sa fureur, il n’y a pas dans toute la pièce un seul personnage en état par son caractère de partager avec lui l’attention publique : car, quant au doucereux Plisthène, je ne sais comment on l’a pu supporter dans une pareille tragédie. Sénèque n’a point mis d’amour dans la sienne : et puisque l’auteur moderne a pu se résoudre à l’imiter dans tout le reste, il aurait bien dû l’imiter encore en cela. Assurément il faut avoir un cœur bien flexible pour souffrir des entretiens galants à côté des scènes d’Atrée.
Avant de finir sur cette pièce, je ne puis m’empêcher d’y remarquer un mérite qui semblera peut-être un défaut à bien des gens. Le rôle de Thyeste est peut-être de tous ceux qu’on a mis sur notre théâtre le plus sentant le goût antique. Ce n’est point un héros courageux, ce n’est point un modèle de vertu ; on ne peut pas dire non plus que ce soit un scélérat [161] : c’est un homme faible, et pourtant intéressant, par cela seul qu’il est homme et malheureux. Il me semble aussi que, par cela seul, le sentiment qu’il excite est extrêmement tendre et touchant ; car cet homme tient de bien près à chacun de nous, au lieu que l’héroïsme nous accable encore plus qu’il ne nous touche, parce qu’après tout nous n’y avons que faire. Ne serait-il pas à désirer que nos sublimes auteurs daignassent descendre un peu de leur continuelle élévation, et nous attendrir quelquefois pour la simple humanité souffrante, de peur que, n’ayant de la pitié que pour des héros malheureux, nous n’en ayons jamais pour personne ? Les anciens avaient des héros, et mettaient des hommes sur leurs théâtres, nous, au contraire, nous n’y mettons que des héros, et à peine avons-nous des hommes. Les anciens parlaient de l’humanité en phrases moins apprêtées ; mais ils savaient mieux l’exercer. On pourrait appliquer à eux et à nous un trait rapporté par Plutarque[162], et que je ne puis m’empêcher de transcrire. Un vieillard d’Athènes cherchait place au spectacle et n’en trouvait point ; de jeunes gens, le voyant en peine, lui firent signe de loin : il vint ; mais ils se serrèrent et se moquèrent de lui. Le bonhomme fit ainsi le tour du théâtre, fort embarrassé de sa personne et toujours hué de la belle jeunesse. Les ambassadeurs de Sparte s’en aperçurent, et, se levant à l’instant, placèrent honorablement le vieillard au milieu d’eux. Cette action fut remarquée de tout le spectacle, et applaudie d’un battement de mains universel. Eh ! que de maux ! s’écria le bon vieillard d’un ton de douleur : les Athéniens savent ce qui est honnête, mais les Lacédémoniens le pratiquent. Voilà la philosophie moderne et les mœurs anciennes. Je reviens à mon sujet. Qu’apprend-on dans Phèdre et dans Œdipe, sinon que l’homme n’est pas libre, et que le ciel le punit des crimes qu’il lui fait commettre ? Qu’apprend-on dans Médée, si ce n’est jusqu’où la fureur de la jalousie peut rendre une mère cruelle et dénaturée ? Suivez la plupart des pièces du Théâtre-Français ; vous trouverez presque dans toutes des monstres abominables et des actions atroces, utiles, si l’on veut, à donner de l’intérêt aux pièces et de l’exercice aux vertus, mais dangereuses certainement en ce qu’elles accoutument les yeux du peuple à des horreurs qu’il ne devrait pas même connaître, et à des forfaits qu’il ne devrait pas supposer possibles. Il n’est pas même vrai que le meurtre et le parricide y soient toujours odieux. À la faveur de je ne sais quelles commodes suppositions, on les rend permis, ou pardonnables. On a peine à ne pas excuser Phèdre incestueuse et versant le sang innocent : Syphax empoisonnant sa femme, le jeune Horace poignardant sa sœur, Agamemnon immolant sa fille, Oreste égorgeant sa mère, ne laissent pas d’être des personnages intéressants. Ajoutez que l’auteur, pour faire parler chacun selon son caractère, est forcé de mettre dans la bouche des méchants leurs maximes et leurs principes, revêtus de tout l’éclat des beaux vers et débités d’un ton imposant et sentencieux, pour l’instruction du parterre.
Si les Grecs supportaient de pareils spectacles, c’était comme leur représentant des antiquités nationales qui couraient de tous temps parmi le peuple, qu’ils avaient leurs raisons pour se rappeler sans cesse, et dont l’odieux même entrait dans leurs vues. Dénuée des mêmes motifs et du même intérêt, comment la même tragédie peut-elle trouver parmi vous des spectateurs capables de soutenir les tableaux qu’elle leur présente, et les personnages qu’elle y fait agir ? L’un tue son père, épouse sa mère, et se trouve le frère de ses enfants ; un autre force un fils d’égorger son père ; un troisième fait boire au père le sang de son fils. On frissonne à la seule idée des horreurs dont on pare la scène française pour l’amusement du peuple le plus doux et le plus humain qui soit sur la terre. Non… je le soutiens, et j’en atteste l’effroi des lecteurs ; les massacres des gladiateurs n’étaient pas si barbares que ces affreux spectacles. On voyait couler du sang, il est vrai ; mais on ne souillait pas son imagination de crimes qui font frémir la nature.
Heureusement la tragédie, telle qu’elle existe, est si loin de nous, elle nous présente des êtres si gigantesques, si boursouflés, si chimériques, que l’exemple de leurs vices n’est guère plus contagieux que celui de leurs vertus n’est utile, et qu’à proportion qu’elle veut moins nous instruire, elle nous fait aussi moins de mal. Mais il n’en est pas ainsi de la comédie, dont les mœurs ont avec les nôtres un rapport plus immédiat, et dont les personnages ressemblent mieux à des hommes. Tout en est mauvais et pernicieux, tout tire à conséquence pour les spectateurs ; et le plaisir même du comique étant fondé sur un vice du cœur humain, c’est une suite de ce principe que plus la comédie est agréable et parfaite, plus son effet est funeste aux mœurs. Mais, sans répéter ce que j’ai déjà dit de sa nature, je me contenterai d’en faire ici l’application, et de jeter un coup d’oeil sur votre théâtre comique.
Prenons-le dans sa perfection, c’est-à-dire à sa naissance. On convient, et on le sentira chaque jour davantage, que Molière est le plus parfait auteur comique dont les ouvrages nous soient connus : mais qui peut disconvenir aussi que le théâtre de ce même Molière, des talents duquel je suis plus l’admirateur que personne, ne soit une école de vices et de mauvaises mœurs, plus dangereuses que les livres mêmes où l’on fait profession de les enseigner ? Son plus grand soin est de tourner la bonté et la simplicité en ridicule, et de mettre la ruse et le mensonge du parti pour lequel on prend intérêt : ses honnêtes gens ne sont que des gens qui parlent ; ses vicieux sont des gens qui agissent, et que les plus brillants succès favorisent le plus souvent : enfin l’honneur des applaudissements, rarement pour le plus estimable, est presque toujours pour le plus adroit.
Another consideration that tends to justify this play is that it is not merely about exposing the atrocities of fanaticism, but specifically those of fanatical zeal, in order to teach the people to recognize them and defend themselves against them. Unfortunately, such efforts are often utterly futile and can even be dangerous. Fanaticism is not an error; it is a blind, stupid fury that reason can never overcome. The only way to prevent its emergence is to contain those who incite it. No matter how much you try to show fools that their leaders deceive them, they will still be eager to follow them. If fanaticism does arise once, I see only one way to stop its spread: to use its own weapons against it. There is no need for reasoning or persuasion; philosophy must be set aside, books closed, and the sword taken up to punish those who are deceitful. Moreover, I fear that, when considering Muhammad’s actions, the greatness of his character might make people underestimate the atrocities of his crimes; and such a play, performed before people who have the freedom to choose, might reduce Muhammad to nothing more than Zopir. At least one thing is certain: examples like these are hardly encouraging to virtue at all.
The villain Atraeus possesses none of these excuses; the horror he inspires is utterly futile; he teaches us nothing but to tremble at his crimes. And although he is only great because of his fury, there isn’t a single character in the entire play whose character could draw public attention alongside his own. As for the gentle Plisthenes, I truly don’t understand how anyone could tolerate his presence in such a tragedy. Seneca did not include any element of love in his version; and since the modern author was willing to imitate him in every other respect, he should have done so also in this regard. Surely one must have a remarkably flexible heart to endure scenes of amorous banter alongside those of Atraeus’s atrocities.
Before concluding on this play, I cannot help but point out a merit that may seem like a flaw to many people. The role of Thyeste is perhaps the one that most closely reflects the ancient taste among all the characters we see on our stage. He is neither a brave hero nor a model of virtue; nor can he be called a villain [161]: he is simply a weak man, yet interesting precisely because he is human and unhappy. In my opinion, this very fact makes the emotion he evokes extremely tender and moving, for such a man is all too close to each of us. Unlike heroes, who often seem distant and unattainable, we can relate to Thyeste because we recognize his humanity and suffering. Wouldn’t it be desirable if our great authors would occasionally descend from their lofty heights and show some compassion for the suffering human being? After all, we have more in common with such people than with heroic figures who, despite their greatness, remain largely alien to us. The ancients had heroes, but they also featured ordinary men on their stages; we, on the other hand, seem to focus exclusively on heroes and rarely show any concern for ordinary people. The ancients spoke of humanity in more natural ways; yet they understood how to practice it better than we do today. One passage cited by Plutarch[162] could apply equally to them and us; I cannot resist quoting it here: An old man from Athens tried to find a seat at the theater but failed. Some young men, seeing him in trouble, signaled for him from afar; he approached them, but they moved away and mocked him. The old man walked around the entire theater, embarrassed and constantly taunted by the young people. When the Spartan ambassadors noticed this, they immediately stood up and placed the old man among them with proper respect. This act was noticed by everyone in the audience and met with universal applause. “Alas!” cried the old man in pain, “the Athenians know what is honorable, but the Spartans put it into practice.” Such is modern philosophy compared to ancient virtues. But let me return to my topic. What do we learn from plays like Phaedra and Oedipus, if not that man is not free and that heaven punishes him for the crimes he commits? And what about Medea—doesn’t it show us to what extent jealousy can turn a mother into a cruel and inhumane being? If you examine most of the plays produced by the Théâtre-Français, you will find abominable monsters and terrible acts that, while perhaps useful in making plays more engaging and virtues more visible, are certainly dangerous in that they accustom the public’s eyes to horrors it should never encounter and to crimes it should never even consider possible. It is not even true that murder and parricide are always depicted as evil in these plays; thanks to some convenient assumptions, they are sometimes made seem permissible or even forgivable. It is hard not to sympathize with Phaedra, who committed incest and shed innocent blood; Syphax, who poisoned his wife; the young Horace, who stabbed his sister; Agamemnon, who sacrificed his daughter; Orestes, who murdered his mother—these are all fascinating characters. Moreover, in order to make each character speak according to their true nature, the author is forced to put the villains’ maxims and principles into their mouths, presenting them in the splendid language of beautiful verse, delivered in an imposing and didactic tone, for the edification of the audience.
If the Greeks could tolerate such spectacles, it would be as if their representatives of national antiquities were constantly present among them—spectacles they had every reason to remember constantly, and whose very horror was an integral part of their culture. Lacking those same motives and interests, how can the same tragedy find among you spectators capable of enduring the scenes it presents and the characters it makes act in them? One man kills his father, marries his mother, and thus becomes the brother of his own children; another forces a son to slaughter his father; yet another makes a father drink his son’s blood. At the mere thought of these horrors that are staged on French stages for the amusement of the gentlest and most humane people on earth, one shudders. No. I insist on this, and I testify to the horror it inspires in readers; even the massacres of gladiators were not so barbaric as these dreadful spectacles. It is true that blood was shed; but at least those acts did not defile our imagination with crimes that make nature itself tremble.
Fortunately, tragedy, as it actually exists, is so far removed from us that the characters it portrays are so enormous, so exaggerated, so purely fictional that the examples of their vices are hardly more contagious than the examples of their virtues are useful. In fact, the less tragedy aims to instruct us, the less harm it does. But this is not the case with comedy, whose characters are far more similar to those in real life. Everything about comedy is harmful and pernicious; everything it portrays has practical consequences for its audience. Moreover, since the pleasure derived from comedy stems from human vices, it follows logically that the more enjoyable and perfect a comedy is, the more destructive its effects on morality are. But without repeating what I have already said about the nature of comedy, I will simply apply these principles to your contemporary comic theater and take a look at it.
Let us consider him in his perfection—that is, at the moment of his birth. It is universally acknowledged, and we will increasingly realize this every day, that Molière is the most perfect comic playwright whose works are known to us. But who could possibly deny that the theater of this very Molière, whose talents I admire more than anyone else, is in fact a school of vices and bad morals, far more dangerous than those books which profess to teach them? His greatest aim seems to be to turn goodness and simplicity into objects of ridicule, and to promote cunning and deceit on behalf of the cause he supports. His “honest” characters are merely people who talk; his villains are people who act—and often, the most brilliant successes reward those who are the most skillful in their deceit. Lastly, honor and applause are rarely bestowed upon the most worthy individuals; they almost always go to those who are the most cunning.
Un’altra considerazione che tende a giustificare questa rappresentazione è il fatto che non si tratta semplicemente di denunciare i crimini, in particolare quelli del fanatismo, al fine di insegnare al popolo a conoscerli e a difendersi da essi. Purtroppo, simili sforzi sono spesso inutili e non sempre privi di pericoli. Il fanatismo non è un errore, ma una furia cieca e stupida che la ragione non riesce mai a contenere. L’unico modo per impedirne la nascita è reprimere coloro che lo alimentano. È inutile cercare di dimostrare ai folli che i loro capi li ingannano: essi continueranno comunque ad seguirli con ardore. Se il fanatismo dovesse mai esistere, vedo un solo modo per fermarne la diffusione: utilizzare contro di esso le sue stesse armi. Non si tratta né di ragionare né di convincere; bisogna mettere da parte la filosofia, chiudere i libri, impugnare la spada e punire i traditori. Inoltre, temo che, riguardo a Maometto, la grandezza del suo animo possa far sembrare meno atroci i suoi crimini agli occhi degli spettatori; e che una rappresentazione del genere, messa in scena davanti a persone in grado di scegliere liberamente, possa trasformare Maometto in un personaggio simile a Zopire. Quello che è certo, comunque, è che esempi del genere non sono certo incoraggianti per la virtù.
Il crudele Atreo non possiede alcuna di queste scuse; l’orrore che ispira è del tutto inutile; non ci insegna altro se non a tremare al pensiero del suo crimine. E, sebbene la sua malvagità derivi soltanto dalla sua furia, in tutta l’opera non c’è un solo personaggio il cui carattere possa far sì che condivida con lui l’attenzione del pubblico. Per quanto riguarda il gentile Plistene, non so proprio come si sia potuto sopportare la sua presenza in una tragedia del genere. Seneca non ha inserito elementi legati all’amore nella sua opera; e poiché l’autore moderno è stato disposto a imitarlo in tutto il resto, avrebbe dovuto farlo anche su questo punto. Certamente, bisogna avere un cuore davvero molto flessibile per sopportare scene di dialoghi galanti accanto alle terribili azioni di Atreo.
Prima di concludere su quest’opera, non posso fare a meno di notare un merito che per molti potrebbe sembrare invece un difetto: il ruolo di Tieste è probabilmente tra quelli più fedeli al gusto antico che siano mai stati rappresentati sul nostro teatro. Non si tratta di un eroe coraggioso, né di un modello di virtù; né si può dire che sia uno scellerato: è semplicemente un uomo debole, eppure interessante proprio perché è umano e infelice. Mi sembra anche che proprio per questo il sentimento che suscita sia estremamente tenero e commovente; infatti, quest’uomo ci è molto vicino, a differenza dell’eroismo che ci sovrasta più di quanto ci tocchi, perché in fondo non ha nulla a che fare con noi. Non sarebbe forse auspicabile che i nostri grandi autori si degnassero talvolta di scendere dal loro continuo distacco e di commuoversi per la semplice umanità sofferente? Gli antichi avevano degli eroi, e mettevano uomini sulle loro scene; noi, invece, mettiamo solo eroi, e a malapena abbiamo degli esseri umani veri. Gli antichi parlavano dell’umanità in modo meno artificioso; ma sapevano meglio come comportarsi secondo i suoi principi. Si potrebbe applicare a loro e a noi un aneddoto raccontato da Plutarco: un anziano di Atene cercava invano un posto dove assistere allo spettacolo; alcuni giovani, vedendolo in difficoltà, gli fecero segno da lontano; lui si avvicinò, ma loro si strinsero insieme e lo presero in giro. L’anziano girò tutto intorno al teatro, imbarazzato e continuamente deriso dalla giovane generazione. Gli ambasciatori di Sparta se ne accorsero e, alzandosi immediatamente, gli trovarono un posto onorevole tra di loro. Quest’atto fu notato da tutta l’auditoria e accolto con applausi generali. “Ah! Quanti mali, ”, esclamò l’anziano con dolore: “Gli Ateniesi sanno cosa sia onesto, ma i Lacedemoni lo mettono in pratica”. Ecco la filosofia moderna e le usanze antiche. Torno al mio argomento: cosa si impara da Fedra e Oidipo, se non che l’uomo non è libero e che il cielo lo punisce per i crimini che gli fa commettere? E cosa si impara da Medea, se non fino a che punto la furia della gelosia può rendere una madre crudele e disumana? Guardate la maggior parte delle opere del Teatro Francese: in quasi tutte trovate mostri orribili e azioni atroci, utili, forse, per rendere gli spettacoli più interessanti e per esercitare le virtù, ma certamente pericolose, poiché abituano gli occhi del popolo ad orrori che non dovrebbero nemmeno conoscere, e a crimini che non dovrebbero nemmeno immaginare possibili. Non è nemmeno vero che l’omicidio e il parricidio siano sempre considerati odiosi. Grazie a qualche supposizione comoda, vengono resi tollerabili o addirittura perdonabili. È difficile non perdonare Fedra, incestuosa e responsabile di versare sangue innocente; Siface che avvelena sua moglie, il giovane Orazio che pugnala sua sorella, Agamemnone che sacrifica sua figlia, Oreste che strangola sua madre, sono tutti personaggi davvero interessanti. Inoltre, l’autore, per far parlare ciascuno secondo il proprio carattere, è costretto a far pronunciare ai malvagi le loro massime e i loro principi, rivestiti tutto lo splendore dei bei versi e espressi con un tono imponente e sentenzioso, al fine di educare il pubblico.
Se i Greci tolleravano spettacoli del genere, era come se questi rappresentassero le loro antiche tradizioni nazionali, sempre presenti tra la gente; avevano quindi motivi sufficienti per ricordarle costantemente, e persino l’orrore stesso di tali scene faceva parte delle loro consuetudini. Ma privi degli stessi motivi e dello stesso interesse, come può una tragedia simile trovare tra voi spettatori capaci di sopportare le scene orribili che vi presenta, e i personaggi che in esse agiscono? Uno uccide suo padre, sposa sua madre e diventa fratello dei propri figli; un altro costringe un figlio a sacrificare il proprio padre; un terzo fa bere al padre il sangue del proprio figlio. Solo a pensarci si ha la pelle d’oca: queste orrori vengono rappresentati sulle scene francesi, per divertire il popolo più gentile e umano che esista sulla terra. No, lo sostengo fermamente, e ne attesto l’effetto spaventoso sui lettori; i massacri dei gladiatori non erano certo così barbari come questi spettacoli orribili. Si vedeva davvero scorrere il sangue, è vero, ma almeno le immaginazioni delle persone non venivano contaminate da crimini che fanno tremare la natura stessa.
Fortunatamente, la tragedia, così come esiste, è molto lontana da noi; presenta esseri così giganteschi, così stravaganti, così fantastici, che l’esempio dei loro vizi non è certo più contagioso di quanto l’esempio delle loro virtù sia utile. E tanto meno ci insegna, tanto meno ci nuoce. Ma non è lo stesso per la commedia: i suoi personaggi assomigliano di più agli uomini comuni, e le sue azioni hanno un rapporto più diretto con le nostre abitudini quotidiane. Tutto ciò che accade nella commedia è negativo e dannoso; ogni sua scena ha delle conseguenze per gli spettatori. E poiché il piacere derivante dalla commedia si basa su vizi umani, più essa è gradevole e perfetta, più i suoi effetti sono nocivi sulle nostre virtù. Ma, senza ripetere ciò che ho già detto sulla sua natura, mi limiterò ad applicare queste considerazioni al teatro comico di oggi e a dare un’occhiata al suo stato attuale.
Consideriamolo nella sua perfezione, cioè al momento della sua nascita. Si ammette, e si avrà sempre più consapevolezza di ciò, che Molière è l’autore comico più perfetto di cui ci siano noti le opere; ma chi può negare che il teatro di questo stesso Molière, i cui talenti io ammiro più di chiunque altro, non sia in realtà una scuola di vizi e cattive abitudini, pericolose quanto i libri stessi nei quali si pretende di insegnarle? Il suo principale obiettivo è trasformare la bontà e la semplicità in oggetto di derisione, e mettere in evidenza l’astuzia e il mentire da parte di coloro per i quali si professa interesse; i suoi personaggi “onesti” non sono altro che persone che parlano; i suoi personaggi malvagi sono persone che agiscono, e spesso i successi più brillanti li favoriscono; infine, onore e applausi vanno quasi sempre a coloro che sono i più abili, raramente a coloro che sono i più meritevoli.
Examinez le comique de cet auteur : partout vous trouverez que les vices de caractère en sont l’instrument, et les défauts naturels le sujet ; que la malice de l’un punit la simplicité de l’autre, et que les sots sont les victimes des méchants : ce qui, pour n’être que trop vrai dans le monde, n’en vaut pas mieux à mettre au théâtre avec un air d’approbation, comme pour exciter les âmes perfides à punir, sous le nom de sottise, la candeur des honnêtes gens.
Dat veniam corvis, vexât censura columbas[163].
Voilà l’esprit général de Molière et de ses imitateurs. Ce sont des gens qui, tout au plus raillent quelquefois les vices, sans jamais faire aimer la vertu ; de ces gens, disait un ancien, qui savent bien moucher la lampe, mais qui n’y mettent jamais d’huile.
Voyez comment, pour multiplier ses plaisanteries, cet homme trouble tout l’ordre de la société ; avec quel scandale il renverse tous les rapports les plus sacrés sur lesquels elle est fondée, comment il tourne en dérision les respectables droits des pères sur leurs enfants, des maris sur leurs femmes, des maîtres sur leurs serviteurs ! Il fait rire, il est vrai, et n’en devient que plus coupable, en forçant, par un charme invincible, les sages mêmes de se prêter à des railleries qui devraient attirer leur indignation. J’entends dire qu’il attaque les vices ; mais je voudrais bien que l’on comparât ceux qu’il attaque avec ceux qu’il favorise. Quel est le plus blâmable d’un bourgeois sans esprit et vain qui fait sottement le gentilhomme, ou du gentilhomme fripon qui le dupe ? Dans la pièce dont je parlé, ce dernier n’est-il pas l’honnête homme ? n’a-t-il pas pour lui l’intérêt ? et le public n’applaudit-il pas à tous les tours qu’il fait à l’autre ? Quel est le plus criminel d’un paysan assez fou pour épouser une demoiselle, ou d’une femme qui cherche à déshonorer son époux ? Que penser d’une pièce où le parterre applaudit à l’infidélité, au mensonge, à l’impudence de celle-ci, et rit de la bêtise du manant puni ? C’est un grand vice d’être avare et de prêter à usure ; mais n’en est-ce pas un plus grand encore à un fils de voler son père, de lui manquer de respect, de lui faire mille insultants reproches, et, quand ce père irrité lui donne sa malédiction, de répondre d’un air goguenard qu’il n’a que faire de ses dons ? Si la plaisanterie est excellente, en est-elle moins punissable ? et la pièce où l’on fait aimer le fils insolent qui l’a faite, en est-elle moins une école de mauvaises mœurs ?
Je ne m’arrêterai point à parler des valets. Ils sont condamnés par tout le monde[164] ; et il serait d’autant moins juste d’imputer à Molière les erreurs de ses modèles et de son siècle, qu’il s’en est corrigé lui-même. Ne nous prévalons ni des irrégularités qui peuvent se trouver dans les ouvrages de sa jeunesse, ni de ce qu’il y a de moins bien dans ses autres pièces, et passons tout d’un coup à celle qu’on reconnaît unanimement pour son chef-d’œuvre ; je veux dire le Misanthrope.
Je trouve que cette comédie nous découvre mieux qu’aucune autre la véritable vue dans laquelle Molière a composé son théâtre, et nous peut mieux faire juger de ses vrais effets. Ayant à plaire au public, il a consulté le goût le plus général de ceux qui le composent : sur ce goût il s’est formé un modèle, et sur ce modèle un tableau des défauts contraires, dans lequel il a pris ses caractères comiques, et dont il a distribué les divers traits dans ses pièces. Il n’a donc point prétendu former un honnête homme, mais un homme du monde ; par conséquent il n’a point voulu corriger les vices, mais les ridicules ; et, comme j’ai déjà dit, il a trouvé dans le vice même un instrument très propre à y réussir. Ainsi, voulant exposer à la risée publique tous les défauts opposés aux qualités de l’homme aimable, de l’homme de société, après avoir joué tant d’autres ridicules, il lui restait à jouer celui que le monde pardonne le moins, le ridicule de la vertu : c’est ce qu’il a fait dans le Misanthrope.
Vous ne sauriez me nier deux choses : l’une, qu’Alceste, dans cette pièce, est un homme droit, sincère, estimable, un véritable homme de bien ; l’autre, que l’auteur lui donne un personnage ridicule. C’en est assez, ce me semble, pour rendre Molière inexcusable. On pourrait dire qu’il a joué dans Alceste, non la vertu, mais un véritable défaut, qui est la haine des hommes. À cela je réponds qu’il n’est pas vrai qu’il ait donné cette haine à son personnage : il ne faut pas que ce nom de misanthrope en impose, comme si celui qui le porte était ennemi du genre humain. Une pareille haine ne serait pas un défaut, mais une dépravation de la nature et le plus grand de tous les vices. Le vrai misanthrope est un monstre. S’il pouvait exister, il ne ferait pas rire, il ferait horreur. Vous pouvez avoir vu à la comédie italienne une pièce intitulée, La vie est un songe. Si vous vous rappelez le héros de cette pièce, voilà le vrai misanthrope[165]
Qu’est-ce donc que le misanthrope de Molière ? In homme de bien qui déteste les mœurs de son siècle et la méchanceté de ses contemporains ; qui, précisément parce qu’il aime ses semblables, hait en eux les maux qu’ils se font réciproquement et les vices dont ces maux sont l’ouvrage. S’il était moins touché des erreurs de l’humanité, moins indigné des iniquités qu’il voit, serait-il plus humain lui-même ? Autant vaudrait soutenir qu’un tendre père aime mieux les enfants d’autrui que les siens, parce qu’il s’irrite des fautes de ceux-ci, et ne dit jamais rien aux autres.
Ces sentiments du misanthrope sont parfaitement développés dans son rôle. Il dit, je l’avoue, qu’il a conçu une haine effroyable contre le genre humain. Mais en quelle occasion le dit-il [166] ? Quand, outré d’avoir vu son ami trahir lâchement son sentiment et tromper l’homme qui le lui demande, il s’en voit encore plaisanter lui-même au plus fort de sa colère. Il est naturel que cette colère dégénère en emportement et lui fasse dire alors plus qu’il ne pense de sang-froid. D’ailleurs la raison qu’il rend de cette haine universelle en justifie pleinement la cause :
Les uns parce qu’ils sont méchants,
Et les autres pour être aux méchants complaisants.
Ce n’est donc pas des hommes qu’il est ennemi, mais de la méchanceté des uns et du support que cette méchanceté trouve dans les autres. S’il n’y avait ni fripons ni flatteurs, il aimerait tout le genre humain. Il n’y a pas un homme de bien qui ne soit misanthrope en ce sens ; ou plutôt les vrais misanthropes sont ceux qui ne pensent pas ainsi ; car, au fond, je ne connais point de plus grand ennemi des hommes que l’ami de tout le monde, qui, toujours charmé de tout, encourage incessamment les méchants, et flatte, par sa coupable complaisance, les vices d’où naissent tous les désordres de la société.
Une preuve bien sûre qu’Alceste n’est point misanthrope à la lettre, c’est qu’avec ses brusqueries et ses incartades il ne laisse pas d’intéresser et de plaire. Les spectateurs ne voudraient pas à la vérité lui ressembler, parce que tant de droiture est fort incommode ; mais aucun d’eux ne serait fâché d’avoir affaire à quelqu’un qui lui ressemblât : ce qui n’arriverait pas s’il était l’ennemi déclaré des hommes. Dans toutes les autres pièces de Molière, le personnage ridicule est toujours haïssable ou méprisable. Dans celle-là, quoique Alceste ait des défauts réels dont on n’a pas tort de rire, on sent pourtant au fond du cœur un respect pour lui dont on ne peut se défendre. En cette occasion, la force de la vertu l’emporte sur l’art de l’auteur et fait honneur à son caractère. Quoique Molière fit des pièces répréhensibles, il était personnellement honnête homme ; et jamais le pinceau d’un honnête homme ne sut couvrir de couleurs odieuses les traits de la droiture et de la probité. Il y a plus : Molière a mis dans la bouche d’Alceste un si grand nombre de ses propres maximes, que plusieurs ont cru qu’il s’était voulu peindre lui-même. Cela parut dans le dépit qu’eut le parterre à la première représentation, de n’avoir pas été, sur le sonnet, de l’avis du misanthrope : car on vit bien que c’était celui de l’auteur.
Examine the humor of this author: everywhere you will find that character flaws serve as their instruments, and natural shortcomings provide their subject matter; that one person’s malice punishes another’s innocence, and that fools are the victims of the wicked. While all this is all too true in the world, it does not justify presenting it on stage with an air of approval, as if to encourage malicious souls to punish the honesty of good people under the guise of foolishness.
“By granting forgiveness to the crow, one offends the dove.”[163]
Such is the general spirit of Molière and his imitators. They are people who, at most, occasionally mock vices, but never manage to make virtue seem appealing; in the words of an old saying, they are those who know how to blow out a lamp, but never add any oil to it.
See how, in multiplying his jokes and antics, this man disrupts the entire order of society; how he overturns all those sacred relationships upon which society is founded, and how he mocks the respectable rights of fathers over their children, husbands over their wives, masters over their servants! It’s true that he makes people laugh—but precisely because of this, he becomes all the more culpable, for he forces even the wisest among us to participate in jokes that should arouse our indignation. I hear people say that he attacks vices; but I would like them to compare those vices he criticizes with those he actually encourages. Which is more reprehensible: a dull and vain bourgeois who pretends to be a gentleman, or a deceitful gentleman who exploits such people? In the play I mentioned, isn’t the latter the “honest man”? Doesn’t he have everyone’s support? And doesn’t the audience cheer at all his tricks against the other character? Which is more criminal: a foolish peasant who marries a young woman, or a woman who seeks to disgrace her husband? What should one think of a play in which the audience applauds such infidelity, deceit, and audacity—and laughs at the foolishness of the punished man? It is certainly a grave vice to be greedy and to lend money at usury; but isn’t it an even greater vice for a son to steal from his father, show him disrespect, hurl countless insulting accusations at him—only to respond with a smirk when his angered father curses him? If a joke is particularly clever, does that make it any less deserving of punishment? And isn’t a play that teaches people to admire an insolent son who has played such tricks all the more a school of bad morals?
I will not dwell on the topic of servants at length. They are condemned by everyone[164]; and it would be all the less just to attribute the errors of his models and his era to Molière, since he himself corrected them later on. Let us not make use of the irregularities that may be found in his early works, nor of those aspects that are less satisfactory in his later plays; rather, let us turn our attention immediately to that play which is unanimously recognized as his masterpiece: I mean The Misanthrope.
I believe that this comedy reveals to us, better than any other, the true perspective from which Molière composed his plays, and allows us to better appreciate their true effects. Since he aimed to please the audience, he took into account the general tastes of those who constituted it; based on these tastes, he established a model, and from this model, he created a depiction of the opposite defects—those qualities that became the source of his comedic elements. He did not seek to portray an honest man, but rather a man of the world; consequently, he did not intend to correct vices, but rather ridicules. And, as I have already said, he found in vice itself a very effective instrument to achieve this goal. Thus, wishing to expose to public ridicule all those flaws that are contrary to the qualities of an amiable, sociable man, after having depicted so many other kinds of ridiculous behavior, he chose to portray the one that society tolerates least—the ridicule of virtue— precisely what he did in The Misanthrope.
You cannot deny me two things: first, that Alceste in this play is a straight-minded, sincere, and admirable man—a true gentleman; second, that the author portrays him as a ridiculous character. In my opinion, these two facts are enough to render Molière unforgivable. One might say that in Alceste, he did not depict virtue, but rather a genuine flaw: hatred for humanity. To this I reply that it is not true that he gave his character such hatred; one should not let the name “misanthrope” intimidate us, as if those who bear it were enemies of mankind. Such hatred would not be a flaw, but a corruption of nature—and the greatest of all vices. The true misanthrope is a monster. If such a person existed, he would not inspire laughter, but horror. You may have seen an Italian comedy titled La vita è un sogno. If you remember its protagonist, that is the true misanthrope[165].
What is Molière’s misanthrope? He is a good man who despises the morals of his time and the malice of his contemporaries; precisely because he loves his fellow humans, he hates the evils they inflict upon each other and the vices that give rise to those evils. If he were less affected by the mistakes of humanity, less outraged by the injustices he sees, would he be any more “human” himself? It would be just as unreasonable to claim that a kind father prefers the children of others to his own, simply because he is annoyed by their faults but never says anything about them.
These sentiments of the misanthrope are perfectly developed in his role. He admits that he has conceived a terrible hatred towards the human race. But on what occasion does he say this? When, outraged at seeing his friend treacherously betray his feelings and deceive the person who trusted him, he finds himself still mocking that very person in the midst of his greatest anger. It is only natural for such anger to degenerate into a violent outburst, causing him to say things he would not otherwise utter in his calm state of mind. Moreover, the reasons he gives for this universal hatred fully justify its existence.
Some because they are evil;
And the others are merely complacent towards the villains.
Therefore, it is not men that he is enemies of, but rather the malice of some and the support that such malice finds in others. If there were no swindlers or flatterers, he would love all of humanity. There is not a good person who is not somewhat misanthropic in this sense; or rather, the true misanthropes are those who do not think this way. For, in truth, I know of no greater enemy of mankind than the one who is friends to everyone, who is always pleased with everything, who incessantly encourages the wicked, and who, through his guilty complacency, flatters the vices that give rise to all the disorders in society.
A clear proof that Alceste is not truly a misanthrope in the strict sense of the word is that, despite his brusqueness and erratic behavior, he still manages to interest and please others. Indeed, the audience would hardly want to resemble him, for such integrity can be quite inconvenient; yet none of them would mind dealing with someone who did—something that would never happen if he were declared an enemy of mankind. In all of Molière’s other plays, the ridiculous characters are always detestable or contemptible. But in this one, although Alceste has real flaws that deserve ridicule, one cannot help but feel a deep respect for him. In this case, the power of virtue overcomes the author’s artistic intentions and brings honor to his character. Despite creating some morally questionable plays, Molière himself was an honest man; and the pen of an honest man would never dare to distort the image of integrity and virtue with despicable colors. Moreover, Molière included so many of his own principles in Alceste’s dialogue that some believed he was actually portraying himself. This became evident when, at the premiere, the audience was displeased to find that the sonnet did not reflect the misanthrope’s views—but it clearly reflected the author’s own.
Esaminate il comico di questo autore: ovunque troverete che i vizi del carattere ne sono lo strumento e i difetti naturali il soggetto; che la malizia di alcuni punisce la semplicità degli altri, e che gli sciocchi sono le vittime dei cattivi. Ciò che, sebbene sia fin troppo vero nel mondo reale, non diventa certo più accettabile quando viene messo in scena con un tono di approvazione, come se si volesse incitare gli animi malvagi a punire, sotto il nome di stupidità, la candidezza delle persone oneste.
Se alle aquile viene concesso il permesso di cacciare, le colombe saranno tormentate dalla censura[163].
Ecco lo spirito generale di Molière e dei suoi imitatori: persone che, al massimo, talvolta deridono i vizi, senza mai far amare la virtù; persone, diceva un antico, che sanno bene spegnere la lampada, ma che non vi mettono mai olio.
Vedete come, per moltiplicare le sue battute spiritose, quest’uomo sovverta completamente l’ordine della società; con quale scandalo ribalta tutti i rapporti più sacri su cui essa si fonda, come prende in giro i rispettabili diritti dei padri sui loro figli, dei mariti sulle loro mogli, dei padroni sui loro servitori! Certo, fa ridere, ma questo lo rende ancora più colpevole, poiché, con un fascino irresistibile, costringe persino i saggi a partecipare a scherzi che dovrebbero suscitare la loro indignazione. Si dice che attacchi i vizi. Ma vorrei davvero che si confrontassero quelli che attacca con quelli che favorisce. Qual è più biasimabile: un borghese senza spirito e vanitoso che cerca sciocamente di comportarsi da gentiluomo, o un gentiluomo disonesto che inganna i propri simili? Nella commedia di cui parlo, non è forse quest’ultimo l’“uomo onesto”? Non ha forse interesse personale in ciò che fa? E il pubblico non applaude forse a tutti i trucchi che usa contro l’altro personaggio? Qual è più criminale: un contadino così folle da sposare una signorina, o una donna che cerca di disonorare il proprio marito? Che cosa si può pensare di una commedia in cui il pubblico applaude all’infedeltà, alla menzogna, all’impudenza di quella donna, e ride della stupidità del contadino punito? È certo un grande vizio essere avari e prestare denaro ad usura. Ma non è forse ancora più grave che un figlio rubi i beni del proprio padre, gli manchi di rispetto, gli faccia mille insulti offensivi. E quando quel padre, irritato, lo maledice, lui risponda con aria sprezzante dicendo che non ha bisogno dei suoi doni? Se la battuta è divertente, è forse meno punibile? E una commedia in cui si fa amare un figlio insolente che l’ha creata, non è forse anch’essa un’istituzione che insegna cattive abitudini?
Non mi fermerò certo a parlare dei servitori: sono condannati da tutti[164]; e sarebbe ancora meno giusto attribuire a Molière gli errori dei suoi modelli e del suo secolo, visto che egli stesso si è corretto in seguito. Non dobbiamo fare leva né sulle irregolarità che si possono trovare nelle opere della sua giovinezza, né su ciò che vi è di meno raffinato nelle sue altre commedie; passiamo direttamente a quella che tutti riconoscono come il suo capolavoro: intendo parlare del “Misantropo”.
Credo che questa commedia ci riveli, meglio di qualsiasi altra, la vera visione con cui Molière ha composto i suoi drammi, e ci permetta di comprendere appieno i loro veri effetti. Avendo bisogno di piacere al pubblico, Molière si è ispirato al gusto più diffuso tra le persone che lo componevano; su quel gusto si è formato un modello, e partendo da esso ha delineato i difetti contrari a tale modello, prendendoli come fonte delle caratteristiche comiche dei suoi personaggi e distribuendone i vari tratti nelle sue opere. Non ha mai cercato di rappresentare un uomo onesto, ma un uomo di mondo; pertanto non ha voluto correggere i vizi, ma solo gli aspetti ridicoli di essi. E, come ho già detto, ha trovato nel vizio stesso uno strumento particolarmente adatto per raggiungere questo scopo. Così, volendo esporre alla derisione pubblica tutti i difetti contrari alle qualità di un uomo amabile e socievole, dopo aver rappresentato tanti altri aspetti ridicoli, gli è rimasto da rappresentare quello che il mondo perdona meno: il ridicolo della virtù. Ed è proprio questo che ha fatto nel “Misantropo”.
Non potreste negarmi due cose: la prima è che Alceste, in questa commedia, è un uomo onesto, sincero, stimabile, un vero gentiluomo; la seconda è che l’autore gli attribuisce un carattere ridicolo. Credo che questo sia sufficiente per rendere Molière inescusabile. Si potrebbe dire che in Alceste abbia rappresentato non la virtù, ma un vero difetto: l’odio verso gli uomini. A questo rispondo che non è vero che abbia dato questo sentimento al suo personaggio; non bisogna lasciarsi ingannare dal nome di “misantropo”, come se chi lo porta fosse nemico dell’umanità. Un simile odio non sarebbe un difetto, ma una depravazione della natura e il più grande dei vizi. Il vero misantropa è un mostro; se esistesse, non susciterebbe risate, ma orrore. Avrete forse visto alla commedia italiana un’opera intitolata “La vita è un sogno”. Se vi ricordate il protagonista di questa commedia, ecco il vero misantropa[165].
Che cos’è dunque il misantropo di Molière? È un uomo buono che odia i costumi del suo secolo e la malvagità dei suoi contemporanei; che, proprio perché ama i suoi simili, li odia per i mali che si infliggono a vicenda e per i vizi da cui questi mali derivano. Se fosse meno colpito dagli errori dell’umanità, meno indignato dalle ingiustizie che vede, sarebbe forse più umano lui stesso? Equivale a sostenere che un padre affettuoso ami di più i figli degli altri che i propri, solo perché si irrita per gli errori di questi ultimi e non dice mai nulla agli altri.
Questi sentimenti di misantropo sono perfettamente sviluppati nel suo ruolo. Ammette di aver concepito un odio terribile verso l’umanità. Ma in quale occasione lo dice? Quando, offeso dal vedere il proprio amico tradire ignobilmente i propri sentimenti e ingannare la persona che glieli aveva chiesti, si ritrova ancora a scherzarci sopra nel pieno della sua rabbia. È naturale che questa rabbia degeneri in un impeto furioso, facendogli dire allora più di quanto penserebbe in circostanze normali. Del resto, la ragione che adduce per giustificare questo odio universale ne spiega pienamente la causa.
Alcuni perché sono cattivi.
E gli altri, per essere compiacenti nei confronti dei cattivi.
Quindi, il suo nemico non sono gli uomini in sé, ma la malvagità di alcuni e il sostegno che tale malvagità trova negli altri. Se non ci fossero né furfanti né adulatori, amerebbe l’intera umanità. Non esiste un uomo buono che non sia, in questo senso, misantropo; o meglio, i veri misantropi sono coloro che non la pensano così. Perché, in fondo, non conosco nemico più grande degli uomini di colui che è amico di tutti, che, sempre incantato da tutto, incoraggia incessantemente i malvagi e lusinga, con la sua colpevole compiacenza, i vizi da cui derivano tutti i disordini della società.
Una prova evidente che Alceste non sia davvero un misantropo, nel senso letterale del termine, è il fatto che, nonostante le sue brusqueries e le sue mancanze di educazione, riesca comunque a interessare e a piacere alle persone. In realtà, gli spettatori non vorrebbero assolutamente assomigliargli, poiché una tale integrità è spesso molto scomoda da sopportare; tuttavia, nessuno di loro si dispiacerebbe se dovesse avere a che fare con qualcuno che gli assomigliasse, il che non accadrebbe certo se Alceste fosse davvero l’odiato nemico dell’umanità. In tutte le altre opere di Molière, i personaggi ridicoli sono sempre odiosi o spregevoli; in questa invece, anche se Alceste presenta difetti reali di cui non si può fare a meno di ridere, nel profondo del cuore si prova per lui un rispetto che è difficile reprimere. In questo caso, la forza della virtù prevale sull’abilità dell’autore e rende onore al suo carattere. Nonostante Molière abbia scritto opere discutibili, egli stesso era una persona onesta; e mai il pennello di un uomo onesto ha avuto il potere di nascondere con colori odiosi i tratti della rettitudine e della probità. C’è di più: Molière ha inserito nella bocca di Alceste molte delle sue stesse massime, al punto che alcuni hanno creduto che si fosse voluto ritrarre in quel personaggio. Questo è emerso soprattutto durante la prima rappresentazione, quando il pubblico, deluso dal fatto che il sonetto non riflettesse esattamente le opinioni del misantropo, si rese conto che in realtà riflettevano quelle dell’autore stesso.
Cependant ce caractère si vertueux est présenté comme ridicule. Il l’est, en effet, à certains égards ; et ce qui démontre que l’intention du poète est bien de le rendre tel, c’est celui de l’ami Philinte, qu’il met en opposition avec le sien. Ce Philinte est le sage de la pièce ; un de ces honnêtes gens du grand monde dont les maximes ressemblent beaucoup à celles des fripons ; de ces gens si doux, si modérés, qui trouvent toujours que tout va bien, parce qu’ils ont intérêt que rien n’aille mieux ; qui sont toujours contents de tout le monde, parce qu’ils ne se soucient de personne ; qui, autour d’une bonne table, soutiennent qu’il n’est pas vrai que le peuple ait faim ; qui, le gousset bien garni trouvent fort mauvais qu’on déclame en faveur des pauvres ; qui, de leur maison bien fermée, feraient voler, piller, égorger, massacrer tout le genre humain sans se plaindre, attendu que Dieu les a doués d’une douceur très méritoire à supporter les malheurs d’autrui.
On voit bien que le flegme raisonneur de celui-ci est très propre à redoubler et faire sortir d’une manière comique les emportements de l’autre : et le tort de Molière n’est pas d’avoir fait du misanthrope un homme colère et bilieux, mais de lui avoir donné des fureurs puériles sur des sujets qui ne devaient pas l’émouvoir. Le caractère du misanthrope n’est pas à la disposition du poète ; il est déterminé par la nature de sa passion dominante. Cette passion est une violente haine du vice, née d’un amour ardent pour la vertu, et aigrie par le spectacle continuel de la méchanceté des hommes. Il n’y a donc qu’une âme grande et noble qui en soit susceptible. L’horreur et le mépris qu’y nourrit cette même passion pour tous les vices qui l’ont irritée sert encore à les écarter du cœur qu’elle agite. De plus, cette contemplation continuelle des désordres de la société le détache de lui-même pour fixer toute son attention sur le genre humain. Cette habitude élève, agrandit ses idées, détruit en lui les inclinations basses qui nourrissent et concentrent l’amour-propre ; et de ce concours naît une certaine force de courage, une fierté de caractère qui ne laisse prise au fond de son âme qu’à des sentiments dignes de l’occuper.
Ce n’est pas que l’homme ne soit toujours homme ; que la passion ne le rende souvent faible, injuste, déraisonnable ; qu’il n’épie peut-être les motifs cachés des actions des autres avec un secret plaisir d’y voir la corruption de leurs cœurs ; qu’un petit mal ne lui donne souvent une grande colère, et qu’en l’irritant à dessein un méchant adroit ne put parvenir à le faire passer pour méchant lui-même : mais il n’en est pas moins vrai que tous moyens ne sont pas bons à produire ces effets, et qu’ils doivent être assortis à son caractère pour le mettre en jeu ; sans quoi, c’est substituer un autre homme au misanthrope, et nous le peindre avec des traits qui ne sont pas les siens.
Voilà donc de quel côté le caractère du misanthrope doit porter ses défauts ; et voilà aussi de quoi Molière fait un usage admirable dans toutes les scènes d’Alceste avec son ami, où les froides maximes et les railleries de celui-ci, démontant l’autre à chaque instant, lui font dire mille impertinences très bien placées : mais ce caractère âpre et dur, qui lui donne tant de fiel et d’aigreur dans l’occasion, l’éloigné en même temps de tout chagrin puéril qui n’a nul fondement raisonnable, et de tout intérêt personnel trop vif, dont il ne doit nullement être susceptible. Qu’il s’emporte sur tous les désordres dont il n’est que le témoin, ce sont toujours de nouveaux traits au tableau ; mais qu’il soit froid sur celui qui s’adresse directement à lui : car, ayant déclaré la guerre aux méchants, il s’attend bien qu’ils la lui feront à leur tour. S’il n’avait pas prévu le mal que lui fera sa franchise, elle serait une étourderie et non pas une vertu. Qu’une femme fausse le trahisse, que d’indignes amis le déshonorent, que de faibles amis l’abandonnent, il doit le souffrir sans en murmurer : il connaît les hommes.
Si ces distinctions sont justes, Molière a mal saisi le misanthrope. Pense-t-on que ce soit par erreur ? Non, sans doute. Mais voilà par où le désir de faire rire aux dépens du personnage l’a forcé de le dégrader contre la vérité du caractère.
Après l’aventure du sonnet, comment Alceste ne s’attend-il point aux mauvais procédés d’Oronte ? Peut-il en être étonné quand on l’en instruit, comme si c’était la première fois de sa vie qu’il eût été sincère, ou la première fois que sa sincérité lui eût fait un ennemi ? Ne doit-il pas se préparer tranquillement à la perte de son procès, loin d’en marquer d’avance un dépit d’enfant ?
Ce sont vingt mille francs qu’il m’en pourra coûter ;
Mais pour vingt mille francs j’aurai droit de pester.
Un misanthrope n’a que faire d’acheter si cher le droit de pester, il n’a qu’à ouvrir les yeux ; et il n’estime pas assez l’argent pour croire avoir acquis sur ce point un nouveau droit par la perte d’un procès. Mais il fallait faire rire le parterre.
Dans la scène avec Dubois, plus Alceste a de sujet de s’impatienter, plus il doit rester flegmatique et froid, parce que l’étourderie du valet n’est pas un vice. Le misanthrope et l’homme emporté sont deux caractères très différents : c’était là l’occasion de les distinguer. Molière ne l’ignorait pas. Mais il fallait faire rire le parterre.
Dans la scène avec Dubois, plus Alceste a de sujet de s’impatienter, plus il doit rester flegmatique et froid, parce que l’étourderie du valet n’est pas un vice. Le misanthrope et l’homme emporté sont deux caractères très différents : c’était là l’occasion de les distinguer. Molière ne l’ignorait pas. Mais il fallait faire rire le parterre.
Au risque de faire rire aussi le lecteur à mes dépens, j’ose accuser cet auteur d’avoir manqué de très grandes convenances, une très grande vérité, et peut-être de nouvelles beautés de situation ; c’était de faire un tel changement à son plan que Philinte entrât comme acteur nécessaire dans le nœud de sa pièce, en sorte qu’on put mettre les actions de Philinte et d’Alceste dans une apparente opposition avec leurs principes, et dans une conformité parfaite avec leurs caractères. Je veux dire qu’il fallait que le misanthrope fût toujours furieux contre les vices publics, et toujours tranquille sur les méchancetés personnelles dont il était la victime. Au contraire, le philosophe Philinte devait voir tous les désordres de la société avec un flegme stoïque, et se mettre en fureur au moindre mal qui s’adressait directement à lui. En effet, j’observe que ces gens si paisibles sur les injustices publiques sont toujours ceux qui font le plus de bruit au moindre tort qu’on leur fait, et qu’ils ne gardent leur philosophie qu’aussi longtemps qu’ils n’en ont pas besoin pour eux-mêmes. Us ressemblent à cet Irlandais qui ne voulait pas sortir de son lit, quoique le leu fût à la maison. La maison brûle, lui criait-ou. Que m’importe ? répondait-il, je n’en suis que le locataire. À la fin le feu pénétra jusqu’à lui. Aussitôt il s’élance, il court, il crie, il s’agite ; il commence à comprendre qu’il faut quelquefois prendre intérêt à la maison qu’on habite, quoiqu’elle ne nous appartienne pas.
Il me semble qu’en traitant les caractères en question sur cette idée, chacun des deux eut été plus vrai, plus théâtral, et que celui d’Alceste eût fait incomparablement plus d’effet : mais le parterre alors n’aurait pu rire qu’aux dépens de l’homme du monde ; et l’intention de l’auteur était qu’on rît aux dépens du misanthrope[167]
Dans la même vue, il lui fait tenir quelquefois des propos d’humeur d’un goût tout contraire à celui qu’il lui donne. Telle est cette pointe de la scène du sonnet,
La peste de ta chute, empoisonneur au diable !
En eusses-tu fait une à te casser le nez !
pointe d’autant plus déplacée dans la bouche du misanthrope, qu’il vient d’en critiquer de plus supportables dans le sonnet d’Oronte ; et il est bien étrange que celui qui la fait propose un instant après la chanson du roi Henri pour un modèle de goût. Il ne sert de rien de dire que ce mot échappe dans un moment de dépit ; car le dépit ne dicte rien moins que des pointes ; et Alceste, qui passe sa vie à gronder, doit avoir pris, même en grondant, un ton conforme à son tour d’esprit.
Morbleu ! vil complaisant ! vous louez des sottises !
C’est ainsi que doit parler le misanthrope en colère. Jamais une pointe n’ira bien après cela. Mais il fallait faire rire le parterre ; et voilà comment on avilit la vertu.
However, this so virtuous character is presented in a ridiculous light. Indeed, he is ridiculous in certain respects; and what proves that the poet’s intention was indeed to portray him in this way is the character of his friend Philinte, whom he puts in opposition to his own character. This Philinte is the wise man of the play—a kind of honest person from high society whose maxims closely resemble those of scoundrels; such gentle, moderate people who always think everything is going well, simply because it is in their interest that nothing should improve further; people who are always satisfied with everyone, because they don’t care about anyone at all; people who, around a good table, insist that it isn’t true that the poor are starving; people whose pockets are full who consider it utterly wrong to advocate for the poor; people who, from within their securely closed homes, would have no qualms about ordering the theft, plundering, slaughter, and massacre of entire populations, all because God has endowed them with a truly admirable tolerance for others’ misfortunes.
It is clear that the calm and rational nature of one character perfectly serves to amplify and render comical the outbursts of anger in the other; Molière’s fault lies not in portraying the misanthrope as a furious and bitter man, but rather in endowing him with childish fits of rage over matters that should not have stirred such emotions at all. The character of the misanthrope is not something the poet can create at will; it is determined by the nature of his dominant passion. This passion is a fierce hatred for vice, born of a passionate love for virtue and intensified by the constant sight of human malice. Therefore, only a great and noble soul is capable of harboring such feelings. The horror and contempt this passion inspires toward all those vices that have provoked it also help to keep them at bay from the heart that is stirred by them. Moreover, this continuous contemplation of the disorders in society enables the misanthrope to detach himself from his own personal concerns and focus all his attention on humanity as a whole. This habit elevates and broadens his thoughts, eradicating within him those base inclinations that nourish and concentrate self-love; and from this combination arise a certain strength of courage and a pride of character that leave only sentiments worthy of occupying his soul.
It is not that man is not always man; that passion often makes him weak, unjust, and unreasonable; that he may not secretly take pleasure in discovering the hidden motives behind others’ actions, seeing therein the corruption of their hearts; that a minor grievance often provokes in him great anger; and that a cunning villain, by deliberately irritating him, might succeed in making him seem evil himself. Yet it remains true that not all means are suitable for producing such effects, and that they must be chosen in accordance with his character in order to be effective. Otherwise, we would be substituting another person for the misanthrope and depicting him with traits that do not truly belong to him.
Thus, it is in these aspects that the character of the misanthrope must display its flaws; and it is precisely in these ways that Molière employs this trait admirably in all the scenes where Alceste interacts with his friend. In those scenes, the other character’s cold maxims and mockery constantly undermine Alceste, prompting him to utter countless well-placed and impertinent remarks. Yet, this same harsh and bitter nature, which gives him such venom and acidity when necessary, also keeps him away from all petty sorrows that lack any reasonable basis, as well as from any overly intense personal interests that he should never allow himself to be affected by. When he reacts against all the injustices he merely witnesses, it adds new layers to his character; but when he remains indifferent toward those who address him directly, it is because he has declared war on the wicked—and he fully expects them to return the favor. Had he not anticipated the harm that his frankness could cause him, such honesty would have been nothing more than a foolishness, rather than a virtue. If a woman deceives him, if despicable friends dishonor him, if weak allies abandon him, he must endure it without complaint—for he knows how men truly are.
If these distinctions are valid, then Molière has failed to capture the true nature of the misanthrope. Is one to think that this was an error? No, certainly not. But it was precisely because he desired to make the audience laugh at the expense of this character that he was forced to distort his true characteristics in order to achieve that goal.
After the experience with that sonnet, how could Alceste not expect Oronte’s malicious tactics? How can he be surprised when he is informed of them, as if it were the first time in his life that he had been sincere, or the first time that his sincerity had made him an enemy? Shouldn’t he calmly prepare himself for the loss of that lawsuit, rather than showing an childish resentment in advance?
It could cost me twenty thousand francs.
But for twenty thousand francs, I would have the right to bother them.
A misanthrope has no need to pay such a high price for the right to annoy others; he simply needs to open his eyes. Moreover, he does not consider money to be of any value enough to believe that losing a lawsuit grants him some new right in this regard. But there was a need to make the audience laugh.
In the scene with Dubois, the more Alceste has reason to become impatient, the more he must remain calm and composed, because the servant’s foolishness is not considered a vice. The misanthrope and the hot-tempered man are two very different characters; this was an opportunity to distinguish between them. Molière was well aware of this. But above all, it was necessary to make the audience laugh.
In the scene with Dubois, the more Alceste has reason to become impatient, the more he must remain calm and composed, because the servant’s foolishness is not considered a vice. The misanthrope and the hot-tempered man are two very different characters; this was an opportunity to distinguish between them. Molière was well aware of this. But above all, it was necessary to make the audience laugh.
At the risk of also making the reader laugh at my expense, I dare to accuse this author of having neglected very important considerations, a great deal of truth, and perhaps even some new and delightful aspects in his narrative; he made such drastic changes to his plot that Philinte became an essential character in the central conflict of his play, allowing the actions of Philinte and Alceste to appear seemingly contradictory to their principles yet perfectly consistent with their personalities. In other words, the misanthrope was supposed to remain endlessly enraged by public vices while remaining utterly calm in the face of personal injustices that he himself suffered. On the contrary, the philosopher Philinte was expected to view all the disorders of society with stoic indifference, but to become furious at the slightest harm inflicted upon him personally. Indeed, I observe that those who are so calm in the face of public injustice are often the very ones who make the most fuss over the smallest personal grievances; they only maintain their “philosophy” as long as it is not necessary for their own survival. They are like that Irishman who refused to get out of bed, even though the house was on fire: “What does it matter to me?” he would say, “I am merely a tenant.” But in the end, the fire reached him too; then he began to run around, shouting and panicking—realizing that sometimes one must care about the house one lives in, even if it does not actually belong to us.
It seems to me that if both actors had approached the portrayal of these characters from this perspective, each would have been more genuine, more theatrical in their performance; and Alceste’s character would have had an incomparably greater impact. However, in that case, the audience would have been able to laugh only at the expense of the worldly man; whereas the author’s intention was indeed for the audience to laugh at the expense of the misanthrope[167].
From the same perspective, he sometimes makes her utter remarks of a humor that is completely contrary to the tone he himself imparts to her speech. Such is the subtle nuance in that scene from the sonnet.
May the plague of your downfall be upon you, you damned poisoner!
You’d have broken your nose if you’d done that!
This kind of wit is all the more out of place in the mouth of a misanthrope, given that he has just criticized other, more tolerable forms of wit in Oronte’s sonnet; and it is truly strange that the very person who employs such wit should, moments later, offer the song of King Henry as a model of good taste. It is futile to claim that such words are merely uttered in a moment of anger; for anger itself dictates nothing but bitter, sarcastic remarks. And Alceste, who spends her life complaining, must surely have adopted a tone that reflects her very nature, even when she expresses her discontent.
By the devil! What a servile flatterer—you praise such nonsense!
Such is the way a furious misanthrope should speak. No sharp words will ever have any lasting effect afterward. But one had to make the audience laugh; and in this way, virtue was degraded.
Tuttavia, questo carattere così virtuoso viene presentato come ridicolo. Lo è, infatti, sotto alcuni aspetti; e ciò che dimostra chiaramente che l’intenzione del poeta sia proprio quella di farlo apparire tale è il personaggio dell’amico Filinte, che viene messo in contrasto con il suo stesso protagonista. Questo Filinte rappresenta il saggio della commedia; uno di quegli onesti uomini del gran mondo le cui massime assomigliano molto a quelle dei furfanti; persone così dolci, così moderate, che ritengono sempre che tutto vada bene, perché hanno interesse che nulla vada meglio; persone sempre soddisfatte di tutti, perché non si preoccupano di nessuno; persone che, attorno a un buon tavolo, sostengono che non sia vero che il popolo abbia fame; persone le cui tasche sono ben piene e che trovano molto spiacevole che si facciano discorsi a favore dei poveri; persone che, dalla loro casa ben chiusa, permetterebbero che tutto l’umanità venisse derubata, saccheggiata, assassinata senza lamentarsi, dato che Dio le ha dotate di una dolcezza davvero meritevole per sopportare i mali altrui.
È evidente che la calma e la razionalità di quest’ultimo sono proprio ciò che contribuisce a esasperare in modo comico le furie dell’altro: il torto di Molière non sta nel aver reso il misantropo un uomo irascibile e bilioso, ma nel avergli attribuito furie infantili per motivi che non avrebbero dovuto commuoverlo. Il carattere del misantropo non è qualcosa che il poeta possa scegliere liberamente; è determinato dalla natura della sua passione dominante. Questa passione è un’odio violenta verso il vizio, nata da un amore ardente per la virtù e acuita dal continuo spettacolo della malvagità umana. Pertanto, solo un’anima grande e nobile può essere suscettibile di tale sentimento. L’orrore e il disprezzo che questa passione provoca verso tutti i vizi che l’hanno offesa servono ancora a allontanarli dal cuore stesso che essa agita. Inoltre, questa continua contemplazione dei disordini della società lo distacca da sé stesso, permettendogli di concentrare tutta la sua attenzione sull’umanità intera. Questa abitudine eleva e amplia le sue idee, distrugge in lui quelle inclinazioni basse che alimentano e concentrano l’amor proprio; da questo processo nasce una certa forza di coraggio, una fierezza di carattere che lascia nel suo cuore spazio soltanto a sentimenti degni di occuparlo.
Non è che l’uomo non sia sempre uomo; che la passione non lo renda spesso debole, ingiusto, irragionevole; che egli non osservi forse con un segreto piacere i motivi nascosti delle azioni altrui, trovando in esse la corruzione dei loro cuori; che un piccolo male non gli provochi spesso una grande rabbia, e che un malvagio abile, irritandolo intenzionalmente, possa riuscire a farlo apparire lui stesso malvagio. Tuttavia è altrettanto vero che non tutti i mezzi sono adatti a produrre questi effetti, e che essi devono essere in armonia con il suo carattere per poter agire efficacemente; altrimenti si sostituirebbe un altro uomo al misantropo, e lo si dipingerebbe con tratti che non sono i suoi.
Ecco quindi da quale lato il carattere del misantropo deve manifestare i suoi difetti; ed è proprio in questo senso che Molière utilizza in modo straordinario tutte le scene di Alceste con il suo amico: le fredde massime e le derisioni di quest’ultimo, smontando continuamente quelle dell’altro, fanno sì che Alceste pronunci migliaia di battute impertinenti ma ben collocate. Tuttavia, questo carattere aspro e duro, che gli conferisce tanta amarezza e astio nelle occasioni opportune, lo allontana al contempo da ogni tipo di dolore futile privo di fondamento razionale, così come da qualsiasi interesse personale troppo intenso di cui non dovrebbe assolutamente essere suscettibile. Se si arrabbia per tutti i disordini di cui è soltanto testimone, ciò aggiunge semplicemente nuovi tratti al suo carattere; ma se rimane indifferente verso chi gli parla direttamente, poiché ha dichiarato guerra ai malvagi, si aspetta naturalmente che anche loro gli facciano la stessa cosa. Se non avesse previsto il male che la sua franchezza potrebbe causargli, essa sarebbe soltanto una follia, e non una virtù. Se una donna lo tradisce, se degli amici indegni lo disonorano, se degli amici deboli lo abbandonano, deve sopportarlo senza lamentarsi: conosce bene gli uomini.
Se queste distinzioni sono giuste, allora Molière non ha compreso correttamente il carattere del misantropo. Si può pensare che si tratti di un errore? No, certamente no. Ma è proprio il desiderio di far ridere a scapito di questo personaggio a costringerlo a deformarne la vera natura.
Dopo l’esperienza del sonetto, come Alceste possa non aspettarsi comportamenti malvagi da parte di Oronte? Può davvero meravigliarsene quando gli viene rivelato tutto ciò, come se fosse la prima volta nella sua vita che si è mostrato sincero, o la prima volta che la sua sincerità gli ha creato nemici? Non dovrebbe forse prepararsi con tranquillità alla sconfitta nel processo, piuttosto che manifestare in anticipo un risentimento infantile?
Potrebbero costarmi ventimila franchi.
Ma per ventimila franchi avrò il diritto di infastidire tutti quanti.
Un misantropo non ha alcun bisogno di spendere così tanto denaro per “acquistare” il diritto di infastidire gli altri: basta semplicemente aprire gli occhi. Non considera l’oro abbastanza prezioso da credere di aver ottenuto, con la sconfitta in un processo, un nuovo diritto in questo senso. Ma bisognava far ridere il pubblico presente.
Nella scena con Dubois, più Alceste ha motivi per impazientirsi, più deve rimanere calmo e freddo, perché la leggerezza del servitore non rappresenta certo un vizio. Il misantropo e l’uomo impulsivo sono due caratteri molto diversi: questa era l’occasione per distinguerli. Molière lo sapeva bene. Ma bisognava far ridere il pubblico.
Nella scena con Dubois, più Alceste ha motivi per impazientirsi, più deve rimanere calmo e freddo, perché la leggerezza del servitore non costituisce certo un vizio. Il misantropo e l’uomo impulsivo sono due caratteri molto diversi: questa era l’occasione per distinguerli. Molière lo sapeva bene. Ma bisognava far ridere il pubblico.
Rischio di far ridere anche il lettore a mie spese, ma oso accusare quest’autore di aver trascurato delle considerazioni molto importanti, una verità fondamentale, e forse anche nuove bellezze nella struttura della sua opera; in altre parole, ha apportato cambiamenti così radicali nel suo piano narrativo da far sì che Philinte diventasse un personaggio indispensabile per risolvere i conflitti della sua pièce, al punto di poter mettere in contrasto le azioni di Philinte e Alceste con i loro principi, pur mantenendo una perfetta armonia tra queste azioni e i loro caratteri. Voglio dire: il misantropo doveva sempre essere furioso contro i vizi pubblici, mentre il filosofo Philinte avrebbe dovuto osservare con distacco tutti gli disordini della società, ma arrabbiarsi solo di fronte ai torti che lo riguardavano personalmente. In realtà, queste persone apparentemente tranquille di fronte alle ingiustizie pubbliche sono spesso quelle che fanno più rumore per le offese minori subite; mantengono la loro “filosofia” soltanto finché non ne hanno bisogno personalmente. Sono come quell’irlandese che rifiutava di lasciare il suo letto, anche se c’era un leone in casa, “La casa sta bruciando!”, gli gridavano, “A me che importa?”, rispondeva lui, “Io sono solo l’inquilino”. Alla fine, il fuoco lo raggiunse. Allora si alzò di scatto, corse via, iniziò a urlare e agitarsi. Comprese finalmente che, a volte, è necessario prendersi cura della casa in cui si vive, anche se non ci appartiene.
Mi sembra che, trattando i personaggi in questione secondo questa idea, ciascuno dei due avrebbe risultato più vero, più teatrale; in particolare, il personaggio di Alceste avrebbe prodotto un effetto incomparabilmente maggiore. Tuttavia, il pubblico presente in platea avrebbe potuto ridere soltanto a scapito dell’uomo del mondo; e l’intenzione dell’autore era proprio che si ridesse a spese del misantropo[167].
Nello stesso spirito, a volte gli fa pronunciare frasi dal tono completamente opposto a quello che egli stesso gli impone. È proprio questo il dettaglio significativo di quella scena del sonetto.
La maledizione della tua caduta, maledetto velenatore!
Se l’avessi fatta, ti saresti rotto il naso!
Un’allusione tanto più inappropriata nella bocca di un misantropo, visto che poco prima ha criticato allusioni molto più tollerabili nel sonetto di Oronte; ed è davvero strano che colui che la utilizza proponga subito dopo la canzone del re Enrico come modello di gusto. Non serve a nulla dire che questa parola venga pronunciata in un momento di rabbia; perché la rabbia stessa non suggerisce altro che allusioni offensive; e Alceste, che trascorre la sua vita a ringhiare, deve aver assunto, anche quando ringhia, un tono conforme al suo carattere.
Maledizione! Vile adulatore, lodate solo sciocchezze!
Ecco come deve parlare l’antipatico quando è arrabbiato. Mai una parola dovrebbe lasciare traccia di IRA dopo essere stata pronunciata. Ma bisognava far ridere il pubblico; ed è così che la virtù viene umiliata.
Une chose assez remarquable, dans cette comédie, est que les charges étrangères que l’auteur a données au rôle du misanthrope l’ont forcé d’adoucir ce qui était essentiel au caractère. Ainsi, tandis que dans toutes ses autres pièces les caractères sont chargés pour faire plus d’effet, dans celle-ci seule les traits sont émoussés pour la rendre plus théâtrale. La même scène dont je viens de parler m’en fournit la preuve. On y voit Alceste tergiverser et user de détours pour dire son avis à Oronte. Ce n’est point là le misanthrope : c’est un honnête homme du monde qui se fait peine de tromper celui qui le consulte. La force du caractère voulait qu’il lui dit brusquement, Votre sonnet ne vaut rien, jetez-le au feu : mais cela aurait ôté le comique qui nait de l’embarras du misanthrope et de ses je ne dis pas cela répétés, qui pourtant ne sont au fond que des mensonges. Si Philinte, à son exemple, lui eût dit en cet endroit, Et que dis-tu donc, traître ? qu’avait-il à répliquer. En vérité, ce n’est pas la peine de rester misanthrope pour ne l’être qu’à demi ; car, si l’on se permet le premier ménagement et la première altération de la vérité, où sera la raison suffisante pour s’arrêter jusqu’à ce qu’on devienne aussi faux qu’un homme de cour ?
L’ami d’Alceste doit le connaître. Comment ose-t-il lui proposer de visiter des juges, c’est-à-dire, en termes honnêtes, de chercher à les corrompre ? comment peut-il supposer qu’un homme capable de renoncer même aux bienséances par amour pour la vertu, soit capable de manquer à ses devoirs par intérêt ? Solliciter un juge ! il ne faut pas être misanthrope, il suffit d’être honnête homme pour n’en rien faire. Car enfin, quelque tour qu’on donne à la chose, ou celui qui sollicite un juge l’exhorte à remplir son devoir, et alors il lui fait une insulte, ou il lui propose une acception de personnes, et alors il le veut séduire, puisque toute acception de personnes est un crime dans un juge, qui doit connaître l’affaire et non les parties, et ne voir que l’ordre et la loi. Or je dis qu’engager un juge à faire une mauvaise action, c’est la faire soi-même ; et qu’il vaut mieux perdre une cause juste que de faire une mauvaise action. Cela est clair, net ; il n’y a rien à répondre. La morale du monde a d’autres maximes, je ne l’ignore pas. Il me suffit de montrer que dans tout ce qui rendait le misanthrope si ridicule, il ne faisait que le devoir d’un homme de bien ; et que son caractère était mal rempli d’avance, si son ami supposait qu’il pût y manquer.
Si quelquefois l’habile auteur laisse agir ce caractère dans toute sa force, c’est seulement quand cette force rend la scène plus théâtrale, et produit un comique de contraste ou de situation plus sensible. Telle est, par exemple, l’humeur taciturne et silencieuse d’Alceste, et ensuite la censure intrépide et vivement apostrophée de la conversation chez la coquette :
Allons, ferme, poussez, mes bons amis de cour.
Ici l’auteur a marqué fortement la distinction du médisant et du misanthrope. Celui-ci, dans son fiel acre et mordant, abhorre la calomnie et déteste la satire. Ce sont les vices publics, ce sont les méchants en général qu’il attaque. La basse et secrète médisance est indigne de lui, il la méprise et la hait dans les autres ; et quand il dit du mal de quelqu’un, il commence par le lui dire en face. Aussi, durant toute la pièce, ne fait-il nulle part plus d’effet que dans cette scène, parce qu’il est là ce qu’il doit être, et que s’il fait rire le parterre, les honnêtes gens ne rougissent pas d’avoir ri.
Mais, en général, on ne peut nier que, si le misanthrope était plus misanthrope, il ne fût beaucoup moins plaisant, parce que sa franchise et sa fermeté, n’admettant jamais de détour, ne le laisseraient jamais dans l’embarras. Ce n’est donc pas par ménagement pour lui que l’auteur adoucit quelquefois son caractère, c’est au contraire pour le rendre plus ridicule. Une autre raison l’y oblige encore, c’est que le misanthrope de théâtre, ayant à parler de ce qu’il voit, doit vivre dans le monde, et par conséquent tempérer sa droiture et ses manières par quelques-uns de ces égards de mensonge et de fausseté qui composent la politesse, et que le monde exige de quiconque y veut être supporté. S’il s’y montrait autrement, ses discours ne feraient plus d’effet. L’intérêt de l’auteur est bien de le rendre ridicule, mais non pas fou ; et c’est ce qu’il paraîtrait aux yeux du public, s’il était tout-à-fait sage.
On a peine à quitter cette admirable pièce quand on a commencé de s’en occuper ; et, plus on y songe, plus on y découvre de nouvelles beautés. Mais enfin, puisqu’elle est, sans contredit, de toutes les comédies de Molière celle qui contient la meilleure et la plus. saine morale, sur celle-là jugeons des autres ; et convenons que, l’intention de l’auteur étant de plaire à des esprits corrompus, ou sa morale porte au mal, ou le faux bien qu’elle prêche est plus dangereux que le mal même ; en ce qu’il séduit par une apparence de raison ; en ce qu’il fait préférer l’usage et les maximes du monde à l’exacte probité ; en ce qu’il fait consister la sagesse dans un certain milieu entre le vice et la vertu ; en ce qu’au grand soulagement des spectateurs, il leur persuade que, pour être honnête homme, il suffit de n’être pas un franc scélérat.
J’aurais trop d’avantage si je voulais passer de l’examen de Molière à celui de ses successeurs, qui, n’ayant ni son génie ni sa probité, n’en ont que mieux suivi ses vues intéressées, en s’attachant à flatter une jeunesse débauchée et des femmes sans mœurs. Ce sont eux qui, les premiers, ont introduit ces grossières équivoques, non moins proscrites par le goût que par l’honnêteté, qui firent longtemps l’amusement des mauvaises compagnies, l’embarras des personnes modestes, et dont le meilleur ton, lent dans ses progrès, n’a pas encore purifié certaines provinces. D’autres auteurs, plus réservés dans leurs saillies, laissant les premiers amuser les femmes perdues, se chargèrent d’encourager les filous. Regnard, un des moins libres, n’est pas le moins dangereux[168]. C’est une chose incroyable qu’avec l’agrément de la police on joue publiquement au milieu de Paris une comédie où, dans l’appartement d’un oncle qu’on vient de voir expirer, son neveu, l’honnête homme de la pièce, s’occupe avec son digne cortège des soins que les lois paient de la corde ; et qu’au lieu des larmes que la seule humanité fait verser en pareil cas aux indifférents mêmes, on égaie à l’envi de plaisanteries barbares le triste appareil de la mort. Les droits les plus sacrés, les plus touchants sentiments de la nature, sont joués dans cette odieuse scène. Les tours les plus punissables y sont rassemblés comme à plaisir avec un enjouement qui fait passer tout cela pour des gentillesses. Faux acte, supposition, vol, fourberie, mensonge, inhumanité, tout y est, et tout y est applaudi. Le mort s’étant avisé de renaître, au grand déplaisir de son cher neveu, et ne voulant point ratifier ce qui s’est fait en son nom, on trouve le moyen d’arracher son consentement de force, et tout se termine au gré des acteurs et des spectateurs qui, s’intéressant malgré eux à ces misérables, sortent de la pièce avec cet édifiant souvenir d’avoir été dans le fond de leur cœur complices des crimes qu’ils ont vu commettre.
Osons le dire sans détour : Qui de nous est assez sûr de lui pour supporter la représentation d’une pareille comédie sans être de moitié des tours qui s’y jouent ? Qui ne serait pas un peu fâché si le filou venait à être surpris ou manquer son coup ? Qui ne devient pas un moment filou soi-même en s’intéressant pour lui ? Car s’intéresser pour quelqu’un, qu’est-ce autre chose (pie se mettre à sa place ? Belle instruction pour la jeunesse, que celle où les hommes faits ont bien de la peine à se garantir de la séduction du vice ! Est-ce à dire qu’il ne soit jamais permis d’exposer an théâtre des actions blâmables ? Non ; mais, en vérité, pour savoir mettre un fripon sur la scène, il faut un auteur bien honnête homme.
Ces défauts sont tellement inhérents à notre théâtre, qu’en voulant les en ôter on le défigure. Nos auteurs modernes, guidés par de meilleures intentions, font des pièces plus épurées ; mais aussi qu’arrive-t-il ? Qu’elles n’ont plus de vrai comique, et ne produisent aucun effet. Elles instruisent beaucoup, si l’on veut ; mais elles ennuient encore davantage. Autant vaudrait aller au sermon.
A rather remarkable aspect of this comedy is that the exaggerated characteristics the author attributed to the misanthrope’s role forced him to soften those elements that were essential to the character’s nature. In all his other plays, characters are deliberately overdrawn to create greater effect; yet in this one alone, these traits are toned down to make the play more theatrical. The scene I just mentioned serves as proof of this. In it, Alceste hesitates and uses circumlocutions to express her opinion to Oronte—far from behaving like a misanthrope, she behaves like an honest man who is reluctant to deceive someone seeking his advice. The character’s true nature would have demanded that she bluntly tell him, “Your sonnet is worthless; throw it into the fire.” But such a response would have stripped away the comedy that arises from the misanthrope’s awkwardness and his repeated claims of not saying what he actually means—claims that are, in truth, nothing but lies. If Philinte had followed her example and said to him at that moment, “So what do you think, traitor?”, what reply could he have made? In truth, there is no point in remaining a misanthrope if one only pretends to be one; for if one allows oneself the first compromise and the first distortion of the truth, where will the limit lie—until one becomes as deceitful as a courtier?
Alceste’s friend must surely know him well. How dare he propose to him that they visit judges—in other words, that they try to corrupt them? How can he assume that a man who would even sacrifice propriety for the sake of virtue is capable of failing in his duties out of greed? To solicit a judge’s help! One doesn’t have to be a misanthrope to realize that such an action is utterly unacceptable. It simply requires honesty. After all, no matter how one phrases it, either the person asking for the judge’s assistance is urging him to commit a wrongdoing, which is an insult, or he is trying to influence the judge’s judgment, which is tantamount to seducing him—since any such influence is a crime in the eyes of a judge, who must remain impartial and focus solely on justice and law. In my view, asking a judge to perform an unjust act is tantamount to doing it oneself; it would be far better to lose a just cause than to commit a wrong deed. This is clear and indisputable. I know that worldly morality has other principles, but all I need to show is that in everything that made that misanthrope seem so ridiculous, he was merely fulfilling the duties of a good person—and that his character was already flawed, if his friend even believed he could fail in those duties.
If at times the skilled author allows this character to exert all his strength, it is only when such strength makes the scene more theatrical and produces a comical effect resulting from contrast or situation that is particularly striking. This is the case, for example, with Alceste’s gloomy and silent demeanor, and then with the bold and sharply criticized dialogue in the scenes involving the coquettish woman.
Come on, hold tight, push forward, my dear courtiers.
Here, the author emphasizes sharply the distinction between the malicious slanderer and the true misanthrope. The latter, with his bitter and piercing hatred, loathes calumny and despises satire; he targets public vices and evil people in general. Secret and underhanded slander is beneath him—he scoffs at it and hates it when others practice it. When he speaks ill of someone, he does so openly and directly. Therefore, throughout the play, no scene has more impact than this one, for here the misanthrope is exactly what he ought to be; and if it makes the audience laugh, honest people feel no shame in doing so.
But, in general, it cannot be denied that if a misanthrope were even more misanthropic, he would be far less pleasant to behold, for his frankness and determination, never allowing for any subtlety or deception, would prevent him from ever being in a compromising situation. Therefore, it is not out of consideration for him that the author sometimes softens his character; on the contrary, it is done to make him seem even more ridiculous. Another reason for this is that the theatrical misanthrope, since he has to speak about what he sees, must live in the world and thus temper his straightforwardness and manners with those kinds of deceit and falsehoods that constitute politeness—and which society demands from anyone who wishes to be accepted among it. If he were otherwise, his speeches would no longer have any effect. The author’s aim is indeed to make him seem ridiculous, but not insane; and that is exactly what the audience would consider him if he were completely sensible.
It is hardly possible to leave this admirable play once one has begun to engage with it; the more one reflects on it, the more new beauties one discovers. But after all, since it is undoubtedly Molière’s comedy that contains the finest and most wholesome morality of all his works, let us judge the others by its standards. And let us admit that, since the author’s intention was to please corrupt minds, either his morals lead to evil, or the false virtue he preaches is even more dangerous than evil itself—because it seduces people under the guise of reason, because it makes them prefer the ways and principles of the world to true integrity, because it presents wisdom as something that lies somewhere between vice and virtue, and because, to the great relief of the audience, it leads them to believe that being an honest person simply means not being a outright scoundrel.
I would gain a tremendous advantage if I were to switch from studying Molière’s works to those of his successors—people who, lacking both his genius and integrity, merely continued to pursue his selfish aims by flattering depraved youth and immoral women. It was they who first introduced those vulgar ambiguities, which are as much condemned by good taste as by honesty. For a long time, such antics entertained the wicked, caused embarrassment to decent people, and even now, in some regions, their worst practices have not yet been eradicated. Other playwrights, more restrained in their outrages, allowed these earlier comedians to amuse lost women while they themselves encouraged scoundrels. Regnard, one of the least restrained among them, was by no means the least dangerous[168]. It is incredible that, with the tacit approval of the authorities, a play is publicly performed in the heart of Paris where, in the apartment of an uncle who has just died, his nephew—the “honest man” of the story—along with his “dignified entourage,” engages in activities for which the law reserves the death penalty. Instead of tears, which even the most callous would shed in such a situation, people cheerfully indulge in barbaric jokes at the solemnity of death. The most sacred rights and the most tender sentiments of human nature are mocked in this abhorrent spectacle. The most reprehensible acts are presented as if they were harmless antics, accompanied by applause. When the “dead” person suddenly “resurges,” much to the dismay of his supposed nephew, and refuses to approve of what has been done in his name, some clever scheme is devised to force his “consent,” and everything ends according to the wishes of the actors and spectators—who, against their will, find themselves complicit in these crimes.
Let us say it bluntly: Who among us is truly confident enough to endure the spectacle of such a comedy without being at least partially involved in the tricks that are played within it? Who wouldn’t be somewhat annoyed if that trickster were caught in his act or failed in his scheme? And who doesn’t, for a moment, become like that trickster oneself when they take an interest in him? For to show interest in someone is nothing other than putting oneself in their place. What a terrible lesson this is for the youth—when even grown men have such difficulty resisting the allure of vice! Does that mean it is never permissible to stage actions that are condemnable? No; but in truth, to be able to portray a scoundrel on stage requires an author who is himself an honest and decent person.
These flaws are so inherent to our theater that attempting to eliminate them would actually distort it. Our modern authors, driven by good intentions, create plays that are more refined; but what happens as a result? They no longer possess true comedic elements and fail to produce any effect on the audience. They may provide much in the way of education, if one so chooses; yet they still prove immensely tedious. It would be just as effective to attend a sermon.
Una cosa piuttosto notevole in questa commedia è che i tratti estremi attribuiti dall’autore al personaggio del misantropo lo hanno costretto ad attenuare ciò che era essenziale per il suo carattere. Mentre in tutte le altre sue opere i personaggi sono caricati al massimo per essere più efficaci, solo in questa commedia tali tratti vengono mitigati, rendendo il personaggio più teatrale. La stessa scena di cui ho appena parlato ne è una prova: vi si vede Alceste esitare e usare mezzi indiretti per esprimere il proprio parere a Oronte. Questo non è certo il comportamento tipico di un misantropo, ma quello di un uomo onesto che si impegna a non ingannare chi gli chiede consiglio. Il vero carattere del misantropo richiederebbe che Alceste dicesse bruscamente: “Il tuo sonetto non vale nulla, gettatelo nel fuoco”; ma ciò toglierebbe tutto il comico presente in questa situazione, che deriva proprio dall’imbarazzo e dalle mezze verità del misantropo. Se Philinte, seguendo il suo esempio, gli avesse detto in quel momento: “E allora, traditore, ”, cosa avrebbe potuto rispondere Alceste? In realtà, non ha senso continuare a essere misantropi se lo si è solo in parte; perché, se ci si permette di modificare la verità anche solo un po’, dove finirà mai questa pratica, fino a quando non diventeremo altrettanto falsi quanto gli uomini di corte?
L’amico di Alceste deve conoscerlo bene. Come osa proporgli di incontrare dei giudici, cioè, in termini onesti, di cercare di corromperli? Come può pensare che un uomo capace di rinunciare persino alle convenienze sociali per amore della virtù possa tradire i propri doveri per interesse personale? Chiedere l’aiuto di un giudice. Non è necessario essere misantropi: basta essere persone oneste per rifiutare una simile richiesta. Infatti, in ogni caso, chi chiede l’intervento di un giudice lo esorta a compiere il proprio dovere, il che equivale a insultarlo; oppure gli propone di prendere decisioni influenzate dalle persone coinvolte, il che significa cercare di corromperlo. Poiché, in definitiva, qualsiasi forma di favoritismo da parte di un giudice rappresenta un crimine: lui deve giudicare l’affare, non le parti coinvolte, e deve considerare soltanto la giustizia e la legge. Affermo quindi che convincere un giudice a compiere un atto malvagio equivale a farlo personalmente; ed è meglio perdere una causa giusta che commettere un crimine. È evidente, chiaro, non c’è nulla da replicare. La morale comune possiede altre massime, lo so bene. Ma mi basta dimostrare che tutto ciò che rendeva il misantropo così ridicolo in realtà rappresentava soltanto il dovere di una persona onesta; e che il suo carattere era già sufficientemente debole, se qualcuno poteva anche solo supporre che potesse tradirlo.
Se talvolta l’abile autore lascia che questo carattere agisca con tutta la sua forza, è soltanto quando tale forza rende la scena più teatrale e produce un effetto comico derivante dal contrasto o dalla situazione descritta. È il caso, ad esempio, dell’umore cupo e silenzioso di Alceste, oppure della critica audace e vivacemente espresse durante le conversazioni da parte della donna affascinante.
Forza, spingete, miei cari amici di corte.
Qui l’autore mette in evidenza con forza la distinzione tra il calunniatore e il misantropo. Quest’ultimo, nel suo veleno acido e pungente, odia la calunnia e disprezza la satira; attacca i vizi pubblici, i malvagi in generale. La calunnia bassa e segreta non è degna di lui: la disprezza e la odia negli altri; e quando dice del male di qualcuno, lo fa sempre in faccia a quella persona. Per questo, in tutta l’opera, nessuna scena ha un effetto maggiore di questa: qui l’autore è esattamente ciò che dovrebbe essere, e se riesce a far ridere il pubblico, le persone oneste non si vergognano di aver riso.
Ma, in generale, non si può negare che, se il misantropo fosse ancora più misantropo, sarebbe molto meno gradevole da conoscere: la sua franchezza e la sua fermezza, che mai ammettono compromessi o mezzi termini, lo impedirebbero infatti di trovarsi in situazioni imbarazzanti. Pertanto, l’autore non attenua talvolta il suo carattere per gentilezza verso di lui, ma al contrario per renderlo ancora più ridicolo. Un’altra ragione lo spinge a farlo: il misantropo teatrale, essendo costretto a parlare di ciò che vede, deve vivere nel mondo reale e quindi moderare la sua onestà e i suoi modi con alcune delle quelle cortesie, menzogne e falsità che costituiscono la “politica” sociale e che il mondo richiede a chiunque voglia essere tollerato. Se si comportasse diversamente, i suoi discorsi non avrebbero più alcun effetto. L’interesse dell’autore è certamente quello di renderlo ridicolo, ma non pazzo; ed è proprio ciò che sembrerebbe al pubblico, se fosse davvero completamente saggio.
È difficile lasciare questa meravigliosa opera non appena si inizia a studiarla; e più ci si sofferma su di essa, più ne scopri nuove bellezze. Ma dopotutto, poiché è senza dubbio, tra tutte le commedie di Molière, quella che contiene la morale migliore e più sana, giudichiamo le altre in base a questa. E conveniamo che, poiché l’intenzione dell’autore era quella di compiacere degli spiriti corrotti, o la sua morale conduce al male, o il cosiddetto bene che predica è più pericoloso del male stesso: in quanto seduce con un’apparenza di ragionevolezza; in quanto fa preferire le usanze e i principi del mondo alla vera e propria onestà; in quanto considera la saggezza come una sorta di compromesso tra il vizio e la virtù; in quanto, con grande sollievo per gli spettatori, li persuade che per essere persone oneste basta semplicemente non essere dei veri e propri scellerati.
Avrei un enorme vantaggio se volessi passare dall’esame di Molière a quello dei suoi successori, i quali, non avendo né il suo genio né la sua onestà, hanno semplicemente seguito ancora più fedelmente le sue intenzioni egoistiche, dedicandosi ad adulare una gioventù corrotta e donne senza morale. Sono stati loro i primi a introdurre quelle volgari ambiguità, tanto condannate dal gusto quanto dall’onestà; ambiguità che per molto tempo hanno divertito le persone malvagie e causato imbarazzo a quelle modeste, e le cui pratiche, pur progredendo lentamente, non hanno ancora purificato alcune regioni del paese. Altri autori, più riservati nelle loro espressioni, mentre lasciavano che i primi divertissero le donne perdute, si dedicarono invece ad incoraggiare gli imbroglioni. Regnard, uno dei meno audaci in queste pratiche, non è certo il meno pericoloso[168]. È incredibile che, con l’approvazione della polizia, si possa recitare pubblicamente a Parigi una commedia nella quale, nell’appartamento di un zio appena morto, suo nipote, l’uomo onesto del racconto, si occupa insieme al suo “dignitoso” seguito dei preparativi necessari per eseguire la pena capitale; e invece delle lacrime che anche la sola umanità farebbe versare in simili circostanze, ci si diverte a scambiarsi battute volgari sul triste spettacolo della morte. I diritti più sacri, i sentimenti più commoventi della natura vengono messi in scena in questa orribile rappresentazione; le azioni più punibili sono presentate con un tono scherzoso che fa sembrare tutto ciò semplicemente delle “gentilezze”. Falsità, inganni, furto, truffe, menzogne, crudeltà, c’è di tutto, e tutto viene applaudito. Il morto, essendosi improvvisamente riscosso dalla morte, per grande dispiacere del suo caro nipote, si rifiuta di approvare ciò che è stato fatto in suo nome; ma si trova sempre il modo di ottenere il suo “consenso” con la forza. E tutto finisce secondo i desideri degli attori e dello spettatore, i quali, nonostante tutto, si trovano coinvolti in questi crimini e escono dalla sala con l’impressione di aver compiuto personalmente azioni orribili.
Osserviamo senza mezzi termini: chi di noi è abbastanza sicuro di sé da poter assistere alla rappresentazione di una simile commedia senza essere coinvolto in alcuna delle azioni che vi avvengono? Chi non si sentirebbe un po’ offeso se quel truffatore venisse scoperto o fallisse nel suo tentativo? E chi, mentre lo segue con interesse, non diventa per un momento anche lui un truffatore? Infatti, interessarsi a qualcuno non significa forse mettersi al suo posto? Che bella lezione per i giovani. Quando gli uomini maturi faticano così tanto a proteggersi dalla tentazione del vizio! Ciò significa forse che non sia mai permesso rappresentare sul palcoscenico azioni biasimevoli? No; ma, in realtà, per riuscire a mettere in scena un furfante, è necessario che l’autore sia una persona davvero onesta.
Questi difetti sono così intrinseci al nostro teatro che, cercando di eliminarli, lo si deturpa. I nostri autori moderni, guidati da buone intenzioni, scrivono opere più raffinate; ma cosa ne risulta? Che tali opere perdono ogni vera componente comica e non producono alcun effetto sul pubblico. Forse insegnano molto, se si vuole, ma annoiano ancora di più. È come andare a ascoltare un sermone.
Dans cette décadence du théâtre, on se voit contraint d’y substituer aux véritables beautés éclipsées de petits agréments capables d’en imposer à la multitude. Ne sachant plus nourrir la force du comique et des caractères, on a renforcé l’intérêt de l’amour. On a fait la même chose dans la tragédie pour suppléer aux situations prises dans des intérêts d’état qu’on ne connaît plus, et aux sentiments naturels et simples qui ne touchent plus personne. Les auteurs concourent à l’envi, pour l’utilité publique, à donner une nouvelle énergie et un nouveau coloris à cette passion dangereuse ; et, depuis Molière et Corneille, on ne voit plus réussir au théâtre que des romans sous le nom de pièces dramatiques.
L’amour est le règne des femmes. Ce sont elles qui nécessairement y donnent la loi ; parce que, selon l’ordre de la nature, la résistance leur appartient, et que les hommes ne peuvent vaincre cette résistance qu’aux dépens de leur liberté. Un effet naturel de ces sortes de pièces est donc d’étendre l’empire du sexe, de rendre des femmes et de jeunes filles les précepteurs du public, et de leur donner sur les spectateurs le même pouvoir qu’elles ont sur leurs amants. Pensez-vous, monsieur, que cet ordre soit sans inconvénient, et qu’en augmentant avec tant de soin l’ascendant des femmes, les hommes en seront mieux gouvernés ?
Il peut y avoir dans le monde quelques femmes dignes d’être écoutées d’un honnête homme ; mais est-ce d’elles en général qu’il doit prendre conseil ? et n’y aurait-il aucun moyen d’honorer leur sexe à moins d’avilir le nôtre ? Le plus charmant objet de la nature, le plus capable d’émouvoir un cœur sensible et de le porter au bien, est, je l’avoue, une femme aimable et vertueuse ; mais cet objet céleste, où se cache-t-il ? N’est-il pas bien cruel de le contempler avec tant de plaisir au théâtre, pour en trouver de si différents dans la société ? Cependant le tableau séducteur fait son effet. L’enchantement causé par ces prodiges de sagesse tourne au profit des femmes sans honneur. Qu’un jeune homme n’ait vu le monde que sur la scène, le premier moyen qui s’offre à lui pour aller à la vertu est de chercher une maîtresse qui l’y conduise, espérant bien trouver une Constance[169] ou une Cénie[170] a tout au moins. C’est ainsi que, sur la foi d’un modèle imaginaire, sur un air modeste et touchant, sur une douceur contrefaite, nescius aurae fallacis, le jeune insensé court se perdre en pensant devenir un sage.
Ceci me fournit l’occasion de proposer une espèce de problème. Les anciens avaient en général un très grand respect pour les femmes [171] ; mais ils marquaient ce respect en s’abstenant de les exposer au jugement du public, et croyaient honorer leur modestie en se taisant sur leurs autres vertus. Ils avaient pour maxime que le pays où les mœurs étaient les plus pures était celui où l’on parlait le moins des femmes, et que la femme la plus honnête était celle dont on parlait le moins. C’est sur ce principe qu’un Spartiate, entendant un étranger faire de magnifiques éloges d’une dame de sa connaissance, l’interrompit en colère : Ne cesseras-tu point, lui dit-il, de médire d’une femme de bien[172] ? De là venait encore que, dans leur comédie, les rôles d’amoureuses et de filles à marier ne représentaient jamais que des esclaves ou des filles publiques. Ils avaient une telle idée de la modestie du sexe, qu’ils auraient cru manquer aux égards qu’ils lui devaient, de mettre une honnête fille sur la scène, seulement en représentation[173]. En un mot, l’image du vice à découvert les choquait moins que celle de la pudeur offensée.
Chez nous, au contraire, la femme la plus estimée est celle qui fait le plus de bruit, de qui l’on parle le plus, qu’on voit le plus dans le monde, chez qui l’on dîne le plus souvent, qui donne le plus impérieusement le ton, qui juge, tranche, décide, prononce, assigne au talent, au mérite, aux vertus, leurs degrés et leurs places, et dont les humbles savants mendient le plus bassement la faveur. Sur la scène, c’est pis encore. Au fond, dans le monde elles ne savent rien, quoiqu’elles jugent de tout ; mais au théâtre, savantes du savoir des hommes, philosophes, grâce aux auteurs, elles écrasent notre sexe de ses propres talents : et les imbéciles spectateurs vont bonnement apprendre des femmes ce qu’ils ont pris soin de leur dicter. Tout cela, dans le vrai, c’est se moquer d’elles, c’est les taxer d’une vanité puérile ; et je ne doute pas que les plus sages n’en soient indignées. Parcourez la plupart des pièces modernes ; c’est toujours une femme qui sait tout, qui apprend tout aux hommes ; c’est toujours la dame de cour qui fait dire le catéchisme au petit Jehan de Saintré. Un enfant ne saurait se nourrir de son pain, s’il n’est coupé par sa gouvernante. Voilà l’image de ce qui se passe aux nouvelles pièces. Les bons est sur le théâtre, et les enfants sont dans le parterre. Encore une fois, je ne nie pas que cette méthode n’ait ses avantages, et que de tels précepteurs ne puissent donner du poids et du prix à leurs leçons. Mais revenons à ma question. De l’usage antique et du nôtre, je demande lequel est le plus honorable aux femmes, et rend le mieux à leur sexe les vrais respects qui lui sont dus.
La même cause qui donne, dans nos pièces tragiques et comiques, l’ascendant aux femmes sur les hommes, le donne encore aux jeunes gens sur les vieillards ; et c’est un autre renversement des rapports naturels, qui n’est pas moins répréhensible. Puisque l’intérêt y est toujours pour les amants, il s’ensuit que les personnages avancés en âge n’y peuvent jamais faire que des rôles en sous-ordre. Ou, pour former le nœud de l’intrigue, ils servent d’obstacles aux voeux des jeunes amants, et alors ils sont haïssables ; ou ils sont amoureux eux-mêmes, et alors ils sont ridicules. Turpe senex miles[174]. On en fait dans les tragédies, des tyrans, des usurpateurs ; dans les comédies, des jaloux, des usuriers, des pédants, des pères insupportables, que tout le monde conspire à tromper. Voilà sous quel honorable aspect on montre la vieillesse au théâtre ; voilà quel respect on inspire pour elle aux jeunes gens. Remercions l’illustre auteur de Zaïre et de Nanine d’avoir soustrait à ce mépris le vénérable Lusignan et le bon vieux Philippe Humbert. Il en est quelques autres encore : mais cela suffit-il pour arrêter le torrent du préjugé public, et pour effacer l’avilissement où la plupart des auteurs se plaisent à montrer l’âge de la sagesse, de l’expérience et de l’autorité ? Qui peut douter que l’habitude de voir toujours dans les vieillards des personnages odieux au théâtre n’aide à les faire rebuter dans la société, et qu’en s’accoutumant à confondre ceux qu’on voit dans le monde avec les radoteurs et les Gérontes de la comédie, on ne les méprise tous également ? Observez à Paris, dans une assemblée, l’air suffisant et vain, le ton ferme et tranchant d’une impudente jeunesse, tandis que les anciens, craintifs et modestes, ou n’osent ouvrir la bouche, ou sont à peine écoutés. Voit-on rien de pareil dans les provinces et dans les lieux où les spectacles ne sont point établis ? et par toute la terre, hors les grandes villes, une tête chenue et des cheveux blancs n’impriment-ils pas toujours du respect ? On me dira qu’à Paris les vieillards contribuent à se rendre méprisables en renonçant au maintien qui leur convient, pour prendre indécemment la parure et les manières de la jeunesse, et que, faisant les galants à son exemple, il est très simple qu’on la leur préfère dans son métier ; mais c’est tout au contraire pour n’avoir nul autre moyen de se faire supporter, qu’ils sont contraints de recourir à celui-là ; et ils aiment encore mieux être soufferts à la faveur de leurs ridicules, que de ne l’être point du tout. Ce n’est pas assurément qu’en faisant les agréables ils le deviennent en effet, et qu’un galant sexagénaire soit un personnage fort gracieux ; mais son indécence même lui tourne à profit : c’est un triomphe de plus pour une femme qui, traînant à son char un Nestor, croit montrer que les glaces de l’âge ne garantissent point des feux qu’elle inspire. Voilà pourquoi les femmes encouragent de leur mieux ces doyens de Cythère, et ont la malice de traiter d’hommes charmants de vieux fous, qu’elles trouveraient moins aimables s’ils étaient moins extravagants. Mais revenons à mon sujet.
In this decline of drama, one is forced to substitute for the true beauties that have faded away trivial embellishments that are capable of capturing the attention of the masses. No longer able to nurture the power of comedy and well-defined characters, emphasis was placed on enhancing the appeal of love stories. The same approach was adopted in tragedy to compensate for situations that were now driven by considerations of state policy, as well as for the natural and simple emotions that no longer resonated with anyone. Playwrights compete eagerly to contribute to the public good by infusing this dangerous passion with new energy and vitality; and since Molière and Corneille, what succeeds in drama today are nothing more than novels disguised under the guise of dramatic works.
Love is the domain of women. It is they who necessarily establish the rules within it; for, according to the order of nature, resistance belongs to them, and men can overcome this resistance only at the expense of their own freedom. A natural consequence of such arrangements is thus the expansion of the influence of the female sex—making women and young girls the instructors of the public, and granting them over spectators the same power they possess over their lovers. Do you truly believe, sir, that such a system carries no disadvantages, and that by so carefully enhancing the dominance of women, men will be better governed?
There may be a few women in the world who are worthy of being listened to by an honest man; but is it really from them that he should seek advice in general? And isn’t there any way to honor their sex without demeaning our own? The most charming creation of nature, the one best capable of moving a sensitive heart and leading it toward goodness—is, I admit, a kind and virtuous woman. But where can this celestial being be found? Isn’t it cruel to enjoy her presence so much in the theater, yet to find such vastly different versions of her in society? Yet, despite these deceptive images, their allure still takes effect. The enchantment brought about by these apparent manifestations of wisdom often benefits unvirtuous women. If a young man has only known the world through the stage, the first thing that comes to his mind as a path toward virtue is to seek a mistress who will guide him there—hoping, at least, to find someone like Constance or Cénie. And so, believing in an imaginary ideal, relying on modesty and affectation, and upon feigned sweetness, this naive fool rushes headlong into ruin, thinking he is on his way to becoming a sage.
This provides me with the opportunity to raise a sort of question. The ancients generally held great respect for women [171]; however, they expressed this respect by avoiding exposing them to public judgment and believed that honoring their modesty meant keeping silent about their other virtues. They held the principle that the country where morals were purest was also the one where the least talk occurred about women, and that the most honest woman was precisely the one about whom the least was said. Based on this belief, a Spartan, upon hearing a stranger speak highly of a lady he knew, angrily interrupted him, saying, “Will you never cease to slander a virtuous woman[172]?” It was also for this reason that, in their comedies, the roles of lovers and unmarried girls were always played by slaves or prostitutes. They had such an idea of the modesty of women that they would have considered it a failure in their respect for them to put an honest girl on stage, even for dramatic purposes[173]. In short, the sight of vice openly displayed shocked them far less than the sight of modesty being offended.
In our society, on the contrary, the woman most highly esteemed is the one who makes the most noise, about whom the most talk occurs, who is seen the most in public, with whom people dine most frequently, who dictates the tone with the greatest authority, who judges, decides, assigns degrees and places to talent, merit, and virtue—and whose favor even the humblest scholars seek eagerly. On stage, the situation is even worse. In reality, these women know nothing, despite claiming to judge everything; but on stage, thanks to the playwrights, they become “experts” in human knowledge, philosophers—using their own talents to overshadow our sex. And the foolish spectators happily learn from these women what they have been carefully instructed not to know. All of this, in truth, is nothing but mockery and an accusation of childish vanity; I doubt that even the wisest among them would not find it indignating. Look at most modern plays: it’s always a woman who knows everything, who teaches everything to men—just like the lady of the court making the little Jean de Saintré recite his catechism. A child couldn’t eat its own bread without its nanny cutting it for it. Such is the portrayal of what happens in these new plays. The “good” are on stage, and the children are in the auditorium. Once again, I do not deny that this approach has its advantages, or that such “tutors” can impart weight and value to their lessons. But let’s return to my question: which of the ancient and modern practices is more honorable for women, and which truly respects their gender as it deserves?
The very same cause that gives women the upper hand over men in our tragic and comedic plays also grants the young an advantage over the elderly; yet this represents another reversal of natural relationships, one just as reprehensible. Since the interest at stake always favors the lovers, it follows that older characters can never play but secondary roles. Either they become obstacles to the young lovers’ desires, making them detestable, or they fall in love themselves, which only renders them ridiculous. In tragedies, such characters are portrayed as tyrants or usurpers; in comedies, as jealous, usurious, pedantic, or unbearable fathers whom everyone conspires to deceive. Such is the honorable image of old age that is presented on stage; such respect is it that young people are induced to feel for it. We should be grateful to the illustrious authors of “Zaïre” and “Nanine” for sparing the venerable Lusignan and the kind old Philippe Humbert from this scorn. There are a few other exceptions, but are they enough to halt the torrent of public prejudice and erase the degradation into which most playwrights delight in portraying the age of wisdom, experience, and authority? Who can doubt that the constant portrayal of elderly characters as detestable on stage contributes to their rejection in society? And by habitually equating those we see in real life with the clowns and old men of comedy, don’t we all end up despising them alike? Observe in Paris, at a gathering, the arrogant and self-assured demeanor of impudent young people, while the elderly—timid and modest—either dare not speak or are barely listened to. Is anything similar seen in the provinces or in places where theatrical performances are not common? And throughout the world, outside of large cities, doesn’t a gray-haired or white-haired person always inspire respect? Some might argue that in Paris, the elderly become contemptible by abandoning the dignity befitting their age and adopting the appearance and manners of the young; that since gallants follow their example, it is only natural for them to be preferred in such matters. But on the contrary, it is precisely because they have no other means to gain acceptance that they are forced to resort to this behavior. They would rather be tolerated despite their ridicules than not be tolerated at all. It is certainly not true that by behaving in a flirtatious manner they truly become charming; and a sixty-year-old suitor is hardly an attractive figure. Yet precisely their indecency works to their advantage: it is yet another triumph for a woman who, by dragging an elderly man along with her, believes she is proving that the icy rigors of old age cannot extinguish the fires of passion she kindles. This is why women do their best to encourage these elders of Cythera, and they even go so far as to mock those whom they consider charming men as old fools—people they would find less appealing if they weren’t so extravagant. But let’s get back to my topic.
In questa decadenza del teatro, si è costretti a sostituire le vere e proprie bellezze ormai oscurate con piccoli elementi di piacere in grado di attrarre il pubblico. Non essendo più in grado di suscitare la forza comica o i caratteri significativi dei personaggi, si è accentuato l’aspetto legato all’amore. Lo stesso è stato fatto nella tragedia, al fine di compensare le situazioni create per interessi di stato ormai dimenticati, nonché i sentimenti naturali e semplici che più nessuno riesce a provare. Gli autori si sfidano a vicenda nel tentativo di conferire una nuova energia e un nuovo colore a questa passione pericolosa; da Molière e Corneille in poi, al teatro si vedono riuscire soltanto opere che, in realtà, non sono altro che romanzi mascherati da drammi.
L’amore è il regno delle donne; sono loro che necessariamente ne stabiliscono le leggi. Poiché, secondo l’ordine della natura, la resistenza spetta alle donne, e gli uomini possono sconfiggere questa resistenza solo a scapito della propria libertà. Un effetto naturale di questo tipo di situazioni è quindi quello di estendere l’influenza del sesso femminile, rendendo le donne e le giovani ragazze guide del pubblico e dando loro su di esso lo stesso potere che hanno sui propri amanti. Credete davvero, signore, che tale ordine non presenti alcun inconveniente, e che aumentare con tanta cura l’influenza delle donne significhi che gli uomini saranno meglio governati?
Nel mondo possono esserci alcune donne degne di essere ascoltate da un uomo onesto; ma è davvero a loro che un uomo dovrebbe chiedere consiglio in generale? E non esisterebbe alcun modo per onorare il loro sesso senza umiliare il nostro? L’oggetto più incantevole della natura, quello più capace di commuovere un cuore sensibile e di spingerlo verso il bene, è, lo ammetto, una donna amorevole e virtuosa; ma dove si nasconde questo “oggetto celeste”? Non è forse crudele ammirarla con tanto piacere sul palcoscenico, per poi trovarne versioni così diverse nella società reale? Tuttavia, quell’immagine seducente ha il suo effetto: il fascino prodotto da questi “prodigi di saggezza” finisce per giovare alle donne senza onore. Se un giovane avesse conosciuto il mondo soltanto sul palcoscenico, il primo modo che gli si offrirebbe per intraprendere la via della virtù sarebbe quello di cercare una “maestra” che lo guidasse in quella direzione, nella speranza almeno di trovare una Constance o una Cenia. È così che, fidandosi di un modello immaginario, di un atteggiamento modesto e commovente, di una dolcezza simulata, quel giovane insensato corre verso la perdizione, credendo di poter diventare saggio.
Questo mi offre l’occasione di proporre una sorta di problema: gli antichi, in generale, nutrivano un grande rispetto per le donne [171]; tuttavia esprimevano tale rispetto astenendosi dal sottoporle al giudizio del pubblico e ritenevano di onorare la loro modestia taciendo sulle altre loro virtù. Avevano come massima che il paese dove le usanze erano le più pure fosse quello in cui si parlava meno delle donne, e che la donna più onesta fosse quella di cui si parlava meno. Su questo principio, un Spartano, sentendo un estraneo fare magnifici elogi su una signora che conosceva, lo interruppe arrabbiato: “Non smetterai mai, gli disse, di diffamare una donna onesta?” Da ciò derivava anche il fatto che, nelle loro commedie, i ruoli di amanti e di ragazze da marito rappresentassero sempre schiave o prostitute. Avevano un’idea talmente elevata della modestia del sesso femminile che avrebbero ritenuto di mancare ai rispetti che gli erano dovuti se avessero messo in scena una ragazza onesta, anche solo a fini rappresentativi [173]. In breve, l’immagine del vizio palese li scandalizzava meno dell’immagine della pudicità offesa.
Da noi, al contrario, la donna più stimata è quella che fa più rumore, di cui si parla di più, che si vede più spesso in società, con cui si pranza più frequentemente, quella che stabilisce con autorità i criteri di giudizio, che assegna gradi e posizioni al talento, al merito, alle virtù, e di cui gli umili studiosi cercano disperatamente il favore. Sul palcoscenico la situazione è ancora peggiore: in realtà, nel mondo reale, queste donne non sanno nulla, anche se giudicano su tutto; ma a teatro, grazie agli autori, diventano “sapienti” dei conoscimenti umani, filosofi, e con i loro talenti sovrastano il nostro sesso. E gli spettatori ignoranti vanno felici ad imparare dalle donne ciò che questi stessi hanno curato di insegnare loro. In realtà, tutto questo non è altro che deriderle, attribuire loro una vanità infantile. E non dubito che le più sagge ne siano indignate. Esaminate la maggior parte delle opere teatrali moderne: sempre una donna sa tutto, insegna tutto agli uomini. È sempre la “dama di corte” a far recitare il “catechismo” ai bambini. Un bambino non potrebbe nemmeno nutrirsi da solo, se non fosse il suo precettore a tagliargli il pane. Questa è l’immagine di ciò che accade nelle nuove opere teatrali: i “buoni” sono sul palco, e i bambini sono in platea. Ancora una volta, non nego che questo metodo abbia i suoi vantaggi, né che tali insegnanti possano conferire peso e valore alle loro lezioni. Ma torniamo alla mia domanda: tra l’uso antico e quello attuale, quale è il più onorevole per le donne, e quale rispetta veramente il loro sesso?
La stessa causa che, nelle nostre opere tragiche e comiche, conferisce alle donne il predominio sugli uomini, conferisce ancora alle donne il dominio sui giovani sui vecchi; ed è un altro capovolgimento dei rapporti naturali, non meno deprecabile di quelli precedenti. Poiché in questi casi l’interesse è sempre a vantaggio degli amanti, ne consegue che i personaggi anziani non possono mai svolgere che ruoli secondari. O, per intrecciare la trama, fungono da ostacoli ai desideri dei giovani innamorati, e allora sono odiati; oppure sono loro stessi innamorati, e in tal caso appaiono ridicoli. Nelle tragedie vengono rappresentati come tiranni, usurpatori; nelle commedie come gelosi, usurai, pedanti, padri insopportabili, contro i quali tutti congiurano per ingannarli. Ecco sotto quale “onorevole” aspetto la vecchiaia viene presentata sul teatro; ecco quale rispetto viene ispirato nei giovani verso di essa. Dobbiamo ringraziare l’illustre autore di “Zaïre” e “Nanine” per aver salvato dal disprezzo il venerabile Lusignano e il buon vecchio Philippe Humbert. Ci sono altri esempi simili. Ma basta questo per fermare la corrente del pregiudizio pubblico, per cancellare l’umiliazione nella quale la maggior parte degli autori si compiace di rappresentare l’età della saggezza, dell’esperienza e dell’autorità? Chi può dubitare che l’abitudine di vedere sempre i vecchi come personaggi odiosi sul teatro contribuisca a farli disprezzare nella società, e che, abituandosi a confondere coloro che si incontrano nel mondo con i personaggi ridicoli delle commedie, si finisca per disprezzarli tutti allo stesso modo? Osservate a Parigi, in una riunione, l’aria arrogante e presuntuosa di una giovane impudente, mentre gli anziani, timidi e modesti, o non osano aprire bocca, o vengono appena ascoltati. Si vede qualcosa del genere anche nelle province e nei luoghi dove i spettacoli teatrali non sono diffusi? E in tutto il mondo, al di fuori delle grandi città, una testa canuta e dei capelli bianchi non ispirano sempre rispetto? Si dirà che a Parigi gli anziani diventino oggetto di disprezzo perché rinunciano al decoro che loro spetta e assumono in modo indecente l’aspetto e i modi della gioventù; e che, imitandoli in questo comportamento, è del tutto naturale che vengano preferiti ai giovani nel loro ruolo. Ma in realtà è proprio perché non hanno altra scelta se non ricorrere a questo mezzo per essere tollerati che sono costretti a farlo; e preferiscono ancora essere sopportati, anche a causa dei loro ridicoli comportamenti, piuttosto che non essere affatto tollerati. Non è certo perché si comportano in modo gradevole che diventino davvero tali. E un anziano galante non è certo una persona molto attraente. Ma proprio la sua indecenza gli torna a vantaggio: è un altro trionfo per una donna che, portando con sé un “Nestore” nella vita quotidiana, crede di dimostrare che le rughe dell’età non impediscono affatto di suscitare passione. Ecco perché le donne incoraggiano con tutte le loro forze questi anziani di Citera, e hanno la malizia di definire uomini affascinanti semplici vecchi pazzi, che ritroverebbero meno attraenti se non fossero così stravaganti. Ma torniamo al mio argomento.
Ces effets ne sont pas les seuls que produit l’intérêt de la scène uniquement fondé sur l’amour. On lui en attribue beaucoup d’autres plus graves et plus importants, dont je n’examine point ici la réalité, mais qui ont été souvent et fortement allégués par les écrivains ecclésiastiques. Les dangers que peut produire le tableau d’une passion contagieuse sont, leur a-t-on répondu, prévenus par la manière de le présenter : l’amour qu’on expose au théâtre y est rendu légitime, son but est honnête, souvent il est sacrifié au devoir et à la vertu, et, dès qu’il est coupable, il est puni. Fort bien : mais n’est-il pas plaisant qu’on prétende ainsi régler après coup les mouvements du cœur sur les préceptes de la raison, et qu’il faille attendre les événements pour savoir quelle impression l’on doit recevoir des situations qui les amènent ? Le mal qu’on reproche au théâtre n’est pas précisément d’inspirer des passions criminelles, mais de disposer l’âme à des sentiments trop tendres, qu’on satisfait ensuite aux dépens de la vertu. Les douces émotions qu’on y ressent n’ont pas par elles-mêmes un objet déterminé, mais elles en font naître le besoin ; elles ne donnent pas précisément de l’amour, mais elles préparent à en sentir ; elles ne choisissent pas la personne qu’on doit aimer, mais elles nous forcent à faire ce choix. Ainsi elles ne sont innocentes ou criminelles que par l’usage que nous en faisons selon notre caractère, et ce caractère est indépendant de l’exemple. Quand il serait vrai qu’on ne peint au théâtre que des passions légitimes, s’ensuit-il de là que les impressions en sont plus faibles, que les effets en sont moins dangereux ? Comme si les vives images d’une tendresse innocente étaient moins douces, moins séduisantes, moins capables d’échauffer un cœur sensible, que celles d’un amour criminel à qui l’horreur du vice sert au moins de contrepoison ! Mais si l’idée de l’innocence embellit quelques instants le sentiment qu’elle accompagne, bientôt les circonstances s’effacent de la mémoire, tandis que l’impression d’une passion si douce reste gravée au fond du cœur. Quand le patricien Manilius fut chassé du sénat de Home pour avoir donné un baiser à sa femme en présence de sa fille[175], à ne considérer cette action qu’en elle-même, qu’avait-elle de répréhensible ? rien sans doute ; elle annonçait même un sentiment louable. Mais les chastes feux de la mère en pouvaient inspirer d’impurs à la fille. C’était donc d’une action fort honnête faire un exemple de corruption. Voilà l’effet des amours permis du théâtre.
On prétend nous guérir de l’amour par la peinture de ses faiblesses. Je ne sais là-dessus comment les auteurs s’y prennent ; mais je vois que les spectateurs sont toujours du parti de l’amant faible, et que souvent ils sont fâchés qu’il ne le soit pas davantage. Je demande si c’est un grand moyen d’éviter de lui ressembler ?
Rappelez-vous, monsieur, une pièce à laquelle je crois me souvenir d’avoir assisté avec vous, il y a quelques années, et qui nous fit un plaisir auquel nous nous attendions peu, soit qu’en effet l’auteur y eût mis plus de beautés théâtrales que nous n’avions pensé, soit que l’actrice prêtât son charme ordinaire au rôle qu’elle faisait valoir. Je veux parier de la Bérénice de Racine. Dans quelle disposition d’esprit le spectateur voit-il commencer cette pièce ? Dans un sentiment de mépris pour la faiblesse d’un empereur et d’un Romain, qui balance, comme le dernier des hommes, entre sa maîtresse et son devoir ; qui, flottant incessamment dans une déshonorante incertitude, avilit par des plaintes efféminées ce caractère presque divin que lui donne l’histoire ; qui fait chercher dans un vil soupirant de ruelle le bienfaiteur du monde et les délices du genre humain. Qu’en pense le même spectateur après la représentation ? Il finit par plaindre cet homme sensible qu’il méprisait, par s’intéresser à cette même passion dont il lui faisait un crime, par murmurer en secret du sacrifice qu’il est forcé d’en faire aux lois de la patrie. Voilà ce que chacun de nous éprouvait à la représentation. Le rôle de Titus, très bien rendu, eût fait de l’effet s’il eût été plus digne de lui ; mais tous sentirent que l’intérêt principal était pour Bérénice, et que c’était le sort de son amour qui déterminait l’espèce de la catastrophe. Non que ses plaintes continuelles donnassent une grande émotion durant le cours de la pièce : mais au cinquième acte, où, cessant de se plaindre, l’air morne, l’œil sec et la voix éteinte, elle faisait parler une douleur froide approchante du désespoir, l’art de l’actrice ajoutait au pathétique du rôle, et les spectateurs, vivement touchés, commençaient à pleurer quand Bérénice ne pleurait plus. Que signifiait cela, sinon qu’on tremblait qu’elle ne fût renvoyée ; qu’on sentait d’avance la douleur dont son cœur serait pénétré ; et que chacun aurait voulu que Titus se laissât vaincre, même au risque de l’en moins estimer ? Ne voilà-t-il pas une tragédie qui a bien rempli son objet, et qui a bien appris aux spectateurs à surmonter les faiblesses de l’amour ?
L’événement dément ces vœux secrets ; mais qu’importe ? le dénouement n’efface point l’effet de la pièce. La reine part sans le congé du parterre : l’empereur la renvoie invitus invitam[176], on peut ajouter invito spectatore. Titus a beau rester Romain, il est seul de son parti ; tous les spectateurs ont épousé Bérénice.
Quand même on pourrait me disputer cet effet ; quand même on soutiendrait que l’exemple de force et de vertu qu’on voit dans Titus vainqueur de lui-même, fonde l’intérêt de la pièce, et fait qu’en plaignant Bérénice on est bien aise de la plaindre ; on ne ferait que rentrer en cela dans mes principes, parce que, comme je l’ai déjà dit, les sacrifices faits au devoir et à la vertu ont toujours un charme secret, même pour les cœurs corrompus : et la preuve que ce sentiment n’est point l’ouvrage de la pièce, c’est qu’ils l’ont avant qu’elle commence. Mais cela n’empêche pas que certaines passions satisfaites ne leur semblent préférables à la vertu même, et que, s’ils sont contents de voir Titus vertueux et magnanime, ils ne le fussent encore plus de le voir heureux et faible, ou du moins qu’ils ne consentissent volontiers à l’être à sa place. Pour rendre cette vérité sensible, imaginons un dénouement tout contraire à celui de l’auteur. Qu’après avoir mieux consulté son cœur, Titus, ne voulant ni enfreindre les lois de Rome, ni vendre le bonheur à l’ambition, vienne, avec des maximes opposées, abdiquer l’empire aux pieds de Bérénice ; que, pénétrée d’un si grand sacrifice, elle sente que son devoir serait de refuser la main de son amant, et que pourtant elle l’accepte ; que tous deux, enivrés des charmes de l’amour, de la paix, de l’innocence, et renonçant aux vaines grandeurs, prennent, avec cette douce joie qu’inspirent les vrais mouvements de la nature, le parti d’aller vivre heureux et ignorés dans un coin de la terre ; qu’une scène si touchante soit animée des sentiments tendres et pathétiques que fournit la matière, et que Racine eût si bien fait valoir ; que Titus, en quittant les Romains, leur adresse un discours tel que la circonstance et le sujet le comportent : n’est-il pas clair, par exemple, qu’à moins qu’un auteur ne soit de la dernière maladresse, un tel discours doit faire fondre en larmes toute l’assemblée ? La pièce, finissant ainsi, sera, si l’on veut, moins bonne, moins instructive, moins conforme à l’histoire ; mais en fera-t-elle moins de plaisir ? et les spectateurs en sortiront-ils moins satisfaits ? Les quatre premiers actes subsisteraient à peu près tels qu’ils sont ; et cependant on en tirerait une leçon directement contraire. Tant il est vrai que les tableaux de l’amour font toujours plus d’impression que les maximes de la sagesse, et que l’effet d’une tragédie est tout-à-fait indépendant de celui du dénouement[177].
These effects are not the only ones produced by a scene that is solely based on love. Many other, more serious and important effects are attributed to it; I will not examine the reality of these here, but they have often been strongly argued for by ecclesiastical writers. It has been claimed that the dangers posed by depicting contagious passions can be prevented by the way in which such scenes are presented: love depicted on stage is rendered legitimate, its purpose is honorable; it is often sacrificed for duty and virtue, and when it is guilty, it is punished. Well and good—but isn’t it amusing to pretend that we can regulate the movements of the heart in retrospect, based on the precepts of reason, and to wait for events to occur before knowing what impression we should have of the situations that lead to them? The fault often attributed to theater is not so much that it inspires criminal passions, but rather that it predisposes the soul to overly tender sentiments, which are then indulged at the expense of virtue. The gentle emotions experienced in theater do not in themselves have a definite object; they merely create the desire for such an object; they do not directly give rise to love, but prepare us to feel it; they do not choose the person we should love, but force us to make that choice. Thus, their nature is innocent or criminal solely depending on how we use them, and our character determines this, independent of external examples. Even if it were true that theater only depicted legitimate passions, would that mean that the resulting impressions were weaker, the effects less dangerous? As if the vivid images of innocent tenderness were any less tender, less enticing, less capable of stirring a sensitive heart than those of criminal love, for which the horror of vice at least serves as a counterpoison! Yet, although the idea of innocence may momentarily enhance the sentiment it accompanies, soon the circumstances are forgotten, while the impression of such a gentle passion remains deeply ingrained in the heart. When the patrician Manilius was expelled from the Senate of Rome for kissing his wife in front of their daughter[175], considered solely in itself, what was there to condemn about this act? Surely nothing; on the contrary, it seemed to indicate a laudable sentiment. But the chaste feelings of the mother might have inspired impure thoughts in her daughter. Thus, what should have been a highly honorable act became an example of corruption. Such are the effects of permissible love depicted in theater.
It is claimed that we can be cured of love by depicting its weaknesses in art. I do not know how the authors go about doing this; but I observe that the spectators always side with the weak lover, and often they are even disappointed when he is not weaker still. I wonder if this really constitutes a good way to avoid ending up like him.
Please remember, sir, a play that I believe we both attended some years ago, which brought us unexpected pleasure—either because the author had infused it with more theatrical beauty than we had anticipated, or because the actress brought her usual charm to the role she played. I am referring to Racine’s Bérénice. In what state of mind does the audience begin this play? With disdain for the weakness of an emperor and a Roman man who vacillates, like any ordinary person, between his lover and his duty; who, caught in a humiliating indecision, diminishes the almost divine character he ought to embody through his actions; who seeks the world’s salvation and human happiness in a lowly suitor from the streets. But what does the same audience think after the performance? They end up sympathizing with this man they had previously despised, caring about the very passion they had considered a crime, and secretly lamenting the sacrifice he is forced to make for the sake of his country’s laws. Such were our feelings during that performance. The role of Titus, well-played indeed, would have been even more effective if it had been more in line with his character; but everyone felt that the true focus of the play was Bérénice, and that her fate determined the outcome of the tragedy. It wasn’t so much her constant complaints that moved us throughout the play, but rather the fifth act—when, ceasing to complain, she spoke with a cold grief bordering on despair. The actress’s performance heightened the pathos of the role, and the audience, deeply touched, began to weep even when Bérénice herself stopped crying. What could this mean, if not that we feared she might be rejected; that we already felt the pain her heart would endure; and that each of us wished Titus would yield, even at the risk of losing respect for him? Isn’t this a tragedy that truly achieved its purpose, and that taught the audience how to overcome the weaknesses of love?
This event defies these secret wishes; but what matters? The outcome does not erase the effect of the play. The queen leaves without the permission of the audience; the emperor sends her away against their will—one might even say, against the will of the spectators. Though Titus remains a Roman, he is alone in his stance; all the spectators have “married” Bérénice.
One might still dispute this effect; one might argue that the example of strength and virtue displayed in Titus, as he overcomes himself, is what makes the play interesting, and that it is precisely because we sympathize with Bérénice that we find her plight so moving. But such an argument would only reinforce my points, for, as I have already said, sacrifices made for duty and virtue always possess a secret allure, even for corrupted hearts. Moreover, the fact that this sentiment exists independently of the play itself proves that it is inherent in the human nature. Nevertheless, some people may still find certain satisfying passions more appealing than virtue itself; they might be even more pleased to see Titus happy but weak than virtuous and magnanimous, or at least they would be willing to exchange their place with him. To illustrate this point, let us imagine an outcome entirely contrary to the author’s. Suppose Titus, after careful reflection, decides neither to violate Roman law nor to sacrifice happiness for ambition. Instead, he renounces his empire in favor of Bérénice, guided by principles that oppose those of the play. Moved by such selfless devotion, she accepts his hand despite knowing it is her duty to refuse. Together, overwhelmed by the charms of love, peace, and innocence, they abandon worldly glory and choose a happy and anonymous life in solitude. If such a touching scene were staged with all the tender and emotional intensity that the subject warrants—and if Racine had masterfully conveyed it—wouldn’t it be even more powerful? When Titus bids farewell to the Romans, could he not deliver a speech suited to the circumstances and theme? Clearly, unless an author is utterly incompetent, such a speech would bring everyone in the audience to tears. Although such an ending might make the play less good, less instructive, or less historically accurate, wouldn’t it still bring great pleasure to the viewers? And wouldn’t they leave the theater more satisfied than if it had ended in a different way? The first four acts of the play would remain largely unchanged; yet the moral lesson derived from it would be entirely opposite. It is indeed true that scenes of love always have a greater impact than teachings of wisdom, and that the effect of a tragedy depends far less on its conclusion than on other elements[177].
Questi effetti non sono gli unici che derivano dall’interesse suscitato da scene basate esclusivamente sull’amore. Ne vengono attribuiti molti altri, ancora più gravi e importanti; non esaminerò qui la loro reale natura, ma essi sono stati spesso e con forza sostenuti dagli scrittori ecclesiastici. Si sostiene che i pericoli derivanti dalla rappresentazione di passioni “contagiose” possano essere evitati dal modo in cui tali scene vengono presentate: l’amore mostrato sul teatro vien reso legittimo, il suo scopo è nobile; spesso viene sacrificato al dovere e alla virtù, e quando diventa colpevole, viene punito. Bene. Ma non è forse ironico pretendere di regolare a posteriori i sentimenti umani in base ai principi della ragione, aspettando che gli eventi si svolgano per capire quale impressione dobbiamo trarre dalle situazioni che li provocano? Il male che ci si rimprovera nel teatro non consiste tanto nell’ispirare passioni criminali, quanto nel predisporre l’anima a sentimenti troppo teneri, che vengono poi soddisfatti a scapito della virtù. Le dolci emozioni che vi proviamo non hanno necessariamente un oggetto preciso; esse però suscitano il desiderio di averlo, non ci danno necessariamente l’amore, ma ci preparano ad esso, non scegliono la persona da amare, ma ci costringono a farlo. Quindi, queste emozioni sono innocenti o colpevoli soltanto in base al modo in cui le utilizziamo, e questo modo di essere è indipendente dagli esempi che ci vengono forniti. Anche se fosse vero che sul teatro si rappresentano soltanto passioni legittime, ne consegue forse che le impressioni che suscitano siano più deboli, gli effetti meno pericolosi? Come se le vivide immagini di una tenerezza innocente fossero meno dolci, meno seducenti, meno capaci di infiammare un cuore sensibile, rispetto a quelle di un amore criminoso. In realtà, se l’idea dell’innocenza rende più piacevoli alcuni momenti di tenerezza, presto le circostanze vengono dimenticate, mentre l’impressione lasciata da una passione così dolce rimane indelebile nel cuore. Quando il patrizio Manilius fu espulso dal senato per aver baciato sua moglie davanti a loro figlia[175], se consideriamo questa azione in sé, quale reato c’era? Nessuno. Anzi, sembrava indicare un sentimento lodevole. Ma i sentimenti puri della madre potevano ispirare in sua figlia pensieri impuri. Quindi, da un atto molto onesto si poteva trarre un esempio di corruzione. Ecco l’effetto delle passioni “permesse” dal teatro.
Si pretende di curarci dell’amore descrivendone le debolezze. Non so come gli autori procedano in questo; ma vedo che gli spettatori sono sempre dalla parte dell’amante debole, e spesso si lamentano che non lo sia ancora di più. Mi chiedo se questo rappresenti davvero un buon modo per evitare di assomigliargli.
Ricordatevi, signore, di un’opera a cui credo di aver assistito con voi alcuni anni fa; ci procurò un piacere del tutto inaspettato, sia perché l’autore vi aveva inserito più elementi teatralmente belli di quanto avessimo immaginato, sia perché l’attrice riuscì a conferire al proprio ruolo il proprio solito fascino. Voglio parlare della “Berenice” di Racine: in quale stato d’animo il pubblico assiste all’inizio di questa opera? Con un sentimento di disprezzo per la debolezza di un imperatore e di un romano che, come l’ultimo degli uomini, oscilla tra la sua amante e il proprio dovere; che, fluttuando in una condizione di incertezza vergognosa, umilia con lamentele effeminate quel carattere quasi divino che la storia gli attribuisce; che cerca nel volgare amante di una strada il salvatore del mondo e le gioie dell’umanità. E cosa pensa lo stesso pubblico dopo la rappresentazione? Alla fine, inizia a provare compassione per quell’uomo sensibile che prima disprezzava, si interessa per quella stessa passione di cui prima lo rimproverava, e mormora in segreto per il sacrificio che è costretto a compiere a causa delle leggi della patria. Questo è ciò che ognuno di noi provava durante la rappresentazione. Il ruolo di Tito, ben interpretato, avrebbe avuto un effetto ancora maggiore se fosse stato più degno del personaggio; ma tutti sentirono che l’interesse principale dell’opera riguardava Berenice, e che era il destino del suo amore a determinare il tipo di catastrofe che si sarebbe verificata. Non è certo che le sue continue lamentele suscitassero un grande coinvolgimento emotivo durante tutta la rappresentazione; ma nel quinto atto, quando smetteva di lamentarsi e assumeva un’espressione cupa, uno sguardo spento e una voce monotona per esprimere un dolore freddo che sfiorava il disperato, l’arte dell’attrice rafforzava il pathos del ruolo, e il pubblico, profondamente commosso, iniziava a piangere quando Berenice smetteva di piangere. Cosa significava tutto ciò, se non che tutti temevano che lei venisse rifiutata; che anticipavano la sofferenza che il suo cuore avrebbe provato; e che ognuno avrebbe voluto che Tito si arrendesse, anche a rischio di perdere il proprio rispetto per lui? Non è forse questa una tragedia che ha pienamente raggiunto lo scopo per cui era stata scritta, e che ha insegnato al pubblico ad affrontare le debolezze dell’amore?
Questo evento smentisce questi desideri segreti; ma che importa? Il finale non cancella l’effetto della rappresentazione. La regina se ne va senza il permesso del pubblico: l’imperatore la manda via contro la sua volontà[176]; si potrebbe aggiungere anche “contro la volontà dello spettatore”. Anche se Titolo rimane romano, è l’unico dalla sua parte; tutti gli spettatori hanno preso le parti di Berenice.
Anche se si potesse contestare questo effetto; anche se si sostenesse che l’esempio di forza e virtù rappresentato in Titus, che vince se stesso, costituisca il vero motivo d’interesse della pièce, e renda comprensibile il motivo per cui ci si commuove nel piangere Berenice; si finirebbe comunque per confermare i miei principi, poiché, come ho già detto, i sacrifici fatti per dovere e virtù possiedono sempre un fascino segreto, anche nei cuori corrotti. La prova che questo sentimento non sia frutto della stessa pièce è il fatto che esiste già prima che essa inizi. Tuttavia, ciò non impedisce che alcune passioni soddisfatte siano ritenute preferibili alla virtù stessa; e che, se siamo contenti di vedere Titus virtuoso e magnanimo, lo saremmo ancora di più se lo vedessimo felice e debole, o almeno acconsentiremmo volentieri a trovarci al suo posto. Per rendere questa verità più evidente, immaginiamo una conclusione completamente opposta a quella dell’autore: che, dopo aver riflettuto attentamente, Titus, senza voler violare le leggi di Roma né vendere la felicità all’ambizione, si presenti davanti a Berenice con principi opposti e rinunci al trono; che lei, commossa da un simile sacrificio, senta di dover rifiutare la mano del suo amante, ma che tuttavia l’accetti; che entrambi, inebriati dai piaceri dell’amore, della pace e dell’innocenza, rinunciando alle vanità mondane, scelgano di vivere felici e ignorati in un angolo della terra. Che una scena così commovente sia piena dei sentimenti teneri e patetici che la materia stessa offre, e che Racine avesse potuto rappresentarla con grande efficacia. Che Titus, prima di lasciare i Romani, pronunci un discorso appropriato alla situazione. Non è forse evidente che, a meno che un autore non sia estremamente inadeguato, un simile discorso dovrebbe far piangere l’intera platea? Una pièce che finisse in questo modo sarebbe, forse, meno buona, meno istruttiva, meno fedele alla storia, ma ci procurerebbe comunque meno piacere? E gli spettatori ne uscirebbero meno soddisfatti? I primi quattro atti rimarrebbero più o meno come sono, eppure si tratterebbe di una lezione completamente opposta a quella che la pièce vuole trasmettere. È vero infatti che i racconti d’amore colpiscono sempre più profondamente delle massime di saggezza, e che l’effetto di una tragedia è del tutto indipendente dalla sua conclusione[177].
Veut-on savoir s’il est sûr qu’en montrant les suites funestes des passions immodérées la tragédie apprenne à s’en garantir ; que l’on consulte l’expérience. Ces suites funestes sont représentées très fortement dans Zaïre : il en coûte la vie aux deux amants ; et il en coûte bien plus que la vie à Orosmane, puisqu’il ne se donne la mort que pour se délivrer du plus cruel sentiment qui puisse entrer dans un cœur humain, le remords d’avoir poignardé sa maîtresse. Voilà donc assurément des leçons très énergiques. Je serais curieux de trouver quelqu’un, homme ou femme, qui s’osât vanter d’être sorti d’une représentation de Zaïre bien prémuni contre l’amour. Pour moi, je crois entendre chaque spectateur dire en son cœur à la fin de la tragédie : Ah ! qu’on me donne une Zaïre, je ferai bien en sorte de ne la pas tuer. Si les femmes n’ont pu se lasser de courir en foule à cette pièce enchanteresse et d’y faire courir les hommes, je ne dirai point que c’est pour s’encourager, par l’exemple de l’héroïne, à n’imiter pas un sacrifice qui lui réussit si mal ; mais c’est parce que, de toutes les tragédies qui sont au théâtre, nulle autre ne montre avec plus de charmes le pouvoir de l’amour et l’empire de la beauté, et qu’on y apprend encore, pour surcroît de profit, à ne pas juger sa maîtresse sur les apparences. Qu’Orosmane immole Zaïre à sa jalousie, une femme sensible y voit sans effroi le transport de !a passion : car c’est un moindre malheur de périr par la main de son amant, que d’en être médiocrement aimée.
Qu’on nous peigne l’amour comme on voudra : il séduit, ou ce n’est pas lui. S’il est mal peint, la pièce est mauvaise ; s’il est bien peint, il offusque tout ce qui l’accompagne. Ses combats, ses maux, ses souffrances, le rendent plus touchant encore que s’il n’avait nulle résistance à vaincre. Loin que ses tristes effets rebutent, il n’en devient que plus intéressant par ses malheurs mêmes. On se dit malgré soi qu’un sentiment si délicieux console de tout. Une si douce image amollit insensiblement le cœur : on prend de la passion ce qui mène au plaisir ; on en laisse ce qui tourmente. Personne ne se croit obligé d’être un héros ; et c’est ainsi qu’admirant l’amour honnête on se livre à l’amour criminel.
Ce qui achève de rendre ses images dangereuses, c’est précisément ce qu’on fait pour les rendre agréables ; c’est qu’on ne le voit jamais régner sur la scène qu’entre des âmes honnêtes ; c’est que les deux amants sont toujours des modèles de perfection. Et comment ne s’intéresserait-on pas pour une passion si séduisante entre deux cœurs dont le caractère est déjà si intéressant par lui-même ? Je doute que, dans toutes nos pièces dramatiques, on en trouve une seule où l’amour mutuel n’ait pas la faveur du spectateur. Si quelque infortuné brûle d’un feu non partagé, on en fait le rebut du parterre. On croit faire merveilles de rendre un amant estimable ou haïssable, selon qu’il est bien ou mal accueilli dans ses amours ; de faire toujours approuver au public les sentiments de sa maîtresse, et de donner à la tendresse tout l’intérêt de la vertu : au lieu qu’il faudrait apprendre aux jeunes gens à se défier des illusions de l’amour, à fuir Terreur d’un penchant aveugle qui croit toujours se fonder sur l’estime, et à craindre quelquefois de livrer un cœur vertueux à un objet indigne de ses soins. Je ne sache guère que le Misanthrope où le héros de la pièce ait fait un mauvais choix[178]. Rendre le misanthrope amoureux n’était rien ; le coup de génie est de l’avoir fait amoureux d’une coquette. Tout le reste du théâtre est un trésor de femmes parfaites. On dirait qu’elles s’y sont toutes réfugiées. Est-ce là l’image fidèle de la société ? est-ce ainsi qu’on nous rend suspecte une passion qui perd tant de gens bien nés ? Il s’en faut peu qu’on ne nous fasse croire qu’un honnête homme est obligé d’être amoureux, et qu’une amante aimée ne saurait n’être pas vertueuse. Nous voilà fort bien instruits !
Encore une fois, je n’entreprends point de juger si c’est bien ou mal fait de fonder sur l’amour le principal intérêt du théâtre ; mais je dis que, si ses peintures sont quelquefois dangereuses, elles le seront toujours quoi qu’on fasse pour les déguiser. Je dis que c’est en parler de mauvaise foi, ou sans le connaître, de vouloir en rectifier les impressions par d’autres impressions étrangères qui ne les accompagnent point jusqu’au cœur, ou que le cœur en a bientôt séparées ; impressions qui même en déguisent les dangers, et donnent à ce sentiment trompeur un nouvel attrait par lequel il perd ceux qui s’y livrent.
Soit qu’on déduise de la nature des spectacles, en général, les meilleures formes dont ils sont susceptibles, soit qu’on examine tout ce que les lumières d’un siècle et d’un peuple éclairés ont fait pour la perfection des nôtres ; je crois qu’on peut conclure de ces considérations diverses que l’effet moral du spectacle et des théâtres ne saurait jamais être bon ni salutaire en lui-même, puisqu’à ne compter que leurs avantages, on n’y trouve aucune sorte d’utilité réelle sans inconvénients qui la surpassent. Or, par une suite de son inutilité même, le théâtre, qui ne peut rien pour corriger les mœurs, peut beaucoup pour les altérer. En favorisant tous nos penchants, il donne un nouvel ascendant à ceux qui nous dominent ; les continuelles émotions qu’on y ressent nous énervent, nous affaiblissent, nous rendent plus incapables de résister à nos passions ; et le stérile intérêt qu’on prend à la vertu ne sert qu’à contenter notre amour-propre sans nous contraindre à la pratiquer. Ceux de mes compatriotes qui ne désapprouvent pas les spectacles en eux-mêmes ont donc tort.
Outre ces effets du théâtre relatifs aux choses représentées, il y en a d’autres non moins nécessaires, qui se l’apportent directement à la scène et aux personnages représentants ; et c’est à ceux-là que les Genevois déjà cités attribuent le goût de luxe, de parure et de dissipation, dont ils craignent avec raison l’introduction parmi nous. Ce n’est pas seulement la fréquentation des comédiens, mais celle du théâtre, qui peut amener ce goût par son appareil et la parure des acteurs. N’eût-il d’autre effet que d’interrompre à certaines heures le cours des affaires civiles et domestiques, et d’offrir une ressource assurée à l’oisiveté ; il n’est pas possible que la commodité d’aller tous les jours régulièrement au même lieu s’oublier soi-même et s’occuper d’objets étrangers ne donne au citoyen d’autres habitudes et ne lui forme de nouvelles moeurs. Mais ces changements seront-ils avantageux ou nuisibles ? c’est une question qui dépend moins de l’examen du spectacle que de celui des spectateurs. Il est sûr que ces changements les amèneront tous à peu près au même point. C’est donc par l’état où chacun était d’abord qu’il faut estimer les différences.
Is it truly certain that by depicting the fatal consequences of unrestrained passions, tragedy can teach people how to avoid them? One need only look at experience to see this. Such fatal outcomes are vividly portrayed in Zaïre: both lovers lose their lives as a result; and for Orosmane, the cost is even greater—he kills himself merely to free himself from the most cruel emotion that can exist in a human heart: the remorse of having stabbed his beloved. Undoubtedly, these are very powerful lessons. I would be curious to find anyone, man or woman, who would dare claim to have become immune to love after watching Zaïre. For myself, I believe every spectator, at the end of this tragedy, thinks to themselves: “Ah! Give me another Zaïre, and I will make sure not to kill her.” If women have continuously flocked to this enchanting play and drawn men there as well, it is certainly not because they are encouraged by the heroine’s example to avoid a sacrifice that ends so tragically for her; rather, it is because of the way in which Zaïre showcases, with such allure, the power of love and the dominion of beauty. Moreover, it teaches us not to judge our beloved solely on their appearance. When Orosmane sacrifices Zaïre out of jealousy, a sensitive woman sees therein nothing but the fervor of passion—after all, dying at the hands of one’s lover is far less terrible than being loved mediocrely.
Let love be depicted in whatever way one wishes: it must seduce, or it is not love at all. If it is poorly portrayed, the whole work is flawed; if it is well done, it overshadows everything that accompanies it. Its struggles, its hardships, its sufferings make it even more touching than if it faced no resistance at all. Far from being repelled by its sad aspects, it becomes all the more fascinating precisely because of these very misfortunes. One cannot help but think that such a delightful sentiment can console us in everything. Such a tender image gradually softens the heart: we take from passion what leads to pleasure and discard what causes distress. No one feels compelled to be a hero; and in this way, while admiring honest love, we sometimes give ourselves to criminal love as well.
What makes these images particularly dangerous is precisely what we do to make them pleasing to watch; namely, we never allow such passions to manifest on stage except among honorable characters; and we always present the lovers as models of perfection. How could anyone not be fascinated by such an enticing passion between two hearts that are already, in themselves, so fascinating? I doubt that there is a single play among all our dramatic works in which mutual love does not win the audience’s favor. If some unfortunate individual suffers from unrequited passion, they are immediately dismissed as unworthy of attention. We take great pride in making a lover seem admirable or detestable, depending on how well he is received in his loves; we ensure that the public always approves of the feelings of the heroine, and we attribute all the allure of virtue to tenderness—when, in reality, what we should be doing is teaching young people to beware of the illusions of love, to avoid blindly pursuing a passion that always seems based on mutual respect, and sometimes to fear surrendering a virtuous heart to someone unworthy of it. I can hardly recall a single instance in “The Misanthrope” where the protagonist makes a bad choice[178]. Making a misanthrope fall in love was nothing remarkable; the real genius lay in making him fall for a coquettish woman. Everything else in this play is filled with perfect women—it seems as if they have all taken refuge there. But is this a true reflection of society? Is this how we are made to view a passion that costs so many well-born people their integrity? It’s almost as if we are led to believe that an honest man is destined to fall in love, and that a beloved lover must necessarily be virtuous. What excellent advice we receive here!
Once again, I do not intend to judge whether it is right or wrong to base the main purpose of theatre on love; but I say that, even if its representations are sometimes dangerous, they will always remain so no matter what efforts are made to disguise them. I say that it would be dishonest, or at least a complete misunderstanding, to attempt to correct their effects by using other impressions that do not truly reflect the essence of love, or that the heart soon separates from these superficial representations; such impressions may even conceal the dangers inherent in love and endow this deceptive emotion with new allurements, causing those who indulge in it to lose sight of its true nature.
Whether we derive from the nature of spectacles in general the best forms they are capable of assuming, or whether we examine everything that the enlightenment of a particular century and people has done to perfect our own theatrical practices, I believe we can conclude from these various considerations that the moral influence of spectacles and theaters cannot in itself be considered good or beneficial. Indeed, considering only their advantages, one finds therein no real utility whatsoever—only disadvantages that far outweigh any potential benefits. Moreover, precisely because of its inherent uselessness, the theater, which is incapable of correcting our morals, can greatly contribute to their deterioration. By fostering all our inclinations, it gives new momentum to those tendencies that already dominate us; the constant emotions it provokes enervate and weaken us, making us even less capable of resisting our passions. And the futile interest we take in virtue merely serves to satisfy our self-esteem without actually motivating us to practice it. Therefore, those of my compatriots who do not oppose spectacles in themselves are indeed in error.
In addition to these effects of the theater that relate to the things depicted on stage, there are others equally necessary, which originate directly from the theater itself and its actors. It is precisely these effects that the Genevans, as already mentioned, attribute to the taste for luxury, ostentation, and indulgence—tastes they rightly fear might be introduced among us. It is not merely the frequent attendance at comedies but the very experience of attending the theater, with its theatrical setting and the attire of the actors, that can foster such tendencies. Even if its sole effect were to interrupt the course of daily civil and domestic affairs at certain times and to provide a convenient outlet for idleness, it is undeniable that the regular habit of going to the same place every day would itself lead citizens to develop other habits and form new ways of behaving. But whether these changes will be beneficial or harmful depends less on an examination of the theater itself than on an analysis of its audience. It is certain, however, that such changes will more or less bring everyone to similar states. Therefore, it is necessary to assess these differences based on the conditions in which each individual initially found themselves.
Si vuole davvero sapere se sia certo che, mostrando le tragiche conseguenze delle passioni smisurate, la tragedia possa insegnare a evitarle; basta consultare l’esperienza. Queste conseguenze funeste sono rappresentate in modo molto evidente in “Zaïre”: ne pagano la vita entrambi gli amanti; e Orosmane ne paga un prezzo ancora più alto, poiché si toglie la vita soltanto per liberarsi dal sentimento più crudele che possa esistere nel cuore umano: il rimorso di aver pugnalato la sua amante. Quindi, senza dubbio, queste rappresentazioni offrono lezioni molto efficaci. Mi chiederei se esista qualcuno, uomo o donna, che osi vantarsi di essere uscito da una rappresentazione di “Zaïre” completamente immunizzato contro l’amore. Per quanto mi riguarda, credo che ogni spettatore, alla fine della tragedia, si dica nel proprio cuore: “Ah! Datemi un’altra ‘Zaïre’, e farò in modo di non ucciderla, ” Se le donne non hanno smesso di affollarsi in massa a questa commedia incantevole, spingendo anche gli uomini ad andarci, non direi che lo facciano per incoraggiarsi, con l’esempio dell’eroina, a non imitare un sacrificio che le è andato così male. Ma perché, tra tutte le tragedie che si rappresentano al teatro, nessun’altra mostra con maggior fascino il potere dell’amore e l’influenza della bellezza; inoltre, si impara anche a non giudicare una donna soltanto in base alle apparenze. Che Orosmane sacrifichi Zaïre per la sua gelosia. Una donna sensibile vi vede senza paura l’espressione di una passione intensa: perché morire per mano del proprio amante è, dopotutto, un male minore rispetto a essere amata in modo mediocre.
Che ci si dipinga l’amore come si vuole: seduce, o non è affatto tale. Se descritto male, l’opera risulta scadente; se descritto bene, offusca tutto ciò che lo accompagna. I suoi conflitti, i suoi mali, le sue sofferenze lo rendono ancora più commovente, come se non dovesse superare alcuna resistenza. Lontano dall’essere repellente per i suoi effetti tristi, diventa ancora più interessante proprio a causa delle sue stesse sfortune. Non si può fare a meno di pensare che un sentimento così delizioso possa consolare ogni cosa. Un’immagine così dolce ammorbidisce insensibilmente il cuore: si prende dalla passione ciò che conduce al piacere, e si lascia ciò che causa dolore. Nessuno si sente obbligato a comportarsi da eroe; ed è proprio in questo modo che, ammirando l’amore onesto, ci si abbandona all’amore criminale.
Quello che rende le sue immagini davvero pericolose è proprio ciò che viene fatto per renderle attraenti: il fatto cioè che non venga mai mostrato come dominante sulla scena se non tra anime oneste; il fatto che i due amanti siano sempre rappresentati come modelli di perfezione. E come si potrebbe non essere interessati a una passione così seducente, tra due cuori i cui caratteri sono già di per sé molto attraenti? Dubito che, in tutte le nostre opere teatrali, esista anche solo un’opera in cui l’amore reciproco non goda della simpatia del pubblico. Se qualche sfortunato brucia di un amore non condiviso, viene subito ritenuto indesiderabile dal pubblico. Si crede di fare meraviglie nel rendere un amante stimabile o odioso, a seconda del modo in cui viene accolto nelle sue relazioni amorose; si cerca sempre di far approvare al pubblico i sentimenti della sua amata e di attribuire alla tenerezza tutto il fascino della virtù. Quando invece ciò che dovremmo fare è insegnare ai giovani a diffidare delle illusioni dell’amore, a evitare un sentimento cieco che si basa sempre sull’opinione altrui, e a temere talvolta di affidare un cuore virtuoso a qualcuno indegno di esso. Non so proprio quale sia l’unica opera teatrale in cui il protagonista abbia fatto una scelta sbagliata. Rendere un misantropo innamorato non era certo nulla di eccezionale; l’ingegnosità sta nel farlo innamorare di una civetta. Il resto del teatro è davvero pieno di donne perfette. Sembra che si siano tutte rifugiate lì. Ma questa è davvero un’immagine fedele della società? È così che ci viene fatta credere che una passione del genere possa portare alla perdita di molte persone perbene? Si finisce quasi per pensare che un uomo onesto debba necessariamente essere innamorato, e che un’amante amata non possa non essere virtuosa. Che bella lezione ci viene data!
Ancora una volta, non intendo giudicare se sia giusto o sbagliato basare l’interesse principale del teatro sull’amore; ma dico che, anche se le sue rappresentazioni a volte possono essere pericolose, lo saranno comunque, indipendentemente da quanto si cerchi di nasconderne i rischi. Dico che parlare in questo modo è frutto di malafede o di ignoranza: tentare di correggere le impressioni suscitate dal teatro con altre impressioni estranee, che non raggiungono mai il cuore dell’uomo, o che vengono presto separate da esso; impressioni che anzi possono mascherarne i pericoli e conferire a questo sentimento ingannevole un nuovo fascino, facendolo perdere coloro che vi si abbandonano.
Sia che si deducano dalle caratteristiche generali dei spettacoli le migliori forme in cui essi possono esprimersi, sia che si esamini tutto ciò che le luci di un secolo e di un popolo illuminato hanno fatto per il loro perfezionamento; credo che da queste diverse considerazioni si possa concludere che l’effetto morale dello spettacolo e del teatro non può mai essere positivo o benefico in sé stesso, poiché, se si considerano soltanto i suoi vantaggi, non vi si trova alcun tipo di utilità reale senza inconvenienti che la superano. Ora, proprio a causa della sua stessa inutilità, il teatro, che non può nulla per correggere i costumi, può molto per alterarli: favorendo tutti i nostri inclini, dà un nuovo ascendente a quelli che ci dominano; le continue emozioni che vi proviamo ci eccitano, ci indeboliscono, rendendoci ancora meno capaci di resistere alle nostre passioni; e l’interesse sterile che nutriamo per la virtù serve soltanto a soddisfare il nostro amor proprio senza costringerci a praticarla. Pertanto, coloro tra i miei connazionali che non disapprovano gli spettacoli in sé hanno torto.
Oltre a questi effetti del teatro relativi alle cose rappresentate, ne esistono altri altrettanto necessari che influenzano direttamente la scena e i personaggi in essa interpretati; ed è proprio a questi ultimi che i Genevesi già citati attribuiscono il gusto per il lusso, le decorazioni e lo sfarzo, di cui temono con ragione l’introduzione tra di noi. Non è solo la frequentazione degli attori comici, ma anche quella del teatro stesso, con il suo impianto scenografico e l’abbigliamento degli attori, a poter suscitare tale gusto. Anche se il teatro avesse come unico effetto quello di interrompere, a determinate ore, le attività civili e domestiche e di offrire uno svago sicuro alla gente oziosa, non è possibile che la comodità di recarsi regolarmente ogni giorno nello stesso luogo non induca il cittadino ad acquisire nuove abitudini e a sviluppare nuovi costumi. Ma questi cambiamenti saranno vantaggiosi o dannosi? Questa domanda dipende meno dall’analisi dello spettacolo stesso che da quella dei suoi spettatori. È certo che tali cambiamenti porteranno tutti, più o meno, allo stesso livello. Pertanto, è necessario valutare le differenze partendo dallo stato in cui ciascuno si trovava inizialmente.
Quand les amusements sont indifférents par leur nature (et je veux bien pour un moment considérer les spectacles comme tels), c’est la nature des occupations qu’ils interrompent qui les fait juger bons ou mauvais, surtout lorsqu’ils sont assez vifs pour devenir des occupations eux-mêmes, et substituer leur goût à celui du travail. La raison veut qu’on favorise les amusements des gens dont les occupations sont nuisibles, et qu’on détourne des mêmes amusements ceux dont les occupations sont utiles. Une autre considération générale est qu’il n’est pas bon de laisser à des hommes oisifs et corrompus le choix de leurs amusements, de peur qu’ils ne les imaginent conformes à leurs inclinations vicieuses, et ne deviennent aussi malfaisants dans leurs plaisirs que dans leurs affaires. Mais laissez un peuple simple et laborieux se délasser de ses travaux quand et comme il lui plaît ; jamais il n’est à craindre qu’il abuse de cette liberté : et l’on ne doit point se tourmenter à lui chercher des divertissements agréables ; car, comme il faut peu d’apprêts aux mets que l’abstinence et la faim assaisonnent, il n’en faut pas non plus beaucoup aux plaisirs de gens épuisés de fatigue, pour qui le repos seul en est un très doux. Dans une grande ville, pleine de gens intrigants, désœuvrés, sans religion, sans principes, dont l’imagination, dépravée par l’oisiveté, la fainéantise, par l’amour du plaisir et par de grands besoins, n’engendre que des monstres et n’inspire que des forfaits ; dans une grande ville où les mœurs et l’honneur ne sont rien, parce que chacun, dérobant aisément sa conduite aux yeux du public, ne se montre que par son crédit et n’est estimé que par ses richesses ; la police ne saurait trop multiplier les plaisirs permis, ni trop s’appliquer à les rendre agréables, pour ôter aux particuliers la tentation d’en chercher de plus dangereux. Comme les empêcher de s’occuper c’est les empêcher de mal faire, deux heures par jour dérobées à l’activité du vice sauvent la douzième partie des crimes qui se commettraient ; et tout ce que les spectacles vus ou à voir causent d’entretiens dans les cafés et autres refuges des fainéants et fripons du pays, est encore autant de gagné pour les pères de famille, soit sur l’honneur de leurs filles ou de leurs femmes, soit sur leur bourse ou sur celle de leurs fils.
Mais, dans les petites villes, dans les lieux moins peuplés, où les particuliers, toujours sous les yeux du public, sont censeurs nés les uns des autres, et où la police a sur tous une inspection facile, il faut suivre des maximes toutes contraires. S’il y a de l’industrie, des arts$ des manufactures, on doit se garder d’offrir des distractions relâchantes à l’âpre intérêt qui fait ses plaisirs de ses soins, et enrichit le prince de l’avarice des sujets. Si le pays, sans commerce, nourrit les habitants dans l’inaction, loin de fomenter en eux l’oisiveté à laquelle une vie simple et facile ne les porte déjà que trop, il faut la leur rendre insupportable, en les contraignant, à force d’ennui, d’employer utilement un temps dont ils ne sauraient abuser. Je vois qu’à Paris, où l’on juge de tout sur les apparences, parce qu’on n’a le loisir de rien examiner, on croit, à l’air de désœuvrement et de langueur dont frappent au premier coup d’oeil la plupart des villes de province, que les habitants, plongés dans une stupide inaction, n’y font que végéter, on tracasser et se brouiller ensemble. C’est une erreur dont on reviendrait aisément si l’on songeait que la plupart des gens de lettres qui brillent à Paris, la plupart des découvertes utiles et des inventions nouvelles, y viennent de ces provinces si méprisées. Restez quelque temps dans une petite ville, où vous aurez cru d’abord ne trouver que des automates ; non seulement vous y verrez bientôt des gens beaucoup plus sensés que vos singes des grandes villes, mais vous manquerez rarement d’y découvrir dans l’obscurité quelque homme ingénieux qui vous surprendra par ses talents, par ses ouvrages, que vous surprendrez encore plus en les admirant, et qui, vous montrant des prodiges de travail, de patience et d’industrie, croira ne vous montrer que des choses communes à Paris. Telle est la simplicité du vrai génie : il n’est ni intrigant ni actif ; il ignore le chemin des honneurs et de la fortune, et né songe point à le chercher ; il ne se compare à personne ; toutes ses ressources sont en lui seul : insensible aux outrages, et peu sensible aux louanges, s’il se connaît, il ne s’assigne point sa place, et jouit de lui-même sans s’apprécier.
Dans une petite ville on trouve, proportion gardée, moins d’activité, sans doute, que dans une capitale, parce que les passions sont moins vives, et les besoins moins pressants ; mais plus d’esprits originaux, plus d’industrie inventive, plus de choses vraiment neuves, parce qu’on y est moins imitateur, qu’ayant peu de modèles, chacun tire plus de lui-même, et met plus du sien dans tout ce qu’il fait ; parce que l’esprit humain, moins étendu, moins noyé parmi les opinions vulgaires, s’élabore et fermente mieux dans la tranquille solitude ; parce qu’en voyant moins on imagine davantage ; enfin, parce que, moins pressé du temps, on a plus de loisir d’étendre et digérer ses idées.
Je me souviens d’avoir vu dans ma jeunesse, aux environs de Neuchâtel, un spectacle assez agréable et peut-être unique sur la terre, une montagne entière couverte d’habitations dont chacune fait le centre des terres qui en dépendent ; en sorte que ces maisons, à distances aussi égales que les fortunes des propriétaires, offrent à la fois aux nombreux habitants de cette montagne, le recueillement de la retraite et les douceurs de la société. Ces heureux paysans, tous à leur aise, francs de tailles, d’impôts, de subdélégués, de corvées, cultivent avec tout le soin possible des biens dont le produit est pour eux, et emploient le loisir que cette culture leur laisse à faire mille ouvrages de leurs mains, et à mettre à profit le génie inventif que leur donna la nature. L’hiver surtout, temps où la hauteur des neiges leur ôte une communication facile, chacun, renfermé bien chaudement, avec sa nombreuse famille, dans sa jolie et propre maison de bois[179], qu’il a bâtie lui-même, s’occupe de mille travaux amusants, qui chassent l’ennui de son asile, et ajoutent à son bien-être. Jamais menuisier, serrurier, vitrier, tourneur de profession, n’entra dans le pays ; tous le sont pour eux-mêmes, aucun ne l’est pour autrui ; dans la multitude de meubles commodes et même élégants qui composent leur ménage et parent leur logement, on n’en voit pas un qui n’ait été fait de la main du maître. Il leur reste encore du loisir pour inventer et faire mille instruments divers, d’acier, de bois, de carton, qu’ils vendent aux étrangers, dont plusieurs même parviennent jusqu’à Paris, entre autres ces petites horloges de bois qu’on y voit depuis quelques années. Ils en font aussi de fer ; ils font même des montres ; et, ce qui paraît incroyable, chacun réunit à lui seul toutes les professions diverses dans lesquelles se subdivise l’horlogerie, et fait tous ses outils lui-même.
Ce n’est pas tout : ils ont des livres utiles et sont passablement instruits ; ils raisonnent sensément de toutes choses, et de plusieurs avec esprit[180]. Ils font des siphons, des aimants, des lunettes, des pompes, des baromètres, des chambres noires ; leurs tapisseries sont des multitudes d’instruments de toute espèce : vous prendriez le poêle d’un paysan pour un atelier de mécanique et pour un cabinet de physique expérimentale. Tous savent un peu dessiner, peindre, chiffrer ; la plupart jouent de la flûte ; plusieurs ont un peu de musique et chantent juste. Ces arts ne leur sont point enseignés par des maîtres, mais leur passent, pour ainsi dire, par tradition. De ceux que j’ai vus savoir la musique, l’un me disait l’avoir apprise de son père, un autre de sa tante, un autre de son cousin ; quelques-uns croyaient l’avoir toujours sue. Un de leurs plus fréquents amusements est de chanter avec leurs femmes et leurs enfants les psaumes à quatre parties ; et l’on est tout étonné d’entendre sortir de ces cabanes champêtres l’harmonie forte et mâle de Goudimel[181], depuis si longtemps oubliée de nos savants artistes.
When amusements are, in their very nature, indifferent (and for the sake of argument, let us consider spectacles as such), it is the nature of the occupations they interrupt that determines whether they are judged good or bad—especially when those occupations are lively enough to become amusements themselves and replace the taste for work. Reason dictates that we should encourage the amusements of people whose occupations are harmful, while steering away from such amusements those whose occupations are beneficial. Another general consideration is that it is not wise to allow idle and corrupt individuals to choose their own amusements, for fear that they may devise them in accordance with their vile inclinations, thus making their pleasures just as mischievous as their actions. But let a simple and hardworking people relax from their labor whenever and however they wish; there is no reason to fear that they will abuse this freedom. Moreover, we need not go to great lengths to provide them with pleasant diversions, for just as little preparation is needed for meals prepared by hunger and abstinence, so too are minimal efforts sufficient to bring joy to those who are exhausted from toil—rest alone being a delightful pleasure for them. In a large city, filled with scheming, idle people devoid of religion and principles, whose imaginations, corrupted by laziness, lust for pleasure, and overwhelming needs, give rise only to evil thoughts and criminal acts; in such a place where morals and honor mean nothing, since everyone can easily hide their behavior from public view and is valued only by wealth—then the authorities should do everything possible to increase the number of permitted amusements and make them as enjoyable as possible, thereby reducing the temptation for people to seek more dangerous ones. Since preventing people from engaging in harmful activities is equivalent to preventing them from doing evil, two hours a day devoted to lawful pursuits could prevent one-twelfth of the crimes that would otherwise occur. And all the conversations sparked by spectacles in cafes and other haunts of idlers and scoundrels actually benefit families, whether by protecting the honor of their daughters or wives or by preserving their own or their children’s wealth.
But in small towns, in less densely populated areas where individuals, always under the watchful eyes of the public, serve as natural censors for one another, and where the police can easily monitor everyone, one must follow principles that are quite the opposite. If there is industry, arts, or manufacturing, one must avoid providing distractions that might weaken the rigorous discipline that makes a person’s labor enjoyable and enriches both the ruler through the subjects’ frugality. If the land, devoid of commerce, allows its inhabitants to live in idleness, far from fostering such laziness—since a simple and easy life already tends them toward it—one must instead make such idleness unbearable by forcing them, through sheer boredom, to use their time in productive ways, lest they abuse it. In Paris, for example, where people judge everything by appearances because they have no time to examine things closely, one might assume, based on the air of leisure and languor that characterizes most provincial towns, that their inhabitants, immersed in stupid inaction, are merely existing without purpose, constantly quarreling with each other. This is a mistake that could easily be corrected if one remembered that most of the literati who shine in Paris, as well as many useful discoveries and new inventions, come from those very despised provinces. Spend some time in a small town at first, where you might think you would find only automatons; soon enough, you will discover people far wiser than those in the big cities. Moreover, you will often encounter ingenious individuals who surprise you with their talents and works—yet when you admire them even more, you realize that what they achieve is nothing extraordinary compared to what is possible in Paris. Such is the simplicity of true genius: it is neither scheming nor aggressive; it knows nothing of the paths to honor and fortune and never seeks them; it does not compare itself to others; all its resources lie within itself. Insensitive to insults and little affected by praise, when such a person understands itself, it does not assign itself any particular place in society but enjoys itself simply, without seeking recognition.
In a small town, one finds, proportionately speaking, less activity than in a capital city—because passions are less intense and needs are less urgent. However, there are more original minds, more inventive effort, and more truly new things, because people there imitate less. With few models to follow, each person draws more from within themselves and contributes more of their own creativity to everything they do. Moreover, since the human mind is less overwhelmed by common opinions in a small town, it can develop and mature more peacefully in solitude. And because one sees less, one imagines more. Finally, with less time pressure, one has more leisure to expand and refine one’s ideas.
I remember having seen in my youth, in the vicinity of Neuchâtel, a rather delightful and perhaps unique spectacle on earth: an entire mountain covered with dwellings, each of which served as the center for the surrounding lands. These houses, spaced equidistantly according to the wealth of their owners, provided both the seclusion of retirement and the comforts of society for the numerous inhabitants of the mountain. These happy peasants, living in ease and freedom from taxes, delegates, corvée, and other burdens, cultivated their lands with great care, and used the leisure time left by their work to create countless objects by hand and to put to use the inventive talents bestowed upon them by nature. Especially in winter, when heavy snows made travel difficult, each family would huddle warmly inside their own beautifully constructed wooden homes, built by their own hands, and engage in various amusing activities that kept them occupied and enhanced their well-being. Not a single carpenter, blacksmith, glassmaker, or turner was needed in the community; everyone performed these tasks for their own use, never for others. Among the numerous comfortable and even elegant pieces of furniture in their homes, not a single one was made by anyone other than its owner. They also found time to invent and create various instruments made of steel, wood, or cardboard, which they sold to foreigners—some of these items even made their way to Paris. They also crafted iron objects and even watches; and, what seems incredible, each individual mastered all the different skills required within the watchmaking industry, crafting every tool they used themselves.
That’s not all: they possess useful books and are quite well-informed; they reason sensibly about various matters, and some even do so with considerable intelligence[180]. They construct siphons, magnets, lenses, pumps, barometers, and darkrooms; their tapestries are filled with countless instruments of every kind—you would mistake a peasant’s stove for a mechanics workshop or an experimental physics laboratory. Everyone knows how to draw, paint, and do simple calculations; most of them play the flute, and several have some knowledge of music and sing accurately. These arts are not taught to them by masters; rather, they are passed down to them through tradition. Among those I saw who knew music, one told me he had learned it from his father, another from his aunt, yet another from a cousin; a few even claimed they had always possessed this knowledge. One of their favorite pastimes is to sing psalms in four parts with their wives and children; and it is truly astonishing to hear the powerful, masculine harmony of Goudimel emerge from these rural cottages—harmony that has long been forgotten by our learned artists.
Quando i divertimenti sono di per sé indifferenti (e sono disposto a considerare gli spettacoli come tali per un momento), è la natura delle attività che vengono interrotte da essi a farli giudicare buoni o cattivi, soprattutto quando questi divertimenti sono abbastanza intensi da diventare a loro volta attività autonome e sostituire il gusto per il lavoro con quello per il piacere. È ragionevole favorire i divertimenti di coloro la cui occupazione è dannosa, e invece allontanare gli stessi divertimenti da coloro la cui occupazione è utile. Un’altra considerazione generale è che non è opportuno lasciare che uomini oziosi e corrotti scelgano da soli i propri divertimenti, per paura che questi non si adattino alle loro inclinazioni malvagie, rendendoli così altrettanto dannosi nei loro piaceri quanto nelle loro azioni. Ma lasciate che un popolo semplice e laborioso si distragga dai suoi lavori quando e come desidera; non c’è alcun motivo di temere che abusi di questa libertà, e non occorre affatto cercare con sforzo dei divertimenti piacevoli per lui: poiché, proprio come i cibi semplici sono sufficientemente gustosi quando privi di condimenti, così anche i piaceri offerti a persone stanche e esauste sono più che sufficienti, soprattutto quando il riposo stesso rappresenta già un grande conforto. In una grande città, piena di persone intriganti, oziose, senza religione né principi morali, la cui immaginazione è corrotta dall’ozio, dalla pigrizia, dall’amore per il piacere e da grandi bisogni, i divertimenti permessi dovrebbero essere moltiplicati al massimo e resi il più attraenti possibile, affinché si riduca la tentazione di cercare altri, più pericolosi. Poiché impedire alle persone di dedicarsi a attività dannose equivale a impedir loro di commettere crimini, due ore al giorno dedicate ai divertimenti possono salvare addirittura un quarto dei crimini che altrimenti verrebbero compiuti; inoltre, tutto ciò che gli spettacoli, i caffè e altri luoghi frequentati dai pigri e dai disonesti stimolano a conversazioni può rappresentare un vantaggio per le famiglie, sia per l’onore delle loro figlie o donne, sia per il loro patrimonio.
Ma nelle piccole città, nei luoghi meno popolosi, dove i privati, sempre sotto gli occhi del pubblico, sono a vicenda censori l’uno dell’altro, e dove la polizia ha facile accesso a tutti, bisogna seguire principi completamente opposti. Se esistono industrie, arti o manifatture, è necessario evitare di offrire distrazioni che possano allentare quell’intenso interesse che trova piacere nel proprio lavoro e arricchisce il principe attraverso l’avarizia dei sudditi. Se la regione, priva di commercio, mantiene gli abitanti nell’inattività, invece di incoraggiarli nella pigrizia che una vita semplice e facile già spinge troppo facilmente in loro, bisogna renderla insopportabile costringendoli, a causa della noia, ad utilizzare al meglio il tempo che altrimenti potrebbero sprecare. A Parigi, dove si giudica tutto in base alle apparenze perché non si ha il tempo di esaminare nulla a fondo, si crede, dall’aspetto di ozio e languore che colpisce immediatamente la vista nella maggior parte delle città provinciali, che gli abitanti, immersi in una stupida inattività, non facciano altro che vegetare, litigando e scontrandosi tra loro. È un errore dal quale ci si potrebbe facilmente riprendere se si pensasse che la maggior parte degli intellettuali che brillano a Parigi, così come le scoperte utili e le invenzioni nuove, provengono proprio da quelle province tanto disprezzate. Restate per un po’ in una piccola città: all’inizio potreste credere di trovarvi solo davanti ad automi; invece scoprirete presto che ci sono persone molto più sensate dei “simioni” delle grandi città, e non vi mancherà mai l’occasione di incontrare individui ingegnosi i cui talenti e opere vi sorprenderanno. Ammirandoli ancora di più, noterete come questi uomini, dimostrando prodigi di lavoro, pazienza e industria, sembrino mostrarvi soltanto cose comuni a Parigi. Questa è la vera semplicità del genio autentico: non è né intrigante né attivo; ignora la strada verso onori e fortuna e non pensa nemmeno di cercarla; non si confronta con nessuno; tutte le sue risorse sono in lui stesso: insensibile agli insulti e poco sensibile alle lodi, se si conosce, non si attribuisce alcun ruolo particolare e gode di sé stesso senza considerarsi importante.
In una piccola città si trova, rispettando le stesse proporzioni, meno attività di quanto in una capitale; probabilmente perché le passioni sono meno intense e i bisogni meno urgenti. Tuttavia, vi si trovano più persone originali, più ingegno inventivo e molte cose davvero nuove: perché lì ci si imita meno, poiché mancano modelli da seguire; quindi ognuno attinge di più da se stesso e mette di più il proprio contributo in tutto ciò che fa. Inoltre, lo spirito umano, essendo meno influenzato dalle opinioni comuni e avendo meno distrazioni, si sviluppa meglio nella tranquilla solitudine; poiché vedendo meno si immagina di più; infine, essendo meno pressati dal tempo, si ha più tempo per ampliare e riflettere sulle proprie idee.
Ricordo di aver visto, nella mia giovinezza, nei dintorni di Neuchâtel, uno spettacolo piuttosto gradevole e forse unico al mondo: un’intera montagna coperta di abitazioni, ognuna delle quali costituiva il centro dei terreni ad essa annessi; in questo modo, queste case, disposte a distanze uguali alle risorse economiche dei loro proprietari, offrivano sia la tranquillità della vita ritirata che i piaceri della convivialità ai numerosi abitanti di quella montagna. Quei felici contadini, tutti agiati e liberi da tasse, funzionari pubblici o obblighi onerosi, coltivavano con ogni cura i loro beni, e impiegavano il tempo libero che questa attività gli lasciava per creare mille oggetti con le proprie mani, sfruttando al massimo l’ingegno inventivo che la natura aveva donato loro. Soprattutto in inverno, quando l’elevata quantità di neve rendeva difficili i collegamenti esterni, ognuno, rinchiuso al caldo nella propria bella e pulita casa di legno – costruita da lui stesso – si dedicava a mille lavori divertenti che scacciavano la noia e aumentavano il suo benessere. Mai un falegname, un fabbro, un vetraio o un tornitore professionista entrava in quel paese; tutti questi mestieri venivano esercitati direttamente dai suoi abitanti, senza che nessuno li svolgesse per conto di altri. Nella moltitudine di mobili comodi ed eleganti che componevano le loro case, non ce n’era uno che non fosse stato realizzato dalle mani del proprietario stesso. Gli rimaneva ancora del tempo libero per inventare e creare mille strumenti diversi, fatti di acciaio, legno o cartone, che poi vendevano agli stranieri; alcuni di questi oggetti arrivavano persino a Parigi, tra cui quelle piccole orologi di legno che si vedono lì da alcuni anni. Ne producevano anche in ferro e persino orologi veri e propri; e, cosa che sembra incredibile, ognuno di loro riuniva in sé tutte le competenze necessarie per svolgere tutti i mestieri legati all’orologeria, costruendo personalmente tutti gli strumenti utilizzati.
E non basta: possiedono libri utili ed sono piuttosto istruiti; ragionano in modo sensato su tutte le cose, e alcune di loro lo fanno con grande ingegno[180]. Realizzano sifoni, magneti, occhiali, pompe, barometri, camere oscure; i loro arazzi sono un insieme di strumenti di ogni tipo: si potrebbe scambiare il camino di un contadino per un laboratorio di meccanica o per uno studio di fisica sperimentale. Tutti sanno un po’ disegnare, dipingere, calcolare; la maggior parte suona la flauta; molti conoscono un po’ di musica e cantano in modo corretto. Queste arti non sono insegnate loro da maestri, ma si tramandano, per così dire, per tradizione. Tra coloro che ho visto conoscere la musica, uno mi disse di averla imparata dal padre, un altro dalla zia, un altro dal cugino; alcuni credevano di averla sempre saputa. Uno dei loro passatempi preferiti è cantare insieme alle mogli e ai figli i salmi a quattro voci; ed è davvero sorprendente ascoltare uscire da queste semplici capanne campestri l’armonia potente e maschile di Goudimel[181], da tempo dimenticata dai nostri artisti colti.
Je ne pouvais non plus me lasser de parcourir ces charmantes demeures, que les habitants de m’y témoigner la plus franche hospitalité. Malheureusement j’étais jeune ; ma curiosité n’était que celle d’un enfant, et je songeais plus à m’amuser qu’à m’instruire. Depuis trente ans, le peu d’observations que je fis se sont effacées de ma mémoire. Je me souviens seulement que j’admirais sans cesse, en ces hommes singuliers, un mélange étonnant de finesse et de simplicité, qu’on croirait presque incompatibles, et que je n’ai plus observé nulle part. Du reste, je n’ai rien retenu de leurs mœurs, de leur société, de leurs caractères. Aujourd’hui que j’y porterais d’autres yeux, faut-il ne revoir plus cet heureux pays ! Hélas ! il est sui la route du mien.
Après cette légère idée, supposons qu’au sommet de la montagne dont je viens de parler, au centre des habitations, on établisse un spectacle fixe et peu coûteux, sous prétexte, par exemple, d’offrir une honnête récréation à des gens continuellement occupés, et en état de supporter cette petite dépense ; supposons encore qu’ils prennent du goût pour ce même spectacle, et cherchons ce qui doit résulter de son établissement.
Je vois d’abord que leurs travaux, cessant d’être leurs amusements aussitôt qu’ils en auront un autre, celui-ci les dégoûtera des premiers, le zèle ne fournira plus tant de loisir, ni les mêmes inventions. D’ailleurs.il y aura chaque jour un temps réel de perdu pour ceux qui assisteront au spectacle ; et l’on ne se remet pas à l’ouvrage l’esprit rempli de ce qu’on vient de voir ; on en parle, ou l’on y songe. Par conséquent relâchement de travail : premier préjudice.
Quelque peu qu’on paie à la porte, on paie enfin ; c’est toujours, une dépense qu’on ne faisait pas. Il en coûte pour soi, pour sa femme, pour ses enfants, quand on les y mène, et il les y faut mener quelquefois. De plus, un ouvrier ne va point dans une assemblée se montrer en habit de travail ; il faut prendre plus souvent ses habits des dimanches, changer de linge plus souvent, se poudrer, se raser : tout cela coûte du temps et de l’argent. Augmentation de dépense : deuxième préjudice.
Un travail moins assidu et une dépense plus forte exigent un dédommagement. On le trouvera sur le prix des ouvrages qu’on sera forcé de renchérir. Plusieurs marchands, rebutés de cette augmentation, quitteront les Montagnons[182], et se pourvoiront chez les autres Suisses leurs voisins, qui, sans être* moins industrieux, n’auront point de spectacles, et n’augmenteront point leurs prix. Diminution de débit : troisième préjudice.
Dans les mauvais temps les chemins ne sont pas praticables ; et comme il faudra toujours, dans ces temps-là, que la troupe vive, elle n’interrompra pas ses représentations. On ne pourra donc éviter de rendre le spectacle abordable en tout temps. L’hiver il faudra faire des chemins dans la neige, peut-être les paver ; et Dieu veuille qu’on n’y mette pas des lanternes ! Voilà des dépenses publiques ; par conséquent des contributions de la part des particuliers. Établissement d’impôts : quatrième préjudice.
Les femmes des Montagnons, allant d’abord pour voir, et ensuite pour être vues, voudront être parées ; elles voudront l’être avec distinction ; la femme de M. le justicier ne voudra pas se montrer au spectacle mise comme celle du maître d’école ; la femme du maître d’école s’efforcera de se mettre comme celle du justicier[183]. De là naîtra bientôt une émulation de parure qui ruinera les maris, les gagnera peut-être, et qui trouvera sans cesse mille nouveaux moyens d’éluder les lois somptuaires. Introduction du luxe : cinquième préjudice.
Tout le reste est facile à concevoir. Sans mettre en ligne de compte les autres inconvénients dont j’ai parlé, ou dont je parlerai dans la suite, sans avoir égard à l’espèce du spectacle et à ses effets moraux, je m’en tiens uniquement à ce qui regarde le travail et le gain, et je crois montrer, par une conséquence évidente, comment un peuple aisé, mais qui doit son bien-être à son industrie, changeant la réalité contre l’apparence, se ruine à l’instant qu’il veut briller.
Au reste, il ne faut point se récrier contre la chimère de ma supposition ; je ne la donne que pour telle, et ne veux que rendre sensibles du plus au moins ses suites inévitables. Ôtez quelques circonstances, vous retrouverez ailleurs d’autres Montagnons ; et mutatis mutandis, l’exemple a son application.
Ainsi, quand il serait vrai que les spectacles ne sont pas mauvais en eux-mêmes, on aurait toujours à chercher s’ils ne le deviendraient point à l’égard du peuple auquel on les destine. En certains lieux ils seront utiles pour attirer les étrangers, pour augmenter la circulation des espèces, pour exciter les artistes, pour varier les modes, pour occuper les gens trop riches ou aspirant à l’être, pour les rendre moins malfaisants, pour distraire le peuple de ses misères, pour lui faire oublier ses chefs en voyant ses baladins, pour maintenir et perfectionner le goût quand l’honnêteté est perdue, pour couvrir d’un vernis de procédés la laideur du vice, pour empêcher, en un mot, que les mauvaises mœurs ne dégénèrent en brigandage. En d’autres lieux ils ne serviraient qu’à détruire l’amour du travail, à décourager l’industrie, à ruiner les particuliers, à leur inspirer le goût de l’oisiveté, à leur faire chercher les moyens de subsister sans rien faire, à rendre un peuple inactif et lâche, à l’empêcher de voir les objets publics et particuliers dont il doit s’occuper, à tourner la sagesse en ridicule, à substituer un jargon de théâtre à la pratique des vertus, à mettre toute la morale en métaphysique, à travestir les citoyens en beaux esprits, les mères de famille en petites-maîtresses, et les filles en amoureuses de comédie. L’effet général sera le même sur tous les hommes ; mais les hommes, ainsi changés, conviendront plus ou moins à leur pays. En devenant égaux, les mauvais gagneront, les bons perdront encore davantage ; tous contracteront un caractère de mollesse, un esprit d’inaction, qui ôtera aux uns de grandes vertus, et préservera les autres de méditer de grands crimes.
De ces nouvelles réflexions il résulte une conséquence directement contraire à celle que je tirais des premières ; savoir que, quand le peuple est corrompu, les spectacles lui sont bons, et mauvais quand il est bon lui-même. Il semblerait donc que ces deux effets contraires devraient s’entredétruire, et les spectacles rester indifférents à tous : mais il y a cette différence, que l’effet qui renforce le bien et le mal, étant tiré de l’esprit des pièces, est sujet comme elles à mille modifications qui le réduisent presque à rien ; au lieu que celui qui change le bien en mal, et le mal en bien, résultant de l’existence même du spectacle, est un effet constant, réel, qui revient tous les jours et doit l’emporter à la fin.
Il suit de là que, pour juger s’il est à propos ou non d’établir un théâtre en quelque ville, il faut premièrement savoir si les mœurs y sont bonnes ou mauvaises : question sur laquelle il ne m’appartient peut-être pas de prononcer par rapport à nous. Quoi qu’il en soit, tout ce que je puis accorder là-dessus, c’est qu’il est vrai que la comédie ne nous fera point de mal, si plus rien ne nous en peut faire.
I too could never get enough of exploring those charming homes and enjoying the utmost hospitality of their inhabitants. Unfortunately, I was young; my curiosity was that of a child, and I sought more to amuse myself than to gain knowledge. Thirty years have passed, and the few observations I made have faded from my memory. I only recall admiring in these peculiar men a remarkable blend of refinement and simplicity—qualities that one would hardly think could coexist—and I have never since seen anything similar elsewhere. Moreover, I retain no memories of their customs, their society, or their personalities. If I were to visit this place again today, would I still find it so delightful? Alas! It is on the very same path as my own homeland.
After this brief consideration, let us suppose that at the summit of the mountain I just mentioned, in the center of the settlements, a permanent and inexpensive form of entertainment were established—on the pretext, for example, of providing honest leisure for people who are constantly busy and are willing to bear such a small expense; further, let us assume that people would begin to take pleasure in this entertainment. Now, let us consider what consequences its establishment would entail.
First and foremost, I observe that once their pursuits cease to be mere amusement for them when they engage in another activity, this new pursuit will make them lose interest in the former ones. Enthusiasm will no longer provide as much leisure time, nor will the same level of creativity be maintained. Moreover, those who attend such spectacles will inevitably waste a considerable amount of their actual time each day. Furthermore, one cannot return to work with a mind still preoccupied by what has just been witnessed; one either talks about it or continues to think about it. In short, there is a definite decline in productivity: the first and most obvious consequence.
No matter how little one pays at the door, it is still an expense that was not incurred before. It costs something for oneself, for one’s wife, for one’s children when taking them there—and sometimes it is necessary to do so. Moreover, a worker does not go to an assembly in his work clothes; more often than not, he has to wear his Sunday clothes, change his underwear more frequently, apply powder, shave himself—all of which requires time and money. An increase in expenses: the second drawback.
Less diligent work and higher expenses require some form of compensation. This will be reflected in the increased prices of goods that people will be forced to pay for. Many merchants, dissatisfied with these price increases, will leave the Montagnons[182] and seek supplies from their neighboring Swiss, who, although no less industrious, will not raise their own prices or offer any form of entertainment. A decrease in business volume: the third form of damage.
In bad weather, the roads are not passable; and since the troupe must always continue to perform during such times, it will not stop its performances. Therefore, it will be necessary to ensure that the shows are accessible at all times. In winter, we will have to clear paths through the snow, perhaps even pave them; and may God forbid that we have to install lanterns along the way! These are public expenses, which means contributions from the private sector. The establishment of taxes: another source of harm.
The women of the Mountain People, at first going out to see others and then to be seen by them, will desire to be well-dressed; they will wish to do so in a manner that reflects distinction. The wife of the magistrate, for example, would not want to appear in public dressed like a schoolmaster’s wife; whereas the schoolmaster’s wife would strive to dress like the magistrate’s wife[183]. From this will soon arise a competitive spirit in dressing that will ruin the husbands, perhaps even gain them something in return, and it will constantly find new ways to circumvent sumptuary laws. The introduction of luxury: the fifth harm.
Everything else is easy to understand. Without taking into account the other disadvantages I have mentioned or will mention later on, without considering the nature of the spectacle and its moral effects, I limit my discussion solely to what concerns work and profit. I believe I have demonstrated, through an obvious consequence, how a people that is wealthy but owes its well-being to its industry—by substituting appearance for reality—will ruin itself the very moment it tries to shine.
Besides, there is no need to protest against the fanciful nature of my assumption; I present it merely as such, and aim only to make its inevitable consequences clear. Remove a few circumstances, and you will find other instances similar to Montagnon’s elsewhere; and, by making appropriate adjustments, this example remains applicable in other cases as well.
Thus, even if it were true that spectacles are not inherently bad in themselves, one would still have to consider whether they might not become harmful to the people for whom they are intended. In some places, they may be useful for attracting foreigners, increasing trade, stimulating artists, diversifying fashions, keeping the wealthy or those aspiring to be so occupied, reducing their vices, distracting the people from their hardships, making them forget about their rulers by providing entertainment, and even maintaining and refining taste when honesty has been lost. They might also serve to mask the ugliness of vice with a veneer of sophistication, preventing bad habits from degenerating into outright crime. In other places, however, they could have the opposite effect—destroying the love of work, discouraging industry, ruining individuals, fostering laziness, encouraging people to seek ways to survive without doing anything, making a society inactive and weak, preventing it from caring for public and private affairs, turning wisdom into mockery, replacing virtue with theatrical jargon, and transforming citizens into pedants, housewives into courtesans, and young women into lovers of comedy. The overall effect on all people would be the same; but such altered individuals would suit their respective countries to varying degrees. By becoming equal, the wicked would gain while the good would lose even more; everyone would develop a tendency toward laziness and inaction, which would deprive some of their greatest virtues and prevent others from committing grave sins.
From these new reflections, a conclusion arises that is directly the opposite of what I had inferred from the initial ones: namely, that when the people are corrupt, spectacles are beneficial to them; but when they themselves are good, spectacles are harmful. It would seem therefore that these two opposing effects should cancel each other out, leaving spectacles indifferent to everyone. However, there is a difference: the effect that strengthens good and evil, being derived from the content of the plays, is subject to countless variations that can reduce it to almost nothing; whereas the effect that turns good into evil and evil into good, arising directly from the existence of spectacles themselves, is a constant and real influence that reappears every day and will ultimately prevail.
It follows therefore that, in order to determine whether it is appropriate or not to establish a theater in a particular city, one must first ascertain whether the morals there are good or bad—a matter on which it may not be my place to express an opinion regarding us. In any case, all I can say on this subject is that it is true that comedy will do us no harm, provided that nothing else can harm us.
Non potevo fare a meno di esplorare quelle incantevoli dimore, e gli abitanti mi dimostravano sempre la più sincera ospitalità. Purtroppo ero giovane; la mia curiosità era quella di un bambino, e pensavo più a divertirmi che ad imparare. Da trent’anni, le poche osservazioni che feci sono ormai svanite dalla mia memoria. Ricordo soltanto di aver sempre ammirato in quegli uomini straordinari una meravigliosa combinazione di finezza e semplicità, che sembrerebbero quasi incompatibili, e di non aver più ritrovato nulla del genere altrove. Del resto, non ho ricordato nulla delle loro abitudini, della loro società, dei loro caratteri. Oggi, se vi tornassi con occhi diversi, ahimè! quel felice paese si trova proprio sulla strada del mio.
Dopo questa semplice riflessione, supponiamo che sulla cima della montagna di cui ho appena parlato, al centro delle abitazioni, venga allestito uno spettacolo fisso e poco costoso, con l’scusa, ad esempio, di offrire un divertimento genuino a persone costantemente impegnate e disposte a sopportare una piccola spesa; supponiamo inoltre che queste persone prendano gusto a questo spettacolo. E cerchiamo allora quali possano essere le conseguenze della sua istituzione.
Vedo innanzitutto che i loro lavori, non appena ne avranno trovati altri più piacevoli, perderanno ogni interesse per quelli precedenti; lo zelo non fornirà più tanto tempo libero, né le stesse invenzioni saranno utilizzate con la stessa frequenza. Inoltre, coloro che assistono a tali spettacoli perderanno ogni giorno del tempo effettivamente disponibile per il lavoro; inoltre, non si riesce a riprendere a lavorare con la mente ancora piena di ciò che si è appena visto: si ne parla o se ne pensa continuamente. Di conseguenza, si verifica un rallentamento nel lavoro, il primo danno.
Qualunque sia la somma che si paga all’ingresso, in definitiva si spende comunque; si tratta sempre di una spesa che prima non si faceva. Ci vogliono soldi per sé, per la propria moglie, per i propri figli quando li si porta con sé, e a volte è proprio necessario farlo. Inoltre, un lavoratore non va a un incontro indossando il proprio abito da lavoro; spesso è necessario prendere gli abiti del fine settimana, cambiare più frequentemente la biancheria, truccarsi, radersi: tutto ciò richiede tempo e denaro. Aumento delle spese: secondo danno.
Un lavoro meno assiduo e spese più elevate richiedono un risarcimento; tale risarcimento si troverà nel prezzo degli oggetti che saranno costretti ad aumentare. Molti commercianti, disgustati da questo aumento dei prezzi, abbandoneranno le zone montuose[182] e si approvvigioneranno presso gli altri svizzeri, i loro vicini, i quali, pur non essendo meno industriosi, non avranno spettacoli da offrire e quindi non aumenteranno i propri prezzi. Riduzione del volume delle vendite: terzo danno.
Nei tempi difficili, i sentieri non sono percorribili; e poiché in quei periodi l’esercito deve comunque continuare a vivere, le sue rappresentazioni non verranno interrotte. Pertanto, sarà necessario adottare misure per rendere lo spettacolo accessibile in ogni momento. In inverno, sarà necessario creare sentieri nella neve, forse pavimentarli; e speriamo che non vengano installate lanterne. Queste sono spese pubbliche, quindi rappresentano oneri da sostenere con le tasse dei privati. L’istituzione di imposte rappresenta dunque il quarto tipo di danno.
Le donne dei Montagnards, che inizialmente vanno per guardare e poi per essere viste, desidereranno essere vestite con eleganza; vorranno farlo in modo distinto. La moglie del giudice non vorrà presentarsi al pubblico vestita come quella dell’insegnante; l’insegnante, invece, cercherà di vestirsi come la moglie del giudice[183]. Da ciò nascerà presto una gara nell’abbigliamento che distruggerà i mariti, o forse li guadagnerà, e troverà sempre nuovi modi per eludere le leggi sul lusso. Introduzione del lusso: il quinto danno.
Tutto il resto è facile da comprendere. Senza prendere in considerazione gli altri svantaggi di cui ho parlato, o di cui parlerò in seguito, senza tener conto della natura dello spettacolo e dei suoi effetti morali, mi limito esclusivamente a ciò che riguarda il lavoro e il guadagno, e credo di dimostrare, attraverso una conseguenza evidente, come un popolo agiato, ma il cui benessere dipende dalla propria industria, cambiando la realtà in apparenza, si rovini nel momento stesso in cui cerca di brillare.
Del resto, non c’è motivo di ribellarsi contro la chimera della mia ipotesi; la presento soltanto come tale e desidero solo far comprendere le sue conseguenze inevitabili, almeno in linea di massima. Eliminate alcune circostanze e troverete altrove altri esempi simili; e, mutatis mutandis, questo principio si applica ovunque.
Pertanto, anche se fosse vero che gli spettacoli in sé non siano cattivi, bisognerebbe sempre verificare se non possano diventarlo per il popolo a cui sono destinati. In alcuni luoghi possono essere utili per attirare gli stranieri, aumentare la circolazione delle merci, stimolare gli artisti, variare le mode, occupare le persone troppo ricche o desiderose di diventarlo, renderle meno pericolose, distrarre il popolo dalle sue miserie, farlo dimenticare i suoi problemi osservando gli attori, mantenere e perfezionare i gusti quando l’onestà è perduta, mascherare la bruttezza del vizio con un’apparenza di raffinatezza, insomma, impedire che le cattive abitudini degenerino in comportamenti criminali. In altri luoghi, invece, potrebbero solo distruggere l’amore per il lavoro, scoraggiare l’industria, rovinare i privati, indurli a cercare modi per sopravvivere senza lavorare, rendere un popolo inattivo e pigro, impedirgli di occuparsi degli affari pubblici e privati che dovrebbe gestire, trasformare la saggezza in qualcosa di ridicolo, sostituire la pratica delle virtù con un gergo teatrale, ridurre tutta la morale a mere speculazioni filosofiche, trasformare i cittadini in “intellettuali”, le madri di famiglia in amanti di commedie. L’effetto complessivo sarebbe lo stesso su tutti gli uomini; ma, cambiati in questo modo, questi uomini si adatterebbero meglio o peggio al loro paese. Diventando tutti uguali, i cattivi ne trarrebbero vantaggio, mentre i buoni ne subirebbero ancora di più le conseguenze negative; tutti acquisirebbero un carattere debole e pigro, che toglierebbe ai primi grandi virtù e impedirebbe ai secondi di commettere crimini gravi.
Da queste nuove riflessioni deriva una conseguenza direttamente contraria a quella che avevo tratto dalle prime: ossia che, quando il popolo è corrotto, i spettacoli gli sono utili, mentre lo sono dannosi quando il popolo stesso è buono. Sembrierebbe quindi che questi due effetti opposti dovrebbero annullarsi a vicenda, e che i spettacoli dovrebbero risultare indifferenti per tutti; ma c’è questa differenza: l’effetto che rafforza il bene e il male, essendo derivante dal contenuto delle opere teatrali, è soggetto a mille modifiche che lo riducono quasi a nulla; mentre l’effetto che trasforma il bene in male e il male in bene, derivante dalla semplice esistenza dello spettacolo stesso, è un effetto costante e reale, che si ripete ogni giorno e alla fine dovrà prevalere.
Da ciò deriva che, per giudicare se sia opportuno o meno stabilire un teatro in una determinata città, è necessario innanzitutto conoscere se le usanze locali siano buone o cattive: una questione su cui forse non spetta a me pronunciarmi. In ogni caso, tutto ciò che posso affermare al riguardo è che è vero che la commedia non ci farà del male, a condizione che nulla altro possa farcelo.
Pour prévenir les inconvénients qui peuvent naître de l’exemple des comédiens, vous voudriez qu’on les forçât d’être honnêtes gens. Par ce moyen, dites-vous, on aurait à la fois des spectacles et des moeurs, et l’on réunirait les avantages des uns et des autres. Des spectacles et des mœurs ! Voilà qui formerait vraiment un spectacle à voir, d’autant plus que ce serait la première fois. Mais quels sont les moyens que vous nous indiquez pour contenir les comédiens ? Des lois sévères et bien exécutées. C’est au moins avouer qu’ils ont besoin d’être contenus, et que les moyens n’en sont pas faciles. Des lois sévères ! la première est de n’en point souffrir. Si nous enfreignons celle-là, que deviendra la sévérité des autres ? Des lois bien exécutées ! Il s’agit de savoir si cela se peut : car la force des lois a sa mesure ; celle des vices qu’elles répriment a aussi la sienne. Ce n’est qu’après avoir comparé ces deux quantités et trouvé que la première surpasse l’autre, qu’on peut s’assurer de l’exécution des lois. La connaissance de ces rapports fait la véritable science du législateur : car, s’il ne s’agissait que de publier édits sur édits, règlements sur règlements, pour remédier aux abus à mesure qu’ils naissent, on dirait sans doute de fort belles choses, mais qui, pour la plupart, resteraient sans effet, et serviraient d’indications de ce qu’il faudrait faire, plutôt que de moyens pour l’exécuter. Dans le fond, l’institution des lois n’est pas une chose si merveilleuse, qu’avec du sens et de l’équité tout homme ne pût très bien trouver de lui-même celles qui, bien observées, seraient les plus utiles à la société. Où est le plus petit écolier de droit qui ne dressera pas un code d’une morale aussi pure que celle des lois de Platon ? Mais ce n’est pas de cela seul qu’il s’agit ; c’est d’approprier tellement ce code au peuple pour lequel il est fait et aux choses sur lesquelles on y statue, que son exécution s’ensuive du seul concours de ces convenances ; c’est d’imposer au peuple, à l’exemple de Solon, moins les meilleures lois en elles-mêmes, que les meilleures qu’il puisse comporter dans la situation donnée, autrement il vaut encore mieux laisser subsister les désordres, que de les prévenir, ou d’y pourvoir par des lois qui ne seront point observées : car, sans remédier au mal, c’est encore avilir les lois.
Une autre observation, non moins importante, est que les choses de mœurs et de justice universelle ne se règlent pas, comme celles de justice particulière et de droit rigoureux, par des édits et par des lois ; ou, si quelquefois les lois influent sur les mœurs, c’est quand elles en tirent leur force. Alors elles leur rendent cette même force par une sorte de réaction bien connue des vrais politiques. La première fonction des éphores de Sparte, en entrant en charge, était une proclamation publique[184], par laquelle ils enjoignaient aux citoyens, non pas d’observer les lois, mais de les aimer, afin que l’observation ne leur en fût point dure. Cette proclamation, qui n’était pas un vain formulaire, montre parfaitement l’esprit de l’institution de Sparte, par laquelle les lois et les mœurs, intimement unies dans les cœurs des citoyens, n’y faisaient, pour ainsi dire, qu’un même corps. Mais ne nous flattons pas de voir Sparte renaître au sein du commerce et de l’amour du gain. Si nous avions les mêmes maximes, on pourrait établir à Genève un spectacle sans aucun risque ; car jamais citoyen ni bourgeois n’y mettrait le pied.
Par où le gouvernement peut-il donc avoir prise sur les mœurs ? Je réponds que c’est par l’opinion publique. Si nos habitudes naissent de nos propres sentiments dans la retraite, elles naissent de l’opinion d’autrui dans la société. Quand on ne vit pas en soi mais dans les autres, ce sont leurs jugements qui règlent tout ; rien ne paraît bon ni désirable aux particuliers que ce que le public a jugé tel, et le seul bonheur que la plupart des hommes connaissent est d’être estimés heureux.
Quant au choix des instruments propres à diriger l’opinion publique, c’est une autre question, qu’il serait superflu de résoudre pour vous, et que ce n’est pas ici le lieu de résoudre pour la multitude. Je me contenterai de montrer, par un exemple sensible, que ces instruments ne sont ni des lois ni des peines, ni nulle espèce de moyens coactifs. Cet exemple est sous vos yeux ; je le tire de votre patrie : c’est celui du tribunal des maréchaux de France, établis juges suprêmes du point d’honneur.
De quoi s’agissait-il dans cette institution ? de changer l’opinion publique sur les duels, sur la réparation des offenses, et sur les occasions où un brave homme est obligé, sous peine d’infamie, de tirer raison d’un affront l’épée à la main. Il s’ensuit de là ;
Premièrement, que, la force n’ayant aucun pouvoir sur les esprits, il fallait écarter avec le plus grand soin tout vestige de violence du tribunal établi pour opérer ce changement. Ce mot même de tribunal était mal imaginé : j’aimerais mieux celui de cour d’honneur. Ses seules armes devaient être l’honneur et l’infamie : jamais de récompense utile, jamais de punition corporelle, point de prison, point d’arrêts, point de gardes armés ; simplement un appariteur, qui aurait fait ses citations en touchant l’accusé d’une baguette blanche, sans qu’il s’ensuivît aucune autre contrainte pour le faire comparaître. Il est vrai que ne pas comparaître au terme fixé par-devant les juges de l’honneur, c’était s’en confesser dépourvu, c’était se condamner soi-même. De là résultait naturellement note d’infamie, dégradation de noblesse, incapacité de servir le roi dans ses tribunaux, dans ses armées, et autres punitions de ce genre qui tiennent immédiatement à l’opinion ou en sont un effet nécessaire.
Il s’ensuit, en second lieu, que, pour déraciner le préjugé public, il fallait des juges d’une grande autorité sur la matière en question ; et, quant à ce point, l’instituteur entra parfaitement dans l’esprit de l’établissement ; car, dans une nation toute guerrière, qui peut mieux juger des justes occasions de montrer son courage et de celles où l’honneur offensé demande satisfaction, que d’anciens militaires chargés de titres d’honneur, qui ont blanchi sous les lauriers, et prouvé cent fois au prix de leur sang qu’ils n’ignorent pas quand le devoir veut qu’on en répande ?
Il suit, en troisième lieu, que, rien n’étant plus indépendant du pouvoir suprême que le jugement du public, le souverain devait se garder, sur toutes choses, de mêler ses décisions arbitraires parmi les arrêts faits pour représenter ce jugement, et, qui plus est, pour le déterminer. Il devait s’efforcer au contraire de mettre la cour d’honneur au-dessus de lui, comme soumis lui-même à ses décrets respectables. Il ne fallait donc pas commencer par condamner à mort tous les duellistes indistinctement : ce qui était mettre d’emblée une opposition choquante entre l’honneur et la loi ; car la loi même ne peut obliger personne à se déshonorer. Si tout le peuple a jugé qu’un homme est poltron, le roi, malgré toute sa puissance, aura beau le déclarer brave, personne n’en croira rien ; et cet homme, passant alors pour un poltron qui veut être honoré par force, n’en sera que plus méprisé. Quant à ce que disent les édits, que c’est offenser Dieu de se battre, c’est un avis fort pieux sans doute ; mais la loi civile n’est point juge des péchés ; et toutes les fois que l’autorité souveraine voudra s’interposer dans les conflits de l’honneur et de la religion, elle sera compromise des deux côtés. Les mêmes édits ne raisonnent pas mieux quand ils disent qu’au lieu de se battre il faut s’adresser aux maréchaux : condamner ainsi le combat sans distinction, sans réserve, c’est commencer par juger soi-même ce qu’on renvoie à leur jugement. On sait bien qu’il ne leur est pas permis d’accorder le duel, même quand l’honneur outragé n’a plus d’autres ressources ; et, selon les préjugés du monde, il y a beaucoup de semblables cas : car, quant aux satisfactions cérémonieuses dont on a voulu payer l’offensé, ce sont de véritables jeux d’enfant.
In order to prevent the troubles that might arise from the example of comedians, you would like them to be forced to be honest people. By doing so, you think, we would have both entertainment and good morals, thus combining the advantages of both. Entertainment and good morals! That indeed would make for a truly remarkable spectacle—especially if it were something that had never happened before. But what means do you suggest we use to control these comedians? Severe laws that are strictly enforced. At least that admits that they need to be restrained, and that such measures are not easy to implement. Severe laws! The first rule of all is not to tolerate them at all. If we violate this rule, what will become of the severity of the other laws? Laws that are well-enforced! The question is whether this is even possible: for the power of laws has its limits, just as does the extent of the vices they aim to prevent. Only after comparing these two aspects and determining that the former outweighs the latter can we be sure that the laws will be effectively enforced. Understanding these relationships is the true essence of a legislator’s wisdom: for if it were merely a matter of issuing edicts after edicts, regulations after regulations, in order to address abuses as they arise, one might speak highly of such measures, but in most cases they would remain ineffective and would at best serve as guidelines rather than actual means to bring about change. In truth, the establishment of laws is not something so miraculous that any person, with common sense and fairness, could not for himself devise those laws which, if properly observed, would be most beneficial to society. What elementary law student would not draft a code of morals as pure as Plato’s legal principles? But it is not just about that; it is about making such a code so suitable for the people it is intended for and for the specific circumstances it addresses, that its enforcement becomes a natural consequence of those very circumstances. It is about imposing upon the people, following Solon’s example, not so much the best laws in themselves, but rather the best laws that they are capable of adhering to under given conditions. Otherwise, it would be better to let disorders continue than to try to prevent them with laws that will never be obeyed—because failing to address the problem is tantamount to demeaning the very nature of law itself.
Another observation, no less important, is that matters relating to universal morality and justice are not regulated, like those concerning particular justice and strict laws, through decrees and statutes; or rather, when laws sometimes influence morals, it is because they draw their strength from them. In such cases, they impart to morals that very same strength through a kind of reaction that true statesmen are well aware of. The first duty of the Ephors of Sparta upon taking office was to issue a public proclamation[184] in which they commanded their citizens not merely to obey the laws but also to love them, so that compliance with them would not be difficult for them. This proclamation, which was by no means a mere formality, perfectly illustrates the spirit of Sparta’s system—where laws and morals, being intimately intertwined in the hearts of its citizens, were essentially one and the same. But let us not delude ourselves into thinking that Sparta could re-emerge within the context of commerce and the pursuit of profit. If we had the same principles today, it would be possible to establish a spectacle in Geneva without any risk at all; for no citizen or burgher would ever set foot there.
In what way, then, can the government exert any influence on manners? I answer that it can do so through public opinion. If our habits arise from our own feelings in solitude, they arise from what others think in society. When one does not live for oneself but for others, it is their judgments that determine everything; nothing seems good or desirable to individuals unless the public has deemed it so, and the only true happiness that most people know is to be considered fortunate.
As for the choice of instruments suitable for guiding public opinion, that is another matter—a matter which it would be futile to resolve for you, and which is not the place to address here in front of the masses. I will content myself with illustrating, through a concrete example, that these instruments are neither laws nor punishments, nor any kind of coercive measures. This example is right before your eyes; I draw it from your own country: it refers to the tribunals of the marshals of France, established as supreme judges of honor.
What was the purpose of this institution? To change public opinion regarding duels, the settlement of offenses, and those circumstances in which a brave man is forced, under threat of disgrace, to settle a grievance through combat with a sword. From this, it follows.
Firstly, since force holds no power over the mind, it was essential to carefully eliminate any trace of violence from the tribunal established to bring about such change. The very term “tribunal” was poorly chosen; I would prefer to use “court of honor.” Its only instruments should have been honor and disgrace: no useful rewards, no physical punishments, no prisons, no arrests, no armed guards—only a clerk who would summon the accused by touching him with a white stick, without any other means of coercion. Indeed, failing to appear before the court of honor at the prescribed time meant admitting one’s lack of honor and thus condemning oneself. Naturally, this would result in a record of disgrace, loss of noble status, and inability to serve the king in his courts or armies—along with other such punishments that are directly related to public opinion or are its inevitable consequence.
Secondly, it follows that in order to eradicate public prejudice, judges possessing great authority in the matter at hand were necessary; and in this regard, the education system perfectly reflected the intentions of the authorities. For in a nation dominated by warfare, who could be better qualified to determine when it was appropriate to demonstrate courage, and when offended honor demanded retribution, than former military personnel endowed with honorary titles—who had themselves been honored and proven time and again, at the cost of their blood, that they understood fully when duty called for such action?
Thirdly, since nothing is more independent of supreme authority than the judgment of the public, the sovereign must in all matters refrain from mixing his arbitrary decisions among those rulings that are intended to represent this public judgment—and, moreover, to determine it. On the contrary, he should strive to place the court of honor above himself, as if he himself were subject to its respected decrees. Therefore, one should not begin by condemning all duellists without distinction: such an approach would immediately create a shocking opposition between honor and law, for even the law itself cannot compel anyone to bring themselves dishonor upon themselves. If the entire people consider a man to be a coward, no matter how much power the king possesses, he may declare him brave, but no one will believe it; and such a man, being regarded as a coward who seeks honor by force, will only be more despised. As for what those edicts say—that fighting is an offense against God—this is undoubtedly a very pious opinion; but civil law is not the judge of sins. Whenever sovereign authority intervenes in conflicts between honor and religion, it will be compromised on both sides. These same edicts fail to make any better sense when they suggest that one should seek the assistance of marshals instead of engaging in combat: to condemn fighting in such a blanket manner, without distinction or reservation, is to presume to judge beforehand what should be left to their judgment. It is well known that it is not within their power to grant a duel, even when honor has been utterly insulted; and, according to the prejudices of the world, there are many such cases. After all, those ceremonial compensations offered to the offended are nothing but mere child’s games.
Per prevenire gli inconvenienti che possono derivare dall’esempio dei comici, vorreste che venissero costretti a essere persone oneste. Con questo mezzo, dite voi, si avrebbero sia spettacoli che buone maniere, e si unirebbero i vantaggi di entrambi. Spettacoli e buone maniere! Questo davvero sarebbe uno spettacolo degno di essere visto, soprattutto perché sarebbe la prima volta che accade. Ma quali sono i mezzi che ci suggerite per controllare i comici? Leggi severe e ben applicate. Questo significa almeno ammettere che hanno bisogno di essere contenuti, e che i mezzi per farlo non sono affatto semplici. Leggi severe! La prima regola è proprio quella di non tollerarne alcuna violazione. Se infrangiamo questa regola, cosa ne sarà della severità delle altre? Leggi ben applicate. Si tratta di capire se questo sia davvero possibile: infatti la forza delle leggi ha i suoi limiti, così come i vizi che esse cercano di reprimere. Solo dopo aver confrontato queste due “quantità” e constatato che la prima supera l’altra, si può essere certi dell’applicazione efficace delle leggi. La conoscenza di questi rapporti costituisce la vera scienza del legislatore: infatti, se ci limitassimo a pubblicare decreti su decreti, regolamenti su regolamenti, per correggere gli abusi man mano che emergono, probabilmente diremmo cose molto belle, ma la maggior parte di queste misure rimarrebbe inefficace, e servirebbero soltanto da indicazioni su ciò che bisogna fare, piuttosto che da strumenti concreti per attuarlo. In realtà, l’istituzione delle leggi non è affatto qualcosa di così meraviglioso da rendere impossibile a qualsiasi persona, dotata di buon senso ed equità, trovare da sola quelle leggi che, se rispettate con attenzione, sarebbero le più utili per la società. Quale studente di giurisprudenza non potrebbe redigere un codice di morale altrettanto puro di quello proposto dalle leggi di Platone? Ma non si tratta solo di questo. Si tratta piuttosto di adattare tale codice in modo che corrisponda perfettamente al popolo a cui è destinato e alle situazioni specifiche su cui si applica, in modo che la sua attuazione avvenga spontaneamente, grazie alle sole convenienze naturali. Si tratta di imporre al popolo, seguendo l’esempio di Solone, non tanto le leggi migliori in sé, quanto quelle che il popolo stesso è in grado di rispettare nelle circostanze date. Altrimenti, sarebbe ancora meglio lasciare che i disordini continuassero a esistere, piuttosto che cercare di prevenirli o di porvi rimedio con leggi che non verranno mai rispettate. Perché, senza eliminare il male, si finirebbe soltanto per umiliare le stesse leggi.
Un’altra osservazione, non meno importante, è che le questioni relative alle usanze e alla giustizia universale non vengono regolate, a differenza di quelle legate alla giustizia particolare e al diritto rigoroso, attraverso decreti o leggi; oppure, se talvolta le leggi influenzano le usanze, è perché ne traggono la loro forza. In tal caso, queste leggi restituiscono alle usanze quella stessa forza attraverso una sorta di reazione, ben nota ai veri politici. La prima funzione degli efori di Sparta, al momento dell’insediamento, consisteva in una proclamazione pubblica con la quale ordinavano ai cittadini non solo di osservare le leggi, ma anche di amarle, affinché tale osservanza non risultasse per loro particolarmente difficile. Questa proclamazione, che non era certo un semplice atto formale, dimostra perfettamente lo spirito dell’istituzione spartana: le leggi e le usanze, strettamente unite nei cuori dei cittadini, vi formavano, per così dire, un unico corpo. Ma non ci illudiamo pensando che Sparta possa rinascere nel contesto del commercio e dell’amore per il profitto: se avessimo le stesse massime, si potrebbe istituire a Ginevra uno spettacolo privo di qualsiasi rischio, poiché nessun cittadino né borghese vi metterebbe mai piede.
Dunque, da quale fonte il governo può esercitare un ascendente sui costumi delle persone? Rispondo che tale fonte è l’opinione pubblica. Se le nostre abitudini derivano dai nostri sentimenti personali in solitudine, nella società esse nascono invece dall’opinione altrui. Quando non si vive per sé stessi ma per gli altri, sono i loro giudizi a regolare ogni cosa; nulla sembra buono o desiderabile per un individuo se non ciò che l’opinione pubblica ha ritenuto tale, e l’unica felicità conosciuta dalla maggior parte delle persone consiste nel essere considerati felici.
Per quanto riguarda la scelta degli strumenti idonei a guidare l’opinione pubblica, questa è un’altra questione; sarebbe inutile risolverla per voi, e non è certo il luogo adatto per farlo davanti alla moltitudine. Mi limiterò a dimostrare, con un esempio concreto, che tali strumenti non sono né leggi né punizioni, né alcun tipo di mezzo coercitivo. Questo esempio è sotto i vostri occhi; lo traggo dalla vostra patria: si tratta del tribunale dei marescialli di Francia, istituito come giudice supremo in materia d’onore.
Di cosa si trattava in quell’istituzione? Di modificare l’opinione pubblica riguardo ai duelli, alla riparazione delle offese e alle circostanze in cui un uomo onesto fosse costretto, al rischio di perdere la reputazione, a vendicare un affronto combattendo con la spada. Da ciò ne derivava.
In primo luogo, poiché la forza non ha alcun potere sugli spiriti, era necessario eliminare con estrema attenzione qualsiasi traccia di violenza nel tribunale istituito per realizzare questo cambiamento. Anzi, il termine stesso “tribunale” era inadeguato: preferirei parlare di “corte d’onore”. Le sue uniche armi dovevano essere l’onore e la disonore; nessuna ricompensa materiale, nessuna punizione fisica, nessuna prigione, nessun arresto, nessuna guardia armata. Semplicemente, un funzionario incaricato di convocare l’accusato toccandolo con un bastone bianco, senza che ciò comportasse alcuna altra forma di costrizione. È vero che non presentarsi alla data fissata dai giudici d’onore significava ammettere di non possederne i requisiti, si trattava cioè di autocondannarsi. Da ciò derivavano naturalmente conseguenze come la nota di disonore, la degradazione sociale, l’incapacità di servire il re nei suoi tribunali o nelle sue armate, nonché altre punizioni del genere che sono strettamente legate all’opinione pubblica o ne rappresentano un effetto inevitabile.
In secondo luogo, per sradicare i pregiudizi pubblici, erano necessari giudici di grande autorità in materia; e su questo punto l’insegnante si adattò perfettamente allo spirito dell’istituto: infatti, in una nazione interamente guerriera, chi potrebbe giudicare meglio delle occasioni proprie per dimostrare il proprio coraggio e di quelle in cui l’onore offeso richiede soddisfazione, se non degli ex militari incaricati di titoli onorifici, che hanno conquistato la gloria sul campo di battaglia e hanno dimostrato centinaia di volte, con il loro sangue, di non ignorare quando è dovere versarlo?
In terzo luogo, poiché nulla è più indipendente dal potere supremo del giudizio del pubblico, il sovrano doveva astenersi in ogni circostanza dal mescolare le sue decisioni arbitrarie tra quelle prese al fine di rappresentare tale giudizio, o addirittura di determinarlo. Al contrario, doveva sforzarsi di porre la corte d’onore al di sopra di sé stesso, considerandosi anch’egli soggetto ai suoi rispettabili decreti. Non si poteva quindi iniziare condannando a morte tutti i duellanti senza distinzione: ciò avrebbe creato immediatamente un contrasto scioccante tra onore e legge, poiché nemmeno la legge stessa può costringere nessuno a disonorarsi. Se l’intera popolazione ritiene che un uomo sia codardo, il re, per quanto potente, non potrà mai farlo considerare coraggioso; tale uomo, quindi, passando per un codardo che cerca di essere onorato con la forza, sarà solo oggetto di maggiore disprezzo. Quanto agli editti che affermano che combattere sia un’offesa a Dio, si tratta certamente di un parere molto pio; ma la legge civile non ha il compito di giudicare i peccati. Ogni volta che l’autorità sovrana intende intervenire nei conflitti tra onore e religione, rischia di compromettersi su entrambi i fronti. Gli stessi editti non sono più logici quando suggeriscono di rivolgersi ai magistrati invece di combattere: condannare così il duello senza distinzioni, senza riserve, significa in realtà giudicare da soli ciò che si invia al loro giudizio. È noto infatti che a questi magistrati non è permesso concedere il duello nemmeno quando l’onore offeso non ha altre possibilità di vendetta; e, secondo i pregiudizi comuni, ci sono molti casi del genere: poiché le soluzioni cerimoniose proposte per compensare l’offesa sono in realtà solo giochi infantili.
Qu’un homme ait le droit d’accepter une réparation pour lui-même et de pardonner à son ennemi, en ménageant cette maxime avec art, on la peut substituer insensiblement au féroce préjugé qu’elle attaque : mais il n’en est pas de même quand l’honneur des gens auxquels le nôtre est lié se trouve attaqué ; dès lors il n’y a plus d’accommodement possible. Si mon père a reçu un soufflet, si ma sœur, ma femme, ou ma maîtresse est insultée, conserverai-je mon honneur en faisant bon marché du leur ? Il n’y a ni maréchaux ni satisfaction qui suffisent, il faut que je les venge ou que je me déshonore ; les édits ne me laissent que le choix du supplice ou de l’infamie. Pour citer un exemple qui se rapporte à mon sujet, n’est-ce pas un concert bien entendu entre l’esprit de la scène et celui des lois, qu’on aille applaudir au théâtre ce même Cid qu’on irait voir pendre à la Grève ?
Ainsi l’on a beau faire ; ni la raison, ni la vertu, ni les lois, ne vaincront l’opinion publique tant qu’on ne trouvera pas l’art de la changer. Encore une fois, cet art ne tient point à la violence. Les moyens établis ne serviraient, s’ils étaient pratiqués, qu’à punir les braves gens et sauver les lâches : mais heureusement ils sont trop absurdes pour pouvoir être employés, et n’ont servi qu’à faire changer de noms aux duels. Comment fallait-il donc s’y prendre ? Il fallait, ce me semble, soumettre absolument les combats particuliers à la juridiction des maréchaux, soit pour les juger, soit pour les prévenir, soit même pour les permettre. non seulement il fallait leur laisser le droit d’accorder le champ quand ils le jugeraient à propos ; mais il était important qu’ils usassent quelquefois de ce droit, ne fut-ce que pour ôter au public une idée assez difficile à détruire, et qui seule annule toute leur autorité ; savoir, que, dans les affaires qui passent par-devant eux, ils jugent moins sur leur propre sentiment que sur la volonté du prince. Alors il n’y avait point de honte à leur demander le combat dans une occasion nécessaire ; il n’y en avait pas même à s’en abstenir quand les raisons de l’accorder n’étaient pas jugées suffisantes ; mais il y en aura toujours à leur dire : je suis offensé, faites en sorte que je sois dispensé de me battre.
Par ce moyen tous les appels secrets seraient infailliblement tombés dans le décri, quand l’honneur offensé pouvant se défendre et le courage se montrer au champ d’honneur, on eût très justement suspecté ceux qui se seraient cachés pour se battre, et quand ceux que la cour d’honneur eût jugés s’être mal[185] battus seraient, en qualité de vils assassins, restés soumis aux tribunaux criminels. Je conviens que plusieurs duels n’étant jugés qu’après coup, et d’autres même étant solennellement autorisés, il en aurait d’abord coûté la vie à quelques braves gens ; mais c’eût été pour la sauver dans la suite à des infinités d’autres : au lieu que du sang qui se verse malgré les édits naît une raison d’en verser davantage.
Que serait-il arrivé dans la suite ? À mesure que la cour d’honneur aurait acquis de l’autorité sur l’opinion du peuple par la sagesse et le poids de ses décisions, elle serait devenue peu à peu plus sévère, jusqu’à ce que les occasions légitimes se réduisant tout-à-fait à rien, le point d’honneur eût changé de principes, et que les duels fussent entièrement abolis. On n’a pas eu tous ces embarras, à la vérité ; mais aussi l’on a fait un établissement inutile. Si les duels aujourd’hui sont plus rares, ce n’est pas qu’ils soient méprisés ni punis ; c’est parce que les mœurs ont changé [186] : et la preuve que ce changement vient de causes toutes différentes auxquelles le gouvernement n’a point de part, la preuve que l’opinion publique n’a nullement changé sur ce point, c’est qu’après tant de soins mal entendus, tout gentilhomme qui ne tire pas raison d’un affront l’épée à la main n’est pas moins déshonoré qu’auparavant.
Une quatrième conséquence de l’objet du même établissement est que, nul homme ne pouvant vivre civilement sans honneur, tous les états où l’on porte une épée, depuis le prince jusqu’au soldat, et tous les états même où l’on n’en porte point, doivent ressortir à cette cour d’honneur, les uns pour rendre compte de leur conduite et de leurs actions, les autres, de leurs discours et de leurs maximes, tous également sujets à être honorés ou flétris, selon la conformité ou l’opposition de leur vie ou de leurs sentiments aux principes de l’honneur établis dans la nation, et réformés insensiblement par le tribunal sur ceux de la justice et de la raison. Borner cette compétence aux nobles et aux militaires, c’est couper les rejetons et laisser la racine ; car si le point d’honneur fait agir la noblesse, il fait parler le peuple : les uns ne se battent que parce que les autres les jugent ; et pour changer les actions dont l’estime publique est l’objet, il faut auparavant changer les jugements qu’on en porte. Je suis convaincu qu’on ne viendra jamais à bout d’opérer ces changements sans y faire intervenir les femmes mêmes, de qui dépend en grande partie la manière de penser des hommes.
De ce principe il suit encore que le tribunal doit être plus ou moins redouté dans les diverses conditions, à proportion qu’elles ont plus ou moins d’honneur à perdre, selon les idées vulgaires, qu’il faut toujours prendre ici pour règles. Si l’établissement est bien fait, les grands et les princes doivent trembler au seul nom de la cour d’honneur. Il aurait fallu qu’en l’instituant on y eût porté tous les démêlés personnels existants alors entre les premiers du royaume ; que le tribunal les eût jugés définitivement autant qu’ils pouvaient l’être par les seules lois de l’honneur ; que ces jugements eussent été sévères ; qu’il y eût eu des cessions de pas et de rang personnelles et indépendantes du droit des places, des interdictions du port des armes, ou de paraître devant la face du prince, ou d’autres punitions semblables, nulles par elles-mêmes, grièves par l’opinion, jusqu’à l’infamie inclusivement, qu’on aurait pu regarder comme la peine capitale décernée par la cour d’honneur ; que toutes ces peines eussent eu par le concours de l’autorité suprême, les mêmes effets qu’a naturellement le jugement public quand la force n’annule point ses décisions ; que le tribunal n’eût point statué sur des bagatelles, mais qu’il n’eût jamais rien fait à demi ; que le roi même y eût été cité quand il jeta sa canne par la fenêtre, de peur, dit-il, de frapper un gentilhomme [187] ; qu’il eût comparu en accusé avec sa partie ; qu’il eût été jugé solennellement, condamné à faire réparation au gentilhomme pour l’affront indirect qu’il lui avait fait ; et que le tribunal lui eût en même temps décerné un prix d’honneur pour la modération du monarque dans la colère. Ce prix, qui devait être un signe très simple, mais visible, porté par le roi durant toute sa vie, lui eût été, ce me semble, un ornement plus honorable que ceux de la royauté, et je ne doute pas qu’il ne fût devenu le sujet des chants de plus d’un poète. Il est certain que, quant à l’honneur, les rois eux-mêmes sont soumis plus que personne au jugement du public, et peuvent par conséquent, sans s’abaisser, comparaître au tribunal qui le représente. Louis XIV était digne de faire de ces choses-là ; et je crois qu’il les eût faites si quelqu’un les lui eût suggérées.
Avec toutes ces précautions et d’autres semblables, il est fort douteux qu’on eût réussi, parce qu’une pareille institution est entièrement contraire à l’esprit de la monarchie ; mais il est très sûr que, pour les avoir négligées, pour avoir voulu mêler la force et les lois dans des matières de préjugés, et changer le point d’honneur par la violence, on a compromis l’autorité royale, et rendu méprisables des lois qui passaient leur pouvoir.
If a man is permitted to seek compensation for himself and to forgive his enemy, by skillfully applying this principle, it is possible to gradually replace the cruel prejudice that it aims to combat; but when the honor of those to whom our own honor is tied is attacked, there can be no such compromise. If my father has been slapped, if my sister, wife, or lover is insulted, will I preserve my own honor at the expense of theirs? Neither judges nor any form of satisfaction will suffice; I must either avenge them or bring shame upon myself. The laws leave me with no choice but to face death or disgrace. To take an example related to my own situation: isn’t it a clear illustration of how the spirit of the theater and the spirit of the law can coexist—when people go to the theater to applaud the same Cid who, if he were alive today, would probably be hanged at the Grève?
No matter what one does; neither reason, nor virtue, nor laws will be able to overcome public opinion unless we find the means to change it. Once again, such means have nothing to do with violence. The established procedures, if put into practice, would only serve to punish good people and save the cowardly; but fortunately, they are too absurd to be used at all, and have merely served to change the names given to duels. So then, how was one supposed to proceed? In my opinion, private fights should be absolutely subject to the jurisdiction of marshals—either to judge them, to prevent them, or even to permit them. Not only should they be allowed the right to decide when a duel was justified; but it would also be important for them to exercise that right occasionally, if only to dispel an idea in the public mind that is very difficult to eradicate—and which, after all, nullifies all their authority. That is, in matters brought before them, they should judge not so much on their own judgment as on the will of the prince. In such cases, there would be no shame in requesting a duel when necessary; nor would it be shameful to refrain from one when the reasons for doing so were not deemed sufficient. But it would always be shameful to say to them: “I have been offended; please ensure that I am exempted from fighting.”
In this way, all secret duels would inevitably have been brought to light. When those whose honor had been offended could defend themselves and show their courage on the field of honor, those who hid to fight would have been rightly suspected. Moreover, those whom the court of honor deemed to have fought poorly would have been treated as vile assassins and subjected to criminal courts. I admit that since many duels were judged only in retrospect, and some were even officially permitted, such practices might have cost the life of a few brave men at first; but in the end, it would have saved the lives of countless others. Instead of bloodshed occurring despite laws and regulations, such laws would actually have provided a justification for even more violence.
What would have happened next? As the court of honor would have gained more authority over public opinion through the wisdom and weight of its decisions, it would have gradually become more stringent—until legitimate occasions for duels ceased to exist altogether, and the very concept of honor would have changed fundamentally, leading to their complete abolition. In truth, we have not encountered all these difficulties; yet we have also created an institution that is utterly unnecessary. If duels are less common today, it is not because they are despised or punished; it is because society has changed [186]. And the proof that this change stems from reasons entirely unrelated to government intervention, and that public opinion on this matter has not in any way shifted, is that, despite all these misguided efforts, any gentleman who does not settle an insult by drawing his sword remains just as dishonored as he ever was.
A fourth consequence of the nature of institutions is that, since no man can live in a civilized manner without honor, all societies where swords are carried—from princes to soldiers—and even those where swords are not used must ultimately be subject to this court of honor. Some must account for their behavior and actions; others, for their words and principles. All are equally susceptible to being honored or condemned, depending on whether their lives and sentiments conform to or contradict the principles of honor established in the nation—and these principles are gradually reformed by the tribunal, in accordance with the standards of justice and reason. To limit this authority solely to nobles and soldiers would be like cutting off the branches while leaving the root intact; for if it is the sense of honor that drives noble behavior, it is also what motivates the common people. One group fights only because another judges them worthy of fighting; and to change those actions whose value is determined by public opinion, one must first alter the judgments upon which such opinion is based. I am convinced that these changes can never be successfully implemented without involving women themselves, for their influence plays a decisive role in shaping men’s ways of thinking.
From this principle it also follows that the authority of such a tribunal must be feared to varying degrees, in proportion to the extent to which one’s honor is at stake—according to those common notions which must always be taken as guiding principles here. If such a system were well-established, even kings and princes would tremble at the mere mention of the court of honor. When it was first established, all personal disputes that existed among the nobility of the kingdom should have been brought before it; these disputes should have been settled definitively by the laws of honor alone; the judgments rendered should have been severe; there should have been penalties such as the loss of rank or personal privileges, prohibitions on carrying weapons or appearing in the presence of a prince, and other similar sanctions—some of which might seem minor in themselves but would be deeply humiliating in public opinion, even reaching the level of infamy. These punishments, considered in conjunction with the authority of the supreme power, would have had the same effect as a public judgment when force was not used to override them. The tribunal should not have dealt with trivial matters; it should never have issued half-hearted decisions. Even the king himself could have been brought before it—for instance, when he threw his cane out of the window, claiming fear of hitting a gentleman [187]; he would have faced trial as an accused, along with his opponent, and would have been formally condemned to compensate the gentleman for the indirect insult he had inflicted. At the same time, the tribunal would have awarded him an honor medal in recognition of the king’s restraint in anger. Such a medal, being a simple yet visible symbol, would have been a more honorable distinction for the king than any other royal title, and I believe it would have inspired many poets to compose songs about it. It is certainly true that, when it comes to honor, kings themselves are more subject to public judgment than anyone else; therefore, they can, without losing their dignity, appear before the tribunal that represents this principle. Louis XIV was worthy of such measures; I believe he would have implemented them if someone had suggested them to him.
With all these precautions and others of a similar nature, it is highly doubtful that success could have been achieved, for such an institution is entirely contrary to the spirit of monarchy; but it is certain that by neglecting them, by attempting to combine force with law in matters relating to prejudice, and by using violence to alter the standards of honor, the royal authority was undermined, and the laws that exceeded its power were rendered contemptible.
Se un uomo ha il diritto di accettare un risarcimento per sé stesso e di perdonare il proprio nemico, applicando con abilità questa massima, essa può essere gradualmente sostituita prepotentemente dal pregiudizio feroce che essa mira a combattere; ma non è lo stesso quando l’onore delle persone a cui è legato il nostro onore viene offeso: in tal caso non esiste più alcuna possibilità di compromesso. Se mio padre riceve un pugno, se mia sorella, mia moglie o la mia amante vengono insultate, manterrò io il mio onore a scapito del loro? Non ci sono né mediatori né soluzioni sufficienti: devo vendicarle o degradarmi; le leggi mi lasciano solo la scelta tra la pena di morte e l’infamia. Per citare un esempio che riguarda me personalmente, non è forse un chiaro esempio di come lo spirito del teatro e quello delle leggi siano in perfetta armonia? Si va al teatro ad applaudire lo stesso Cid che poi si andrebbe a vedere impiccato alla Grève.
Per quanto si possa fare, né la ragione, né la virtù, né le leggi riusciranno a sconfiggere l’opinione pubblica finché non si troverà il modo di cambiarla. Ancora una volta, questo metodo non ha nulla a che vedere con la violenza. I mezzi attualmente in uso servirebbero soltanto a punire le persone coraggiose e a salvare i codardi; fortunatamente, però, sono troppo assurdi per poter essere effettivamente utilizzati, e hanno servito soltanto a cambiare il nome ai duelli. Quindi, come si doveva procedere? A mio parere, sarebbe stato necessario sottoporre completamente i combattimenti privati alla giurisdizione dei magistrati militari, sia per giudicarli, sia per prevenirli, sia persino per autorizzarli. Non solo bisognava concedere loro il diritto di concedere il duello quando lo ritenessero opportuno; ma era anche importante che talvolta utilizzassero questo diritto, anche solo per eliminare dall’opinione pubblica un’idea difficile da distruggere e che annulla completamente la loro autorità: ovvero, che nelle questioni che giungono davanti a loro, giudichino meno in base ai propri sentimenti che in base alla volontà del principe. In tal caso, non ci sarebbe stata alcuna vergogna nel chiedere loro di combattere in una situazione necessaria; né ci sarebbe stata alcuna vergogna nell’astenersi dal farlo quando le ragioni per concederlo non fossero state ritenute sufficienti. Ma ci sarà sempre vergogna nel dire loro: “Sono offeso, fate in modo che io possa essere esentato dal combattere”.
Con questo sistema, tutti gli scontri segreti sarebbero inevitabilmente venuti alla luce; quando l’onore offeso avesse potuto difendersi e il coraggio farsi vedere sul campo d’onore, si sarebbe potuto sospettare con pieno diritto coloro che si nascondevano per combattere. Inoltre, coloro che la corte d’onore avesse giudicato incapaci di combattere in modo degno sarebbero stati considerati infami assassini e soggetti ai tribunali penali. Ammetto che alcuni duelli venissero decisi solo a posteriori, e altri addirittura autorizzati formalmente; tuttavia, questo avrebbe potuto costare la vita a qualche bravo uomo all’inizio, ma in seguito avrebbe salvato la vita di moltissimi altri. Al contrario, il sangue versato nonostante le leggi finisce per generare ulteriori motivi per versarlo ancora.
Cosa sarebbe successo in seguito? Man mano che la corte d’onore avesse acquisito maggiore autorità sull’opinione del popolo grazie alla saggezza e al peso delle sue decisioni, essa sarebbe diventata gradualmente sempre più severa, fino a quando le occasioni legittime per combattere in duello si fossero ridotte praticamente a zero; in tal caso, i principi stessi dell’onore avrebbero cambiato, e i duelli sarebbero stati completamente aboliti. In realtà, non si sono verificati tutti questi inconvenienti; tuttavia, si è creato un sistema inutile. Se oggi i duelli sono più rari, non è perché vengano disprezzati o puniti, ma perché i costumi sono cambiati [186]. La prova che questo cambiamento derivi da cause del tutto diverse da quelle su cui il governo ha alcun potere, e la prova che l’opinione pubblica non abbia affatto cambiato in merito, è che, nonostante tutti questi tentativi mal concepiti, un gentiluomo che non risolve un insulto combattendo con la spada non viene considerato meno onorabile di prima.
Una quarta conseguenza dell’esistenza di un tale ordinamento sociale è che, poiché nessun uomo può vivere in modo civile senza onore, tutti gli stati sociali – dal principe al soldato, e persino quelli in cui non si porta la spada – devono rientrare sotto l’egida di questo tribunale dell’onore: alcuni per rendere conto del proprio comportamento e delle proprie azioni, altri per i propri discorsi e le proprie idee. Tutti sono ugualmente soggetti a essere onorati o biasimati, a seconda che la loro vita e i loro sentimenti siano in linea o in contrasto con i principi dell’onore stabiliti nella nazione, e questi principi vengono continuamente riformati dal tribunale, seguendo criteri di giustizia e ragione. Limitare questa competenza soltanto ai nobili e ai militari significherebbe tagliare i rami senza colpire la radice; infatti, se è il senso dell’onore a spingere i nobili ad agire, è anche esso a far parlare il popolo: gli uni combattono soltanto perché gli altri li giudicano in questo modo. E per modificare quelle azioni che sono oggetto dell’opinione pubblica, è necessario prima cambiare i giudizi che la gente formula su di esse. Sono convinto che tali cambiamenti non possano mai essere realizzati senza l’intervento anche delle donne, da cui dipende in gran parte il modo di pensare degli uomini.
Da questo principio deriva anche che il tribunale debba essere temuto in misura diversa a seconda delle circostanze, in proporzione al rischio di perdere onore che queste comportano, secondo le idee comuni da considerare sempre come regole fondamentali. Se tale istituzione fosse stata ben concepita e attuata, i nobili e i principi avrebbero dovuto tremare solo al nome del tribunale d’onore. Avrebbe dovuto accadere che, al momento della sua istituzione, venissero portati davanti a esso tutti i conflitti personali esistenti tra le persone più importanti del regno; che il tribunale li giudicasse in modo definitivo, secondo soltanto le leggi dell’onore; che tali sentenze fossero severe; che venissero imposte rinunce a privilegi personali e a posizioni sociali, divieti di portare armi o di comparire davanti al principe, nonché altre punizioni simili: punizioni in sé poco gravi, ma estremamente umilianti agli occhi del pubblico, fino all’infamia stessa, che avrebbero potuto essere considerate come pene capitali inflitte dal tribunale d’onore; che tutte queste sanzioni avessero lo stesso effetto delle decisioni legali quando la forza non le annulla; che il tribunale non si occupasse di questioni banali, ma giudicasse sempre con serietà; che persino il re venisse citato davanti a esso, anche quando gettava via il suo bastone dalla finestra, per paura di colpire un gentiluomo; che il re stesso comparisse in tribunale come imputato insieme alla parte avversaria; che venisse giudicato solennemente e condannato a risarcire il gentiluomo per l’offesa indiretta arrecatagli; e che al contempo gli venisse conferito un riconoscimento d’onore per la moderazione del monarca nella sua ira. Questo riconoscimento, che avrebbe dovuto essere un simbolo semplice ma visibile da portare per tutta la vita dal re, sarebbe stato, a mio parere, un ornamento più onorevole di quelli legati alla sovranità stessa, e non dubito che avrebbe potuto ispirare molte poesie. È certo che, in termini di onore, anche i re siano soggetti al giudizio del pubblico più di chiunque altro; pertanto possono, senza umiliarsi, comparire davanti al tribunale che rappresenta tale giudizio. Luigi XIV era degno di attuare queste cose; e credo che le avrebbe fatte se qualcuno gliene avesse suggerito l’idea.
Con tutte queste precauzioni e altre simili, è molto dubbia la possibilità di successo, poiché un’istituzione del genere è completamente contraria allo spirito della monarchia; ma è certo che, trascurandole, cercando di mescolare la forza e le leggi in questioni legate ai pregiudizi, e modificando i principi dell’onore con la violenza, si è compromessa l’autorità reale e reso spregevoli quelle leggi che andavano oltre il suo potere.
Cependant en quoi consistait ce préjugé qu’il s’agissait de détruire ? Dans l’opinion la plus extravagante et la plus barbare qui jamais entra dans l’esprit humain : savoir, que tous les devoirs de la société sont suppléés par la bravoure ; qu’un homme n’est plus fourbe, fripon, calomniateur ; qu’il est civil, humain, poli, quand il sait se battre ; que le mensonge se change en vérité, que le vol devient légitime, la perfidie honnête, l’infidélité louable, sitôt qu’on soutient tout cela le fer à la main ; qu’un affront est toujours bien réparé par un coup d’épée, et qu’on n’a jamais tort avec un homme pourvu qu’on le tue. Il y a, je l’avoue, une autre sorte d’affaire où la gentillesse se mêle à la cruauté, et où l’on ne tue les gens que par hasard ; c’est celle où l’on se bat au premier sang. Au premier sang, grand Dieu ! Et qu’en veux-tu faire de ce sang, bête féroce ? Le veux-tu boire ? Le moyen de songer à ces horreurs sans émotion ? Tels sont les préjugés que les rois de France, armés de toute la force publique, ont vainement attaqués. L’opinion, reine du monde, n’est point soumise au pouvoir des rois ; ils sont eux-mêmes ses premiers esclaves.
Je finis cette longue digression, qui malheureusement ne sera pas la dernière ; et de cet exemple, trop brillant peut-être, si parva licet componere magnis, je reviens à des applications plus simples. Un des infaillibles effets d’un théâtre établi dans une aussi petite ville que la nôtre sera de changer nos maximes, ou, si l’on veut, nos préjugés et nos opinions publiques ; ce qui changera nécessairement nos mœurs contre d’autres, meilleures ou pires, je n’en dis rien encore ; mais sûrement moins convenables à notre constitution. Je demande, monsieur, par quelles lois efficaces vous remédierez à cela. Si le gouvernement peut beaucoup sur les mœurs, c’est seulement par son institution primitive : quand une fois il les a déterminées, non seulement il n’a plus le pouvoir de les changer, à moins qu’il ne change, il a même bien de la peine à les maintenir contre les accidents inévitables qui les attaquent, et contre la pente naturelle qui les altère. Les opinions publiques, quoique si difficiles à gouverner, sont pourtant par elles-mêmes très mobiles et changeantes. Le hasard, mille causes fortuites, mille circonstances imprévues, font ce que la force et la raison ne sauraient faire ; ou plutôt c’est précisément parce que le hasard les dirige que la force n’y peut rien ; comme les dés qui partent de la main, quelque impulsion qu’on leur donne, n’en amènent pas plus aisément le point désiré.
Tout ce que la sagesse humaine peut faire est de prévenir les changements, d’arrêter de loin tout ce qui les amène ; mais sitôt qu’on les souffre et qu’on les autorise, on est rarement maître de leurs effets, et l’on ne peut jamais se répondre de l’être. Comment donc préviendrons-nous ceux dont nous aurons volontairement introduit la cause ? À l’imitation de l’établissement dont je viens de parler, nous proposerez-vous d’instituer des censeurs ? Nous en avons déjà[188] ; et si toute la force de ce tribunal suffît à peine pour nous maintenir tels que nous sommes, quand nous aurons ajouté une nouvelle inclinaison à la pente des mœurs, que fera-t-il pour arrêter ce progrès ? il est clair qu’il n’y pourra plus suffire. La première marque de son impuissance à prévenir les abus de la comédie sera de la laisser établir. Car il est aisé de prévoir que ces deux établissements ne sauraient subsister longtemps ensemble, et que la comédie tournera les censeurs en ridicule, ou que les censeurs feront chasser les comédiens.
Mais il ne s’agit pas seulement ici de l’insuffisance des lois pour réprimer de mauvaises mœurs en laissant subsister leur cause. On trouvera, je le prévois, que, l’esprit rempli des abus qu’engendre nécessairement le théâtre, et de l’impossibilité générale de prévenir ces abus, je ne réponds pas assez précisément à l’expédient proposé, qui est d’avoir des comédiens honnêtes gens, c’est-à-dire de les rendre tels. Au fond, cette discussion particulière n’est plus fort nécessaire : tout ce que j’ai dit jusqu’ici des effets de la comédie, étant indépendant des mœurs des comédiens, n’en aurait pas moins lieu quand ils auraient bien profité des leçons que vous nous exhortez à leur donner, et qu’ils deviendraient par nos soins autant de modèles de vertu. Cependant, par égard au sentiment de ceux de mes compatriotes qui ne voient d’autre danger dans la comédie que le mauvais exemple des comédiens, je veux bien rechercher encore si, même dans leur supposition, cet expédient est praticable avec quelque espoir de succès, et s’il doit suffire pour les tranquilliser.
En commençant par observer les faits avant de raisonner sur les causes, je vois en général que l’état de comédien est un état de licence et de mauvaises mœurs ; que les hommes y sont livrés au désordre ; que les femmes y mènent une vie scandaleuse ; que les uns et les autres, avares et prodigues tout à la fois, toujours accablés de dettes et toujours versant l’argent à pleines mains, sont aussi peu retenus sur leurs dissipations, que peu scrupuleux sur les moyens d’y pourvoir. Je vois encore que par tout pays leur profession est déshonorante ; que ceux qui l’exercent, excommuniés ou non, sont partout méprisés[189], et qu’à Paris même, où ils ont plus de considération et une meilleure conduite que partout ailleurs, un bourgeois craindrait de fréquenter ces mêmes comédiens qu’on voit tous les jours à la table des grands. Une troisième observation, non moins importante, est que ce dédain est plus fort partout où les mœurs sont plus pures, et qu’il y a des pays d’innocence et de simplicité où le métier de comédien est presque en horreur. Voilà des faits incontestables. Vous me direz qu’il n’en résulte que des préjugés. J’en conviens : mais ces préjugés étant universels, il faut leur chercher une cause universelle ; et je ne vois pas qu’on la puisse trouver ailleurs que dans la profession même à laquelle ils se rapportent. À cela vous répondez que les comédiens ne se rendent méprisables que parce qu’on les méprise. Mais pourquoi les eût-on méprisés s’ils n’eussent été méprisables ? Pourquoi penserait-on plus mal de leur état que des autres, s’il n’avait rien qui l’en distinguât ? Voilà ce qu’il faudrait examiner, peut-être, avant de les justifier aux dépens du public.
Je pourrais imputer ces préjugés aux déclamations des prêtres, si je ne les trouvais établis chez les Romains avant la naissance du christianisme, et non seulement courant vaguement dans l’esprit du peuple, mais autorisés par des lois expresses qui déclaraient les acteurs infâmes, leur ôtaient le titre et les droits de citoyens romains, et mettaient les actrices au rang des prostituées. Ici toute autre raison manque, hors celle qui se tire de la nature de la chose. Les prêtres païens et les dévots, plus favorables que contraires à des spectacles qui faisaient partie des jeux consacrés à la religion[190], n’avaient aucun intérêt à les décrier, et ne les décriaient pas en effet. Cependant on pouvait dès lors se récrier comme vous faites, sur l’inconséquence de déshonorer des gens qu’on protège, qu’on paie, qu’on pensionne : ce qui, à vrai dire, ne me paraît pas si étrange qu’à vous ; car il est à propos quelquefois que l’état encourage et protège des professions déshonorantes mais utiles, sans que ceux qui les exercent en doivent être plus considérés pour cela.
J’ai lu quelque part que ces flétrissures étaient moins imposées à de vrais comédiens qu’à des histrions et farceurs qui souillaient leurs jeux d’indécence et d’obscénités : mais cette distinction est insoutenable ; car les mots de comédien et d’histrion étaient parfaitement synonymes, et n’avaient d’autre différence, sinon que l’un était grec et l’autre étrusque. Cicéron, dans le livre de l’Orateur, appelle histrions les deux plus grands acteurs qu’ait jamais eus Rome, Ésope et Roscius : dans son plaidoyer pour ce dernier, il plaint un si honnête homme d’exercer un métier si peu honnête[191]. Loin de distinguer entre les comédiens, histrions et farceurs, ni entre les acteurs des tragédies et ceux des comédies, la loi couvre indistinctement du même opprobre tous ceux qui montent sur le théâtre : Quisquis in scenam prodierit, ait praetor, infamis est[192]. Il est vrai seulement que cet opprobre tombait moins sur la représentation même que sur l’état où l’on en faisait métier, puisque la jeunesse de Rome représentait publiquement, à la fin des grandes pièces, les Atellanes ou Exodes sans déshonneur. À cela près, on voit, dans mille endroits, que tous les comédiens indifféremment étaient esclaves, et traités comme tels quand le public n’était pas content d’eux.
However, in what exactly did this prejudice consist, which was supposed to be destroyed? It was based on the most extravagant and barbaric notion that ever entered the human mind: namely, that all the duties of society could be replaced by courage; that a man was no longer deceitful, dishonest, or slanderous; that he became civilized, humane, and polite as soon as he knew how to fight; that lies turned into truth, theft became legitimate, perfidy became honorable, and infidelity was praiseworthy, whenever one defended such things with a sword in hand; that an insult could always be properly redressed by a duel, and that one could never be in the wrong against such a person, so long as one killed him. I admit there is another kind of situation where gentleness blends with cruelty, and where people are killed only by accident—that is, when a duel is fought to the first blood. To the first blood, my God! And what do you want to do with that blood, you ferocious beast? Do you want to drink it? How can one possibly think about such horrors without feeling any emotion? Such were the prejudices that the kings of France, armed with all the power of the state, were unable to destroy. Public opinion, the sovereign of the world, is not subject to the authority of kings; they themselves are its first slaves.
I conclude this lengthy digression, which unfortunately will not be the last; and departing from this perhaps too brilliant example—though it is indeed fitting to illustrate great principles—I now turn to more straightforward applications. One of the inevitable effects of a theater established in a small town like ours would be to alter our maxims, or rather, our prejudices and public opinions. This would inevitably lead to changes in our manners—whether for better or worse, I leave that open to discussion—but certainly less in line with our natural disposition. Mr., I ask you: by what effective laws can you remedy this situation? If the government can exert considerable influence over manners, it is only through its fundamental institutions. Once these manners have been established, not only does the government lose the power to change them; it even finds it exceedingly difficult to maintain them against the inevitable accidents that threaten to undermine them or the inherent tendencies that alter them. Public opinions, though notoriously hard to control, are themselves highly volatile and subject to change. Chance, a thousand accidental factors, and countless unforeseen circumstances can produce results that force and reason would be powerless to achieve—or rather, it is precisely because chance directs these processes that force alone cannot alter them; just as dice, no matter how forcefully they are thrown, will never land on the desired number with any greater certainty.
All that human wisdom can do is to prevent changes, to stop from a distance everything that leads to them; but once we endure those changes and allow them to occur, we are rarely in control of their effects, and we can never be certain of being able to do so. How, then, shall we prevent those changes whose causes we have willingly introduced? In imitation of the system I just mentioned, will you propose that we establish censors? We already have such institutions[188]; but if all the power of this tribunal is barely enough to keep us as we are now, what will it do when we have added another factor that contributes to the decline of morals? It is clear that it will no longer be sufficient. The first sign of its inability to prevent the abuses of comedy will be its own failure to stop their establishment. For it is easy to predict that these two systems could not coexist for long; either comedy would render the censors ridiculous, or the censors would force the comedians to leave the stage.
But it is not merely a matter of laws being insufficient to repress bad morals while allowing their causes to persist. I anticipate that one will argue that, given the mindset inevitably shaped by the abuses inherent in the theater and the general impossibility of preventing such abuses, my response does not address precisely enough the proposed solution—that is, to ensure that comedians are honest people, or rather, to make them such. In truth, this particular discussion is no longer entirely necessary: everything I have said so far about the effects of comedy is independent of the morals of its practitioners; it would still hold true even if they had thoroughly embraced the lessons you urge us to teach them and thus become models of virtue through our efforts. However, out of respect for those among my compatriots who see no danger in comedy other than the bad example set by its performers, I am willing to further examine whether, even under such assumptions, this solution is feasible and likely to succeed, and whether it could indeed provide them with some peace of mind.
By first observing the facts before reasoning about their causes, I generally find that the state of being a comedian is one of licentiousness and bad morals; that men in this profession are abandoned to disorder, while women lead a life full of scandal; that both men and women, being at once greedy and extravagant, are always overwhelmed by debt yet constantly squandering money without restraint. I also observe that throughout all countries, this profession is regarded as dishonorable; that those who practice it, whether excommunicated or not, are despised everywhere[189]. Even in Paris, where they enjoy more respect and behave better than elsewhere, a bourgeois would be afraid to associate with these same comedians whom we see daily at the tables of the wealthy. A third observation, equally important, is that this disdain is even stronger in places where morals are purer; there are indeed countries of innocence and simplicity where the profession of comedy is almost universally loathed. These are undeniable facts. You might say that such facts merely reflect prejudice. I admit it; but since these prejudices are universal, some universal cause must lie behind them. And I see no other cause than the very profession itself. To this you might reply that comedians become despisable only because they are despised. But why would they have been despised if they had not been deserving of such contempt? Why would people regard their state more critically than that of others, if there were nothing in it to distinguish it? Perhaps these are the questions we should examine before attempting to justify their existence at the expense of the public.
I might attribute these prejudices to the declarations of priests were it not for the fact that they were already established among the Romans long before the birth of Christianity. Not only were they widely prevalent in the minds of the people, but they were also sanctioned by explicit laws that declared such actors dishonorable, deprived them of their status and rights as Roman citizens, and classified female performers as prostitutes. In this case, any other reason would be irrelevant, since the issue arises directly from the nature of these practices themselves. Pagan priests and devout individuals, who were more inclined to support than oppose such spectacles that formed part of religious ceremonies[190], had no motive to denounce them—and in fact, they did not do so. Nevertheless, one could still argue, as you do, about the inconsistency of condemning people whom one protects, pays for, and provides for: indeed, this does not seem to me quite as absurd as it does to you. After all, it is sometimes appropriate for the state to encourage and support even dishonorable but useful professions, without those who practice them thereby gaining any special recognition or status.
I have read somewhere that such disgraceful acts were less imposed upon true comedians than upon those histrions and buffoons who degraded their performances with indecency and obscenities; but such a distinction is untenable. Indeed, the terms “comedian” and “histrion” were entirely synonymous, and the only difference between them was that one came from Greece and the other from Etruria. Cicero, in his book On Orators, referred to the two greatest actors Rome had ever produced—Aesopus and Roscius—as histrions; in his defense of Roscius, he lamented that such an honest man had to pursue a profession so dishonorable[191]. Far from distinguishing between comedians, histrions, and buffoons, or between actors of tragedy and comedy, the law uniformly condemned all those who performed on stage: “Quisquis in scenam prodierit,” declared the praetor, “infamis est”[192]. It is true, however, that this disgrace fell less upon the act of performing itself than upon the profession that made it a means of livelihood; after all, the youth of Rome would publicly perform such works as Atellanae or Exodes without any loss of honor. Apart from this, it is clear from numerous sources that all comedians, without exception, were considered slaves and treated as such whenever the audience was dissatisfied with their performances.
Tuttavia, in cosa consisteva questo pregiudizio che andava distrutto? Nell’opinione più assurda e più barbara che mai sia entrata nella mente umana: cioè che tutti i doveri della società venissero sostituiti dal coraggio; che un uomo non fosse più astuto, furfante o calunniatore; che fosse considerato civile, umano e cortese se sapeva combattere; che il mentire diventasse verità, il rubare legittimità, la perfidia onestà, l’infedeltà lodabile, non appena si sostenevano tutte queste cose impugnando una spada; che un affronto potesse essere sempre riparato con un colpo di spada, e che non ci si sbagliasse mai con un uomo, purché lo si uccidesse. Ammetto che esista un altro tipo di situazione in cui la gentilezza si mescola alla crudeltà, e in cui le persone vengono uccise solo per caso: quella in cui si combatte al primo sangue. Al primo sangue, mio Dio! E cosa vuoi fare con quel sangue, bestia feroce? Vuoi berlo? Come si può pensare a queste orrori senza provare emozioni? Questi sono i pregiudizi che i re di Francia, armati di tutta la forza pubblica, hanno invano cercato di distruggere. L’opinione, regina del mondo, non è soggetta al potere dei re; essi stessi ne sono i primi schiavi.
Concludo questa lunga digressione, che purtroppo non sarà l’ultima; e partendo da questo esempio, forse troppo brillante per essere utilizzato in contesti più vasti, torno a considerazioni più semplici. Uno degli effetti inevitabili di un teatro stabilito in una città così piccola come la nostra è quello di modificare le nostre massime, o, se si vuole, i nostri pregiudizi e le nostre opinioni pubbliche; ciò cambierà necessariamente anche i nostri costumi, che potrebbero diventare migliori o peggiori, ma sicuramente meno adatti alla nostra natura. Vi chiedo, signore: con quali leggi efficaci intendete rimediare a questo fenomeno? Se il governo può influenzare in modo significativo i costumi, è soltanto attraverso le istituzioni fondamentali che ha creato; una volta che questi costumi sono stati definiti, non solo il governo non ha più il potere di modificarli, ma ha persino difficoltà a mantenerli al riparo dagli eventi inevitabili che li minacciano e dalla tendenza naturale che li altera. Le opinioni pubbliche, sebbene difficili da governare, sono in realtà molto mutevoli; il caso, mille cause fortuite, mille circostanze impreviste possono produrre effetti che la forza e la ragione non riuscirebbero mai a ottenere. O meglio: è proprio perché il caso ne dirige lo sviluppo che la forza non può intervenire; proprio come i dadi, per quanto si possa influenzarne il lancio, non arrivano mai facilmente al punto desiderato.
Tutto ciò che la saggezza umana può fare è prevenire i cambiamenti, impedire fin dall’inizio tutto ciò che li provoca; ma non appena tali cambiamenti vengono subiti o autorizzati, raramente si riesce a controllarne gli effetti, e mai si può essere certi di riuscirci. Come possiamo quindi prevenire quei cambiamenti che abbiamo volontariamente causato? All’imitazione di quell’istituto di cui ho appena parlato, vi proponete forse di istituire dei censori? Ne abbiamo già[188]; e se tutta la forza di questo tribunale è appena sufficiente a mantenerci nello stato attuale, che cosa farà quando avremo aggiunto un’altra tendenza negativa al declino delle nostre abitudini morali? È evidente che non sarà più in grado di intervenire. Il primo segno della sua impotenza nel prevenire gli abusi legati alla commedia sarà proprio il fatto che permetterà a quest’ultima di diffondersi liberamente. Infatti, è facile prevedere che questi due istituti non possano sopravvivere a lungo insieme: o la commedia renderà ridicoli i censori, oppure i censori faranno allontanare gli attori comici.
Ma qui non si tratta soltanto dell’insufficienza delle leggi per reprimere cattive abitudini, lasciando intatte le loro cause. Prevedo che si scoprirà che, data l’influenza negativa del teatro sugli individui e l’impossibilità generale di prevenire tali abusi, la proposta di rendere i comici persone oneste non risponde in modo sufficientemente preciso al problema. In fondo, questa discussione particolare non è più del tutto necessaria: tutto ciò che ho detto finora sugli effetti della commedia, essendo indipendente dalle abitudini dei comici, si verificherebbe ugualmente anche se questi avessero tratto il massimo beneficio dagli insegnamenti che ci viene raccomandato di impartire loro, diventando così modelli di virtù. Tuttavia, per rispettare le opinioni di coloro tra i miei connazionali che vedono nell’arte teatrale soltanto un pericolo rappresentato dall’esempio negativo dei comici, sono disposto ad esaminare ancora se, anche nella loro ipotesi, questa soluzione possa essere attuata con qualche possibilità di successo e se sia sufficiente a tranquillizzarli.
Innanzitutto osservando i fatti prima di riflettere sulle cause, noto generalmente che lo stato di attore rappresenta uno stato di licenziosità e cattivi costumi; che in tale ambiente gli uomini sono esposti al disordine, mentre le donne conducono una vita scandalosa; che sia gli uni che le altre, spesso avari eppure prodigali, sono sempre sommersi dai debiti e spendono denaro senza ritegno, mostrando scarsa moderazione nelle loro spese e poca coscienza riguardo ai mezzi per soddisfarle. Inoltre, in ogni paese la loro professione è considerata disonorevole; coloro che la esercitano, siano essi escomunicati o meno, sono universalmente disprezzati[189], e persino a Parigi, dove godono di maggiore considerazione e comportano in modo più decoroso rispetto ad altri luoghi, un borghese temerebbe di frequentare gli stessi attori che ogni giorno si vedono alle tavole dei nobili. Un’altra osservazione altrettanto importante è che tale disprezzo aumenta nei paesi dove i costumi sono più puri; esistono infatti regioni di innocenza e semplicità in cui la professione di attore è quasi considerata una vergogna. Questi sono fatti indiscutibili. Mi direte che da essi derivano soltanto pregiudizi. Concordo: ma poiché questi pregiudizi sono universali, bisogna cercarne una causa altrettanto universale; e non vedo altra spiegazione se non nella stessa professione a cui si riferiscono. A questo potreste ribattere che gli attori diventano disprezzabili soltanto perché vengono disprezzati. Ma perché dovrebbero essere disprezzati, se non fossero davvero disprezzabili? Perché si dovrebbe giudicare in modo negativo la loro condizione rispetto ad altre professioni, se essa non presentasse alcuna caratteristica distintiva? Questo è ciò che bisognerebbe esaminare, forse, prima di giustificarli a scapito del pubblico.
Potrei attribuire questi pregiudizi alle dichiarazioni dei sacerdoti, se non li trovassi già radicati tra i Romani prima della nascita del cristianesimo; non solo diffusi vagamente nella mente del popolo, ma anche autorizzati da leggi esplicite che denunciavano tali pratiche come infami, ne revocavano il titolo e i diritti di cittadini romani, e consideravano le donne coinvolte nello stesso rango delle prostitute. Qui manca qualsiasi altra spiegazione, se non quella derivante dalla natura stessa della cosa. I sacerdoti pagani e i devoti, piuttosto favorevoli che contrari a spettacoli che facevano parte dei riti religiosi[190], non avevano alcun interesse a denunciarli; in effetti, non li denunciavano affatto. Tuttavia, si poteva comunque obiettare, come fate voi, all’incoerenza di disonorare persone che lo stato protegge, paga e sostiene economicamente: il che, a dire il vero, non mi sembra così strano come a voi; anzi, a volte è giusto che lo stato incoraggi e sostenga professioni disonorevoli ma utili, senza che coloro che le esercitano ne traggano maggior rispetto.
Ho letto da qualche parte che queste umiliazioni colpivano meno i veri attori comici rispetto agli intrattenitori e ai buffoni che contaminavano i loro spettacoli con comportamenti indecenti e osceni; ma questa distinzione è insostenibile, poiché i termini “attore comico” ed “intrattenitore” erano perfettamente sinonimi, e la loro unica differenza risiedeva nel fatto che uno fosse greco e l’altro etrusco. Cicerone, nel libro sull’Oratore, definisce intrattenitori i due più grandi attori che Roma abbia mai avuto: Esopo e Roscio; nel suo discorso a favore di quest’ultimo, si lamenta che un uomo così onesto debba esercitare una professione tanto disonesta[191]. Lontano dal distinguere tra attori comici, intrattenitori e buffoni, né tra quelli che recitavano tragedie e quelli che recitavano commedie, la legge condannava senza distinzione tutti coloro che salivano sul palcoscenico: “Chiunque si esibisca sul teatro è considerato disonorevole”[192]. È vero soltanto che questa condanna riguardava meno l’atto stesso di recitare che lo stato sociale di chi lo praticava; infatti, nella Roma antica, i giovani si esibivano pubblicamente, alla fine delle grandi opere teatrali, in commedie come le “Atellane” o gli “Esodi”, senza alcun disonore. A parte questo, si può notare che tutti gli attori comici erano schiavi e trattati come tali quando il pubblico non era soddisfatto delle loro prestazioni.
Je ne sache qu’un seul peuple qui n’ait pas eu là-dessus les maximes de tous les autres, ce sont les Grecs. Il est certain que chez eux la profession du théâtre était si peu déshonnête, que la Grèce fournit des exemples d’acteurs chargés de certaines fonctions publiques, soit dans l’état, soit en ambassade. Mais on pourrait trouver aisément les raisons de cette exception. 1°La tragédie ayant été inventée chez les Grecs aussi bien que la comédie, ils ne pouvaient jeter d’avance une impression de mépris sur un état dont on ne connaissait pas encore les effets ; et quand on commença de les connaître, l’opinion publique avait déjà pris son pli. 2° Comme la tragédie avait quelque chose de sacré dans son origine, d’abord ses acteurs furent plutôt regardés comme des prêtres que comme des baladins. 3° Tous les sujets des pièces n’étant tirés que des antiquités nationales dont les Grecs étaient idolâtres, ils voyaient dans ces mêmes acteurs moins des gens qui jouaient des fables, que des citoyens instruits qui représentaient aux yeux de leurs compatriotes l’histoire de leur pays. 4° Ce peuple, enthousiaste de sa liberté jusqu’à croire que les Grecs étaient les seuls hommes libres par nature[193], se rappelait avec un vif sentiment de plaisir ses anciens malheurs et les crimes de ses maîtres. Ces grands tableaux l’instruisaient sans cesse, et il ne pouvait se défendre d’un peu de respect pour les organes de cette instruction. 5° La tragédie n’étant d’abord jouée que par des hommes, on ne voyait point sur leur théâtre ce mélange scandaleux d’hommes et de femmes qui fait des nôtres autant d’écoles de mauvaises mœurs. 6° Enfin leurs spectacles n’avaient rien de la mesquinerie de ceux d’aujourd’hui. Leurs théâtres n’étaient point élevés par l’intérêt et par l’avarice ; ils n’étaient point renfermés dans d’obscures prisons ; leurs acteurs n’avaient pas besoin de mettre à contribution les spectateurs, ni de compter du coin de l’œil les gens qu’ils voyaient passer la porte, pour être sûrs de leur souper.
Ces grands et superbes spectacles, donnés sous le ciel, à la face de toute une nation, n’offraient de toutes parts que des combats, des victoires, des prix, des objets capables d’inspirer aux Grecs une ardente émulation, et d’échauffer leurs cœurs de sentiments d’honneur et de gloire. C’est au milieu de cet imposant appareil, si propre à élever et remuer l’âme, que les acteurs, animés du même zèle, partageaient, selon leurs talents, les honneurs rendus aux vainqueurs des jeux, souvent aux premiers hommes de la nation. Je ne suis pas surpris que, loin de les avilir, leur métier, exercé de cette manière, leur donnât cette fierté de courage et ce noble désintéressement qui semblait quelquefois élever l’acteur à son personnage. Avec tout cela, jamais la Grèce, excepté Sparte, ne fut citée en exemple de bonnes mœurs ; et Sparte, qui ne souffrait point de théâtre[194], n’avait garde d’honorer ceux qui s’y montrent. Revenons aux Romains, qui, loin de suivre à cet égard l’exemple des Grecs, en donnèrent un tout contraire. Quand leurs lois déclaraient les comédiens infâmes, était-ce dans le dessein d’en déshonorer la profession ? Quelle eût été l’utilité d’une disposition si cruelle ? Elles ne la déshonoraient point, elles rendaient seulement authentique le déshonneur qui en est inséparable ; car jamais les bonnes lois ne changent la nature des choses, elles ne font que la suivre ; et celles-là seules sont observées. Il ne s’agit donc pas de crier d’abord contre les préjugés, mais de savoir premièrement si ce ne sont que des préjugés ; si la profession de comédien n’est point en effet déshonorante en elle-même ; car si, par malheur, elle l’est, nous aurons beau statuer qu’elle ne l’est pas, au lieu de la réhabiliter, nous ne ferons que nous avilir nous-mêmes.
Qu’est-ce que le talent du comédien ? L’art de se contrefaire, de revêtir un autre caractère que le sien, de paraître différent de ce qu’on est, de se passionner de sang-froid, de dire autre chose que ce qu’on pense, aussi naturellement que si l’on le pensait réellement, et d’oublier enfin sa propre place à force de prendre celle d’autrui. Qu’est-ce que la profession du comédien ? Un métier par lequel il se donne en représentation pour de l’argent, se soumet à l’ignominie et aux affronts qu’on achète le droit de lui faire, et met publiquement sa personne en vente. J’adjure tout homme sincère de dire s’il ne sent pas au fond de son âme qu’il y a dans ce trafic de soi-même quelque chose de servile et de bas. Vous autres philosophes, qui vous prétendez si fort au-dessus des préjugés, ne mourriez-vous pas tous de honte, si, lâchement travestis en rois, il vous fallait aller faire aux yeux du public un rôle différent du vôtre, et exposer vos majestés aux huées de la populace ? Quel est donc, au fond, l’esprit que le comédien reçoit de son état ? un mélange de bassesse, de fausseté, de ridicule orgueil, et d’indigne avilissement, qui le rend propre à toutes sortes de personnages, hors le plus noble de tous, celui d’homme, qu’il abandonne.
Je sais que le jeu du comédien n’est pas celui d’un fourbe qui veut en imposer, qu’il ne prétend pas qu’on le prenne en effet pour la personne qu’il représente, ni qu’on le croie affecté des passions qu’il imite, et qu’en donnant cette imitation pour ce qu’elle est, il la rend tout-à-fait innocente. Aussi ne l’accusé-je pas d’être précisément un trompeur, mais de cultiver, pour tout métier, le talent de tromper les hommes, et de s’exercer à des habitudes qui, ne pouvant être innocentes qu’au théâtre, ne servent partout ailleurs qu’à mal faire. Ces hommes si bien parés, si bien exercés au ton de la galanterie et aux accents de la passion, n’abuseront-ils jamais de cet art pour séduire de jeunes personnes ? Ces valets filous, si subtils de la langue et de la main sur la scène, dans les besoins d’un métier plus dispendieux que lucratif n’auront-ils jamais de distractions utiles ? Ne prendront-ils jamais la bourse d’un fils prodigué, ou d’un père avare pour celle de Léandre ou d’Argan[195] ? Partout la tentation de malfaire augmente avec la facilité ; et il faut que les comédiens soient plus vertueux que les autres hommes, s’ils ne sont pas plus corrompus.
L’orateur, le prédicateur, pourra-t-on me dire encore, paient de leur personne ainsi que le comédien. La différence est très grande. Quand l’orateur se montre, c’est pour parler, et non pour se donner en spectacle : il ne représente que lui-même, il ne fait que son propre rôle, ne parle qu’en son propre nom, ne dit ou ne doit dire que ce qu’il pense : l’homme et le personnage étant le même être, il est à sa place ; il est dans le cas de tout autre citoyen qui remplit les fonctions de son état. Mais un comédien sur la scène, étalant d’autres sentiments que les siens, ne disant que ce qu’on lui fait dire, représentant souvent un être chimérique, s’anéantit, pour ainsi dire, s’annule avec son héros ; et, dans cet oubli de l’homme, s’il en reste quelque chose, c’est pour être le jouet des spectateurs. Que dirai-je de ceux qui semblent avoir peur de valoir trop par eux-mêmes, et se dégradent jusqu’à représenter des personnages auxquels ils seraient bien fâchés de ressembler ? C’est un grand mal sans doute de voir tant de scélérats dans le monde faire des rôles d’honnêtes gens ; mais y a-t-il rien de plus odieux, de plus choquant, de plus lâche, qu’un honnête homme a la comédie faisant le rôle d’un scélérat, et déployant tout son talent pour faire valoir de criminelles maximes, dont lui-même est pénétré d’horreur ?
Si l’on ne voit en tout ceci qu’une profession peu honnête, on doit voir encore une source de mauvaises mœurs dans le désordre des actrices, qui force et entraine celui des acteurs. Mais pourquoi ce désordre est-il inévitable ? Ah ! pourquoi ? Dans tout autre temps on n’aurait pas besoin de le demander ; mais, dans ce siècle où règnent si fièrement les préjugés et l’erreur sous le nom de philosophie, les hommes, abrutis par leur vain savoir, ont fermé leur esprit à la voix de la raison, et leur cœur à celle de la nature.
I know of only one people who did not follow the same principles as all others in this regard, and that is the Greek people. It is certain that among them, the profession of acting was considered so honorable that Greece even provided examples of actors holding certain public offices, whether in the state or abroad. But the reasons for this exception could be easily understood. 1° Since tragedy and comedy were both invented by the Greeks, they could not have initially conveyed any sense of contempt towards a form of government whose effects were still unknown at that time; and by the time those effects became known, public opinion had already taken shape. 2° Because tragedy had something sacred about its origin, its actors were initially regarded more as priests than as entertainers. 3° Since all the subjects of their plays were drawn from the national myths which the Greeks revered, they saw these actors not as people performing fictional stories but as educated citizens who presented their country’s history to their fellow citizens. 4° This people, so passionate about their freedom that they believed the Greeks to be the only truly free people by nature[193], took great pleasure in recalling their past hardships and the crimes of their oppressors. These dramatic performances constantly educated them, and it was impossible for them not to feel some respect for the means through which such education was provided. 5° Since tragedy was initially performed only by men, their theaters did not feature the shameful mixture of men and women that characterizes our modern theaters today. 6° Finally, their theatrical performances were free from the greed and selfishness that dominate contemporary shows. Their theaters were not built for profit; they were not hidden in dark, cramped spaces; and their actors did not need to exploit the audience or count those who entered to ensure they would have enough money for dinner.
These grand and magnificent spectacles, held under the open sky before the eyes of an entire nation, offered nothing but scenes of combat, victories, rewards, and objects capable of inspiring the Greeks with intense emulation and kindling in their hearts feelings of honor and glory. It was amidst such an imposing spectacle, so apt to elevate and stir the soul, that the actors, driven by equal zeal, shared, according to their talents, the honors bestowed upon the victors of these games—often upon the nation’s foremost citizens. I am not surprised that, far from demeaning them, this manner of practicing their craft imparted to them a pride in courage and a noble disinterest that sometimes seemed to elevate the actor above his role. Yet, despite all this, Greece—except for Sparta—was never cited as an example of good morals; and Sparta, which had no theaters[194], showed no inclination to honor those who performed therein. Now let us turn to the Romans, who, far from following the Greek example in this regard, set one entirely opposite. When their laws declared comedians despicable, was it with the intent of disgracing the profession itself? What use could such a cruel measure have been? It did not disgrace them; it merely confirmed the dishonor that was inherently associated with their craft. For good laws never alter the nature of things; they merely reflect it. And it is these very laws that are actually observed. Therefore, the first step is not to cry out against prejudice, but to determine whether such prejudices truly exist; whether the profession of comedy is indeed dishonorable in itself. For if, unfortunately, it is, no matter how much we declare it otherwise, we will only bring disgrace upon ourselves, rather than rehabilitate that profession.
What is the talent of a comedian? It is the art of pretending to be someone else, of adopting a character different from one’s own, of appearing to be different from what one really is, of feigning passion with composure, of saying things that one does not truly believe in in such a natural way as if they were real, and finally, of forgetting one’s own place in order to assume someone else’s. What is the profession of a comedian? It is a trade in which one puts oneself on display for money, submits to humiliation and insults that one buys the right to endure, and publicly sells one’s own person. I urge every sincere man to tell me whether he does not feel, deep down in his soul, that there is something servile and despicable about this trade with one’s own self. You philosophers, who profess to be so far above prejudice—would you not all die of shame if, cowardly enough to dress up as kings, you were forced to perform a role different from your true nature before an audience, exposing your “majesties” to the jeers of the crowd? What kind of spirit, then, does a comedian truly inherit from his profession? A mixture of baseness, falsity, ridiculous pride, and ignoble degradation—qualities that make him suitable for playing all sorts of characters, except perhaps the noblest of them all: that of a human being.
I know that the art of a comedian is not that of a cunning person who seeks to deceive others; he does not pretend to be the person he is portraying, nor does he claim that people should believe he truly possesses the emotions he mimics. By presenting this imitation for what it actually is, he renders it entirely innocent. Therefore, I do not accuse him of being a deceiver in the strict sense of the word, but rather of cultivating the talent to deceive people as his profession, and of practicing habits that, while perhaps innocent on stage, elsewhere serve only to cause harm. These men, so well-dressed, so skilled in the tones of flirtation and the accents of passion—will they never abuse this art to seduce young women? These cunning servants, so adept with words and gestures on stage, in a profession that is more costly than profitable—will they never find any legitimate uses for their skills? Will they never steal the purse of a prodigal son or a miser, pretending it belongs to someone like Léandre or Argan[195]? Everywhere, the temptation to do wrong increases with the ease of achieving it; and comedians must be more virtuous than other men—if only to avoid being more corrupt themselves.
The orator, the preacher—can one still say that they too, like the actor, put themselves on display? The difference is immense. When an orator appears, it is to speak, not to entertain; they represent only themselves, play their own role, speak solely in their own name, and say only what they think. Since the person and the character are one and the same, they are in their proper place—just like any other citizen fulfilling their civic duties. But an actor on stage, expressing feelings that are not their own, saying only what others instruct them to say, and often portraying imaginary characters, essentially disappears, annihilating themselves along with their role. And in this oblivion of the self, if anything remains, it is merely to become a plaything for the audience. What can one say about those who seem afraid of being valued for their own merits, and go so far as to portray characters they would be ashamed to resemble? It is undoubtedly a great evil to see so many scoundrels in the world playing the roles of honest people; but what could be more repulsive, more shocking, more despicable than an honest man on stage playing the role of a villain, using all their talent to promote criminal principles that they themselves abhor?
If one sees in all this nothing but a disreputable profession, then one must also regard the disorder among actresses as a source of bad morals, for such disorder inevitably leads to similar behavior among actors. But why is this disorder inevitable? Ah! Why indeed? In any other era, such a question would not even be raised; yet in this century, where prejudices and error reign supreme under the guise of philosophy, men, blinded by their vain knowledge, have closed their minds to the voice of reason and their hearts to the voice of nature.
Conosco un solo popolo che non abbia adottato le stesse massime degli altri in questo ambito: i Greci. È certo che, presso di loro, l’attività teatrale fosse considerata del tutto onesta; anzi, la Grecia ci fornisce esempi di attori incaricati di compiti pubblici, sia nello stato che all’interno delle ambasciate. Tuttavia, si potrebbero facilmente trovare le ragioni di questa eccezione:
1° Poiché la tragedia e la commedia furono inventate dai Greci, essi non potevano inizialmente suscitare disprezzo per uno stato il cui effetto ancora non era noto; e quando tale effetto divenne evidente, l’opinione pubblica aveva già preso una certa forma.
2° Poiché la tragedia aveva un carattere sacro nella sua origine, i suoi attori venivano considerati più come sacerdoti che come buffoni.
3° Poiché tutti gli argomenti delle opere teatrali erano tratti dall’antichità nazionale, oggetto di grande venerazione per i Greci, essi vedevano in questi attori meno persone che recitavano storie fittizie, quanto cittadini istruiti che rappresentavano davanti ai loro connazionali la storia del loro paese.
4° Questo popolo, appassionato della propria libertà al punto di ritenere i Greci gli unici esseri veramente liberi per natura, ricordava con profondo piacere le proprie antiche sofferenze e i crimini dei propri oppressori; tali rappresentazioni lo istruivano costantemente, e non poteva fare a meno di provare rispetto per gli strumenti utilizzati in queste manifestazioni culturali.
5° Poiché la tragedia veniva inizialmente recitata esclusivamente da uomini, sul loro teatro non si vedeva quella mescolanza scandalosa di uomini e donne che caratterizza i nostri spettacoli odierni.
6° Infine, i loro spettacoli erano privi della meschinità di quelli di oggi: i loro teatri non venivano costruiti per scopi commerciali o avarizi; gli attori non avevano bisogno di sfruttare i spettatori né di contare il numero delle persone presenti per garantirsi il proprio sostentamento.
Questi grandiosi e splendidi spettacoli, tenuti sotto il cielo, davanti a un’intera nazione, offrivano ovunque battaglie, vittorie, premi e oggetti capaci di ispirare nei Greci un ardente spirito di emulazione e di infiammare i loro cuori con sentimenti di onore e gloria. Fu proprio in mezzo a questo imponente spettacolo, così adatto a elevare e commuovere l’anima, che gli attori, animati dallo stesso zelo, condividevano, secondo i loro talenti, gli onori riservati ai vincitori delle competizioni, spesso ai più illustri cittadini della nazione. Non mi sorprende affatto che, lontano dall’umiliarli, questo tipo di attività professionale conferisse loro quella fierezza, quel coraggio e quel nobile disinteresse che a volte sembravano elevare gli attori al livello dei personaggi che interpretavano. Tuttavia, la Grecia, ad eccezione di Sparta, non fu mai considerata un esempio di buone costumi; e Sparta, che non tollerava il teatro[194], non aveva certo l’intenzione di onorare coloro che vi si dedicavano. Torniamo ora ai Romani: lontani dall’imitare gli esempi dei Greci in questo campo, ne fornirono uno completamente opposto. Quando le loro leggi dichiaravano i comici infami, era forse questo lo scopo di umiliarne la professione? Qual sarebbe stata l’utilità di una tale misura crudele? In realtà, tali leggi non li umiliavano affatto; anzi, rendevano solo più evidente il disonore che era insito in quella professione. Le buone leggi, infatti, non cambiano la natura delle cose, ma semplicemente la seguono; e sono proprio queste leggi che vengono rispettate. Quindi, prima di tutto, non si tratta di combattere contro i pregiudizi, ma di verificare se tali pregiudizi siano davvero fondati; se la professione di comico sia effettivamente disonorevole in sé stessa. Perché, se per sfortuna lo fosse, anche stabilendo il contrario, non faremmo altro che umiliarci noi stessi.
Che cos’è il talento di un attore comico? L’arte di fingere, di assumere un carattere diverso dal proprio, di apparire diverso da ciò che si è veramente, di provare emozioni con calma apparente, di dire cose diverse da quelle che si pensano, in modo così naturale come se le si credesse davvero, e infine di dimenticare la propria vera identità per assumere quella degli altri. Che cos’è la professione di un attore comico? Un mestiere attraverso il quale egli si mette in scena in cambio di denaro, si sottomette all’umiliazione e agli insulti che gli vengono inflitti, e mette pubblicamente se stesso in vendita. Invito ogni uomo sincero a dire se non sente, nel profondo del suo animo, che in questo “commercio di sé” c’è qualcosa di servile e meschino. Voi filosofi, che vi dichiarate così superiori ai pregiudizi, non morireste tutti di vergogna se, in modo spregevole, travestiti da re, doveste recitare davanti al pubblico un ruolo diverso dal vostro e esporre le vostre “maestà” alle derisioni della folla? Quale dunque è, in realtà, lo spirito che un attore comico riceve dalla sua professione? Un miscuglio di bassezza, falsità, ridicolo orgoglio e ignobile umiliazione, che lo rende adatto a interpretare ogni tipo di personaggio, tranne il più nobile di tutti: quello dell’uomo, che egli stesso abbandona.
So che l’arte dell’attore non consiste nel comportarsi come un individuo astuto che cerca di ingannare gli altri, né pretende che lo si scambi davvero per la persona che interpreta, né che si creda che provi le passioni che imita; anzi, presentando questa rappresentazione per ciò che realmente è, la rende del tutto innocua. Per questo motivo non lo accuso di essere un truffatore nel senso stretto del termine, ma di coltivare, come mestiere principale, il talento di ingannare le persone, e di esercitarsi in abitudini che, se possono risultare innocue solo sul palcoscenico, altrove servono soltanto a compiere azioni malvagie. Questi uomini, così ben vestiti, così abili nel tono della galanteria e negli accenti delle passioni, non abuseranno mai di quest’arte per sedurre giovani donne? Questi servi astuti, così abili con la lingua e le mani sul palcoscenico, non troveranno mai distrazioni utili nei loro compiti, spesso dispendiosi ma poco redditizi? Non prenderanno mai il portafoglio di un figlio prodigo o di un padre avaro per usarlo al posto di quello di Léandre o di Argan[195]? Dappertutto, la tentazione di compiere azioni malvagie aumenta con la facilità con cui ciò è possibile; e gli attori devono essere più virtuosi degli altri uomini, se non vogliono essere corrotti a loro volta.
L’oratore, il predicante, si può ancora dire che offrano se stessi allo spettacolo, proprio come fa l’attore? La differenza è enorme. Quando l’oratore sale sul palco, lo fa per parlare, non per divertire: rappresenta soltanto sé stesso, interpreta il proprio ruolo, parla in nome proprio, dice esclusivamente ciò che pensa; poiché l’uomo e il personaggio sono la stessa entità, egli è al suo posto, proprio come qualsiasi altro cittadino che svolga le funzioni proprie della sua condizione sociale. Ma un attore sul palco, che esprime sentimenti diversi dai propri, che dice soltanto ciò che gli viene detto di dire, e che spesso interpreta personaggi immaginari, si annulla, per così dire, diventa “il giocattolo” dei suoi spettatori. E poi, cosa dire di coloro che sembrano temere di valere troppo da soli, e si degradano al punto di interpretare personaggi a cui sarebbero ben felici di non assomigliare? È certamente un grande male vedere tanti individui malvagi nel mondo assumere il ruolo di persone oneste; ma c’è qualcosa di ancora più odioso, scioccante e vigliacco del fatto che una persona onesta vada in teatro a interpretare il ruolo di un criminale, utilizzando tutto il proprio talento per diffondere principi criminali di cui lei stessa prova orrore?
Se in tutto ciò si vede soltanto una professione poco onesta, bisogna riconoscere anche che l’ordine turbato delle attrici rappresenta una fonte di cattive abitudini, ordine che a sua volta influisce negativamente sugli attori. Ma perché questo disordine è inevitabile? Ah. Perché? In tempi diversi non ci sarebbe stato bisogno di chiederlo; ma in questo secolo, in cui i pregiudizi e l’errore regnano con tanta arroganza sotto il nome di “filosofia”, gli uomini, ottusi dal loro vano sapere, hanno chiuso la mente alla voce della ragione e il cuore a quella della natura.
Dans tout état, dans tout pays, dans toute condition, les deux sexes ont entre eux une liaison si forte et si naturelle, que les mœurs de l’un décident toujours de celles.de l’autre. Non que ces mœurs soient toujours les mêmes, mais elles ont toujours le même degré de bonté, modifié dans chaque sexe par les penchants qui lui sont propres. Les Anglaises sont douces et timides ; les Anglais sont durs et féroces. D’où vient cette apparente opposition ? De ce que le caractère de chaque sexe est ainsi renforcé, et que c’est aussi le caractère national de porter tout à l’extrême. À cela près, tout est semblable. Les deux sexes aiment à vivre à part ; tous deux font cas des plaisirs de la table ; tous deux se rassemblent pour boire après le repas, les hommes du vin, les femmes du thé ; tous deux se livrent au jeu sans fureur, et s’en font un métier plutôt qu’une passion ; tous deux ont un grand respect pour les choses honnêtes ; tous deux aiment la patrie et les lois ; tous deux honorent la foi conjugale, et, s’ils la violent, ils ne se font point un honneur de la violer ; la paix domestique plaît à tous deux : tous deux sont silencieux et taciturnes ; tous deux difficiles à émouvoir ; tous deux emportés dans leurs passions ; pour tous deux l’amour est terrible et tragique, il décide du sort de leurs jours ; il ne s’agit pas de moins, dit Murait, que d’y laisser la raison ou la vie ; enfin tous deux se plaisent à la campagne, et les dames anglaises errent aussi volontiers dans leurs parcs solitaires, qu’elles vont se montrer à Vauxhall. De ce goût commun pour la solitude naît aussi celui des lectures contemplatives et des romans dont l’Angleterre est inondée[196]. Ainsi tous deux, plus recueillis avec eux-mêmes, se livrent moins à des imitations frivoles, prennent mieux le goût des vrais plaisirs de la vie, et songent moins à paraître heureux qu’à l’être.
J’ai cité les Anglais par préférence, parce qu’ils sont, de toutes les nations du monde, celle où les mœurs des deux sexes paraissent d’abord le plus contraires. De leur rapport dans ce pays-là nous pouvons conclure pour les autres : toute la différence consiste en ce que la vie des femmes est un développement continuel de leurs moeurs ; au lieu que celles des hommes s’effaçant davantage dans l’uniformité des affaires, il faut attendre, pour en juger, de les voir dans les plaisirs. Voulez-vous donc connaître les hommes, étudiez les femmes. Cette maxime est générale, et jusque-là tout le monde sera d’accord avec moi. Mais si j’ajoute qu’il n’y a point de bonnes mœurs pour les femmes hors d’une vie retirée et domestique ; si je dis que les paisibles soins de la famille et du ménage sont leur partage, que la dignité de leur sexe est dans sa modestie, que la honte et la pudeur sont en elles inséparables de l’honnêteté, que rechercher les regards des hommes c’est déjà s’en laisser corrompre, et que toute femme qui se montre se déshonore ; à l’instant va s’élever contre moi cette philosophie d’un jour, qui naît et meurt dans le coin d’une grande ville, et veut étouffer de là le cri de la nature et la voix unanime du genre humain.
Préjugés populaires ! me crie-t-on ; petites erreurs de l’enfance ! tromperie des lois et de l’éducation ! La pudeur n’est rien ; elle n’est qu’une invention des lois sociales pour mettre à couvert les droits des pères et des époux, et maintenir quelque ordre dans les familles. Pourquoi rougirions-nous des besoins que nous donna la nature ? Pourquoi trouverions-nous un motif de honte dans un acte aussi indifférent en soi et aussi utile dans ses effets que celui qui concourt à perpétuer l’espèce ? Pourquoi, les désirs étant égaux des deux parts, les démonstrations en seraient-elles différentes ? Pourquoi l’un des sexes se refuserait-il plus que l’autre aux penchants qui leur sont communs ? Pourquoi l’homme aurait-il sur ce point d’autres lois que les animaux ?
Tes pourquoi, dit le dieu, ne finiraient jamais.
Mais ce n’est pas à l’homme, c’est à son auteur qu’il les faut adresser. N’est-il pas plaisant qu’il faille dire pourquoi j’ai honte d’un sentiment naturel, si cette honte ne m’est pas moins naturelle que ce sentiment même ? Autant vaudrait me demander aussi pourquoi j’ai ce sentiment. Est-ce à moi de rendre compte de ce qu’a fait la nature ? Par cette manière de raisonner, ceux qui ne voient pas pourquoi l’homme est existant devraient nier qu’il existe.
J’ai peur que ces grands scrutateurs des conseils de Dieu n’aient un peu légèrement pesé ses raisons. Moi, qui ne me pique pas de les connaître, j’en crois voir qui leur ont échappé. Quoi qu’ils en disent, la honte qui voile aux yeux d’autrui les plaisirs de l’amour est quelque chose : elle est la sauvegarde commune que la nature a donnée aux deux sexes dans un état de faiblesse et d’oubli d’eux-mêmes qui les livre à la merci du premier venu : c’est ainsi qu’elle couvre leur sommeil des ombres de la nuit, afin que, durant ce temps de ténèbres, ils soient moins exposés aux attaques les uns des autres : c’est ainsi qu’elle fait chercher à tout animal souffrant la retraite et les lieux déserts, afin qu’il souffre et meure en paix hors des atteintes qu’il ne peut plus repousser.
À l’égard de la pudeur du sexe en particulier, quelle arme plus douce eût pu donner cette même nature à celui qu’elle destinait à se défendre ? Les désirs sont égaux ! Qu’est-ce à dire ? Y a-t-il de part et d’autre mêmes facultés de les satisfaire ? Que deviendrait l’espèce humaine si l’ordre de l’attaque et de la défense était changé ? L’assaillant choisirait, au hasard, des temps où la victoire serait impossible ; l’assailli serait laissé en paix quand il aurait besoin de se rendre, et poursuivi sans relâche quand il serait trop faible pour succomber ; enfin le pouvoir et la volonté, toujours en discorde, ne laissant jamais partager les désirs, l’amour ne serait plus le soutien de la nature, il en serait le destructeur et le fléau.
Si les deux sexes avaient également fait et reçu les avances, la vaine importunité n’eût point été sauvée, des feux toujours languissants dans une ennuyeuse liberté ne se fussent jamais irrités, le plus doux de tous les sentiments eût à peine effleuré le cœur humain, et son objet eût été mal rempli. L’obstacle apparent qui semble éloigner cet objet est au fond ce qui le rapproche. Les désirs voilés par la honte n’en deviennent que plus séduisants ; en les gênant, la pudeur les enflamme : ses craintes, ses détours, ses réserves, ses timides aveux, sa tendre et naïve finesse, disent mieux ce qu’elle croit taire que la passion ne l’eût dit sans elle : c’est elle qui donne du prix aux faveurs, et de la douceur aux refus. Le véritable amour possède en effet ce que la seule pudeur lui dispute : ce mélange de faiblesse et de modestie le rend plus touchant et plus tendre ; moins il obtient, plus la valeur de ce qu’il obtient en augmente ; et c’est ainsi qu’il jouit à la fois de ses privations et de ses plaisirs.
Pourquoi, disent-ils, ce qui n’est pas honteux à l’homme le serait-il à la femme ? pourquoi l’un des sexes se ferait-il un crime de ce que l’autre se croit permis ? Comme si les conséquences étaient les mêmes des deux côtés ! comme si tous les austères devoirs de la femme ne dérivaient pas de cela seul, qu’un enfant doit avoir un père ! Quand ces importantes considérations nous manqueraient, nous aurions toujours la même réponse à faire, et toujours elle serait sans réplique : ainsi l’a voulu la nature, c’est un crime d’étouffer sa voix. L’homme peut être audacieux, telle est sa destination[197] ; il faut bien que quelqu’un se déclare ; mais toute femme sans pudeur est coupable et dépravée, parce qu’elle foule aux pieds un sentiment naturel à son sexe.
In every state, in every country, under every condition, the two sexes have a connection so strong and so natural that the manners of one always determine those of the other. It is not that these manners are always identical; yet they always share the same degree of goodness, though this degree varies in each sex due to their inherent tendencies. English women are gentle and timid; English men are stern and fierce. Where does this apparent contradiction come from? From the fact that the characteristics of each sex are thus intensified, and also because the national character tends to carry everything to extremes. Apart from this, everything else is similar. Both sexes prefer to live separately; both enjoy the pleasures of the table; both gather after meals—men for wine, women for tea; both engage in games without excess, treating them more as a pastime than as an obsession; both hold great respect for honest pursuits; both love their country and its laws; both cherish marital fidelity, and if they violate it, they do not consider it an honor to do so. Domestic peace is pleasing to both; both tend to be quiet and reserved; both are difficult to move; both become intense in their passions; for both, love is a terrible and tragic force that determines the course of their lives. “It is nothing less,” says Murat, “than a matter of sacrificing reason or life.” Finally, both enjoy the countryside, and English ladies are just as willing to wander through their secluded parks as they are to attend events like Vauxhall. This common inclination toward solitude also leads to a shared love for contemplative reading and novels, which are so prevalent in England[196]. In this way, when each sex is more introspective, they are less prone to frivolous imitations, develop a true appreciation for the genuine pleasures of life, and focus more on being happy than on appearing happy.
I have preferred to cite the English, because among all nations of the world, theirs is the one in which the manners of both sexes seem at first to be most contradictory. From their relationship within that country, we can draw conclusions for other nations: the entire difference lies in the fact that a woman’s life represents a continuous development of her manners; whereas a man’s manners tend to fade into uniformity amidst everyday pursuits, we must wait and observe them in the context of leisure and pleasure before we can truly judge them. Therefore, if you wish to understand men, study women. This maxim is universal, and everyone will agree with me on that point. But if I were to add that there can be no good manners for women outside of a secluded and domestic life; if I said that the peaceful duties of family and household are their proper role, that the dignity of their sex lies in modesty, that shame and propriety are inseparable from honesty for them, and that seeking men’s attention is tantamount to allowing themselves to be corrupted—then immediately, that kind of philosophy, which is born and dies in the corners of great cities, would rise up against me, attempting to silence the voice of nature and the unanimous consensus of humanity.
“Popular prejudices!” people exclaim at me; “mere childhood mistakes!” they say; “deceptions imposed by laws and education!” They claim that modesty is nothing but an invention of social norms, designed to protect the rights of fathers and husbands and to maintain some sort of order within families. Why should we feel ashamed of the natural desires that have been given to us by nature? Why should we consider any act that is, in itself, so indifferent yet so beneficial in its consequences—as such an act contributes to the continuation of the species—to be a source of shame? If the desires of both sexes are equal, why should their expressions be different? Why should one sex refuse, more than the other, to indulge in those tendencies that are common to them both? Why should humans have different laws in this regard from animals?
“Why,” said the god, “would they ever come to an end?”
But it is not to the man that these questions should be directed, but to their author. Is it not absurd to have to explain why I feel ashamed of a natural emotion, when this very shame is just as natural as the emotion itself? It would be just as reasonable to ask me why I have such an emotion in the first place. Am I supposed to be responsible for explaining what nature has done? By reasoning in this way, those who cannot understand why man exists should conclude that he does not exist at all.
I fear that these so-called “great observers of God’s will” may have somewhat overlooked certain reasons. As for me, who care not to know them in detail, I believe I can see what they have failed to consider. Whatever they say, the shame that clouds others’ eyes when experiencing the pleasures of love is indeed something real—it is the common protection that nature has granted to both sexes in a state of weakness and self-forgetfulness, when they are vulnerable to anyone who comes along. It is thus that nature covers their sleep with the shadows of night, so that during these moments of darkness, they are less exposed to one another’s attacks. And it is also why every suffering creature seeks out solitude and remote places, so that it may die in peace, free from any further harm it can no longer resist.
Regarding the modesty of the sex in particular, what more gentle weapon could have been used to endow those whom it was intended to protect with the very means necessary for their defense? Desires are equal! What does that mean? Are both parties endowed with the same faculties to satisfy them? What would happen to the human species if the order of attack and defense were reversed? The attacker would arbitrarily choose times when victory would be impossible; the defender would be left alone when he needed to surrender, and pursued relentlessly when he was too weak to resist; in short, power and will, always in conflict and never allowing desires to be shared, would turn love from a support for nature into its destroyer and scourge.
If both sexes had equally given and received such advances, the futile and annoying behavior that arises from unfulfilled desires would never have existed; those embers of passion that linger in a dull and empty freedom would never have been kindled; the gentlest of all emotions would hardly have ever touched the human heart, and its intended effect would have been greatly diminished. The apparent obstacles that seem to prevent such feelings from being expressed are, in reality, what brings them closer together. Desires concealed by shame become all the more enticing; modesty, by restraining them, only intensifies their intensity. Fear, circumvention, reserve, timid confessions, and that tender, naive delicacy of manner—these all convey far more than passion alone could ever express. It is modesty itself that gives value to those acts of kindness and sweetness to those refusals. True love possesses, in fact, what modesty alone seeks to deny it: that blend of weakness and humility that makes it both more touching and more tender. The less it achieves, the greater seems the value of what it does obtain; and thus it finds pleasure both in its sacrifices and in its rewards.
Why, they ask, if what is not shameful for a man would be shameful for a woman? Why should one sex consider certain things a crime when the other thinks them permissible? As if the consequences were the same in both cases! As if all of a woman’s solemn duties did not stem solely from this fundamental principle—that a child must have a father! Even if we overlooked these important considerations, we would still have an irrefutable answer: such is nature’s will; to suppress it would be a crime. Men may be bold—such is their destiny[197]; someone must indeed take responsibility. But any woman devoid of modesty is guilty and corrupt, for she tramples upon a natural sentiment inherent in her gender.
In ogni stato, in ogni paese, in ogni condizione, i due sessi hanno tra loro un legame così forte e naturale che i costumi di uno influenzano sempre quelli dell’altro. Non che questi costumi siano sempre gli stessi, ma hanno sempre lo stesso grado di bontà, modificato in ciascun sesso dai caratteristiche proprie a quel genere. Le donne inglesi sono dolci e timide; gli uomini inglesi sono duri e feroci. Da dove deriva questa apparente opposizione? Dal fatto che il carattere di ogni sesso viene così accentuato, e dal fatto che anche il carattere nazionale tende sempre a portare tutto all’estremo. A parte questo, tutto è simile: entrambi i sessi amano vivere separatamente; entrambi apprezzano i piaceri della tavola; entrambi si riuniscono dopo i pasti, gli uomini per bere vino, le donne per il tè; entrambi praticano i giochi senza eccesso, considerandoli più un’occupazione che una passione; entrambi hanno grande rispetto per le cose oneste; entrambi amano la patria e le leggi; entrambi onorano la fede coniugale, e, se la violano, non ne traggono alcun orgoglio; entrambi apprezzano la pace domestica; entrambi sono silenziosi e riservati; entrambi difficili da commuovere; entrambi appassionati nelle loro emozioni; per entrambi l’amore è terribile e tragico, e ne dipende il destino delle loro vite. Non si tratta certo di meno che di decidere se lasciare la ragione o la vita in suo potere; infine, entrambi amano la campagna: le donne inglesi passeggiano volentieri nei loro parchi solitari, proprio come vanno a Vauxhall per divertirsi. Da questo comune gusto per la solitudine deriva anche l’amore per le letture contemplative e i romanzi, di cui l’Inghilterra è letteralmente sommersa[196]. Così, più riflessivi nella loro vita privata, entrambi evitano imitazioni frivole, apprezzano di più i veri piaceri della vita e pensano meno a mostrarsi felici che ad esserlo davvero.
Ho citato gli Inglesi per preferenza, perché sono, tra tutte le nazioni del mondo, quella in cui i costumi dei due sessi sembrano essere i più opposti. Dalla loro relazione in questo paese possiamo trarre conclusioni valide anche per le altre nazioni: la differenza principale risiede nel fatto che la vita delle donne rappresenta uno sviluppo continuo dei loro costumi, mentre quella degli uomini, al contrario, tende a scomparire nell’uniformità delle attività quotidiane; per giudicarne veramente il carattere, bisogna osservarle nei loro piaceri. Quindi, se volete conoscere gli uomini, studiate le donne. Questo principio è universale, e fino a questo punto tutti saranno d’accordo con me. Ma se aggiungo che non esistono buoni costumi per le donne al di fuori di una vita ritirata e domestica; se affermo che i tranquilli doveri della famiglia e della casa siano il loro compito principale, che la dignità del loro sesso risieda nella modestia, che l’umiliazione e la pudicizia siano per loro inseparabili dall’onestà, e che cercare gli sguardi degli uomini significhi già lasciarsi corrompere da essi, allora subito si leveranno contro di me quelle filosofie superficiali, nate e morte nei angoli delle grandi città, che cercano di soffocare il grido della natura e la voce unanime dell’umanità.
“Pregiudizi popolari!”, mi si grida contro; “piccole errori dell’infanzia!”, si dice. Inganni delle leggi e dell’educazione. La pudicizia non è nulla: è soltanto un’invenzione delle leggi sociali, creata per proteggere i diritti dei padri e degli sposi e mantenere un certo ordine nelle famiglie. Perché dovremmo vergognarci dei bisogni che la natura ci ha dato? Perché dovremmo considerare vergognoso un atto che, in sé indifferente, è tuttavia estremamente utile nei suoi effetti, visto che contribuisce alla perpetuazione della specie? Se i desideri sono gli stessi da entrambe le parti, perché allora le manifestazioni di questi desideri dovrebbero essere diverse? Perché uno dei sessi dovrebbe rifiutarsi più dell’altro di soddisfare quei bisogni che sono comuni a entrambi? E perché l’uomo dovrebbe avere, in questo ambito, leggi diverse da quelle degli animali?
“Perché mai”, disse il dio, “tali cose non dovrebbero mai finire”.
Ma non è all’uomo che bisogna rivolgerle, bensì al suo creatore. Non è forse ironico dover spiegare perché provo vergogna di un sentimento naturale, se questa stessa vergogna non è altrettanto naturale di quel sentimento? Sarebbe altrettanto appropriato chiedermi anche il motivo per cui provo tale sentimento. È forse mio compito spiegare ciò che la natura ha fatto? Con questo modo di ragionare, coloro che non comprendono il motivo dell’esistenza dell’uomo dovrebbero negare che esso esista davvero.
Temo che questi grandi osservatori dei disegni di Dio abbiano valutato un po’ troppo superficialmente le loro ragioni. Io, che non mi preoccupo affatto di conoscerle, credo di riuscire a individuare alcune cose che loro hanno trascurato. Qualunque cosa dicano, la vergogna che offusca gli occhi degli altri di fronte ai piaceri dell’amore esiste davvero: essa rappresenta quella protezione comune che la natura ha fornito ai due sessi in uno stato di debolezza e di oblio di sé stessi, che li rende vulnerabili a chiunque. È così che la natura avvolge il loro sonno nell’oscurità della notte, affinché, in quel momento di tenebre, siano meno esposti agli attacchi reciproci; è così che spinge ogni essere vivente a cercare rifugi e luoghi solitari, affinché possa soffrire e morire in pace, lontano da quelle minacce che ormai non può più respingere.
Per quanto riguarda in particolare la pudicizia del sesso, quale arma più “dolce” avrebbe potuto conferire alla persona destinata a difendersi quella stessa natura che essa dovrebbe proteggere? I desideri sono uguali. Cosa significa questo? Esistono forse da entrambe le parti le stesse possibilità per soddisfarli? In che modo cambierebbe la specie umana se l’ordine tra attacco e difesa venisse invertito? L’assalitore sceglierebbe, a caso, momenti in cui la vittoria sarebbe impossibile; verrebbe lasciato in pace quando avesse bisogno di arrendersi, e perseguito senza tregua quando fosse troppo debole per resistere. Infine, il potere e la volontà, sempre in disaccordo, impedirebbero mai che i desideri venissero condivisi; l’amore non sarebbe più il sostegno della natura, ma ne diventerebbe il distruttore e il flagello.
Se entrambi i sessi avessero fatto e ricevuto gli stessi approcci, quella vana insistenza non sarebbe mai esistita; i desideri, sempre languidi in una noiosa libertà, non si sarebbero mai accesi; il più dolce dei sentimenti avrebbe appena sfiorato il cuore umano, e il suo scopo sarebbe stato mal raggiunto. L’ostacolo apparente che sembra allontanare questo scopo è in realtà ciò che lo avvicina. I desideri nascosti dalla vergogna diventano ancora più seducenti; ostacolandoli, la pudicizia li accende: le sue paure, i suoi giri di parole, le sue riserve, le sue timide confessioni, la sua tenerezza e ingenuità, tutto ciò dice meglio ciò che lei crede di nascondere di quanto non potrebbe farlo la passione stessa. È proprio la pudicizia a dare valore alle attenzioni e dolcezza ai rifiuti. L’amore vero possiede infatti ciò che solo la pudicizia gli contesta: quel misto di debolezza e modestia lo rende più commovente e tenero; meno riesce ad ottenere, maggiore diventa il valore di ciò che ottiene. Ed è così che gode sia delle privazioni che dei piaceri.
Perché, dicono, ciò che non è vergognaoso per l’uomo lo sarebbe per la donna? Perché uno dei sessi dovrebbe considerare un crimine ciò che l’altro ritiene permesso? Come se le conseguenze fossero le stesse in entrambi i casi. Come se tutti gli doveri rigorosi della donna non derivassero semplicemente dal fatto che un bambino debba avere un padre! Se queste importanti considerazioni ci mancassero, avremmo comunque sempre la stessa risposta da dare. E questa risposta sarebbe sempre inconfutabile: così l’ha voluta la natura; soffocare la sua voce è un crimine. L’uomo può essere audace. Questa è la sua destinazione[197]; qualcuno deve pur farsi avanti. Ma ogni donna priva di pudore è colpevole e corrotta, perché calpesta un sentimento naturale proprio del suo sesso.
Comment peut-on disputer la vérité de ce sentiment ? toute la terre n’en rendît-elle pas l’éclatant témoignage, la seule comparaison des sexes suffirait pour la constater. N’est-ce pas la nature qui pare les jeunes personnes de ces traits si doux, qu’un peu de honte rend plus touchants encore ? N’est-ce pas elle qui met dans leurs yeux ce regard timide et tendre auquel on résiste avec tant de peine ? N’est-ce pas elle qui donne à leur teint plus d’éclat et à leur peau plus de finesse, afin qu’une modeste rougeur s’y laisse mieux apercevoir ? N’est-ce pas elle qui les rend craintives afin qu’elles fuient, et faibles afin qu’elles cèdent ? À quoi bon leur donner un cœur plus sensible à la pitié, moins de vitesse à la course, un corps moins robuste, une stature moins haute, des muscles plus délicats, si elle ne les eut destinées à se laisser vaincre ? Assujetties aux incommodités de la grossesse et aux douleurs de l’enfantement, ce surcroit de travail exigeait-il une diminution de forces ? Mais pour les réduire à cet état pénible, il les fallait assez fortes pour ne succomber qu’à leur volonté, et assez faibles pour avoir toujours un prétexte de se rendre. Voilà précisément le point où les a placées la nature.
Passons du raisonnement à l’expérience. Si la pudeur était un préjugé de la société et de l’éducation, ce sentiment devrait augmenter dans les lieux où l’éducation est plus soignée, et où l’on raffine incessamment sur les lois sociales ; il devrait être plus faible partout où l’on est resté plus près de l’état primitif. C’est tout le contraire[198]. Dans nos montagnes, les femmes sont timides et modestes ; un mot les fait rougir, elles n’osent lever les yeux sur les hommes, et gardent le silence devant eux. Dans les grandes villes, la pudeur est ignoble et basse : c’est la seule chose dont une femme bien élevée aurait honte, et l’honneur d’avoir fait rougir un honnête homme n’appartient qu’aux femmes du meilleur air.
L’argument tiré de l’exemple des bêtes ne conclut point et n’est pas vrai. L’homme n’est point un chien ni un loup. Il ne faut qu’établir dans son espèce les premiers rapports de la société pour donner à ses sentiments une moralité toujours inconnue aux bêtes. Les animaux ont un cœur et des passions, mais la sainte image de l’honnête et du beau n’entra jamais que dans le cœur de l’homme.
Malgré cela, où a-t-on pris que l’instinct ne produit jamais dans les animaux des effets semblables à ceux que la honte produit parmi les hommes ? Je vois tous les jours des preuves du contraire. J’en vois se cacher dans certains besoins, pour dérober aux sens un objet de dégoût ; je les vois ensuite, au lieu de fuir, s’empresser d’en couvrir les vestiges. Que manque-t-il à ces soins pour avoir un air de décence et d’honnêteté, sinon d’être pris par des hommes ? Dans leurs amours, je vois des caprices, des choix, des refus concertés, qui tiennent de bien près à la maxime d’irriter la passion par les obstacles. À l’instant même où j’écris ceci, j’ai sous les yeux un exemple qui le confirme. Deux jeunes pigeons, dans l’heureux temps de leurs premières amours, m’offrent un tableau bien différent de la sotte brutalité que leur prêtent nos prétendus sages. La blanche colombe va suivant pas à pas son bien-aimé, et prend chasse elle-même aussitôt qu’il se retourne. Reste-t-il dans l’inaction, de légers coups de bec le réveillent : s’il se retire, on le poursuit ; s’il se défend, un petit vol de six pas l’attire encore : l’innocence de la nature ménage les agaceries et la molle résistance avec un art qu’aurait à peine la plus habile coquette. Non, la folâtre Galatée ne faisait pas mieux, et Virgile eût pu tirer d’un colombier l’une de ses plus charmantes images.
Quand on pourrait nier qu’un sentiment particulier de pudeur fut naturel aux femmes, en serait-il moins vrai que, dans la société, leur partage doit être une vie domestique et retirée, et qu’on doit les élever dans des principes qui s’y rapportent ? Si la timidité, la pudeur, la modestie, qui leur sont propres, sont des inventions sociales, il importe à la société que les femmes acquièrent ces qualités, il importe de les cultiver en elles ; et toute femme qui les dédaigne offense les bonnes mœurs. Y a-t-il au monde un spectacle aussi touchant, aussi respectable, que celui d’une mère de famille entourée de ses enfants, réglant les travaux de ses domestiques, procurant à son mari une vie heureuse, et gouvernant sagement la maison ? C’est là qu’elle se montre dans toute la dignité d’une honnête femme ; c’est là qu’elle impose vraiment du respect, et que la beauté partage avec honneur les hommages rendus à la vertu.
Une maison dont la maîtresse est absente est un corps sans âme, qui bientôt tombe en corruption ; une femme hors de sa maison perd son plus grand lustre ; et, dépouillée de ses vrais ornements, elle se montre avec indécence. Si elle a un mari, que cherche-t-elle parmi les hommes ? Si elle n’en a pas, comment s’expose-t-elle à rebuter, par un maintien peu modeste, celui qui serait tenté de le devenir ? Quoi qu’elle puisse faire, on sent qu’elle n’est pas à sa place en public ; et sa beauté même, qui plaît sans intéresser, n’est qu’un tort de plus que le cœur lui reproche. Que cette impression nous vienne de la nature ou de l’éducation, elle est commune à tous les peuples du monde ; partout on considère les femmes à proportion de leur modestie ; partout on est convaincu qu’en négligeant les manières de leur sexe elles en négligent les devoirs ; partout on voit qu’alors, tournant en effronterie la mâle et ferme assurance de l’homme, elles s’avilissent par cette odieuse imitation, et déshonorent à la fois leur sexe et le nôtre.
Je sais qu’il règne en quelques pays des coutumes contraires ; mais voyez aussi quelles mœurs elles ont fait naître. Je ne voudrais pas d’autre exemple pour confirmer mes maximes. Appliquons aux mœurs des femmes ce que j’ai dit ci-devant de l’honneur qu’on leur porte. Chez tous les anciens peuples policés elles vivaient très renfermées ; elles se montraient rarement en public, jamais avec des hommes ; elles ne se promenaient point avec eux ; elles n’avaient point la meilleure place au spectacle, elles ne s’y mettaient point en montre[199] ; il ne leur était pas même permis d’assister à tous, et l’on sait qu’il y avait peine de mort contre celles qui s’oseraient montrer aux jeux olympiques.
Dans la maison elles avaient un appartement particulier où les hommes n’entraient point. Quand leurs maris donnaient à manger, elles se présentaient rarement à table ; les honnêtes femmes en sortaient avant la fin du repas, et les autres n’y paraissaient point au commencement. Il n’y avait aucune assemblée commune pour les deux sexes ; ils ne passaient point la journée ensemble. Ce soin de ne pas se rassasier les uns des autres faisait qu’on s’en revoyait avec plus de plaisir : il est sûr qu’en général la paix domestique était mieux affermie, et qu’il régnait plus d’union entre les époux[200] qu’il n’en règne aujourd’hui.
Tels étaient les usages des Perses, des Grecs, des Romains, et même des Égyptiens, malgré les mauvaises plaisanteries d’Hérodote, qui se réfutent d’elles-mêmes. Si quelquefois les femmes sortaient des bornes de cette modestie, le cri public montrait que c’était une exception. Que n’a-t-on pas dit de la liberté du sexe à Sparte ? On peut comprendre aussi par la Lysistrata d’Aristophane combien l’impudence des Athéniennes était choquante aux yeux des Grecs ; et, dans Rome déjà corrompue, avec quel scandale ne vit-on point encore les dames romaines se présenter au tribunal des triumvirs !
Tout est changé. Depuis que des foules de barbares, tramant avec eux leurs femmes dans leurs armées, eurent inondé l’Europe, la licence des camps, jointe à la froideur naturelle des climats septentrionaux, qui rend la réserve moins nécessaire, introduisit une autre manière de vivre, que favorisèrent les livres de chevalerie, où les belles dames passaient leur vie à se faire enlever par des hommes, en tout bien et en tout honneur. Comme ces livres étaient les écoles de galanterie du temps, les idées de liberté qu’ils inspirent s’introduisirent surtout dans les cours et les grandes villes, où l’on se pique davantage de politesse ; par le progrès même de cette politesse, elle dut enfin dégénérer en grossièreté. C’est ainsi que la modestie naturelle au sexe est peu à peu disparue, et que les mœurs des vivandières se sont transmises aux femmes de qualité.
How can one dispute the truth of this sentiment? Doesn’t the entire world bear clear testimony to it? A mere comparison between the sexes would be enough to confirm it. Isn’t it nature that endows young women with such gentle traits that a hint of shyness only makes them seem all the more appealing? Isn’t it nature that gives them that timid, tender gaze which we find so difficult to resist? Isn’t it nature that adds luster to their skin and delicacy to their features, making even a modest blush more noticeable? Isn’t it nature that makes them cautious, so that they flee when threatened, and weak, so that they yield easily? What use would it be to grant them a heart more susceptible to compassion, slower movement in their flight, a less robust body, a shorter stature, or more delicate muscles, if it weren’t intended for them to succumb? Forced to endure the hardships of pregnancy and the pains of childbirth, does this additional burden require a reduction in their strength? But in order to reduce them to such a miserable state, they must be strong enough to yield only to their own will—and weak enough to always have an excuse to surrender. Such is precisely the position nature has placed them in.
Let us move from reasoning to experience. If modesty were a prejudice inherent in society and education, this sentiment should increase in places where education is more thorough and where social norms are constantly refined; on the contrary, it should be weaker wherever people remain closer to their primitive state[198]. In our mountains, women are shy and modest; a single word makes them blush; they dare not raise their eyes at men and keep silent in their presence. In big cities, modesty has become something despicable and baseless—it is the very thing a well-bred woman would be ashamed of, and the honor of making an honest man blush belongs only to women of the highest moral standards.
The argument drawn from the example of animals leads to no conclusion and is not true. Man is neither a dog nor a wolf. It is only necessary to establish the basic forms of society within his own species in order to endow his sentiments with a morality that is entirely unknown to animals. Animals possess hearts and passions, but the sacred ideals of honesty and beauty can never exist except in the human heart.
Nevertheless, where on earth did people come up with the idea that instinct never produces in animals effects similar to those that shame induces in humans? I see evidence to the contrary every day. I observe how certain instincts conceal themselves within certain behaviors, in order to deprive the senses of anything that could provoke disgust; yet instead of avoiding such things, these animals eagerly endeavor to cover up their traces. What is missing in these actions to give them an air of decency and honesty, if not the presence of humans? In their courtships, I see caprices, choices, and deliberate refusals—behavior that closely resembles the tactic of provoking passion through obstacles. At this very moment as I write this, I have an example right before my eyes to confirm this point. Two young pigeons, in the blissful days of their early love, present a scene quite different from the foolish brutality often attributed to them by our so-called wise people. The white dove follows its beloved step by step, and immediately begins chasing after it whenever it turns around. If it remains motionless, a light peck from her beak awakens it; if it tries to flee, she pursues it; if it defends itself, a short flight of six steps draws it back again. The innocence of nature manages these teasing and gentle resistances with such artistry that even the most skillful coquettish woman could hardly match it. No, the playful Galatea could not have done any better—and Virgil might well have drawn one of his most charming images from a pigeon loft.
One might perhaps deny that a particular sense of modesty is inherent in women, but would it not remain true that, within society, their role should be confined to domestic and secluded life, and that they must be raised according to principles suited to such a life? If timidity, modesty, and humility—qualities that are characteristic of women—are merely social inventions, then it is essential for society that women acquire these qualities; indeed, it is imperative to cultivate them in them. Any woman who despises them offends against good morals. Is there in the world a more touching, more respectable sight than that of a mother of family surrounded by her children, managing the affairs of her household, ensuring her husband’s happiness, and wisely governing the home? It is therein that she demonstrates all the dignity of an honest woman; it is therein that she truly earns respect, and where beauty shares in honor with virtue the adulations that are due to virtue itself.
A house whose mistress is absent is like a body without a soul, soon falling into decay; a woman away from her home loses its greatest glory; stripped of its true adornments, it behaves in an indecent manner. If she has a husband, what does she seek among other men? If she doesn’t, how can she not repel those who might be tempted to approach her through an improper demeanor? No matter what she does, it is clear that she does not belong in public; and even her beauty, which pleases without arousing desire, is merely another fault that her heart reproaches her for. Whether this perception arises from nature or from education, it is common to all peoples of the world. Everywhere, women are judged according to their modesty; everywhere, it is believed that when they neglect the manners befitting their gender, they also neglect their duties. Everywhere, it can be seen that in doing so, they turn what should be a man’s bold and confident demeanor into shamelessness, thereby demeaning both their own sex and ours.
I know that in some countries there exist customs that are contrary to these; but consider also what kind of morals such customs have given rise to. I could not wish for a better example to confirm my principles. Let us apply to the manners of women what I have said earlier about the respect paid to them. Among all ancient civilized peoples, they led very reclusive lives; they rarely appeared in public, never in the company of men; they did not walk with them; they did not occupy the best seats at public events, nor did they seek to attract attention there[199]; it was not even permitted for them to attend all such events, and we know that those who dared to appear at the Olympic games faced the death penalty.
In the house, they had a separate apartment where men were not allowed to enter. When their husbands served meals, they rarely sat down at the table; the honest women would leave before the meal was over, while the others never appeared in the first place. There was no common gathering for both sexes; they did not spend the day together. This effort to avoid eating together meant that they enjoyed each other’s company even more afterward. It is certainly true that, generally speaking, domestic peace was better maintained back then, and there was greater unity between spouses than it is today[200].
Such were the customs of the Persians, Greeks, Romans, and even the Egyptians, despite the derogatory remarks made by Herodotus—which are, in themselves, self-refuting. If women occasionally exceeded these limits of modesty, public outcry would serve as a clear indication that such behavior was exceptional. What has not been said about the supposed freedom of women in Sparta? One can also understand, through Aristophanes’ play Lysistrata, how the audacity of Athenian women shocked the Greeks. And in Rome, already corrupt at that time, what scandals were not caused when Roman ladies appeared before the tribunals of the triumvirs!
Everything has changed. Since hordes of barbarians, bringing their women with them into their armies, flooded Europe, the laxity of camp life, combined with the cold climates of the north—which reduced the need for restraint—introduced a different way of living. This trend was further fueled by books of chivalry, which depicted noble ladies spending their lives having themselves rescued by men, all within proper bounds and honor. Since these books served as the guiding principles of courtly behavior at the time, the ideas of freedom they promoted especially took root in courts and large cities, where greater emphasis was placed on politeness. Yet, precisely because of the advancement of such politeness, it ultimately degenerated into rudeness. In this way, the natural modesty inherent to women gradually disappeared, and the behavior once associated with lower-class vendors began to be adopted by women of higher status.
Come si può mettere in dubbio la veridicità di questo sentimento? Non è forse l’intera natura a ne fornire una testimonianza evidente? Basterebbe solo confrontare i due sessi per constatarlo. Non è forse la natura stessa ad adornare le giovani donne con tratti così dolci, che un po’ di vergogna li rende ancora più affascinanti? Non è forse lei a dare loro uno sguardo timido e tenero al quale ci è così difficile resistere? Non è forse lei a donare al loro viso più splendore e alla loro pelle maggiore delicatezza, in modo che un leggero rossore vi risulti ancora più evidente? Non è forse lei a renderle timide, affinché fuggano, e deboli, affinché cedano? A che servirebbe donare loro un cuore più sensibile alla pietà, una velocità inferiore nella corsa, un corpo meno robusto, una statura più bassa, muscoli più delicati, se non fossero destinate a soccombere? Sottoposte alle difficoltà della gravidanza e ai dolori del parto, quel supplemento di lavoro richiedeva forse una diminuzione delle loro forze? Ma per ridurle in tale stato penoso, dovevano essere abbastanza forti da non cedere se non alla propria volontà, e abbastanza deboli da avere sempre un pretesto per arrendersi. Ed è proprio in questo modo che la natura le ha create.
Passiamo dal ragionamento all’esperienza. Se la pudore fosse un pregiudizio derivante dalla società e dall’educazione, questo sentimento dovrebbe aumentare nei luoghi in cui l’educazione è più curata e dove le leggi sociali vengono costantemente perfezionate; invece, dovrebbe essere più debole ovunque si sia rimasti più vicini allo stato primitivo. È esattamente il contrario[198]. Nelle nostre montagne, le donne sono timide e modeste: una parola le fa arrossire, non osano alzare lo sguardo sugli uomini e mantengono il silenzio in loro presenza. Nelle grandi città, la pudore è considerato qualcosa di ignobile e volgare: è l’unica cosa di cui una donna ben educata dovrebbe vergognarsi, e l’onore di aver fatto arrossire un uomo onesto spetta soltanto alle donne del miglior ceto sociale.
L’argomento basato sull’esempio degli animali non conduce a alcuna conclusione e non è vero. L’uomo non è un cane né un lupo; basta stabilire, all’interno della sua specie, i primi rapporti sociali per attribuire ai suoi sentimenti una moralità che gli animali non conoscono mai. Gli animali hanno un cuore e delle passioni, ma l’immagine sacra dell’onestà e della bellezza esiste soltanto nel cuore dell’uomo.
Nonostante ciò, da dove si è tratto il convincimento che l’istinto negli animali non produca mai effetti simili a quelli che la vergogna provoca negli uomini? Ogni giorno vedo prove del contrario: vedo come alcuni istinti nascondano in sé elementi di disgusto, ma invece di farne fuggire gli oggetti responsabili di tale sentimento, gli animali si affrettano a coprirne le tracce. A che cosa mancano questi comportamenti per apparire decorosi e onesti, se non al fatto di essere osservati dagli uomini? Nei loro rapporti amorosi, vedo capricci, scelte e rifiuti deliberati che sembrano proprio mirare ad alimentare la passione attraverso gli ostacoli. Proprio in questo momento sto osservando un esempio che lo conferma: due giovani piccioni, nel periodo felice dei loro primi amori, mi offrono una scena molto diversa da quella di brutale ignoranza che vengono spesso attribuiti agli animali. La colomba bianca segue passo dopo passo il suo amato e inizia subito a “cacciare” non appena lui si gira; se rimane fermo, alcuni leggeri colpi del becco lo svegliano; se si allontana, viene inseguita; se si difende, un breve volo di pochi passi la attira di nuovo verso di lui. L’innocenza della natura gestisce con grande abilità queste “distrazioni” e queste “resistenze dolci”, con un talento che nemmeno la più esperta cortigiana potrebbe eguagliare. No, la folle Galatea non avrebbe fatto di meglio. E Virgilio avrebbe potuto trarre da questo scenario uno dei suoi dipinti più incantevoli.
Si potrebbe forse negare che un particolare senso di pudore sia naturale nelle donne, ma non è forse altrettanto vero che, nella società, il loro ruolo debba essere quello di dedicarsi alla vita domestica e ritirata, e che debbano essere educate secondo principi in linea con tale ruolo? Se la timidezza, la pudore e la modestia, che sono proprie delle donne, sono in realtà creazioni sociali, allora è fondamentale per la società che le donne acquisiscano queste qualità; è necessario coltivarle in loro. Ogni donna che le disprezza offende le buone usanze. Esiste forse al mondo uno spettacolo più commovente e rispettabile di quello di una madre di famiglia circondata dai suoi figli, che organizza il lavoro dei domestici, garantisce a suo marito una vita felice e gestisce saggiamente la casa? È in questi momenti che lei dimostra tutta la dignità di una donna onesta; è allora che merita davvero rispetto, e che la bellezza condivide onorosamente gli omaggi resi alla virtù.
Una casa la cui padrona è assente è come un corpo senza anima, che presto cade in decadenza; una donna lontana dalla sua casa perde il suo più grande splendore; privata dei suoi veri ornamenti, si mostra in modo indecente. Se ha un marito, cosa cerca tra gli uomini? Se non ne ha, come può rischiare di allontanare, con un comportamento poco modesto, colui che potrebbe essere tentato di diventarlo? Qualunque cosa faccia, si percepisce chiaramente che non è al suo posto in pubblico; e anche la sua bellezza, che piace senza suscitare interesse, non è altro che un ulteriore difetto che il cuore le rimprovera. Che questa impressione derivi dalla natura o dall’educazione, è comune a tutti i popoli del mondo: ovunque si valutano le donne in base alla loro modestia; ovunque si ritiene che, trascurando le regole del proprio sesso, esse trascurino anche i propri doveri; ovunque si osserva che, trasformando l’aplomb e la sicurezza tipici dell’uomo in comportamenti sfacciati, esse si umiliano con questa odiosa imitazione, disonorando sia il proprio che il nostro sesso.
So che in alcuni paesi regnano usanze contrarie; ma considerate anche quali costumi queste usanze hanno generato. Non vorrei un altro esempio per confermare le mie massime. Applichiamo alle usanze delle donne ciò che ho detto in precedenza riguardo all’onore che loro viene riservato. In tutti i popoli antichi e civili, vivevano in modo molto ritirato; si mostravano raramente in pubblico, mai insieme agli uomini; non passeggiavano con loro; non occupavano le posizioni migliori negli spettacoli, né si esibivano in alcun modo[199]; non era nemmeno permesso loro assistere a tutti gli eventi pubblici, e si sa che esisteva la pena di morte per coloro che osassero mostrarsi ai giochi olimpici.
In casa avevano un appartamento separato in cui gli uomini non entravano mai. Quando i loro mariti servivano da mangiare, raramente si presentavano a tavola; le donne oneste se ne andavano prima della fine del pasto, mentre le altre non vi comparivano nemmeno all’inizio. Non c’erano riunioni comuni tra i due sessi; non trascorrevano mai la giornata insieme. Questa attenzione a non “saziarsi” reciprocamente rendeva i loro incontri ancora più piacevoli: è certo che, in generale, la pace domestica era meglio consolidata e regnava una maggiore armonia tra coniugi rispetto a quanto avviene oggi.
Tali erano le usanze dei Persiani, dei Greci, dei Romani, e persino degli Egiziani, nonostante le malevoli battute di Erodoto, che si contraddicono da sole. Se talvolta le donne superavano i limiti di questa modestia, il grido pubblico dimostrava che si trattava di un’eccezione. Quanto non si è detto sulla libertà dei costumi a Sparta? Si può anche comprendere, attraverso la “Lisistrata” di Aristofane, quanto l’impudenza delle donne ateniesi fosse scioccante agli occhi dei Greci; e, nella Roma ormai corrotta, con quale scandalo si vide ancora le dame romane presentarsi al tribunale dei triumviri!
Tutto è cambiato. Da quando folle di barbari, portando con sé le loro donne nelle loro armate, hanno invaso l’Europa, la licenziosità dei campi, unita alla freddezza naturale dei climi settentrionali che rende meno necessaria la riservatezza, ha introdotto un altro modo di vivere, favorito anche dai libri di cavalleria nei quali le belle dame trascorrevano la loro vita lasciandosi rapire da uomini, tutto in nome della cortesia e dell’onore. Poiché questi libri costituivano all’epoca le “scuole” della galanteria, le idee di libertà che vi erano contenute si diffusero soprattutto nelle corti e nelle grandi città, dove si dava maggiore importanza alla cortesia; ma proprio grazie al progresso di questa cortesia, essa finì per degenerare in volgarità. Ed è così che la modestia naturale del genere femminile scomparve gradualmente, e le abitudini licenziose delle donne comuni si trasferirono anche alle donne di rango elevato.
Mais voulez-vous savoir combien ces usages, contraires aux idées naturelles, sont choquants pour qui n’en a pas l’habitude ? jugez-en par la surprise et l’embarras des étrangers et provinciaux à l’aspect de ces manières si nouvelles pour eux. Cet embarras fait l’éloge des femmes de leurs pays ; et il est à croire que celles qui le causent en seraient moins fières, si la source leur en était mieux connue. Ce n’est point qu’elles eu imposent ; c’est plutôt qu’elles font rougir, et que la pudeur, chassée par la femme de ses discours et de son maintien, se réfugie dans le cœur de l’homme.
Revenant maintenant à nos comédiennes, je demande comment un état, dont l’unique objet est de se montrer au public, et, qui pis est, de se montrer pour de l’argent, conviendrait à d’honnêtes femmes, et pourrait compatir en elles avec la modestie et les bonnes mœurs. A-t-on besoin même de disputer sur les différences morales des sexes, pour sentir combien il est difficile que celle qui se met à prix en représentation ne s’y mette bientôt en personne, et ne se laisse jamais tenter de satisfaire des désirs qu’elle prend tant de soin d’exciter ? Quoi ! malgré mille timides précautions, une femme honnête et sage, exposée au moindre danger, a bien de la peine encore à se conserver un cœur à l’épreuve ; et ces jeunes personnes audacieuses, sans autre éducation qu’un système de coquetterie et des rôles amoureux, dans une parure très peu modeste[201], sans cesse entourées d’une jeunesse ardente et téméraire, au milieu des douces voix de l’amour et du plaisir, résisteront, à leur âge, à leur cœur, aux objets qui les environnent, aux discours qu’on leur tient, aux occasions toujours renaissantes, et à l’or auquel elles sont d’avance à demi vendues ! Il faudrait nous croire une simplicité d’enfant pour vouloir nous en imposer à ce point. Le vice a beau se cacher dans l’obscurité, son empreinte est sur les fronts coupables : l’audace d’une femme est le signe assuré de sa honte ; c’est pour avoir trop à rougir qu’elle ne rougit plus ; et si quelquefois la pudeur survit à la chasteté, que doit-on penser de la chasteté quand la pudeur même est éteinte ?
Supposons, si l’on veut, qu’il y ait eu quelques exceptions ; supposons
Qu’il en soit jusqu’à trois que l’on pourrait nommer.
Je veux bien croire là-dessus ce que je n’ai jamais ni vu ni ouï dire. Appellerons-nous un métier honnête celui qui fait d’une honnête femme un prodige, et qui nous porte à mépriser celles qui l’exercent, à moins de compter sur un miracle continuel ? L’immodestie tient si bien à leur état, et elles le sentent si bien elles-mêmes, qu’il n’y en a pas une qui ne se crût ridicule de feindre au moins de prendre pour elle les discours de sagesse et d’honneur qu’elle débite au public. De peur que ces maximes sévères ne fissent un progrès nuisible à son intérêt, l’actrice est toujours la première à parodier son rôle et à détruire son propre ouvrage. Elle quitte, en atteignant la coulisse, la morale du théâtre aussi bien que sa dignité ; et si l’on prend des leçons de vertu sur la scène, on les va bien vite oublier dans les foyers.
Après ce que j’ai dit ci-devant, je n’ai pas besoin, je crois, d’expliquer encore comment le désordre des actrices entraîne celui des acteurs, surtout dans un métier qui les force à vivre entre eux dans la plus grande familiarité. Je n’ai pas besoin de montrer comment d’un état déshonorant naissent des sentiments déshonnêtes, ni comment les vices divisent ceux que l’intérêt commun devrait réunir.
Je ne m’étendrai pas sur mille sujets de discorde et de querelles, que la distribution des rôles, le partage de la recette, le choix des pièces, la jalousie des applaudissements, doivent exciter sans cesse, principalement entre les actrices, sans parler des intrigues de galanterie. Il est plus inutile encore que j’expose les effets que l’association du luxe et de la misère, inévitable entre ces gens-là, doit naturellement produire. J’en ai déjà trop dit pour vous et pour les hommes raisonnables ; je n’en dirais jamais assez pour les gens prévenus qui ne veulent pas voir ce que la raison leur montre > ; mais seulement ce qui convient à leurs passions ou à leurs préjugés.
Si tout cela tient à la profession du comédien, que ferons-nous, monsieur, pour prévenir des effets inévitables ? Pour moi, je ne vois qu’un seul moyen ; c’est d’ôter la cause. Quand les maux de l’homme lui viennent de sa nature ou d’une manière de vivre qu’il ne peut changer, les médecins les préviennent-ils ? Défendre au comédien d’être vicieux, c’est défendre à l’homme d’être malade.
S’ensuit-il de là qu’il faille mépriser tous les comédiens ? Il s’ensuit, au contraire, qu’un comédien qui a de la modestie, des mœurs, de l’honnêteté, est, comme vous l’avez très bien dit, doublement estimable, puisqu’il montre par-là que l’amour de la vertu l’emporte en lui sur les passions de l’homme et sur l’ascendant de sa profession. Le seul tort qu’on lui peut imputer est de l’avoir embrassé : mais trop souvent un écart de jeunesse décide du sort de la vie ; et, quand on se sent un vrai talent, qui peut résister à son attrait ? Les grands acteurs portent avec eux leur excuse ; ce sont les mauvais qu’il faut mépriser.
Si j’ai resté si longtemps dans les termes de la proposition générale, ce n’est pas que je n’eusse eu plus d’avantage encore à l’appliquer précisément à la ville de Genève : mais la répugnance de mettre mes concitoyens sur la scène m’a fait différer autant que je l’ai pu de parler de nous. Il y faut pourtant venir à la fin ; et je n’aurais rempli qu’imparfaitement ma tâche, si je ne cherchais sur notre situation particulière, ce qui résultera de l’établissement d’un théâtre dans notre ville, au cas que votre avis et vos raisons déterminent le gouvernement à l’y souffrir. Je me bornerai à des effets si sensibles, qu’ils ne puissent être contestés de personne qui connaisse un peu notre constitution.
Genève est riche, il est vrai ; mais, quoiqu’on n’y voie point ces énormes disproportions de fortune qui appauvrissent tout un pays pour enrichir quelques habitants et sèment la misère autour de l’opulence, il est certain que, si quelques Genevois possèdent d’assez grands biens, plusieurs vivent dans une disette assez dure, et que l’aisance du plus grand nombre vient d’un travail assidu, d’économie et de modération, plutôt que d’une richesse positive. Il y a bien des villes plus pauvres que la nôtre ou le bourgeois peut donner beaucoup plus à ses plaisirs, parce que le territoire qui le nourrit ne s’épuise pas, et que son temps n’étant d’aucun prix, il peut le perdre sans préjudice. Il n’en va pas ainsi parmi nous, qui, sans terres pour subsister, n’avons tous que notre industrie. Le peuple genevois ne se soutient qu’à force de travail, et n’a le nécessaire qu’autant qu’il se refuse tout superflu : c’est une des raisons de nos lois somptuaires. Il me semble que ce qui doit d’abord frapper tout étranger entrant dans Genève, c’est l’air de vie et d’activité qu’il y voit régner. Tout s’occupe, tout est en mouvement, tout s’empresse à son travail et à ses affaires. Je ne crois pas que nulle autre aussi petite ville au monde offre un pareil spectacle. Visitez le quartier Saint-Gervais, toute l’horlogerie de l’Europe y paraît rassemblée. Parcourez le Molard et les rues basses, un appareil de commerce en grand, des monceaux de ballots, de tonneaux confusément jetés, une odeur d’Inde et de droguerie, vous font imaginer un port de mer. Aux Pâquis, aux Eaux-vives, le bruit et l’aspect des fabriques d’indiennes et de toile peinte semblent vous transporter à Zurich. La ville se multiplie en quelque sorte par les travaux qui s’y font ; et j’ai vu des gens, sur ce premier coup d’oeil, en estimer le peuple à cent mille âmes. Les bras, l’emploi du temps, la vigilance, l’austère parcimonie ; voilà les trésors du Genevois ; voilà avec quoi nous attendons un amusement de gens oisifs, qui, nous ôtant à la fois le temps et l’argent, doublera réellement notre perte.
But do you wish to know how shocking these practices, which run counter to natural instincts, are for those who are not accustomed to them? Judge for yourselves by the surprise and embarrassment of foreigners and people from the provinces at the sight of such novel manners. This very embarrassment actually speaks well of the women in their own countries; and it is likely that those who cause it would be less proud if they were better aware of its origin. It is not so much that these practices are imposed upon others; rather, they make people blush, and modesty, driven away by a woman’s words and behavior, takes refuge in the heart of the man.
Returning now to our actresses, I wonder how a profession whose sole purpose is to appear before an audience—and, worse still, to do so for money—could be suitable for honest women, or how it could be compatible with their modesty and good morals. Is it even necessary to debate the moral differences between the sexes in order to realize how difficult it is for a woman who sells her appearance on stage to not soon sell herself in person, and how impossible it is for her to resist the desires that she goes to such lengths to arouse? Despite all precautions, an honest and sensible woman, exposed to even the slightest danger, still struggles greatly to preserve her integrity. And these bold young women, with no education other than a set of coquettish techniques and love roles, dressed in very unmodest attire, constantly surrounded by passionate and reckless young men, amidst the seductive voices of love and pleasure—how can they, at their age, resist the temptations surrounding them, the persuasive words spoken to them, the ever-present opportunities, and the gold that already half buys them? One would have to believe we were utterly naive to think we could impose such restrictions on ourselves. No matter how well vice hides in darkness, its mark is still visible on guilty faces; a woman’s audacity is surely a sign of her shame. It is precisely because she has so much to hide that she no longer dares to show any shame at all. And if sometimes modesty survives chastity, what can one possibly think of chastity when even modesty itself is gone?
Let us assume, if we wish, that there were a few exceptions; let us suppose so.
There are at most three that one could name.
I am willing to believe in such things even though I have never seen or heard them mentioned before. Shall we truly call a profession honorable one that turns an honest woman into a spectacle of absurdity, and makes us look down upon those who practice it—unless we are expecting some continuous miracles to happen? Such arrogance is so inherent in their nature, and they themselves are so aware of it, that not a single one of them would not consider it ridiculous to pretend even for a moment to take seriously the speeches of wisdom and honor they deliver before an audience. Fearing that these strict moral precepts might be harmful to their own interests, these actresses are always the first to parody their roles and destroy the very work they have created. The moment they step behind the curtain, they abandon both the morality of the theater and their own dignity; and if we are supposed to learn virtue on stage, we soon forget it all once we return home.
Having said all that above, I believe I need not further explain how the disorder among female actors leads to similar disorder among male actors, especially in a profession that forces them to live together in the closest of familiarities. There is no need for me to demonstrate how dishonorable conditions give rise to dishonorable sentiments, nor how vices divide those who should otherwise be united by common interests.
I will not dwell on the countless matters of discord and quarrel that arise from issues such as role distribution, profit-sharing, choice of plays, and jealousy over applause—especially among actresses, not to mention the various love intrigues. It would be even more futile for me to describe the inevitable consequences of the combination of luxury and poverty among such people. I have already said enough to address both you and reasonable individuals; however, for those who are prejudiced and refuse to see what reason has to offer them, I could never say enough—only what suits their passions or preconceptions.
If all of this is related to the profession of an actor, then what shall we do, sir, to prevent these inevitable consequences? In my opinion, there is only one way: to eliminate the cause. When a person’s troubles stem from their nature or from a way of living that they cannot change, do doctors manage to prevent them? To forbid an actor from being wicked is tantamount to forbidding a human being from being sick.
Does it therefore follow that all actors should be despised? On the contrary, an actor who possesses modesty, good manners, and honesty is, as you very aptly said, doubly admirable, for he thereby demonstrates that the love of virtue prevails within him over human passions and the allure of his profession. The only fault one can impute to him is having chosen this path; but all too often, a momentary lapse in youth determines the course of one’s life. And when one possesses true talent, who can resist its appeal? Great actors carry their own justification with them; it is the poor-quality actors who deserve to be despised.
If I have spent so much time discussing the general proposition, it is not because there would have been no further advantage in applying it specifically to the city of Geneva; rather, my reluctance to bring my fellow citizens into the discussion prevented me from mentioning them as much as possible. However, it is necessary to address this point eventually. I would have failed to fulfill my task adequately if I had not sought to examine how the establishment of a theater in our city would affect our particular circumstances, in the event that your opinions and arguments might persuade the authorities to allow such a thing to happen. I will limit myself to presenting effects so evident that no one who is familiar with our constitution could possibly dispute them.
Geneva is indeed wealthy; but although one does not there observe those enormous disparities in wealth that impoverish entire nations while enriching a few individuals and sow misery around prosperity, it is certain that while some Genevans possess considerable riches, many others live in dire poverty. The comfort of the majority stems from diligent work, frugality, and moderation, rather than inherent wealth. There are indeed many cities poorer than ours where the bourgeoisie can afford much more for their own pleasures, because the land that sustains them does not deplete, and since their time holds no value, they can waste it without harm. Such is not the case among us; lacking land to sustain us, we all rely solely on our labor. The people of Geneva must depend on hard work to survive, and they only possess what is necessary when they refuse all excess—this is one of the reasons for our strict laws against extravagance. I believe that what strikes any stranger entering Geneva first is the atmosphere of vitality and activity that prevails there. Everything is busy, in motion; everyone hurries away with their work and affairs. I do not think any other small city in the world offers such a scene. Visit the Saint-Gervais district, and you will find as if all of Europe’s horological industries have gathered there. Walk through the Molard and the lower streets—you will see vast commercial establishments, piles of bales and barrels scattered about, the scent of spices and goods from India, and it will seem like you are in a seaport. In the Pâquis and Eaux-vives areas, the noise and the sight of textile and dye factories make one think of Zurich. The city seems to multiply in size through the work being done there; I have seen people, at first glance, estimate its population at one hundred thousand souls. Hardworking hands, efficient time management, vigilance, and strict frugality—these are the true treasures of the Genevan. These are also what we rely on to cope with the leisurely habits of those who, by taking both our time and money away, would actually double our losses.
Ma volete sapere quanto siano scioccanti questi usi, contrari alle idee naturali, per chi non ne è abituato? Giudicateci dalla sorpresa e dall’imbarazzo degli stranieri e dei provinciali di fronte a queste maniere così nuove per loro. Questo imbarazzo, in realtà, loda le donne dei loro paesi; e si potrebbe credere che quelle che lo causano ne sarebbero meno orgogliose, se ne conoscessero meglio la ragione. Non è che queste usanze vengano imposte con la forza; piuttosto, fanno arrossire gli uomini, e la pudore, scacciata dalle parole e dal comportamento delle donne, si rifugia nel loro cuore.
Tornando ora alle nostre attrici, mi chiedo come uno stato il cui unico scopo è mostrarsi al pubblico, e per di più farlo a pagamento, possa essere adatto a donne oneste e come possa conciliarsi in loro con la modestia e le buone maniere. È davvero necessario discutere delle differenze morali tra i sessi per rendersi conto di quanto sia difficile che una donna che si mette “in vendita” sul palco non finisca presto per offrirsi personalmente, lasciandosi tentare di soddisfare desideri che con tanta cura cerca di suscitare? Ebbene! Nonostante mille caute precauzioni, una donna onesta e saggia ha molte difficoltà a mantenere la propria integrità di fronte ai pericoli; mentre queste giovani donne, prive di qualsiasi educazione se non quella legata alla civetteria e ai ruoli amorosi, in abiti molto poco modesti, circondate costantemente da gente audace e temeraria, tra le dolci tentazioni dell’amore e del piacere, riusciranno davvero a resistere, alla loro età, al proprio cuore, agli stimoli che le circondano, ai discorsi che gli vengono fatti, alle occasioni sempre pronte ad presentarsi, e all’oro per cui sono già in parte “vendute”? Bisognerebbe davvero credere nella nostra semplicità infantile per pensare di poterci imporre a tal punto. Anche se il vizio si nasconde nell’oscurità, la sua traccia è evidente sui volti dei colpevoli: l’audacia di una donna è il segno certo della sua vergogna; è proprio perché ha troppo da nascondere che smette di arrossire. E se a volte la pudore sopravvive alla castità, cosa si può pensare della castità quando anche la pudore è ormai estinta?
Supponiamo, se così vogliamo, che siano esistite alcune eccezioni; supponiamo.
Ci sono fino a tre persone che si potrebbero nominare in questo contesto.
Sono disposto a credere in queste cose, anche se non ne ho mai visto né sentito parlare. Chiameremo onesto un mestiere che trasforma una donna onesta in un “miracolo” e che ci spinge a disprezzare coloro che lo esercitano, a meno di contare su continui miglioriamenti miracolosi? L’arroganza fa così parte del loro mestiere, e loro stesse se ne rendono così ben conto, che non c’è nessuna di loro che non ritenga ridicolo fingere anche solo di adottare quei discorsi di saggezza e onore che pronuncia davanti al pubblico. Per paura che queste severe massime possano nuocere ai suoi interessi personali, l’attrice è sempre la prima a parodizzare il proprio ruolo e a distruggere “l’opera” stessa che ha creato. Uscendo dal palco, abbandona sia la morale del teatro che la propria dignità; e se si cercano lezioni di virtù sul palcoscenico, molto presto si finisce per dimenticarle nelle case private.
Dopo quanto ho detto in precedenza, credo di non aver bisogno di spiegare ulteriormente come il disordine delle attrici porti al disordine degli attori, soprattutto in un mestiere che li costringe a vivere tra loro nella massima familiarità. Non ho bisogno di dimostrare come da uno stato disonorevole nascano sentimenti disonorevoli, né come i vizi dividano coloro che l’interesse comune dovrebbe unire.
Non mi soffermerò su mille argomenti di discordia e controversia: la distribuzione dei ruoli, la divisione del guadagno, la scelta delle opere da rappresentare, la gelosia per gli applausi, sono tutte questioni che inevitabilmente suscitano conflitti, soprattutto tra le attrici, per non parlare delle intrighi amorosi. È ancora più inutile che io descriva gli effetti che l’unione del lusso e della povertà, inevitabile tra queste persone, deve naturalmente produrre. Ho già detto abbastanza sia a voi che agli uomini razionali; non direi mai abbastanza, invece, per coloro che sono prevenuti e non vogliono vedere ciò che la ragione gli mostra, ma soltanto ciò che corrisponde alle loro passioni o ai loro pregiudizi.
Se tutto ciò dipende dalla professione dell’attore, che cosa faremo, signori, per prevenire gli effetti inevitabili? Per quanto mi riguarda, vedo un solo modo: eliminare la causa. Quando i mali dell’uomo derivano dalla sua natura o da un modo di vivere che non può cambiare, i medici riescono a prevenirli? Proibire all’attore di essere malvagio significa proibire all’uomo di ammalarsi.
Si deve forse per questo disprezzare tutti gli attori? Al contrario, un attore che possiede modestia, buone maniere e onestà è, come avete detto molto bene, doppiamente meritevole di stima, poiché dimostra in questo modo che l’amore per la virtù prevale in lui sulle passioni umane e sull’influenza della sua professione. L’unico errore che si può attribuirgli è aver scelto questa carriera; ma troppo spesso un errore commesso nella giovinezza decide del destino di una persona; e, quando si possiede davvero un talento, chi può resistere al suo fascino? Gli attori grandi portano con sé la loro giustificazione; sono quelli cattivi che bisogna disprezzare.
Se sono rimasto per così tanto tempo nell’ambito di quella proposta generale, non è perché non avessi ancora maggior vantaggio nell’applicarla esattamente alla città di Ginevra; ma la ripugnanza a mettere i miei concittadini in primo piano mi ha spinto a rimandare il più possibile il discorso su di noi. Tuttavia, alla fine bisogna arrivarci; e non avrei adempiuto appieno al mio compito se non cercassi, nella nostra situazione particolare, ciò che deriverebbe dall’istituzione di un teatro nella nostra città, nel caso in cui il vostro parere e le vostre ragioni inducessero il governo a permetterlo. Mi limiterò ad evidenziare effetti così evidenti da non poter essere contestati da nessuno che conosca almeno un po’ la nostra costituzione.
Ginevra è davvero una città ricca; tuttavia, sebbene non si osservino in essa quelle enormi disproporzioni nella distribuzione della ricchezza che impoveriscono un intero paese per arricchire pochi individui e seminano la miseria intorno alla prosperità, è certo che, se alcuni genovesi possiedono beni considerevoli, molti altri vivono in condizioni di estrema povertà. La facilità economica della maggior parte delle persone deriva da un lavoro instancabile, dall’economia e dalla moderazione, piuttosto che da una vera e propria ricchezza. Esistono molte città più povere della nostra; in esse, il borghese può dedicare molto di più ai propri piaceri, poiché il territorio che lo sostiene non si esaurisce mai e il suo tempo, essendo privo di valore, può essere sprecato senza alcun danno. Non è così tra noi: privi di terre per sbarcare il lunario, abbiamo soltanto la nostra industria a cui affidarci. Il popolo genovese si sostiene unicamente grazie al lavoro; ha ciò che gli è necessario solo nel misura in cui si astiene da ogni lusso: questa è una delle ragioni per cui esistono nelle nostre leggi restrizioni riguardanti lo sfarzo. Credo che ciò che colpisce immediatamente qualsiasi straniero entri a Ginevra sia l’atmosfera di vita e attività che vi regna: tutto è impegnato nel lavoro, tutto si muove freneticamente verso i propri compiti e le proprie faccende. Non credo che esista un’altra città, per quanto piccola, al mondo che offra uno spettacolo simile. Visitate il quartiere di Saint-Gervais: lì sembra essere raccolta tutta l’orologeria d’Europa. Percorrete il Molard e le strade basse: un vasto sistema commerciale, mucchi di pacchi e barili ammassati in disordine, un odore caratteristico delle merci provenienti dall’India, tutto ciò vi fa immaginare un porto marittimo. Ai Pâquis, alle Eaux-vives, il rumore e l’aspetto delle fabbriche di seta e stoffe dipinte sembrano trasportarvi a Zurigo. La città, in qualche modo, si “moltiplica” grazie ai lavori che vi avvengono; ho visto persone che, a prima vista, stimavano la popolazione genovese a centomila anime. Braccia disponibili, utilizzo efficace del tempo, vigilanza, parsimonia estrema: ecco i “tesori” del genovese. Ed è proprio con questi mezzi che affrontiamo il problema dell’ozio altrui, che ci priva sia del tempo che dei soldi, raddoppiando così effettivamente le nostre perdite.
Genève ne contient pas vingt-quatre mille âmes, vous en convenez. Je vois que Lyon, bien plus riche à proportion, et du moins cinq ou six fois plus peuplé, entretient exactement un théâtre, et que, quand ce théâtre est un opéra, la ville n’y saurait suffire. Je vois que Paris, la capitale de la France et le gouffre des richesses de ce grand royaume, en entretient trois assez médiocrement, et un quatrième en certains temps de l’année. Supposons ce quatrième[202] permanent. Je vois que, dans plus de six cent mille habitants, ce rendez-vous de l’opulence et de l’oisiveté fournit à peine journellement au spectacle mille ou douze cents spectateurs, tout compensé. Dans le reste du royaume, le vois Bordeaux, Rouen, grands ports de mer ; je vois Lille, Strasbourg ; grandes villes de guerre, pleines d’officiers oisifs qui passent leur vie à attendre qu’il soit midi et huit heures, avoir un théâtre de comédie : encore faut-il des taxes involontaires pour le soutenir. Mais combien d’autres villes incomparablement plus grandes que la nôtre, combien de sièges de parlements et de cours souveraines, ne peuvent entretenir une comédie à demeure !
Pour juger si nous sommes en état de mieux faire, prenons un terme de comparaison bien connu, tel, par exemple, que la ville de Paris. Je dis donc que, si plus de six cent mille habitants ne fournissent journellement et l’un dans l’autre aux théâtres de Paris que douze cents spectateurs, moins de vingt-quatre mille habitants n’en fourniront certainement pas plus de quarante-huit à Genève : encore faut-il déduire les gratis de ce nombre, et supposer qu’il n’y a pas proportionnellement moins de désœuvrés à Genève qu’à Paris ; supposition qui me paraît insoutenable.
Or, si les comédiens français, pensionnés du roi, et propriétaires de leur théâtre, ont bien de la peine à se soutenir à Paris avec une assemblée de trois cents spectateurs par représentation[203], je demande comment les comédiens de Genève se soutiendront avec une assemblée de quarante-huit spectateurs pour toute ressource. Vous me direz qu’on vit à meilleur compte à Genève qu’à Paris. Oui ; mais les billets d’entrées coûteront aussi moins à proportion : et puis la dépense de la table n’est rien pour des comédiens ; ce sont les habits, c’est la parure qui leur coûte : il faudra faire venir tout cela de Paris, ou dresser des ouvriers maladroits. C’est dans les lieux où toutes ces choses sont communes qu’on les fait à meilleur marché. Vous direz encore qu’on les assujettira à nos lois somptuaires. Mais c’est en vain qu’on voudrait porter la réforme sur le théâtre ; jamais Cléopâtre et Xerxès ne goûteront notre simplicité. L’état des comédiens étant de paraître, c’est leur ôter le goût de leur métier de les en empêcher, et je doute que jamais bon acteur consente à se faire quaker. Enfin l’on peut m’objecter que la troupe de Genève, étant bien moins nombreuse que celle de Paris, pourra subsister à bien moindres frais. D’accord : mais cette différence sera-t-elle en raison de celle de quarante-huit à trois cents ? Ajoutez qu’une troupe plus nombreuse a aussi l’avantage de pouvoir jouer plus souvent ; au lieu que, dans une petite troupe où les doubles manquent, tous ne sauraient jouer tous les jours ; la maladie, l’absence d’un seul comédien fait manquer une représentation, et c’est autant de perdu pour la, recette.
Le Genevois aime excessivement la campagne ; on en peut juger par la quantité de maisons répandues autour de la ville. L’attrait de la chasse et la beauté des environs entretiennent ce goût salutaire. Les portes, fermées avant la nuit, ôtant la liberté de la promenade au-dehors, et les maisons de campagne étant si près, fort peu de gens aisés couchent en ville durant l’été, Chacun ayant passé la journée à ses affaires, part le soir à portes fermantes, et va dans sa petite retraite respirer l’air le plus pur et jouir du plus charmant paysage qui soit sous le ciel. Il y a même beaucoup de citoyens et bourgeois qui y résident toute l’année, et n’ont point d’habitation dans Genève. Tout cela est autant de perdu pour la comédie ; et, pendant toute la belle saison ; il ne, restera presque, pour l’entretenir, que des gens qui n’y vont jamais. À Paris, c’est tout autre chose : on allie fort bien la comédie avec la campagne, et tout l’été l’on ne voit, à l’heure où finissent les spectacles, que carrosses sortir des portes. Quant aux gens qui couchent en ville, la liberté d’en sortir à toute heure les tente moins que les incommodités qui raccompagnent ne les rebutent. On s’ennuie sitôt des promenades publiques, il faut aller chercher si loin la campagne, l’air en est si empesté d’immondices et la vue si peu attrayante, qu’on aime mieux aller s’enfermer au spectacle. Voilà donc encore une différence au désavantage de nos comédiens, et une moitié de l’année perdue pour eux. Pensez-vous, monsieur, qu’ils, trouveront aisément sur le reste à remplir un si grand vide ? Pour moi, je ne vois aucun autre remède à cela que de changer l’heure où l’on ferme les portes, d’immoler notre sûreté à nos plaisirs, et de laisser une place forte ouverte pendant la nuit[204], au milieu de trois puissances dont la plus éloignée n’a pas demi-lieue à faire pour arriver à nos glacis.
Ce n’est pas tout : il est impossible qu’un établissement si contraire à nos anciennes maximes soit généralement applaudi. Combien de généreux citoyens verront avec indignation ce monument du luxe et de la mollesse s’élever sur les ruines de notre antique simplicité, et menacer de loin la liberté publique ! Pensez-vous qu’ils iront autoriser cette innovation de leur présence, après l’avoir hautement improuvée ? Soyez sur que plusieurs vont sans scrupule au spectacle à Paris, qui n’y mettront jamais les pieds à Genève, parce que le bien de leur patrie leur est plus cher que leur amusement. Où sera l’imprudente mère qui osera mener sa fille à cette dangereuse école ? et combien de femmes respectables croiraient se déshonorer en y allant elles-mêmes ! Si quelques personnes s’abstiennent à Paris d’aller au spectacle, c’est uniquement par un principe de religion, qui sûrement ne sera pas moins fort parmi nous ; et nous aurons de plus les motifs de mœurs, de vertu, de patriotisme, qui retiendront encore ceux que la religion ne retiendrait pas[205].
J’ai fait voir qu’il est absolument impossible qu’un théâtre de comédie se soutienne à Genève par le seul concours des spectateurs. Il faudra donc de deux choses l’une : ou que les riches se cotisent pour le soutenir, charge onéreuse qu’assurément ils ne seront pas d’humeur à supporter longtemps ; ou que l’état s’en mêle et le soutienne à ses propres frais. Mais comment le soutiendra-t-il ? Sera-ce en retranchant sur les dépenses nécessaires, auxquelles suffit à peine son modique revenu, de quoi pourvoir à celle-là ? ou bien destinera-t-il à cet usage important les sommes que l’économie et l’intégrité de l’administration permet quelquefois de mettre en réserve pour les plus pressants besoins ? Faudra-t-il réformer notre petite garnison, et garder nous-mêmes nos portes ? Faudra-t-il réduire les faibles honoraires de nos magistrats ? ou nous ôterons-nous pour cela toute ressource au moindre accident imprévu ? Au défaut de ces expédients, je n’en vois plus qu’un qui soit praticable, c’est la voie des taxes et impositions, c’est d’assembler nos citoyens et bourgeois en conseil général dans le temple de Saint-Pierre, et là de leur proposer gravement d’accorder un impôt pour l’établissement de la comédie. À Dieu ne plaise que je croie nos sages et dignes magistrats capables de faire jamais une proposition semblable ! et, sur votre propre article, on peut juger assez comment elle serait reçue.
Si nous avions le malheur de trouver quelque expédient propre à lever ces difficultés, ce serait tant pis pour nous ; car cela ne pourrait se faire qu’à la faveur de quelque vice secret qui, nous affaiblissant encore dans notre petitesse, nous perdrait enfin tôt ou tard. Supposons pourtant qu’un beau zèle du théâtre nous fit faire un pareil miracle ; supposons les comédiens bien établis dans Genève, bien contenus par nos lois, la comédie florissante et fréquentée ; supposons enfin notre ville dans l’état où vous dites qu’ayant des mœurs et des spectacles elle réunirait les avantages des uns et des autres : avantages au reste qui me semblent peu compatibles ; car celui des spectacles, n’étant que de suppléer aux mœurs, est nul partout où les mœurs existent.
Le premier effet sensible de cet établissement sera, comme je l’ai déjà dit, une révolution dans nos usages, qui en produira nécessairement une dans nos mœurs. Cette révolution sera-t-elle bonne ou mauvaise ? c’est ce qu’il est temps d’examiner.
Geneva does not have twenty-four thousand inhabitants, you must admit that. I observe that Lyon, which is far wealthier in proportion and at least five or six times more populous, maintains only one theater; and when that theater is an opera house, the entire city seems insufficient to support it. I also see that Paris, the capital of France and the hub of this great kingdom’s riches, maintains three rather mediocre theaters, and a fourth one only during certain seasons of the year. Even assuming that fourth theater operates on a permanent basis. In a population of over six hundred thousand people, this gathering of wealth and idleness barely manages to attract a thousand or twelve hundred spectators daily, at best. Throughout the rest of the kingdom—take Bordeaux, Rouen, these major seaports; Lille, Strasbourg, these important military cities filled with idle officers who spend their lives waiting for noon and eight o’clock—to maintain even one permanent theater, involuntary taxes are necessary. But how many other cities, far larger than ours, how many seats of parliaments and sovereign courts, are unable to sustain a permanent theater at all!
To determine whether we are in a position to do better, let us use a well-known point of comparison, such as the city of Paris. I say that if more than six hundred thousand inhabitants in Paris only provide twelve hundred spectators daily for the theaters there, then certainly less than twenty-four thousand inhabitants in Geneva will provide no more than forty-eight spectators: yet we must also deduct those who attend performances for free from this number, and assume that the number of unemployed people in Geneva is not proportionally smaller than in Paris—an assumption which seems to me untenable.
Or, if the French actors, who receive pensions from the king and own their own theaters, have great difficulty sustaining themselves in Paris with an audience of only three hundred people per performance[203], I wonder how the actors in Geneva could manage at all with an audience of merely forty-eight people as their sole source of income. You might say that life is cheaper in Geneva than in Paris. Indeed; but ticket prices would also be lower proportionally. Moreover, the cost of food and clothing is negligible for actors—what really costs them is the expense of costumes and makeup. They would either have to bring all these things from Paris or hire unskilled workers to make them locally. These items are much cheaper where they are readily available. You might also argue that we could enforce our sumptuary laws on them. But trying to reform the theater is futile; Cleopatra and Xerxes would never accept our simplicity. Since the very nature of an actor’s profession requires them to appear in public, preventing them from pursuing their craft would be tantamount to destroying it. I doubt any truly skilled actor would willingly abandon their art. Finally, someone might argue that since Geneva’s troupe is much smaller than Paris’s, it could operate on significantly lower costs. Granted; but would that difference really be as significant as forty-eight versus three hundred spectators? Moreover, a larger troupe has the advantage of being able to perform more often. In a small troupe, with not enough actors to cover all roles, not everyone would get a chance to perform every day. If even one actor were sick or absent, a performance would have to be canceled—meaning lost revenue.
The people of Geneva have an immense love for the countryside; this can be judged by the large number of houses scattered around the city. The allure of hunting and the beauty of the surrounding areas help to maintain this healthy preference. With doors closed at night, which prevent people from walking freely outside, and given how close the country homes are, very few wealthy individuals stay in the city during the summer. After spending the day engaged in their affairs, they leave home at dusk with closed doors and retreat to their rural retreats to breathe the purest air and enjoy the most charming scenery under the sky. In fact, many citizens and merchants live there throughout the year without owning a residence in Geneva. All of this represents a great loss for the theater; and during the entire beautiful season, almost no one remains in the city to support it, except those who never go there at all. In Paris, however, things are quite different: people manage to combine theatergoing with country life quite well, and every summer, right after the performances end, one can see carriages leaving the city gates in large numbers. As for those who stay in the city, the inconvenience of having to leave at any time seems less appealing to them than the comforts they enjoy there. Public walks soon become boring; one has to travel far to find the countryside, where the air is often polluted by garbage and the scenery is hardly pleasing. So people prefer to stay indoors watching plays. Yet another disadvantage for our actors—half of the year is wasted in this way. Do you think they will easily find something else to fill such a void? For my part, I see no other solution than to change the time when the gates are closed, to sacrifice our safety for our pleasures, and to leave a fortified gate open at night, right in the middle of three powerful neighboring nations, none of which is even half a mile away.
That’s not all: it is absolutely impossible for an institution that so contradicts our old principles to be generally welcomed and applauded. How many generous citizens will view with indignation this monument of luxury and indulgence rising from the ruins of our ancient simplicity, and threatening public freedom from a distance! Do you really think they would approve of such an innovation, after having strongly condemned it? Be assured that many people will have no scruples about attending these performances in Paris, yet they will never set foot there in Geneva—because the welfare of their country is dearer to them than mere amusement. Where will that imprudent mother be who dares to send her daughter to such a dangerous place? And how many respectable women would consider it a disgrace to attend themselves! If some people refrain from attending these performances in Paris, it is purely out of religious principles—which are surely just as strong among us. Moreover, we have other reasons based on morality, virtue, and patriotism that will prevent even those who are influenced by religion from attending[205].
I have shown that it is absolutely impossible for a theater of comedy to sustain itself in Geneva solely through the support of its audience. Therefore, one of two things must happen: either the wealthy must contribute to its upkeep—a burden they are certainly not inclined to bear for long—or the state must step in and support it at its own expense. But how would the state do so? Would it cut into the necessary expenses, which its meager revenue barely covers, leaving no funds for this purpose? Or would it divert the funds that, due to economic considerations and the integrity of the administration, are sometimes set aside for more urgent needs? Would we have to reduce our small military force and guard our own gates? Would we have to lower the modest salaries of our magistrates? Or would such measures leave us completely devoid of resources in the face of any unexpected emergency? In the absence of these solutions, I see only one practical option left: the imposition of taxes and levies. We should gather our citizens and burghers in the General Council at Saint-Pierre’s Temple and seriously propose to them the establishment of a tax for the support of comedy. May God forbid that I ever believe our wise and worthy magistrates would ever make such a proposal! And, judging by your own remarks, one can easily imagine how such a proposition would be received.
If we were unfortunate enough to devise some means to overcome these difficulties, it would be even worse for us; such a solution could only arise from some secret vice that, by further weakening us in our own smallness, would ultimately lead to our ruin sooner or later. Yet, suppose for the sake of argument that a fervent enthusiasm for theater enabled us to perform such a miracle; suppose that actors were well-established in Geneva, restrained by our laws, and that comedy flourished and was widely attended; finally, suppose our city were in the state you describe—where its morals and entertainment combined the advantages of both: advantages that, in my opinion, are hardly compatible with each other. For the benefit of entertainment merely serves to compensate for poor morals, and where morals already exist, such entertainment is utterly unnecessary.
The first tangible effect of this institution will be, as I have already stated, a revolution in our habits, which will inevitably lead to a corresponding revolution in our manners. Whether this revolution will be good or bad is now the time to examine.
Ginevra non conta ventiquattromila abitanti, lo ammettete anche voi. Noto che Lione, molto più ricca in proporzione e almeno cinque o sei volte più popolosa, mantiene esattamente un teatro; e quando questo teatro è un’opera, la città non riesce nemmeno a far fronte alle spese necessarie per il suo funzionamento. Noto anche che Parigi, capitale della Francia e fonte delle ricchezze di questo grande regno, mantiene tre teatri piuttosto mediocri, e un quarto solo in alcune periodi dell’anno; supponiamo che questo quarto teatro sia attivo in modo permanente. In una città con oltre seicentomila abitanti, questa “riunione” di ricchezza e ozio fornisce al massimo mille o duemila spettatori al giorno, a malapena sufficienti per coprire le spese. Nel resto del regno. Guardate Bordeaux, Rouen, grandi porti marittimi; Lille, Strasburgo: grandi città militari piene di ufficiali oziosi che passano la vita ad aspettare che siano le dodici o le otto. Anche in questi casi è necessario ricorrere a tasse indirette per mantenere i teatri. Ma quante altre città, incomparabilmente più grandi della nostra, quanti sedi di parlamenti e corti sovrane non sono in grado di mantenere un teatro in modo permanente!
Per giudicare se siamo in grado di fare meglio, prendiamo come termine di confronto una città ben nota, ad esempio Parigi. Dico quindi che, se più di seicentomila abitanti di Parigi forniscono quotidianamente al massimo duecento spettatori ai teatri della città, meno di ventiquattromila abitanti di Ginevra ne forniranno certamente non più di quarantotto: inoltre, bisogna sottrarre dal numero totale gli spettatori che entrano gratuitamente e supporre che a Ginevra non ci siano proporzionalmente meno disoccupati che a Parigi; una supposizione che mi sembra insostenibile.
Ora, se i commedianti francesi, che ricevono una pensione dal re e possiedono il proprio teatro, faticano a mantenersi a Parigi con un pubblico di soli trecento spettatori a rappresentazione[203], chiedo come facciano i commedianti di Ginevra a sopravvivere con un pubblico di appena quarantotto spettatori come unico sostegno finanziario. Mi direte che a Ginevra si vive meglio che a Parigi. Sì; ma anche i biglietti d’ingresso costeranno di meno, in proporzione. Inoltre, le spese per il cibo non rappresentano un grosso problema per i commedianti; sono gli abiti e la decorazione che costano davvero molto: bisognerà far venire tutto questo da Parigi, oppure assumere operai inesperti. E proprio nei luoghi dove queste cose sono più comuni, si possono acquistare a prezzi più convenienti. Potreste anche obiettare che i commedianti di Ginevra saranno soggetti alle nostre leggi suntuarie. Ma è inutile cercare di introdurre riforme nel mondo del teatro: Cleopatra e Serse non apprezzeranno mai la nostra semplicità. Poiché lo scopo principale dei commedianti è apparire sul palco, impedirglielo significherebbe privarli del piacere di esercitare la loro arte. E dubito che un buon attore accetti mai di rinunciare a questo suo mestiere. Infine, si potrebbe obiettare che una compagnia teatrale più piccola, con solo quarantotto membri, possa sopravvivere con spese molto inferiori. D’accordo; ma questa differenza sarà davvero proporzionale a quella tra quarantotto e trecento spettatori? Inoltre, una compagnia più numerosa ha anche il vantaggio di poter recitare più spesso. Mentre in una piccola compagnia, dove mancano i ruoli duplicati, non tutti possono esibirsi ogni giorno; una malattia o l’assenza di un solo attore possono causare la cancellazione di una rappresentazione, e questo significa perdere guadagni.
I genovesi amano estremamente la campagna; se ne può giudicare dal gran numero di case sparse intorno alla città. L’attrattiva della caccia e la bellezza dei dintorni mantengono questo sano gusto. Le porte, chiuse prima del tramonto, privando le persone della libertà di passeggiare all’aperto, e le case di campagna essendo così vicine, pochissime persone benestanti dormono in città durante l’estate: ognuno, dopo aver trascorso la giornata nei propri affari, se ne va alla sera con le porte chiuse e si reca nella propria piccola dimora per respirare l’aria più pura e godersi il paesaggio più incantevole che esista sotto il cielo. Ci sono persino molti cittadini e borghesi che vi risiedono tutto l’anno, senza possedere alcuna abitazione a Genova. Tutto questo rappresenta una grande perdita per la vita mondana; e durante tutta la bella stagione, rimangono quasi solo persone che non ci vanno mai. A Parigi, invece, le cose sono molto diverse: si riesce benissimo a combinare la vita mondana con quella campestre, e tutto l’estate, all’ora in cui finiscono gli spettacoli, si vedono carrozze uscire dalle porte della città. Quanto alle persone che dormono in città, la libertà di uscirne in qualsiasi momento le attira meno delle scomodità che ne derivano; si annoiano presto delle passeggiate pubbliche, e devono andare lontano per trovare la campagna. L’aria là è talmente contaminata dagli rifiuti e il paesaggio così poco attraente, che preferiscono rimanere chiusi negli spettacoli. Ecco quindi un’altra differenza a scapito dei nostri attori comici. E metà dell’anno persa per loro. Credete davvero che riescano facilmente a colmare tale vuoto con altre cose? Per quanto mi riguarda, non vedo alcun altro rimedio se non cambiare l’ora in cui si chiudono le porte, sacrificare la nostra sicurezza ai nostri piaceri, e lasciare aperta una fortezza durante la notte, in mezzo a tre potenze delle quali la più lontana non dista nemmeno mezzo miglio dai nostri bastioni.
E non basta: è impossibile che un istituto che si contraddice alle nostre antiche massime venga generalmente applaudito. Quanti cittadini generosi vedranno con indignazione questo monumento di lusso e mollezza ergersi sulle rovine della nostra antica semplicità, minacciando da lontano la libertà pubblica! Pensate che andranno ad autorizzare questa innovazione con la loro presenza, dopo averla fortemente condannata? Siate certi che molti andranno senza rimorsi a questo spettacolo a Parigi, ma non metteranno mai piede a Ginevra, perché il bene della loro patria è per loro più prezioso del divertimento. Dove sarà quella madre imprudente che oserà portare sua figlia in questa pericolosa scuola? E quante donne rispettabili penserebbero di disonorarsi andandoci personalmente! Se alcune persone a Parigi si astengono dal frequentare gli spettacoli, è soltanto per motivi religiosi; e questi motivi, sicuramente, non saranno meno forti tra di noi. Inoltre, avremo anche noi motivi legati alla morale, alla virtù, al patriottismo, che potranno trattenere coloro che la religione da sola non riuscirebbe a trattenere[205].
Ho dimostrato che è assolutamente impossibile che un teatro di commedia possa sopravvivere a Ginevra soltanto grazie alle entrate derivanti dal pubblico. Pertanto, sarà necessario fare una delle due cose: o che i ricchi contribuiscano finanziariamente al suo sostentamento, una responsabilità onerosa che sicuramente non saranno disposti a sostenere per molto tempo; oppure che lo Stato interviene e lo sostenga con i propri fondi. Ma come farlo? Riducendo le spese necessarie, di cui il suo modesto reddito a malapena basta a coprirle? Oppure destinando a questo scopo le somme che, grazie all’economia e all’integrità dell’amministrazione, talvolta si riesce a riservare per le esigenze più urgenti? Sarà necessario ridurre il numero dei soldati della nostra piccola guarnigione e difendere personalmente le nostre porte? Riducendo gli scarsi stipendi dei nostri magistrati? Oppure ci priveremo così di ogni risorsa in caso di eventi imprevisti? In assenza di queste soluzioni, non ne vedo altre praticabili. Se non quella delle tasse e delle imposte: radunare i nostri cittadini e borghesi nel consiglio generale presso il tempio di San Pietro e proporre loro seriamente di destinare un tributo alla creazione di questo teatro. Che Dio non voglia che io creda i nostri saggi e onesti magistrati capaci di avanzare una proposta del genere. E, a giudicare da quanto detto in precedenza, si può facilmente immaginare come verrebbe accolta.
Se avessimo la sfortuna di trovare qualche espediente in grado di superare queste difficoltà, sarebbe ancora peggio per noi; poiché ciò potrebbe avvenire soltanto a scapito di qualche vizio nascosto che, indebolendoci ulteriormente nella nostra piccolezza, finirebbe per farci perdere tutto, prima o poi. Supponiamo tuttavia che un grande zelo da parte del teatro ci spingesse a compiere un simile miracolo; supponiamo che gli attori siano ben stabiliti a Ginevra, che siano soggetti alle nostre leggi, che la commedia sia fiorente e molto frequentata; supponiamo infine che la nostra città si trovi nello stato in cui, secondo voi, con le sue abitudini e i suoi spettacoli, potrebbe godere dei vantaggi di entrambi: vantaggi che, del resto, mi sembrano poco compatibili tra loro; poiché quello legato agli spettacoli, essendo soltanto un modo per compensare le cattive abitudini, diventa inutile ovunque queste esistano.
Il primo effetto concreto di questa istituzione sarà, come ho già detto, una rivoluzione nei nostri usi, che necessariamente ne porterà a una anche nelle nostre abitudini. Sarà questa rivoluzione positiva o negativa? È ora di esaminarlo.
Il n’y a point d’état bien constitué où l’on ne trouve des usages qui tiennent à la forme du gouvernement et servent à la maintenir. Tel était, par exemple, autrefois à Londres celui des coteries, si mal à propos tournées en dérision par les auteurs du Spectateur. À ces coteries, ainsi devenues, ridicules, ont succédé les cafés et les mauvais lieux. Je doute que le peuple anglais ait beaucoup gagné au change. Des coteries semblables sont maintenant établies à Genève sous le nom de cercles ; et j’ai lieu, monsieur, de juger, par votre article, que vous n’avez point observé sans estime le ton de sens et de raison qu’elles y font régner. Cet usage est ancien parmi nous, quoique son nom ne le soit pas. Les coteries existaient dans mon enfance sons le nom de sociétés ; mais la forme en était moins bonne et moins régulière. L’exercice des armes qui nous rassemble tous les printemps, les divers prix qu’on tire une partie de l’année, les fêtes militaires que ces prix occasionnent, le goût de la chasse, commun à tous les Genevois, réunissant fréquemment les hommes, leur donnaient occasion de former entre eux des sociétés de table, des parties de campagne, et enfin des liaisons d’amitié : mais ces assemblées, n’ayant pour objet que le plaisir et la joie, ne se formaient guère qu’au cabaret. Nos discordes civiles où la nécessité des affaires obligeait de s’assembler plus souvent et de délibérer de sang-froid, firent changer ces sociétés tumultueuses en des rendez-vous plus honnêtes. Ces rendez-vous prirent le nom de cercles ; et d’une fort triste cause sont sortis de très bons effets[206].
Ces cercles sont des sociétés de douze ou quinze personnes qui louent un appartement commode qu’on pourvoit à frais communs de meubles et de provisions nécessaires. C’est dans cet appartement que se rendent tous les après-midi ceux des associés que leurs affaires ou leurs plaisirs ne retiennent point ailleurs. On s’y rassemble ; et là, chacun se livrant sans gêne aux amusements de son goût, on joue, on cause, on lit, on boit, on fume. Quelquefois on y soupe, mais rarement, parce que le Genevois est rangé, et se plaît à vivre avec sa famille. Souvent aussi l’on va se promener ensemble, et les amusements qu’on se donne sont des exercices propres à rendre et maintenir le corps robuste. Les femmes et les filles, de leur côté, se rassemblent par sociétés, tantôt chez l’une, tantôt chez l’autre. L’objet de cette réunion est un petit jeu de commerce, un goûter, et, comme on peut bien croire, un intarissable babil. Les hommes, sans être fort sévèrement exclus de ces sociétés, s’y mêlent assez rarement ; et je penserais plus mal encore de ceux qu’on y voit toujours que de ceux qu’on n’y voit jamais.
Tels sont les amusements journaliers de la bourgeoisie de Genève. Sans être dépourvus de plaisir et de gaieté, ces amusements ont quelque chose de simple et d’innocent qui convient à des moeurs républicaines ; mais, dès l’instant qu’il y aura comédie, adieu les cercles, adieu les sociétés ! Voilà la révolution que j’ai prédite, tout cela tombe nécessairement. Et si vous m’objectez l’exemple de Londres, cité par moi-même, où les spectacles établis n’empêchaient point les coteries, je répondrai qu’il y a, par rapport à nous, une différence extrême ; c’est qu’un théâtre, qui n’est qu’un point dans cette ville immense, sera dans la nôtre un grand objet qui absorbera tout.
Si vous me demandez ensuite où est le mal que les cercles soient abolis… Non, monsieur, cette question ne viendra pas d’un philosophe : c’est un discours de femme ou de jeune homme qui traitera nos cercles de corps de garde, et croira sentir l’odeur du tabac. Il faut pourtant répondre ; car, pour cette fois, quoique je m’adresse à vous, j’écris pour le peuple, et sans doute il y paraît ; mais vous m’y avez forcé.
Je dis premièrement que, si c’est une mauvaise chose que l’odeur du tabac, c’en est une fort bonne de rester maître de son bien, et d’être sûr de coucher chez soi. Mais j’oublie déjà que je n’écris pas pour des d’Alembert. Il faut m’expliquer d’une autre manière.
Suivons les indications de la nature, consultons le bien de la société : nous trouverons que les deux sexes doivent se rassembler quelquefois, et vivre ordinairement séparés. Je l’ai dit tantôt par rapport aux femmes, je le dis maintenant par rapport aux hommes. Ils se sentent autant et plus qu’elles de leur trop intime commerce : elles n’y perdent que leurs mœurs, et nous y perdons à la fois nos mœurs et notre constitution ; car ce sexe plus faible, hors d’état de prendre notre manière de vivre, trop pénible pour lui, nous force de prendre la sienne, trop molle pour nous ; et, ne voulant plus souffrir de séparation, faute de pouvoir se rendre hommes, les femmes nous rendent femmes.
Cet inconvénient, qui dégrade l’homme, est très grand partout ; mais c’est surtout dans les états comme le nôtre qu’il importe de le prévenir. Qu’un monarque gouverne des hommes ou des femmes, cela lui doit être assez indifférent, pourvu qu’il soit obéi ; mais dans une république il faut des hommes[207].
Les anciens passaient presque leur vie en plein air, ou vaquant à leurs affaires, ou réglant celles de l’état sur la place publique, ou se promenant à la campagne, dans des jardins, au bord de la mer, à la pluie, au soleil, et presque toujours tête nue[208]. À tout cela point de femmes ; mais on savait bien les trouver au besoin, et nous ne voyons point, par leurs écrits et par les échantillons de leurs conversations qui nous restent, que l’esprit, ni le goût, ni l’amour même, perdissent rien à cette réserve. Pour nous, nous avons pris des manières toutes contraires : lâchement dévoués aux volontés du sexe que nous devrions protéger et non servir, nous avons appris à le mépriser en lui obéissant, à l’outrager par nos soins railleurs ; et chaque femme de Paris rassemble dans son appartement un sérail d’hommes plus femmes qu’elle, qui savent rendre à la beauté toutes sortes d’hommages, hors celui du cœur dont elle est digne. Mais voyez ces mêmes hommes, toujours contraints dans ces prisons volontaires, se lever, se rasseoir, aller et venir sans cesse à la cheminée, à la fenêtre, prendre et poser cent fois un écran, feuilleter des livres, parcourir des tableaux, tourner, pirouetter par la chambre, tandis que l’idole, étendue sans mouvement dans sa chaise longue, n’a d’actif que la langue et les yeux. D’où vient cette différence, si ce n’est que la nature, qui impose aux femmes cette vie sédentaire et casanière, en prescrit aux hommes une tout opposée, et que cette inquiétude indique en eux un vrai besoin ? Si les Orientaux, que la chaleur du climat fait assez transpirer, font peu d’exercice et ne se promènent point, au moins ils vont s’asseoir en plein air et respirer à leur aise ; au lieu qu’ici les femmes ont grand soin d’étouffer leurs amis dans de bonnes chambres bien fermées.
In no well-organized state can one fail to find practices that are related to the form of government and serve to maintain it. Such was, for example, the practice of certain clubs in London in the past—practices that were so aptly ridiculed by the authors of The Spectator. These clubs, having become ridiculous in this manner, were later replaced by cafes and other less respectable places. I doubt that the English people gained much from this change. Similar clubs now exist in Geneva under the name of “circles”; and, from your article, sir, I have reason to believe that you did not fail to appreciate the sensible and reasonable tone that prevails within them. This practice is ancient among us, although its name is not. Clubs existed when I was a child, then called “societies”; but their form was less proper and less regular. The practice of using weapons, which brings us all together every spring, the various competitions held throughout the year, the military festivities that these competitions provoke, and the common love of hunting among all Genevans—these factors often brought people together, leading to the formation of dining societies, country outings, and ultimately friendships. However, since these gatherings were intended solely for pleasure and enjoyment, they usually took place in taverns. Our civil disputes, which necessitated more frequent gatherings and calm deliberation due to the demands of affairs, caused these noisy societies to evolve into more respectable gatherings. These new gatherings came to be called “circles”; and what began from a very sad cause has ultimately led to very good results[206].
These circles consist of groups of twelve or fifteen people who rent a convenient apartment, the furniture and necessary provisions for which are paid for jointly. It is to this apartment that, every afternoon, those members whose affairs or pleasures do not keep them elsewhere come together. There, everyone indulges without restraint in the pursuits that suit their tastes—playing games, chatting, reading, drinking, smoking. Sometimes they have soup there, but seldom, because the Genevese is a person of good habits and enjoys living with his family. Often too, they go for walks together, and the activities they engage in are such as to keep the body strong and healthy. As for the women and girls, they gather in separate groups, sometimes at one person’s home and sometimes at another’s. The purpose of these gatherings is to play some simple games, to have a snack, and, one might say, to engage in endless chatter. The men, although not strictly excluded from these gatherings, rarely participate in them; and I would consider those who are always there even more objectionable than those who are never seen there at all.
Such are the daily amusements of the Geneva bourgeoisie. Though not devoid of pleasure and joy, these amusements possess a simplicity and innocence that befits republican morals; but the moment comedy enters the picture, adieu to circles, adieu to societies! Here lies the revolution I predicted—everything will inevitably fall apart. And if you cite the example of London, which I myself mentioned, where established theaters did not prevent the formation of cliques, I would reply that there is an immense difference between us: in that city, a theater, which is merely one small aspect of its vast life, would in our society become a central focus that would absorb everything else.
If you then ask me where lies the harm in the abolition of these circles. No, sir, such a question would not come from a philosopher; it would be the speech of a woman or a young man who would refer to our vigilante groups and claim to smell the scent of tobacco. Yet we must answer; for this time, although I am addressing you, I am writing for the people—and surely that is evident in my words; but you have forced me to do so.
First of all, I say that if the smell of tobacco is something bad, then it is certainly very good to be in control of one’s own possessions and to have the certainty of sleeping in one’s own home. But I already forget that I am not writing for people like d’Alembert; someone else will have to explain this to me in another way.
Let us follow the guidance of nature and consider what is best for society: we will find that both sexes must sometimes come together, but should ordinarily live separately. I said this earlier in relation to women; now I say it in relation to men. Men, just as much as women, suffer from the excessive intimacy of their interactions: women lose only their manners through such relationships, while we lose both our manners and our very nature. For this weaker sex, unable to adopt our way of living—which would be too difficult for them—forces us to adopt theirs, which is far too soft and inadequate for us. And since they cannot endure being separated and are unable to become men themselves, women ultimately make us women as well.
This inconvenience, which debases human beings, is very prevalent everywhere; but it is especially in states like ours that it is essential to prevent it. Whether a monarch governs men or women should be of little importance to him, so long as he is obeyed; but in a republic, men are necessary[207].
The ancients spent almost their entire lives outdoors—either engaged in their daily affairs, managing state matters in the public squares, or strolling in the countryside, in gardens, by the sea, in the rain, or in the sun, and they often went about bareheaded[208]. There were very few women among them; yet when needed, they could certainly be found. And from their writings and the remnants of their conversations that have survived to us, we see that neither their intellect, nor their tastes, nor even their love suffered in any way due to such reclusion. As for us, we have adopted completely opposite habits: weakly devoted to the whims of the sex we ought to protect rather than serve, we have learned to despise it while obeying it, and to insult it through our mocking care; and every woman in Paris gathers in her apartment a harem of men who are more women than she is—men who know how to render all sorts of homage to beauty, except for the one tribute of the heart which it truly deserves. But look at these very same men: always confined within these voluntary prisons, they rise, sit down, move back and forth incessantly by the fireplace or the window, picking up and putting down screens a hundred times over, flipping through books, examining paintings, turning and twirling about the room, while the “idol,” lying motionless in her chair, has only her tongue and her eyes to use. Where does this difference come from, if not from nature itself, which imposes a sedentary and domestic life on women and prescribes a completely opposite one for men? And isn’t this restlessness evidence of a true need within them? If the Orientals, whose hot climates make them sweat profusely, engage in little exercise and do not go for walks, at least they sit outdoors and breathe freely; whereas here, women go to great lengths to suffocate their “friends” inside well-sealed rooms.
In nessuno stato ben organizzato si trovano usanze che non siano legate alla forma del governo e contribuiscano a mantenerla. Era così, ad esempio, un tempo a Londra con le cosiddette “coteries”, spesso oggetto di derisione da parte degli autori de “The Spectator”. A queste coteries, ormai ridotte a qualcosa di ridicolo, sono succeduti i caffè e altri luoghi simili. Dubito che il popolo inglese abbia guadagnato molto con questo cambiamento. Simili organizzazioni esistono oggi a Ginevra, chiamate “cercles”; e ho motivo di ritenere, dal vostro articolo, che non abbiate mancato di apprezzare il tono sensato e ragionevole che vi regna. Questa pratica è antica tra di noi, anche se il nome con cui viene chiamata lo è meno. Quando ero bambino, queste organizzazioni esistevano già, ma la loro forma era meno regolare e meno ordinata. L’uso delle armi, che ogni primavera ci riuniva tutti, i vari premi assegnati durante l’anno, le feste militari che ne derivavano, nonché il gusto per la caccia, comune a tutti i genovesi, offrivano spesso l’occasione di formare gruppi per banchetti, escursioni e relazioni amichevoli; tuttavia queste riunioni, avendo come unico scopo il piacere e la gioia, si svolgevano solitamente nei bar. Le nostre discordie civili, che spesso richiedevano riunioni più frequenti e deliberazioni calme e serene, fecero sì che queste organizzazioni tumultuose si trasformassero in incontri più rispettabili. Questi incontri presero il nome di “cercles”; ed è da una causa molto triste che sono nati effetti molto positivi[206].
Questi circoli sono società composte da dodici o quindici persone che affittano un appartamento comodo, al quale vengono forniti in modo condiviso mobili e provviste necessarie. È in questo appartamento che, ogni pomeriggio, si riuniscono tutti quegli associati i cui impegni o piaceri non li trattenono altrove. Lì, ognuno si dedica senza imbarazzi ai divertimenti che più gli piacciono: si gioca, si chiacchiera, si legge, si beve, si fuma. A volte ci si cena, ma raramente, perché il genevese è una persona ordinata e preferisce trascorrere il tempo con la propria famiglia. Spesso si va anche a fare delle passeggiate insieme; i divertimenti che si praticano sono esercizi adatti a mantenere il corpo in buona forma. Le donne e le ragazze, dal canto loro, si riuniscono in gruppi, a turno da una casa all’altra. Lo scopo di queste riunioni è giocare a qualche piccolo gioco, mangiare qualcosa insieme, e, come si può facilmente immaginare, chiacchierare senza sosta. Gli uomini, sebbene non vengano esclusi in modo rigido da queste società, vi partecipano piuttosto raramente; anzi, penso che coloro che ci sono sempre siano ancora peggio di quelli che non ci sono mai.
Tali sono i divertimenti quotidiani della borghesia di Ginevra. Sebbene non siano privi di piacere e allegria, questi divertimenti hanno qualcosa di semplice e innocente che si addice a costumi repubblicani; ma non appena compariranno le commedie, addio ai circoli, addio alle società! Ecco la rivoluzione che avevo predetto: tutto ciò è destinato inevitabilmente ad accadere. E se mi opporrete all’esempio di Londra, citato da me stesso, dove gli spettacoli esistenti non impedivano affatto l’esistenza delle fazioni, risponderò che esiste una differenza estrema tra noi e loro: un teatro, che in quella città immensa rappresenta soltanto un piccolo aspetto della vita sociale, nella nostra città diventerebbe qualcosa di fondamentale che assorbirebbe completamente l’attenzione delle persone.
Se poi mi chiedete dove risieda il male nell’abolire questi circoli. No, signore, questa domanda non provenirà da un filosofo: sarà piuttosto il discorso di una donna o di un giovane che parlerà dei nostri circhi come di organizzazioni di vigilanza e crederà di percepire l’odore del tabacco. Tuttavia bisogna rispondere; perché, questa volta, anche se mi rivolgo a voi, scrivo per il popolo. E probabilmente si nota; ma siete stati voi a costringermi a farlo.
Prima di tutto, affermo che, se l’odore del tabacco è qualcosa di negativo, allora essere in grado di controllare i propri beni e poter dormire tranquillamente a casa propria rappresenta sicuramente un grande vantaggio. Ma ormai ho dimenticato che non sto scrivendo per persone come d’Alembert. Devo spiegarmi in un altro modo.
Seguiamo le indicazioni della natura, consultiamo il bene della società: scopriremo che i due sessi devono talvolta riunirsi e normalmente vivere separati. L’ho detto prima riguardo alle donne, ora lo dico riguardo agli uomini. Anche gli uomini, quanto e più delle donne, soffrono a causa di un rapporto troppo intimo tra i due sessi: le donne ne perdono soltanto le loro abitudini morali, mentre noi ne perdiamo sia le nostre abitudini morali che la nostra stessa costituzione fisica. Poiché questo sesso più debole, incapace di adottare il nostro modo di vivere – troppo difficile per lui – ci costringe a adottare il suo, troppo dolce e poco adatto a noi; e, non volendo più soffrire a causa della separazione, le donne ci rendono, donne.
Questo svantaggio, che degrada l’uomo, è molto diffuso ovunque; ma soprattutto in stati come il nostro è fondamentale prevenirlo. Che un monarca governi uomini o donne dovrebbe essergli del tutto indifferente, purché venga obbedito; ma in una repubblica sono necessari degli uomini[207].
Gli antichi trascorrevano quasi tutta la loro vita all’aperto: si occupavano delle loro faccende, gestivano gli affari dello stato nelle piazze pubbliche o passeggiavano in campagna, nei giardini, sulla riva del mare, sotto la pioggia o al sole, e quasi sempre a capo scoperto[208]. Non c’erano donne in quelle situazioni; tuttavia, quando necessario, si sapeva dove trovarle. E dai loro scritti e dagli esempi delle loro conversazioni che ci sono rimasti, non vediamo affatto che lo spirito, il gusto o persino l’amore perdessero qualcosa a causa di questa restrizione. Noi, invece, abbiamo adottato comportamenti completamente opposti: servili nei confronti del sesso che dovremmo proteggere e non sottomettere, abbiamo imparato a disprezzarlo obbedendogli, a insultarlo con i nostri scherni; e ogni donna di Parigi riunisce nel suo appartamento un harem di uomini più “donne” di lei, capaci di rendere alla bellezza tutti i tipi di omaggi, tranne quello del cuore, che essa merita davvero. Ma guardate questi stessi uomini: costantemente rinchiusi in queste prigioni volontarie, si alzano, si siedono, vanno avanti e indietro senza sosta vicino al camino, alla finestra, prendono e mettono via oggetti continuamente, sfogliano libri, osservano quadri, girano per la stanza, mentre l’“idolo”, distesa immobile nella sua poltrona, non ha altro ruolo che quello di parlare con la lingua e guardare con gli occhi. Da dove deriva questa differenza, se non dal fatto che la natura impone alle donne una vita sedentaria e casalinga, mentre agli uomini ne prescrive una completamente opposta? E perché questa inquietudine indica in loro un vero bisogno? Se gli orientali, a causa del caldo clima, fanno poco esercizio fisico e non si muovono molto, almeno vanno ad sedersi all’aperto per respirare liberamente, mentre qui le donne fanno di tutto per soffocare i loro “amici” in stanze ben chiuse.
Si l’on compare la force des hommes anciens à celle des hommes d’aujourd’hui, on n’y trouve aucune espèce d’égalité. Nos exercices de l’académie sont des jeux d’enfants auprès de ceux de l’ancienne gymnastique : on a quitté la paume comme trop fatigante ; on ne peut plus voyager à cheval. Je ne dis rien de nos troupes. On ne conçoit plus les marches des armées grecques et romaines. Le chemin, le travail, le fardeau du soldat romain fatigue seulement à le lire, et accable l’imagination. Le cheval n’était pas permis aux officiers d’infanterie. Souvent les généraux faisaient à pied les mêmes journées que leurs troupes. Jamais les deux Catons n’ont autrement voyagé, ni seuls, ni avec leurs armées. Othon lui-même, l’efféminé Othon, marchait armé de fer à la tête de la sienne allant au-devant de Vitellius. Qu’on trouve à présent un seul homme de guerre capable d’en faire autant. Nous sommes déchus en tout. Nos peintres et nos sculpteurs se plaignent de ne plus trouver de modèles comparables à ceux de l’antique. Pourquoi cela ? L’homme a-t-il dégénéré ? L’espèce a-t-elle une décrépitude physique ainsi que l’individu ? Au contraire, les Barbares du Nord, qui ont, pour ainsi dire, peuplé l’Europe d’une nouvelle race, étaient plus grands et plus forts que les Romains, qu’ils ont vaincus et subjugués. Nous devrions donc être plus forts nous-mêmes, qui, pour la plupart, descendons de ces nouveaux venus. Mais les premiers Romains vivaient en hommes[209], et trouvaient dans leurs continuels exercices la vigueur que la nature leur avait refusée ; au lieu que nous perdons la nôtre dans la vie indolente et lâche où nous réduit la dépendance du sexe. Si les barbares dont je viens de parler vivaient avec les femmes, ils ne vivaient pas pour cela comme elles ; c’étaient elles qui avaient le courage de vivre comme eux, ainsi que faisaient aussi celles de Sparte. La femme se rendait robuste, et l’homme ne s’énervait pas.
Si ce soin de contrarier la nature est nuisible au corps, il l’est encore plus à l’esprit. Imaginez quelle peut être la trempe de l’âme d’un homme uniquement occupé de l’importante affaire d’amuser les femmes, et qui passe sa vie entière à faire pour elles ce qu’elles devraient faire pour nous quand, épuisés de travaux dont elles sont incapables, nos esprits ont besoin de délassement. Livrés à ces puériles habitudes, à quoi pourrions-nous jamais nous élever de grand ? Nos talents, nos écrits se sentent de nos frivoles occupations[210] ; agréables, si l’on veut, mais petits et froids comme nos sentiments, ils ont pour tout mérite ce tour facile qu’on n’a pas grand-peine à donner à des riens. Ces foules d’ouvrages éphémères qui naissent journellement, n’étant faits que pour amuser des femmes, et n’ayant ni force ni profondeur, volent tous de la toilette au comptoir. C’est le moyen de récrire incessamment les mêmes, et de les rendre toujours nouveaux. On m’en citera deux ou trois qui serviront d’exceptions ; mais moi, j’en citerai cent mille qui confirmeront la règle. C’est pour cela que la plupart des productions de notre âge passeront avec lui ; et la postérité croira qu’on fit bien peu de livres dans ce même siècle où l’on en fait tant.
Il ne serait pas difficile de montrer qu’au lieu de gagner à ces usages, les femmes y perdent. On les flatte sans les aimer ; on les sert sans les honorer : elles sont entourées d’agréables, mais elles n’ont plus d’amants ; et le pis est que les premiers, sans avoir les sentiments des autres, n’en usurpent pas moins tous les droits. La société des deux sexes, devenue trop commune et trop facile, a produit ces deux effets, et c’est ainsi que l’esprit général de la galanterie étouffe à la fois le génie et l’amour.
Pour moi, j’ai peine à concevoir comment on rend assez peu d’honneur aux femmes pour leur oser adresser sans cesse ces fades propos galants, ces compliments insultants et moqueurs, auxquels on ne daigne pas même donner un air de bonne foi : les outrager par ces évidents mensonges, n’est-ce pas leur déclarer assez nettement qu’on ne trouve aucune vérité obligeante à leur dire ? Que l’amour se fasse illusion sur les qualités de ce qu’on aime, cela n’arrive que trop souvent ; mais est-il question d’amour dans tout ce maussade jargon ? ceux mêmes qui s’en servent ne s’en servent-ils pas également pour toutes les femmes ? et ne seraient-ils pas au désespoir qu’on les crût sérieusement amoureux d’une seule ? Qu’ils ne s’en inquiètent pas. Il faudrait avoir d’étranges idées de l’amour pour les en croire capables, et rien n’est plus éloigné de son ton que celui de la galanterie. De la manière que je conçois cette passion terrible, son trouble, ses égarements, ses palpitations, ses transports, ses brûlantes expressions, son silence plus énergique, ses inexprimables regards, que leur timidité rend téméraires, et qui montrent les désirs par la crainte ; il me semble qu’après un langage aussi véhément, si l’amant venait à dire une seule fois, je vous aime, l’amante indignée lui dirait, vous ne m’aimez plus, et ne le reverrait de sa vie.
Nos cercles conservent encore parmi nous quelque image des mœurs antiques. Les hommes entre eux, dispensés de rabaisser leurs idées à la portée des femmes et d’habiller galamment la raison, peuvent se livrer à des discours graves et sérieux sans crainte du ridicule. On ose parler de patrie et de vertu sans passer pour rabâcheur ; on ose être soi-même sans s’asservir aux maximes d’une caillette. Si le tour de la conversation devient moins poli, les raisons prennent plus de poids ; on ne se paie point de plaisanterie ni de gentillesse ; on ne se tire point d’affaire par de bons mots ; on ne se ménage point dans la dispute ; chacun, se sentant attaqué de toutes les forces de son adversaire, est obligé d’employer toutes les siennes pour se défendre. Voilà comment l’esprit acquiert de la justesse et de la vigueur. S’il se mêle à tout cela quelques propos licencieux, il ne faut point trop s’en effaroucher ; les moins grossiers ne sont pas toujours les plus honnêtes, et ce langage un peu rustaud est préférable encore à ce style plus recherché, dans lequel les deux sexes se séduisent mutuellement et se familiarisent décemment avec le vice. La manière de vivre, plus conforme aux inclinations de l’homme, est aussi mieux assortie à son tempérament : on ne reste point toute la journée établi sur une chaise ; on se livre à des jeux d’exercice, on va, on vient ; plusieurs cercles se tiennent à la campagne, d’autres s’y rendent. On a des jardins pour la promenade, des cours spacieuses pour s’exercer, un grand lac pour nager, tout le pays ouvert pour la chasse ; et il ne faut pas croire que cette chasse se fasse aussi commodément qu’aux environs de Paris, où l’on trouve le gibier sous ses pieds et où l’on tire à cheval. Enfin ces honnêtes et innocentes institutions rassemblent tout ce qui peut contribuer à former dans les mêmes hommes des amis, des citoyens, des soldats, et par conséquent tout ce qui convient le mieux à un peuple libre.
On accuse d’un défaut les sociétés des femmes, c’est de les rendre médisantes et satiriques ; et l’on peut bien comprendre en effet que les anecdotes d’une petite ville n’échappent pas à ces comités féminins ; on pense bien aussi que les maris absents y sont peu ménagés ; et que toute femme jolie et fêtée n’a pas beau jeu dans le cercle de sa voisine. Mais peut-être y a-t-il dans cet inconvénient plus de bien que de mal, et toujours est-il incontestablement moindre que ceux dont il tient la place : car lequel vaut le mieux qu’une femme dise avec ses amies du mal de son mari, ou que, tête-à-tête avec un homme, elle lui en fasse, qu’elle critique le désordre de sa voisine, ou qu’elle l’imite ? Quoique les Genevoises disent assez librement ce qu’elles savent, et quelquefois ce qu’elles conjecturent, elles ont une véritable horreur de la calomnie, et l’on ne leur entendra jamais intenter contre autrui des accusations qu’elles croient fausses ; tandis qu’en d’autres pays les femmes, également coupables par leur silence et par leurs discours, cachent, de peur de représailles, le mal qu’elles savent, et publient par vengeance celui qu’elles ont inventé.
If we compare the strength of ancient men with that of modern men, we find no trace of equality at all. The exercises we perform in the academies are but child’s games compared to those of ancient gymnastics: we have abandoned the use of the palm as a training tool, considering it too exhausting; we can no longer travel on horseback. I need not even mention our armies. The marching techniques of the Greek and Roman armies are beyond our comprehension today. The journey, the labor, the burdens endured by Roman soldiers are enough to overwhelm the imagination merely upon reading about them. Even infantry officers were not permitted to ride horses; often generals would march the same distances as their troops. Neither Cato the Elder nor Cato the Younger ever traveled in any other way, whether alone or with their armies. Even Otho, that effeminate man, led his army into battle armed with iron armor, at the forefront of Vitellius’s forces. Let us see if there is a single warrior today capable of doing the same. We have declined in every aspect. Our painters and sculptors complain that they can no longer find models comparable to those of antiquity. Why is this so? Has humanity degenerated? Does the species as a whole suffer from physical decline, just like individuals? On the contrary, the barbarians of the North, who essentially populated Europe with a new race, were taller and stronger than the Romans they conquered and subdued. We should be even stronger ourselves, since most of us descend from these newcomers. Yet the earliest Romans lived as true men[209], finding in their constant exercises the strength that nature had denied them; whereas we lose our vigor in a lazy and decadent lifestyle shaped by our dependence on the opposite sex. If the barbarians I mentioned lived with women, it was not for the sake of such relationships; rather, it was the women who possessed the courage to live as men did—just as those in Sparta did. The woman became strong, and the man did not weaken.
If this constant effort to defy nature is harmful to the body, it is even more so to the mind. Imagine what kind of character a man’s soul can develop if he devoted his entire life solely to amusing women, doing for them what they themselves should do for us—when our minds, exhausted by tasks beyond their capacity, crave relaxation. Left to such frivolous habits, how could we ever achieve anything truly great? Our talents and writings are tainted by our trivial pursuits; pleasant, perhaps, but shallow and cold, just like our feelings. Their only merit lies in their superficiality, which can be easily achieved with nothing more than empty effort. All those fleeting works that are produced daily, meant merely to amuse women and lacking both substance and depth, amount to nothing more than frivolous distractions. It is this very practice that allows people to endlessly rewrite the same things while making them seem new each time. Some may cite a few exceptions; but I would point out a hundred thousand such examples that confirm the rule. That is why most of the works produced in our time will vanish with it; future generations will think that little was written in the century when so much was produced.
It would not be difficult to show that, rather than benefiting from such practices, women actually suffer at their hands. They are flattered without being truly loved; they are served without being honored. They are surrounded by those who are pleasant to them, yet they no longer have lovers. And what is worse, those men, lacking the true feelings of love, nevertheless usurp all its rights. The overly common and facile interaction between the sexes has led to these two consequences—and it is in this way that the general spirit of gallantry simultaneously stifles both creativity and genuine love.
For me, it is hard to conceive how one can pay so little respect to women as to constantly address them with such insipid flattery, such insulting and mocking compliments—compliments that are not even given with the slightest sincerity. To insult them with such obvious lies is, after all, a clear way of telling them that one finds nothing truly honorable in them. It is all too common for love to delude itself about the qualities of those it loves; but is there any trace of love in all this dismal jargon? Don’t those who use it apply it to every woman? And wouldn’t they be desperate if anyone took their words seriously and believed they were truly in love with just one person? They needn’t worry about that. One would have to have very strange ideas about love to think they were capable of such things; and nothing is further removed from the true nature of love than the tone of flattery. In my understanding of this terrible passion—its turmoil, its confusion, its palpitations, its fervent expressions, its more intense silences, its indescribable looks, its timidity that turns into audacity when expressing desire, and its way of revealing longing through fear—I simply don’t see how, after such vehement language, a lover could ever say “I love you” without being immediately met with an outraged reply: “You no longer love me.” And they would never see that person again in their life.
Our circles still retain among us some remnants of ancient manners. Men, free from the need to lower their ideas to suit women’s comprehension or to embellish reason with superficiality, can engage in serious and profound discussions without fear of ridicule. One dares to speak of patriotism and virtue without being considered pedantic; one dares to be oneself without submitting to the dictates of a frivolous woman. If the tone of conversation becomes less polite, the arguments take on more weight; there is no room for jest or flattery, no attempt to resolve conflicts with empty words, no restraint in debate—each participant, feeling the full force of their opponent’s attack, is compelled to use all their own strength to defend themselves. In this way, the mind gains accuracy and vigor. If some licentious remarks occasionally permeate such conversations, there is no need to be overly alarmed; the least vulgar are not always the most honest, and this somewhat rough language is actually preferable to that more refined style in which both sexes seduce each other and become too familiar with vice. This way of living, being more in line with human inclinations, is also better suited to one’s temperament: people do not spend their entire day sitting still; they engage in physical exercises, go here and there; various gatherings take place in the countryside, and others are held in other places. There are gardens for strolling, spacious courtyards for exercise, large lakes for swimming, and vast open areas for hunting—yet one should not imagine that hunting is as convenient here as it is around Paris, where prey can be found at one’s feet and hunting is done from horseback. In short, these honest and innocent institutions combine everything that can help shape a people into friends, citizens, and soldiers—a society truly suited to a free nation.
Women’s societies are accused of having one flaw: they tend to make their members malicious and satirical in their remarks. It is indeed understandable that anecdotes from a small town cannot escape the scrutiny of such women’s groups; it also seems reasonable to assume that absent husbands often suffer at their hands; and that any attractive and popular woman faces difficulties within her neighbors’ circles. However, perhaps this “flaw” brings more benefits than harm. After all, what could possibly be better than a woman discussing her husband’s faults with her friends, or confiding such matters in private to a man? Or than criticizing her neighbor’s shortcomings, or even imitating them? Although the women of Geneva speak quite freely about what they know—and sometimes even about what they merely suspect—they truly abhor slander. One would never hear them make accusations against others that they believe to be false. In other countries, however, women, equally guilty through their silence as well as their words, hide the truth out of fear of retribution, while out of vengeance, they spread falsehoods they have invented themselves.
Se si confronta la forza degli antichi con quella degli uomini di oggi, non si riscontra alcuna forma di parità. Gli esercizi che facciamo nell’Accademia sono soltanto giochi da bambini rispetto a quelli praticati nell’antica ginnastica: abbiamo abbandonato l’uso della palma della mano, ritenendola troppo faticosa; non possiamo più viaggiare a cavallo. Non parlo nemmeno delle nostre truppe. Non si riesce più nemmeno a immaginare le marce degli eserciti greci e romani. Il cammino, il lavoro, il peso che doveva sopportare il soldato romano bastano già a suscitare ammirazione soltanto a pensarci; per l’immaginazione umana è addirittura insopportabile. Agli ufficiali di fanteria non era nemmeno permesso cavalcare. Spesso i generali percorrevano a piedi le stesse distanze delle loro truppe. Nemmeno i due Catoni viaggiarono mai in modo diverso, né da soli né con le loro armate. Anche Ottone, quel debole e effeminato Ottone, marciava armato di ferro alla testa del suo esercito, andando avanti rispetto a Vitellio. Troviamo forse oggi anche solo un uomo di guerra capace di fare lo stesso? Siamo decaduti in ogni cosa. I nostri pittori e scultori si lamentano di non trovare più modelli paragonabili a quelli dell’antichità. Perché? L’uomo si è forse degenerato? La specie umana soffre davvero di un declino fisico, proprio come gli individui? Al contrario. I barbari del Nord, che in qualche modo hanno “popolato” l’Europa con una nuova razza, erano più alti e più forti dei Romani, che hanno sconfitto e soggiogato. Noi dovremmo quindi essere ancora più forti, visto che la maggior parte di noi discende da questi nuovi venuti. Ma i primi Romani vivevano davvero come veri uomini; trovavano nella costante pratica degli esercizi fisici quella forza che la natura loro aveva negato. Mentre noi perdiamo la nostra forza in una vita pigra e lassa, determinata dalla dipendenza dal sesso. Se i barbari di cui ho parlato vivevano con le donne, non lo facevano certo per questo motivo; erano le donne ad avere il coraggio di vivere come loro, proprio come accadeva a quelle di Sparta. La donna diventava robusta, e l’uomo non si indeboliva.
Se questo sforzo di andare contro la natura è dannoso per il corpo, lo è ancora di più per l’anima. Immaginate quale possa essere la tempra dell’anima di un uomo che si dedica esclusivamente al compito futile di divertire le donne, e che trascorre tutta la sua vita a fare per loro ciò che dovrebbero essere loro stesse a fare per noi, quando i nostri spiriti, esausti dai lavori che esse sono incapaci di svolgere, hanno bisogno di distrazione. Abbandonati a queste abitudini infantili, a cosa potremmo mai elevarci? I nostri talenti, le nostre opere risentono inevitabilmente delle nostre occupazioni frivole: gradevoli, forse, ma insignificanti e superficiali come i nostri sentimenti stessi. Tutti questi lavori effimeri che nascono ogni giorno, essendo fatti soltanto per divertire le donne e privi di forza e profondità, non hanno altro valore se non quello superficiale che si può facilmente conferire a cose prive di sostanza. Ecco il modo in cui si continuano incessantemente a ripetere gli stessi contenuti, rendendoli apparentemente nuovi ogni volta. Si potranno citare due o tre opere che costituiscono un’eccezione; ma io ne potrei citare centomila che confermano questa regola generale. È per questo che la maggior parte delle produzioni del nostro tempo passerà insieme a esso; e la posterità crederà che in quel secolo si siano scritti ben pochi libri, quando invece ne vengono prodotti tantissimi.
Non sarebbe difficile dimostrare che, invece di trarre vantaggio da queste usanze, le donne ne perdono. Vengono lusingate senza essere amate; vengono servite senza essere onorate: sono circondate da persone affabili, ma non hanno più amanti; e il peggio è che questi ultimi, pur non provando i sentimenti degli altri, usurpano comunque tutti i loro diritti. La convivenza troppo frequente e troppo facile tra i due sessi ha prodotto questi effetti negativi, ed è proprio così che lo spirito generale della galanteria soffoca sia il genio che l’amore.
Per quanto mi riguarda, fatico a comprendere come si possa rendere così poco onore alle donne da osare rivolgere loro continuamente quei banali complimenti galanti, quegli insulti e quelle battute derisorie, ai quali non si presta nemmeno l’apparenza della sincerità: offenderle con queste evidenti menzogne, non significa forse dichiarare chiaramente che non si trova alcuna verità degna di essere detta su di loro? È vero che l’amore spesso si illude riguardo alle qualità di ciò che si ama; ma in tutto questo gergo meschino c’entra davvero l’amore? Anche coloro che lo usano non lo applicano forse a tutte le donne allo stesso modo? E non sarebbero delusi se qualcuno credesse davvero che siano seriamente innamorati di una sola? Non si preoccupino: bisognerebbe avere idee molto strane sull’amore per crederli capaci di tali comportamenti. E nulla è più lontano dal vero spirito dell’amore di quel tono galante e superficiale. Secondo la mia concezione di questa terribile passione, il suo turbamento, i suoi errori, le sue emozioni intense, le sue espressioni appassionate, tutto ciò sembra indicare che, dopo un linguaggio così veemente, se l’amante osasse dire una sola volta “ti amo”, l’amata gli risponderebbe con indignazione: “Non mi ami più, e non ti vedrò mai più in vita mia”.
I nostri circoli conservano ancora tra di noi alcune tracce delle antiche usanze. Gli uomini, essendo liberi dal dover abbassare i propri pensieri al livello delle donne o dall’adornare artificialmente la ragione con frasi affettuose, possono dedicarsi a discorsi seri e profondi senza temere il ridicolo. Si osa parlare di patria e virtù senza essere considerati noiosi; si osa essere se stessi, senza sottomettersi alle regole imposte da una donna frivola. Se il tono della conversazione diventa meno formale, le argomentazioni acquistano maggiore peso; non ci si limita a scherzi o cortesie superficiali, né si cercano soluzioni facili attraverso parole gentili; nelle discussioni non si fa alcuna concessione. Ognuno, sentendosi attaccato con tutte le forze dall’avversario, è costretto ad utilizzare le proprie risorse al massimo per difendersi. È così che lo spirito acquisisce precisione e vigore. Se in mezzo a tutto ciò si inseriscono alcuni discorsi licenziosi, non bisogna allarmarsi troppo: quelli meno volgari non sono sempre i più onesti, e questo linguaggio un po’ rustico è persino preferibile rispetto a quello più raffinato, nel quale i due sessi si seducono a vicenda in modo indecente. Il modo di vivere, più in linea con le inclinazioni naturali dell’uomo, è anche più adatto al suo temperamento: non si trascorre l’intera giornata seduti su una sedia; ci si dedica ad attività fisiche, ci si muove liberamente; diversi circoli si tengono in campagna, altri vi si recano per divertimento. Ci sono giardini per passeggiare, cortili spaziosi per fare esercizio, grandi laghi per nuotare, e tutto il territorio a disposizione per la caccia. Ma non bisogna credere che questa attività sia altrettanto comoda come nei dintorni di Parigi, dove la selvaggina è facilmente reperibile e si caccia a cavallo. Infine, queste istituzioni oneste e innocenti combinano tutto ciò che può contribuire a formare, negli stessi individui, amici, cittadini, soldati, e quindi tutto ciò che è più adatto a un popolo libero.
Si accusa alle società femminili di un difetto: quello di renderle incline alla maldicenza e alla satira; ed è certamente comprensibile che le aneddoti di una piccola città non sfuggano a tali discussioni tra donne; si pensa anche che i mariti assenti siano spesso vittime di queste critiche; inoltre, ogni donna bella e amata non abbia vita facile nel circolo delle sue vicine. Tuttavia, forse questo “difetto” comporta più vantaggi che svantaggi, ed è indubbiamente meno grave di quelli che sostituisce: quale cosa potrebbe essere migliore del fatto che una donna, con le sue amiche, parli male del proprio marito, o che, in privato con un uomo, lo faccia? Anche se le donne di Ginevra dicono abbastanza liberamente ciò che sanno, e a volte anche ciò che ipotizzano, provano davvero orrore per la calunnia; non si sentirà mai dire da loro accuse false contro qualcuno. Mentre in altri paesi le donne, ugualmente colpevoli sia per il loro silenzio che per le loro parole, nascondono, per paura di ritorsioni, ciò che sanno, e pubblicano, per vendetta, ciò che hanno inventato.
Combien de scandales publics ne retient pas la crainte de ces sévères observatrices ! Elles font presque dans notre ville la fonction de censeurs. C’est ainsi que, dans les beaux temps de Rome, les citoyens, surveillants les uns des autres, s’accusaient publiquement par zèle pour la justice : mais quand Rome fut corrompue, et qu’il ne resta plus rien à faire pour les bonnes mœurs que de cacher les mauvaises, la haine des vices qui les démasque en devint un. Aux citoyens zélés succédèrent des délateurs infâmes ; et au lieu qu’autrefois les bons accusaient les méchants, ils en furent accusés à leur tour. Grâce au ciel, nous sommes loin d’un ternie si funeste. Nous ne sommes point réduits à nous cacher à nos propres yeux de peur de nous faire horreur. Pour moi, je n’en aurai pas meilleure opinion des femmes, quand elles seront plus circonspectes : on se ménagera davantage quand on aura plus de raison de se ménager, et quand chacune aura besoin pour elle-même de la discrétion dont elle donnera l’exemple aux autres.
Qu’on ne s’alarme donc point tant du caquet des sociétés de femmes. Qu’elles médisent tant qu’elles voudront, pourvu qu’elles médisent entre elles. Des femmes véritablement corrompues ne sauraient supporter longtemps cette manière de vivre ; et, quelque chère que leur put être la médisance, elles voudraient médire avec des hommes. Quoi qu’on m’ait pu dire à cet égard, je n’ai jamais vu aucune de ces sociétés sans un secret mouvement d’estime et de respect pour celles qui la composaient. Telle est, me disais-je, la destination de la nature, qui donne différents goûts aux deux sexes, afin qu’ils vivent séparés et chacun à sa manière[211]. Ces aimables personnes passent ainsi leurs jours, livrées aux occupations qui leur conviennent, ou à des amusements innocents et simples, très propres à toucher un cœur honnête et à donner bonne opinion d’elles. Je ne sais ce qu’elles ont dit, mais elles ont vécu ensemble ; elles ont pu parler des hommes, mais elles se sont passées d’eux ; et tandis qu’elles critiquaient si sévèrement la conduite des autres, au moins la leur était irréprochable.
Les cercles d’hommes ont aussi leurs inconvénients, sans doute : quoi d’humain n’a pas les siens ? On joue, on boit, on s’enivre, on passe les nuits : tout cela peut être vrai, tout cela peut être exagéré. Il y a partout mélange de bien et de mal, mais à diverses mesures. On abuse de tout : axiome trivial, sur lequel on ne doit ni tout rejeter ni tout admettre. La règle pour choisir est simple. Quand le bien surpasse le mal, la chose doit être admise malgré ses inconvénients ; quand le mal surpasse le bien, il la faut rejeter même avec ses avantages. Quand la chose est bonne en elle-même et n’est mauvaise que dans ses abus, quand les abus peuvent être prévenus sans beaucoup de peine, ou tolérés sans grand préjudice, ils peuvent servir de prétexte et non de raison pour abolir un usage utile : mais ce qui est mauvais en soi sera toujours mauvais[212], quoi qu’on fasse pour en tirer un bon usage. Telle est la différence essentielle des cercles aux spectacles.
Les citoyens d’un même état, les habitants d’une même ville, ne sont point des anachorètes, ils ne sauraient vivre toujours seuls et séparés : quand ils le pourraient, il ne faudrait pas les y contraindre. Il n’y a que le plus farouche despotisme qui s’alarme à la vue de sept ou huit hommes assemblés, craignant toujours que leurs entretiens ne roulent sur leurs misères.
Or, de toutes les sortes de liaisons qui peuvent rassembler les particuliers dans une ville comme la nôtre, les cercles forment, sans contredit, la plus raisonnable, la plus honnête, et la moins dangereuse, parce qu’elle ne veut ni ne peut se cacher, qu’elle est publique, permise, et que l’ordre et la règle y règnent. Il est même facile à démontrer que les abus qui peuvent en résulter naîtraient également de toutes les autres, ou qu’elles en produiraient de plus grands encore. Avant de songer à détruire un usage établi, on doit avoir bien pesé ceux qui s’introduiront à sa place. Quiconque en pourra proposer un qui soit praticable et duquel ne résulte aucun abus, qu’il le propose, et qu’ensuite les cercles soient abolis ; à la bonne heure. En attendant, laissons, s’il le faut, passer la nuit à boire à ceux qui, sans cela, la passeraient peut-être à faire pis.
Toute intempérance est vicieuse, et surtout celle qui nous ôte la plus noble de nos facultés. L’excès du vin dégrade l’homme, aliène au moins sa raison pour un temps, et l’abrutit à la longue. Mais enfin le goût du vin n’est pas un crime ; il en fait rarement commettre ; il rend l’homme stupide et non pas méchant[213]. Pour une querelle passagère qu’il cause, il forme cent attachements durables. Généralement parlant, les buveurs ont de la cordialité, de la franchise ; ils sont presque tous bons, droits, justes, fidèles, braves et honnêtes gens à leur défaut près. En ose-t-on dire autant des vices qu’on substitue à celui-là ? ou bien prétend-on faire de toute une ville un peuple d’hommes sans défauts et retenus en toute chose ? Combien de vertus apparentes cachent souvent des vices réels ! le sage est sobre par tempérance, le fourbe l’est par fausseté. Dans les pays de mauvaises mœurs, d’intrigues, de trahisons, d’adultères, on redoute un état d’indiscrétion où le cœur se montre sans qu’on y songe. Partout les gens qui abhorrent le plus l’ivresse sont ceux qui ont le plus d’intérêt à s’en garantir. En Suisse, elle est presque en estime ; à Naples, elle est en horreur : mais au fond laquelle est le plus à craindre, de l’intempérance du Suisse, ou de la réserve de l’Italien ?
Je le répète, il vaudrait mieux être sobre et vrai, non seulement pour soi, même pour la société ; car tout ce qui est mal en morale est mal encore en politique. Mais le prédicateur s’arrête au mal personnel, le magistrat ne voit que les conséquences publiques ; l’un n’a pour objet que la perfection de l’homme où l’homme n’atteint point ; l’autre, que le bien de l’état autant qu’il y peut atteindre : ainsi tout ce qu’on a raison de blâmer en chaire ne doit pas être puni par les lois. Jamais peuple n’a péri par l’excès du vin, tous périssent par le désordre des femmes. La raison de cette différence est claire : le premier de ces deux vices détourne des autres, le second les engendre tous. La diversité des âges y fait encore. Le vin tente moins la jeunesse et l’abat moins aisément ; un sang ardent lui donne d’autres désirs ; dans l’âge des passions toutes s’enflamment au feu d’une seule ; la raison s’altère en naissant ; et l’homme, encore indompté, devient indisciplinable avant que d’avoir porté le joug des lois. Mais qu’un sang à demi glacé cherche un secours qui le ranime, qu’une liqueur bienfaisante supplée aux esprits qu’il n’a plus[214] : quand un vieillard abuse de ce doux remède, il a déjà rempli ses devoirs envers sa patrie, il ne la prive que du rebut de ses ans. Il a tort, sans doute : il cesse avant la mort d’être citoyen. Mais l’autre ne commence pas même à l’être : il se rend plutôt l’ennemi public, par la séduction de ses complices, par l’exemple et l’effet de ses moeurs corrompues, surtout par la morale pernicieuse qu’il ne manque pas de répandre pour les autoriser. Il vaudrait mieux qu’il n’eût point existé.
De la passion du jeu naît un plus dangereux abus, mais qu’on prévient ou réprime aisément. C’est une affaire de police, dont l’inspection devient plus facile et mieux séante dans les cercles que dans les maisons particulières. L’opinion peut beaucoup encore en ce point ; et sitôt qu’on voudra mettre en honneur les jeux d’exercice et d’adresse, les cartes, les dés, les jeux de hasard, tomberont infailliblement. Je ne crois pas même, quoi qu’on en dise, que ces moyens oisifs et trompeurs de remplir sa bourse prennent jamais grand crédit chez un peuple raisonneur et laborieux, qui connaît trop le prix du temps et de l’argent pour aimer à les perdre ensemble.
How many public scandals are not restrained by the fear of these strict observers! In our city, they almost serve as censors. Just as in the good old days of Rome, citizens, keeping watch over one another, publicly accused others out of zeal for justice. But when Rome became corrupt, and nothing remained to be done for good morals but to conceal evil ones, the hatred for those vices that exposed them turned into a tool for their suppression. Zealous citizens were replaced by despicable informants; and where once the good accused the bad, it was now the bad who accused the good. Fortunately, we are far removed from such a dire decline. We are not forced to hide from our own eyes for fear of loathing ourselves. As for me, my opinion of women will only improve if they become more cautious. People will be more careful when there is more reason to be so, and when each woman will need the discretion that she herself will set an example for others in practicing.
Therefore, there is no need to be so alarmed by the chatter of women’s societies. Let them gossip as much as they wish, so long as it is among themselves. Truly corrupt women could not endure such a way of living for long; and no matter how much they might enjoy gossiping, they would prefer to do so with men. Whatever anyone may have said to me on this subject, I have never seen any of these societies in which there was not a secret sense of admiration and respect for those who belonged to it. “Such is,” I thought, “the purpose of nature, which gives different tastes to the two sexes, so that they may live separately and each in their own way.” These kind-hearted women spend their days engaged in activities that suit them, or participating in innocent and simple pleasures that are very apt to touch an honest heart and give a good impression of them. I do not know what they said, but they lived together; they could talk about men, but they managed without them; and while they criticized the behavior of others so harshly, at least their own conduct was beyond reproach.
Men’s circles also have their disadvantages, undoubtedly—what in human affairs does not have its drawbacks? People play, drink, get drunk, spend nights out; all these things may be true, or they may be exaggerated. Everywhere there is a mixture of good and evil, but to varying degrees. Everything can be abused: a trite axiom, upon which one should neither reject everything nor accept it wholesale. The rule for making choices is simple. When the good outweighs the evil, something must be accepted despite its drawbacks; when the evil outweighs the good, it must be rejected, even if it has some advantages. When something is inherently good but only becomes harmful when abused, and when those abuses can be prevented with little effort or tolerated without significant harm, they may serve as a pretext rather than a reason to abolish a useful practice. But what is inherently bad will always remain bad[212], no matter what efforts are made to put it to good use. Such is the essential difference between men’s circles and public spectacles.
Citizens of the same state, inhabitants of the same city, are not hermits; they cannot possibly live alone and in isolation forever. Even if they were able to, we should not force them to do so. Only the most ruthless despotism would be alarmed at the sight of seven or eight people gathered together, always fearing that their conversations might revolve around their hardships.
Or, of all the various kinds of associations that can bring people together in a city like ours, circles are undoubtedly the most reasonable, the most honest, and the least dangerous. This is because they neither seek nor can conceal anything; they are public, permitted by law, and governed by order and rules. It is even easy to demonstrate that any abuses that might arise from circles would also occur in all other types of associations, or perhaps even more severely. Before considering destroying an established practice, one must carefully weigh the consequences of whatever alternative might take its place. Anyone who can propose a new system that is feasible and does not lead to any abuses should certainly do so—then let the circles be abolished, if that is what is desired. In the meantime, if necessary, let those people spend the night drinking, since otherwise they might engage in even worse activities.
All excesses are vicious, especially those that deprive us of our noblest faculties. Excessive drinking debases a person, at least temporarily alienating their reason and, in the long run, stupefying them. Yet, the taste for wine is not a crime; it rarely leads to wrongdoing; it makes a person foolish, but not necessarily wicked[213]. For the sake of a fleeting quarrel that it may provoke, it gives rise to hundreds of enduring friendships. Generally speaking, drinkers tend to be cordial and straightforward; almost all of them are good, upright, just, faithful, brave, and honest people—unless deprived of these qualities. Can the same be said of the vices that often replace this one? Or do we really pretend that an entire city is composed of flawless individuals who refrain from every wrongdoing? How many apparent virtues often conceal real vices! The wise are temperate out of self-control; the cunning are so out of deceit. In countries plagued by bad morals, intrigue, betrayal, and adultery, people fear a state of indiscretion in which one’s true feelings are revealed without intention. Everywhere, those who hate drunkenness most are precisely those who have the greatest reason to guard themselves against it. In Switzerland, it is almost regarded with respect; in Naples, it is despised. But in the end, which is more frightening: the excesses of a Swiss man or the restraint of an Italian?
I repeat it: it is better to be sober and honest, not only for one’s own sake but also for the sake of society; for everything that is morally wrong is also wrong in politics. Yet the preacher stops at personal wrongdoing, while the magistrate considers only its public consequences. One aims solely at the perfection of man—though man can never truly achieve it—and the other focuses on the welfare of the state, as much as it is possible to attain it. Thus, everything that deserves condemnation in the pulpit should not be punished by law. No nation has ever perished from excessive drinking; all nations perish from the disorder caused by women. The reason for this difference is clear: the first of these vices distracts people from other evils, while the second gives rise to them all. The varying stages of life also play a role here. Wine appeals less to the young and has less power to weaken them; a hot-blooded nature arouses other desires in them. In the age of passion, all desires are kindled by the same influence. Reason itself is impaired at birth, and before even submitting to the rule of law, man becomes uncontrollable. But if a cold-blooded person seeks a remedy to revive himself, or if a beneficial liquor can compensate for the loss of vitality—then when an old man abuses such a remedy, he has already fulfilled his duties toward his country; he only deprives it of the burden of his declining years. He is certainly in error: he ceases to be a citizen before death even arrives. But the other person never begins to be one at all; rather, by enticing others and setting an example with his corrupt morals, especially by spreading harmful doctrines that justify such behavior, he becomes an enemy to society. It would have been better if such a person had never existed.
From the passion for gaming arises a far more dangerous form of abuse, but one that can be easily prevented or repressed. It is a matter for the police, and inspections in such circles become both easier and more appropriate than in private homes. Public opinion can play a significant role in this regard; and whenever efforts are made to promote games of skill and exercise, such as cards, dice, and other forms of chance gaming, they will inevitably fail. I do not believe, no matter what people say, that these idle and deceptive ways of filling one’s pockets could ever gain any respect among a rational and hardworking people who understand too well the value of time and money to willingly waste them both.
Quanti scandali pubblici non vengono trattenuti dalla paura di queste severe osservatrici! Nella nostra città svolgono quasi il ruolo di censori. Così, nei bei tempi di Roma, i cittadini, sorvegliandosi a vicenda, si accusavano pubblicamente per zelo verso la giustizia; ma quando Roma divenne corrotta e non rimase più nulla da fare per le buone mœurs se non nascondere quelle cattive, l’odio per i vizi che li denunciavano ne divenne uno solo. Ai cittadini zelanti subentrarono delatori infami; e invece di prima, quando i buoni accusavano i cattivi, ora furono loro ad essere accusati a loro volta. Grazie al cielo, siamo lontani da una decadenza così funesta. Non siamo costretti a nasconderci ai nostri stessi occhi per paura di disgustarci. Per quanto mi riguarda, non avrò certo un’opinione migliore delle donne, anche se diventeranno più caute: ci si comporterà con maggiore rispetto quando ci sarà motivo di farlo, e quando ognuna avrà bisogno della discrezione che a sua volta imparerà ad esigere dagli altri.
Non bisogna quindi allarmarsi troppo per le chiacchiere delle società di donne: che maledicano quanto vogliono, purché lo facciano tra loro. Donne veramente corrotte non potrebbero sopportare a lungo questo modo di vivere; e, per quanto cara possa essere loro la maldicenza, preferirebbero certamente diffamarli insieme agli uomini. Qualunque cosa mi sia stata detta in proposito, non ho mai visto nessuna di queste società priva di un segreto sentimento di stima e rispetto per le persone che la componevano. “Ecco”, mi dicevo, “il destino naturale: dare gusti diversi ai due sessi, affinché vivano separati e ciascuno a modo suo[211]”. Queste gentili donne trascorrono così i loro giorni, dedicandosi ad attività che le convengono o a divertimenti innocenti e semplici, molto adatti a toccare un cuore onesto e a dare di loro una buona impressione. Non so cosa abbiano detto, ma hanno vissuto insieme; hanno potuto parlare degli uomini, ma si sono accontentate della loro assenza; e mentre criticavano così severamente il comportamento altrui, almeno il loro era irreprensibile.
Anche i circoli di uomini presentano i loro svantaggi, senza dubbio: cosa umana non ne ha? Si gioca, si beve, ci si ubriaca, si trascorrono le notti. Tutto questo può essere vero, ma anche esagerato. Dappertutto c’è un miscuglio di bene e male, ma in proporzioni diverse. Di tutto si abusa: un principio banale, su cui non si deve né rifiutare tutto né accettare tutto. La regola per scegliere è semplice: quando il bene prevale sul male, la cosa va accettata nonostante i suoi svantaggi; quando il male prevale sul bene, deve essere rifiutata anche con i suoi vantaggi. Quando una cosa è buona in sé stessa e diventa cattiva solo se abusata, quando tali abusi possono essere evitati senza grandi sforzi o tollerati senza gravi conseguenze, allora possono costituire un pretesto, ma non una ragione valida per abolire un uso utile. Tuttavia ciò che è cattivo in sé stesso rimarrà sempre tale, qualunque sforzo si faccia per utilizzarlo in modo positivo. Questa è la differenza essenziale tra i circoli e gli spettacoli.
I cittadini dello stesso stato, gli abitanti della stessa città non sono degli anacoreti; non potrebbero certo vivere sempre da soli e separati: anche se potessero farlo, non dovremmo costringerli a farlo. Solo il più spietato dei despoti si allarma alla vista di sette o otto persone riunite, temendo sempre che i loro discorsi riguardino le loro miserie.
Ora, tra tutti i tipi di legami che possono unire le persone in una città come la nostra, i circoli rappresentano senza dubbio il modo più ragionevole, più onesto e meno pericoloso: non cercano né possono nascondersi, sono pubblici e permessi, e in loro regnano l’ordine e le regole. È persino facile dimostrare che gli abusi che potrebbero derivarne nascerebbero ugualmente da tutti gli altri tipi di legami, o ne produrrebbero addirittura di ancora più gravi. Prima di pensare a distruggere un’usanza consolidata, è necessario valutare attentamente quali ne deriverebbero al suo posto. Chiunque sia in grado di proporre un nuovo sistema praticabile e privo di abusi, che lo proponga pure; poi, se vogliamo, possiamo abolire i circoli. Ma fino ad allora, lasciamo che coloro che, altrimenti, potrebbero trascorrere la notte a commettere atti peggiori, la trascorrano almeno bevendo.
Qualsiasi eccesso è vizio, soprattutto quello che ci priva della nostra più nobile facoltà. L’abuso del vino degrada l’uomo, almeno per un certo periodo aliena la sua ragione e, a lungo andare, lo rende stupido. Tuttavia, il piacere di bere il vino non è un crimine; raramente induce ad azioni malvagie; rende l’uomo stupido, ma non cattivo[213]. Per una lite passeggera che può causare, esso dà origine a centinaia di legami duraturi. In generale, i bevitori sono persone cordiali e franche; quasi tutti sono buoni, onesti, giusti, fedeli, coraggiosi e onesti. A meno che non abbiano questo difetto. Si può dire lo stesso dei vizi che sostituiscono quello del bere? O si pretende davvero di rendere un’intera città popolata da persone senza difetti, che si comportino sempre in modo corretto? Quante virtù apparenti nascondono spesso veri vizi! Il saggio è sobrio per temperanza; il furbo lo è per falsità. Nei paesi con cattive usanze, intrighi, tradimenti e adulteri, si teme uno stato di indiscrezione che fa sì che il cuore si mostri senza alcun controllo. Dappertutto, le persone che odiano di più l’ubriachezza sono proprio quelle che hanno maggior interesse a proteggersene. In Svizzera, essa è quasi considerata una virtù; a Napoli, invece, è oggetto di orrore. Ma, in fondo, quale è più da temere: l’eccesso nel bere degli svizzeri o la riservatezza degli italiani?
Lo ripeto: è meglio essere sobri e veri, non solo per se stessi, ma anche per la società; infatti tutto ciò che è male in termini morali lo è altrettanto in politica. Tuttavia, il predicatore si sofferma soltanto sul male personale, mentre il magistrato considera soltanto le conseguenze pubbliche; l’uno ha come obiettivo la perfezione dell’uomo, anche se quest’ultimo non può raggiungerla; l’altro, invece, il bene dello stato, nella misura in cui ciò è possibile. Pertanto, tutto ciò che merita di essere biasimato durante i sermoni non dovrebbe essere punito dalle leggi. Mai un popolo è perito a causa dell’eccessivo consumo di alcol; tutti, invece, periscono a causa del disordine nelle relazioni tra uomini e donne. La ragione di questa differenza è chiara: il primo di questi due vizi allontana dalle altre forme di corruzione, mentre il secondo le genera tutte. Anche la diversità degli anni influisce su questo fenomeno: l’alcol tenta meno i giovani e li indebolisce con minore facilità; un sangue caldo suscita in loro altri desideri; nell’età delle passioni, queste si intensificano tutte a causa dell’effetto di un solo elemento; la ragione, infatti, viene alterata fin dalla nascita; e l’uomo, ancora indomito, diventa indisciplinato prima ancora di essere sottomesso alle leggi. Ma se un sangue freddo cerca un rimedio che lo rinvigorisca, se una bevanda benefica può compensare la mancanza di forze mentali. Quando un anziano abusa di questo dolce rimedio, ha già adempiuto ai propri doveri verso la patria; non le toglie altro che i “rifiuti” degli anni. Certo, commette un errore: smette di essere un cittadino prima ancora della morte. Ma l’altro, nemmeno inizia a esserlo; diventa piuttosto un nemico pubblico, attraverso la seduzione dei suoi complici, attraverso l’esempio e l’influenza delle sue abitudini corrotte, soprattutto diffondendo una morale dannosa che giustifica tali comportamenti. Sarebbe stato meglio che non esistesse affatto.
Dalla passione per i giochi nasce un abuso ancora più pericoloso, ma che si può facilmente prevenire o reprimere. Si tratta di una questione di polizia; la sua vigilanza diventa più semplice e opportuna nei circoli che nelle case private. A questo proposito, l’opinione pubblica può esercitare un’influenza notevole; e non appena si cercherà di promuovere i giochi che richiedono esercizio e abilità, come le carte da gioco, i dadi e altri giochi d’azzardo, questi sicuramente perderanno ogni credibilità. Non credo affatto, nonostante quanto si possa dire, che questi mezzi oziosi e ingannevoli per arricchirsi possano mai guadagnare grande credito presso un popolo razionale e laborioso, che conosce troppo bene il valore del tempo e del denaro per volerli sprecare insieme.
Conservons donc les cercles, même avec leurs défauts ; car ces défauts ne sont pas dans les cercles, mais dans les hommes qui les composent ; et il n’y a point dans la vie sociale de forme imaginable sous laquelle ces mêmes défauts ne produisent de plus nuisibles effets. Encore un coup, ne cherchons point la chimère de la perfection, mais le mieux possible selon la nature de l’homme et la constitution de la société. Il y a tel peuple à qui je dirais : Détruisez cercles et coteries, ôtez toute barrière de bienséance entre les sexes, remontez, s’il est possible, jusqu’à n’être que corrompus. Mais vous, Genevois, évitez de le devenir, s’il est temps encore ; craignez le premier pas, qu’on ne fait jamais seul, et songez qu’il est plus aisé de garder de bonnes mœurs que de mettre un terme aux mauvaises.
Deux ans seulement de comédie, et tout est bouleversé. L’on ne saurait se partager entre tant d’amusements : l’heure des spectacles étant celle des cercles les fera dissoudre, il s’en détachera trop de membres ; ceux qui resteront seront trop peu assidus pour être d’une grande ressource les uns aux autres, et laisser subsister longtemps les associations. Les deux sexes réunis journellement dans un même lieu ; les parties qui se lieront pour s’y rendre ; les manières de vivre qu’on y verra dépeintes et qu’on s’empressera d’imiter ; l’exposition des daines et demoiselles parées tout de leur mieux et mises en étalage dans des loges comme sur le devant d’une boutique, en attendant les acheteurs ; l’affluence de la belle jeunesse, qui viendra de son côté s’offrir en montre, et trouvera bien plus beau de faire des entrechats au théâtre que l’exercice à Plain-Palais ; les petits soupers de femmes qui s’arrangeront en sortant, ne fut-ce qu’avec les actrices ; enfin le mépris des anciens usages qui résultera de l’adoption des nouveaux ; tout cela substituera bientôt l’agréable vie de Paris et les bons airs de France à notre ancienne simplicité ; et je doute un peu que des Parisiens à Genève y conservent longtemps le goût de notre gouvernement.
Il ne faut point le dissimuler, les intentions sont droites encore ; mais les mœurs inclinent déjà visiblement vers la décadence, et nous suivons de loin les traces des mêmes peuples dont nous ne laissons pas de craindre le sort. Par exemple, on m’assure que l’éducation de la jeunesse est généralement beaucoup meilleure qu’elle n’était autrefois ; ce qui pourtant ne peut guère se prouver qu’en montrant qu’elle fait de meilleurs citoyens. Il est certain que les enfants font mieux la révérence, qu’ils savent plus galamment donner la main aux dames, et leur dire une infinité de gentillesses pour lesquelles je leur ferais, moi, donner le fouet ; qu’ils savent décider, trancher, interroger, couper la parole aux hommes, importuner tout le monde, sans modestie et sans discrétion. On me dit que cela les forme : je conviens que cela les forme à être impertinents ; et c’est, de toutes les choses qu’ils apprennent par cette méthode, la seule qu’ils n’oublient point. Ce n’est pas tout : pour les retenir auprès des femmes, qu’ils sont destinés à désennuyer, on a soin de les élever précisément comme elles ; on les garantit du soleil, du vent, de la pluie, de la poussière, afin qu’ils ne puissent jamais rien supporter de tout cela. Ne pouvant les préserver entièrement du contact de l’air, on fait du moins qu’il ne leur arrive qu’après avoir perdu la moitié de son ressort. On les prive de tout exercice ; on leur ôte toutes leurs facultés ; on les rend ineptes à tout autre usage qu’aux soins auxquels ils sont destinés, et la seule chose que les femmes n’exigent pas de ces vils esclaves est de se consacrer à leur service à la façon des Orientaux. À cela près, tout ce qui les distingue d’elles, c’est que la nature leur en ayant refusé les grâces, ils y substituent des ridicules. À mon dernier voyage à Genève, j’ai déjà vu plusieurs de ces jeunes demoiselles en justaucorps, les dents blanches, la main potelée, la voix flûtée, un joli parasol vert à la main, contrefaire assez maladroitement les hommes.
On était plus grossier de mon temps. Les enfants, rustiquement élevés, n’avaient point de teint à conserver, et ne craignaient point les injures de l’air, auxquelles ils s’étaient aguerris de bonne heure. Les pères les menaient avec eux à la chasse, en campagne, à tous leurs exercices, dans toutes les sociétés. Timides et modestes devant les cens âgés, ils étaient hardis, fiers, querelleurs entre eux ; ils n’avaient point de frisure à conserver ; ils se défiaient à la lutte, à la course, aux coups ; ils se battaient à bon escient, se blessaient quelquefois, et puis s’embrassaient en pleurant. Ils revenaient au logis suant, essoufflés, déchirés : c’étaient de vrais polissons ; mais ces polissons ont fait des hommes qui ont dans le cœur du zèle pour servir la patrie et du sang à verser pour elle. Plaise à Dieu qu’on en puisse dire autant un jour de nos beaux petits messieurs requinqués, et que ces hommes de quinze ans ne soient pas des enfants à trente !
Heureusement ils ne sont point tous ainsi. Le plus grand nombre encore a gardé cette antique rudesse, conservatrice de la bonne constitution ainsi que des bonnes mœurs. Ceux mêmes qu’une éducation trop délicate amollit pour un temps seront contraints, étant grands, de se plier aux habitudes de leurs compatriotes. Les uns perdront leur âpreté dans le commerce du monde ; les autres gagneront des forces en les exerçant ; tous deviendront, je l’espère, ce que furent leurs ancêtres, ou du moins ce que leurs pères sont aujourd’hui. Mais ne nous flattons pas de conserver notre liberté en renonçant aux moeurs qui nous l’ont acquise.
Je reviens à nos comédiens ; et toujours, en leur supposant un succès qui me paraît impossible, je trouve que ce succès attaquera notre constitution, non seulement d’une manière indirecte en attaquant nos moeurs, mais immédiatement en rompant l’équilibre qui doit régner entre les diverses parties de l’état pour conserver le corps entier dans son assiette.
Parmi plusieurs raisons que j’en pourrais donner, je me contenterai d’en choisir une qui convient mieux au plus grand nombre, parce qu’elle se borne à des considérations d’intérêt et d’argent, toujours plus sensibles au vulgaire que des effets moraux, dont il n’est pas en état de voir les liaisons avec leurs causes ni l’influence sur le destin de l’état.
On peut considérer les spectacles, quand ils réussissent, comme une espèce de taxe qui, bien que volontaire, n’en est pas moins onéreuse au peuple, en ce qu’elle lui fournit une continuelle occasion de dépense à laquelle il ne résiste pas. Cette taxe est mauvaise, non seulement parce qu’il n’en revient rien au souverain, mais surtout parce que la répartition, loin d’être proportionnelle, charge le pauvre au-delà de ses forces, et soulage le riche en suppléant aux amusements plus coûteux qu’il se donnerait au défaut de celui-là. Il suffit, pour en convenir, de faire attention que la différence du prix des places n’est ni ne peut être en proportion de celle des fortunes des gens qui les remplissent. À la Comédie Française, les premières loges et le théâtre sont à quatre francs pour l’ordinaire, et à six quand on tierce[215], le parterre est à vingt sous, on a même tenté plusieurs fois de l’augmenter. Or on ne dira pas que le bien des plus riches qui vont au théâtre n’est que le quadruple du bien des plus pauvres qui vont au parterre. Généralement parlant, les premiers sont d’une opulence excessive, et la plupart des autres n’ont rien[216]. Il en est de ceci comme des impôts sur le blé, sur le vin, sur le sel, sur toute chose nécessaire à la vie, qui ont un air de justice au premier coup-d’œil, et sont au fond très iniques ; car le pauvre, qui ne peut dépenser que pour son nécessaire, est forcé de jeter les trois quarts de ce qu’il dépense en impôts, tandis que, ce même nécessaire n’étant que la moindre partie de la dépense du riche, l’impôt lui est presque insensible[217]. De cette manière, celui qui a peu paie beaucoup, et celui qui a beaucoup paie peu : je ne vois pas quelle grande justice on trouve à cela.
Let us therefore preserve these circles, even with their flaws; for these flaws do not lie in the circles themselves, but in the people who compose them. In social life, there is no imaginable form under which these very flaws would not produce even more harmful effects. Once again, let us not pursue the illusion of perfection, but seek what is best possible given human nature and the structure of society. There are peoples to whom I might say: “Destroy your circles and factions; remove every barrier of propriety between the sexes; if possible, go so far as to become corrupt.” But you, citizens of Geneva, avoid becoming such people, if there is still time to do so. Fear that first step which no one ever takes alone, and remember that it is much easier to maintain good morals than to put an end to bad ones.
Only two years of theatrical entertainment, and everything is thrown into upheaval. One would hardly know how to divide one’s time among so many amusements: since the hours dedicated to performances coincide with those spent in social gatherings, too many members will withdraw; those who remain will not be regular enough to provide substantial mutual support, and thus the associations will not be able to sustain themselves for long. The combination of both sexes in the same place every day; the groups that form to attend these events; the ways of living that are depicted there and eagerly imitated; the display of ladies and young women dressed to the best of their ability, set out like goods in shop windows waiting for buyers; the influx of handsome young people who will come there to show off their talents—and who will surely find it far more enjoyable to dance at the theater than to practice their skills in Plain-Palais; the small dinners held by women after performances, even if they are merely with actors; and finally, the contempt for old customs that arises from the adoption of new ones—all these factors will soon replace the pleasant lifestyle of Paris and the refined manners of France with our former simplicity. I doubt very much that Parisians in Geneva would retain for long a taste for our way of life.
It must not be concealed that their intentions are still upright; but their manners clearly tend towards degeneration, and we observe from a distance the same tendencies in those very peoples whose fate we cannot help but fear. For instance, it is claimed that the education of young people today is generally much better than it used to be; yet this can hardly be proven unless it results in them becoming better citizens. It is certainly true that children nowadays bow more politely, know how to offer their hands to ladies with greater grace, and utter countless courtesies for which, in my opinion, they should rather receive a flogging; they also seem better at making decisions, speaking up, interrupting men, and bothering everyone without any sense of modesty or discretion. People say that this kind of education shapes them; I admit it shapes them to be impertinent—and among all the things they learn in this way, this is the only trait they never forget. But that’s not all: in order to keep them around women, whom they are supposed to entertain, they are raised precisely in the same way as women themselves; they are protected from the sun, wind, rain, and dust, so that they never have to endure any of these things. Since it is impossible to completely shield them from the outside world, at least half of their natural resilience is destroyed before they even reach adulthood. They are deprived of all physical exercise; their abilities are weakened; they become incapable of anything other than serving women—and the only thing that women do not require from these wretched “slaves” is that they devote themselves to their service in the same way Easterners do. Apart from this, the only difference between them and women is that, since nature has refused them certain natural charms, they try to compensate with ridiculous imitations. During my last trip to Geneva, I saw several of these young ladies in short jackets, with white teeth, plump hands, and fluty voices, carrying beautiful green parasols, trying rather clumsily to mimic the behavior of men.
In my time, people were much rougher in their manners. Children, raised in a simple way of life, had no delicate skin to protect, and they were not afraid of the harsh elements of the weather, to which they had grown accustomed from an early age. Their fathers took them with them on hunts, into the countryside, for all kinds of outdoor activities, and into various social gatherings. Timid and modest in front of older people, they became bold, proud, and prone to arguing among themselves. They didn’t bother to maintain their hair; they would engage in wrestling, running races, and physical fights. They would fight fairly, sometimes get injured, and then embrace each other while crying. When they returned home, they would be sweaty, out of breath, and covered in scratches—they were indeed quite rough kids. But those very rough kids grew up to become men who possessed a passionate desire to serve their country and were willing to shed their blood for it. May God allow us to say the same about our well-cared-for young gentlemen someday, and may these fifteen-year-olds not still behave like ten-year-olds at thirty!
Fortunately, not all are like this. The majority have still retained that ancient rudeness which preserves both a sound constitution and good manners. Even those who, for a time, become too soft-minded due to overly delicate education will be forced, as they grow up, to conform to the habits of their fellow citizens. Some will lose their sharpness in the affairs of the world; others will gain strength through practicing them; I hope that all of them will become what their ancestors were, or at least what their fathers are today. But let us not delude ourselves into thinking that we can preserve our freedom by abandoning the very manners that enabled us to acquire it in the first place.
I return to our comedians; and even if I assume for them a success that seems impossible to me, I still believe that such success would undermine our political system—not only indirectly by affecting our morals, but also directly by disrupting the balance that must exist among the various components of the state in order to maintain the stability of the entire society.
Of the many reasons I could give, I will limit myself to one that is more relevant to the general public, because it revolves solely around considerations of interest and money—elements that are far more tangible to the ordinary person than moral effects, which they are unable to grasp in terms of their relationship with their causes or their influence on the fate of a nation.
One can consider spectacles, when they are successful, as a sort of tax that, although voluntary, is none the less burdensome for the people, in that it constantly provides them with an opportunity to spend money that they cannot resist. This tax is harmful not only because it brings no benefit to the sovereign, but chiefly because its distribution is far from proportional, imposing an undue burden on the poor and providing relief to the rich by compensating for the more expensive forms of entertainment they would otherwise pursue. To acknowledge this fact, one need only observe that the difference in ticket prices is neither proportional nor could it be proportional to the disparity in people’s wealth. At the Comédie Française, for example, the first-row seats and the balcony cost four francs under normal circumstances, and six francs when purchased in thirds; the ground floor seats cost twenty sous, and there have even been attempts several times to raise this price further. Yet it would be absurd to claim that the wealth of the wealthy who attend the theater is four times that of the poor in the ground floor seats. Generally speaking, the former enjoy excessive opulence, while most of the latter possess virtually nothing. This is similar to taxes on grain, wine, salt, and all other necessities of life—taxes that at first glance seem just but are in reality highly unjust. For the poor, who can only afford what is necessary for survival, three-quarters of their income goes toward taxes; whereas for the rich, since necessities account for only a small portion of their expenses, the tax burden is virtually negligible. In this way, those with little pay much, while those with much pay little—I see no great justice in such a system at all.
Conserviamo quindi i circoli, anche con i loro difetti; poiché questi difetti non risiedono nei circoli stessi, ma negli uomini che li compongono; e nella vita sociale non esiste alcuna forma immaginabile sotto la quale tali difetti non producano effetti dannosi. Ancora una volta: non cerchiamo l’illusoria perfezione, ma ciò che è possibile realizzare al meglio, in base alla natura umana e alla struttura della società. Ci sono popoli a cui direi: “Distruggete i circoli e le fazioni, eliminate ogni barriera di convenienza tra i sessi. Anzi, se possibile, arrivate fino al punto di diventare completamente corrotti”. Ma voi, genovesi, evitate di farlo, se ancora c’è tempo; temete il primo passo che nessuno compie mai da solo, e ricordate che è molto più facile mantenere buone maniere che porre fine ai vizi.
Solo due anni di attività teatrali, e tutto è cambiato radicalmente. Non si saprebbe come dividere il proprio tempo tra tante distrazioni: l’orario delle rappresentazioni coincide con quello dei circoli, i quali ne porteranno alla dissoluzione; coloro che rimarranno non saranno abbastanza assidui da potersi aiutare a vicenda, e quindi le associazioni difficilmente sopravviveranno a lungo. I due sessi riuniti ogni giorno nello stesso luogo; i gruppi che si formeranno per recarsi lì; i modi di vivere descritti e immediatamente imitati; le dame e le giovani donne vestite con cura e esposte in “logge”, come se fossero in vetrina, in attesa degli acquirenti; l’afflusso della bella gioventù che verrà a offrirsi in mostra. Tutto ciò sostituirà presto la piacevole vita di Parigi e i buoni costumi francesi con la nostra antica semplicità. E dubito davvero che i parigini, a Ginevra, possano conservare a lungo il gusto per i nostri usanze tradizionali.
Non si deve nascondere che le intenzioni sono ancora oneste; ma i costumi tendono chiaramente verso il declino, e noi seguiamo da lontano le orme degli stessi popoli di cui non possiamo fare a meno di temere il destino. Ad esempio, mi assicurano che l’educazione della gioventù sia generalmente molto migliore rispetto al passato; ciò tuttavia può essere dimostrato soltanto mostrando che essa produce cittadini migliori. È certo che i bambini fanno ora la riverenza in modo più appropriato, sanno offrire la mano alle signore con maggiore cortesia e pronunciare un’infinità di frasi gentili, per le quali, personalmente, li farei invece frustare; sanno decidere, interrompere gli altri, importunare tutti senza alcuna modestia o discrezione. Mi dicono che tutto ciò li “forma”: ammetto che li forma ad essere scortesi, e questa è l’unica cosa che non dimenticano mai. Non basta: per tenerli vicini alle donne, a cui sono destinati a intrattenere, si fa in modo che vengano educati esattamente come loro; si prendono cura che non siano esposti al sole, al vento, alla pioggia, alla polvere, affinché non debbano mai sopportare nulla di tutto ciò. Non potendo proteggerli completamente dal contatto con l’aria, si fa almeno in modo che essa li danneggi soltanto dopo aver perso metà della sua forza vitale. Si priva loro di ogni tipo di esercizio fisico; si tolgono tutte le loro capacità naturali; li si rende incapaci di svolgere qualsiasi altro compito se non quello per cui sono destinati. E l’unica cosa che le donne non richiedono da questi “vili schiavi” è che si dedichino al loro servizio nel modo degli orientali. A parte questo, tutto ciò che li distingue dalle donne è che, poiché la natura gli ha negato tali grazie, essi le sostituiscono con cose ridicole. Nel mio ultimo viaggio a Ginevra, ho visto diverse di queste giovani signorine in giacchetti, con denti bianchi, mani paffute, voce flautata e un bel parasole verde in mano, imitare in modo piuttosto goffo i comportamenti degli uomini.
Nel mio tempo si era più rozzi. I bambini, cresciuti in modo rustico, non avevano bisogno di preservare la loro pelle e non temevano le offese dell’aria, alle quali si erano abituati fin da piccoli. I padri li portavano con sé a caccia, in campagna, a tutti gli esercizi fisici e in tutte le occasioni sociali. Timidi e modesti di fronte agli anziani, erano però coraggiosi, orgogliosi e spesso litigavano tra loro; non avevano bisogno di curare i loro capelli; si sfidavano a lotta, a corsa, a colpi. Si picchiavano seriamente, a volte si ferivano, ma poi si abbracciavano piangendo. Tornavano a casa sudati, senza fiato, con i vestiti strappati: erano veri monelli. Ma quei monelli sono diventati uomini che hanno nel cuore il desiderio di servire la patria e il coraggio di versare il proprio sangue per lei. Possa Dio permettere che un giorno lo stesso si possa dire dei nostri bei bambini viziati. E che questi ragazzi di quindici anni non siano ancora degli adulti di trent’anni!
Fortunatamente, non tutti sono così. La maggior parte delle persone ha conservato quella antica rudezza che preserva una sana costituzione e buone maniere. Anche coloro che, a causa di un’educazione troppo raffinata, per un certo periodo si sono ammorbiditi, saranno costretti, crescendo, ad adattarsi alle abitudini dei loro connazionali. Alcuni perderanno la loro asprezza nel mondo degli affari; altri ne acquisiranno forza attraverso l’esercizio di tali abitudini; tutti, spero, diventeranno ciò che furono i loro antenati, o almeno ciò che sono oggi i loro padri. Ma non illudiamoci pensando di poter conservare la nostra libertà rinunciando alle usanze che ce l’hanno conquistata.
Torno ai nostri commedianti; e sempre, anche supponendo che abbiano successo – il che mi sembra impossibile – ritengo che tale successo minaccerebbe la nostra costituzione, non solo in modo indiretto, attaccando i nostri costumi, ma anche in modo diretto, rompendo l’equilibrio necessario tra le diverse componenti dello Stato affinché quest’ultimo possa rimanere stabile.
Tra le molte ragioni che potrei addurre, mi limiterò a sceglierne una che si adatti meglio alla maggior parte delle persone, poiché si basa esclusivamente su considerazioni di interesse e denaro, argomenti molto più comprensibili per il volgo rispetto agli effetti morali, i cui legami con le cause o l’influenza sul destino dello stato sono difficili da comprendere.
Si può considerare che gli spettacoli, quando hanno successo, rappresentino una sorta di tassa che, sebbene volontaria, non è meno onerosa per il popolo, poiché gli offre costantemente l’occasione di spendere, e lui non resiste a questa tentazione. Questa “tassa” è dannosa, non solo perché il sovrano non ne trae alcun beneficio, ma soprattutto perché la sua distribuzione, lungi dall’essere proporzionale, onera eccessivamente i poveri e allevia i ricchi, permettendo loro di concedersi divertimenti più costosi se non ne avessero. Basta osservare che la differenza di prezzo dei biglietti non è né può essere in proporzione con le differenze di ricchezza delle persone che li acquistano. Alla Comédie Française, i posti nelle prime file e il palco costano quattro franchi normalmente, e sei franchi quando i biglietti sono venduti a metà prezzo; il parterre costa venti soldi, e in più ci sono stati diversi tentativi di aumentarne il prezzo. Tuttavia, non si può certo dire che la ricchezza delle persone che vanno al teatro sia quattro volte quella dei poveri che vanno al parterre. In generale, i primi sono estremamente ricchi, mentre la maggior parte degli altri non possiede quasi nulla. È lo stesso che per le tasse sul grano, sul vino, sul sale e su tutte le cose necessarie alla vita: a prima vista sembrano giuste, ma in realtà sono molto ingiuste; il povero, infatti, che può spendere solo ciò che è strettamente necessario, è costretto a destinare tre quarti delle sue spese alle tasse, mentre per il ricco lo stesso bene rappresenta soltanto una piccola parte delle sue spese. In questo modo, chi ha poco paga molto, e chi ha molto paga poco: non vedo proprio quale grande giustizia ci sia in tutto ciò.
On me demandera qui force le pauvre d’aller aux spectacles. Je répondrai, premièrement, ceux qui les établissent et lui en donnent la tentation ; en second lieu, sa pauvreté même, qui, le condamnant à des travaux continuels, sans espoir de les voir finir, lui rend quelque délassement plus nécessaire pour les supporter. Il ne se tient point malheureux de travailler sans relâche quand tout le monde en fait de même : mais n’est-il pas cruel à celui qui travaille de se priver des récréations des gens oisifs ? Il les partage donc ; et ce même amusement, qui fournit un moyen d’économie au riche, affaiblit doublement le pauvre, soit par un surcroît réel de dépenses, soit par moins de zèle au travail, connue je l’ai ci-devant expliqué.
De ces nouvelles réflexions il suit évidemment, ce me semble, que les spectacles modernes, où l’on n’assiste qu’à prix d’argent, tendent partout à favoriser et augmenter l’inégalité des fortunes, moins sensiblement, il est vrai, dans les capitales que dans une petite ville comme la nôtre. Si j’accorde que cette inégalité, portée jusqu’à certain point, peut avoir ses avantages, vous m’accorderez bien aussi qu’elle doit avoir des bornes, surtout dans un petit état, et surtout dans une république. Dans une monarchie, où tous les ordres sont intermédiaires entre le prince et le peuple, il peut être assez indifférent que quelques hommes passent de l’un à l’autre ; car, comme d’autres les remplacent, ce changement n’interrompt point la progression. Mais dans une démocratie, où les sujets et le souverain ne sont que les mêmes hommes considérés sous différents rapports, sitôt que le plus petit nombre l’emporte en richesses sur le plus grand, il faut que l’état périsse ou change de forme. Soit que le riche devienne plus riche ou le pauvre plus indigent, la différence des fortunes n’en augmente pas moins d’une manière que de l’autre ; et cette différence, portée au-delà de sa mesure, est ce qui détruit l’équilibre dont j’ai parlé.
Jamais, dans une monarchie, l’opulence d’un particulier ne peut le mettre au-dessus du prince ; mais, dans une république, elle peut aisément le mettre au-dessus des lois. Alors le gouvernement n’a plus de force, et le riche est toujours le vrai souverain. Sur ces maximes incontestables il reste à considérer si l’inégalité n’a pas atteint parmi nous le dernier terme où elle peut parvenir sans ébranler la république. Je m’en rapporte là-dessus à ceux qui connaissent mieux que moi notre constitution et la répartition de nos richesses. Ce que je sais, c’est que, le temps seul donnant à l’ordre des choses une pente naturelle vers cette inégalité et un progrès successif jusqu’à son dernier terme, c’est une grande imprudence de l’accélérer encore par des établissements qui la favorisent. Le grand Sully, qui nous aimait, nous l’eût bien su dire : Spectacles et comédies dans toute petite république, et surtout dans Genève, affaiblissement d’état.
Si le seul établissement du théâtre nous est si nuisible, quel fruit tirerons-nous des pièces qu’on y représente ? Les avantages mêmes qu’elles peuvent procurer aux peuples pour lesquels elles ont été composées nous tourneront à préjudice, en nous donnant pour instruction ce qu’on leur a donné pour censure, ou du moins en dirigeant nos goûts et nos inclinations sur les choses du inonde qui nous conviennent le moins. La tragédie nous représentera des tyrans et des héros. Qu’en avons-nous à faire ? Sommes-nous faits pour en avoir ou le devenir ? Elle nous donnera une vaine admiration de la puissance et de la grandeur. De quoi nous servira-t-elle ? Serons-nous plus grands ou plus puissants pour cela ? Que nous importe d’aller étudier sur la scène les devoirs des rois, en négligeant de remplir les nôtres ? La stérile admiration des vertus de théâtre nous dédommagera-t-elle des vertus simples et modestes qui font le bon citoyen ? Au lieu de nous guérir de nos ridicules, la comédie nous portera ceux d’autrui : elle nous persuadera que nous avons tort de mépriser des vices qu’on estime si fort ailleurs. Quelque extravagant que soit un marquis, c’est un marquis enfin. Concevez combien ce titre sonne dans un pays assez heureux pour n’en point avoir ; et qui sait combien de courtauds croiront se mettre à la mode en imitant les marquis du siècle dernier ? Je ne répéterai point ce que j’ai déjà dit de la bonne foi toujours raillée, du vice adroit toujours triomphant, et de l’exemple continuel des forfaits mis en plaisanterie. Quelles leçons pour un peuple dont tous les sentiments ont encore leur droiture naturelle, qui croit qu’un scélérat est toujours méprisable, et qu’un homme de bien ne peut être ridicule ! Quoi ! Platon bannissait Homère de sa république, et nous souffrirons Molière dans la nôtre ! Que pourrait-il nous arriver de pis que de ressembler aux gens qu’il nous peint, même à ceux qu’il nous fait aimer ?
J’en ai dit assez, je crois, sur leur chapitre ; et je ne pense guère mieux des héros de Racine, de ces héros si parés, si doucereux, si tendres, qui, sous un air de courage et de vertu, ne nous montrent que les modèles des jeunes gens dont j’ai parlé, livrés à la galanterie, à la mollesse, à l’amour, à tout ce qui peut efféminer l’homme et l’attiédir sur le goût de ses véritables devoirs. Tout le théâtre français ne respire que la tendresse ; c’est la grande vertu à laquelle on y sacrifie toutes les autres, ou du moins qu’on y rend la plus chère aux spectateurs. Je ne dis pas qu’on ait tort en cela, quant à l’objet du poète : je sais que l’homme sans passions est une chimère ; que l’intérêt du théâtre n’est fondé que sur les passions ; que le cœur ne s’intéresse point à celles qui lui sont étrangères, ni à celles qu’on n’aime pas à voir en autrui, quoiqu’on y soit sujet soi-même. L’amour de l’humanité, celui delà patrie, sont les sentiments dont les peintures touchent le plus ceux qui en sont pénétrés : mais quand ces deux passions sont éteintes, il ne reste que l’amour proprement dit pour leur suppléer, parce que son charme est plus naturel et s’efface plus difficilement du cœur que celui de toutes les autres. Cependant il n’est pas également convenable à tous les hommes : c’est plutôt comme supplément des bons sentiments que comme bon sentiment lui-même qu’on peut l’admettre ; non qu’il ne soit louable en soi, comme toute passion bien réglée, mais parce que les excès en sont dangereux et inévitables.
One may ask me who forces the poor to attend spectacles. I would answer that, firstly, it is those who organize such events and offer them as temptations to the poor; secondly, it is their very poverty itself—forcing them into constant labor with no hope of ever finishing it—which makes some form of relaxation even more necessary for them in order to endure it. A person who works tirelessly does not consider themselves unhappy when everyone else does the same; but is it not cruel for those who work to be deprived of the recreations enjoyed by the idle? Therefore, the poor participate in these amusements as well. And that very entertainment, which provides a means of saving money for the rich, actually weakens the poor doubly: either through additional actual expenses or by reducing their motivation to work, as I have already explained.
From these new reflections, it seems to me evident that modern spectacles, which can only be enjoyed at a cost in money, tend everywhere to promote and increase the inequality of wealth—though perhaps less significantly in large cities than in a small town like ours. If I admit that such inequality, when carried to a certain extent, may have its advantages, you will surely agree that it must have limits, especially in a small state and particularly in a republic. In a monarchy, where all social classes serve as intermediaries between the monarch and the people, it may be fairly indifferent if a few individuals move from one class to another; since others will take their place, such changes do not disrupt the overall order of society. But in a democracy, where citizens and the sovereign are essentially the same people viewed from different perspectives, once the minority becomes wealthier than the majority, the state is doomed to collapse or to change its fundamental structure. Whether the rich become even richer or the poor even poorer, the disparity in wealth will inevitably increase—and when that disparity exceeds acceptable limits, it is precisely what destroys the balance I have mentioned.
In a monarchy, no individual’s wealth can ever place him above the prince; but in a republic, it can easily elevate him above the laws. In such cases, the government loses all its power, and the rich become the true sovereigns. Based on these indisputable principles, we must consider whether inequality among us has not already reached its ultimate limit without threatening the stability of the republic. On this matter, I leave it to those who know our constitution and the distribution of our wealth better than I do. What I am certain of is that, since time itself naturally tends to increase inequality and leads it step by step toward its final extreme, it would be extremely imprudent to accelerate this process through measures that further promote it. The great Sully, who loved us, would have told us this well: Spectacles and comedies in any small republic, especially in Geneva, are a sign of the weakening of the state.
If the very existence of the theater is so harmful to us, what benefit can we derive from the plays that are performed there? Even the advantages such plays may bring to the peoples for whom they are written will ultimately prove detrimental to us. They will instruct us in what should have been their role as censors, or at least they will shape our tastes and inclinations toward things that are least suitable for us. Tragedies present us with tyrants and heroes—what do we have to do with them? Are we destined to be like them or to become like them? They inspire in us a vain admiration for power and greatness—but what good will that do us? Will it make us any greater or more powerful? What sense is there in studying on stage the duties of kings while neglecting our own responsibilities? The sterile admiration for theatrical virtues will hardly compensate us for the simple, modest virtues that make a good citizen. Instead of curing our own ridicules, comedy will only introduce those of others into our lives; it will convince us that we are wrong to despise vices that are considered so despicable elsewhere. No matter how extravagant a marquis may be, he is still a marquis—at least in name. Imagine how ridiculous such a title would sound in a country that is fortunate enough not to have any marquises at all. And who knows how many petty people will think they are following the latest fashion by imitating the lords of the last century? I need not repeat what I have already said about good faith being constantly mocked, vice always triumphing, and crimes being treated as mere jokes. What lessons can such things teach a people whose sentiments still retain their natural integrity, who believe that a scoundrel is always despicable and that a good person can never be ridiculous? Indeed! Plato would ban Homer from his republic—yet we allow Molière to exist in ours. What worse could happen than to become like the people he portrays, even those he makes us admire?
I believe I have said enough about their chapter; and I hold similar views regarding Racine’s heroes—those heroes so well-dressed, so gentle, so tender, who, under the guise of courage and virtue, merely present us with the models of young men I have mentioned, those who are indulged in gallantry, softness, love, and all that can weaken a man and diminish his sense of his true duties. The entire French theater breathes nothing but tenderness; it is this so-called “great virtue” that is revered above all others, or at least made the most cherished by audiences. I am not saying that this approach is wrong in itself, with regard to the poet’s intended purpose: I know that a man without passions is but a chimera; that the interest of theater lies entirely in passions; that the heart is not moved by those it does not possess, nor by those we would rather not see in others, even though we ourselves may be susceptible to them. The love of humanity and the love of one’s country are the sentiments that touch us most deeply when they are genuinely felt; but when these two passions fade away, nothing remains but what is commonly called “love” itself to fill their place, for its allure is more natural and harder to eradicate from the heart than that of any other passion. Nevertheless, it is not equally suitable for all men; it can be regarded more as a supplement to good sentiments than as a good sentiment in itself. Not that it is not laudable in itself, like any properly regulated passion—but because its excesses are dangerous and inevitable.
Si chiederà a chi costringe il povero ad andare ai spettacoli. Risponderò che, in primo luogo, sono coloro che li organizzano e gliene danno la tentazione; in secondo luogo, è proprio la sua povertà stessa, che, condannandolo a lavori continui senza speranza di vederli terminare, rende ancora più necessario per lui qualche momento di svago per poterli sopportare. Non si considera sfortunato chi lavora senza sosta quando tutti fanno lo stesso; ma non è forse crudele colui che lavora privarsi delle distrazioni dei pigri? Quindi, egli condivide anch’egli quelle stesse distrazioni; e quel medesimo divertimento che per il ricco rappresenta un modo per risparmiare, per il povero indebolisce le sue condizioni in doppio modo: sia attraverso un aumento effettivo delle spese, sia a causa di una minore diligenza nel lavoro, come ho già spiegato in precedenza.
Da queste nuove riflessioni deriva, a mio parere, che i spettacoli moderni, ai quali si assiste soltanto a pagamento, tendono ovunque a favorire e aumentare l’ineguaglianza delle fortune; certo, in modo meno evidente nelle capitali rispetto a una piccola città come la nostra. Se ammetto che un tale squilibrio, portato fino a certi limiti, possa avere i suoi vantaggi, dovete pur riconoscere che deve avere dei confini, soprattutto in uno Stato piccolo e soprattutto in una repubblica. In una monarchia, dove tutti gli strati sociali sono intermedi tra il sovrano e il popolo, non ha molta importanza che alcuni individui passino da un ordine sociale all’altro; poiché altri li sostituiscono, questo cambiamento non interrompe la progressione naturale delle cose. Ma in una democrazia, dove i cittadini e il sovrano sono semplicemente gli stessi individui considerati da punti di vista diversi, non appena il numero più piccolo dei cittadini diventa più ricco del numero più grande, lo Stato deve perire o cambiare forma. Che il ricco diventi ancora più ricco o che il povero cada ancora più nella povertà, la differenza delle fortune aumenta comunque; e tale differenza, portata oltre i limiti consentiti, è ciò che distrugge l’equilibrio di cui ho parlato.
In una monarchia, l’opulenza di un individuo non può mai metterlo al di sopra del principe; ma in una repubblica, essa può facilmente porlo al di sopra delle leggi. In tal caso, il governo perde ogni potere e il ricco diventa effettivamente il vero sovrano. Basandoci su queste verità indiscutibili, rimane da considerare se l’ineguaglianza non abbia ormai raggiunto tra di noi il limite massimo al quale può arrivare senza minacciare la repubblica. A questo proposito, mi affido a coloro che conoscono meglio di me la nostra costituzione e la distribuzione delle nostre ricchezze. Quello che so è che, poiché il tempo stesso conferisce all’ordine delle cose una tendenza naturale verso questa ineguaglianza e ne favorisce un progressivo aumento fino al suo limite estremo, sarebbe una grande imprudenza accelerarne ulteriormente lo sviluppo attraverso istituzioni che la incoraggiano. Il grande Sully, che ci amava, ce l’avrebbe ben detto: spettacoli e commedie in una piccola repubblica, soprattutto a Ginevra, rappresentano un fattore di indebolimento dello Stato.
Se l’unica influenza del teatro è così dannosa per noi, quale beneficio potremmo trarre dalle opere che vi vengono rappresentate? Anche i vantaggi che queste opere possono apportare ai popoli per i quali sono state scritte finiranno per nuocerci, inculcandoci ciò che viene considerato censura, o almeno orientando i nostri gusti e le nostre inclinazioni verso cose che non ci convengono affatto. La tragedia ci rappresenta tiranni ed eroi: cosa abbiamo noi a che fare con loro? Siamo forse destinati ad ammirarli o a diventare come loro? Ci insegnerà un’ammirazione vana per il potere e la grandezza. A cosa ci servirà? Diventeremo forse più grandi o più potenti per questo motivo? Che importanza ha studiare sul palco i doveri dei re, trascurando di adempiere ai nostri propri? L’ammirazione sterile delle virtù teatrali ci compenserà forse delle virtù semplici e modeste che rendono un buon cittadino? Invece di liberarci dai nostri ridicoli, la commedia ne farà nascere altri in noi: ci convincerà che è sbagliato disprezzare vizi che altrove sono considerati così gravi. Per quanto stravagante possa essere un marchese, rimane pur sempre un marchese. Immaginate quanto suoni ridicolo questo titolo in un paese abbastanza fortunato da non averne bisogno; e chi sa quanti meschini crederanno di essere alla moda imitando i marchesi del secolo scorso? Non ripeterò ciò che ho già detto sulla buona fede sempre derisa, sul vizio astuto sempre vincitore, e sull’esempio continuo dei crimini presi in giro. Quali lezioni per un popolo il cui senso morale conserva ancora la sua integrità naturale, che ritiene sempre spregevole un malvagio e mai ridicolo una persona onesta! Platone escludeva Omero dalla sua repubblica. E noi tollereremo Molière nella nostra! Cosa potrebbe esserci di peggio che assomigliare alle persone che lui descrive, anche a quelle che ci fa amare?
Credo di aver detto abbastanza a proposito di questi personaggi; e penso che i protagonisti delle opere di Racine non siano molto diversi da loro: eroi così ben vestiti, così dolci, così teneri, che, sotto un’apparenza di coraggio e virtù, ci mostrano soltanto gli esempi di quei giovani di cui ho parlato, abbandonati alla galanteria, alla debolezza, all’amore, a tutto ciò che può rendere l’uomo più effeminato e meno incline al rispetto dei propri veri doveri. L’intero teatro francese è pervaso da tenerezza; questa è considerata la grande virtù alla quale si sacrificano tutte le altre, o comunque quella che viene resa più preziosa agli occhi del pubblico. Non dico che ciò sia sbagliato, per quanto riguarda l’obiettivo del poeta: so bene che l’uomo senza passioni è una chimera; che l’interesse del teatro si basa esclusivamente sulle passioni; che il cuore non si interessa a quelle che gli sono estranee, né a quelle che non desideriamo vedere negli altri, anche se noi stessi ne siamo soggetti. L’amore per l’umanità, quello per la patria, sono i sentimenti che toccano maggiormente coloro che ne sono profondamente permeati; ma quando queste due passioni sono estinte, non rimane altro che l’amore propriamente detto a farne le veci, poiché il suo fascino è più naturale e più difficile da cancellare dal cuore rispetto a quello di tutte le altre passioni. Tuttavia, questo sentimento non è adatto a tutti gli uomini: può essere considerato piuttosto un complemento ai buoni sentimenti che una vera passione, se ben regolata, dovrebbe essere; non perché sia in sé lodevole, ma perché i suoi eccessi sono pericolosi e inevitabili.
Le plus méchant des hommes est celui qui s’isole le plus, qui concentre le plus son cœur en lui-même ; le meilleur est celui qui partage également ses affections à tous ses semblables. Il vaut beaucoup mieux aimer une maîtresse que de s’aimer seul au monde. Mais quiconque aime tendrement ses parents, ses amis, sa patrie, et le genre humain, se dégrade par un attachement désordonné qui nuit bientôt à tous les autres, et leur est infailliblement préféré. Sur ce principe, je dis qu’il y a des pays où les moeurs sont si mauvaises, qu’on serait trop heureux d’y pouvoir remonter à l’amour ; d’autres où elles sont assez bonnes pour qu’il soit fâcheux d’y descendre, et j’ose croire le mien dans ce dernier cas. J’ajouterai que les objets trop passionnés sont plus dangereux à nous montrer qu’à personne, parce que nous n’avons naturellement que trop de penchant à les aimer. Sous un air flegmatique et froid, le Genevois cache une âme ardente et sensible, plus facile à émouvoir qu’à retenir. Dans ce séjour de la raison, la beauté n’est pas étrangère ni sans empire ; le levain de la mélancolie y fait souvent fermenter l’amour ; les hommes n’y sont que trop capables de sentir des passions violentes, les femmes de les inspirer ; et les tristes effets qu’elles y ont quelquefois produits ne montrent que trop le danger de les exciter par des spectacles touchants et tendres. Si les héros de quelques pièces soumettent l’amour au devoir, en admirant leur force le cœur se prête à leur faiblesse ; on apprend moins à se donner leur courage qu’à se mettre dans le cas d’en avoir besoin. C’est plus d’exercice pour la vertu ; mais qui l’ose exposer à ces combats mérite d’y succomber. L’amour, l’amour même, prend son masque pour la surprendre ; il se pare de son enthousiasme, il usurpe sa force, il affecte son langage ; et quand on s’aperçoit de l’erreur, qu’il est tard pour en revenir ! Que d’hommes bien nés, séduits par ces apparences, d’amants tendres et généreux qu’ils étaient d’abord, sont devenus par degrés de vils corrupteurs, sans mœurs, sans respect pour la foi conjugale, sans égards pour les droits de la confiance et de l’amitié ! Heureux qui sait se reconnaître au bord du précipice et s’empêcher d’y tomber ! Est-ce au milieu d’une course rapide qu’on doit espérer de s’arrêter ? est-ce en s’attendrissant tous les jours qu’on apprend à surmonter la tendresse ? On triomphe aisément d’un faible penchant ; mais celui qui connut le véritable amour et l’a su vaincre, ah ! pardonnons à ce mortel, s’il existe, d’oser prétendre à la vertu !
Ainsi, de quelque manière qu’on envisage les choses, la même vérité nous frappe toujours. Tout ce que les pièces de théâtre peuvent avoir d’utile à ceux pour qui elles ont été faites nous deviendra préjudiciable, jusqu’au goût que nous croirons avoir acquis par elles, et qui ne sera qu’un faux goût, sans tact, sans délicatesse, substitué mal à propos parmi nous à la solidité de la raison. Le goût tient à plusieurs choses : les recherches d’imitation qu’on voit au théâtre, les comparaisons qu’on a lieu d’y faire, les réflexions sur l’art de plaire aux spectateurs, peuvent le faire germer, mais non suffire à son développement. Il faut de grandes villes, il faut des beaux-arts et du luxe, il faut un commerce intime entre les citoyens, il faut une étroite dépendance les uns des autres, il faut de la galanterie et même de la débauche, il faut des vices qu’on soit forcé d’embellir, pour faire chercher à tout des formes agréables, et réussir à les trouver. Une partie de ces choses nous manquera toujours, et nous devons trembler d’acquérir l’autre.
Nous aurons des comédiens, mais quels ? Une bonne troupe viendra-t-elle de but en blanc s’établir dans une ville de vingt-quatre mille âmes ? Nous en aurons donc d’abord de mauvais, et nous serons d’abord de mauvais juges. Les formerons-nous, ou s’ils nous formeront ? Nous aurons de bonnes pièces ; mais, les recevant pour telles sur la parole d’autrui, nous serons dispensés de les examiner, et ne gagnerons pas plus à les voir jouer qu’à les lire. Nous n’en ferons pas moins les connaisseurs, les arbitres du théâtre ; nous n’en voudrons pas moins décider pour notre argent, et n’en serons que plus ridicules. On ne l’est point pour manquer de goût, quand on le méprise ; mais c’est l’être que de s’en piquer et n’en avoir qu’un mauvais. Et qu’est-ce au fond que ce goût si vanté ? l’art de se connaître en petites choses. En vérité, quand on en a une aussi grande à conserver que la liberté, tout le reste est bien puéril.
Je ne vois qu’un remède à tant d’inconvénients ; c’est que, pour nous approprier les drames de notre théâtre, nous les composions nous-mêmes, et que nous ayons des auteurs avant des comédiens. Car il n’est pas bon qu’on nous montre toutes sortes d’imitations ; mais seulement celles des choses honnêtes et qui conviennent à des hommes libres[218]. Il est sûr que des pièces tirées, comme celles des Grecs, des malheurs passés de la patrie ou des défauts présents du peuple, pourraient offrir aux spectateurs des leçons utiles. Alors quels seront les héros de nos tragédies ? des Berthelier ? des Lévrery ? Ah ! dignes citoyens ! vous fûtes des héros, sans doute ; mais votre obscurité vous avilit, vos noms communs déshonorent vos grandes âmes[219], et nous ne sommes plus assez grands nous-mêmes pour vous savoir admirer. Quels seront nos tyrans ? Des gentilshommes de la Cuillère[220], des évêques de Genève, des comtes de Savoie, des ancêtres d’une maison avec laquelle nous venons de traiter, et à qui nous devons du respect. Cinquante ans plus tôt, je ne répondrais pas que le diable[221] et l’antéchrist n’y eussent aussi fait leur rôle. Chez les Grecs, peuple d’ailleurs assez badin, tout était grave et sérieux sitôt qu’il s’agissait de la patrie ; mais, dans ce siècle plaisant, où rien n’échappe au ridicule, hormis la puissance, on n’ose parler d’héroïsme que dans les grands états, quoiqu’on n’en trouve que dans les petits.
Quant à la comédie, il n’y faut pas songer : elle causerait chez nous les plus affreux désordres ; elle servirait d’instrument aux factions, aux partis, aux vengeances particulières. Notre ville est si petite, que les peintures de mœurs les plus générales y dégénéreraient bientôt en satires et personnalités. L’exemple de l’ancienne Athènes, ville incomparablement plus peuplée que Genève, nous offre une leçon frappante : c’est au théâtre qu’on y prépara l’exil de plusieurs grands hommes et la mort de Socrate ; c’est par la fureur du théâtre qu’Athènes périt ; et ses désastres ne justifièrent que trop le chagrin qu’avait témoigné Solon aux premières représentations de Thespis[222]. Ce qu’il y a de bien sûr pour nous, c’est qu’il faudra mal augurer de la république, quand on verra les citoyens, travestis en beaux esprits, s’occuper à faire des vers français et des pièces de théâtre ; talents qui ne sont point les nôtres et que nous ne posséderons jamais. Mais que M. de Voltaire daigne nous composer des tragédies sur le modèle de la Mort de César, du premier acte de Brutus ; et, s’il nous faut absolument un théâtre, qu’il s’engage à le remplir toujours de son génie, et à vivre autant que ses pièces !
Je serais d’avis qu’on pesât mûrement toutes ces réflexions avant de mettre en ligne de compte le goût de parure et de dissipation que doit produire parmi notre jeunesse l’exemple des comédiens. Mais enfin cet exemple aura son effet encore ; et si généralement partout les lois sont insuffisantes pour réprimer des vices qui naissent de la nature des choses, comme je crois l’avoir montré, combien plus le seront-elles parmi nous, où le premier signe de leur faiblesse sera l’établissement des comédiens ! car ce ne seront point eux proprement qui auront introduit ce goût de dissipation ; au contraire, ce même goût les aura prévenus, les aura introduits eux-mêmes, et ils ne feront que fortifier un penchant déjà tout formé, qui, les avant fait admettre, à plus forte raison les fera maintenir avec leurs défauts.
The most wicked of men is those who isolate themselves the most, who concentrate all their feelings within themselves; the best are those who share their affections with all their fellow beings. It is far better to love someone than to love oneself alone in this world. Yet anyone who tenderly loves their parents, friends, country, and humanity will inevitably degrade themselves through uncontrolled attachments that harm everyone else—and such attachments are invariably inferior to genuine love. Based on this principle, I say that there are countries where morals are so poor that one would be overjoyed to restore them through love; there are others where morals are good enough that it would be unfortunate to diminish them—and I dare believe my own country belongs to the latter category. I would also add that things that arouse too strong passions are more dangerous for us than for anyone else, because we naturally have an excessive tendency to love them. Beneath a calm and cold exterior, a Genevan man hides a passionate and sensitive soul, one that is easier to move than to restrain. In this realm of reason, beauty is not foreign or without power; the ferment of melancholy often causes love to ferment there; men are all too capable of experiencing intense passions, and women are all too capable of inspiring them; and the sad consequences that sometimes result only too clearly demonstrate the danger of arousing such passions through touching and tender spectacles. If the heroes in some plays subdue love to duty, by admiring their strength we are actually preparing our hearts for their weakness; we learn less how to muster the courage they display than how to find ourselves in situations where we might need it. This is more of an exercise for virtue—but those who dare to expose themselves to such trials deserve to fail in them. Love itself puts on a mask to surprise us; it dons the garb of enthusiasm, usurps our strength, and mimics our language; and by the time we realize our mistake, it is already too late to turn back! How many well-born men, initially tender and generous lovers, have gradually become vile corruptors, devoid of morals, showing no respect for marital fidelity, and disregarding the rights of trust and friendship! How fortunate those who know how to recognize the edge of a precipice and prevent themselves from falling into it! Is it possible to stop in the midst of a rapid race? Can one learn to overcome tenderness by growing more tender every day? It is easy to overcome a weak inclination; but those who have truly known love and have managed to conquer it, ah, forgive this mortal, if such a person exists, for daring to claim virtue!
Thus, no matter how we consider things, the same truth always strikes us. Everything that theatrical works may have of useful for those for whom they were created will become detrimental to us—even the so-called “taste” we believe we have acquired through them is nothing but a false taste, lacking in tact and delicacy, and improperly substituted in our lives for the solidity of reason. Taste depends on many factors: the efforts at imitation we see in theatre, the comparisons we are forced to make there, and the reflections on the art of pleasing audiences can help it to emerge, but they are not sufficient for its full development. Great cities, the arts, luxury, close relationships among citizens, a certain degree of gallantry—even debauchery—are all necessary. Vices that we are compelled to “embellish” are essential for motivating people to seek out pleasing forms and for enabling them to find them indeed. Some of these elements will always be lacking to us; yet we must beware of acquiring the other aspects at the expense of those.
We will have actors, but which ones? Will a good troupe simply appear out of nowhere and settle in a town of twenty-four thousand inhabitants? Therefore, we will first have poor actors, and we will be poor judges at first. Will we train them, or will they train us? We will have good plays; but by accepting them as such on the word of others, we will avoid examining them ourselves, and we will gain no more from watching them performed than from reading them. Nevertheless, we will still pretend to be connoisseurs, judges of theater; we will still insist on deciding what is worth our money, and thus we will only become more ridiculous. One is not considered lacking in taste when they despise it; but to be obsessed with it and have only a poor understanding of it is truly to lack taste. And what, after all, is this so highly praised taste? It is merely the ability to discern minor details. In truth, when one has something as precious to preserve as freedom, everything else seems utterly trivial.
I see but one remedy for so many inconveniences: that we compose the dramas of our own theater ourselves, so that authors precede actors. For it is not good for us to be presented with all sorts of imitations; only those that depict honorable things and are suitable for free men[218]. Indeed, plays based on past misfortunes of the nation or present shortcomings of the people, like those of the Greeks, could offer useful lessons to the audience. But then, who will be the heroes of our tragedies? Bertheliers? Lévreries? Ah! Dignified citizens indeed—you were surely heroes in your time; but your obscurity has degraded you, and your common names dishonor your great souls[219]. We ourselves are no longer great enough to admire you. And who will be our tyrants? Gentlemen of the Cuillère[220], bishops of Geneva, counts of Savoy, ancestors of a house with whom we have just made deals and whom we owe respect. Fifty years ago, I might not have denied that even the devil and Antichrist could have played their roles in such situations. Among the Greeks, a people otherwise quite frivolous, everything became grave and serious whenever it came to the nation; but in this amusing century, where nothing escapes ridicule—except perhaps power—people dare to speak of heroism only in great nations, yet it truly exists only in small ones.
As for comedy, not a thought should be given to it: it would cause the most terrible disorders among us; it would serve as a tool for factions, parties, and personal vendettas. Our city is so small that even the most general depictions of human behavior would soon degenerate into satires and personal attacks. The example of ancient Athens, a city incomparably more populous than Geneva, offers us a striking lesson: it was in the theater that the exile of many great men and the death of Socrates were orchestrated; it was the fury of the theater that led to the downfall of Athens; and its disasters only too justly justified the sorrow expressed by Solon at the first performances of Thespis[222]. What is certain for us is that if we see our citizens, dressed up as so-called “men of wit,” engaging in the composition of French verse and plays—talents that are not ours and that we will never possess—we may safely conclude that the republic is on its way to ruin. But may Mr. de Voltaire graciously compose tragedies for us, modeled after works like “The Death of Caesar” or the first act of “Brutus”; and if we must have a theater at all, let it always be filled with his genius—and let him live as long as his plays endure!
I would suggest that we carefully consider all these points before taking into account the tendency toward frivolity and dissipation that the example of comedians must inevitably inspire among our youth. Nevertheless, such an influence will still have its effect; and if, in general, laws are insufficient to curb vices that arise from the very nature of things—as I believe I have shown—how much more inadequate will they be among us, where the very first sign of their weakness will be the establishment of a profession devoted to comedy! For it is not the comedians themselves who will have introduced this taste for dissipation; on the contrary, it is precisely this taste that will have attracted them to this profession and led them to embrace it. In doing so, they will only serve to reinforce an inclination that is already firmly established—and which, having initially induced them to adopt such habits, will all the more determine them to persist in their shortcomings.
L’uomo più malvagio è colui che si isola di più, che concentra tutto il proprio cuore in se stesso; il migliore è colui che condivide le proprie affezioni con tutti i suoi simili. È molto meglio amare una donna che amarsi soltanto nel mondo. Ma chi ama teneramente i propri genitori, gli amici, la propria patria e l’umanità intera, si degrada a causa di un attaccamento disordinato che presto danneggia tutti gli altri, e che inevitabilmente viene preferito a loro. Su questo principio, affermo che ci sono paesi dove le costumi sono così cattivi che saremmo troppo felici se potessimo tornare all’amore; altri invece hanno costumi abbastanza buoni da rendere spiacevole “scendere” al livello di tali paesi. E oso credere che il mio paese appartenga a questa seconda categoria. Aggiungo inoltre che gli oggetti su cui si prova un’emozione troppo intensa rappresentano un pericolo maggiore per noi che per chiunque altro, perché naturalmente abbiamo una tendenza eccessiva ad amarli. Sotto un aspetto freddo e distaccato, il genevese nasconde un’anima appassionata e sensibile, più facile da commuovere che da trattenere. In questo ambiente dominato dalla ragione, la bellezza non è estranea né priva di potere; spesso il “lievito della malinconia” fa fermentare l’amore. Gli uomini sono troppo capaci di provare passioni violente, le donne di ispirarle. E gli effetti tristi che talvolta queste passioni producono dimostrano chiaramente quanto sia pericoloso stimolarle attraverso spettacoli commoventi e teneri. Se i protagonisti di alcune opere teatrali sottomettono l’amore al dovere, ammirando la loro forza, il cuore si prepara ad accettare anche le loro debolezze. Ma ciò che si impara non è tanto a trovare il coraggio necessario, quanto a trovarsi nella situazione in cui esso sia realmente necessario. È più un esercizio per la virtù. Ma chi osa sottoporla a tali “combattimenti” merita di fallire. L’amore stesso assume mille maschere per sorprenderti; si veste del proprio entusiasmo, usurpa la propria forza, imita il proprio linguaggio. E quando ti rendi conto dell’errore, è già troppo tardi per tornare indietro. Quanti uomini nati bene, sedotti da queste apparenze, che prima erano amanti teneri e generosi, sono diventati gradualmente individui vili e corrotti, privi di principi morali, senza rispetto per la fedeltà coniugale, senza considerazione per i diritti della fiducia e dell’amicizia. Che fortuna avere la capacità di riconoscere il pericolo prima che sia troppo tardi per evitarlo. È possibile fermarsi durante una corsa veloce? È possibile superare la tenerezza solo ammorbidendosi ogni giorno? È facile vincere su un debole sentimento. Ma chi ha conosciuto l’amore vero e ci è riuscito a sconfiggerlo, ah! Perdoniamo questo mortale, se esiste davvero, se osa pretendere di essere virtuoso.
Quindi, in qualunque modo si considerino le cose, la stessa verità ci colpisce sempre. Tutto ciò che i drammi possono offrire di utile a coloro per cui sono stati scritti diventerà invece dannoso per noi, persino il gusto che crediamo di aver acquisito attraverso di essi, e che in realtà non è altro che un falso gusto, privo di tatto e delicatezza, introdotto in modo inappropriato tra di noi al posto della solidità della ragione. Il gusto dipende da molte cose: le ricerche di imitazione che si osservano a teatro, i confronti che vi si fanno, le riflessioni sull’arte di piacere al pubblico possono contribuire alla sua formazione, ma non sono sufficienti per il suo pieno sviluppo. Sono necessarie grandi città, belle arti e lusso, un intenso scambio tra i cittadini, una stretta dipendenza reciproca, galanteria, persino dissolutezze. Vizi che ci costringono ad abbellire, insomma, affinché tutti cercino forme piacevoli e riescano effettivamente a trovarle. Una parte di queste cose ci mancherà sempre, e dobbiamo temere di acquisirne altre.
Avremo degli attori, ma quali? Arriverà davvero una buona compagnia ad stabilirsi spontaneamente in una città di ventiquattromila abitanti? Allora, prima di tutto avremo degli attori scadenti, e saremo noi stessi dei cattivi giudici. Li formeremo noi, o saranno loro a formarci? Avremo anche opere buone; ma, accettandole come tali sulla parola altrui, ci risparmieremo la fatica di esaminarle e non guadagneremo nulla a vederle rappresentate, tanto quanto a leggerle. Eppure continueremo comunque a considerarci esperti, giudici del teatro; vorremo ancora decidere cosa sia meglio per i nostri soldi, e diventeremo solo più ridicoli. Non si è ridicoli perché ci manca il gusto, ma perché se ne fa una questione e lo si ha in modo negativo. E che cos’è, in fondo, questo tanto decantato gusto? L’arte di riconoscere le cose insignificanti. In verità, quando si ha qualcosa di così importante da proteggere come la libertà, tutto il resto appare davvero infantile.
Non vedo che un rimedio a tanti inconvenienti: che noi stessi compiangiamo i drammi del nostro teatro, e che abbiamo degli autori prima che dei comici. Non è infatti opportuno che ci vengano mostrate ogni sorta di imitazioni; ma soltanto quelle di cose oneste e adatte a uomini liberi[218]. È certo che opere tratte, come quelle dei Greci, da disgrazie passate della patria o da difetti presenti del popolo potrebbero offrire agli spettatori insegnamenti utili. Ma allora, quali saranno gli eroi delle nostre tragedie? I Berthelier? I Lévrery? Ah! Onesti cittadini. Voi foste certamente degli eroi; ma la vostra oscurità vi ha umiliato, i vostri nomi comuni disonorano le vostre grandi anime[219], e noi stessi non siamo più abbastanza grandi per ammirarvi. E quali saranno i nostri tiranni? Gentiluomini della Cuillère[220], vescovi di Ginevra, conti di Savoia. Antenati di una famiglia con la quale abbiamo appena stretto un patto e a cui dobbiamo rispetto. Cinquant’anni fa, non avrei escluso che anche il diavolo[221] e l’Anticristo vi avessero avuto parte. Tra i Greci, popolo comunque piuttosto frivolo, tutto era serio e solenne quando si trattava della patria; ma in questo secolo divertente, dove nulla sfugge al ridicolo, tranne che il potere, non osiamo parlare di eroismo se non nei grandi stati, anche se in realtà esso esiste soltanto nei piccoli.
Per quanto riguarda la commedia, non bisogna nemmeno pensarci: causerebbe in noi i più terribili disordini; servirebbe di strumento alle fazioni, ai partiti, alle vendette personali. La nostra città è così piccola che anche le rappresentazioni morali più generali vi degenererebbero presto in satira e personaggi caricaturali. L’esempio dell’antica Atene, città incomparabilmente più popolosa di Ginevra, ci offre una lezione evidente: fu proprio attraverso il teatro che si preparò l’esilio di molti grandi uomini e la morte di Socrate; fu la furia del teatro a causare la rovina di Atene; e i suoi disastri dimostrarono ampiamente il dolore espresso da Solone alle prime rappresentazioni di Tespide[222]. Quello che è certo per noi è che si potrà considerare una cattiva notizia per la repubblica, quando si vedranno i cittadini, travestiti da “grandi intellettuali”, occuparsi a comporre versi in francese e opere teatrali: talenti che non sono certo i nostri e che non possederemo mai. Ma che il signor de Voltaire abbia la bontà di scriverci delle tragedie ispirate al modello della “Morte di Cesare” o del primo atto di “Bruto”; e, se proprio dobbiamo avere un teatro, che si impegni a riempirlo sempre con il suo genio, e a vivere tanto quanto le sue opere!
Sarei dell’opinione che si dovessero ponderare attentamente tutte queste riflessioni prima di prendere in considerazione l’influenza negativa che l’esempio dei comici può esercitare sulla nostra gioventù, incoraggiandola verso vizi legati al lusso e alla dissipazione. Tuttavia, questo esempio avrà comunque il suo effetto; e se in generale le leggi sono insufficienti a reprimere vizi che derivano dalla natura stessa delle cose – come credo di aver dimostrato – quanto più lo saranno tra di noi, dove il primo segno della loro debolezza sarà proprio l’insediamento dei comici nella nostra società! Infatti, non saranno certo i comici stessi ad aver introdotto questo gusto per la dissipazione; al contrario, sarà proprio tale gusto a spingerli ad abbracciarlo, e loro non faranno altro che rafforzare un’inclinazione già ben radicata. Questa inclinazione, avendoli portati inizialmente ad accettare certi comportamenti, li spingerà ancora di più a mantenerli, insieme ai loro difetti.
Je m’appuie toujours sur la supposition qu’ils subsisteront commodément dans une aussi petite ville ; et je dis que, si nous les honorons, comme vous le prétendez, dans un pays où tous sont à peu près égaux, ils seront les égaux de tout le monde, et auront de plus la faveur publique qui leur est naturellement acquise. Ils ne seront point, comme ailleurs, tenus en respect par les grands dont ils recherchent la bienveillance et dont ils craignent la disgrâce. Les magistrats leur en imposeront : soit. Mais ces magistrats auront été particuliers ; ils auront pu être familiers avec eux ; ils auront des enfants qui le seront encore, des femmes qui aimeront le plaisir. Toutes ces liaisons seront des moyens d’indulgence et de protection auxquels il sera impossible de résister toujours. Bientôt les comédiens, sûrs de l’impunité, la procureront encore à leurs imitateurs : c’est par eux qu’aura commencé le désordre ; mais on ne voit plus où il pourra s’arrêter. Les femmes, la jeunesse, les riches, les gens oisifs, tout sera pour eux, tout éludera des lois qui les gênent, tout favorisera leur licence : chacun, cherchant à les satisfaire, croira travailler pour ses plaisirs. Quel homme osera s’opposer à ce torrent, si ce n’est peut-être quelque ancien pasteur rigide qu’on n’écoutera point, et dont le sens et la gravité passeront pour pédanterie chez une jeunesse inconsidérée ? Enfin pour peu qu’ils joignent d’art et de manège à leur succès, je ne leur donne pas trente ans pour être les arbitres de l’état[223]. On verra les aspirants aux charges briguer leur faveur pour obtenir les suffrages : les élections se feront dans les loges des actrices, et les chefs d’un peuple libre seront les créatures d’une bande d’histrions. La plume tombe des mains à cette idée. Qu’on l’écarté tant qu’on voudra, qu’on m’accuse d’outrer la prévoyance ; je n’ai plus qu’un mot à dire. Quoi qu’il arrive, il faudra que ces gens-là réforment leurs mœurs parmi nous, ou qu’ils corrompent les nôtres. Quand cette alternative aura cessé de nous effrayer, les comédiens pourront venir, ils n’auront plus de mal à nous faire.
Voilà, monsieur, les considérations que j’avais à proposer au public et à vous sur la question qu’il vous a plu d’agiter dans un article où elle était, à mon avis, tout-à-fait étrangère. Quand mes raisons, moins fortes qu’elles ne me paraissent, n’auraient pas un poids suffisant pour contrebalancer les vôtres, vous conviendrez au moins que, dans un aussi petit état que la république de Genève, toutes innovations sont dangereuses, et qu’il n’en faut jamais faire sans des motifs urgents et graves. Qu’on nous montre donc la pressante nécessité de celle-ci. Où sont les désordres qui nous forcent de recourir à un expédient si suspect ? Tout est-il perdu sans cela ? Notre ville est-elle si grande, le vice et l’oisiveté y ont-ils déjà fait un tel progrès, qu’elle ne puisse plus désormais subsister sans spectacles ? Vous nous dites qu’elle en souffre de plus mauvais qui choquent également le goût et les mœurs : mais il y a bien de la différence entre montrer de mauvaises moeurs et attaquer les bonnes ; car ce dernier effet dépend moins des qualités du spectacle que de l’impression qu’il cause. En ce sens, quel rapport entre quelques farces passagères et une comédie à demeure, entre les polissonneries d’un charlatan et les représentations régulières des ouvrages dramatiques, entre des tréteaux de foire élevés pour réjouir la populace et un théâtre estimé où les honnêtes gens penseront s’instruire ? L’un de ces amusements est sans conséquence et reste oublié dès le lendemain ; mais l’autre est une affaire importante qui mérite toute l’attention du gouvernement. Par tout pays il est permis d’amuser les enfants, et peut être enfant qui veut sans beaucoup d’inconvénients. Si ces fades spectacles manquent de goût, tant mieux ; on s’en rebutera plus vite : s’ils sont grossiers, ils seront moins séduisants. Le vice ne s’insinue guère en choquant l’honnêteté, mais en prenant son image ; et les mots sales sont plus contraires à la politesse qu’aux bonnes mœurs. Voilà pourquoi les expressions sont toujours plus recherchées et les oreilles plus scrupuleuses dans les pays plus corrompus. S’aperçoit-on que les entretiens de la halle échauffent beaucoup la jeunesse qui les écoute ? Si font bien les discrets propos du théâtre, et il vaudrait mieux qu’une jeune fille vît cent parades qu’une seule représentation de l’Oracle[224].
Au reste, j’avoue que j’aimerais mieux, quant à moi, que nous pussions nous passer entièrement de tous ces tréteaux, et que, petits et grands, nous sussions tirer nos plaisirs et nos devoirs de notre état et de nous-mêmes ; mais, de ce qu’on devrait peut-être chasser les bateleurs, il ne s’ensuit pas qu’il faille appeler les comédiens. Vous avez vu dans votre propre pays la ville de Marseille se défendre longtemps d’une pareille innovation, résister même aux ordres réitérés du ministre, et garder encore, dans ce mépris d’un amusement frivole, une image honorable de son ancienne liberté. Quel exemple pour une ville qui n’a point encore perdu la sienne !
Qu’on ne pense pas surtout faire un pareil établissement par manière d’essai, sauf à l’abolir quand on en sentira les inconvénients : car ces inconvénients ne se détruisent pas avec le théâtre qui les produit, ils restent quand leur cause est ôtée ; et, dès qu’on commence à les sentir, ils sont irrémédiables. Nos mœurs altérées, nos goûts changés, ne se rétabliront pas comme ils se seront corrompus ; nos plaisirs mêmes, nos innocents plaisirs, auront perdu leurs charmes, le spectacle nous en aura dégoûtés pour toujours. L’oisiveté devenue nécessaire, les vides du temps que nous ne saurons plus remplir nous rendront à charge à nous-mêmes ; les comédiens, en partant, nous laisseront l’ennui pour arrhes de leur retour ; il nous forcera bientôt à les rappeler ou à faire pis. Nous aurons mal fait d’établir la comédie, nous ferons mal de la laisser subsister, nous ferons mal de la détruire : après la première faute, nous n’aurons plus que le choix de nos maux.
Quoi ! ne faut-il donc aucun spectacle dans une république ? Au contraire, il en faut beaucoup. C’est dans les républiques qu’ils sont nés, c’est dans leur sein qu’on les voit briller avec un véritable air de fête. À quels peuples convient-il mieux de s’assembler souvent et de former entre eux les doux liens du plaisir et de la joie, qu’à ceux qui ont tant de raisons de s’aimer et de rester à jamais unis ? Nous avons déjà plusieurs de ces fêtes publiques ; ayons-en davantage encore, je n’en serai que plus charmé. Mais n’adoptons point ces spectacles exclusifs qui renferment tristement un petit nombre de gens dans un antre obscur ; qui les tiennent craintifs et immobiles dans le silence et l’inaction ; qui n’offrent aux yeux que cloisons, que pointes de fer, que soldats, qu’affligeantes images de la servitude et de l’inégalité. Non, peuples heureux, ce ne sont pas là vos fêtes. C’est en plein air, c’est sous le ciel qu’il faut vous rassembler et vous livrer au doux sentiment de votre bonheur. Que vos plaisirs ne soient efféminés ni mercenaires, que rien de ce qui sent la contrainte et l’intérêt ne les empoisonne, qu’ils soient libres et généreux comme vous, que le soleil éclaire vos innocents spectacles ; vous en formerez un vous-mêmes ; le plus digne qu’il puisse éclairer.
I always base my assumption on the fact that they will easily thrive in such a small town; and I say that if we honor them, as you claim, in a country where everyone is more or less equal, they will become equals to everyone else and will also enjoy the public favor that comes naturally to them. They will not, as elsewhere, be held in respect by the powerful whom they seek to please and whose displeasure they fear. The magistrates may impose discipline upon them—so be it—but these magistrates will have been individuals who may have known them personally; they may have children who still know them, and wives who enjoy pleasure. All these connections will create means of indulgence and protection against which it will be impossible to resist forever. Soon, the actors, assured of impunity, will even provide their imitators with such impunity: it was through them that this disorder began—but where can it possibly end? Women, young people, the rich, the idle—all will favor them; everything will evade the laws that hinder them and encourage their licentiousness. Everyone, in seeking to please them, will believe they are working for their own enjoyment. What man would dare oppose such a torrent, unless perhaps some rigid old pastor whose words would be ignored and whose seriousness would be dismissed as pedantry by an imprudent youth? Finally, if they add art and skill to their success, I do not give them more than thirty years before they become the arbiters of the state[223]. We will see candidates for office courting their favor in order to win votes; elections will take place in the theaters of actresses, and the leaders of a free people will be mere creations of a band of actors. At this thought, my pen falls from my hand. Let us reject it as much as we wish; let me be accused of overestimating the future—yet I have only one thing to say: whatever happens, these people will either reform their own morals among us or corrupt ours. Once this alternative ceases to frighten us, the actors can come again, and they will no longer find it difficult to manipulate us.
Here, sir, are the considerations I wished to present to the public and to you regarding the issue you chose to raise in an article that, in my opinion, was entirely irrelevant to the subject at hand. Should my arguments, though perhaps not as compelling as I believe them to be, fail to carry sufficient weight to counter yours, you will at least agree that in a small state like the Republic of Geneva, any innovation is inherently dangerous, and such innovations should never be undertaken without urgent and grave reasons. Therefore, let us be shown the pressing necessity for this particular measure. Where are those disorders that force us to resort to such a questionable expedient? Is everything truly lost without it? Is our city really so great, and have vice and idleness already progressed to such an extent that it can no longer survive without entertainment? You tell us that such entertainment causes even greater harm, offending both taste and morals; but there is a clear difference between exhibiting bad manners and attacking good ones. After all, the latter effect depends far less on the quality of the entertainment itself than on the impression it leaves upon the audience. In this regard, what connection can there be between some fleeting farces and a permanent form of comedy, between the vulgar antics of a charlatan and the regular performances of dramatic works, between temporary fairground spectacles meant to amuse the common people and a respected theater where decent individuals seek enlightenment? One form of entertainment is insignificant and forgotten the very next day; the other, however, is a matter of great importance that deserves the full attention of the authorities. In every country, it is permissible to entertain children, and any child can enjoy such entertainment without much harm. If these dull spectacles lack taste, so much the better—people will quickly grow tired of them; if they are crude, they will be less appealing. Vice rarely insinuates itself by directly offending honesty, but rather by adopting its guise; and vulgar language is more detrimental to good manners than to decency itself. This is why expressions are always more refined, and ears more discerning in more corrupt societies. Does one really observe that the conversations in the marketplace greatly excite the young people who listen to them? How much better, then, are the discreet discussions in a theater—indeed, it would be far preferable for a young girl to attend a hundred parades than to witness a single performance of such indecent works.
Besides, I must admit that personally, I would prefer if we could do without all these theatrical spectacles altogether, and if both the young and the old could derive their pleasures and fulfill their duties solely from our own status and from within ourselves. However, just because we should perhaps reject certain forms of entertainment, it does not follow that we should welcome comedians. You have seen in your own country how the city of Marseille resisted such innovations for a long time, even defying the repeated orders of the minister, and thus maintained, despite its disdain for frivolous amusement, a honorable reputation for its former freedom. What an example this is for a city that has not yet lost its own freedom!
One must never establish such an institution in the hope of testing it; otherwise, one would simply have to abolish it once its disadvantages become apparent—for these disadvantages do not disappear with the very theater that creates them; they remain even after their causes are removed. And once they begin to be felt, they become irreparable. Our altered morals and changed tastes will not return to their original state as easily as they were corrupted; even our pleasures, those seemingly innocent ones, will lose their charm—the very spectacle will make us forever averse to them. Idleness, having become necessary, and the empty time that we no longer know how to fill will burden us greatly. When the actors leave, they will leave us with boredom as a guarantee of their return; soon, it will force us to summon them back—or do even worse. We would have been wrong to establish comedy in the first place; we would be wrong to allow it to continue; and we would be wrong to destroy it. After making that first mistake, we will have no choice but to endure the evils that follow.
What! Must there be no public festivities in a republic at all? On the contrary, such festivities are absolutely necessary. It is in republics that they originated; it is within their framework that they shine with a true air of celebration. For which peoples would it be more appropriate to gather frequently and form those gentle bonds of pleasure and joy, than for those who have so many reasons to love one another and remain united forever? We already have several such public festivals; let us have even more, for I shall find them all the more delightful. But let us not adopt those exclusive forms of entertainment that sadly confine a small number of people in dark and secluded places; that keep them fearful and motionless in silence and inaction; that present to our eyes nothing but walls, iron bars, soldiers, and distressing images of slavery and inequality. No, happy peoples, such are not your festivals. It is in the open air, under the sky, that you should gather and indulge in the sweet sensation of your own happiness. Let your pleasures be neither effeminate nor mercenary; let nothing that smells of coercion or self-interest taint them. Let them be as free and generous as you are yourselves; let the sun illuminate your innocent festivities—let them be the most worthy celebration possible.
Mi baso sempre sull’ipotesi che possano vivere agevolmente in una città così piccola; e dico che, se li onoriamo, come voi affermate, in un paese dove tutti sono più o meno uguali, diventeranno uguali a tutti e godranno anche del favore pubblico che loro stessi si meritano naturalmente. Non saranno, come altrove, tenuti in considerazione dai potenti di cui cercano la benevolenza e temono il disprezzo. I magistrati potrebbero imporre loro rispetto. Ma questi magistrati saranno persone comuni; avranno potuto avere rapporti amichevoli con loro; avranno figli che continueranno a mantenerli tali, donne che ameranno il piacere. Tutti questi legami diventeranno strumenti di indulgenza e protezione contro cui sarà impossibile resistere sempre. Presto i comici, sicuri dell’impunità, ne forniranno ancora l’esempio ai loro imitatori: è da loro che è iniziato il disordine. Ma non si vede dove possa fermarsi. Le donne, la gioventù, i ricchi, le persone oziose, tutto sarà a loro favore; tutto eviterà le leggi che li ostacolano, tutto favorirà la loro licenziosità. Ognuno, cercando di compiacerli, crederà di lavorare per il proprio piacere. Quale uomo oserebbe opporsi a questo flusso inarrestabile? Forse solo qualche vecchio pastore rigido, che nessuno ascolterebbe. La cui saggezza e gravità verrebbero considerate pedanterie da una gioventù superficiale. Infine, se aggiungono un po’ d’arte e di abilità al loro successo. Non credo che impieghino trent’anni per diventare i padroni dello stato. Si vedranno gli aspiranti alle cariche cercare il loro favore per ottenere voti. Le elezioni si svolgeranno nelle logge delle attrici. E i capi di un popolo libero saranno creati da una banda di attori. La penna mi cade dalle mani al pensiero di questo. Si possa scacciare questa idea quanto si vuole, si possa accusarmi di trascurare la previdenza. Ho solo una cosa da dire: qualunque cosa accada, questi uomini dovranno o riformare le loro abitudini tra di noi, oppure corrompere le nostre. Quando questa alternativa smetterà di spaventarci, i comici potranno venire, e non avranno più difficoltà a dominarci.
Ecco, signore, le considerazioni che avevo da presentare al pubblico e a voi sulla questione che avete voluto sollevare in un articolo nella quale, a mio parere, essa era del tutto estranea. Se le mie ragioni, per quanto meno convincenti possano sembrarmi, non dovessero avere il peso sufficiente per contrastare le vostre, almeno concorderete che, in uno Stato piccolo come la Repubblica di Ginevra, qualsiasi innovazione sia pericolosa e che non si debba mai adottarla senza motivi urgenti e gravi. Dunque, mostriateci quale sia questa necessità imperiosa. Dove sono i disordini che ci costringono a ricorrere a un mezzo così sospetto? Tutto è davvero perduto senza di esso? La nostra città è forse così grande, il vizio e l’ozio vi hanno già fatto tanto progresso da renderla incapace di sopravvivere senza spettacoli? Diteci che ne soffre a causa di cose ancora peggiori che offendono sia il gusto che le buone maniere. Ma c’è una grande differenza tra mostrare comportamenti indegni e attaccare ciò che è giusto; infatti, quest’ultimo effetto dipende meno dalle qualità dello spettacolo stesso che dall’impressione che suscita. In questo senso, quale rapporto esiste tra alcune farse occasionali e una commedia stabile, tra le buffonate di un ciarlatano e le rappresentazioni regolari di opere drammatiche, tra i banchetti di mercato allestiti per divertire la plebe e un teatro rispettabile dove le persone oneste cercano di arricchirsi culturalmente? Uno di questi divertimenti è privo di conseguenze e viene dimenticato il giorno dopo; l’altro, invece, rappresenta una questione importante che merita tutta l’attenzione del governo. In ogni paese è permesso intrattenere i bambini, e chiunque può farlo senza grandi inconvenienti. Se questi spettacoli banali mancano di gusto, meglio così: ci si stancherà più rapidamente di loro; se sono volgari, saranno meno attraenti. Il vizio non insinuasi facilmente offendendo l’onestà, ma assumendone le sembianze. E le parole volgari sono più contrarie alla cortesia che alle buone maniere. È per questo che nelle nazioni più corrotte le espressioni vengono sempre più curate e le persone sono più attente a ciò che ascoltano. Si nota forse che i discorsi nella piazza eccitano molto i giovani che li ascoltano? Ebbene, i discorsi discreti teatrali fanno lo stesso. E sarebbe meglio per una ragazza assistere a cento parate piuttosto che a una sola rappresentazione dell’“Oracolo”[224].
Del resto, devo ammettere che personalmente preferirei che potessimo fare a meno completamente di tutti questi spettacoli e che, grandi e piccoli, potessimo trarre i nostri piaceri e assolvere i nostri doveri dal nostro stato e da noi stessi; ma il fatto che si dovrebbero forse allontanare coloro che promuovono questo genere di divertimenti non significa affatto che si debbano invitare gli attori teatrali. Avete visto, nel vostro stesso paese, la città di Marsiglia resistere a lungo a una simile innovazione, opporsi persino agli ordini ripetuti del ministro e mantenere, in questo disprezzo per un divertimento frivolo, un’immagine onorevole della sua antica libertà. Che esempio per una città che non ha ancora perso la propria!
Non si dovrebbe mai istituire un simile organo teatrale solo a titolo sperimentale, altrimenti bisognerebbe abolirlo non appena se ne percepiscono gli svantaggi: infatti questi svantaggi non scompaiono con il teatro che li genera; rimangono anche quando la loro causa viene eliminata; e non appena iniziano a manifestarsi, diventano irreparabili. I nostri costumi alterati, i nostri gusti cambiati non si ripristineranno mai come erano prima; persino i nostri piaceri, quei piaceri innocenti, perderanno il loro fascino: lo spettacolo ci farà perdere per sempre l’interesse per essi. L’ozio diventerà una necessità; i momenti vuoti del tempo che non sapremo più come riempire ci renderanno un peso per noi stessi; gli attori, una volta andati via, ci lasceranno il dolore come pegno del loro ritorno; questo dolore ci costringerà presto a richiamarli, o a fare qualcosa di peggio. Avremmo commesso un errore istituendo il teatro; commetteremmo un errore lasciandolo esistere; commetteremmo un errore distruggendolo: dopo il primo errore, non avremo più altra scelta se non quella di subire i nostri mali.
Che cosa! Non dovrebbero esserci spettacoli in una repubblica? Al contrario, ne sono necessari molti. Sono proprio nelle repubbliche che questi spettacoli sono nati; è nel loro seno che si vedono brillare con un vero spirito di festa. A quali popoli conviene più riunirsi frequentemente e formare tra loro i dolci legami del piacere e della gioia, se non a quelli che hanno tante ragioni per amarsi e rimanere per sempre uniti? Abbiamo già diversi di questi spettacoli pubblici; ne avremo ancora di più, e io ne sarò solo più incantato. Ma non adottiamo quegli spettacoli esclusivi che confinano tristemente un piccolo numero di persone in un ambiente oscuro; che le tengono in preda alla paura e all’inazione nel silenzio e nell’immobilità; che offrono agli occhi solo mura, punte di ferro, soldati, immagini dolorose di schiavitù e disuguaglianza. No, popoli felici: questi non sono i vostri spettacoli. È all’aperto, sotto il cielo, che dovete riunirvi e lasciarvi trasportare dal dolce sentimento della vostra felicità. Che i vostri piaceri non siano effeminati né mercenari; che nulla di ciò che ha odore di costrizione e interesse li avveleni; che siano liberi e generosi come voi stessi; che il sole illumini i vostri spettacoli innocenti. Ne creerete voi stessi, i più degni possibili.
Mais quels seront enfin les objets de ces spectacles ? qu’y montrera-t-on ? Rien, si l’on veut. Avec la liberté, partout où règne l’affluence, le bien-être y règne aussi. Plantez au milieu d’une place un piquet couronné de fleurs, rassemblez-y le peuple, et vous aurez une fête. Faites mieux encore : donnez les spectateurs en spectacle ; rendez-les acteurs eux-mêmes ; faites que chacun se voie et s’aime dans les autres, afin que tous en soient mieux unis. Je n’ai pas besoin de renvoyer aux jeux des anciens Grecs : il en est de plus modernes, il en est d’existants encore, et je les trouve précisément parmi nous. Nous avons tous les ans des revues, des prix publics, des rois de l’arquebuse, du canon, de la navigation. On ne peut trop multiplier des établissements si utiles[225] et si agréables ; on ne peut trop avoir de semblables rois. Pourquoi ne ferions-nous pas, pour nous rendre dispos et robustes, ce que nous faisons pour nous exercer aux armes ? La république a-t-elle moins besoin d’ouvriers que de soldats ? Pourquoi, sur le modèle des prix militaires, ne fonderions-nous pas d’autres prix de gymnastique pour la lutte, pour la course, pour le disque, pour divers exercices du corps ? Pourquoi n’animerions-nous pas nos bateliers par des joutes sur le lac ? Y aurait-il au monde un plus brillant spectacle que de voir sur ce vaste et superbe bassin des centaines de bateaux, élégamment équipés, partir à la fois, au signal donné, pour aller enlever un drapeau arboré au but, puis servir de cortège au vainqueur revenant en triomphe recevoir le prix mérité ?
Toutes ces sortes de fêtes ne sont dispendieuses qu’autant qu’on le veut bien, et le seul concours les rend assez magnifiques. Cependant il faut y avoir assisté chez le Genevois pour comprendre avec quelle ardeur il s’y livre. On ne le reconnaît plus : ce n’est plus ce peuple si rangé qui ne se départ point de ses règles économiques ; ce n’est plus ce long raisonneur qui pèse tout, jusqu’à la plaisanterie, à la balance du jugement. Il est vif, gai, caressant ; son cœur est alors dans ses yeux comme il est toujours sur ses lèvres ; il cherche à communiquer sa joie et ses plaisirs ; il invite, il presse, il force, il se dispute les survenants. Toutes les sociétés n’en font qu’une, tout devient commun à tous. Il est presque indifférent à quelle table on se mette : ce serait l’image de celles de Lacédémone, s’il n’y régnait un peu plus de profusion ; mais cette profusion même est alors bien placée, et l’aspect de l’abondance rend plus touchant celui de la liberté qui la produit.
L’hiver, temps consacré au commerce privé des amis, convient moins aux fêtes publiques. Il en est pourtant une espèce dont je voudrais bien qu’on se fît moins de scrupule ; savoir, les bals entre de jeunes personnes à marier. Je n’ai jamais bien conçu pourquoi l’on s’effarouche si fort de la danse et des assemblées qu’elle occasionne : comme s’il y avait plus de mal à danser qu’à chanter ; que l’un et l’autre de ces amusements ne fût pas également une inspiration de la nature ; et que ce fût un crime à ceux qui sont destinés à s’unir de s’égayer en commun par une honnête récréation ! L’homme et la femme ont été formés l’un pour l’autre : Dieu veut qu’ils suivent leur destination ; et certainement le premier et le plus saint de tous les liens de la société est le mariage. Toutes les fausses religions combattent la nature ; la nôtre seule, qui la suit et la règle, annonce une institution divine et convenable à l’homme. Elle ne doit point ajouter sur le mariage, aux embarras de l’ordre civil, des difficultés que l’Évangile ne prescrit pas, et que tout bon gouvernement condamne. Mais qu’on me dise où de jeunes personnes à marier auront occasion de prendre du goût l’une pour l’autre, et de se voir avec plus de décence et de circonspection que dans une assemblée où les yeux du public, incessamment ouverts sur elles, les forcent à la réserve, à la modestie, à s’observer avec le plus grand soin. En quoi Dieu est-il offensé par un exercice agréable, salutaire, propre à la vivacité des jeunes gens, qui consiste à se présenter l’un à l’autre avec grâce et bienséance, et auquel le spectateur impose une gravité dont on n’oserait sortir un instant ? Peut-on imaginer un moyen plus honnête de ne point tromper autrui, du moins quant à la figure, et de se montrer avec les agréments et les défauts qu’on peut avoir aux gens qui ont intérêt de nous bien connaître avant de s’obliger à nous aimer ? Le devoir de se chérir réciproquement n’emporte-t-il pas celui de se plaire ? et n’est-ce pas un soin digne de deux personnes vertueuses et chrétiennes qui cherchent à s’unir, de préparer ainsi leur cœur à l’amour mutuel que Dieu leur impose ?
Qu’arrive-t-il dans ces lieux où règne une contrainte éternelle, où l’on punit comme un crime la plus innocente gaieté, où les jeunes gens des deux sexes n’osent jamais s’assembler en public, et où l’indiscrète sévérité d’un pasteur ne sait prêcher au nom de Dieu qu’une gêne servile, et la tristesse et l’ennui ? On élude une tyrannie insupportable que la nature et la raison désavouent. Aux plaisirs permis dont on prive une jeunesse enjouée et folâtre, elle en substitue de plus dangereux : les tête-à-tête adroitement concertés prennent la place des assemblées publiques. À force de se cacher comme si l’on était coupable, on est tenté de le devenir. L’innocente joie aime à s’évaporer au grand jour, mais le vice est ami des ténèbres, et jamais l’innocence et le mystère n’habitèrent longtemps ensemble.
Pour moi, loin de blâmer de si simples amusements, je voudrais au contraire qu’ils fussent publiquement autorisés, et qu’on y prévînt tout désordre particulier en les convertissant en bals solennels et périodiques, ouverts indistinctement à toute la jeunesse à marier. Je voudrais qu’un magistrat[226], nommé par le conseil, ne dédaignât pas de présider à ces bals. Je voudrais que les pères et mères y assistassent, pour veiller sur leurs enfants, pour être témoins de leurs grâces et de leur adresse, des applaudissements qu’ils auraient mérités, et jouir ainsi du plus doux spectacle qui puisse toucher un cœur paternel. Je voudrais qu’en général toute personne mariée y fût admise au nombre des spectateurs et des juges, sans qu’il fut permis à aucune de profaner la dignité conjugale en dansant elle-même ; car à quelle fin honnête pourrait-elle se donner ainsi en montre au public ? Je voudrais qu’on formât dans la salle une enceinte commode et honorable, destinée aux gens âgés de l’un et de l’autre sexe, qui, ayant déjà donné des citoyens à la patrie, verraient encore leurs petits-enfants se préparer à le devenir. Je voudrais que nul n’entrât ni ne sortît sans saluer ce parquet, et que tous les couples de jeunes gens vinssent, avant de commencer leur danse et après l’avoir finie, y faire une profonde révérence, pour s’accoutumer de bonne heure à respecter la vieillesse. Je ne doute pas que cette agréable réunion des deux termes de la vie humaine ne donnât à cette assemblée un certain coup d’oeil attendrissant, et qu’on ne vît quelquefois couler dans le parquet des larmes de joie et de souvenir, capables peut-être d’en arracher à un spectateur sensible. Je voudrais que tous les ans, au dernier bal, la jeune personne qui, durant les précédents, se serait comportée le plus honnêtement, le plus modestement, et aurait plu davantage à tout le monde, au jugement du parquet, fût honorée d’une couronne par la main du seigneur-commis[227], et du titre de reine du bal, qu’elle porterait toute l’année. Je voudrais qu’à la clôture de la même assemblée on la reconduisît en cortège ; que le père et la mère fussent félicités et remerciés d’avoir une fille si bien née, et de l’élever si bien. Enfin, je voudrais que, si elle venait à se marier dans le cours de l’an, la seigneurie lui fit un présent ou lui accordât quelque distinction publique, afin que cet honneur fût une chose assez sérieuse pour ne pouvoir jamais devenir un sujet de plaisanterie.
Il est vrai qu’on aurait souvent à craindre un peu de partialité, si l’âge des juges ne laissait toute la préférence au mérite. Et quand la beauté modeste serait quelquefois favorisée, quel en serait le grand inconvénient ? Ayant plus d’assauts à soutenir, n’a-t-elle pas besoin d’être plus encouragée ? N’est-elle pas un don de la nature, ainsi que les talents ? Où est le mal qu’elle obtienne quelques honneurs qui l’excitent à s’en rendre digne, et puissent contenter l’amour-propre sans offenser la vertu ?
But what, after all, will be the subjects of these spectacles? What will be displayed in them? Nothing, if one so chooses. Wherever there is freedom and prosperity, well-being also reigns. Plant a pole adorned with flowers in the middle of a square, gather the people there, and you have a festival. Do even more: turn the spectators into performers themselves; let each see and love himself in the others, so that all may be more closely united. I need not refer to the games of the ancient Greeks; there are more modern ones, some that still exist today, and I find them right among us. Every year we have fairs, public competitions, and champions in archery, artillery, and navigation. We can never have too many of these useful and delightful institutions; we can never have too many such champions. Why not do, to make ourselves cheerful and strong, what we do to practice with weapons? Does the republic need fewer workers than soldiers? Why, following the example of military awards, why not establish similar awards for gymnastics in wrestling, running, discus throwing, and various physical exercises? Why not encourage our boatmen through races on the lake? Could there be a more splendid spectacle in the world than to see, on this vast and magnificent expanse of water, hundreds of elegantly equipped boats setting off at the same moment, upon a given signal, to compete for a flag raised at the finish line, and then serving as a procession for the victor returning in triumph to receive his well-deserved reward?
All such kinds of festivities are only as expensive as one chooses to make them; it is merely the competition that makes them truly magnificent. However, one must have attended such events in Geneva to understand with what fervor they are undertaken there. One hardly recognizes the people anymore: it is no longer that orderly community that strictly adheres to its economic rules; nor is it that long-winded reasoner who weighs everything—even jokes—against the scales of judgment. Instead, they are lively, cheerful, and affectionate; their hearts are in their eyes just as often as on their lips. They seek to share their joy and pleasures; they invite, urge, insist, and even compete with one another to welcome newcomers. All societies seem to merge into one; everything becomes common to all. It hardly matters at which table one sits—such scenes would be reminiscent of those in Sparta, if not for the greater abundance present there; but precisely this abundance is well-chosen, and the sight of plenty only makes the freedom that creates it appear all the more touching.
Winter, a time devoted to the private social interactions among friends, is less suitable for public festivities. However, there is one type of celebration that I would like people to regard with less restraint: namely, balls attended by young people who are about to get married. I have never truly understood why such great apprehension is felt regarding dancing and the gatherings it entails. It’s as if dancing were somehow worse than singing; as if these forms of entertainment were not equally inspired by nature; or as if it were a crime for those destined to marry to enjoy themselves together through honest and wholesome recreation! Man and woman were created for each other; God wants them to fulfill their divine purpose, and surely marriage is the most sacred and fundamental bond in society. All false religions oppose nature; only our religion, which follows and regulates it, reveals a divine institution suited to human beings. Why should marriage be burdened with additional difficulties imposed by civil laws or societal norms—difficulties that neither the Gospel nor any wise governance would endorse? But tell me, where else could young people who are about to get married find an opportunity to develop mutual affection for each other, and to meet in a more decent and cautious manner than at public gatherings where the constant scrutiny of onlookers forces them to maintain restraint, modesty, and utmost propriety? In what way does God seem offended by such an enjoyable, healthy, and natural activity—where people present themselves to one another with grace and decency, and where observers merely require a degree of seriousness that no one would dare deviate from for even a moment? Can anyone imagine a more honest way to avoid deceiving others, at least regarding one’s appearance, and to show oneself in all one’s strengths and weaknesses to those who have a genuine interest in getting to know us before committing to love us? Doesn’t the duty of loving each other inherently include the desire to please one another? And isn’t this precisely what two virtuous and Christian individuals seeking to unite should do—prepare their hearts for the mutual love that God has ordained for them?
What happens in these places where eternal restraint reigns, where the most innocent joy is punished as a crime, where young men and women never dare to gather in public, and where the indiscreet severity of a pastor preaches nothing but servile obedience in the name of God—only sadness and boredom? People seek to escape an intolerable tyranny that nature and reason itself denounce. Instead of permitting the joys that are natural for a lively and carefree youth, such places substitute far more dangerous alternatives: carefully orchestrated private meetings take the place of public gatherings. When one is forced to hide constantly as if guilty of some wrongdoing, it becomes tempting to truly be guilty. Innocent joy thrives in the open light, but vice loves the shadows; innocence and mystery can never coexist for long.
For me, far from condemning such simple amusements, I would rather that they be publicly authorized and that all possible disorder be prevented by transforming them into solemn and regular balls, open to all young people who are about to marry. I would like for a magistrate appointed by the council not to hesitate in presiding over these balls. I would also like for parents to attend, so as to watch over their children, to witness their grace and skill, and the applause they deserve, thus enjoying the most tender spectacle that can touch a father’s heart. In general, I believe every married person should be allowed to attend as both a spectator and a judge, provided that no one is permitted to profane the dignity of marriage by dancing themselves; for what honorable purpose could such behavior serve in public? I would like for a comfortable and respectable area to be set up in the hall for elderly people of both sexes who, having already given citizens to the nation, would now watch their grandchildren prepare to do the same. I would want everyone entering or leaving to greet this area, and for all young couples to make a deep bow there before starting and after finishing their dance, so as to learn from an early age to respect the elderly. I am certain that such a pleasant gathering of the two stages of human life would add a touching touch to this assembly, and that sometimes tears of joy and remembrance might be seen flowing in that hall, perhaps even moving a sensitive observer to tears. Every year, at the last ball, the young woman who had behaved with the greatest honesty, modesty, and who had pleased everyone the most, according to the judgment of those present, should be honored with a crown placed on her head by the chief magistrate, and given the title of “Queen of the Ball,” which she would bear throughout the year. At the end of this assembly, she should be escorted away in a procession; her parents should be congratulated and thanked for having such a well-bred daughter and for raising her so well. Finally, if she were to get married during the year, the authorities should give her some gift or public distinction, so that this honor would be serious enough not to become the subject of mockery.
It is true that one might often fear some degree of partiality if the age of the judges did not give preference solely to merit. And when modest beauty is sometimes favored, what great disadvantage could there be in that? Since it faces more challenges, does it not need greater encouragement? Is it not, like talents, a gift from nature? Where lies the harm in its receiving some honors that inspire it to strive to be worthy of them, and that can satisfy one’s self-esteem without offending virtue?
Ma quali saranno dunque gli oggetti di questi spettacoli? Cosa si mostrerà? Niente, se si vuole. Con la libertà, ovunque regni l’affluenza, regna anche il benessere. Piantate al centro di una piazza un palo decorato di fiori, radunatevi la gente e avrete una festa. Fate ancora di più: fate degli spettatori gli attori stessi; fate sì che ognuno si veda e si ami negli altri, affinché tutti possano essere meglio uniti. Non ho bisogno di ricordare i giochi degli antichi Greci: ne esistono di più moderni, alcuni ancora oggi praticati tra di noi. Ogni anno abbiamo spettacoli pubblici, premi assegnati in pubblico, “re” dell’arcobuzo, del cannone, della navigazione. Non si possono mai moltiplicare abbastanza questi eventi utili e piacevoli; non si può mai avere abbastanza di tali “re”. Perché non faremmo, per renderci più forti e in forma, ciò che facciamo per esercitarci con le armi? La repubblica ha forse meno bisogno di operai che di soldati? Perché, seguendo l’esempio dei premi militari, non istituiremmo altri premi per la ginnastica: nella lotta, nella corsa, nel lancio del disco, in vari esercizi fisici? Perché non animeremmo i nostri battellieri con gare sul lago? Esisterebbe al mondo uno spettacolo più brillante di quello di vedere, su questo vasto e magnifico specchio d’acqua, centinaia di barche elegantemente attrezzate partire tutte insieme, al segnale dato, per conquistare una bandiera posta a destinazione, per poi fare da corteo al vincitore che ritorna in trionfo a ricevere il premio meritato?
Tutti questi tipi di feste diventano dispendiosi soltanto se lo si desidera; è solo la competizione a renderle abbastanza magnifiche. Tuttavia, bisogna averle assistite presso i Genevesi per comprendere con quale passione vi partecipano. Non li riconosci più: non sono più quel popolo così ordinato che non si discosta mai dalle proprie regole economiche; non sono più quei lunghi ragionatori che valutano tutto, fino alle battute e ai giudizi. Sono vivaci, allegri, affettuosi; il loro cuore è negli occhi, proprio come sempre sulle labbra; cercano di condividere la propria gioia e i propri piaceri; invitano, insistono, spingono, si contendono gli ospiti che arrivano. Tutte le società diventano una sola; tutto diventa comune a tutti. È quasi indifferente a quale tavolo ci si sieda: sarebbe l’immagine di quelle di Lacedemone, se non dominasse un po’ più di generosità. Ma anche questa generosità è ben dosata, e l’aspetto dell’abbondanza rende ancora più commovente quello della libertà che la genera.
L’inverno, tempo dedicato ai rapporti privati tra amici, non è adatto alle feste pubbliche. Tuttavia, ci sono alcune forme di festeggiamento per le quali si dovrebbe essere meno scrupolosi, come i balli tra giovani persone destinate a sposarsi. Non ho mai capito perché ci si spaventi così tanto della danza e delle riunioni che essa comporta: come se danzare fosse più peccaminoso che cantare; come se entrambi questi divertimenti non fossero un’ispirazione della natura. E come se fosse un crimine, per coloro destinati a unirsi, divertirsi insieme attraverso una sana e onesta attività! L’uomo e la donna sono stati creati l’uno per l’altro: Dio vuole che seguano il loro destino. E certamente il primo e più sacro dei legami sociali è il matrimonio. Tutte le religioni false si oppongono alla natura; solo la nostra, che la segue e la regola, annuncia un istituto divino e adatto all’uomo. Non dovremmo aggiungere al matrimonio, ai già numerosi ostacoli dell’ordine civile, difficoltà che l’Evangelo non prescrive e che ogni buon governo condanna. Ma ditemi: dove mai delle giovani persone destinate a sposarsi avranno l’opportunità di conoscersi meglio a vicenda, e di incontrarsi con maggiore decenza e rispetto, piuttosto che in un ambiente in cui gli occhi del pubblico le costringono costantemente alla riservatezza e alla modestia? In che modo Dio viene offeso da un’attività piacevole, salutare e propria della vivacità dei giovani, che consiste nel presentarsi l’uno all’altro con grazia e cortesia, e in cui lo spettatore impone una gravità dalla quale non si oserebbe mai allontanarsi nemmeno per un istante? Si può immaginare un modo più onesto per non ingannare gli altri, almeno riguardo all’aspetto esteriore, e per mostrarsi con i pregi e i difetti che si hanno, davanti a persone che hanno interesse a conoscerci bene prima di impegnarsi ad amarci? Il dovere di amarsi reciprocamente non implica forse anche quello di piacersi a vicenda? E non è forse un gesto degno di due persone virtuose e cristiane, che cercano di unirsi, preparare così i loro cuori all’amore reciproco che Dio esige da loro?
Cosa succede in questi luoghi dove regna una costrizione eterna, dove la più innocente gioia viene punita come un crimine, dove i giovani di entrambi i sessi non osano mai riunirsi in pubblico, e dove la severità indiscreta di un pastore non sa predicare, in nome di Dio, se non una servile oppressione, tristezza e noia? Si elude una tirannia insopportabile che sia la natura che la ragione condannano. Ai piaceri permessi, di cui si priva una gioventù spensierata e vivace, si sostituiscono altri ancora più pericolosi: gli incontri segreti e abilmente concordati prendono il posto delle riunioni pubbliche. Costretti a nascondersi come se fossimo colpevoli, si è tentati di diventarlo davvero. La gioia innocente ama manifestarsi alla luce del giorno, ma il vizio ama le tenebre. E l’innocenza e il mistero non possono mai coesistere a lungo insieme.
Per me, lontano dal biasimare simili divertimenti semplici, vorrei anzi che fossero pubblicamente autorizzati e che si previdesse ogni tipo di disordine, trasformandoli in balli solenni e periodici, aperti senza distinzione a tutta la gioventù nubile. Vorrei che un magistrato, nominato dal consiglio, non si rifiutasse di presiedere a questi balli; vorrei che i genitori vi partecipassero per vigilare sui loro figli, per essere testimoni delle loro grazie e della loro abilità, degli applausi che meritavano, e così godersi lo spettacolo più dolce che possa commuovere un cuore paterno. Vorrei che, in generale, ogni persona sposata fosse ammessa tra i spettatori e i giudici, senza che a nessuna fosse permesso profanare la dignità coniugale ballando personalmente; infatti, a quale scopo onesto potrebbe farlo, esponendosi così al pubblico? Vorrei che nella sala venisse creata un’area comoda e rispettabile destinata alle persone anziane di entrambi i sessi, che, avendo già dato dei cittadini alla patria, vedrebbero ora i loro nipoti prepararsi a farlo. Vorrei che nessuno entrasse o uscisse senza salutare questa area, e che tutte le coppie di giovani venissero, prima di iniziare a ballare e dopo aver finito, a fare un profondo inchino lì, per abituarsi sin da piccoli a rispettare gli anziani. Non dubito che questo piacevole incontro tra i due momenti della vita umana desse a questa assemblea uno sguardo commovente, e che talvolta si vedessero scorrere nella sala lacrime di gioia e di ricordo, capaci forse di commuovere un spettatore sensibile. Vorrei che ogni anno, al ballo finale, la giovane donna che, durante quelli precedenti, si fosse comportata con maggiore onestà e modestia, e avesse piaciuto di più a tutti, secondo il giudizio dell’assemblea, ricevesse una corona dalle mani del responsabile incaricato e il titolo di regina del ballo, che avrebbe portato per tutto l’anno. Vorrei che, alla fine di questa stessa assemblea, venisse scortata fuori in processione; che i genitori fossero ringraziati per aver avuto una figlia così ben educata. Infine, vorrei che, se si sposasse nel corso dell’anno, la famiglia le facesse un regalo o le concedesse qualche onorificenza pubblica, affinché questo onore fosse abbastanza serio da non poter mai diventare oggetto di scherzi.
È vero che spesso si dovrebbe temere una certa parzialità, se non fosse per il fatto che l’età dei giudici concedesse tutta la preferenza al merito. E quando la bellezza modesta viene talvolta favorita, qual sarebbe il grande svantaggio? Avendo bisogno di affrontare maggiori ostacoli, non ha forse bisogno di essere più incoraggiata? Non è forse un dono della natura, proprio come i talenti? Dove sta il male nel fatto che riceva alcuni onori che la spingono a cercare di meritarseli e che possono soddisfare l’orgoglio senza offendere la virtù?
En perfectionnant ce projet dans les mêmes vues, sous un air de galanterie et d’amusement, on donnerait à ces fêtes plusieurs fins utiles qui en feraient un objet important de police et de bonnes mœurs. La jeunesse, ayant des rendez-vous sûrs et honnêtes, serait moins tentée d’en chercher de plus dangereux. Chaque sexe se livrerait plus patiemment, dans les intervalles, aux occupations et aux plaisirs qui lui sont propres, et s’en consolerait plus aisément d’être privé du commerce continuel de l’autre. Les particuliers de tout état auraient la ressource d’un spectacle agréable, surtout aux pères et mères. Les soins pour la parure de leurs filles seraient pour les femmes un objet d’amusement qui ferait diversion à beaucoup d’autres ; et cette parure ayant un objet innocent et louable, serait là tout-à-fait à sa place. Ces occasions de s’assembler pour s’unir, et d’arranger des établissements, seraient des moyens fréquents de rapprocher des familles divisées, et d’affermir la paix si nécessaire dans notre état. Sans altérer l’autorité des pères, les inclinations des enfants seraient un peu plus en liberté ; le premier choix dépendrait un peu plus de leur cœur ; les convenances d’âge, d’humeur, de goût, de caractère, seraient un peu plus consultées ; on donnerait moins à celles d’état et de biens, qui font des nœuds mal assortis quand on les suit aux dépens des autres. Les liaisons devenant plus faciles, les mariages seraient plus fréquents ; ces mariages, moins circonscrits par les mêmes conditions, préviendraient les partis, tempéreraient l’excessive inégalité, maintiendraient mieux le corps du peuple dans l’esprit de sa constitution. Ces bals, ainsi dirigés, ressembleraient moins à un spectacle public qu’à l’assemblée d’une grande famille ; et du sein de la joie et des plaisirs naîtraient la conservation, la concorde et la prospérité de la république[228].
Sur ces idées, il serait aisé d’établir à peu de frais, et sans danger, plus de spectacles qu’il n’en faudrait pour rendre le séjour de notre ville agréable et riant, même aux étrangers, qui, ne trouvant rien de pareil ailleurs, y viendraient au moins pour voir une chose unique ; quoique à dire le vrai, sur beaucoup de fortes raisons, je regarde ce concours comme un inconvénient bien plus que comme un avantage ; et je suis persuadé, quant à moi, que jamais étranger n’entra dans Genève qu’il n’y ait fait plus de mal que de bien.
Mais savez-vous, monsieur, qui l’on devrait s’efforcer d’attirer et de retenir dans nos murs ? Les Genevois mêmes, qui, avec un sincère amour pour leur pays, ont tous une si grande inclination pour les voyages, qu’il n’y a point de contrée où l’on n’en trouve de répandus. La moitié de nos concitoyens, épars dans le reste de l’Europe et du monde, vivent et meurent loin de la patrie ; et je me citerais moi-même avec plus de douleur si j’y étais moins inutile. Je sais que nous sommes forcés d’aller chercher au loin les ressources que notre terrain nous refuse, et que nous pourrions difficilement subsister si nous nous y tenions renfermés. Mais au moins que ce bannissement ne soit pas éternel pour tous : que ceux dont le ciel a béni les travaux viennent, comme l’abeille, en rapporter le fruit dans la ruche, réjouir leurs concitoyens du spectacle de leur fortune, animer l’émulation des jeunes gens, enrichir leur pays de leur richesse, et jouir modestement chez eux des biens honnêtement acquis chez les autres. Sera-ce avec des théâtres, toujours moins parfaits chez nous qu’ailleurs, qu’on les y fera revenir ? Quitteront-ils la comédie de Paris ou de Londres pour aller revoir celle de Genève ? Non, non, monsieur, ce n’est pas ainsi qu’on les peut ramener. Il faut que chacun sente qu’il ne saurait trouver ailleurs ce qu’il a laissé dans son pays ; il faut qu’un charme invincible le rappelle au séjour qu’il n’aurait point dû quitter ; il faut que le souvenir, de leurs premiers exercices, de leurs premiers spectacles, de leurs premiers plaisirs, reste profondément gravé dans leurs cœurs ; il faut que les douces impressions faites durant la jeunesse demeurent et se renforcent dans un âge avancé, tandis que mille autres s’effacent ; il faut qu’au milieu de la pompe des grands états et de leur triste magnificence une voix secrète leur crie incessamment au fond de l’âme : Ah ! où sont les jeux et les fêtes de ma jeunesse ? où est la concorde des citoyens, où est la fraternité publique ? où est la pure joie et la véritable allégresse ? où sont la paix, la liberté, l’équité, l’innocence ? Allons rechercher tout cela. Mon Dieu, avec le cœur du Genevois, avec une ville aussi riante, un pays aussi charmant, un gouvernement aussi juste, des plaisirs si vrais et si purs, et tout ce qu’il faut pour savoir les goûter, à quoi tient-il que nous n’adorions tous la patrie ?
Ainsi rappelait ses citoyens, par des fêtes modestes et des jeux sans éclat, cette Sparte que je n’aurai jamais assez citée pour l’exemple que nous devrions en tirer ; ainsi dans Athènes, parmi les beaux-arts, ainsi dans Suse, au sein du luxe et de la mollesse, le Spartiate ennuyé soupirait après ses grossiers festins et ses fatigants exercices. C’est à Sparte que, dans une laborieuse oisiveté, tout était plaisir et spectacle ; c’est là que les plus rudes travaux passaient pour des récréations, et que les moindres délassements formaient une instruction publique ; c’est là que les citoyens, continuellement assemblés, consacraient la vie entière à des amusements qui faisaient la grande affaire de l’état, et à des jeux dont on ne se délassait qu’à la guerre.
J’entends déjà les plaisants me demander si, parmi tant de merveilleuses instructions, je ne veux point aussi, dans nos fêtes genevoises, introduire les danses des jeunes Lacédémoniennes. Je réponds que je voudrais bien nous croire les yeux et les cœurs assez chastes pour supporter un tel spectacle, et que de jeunes personnes, dans cet état, hissent à Genève, comme à Sparte, couvertes de l’honnêteté publique ; mais, quelque estime que je fasse de mes compatriotes, je sais trop combien il y a loin d’eux aux Lacédémoniens, et je ne leur propose des institutions de ceux-ci que celles dont ils ne sont pas encore incapables. Si le sage Plutarque s’est chargé de justifier l’usage en question, pourquoi faut-il que je m’en charge après lui ? Tout est dit en avouant que cet usage ne convenait qu’aux élèves de Lycurgue ; que leur vie frugale et laborieuse, leurs mœurs pures et sévères, la force d’âme qui leur était propre, pouvaient seules rendre innocent, sous leurs yeux, un spectacle si choquant pour tout peuple qui n’est qu’honnête.
Mais pense-t-on qu’au fond l’adroite parure de nos femmes ait moins son danger qu’une nudité absolue, dont l’habitude tournerait bientôt les premiers effets en indifférence, et peut-être en dégoût ? Ne sait-on pas que les statues et les tableaux n’offensent les yeux que quand un mélange de vêtements rend les nudités obscènes ? Le pouvoir immédiat des sens est faible et borné : c’est par l’entremise de l’imagination qu’ils font leurs plus grands ravages ; c’est elle qui prend soin d’irriter les désirs, en prêtant à leurs objets encore plus d’attraits que ne leur en donna la nature ; c’est elle qui découvre à l’œil avec scandale ce qu’il ne voit pas seulement comme nu, mais comme devant être habillé. Il n’y a point de vêtement si modeste au travers duquel un regard enflammé par l’imagination n’aille porter les désirs. Une jeune Chinoise, avançant un bout de pied couvert et chaussé, fera plus de ravage à Pékin que n’eût fait la plus belle fille du monde dansant toute nue au bas du Taygète. Mais quand on s’habille avec autant d’art et si peu d’exactitude que les femmes font aujourd’hui, quand on ne montre moins que pour faire désirer davantage, quand l’obstacle qu’on oppose aux yeux ne sert qu’à mieux irriter l’imagination, quand on ne cache une partie de l’objet que pour parer celle qu’on expose,
Heu ! male tura mites défendit pampinus uvas.
Virg. Georg., I, v. 448.
By perfecting such projects within these same principles, and imbuing them with an air of gallantry and amusement, these festivities could serve several useful purposes, making them an important means for maintaining public order and promoting good morals. Young people, having safe and honorable opportunities to meet each other, would be less inclined to seek out more dangerous encounters. Each gender would engage more patiently in the pursuits and pleasures that are appropriate to their nature during these intervals, and would find it easier to cope with the absence of constant interaction with the opposite sex. People of all social classes would have access to enjoyable entertainment, especially for parents. For women, the effort expended on dressing their daughters would become a source of amusement that could distract many from more frivolous pursuits; moreover, since such attire served an innocent and commendable purpose, it would be entirely appropriate in this context. These gatherings, designed to bring people together and facilitate social interactions, could often help reconcile divided families and, when necessary, strengthen peace within our society. Without undermining the authority of parents, children’s inclinations would be given greater freedom; initial choices would rely more on their own feelings; and considerations of age, temperament, tastes, and character would play a more significant role in determining relationships. Social and economic disparities, which often lead to mismatched unions when pursued at the expense of others, would be reduced. As connections between people became easier, marriages would become more common. Such marriages, less constrained by rigid social norms, would help prevent unfair alliances, reduce excessive inequality, and better preserve the fabric of society as intended by its original design. Under such guidance, these balls would resemble less a public spectacle and more the gathering of a large family; and amidst joy and pleasure, the republic would thrive through unity, harmony, and prosperity[228].
Based on these ideas, it would be easy and inexpensive to organize numerous performances that would make our city’s stay pleasant and entertaining—even for foreigners, who, not finding anything similar elsewhere, would come just to see something unique. However, to be honest, for many compelling reasons, I consider this competition more of a disadvantage than an advantage; and I am convinced that, in my opinion, no foreigner who has ever visited Geneva has ever done more harm than good there.
But know you, sir, whom we should strive to attract and retain within our walls? It is the very people of Geneva themselves—those who, with a sincere love for their country, possess such a strong inclination toward travel that one can find them in every corner of the world. Half of our citizens are scattered throughout Europe and beyond, living and dying far from their homeland; and I would speak of myself with even greater sorrow were I not so utterly useless there. I know we are forced to seek resources far from home, for our own land denies us what we need; yet it would be difficult for us to survive if we remained confined within its borders. But at least let this exile not be eternal for everyone. Let those whose endeavors have been blessed by heaven come back, like bees bringing nectar to the hive, to delight their fellow citizens with the fruits of their success, to inspire the ambition of the young, to enrich their country with their wealth, and to enjoy in moderation the goods they have honestly acquired elsewhere. Will it be through theaters—always less perfect here than elsewhere—that we manage to draw them back? Will they abandon the theaters of Paris or London to return to those of Geneva? No, sir, that is not how we can win them back. Each person must feel that they could find nothing else in any other place that they have left behind in their own country; there must be an irresistible charm that draws them back to the home they never should have left; the memories of their early endeavors, their first performances, their initial joys must remain deeply ingrained in their hearts; the sweet impressions formed in their youth must endure and grow stronger as they age, while countless other memories fade away. In the midst of the pomp of great nations and their dismal splendor, a secret voice must constantly urge them: “Ah! Where are the games and festivities of my youth? Where is the harmony among citizens, where is public fraternity? Where is pure joy and true happiness? Where are peace, freedom, justice, innocence? Let us seek all these things again.” My God, with the heart of a Genevan—living in such a joyful city, in such a charming land, under such a just government, enjoying such genuine and pure pleasures, and possessing everything needed to truly appreciate them—what is keeping us from adoring our homeland?
In this way, its citizens would remind one of Sparta—through modest festivals and unassuming games—that city I could never cite enough as an example for us to follow. Just so, in Athens, amidst the arts; just so, in Susa, amidst luxury and ease, the Spartan, weary of such indulgences, longed for his simple feasts and strenuous exercises. It was in Sparta that, within a seemingly laborious leisure, everything was pleasure and spectacle; it was there where the hardest tasks were regarded as forms of recreation, and where even the slightest pastimes served as a form of public education; it was there where citizens, constantly gathered together, devoted their entire lives to pursuits that were the very essence of the state’s affairs, and to games that were only abandoned in times of war.
I can already hear some amused people asking whether, among so many wonderful suggestions, I do not also intend to introduce the dances of the young Lacedemonian women into our festivals in Geneva. I reply that I would like to believe we have enough chastity of both eyes and heart to endure such a spectacle; indeed, young women in such a state, in Geneva as well as in Sparta, are protected by public respectability. But no matter how highly I regard my fellow citizens, I know all too well how far they fall short of the Lacedemonians. Therefore, I propose to them only those practices that they are not yet incapable of adopting. If the wise Plutarch took it upon himself to justify this practice, why should I do so after him? The whole matter is clearly explained when we acknowledge that such practices were suitable only for the followers of Lycurgus—only their frugal and hardworking lives, their pure and strict morals, and the strength of character they possessed could make such a spectacle seem innocent in their eyes, whereas for any other people who are merely honest, it would undoubtedly remain shocking.
But is it really believed that the modest attire of our women poses less danger than complete nudity, whose habitual presence would soon turn its initial effects into indifference—and perhaps even disgust? Don’t we know that statues and paintings only offend the eye when a mixture of clothing renders nudity obscene? The immediate power of the senses is weak and limited; it is through the medium of imagination that they cause their greatest harm. It is imagination that stirs desires, endowing its objects with more allure than nature itself could ever grant. It is imagination that makes what the eye sees not only naked, but also something that ought to be clothed. There is no garment so modest that a gaze inflamed by imagination cannot use it to arouse desire. A young Chinese woman, showing just one foot covered and shod, could cause more turmoil in Beijing than the most beautiful girl in the world dancing naked at the foot of the Taygetus. But when people dress with such artistry and so little precision as women do today—when they reveal themselves less in order to arouse greater desire, when the barriers they put before the eye serve only to stimulate imagination further, when they conceal one part of their body merely to highlight another—that is when true danger arises.
Heh! The male Tura mite defended the grapevines.
Virgil, Georgics, I, v. 448.
Perfezionando questo progetto nella stessa direzione, con un tono di galanteria e divertimento, si potrebbero ottenere da queste feste diversi scopi utili, rendendole così un elemento importante per la polizia e le buone costumi. I giovani, avendo appuntamenti sicuri ed onesti, sarebbero meno tentati di cercarne altri più pericolosi. Ogni sesso si dedicerebbe con maggiore pazienza, nei momenti liberi, alle occupazioni e ai piaceri che gli sono propri, e si consolerebbe più facilmente se privato della frequentazione continua dell’altro sesso. Le persone di ogni condizione sociale avrebbero a disposizione uno spettacolo gradevole, soprattutto per i genitori. La cura dell’abbigliamento delle proprie figlie diventerebbe per le donne un’attività divertente che offrirebbe distrazione a molte altre; inoltre, poiché tale abbigliamento avrebbe uno scopo innocente e lodevole, occuperebbe perfettamente il proprio posto. Queste occasioni di riunirsi per condividere momenti insieme e organizzare eventi sociali sarebbero modi efficaci per avvicinare le famiglie divise e, se necessario, per rafforzare la pace nel nostro Paese. Senza minare l’autorità dei genitori, le inclinazioni dei figli avrebbero maggiore libertà; la scelta del coniuge dipenderebbe di più dai loro sentimenti personali; si darebbe maggior peso alle convenienze legate all’età, al temperamento, ai gusti e al carattere; inoltre, si darebbe meno importanza alle condizioni sociali e economiche, che spesso portano a unioni infelici a scapito degli altri. Le relazioni tra le persone diventerebbero più facili, i matrimoni più frequenti; tali matrimoni, meno vincolati da condizioni uguali per tutti, eviterebbero gli squilibri sociali, attenuerebbero l’eccessiva disuguaglianza e aiuterebbero il popolo a rispettare meglio le fondamenta della propria costituzione. Questi balli, se gestiti in questo modo, assomiglierebbero meno a uno spettacolo pubblico e più all’assemblea di una grande famiglia; e proprio dal senso della gioia e del divertimento deriverebbero la conservazione, l’armonia e la prosperità della repubblica[228].
Sulla base di queste idee, sarebbe facile e senza grandi spese, e senza alcun pericolo, organizzare molti più spettacoli di quanti ne siano necessari per rendere la permanenza nella nostra città piacevole e divertente, anche per gli stranieri, i quali, non trovando nulla di simile altrove, vi verrebbero almeno per vedere qualcosa di unico; tuttavia, a dire il vero, per molte valide ragioni considero questo genere di manifestazioni più un svantaggio che un vantaggio; e sono convinto che, personalmente, nessun straniero entri mai a Ginevra senza causare più danni che benefici.
Ma sa lei, signore, chi dovremmo cercare di attirare e trattenere tra le nostre mura? Sono proprio i genovesi stessi, che, con un sincero amore per il loro paese, hanno tutti una tale inclinazione verso i viaggi, che non esiste nessuna regione al mondo in cui non ne troviate molti. La metà dei nostri concittadini, dispersi nel resto d’Europa e del mondo, vive e muore lontano dalla patria; e io stesso mi citerei con più dolore se fossi meno inutile in quel contesto. So che siamo costretti ad andare lontano a cercare le risorse che il nostro territorio ci nega, e che difficilmente potremmo sopravvivere se rimanessimo rinchiusi qui. Ma almeno che questo esilio non sia eterno per tutti: che coloro la cui fatica è stata benedetta dal cielo possano tornare, come le api, a portare il frutto dei loro sforzi nella “arnia”, a rendere felici i loro concittadini con la dimostrazione della loro fortuna, ad incoraggiare l’ambizione dei giovani, ad arricchire il loro paese con le loro ricchezze, e a godere modestamente, nel proprio luogo, di beni onestamente acquisiti altrove. Sarà forse attraverso teatri, sempre meno perfetti da noi che altrove, che riusciremo a farli tornare? Lascieranno davvero la commedia di Parigi o di Londra per andare a vedere quella di Genova? No, signore, non è così che possiamo ricondurli qui. È necessario che ognuno senta di non poter trovare altrove ciò che ha lasciato nel proprio paese; è necessario che esista un fascino invincibile che lo richiami al luogo che non avrebbe dovuto abbandonare; è necessario che il ricordo dei loro primi giochi, dei loro primi spettacoli, dei loro primi piaceri rimanga profondamente impresso nei loro cuori; è necessario che le dolci impressioni accumulate durante la giovinezza perdurino e si rafforzino in età avanzata, mentre mille altre si cancellano; è necessario che, nel mezzo della pompa dei grandi stati e della loro triste magnificenza, una voce segreta continui a gridare dentro di loro: “Ah! Dove sono i giochi e le feste della mia giovinezza? Dove è l’armonia tra i cittadini, dove è la fraternità pubblica? Dove è la vera gioia e la vera felicità? Dove sono la pace, la libertà, l’equità, l’innocenza? Andiamo a cercare tutto questo”. Dio mio, con il cuore di un genovese, con una città così allegra, un paese così incantevole, un governo così giusto, piaceri così veri e puri, e tutto ciò che serve per apprezzarli. A cosa serve se non ad amare tutti la patria?
Ecco come questa Sparta ricordava i suoi cittadini, attraverso feste modeste e giochi senza sfarzo: una Sparta che non smetterò mai di citare come esempio da seguire; così ad Atene, tra le belle arti; così a Susa, nel lusso e nella mollezza. Il soldato spartano, annoiato dal comfort quotidiano, anelava ai suoi banchetti semplici e agli sforzi fisici che lo allenavano. A Sparta, nell’ozio apparentemente laborioso, tutto era piacere e spettacolo; i lavori più duri venivano considerati forme di ricreazione, e anche i momenti di svago più lievi costituivano una vera forma di educazione pubblica. I cittadini, sempre riuniti, dedicavano l’intera loro vita ad attività che rappresentavano l’essenza stessa dello stato, e a giochi che venivano praticati soltanto in tempo di guerra.
Già sento i miei interlocutori chiedermi se, tra tante istruzioni meravigliose, non voglia anch’io introdurre nelle nostre feste genovesi le danze delle giovani spartane. Rispondo che vorrei davvero credere di avere occhi e cuore abbastanza puri per sopportare un simile spettacolo; che giovani donne, in tale stato, potrebbero essere esposte a Genova, come a Sparta, sotto la protezione dell’onorabilità pubblica. Ma, per quanto stimi i miei connazionali, so troppo bene quanto siano lontani dagli Spartani, e non propongo loro istituzioni altrui se non quelle di cui sono ancora capaci. Se il saggio Plutarco si è incaricato di giustificare tale pratica, perché dovrei farlo io dopo di lui? Tutto è detto ammettendo che tale pratica fosse adatta soltanto agli allievi di Licurgo; che la loro vita frugale e laboriosa, le loro morali pure e severe, la forza d’animo che li caratterizzava, potessero soltanto rendere innocente, ai loro occhi, uno spettacolo così offensivo per qualsiasi popolo che non sia onesto.
Ma si pensa davvero che l’elegante abbigliamento delle nostre donne presenti meno pericolo di una nudità assoluta, la cui abitudine trasformerebbe ben presto gli effetti iniziali in indifferenza, e forse persino in disgusto? Non si sa forse che le statue e i dipinti offendono lo sguardo soltanto quando un insieme di vestiti rende le nudità oscene? Il potere immediato dei sensi è debole e limitato: è attraverso l’immaginazione che essi compiono i loro più grandi danni; è lei che si occupa di stimolare i desideri, attribuendo ai loro oggetti attrattive maggiori di quelle che la natura stessa ne conferisce; è lei che fa sì che lo sguardo scopra, con scandalo, ciò che non vede soltanto come nudo, ma anche come qualcosa che dovrebbe essere vestito. Non esiste alcun abbigliamento così modesto attraverso il quale uno sguardo infuocato dall’immaginazione non possa suscitare desideri. Una giovane cinese che mostra un piede coperto e calzato potrebbe causare più turbamenti a Pechino di quanto potrebbe fare la più bella ragazza del mondo danzando nuda ai piedi del Taygète. Ma quando ci si veste con tanto arte e così poca precisione come fanno le donne oggi, quando si mostra qualcosa soltanto per suscitare ancora maggior desiderio, quando l’ostacolo che si frappone agli occhi serve soltanto a stimolare ulteriormente l’immaginazione, quando si nasconde una parte dell’oggetto soltanto per mettere in risalto quella che si mostra.
Ehimè, le termiti danneggiano gravemente i vigneti e le uve.
Virgilio, Georgiche, I, v. 448.
Terminons ces nombreuses digressions. Grâce au ciel, voici la dernière : je suis à la fin de cet écrit. Je donnais les fêtes de Lacédémone pour modèle de celles que je voudrais voir parmi nous. Ce n’est pas seulement par leur objet, mais aussi par leur simplicité, que je les trouve recommandables : sans pompe, sans luxe, sans appareil, tout y respirait, avec un charme secret de patriotisme, qui les rendait intéressantes, un certain esprit martial convenable à des hommes libres[229] : sans affaires et sans plaisirs, an moins de ce qui porte ces noms parmi nous, ils passaient, dans cette douce uniformité, la journée sans la trouver trop longue, et la vie sans la trouver trop courte. Ils s’en retournaient chaque soir, gais et dispos, prendre leur frugal repas, contents de leur patrie, de leurs concitoyens et d’eux-mêmes. Si l’on demande quelque exemple de ces divertissements publics, en voici un rapporté par Plutarque[230]. Il y avait, dit-il, toujours trois danses en autant de bandes, selon la différence des âges ; et ces danses se faisaient au chant de chaque bande. Celle des vieillards commençait la première, en chantant le couplet suivant :
Nous avons été jadis
Jeunes, vaillants et hardis.
Suivait celle des hommes, qui chantaient à leur tour, en frappant de leurs armes en cadence :
Nous le sommes maintenant,
À l’épreuve à tout venant.
Ensuite venaient les enfants, qui leur répondaient en chantant de toute leur force :
Et nous bientôt le serons,
Qui tous vous surpasserons.
Voilà, monsieur, les spectacles qu’il faut à des républiques. Quant à celui dont votre article Genève m’a forcé de traiter dans cet essai, si jamais l’intérêt particulier vient à bout de l’établir dans nos murs, j’en prévois les tristes effets ; j’en ai montré quelques-uns, j’en pourrais montrer davantage. Mais c’est trop craindre un malheur imaginaire que la vigilance de nos magistrats saura prévenir, Je ne prétends point instruire des hommes plus sages que moi : il me suffit d’en avoir dit assez pour consoler la jeunesse de mon pays d’être privée d’un amusement qui coûterait si cher à la patrie. J’exhorte cette heureuse jeunesse à profiter de l’avis qui termine votre article. Puisse-t-elle connaître et mériter son sort ! puisse-t-elle sentir toujours combien le solide bonheur est préférable aux vains plaisirs qui le détruisent ! puisse-t-elle transmettre à ses descendants les vertus, la liberté, la paix qu’elle tient de ses pères ! c’est le dernier vœu par lequel je finis mes écrits, c’est celui par lequel finira ma vie[231].
Fin de la LETTRE À D’ALEMBERT SUR LES SPECTACLES
Table des matières du titre
Liste des œuvres philosophiques et politiques
Liste générale des titres
Let us put an end to these numerous digressions. Thank heaven, this is the last one: I have reached the end of this writing. I used the festivals of Sparta as a model for those I would like to see among us. I find them commendable not only because of their purpose but also because of their simplicity—without pomp, without luxury, without any formalities. Everything about them exuded a subtle charm of patriotism that made them interesting; there was also a certain martial spirit suitable for free men[229]. Without distractions or pleasures, in the gentle uniformity of such activities, they spent their days without finding them too long and their lives without feeling them too short. Every evening, they returned home happy and in high spirits to enjoy their simple meals, content with their country, their fellow citizens, and themselves. If one seeks an example of these public entertainments, here is one reported by Plutarch[230]. He said that there were always three dances performed by different groups, according to age; each group sang its own song while dancing. The dance of the elderly began first, with them singing the following verse:
We were once.
Young, brave, and daring.
Followed by the men, who in turn sang, striking their weapons in rhythm:
We are it now.
Open to anyone who wishes to take part.
Then came the children, who replied to them by singing with all their might:
And soon we will be too.
Those who will all surpass you.
Here, sir, are the kinds of spectacles that are suitable for republics. As for the one about which your article in “Genève” forced me to write in this essay, if ever particular interests manage to establish it within our borders, I foresee its tragic consequences; I have already shown some of them, and could show many more. But it would be futile to fear an imaginary misfortune when the vigilance of our magistrates is capable of preventing it. I do not claim to be instructing people wiser than myself; it is enough if what I have said is sufficient to comfort the youth of my country for being deprived of an amusement that would cost so dearly to the nation. I urge this fortunate youth to heed the advice contained at the end of your article. May they understand and deserve their fate! May they always realize how much solid happiness is superior to those vain pleasures that destroy it! May they pass on to their descendants the virtues, freedom, and peace they have inherited from their fathers! This is my final wish as I conclude these writings; it will also be the last wish of my life[231].
End of the LETTER TO D’ALEMBERT ON THEATER PRESENTATIONS
Table of Contents for the title
List of philosophical and political works
General list of titles
Terminiamo queste numerose digressioni. Grazie al cielo, questa è l’ultima: sto per concludere questo scritto. Ho preso come modello le feste di Lacedemone per descrivere quelle che vorrei vedere tra di noi. Non solo per il loro contenuto, ma anche per la loro semplicità, ritengo queste feste degne di lode: senza pompa, senza lusso, senza formalità, tutto vi respirava un fascino segreto di patriottismo che le rendeva interessanti; inoltre, quel certo spirito marziale, adatto agli uomini liberi. Senza impegni né piaceri, almeno non nel senso in cui questi termini vengono intesi da noi oggi, trascorrevano la giornata in quella dolce uniformità, senza trovarla troppo lunga, e la vita senza trovarla troppo breve. Ogni sera tornavano a casa felici e soddisfatti, per consumare il loro pasto frugale, contenti della loro patria, dei loro concittadini e di se stessi. Se si cerca un esempio di questi divertimenti pubblici, ecco uno riportato da Plutarco: c’erano sempre tre danze, una per ogni gruppo di età; queste danze venivano eseguite al canto del gruppo stesso. La prima danza iniziava sempre dai più anziani, che cantavano il seguente verso.
Un tempo siamo stati.
Giovani, coraggiosi e audaci.
Seguiva quella degli uomini, che a loro volta cantavano, battendo le loro armi al ritmo:
Lo siamo ora.
Una prova aperta a chiunque.
Poi venivano i bambini, che rispondevano cantando con tutte le loro forze:
E presto lo saremo anche noi.
Qui, tutti voi sarete superati.
Ecco, signore, gli spettacoli di cui hanno bisogno le repubbliche. Quanto a quello di cui il suo articolo su Ginevra mi ha costretto a parlare in questo saggio, se mai l’interesse particolare dovesse riuscire a stabilirlo tra le nostre mura, ne prevedo gli effetti tragici; ne ho già mostrati alcuni, ne potrei mostrarne ancora di più. Ma temere un male immaginario è eccessivo: la vigilanza dei nostri magistrati saprà evitarlo. Non pretendo certo di istruire persone più sagge di me; mi basta aver detto abbastanza per consolare la gioventù del mio paese, privata di un divertimento che costerebbe così caro alla patria. Esorto questa felice gioventù a seguire il consiglio contenuto nella conclusione del suo articolo. Possa conoscere e meritare il proprio destino! Possa sempre rendersi conto di quanto sia preferibile la vera felicità ai vani piaceri che la distruggono! Possa trasmettere ai suoi discendenti le virtù, la libertà e la pace che ha ereditato dai suoi padri! Questo è l’ultimo desiderio con cui concludo i miei scritti; è anche quello con cui concluderò la mia vita[231].
Fine della LETTERA A D’ALEMBERT SU GLI SPETACOLI
Indice dei contenuti del titolo
Elenco delle opere filosofiche e politiche
Elenco generale dei titoli