Rousseau

Abstract

Moral letters addressed to Sophie d’Houdetot (‘Sophie’): Rousseau develops a path from epistemic humility to trust in inner feeling, which reveals to man his moral dignity beyond his physical smallness in the universe, anticipating themes of the Savoyard Vicar’s profession of faith.

Connections

Assi: Fondamento della morale, Dio
Posizioni: sentimento morale, deismo
Concetti: virtù
Forme: epistola
Scuole: illuminismo

Testo originale francese · Arvensa Editions · pubblico dominio

Plus l’homme se regarde, plus il se voit petit. Mais le verre qui diminue n’est fait que pour les bons yeux. N’est-ce pas, ma chère Sophie, un étrange orgueil que celui qu’on gagne à sentir toute sa misère ? Voilà pourtant tout celui qu’on peut tirer de la saine philosophie. Pour moi, je pardonnerais cent fois plutôt au faux savant d’être vain de son prétendu savoir, qu’au vrai de l’être de son ignorance. Qu’un fou s’élève comme un demi-dieu, sa folie est au moins conséquente ; mais se croire un insecte et ramper fièrement sur l’herbe, c’est, à mon gré, le comble de l’absurdité. Quelle est donc la première leçon de la sagesse, ô Sophie ? l’humilité ! L’humilité, dont le chrétien parle, et que l’homme connaît si peu, est le premier sentiment qui doit naître en nous de l’étude de nous-mêmes. Soyons humbles de notre espèce, pour pouvoir nous enorgueillir de notre individu. Ne disons point, dans notre imbécile vanité, que l’homme est le roi du monde ; que le soleil, les astres, le firmament, l’air, la terre, la mer, sont faits pour lui ; que les végétaux germent pour sa subsistance, que les animaux vivent afin qu’il les dévore. Avec cette manière de raisonner, pourquoi chacun ne croira-t-il pas que le reste du genre humain fut créé pour le servir, et ne se regardera-t-il pas personnellement comme l’unique objet de toutes les œuvres de la nature ? Si tant d’êtres sont utiles à notre conservation, sommes-nous sûrs d’être moins utiles à la leur ? Qu’est-ce que cela prouve, sinon notre faiblesse : et comment savons-nous mieux leur destination que la nôtre ? — Si nous étions privés de la vue, par où pourrions-nous apprendre qu’il existe des oiseaux, des poissons, des insectes presque insensibles au toucher ? Plusieurs de ces insectes, à leur tour, paraissent n’avoir aucune idée de nous. Pourquoi donc n’existerait-il pas d’autres espèces plus excellentes, que nous n’apercevrons jamais faute de sens propres à les découvrir, et pour qui nous sommes peut-être aussi méprisables que les vermisseaux le sont à nos yeux ? Mais c’est assez déprimer l’homme : enorgueilli des dons qu’il n’a pas, il lui en reste assez pour nourrir une fierté plus digne et plus légitime. Si la raison l’écrase et l’avilit, le sentiment intérieur le relève et l’honore ; l’hommage que le méchant rend au juste en secret, est le vrai titre de noblesse que la nature a gravé dans le cœur de l’homme. — N’avez-vous jamais senti cette secrète inquiétude qui nous tourmente à la vue de notre misère, et qui s’indigne de notre faiblesse comme d’un outrage aux facultés qui nous élèvent ? N’avez-vous jamais éprouvé ces transports involontaires qui saisissent quelquefois une âme sensible à la contemplation du beau moral et de l’ordre intellectuel des choses : cette ardeur dévorante qui vient tout à coup embraser le cœur de l’amour des célestes vertus, ces sublimes égarements qui nous élèvent au-dessus de notre être, et nous portent dans l’empyrée à côté de Dieu même ? Ah ! si ce feu sacré pouvait durer, si ce noble délire animait notre vie entière, quelles actions héroïques effrayeraient notre courage ? quels vices oseraient approcher de nous ? quelles victoires ne remporterions-nous point sur nous-mêmes, et qu’y aurait-il de grand que nous ne puissions obtenir de nos efforts ? — Ma respectable amie, le principe de cette force est en nous, elle se montre un moment pour nous exciter à la chercher sans cesse ; ce saint enthousiasme est l’énergie de nos facultés qui se dégagent de leurs terrestres liens, et qu’il ne tiendrait qu’à nous peut-être de maintenir sans cesse dans cet état de liberté.

Quoi qu’il en soit, nous sentons au moins en nous-mêmes une voix qui nous défend de nous mépriser ; la raison rampe, mais l’âme est élevée ; si nous sommes petits par nos lumières, nous sommes grands par nos sentiments, et quelque rang que soit le nôtre dans le système de l’univers, un être ami de la justice et sensible aux vertus n’est point abject par sa nature.

Je n’ai plus rien à vous démontrer, ô Sophie ! et s’il n’était question que de philosophes, je resterais à ce point, et me trouvant arrêté de toutes parts par les bornes de mes lumières, je finirais de vous instruire avant d’avoir commencé. Mais, je vous l’ai déjà dit, mon dessein n’est pas de raisonner avec vous, et c’est du fond de votre cœur que je veux tirer les seuls arguments qui doivent vous convaincre. Que je vous dise donc ce qui se passe dans le mien, et si vous éprouvez la même chose, les mêmes principes doivent nous convenir, la même route doit nous conduire dans la recherche du vrai bonheur.

Dans l’espace d’une vie assez courte, j’ai éprouvé de grandes vicissitudes ; sans sortir de ma pauvreté, j’ai pour ainsi dire, goûté de tous les états ; le bien et le mal-être se sont fait sentir à moi de toutes les manières. La nature me donna l’âme la plus sensible, le sort l’a soumise à toutes les affections imaginables, et je crois pouvoir dire, avec un personnage de Térence, que rien d’humain n’est étranger à moi. Dans toutes les situations je me suis toujours senti affecté de deux manières différentes et quelquefois contraires, l’une venant de l’état de ma fortune et l’autre de celui de mon âme, en sorte que tantôt un sentiment de bonheur et de paix me consolait dans mes disgrâces, et tantôt un malaise importun me troublait dans la prospérité. Ces dispositions intérieures, indépendantes du sort et des événements, m’ont fait une impression d’autant plus vive que mon penchant à la vie contemplative et solitaire leur donnait lieu de se mieux développer. Je sentais, pour ainsi dire, en moi le contrepoids de ma destinée. J’allais me consoler de mes peines dans la solitude où je versais des larmes quand j’étais heureux. En cherchant le principe de cette force cachée qui balançait ainsi l’empire de mes passions, je trouvai qu’il venait d’un jugement secret que je portais sans y penser sur les actions de ma vie et sur les objets de mes désirs. Mes maux me tourmentaient moins en songeant qu’ils n’étaient point mon ouvrage ; et mes plaisirs perdaient tout leur prix quand je voyais de sang-froid en quoi je les faisais consister. Je crus sentir en moi un germe de bonté qui me dédommageait de la mauvaise fortune, et un germe de grandeur qui m’élevait au-dessus de la bonne. Je vis que c’est en vain qu’on cherche au loin son bonheur quand on néglige de le cultiver en soi-même, car il a beau venir du dehors, il ne peut se rendre sensible qu’autant qu’il trouve au dedans une âme propre à le goûter.

Ce principe dont je vous parle ne me sert pas seulement à diriger mes actions présentes sur la règle qu’il me prescrit, mais encore à faire une juste estimation de ma conduite passée, la blâmant souvent, quoique bonne en apparence, l’approuvant quelquefois, quoique condamnée des hommes, et ne me rappelant les événements de ma jeunesse que comme une mémoire locale des diverses affections qu’ils ont occasionnées en moi.

À mesure que j’avance vers le terme de ma carrière, je sens affaiblir tous les mouvements qui m’ont soumis si longtemps à l’empire des passions. Après avoir épuisé tout ce que peut éprouver de bien et de mal un être sensible, je perds peu à peu la vue et l’attente d’un avenir qui n’a plus de quoi me flatter, les désirs s’éteignent avec l’espérance, mon existence n’est plus que dans ma mémoire ; je ne vis plus que de ma vie passée, et sa durée cesse de m’être chère depuis que mon cœur n’a rien à sentir de nouveau.

Dans cet état, il est naturel que j’aime à tourner les yeux sur le passé duquel je tiens désormais tout mon être, c’est alors que mes erreurs se corrigent et que le bien et le mal se font sentir à moi sans mélange et sans préjugés.

Tous les faux jugements que les passions m’ont fait faire s’évanouissent avec elles. Je vois les objets qui m’ont affecté, non tels qu’ils m’ont paru durant mon délire, mais tels qu’ils sont réellement ; le souvenir de mes actions bonnes ou mauvaises me fait un bien-être ou un mal-être durable plus réel que celui qui en fut l’objet.

Ainsi les plaisirs d’un moment m’ont souvent préparé de longs repentirs ; ainsi les sacrifices faits à l’honnêteté et à la justice me dédommagent tous les jours de ce qu’ils m’ont une fois coûté, et pour de courtes privations me donnent d’éternelles jouissances.

The more a man looks at himself, the smaller he seems to become. But the glass that diminishes one’s image is meant only for those with healthy eyes. Isn’t it, my dear Sophie, a strange kind of pride to feel all one’s own misery? Yet this is all that can be derived from sound philosophy. For myself, I would forgive a false scholar a hundred times for being vain about his supposed knowledge, rather than a true scholar for being ignorant. If a madman rises like a demi-god at least his madness is consistent; but to believe oneself an insect and crawl proudly on the grass—that, in my opinion, is the ultimate absurdity. So then, what is the first lesson of wisdom, oh Sophie? Humility! The humility of which Christians speak, yet which humans know so little about, is the first feeling that should arise within us from the study of ourselves. Let us be humble about our species, so that we may take pride in our individuality. In our foolish vanity, let us not say that man is the king of the world; that the sun, the stars, the heavens, the air, the earth, the sea are all created for his use; that plants grow for his sustenance, that animals exist so that he may devour them. With such reasoning, why wouldn’t everyone believe that the rest of humanity was created to serve him, and see themselves as the sole purpose of all nature’s creations? If so many beings are useful for our survival, are we certain that we are less useful to theirs? What does this prove, if not our own weakness? And how can we know their purpose better than our own?—If we were blind, how could we ever learn about the existence of birds, fish, insects that are almost imperceptible to touch? Many of these insects, in turn, seem to have no awareness of us at all. So why might not there be other, more excellent species that we will never discover because we lack the senses to perceive them, and for whom we may be just as contemptible as worms are to our eyes? But enough to depress a man: already proud of gifts he does not possess, he still has enough to nurture a pride that is nobler and more legitimate. If reason crushes and humbles us, inner feelings elevate and honor us; the secret respect that the wicked pay to the righteous is the true mark of nobility that nature has inscribed in the human heart.—Have you never felt this secret unease that troubles us when we see our own misery, and that indignates us at our weakness as if it were an insult to the abilities that elevate us? Have you never experienced those involuntary emotions that sometimes seize a sensitive soul when contemplating the beauty of morality and the intellectual order of things—that burning passion that suddenly fills one’s heart with love for noble virtues, those sublime transports that lift us above our own being and carry us into the realm of God himself? Ah! If this sacred fire could endure forever, if this noble frenzy animated our entire lives, what heroic deeds could ever intimidate our courage? What vices would dare approach us? What victories could we not achieve over ourselves? And what could possibly be greater than what we might attain through our own efforts? — My respected friend, the essence of this power lies within us; it manifests itself for a brief moment to inspire us to seek it incessantly. This holy enthusiasm is the energy of our faculties that breaks free from their earthly constraints, and perhaps it merely depends on us to maintain them in this state of freedom forever.

In any case, we at least feel within ourselves a voice that warns us against despising ourselves; reason may be weak, but the soul is noble; and even if we are insignificant in terms of our knowledge, we are great in terms of our sentiments. No matter what place we occupy in the scheme of the universe, a being who loves justice and values virtue is not inherently contemptible.

I have nothing more to prove to you, oh Sophie! If it were merely a matter of philosophers, I would remain at this point; finding myself confined by the limits of my understanding, I would finish “instructing” you before even beginning. But, as I have already said, my intention is not to reason with you. It is from the depths of your heart that I wish to draw the only arguments capable of convincing you. Let me therefore tell you what happens within mine; if you feel the same, then the same principles must apply to us both, and the same path must lead us in our pursuit of true happiness.

In the course of a rather short life, I experienced numerous vicissitudes; without ever escaping from poverty, I in a sense tasted all sorts of conditions—both happiness and misery manifested themselves to me in every conceivable way. Nature endowed me with an extremely sensitive soul, and fate subjected it to all imaginable emotions. I believe I can say, in the words of a character from Terence’s plays, that nothing human is foreign to me. In every situation, I always found myself affected in two different—and sometimes contradictory—ways: one by my financial circumstances, and the other by the state of my soul. Thus, at times a sense of happiness and peace would comfort me in my misfortunes, while at other times discomfort would disturb me even in times of prosperity. These inner dispositions, independent of fate and external events, left a particularly deep impression on me, especially because my inclination toward contemplative and solitary living allowed them to develop further. It was as if I carried within me the counterbalance to my destiny. I would seek solace for my sorrows in solitude, where I wept even when happy. In seeking the source of this hidden force that balanced my passions so effectively, I realized that it stemmed from a silent judgment I formed unconsciously regarding the actions of my life and the objects of my desires. My troubles seemed less painful when I considered them not to be my own doing; and my pleasures lost all their value when I calmly analyzed what made them so enjoyable. I felt within me a seed of goodness that compensated for my misfortune, and a seed of greatness that elevated me above even the greatest blessings. I came to realize that it is in vain to seek happiness elsewhere when one neglects to cultivate it within oneself—for no matter where it comes from, it can only be truly appreciated by a soul prepared to receive it.

The principle of which I speak to you not only serves as a guide for my current actions in accordance with the rules it prescribes, but also enables me to make a fair assessment of my past conduct. Often, I condemn it, even though it appears good on the surface; at other times, I approve of it, even though it is condemned by others. Moreover, I recall the events of my youth merely as a record of the various emotions they aroused within me.

As I approach the end of my career, I feel all those forces that for so long subjected me to the dominion of passions gradually weakening within me. Having experienced everything that a sentient being can endure in terms of good and evil, I slowly lose my ability to see and my hope for a future that no longer holds any allure for me; my desires fade along with my expectations. My existence now resides solely in my memory; I live only through my past life, and its duration no longer holds any value for me, since my heart no longer feels anything new.

In this state, it is only natural for me to look back at the past from which I now derive my very being; it is then that my mistakes are corrected, and good and evil become apparent to me in their pure form, without any mixture or prejudice.

All the false judgments that my passions led me to make vanish along with them. I see the objects that influenced me not as they appeared to me during my delirium, but as they truly are; the memory of my good or bad actions brings me lasting happiness or sorrow, which is far more real than the feelings those actions originally induced in me.

Thus, the pleasures of the moment have often led to long periods of regret; yet the sacrifices made for honesty and justice compensate me every day for what they once cost me, and even brief hardships bring me eternal joys.

Più l’uomo si osserva, più si sente piccolo. Ma il vetro che riduce le dimensioni di qualcosa è fatto soltanto per occhi buoni. Non è forse, cara Sophie, un orgoglio strano quello che nasce dal rendersi conto della propria miseria? Eppure questa è l’unica cosa che si può trarre dalla vera filosofia. Per me, perdonerei cento volte di più al falso sapiente la sua vanità derivante da una presunta conoscenza, piuttosto che al vero sapiente la sua ignoranza. Che un pazzo si erga come un semidio, almeno la sua follia è coerente; ma credersi un insetto e strisciare orgogliosamente sull’erba, questo, a mio parere, rappresenta il culmine dell’assurdità. Qual è dunque la prima lezione della saggezza, oh Sophie? L’umiltà! Quell’umiltà di cui parla il cristiano, e che l’uomo conosce così poco, è il primo sentimento che dovrebbe nascere in noi attraverso lo studio di noi stessi. Siamo umili della nostra specie, affinché possiamo essere orgogliosi del nostro individuo. Non diciamo mai, nella nostra stupida vanità, che l’uomo è il re del mondo; che il sole, le stelle, il cielo, l’aria, la terra, il mare sono fatti per lui; che le piante germogliano per il suo sostentamento, che gli animali vivono affinché li possa divorare. Con questo modo di pensare, perché ognuno non dovrebbe credere che il resto dell’umanità sia stato creato per servirlo, e non considerarsi personalmente l’unico oggetto di tutte le opere della natura? Se tanti esseri sono utili alla nostra sopravvivenza, siamo davvero sicuri di essere meno utili alla loro? Cosa dimostra questo, se non la nostra debolezza, e come possiamo conoscere meglio il loro destino che il nostro? Se fossimo privati della vista, con quale mezzo potremmo sapere che esistono uccelli, pesci, insetti quasi insensibili al tatto? Molti di questi insetti, a loro volta, sembrano non avere alcuna idea di noi. Perché dunque non dovrebbero esistere altre specie ancora più straordinarie, che non vedremo mai perché manchiamo dei sensi necessari per scoprirle, e per le quali forse siamo altrettanto spregevoli di quanto i vermi lo siano ai nostri occhi? Ma basta abbassare l’uomo. Orgoglioso dei doni che non possiede, gli ne rimangono comunque abbastanza per nutrire un orgoglio più nobile e legittimo. Se la ragione lo schiaccia e lo umilia, il sentimento interno lo rialza e lo onora. L’omaggio che il malvagio rende in segreto al giusto, è il vero titolo di nobiltà che la natura ha inciso nel cuore dell’uomo. Non avete mai provato quella segreta inquietudine che ci tormenta di fronte alla nostra miseria, e che si indigna della nostra debolezza come se fosse un oltraggio alle facoltà che ci elevano? Non avete mai provato quei trasporti involontari che a volte colpiscono un’anima sensibile di fronte alla bellezza morale e all’ordine intellettuale delle cose. Quell’ardore divorante che improvvisamente infiamma il cuore per l’amore delle virtù celesti. Quegli estasi sublimi che ci elevano al di sopra del nostro essere, portandoci nell’empireo accanto a Dio stesso? Ah! Se questo fuoco sacro potesse durare per sempre, se questo nobile delirio animasse tutta la nostra vita, quali imprese eroiche non oserebbero mettere alla prova il nostro coraggio? Quali vizi oserebbero avvicinarsi a noi? Quale vittoria non riusciremmo a ottenere su noi stessi. E cosa ci sarebbe di così grande che non potessimo realizzare con i nostri sforzi? — Mia rispettabile amica, il principio di questa forza è dentro di noi; per un momento essa si manifesta per spingerci a cercarla incessantemente. Questo sacro entusiasmo rappresenta l’energia delle nostre facoltà che si liberano dai legami terreni. E forse dipende soltanto da noi mantenere costantemente queste facoltà in questo stato di libertà.

In ogni caso, sentiamo almeno dentro di noi una voce che ci impedisce di disprezzarci; la ragione si diffonde ovunque, ma l’anima è nobile; anche se siamo piccoli per le nostre conoscenze, siamo grandi per i nostri sentimenti, e qualunque sia il nostro rango nel sistema dell’universo, un essere amico della giustizia e sensibile alle virtù non è per natura abietto.

Non ho più nulla da dimostrarvi, o Sophie! E se si trattasse soltanto di filosofi, rimarrei fermo in questo punto: trovandomi bloccato da tutte le parti dai limiti delle mie conoscenze, finirei per avervi insegnato tutto prima ancora di aver iniziato. Ma, come vi ho già detto, il mio scopo non è discutere con voi; voglio trarre dagli abissi del vostro cuore gli unici argomenti capaci di convincervi. Ditemi quindi ciò che accade nel mio cuore. E se provate le stesse cose, gli stessi principi dovranno essere i nostri, e la stessa strada dovrà guidarci nella ricerca della vera felicità.

Nel corso di una vita piuttosto breve ho vissuto grandi avversità; senza uscire dalla mia povertà, ho potuto, per così dire, sperimentare tutti gli stati possibili; il bene e il male mi sono manifestati in mille modi diversi. La natura mi ha donato un’anima estremamente sensibile, e il destino l’ha esposta a tutte le emozioni immaginabili; credo quindi di poter dire, come un personaggio di Terenzio, che nulla di umano mi è estraneo. In ogni situazione mi sono sempre sentito influenzato in modi diversi e talvolta contrari: da uno l’aspetto della mia fortuna, dall’altro lo stato della mia anima; così che a volte un senso di felicità e pace mi consolava nelle sfortune, altre volte un disagio persistente mi turbava nella prosperità. Queste disposizioni interiori, indipendenti dal destino e dagli eventi esterni, hanno lasciato in me un’impressione ancora più profonda, poiché la mia tendenza verso una vita contemplativa e solitaria ne favoriva lo sviluppo. Sentivo, per così dire, all’interno di me il contrappeso del mio destino: trovavo conforto nella solitudine quando versavo lacrime nella felicità, e cercando la causa di questa forza nascosta che bilanciava le mie passioni, mi resi conto che derivava da un giudizio segreto che formulavo inconsciamente sulle mie azioni e sui miei desideri. I miei mali mi tormentavano meno quando riflettevo su quanto non fossero frutto delle mie scelte; i miei piaceri, invece, perdevano tutto il loro valore quando comprendevo con chiarezza in cosa consistessero. Credevo di possedere in me un germe di bontà che mi compensava della cattiva fortuna, e un germe di grandezza che mi elevava al di sopra anche delle fortune migliori. Comprendevo quindi che è inutile cercare la felicità altrove, se non si impara a coltivarla dentro di sé: essa, pur provenendo dall’esterno, può diventare reale solo se trova nell’anima un terreno adatto per fiorire.

Questo principio di cui vi parlo non mi serve soltanto a guidare le mie azioni presenti secondo la regola che mi prescrive, ma anche a valutare correttamente il mio comportamento passato: spesso lo biasimo, anche se apparentemente buono; a volte lo approvo, anche se condannato dagli altri; e ricordo gli eventi della mia giovinezza soltanto come un ricordo di tutte le emozioni che hanno suscitato in me.

Man mano che mi avvicino alla fine della mia carriera, sento indebolirsi tutti quei sentimenti che per tanto tempo mi hanno sottomesso al dominio delle passioni. Dopo aver provato tutto ciò che un essere sensibile può provare di buono e di cattivo, perdo gradualmente la speranza in un futuro che non abbia più nulla da offrirmi; i desideri si estinguono insieme alle aspettative, e la mia esistenza si riduce soltanto al ricordo del passato. Non vivo più se non attraverso le memorie della mia vita trascorsa, e la sua durata non mi appare più preziosa, poiché il mio cuore non prova più nulla di nuovo.

In questo stato, è naturale che io ami rivolgere lo sguardo al passato, dal quale ora dipende tutta la mia esistenza; è allora che i miei errori vengono corretti e il bene e il male mi si manifestano in modo chiaro e senza pregiudizi.

Tutti i falsi giudizi che le passioni mi hanno fatto formulare svaniscono insieme a esse. Ora vedo gli oggetti che mi hanno influenzato non come mi sono apparsi durante il mio delirio, ma così come realmente sono; il ricordo delle mie azioni, buone o cattive, mi provoca un benessere o un malessere duraturo, molto più reale di quello che esse stesse avevano suscitato in me.

Così, i piaceri di un momento mi hanno spesso preparato a lunghi rimpianti; così, i sacrifici fatti per l’onestà e la giustizia mi compensano ogni giorno di ciò che una volta mi sono costati, e per brevi privazioni mi procurano gioie eternhe.

À qui puis-je mieux parler des charmes de ces souvenirs qu’à celle qui me les fait si bien goûter encore ? C’est à vous, Sophie, qu’il appartenait de me rendre chère la mémoire de mes derniers égarements par celle des vertus qui m’en ont ramené. Vous m’avez trop fait rougir de mes fautes pour que j’en puisse rougir aujourd’hui ; et je ne sais ce qui me rend le plus fier, des victoires remportées sur moi-même, ou du secours qui me les a fait remporter. Si je n’avais écouté qu’une passion criminelle, si j’avais été vil un moment et que je vous eusse trouvée faible, que je payerais cher aujourd’hui des transports qui m’auraient paru si doux ! Privés de tous les sentiments qui nous avaient unis, nous aurions cessé de l’être ; la honte et le repentir nous rendraient odieux l’un à l’autre : je vous haïrais pour vous avoir trop aimée, et quelle ivresse de volupté eût pu jamais dédommager mon cœur d’un attachement si pur et si tendre ? J’aurais honte de vous et de moi ; je sentirais que nous aurions été méprisables, que nous aurions indignement abusé de tout ce que l’estime, l’amitié, la confiance ont de plus inviolable et de plus sacré ; je vous haïrais sans doute pour m’avoir laissé m’avilir, vous me haïriez à plus juste titre encore. Au lieu de cet éloignement funeste, je ne me rappelle rien de vous qui ne me rende plus content de moi-même, et qui n’ajoute à l’amitié que vous m’avez inspirée, l’honneur, le respect et la reconnaissance de m’avoir conservé digne de vous aimer, — Si nous avions été, moi plus aimable, ou vous plus faible, le souvenir de nos plaisirs ne pourrait jamais être, ainsi que celui de votre innocence, si doux à mon cœur. Verserais-je les larmes délicieuses qui m’échappent en écrivant ces lettres ? Me seriez-vous aussi chère après avoir comblé mes vœux que vous l’êtes après m’avoir rendu sage ? Et cependant, parmi les plaisirs que je goûte, le plus doux de tous me manque encore ; je n’ai pas celui de me faire un mérite de ma résistance ; je suis aussi coupable que si j’avais succombé ; sans vous j’étais perdu, j’étais le dernier des hommes, et c’est vous qui m’avez forcé de me vaincre. Comment ne pourrais-je songer sans plaisir à ces moments qui ne me furent douloureux qu’en m’épargnant des douleurs éternelles ? Comment ne jouirais-je pas aujourd’hui du charme d’avoir écouté, de votre bouche, tout ce qui peut élever l’âme et donner du prix à l’union des cœurs ?

Ah ! Sophie, qu’aurais-je pu devenir après avoir été insensible auprès de vous et à tout ce qui m’avait acquis votre estime, et vous avoir montré, dans l’ami que vous vous étiez choisi, un malheureux que vous deviez mépriser*. C’est tout ce qu’il y a de plus touchant dans l’image de la vertu que vous mettiez devant mes yeux ; c’est la crainte de souiller si tard une vie sans reproche, de perdre en un instant le prix de tant de sacrifices ; c’est le dépôt sacré de l’amitié que j’avais à respecter ; c’est de tout ce que la foi, l’honneur, la probité ont de plus inviolable que se formait l’invincible barrière que vous opposiez sans cesse à mes désirs. — Non, Sophie, il n’y a pas un de mes jours où vos discours ne viennent encore émouvoir mon cœur et m’arracher des larmes délicieuses. Tous mes sentiments pour vous s’embellissent de celui qui les a su montés : ils font la gloire et la douceur de ma vie, et c’est à vous que je dois tout cela : c’est par vous du moins que j’en sens le prix. Ma chère et digne amie, je cherchais le repentir et vous m’avez fait trouver le bonheur.

Tel est l’état d’une âme qui s’osant proposer à vous pour exemple, ne vous offre en cela que le fruit de vos soins. Si cette voix intérieure, qui me juge en secret et se fait sans cesse entendre à mon cœur, se fait entendre de même au vôtre, apprenez à l’écouter, à la suivre ; apprenez à tirer de vous-même vos premiers biens ; ce sont les seuls qui ne dépendant point de la fortune, peuvent suppléer aux autres.

Voilà toute ma philosophie et, je crois, tout l’art d’être heureux qui soit praticable à l’homme.

*Rousseau a mis en marge dans cet endroit de son manuscrit : « Quel horrible savoir que celui qui ne sert qu’à lever les scrupules, étouffer les remords et multiplier sur la terre le nombre des méchants. »

Lettre V

Toute la moralité de la vie humaine est dans l’intention de l’homme. S’il est vrai que le bien soit bien, il doit l’être au fond de nos cœurs comme dans nos œuvres, et le premier prix de la justice est de sentir qu’on la pratique. Si la bonté morale est conforme à notre nature l’homme ne saurait être sain ni bien constitué qu’autant qu’il est bon. Si elle ne l’est pas et que l’homme soit méchant naturellement, il ne peut cesser de l’être sans se corrompre. La bonté ne serait qu’un vice contre nature ; fait pour nuire à ses semblables, comme le loup pour égorger sa proie, un homme humain serait un animal aussi dépravé qu’un loup pitoyable et la vertu seule nous laisserait des remords.

Croiriez-vous qu’il fût au monde une question plus facile à résoudre ? De quoi s’agit-il pour cela sinon de rentrer en soi-même, d’examiner, tout intérêt personnel à part, à quoi nos penchants naturels nous portent ? Quel spectacle nous flatte le plus, celui des tourments ou du bonheur d’autrui ; qu’est-ce qui nous est le plus doux à faire et nous laisse une impression plus agréable après l’avoir fait d’un acte de bienfaisance ou d’un acte de méchanceté ? Pour qui vous intéressez vous sur vos théâtres : est-ce aux forfaits que vous prenez plaisir, est-ce à leurs auteurs punis que vous donnez des larmes ; entre le héros malheureux et le tyran triomphant, duquel des deux vos vœux secrets vous rapprochent-ils sans cesse et qui de vous, forcé de choisir, n’aimerait pas mieux encore être le bon qui souffre que le méchant qui prospère tant l’horreur de faire le mal l’emporte naturellement en nous sur celle de l’endurer?

Voit-on dans une rue ou sur un chemin quelque acte de violence et d’injustice, à l’instant un mouvement de colère et d’indignation s’élève au fond du cœur et nous porte à prendre la défense de l’opprimé, mais un devoir plus puissant nous retient et les lois nous ôtent le droit de protéger l’innocence.

Au contraire si quelque acte de clémence ou de générosité frappe nos yeux quelle admiration, quel amour il nous inspire. Qui est-ce qui ne se dit pas à lui-même : j’en voudrais avoir fait autant ? Les âmes les plus corrompues ne sauraient perdre tout à fait ce premier penchant : le voleur qui dépouille les passants couvre pourtant la nudité du pauvre, il n’y a point de féroce assassin qui ne soutienne un homme tombant en défaillance. Les traîtres même en formant entre eux leurs complots se touchent dans la main, se donnent leur parole et respectent leur foi. Homme pervers tu as beau faire, je ne vois en toi qu’un méchant inconséquent maladroit car la nature ne t’a point fait pour l’être.

On parle du cri des remords qui punit en secret les crimes cachés, et les met souvent en évidence. Hélas ! qui de nous ne connut jamais cette voix importune ? On parle par expérience et l’on voudrait effacer ce sentiment involontaire qui nous donne tant de tourment. Mais obéissons à la nature, nous connaîtrons avec quelle douceur elle approuve ce qu’elle a commandé et quel charme on trouve à goûter la paix intérieure d’une âme contente d’elle-même. Le méchant se craint et se fuit, il s’égaie en se jetant hors de soi, il tourne autour de lui des yeux inquiets et cherche un objet qui le fasse rire ; sans la raillerie insultante, il serait toujours triste. Au contraire, la sérénité du juste est intérieure ; son ris n’est point de malignité mais de joie ; il en porte la source en lui-même. Seul, il est aussi gai qu’au milieu d’un cercle ; et ce contentement inaltérable qu’on voit régner en lui, il ne le tire pas de ceux qui l’approchent, il le leur communique.

To whom else but the one who allows me to savor these memories so vividly could I speak of their allure? It is you, Sophie, who have made the recollection of my past mistakes precious to me through the remembrance of the virtues that led me back from them. You have made me too ashamed of my faults for me to feel shame for them now; and I do not know what fills me with greater pride: the victories I have won over myself or the help that enabled me to achieve them. If I had listened only to criminal passion, if I had been vile for a moment and found you weak, how dearly would I pay today for those moments that once seemed so sweet! Without all the feelings that brought us together, we would no longer be connected; shame and remorse would make us loathe each other: I would hate you for loving me too much, and what intoxicating pleasure could ever compensate my heart for such a pure and tender attachment? I would feel ashamed of both you and myself; I would realize that we had been despicable, that we had indignously abused everything that respect, friendship, and trust have of most inviolable and sacred. I would hate you for allowing me to degrade myself, and you would hate me even more justly. Instead of this tragic separation, nothing about you reminds me that I am not worthy of yourself; rather, it adds honor, respect, and gratitude to the friendship you have inspired in me—for having kept me worthy of your love. If either I had been more charming or you more vulnerable, the memory of our pleasures would never be so sweet to my heart, just as the memory of your innocence would not be. Would I shed these delightful tears while writing these letters? Would you be just as dear to me after fulfilling my wishes as you are now that you have made me wise? Yet, among all the pleasures I enjoy, the sweetest one is still missing: I no longer have the satisfaction of earning my own respect through self-restraint; I am just as guilty as if I had succumbed. Without you, I would have been lost, the worst of men—yet it was you who forced me to conquer myself. How could I not rejoice at these moments that were only painful because they spared me eternal suffering? How could I not enjoy the charm of having heard from your lips everything that can elevate the soul and make the union of hearts truly precious?

Ah! Sophie, what could I have become after having been so insensitive towards you and towards everything that had earned your respect for me, and after having shown you, in the friend you had chosen, a miserable person whom you should have despised*? That was precisely what made the image of virtue that you presented before my eyes so moving: it was the fear of tarnishing such an impeccable life at such a late stage, of losing in an instant all the worth of so many sacrifices; it was the sacred trust of friendship that I had to respect; it was all that faith, honor, and integrity had of most inviolable that formed the unshakable barrier you constantly raised against my desires. — No, Sophie, not a single day passes without your words once again stirring my heart and bringing me delightful tears. All my feelings for you are enhanced by those who knew how to inspire them; they constitute the glory and sweetness of my life, and it is all thanks to you that I appreciate these things. My dear and worthy friend, I had sought repentance, but you have led me to find happiness instead.

Such is the state of a soul that, when it dares to offer itself as an example to you, offers you nothing but the fruit of your own efforts. If this inner voice, which judges me in secret and constantly speaks to my heart, also speaks to yours, learn to listen to it, to follow its guidance; learn to draw your first resources from within yourself—for these are the only ones that, since they depend not on fortune, can make up for everything else.

This is all my philosophy, and I believe it represents the entire art of being happy that is practically feasible for humans.

Rousseau wrote in the margin of this section of his manuscript: “What a terrible kind of knowledge is that which serves only to erase scruples, suppress remorse, and increase the number of evil people on earth.”

Letter V

The entire morality of human life lies in the intentions of man. If it is true that goodness is indeed good, then it must be so both in our hearts and in our actions; the greatest reward of justice is to feel that one is practicing it. If moral goodness is in accordance with our nature, then a man can only be healthy and well-formed to the extent that he is good. If it is not, and if a man is inherently evil, he cannot cease to be evil without corrupting himself. In that case, goodness would merely be a vice against nature—something designed to harm one’s fellow beings, just as a wolf is meant to slaughter its prey. Such a human would be no more than a depraved animal, just as pitiable as a wolf; only virtue would leave us with a sense of remorse.

Could you believe that there is any problem in the world that is easier to solve? What else could it be but to turn within oneself and, setting aside all personal interests, to examine towards what our natural inclinations lead us? Which spectacle pleases us most: the suffering or the happiness of others? What is the act that brings us the greatest pleasure and leaves the most pleasant aftertaste, whether it be an act of kindness or one of cruelty? When you attend a play, whose fate do you find more interesting: the crimes committed, or the punishment meted out to their authors? Between the unfortunate hero and the triumphant tyrant, which one does your secret desires draw you towards more often? And if you were forced to choose, wouldn’t you prefer to be the good man who suffers than the evil man who prospers, since the horror of doing evil naturally outweighs in us the horror of enduring it?

When we see some act of violence and injustice on a street or in a path, immediately a surge of anger and indignation arises within us, prompting us to defend the oppressed. Yet a greater duty holds us back, and laws deprive us of the right to protect the innocent.

On the contrary, whenever some act of mercy or generosity comes into our sight, what admiration and what love it inspires in us! Who would not say to themselves: “I wish I had done the same?” Even the most corrupt souls cannot completely lose this innate tendency: the thief who robs passersby still covers the nakedness of the poor; there is no cruel assassin who would not help a man in distress. Even traitors, when plotting together, shake hands, give each other their word, and keep their promises. Oh perverse man, no matter what you do, I see in you only a reckless and clumsy villain—for nature did not create you to be such.

People speak of the cry of remorse that secretly punishes hidden crimes and often brings them to light. Alas! Who among us has never known this bothersome voice? We speak from experience and wish to erase this involuntary feeling that causes us so much torment. But let us obey nature; we will see with what gentleness it approves of what it has commanded, and what charm there is in experiencing the inner peace of a soul content with itself. The wicked fears and avoids it; he seeks amusement by escaping from himself, looking around with anxious eyes in search of something that will make him laugh; without the insulting mockery of others, he would always be sad. On the contrary, the righteous person’s serenity comes from within; his laughter is not born of malice but of joy—he carries the source of it within himself. Alone, he is just as happy as in the midst of a crowd; and that unshakable contentment that one sees in him does not come from those who approach him—it is something he shares with them.

A chi potrei parlare meglio dei fascini di questi ricordi se non a colei che me li fa ancora gustare con tanta intensità? È a te, Sophie, che spetta il merito di aver reso preziosa per me la memoria delle mie ultime deviazioni, attraverso il ricordo delle virtù che mi hanno riportato sulla retta via. Mi hai fatto arrossire troppo delle mie colpe perché possa ancora vergognarmene oggi; e non so cosa mi renda più orgoglioso: se le vittorie ottenute su me stesso o l’aiuto che me le ha permesso di raggiungerle. Se avessi ascoltato solo una passione criminale, se per un momento fossi stato vile e ti avessi trovata debole, quanto mi costerebbe oggi il rimorso per quei sentimenti che un tempo mi sembravano così dolci! Privi di tutti i sentimenti che ci avevano uniti, non saremmo più stati fratelli; l’umiliazione e il pentimento ci avrebbero resi odiosi l’uno all’altro: ti odierei per averti amato troppo. E quale ebbrezza di piacere potrebbe mai compensare il mio cuore per un affetto così puro e tenero? Mi vergognerei di te e di me stesso; sentirei che saremmo stati spregevoli, che avremmo abusato indegnamente di tutto ciò che l’onore, l’amicizia, la fiducia hanno di più sacro e inviolabile. Ti odierei senza dubbio per avermi permesso di degradarmi. E tu mi odieresti ancora di più. Al posto di questo distacco funesto, non ricordo nulla di te che non mi renda più orgoglioso di me stesso. E ciò che aggiunge all’amicizia che mi hai ispirato è l’onore, il rispetto e la riconoscenza per avermi fatto rimanere degno di amarti. Se fossi stato io più affascinante, o tu più debole, il ricordo dei nostri piaceri non potrebbe mai essere così dolce per il mio cuore, proprio come il ricordo della tua innocenza. Verserei le lacrime dolci che mi sfuggono mentre scrivo queste lettere? Mi saresti ancora così cara dopo aver realizzato i miei desideri, come lo sei ora che mi hai reso saggio? Eppure, tra tutti i piaceri che provo, il più dolce mi manca ancora: non ho il piacere di sentirmi meritevole per la mia resistenza. Sono altrettanto colpevole come se fossi ceduto. Senza di te sarei perso, sarei stato l’ultimo degli uomini, ed è stato tu a costringermi a vincere su me stesso. Come potrei non ricordare con piacere quei momenti che sono stati dolorosi solo perché mi hanno risparmiato sofferenze eternhe? Come potrei non godere oggi del fascino di aver ascoltato, dalle tue labbra, tutto ciò che può elevare l’anima e dare valore all’unione dei cuori?

Ah! Sophie, in che cosa avrei potuto trasformarmi dopo essere stato insensibile nei tuoi confronti e verso tutto ciò che mi aveva meritato il tuo rispetto, dopo averti mostrato nell’amico che avevi scelto un uomo sfortunato che dovevi disprezzare. Era proprio questo l’aspetto più commovente dell’immagine della virtù che mi presentavi davanti agli occhi: la paura di contaminare così tardi una vita senza macchie, di perdere in un istante il valore di tutti quei sacrifici fatti; il sacro legame dell’amicizia che dovevo rispettare. Era tutto ciò che rendeva insuperabile la barriera che tu opponevi costantemente ai miei desideri. No, Sophie, non c’è un solo giorno in cui i tuoi discorsi non riescano ancora a commuovermi e a strapparmi lacrime dolci. Tutti i miei sentimenti per te si arricchiscono di quello che li ha resi così intensi; essi costituiscono la gloria e la dolcezza della mia vita, e tutto ciò lo devo a te. Almeno è attraverso te che ne percepisco il vero valore. Mia cara e nobile amica, cercavo il pentimento, e tu mi hai fatto trovare la felicità.

Ecco lo stato di un’anima che, osando offrirsi a voi come esempio, vi propone soltanto il frutto dei vostri sforzi e delle vostre cure. Se questa voce interiore, che mi giudica in segreto e si fa sentire costantemente nel mio cuore, si fa sentire allo stesso modo anche nel vostro, imparate ad ascoltarla, a seguirla; imparate a trarre da voi stessi i primi beni veri: questi sono gli unici che, non dipendendo dalla fortuna, possono compensare le mancanze degli altri.

Ecco tutta la mia filosofia e, credo, tutto l’arte di essere felici che sia realmente realizzabile dall’uomo.

Rousseau ha annotato in margine in questo punto del suo manoscritto: “Che orribile conoscenza quella che serve soltanto a eliminare i rimorsi, soffocare i sensi di colpa e aumentare il numero dei malvagi sulla terra.”

Lettera V

Tutta la moralità della vita umana risiede nell’intenzione dell’uomo. Se è vero che il bene sia davvero bene, deve esserlo tanto nei nostri cuori quanto nelle nostre azioni; il primo premio della giustizia consiste proprio nel sentire di praticarla. Se la bontà morale fosse conforme alla nostra natura, l’uomo non potrebbe essere né sano né ben costituito se non fosse buono. Se invece non lo fosse e l’uomo fosse per natura malvagio, non potrebbe smettere di esserlo senza corrompersi. In tal caso, la bontà diventerebbe semplicemente un vizio contro natura: qualcosa creato per nuocere ai propri simili, proprio come il lupo è destinato a uccidere le sue prede. Un uomo del genere sarebbe un animale altrettanto depravato di un lupo; solo la virtù ci lascerebbe dei rimorsi.

Credete davvero che esista al mondo una questione più facile da risolvere? Di cosa si tratta, se non di riflettere su ciò che i nostri istinti naturali ci spingono a fare, mettendo da parte ogni interesse personale? Quale spettacolo ci compiace di più: quello delle sofferenze o della felicità altrui? Che cosa ci è più dolce da fare e che ci lascia un’impressione più piacevole dopo averlo compiuto: un atto di benevolenza o uno di malvagità? Per chi vi interessate nei drammi umani: vi divertite forse ai crimini commessi, o versate lacrime per i loro autori puniti? Tra l’eroe sfortunato e il tiranno trionfante, verso quale dei due i vostri desideri segreti vi spingono costantemente. E se foste costretti a scegliere, chi di voi non preferirebbe essere il buono che soffre piuttosto che il malvagio che prospera? L’orrore di compiere il male prevale naturalmente in noi sull’orrore di subirlo.

Quando si assiste in una strada o su un sentiero a qualche atto di violenza e ingiustizia, immediatamente nel profondo del cuore sorge un moto di rabbia e indignazione che ci spinge a difendere la vittima dell’oppressione; tuttavia, un dovere più potente ci trattiene, e le leggi ci privano del diritto di proteggere l’innocenza.

Al contrario, quando un atto di clemenza o di generosità colpisce i nostri occhi, quale ammirazione, quale amore ci ispira! Chi non si dice dentro di sé: “Vorrei aver fatto lo stesso”? Anche le anime più corrotte non riescono a perdere completamente questo primo impulso naturale: il ladro che deruba i passanti copre comunque la nudità del povero; non esiste alcun assassino feroce che non aiuti un uomo in difficoltà. Anche i traditori, quando complottano tra loro, si stringono la mano, si danno parole d’onore e rispettano la loro promessa. O uomo malvagio, per quanto tu possa fare, in te vedo soltanto un essere cattivo, incoerente e goffo, perché la natura non ti ha creato per essere tale.

Si parla del grido dei rimorsi che puniscono in segreto i crimini nascosti e spesso li fanno venire alla luce. Ahimè! chi di noi non ha mai conosciuto questa voce importuna? Si parla per esperienza, e si vorrebbe cancellare questo sentimento involontario che ci causa tanto tormento. Ma obbediamo alla natura: scopriremo con quanta dolcezza essa approva ciò che ha comandato, e quale fascino si trovi nel gustare la pace interiore di un’anima soddisfatta di sé stessa. Il malvagio si teme e se ne fugge; si diverte gettandosi al di fuori di sé stesso, guarda intorno a sé con occhi ansiosi e cerca qualcosa che lo faccia ridere. Senza le derisioni offensive, sarebbe sempre triste. Al contrario, la serenità del giusto è interiore; la sua risata non nasce dalla malvagità, ma dalla gioia. Ne porta la fonte dentro di sé stesso. Da solo, è altrettanto felice quanto in mezzo a un gruppo di persone; e quella contentezza incrollabile che si osserva in lui non deriva da coloro che lo circondano, ma egli la trasmette loro.

Jetez les yeux sur toutes les nations du monde, parcourez toutes les histoires ; parmi tant de cultes inhumains et bizarres, parmi cette prodigieuse diversité de mœurs et de caractères, vous trouverez partout les mêmes idées de justice et d’honnêteté, partout les mêmes principes de morale, les mêmes notions du bien et du mal. L’ancien paganisme enfanta des dieux abominables qu’on eût punis ici-bas comme des scélérats et qui n’offraient pour tableau du bonheur suprême que des forfaits à commettre et des passions à contenter. Mais le vice revêtu d’une autorité sacrée descendait en vain du séjour éternel , la nature le repoussait du cœur des humains. On célébrait les débauches de Jupiter, mais on admirait la tempérance de Xénocrate, la chaste Lucrèce adorait l’impudique Vénus, l’intrépide Romain sacrifiait à la peur, le grand Caton fut estimé plus juste que la providence ; l’immortelle voix de la vertu plus forte que celle des dieux mêmes se faisait respecter sur la terre, et semblait reléguer au ciel le crime avec les coupables.

Il est donc au fond de toutes les âmes un principe inné de justice et de vérité morale antérieur à tous les préjugés nationaux, à toutes les maximes de l’éducation. Ce principe est la règle involontaire sur laquelle malgré nos propres maximes nous jugeons nos actions et celles d’autrui comme bonnes ou mauvaises, et c’est à ce principe que je donne le nom de conscience. Mais à ce mot j’entends s’élever de toutes parts la voix des philosophes, erreurs de l’enfance, préjugés de l’éducation s’écrient-ils tous comme de concert. Il n’y a rien dans l’entendement humain que ce qui s’y introduit par l’expérience et nous ne jugeons d’aucune chose que sur des idées acquises. Ils font plus ; cet accord évident et universel de toutes les nations, ils l’osent rejeter, et contre cette éclatante uniformité du jugement des hommes, ils vont chercher dans les ténèbres quelque exemple obscur et connu d’eux seuls, comme si tous les penchants de la nature étaient anéantis par la dépravation de quelques individus et que, sitôt qu’il est des monstres, l’espèce humaine ne fût plus rien. Mais que servent au sceptique Montaigne les tourments qu’il se donne pour déterrer en un coin du monde une coutume opposée aux notions de la justice ? Que lui sert de donner au plus méprisable et suspect voyageur une autorité qu’il refuse aux écrivains les plus respectables ; quelques usages incertains et bizarres fondés sur des causes particulières qui nous sont inconnues, détruiront-ils l’induction générale tirée du concours de tous les peuples opposés en tout le reste et d’accord sur ce seul point ? O Montaigne, toi qui te piques de franchise et de vérité, sois sincère et vrai si un philosophe peut l’être et dis-moi s’il est quelque climat sur la terre où ce soit un crime de garder sa foi, d’être clément, bienfaisant, généreux ; où l’homme de bien soit méprisable et le scélérat honoré..

Je n’ai pas dessein d’entrer ici dans des discussions métaphysiques qui ne mènent à rien. Je vous ai déjà dit que je ne voulais point disputer avec les philosophes, mais parler à votre cœur ; quand tous les philosophes du monde prouveraient que j’ai tort, si vous sentez que j’ai raison, je n’en veux pas davantage. Il ne faut pour cela que vous faire distinguer nos perceptions acquises de nos sentiments naturels ; car nous sentons nécessairement avant que de connaître, et comme nous n’apprenons point à vouloir notre bien personnel et à fuir notre mal, mais tenons cette volonté de la nature, de même l’amour du bon et la haine du mauvais nous sont aussi naturels que notre propre existence ; ainsi quoique les idées nous viennent du dehors les sentiments qui les apprécient sont au dedans de nous et c’est par eux seuls que nous connaissons la convenance ou disconvenance qui existe entre nous et les choses que nous devons rechercher ou fuir.

Exister pour nous, c’est sentir ; et notre sensibilité est incontestablement antérieure à notre raison même. Quelle que soit la cause de notre existence, elle a pourvu à notre conservation en nous donnant des sentiments conformes à notre nature ; et l’on ne saurait nier qu’au moins ceux-là ne soient innés. Ces sentiments, eu égard à l’individu, sont l’amour de soi-même, la crainte de la douleur et de la mort, et le désir du bien-être. Mais si, comme on n’en peut douter, l’homme est un animal sociable par sa nature, ou du moins fait pour le devenir, il ne peut l’être que par d’autres sentiments innés relatifs à son espèce. Et c’est du système moral formé par ce double rapport à soi-même et à ses semblables que naît l’impulsion naturelle de la conscience.

Ne pensez donc pas, ô Sophie, qu’il fût impossible d’expliquer par des conséquences de notre nature le principe actif de la conscience, indépendant de la raison même. Et quand cela serait impossible, encore ne serait-il pas nécessaire. Car les philosophes qui combattent ce principe ne prouvent point qu’il n’existe pas, mais se contentent de l’affirmer ; quand nous affirmons qu’il existe, nous sommes aussi avancés qu’eux et nous avons de plus toute la force du témoignage intérieur et la voix de la conscience qui dépose pour elle-même.

Ma chère amie, que ces tristes raisonneurs sont à plaindre, en effaçant en eux les sentiments de la nature ils détruisent la source de tous leurs plaisirs, et ils ne savent se délivrer du poids de la conscience qu’en se rendant insensibles. N’est-ce pas un bien maladroit système que celui qui ne sait ôter le remords de la volupté qu’en étouffant à la fois l’un et l’autre ? Si la foi des amants n’est qu’une chimère, si la pudeur du sexe consiste en vains préjugés, que deviendront tous les charmes de l’amour ; si nous ne voyons plus dans l’univers que de la matière et du mouvement où seront donc les biens moraux dont notre âme est toujours avide, et quel sera le prix de la vie humaine si nous n’en jouissons que pour végéter ?

Je reviens à ce sentiment de honte si charmant et si doux à vaincre, plus doux peut-être encore à respecter, qui combat et enflamme les désirs d’un amant et rend tant de plaisirs à son cœur pour ceux qu’il refuse à ses sens. Pourquoi rejetterions-nous le reproche intérieur qui voile d’une modestie impénétrable les vœux secrets d’une fille pudique et couvre ses joues d’une rougeur enchanteresse aux tendres discours d’un amant aimé ? Quoi donc l’attaque et la défense ne sont-elles pas des lois de la nature ? N’est-ce pas elle qui permet la résistance au sexe qui peut céder autant qu’il lui plaît ? N’est-ce pas elle qui prescrit la poursuite à celui qu’elle prend soin de rendre discret et modéré ? N’est-ce pas elle qui les remet durant leurs plaisirs à la garde de la honte et du mystère dans un état de faiblesse et d’oubli d’eux-mêmes qui les livre à tout agresseur ? Vous sentez donc combien il est faux que la pudeur n’ait pas sa raison suffisante, et ne soit qu’une chimère dans la nature, et comment serait-elle l’ouvrage des préjugés, si les préjugés mêmes de l’éducation la détruisent, si vous la voyez dans toute sa force chez les peuples ignorants et rustiques et si sa douce voix ne s’étouffe chez les nations plus cultivées que par les sophismes du raisonnement?

Si les premières lueurs du jugement nous éblouissent, et confondent d’abord tous les objets à nos regards, attendons que nos faibles yeux se rouvrent, se fortifient, et bientôt nous reverrons ces mêmes objets aux lumières de la raison tels que nous les montrait d’abord la nature. Ou plutôt soyons plus simples et moins vains. Bornons-nous en tout aux premiers sentiments que nous trouvons en nous-mêmes, puisque c’est toujours à eux que l’étude nous ramène quand elle ne nous a point égarés.

Conscience, conscience, instinct divin, voix immortelle et céleste, guide assuré d’un être ignorant et borné mais intelligent et libre, juge infaillible du bien et du mal, sublime émanation de la substance éternelle, qui rends l’homme semblable aux dieux ; c’est toi seule qui fais l’excellence de ma nature. Sans toi je ne sens rien en moi qui m’élève au-dessus des bêtes, que le triste privilège de m’égarer d’erreurs en erreurs à l’aide d’un entendement sans règle et d’une raison sans principe.

Sans toi je ne sens rien en moi qui m’élève au-dessus des bêtes, que le triste privilège de m’égarer d’erreurs en erreurs à l’aide d’un entendement sans règle et d’une raison sans principe.

Attachez-vous à faire les choses que vous aimez à voir faire aux autres.

Lettre VI

Look at all the nations of the world, examine all their histories; amidst so many inhumane and bizarre cults, amidst this astonishing diversity of customs and personalities, you will find everywhere the same ideas of justice and honesty, the same principles of morality, the same notions of good and evil. The ancient paganism gave birth to abhorrent gods who would have been punished on earth as scoundrels, for they offered nothing but acts of wrongdoing and passions to be indulged in as images of supreme happiness. But vice, cloaked in sacred authority, descended in vain from the eternal realm; nature itself repelled it from the hearts of human beings. People celebrated Jupiter’s debaucheries, yet admired Xenocrates’ temperance; the chaste Lucrece adored the licentious Venus; the brave Roman sacrificed to fear; the great Cato was considered more just than fate itself. The immortal voice of virtue, louder even than that of the gods, commanded respect on earth, as if it were relegating crime and its perpetrators to the heavens.

Therefore, at the very core of every soul lies an innate principle of justice and moral truth—a principle that precedes all national prejudices and all educational doctrines. This principle is the unconscious rule upon which we, despite our own beliefs, judge our own actions and those of others as good or bad. It is to this principle that I give the name of conscience. Yet, at the very mention of this word, the voices of philosophers rise up from all sides; they declare it nothing but the errors of childhood or the prejudices of education. They claim that there is nothing in human understanding other than what is acquired through experience, and that we judge everything solely on ideas that we have acquired. But these people go even further—they dare to reject this evident and universal consensus among all nations, and in defiance of this brilliant uniformity in human judgment, they seek out some obscure and poorly understood examples from their own limited experiences, as if the inherent tendencies of nature could be destroyed by the corruption of a few individuals, and that the entire human race would cease to exist once there were monsters among us. But what good does such skepticism do Montaigne? What use is it for him to go to such lengths to uncover some custom in some remote corner of the world that contradicts our notions of justice? What use is it for him to grant authority to the most despicable and suspicious individuals, while denying it to the most respected writers? Some uncertain and bizarre practices, based on reasons that are unknown to us, will they truly undermine the universal inferences drawn from the collective experiences of all peoples, who otherwise disagree on so many things but agree on this one point alone? Oh Montaigne, you who pride yourself on honesty and truth—be sincere and truthful, if a philosopher can be such. Tell me: is there any place on earth where it is a crime to uphold one’s faith, to be kind, benevolent, generous? Where the good man is despised and the villain honored?

I have no intention of engaging in metaphysical discussions that lead to nothing. I have already told you that I do not wish to argue with philosophers, but rather to speak to your hearts; even if all the philosophers in the world proved me wrong, as long as you feel I am right, that is enough for me. All that is needed is for you to distinguish between our acquired perceptions and our natural sentiments. For we inevitably feel things before we understand them, and since we are not taught to desire our own good and to avoid our own harm—rather, this will is inherent in our nature—so too is the love of what is good and the hatred of what is bad as natural as our very existence. Thus, although ideas come from outside us, the sentiments that appreciate them reside within us, and it is through these sentiments alone that we come to understand what is appropriate or inappropriate for us regarding the things we should seek or avoid.

To exist for us means to feel; and our sensitivity is undoubtedly prior to our reason itself. Whatever the cause of our existence, it has ensured our survival by endowing us with sentiments that are in accordance with our nature; and it cannot be denied that at least these sentiments are innate. For the individual, these sentiments include self-love, fear of pain and death, and the desire for well-being. But if man, as one cannot doubt, is by nature a social being, or at least destined to become one, then he can only be so through other innate sentiments related to his species. And it is from this dual relationship—toward oneself and toward one’s fellow beings—that the natural impulse of conscience arises.

Therefore, do not think, oh Sophie, that it is impossible to explain the active principle of consciousness by means of consequences derived from our nature, independently of reason itself. And even if it were impossible, it would still not be necessary. For those philosophers who oppose this principle do not prove that it does not exist; they merely assert it. When we affirm that it exists, we are just as far along as they are, and in addition, we have the full power of inner testimony and the voice of conscience itself, which bears witness on its behalf.

My dear friend, how pitiable these sad reasoners are! By erasing the sentiments inherent in nature, they destroy the very source of all their pleasures. They can only free themselves from the burden of conscience by becoming insensible. Is not this a most clumsy system—one that seeks to eliminate the remorse accompanying pleasure by simultaneously stifling both pleasure and remorse? If the faith of lovers is but a chimera, if the modesty of love consists merely in vain prejudices, what then become all the charms of love? If we see nothing in the universe but matter and motion, where will those moral goods that our souls constantly desire come from? And what meaning will human life have if we can only enjoy it in a state of perpetual stagnation?

I return to that delightful and tender feeling of shame—perhaps even more worthy of respect than anything else—which stirs and ignites the desires of a lover and brings so much pleasure to his heart, even when those desires are refused by his senses. Why should we reject that inner reproach that veils with an impenetrable modesty the secret wishes of a chaste girl and causes her cheeks to blush enchantingly at the tender words of a beloved lover? Are attack and defense not, after all, laws of nature? Isn’t it nature itself that allows us to resist those desires when we wish to; that urges us to pursue those it takes care to make discreet and moderate? Isn’t it also nature that, during our pleasures, places us under the protection of shame and mystery, in a state of weakness and self-forgetfulness that makes us vulnerable to any attacker? Thus, you can see how utterly false it is to claim that modesty has no sufficient reason for its existence and is merely a chimera in nature. How could it possibly be the product of prejudice, when prejudices inherent in our upbringing often destroy it? Yet I see modesty at its full strength among ignorant and simple peoples; its gentle influence is even more subdued in more cultivated nations by the sophistry of reasoning.

If the first glimmers of judgment dazzle us and initially confuse all the objects before our eyes, let us wait until our weak eyes open and strengthen; soon we will see these very same objects in the lights of reason, just as nature once presented them to us. Or rather, let us be simpler and less vain. Let us limit ourselves entirely to those first impressions we find within ourselves, for it is always to them that study leads us back when it has not led us astray.

Conscience, conscience—divine instinct, immortal and celestial voice, sure guide for a being ignorant and limited yet intelligent and free, infallible judge of good and evil, sublime emanation of the eternal substance that makes man akin to gods; it is you alone who give excellence to my nature. Without you, I feel within me nothing that could elevate me above the beasts, except for the sad privilege of wandering from error to error, guided by an understanding without rules and a reason without principles.

Without you, I feel within me nothing that elevates me above the beasts—only the sad privilege of wandering from mistake to mistake, guided by an understanding without rules and a reason without principles.

Focus on doing those things that you enjoy seeing others do.

Letter VI

Osservate tutte le nazioni del mondo, esaminate tutte le storie: tra tanti culti inumani e bizzarri, tra questa straordinaria diversità di costumi e caratteri, troverete ovunque le stesse idee di giustizia e onestà, gli stessi principi morali, le stesse nozioni di bene e male. L’antico paganesimo ha generato dei dèi orribili, che qui sulla terra sarebbero stati puniti come criminali; tali dèi offrivano come modello del massimo benessere soltanto atti di malvagità da compiere e passioni da soddisfare. Ma il vizio, avvolto in un’aura sacra, scendeva invano dal regno eterno; la natura lo respingeva dal cuore degli esseri umani. Si celebravano le dissolutezze di Giove, ma si ammirava la temperanza di Senocrate; la casta Lucrezia adorava Venere l’impudica, il coraggioso Romano sacrificava alla paura. Il grande Catone era ritenuto più giusto della stessa provvidenza; la voce immortale della virtù, più potente di quella degli dèi stessi, si faceva rispettare sulla terra, e sembrava relegare il crimine insieme ai suoi autori nel cielo.

In fondo a tutte le anime esiste quindi un principio innato di giustizia e verità morale, anteriore a ogni pregiudizio nazionale, a ogni massima educativa. Questo principio è la regola involontaria su cui, nonostante le nostre proprie idee, giudichiamo le nostre azioni e quelle altrui come buone o cattive; ed è a questo principio che do il nome di coscienza. Ma appena menziono questa parola, da tutte le parti si levano le voci dei filosofi. Errori dell’infanzia, pregiudizi dell’educazione, gridano tutti all’unisono. Non esiste nulla nell’intelletto umano se non ciò che vi viene introdotto dall’esperienza; giudichiamo ogni cosa soltanto in base a idee acquisite. Eppure essi osano rifiutare questo accordo evidente e universale tra tutte le nazioni. Cercano nelle tenebre qualche esempio oscuro e conosciuto soltanto da loro, come se tutti i tendenze naturali venissero annullate dalla corruzione di alcuni individui. Ma a che serve al scettico Montaigne tutto il tormento che si infligge per scoprire in qualche angolo del mondo una usanza contraria alle nozioni di giustizia? A che gli serve dare autorità al viaggiatore più spregevole e sospetto, mentre rifiuta qualsiasi autorevolezza agli scrittori più rispettabili? Alcuni usanze incerte e bizzarre, basate su cause particolari e a noi sconosciute, distruggeranno forse l’induzione generale tratta dal concorso di tutti i popoli, che sono in disaccordo su tutto il resto ma d’accordo su questo unico punto? Oh Montaigne, tu che ti vanti di franchezza e verità, sii sincero e vero, se un filosofo può esserlo. E dimmi: esiste forse qualche luogo sulla terra dove sia un crimine mantenere la propria fede, essere gentili, buoni, generosi, dove l’uomo onesto venga disprezzato e il malvagio onorato?

Non ho intenzione di entrare qui in discussioni metafisiche che non portino a nulla. Vi ho già detto che non desidero discutere con i filosofi, ma parlare al vostro cuore; anche se tutti i filosofi del mondo dimostrassero che ho torto, se voi sentite che ho ragione, non mi interessa affatto. Per farlo, basta semplicemente farvi distinguere le nostre percezioni acquisite dai nostri sentimenti naturali: infatti, sentiamo necessariamente prima di conoscere; e poiché non impariamo ad amare il nostro bene personale e a fuggire dal male, ma possediamo questa volontà per natura, allo stesso modo l’amore del bene e l’odio del male sono per noi tanto naturali quanto la nostra stessa esistenza. Quindi, anche se le idee ci vengono dall’esterno, i sentimenti che le apprezzano si trovano dentro di noi, ed è solo attraverso di essi che possiamo comprendere quale sia la convenienza o la disconvenienza tra noi e le cose che dobbiamo cercare o evitare.

Esistere per noi significa sentire; e la nostra sensibilità è indubbiamente anteriore alla nostra stessa ragione. Qualunque sia la causa della nostra esistenza, essa si è assicurata della nostra conservazione donandoci sentimenti conformi alla nostra natura; e non si può negare che almeno questi siano innati. Per quanto riguarda l’individuo, questi sentimenti sono l’amore di sé stesso, la paura del dolore e della morte, e il desiderio di benessere. Ma se, come è indubbiamente vero, l’uomo è per natura un animale sociale, o almeno destinato a esserlo, allora può esserlo soltanto grazie ad altri sentimenti innati relativi alla sua specie. Ed è proprio dal sistema morale formato da questo doppio legame con se stesso e con i propri simili che nasce l’impulso naturale della coscienza.

Pertanto, oh Sophie, non pensare che sia impossibile spiegare il principio attivo della coscienza, indipendente dalla ragione stessa, attraverso le conseguenze della nostra natura. E anche se ciò fosse impossibile, non sarebbe comunque necessario farlo. Infatti, i filosofi che si oppongono a questo principio non dimostrano affatto che esso non esista, ma si limitano ad affermarlo; quando noi affermiamo che esiste, siamo altrettanto avanzati di loro e possediamo inoltre tutta la forza del testimone interno e la voce della coscienza stessa, che ne parla per conto suo.

Mia cara amica, che poveri individui questi ragionatori tristi: eliminando in loro i sentimenti naturali, distruggono la fonte di ogni loro piacere e non riescono a liberarsi dal peso della coscienza se non diventando insensibili. Non è forse un sistema molto maldestro quello che cerca di eliminare il rimorso legato alla voluttà soffocando contemporaneamente sia il rimorso stesso che la voluttà? Se la fede degli amanti non è altro che una chimera, se la pudicizia del sesso si riduce a vani pregiudizi, quali saranno allora tutti i fascini dell’amore? Se nell’universo non vediamo altro che materia e movimento, dove troveremo dunque quei beni morali di cui il nostro animo è sempre assetato? E qual sarà il vero valore della vita umana se ne godiamo soltanto per sopravvivere in modo meccanico?

Torno a quel sentimento di vergogna così incantevole e dolce da vincere, forse ancora più dolce da rispettare; quel sentimento che alimenta i desideri di un amante e dona tanta gioia al suo cuore anche per ciò che rifiuta ai suoi sensi. Perché dovremmo respingere quella voce interiore che, con una modestia impenetrabile, nasconde i desideri segreti di una ragazza pudica e colora le sue guance di un rossore incantevole di fronte alle tenere parole di un amato? Dopotutto, l’attacco e la difesa non sono forse leggi della natura? Non è forse lei stessa a permettere resistenza al sesso, che può cedere quanto vuole; non è forse lei stessa a prescrivere la ricerca di ciò che si prende cura di rendere discreto e moderato? E non è forse lei stessa a metterli, durante i loro piaceri, sotto la protezione della vergogna e del mistero, in uno stato di debolezza e d’oblio di sé stessi che li rende vulnerabili ad ogni aggressore? Quindi capite quanto sia falso sostenere che la pudicità non abbia una ragione sufficiente e non sia altro che un’illusione nella natura; come potrebbe essere il prodotto dei pregiudizi, se proprio i pregiudizi dell’educazione la distruggono? La vedete infatti in tutta la sua forza nei popoli ignoranti e rustici, mentre la sua voce dolce viene soffocata nelle nazioni più coltivate dai sofismi del ragionamento.

Se i primi bagliori del giudizio ci abbagliano e confondono inizialmente tutti gli oggetti che ci circondano, aspettiamo che i nostri occhi deboli si riprendano e si rafforzino; presto rivedremo questi stessi oggetti, sotto le luce della ragione, proprio come prima ce li aveva mostrati la natura. O meglio ancora: siamo più semplici e meno vanitosi. Limitiamoci sempre ai primi sentimenti che troviamo in noi stessi, poiché è sempre a loro che lo studio ci riporta quando non ci ha fatto perdere la strada.

Conscienza, coscienza, istinto divino, voce immortale e celeste, guida sicura di un essere ignorante e limitato ma intelligente e libero, giudice infallibile del bene e del male, sublime emanazione della sostanza eterna, che rende l’uomo simile agli dèi; sei tu sola a conferire eccellenza alla mia natura. Senza di te, in me non esiste nulla che mi elevi al di sopra delle bestie, se non il triste privilegio di errare continuamente, grazie a un’intelligenza senza regole e a una ragione senza principi.

Senza di te, non sento in me nulla che mi elevi al di sopra delle bestie; ho soltanto il triste privilegio di errare continuamente, grazie a un’intelligenza senza regole e a una ragione senza principi.

Cercate di fare quelle cose che amate vedere gli altri fare.

Lettera VI

Enfin nous avons un guide assuré dans ce labyrinthe des erreurs humaines, mais ce n’est pas assez qu’il existe, il faut savoir le connaître et le suivre. S’il parle à tous les coeurs, ô Sophie, pourquoi y en a-t-il si peu qui l’entendent ? Hélas, il nous parle la langue de la nature que tout nous a fait oublier.

La conscience est timide et craintive, elle cherche la solitude, le monde et le bruit l’épouvantent, les préjugés dont on l’a dit être l’ouvrage sont ses plus mortels ennemis, elle fuit ou se tait devant eux, leur voix bruyante étouffe la sienne et l’empêche de se faire entendre. À force d’être éconduite elle se rebute à la fin, elle ne nous parle plus, elle ne nous répond plus, et après un long mépris pour elle il en coûte autant de la rappeler qu’il en coûta de la bannir.

Quand je vois chacun de nous sans cesse occupé de l’opinion publique étendre pour ainsi dire son existence tout autour de lui sans en réserver presque rien dans son propre cœur, je crois voir un petit insecte former de sa substance une grande toile par laquelle seule il paraît sensible tandis qu’on le croirait mort dans son trou. La vanité de l’homme est la toile d’araignée qu’il tend sur tout ce qui l’environne. L’une est aussi solide que l’autre, le moindre fil qu’on touche met l’insecte en mouvement, il mourrait de langueur si on laissait la toile tranquille, et si d’un doigt on la déchire il achève de s’épuiser plutôt que de ne la pas refaire à l’instant. Commençons par redevenir nous, par nous concentrer en nous, par circonscrire notre âme des mêmes bornes que la nature a données à notre être, commençons en un mot par nous rassembler où nous sommes, afin qu’en cherchant à nous connaître tout ce qui nous compose vienne à la fois se présenter à nous. Pour moi, je pense que celui qui sait le mieux en quoi consiste le moi humain est le plus près de la sagesse et que comme le premier trait d’un dessin se forme des lignes qui le terminent, la première idée de l’homme est de le séparer de tout ce qui n’est pas lui.

Mais comment se fait cette séparation ? Cet art n’est pas si difficile qu’on pourrait croire, ou du moins la difficulté n’est pas où on la croit, il dépend plus de la volonté que des lumières, il ne faut point un appareil d’études et de recherches pour y parvenir. Le jour nous éclaire, et le miroir est devant nous ; mais pour le voir il y faut jeter les yeux et le moyen de les y fixer est d’écarter les objets qui nous en détournent. Recueillez-vous, cherchez la solitude, voilà d’abord tout le secret et par celui-là seul on découvre bientôt les vôtres. Pensez-vous en effet que la philosophie nous apprenne à rentrer en nous- mêmes ? Ah combien l’orgueil sous son nom nous en écarte ! C’est tout le contraire ma charmante amie, il faut commencer par rentrer en soi pour apprendre à philosopher.

Ne vous effrayez pas je vous conjure ; je n’ai pas dessein de vous reléguer dans un cloître et d’imposer à une femme du monde une vie d’anachorète. La solitude dont il s’agit est moins de faire fermer votre porte et de rester dans votre appartement que de tirer votre âme de la presse comme disait l’abbé Terrasson, et d’en fermer l’abord aux passions étrangères qui l’assaillent à chaque instant. Mais l’un de ces moyens peut aider à l’autre, surtout au commencement ; ce n’est pas l’affaire d’un jour de savoir être seul au milieu du monde et après une si longue habitude d’exister dans tout ce qui vous entoure, le recueillement de votre cœur doit commencer par celui de vos sens. Vous aurez d’abord assez à faire à contenir votre imagination sans être obligée encore de fermer vos yeux et vos oreilles. Éloignez les objets qui doivent vous distraire, jusqu’à ce que leur présence ne vous distraie plus. Alors vivez sans cesse au milieu d’eux, vous saurez bien quand il le faudra vous y retrouver avec vous. Je ne vous dis donc point : quittez la société ; je ne vous dis pas même : renoncez à la dissipation et aux vains plaisirs du monde. Mais je vous dis : apprenez à être seule sans ennui. Vous n’entendrez jamais la voix de la nature, vous ne vous connaîtrez jamais sans cela. Ne craignez pas que l’exercice de ces courtes retraites vous rende taciturne et sauvage et vous détache des habitudes auxquelles vous ne voudriez pas renoncer. Au contraire, elles ne vous en seront que plus douces.

Quand on vit seul, on en aime mieux les hommes, un tendre intérêt nous rapproche d’eux. L’imagination nous montre la société par ses charmes, et l’ennui même de la solitude tourne au profit de l’humanité. Vous gagnerez doublement par le goût de cette vie contemplative, vous y trouverez plus d’attachement pour ce qui vous est cher tant que vous l’aurez et moins de douleur à le perdre quand vous en serez privée.

Prenez tous les mois par exemple, un intervalle de deux ou trois jours sur vos plaisirs ou sur vos affaires pour le consacrer à la plus grande de toutes. Faites-vous une loi de vivre seule ces deux ou trois jours, dussiez-vous d’abord vous ennuyer beaucoup. Il vaut mieux les passer à la campagne qu’à Paris ; ce sera, si vous voulez, une visite à faire :vous irez voir Sophie. La solitude est toujours triste à la ville. Comme tout ce qui nous environne montre la main des hommes et quelque objet de société, quand on n’a pas cette société, l’on se sent hors de sa place, et une chambre où l’on est seul ressemble fort à une prison. C’est tout le contraire à la campagne, les objets y sont riants et agréables, ils excitent au recueillement et à la rêverie, on s’y sent au large hors des tristes murs de la ville et des entraves du préjugé. Les bois, les ruisseaux, la verdure écartent de notre cœur les regards des hommes, les oiseaux voltigeant çà et là selon leur caprice nous offrent dans la solitude l’exemple de la liberté, on entend leur ramage, on sent l’odeur des prés et des bois. Les yeux uniquement frappés des douces images de la nature la rapprochent mieux de notre cœur.

C’est donc là qu’il faut commencer à converser avec elle et consulter ses lois dans son propre empire. Au moins l’ennui ne viendra-t-il pas sitôt vous poursuivre et sera-t-il plus facile à supporter dans l’exercice de la promenade et la variété des objets champêtres que sur une chaise longue ou dans un fauteuil. Je voudrais que vous évitassiez de choisir les temps où votre cœur vivement affecté de quelque sentiment de plaisir ou de peine en garderait l’émotion dans la retraite, où votre imagination trop émue vous rapprocherait malgré vous des êtres que vous auriez cru fuir et où votre esprit trop préoccupé se refuserait aux légères impressions des premiers retours sur vous-même. Au contraire afin d’avoir moins de regret à vous aller ennuyer seule à la campagne, prenez les moments où vous seriez réduite à vous ennuyer à la ville ; la vie la plus occupée de soins ou d’amusements ne laisse encore que trop de pareils vides et cette manière de remplir les premiers qui se présenteront vous rendra bientôt insensible à tous les autres. Je ne demande pas que vous vous livriez d’abord à des méditations profondes, je demande seulement que vous puissiez maintenir votre âme dans un état de langueur et de calme qui la laisse replier sur elle-même, et n’y ramène rien d’étranger à vous.

Dans cet état ; me direz-vous, que ferai-je ? Rien. Laissez faire cette inquiétude naturelle qui dans la solitude ne tarde pas d’occuper chacun de lui-même malgré qu’il en ait.

At last, we have a reliable guide in this labyrinth of human errors, but it is not enough for it to exist merely; we must also know how to recognize it and follow it. If it speaks to every heart, oh Sophie, why then are so few who hear it? Alas, it speaks to us in the language of nature—a language that everything else has made us forget.

Conscience is timid and fearful; it seeks solitude. The world and its noise terrify it. The prejudices for which it has often been held responsible are its most deadly enemies. It flees or remains silent in the face of them—their loud voices drown out its own, preventing it from being heard. After being repeatedly rejected in this way, it eventually stops speaking to us, stops responding to us. And after so much disdain toward it, it becomes just as difficult to bring it back as it was to banish it in the first place.

When I see each of us constantly preoccupied with public opinion—so to speak, extending its influence all around us without reserving nearly anything for our own hearts—I am reminded of a tiny insect that uses its own substance to weave a large web. Through this web, it alone seems to be perceptive, even though one might assume it is dead inside its hole. Human vanity is precisely such a spider’s web, cast over everything that surrounds us. Both are equally tangible: the slightest touch to the thread sets the insect in motion; yet if left undisturbed, it would die of starvation. And if a single thread were torn, it would exhaust itself rather than cease to exist immediately. Let us begin by returning to who we truly are, by focusing on ourselves, and by defining the boundaries of our souls within the same limits that nature has set for our existence. In short, let us gather ourselves where we currently are, so that in seeking to understand who we are, everything that constitutes us may simultaneously become clear to us. For my part, I believe that those who best understand what the human self entails are also those closest to wisdom. Just as the first lines of a drawing emerge from those that ultimately define it, the first step in understanding humanity is to separate it from everything that is not it.

But how is this separation accomplished? This art is not as difficult as one might think; or at least, the difficulty does not lie where we believe it to be. It depends more on will than on knowledge; one does not need any apparatus of study or research to attain it. The sun illuminates us during the day, and the mirror is right before our eyes; yet to see it, we must turn our gaze in that direction, and the way to fix our eyes upon it is to remove all the obstacles that distract us. Gather yourself, seek solitude—this is the whole secret. Only through this can one soon discover one’s own truths. Do you truly believe that philosophy teaches us to turn within ourselves? Ah, how much pride, under that name, keeps us from doing so! Quite the opposite, my dear friend—one must first begin by turning within oneself in order to learn how to philosophize.

Do not be afraid, I implore you; I have no intention of confining you in a cloister or forcing a woman of the world to live a life of solitude. The kind of solitude I refer to is less about closing your doors and staying within your apartment than about drawing your soul away from the constant distractions around you—just as Abbe Terrasson said. But one of these methods can certainly aid the other, especially at the beginning. It is not something that can be achieved in a single day; after so long being accustomed to living amidst everything surrounding you, the cultivation of inner peace must begin with the discipline of your senses. At first, you will have enough to do in restraining your imagination without having to close your eyes and ears yet. Remove all those things that might distract you, until their very presence no longer causes you any disturbance. Then live among them constantly—you will know when it is time to retreat once again into yourself. Therefore, I am not telling you to leave society, nor to give up the worldly pleasures of indulgence. Instead, I am saying: learn to be alone without feeling bored. Only in this way will you ever truly hear the voice of nature and come to know yourself. Do not fear that practicing such brief periods of solitude will make you gloomy or reclusive, or cause you to lose habits you are reluctant to give up. On the contrary, it will only make them all the more pleasant for you.

When one lives alone, one comes to cherish men all the more; a tender interest brings us closer to them. Imagination presents society to us in all its charms, and even the monotony of solitude turns out to be beneficial to humanity. By embracing this contemplative way of life, you will gain twice over: you will develop a deeper attachment to what is dear to you while you still possess it, and you will suffer less when you lose it later on.

For instance, take every month a period of two or three days to devote to what is most important of all—your own pleasures or your affairs. Make it a rule to spend these two or three days alone, even if you find it rather boring at first. It is better to spend them in the countryside than in Paris; if you wish, you could consider it a visit to Sophie. Solitude is always sad in the city. Everything around us reflects human influence and the demands of society; without such society, we feel out of place, and a room where we are alone can very much resemble a prison. In contrast, the countryside is full of cheerful and pleasant things that inspire reflection and dreaminess. There, one feels free from the sad walls of the city and the shackles of prejudice. The woods, streams, and greenery keep human eyes at bay; birds flying about at will offer us an example of freedom in solitude. We can hear their chirping, smell the fragrance of meadows and forests. Our eyes, alone exposed to the gentle beauty of nature, draw it closer to our hearts.

It is therefore here that one should begin to converse with her and to examine her laws within her own domain. At least, boredom will not assail you so readily, and it will be easier to endure while walking or observing the various rural sights than while lying on a chaise-long or in a chair. I would advise you to avoid choosing those times when your heart, deeply affected by some feeling of pleasure or pain, retains its emotion in solitude; when your over-excited imagination brings you, against your will, close to those very people you had thought you wanted to escape from; and when your preoccupied mind refuses to acknowledge the slight impressions brought on by these initial reflections upon yourself. On the contrary, in order to feel less regret at going to the countryside alone to endure boredom, choose those times when you would otherwise be forced to endure it in the city. Even the busiest life, filled with duties or amusements, still leaves too much time for such emptiness, and this way of filling the first moments that arise will soon make you insensitive to all other forms of boredom. I do not ask you to engage in profound meditations at first; I merely ask that you maintain your soul in a state of languor and calmness, allowing it to turn inward and drawing nothing foreign to yourself into its midst.

In such a state, what do you think I should do? Nothing. Let this natural anxiety take its course; in solitude, it soon occupies one’s entire mind, whether one wishes it or not.

Finalmente abbiamo un guida affidabile in questo labirinto di errori umani, ma non basta che esista: dobbiamo conoscerlo e seguirlo. Se parla a tutti i cuori, oh Sophie, perché allora così pochi lo ascoltano? Ahimè, ci parla nella lingua della natura, che tutto ci ha fatto dimenticare.

La coscienza è timida e paurosa; cerca la solitudine. Il mondo e il rumore la spaventano; i pregiudizi, di cui si dice che sia l’opera, sono i suoi nemici più mortali. Fugge o tace di fronte a loro; la loro voce rumorosa soffoca la sua e le impedisce di farsi sentire. Costretta continuamente ad essere ignorata, alla fine si ribella: non ci parla più, non ci risponde più. E dopo un lungo disprezzo per essa, richiamarla costa lo stesso sforzo che l’aveva costato esiliarla.

Quando vedo ciascuno di noi occupato costantemente dall’opinione pubblica, che quasi interamente “estende” la propria esistenza intorno a sé senza lasciarne nulla nel proprio cuore, mi sembra di vedere un piccolo insetto che con la sua sostanza crea una grande ragnatela: attraverso essa soltanto appare sensibile, mentre si potrebbe pensare che sia morto nel suo buco. La vanità umana è proprio questa ragnatela che l’uomo tende su tutto ciò che lo circonda. Una e l’altra sono altrettanto solide: il minimo tocco fa muovere l’insetto; se si lasciasse la ragnatela in pace, esso morirebbe di inedia; mentre se con un dito la si strappa, si esaurisce immediatamente, piuttosto che non ricrearla subito. Cominciamo quindi a tornare noi stessi, a concentrarci su noi, a delimitare la nostra anima entro gli stessi confini che la natura ha imposto al nostro essere. In altre parole, cominciamo a raccoglierci nel luogo in cui ci troviamo, affinché cercando di conoscere noi stessi, tutto ciò che ci compone venga contemporaneamente presentato davanti a noi. Per quanto mi riguarda, credo che colui che conosce meglio in cosa consiste il “io” umano sia il più vicino alla saggezza; e proprio come il primo tratto di un disegno si forma dalle linee che lo completano, la prima idea dell’uomo dovrebbe essere quella di separarsi da tutto ciò che non è lui stesso.

Ma come avviene questa separazione? Quest’arte non è così difficile come si potrebbe credere; o almeno, la difficoltà non risiede dove si pensa. Dipende più dalla volontà che dalle luci della ragione; per raggiungerla non occorre alcun apparato di studi e ricerche. Il giorno ci illumina, e lo specchio è davanti a noi; ma per vederlo bisogna alzare lo sguardo, e il modo per fissarlo consiste nel allontanare gli oggetti che ci distolgono da esso. Raccogliti in te stesso, cerca la solitudine: questo è tutto il segreto, e solo attraverso di esso si scoprono presto i propri veri desideri. Pensi davvero che la filosofia ci insegni a ritornare in noi stessi? Ah, quanto l’orgoglio, sotto il suo nome, ci allontana da questo percorso! È esattamente il contrario, mia cara amica: bisogna innanzitutto ritornare in sé per imparare a filosofare.

Vi prego, non temete; non ho alcuna intenzione di rinchiudervi in un convento né di imporre a una donna del mondo una vita da anacoreta. La solitudine di cui parlo non consiste tanto nel chiudere la porta e rimanere nella propria stanza, quanto nel “trarre l’anima fuori dalla pressione” delle passioni esterne che la assalgono continuamente, come diceva l’abate Terrasson. Tuttavia, uno di questi metodi può aiutare l’altro, soprattutto all’inizio; non è certo questione di un solo giorno imparare a stare soli nel mezzo del mondo. Dopo una lunga abitudine a vivere tra tutto ciò che ci circonda, il raccoglimento del cuore deve iniziare prima con quello dei sensi. All’inizio, avrete già abbastanza da fare per contenere la vostra immaginazione, senza dover ancora chiudere occhi e orecchie. Allontanate gli oggetti che potrebbero distrarvi, fino a quando la loro stessa presenza non vi distragga più. Poi vivete costantemente tra di essi: imparerete da soli quando sarà il momento di ritrovarvi con voi stessi. Quindi non vi dico: “Lasciate la società”; né “Rinunciate alle dissipazioni e ai vani piaceri del mondo”. Vi dico invece: “Imparate ad essere soli senza noia”. Senza questo, non conoscerete mai veramente voi stessi. Non temete che l’esercizio di queste brevi ritirate vi renda taciturni o selvaggi, né che vi allontani dalle abitudini a cui non vorreste rinunciare. Al contrario: esse renderanno tali abitudini ancora più dolci per voi.

Quando si vive da soli, si apprezzano ancora di più gli uomini: un tenero interesse ci avvicina a loro. L’immaginazione ci mostra la società attraverso i suoi pregi, e persino la noia della solitudine diventa vantaggiosa per l’umanità. Godrete doppiamente dei piaceri di questa vita contemplativa: provverete un maggiore attaccamento per ciò che vi è caro finché lo avete, e meno dolore nel perderlo quando ne sarete privati.

Ad esempio, prendete ogni mese un intervallo di due o tre giorni da dedicare ai vostri piaceri o alle vostre faccende, per consacrarlo a ciò che è più importante di tutto. Fatevi una regola: trascorrere questi due o tre giorni da soli, anche se all’inizio potreste annoiarvi molto. È meglio passarli in campagna piuttosto che a Parigi; potreste considerarlo addirittura una “visita”: andreste a trovare Sophie. In città, la solitudine è sempre triste. Poiché tutto ciò che ci circonda riflette l’influenza degli uomini e simboleggia aspetti della società, quando non ne abbiamo, ci sentiamo fuori posto; una stanza dove si è soli assomiglia molto a una prigione. In campagna, invece, gli oggetti sono gioiosi e piacevoli; stimolano la riflessione e il sogno, ci fanno sentire liberi, lontani dai tristi muri della città e dalle restrizioni dei pregiudizi. I boschi, i ruscelli, la vegetazione allontanano dal nostro cuore lo sguardo degli uomini; gli uccelli che volano liberamente intorno a noi ci offrono nell’isolamento l’esempio della libertà: sentiamo il loro canto, percepiamo l’odore dei prati e dei boschi. Gli occhi, esposti unicamente alle dolci immagini della natura, la avvicinano ancora di più al nostro cuore.

È proprio lì che bisogna iniziare a conversare con lei e consultare le sue leggi nel suo stesso “impero”. Almeno così, il noia non vi perseguirà subito e sarà più facile da sopportare durante le passeggiate o di fronte alla varietà degli oggetti presenti in campagna, rispetto a quando si è sdraiati su una chaise-longue o in un divano. Vorrei che evitaste di scegliere quei momenti in cui il vostro cuore, profondamente colpito da sentimenti di piacere o dolore, trattiene ancora quelle emozioni nel silenzio; inoltre, se la vostra immaginazione è troppo eccitata, potreste involontariamente avvicinarvi a persone che avevate creduto di voler evitare, e se il vostro spirito è troppo preoccupato, potreste rifiutarvi di percepire le leggere sensazioni che derivano dai primi momenti trascorsi da soli in campagna. Al contrario, affinché provaste meno rimpianti nel recarvi lì per annoiarvi da sole, scegliete proprio quei momenti in cui sareste comunque costrette ad annoiarvi in città. La vita più impegnata, sia che si tratti di impegni quotidiani o di divertimenti, lascia comunque troppi momenti di vuoto; questa strategia per riempire tali momenti vi renderà presto insensibili a qualsiasi altra forma di noia. Non vi chiedo certo di dedicarvi subito a meditazioni profonde. Vi chiedo soltanto di mantenere la vostra anima in uno stato di tranquillità e di distacco, in modo che possa riflettere su se stessa senza essere influenzata da nulla di esterno.

In questo stato, mi direte cosa farò? Niente. Lasciate che questa ansia naturale, nella solitudine, prenda rapidamente il sopravvento su di noi, nonostante cerchiamo di evitarla.

Je ne dis pas non plus que cet état doive produire un affaissement total et je suis bien éloigné de croire que nous n’ayons nul moyen de réveiller en nous le sentiment intérieur. Comme on réchauffe une partie engourdie avec des frictions légères, l’âme amortie dans une longue inaction se ranime à la douce chaleur d’un mouvement modéré, il faut l’émouvoir par des souvenirs agréables qui ne se rapportent qu’à elle, il faut lui rappeler les affections qui l’ont flattée, non par l’entremise des sens, mais par un sentiment propre et par des plaisirs intellectuels. S’il existait au monde un être assez misérable pour n’avoir rien fait dans tout le cours de sa vie dont le souvenir pût lui donner un contentement intérieur et le rendre bien aise d’avoir vécu, cet être n’ayant que des sentiments et des idées qui l’écarteraient de lui serait hors d’état de jamais se connaître, et faute de savoir en quoi consiste la bonté qui convient à sa nature il resterait méchant par force et serait éternellement malheureux. Mais je soutiens qu’il n’y a point sur la terre d’homme assez dépravé pour n’avoir jamais livré son cœur à la tentation de bien faire ; cette tentation est si naturelle et si douce qu’il est impossible de lui résister toujours, et il suffit de lui céder une seule fois pour n’oublier jamais la volupté qu’on goûta par elle. O chère Sophie, combien d’actions de votre vie vous suivront dans la solitude pour vous apprendre à l’aimer. Je n’ai pas besoin d’en chercher qui me soient étrangères. Songez au cœur que vous conservâtes à la vertu, songez à moi, vous aimerez à vivre avec vous.

Voilà les moyens de travailler dans le monde à vous plaire dans la retraite en vous y ménageant des souvenirs agréables, en vous y procurant votre propre amitié et vous y rendant assez bonne compagnie à vous-même pour vous passer de toute autre. Mais que faut-il faire exactement pour cela, ce n’est point encore ici le temps d’entrer là-dessus dans les détails qui supposent les connaissances que nous nous proposons d’acquérir. Je sais qu’il ne faut point commencer un traité de morale par la fin ni donner pour premier précepte la pratique de ce qu’on veut enseigner. Mais encore une fois dans quelque état qu’une âme puisse être il reste un sentiment de plaisir à bien faire qui ne s’efface jamais et qui sert de première prise à. toutes les autres vertus, c’est par ce sentiment cultivé qu’on parvient à s’aimer et à se plaire avec soi. L’exercice de la bienfaisance flatte naturellement l’amour-propre par une idée de supériorité, on s’en rappelle tous les actes comme autant de témoignages qu’au-delà de ses propres besoins on a de la force encore pour soulager ceux d’autrui. Cet air de puissance fait qu’on prend plus de plaisir à exister et qu’on habite plus volontiers avec soi. Voilà d’abord tout ce que je vous demande. Parez-vous pour vous présenter à votre miroir, vous vous en regarderez plus volontiers. Songez toujours à vous ménager un sentiment de bien-être étant seule, et dans tous les objets de vos plaisirs donnez toujours la préférence à ceux dont on jouit encore quand on ne les possède plus.

Une femme de qualité est trop environnée de son état, je voudrais que vous puissiez quelques moments renoncer au vôtre ; ce serait encore un moyen de vous entretenir plus immédiatement avec vous. Quand vous ferez vos retraites laissez tout le cortège de votre maison ; n’emmenez ni cuisinier ni maître d’hôtel. Prenez un laquais et une femme de chambre. Ce n’est que trop encore ; en un mot ne transportez point la vie de la ville à la campagne ; allez-y goûter véritablement la vie retirée et champêtre. Mais les bienséances. Ah ! toujours ces fatales bienséances ! si vous les voulez sans cesse écouter, il ne vous faut point d’autre guide ; choisissez entre elles et la sagesse. Couchez-vous de bonne heure, levez-vous matin, suivez à peu près la marche du soleil et de la nature ; point de toilette, point de lecture, prenez des repas simples aux heures du peuple, en un mot soyez en tout une femme des champs. Si cette manière de vivre vous devient agréable, vous connaîtrez un plaisir de plus, si elle vous ennuie vous reprendrez avec plus de goût celle à laquelle vous êtes accoutumée.

Faites mieux encore. De ces courts espaces que vous viendrez passer à vivre dans la solitude, employez-en une partie à vous rendre l’autre agréable. Vous aurez de longues matinées vides de vos occupations ordinaires, destinez-les à des courses dans le village. Informez-vous des malades, des pauvres, des opprimés, cherchez à donner à chacun les secours dont il a besoin, et ne pensez pas que ce soit assez de les assister de votre bourse si vous ne leur donnez encore de votre temps et ne les aidez de vos soins. Imposez-vous cette fonction si noble de faire qu’il existe quelques maux de moins sur la terre et si vos intentions sont pures et nobles, vous trouverez bientôt à les accomplir. Mille obstacles je le sens bien vous distrairont d’abord d’un pareil soin. Des maisons malpropres, des gens brutaux, des objets de misère commenceront par vous dégoûter. Mais en entrant chez ces malheureux dites-vous :je suis leur sœur, et l’humanité triomphera de la répugnance. Vous les trouverez menteurs, intéressés, pleins de vices qui rebuteront votre zèle, mais interrogez-vous en secret sur les vôtres pour vous apprendre bientôt à pardonner ceux d’autrui et songez qu’en les couvrant d’un air plus honnête, l’éducation ne les rend que plus dangereux. L’ennui surtout, ce tyran des gens de votre état, qui leur fait payer si cher l’exemption du travail, et dont on se rend toujours plus la proie en s’efforçant de l’éviter, l’ennui seul vous détournera tout d’abord de ces occupations salutaires, et vous les rendant insupportables vous fournira des prétextes pour vous en dispenser. Songez que se plaire à bien faire est le prix d’avoir bien fait, et qu’on ne l’obtient pas avant de l’avoir mérité. Rien n’est plus aimable que la vertu, mais elle ne se montre ainsi qu’à ceux qui la possèdent ; quand on la veut embrasser, semblable au Protée de la fable elle prend d’abord mille formes effrayantes et ne se montre enfin sous la sienne qu’à ceux qui n’ont point lâché prise. Résistez donc aux sophismes de l’ennui. N’écartez point de vous des objets faits pour vous attendrir ; détestez cette pitié cruelle qui détourne les yeux des maux d’autrui pour se dispenser de les soulager. Ne vous reposez point de ces soins honorables sur des mercenaires. Soyez sûre que les domestiques mettent toujours à contribution les bienfaits des maîtres ; qu’ils savent s’approprier de manière ou d’autre une partie de ce qu’on donne par leurs mains, et qu’ils exigent une reconnaissance très onéreuse de tout ce que le maître a fait gratuitement. Faites-vous un devoir de porter partout avec une assistance réelle l’intérêt et les consolations qui la font valoir et qui souvent en tiennent lieu. Que vos visites ne soient jamais infructueuses ! Que chacun tressaille de joie à votre abord, que les bénédictions publiques vous accompagnent sans cesse. Bientôt un si doux cortège enchantera votre âme et dans les nouveaux plaisirs que vous apprendrez à goûter, si quelquefois vous perdez le bien que vous aurez cru faire, vous ne perdrez pas au moins celui que vous en aurez tiré.

I am not saying either that this state must necessarily lead to a complete decline; far from it, I believe we certainly have means to awaken within us that inner sentiment. Just as one warms a numb part of the body through gentle friction, so too a soul that has been dulled by prolonged inaction can be revived by the mild influence of moderate activity. We must stir it with pleasant memories that are specifically related to it; we must remind it of those affections that once delighted it—not through the senses, but through genuine feelings and intellectual pleasures. If there were anyone in the world so wretched as to have done nothing throughout their life from which they could derive inner satisfaction or joy at having lived, such a person, with only feelings and thoughts that drive them away from themselves, would never be able to understand who they truly are. Lacking any notion of what goodness is suited to their nature, they would be forced to remain evil and eternally unhappy. But I assert that there is not a single person on earth so corrupted as to have never succumbed to the temptation to do good. This temptation is so natural and so enticing that it is impossible to resist it forever; once we yield to it, we can never forget the pleasure it brings. Oh, dear Sophie, how many acts of your life will accompany you in solitude and teach you to love it. I need not look for examples that are unfamiliar to me. Think of the heart you kept devoted to virtue; think of me, and you will desire to live with you.

These are the ways in which you can work in the world to your own satisfaction in retirement, creating pleasant memories for yourself, cultivating your own friendships, and becoming such a good companion to yourself that you no longer need anyone else. But what exactly needs to be done to achieve this is not yet the time to delve into the details, as those details require the knowledge we intend to acquire. I know that one should not begin a treatise on morality with its conclusion, nor should the practice of what one intends to teach be regarded as the primary precept. Yet, no matter what state a soul may be in, there always remains a sense of pleasure in doing good that never fades and serves as the foundation for all other virtues. It is through the cultivation of this feeling that one learns to love oneself and enjoy one’s own company. The practice of kindness naturally flatters one’s self-esteem by giving rise to the notion of superiority; one remembers every act of kindness as evidence that, beyond one’s own needs, there is still enough strength to help others. This sense of power makes one take greater pleasure in existing and makes one more willing to live with oneself. That is all I ask of you for now: prepare yourself to face your own mirror—you will look at it more willingly then. Always strive to maintain a sense of well-being when alone, and among all the things that bring you pleasure, always give preference to those that continue to bring joy even after they are no longer yours.

A woman of quality is too much surrounded by the trappings of her social status; I would like you to be able to set aside these for a while—it would be another way for you to connect more directly with yourself. When you retire, leave behind all the attendants from your household; do not bring either a cook or a butler. Take only a servant and a maid. Yet even this is too much; in short, do not bring the distractions of city life to the countryside; go there to truly experience a secluded and rural way of living. But then there are those matters of propriety. Ah! Those fatal matters of propriety! If you insist on always obeying them, you need no other guide but them—choose between them and wisdom. Go to bed early, rise early, follow the course of the sun and nature; avoid any elaborate grooming or reading. Eat simple meals at the same times as the common people. In short, be a countrywoman in every aspect of your life. If this way of living becomes pleasant to you, you will gain another source of enjoyment; if it bores you, you can return with even greater relish to the lifestyle you are accustomed to.

Do even more. Of those short periods of time you will spend living in solitude, use some of it to make the rest of that time pleasant for yourself. You will have long mornings free from your usual occupations; devote them to errands in the village. Find out about the sick, the poor, the oppressed, and try to provide each one with the help they need. Do not think that merely assisting them financially is enough if you do not also give them your time and care. Impose upon yourself this noble duty of helping to reduce the evils in the world; if your intentions are pure and noble, you will soon find it possible to fulfill them. I am well aware that a thousand obstacles will at first distract you from such endeavors. Unclean homes, rude people, and signs of poverty may initially disgust you. But when you enter the homes of these unfortunate individuals, tell yourself: “I am their sister,” and humanity will triumph over such repulsion. You may find them liars, self-serving, and full of vices that discourage your enthusiasm; but secretly question your own motives to learn to forgive others’ faults. Remember that by treating them with greater honesty, education may actually make them less dangerous. Above all, boredom—that tyrant of those in your position, which makes people pay such a high price for being exempt from work and which we always become its prey when we try to avoid it—boredom alone will at first deter you from these beneficial endeavors and, by making them unbearable, provide you with excuses to refrain from them. Remember that taking pleasure in doing good is the true reward of doing good itself, and that one does not receive this reward until one has truly merited it. Nothing is more admirable than virtue, but it only reveals itself to those who possess it; when we try to embrace it, it takes on a thousand frightening forms before finally revealing itself in its true form to those who never give up. Therefore, resist the sophisms of boredom. Do not keep away from those things that are meant to bring you comfort; despise that cruel indifference that turns away from others’ suffering in order to avoid helping them. Do not rely on mercenaries for these honorable duties. Be aware that servants always exploit the kindness of their masters; they find ways to take some of what is given to them and demand costly recognition for everything the master has done freely. Make it your duty to bring real assistance and comfort wherever you go—those things that make helping others worthwhile and often serve as its substitute. Let your visits never be fruitless! May everyone rejoice at your approach, and may public blessings always accompany you. Soon, such a gentle procession will enchant your soul; and in the new pleasures you will learn to enjoy, even if sometimes you lose what you thought you had gained, you will at least not lose what you have derived from it.

Non affermo nemmeno che tale stato debba comportare un declino totale; sono lontano dall’idea che non esistano mezzi per risvegliare in noi quel sentimento interiore. Proprio come si riscalda una parte intorpidita con leggere frizioni, l’anima atrofizzata a causa di una lunga inattività si ravviva al calore dolce di un movimento moderato. È necessario commuoverla attraverso ricordi piacevoli che riguardino esclusivamente lei stessa, ricordarle le emozioni che l’hanno resa felice, non attraverso i sensi, ma attraverso sentimenti propri e piaceri intellettuali. Se esistesse al mondo un essere abbastanza sfortunato da non aver mai compiuto nulla nella sua vita di cui il ricordo potesse dargli soddisfazione interiore e renderlo felice per aver vissuto, tale essere, avendo soltanto sentimenti e idee che lo allontanano da se stesso, sarebbe incapace di conoscere mai veramente se stesso; privo della consapevolezza di ciò che costituisce la bontà adatta alla sua natura, rimarrebbe cattivo per forza ed eternamente infelice. Ma sostengo che non esista al mondo un uomo abbastanza corrotto da non aver mai ceduto al desiderio di fare del bene; tale desiderio è così naturale e dolce che è impossibile resistervi sempre, e basta cedergli una sola volta per non dimenticare mai la gioia che si prova in quel momento. Oh cara Sophie, quante azioni della tua vita ti seguiranno nella solitudine, insegnandoti ad amarla. Non ho bisogno di cercare esempi estranei a te: pensa al cuore che hai sempre conservato per la virtù, pensa a me, amerai vivere con te.

Ecco i mezzi per lavorare nel mondo a modo vostro durante la pensione, per crearsi ricordi piacevoli, per trovarvi delle amicizie sincere e per essere una compagnia sufficientemente gradevole a voi stessi da non aver bisogno di nessun altro. Ma cosa si debba esattamente fare per questo, non è ancora il momento di entrare nei dettagli, che richiederebbero le conoscenze che intendiamo acquisire. So bene che non si dovrebbe iniziare un trattato di morale dalla fine, né considerare come primo precetto la pratica di ciò che si vuole insegnare. Tuttavia, in qualsiasi stato possa trovarsi un’anima, rimane sempre un sentimento di piacere nel fare del bene: è proprio questo sentimento, coltivato con cura, che permette di amarsi e di apprezzarsi reciprocamente. Praticare la beneficenza lusinga naturalmente l’amor-propre, dando l’illusione di una superiorità; ci si ricorda di ogni atto di bene come di un testimone del fatto che, al di là delle proprie esigenze, si possiede ancora la forza per aiutare gli altri. Questo senso di potere rende più piacevole l’esistenza stessa e ci spinge a trascorrere più volentieri il tempo da soli. Ecco, in breve, tutto ciò che vi chiedo: preparatevi ad affrontare voi stessi nello specchio, vi guarderete con maggiore piacere. Pensate sempre a crearvi un senso di benessere anche quando siete soli, e preferite sempre quegli oggetti di piacere che continuano a darvi soddisfazione anche dopo averli persi.

Una donna di qualità è troppo circondata dalle convenzioni sociali del suo ambiente; vorrei che poteste, per qualche momento, rinunciare alle vostre abitudini quotidiane. Sarebbe un altro modo per comunicare più direttamente con voi stesse. Quando fate le vostre escursioni, lasciate tutto il seguito di persone che vi accompagna nella vita quotidiana: né cuoco né maggiordomo. Prendete soltanto un lacchè e una cameriera. Ma anche questo è troppo. In breve, non portate la vita della città in campagna; andateci per veramente assaporare la vita tranquilla e rurale. E poi ci sono le convenzioni sociali. Ah! Sempre quelle maledette convenzioni. Se volete seguirle costantemente, non avete bisogno di altro guida: scegliete tra esse e la saggezza. Andate a letto presto, alzatevi presto, seguite più o meno il ritmo del sole e della natura. Niente trucco, niente letture. Mangiate cibi semplici alle ore in cui mangiano le persone comuni. In breve, siate in tutto una donna di campagna. Se questo modo di vivere vi diventerà piacevole, conoscerete un altro piacere; se invece vi annoierà, riprenderete con più gusto quella vita a cui siete abituate.

Fate di più ancora: di quei brevi periodi che trascorrerete nella solitudine, utilizzatene una parte per rendere l’altra piacevole. Avrete lunghe mattinate libere dalle vostre occupazioni abituali; dedicatele a visite nel villaggio. Informatevi sui malati, sui poveri, sugli oppressi, cercate di offrire a ciascuno il aiuto di cui ha bisogno. E non pensate che sia sufficiente assisterli con i vostri soldi se non dedicate anche del tempo e delle cure a loro. Imponetevi questa nobile funzione: contribuire a ridurre i mali del mondo. Se le vostre intenzioni sono pure e nobili, presto troverete il modo di realizzarle. So bene che mille ostacoli vi distraggeranno all’inizio da tale impegno: case in condizioni disordinate, persone brutali, situazioni di miseria. Ma quando entrate nelle case di questi sfortunati, ditevi: “Io sono loro sorella”. L’umanità vincerà sulla repulsione. Troverete che sono bugiardi, interessati, pieni di vizi che possono scoraggiare il vostro zelo. Ma interrogatevi in segreto sui vostri stessi difetti per imparare a perdonare quelli degli altri. E ricordate: offrendo loro un trattamento più onesto, l’educazione può renderli meno pericolosi. Soprattutto il noia, quel tiranno delle persone della vostra condizione, che fa pagare così caro l’esenzione dal lavoro. Il noia stesso vi allontanerà inizialmente da queste occupazioni benefiche e, rendendole insopportabili, vi fornirà scuse per evitarle. Pensate che il piacere di fare del bene è il vero premio per averlo fatto. E che si ottiene solo dopo esserne degni. Niente è più amabile della virtù, ma essa si mostra solo a coloro che la possiedono; quando si cerca di abbracciarla, sembra assumere mille forme spaventose, e si rivela finalmente nella sua vera forma solo a chi non ha mai mollato la presa. Resistete quindi ai sofismi del noia. Non allontanatevi dagli oggetti che dovrebbero rallegrarvi. Odiate quella crudeltà che distoglie lo sguardo dai mali altrui per evitare di alleviarli. Non affidatevi mai a mercenari per questi compiti onorabili. Sappiate che i domestici approfittano sempre dei benefici dei loro padroni, che trovano modi per appropriarsi di parte di ciò che viene dato loro, e che chiedono una riconoscenza molto onerosa per tutto ciò che il padrone ha fatto gratuitamente. Considerate un dovere portare ovunque, con un aiuto concreto, l’interesse e la consolazione che rendono tali azioni preziose. Che le vostre visite siano sempre fruttuose. Che ognuno si rallegri al vostro arrivo, che le benedizioni pubbliche vi accompagnino costantemente. Ben presto, un così dolce corteo incanterà la vostra anima; e nei nuovi piaceri che imparerete a gustare, anche se talvolta perderete ciò che credevate di aver ottenuto, almeno non perderete ciò che ne avrete tratto.