Rousseau
Abstract
Four fictional love letters from an older man to a young woman, Sara, written as a literary exercise in response to a wager. A minor gallant text, without philosophical content.
Connections
Forme: epistola
Testo originale francese · Arvensa Editions · pubblico dominio
Avertissement
[40]
On comprendra sans peine comment une espèce de défi a pu faire écrire ces quatre lettres. On demandait si un amant d’un demi-siècle pouvait ne pas faire rire. Il m’a semblé qu’on pouvait se laisser surprendre à tout âge ; qu’un barbon pouvait même écrire jusqu’à quatre lettres d’amour, et intéresser encore les honnêtes gens, mais qu’il ne pouvait aller jusqu’à six sans se déshonorer. Je n’ai pas besoin de dire ici mes raisons ; on peut les sentir en lisant ces lettres : après leur lecture on en jugera.
Seconde lettre
Puisque je vous ai écrit, je veux vous écrire encore : ma première faute en attire une autre. Mais je saurai m’arrêter, soyez-en sûre ; et c’est la manière dont vous m’avez traité durant mon délire qui décidera de mes sentiments à votre égard quand j’en serai revenu. Vous avez beau feindre de n’avoir pas lu ma lettre, vous mentez ; je le sais, vous l’avez lue. Oui, vous mentez sans me rien dire, par l’air égal avec lequel vous croyez m’en imposer. Si vous êtes la même qu’auparavant, c’est parce que vous avez été toujours fausse ; et la simplicité que vous affectez avec moi me prouve que vous n’en avez jamais eu. Vous ne dissimulez ma folie que pour l’augmenter ; vous n’êtes pas contente que je vous écrive, si vous ne me voyez encore à vos pieds ; vous voulez me rendre aussi ridicule que je peux l’être ; vous voulez me donner en spectacle à vous-même, peut-être à d’autres ; et vous ne vous croyez pas assez triomphante si je ne suis déshonoré.
Je vois tout cela, fille artificieuse, dans cette feinte modestie par laquelle vous espérez m’en imposer, dans cette feinte égalité par laquelle vous me semblez vouloir me tenter d’oublier ma faute, en paraissant vous-même n’en rien savoir. Encore une fois, vous avez lu ma lettre ; je le sais, je l’ai vu. Je vous ai vue, quand j’entrais dans votre chambre, poser précipitamment le livre où je l’avais mise ; je vous ai vue rougir, et marquer un moment de trouble. Trouble séducteur et cruel, qui peut-être est encore un de vos pièges, et qui m’a fait plus de mal que tous vos regards. Que devins-je à cet aspect, qui m’agite encore ? Cent fois, en un instant, prêta me précipiter aux pieds de l’orgueilleuse, que de combats, que d’efforts pour me retenir ! Je sortis pourtant, je sortis palpitant de joie d’échapper à l’indigne bassesse que j’allais faire. Ce seul moment me venge de tes outrages. Sois moins fière, ô Sara ! d’un penchant que je peux vaincre, puisqu’une fois en ma vie j’ai déjà triomphé de toi.
Infortuné ! j’impute à ta vanité des fictions de mon amour-propre. Que n’ai-je le bonheur de pouvoir croire que tu t’occupes de moi, ne fût-ce que pour me tyranniser ! Mais daigner tyranniser un amant grisou serait lui faire trop d’honneur encore. Non, tu n’as point d’autre art que ton indifférence : ton dédain fait toute ta coquetterie, tu me désoles sans songer à moi. Je suis malheureux jusqu’à ne pouvoir t’occuper au moins de mes ridicules, et tu méprises ma folie jusqu’à ne daigner pas même t’en moquer. Tu as lu ma lettre, et tu l’as oubliée ; tu ne m’as point parlé de mes maux, parce que tu n’y songeais plus. Quoi ! je suis donc nul pour toi ! Mes fureurs, mes tourments, loin d’exciter ta pitié, n’excitent pas même ton attention ! Ah ! où est cette douceur que tes yeux promettent ? où est ce sentiment si tendre qui paraît les animer ?… Barbare !… insensible à mon état, tu dois l’être à tout sentiment honnête. Ta figure promet une âme ; elle ment, tu n’as que de la férocité… Ah, Sara ! j’aurais attendu de ton bon cœur quelque consolation dans ma misère.
Quatrième lettre
Quoi ! c’était vous que je redoutais ! c’était vous que je rougissais d’aimer ! O Sara ! fille adorable ! âme plus belle que ta figure ! si je m’estime désormais quelque chose, c’est d’avoir un cœur fait pour sentir tout ton prix. Oui, sans doute, je rougis de l’amour que j’avais pour toi ; mais c’est parce qu’il était trop rampant, trop languissant, trop faible, trop peu digne de son objet. Il y a six mois que mes yeux et mon cœur dévorent tes charmes ; il y a six mois que tu m’occupes seule, et que je ne vis que pour toi : mais ce n’est que d’hier que j’ai appris à t’aimer. Tandis que tu me parlais, et que des discours dignes du ciel sortaient de ta bouche, je croyais voir changer tes traits, ton air, ton port, ta figure ; je ne sais quel feu surnaturel luisait dans tes yeux, des rayons de lumière semblaient t’entourer. Ah ! Sara ! si réellement tu n’es pas une mortelle, si tu es l’ange envoyé du ciel pour ramener qui cœur qui s’égare, dis-le-moi, peut-être il est temps encore. Ne laisse plus profaner ton image par des désirs formés malgré moi. Hélas ! si je m’abuse dans mes vœux, dans mes transports, dans mes téméraires hommages, guéris-moi d’une erreur qui t’offense, apprends-moi comment il faut t’adorer.
Vous m’avez subjugué, Sara, de toutes les manières ; et si vous me faites aimer ma folie, vous me la faites cruellement sentir. Quand je compare votre conduite à la mienne, je trouve un sage dans une jeune fille, et je ne sens en moi qu’un vieux enfant. Votre douceur, si pleine de dignité, de raison, de bienséance, m’a dit tout ce que ne m’eût pas dit un accueil plus sévère ; elle m’a fait plus rougir de moi que n’eussent fait vos reproches ; et l’accent un peu plus grave que vous avez mis hier dans vos discours m’a fait aisément connaître que je n’aurais pas dû vous exposer à me les tenir deux fois. Je vous entends, Sara ; et j’espère vous prouver aussi que si je ne suis pas digne de vous plaire par mon amour, je le suis par les sentiments qui l’accompagnent. Mon égarement sera aussi court qu’il a été grand ; vous me l’avez montré, cela suffit, j’en saurai sortir, soyez-en sûre : quelque aliéné que je puisse être, si j’en avais vu toute l’étendue, jamais je n’aurais fait le premier pas. Quand je méritais des censures, vous ne m’avez donné que des avis, et vous avez bien voulu ne me voir que faible lorsque j’étais criminel. Ce que vous ne m’avez pas dit, je sais me le dire ; je sais donner à ma conduite auprès de vous le nom que vous ne lui avez pas donné ; et si j’ai pu faire une bassesse sans la connaître, je vous ferai voir que je ne porte point un cœur bas. Sans doute c’est moins mon âge que le vôtre qui me rend coupable. Mon mépris pour moi m’empêchait de voir toute l’indignité de ma démarche. Trente ans de différence ne me montraient que ma honte, et me cachaient vos dangers. Hélas ! quels dangers ! Je n’étais pas assez vain pour en supposer : je n’imaginais pas pouvoir tendre un piège à votre innocence ; et si vous eussiez été moins vertueuse, j’étais un suborneur sans en rien savoir.
Warning
[40]
It is easy to understand how such a sort of challenge could lead someone to write these four letters. The question posed was whether a lover who had been together for half a century could still fail to make people laugh. It seemed to me that one can never be too old to be surprised; indeed, an elderly man might still be able to write four loving letters and continue to interest honest people—but going beyond six would undoubtedly be considered shameful. I need not explain my reasons here; they become clear upon reading these letters. After that, you can form your own judgment.
Second Letter
Since I have written to you, I wish to write to you again: my first mistake attracts another. But I will know how to stop, believe me; and it is the way you treated me during my delirium that will determine my feelings towards you once I have recovered. You may pretend not to have read my letter, but you are lying; I know you have read it. Yes, you lie without saying a word, through the indifferent attitude you assume in order to impress me. If you are still the same person as before, it is because you have always been false; and the simplicity you feign towards me proves that you have never truly been simple. You hide my madness only to make it worse; you are not satisfied with my letters unless I am once again at your feet; you want to make me as ridiculous as possible; you want to display me before yourself, and perhaps before others too; and you do not consider yourself truly triumphant until I have been humiliated.
I see all this, you artificial girl—in that pretended modesty with which you hope to impress me, in that feigned equality through which you seem to try to make me forget my mistake, by pretending yourself to be unaware of it. Once again, you have read my letter; I know it, I saw it. I saw you, when I entered your room, hastily put away the book in which it was placed; I saw you blush and become disturbed for a moment. A tempting and cruel disturbance—perhaps yet another one of your schemes—and it caused me more pain than all your other looks. What did I become upon seeing that? A hundred times, in an instant, I felt like rushing at your feet in humiliation; what struggles, what efforts it took to hold myself back! Yet I left there, trembling with joy at having escaped such an ignoble act. That single moment is enough to avenge all your insults. Be less proud, oh Sara! of a tendency that I can overcome—for once in my life, I have already triumphed over you.
Unfortunate one! I attribute the fabrications of my self-esteem to your vanity. How I wish I could believe that you care about me, even if it were only to tyrannize me! But to take the trouble to tyrannize a lover who despises you would be an even greater honor for you. No, your only weapon is indifference: your scorn constitutes all your coquetry; you cause me pain without even considering my feelings. I am so unhappy that you don’t even deign to pay attention to my absurdities, and you despise my madness to the point of not even mocking it. You read my letter, but you forgot about it; you never mentioned my sufferings, because you had already forgotten them. Oh! So I mean nothing to you at all! My anger, my torment—far from arousing your pity, they don’t even catch your attention! Ah! Where is that tenderness your eyes seem to promise? Where is that gentle sentiment that seems to dwell in them?! Barbarian, insensible to my plight, you must also be insensible to any honest emotion. Your face appears to possess a soul; it lies—you are nothing but cruelty. Ah, Sara! I would have hoped for some consolation from your kind heart in my misery.
Fourth letter
Oh! It was you that I feared! It was for you that I felt ashamed to love you! O Sara, adorable girl, soul more beautiful than your face! If I consider myself anything now, it is because I have a heart capable of appreciating all your worth. Yes, undoubtedly, I am ashamed of the love I felt for you; but it is because it was too fervent, too weak, too unworthy of its object. For six months now, my eyes and my heart have been consumed by your charms; for six months, you have occupied my entire being, and I have lived only for you. But it is only yesterday that I truly began to learn how to love you. As you spoke to me, and words worthy of heaven came from your lips, I seemed to see your features, your expression, your posture, even your face change; some supernatural fire shone in your eyes, and rays of light seemed to surround you. Ah! Sara, if you are truly not a mortal being, if you are an angel sent from heaven to restore a lost heart, tell me—perhaps it is not too late yet. Do not allow your image to be profaned by desires that arise against my will. Alas! If I am mistaken in my aspirations, in my fervor, in my bold expressions of adoration, heal me from this error that offends you, and teach me how I should worship you.
You have captivated me in every way, Sara; and if you make me cherish my own madness, you also make me feel it with cruel intensity. When I compare your behavior to mine, I see a sage within a young girl, while all I perceive in myself is an old child. Your gentleness—so full of dignity, reason, and propriety—has told me everything what a stricter approach might not have done; it has made me feel more ashamed of myself than any reprimand could have. The slightly more serious tone you used in your words yesterday made it clear to me that I should never have dared to address you in such a manner twice. I understand you, Sara; and I hope to prove to you that even if I am not worthy of pleasing you through my love, I am at least worthy of the sentiments that accompany it. My error will be as brief as it was intense; you have shown me how to overcome it—rest assured, I will succeed. No matter how lost I may seem, had I fully realized the extent of my wrongdoing, I would never have taken such steps in the first place. When I deserved criticism, you offered me only advice; and you were kind enough to see me only as weak when I was actually guilty. What you did not tell me, I am able to tell myself; I know how to describe my behavior toward you in terms that you yourself might not have used. And if I have committed any baseness without even realizing it, I will prove to you that I do not possess a lowly heart. Surely, it is less my age than yours that makes me guilty. My own contempt for myself prevented me from seeing the utter indignity of my actions. Thirty years of difference between us only revealed my shame and concealed the dangers you faced. Alas, what dangers! I was not arrogant enough to even suspect them; I could never have imagined that I would dare to betray your innocence. And if you had not been so virtuous, I would have been a seducer without even knowing it.
Avvertenza
[40]
Si capirà facilmente come una sorta di sfida abbia potuto spingere qualcuno a scrivere queste quattro lettere. Si chiedeva se un amante di mezzo secolo potesse non suscitare risate. Mi è sembrato che si possa essere sorpresi a qualsiasi età; che anche un uomo anziano potesse scrivere fino a quattro lettere d’amore e ancora interessare le persone oneste, ma che non potesse arrivare a sei senza perdere la dignità. Non ho bisogno di spiegare qui i miei motivi: si possono comprendere leggendo queste lettere; dopo averle lette, si potrà giudicare da soli.
Seconda lettera
Poiché vi ho scritto, voglio scrivervi ancora: il mio primo errore ne attira un altro. Ma so come fermarmi, state certa; ed è il modo in cui mi avete trattato durante il mio delirio che deciderà i miei sentimenti verso di voi quando ne sarò uscito. Potreste anche fingere di non aver letto la mia lettera, ma mentite. Lo so: l’avete letta. Sì, mentite senza dirmelo apertamente, con quell’atteggiamento apparentemente indifferente che credete possa convincermi. Se siete ancora la stessa di prima, è perché siete sempre stata falsa. E la semplicità che fingete di mostrarmi dimostra che non ne avete mai avuta davvero. Nascondete la mia follia soltanto per farla aumentare. Non vi basta che vi scriva: volete che io sia ancora ai vostri piedi. Volete rendermi ridicolo nel modo più possibile. Volete espormi a voi stessa, e forse anche ad altri. E non vi sentite completamente vittoriose se non mi vedete umiliato.
Vedo tutto questo, mia ingannatrice fanciulla: in quell’atteggiamento di falsa modestia con cui speri di impormi la tua volontà, in quella finzione di uguaglianza con cui sembri volermi far dimenticare il mio errore, fingendo di non ne sapere nulla. Ancora una volta, hai letto la mia lettera; lo so, l’ho visto. Ti ho vista, quando sono entrato nella tua stanza, posare precipitosamente il libro in cui l’avevo messa; ti ho vista arrossire e mostrare un momento di turbamento. Un turbamento seducente e crudele, che forse è ancora uno dei tuoi trucchi, e che mi ha fatto più male di tutti i tuoi sguardi. In che stato sono rimasto davanti a questa scena, che ancora oggi mi agita? Cento volte, in un istante, ho sentito il desiderio di gettarmi ai piedi di quella orgogliosa. Quanti sforzi, quanta lotta per trattenermi! Eppure sono uscito, tremando di gioia per essere riuscito a sfuggire a quella ignobile bassezza che stavo per compiere. Questo solo momento mi basta per vendicarmi dei tuoi oltraggi. Sii meno orgogliosa, o Sara, di un sentimento che posso vincere, visto che una volta nella mia vita sono già riuscito a sconfiggerti.
Infortunato! attribuisco alle tue vanità le fantasie del mio orgoglio. Quanto vorrei avere la felicità di credere che tu ti preoccupi di me, anche solo per tormentarmi. Ma concederti il piacere di tormentare un amante così infelice sarebbe ancora troppo onore per te. No: l’unica tua arte è l’indifferenza; il tuo disprezzo costituisce tutta la tua “coquetteria”; mi addolori senza nemmeno pensare a me. Sono così sfortunato da non poter nemmeno sperare che tu ti occupi dei miei miseri problemi, e tu disprezi la mia follia al punto di non degnarti nemmeno di deriderla. Hai letto la mia lettera, e l’hai dimenticata; non mi hai parlato dei miei mali, perché ormai non ci pensavi più. Che cosa! Dunque per te sono davvero nulla. Le mie furie, i miei tormenti, invece di suscitare la tua pietà, non attirano nemmeno la tua attenzione. Ah! Dov’è quella dolcezza che i tuoi occhi promettono? Dov’è quel sentimento così tenero che sembra animarli. Barbaro, insensibile al mio stato, devi essere insensibile a ogni sentimento onesto. Il tuo viso promette un’anima. Ma mente: in te non c’è altro che ferocia. Ah, Sara! Avrei sperato nel tuo buon cuore qualche consolazione nella mia miseria.
Quarta lettera
Oh! Era voi che temevo. Era di amarvi che arrossivo! Oh, Sara, adorabile fanciulla, anima più bella del tuo viso. Se ora mi considero qualcosa, è perché ho un cuore capace di apprezzare appieno il tuo valore. Sì, forse arrossisco per l’amore che provavo per te. Ma è perché era troppo timido, troppo debole, troppo indegno del suo oggetto. Da sei mesi i miei occhi e il mio cuore sono assorbiti dai tuoi incanti; da sei mesi pensieri solo a te occupano la mia mente, e vivo soltanto per te. Ma è solo ieri che ho imparato ad amarti davvero. Mentre mi parlavi, e parole degne del cielo uscivano dalle tue labbra, sembrava che i tuoi tratti, il tuo portamento, il tuo viso stessero cambiando. Un fuoco soprannaturale brillava nei tuoi occhi; raggi di luce sembravano circondarti. Ah, Sara! Se davvero non sei una mortale, se sei l’angelo inviato dal cielo per ricondurre al giusto sentiero un cuore che si è smarrito. Dimmelo. Forse c’è ancora tempo. Non permettere più che la tua immagine venga profanata da desideri nati contro la mia volontà. Ahimè. Se mi sbaglio nei miei desideri, nei miei slanci d’amore, nei miei osi omaggi. Guariscimi da questo errore che ti offende. Insegnami come si deve amarti davvero.
Mi hai soggiogato in ogni modo, Sara; e se mi fai amare la mia follia, me la fai sentire in modo terribile. Quando confronto il tuo comportamento con il mio, trovo una saggezza in una giovane ragazza, mentre io non sono altro che un bambino vecchio. La tua dolcezza, piena di dignità, ragione e buone maniere, mi ha detto tutto ciò che non avrebbe potuto dirmi un trattamento più severo; mi ha fatto vergognare di me stesso molto di più dei tuoi rimproveri; e l’intonazione leggermente più grave che hai usato ieri nei tuoi discorsi mi ha fatto capire chiaramente che non avrei dovuto esporrti a riceverli due volte. Ti ascolto, Sara. E spero di poterti dimostrare anche che, se non sono degno di piacerti con il mio amore, lo sono certamente con i sentimenti che lo accompagnano. Il mio errore sarà breve quanto è stato grave; tu me l’hai fatto capire, e questo basta: so come uscirne, stai tranquilla. Per quanto possa essere pazzo, se avessi compreso tutta la gravità della mia condotta, non avrei mai fatto il primo passo verso di te. Quando meritavo rimproveri, tu mi hai dato solo consigli. E hai voluto vedere in me soltanto debolezza, anche quando ero colpevole. Quello che non mi hai detto, lo so io stesso; so come dare al mio comportamento nei tuoi confronti il nome che tu non gli hai dato. E se sono stato capace di compiere un atto vile senza nemmeno rendermene conto, ti dimostrerò che non ho un cuore meschino. Senza dubbio, è meno la mia età che la tua a rendermi colpevole. Il mio disprezzo per me stesso mi impediva di vedere tutta l’indignità delle mie azioni. Trent’anni di differenza tra noi mi mostravano soltanto la mia vergogna, e nascondevano i tuoi pericoli. Ahimè, quali pericoli! Non ero abbastanza vanitoso da immaginarli. Non pensavo nemmeno che potessi tendere una trappola alla tua innocenza. E se fossi stata meno virtuosa, sarei stato un seduttore senza nemmeno saperlo.
O Sara ! ta vertu est à des épreuves plus dangereuses, et tes charmes ont mieux à choisir. Mais mon devoir ne dépend ni de ta vertu ni de tes charmes ; sa voix me parle, et je le suivrai. Qu’un éternel oubli ne peut-il te cacher mes erreurs ! Que ne les puis-je oublier moi-même ! Mais non, je le sens, j’en ai pour la vie, et le trait s’enfonce par mes efforts pour l’arracher. C’est mon sort de brûler, jusqu’à mon dernier soupir, d’un feu que rien ne peut éteindre, et auquel chaque jour ôte un degré d’espérance, et en ajoute un de déraison. Voilà ce qui ne dépend pas de moi ; mais voici, Sara, ce qui en dépend. Je vous donne ma foi d’homme qui ne la faussa jamais, que je ne vous reparlerai de mes jours de cette passion ridicule et malheureuse que j’ai pu peut-être empêcher de naître, mais que je ne puis plus étouffer. Quand je dis que je ne vous en parlerai pas, j’entends que rien en moi ne vous dira ce que je dois taire. J’impose à mes yeux le même silence qu’à ma bouche : mais, de grâce, imposez aux vôtres de ne plus venir m’arracher ce triste secret. Je suis à l’épreuve de tout, hors de vos regards : vous savez trop combien il vous est aisé de me rendre parjure. Un triomphe si sûr pour vous, et si flétrissant pour moi, pourrait-il flatter votre belle âme ? Non, divine Sara, ne profane pas le temple où tu es adorée, et laisse au moins quelque vertu dans ce cœur à qui tu as tout ôté.
Je ne puis ni ne veux reprendre le malheureux secret qui m’est échappé ; il est trop tard, il faut qu’il vous reste ; et il est si peu intéressant pour vous, qu’il serait bientôt oublié si l’aveu ne s’en renouvelait sans cesse. Ah ! je serais trop à plaindre dans ma misère, si jamais je ne pouvais me dire que vous la plaignez ; et vous devez d’autant plus la plaindre, que vous n’aurez jamais à m’en consoler. Vous me verrez toujours tel que je dois être, mais connaissez-moi toujours tel que je suis ; vous n’aurez plus à censurer mes discours, mais souffrez mes lettres : c’est tout ce que je vous demande. Je n’approcherai de vous que comme d’une divinité devant laquelle on impose silence à ses passions. Vos vertus suspendront l’effet de vos charmes ; votre présence purifiera mon cœur ; je ne craindrai point d’être un séducteur en ne vous disant rien qu’il ne vous convienne d’entendre ; je cesserai de me croire ridicule quand vous ne me verrez jamais tel ; et je voudrai n’être plus coupable, quand je ne pourrai l’être que loin de vous.
Mes lettres ! Non. Je ne dois pas même désirer de vous écrire, et vous ne devez le souffrir jamais. Je vous estimerais moins si vous en étiez capable. Sara, je te donne cette arme pour t’en servir contre moi. Tu peux être dépositaire de mon fatal secret, tu n’en peux être la confidente. C’est assez pour moi que tu le saches, ce serait trop pour toi de l’entendre répéter. Je me tairai : qu’aurais-je de plus à te dire ? Bannis-moi, méprise-moi désormais, si tu revois jamais ton amant dans l’ami que tu t’es choisi. Sans pouvoir te fuir, je te dis adieu pour la vie. Ce sacrifice était le dernier qui me restait à te faire ; c’était le seul qui fût digne de tes vertus et de mon cœur.
FIN des LETTRES À SARA
Table des matières du titre
Liste des Mélanges ou littérature variée
Liste générale des titres
O Sara! Your virtue is facing far more dangerous trials, and your charms have greater choices to make. But my duty depends neither on your virtue nor on your charms; its voice speaks to me, and I will follow it. May eternal oblivion hide my mistakes from you! May I myself be able to forget them too! But no—I feel it; they will accompany me for life. Every effort I make to rid myself of them only seems to deepen their grip. My fate is to burn, until my last breath, in a fire that nothing can extinguish—a fire that takes away a little hope each day and adds a little more madness. This is something that does not depend on me. But this, Sara, depends on you. I give you my word as a man who has never lied: I will never speak to you again about those days of ridiculous and miserable passion that I might have prevented from happening, but which I can no longer suppress. When I say I will not talk about it, I mean that nothing within me shall reveal what I must keep silent. I impose the same silence on my eyes as on my mouth. But please, do not force your gaze to uncover this sad secret. I am being tested in every way, except before your eyes—you know too well how easily you could make me break my promise. Such a certain triumph for you, and such humiliation for me. Could it truly please your noble soul? No, divine Sara, do not profane the temple where you are worshipped; leave at least some virtue in this heart to which you have taken away everything else.
I cannot and do not wish to reclaim that unfortunate secret which has escaped me; it is too late now; it must remain with you. And since it holds so little interest for you, it would soon be forgotten were it not for the constant repetition of this confession. Ah! My misery would be even more pitiable if I could not believe that you share in it; and you ought all the more to feel compassion for me, since you will never have the opportunity to console me. You will always see me as I truly am, but know me only as I wish to be perceived by you. You no longer need to criticize my words; rather, endure my letters—this is all I ask of you. I will approach you only as one would approach a deity before whom one must silence all worldly passions. Your virtues will neutralize the allure of your charms; your presence will purify my heart. I shall not fear being considered a seducer if I tell you nothing but what it is right for you to hear; I will no longer feel ridiculous when you never see me as anything other than what I am; and I will strive no longer to be guilty, when such guilt can exist only when I am far from you.
My letters! No. I should not even desire to write to you, and you must never allow it. If you were capable of such a thing, I would hold you in lower esteem. Sara, I give you this weapon—use it against me. You may possess my fatal secret, but you must not be its confidante. It is enough for me that you know it; it would be too much for you to hear it repeated. I will remain silent: what more could I have to say to you? Banish me, despise me from now on, if you ever see your lover in the friend you have chosen for yourself. Unable to escape you, I bid you farewell for life. This sacrifice was the last one I had left to make to you; it was the only one worthy of your virtues and of my heart.
End of the letters to Sara
Table of Contents for the title
List of Miscellaneous Works or Varied Literature
General list of titles
O Sara! La tua virtù è sottoposta a prove più pericolose, e i tuoi incanti hanno bisogno di scegliere con maggiore attenzione. Ma il mio dovere non dipende né dalla tua virtù né dai tuoi incanti; la sua voce mi parla, e io la seguirò. Che un oblio eterno possa nasconderti i miei errori. Che io stesso possa dimenticarli! Ma no: lo sento, li porterò con me per tutta la vita; ogni mio sforzo per liberarmene non fa che rafforzare il legame che mi unisce a loro. Il mio destino è bruciare, fino all’ultimo respiro, in un fuoco che nulla può estinguere. Un fuoco che ogni giorno mi toglie un po’ di speranza e ne aggiunge un po’ di follia. Questo è ciò che non dipende da me. Ma ecco, Sara, ciò che invece dipende da te. Ti do la mia parola d’uomo che non l’ha mai tradita: non parlerò più dei giorni di questa passione ridicola e infelice. Forse avrei potuto impedirne la nascita, ma ormai non posso più soffocarla. Quando dico che non ne parlerò più, intendo dire che nulla in me dovrà rivelarti ciò che devo tacere. Impongo ai miei occhi lo stesso silenzio che alla mia bocca. Ma per favore, imponi anche tu ai tuoi occhi di non venire a strapparmi questo triste segreto. Sono sottoposto a ogni prova, tranne che al tuo sguardo. Tu sai troppo bene quanto sia facile per te costringermi a tradire. Un trionfo così sicuro per te, e così umiliante per me, potrebbe forse compiacere la tua bella anima? No, divina Sara, non profanare il tempio in cui sei adorata. Lascia almeno un po’ di virtù in questo cuore a cui hai tolto tutto.
Non posso né voglio riprendere quel sfortunato segreto che mi è sfuggito; è troppo tardi, deve rimanervi. E inoltre, per voi non ha alcuna importanza, verrebbe presto dimenticato se non venisse continuamente rinnovato attraverso le mie confessioni. Ah! Sarei davvero troppo da compiangere nella mia miseria, se mai non potessi pensare che anche voi ne soffrite. E dovete soffrirne ancora di più, poiché non avrete mai l’opportunità di consolarmi. Mi vedrete sempre così come devo essere. Ma conoscetemi sempre così com’è realmente; non dovrete più rimproverare le mie parole. Solo sopportate le mie lettere: è tutto ciò che vi chiedo. Mi avvicinerò a voi soltanto come a una divinità davanti alla quale si impongono il silenzio e le passioni. Le vostre virtù annulleranno l’effetto dei vostri incantesimi; la vostra presenza purificherà il mio cuore. Non temerò di essere considerato un seduttore, se non vi dirò altro che ciò che è giusto che ascoltiate. Smetterò di ritenere ridicolo me stesso, quando voi non mi vedrete mai così come sono realmente. E vorrò smettere di essere colpevole. Quando potrò esserlo soltanto lontano da voi.
Le mie lettere. No. Non do nemmeno desiderare di scrivervi, e voi non dovete mai permetterlo. Vi considererei meno se foste in grado di farlo. Sara, ti do quest’arma per usarla contro di me. Puoi essere la custode del mio segreto fatale, ma non la sua confidente. È sufficiente che tu lo sappia; sarebbe troppo per te ascoltarne la ripetizione. Taccerò: cosa potrei dirti ancora? Allontanami, disprezzami, se mai rivedrai il tuo amante nell’amico che ti sei scelta. Senza poter fuggire, ti dico addio per sempre. Questo sacrificio era l’ultimo che mi restava da offrirti; era l’unico degno delle tue virtù e del mio cuore.
Fine delle lettere a Sara
Indice dei contenuti del titolo
Elenco di miscellane o letteratura varia
Elenco generale dei titoli