Rousseau

Abstract

An early comedy published with a substantial preface in which Rousseau defends himself against the attacks that followed the first Discourse, restating that the sciences and arts, though not intrinsically bad, corrupt the morals of peoples who cultivate them en masse.

Connections

Assi: Senso della storia
Posizioni: decadenza
Scuole: illuminismo

Testo originale francese · Arvensa Editions · pubblico dominio

J’ai écrit cette comédie à l’âge de dix-huit ans[47], et je me suis gardé de la montrer, aussi longtemps que j’ai tenu quelque compte de la réputation d’auteur. Je me suis enfin senti le courage de la publier, mais je n’aurai jamais celui d’en rien dire. Ce n’est donc pas de ma pièce, mais de moi-même qu’il s’agit ici.

Il faut, malgré ma répugnance, que je parle de moi ; il faut que je convienne des torts que l’on m’attribue, ou que je m’en justifie. Les armes ne seront pas égales, je le sens bien ; car on l’attaquera avec des plaisanteries, et je ne me défendrai qu’avec des raisons : mais pourvu que je convainque mes adversaires, je me soucie très peu de les persuader ; en travaillant à mériter ma propre estime, j’ai appris à me passer de celle des autres, qui, pour la plupart, se passent bien de la mienne. Mais s’il m’importe guère qu’on pense bien ou mal de moi, il m’importe que personne n’ait droit d’en mal penser, et il importe à la vérité que j’ai soutenue, que son défenseur ne soit point accusé justement de ne lui avoir prêté son secours que par caprice ou par vanité. Sans l’aimer et sans la connaître.

Le parti que j’ai pris dans la question que j’examinais il y a quelques années, n’a pas manqué de me susciter une multitude d’adversaires[48] plus attentifs peut-être à l’intérêt des gens de lettres qu’à l’honneur de la littérature. Je l’avais prévu, et je m’étais bien douté que leur conduite en cette occasion prouverait en ma faveur plus que tous mes discours. En effet, ils n’ont déguisé ni leur surprise ni leur chagrin de ce qu’une académie s’était montrée intègre si mal à propos. Ils n’ont épargné contre elle ni les invectives indiscrètes, ni même les faussetés [49] pour tâcher d’affaiblir le poids de son jugement. Je n’ai pas non plus été oublié dans leurs déclamations. Plusieurs ont entrepris de me réfuter hautement : les sages ont pu voir avec quelle force, et le public avec quel succès ils l’ont fait.

D’autres plus adroits, connaissant le danger de combattre directement des vérités démontrées, ont habilement détourné sur ma personne une attention qu’il ne fallait donner qu’à mes raisons ; et l’examen des accusations qu’ils m’ont intentées a fait oublier les accusations plus graves que je leur intentais moi-même. C’est donc à ceux-ci qu’il faut répondre une fois. Ils prétendent que je ne pense pas un mot des vérités que j’ai soutenues, et qu’en démontrant une proposition je ne laissais pas de croire le contraire ; c’est-à-dire que j’ai prouvé des choses si extravagantes, qu’on peut affirmer que je n’ai pu les soutenir que par jeu. Voilà un bel honneur qu’ils font en cela à la science qui sert de fondement à toutes les autres ; et l’on doit croire que l’art de raisonner sert de beaucoup à la découverte de la vérité, quand on le voit employer avec succès à démontrer des folies.

Ils prétendent que je ne pense pas un mot des vérités que j’ai soutenues : c’est sans doute de leur part une manière nouvelle et commode de répondre à des arguments sans réponse, de réfuter les démonstrations même d’Euclide, et tout ce qu’il y a de démontré dans l’univers. Il me semble, à moi, que ceux qui m’accusent si témérairement de parler contre ma pensée ne se font pas eux-mêmes un grand scrupule de parler contre la leur : car ils n’ont assurément rien trouvé dans mes écrits ni dans ma conduite qui ait dû leur inspirer cette idée, comme je le prouverai bientôt ; et il ne leur est pas permis d’ignorer que, dès qu’un homme parle sérieusement, on doit penser qu’il croit ce qu’il dit, à moins que ses actions ou ses discours ne le démentent ; encore cela même ne suffit-il pas toujours pour s’assurer qu’il n’en croit rien.

Ils peuvent donc crier autant qu’il leur plaira qu’en me déclarant contre les sciences j’ai parlé contre mon sentiment : à une assertion aussi téméraire, dénuée également de preuve et de vraisemblance, je ne sais qu’une réponse ; elle est courte et énergique, et je les prie de se la tenir pour faite.

Ils prétendent encore que ma conduite est en contradiction avec mes principes, et il ne faut pas douter qu’ils n’emploient cette seconde instance à établir la première ; car il y a beaucoup de gens qui savent trouver des preuves à ce qui n’est pas. Ils diront donc qu’en faisant de la musique et des vers on a mauvaise grâce à déprimer les beaux-arts, et qu’il y a dans les belles-lettres, que j’affecte de mépriser, mille occupations plus louables que d’écrire des comédies. Il faut répondre aussi à cette accusation.

Premièrement, quand même on l’admettrait dans toute sa rigueur, je dis qu’elle prouverait que je me conduis mal, mais non que je ne parle pas de bonne foi. S’il était permis de tirer des actions des hommes la preuve de leurs sentiments, il faudrait dire que l’amour de la justice est banni de tous les coeurs, et qu’il n’y a pas un seul chrétien sur la terre. Qu’on me montre des hommes qui agissent toujours conséquemment à leurs maximes, et je passe condamnation sur les miennes. Tel est le sort de l’humanité ; la raison nous montre le but, et les passions nous en écartent. Quand il serait vrai que je n’agis pas selon mes principes, on n’aurait donc pas raison de m’accuser pour cela seul de parler contre mon sentiment, ni d’accuser mes principes de fausseté.

Mais si je voulais passer condamnation sur ce point, il me suffirait de comparer les temps pour concilier les choses. Je n’ai pas toujours eu le bonheur de penser comme je fais. Longtemps séduit par les préjugés de mon siècle, je prenais l’étude pour la seule occupation digne d’un sage, je ne regardais les sciences qu’avec respect, et les savants qu’avec admiration[50]. Je ne comprenais pas qu’on put s’égarer en démontrant toujours, ni mal faire en parlant toujours de sagesse. Ce n’est qu’après avoir vu les choses de près que j’ai appris à les estimer ce qu’elles valent ; et quoique dans mes recherches j’aie toujours trouvé satis eloquentiae, sapientiae parum, il m’a fallu bien des réflexions, bien des observations et bien du temps pour détruire en moi l’illusion de toute cette vaine pompe scientifique. Il n’est pas étonnant que, durant ces temps de préjugés et d’erreurs où j’estimais tant la qualité d’auteur, j’aie quelquefois aspiré à l’obtenir moi-même. C’est alors que furent composés les vers et la plupart des autres écrits qui sont sortis de ma plume, et entre autres cette petite comédie. Il y aurait peut-être de la dureté à me reprocher aujourd’hui ces amusements de ma jeunesse, et on aurait tort au moins de m’accuser d’avoir contredit en cela des principes qui n’étaient pas encore les miens. Il y a longtemps que je ne mets plus à toutes ces choses aucune espèce de prétention ; et hasarder de les donner au public dans ces circonstances après avoir eu la prudence de les garder si longtemps, c’est dire assez que je dédaigne également la louange et le blâme qui peuvent leur être dus ; car je ne pense plus comme l’auteur dont ils sont l’ouvrage. Ce sont des enfants illégitimes que l’on caresse encore avec plaisir en rougissant d’en être le père, à qui l’on fait ses derniers adieux, et qu’on envoie chercher fortune sans beaucoup s’embarrasser de ce qu’ils deviendront.

Mais c’est trop raisonner d’après des suppositions chimériques. Si l’on m’accuse sans raison de cultiver les lettres, que je méprise, je m’en défends sans nécessité ; car, quand le fait serait vrai, il n’y aurait en cela aucune inconséquence : c’est ce qui me reste à prouver.

Je suivrai pour cela, selon ma coutume, la méthode simple et facile qui convient à la vérité. J’établirai de nouveau l’état de la question, j’exposerai de nouveau mon sentiment ; et j’attendrai que sur cet exposé on veuille me montrer en quoi mes actions démentent mes discours. Mes adversaires, de leur côté, n’auront garde de demeurer sans réponse, eux qui possèdent l’art merveilleux de disputer pour et contre sur toutes sortes de sujets. Ils commenceront, selon leur coutume, par établir une autre question à leur fantaisie ; ils me la feront résoudre comme il leur conviendra ; pour m’attaquer plus commodément, ils me feront raisonner, non à ma manière, mais à la leur ; ils détourneront habilement les yeux du lecteur de l’objet essentiel, pour les fixer à droite et à gauche ; ils combattront un fantôme, et prétendront m’avoir vaincu : mais j’aurai fait ce que je dois faire ; et je commence.

I wrote this comedy at the age of eighteen[47], and I refrained from presenting it as long as I cared at all about my reputation as a writer. Finally, I felt the courage to publish it, but I would never have the courage to say anything about it. Therefore, what is at issue here is not so much my play as I myself.

Despite my aversion, I must speak of myself; I must either acknowledge the faults attributed to me or defend myself against them. The weapons at my disposal will not be equal, I am well aware of that—for they will attack me with jokes, while I can only defend myself with reasons. But so long as I succeed in convincing my opponents, I care very little whether they are persuaded or not. In striving to earn my own respect, I have learned to do without the respect of others, most of whom, after all, do just as well without mine. However, while it matters little to me what people think of me, it is essential that no one have the right to hold ill opinions of me. And for the truth I have defended, it is crucial that its champion not be unjustly accused of supporting it merely out of caprice or vanity—without truly believing in it.

The stance I took on the issue I was examining a few years ago undoubtedly attracted numerous opponents[48]—opponents who were perhaps more concerned with the interests of men of letters than with the honor of literature itself. I had anticipated this, and I fully expected that their behavior in this matter would prove my case better than any of my speeches could have done. Indeed, they did not conceal their surprise and disappointment at how an academy could have acted so indecently in such a matter. They spared neither indecent insults nor even false accusations[49] in their attempts to undermine the weight of its judgment. Nor was I forgotten in their outbursts; several people went so far as to publicly refute my views—and the wise could see with what vigor they did so, while the public witnessed their success at doing so.

Others, being more cunning and aware of the danger of directly confronting established truths, skillfully diverted attention away from my arguments and directed it toward myself; as a result, the examination of the accusations they leveled against me overshadowed the far more serious charges I had myself brought against them. It is therefore to these people that I must respond once and for all. They claim that I do not truly believe in the truths I have defended, and that by proving a particular proposition, I did not in fact imply its opposite; in other words, they say I have proven things so absurd that it seems impossible I could have seriously held them. What an honor they bestow upon science—that foundation upon which all other knowledge is built! And one must indeed acknowledge that the art of reasoning can be extremely useful in uncovering the truth, when seen at work successfully in proving something as ridiculous as this.

They claim that I do not believe a single word of the truths I have asserted; surely this is for them a novel and convenient way to respond to arguments that have no answer, to refute even Euclid’s demonstrations—and everything that has been proven in the universe. In my opinion, those who so audaciously accuse me of speaking against my own thoughts show no great scruples about speaking against their own: for surely they have not found anything in my writings or behavior that could have inspired such an idea in them, as I will soon prove; and it is certainly not permissible for them to ignore the fact that whenever a man speaks seriously, one must assume that he believes what he says—unless his actions or words prove otherwise; yet even this is not always sufficient to determine whether he truly believes it.

They may therefore cry out as much as they please, but by declaring myself against science, I have in fact spoken against my own feelings. In response to such a presumptuous assertion, which is also devoid of proof and likelihood, I know only one reply; it is short and emphatic, and I ask them to accept it as true.

They still claim that my actions are in contradiction with my principles, and there is no doubt that they use this second argument to establish the first one; for there are many people who know how to find evidence for things that do not exist. They will say that those who engage in music and poetry lack the proper respect for the fine arts, and that there are countless more worthy pursuits in literature than writing comedies. This accusation must also be addressed.

Firstly, even if one were to admit it in all its rigor, I claim that it would only prove that I behave improperly, but not that I do not speak out of good faith. If it were permissible to derive people’s actions as evidence of their true feelings, then it would have to be concluded that the love of justice is utterly absent from everyone’s heart—and that there isn’t a single Christian on earth. Show me men who always act in accordance with their own principles, and I will immediately condemn my own principles. Such is the fate of humanity: reason points us toward our goals, but passions drive us away from them. Even if it were true that I do not act according to my principles, there would still be no grounds for accusing me of speaking against my own feelings, nor for condemning those principles as false.

But if I were to wish to justify my position on this point, it would suffice for me to compare the times in order to reconcile things. I have not always been so fortunate as to think in the way I do now. For a long time, influenced by the prejudices of my century, I regarded scholarship as the only occupation worthy of a sage; I looked upon the sciences with respect and upon scholars with admiration[50]. I did not understand that one could err in constantly proving things, nor that one could do wrong in always speaking of wisdom. It was only after observing things up close that I learned to appreciate them for what they truly are. And although in my researches I always found more eloquence than wisdom, it took me much reflection, observation, and time to destroy within myself the illusion created by all this vain scientific pretense. It is not surprising that, during those times filled with prejudice and error when I held such high regard for the status of an author, I sometimes aspired to attain it myself. It was then that I composed the poems and most of the other writings that came from my pen, including this little comedy. Perhaps it would be harsh to reproach me today for these past amusements of my youth; and it would be wrong to accuse me of contradicting principles that were not yet mine at the time. Long ago, I ceased to attach any pretense to such things; and to dare present them to the public now, after having so carefully kept them hidden for so long, is enough to show that I despise both the praise and criticism they might deserve—for I no longer think in the way of the author who created them. They are like illegitimate children whom one still fondly caresses, though ashamed to admit paternity; ones to whom one bids a final farewell and sends off to seek their own fortunes, without giving much thought to what will become of them.

But to reason in this manner is based on fanciful assumptions. If I am accused without cause of cultivating letters—which I despise—then I need not defend myself at all; for even if the accusation were true, there would be no inconsistency in it: and that is precisely what remains to be proven.

In following this approach, I will, as is my custom, adopt a simple and straightforward method suited to the nature of truth. I will once again establish the facts of the matter and express my views; then I will await to see whether anyone will point out in what way my actions contradict my words. On their part, my opponents will surely not remain without a response—especially since they possess the remarkable ability to debate on all sorts of subjects. They will, as is their usual practice, begin by fabricating some other issue of their own devising; they will demand that I address it in their manner; and in order to attack me more effectively, they will try to make me reason not in my way but in theirs. They will skillfully distract the reader’s attention from the essential issues, leading them astray; they will fight against a phantom and claim to have defeated me—but I will have done exactly what was required of me. And now, I begin.

Ho scritto questa commedia all’età di diciotto anni[47], e mi sono astenuto dal mostrarla finché ho tenuto in considerazione la mia reputazione di autore. Alla fine ho trovato il coraggio di pubblicarla, ma non avrò mai il coraggio di dire nulla al riguardo. Quindi, qui non si tratta della mia commedia, ma di me stesso.

Devo, nonostante la mia ripugnanza, parlare di me stesso; devo ammettere gli errori che mi vengono attribuiti o difendermi da essi. Le armi con cui combatterò non saranno uguali: loro useranno battute e scherzi, mentre io mi difenderò soltanto con argomentazioni razionali. Ma purché riesca a convincere i miei avversari, non mi interessa affatto persuaderli ulteriormente; lavorando per meritare la mia stessa stima, ho imparato a fare a meno di quella degli altri, che, nella maggior parte dei casi, fanno benissimo a fare a meno della mia. Tuttavia, se non mi importa molto ciò che gli altri pensano di me, è fondamentale che nessuno abbia il diritto di pensar male di me; inoltre, per la verità che ho difeso, è essenziale che il suo difensore non venga accusato ingiustamente di averle prestato il proprio sostegno soltanto per capriccio o vanità. Senza amarla e senza conoscerla.

Le posizioni che ho assunto riguardo alla questione che stavo esaminando alcuni anni fa non hanno mancato di suscitare in me una moltitudine di avversari[48], forse più attenti agli interessi degli uomini di lettere che all’onore della letteratura stessa. Me l’aspettavo, e sapevo bene che il loro comportamento in quell’occasione avrebbe dimostrato a mio favore più di tutti i miei discorsi. Infatti, non hanno nascosto né la loro sorpresa né il loro rammarico per il fatto che un’accademia si fosse comportata in modo così inappropriato. Non hanno risparmiato né invettive indiscrete né menzogne[49] nel tentativo di indebolire l’autorità della sua valutazione. Nemmeno io sono stato dimenticato nelle loro dichiarazioni: molti si sono impegnati a confutarmi apertamente; i saggi hanno potuto constatare con quanta forza, e il pubblico con quale successo, lo abbiano fatto.

Altri, più abili e consapevoli del pericolo di contraddire direttamente verità dimostrate, hanno abilmente deviato l’attenzione su di me, quando invece essa avrebbe dovuto essere rivolta alle mie argomentazioni; inoltre, l’esame delle accuse che mi hanno mosso ha fatto dimenticare quelle ben più gravi che io stesso avevo loro rivolto. È quindi a questi ultimi che bisogna rispondere una volta per tutte. Sostengono che non creda affatto alle verità che ho difeso, e che, dimostrando un’affermazione, non abbia lasciato spazio al contrario; in altre parole, affermano che abbia provato cose così assurde da poter essere considerate frutto soltanto di scherzo. Che bel complimento rivolgono così alla scienza, che costituisce la base di tutte le altre conoscenze. E si deve credere che l’arte del ragionamento sia davvero utile nella scoperta della verità, quando si vede come venga utilizzata con successo anche per dimostrare assurdità.

Affermano che io non dica nemmeno una parola delle verità che ho sostenuto: probabilmente questo rappresenta per loro un modo nuovo e comodo per rispondere ad argomenti privi di risposta, per confutare persino le dimostrazioni di Euclide e tutto ciò che è stato dimostrato nell’universo. A mio parere, coloro che mi accusano così audacemente di parlare contro i miei pensieri non si preoccupano affatto di contraddire i propri: infatti, sicuramente non hanno trovato nei miei scritti o nel mio comportamento nulla che potesse ispirarli a questa idea, come dimostrerò presto; inoltre, non possono ignorare che, quando un uomo parla seriamente, si deve presumere che creda in ciò che dice, a meno che le sue azioni o i suoi discorsi non lo contraddicano; anche questo, tuttavia, non è sempre sufficiente per essere certi che egli non ci creda affatto.

Quindi possono gridare quanto vogliono, ma dichiarando che mi sono opposto alle scienze ho parlato contro i miei sentimenti: di fronte a un’affermazione così temeraria, priva sia di prove che di plausibilità, so rispondere solo in un modo; è breve ed energico, e li prego di considerarlo come tale.

Sostengono ancora che il mio comportamento sia in contraddizione con i miei principi, e non c’è dubbio che utilizzino questo secondo argomento per confermare il primo; infatti, ci sono molte persone capaci di trovare prove anche per ciò che non esiste. Diranno quindi che dedicarsi alla musica e alla poesia significhi mancare di rispetto per le belle arti, e che nelle lettere, che io affermo disprezzare, ci siano mille occupazioni molto più meritevoli che scrivere commedie. Anche a questa accusa bisogna rispondere.

In primo luogo, anche ammettendola nella sua intera rigore, direi che essa dimostrerebbe soltanto che mi comporto male, ma non che non parli a buona fede. Se fosse possibile trarre dalle azioni delle persone la prova dei loro sentimenti, si dovrebbe concludere che l’amore per la giustizia è bandito da tutti i cuori, e che non esista nemmeno un solo cristiano al mondo. Mostratemi degli uomini che agiscano sempre in modo coerente con le proprie massime, e io rinuncerò alle mie. Questo è il destino dell’umanità: la ragione ci indica la direzione da seguire, ma le passioni ci allontanano da essa. Anche se fosse vero che non agisco secondo i miei principi, non ci sarebbe motivo di accusarmi soltanto per questo di parlare contro i miei sentimenti, né di definire i miei principi falsi.

Ma se volessi giudicare severamente in questo senso, mi basterebbe confrontare i tempi per far quadrare le cose. Non ho sempre avuto la fortuna di pensare come faccio ora. A lungo sedotto dai pregiudizi del mio secolo, consideravo lo studio l’unica occupazione degna di un saggio; guardavo alle scienze con rispetto e ai saggi con ammirazione[50]. Non capivo che si potesse errare nel dimostrare sempre, né commettere errori nel parlare sempre di saggezza. Solo dopo aver osservato le cose da vicino ho imparato a valutarle per quello che realmente sono; e sebbene nelle mie ricerche abbia sempre trovato più eloquenza che sapienza, mi sono servito di molte riflessioni, osservazioni e tempo per distruggere in me l’illusione di tutta questa vana pompa scientifica. Non sorprende quindi che, in quei tempi di pregiudizi ed errori in cui stimavo molto la qualità di “autore”, a volte aspirassi anch’io ad ottenerla. Fu allora che composi i versi e la maggior parte degli altri scritti che sono usciti dalla mia penna, compresa questa piccola commedia. Forse sarebbe crudele rimproverarmi oggi per questi divertimenti della mia giovinezza; e sarebbe sbagliato accusarmi di aver contraddetto principi che all’epoca non erano ancora i miei. Da molto tempo non attribuisco più a queste cose alcuna importanza; e rischiare di presentarle al pubblico in queste circostanze, dopo aver avuto la prudenza di tenerle nascoste per tanto tempo, significa chiaramente che disprezzo sia l’elogio che il biasimo che potrebbero ricevere, perché non penso più come l’autore di cui sono l’opera. Sono come dei figli illegittimi: ancora coccolati con piacere, ma di cui ci si vergogna di essere i genitori; a cui si dice addio per l’ultima volta e che vengono mandati a cercare fortuna, senza preoccuparsi troppo di ciò che diventeranno.

Ma è troppo ragionare basandosi su supposizioni chimere. Se mi si accusa senza motivo di coltivare le lettere, che disprezzo, mi difendo senza alcuna necessità; perché, anche se ciò fosse vero, non ci sarebbe alcuna inconsequenza in questo: è proprio questo che devo ancora dimostrare.

Per farlo, seguirò, come al solito, il metodo semplice ed efficace che si addice alla verità. Stabilirò nuovamente la natura della questione, esporrò di nuovo le mie opinioni; e aspetterò che, sulla base di queste esposizioni, qualcuno mi mostri in cosa le mie azioni smentiscano le mie parole. I miei avversari, dal canto loro, non mancheranno certo di rispondere, essendo loro capaci dell’arte meravigliosa di discutere a favore o contro su ogni sorta di argomento. Cominceranno, come al solito, stabilendo un’altra questione a piacimento; mi faranno risolverla nel modo che più conviene a loro; per attaccarmi più agevolmente, mi faranno ragionare non secondo il mio metodo, ma secondo il loro; distoglieranno abilmente l’attenzione del lettore dall’argomento essenziale, guidandola in direzioni diverse; combatteranno contro un fantasma, e pretenderanno di avermi sconfitto. Ma io avrò fatto ciò che dovevo fare. E ora comincio.

« La science n’est bonne à rien, et ne fait jamais que du mal, car elle est mauvaise par sa nature. Elle n’est pas moins inséparable du vice que l’ignorance de la vertu. Tous les peuples lettrés ont toujours été corrompus, tous les peuples ignorants ont été vertueux : en un mot, il n’y a de vices que parmi les savants, ni d’homme vertueux que celui qui ne sait rien. Il y a donc un moyen pour nous de redevenir honnêtes gens ; c’est de nous hâter de proscrire la science et les savants, de brûler nos bibliothèques, fermer nos académies, nos collèges, nos universités, et de nous replonger dans toute la barbarie des premiers siècles. »

Voilà ce que mes adversaires ont très bien réfuté : aussi jamais n’ai-je dit ni pensé un seul mot de tout cela, et l’on ne saurait rien imaginer de plus opposé à mon système que cette absurde doctrine qu’ils ont la bonté de m’attribuer. Mais voici ce que j’ai dit, et qu’on n’a point réfuté.

Il s’agissait de savoir si le rétablissement des sciences et des arts a contribué à épurer nos mœurs.

En montrant, comme je l’ai fait, que nos mœurs ne se sont point épurées[51], la question était à peu près résolue.

Mais elle en renfermait implicitement une autre plus générale et plus importante, sur l’influence que la culture des sciences, doit avoir en toute occasion sur les mœurs des peuples. C’est celle-ci, dont la première n’est qu’une conséquence, que je me proposai d’examiner avec soin.

Je commençai par les faits, et je montrai que les mœurs ont dégénéré chez tous les peuples du monde à mesure que le goût de l’étude et des lettres s’est étendu parmi eux.

Ce n’était pas assez ; car, sans pouvoir nier que ces choses eussent toujours marché ensemble, on pouvait nier que l’une eût amené l’autre : je m’appliquai donc à montrer cette liaison nécessaire. Je fis voir que la source de nos erreurs sur ce point vient de ce que nous confondons nos vaines et trompeuses connaissances avec la souveraine intelligence qui voit d’un coup d’œil la vérité de toutes choses. La science prise d’une manière abstraite mérite toute notre admiration. La folle science des hommes n’est digne que de risée et de mépris.

Le goût des lettres annonce toujours chez un peuple un commencement de corruption qu’il accélère très promptement. Car ce goût ne peut naître ainsi dans toute une nation que de deux mauvaises sources que l’étude entretient et grossit à son tour ; savoir, l’oisiveté, et le désir de se distinguer. Dans un état bien constitué, chaque citoyen a ses devoirs à remplir ; et ces soins importants lui sont trop chers pour lui laisser le loisir de vaquer à de frivoles spéculations. Dans un état bien constitué, tous les citoyens sont si bien égaux, que nul ne peut être préféré aux autres comme le plus savant ni même comme le plus habile, mais tout au plus comme le meilleur : encore cette dernière distinction est-elle souvent dangereuse ; car elle fait des fourbes et des hypocrites.

Le goût des lettres, qui naît du désir de se distinguer, produit nécessairement des maux infiniment plus dangereux que tout le bien qu’elles font n’est utile ; c’est de rendre à la fin ceux qui s’y livrent très peu scrupuleux sur les moyens de réussir. Les premiers philosophes se firent une grande réputation en enseignant aux hommes la pratique de leurs devoirs et les principes de la vertu. Mais bientôt, ces préceptes étant devenus communs, il fallut se distinguer en frayant des routes contraires. Telle est l’origine des systèmes absurdes des Leucippe, des Diogène, des Pyrrhon, des Protagore, des Lucrèce. Les Hobbes, les Mandeville, et mille autres, ont affecté de se distinguer de même parmi nous ; et leur dangereuse doctrine a tellement fructifié, que, quoiqu’il nous reste de vrais philosophes ardents à rappeler dans nos cœurs les lois de l’humanité et de la vertu, on est épouvanté de voir jusqu’à quel point notre siècle raisonneur a poussé dans ses maximes le mépris des devoirs de l’homme et du citoyen.

Le goût des lettres, de la philosophie et des beaux-arts anéantit l’amour de nos premiers devoirs et de la véritable gloire. Quand une fois les talents ont envahi les honneurs dus à la vertu, chacun veut être un homme agréable, et nul ne se soucie d’être homme de bien. De là naît encore cette autre inconséquence, qu’on ne récompense dans les hommes que les qualités qui ne dépendent pas d’eux : car nos talents naissent avec nous, nos vertus seules nous appartiennent.

Les premiers et presque les uniques soins qu’on donne à notre éducation sont les fruits et les semences de ces ridicules préjugés. C’est pour nous enseigner les lettres qu’on tourmente notre misérable jeunesse : nous savons toutes les règles de la grammaire avant que d’avoir ouï parler des devoirs de l’homme, nous savons tout ce qui s’est fait jusqu’à présent avant qu’on ait dit un mot de ce que nous devons faire ; et, pourvu qu’on exerce notre babil, personne ne se soucie que nous sachions agir ni penser. En un mot, il n’est prescrit d’être savant que dans les choses qui ne peuvent nous servir de rien ; et nos enfants sont précisément élevés comme les anciens athlètes des jeux publics, qui, destinant leurs membres robustes à un exercice inutile et superflu, se gardaient de les employer jamais à aucun travail profitable.

Le goût des lettres, de la philosophie et des beaux-arts amollit les corps et les âmes. Le travail du cabinet rend les hommes délicats, affaiblit leur tempérament ; et l’âme garde difficilement sa vigueur quand le corps a perdu la sienne. L’étude use la machine, épuise les esprits, détruit la force, énerve le courage ; et cela seul montre assez qu’elle n’est pas faite pour nous : c’est ainsi qu’on devient lâche et pusillanime, incapable de résister également à la peine et aux passions. Chacun sait combien les habitants des villes sont peu propres à soutenir les travaux de la guerre, et l’on n’ignore pas quelle est la réputation des gens de lettres en fait de bravoure[52]. Or rien n’est plus justement suspect que l’honneur d’un poltron.

Tant de réflexions sur la faiblesse de notre nature ne servent souvent qu’à nous détourner des entreprises généreuses. À force de méditer sur les misères de l’humanité, notre imagination nous accable de leur poids, et trop de prévoyance nous ôte le courage en nous ôtant la sécurité. C’est bien en vain que nous prétendons nous munir contre les accidents imprévus, « Si la science, essayant de nous armer de nouvelles défenses contre les inconvénients naturels, nous a plus imprimé en la fantaisie leur grandeur et leur poids, qu’elle n’a ses raisons et vaines subtilités à nous en couvrir[53]. »

Le goût de la philosophie relâche tous les liens d’estime et de bienveillance qui attachent les hommes à la société, et c’est peut-être le plus dangereux des maux qu’elle engendre. Le charme de l’étude rend bientôt insipide tout autre attachement. De plus, à force de réfléchir sur l’humanité, à force d’observer les hommes, le philosophe apprend à les apprécier selon leur valeur ; et il est difficile d’avoir bien de l’affection pour ce qu’on méprise. Bientôt il réunit en sa personne tout l’intérêt que les hommes vertueux partagent avec leurs semblables : son mépris pour les autres tourne au profit de son orgueil : son amour-propre augmente en même proportion que son indifférence pour le reste de l’univers. La famille, la patrie deviennent pour lui des mots vides de sens : il n’est ni parent, ni citoyen, ni homme ; il est philosophe.

En même temps que la culture des sciences retire en quelque sorte de la presse le cœur du philosophe, elle y engage en un autre sens celui de l’homme de lettres, et toujours avec un égal préjudice pour la vertu. Tout homme qui s’occupe des talents agréables veut plaire, être admiré, et il veut être admiré plus qu’un autre ; les applaudissements publics appartiennent à lui seul : je dirais qu’il fait tout pour les obtenir, s’il ne faisait encore plus pour en priver ses concurrents. De là naissent, d’un côté, les raffinements du goût et de la politesse, vile et basse flatterie, soins séducteurs, insidieux, puérils, qui, à la longue, rapetissent l’âme et corrompent le cœur ; et, de l’autre, les jalousies, les rivalités, les haines d’artistes si renommées, la perfide calomnie, la fourberie, la trahison, et tout ce que le vice a de plus lâche et de plus odieux. Si le philosophe méprise les hommes, l’artiste s’en fait bientôt mépriser, et tous deux concourent enfin à les rendre méprisables.

“Science is good for nothing and only brings harm; it is inherently evil. It is just as inseparable from vice as ignorance is from virtue. All educated peoples have always been corrupt; all ignorant peoples have always been virtuous. In short, vices exist only among the learned, and there are no virtuous people except those who know nothing. Therefore, there is a way for us to become honest people again: we must quickly ban science and scholars, burn our libraries, close our academies, colleges, and universities, and return to the barbarity of the early centuries.”

This is precisely what my opponents have refuted quite effectively: I have never said or thought a single word of all this, and one could not imagine anything more contrary to my system than this absurd doctrine that they have the kindness to attribute to me. But here are the words I actually spoke, and which have not been refuted.

The question was whether the revival of science and the arts had helped to purify our morals.

By showing, as I did, that our morals had not been purified[51], the issue was more or less resolved.

But it implicitly contained another, more general and more important idea: namely, the influence that the culture of science must have, at all times, on the morals of peoples. It was this latter idea that I intended to examine carefully, since the former was merely a consequence of it.

I began with the facts and showed that as the taste for study and literature spread among all peoples of the world, their morals had degenerated.

That was not enough; for, although one could not deny that these things always occurred together, it was still possible to deny that one of them necessarily led to the other. Therefore, I set out to demonstrate this necessary connection. I showed that the source of our errors on this matter lies in our confusion of our vain and deceptive knowledge with the supreme intelligence that can perceive the truth of all things at a glance. Science, when considered in an abstract manner, deserves all our admiration; but the foolish science of mankind is worthy only of ridicule and contempt.

The taste for letters always indicates in a people the beginning of a process of corruption that is rapidly accelerated. For such a taste can arise within an entire nation only from two harmful sources, which study itself feeds and exacerbates: knowledge and idleness, along with the desire to distinguish oneself above others. In a well-ordered society, every citizen has their duties to fulfill; these important responsibilities are too precious for them to allow themselves the leisure to engage in frivolous pursuits. In such a society, all citizens are so equally positioned that none can be preferred to others on the grounds of being more knowledgeable or more skilled—at most, on the basis of being better. Yet even this last distinction is often dangerous, for it gives rise to tricksters and hypocrites.

The taste for letters, which arises from the desire to distinguish oneself, necessarily gives rise to evils that are infinitely more dangerous than any good that such pursuits may bring; ultimately, it leads those who indulge in them to become utterly devoid of scruples regarding the means necessary to achieve their goals. The earliest philosophers gained great renown by teaching people how to fulfill their duties and understanding the principles of virtue. But soon, as these teachings became commonplace, it became necessary to distinguish oneself by pursuing opposing paths. Such was the origin of the absurd systems propounded by Leucippus, Diogenes, Pyrrhon, Protagoras, and Lucretius. Hobbes, Mandeville, and countless others have similarly sought to distinguish themselves among us; their dangerous doctrines have flourished so greatly that, despite the existence of true philosophers who are still eager to remind us of the laws of humanity and virtue, we are horrified by the extent to which our rationalist era has encouraged disregard for the duties of man and citizen.

The taste for letters, philosophy, and the fine arts destroys our love for our primary duties and true glory. Once talents usurp the honors that should belong to virtue, everyone seeks to be an agreeable person, and no one cares to be a good person. From this arises yet another inconsistency: in society, people are rewarded only for qualities that do not depend on them; after all, our talents are innate, while only our virtues truly belong to us.

The very first and almost the only attention paid to our education consists of the fruits and seeds of these ridiculous prejudices. It is for the sake of teaching us literature that our miserable youth is tormented: we learn all the rules of grammar before we are even told about the duties of a human being; we know everything that has happened in the past before we hear a single word about what we ought to do now; and so long as we keep babbling on, no one cares whether we know how to act or think. In short, it is only required that we be knowledgeable in matters that are of no practical use to us at all; and our children are precisely raised in the same way as the ancient athletes in public games—whose strong bodies were trained for useless and excessive exercise, yet were never put to any useful work.

The pursuit of letters, philosophy, and the arts softens both body and soul. Sedentary work makes men delicate and weakens their temperament; and it is difficult for the soul to retain its vigor when the body has lost its strength. Study exhausts the body, wears out the mind, destroys physical strength, and undermines courage—these facts alone are sufficient to prove that study is not meant for us. In this way, one becomes weak and cowardly, unable to endure either hardship or passion with equal resolve. Everyone knows how poorly city dwellers are suited for military service, and it is well known what reputation men of letters have in terms of bravery[52]. Yet nothing is more suspect than the honor of a coward.

So many reflections on the weakness of our nature often serve merely to deter us from undertaking generous actions. By dwelling too much on the miseries of humanity, our imagination burdens us with their weight, and excessive caution robs us of courage by stripping us of security. In vain do we attempt to prepare ourselves for unforeseen accidents; “For if science, in its efforts to equip us with new defenses against natural inconveniences, has only served to impress upon our imagination the magnitude and severity of these dangers, it has failed to provide us with any real reasons or effective means to protect ourselves[53].”

The taste for philosophy loosens all the bonds of esteem and goodwill that bind men to society, and perhaps this is the most dangerous evil it engenders. The allure of intellectual pursuit soon renders all other forms of attachment insipid. Moreover, by constantly reflecting on humanity and observing people, the philosopher learns to appreciate them according to their true worth; and it is difficult to feel deep affection for what one despises. Soon, he brings upon himself all the interests that virtuous men share with their fellow beings: his contempt for others ultimately serves to fuel his pride; his self-love grows in direct proportion to his indifference toward the rest of the world. Family and country become empty terms for him—he is neither related nor a citizen, nor even a human being; he is merely a philosopher.

At the same time as the cultivation of the sciences in some way removes the “heart of philosophy” from the press, it introduces there, in another sense, the “heart of the literati”—and once again, this has an equally detrimental effect on virtue. Any person who cultivates what is pleasing to others desires to please and be admired, and they desire to be admired more than others; public acclaim belongs solely to them. One might say that they do everything possible to obtain it—except perhaps even more to deprive their competitors of it. From this arise, on one hand, the refinements of taste and manners: vile and base flattery, seductive and insidious attentions, and other childish tactics that, in the long run, shrink the soul and corrupt the heart; and on the other hand, jealousy, rivalry, and the hatreds inherent among such renowned artists, as well as perfidious slander, deceit, betrayal, and all that vice has of most despicable and abhorrent. If the philosopher despises men, the artist soon makes them despised as well—and together, they work to render men utterly contemptible.

“La scienza non è utile a nulla e non fa altro che del male, poiché per sua natura è malvagia. Non è meno inseparabile dal vizio di quanto l’ignoranza lo sia dalla virtù. Tutti i popoli colti sono sempre stati corrotti; tutti i popoli ignoranti sono stati virtuosi: in altre parole, i vizi esistono soltanto tra gli studiosi, e non esiste uomo virtuoso se non colui che non sa nulla. Esiste quindi un modo per tornare ad essere persone oneste: è quello di proibire immediatamente la scienza e gli studiosi, bruciare le nostre biblioteche, chiudere le nostre accademie, i nostri collegi, le nostre università, e ritornare alla barbarie dei primi secoli.”

Ecco ciò che i miei avversari hanno confutato molto bene: pertanto non ho mai detto né pensato una sola parola al riguardo, e non si potrebbe immaginare nulla di più contrario al mio sistema di questa assurda dottrina che hanno la gentilezza di attribuirmi. Ma ecco ciò che ho effettivamente detto, e che non è stato confutato.

Si trattava di capire se il ripristino delle scienze e delle arti avesse contribuito a purificare i nostri costumi.

Dimostrando, come ho fatto, che i nostri costumi non si sono affatto purificati[51], la questione era praticamente risolta.

Ma essa conteneva implicitamente un’altra considerazione ancora più generale e importante: riguardo all’influenza che la cultura scientifica deve esercitare, in ogni occasione, sulle abitudini dei popoli. È proprio questa seconda considerazione, di cui la prima non è che una conseguenza, che ho intenzione di esaminare con attenzione.

Iniziai dai fatti e dimostrai che i costumi di tutti i popoli del mondo si sono degenerati man mano che il gusto per lo studio e la letteratura si è diffuso tra di loro.

Non era sufficiente; poiché, sebbene non si potesse negare che queste cose fossero sempre andate di pari passo, si poteva negare che una di esse avesse causato l’altra: pertanto mi dedicai a dimostrare questa necessaria connessione. Dimostrai che la fonte dei nostri errori in questo campo deriva dal fatto che confondiamo le nostre conoscenze vane e ingannevoli con l’intelligenza suprema che, con un solo sguardo, comprende la verità di tutte le cose. La scienza, considerata in modo astratto, merita tutta la nostra ammirazione; mentre la sciocca scienza umana è degna soltanto di risa e disprezzo.

Il gusto per le lettere annuncia sempre, in un popolo, l’inizio di una corruzione che viene rapidamente accelerata. Infatti, tale gusto può nascere in una nazione intera soltanto da due fonti negative: lo studio stesso, che lo alimenta e lo amplia ulteriormente; e l’ozio, nonché il desiderio di distinguersi dagli altri. In uno stato ben organizzato, ogni cittadino ha i propri doveri da compiere; e questi impegni importanti sono troppo preziosi per permettergli di dedicarsi a speculazioni frivole. In uno stato ben organizzato, tutti i cittadini sono così uguali che nessuno può essere preferito agli altri in base alla propria erudizione o abilità, ma al massimo in base alle proprie qualità morali; tuttavia anche questa distinzione è spesso pericolosa, poiché può generare individui astuti e ipocriti.

Il gusto per le lettere, che nasce dal desiderio di distinguersi, produce inevitabilmente mali infinitamente più pericolosi di tutto il bene che esse possano apportare; in definitiva, spinge coloro che vi si dedicano a diventare molto poco scrupolosi nei mezzi per raggiungere i propri scopi. I primi filosofi si guadagnarono una grande reputazione insegnando agli uomini la pratica dei loro doveri e i principi della virtù. Ma ben presto, poiché questi precetti divennero comuni, fu necessario distinguersi attraverso idee contrarie. Ecco l’origine dei sistemi assurdi di Leucippo, Diogene, Pirrone, Protagora, Lucrizio. Hobbes, Mandeville e mille altri hanno cercato allo stesso modo di distinguersi tra di noi; e la loro pericolosa dottrina ha avuto tali conseguenze che, nonostante ci siano ancora veri filosofi desiderosi di ricordare nei nostri cuori le leggi dell’umanità e della virtù, siamo spaventati nel vedere fino a che punto il nostro secolo razionale abbia portato alle estreme le idee di disprezzo per i doveri dell’uomo e del cittadino.

Il gusto per la letteratura, la filosofia e le belle arti distrugge l’amore per i nostri primi doveri e per la vera gloria. Quando i talenti prendono il posto degli onori dovuti alla virtù, tutti desiderano essere persone piacevoli, e nessuno si preoccupa di essere una persona buona. Da ciò deriva un’altra conseguenza assurda: nelle persone vengono ricompensate soltanto quelle qualità che non dipendono da loro; infatti i nostri talenti nascono con noi, mentre solo le nostre virtù ci appartengono veramente.

I primi e quasi unici sforzi compiuti per la nostra educazione sono frutto di questi ridicoli pregiudizi. È proprio per insegnarci le lettere che si tormenta la nostra misera giovinezza: conosciamo tutte le regole della grammatica prima ancora di aver sentito parlare dei doveri dell’uomo; sappiamo tutto ciò che è accaduto fino ad oggi senza che nessuno ci abbia mai detto cosa dovremmo fare. E, purché continuiamo a “balbettare”, a nessuno importa se sappiamo agire o pensare. In altre parole, si considera giusto essere eruditi soltanto in cose che non possono esserci di alcuna utilità; i nostri bambini vengono educati proprio come gli antichi atleti dei giochi pubblici: i loro corpi robusti venivano addestrati a esercizi inutili e superflui, senza mai essere messi al servizio di un lavoro realmente utile.

Il gusto per le lettere, la filosofia e le belle arti ammorbidisce i corpi e le anime. Il lavoro sedentario rende gli uomini delicati, indebolisce il loro temperamento; e l’anima fatica a mantenere la sua forza quando il corpo ha perso la propria. Lo studio logora il fisico, esaurisce lo spirito, distrugge la forza e indebolisce il coraggio; ed è proprio questo che dimostra chiaramente come esso non sia fatto per noi: in questo modo si diventa deboli e pusillanimi, incapaci di resistere sia al dolore che alle passioni. Ognuno sa quanto gli abitanti delle città siano poco adatti a sopportare le fatiche della guerra, e non si ignora quale sia la reputazione delle persone di lettere in termini di coraggio[52]. Eppure nulla è più sospetto dell’onore di un codardo.

Tante riflessioni sulla debolezza della nostra natura finiscono spesso per allontanarci da imprese generose. Meditando troppo sulle miserie dell’umanità, la nostra immaginazione ci sovraccarica del loro peso, e una previdenza eccessiva ci priva del coraggio, togliendoci anche la sicurezza. È inutile cercare di prepararci agli imprevisti: “Se la scienza, nel tentativo di fornirci nuove difese contro gli inconvenienti naturali, non fa che rafforzare nella nostra fantasia l’immagine della loro gravità e del loro peso, piuttosto che offrirci ragioni valide e soluzioni efficaci per affrontarli[53].”

Il gusto per la filosofia scioglie tutti i legami di stima e benevolenza che uniscono gli uomini alla società, ed è forse il male più pericoloso che essa genera. Il fascino dello studio rende presto insipido qualsiasi altro legame umano. Inoltre, riflettendo costantemente sull’umanità e osservando gli uomini, il filosofo impara ad apprezzarli in base al loro valore; ed è difficile provare vera affetto per ciò che si disprezza. Presto, nella sua persona, si riunisce tutto l’interesse che gli uomini virtuosi condividono tra loro: il suo disprezzo per gli altri finisce per alimentare il suo orgoglio; il suo amor proprio cresce proporzionalmente alla sua indifferenza verso il resto dell’universo. Famiglia e patria diventano per lui parole prive di significato: non è né parente, né cittadino, né uomo. È soltanto un filosofo.

Nello stesso momento in cui la cultura delle scienze, in qualche modo, toglie alla stampa il ruolo centrale che un tempo aveva per il filosofo, essa ne attribuisce uno analogo allo scrittore, con lo stesso danno per la virtù. Chiunque si dedichi alle arti del piacere desidera piacere, essere ammirato, e vuole essere ammirato più di chiunque altro; gli applausi del pubblico appartengono esclusivamente a lui: direi che fa di tutto per ottenerli, se non facesse anche di più per privarne i suoi concorrenti. Da questo derivano, da un lato, le raffinatezze del gusto e della cortesia, forme vili e meschine di adulazione, attenzioni seducenti, insidiose e infantili che, col tempo, restringono l’anima e corrompono il cuore; dall’altro lato, gelosie, rivalità, odii tra artisti di fama, calunnie perfide, inganni, tradimenti, e tutto ciò che il vizio ha di più spregevole e odioso. Se il filosofo disprezza gli uomini, l’artista finisce presto per essere disprezzato a sua volta; entrambi, in definitiva, contribuiscono a renderli degni di disprezzo.

Il y a plus, et de toutes les vérités que j’ai proposées à la considération des sages, voici la plus étonnante et la plus cruelle. Nos écrivains regardent tous comme le chef-d’œuvre de la politique de notre siècle les sciences, les arts, le luxe, le commerce, les lois, et les autres liens qui, resserrant entre les hommes les nœuds de la société[54] par l’intérêt personnel, les mettent tous dans une dépendance mutuelle, leur donnent des besoins réciproques et des intérêts communs, et obligent chacun d’eux de concourir au bonheur des autres pour pouvoir faire le sien. Ces idées sont belles, sans doute, et présentées sous un jour favorable ; mais, en les examinant arec attention et sans partialité on trouve beaucoup à rabattre des avantages qu’elles semblent présenter d’abord.

C’est donc une chose bien merveilleuse que d’avoir mis les hommes dans l’impossibilité de vivre entre eux sans se prévenir, se supplanter, se tromper, se trahir, se détruire mutuellement ! Il faut désormais se garder de nous laisser jamais voir tels que nous sommes : car pour deux hommes dont les intérêts s’accordent, cent mille peut-être leur sont opposés, et il n’y a d’autre moyen, pour réussir, que de tromper ou perdre tous ces gens-là. Voilà la source funeste des violences, des trahisons, des perfidies et de toutes les horreurs qu’exige nécessairement un état de choses où chacun, feignant de travaillera la fortune ou à la réputation des autres, ne cherche qu’à élever la sienne au-dessus d’eux et à leurs dépens.

Qu’avons-nous gagné à cela ? Beaucoup de babil, des riches et des raisonneurs, c’est-à-dire des ennemis de la vertu et du sens commun. En revanche nous avons perdu l’innocence et les mœurs. La foule rampe dans la misère ; tous sont les esclaves du vice. Les crimes non commis sont déjà dans le fond des cœurs, et il ne manque à leur exécution que l’assurance de l’impunité.

Étrange et funeste constitution, où les richesses accumulées facilitent toujours les moyens d’en accumuler de plus grandes et où il est impossible à celui qui n’a rien d’acquérir quelque chose, où l’homme de bien n’a nul moyen de sortir de la misère, où les plus fripons sont les plus honorés, et où il faut nécessairement renoncer à la vertu pour devenir un honnête homme ! Je sais que les déclamateurs ont dit cent fois tout cela ; mais ils le disaient en déclamant, et moi je le dis sur des raisons : ils ont aperçu le mal, et moi j’en découvre les causes ; et je fais voir surtout une chose très consolante et très utile, en montrant que tous ces vices n’appartiennent pas tant à l’homme, qu’à l’homme mal gouverné[55].

Telles sont les vérités que j’ai développées et que j’ai tâché de prouver dans les divers écrits que j’ai publiés sur cette matière. Voici maintenant les conclusions que j’en ai tirées.

La science n’est point faite pour l’homme en général. Il s’égare sans cesse dans sa recherche ; et s’il l’obtient quelquefois, ce n’est presque jamais qu’à son préjudice. Il est né pour agir et penser, et non pour réfléchir. La réflexion ne sert qu’à le rendre malheureux, sans le rendre meilleur ni plus sage : elle lui fait regretter les biens passés, et l’empêche de jouir du présent : elle lui présente l’avenir heureux pour le séduire par l’imagination, et le tourmenter par les désirs, et l’avenir malheureux, pour le lui faire sentir d’avance. L’étude corrompt ses mœurs, altère sa santé, détruit son tempérament, et gâte souvent sa raison : si elle lui apprenait quelque chose, je le trouverais encore fort mal dédommagé.

J’avoue qu’il y a quelques génies sublimes qui savent pénétrer à travers les voiles dont la vérité s’enveloppe, quelques âmes privilégiées, capables de résister à la bêtise de la vanité, à la basse jalousie et aux autres passions qu’engendre le goût des lettres. Le petit nombre de ceux qui ont le bonheur de réunir ces qualités est la lumière et l’honneur du génie humain ; c’est à eux seuls qu’il convient, pour le bien de tous, de s’exercer à l’étude, et cette exception même confirme la règle : car si tous les hommes étaient des Socrates, la science alors ne leur serait pas nuisible, mais ils n’auraient aucun besoin d’elle.

Tout peuple qui a des mœurs, et qui par conséquent respecte ses lois, et ne veut point raffiner sur ses anciens usages, doit se garantir avec soin des sciences, et surtout des savants, dont les maximes sentencieuses et dogmatiques lui appendraient bientôt à mépriser ses usages et ses lois ; ce qu’une nation ne peut jamais faire sans se corrompre. Le moindre changement dans les coutumes, fût-il même avantageux à certains égards, tourne toujours au préjudice des moeurs. Car les coutumes sont la morale du peuple ; et dès qu’il cesse de les respecter, il n’a plus de règle que ses passions, ni de frein que les lois, qui peuvent quelquefois contenir les méchants, mais jamais les rendre bons. D’ailleurs quand la philosophie a une fois appris au peuple à mépriser ses coutumes, il trouve bientôt le secret d’éluder ses lois. Je dis donc qu’il en est des mœurs d’un peuple comme de l’honneur d’un homme ; c’est un trésor qu’il faut conserver, mais qu’on ne recouvre plus quand ou l’a perdu[56].

Mais quand un peuple est une fois corrompu à un certain point, soit que les sciences y aient contribué ou non, faut-il les bannir ou l’en préserver pour le rendre meilleur, ou pour l’empêcher de devenir pire ? C’est une autre question dans laquelle je me suis positivement déclaré pour la négative. Car premièrement, puisqu’un peuple vicieux ne revient jamais à la vertu, il ne s’agit pas de rendre bons ceux qui ne le sont plus, mais de conserver tels ceux qui ont le bonheur de l’être. En second lieu, les mêmes causes qui ont corrompu les peuples servent quelquefois à prévenir une plus grande corruption : c’est ainsi que celui qui s’est gâté le tempérament par un usage indiscret de la médecine, est forcé de recourir encore aux médecins pour se conserver en vie. Et c’est ainsi que les arts et les sciences après avoir fait éclore les vices, sont nécessaires pour les empêcher de se tourner en crimes ; elles les couvrent au moins d’un vernis qui ne permet pas au poison de s’exhaler aussi librement : elles détruisent la vertu, mais elles en laissent le simulacre public[57], qui est toujours une belle chose : elles introduisent à sa place la politesse et les bienséances ; et à la crainte de paraître méchant elles substituent celle de paraître ridicule.

Mon avis est donc, et je l’ai déjà dit plus d’une fois, de laisser subsister et même d’entretenir avec soin les académies, les collèges, les universités, les bibliothèques, les spectacles, et tous les autres amusements qui peuvent faire quelque diversion à la méchanceté des hommes, et les empêcher d’occuper leur oisiveté à des choses plus dangereuses. Car, dans une contrée où il ne serait plus question d’honnêtes gens ni de bonnes mœurs, il vaudrait encore mieux vivre avec des fripons qu’avec des brigands.

Je demande maintenant où est la contradiction de cultiver moi-même des goûts dont j’approuve le progrès. Il ne s’agit plus de porter les peuples à bien faire, il faut seulement les distraire de faire le mal ; il faut les occuper à des niaiseries pour les détourner des mauvaises actions ; il faut les amuser au lieu de les prêcher. Si mes écrits ont édifié le petit nombre des bons, je leur ai fait tout le bien qui dépendait de moi ; et c’est peut-être les servir utilement encore que d’offrir aux autres des objets de distraction qui les empêchent de songer à eux. Je m’estimerais trop heureux d’avoir tous les jours une pièce à faire siffler, si je pouvais à ce prix contenir pendant deux heures les mauvais desseins d’un seul des spectateurs, et sauver l’honneur de la fille ou de la femme de son ami, le secret de son confident, ou la fortune de son créancier. Lorsqu’il n’y a plus de mœurs, il ne faut songer qu’à la police ; et l’on sait assez que la musique et les spectacles en sont un des plus importants objets.

There is more to it. Of all the truths I have presented for the consideration of the wise, this one is the most astonishing and the most cruel. Our writers regard science, the arts, luxury, commerce, laws, and all those other institutions that, by binding men together through personal interests, create mutual dependence, give rise to reciprocal needs and common interests, and compel each individual to strive for the happiness of others in order to achieve his own, as the masterpieces of politics in our century. These ideas are undoubtedly beautiful and presented in a favorable light; but upon closer and impartial examination, one finds much to question about the advantages they seemingly possess at first glance.

It is indeed a most wonderful thing that men have been rendered incapable of living together without warning each other, competing with one another, deceiving one another, betraying one another, and destroying one another! We must now always take care not to let others see us as we really are; for for two people whose interests coincide, perhaps a hundred thousand others have opposing interests, and there is no other way to succeed but to deceive or defeat all those people. This is the source of all violence, betrayal, perfidy, and all the horrors that inevitably arise from a system in which everyone, while pretending to work for the fortune or reputation of others, actually seeks only to elevate their own position at their expense.

What have we gained from this? Much empty talk, as well as wealthy and rational people—that is to say, enemies of virtue and common sense. In contrast, we have lost innocence and good morals. The masses grovel in misery; everyone has become a slave to vice. Crimes that have not yet been committed already exist in people’s hearts, and all that is needed for them to be carried out is the assurance of impunity.

What a strange and terrible constitution it is—where accumulated wealth always makes it easier to acquire even more; where those who have nothing at all are unable to gain anything; where good people have no means of escaping poverty; where the most dishonest are the most honored; and where one must inevitably abandon virtue in order to be considered an honest person! I know that orators have said all this a hundred times before; but they said it while delivering speeches, whereas I say it based on reason. They saw the evil; I reveal its causes. And what is particularly comforting and useful in my view is that all these vices do not truly belong to man, but rather to a man who is poorly governed[55].

These are the truths that I have developed and sought to prove in the various writings I have published on this subject. Now, here are the conclusions I have drawn from them.

Science is not intended for mankind in general. Man constantly strays in his pursuit of it; and when he occasionally succeeds in obtaining it, it is almost always at his own expense. He was born to act and think, not to indulge in reflection. Reflection only brings him unhappiness—without making him better or wiser. It makes him regret past blessings and prevents him from enjoying the present. It presents a happy future to tempt him with imagination and torment him with desires, as well as a miserable future to make him aware of in advance. Study corrupts his morals, harms his health, destroys his temperament, and often undermines his reason. Even if it taught him something, I would still consider the gain far from sufficient to compensate for the losses it brings.

I admit that there are a few supreme geniuses who know how to penetrate through the veils that envelop truth; some privileged souls capable of resisting the stupidity of vanity, the baselessness of jealousy, and all those other passions born of a passion for literature. The small number of people who possess these qualities constitute the glory and honor of human genius. It is only they who, for the good of all, should devote themselves to study. And yet this very exception confirms the rule: for if everyone were a Socrates, knowledge would not be harmful to them; on the contrary, they would have no need for it at all.

Any people who possess certain customs and therefore respect their own laws, and who are unwilling to alter their traditional practices, must take great care to protect themselves against the influence of science—and especially of scholars. The prescriptive and dogmatic teachings of such scholars could quickly lead them to despise their own customs and laws; something that a nation can never afford to do without ruining itself. Even the slightest change in traditions, though beneficial in some respects, always ends up harming moral values. For traditions are the very morality of a people; and once they cease to be respected, a society has no rules other than its passions, and no restraint other than laws—laws that may sometimes restrain the wicked, but can never make them good. Moreover, once philosophy has taught a people to despise their own traditions, it is not long before they discover ways to circumvent those very laws. I therefore say that the customs of a people are just like the honor of an individual: they are treasures that must be preserved, but which cannot be regained once lost[56].

But when a people has once been corrupted to a certain extent, whether through the influence of science or otherwise, should such sciences be banned, or should they be preserved in order to improve that people or to prevent them from becoming even worse? That is another question on which I have taken a negative stance. For firstly, since a corrupt people can never return to virtue, it is not a matter of making those who are no longer virtuous become good, but rather of preserving those who are fortunate enough to still be virtuous. Secondly, the very causes that led to the corruption of certain peoples sometimes serve to prevent even greater degeneration: for instance, someone whose temperament has been damaged by improper use of medicine is forced to rely on doctors again in order to stay alive. Similarly, arts and sciences, after giving rise to vices, are necessary to prevent those vices from turning into crimes; they at least provide a sort of veneer that prevents the poison of evil from being openly expressed. They destroy virtue, but they leave behind its public appearance—which is still a positive thing; they replace it with manners and propriety; and they replace the fear of appearing wicked with the fear of appearing ridiculous.

Therefore, my opinion—and I have said this more than once—is that we should allow the academies, colleges, universities, libraries, performances, and all other forms of entertainment that can provide some diversion from human malice to continue existing, and indeed take care to maintain them. For in a society where there would be no longer any honest people or good morals, it would still be better to live among scoundrels than among brigands.

I now ask where lies the contradiction in cultivating tastes in oneself that one approves of and supports their progress. It is no longer about encouraging people to do good; rather, it is about distracting them from doing evil—occupying them with trivial matters to turn their minds away from harmful actions, amusing them instead of preaching at them. If my writings have helped a few good people, then I have done all the good within my power; and perhaps this very service of providing entertainment that prevents others from thinking of themselves is just as useful. I would consider myself extremely fortunate if, by offering something to amuse people for a couple of hours, I could prevent a single viewer from harboring evil intentions, thereby saving the honor of someone’s friend’s daughter or wife, the secrets of their confidant, or even the fortune of their creditor. When morals no longer exist, one should think only of law and order; and it is well known that music and entertainment are among its most important tools.

C’è di più: tra tutte le verità che ho proposto agli studiosi saggi, questa è senza dubbio la più sorprendente e la più crudele. I nostri scrittori considerano tutti le scienze, le arti, il lusso, il commercio, le leggi e gli altri legami che, stringendo tra gli uomini i vincoli della società attraverso gli interessi personali, li mettono in una dipendenza reciproca, danno loro bisogni comuni e interessi condivisi, e costringono ciascuno di loro a contribuire al benessere degli altri per poter realizzare il proprio, come capolavori della politica del nostro secolo. Queste idee sono certamente belle e presentate in modo favorevole; tuttavia, esaminandole con attenzione e senza pregiudizi, si scoprono molti aspetti negativi che sembrano attenuare i vantaggi che a prima vista esse presentano.

È davvero una cosa meravigliosa aver reso gli uomini impossibilitati a vivere tra loro senza avvertirsi a vicenda, senza soppiantarsi, ingannarsi, tradirsi e distruggersi reciprocamente! Ora dobbiamo fare in modo che nessuno possa mai conoscerci per ciò che siamo veramente: perché per due persone le cui interessi coincidono, forse centomila altri ne sono contrari, e non esiste altro mezzo per avere successo se non ingannare o perdere tutti questi individui. Ecco la fonte funesta di violenze, tradimenti, perfidie e di tutte le orrori che inevitabilmente derivano da uno stato di cose in cui ognuno, fingendo di lavorare al bene della fortuna o della reputazione degli altri, in realtà cerca soltanto di elevare la propria posizione a scapito loro.

Che cosa abbiamo guadagnato con tutto questo? Molta chiacchiera inutile, persone ricche e presuntuose, ovvero nemici della virtù e del buon senso comune. Al contrario, abbiamo perso l’innocenza e le buone maniere. La folla vive nella miseria; tutti sono schiavi del vizio. I crimini che non vengono commessi già esistono nei cuori delle persone, e per essere compiuti manca soltanto la certezza dell’impunità.

Che strana e funesta costituzione: in essa le ricchezze accumulate facilitano sempre la possibilità di accumularne ancora di maggiori; colui che non possiede nulla non ha alcun mezzo per ottenere qualcosa; l’uomo onesto non ha alcuna via d’uscita dalla povertà; i più avari sono quelli che ricevono il massimo onore; e per diventare persone oneste, è necessario rinunciare alla virtù! So che gli oratori hanno detto centinaia di volte queste cose; ma lo facevano solo per esprimere le loro opinioni, mentre io lo dico basandomi su ragionamenti concreti: loro hanno visto il male, io ne scopro le cause; e soprattutto mostro qualcosa di molto consolante e utile, dimostrando che tutti questi vizi non appartengono tanto all’uomo in sé, quanto all’uomo mal governato[55].

Ecco le verità che ho sviluppato e cercato di dimostrare nei vari scritti che ho pubblicato sull’argomento. Ora vi presento le conclusioni a cui sono giunto.

La scienza non è fatta per l’uomo in generale. Questi si perde continuamente nella sua ricerca; e se talvolta la raggiunge, quasi mai lo fa a proprio vantaggio. È nato per agire e pensare, non per riflettere. La riflessione non fa altro che renderlo infelice, senza renderlo migliore o più saggio: gli fa rimpiangere i beni passati e gli impedisce di godere del presente; gli presenta l’avvenire felice per sedurlo con l’immaginazione e tormentarlo con i desideri, e l’avvenire infelice per farglielo percepire in anticipo. Lo studio corrompe i suoi costumi, altera la sua salute, distrugge il suo temperamento e spesso rovina la sua ragione; anche se gli insegnasse qualcosa, ritengo che non ne trarrebbe alcun reale beneficio.

Ammetto che esistano alcuni geni sublimi in grado di penetrare attraverso le veli con cui la verità è avvolta; alcune anime privilegiate, capaci di resistere alla stupidità della vanità, all’odiosa gelosia e ad altre passioni generate dall’amore per le lettere. Il ristretto numero di coloro che hanno la fortuna di possedere queste qualità rappresenta la luce e l’onore del genio umano; sono soltanto a loro che spetta, per il bene di tutti, dedicarsi allo studio. E proprio questa eccezione conferma la regola: se tutti gli uomini fossero come Socrate, la scienza non li danneggerebbe affatto, ma essi non ne avrebbero alcun bisogno.

Qualsiasi popolo che abbia delle usanze e quindi rispetti le proprie leggi, e non intenda modificare i propri antichi costumi, deve prendere grandissime precauzioni riguardo alle scienze, e soprattutto nei confronti dei saggi; le loro massime sentenziose e dogmatiche potrebbero facilmente indurlo a disprezzare i propri usanzi e le proprie leggi, il che una nazione non può mai permettersi senza correre il rischio di corrompersi. Qualsiasi cambiamento nelle abitudini, anche se in alcuni aspetti vantaggioso, finisce sempre per danneggiare i costumi stessi. Le abitudini, infatti, rappresentano la morale del popolo; e non appena quest’ultimo smette di rispettarle, non gli rimane altra guida se non le proprie passioni, né alcun freno se non le leggi, che a volte possono contenere i malvagi, ma mai renderli buoni. Inoltre, quando la filosofia insegna al popolo a disprezzare le proprie usanze, quest’ultimo finisce presto per trovare il modo di eludere anche le leggi stesse. Dico quindi che i costumi di un popolo sono come l’onore di un uomo: si tratta di un tesoro che bisogna conservare, ma che non può essere più recuperato una volta perso[56].

Ma quando un popolo è una volta corrotto fino a un certo punto, che sia per l’influenza delle scienze o meno, dobbiamo bandirle o preservarle affinché il popolo possa migliorare, oppure per impedire che peggiori ulteriormente? Questa è un’altra domanda sulla quale ho espresso chiaramente una posizione negativa. Perché, in primo luogo, poiché un popolo malvagio non tornerà mai alla virtù, non si tratta di rendere buoni coloro che ormai non lo sono più, ma di preservare integri coloro che hanno la fortuna di esserlo ancora. In secondo luogo, le stesse cause che hanno corrotto i popoli a volte servono anche a prevenire una corruzione ancora maggiore: è così che colui il quale ha rovinato il proprio temperamento attraverso un uso immoderato della medicina è costretto a ricorrere nuovamente ai medici per sopravvivere. E allo stesso modo, le arti e le scienze, dopo aver fatto emergere i vizi, sono necessarie per impedire che questi si trasformino in crimini; offrono almeno una sorta di “velo” che impedisce al veleno di diffondersi liberamente: distruggono la virtù, ma lasciano intatto il suo simulacro pubblico, che è comunque qualcosa di positivo; introducono al suo posto la cortesia e le buone maniere; e sostituiscono la paura di apparire cattivi con la paura di sembrare ridicoli.

Quindi, la mia opinione è – e l’ho già detto più volte – che sia necessario lasciare esistere, anzi curare con attenzione, accademie, collegi, università, biblioteche, spettacoli e tutti gli altri divertimenti che possano offrire un po’ di divertimento alla malvagità umana, impedendo così che le persone impiegino il proprio tempo libero in cose ancora più pericolose. Infatti, in una regione dove non ci fossero più né onestà né buone maniere, sarebbe ancora meglio vivere tra imbroglioni piuttosto che tra banditi.

Ora chiedo: dove risiede la contraddizione nel coltivare personalmente gusti di cui approvo i benefici? Non si tratta più di indurre le persone a compiere il bene, ma semplicemente di distrarle dal fare del male; bisogna occuparle con sciocchezze per allontanarle dalle cattive azioni, divertirle invece di predicare loro. Se i miei scritti hanno giovato a pochi buoni, ho fatto tutto ciò che era in mio potere per loro; e forse questo rappresenta un servizio utile, anche se consiste semplicemente nel fornire agli altri oggetti di distrazione che li impediscono di pensare a sé stessi. Mi considererei estremamente fortunato se, con questo mezzo, riuscissi ogni giorno a impedire per due ore i cattivi propositi di uno spettatore, e così salvare l’onore della figlia o della moglie del mio amico, il segreto del suo confidente o la fortuna del suo creditore. Quando non esistono più valori morali, bisogna pensare soltanto alla polizia; e si sa bene che la musica e gli spettacoli ne sono uno degli strumenti più importanti.

S’il reste quelque difficulté à ma justification, j’ose le dire hardiment, ce n’est vis-à-vis ni du public ni de mes adversaires ; c’est vis-à-vis de moi seul : car ce n’est qu’en m’observant moi-même que je puis juger si je dois me compter dans le petit nombre, et si mon âme est en état de soutenir le faix des exercices littéraires. J’en ai senti plus d’une fois le danger ; plus d’une fois je les ai abandonnés, dans le dessein de ne les plus reprendre ; et, renonçant à leur charme séducteur, j’ai sacrifié à la paix de mon cœur les seuls plaisirs qui pouvaient encore le flatter. Si dans les langueurs qui m’accablent, si sur la fin d’une carrière pénible et douloureuse j’ai osé les reprendre encore quelques moments pour charmer mes maux, je crois au moins n’y avoir mis ni assez d’intérêt ni assez de prétention pour mériter à cet égard les justes reproches que j’ai faits aux gens de lettres.

Il me fallait une épreuve pour achever la connaissance de moi-même, et je l’ai faite sans balancer. Après avoir reconnu la situation de mon âme dans les succès littéraires, il me restait à l’examiner dans les revers. Je sais maintenant qu’en penser, et je puis mettre le public au pire. Ma pièce a eu le sort qu’elle méritait, et que j’avais prévu ; mais, à l’ennui près qu’elle m’a causé, je suis sorti de la représentation bien plus content de moi et à plus juste titre que si elle eût réussi.

Je conseille donc à ceux qui sont si ardents à chercher des reproches à me faire, de vouloir mieux étudier mes principes, et mieux observer ma conduite, avant que de m’y taxer de contradiction et d’inconséquence. S’ils s’aperçoivent jamais que je commence à briguer les suffrages du public, ou que je tire vanité d’avoir fait de jolies chansons, ou que je rougisse d’avoir écrit de mauvaises comédies, ou que je cherche à nuire à la gloire de mes concurrents, ou que j’affecte de mal parler des grands hommes de mon siècle pour tâcher de m’élever à leur niveau en les rabaissant au mien, ou que j’aspire à des places d’académie, ou que j’aille faire ma cour aux femmes qui donnent le ton, ou que j’encense la sottise des grands, ou que, cessant de vouloir vivre du travail de mes mains, je tienne à ignominie le métier que je me suis choisi, et fasse des pas vers la fortune ; s’ils remarquent, en mi mot, que l’amour de la réputation me fasse oublier celui de la vertu, je les prie de m’en avertir, et même publiquement ; et je leur promets de jeter à l’instant au feu mes écrits et mes livres, et de convenir de toutes les erreurs qu’il leur plaira de me reprocher.

En attendant, j’écrirai des livres, je ferai des vers et de la musique, si j’en ai le talent, le temps, la force, et la volonté : je continuerai à dire très franchement tout le mal que je pense des lettres et de ceux qui les cultivent[58], et croirai n’en valoir pas moins pour cela. Il est vrai qu’on pourra dire quelque jour : « Cet ennemi si déclaré des sciences et des arts fit pourtant et publia des pièces de théâtre ; » et ce discours sera, je l’avoue, une satire très amère, non de moi, mais de mon siècle.

Personnages

LISIMON.

VALÈRE, enfant de Lisimon.

LUCINDE, enfant de Lisimon.

LÉANDRE, frère d’Angélique, pupille de Lisimon.

ANGÉLIQUE, soeur de Léandre, pupille de Lisimon.

MARTON, suivante.

FRONTIN, valet de Valère.

La scène est dans l’appartement de Valère.

Scène Première

Lucinde, Marton.

LUCINDE.

Je viens de voir mon frère se promener dans le jardin ; hâtons-nous, avant son retour, de placer son portrait sur sa toilette.

MARTON.

Le voilà, mademoiselle, changé dans ses ajustements de manière à le rendre méconnaissable. Quoiqu’il soit le plus joli homme du monde, il brille ici en femme encore avec de nouvelles grâces.

LUCINDE.

Valère est, par sa délicatesse et par l’affectation de sa parure, une espèce de femme cachée sous des habits d’homme ; et ce portrait, ainsi travesti, semble moins le déguiser que le rendre à son état naturel.

MARTON.

Eh bien, où est le mal ? Puisque les femmes aujourd’hui cherchent à se rapprocher des hommes, n’est-il pas convenable que ceux-ci fassent la moitié du chemin, et qu’ils tâchent de gagner en agréments autant qu’elles en solidité ? Grâce à la mode, tout s’en mettra plus aisément de niveau.

LUCINDE.

Je ne puis me faire à des modes aussi ridicules. Peut-être notre sexe aura-t-il le bonheur de n’en plaire pas moins, quoiqu’il devienne plus estimable. Mais pour les hommes, je plains leur aveuglement. Que prétend cette jeunesse étourdie en usurpant tous nos droits ? Espèrent-ils de mieux plaire aux femmes en s’efforçant de leur ressembler ?

MARTON.

Pour celui-là, ils auraient tort, et les femmes se haïssent trop mutuellement pour aimer ce qui leur ressemble. Mais revenons au portrait. Ne craignez-vous point que cette petite raillerie ne fâche monsieur le chevalier ?

LUCINDE.

Non, Marton ; mon frère est naturellement bon ; il est même raisonnable, à son défaut près. Il sentira qu’en lui faisant par ce portrait un reproche muet et badin, je n’ai songé qu’à le guérir d’un travers qui choque jusqu’à cette tendre Angélique, cette aimable pupille de mon père que Valère épouse aujourd’hui. C’est lui rendre service que de corriger les défauts de son amant ; et tu sais combien j’ai besoin des soins de cette chère amie pour me délivrer de Léandre son frère, que mon père veut aussi me faire épouser.

MARTON.

Si bien que ce jeune inconnu, ce Cléonte que vous vîtes l’été dernier à Passy, vous tient toujours fort au cœur ?

LUCINDE.

Je ne m’en défends point ; je compte même sur la parole qu’il m’a donnée de reparaître bientôt, et sur la promesse que m’a faite Angélique d’engager son frère à renoncer à moi.

MARTON.

Bon, renoncer ! Songez que vos yeux auront plus de force pour serrer cet engagement qu’Angélique n’en saurait avoir pour le rompre.

LUCINDE.

Sans disputer sur tes flatteries, je te dirai que, comme Léandre ne m’a jamais vue, il sera aisé à sa sœur de le prévenir, et de lui faire entendre que ne pouvant être heureux avec une femme dont le cœur est engagé ailleurs, il ne saurait mieux faire que de s’en dégager par un refus honnête.

MARTON.

Un refus honnête ! Ah ! mademoiselle, refuser une femme faite comme vous, avec quarante mille écus, c’est une honnêteté dont jamais Léandre ne sera capable. (À part.) Si elle savait que Léandre et Cléonte ne sont que la même personne, un tel refus changerait bien d’épithète.

LUCINDE.

Ah ! Marton, j’entends du bruit, cachons vite ce portrait. C’est sans doute mon frère qui revient ; et, en nous amusant à jaser, nous nous sommes ôté le loisir d’exécuter notre projet

MARTON.

Non, c’est Angélique.

Scène II.

Angélique, Lucinde, Marton.

ANGÉLIQUE.

Ma chère Lucinde, vous savez avec quelle répugnance je me prêtai à votre projet quand vous fîtes changer la parure du portrait de Valère en des ajustements de femme. À présent que je vous vois prête à l’exécuter, je tremble que le déplaisir de se voir jouer ne l’indispose contre nous. Renonçons, je vous prie, à ce frivole badinage. Je sens que je ne puis trouver de goût à m’égayer au risque du repos de mon cœur.

LUCINDE.

Que vous êtes timide ! Valère vous aime trop pour prendre en mauvaise part tout ce qui lui viendra de la vôtre, tant que vous ne serez que sa maîtresse. Songez que vous n’avez plus qu’un jour à donner carrière à vos fantaisies, et que le tour des siennes ne viendra que trop tôt. D’ailleurs, il est question de le guérir d’un faible qui l’expose à la raillerie, et voilà proprement l’ouvrage d’une maîtresse. Nous pouvons corriger les défauts d’un amant ; mais, hélas ! il faut supporter ceux d’un mari.

ANGÉLIQUE.

Que lui trouvez-vous, après tout, de si ridicule ? Puisqu’il est aimable, a-t-il si grand tort de s’aimer ? et ne lui en donnons-nous pas l’exemple ? Il cherche à plaire. Ah ! si c’est un défaut, quelle vertu plus charmante un homme pourrait-il apporter dans la société ?

MARTON.

Surtout dans la société des femmes.

ANGÉLIQUE.

Enfin, Lucinde, si vous m’en croyez, nous supprimerons et le portrait, et tout cet air de raillerie qui peut aussi bien passer pour une insulte que pour une correction.

LUCINDE.

Oh ! Non. Je ne perds pas ainsi les frais de mon industrie. Mais je veux bien courir seule les risques du succès ; et rien ne vous oblige d’être complice dans une affaire dont vous pouvez n’être que témoin.

MARTON.

Belle distinction !

LUCINDE.

Je me réjouis de voir la contenance de Valère. De quelque manière qu’il prenne la chose, cela fera toujours une scène assez plaisante.

MARTON.

If there remains any difficulty in my justification, I dare to say it frankly: it lies not with the public nor with my opponents, but solely with myself. For only by observing myself can I determine whether I belong to that small number of people whose souls are capable of enduring the burdens imposed upon them by literary pursuits. More than once I have sensed the dangers associated with such endeavors; more than once I have abandoned them, resolved never to resume them. By renouncing their seductive allure, I sacrificed to the peace of my mind the only pleasures that could still soothe me. If, in the moments of despondency that assail me, or at the end of a weary and painful career, I have dared to pick up these pursuits once again in an attempt to alleviate my suffering, I believe I did so without either excessive enthusiasm or undue ambition—hence, I do not deserve the harsh reproaches that I have directed toward men of letters.

I needed an ordeal to complete my understanding of myself, and I underwent it without hesitation. After recognizing the state of my soul through my literary successes, I had to examine it in times of failure as well. Now I know how to think about it, and I can even present the worst aspects of it to the public. My play met the fate it deserved—and one that I had anticipated; but apart from the disappointment it caused me, I emerged from its performance much more satisfied with myself, and with far more justification to feel so, than if it had been a success.

Therefore, I advise those who are so eager to find faults with me to study my principles more carefully and observe my behavior more attentively before accusing me of inconsistency or hypocrisy. If they ever notice that I begin to seek the public’s favor, that I take pride in having composed beautiful songs, that I am ashamed of having written poor comedies, that I try to harm the reputation of my competitors, that I deliberately speak ill of the great men of my time in order to seem their equal by belittling them, that I aspire to academic positions, that I court women who hold influence, that I praise the foolishness of the powerful, or that, abandoning the pursuit of a life based on the work of my own hands, I resort to dishonorable means to gain wealth—then, in short, if they observe that my love for reputation makes me forget my love for virtue, I beg them to warn me, even publicly. And I promise them that I will immediately burn all my writings and books and admit any mistakes they may wish to point out.

In the meantime, I will write books, compose poems and music—if I have the talent, the time, the strength, and the will to do so. I will continue to speak very frankly about all the negative things I think of literature and those who pursue it[58], and I believe that this will not make me any less worthy in any way. It is true that one day someone might say: “This declared enemy of science and the arts yet wrote and published plays”; and I must admit that such a statement would be a very bitter satire—not of me, but of my century.

Characters

LISIMON.

Valère, the child of Lisimon.

LUCINDE, daughter of Lisimon.

LÉANDRE, brother of Angélique, pupil of Lisimon.

Angélique, sister of Léandre, ward of Lisimon.

MARTON, next.

FRONTIN, Valère’s footboy.

The scene takes place in Valère’s apartment.

Scene One

Lucinde, Marton.

LUCINDE.

I just saw my brother walking in the garden; let’s hurry and put his portrait on his bedside table before he comes back.

MARTON.

Here it is, madam; its fittings have been altered to the point where it is almost unrecognizable. Even though he is the most handsome man in the world, here he shines as a woman, with new and delightful charms.

LUCINDE.

Through its delicacy and the deliberate embellishment of its attire, Valère is a kind of woman hidden beneath men’s clothes; and this portrait, in such a disguised form, seems less to be a disguise than to reveal her true nature.

MARTON.

Well, where is the harm in that? Since women today are seeking to draw closer to men, isn’t it only right for men to take half the step towards them and strive to improve both in terms of charm and in terms of strength? With fashion, everything will become more easily balanced.

LUCINDE.

I cannot get used to such ridiculous habits and practices. Perhaps our gender will still be fortunate enough to continue to be liked, even though it becomes more esteemed as a result. But for men, I pity their blindness. What right does this foolish youth have to usurp all our rights? Do they think they will please women better by trying to resemble them?

MARTON.

For that one, they would be in error; and women hate each other too much to cherish anything that resembles them. But let’s return to the portrait. Are you not afraid that such a slight might offend Monsieur le Chevalier?

LUCINDE.

No, Marton; my brother is naturally good—even reasonable, apart from that one flaw of his. He will understand that by using this portrait to make a quiet, playful reproach to him, I merely intended to help him overcome a trait that even such a gentle person as Angélique, my father’s dear ward whom Valère is marrying today, finds offensive. To correct the faults of his lover is nothing but to do him a favor; and you know how much I need the care of this dear friend if I am to escape Léandre—his brother, who my father also wants me to marry.

MARTON.

So that this young stranger, this Cleonete whom you met last summer in Passy, still holds a special place in your heart?

LUCINDE.

I make no attempt to deny it; in fact, I rely on the promise he gave me that I would soon see him again, and on the assurance Angélique provided me that she would persuade her brother to give up pursuing me.

MARTON.

Well, give up then! Consider that your eyes will possess far more strength to uphold this commitment than Angélique could ever have to break it.

LUCINDE.

Without disputing the flattery you offer, I would say that since Léandre has never seen me, it will be easy for his sister to warn him and make him understand that, since he cannot be happy with a woman whose heart is committed to someone else, the best thing for him to do is to end their relationship through an honest refusal.

MARTON.

An honest refusal! Ah, mademoiselle, to refuse a woman as beautiful as you, with forty thousand écus at her disposal, that is an honesty which Léandre would never be capable of showing. (To himself.) If she knew that Léandre and Cléonte were actually the same person, such a refusal would surely deserve a different description.

LUCINDE.

Ah! Marton, I hear some noise; let’s hide this portrait quickly. It must be my brother returning; and while we were chatting and having fun, we forgot to carry out our plan.

MARTON.

No, it’s Angélique.

Scene II.

Angélique, Lucinde, Marton.

ANGELIQUE.

My dear Lucinde, you know how reluctantly I agreed to your plan when you had the portrait of Valère altered to fit a woman’s attire. Now that I see you about to carry it out, I fear that the displeasure he might feel at being made the subject of such a mockery could alienate him from us. Please, let us abandon this frivolous jest. I feel that I could never find any pleasure in indulging in such things at the risk of disturbing the peace of my own heart.

LUCINDE.

How shy you are! Valère loves you too much to take anything you say in a bad way, as long as you remain only his mistress. Remember that you have only one day left to indulge your whims, and his turn will come far too soon. Besides, the goal is to cure him of this weakness that exposes him to ridicule—and that is precisely the role of a mistress. We can correct the faults of a lover; but, alas, we must endure those of a husband.

ANGELIQUE.

What is there, after all, so ridiculous about him? Since he is kind and pleasant, what great wrong is there in him loving himself? And don’t we ourselves set an example in doing the same? He strives to please others. Ah! If that were considered a flaw, what more charming virtue could a man bring into society?

MARTON.

Especially in a society dominated by women.

ANGELIQUE.

Finally, Lucinde, if you trust me, we will remove both the portrait and all that tone of mockery—which could just as easily be taken for an insult as for a correction.

LUCINDE.

Oh! No. In that way, I would not be losing the costs incurred in my efforts. But I am willing to take on all the risks associated with success alone; and nothing forces you to become an accomplice in a matter for which you could merely be a witness.

MARTON.

What a clear distinction!

LUCINDE.

I am delighted to see Valère’s composure. No matter how he handles the situation, it will surely result in a rather amusing scene.

MARTON.

Se rimane ancora qualche difficoltà nella mia giustificazione, oso dirlo apertamente: non riguarda né il pubblico né i miei avversari, ma soltanto me stesso. Solo osservandomi attentamente posso giudicare se debba considerarmi tra coloro che si dedicano agli studi letterari, e se la mia anima sia in grado di sopportare le fatiche che questi richiedono. Ho sentito più volte il pericolo legato a tali impegni; più volte li ho abbandonati, con l’intenzione di non riprenderli mai più. Rinnegando il loro fascino seducente, ho sacrificato alla pace del mio cuore gli unici piaceri che ancora avrebbero potuto compiacerlo. Se, nelle mie sofferenze e alla fine di una carriera difficile e dolorosa, ho osato riprenderli per qualche momento al fine di alleviare i miei mali, credo comunque di non avervi messo né abbastanza interesse né troppa presunzione, da meritare in questo senso le giuste critiche che ho rivolto agli uomini di lettere.

Avevo bisogno di una prova per completare la conoscenza di me stesso, e l’ho affrontata senza esitazioni. Dopo aver riconosciuto lo stato della mia anima nei successi letterari, mi restava da esaminarla anche nei fallimenti. Ora so come considerarla, e posso presentare al pubblico il lato peggiore di me stesso. La mia opera ha avuto il destino che meritava e che avevo previsto; ma, a parte la delusione che mi ha causato, sono uscito dalla rappresentazione molto più soddisfatto di me stesso, e con maggior diritto, di quanto lo sarei stato se fosse riuscita.

Consiglio quindi a coloro che sono così desiderosi di trovare rimproveri da farmi di studiare più attentamente i miei principi e osservare meglio il mio comportamento, prima di accusarmi di contraddizione e incoerenza. Se mai si accorgessero che inizio a cercare il favore del pubblico, o che mi vanto di aver scritto belle canzoni, o che mi vergogno di aver composto cattive commedie, o che cerco di danneggiare la reputazione dei miei concorrenti, o che fingo di parlare male dei grandi uomini del mio secolo nel tentativo di elevarmi al loro livello umiliandoli, o che aspiro a ottenere posti nelle accademie, o che vado a corteggiare le donne che dettano la moda, o che lodo la stupidità dei potenti, o che, smettendo di vivere del lavoro delle mie mani, disprezzo il mestiere che mi sono scelto e cerco di arricchirmi con mezzi disonorevoli; se in altre parole si rendessero conto che l’amore per la reputazione mi fa dimenticare quello per la virtù, li prego di avvertirmene, anche pubblicamente; e prometto loro che immediatamente brucerò tutti i miei scritti e i miei libri, e ammetterò tutte le errori che vorranno rimproverarmi.

Nel frattempo, scriverò libri, comporrò poesie e musica, se ne avrò il talento, il tempo, la forza e la volontà; continuerò a dire molto francamente tutto il male che penso delle lettere e di coloro che le coltivano[58], e crederò di non valere meno per questo. È vero che un giorno si potrà dire: «Questo nemico dichiarato delle scienze e degli arti ha tuttavia scritto e pubblicato opere teatrali»; e ammetto che tale affermazione sarà una satira molto amara, non contro di me, ma contro il mio secolo.

Personaggi

LISIMON.

Valère, figlio di Lisimon.

Lucinde, figlia di Lisimon.

LÉANDRE, fratello di Angélique, pupillo di Lisimon.

Angélique, sorella di Léandre, pupilla di Lisimon.

MARTON, prossimo.

FRONTIN, valletto di Valerio.

La scena si svolge nell’appartamento di Valère.

Scena Prima

Lucinde, Marton.

LUCCIDE.

Ho appena visto mio fratello passeggiare nel giardino; affrettiamoci, prima che torni, a mettere il suo ritratto sul comodino.

MARTON.

Ecco, signorina: i suoi abiti sono stati modificati in modo tale da renderlo irriconoscibile. Anche se fosse l’uomo più bello del mondo, qui appare come una donna, con nuove grazie.

LUCCIDE.

Valerio, con la sua delicatezza e con l’attenzione che pone nel vestirsi, è una sorta di donna nascosta sotto abiti da uomo; e questo ritratto, in questo modo trasformato, sembra non tanto nasconderlo, quanto rivelarlo nella sua vera natura.

MARTON.

Beh, dove sta il problema? Se oggi le donne cercano di avvicinarsi agli uomini, non è forse opportuno che anche gli uomini facciano lo stesso e si sforzino di aumentare sia il proprio fascino che la propria solidità? Grazie alla moda, tutto diventerà più facile da equilibrare.

LUCCIDE.

Non riesco ad abituarmi a modi così ridicoli. Forse il nostro sesso avrà la fortuna di continuare ad essere apprezzato, anche se diventerà più stimato. Ma per gli uomini, mi dispiace della loro cecità. Che pretese ha questa giovinezza sciocca, usurpando tutti i nostri diritti? Pensano davvero di piacere di più alle donne cercando di assomigliarle?

MARTON.

Per lui, avrebbero torto; inoltre, le donne si odiano troppo tra loro per poter amare ciò che le accomuna. Ma torniamo al ritratto. Non temete forse che questa piccola battuta possa offendere il signor cavaliere?

LUCCIDE.

No, Marton; mio fratello è naturalmente buono; anzi, è anche ragionevole, a parte quel suo difetto. Capirà che, facendogli con questo ritratto un rimprovero silenzioso e scherzoso, non ho voluto altro che aiutarlo a correggere un vizio che offende persino quella tenera Angélique, quella cara pupilla di mio padre che oggi Valère sposa. Aiutarlo significa proprio correggere i difetti del suo amante; e tu sai quanto abbia bisogno delle cure di questa cara amica per liberarmi di Léandre, suo fratello, che anche mio padre vuole farmi sposare.

MARTON.

Anche se quel giovane sconosciuto, quel Cleonte che avete visto l’estate scorsa a Passy, vi è ancora molto caro nel cuore.

LUCCIDE.

Non mi difendo affatto; anzi, conto sulla parola che mi ha dato di tornare presto, e sulla promessa fatta da Angélique di convincere suo fratello a rinunciare a me.

MARTON.

Bene, arrendiamoci! Pensate che i vostri occhi avranno più forza nel mantenere questa promessa di quanto Angélique ne abbia per infrangerla.

LUCCIDE.

Senza mettere in dubbio le tue lusinghe, ti dirò che, poiché Léandre non mi ha mai vista, sarà facile per sua sorella avvertirlo e fargli capire che, non potendo essere felice con una donna il cui cuore appartiene a un altro, la cosa migliore da fare è liberarsi di lei con un rifiuto onesto.

MARTON.

Un rifiuto onesto! Ah, signorina. Rifiutare una donna come voi, che possiede quarantamila scudi, è un’onestà di cui Léandre non sarà mai capace. (Pensieroso.) Se lei sapesse che Léandre e Cléonte sono la stessa persona, un rifiuto del genere cambierebbe completamente significato.

LUCCIDE.

Ah! Marton, sento del rumore. Nascondiamo subito questo ritratto. Deve essere mio fratello che torna; e, mentre ci divertivamo a chiacchierare, non abbiamo avuto il tempo di realizzare il nostro piano.

MARTON.

No, è Angélique.

Scena II.

Angélique, Lucinde, Marton.

ANGÉLIQUE.

Mia cara Lucinde, sapete con quanta riluttanza acconsentii al vostro progetto quando decideste di modificare l’abbigliamento del ritratto di Valère per adattarlo a quello di una donna. Ora che vedo che siete pronta a metterlo in atto, temo che il dispiacere derivante da questa buffonata possa farlo rivoltarsi contro di noi. Per favore, rinunciamo a questo futile scherzo. Non riesco proprio a trovare piacere nel divertirmi a scapito della tranquillità del mio cuore.

LUCCIDE.

Che timidezza! Valère vi ama troppo per prendere sul serio tutto ciò che proviene da voi, finché sarete soltanto la sua amante. Pensate che avete solo un giorno per dare sfogo alle vostre fantasie, e il suo turno arriverà molto presto. Inoltre, si tratta di guarirlo da una debolezza che lo espone al rischio delle derisioni. Ed è proprio questo il compito di una vera amante. Possiamo correggere i difetti di un amante, ma, ahimè, dobbiamo sopportare quelli di un marito.

ANGÉLIQUE.

Che cosa trovate di così ridicolo in lui? Se è gentile, quale grave errore commetterebbe nell’amare se stesso? E non gli stiamo forse dando noi stessi questo esempio? Cerca di piacere. Ah! Se questo è considerato un difetto, quale virtù più affascinante potrebbe un uomo portare nella società?

MARTON.

Soprattutto nella società femminile.

ANGÉLIQUE.

Infine, Lucinda, se mi credete, elimineremo sia il ritratto che quell’atteggiamento derisorio che potrebbe essere interpretato sia come un insulto che come una correzione.

LUCCIDE.

Oh no! In questo modo non perderei i costi sostenuti per il mio impegno. Ma sono disposta ad assumere da sola i rischi legati al successo; e nessuno vi obbliga a diventare complici in un’affare di cui potete essere soltanto testimoni.

MARTON.

Che distinzione interessante!

LUCCIDE.

Sono felice di vedere l’atteggiamento di Valerio: in ogni caso, la situazione risulterà sicuramente piuttosto divertente.

MARTON.

J’entends. Le prétexte est de corriger Valère ; mais le vrai motif est de rire à ses dépens. Voilà le génie et le bonheur des femmes. Elles corrigent souvent les ridicules en ne songeant qu’à s’en amuser.

ANGÉLIQUE.

Enfin, vous le voulez ; mais je vous avertis que vous me répondrez de l’événement.

LUCINDE.

Soit.

ANGÉLIQUE.

Depuis que nous sommes ensemble, vous m’avez fait cent pièces dont je vous dois la punition. Si cette affaire-ci me cause la moindre tracasserie avec Valère, prenez garde à vous.

LUCINDE.

Oui, oui.

ANGÉLIQUE.

Songez un peu à Léandre.

LUCINDE.

Ah ! Ma chère Angélique…

ANGÉLIQUE.

Oh, si vous me brouillez avec votre frère, je vous jure que vous épouserez le mien. (Bas.) Marton, vous m’avez promis le secret.

MARTON, bas.

Ne craignez rien.

LUCINDE.

Enfin, je…

MARTON.

J’entends la voix du chevalier. Prenez au plus tôt votre parti, à moins que vous ne vouliez lui donner un cercle de filles à sa toilette.

LUCINDE.

Il faut bien éviter qu’il nous aperçoive. (Elle met le portrait sur la toilette.) Voilà le piège tendu.

MARTON.

Je veux un peu guetter mon homme pour voir…

LUCINDE.

Paix. Sauvons nous.

ANGÉLIQUE.

Que j’ai de mauvais pressentiments de tout ceci !

Scène III.

Valère, Frontin.

VALÈRE.

« Sangaride, ce jour est un grand jour vous.[59]«

FRONTIN.

Sangaride ; c’est-à-dire, Angélique. Oui, c’est un grand jour que celui de la noce, et qui même allonge diablement tous ceux qui le suivent.

VALÈRE.

Que je vais goûter de plaisir à rendre Angélique heureuse !

FRONTIN.

Auriez-vous envie de la rendre veuve !

VALÈRE.

Mauvais plaisant… Tu sais à quel point je l’aime. Dis-moi ; que connais-tu qui puisse manquer à sa félicité ? Avec beaucoup d’amour, quelque peu d’esprit et une figure… comme tu vois, on peut, je pense, se tenir toujours assez sûr de plaire.

FRONTIN.

La chose est indubitable, et vous en avez fait sur vous-même la première expérience.

VALÈRE.

Ce que je plains en tout cela, c’est je ne sais combien de petites personnes que mon mariage fera sécher de regret, et qui vont ne savoir plus que faire de leur coeur.

FRONTIN.

Oh que si. Celles qui vous ont aimé, par exemple, s’occuperont à bien détester votre chère moitié. Les autres… Mais ou diable les prendre, ces autres-là ?

VALÈRE.

La matinée s’avance ; il est temps de m’habiller pour aller voir Angélique. Allons. (II se met à sa toilette.) Comment me trouves-tu ce matin ? Je n’ai point de feu dans les yeux ; j’ai le teint battu ; il semble que je ne suis point à l’ordinaire.

FRONTIN.

À l’ordinaire ! Non, vous êtes seulement à votre ordinaire.

VALÈRE.

C’est une fort méchante habitude que l’usage du rouge ; à la fin je ne pourrai m’en passer, et je serai du dernier mal sans cela. Où est donc ma boîte à mouches ? Mais que vois-je là ? un portrait… Ah ! Frontin ; le charmant objet !… Où as-tu pris ce portrait ?

FRONTIN.

Moi ? Je veux être pendu si je sais de quoi vous me parlez.

VALÈRE.

Quoi ! Ce n’est pas toi qui a mis ce portrait sur ma toilette ?

FRONTIN.

Non, que je meure.

VALÈRE.

Qui serait-ce donc ?

FRONTIN.

Ma foi, je n’en sais rien. Ce ne peut être que le diable, ou vous.

VALÈRE.

À d’autres ! On t’a payé pour te taire… Sais-tu bien que la comparaison de cet objet nuit à Angélique… Voilà, d’honneur, la plus jolie figure que j’aie vue de ma vie. Quels yeux, Frontin !… Je crois qu’ils ressemblent aux miens.

FRONTIN.

C’est tout dire.

VALÈRE.

Je lui trouve beaucoup de mon air.. ; Elle est, ma foi, charmante… Ah ! Si l’esprit soutient tout cela… Mais son goût me répond de son esprit. La friponne est connaisseuse en mérite !

FRONTIN.

Que diable ! Voyons donc toutes ces merveilles.

VALÈRE.

Tiens, tiens. Penses-tu me duper avec ton air niais ? Me crois-tu novice en aventures ?

FRONTIN, à part.

Ne me trompé-je point ? C’est lui… c’est lui-même. Comme le voilà paré ! Que de fleurs ! Que de pompons ! C’est sans doute quelque tour de Lucinde ; Marton y sera tout au moins de moitié. Ne troublons point leur badinage. Mes discrétions précédentes m’ont coûté trop cher.

VALÈRE.

Hé bien ! Monsieur Frontin reconnaîtrait-il l’original de cette peinture ?

FRONTIN.

Pouh ! si je le connais ! Quelques centaines de coups de pied au cul, et autant de soufflets, que j’ai eu l’honneur d’en recevoir en détail, ont bien cimenté la connaissance.

VALÈRE.

Une fille, des coups de pied ! Cela est un peu gaillard.

FRONTIN.

Ce sont de petites impatiences domestiques qui la prennent à propos de rien.

VALÈRE.

Comment ! L’aurais-tu servie ?

FRONTIN.

Oui, monsieur ; et j’ai même l’honneur d’être toujours son très humble serviteur.

VALÈRE.

II serait assez plaisant qu’il y eut dans Paris une jolie qui ne fût pas de ma connaissance !… Parle-moi sincèrement. L’original est-il aussi aimable que le portrait ?

FRONTIN.

Comment, aimable ! Savez-vous, monsieur, que si quelqu’un pouvait approcher de vos perfections, je ne trouverais qu’elle seule à vous comparer.

VALÈRE, considérant le portrait.

Mon coeur n’y résiste pas… Frontin, dis-moi le nom de cette belle.

FRONTIN, à part.

Ah ! Ma foi, me voilà pris sans vert.

VALÈRE.

Comment s’appelle-t-elle ? Parle donc.

FRONTIN.

Elle s’appelle… elle s’appelle… elle ne s’appelle point. C’est une fille anonyme, comme tant d’autres.

VALÈRE.

Dans quels tristes soupçons me jette ce coquin ! Se pourrait-il que des traits aussi charmants ne fussent que ceux d’une grisette ?

FRONTIN.

Pourquoi non ? La beauté se plaît à parer des visages qui ne tirent leur fierté que d’elle.

VALÈRE.

Quoi, c’est…

FRONTIN.

Une petite personne bien coquette, bien minaudière, bien vaine, sans grand sujet de l’être ; en un mot, un vrai petit-maître femelle.

VALÈRE.

Voilà comment ces faquins de valets parlent des gens qu’ils ont servis. Il faut voir, cependant. Dis-moi ou elle demeure ?

FRONTIN.

Bon, demeurer ! Est-ce que cela demeure jamais ?

VALÈRE.

Si tu m’impatientes… Où loge-t-elle, maraud ?

FRONTIN.

Ma foi, monsieur, à ne vous point mentir, vous le savez tout aussi bien que moi.

VALÈRE.

Comment ?

FRONTIN.

Je vous jure que je ne connais pas mieux que vous l’original de ce portrait.

VALÈRE.

Ce n’est pas toi qui l’as placé là ?

FRONTIN.

Non, la peste m’étouffe !

VALÈRE.

Ces idées que tu m’en as données…

FRONTIN.

Ne voyez-vous pas que vous me les fournissiez vous-même ? Est-ce qu’il y a quelqu’un dans le monde aussi ridicule que cela ?

VALÈRE.

Quoi ! Je ne pourrai découvrir d’où vient ce portrait ? Le mystère et la difficulté irritent mon empressement. Car, je te l’avoue, j’en suis très réellement épris.

FRONTIN, à part.

La chose est impayable ! Le voilà amoureux de lui-même.

VALÈRE.

Cependant, Angélique, la charmante Angélique… En vérité, je ne comprends rien à mon coeur, et je veux voir cette nouvelle maîtresse avant que de rien déterminer sur mon mariage.

FRONTIN.

Comment, monsieur ! vous ne… Ah ! Vous vous moquez.

VALÈRE.

Non, je te dis très sérieusement que je ne saurais offrir ma main à Angélique, tant que l’incertitude de mes sentiments sera un obstacle à notre bonheur mutuel. Je ne puis l’épouser aujourd’hui ; c’est un point résolu.

FRONTIN.

Oui, chez vous. Mais monsieur votre père, qui a fait aussi ses petites résolutions à part, est l’homme du monde le moins propre à céder aux vôtres ; vous savez que son faible n’est pas la complaisance.

VALÈRE.

Il faut la trouver, à quelque prix que ce soit. Allons, Frontin, courons, cherchons partout.

FRONTIN.

Allons, courons, volons ; faisons l’inventaire et le signalement de toutes les jolies filles de Paris. Peste ! le bon petit livre que nous aurions-là ! Livre rare, dont la lecture n’endormirait pas.

VALÈRE.

Hâtons-nous. Viens achever de m’habiller.

FRONTIN.

Attendez, voici tout à propos monsieur votre père. Proposons-lui d’être de la partie.

VALÈRE.

Tais-toi, bourreau. Le malheureux contretemps !

Scène IV.

Lisimon, Valère, Frontin.

LISIMON, qui doit toujours avoir le ton brusque.

Hé bien, mon fils ?

VALÈRE.

Frontin, un siège à monsieur.

LISIMON.

Je veux rester debout. Je n’ai que deux mots à te dire.

VALÈRE.

Je ne saurais, monsieur, vous écouter que vous ne soyez assis.

LISIMON.

Que diable ! Il ne me plaît pas, moi. Vous verrez que l’impertinent fera des compliments avec son père.

VALÈRE.

Le respect…

LISIMON.

Oh ! Le respect consiste à m’obéir et à ne me point gêner. Mais, qu’est-ce ? encore en déshabillé ? un jour de noces ? voilà qui est joli ! Angélique n’a donc point encore reçu ta visite ?

VALÈRE.

J’achevais de me coiffer, et j’allais m’habiller pour me présenter décemment devant elle.

LISIMON.

I understand. The pretext is to correct Valère; but the real motive is to laugh at his expense. Such is the genius and the joy of women—they often correct ridiculous behavior, yet only do so with the intention of enjoying themselves.

ANGELIQUE.

Finally, you want it; but I warn you that you will have to answer for this event.

LUCINDE.

Very well.

ANGELIQUE.

Since we have been together, you have given me a hundred reasons for which I deserve your punishment. If this matter causes me the slightest trouble with Valère, be careful of yourself.

LUCINDE.

Yes, yes.

ANGELIQUE.

Think for a moment about Léandre.

LUCINDE.

Ah! My dear Angélique.

ANGELIQUE.

Oh, if you mess things up with my brother, I swear you’ll marry mine. (In a low voice.) Marton, you promised me to keep it a secret.

“MARTON,” in a low voice.

Do not fear anything.

LUCINDE.

Finally, I.

MARTON.

I hear the voice of the knight. Choose your side as soon as possible—unless you intend to provide him with a group of girls to assist him with his preparations.

LUCINDE.

We must absolutely prevent him from seeing us. (She places the portrait on the toilet.) There it is—the trap has been set.

MARTON.

I want to keep an eye on my man to see what happens.

LUCINDE.

Peace. Save us.

ANGELIQUE.

I have such bad presences about all this!

Scene III.

Valère, Frontin.

VALÈRE.

“Sangaride, today is a great day for you.”[59]

FRONTIN.

Sangaride; that is to say, Angélique. Yes, the day of a wedding is indeed a great occasion, and it seems to prolong endlessly all the days that follow it.

VALÈRE.

How much pleasure I will take in making Angélique happy!

FRONTIN.

Would you really want to make her a widow!

VALÈRE.

Bad joke. You know how much I love her. Tell me: what do you know that could possibly prevent her from being happy? With a lot of love, a bit of wit, and a decent appearance, as you can see, I think one can always be fairly certain of pleasing someone.

FRONTIN.

This fact is undeniable, and you have personally experienced it for the first time yourself.

VALÈRE.

What I regret most about all this is that countless small people will feel filled with regret because of my marriage, and they will not know what to do with their hearts.

FRONTIN.

Oh, indeed. Those who have loved you will go out of their way to hate your beloved other half. As for the others. But where in the world can one find those others?

VALÈRE.

Morning is progressing; it’s time to get dressed and go see Angélique. Let’s go. (He begins to dress.) How do you think I look this morning? There’s no fire in my eyes; my complexion looks pale; it seems I’m not in my usual good shape.

FRONTIN.

Normally! No, you’re just being yourself, as usual.

VALÈRE.

The use of rouge is a very bad habit; in the end, I won’t be able to do without it, and I’ll be in a terrible state without it. Where is my flypaper box? But what am I seeing there? A portrait. Ah! Frontin, what a charming object!. Where did you get this portrait?

FRONTIN.

Me? I’d rather be hanged than understand what you’re talking about.

VALÈRE.

What! Didn’t you put that portrait on my toilet?

FRONTIN.

No, rather that I die.

VALÈRE.

Who could it be then?

FRONTIN.

Well, I have no idea. It can only be the devil, or you.

VALÈRE.

To others! You were paid to keep silent. Do you realize that comparing this object to Angélique is harmful to her. Look, there before you—the most beautiful creature I have ever seen in my life. What eyes, Frontin!. I think they resemble mine.

FRONTIN.

That’s all there is to it.

VALÈRE.

I find her to bear a great deal of my own traits. She is, indeed, charming. Ah! If only the spirit were able to support all this. But her taste speaks volumes about her character. That mischievous woman really knows what’s good!

FRONTIN.

What in the world! Let us take a look at all these wonders.

VALÈRE.

Hold on, hold on. Do you really think you can fool me with that silly look of yours? Do you believe I’m a novice when it comes to adventures?

FRONTIN, to himself.

Am I mistaken? It’s him, he himself. Look how beautifully dressed he is! So many flowers, so many ribbons! It must be some trick of Lucinde’s; at least Marton is involved in it. Let us not disturb their playful antics. My previous attempts at discretion cost me too much already.

VALÈRE.

Well! Would Mr. Frontin be able to recognize the original of this painting?

FRONTIN.

Phew! I know him all too well! Hundreds of kicks in the back, and just as many slaps—which I had the honor of receiving in detail—have truly solidified my understanding of him.

VALÈRE.

A girl, getting kicked! That’s a bit too aggressive.

FRONTIN.

It’s these little, petty irritabilities that make her lose her temper over nothing at all.

VALÈRE.

How! How could you have served her?

FRONTIN.

Yes, sir; I even have the honor of always being his most humble servant.

VALÈRE.

It would be quite pleasant if there were a beautiful woman in Paris whom I did not know!. Tell me honestly. Is the original just as charming as the portrait?

FRONTIN.

How kind! Do you realize, sir, that if anyone were capable of approaching your perfection, I would find no one else but her worthy of comparison to you.

VALERIE, looking at the portrait.

My heart cannot resist it. Frontin, tell me the name of this beautiful woman.

FRONTIN, to himself.

Ah! Good heavens, now I’m truly in trouble.

VALÈRE.

What is her name? Speak up then.

FRONTIN.

Her name is, her name is, in fact, she has no name at all. She is just an anonymous girl, like so many others.

VALÈRE.

What sad suspicions this sly fellow is casting upon me! Could it be that such charming features are merely those of a common tavern maid?

FRONTIN.

Why not? Beauty takes pleasure in adorning faces that derive their pride solely from it.

VALÈRE.

Huh, that’s.

FRONTIN.

A rather coquettish, effeminate, and vain little person—in short, a true female little lord.

VALÈRE.

This is how those damn footboys talk about the people they have served. However, one must see it for oneself. Tell me, where does she live?

FRONTIN.

Well, to remain. Does anything ever truly remain?

VALÈRE.

If you make me impatient. Where does she live, you rascal?

FRONTIN.

Well, sir, to tell you the truth, you know it just as well as I do.

VALÈRE.

How?

FRONTIN.

I swear to you that I know the original of this portrait just as well as you do.

VALÈRE.

Didn’t you put it there yourself?

FRONTIN.

No, the plague is choking me!

VALÈRE.

These ideas you’ve shared with me.

FRONTIN.

Don’t you see that you are actually providing them to me yourself? Is there anyone in the world who could be more ridiculous than that?

VALÈRE.

How! I shall never be able to discover where this portrait comes from. The mystery and the difficulty only increase my eagerness. For, I must admit it to you, I am truly deeply infatuated with it.

FRONTIN, to himself.

It’s simply unbelievable! He’s actually fallen in love with himself.

VALÈRE.

However, Angélique, the charming Angélique. To be honest, I don’t understand what’s going on in my heart at all, and I need to see this new mistress before making any decisions regarding my marriage.

FRONTIN.

How is that possible, sir! You don’t. Ah! You must be mocking me.

VALÈRE.

No, I am telling you very seriously that I could not offer my hand to Angélique as long as the uncertainty of my feelings remains an obstacle to our mutual happiness. I cannot marry her today; that is my firm decision.

FRONTIN.

Yes, in your case. But your father, who has also made his own little resolutions, is the very least likely person in the world to give in to yours; you know that his weakness is not indulgence.

VALÈRE.

We must find it, at any cost. Come on, Frontin, let’s hurry and search everywhere.

FRONTIN.

Come on, let’s run, let’s fly; let’s make a list and describe all the beautiful girls in Paris. Oh! What a wonderful little book that would be! A rare book whose reading wouldn’t make one fall asleep.

VALÈRE.

Hurry up. Come and help me finish getting dressed.

FRONTIN.

Wait, here is everything you need to know about your father. Let’s invite him to join us as well.

VALÈRE.

Shut up, executioner. What a unfortunate mishap!

Scene IV.

Lisimon, Valère, Frontin.

LISIMON, who must always speak in a brusque tone.

Well, my son?

VALÈRE.

Frontin, a seat for Mr..

LISIMON.

I want to stay standing. I have only two words to say to you.

VALÈRE.

I would not be able to listen to you, sir, unless you were seated.

LISIMON.

Damn it! I don’t like him at all. You’ll see that that impudent boy will be flattering his father as well.

VALÈRE.

Respect.

LISIMON.

Oh! Respect means to obey me and not to hinder me in any way. But what is this? Still in your clothes? On a wedding day, no less. How charming! So Angélique has not yet received your visit?

VALÈRE.

I had just finished dressing up and was about to get dressed properly in order to present myself to her in a decent manner.

LISIMON.

Capisco. Il pretesto è correggere Valère; ma il vero motivo è ridere alle sue spalle. Ecco il genio e la felicità delle donne. Spesso correggono le ridicolaggini pensando soltanto a divertirsi.

ANGÉLIQUE.

Insomma, lo vuoi; ma ti avviso che risponderai tu dell’accaduto.

LUCINDE.

D’accordo.

ANGÉLIQUE.

Da quando siamo insieme, mi hai fatto cento scherzi dei quali devo essere punita. Se questa faccenda mi causa anche solo un minimo fastidio con Valère, stai attento a te stesso.

LUCINDE.

Sì, sì.

ANGÉLIQUE.

Pensa un po’ a Léandre.

LUCINDE.

Ah! Cara Angélique…

ANGÉLIQUE.

Oh, se mi metti in cattiva luce con tuo fratello, giuro che sposi il mio. (Sottovoce) Marton, mi hai promesso il segreto.

MARTON, sottovoce.

Non temere nulla.

LUCINDE.

Insomma, io…

MARTON.

Sento la voce del cavaliere. Decidi al più presto, a meno che non voglia dargli un cerchio di ragazze alla toilette.

LUCINDE.

Bisogna proprio evitare che ci veda. (Mette il ritratto sulla toilette.) Ecco il tranello teso.

MARTON.

Voglio dare un’occhiata al mio uomo per vedere…

LUCINDE.

Silenzio. Salviamoci.

ANGÉLIQUE.

Che brutti presentimenti ho su tutto questo!

Scena III.

Valère, Frontin.

VALÈRE.

« Sangaride, questo giorno è un grande giorno per te.[59]»

FRONTIN.

Sangaride; cioè, Angélique. Sì, è un gran giorno quello delle nozze, e che addirittura allunga maledettamente tutti quelli che lo seguono.

VALÈRE.

Quanto piacere proverò nel rendere felice Angélique!

FRONTIN.

Avresti voglia di renderla vedova?

VALÈRE.

Brutto scherzo… Sai quanto la amo. Dimmi: cosa conosci che possa mancare alla sua felicità? Con tanto amore, un po’ di spirito e una figura… come vedi, penso che si possa sempre star certi di piacere.

FRONTIN.

La cosa è indubbia, e ne hai fatto tu stesso la prima esperienza.

VALÈRE.

Quello che mi dispiace in tutto questo sono chissà quante piccole persone che il mio matrimonio farà seccare dal rimpianto, e che non sapranno più cosa fare del loro cuore.

FRONTIN.

Oh, certo. Quelle che ti hanno amato, per esempio, si impegneranno a odiare bene la tua cara metà. Le altre… Ma dove diamine trovarle, queste altre?

VALÈRE.

La mattina avanza; è tempo di vestirmi per andare da Angélique. Andiamo. (Si mette alla toilette.) Come mi trovi stamattina? Non ho fuoco negli occhi; ho il colorito spento; sembra che non sia nella mia normale condizione.

FRONTIN.

Nella normale condizione! No, sei semplicemente nella tua normale condizione.

VALÈRE.

È una bruttissima abitudine quella del rossetto; alla fine non potrò farne a meno, e senza sarei nel peggiore dei guai. Dov’è dunque la mia scatola di mosche? Ma cosa vedo lì? Un ritratto… Ah! Frontin; l’oggetto incantevole!… Dove hai preso questo ritratto?

FRONTIN.

Io? Voglio essere impiccato se so di cosa mi parli.

VALÈRE.

Come! Non sei stato tu a mettere questo ritratto sulla mia toilette?

FRONTIN.

No, che muoia.

VALÈRE.

Chi sarà mai?

FRONTIN.

Davvero, non ne so niente. Può essere solo il diavolo, oppure tu.

VALÈRE.

Altro che! Ti hanno pagato perché taccia… Sai benissimo che la comparazione di questo oggetto fa male ad Angélique… Ecco, per onore, la figura più bella che abbia mai visto in vita mia. Che occhi, Frontin!… Credo che assomiglino ai miei.

FRONTIN.

È tutto dire.

VALÈRE.

Trovo molti tratti del mio aspetto in lei… È davvero incantevole… Ah! Se lo spirito sostiene tutto questo… Ma il suo gusto mi conferma il suo spirito. La furba sa riconoscere il merito!

FRONTIN.

Che diavolo! Vediamo dunque tutte queste meraviglie.

VALÈRE.

Ecco, ecco. Pensi di ingannarmi col tuo aria da sciocco? Mi credi novellino nelle avventure?

FRONTIN, tra sé.

Non mi sbaglio? È lui… è proprio lui. Guardalo com’è agghindato! Quante fioriture! Quanti fiocchetti! Senza dubbio è uno scherzo di Lucinde; Marton ci sarà almeno per metà. Non disturbiamo il loro bisticcio. Le mie precedenti discrezioni mi sono costate troppo caro.

VALÈRE.

Ebbene! Il signor Frontin riconoscerebbe l’originale di questo dipinto?

FRONTIN.

Puh! Se lo riconosco! Qualche centinaio di calci nel sedere, e altrettanti schiaffi, che ho avuto l’onore di ricevere nel dettaglio, hanno cementato bene la conoscenza.

VALÈRE.

Una ragazza, dei calci! È un po’ audace.

FRONTIN.

Sono piccole impazienze domestiche che la prendono per niente.

VALÈRE.

Come! L’avresti servita?

FRONTIN.

Sì, signore; e ho persino l’onore di essere sempre il suo umilissimo servo.

VALÈRE.

Sarebbe piuttosto buffo se a Parigi ci fosse una bella che non conoscessi!… Parlami sinceramente. L’originale è così amabile come il ritratto?

FRONTIN.

Amabile! Sai, signore, che se qualcuno potesse avvicinarsi alle tue perfezioni, non troverei nessun altro da paragonarti.

VALÈRE, osservando il ritratto.

Il mio cuore non resiste… Frontin, dimmi il nome di questa bellezza.

FRONTIN, tra sé.

Ah! Per la verità, mi hanno beccato senza via di scampo.

VALÈRE.

Come si chiama? Parla dunque.

FRONTIN.

Si chiama… si chiama… non si chiama proprio. È una ragazza anonima, come tante altre.

VALÈRE.

In quali tristi sospetti mi getta questo furfante! Potrebbe essere che tratti così incantevoli siano solo quelli di una garçonnière?

FRONTIN.

Perché no? La bellezza ama adornarsi con volti che traggono la loro fierezza solo da lei.

VALÈRE.

Cosa, è…

FRONTIN.

Una piccola persona molto civettuola, molto coquette, molto vanitosa, senza grandi motivi per esserlo; in una parola, una vera femmina snob.

VALÈRE.

Ecco come questi servi sfacciati parlano delle persone che hanno servito. Bisogna però vedere. Dimmi dov’è che abita?

FRONTIN.

Beh, abitare! Abita mai?

VALÈRE.

Se mi innervosisci… Dove abita, canaglia?

FRONTIN.

Davvero, signore, per non mentirti, lo sai meglio tu di me.

VALÈRE.

Come?

FRONTIN.

Giuro che non conosco meglio di te l’originale di questo ritratto.

VALÈRE.

Non sei stato tu a metterlo lì?

FRONTIN.

No, la peste mi soffochi!

VALÈRE.

Queste idee che mi hai dato…

FRONTIN.

Non vedi che me le fornisci tu stesso? C’è forse qualcuno al mondo più ridicolo di così?

VALÈRE.

Cosa! Non riuscirò a scoprire da dove viene questo ritratto? Il mistero e la difficoltà irritano il mio impaziente desiderio. Perché, te lo confesso, ne sono davvero innamorato.

FRONTIN, tra sé.

La cosa è impagabile! Eccolo innamorato di se stesso.

VALÈRE.

Tuttavia, Angélique, la splendida Angélique… Davvero, non capisco niente del mio cuore, e voglio vedere questa nuova amante prima di decidere qualcosa sul mio matrimonio.

FRONTIN.

Come, signore! Tu non… Ah! Ti stai prendendo gioco di me.

VALÈRE.

No, ti dico molto seriamente che non posso offrire la mia mano ad Angélique finché l’incertezza dei miei sentimenti sarà un ostacolo al nostro reciproco benessere. Non posso sposarla oggi; è una questione decisa.

FRONTIN.

Sì, da te. Ma tuo padre, che ha preso anch’egli le sue decisioni personali, è l’uomo al mondo meno propenso a cedere alle tue; sai che il suo punto debole non è la disponibilità.

VALÈRE.

Bisogna trovarla, a qualunque costo. Andiamo, Frontin, corriamo, cerchiamo ovunque.

FRONTIN.

Andiamo, corriamo, voliamo; facciamo l’inventario e la descrizione di tutte le belle ragazze di Parigi. Peste! Che bel libro avremmo lì! Libro raro, la cui lettura non addormenterebbe.

VALÈRE.

Affrettiamoci. Vieni a finire di vestirmi.

FRONTIN.

Aspetta, ecco proprio tuo padre. Proponiamogli di partecipare.

VALÈRE.

Zitto, carnefice. Il maledetto contrattempo!

Scena IV.

Lisimon, Valère, Frontin.

LISIMON, che deve sempre avere un tono brusco.

Ebbene, figlio mio?

VALÈRE.

Frontin, una sedia per il signore.

LISIMON.

Voglio restare in piedi. Ho solo due parole da dirti.

VALÈRE.

Non potrei, signore, ascoltarti se non fossi seduto.

LISIMON.

Che diavolo! Non mi va. Vedrai che l’impertinente farà complimenti con suo padre.

VALÈRE.

Il rispetto…

LISIMON.

Oh! Il rispetto consiste nell’obbedirmi e non darmi fastidio. Ma, cosa? Ancora in mutande? Un giorno di nozze? Ecco che bello! Angélique non ti ha ancora fatto visita?

VALÈRE.

Stavo finendo di pettinarmi, e stavo per vestirmi per presentarmi decorosamente davanti a lei.

LISIMON.

Faut-il tant d’appareil pour nouer des cheveux et mettre un habit ! Parbleu ! dans ma jeunesse nous usions mieux du temps ; et sans perdre les trois quarts de la journée à faire la roue devant un miroir, nous savions à plus juste titre avancer nos affaires auprès des belles.

VALÈRE.

Il semble cependant que, quand on veut être aimé, on ne saurait prendre trop de soin pour se rendre aimable, et qu’une parure si négligée ne devait pas annoncer des amants bien occupés du soin de plaire.

LISIMON.

Pure sottise. Un peu de négligence sied quelquefois bien quand on aime. Les femmes nous tenaient plus de compte de nos empressements que du temps que nous aurions perdu à notre toilette ; et sans affecter tant de délicatesse dans la parure, nous en avions davantage dans le coeur. Mais laissons cela. J’avais pensé à différer ton mariage jusqu’à l’arrivée de Léandre, afin qu’il eût le plaisir d’y assister, et que j’eusse, moi, celui de faire tes noces et celles de ta soeur en un même jour.

VALÈRE, bas.

Frontin, quel bonheur !

FRONTIN.

Oui, un mariage reculé ; c’est toujours autant de gagne sur le repentir.

LISIMON.

Qu’en dis-tu, Valère ? Il semble qu’il ne serait pas séant de marier la soeur sans attendre le frère, puisqu’il est en chemin.

VALÈRE.

Je dis, mon père, qu’on ne peut rien de mieux penser.

LISIMON.

Ce délai ne te ferait donc pas de peine ?

VALÈRE.

L’empressement de vous obéir surmontera toujours toutes mes répugnances.

LISIMON.

C’était pourtant dans la crainte de te mécontenter que je ne te l’avais pas proposé.

VALÈRE.

Votre volonté n’est pas moins la règle de mes désirs que celle de mes actions. (Bas.) Frontin, quel bonhomme de père !

LISIMON.

Je suis charmé de te trouver si docile : tu en auras le mérite à bon marché ; car, par une lettre que je reçois à l’instant, Léandre m’apprend qu’il arrive aujourd’hui.

VALÈRE.

Hé bien, mon père ?

LISIMON.

Hé bien, mon fils, par ce moyen rien ne sera dérangé.

VALÈRE.

Comment ! vous voudriez le marier en arrivant ?

FRONTIN.

Marier un homme tout botté !

LISIMON.

Non pas cela, puisque d’ailleurs Lucinde et lui ne s’étant jamais vus, il faut bien leur laisser le loisir de faire connaissance : mais il assistera au mariage de sa soeur, et je n’aurai pas la dureté de faire languir un fils aussi complaisant.

VALÈRE.

Monsieur…

LISIMON.

Ne crains rien ; je connais et j’approuve trop ton empressement pour te jouer un aussi mauvais tour.

VALÈRE.

Mon père…

LISIMON.

Laissons cela, te dis-je ; je devine tout ce que tu pourrais me dire.

VALÈRE.

Mais, mon père… j’ai fait… des réflexions…

LISIMON.

Des réflexions, toi ? J’avais tort. Je n’aurais pas deviné celui-là. Sur quoi donc, s’il vous plaît, roulent vos méditations sublimes ?

VALÈRE.

Sur les inconvénients du mariage.

FRONTIN.

Voilà un texte qui fournit.

LISIMON.

Un sot peut réfléchir quelquefois ; mais ce n’est jamais qu’après la sottise. Je reconnais là mon fils.

VALÈRE.

Comment ! après la sottise ? Mais je ne suis pas encore marié.

LISIMON.

Apprenez, monsieur le philosophe, qu’il n’y a nulle différence de ma volonté à l’acte. Vous pouviez moraliser quand je vous proposai la chose et que vous en étiez vous-même si empressé ; j’aurais de bon coeur écouté vos raisons : car vous savez si je suis complaisant.

FRONTIN.

Oh ! oui monsieur ; nous sommes là-dessus en état de vous rendre justice.

LISIMON.

Mais, aujourd’hui que tout est arrêté, vous pouvez spéculer à votre aise ; ce sera, s’il vous plaît, sans préjudice de la noce.

VALÈRE.

La contrainte redouble ma répugnance. Songez, je vous supplie, à l’importance de l’affaire. Daignez m’accorder quelques jours…

LISIMON.

Adieu, mon fils ; tu seras marié ce soir, ou… tu m’entends. Comme j’étais la dupe de la fausse déférence du pendard !

Scène V.

Valère, Frontin.

VALÈRE.

Ciel ! Dans quelle peine me jette son inflexibilité !

FRONTIN.

Oui, marie ou déshérité ! Épouser une femme ou la misère ! on balancerait à moins.

VALÈRE.

Moi, balancer ! non ; mon choix était encore incertain, l’opiniâtreté de mon père l’a déterminé.

FRONTIN.

En faveur d’Angélique ?

VALÈRE.

Tout au contraire.

FRONTIN.

Je vous félicite, monsieur, d’une résolution aussi héroïque. Vous allez mourir de faim en digne martyr de la liberté. Mais s’il était question d’épouser le portrait ? hem ! Le mariage ne vous paraîtrait plus si affreux ?

VALÈRE.

Non ; mais si mon père prétendait m’y forcer, je crois que j’y résisterais avec la même fermeté, et je sens que mon coeur me ramènerait vers Angélique sitôt qu’on m’en voudrait éloigner.

FRONTIN.

Quelle docilité ! Si vous n’héritez pas des biens de monsieur votre père, vous hériterez au moins de ses vertus. (Regardant le portrait). Ah !

VALÈRE.

Qu’as-tu ?

FRONTIN.

Depuis notre disgrâce, ce portrait me semble avoir pris une physionomie famélique, un certain air allongé.

VALÈRE.

C’est trop perdre de temps à des impertinences. Nous devrions déjà avoir couru la moitié de Paris. (Il sort.)

FRONTIN.

Au train dont vous allez, vous courrez bientôt les champs. Attendons cependant le dénouement de tout ceci ; et pour feindre de mon côté une recherche imaginaire, allons-nous cacher dans un cabaret.

Scène VI.

Angélique, Marton.

MARTON.

Ah ! ah, ah, ah ! La plaisante scène ! Qui l’eut jamais prévue ? Que vous avez perdu, mademoiselle, à n’être point ici cachée avec moi, quand il s’est si bien épris de ses propres charmes !

ANGÉLIQUE.

Il s’est vu par mes yeux.

MARTON.

Quoi ! Vous auriez la faiblesse de conserver des sentiments pour un homme capable d’un pareil travers ?

ANGÉLIQUE.

Il te paraît donc bien coupable ? Qu’a-t-on cependant à lui reprocher, que le vice universel de son âge ? Ne crois pas pourtant qu’insensible à l’outrage du chevalier, je souffre qu’il me préfère ainsi le premier visage qui le frappe agréablement. J’ai trop d’amour pour n’avoir pas de la délicatesse ; et Valère me sacrifiera ses folies dès ce jour, où je sacrifierai mon amour à ma raison.

MARTON.

Je crains bien que l’un ne soit aussi difficile que l’autre.

ANGÉLIQUE.

Voici Lucinde. Mon frère doit arriver aujourd’hui : prends bien garde qu’elle ne le soupçonne d’être son inconnu, jusqu’à ce qu’il en soit temps.

Scène VII.

Lucinde, Angélique, Marton.

MARTON.

Je gage, mademoiselle, que vous ne devineriez jamais quel a été l’effet du portrait. Vous en rirez sûrement.

LUCINDE.

Eh ! Marron, laissons-là le portrait ; j’ai bien d’autres choses en tête. Ma chère Angélique, je suis désolée, je suis mourante. Voici l’instant où j’ai besoin de tout votre secours. Mon père vient de m’annoncer l’arrivée de Léandre ; il veut que je me dispose à le recevoir aujourd’hui et à lui donner la main dans huit jours.

ANGÉLIQUE.

Que trouvez-vous donc-là de si terrible ?

MARTON.

Comment, terrible ! Vouloir marier une belle personne de dix-huit ans avec un homme de vingt-deux, riche et bien fait ! en vérité, cela fait peur, et il n’y a point de fille en âge de raison à qui l’idée d’un tel mariage ne donnât la fièvre.

LUCINDE.

Je ne veux rien cacher ; j’ai reçu en même temps une lettre de Cléonte ; il sera incessamment à Paris ; il va faire agir auprès de mon père ; il me conjure de différer mon mariage : enfin, il m’aime toujours. Ah, ma chère, serez-vous insensible aux alarmes de mon cœur ? et cette amitié que vous m’avez jurée…

ANGÉLIQUE.

Plus cette amitié m’est chère, et plus je dois souhaiter d’en voir resserrer les noeuds par votre mariage avec mon frère. Cependant, Lucinde, votre repos est le premier de mes désirs, et mes voeux sont encore plus conformes aux vôtres que vous ne pensez.

LUCINDE.

Daignez donc vous rappeler vos promesses. Faites bien comprendre à Léandre que mon coeur ne saurait être à lui, que…

MARTON.

Mon dieu ! Ne jurons de rien. Les hommes ont tant de ressources et les femmes tant d’inconstance, que si Léandre se mettait bien dans la tête de vous plaire, je parie qu’il en viendrait à bout malgré vous.

LUCINDE.

Marton !

MARTON.

Je ne lui donne pas deux jours pour supplanter votre inconnu sans vous en laisser même le moindre regret.

LUCINDE.

Allons, continuez… Chère Angélique, je compte sur vos soins ; et dans le trouble qui m’agite, je cours tout tenter auprès de mon père pour différer, s’il est possible, un hymen que la préoccupation de mon coeur me fait envisager avec effroi. (Elle sort.)

ANGÉLIQUE.

Je devrais l’arrêter. Mais Lisimon n’est pas un homme à céder aux sollicitations de sa fille ; et toutes ses prières ne feront qu’affermir ce mariage, qu’elle-même souhaite d’autant plus qu’elle paraît le craindre. Si je me plais à jouir pendant quelques instants de ses inquiétudes, c’est pour lui en rendre l’événement plus doux. Quelle autre vengeance pourrait être autorisée par l’amitié ?

MARTON.

Is it really necessary to use all this equipment just to tie one’s hair and put on a dress! Oh dear! In my youth, we made better use of our time; without wasting three-quarters of the day admiring ourselves in front of a mirror, we still managed to make progress in attracting the attention of the beautiful.

VALÈRE.

However, it seems that when one wishes to be loved, one cannot take too much care in making oneself likable; and attire that is so neglected surely does not indicate lovers who are very busy with trying to please others.

LISIMON.

Pure nonsense. A bit of negligence is sometimes quite acceptable when one loves. Women used to care more about our eagerness than about the time we might spend on grooming; and although we didn’t put as much effort into our appearance, we did devote far more to our hearts. But let’s not dwell on that. I had thought of postponing your wedding until Léandre arrived, so that he could enjoy being there, and so that I could have the pleasure of celebrating both your marriage and your sister’s on the same day.

“Valère,” in a low voice.

Frontin, what happiness!

FRONTIN.

Yes, a marriage delayed; it still means more time for repentance.

LISIMON.

What do you think, Valère? It seems inappropriate to marry the sister without waiting for the brother, since he is on his way.

VALÈRE.

I say, my father, that one cannot think of anything better than this.

LISIMON.

So, this deadline wouldn’t bother you at all?

VALÈRE.

Your eagerness to obey me will always overcome all my reservations.

LISIMON.

It was precisely out of fear that you might be displeased that I had not offered it to you.

VALÈRE.

Your will is just as much the guide for my desires as it is for my actions. (Bowing.) Frontin, what a kind and good father he is!

LISIMON.

I am delighted to find you so obedient; you will gain this merit quite easily, for, in a letter I have just received, Léandre informs me that he is arriving today.

VALÈRE.

Well, what about my father?

LISIMON.

Well, my son, in this way nothing will be disturbed.

VALÈRE.

How! You would want to marry him as soon as you arrive?

FRONTIN.

To marry a man who is always wearing boots!

LISIMON.

Not that—since Lucinde and he have never met before, it’s only right to give them the chance to get to know each other. But he will attend his sister’s wedding, and I wouldn’t have the heart to make such a accommodating son wait.

VALÈRE.

Sir.

LISIMON.

Don’t worry; I know too well, and I approve of your eagerness, to play such a bad trick on you.

VALÈRE.

My father.

LISIMON.

Let’s leave it at that, I tell you; I can guess everything you might want to say to me.

VALÈRE.

But, my father. I have thought, about it.

LISIMON.

Reflections, you? I was wrong; I never would have guessed that one. On what, please, do your sublime meditations revolve?

VALÈRE.

On the disadvantages of marriage.

FRONTIN.

Here is a text that provides information.

LISIMON.

A fool may sometimes think; but it is always only after having committed some stupidity first. I see my son in that.

VALÈRE.

How! After such a foolish mistake? But I’m not married yet.

LISIMON.

Learn, sir philosopher, that there is no difference at all between my will and the act itself. You were free to moralize when I proposed it to you, and you yourself were so eager to accept it; I would have listened to your reasons with pleasure—for you know how accommodating I am.

FRONTIN.

Oh! Yes, sir; we are fully capable of giving you justice on this matter.

LISIMON.

But now that everything has come to a halt, you may speculate at your leisure—please, without causing any harm to the wedding.

VALÈRE.

This constraint only doubles my aversion. Please, consider the importance of this matter. Grant me a few days.

LISIMON.

Goodbye, my son; you will be married tonight, or, you hear me. How I was deceived by that scoundrel’s false deference!

Scene V.

Valère, Frontin.

VALÈRE.

Heavens! Into what suffering does his inflexibility cast me!

FRONTIN.

Yes, marry or be disinherited! Wed a woman or face misery—anyone would choose the former rather than the latter.

VALÈRE.

Me, to make a choice? No; my decision was still uncertain until my father’s firmness settled it.

FRONTIN.

In favor of Angélique?

VALÈRE.

On the contrary.

FRONTIN.

I congratulate you, sir, on such a heroic resolution. You will die of hunger as a worthy martyr for freedom. But what if it were to marry the portrait? Hmm. Would marriage no longer seem so terrible to you?

VALÈRE.

No; but if my father were to try to force me to go, I believe I would resist with equal determination, and I feel that my heart would draw me back towards Angélique the moment anyone tried to keep me away from her.

FRONTIN.

What docility! If you do not inherit your father’s possessions, at least you will inherit his virtues. (Looking at the portrait.) Ah!

VALÈRE.

Qu’as-tu ?

FRONTIN.

Since our downfall, this portrait seems to have assumed a familiar, somewhat elongated appearance.

VALÈRE.

It’s a complete waste of time on such trivial matters. We should have already covered half of Paris by now. (He exits.)

FRONTIN.

At the rate you’re going, you’ll soon be running through the fields. However, let’s wait for the outcome of all this; and in order to pretend that I am engaged in some imaginary search, let’s hide in an inn.

Scene VI.

Angélique, Marton.

MARTON.

Ah! ah, ah, ah! What a delightful scene! Who could have predicted it? How unfortunate you are, mademoiselle, to not have been hiding here with me when he was so captivated by his own charms!

ANGELIQUE.

He was seen by my eyes.

MARTON.

How! Would you have the weakness to still hold feelings for a man who could commit such an outrageous act?

ANGELIQUE.

So you think he is truly guilty? But what can one really reproach him for, except the universal vice inherent to his age? Do not believe, however, that I am insensitive to the insult inflicted upon me by that knight; I suffer because he prefers, to me, the first face that catches his eye and pleases him. I have too much love in my heart to be devoid of delicacy; and on the very day when I sacrifice my love for reason, Valère will surely give up his follies for me.

MARTON.

I’m afraid that one of them might be just as difficult as the other.

ANGELIQUE.

This is Lucinde. My brother is supposed to arrive today; make sure she doesn’t suspect him of being that unknown person to her, until the right time comes.

Scene VII.

Lucinde, Angélique, Marton.

MARTON.

I bet, madam, you would never be able to guess what the effect of that portrait was. You would surely laugh at it.

LUCINDE.

Ah! Marron, let’s leave that portrait aside; I have many other things on my mind. My dear Angélique, I am sorry—I am dying. This is the moment when I need all your help. My father just told me that Léandre has arrived; he wants me to prepare to receive him today and to marry him in eight days.

ANGELIQUE.

So what exactly is there so terrible about it?

MARTON.

How terrible! To want to marry an eighteen-year-old beautiful girl to a twenty-two-year-old wealthy and handsome man—indeed, it’s frightening. There isn’t a single sensible young woman who wouldn’t find the idea of such a marriage utterly horrifying.

LUCINDE.

I want to hide nothing; I also received a letter from Cléonte at the same time; he will be in Paris constantly; he will try to persuade my father; he urges me to postpone my marriage. In short, he still loves me. Ah, my dear, will you be insensitive to the anxieties of my heart? And that friendship you swore to me.

ANGELIQUE.

The more precious this friendship is to me, the more I wish to see its bonds strengthened through your marriage to my brother. However, Lucinde, your well-being is my foremost concern, and my wishes are even more in line with yours than you might think.

LUCINDE.

Please remember your promises. Make sure Léandre understands that my heart could never belong to him.

MARTON.

My god! Let’s not make any promises. Men have so many resources, and women are so fickle—if Léandre really set his mind to please you, I bet he would succeed, despite your efforts to stop him.

LUCINDE.

Marton!

MARTON.

I don’t give her two days before she replaces your unknown person without you even having time to regret it.

LUCINDE.

Come on, continue. Dear Angélique, I rely on your care; in the turmoil that afflicts me, I am rushing to try everything possible with my father in order to delay, if at all feasible, a marriage that the anxiety in my heart makes me regard with fear. (She exits.)

ANGELIQUE.

I should stop it. But Lisimon is not the kind of man to yield to his daughter’s pleas; and all her prayers will only serve to reinforce this marriage—which she herself desires all the more precisely because she seems to fear it. If I take pleasure in causing her some worry for a few moments, it is only to make the outcome of this matter less painful for her. What other kind of revenge could be justified by friendship?

MARTON.

Occorre davvero tutto questo trambusto per legare i capelli e indossare un abito! Perbacco. Da giovani sfruttavamo meglio il nostro tempo; senza sprecare tre quarti della giornata a fare la figura davanti allo specchio, riuscivamo comunque ad andare avanti nelle nostre faccende con le donne.

Valère.

Tuttavia, sembra che, quando si vuole essere amati, non ci sia mai abbastanza cura da dedicare per rendersi attraenti, e che un aspetto trascurato non possa certo indicare che i propri amanti siano troppo impegnati a cercare di piacere.

LISIMON.

Pure sciocchezze. A volte, un po’ di trascuratezza può essere addirittura vantaggiosa quando si ama. Le donne tenevano maggior conto delle nostre premure che del tempo che avremmo potuto perdere nella toeletta; e senza ostentare tanta delicatezza nell’abbigliamento, ne dimostravamo di maggiore nel cuore. Ma lasciamo perdere. Avevo pensato di posticipare il tuo matrimonio fino all’arrivo di Léandre, affinché potesse godersi la cerimonia, e io potessi celebrare sia il tuo che quello di tua sorella nello stesso giorno.

“Valère”, in tono sommesso.

Frontin, che felicità!

FRONTIN.

Sì, un matrimonio rimandato, significa comunque guadagnare tempo per pentirsi in seguito.

LISIMON.

Che ne pensi, Valerio? Sembra che non sarebbe appropriato sposare la sorella senza aspettare il fratello, dato che lui è in viaggio.

Valère.

Dico, padre mio, che non si può pensare a nulla di meglio di questo.

LISIMON.

Quindi, questo lasso di tempo non ti creerebbe problemi?

Valère.

La vostra fretta di obbedirmi supererà sempre ogni mia riluttanza.

LISIMON.

Eppure, era proprio per paura di farti arrabbiare che non te l’avevo proposto.

Valère.

La vostra volontà è, per i miei desideri, ciò che la vostra volontà è per le mie azioni. (Bas.) Che bravo padre era Frontino!

LISIMON.

Sono incantato dal trovarti così docile: ne otterrai il merito senza alcuno sforzo; infatti, in una lettera che ho appena ricevuto, Léandre mi informa che arriverà oggi stesso.

Valère.

Ebbene, mio padre?

LISIMON.

Ebbene, figlio mio, in questo modo nulla verrà disturbato.

Valère.

Come! Vorreste sposarlo non appena arrivate?

FRONTIN.

Sposare un uomo sempre con gli stivali,!

LISIMON.

Non proprio, dato che in ogni caso Lucinde e lui non si sono mai incontrati, è giusto lasciar loro la possibilità di conoscersi. Tuttavia, parteciperà al matrimonio di sua sorella, e io non avrò il cuore di far soffrire un figlio così accomodante.

Valère.

Signore.

LISIMON.

Non temere nulla; conosco troppo bene e approvo pienamente la tua fretta per poterti giocare un simile scherzo.

Valère.

Mio padre.

LISIMON.

Lascia perdere, ti dico; indovino tutto ciò che potresti dirmi.

Valère.

Ma, mio padre, ho fatto, delle riflessioni.

LISIMON.

Riflessioni, tu? Mi sbagliavo. Non avrei mai indovinato che fosse lui. Su cosa, per favore, ruotano le tue meditazioni profonde?

Valère.

Sui svantaggi del matrimonio.

FRONTIN.

Ecco un testo che fornisce.

LISIMON.

A volte un idiota può riflettere; ma solo dopo aver commesso una stupidaggine. Lì riconosco mio figlio.

Valère.

Come! Dopo una simile stupidaggine. Ma in realtà non sono ancora sposato.

LISIMON.

Imparate, signor filosofo, che non esiste alcuna differenza tra la mia volontà e l’atto stesso. Avreste potuto moralizzare quando vi proposi quella cosa e voi stesso foste così desideroso di accettarla; avrei ascoltato volentieri le vostre ragioni, perché sapete quanto io sia disponibile a compiacervi.

FRONTIN.

Oh! Sì, signore; siamo in grado di rendervi giustizia su questo argomento.

LISIMON.

Ma ora che tutto è fermo, potete fare le vostre congetture liberamente; si prega, però, di non arrecare alcun danno al matrimonio.

Valère.

La costrizione si raddoppia, ma la mia ripugnanza rimane immutata. Pensate, vi prego, all’importanza di questa questione. Vi supplico, concedetemi qualche giorno.

LISIMON.

Addio, mio figlio; stasera sposerai, o, mi senti? Come sono stata ingannata dalla falsa deferenza di quel traditore!

Scena V.

Valerio, Frontino.

Valère.

Cielo! In quale dolore mi getta la sua inflessibilità.

FRONTIN.

Sì, matrimonio o rovina! Sposare una donna, o finire nella povertà. Si potrebbe anche scegliere di non fare nulla.

Valère.

Io, no; la mia scelta era ancora incerta, ma la decisione decisa di mio padre l’ha resa definitiva.

FRONTIN.

A favore di Angélique?

Valère.

Al contrario.

FRONTIN.

Vi congratulo, signore, per una risoluzione così eroica. Morirete di fame, da degno martire della libertà. Ma se si trattasse di sposare quel ritratto? Ehm. Il matrimonio vi sembrerebbe meno orribile, allora?

Valère.

No; ma se mio padre cercasse di costringermi ad andarci, credo che resisterei con la stessa determinazione, e sento che il mio cuore mi riporterebbe subito da Angélique non appena qualcuno tentasse di allontanarmi da lei.

FRONTIN.

Che docilità. Se non ereditate i beni di vostro padre, almeno erediterete le sue virtù. (Guardando il ritratto). Ah!

Valère.

Qu’as-tu ?

FRONTIN.

Dall’epoca della nostra sfortuna, questo ritratto mi sembra assumere un aspetto familiare, una sorta di forma allungata.

Valère.

È un vero spreco di tempo dedicare del tempo a cose irrilevanti. Dovremmo già essere a metà strada per Parigi, (Il destino.)

FRONTIN.

Andando a questo ritmo, presto finirete nei campi. Tuttavia aspettiamo la conclusione di tutto ciò; e per fingere da parte mia una ricerca immaginaria, andiamo a nasconderci in una taverna.

Scena VI.

Angélique, Marton.

MARTON.

Ah! ah, ah, ah! Che scena divertente. Chi avrebbe mai potuto prevederla? Che perdita per voi, signorina, non essere qui nascosta con me, proprio quando lui era così affascinato dai propri pregi!

ANGÉLIQUE.

L’ho visto con i miei occhi.

MARTON.

Che cosa! Avreste la debolezza di conservare dei sentimenti per un uomo capace di compiere un simile errore?

ANGÉLIQUE.

Quindi ti sembra davvero colpevole? Ma cosa si può realmente rimproverargli, se non il vizio tipico della sua età? Tuttavia, non credere che io, indifferente all’offesa di quel cavaliere, soffra perché lui preferisca a me la prima persona che gli piaccia. Ho troppo amore per non essere delicata. E Valerio mi sacrificherà le sue follie nel momento stesso in cui io sacrificherò il mio amore alla ragione.

MARTON.

Temo che uno di questi compiti sia altrettanto difficile quanto l’altro.

ANGÉLIQUE.

Ecco Lucinde. Mio fratello dovrebbe arrivare oggi: fai attenzione che lei non sospetti che sia l’uomo misterioso di cui parla, fino a quando non sarà il momento giusto.

Scena VII.

Lucinda, Angélica, Marton.

MARTON.

Scommetto, signorina, che non riuscireste mai a indovinare quale sia stato l’effetto di quel ritratto. Sicuramente ne riderete.

LUCCIDE.

Eh! Marron, lasciamo perdere quel ritratto; ho ben altre cose in mente. Mia cara Angélique, mi dispiace molto, sto morendo. Ora è il momento in cui ho bisogno di tutto il tuo aiuto. Mio padre mi ha appena comunicato l’arrivo di Léandre; vuole che io lo riceva oggi stesso e che ci sposiamo tra otto giorni.

ANGÉLIQUE.

Cosa trovate dunque di così terribile in ciò?

MARTON.

Come è terribile! Voler sposare una bella ragazza di diciotto anni con un uomo di ventidue anni, ricco e attraente. Davvero, fa paura; non esiste alcuna ragazza in età adulta per cui l’idea di un simile matrimonio non susciti preoccupazione.

LUCCIDE.

Non voglio nascondere nulla: ho ricevuto contemporaneamente una lettera da Cléonte; sarà costantemente a Parigi e interverrà presso mio padre per convincerlo; mi esorta a rimandare il mio matrimonio. Insomma, mi ama ancora. Ah, mia cara, sarete davvero insensibile alle preoccupazioni del mio cuore? E quell’amicizia che mi avevate giurato.

ANGÉLIQUE.

Più questa amicizia mi è cara, più desidero che i suoi legami si rafforzino attraverso il vostro matrimonio con mio fratello. Tuttavia, Lucinde, il vostro benessere è la mia principale preoccupazione, e i miei desideri sono ancora più in linea con i vostri di quanto possiate pensare.

LUCCIDE.

Pertanto, vi prego di ricordare le vostre promesse. Fate capire chiaramente a Léandre che il mio cuore non potrebbe appartenergli.

MARTON.

Mio Dio! Giuriamo di non fare nulla. Gli uomini hanno tante risorse e le donne tanta incostanza; quindi, se Léandre si impegnasse davvero a farvi piacere, scommetto che riuscirebbe comunque, nonostante voi.

LUCCIDE.

Marton!

MARTON.

Non gli do nemmeno due giorni per sostituire il vostro sconosciuto, senza che voi proviate il minimo rimpianto.

LUCCIDE.

Andiamo, continuate. Cara Angélique, conto sui vostri aiuti; nel turbamento che mi affligge, corro a tentare di tutto per ritardare, se possibile, quel matrimonio che l’angoscia del mio cuore mi fa considerare con terrore. (Esce.)

ANGÉLIQUE.

Dovrei fermarlo. Ma Lisimon non è il tipo d’uomo che ceda alle richieste di sua figlia; e tutte le sue preghiere non faranno altro che rafforzare questo matrimonio, che lei stessa desidera ancora di più proprio perché sembra temerlo. Se mi diverte godermi per qualche momento le sue angosie, è solo per rendere l’evento meno doloroso per lui. Quale altra vendetta potrebbe essere giustificata dall’amicizia?

MARTON.

Je vais la suivre, et sans trahir notre secret, l’empêcher, s’il se peut, de faire quelque folie.

Scène IX.

Angélique, Valère.

VALÈRE, sans voir Angélique.

Je cours sans savoir ou je dois chercher cet objet charmant. L’amour ne guidera-t-il point mes pas ?

ANGÉLIQUE, à part.

Ingrat ! Il ne les conduit que trop bien.

VALÈRE.

Ainsi l’amour a toujours ses peines. Il faut que je les éprouve à chercher la beauté que j’aime, ne pouvant en trouver à me faire aimer.

ANGÉLIQUE, à part.

Quelle impertinence ! Hélas ! comment peut-on être si fat et si aimable tout à la fois ?

VALÈRE.

Il faut attendre Frontin ; il aura peut-être mieux réussi. En tout cas, Angélique m’adore…

ANGÉLIQUE, à part.

Ah, traître ! tu connais trop mon faible.

VALÈRE.

Après tout, je sens toujours que je ne perdrai rien auprès d’elle ; le coeur, les appas, tout s’y trouve.

ANGÉLIQUE, à part.

Il me fera l’honneur de m’agréer pour son pis-aller.

VALÈRE.

Que j’éprouve de bizarrerie dans mes sentiments ! Je renonce à la possession d’un objet charmant, et auquel, dans le fond, mon penchant me ramène encore. Je m’expose à la disgrâce de mon père pour m’entêter d’une belle, peut-être indigne de mes soupirs, peut-être imaginaire, sur la seule foi d’un portrait tombé des nues, et flatté à coup sûr. Quel caprice ! quelle folie ! Mais quoi ! la folie et les caprices ne sont-ils pas le relief d’un homme aimable ? (Regardant le portrait.) Que de grâces !… Quels traits !… Que cela est enchanté !… Que cela est divin ! Ah ! qu’Angélique ne se flatte pas de soutenir la comparaison avec tant de charmes.

ANGÉLIQUE, saisissant le portrait.

Je n’ai garde assurément. Mais qu’il me soit permis de partager votre admiration. La connaissance des charmes de cette heureuse rivale adoucira du moins la honte de ma défaite.

VALÈRE.

Ô ciel !

ANGÉLIQUE.

Qu’avez-vous donc ? Vous paraissez tout interdit. Je n’aurais jamais cru qu’un petit-maître soit si aisé à décontenancer.

VALÈRE.

Ah ! cruelle, vous connaissez tout l’ascendant que vous avez sur moi, et vous m’outragez sans que je puisse répondre.

ANGÉLIQUE.

C’est fort mal fait, en vérité ; et régulièrement vous devriez me dire des injures. Allez, chevalier, j’ai pitié de votre embarras : voilà votre portrait ; et je suis d’autant moins fâchée que vous en aimiez l’original, que vos sentiments sont sur ce point tout à fait d’accord avec les miens.

VALÈRE.

Quoi ! vous connaissez la personne ?…

ANGÉLIQUE.

Non seulement je la connais, mais je puis vous dire qu’elle est ce que j’ai de plus cher au monde.

VALÈRE.

Vraiment, voici du nouveau ; et le langage est un peu singulier dans la bouche d’une rivale.

ANGÉLIQUE.

Je ne sais ; mais il est sincère. (À part.) S’il se pique, je triomphe.

VALÈRE.

Elle a donc bien du mérite ?

ANGÉLIQUE.

Il ne tient qu’à elle d’en avoir infiniment.

VALÈRE.

Point de défaut, sans doute ?

ANGÉLIQUE.

Oh ! beaucoup. C’est une petite personne bizarre, capricieuse, éventée, étourdie, volage, et surtout d’une vanité insupportable. Mais, quoi ! Elle est aimable avec tout cela, et je prédis d’avance que vous l’aimerez jusqu’au tombeau.

VALÈRE.

Vous y consentez donc ?

ANGÉLIQUE.

Oui.

VALÈRE.

Cela ne vous fâchera point ?

ANGÉLIQUE.

Non.

VALÈRE, à part.

Son indifférence me désespère. (Haut.) Oserai-je me flatter qu’en ma faveur vous voudrez bien resserrer encore votre union avec elle ?

ANGÉLIQUE.

C’est tout ce que je demande.

VALÈRE, outré.

Vous dîtes tout cela avec une tranquillité qui me charme.

ANGÉLIQUE.

Comment donc ! vous vous plaigniez tout à l’heure de mon enjouement, et à présent vous vous fâchez de mon sang-froid. Je ne sais plus quel ton prendre avec vous.

VALÈRE, bas.

Je crève de dépit. (Haut.) Mademoiselle m’accordera-t-elle la faveur de me faire faire connaissance avec elle ?

ANGÉLIQUE.

Voilà, par exemple, un genre de service que je suis bien sûre que vous n’attendez pas de moi : mais je veux passer votre espérance, et je vous le promets encore.

VALÈRE.

Ce sera bientôt, au moins ?

ANGÉLIQUE.

Peut-être dès aujourd’hui.

VALÈRE.

Je n’y puis plus tenir. (Il veut s’en aller.)

ANGÉLIQUE, à part.

Je commence à bien augurer de tout ceci ; il a trop de dépit pour n’avoir plus d’amour. (Haut.) Où allez-vous, Valère ?

VALÈRE.

Je vois que ma présence vous gêne, et je vais vous céder la place.

ANGÉLIQUE.

Ah ! point. Je vais me retirer moi-même : il que n’est pas juste que je vous chasse de chez vous.

VALÈRE.

Allez, allez ; souvenez-vous que qui n’aime rien ne mérite pas d’être aimée.

ANGÉLIQUE.

Il vaut encore mieux n’aimer rien que d’être amoureux de soi-même.

Scène XI.

Valère, Frontin, ivre.

FRONTIN.

Que diable ! Je ne fais, pourquoi je ne puis me tenir ; j’ai pourtant fait de mon mieux pour prendre des forces.

VALÈRE.

Eh bien ! Frontin, as-tu trouvé ?

FRONTIN.

Oh ! oui, monsieur.

VALÈRE.

Ah, ciel ! Serait-il possible ?

FRONTIN.

Aussi j’ai bien eu de la peine.

VALÈRE.

Hâte-toi donc de me dire…

FRONTIN.

Il m’a fallu courir tous les cabarets du quartier.

VALÈRE.

Des cabarets !

FRONTIN.

Mais j’ai réussi au-delà de mes espérances.

VALÈRE.

Conte-moi donc…

FRONTIN.

C’était un feu… Une mousse…

VALÈRE.

Que diable barbouille cet animal ?

FRONTIN.

Attendez que je reprenne la chose par ordre.

VALÈRE.

Tais-toi, ivrogne, faquin ; ou réponds-moi sur les ordres que je t’ai donnés au sujet de l’original du portrait.

FRONTIN.

Ah ! oui, l’original ; justement. Réjouissez-vous, réjouissez-vous, vous dis-je.

VALÈRE.

Eh bien ?

FRONTIN.

II n’est déjà ni à la Croix-blanche, ni au Lion-d’or, ni à la Pomme de pin, ni…

VALÈRE.

Bourreau, finiras-tu ?

FRONTIN.

Patience. Puisqu’il n’est pas là, il faut qu’il soit ailleurs ; et… Oh ! Je le trouverai, je le trouverai…

VALÈRE.

Il me prend des démangeaisons de l’assommer ; sortons.

Scène XIII.

Lucinde, Frontin.

LUCINDE.

Frontin, où est ton maître ?

FRONTIN.

Mais, je crois qu’il se cherche actuellement.

LUCINDE.

Comment, il se cherche ?

FRONTIN.

Oui, il se cherche pour s’épouser.

LUCINDE.

Qu’est-ce que c’est que ce galimatias ?

FRONTIN.

Ce galimatias ! vous n’y comprenez donc rien ?

LUCINDE.

Non, en vérité.

FRONTIN.

Ma foi, ni moi non plus : je vais pourtant vous l’expliquer, si vous voulez.

LUCINDE.

Comment m’expliquer ce que tu ne comprends pas ?

FRONTIN.

Oh ! dame, j’ai fait mes études, moi.

LUCINDE.

Il est ivre, je crois. Eh ! Frontin, je t’en prie, rappelle un peu ton bon sens ; tâche de te faire entendre.

FRONTIN.

Pardi, rien n’est plus aisé. Tenez. C’est un portrait… métamor… non, métaphor… oui, métaphorisé. C’est mon maître, c’est une fille… vous avez fait un certain mélange… Car j’ai deviné tout ça, moi. Hé bien, peut-on parler plus clairement ?

LUCINDE.

Non, cela n’est pas possible.

FRONTIN.

Il n’y a que mon maître qui n’y comprenne rien ; car il est devenu amoureux de sa ressemblance.

LUCINDE.

Quoi ! sans se reconnaître ?

FRONTIN.

Oui, et c’est bien ce qu’il y a d’extraordinaire.

LUCINDE.

Ah ! Je comprends tout le reste. Et qui pouvait prévoir cela ? Cours vite, mon pauvre Frontin, vole chercher ton maître et dis-lui que j’ai les choses les plus pressantes à lui communiquer. Prends garde, surtout, de ne lui point parler de tes devinations. Tiens, voilà pour…

FRONTIN.

Pour boire, n’est-ce pas ?

LUCINDE.

Oh non ! tu n’en as pas besoin.

FRONTIN.

Ce sera par précaution.

Scène XV.

Angélique, Lucinde, Marton.

ANGÉLIQUE.

Consolez-vous, Lucinde, Léandre ne veut pas vous faire mourir. Je vous avoue cependant qu’il a voulu vous voir sans que vous le sussiez.

LUCINDE.

Hélas ! tant pis.

ANGÉLIQUE.

Mais savez-vous bien que voilà un tant pis qui n’est pas trop modeste ?

MARTON.

C’est une petite veine du sang fraternel.

LUCINDE.

Mon dieu ! que vous êtes méchante ! Après cela qu’a-t-il dit ?

ANGÉLIQUE.

Il m’a dit qu’il serait au désespoir de vous obtenir contre votre gré.

MARTON.

Il a même ajouté que votre résistance lui faisait plaisir en quelque manière. Mais il a dit cela d’un certain air… Savez-vous qu’à bien juger de vos sentiments pour lui, je gagerais qu’il n’est guère en reste avec vous. Haïssez-le toujours de même, il ne vous rendra pas mal le change.

LUCINDE.

Voilà une façon de m’obéir qui n’est pas trop polie.

MARTON.

Pour être poli avec les autres femmes il ne faut pas toujours être si obéissant.

ANGÉLIQUE.

La seule condition qu’il a mise à sa renonciation est que vous recevrez sa visite d’adieu.

LUCINDE.

Oh ! pour cela non ; je l’en quitte.

ANGÉLIQUE.

Ah ! Vous ne sauriez lui refuser cela. C’est d’ailleurs un engagement que j’ai pris avec lui. Je vous avertis même confidemment qu’il compte beaucoup sur le succès de cette entrevue, et qu’il ose espérer qu’après avoir paru à vos yeux vous ne résisterez plus cette alliance.

LUCINDE.

II a donc bien de la vanté !

MARTON.

I’ll follow her, and without betraying our secret, prevent her, if possible, from doing something foolish.

Scene IX.

Angélique, Valère.

VALÈRE, not seeing Angélique.

I run without knowing where I should seek this charming object. Will love not guide my steps?

ANGÉLIQUE, to herself.

Ungrateful! He guides them all too well.

VALÈRE.

Thus love always has its sorrows. I must experience them by searching for the beauty I love, unable to find one who will love me in return.

ANGÉLIQUE, to herself.

What impertinence! Alas! How can one be so vain and so charming at the same time?

VALÈRE.

I must wait for Frontin; he might have had better luck. In any case, Angélique adores me…

ANGÉLIQUE, to herself.

Ah, traitor! You know my weakness all too well.

VALÈRE.

After all, I still feel that I won’t lose anything with her; the heart, the charms—everything is there.

ANGÉLIQUE, to herself.

He’ll do me the honor of accepting me as a second choice.

VALÈRE.

What oddness I feel in my sentiments! I give up possession of a charming object, yet deep down my inclination still draws me back to it. I expose myself to my father’s displeasure just to stubbornly pursue a beauty, perhaps unworthy of my sighs, perhaps imaginary, based solely on a portrait fallen from the sky and surely flattered. What caprice! What folly! But what’s more—aren’t folly and caprices precisely what make an amiable man appealing? (Looking at the portrait.) How many graces!… What features!… How enchanted it is!… How divine! Ah! Let Angélique not delude herself into thinking she can compare with such charms.

ANGÉLIQUE, seizing the portrait.

I certainly wouldn’t dare. But allow me to share your admiration. Knowing the charms of this fortunate rival will at least soften the shame of my defeat.

VALÈRE.

Oh heavens!

ANGÉLIQUE.

What’s wrong with you? You seem utterly stunned. I never would’ve thought a dandy could be so easily disconcerted.

VALÈRE.

Ah! Cruel one, you know all the power you have over me, and you insult me without my being able to respond.

ANGÉLIQUE.

That’s really unfair; and you ought to be insulting me properly. Go on, sir knight, I pity your embarrassment: here’s your portrait; and I’m even less upset that you liked the original, since your feelings on this point completely match mine.

VALÈRE.

What! You know the person?…

ANGÉLIQUE.

Not only do I know her, but I can tell you she’s the dearest thing in the world to me.

VALÈRE.

Really, now that’s new; and the language is rather peculiar coming from a rival’s mouth.

ANGÉLIQUE.

I don’t know; but it’s sincere. (To herself) If he gets proud, I’ll triumph.

VALÈRE.

So she really has merit?

ANGÉLIQUE.

It’s entirely up to her to have infinitely more.

VALÈRE.

No flaws, surely?

ANGÉLIQUE.

Oh! Plenty. She’s a strange little person, capricious, flighty, scatterbrained, fickle, and above all, intolerably vain. But still, despite all that, she’s charming, and I predict right now that you’ll love her until your dying day.

VALÈRE.

You’re okay with that?

ANGÉLIQUE.

Yes.

VALÈRE.

It won’t upset you?

ANGÉLIQUE.

No.

VALÈRE, to himself.

Her indifference drives me mad. (Aloud) May I dare to hope that for my sake you’ll be willing to strengthen your bond with her even further?

ANGÉLIQUE.

That’s all I ask.

VALÈRE, outraged.

You say all this with a calmness that delights me.

ANGÉLIQUE.

How come! You were complaining just now about my cheerfulness, and now you’re angry at my coolness. I don’t know which tone to take with you anymore.

VALÈRE, under his breath.

I’m bursting with spite. (Aloud) Will Miss grant me the favor of letting me meet her?

ANGÉLIQUE.

Now that’s a kind of service I’m quite sure you’re not expecting from me—but I’ll go along with your hopes, and I promise it anyway.

VALÈRE.

It’ll be soon, at least?

ANGÉLIQUE.

Maybe even today.

VALÈRE.

I can’t stand it anymore. (He tries to leave.)

ANGÉLIQUE, to herself.

I’m starting to see good signs in all this; he’s too spiteful not to still be in love. (Aloud) Where are you going, Valère?

VALÈRE.

I see my presence bothers you, and I’ll give you space.

ANGÉLIQUE.

Ah! Not at all. I’ll withdraw myself: it’s not fair that I chase you out of your own home.

VALÈRE.

Go on, go on; remember that whoever loves nothing doesn’t deserve to be loved.

ANGÉLIQUE.

It’s still better to love nothing than to be in love with oneself.

Scene XI.

Valère, Frontin, drunk.

FRONTIN.

What the devil! I can’t help it—I can’t stay steady; I did my best to gather strength, though.

VALÈRE.

Well then! Frontin, did you find it?

FRONTIN.

Oh yes, sir.

VALÈRE.

Oh heavens! Could it be possible?

FRONTIN.

I really had a hard time.

VALÈRE.

Hurry up and tell me…

FRONTIN.

I had to run through every tavern in the neighborhood.

VALÈRE.

Taverns!

FRONTIN.

But I succeeded beyond my wildest hopes.

VALÈRE.

Tell me then…

FRONTIN.

It was a fire… A foam…

VALÈRE.

What the devil is this animal babbling about?

FRONTIN.

Wait while I recount it in order.

VALÈRE.

Shut up, drunkard, rascal; or answer me about the instructions I gave you regarding the original of the portrait.

FRONTIN.

Ah! Yes, the original; exactly. Rejoice, rejoice, I tell you.

VALÈRE.

Well?

FRONTIN.

It’s no longer at the Croix-blanche, nor at the Lion-d’or, nor at the Pomme de pin, nor…

VALÈRE.

Hangman, will you ever finish?

FRONTIN.

Patience. Since it’s not there, it must be elsewhere; and… Oh! I’ll find it, I’ll find it…

VALÈRE.

I’m itching to knock him senseless; let’s leave.

Scene XIII.

Lucinde, Frontin.

LUCINDE.

Frontin, where’s your master?

FRONTIN.

But I think he’s looking for himself right now.

LUCINDE.

What, he’s looking for himself?

FRONTIN.

Yes, he’s looking for himself to get married.

LUCINDE.

What’s all this gibberish?

FRONTIN.

Gibberish! Don’t you understand a thing?

LUCINDE.

No, honestly.

FRONTIN.

Well, neither do I: I’ll explain it to you, if you want.

LUCINDE.

How can you explain something you don’t understand?

FRONTIN.

Oh! Madam, I went to school.

LUCINDE.

He’s drunk, I think. Hey, Frontin, please, bring back some common sense; try to make yourself understood.

FRONTIN.

Why, nothing could be easier. Here. It’s a portrait… metamorph… no, metaphor… yes, metaphorized. It’s my master, it’s a girl… you made a certain mix… Because I figured it all out, myself. Well, could you speak more clearly?

LUCINDE.

No, that’s impossible.

FRONTIN.

Only my master doesn’t understand it; because he’s fallen in love with his own likeness.

LUCINDE.

What! Without recognizing himself?

FRONTIN.

Yes, and that’s precisely what’s extraordinary.

LUCINDE.

Ah! I understand everything else. And who could’ve predicted that? Run fast, poor Frontin, fly and fetch your master and tell him I have the most urgent things to communicate to him. Be careful, especially, not to mention your guesses to him. Here, take this for…

FRONTIN.

To drink, isn’t it?

LUCINDE.

Oh no! You don’t need it.

FRONTIN.

It’ll be just in case.

Scene XV.

Angélique, Lucinde, Marton.

ANGÉLIQUE.

Cheer up, Lucinde; Léandre doesn’t mean to make you die. I’ll admit, though, that he wanted to see you without your knowing it.

LUCINDE.

Alas! Too bad.

ANGÉLIQUE.

But do you realize that “too bad” isn’t exactly modest?

MARTON.

It’s a little vein of fraternal blood.

LUCINDE.

My God! You’re so cruel! After that, what did he say?

ANGÉLIQUE.

He told me he’d be desperate to win you against your will.

MARTON.

He even added that your resistance somehow pleased him. But he said it with a certain air… Do you know, judging your feelings for him carefully, I’d bet he’s not holding back much toward you either. Keep hating him just the same; he won’t treat you badly in return.

LUCINDE.

That’s a way of obeying me that’s not very polite.

MARTON.

To be polite with other women, you don’t always have to be so obedient.

ANGÉLIQUE.

The only condition he set for his renunciation is that you’ll receive his farewell visit.

LUCINDE.

Oh! No way; I’m off the hook.

ANGÉLIQUE.

Ah! You couldn’t refuse him that. Besides, it’s an agreement I made with him. I’ll even confide in you that he’s counting a lot on the success of this meeting, and he dares to hope that after appearing before your eyes, you’ll no longer resist this alliance.

LUCINDE.

He’s got quite a bit of boasting, then!

MARTON.

La seguirò e, senza tradire il nostro segreto, cercherò, se possibile, di impedirle di commettere qualche follia.

Scena IX.

Angélique, Valère.

VALÈRE, senza vedere Angélique.

Corro senza sapere dove devo cercare questo oggetto incantevole. L’amore non guiderà forse i miei passi?

ANGÉLIQUE, a parte.

Ingordo! Li conduce fin troppo bene.

VALÈRE.

Così l’amore ha sempre le sue pene. Devo provarle cercando la bellezza che amo, non riuscendo a trovarla per farmi amare.

ANGÉLIQUE, a parte.

Che impertinenza! Ahimè! Come si può essere così presuntuosi e così affascinanti nello stesso tempo?

VALÈRE.

Bisogna aspettare Frontin; lui forse avrà avuto più fortuna. In ogni caso, Angélique mi adora…

ANGÉLIQUE, a parte.

Ah, traditore! Conosci troppo bene il mio debole.

VALÈRE.

Dopotutto, sento sempre che non perderò nulla ai suoi occhi; il cuore, gli incanti, tutto c’è.

ANGÉLIQUE, a parte.

Mi farà l’onore di gradirmi come alternativa.

VALÈRE.

Che stranezza provo nei miei sentimenti! Rinuncio alla possessione di un oggetto incantevole, e al quale, in fondo, il mio desiderio mi riporta ancora. Mi espongo alla disapprovazione di mio padre per ostinarmi su una bella donna, forse indegna dei miei sospiri, forse immaginaria, sulla sola fede di un ritratto caduto dal cielo e sicuramente adulato. Che capriccio! Che follia! Ma insomma, la follia e i capricci non sono forse il tocco caratteristico di un uomo affascinante? (Guardando il ritratto.) Quante grazie!… Quali lineamenti!… Com’è incantevole!… Com’è divino! Ah! Angélique non si illuda di reggere il confronto con tanti incanti.

ANGÉLIQUE, afferrando il ritratto.

Non me ne preoccupo certo. Ma permettetemi di condividere la vostra ammirazione. La conoscenza degli incanti di questa fortunata rivale almeno attenuerà la vergogna della mia sconfitta.

VALÈRE.

Oh cielo!

ANGÉLIQUE.

Che avete dunque? Sembrate completamente interdetto. Non avrei mai creduto che un piccolo signore fosse così facile da smontare.

VALÈRE.

Ah! crudele, voi conoscete tutto il potere che avete su di me e mi offendete senza che io possa rispondere.

ANGÉLIQUE.

È davvero mal fatto; e sarebbe giusto che mi diceste delle ingiurie. Andate, cavaliere, ho pietà del vostro imbarazzo: ecco il vostro ritratto; e sono tanto meno offesa che abbiate amato l’originale, quanto più i vostri sentimenti su questo punto coincidono pienamente con i miei.

VALÈRE.

Cosa! Conoscete la persona?…

ANGÉLIQUE.

Non solo la conosco, ma posso dirvi che è ciò che ho di più caro al mondo.

VALÈRE.

Davvero, ecco una novità; e il linguaggio è un po’ singolare nella bocca di una rivale.

ANGÉLIQUE.

Non lo so; ma è sincero. (A parte) Se si innervosisce, io trionfo.

VALÈRE.

Ha dunque molti meriti?

ANGÉLIQUE.

Dipende solo da lei averne infiniti.

VALÈRE.

Nessun difetto, senza dubbio?

ANGÉLIQUE.

Oh! Molti. È una piccola persona strana, capricciosa, leggera, distratta, volubile e soprattutto di una vanità insopportabile. Ma, insomma! È affascinante nonostante tutto, e prevedo già che la amerete fino alla tomba.

VALÈRE.

Volete dunque acconsentire?

ANGÉLIQUE.

Sì.

VALÈRE.

Questo non vi farà arrabbiare?

ANGÉLIQUE.

No.

VALÈRE, a parte.

La sua indifferenza mi dispera. (Ad alta voce) Oserò sperare che, per amor mio, vorrete stringere ulteriormente il vostro legame con lei?

ANGÉLIQUE.

È proprio quello che chiedo.

VALÈRE, esasperato.

Dite tutto questo con una tranquillità che mi incanta.

ANGÉLIQUE.

Come! Vi lamentavate poco fa del mio allegro spirito e ora vi arrabbiate per il mio sangue freddo. Non so più che tono prendere con voi.

VALÈRE, sottovoce.

Muoio di dispetto. (Ad alta voce) Signorina, mi concederete la cortesia di presentarmi a lei?

ANGÉLIQUE.

Ecco, per esempio, un tipo di favore che sono ben certa non vi aspettiate da me: però voglio soddisfare la vostra speranza e ve lo prometto ancora.

VALÈRE.

Sarà presto, almeno?

ANGÉLIQUE.

Forse già oggi.

VALÈRE.

Non ce la faccio più. (Vuole andarsene.)

ANGÉLIQUE, a parte.

Comincio a sperare bene da tutto questo; ha troppo dispetto per non avere più amore. (Ad alta voce) Dove state andando, Valère?

VALÈRE.

Vedo che la mia presenza vi disturba e vi lascio il posto.

ANGÉLIQUE.

Ah! No. Me ne vado io stessa: non è giusto che io vi scacci da casa vostra.

VALÈRE.

Andate, andate; ricordatevi che chi non ama nulla non merita di essere amato.

ANGÉLIQUE.

È meglio non amare nulla che essere innamorati di sé stessi.

Scena XI.

Valère, Frontin, ubriaco.

FRONTIN.

Che diavolo! Non riesco a stare in piedi; eppure ho fatto del mio meglio per rafforzarmi.

VALÈRE.

Allora, Frontin, hai trovato?

FRONTIN.

Oh! Sì, signore.

VALÈRE.

Ah, cielo! È possibile?

FRONTIN.

Mi è costato parecchio.

VALÈRE.

Affrettati a dirmi…

FRONTIN.

Ho dovuto correre per tutti i cabaret del quartiere.

VALÈRE.

Per i cabaret!

FRONTIN.

Ma ho avuto successo oltre ogni aspettativa.

VALÈRE.

Raccontami dunque…

FRONTIN.

Era un fuoco… Una schiuma…

VALÈRE.

Che diavolo sta balbettando questo animale?

FRONTIN.

Aspettate che riprenda la cosa in ordine.

VALÈRE.

Taci, ubriacone, furfante; o rispondimi sugli ordini che ti ho dato riguardo all’originale del ritratto.

FRONTIN.

Ah! Sì, l’originale; proprio così. Rallegratevi, rallegratevi, ve lo dico.

VALÈRE.

Ebbene?

FRONTIN.

Non è più né alla Croix-blanche, né al Lion-d’or, né alla Pomme de pin, né…

VALÈRE.

Carnefice, finirai?

FRONTIN.

Pazienza. Poiché non è lì, deve essere altrove; e… Oh! Lo troverò, lo troverò…

VALÈRE.

Mi prude la mano di menarlo; usciamo.

Scena XIII.

Lucinde, Frontin.

LUCINDE.

Frontin, dov’è il tuo padrone?

FRONTIN.

Ma, credo che in questo momento si stia cercando.

LUCINDE.

Come, si sta cercando?

FRONTIN.

Sì, si sta cercando per sposarsi.

LUCINDE.

Che cos’è questo gergo?

FRONTIN.

Questo gergo! Non ci capite proprio nulla?

LUCINDE.

No, davvero.

FRONTIN.

Be’, nemmeno io: comunque ve lo spiegherò, se volete.

LUCINDE.

Come spiegarmi ciò che tu non capisci?

FRONTIN.

Oh! Certo, ho studiato anch’io.

LUCINDE.

È ubriaco, credo. Ehi, Frontin, ti prego, richiama un po’ il buon senso; cerca di farti capire.

FRONTIN.

Certo, niente di più facile. Eccolo. È un ritratto… metamorf… no, metafor… sì, metaforizzato. È il mio padrone, è una ragazza… avete fatto un certo miscuglio… Perché ho indovinato tutto questo, io. Insomma, si può parlare più chiaro?

LUCINDE.

No, non è possibile.

FRONTIN.

Solo il mio padrone non ci capisce nulla; perché si è innamorato della sua somiglianza.

LUCINDE.

Cosa! Senza riconoscersi?

FRONTIN.

Sì, ed è proprio questo che è straordinario.

LUCINDE.

Ah! Capisco tutto il resto. E chi poteva prevederlo? Corri, mio povero Frontin, vai a cercare il tuo padrone e digli che ho cose urgentissime da comunicargli. Attento, soprattutto, a non parlargli delle tue intuizioni. Tieni, ecco per…

FRONTIN.

Per bere, vero?

LUCINDE.

Oh no! Non ne hai bisogno.

FRONTIN.

Sarà per precauzione.

Scena XV.

Angélique, Lucinde, Marton.

ANGÉLIQUE.

Consolati, Lucinde, Léandre non vuole farti morire. Ti confesso però che ha voluto vederti senza che tu lo sapessi.

LUCINDE.

Ahimè! Tanto peggio.

ANGÉLIQUE.

Ma sai che questo tanto peggio non è poi così modesto?

MARTON.

È una piccola venatura del sangue fraterno.

LUCINDE.

Mio Dio! Come sei cattiva! Dopo tutto questo, cosa ha detto?

ANGÉLIQUE.

Mi ha detto che sarebbe disperato di ottenermi contro la tua volontà.

MARTON.

Ha persino aggiunto che la tua resistenza in qualche modo gli fa piacere. Ma l’ha detto con un certo tono… Sai che, a giudicare bene dei tuoi sentimenti verso di lui, scommetterei che non è affatto restio con te. Continua a odiarlo allo stesso modo, non ti renderà male per male.

LUCINDE.

Ecco un modo di obbedirti che non è molto educato.

MARTON.

Per essere educato con le altre donne non bisogna sempre essere così obbedienti.

ANGÉLIQUE.

L’unica condizione che ha posto alla sua rinuncia è che riceverai la sua visita d’addio.

LUCINDE.

Oh! Per questo no; me ne libero.

ANGÉLIQUE.

Ah! Non potresti negarglielo. Del resto, è un impegno che ho preso con lui. Ti avviso anche confidenzialmente che conta molto sul successo di questa visita e osa sperare che, dopo essersi mostrato ai tuoi occhi, non resisterai più a quest’unione.

LUCINDE.

Ha dunque molta presunzione!

MARTON.

Il se flatte de vous apprivoiser.

ANGÉLIQUE.

Et ce n’est que sur cet espoir qu’il a consenti au traité que je lui ai proposé.

MARTON.

Je vous réponds qu’il n’accepte le marché que parce qu’il est bien sûr que vous ne le prendrez pas au mot.

LUCINDE.

Il faut être d’une fatuité bien insupportable. Eh bien ! il n’a qu’à paraître : je serai curieuse de voir comment il s’y prendra pour étaler ses charmes ;et je vous donne ma parole qu’il sera reçu d’un air… Faites le venir. Il a besoin d’une leçon ; comptez qu’il la recevra… instructive.

ANGÉLIQUE.

Voyez-vous, ma chère Lucinde, on ne tient pas tout ce qu’on se propose ; je gage que vous vous radoucirez.

MARTON.

Les hommes sont furieusement adroits ; vous verrez qu’on vous apaisera.

LUCINDE.

Soyez en repos là-dessus.

ANGÉLIQUE.

Prenez-y garde, au moins ; vous ne direz pas qu’on ne vous a point avertie.

MARTON.

Ce ne sera pas notre faute si vous vous laissez surprendre.

LUCINDE.

En vérité, je crois que vous voulez me faire devenir folle.

ANGÉLIQUE, bas à Marton.

La voilà au point. (Haut.) Puisque vous le voulez donc, Marton va vous l’amener.

LUCINDE.

Comment ?

MARTON.

Nous l’avons laissé dans l’antichambre ; il va être ici à l’instant.

LUCINDE.

Ô cher Cléonte ! que ne peux-tu voir la manière dont je reçois tes rivaux !

Scène XVI.

Angélique, Lucinde, Marton, Léandre.

ANGÉLIQUE.

Approchez, Léandre ; venez apprendre à Lucinde à mieux connaître son propre coeur ; elle croit vous haïr, et va faire tous ses efforts pour vous mal recevoir : mais je vous réponds, moi, que toutes ces marques apparentes de haine sont en effet autant de preuves réelles de son amour pour vous.

LUCINDE, toujours sans regarder Léandre.

Sur ce pied-là, il doit s’estimer bien favorisé, je vous assure. Le mauvais petit esprit !

ANGÉLIQUE.

Allons, Lucinde, faut-il que la colère vous empêche de regarder les gens ?

LÉANDRE.

Si mon amour excite votre haine, connaissez combien je suis criminel. (Il se jette aux genoux de Lucinde.)

LUCINDE.

Ah ! Cléonte ! ah, méchante Angélique !

LÉANDRE.

Léandre vous a trop déplu pour que j’ose me prévaloir sous ce nom des grâces que j’ai reçues sous celui de Cléonte. Mais si le motif de mon déguisement en peut justifier l’effet, vous le pardonnerez à la délicatesse d’un coeur dont le faible est de vouloir être aimé pour lui-même.

LUCINDE.

Levez-vous, Léandre ; un excès de délicatesse n’offense que les coeurs qui en manquent, et le mien est aussi content de l’épreuve que le vôtre doit l’être du succès. Mais vous, Angélique ! ma chère Angélique a eu la cruauté de se faire un amusement de mes peines !

ANGÉLIQUE.

Vraiment, il vous siérait bien de vous plaindre ! Hélas ! vous êtes heureux l’un et l’autre, tandis que je suis en proie aux alarmes.

LÉANDRE.

Quoi ! Ma chère soeur, vous avez songé à mon bonheur, pendant même que vous aviez des inquiétudes sur le vôtre ! Ah ! C’est une bonté que je n’oublierai jamais. (Il lui baise la main.)

Scène XVII.

Léandre, Valère, Angélique, Lucinde, Marton.

VALÈRE.

Que ma présence ne vous gêne point. Comment ! mademoiselle, je ne connaissais pas toutes vos conquêtes ni l’heureux objet de votre préférence ; et j’aurai soin de me souvenir, par humilité, qu’après avoir soupiré le plus constamment, Valère a été le plus maltraité.

ANGÉLIQUE.

Ce serait mieux fait que vous ne pensez, et vous auriez besoin en effet de quelques leçons de modestie.

VALÈRE.

Quoi ! vous osez joindre la raillerie à l’outrage, et vous avez le front de vous applaudir quand vous devriez mourir de honte.

ANGÉLIQUE.

Ah ! vous vous fâchez ; je vous laisse ; je n’aime pas les injures.

VALÈRE.

Non, vous demeurerez ; il faut que je jouisse de toute votre honte.

ANGÉLIQUE.

Eh bien ! jouissez.

VALÈRE.

Car, j’espère que vous n’aurez pas la hardiesse de tenter votre justification…

ANGÉLIQUE.

N’ayez pas peur.

VALÈRE.

Et que vous ne vous flattez pas que je conserve encore les moindres sentiments en votre faveur.

ANGÉLIQUE.

Mon opinion là-dessus ne changera rien à la chose.

VALÈRE.

Je vous déclare que je ne veux plus avoir pour vous que de la haine.

ANGÉLIQUE.

C’est fort bien fait.

VALÈRE, tirant le portrait.

Et voici désormais l’unique objet de tout mon amour.

ANGÉLIQUE.

Vous avez raison. Et moi je vous déclare que j’ai pour monsieur (montrant son frère) un attachement qui n’est des guère inférieur au vôtre pour l’original de ce portrait.

VALÈRE.

L’ingrate ! Hélas ! il ne me reste plus qu’à mourir.

ANGÉLIQUE.

Valère, écoutez. J’ai pitié de l’état où je vous vois. Vous devez convenir que vous êtes le plus injuste des hommes de vous emporter sur une apparence d’infidélité dont vous m’avez vous-même donné l’exemple ; mais ma bonté veut bien encore aujourd’hui passer par-dessus vos travers.

VALÈRE.

Vous verrez qu’on me fera la grâce de me pardonner !

ANGÉLIQUE.

En vérité, vous ne le méritez guère. Je vais cependant vous apprendre à quel prix je puis m’y résoudre. Vous m’avez ci-devant témoigné des sentiments que j’ai payés d’un retour trop tendre pour un ingrat : malgré cela, vous m’avez indignement outragée par un amour extravagant conçu sur un simple portrait avec toute la légèreté, et j’ose dire, toute l’étourderie de votre âge et de votre caractère. Il n’est pas temps d’examiner si j’ai dû vous imiter, et ce n’est pas à vous, qui êtes coupable, qu’il conviendrait de blâmer ma conduite.

VALÈRE.

Ce n’est pas à moi, grands dieux ! Mais voyons où tendent ces beaux discours.

ANGÉLIQUE.

Le voici. Je vous ai dit que je connaissais l’objet de votre nouvel amour, et cela est vrai. J’ai ajouté que je l’aimais tendrement, et cela n’est encore que trop vrai. En vous avouant son mérite, je ne vous ai point déguisé ses défauts. J’ai fait plus, je vous ai promis de vous le faire connaître : et je vous engage à présent ma parole de le faire dès aujourd’hui, dès cette heure même ; car je vous avertis qu’il est plus près de vous que vous ne pensez.

VALÈRE.

Qu’entends-je ? quoi ! là…

ANGÉLIQUE.

Ne m’interrompez point, je vous prie. Enfin, la vérité me force encore à vous répéter que cette personne vous aime avec ardeur, et je puis vous répondre de son attachement comme du mien propre. C’est à vous maintenant de choisir, entre elle et moi, celle à qui vous destinez toute votre tendresse : choisissez, chevalier ; mais choisissez dès cet instant et sans retour.

MARTON.

Le voilà, ma foi, bien embarrassé. L’alternative est plaisante. Croyez-moi, monsieur, choisissez le portrait ; c’est le moyen d’être à l’abri des rivaux.

LUCINDE.

Ah ! Valère, faut-il balancer si longtemps pour suivre les impressions du coeur ?

VALÈRE aux pieds d’Angélique et jetant le portrait.

C’est est fait ; vous avez vaincu, belle Angélique ; et je sens combien les sentiments qui naissent du caprice sont inférieurs à ceux que vous inspirez. (Marton ramasse le portrait.) Mais, hélas ! Quand tout mon coeur revient à vous, puis-je me flatter qu’il me ramènera le vôtre ?

ANGÉLIQUE.

Vous pourrez juger de ma reconnaissance par le sacrifice que vous venez de me faire. Levez-vous, Valère, et considérez bien ces traits.

LÉANDRE regardant aussi.

Attendez donc ! Mais je crois reconnaître cet objet… C’est… oui, ma foi, c’est lui…

VALÈRE.

Qui, lui ? Dites donc elle. C’est une femme à qui je renonce, comme à toutes les femmes de l’univers, sur qui Angélique l’emportera toujours.

ANGÉLIQUE.

Oui, Valère ; c’était une femme jusqu’ici : mais j’espère que ce sera désormais un homme supérieur à ces petites faiblesses qui dégradaient son sexe et son caractère.

VALÈRE.

Dans quelle étrange surprise vous me jetez !

ANGÉLIQUE.

Vous devriez d’autant moins méconnaître cet objet, que vous avez eu avec lui le commerce le plus intime, et qu’assurément on ne vous accusera pas de l’avoir négligé. Ôtez à cette tête cette parure étrange que votre soeur y a fait ajouter…

VALÈRE.

Ah ! que vois-je ?

MARTON.

La chose n’est-elle pas claire ? vous voyez le portrait, et voilà l’original.

VALÈRE.

Ô ciel ! et je ne meurs pas de honte !

MARTON.

Eh ! monsieur, vous êtes peut-être le seul de votre ordre qui la connaissiez.

ANGÉLIQUE.

Ingrat ! avais-je tort de vous dire que j’aimais l’original de ce portrait ?

VALÈRE.

Et moi je ne veux plus l’aimer que parce qu’il vous adore.

ANGÉLIQUE.

Vous voulez bien que, pour affermir notre réconciliation, je vous présente Léandre mon frère ?

LÉANDRE.

Souffrez, monsieur…

VALÈRE.

Dieux ! quel comble de félicité ! Quoi ! même quand j’étais ingrat, Angélique n’était pas infidèle !

LUCINDE.

Que je prends de part à votre bonheur ! et que le mien même en est augmenté !

Scène XVIII.

Lisimon. Léandre, Valère, Angélique, Lucinde, Marton.

LISIMON.

He takes pride in getting along well with you.

ANGELIQUE.

And it was only out of this hope that he agreed to the treaty I proposed to him.

MARTON.

I tell you that he accepts the deal only because he is fully aware that you will not take his words seriously.

LUCINDE.

One must be utterly devoid of any sense of decency to behave in such a manner. Well! Let him come; I’m curious to see how he will try to flaunt his charms. And I tell you, he will be received with. Let him come here. He needs a lesson—and I assure you, it will be an “instructive” one.

ANGELIQUE.

You see, my dear Lucinde, one cannot always accomplish everything one plans; I bet you will become more gentle soon enough.

MARTON.

Men are incredibly skilled; you will see that they will calm you down.

LUCINDE.

Rest assured on this matter.

ANGELIQUE.

At least be careful about it; you can’t say that no one warned you.

MARTON.

It will not be our fault if you are caught off guard.

LUCINDE.

In truth, I believe you are trying to drive me mad.

“ANGÉLIQUE,” Marton said in a low voice.

She has reached that point now. (In a loud voice.) Since you insist, Marton will bring her to you.

LUCINDE.

How?

MARTON.

We left him in the antechamber; he will be here in a moment.

LUCINDE.

Oh dear Cleontes! How you cannot see how I treat your rivals!

Scene XVI.

Angélique, Lucinde, Marton, Léandre.

ANGELIQUE.

Come closer, Léandre; come and help Lucinde to better understand her own heart. She believes she hates you and will do everything in her power to treat you poorly, but I tell you that all these apparent signs of hatred are in fact real proofs of her love for you.

LUCINDE, still not looking at Léandre.

In that regard, he must consider himself quite fortunate, I assure you. What a mischievous little spirit!

ANGELIQUE.

Come on, Lucinde, must anger really prevent you from seeing people as they are?

LÉANDRE.

If my love provokes your hatred, then know how criminal I am. (He falls to his knees before Lucinde.)

LUCINDE.

Ah! Cleonte! Ah, wicked Angélique!

LÉANDRE.

Léandre has displeased you too much for me to dare to claim, under this name, the favors I have received under the name of Cléonte. But if the reason for my disguise can justify its effect, you will forgive it out of the delicacy of a heart whose weakness lies in its desire to be loved for itself.

LUCINDE.

Get up, Léandre; excessive delicacy offends only those who lack it, and my heart is just as pleased with this trial as yours must be with success. But you, Angélique! My dear Angélique, how cruel of you to find pleasure in my suffering!

ANGELIQUE.

Indeed, it would be entirely appropriate for you to complain! Alas, both of you are happy, while I am filled with anxiety.

LÉANDRE.

How wonderful! My dear sister, you thought of my happiness even while you were worried about your own! Ah! Such kindness I will never forget. (He kisses her hand.)

Scene XVII.

Léandre, Valère, Angélique, Lucinde, Marton.

VALÈRE.

Let my presence not disturb you in any way. How could it! Mademoiselle, I was unaware of all your conquests or of whom had the honor of being your favorite; and I will remember, out of humility, that although Valère was the one who sighed most often, he was also the one who suffered the most.

ANGELIQUE.

It would be done better than you think, and indeed, you would need some lessons in humility.

VALÈRE.

What! You dare to add mockery to insult, and you even have the audacity to applaud yourselves when you should be dying of shame.

ANGELIQUE.

Ah! You’re getting angry; I’ll leave you then; I don’t like insults.

VALÈRE.

No, you will remain; I must enjoy every bit of your shame.

ANGELIQUE.

Well then! Enjoy it.

VALÈRE.

For I hope you will not have the audacity to attempt to justify your actions.

ANGELIQUE.

Do not be afraid.

VALÈRE.

And do not delude yourselves into thinking that I still hold even the slightest fondness for you.

ANGELIQUE.

My opinion on this matter will not change anything at all.

VALÈRE.

I declare that from now on, all I feel for you is hatred.

ANGELIQUE.

It is very well done.

VALÈRE, while painting the portrait.

And now, this is the sole object of all my love.

ANGELIQUE.

You are right. And I declare to you that my attachment to Mr. (pointing to his brother) is hardly any less than yours for the original of this portrait.

VALÈRE.

That ungrateful wretch! Alas, all that remains for me is to die.

ANGELIQUE.

Valère, listen. I feel pity for the state you are in. You must admit that you are the most unjust of men—to get angry over what seems like infidelity, when you yourself have set an example of it; yet, out of kindness, I am still willing to overlook your faults today.

VALÈRE.

You will see that people will have the kindness to forgive me!

ANGELIQUE.

In truth, you hardly deserve it. Nevertheless, I will tell you at what cost I was forced to do so. You have previously shown me feelings for which I received only too tender responses from someone ungrateful; yet despite this, you outrageously insulted me with an extravagant love based solely on a simple portrait—with all the frivolity, and I would say, all the recklessness, characteristic of your age and your character. It is not the time to consider whether I should have imitated you; nor is it you, who are the guilty party, who should be criticizing my behavior.

VALÈRE.

“Not mine, by all the gods! But let’s see where these beautiful speeches are leading us.”

ANGELIQUE.

Here it is. I told you that I knew the object of your new love, and that is true. I also said that I loved her tenderly, and that is all too true as well. By acknowledging her merits, I did not conceal her faults. In fact, I even promised to make you aware of them; and now I swear upon my word that I will do so today, at this very moment. For I warn you: she is closer to you than you think.

VALÈRE.

What am I hearing? What! Over there.

ANGELIQUE.

Please do not interrupt me. In truth, I am compelled once again to tell you that this person loves you with great passion, and I can assure you of her devotion just as surely as of my own. It is now up to you to choose, between her and me, whom you intend to dedicate all your tenderness to: make your choice, sir; but decide now, without any hesitation.

MARTON.

There he is, indeed, in a rather awkward situation. The alternative is quite amusing. Believe me, sir, choose the portrait; it’s the way to stay safe from your rivals.

LUCINDE.

Ah! Valère, must one sway back and forth for so long merely to follow the impulses of the heart?

Valère, at Angélique’s feet, throws the portrait away.

It is done; you have won, beautiful Angélique. And I feel how the feelings that arise from caprice are inferior to those you inspire. (Marton picks up the portrait.) But alas! When all of my heart returns to you, can I hope that it will also bring yours back to me?

ANGELIQUE.

You may measure my gratitude by the sacrifice you have just made for me. Rise, Valere, and look closely at these features.

LÉANDRE was also looking.

Wait a minute! But I think I recognize this object. It’s, yes, indeed, it’s him.

VALÈRE.

Who, him? No, she—it’s a woman that I give up on, just like all the women in the world; Angélique will always have the upper hand over her.

ANGELIQUE.

Yes, Valère; she was a woman until now—but I hope that from now on, she will be a man who is superior to those minor weaknesses that degraded her gender and character.

VALÈRE.

What a strange surprise you have thrown upon me!

ANGELIQUE.

You should all the less fail to recognize this object, for you have had the most intimate contact with it, and surely no one will accuse you of having neglected it. Remove from this head that strange ornament which your sister has added to it.

VALÈRE.

Ah! What am I seeing?

MARTON.

Isn’t it clear? You see the portrait; here is the original.

VALÈRE.

Oh heavens! And yet I do not die of shame!

MARTON.

Ah! Sir, you might be the only one in your order who knew her.

ANGELIQUE.

Ungrateful wretch! Was I wrong when I told you that I liked the original version of this portrait?

VALÈRE.

And I no longer want to love him except because he adores you.

ANGELIQUE.

Would you please allow me, as a sign of our reconciliation, to introduce you to Léandre, my brother?

LÉANDRE.

Suffer, sir.

VALÈRE.

Heavens! What a perfect blend of happiness! How extraordinary—even when I was ungrateful, Angélique never proved disloyal!

LUCINDE.

How I rejoice in your happiness! And how it too enhances my own happiness!

Scene XVIII.

Lisimon. Léandre, Valère, Angélique, Lucinde, Marton.

LISIMON.

Si vanta di stare imparando a conoscervi.

ANGÉLIQUE.

Ed è solo sulla base di questa speranza che ha accettato il trattato che gli ho proposto.

MARTON.

Vi rispondo che accetta questo accordo soltanto perché è certo che non lo prenderete sul serio.

LUCCIDE.

Bisogna essere davvero di una fatuità insopportabile. Beh, basterà che appaia: sarò curiosa di vedere come farà ad esibire i suoi “trucchi”; vi do la mia parola: sarà accolto con un certo, atteggiamento. Fatelo venire. Ha bisogno di una lezione; potete essere certi che la riceverà, e che sarà molto istruttiva.

ANGÉLIQUE.

Vedi, mia cara Lucinda, non si riesce sempre a realizzare tutto ciò che si propone; scommetto che ti calmerai.

MARTON.

Gli uomini sono estremamente abili; vedrete che vi calmeranno.

LUCCIDE.

Rilassatevi riguardo a questa questione.

ANGÉLIQUE.

Fateci almeno attenzione; non potrete certo dire che nessuno vi ha avvertito.

MARTON.

Non sarà colpa nostra se vi lasciate cogliere di sorpresa.

LUCCIDE.

In realtà, credo che vogliate farmi impazzire.

ANGÉLIQUE, sussurrando a Marton.

Ecco che è pronta. (Ad alta voce.) Poiché lo desiderate così tanto, Marton ve la porterà subito.

LUCCIDE.

Come?

MARTON.

L’abbiamo lasciato nell’anticamera; arriverà qui da un momento all’altro.

LUCCIDE.

Oh caro Cleonte! Non vedi forse in che modo accetto i tuoi rivali?

Scena XVI.

Angélique, Lucinde, Marton, Léandre.

ANGÉLIQUE.

Avvicinati, Léandre; vieni ad aiutare Lucinde a conoscere meglio il proprio cuore: lei crede di odiarti e farà di tutto per accoglierti male, ma io ti dico che tutte queste apparenti manifestazioni di odio sono in realtà prove concrete del suo amore per te.

Lucinda, continuando a non guardare Léandre.

In questo senso, posso assicurarvi che si considera davvero molto fortunato. Che cattivo spirito!

ANGÉLIQUE.

Andiamo, Lucinda, deve forse la rabbia impedirvi di guardare le persone?

LEANDRO.

Se il mio amore suscita la vostra odio, allora sapete quanto io sia colpevole. (Si getta in ginocchio davanti a Lucinda.)

LUCCIDE.

Ah! Cleonte, ah, malvagia Angélique!

LEANDRO.

Léandre vi è piaciuto così poco che non oso approfittare di questo nome per menzionare i favori che ho ricevuto sotto il nome di Cléonte. Tuttavia, se il motivo della mia mascherata può giustificare l’effetto che ha avuto, vi perdonerete questa delicatezza da parte di un cuore il cui desiderio più profondo è essere amato per ciò che è veramente.

LUCCIDE.

Alzati, Léandre; un eccesso di delicatezza offende soltanto coloro che ne sono privi, e il mio cuore è altrettanto soddisfatto di questa prova quanto il tuo dovrebbe esserlo del successo. Ma tu, Angélique, mia cara Angélique, hai avuto la crudeltà di prenderti gioco delle mie sofferenze!

ANGÉLIQUE.

Davvero, vi sarebbe molto utile lamentarvi. Ahimè, voi siete entrambi felici, mentre io sono preda dell’angoscia.

LEANDRO.

Che cosa! Mia cara sorella, avete pensato al mio bene anche mentre eravate preoccupata per il vostro. Ah! È una gentilezza che non dimenticherò mai. (Le bacia la mano.)

Scena XVII.

Léandre, Valère, Angélique, Lucinde, Marton.

Valère.

Che la mia presenza non vi disturbi in alcun modo. Come! Signorina, non conoscevo tutte le vostre “conquiste” né l’oggetto della vostra preferenza; e mi impegnerò, per umiltà, a ricordare che, dopo essere stato il più desiderato, Valère è stato anche il più maltrattato.

ANGÉLIQUE.

Sarebbe meglio fatto di quanto pensiate voi, e in effetti avreste bisogno di alcune lezioni di umiltà.

Valère.

Che cosa! Osi aggiungere alle offese anche il sarcasmo, e hai ancora il coraggio di applaudirti quando dovresti morire di vergogna.

ANGÉLIQUE.

Ah! Vi arrabbiate. Lascio perdere; non mi piacciono le offese.

Valère.

No, rimarrai qui; devo assaporare tutta la tua vergogna.

ANGÉLIQUE.

Beh! Godetevi il momento.

Valère.

Perché spero che non abbiate l’audacia di tentare di giustificarvi.

ANGÉLIQUE.

Non abbiate paura.

Valère.

E non illudetevi che io conservi ancora la minima simpatia per voi.

ANGÉLIQUE.

La mia opinione in merito non cambierà assolutamente nulla nella realtà delle cose.

Valère.

Vi dichiaro che non desidero più provare per voi altro che odio.

ANGÉLIQUE.

È stato fatto molto bene.

Valère, mentre dipinge il ritratto.

Ed ecco ora l’unico oggetto di tutto il mio amore.

ANGÉLIQUE.

Avete ragione. E io vi dichiaro che provo per il signore (indicando suo fratello) un affetto che non è certo inferiore al vostro per l’originale di questo ritratto.

Valère.

L’ingrato! Ahimè, non mi resta altro che morire.

ANGÉLIQUE.

Valerio, ascoltate. Mi dispiace molto vedervi in questo stato. Dovete ammettere che siete l’uomo più ingiusto: vi arrabbiate per un’apparenza di infedeltà, e voi stesso mi avete dato l’esempio di tale comportamento; tuttavia, la mia bontà vuole ancora una volta ignorare i vostri difetti.

Valère.

Vedrete che mi verrà concessa la grazia di essere perdonato!

ANGÉLIQUE.

In verità, non lo meritate affatto. Tuttavia vi insegnerò a quale prezzo io sia stata costretta a prendere questa decisione. In passato mi avete dimostrato sentimenti che ho ricambiato con troppa tenerezza verso un ingrato; nonostante ciò, mi avete offesa in modo ignobile con un amore eccessivo nato da semplici ritratti, con tutta la leggerezza, e, oserei dire, tutta l’imprudenza tipica della vostra età e del vostro carattere. Non è il momento di discutere se avessi dovuto imitarvi. E non spetta a voi, che siete colpevoli, rimproverare il mio comportamento.

Valère.

Non è colpa mia, grandi dei. Ma vediamo verso cosa tendono questi bei discorsi.

ANGÉLIQUE.

Ecco qui. Vi ho detto che conoscevo l’oggetto del vostro nuovo amore, e questo è vero. Ho aggiunto anche che lo amavo teneramente, e questo è ancora troppo vero. Rivelandovi i suoi meriti, non vi ho nascosto i suoi difetti. Ho fatto di più: vi ho promesso di farveli conoscere. Ora vi impegnò con la mia parola a farlo oggi stesso, in questo preciso istante; perché vi avverto che si trova molto più vicino a voi di quanto pensiate.

Valère.

Cosa sto sentendo? Ma che cosa. Lì.

ANGÉLIQUE.

Per favore, non interrompetemi. Alla fine, la verità mi costringe ancora a ripetervi che questa persona vi ama con passione, e posso garantirvi la profondità del suo affetto tanto quanto il mio stesso. Ora tocca a voi scegliere, tra lei e me, a chi destinate tutta la vostra tenerezza: decidete, cavaliere, ma decidete subito, senza possibilità di ripensamento.

MARTON.

Eccolo lì, davvero in imbarazzo. L’alternativa è divertente. Credetemi, signore: scegliete il ritratto; è l’unica maniera per stare al sicuro dai concorrenti.

LUCCIDE.

Ah! Valère, è davvero necessario esitare così a lungo per seguire le impressioni del cuore?

Valère, ai piedi di Angélica, getta via il ritratto.

È fatto; avete vinto, bella Angélique. E sento quanto i sentimenti nati dal capriccio siano inferiori a quelli che voi ispirate. (Marton raccoglie il ritratto.) Ma, ahimè! Quando tutto il mio cuore torna a voi, posso davvero sperare che mi riporti anche il vostro?

ANGÉLIQUE.

Potrete giudicare della mia gratitudine dal sacrificio che mi avete appena reso. Alzatevi, Valerio, e osservate attentamente questi tratti.

Anche Léandre guardava.

Aspettate un attimo! Credo di riconoscere questo oggetto. È, sì, senza dubbio, è proprio quello.

Valère.

Lui? Ma dite piuttosto lei. È una donna che rinuncio, come a tutte le donne dell’universo; su di lei Angélique avrà sempre la meglio.

ANGÉLIQUE.

Sì, Valerio; fino ad ora è stata una donna. Ma spero che da ora in poi diventi un uomo, capace di superare quelle piccole debolezze che denigravano il suo sesso e il suo carattere.

Valère.

In quale strana sorpresa mi gettate!

ANGÉLIQUE.

Non dovreste affatto sottovalutare questo oggetto, visto che avete avuto con esso un rapporto estremamente intimo, e certamente non vi si potrà accusare di averlo trascurato. Rimuovete da questa testa quella strana decorazione che vostra sorella vi ha fatto aggiungere.

Valère.

Ah! Cosa vedo?

MARTON.

Non è forse chiaro? Vedete il ritratto, ed ecco l’originale.

Valère.

Oh cielo, eppure non muoio di vergogna!

MARTON.

Eh! Signore, forse siete l’unico della vostra categoria a conoscerla.

ANGÉLIQUE.

Ingrato! Ho forse sbagliato a dirti che amavo l’originale di questo ritratto?

Valère.

E io non voglio amarlo più se non perché lui vi adora.

ANGÉLIQUE.

Vorreste che, per confermare la nostra riconciliazione, vi presentassi Léandre, mio fratello?

LEANDRO.

Soffrite, signore.

Valère.

Dio mio! Che massimo di felicità. Anche quando ero ingrato, Angélique non è mai stata infedele!

LUCCIDE.

Quanto desidero il vostro felicità, e quanto anche il mio stesso benessere ne risulti aumentato!

Scena XVIII.

Lisimon. Léandre, Valère, Angélique, Lucinde, Marton.

LISIMON.

Ah ! vous voici tous rassemblés fort à propos. Valère et Lucinde ayant tous deux résisté à leurs mariages, j’avais d’abord résolu de les y contraindre : mais j’ai réfléchi qu’il faut quelquefois être bon père, et que la violence ne fait pas toujours des mariages heureux. J’ai donc pris le parti de rompre dès aujourd’hui tout ce qui avait été arrêté ; et voici les nouveaux arrangements que j’y substitue : Angélique m’épousera ; Lucinde ira dans un couvent ; Valère sera déshérité, et quant à vous, Léandre, vous prendrez patience, s’il vous plaît.

MARTON.

Fort bien, ma foi ! voilà qui est toisé on ne peut pas mieux.

LISIMON.

Qu’est-ce donc ? vous voilà tous interdits ! Est-ce que ce projet ne vous accommode pas ?

MARTON.

Voyez si pas un d’eux desserrera les dents ! La peste des sots amants et de la sotte jeunesse dont l’inutile babil ne tarit point, et qui ne savent trouver un mot dans une occasion nécessaire !

LISIMON.

Allons, vous savez tous mes intentions ; vous n’avez qu’à vous y conformer.

LÉANDRE.

Eh ! monsieur, daignez suspendre votre courroux. Ne lisez-vous pas le repentir des coupables dans leurs yeux et dans leur embarras ? et voulez-vous confondre les innocents dans la même punition ?

LISIMON.

Ça, je veux bien avoir la faiblesse d’éprouver leur obéissance encore une fois. Voyons un peu. Eh bien ! monsieur Valère, faites-vous toujours des réflexions ?

VALÈRE.

Oui, mon père ; mais, au lieu des peines du mariage, elles ne m’en offrent plus que les plaisirs.

LISIMON.

Oh, oh ! vous avez bien changé de langage ! Et toi, Lucinde, aimes-tu toujours bien ta liberté ?

LUCINDE.

Je sens, mon père, qu’il peut être doux de la perdre sous les lois du devoir.

LISIMON.

Ah ! les voilà tous raisonnables. J’en suis charmé. Embrassez-moi, mes enfants, et allons conclure ces heureux hyménées. Ce que c’est qu’un coup d’autorité frappé à propos !

VALÈRE.

Venez, belle Angélique ; vous m’avez guéri d’un ridicule qui faisait la honte de ma jeunesse ; et je vais désormais éprouver près de vous que quand on aime bien, on ne songe plus à soi-même.

FIN de NARCISSE ou L’AMANT DE LUI-MÊME

Table des matières du titre

Liste des Mélanges ou littérature variée

Liste générale des titres

Ah! You are all gathered here at just the right time. Since both Valère and Lucinde had resisted their marriages, I had initially decided to force them to go through with them; but then I thought that sometimes it is necessary to be a good father, and that violence does not always lead to happy marriages. Therefore, I have decided to cancel everything that had been arranged earlier today. Here are the new arrangements I have made: Angélique will marry me; Lucinde will go into a convent; Valère will be disinherited, and as for you, Léandre, please have patience.

MARTON.

Very well, indeed! That’s just what we needed, nothing better than that.

LISIMON.

What on earth is it? You are all prohibited from doing it! Does this project not suit your needs at all?

MARTON.

See if any of them will stop babbling! The plague of those foolish lovers and silly youths whose useless chatter never ceases, who are unable to find the right words at the right time!

LISIMON.

Come on, you all know my intentions; you just need to act accordingly.

LÉANDRE.

Ah! Sir, please restrain your anger. Don’t you see the remorse in the eyes of those guilty, and their evident embarrassment? How can you then punish the innocent together with them?

LISIMON.

I would be willing to indulge in the weakness of experiencing their obedience once again. Let’s see. Well! Mr. Valère, do you still engage in reflection?

VALÈRE.

Yes, my father; but instead of the hardships that marriage entails, it brings me only pleasures.

LISIMON.

Oh, oh! You’ve really changed your language! And you, Lucinde, do you still enjoy your freedom so much?

LUCINDE.

I feel, my father, that it can be sweet to lose her within the confines of duty.

LISIMON.

Ah! Now they are all reasonable—how delightful. Come, my children, give me a kiss, and let us conclude these happy marriages. What a clever way to assert authority when the time is right!

VALÈRE.

Come, beautiful Angélique; you have cured me of a ridiculous habit that brought shame to my youth; and now, in your presence, I will realize that when one truly loves, one no longer thinks of oneself at all.

“The End of Narcissus, or The Lover of Himself”

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Ah! Siete tutti riuniti proprio al momento giusto. Poiché sia Valere che Lucinde avevano resistito ai loro matrimoni, inizialmente avevo deciso di costringerli ad accettarli; ma poi ho pensato che a volte è necessario essere buoni genitori, e che la violenza non sempre porta a matrimoni felici. Pertanto, ho deciso di annullare tutto ciò che era stato stabilito in precedenza; ecco i nuovi accordi che propongo: Angélique mi sposerà; Lucinde andrà in un convento; Valere sarà privato di ogni eredità, e tu, Léandre, dovrai avere pazienza, per favore.

MARTON.

Benissimo, davvero! Questo è proprio ciò che si desiderava; non potrebbe essere meglio di così.

LISIMON.

Che cos’è? Siete tutti vietati dall’utilizzare questo progetto. Non vi soddisfa forse?

MARTON.

Vediamo se qualcuno di loro riuscirà a trattenersi dal parlare. La piaga degli sciocchi innamorati e della giovinezza stupida, la cui inutile chiacchierata non conosce mai fine, e che non sanno trovare nemmeno una parola nelle occasioni più importanti!

LISIMON.

Andiamo, tutti conoscete le mie intenzioni; dovete semplicemente attenervi ad esse.

LEANDRO.

Eh! Signore, si degni di placare la sua ira. Non vede forse nel loro sguardo e nel loro imbarazzo il pentimento dei colpevoli? E vuole davvero condannare gli innocenti alla stessa punizione?

LISIMON.

Certo, sono disposto ad avere la debolezza di provare ancora una volta la loro obbedienza. Vediamo un po’. Ebbene, signor Valère, continua ancora a riflettere?

Valère.

Sì, mio padre; ma, invece delle sofferenze coniugali, il matrimonio mi offre soltanto piaceri.

LISIMON.

Oh, oh! Avete davvero cambiato linguaggio. E tu, Lucinda, ami ancora molto la tua libertà?

LUCCIDE.

Sento, padre mio, che può essere dolce perderla secondo le leggi del dovere.

LISIMON.

Ah! Ora sono tutti ragionevoli. Ne sono incantato. Abbracciatemi, miei figli, e andiamo a concludere questi felici matrimoni. Che colpo di autorità, davvero tempestivo!

Valère.

Vieni, bella Angélica; tu mi hai guarito da un ridicolo che disonorava la mia giovinezza; e ora, al tuo fianco, scoprirò che quando si ama davvero, non ci si pensa più a se stessi.

Fine di Narciso o l’amante di se stesso

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