Abstract

An episode translated from the second canto of Tasso’s Jerusalem Delivered, on the magician Ismeno and the theft of the sacred image. A poetic translation, without philosophical content.

Testo originale francese · Arvensa Editions · pubblico dominio

ÉPISODE

Tiré du second chant de la Jérusalem délivrée, du Tasse.

Tandis que le tyran se prépare à la guerre, Ismène un jour se présente à lui ; Ismène qui de dessous la tombe peut faire sortir un corps mort et lui rendre le sentiment et la parole. Ismène qui peut, au son des paroles magiques, effrayer Pluton, jusqu’en son palais ; qui commande aux démons en maître, les emploie à ses œuvres impies et les enchaîne ou délie à son gré.

Chrétien jadis, aujourd’hui mahométan, il n’a pu quitter tout à fait ses anciens rites, et les profanant à de criminels usages, mêle et confond ainsi les deux lois qu’il connaît mal. Maintenant du fond des antres où il exerce ses arts ténébreux ; vient à son seigneur dans le danger public, à mauvais roi, pire conseiller.

Sire, dit-il, la formidable et victorieuse armée arrive. Mais nous, remplissons nos devoirs ; le ciel et la terre seconderont notre courage. Doué de toutes les qualités d’un capitaine et d’un roi, vous avez de loin tout prévu, vous avez pourvu à tout ; et si chacun s’acquitte ainsi de sa charge, cette terre sera le tombeau de vos ennemis.

Quant à moi, je viens de mon côté partager vos périls et vos travaux. J’y mettrai pour ma part les conseils de la vieillesse et les forces de l’art magique. Je contraindrai les anges bannis du ciel à concourir à mes soins. Je veux commencer mes enchantements par une opération dont il faut vous rendre compte.

Dans le temple des chrétiens, sur un autel souterrain est une image de celle qu’ils adorent, et que leur peuple ignorant fait la mère de leur dieu, né, mort, et enseveli. Le simulacre, devant lequel une lampe brûle sans cesse, est enveloppé d’un voile, et entouré d’un grand nombre de vœux suspendus en ordre, et que les crédules dévots y portent de toutes parts.

Il s’agit d’enlever de là cette effigie, et de la transporter de propres mains dans votre mosquée ; là j’y attacherai un charme si fort, qu’elle sera, tant qu’on l’y gardera, la sauvegarde de vos portes ; et par l’effet d’un nouveau mystère, vous conserverez dans vos murs un empire inexpugnable.

À ces mots le roi persuadé court impatient à la maison de Dieu, force les prêtres, enlève sans respect le chaste simulacre, et le porte à ce temple impie où un culte insensé ne fait qu’irriter le ciel. C’est là, c’est dans ce lieu profane et sur cette sainte image, que le magicien murmure ses blasphèmes.

Mais le matin du jour suivant, le gardien du temple immonde ne vit plus l’image où elle était la veille, et, l’ayant cherchée en vain de tous côtés, courut avertir le roi, qui, ne doutant pas que les chrétiens ne l’eussent enlevée, en fut transporté de colère.

Soit qu’en effet ce fût un coup d’adresse d’une main pieuse, ou un prodige du ciel, indigné que l’image de sa souveraine soit prostituée en un lieu souillé, il est édifiant, il est juste de faire céder le zèle et la piété des hommes, et de croire que le coup est venu d’en haut.

Le roi fit faire dans chaque église et dans chaque maison la plus importune recherche, et décerna de grands prix et de grandes peines à qui révélerait ou recélerait le vol. Le magicien de son côté déploya sans succès toutes les forces de son art pour en découvrir l’auteur : le ciel, au mépris de ses enchantements et de lui, tint l’oeuvre secrète, de quelque part qu’elle pût venir.

Mais le tyran, furieux de se voir cacher le délit qu’il attribue toujours aux fidèles, se livre contre eux à la plus ardente rage. Oubliant toute prudence, tout respect humain, il veut, à quelque prix que ce soit, assouvir sa vengeance. « Non, non, s’écriait-il, la menace ne sera pas vaine ; le coupable a beau se cacher, il faut qu’il meure ; ils mourront tous, et lui avec eux.

« Pourvu qu’il n’échappe pas, que le juste, que l’innocent périsse : qu’importe ? Mais qu’ai-je dit ? l’innocent ! Nul ne l’est ; et dans cette odieuse race en est-il un seul qui ne soit notre ennemi ? Oui, s’il en est d’exempts de ce délit, qu’ils portent la peine due à tous pour leur haine ; que tous périssent ; l’un comme voleur, et les autres comme chrétiens. Venez, mes loyaux, apportez la flamme et le fer ; tuez et brûlez sans miséricorde. »

C’est ainsi qu’il parle à son peuple. Le bruit de ce danger parvient bientôt aux chrétiens. Saisis, glacés d’effroi par l’aspect de la mort prochaine, nul ne songe à fuir ni à se défendre ; nul n’ose tenter les excuses ni les prières. Timides, irrésolus, ils attendaient leur destinée, quand ils virent arriver leur salut d’où ils l’espéraient le moins.

Parmi eux était une, vierge déjà nubile, d’une âme sublime, d’une beauté d’ange, qu’elle néglige ou dont elle ne prend que les soins dont l’honnêteté se pare ; et ce qui ajoute au prix de ses charmes, dans les murs d’une étroite enceinte elle les soustrait aux yeux et aux vœux des amants.

Mais est-il des mûrs que ne perce quelque rayon d’une beauté digne de briller aux yeux et d’enflammer les cœurs ? Amour, le souffrirais-tu ? Non ; tu l’as révélée aux jeunes désirs d’un adolescent. Amour, qui, tantôt argus et tantôt aveugle, éclaires les yeux de ton flambeau ou les voiles de ton bandeau, malgré tous les gardiens, toutes les clôtures, jusque dans les plus chastes asiles, tu sus porter un regard étranger.

Elle s’appelle Sophronie ; Olinde est le nom du jeune homme : tous deux ont la même patrie et la même foi. Comme il est modeste autant qu’elle est belle, il désire beaucoup, espère peu, ne demande rien, et ne sait ou n’ose se découvrir. Elle, de son côté, ne le voit pas, ou n’y pense pas, ou le dédaigne ; et le malheureux perd ainsi ses soins ignorés, mal connus, ou mal reçus.

Cependant on entend l’horrible proclamation, et le moment du massacre approche. Sophronie, aussi généreuse qu’honnête, forme le projet de sauver son peuple. Si sa modestie l’arrête, son courage l’anime et triomphe, ou plutôt ces deux vertus s’accordent et s’illustrent mutuellement.

La jeune vierge sort seule au milieu du peuple. Sans exposer ni cacher ses charmes, en marchant elle recueille ses yeux, resserre son voile, et en impose par la réserve de son maintien. Soit art ou hasard, soit négligence ou parure, tout concourt à rendre sa beauté touchante : le ciel, la nature et l’amour qui la favorisent, donnent à ses négligences l’effet de l’art.

Sans daigner voir les regards qu’elle attire à son passage, et sans détourner les siens, elle se présente devant le roi, ne tremble point en voyant sa colère, et soutient avec fermeté son féroce aspect. Seigneur, lui dit-elle, daignez suspendre votre vengeance et contenir votre peuple. Je viens vous découvrir et vous livrer le coupable que vous cherchez et qui vous a si fort offensé.

À l’honnête assurance de cet abord, à l’éclat subit de ces chastes et fières grâces, le roi, confus et subjugué, calme sa colère et adoucit son visage irrité. Avec moins de sévérité, lui dans l’âme, elle sur le visage, il en devenait amoureux. Mais une beauté revêche ne prend point un cœur farouche, et les douces manières sont les amorces de l’amour.

Soit surprise, attrait, ou volupté plutôt qu’attendrissement, le barbare se sentit ému. Déclare-moi tout, lui dit-il ; voilà que j’ordonne qu’on épargne ton peuple. Le coupable, reprit-elle, est devant vos yeux ; voilà la main dont ce vol est l’oeuvre. Ne cherchez personne autre ; c’est moi qui ai ravi l’image, et je suis celle que vous devez punir.

C’est ainsi que se dévouant pour le salut de son peuple, elle détourne courageusement le malheur public sur elle seule. Le tyran, quelque temps irrésolu, ne se livre pas si tôt à sa furie accoutumée. Il l’interroge : il faut, dit-il, que tu me déclares qui t’a donné ce conseil, et qui t’a aidée à l’exécuter.

Jalouse de ma gloire, je n’ai voulu, répond-elle, en faire part à personne. Le projet, l’exécution, tout vient de moi seule, et seule j’ai su mon secret. C’est donc sur toi seule, lui dit le roi, que doit tomber ma vengeance. Cela est juste, reprend-elle, je dois subir toute la peine, comme j’ai remporté tout l’honneur.

Ici le courroux du tyran commence à se rallumer. Il lui demande où elle a caché l’image ? Elle répond : Je ne l’ai point cachée, je l’ai brûlée, et j’ai cru faire une œuvre louable de la garantir ainsi des outrages des mécréants. Seigneur, est-ce le voleur que vous cherchez ? il est en votre présence. Est-ce le vol ? vous ne le reverrez jamais.

Quoiqu’au reste ces noms de voleur et de vol ne conviennent ni à moi ni à ce que j’ai fait, rien n’est plus juste que de reprendre ce qui fut pris injustement. À ces mots, le tyran pousse un cri menaçant ; sa colère n’a plus de frein. Vertu, beauté, courage, n’espérez plus trouver grâce devant lui. C’est en vain que, pour la défendre d’un barbare dépit, l’amour lui fait un bouclier de ses charmes.

On la saisit. Rendu à toute sa cruauté, le roi la condamne à périr sur un bûcher. Son voile, sa chaste mante lui sont arrachés ; ses bras délicats sont meurtris de rudes chaînes. Elle se tait ; son âme forte, sans être abattue, n’est pas sans émotion ; et les roses éteintes sur son visage y laissent la candeur de l’innocence plutôt que la pâleur de la mort.

Cet acte héroïque aussitôt se divulgue. Déjà le peuple accourt en foule. Olinde accourt aussi tout alarmé. Le fait était sûr, la personne encore douteuse : ce pouvait être la maîtresse de son cœur. Mais sitôt qu’il aperçoit la belle prisonnière en cet état, sitôt qu’il voit les ministres de sa mort occupés à leur dur office, il s’élance, il heurte la foule,

Et crie au roi : Non, non ; ce vol n’est point de son fait ; c’est par folie qu’elle s’en ose vanter. Comment une jeune fille sans expérience pourrait-elle exécuter, tenter, concevoir même une pareille entreprise ? comment a-t-elle trompé les gardes ? comment s’y est-elle prise pour enlever la sainte image ? Si elle l’a fait, qu’elle s’explique. C’est moi, sire, qui ai fait le coup. Tel fut, tel fut l’amour dont même sans retour il brûla pour elle.

Il reprend ensuite : Je suis monté de nuit jusqu’à l’ouverture par où l’air et le jour entrent dans votre mosquée, et, tentant des routes presque inaccessibles, j’y suis entré par un passage étroit. Que celle-ci cesse d’usurper la peine qui m’est due : j’ai seul mérité l’honneur de la mort ; c’est à moi qu’appartiennent ces chaînes, ce bûcher, ces flammes ; tout cela n’est destiné que pour moi.

Sophronie lève sur lui les yeux : la douceur, la pitié sont peintes dans ses regards. Innocent infortuné, lui dit-elle, que viens-tu faire ici ? Quel conseil t’y conduit ? quelle fureur t’y traîne ? Crains-tu que sans toi mon âme ne puisse supporter la colère d’un homme irrité ? Non, pour une seule mort, je me suffis à moi seule, et je n’ai pas besoin d’exemple pour apprendre à la souffrir.

Ce discours qu’elle tient à son amant ne le fait point rétracter ni renoncer à son dessein. Digne et grand spectacle où l’amour entre en lice avec la vertu magnanime, ou la mort est le prix du vainqueur et la vie la peine du vaincu ! Mais, loin d’être touché de ce combat de constance et de générosité, le roi s’en irrite,

Et s’en croit insulté, comme si ce mépris du supplice retombait sur lui. Croyons-en, dit-il, à tous deux ; qu’ils triomphent l’un et l’autre, et partagent la palme qui leur est due. Puis il fait signe aux sergents, et dans l’instant Olinde est dans les fers. Tous deux, liés et adossés au même pieu, ne peuvent se voir en face.

On arrange autour d’eux le bûcher ; et déjà l’on excite la flamme, quand le jeune homme éclatant en gémissements, dit à celle avec laquelle il est attaché : C’est donc là le lien duquel j’espérais m’unir à toi pour la vie ! C’est donc là ce feu dont nos cœurs devaient brûler ensemble !

O flammes ! ô nœuds qu’un sort cruel nous destine ! Hélas ! vous n’êtes pas ceux que l’amour m’avait promis ! Sort cruel qui nous sépara durant la vie, et nous joint plus durement encore à la mort ! Ah ! puisque tu dois la subir aussi funeste, je me console, en la partageant avec toi, de t’être uni sur ce bûcher, n’ayant pu l’être à la couche nuptiale. Je pleure, mais sur ta triste destinée, et non sur la mienne, puisque je meurs à tes côtés.

Oh ! que la mort me sera douce, que les tourments me seront délicieux, si j’obtiens qu’au dernier moment, tombant l’un sur l’autre, nos bouches se joignent pour exhaler et recevoir au même instant nos derniers soupirs ! Il parle et ses pleurs étouffent ses paroles. Elle le tance avec douceur, et le remontre en ces termes :

Ami, le moment où nous sommes exige d’autres soins et d’autres regrets. Ah ! pense, pense à tes fautes et au digne prix que Dieu promet aux fidèles. Souffre en son nom ; les tourments te seront doux. Aspire avec joie au séjour céleste : vois le ciel comme il est beau ; vois le soleil, dont il semble que l’aspect riant nous appelle et nous console.

À ces mots, tout le peuple païen éclate en sanglots, tandis que le fidèle ose à peine gémir à plus basse voix. Le roi même, le roi sent au fond de son âme dure je ne sais quelle émotion prête à l’attendrir : mais, en la pressentant, il s’indigne, s’y refuse, détourne les yeux, et part sans vouloir se laisser fléchir. Toi seule, ô Sophronie ! n’accompagne point le deuil général, et quand tout pleure sur toi, toi seule ne pleure pas.

En ce péril pressant survient un guerrier, ou paraissant tel, d’une haute et belle apparence, dont l’armure et l’habillement étranger annonçait qu’il venait de loin : le tigre, fameuse enseigne qui couvre son casque, attira tous les yeux, et fit juger avec raison que c’était Clorinde.

Dès l’âge le plus tendre, elle méprisa les mignardises de son sexe : jamais ses courageuses mains ne daignèrent toucher le fuseau, l’aiguille et les travaux d’Arachné ; elle ne voulut ni s’amollir par des vêtements délicats, ni s’environner timidement de clôtures. Dans les camps même, la vraie honnêteté se fait respecter, et partout sa force et sa vertu fut sa sauvegarde : elle arma de fierté son visage, et se plut à le rendre sévère ; mais il charme, tout sévère qu’il est.

D’une main encore enfantine elle apprit à gouverner le mors d’un coursier, à manier la pique et l’épée ; elle endurcit son corps sur l’arène, se rendit légère à la course ; sur les rochers, à travers les bois, suivit à la piste les bêtes féroces ; se fit guerrière enfin ; et après avoir fait la guerre en homme aux lions dans les forêts, combattit en lion dans les camps parmi les hommes.

Elle venait des contrées persanes pour résister de toute sa force aux chrétiens : ce n’était pas la première fois qu’ils éprouvaient son courage ; souvent elle avait dispersé leurs membres sur la poussière et rougi les eaux de leur sang. L’appareil de mort qu’elle aperçoit en arrivant la frappe : elle pousse son cheval et veut savoir quel crime attire un tel châtiment.

La foule s’écarte ; et Clorinde, en considérant de près les deux victimes attachées ensemble, remarque le silence de l’une et les gémissements de l’autre. Le sexe le plus faible montre en cette occasion plus de fermeté ; et tandis qu’Olinde pleure de pitié plutôt que de crainte, Sophronie se tait, et, les yeux fixés vers le ciel, semble avoir déjà quitté le séjour terrestre.

Clorinde, encore plus touchée du tranquille silence de l’une que des douloureuses plaintes de l’autre, s’attendrit sur leur sort jusqu’aux larmes ; puis se tournant vers un vieillard qu’elle aperçut auprès d’elle : Dites-moi, je vous prie, lui demanda-t-elle, qui sont ces jeunes gens, et pour quel crime ou par quel malheur ils souffrent un pareil supplice.

Le vieillard en peu de mots ayant pleinement satisfait à sa demande, elle fut frappée d’étonnement, et, jugeant bien que tous deux étaient innocents, elle résolut, autant que le pourrait sa prière ou ses armes, de les garantir de la mort. Elle s’approche, en faisant retirer la flamme prête à les atteindre : elle parle ainsi à ceux qui l’attisaient :

Qu’aucun de vous n’ait l’audace de poursuivre cette cruelle œuvre jusqu’à ce que j’aie parlé au roi, je vous promets qu’il ne vous saura pas mauvais gré de ce retard. Frappés de son air grand et noble, les sergents obéirent : alors elle s’achemina vers le roi, et le rencontra qui venait au-devant d’elle.

Seigneur, lui dit-elle, je suis Clorinde ; vous m’avez peut-être ouï nommer quelquefois. Je viens m’offrir pour défendre avec vous la foi commune et votre trône : ordonnez ; soit en pleine campagne ou dans l’enceinte des murs, quelqu’emploi qu’il vous plaise m’assigner, je l’accepte sans craindre les plus périlleux ni dédaigner les plus humbles.

Quel pays, lui répond le roi, est si loin de l’Asie et de la route du soleil, où l’illustre nom de Clorinde ne vole pas sur les ailes de la gloire ? Non, vaillante guerrière, avec vous je n’ai plus ni doute ni crainte ; et j’aurais moins de confiance une armée entière venue à mon secours qu’en votre seule assistance.

Oh ! que Godefroy n’arrive-t-il à l’instant même ! Il vient trop lentement à mon gré. Vous me demandez un emploi ? Les entreprises difficiles et grandes sont les seules dignes de vous ; commandez à nos guerriers ; je vous nomme leur général. La modeste Clorinde lui rend grâce, et reprend ensuite :

C’est une chose bien nouvelle sans doute que le salaire précède les services ; mais ma confiance en vos bontés me fait demander, pour prix de ceux que j’aspire à vous rendre, la grâce de ces deux condamnés. Je les demande en pur don, sans examiner si le crime est bien avéré, si le châtiment n’est point trop sévère, et sans m’arrêter aux signes sur lesquels je préjuge leur innocence.

Je dirai seulement que quoiqu’on accuse ici les chrétiens d’avoir enlevé l’image, j’ai quelque raison de penser autrement : cette oeuvre du magicien fut une profanation de notre loi, qui n’admet point d’idoles dans nos temples, et moins encore celles des dieux étrangers.

C’est donc à Mahomet que j’aime à rapporter le miracle ; et sans doute il l’a fait pour nous apprendre à ne pas souiller ses temples par d’autres cultes. Qu’Ismène fasse à son gré ses enchantements, lui dont les exploits sont des maléfices. Pour nous guerriers, manions le glaive ; c’est là notre défense, et nous ne devons espérer qu’en lui.

Elle se tait ; et, quoique l’âme colère du roi ne s’apaise pas sans peine, il voulut néanmoins lui complaire, plutôt fléchi par sa prière et par la raison d’état que par la pitié. Qu’ils aient, dit-il, la vie et la liberté : un tel intercesseur peut-il éprouver des refus ? Soit pardon, soit justice, innocents je les absous, coupables je leur fais grâce.

Ils furent ainsi délivrés, et là fut couronné le sort vraiment aventureux de l’amant de Sophronie. Eh ! comment refuserait-elle de vivre avec celui qui voulut mourir pour elle ? Du bûcher ils vont à la noce ; d’amant dédaigné, de patient même, il devient heureux époux, et montre ainsi dans un mémorable exemple, que les preuves d’un amour véritable ne laissent point insensible un cœur généreux.

FIN de OLINDE ET SOPHRONIE

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COMÉDIE en un acte et en prose. C’est une œuvre de jeunesse, J.J. l’a écrite entre 18 et 22 ans et l’a plusieurs fois remaniée. À son arrivée à Paris, Marivaux l’a lue et y a apporté quelques corrections. Elle a été représentée pour la première fois le 18 décembre 1752 au Théâtre de la rue des Fossés Saint Martin et publiée en février 1753.Composée en 1733, et jouée pour la première fois le 18 décembre 1752 au Théâtre de la rue des Fossés Saint-Germain.

J. J. Rousseau : Oeuvres complètes

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