Abstract

A pedagogical project written while serving as a private tutor to the Mably family: Rousseau insists on the need to thoroughly understand the pupil’s character and to found the tutor’s authority on affection rather than corporal punishment, anticipating central themes of Émile.

Testo originale francese · Arvensa Editions · pubblico dominio

Vous m’avez fait l’honneur, monsieur, de me confier l’instruction de messieurs vos enfants : c’est à moi d’y répondre par tous mes soins et par toute l’étendue des lumières que je puis avoir ; et j’ai cru que, pour cela, mon premier objet devait être de bien connaître les sujets auxquels j’aurai affaire. C’est à quoi j’ai principalement employé le temps qu’il y a que j’ai l’honneur d’être dans votre maison ; et je crois d’être suffisamment au fait à cet égard pour pouvoir régler là-dessus le plan de leur éducation. Il n’est pas nécessaire que je vous fasse compliment, monsieur, sur ce que j’y ai remarqué d’avantageux ; l’affection que j’ai conçue pour eux se déclarera par des marques plus solides que des louanges, et ce n’est pas un père aussi tendre et aussi éclairé que vous l’êtes, qu’il faut instruire des belles qualités de ses enfants.

Il me reste à présent, monsieur, d’être éclairci par vous-même des vues particulières que vous pouvez avoir sur chacun d’eux, du degré d’autorité que vous êtes dans le dessein de m’accorder à leur égard, et des bornes que vous donnerez à mes droits pour les récompenses et les châtiments.

Il est probable, monsieur, que m’ayant fait la faveur de m’agréer dans votre maison avec un appointement honorable et des distinctions flatteuses, vous avez attendu de moi des effets qui répondissent à des conditions si avantageuses ; et l’on voit bien qu’il ne fallait pas tant de frais ni de façons pour donner à messieurs vos enfants un précepteur ordinaire qui leur apprît le rudiment, l’orthographe et le catéchisme : je me promets bien aussi de justifier de tout mon pouvoir les espérances favorables que vous avez pu concevoir sur mon compte ; et tout plein d’ailleurs de fautes et de faiblesses, vous ne me trouverez jamais à me démentir un instant sur le zèle et l’attachement que je dois à mes élèves.

Mais, monsieur, quelques soins et quelques peines que je puisse prendre, le succès est bien éloigné de dépendre de moi seul. C’est l’harmonie parfaite qui doit régner entre nous, la confiance que vous daignerez m’accorder, et l’autorité que vous me donnerez sur mes élèves qui décidera de l’effet de mon travail. Je crois, monsieur, qu’il vous est tout manifeste qu’un homme qui n’a sur des enfants des droits de nulle espèce, soit pour rendre ses instructions aimables, soit pour leur donner du poids, ne prendra jamais d’ascendant sur des esprits qui, dans le fond, quelque précoces qu’on les veuille supposer, règlent toujours à certain âge les trois quarts de leurs opérations sur les impressions des sens. Vous sentez aussi qu’un maître obligé de porter ses plaintes sur toutes les fautes d’un enfant, se gardera bien, quand il le pourrait avec bienséance, de se rendre insupportable en renouvelant sans cesse de vaines lamentations ; et d’ailleurs, mille petites occasions décisives de faire une correction, ou de flatter à propos, s’échappent dans l’absence d’un père et d’une mère, ou dans des moments où il serait messéant de les interrompre aussi désagréablement, et l’on n’est plus à temps d’y revenir dans un autre instant, où le changement des idées d’un enfant lui rendrait pernicieux ce qui aurait été salutaire ; enfin un enfant qui ne tarde pas à s’apercevoir de l’impuissance d’un maître à son égard, en prend occasion de faire peu de cas de ses défenses et de ses préceptes, et de détruire sans retour l’ascendant que l’autre s’efforçait de prendre. Vous ne devez pas croire, monsieur, qu’en parlant sur ce ton-là, je souhaite de me procurer le droit de maltraiter messieurs vos enfants par des coups ; je me suis toujours déclaré contre cette méthode ; rien ne me paraîtrait plus triste pour M. de Sainte-Marie que s’il ne restait que cette voie de le réduire, et j’ose me promettre d’obtenir désormais de lui tout ce qu’on aura lieu d’en exiger, par des voies moins dures et plus convenables, si vous goûtez le plan que j’ai l’honneur de vous proposer.

D’ailleurs, à parler franchement, si vous pensez, monsieur, qu’il y eût de l’ignominie à monsieur votre fils d’être frappé par des mains étrangères, je trouve aussi de mon côté qu’un honnête homme ne saurait guère mettre les siennes à un usage plus honteux que de les employer à maltraiter un enfant : mais à l’égard de M. de Sainte-Marie, il ne manque pas de voies de le châtier dans le besoin, par des mortifications qui lui feraient encore plus d’impression, et qui produiraient de meilleurs effets ; car dans un esprit aussi vif que le sien, l’idée des coups s’effacera aussitôt que la douleur, tandis que celle d’un mépris marqué, ou d’une privation sensible, y restera beaucoup plus longtemps.

Un maître doit être craint ; il faut pour cela que l’élève soit bien convaincu qu’il est en droit de le punir : mais il doit surtout être aimé, et quel moyen à un gouverneur de se faire aimer d’un enfant à qui il n’a jamais à proposer que des occupations contraires à son goût, si d’ailleurs il n’a le pouvoir de lui accorder certaines petites douceurs de détail qui ne coûtent presque ni dépenses ni perte de temps, et qui ne laissent pas, étant ménagées à propos, d’être extrêmement sensibles à un enfant, et de l’attacher beaucoup à son maître. J’appuierai peu sur cet article, parce qu’un père peut sans inconvénient, se conserver le droit exclusif d’accorder des grâces à son fils, pourvu qu’il y apporte les précautions suivantes, nécessaires surtout à M. de Sainte-Marie dont la vivacité, et le penchant à la dissipation demandent plus de dépendance. 1°. Avant que de lui faire quelque cadeau, savoir secrètement du gouverneur s’il a lieu d’être satisfait de la conduite de l’enfant. 2°. Déclarer au jeune homme que quand il a quelque grâce à demander, il doit le faire par la bouche de son gouverneur, et que s’il lui arrive de la demander de son chef, cela seul suffira pour l’en exclure. 3°. Prendre de là occasion de reprocher quelquefois au gouverneur qu’il est trop bon, que son trop de facilité nuira au progrès de son élevé, et que c’est à sa prudence à lui de corriger ce qui manque à la modération d’un enfant. 4°. Que si le maître croit avoir quelque raison de s’opposer à quelque cadeau qu’on voudrait faire à son élève, refuser absolument de le lui accorder jusqu’à ce qu’il ait trouvé le moyen de fléchir son précepteur. Au reste, il ne sera point du tout nécessaire d’expliquer au jeune enfant, dans l’occasion, qu’on lui accorde quelque faveur précisément parce qu’il a bien fait son devoir ; mais il vaut mieux qu’il conçoive que les plaisirs et les douceurs sont les suites naturelles de la sagesse et de la bonne conduite, que s’il les regardait comme des récompenses arbitraires qui peuvent dépendre du caprice, et qui, dans le fond ne doivent jamais être proposées pour l’objet et le prix de l’étude et de la vertu.

Voilà tout au moins, monsieur, les droits que vous devez m’accorder sur monsieur votre fils, si vous souhaitez de lui donner une heureuse éducation, et qui réponde aux belles qualités qu’il montre à bien des égards, mais qui actuellement sont offusquées par beaucoup de mauvais plis qui demandent d’être corrigés à bonne heure, et avant que le temps ait rendu la chose impossible. Cela est si vrai, qu’il s’en faudra beaucoup, par exemple, que tant de précautions ne soient nécessaires envers M. de Condillac ; il a autant besoin d’être poussé que l’autre d’être retenu, et je saurai bien prendre de moi-même tout l’ascendant dont j’aurai besoin sur lui : mais pour M. de Sainte-Marie, c’est un coup de partie pour son éducation, que de lui donner une bride qu’il sente, et qui soit capable de le retenir ; et dans l’état où sont les choses, les sentiments que vous souhaitez, monsieur, qu’il ait sur mon compte, dépendent beaucoup plus de vous que de moi-même.

Je suppose toujours, monsieur, que vous n’auriez garde de confier l’éducation de messieurs vos enfants à un homme que vous ne croiriez pas digne de votre estime ; et ne pensez point, je vous prie, que, par le parti que j’ai pris de m’attacher sans réserve à votre maison dans une occasion délicate, j’aie prétendu vous engager vous-même en aucune manière ; il y a bien de la différence entre nous : en faisant mon devoir autant que vous m’en laisserez la liberté, je ne suis responsable de rien, et dans le fond, comme vous êtes, monsieur, le maître et le supérieur naturel de vos enfants, je ne suis pas en droit de vouloir, à l’égard de leur éducation, forcer votre goût de se rapporter au mien : ainsi, après vous avoir fait les représentations qui m’ont paru nécessaires, s’il arrivait que vous n’en jugeassiez pas de même, ma conscience serait quitte à cet égard, et il ne me resterait qu’à me conformer à votre volonté. Mais pour vous, monsieur, nulle considération humaine ne peut balancer ce que vous devez aux moeurs et à l’éducation de messieurs vos enfants ; et je ne trouverais nullement mauvais qu’après m’avoir découvert des défauts que vous n’auriez peut-être pas d’abord aperçus, et qui seraient d’une certaine conséquence pour mes élèves, vous vous pourvussiez ailleurs d’un meilleur sujet.

J’ai donc lieu de penser que tant que vous me souffrez dans votre maison, vous n’avez pas trouvé en moi de quoi effacer l’estime dont vous m’aviez honoré. Il est vrai, monsieur, que je pourrais me plaindre que, dans les occasions où j’ai pu commettre quelque faute, vous ne m’ayez pas fait l’honneur de m’en avertir tout uniment : c’est une grâce que je vous ai demandée en entrant chez vous, et qui marquait du moins ma bonne volonté ; et si ce n’est en ma propre considération, ce serait du moins pour celle de messieurs vos enfants, de qui l’intérêt serait que je devinsse un homme parfait, s’il était possible.

Dans ces suppositions, je crois, monsieur, que vous ne devez pas faire difficulté de communiquer à monsieur votre fils les bons sentiments que vous pouvez avoir sur mon compte, et que, comme il est impossible que mes fautes et mes faiblesses échappent à des yeux aussi clairvoyants que les vôtres, vous ne sauriez trop éviter de vous en entretenir en sa présence ; car ce sont des impressions qui portent coup, et, comme dit M. de la Bruyère, le premier soin des enfants est de chercher les endroits faibles de leurs maîtres ; pour acquérir le droit de les mépriser : or, je demande quelle impression pourraient faire les leçons d’un homme pour qui son écolier aurait du mépris.

Pour me flatter d’un heureux succès dans l’éducation de monsieur votre fils, je ne puis donc pas moins exiger que d’en être aimé, craint, et estimé. Que si l’on me répondait que tout cela devait être mon ouvrage, et que c’est ma faute si je n’y ai pas réussi, j’aurais à me plaindre d’un jugement si injuste. Vous n’avez jamais eu d’explication avec moi sur l’autorité que vous me permettiez de prendre à son égard :ce qui était d’autant plus nécessaire, que je commence un métier que je n’ai jamais fait ; que, lui ayant trouvé d’abord une résistance parfaite à mes instructions et une négligence excessive pour moi, je n’ai su comment le réduire ; et qu’au moindre mécontentement il courait chercher un asile inviolable auprès de son papa, auquel peut-être il ne manquait pas ensuite de conter les choses comme il lui plaisait.

Heureusement le mal n’est pas grand à l’âge ou il est ; nous avons eu le loisir de nous tâtonner, pour ainsi dire, réciproquement, sans que ce retard ait pu porter encore un grand préjudice à ses progrès, que d’ailleurs la délicatesse de sa santé n’aurait pas permis de pousser beaucoup [3] ; mais comme les mauvaises habitudes, dangereuses à tout âge, le sont infiniment plus à celui-là, il est temps d’y mettre ordre sérieusement, non pour le charger d’études et de devoirs, mais pour lui donner à bonne heure un pli d’obéissance et de docilité qui se trouve tout acquis quand il en sera temps.

Nous approchons de la fin de l’année[4] : vous ne sauriez, monsieur, prendre une occasion plus naturelle que le commencement de l’autre pour faire un petit discours à monsieur votre fils, à la portée de son âge, qui, lui mettant devant les yeux les avantages d’une bonne éducation, et les inconvénients d’une enfance négligée, le dispose à se prêter de bonne grâce à ce que la connaissance de son intérêt bien entendu nous sera dans la suite exiger de lui. Après quoi, vous auriez la bonté de me déclarer en sa présence que vous me rendez le dépositaire de votre autorité sur lui, et que vous m’accordez sans réserve le droit de l’obliger à remplir son devoir par tous les moyens qui me paraîtront convenables ; lui ordonnant, en conséquence, de m’obéir comme à vous-même, sous peine de votre indignation. Cette déclaration, qui ne sera que pour faire sur lui une plus vive impression, n’aura d’ailleurs d’effet que conformément à ce que vous aurez pris la peine de me prescrire en particulier.

Voilà, monsieur, les préliminaires qui me paraissent indispensables pour s’assurer que les soins que je donnerai à monsieur votre fils ne seront pas des soins perdus. Je vais maintenant tracer l’esquisse de son éducation, telle que j’en avais conçu le plan sur ce que j’ai connu jusqu’ici de son caractère et de vos vues. Je ne le propose point comme une règle à laquelle il faille s’attacher, mais comme un projet qui, ayant besoin d’être refondu et corrigé par vos lumières et par celles de M. l’abbé de…, servira seulement à lui donner quelque idée du génie de l’enfant à qui nous avons affaire. Et je m’estimerai trop heureux que monsieur votre frère veuille bien me guider dans les routes que je dois tenir : il peut être assuré que je me ferai un principe inviolable de suivre entièrement, et selon toute la petite portée de mes lumières et de mes talents, les routes qu’il aura pris la peine de me prescrire avec votre agrément.

Le but que l’on doit se proposer dans l’éducation d’un jeune homme, c’est de lui former le coeur, le jugement et l’esprit ; et cela dans l’ordre que je les nomme. La plupart des maîtres, les pédants surtout, regardent l’acquisition et l’entassement des sciences comme l’unique objet d’une belle éducation, sans penser que souvent, comme dit Molière :

Un sot savant est sot plus qu’un sot ignorant.

D’un autre côté, bien des pères, méprisant assez tout ce qu’on appelle études, ne se soucient guère que de former leurs enfants aux exercices du corps et à la connaissance du monde. Entre ces extrémités nous prendrons un juste milieu pour conduire monsieur votre fils. Les sciences ne doivent pas être négligées ; j’en parlerai tout-à-l’heure. Mais aussi elles ne doivent pas précéder les mœurs, surtout dans un esprit pétillant et plein de feu, peu capable d’attention jusqu’à un certain âge, et dont le caractère se trouvera décidé très à bonne heure. À quoi sert à un homme le savoir de Varron, si d’ailleurs il ne sait pas penser juste ? Que s’il a eu le malheur de laisser corrompre son coeur, les sciences sont dans sa tête comme autant d’armes entre les mains d’un furieux. De deux personnes également engagées dans le vice, le moins habile fera toujours le moins de mal ; et les sciences, même les plus spéculatives et les plus éloignées en apparence de la société, ne laissent pas d’exercer l’esprit, et de lui donner, en l’exerçant, une force dont il est facile d’abuser dans le commerce de la vie, quand on a le coeur mauvais.

Il y a plus à l’égard de M. de Sainte-Marie. Il a conçu un dégoût si fort contre tout ce qui porte le nom d’étude et d’application, qu’il faudra beaucoup d’art et de temps pour le détruire : et il serait fâcheux que ce temps-là fût perdu pour lui ; car il y aurait trop d’inconvénients à le contraindre ; et il vaudrait encore mieux qu’il ignorât entièrement ce que c’est qu’études et que sciences, que de ne les connaître que pour les détester.

À l’égard de la religion et de la morale, ce n’est point par la multiplicité des préceptes qu’on pourra parvenir à lui en inspirer des principes solides qui servent de règle à sa conduite pour le reste de sa vie. Excepté les éléments à la portée de son âge, on doit moins songer à fatiguer sa mémoire d’un détail de lois et de devoirs, qu’à disposer son esprit et son coeur à les connaître et à les goûter, à mesure que l’occasion se présentera de les lui développer ; et c’est par là même que ces préparatifs sont tout à fait à la portée de son âge et de son esprit, parce qu’ils ne renferment que des sujets curieux et intéressants sur le commerce civil, sur les arts et les métiers, et sur la manière variée dont la Providence a rendu tous les hommes utiles et nécessaires les uns aux autres. Ces sujets, qui sont plutôt des matières de conversations et de promenades que d’études réglées, auront encore divers avantages dont l’effet me paraît infaillible.

Premièrement, n’affectant point désagréablement son esprit par des idées de contrainte et d’étude réglée, et n’exigeant pas de lui une attention pénible et continue, ils n’auront rien de nuisible à sa santé. En second lieu, ils accoutumeront à bonne heure son esprit à la réflexion et à considérer les choses par leurs suites et par leurs effets. Troisièmement, ils le rendront curieux et lui inspireront du goût pour les sciences naturelles.

Je devrais ici aller au-devant d’une impression qu’on pourrait recevoir de mon projet, en s’imaginant que je ne cherche qu’à m’égayer moi-même et à me débarrasser de ce que les leçons ont de sec et d’ennuyeux, pour me procurer une occupation plus agréable. Je ne crois pas, monsieur, qu’il puisse vous tomber dans l’esprit de penser ainsi sur mon compte. Peut-être jamais homme ne se fit une affaire plus importante que celle que je me fais de l’éducation de messieurs vos enfants, pour peu que vous veuilliez seconder mon zèle. Vous n’avez pas eu lieu de vous apercevoir jusqu’à présent que je cherche à fuir le travail : mais je ne crois point que, pour se donner un air de zèle et d’occupation, un maître doive affecter de surcharger ses élèves d’un travail rebutant et sérieux, de leur montrer toujours une contenance sévère et fâchée, et de se faire ainsi à leurs dépens la réputation d’homme exact et laborieux. Pour moi, monsieur, je le déclare une fois pour toutes ; jaloux jusqu’au scrupule de l’accomplissement de mon devoir, je suis incapable de m’en relâcher jamais ; mon goût ni mes principes ne me portent ni à la paresse ni au relâchement : mais de deux voies pour m’assurer le même succès, je préférerai toujours celle qui coûtera le moins de peine et de désagrément à mes élèves ; et j’ose assurer, sans vouloir passer pour un homme très occupé, que moins ils travailleront en apparence, et plus en effet je travaillerai pour eux.

S’il y a quelques occasions où la sévérité soit nécessaire à l’égard des enfants, c’est dans les cas où les moeurs sont attaquées, ou quand il s’agit de corriger de mauvaises habitudes. Souvent, plus un enfant a d’esprit, et plus la connaissance de ses propres avantages le rend indocile sur ceux qui lui restent à acquérir. De là, le mépris des inférieurs, la désobéissance aux supérieurs, et l’impolitesse avec les égaux : quand on se croit parfait, dans quels travers ne donne-t-on pas ! M. de Sainte-Marie a trop d’intelligence pour ne pas sentir ses belles qualités ; mais, si l’on n’y prend garde, il y comptera trop, et négligera d’en tirer tout le parti qu’il faudrait. Ces semences de vanité ont déjà produit en lui bien des petits penchants nécessaires à corriger. C’est à cet égard, monsieur, que nous ne saurions agir avec trop de correspondance ; et il est très important que, dans les occasions où l’on aura lieu d’être mécontent de lui, il ne trouve de toutes parts qu’une apparence de mépris et d’indifférence, qui le mortifiera d’autant plus que ces marques de froideur ne lui seront point ordinaires. C’est punir l’orgueil par ses propres armes et l’attaquer dans sa source même, et l’on peut s’assurer que M. de Sainte-Marie est trop bien né pour n’être pas infiniment sensible à l’estime des personnes qui lui sont chères.

La droiture du coeur, quand elle est affermie par le raisonnement, est la source de la justesse de l’esprit : un honnête homme pense presque toujours juste, et quand on est accoutumé dès l’enfance à ne pas s’étourdir sur la réflexion, et à ne se livrer au plaisir présent qu’après en avoir pesé les suites et balancé les avantages avec les inconvénients, on a presque, avec un peu d’expérience, tout l’acquis nécessaire pour former le jugement. Il semble en effet, que le bon sens dépend encore plus des sentiments du coeur que des lumières de l’esprit, et l’on éprouve que les gens les plus savants et les plus éclairés ne sont pas toujours ceux qui se conduisent le mieux dans les affaires de la vie : ainsi après avoir rempli M. de Sainte-Marie de bons principes de morale, on pourrait le regarder en un sens comme assez avancé dans la science du raisonnement. Mais s’il est quelque point important dans son éducation, c’est sans contredit celui-là ; et l’on ne saurait trop bien lui apprendre à connaître les hommes, à savoir les prendre par leurs vertus et même par leurs faibles, pour les amener à son but, et à choisir toujours le meilleur parti dans les occasions difficiles. Cela dépend en partie de la manière dont on l’exercera à considérer les objets et à les retourner de toutes leurs faces, et en partie de l’usage du monde. Quant au premier point, vous y pouvez contribuer beaucoup, monsieur, et avec un très grand succès, en feignant quelquefois de le consulter sur la manière dont vous devez vous conduire dans des incidents d’invention ; cela flattera sa vanité, et il ne regardera point comme un travail le temps qu’on mettra à délibérer sur une affaire où sa voix sera comptée pour quelque chose. C’est dans de telles conversations qu’on peut lui donner le plus de lumières sur la science du monde, et il apprendra plus dans deux heures de temps par ce moyen, qu’il ne serait en un an par des instructions en règle : mais il faut observer de ne lui présenter que des matières proportionnées à son âge, et surtout l’exercer longtemps sur des sujets où le meilleur parti se présente aisément, tant afin de l’amener facilement à le trouver comme de lui-même, que pour éviter de lui faire envisager les affaires de la vie comme une suite de problèmes où, les divers partis paraissant également probables, il serait presque indifférent de se déterminer plutôt pour l’un que pour l’autre ; ce qui le mènerait à l’indolence dans le raisonnement et à l’indifférence dans la conduite.

L’usage du monde est aussi d’une nécessité absolue et d’autant plus pour M. de Sainte-Marie que, né timide, il a besoin de voir souvent compagnie pour apprendre à s’y trouver en liberté, et à s’y conduire avec ces grâces et cette aisance qui caractérisent l’homme du monde et l’homme aimable. Pour cela, monsieur, vous auriez la bonté de m’indiquer deux ou trois maisons où je pourrais le mener quelquefois par forme de délassement et de récompense. Il est vrai qu’ayant à corriger en moi-même les défauts que je cherche à prévenir en lui, je pourrais paraître peu propre à cet usage. C’est à vous monsieur, et à madame sa mère, à voir ce qui convient, et à vous donner la peine de le conduire quelquefois avec vous si vous jugez que cela lui soit plus avantageux. Il sera bon aussi que quand on aura du monde on le retienne dans la chambre, et qu’en l’interrogeant quelquefois et à propos sur les matières de la conversation, on lui donne lieu de s’y mêler insensiblement. Mais il y a un point sur lequel je crains de ne me pas trouver tout à fait de votre sentiment. Quand M. de Sainte-Marie se trouve en compagnie sous vos yeux, il badine et s’égaye autour de vous, et n’a des yeux que pour son papa, tendresse bien flatteuse et bien aimable ; mais s’il est contraint d’aborder une autre personne ou de lui parler, aussitôt il est décontenancé, il ne peut marcher ni dire un seul mot, ou bien il prend l’extrême, et lâche quelque indiscrétion. Voilà qui est pardonnable à son âge : mais enfin on grandit, et ce qui convenait hier ne convient plus aujourd’hui ; et j’ose dire qu’il n’apprendra jamais à se présenter tant qu’il gardera ce défaut. La raison en est qu’il n’est point en compagnie quoiqu’il y ait du monde autour de lui ; de peur d’être contraint de se gêner il affecte de ne voir personne, et le papa lui sert d’objet pour se distraire de tous les autres. Cette hardiesse forcée, bien loin de détruire sa timidité, ne fera sûrement que l’enraciner davantage, tant qu’il n’osera point envisager une assemblée ni répondre à ceux qui lui adressent la parole. Pour prévenir cet inconvénient, je crois, monsieur, qu’il serait bien de le tenir quelquefois éloigné de vous, soit à table, soit ailleurs, et de le livrer aux étrangers pour l’accoutumer de se familiariser avec eux.

On conclurait très mal si de tout ce que je viens de dire, on concluait que, me voulant débarrasser de la peine d’enseigner, ou peut-être par mauvais goût méprisant les sciences, je n’ai nul dessein d’y former M. votre fils, et qu’après lui avoir enseigné les éléments indispensables je m’en tiendrai là, sans me mettre en peine de le pousser dans les études convenables. Ce n’est pas ceux qui me connaîtront qui raisonneraient ainsi ; on sait mon goût déclaré pour les sciences, et je les ai assez cultivées pour avoir dû y faire des progrès pour peu que j’eusse eu de disposition.

On a beau parler au désavantage des études, et tâcher d’en anéantir la nécessité et d’en grossir les mauvais effets, il sera toujours beau et utile de savoir ; et quant au pédantisme, ce n’est pas l’étude même qui le donne, mais la mauvaise disposition du sujet. Les vrais savants sont polis et ils sont modestes, parce que la connaissance de ce qui leur manque les empêche de tirer vanité de ce qu’ils ont, et il n’y a que les petits génies et les demi-savants qui, croyant de savoir tout, méprisent orgueilleusement ce qu’ils ne connaissent point. D’ailleurs, le goût des lettres est d’une grande ressource dans la vie, même pour un homme d’épée. Il est bien gracieux de n’avoir pas toujours besoin du concours des autres hommes pour se procurer des plaisirs ; et il se commet tant d’injustices dans le monde, l’on y est sujet à tant de revers, qu’on a souvent occasion de s’estimer heureux de trouver des amis et des consolateurs dans son cabinet, au défaut de ceux que le monde nous ôte ou nous refuse.

Mais il s’agit d’en faire naître le goût à M. votre fils, qui témoigne actuellement une aversion horrible pour tout ce qui sent l’application. Déjà la violence n’y doit concourir en rien, j’en ai dit la raison ci-devant ; mais pour que cela revienne naturellement, il faut remonter jusqu’à la source de cette antipathie. Cette source est un goût excessif de dissipation qu’il a pris en badinant avec ses frères et sa soeur, qui fait qu’il ne peut souffrir qu’on l’en distraie un instant, et qu’il prend en aversion tout ce qui produit cet effet ; car d’ailleurs, je me suis convaincu qu’il n’a nulle haine pour l’étude en elle-même, et qu’il y a même des dispositions dont on peut se promettre beaucoup. Pour remédier à cet inconvénient, il faudrait lui procurer d’autres amusements qui le détachassent des niaiseries auxquelles il s’occupe, et pour cela, le tenir un peu séparé de ses frères et de sa soeur ; c’est ce qui ne se peut guère faire dans un appartement comme le mien, trop petit pour les mouvements d’un enfant aussi vif, et où même il serait dangereux d’altérer sa santé, si l’on voulait le contraindre d’y rester trop renfermé. Il serait plus important, monsieur, que vous ne pensez, d’avoir une chambre raisonnable pour y faire son étude et son séjour ordinaire ; je tâcherais de la lui rendre aimable par ce que je pourrais lui présenter de plus riant, et ce serait déjà beaucoup de gagné que d’obtenir qu’il se plût dans l’endroit où il doit étudier. Alors, pour le détacher insensiblement de ces badinages puérils, je me mettrais de moitié de tous ses amusements, et je lui en procurerais des plus propres à lui plaire et à exciter sa curiosité : de petits jeux, des découpures, un peu de dessin, la musique, les instruments, un prisme, un microscope, un verre ardent, et mille autres petites curiosités, me fourniraient des sujets de le divertir et de l’attacher peu à peu à son appartement, au point de s’y plaire plus que partout ailleurs. D’un autre côté, on aurait soin de me l’envoyer dès qu’il serait levé, sans qu’aucun prétexte pût l’en dispenser ; l’on ne permettrait point qu’il allât dandinant par la maison, ni qu’il se réfugiât près de vous aux heures de son travail ; et afin de lui faire regarder l’étude comme d’une importance que rien ne pourrait balancer, on éviterait de prendre ce temps pour le peigner, le friser, ou lui donner quelque autre soin nécessaire. Voici, par rapport à moi, comment je m’y prendrais pour l’amener insensiblement à l’étude de son propre mouvement. Aux heures où je voudrais l’occuper, je lui retrancherais toute espèce d’amusement, et je lui proposerais le travail de cette heure-là ; s’il ne s’y livrait pas de bonne grâce, je ne ferais pas même semblant de m’en apercevoir, et je le laisserais seul et sans amusement se morfondre, jusqu’à ce que l’ennui d’être absolument sans rien faire l’eût ramené de lui-même à ce que j’exigeais de lui ; alors j’affecterais de répandre un enjouement et une gaieté sur son travail, qui lui fît sentir la différence qu’il y a, même pour le plaisir, de la fainéantise à une occupation honnête. Quand ce moyen ne réussirait pas, je ne le maltraiterais point ; mais je lui retrancherais toute récréation pour ce jour-là, en lui disant froidement que je ne prétends point le faire étudier par force, mais que le divertissement n’étant légitime que quand il est le délassement du travail, ceux qui ne font rien n’en ont aucun besoin. De plus, vous auriez la bonté de convenir avec moi d’un signe par lequel, sans apparence d’intelligence, je pourrais vous témoigner de même qu’à madame sa mère, quand je serais mécontent de lui. Alors la froideur et l’indifférence qu’il trouverait de toutes parts, sans cependant lui faire le moindre reproche, le surprendrait d’autant plus, qu’il ne s’apercevrait point que je me fusse plaint de lui ; et il se porterait à croire que comme la récompense naturelle du devoir est l’amitié et les caresses de ses supérieurs, de même la fainéantise et l’oisiveté portent avec elles un certain caractère méprisable qui se fait d’abord sentir, et qui refroidit tout le monde à son égard.

J’ai connu un père tendre qui ne s’en fiait pas tellement à un mercenaire sur l’instruction de ses enfants, qu’il ne voulût lui-même y avoir l’oeil ; le bon père, pour ne rien négliger de tout ce qui pouvait donner de l’émulation à ses enfants, avait adopté les mêmes moyens que j’expose ici. Quand il revoyait ses enfants, il jetait, avant que de les aborder, un coup d’oeil sur leur gouverneur : lorsque celui-ci touchait de la main droite le premier bouton de son habit, c’était une marque qu’il était content, et le père caressait son fils à son ordinaire : si le gouverneur touchait le second, alors c’était marque d’une parfaite satisfaction, et le père ne donnait point de bornes à la tendresse de ses caresses et y ajoutait ordinairement quelque cadeau, mais sans affectation : quand le gouverneur ne faisait aucun signe, cela voulait dire qu’il était mal satisfait, et la froideur du père répondait au mécontentement du maître ; mais, quand de la main gauche celui-ci touchait sa première boutonnière, le père faisait sortir son fils de sa présence, et alors le gouverneur lui expliquait les fautes de l’enfant. J’ai vu ce jeune seigneur acquérir en peu de temps de si grandes perfections, que je crois qu’on ne peut trop bien augurer d’une méthode qui a produit de si bons effets : ce n’est aussi qu’une harmonie et une correspondance parfaite entre un père et un précepteur qui peut assurer le succès d’une bonne éducation ; et comme le meilleur père se donnerait vainement des mouvements pour bien élever son fils, si d’ailleurs il le laissait entre les mains d’un précepteur inattentif, de même le plus intelligent et le plus zélé de tous les maîtres prendrait des peines inutiles, si le père, au lieu de le seconder, détruisait son ouvrage par des démarches à contretemps.

Pour que M. votre fils prenne ses études à coeur, je crois, monsieur, que vous devez témoigner y prendre vous-même beaucoup de part : pour cela vous auriez la bonté de l’interroger quelquefois sur ses progrès, mais dans les temps seulement et sur les matières où il aura le mieux fait, afin de n’avoir que du contentement et de la satisfaction à lui marquer, non pas cependant par de trop grands éloges, propres à lui inspirer de l’orgueil et à le faire trop compter sur lui-même. Quelquefois aussi, mais plus rarement, votre examen roulerait sur les matières où il se sera négligé : alors vous vous informeriez de sa santé et des causes de son relâchement, avec des marques d’inquiétude qui lui en communiqueraient à lui-même.

Quand vous, monsieur, ou madame sa mère, aurez quelque cadeau à lui faire, vous aurez la bonté de choisir les temps où il y aura le plus lieu d’être content de lui, ou du moins de m’en avertir d’avance, afin que j’évite dans ce temps-là de l’exposer à me donner sujet de m’en plaindre ; car à cet âge-là les moindres irrégularités portent coup.

Quant à l’ordre même de ses études, il sera très simple pendant les deux ou trois premières années. Les éléments du latin, de l’histoire et de la géographie, partageront son temps. À l’égard du latin, je n’ai point dessein de l’exercer par une étude trop méthodique, et moins encore par la composition des thèmes. Les thèmes, suivant M. Rollin, sont la croix des enfants ; et dans l’intention où je suis de lui rendre ses études aimables, je me garderai bien de le faire passer par cette croix, ni de lui mettre dans la tête les mauvais gallicismes de mon latin, au lieu de celui de Tite-Live, de César et de Cicéron. D’ailleurs un jeune homme, surtout s’il est destiné à l’épée, étudie le latin pour l’entendre et non pour l’écrire, chose dont il ne lui arrivera pas d’avoir besoin une fois en sa vie. Qu’il traduise donc les anciens auteurs, et qu’il prenne dans leur lecture le goût de la bonne latinité et de la belle littérature : c’est tout ce que j’exigerai de lui à cet égard.

Pour l’histoire et la géographie, il faudra seulement lui en donner d’abord une teinture aisée, d’où je bannirai tout ce qui sent trop la sécheresse et l’étude, réservant pour un âge plus avancé les difficultés les plus nécessaires de la chronologie et de la sphère. Au reste, m’écartant un peu du plan ordinaire des études, je m’attacherai beaucoup plus à l’histoire moderne qu’à l’ancienne, parce que je la crois beaucoup plus convenable à un officier ; et que d’ailleurs je suis convaincu sur l’histoire moderne en général de ce que dit M. l’abbé de…de celle de France en particulier, qu’elle n’abonde pas moins en grands traits que l’histoire ancienne, et qu’il n’a manqué que de meilleurs historiens pour les mettre dans un aussi beau jour.

Je suis d’avis de supprimer à M. de Sainte-Marie toutes ces espèces d’études où, sans aucun usage solide, on fait languir la jeunesse pendant nombre d’années : la rhétorique, la logique et la philosophie scolastique sont, à mon sens, toutes choses très superflues pour lui, et que d’ailleurs je serais peu propre à lui enseigner. Seulement, quand il en sera temps, je lui ferai lire la Logique de Port-Royal et, tout au plus, l’Art de parler du P. Lami, mais sans l’amuser d’un côté au détail des tropes et des figures, ni de l’autre aux vaines subtilités de la dialectique ; j’ai dessein seulement de l’exercer à la précision et à la pureté dans le style, à l’ordre et à la méthode dans ses raisonnements, et à se faire un esprit de justesse qui lui serve à démêler le faux orné, de la vérité simple, toutes les fois que l’occasion s’en présentera.

L’histoire naturelle peut passer aujourd’hui, par la manière dont elle est traitée, pour la plus intéressante de toutes les sciences que les hommes cultivent, et celle qui nous ramène le plus naturellement de l’admiration des ouvrages à l’amour de l’ouvrier : je ne négligerai pas de le rendre curieux sur les matières qui y ont rapport, et je me propose de l’y introduire dans deux ou trois ans par la lecture du spectacle de la nature que je ferai suivre de celle de Nieuwentit[5].

On ne va pas loin en physique sans le secours des mathématiques, et je lui en ferai faire une année, ce qui servira encore à lui apprendre à raisonner conséquemment et à s’appliquer avec un peu d’attention, exercice dont il aura grand besoin : cela le mettra aussi à portée de se faire mieux considérer parmi les officiers, dont une teinture de mathématiques et de fortifications fait une partie du métier.

Enfin, s’il arrive que mon élève reste assez longtemps entre mes mains, je hasarderai de lui donner quelque connaissance de la morale et du droit naturel par la lecture de Pufendorf et de Grotius ; parce qu’il est digne d’un honnête homme et d’un homme raisonnable de connaître les principes du bien et du mal, et les fondements sur lesquels la société dont il fait partie est établie.

En faisant succéder ainsi les sciences les unes aux autres, je ne perdrai point l’histoire de vue, comme le principal objet de toutes ses études, et celui dont les branches s’étendent le plus loin sur toutes les autres sciences. Je le ramènerai au bout de quelques années à ses premiers principes avec plus de méthode et de détail ; et je tâcherai de lui en faire tirer alors tout le profit qu’on peut espérer de cette étude.

Je me propose aussi de lui faire une récréation amusante de ce qu’on appelle proprement Belles-Lettres, comme la connaissance des livres et des auteurs, la critique, la poésie, le style, l’éloquence, le théâtre, et en un mot tout ce qui peut contribuer à lui former le goût et à lui présenter l’étude sous une face riante.

Je ne m’arrêterai pas davantage sur cet article, parce qu’après avoir donné une légère idée de la route que je m’étais à peu près, proposé de suivre dans les études de mon élève, j’espère que M. votre frère voudra bien vous tenir la promesse qu’il vous a faite de nous dresser un projet qui puisse me servir de guide dans un chemin aussi nouveau pour moi. Je le supplie d’avance d’être assuré que je m’y tiendrai attaché avec une exactitude et un soin qui le convaincra du profond respect que j’ai pour ce qui vient de sa part ; et j’ose vous répondre qu’il ne tiendra pas à mon zèle et à mon attachement que Mrs. ses neveux ne deviennent des hommes parfaits.

FIN du PROJET POUR L’ÉDUCATION DE MONSIEUR DE SAINTE-MARIE

Liste des Mélanges ou littérature variée

Liste générale des titres