Rousseau

Abstract

A lyric scene on Pygmalion, who falls in love with his own statue Galatea and sees her come to life. A theatrical melologue, without systematic philosophical content.

Testo originale francese · Arvensa Editions · pubblico dominio

Il n’y a point là d’âme ni de vie ; ce n’est que de la pierre. Je ne ferai jamais rien de tout cela.

O mon génie ! où es-tu ? mon talent, qu’es-tu devenu ? Tout mon feu s’est éteint, mon imagination s’est glacée ; le marbre sort froid de mes mains.

Pygmalion, ne fais plus des dieux, tu n’es qu’un vulgaire artiste… Vils instruments qui n’êtes plus ceux de ma gloire, allez, ne déshonorez point mes mains.

(Il jette avec dédain ses outils, puis se promène quelque temps en rêvant, les bras croisés.)

Que suis-je devenu ? quelle étrange révolution s’est faite en moi ?…

Tyr, ville opulente et superbe, les monuments des arts dont tu brilles ne m’attirent plus, j’ai perdu le goût que je prenais à les admirer : le commerce des artistes et des philosophes me devient insipide ; l’entretien des peintres et des poètes est sans attrait pour moi ; la louange et la gloire n’élèvent plus mon âme ; les éloges de ceux qui en recevront de la postérité ne me touchent plus, l’amitié même a perdu pour moi ses charmes.

Et vous, jeunes objets, chefs-d’œuvre de la nature, que mon art osait imiter, et sur les pas desquels les plaisirs m’attiraient sans cesse, vous, mes charmants modèles, qui m’embrasiez à la fois des feux de l’amour et du génie, depuis que je vous ai surpassés, vous m’êtes tous indifférents.

(Il s’assied, et contemple tout autour de lui.)

Retenu dans cet atelier par un charme inconcevable, je n’y sais rien faire, et je ne puis m’en éloigner. J’erre de groupe en groupe, de figure en figure ; mon ciseau, faible, incertain, ne reconnaît plus son guide : ces ouvrages grossiers, restés à leur timide ébauche, ne sentent plus la main qui jadis les eût animés…

(Il se lève impétueusement.)

C’en est fait, c’en est fait ; j’ai perdu mon génie… si jeune encore, je survis à mon talent.

Mais quelle est donc cette ardeur interne qui me dévore ? qu’ai-je en moi qui semble m’embraser ? Quoi ! dans la langueur d’un génie éteint, sent-on ces émotions, sent-on ces élans des passions impétueuses, cette inquiétude insurmontable, cette agitation secrète qui me tourmente et dont je ne puis démêler la cause ?

J’ai craint que l’admiration de mon propre ouvrage ne causât la distraction que j’apportais à mes travaux ; je l’ai caché sous ce voile… mes profanes mains ont osé couvrir ce monument de leur gloire. Depuis que je ne le vois plus, je suis plus triste, et ne suis pas plus attentif.

Qu’il va m’être cher, qu’il va m’être précieux, cet immortel ouvrage ! Quand mon esprit éteint ne produira plus rien de grand, de beau, de digne de moi, je montrerai ma Galathée, et je dirai : Voilà mon ouvrage. O ma Galathée ! quand j’aurai tout perdu, tu me resteras, et je serai consolé.

(Il s’approche du pavillon, puis se retire ; va, vient, et s’arrête quelquefois à le regarder en soupirant.)

Mais pourquoi la cacher ? Qu’est-ce que j’y gagne ? Réduit à l’oisiveté, pourquoi m’ôter le plaisir de contempler la plus belle de mes œuvres ?… Peut-être y reste-t-il quelque défaut que je n’ai pas remarqué ; peut-être pourrai-je encore ajouter quelque ornement à sa parure : aucune grâce imaginable ne doit manquer à un objet si charmant… peut-être cet objet ranimera-t-il mon imagination languissante. Il la faut revoir, l’examiner de nouveau. Que dis-je ? Eh ! je ne l’ai point encore examinée : je n’ai fait jusqu’ici que l’admirer.

(Il va pour lever le voile, et le laisse retomber comme effrayé.)

Je ne sais quelle émotion j’éprouve en touchant ce voile ; une frayeur me saisit ; je crois toucher au sanctuaire de quelque divinité. Pygmalion, c’est une pierre, c’est ton ouvrage… Qu’importe ? on sert des dieux dans nos temples, qui ne sont pas d’une autre matière, et n’ont pas été faits d’une autre main.

(Il lève le voile en tremblant, et se prosterne. On voit la statue de Galathée posée sur un piédestal fort petit, mais exhaussé par un gradin de marbre, formé de quelques marches demi-circulaires.)

O Galathée ! recevez mon hommage. Oui, je me suis trompé : j’ai voulu vous faire nymphe, et je vous ai faite déesse. Vénus même est moins belle que vous.

Vanité, faiblesse humaine ! je ne puis me lasser d’admirer mon ouvrage ; je m’enivre d’amour-propre ; je m’adore dans ce que j’ai fait… Non, jamais rien de si beau ne parut dans la nature ; j’ai passé l’ouvrage des dieux…

Quoi ! tant de beautés sortent de mes mains ! Mes mains les ont donc touchées… ma bouche a donc pu… Je vois un défaut. Ce vêtement couvre trop le nu ; il faut l’échancrer davantage ; les charmes qu’il recèle doivent être mieux annoncés.

(Il prend son maillet et son ciseau ; puis, s’avançant lentement, il monte, en hésitant, les gradins de la statue qu’il semble n’oser toucher. Enfin, le ciseau déjà levé, il s’arrête.)

Quel tremblement ! Quel trouble !… Je tiens le ciseau d’une main mal assurée… je ne puis… je n’ose… je gâterai tout.

(Il s’encourage ; et enfin, présentant son ciseau, il en donne un seul coup, et, saisi d’effroi, il le laisse tomber en poussant un grand cri.)

Dieux ! je sens la chair palpitante repousser le ciseau !…

(Il redescend tremblant et confus.)

…Vaine terreur, fol aveuglement !… Non… je n’y toucherai point ; les dieux m’épouvantent. Sans doute elle est déjà consacrée h leur rang.

(Il la considère de nouveau.)

Que veux-tu changer ? regarde ; quels nouveaux charmes veux-tu lui donner ?… Ah ! c’est sa perfection qui fait son défaut… Divine Galathée ! moins parfaite, il ne te manquerait rien…

(Tendrement.)

Mais il te manque une âme : ta figure ne peut s’en passer.

(Avec plus d’attendrissement encore.)

Que l’âme faite pour animer un tel corps doit être belle !

(Il s’arrête longtemps ; puis, retournant s’asseoir, il dit d’une voix lente et changée :)

Quels désirs osé-je former ! quels vœux insensés ! qu’est-ce que je sens ?… O ciel ! le voile de l’illusion tombe, et je n’ose voir dans mon cœur : j’aurais trop à m’en indigner.

(Longue pause dans un profond accablement.)

…Voilà donc la noble passion qui m’égare ! c’est donc pour cet objet inanimé que je n’ose sortir d’ici !… un marbre ! une pierre ! une masse informe et dure, travaillée avec ce fer !… Insensé, rentre en toi-même ; gémis sur toi ; vois ton erreur, vois ta folie.

… Mais non…

(Impétueusement.)

Non, je n’ai point perdu le sens ; non, je n’extravague point ; non, je ne me reproche rien. Ce n’est point de ce marbre mort que je suis épris, c’est d’un être vivant qui lui ressemble, c’est de la figure qu’il offre à mes yeux. En quelque lieu que soit cette figure adorable, quelque corps qui la porte, et quelque main qui l’ait faite, elle aura tous les vœux de mon cœur. Oui, ma seule folie est de discerner la beauté, mon seul crime est d’y être sensible. Il n’y a rien là dont je doive rougir.

(Moins vivement, mais toujours avec passion.)

Quels traits de feu semblent sortir de cet objet pour embraser mes sens, et retourner avec mon âme à leur source ! Hélas ! il reste immobile et froid, tandis que mon cœur embrasé par ses charmes voudrait quitter mon corps pour aller échauffer le sien. Je crois dans mon délire pouvoir m’élancer hors de moi, je crois pouvoir lui donner ma vie et l’animer de mon âme.

Ah ! que Pygmalion meure pour vivre dans Galathée ! Que dis-je, ô ciel ! Si j’étais elle, je ne la verrais pas ; je ne serais pas celui qui l’aime. Non, que ma Galathée vive, et que je ne sois pas elle. Ah ! que je sois toujours un autre, pour vouloir toujours être elle, pour la voir, pour l’aimer, pour en être aimé !…

(Transport.)

Tourments, voeux, désirs, rage, impuissance, amour terrible, amour funeste oh ! tout l’enfer est dans mon cœur agité… Dieux puissants, dieux bienfaisants, dieux du peuple, qui connûtes les passions des hommes, ah ! vous avez tant fait de prodiges pour de moindres causes ! voyez cet objet, voyez mon cœur, soyez justes, et méritez vos autels.

(Avec un enthousiasme plus pathétique.)

There is no soul or life in it; it is merely stone. I will never do anything with it.

Oh my genius! Where are you? What has become of my talent? All my passion has faded away, my imagination has turned to ice; even the marble comes out cold from my hands.

Pygmalion, cease to create gods—you are but a mere artist. Wretched instruments that are no longer tools of my glory, go now, do not dishonor my hands.

(He casts his tools aside with disdain, then walks around in a daze for a while, his arms crossed.)

What have I become? What strange revolution has taken place within me?.

Tyr, a city of great wealth and beauty—those monuments of art that once delighted me no longer attract me; I have lost the pleasure I once found in admiring them. The dealings with artists and philosophers seem insipid to me; supporting painters and poets holds no allure anymore; praise and glory no longer elevate my soul; the compliments of those who will be honored by future generations no longer move me, and even friendship has lost its charm for me.

And you, young ones, masterpieces of nature that my art dared to imitate, and whose footsteps constantly led me toward pleasure—you, my charming models who both inspired me with the flames of love and genius—now that I have surpassed you, you are all indifferent to me.

(He sits down and looks around at everything around him.)

Trapped in this workshop by an inconceivable charm, I don’t know what to do there, and I cannot leave. I wander from one group to another, from one figure to another; my weak, uncertain scissors can no longer recognize their guide—these crude works, left at their timid beginnings, no longer carry the imprint of the hand that once brought them to life.

(He gets up abruptly.)

It’s over, it’s over; I have lost my genius, so young yet, I am now surviving on what remains of my talent.

But what exactly is this inner fervor that consumes me? What lies within me that seems to set me on fire? How can it be—within the languor of a extinguished genius, one still perceive these emotions, these surges of impetuous passion, this overwhelming anxiety, this secret turmoil that plagues me and whose cause I cannot fathom?

I feared that admiration for my own work might cause the distraction that I already brought to my tasks; so I hid it behind this veil. My profane hands dared to cover this monument of my own glory. Now that I no longer see it, I am even sadder and less attentive than before.

How dear, how precious to me will be this immortal work! When my mind can no longer produce anything great, beautiful, or worthy of me, I shall show my “Galathée” and say: “Here is my work.” O my Galathée! When I have lost everything else, you will remain with me, and I shall be consoled.

(He approaches the pavilion, then steps back; he comes and goes, occasionally stopping to look at it while sighing.)

But why hide it? What do I gain from doing so? Reduced to idleness, why should I be deprived of the pleasure of contemplating my most beautiful creation?. Perhaps there is some defect that I have not noticed; perhaps I can still add some embellishment to its appearance: no conceivable grace should be lacking in an object so charming. Perhaps this object will revive my languishing imagination. I must see it again, examine it once more. What am I saying? Ah! I haven’t even examined it yet; so far, I have only admired it.

(He attempts to lift the veil, but lets it fall back down, as if frightened.)

I do not know what emotion overcomes me when I touch this veil; a sense of fear grips me—I feel as if I am touching the sanctuary of some deity. Pygmalion, it is just a stone, your creation. What does it matter? In our temples, we worship gods made of no other material, crafted by no other hands.

(He lifts the veil tremblingly and kneels down. One can see the statue of Galatea standing on a very small pedestal, but elevated by a marble stepway consisting of a few semi-circular steps.)

O Galatea! Accept my homage. Yes, I erred: I sought to make you a nymph, but instead I made you a goddess. Even Venus is less beautiful than you.

Vanity, human weakness! I can never cease admiring my own work; I am intoxicated with self-love; I adore what I have created. No, nothing so beautiful has ever appeared in nature; I have surpassed even the works of the gods.

What! So much beauty comes from my hands! It must mean that my hands have touched these materials, my mouth must have had some role in creating this. But I see a flaw: this garment covers too much of the bare skin; it needs to be cut more open so that the charms it hides can be better revealed.

(He takes his mallet and his chisel; then, moving slowly forward, he hesitantly begins to climb the steps of the statue, as if not daring to touch it. Finally, with the chisel already raised, he stops.)

What a trembling! What a turmoil!. I hold the scissors in my hand, but my grip is unsteady. I can’t. I dare not. I’ll ruin everything.

(He encourages himself; and finally, holding up his scissors, he takes just one cut—then, overcome by terror, he drops them and lets out a loud cry.)

Heavens! I feel the pulsing flesh resisting the scissors.

(He descends again, trembling and confused.)

, Vain terror, foolish blindness!. No. I will not touch it; the gods fill me with fear. Surely it has already been dedicated to their rank.

(He looks at her again.)

What do you want to change? Look, what new charms do you wish to grant her?. Ah! It is precisely her perfection that constitutes her flaw. Divine Galatea! If you were less perfect, you would lack nothing at all.

(Tenderly.)

But you lack a soul; your face cannot do without it.

(With even more tenderness.)

What a beautiful soul must be that which is meant to animate such a body!

(He pauses for a long time; then, returning to sit down, he says in a slow and changed voice:)

What desires dare I harbor! What insane wishes! What am I feeling?. Oh heaven! The veil of illusion falls away, and I dare not look into my own heart—there would be too much to condemn.

(A long pause, filled with profound desolation.)

, Such is then the noble passion that leads me astray! It is for this inanimate object that I dare not leave this place!. A block of marble! A stone! An shapeless, hard mass, shaped by this iron!. Insane man, turn within yourself; lament your own fate; see your mistake, see your madness.

. But no.

(Impatiently.)

No, I have not lost my senses; no, I am not deluding myself; no, I am reproaching myself for nothing. It is not this lifeless marble that captivates me, but a living being that resembles it, it is the form it presents before my eyes. No matter where this adorable form may be, whatever body carries it, and whatever hand created it, it will hold all the desires of my heart. Yes, my only “madness” is to recognize beauty; my only “crime” is to be sensitive to it. There is nothing in this that I should be ashamed of.

(Not as passionately, but still with fervor.)

What fiery qualities seem to emanate from this object, igniting my senses and carrying my soul back to their origin! Alas, it remains motionless and cold, while my heart, ignited by its charm, longs to leave my body in order to warm its own. In my delirium, I believe I could burst forth from within myself; I believe I could give it my life and infuse it with my soul.

Ah! May Pygmalion die that I may live within Galatea! What am I saying—oh heavens! If I were her, I would not see her; I would not be the one who loves her. No, let my Galatea live, and let me not be her. Ah! Let me always be someone else, so that I can always desire to be her, to see her, to love her, to be loved by her!.

(Transport.)

Torments, wishes, desires, rage, powerlessness, terrible love, fatal love—oh! The entire hell exists within this turbulent heart of mine. Mighty gods, benevolent gods, gods who truly understand human passions, ah! You have performed so many miracles for far less causes! Look at this object, look at my heart—be just, and deserve your altars.

(With even more pathetic enthusiasm.)

Non c’è alcuna anima né vita in quel luogo; è soltanto pietra. Non farò mai nulla di tutto questo.

O mio genio! Dove sei? E il mio talento, che ne è stato? Tutto il mio ardore si è spento, la mia immaginazione si è gelata; il marmo esce freddo dalle mie mani.

Pigmalione, non fare più dei dèi: tu sei soltanto un comune artista… Vili strumenti che non siete più quelli della mia gloria, andate, non profanate le mie mani.

(Lancia con disprezzo i suoi attrezzi, poi passeggia per qualche tempo sognante, a braccia conserte.)

Che cosa sono diventato? Quale strana rivoluzione si è compiuta in me?…

Tiro, città opulenta e superba, i monumenti d’arte di cui ti vanti non mi attraggono più; ho perso il gusto che provavo ad ammirarli: il commercio degli artisti e dei filosofi mi risulta insipido; la conversazione con pittori e poeti non mi affascina più; la lode e la gloria non elevano più la mia anima; gli elogi di coloro che riceveranno la loro fama dalla posterità non mi toccano più; persino l’amicizia ha perso per me i suoi incanti.

E voi, giovani oggetti, capolavori della natura, che il mio arte osava imitare e sui cui passi i piaceri mi attiravano senza sosta, voi, miei incantevoli modelli, che mi infiammavate insieme dei fuochi dell’amore e del genio, da quando vi ho superati, siete tutti indifferenti per me.

(Si siede e contempla intorno a sé.)

Trattenuto in questo atelier da un incantesimo inconcepibile, non so farci nulla e non posso allontanarmene. Vago di gruppo in gruppo, di figura in figura; il mio scalpello, debole e incerto, non riconosce più la sua guida: questi lavori grossolani, rimasti alla timida bozza, non sentono più la mano che un tempo li avrebbe animati…

(Si alza impetuosamente.)

È finita, è finita; ho perso il mio genio… ancora così giovane, sopravvivo al mio talento.

Ma qual è dunque questa fiamma interiore che mi divora? Che cosa ho dentro che sembra bruciarmi? Come! nella languidezza di un genio spento, si sentono ancora queste emozioni, questi slanci delle passioni impetuose, questa inquietudine insormontabile, questa agitazione segreta che mi tormenta e della quale non riesco a individuare la causa?

Ho temuto che l’ammirazione del mio stesso lavoro causasse la distrazione che portavo ai miei lavori; l’ho nascosto sotto questo velo… le mie mani profane hanno osato coprire questo monumento della loro gloria. Da quando non lo vedo più, sono più triste e non sono più attento.

Quanto mi sarà caro, quanto mi sarà prezioso, questo lavoro immortale! Quando il mio spirito spento non produrrà più nulla di grande, di bello, di degno di me, mostrerò la mia Galatea e dirò: Ecco il mio lavoro. O Galatea mia! quando avrò perso tutto, tu mi resterai, e io sarò consolato.

(Si avvicina al padiglione, poi si ritira; va e viene e ogni tanto si ferma a guardarlo sospirando.)

Ma perché nasconderla? Cosa ci guadagno? Ridotto all’ozio, perché togliermi il piacere di contemplare la più bella delle mie opere?… Forse c’è ancora qualche difetto che non ho notato; forse potrò ancora aggiungere qualche ornamento alla sua bellezza: nessuna grazia immaginabile deve mancare a un oggetto così incantevole… forse questo oggetto ravviverà la mia immaginazione languente. Bisogna rivederlo, esaminarlo di nuovo. Che dico? Eh! non l’ho ancora esaminato: finora l’ho solo ammirato.

(Vuole sollevare il velo e lo lascia ricadere come spaventato.)

Non so quale emozione provi nel toccare questo velo; una paura mi assale; credo di toccare il santuario di qualche divinità. Pigmalione, è solo pietra, è il tuo lavoro… Che importa? Si servono degli dei nei nostri templi, che non sono fatti di un’altra materia e non sono stati creati da un’altra mano.

(Solleva il velo tremando e si prostra. Si vede la statua di Galatea posta su un piedistallo molto piccolo, ma rialzato da una gradinata di marmo formata da alcuni scalini semicircolari.)

O Galatea! Ricevi il mio omaggio. Sì, mi sono sbagliato: volevo farti ninfa e ti ho fatta dea. Persino Venere è meno bella di te.

Vanità, debolezza umana! Non mi stanco di ammirare il mio lavoro; mi inebrio di amor proprio; mi adoro in ciò che ho fatto… No, mai nulla di così bello apparve in natura; ho superato l’opera degli dei…

Come! Tante bellezze escono dalle mie mani! Le mie mani dunque le hanno toccate… la mia bocca dunque ha potuto… Scorgo un difetto. Questo abito copre troppo il corpo nudo; bisogna scollargli di più; i fascini che cela devono essere meglio evidenziati.

(Prende il martello e lo scalpello; poi, avanzando lentamente, sale, esitando, i gradini della statua che sembra non osare toccare. Infine, lo scalpello già alzato, si ferma.)

Che tremito! Che turbamento!… Tengo lo scalpello con una mano malferma… non posso… non oso… rovinerò tutto.

(Se ne incoraggia; e infine, presentando lo scalpello, dà un solo colpo e, preso dal terrore, lo lascia cadere lanciando un forte grido.)

Dei! Sento la carne pulsante respingere lo scalpello!…

(Ridiscese tremante e confuso.)

…Vana paura, folle cecità!… No… non ci toccherò; i dèi mi spaventano. Senza dubbio è già consacrata al loro rango.

(La osserva di nuovo.)

Cosa vuoi cambiare? Guarda; quali nuovi fascini vuoi darle?… Ah! È la sua perfezione che fa il suo difetto… Divina Galatea! Meno perfetta, non ti mancherebbe nulla…

(Teneramente.)

Ma ti manca un’anima: la tua figura non può farne a meno.

(Con ancor più commozione.)

Quanto deve essere bella l’anima fatta per animare un corpo simile!

(Si ferma a lungo; poi, tornando a sedersi, dice con voce lenta e cambiata:)

Quali desideri oso formulare! Quali voci insensate! Cosa sento?… O cielo! Il velo dell’illusione cade e non oso vedere nel mio cuore: avrei troppo da indignarmi.

(Longa pausa in un profondo abbattimento.)

…Ecco dunque la nobile passione che mi smarrisce! È per questo oggetto inanimato che non oso uscire di qui!… Un marmo! Una pietra! Una massa informe e dura, lavorata con questo ferro!… Insensato, ritorna in te stesso; gemi su te stesso; vedi la tua errore, vedi la tua follia.

…Ma no…

(Impetuosamente.)

No, non ho perso il senso; no, non mi sto alienando; no, non mi rimprovero nulla. Non è di questo marmo morto che sono innamorato, è di un essere vivente che gli somiglia, è della figura che offre ai miei occhi. In qualunque luogo sia questa figura adorabile, qualunque corpo la porti e qualunque mano l’abbia fatta, avrà tutti i voti del mio cuore. Sì, la mia sola follia è discernere la bellezza, il mio solo crimine è esserne sensibile. Non c’è nulla lì di cui dovrei vergognarmi.

(Meno vivacemente, ma sempre con passione.)

Quali tratti di fuoco sembrano uscire da questo oggetto per infiammare i miei sensi e tornare con la mia anima alla loro fonte! Ahimè! resta immobile e freddo, mentre il mio cuore infiammato dai suoi fascini vorrebbe lasciare il mio corpo per andare a scaldare il suo. Credo nel mio delirio di potermi slanciare fuori di me, credo di poterle dare la mia vita e animarla con la mia anima.

Ah! Che Pigmalione muoia per vivere in Galatea! Che dico, o cielo! Se fossi lei, non la vedrei; non sarei quello che l’ama. No, che la mia Galatea viva e che io non sia lei. Ah! Che io sia sempre un altro, per voler sempre essere lei, per vederla, per amarla, per essere amato da lei!…

(Trasporto.)

Tormenti, voti, desideri, rabbia, impotenza, amore terribile, amore funesto oh! tutto l’inferno è nel mio cuore agitato… Dei potenti, dei benefici, dei popoli, che conoscete le passioni degli uomini, ah! avete fatto tanti prodigi per cause minori! Guardate questo oggetto, guardate il mio cuore, siate giusti e meritate i vostri altari.

(Con un entusiasmo più patetico.)

Et toi, sublime essence qui te caches aux sens et te fais sentir aux cœurs, âme de l’univers, principe de toute existence, toi qui par l’amour donnes l’harmonie aux éléments, la vie à la matière, le sentiment aux corps, et la forme à tous les êtres ; feu sacré, céleste Vénus, par qui tout se conserve et se reproduit sans cesse ; ah ! où est ton équilibre ? où est ta force expansive ? où est la loi de la nature dans le sentiment que j’éprouve ? où est ta chaleur vivifiante dans l’inanité[57] de mes vains désirs ? Tous tes feux sont concentrés dans mon cœur, et le froid de la mort reste sur ce marbre ; je péris par l’excès de vie qui lui manque. Hélas ! je n’attends point un prodige ; il existe ; il doit cesser ; l’ordre est troublé, la nature est outragée ; rends leur empire à ses lois, rétablis son cours bienfaisant, et verse également ta divine influence. Oui, deux êtres manquent à la plénitude des choses ; partage-leur cette ardeur dévorante qui consume l’un sans animer l’autre : c’est toi qui formas par ma main ces charmes et ces traits qui n’attendent que le sentiment et la vie ; donne-lui la moitié de la mienne, donne-lui tout, s’il le faut, il me suffira de vivre en elle. O toi qui daignes sourire aux hommages des mortels, ce qui ne sent rien ne t’honore pas ; étends ta gloire avec tes œuvres. Déesse de la beauté, épargne cet affront à la nature, qu’un si parfait modèle soit l’image de ce qui n’est pas.

(Il revient à lui par degrés avec un mouvement d’assurance et de joie.)

Je reprends mes sens. Quel calme inattendu ! quel courage inespéré me ranime ! Une fièvre mortelle embrasait mon sang : un baume de confiance et d’espoir court dans mes veines ; je crois me sentir renaître.

Ainsi le sentiment de notre dépendance sert quelquefois à notre consolation. Quelque malheureux que soient les mortels, quand ils ont invoqué les dieux ils sont plus tranquilles…

Mais cette injuste confiance trompe ceux qui font des vœux insensés… Hélas ! en l’état où je suis on invoque tout, et rien ne nous écoute ; l’espoir qui nous abuse est plus insensé que le désir.

Honteux de tant d’égarements, je n’ose plus même en contempler la cause. Quand je veux lever les yeux sur cet objet fatal, je sens un nouveau trouble, une palpitation me suffoque, une secrète frayeur m’arrête…

(Ironie amère.)

Eh ! regarde, malheureux ; deviens intrépide ; ose fixer une statue.

(Il la voit s’animer, et se détourne saisi d’effroi et le cœur serré de douleur.)

Qu’ai-je vu ? dieux ! qu’ai-je cru voir ? Le coloris des chairs, un feu dans les yeux, des mouvements même

Ce n’était pas assez d’espérer le prodige ; pour comble de misère, enfin je l’ai vu…

(Excès d’accablement.)

Infortuné, c’en est donc fait… ton délire est à son dernier terme… ta raison t’abandonne ainsi que ton génie Ne la regrette point, ô Pygmalion ! sa perte couvrira ton opprobre

(Vive indignation.)

Il est trop heureux pour l’amant d’une pierre de devenir un homme a visions.

(Il se retourne, et voit la statue se mouvoir et descendre elle-même les gradins par lesquels il a monté sur le piédestal. Il se jette à genoux, et lève les mains et les yeux au ciel.)

Dieux immortels ! Vénus ! Galathée ! ô prestige d’un amour forcené !

GALATHÉE se touche, et dit :

Moi.

PYGMALION, transporté.

Moi.

GALATHÉE, se touchant encore.

C’est moi.

PYGMALION.

Ravissante illusion qui passes jusqu’à mes oreilles, ah ! n’abandonne jamais mes sens.

GALATHÉE fait quelques pas et touche un marbre.

Ce n’est plus moi.

(Pygmalion, dans une agitation, dans des transports qu’il a peine à contenir, suit tous ses mouvements, l’écoute, l’observe avec une avide attention qui lui permet à peine de respirer. Galathée s’avance vers lui et le regarde ; il se lève précipitamment, lui tend les bras, et la regarde avec extase. Elle pose une main sur lui ; il tressaille, prend cette main, la porte à son cœur, et la couvre d’ardents baisers.)

GALATHÉE, avec un soupir.

Ah ! encore moi.

PYGMALION.

Oui, cher et charmant objet, oui, digne chef-d’œuvre de mes mains, de mon cœur et des dieux ; c’est toi, c’est toi seule : je t’ai donné tout mon être : je ne vivrai plus que par toi.

FIN de PYGMALION

And you, sublime essence that hides yourself from the senses yet makes yourself felt in hearts, soul of the universe, principle of all existence, you who through love bring harmony to the elements, life to matter, feeling to bodies, and form to all beings; sacred fire, celestial Venus, by whom everything is preserved and endlessly reproduced; ah! where is your balance? where is your expansive force? where is nature’s law in the feeling I experience? where is your vivifying warmth in the emptiness[57] of my vain desires? All your fires are concentrated in my heart, and the cold of death remains on this marble; I perish from the excess of life that it lacks. Alas! I do not await a miracle; it exists; it must cease; order is disturbed, nature is outraged; restore their dominion to its laws, reestablish its beneficent course, and pour forth your divine influence equally. Yes, two beings are missing from the fullness of things; share with them that devouring ardor which consumes one without enlivening the other: it was you who formed through my hand these charms and features that await only feeling and life; give him half of mine, give him all, if need be—enough for me will be to live within her. O you who deign to smile upon the homage of mortals, what feels nothing does not honor you; extend your glory with your works. Goddess of beauty, spare nature this affront—let such a perfect model be the image of what is not.

(He returns to himself gradually, with a movement of confidence and joy.)

I am regaining my senses. What unexpected calm! What unforeseen courage revives me! A deadly fever had inflamed my blood: a balm of confidence and hope now courses through my veins; I feel myself being reborn.

Thus, the awareness of our dependence sometimes serves as our consolation. No matter how wretched mortals may be, when they have called upon the gods they become more at peace…

But this unjust confidence deceives those who make senseless vows… Alas! in the state I am in, we call upon everything, yet nothing listens to us; the hope that deludes us is even more senseless than the desire itself.

Ashamed of so many wanderings, I no longer dare even to contemplate their cause. When I try to lift my eyes toward this fateful object, I feel a new turmoil, a palpitation suffocates me, a secret dread stops me…

(Bitter irony.)

Ah! Look, unhappy man; become fearless; dare to fix your gaze upon a statue.

(He sees it come alive, then turns away, seized with horror and his heart gripped with pain.)

What have I seen? Gods! What did I think I saw? The coloring of flesh, a fire in the eyes, even movements—

It wasn’t enough to hope for the miracle; to top off my misery, I finally saw it…

(Excess of despair.)

Unfortunate one, it is therefore over… your delirium has reached its final stage… your reason abandons you just as your genius does. Do not regret it, O Pygmalion! Its loss will cover your disgrace.

(Vivid indignation.)

He is too fortunate for the lover of a stone to become a man of visions.

(He turns around and sees the statue move and descend by itself the steps he had climbed to reach the pedestal. He throws himself to his knees, raising his hands and eyes to the sky.)

Immortal gods! Venus! Galatea! Oh, the splendor of a frenzied love!

GALATEA touches herself and says:

Me.

PYGMALION, ecstatic.

Me.

GALATEA, touching herself again.

It is me.

PYGMALION.

Ravishing illusion that reaches even to my ears—ah! never abandon my senses.

GALATEA takes a few steps and touches a marble surface.

It is no longer me.

(Pygmalion, in agitation, in transports he can barely contain, follows every movement of hers, listens to her, observes her with an avid attention that barely lets him breathe. Galatea approaches him and looks at him; he rises hastily, stretches out his arms toward her, and gazes at her with rapture. She places a hand on him; he startles, takes that hand, brings it to his heart, and covers it with fervent kisses.)

GALATEA, with a sigh.

Ah! Still me.

PYGMALION.

Yes, dear and charming object, yes, worthy masterpiece of my hands, of my heart, and of the gods; it is you, it is you alone: I have given you all of myself—I shall live only through you.

END of PYGMALION

E tu, sublime essenza che ti nascondi ai sensi e fai sentire ai cuori, anima dell’universo, principio di ogni esistenza, tu che attraverso l’amore doni armonia agli elementi, vita alla materia, sentimento ai corpi e la forma a tutti gli esseri; fuoco sacro, Venere celeste, per cui tutto si conserva e si riproduce incessantemente; ah! dov’è il tuo equilibrio? dov’è la tua forza espansiva? dov’è la legge della natura nel sentimento che provo? dov’è il tuo calore vivificante nell’inedia[57] dei miei vani desideri? Tutti i tuoi fuochi sono concentrati nel mio cuore, e il freddo della morte resta su questo marmo; io perisco per l’eccesso di vita che gli manca. Ahimè! non attendo un prodigio; esso esiste; deve cessare; l’ordine è turbato, la natura è oltraggiata; restituisci loro l’impero delle sue leggi, ristabilisci il suo corso benefico e diffondi equamente la tua divina influenza. Sì, due esseri mancano alla pienezza delle cose; condividi con loro quell’ardore divorante che consuma l’uno senza animare l’altro: sei tu che hai formato per mano mia questi incanti e questi tratti che aspettano soltanto il sentimento e la vita; dammi la metà della mia, dammi tutto, se occorre, mi basterà vivere in lei. O tu che degnasti sorridere agli omaggi dei mortali, ciò che non sente nulla non ti onora; estendi la tua gloria con le tue opere. Dea della bellezza, risparmia questo affronto alla natura, che un modello così perfetto sia l’immagine di ciò che non è.

(Ritorna gradualmente a sé con un moto di sicurezza e di gioia.)

Riprendo i sensi. Quale calma inattesa! quale coraggio insperato mi ravviva! Una febbre mortale infiammava il mio sangue: un balsamo di fiducia e di speranza corre nelle mie vene; credo di sentirmi rinascere.

Così il sentimento della nostra dipendenza serve talvolta alla nostra consolazione. Per quanto siano infelici i mortali, quando hanno invocato gli dèi sono più tranquilli…

Ma questa ingiusta fiducia inganna coloro che fanno voti insensati… Ahimè! nello stato in cui mi trovo si invoca tutto, e nessuno ci ascolta; la speranza che ci inganna è più insensata del desiderio.

Vergognoso di tanti errori, non oso più neppure contemplarne la causa. Quando voglio alzare gli occhi verso quest’oggetto fatale, sento un nuovo turbamento, una palpitazione mi soffoca, una segreta paura mi ferma…

(Ironia amara.)

Eh! guarda, infelice; diventa intrepido; osa fissare una statua.

(La vede animarsi e si volta via preso da terrore e con il cuore stretto dal dolore.)

Che ho visto? Dei! Che ho creduto di vedere? Il colore della carne, un fuoco negli occhi, movimenti persino…

Non bastava sperare il prodigio; per colmo di miseria, finalmente l’ho visto…

(Eccesso di prostrazione.)

Infelice, dunque è finita… il tuo delirio è giunto all’ultimo termine… la tua ragione ti abbandona così come il tuo genio. Non rimpiangerla, o Pigmalione! la sua perdita coprirà il tuo disonore.

(Viva indignazione.)

È troppo felice per l’amante di una pietra diventare un uomo dalle visioni.

(Si volta e vede la statua muoversi e scendere da sola i gradini per cui lui è salito sul piedistallo. Si getta in ginocchio, alza le mani e gli occhi al cielo.)

Immortali dèi! Venere! Galatea! O prestigio di un amore forsennato!

GALATEA si tocca e dice:

Io.

PYGMALION, trasportato.

Io.

GALATEA, toccandosi ancora.

Sono io.

PYGMALION.

Illusione incantevole che giungi fino alle mie orecchie, ah! non abbandonare mai i miei sensi.

GALATEA fa qualche passo e tocca un marmo.

Non sono più io.

(Pygmalion, in un’agitazione, in trasporti che stenta a contenere, segue tutti i suoi movimenti, la ascolta, la osserva con un’attenzione avida che gli permette appena di respirare. Galatea si avvicina a lui e lo guarda; lui si alza precipitosamente, le tende le braccia e la guarda con estasi. Lei posa una mano su di lui; lui sobbalza, prende quella mano, la porta al cuore e la ricopre di ardenti baci.)

GALATEA, con un sospiro.

Ah! Ancora io.

PYGMALION.

Sì, caro e incantevole oggetto, sì, degno capolavoro delle mie mani, del mio cuore e degli dèi; sei tu, sei tu sola: ti ho dato tutto me stesso: non vivrò più che per te.

FINE di PYGMALION