Rousseau

Abstract

A reply to Charles Bordes, who had defended the idea that Greece owed everything to the sciences and its philosopher-legislators: Rousseau contrasts Sparta, poor by institution and virtuous, with refined and corrupt Athens, restating that learning and the arts accompany, rather than produce, the decline of morals.

Connections

Assi: Senso della storia
Posizioni: decadenza
Concetti: virtù
Forme: saggio
Scuole: illuminismo

Testo originale francese · Arvensa Editions · pubblico dominio

On est désabusé depuis longtemps de la chimère de l’âge d’or ; partout la barbarie a précédé l’établissement des sociétés ; c’est une vérité prouvée par les annales de tous les peuples. Partout les besoins et les crimes forcèrent les hommes à se réunir, à s’imposer des lois, à s’enfermer dans des remparts. Les premiers dieux et les premiers rois furent des bienfaiteurs ou des tyrans ; la reconnaissance et la crainte élevèrent les trônes et les autels. La superstition et le despotisme vinrent alors couvrir la face de la terre : de nouveaux malheurs, de nouveaux crimes succédèrent, les révolutions se multiplièrent.

À travers ce vaste spectacle des passions et des misères des hommes, nous apercevons à peine quelques contrées plus sages et plus heureuses. Tandis que la plus grande partie du monde était inconnue, que l’Europe était sauvage, et l’Asie esclave, la Grèce pensa, et s’éleva par l’esprit à tout ce qui peut rendre un peuple recommandable. Des philosophes formèrent ses moeurs et lui donnèrent des lois.

Si l’on refuse d’ajouter foi aux traditions qui nous disent que les Orphée et les Amphion attirèrent les hommes du fond des forêts par la douceur de leurs chants, on est forcé par l’histoire, de convenir que cette heureuse révolution est due aux arts utiles et aux sciences. Quels hommes étaient-ce que ces premiers législateurs de la Grèce ? Peut-on nier qu’ils ne fussent les plus vertueux et les plus savants de leur siècle ? Ils avaient acquis tour ce que l’étude et la réflexion peuvent donner de lumière à l’esprit et ils y avaient joint les secours de l’expérience par les voyages qu’ils avaient entrepris en Crète, en Égypte, chez toutes les nations où ils avaient cru trouver à s’instruire.

Tandis qu’ils établissaient leurs divers systèmes de politique, par qui les passions particulières devenaient le plus sur instrument du bien public, et qui faisaient germer la vertu du sein même de l’amour-propre ; d’autres philosophes écrivaient sur la morale, remontaient aux premiers principes des choses, observaient la nature et ses effets. La gloire de l’esprit et celle des armes avançaient d’un pas égal, les sages et les héros naissaient en foule ; à côté des Miltiade et des Thémistocle, on trouvait les Aristide et les Socrate. La superbe Asie vit briser ses forces innombrables contre une poignée d’hommes que la philosophie conduisait à la gloire. Tel est l’infaillible effet des connaissances de l’esprit : les moeurs et les lois sont la seule source du véritable héroïsme. En un mot, la Grèce dut tout aux sciences, et le reste du monde dut tout à la Grèce.

Opposera-t-on à ce brillant tableau les moeurs grossières des Perses et des Scythes ? J’admirerai, si l’on veut, des peuples qui passent leur vie à la guerre ou dans les bois, qui couchent sur la terre et vivent de légumes. Mais est-ce parmi eux qu’on ira chercher le bonheur ? Quel spectacle nous présenterait le genre-humain composé uniquement de laboureurs, de soldats, de chasseurs et de bergers ? Faut-il donc, pour être digne du nom d’homme, vivre comme les lions et les ours ? Erigera-t-on en vertus les facultés de l’instinct pour se nourrir, se perpétuer et se défendre ? Je ne vois là que des vertus animales peu conformes à la dignité de notre être ; le corps est exercé, mais l’âme esclave ne fait que ramper et languir.

Les Perses n’eurent pas plutôt fait la conquête de l’Asie qu’ils perdirent leurs moeurs : les Scythes dégénérèrent aussi, quoique plus tard : des vertus si sauvages sont trop contraires à l’humanité, pour être durables ; se priver de tout et ne désirer rien est un état trop violent ; une ignorance si grossière ne saurait être qu’un état de passage. Il n’y a que la stupidité et la misère qui puissent y assujettir les hommes.

Sparte, ce phénomène politique, cette république de soldats vertueux, est le seul peuple qui ait eu la gloire d’être pauvre par institution et par choix. Ses lois si admirées avaient pourtant de grands défauts. La dureté des maîtres et des pères, l’exposition des enfants, le vol autorisé, la pudeur violée dans l’éducation et les mariages, une oisiveté éternelle, les exercices du corps recommandés uniquement, ceux de l’esprit proscrits et méprisés, l’austérité et la férocité des moeurs qui en étaient la suite, et qui aliénèrent bientôt tous les alliés de la république, sont déjà d’assez justes reproches : peut-être ne se borneraient-ils pas là, si les particularités de son histoire intérieure nous étaient mieux connues. Elle se fit une vertu artificielle en se privant de l’usage de l’or ; mais que devenaient les vertus de ses citoyens sitôt qu’ils s’éloignaient de leur patrie ? Lysandre et Pausanias n’en furent que plus aisés à corrompre. Cette nation qui ne respirait que la guerre, s’est-elle fait une gloire plus grande dans les armes que sa rivale qui avait réuni toutes les sortes de gloire ? Athènes ne fut pas moins guerrière que Sparte ; elle fut de plus savante, ingénieuse, et magnifique ; elle enfanta tous les arts et tous les talents ; et dans le sein même de la corruption qu’on lui reproche, elle donna le jour au plus sage des Grecs. Après avoir été plusieurs fois sur le point de vaincre, elle fut vaincue, il est vrai ; et il est surprenant qu’elle ne l’eût pas été plutôt, puisque l’Attique était un pays tout ouvert, et qui ne pouvait se défendre que par une très grande supériorité de succès. La gloire des Lacédémoniens fut peu solide ; la prospérité corrompit leurs institutions trop bizarres pour pouvoir se conserver longtemps ; la fière Sparte perdit ses moeurs comme la savante Athènes. Elle ne fit plus rien depuis qui fût digne de sa réputation ; et tandis que les Athéniens et plusieurs autres villes luttaient contre la Macédoine, pour la liberté de la Grèce, Sparte seule languissait dans le repos, et voyait préparer de loin sa destruction, sans songer à la prévenir.

Mais enfin je suppose que tous les états dont la Grèce était composée, eussent suivi les mêmes lois que Sparte, que nous resterait-il de cette contrée si célèbre ? À peine son nom serait parvenu jusqu’à nous. Elle aurait dédaigné de former des historiens pour transmettre sa gloire à la postérité : le spectacle de ses farouches vertus eût été perdu pour nous : il nous serait indifférent par conséquent qu’elles eussent existé ou non. Ces nombreux systèmes de philosophie qui ont épuisé toutes les combinaisons possibles de nos idées, et qui, s’ils n’ont pas étendu beaucoup les limites de notre esprit, nous ont appris du moins où elles étaient fixées ; ces chefs-d’oeuvre d’éloquence et de poésie qui nous ont enseigné toutes les routes du coeur ; les arts utiles ou agréables, qui conservent ou embellissent la vie ; enfin l’inestimable tradition des pensées et des actions de tous les grands hommes qui ont fait la gloire ou le bonheur de l’humanité : toutes ces précieuses richesses de l’esprit eussent été perdues pour jamais. Les siècles se seraient accumulés ; les générations des hommes se seraient succédées comme celles des animaux, sans aucun fruit pour leur postérité, et n’auraient laissé après elles qu’un souvenir confus de leur existence ; le monde aurait vieilli, et les hommes seraient demeurés dans une enfance éternelle.

Que prétendent enfin les ennemis de la science ? Quoi ! le don de penser serait un présent funeste de la Divinité ! Les connaissances et les moeurs seraient incompatibles ! La vertu serait un vain fantôme produit par un instinct aveugle, et le flambeau de la raison la ferait évanouir en voulant l’éclaircir ! Quelle étrange idée voudrait-on nous donner et de la raison, et de la vertu !

Comment prouve-t-on de si bizarres paradoxes ? On objecte que les sciences et les arts ont porté un coup mortel aux moeurs anciennes ? aux institutions primitives des états : on cite pour exemple Athènes et Rome. Euripide et Démosthène ont vu Athènes livrée aux Spartiates et aux Macédoniens : Horace, Virgile et Cicéron ont été contemporains de la ruine de la liberté romaine ; les uns et les autres ont été témoins des malheurs de leur pays : ils en ont donc été la cause. Conséquence peu fondée, puisqu’on en pourrait dire autant de Socrate et de Caton.

En accordant que l’altération des lois et la corruption moeurs aient beaucoup influé sur ces grands événements, me forcera-t-on de convenir que les sciences et les arts y aient contribué ? La corruption suit de près la prospérité ; les sciences sont pour l’ordinaire leurs plus rapides progrès dans le même temps : des choses si diverses peuvent naître ensemble et se rencontrer ; mais c’est sans aucune relation entre elles de cause et d’effet.

One has long been disillusioned by the illusion of a golden age; everywhere, barbarity preceded the establishment of societies—this is a truth proven by the annals of all peoples. Everywhere, necessity and crime forced humans to come together, to establish laws for themselves, and to enclose themselves within walls. The first gods and the first kings were either benefactors or tyrants; gratitude and fear elevated thrones and altars. Then superstition and despotism covered the face of the earth: new misfortunes and new crimes arose, and revolutions multiplied.

Amidst this vast spectacle of human passions and miseries, we can barely discern a few regions that are wiser and happier. While the greater part of the world remained unknown, Europe was in a state of barbarity, and Asia was enslaved; Greece, however, through its philosophy, elevated itself to the level of everything that could make a people worthy of respect. Philosophers shaped its morals and established its laws.

If one refuses to believe the traditions that claim Orpheus and Amphion attracted people from the depths of the forests with the sweetness of their songs, then history forces us to acknowledge that this fortunate revolution was actually brought about by useful arts and sciences. What kind of men were these first legislators of Greece? Can anyone deny that they were the most virtuous and learned people of their time? They had acquired all that study and reflection could impart to the mind, and they had also drawn upon the insights gained through their travels to Crete, Egypt, and all other nations where they sought to gain knowledge.

As they established their various political systems, through which particular passions were turned into the most effective instruments for the public good and through which virtue could arise right from within the human self-love; other philosophers wrote on ethics, delved into the fundamental principles of existence, and observed nature and its effects. The glory of the mind and that of arms advanced side by side; sages and heroes emerged in large numbers—alongside figures like Miltiades and Themistocles, there were also Aristides and Socrates. That magnificent land of Asia saw its countless forces shattered against a handful of men guided by philosophy toward glory. Such is the undeniable power of intellectual knowledge: morals and laws are the sole source of true heroism. In short, Greece owed everything to the sciences, and the rest of the world owed everything to Greece.

Will one oppose the splendid qualities of these people to the crude manners of the Persians and Scythians? I might admire, if one so wishes, peoples who spend their lives in war or in the woods, who sleep on the ground and live on vegetables. But is it among them that one should seek happiness? What kind of society would we have if it were composed solely of farmers, soldiers, hunters, and shepherds? Must one, then, to be worthy of the name of human being, live like lions and bears? Will people regard the abilities inherent in instinct—those needed for feeding, reproducing, and defending oneself—as virtues? In my view, these are merely animalistic qualities that bear little resemblance to the dignity of our human nature; the body may be exercised, but the soul remains enslaved, crawling and suffering.

No sooner had the Persians conquered Asia than they lost their former morals; the Scythians also degenerated, though later on. Such savage virtues are too contrary to human nature to be sustainable; to deprive oneself of everything and desire nothing at all is a state that is too extreme; such utter ignorance can only be a temporary condition. Only stupidity and misery can force people into such a state.

Sparta, that political phenomenon, that republic of virtuous soldiers, was the only people to have enjoyed the glory of being poor by institution and by choice. Its laws, so much admired, nevertheless had great flaws. The harshness of its rulers and fathers, the exposure of children, authorized theft, the violation of modesty in education and marriage, eternal idleness, physical exercises that were merely recommended while those of the mind were prohibited and despised, and the austere and ferocious morals that resulted from these practices—and which soon alienated all of Sparta’s allies—are already sufficient reasons for criticism. Perhaps these criticisms would be even more severe if we knew more about the particularities of its internal history. Sparta cultivated an artificial virtue by abstaining from the use of gold; but what became of the virtues of its citizens once they left their homeland? Lysander and Pausanias found it all the easier to corrupt them. This nation, which lived solely for war, did it achieve greater glory in arms than its rival, which had gathered all kinds of other honors? Athens was just as warlike as Sparta; it was also more learned, ingenious, and magnificent. It gave birth to all the arts and talents; and even within the midst of the corruption it is accused of, it produced the wisest of the Greeks. After several near-victories, it was ultimately defeated—but it is surprising that it wasn’t defeated sooner, given that Attica was an open country and could only defend itself through a tremendous advantage in success. The glory of the Spartans was not solid; prosperity corrupted their peculiar institutions, which were too bizarre to endure for long. The proud Sparta lost its morals just as the learned Athens did. It no longer accomplished anything worthy of its reputation; while the Athenians and many other cities fought against Macedonia for Greece’s freedom, Sparta alone languished in peace, watching its own destruction unfold from a distance without attempting to prevent it.

But after all, I suppose that if all the states of which Greece was composed had followed the same laws as Sparta, what would be left of this once-famous land? Its name alone might never have reached us. It would have scorned to produce historians to preserve its glory for future generations; the spectacle of its noble virtues would have been lost to us, and it would therefore have mattered little whether such virtues had ever existed or not. All those philosophical systems that have explored every possible combination of our ideas—though they may not have greatly expanded the boundaries of our understanding—have at least helped us to understand where these boundaries lie. Those masterpieces of oratory and poetry that have taught us all the paths of the human heart; those useful or delightful arts that preserve and enhance life; and finally, that invaluable heritage of the thoughts and actions of all those great men who have brought glory or happiness to humanity—all these precious treasures of the mind would have been lost forever. Centuries would have passed after centuries, generations of humans would have succeeded one another just like those of animals, leaving no legacy for future generations, and their existence would have remained but a vague memory. The world would have aged, and humanity would have remained in an eternal state of ignorance.

What on earth do the enemies of science claim? That the gift of thought is some terrible gift bestowed by the Deity! That knowledge and morality are incompatible! That virtue is but a vain phantom born of blind instinct, and that the light of reason will cause it to vanish whenever it attempts to be clarified! What strange notion is this—one that seeks to distort both reason and virtue!

How can such bizarre paradoxes be proven? It is argued that science and the arts have dealt a fatal blow to ancient morals and the primitive institutions of states—Athens and Rome are cited as examples. Euripides and Demosthenes witnessed Athens fall to the Spartans and Macedonians; Horace, Virgil, and Cicero lived through the ruin of Roman liberty; both groups were witnesses to the misfortunes of their countries—but did that necessarily mean they were their causes? Such a conclusion is unfounded, since the same could be said of Socrates and Cato.

While it is true that changes in laws and the corruption of morals have had a significant impact on these major events, will anyone force me to admit that sciences and arts have also played a role in them? Corruption often follows prosperity; sciences, on the other hand, are typically their fastest progressers at the same time. Such diverse phenomena can arise and intersect without any causal relationship between them.

Da molto tempo siamo disillusi riguardo alla chimera dell’età d’oro; ovunque la barbarie è preceduta alla formazione delle società; questa è una verità dimostrata dalle cronache di tutti i popoli. Ovunque, le necessità e i crimini hanno costretto gli uomini a riunirsi, a imporsi leggi e a rinchiudersi entro mura. I primi dèi e i primi re furono o benefattori o tiranni; la riconoscenza e la paura hanno elevato troni e altari. Poi sono arrivati la superstizione e il dispotismo a coprire la faccia della terra: nuovi mali, nuovi crimini si sono verificati, le rivoluzioni si sono moltiplicate.

Attraverso questo vasto spettacolo di passioni e miserie umane, riusciamo a scorgere appena alcune regioni più sagge e più felici. Mentre la maggior parte del mondo era sconosciuta, l’Europa era selvaggia e l’Asia schiava, la Grecia pensò, e si elevò con lo spirito a tutto ciò che può rendere un popolo meritevole di stima. I filosofi ne formarono i costumi e le diedero delle leggi.

Se si rifiuta di credere alle tradizioni che dicono che Orfeo e Anfione attirassero gli uomini dalle profondità delle foreste con la dolcezza dei loro canti, allora è la storia stessa a costringerci ad ammettere che questa felice rivoluzione fu dovuta agli arti utili e alle scienze. Che tipo di uomini erano questi primi legislatori della Grecia? Si può forse negare che fossero i più virtuosi e i più saggi del loro secolo? Avevano acquisito tutto ciò che lo studio e la riflessione possono donare alla mente, e vi avevano aggiunto anche gli insegnamenti dell’esperienza, grazie ai viaggi che avevano intrapreso in Creta, in Egitto, presso tutte le nazioni dove avevano cercato di arricchire la propria conoscenza.

Mentre questi stabilivano i loro diversi sistemi politici, attraverso i quali le passioni particolari diventavano gli strumenti più efficaci per il bene pubblico e facevano germogliare la virtù direttamente dal seno dell’amor-proprio, altri filosofi scrivevano sulla morale, indagando sui primi principi delle cose, osservando la natura e i suoi effetti. La gloria dello spirito e quella delle armi avanzavano di pari passo; saggi ed eroi nascevano in gran numero; accanto a personaggi come Miltiade e Temistocle, si trovavano anche Aristide e Socrate. La maestosa Asia vide le sue immense forze distrutte da un manipolo di uomini guidati dalla filosofia verso la gloria. Ecco l’effetto infallibile della conoscenza: le morali e le leggi sono l’unica fonte del vero eroismo. In breve, la Grecia deve tutto alle scienze, e il resto del mondo deve tutto alla Grecia.

Si opporrebbero a questo splendido quadro i costumi rozzi dei Persiani e degli Sciti? Ammirerei, se si vuole, popoli che trascorrono la loro vita in guerra o nelle foreste, che dormono sulla terra e vivono di verdure. Ma è tra di loro che si andrebbe a cercare la felicità? Che spettacolo ci offrirebbe l’umanità composta unicamente da contadini, soldati, cacciatori e pastori? Bisogna forse, per essere degni del nome di uomo, vivere come leoni e orsi? Si considereranno virtù le capacità dell’istinto di nutrirsi, riprodursi e difendersi? Non vedo in questo che virtù animali poco conformi alla dignità della nostra essenza; il corpo viene allenato, ma l’anima, ridotta in schiavitù, non fa altro che strisciare e soffrire.

Non appena i Persiani conquistarono l’Asia, persero le loro usanze e costumi tradizionali; anche gli Sciti degenerarono, sebbene in un momento successivo: virtù così selvagge sono troppo contrarie alla natura umana per poter sopravvivere nel tempo; privarsi di tutto e non desiderare nulla rappresenta uno stato estremamente violento; un’ignoranza così profonda può esistere soltanto come fase transitoria nella storia degli esseri umani. Solo la stupidità e la miseria possono costringere gli uomini a vivere in tale condizione.

Sparta, questo fenomeno politico, questa repubblica di soldati virtuosi, è l’unico popolo che abbia avuto la gloria di essere povero per istituzione e per scelta. Le sue leggi, tanto ammirate, presentavano tuttavia grandi difetti: la durezza dei padri e degli educatori, l’esposizione dei bambini, il furto autorizzato, la violazione della pudicità nell’educazione e nei matrimoni, un’ozio eterno, gli esercizi fisici raccomandati come unico dovere, quelli mentali proibiti e disprezzati, l’austerità e la ferocia delle usanze che ne derivavano – e che presto allontanarono tutti gli alleati della repubblica – rappresentano già motivi sufficienti di rimprovero. Forse questi rimproveri non si limiterebbero a questo, se conoscessimo meglio le particolarità della sua storia interna. Sparta creò una sorta di virtù artificiale privandosi dell’uso dell’oro; ma che fine facevano le virtù dei suoi cittadini non appena lasciavano il loro paese? Lysandro e Pausania ebbero così maggior facilità nel corromperli. Questa nazione, che viveva esclusivamente per la guerra, ottenne forse una gloria maggiore nelle armi rispetto alla sua rivale, che aveva raccolto ogni tipo di onore? Atene non fu meno guerriera di Sparta; fu inoltre più sapiente, ingegnosa e magnifica: generò tutti gli arti e tutti i talenti; e proprio nel mezzo della corruzione che le viene rimproverata, diede alla luce il più saggio dei Greci. Dopo essere stata più volte sul punto di vincere, fu sconfitta. E sorprende il fatto che non lo sia stata prima, visto che l’Attica era un paese completamente aperto e poteva difendersi soltanto grazie a una grande superiorità nelle vittorie. La gloria dei Lacedemoni non fu molto solida; la prosperità corruppe le loro istituzioni troppo strane per poter sopravvivere a lungo. La nobile Sparta perse le sue virtù, proprio come l’illustre Atene. Da allora non fece più nulla che fosse degno della sua reputazione; mentre gli Ateniesi e molte altre città lottavano contro la Macedonia per la libertà della Grecia, Sparta rimase immobile nel suo ozio, assistendo da lontano alla propria distruzione, senza nemmeno provare a evitarla.

Ma alla fine, suppongo che tutti gli stati di cui era composta la Grecia avessero seguito le stesse leggi di Sparta: cosa ci resterebbe di questa terra così celebre? Il suo nome a malapena sarebbe giunto fino a noi. La Grecia avrebbe disdegnato di creare storici per tramandare la sua gloria alle generazioni future; lo spettacolo delle sue virtù eroiche ci sarebbe stato negato, e quindi ci sarebbe stato indifferente che esse esistessero o meno. Tutti quei sistemi filosofici che hanno esplorato tutte le possibili combinazioni dei nostri concetti, e che, anche se non hanno molto ampliato i confini della nostra mente, ci hanno almeno insegnato dove essi si trovano; quei capolavori di oratoria e poesia che ci hanno mostrato tutti i sentieri del cuore; le arti utili o piacevoli che conservano o abbelliscono la vita; infine, l’inestimabile eredità dei pensieri e delle azioni di tutti quegli uomini grandi che hanno reso gloriosa o felice l’umanità: tutte queste preziose ricchezze dello spirito sarebbero andate perdute per sempre. I secoli si sarebbero accumulati; le generazioni umane si sarebbero succedute come quelle degli animali, senza lasciare alcun frutto per la loro discendenza, e avrebbero lasciato dopo di sé solo un ricordo confuso della loro esistenza; il mondo sarebbe invecchiato, e gli uomini sarebbero rimasti in una sorta di eterna infanzia.

Che cosa pretendono dunque i nemici della scienza? Che il dono di pensare sia un don funesto proveniente dalla Divinità! Che le conoscenze e i costumi siano incompatibili tra loro! Che la virtù sia solo un fantasma vano prodotto da un istinto cieco, e che la luce della ragione la faccia svanire nel tentativo di chiarirla! Che strana idea vogliono farci credere riguardo alla ragione e alla virtù.

Come si possono dimostrare paradossi così bizzarri? Si obietta che le scienze e le arti abbiano inflitto un colpo mortale alle antiche usanze e alle istituzioni primitive degli stati: si fanno esempi di Atene e Roma. Euripide e Demostene hanno visto Atene cadere in mano ai Spartani e ai Macedoni; Orazio, Virgilio e Cicerone sono vissuti contemporaneamente alla rovina della libertà romana; entrambi hanno assistito alle sventure del loro paese, ma ciò non significa che ne siano stati i responsabili. Una conclusione poco fondata, visto che lo stesso si potrebbe dire di Socrate e Catone.

Ammettendo che il cambiamento delle leggi e la corruzione dei costumi abbiano avuto una grande influenza su questi grandi eventi, mi si chiederà forse di concordare anche sul fatto che le scienze e le arti abbiano contribuito ad essi? La corruzione segue da vicino la prosperità; le scienze, in genere, rappresentano i suoi progressi più rapidi nello stesso periodo: cose così diverse possono nascere e incontrarsi insieme; ma non esiste alcuna relazione di causa-effetto tra di esse.

Athènes et Rome étaient petites et pauvres dans leurs commencements ; tous leurs citoyens étaient soldats, toutes leurs vertus étaient nécessaires, les occasions même de corrompre leurs moeurs n’existaient pas. Peu après, elles acquirent des richesses et de la puissance. Une partie des citoyens ne fut plus employée à la guerre ; on apprit à jouir et à penser. Dans le sein de leur opulence ou de leur loisir, les uns perfectionnèrent le luxe qui fait la plus ordinaire occupation des gens heureux ; d’autres ayant reçu de la nature de plus favorables dispositions, étendirent les limites de l’esprit et créèrent une gloire nouvelle.

Ainsi, tandis que les uns, par le spectacle des richesses et des voluptés, profanaient les lois et les moeurs, les autres allumaient le flambeau de la philosophie et des arts, instruisaient, ou célébraient les vertus, et donnaient naissance à ces noms si chers aux gens qui savent penser, l’atticisme et l’urbanité. Des occupations si opposées peuvent-elles donc mériter les mêmes qualifications ? pouvaient-elles produire les mêmes effets ?

Je ne nierai pas que la corruption générale ne se soit répandue quelquefois jusque sur les lettres, et qu’elle n’ait produit des excès dangereux ; mais doit-on confondre la noble destination des sciences avec l’abus criminel qu’on en a pu faire ? Mettra-t-on dans la balance quelques épigrammes de Catulle ou de Martial, contre les nombreux volumes philosophiques, politiques et moraux, de Cicéron, contre le sage poème de Virgile ?

D’ailleurs, les ouvrages licencieux sont ordinairement le fruit de l’imagination, et non celui de la science et du travail. Les hommes dans tous les temps et dans tous les pays ont eu des passions ; ils les ont chantées. La France avait des romanciers et des troubadours longtemps avant qu’elle eût des savants et des philosophes. En supposant donc que les sciences et les arts eussent été étouffés dans leur berceau, toutes les idées inspirées par les passions n’en auraient pas moins été réalisées en prose et en vers ; avec cette différence que nous aurions eu de moins tout ce que les philosophes, les poètes et les historiens ont fait pour nous plaire ou pour nous instruire.

Athènes fut enfin forcée de céder à la fortune de la Macédoine ; mais elle ne céda qu’avec l’univers. C’était un torrent rapide qui entraînait tout ; et c’est perdre le temps que de chercher des causes particulières où l’on voit une force supérieure si marquée.

Rome, maîtresse du monde, ne trouvait plus d’ennemis ; il s’en forma dans son sein. Sa grandeur fit sa perte. Les lois d’une petite ville n’étaient pas faites pour gouverner le monde entier ; elles avaient pu suffire contre les factions des Manlius, des Cassius et des Gracques : elles succombèrent sous les armées de Sylla, de César et d’Octave : Rome perdit sa liberté, mais elle conserva sa puissance. Opprimée par les soldats qu’elle payait, elle était encore la terreur des nations. Ses tyrans étaient tour-à-tour déclarés pères de la patrie et massacrés. Un monstre indigne du nom d’homme se faisait proclamer empereur ; et l’auguste corps du sénat n’avait plus d’autres fonctions que celle de le mettre au rang des dieux. Étranges alternatives d’esclavage et de tyrannie, mais telles qu’on les a vues dans tous les états où la milice disposait du trône. Enfin de nombreuses irruptions des barbares vinrent renverser et fouler aux pieds ce vieux colosse ébranlé de toutes parts ; et de ses débris se formèrent tous les empires qui ont subsisté depuis.

Ces sanglantes révolutions ont-elles donc quelque chose de commun avec les progrès des lettres ? Partout je vois des causes purement politiques. Si Rome eût encore quelques beaux jours, ce fut sous des empereurs philosophes. Sénèque a-t-il donc été le corrupteur de Néron ? est-ce l’étude de la philosophie et des arts qui fit autant de monstres des Caligula, des Domitien, des Héliogabale ? Les lettres qui s’étaient élevées avec la gloire de Rome, ne tombèrent-elles pas sous ces règnes cruels ? Elles s’affaiblirent ainsi par degrés avec le vaste empire auquel la destinée du monde semblait être attachée : leurs ruines furent communes, et l’ignorance envahit l’univers une seconde fois avec la barbarie et la servitude, ses compagnes fidèles.

Disons donc que les muses aiment la liberté, la gloire et le bonheur. Partout je les vois prodiguer leurs bienfaits sur les nations, au moment où elles sont les plus florissantes. Elles n’ont plus redouté les glaces de la Russie, sitôt qu’elles ont été attirées dans ce puissant empire par le héros singulier qui en a été, pour ainsi dire, le créateur : le législateur de Berlin, le conquérant de la Silésie, les fixe aujourd’hui dans le nord de l’Allemagne, qu’elles font retentir de leurs chants.

S’il est arrivé quelquefois que la gloire des empires n’a pas survécu longtemps à celle des lettres, c’est qu’elle était à son comble lorsque les lettres ont été cultivées, et que le sort des choses humaines est de ne pas durer longtemps dans le même état. Mais bien loin que les sciences y contribuent, elles périssent infailliblement frappées des mêmes coups ; en sorte que l’on peut observer que les progrès des lettres et leur déclin sont ordinairement dans une juste proportion avec la fortune et l’abaissement des empires.

Cette vérité se confirme encore par l’expérience des derniers temps. L’esprit humain, après une éclipse de plusieurs siècles, sembla s’éveiller d’un profond sommeil. On fouilla dans les cendres antiques, et le feu sacré se ralluma de toutes parts. Nous devons encore aux Grecs cette seconde génération des sciences. Mais dans quel temps reprirent-elles cette nouvelle vie ? ce fut lorsque l’Europe, après tant de convulsions violentes, eût enfin pris une position assurée, et une forme plus heureuse.

Ici se développe un nouvel ordre de choses. Il ne s’agit plus de ces petits royaumes domestiques renfermés dans l’enceinte d’une ville ; de ces peuples condamnés à combattre pour leurs héritages et leurs maisons, tremblants sans cesse pour une patrie toujours prête à leur échapper : c’est une monarchie vaste et puissante, combinée dans toutes ses parties par une législation profonde. Tandis que cent mille soldats combattent gaiement pour la sureté de l’état, vingt millions de citoyens heureux et tranquilles, occupés à sa prospérité intérieure, cultivent sans alarmes les immenses campagnes, font fleurir les lois, le commerce, les arts, et les lettres, dans l’enceinte des villes : toutes les professions diverses, appliquées uniquement à leur objet, sont maintenues dans un juste équilibre, et dirigées au bien général par la main puissante qui les conduit et les anime. Telle est la faible image du beau règne de Louis XIV, et de celui sous lequel nous avons le bonheur de vivre : la France riche, guerrière, et savante, est devenue le modèle et l’arbitre de l’Europe ; elle sait vaincre et chanter ses victoires : ses philosophes mesurent la terre et son roi la pacifie.

Qui osera soutenir que le courage des Français ait dégénéré depuis qu’ils ont cultivé les lettres ? Dans quel siècle a-t-il éclaté plus glorieusement qu’à Montalban, Lawfelt, et dans tant d’autres occasions que je pourrais citer ? Ont-ils jamais fait paraître plus de constance que dans les retraites de Prague et de Bavière ? qu’y a-t-il enfin de supérieur dans l’antiquité au siège de Berg-op-Zoom, et à ces braves grenadiers renouvelés tant de fois, qui volaient avec ardeur aux mêmes postes, où ils venaient de voir foudroyer ou engloutir les héros qui les précédaient.

En vain veut-on nous persuader que le rétablissement des sciences a gâté les moeurs. On est d’abord obligé de convenir que les vices grossiers de nos ancêtres sont presqu’entièrement proscrits parmi nous.

C’est déjà un grand avantage pour la cause des lettres, que cet aveu qu’on est forcé de faire. En effet, les débauches, les querelles, et les combats qui en étaient les suites, les violences des grands, la tyrannie des pères, la bizarrerie de la vieillesse, les égarements impétueux des jeunes gens, tous ces excès si communs autrefois, funestes effets de l’ignorance et de l’oisiveté, n’existent plus depuis que nos moeurs ont été adoucies par les connaissances dont tous les esprits sont occupés ou amusés.

On nous reproche des vices raffinés et délicats ; c’est que partout où il y a des hommes, il y aura des vices : mais les voiles ou la parure dont ils se couvrent, sont du moins l’aveu de leur honte, et un témoignage du respect public pour la vertu.

Athens and Rome were small and poor in their beginnings; all their citizens were soldiers, and all their virtues were necessary; there were even no opportunities to corrupt their morals. Soon after, they acquired wealth and power. Some of their citizens were no longer employed in warfare; people began to learn how to enjoy life and think. Amidst their prosperity or leisure, some perfected the luxuries that constitute the ordinary pursuits of happy people; others, having been endowed by nature with more favorable qualities, expanded the boundaries of human knowledge and created new forms of glory.

Thus, while some, through the spectacle of riches and pleasures, profaned laws and morals, others kindled the torch of philosophy and the arts, taught or celebrated virtues, and gave birth to those names so dear to those who know how to think—namely, Atticism and Urbanity. How can such opposing pursuits deserve the same praise? How could they produce the same effects?

I will not deny that general corruption sometimes extended even to literature and gave rise to dangerous excesses; but should we confuse the noble purpose of science with the criminal abuses that have been committed in its name? Should we weigh a few epigrams by Catullus or Martial against the numerous volumes of Cicero’s philosophical, political, and moral writings, or against the wise poems of Virgil?

Moreover, licentious works are usually the product of imagination, rather than science and hard work. People in all times and all countries have had passions; they have sung about them. France had novelists and troubadours long before it had scientists and philosophers. Therefore, even if science and the arts had been stifled in their infancy, all those ideas inspired by passion would still have been expressed in prose and poetry. The only difference would be that we would have lacked everything that philosophers, poets, and historians have done to please or educate us.

Athens was finally forced to yield to the power of Macedonia; but it did so only at the cost of everything else. It was like a rapid torrent that swept everything along with it; and it would be a waste of time to seek out particular causes when such a pronounced superior force is clearly evident.

Rome, mistress of the world, found no enemies left; yet enemies arose within its own ranks. Its greatness was its downfall. The laws of a small city were not meant to govern the entire world; they might have been sufficient to deal with the factions of the Manlii, Cassii, and Gracchi, but they collapsed under the armies of Sulla, Caesar, and Octavian. Rome lost its freedom, yet it retained its power. Oppressed by the soldiers it paid, it was still a terror to nations throughout the world. Its tyrants were repeatedly hailed as “fathers of the fatherland” only to be subsequently murdered. A monster unworthy of the name of man was proclaimed emperor; and the once-glorious Senate was reduced to the role of elevating him to divine status. Strange alternations of slavery and tyranny—such have always been the fate of any state where the military forces hold supreme power. Finally, numerous invasions by barbarians overthrew this once-vast but now crumbling empire; from its ruins arose all the empires that have existed since then.

Do these bloody revolutions have anything in common with the progress of literature? Everywhere I see purely political causes at play. If Rome had enjoyed a few more peaceful and prosperous years, it would have been under the rule of philosophical emperors. Was Seneca truly the corrupter of Nero? Was it the study of philosophy and the arts that turned Caligula, Domitian, and Heliogabalus into such monsters? Did not literature, which had flourished alongside Rome’s glory, decline during those cruel reigns? Gradually, as the vast empire seemed destined to decline, literature too weakened. Its ruins became common to all; once again, ignorance, accompanied by barbarity and slavery, engulfed the world.

Let us therefore say that the muses love freedom, glory, and happiness. Everywhere I see them bestowing their blessings upon nations at their most prosperous times. They no longer feared the icy winters of Russia once they were drawn into this mighty empire by the extraordinary hero who, in a sense, was its creator: the legislator of Berlin, the conqueror of Silesia. Today, they reside in northern Germany, where their songs resound throughout the land.

If it has sometimes happened that the glory of empires has not endured for long after the glory of literature, it is because that glory was at its peak precisely when literature was being cultivated, and because the fate of human affairs is such that they cannot remain in the same state for a long time. Yet, far from contributing to this decline, the sciences invariably suffer the same blows; thus, it can be observed that the progress of literature and its decline are generally in exact proportion to the rise and fall of empires.

This truth is further confirmed by the experiences of recent times. After a period of decline spanning several centuries, the human spirit seemed to awaken from a deep slumber. People began to search through ancient ruins, and the sacred flames were rekindled in many places. We owe this second generation of sciences to the Greeks. But in what era did these sciences truly regain their vitality? It was when Europe, after so many violent upheavals, finally secured a stable position and assumed a happier form.

Here emerges a new order of things. It is no longer about those small, domestic kingdoms confined within the walls of a city; about peoples doomed to fight for their heritages and homes, constantly trembling for a homeland that seems always on the verge of slipping away from them. Instead, we have a vast and powerful monarchy, its various parts united by comprehensive legislation. While one hundred thousand soldiers joyfully fight for the security of the state, twenty million happy and peaceful citizens, devoted to its internal prosperity, cultivate the vast landscapes without fear, fostering the growth of laws, commerce, the arts, and literature within the cities. All diverse professions, dedicated solely to their proper purposes, are maintained in a fair balance and guided toward the common good by a powerful hand that directs and inspires them. Such is the modest reflection of the splendid reign of Louis XIV—and of the era under which we have the fortune to live: a wealthy, warlike, and enlightened France has become the model and arbiter of Europe; it knows how to conquer and celebrate its victories; its philosophers measure the earth, while its king brings peace to it.

Who would dare to claim that the courage of the French has degenerated since they began to cultivate the arts? In which century did it ever shine more gloriously than at Montalban, Lawfelt, and in so many other instances that I could mention? Have they ever displayed greater perseverance than during their retreats in Prague and Bavaria? And finally, what in antiquity can compare with the siege of Berg-op-Zoom, or with those brave grenadiers who time and again rushed eagerly to the same positions where their predecessors had just been slain or wiped out?

In vain do people try to persuade us that the revival of science has corrupted our morals. One must first admit that the gross vices of our ancestors are almost entirely extinct among us today.

This very admission that we are forced to make already constitutes a great advantage for the cause of literature. Indeed, the debaucheries, quarrels, and conflicts that followed them—the violence of the powerful, the tyranny of fathers, the absurdities of old age, the impetuous mistakes of young people—all these excesses, once so common and deadly effects of ignorance and idleness, no longer exist now that our manners have been softened by the knowledge that occupies and entertains every mind.

We are accused of possessing refined and delicate vices; yet wherever there are men, there will always be vices. But the veils or disguises with which they cover themselves are at least an admission of their shame, and a testament to the public respect for virtue.

Atene e Roma erano piccole e povere alle loro origini; tutti i loro cittadini erano soldati, tutte le loro virtù erano necessarie, e non esistevano nemmeno occasioni per corrompere i loro costumi. Poco dopo, acquisirono ricchezza e potere. Una parte dei cittadini non fu più impiegata in guerra; si imparò a godere e a pensare. Nel mezzo della loro opulenza o del loro tempo libero, alcuni perfezionarono il lusso che costituisce l’occupazione più comune delle persone felici; altri, avendo ricevuto dalla natura disposizioni più favorevoli, estesero i confini dell’intelletto e crearono una nuova forma di gloria.

Così, mentre alcuni, di fronte allo spettacolo delle ricchezze e dei piaceri, profanavano le leggi e i costumi, altri accendevano la luce della filosofia e delle arti, insegnavano o celebravano le virtù, dando vita a quei nomi tanto cari alle persone che sanno pensare: l’atticismo e l’urbanità. Possibile dunque che attività così opposte meritino le stesse qualifiche? Possono produrre gli stessi effetti?

Non negherò che la corruzione generale si sia talvolta diffusa anche nel campo delle lettere e abbia prodotto eccessi pericolosi; ma bisogna forse confondere lo scopo nobile delle scienze con l’abuso criminale di cui sono state preda? Si dovrebbero mettere sullo stesso piano alcune epigramme di Catullo o di Marziale rispetto ai numerosi volumi filosofici, politici e morali di Cicerone, oppure al saggio poema di Virgilio?

Del resto, le opere licenziose sono solitamente il frutto dell’immaginazione, e non della scienza e del lavoro. Gli uomini, in tutti i tempi e in tutti i paesi, hanno avuto passioni; ne hanno cantato le lodi. La Francia ha avuto romanziere e trovatori molto prima di avere scienziati e filosofi. Quindi, anche se le scienze e le arti fossero state soffocate nel loro nascere, tutte le idee ispirate dalle passioni sarebbero comunque state realizzate in prosa e in poesia; con la differenza che avremmo avuto molto meno di tutto ciò che filosofi, poeti e storici hanno fatto per intrattenerci o istruirci.

Atene fu infine costretta a cedere alla potenza della Macedonia; ma lo fece soltanto a prezzo dell’universo intero. Era un flusso impetuoso che trascinava con sé tutto ciò che incontrava sul suo cammino; e sarebbe solo uno spreco di tempo cercare cause particolari dove in realtà si manifesta una forza decisamente superiore.

Roma, padrona del mondo, non trovava più nemici; ma questi iniziarono a formarsi al suo interno stesso. La sua grandezza divenne la sua rovina. Le leggi di una piccola città non erano adatte a governare l’intero mondo: potevano essere sufficienti per contrastare le fazioni dei Manlio, dei Cassio e dei Gracco, ma cedettero di fronte alle armate di Silla, Cesare e Ottaviano. Roma perse la sua libertà, ma conservò il suo potere. Opprimuta dai soldati che lei stessa pagava, rimase comunque la terrore delle nazioni. I suoi tiranni venivano a turno proclamati “padri della patria” per poi essere massacrati. Un mostro indegno del nome di uomo si autoproclamò imperatore; e l’augusto senato non ebbe più altra funzione se non quella di elevarlo al rango degli dei. Strane alternanze di schiavitù e tirannia, ma tali sono state in tutti gli stati in cui l’esercito ha detenuto il potere. Infine, numerose invasioni dei barbari rovesciarono e calpestarono questo vecchio colosso ormai minacciato da ogni parte; e dai suoi resti si formarono tutti gli imperi che sono esistiti da allora.

Hanno dunque queste sanguinose rivoluzioni qualcosa in comune con i progressi delle lettere? Ovunque vedo cause puramente politiche. Se Roma avesse ancora goduto di giorni felici, sarebbe stato sotto imperatori filosofi. Quindi Seneca fu davvero il corrottitore di Nerone? Fu lo studio della filosofia e delle arti a trasformare persone come Caligola, Domiziano ed Elio Gallibale in mostri? Le lettere, che avevano conosciuto un periodo di splendore insieme alla gloria di Roma, non caddero forse sotto questi regni crudeli? Si indebolirono gradualmente, insieme all’impero vasto a cui sembrava essere legata la sorte del mondo: le loro rovine divennero comuni, e l’ignoranza invase nuovamente l’universo, insieme alla barbarie e alla schiavitù, sue fedeli compagne.

Diciamo quindi che le muse amano la libertà, la gloria e la felicità. Le vedo ovunque dispensare i loro doni sulle nazioni nel momento in cui queste sono al loro massimo splendore. Non hanno più temuto i ghiacci della Russia non appena sono state attirate in questo potente impero dallo straordinario eroe che ne è stato, per così dire, il creatore: il legislatore di Berlino, il conquistatore della Slesia. Oggi le muse le fermano nel nord della Germania, facendo risuonare i loro canti in quelle terre.

Se talvolta la gloria degli imperi non è sopravvissuta a lungo a quella delle lettere, è perché essa raggiungeva il suo apice proprio quando le lettere venivano coltivate; inoltre, il destino delle cose umane è quello di non durare a lungo nello stesso stato. Ma lontanamente dal contribuire al loro sviluppo, le scienze, invece, periscono inevitabilmente a causa degli stessi fattori che ne minano la crescita; si può quindi osservare come i progressi delle lettere e il loro declino siano solitamente in perfetta proporzione con la fortuna e il declino degli imperi.

Questa verità si conferma ancora attraverso le esperienze degli ultimi tempi. Lo spirito umano, dopo un periodo di declino durato diversi secoli, sembra essersi risvegliato da un profondo sonno. Si sono scavate nelle antiche ceneri, e il fuoco sacro si è riacceso ovunque. Dobbiamo ancora ai Greci questa seconda generazione di scienze. Ma in quale epoca queste scienze hanno ripreso a vivere? È stato quando l’Europa, dopo tante convulsioni violente, ebbe finalmente raggiunto una posizione stabile e assunse una forma più felice.

Qui si sviluppa un nuovo ordine delle cose. Non si tratta più di quei piccoli regni domestici confinati entro le mura di una città; di quei popoli condannati a combattere per i loro ereditari e le loro case, tremanti costantemente per una patria sempre pronta a sfuggire loro: si tratta di una monarchia vasta e potente, tutta coordinata nelle sue parti da una legge profonda. Mentre centomila soldati combattono con gioia per la sicurezza dello stato, venti milioni di cittadini felici e tranquilli, impegnati nella sua prosperità interna, coltivano senza preoccupazioni le vaste campagne, fanno fiorire le leggi, il commercio, le arti e le lettere all’interno delle città: tutte le diverse professioni, dedicate esclusivamente al loro scopo, sono mantenute in un giusto equilibrio e guidate verso il bene comune dalla mano potente che le dirige e le anima. Questa è la pallida immagine del bel regno di Luigi XIV, e di quello sotto il quale abbiamo la fortuna di vivere: la Francia, ricca, guerriera e sapiente, è diventata il modello e l’arbitro d’Europa; sa vincere e celebrare le proprie vittorie: i suoi filosofi misurano la terra e il suo re la pacifica.

Chi oserebbe affermare che il coraggio dei francesi sia degenerato da quando hanno iniziato a coltivare le lettere? In quale secolo esso si è manifestato in modo più glorioso di quanto non abbia fatto a Montalban, Lawfelt e in molte altre occasioni che potrei citare? Hanno mai dimostrato una costanza maggiore durante le ritirate di Praga e della Baviera? E infine, nell’antichità, cosa c’è di più straordinario del assedio di Berg-op-Zoom, e di quei coraggiosi granatieri che, ancora e ancora, si precipitavano con ardore negli stessi posti in cui avevano visto i loro predecessori cadere sotto il fuoco nemico o essere inghiottiti dalle fiamme?

Inutile è cercare di convincerci che il ripristino delle scienze abbia corrotto i costumi. Prima di tutto, dobbiamo ammettere che i vizi più gravi dei nostri antenati sono ormai quasi del tutto scomparsi tra di noi.

È già un grande vantaggio per la causa delle lettere il fatto che siamo costretti a riconoscere queste realtà. Infatti, le dissolutezze, le liti e i conflitti che ne derivavano, le violenze dei potenti, la tirannia dei genitori, le stranezze della vecchiaia, gli errori impulsivi dei giovani. Tutti questi eccessi, così comuni un tempo e effetti funesti dell’ignoranza e dell’ozio, non esistono più da quando i nostri costumi sono stati mitigati dalle conoscenze che occupano o divertono tutti gli intelletti.

Ci si rimprovera di avere vizi raffinati e delicati; è vero che ovunque ci siano uomini, ci saranno anche vizi. Ma le maschere o gli ornamenti con cui si coprono rappresentano almeno un’ammissione della loro vergogna, e una testimonianza del rispetto pubblico per la virtù.

S’il y a des modes de folie, de ridicule et de corruption, elles ne se trouvent que dans la capitale seulement, et ce n’est même que dans un tourbillon d’hommes perdus par les richesses et l’oisiveté. Les provinces entières, et la plus grande partie de Paris, ignorent ces excès, ou ne les connaissent que de nom. Jugera-t-on toute la nation sur les travers d’un petit nombre d’hommes ? Des écrits ingénieux réclament cependant contre ces abus ; la corruption ne jouit de ses prétendus succès que dans des têtes ignorantes ; les sciences et les lettres ne cessent point de déposer contre elle ; la morale la démasque, la philosophie humilie ses petits triomphes ; la comédie, la satire, l’épigramme la percent de mille traits.

Les bons livres sont la seule défense des esprits faibles, c’est-à-dire, des trois quarts des hommes contre la contagion de l’exemple. Il n’appartient qu’à eux de conserver fidèlement le dépôt des moeurs. Nos excellents ouvrages de morale survivront éternellement à ces brochures licencieuses qui disparaissent rapidement avec le goût de mode qui les a fait naître. C’est outrager injustement les sciences et les arts, que de leur imputer ces productions honteuses. L’esprit seul, échauffé par les passions, suffit pour les enfanter. Les savants, les philosophes, les grands orateurs, et les grands poètes, bien loin d’en être les auteurs, les méprisent, ou même ignorent leur existence : il y a plus ; dans le nombre infini des grands écrivains en tout genre qui ont illustré le dernier règne, à peine en trouve-t-on deux ou trois qui aient abusé de leurs talents. Quelle proportion entre les reproches qu’on peut leur faire, et les avantages immortels que le genre humain a retirés des sciences cultivées ? Des écrivains, la plupart obscurs, se sont jetés de nos jours dans de plus grands excès ; heureusement cette corruption a peu duré ; elle paraît presque entièrement éteinte ou épuisée. Mais c’était une suite particulière du goût léger et frivole de notre nation ; l’Angleterre et l’Italie n’ont point de semblables reproches à faire aux lettres.

Je pourrais me dispenser de parler du luxe, puisqu’il naît immédiatement des richesses, et non des sciences et des arts. Et quel rapport peut avoir avec les lettres le luxe du faste et de la mollesse, qui est le seul que la morale puisse condamner ou restreindre ?

Il est, à la vérité, une sorte de luxe ingénieux et savant qui anime les arts et les élève à la perfection. C’est lui qui multiplie les productions de la peinture, de la sculpture, et de la musique. Les choses les plus louables en elles-mêmes doivent avoir leurs bornes ; et une nation serait justement méprisée, qui, pour augmenter le nombre des peintres et des musiciens, se laisserait manquer de laboureurs et de soldats. Mais lorsque les armées sont complètes et la terre cultivée, à quoi employer le loisir du reste des citoyens ? Je ne vois pas pourquoi ils ne pourraient pas se donner des tableaux, des statues et des spectacles.

Vouloir rappeler les grands états aux petites vertus des petites républiques, c’est vouloir contraindre un homme fort et robuste à bégayer au berceau ; c’était la folie de Caton : avec l’humeur et les préjugés héréditaires dans sa famille, il déclama toute sa vie, combattit, et mourut enfin sans avoir rien fait d’utile pour sa patrie. Les anciens Romains labouraient d’une main et combattaient de l’autre. C’étaient de grands hommes, je le crois, quoiqu’ils ne fissent que de petites choses ; ils se consacraient tout entiers à leur patrie, parce qu’elle était éternellement en danger. Dans ces premiers temps on ne savait qu’exister ; la tempérance et le courage ne pouvaient être de vraies vertus, ce n’était que des qualités forcées : on était alors dans une impossibilité physique d’être voluptueux ; et qui voulait être lâche, devait se résoudre à être esclave. Les états s’accrurent : l’inégalité des biens s’introduisit nécessairement : un proconsul d’Asie pouvait-il être aussi pauvre que ces consuls anciens, demi-bourgeois et demi-paysans, qui ravageaient un jour les champs des Fidénates, et revenaient le lendemain cultiver les leurs ? Les circonstances seules ont fait ces différences : la pauvreté ni la richesse ne font point la vertu ; elle est uniquement dans le bon ou le mauvais usage des biens ou des maux que nous avons reçus de la nature et de la fortune.

Après avoir justifié les lettres sur l’article du luxe, il me reste à faire voir que la politesse qu’elles ont introduite dans nos moeurs, est un des plus utiles présents qu’elles pussent faire aux hommes. Supposons que la politesse n’est qu’un masque trompeur qui voile tous les vices, c’est présenter l’exception au lieu de la règle, et l’abus de la chose à la place de la chose même.

Mais que deviendront ces accusations, si la politesse n’est en effet que l’expression d’une âme douce et bienfaisante ? L’habitude d’une si louable imitation serait seule capable de nous élever jusqu’à la vertu même ; tel est le mépris de la coutume Nous devenons enfin ce que nous feignons d’être. Il entre dans la politesse des moeurs plus de philosophie qu’on ne pense ; elle respecte le nom et la qualité d’homme ; elle seule conserve entre eux une sorte d’égalité fictive ; faible, mais précieux reste de leur ancien droit naturel. Entre égaux, elle devient la médiatrice de leur amour-propre ; elle est le sacrifice perpétuel de l’humeur et de l’esprit de singularité.

Dira-t-on que tout un peuple qui exerce habituellement ces démonstrations de douceur, de bienveillance, n’est composé que de perfides et de dupes ? Croira-t-on que tous soient en même temps et trompeurs et trompés ?

Nos coeurs ne sont point assez parfaits pour se montrer sans voile : la politesse est un vernis qui adoucit les teintes tranchantes des caractères ; elle rapproche les hommes, et les engage à s’aimer par les ressemblances générales qu’elle répand sur eux ; sans elle la société n’offrirait que des disparates, et des chocs ; on se haïrait par les petites choses ; et avec cette disposition il serait difficile de s’aimer même pour les plus grandes qualités. On a plus souvent besoin de complaisance que de services ; l’ami le plus généreux m’obligera peut-être tout au plus une fois dans sa vie, mais une société douce et polie embellit tous les moments du jour. Enfin la politesse place les vertus ; elle seule leur enseigne ces combinaisons fines qui les subordonnent les unes aux autres dans d’admirables proportions, ainsi que ce juste milieu, au-deçà et au-delà duquel elles perdent infiniment de leur prix.

On ne se contente pas d’attaquer les sciences dans les effets qu’on leur attribue ; on les empoisonne jusque dans leur source ; on nous peint la curiosité comme un penchant funeste ; on charge son portrait des couleurs les plus odieuses. J’avouerai que l’allégorie de Pandore peut avoir un bon côté dans le système moral ; mais il n’en est pas moins vrai que nous devons à nos connaissances et par conséquent à notre curiosité, tous les biens dont nous jouissons. Sans elle, réduits à la condition des brutes, notre vie se passerait à ramper sur la petite portion de terrain destiné à nous nourrir et à nous engloutir un jour. L’état d’ignorance est un état de crainte et de besoin, tout est danger alors pour notre fragilité : la mort gronde sur nos têtes, elle est cachée dans l’herbe que nous foulons aux pieds. Lorsqu’on craint tout, et qu’on a besoin de tout, quelle disposition plus raisonnable que celle de vouloir tout connaître ?

Telle est la noble distinction d’un être pensant : serait-ce donc en vain que nous aurions été doués seuls de cette faculté divine ? C’est s’en rendre digne que d’en user.

Les premiers hommes se contentèrent de cultiver la terre pour en tirer le blé : ensuite on creusa dans ses entrailles, on en arracha les métaux. Les mêmes progrès se sont faits dans les sciences ; on ne s’est pas contenté des découvertes les plus nécessaires ; on s’est attaché avec ardeur à celles qui ne paraissaient que difficiles et glorieuses. Quel était le point où l’on aurait dû s’arrêter ? Ce que nous appelons génie, n’est autre chose qu’une raison sublime et courageuse ; il n’appartient qu’à lui seul de se juger.

Ces globes lumineux placés loin de nous à des distances si énormes, sont nos guides dans la navigation : et l’étude de leurs situations respectives, qu’on n’a peut-être regardées d’abord que comme l’objet de la curiosité la plus vaine, est devenue une des sciences la plus utile. La propriété singulière de l’aimant, qui n’était pour nos pères qu’une énigme frivole de la nature, nous a conduits, comme par la main, à travers l’immensité des mers.

Deux verres placés et taillés d’une certaine manière, nous ont montré une nouvelle scène de merveilles que nos yeux ne soupçonnaient pas.

If there are any modes of madness, ridicule, and corruption, they exist solely in the capital—and even there, only among a crowd of people lost in wealth and idleness. Entire provinces, as well as the greater part of Paris, are ignorant of these excesses, or know them only by name. Should the entire nation be judged by the misdeeds of a small number of individuals? Yet ingenious writings constantly denounce these abuses; corruption enjoys its so-called successes only in the minds of ignorant people; the sciences and the arts never cease to oppose it; morality exposes it, philosophy humbles its petty triumphs; comedy, satire, and epigrammes pierce it with countless attacks.

Good books are the only defense for weak-minded people—that is to say, for three-quarters of humanity—against the contagious influence of bad examples. It is solely their duty to preserve the treasures of morality with fidelity. Our excellent moral works will endure forever, whereas those licentious pamphlets vanish quickly along with the fleeting fashions that gave them life. To attribute such shameful productions to the sciences and the arts is nothing but an unjust insult. The mere influence of passions is enough to give rise to them. Scholars, philosophers, great orators, and great poets—not to mention their being the authors of such works—disdain them or even ignore their very existence. In fact, among the countless outstanding writers of all kinds who have flourished in recent times, there are at most two or three who have abused their talents for such purposes. What a pitiful contrast between the criticisms levelled at them and the immortal benefits that humanity has derived from the cultivation of the sciences! In our own day, many obscure writers have fallen even more deeply into excess; fortunately, this degeneration has lasted only for a short time and now seems to have been completely eradicated. Yet it was merely a consequence of the light-heartedness and frivolity inherent in our nation—England and Italy, on the other hand, have no such complaints to make about their literature.

I might well refrain from discussing luxury, for it arises directly from wealth, and not from science or the arts. And what connection can there be between letters and the luxury of extravagance and indulgence in comfort—the only kind of luxury that morality can condemn or restrict?

In truth, it is a kind of ingenious and sophisticated luxury that animates the arts and inspires them toward perfection. It is this very luxury that increases the number of paintings, sculptures, and musical compositions produced. Even the most praiseworthy things in themselves must have their limits; indeed, a nation that, in order to increase the number of painters and musicians, allowed itself to suffer a shortage of farmers and soldiers would be rightly despised. But when armies are complete and the land is cultivated, what use can be made of the leisure time of the remaining citizens? I see no reason why they should not enjoy paintings, statues, and performances.

To attempt to compare the great states of antiquity with the small virtues of those minor republics is tantamount to forcing a strong and robust man to stutter in his infancy. Such was the madness of Cato—born into a family filled with inherited temperaments and prejudices, he spent his entire life declaring principles, fighting, and ultimately dying without having accomplished anything truly useful for his country. The ancient Romans tilled the soil with one hand and fought with the other. They were great men, I believe, even though they only did small things; they devoted themselves entirely to their country because it was constantly in danger. In those early times, people knew only how to survive; temperance and courage could not be considered true virtues, but rather forced qualities. It was physically impossible at that time to indulge in pleasures; anyone who wished to be cowardly had no choice but to become a slave. As states grew larger, inequality in wealth became inevitable—could an Asian proconsul possibly be as poor as those ancient consuls, half-bourgeois and half-peasants, who one day plundered the fields of the Fidenates only to return the next day to cultivate their own? It was merely the circumstances that created these differences; neither poverty nor wealth determines virtue. Virtue lies solely in the right or wrong use of the goods and evils that nature and fortune have granted us.

After having justified the role of letters in promoting luxury, it remains for me to show that the politeness they have introduced into our manners is one of the most useful contributions they could make to humanity. Suppose, however, that politeness is merely a deceptive mask that conceals all vices—then we would be presenting an exception rather than a rule, and the abuse of this practice rather than the practice itself.

But what will become of these accusations if politeness is indeed merely the expression of a kind and benevolent soul? The habit of such laudable imitation would alone be capable of elevating us to the very realm of virtue; such is the contempt for convention. In the end, we become what we pretend to be. There is more philosophy in good manners than one might think; they respect the name and dignity of humanity; they alone preserve a sort of fictitious equality among people—weak, yet precious, as remnants of their former natural rights. Among equals, good manners serve as the mediator of their self-respect; they represent the perpetual sacrifice of individuality and uniqueness.

Will one say that an entire people who habitually displays such signs of kindness and benevolence is composed only of treacherous individuals and fools? Will anyone believe that they are all, at the same time, both deceivers and deceived?

Our hearts are not perfect enough to be shown in their true nature without any disguise; courtesy is like a varnish that softens the sharp edges of our personalities; it brings people together and encourages them to love one another through the commonalities it creates among them. Without it, society would consist only of strangers and conflicts; people would hate each other over trivial matters, and with such a disposition, it would be difficult even to find love amidst the greatest virtues. More often than not, we need kindness and consideration rather than tangible help; even the most generous friend may only do me a favor once in their life, but a kind and polite society makes every moment enjoyable. Lastly, courtesy places virtues in their proper order; it is alone which teaches us how to combine them in such a way that they complement each other in perfect harmony, and how to maintain just the right balance—neither too much nor too little—in order for their true value to be fully realized.

One does not merely attack the sciences on the basis of the effects attributed to them; one poisons them right at their very source. Curiosity is depicted to us as a malevolent inclination, its image painted in the most repulsive colors. I would admit that the allegory of Pandora may have some merit within a moral framework; yet it remains undeniable that our knowledge—and, by extension, our curiosity—is precisely what enables us to enjoy all the benefits we possess today. Without it, reduced to the condition of beasts, our lives would consist merely of crawling on that narrow strip of land meant to sustain us, while ultimately leading to our destruction. Ignorance is a state of fear and need; in such a state, everything represents danger for our fragility—the death toll looms above our heads, hidden in the very grass we step on. When one fears everything and needs everything, what more rational attitude could there be than to seek to understand everything?

Such is the noble distinction of a thinking being: would it then be in vain that only we have been endowed with this divine faculty? To use it is to deserve it.

The first humans contented themselves with cultivating the earth to obtain wheat; later, they began to dig into its depths and extract metals from it. The same progress was made in the sciences; people did not limit themselves to the most essential discoveries but eagerly pursued those that seemed merely difficult and challenging. At what point should one have stopped? What we call genius is nothing more than a sublime and courageous intellect; only such individuals are capable of judging for themselves.

These luminous spheres, placed so far away from us at enormous distances, are our guides in navigation; and the study of their respective positions—which might have initially seemed like objects of mere idle curiosity—has become one of the most useful sciences. The peculiar property of magnets, which to our forefathers was but a frivolous enigma of nature, has led us, as if by the hand, through the vastness of the oceans.

Two glasses, placed and cut in a particular way, revealed to us a new wonderland that our eyes had never even suspected existed.

Se esistono modi di follia, ridicolo e corruzione, essi si trovano soltanto nella capitale, e ancora solo in mezzo a un turbine di persone perdute nelle ricchezze e nell’ozio. Le province intere, e la maggior parte di Parigi, ignorano questi eccessi, o li conoscono soltanto di nome. Si dovrebbe giudicare l’intera nazione in base ai difetti di un piccolo numero di persone? Tuttavia, scritti ingegnosi si levano contro questi abusi; la corruzione gode dei suoi presunti successi soltanto nelle menti ignoranti; le scienze e le lettere non cessano mai di combatterla; la morale la smaschera, la filosofia umilia i suoi piccoli trionfi; la commedia, la satira e l’epigramma la prendono in giro con mille battute.

I buoni libri sono l’unica difesa degli spiriti deboli, ovvero di tre quarti degli uomini, contro la “contagione” dell’esempio negativo. Solo a loro spetta il compito di preservare fedelmente le tradizioni morali. I nostri eccellenti opere di morale sopravviveranno per sempre a quelle pubblicazioni licenziose che scompaiono rapidamente insieme ai gusti effimeri che le hanno generate. È un’ingiustizia attribuire queste produzioni vergognose alle scienze e alle arti: è l’intelletto, soltanto, stimolato dalle passioni, a generarle. Gli scienziati, i filosofi, gli oratori e i grandi poeti, lontani dall’esserne gli autori, li disprezzano o addirittura ignorano la loro esistenza. Tra il numero infinito di grandi scrittori di ogni genere che hanno onorato l’ultima epoca, ne troveremmo a malapena due o tre che abbiano abusato dei propri talenti. Quale proporzione esiste tra le critiche che possono loro essere rivolte e i vantaggi immortali che l’umanità ha tratto dalle scienze coltivate? Oggi, molti scrittori oscuri hanno commesso eccessi ancora più gravi; fortunatamente questa corruzione è durata poco e sembra essere quasi completamente scomparsa. Tuttavia, essa rappresentava una conseguenza particolare del gusto leggero e frivolo della nostra nazione; l’Inghilterra e l’Italia, invece, non hanno simili critiche da rivolgere alle lettere.

Potrei benissimo evitare di parlare del lusso, poiché esso nasce direttamente dalle ricchezze, e non dalle scienze o dagli artisti. E quale rapporto può esistere tra le lettere e il lusso di fasto e di comodità, l’unico che la morale possa condannare o restringere?

In realtà, si tratta di una sorta di lusso ingegnoso e raffinato che dà vita alle arti e le spinge verso la perfezione. È proprio questo lusso a moltiplicare le opere di pittura, scultura e musica. Anche le cose più meritevoli in sé devono avere i loro limiti; e una nazione verrebbe giustamente disprezzata se, al fine di aumentare il numero di pittori e musicisti, permettesse che mancassero contadini e soldati. Ma quando le armate sono complete e la terra è coltivata, a cosa utilizzare il tempo libero degli altri cittadini? Non vedo alcun motivo per cui non possano procurarsi dipinti, statue e spettacoli.

Voler paragonare le grandi Stati alle piccole virtù delle piccole repubbliche significa costringere un uomo forte e robusto a balbettare ancora nell’infanzia; questa era la follia di Catone: con l’umore e i pregiudizi ereditari presenti nella sua famiglia, egli pronunciò discorsi per tutta la vita, combatté e morì senza aver mai fatto nulla di utile per la sua patria. Gli antichi Romani coltivavano da un lato e combattevano dall’altro; erano grandi uomini, credo, anche se facevano solo piccole cose; si dedicavano interamente alla loro patria perché questa era costantemente in pericolo. In quei primi tempi, non si sapeva che cosa significasse “esistere”; la temperanza e il coraggio non potevano essere considerate vere virtù, ma solo qualità imposte dalle circostanze: all’epoca era fisicamente impossibile essere lussuriosi; chi voleva essere debole doveva rassegnarsi a essere schiavo. Gli Stati si espansero: l’ineguaglianza dei beni divenne inevitabile; un proconsole d’Asia poteva forse essere altrettanto povero di quei consoli antichi, mezzi borghesi e mezzi contadini, che un giorno devastavano i campi dei Fidenati per poi tornare il giorno dopo a coltivare i propri? Sono state soltanto le circostanze a creare queste differenze: né la povertà né la ricchezza costituiscono in sé virtù; la vera virtù risiede nell’uso giusto o sbagliato dei beni e dei mali che abbiamo ricevuto dalla natura e dalla fortuna.

Dopo aver giustificato il ruolo delle lettere nell’articolo sul lusso, mi resta da dimostrare che la cortesia che esse hanno introdotto nelle nostre abitudini rappresenta uno dei doni più utili che possano offrire all’umanità. Supponiamo che la cortesia sia soltanto una maschera ingannevole che nasconde tutti i vizi: in tal caso, si presenterebbe l’eccezione al posto della regola, e l’abuso di quella pratica al posto della stessa pratica nella sua essenza.

Ma che fine faranno queste accuse, se la cortesia non è in realtà che l’espressione di un’anima dolce e benevola? L’abitudine a una tale imitazione lodevole sarebbe l’unica in grado di elevarci fino alla virtù stessa; ecco il vero significato del disprezzo per le convenzioni sociali: diventiamo finalmente ciò che fingiamo di essere. Nella cortesia si nasconde più filosofia di quanto si possa pensare; essa rispetta il nome e la qualità umana, conservando tra le persone una sorta di uguaglianza fittizia, debole ma preziosa, residuo del loro antico diritto naturale. Tra uguali, diventa la mediatrice del loro orgoglio; rappresenta il sacrificio perpetuo dell’umore e dello spirito di individualità.

Si potrà dire che un intero popolo che esprime abitualmente tali manifestazioni di dolcezza e benevolenza sia composto soltanto da individui perfidi e ingannati? Si crederà davvero che tutti siano allo stesso tempo truffatori e vittime delle loro stesse truffe?

I nostri cuori non sono abbastanza perfetti per poter mostrarsi senza veli: la cortesia è un “vernice” che attenua i tratti più spigolosi dei caratteri; avvicina le persone e le incoraggia ad amarsi grazie alle somiglianze comuni che essa crea tra loro. Senza di essa, la società sarebbe solo un insieme di individui disparati e in conflitto; ci si odierebbe per le cose più banali, e con una tale disposizione sarebbe difficile amarsi anche per le qualità più grandi. Spesso abbiamo bisogno di cortesia più che di aiuti concreti: l’amico più generoso potrebbe forse rendermi un favore solo una volta nella vita, ma una società gentile e educata rende piacevoli tutti i momenti della giornata. Infine, la cortesia mette in risalto le virtù; è lei stessa a insegnarne quelle combinazioni sottili che permettono di farle interagire tra loro in modo armonioso e proporzionato, così come quel giusto equilibrio che, al di sopra o al di sotto del quale perdono gran parte del loro valore.

Non ci accontentiamo di attaccare le scienze nei loro effetti che loro vengono attribuiti; le avveleniamo addirittura alla loro fonte stessa. Ci viene descritta la curiosità come una tendenza funesta, e il suo “ritratto” viene dipinto con i colori più odiosi. Ammetto che l’allegoria di Pandora possa avere un lato positivo nel contesto morale; tuttavia è innegabile che sia proprio alle nostre conoscenze, e quindi alla nostra curiosità, che dobbiamo tutti i beni di cui godiamo. Senza di esse, ridotti allo stato delle bestie, la nostra vita si svolgerebbe nella ricerca di quel piccolo spazio di terra destinato a nutrirci, e un giorno a inghiottirci. Lo stato di ignoranza è uno stato di paura e bisogno; in quel caso, tutto rappresenta un pericolo per la nostra fragilità: la morte rimbomba sopra le nostre teste, è nascosta nell’erba che calpestiamo sotto i piedi. Quando si teme tutto e si ha bisogno di tutto, quale atteggiamento potrebbe essere più ragionevole se non quello di voler conoscere tutto?

Ecco la nobile distinzione di un essere pensante: sarebbe forse vano che solo a noi fosse stata concessa questa facoltà divina? Esserne degni è l’unica condizione per poterla utilizzare.

I primi uomini si accontentarono di coltivare la terra per ottenere il grano; in seguito iniziarono a scavare nelle sue profondità per estrarne i metalli. Lo stesso progresso si è verificato anche nelle scienze: non ci si limitò alle scoperte più necessarie, ma si dedicò con passione anche a quelle che sembravano solo difficili e impegnative. Dove avremmo dovuto fermarci? Quello che chiamiamo genio non è altro che una ragione sublime e coraggiosa; spetta soltanto a lui stesso giudicarsi.

Questi globi luminosi, posti lontano da noi a distanze enormi, sono i nostri guide nella navigazione; lo studio delle loro posizioni rispettive, che inizialmente poteva essere considerato soltanto oggetto di una curiosità futile, è diventato oggi una delle scienze più utili. La proprietà singolare del magnete, che per i nostri antenati era solo un enigma banale della natura, ci ha guidato, come se fosse stata una mano che ci teneva per il braccio, attraverso l’immensità degli oceani.

Due bicchieri posizionati e tagliati in un certo modo ci hanno mostrato una nuova scena di meraviglie che i nostri occhi non avrebbero mai potuto immaginare.

Les expériences du tube électrisé semblaient n’être qu’un jeu : peut-être leur devra-t-on un jour la connaissance du règne universel de la nature.

Après la découverte de ces rapports si imprévus, si majestueux, entre les plus petites et les plus grandes choses, quelles connaissances oserions-nous dédaigner ? En savons-nous assez pour mépriser ce que nous ne savons pas ? Bien loin d’étouffer la curiosité, ne semble-t-il pas au contraire, que l’Être suprême ait voulu la réveiller par des découvertes singulières, qu’aucune analogie n’avait annoncées ?

Mais de combien d’erreurs est assiégée l’étude de la vérité ? Quelle audace, nous dit-on, ou plutôt quelle témérité de s’engager dans des routes trompeuses, où tant d’autres se sont égarés ? Sur ces principes, il n’y aura plus rien que nous osions entreprendre ; la crainte éternelle des maux nous privera de tous les biens où nous aurions pu aspirer, puisqu’il n’en est point sans mélange. La véritable sagesse, au contraire, consiste seulement à les épurer autant que notre condition le permet.

Tous les reproches, que l’on fait à la philosophie, attaquent l’esprit humain, ou plutôt l’auteur de la nature, qui nous a faits tels que nous sommes. Les philosophes étaient des hommes ; ils se sont trompés. Doit-on s’en étonner ? Plaignons-les, profitons de leurs fautes, et corrigeons-nous ; songeons que c’est à leurs erreurs multipliées que nous devons la possession des vérités dont nous jouissons. Il fallait épuiser les combinaisons de tous ces divers systèmes, la plupart si répréhensibles et si outrés, pour parvenir à quelque chose de raisonnable. Mille routes conduisent à l’erreur ; une seule mène à la vérité. Faut-il être surpris qu’on se soit mépris si souvent sur celle-ci, et qu’elle ait été découverte si tard ?

L’esprit humain était trop borné pour embrasser d’abord la totalité des choses. Chacun de ces philosophes ne voyait qu’une face : ceux-là rassemblaient les motifs de douter ; ceux-ci réduisaient tout en dogmes : chacun d’eux avait son principe favori, son objet dominant, auquel il rapportait toutes les idées. Les uns faisaient entrer la vertu dans la composition du bonheur, qui était la fin de leurs recherches ; les autres se proposaient la vertu même, comme leur unique objet, et se flattaient d’y rencontrer le bonheur. Il y en avait qui regardaient la solitude et la pauvreté, comme l’asile des moeurs ; d’autres usaient des richesses comme d’un instrument de leur félicité et de celle d’autrui ; quelques-uns fréquentaient les cours et les assemblées publiques, pour rendre leur sagesse utile aux rois et aux peuples. Un seul homme n’est pas tous : un seul esprit, un seul système n’enferme pas toute la science ; c’est par la comparaison des extrêmes, que l’on saisit enfin le juste milieu ; c’est par le combat des erreurs qui s’entredétruisent, que la vérité triomphe : ces diverses parties se modifient, s’élèvent, et se perfectionnent mutuellement ; elles se rapprochent enfin, pour former la chaîne des vérités ; les nuages se dissipent, et la lumière de l’évidence se lève.

Je ne dissimulerai cependant pas que les sciences ont rarement atteint l’objet qu’elles s’étaient proposé. La métaphysique voulait connaître la nature des esprits, et non moins utile, peut-être, elle n’a fait que nous développer leurs opérations : le physicien a entrepris l’histoire de la nature, et n’a imaginé que des romans ; mais en poursuivant un objet chimérique, combien n’a-t-il pas fait de découvertes admirables ? La chimie n’a pu nous donner de l’or, et sa folie nous a valu d’autres miracles dans ses analyses et ses mélanges. Les sciences sont donc utiles jusque dans leurs écarts et leurs dérèglements ; il n’y a que l’ignorance qui n’est jamais bonne à rien. Peut-être ont-elles trop élevé leurs prétentions. Les anciens, à cet égard, paraissaient plus sages que nous : nous avons la manie de vouloir procéder toujours par démonstrations ; il n’y a si petit professeur qui n’ait ses arguments et ses dogmes, et par conséquent ses erreurs et ses absurdités. Cicéron et Platon traitaient la philosophie en dialogues : chacun des interlocuteurs faisait valoir son opinion : on disputait, on cherchait, et on ne se piquait point de prononcer. Nous n’avons peut-être que trop écrit sur l’évidence ; elle est plus propre à être sentie qu’à être définie ; mais nous avons presque perdu l’art de comparer les probabilités et les vraisemblances, et de calculer le degré de consentement qu’on leur doit. Qu’il y a peu de choses démontrées ! et combien n’y en a-t-il pas, qui ne sont que probables ! Ce serait rendre un grand service aux hommes que de donner une méthode pour l’opinion.

L’esprit de système qui s’est longtemps attaché à des objets où il ne pouvait presque que nous égarer, devrait régler l’acquisition, l’enchaînement et le progrès de nos idées : nous avons besoin d’un ordre entre les diverses sciences, pour vous conduire des plus simples aux plus composées, et parvenir ainsi à construire une espèce d’observatoire spirituel, d’où nous puissions contempler toutes nos connaissances ; ce qui est le plus haut degré de l’esprit.

La plupart des sciences ont été faites au hasard ; chaque auteur a suivi l’idée qui le dominait, souvent sans savoir où elle devait le conduire : un jour viendra où tous les livres seront extraits et refondus, conformément à un certain système qu’on se sera formé ; alors les esprits ne feront plus de pas inutiles, hors de la route, et souvent en arrière. Mais quel est le génie en état d’embrasser toutes les connaissances humaines, de choisir le meilleur ordre pour les présenter à l’esprit ? Sommes-nous assez avancés pour cela ? Il est du moins glorieux de le tenter : la nouvelle Encyclopédie doit former une époque mémorable dans l’histoire des lettres.

Le temple des sciences est un édifice immense, qui ne peut s’achever que dans la durée des siècles. Le travail de chaque homme est peu de chose dans un ouvrage si vaste ; mais le travail de chaque homme y est nécessaire. Le ruisseau qui porte ses eaux à la mer, doit-il s’arrêter dans sa course, en considérant la petitesse de son tribut ? Quels éloges ne doit-on pas à ces hommes généreux, qui ont percé et écrit pour la postérité ? Ne bornons point nos idées à notre vie propre ; étendons-les sur la vie totale du genre humain ; méritons d’y participer, et que l’instant rapide où nous aurons vécu, soit digne d’être marqué dans son histoire.

Pour bien juger de l’élévation d’un philosophe, ou d’un homme de lettres, au-dessus du commun des hommes, il ne faut que considérer le sort de leurs pensées : celles de l’un, utiles à la société générale, sont immortelles, et consacrées à l’admiration de tous les siècles ; tandis que le autres voient disparaître toutes leurs idées avec le jour, la circonstance, le moment qui les a vu naître : chez les trois quarts des hommes, le lendemain efface la veille, sans qu’il en reste la moindre trace.

Je ne parlerai point de l’astrologie judiciaire, de la cabale, et de toutes les sciences qu’on appelait occultes : elles n’ont servi qu’à prouver que la curiosité est un penchant invincible ; et quand les vraies sciences n’auraient fait que nous délivrer de celles qui en usurpaient si honteusement le nom, nous leur devrions déjà beaucoup.

On nous oppose un jugement de Socrate, qui porta non sur les savants, mais sur les sophistes ; non sur les sciences, mais sur l’abus qu’on en peut faire : Socrate était chef d’une secte qui enseignait à douter, et il censurait avec justice l’orgueil de ceux qui prétendaient tout savoir. La vraie science est bien éloignée de cette affection. Socrate est ici témoin contre lui-même ; le plus savant des Grecs ne rougissait point de son ignorance. Les sciences n’ont donc pas leurs sources dans nos vices ; elles ne sont donc pas toutes nées de l’orgueil humain ; déclamation vaine, qui ne peut faire illusion qu’à des esprits prévenus.

On demande, par exemple, ce que deviendrait l’histoire, s’il n’y avait ni guerriers, ni tyrans, ni conspirateurs. Je réponds qu’elle serait l’histoire des vertus des hommes. Je dirai plus ; si les hommes étaient tous vertueux, ils n’auraient plus besoin, ni de juges, ni de magistrats, ni de soldats. À quoi s’occuperaient-ils ? Il ne leur resterait que les sciences et les arts. La contemplation des choses naturelles, l’exercice de l’esprit, sont donc la plus noble et la plus pure fonction de l’homme.

The experiments with the electrified tube seemed like nothing more than a game; perhaps one day we will owe to them our understanding of the universal laws that govern nature.

After discovering these so unexpected, so magnificent relationships between the smallest and the greatest things, what knowledge would we dare to dismiss? Do we know enough to despise what we do not understand? Far from stifling curiosity, doesn’t it seem rather that the Supreme Being intended to awaken it through discoveries of a kind never anticipated by any analogy?

But how many errors surround the pursuit of truth? What audacity, we are told, or rather what temerity, it takes to embark on misleading paths where so many others have already lost their way. Based on such principles, there would be nothing left that we would dare to undertake; the eternal fear of suffering would deprive us of all those goods to which we might aspire, for none exist without their inherent imperfections. True wisdom, on the other hand, consists merely in striving to purify them as much as our circumstances allow.

All the criticisms directed at philosophy actually target the human mind—or, rather, the Creator who has shaped us in our current form. Philosophers were merely human; they made mistakes. Should we be surprised by that? Let us pity them, make use of their errors, and correct ourselves. Remember: it is precisely because of their numerous mistakes that we have come to possess the truths we enjoy today. It was necessary to explore all possible combinations of these various systems—most of them utterly reprehensible and absurd—to eventually arrive at something reasonable. A thousand paths lead to error; only one leads to truth. Should it surprise us that people have so often misunderstood this truth, and that it has taken so long for it to be discovered?

The human mind was too limited to grasp the entirety of things at once. Each of these philosophers saw only one aspect: some gathered reasons for doubt; others reduced everything to dogmas. Each had their favorite principle, their dominant focus to which they related all other ideas. Some included virtue in the composition of happiness, which was the goal of their inquiries; others made virtue itself their sole object and fancied that therein they would find happiness. Some regarded solitude and poverty as sanctuaries for virtue; others used wealth as a means to bring joy to themselves and others. Still others frequented courts and public gatherings in order to apply their wisdom to the benefit of kings and peoples. No single person embodies everything; no single mind, no single system contains all knowledge. It is through the comparison of extremes that we finally grasp the true middle ground; it is through the clash of opposing errors that truth emerges victorious. These various perspectives modify, elevate, and perfect one another; they ultimately come together to form a chain of truths. The clouds of misunderstanding dissipate, and the light of clarity shines forth.

However, I shall not conceal that sciences have rarely achieved the objectives they set for themselves. Metaphysics sought to understand the nature of the mind, yet perhaps no less useful, it merely helped us to better comprehend the workings of the mind itself. The physicist undertook to study the history of nature, but all he produced were fanciful narratives; yet in pursuing such an illusory goal, how many remarkable discoveries were made? Chemistry might not have been able to produce gold for us, but its “madness” has led to other miraculous results through its analyses and experiments. Thus, sciences are useful even in their mistakes and deviations; only ignorance is truly worthless. Perhaps they have set their claims too high. In this regard, the ancients seemed wiser than we: we have a tendency to rely solely on demonstrations; every so-called “minor professor” has his own arguments and dogmas—and consequently, his errors and absurdities. Cicero and Plato discussed philosophy through dialogues: each participant expressed their own views, debated, sought truth—but without the need to be stubbornly right. Perhaps we have written too much about what is evident; evidence is better understood through experience than through precise definition. Yet we have almost lost the ability to weigh probabilities and likelihoods, to calculate the degree of agreement they deserve. How few things are truly proven! And how many remain merely probable! Providing a method for forming opinions would be of great benefit to humanity.

The systematic approach that for so long has been attached to objects that could only lead us astray should now be used to organize the acquisition, progression, and connection of our ideas. We need order among the various sciences—order that will guide us from the simplest to the most complex concepts—and thereby enable us to construct a sort of “spiritual observatory” from which we can contemplate all our knowledge; this would represent the highest level of intellectual activity.

Most sciences have been developed by chance; each author followed the idea that dominated them, often without knowing where it would lead them. One day, all books will be extracted and reorganized according to a certain system that has been established; then, minds will no longer make unnecessary steps, straying from the right path—or even moving backward in some cases. But what kind of genius is capable of encompassing all human knowledge and choosing the best order in which to present it to the mind? Are we advanced enough for such a task? At least it is glorious to attempt it: the new Encyclopedia is destined to mark an unforgettable era in the history of letters.

The temple of science is a vast edifice that can only be completed over the course of centuries. The contribution of each individual is insignificant in such a massive undertaking; yet every person’s effort is indispensable. Should a small stream, carrying its waters toward the sea, cease its flow merely because of its modest size? How much praise should not we extend to those generous individuals who have made discoveries and left their works for future generations? Let us not confine our thoughts to our own lives alone; let us extend them to the entire existence of humanity. We deserve to play our part in this endeavor, so that the brief moment of our existence may be worthy of being recorded in its history.

To properly assess the elevation of a philosopher or a man of letters above the ordinary people, one need only consider the fate of their thoughts: those of one, being useful to society as a whole, become immortal and are admired by all future generations; whereas in the case of others, all their ideas vanish along with the day, the circumstances, or the moment in which they were conceived. For three-quarters of mankind, what happened the previous day is utterly erased without leaving any trace behind.

I will not speak of judicial astrology, cabalism, or all those sciences that were called occult: they have only served to prove that curiosity is an invincible inclination. And if the true sciences had merely freed us from those that so shamefully usurped their name, we would already owe them much.

We are confronted with a judgment of Socrates that did not concern scholars, but sophists; not sciences themselves, but the abuse that can be made of them. Socrates was the leader of a school that taught doubt, and he would rightly have condemned the pride of those who claimed to know everything. True science is far removed from such an attitude. Here, Socrates serves as his own accuser; the most learned of the Greeks had no shame in their ignorance. Therefore, sciences do not originate from our vices; they are not all born of human pride. Such claims are vain and can deceive only those who are already prejudiced.

For example, one might ask what history would become like if there were no warriors, no tyrants, and no conspirators. I answer that it would be the history of human virtues. To go further: if all men were virtuous, they would no longer need judges, magistrates, or soldiers. What would they then occupy themselves with? Only sciences and arts would remain. Therefore, the contemplation of natural phenomena and the exercise of the mind constitute the noblest and purest functions of human beings.

Le esperienze condotte nel tubo elettrificato sembravano essere soltanto un gioco; forse un giorno ci saranno dovute grazie a esse le conoscenze relative al dominio universale della natura.

Dopo aver scoperto queste relazioni così inaspettate, così maestose, tra le cose più piccole e quelle più grandi, quali conoscenze oseremmo disprezzare? Ne sappiamo abbastanza per sottovalutare ciò che non conosciamo? Lontano dall’essere soffocata, la curiosità sembra invece essere stata risvegliata dal Creatore attraverso scoperte straordinarie, di cui nessuna analogia aveva potuto preannunciare l’esistenza.

Ma quante errori circondano lo studio della verità? Quanta audacia, ci si dice, o meglio, quanta temerarietà, intraprendere sentieri ingannevoli, su cui tanti altri si sono persi? Basandoci su questi principi, non ci sarebbe più nulla che osassimo tentare; la paura eterna dei mali ci priverebbe di tutti i beni a cui potremmo aspirare, poiché nessun bene esiste senza contaminazioni. La vera saggezza, invece, consiste semplicemente nel purificarli il più possibile, nella misura in cui le nostre condizioni lo permettano.

Tutti i rimproveri rivolti alla filosofia colpiscono lo spirito umano, o meglio, l’autore della natura che ci ha creati così come siamo. I filosofi erano uomini; si sono sbagliati. Dovremmo meravigliarcene? Piangiamoli, approfittiamo dei loro errori e correggiamoci; pensiamo che sia proprio grazie ai loro numerosi errori che possediamo le verità di cui godiamo oggi. Era necessario esplorare tutte le combinazioni di questi diversi sistemi, la maggior parte dei quali così riprovevoli e assurdi, per giungere a qualcosa di ragionevole. Mille strade portano all’errore; una sola conduce alla verità. Dovremmo sorprenderci se ci siamo sbagliati così spesso su di essa, e se sia stata scoperta solo così tardi?

L’intelligenza umana era troppo limitata per poter comprendere immediatamente l’intero complesso delle cose. Ognuno di questi filosofi considerava soltanto un aspetto della realtà: alcuni raccoglievano gli argomenti a sostegno del dubbio; altri riducevano tutto a dogmi; ciascuno aveva il proprio principio preferito, l’oggetto principale su cui basava tutte le proprie riflessioni. Alcuni includevano la virtù nella composizione della felicità, che consideravano lo scopo delle loro ricerche; altri facevano della stessa virtù l’unico oggetto dei propri sforzi, illudendosi di trovarvi la felicità. C’erano coloro che vedevano nella solitudine e nella povertà un rifugio per le proprie virtù; altri utilizzavano le ricchezze come strumento della propria felicità e di quella altrui; alcuni frequentavano corti e assemblee pubbliche per rendere la propria saggezza utile ai re e ai popoli. Nessun uomo è completo in sé stesso; nessuno spirito, nessun sistema racchiude tutta la verità. È solo attraverso il confronto degli estremi che si riesce infine a individuare il giusto mezzo; è nel conflitto tra errori che si contrappongono l’uno all’altro che la verità trionfa. Queste diverse opinioni si modificano, si elevano e si perfezionano a vicenda; alla fine si avvicinano l’una all’altra, formando così la catena delle verità. I “nuvoli” dell’ignoranza si dissipano, e la luce della verità emerge finalmente.

Tuttavia, non nasconderò che le scienze raramente hanno raggiunto lo scopo che si erano proposte. La metafisica voleva conoscere la natura degli spiriti, eppure, forse altrettanto utile, non ha fatto altro che sviluppare le loro operazioni mentali; il fisico si è impegnato nella storia della natura, ma non ha prodotto altro che ipotesi fantasiose; tuttavia, perseguendo un obiettivo apparentemente irraggiungibile, non ha forse compiuto scoperte straordinarie? La chimica non ci ha potuto fornire oro, ma la sua ricerca folle ci ha regalato altri “miracoli” attraverso le sue analisi e i suoi esperimenti. Le scienze sono quindi utili anche nei loro errori e nelle loro deviazioni; solo l’ignoranza non è mai utile a nulla. Forse hanno preso troppo in alto le loro pretese. Gli antichi, in questo senso, sembravano più saggi di noi: abbiamo la mania di voler procedere sempre attraverso dimostrazioni; non esiste un professore che non abbia i suoi argomenti e i suoi dogmi, e quindi anche i suoi errori e le sue assurdità. Cicerone e Platone trattavano la filosofia attraverso dialoghi: ciascuno dei partecipanti esprimeva la propria opinione; si discuteva, si cercava la verità, senza preoccuparsi di formulare conclusioni definitive. Forse abbiamo scritto troppo sull’evidenza stessa; essa è più adatta a essere percepita che definita con precisione. Ma abbiamo quasi perso l’arte di confrontare le probabilità e i verosimili, di calcolare il grado di certezza che si può attribuire alle nostre ipotesi. Quante poche cose sono davvero dimostrate, e quante altre non sono altro che probabili! Dare agli uomini un metodo per formarsi un’opinione sarebbe senz’altro di grande aiuto.

Lo spirito di sistematicità, che per lungo tempo si è attaccato a oggetti che quasi sempre ci portavano in errore, dovrebbe regolare l’acquisizione, la concatenazione e il progresso delle nostre idee: abbiamo bisogno di un ordine tra le varie scienze, per guidarvi dalle più semplici alle più complesse, e così raggiungere la costruzione di una sorta di “osservatorio spirituale” da cui possiamo contemplare tutte le nostre conoscenze; questo rappresenta il grado più elevato dello spirito umano.

La maggior parte delle scienze è stata creata per caso; ogni autore ha seguito l’idea che lo dominava, spesso senza sapere dove lo avrebbe portato: arriverà un giorno in cui tutti i libri saranno raccolti e rielaborati secondo un determinato sistema che si sarà formato; allora gli spiriti non compieranno più passi inutili, fuori dalla strada giusta, e spesso anche indietro. Ma quale genio è in grado di abbracciare tutte le conoscenze umane e di scegliere l’ordine migliore per presentarle alla mente? Siamo abbastanza avanzati per farlo? Almeno è glorioso tentarlo: la nuova Enciclopedia dovrà segnare un’epoca memorabile nella storia delle lettere.

Il tempio delle scienze è un edificio immenso che può essere completato soltanto nel corso di secoli. Il lavoro di ogni singolo uomo è poco in fronte a un’opera così vasta; ma il lavoro di ogni uomo è necessario per la sua realizzazione. Il ruscello che conduce le sue acque verso il mare, dovrebbe forse interrompere la sua corsa, considerando la piccolezza del suo contributo? Quanti elogi non dobbiamo rivolgere a questi uomini generosi che hanno aperto nuove strade e lasciato opere per la posterità? Non limitiamo le nostre idee alla nostra vita personale; estendiamole all’intera esistenza dell’umanità; meritiamo di parteciparvi, affinché il breve istante in cui abbiamo vissuto sia degno di essere ricordato nella sua storia.

Per giudicare correttamente l’elevatezza di un filosofo o di uno scrittore rispetto alla mediocrità umana, basta considerare il destino dei loro pensieri: quelli di uno, utili per la società nel suo complesso, diventano immortali e sono destinati all’ammirazione di tutti i secoli; mentre gli altri vengono dimenticati non appena scompaiono le circostanze o il momento in cui sono nati: nella maggior parte delle persone, il giorno seguente cancella completamente ciò che è accaduto la vigilia, senza lasciare alcuna traccia.

Non parlerò dell’astrologia giudiziaria, della cabala e di tutte quelle scienze che venivano chiamate “occulte”: esse hanno servito soltanto a dimostrare che la curiosità è un impulso invincibile; e se le vere scienze non avessero fatto altro che liberarci da quelle che usurpavano in modo così vergognoso il loro nome, già le dovremmo molto.

Ci viene opposto un giudizio di Socrate, che riguarda non i saggi, ma i sofisti; non le scienze, ma l’abuso che se ne può fare: Socrate era a capo di una setta che insegnava a dubitare, e condannava con giustizia l’orgoglio di coloro che pretendevano di sapere tutto. La vera scienza è ben lontana da tale atteggiamento. Qui Socrate diventa testimone contro se stesso; il più sapiente dei Greci non si vergognava della propria ignoranza. Le scienze, dunque, non hanno le loro origini nei nostri vizi; non sono tutte nate dall’orgoglio umano. Una dichiarazione vana, che può ingannare soltanto menti prevenute.

Si chiede, ad esempio, cosa diventerebbe la storia se non ci fossero né guerrieri, né tiranni, né cospiratori. Rispondo che sarebbe la storia delle virtù degli uomini. Direi ancora di più: se tutti gli uomini fossero virtuosi, non avrebbero più bisogno di giudici, magistrati o soldati. A cosa si dedicerebbero? Resterebbero loro solo le scienze e le arti. La contemplazione delle cose naturali, l’esercizio dell’intelletto: queste sono dunque la funzione più nobile e pura dell’uomo.

Dire que les sciences sont nées de l’oisiveté, c’est abuser visiblement des termes. Elles naissent du loisir, il est vrai ; mais elles garantissent de l’oisiveté. Le citoyen que ses besoins attachent à la charrue, n’est pas plus occupé que le géomètre ou l’anatomiste : j’avoue que son travail est de première nécessité ; mais sous prétexte que le pain est nécessaire, faut-il que tout le monde se mette à labourer la terre ? et parce qu’il est plus nécessaire que les lois, le laboureur sera-t-il élevé au-dessus du magistrat ou du ministre ? Il n’y a point d’absurdités où de pareils principes ne puissent nous conduire.

Il semble, nous dit-on, qu’on ait trop de laboureurs, et qu’on craigne de manquer de philosophes. Je demanderai à mon tour, si l’on craint que les professions lucratives ne manquent de sujets pour les exercer. C’est bien mal connaître l’empire de la cupidité ; tout nous jette dès notre enfance dans les conditions utiles ; et quels préjugés n’a-t-on pas à vaincre, quel courage ne faut-il pas, pour oser n’être qu’un Descartes, un Newton, un Locke ?

Sur quel fondement peut-on reprocher aux sciences d’être nuisibles aux qualités morales ? Quoi ! l’exercice du raisonnement, qui nous a été donné pour guide ; les sciences mathématiques, qui, en renfermant tant d’utilités relatives à nos besoins présents, tiennent l’esprit si éloigné des idées inspirées par les sens et par la cupidité ; l’étude de l’antiquité, qui fait partie de l’expérience, la première science de l’homme ; les observations de la nature, si nécessaires à la conservation de notre être, et qui nous élèvent jusqu’à son auteur : toutes ces connaissances contribueraient à détruire les moeurs ! Par quel prodige opéreraient-elles un effet si contraire aux objets qu’elles se proposent ? Et on ose traiter d’éducation insensée celle qui occupe la jeunesse de tout ce qu’il y a jamais eu de noble et d’utile dans l’esprit des hommes ! Quoi, les ministres d’une religion pure et sainte, à qui la jeunesse est ordinairement confiée parmi nous, lui laisseraient ignorer les devoirs de l’homme et du citoyen ! Suffit-il d’avancer une imputation si injuste, pour la persuader ? On prétend nous faire regretter l’éducation des Perses ; cette éducation fondée sur des principes barbares, qui donnait un gouverneur pour apprendre à ne rien craindre, un autre pour la tempérance, un autre enfin pour enseigner à ne point mentir ; comme si les vertus étaient divisées, et devaient former chacune un art séparé. La vertu est un être unique, indivisible : il s’agit de l’inspirer, non de l’enseigner ; d’en faire aimer la pratique, et non d’en démontrer la théorie.

On se livre ensuite à de nouvelles déclamations contre les arts et les sciences, sous prétexte que le luxe va rarement sans elles, et qu’elles ne vont jamais sans lui. Quand j’accorderais cette proposition, que pourrait-on en conclure ? La plupart des sciences me paraissent d’abord parfaitement désintéressées dans cette prétendue objection : le géomètre, l’astronome, le physicien ne sont pas suspects assurément. À l’égard des arts, s’ils ont en effet quelque rapport avec le luxe, c’est un côté louable de ce luxe même, contre lequel on déclame tant, sans le bien connaître. Quoique cette question doive être regardée comme étrangère à mon sujet, je ne puis m’empêcher de dire, que tant qu’on ne voudra raisonner sur cette matière que par comparaison du passé au présent, on en tirera les plus mauvaises conséquences du monde. Lorsque les hommes marchaient tout nus, celui qui s’avisa le premier de porter des sabots passa pour un voluptueux : de siècle en siècle, on n’a jamais cessé de crier à la corruption, sans comprendre ce qu’on voulait dire ; le préjugé toujours vaincu, renaissait fidèlement à chaque nouveauté.

Le commerce et le luxe sont devenus les liens des nations. La terre avant eux n’était qu’un champ de bataille, la guerre un brigandage, et les hommes des barbares, qui ne se croyaient nés que pour s’asservir, se piller, et se massacrer mutuellement. Tels étaient ces siècles anciens que l’on veut nous faire regretter.

La terre ne suffisait ni à la nourriture, ni au travail de les habitants ; les sujets devenaient à charge à l’état ; sitôt qu’ils étaient désarmés, il fallait les ramener à la guerre pour se soulager d’un poids incommode. Ces émigrations effroyables des peuples du nord, la honte de l’humanité, qui détruisirent l’empire romain, et qui désolèrent le neuvième siècle, n’avaient d’autres sources que la misère d’un peuple oisif. Au défaut de l’égalité des biens, qui a été longtemps la chimère de la politique, et qui est impossible dans les grands états, le luxe seul peut nourrir et occuper les sujets. Ils ne deviennent pas moins utiles dans la paix que dans la guerre ; leur industrie sert autant que leur courage. Le travail du pauvre est payé du superflu du riche. Tous les ordres des citoyens s’attachent au gouvernement par les avantages qu’ils en retirent.

Tandis qu’un petit nombre d’hommes jouit avec modération de ce qu’on nomme luxe, et qu’un nombre infiniment plus petit en abuse, parce qu’il faut que les hommes abusent de tout ; il fait l’espoir, l’émulation et la subsistance d’un million de citoyens, qui languiraient sans lui dans les horreurs de la mendicité. Tel est en France l’état de la capitale. Parcourez les provinces : les proportions y sont encore plus favorables. Vous y trouverez peu d’excès ; le nécessaire commode, assez rare ; l’artisan, le laboureur, c’est-à-dire, le corps de la nation, borné à la simple existence : en sorte qu’on peut regarder le luxe comme une humeur jetée sur une très petite partie du corps politique, qui fait la force et la santé du reste.

Mais, nous dit-on, les arts amollissent le courage : on cite quelques peuples lettrés, qui ont été peu belliqueux, tels que l’ancienne Égypte, les Chinois, et les Italiens modernes. Quelle injustice d’en accuser les sciences ! Il serait trop long d’en rechercher ici les causes. Il suffira de citer, pour l’honneur des lettres, l’exemple des Grecs et des Romains, de l’Espagne, de l’Angleterre et de la France, c’est-à-dire, des nations les plus guerrières et les plus savantes.

Des barbares ont fait de grandes conquêtes ; c’est qu’ils étaient très injustes : ils ont vaincu quelquefois des peuples polices, j’en conclurai, si l’on veut, qu’un peuple n’est pas invincible pour être savant. À toutes ces révolutions, j’opposerai seulement la plus vaste et la plus facile conquête qui ait jamais été faite ; c’est celle de l’Amérique, que les arts et les sciences de l’Europe ont subjuguée avec une poignée de soldats ; preuve sans réplique, de la différence qu’elles peuvent mettre entre les hommes.

J’ajouterai que c’est enfin une barbarie passée de mode, de supposer que les hommes ne sont nés que pour se détruire. Les talents et les vertus militaires méritent sans doute un rang distingué dans l’ordre de la nécessité : mais la philosophie a épuré nos idées sur la gloire, l’ambition des rois n’est à ses yeux que le plus monstrueux des crimes : grâce aux vertus du prince qui nous gouverne, nous osons célébrer la modération et l’humanité.

Que quelques nations au sein de l’ignorance aient eu des idées de la gloire et de la vertu, ce sont des exceptions si singulières, qu’elles ne peuvent former aucun préjugé contre les sciences, pour nous en convaincre, jetons les yeux sur l’immense continent de l’Afrique, où nul mortel n’est assez hardi pour pénétrer, ou assez heureux pour l’avoir tenté impunément. Un bras de mer sépare à peine les contrées savantes et heureuses de l’Europe, de ces régions funestes, où l’homme est ennemi né de l’homme, où les souverains ne sont que les assassins privilégiés d’un peuple esclave. D’où naissent ces différences si prodigieuses entre des climats si voisins, où sont ces beaux rivages que l’on nous peint parés par les mains de la nature ? L’Amérique ne nous offre pas des spectacles moins honteux pour l’espèce humaine. Pour un peuple vertueux dans l’ignorance, on en comptera cent barbares ou sauvages. Partout je vois l’ignorance enfanter l’erreur, les préjugés, les violences, les passions et les crimes. La terre abandonnée, sans culture n’est point oisive ; elle produit des épines et des poisons, elle nourrit des monstres.

J’admire les Brutus, les Décius, les Lucrèce, les Virginius, les Scévola ; mais j’admirerai plus encore un état puissant et bien gouverné, où les citoyens ne seront point condamnés à des vertus si cruelles.

To claim that sciences arise from idleness is clearly an abuse of terminology. It is true that they originate in leisure; yet they also provide a means to escape idleness. A citizen whose needs compel him to work the plow is no less occupied than a geometer or an anatomist—admittedly, his labor is of vital necessity. But just because bread is essential, does that mean everyone must take up farming? And because law is even more indispensable than bread, should a farmer be considered superior to a magistrate or a minister? There are no absurdities that such principles cannot lead us to.

It seems to us that there are too many laborers, and that we fear a shortage of philosophers. I would ask in turn whether we also fear that lucrative professions will lack people willing to practice them. Such views reveal a profound misunderstanding of the realm of greed; from a very young age, everything puts us in positions that are useful for society. And what prejudices must not be overcome, what courage is required, merely to dare to be someone like Descartes, Newton, or Locke?

On what basis can it be claimed that the sciences are harmful to moral qualities? How absurd! The exercise of reason, which has been given to us as a guide; the mathematical sciences, which contain so many benefits related to our current needs and keep the mind far removed from ideas inspired by the senses and greed; the study of antiquity, which is part of human experience and constitutes one of the earliest forms of knowledge; the observations of nature, which are essential for preserving our existence and even elevate us to understand its creator—all these pursuits would allegedly contribute to the destruction of moral values! By what miracle could they have such an effect, contrary to their intended purpose? And yet people dare to call education senseless whenever it engages young people in everything that is noble and useful in human thought! Indeed, those who are responsible for imparting a pure and sacred religion—since this is usually the role assigned to educators among us—would allow youth to ignore their duties as humans and citizens! Is it really enough to make such an unjust accusation to convince anyone of anything? People seem to want us to regret the education system of the Persians; yet that system, based on barbaric principles, provided one teacher to teach people not to fear anything, another to promote temperance, and yet another to instruct them not to lie—as if virtues were separate entities that could be learned as distinct disciplines. But virtue is a single, indivisible entity: it consists in inspiring us to pursue it, not in explaining its theories to us; it lies in making us desire to practice it, not in demonstrating its principles to us.

One then engages in new declarations against the arts and sciences, under the pretext that luxury is seldom without them—and that they are never without it. If I were to accept this argument, what conclusion could be drawn from it? Most sciences seem entirely devoid of any connection with this so-called objection: the geometer, the astronomer, the physicist are certainly not suspect in this regard. As for the arts, if they indeed have some relation to luxury, it is precisely that commendable aspect of luxury that people complain so much about, without truly understanding it. Although this issue ought to be considered irrelevant to my subject, I cannot help but say that as long as one continues to reason on this matter solely by comparing the past with the present, the most erroneous conclusions will inevitably result. When humans first walked naked, those who first wore shoes were regarded as indulgent; century after century, people have never stopped denouncing corruption, without ever understanding what they meant by it—prejudices, always defeated, would faithfully reappear with every new development.

Commerce and luxury have become the bonds that unite nations. Before their existence, the earth was nothing but a field of battle; war was nothing but brigandage, and people were regarded as barbarians, believing they were born only to enslave, plunder, and massacre one another. Such were those ancient centuries that some would have us regret.

The land was insufficient to provide either food or means for the inhabitants to work; these subjects thus became a burden on the state. As soon as they were disarmed, it was necessary to send them back into war in order to relieve the state of this inconvenient burden. These terrible migrations of the peoples from the north—this shame upon humanity that destroyed the Roman Empire and devastated the ninth century—had their sole origin in the misery of a lazy population. In the absence of equality of wealth, which for so long has been the mere illusion of politics and is impossible in large states, luxury alone can provide for and keep the subjects occupied. They prove just as useful in peace as in war; their industry is just as valuable as their courage. The labor of the poor is compensated by the surplus of the rich. All classes of citizens are bound to the government by the benefits they derive from it.

While a small number of people enjoy in moderation what is called luxury, and an infinitely larger number abuses it—because men must always abuse everything—luxury serves as the source of hope, emulation, and livelihood for millions of citizens who would otherwise languish in the horrors of poverty. Such is the state of France’s capital city. If you travel throughout the provinces, you will find even more favorable proportions. There, excesses are rare; what is necessary is readily available, though not always plentiful; artisans and farmers—that is, the backbone of the nation—are content with merely surviving. Thus, luxury can be regarded as a mere indulgence affecting a very small portion of society, while the rest of the population relies on it for their strength and well-being.

But it is said that the arts weaken courage; certain literate peoples are cited as being less warlike—such as ancient Egypt, the Chinese, and modern Italians. What injustice to blame science for this! It would be too lengthy to examine the causes here. suffice it to cite, in honor of the arts, the examples of the Greeks and Romans, of Spain, England, and France—nations that were both the most warlike and the most learned.

Barbarians have accomplished great conquests; it is because they were utterly unjust. They sometimes defeated civilized peoples, which leads me to conclude that a people is not invincible merely because it is wise or knowledgeable. In the face of all these revolutions, I would only cite the greatest and easiest conquest ever achieved: that of America, which was subdued by Europe’s arts and sciences with just a handful of soldiers. This is irrefutable proof of the difference that such things can bring between peoples.

I would add that it is indeed a barbaric notion, now utterly outdated, to assume that men are born solely for the purpose of destroying one another. Military talents and virtues certainly deserve a prominent place in the hierarchy of necessities; but philosophy has purified our ideas regarding glory. In its eyes, the ambition of kings is nothing but the most monstrous of crimes. Thanks to the virtues of the rulers who govern us, we dare to celebrate moderation and humanity.

Indeed, there were a few nations that, despite their ignorance, held notions of glory and virtue—but these are such rare exceptions that they in no way warrant any prejudice against the sciences. To prove this, let us look at the vast continent of Africa, where not a single mortal dares to venture, or is even fortunate enough to attempt such an enterprise without suffering consequences. A narrow stretch of sea separates the civilized and prosperous regions of Europe from those terrible lands where man is born an enemy of man, where rulers are nothing but privileged assassins of enslaved peoples. Where do these astonishing differences between climates that seem so similar come from? Where are those beautiful shores that are described to us as being adorned by nature’s hand? America offers us no less shameful spectacles for the human race. Among a people virtuous yet ignorant, one can find hundreds of barbarians or savages. Everywhere I see ignorance giving birth to error, prejudice, violence, passion, and crime. The uncultivated land is not idle; it produces thorns and poisons, it breeds monsters.

I admire the Brutuses, the Deciuses, the Lucrecias, the Virginiuses, the Scævolas; but I would admire even more a powerful and well-governed state in which its citizens would not be forced to pursue such cruel virtues.

Affermare che le scienze siano nate dall’ozio è chiaramente un abuso di termini. È vero che nascono dal tempo libero; ma esse non garantiscono affatto l’ozio. Il cittadino che, a causa dei suoi bisogni, è costretto a lavorare la terra non è meno impegnato del geometra o dell’anatomista: ammetto che il suo lavoro sia di primaria necessità; ma solo perché il pane è necessario, tutti dovrebbero mettersi a coltivare la terra? E perché le leggi sono più importanti del pane, il contadino dovrebbe essere considerato superiore al magistrato o al ministro? Non esistono assurdità maggiori di quelle che derivano da principi del genere.

Ci si dice che ci siano troppi contadini e che si tema di mancare di filosofi. A mia volta chiederei se si teme che le professioni redditizie non trovino persone disposte a esercitarle. Questo dimostra una profonda ignoranza dell’egemonia della cupidigia: fin da piccoli, tutto ci mette nelle condizioni necessarie per svolgere un ruolo utile nella società; e quanti pregiudizi bisogna superare, quanta coraggio serve per osare essere semplicemente un Descartes, un Newton, un Locke.

Su quale fondamento si può accusare le scienze di essere dannose alle qualità morali? Ma che cosa! L’esercizio del ragionamento, che ci è stato dato come guida; le scienze matematiche, che, contenendo in sé tante utilità relative ai nostri bisogni presenti, tengono l’intelletto così lontano dalle idee ispirate dai sensi e dalla cupidigia; lo studio dell’antichità, che fa parte dell’esperienza, la prima scienza dell’uomo; le osservazioni della natura, così necessarie per la conservazione del nostro essere e che ci elevano fino al suo autore: tutte queste conoscenze contribuirebbero a distruggere i costumi! Con quale miracolo potrebbero produrre un effetto così contrario agli scopi che si propongono? E osiamo definire insensata quell’educazione che occupa la giovinezza con tutto ciò che vi è di nobile e utile nell’intelletto umano! Ma che cosa! I ministri di una religione pura e sacra, a cui solitamente viene affidata la gioventù tra di noi, le lascerebbero ignorare i doveri dell’uomo e del cittadino! Basta avanzare un’accusa così ingiusta per convincerla? Si pretende che ci facciamo rimpiangere l’educazione dei Persiani; quell’educazione basata su principi barbari, che forniva un insegnante per imparare a non temere nulla, un altro per la temperanza, e un altro ancora per insegnare a non mentire. Come se le virtù fossero divise e dovessero formare ciascuna un’arte separata. La virtù è un essere unico, indivisibile: si tratta di ispirarla, non di insegnarla; di far amare la sua pratica, e non di dimostrare la sua teoria.

Si procede poi con nuove dichiarazioni contro le arti e le scienze, sostenendo che il lusso sia spesso legato a esse e che esse, a loro volta, non possano esistere senza di esso. Se accettassi questa tesi, quali conclusioni si potrebbero trarne? La maggior parte delle scienze mi sembra del tutto priva di interesse in questo contesto: il geometra, l’astronomo, il fisico certamente non sono da considerare persone corrotte. Per quanto riguarda le arti, se effettivamente esse hanno qualche legame con il lusso, ciò rappresenta anzi un aspetto lodevole di tale fenomeno, contro cui si esprime tanto disprezzo senza però comprenderlo veramente. Sebbene questa questione sia estranea al mio argomento principale, non posso fare a meno di osservare che finché si continuerà a ragionare su questo tema soltanto confrontando il passato con il presente, si arriverà inevitabilmente alle conclusioni più errate. Quando gli uomini camminavano nudi, colui che per primo iniziò a indossare i sandali fu considerato un individuo lussurioso; di secolo in secolo, non si è mai smesso di denunciare la corruzione senza però capirne davvero il significato; gli pregiudizi, sempre sconfitti, rinascivano fedelmente con ogni novità.

Il commercio e il lusso sono diventati i legami tra le nazioni. Prima di loro, la terra non era altro che un campo di battaglia; la guerra era una forma di brigantaggio, e gli uomini erano considerati barbari, convinti di essere nati soltanto per sottomettersi a vicenda, saccheggiarsi e massacrarsi. Ecco quei secoli antichi di cui ci vogliono far rimpiangere le condizioni in cui vivevamo allora.

La terra non era sufficiente né per il cibo né per il lavoro dei suoi abitanti; i sudditi diventavano un onere per lo stato; non appena venivano disarmati, era necessario riportarli in guerra per liberarsi di questo peso scomodo. Queste terribili migrazioni dei popoli del nord, questa vergogna dell’umanità che distrusse l’impero romano e devastò il IX secolo, avevano come unica origine la miseria di un popolo ozioso. In assenza di un’uguaglianza dei beni – che per lungo tempo è stata una chimera della politica e che è impossibile negli stati grandi – solo il lusso può nutrire e occupare i sudditi. Questi non diventano meno utili in tempo di pace che in tempo di guerra; la loro industria serve tanto quanto il loro coraggio. Il lavoro del povero viene compensato con il superfluo del ricco. Tutti gli ordini dei cittadini sono legati al governo grazie ai vantaggi che ne traggono.

Mentre un piccolo numero di persone gode moderatamente di ciò che viene chiamato lusso, e un numero ancora molto più esiguo ne abusa, poiché gli esseri umani tendono sempre ad abusare di tutto; il lusso rappresenta invece la speranza, l’emulazione e la fonte di sussistenza per un milione di cittadini che, senza di esso, languirebbero nelle orrori della povertà. Ecco lo stato della capitale in Francia. Percorrete le province: le proporzioni sono ancora più favorevoli. Lì troverete pochi eccessi; il necessario è disponibile in modo comodo, ma piuttosto raro; l’artigiano e il contadino, cioè la stragrande maggioranza della popolazione, si accontentano di una semplice esistenza quotidiana. Si può quindi considerare il lusso come un fenomeno che riguarda soltanto una piccolissima parte della società, e che, al contrario, rappresenta la forza e la salute del resto della popolazione.

Ma ci si dice che le arti indeboliscano il coraggio: vengono citati alcuni popoli colti che sono stati poco bellicosi, come l’antico Egitto, i Cinesi e gli italiani moderni. Che ingiustizia attribuire questa colpa alle scienze! Sarebbe troppo lungo analizzare qui le cause di ciò. Basterà citare, a onore delle lettere, l’esempio dei Greci e dei Romani, della Spagna, dell’Inghilterra e della Francia, cioè delle nazioni più guerriere e allo stesso tempo più erudite.

Dei barbari hanno compiuto grandi conquiste; ciò perché erano estremamente ingiusti: a volte hanno sconfitto popoli civili e pacifici. Da questo concludo che, se si vuole, un popolo non è necessariamente invincibile solo perché è colto. Di fronte a tutte queste rivoluzioni, opporrò soltanto la conquista più vasta e più facile mai realizzata: quella dell’America, che le arti e le scienze europee hanno sottomesso con pochi soldati; una prova inconfutabile della differenza che possono esistere tra gli uomini.

Aggiungerei che è finalmente una barbarie ormai superata supporre che gli uomini siano nati soltanto per distruggersi a vicenda. I talenti e le virtù militari meritano certamente un posto di rilievo nell’ordine delle necessità umane; ma la filosofia ha purificato le nostre idee sulla gloria: agli occhi della filosofia, l’ambizione dei re non è altro che il crimine più orribile. Grazie alle virtù del principe che ci governa, osiamo celebrare la moderazione e l’umanità.

Che alcune nazioni, nell’ignoranza, abbiano avuto idee di gloria e virtù, sono eccezioni così singolari da non poter costituire alcun pregiudizio contro le scienze. Per convincercene, basta guardare l’enorme continente africano: nessun mortale è abbastanza coraggioso da penetrarvi, né abbastanza fortunato da averci tentato senza subire conseguenze negative. Un braccio di mare separa appena le regioni civilizzate e felici d’Europa da queste terre funeste, dove l’uomo è per natura nemico dell’uomo stesso, dove i sovrani non sono altro che assassini privilegiati di un popolo schiavo. Da dove derivano queste differenze così straordinarie tra climi così vicini? Dove si trovano quei bei litorali descritti come frutto delle opere della natura? Anche l’America non ci offre spettacoli meno vergognosi per la specie umana: in mezzo a un popolo virtuoso ma ignorante, ce ne sono cento di barbari o selvaggi. Dappertutto vedo l’ignoranza generare errore, pregiudizi, violenza, passioni e crimini. La terra abbandonata, priva di coltivazione, non è certo inattiva: produce spine e veleni, nutre mostri.

Ammiro i Brutti, i Deci, le Lucrèzie, i Virginius, gli Scévola; ma ammirerò ancora di più uno Stato potente e ben governato, in cui i cittadini non siano costretti a praticare virtù così crudeli.

Cincinnatus vainqueur retournait à sa charrue : dans un siècle plus heureux, Scipion triomphant revenait goûter avec Lélius et Térence les charmes de la philosophie et des lettres, ceux de l’amitié plus précieux encore. Nous célébrons Fabricius, qui avec ses rares cuites sous la cendre, méprise l’or de Pyrrhus : mais Titus, dans la somptuosité de ses palais, mesurant son bonheur sur celui qu’il procure au monde par ses bienfaits et par ses lois, devient le héros de mon coeur. Au lieu de cet antique héroïsme, superstitieux, rustique, ou barbare, que j’admirais en frémissant ; j’adore une vertu éclairée, heureuse et bienfaisante ; l’idée de mon existence s’embellit : j’apprends à honorer et à chérir l’humanité.

Qui pourrait être assez aveugle, ou assez injuste, pour n’être pas frappé de ces différences ? Le plus beau spectacle de la nature, c’est l’union de la vertu et du bonheur ; les sciences et les arts peuvent seuls élever la raison à cet accord sublime. C’est de leur secours qu’elle emprunte des forces pour vaincre les passions, des lumières pour dissiper leurs prestiges, de l’élévation pour apprécier leurs petitesses, des attraits enfin et des dédommagements pour se distraire de leurs séductions.

On a dit que le crime n’était qu’un faux jugement. [48] Les sciences, dont le premier objet est l’exercice et la perfection du raisonnement, sont donc les guides les plus assurés des moeurs. L’innocence sans principes et sans lumières, n’est qu’une qualité de tempérament, aussi fragile que lui. La sagesse éclairée connaît ses ennemis et ses forces. Au moyen de son point de vue fixe, elle purifie les biens matériels, et en extrait le bonheur : elle sait tour-à-tour s’abstenir et jouir dans les bornes qu’elle s’est prescrites.

Il n’est pas plus difficile de faire voir l’utilité des arts pour la perfection des moeurs. On comptera les abus que les passions en ont fait quelquefois : mais qui pourra compter les biens qu’ils ont produits ?

Ôtez les arts du monde : que reste-t-il ? les exercices du corps et les passions. L’esprit n’est plus qu’un agent matériel, ou l’instrument du vice. On ne se délivre de ses passions que par dégoût : les arts sont nécessaires à une nation heureuse ; s’ils sont occasion de quelques désordres, n’en accusons que l’imperfection même de notre nature ; de quoi n’abuse-t-elle pas ? Ils ont donné l’être aux plaisirs de l’âme, les seuls qui soient dignes de nous : nous devons à leurs séductions utiles l’amour de la vérité et des vertus, que la plupart des hommes auraient haïes et redoutées si elles n’eussent été parées de leurs mains.

C’est à tort qu’on affecte de regarder leurs productions comme frivoles. La sculpture, la peinture flattent la tendresse, consolent les regrets, immortalisent les vertus et les talents ; elles sont des sources vivants de l’émulation ; César versait des larmes en contemplant la statue d’Alexandre.

L’harmonie a sur nous des droits naturels, que nous voudrions en vain méconnaître ; la Fable a dit, qu’elle arrêtait le cours des flots : elle fait plus ; elle suspend la pensée ; elle calme nos agitations, et nos troubles les plus cruels ; elle en anime la valeur, et préside aux plaisirs.

Ne semble-t-il pas que la divine poésie ait dérobé le feu du ciel pour animer toute la nature ? Quelle âme peut être inaccessible à sa touchante magie ? Elle adoucit le maintien sévère de la vérité, elle fait sourire la sagesse ; les chefs-d’oeuvre du théâtre doivent être considérés comme de savantes expériences du coeur humain.

C’est aux arts enfin que nous devons le beau choix des idées, les grâces de l’esprit et l’enjouement ingénieux qui font les charmes de la société ; ils ont doré les liens qui nous unissent, orné la scène du monde, et multiplié les bienfaits de la Nature.

FIN du DISCOURS DE M. BORDES

Réponse de J.J. Rousseau

au discours de M. Bordes.

[49]

Ne, dum tacemus, non verecundiae sed diffidentiae causa tacere videamur,

Cyprian contra Demet.

C’est avec une extrême répugnance que j’amuse de mes disputes des lecteurs oisifs qui se soucient très peu de la vérité ; mais la manière dont on vient de l’attaquer me force à prendre sa défense encore une fois, afin que mon silence ne soit pas pris par la multitude pour un aveu, ni pour un dédain par les philosophes.

Il faut me répéter ; je le sens bien ; et le public ne me le pardonnera pas. Mais les sages diront : Cet homme n’a pas besoin de chercher sans cesse de nouvelles raisons ; c’est une preuve de la solidité des siennes.[50]

Comme ceux qui m’attaquent ne manquent jamais de s’écarter de la question et de supprimer les distinctions essentielles que j’y ai mises, il faut toujours commencer par les y ramener. Voici donc un sommaire des propositions que j’ai soutenues et que je soutiendrai aussi longtemps que je ne consulterai d’autre intérêt que celui de la vérité.

Les sciences sont le chef-d’œuvre du génie et de la raison. L’esprit d’imitation a produit les beaux-arts, et l’expérience les a perfectionnés. Nous sommes redevables aux arts mécaniques d’un grand nombre d’inventions utiles qui ont ajouté aux charmes et aux commodités de la vie. Voilà des vérités dont je conviens de très bon cœur assurément. Mais considérons maintenant toutes ces connaissances par rapport aux mœurs.[51]

Si des intelligences célestes cultivaient les sciences, il n’en résulterait que du bien : j’en dis autant des grands hommes qui sont faits pour guider les autres. Socrate savant et vertueux fut l’honneur de l’humanité : mais les vices des hommes vulgaires empoisonnent les plus sublimes connaissances et les rendent pernicieuses aux nations ; les méchants en tirent beaucoup de choses nuisibles ; les bons en tirent peu d’avantage. Si nul autre que Socrate ne se fût piqué de philosophie à Athènes, le sang d’un juste n’eût point crié vengeance contre la patrie des sciences et des arts.[52]

C’est une question à examiner, s’il serait avantageux aux hommes d’avoir de la science, en supposant que ce qu’ils appellent de ce nom le méritât en effet : mais c’est une folie de prétendre que les chimères de la philosophie, les erreurs et les mensonges des philosophes, puissent jamais être bons à rien. Serons-nous toujours dupes de mots ? et ne comprendrons-nous jamais qu’études, connaissances, savoir et philosophie, ne sont que de vains simulacres élevés par l’orgueil humain, et très indignes des noms pompeux qu’il leur donne ?

À mesure que le goût de ces niaiseries s’étend chez une nation, elle perd celui des solides vertus ; car il en coûte moins pour se distinguer par du babil que par de bonnes mœurs, dès qu’on est dispensé d’être homme de bien, pourvu qu’on soit un homme agréable.

Plus l’intérieur se corrompt et plus l’extérieur se compose[53] : c’est ainsi que la culture des lettres engendre insensiblement la politesse. Le goût naît encore de la même source. L’approbation publique étant le premier prix des travaux littéraires, il est naturel que ceux qui s’en occupent réfléchissent sur les moyens de plaire ; et ce sont ces réflexions qui à la longue forment le style, épurent le goût, et répandent partout les grâces et l’urbanité. Toutes ces choses seront, si l’on veut, le supplément de la vertu, mais jamais on ne pourra dire qu’elles soient la vertu, et rarement elles s’associeront avec elle. Il y aura toujours cette différence, que celui qui se rend utile travaille pour les autres, et que celui qui ne songe qu’à se rendre agréable ne travaille que pour lui. Le flatteur, par exemple, n’épargne aucun soin pour plaire, et cependant il ne fait que du mal.

La vanité et l’oisiveté, qui ont engendré nos sciences, ont aussi engendré le luxe. Le goût du luxe accompagne toujours celui des lettres, et le goût des lettres accompagne souvent celui du luxe[54] : toutes ces choses se tiennent assez fidèle compagnie, parce qu’elles sont l’ouvrage des mêmes vices.

Si l’expérience ne s’accordait pas avec ces propositions démontrées, il faudrait chercher les causes particulières de cette contrariété. Mais la première idée de ces propositions est née elle-même d’une longue méditation sur l’expérience : et pour voir à quel point elle les confirme, il ne faut qu’ouvrir les annales du monde.

Les premiers hommes furent très ignorants. Comment oserait-on dire qu’ils étaient corrompus, dans des temps où les sources de la corruption n’étaient pas encore ouvertes ?

À travers l’obscurité des anciens temps et la rusticité des anciens peuples, on aperçoit chez plusieurs d’entre eux de fort grandes vertus, surtout une sévérité de mœurs qui est une marque infaillible de leur pureté, la bonne foi, l’hospitalité, la justice, et ce qui est très important, une grande horreur pour la débauche[55], mère féconde de tous les autres vices. La vertu n’est donc pas incompatible avec l’ignorance.

Cincinnatus, having conquered, returned to his plow; in a happier century, Scipio, after his victory, rejoined Lelius and Terence to enjoy the pleasures of philosophy and literature—and, even more precious, the joys of friendship. We celebrate Fabricius, who, despising Pyrrhus’s gold, contented himself with rare meals prepared over ashes; but Titus, in the splendor of his palaces, finds his happiness in the good he brings to the world through his generosity and laws—such a hero has become the hero of my heart. Instead of that ancient heroism, which was superstitious, rustic, or barbaric, and which I once admired with awe, I now adore a virtue that is enlightened, joyful, and benevolent. The meaning of my own existence becomes brighter as I learn to honor and cherish humanity.

Who could be so blind, or so unjust, as not to be struck by these differences? The most beautiful spectacle in nature is the union of virtue and happiness; only science and art can elevate reason to this sublime harmony. It is through their aid that reason draws strength to overcome passions, gains light to dispel their illusions, acquires the perspective to appreciate their insignificance, and finally, finds pleasures and compensations to distract itself from their allure.

It has been said that crime is nothing but a mistaken judgment. [48] Sciences, whose primary objective is the exercise and refinement of reasoning, are therefore the most reliable guides to morality. Innocence, devoid of principles and knowledge, is merely a quality of temperament—just as fragile as that very temperament. Enlightened wisdom recognizes its enemies as well as its own strengths. With its unswerving perspective, it purifies material possessions and extracts happiness from them; it knows how to abstain as well as how to enjoy, within the limits it has set for itself.

It is no more difficult to demonstrate the usefulness of the arts in the improvement of morals. One can certainly point out the abuses that passions have sometimes led to; but who can possibly count the benefits that they have produced?

Remove the arts from the world: what remains? Physical exercises and passions alone. The mind is then nothing more than a material agent, or an instrument of vice. One can only free oneself from one’s passions through disgust; yet the arts are essential for a happy nation. If they sometimes lead to some disorder, let us blame only the imperfection of our own nature—of what, after all, does it not abuse? It is the arts that have given existence to the pleasures of the soul, the only ones worthy of us. We owe to their beneficial influence our love for truth and virtue—qualities that most people would have hated and feared if they had not been embellished by the hands of art.

It is wrong to regard their creations as frivolous. Sculpture and painting nurture tenderness, comfort regret, and immortalize virtues and talents; they are living sources of inspiration. Even Caesar wept upon beholding the statue of Alexander.

Harmony possesses over us natural rights that we would in vain attempt to ignore; fables have said that it can halt the course of rivers—even more, it can suspend our thoughts, calm our most violent agitations and troubles, enhance our courage, and preside over all forms of pleasure.

Does it not seem that divine poetry has stolen the fire from heaven to bring life to all of nature? What soul can remain untouched by its touching magic? It softens the sternness of truth; it brings a smile to wisdom. The masterpieces of drama should be regarded as sophisticated experiments with the human heart.

It is ultimately the arts that enable us to make beautiful choices in our ideas, to possess the grace of the intellect, and to enjoy that ingenious wit that constitutes the charm of society. They have embellished the bonds that unite us, adorned the world we live in, and multiplied the benefits bestowed by nature.

End of Mr. Bordes’ speech.

Response by J.J. Rousseau

in Mr. Bordes’ speech.

[49]

Rather, we seem to remain silent not out of humility but out of hesitation.

Cyprian versus Demetrias.

It is with extreme reluctance that I indulge in mocking the arguments of those idle readers who care very little about the truth; but the way in which it has just been attacked forces me to defend it once again, so that my silence will not be mistaken by the multitude for an admission, nor by philosophers for a sign of disdain.

You must repeat it for me; I understand well, but the audience will not forgive me for that. Yet the wise will say: This man does not need to constantly seek new reasons; that is a proof of the solidity of his arguments.[50]

Since those who attack me never fail to deviate from the issue at hand and to eliminate the essential distinctions that I have made, it is always necessary to bring them back into consideration. Here, therefore, is a summary of the propositions that I have defended—and that I will continue to defend—as long as my only concern remains the pursuit of truth.

Science is the masterpiece of genius and reason. The spirit of imitation gave rise to the arts, and experience has perfected them. We owe many useful inventions to mechanical arts, which have added to the pleasures and conveniences of life. These are truths that I certainly acknowledge wholeheartedly. But now let us consider all this knowledge in relation to human manners.[51]

If celestial intelligences pursued the study of science, it would only bring about good; the same is true of great men who are destined to guide others. The wise and virtuous Socrates was an honor to humanity; yet the vices of ordinary people poison even the most sublime knowledge and render it harmful to nations. Evildoers derive much harm from it, while good people gain little benefit. If no one other than Socrates had devoted himself to philosophy in Athens, the blood of a righteous man would never have called for vengeance against the homeland of science and the arts.[52]

It is a question worth examining whether it would be beneficial for humans to possess science, assuming that what they call “science” truly deserves such a name; but it is utterly absurd to claim that the fantasies of philosophy, the errors and lies of philosophers, could ever be of any use at all. Will we always remain deceived by words? And will we never come to understand that studies, knowledge, wisdom, and philosophy are nothing but vain simulacra created by human pride, utterly unworthy of the grandiose names by which we call them?

As the taste for such nonsense spreads within a nation, it leads to the decline of genuine virtues; for it costs far less to distinguish oneself through empty chatter than through good manners—especially when one is exempt from being a decent person, so long as one can be considered pleasant to be around.

The more the inner self decays, the more the outer self becomes refined[53]; in this way, the cultivation of letters gradually gives rise to politeness. Taste also originates from the same source. Since public approval is the primary reward for literary endeavors, it is natural that those engaged in such pursuits will consider ways to please others; and it is these considerations that, over time, shape style, refine taste, and spread grace and urbanity throughout society. All these things may be regarded as supplements to virtue, but they can never be considered virtue itself, and seldom do they combine with it. There will always be this distinction: those who seek to be useful work for others, whereas those who only aim to be pleasing work solely for themselves. For instance, a flatterer goes to great lengths to please others, yet all he does is cause harm.

Vanity and idleness, which gave rise to our sciences, also led to the development of luxury. A taste for luxury always accompanies a passion for literature, and a passion for literature often goes hand in hand with a taste for luxury[54]: all these things keep each other company quite faithfully, for they are all the products of the same vices.

If experience did not accord with these demonstrated propositions, one would have to seek the particular causes of this discrepancy. However, the very origin of these propositions arose from a lengthy contemplation of experience itself; and to see to what extent they confirm that experience, one need only consult the annals of human history.

The earliest humans were extremely ignorant. How could one dare to say that they were corrupt, in times when the sources of corruption had not yet even emerged?

Through the darkness of ancient times and the simplicity of early peoples, one can discern in many of them exceedingly noble virtues—especially a strictness of morals that is an undeniable sign of their purity, as well as good faith, hospitality, justice, and, most importantly, a profound abhorrence for debauchery[55], the fertile source of all other vices. Thus, virtue is not necessarily incompatible with ignorance.

Cincinnato, vittorioso, tornava alla sua aratura; un secolo più tardi, Scipione, trionfatore, si ritirava per godere con Lelio e Terenzio dei piaceri della filosofia e delle lettere, e ancora di più di quelli dell’amicizia. Celebriamo Fabricio, che, disprezzando l’oro di Pirro, si accontenta delle sue rare cene sotto la cenere; ma Tito, nella magnificenza dei suoi palazzi, misura la propria felicità in base a quella che dona al mondo con i suoi benefici e le sue leggi, e diventa il mio eroe. Al posto di quel tipo di eroismo antico, superstizioso, rustico o barbaro che ammiravo con timore, adoro ora una virtù illuminata, felice e benefica; l’idea della mia esistenza si arricchisce: imparo a onorare e ad amare l’umanità.

Chi potrebbe essere abbastanza cieco o abbastanza ingiusto da non notare queste differenze? Lo spettacolo più bello della natura è l’unione tra virtù e felicità; solo le scienze e le arti possono elevare la ragione a questo accordo sublime. È grazie al loro aiuto che la ragione trova forza per sconfiggere le passioni, luce per dissiparne gli effetti seducenti, elevatezza per apprezzare le loro meschinità, e infine attrattivi e compensazioni per distogliersi dalle loro tentazioni.

Si è detto che il crimine non sia altro che un falso giudizio. [48] Le scienze, il cui primo obiettivo è l’esercizio e la perfezione del ragionamento, sono quindi i guida più sicuri per le nostre azioni morali. L’innocenza priva di principi e di conoscenze non è altro che una caratteristica temperamentale, altrettanto fragile di quest’ultimo. La saggezza illuminata conosce i propri nemici e le proprie forze; grazie al proprio punto di vista chiaro e fermo, purifica i beni materiali e ne estrae il vero felicità: sa come astenersi e come godere entro i limiti che si è imposta.

Non è affatto più difficile dimostrare l’utilità delle arti per il perfezionamento dei costumi. Si possono certo enumerare gli abusi che le passioni hanno talvolta causato; ma chi potrà mai contare i benefici che esse hanno prodotto?

Togliete gli arti dal mondo: cosa rimane? Gli esercizi del corpo e le passioni. Lo spirito non è altro che un agente materiale, o lo strumento del vizio. Si liberano dalle proprie passioni solo attraverso il disgusto; gli arti sono necessari per una nazione felice; se causano alcuni disordini, la colpa è soltanto nell’imperfezione stessa della nostra natura. Di cosa non abusa essa? Gli arti hanno dato vita ai piaceri dell’anima, gli unici degni di noi; dobbiamo alle loro seduzioni utili l’amore per la verità e le virtù, che la maggior parte degli uomini avrebbe odiato e temuto se non fossero state adornate dalle loro mani.

È un errore considerare le loro opere frivole. La scultura e la pittura esaltano la tenerezza, consolano i rimpianti, immortalizzano le virtù e i talenti; sono fonti viventi di ispirazione. Cesare versava lacrime ammirando la statua di Alessandro.

L’armonia possiede su di noi diritti naturali che sarebbe inutile cercare di ignorare; la Fable ha detto che poteva fermare il corso delle onde: lei fa di più; arresta il flusso dei nostri pensieri, placa le nostre agitazioni e i nostri turbamenti più crudeli, infonde coraggio in noi e presiede ai momenti di piacere.

Non sembra forse che la poesia divina abbia rubato il fuoco dal cielo per animare tutta la natura? Quale anima può rimanere indifferente alla sua incantevole magia? Lei attenua la severità della verità, fa sorridere la saggezza; i capolavori del teatro devono essere considerati come esperimenti raffinati sul cuore umano.

Sono infine gli arti a cui dobbiamo il bel selezionare delle idee, le grazie dell’intelletto e l’ingegnoso spirito di allegria che rendono affascinante la società; essi hanno arricchito i legami che ci uniscono, abbellito la scena del mondo e moltiplicato i benefici della Natura.

Fine del discorso di Monsieur Bordes

Risposta di J.-J. Rousseau

Nel discorso di Monsieur Bordes.

[49]

Nel nostro silenzio, sembra che la ragione della reticenza sia piuttosto la diffidenza che la timidezza.

Cipriano contro Demeto.

Con estrema ripugnanza mi diverto a discutere con quei lettori pigri che si preoccupano molto poco della verità; tuttavia, il modo in cui essa viene attaccata ora mi costringe ad difenderla ancora una volta, affinché il mio silenzio non venga interpretato dalla folla come un’ammissione, né dai filosofi come un disprezzo.

Devo che mi ripetiate; lo percepisco chiaramente. E il pubblico non me lo perdonerà. Ma i saggi diranno: “Quest’uomo non ha bisogno di cercare continuamente nuove ragioni; questo è proprio la prova della solidità delle sue convinzioni.”[50]

Poiché coloro che mi attaccano non mancano mai di deviare dal tema principale e di eliminare le distinzioni essenziali che ho introdotto, è sempre necessario ripristinarle all’inizio del discorso. Ecco quindi un riassunto delle proposte che ho sostenuto e che continuerò a sostenere finché non considererò altro interesse se non quello della verità.

Le scienze sono l’opera maggiore dell’intelligenza e della ragione. Lo spirito di imitazione ha dato vita alle belle arti, e l’esperienza le ha perfezionate. Dobbiamo ai mestieri meccanici un gran numero di invenzioni utili che hanno aumentato i piaceri e le comodità della vita. Queste sono verità che accetto senza alcun dubbio. Ma ora consideriamo tutte queste conoscenze nel loro rapporto con i costumi.[51]

Se delle intelligenze celesti coltivassero le scienze, ne deriverebbe soltanto del bene; lo stesso si può dire dei grandi uomini destinati a guidare gli altri. Socrate, saggio e virtuoso, fu l’onore dell’umanità; ma i vizi delle persone comuni avvelenano le conoscenze più sublimi, rendendole pericolose per le nazioni: i malvagi ne traggono molti benefici dannosi, mentre i buoni ne ricavano pochi vantaggi. Se nessun altro oltre a Socrate si fosse dedicato alla filosofia ad Atene, il sangue di un giusto non avrebbe chiesto vendetta contro la patria delle scienze e delle arti.[52]

È una questione da esaminare: se sia vantaggioso per gli uomini disporre di scienza, ammesso che ciò che essi chiamano “scienza” ne sia davvero degno; ma è follia pretendere che le chimere della filosofia, gli errori e i mentiti insegnamenti dei filosofi possano mai essere utili a qualcosa. Sarà sempre così che rimarremo ingannati dalle parole? E non comprenderemo mai che studi, conoscenze, sapere e filosofia non siano altro che vani simulacri creati dall’orgoglio umano, assolutamente indegni dei nomi pomposi che gli vengono attribuiti?

Man mano che il gusto per queste sciocchezze si diffonde in una nazione, essa perde quello per le virtù genuine; infatti, è meno costoso distinguersi con chiacchiere vuote che con buone maniere, soprattutto quando non si è obbligati a essere persone oneste, purché si sia piacevoli da frequentare.

Più l’interno si corrompe, più l’esterno si perfeziona[53]: è così che la cultura letteraria genera, in modo insensibile, la cortesia. Anche il gusto nasce dalla stessa fonte. Poiché l’approvazione pubblica rappresenta il primo premio per le opere letterarie, è naturale che coloro che se ne occupano riflettano sui modi per piacere; ed è proprio queste riflessioni a formare, nel tempo, lo stile, a purificare il gusto e a diffondere ovunque grazia e urbanità. Tutto ciò può essere considerato, se si vuole, un complemento alla virtù, ma mai essa stessa; inoltre, raramente queste cose si associano realmente alla virtù. Esiste sempre questa differenza: colui che cerca di essere utile lavora per gli altri, mentre colui che pensa soltanto a piacere lavora solo per se stesso. Ad esempio, il lusinghiero non risparmia alcuno sforzo per compiacere, eppure non fa altro che nuocere.

La vanità e l’ozio, che hanno dato origine alle nostre scienze, hanno anche generato il lusso. Il gusto per il lusso accompagna sempre colui che si dedica agli studi letterari, e spesso il gusto per gli studi letterari accompagna colui che ama il lusso[54]: tutte queste cose camminano insieme con notevole frequenza, perché sono il prodotto degli stessi vizi.

Se l’esperienza non concordasse con queste proposizioni dimostrate, sarebbe necessario cercare le cause specifiche di tale discrepanza. Tuttavia, l’idea stessa di queste proposizioni è nata a seguito di una lunga riflessione sull’esperienza; e per verificare in che misura esse la confermano, basta semplicemente consultare gli annali del mondo.

Gli uomini primordiali erano estremamente ignoranti. Come si potrebbe mai affermare che fossero corrotti, in tempi in cui le fonti della corruzione non esistevano ancora?

Attraverso l’oscurità dei tempi antichi e la semplicità delle antiche popolazioni, si riesce a scorgere in molte di esse virtù molto grandi, soprattutto una severità di costumi che rappresenta un segno inequivocabile della loro purezza: la buona fede, l’ospitalità, la giustizia, e, cosa molto importante, un profondo orrore per la dissolutezza, madre feconda di tutti gli altri vizi. Quindi, la virtù non è affatto incompatibile con l’ignoranza.

Elle n’est pas non plus toujours sa compagne ; car plusieurs peuples très ignorants étaient très vicieux. L’ignorance n’est un obstacle ni au bien ni au mal ; elle est seulement l’état naturel de l’homme[56].

On n’en pourra pas dire autant de la science. Tous les peuples savants ont été corrompus, et c’est déjà un terrible préjugé contre elle. Mais comme les comparaisons de peuple à peuple sont difficiles, qu’il y faut faire entrer un fort grand nombre d’objets, et qu’elles manquent toujours d’exactitude par quelque côté, on est beaucoup plus sûr de ce qu’on fait en suivant l’histoire d’un même peuple, et comparant les progrès de ses connaissances avec les révolutions de ses mœurs. Or le résultat de cet examen est que le beau temps, le temps de la vertu de chaque peuple, a été celui de son ignorance ; et qu’à mesure qu’il est devenu savant, artiste, et philosophe, il a perdu ses mœurs et sa probité ; il est redescendu à cet égard au rang des nations ignorantes et vicieuses qui font la honte de l’humanité. Si l’on veut s’opiniâtrer à y chercher des différences, j’en puis reconnaître une, et la voici : c’est que tous les peuples barbares, ceux mêmes qui sont sans vertu, honorent cependant toujours la vertu ; au lieu qu’à force de progrès les peuples savants et philosophes parviennent enfin à la tourner en ridicule et à la mépriser. C’est quand une nation est une fois à ce point qu’on peut dire que la corruption est au comble et qu’il ne faut plus espérer de remèdes.

Tel est le sommaire des choses que j’ai avancées, et dont je crois avoir donné les preuves. Voyons maintenant celui de la doctrine qu’on m’oppose.

« Les hommes sont méchants naturellement ; ils ont été tels avant la formation des sociétés ; et partout où les sciences n’ont pas porté leur flambeau, les peuples, abandonnés aux seules facultés de l’instinct, réduits avec les lions et les ours à une vie purement animale, sont demeurés plongés dans la barbarie et dans la misère.

« La Grèce seule dans les anciens temps pensa et s’éleva par l’esprit à tout ce qui peut rendre un peuple recommandable. Des philosophes formèrent ses mœurs et lui donnèrent des lois.

« Sparte, il est vrai, fut pauvre et ignorante par institution et par choix ; mais ses lois avaient de grands défauts, ses citoyens un grand penchant à se laisser corrompre ; sa gloire fut peu solide, et elle perdit bientôt ses institutions, ses lois et ses mœurs.

« Athènes et Rome dégénèrent aussi. L’une céda à la fortune de la Macédoine ; l’autre succomba sous sa propre grandeur, parce que les lois d’une petite ville n’étaient pas faites pour gouverner le monde. S’il est arrivé quelquefois que la gloire des grands empires n’ait pas duré longtemps avec celle des lettres, c’est qu’elle était à son comble lorsque les lettres y ont été cultivées, et que c’est le sort des choses humaines de ne pas durer longtemps dans le même état. En accordant donc que l’altération des lois et des mœurs ait influé sur ces grands événements, on ne sera point forcé de convenir que les sciences et les arts y aient contribué ; et l’on peut observer, au contraire, que le progrès et la décadence des lettres est toujours en proportion avec la fortune et l’abaissement des empires.

« Cette vérité se confirme par l’expérience des derniers temps, où l’on voit dans une monarchie vaste et puissante la prospérité de l’état, la culture des sciences et des arts, et la vertu guerrière, concourir à la fois à la gloire et à la grandeur de l’empire.

« Nos mœurs sont les meilleures qu’on puisse avoir ; plusieurs vices ont été proscrits parmi nous ; ceux qui nous restent appartiennent à l’humanité, et les sciences n’y ont nulle part.

« Le luxe n’a rien non plus de commun avec elles : ainsi les désordres qu’il peut causer ne doivent point leur être attribués. D’ailleurs, le luxe est nécessaire dans les grands états ; il y fait plus de bien que de mal ; il est utile pour occuper les citoyens oisifs et donner du pain aux pauvres.

« La politesse doit être plutôt comptée au nombre des vertus qu’au nombre des vices : elle empêche les hommes de se montrer tels qu’ils sont ; précaution très nécessaire pour les rendre supportables les uns aux autres.

« Les sciences ont rarement atteint le but qu’elles se proposent ; mais au moins elles y visent. On avance à pas lents dans la connaissance de la vérité : ce qui n’empêche pas qu’on y fasse quelque progrès.

« Enfin quand il serait vrai que les sciences et les arts amollissent le courage, les biens infinis qu’ils nous procurent ne seraient-ils pas encore préférables à cette vertu barbare et farouche qui fait frémir l’humanité ? » je passe l’inutile et pompeuse revue de ces biens ; et pour commencer sur ce dernier point par un aveu propre à prévenir bien du verbiage, je déclare une fois pour toutes que si quelque chose peut compenser la ruine des mœurs, je suis prêt à convenir que les sciences font plus de bien que de mal. Venons maintenant au reste.

Je pourrais, sans beaucoup de risque, supposer tout cela prouvé, puisque de tant d’assertions si hardiment avancées, il y en a très peu qui touchent le fond de la question, moins encore dont on puisse tirer contre mon sentiment quelque conclusion valable, et que même la plupart d’entre elles fourniraient de nouveaux arguments en ma faveur, si ma cause en avait besoin.

En effet : 1. Si les hommes sont méchants par leur nature, il peut arriver, si l’on veut, que les sciences produiront quelque bien entre leurs mains ; mais il est très certain qu’elles y feront beaucoup plus de mal : il ne faut point donner d’armes à des furieux.

  1. Si les sciences atteignent rarement leur but, il y aura toujours beaucoup plus de temps perdu que de temps bien employé. Et quand il serait vrai que nous aurions trouvé les meilleures méthodes, la plupart de nos travaux seraient encore aussi ridicules que ceux d’un homme qui, bien sûr de suivre exactement la ligne d’aplomb, voudrait mener un puits jusqu’au centre de la terre.

  2. Il ne faut point nous faire tant de peur de la vie purement animale, ni la considérer comme le pire état où nous puissions tomber, car il vaudrait encore mieux ressembler à une brebis qu’à un mauvais ange.

  3. La Grèce fut redevable de ses mœurs et de ses lois à des philosophes et à des législateurs. Je le veux. J’ai déjà dit cent fois qu’il est bon qu’il y ait des philosophes, pourvu que le peuple ne se mêle pas de l’être.

  4. N’osant avancer que Sparte n’avait pas de bonnes lois, on blâme les lois de Sparte d’avoir eu de grands défauts : de sorte que, pour rétorquer les reproches que je fais aux peuples savants d’avoir toujours été corrompus, on reproche aux peuples ignorants de n’avoir pas atteint la perfection.

  5. Le progrès des lettres est toujours en proportion avec la grandeur des empires. Soit. Je vois qu’on me parle toujours de fortune et de grandeur. Je parlais, moi, de mœurs et de vertu.

  6. Nos mœurs sont les meilleures que de méchants hommes comme nous puissent avoir ; cela peut être. Nous avons proscrit plusieurs vices ; je n’en disconviens pas ; je n’accuse point les hommes de ce siècle d’avoir tous les vices ; ils n’ont que ceux des âmes lâches, ils sont seulement fourbes et fripons. Quant aux vices qui supposent du courage et de la fermeté, je les en crois incapables.

  7. Le luxe peut être nécessaire pour donner du pain aux pauvres ; mais, s’il n’y avait point de luxe, il n’y aurait point de pauvres[57]. Il occupe les citoyens oisifs. Et pourquoi y a-t-il des citoyens oisifs ? Quand l’agriculture était en honneur, il n’y avait ni misère ni oisiveté, et il y avait beaucoup moins de vices.

  8. Je vois qu’on a fort à cœur cette cause du luxe, qu’on feint pourtant de vouloir séparer de celle des sciences et des arts. Je conviendrai donc, puisqu’on le veut si absolument, que le luxe sert au soutien des états, comme les cariatides servent à soutenir les palais qu’elles décorent ; ou plutôt, comme ces poutres dont on étaie des bâtiments pourris, et qui souvent achèvent de les renverser. Hommes sages et prudents, sortez de toute maison qu’on étaie.

Ceci peut montrer combien il me serait aisé de retourner en ma faveur la plupart des choses qu’on prétend m’opposer ; mais à parler franchement, je ne les trouve pas assez bien prouvées pour avoir le courage de m’en prévaloir.

She is not always his companion either; for many highly ignorant peoples were also very wicked. Ignorance is neither an obstacle to good nor to evil; it is merely the natural state of man[56].

The same cannot be said of science. All civilized peoples have been corrupted, and this alone is already a terrible prejudice against it. However, since comparisons between different peoples are difficult, since a vast number of factors must be taken into account, and since such comparisons are always somewhat inaccurate in certain respects, one is far more certain of the truth when one studies the history of the same people and compares the progress of their knowledge with the changes in their morals. The result of this examination is that the golden age of each people—the era of their virtue—was also the era of their ignorance; and as they became more knowledgeable, artistic, and philosophical, they lost their morality and integrity, sinking in this regard to the level of those ignorant and corrupt nations who bring shame upon humanity. If one insists on seeking differences between them, I can identify one: all barbarian peoples, even those devoid of virtue, still hold virtue in high esteem; whereas civilized and philosophical peoples, through their progress, ultimately come to ridicule and despise it. It is when a nation has reached such a state that one can say corruption has reached its peak, and that no remedy is left to be hoped for.

Such is the summary of the arguments I have presented, and which I believe I have supported with evidence. Now let us consider the arguments put forward against my doctrine.

“Men are inherently evil; they have been such since the formation of societies. And wherever science has not shed its light, peoples, left to rely solely on the powers of instinct and reduced to a life purely animal, like lions and bears, have remained plunged into barbarity and misery.”

“Only Greece in ancient times used its intellect to attain and pursue all that could make a people worthy of admiration. Philosophers shaped its customs and established its laws.”

“Indeed, Sparta was poor and ignorant by institution and by choice; but its laws had great flaws, and its citizens had a strong tendency to be corrupted; its glory was not solid, and it soon lost its institutions, its laws, and its morals.”

“Athens and Rome also degenerated. One succumbed to the wealth of Macedonia; the other perished under its own greatness, for the laws of a small city were not meant to govern the world. If it sometimes happened that the glory of great empires did not last long alongside the advancement of literature, it was because that glory reached its pinnacle precisely when literature flourished there—and it is the fate of human affairs not to remain in the same state for an extended period. Therefore, even if we acknowledge that changes in laws and customs influenced these major developments, we need not conclude that sciences and arts played a role in them; on the contrary, we can observe that the progress and decline of literature are always in direct proportion to the rise and fall of empires.”

“This truth is confirmed by the experiences of recent times, wherein we see in a vast and powerful monarchy how the prosperity of the state, the advancement of sciences and the arts, and the valor of its military forces all contribute to the glory and greatness of the empire.”

“Our morals are among the best that one can possess; many vices have been prohibited among us; those that remain are common to all of humanity, and the sciences hold no authority over them at all.”

“Luxury, too, has nothing in common with them; therefore, the disorders it may cause should not be attributed to it. In fact, luxury is necessary in large states; it does more good than harm; it serves to keep idle citizens occupied and to provide food for the poor.”

“Politeness should rather be considered among virtues than among vices: it prevents people from showing themselves as they really are; a precaution absolutely necessary to make them tolerable towards one another.”

“Sciences rarely achieve the goals they set for themselves; but at least they aim to do so. We make slow progress in our understanding of the truth—yet that does not prevent us from making some progress anyway.”

“Even if it were true that science and the arts weaken courage, would not the infinite benefits they bring us still be preferable to that barbaric and ferocious virtue which makes humanity tremble?” I pass over the unnecessary and pompous enumeration of these benefits; and to begin on this last point with an admission that will preclude much further rhetoric, I declare once and for all that if anything can compensate for the ruin of morals, I am ready to admit that science does more good than harm. Now let us move on to other matters.

I could, without much risk, assume that all of this is proven, for among so many bold assertions, very few actually touch upon the core of the issue; even fewer can be used to draw any valid conclusion against my position. In fact, most of them would even provide new arguments in my favor, if such were needed.

Indeed: 1. If men are inherently evil by nature, it is possible that science might, in some cases, produce good when used by them; but it is far more certain that it will cause much more harm: one must not give weapons to those who are filled with rage.

  1. If science rarely achieves its goals, then there will always be far more time wasted than time effectively utilized. And even if it were true that we had found the best methods, most of our efforts would still be just as ridiculous as those of a person who, convinced that he is following the straightest path, attempts to dig a well all the way to the center of the earth.

  2. We should not be so terrified of a purely animal life, nor consider it the worst state into which we might fall, for it would still be better to resemble a lamb than a wicked angel.

  3. Greece owed its customs and laws to philosophers and legislators. I insist on this. I have said a hundred times that it is beneficial for there to be philosophers, provided that the people do not interfere in their affairs.

  4. Since one dares not claim that Sparta did not have good laws, people instead blame Sparta’s laws for having serious flaws; and thus, in order to counter the accusations I make against civilized peoples for always being corrupt, people accuse ignorant peoples of never having achieved perfection.

  5. The progress of literature is always proportional to the greatness of empires. Alright. I see that people still talk about wealth and greatness. But what I was talking about were manners and virtue.

  6. Our morals are the best that such wicked men as we can possibly have; this is certainly true. We have condemned several vices; I do not deny that; I do not accuse the men of this century of possessing all kinds of vices; they only possess those characteristic of weak and cowardly souls—they are merely cunning and deceitful. As for those vices that require courage and firmness, I believe them incapable of such qualities.

  7. Luxury may be necessary in order to provide food for the poor; but if there were no luxury at all, there would be no poor[57]. It occupies idle citizens. And why are there idle citizens? When agriculture was respected and valued, there was neither poverty nor idleness, and there were also far fewer vices.

  8. I see that people are very attached to this notion of luxury, even though they pretend to want to separate it from the realms of science and art. Well then, since they insist so firmly on it, I will agree that luxury serves to support governments, just as columns serve to support the palaces they adorn; or rather, like those beams used to reinforce decaying buildings—beams that often end up causing their collapse. Wise and cautious people, stay away from any structure that is being reinforced with such means.

This shows how easily it would be for me to turn most of those things that people claim oppose me in my favor; but to speak frankly, I do not find them sufficiently proven to give me the courage to make use of them.

Non è nemmeno sempre sua compagna; infatti, molti popoli estremamente ignoranti erano anche molto viziati. L’ignoranza non rappresenta un ostacolo né al bene né al male; è semplicemente lo stato naturale dell’uomo[56].

Non si può dire lo stesso della scienza. Tutti i popoli colti sono stati corrotti, e questo rappresenta già un terribile pregiudizio contro di essa. Tuttavia, poiché le comparazioni tra popoli sono difficili, poiché è necessario prendere in considerazione un gran numero di fattori, e poiché tali confronti mancano sempre di precisione sotto alcuni aspetti, si è molto più sicuri di ciò che si fa seguendo la storia dello stesso popolo e confrontando i progressi delle sue conoscenze con le trasformazioni dei suoi costumi. Il risultato di questo esame è che l’epoca d’oro, l’epoca della virtù di ogni popolo, coincideva in realtà con il periodo della sua ignoranza; e man mano che un popolo diventava più colto, artistico e filosofico, perdeva i suoi valori morali e la sua onestà, scendendo in questo senso al livello delle nazioni ignoranti e viziose che sono motivo di vergogna per l’umanità. Se si vuole comunque cercare delle differenze tra questi popoli, ne posso riconoscere una: tutti i popoli barbari, anche quelli privi di virtù, onorano sempre la virtù; al contrario, i popoli colti e filosofici, con il loro progresso, finiscono per deriderla e disprezzarla. È quando una nazione arriva a questo punto che si può dire che la corruzione ha raggiunto il suo apice e che non ci sono più speranze di rimedi.

Ecco il riassunto di quanto ho sostenuto e per cui credo di aver fornito prove sufficienti. Ora esaminiamo quello della dottrina che mi viene opposta.

“Gli uomini sono per natura malvagi; lo erano già prima della formazione delle società; e ovunque le scienze non abbiano diffuso la loro luce, i popoli, abbandonati unicamente alle facoltà dell’istinto, ridotti insieme a leoni e orsi a una vita puramente animale, sono rimasti immersi nella barbarie e nella miseria.”

“Solo la Grecia, nell’antichità, pensava e si elevava con lo spirito verso tutto ciò che può rendere un popolo meritevole di lode. I filosofi plasmarono le sue usanze e le diedero delle leggi.”

“È vero che Sparta era povera e ignorante, sia per istituzione che per scelta; ma le sue leggi presentavano grandi difetti, i suoi cittadini avevano una forte tendenza a lasciarsi corrompere; la sua gloria non era molto solida, e presto perse le proprie istituzioni, le proprie leggi e le proprie usanze.”

“Anche Atene e Roma degenerarono. Una cedette alla fortuna della Macedonia; l’altra cadde a causa della propria stessa grandezza, poiché le leggi di una piccola città non erano adatte a governare il mondo. Se talvolta la gloria dei grandi imperi non durò a lungo insieme a quella delle lettere, è perché essa raggiunse il suo apice proprio quando le lettere furono coltivate in quegli stessi luoghi; e è destino delle cose umane non durare a lungo nello stesso stato. Pertanto, anche ammettendo che i cambiamenti nelle leggi e nei costumi abbiano influenzato questi grandi eventi, non si sarà costretti ad ammettere che le scienze e gli artisti vi abbiano contribuito; anzi, si può osservare che il progresso e il declino delle lettere sono sempre in proporzione con la fortuna o il declino degli imperi.”

“Questa verità viene confermata dall’esperienza degli ultimi tempi: in una monarchia vasta e potente, si osserva come la prosperità dello stato, lo sviluppo delle scienze e delle arti, nonché il valore militare contribuiscano al contempo alla gloria e alla grandezza dell’impero.”

“I nostri costumi sono tra i migliori che si possano avere; molti vizi sono stati banditi tra di noi; quelli che ci rimangono appartengono all’umanità, e le scienze non hanno alcun ruolo in questo contesto.”

“Anche il lusso non ha nulla in comune con esse: pertanto i disordini che può causare non devono essere attribuiti a esso. Del resto, il lusso è necessario negli stati grandi; arreca più benefici che danni; è utile per occupare i cittadini oziosi e fornire del pane ai poveri.”

“La cortesia dovrebbe essere considerata più una virtù che un vizio: impedisce alle persone di mostrarsi per quelle che realmente sono; una precauzione assolutamente necessaria per renderle tollerabili le une verso le altre.”

“Le scienze raramente raggiungono lo scopo che si sono proposte; ma almeno ci provano. Si procede lentamente nella conoscenza della verità: il che non impedisce comunque di compiere qualche progresso.”

“Anche se fosse vero che le scienze e le arti indeboliscano il coraggio, i benefici infiniti che ci procurano non sarebbero forse ancora preferibili a quella virtù barbarica e feroce che fa tremare l’umanità?” Ometto la revisione inutile e pomposa di questi benefici; per quanto riguarda questo ultimo punto, comincio con una dichiarazione che possa prevenire ogni ulteriore discorso: affermo una volta per tutte che, se qualcosa può compensare il declino delle morali, sono pronto ad ammettere che le scienze fanno più bene che male. Ora passiamo al resto.

Potrei, senza grandi rischi, supporre che tutto ciò sia dimostrato; infatti, tra tutte queste affermazioni avanzate con tanta audacia, poche toccano davvero il cuore della questione, e ancora meno ne derivano conclusioni valide contro la mia opinione. Anzi, la maggior parte di esse fornirebbe nuovi argomenti a mio favore, qualora la mia causa ne avesse bisogno.

Infatti: 1. Se gli uomini sono cattivi per natura, è possibile che le scienze producano del bene nelle loro mani; ma è molto certo che ne causeranno molto più male: non si devono dare armi a persone furiose.

  1. Se le scienze raramente raggiungono il loro scopo, ci sarà sempre molto più tempo perso che tempo ben utilizzato. E anche se fosse vero che avessimo trovato i metodi migliori, la maggior parte dei nostri lavori rimarrebbe comunque altrettanto ridicola come quelli di una persona che, pur essendo sicura di seguire esattamente la linea d’aplomb, vorrebbe scavare un pozzo fino al centro della Terra.

  2. Non dobbiamo temere troppo la vita puramente animale, né considerarla lo stato peggiore in cui possiamo cadere; infatti, sarebbe ancora meglio assomigliare a una pecora piuttosto che a un angelo malvagio.

  3. La Grecia dovette i suoi costumi e le sue leggi a filosofi e legislatori. Lo voglio; ho già detto cento volte che è positivo che esistano dei filosofi, purché il popolo non si intrometta in queste questioni.

  4. Non osando affermare che Sparta non avesse leggi buone, si biasimano le leggi di Sparta per i loro grandi difetti; così, per replicare alle critiche che rivolgo ai popoli colti per essere sempre stati corrotti, si rimprovera ai popoli ignoranti di non aver raggiunto la perfezione.

  5. Il progresso delle lettere è sempre proporzionale alla grandezza degli imperi. Bene. Vedo che si continua a parlare di fortuna e di grandezza; io, invece, parlavo di costumi e di virtù.

  6. I nostri costumi sono i migliori che uomini malvagi come noi possano avere; è possibile. Abbiamo proibito diversi vizi; non lo nego; non accuso gli uomini di questo secolo di possedere tutti i vizi; hanno soltanto quelli delle anime deboli: sono solo astuti e furfanti. Per quanto riguarda i vizi che richiedono coraggio e fermezza, credo che siano incapaci di compierli.

  7. Il lusso può essere necessario per fornire del cibo ai poveri; ma se non ci fosse alcun lusso, non ci sarebbero nemmeno poveri[57]. Il lusso occupa i cittadini oziosi. E perché esistono cittadini oziosi? Quando l’agricoltura era rispettata e apprezzata, non c’erano né povertà né ozio, e i vizi erano molto meno diffusi.

  8. Vedo che questa causa del lusso è molto cara a tutti, anche se fingono di volerla separare da quella delle scienze e degli arti. Quindi, poiché lo si vuole così assolutamente, concorderò che il lusso serva a sostenere gli stati, proprio come le colonne portanti servono a sostegnare i palazzi che decorano; o meglio ancora, come quelle travi con cui si rinforzano edifici in rovina, ma che spesso finiscono per farli crollare del tutto. Uomini saggi e prudenti, allontanatevi da ogni casa che sia stata rafforzata con simili strutture.

Ciò può dimostrare quanto mi sarebbe facile far pendere a mio favore la maggior parte delle cose che si sostiene mi siano contrarie; ma, a dire il vero, non le ritengo abbastanza provate da avere il coraggio di farne uso.

On avance que les premiers hommes furent méchants ; d’où il suit que l’homme est méchant naturellement[58]. Ceci n’est pas une assertion de légère importance ; il me semble qu’elle eût bien valu la peine d’être prouvée. Les annales de tous les peuples qu’on ose citer en preuve sont beaucoup plus favorables à la supposition contraire ; et il faudrait bien des témoignages pour m’obliger de croire une absurdité. Avant que ces mots affreux de tien et de mien fussent inventés ; avant qu’il y eût de cette espèce d’hommes cruels et brutaux qu’on appelle maîtres, et de cette autre espèce d’hommes fripons et menteurs qu’on appelle esclaves ; avant qu’il y eût des hommes assez abominables pour oser avoir du superflu pendant que d’autres hommes meurent de faim ; avant qu’une dépendance mutuelle les eût tous forcés à devenir fourbes, jaloux et traîtres, je voudrais bien qu’on m’expliquât en quoi pouvaient consister ces vices, ces crimes qu’on leur reproche avec tant d’emphase. On m’assure qu’on est depuis longtemps désabusé de la chimère de l’âge d’or. Que n’ajoutait-on encore qu’il y a longtemps qu’on est désabusé de la chimère de la vertu ?

J’ai dit que les premiers Grecs furent vertueux avant que la science les eût corrompus ; et je ne veux pas me rétracter sur ce point, quoiqu’en y regardant de plus près, je ne sois pas sans défiance sur la solidité des vertus d’un peuple si babillard, ni sur la justice des éloges qu’il aimait tant à se prodiguer et que je ne vois confirmés par aucun autre témoignage. Que m’oppose-t-on à cela ? Que les premiers Grecs dont j’ai loué la vertu étaient éclairés et savants, puisque des philosophes formèrent leurs mœurs et leur donnèrent des lois. Mais avec cette manière de raisonner, qui m’empêchera d’en dire autant de toutes les autres nations ? Les Perses n’ont-ils pas eu leurs mages, les Assyriens leurs Chaldéens, les Indes leurs gymnosophistes, les Celtes leurs druides ? Ochus n’a-t-il pas brillé chez les Phéniciens, Atlas chez les Libyens, Zoroastre chez les Perses, Zamolxis chez les Thraces ? Et plusieurs même n’ont-ils pas prétendu que la philosophie était née chez les Barbares ? C’étaient donc des savants, à ce compte, que tous ces peuples-là ? « À côté des Miltiade et des Thémistocle, on trouvait, me dit-on, les Aristide et les Socrate. » À côté, si l’on veut ; car que m’importe ? Cependant Miltiade, Aristide, Thémistocle, qui étaient des héros, vivaient dans un temps ; Socrate et Platon, qui étaient des philosophes, vivaient dans un autre ; et quand on commença à ouvrir des écoles publiques de philosophie, la Grèce, avilie et dégénérée avait déjà renoncé à sa vertu et vendu sa liberté.

« La superbe Asie vit briser ses forces innombrables contre une poignée d’hommes que la philosophie conduisait à la gloire. » Il est vrai : la philosophie de l’âme conduit à la véritable gloire, mais celle-là ne s’apprend point dans les livres. « Tel est l’infaillible effet des connaissances de l’esprit. »Je prie le lecteur d’être attentif à cette conclusion. « Les mœurs et les lois sont la seule source du véritable héroïsme. » Les sciences n’y ont donc que faire. « En un mot, la Grèce dut tout aux sciences, et le reste du monde dut tout à la Grèce. »La Grèce ni le monde ne durent donc rien aux lois ni aux mœurs. J’en demande pardon à mes adversaires ; mais il n’y a pas moyen de leur passer ces sophismes.

Examinons encore un moment cette préférence qu’on prétend donner à la Grèce sur tous les autres peuples, et dont il semble qu’on se soit fait un point capital. « J’admirerai, si l’on veut, des peuples qui passent leur vie à la guerre ou dans les bois, qui couchent sur la terre et vivent de légumes. » Cette admiration est en effet très digne d’un vrai philosophe : il n’appartient qu’au peuple aveugle et stupide d’admirer des gens qui passent leur vie, non à défendre leur liberté, mais à se voler et se trahir mutuellement pour satisfaire leur mollesse ou leur ambition, et qui osent nourrir leur oisiveté de la sueur, du sang et des travaux d’un million de malheureux. « Mais est-ce parmi ces gens grossiers qu’on ira chercher le bonheur ? » On l’y chercherait beaucoup plus raisonnablement que la vertu parmi les autres. « Quel spectacle nous présenterait le genre humain composé uniquement de laboureurs, de soldats, de chasseurs et de bergers ? » Un spectacle infiniment plus beau que celui du genre humain composé de cuisiniers, de poètes, d’imprimeurs, d’orfèvres, de peintres et de musiciens. Il n’y a que le mot soldat qu’il faut rayer du premier tableau. La guerre est quelquefois un devoir, et n’est point faite pour être un métier. Tout homme doit être soldat pour la défense de sa liberté ; nul ne doit l’être pour envahir celle d’autrui : et mourir en servant la patrie est un emploi trop beau pour le confier à des mercenaires. « Faut-il donc, pour être dignes du nom d’hommes, vivre comme les lions et les ours ? » Si j’ai le bonheur de trouver un seul lecteur impartial et ami de la vérité, je le prie de jeter un coup d’œil sur la société actuelle, et d’y remarquer qui sont ceux qui vivent entre eux comme les lions et les ours, comme les tigres et les crocodiles. « Érigera-t-on en vertu les facultés de l’instinct pour se nourrir, se perpétuer et se défendre ? »Ce sont des vertus, n’en doutons pas, quand elles sont guidées par la raison et sagement ménagées ; et ce sont, surtout, des vertus quand elles sont employées à l’assistance de nos semblables. « Je ne vois là que des vertus animales, peu conformes à la dignité de notre être. Le corps est exercé, mais l’âme esclave ne fait que ramper et languir. » Je dirais volontiers en parcourant les fastueuses recherches de toutes nos académies : « Je ne vois là que d’ingénieuses subtilités, peu conformes à la dignité de notre être. L’esprit est exercé, mais l’âme esclave ne fait que ramper et languir. » « Ôtez les arts du monde, nous dit-on ailleurs, que reste-t-il ? les exercices du corps et les passions. » Voyez, je vous prie, comment la raison et la vertu sont toujours oubliées ! « Les arts ont donné l’être aux plaisirs de l’âme, les seuls qui soient dignes de nous. »C’est-à-dire qu’ils en ont substitué d’autres à celui de bien faire, beaucoup plus digne de nous encore. Qu’on suive l’esprit de tout ceci, on y verra, comme dans les raisonnements de la plupart de mes adversaires, un enthousiasme si marqué sur les merveilles de l’entendement que cette autre faculté, infiniment plus sublime et plus capable d’élever et d’ennoblir l’âme, n’y est jamais comptée pour rien. Voilà l’effet toujours assuré de la culture des lettres. Je suis sûr qu’il n’y a pas actuellement un savant qui n’estime beaucoup plus l’éloquence de Cicéron que son zèle, et qui n’aimât infiniment mieux avoir composé les Catilinaires que d’avoir sauvé son pays.

L’embarras de mes adversaires est visible toutes les fois qu’il faut parler de Sparte. Que ne donneraient-ils point pour que cette fatale Sparte n’eût jamais existé ! et eux qui prétendent que les grandes actions ne sont bonnes qu’à être célébrées, à quel prix ne voudraient-ils point que les siennes ne l’eussent jamais été ! C’est une terrible chose qu’au milieu de cette fameuse Grèce qui ne devait, dit-on, sa vertu qu’à la philosophie, l’état où la vertu a été la plus pure et a duré le plus longtemps, ait été précisément celui où il n’y avait point de philosophes ! Les mœurs de Sparte ont toujours été proposées en exemple à toute la Grèce ; toute la Grèce était corrompue, et il y avait encore de la vertu à Sparte ; toute la Grèce était esclave, Sparte seule était encore libre : cela est désolant. Mais enfin la fière Sparte perdit ses mœurs et sa liberté comme les avait perdues la savante Athènes ; Sparte a fini. Que puis-je répondre à cela ?

It is claimed that the first men were wicked; hence it follows that man is inherently wicked[58]. This is not an assertion of minor importance; in my opinion, it would have been well worth proving. The annals of all peoples cited as evidence actually support the opposite hypothesis far more strongly; and one would need considerable evidence to persuade me to believe such an absurdity. Before those terrible concepts of “mine” and “thy” were invented; before there existed these cruel and brutal people called masters, and these deceitful and lying people called slaves; before there were men so abominable as to hoard surplus while others starved; before a mutual dependence forced them all to become cunning, jealous, and treacherous—I would like someone to explain to me what these vices and crimes, of which they are accused with such emphasis, could possibly have consisted of. People assure me that we have long since abandoned the delusion of an age of gold. Why not also add that we have long since abandoned the delusion of virtue existing in nature?

I have said that the early Greeks were virtuous before science corrupted them; and I am not willing to retract this statement, although upon closer examination, I am not entirely convinced of the solidity of the virtues of such a gossipy people, nor of the justice of the praises they were so fond of lavishing on themselves—praises that are not confirmed by any other evidence. What is there to object to this? It may be argued that the early Greeks whom I praised for their virtue were enlightened and learned, since philosophers shaped their manners and provided them with laws. But by this reasoning, why should I not say the same about all other nations? Did not the Persians have their magi, the Assyrians their Chaldeans, the Indians their gymnosophists, the Celts their druids? Didn’t Ochus shine among the Phoenicians, Atlas among the Libyans, Zoroaster among the Persians, Zamolxis among the Thracians? And indeed, many have claimed that philosophy originated among barbarians. In that case, were all these peoples therefore learned men? “Next to Miltiades and Themistocles,” one tells me, “there were Aristides and Socrates.” Well, perhaps; but what does it matter to me? Nevertheless, Miltiades, Aristides, Themistocles—these were heroes who lived in one era; Socrates and Plato—these were philosophers who lived in another. And by the time public schools of philosophy began to be established, Greece had already degenerated and abandoned its virtues, selling away its freedom.

“The magnificent Asia saw its countless forces shattered against a handful of men whom philosophy led toward glory.” It is true: the philosophy of the soul leads to true glory, but such glory cannot be learned from books. “Such is the infallible effect of the knowledge of the mind.” I beg the reader to pay attention to this conclusion. “Mores and laws are the sole source of true heroism”; therefore, science has nothing to do with it. “In short, Greece owed everything to science, and the rest of the world owed everything to Greece.” Thus, neither Greece nor the rest of the world owes anything to laws or morals. I apologize to my opponents for this statement; but there is no way to refute their sophisms.

Let us consider for a moment this supposed preference given to Greece over all other peoples, which seems to have been regarded as a fundamental principle. “I might admire, if one wished, peoples who spend their lives in war or in the woods, who sleep on the ground and live on vegetables.” Such admiration is indeed very much in line with the mindset of a true philosopher: only the blind and foolish would admire people who devote their lives not to defending their freedom, but to stealing from and betraying one another in order to satisfy their own laziness or ambition, and who dare to sustain their idleness at the expense of the sweat, blood, and labor of millions of unfortunate people. “But is it among such crude and brutish people that we should seek happiness?” We would find it there far more reasonably than we would virtue among other peoples. “What a sight would present to us a human society composed solely of farmers, soldiers, hunters, and shepherds?” It would be an infinitely more beautiful sight than one composed of chefs, poets, printers, goldsmiths, painters, and musicians. The only term that should be removed from the first description is “soldier.” War is sometimes a duty, but it is not meant to be a profession. Every man should serve as a soldier in order to defend his freedom; no one should do so in order to invade the freedom of others—and dying while serving one’s country is a far too noble task to entrust to mercenaries. “Must we therefore live like lions and bears in order to be worthy of the name of human beings?” If I have the good fortune to find even one impartial reader who loves truth, I beg him to take a look at contemporary society and see who among us lives like lions and bears, like tigers and crocodiles. “Will we consider the abilities inherent in instinct—such as those for feeding, reproducing, and defending ourselves—as virtues?” Without a doubt, these are virtues when guided by reason and used wisely; but they are especially virtues when employed to help our fellow human beings. “All I see here are animalistic virtues, hardly worthy of the dignity of our human being. The body may be exercised, but the enslaved soul merely crawls and languishes.” As I browse through the ostentatious pursuits of all our academies, I would say: “All I see here are ingenious subtleties, hardly worthy of the dignity of our human being. The mind may be exercised, but the enslaved soul merely crawls and languishes.” “Remove the arts from the world,” we are told elsewhere, “and what remains? Physical exercises and passions.” But please consider how reason and virtue are always forgotten in such a view! “The arts have given rise to the pleasures of the soul—the only pleasures truly worthy of us.” In other words, they have replaced the pleasure of doing good with others, which is even more worthy of us. If one follows the spirit of all this, one will see that, in the arguments of most of my opponents, there is an overwhelming enthusiasm for the wonders of the intellect; yet this other faculty—far more sublime and far more capable of elevating and ennobling the soul—is entirely overlooked. Such is always the inevitable effect of a culture focused solely on the arts of letters. I am certain that there is not a single scholar today who does not place much greater value on Cicero’s oratory than on his zeal, and who would not prefer having composed the Catilinaires to having saved his country.

The embarrassment of my opponents is evident whenever the subject of Sparta comes up. How much would they not give to have that fateful Sparta never existed! And those who claim that great deeds are only worthy of being celebrated—what price would they not be willing to pay if their own deeds had never been such? It is a terrible irony that, in the midst of that famous Greece which was supposed to owe its virtue solely to philosophy, the era in which virtue was at its purest and lasted the longest was precisely the one in which there were no philosophers at all! The virtues of Sparta were always held up as an example for the whole of Greece; yet while the rest of Greece was corrupt, Sparta still possessed virtue; while the whole of Greece was enslaved, Sparta alone remained free—how lamentable. But in the end, that proud Sparta lost its virtues and its freedom, just like the learned Athens had done before it; Sparta is gone. What can I say in response to this?

Si sostiene che i primi uomini fossero cattivi; da ciò si deduce che l’uomo sia per natura malvagio[58]. Questa non è un’affermazione di scarsa importanza; mi sembra che valga davvero la pena provarne la veridicità. Gli annali di tutti i popoli citati a sostegno di questa tesi sono in realtà molto più favorevoli all’ipotesi contraria; e sarebbero necessari molti prove per convincermi ad accettare un’assurdità del genere. Prima ancora che venissero inventate espressioni come “mio” e “tuo”; prima ancora che esistessero persone crudeli e brutali chiamate “padroni”, e altre persone ladre e bugiarde chiamate “schiavi”; prima ancora che esistessero individui abbastanza spregevoli da possedere beni in eccesso mentre altri morivano di fame; prima ancora che una dipendenza reciproca li costringesse tutti a diventare astuti, gelosi e traditori. Vorrei davvero che qualcuno mi spiegasse in cosa potessero consistere questi vizi, questi crimini di cui ci si lamenta con tanta enfasi. Mi dicono che da molto tempo si sia smesso di credere nella favola dell’“età d’oro”. Perché non aggiungere anche che da molto tempo si è smesso di credere nella favola della virtù?

Ho detto che i primi Greci furono virtuosi prima che la scienza li corrompesse; e non intendo ritrattarmi su questo punto, anche se, osservando più da vicino, non sono del tutto sicuro della solidità delle virtù di un popolo così loquace, né della giustezza degli elogi che amava tanto prodigarsi, e i quali non trovano conferma in alcun altro testimone. Che cosa mi si oppone a questo? Che i primi Greci, dei cui ho lodato le virtù, fossero illuminati e saggi, dato che furono filosofi a plasmare i loro costumi e a dar loro leggi. Ma con questo modo di ragionare, cosa mi impedirà di dire lo stesso di tutte le altre nazioni? I Persiani non ebbero forse i loro maghi, gli Assiri i loro Caldei, l’India i suoi gimnosofisti, i Celti i loro druidi? Ochus non brillò forse tra i Feniciani, Atlas tra i Libici, Zoroastro tra i Persiani, Zamolxis tra i Traci? E molti, anzi, hanno affermato che la filosofia fosse nata proprio tra i barbari. Quindi, secondo questo ragionamento, tutti questi popoli erano saggi? “Accanto a Miltiade e Temistocle, si trovavano, mi dicono, Aristide e Socrate, ” Forse sì; ma che importanza ha? Tuttavia, Miltiade, Aristide, Temistocle, che erano eroi, vissero in un certo periodo; Socrate e Platone, che erano filosofi, vissero in un altro. E quando si cominciarono ad aprire scuole pubbliche di filosofia, la Grecia, ormai corrotta e degenerata, aveva già abbandonato le sue virtù e venduto la sua libertà.

“La maestosa Asia vide le sue innumerevoli forze distrutte da un manipolo di uomini guidati dalla filosofia verso la gloria.” È vero: la filosofia dell’anima conduce alla vera gloria, ma essa non si apprende certo nei libri. “Ecco l’effetto infallibile della conoscenza dello spirito.” Invito il lettore a prestare attenzione a questa conclusione. “I costumi e le leggi sono l’unica fonte del vero eroismo; le scienze, pertanto, non hanno alcun ruolo in questo ambito.” In breve, la Grecia deve tutto alle scienze, e il resto del mondo deve tutto alla Grecia. Ma né la Grecia né il resto del mondo devono nulla ai costumi o alle leggi. Chiedo scusa ai miei avversari, ma non è possibile ignorare questi sofismi.

Esaminiamo ancora per un momento questa preferenza che si pretende di concedere alla Grecia rispetto a tutti gli altri popoli, e della quale sembra si faccia un punto fondamentale. “Ammirerò, se si vuole, dei popoli che trascorrono la loro vita in guerra o nelle foreste, che dormono sulla terra e vivono di verdure.” Quest’ammirazione è infatti molto degna di un vero filosofo: solo il popolo cieco e stupido può ammirare persone che passano la loro vita non a difendere la propria libertà, ma a rubarsi e tradirsi a vicenda per soddisfare la propria lussuria o ambizione, e che osano nutrire la propria ozio con il sudore, il sangue e il lavoro di un milione di sfortunati. “Ma è davvero tra queste persone rozze che si deve cercare la felicità?” Si cercherebbe molto più ragionevolmente la virtù tra gli altri popoli. “Quale spettacolo ci offrirebbe l’umanità composta unicamente da contadini, soldati, cacciatori e pastori?” Uno spettacolo infinitamente più bello di quello dell’umanità composta da cuochi, poeti, stampatori, orafi, pittori e musicisti. Solo la parola “soldato” dovrebbe essere cancellata dal primo elenco. La guerra è a volte un dovere, ma non deve diventare una professione. Ogni uomo deve essere soldato per difendere la propria libertà; nessuno deve esserlo per invadere quella degli altri: e morire servendo la patria è un compito troppo nobile per affidarlo a mercenari. “Dovremmo quindi, per essere degni del nome di uomini, vivere come leoni e orsi?” Se ho la fortuna di trovare anche solo un lettore imparziale e amico della verità, lo prego di dare un’occhiata alla società attuale e di notare chi tra noi vive come leoni e orsi, come tigri e coccodrilli. “Si dovrebbero considerare virtù le capacità dell’istinto per nutrirsi, riprodursi e difendersi?” Sono certamente virtù, se guidate dalla ragione e utilizzate saggiamente; ma sono soprattutto virtù quando vengono impiegate nell’aiutare i nostri simili. “Non vedo in questo che virtù animali, poco conformi alla dignità del nostro essere. Il corpo viene allenato, ma l’anima rimane schiava e soffre.” Direi volentieri, osservando le ricerche fastose di tutte le nostre accademie: “Non vedo in questo che ingegnose sottigliezze, poco conformi alla dignità del nostro essere. Lo spirito viene allenato, ma l’anima rimane schiava e soffre.” “Togliete gli arti dal mondo, ci si dice, cosa rimarrà? Gli esercizi fisici e le passioni.” Vedete come la ragione e la virtù vengano sempre dimenticate! “Gli arti hanno dato vita ai piaceri dell’anima, gli unici veramente degni di noi.” Cioè, hanno sostituito con altri il piacere di fare del bene, che è ancora più degno di noi. Se si segue lo spirito di tutto ciò, si noterà che, nei ragionamenti della maggior parte dei miei avversari, c’è un entusiasmo particolarmente evidente per le meraviglie dell’intelletto; tuttavia, questa altra facoltà, infinitamente più sublime e capace di elevare e nobilitare l’anima, viene quasi sempre trascurata. Ecco l’effetto inevitabile della cultura letteraria. Sono certo che oggi non esista alcun studioso che non valuti molto di più l’eloquenza di Cicerone rispetto al suo zelo, e che non preferisca di gran lunga aver composto i “Catilinari” piuttosto che aver salvato il proprio paese.

L’imbarazzo dei miei avversari è evidente ogni volta che si parla di Sparta. Quanto darebbero per non aver mai visto esistere quella fatale Sparta! E loro, che pretendono che le grandi imprese siano destinate soltanto a essere celebrate, a quale prezzo non vorrebbero che le proprie imprese non fossero mai state così. È terribile che, in mezzo a questa famosa Grecia che, si dice, deve la sua virtù unicamente alla filosofia, lo stato in cui la virtù fu più pura e durò più a lungo sia proprio quello in cui non esistevano filosofi! I costumi di Sparta sono sempre stati proposti come esempio per tutta la Grecia; tutta la Grecia era corrotta, mentre a Sparta c’era ancora virtù; tutta la Grecia era schiava, solo Sparta era ancora libera. È davvero desolante. Ma alla fine, anche la nobile Sparta perse i suoi costumi e la sua libertà, proprio come l’erudita Atene; Sparta è finita. Cosa posso rispondere a questo?

Encore deux observations sur Sparte, et je passe à autre chose ; voici la première. « Après avoir été plusieurs fois sur le point de vaincre, Athènes fut vaincue, il est vrai ; et il est surprenant qu’elle ne l’eût pas été plus tôt, puisque l’Attique était un pays tout ouvert, et qui ne pouvait se défendre que par la supériorité de succès. » Athènes eût dû vaincre, par toutes sortes de raisons. Elle était plus grande et beaucoup plus peuplée que Lacédémone ; elle avait de grands revenus et plusieurs peuples étaient ses tributaires : Sparte n’avait rien de tout cela. Athènes, surtout par sa position, avait un avantage dont Sparte était privée, qui la mit en état de désoler plusieurs fois le Péloponnèse, et qui devait seul lui assurer l’empire de la Grèce. C’était un port vaste et commode ; c’était une marine formidable dont elle était redevable à la prévoyance de ce rustre de Thémistocle qui ne savait pas jouer de la flûte. On pourrait donc être surpris qu’Athènes, avec tant d’avantages, ait pourtant enfin succombé. Mais quoique la guerre du Péloponnèse, qui a ruiné la Grèce, n’ait fait honneur ni à l’une ni à l’autre république, et qu’elle ait surtout été de la part des Lacédémoniens une infraction des maximes de leur sage législateur, il ne faut pas s’étonner qu’à la longue le vrai courage l’ait emporté sur les ressources, ni même que la réputation de Sparte lui en ait donné plusieurs qui lui facilitèrent la victoire. En vérité, j’ai bien de la honte de savoir ces choses-là, et d’être forcé de les dire.

L’autre observation ne sera pas moins remarquable. En voici le texte, que je crois devoir remettre sous les yeux du lecteur.

« Je suppose que tous les états dont la Grèce était composée eussent suivi les mêmes lois que Sparte, que nous resterait-il de cette contrée si célèbre ? À peine son nom serait parvenu jusqu’à nous. Elle aurait dédaigné de former des historiens pour transmettre sa gloire à la postérité ; le spectacle de ses farouches vertus eût été perdu pour nous ; il nous serait indifférent, par conséquent, qu’elles eussent existé ou non. Les nombreux systèmes de philosophie qui ont épuisé toutes les combinaisons possibles de nos idées, et qui, s’ils n’ont pas étendu beaucoup les limites de notre esprit, nous ont appris du moins où elles étaient fixées ; ces chefs-d’œuvre d’éloquence et de poésie qui nous ont enseigné toutes les routes du cœur ; les arts utiles ou agréables qui conservent ou embellissent la vie ; enfin, l’inestimable tradition des pensées et des actions de tous les grands hommes, qui ont fait la gloire ou le bonheur de leurs pareils : toutes ces précieuses richesses de l’esprit eussent été perdues pour jamais. Les siècles se seraient accumulés, les générations des hommes se seraient succédé comme celles des animaux, sans aucun fruit pour la postérité, et n’auraient laissé après elles qu’un souvenir confus de leur existence ; le monde aurait vieilli, et les hommes seraient demeurés dans une enfance éternelle. »

Supposons à notre tour qu’un Lacédémonien pénétré de la force de ces raisons eût voulu les exposer à ses compatriotes ; et tâchons d’imaginer le discours qu’il eût pu faire dans la place publique de Sparte.

« Citoyens, ouvrez les yeux et sortez de votre aveuglement. Je vois avec douleur que vous ne travaillez qu’à acquérir de la vertu, qu’à exercer votre courage et maintenir votre liberté ; et cependant vous oubliez le devoir plus important d’amuser les oisifs des races futures. Dites-moi, à quoi peut être bonne la vertu, si ce n’est à faire du bruit dans le monde ? Que vous aura servi d’être gens de bien, quand personne ne parlera de vous ? Qu’importera aux siècles à venir que vous vous soyez dévoués à la mort aux Thermopyles pour le salut des Athéniens, si vous ne laissez comme eux ni systèmes de philosophie, ni vers, ni comédies, ni statues[59] ? Hâtez-vous donc d’abandonner des lois qui ne sont bonnes qu’à vous rendre heureux ; ne songez qu’à faire beaucoup parler de vous quand vous ne serez plus ; et n’oubliez jamais que, si l’on ne célébrait les grands hommes, il serait inutile de l’être. »

Voilà, je pense, à peu près ce qu’aurait pu dire cet homme, si les éphores l’eussent laissé achever.

Ce n’est pas dans cet endroit seulement qu’on nous avertit que la vertu n’est bonne qu’à faire parler de soi. Ailleurs on nous vante encore les pensées du philosophe, parce qu’elles sont immortelles et consacrées à l’admiration de tous les siècles ; « tandis que les autres voient disparaître leurs idées avec le jour, la circonstance, le moment qui les a vus naître. Chez les trois quarts des hommes, le lendemain efface la veille, sans qu’il en reste la moindre trace. » Ah ! il en reste au moins quelqu’une dans le témoignage d’une bonne conscience, dans les malheureux qu’on a soulagés, dans les bonnes actions qu’on a faites, et dans la mémoire de ce Dieu bienfaisant qu’on aura servi en silence. « Mort ou vivant, disait le bon Socrate, l’homme de bien n’est jamais oublié des dieux. » On me répondra, peut-être, que ce n’est pas de ces sortes de pensées qu’on a voulu parler ; et moi je dis que toutes les autres ne valent pas la peine qu’on en parle.

Il est aisé de s’imaginer que faisant si peu de cas de Sparte, on ne montre guère plus d’estime pour les anciens Romains. « On consent à croire que c’étaient de grands hommes, quoiqu’ils ne fissent que de petites choses. » Sur ce pied-là j’avoue qu’il y a longtemps qu’on n’en fait plus que de grandes. On reproche à leur tempérance et à leur courage de n’avoir pas été de vraies vertus, mais des qualités forcées[60]. Cependant quelques pages après, on avoue que Fabricius méprisait l’or de Pyrrhus, et l’on ne peut ignorer que l’histoire romaine est pleine d’exemples de la facilité qu’eussent eue à s’enrichir ces magistrats, ces guerriers vénérables qui faisaient tant de cas de leur pauvreté[61]. Quant au courage, ne sait-on pas que la lâcheté ne saurait entendre raison et qu’un poltron ne laisse pas de fuir, quoique sûr d’être tué en fuyant ? « C’est, dit-on, vouloir contraindre un homme fort et robuste à bégayer dans un berceau que de vouloir rappeler les grands états aux petites vertus des petites républiques. »Voilà une phrase qui ne doit pas être nouvelle dans les cours. Elle eût été très digne de Tibère ou de Catherine de Médicis, et je ne doute pas que l’un ou l’autre n’en ait souvent employé de semblables.

Il serait difficile d’imaginer qu’il fallût mesurer la morale avec un instrument d’arpenteur. Cependant on ne saurait dire que l’étendue des états soit tout à fait indifférente aux mœurs des citoyens. Il y a sûrement quelque proportion entre ces choses ; je ne sais si cette proportion ne serait point inverse[62]. Voilà une importante question à méditer ; et je crois qu’on peut bien la regarder encore comme indécise, malgré le ton plus méprisant que philosophique avec lequel elle est ici tranchée en deux mots.

« C’était, continue-t-on, la folie de Caton ; avec l’humeur et les préjugés héréditaires dans sa famille, il déclama toute sa vie, combattit, et mourut sans avoir rien fait d’utile pour sa patrie. » Je ne sais s’il n’a rien fait pour sa patrie ; mais je sais qu’il a beaucoup fait pour le genre humain en lui donnant le spectacle et le modèle de la vertu la plus pure qui ait jamais existé. Il a appris à ceux qui aiment sincèrement le véritable honneur à savoir résister aux vices de leur siècle et à détester cette horrible maxime des gens à la mode qu’il faut faire comme les autres ; maxime avec laquelle ils iraient loin sans doute, s’ils avaient le malheur de tomber dans quelque bande de cartouchiens. Nos descendants apprendront un jour que, dans ce siècle de sages et de philosophes, le plus vertueux des hommes a été tourné en ridicule et traité de fou, pour n’avoir pas voulu souiller sa grande âme des crimes de ses contemporains, pour n’avoir pas voulu être un scélérat avec César et les autres brigands de son temps.

On vient de voir comment nos philosophes parlent de Caton. On va voir comment en parlaient les anciens philosophes. « Ecce spectaculum dignum ad quod respiciat intentus open suo Deus. Ecce par Deo dignum, vir fortis cum mala fortuna compositus. Non video, inquam, quid habeat in terris Jupiter pulchrius, si convertere animum velit, quam ut spectet Catonem, jam partibus non semel fractis, nihilominus inter ruinas publicas erectum[63]. »

Here are two additional observations about Sparta, after which I will move on to other matters; the first observation is this: “After several times coming close to victory, Athens was ultimately defeated—but it is surprising that she did not succeed sooner, given that Attica was an open territory and could defend itself only through superior military achievements.” Athens should have won, for a multitude of reasons. She was larger and much more populous than Sparta; she possessed substantial revenues, and many peoples were her vassals—while Sparta had none of these advantages. Moreover, Athens’ location gave her an advantage that Sparta lacked, enabling her to repeatedly devastate the Peloponnese and ultimately securing her dominion over Greece. She had a large and convenient port, as well as a formidable navy, thanks in part to the foresight of that simple-minded man Thémistocles, who knew nothing about playing the flute. One might therefore be surprised that Athens, with so many advantages, should have eventually been defeated. However, although the Peloponnesian War, which destroyed Greece, brought no glory to either republic—and was especially a violation of the principles established by Sparta’s wise lawgiver—it is not surprising that in the end true courage triumphed over mere resources. Nor is it surprising that Sparta’s reputation itself provided her with many advantages that facilitated her victory. In truth, I feel deeply ashamed to know these things and to be forced to speak of them.

The other observation is just as noteworthy. Here is the text; I believe it is necessary to bring it back to the attention of the reader.

“I suppose that if all the states of which Greece was composed had followed the same laws as Sparta, what would be left of this once-famous land? Its name alone might never have reached us. It would have scorned to produce historians to preserve its glory for future generations; the spectacle of its noble virtues would have been lost to us, and it would therefore have mattered little whether such virtues ever existed at all. The numerous philosophical systems that have explored every possible combination of our ideas—though they may not have greatly expanded the boundaries of our understanding—have at least helped us to understand where those boundaries lie. Those masterpieces of oratory and poetry that have taught us the ways of the human heart; the useful and delightful arts that enrich and beautify life; and finally, the invaluable legacy of the thoughts and actions of all those great men who have brought glory or happiness to their contemporaries—all these precious treasures of the mind would have been lost forever. Centuries would have passed after centuries, generations of humans would have succeeded one another just like those of animals, without leaving any lasting legacy for future generations. The world would have aged, and humanity would have remained in an eternal state of ignorance.”

Let us suppose, for our part, that a Spartan, filled with the conviction arising from these arguments, wished to present them to his fellow citizens; and let us try to imagine the speech he might have delivered in the public square of Sparta.

“Citizens, open your eyes and free yourselves from ignorance. With pain I see that you work only to acquire virtue, to exercise courage, and to maintain your freedom; yet you forget the more important duty of providing entertainment for future generations. Tell me—what good can virtue be if it does nothing but cause noise in this world? What use will it be for you to be virtuous if no one speaks of you? What importance will it have for future centuries that you died bravely at Thermopylae for the salvation of Athens, if you leave behind neither philosophical systems nor poems, comedies, or statues[59]? Therefore, hasten to abandon laws that are good only for making you happy; focus solely on ensuring that people talk about you even after you are gone; and never forget that, if great men were not celebrated, it would be meaningless to have been one of them.”

Well, I think that is roughly what this man would have said if the Ephors had allowed him to finish speaking.

It is not only in this place that we are reminded that virtue is merely useful for bringing oneself into prominence. Elsewhere, people still praise the philosopher’s thoughts, for they are immortal and destined to be admired throughout the ages; “whereas other people see their own ideas vanish with the day, the circumstances, or the moment in which they were conceived. For three-quarters of mankind, the following day erases everything from the previous one, leaving not the slightest trace.” Ah! Yet there is at least some trace left in the testimony of a good conscience, in those whom we have relieved from suffering, in the good deeds we have performed, and in the memory of that benevolent God whom we have served in silence. “Whether dead or alive,” said the good Socrates, “a good person is never forgotten by the gods.” Some may argue that these are not the kinds of thoughts we meant to discuss; but I say that all other kinds of thoughts are not worth discussing at all.

It is easy to imagine that if one attaches so little importance to Sparta, then one must also hold little regard for the ancient Romans. “People are willing to believe that they were great men, even though they only accomplished small things.” In this respect, I admit that nowadays people consider them to have achieved only great things. Their temperance and courage are criticized as not being true virtues, but rather mere qualities imposed upon them[60]. However, a few pages later, it is acknowledged that Fabricius despised Pyrrhus’ gold—yet it cannot be denied that Roman history is full of examples showing how easily these respected magistrates and warriors could have become wealthy, despite their emphasis on poverty[61]. As for courage, isn’t it well known that cowardice knows no reason and that a coward will flee, even though he is certain to be killed in the process? “To demand that a strong and robust man act in a timid manner is like trying to force great nations to rely on the small virtues of minor republics,” someone has said. Such words are certainly not new in royal courts; they would have been very fitting for Tiberius or Catherine de’ Medici, and I have no doubt that either of them often used similar phrases.

It would be difficult to imagine that morality could be measured with the tools of a surveyor. However, it cannot be claimed that the extent of a nation’s territory is entirely unrelated to the morals of its citizens. There must surely be some kind of proportion between these two aspects; I doubt whether this proportion might not actually be inverse[62]. This is an important question worthy of contemplation—and I believe it can still be considered unresolved, despite the dismissive, rather than philosophical, tone in which it is simply dismissed here in a few words.

“It was, it is said, the madness of Caton; given the inherited temperament and prejudices in his family, he proclaimed his principles throughout his life, fought, and died without having done anything useful for his country.” I do not know whether he truly accomplished nothing for his country; but I know that he did much for humanity by setting forth the spectacle and example of the purest virtue that ever existed. He taught those who sincerely cherished true honor how to resist the vices of their time and how to despise that horrible maxim of the fashionable crowd—that one must act just like everyone else. With such a principle, they might well have achieved great things if they had the misfortune to fall into some vile gang. One day, our descendants will learn that in this century of sages and philosophers, the most virtuous man was mocked and called mad simply because he refused to stain his noble soul with the crimes of his contemporaries; because he refused to become a scoundrel like Caesar and those other villains of his time.

We have just seen how our philosophers speak of Cato. Now we will see how the ancient philosophers spoke of him. “Behold a spectacle worthy of being contemplated by God himself when he looks down upon us. Behold a man of great strength, tempered by adverse fate. I see no one on earth more beautiful than Jupiter, if he wishes to captivate people’s hearts, than Cato—his spirit already broken in many ways, yet standing forth amidst the ruins of public disaster[63].”

Altre due osservazioni su Sparta, e poi passerò ad altro argomento; eccola la prima: “Dopo essere stata più volte sul punto di vincere, Atene fu sconfitta, è vero; ed è sorprendente che non lo sia stata prima, dato che l’Attica era una regione completamente aperta e poteva difendersi soltanto grazie alla superiorità dei suoi successi militari.” Atene avrebbe dovuto vincere, per mille ragioni: era più grande e molto più popolosa di Laconia; disponeva di ingenti risorse economiche e numerosi popoli erano suoi tributari, mentre Sparta non aveva nulla di tutto ciò. In particolare, la posizione geografica di Atene le conferiva un vantaggio di cui Sparta era priva; questo vantaggio le permise più volte di devastare il Peloponneso e le garantì l’egemonia su tutta la Grecia. Atene possedeva inoltre un porto ampio e facilmente accessibile, nonché una flotta formidabile, grazie alla previdenza di quel “rustico” di Temistocle che, per quanto non sapesse suonare la flauta, fu fondamentale per il successo militare della città. Si potrebbe quindi meravigliarsi che Atene, con tutti questi vantaggi, abbia comunque finito per essere sconfitta. Ma sebbene la guerra del Peloponneso, che distrusse la Grecia, non abbia onorato nessuna delle due repubbliche e sia stata soprattutto un’infrazione alle massime del loro saggio legislatore da parte dei Laconici, non bisogna sorprendersi se, alla fine, il vero coraggio ebbe la meglio sulle risorse materiali. E nemmeno si deve sottovalutare l’influenza della reputazione di Sparta, che le fornì molti vantaggi che le facilitarono la vittoria. In verità, mi vergogno davvero di conoscere queste cose e di essere costretto a parlarne.

L’altra osservazione non è meno degna di nota. Ecco il testo, che ritengo sia necessario sottoporre nuovamente all’attenzione del lettore.

“Suppongo che tutti gli stati di cui era composta la Grecia avessero seguito le stesse leggi di Sparta: cosa ci resterebbe di questa terra così celebre? Il suo nome stesso non giungerebbe mai fino a noi. La Grecia avrebbe rifiutato di produrre storici per tramandare la sua gloria alle generazioni future; lo spettacolo delle sue virtù eroiche sarebbe andato perduto per noi, e quindi ci sarebbe stato indifferente che tali virtù esistessero o meno. I numerosi sistemi filosofici che hanno esaurito tutte le possibili combinazioni dei nostri concetti, e che, anche se non hanno molto ampliato i confini della nostra mente, ci hanno almeno insegnato dove essi si trovano; questi capolavori di oratoria e poesia che ci hanno mostrato tutti i sentieri del cuore; le arti utili o piacevoli che conservano o abbelliscono la vita; infine, l’inestimabile eredità dei pensieri e delle azioni di tutti quegli uomini grandi che hanno reso illustri o felici i loro simili: tutte queste preziose ricchezze dello spirito sarebbero andate perdute per sempre. I secoli si sarebbero accumulati, le generazioni umane si sarebbero succedute come quelle degli animali, senza che nulla rimanesse per la posterità, lasciandole soltanto un vago ricordo della loro esistenza; il mondo avrebbe invecchiato, e gli uomini sarebbero rimasti per sempre in una sorta di eterna infanzia.”

Supponiamo a nostra volta che un lacedemone convinto dalla forza di queste ragioni volesse esporle ai suoi connazionali; e cerchiamo di immaginare il discorso che avrebbe potuto tenere nella piazza pubblica di Sparta.

“Cittadini, aprite gli occhi e uscite dalla vostra cecità. Vedo con dolore che lavorate soltanto per acquisire virtù, per esercitare il vostro coraggio e mantenere la vostra libertà; eppure dimenticate il dovere ancora più importante: intrattenere i futuri oziosi. Ditemi, a cosa può servire la virtù, se non a creare rumore nel mondo? A che vi sarà servito essere persone oneste, se nessuno parlerà di voi? Qual importanza avranno per le generazioni future il fatto che siate morti per la salvezza degli Atenies alle Termopili, se non lasciate, come loro, né sistemi filosofici, né poesie, né commedie, né statue[59]? Quindi affrettatevi a abbandonare leggi che servono soltanto a rendervi felici; pensate solo a far sì che si parli molto di voi quando non ci sarete più; e non dimenticate mai che, se non si celebrassero i grandi uomini, non avrebbe senso esserlo.”

Ecco, penso, ciò che quell’uomo avrebbe potuto dire, se gli efori lo avessero lasciato finire.

Non è solo in questo luogo che ci viene detto che la virtù serve soltanto a far parlare di sé. Altrove, le idee del filosofo vengono ancora lodate, perché sono immortali e destinate all’ammirazione di tutti i secoli; “mentre le altre idee scompaiono con il giorno, con l’occasione, con il momento in cui sono nate. Nella maggior parte degli uomini, il giorno dopo cancella ciò che è accaduto la vigilia, senza lasciare alcuna traccia”. Ah! Almeno rimane qualcosa nel testimone di una buona coscienza, nei malati che siamo stati in grado di alleviare, nelle buone azioni che abbiamo compiuto, e nella memoria di quel Dio benevolo al quale abbiamo servito in silenzio. “Vivo o morto”, diceva il nobile Socrate, “l’uomo buono non viene mai dimenticato dagli dei”. Forse mi si risponderà che non erano queste idee quelle di cui si voleva parlare; e io dico che tutte le altre non meritano nemmeno di essere menzionate.

È facile immaginare che, se si attribuisce così poco valore a Sparta, si mostri altrettanto scarso rispetto anche per gli antichi Romani. “Si ammette che fossero uomini grandi, anche se facevano solo cose piccole”. Su questo punto devo confessare che da molto tempo non si considera più loro capaci di compiere imprese grandi. Si rimprovera alla loro temperanza e al loro coraggio il fatto che non rappresentassero vere virtù, ma soltanto qualità forzate[60]. Tuttavia, poche pagine dopo si ammette che Fabricio disprezzava l’oro di Pirro, e non si può ignorare che la storia romana è piena di esempi della facilità con cui questi magistrati, questi venerabili guerrieri, che tanto valorizzavano la loro povertà[61], avrebbero potuto arricchirsi. Per quanto riguarda il coraggio, non si sa forse che la codardia non è soggetta a ragionamenti e che un vigliacco continuerà comunque a fuggire, anche se sa di essere sicuro di morire in fuga? “È come voler costringere un uomo forte e robusto a balbettare in una culla, o cercare di far rivivere le grandi imprese delle piccole repubbliche attraverso le piccole virtù dei loro cittadini”, si dice. Questa frase non deve essere nuova nelle corti: sarebbe stata molto adatta a Tiberio o a Caterina de’ Medici, e non dubito che uno o l’altra l’abbiano spesso utilizzata.

Sarebbe difficile immaginare che la morale possa essere misurata con uno strumento da topografo. Tuttavia, non si può affermare che l’estensione degli stati sia del tutto indipendente dalle abitudini dei cittadini. Sicuramente esiste qualche proporzione tra queste due cose; non so se questa proporzione non possa essere inversa[62]. Questa è una questione importante su cui riflettere; e credo che si possa ancora considerarla irrisolta, nonostante il tono sprezzante piuttosto che filosofico con cui qui viene liquidata in poche parole.

“Si trattava, si continua a dire, della follia di Catone; data l’indole e i pregiudizi ereditari della sua famiglia, egli proclamò le sue idee per tutta la vita, combatté e morì senza aver fatto nulla di utile per la sua patria.” Non so se non abbia davvero fatto nulla per la sua patria; ma so che ha fatto molto per l’umanità, offrendoci lo spettacolo e il modello della virtù più pura che sia mai esistita. Insegnò a coloro che amano sinceramente l’onore vero a resistere ai vizi del loro secolo e a detestare quella orribile massima diffusa tra le persone alla moda, secondo cui bisogna comportarsi come fanno gli altri; una massima con la quale, senza dubbio, arriverebbero lontano, se avessero la sfortuna di cadere in qualche banda di criminali. I nostri discendenti impareranno un giorno che, in questo secolo di saggi e filosofi, l’uomo più virtuoso è stato deriso e considerato pazzo soltanto perché non volle contaminare la sua nobile anima con i crimini dei suoi contemporanei, perché non volle diventare un malvagio come Cesare e gli altri briganti del suo tempo.

Abbiamo appena visto come i nostri filosofi parlino di Cato; ora vedremo come ne parlassero gli antichi filosofi. “Ecco uno spettacolo degno che il Dio, con lo sguardo fisso su di esso, possa contemplare. Ecco un uomo nobile, reso forte anche dalla cattiva fortuna. Non vedo, infatti, nulla di più bello sulla terra che Giove, se desidera conquistare il cuore delle persone, se non farle guardare a Cato: un uomo le cui parti fisiche sono state spezzate in più punti, ma che, nonostante ciò, è riuscito a ergersi tra le rovine pubbliche[63].”

Voici ce qu’on nous dit ailleurs des premiers Romains. « J’admire les Brutus, les Decius, les Lucrèce, les Virginius, les Scévola…. » C’est quelque chose dans le siècle où nous sommes. « Mais j’admirerai encore plus un état puissant et bien gouverné. » Un état puissant et bien gouverné ! Et moi aussi, vraiment. « Où les citoyens ne seront point condamnés à des vertus si cruelles. » J’entends ; il est plus commode de vivre dans une constitution de choses où chacun soit dispensé d’être homme de bien. Mais si les citoyens de cet état qu’on admire se trouvaient réduits par quelque malheur ou à renoncer à la vertu, ou à pratiquer ces vertus cruelles, et qu’ils eussent la force de faire leur devoir, serait-ce donc une raison de les admirer moins ?

Prenons l’exemple qui révolte le plus notre siècle, et examinons la conduite de Brutus souverain magistrat, faisant mourir ses enfants, qui avaient conspiré contre l’état dans un moment critique où il ne fallait presque rien pour le renverser. Il est certain que, s’il leur eût fait grâce, son collègue eût infailliblement sauvé tous les autres complices, et que la république était perdue. Qu’importe ! me dira-t-on. Puisque cela est si indifférent, supposons donc qu’elle eût subsisté, et que Brutus, ayant condamné à mort quelque malfaiteur, le coupable lui eût parlé ainsi : « Consul, pourquoi me fais-tu mourir ? Ai-je fait pis que de trahir ma patrie ? « et ne suis-je pas aussi ton enfant ? » Je voudrais bien qu’on prit la peine de me dire ce que Brutus aurait pu répondre.

Brutus, me dira-t-on encore, devait abdiquer le consulat, plutôt que de faire périr ses enfants. Et moi je dis que tout magistrat qui, dans une circonstance aussi périlleuse, abandonne le soin de la patrie et abdique la magistrature, est un traître qui mérite la mort.

Il n’y a point de milieu ; il fallait que Brutus fût un infâme, ou que les têtes de Titus et de Tiberinus tombassent par son ordre sous la hache des licteurs. Je ne dis pas pour cela que beaucoup des gens eussent choisi comme lui.

Quoiqu’on ne se décide pas ouvertement pour les derniers temps de Rome, on laisse pourtant assez entendre qu’on les préfère aux premiers ; et l’on a autant de peine à apercevoir de grands hommes à travers la simplicité de ceux-ci, que j’en ai moi-même à apercevoir d’honnêtes gens à travers la pompe des autres. On oppose Titus à Fabricius, mais on a omis cette différence, qu’au temps de Pyrrhus tous les Romains étaient des Fabricius, au lieu que sous le règne de Tite il n’y avait que lui seul d’homme de bien[64]. J’oublierai, si l’on veut, les actions héroïques des premiers Romains et les crimes des derniers : mais ce que je ne saurais oublier, c’est que la vertu était honorée des uns et méprisée des autres ; et que, quand il y avait des couronnes pour les vainqueurs des jeux du cirque, il n’y en avait plus pour celui qui sauvait la vie à un citoyen. Qu’on ne croie pas au reste que ceci soit particulier à Rome. Il fut un temps où la république d’Athènes était assez riche pour dépenser des sommes immenses à ses spectacles, et pour payer très chèrement les auteurs, les comédiens, et même les spectateurs : ce même temps fut celui où il ne se trouva point d’argent pour défendre l’état contre les entreprises de Philippe.

On vient enfin aux peuples modernes ; et je n’ai garde de suivre les raisonnements qu’on juge à propos de faire à ce sujet. Je remarquerai seulement que c’est un avantage peu honorable que celui qu’on se procure, non en réfutant les raisons de son adversaire, mais en l’empêchant de les dire.

Je ne suivrai pas non plus toutes les réflexions qu’on prend la peine de faire sur le luxe, sur la politesse, sur l’admirable éducation de nos enfants[65], sur les meilleures méthodes pour étendre nos connaissances, sur l’utilité des sciences et l’agrément des beaux-arts, et sur d’autres points dont plusieurs ne me regardent pas, dont quelques-uns se réfutent d’eux-mêmes, et dont les autres ont déjà été réfutés. Je me contenterai de citer encore quelques morceaux pris au hasard, et qui me paraîtront avoir besoin d’éclaircissement. Il faut bien que je me borne à des phrases, dans l’impossibilité de suivre des raisonnements dont je n’ai pu saisir le fil.

On prétend que les nations ignorantes qui ont eu « des idées de la gloire et de la vertu sont des exceptions singulières qui ne peuvent former aucun préjugé contre les sciences. »Fort bien ; mais toutes les nations savantes, avec leurs belles idées de gloire et de vertu, en ont toujours perdu l’amour et la pratique. Cela est sans exception ; passons à la preuve. « Pour nous en convaincre, jetons les yeux sur l’immense continent de l’Afrique, où nul mortel n’est assez hardi pour pénétrer ; ou assez heureux pour l’avoir tenté impunément. » Ainsi, de ce que nous n’avons pu pénétrer dans le continent de l’Afrique, de ce nous ignorons ce qui s’y passe, on nous fait conclure que les peuples en sont chargés de vices : c’est, si nous avions trouvé le moyen d’y porter les nôtres, qu’il faudrait tirer cette conclusion. Si j’étais chef de quelqu’un des peuples de la Nigritie, je déclare que je ferais élever sur la frontière du pays une potence où je ferais pendre sans rémission le premier Européen qui oserait y pénétrer, et le premier citoyen qui tenterait d’en sortir[66]. « L’Amérique ne nous offre pas des spectacles moins honteux pour l’espèce humaine. »Surtout depuis que les Européens y sont. « On comptera cent peuples barbares ou sauvages dans l’ignorance pour un seul vertueux. » Soit ; on en comptera du moins un : mais de peuple vertueux et cultivant les sciences, on n’en a jamais vu. « La terre abandonnée sans culture n’est point oisive ; elle produit des poisons, elle nourrit des monstres. » Voilà ce qu’elle commence à faire dans les lieux où le goût des arts frivoles a fait abandonner celui de l’agriculture. Notre âme, peut-on dire aussi, n’est point oisive quand la vertu l’abandonne ; elle produit des fictions, des romans, des satires, des vers ; elle nourrit des vices.

« Si des barbares ont fait des conquêtes c’est qu’ils étaient très injustes. » Qu’étions-nous donc, je vous prie, quand nous avons fait cette conquête de l’Amérique qu’on admire si fort ? Mais le moyen que des gens qui ont du canon, des cartes marines et des boussoles, puissent commettre des injustices ! Me dira-t-on que l’événement marque la valeur des conquérants ? Il marque seulement leur ruse et leur habileté ; il marque qu’un homme adroit et subtil peut tenir de son industrie les succès qu’un brave homme n’attend que de sa valeur. Parlons sans partialité. Qui jugerons-nous le plus courageux de l’odieux Cortez subjuguant le Mexique à force de poudre, de perfidie et de trahisons ; ou de l’infortuné Guatimozin étendu par d’honnêtes Européens sur des charbons ardents pour avoir ses trésors, tançant un de ses officiers à qui le même traitement arrachait quelques plaintes, et lui disant fièrement : Et moi, suis-je sur des roses ?

« Dire que les sciences sont nées de l’oisiveté, c’est abuser visiblement des termes ; elles naissent du loisir, mais elles garantissent de l’oisiveté. » De sorte qu’un homme qui s’amuserait au bord d’un grand chemin à tirer sur les passants pourrait dire qu’il occupe son loisir à se garantir de l’oisiveté. Je n’entends point cette distinction de l’oisiveté et du loisir ; mais je sais très certainement que nul honnête homme ne peut jamais se vanter d’avoir du loisir, tant qu’il y aura du bien à faire, une patrie à servir, des malheureux à soulager ; et je défie qu’on me montre dans mes principes aucun sens honnête dont ce mot loisir puisse être susceptible. « Le citoyen que ses besoins attachent à la charrue n’est pas plus occupé que le géomètre ou l’anatomiste. » Pas plus que l’enfant qui élève un château de cartes, mais plus utilement. « Sous prétexte que le pain est nécessaire, faut-il que tout le monde se mette à labourer la terre ? » Pourquoi non ? Qu’ils paissent même, s’il le faut : j’aime encore mieux voir les hommes brouter l’herbe dans les champs que s’entre-dévorer dans les villes. Il est vrai que, tels que je les demande, ils ressembleraient beaucoup à des bêtes, et que tels qu’ils sont, ils ressemblent beaucoup à des hommes.

Here is what we are told about the early Romans elsewhere: “I admire the Brutuses, the Decii, the Lucrecias, the Virginii, the Scevolas, ” That is something characteristic of our own time. “But I would admire an even more powerful and well-governed state even more.” A powerful and well-governed state! And I truly think so too. “Where citizens are not forced to pursue such cruel virtues.” I understand; it is more convenient to live under a system in which everyone is exempt from having to be virtuous. But if the citizens of this admired state were to be forced, through some misfortune, to abandon virtue or to practice those cruel virtues, and yet they had the strength to fulfill their duties, would that be a reason to admire them any less?

Let us take the example that most shocks our century, and examine the conduct of Brutus, that sovereign magistrate who had his own children put to death—children who had conspired against the state at a critical moment when little was needed to overthrow it. It is certain that if he had shown mercy toward them, his colleague would have undoubtedly saved all the other conspirators, and the republic would have been preserved. “What does it matter!” one might say. “Since it’s so irrelevant, let’s assume that the republic survived anyway, and that Brutus, after condemning a criminal to death, heard that criminal say to him: ‘Consul, why do you kill me? Have I done anything worse than betray my country? And am I not also your child?’” I would be very interested to hear what Brutus might have replied to that.

Brutus, people will still say, should have abdicated his consulship rather than let his children perish. But I say that any magistrate who, in such a perilous situation, abandons the care of his country and resigns from his office is a traitor who deserves death.

There is no middle ground; either Brutus had to be a villain, or the heads of Titus and Tiberinus had to fall under the axe of the lictors at his command. But that does not mean that many people would have chosen to follow his path.

Although one does not openly declare a preference for the later periods of Rome, it is still quite clear that they are regarded as superior to the earlier ones; and just as I find it difficult to discern any great men amidst the simplicity of those from the latter period, so too do I struggle to identify honest people amidst the pomp of those from the former. We contrast Titus with Fabricius, yet we overlook this crucial difference: in the time of Pyrrhus, all Romans were like Fabricius; under the rule of Titus, however, he was the only one who truly embodied virtue[64]. One might choose to ignore the heroic deeds of the early Romans and the crimes of the later ones; but what I cannot forget is that virtue was honored by some and despised by others; and while there were crowns for those who won in the circus games, there were none left for those who saved a citizen’s life. And let us not think that this is unique to Rome. There was a time when the republic of Athens had enough wealth to spend enormous sums on its spectacles and to pay generously for writers, actors—even spectators; yet in the very same period, no money could be found to defend the state against Philip’s ambitions.

We finally come to the modern peoples; and I have no intention of following the arguments that people consider appropriate to make on this subject. I would merely observe that it is a rather dishonorable advantage to gain—not by refuting one’s opponent’s reasons—but by preventing them from being expressed.

I will not follow either all the reflections that people take the trouble to make on luxury, on politeness, on the admirable education of our children[65], on the best methods for expanding our knowledge, on the usefulness of science and the pleasures of the arts, and on other matters some of which do not concern me at all, some of which are self-contradictory, and others that have already been refuted. I will simply quote a few more passages chosen at random, which seem to me in need of further clarification. In the impossibility of following the train of reasoning I have not been able to grasp, I am forced to limit myself to mere phrases.

It is claimed that ignorant nations that have “ideas of glory and virtue” are merely exceptional cases that cannot in any way undermine the value of science. Well and good; but all civilized nations, despite their lofty ideals of glory and virtue, have always lost both the love for and the practice of these virtues. This is true without exception; let us consider some evidence. “To prove this, let us look at the vast continent of Africa, where no mortal is brave enough to penetrate it, nor fortunate enough to attempt such a venture without suffering consequences.” Thus, because we have not been able to enter Africa and therefore do not know what happens there, some conclude that its peoples must be filled with vices. But if we had found a way to bring our own vices there, would that really be a valid conclusion? If I were the leader of one of the peoples of Nigeria, I would declare that I would have a gallows erected at the border of my country, and without hesitation, I would hang any European who dared to enter, as well as any citizen who tried to leave[66]. “America does not offer us any less shameful spectacles for humanity.” Especially since Europeans have arrived there. “Among the countless barbaric or savage peoples living in ignorance, there may be one single virtuous person.” Alright; perhaps there is one. But among civilized peoples who pursue the sciences, not a single one has ever been found. “Land left uncultivated is not idle; it produces poisons and breeds monsters.” This is precisely what happens in places where the pursuit of frivolous arts has led to the abandonment of agriculture. Can we say the same about our souls? When virtue is abandoned, our souls do not remain idle either; they give rise to fictions, novels, satires, poetry—and they nurture vices.

“If barbarians were able to make conquests, it was because they were utterly unjust.” Then what were we, I ask you, when we carried out that conquest of America which is so greatly admired today? But think of the means by which people who possessed cannons, nautical charts, and compasses were able to commit such injustices! Will anyone say that this event proves the worth of those conquerors? It merely demonstrates their cunning and skill; it shows that a clever and deceitful man can achieve success through his wits, whereas a brave man relies solely on his courage. Let us speak without bias. Who would consider Cortez, who subdued Mexico through gunpowder, treachery, and betrayal, the more courageous person than the unfortunate Guatimozin—whom honest Europeans subjected to burning charcoal just for his treasures, who even had one of his officers complain under such treatment, only for him to proudly reply: ‘And I? Am I sitting on roses?’”

“To say that sciences arise from idleness is clearly a misuse of terminology; they indeed emerge from leisure, but they also ensure the existence of idleness.” Thus, a man who amuses himself by shooting at passersby along a main road might claim that he is using his leisure to ensure his own idleness. I do not acknowledge this distinction between idleness and leisure; but I am absolutely certain that no honest person can ever boast of having leisure, so long as there is good to be done, a country to serve, or the poor to alleviate. And I defy anyone to point out any honorable meaning that the word “leisure” could have in my principles. “A citizen whose needs compel him to work the plow is no less occupied than a geometer or an anatomist.” Nor is he any less so than a child building a castle out of cards—only more usefully so. “Just because bread is necessary, does that mean everyone must go out to till the land?” Why not? If it must be done, let them at least graze on the grass; I would rather see people grazing in the fields than devouring each other in the cities. It is true that, as I define them, they would resemble beasts quite closely; but as they are now, they still bear a strong resemblance to human beings.

Ecco ciò che ci viene detto altrove sui primi Romani: “Ammiro i Brutti, i Decio, i Lucrecio, i Virginio, gli Scévola, ” È qualcosa che si riscontra anche nel secolo in cui viviamo. “Ma ammirerei ancora di più uno stato potente e ben governato.” Uno stato potente e ben governato. E anch’io, davvero. “In cui i cittadini non siano costretti a praticare virtù così crudeli, ” Capisco: è più comodo vivere in un sistema sociale in cui ognuno possa evitare di essere una persona onesta. Ma se i cittadini di questo stato, che viene ammirato, dovessero trovarsi costretti, a causa di qualche sventura, ad abbandonare la virtù o a praticarne di crudeli, e avessero la forza di adempiere al loro dovere, sarebbe davvero una ragione per ammirarli di meno?

Prendiamo l’esempio che più sconvolge il nostro secolo, e esaminiamo il comportamento di Bruto, magistrato sovrano che fece uccidere i suoi figli, i quali avevano cospirato contro lo stato in un momento critico in cui quasi nulla sarebbe bastato per rovesciarlo. È certo che, se li avesse perdonati, il suo collega avrebbe inevitabilmente salvato tutti gli altri complici, e la repubblica sarebbe stata perduta. “Che importanza ha!”, si dirà. “Poiché tutto ciò è così indifferente, supponiamo pure che la repubblica sia sopravvissuta. E che Bruto, dopo aver condannato a morte un malvagio, il colpevole gli abbia detto: ‘Consul, perché mi fai morire? Ho forse commesso qualcosa di peggio che tradire la mia patria? Non sono anch’io tuo figlio?’”. Vorrei davvero che qualcuno si prendesse la briga di dirmi cosa avrebbe potuto rispondere Bruto.

Si dirà ancora che Bruto avrebbe dovuto abdicare al consolato piuttosto che far morire i suoi figli. E io dico che qualsiasi magistrato, in una circostanza così pericolosa, che abbandoni il dovere verso la patria e rinunci alla propria carica, è un traditore che merita la morte.

Non esiste alcuna via di mezzo: o Brutus doveva essere un individuo spregevole, oppure le teste di Titus e Tiberinus avrebbero dovuto cadere per suo ordine sotto la lama dei littori. Non sto dicendo, con questo, che molte persone avrebbero scelto lo stesso percorso.

Anche se non ci si pronuncia apertamente riguardo agli ultimi tempi di Roma, si lascia comunque intendere chiaramente che vengano preferiti ai primi; e è altrettanto difficile individuare grandi uomini tra le persone semplici di quegli ultimi tempi, quanto lo sia per me individuare persone oneste tra la pompa e l’ostentazione delle altre epoche. Si contrappongono Tito a Fabricio, ma si trascura questo aspetto: ai tempi di Pirro tutti i Romani erano come Fabricio, mentre sotto il regno di Tito c’era soltanto lui un uomo d’onore[64]. Potrei anche ignorare le imprese eroiche dei primi Romani e i crimini degli ultimi; ma ciò che non potrei mai dimenticare è che la virtù veniva onorata da alcuni e disprezzata da altri; e che, mentre esistevano corone per i vincitori delle gare circensi, non ce n’erano più per chi salvava la vita a un cittadino. Inoltre, non si creda che ciò sia tipico solo di Roma: ci fu un tempo in cui la repubblica di Atene era abbastanza ricca da spendere somme enormi per i suoi spettacoli e di pagare molto bene autori, attori e persino gli spettatori; ma nello stesso periodo non si trovava denaro sufficiente per difendere lo stato dalle minacce di Filippo.

Si arriva finalmente ai popoli moderni; e non ho alcuna intenzione di seguire i ragionamenti che si ritengono opportuni fare in merito. Noterò soltanto che rappresenta un vantaggio poco onorevole quello che si ottiene non confutando le argomentazioni dell’avversario, ma impedendogli di esporle.

Non seguirò nemmeno tutte quelle riflessioni che si prendono la briga di fare sul lusso, sulla cortesia, sull’eccellente educazione dei nostri figli[65], sulle migliori metodi per ampliare le nostre conoscenze, sull’utilità delle scienze e sul piacere delle belle arti, nonché su altri argomenti di cui molti non mi riguardano, alcuni dei quali si contraddicono da soli, e altri ancora sono già stati confutati. Mi limiterò a citare ancora alcune frasi prese a caso, che mi sembrano richiedere ulteriori chiarimenti. Dovrò pur limitarmi a delle frasi, data l’impossibilità di seguire ragionamenti i cui filoni non sono riuscito a comprendere.

Si sostiene che le nazioni ignoranti che hanno “idee di gloria e virtù siano eccezioni singolari che non possono creare alcun pregiudizio contro le scienze”. Bene; ma tutte le nazioni colte, con le loro belle idee di gloria e virtù, hanno sempre perso l’amore e la pratica di queste stesse virtù. Questo è vero senza eccezione; passiamo ora alle prove. “Per convincercene, basta guardare il vastissimo continente africano, dove nessun mortale ha mai avuto il coraggio o la fortuna di penetrarvi”. Pertanto, dal fatto che non siamo riusciti a entrare in Africa e che ignoriamo ciò che vi accade, si conclude che i popoli che vi vivono siano pieni di vizi. Ma se avessimo trovato il modo di portare i nostri vizi laggiù, sarebbe proprio questo il ragionamento che dovremmo fare. Se fossi il capo di uno dei popoli della Nigritia, dichiarerei che farrei costruire lungo i confini del mio paese una forca dove impiccherei senza pietà il primo europeo che osasse entrarvi, e il primo cittadino che tentasse di uscirne[66]. “Anche l’America non ci offre spettacoli meno vergognosi per l’umanità. Soprattutto da quando vi sono arrivati gli europei”. “Si possono contare cento popoli barbari o selvaggi nell’ignoranza, rispetto a un solo popolo virtuoso e colto. Bene; almeno uno c’è. Ma di popoli veramente virtuosi e impegnati nella ricerca delle scienze, non ne è mai stato visto nessuno”. “La terra abbandonata alla natura selvaggia non è certo inattiva: produce veleni, nutre mostri. Lo stesso accade nei luoghi dove il gusto per le arti frivole ha fatto abbandonare l’agricoltura. Anche la nostra anima, si potrebbe dire, non è inattiva quando la virtù la abbandona. Produce fantasie, romanzi, satire, versi. E nutre vizi”.

“Se dei barbari hanno compiuto conquiste, è perché erano estremamente ingiusti. Ma che cosa eravamo noi, vi prego, quando abbiamo realizzato quella conquista dell’America che oggi viene tanto ammirata? Eppure, con cannoni, carte nautiche e bussole a disposizione, come possono delle persone commettere ingiustizie! Si dirà forse che tale evento dimostri il valore dei conquistatori? In realtà, esso dimostra soltanto la loro astuzia e abilità; dimostra che un uomo astuto e calcolatore può ottenere successi grazie alla propria ingegnosità, mentre un uomo coraggioso si affida soltanto al proprio valore. Parliamo senza pregiudizi: chi considererà più coraggioso l’odioso Cortez, che sottomise il Messico con la polvere da sparo, la perfidia e le tradizioni; o l’infortunato Guatimozin, bruciato vivo da onesti europei per ottenere i suoi tesori, che rimproverò un proprio ufficiale per le stesse torture subite da lui stesso, rispondendogli con orgoglio: ‘E io, sono forse su dei fiori?’”

“Dire che le scienze siano nate dall’ozio è chiaramente un abuso di termini; esse nascono dal tempo libero, ma garantiscono l’ozio stesso. Quindi, un uomo che si divertisse a sparare ai passanti lungo una strada principale potrebbe dire di utilizzare il proprio tempo libero per garantirsi l’ozio. Io non comprendo questa distinzione tra ozio e tempo libero; ma so con certezza che nessun uomo onesto può mai vantarsi di avere del tempo libero, finché ci sarà del bene da fare, una patria da servire, dei malheureux da aiutare. E sfido chiunque a trovare nel mio modo di pensare un significato onesto per la parola ‘tempo libero’. ‘Il cittadino che i suoi bisogni costringono a lavorare la terra non è meno impegnato del geometra o dell’anatomista’; né più dello scolaro che costruisce castelli di carte. Anzi, in modo molto più utile. ‘Perché il pane è necessario, tutti dovrebbero mettersi a coltivare la terra?’ Perché no? Che pascolino pure, se necessario. Preferisco ancora vedere gli uomini brucare l’erba nei campi piuttosto che divorarsi a vicenda nelle città. È vero che, così come li concepisco io, assomiglierebbero molto alle bestie. Ma così come sono, assomigliano molto agli uomini.”

« L’état d’ignorance est un état de crainte et de besoin ; tout est danger alors pour notre fragilité. La mort gronde sur nos têtes ; elle est cachée dans l’herbe que nous foulons aux pieds. Lorsqu’on craint tout et qu’on a besoin de tout, quelle disposition plus raisonnable que celle de vouloir tout connaître ? » Il ne faut que considérer les inquiétudes continuelles des médecins et des anatomistes sur leur vie et sur leur santé, pour savoir si les connaissances servent à nous rassurer sur nos dangers. Comme elles nous en découvrent toujours beaucoup plus que de moyens de nous en garantir, ce n’est pas une merveille si elles ne font qu’augmenter nos alarmes et nous rendre pusillanimes. Les animaux vivent sur tout cela dans une sécurité profonde, et ne s’en trouvent pas plus mal. Une génisse n’a pas besoin d’étudier la botanique pour apprendre à trier son foin, et le loup dévore sa proie sans songer à l’indigestion. Pour répondre à cela, osera-t-on prendre le parti de l’instinct contre la raison ? C’est précisément ce que je demande.

« Il semble, nous dit-on, qu’on ait trop de laboureurs, et qu’on craigne de manquer de philosophes. Je demanderai à mon tour si l’on craint que les professions lucratives ne manquent de sujets pour les exercer. C’est bien mal connaître l’empire de la cupidité. Tout nous jette dès notre enfance dans les conditions utiles. Et quels préjugés n’a-t-on pas à vaincre, quel courage ne faut-il pas pour oser n’être qu’un Descartes, un Newton, un Locke ? »

Leibniz et Newton sont morts comblés de biens et d’honneurs, et ils en méritaient encore davantage. Dirons-nous que c’est par modération qu’ils ne se sont point élevés jusqu’à la charrue ? je connais assez l’empire de la cupidité, pour savoir que tout nous porte aux professions lucratives ; voilà pourquoi je dis que tout nous éloigne des professions utiles. Un Hebert, un Lafrenaye, un Dulac, un Martin, gagnent plus d’argent en un jour que tous les laboureurs d’une province ne sauraient faire en un mois. Je pourrais proposer un problème assez singulier sur le passage qui m’occupe actuellement. Ce serait, en ôtant les deux premières lignes et le lisant isolé, de deviner s’il est tiré de mes écrits ou de ceux de mes adversaires.

« Les bons livres sont la seule défense des esprits faibles, c’est-à-dire des trois quarts des hommes, contre la contagion de l’exemple. » Premièrement, les savants ne feront jamais autant de bons livres qu’ils donnent de mauvais exemples. Secondement, il y aura toujours plus de mauvais livres que de bons. En troisième lieu, les meilleurs guides que les honnêtes gens puissent avoir sont la raison et la conscience : Paucis est opus litteris ad mentem bonam. Quant à ceux qui ont l’esprit louche ou la conscience endurcie, la lecture ne peut jamais leur être bonne à rien. Enfin, pour quelque homme que ce soit, il n’y a de livres nécessaires que ceux de la religion, les seuls que je n’ai jamais condamnés.

« On prétend nous faire regretter l’éducation des Perses. » Remarquez que c’est Platon qui prétend cela. J’avais cru me faire une sauvegarde de l’autorité de ce philosophe, mais je vois que rien ne me peut garantir de l’animosité de mes adversaires : Tros Rutulusve fuat, ils aiment mieux se percer l’un l’autre que de me donner le moindre quartier, et se font plus de mal qu’à moi[67]. « Cette éducation était, dit-on, fondée sur des principes barbares, parce qu’on donnait un maître pour l’exercice de chaque vertu, quoique la vertu soit indivisible ; parce qu’il s’agit de l’inspirer, et non de l’enseigner ; d’en faire aimer la pratique, et non d’en démontrer la théorie. » Que de choses n’aurais-je point à répondre ! Mais il ne faut pas faire au lecteur l’injure de lui tout dire. Je me contenterai de ces deux remarques. La première, que celui qui veut élever un enfant, ne commence pas par lui dire qu’il faut pratiquer la vertu ; car il n’en serait pas entendu ; mais il lui enseigne premièrement à être vrai, et puis à être tempérant, et puis courageux, etc. ; et enfin il lui apprend que la collection de toutes ces choses s’appelle vertu. La seconde, que c’est nous qui nous contentons de démontrer la théorie, mais les Perses enseignaient la pratique. Voyez mon Discours.

« Tous les reproches qu’on fait à la philosophie attaquent l’esprit humain… » J’en conviens. « Ou plutôt l’auteur de la nature, qui nous a faits tels que nous sommes. » S’il nous a faits philosophes, à quoi bon nous donner tant de peine pour le devenir ? « Les philosophes étaient des hommes ; ils se sont trompés ; doit-on s’en étonner ? » C’est quand ils ne se tromperont plus qu’il faudra s’en étonner. « Plaignons-les, profitons de leurs fautes, et corrigeons-nous. » Oui, corrigeons-nous, et ne philosophons plus. « Mille routes conduisent à l’erreur, une seule mène à la vérité… » Voilà précisément ce que je disais. « Faut-il être surpris qu’on se soit mépris si souvent sur celle-ci, et qu’elle ait été découverte si tard ? » Ah ! nous l’avons donc trouvée, à la fin.

« On nous oppose un jugement de Socrate, qui porta, non sur les savants, mais sur les sophistes, non sur les sciences, mais sur l’abus qu’on en peut faire. » Que peut demander de plus celui qui soutient que toutes nos sciences ne sont qu’abus, et tous nos savants que de vrais sophistes ? « Socrate était chef d’une secte qui enseignait à douter. » Je rabattrais bien de ma vénération pour Socrate si je croyais qu’il eût eu la sotte vanité de vouloir être chef de secte. « Et il censurait avec justice l’orgueil de ceux qui prétendaient tout savoir. » C’est-à-dire l’orgueil de tous les savants. « La vraie science est bien éloignée de cette affectation. » Il est vrai, mais c’est de la nôtre que je parle. « Socrate est ici témoin contre lui-même. » Ceci me paraît difficile à entendre. « Le plus savant des Grecs ne rougissait point de son ignorance. » Le plus savant des Grecs ne savait rien, de son propre aveu ; tirez la conclusion pour les autres. « Les sciences n’ont donc pas leurs sources dans nos vices. » Nos sciences ont donc leurs sources dans nos vices. « Elles ne sont donc pas toutes nées de l’orgueil humain. » J’ai déjà dit mon sentiment là-dessus. « Déclamation vaine, qui ne peut faire illusion qu’à des esprits prévenus. » Je ne sais point répondre à cela.

En parlant des bornes du luxe, on prétend qu’il ne faut pas raisonner sur cette matière du passé au présent. « Lorsque les hommes marchaient tout nus, celui qui s’avisa le premier de porter des sabots passa pour un voluptueux ; de siècle en siècle, on n’a cessé de crier à la corruption, sans comprendre ce qu’on voulait dire. »

Il est vrai que, jusqu’à ce temps, le luxe, quoique souvent en règne, avait du moins été regardé dans tous les âges comme la source funeste d’une infinité de maux. Il était réservé à M. Melon de publier le premier cette doctrine empoisonnée[68], dont la nouveauté lui a acquis plus de sectateurs que la solidité de ses raisons. Je ne crains point de combattre seul dans mon siècle ces maximes odieuses qui ne tendent qu’à détruire et avilir la vertu, et à faire des riches et des misérables, c’est-à-dire toujours des méchants.

On croit m’embarrasser beaucoup en me demandant à quel point il faut borner le luxe. Mon sentiment est qu’il n’en faut point du tout. Tout est source de mal au-delà du nécessaire physique. La nature ne nous donne que trop de besoins ; et c’est au moins une très haute imprudence de les multiplier sans nécessité, et de mettre ainsi son âme dans une plus grande dépendance. Ce n’est pas sans raison que Socrate, regardant l’étalage d’une boutique, se félicitait de n’avoir à faire de rien de tout cela. Il y a cent à parier contre un que le premier qui porta des sabots était un homme punissable, à moins qu’il n’eût mal aux pieds. Quant à nous, nous sommes trop obligés d’avoir des souliers, pour n’être pas dispensés d’avoir de la vertu.

J’ai déjà dit ailleurs que je ne proposais point de bouleverser la société actuelle, de brûler les bibliothèques et tous les livres, de détruire les collèges et les académies ; et je dois ajouter ici que je ne propose point non plus de réduire les hommes à se contenter du simple nécessaire. Je sens bien qu’il ne faut pas former le chimérique projet d’en faire d’honnêtes gens ; mais je me suis cru obligé de dire, sans déguisement, la vérité qu’on m’a demandée. J’ai vu le mal et tâché d’en trouver les causes ; d’autres, plus hardis ou plus insensés, pourront chercher le remède.

“The state of ignorance is a state of fear and need; in such a state, everything represents a danger to our fragility. Death looms over us; it is hidden in the very grass we step on. When one fears everything and needs everything, what more rational attitude could there be than to desire to know everything?” One only needs to consider the constant worries of doctors and anatomists regarding their own lives and health to realize whether knowledge truly serves to reassure us about these dangers. Since it always reveals far more about them than it provides means to protect ourselves against them, it is hardly surprising that such knowledge often only serves to increase our fears and make us more timid. Animals, however, live amidst all this in profound security, and yet they are not any less fortunate as a result. A calf does not need to study botany to learn how to sort its hay, and a wolf devours its prey without worrying about indigestion. In response to this, would anyone dare to side with instinct against reason? That is precisely what I am asking.

“It seems to us,” we are told, “that there are too many laborers, and that we fear a shortage of philosophers. I would ask in turn whether anyone fears that lucrative professions might lack people willing to practice them. Such views reveal a profound misunderstanding of the power of greed. From a very young age, everything around us prepares us for useful roles in society. And what prejudices must not be overcome, what courage is required merely to dare to be someone like Descartes, Newton, or Locke?”

Leibniz and Newton died surrounded by wealth and honor, and they deserved even more. Shall we say that it was out of moderation that they did not ascend to even greater heights? I know well the realm of greed; everything seems to lead us toward lucrative professions. That is why I say that everything actually distances us from useful endeavors. A Hebert, a Lafrenaye, a Dulac, a Martin—these people earn more money in a single day than all the farmers in a province could earn in a month. I could pose a rather peculiar question regarding the text I am currently working on: if one were to remove the first two lines and read the remainder alone, would it be possible to guess whether it comes from my writings or those of my opponents?

“Good books are the only defense for weak-minded people—that is, for three-quarters of humanity—against the contagious influence of bad examples.” First, scholars will never produce as many good books as they set poor examples. Second, there will always be more bad books than good ones. Third, the best guides that honest people can have are reason and conscience: “Paucis est opus litteris ad mentem bonam.” As for those whose minds are perverse or whose consciences are hardened, reading can never be of any benefit to them. Finally, for any person whatsoever, the only necessary books are those related to religion—the only books I have never condemned.

“People claim to make us regret the education of the Persians.” Note that it is Plato who makes this claim. I had thought I had secured a safeguard against the hostility of my opponents, but it seems that nothing can protect me from their animosity: They would rather harm one another than give me even the slightest advantage[67]. “This education, they say, was based on barbaric principles—because a teacher was assigned for the practice of each virtue, although virtue is in fact indivisible; because the goal was to inspire virtue, not to teach it theoretically; because the focus was on making its practice desirable, rather than merely explaining its theory.” There are so many things I could reply to! But it would be an insult to the reader to tell them all. I will content myself with these two observations. The first is that anyone who wants to educate a child should not begin by telling him that he must practice virtue—because such words would go unheeded. Instead, the teacher should first teach the child to be honest, then temperate, then courageous, and so on; and finally, explain to him that the combination of all these qualities is what we call virtue. The second observation is that while we merely focus on theoretical explanations, the Persians actually taught practical application of these virtues. See my Discourse for further details.

“Every criticism levelled at philosophy actually targets the human mind itself, ” I agree. “Or rather, it targets the Creator of nature who made us what we are.” If he created us as philosophers, then why go to such great lengths to become one? “Philosophers were merely human; they erred—should that surprise us?” Only when they no longer err will it be worthy of surprise. “Let us pity them, make use of their mistakes, and correct ourselves.” Yes, let us correct ourselves—and stop philosophizing altogether. “A thousand paths lead to error; only one leads to truth, ” That is precisely what I was saying. “Should it surprise us that people have so often misunderstood this truth, and that it has been discovered so late?” Ah! Finally, we have found it.

“We are confronted with a judgment of Socrates that was directed not at the scholars but at the sophists, not at the sciences themselves but at the abuse that can be made of them.” What more could one expect from someone who claims that all our sciences are nothing but abuses, and that all our scholars are nothing but true sophists? “Socrates was the leader of a sect that taught doubt.” I would certainly diminish my respect for Socrates if I believed he had the foolish vanity to want to be the leader of a sect. “And he rightly condemned the pride of those who claimed to know everything.” That is, the pride of all scholars. “True science is far removed from such pretense.” It is true, but I am referring here to our own science. “Socrates, in this regard, is a witness against himself.” This seems difficult to accept. “The most learned of the Greeks was not ashamed of his ignorance.” The most learned of the Greeks knew nothing, according to his own admission; draw your own conclusions about others. “Therefore, sciences do not originate from our vices.” In other words, our sciences indeed stem from our vices. “They are not all born of human pride.” I have already expressed my opinion on this matter. “Such empty declarations can deceive only those who are preconceived.” I cannot respond to that.

When it comes to the extremes of luxury, one claims that we should not apply past reasoning to present circumstances. “When people walked around completely naked, those who were the first to wear shoes were regarded as indulgent; century after century, people have continued to denounce such excesses without truly understanding what they meant by it.”

It is true that, up until then, although luxury was often prevalent, it was at least regarded in all ages as the source of countless evils. It was Mr. Melon who first published this poisonous doctrine[68]; its novelty won him more followers than the solidity of his arguments could have done. I am not afraid to fight alone in my century against these abhorrent principles, which seek only to destroy and degrade virtue, and to turn the rich into misers—in other words, into villains.

One might think that asking me to what extent luxury should be limited is putting me in an awkward position. In my opinion, it should not be limited at all. Anything beyond what is physically necessary is a source of harm. Nature gives us far too many desires; and it would be nothing short of extreme imprudence to multiply them needlessly, thereby placing our souls in even greater dependence on material things. It is not without reason that Socrates, upon seeing the goods displayed in a shop, was glad that he had no need for any of them. I would bet a hundred to one that the first person to wear boots must have been someone who needed such protection—unless he had some physical problem with his feet. As for us, since we are forced to wear shoes, it follows that we are also obliged to cultivate virtue.

I have already stated elsewhere that I do not propose to overthrow the current society, to burn libraries and all books, or to destroy colleges and academies; and I must add here that I also do not intend to reduce people to merely satisfying their basic necessities. I am well aware that it would be futile to attempt to turn them into decent people; but I felt compelled to speak unreservedly about the truth that was asked of me. I have seen the evil and tried to identify its causes; others, perhaps more daring or more foolish, may seek to find a remedy.

“Lo stato di ignoranza è uno stato di paura e di bisogno; in quel momento, tutto rappresenta un pericolo per la nostra fragilità. La morte rimbomba sopra le nostre teste; è nascosta nell’erba che calpestiamo sotto i piedi. Quando si teme tutto e si ha bisogno di tutto, quale atteggiamento potrebbe essere più ragionevole se non quello di voler conoscere tutto?” Basta considerare le continue preoccupazioni dei medici e degli anatomisti riguardo alla loro vita e alla loro salute per capire se la conoscenza serva davvero a rassicurarci sui pericoli che ci minacciano. Poiché essa ci rivela sempre molto di più su questi pericoli rispetto ai mezzi con cui potremmo proteggerci, non sorprende affatto che aumenti soltanto le nostre paure e ci renda più timidi. Gli animali, invece, vivono in mezzo a tutto questo con una profonda sicurezza, e non ne risentono affatto negativamente. Una pecora non ha bisogno di studiare la botanica per imparare a selezionare il proprio fieno, e il lupo divora la sua preda senza preoccuparsi delle possibili difficoltà digestive. Di fronte a questo, oserebbe qualcuno schierarsi dalla parte dell’istinto contro la ragione? È esattamente ciò che chiedo.

“Ci si dice che ci siano troppi contadini e che si tema di mancare di filosofi. A mia volta chiederò se si teme che le professioni redditizie non trovino persone disposte a esercitarle. Questo dimostra una profonda ignoranza dell’egemonia della cupidigia: fin da piccoli, tutte le circostanze ci portano verso quelle attività considerate utili. E quanti pregiudizi bisogna superare, quanta coraggio serve per osare essere semplicemente un Descartes, un Newton, un Locke, ”

Leibniz e Newton morirono ricchi di beni e onori, e ne meritavano ancora di più. Dovremmo dire che fu per moderazione se non raggiunsero posizioni ancora più elevate? Conosco abbastanza l’egemonia della cupidigia per sapere che tutto ci spinge verso le professioni redditizie; ecco perché dico che tutto ci allontana dalle professioni utili. Un Hebert, un Lafrenaye, un Dulac, un Martin guadagnano più denaro in un solo giorno di quanto tutti i contadini di una provincia possano guadagnare in un mese. Potrei proporre un problema piuttosto singolare riguardo al passaggio che sto attualmente studiando: si tratterebbe di eliminare le prime due righe e di leggere il testo isolatamente, per poi cercare di indovinare se sia tratto dalle mie opere o da quelle dei miei avversari.

“I buoni libri sono l’unica difesa degli spiriti deboli, cioè di tre quarti degli uomini, contro la contagiosità dell’esempio.” Primo, gli studiosi non scriveranno mai tanti buoni libri quante ne danno di cattivi. Secondo, ci saranno sempre più libri cattivi che buoni. Terzo, i migliori guida che le persone oneste possano avere sono la ragione e la coscienza: “Pochi sono gli scritti utili per una mente sana.” Quanto a coloro che hanno un pensiero distorto o una coscienza indurita, la lettura non può mai essergli di alcun aiuto. Infine, per qualsiasi persona, i soli libri necessari sono quelli religiosi: gli unici che io non abbia mai condannato.

“Si pretende di farci rimpiangere l’educazione dei Persiani. Notate che è Platone a sostenere questo.” Credevo di essermi protetto dall’autorità di questo filosofo, ma vedo che nulla può garantirmi dall’animosità dei miei avversari: preferiscono distruggersi a vicenda piuttosto che concedermi la minima tregua, e si fanno più male a se stessi che a me[67]. “Si dice che questa educazione fosse basata su principi barbari: si assegnava infatti un maestro per l’apprendimento di ciascuna virtù, anche se la virtù è in realtà indivisibile; si trattava di ispirare le persone, non di insegnar loro teoricamente; di farle amare la pratica della virtù, e non solo di spiegargliene la teoria, ” Quante cose avrei da rispondere. Ma non dovrei offrire al lettore l’offesa di dirgli tutto. Mi limiterò a queste due osservazioni: la prima è che chi vuole educare un bambino non dovrebbe cominciare dicendogli di praticare la virtù, poiché lui non ne capirebbe il significato; piuttosto, deve insegnargli innanzitutto ad essere sincero, poi moderato, poi coraggioso, ecc.; e infine fargli comprendere che l’insieme di tutte queste qualità si chiama virtù. La seconda osservazione è che noi ci limitiamo a spiegare la teoria, mentre i Persiani insegnavano effettivamente la pratica. Vedete il mio Discorso.

“Tutti i rimproveri rivolti alla filosofia colpiscono lo spirito umano, ” Lo ammetto. “O, meglio detto, colpiscono colui che ha creato la natura e ci ha fatti come siamo.” Se ci ha resi filosofi, a che scopo dovremmo sforzarci così tanto per diventarlo? “I filosofi erano uomini; si sono sbagliati. Dovremmo meravigliarcene?” Solo quando non si sbaglieranno più sarà il caso di meravigliarsi. “Piangiamoli, approfittiamo dei loro errori e correggiamoci.” Sì, correggiamoci, e smettiamola di filosofare. “Mille strade portano all’errore; una sola conduce alla verità, ” Ecco esattamente ciò che dicevo. “Dovremmo sorprenderci che si sia spesso sbagliato sulla verità, e che sia stata scoperta così tardi?” Ah. Alla fine, l’abbiamo trovata.

“Ci viene opposto un giudizio di Socrate che riguarda non i saggi, ma i sofisti; non le scienze, ma l’abuso che se ne può fare.” Cosa si può chiedere di più a chi sostiene che tutte le nostre scienze non siano altro che abusi, e tutti i nostri saggi veri sofisti? “Socrate era il capo di una setta che insegnava a dubitare.” Ridurrei molto la mia stima per Socrate se credessi che avesse avuto la sciocca vanità di voler essere il capo di una setta. “E condannava con giustizia l’orgoglio di coloro che pretendevano di sapere tutto.” Cioè l’orgoglio di tutti i saggi. “La vera scienza è ben lontana da tale affettazione.” È vero, ma parlo della nostra scienza. “Qui Socrate diventa testimone contro se stesso.” Questo mi sembra difficile da comprendere. “Il più sapiente dei Greci non si vergognava della sua ignoranza.” Il più sapiente dei Greci, secondo le sue stesse parole, non sapeva nulla; trarre la conclusione per gli altri, “Le scienze quindi non hanno origine nei nostri vizi.” Le nostre scienze hanno dunque origine nei nostri vizi. “Quindi non sono tutte nate dall’orgoglio umano.” Ho già espresso il mio parere in merito. “Una dichiarazione vana, che può ingannare solo menti prevenute.” Non so come rispondere a questo.

Quando si parla dei limiti del lusso, si sostiene che non sia opportuno ragionare su questa materia partendo dal passato per arrivare al presente. “Quando gli uomini camminavano nudi, colui che per primo iniziò a indossare stivali fu considerato un individuo lussurioso; di secolo in secolo, non si è mai smesso di denunciare questa pratica come corrotta, senza però comprendere veramente ciò che si intendeva con questo termine.”

È vero che, fino a quel momento, il lusso, sebbene spesso dominante, era comunque considerato in tutti i tempi la fonte funesta di innumerevoli mali. Fu soltanto il signor Melon ad essere il primo a diffondere questa dottrina velenosa[68]; la novità di tale concezione gli fece guadagnare più seguaci della solidità delle sue argomentazioni. Non temo affatto di combattere da solo, nel mio secolo, queste odiose massime che mirano unicamente a distruggere e umiliare la virtù, e a trasformare i ricchi in miseri, ovvero sempre in persone malvagie.

Si crede che chiedermi fino a che punto sia necessario limitare il lusso mi metta in imbarazzo; ma io penso che non sia affatto necessario farlo. Tutto ciò che va oltre le esigenze fisiche essenziali rappresenta una fonte di male. La natura ci dà già troppe necessità; e moltiplicarle senza motivo è senz’altro una grande imprudenza, poiché questo aumenta la nostra dipendenza dagli oggetti materiali. Non a caso Socrate, osservando le merci esposte in un negozio, si rallegrava di non dover fare nulla di tutto ciò. È quasi certo che la prima persona ad indossare degli stivali fosse una persona da punire, a meno che non avesse problemi ai piedi. Per quanto riguarda noi, se siamo costretti ad avere dei calzari, significa pur sempre che dobbiamo anche possedere la virtù necessaria per vivere in modo dignitoso.

Ho già detto in altre occasioni che non propongo di sovvertire la società attuale, di bruciare le biblioteche e tutti i libri, di distruggere gli istituti di istruzione; devo aggiungere anche che non intendo affatto ridurre gli esseri umani a una vita limitata al semplice necessario. So bene che non è possibile realizzare l’illusoria idea di trasformarli in persone oneste; tuttavia, mi sono sentito in dovere di dire, senza alcun velo, la verità che mi è stata chiesta. Ho visto il male e ho cercato di individuarne le cause; altri, più audaci o più folli, potranno provare a trovare una soluzione.

Je me lasse et je pose la plume pour ne la plus reprendre dans cette trop longue dispute. J’apprends qu’un très grand nombre d’auteurs[69] se sont exercés à me réfuter : je suis très fâché de ne pouvoir répondre à tous ; mais je crois avoir montré, par ceux que j’ai choisis[70] pour cela, que ce n’est pas la crainte qui me retient à l’égard des autres.

J’ai tâché d’élever un monument qui ne dût point à l’art sa force et sa solidité : la vérité seule, à qui je l’ai consacré, a droit de le rendre inébranlable ; et si je repousse encore une fois les coups qu’on lui porte, c’est plus pour m’honorer moi-même en la défendant, que pour lui prêter un secours dont elle n’a pas besoin.

Qu’il me soit permis de protester, en finissant, que le seul amour de l’humanité et de la vertu m’a fait rompre le silence, et que l’amertume de mes invectives contre les vices dont je suis le témoin ne naît que de la douleur qu’ils m’inspirent, et du désir ardent que j’aurais de voir les hommes plus heureux, et surtout plus dignes de l’être.

FIN de la RÉPONSE DE J.J. ROUSSEAU À M. BORDES

Table des matières du titre

Liste des œuvres philosophiques et politiques

Liste générale des titres

I am tired and put down my pen, determined not to pick it up again in this overly lengthy dispute. I learn that a very large number of authors have tried to refute my arguments; I am greatly disappointed that I cannot respond to all of them; but I believe that, through those I chose to address[70], I have shown that it is not fear that prevents me from engaging with the others.

I have tried to erect a monument that does not owe its strength and solidity to art itself—only truth, to which I have dedicated it, has the right to make it indestructible. And if I once again repel the attacks directed against it, it is more out of a desire to honor myself in defending it than because it truly needs such assistance.

Permit me to conclude by stating that it is only out of love for humanity and virtue that I have broken my silence; the bitterness of my condemnations of the vices I witness arises solely from the pain they cause me, as well as from my fervent desire to see mankind happier—and, above all, more worthy of being happy.

End of J.J. Rousseau’s response to Mr. Bordes.

Table of Contents for the title

List of philosophical and political works

General list of titles

Mi arrendo e poso la penna, deciso a non riprenderla più in questa lunga disputa. Scopro che un gran numero di autori si sono dedicati a confutare le mie argomentazioni; mi dispiace molto di non poter rispondere a tutti, ma credo di aver dimostrato, attraverso quelli che ho scelto per farlo[70], che non è la paura a trattenermi dal rispondere agli altri.

Ho cercato di erigere un monumento il cui valore e la cui solidità non derivassero dall’arte: solo la verità, a cui l’ho dedicato, ha il diritto di renderlo indebolibile; e se respingo ancora una volta gli attacchi che vi vengono rivolti, è più per onorare me stesso difendendolo, che per fornirgli un aiuto di cui non ha bisogno.

Permettetemi di protestare: è solo l’amore per l’umanità e la virtù che mi ha spinto a rompere il silenzio; l’amarezza delle mie invettive contro i vizi di cui sono testimone deriva soltanto dal dolore che questi mi causano, nonché dal desiderio ardente che ho di vedere gli uomini più felici e, soprattutto, più degni di esserlo.

Fine della risposta di J.-J. Rousseau a Monsieur Bordes

Indice dei contenuti del titolo

Elenco delle opere filosofiche e politiche

Elenco generale dei titoli