Rousseau

Abstract

The Dialogues: a work in dialogue form between ‘Rousseau’ and ‘a Frenchman’ on the judgment to be passed on ‘Jean-Jacques’, in which the author, convinced he is the victim of a universal conspiracy, desperately tries to demonstrate to himself and to an imagined reader the natural goodness of his own character, despite the persecutions he has suffered.

Connections

Assi: Natura umana
Posizioni: bontà naturale
Concetti: amor proprio
Forme: dialogo
Scuole: illuminismo

Testo originale francese · Arvensa Editions · pubblico dominio

J’ai souvent dit que, si l’on m’eut donné d’un autre homme les idées qu’on a données de moi à mes contemporains, je ne me serais pas conduit avec lui comme ils font avec moi. Cette assertion a laissé tout le monde fort indifférent sur ce point, et je n’ai vu chez personne la moindre curiosité de savoir en quoi ma conduite eût différé de celle des autres, et qu’elles eussent été mes raisons. J’ai conclu de là que le public, parfaitement sûr de l’impossibilité d’en user plus justement ni plus honnêtement qu’il ne fait à mon égard, l’était par conséquent que, dans ma supposition, j’aurais eu tort de ne pas l’imiter. J’ai cru même apercevoir dans sa confiance une hauteur dédaigneuse qui ne pouvait venir que d’une grande opinion de la vertu de ses guides et de la sienne dans cette affaire. Tout cela, couvert pourquoi d’un mystère impénétrable, ne pouvant s’accorder avec mes raisons, m’a engagé à les dire, pour les soumettre aux réponses de quiconque aurait la charité de me détromper ; car mon erreur, si elle existe, n’est pas ici sans conséquence : elle me force à mal penser de tous ceux qui m’entourent ; et, comme rien n’est plus éloigné de ma volonté que d’être injuste et ingrat envers eux, ceux qui me désabuseraient, en me ramenant à de meilleurs jugements, substitueraient dans mon cœur la gratitude à l’indignation, et me rendraient sensible et reconnaissant en me montrant mon devoir à l’être. Ce n’est pas là cependant le seul motif qui m’ait mis la plume à la main : un autre encore, plus fort et non moins légitime, se fera sentir dans cet écrit. Mais je proteste qu’il n’entre plus dans ces motifs l’espoir ni presque le désir d’obtenir enfin de ceux qui m’ont jugé la justice qu’ils me refusent, et qu’ils sont bien déterminés à me refuser toujours.

En voulant exécuter cette entreprise, je me suis vu dans un bien singulier embarras : ce n’était pas de trouver des raisons en faveur de mon sentiment, c’était d’en imaginer de contraires ; c’était d’établir sur quelque apparence d’équité des procédés où je n’en apercevais aucune. Voyant cependant tout Paris, toute la France, toute l’Europe, se conduire à mon égard avec la plus grande confiance sur des maximes si nouvelles, si peu concevables pour moi, je ne pouvais supposer que cet accord unanime n’eût aucun fondement raisonnable, ou du moins apparent, et que toute une génération s’accordât à vouloir éteindre à plaisir tontes les lumières naturelles, violer toutes les lois de la justice, toutes les règles du bon sens, sans objet, sans profit, sans prétexte, uniquement pour satisfaire une fantaisie dont je ne pouvais pas même apercevoir le but et l’occasion. Le silence profond, universel, non moins inconcevable que le mystère qu’il couvre, mystère que depuis quinze ans 011 me cache avec un soin que je m’abstiens de qualifier, et avec un succès qui tient du prodige ; ce silence effrayant et terrible ne m’a pas laissé saisir la moindre idée qui put m’éclairer sur ces étranges dispositions. Livré pour toute lumière à mes conjectures, je n’en ai su former aucune qui pût expliquer ce qui m’arrive, de manière à pouvoir croire avoir démêlé la vérité. Quand de forts indices m’ont fait penser quelquefois avoir découvert avec le fond de l’intrigue son objet et ses auteurs, les absurdités sans nombre que j’ai vues naître de ces suppositions m’ont bientôt contraint de les abandonner, et toutes celles que mon imagination s’est tourmentée à leur substituer n’ont pas mieux soutenu le moindre examen.

Cependant, pour ne pas combattre une chimère, pour ne pas outrager toute une génération, il fallait bien supposer des raisons dans le parti approuvé et suivi partout le monde. Je n’ai rien épargné pour en chercher, pour en imaginer de propres à séduire la multitude ; et, si je n’ai rien trouvé qui dût avoir produit cet effet, le ciel m’est témoin que ce n’est faute ni de volonté ni d’efforts, et que j’ai rassemblé soigneusement toutes les idées que mon entendement m’a pu fournir pour cela. Tous mes soins n’aboutissant à rien qui pût me satisfaire, j’ai pris le seul parti qui me restait à prendre pour m’expliquer : c’était, ne pouvant raisonner sur des motifs particuliers qui m’étaient inconnus et incompréhensibles, de raisonner sur une hypothèse générale qui pût tous les rassembler : c’était, entre toutes les suppositions possibles, de choisir la pire pour moi, la meilleure pour mes adversaires ; et, dans cette position, ajustée, autant qu’il m’était possible, aux manœuvres dont je me suis vu l’objet, aux allures que j’ai entrevues, aux propos mystérieux que j’ai pu saisir çà et là, d’examiner quelle conduite de leur part eût été la plus raisonnable et la plus juste. Épuiser tout ce qui se pouvait dire en leur faveur était le seul moyen que j’eusse de trouver ce qu’ils disent en effet, et c’est ce que j’ai tâché de faire, en mettant de leur côté tout ce que j’y ai pu mettre de motifs plausibles et d’arguments spécieux, et cumulant contre moi toutes les charges imaginables. Malgré tout cela, j’ai souvent rougi, je l’avoue, des raisons que j’étais forcé de leur prêter. Si j’en avais trouvé de meilleures, je les aurais employées de tout mon cœur et de toute nui force, et cela avec d’autant moins de peine, qu’il me paraît certain qu’aucune n’aurait pu tenir contre mes réponses ; parce que celles-ci dérivent immédiatement des premiers principes de la justice, des premiers éléments du bon sens, et qu’elles sont applicables à tous les cas possibles d’une situation pareille à celle où je suis.

La forme du dialogue m’ayant paru la plus propre à discuter le pour et le contre, je l’ai choisie pour cette raison. J’ai pris la liberté de reprendre dans ces entretiens mon nom de famille que le public a jugé à propos de m’ôter, et je me suis désigné en tiers, à son exemple, par celui de baptême, auquel il lui a plu de me réduire. En prenant un Français pour mou autre interlocuteur, je n’ai rien fait que d’honnête et d’obligeant pour le nom qu’il porte, puisque je me suis abstenu de le rendre complice d’une conduite que je désapprouve, et je n’aurais rien fait d’injuste eu lui donnant ici le personnage que toute sa nation s’empresse de faire à mon égard. J’ai même eu l’attention de le ramener à des sentiments plus raisonnables que je n’en ai trouvé dans aucun de ses compatriotes ; et celui que j’ai mis en scène est tel, qu’il serait aussi heureux pour moi qu’honorable à son pays qu’il s’y en trouvât beaucoup qui l’imitassent. Que si quelquefois je l’engage à des raisonnements absurdes, je proteste derechef, eu sincérité de cœur, que c’est toujours malgré moi ; et je crois pouvoir délier toute la France d’en trouver de plus solides pour autoriser les singulières pratiques dont je suis l’objet, et dont elle paraît se glorifier si fort.

Ce que j’avais à dire était si clair, et j’en étais si pénétré, que je ne puis assez m’étonner des longueurs, des redites, du verbiage et du désordre de cet écrit. Ce qui l’eût rendu vif et véhément sous la plume d’un autre, est précisément ce qui l’a rendu tiède et languissant sous la mienne. C’était de moi qu’il s’agissait, et je n’ai plus trouvé pour mon propre intérêt ce zèle et cette vigueur de courage qui ne peut exalter une âme généreuse que pour la cause d’autrui. Le rôle humiliant de ma propre défense est trop au-dessous de moi, trop peu digne des sentiments qui m’animent, pour que j’aime à m’en charger : ce n’est pas non plus, on le sentira bientôt, celui que j’ai voulu remplir ici ; mais je ne pouvais examiner la conduite du public à mon égard sans me contempler moi-même dans la position du monde la plus déplorable et la plus cruelle. Il fallait m’occuper d’idées tristes et déchirantes, de souvenirs amers et révoltants, de sentiments les moins faits pour mon cœur ; et c’est en cet état de douleur et de détresse qu’il a fallu me remettre chaque fois que quelque nouvel outrage, forçant ma répugnance, m’a fait faire un nouvel effort pour reprendre cet écrit si souvent abandonné. Ne pouvant souffrir la continuité d’une occupation si douloureuse, je ne m’y suis livré que durant des moments très courts, écrivant chaque idée quand elle me venait, et m’en tenant là ; écrivant dix fois la même quand elle m’est venue dix fois, sans me rappeler jamais ce que j’avais précédemment écrit, et ne m’en apercevant qu’à la lecture du tout, trop tard pour pouvoir rien corriger, comme je le dirai tout-à-l’heure. La colère anime quelquefois le talent, mais le dégoût et le serrement de coeur l’étouffent ; et l’on sentira mieux, après m’avoir lu, que c’était là les dispositions constantes où j’ai dû me trouver durant ce pénible travail.

I have often said that if someone had given me the same ideas about myself as those my contemporaries have, I would not have behaved towards them in the way they behave towards me. This assertion left everyone utterly indifferent on the matter; no one showed the slightest interest in knowing how my behavior would have differed from theirs or what my reasons might have been. From this, I concluded that the public, being perfectly convinced that it could not act more justly or honestly towards me than it already does, must also believe that, in my hypothetical situation, I would be wrong if I did not imitate its behavior. I even felt that its confidence stemmed from a profound respect for the virtue of those who guided it and for its own virtue in this matter. All this, however, was shrouded in an impenetrable mystery; since it could not be reconciled with my own reasons, I decided to express them, in order to subject them to the judgment of anyone willing to set me straight—for if my mistake truly existed, it carried serious consequences: it would force me to hold those around me in poor regard. And since nothing is further from my intention than to be unjust or ungrateful towards them, those who could correct me by leading me to better judgments would replace indignation in my heart with gratitude and make me aware of my duty to be so. Yet this is not the only reason that prompted me to write; another, even stronger and equally legitimate one, will become apparent throughout these pages. But I swear that in these considerations, there is no trace of the hope—or even the desire—to finally obtain from those who have judged me the justice that they refuse me, nor any intention of persisting in their refusal.

In attempting to carry out this enterprise, I found myself in a most peculiar dilemma: it was not a matter of finding reasons to support my own views, but rather of inventing contrary ones; it was about establishing procedures that appeared fair on the surface, yet contained no such fairness at all. However, seeing how entire Paris, France, and even Europe acted towards me with utmost confidence, based on principles so novel and utterly incomprehensible to me, I could not assume that such universal agreement had no reasonable—or at least apparent—basis. It was impossible to believe that an entire generation would willingly seek to extinguish all natural light, to violate every law of justice and every rule of common sense, for no purpose, no gain, without any pretext, merely to satisfy some fantasy whose goal and motive I could not even fathom. The profound, universal silence surrounding this—just as inconceivable as the mystery it concealed—a silence that had been carefully maintained over the past fifteen years, with a success that bordered on the miraculous—this terrifying silence left me utterly unable to grasp any clue that might shed light on these strange developments. Left to my own conjectures in the absence of any real understanding, I was unable to form any theory that could explain what was happening, or that would allow me to believe I had uncovered the truth. When strong indications sometimes led me to think I had deciphered the purpose and authors behind this intrigue, the countless absurdities that resulted from those assumptions soon forced me to abandon them. And all the other theories my imagination came up with could not withstand even the simplest scrutiny.

However, in order not to fight against a chimera, in order not to offend an entire generation, it was necessary to assume that there must be reasons behind the views that were universally approved and followed. I spared no effort in searching for these reasons, in imagining those that might persuade the masses; and if I found nothing that could achieve such an effect, heaven is my witness that this was neither due to a lack of will nor effort on my part, but rather because I carefully gathered all the ideas that my understanding could provide me with. Since none of these efforts led me to anything satisfactory, I resorted to the only option left: since I could not reason based on specific motives that were unknown and incomprehensible to me, I decided to reason on the basis of a general hypothesis that might encompass all of them. Among all possible assumptions, I chose the one that would be the worst for me but the best for my opponents; and in this position, as accurately as possible given the maneuvers they employed against me, the clues I could gather, and the mysterious statements I overheard here and there, I examined what course of action on their part would be the most reasonable and just. To exhaust everything that could be said in their favor was the only way for me to discover what they actually said; and this is precisely what I tried to do, presenting all the plausible reasons and specific arguments on their side, while accumulating against myself every imaginable charge. Nevertheless, I must admit that often I felt ashamed of the reasons I was forced to attribute to them. If I had found better ones, I would have used them with all my heart and without hesitation—for it seems certain that none of them could have stood up against my responses; for they are directly derived from the fundamental principles of justice and common sense, and they are applicable to every possible scenario similar to the one I found myself in.

Since the form of dialogue seemed to me the most suitable for discussing pros and cons, I chose it for that reason. I took the liberty of using my surname again in these conversations—since the public had deemed it appropriate to remove it from me—I and referred to myself, following their example, by my baptismal name, which they had chosen to assign to me. By choosing a Frenchman as my interlocutor, I did nothing but honor and respect the name he bore; I refrained from making him complicit in conduct that I disapproved of. Moreover, in giving him the role that entire France seems so eager to attribute to me, I acted neither unjustly nor improperly. I even went to the lengths of guiding him toward more rational sentiments than any of his countrymen seemed to possess; and the character I portrayed would bring both happiness to me and honor to his nation, were there many like him to follow his example. Should I occasionally lead him into absurd reasoning, I protest once again, from the bottom of my heart, that such things always happen against my will. And I believe I can prove to France that it possesses far sounder principles to justify the peculiar practices to which I am subjected—and of which it seems so proud.

What I had to say was so clear, and I was so immersed in it, that I cannot help but be astonished by the length, redundancy, verbiage, and disorder of this writing. What would have made it lively and forceful if written by another person has precisely made it dull and lacking in vigor when penned by me. It dealt with matters concerning myself, and I was unable to muster that zeal and courage that can only be inspired by the cause of others for my own benefit. The humiliating task of defending myself is too beneath me, too unworthy of the sentiments that move me, to desire undertaking it. Moreover, it was certainly not the role I intended to play here; yet, when examining the public’s attitude toward me, I could not help but see myself in the most deplorable and cruel position imaginable. I was forced to deal with sad and distressing ideas, bitter and revolting memories, and sentiments far from suited to my nature. And it was in such a state of pain and suffering that I had to continue this work each time a new insult compelled me to make another attempt at completing it—though I often abandoned it altogether. Unable to endure the persistence of such a painful endeavor, I only devoted very brief periods to it, writing down each thought as it occurred without ever reviewing what I had written before, and only realizing my mistakes upon reading the entire text—too late to make any corrections. Anger may sometimes inspire talent, but disgust and the tightness of the heart suffocate it; and after reading what I have written, one will understand better than ever how constant such feelings must have been throughout this arduous task.

Ho spesso detto che, se a un altro uomo fossero state date le stesse idee che i miei contemporanei hanno di me, non mi sarei comportato con lui come loro si comportano con me. Questa affermazione non ha suscitato alcun interesse da parte di nessuno; nessuno ha mostrato il minimo desiderio di sapere in cosa il mio comportamento potesse differire da quello degli altri, né quali fossero le mie ragioni. Ne ho dedotto che il pubblico, essendo assolutamente convinto dell’impossibilità che io mi comporti in modo più giusto o onesto nei suoi confronti di quanto non faccia già, era quindi anche convinto che, nella mia ipotesi, avrei commesso un errore se non lo avessi imitato. Ho persino creduto di percepire nella sua fiducia una sorta di disprezzo derivante da una grande stima della virtù dei suoi guide e della propria in questa questione. Tutto ciò, avvolto in un mistero inscrutabile e incompatibile con le mie ragioni, mi ha spinto a esporle, affinché venissero messe alla prova dalle risposte di chiunque fosse disposto ad aiutarmi a correggermi; poiché il mio errore, se esiste, non è privo di conseguenze: mi costringe infatti a pensare male di tutti coloro che mi circondano. E poiché nulla è più lontano dalla mia volontà che essere ingiusto o ingrato nei loro confronti, coloro che mi dissuadessero, facendomi cambiare opinione, sostituirebbero nel mio cuore l’indignazione con la gratitudine e mi farebbero comprendere e apprezzare il mio dovere verso di loro. Tuttavia, questo non è l’unico motivo che mi ha spinto a scrivere: un altro motivo, ancora più forte e altrettanto legittimo, si farà sentire in queste pagine. Ma protesto che in questi motivi non entri alcuna speranza, né quasi alcun desiderio di ottenere finalmente da coloro che mi hanno giudicato la giustizia che mi rifiutano, e che siano ben decisi a continuare a rifiutarla.

Nel tentativo di portare a termine questa impresa, mi sono trovato in una situazione davvero singolare: non si trattava di trovare ragioni a sostegno delle mie convinzioni, ma di inventarne di contrarie; non si trattava di basare dei procedimenti su alcuna apparenza di equità, quando in realtà non ne percepivo affatto. Tuttavia, vedendo l’intera Parigi, tutta la Francia, tutta Europa comportarsi nei miei confronti con la massima fiducia, seguendo principi così nuovi e difficili da comprendere per me, non potevo credere che tale consenso unanime non avesse alcun fondamento razionale, o almeno apparente. Non potevo pensare che intere generazioni si accordassero volontariamente per soffocare tutte le “luci naturali”, violare tutte le leggi della giustizia e tutte le regole del buon senso, senza alcun motivo, senza alcun beneficio, senza alcun pretesto, semplicemente per soddisfare una fantasia la cui finalità e l’occasione mi erano completamente oscure. Il silenzio profondo e universale, altrettanto incomprensibile del mistero che cela, un mistero che da quindici anni mi viene nascosto con un impegno che preferisco non definire, e con un successo che sembra quasi prodigioso. Questo silenzio spaventoso e terribile non mi ha permesso di ottenere alcuna informazione che potesse aiutarmi a comprendere queste strane disposizioni. Abbandonato a mie sole congetture, non sono riuscito a formulare nessuna teoria in grado di spiegare ciò che mi accadeva, né di convincermi di aver scoperto la verità. Quando alcuni indizi mi facevano pensare di aver individuato l’obiettivo e gli autori di questa intrigha, le infinite assurdità che ne derivavano mi costringevano subito ad abbandonare quelle ipotesi; e tutte quelle altre che la mia immaginazione si sforzava di formulare non reggevano affatto a un esame attento.

Tuttavia, per non combattere contro una chimera, per non offendere un’intera generazione, era necessario supporre che ci fossero delle ragioni valide nel partito approvato e seguito da tutti. Non ho risparmiato nulla nel cercarle, nell’immaginare quelle capaci di convincere la moltitudine; e se non ne ho trovata nessuna che potesse produrre l’effetto desiderato, il cielo mi è testimone che ciò non è dovuto né a mancanza di volontà né di sforzi, e che ho raccolto con cura tutte le idee che la mia intelligenza mi ha potuto fornire al riguardo. Poiché tutti i miei sforzi non hanno portato a nulla che potesse soddisfarmi, ho dovuto adottare l’unica soluzione rimasta: poiché non potevo ragionare su motivi specifici che mi erano sconosciuti e incomprensibili, ho deciso di basarmi su un’ipotesi generale in grado di spiegare tutto; cioè, tra tutte le supposizioni possibili, ho scelto quella peggiore per me e la migliore per i miei avversari. In questa posizione, nel modo più appropriato possibile alle manovre che mi venivano rivolte, alle intenzioni che riuscivo a intravedere, ai discorsi misteriosi che potevo captare, ho cercato di analizzare quale comportamento da parte loro sarebbe stato il più ragionevole e giusto. Esercitare tutte le argomentazioni possibili a loro favore era l’unico modo per scoprire ciò che in realtà dicevano; ed è proprio questo che ho cercato di fare, presentando da loro parte tutti i motivi plausibili e gli argomenti specifici che mi venivano in mente, mentre accumulavo contro di me tutte le accuse possibili. Nonostante tutto ciò, devo ammettere che spesso mi sono vergognato delle ragioni che ero costretto ad attribuire loro. Se ne avessi trovate di migliori, le avrei utilizzate con tutto il cuore e con tutte le mie forze; e questo senza alcuna difficoltà, poiché sono certo che nessuna di esse avrebbe potuto resistere alle mie risposte: queste infatti derivano direttamente dai primi principi della giustizia, dagli elementi fondamentali del buon senso, e sono applicabili a tutti i casi possibili di una situazione simile alla mia.

La forma del dialogo mi è sembrata la più adatta per discutere i pro e i contro; per questo motivo l’ho scelta. Mi sono permesso di riprendere in questi colloqui il mio cognome, che il pubblico aveva ritenuto appropriato da togliermi, e mi sono designato, seguendo il suo esempio, con il nome battesimale, a cui lui stesso ha voluto ridurmi. Nel prendere un francese come mio interlocutore, non ho fatto altro che rispettare onestamente il nome che porta; mi sono infatti astenuto dal renderlo complice di comportamenti che disapprovo. Non avrei mai fatto nulla di ingiusto, dando a lui qui il ruolo che tutta la sua nazione si affretta ad attribuirmi. Ho persino avuto cura di far sì che i suoi sentimenti fossero più razionali di quelli che ho trovato in nessuno dei suoi connazionali; il personaggio che ho messo in scena è tale da rendere felice me e onorevole il suo paese, se solo molti dei suoi cittadini lo imitassero. E se talvolta lo induco a ragionamenti assurdi, protesto immediatamente, con sincera sincerità, che ciò avviene sempre contro la mia volontà; credo di poter così scagionare l’intera Francia da qualsiasi responsabilità riguardo alle strane pratiche di cui sono oggetto e di cui sembra tanto andare fiera.

Quello che avevo da dire era così chiaro, e ne ero così convinto, che non posso fare a meno di meravigliarmi delle lunghezze, delle ripetizioni, del verboso e del disordine di questo scritto. Quello che avrebbe potuto renderlo vivido e appassionato se fosse stato scritto da un altro, è proprio ciò che lo ha reso freddo e insipido nelle mie mani. Si trattava di me stesso, e non sono più riuscito a trovare, per il mio stesso interesse, quell’entusiasmo e quella forza di coraggio che possono esaltare un’anima generosa solo per la causa altrui. Il ruolo umiliante della mia difesa è troppo inferiore a me, troppo indegno dei sentimenti che mi animano, per farmi desiderare di assumermelo; inoltre, non era certo quello che volevo svolgere in questo scritto. Tuttavia, non potevo fare a meno di riflettere sul comportamento del pubblico nei miei confronti senza ritrovarmi io stesso nella posizione più tragica e crudele possibile. Dovevo occuparmi di idee tristi e dolorose, di ricordi amari e rivoltanti, di sentimenti assolutamente incompatibili con il mio carattere. E è in questo stato di dolore e disperazione che ho dovuto continuare a lavorare, ogni volta che un nuovo oltraggio mi costringeva ad affrontare ancora una volta quell’impresa così ardua. Non potendo sopportare la continuità di un compito così penoso, l’ho svolto soltanto per brevi momenti: scrivevo ogni idea non appena mi veniva in mente, senza mai ripensare a ciò che avevo già scritto. E solo alla fine, troppo tardi per apportare correzioni, mi rendevo conto dei errori commessi. A volte la rabbia può stimolare il talento, ma il disgusto e il dolore soffocano ogni ispirazione. E dopo aver letto questo scritto, si capirà meglio quanto fossero difficili le condizioni in cui ho dovuto lavorare.

Une autre difficulté me l’a rendu fatigant : c’était, forcé de parler de moi sans cesse, d’en parler avec justice et vérité, sans louange et sans dépression. Cela n’est pas difficile à un homme à qui le public rend l’honneur qui lui est dû : il est par là dispensé d’en prendre le soin lui-même. Il peut également et se taire sans s’avilir, et s’attribuer avec franchise les qualités que tout le monde reconnaît en lui. Mais celui qui se sent digne d’honneur et d’estime, et que le public défigure et diffame à plaisir, de quel ton se rendra-t-il seul la justice qui lui est due ? Doit-il se parler de lui-même avec des éloges mérités, mais généralement démentis ? Doit-il se vanter des qualités qu’il sent en lui, mais que tout le monde refuse d’y voir ? Il y aurait moins d’orgueil que de bassesse à prostituer ainsi la vérité. Se louer alors, même avec la plus rigoureuse justice, serait plutôt se dégrader que s’honorer ; et ce serait bien mal connaître les hommes que de croire les ramener d’une erreur dans laquelle ils se complaisent, par de telles protestations. Un silence fier et dédaigneux est en pareil cas plus à sa place, et eût été bien plus de mon goût, mais il n’aurait pas rempli mon objet ; et, pour le remplir, il fallait nécessairement que je disse de quel œil, si j’étais un autre, je verrais un homme tel que je suis. J’ai tâché de m’acquitter équitablement et impartialement d’un si difficile devoir, sans insulter à l’incroyable aveuglement du public, sans me vanter fièrement des vertus qu’il me refuse, sans m’accuser non plus des vices que je n’ai pas, et dont il lui plaît de me charger, mais en expliquant simplement ce que j’aurais déduit d’une constitution semblable à la mienne, étudiée avec soin dans un autre homme. Que si l’on trouve dans mes descriptions de la retenue et de la modération, qu’on n’aille pas m’en faire un mérite. Je déclare qu’il ne m’a manqué qu’un peu plus de modestie pour parler de moi beaucoup plus honorablement.

Voyant l’excessive longueur de ces Dialogues, j’ai tenté plusieurs fois de les élaguer, d’en ôter les fréquentes répétitions, d’y mettre un peu d’ordre et de suite ; jamais je n’ai pu soutenir ce nouveau tourment : le vif sentiment de mes malheurs, ranimé par cette lecture, étouffe toute l’attention qu’elle exige. Il m’est impossible de rien retenir, de rapprocher deux phrases, et de comparer deux idées. Tandis que je force mes yeux à suivre les lignes, mon cœur serré gémit et soupire. Après de fréquents et vains efforts, je renonce à ce travail, dont je me sens incapable ; et, faute de pouvoir faire mieux, je me borne à transcrire ces informes essais, que je suis hors d’état de corriger. Si, tels qu’ils sont, l’entreprise en était encore à faire, je ne la ferais pas, quand tous les biens de l’univers y seraient attachés ; je suis même forcé d’abandonner des multitudes d’idées meilleures et mieux rendues que ce qui tient ici leur place, et que j’avais jetées sur des papiers détachés dans l’espoir de les encadrer aisément ; mais l’abattement m’a gagné au point de me rendre même impossible ce léger travail. Après tout, j’ai dit à peu près ce que j’avais à dire : il est noyé dans un chaos de désordre et de redites, mais il y est ; les bons esprits sauront l’y trouver. Quant à ceux qui ne veulent qu’une lecture agréable et rapide, ceux qui n’ont cherché, qui n’ont trouvé que cela dans mes Confessions, ceux qui ne peuvent souffrir un peu de fatigue, ni soutenir une attention suivie pour l’intérêt de la justice et de la vérité, ils feront bien de s’épargner l’ennui de cette lecture ; ce n’est pas à eux que j’ai voulu parler ; et, loin de chercher à leur plaire, j’éviterai du moins cette dernière indignité, que le tableau des misères de ma vie soit pour personne un objet d’amusement.

Que deviendra cet écrit ? Quel usage en pourrai-je faire ? Je l’ignore, et cette incertitude a beaucoup augmenté le découragement qui ne m’a point quitté en y travaillant. Ceux qui disposent de moi en ont eu connaissance aussitôt qu’il a été commencé, et je ne vois dans ma situation aucun moyen possible d’empêcher qu’il ne tombe entre leurs mains tôt ou tard[373]. Ainsi, selon le cours naturel des choses, toute la peine que j’ai prise est à pure perte. Je ne sais quel parti le ciel me suggérera, mais j’espèrerai jusqu’à la fin qu’il n’abandonnera point la cause juste. Dans quelques mains qu’il fasse tomber ces feuilles, si parmi ceux qui les liront peut-être il est encore un cœur d’homme, cela me suffit, et je ne mépriserai jamais assez l’espèce humaine pour ne trouver dans cette idée aucun sujet de confiance et d’espoir.

Premier Dialogue

Du système de conduite envers Jean-Jacques, adopté par l’Administration, avec l’approbation du public.

ROUSSEAU. — Quelles incroyables choses je viens d’apprendre ! Je n’en reviens pas : non, je n’en reviendrai jamais. Juste ciel ! quel abominable homme ! qu’il m’a fait de mal ! que je le vais détester !

UN FRANÇAIS. — Et notez bien que c’est ce même homme dont les pompeuses productions vous ont si charmé, si ravi, par les beaux préceptes de vertu qu’il y étale avec tant de faste.

ROUSSEAU. — Dites, de force. Soyons justes, même avec les méchants. Le faste n’excite tout au plus qu’une admiration froide et stérile, et sûrement ne me charmera jamais. Des écrits qui élèvent l’âme et enflamment le cœur méritent un autre mot.

LE FRANÇAIS. — Faste ou force, qu’importe le mot si l’idée est toujours la même, si ce sublime jargon tiré par l’hypocrisie d’une tête exaltée n’en est pas moins dicté par une âme de boue ?

ROUSSEAU. — Ce choix du mot me paraît moins indifférent qu’à vous. Il change pour moi beaucoup les idées ; et, s’il n’y avait que du faste et du jargon dans les écrits de l’auteur que vous m’avez peint, il m’inspirerait moins d’horreur. Tel homme pervers s’endurcit à la sécheresse des sermons et des prônes, qui rentrerait peut-être en lui-même et deviendrait honnête homme si l’on savait chercher et ranimer dans son cœur ces sentiments de droiture et d’humanité que la nature y mit en réserve et que les passions étouffent. Mais celui qui peut contempler de sang-froid la vertu dans toute sa beauté, celui qui sait la peindre avec ses charmes les plus touchants sans en être ému, sans se sentir épris d’aucun amour pour elle, un tel être, s’il peut exister, est un méchant sans ressource ; c’est un cadavre moral.

LE FRANÇAIS. — Comment ! s’il peut exister ? Sur l’effet qu’ont produit en vous les écrits de ce misérable, qu’entendez-vous par ce doute, après les entretiens que nous venons d’avoir ? Expliquez-vous.

ROUSSEAU. — Je m’expliquerai : mais ce sera prendre le soin le plus inutile ou le plus superflu ; car tout ce que je vous dirai ne saurait être entendu que par ceux à qui l’on n’a pas besoin de le dire.

Figurez-vous donc un monde idéal semblable au nôtre, et néanmoins tout différent. La nature y est la même que sur notre terre, mais l’économie en est plus sensible, l’ordre en est plus marqué, le spectacle plus admirable, les formes sont plus élégantes, les couleurs plus vives, les odeurs plus suaves, tous les objets plus intéressants. Toute la nature y est si belle, que sa contemplation, enflammant les âmes d’amour pour un si touchant tableau, leur inspire, avec le désir de concourir à ce beau système, la crainte d’en troubler l’harmonie ; et de là naît une exquise sensibilité qui donne à ceux qui en sont doués des jouissances immédiates, inconnues aux cœurs que les mêmes contemplations n’ont point avivés.

Les passions y sont, comme ici, le mobile de toute action ; mais plus vives, plus ardentes, ou seulement plus simples et plus pures ; elles prennent par cela seul un caractère tout différent. Tous les premiers mouvements de la nature sont bons et droits. Ils tendent le plus directement qu’il est possible à notre conservation et à notre bonheur ; mais bientôt, manquant de force pour suivre à travers tant de résistance leur première direction, ils se laissent défléchir par mille obstacles qui, les détournant du vrai but, leur font prendre des routes obliques où l’homme oublie sa première destination. L’erreur du jugement, la force des préjugés, aident beaucoup à nous faire prendre ainsi le change ; mais cet effet vient principalement de la faiblesse de l’âme, qui, suivant mollement l’impulsion de la nature, se détourne au choc d’un obstacle, comme une boule prend l’angle de réflexion ; au lieu que celle qui suit plus vigoureusement sa course ne se détourne point ; mais, comme un boulet de canon, force l’obstacle, ou s’amortit et tombe à sa rencontre.

Another difficulty made it a weary task for me: namely, the necessity of constantly speaking about myself, and doing so with fairness and truth—without praise or exaggeration. This is not difficult for a man to whom the public pays the honor due him; in such cases, he is exempted from having to take care of this himself. He can also remain silent without humiliating himself, and frankly acknowledge those qualities that everyone recognizes in him. But for someone who feels worthy of honor and respect, yet who is constantly degraded and slandered by the public at will—what tone should he use to render himself the justice he deserves? Should he speak about himself with deserved praise, which is often denied to him? Should he boast about qualities that he feels he possesses, but which everyone refuses to acknowledge? To do so would be a sign of greater baseness than pride. To praise oneself, even with utmost fairness, would be more like demeaning oneself than honoring it; and it would be a profound misunderstanding of human nature to think that such declarations could lead people away from the errors they delight in committing. In such cases, a proud and disdainful silence would be far more appropriate—and indeed, it would have been far more to my liking—but it would not have achieved my purpose. To accomplish that goal, I had to explain, from an objective standpoint, how a person like me might behave if I were someone else. I tried to fulfill this difficult duty fairly and impartially, without insulting the public’s incredible blindness, without proudly boasting about virtues they denied me, nor accusing myself of vices I did not possess but which they chose to attribute to me. Instead, I simply explained what I would infer from a nature similar to my own, studied carefully in another individual. If anyone finds fault with my descriptions of restraint and moderation, let them not think that this constitutes any merit on my part. I declare that all I lacked was a bit more modesty in order to speak of myself in far more honorable terms.

Seeing the excessive length of these Dialogues, I tried several times to shorten them, to remove the frequent repetitions, and to bring some order and coherence to them; yet I was never able to endure this new torment. The intense feeling of my own misfortunes, revived by such reading, overwhelmed all my ability to concentrate. It was impossible for me to retain any details, to connect two sentences, or to compare two ideas. As I forced myself to read line after line, my heart, weighed down with sorrow, could only groan and sigh. After many futile attempts, I gave up this task, realizing that I was incapable of completing it. Unable to do better, I simply copied these incoherent drafts, unable even to correct them. Even if, in their current state, the project were still worth undertaking, I would not pursue it, even if all the riches of the world were at stake. In fact, I am forced to abandon many better and more well-expressed ideas—ideas that I had jotted down in separate notes in the hope of organizing them later—but my dejection has gone so far that even this minimal effort becomes impossible for me. After all, I have said roughly what I had to say; it is buried in a chaos of disorder and repetition, but it is there nonetheless. Those with discerning minds will be able to find it. As for those who seek only an easy and quick read, those who have found nothing more in my Confessions than mere entertainment, those who cannot endure any effort or maintain sustained attention for the sake of justice and truth—these people would do well to spare themselves the trouble of reading this. It was not they that I intended to address; far from seeking to please them, I will at least avoid the indignity of making a record of my life’s miseries into something that might bring amusement to others.

What will become of this writing? What use can I make of it? I do not know, and this uncertainty has greatly increased the discouragement that never left me while working on it. Those who have power over me learned of its existence as soon as I began it, and I see no possible way to prevent it from falling into their hands sooner or later[373]. Thus, according to the natural course of things, all the effort I have put in is utterly in vain. I do not know what counsel heaven will offer me, but I will hope until the end that it will not abandon the cause of justice. No matter into whose hands these pages may fall, if among those who read them there is still a human heart, that is enough for me; I shall never despise the human race enough as to lose any confidence or hope in this idea.

First Dialogue

The system of governance regarding Jean-Jacques, adopted by the Administration and approved by the public.

ROUSSEAU. — What incredible things I have just learned! I cannot believe it—no, I will never be able to believe it. Oh heavens! what an abhorrent man! How much harm he has done me! How I shall hate him!

A Frenchman. — And note well that it is precisely this same man whose grandiose writings have so captivated and delighted you with the beautiful precepts of virtue he expounds with such pomp.

ROUSSEAU. — Let us be forceful, then. Let us be just, even towards the wicked. Splendor at best arouses only a cold and sterile admiration; it will never charm me. Writings that elevate the soul and kindle the heart deserve a different term.

THE FRENCH. — Whether it is called “fast” or “force,” what does the word matter if the idea remains the same? If this sublime jargon, born of the hypocrisy of an exalted mind, is ultimately dictated by a soul filled with baseness?

ROUSSEAU. — This choice of words does not seem to me as indifferent as it does to you. It changes my understanding of these ideas considerably; and if the writings of this author contained nothing but pompous rhetoric and jargon, they would inspire in me less horror. Such a perverse person might grow hardened to the dryness of sermons and speeches—if only one could discover and revive within him those sentiments of righteousness and humanity that nature had placed there in reserve, only for passions to stifle them. But someone who can calmly contemplate virtue in all its beauty, who knows how to depict it with its most moving charms without being affected by them, without feeling any love for it—such a person, if he exists at all, is a hopeless villain; he is a moral corpse.

THE FRENCHMAN: How is that possible? Given the effect those writings of that wretch have had on you, what do you mean by this doubt, after the conversations we just had? Please explain yourself.

ROUSSEAU. — I will explain myself: but it would be to go to the greatest lengths of unnecessary or superfluous care; for everything I have to say could only be understood by those for whom it is not necessary at all to hear it.

Imagine, then, an ideal world similar to ours, yet entirely different. The nature there is the same as on our earth, but the economy is more refined, the order more pronounced, the sights more magnificent, the forms more elegant, the colors more vivid, the scents more fragrant, and all objects more delightful. The entire natural world there is so beautiful that its contemplation, kindling in people’s hearts a love for such a touching spectacle, inspires in them both the desire to contribute to this wonderful system and the fear of disturbing its harmony. And from this arises an exquisite sensitivity that grants those who possess it immediate pleasures, unknown to those whose hearts have not been stirred by such reflections.

Passions, here too, are the motive behind every action; but they are more intense, more fervent—or perhaps merely simpler and purer—in this context. For that very reason, they assume a completely different character. All the initial impulses of nature are good and right; they strive most directly toward our preservation and happiness. Yet soon, lacking the strength to persist through numerous obstacles that divert them from their original course, these impulses are deflected along indirect paths, causing humans to forget their true purpose. The error of judgment and the power of prejudice greatly contribute to such misdirection; but the primary cause lies in the weakness of the human soul. This soul, following the gentle urging of nature, is like a ball that bends upon hitting an obstacle—whereas one that moves with greater vigor neither deviates from its course nor is halted by obstacles; rather, it overcomes them or bounces straight through them.

Un’altra difficoltà ha reso questo compito particolarmente faticoso per me: consisteva nel dover parlare costantemente di me stesso, farlo con giustizia e verità, senza lodi né critiche eccessive. Questo non rappresenta un problema per un uomo a cui il pubblico rende l’onore che gli è dovuto; in tal caso, egli è esentato dal doversene occupare personalmente. Può anche rimanere in silenzio senza umiliarsi, e attribuirsi con franchezza le qualità che tutti riconoscono in lui. Ma chi si sente degno di onore e stima, e che il pubblico offende e diffama a piacimento, con quale tono potrà rendere giustizia a se stesso? Dovrebbe parlare di sé stesso usando lodi meritate, ma spesso smentite dalla realtà? Dovrebbe vantarsi delle qualità che sente in sé, ma che tutti rifiutano di riconoscere? Sarebbe più una forma di bassezza che di orgoglio prostituire così la verità. Lodarsi quindi, anche con la massima giustizia, significherebbe piuttosto degradarsi che onorarsi; e sarebbe davvero sottovalutare la natura umana credere di poterla rimuovere da un errore in cui si compiace, attraverso tali dichiarazioni. In tal caso, un silenzio fiero e sprezzante sarebbe più appropriato. E anche più gradito a me; tuttavia, non avrebbe raggiunto lo scopo che mi ero prefisso. Per raggiungerlo, era necessario che esprimessi con chiarezza in quale modo, se fossi stato un altro, avrei valutato un uomo come me. Ho cercato di adempiere a questo compito difficile in modo equo e imparziale, senza insultare l’incredibile cecità del pubblico, senza vantarmi orgogliosamente delle virtù che mi rifiuta, né accusarmi dei vizi che non ho e di cui il pubblico ama accusarmi. Ma semplicemente spiegando ciò che avrei dedotto da una costituzione simile alla mia, studiata con attenzione in un altro individuo. E se nelle mie descrizioni si riscontra moderazione e riservatezza, non si debba considerarlo un mio merito. Dichiaro apertamente che mi è mancato soltanto un po’ di modestia per parlare di me stesso in modo ancora più lodevole.

Vedendo l’eccessiva lunghezza di questi Dialoghi, ho tentato più volte di ridurli, di eliminare le frequenti ripetizioni, di dare loro un po’ di ordine e coerenza; tuttavia non sono mai riuscito a portare a termine questo compito. Il vivo ricordo delle mie sfortune, risvegliato da questa lettura, soffocava qualsiasi attenzione potessi dedicarvi. Era impossibile per me trattenere alcun dettaglio, collegare due frasi o confrontare due idee. Mentre costringevo i miei occhi a seguire le righe, il mio cuore si stringeva in un dolore incessante. Dopo numerosi e vani tentativi, ho rinunciato a questo compito, rendendomi conto di essere incapace di portarlo a termine; quindi mi sono limitato a trascrivere questi scritti disordinati, che non ero in grado di correggere. Anche se, così come sono, quest’opera potesse ancora avere qualche valore, non la pubblicherei nemmeno se tutti i beni dell’universo fossero in gioco; sono costretto persino ad abbandonare molte idee migliori e più ben esposte di quelle che figurano qui, idee che avevo annotato su fogli separati nella speranza di poterle organizzare facilmente. Ma lo sconforto mi ha sopraffatto al punto di rendermi impossibile anche questo semplice lavoro. In fondo, ho detto più o meno ciò che volevo dire: il tutto è immerso in un caos di disordine e ripetizioni, ma c’è comunque; gli spiriti buoni sapranno trovarvi qualcosa di significativo. Quanto a coloro che cercano soltanto una lettura piacevole e veloce, quelli che hanno trovato in queste “Confessioni” solo ciò che desideravano, quelli che non possono sopportare alcuna fatica né dedicare attenzione continua al bene della giustizia e della verità, farebbero meglio a risparmiarsi l’impegno di leggerle. Non era a loro che volevo rivolgermi; anzi, per evitare anche solo questa ultima umiliazione – che il racconto delle mie miserie diventasse oggetto di divertimento per qualcuno – preferirei non pubblicare affatto quest’opera.

Che fine farà questo scritto? A quale scopo potrò utilizzarlo? Lo ignoro, e questa incertezza ha ulteriormente aumentato il mio scoraggiamento, che non mi ha mai abbandonato durante la sua stesura. Coloro che hanno potere su di me ne sono venuti a conoscenza non appena ne ho iniziato la redazione, e non vedo alcun modo per impedire che finisca presto o tardi nelle loro mani[373]. Pertanto, secondo il corso naturale delle cose, tutto lo sforzo che ho profuso è stato vano. Non so quale soluzione il cielo mi suggerirà, ma spererò fino alla fine che non abbandoni mai la causa giusta. Che queste pagine finiscano nelle mani di chiunque sia, se tra coloro che le leggeranno esiste ancora un cuore umano, questo mi basterà; e non disprezzerò mai abbastanza l’umanità da non trovare in questa idea motivo di fiducia e speranza.

Primo Dialogo

Il sistema di gestione adottato dall’Amministrazione per Jean-Jacques, approvato dal pubblico.

ROUSSEAU: Che cose incredibili ho appena scoperto! Non riesco a crederci. No, non riuscirò mai a crederci. Mio Dio, che uomo orribile. Quanto dolore mi ha causato. Lo odierò per sempre!

UN FRANCESE: E notate bene che si tratta dello stesso uomo le cui opere grandiose vi hanno così incantato e compiaciuto, con quei bellissimi insegnamenti di virtù che egli esprime con tanto sfarzo.

ROUSSEAU: — Ditemelo, con forza. Siamo giusti, anche nei confronti dei malvagi. Lo sfarzo suscita al massimo un’ammirazione fredda e sterile; sicuramente non mi incanterà mai. Gli scritti che elevano l’anima e infuocano il cuore meritano un altro termine per essere descritti.

Il francese: — Che si tratti di festa o di forza, che importanza ha la parola se l’idea rimane sempre la stessa? Se questo sublime gergo, nato dall’ipocrisia di una mente esaltata, non è in realtà dettato da un’anima meschina e volgare?

ROUSSEAU: — Questo scelto di parole mi sembra meno indifferente di quanto lo sia per voi. Per me cambia completamente le mie idee; e se negli scritti di quell’autore che mi avete descritto ci fossero soltanto fasto e gergo, non mi ispirerebbero tanta orrore. Un uomo così perverso potrebbe abituarsi alla durezza dei sermoni e delle prediche; forse tornerebbe in sé stesso e diventerebbe un uomo onesto, se si riuscisse a cercare e risvegliare nel suo cuore quei sentimenti di rettitudine e umanità che la natura vi ha depositato e che le passioni soffocano. Ma colui che può osservare con freddezza la virtù nella sua intera bellezza, colui che sa descriverla con i suoi incantevoli aspetti senza essere commosso, senza provare alcun amore per essa, un tale essere, se esiste davvero, è un malvagio senza rimedio; è un “cadavere morale”.

IL FRANCESCO: — Come! Può davvero esistere? Data l’impressione che hanno prodotto su di voi i scritti di quel miserabile, cosa intendete con questo dubbio, dopo le conversazioni che abbiamo appena avuto? Spiegatevi.

ROUSSEAU: Mi spiegherò, ma ciò significherebbe assumersi il compito più inutile o superfluo; infatti, tutto ciò che vi dirò potrebbe essere compreso soltanto da coloro a cui non è necessario dirlo.

Immaginate dunque un mondo ideale simile al nostro, eppure completamente diverso. La natura vi è la stessa che sulla nostra terra, ma l’economia vi è più raffinata, l’ordine più evidente, lo spettacolo più meraviglioso, le forme più eleganti, i colori più vivaci, gli odori più piacevoli; tutti gli oggetti vi sono più affascinanti. Tutta la natura vi è così bella che la sua contemplazione, infiammando gli animi d’amore per un tale spettacolo incantevole, ispira loro il desiderio di contribuire a questo bellissimo sistema, insieme alla paura di disturbarne l’armonia; ed è da qui che nasce una sensibilità estrema che dona a coloro che ne sono dotati piaceri immediati, sconosciuti a chiunque non abbia provato tali emozioni.

Le passioni, laggiù come qui, sono la molla di ogni azione; ma più vive, più ardenti, o semplicemente più pure e più genuine; per questo motivo assumono un carattere completamente diverso. Tutti i primi impulsi della natura sono buoni e retti: tendono nel modo più diretto possibile alla nostra conservazione e al nostro bene. Tuttavia, ben presto, mancando di forza per proseguire lungo quella direzione nonostante le numerose resistenze, vengono deviati da mille ostacoli che li allontanano dal vero obiettivo, facendoli prendere strade tortuose. L’errore nel giudizio e la forza dei pregiudizi contribuiscono in modo significativo a farci compiere tali errori; ma questa tendenza deriva principalmente dalla debolezza dell’anima, che, seguendo con riluttanza l’impulso naturale, si devia al contatto con un ostacolo, proprio come una palla di ghiaccio subisce la riflessione; mentre un proiettile, invece, supera l’ostacolo o lo schiva, cadendo direttamente sulla sua traiettoria.

Les habitants du monde idéal dont je parle ont le bonheur d’être maintenus par la nature, à laquelle ils sont plus attachés, dans cet heureux point de vue où elle nous a placés tous, et par cela seul leur âme garde toujours son caractère originel ; Les passions primitives, qui toutes tendent directement à notre bonheur, ne nous occupent que des objets qui s’y rapportent ; et, n’ayant que l’amour de soi pour principe, sont toutes aimantes et douces par leur essence : mais quand, détournées de leur objet par des obstacles, elles s’occupent plus de l’obstacle pour l’écarter que de l’objet pour l’atteindre, alors elles changent de nature et deviennent irascibles et haineuses ; et voilà comment l’amour de soi, qui est un sentiment bon et absolu, devient amour-propre., c’est-à-dire un sentiment relatif par lequel on se compare, qui demande des préférences, dont la jouissance est purement négative, et qui ne cherche plus à se satisfaire par notre propre bien, mais seulement par le mal d’autrui.

Dans la société humaine, sitôt que la foule des passions et des préjugés qu’elle engendre a fait prendre le change à l’homme, et que les obstacles qu’elle entasse l’ont détourné du vrai but de notre vie, tout ce que peut faire le sage, battu du choc continuel des passions d’autrui et des siennes, et, parmi tant de directions qui l’égarent, ne pouvant plus démêler celle qui le conduirait bien, c’est de se tirer de la foule autant qu’il lui est possible, et de se tenir sans impatience à la place où le hasard l’a posé, bien sûr qu’en n’agissant point il évite au moins de courir à sa perte et d’aller chercher de nouvelles erreurs. Comme il ne voit dans l’agitation des hommes que la folie qu’il veut éviter, il plaint leur aveuglement encore plus qu’il ne hait leur malice ; il ne se tourmente point à leur rendre mal pour mal, outrage pour outrage ; et, si quelquefois il cherche à repousser les atteintes de ses ennemis, c’est sans chercher à les leur rendre, sans se passionner contre eux, sans sortir ni de sa place ni du calme où il veut rester.

Nos habitants, suivant des vues plus profondes, arrivent presque au même but par la route contraire, et c’est leur ardeur même qui les tient dans l’inaction. L’état céleste auquel ils aspirent et qui fait leur premier besoin par la force avec laquelle il s’offre à leurs cœurs, leur fait rassembler et tendre sans cesse toutes les puissances de leur âme pour y parvenir. Les obstacles qui les retiennent ne sauraient les occuper au point de le leur faire oublier un moment ; et de là ce mortel dégoût pour tout le reste, et cette inaction totale quand ils désespèrent d’atteindre au seul objet de tous leurs vœux.

Cette différence ne vient pas seulement du genre des passions, mais aussi de leur force ; car les passions fortes ne se laissent pas dévoyer comme les autres. Deux amants, l’un très épris, l’autre assez tiède, souffriront néanmoins un rival avec la même impatience, l’un à cause de son amour, l’autre à cause de son amour-propre. Mais il peut très bien arriver que la haine du second, devenue sa passion principale, survive à son amour et même s’accroisse après qu’il est éteint, au lieu que le premier, qui ne hait qu’à cause qu’il aime, cesse de haïr son rival sitôt qu’il ne le craint plus. Or si les âmes faibles et tièdes sont plus sujettes aux passions haineuses qui ne sont que des passions secondaires et défléchies, et si les âmes grandes et fortes, se tenant dans leur première direction, conservent mieux les passions douces et primitives qui naissent directement de l’amour de soi, vous voyez comment, d’une plus grande énergie dans les facultés et d’un premier rapport mieux senti, dérivent dans les habitants de cet autre monde des passions bien différentes de celles qui déchirent ici-bas les malheureux humains. Peut-être n’est-on pas dans ces contrées plus vertueux qu’on ne l’est autour de nous, mais on y sait mieux aimer la vertu. Les vrais penchants de la nature étant tous bons, en s’y livrant ils sont bons eux-mêmes ; mais la vertu parmi nous oblige souvent à combattre et vaincre la nature, et rarement sont-ils capables de pareils efforts. La longue inhabitude de résister peut même amollir leurs âmes au point de faire le mal par faiblesse, par crainte, par nécessité. Ils ne sont exempts ni de fautes ni de vices ; le crime même ne leur est pas étranger, puisqu’il est des situations déplorables où la plus haute vertu suffit à peine pour s’en défendre, et qui forcent au mal l’homme faible, malgré son cœur : mais l’expresse volonté de nuire, la haine envenimée, l’envie, la noirceur, la trahison, la fourberie, y sont inconnues ; trop souvent on y voit des coupables, jamais on n’y vit un méchant. Enfin s’ils ne sont pas plus vertueux qu’on ne l’est ici, du moins, par cela seul qu’ils savent mieux s’aimer eux-mêmes, ils sont moins malveillants pour autrui.

Ils sont aussi moins actifs, ou, pour mieux dire, moins remuants. Leurs efforts pour atteindre à l’objet qu’ils contemplent consistent en des élans vigoureux ; mais, sitôt qu’ils en sentent l’impuissance, ils s’arrêtent, sans chercher à leur portée des équivalents à cet objet unique, lequel seul peut les tenter.

Comme ils ne cherchent pas leur bonheur dans l’apparence, mais dans le sentiment intime, en quelque rang que les ait placés la fortune, ils s’agitent peu pour en sortir ; ils ne cherchent guère à s’élever, et descendraient sans répugnance à des relations plus de leur goût, sachant bien que l’état le plus heureux n’est pas le plus honoré de la foule, mais celui qui rend le cœur plus content. Les préjugés ont sur eux très peu de prise, l’opinion ne les mène point ; et, quand ils en sentent l’effet, ce n’est pas eux qu’elle subjugue, mais ceux qui influent sur leur sort.

Quoique sensuels et voluptueux, ils font peu de cas de l’opulence, et ne font rien pour y parvenir, connaissant trop bien l’art de jouir pour ignorer que ce n’est pas à prix d’argent que le vrai plaisir s’achète ; et, quant au bien que peut faire un riche, sachant aussi que ce n’est pas lui qui le fait, mais sa richesse ; qu’elle le ferait sans lui mieux encore, répartie entre plus de mains, ou plutôt anéantie par ce partage, et que tout ce bien qu’il croit faire par elle équivaut rarement au mal réel qu’il faut faire pour l’acquérir. D’ailleurs aimant encore plus leur liberté que leurs aises, ils craindraient de les acheter par la fortune, ne fût-ce qu’à cause de la dépendance et des embarras attachés au soin de la conserver. Le cortège inséparable de l’opulence leur serait cent fois plus à charge que les biens qu’elle procure ne leur seraient doux. Le tourment de la possession empoisonnerait pour eux tout le plaisir de la jouissance.

Ainsi bornés de toutes parts par la nature et par la raison, ils s’arrêtent, et passent la vie à en jouir en faisant chaque jour ce qui leur paraît bon pour eux et bien pour autrui, sans égard à l’estimation des hommes et aux caprices de l’opinion.

LE FRANÇAIS. — Je cherche inutilement dans ma tête ce qu’il peut y avoir de commun entre les êtres fantastiques que vous décrivez et le monstre dont nous parlions tout-à-l’heure.

ROUSSEAU. — Rien, sans doute, je le crois ainsi : mais permettez que j’achève.

The inhabitants of the ideal world I speak of enjoy the happiness of being maintained by nature, to which they are more closely bound—and it is precisely because of this that their souls always retain their original character. The primitive passions, all of which directly tend toward our happiness, concern us only with objects that are related to it. Since they are guided solely by self-love, they are inherently loving and gentle in nature. But when these passions are diverted from their proper object by obstacles, they focus more on overcoming those obstacles than on attaining their original goal. At that point, their nature changes, and they become irritable and hateful. Thus, self-love—which is originally a good and absolute sentiment—transforms into self-esteem, a relative sentiment that leads to comparison with others, the desire for preferential treatment, and a pleasure that is purely negative in nature. It no longer seeks to bring us happiness through our own well-being but rather through the suffering of others.

In human society, once the crowd of passions and prejudices that it generates leads people astray, and once the obstacles it piles up divert them from the true purpose of our lives, all that a wise person can do—faced with the constant impact of others’ passions and his own, and surrounded by so many misleading paths—is to withdraw from the crowd as much as possible and remain, without impatience, in the place where fate has placed him. By taking no action, he at least avoids rushing toward his own ruin or seeking out new mistakes. Since he sees in the turmoil of human affairs nothing but the madness he seeks to avoid, he regrets their blindness even more than he hates their malice; he does not seek to inflict harm for harm, outrage for outrage. And when he occasionally tries to repel the attacks of his enemies, it is without the intention of returning the blows, without becoming passionate against them, and without leaving the place or calmness in which he wishes to remain.

Our inhabitants, following deeper insights, almost attain the same goal through a different path; it is precisely their very zeal that keeps them inactive. The celestial state they aspire to—and which constitutes their primary desire—offers itself to their hearts with such intensity that it compels them to constantly gather and direct all the powers of their souls toward achieving it. The obstacles that hold them back are never sufficient to distract them from this goal for even a moment; hence their utter indifference toward everything else, and their complete inaction when they despair of ever reaching the sole object of all their aspirations.

This difference arises not only from the nature of the passions themselves but also from their intensity; for strong passions are not so easily diverted from their course as weaker ones. Two lovers, one deeply in love and the other merely lukewarm, would both suffer equally at the presence of a rival—one out of love, the other out of pride. Yet it is quite possible that the latter’s hatred, having become his primary passion, may survive even after his love has faded or even intensify thereafter, whereas the former, who hates only because he loves, will cease to hate his rival the moment he no longer fears him. Moreover, while weak and lukewarm souls are more susceptible to hateful passions that are merely secondary and distorted versions of true feelings, great and strong souls, remaining true to their natural inclinations, are better able to maintain those gentle and innate passions that arise directly from self-love. Thus, given greater energy in their faculties and a deeper sense of these innate tendencies, the inhabitants of that other world develop passions quite different from those that torment unfortunate humans here. Perhaps they are not more virtuous than we are, but they know how to love virtue far better. Since all true natural inclinations are good, pursuing them makes one virtuous; but among us, virtue often requires struggling against and overcoming our innate tendencies, and few are capable of such efforts. Prolonged practice in resisting evil can even weaken a person’s soul to the point where they commit wrongs out of weakness, fear, or necessity. They are not free from mistakes or vices; crime is not unknown to them, for there are indeed terrible situations in which even the highest virtue is insufficient to defend oneself, and in which the weak are forced to do evil despite their good intentions. However, deliberate malice, poisoned hatred, envy, darkness, betrayal, and deceit are utterly foreign to them. Too often one finds criminals among them, but never a truly wicked person. In short, although they may not be more virtuous than we are, at least because they know how to love themselves better, they are less inclined to harm others.

They are also less active, or rather, less restless. Their efforts to attain the object they gaze upon consist in vigorous attempts; but as soon as they realize their powerlessness to achieve it, they stop, without seeking alternatives within their reach that could substitute for that single object—the only one that truly possesses the ability to tempt them.

Since they do not seek their happiness in outward appearances but in inner feelings, no matter what position fortune has placed them in, they make little effort to change it; they show little desire to rise above their current status and would willingly descend to a position more in line with their inclinations, knowing full well that the happiest state is not necessarily the most respected among men, but rather the one that brings the greatest contentment to the heart. Prejudices have little influence over them; public opinion does not guide their actions; and when they feel its effect, it is not they who are subdued by it, but rather those who determine their fate.

Though sensual and indulgent in their pleasures, they attach little importance to wealth and take no steps to acquire it, for they know all too well the art of enjoying life to realize that true happiness cannot be bought with money. As for the good that wealth can bring, they understand that it is not the wealthy person himself who brings it about, but rather their wealth—that this same wealth, if distributed among more people, would perhaps bring even greater benefits, or could even be destroyed by such distribution—and that all the good they believe wealth can procure often amounts to the real harm required to acquire it in the first place. Moreover, since they value their freedom far more than their comforts, they would fear that acquiring wealth would mean losing their independence and facing the troubles associated with maintaining it. The burdens inherent in wealth would prove far more oppressive to them than the pleasures it could offer. The torment of possessing something would surely tarnish all the joy of enjoying it.

Being thus endowed in every respect by nature and reason, they cease to pursue other pursuits and devote their entire lives to enjoying the good things that these endowments provide. Every day, they do whatever they deem to be beneficial for themselves and good for others, without regard for what others may think or how public opinion may fluctuate.

THE FRENCHMAN: — In vain, I try to figure out what common ground there might be between the fantastic creatures you describe and the monster we were talking about just now.

ROUSSEAU. — Nothing, surely; I believe that to be the case. But allow me to finish my thought.

Gli abitanti di quel mondo ideale di cui parlo hanno la fortuna di essere mantenuti dalla natura, a cui sono più legati, in quella felice condizione in cui essa ci ha tutti collocati; e proprio per questo motivo la loro anima mantiene sempre il suo carattere originale. Le passioni primitive, che tutte tendono direttamente al nostro bene, ci fanno occupare soltanto di oggetti che a esso sono correlati; inoltre, avendo l’amore di sé come principio fondamentale, queste passioni sono per loro natura amorevoli e dolci. Tuttavia, quando vengono deviate dal loro obiettivo da ostacoli, si concentrano maggiormente sull’ostacolo stesso piuttosto che sull’obiettivo da raggiungere; in questo caso cambiano natura e diventano irascibili e odiose. Ed è così che l’amore di sé, un sentimento buono e assoluto, si trasforma in amor-propre, cioè in un sentimento relativo che ci fa confrontare con gli altri, che richiede preferenze, il cui godimento è puramente negativo, e che non cerca più di soddisfarsi attraverso il nostro bene personale, ma soltanto attraverso il male altrui.

Nella società umana, non appena la folla di passioni e pregiudizi che essa genera spinge l’uomo fuori dalla retta via e gli ostacoli che accumula lo allontanano dall’obiettivo vero della nostra vita, tutto ciò che un saggio può fare, sotto il continuo assalto delle passioni altrui e delle proprie, e in mezzo a tante direzioni errate che lo confondono, è cercare di allontanarsi il più possibile da quella folla e rimanere, con calma, nel luogo in cui il caso l’ha collocato. Agendo così, evita almeno di correre verso la propria rovina o di cercare nuove errori. Poiché nella confusione umana vede soltanto follia da evitare, piange ancora di più la loro cecità che non odia la loro malizia; non si preoccupa di vendicarsi con la stessa violenza o offese; e, se talvolta cerca di respingere gli attacchi dei suoi nemici, lo fa senza volerli contraccambiare, senza infervorirsi contro di loro, rimanendo sempre nel luogo e nella calma che desidera mantenere.

I nostri abitanti, seguendo visioni più profonde, raggiungono quasi lo stesso scopo percorrendo una strada opposta; ed è proprio la loro stessa passione a trattenerli nell’inazione. Lo stato celeste al quale anelano e che rappresenta il loro primo bisogno, offrendosi con tale forza ai loro cuori, li spinge costantemente a raccogliere e concentrare tutte le forze della loro anima per raggiungerlo. Gli ostacoli che li trattengono non sono in grado di occuparli al punto da far loro dimenticare, anche solo per un momento, questo scopo; ed è proprio da ciò deriva quel profondo disgusto per tutto il resto e quell’inazione totale quando si rendono conto di non poter raggiungere l’unico obiettivo dei loro desideri.

Questa differenza non deriva soltanto dal genere delle passioni, ma anche dalla loro intensità; infatti, le passioni forti non si lasciano deviare facilmente come le altre. Due amanti, uno profondamente innamorato e l’altro piuttosto freddo, soffriranno ugualmente per la presenza di un rivale, con lo stesso impeto: il primo a causa del proprio amore, l’altro a causa del proprio orgoglio. Tuttavia, può accadere che l’odio del secondo, diventato la sua passione principale, sopravviva al suo amore e addirittura aumenti dopo la sua scomparsa; mentre il primo, che odia soltanto perché ama, smette di odiare il rivale non appena non lo teme più. Ora, se le anime deboli e fredde sono più soggette alle passioni odiose, che in realtà sono solo passioni secondarie e deviate, e se le anime grandi e forti, rimanendo fedeli alla loro natura originale, riescono a conservare meglio quelle passioni dolci e genuine che nascono direttamente dall’amore di sé, si può facilmente capire come, grazie a un’energia maggiore nelle proprie facoltà e a una percezione più profonda dei propri sentimenti, gli abitanti di quel mondo diverso possano provare passioni molto diverse da quelle che tormentano gli sfortunati esseri umani qui sulla terra. Forse in quei luoghi non si è più virtuosi di quanto lo si sia intorno a noi, ma lì si sa meglio amare la virtù. Poiché tutti i veri impulsi della natura sono buoni, abbandonarsi a essi significa essere buoni; mentre qui sulla terra la virtù spesso richiede di combattere e vincere contro la natura stessa, e raramente le persone sono in grado di compiere tali sforzi. Anche l’abitudine prolungata di resistere può indebolire le loro anime al punto di farli commettere il male per debolezza, paura o necessità. Non sono esenti né da errori né da vizi; anche il crimine non è loro estraneo, poiché ci sono situazioni disperate in cui la più alta virtù a malapena basta per difendersi, e che costringono l’uomo debole a compiere il male. Ma la volontà deliberata di nuocere, l’odio velenoso, l’invidia, la malvagità, la tradizione, l’inganno, in quei luoghi sono sconosciuti. Troppo spesso si vedono persone colpevoli, ma mai individui davvero malvagi. Infine, anche se non sono più virtuosi di quanto lo siamo qui, almeno, poiché sanno amare meglio se stessi, sono meno malvagi verso gli altri.

Sono anche meno attivi, o per meglio dire, meno dinamici. I loro sforzi per raggiungere l’oggetto che contemplano consistono in impulsi vigorosi; ma non appena avvertono di essere incapaci di realizzarli, si fermano, senza cercare nell’ambito delle loro possibilità qualcosa che possa sostituire quell’unico oggetto, l’unico che può davvero stimolarli.

Poiché non cercano la loro felicità nell’apparenza, ma nel sentimento intimo, indipendentemente dal rango che la fortuna possa averli assegnato, si preoccupano poco di migliorare la propria condizione; non cercano affatto di elevarsi e sarebbero disposti a scendere a livelli meno consonanti ai loro gusti, consapevoli che lo stato più felice non è necessariamente quello più onorato tra la folla, ma piuttosto quello che rende il cuore più soddisfatto. I pregiudizi hanno su di loro poco potere; l’opinione altrui non li influenza in alcun modo; e quando ne percepiscono gli effetti, non sono loro ad essere sottomessi a essa, ma coloro che influenzano il loro destino.

Sebbene sensuali e voluttuosi, non danno grande importanza all’opulenza e non fanno nulla per ottenerla, poiché conoscono troppo bene l’arte di godere per ignorare che il vero piacere non si compra con i soldi. Inoltre, riguardo al bene che un ricco può fare, sanno anche che non è lui a farlo, ma la sua ricchezza; che essa lo farebbe ancora meglio senza di lui, se distribuita tra più persone, o addirittura distrutta da tale divisione; e che tutto quel bene che crede di ottenere con essa raramente equivale al male reale che è necessario compiere per acquistarla. Inoltre, amando ancora di più la loro libertà che i loro agi, temerebbero di comprarli con la ricchezza, anche solo a causa della dipendenza e degli inconvenienti legati alla necessità di mantenerla. Il seguito inestricabile dell’opulenza rappresenterebbe per loro un onere cento volte maggiore di quanto i beni che essa fornisce possano essere piacevoli. Il tormento della proprietà avvelenerebbe, per loro, tutto il piacere del godimento stesso.

Essendo dunque limitati da tutte le parti dalla natura e dalla ragione, si fermano e trascorrono la vita godendosi ciò che ogni giorno ritengono sia buono per loro e utile agli altri, senza curarsi delle valutazioni altrui o dei capricci dell’opinione pubblica.

IL FRANCESCO: — Cerco invano nella mia mente qualcosa di comune tra quelle creature fantastiche che descrivete e il mostro di cui parlavamo poco fa.

ROUSSEAU: “Niente, senza dubbio; è così che lo credo. Ma permettetemi di concludere.”

Des êtres singulièrement constitués doivent nécessairement s’exprimer autrement que les hommes ordinaires. Il est impossible qu’avec, des âmes si différemment modifiées ils ne portent pas dans l’expression de leurs sentiments et de leurs idées l’empreinte de ces modifications. Si cette empreinte échappe à ceux qui n’ont aucune notion de cette manière d’être, elle ne peut échapper à ceux qui la connaissent et qui en sont affectés eux-mêmes. C’est un signe caractéristique auquel les initiés se reconnaissent entre eux ; et ce qui donne un grand prix à ce signe, si peu connu et encore moins employé, est qu’il ne peut se contrefaire, que jamais il n’agit qu’au niveau de sa source, et que, quand il ne part pas du cœur de ceux qui l’imitent, il n’arrive pas non plus aux cœurs faits pour le distinguer ; mais sitôt qu’il y parvient, on ne saurait s’y méprendre : il est vrai dès qu’il est senti. C’est dans toute la conduite de la vie, plutôt que dans quelques actions éparses, qu’il se manifeste le plus sûrement. Mais dans des situations vives où l’âme s’exalte involontairement, l’initié distingue bientôt son frère de celui qui, sans l’être, veut seulement en prendre l’accent : et cette distinction se fait sentir également dans les écrits. Les habitants du monde enchanté font généralement peu de livres, et ne s’arrangent point pour en faire ; ce n’est jamais un métier pour eux. Quand ils en font, il faut qu’ils y soient forcés par un stimulant plus fort que l’intérêt et même que la gloire. Ce stimulant, difficile à contenir, impossible à contrefaire, se fait sentir dans tout ce qu’il produit. Quelque heureuse découverte à publier, quelque belle et grande vérité à répandre, quelque erreur générale et pernicieuse à combattre, enfin quelque point d’utilité publique à établir ; voilà les seuls motifs qui puissent leur mettre la plume à la main : encore faut-il que les idées en soient assez neuves, assez belles, assez frappantes pour mettre leur zèle en effervescence et le forcer à s’exhaler. Il n’y a point pour cela chez eux de temps ni d’âge propre. Comme écrire n’est point pour eux un métier, ils commenceront ou cesseront de bonne heure ou tard, selon que le stimulant les poussera. Quand chacun aura dit ce qu’il avait à dire, il restera tranquille comme auparavant, sans s’aller fourrant dans le tripot littéraire, sans sentir cette ridicule démangeaison de rabâcher et barbouiller éternellement du papier, qu’on dit être attachée au métier d’auteur ; et tel, né peut-être avec du génie, ne s’en doutera pas lui-même et mourra sans être connu de personne, si nul objet ne vient animer son zèle au point de le contraindre à se montrer.

LE FRANÇAIS. — Mon cher M. Rousseau, vous m’avez bien l’air d’être un des habitants de ce monde-là !

ROUSSEAU. — J’en reconnais un du moins, sans le moindre doute, dans l’auteur d’Émile et d’Héloïse.

LE FRANÇAIS. — J’ai vu venir cette conclusion ; mais pour vous passer toutes ces fictions peu claires, il faudrait premièrement pouvoir vous accorder avec vous-même : mais après avoir paru convaincu des abominations de cet homme, vous voilà maintenant le plaçant dans les astres parce qu’il a fait des romans. Pour moi je n’entends rien à ces énigmes. De grâce, dites-moi donc une fois votre vrai sentiment sur son compte.

ROUSSEAU. — Je vous l’ai dit sans mystère, et je vous le répéterai sans détour. La force de vos preuves ne me laisse pas douter un moment des crimes qu’elles attestent, et là-dessus je pense exactement comme vous ; mais vous unissez des choses que je sépare. L’auteur des livres et celui des crimes vous parait la même personne ; je me crois fondé à en faire deux. Voilà, monsieur, le mot de l’énigme.

LE FRANÇAIS. — Comment cela, je vous prie ? Voici qui me paraît tout nouveau.

ROUSSEAU. — À tort, selon moi ; car ne m’avez-vous pas dit qu’il n’est pas l’auteur du Devin du village ?

LE FRANÇAIS. — Il est vrai, et c’est un fait dont personne ne doute plus : mais, quant à ses autres ouvrages, je n’ai point encore ouï les lui disputer.

ROUSSEAU. — Le second dépouillement me paraît pourtant une conséquence assez prochaine de l’autre. Mais, pour mieux juger de leur liaison, il faudrait connaître la preuve qu’on a qu’il n’est pas l’auteur du Devin.

LE FRANÇAIS. — La preuve ! Il y en a cent, toutes péremptoires.

ROUSSEAU. — C’est beaucoup. Je me contente d’une ; mais je la veux, et pour cause, indépendante du témoignage d’autrui.

LE FRANÇAIS. — Ah ! très volontiers. Sans vous parler donc des pillages bien attestés dont on a prouvé d’abord que cette pièce était composée, sans même insister sur le doute s’il sait faire des vers, et par conséquent s’il a pu faire ceux du Devin du village, je me tiens à une chose plus positive et plus sûre, c’est qu’il ne sait pas la musique ; d’où l’on peut, à mon avis, conclure avec certitude qu’il n’a pas fait celle de cet opéra.

ROUSSEAU. — Il ne sait pas la musique ! Voilà encore une de ces découvertes auxquelles je ne me serais pas attendu.

LE FRANÇAIS. — N’en croyez là-dessus ni moi ni personne, mais vérifiez par vous-même.

ROUSSEAU. — Si j’avais à surmonter l’horreur d’approcher du personnage que vous venez de peindre, ce ne serait assurément pas pour vérifier s’il sait la musique ; la question n’est pas assez intéressante lorsqu’il s’agit d’un pareil scélérat.

LE FRANÇAIS. — Il faut qu’elle ait paru moins indifférente à nos messieurs qu’à vous ; car les peines incroyables qu’ils ont prises et prennent encore tous les jours pour établir de mieux en mieux dans le public cette preuve, passent encore ce qu’ils ont fait pour mettre en évidence celle de ses crimes.

ROUSSEAU. — Cela me paraît assez bizarre ; car quand on a si bien prouvé le plus, d’ordinaire on ne s’agite pas si fort pour prouver le moins.

LE FRANÇAIS. — Oh ! vis-à-vis d’un tel homme, on ne doit négliger ni le plus ni le moins. À l’horreur du vice se joint l’amour de la vérité, pour détruire dans toutes ses branches une réputation usurpée : et ceux qui se sont empressés de montrer en lui un monstre exécrable, ne doivent pas moins s’empresser aujourd’hui d’y montrer un petit pillard sans talent.

ROUSSEAU. — Il faut avouer que la destinée de cet homme a des singularités bien frappantes : sa vie est coupée en deux parties qui semblent appartenir à deux individus différents, dont l’époque qui les sépare, c’est-à-dire le temps où il a publié des livres, marque la mort de l’un et la naissance de l’autre.

Beings of a uniquely constituted nature must necessarily express themselves in ways different from those of ordinary men. It is impossible for souls that have been so differently shaped not to bear the imprint of these differences in the expression of their feelings and ideas. If this imprint eludes those who have no notion of such a way of being, it cannot escape those who are aware of it and are itself influenced by it. This is a characteristic sign by which initiates recognize one another; what gives this sign its great value, despite its little knownness and even less frequent use, is that it cannot be falsified, that it always operates at the level of its source, and that when it does not originate from the hearts of those who imitate it, it also fails to reach the hearts that are capable of discerning it. But once it does reach them, there can be no mistake about it: it is immediately recognized whenever it is felt. It manifests itself most reliably in the entire course of life, rather than in isolated actions. However, in moments of intense emotion when the soul involuntarily exalts itself, an initiate can quickly distinguish a true brother from one who, though pretending to be one, merely seeks to adopt its manner of expression. This distinction is also evident in writings. The inhabitants of this enchanted world generally produce few books and do not make any effort to do so; it is never a profession for them. When they do write, it is always because of some stimulus stronger than mere interest or even fame. This irresistible impulse, impossible to counterfeit, is evident in everything they produce. Whether it be the publication of some fortunate discovery, the dissemination of some beautiful and profound truth, the combat against some widespread and harmful error, or the establishment of some public benefit—these are the only motives that can prompt them to take up the pen. Yet even then, the ideas must be novel enough, beautiful enough, and striking enough to arouse their enthusiasm and compel it to express itself. For them, there is no fixed time or age for writing; since it is not a profession for them, they will begin or cease at any time, depending on the strength of this stimulus. Once each has said what he had to say, he will return to his usual tranquility, without indulging in the ridiculous habit of endlessly scribbling on paper—a habit that is supposedly inherent in the profession of an author. Thus, someone who may be born with genius might never come to know it himself and die unknown, unless some external event awakens his enthusiasm and forces him to make himself known.

THE FRENCHMAN: “My dear Mr. Rousseau, you certainly seem to be one of the inhabitants of that other world!”

ROUSSEAU. — I recognize at least one of them, without the slightest doubt, in the author of “Emile” and “Heloise”.

THE FRENCHMAN: — I saw this conclusion coming; but in order to avoid all these vague and unclear speculations, it would first be necessary for you to reach a consensus with yourself. Yet, after seemingly being convinced of the abominations of this man, you now place him among the stars simply because he wrote novels. For me, I don’t understand any of this nonsense. Please, tell me once and for all what your true opinion about him is.

ROUSSEAU. — I have told you this without any mystery, and I will repeat it plainly. The strength of your evidence leaves me with no doubt whatsoever about the crimes it attests to, and on this point I think exactly the same as you; but you combine things that I separate. To you, the author of the books and the perpetrator of the crimes seem to be the same person; I believe I have good reason to consider them two different individuals. There it is, sir—the key to this mystery.

THE FRENCHMAN: — How is that possible? This seems entirely new to me.

ROUSSEAU. — In wrong, in my opinion; for have you not told me that he is not the author of “The Village Fool”?

THE FRENCHMAN: — It is true, and it is a fact about which no one anymore doubts; but as for his other works, I have not yet heard anyone dispute them.

ROUSSEAU: — Nevertheless, the second act of deprivation seems to me to be a fairly direct consequence of the first. But in order to better assess their relationship, it would be necessary to have evidence that he is not the author of “Le Devin”.

THE FRENCHMAN: — The proof! There are hundreds of them, all irrefutable.

ROUSSEAU. — That’s too much. I am satisfied with just one; but I want it to be independent of the testimony of others, for very good reasons.

THE FRENCHMAN: — Ah! Very willingly. Without going into detail about the well-documented acts of plundering for which it was first proven that this piece was composed, nor even dwelling on the doubt surrounding whether he is capable of writing poetry—and therefore whether he could have written the verses for “The Village Fool”—I will stick to something far more concrete and certain: he does not know music; hence, in my opinion, we can conclude with absolute certainty that he did not compose the music for this opera.

ROUSSEAU. — He doesn’t know music at all! Yet another discovery I never would have expected.

THE FRENCHMAN: Neither I nor anyone else believes it, but you can verify it for yourself.

ROUSSEAU. — If I were to have to overcome the horror of approaching the kind of person you have just depicted, it would certainly not be in order to verify whether he knows music; such a question is not interesting enough when dealing with a scoundrel like that.

THE FRENCHMAN: — It must have seemed to our gentlemen less indifferent than to you; for the incredible efforts they have made—and are still making every day—to increasingly establish this evidence in the public mind, far exceed what they have done to bring to light the evidence of her crimes.

ROUSSEAU. — This seems rather strange to me; for when one has so thoroughly proven the more important things, one usually does not make such great efforts to prove the less important ones.

THE FRENCHMAN: — Oh! In the face of such a man, one must not neglect either the good or the bad aspects. To the horror of his vice is added his love for truth—a truth that seeks to destroy, in all its manifestations, an usurped reputation. And those who were quick to portray him as an abhorrent monster should now be just as eager to show him to be a mediocre, talentless scoundrel.

ROUSSEAU. — It must be admitted that the fate of this man possesses some remarkably striking peculiarities: his life is divided into two distinct periods that seem to belong to two entirely different individuals. The interval separating these periods—that is, the time during which he published books—marks the death of one “individual” and the birth of another.

Esseri di natura particolare devono necessariamente esprimersi in modo diverso dagli uomini comuni. È impossibile che anime così profondamente modificate non lascino traccia, nella loro espressione di sentimenti e idee, di queste modifiche. Se questa traccia sfugge a coloro che non hanno alcuna idea di questo modo di essere, non può certo sfuggire a coloro che lo conoscono e ne sono influenzati personalmente. È un segno caratteristico attraverso il quale gli iniziati si riconoscono tra loro; ciò che rende questo segno così prezioso, pur essendo poco noto e ancora meno utilizzato, è che non può essere simulato, che agisce sempre a livello della sua fonte originale, e che, se non proviene dal cuore di coloro che lo imitano, non raggiunge nemmeno i cuori fatti per comprenderlo. Ma non appena vi arriva, non si può sbagliare: è vero non appena viene percepito. È nella conduzione quotidiana della vita, piuttosto che in alcune azioni isolate, che questo segno si manifesta con maggiore certezza. Tuttavia, in situazioni intense in cui l’anima si esalta involontariamente, l’iniziato distingue subito il proprio fratello da colui che, senza esserlo, cerca soltanto di assumere quell’atteggiamento; e questa distinzione si percepisce anche negli scritti. Gli abitanti del mondo incantato di solito scrivono pochi libri e non si impegnano affatto in questo compito; per loro, scrivere non è mai un mestiere. Quando lo fanno, deve essere spinto da uno stimolo più forte dell’interesse o persino della gloria. Questo stimolo, difficile da controllare e impossibile da simulare, si manifesta in tutto ciò che producono. Una scoperta felice da divulgare, una verità bella e importante da diffondere, un errore comune e pericoloso da combattere, o semplicemente un punto di utilità pubblica da stabilire: questi sono gli unici motivi che possono spingerli a prendere la penna in mano; tuttavia, le idee devono essere abbastanza nuove, belle e incisive per suscitare il loro entusiasmo e costringerlo ad esprimersi. Per loro non esistono tempi né età particolari per scrivere. Poiché scrivere non è un mestiere per loro, inizieranno o smetteranno presto o tardi, a seconda dello stimolo che li spinge. Quando ciascuno avrà detto ciò che aveva da dire, tornerà alla tranquillità di prima, senza immischiarsi nel mondo letterario, senza provare quella ridicola voglia di scrivere e scribere all’infinito, che si dice sia tipica del mestiere di scrittore; e così, forse nato con genio, non se ne renderà nemmeno conto e morirà senza essere conosciuto da nessuno, a meno che qualche motivo particolare non stimoli il suo entusiasmo al punto di costringerlo a farsi conoscere.

IL FRANCESCO: — Caro signor Rousseau, sembrate proprio uno degli abitanti di quel mondo laggiù!

ROUSSEAU: — Ne riconosco almeno uno, senza il minimo dubbio, nell’autore di “Emile” e “Eloisa”.

IL FRANCESCO: — Avevo previsto questa conclusione; ma per evitare di dovervi spiegare tutte queste ipotesi poco chiare, sarebbe necessario prima riuscire a farvi concordare con voi stessi. Dopo aver apparentemente creduto nelle atrocità di quell’uomo, ora lo state esaltando fino alle stelle soltanto perché ha scritto dei romanzi. Per me queste enigme non hanno alcun senso. Vi prego, ditemi finalmente quale sia il vostro vero parere su di lui.

ROUSSEAU: — Ve l’ho detto senza alcun mistero, e ve lo ripeterò senza mezzi termini. La forza delle vostre prove non mi lascia dubitare nemmeno per un istante dei crimini che esse attestano, e su questo punto la mia opinione è esattamente la stessa della vostra; ma voi unite cose che io separo. L’autore dei libri e quello dei crimini vi sembrano la stessa persona; io ritengo invece giusto considerarli due persone diverse. Ecco, signore, la soluzione dell’enigma.

IL FRANCESE: — Come mai? Questo mi sembra del tutto nuovo.

ROUSSEAU: A mio parere, è un errore; non mi avete forse detto che non è l’autore del “Devin du village”?

IL FRANCESE: È vero, e si tratta di un fatto di cui ormai nessuno dubita più; ma per quanto riguarda le sue altre opere, non ho ancora sentito nessuno contestarle.

ROUSSEAU: — Tuttavia, questo secondo “spoglio” mi sembra una conseguenza abbastanza diretta del primo. Ma per giudicare meglio il loro rapporto, sarebbe necessario conoscere la prova che dimostri chiaramente che non sia lui l’autore del “Devin”.

IL FRANCESE: — La prova! Ne esistono centinaia, tutte irrefutabili.

ROUSSEAU: “È molto. Mi accontento di una sola; ma voglio che sia, e per motivi validi, indipendente dal testimone altrui.”

Il francese: — Ah! Molto volentieri. Senza parlare dei saccheggi ben documentati che hanno dimostrato chiaramente la composizione di questa opera, senza nemmeno soffermarmi sul dubbio riguardante la sua capacità di scrivere versi, e quindi se sia stato in grado di comporre quelli del “Devin du village”, mi attengo a qualcosa di più concreto e sicuro: lui non conosce la musica; da ciò si può concludere con certezza che non abbia scritto anche la musica di quest’opera.

ROUSSEAU: — Non conosce la musica! Un’altra di queste scoperte a cui non mi sarei aspettato.

IL FRANCESE: — Né io né nessun altro ci crediamo, ma verificate voi stessi.

ROUSSEAU: — Se dovessi superare l’orrore di avvicinarmi alla figura che avete appena descritto, certamente non lo farei per verificare se conosca la musica; questa domanda non è abbastanza interessante quando si tratta di un simile scellerato.

IL FRANCESCO: — Deve essere sembrata meno indifferente ai nostri signori che a voi; infatti, le inimmaginabili fatiche che hanno sostenuto e continuano ancora a sostenere ogni giorno per dimostrare al pubblico questa verità, superano di gran lunga ciò che hanno fatto per evidenziare i crimini da lei commessi.

ROUSSEAU: — Mi sembra piuttosto strano; infatti, quando si è dimostrato con tanta chiarezza il più importante, di solito non ci si sforza così tanto per provare il meno significativo.

IL FRANCESCO: — Oh! Di fronte a un tale uomo, non si deve trascurare nulla, né il bene né il male. All’orrore del vizio si aggiunge l’amore per la verità, al fine di distruggere in tutte le sue manifestazioni una reputazione usurpata; e coloro che un tempo si sono affrettati a dipingerlo come un mostro abominevole, non dovrebbero oggi meno affrettarsi a mostrarlo come un piccolo brigante senza talento.

ROUSSEAU: — Bisogna ammettere che il destino di quest’uomo presenta delle peculiarità davvero notevoli: la sua vita è divisa in due parti che sembrano appartenere a due individui diversi; il periodo che li separa, cioè il tempo in cui ha pubblicato i suoi libri, segna la morte di uno e la nascita dell’altro.

Le premier, homme paisible et doux, fut bien voulu de tous ceux qui le connurent, et ses amis lui restèrent toujours. Peu propre aux grandes sociétés par son humeur timide et son naturel tranquille, il aima la retraite, non pour y vivre seul, mais pour y joindre les douceurs de l’étude aux charmes de l’intimité. Il consacra sa jeunesse à la culture des belles connaissances et des talents agréables, et, quand il se vit forcé de faire usage de cet acquis pour subsister, ce fut avec si peu d’ostentation et de prétention, que les personnes auprès desquelles il vivait le plus n’imaginaient pas même qu’il eût assez d’esprit pour faire des livres. Son cœur, fait pour s’attacher, se donnait sans réserve ; complaisant pour ses amis jusqu’à la faiblesse, il se laissait subjuguer par eux au point de ne pouvoir plus secouer ce joug impunément. Le second, homme dur, farouche et noir, se fait abhorrer de tout le monde, qu’il fuit, et, dans son affreuse misanthropie, ne se plaît qu’à marquer sa haine pour le genre humain. Le premier, seul, sans étude et sans maître, vainquit toutes les difficultés à force de zèle, et consacra ses loisirs, non à l’oisiveté, encore moins à des travaux nuisibles, mais à remplir sa tête d’idées charmantes, son cœur de sentiments délicieux, et à former des projets, chimériques peut-être à force d’être utiles, mais dont l’exécution, si elle eût été possible, eût fait le bonheur du genre humain. Le second, tout occupé de ses odieuses trames, n’a su rien donner de son temps ni de son esprit à d’agréables occupations, encore moins à des vues utiles. Plongé dans les plus brutales débauches, il a passé sa vie dans les tavernes et les mauvais lieux, chargé de tous les vices qu’on y porte ou qu’on y contracte, n’ayant nourri que les goûts crapuleux et bas qui en sont inséparables ; il fait ridiculement contraster ses inclinations rampantes avec les altières productions qu’il a l’audace de s’attribuer. En vain a-t-il paru feuilleter des livres et s’occuper de recherches philosophiques, il n’a rien saisi, rien conçu, que ses horribles systèmes ; et, après de prétendus essais qui n’avaient pour but que d’en imposer au genre humain, il a fini, comme il avait commencé, par ne rien savoir que mal faire.

Enfin, sans vouloir suivre cette opposition dans toutes ses branches, et pour m’arrêter à celle qui m’y a conduit, le premier, d’une timidité qui allait jusqu’à la bêtise, osait à peine montrer à ses amis les productions de ses loisirs ; le second, d’une impudence encore plus bête, s’appropriait fièrement et publiquement les productions d’autrui sur les choses qu’il entendait le moins. Le premier aima passionnément la musique, en fit son occupation favorite, et avec assez de succès pour y faire des découvertes, trouver les défauts, indiquer les corrections : il passa une grande partie de sa vie parmi les artistes et les amateurs, tantôt composant de la musique dans tous les genres en diverses occasions, tantôt écrivant sur cet art, proposant des vues nouvelles, donnant des leçons de composition, constatant par des épreuves l’avantage des méthodes qu’il proposait, et toujours se montrant instruit dans toutes les parties de l’art plus que la plupart de ses contemporains, dont plusieurs étaient à la vérité plus versés que lui dans quelque partie, mais dont aucun n’en avait si bien saisi l’ensemble et suivi la liaison. Le second, inepte au point de s’être occupé de musique pendant quarante ans sans pouvoir l’apprendre, s’est réduit à l’occupation d’en copier foute d’en savoir faire ; encore lui-même ne se trouve-t-il pas assez savant pour le métier qu’il a choisi : ce qui ne l’empêche pas de se donner avec la plus stupide effronterie pour l’auteur de choses qu’il ne peut exécuter. Vous m’avouerez que voilà des contradictions difficiles à concilier.

LE FRANÇAIS. — Moins que vous ne croyez ; et, si vos autres énigmes ne m’étaient pas plus obscures que celle-là, vous me tiendriez moins en haleine.

ROUSSEAU. — Vous m’éclaircirez donc celle-ci quand il vous plaira, car, pour moi, je déclare que je n’y comprends rien.

LE FRANÇAIS. — De tout mon cœur, et très facilement ; mais commencez vous-même par m’éclaircir votre question.

ROUSSEAU. — Il n’y a plus de question sur le fait que vous venez d’exposer. À cet égard nous sommes parfaitement d’accord, et j’adopte pleinement votre conséquence ; mais je la porte plus loin. Vous dites qu’un homme qui ne sait faire ni musique ni vers n’a pas fait le Devin du village, et cela est incontestable : moi j’ajoute que celui qui se donne faussement pour l’auteur de cet opéra n’est pas même l’auteur des autres écrits qui portent son nom, et cela n’est guère moins évident ; car s’il n’a pas fait les paroles du Devin puisqu’il ne sait pas faire des vers, il n’a pas fait non plus l’Allée de Sylvie, qui difficilement en effet peut être l’ouvrage d’un scélérat ; et s’il n’en a pas fait la musique puisqu’il ne sait pas la musique, il n’a pas fait non plus la Lettre sur la musique française, encore moins le Dictionnaire de musique, qui ne peut être que l’ouvrage d’un homme versé dans cet art et sachant la composition.

LE FRANÇAIS. — Je ne suis pas là-dessus de votre sentiment non plus que le public, et nous avons pour surcroît celui d’un grand musicien étranger venu depuis peu dans ce pays.

ROUSSEAU. — Et, je vous prie, le connaissez-vous bien ce grand musicien étranger ? Savez-vous par qui et pourquoi il a été appelé en France, quels motifs l’ont porté tout d’un coup à ne faire que de la musique française, et à venir s’établir à Paris ?

LE FRANÇAIS. — Je soupçonne quelque chose de tout cela ; mais il n’en est pas moins vrai que Jean-Jacques étant plus que personne son admirateur, donne lui-même du poids à son suffrage.

ROUSSEAU. — Admirateur de son talent, d’accord, je le suis aussi ; mais quant à son suffrage, il faudrait premièrement être au fait de bien des choses avant de savoir quelle autorité l’un doit lui donner.

LE FRANÇAIS. — Je veux bien, puisqu’il vous est suspect, ne m’en pas étayer ici, ni même de celui d’aucun musicien ; mais je n’en dirai pas moins de moi-même que pour composer de la musique il faut la savoir sans doute ; mais qu’on peut bavarder tant qu’on vent sur cet art sans y rien entendre, et que tel qui se mêle d’écrire fort doctement sur la musique serait bien embarrassé de faire une bonne basse sous un menuet, et même de le noter.

ROUSSEAU. — Je me doute bien aussi de cela. Mais votre intention est-elle d’appliquer cette idée au Dictionnaire et à son auteur ?

LE FRANÇAIS. — Je conviens que j’y pensais.

ROUSSEAU. — Vous v pensiez ! Cela étant permettez-moi, de grâce, encore une question. Avez-vous lu ce livre ?

LE FRANÇAIS. — Je serais bien fâché d’en avoir lu jamais une seule ligne, non plus que d’aucun de ceux qui portent cet odieux nom.

ROUSSEAU. — En ce cas, je suis moins surpris que nous pensions, vous et moi, si différemment sur les points qui s’y rapportent. Ici, par exemple, vous ne confondriez pas ce livre avec ceux dont vous parlez, et qui, ne roulant que sur des principes généraux, ne contiennent que des idées vagues ou des notions élémentaires tirées peut-être d’autres écrits, et qu’ont tous ceux qui savent un peu de musique ; au lieu que le Dictionnaire entre dans le détail des règles pour en montrer la raison, l’application, l’exception, et tout ce qui doit guider le compositeur dans leur emploi. L’auteur s’attache même à éclaircir de certaines parties qui jusqu’alors étaient restées confuses dans la tête des musiciens, et presque inintelligibles dans leurs écrits. L’article Enharmonique, par exemple, explique ce genre avec une si grande clarté, qu’on est étonné de l’obscurité avec laquelle en avaient parlé tous ceux qui jusqu’alors avaient écrit sur cette matière. On ne me persuadera jamais que cet article, ceux d’Expression, Fugue, Harmonie, Licence, Diode, Modulation, Préparation, Récitatif, Trio[374], et grand nombre d’autres répandus dans ce Dictionnaire, et qui sûrement ne sont pillés de personne, soient l’ouvrage d’un ignorant en musique qui parle de ce qu’il n’entend point, ni qu’un livre dans lequel on peut apprendre la composition soit l’ouvrage de quelqu’un qui ne la savait pas.

The first man was gentle and peaceful; everyone who knew him liked him, and his friends remained by his side throughout. Not suited for large societies due to his timid nature and calm disposition, he preferred solitude—not to live alone there, but to combine the pleasures of study with the joys of intimacy. He devoted his youth to cultivating valuable knowledge and pleasant talents. When forced to use what he had acquired to make a living, he did so without any ostentation or pretension, to such an extent that those who lived closest to him never even imagined he possessed enough intellect to write books. His heart, naturally inclined toward attachment, gave itself unreservedly; he was so accommodating toward his friends that he allowed them to dominate him completely, unable to break free from their influence. The second man, on the other hand, was harsh, fierce, and filled with hatred for all people. He avoided them all and, in his abhorrent misanthropy, took pleasure in expressing his contempt for humanity. Alone, without education or a mentor, the first man overcame all difficulties through sheer determination. He spent his leisure time not in idleness or harmful pursuits, but in filling his mind with delightful ideas and his heart with tender sentiments. He devised plans—perhaps fanciful, but certainly beneficial—if only they could have been realized, they would have brought happiness to mankind. The second man, however, devoted all his time and energy to his vile schemes, never investing any of it in worthwhile pursuits. Lost in the most brutal debauchery, he spent his life in taverns and lowly places, indulging in every vice associated with those places. He absurdly contrasted his base nature with the lofty qualities he dared to claim for himself. In vain did he pretend to read books or engage in philosophical pursuits; he understood nothing, conceived nothing but his own horrible theories. After what were merely attempts to impose them on others, he ended up, just as he had begun, knowing nothing but how to do evil.

Finally, without attempting to follow the ramifications of this opposition in all its details, and limiting myself to the aspect that led me to this conclusion: the first individual, out of a timidity bordering on foolishness, hardly dared to show his friends the results of his leisure-time pursuits; the second, with an even more absurd audacity, brazenly and publicly appropriated the work of others in areas about which he knew next to nothing. The first person loved music passionately and made it his favorite pursuit, achieving considerable success in making discoveries, identifying flaws, and suggesting improvements. He spent much of his life among artists and amateurs—sometimes composing music in various genres on different occasions, sometimes writing about the art itself, proposing new ideas, giving lessons in composition, and proving through practical tests the superiority of the methods he advocated. He always proved to be more knowledgeable in all aspects of this art than most of his contemporaries, several of whom were indeed more skilled in certain areas than he was, but none of them had such a comprehensive understanding of the whole subject or such a clear grasp of its interconnectedness. The second person, on the other hand, was so inept that he spent forty years studying music without ever truly mastering it; he simply resorted to copying others’ work without any real understanding of how to create it himself. Even he does not consider himself knowledgeable enough for the profession he has chosen—yet this does not prevent him from arrogantly claiming to be the author of works that he is incapable of performing. You will admit that these contradictions are difficult to reconcile.

THE FRENCHMAN: Less than you think; and if your other enigmas weren’t just as obscure as this one, you wouldn’t be keeping me in such suspense.

ROUSSEAU: — You may clarify this point for me whenever you wish, for as far as I am concerned, I must declare that I understand nothing about it at all.

THE FRENCHMAN: With all my heart, and very easily; but first, please clarify your question for me.

ROUSSEAU. — There is no doubt whatsoever about what you have just stated. In this regard, we are completely in agreement, and I fully accept the conclusion you draw; but I go even further than that. You say that a man who cannot compose music or write poetry has not written “The Village Fool”; and that is undeniable. I add, however, that someone who falsely pretends to be the author of this work is not even the author of those other writings that bear his name; and that is just as evident. For if he could not have written the lyrics of “The Village Fool” since he cannot compose poetry, then he certainly could not have written “The Alley of Sylvie,” which seems highly unlikely to be the work of a scoundrel. And if he could not have composed the music for it since he does not understand music, then he certainly could not have written “Letter on French Music,” let alone the “Dictionary of Music,” which can only have been written by someone who is well-versed in this art and knowledgeable in composition.

THE FRENCHMAN: I share your feelings on this matter, just as the general public does; moreover, we have the perspective of a great foreign musician who has recently arrived in this country.

ROUSSEAU. — And, I beg you, do you really know this great foreign musician well? Do you know who invited him to France and why, what motives prompted him suddenly to dedicate himself solely to French music, and to come and settle in Paris?

THE FRENCHMAN: — I suspect something about all this; but it remains true that Jean-Jacques, being his greatest admirer, lends his own weight to his vote.

ROUSSEAU. — Admiring his talent, certainly I do; but as for giving him votes or authority, one would first need to be informed of many things before knowing what kind of authority another person should grant him.

THE FRENCHMAN: — Very well, since it is suspected that you have no knowledge of it, neither I nor any musician will provide evidence here; but I will still say that in order to compose music, one must certainly have some understanding of it; yet one can talk at length about this art without truly understanding it. Moreover, anyone who pretends to write learnedly about music would be greatly embarrassed if asked to play a good bass line in a minuet, or even to notate it properly.

ROUSSEAU. — I suppose so as well. But is your intention to apply this idea to the Dictionary and its author?

THE FRENCHMAN: — I admit that I was thinking about it.

ROUSSEAU. — You thought that! In that case, please allow me to ask one more question. Have you read this book?

THE FRENCHMAN: I would be deeply disappointed if I had ever read a single line of their writings, or met any of those who bear that abhorrent name.

ROUSSEAU. — In that case, I am less surprised than we both thought were the differences in our views on these matters. For instance, you would not confuse this book with those others of which you speak—books that deal only with general principles and contain nothing but vague ideas or elementary notions perhaps borrowed from other writings, and which are accessible to anyone with a basic knowledge of music. Instead, this Dictionary delves into the details of these rules, explaining their reasons, applications, exceptions, and everything that should guide a composer in their use. The author even goes so far as to clarify certain aspects that had previously remained obscure in the minds of musicians and almost incomprehensible in their writings. For example, the entry “Enharmonique” explains this subject with such clarity that one is astonished by the obscurity with which it had been discussed by all those who have written on this matter before. I will never be convinced that this article, or those on Expression, Fugue, Harmony, Licence, Diode, Modulation, Preparation, Récitatif, Trio[374], and numerous others found throughout this Dictionary—articles that surely have not been plagiarized from anyone—can possibly be the work of an ignorant person in music who is talking about things he does not understand, or that a book intended to teach composition could have been written by someone who himself did not know how to compose.

Il primo, uomo pacifico e mite, era molto amato da tutti coloro che lo conoscevano; i suoi amici gli rimasero sempre fedeli. Non adatto alle grandi società a causa della sua timidezza e della sua natura tranquilla, preferiva la solitudine non per vivere da solo, ma per unire le gioie dello studio ai piaceri dell’intimità. Trascorse la sua giovinezza coltivando belle conoscenze e talenti gradevoli; quando fu costretto ad utilizzare queste capacità per sopravvivere, lo fece con tale modestia e senza alcuna presunzione che le persone che vivevano intorno a lui non avrebbero mai immaginato che possedesse abbastanza intelletto da scrivere libri. Il suo cuore, incline ad affezionarsi profondamente, donava se stesso senza riserve; era così premuroso nei confronti dei suoi amici da lasciarsi dominare da loro al punto di non riuscire più a liberarsi da quel giogo. Il secondo, invece, uomo duro, selvaggio e malvagio, suscitava l’odio di tutti; lo evitavano e, nella sua orribile misantropia, trovava piacere solo nel manifestare il proprio disprezzo per l’umanità. Il primo, privo di studi e di maestri, superò tutte le difficoltà grazie alla sua determinazione; dedicava i suoi momenti liberi non all’ozio né a lavori dannosi, ma a colmare la propria mente di idee piacevoli e il proprio cuore di sentimenti delicati, progettando cose che, anche se talvolta irrealizzabili, avrebbero potuto rendere felice l’umanità. Il secondo, invece, completamente assorbito dalle sue malvagie macchinazioni, non dedicò mai il proprio tempo né la propria intelligenza ad attività piacevoli o utili; immerso nelle più brutali dissolutezze, trascorse la sua vita in taverne e luoghi malsani, coltivando tutti i vizi che vi si trovano; cercava inutilmente di far credere di interessarsi alla filosofia e allo studio, ma non comprese mai nulla, se non le sue orribili teorie; dopo alcuni tentativi falliti, che avevano lo scopo unico di imporle all’umanità, finì per non sapere fare altro che il male.

Infine, senza voler seguire questa opposizione in tutte le sue manifestazioni, e limitandomi a quella che mi ha portato a questo ragionamento, il primo, per timidezza quasi ridicola, osava appena mostrare ai suoi amici i risultati dei propri svaghi; il secondo, con una presunzione ancora più assurda, si appropriava con orgoglio e in pubblico delle opere altrui su argomenti di cui sapeva molto poco. Il primo amava appassionatamente la musica, ne fece la sua occupazione preferita e riuscì con successo a compiere scoperte, individuare difetti e suggerire correzioni: trascorse gran parte della sua vita tra artisti e appassionati di musica, componendo in vari generi nelle varie occasioni, scrivendo sull’arte stessa, proponendo nuove idee, dando lezioni di composizione, verificando con prove l’efficacia dei metodi che suggeriva, dimostrando sempre di conoscere meglio di molti suoi contemporanei tutte le sfaccettature di questo arte; sebbene alcuni di questi ultimi fossero in realtà più versati in alcune parti specifiche, nessuno di loro ne aveva compreso l’intero insieme e ne aveva analizzato correttamente le connessioni. Il secondo, invece, era talmente incompetente da dedicare quarant’anni alla musica senza riuscire a impararla davvero; si limitò quindi a copiare opere altrui senza nemmeno saperle eseguire; eppure nemmeno lui si riteneva abbastanza competente per il mestiere che aveva scelto. Il che non gli impediva, tuttavia, di proclamarsi con la più stupida arroganza autore di opere che in realtà non era in grado di realizzare. Ammetterete che queste contraddizioni sono difficili da conciliare.

IL FRANCESCO: — Meno di quanto crediate; e se le vostre altre enigme non fossero altrettanto oscure di questa, non mi teneste certo in sospeso con tanta curiosità.

ROUSSEAU: Allora mi spiegherete questa questione quando vorrete, perché, per quanto mi riguarda, devo ammettere di non capirci assolutamente nulla.

IL FRANCESE: Con tutto il cuore, e molto facilmente; ma prima di tutto, spiegatemi chiaramente la vostra domanda.

ROUSSEAU: — Non vi è più alcun dubbio riguardo a ciò che avete appena esposto. In questo senso siamo perfettamente d’accordo, e io adotto pienamente le vostre conclusioni; ma le porto ancora oltre. Dite che un uomo che non sa né comporre musica né scrivere versi non può essere l’autore dell’“Devin du village”, e questo è indiscutibile; io aggiungo però che colui che si finge autore di quest’opera non è nemmeno l’autore degli altri scritti che portano il suo nome, e questo non è certo meno evidente. Se non ha scritto i versi dell’“Devin du village” perché non sa comporre versi, allora non ha nemmeno scritto l’“Allée de Sylvie”, che difficilmente può essere l’opera di un individuo spregevole; e se non ne ha composto la musica perché non conosce la musica, allora non ha nemmeno scritto la “Lettera sulla musica francese”, per non parlare del “Dizionario di musica”, che può certamente essere l’opera solo di un uomo esperto in questo campo e conoscitore della composizione musicale.

IL FRANCESE: Anch’io condivido il vostro punto di vista su questo argomento, così come il pubblico; inoltre, abbiamo anche l’opinione di un grande musicista straniero che è arrivato recentemente in questo paese.

ROUSSEAU. — E vi prego, lo conoscete bene questo grande musicista straniero? Sapete da chi e perché è stato chiamato in Francia, quali motivi lo hanno spinto improvvisamente a dedicarsi esclusivamente alla musica francese e ad stabilirsi a Parigi?

IL FRANCESCO: Sospetto qualcosa in tutto questo; ma è pur vero che Jean-Jacques, essendo il suo più grande ammiratore, conferisce peso al proprio voto.

ROUSSEAU: — Certo, ammiro il suo talento; anch’io lo faccio; ma per quanto riguarda il suo voto, bisognerebbe prima conoscere molte cose per capire quale autorità si debba riconoscergli.

Il francese: — Va bene, poiché vi sembra sospetto non fornirmi alcuna prova a riguardo, né tantomeno quella di qualche musicista; ma dirò comunque che, per comporre musica, è certamente necessario conoscerla bene; tuttavia si può parlare a vanvera di questo arte senza capirne nulla, e chi si permette di scrivere in modo molto erudito sulla musica si troverebbe in grande imbarazzo nel dover suonare una buona parte bassa sotto un menuet, o persino nel doverlo notare correttamente.

ROUSSEAU: — Anche io me lo chiedo. Ma la vostra intenzione è quella di applicare questo concetto al Dizionario e al suo autore?

IL FRANCESE: Ammetto di averci pensato.

ROUSSEAU: — Voi ci credevate davvero! In tal caso, per favore, permettetemi di porre un’altra domanda: avete letto questo libro?

IL FRANCESE: Mi dispiacerebbe moltissimo aver mai letto una sola riga di queste opere, così come di qualsiasi altra che porti quel nome odioso.

ROUSSEAU: — In questo caso, sono meno sorpreso di quanto pensassimo tu ed io del fatto che abbiamo opinioni così diverse su questi argomenti. Qui, ad esempio, non confonderesti questo libro con quelli di cui parli, quei libri che si limitano a trattare di principi generali e contengono soltanto idee vaghe o nozioni elementari tratte forse da altri scritti, e che sono accessibili a chiunque abbia una conoscenza di base della musica; mentre questo Dizionario entra nei dettagli delle regole musicali per spiegarne il motivo, l’applicazione, le eccezioni e tutto ciò che deve guidare il compositore nel loro utilizzo. L’autore si impegna persino a chiarire alcune parti che fino ad ora erano rimaste oscure nella mente dei musicisti e quasi incomprensibili nei loro scritti. L’articolo “Enarmonico”, ad esempio, spiega questo argomento con tale chiarezza che si rimane stupiti dall’oscurità con cui di esso avevano parlato tutti coloro che fino ad ora avevano scritto su questa materia. Non mi convincerete mai che quest’articolo, così come quelli sugli “Espressioni musicali”, sulla “Fuga”, sull’“Armonia”, sulla “Licenza”, sulla “Diade”, sulla “Modulazione”, sulla “Preparazione”, sul “Ricettativo”, sul “Trio” e molti altri presenti in questo Dizionario – che sicuramente nessuno ha plagiato – siano l’opera di un ignorante in materia musicale che parla di ciò che non comprende, né che un libro nel quale si possa imparare la composizione sia l’opera di qualcuno che essa stesso non conosceva.

Il est vrai que plusieurs autres articles également importants sont restés seulement indiqués pour ne pas laisser le vocabulaire imparfait, comme il en avertit dans sa préface ; mais serait-il raisonnable de le juger sur les articles qu’il n’a pas eu le temps de faire plutôt que sur ceux où il a mis la dernière main et qui demandaient assurément autant de savoir que les autres ? L’auteur convient, il avertit même de ce qui manque à son livre, et il dit la raison de ce défaut. Mais tel qu’il est, il serait cent fois plus croyable encore qu’un homme qui ne sait pas la musique eût fait le Devin que le Dictionnaire : car combien ne voit-on pas, surtout en Suisse et en Allemagne, de gens qui, ne sachant pas une note de musique, et guidés uniquement par leur oreille et leur goût, ne laissent pas de composer des choses très agréables et même très régulières, quoiqu’ils n’aient nulle connaissance des règles et qu’ils ne puissent déposer leurs compositions que dans leur mémoire ? Mais il est absurde de penser qu’un homme puisse enseigner et même éclaircir dans un livre une science qu’il n’entend point, et bien plus encore dans un art dont la seule langue exige une étude de plusieurs années avant qu’on puisse l’entendre et la parler. Je conclus donc qu’un homme qui n’a pu faire le Devin du village, parce qu’il ne savait pas la musique, n’a pu faire à plus forte raison le Dictionnaire, qui demandait beaucoup plus de savoir.

LE FRANÇAIS. — Ne connaissant ni l’un ni l’autre ouvrage, je ne puis par moi-même juger de votre raisonnement. Je sais seulement qu’il y a une différence extrême à cet égard dans l’estimation du public, que le Dictionnaire passe pour un ramassis de phrases sonores et inintelligibles, qu’on en cite un article Génie que tout le monde prône et qui ne dit rien sur la musique. Quant à votre article Enharmonique et aux autres qui, selon vous, traitent pertinemment de l’art, je n’en ai jamais ouï parler à personne, si ce n’est à quelques musiciens ou amateurs étrangers qui paraissaient en faire cas avant qu’on les eût mieux instruits ; mais les nôtres disent et ont toujours dit ne rien entendre au jargon de ce livre.

Pour le Devin, vous avez vu les transports d’admiration excités par la dernière reprise ; l’enthousiasme du public poussé jusqu’au délire fait foi de la sublimité de cet ouvrage. C’était le divin Jean-Jacques ; c’était le moderne Orphée ; cet opéra était le chef-d’œuvre de l’art et de l’esprit humain, et jamais cet enthousiasme ne fut si vif que lorsqu’on sut que le divin Jean-Jacques ne savait pas la musique. Or, quoi que vous en puissiez dire, de ce qu’un homme qui ne sait pas la musique n’a pu faire un prodige de l’art universellement admiré, il ne s’ensuit pas, selon moi, qu’il n’a pu faire un livre peu lu, peu entendu, et encore moins estimé.

ROUSSEAU. — Dans les choses dont je peux juger par moi-même, je ne prendrai jamais pour règle de mes jugements ceux du public, et surtout quand il s’engoue, comme il a fait tout d’un coup pour le Devin du village, après l’avoir entendu pendant vingt ans avec un plaisir plus modéré. Cet engouement subit, quelle qu’en ait été la cause au moment où le soi-disant auteur était l’objet de la dérision publique, n’a rien eu d’assez naturel pour faire autorité sur les gens sensés. Je vous ai dit ce que je pensais du Dictionnaire, et cela non pas sur l’opinion publique, ni sur ce célèbre article Génie, qui, n’ayant nulle application particulière à l’art, n’est là que pour la plaisanterie, mais après avoir lu attentivement l’ouvrage entier, dont la plupart des articles feront faire de meilleure musique quand les artistes en sauront profiter.

Quant au Devin, quoique je sois bien sûr que personne ne sent mieux que moi les véritables beautés de cet ouvrage, je suis fort éloigné de voir ces beautés où le public engoué les place. Ce ne sont point de celles que l’étude et le savoir produisent, mais de celles qu’inspirent le goût et la sensibilité ; et l’on prouverait beaucoup mieux qu’un savant compositeur n’a point fait cette pièce, si la partie du beau chant et de l’invention lui manque, qu’on ne prouverait qu’un ignorant ne l’a pu faire parce qu’il n’a pas cet acquis qui supplée au génie et ne fait rien qu’à force de travail. Il n’y a rien dans le Devin du village qui passe, quant à la partie scientifique, les principes élémentaires de la composition ; et non seulement il n’y a point d’écolier de trois mois qui, dans ce sens, ne fût en état d’en faire autant, mais on peut bien douter qu’un savant compositeur pût se résoudre à être aussi simple. Il est vrai que l’auteur de cet ouvrage y a suivi un principe caché qui se fait sentir sans qu’on le remarque, et qui donne à ses chants un effet qu’on ne sent dans aucune autre musique française. Mais ce principe, ignoré de tous nos compositeurs, dédaigné de ceux qui en ont entendu parler, posé seulement par l’auteur de la Lettre sur la musique française, qui en a fait ensuite un article du Dictionnaire, et suivi seulement par l’auteur du Devin, est une grande preuve de plus que ces deux auteurs sont le même. Mais tout cela montre l’invention d’un amateur qui a réfléchi sur l’art, plutôt que la routine d’un professeur qui le possède supérieurement. Ce qui peut faire honneur au musicien dans cette pièce est le récitatif : il est bien modulé, bien ponctué, bien accentué, autant que du récitatif français peut l’être. Le tour en est neuf, du moins il l’était alors à tel point qu’on ne voulut point hasarder ce récitatif à la cour, quoique adapté à la langue plus qu’aucun autre. J’ai peine à concevoir comment du récitatif peut être pillé, à moins qu’on ne pille aussi les paroles ; et, quand il n’y aurait que cela de la main de l’auteur de la pièce, j’aimerais mieux, quant à moi, avoir fait le récitatif sans les airs, que les airs sans le récitatif ; mais je sens trop bien la même main dans le tout pour pouvoir le partager à différents auteurs. Ce qui rend même cet opéra prisable pour les gens de goût, c’est le parfait accord des paroles et de la musique, c’est l’étroite liaison des parties qui le composent, c’est l’ensemble exact du tout qui en fait l’ouvrage le plus un que je connaisse en ce genre. Le musicien a partout pensé, senti, parlé comme le poète ; l’expression de l’un répond toujours si fidèlement à celle de l’autre, qu’on voit qu’ils sont toujours animés du même esprit ; et l’on me dit que cet accord si juste et si rare résulte d’un tas de pillages fortuitement rassemblés ! Monsieur, il y aurait cent fois plus d’art à composer un pareil tout de morceaux épars et décousus qu’à le créer soi-même d’un bout à l’autre.

LE FRANÇAIS. — Votre objection ne m’est pas nouvelle ; elle paraît même si solide à beaucoup de gens, que, revenus des vols partiels, quoique tous si bien prouvés, ils sont maintenant persuadés que la pièce entière, paroles et musique, est d’une autre main, et que le charlatan a eu l’adresse de s’en emparer et l’impudence de se l’attribuer. Gela parait même si bien établi, que l’on n’en doute plus guère ; car enfin il faut bien nécessairement recourir à quelque explication semblable ; il faut bien que cet ouvrage, qu’il est incontestablement hors d’état d’avoir fait, ait été fait par quelqu’un. On prétend même en avoir découvert le véritable auteur.

ROUSSEAU. — J’entends : après avoir d’abord découvert et très bien prouvé les vols partiels dont le Devin du village était composé, on prouve aujourd’hui non moins victorieusement qu’il n’y a point eu de vols partiels ; que cette pièce, toute de la même main, a été volée en entier par celui qui se l’attribue. Soit donc, car l’une et l’autre de ces vérités contradictoires est égale pour mon objet. Mais enfin quel est-il donc, ce véritable auteur ? Est-il Français, Suisse, Italien, Chinois ?

LE FRANÇAIS. — C’est ce que j’ignore ; car on ne peut guère attribuer cet ouvrage à Pergolèse, comme un Salve Regina…

ROUSSEAU. — Oui, j’en connais un de cet auteur, et qui même a été gravé…

It is true that several other equally important articles were merely indicated in the original text in order not to leave the vocabulary incomplete, as the author warned in his preface; but would it be reasonable to judge him based on those articles for which he did not have time to complete them, rather than those for which he spent all his effort and which certainly required just as much knowledge as the others? The author himself acknowledges these missing articles and even warns about their absence, explaining the reasons for this deficiency. But as it stands, it would be a hundred times more plausible to think that a person who knows nothing about music could have written “Le Devin” than that he could have compiled a dictionary: for how many people, especially in Switzerland and Germany, can one see who, without any knowledge of musical notation and relying solely on their ear and taste, manage to compose things that are both very pleasing and even quite well-structured, even though they have no understanding of the rules and can only store their compositions in their memory? Yet it is utterly absurd to assume that a person could teach or even explain in a book a subject of which they themselves have no understanding, let alone a field where the very language itself requires years of study before one can even begin to grasp and use it. Therefore, I conclude that a person who was unable to write “Le Devin” for a village because he did not know music could certainly not have compiled a dictionary, which required far more knowledge.

THE FRENCHMAN: — Not knowing either of these works, I am unable to judge your reasoning on my own. I only know that there is a tremendous difference in public opinion regarding them; the Dictionary is regarded as a collection of meaningless, soundless phrases, and an article entitled “Genie” is often cited by everyone, yet it says nothing about music at all. As for your articles “Enharmonique” and those others which, in your view, deal properly with this art, I have never heard anyone mention them, except a few foreign musicians or amateurs who seemed to take them seriously before people had a better understanding of the subject; but our own people say—and have always said—that they understand nothing of the jargon contained in that book.

For the Divine Jean-Jacques, you saw the excited expressions of admiration that the latest performance elicited; the public’s enthusiasm, reaching almost delirious proportions, testifies to the sublimity of this work. He was the divine Jean-Jacques; he was the modern Orpheus. This opera was the masterpiece of human art and intellect—and never was such enthusiasm so intense as when it became known that the divine Jean-Jacques did not know music at all. Yet, whatever you may say about how a man who does not know music could create a work that is universally admired in the arts, I believe that this does not in any way mean that he could not also produce a book that is little read, little heard, and even less valued.

ROUSSEAU. — In matters that I can judge for myself, I will never take the opinions of the public as a guide for my own judgments, especially when they become suddenly enthusiastic—as they did all at once regarding “The Village Prophet,” after having listened to his performances with rather more moderation for twenty years. Such sudden enthusiasm, whatever its cause may have been at the time when this so-called “author” became the object of public ridicule, had nothing in it that could be considered reasonable enough to exert any authority over sensible people. I have told you what I think about this dictionary—not on the basis of public opinion, nor regarding that famous entry on “Genius,” which, since it has no particular relevance to the field of art, exists merely for the sake of amusement—but after having carefully read the entire work. Most of its entries will prove to be of greater value when artists learn how to make use of them.

As for Der Devin, although I am certainly convinced that no one perceives the true beauties of this work more clearly than I do, I am far from seeing those beauties where the enthusiastic public seems to locate them. They are not the kind of beauties that arise from study and knowledge, but rather those inspired by taste and sensitivity. One could prove far more convincingly that a learned composer could not have created this piece if it lacked the elements of beautiful singing and inventive composition, than that an ignorant person could not have done so simply because they lacked the acquired skills that genius can compensate for and that can only be achieved through hard work. In terms of its musical principles, there is nothing in Der Devin that surpasses the basic elements of composition; indeed, any student of three months could create something similar in this regard, and it is doubtful that a learned composer would choose to be so simplistic. It is true that the author of this work followed some hidden principle that operates subtly without being noticed, giving his songs an effect that is not found in any other French music. But this principle, unknown to all our composers and dismissed by those who have heard of it, proposed merely by the author of Lettre sur la musique française and later included in a dictionary entry, and then followed only by the author of Der Devin, is yet another strong indication that these two authors are the same person. However, all this shows the work of an amateur who has reflected deeply on the art, rather than the routine of a professor who possesses it superbly. What truly honors the musician in this piece is the recitative: it is well-modulated, punctuated, and accented, to the best extent that French recitative can be. Its structure was so ingenious that it was not dared to perform at court, despite being better adapted to the language than any other version. I find it hard to believe that a recitative could be plagiarized, unless the lyrics themselves were also stolen; and if this were the only contribution of the piece’s author, I would prefer to have created the recitative without the musical melodies than the melodies without the recitative. But I can sense too clearly that the same hand guided the entire work to believe it could never have been written by different authors. What makes this opera appealing to people of taste is the perfect harmony between lyrics and music, the tight integration of its various parts, and the overall coherence that makes it the most unified work of its kind that I know. The musician thought, felt, and expressed everything in unison with the poet; the expression of one always responds so faithfully to the other that it is clear they are inspired by the same spirit. And yet people claim that such precise and rare harmony results from a haphazard collection of borrowed elements! My dear sir, creating such a unified whole from scattered and disconnected fragments would require far more artistic skill than originating it entirely from scratch.

THE FRENCHMAN: — Your objection is not new to me; it seems so solid to many people that, even after the partial forgeries had been thoroughly proven, they are now convinced that the entire work, both words and music, was composed by someone else, and that the swindler had the audacity to claim it as his own. This opinion seems so firmly established that few now doubt it; for after all, some such explanation must necessarily be sought. It is undeniable that this work could not have been created by the person who claimed it, so it must have been done by someone else. Some even claim to have discovered its true author.

ROUSSEAU. — I mean this: after having first discovered and thoroughly proven the existence of those partial forgeries that constituted the so-called “Village Prophet,” people have now just as convincingly demonstrated that such partial forgeries never existed at all; that this entire work, being entirely the work of the same person, was actually stolen in its entirety by the very one who claims to be its author. Well then, since either of these contradictory statements is equally relevant to my purpose. But what on earth is this true author? Is he French, Swiss, Italian, or Chinese?

THE FRENCHMAN: — That is what I do not know; for one cannot readily attribute this work to Pergolesi, just as one could not attribute “Salve Regina” to him.

ROUSSEAU. — Yes, I know one of these authors; in fact, his work was even engraved.

È vero che molti altri articoli altrettanto importanti sono rimasti soltanto indicati, affinché il vocabolario non risultasse incompleto, come avverte l’autore nella sua prefazione; ma sarebbe ragionevole giudicarlo in base agli articoli che non ha avuto il tempo di completare, piuttosto che quelli su cui ha lavorato fino all’ultima fase e che richiedevano sicuramente lo stesso impegno intellettuale degli altri? L’autore stesso ammette ciò che manca nel suo libro e spiega la ragione di tale carenza. Tuttavia, così com’è, il suo lavoro è cento volte più credibile di quello di un uomo che non conosce la musica e che abbia cercato di compilare un dizionario: infatti, si vedono spesso, soprattutto in Svizzera e in Germania, persone che, senza conoscere nemmeno una nota musicale e guidate soltanto dall’orecchio e dal gusto, riescono a comporre opere molto piacevoli e persino molto regolari, anche se non hanno alcuna conoscenza delle regole musicali e possono conservare le loro composizioni soltanto nella memoria. Tuttavia, è assurdo pensare che un uomo possa insegnare o chiarire in un libro una scienza di cui non ha alcuna comprensione, e ancora di più un’arte la cui stessa lingua richiede anni di studio prima di poterla comprendere e padroneggiare. Concludo quindi che un uomo che non è riuscito a comporre opere musicali nel villaggio, semplicemente perché non conosceva la musica, non avrebbe potuto certo realizzare un dizionario, che richiede molto più conoscenza e competenza.

Il FRANCese: — Non conoscendo nessuno dei due libri in questione, non posso giudicare da solo il vostro ragionamento. So soltanto che c’è una differenza estrema nell’opinione del pubblico al riguardo: il Dizionario viene considerato un insieme di frasi sonore e incomprensibili; si cita spesso l’articolo “Genio”, che tutti lodano, ma che in realtà non dice nulla sulla musica. Per quanto riguarda l’articolo “Enarmonico” e gli altri che, secondo voi, trattano temi pertinenti all’arte, non ne ho mai sentito parlare da nessuno, se non da alcuni musicisti o appassionati stranieri che sembravano darvi importanza prima che venissero meglio informati; ma i nostri musicisti dicono e hanno sempre detto di non capire affatto il gergo di quel libro.

Per quanto riguarda il “Veggente”, avete visto gli entusiasmi suscitati dall’ultima rappresentazione; l’eccitazione del pubblico, portata fino al delirio, testimonia della sublimità di quest’opera. Era quel divino Jean-Jacques, era l’Orfeo moderno; quell’opera rappresentava il capolavoro dell’arte e dello spirito umano. E mai quell’entusiasmo fu così intenso come quando si seppe che il divino Jean-Jacques non conosceva la musica. Tuttavia, per quanto possiate dire riguardo al fatto che un uomo che non conosce la musica abbia potuto compiere un miracolo nell’arte universalmente ammirata, secondo me ciò non significa affatto che non abbia potuto scrivere un libro poco letto, poco ascoltato, e ancora meno apprezzato.

ROUSSEAU: — Per quanto riguarda le cose di cui posso giudicare da solo, non prenderò mai come regola per i miei giudizi quelli del pubblico, soprattutto quando questi si lasciano travolgere dall’entusiasmo, come è accaduto improvvisamente per il cosiddetto “Veggente del villaggio”, dopo averlo ascoltato per vent’anni con un piacere più moderato. Questo entusiasmo improvviso, qualunque ne fosse la causa nel momento in cui l’autore di quelle affermazioni era oggetto di derisione da parte del pubblico, non aveva nulla di abbastanza naturale per poter avere autorità su persone sensate. Vi ho detto ciò che penso del Dizionario, e questo non sulla base dell’opinione pubblica, né riguardo a quel famoso articolo sul “Genio” che, essendo privo di qualsiasi applicazione concreta all’arte, esiste soltanto a scopo di divertimento; ma dopo aver letto attentamente l’intero lavoro, il cui contenuto potrà essere davvero utile agli artisti quando sapranno come sfruttarlo al meglio.

Per quanto riguarda “Il Devino del villaggio”, sebbene sia certo che nessuno percepisca meglio di me le vere bellezze di quest’opera, sono ben lontano dal riconoscere quelle bellezze che il pubblico entusiasta vi attribuisce. Non si tratta delle bellezze prodotte dall’apprendimento e dalla conoscenza, ma di quelle ispirate dal gusto e dalla sensibilità; e si potrebbe dimostrare molto meglio che un compositore erudito non abbia scritto quest’opera, se gli mancassero le qualità necessarie per creare belle melodie e originali idee musicali, piuttosto che dimostrare che un ignorante non avrebbe potuto farlo semplicemente perché non possedeva quelle competenze acquisite che, anche senza genio naturale, possono essere raggiunte attraverso il duro lavoro. In “Il Devino del villaggio” non c’è nulla di significativo, dal punto di vista scientifico o delle basi della composizione musicale; anzi, qualsiasi studente di tre mesi sarebbe in grado di creare qualcosa di simile, e si può dubitare che un compositore erudito si riducesse a tali semplici mezzi. È vero che l’autore di quest’opera ha seguito un principio nascosto che si percepisce senza che se ne accorga, e che conferisce alle sue melodie un effetto particolare che non si trova in nessun’altra musica francese. Ma questo principio, ignorato da tutti i nostri compositori e disdegnato da coloro che ne hanno sentito parlare, proposto soltanto dall’autore della “Lettera sulla musica francese” e poi incluso nel “Dizionario”, e seguito soltanto dall’autore di “Il Devino del villaggio”, rappresenta una ulteriore prova del fatto che questi due autori siano la stessa persona. Tuttavia, tutto ciò dimostra piuttosto l’ingegno di un appassionato che ha riflettuto sull’arte, piuttosto che la routine di un maestro che la possiede a livelli elevati. Ciò che può onorare il musicista in quest’opera è il recitativo: è ben modulato, ben punteggiato, ben accentuato, nel miglior modo possibile per un recitativo francese. La struttura è originale; almeno all’epoca lo era a tal punto che nessuno osava utilizzarla alla corte, nonostante fosse adatta alla lingua francese più di qualsiasi altra. Non riesco proprio a capire come si possa “plagiarizzare” un recitativo, a meno che non si plagiino anche le parole; e se in quest’opera ci fosse soltanto il recitativo, preferirei averlo creato io stesso senza le melodie, piuttosto che avere le melodie senza il recitativo. Ma sento chiaramente che tutto è stato realizzato dalla stessa mano dell’autore, e per questo non potrei mai attribuirlo ad altri autori. Ciò che rende quest’opera apprezzabile dalle persone di gusto è l’armonia perfetta tra parole e musica, la stretta connessione tra le varie parti che la compongono, l’insieme completo che ne fa l’opera più coerente che conosca in questo genere. Il musicista ha pensato, sentito e espresso tutto come il poeta; l’espressione di uno risponde sempre fedelmente a quella dell’altro, dimostrando chiaramente che sono animati dallo stesso spirito. E mi dicono che questa armonia così precisa e rara sia il risultato di una serie di “plagio” casuali. Signore, creare un tutto simile partendo da pezzi sparsi e disconnessi richiederebbe cento volte più arte che crearlo ex novo.

Il francese: — La vostra obiezione non mi è nuova; anzi, sembra così fondata a molti che, dopo aver esaminato attentamente quelle parti del lavoro che erano state oggetto di critiche, e che sono risultate senza dubbio autentiche, ora si ritiene che l’intero opuscolo, sia le parole che la musica, sia stato scritto da un altro; che quel ciarlatano abbia avuto l’astuzia di appropriarselo e l’impudenza di attribuirselo. Questa tesi sembra così consolidata che ormai difficilmente si dubita più della sua veridicità; infatti, è necessario ricorrere a qualche spiegazione del genere: quell’opera, che senza dubbio non può essere stata scritta da colui che ne ha rivendicato l’autorità, deve esserlo stata per forza da qualcun altro. Si dice persino di aver scoperto il vero autore.

ROUSSEAU: — Intendo dire che, dopo aver prima scoperto e dimostrato in modo convincente i presunti furti parziali di cui si attribuiva la responsabilità il “Veggente del villaggio”, oggi si dimostra altrettanto chiaramente che non sono mai avvenuti tali furti; che l’intera opera, scritta dalla stessa mano, è stata rubata completamente da colui che se ne attribuisce la paternità. Ebbene, poiché entrambe queste affermazioni contraddittorie sono ugualmente valide per i miei scopi. Ma allora, chi è davvero l’autore di questa opera? È francese, svizzero, italiano, cinese?

IL FRANCese: È proprio ciò che ignoro; infatti, non si può certo attribuire quest’opera a Pergolèse, così come non si potrebbe attribuire il “Salve Regina” a lui.

ROUSSEAU: “Sì, conosco uno di questi autori; anzi, è persino stato inciso, ”

LE FRANÇAIS. — Ce n’est pas celui-là. Le Salve dont vous parlez, Pergolèse l’a fait de son vivant, et celui dont je parle en est un autre qu’il a fait vingt ans après sa mort, et que Jean-Jacques s’appropriait en disant l’avoir fait pour mademoiselle Fel, comme beaucoup d’autres motets que le même Jean-Jacques dit on dira de même avoir faits depuis lors, et qui, par autant de miracles de M. d’Alembert, sont et seront toujours tous de Pergolèse, dont il évoque l’ombre quand il lui plaît.

ROUSSEAU. — Voilà qui est vraiment admirable ! Oh ! je me doutais depuis longtemps que ce M. d’Alembert devait être un saint à miracles, et je parierais bien qu’il ne s’en tient pas à ceux-là. Mais, comme vous dites, il lui sera néanmoins difficile, tout saint qu’il est, d’avoir aussi fait faire le Devin du village à Pergolèse, et il ne faudrait pas multiplier les auteurs sans nécessité.

LE FRANÇAIS. — Pourquoi non ? Qu’un pillard prenne à droite et à gauche, rien au monde n’est plus naturel.

ROUSSEAU. — D’accord ; mais dans toutes ces musiques ainsi pillées on sent les coutures et les pièces de rapport, et il me semble que celle qui porte le nom de Jean-Jacques n’a pas cet air-là. On n’y trouve même aucune physionomie nationale : ce n’est pas plus de la musique italienne que de la musique française. Elle a le ton de la chose, et rien de plus.

LE FRANÇAIS. — Tout le monde convient de cela. Comment l’auteur du Devin a-t-il pris dans cette pièce un accent alors si neuf qu’il n’ait employé que là ? et si c’est son unique ouvrage, comment en a-t-il tranquillement cédé la gloire à un autre, sans tenter de la revendiquer, ou du moins de la partager par un second opéra semblable ? On m’a promis de m’expliquer clairement tout cela ; car j’avoue de bonne foi y avoir trouvé jusqu’ici quelque obscurité.

ROUSSEAU. — Bon ! vous voilà bien embarrassé ! le pillard aura fait accointance avec l’auteur ; il se sera fait confier sa pièce, on la lui aura volée, et puis il l’aura empoisonné. Cela est tout simple.

LE FRANÇAIS. — Vraiment, vous avez là de jolies idées !

ROUSSEAU. — Ah ! ne me faites pas honneur de votre bien. Ces idées vous appartiennent ; elles sont l’effet naturel de tout ce que vous m’avez appris. Au reste, et quoi qu’il en soit du véritable auteur de la pièce, il me suffit que celui qui s’est dit l’être sort, par son ignorance et son incapacité, hors d’état de l’avoir faite, pour que j’en conclue, à plus forte raison, qu’il n’a fait ni le Dictionnaire qu’il s’attribue aussi, ni la Lettre sur la musique française, ni aucun des autres livres qui portent son nom et dans lesquels il est impossible de ne pas sentir qu’ils partent tous de la même main. D’ailleurs, concevez-vous qu’un homme doué d’assez de talents pour faire de pareils ouvrages aille, au fort même de son effervescence, piller et s’attribuer ceux d’autrui dans un genre qui non seulement n’est pas le sien, mais auquel il n’entend absolument rien ; qu’un homme qui, selon vous, eut assez de courage, d’orgueil, de fierté, de force, pour résister à la démangeaison d’écrire, si naturelle aux jeunes gens qui se sentent quelque talent, pour laisser mûrir vingt ans sa tête dans le silence, afin de donner plus de profondeur et de poids à ses productions longtemps méditées ; que ce même homme, l’âme toute remplie de ses grandes et sublimes vues, aille en interrompre le développement, pour chercher, par des manœuvres aussi lâches que puériles, une réputation usurpée et très inférieure à celle qu’il peut obtenir légitimement ? Ce sont des gens pourvus de bien petits talents par eux-mêmes qui se parent ainsi de ceux d’autrui ; et quiconque avec une tête active et pensante a senti le délire et l’attrait du travail d’esprit, ne va pas servilement sur la trace d’un autre pour se parer ainsi des productions étrangères par préférence à celles qu’il peut tirer de son propre fonds. Allez, monsieur, celui qui a pu être assez vil et assez sot pour s’attribuer le Devin du village sans l’avoir fait, et même sans savoir la musique, n’a jamais fait une ligne du Discours sur l’inégalité, ni de l’Émile, ni du Contrat social. Tant d’audace et de vigueur d’un côté, tant d’ineptie et de lâcheté de l’autre, ne s’associeront jamais dans la même âme.

Voilà une preuve qui parle à tout homme sensé. Que d’autres qui ne sont pas moins fortes ne parlent qu’à moi, j’en suis fâché pour mon espèce ; elles devraient parler à toute âme sensible et douée de l’instinct moral. Vous me dites que tous ces écrits qui m’échauffent, me touchent, m’attendrissent, me donnent la volonté sincère d’être meilleur, sont uniquement des productions d’une tête exaltée conduite par un cœur hypocrite et fourbe. La figure de mes êtres surlunaires vous aura déjà fait entendre que je n’étais pas là-dessus de votre avis. Ce qui me confirme encore dans le mien est le nombre et l’étendue de ces mêmes écrits, où je sens toujours et partout la même véhémence d’un cœur échauffé des mêmes sentiments. Quoi ! ce fléau du genre humain, cet ennemi de toute droiture, de toute justice, de toute bonté, s’est captivé dix à douze ans dans le cours de quinze volumes à parler toujours le plus doux, le plus pur, le plus énergique langage de la vertu, à plaindre les misères humaines, à en montrer la source dans les erreurs, dans les préjugés des hommes, à leur tracer la route du vrai bonheur, à leur apprendre à rentrer dans leur propre cœur pour y retrouver le germe des vertus sociales qu’ils étouffent sous un faux simulacre dans le progrès mal entendu des sociétés, à consulter toujours leur conscience pour redresser les erreurs de leur raison, et à écouter dans le silence des passions cette voix intérieure que tous nos philosophes ont tant à cœur d’étouffer, et qu’ils traitent de chimère parce qu’elle ne leur dit plus rien : il s’est fait siffler d’eux et de tout son siècle pour avoir toujours soutenu que l’homme était bon quoique les hommes fussent méchants, que ses vertus lui venaient de lui-même, que ses vices lui venaient d’ailleurs : il a consacré son plus grand et meilleur ouvrage à montrer comment s’introduisent dans notre âme les passions nuisibles, à montrer que la bonne éducation doit être purement négative, qu’elle doit consister, non à guérir les vices du cœur humain, puisqu’il n’y en a point naturellement, mais à les empêcher de naître, et à tenir exactement fermées les portes par lesquelles ils s’introduisent : enfin, il a établi tout cela avec une clarté si lumineuse, avec un charme si touchant, avec une vérité si persuasive, qu’une âme non dépravée ne peut résister à l’attrait de ses images et à la force de ses raisons ; et vous voulez que cette longue suite d’écrits où respirent toujours les mêmes maximes, où le même langage se soutient toujours avec la même chaleur, soit l’ouvrage d’un fourbe qui parle toujours, non seulement contre sa pensée, mais aussi contre son intérêt, puisque, mettant tout son bonheur à remplir le monde de malheurs et de crimes, il devait conséquemment chercher à multiplier les scélérats pour se donner des aides et des complices dans l’exécution de ses horribles projets ; au lieu qu’il n’a travaillé réellement qu’à se susciter des obstacles et des adversaires dans tous les prosélytes que ses livres feraient à la vertu.

THE FRENCHMAN: — That’s not the one I’m talking about. The Salve you mention was composed by Pergolèse during his lifetime; whereas the one I refer to is another piece he wrote twenty years after his death. Jean-Jacques claimed to have composed it for Mademoiselle Fel, just as many other motets have been attributed to him since then—motets that, thanks to the “miracles” of Monsieur d’Alembert, are and will always remain Pergolèse’s compositions; he merely evokes his shadow whenever he deems it appropriate.

ROUSSEAU. — This is truly admirable! Oh, I had long suspected that this Mr. d’Alembert must be a saint capable of performing miracles, and I would bet that he doesn’t stop at just those. But, as you say, even being a saint as he is, it will still be quite difficult for him to have also made the “Village Fortune-teller” appear in Pergolèse’s works; moreover, there’s no need to multiply the number of authors unnecessarily.

THE FRENCHMAN: — Why not? For a robber to plunder everything in his path, there is nothing more natural in the world.

ROUSSEAU. — Agreed; but in all these musics that have been so thoroughly plundered, one can still detect the seams and the patches put on them; and it seems to me that the music bearing the name of Jean-Jacques does not have such a character. It lacks any national distinctiveness at all: it is neither Italian nor French music. It merely has the tone of its subject matter, and nothing more.

THE FRENCHMAN: — Everyone agrees on this point. How could the author of Devin have adopted such a novel accent in this play that he used it only there? And since this is his only work, how could he so calmly cede its glory to another person, without attempting to claim it for himself or at least share it through a second opera of similar nature? I have been promised a clear explanation of all this; for I must admit that I have indeed found some aspects of it rather obscure so far.

ROUSSEAU. — Well! Now you’re truly in an awkward position! The thief must have gotten acquainted with the author; he was probably given the piece of work in trust, then it was stolen from him, and afterwards he was poisoned. It’s all quite straightforward.

THE FRENCHMAN: Really, you have some quite wonderful ideas!

ROUSSEAU. — Ah! Do not honor me with your praise; these ideas belong to you—they are the natural outcome of everything you have taught me. Moreover, regardless of who the true author of this work may be, it is enough for me to see that the person who claimed to be its author proved, through his ignorance and incompetence, to be incapable of creating it. Hence, I am even more convinced that he could not have written either the Dictionary he also attributes to himself, nor the Letter on French Music, nor any of the other books bearing his name, in which it is undeniable that they all emanate from the same mind. Furthermore, can you imagine that a man possessing enough talent to produce such works would, at the height of his enthusiasm, go and plunder and claim as his own the creations of others—in a field that is not only not his own but of which he understands nothing at all? Can you believe that a man who, in your view, had enough courage, pride, dignity, and strength to resist the urge to write—an urge so natural among young people with some talent—would allow twenty years to pass in silence before presenting his works, which had been carefully crafted over time, in order to give them greater depth and weight? And yet, this very man, whose soul is filled with grand and sublime ideas, would interrupt the development of these ideas and resort to such weak and childish tactics as to seek an usurped reputation that is far inferior to what he could rightfully earn. Such people are merely those who possess meager talents of their own and thus clothe themselves in the achievements of others; whereas anyone with a active and thoughtful mind who has truly felt the fervor and allure of intellectual endeavor would never servilely follow in someone else’s footsteps, preferring foreign works to those he could produce himself. Come now, sir: whoever was vile and foolish enough to claim the title of “The Village Sage” without having written a single note, and even without any knowledge of music, has never penned a single line of The Discourse on Inequality, nor of Émile, nor of The Social Contract. Such audacity and vigor on one hand, such incompetence and cowardice on the other—these cannot possibly coexist in the same person.

Here is a proof that speaks to every sensible man. It troubles me that others, who are no less intelligent, address these words only to me; they should be addressed to every soul that is sensitive and endowed with the moral instinct. You tell me that all these writings that inspire me, move me, touch my heart, and give me the sincere desire to become better are merely the productions of an exalted mind guided by a hypocritical and cunning heart. The character of my “superhuman” beings has already made it clear to you that I do not share your opinion on this matter. What further confirms my own views is the sheer quantity and extent of these very writings—wherever I look, I find the same fervor, the same intensity of a heart stirred by the same sentiments. Indeed! This scourge upon mankind, this enemy of all righteousness, justice, and goodness, spent ten to twelve years composing fifteen volumes in which he always spoke in the gentlest, purest, and most persuasive language about virtue, lamented human suffering, identified its causes in human errors and prejudices, showed people the path to true happiness, taught them to look within themselves to discover the seeds of social virtues that they stifled under the false pretenses of misguided societal progress, encouraged them to listen to their conscience to correct the mistakes of reason, and urged them to heed that inner voice which all our philosophers seek so eagerly to silence—because it no longer speaks to them. Yet this man was mocked by himself and his entire era for consistently asserting that man is good despite human wickedness, that virtue comes from within us, while vice originates elsewhere. He devoted his greatest and finest work to explaining how harmful passions invade our souls, argued that true education should be purely preventive—not aimed at curing innate vices, but at preventing their emergence in the first place, by firmly closing the doors through which they might enter. He presented all this with such clarity, charm, and persuasive truth that an uncorrupted soul could not resist its appeal. And you would have us believe that such a series of writings, filled with the same principles and expressed in the same passionate language throughout, could be the work of a deceitful man who not only spoke against his own beliefs but also against his own interests—since someone who sought to fill the world with suffering and crime would naturally seek to create more villains to help him carry out his terrible plans. In reality, however, he merely created obstacles and adversaries for all those whom his books might have inspired toward virtue.

Il francese: — Non è quello. La “Salve” di cui parlate fu composta da Pergolesi durante la sua vita; quella di cui parlo io ne è un’altra, scritta vent’anni dopo la sua morte, e che Jean-Jacques si attribuiva dicendo di averla composta per mademoiselle Fel, proprio come molti altri mottetti che lo stesso Jean-Jacques sosteneva fossero stati composti da lui in seguito. Ebbene, grazie ai “miracoli” di Monsieur d’Alembert, tutti questi mottetti sono e saranno sempre di Pergolesi; egli evoca semplicemente l’ombra di questo grande compositore quando ne ha voglia.

ROUSSEAU: — Questo è davvero ammirevole! Oh, da tempo sospettavo che quel signor d’Alembert dovesse essere un vero santo capace di miracoli, e scommetterei che non si limiti a quelli. Ma, come dite voi, anche se è un santo, gli sarà comunque difficile aver fatto compiere al “Veggente del villaggio” il ruolo di protagonista in un’opera di Pergolèse. E non dovremmo moltiplicare inutilmente i autori.

IL FRANCESCO: — Perché no? Che un saccheggiatore prenda da una parte o dall’altra, nulla è più naturale al mondo.

ROUSSEAU: — D’accordo; ma in tutte queste musiche così “spoliate”, si percepiscono chiaramente i punti di connessione e le parti aggiunte; mi sembra che quella che porta il nome di Jean-Jacques non abbia questo carattere. Non vi si trova nemmeno alcuna traccia di identità nazionale: non è né musica italiana né musica francese. Ha soltanto il tono tipico della materia trattata, e nient’altro.

Il francese: — Tutti sono d’accordo su questo punto. Come mai l’autore del “Devin” abbia utilizzato in questa opera un accento così nuovo da essere impiegato soltanto in quel contesto? E se si tratta della sua unica opera, come ha potuto tranquillamente cedere la gloria ad altri, senza tentare di rivendicarla o almeno condividerla attraverso un secondo lavoro simile? Mi hanno promesso di spiegarmi tutto questo chiaramente; perché devo ammettere onestamente di aver trovato finora alcune parti poco comprensibili.

ROUSSEAU: — Bene! Ora siete davvero in imbarazzo. Il ladro deve aver avuto contatti con l’autore; gli sarà stata affidata la sua opera, poi gliel’hanno rubata e infine l’hanno avvelenata. È tutto molto semplice.

IL FRANCESE: Davvero, avete delle idee molto belle!

ROUSSEAU. — Ah! Non mi onorate con le vostre lodi: queste idee vi appartengono; sono il risultato naturale di tutto ciò che mi avete insegnato. Del resto, indipendentemente dal vero autore di quest’opera, basta che colui che si è proclamato suo autore dimostri, con la sua ignoranza e la sua incapacità, di non essere in grado di scriverla, perché io possa concludere, ancora più certamente, che non ha mai scritto né il “Dizionario” che si attribuisce, né la “Lettera sulla musica francese”, né alcuno degli altri libri che portano il suo nome e nei quali è impossibile non riconoscere che provengono tutti dalla stessa mano. Inoltre, potete davvero immaginare che un uomo dotato di sufficienti talenti per scrivere opere del genere vada, nel pieno della sua fervore creativo, a rubare e attribuirsi le opere altrui in un campo che non solo non è il suo, ma di cui non comprende assolutamente nulla? Un uomo che, secondo voi, avrebbe avuto abbastanza coraggio, orgoglio, fierezza e forza per resistere alla tentazione di scrivere – una tentazione così naturale nei giovani che sentono di avere qualche talento – un uomo che avrebbe lasciato maturare i propri pensieri nel silenzio per vent’anni, al fine di dare maggiore profondità e peso alle proprie opere lungamente meditate. Un tale uomo, con l’anima piena delle sue grandi e sublimi idee, andrebbe a interrompere lo sviluppo di queste idee, per cercare, con manovre così vili e infantili, una reputazione usurpata e molto inferiore a quella che potrebbe ottenere legittimamente? Sono persone dotate di talenti assai limitati quelle che si adornano in questo modo con le opere altrui; e chiunque, possedendo una mente attiva e pensante, abbia provato l’ebbrezza e il fascino del lavoro intellettuale, non seguirà mai servilmente le orme di un altro per vestirsi delle sue creazioni, preferendole a quelle che potrebbe produrre con i propri mezzi. Andate pure, signore: colui che è stato abbastanza vile e stupido da attribuirsi il titolo di “Devin du village” senza averlo realmente meritato, e senza nemmeno conoscere la musica, non ha mai scritto una sola riga del “Discorso sull’ineguaglianza”, né dell’“Emile”, né del “Contratto sociale”. Tanta audacia da un lato, tanta inettitudine e viltà dall’altro. Questi due aspetti non possono mai coesistere nella stessa persona.

Ecco una prova che parla a ogni uomo sensato. Che altri, non meno convinti di me, parlino soltanto a me, ne sono rammaricato per la mia specie; dovrebbero invece rivolgersi a ogni anima sensibile e dotata dell’istinto morale. Mi dite che tutti questi scritti che mi infuocano, mi commuovono, mi addolciscono, che mi danno il desiderio sincero di migliorare, sono soltanto opere prodotte da una mente esaltata, guidata da un cuore ipocrita e astuto. La figura dei miei “esseri celesti” vi avrà già fatto capire che non condivido affatto questa opinione. Ciò che mi conferma ulteriormente nella mia posizione è la quantità e l’ampia diffusione di questi stessi scritti, nei quali percepisco sempre e ovunque la stessa veemenza, il stesso ardore derivanti dagli stessi sentimenti. Che cosa! Questo flagello dell’umanità, questo nemico di ogni rettitudine, di ogni giustizia, di ogni bontà, si è dedicato per dieci o dodici anni a scrivere quindici volumi in cui parlava sempre il linguaggio più dolce, più puro, più appassionato della virtù; lamentava le miserie umane, ne indicava la causa negli errori e nei pregiudizi degli uomini, indicava loro la strada verso il vero felicità, insegnava loro a cercare dentro se stessi i semi delle virtù sociali che soffocano sotto un falso simulacro nel malinteso progresso delle società; consigliava sempre di ascoltare la propria coscienza per correggere gli errori della ragione, e di prestare attenzione a quella voce interiore che tutti i nostri filosofi cercano inutilmente di soffocare, definendola una chimera perché non dice più nulla loro. Quest’uomo fu deriso da lui stesso e da tutto il suo secolo per aver sempre sostenuto che l’uomo è buono nonostante gli uomini siano malvagi, che le sue virtù provengono da lui stesso, mentre i suoi vizi derivano da altre cause; dedicò il suo più grande e migliore lavoro a spiegare come nelle nostre anime si insinuino le passioni dannose, a dimostrare che una buona educazione deve essere puramente negativa: non ha lo scopo di curare i vizi del cuore umano – poiché naturalmente non ne esistono – ma di impedirne la nascita, e di chiudere rigorosamente tutte le porte attraverso cui possono entrare. Infine, espresse tutto ciò con una chiarezza così luminosa, con un fascino così commovente, con una verità così persuasiva, che un’anima non corrotta non può resistere al potere delle sue argomentazioni e alla forza delle sue ragioni. E voi volete che questa lunga serie di scritti, in cui risuonano sempre le stesse massime, in cui lo stesso linguaggio si esprime con la stessa passione, sia l’opera di un astuto individuo che parla non solo contro le proprie idee, ma anche contro i propri interessi. Poiché, desiderando ardentemente che il mondo fosse pieno di miserie e crimini, avrebbe dovuto cercare di moltiplicare i malvagi per ottenere aiuti e complici nell’attuazione dei suoi orribili progetti. Invece, ha lavorato soltanto per crearsi ostacoli e nemici tra coloro che i suoi libri avrebbero potuto incoraggiare alla virtù.

Autres raisons non moins fortes dans mon esprit. Cet auteur putatif, reconnu, par tontes les preuves que vous m’avez fournies, le plus crapuleux, le plus vil débauché qui puisse exister, a passé sa vie avec les traînées des rues dans les plus infâmes réduits, il est hébété de débauche, il est pourri de vérole ; et vous voulez qu’il ait écrit ces inimitables lettres pleines de cet amour si brûlant et si pur qui ne germa jamais que dans des cœurs aussi chastes que tendres ? Ignorez-vous que rien n’est moins tendre qu’un débauché, que l’amour n’est pas plus connu des libertins que des femmes de mauvaise vie, que la crapule endurcit le cœur, rend ceux qui s’y livrent impudents, grossiers, brutaux, cruels ; que leur sang appauvri, dépouillé de cet esprit de vie qui du cœur porte au cerveau ces charmantes images d’où naît l’ivresse de l’amour, ne leur donne par l’habitude que les âcres picotements du besoin, sans y joindre ces douces impressions qui rendent la sensualité aussi tendre que vive ? Qu’on me montre une lettre d’amour d’une main inconnue, je suis assuré de connaître à sa lecture si celui qui l’écrit a des mœurs. Ce n’est qu’aux yeux de ceux qui en ont que les femmes peuvent briller de ces charmes touchants et chastes qui seuls font le délire des cœurs vraiment amoureux. Les débauchés ne voient en elles que des instruments de plaisir qui leur sont aussi méprisables que nécessaires, comme ces vases dont on se sert tous les jours pour les plus indispensables besoins. J’aurais défié tous les coureurs de filles de Paris d’écrire jamais une seule des lettres de l’Héloïse ; et le livre entier, ce livre dont la lecture me jette dans les plus angéliques extases, serait l’ouvrage d’un vil débauché ! Comptez, monsieur qu’il n’en est rien ; ce n’est pas avec de l’esprit et du jargon que ces choses-là se trouvent. Vous voulez qu’un hypocrite adroit, qui ne marche à ses fins qu’à force de ruse et d’astuce, aille étourdiment se livrer à l’impétuosité de l’indignation contre tous les états, contre tous les partis sans exception, et dire également les plus dures vérités aux uns et aux autres ? Papistes, huguenots, grands, petits, hommes, femmes, robins, soldats, moines, prêtres, dévots, médecins, philosophes, Tros Rutulusve fuat, tout est peint, tout est démasqué sans jamais un mot d’aigreur ni de personnalité contre qui que ce soit, mais sans ménagement pour aucun parti. Vous voulez qu’il ait toujours suivi sa fougue au point d’avoir tout soulevé contre lui, tout réuni pour l’accabler dans sa disgrâce ; et tout cela sans se ménager ni défenseur ni appui, sans s’embarrasser même du succès de ses livres, sans s’informer au moins de l’effet qu’ils produisaient et de l’orage qu’ils attiraient sur sa tête, et sans en concevoir le moindre souci quand le bruit commença d’en arriver jusqu’à lui ? Cette intrépidité, cette imprudence, cette incurie, est-elle de l’homme faux et fin que vous m’avez peint ? Enfin vous voulez qu’un misérable à qui l’on a ôté le nom de scélérat, qu’on ne trouvait pas encore assez abject, pour lui donner celui de coquin, comme exprimant mieux la bassesse et l’indignité de son âme ; vous voulez que ce reptile ait pris et soutenu pendant quinze volumes le langage intrépide et fier d’un écrivain qui, consacrant sa plume à la vérité, ne quête point les suffrages du public, et que le témoignage de son cœur met au-dessus des jugements des hommes ? Vous voulez que, parmi tant de si beaux livres modernes, les seuls qui pénètrent jusqu’à mou cœur, qui l’enflamment d’amour pour la vertu, qui l’attendrissent sur les misères humaines, soient précisément les jeux d’un détestable fourbe qui se moque de ses lecteurs et ne croit pas un mot de ce qu’il leur dit avec tant de chaleur et de force ; tandis que tous les autres, écrits, à ce que vous m’assurez, par de vrais sages dans de si pures intentions, me glacent le cœur, le resserrent, et ne m’inspirent, avec des sentiments d’aigreur, de peine, et de haine, que le plus intolérant esprit de parti ? Tenez, monsieur, s’il n’est pas impossible que tout cela soit, il l’est du moins que jamais je le croie, fût-il mille fois démontré. Encore un coup, je ne résiste point à vos preuves ; elles m’ont pleinement convaincu : mais ce que je ne crois ni ne croirai de ma vie, c’est que l’Émile, et surtout l’article du goût dans le quatrième livre, soit l’ouvrage d’un cœur dépravé ; que l’Héloïse, et surtout la lettre sur la mort de Julie, ait été écrite par un scélérat ; que celle à M. d’Alembert sur les spectacles soit la production d’une âme double ; que le sommaire du Projet de paix perpétuelle soit celle d’un ennemi du genre humain ; que le recueil entier des écrits du même auteur soit sorti d’une âme hypocrite et d’une mauvaise tète, non du pur zèle d’un cœur brûlant d’amour pour la vertu. Non, monsieur, non, monsieur ; le mien ne se prêtera jamais à cette absurde et fausse persuasion. Mais je dis et je soutiendrai toujours qu’il faut qu’il y ait deux Jean-Jacques, et que l’auteur des livres et celui des crimes ne sont pas le même homme. Voilà un sentiment si bien enraciné dans le fond de mon cœur que rien ne me l’ôtera jamais.

LE FRANÇAIS. — C’est pourtant une erreur, sans le moindre doute, et une autre preuve qu’il a fait des livres, est qu’il en fait encore tous les jours.

ROUSSEAU. — Voilà ce que j’ignorais, et l’on m’avait dit au contraire qu’il s’occupait uniquement depuis quelques années à copier de la musique.

LE FRANÇAIS. — Bon, copier ! il en fait le semblant pour faire le pauvre, quoiqu’il soit riche, et couvrir sa rage de faire des livres et de barbouiller du papier. Mais personne ici n’en est la dupe, et il faut que vous veniez de bien loin pour l’avoir été.

ROUSSEAU. — Sur quoi, je vous prie, roulent ces nouveaux livres dont il se cache si bien, si à propos, et avec tant de succès ?

LE FRANÇAIS. — Ce sont des fadaises de toute espèce ; des leçons d’athéisme, des éloges de la philosophie moderne, des oraisons funèbres, des traductions, des satires…

ROUSSEAU. — Contre ses ennemis, sans doute ?

LE FRANÇAIS. — Non, contre les ennemis de ses ennemis.

ROUSSEAU. — Voilà de quoi je ne me serais pas douté.

LE FRANÇAIS. — Oh ! vous ne connaissez pas la ruse du drôle ! Il fait tout cela pour se mieux déguiser. Il fait de violentes sorties contre la présente administration (en 1772) dont il n’a point à se plaindre, en faveur du parlement qui l’a si indignement traité, et de l’auteur de toutes ses misères, qu’il devrait avoir en horreur. Mais à chaque instant sa vanité se décèle par les plus ineptes louanges de lui-même. Par exemple, il a fait dernièrement un livre fort plat, intitulé l’An deux mille deux cent quarante, dans lequel il consacre avec soin tous ses écrits à la postérité, sans même excepter Narcisse, et sans qu’il en manque une seule ligne.

ROUSSEAU. — C’est en effet une bien étonnante balourdise. Dans les livres qui portent son nom je ne vois pas un orgueil aussi bête.

LE FRANÇAIS. — En se nommant il se contraignait ; à présent qu’il se croit bien caché, il ne se gêne plus.

ROUSSEAU. — Il a raison, cela lui réussit si bien. Mais, monsieur, quel est donc le vrai but de ses livres que cet homme si fin publie avec tant de mystère en faveur des gens qu’il devrait haïr, et de la doctrine à laquelle il a paru si contraire ?

LE FRANÇAIS. — En doutez-vous ? C’est de se jouer du public et de faire parade de son éloquence, en prouvant successivement le pour et le contre, et promenant ses lecteurs du blanc au noir pour se moquer de leur crédulité.

ROUSSEAU. — Par ma foi ! voilà, pour la détresse où il se trouve, un homme de bien bonne humeur, et qui, pour être aussi haineux que vous le faites, n’est guère occupé de ses ennemis ! Pour moi, sans être vain ni vindicatif, je vous déclare que si j’étais à sa place et que je voulusse encore faire des livres, ce ne serait pas pour faire triompher mes persécuteurs et leur doctrine aux dépens de ma réputation et de mes propres écrits. S’il est réellement l’auteur de ceux qu’il n’avoue pas, c’est une forte et nouvelle preuve qu’il ne l’est pas de ceux qu’il avoue. Car assurément il faudrait le supposer bien stupide et bien ennemi de lui-même pour chanter la palinodie si mal à propos.

Other reasons, equally compelling in my mind. This so-called author, acknowledged by everyone and proven beyond doubt by all the evidence you have provided me—this most despicable, vile degenerate who has spent his life among the lowest scum of society—is a man blinded by debauchery, corrupted by venereal disease; and you want me to believe that he wrote those incomparable letters filled with such intense and pure love, a love that could only arise in hearts as chaste as they are tender? Don’t you realize that nothing could be less tender than the heart of a degenerate? That lovers know little about love—whether they be libertines or women of low virtue? That depravity hardens the heart, turning those who indulge in it into impudent, crude, brutal, and cruel people? That their blood, deprived of that vital spirit which brings charming images from the heart to the mind and gives rise to the intoxication of love, only brings them the bitter sting of desire, without the sweet sensations that make sensuality both tender and intense? Show me a letter of love written by an unknown hand, and I am certain I can tell at once whether its author possesses any virtue. It is only in the eyes of those who possess virtue that women can radiate those touching, chaste charms that truly drive hearts mad with love. For degenerates, they are nothing but instruments of pleasure—as despisable as necessary, like those vessels we use every day for our most basic needs. I would defy all the ladies’ lovers of Paris to write a single letter like those of Heloise; and yet this very book, which fills me with the most heavenly ecstasy when I read it, could be the work of a vile degenerate! But believe me, sir, such is not the case at all; such things are not written with wit or jargon. You expect a cunning hypocrite, who achieves his goals only through deceit and trickery, to recklessly hurl insults against every social class, against every political party without exception, and to speak the harshest truths to everyone alike? Papists, Huguenots, nobles, commoners, men, women, thieves, soldiers, monks, priests, devout people, doctors, philosophers—everything is depicted, everything is exposed, yet not a single word of bitterness or personal hostility is directed at anyone; no party is spared. You expect him to act so impulsively that he would provoke everyone against himself, gathering all against him in his downfall; and yet he did none of this, seeking neither defense nor support, not even caring whether his books were successful or whether they brought disaster upon him, showing not the slightest concern when rumors began to reach him. Is such audacity, such recklessness, such indifference characteristic of the deceitful and cunning man you have described to me? Finally, you want that a wretched individual—whom we have already stripped of the title of scoundrel and who still seems insufficiently despicable to us, so much so that we even resort to calling him a rascal, as if that term better expresses the baseness and indignity of his soul—should adopt and uphold, over the course of fifteen volumes, the bold and proud language of a writer who devotes his pen to truth, seeking neither the approval of the public nor any recognition for his efforts. You want that such a reptile should use the voice of an intrepid and honorable writer to spread lies, while the testimony of this writer’s own heart is held above the judgments of mere mortals. You want that, among so many beautiful modern books, the only ones that truly touch my heart, that inspire in me love for virtue and compassion for human suffering, should be the works of a detestable trickster who mocks his readers and does not believe a single word of what he says with such fervor and conviction. Meanwhile, all those other books—written, you assure me, by true sages with pure intentions—only chill my heart, tighten its muscles, and fill it with feelings of bitterness, pain, and hatred, stirring in me the most intolerant partisan sentiments. My dear sir, if it is not entirely impossible that all this could be true, then at least it is absolutely impossible for me to believe it, even if it were proven a thousand times over. Once again, I am unable to resist your arguments; they have fully convinced me. But what I will never believe, in this life or ever, is that “Émile,” especially the essay on taste in the fourth book, could be the work of a corrupt heart; that “Héloïse,” especially the letter about Julie’s death, was written by a scoundrel; that the letter to M. d’Alembert on theaters was penned by someone with a duplicitous soul; that the summary of the “Project for Eternal Peace” came from the mind of an enemy of humanity; that the entire collection of this author’s writings originated from a hypocritical and foolish person, rather than from the pure devotion of a heart burning with love for virtue. No, my dear sir, such an absurd and false belief will never take root in me. But I will always declare and maintain that there must be two Jean-Jacques—that the author of those books and the perpetrator of those crimes are not the same person. This conviction is so deeply ingrained in my heart that nothing will ever shake it.

THE FRENCHMAN: — Yet it is undoubtedly an error; and another proof that he has written books in the past is that he is still writing them every day.

ROUSSEAU: — This is what I did not know; on the contrary, people had told me that he had been devoted solely to copying music for some years.

THE FRENCHMAN: — Well, copy it down! He puts on an act of being poor, even though he is rich, and uses writing books and scribbling on paper as a cover for his anger. But no one here is fooled by him; you must have come from very far away to be deceived by him.

ROUSSEAU. — Upon what, I beg you, do these new books rest? Why are they concealed so skillfully, so opportunely, and with such success?

THE FRENCHMAN: — They’re all kinds of nonsense; lessons in atheism, praises for modern philosophy, elegies, translations, satires.

ROUSSEAU. — Against his enemies, undoubtedly?

THE FRENCHMAN: — No, against the enemies of his enemies.

ROUSSEAU. — This is something I never would have expected.

THE FRENCHMAN: — Oh! You don’t know the trick of that fellow! He does all this in order to disguise himself better. He launches violent attacks on the current government (in 1772), although he has no reason to complain about it, and instead supports the parliament that treated him so indignantly, as well as the very person who is responsible for all his misfortunes—someone he should loathe deeply. But at every moment, his vanity reveals itself through the most inept self-praise. For example, he recently published a rather dull book titled “The Year Two Thousand Two Hundred Forty,” in which he carefully includes all his writings for future generations to read, without even omitting any of them.

ROUSSEAU. — Indeed, it is a most astonishing piece of stupidity. In the books bearing his name, I see no such foolish pride.

The Frenchman—by naming himself, he was constrained; now that he believes he is well hidden, he no longer holds back.

ROUSSEAU. — He is right; it succeeds him so well indeed. But, sir, what is then the true purpose of his books—those books which this man of such fine intellect publishes with such secrecy, in favor of people whom he ought to hate, and of a doctrine that he has seemingly so vehemently opposed?

THE FRENCHMAN: — Do you doubt that? It’s simply playing with the audience and showing off one’s eloquence—presenting both sides of an argument in turn, leading readers from one extreme to the other in order to mock their credulity.

ROUSSEAU. — By my faith! In the midst of all this distress, he still maintains a very good humor, and despite being as full of hatred as you are, he seems to care little about his enemies at all! As for me, without being vain or vengeful, I declare that if I were in his place and still wanted to write books, it would not be in order to help my persecutors and their doctrines succeed at the expense of my reputation and my own writings. If he is truly the author of those works he does not acknowledge, then that is a strong and new proof that he is not the author of those he claims to have written. For surely one would have to consider him extremely foolish and utterly self-destructive to compose such inappropriate and humiliating works.

Altre ragioni, altrettanto valide nella mia mente. Questo presunto autore, riconosciuto da tutte le prove che mi avete fornito, il più spregevole, il più vile depravato che esista, ha trascorso la sua vita tra le prostitute delle strade, nei luoghi più infami; è ubriaco di lussuria, corrotto dalla sifilide. E voi volete che sia stato lui a scrivere quelle lettere d’amore, piene di un sentimento così ardente e puro che può nascere soltanto in cuori tanto casti quanto teneri? Non sapete forse che nulla è meno tenero di un depravato? Che l’amore non è conosciuto né dai libertini né dalle donne di vita dissoluta? Che la crapula indurisce il cuore, rende coloro che vi si abbandonano spietati, volgari, brutali, crudeli. Che il loro sangue, impoverito di quell’energia vitale che dal cuore porta al cervello immagini incantevoli dalle quali nasce l’estasi dell’amore, non dà loro se non sensazioni aspre e dolorose, senza quelle dolci emozioni che rendono la sensualità tanto tenera quanto intensa? Mostratemi una lettera d’amore scritta da una mano sconosciuta. Sono certo di poter giudicare, leggendola, le abitudini di chi l’ha scritta. Solo agli occhi di coloro che ne hanno, le donne possono brillare di quei fascini teneri e casti che fanno impazzire i cuori veramente innamorati. I depravati vedono in loro soltanto strumenti di piacere, spregevoli ma necessari, come quei vasi che si usano ogni giorno per i bisogni più essenziali. Avrei sfidato tutti i libertini di Parigi a scrivere anche solo una delle lettere dell’Eroina. E quel libro intero, che la lettura del quale mi getta nelle estasi più angeliche, sarebbe l’opera di un vile depravato! Ma credetemi: non è affatto così. Queste cose non si trovano certo con l’intelligenza e il gergo. Volete forse che un ipocrita astuto, che raggiunge i suoi scopi soltanto con inganno e astuzia, si esponga imprudentemente all’indignazione generale contro tutti gli stati, contro tutti i partiti, senza distinzioni, dicendo le stesse dure verità a tutti? Papisti, ugonotti, grandi o piccoli, uomini o donne, tutto viene descritto, tutto viene rivelato, senza mai una parola di amarezza o di personalizzazione contro nessuno, ma senza alcun riguardo per nessun partito. Volete forse che abbia sempre seguito la sua impulsività al punto da suscitare l’ostilità generale contro di lui, senza difensori né appoggi, senza nemmeno curarsi del successo dei suoi libri, senza nemmeno informarsi dell’effetto che producevano o dell’uragano che attiravano sulla sua testa. E senza preoccuparsene affatto quando iniziarono a giungere fino a lui le notizie di ciò che accadeva? Questa audacia, questa imprudenza, questa incuria, sono davvero tipiche di un uomo falso e astuto come quello che mi avete descritto? Finalmente, volete che un miserabile a cui è stato tolto persino il nome di scellerato – che non si riteneva ancora abbastanza spregevole – riceva addirittura il titolo di libertino, come se ciò esprimesse meglio la bassezza e l’indignità della sua anima; volete che questo verme abbia utilizzato, per quindici volumi interi, un linguaggio audace e orgoglioso da parte di uno scrittore il quale, dedicando la propria penna alla verità, non cerca affatto i favori del pubblico, e il cui cuore mette al di sopra dei giudizi umani; volete che, tra tanti bei libri moderni, quelli soltanto che penetrano nel mio cuore, che lo infiammano d’amore per la virtù, che lo commuovono di fronte alle miserie umane, siano proprio le opere di un detestabile furfante che si prende gioco dei suoi lettori e non crede nemmeno una parola di ciò che dice con tanta passione e forza; mentre tutti gli altri, scritti, a quanto mi dite, da veri saggi con intenzioni pure, mi raffreddano il cuore, lo stringono in una morsa e non mi ispirano, se non sentimenti di amarezza, dolore e odio, provenienti dal più intollerante spirito di partigianeria. Signore, se non è impossibile che tutto ciò sia vero, almeno è certo che io non lo crederò mai, anche se fosse dimostrato mille volte. Ancora una volta: non resisto alle vostre prove; mi hanno convinto appieno. Ma ciò che non credo, e non crederò mai in vita mia, è che “Emile”, soprattutto l’articolo sul gusto nel quarto libro, sia l’opera di un cuore corrotto; che “Eloisa”, soprattutto la lettera sulla morte di Julie, sia stata scritta da uno scellerato; che quella lettera a M. d’Alembert sui spettacoli sia il prodotto di un’anima doppiogiochista; che il riassunto del “Progetto di pace perpetua” sia quello di un nemico dell’umanità; che l’intero corpus delle opere dello stesso autore sia nato da un’anima ipocrita e da una mente malvagia, e non dal puro zelo di un cuore ardente d’amore per la virtù. No, signore: il mio cuore non si presterà mai a questa assurda e falsa convinzione. Ma dirò sempre e sosterrò sempre che devono esistere due “Jean-Jacques”: l’autore dei libri e l’autore dei crimini non sono la stessa persona. Questo sentimento è così profondamente radicato nel fondo del mio cuore che nulla potrà mai togliermelo.

IL FRANCESE: “È senz’altro un errore. E un’altra prova che abbia scritto libri è il fatto che ne scrive ancora ogni giorno.”

ROUSSEAU: — Ecco ciò che ignoravo; anzi, mi era stato detto il contrario, che negli ultimi anni si dedicasse esclusivamente alla copia di musica.

Il francese: — Bene, copiate! Fa finta di essere povero, anche se in realtà è ricco, e nasconde la sua rabbia scrivendo libri e riempiendo fogli di carta con scritti senza senso. Ma nessuno qui ci casca, e dovete essere venuti da molto lontano per crederci davvero.

ROUSSEAU. — Su cosa, vi prego, si basano questi nuovi libri che vengono pubblicati in modo così abile e con tanto successo?

IL FRANCESE: Sono tutte sciocchezze di ogni genere: lezioni di ateismo, elogi alla filosofia moderna, discorsi funebri, traduzioni, satire.

ROUSSEAU. — Contro i suoi nemici, senza dubbio?

IL FRANCESE: — No, contro i nemici dei suoi nemici.

ROUSSEAU: — Questo è qualcosa di cui non mi sarei mai aspettato.

Il francese: — Oh! Non conoscete l’astuzia di quel buffone. Fa tutto questo soltanto per nascondere meglio le sue vere intenzioni. Attacca con violenza l’amministrazione attuale (nel 1772), della quale non ha alcun motivo di lamentarsi, in favore del parlamento che lo ha trattato così indignamente e dell’autore di tutte le sue sfortune, che dovrebbe odiare a morte. Ma in ogni momento la sua vanità si rivela attraverso i più ridicoli elogi nei suoi confronti. Ad esempio, di recente ha pubblicato un libro piuttosto banale, intitolato “L’anno duemila duecento quaranta”, nel quale dedica con cura tutti i suoi scritti alla posterità, senza nemmeno escludere se stesso, e senza omettere una singola riga.

ROUSSEAU. — È davvero una stupidaggine sorprendente. Nei libri che portano il suo nome non vedo alcun orgoglio così sciocco.

Il francese. Chiamandosi con un nome specifico, si impondeva delle restrizioni; ora che crede di essere ben nascosto, non si trattiene più.

ROUSSEAU: — Ha ragione, gli riesce davvero molto bene. Ma, signore, qual è dunque lo scopo reale dei suoi libri? Perché pubblica queste opere con tanto mistero, a favore di persone che dovrebbe odiare, e di una dottrina alla quale sembrava così contrario?

IL FRANCESCO: — Ne dubitate? Si tratta di prendere in giro il pubblico e ostentare la propria eloquenza, dimostrando alternativamente pro e contro, portando i propri lettori da una conclusione all’altra per deridere la loro credulità.

ROUSSEAU: — Per Dio! Guardate un po’ questo uomo, nella sua situazione disperata. Ha davvero un ottimo umore, e nonostante sia così pieno di odio come voi, non sembra affatto preoccuparsi dei suoi nemici! Io, senza essere vanitoso né vendicativo, vi dichiaro che se fossi al suo posto e volessi ancora scrivere libri, non lo farei certo per far trionfare i miei persecutori e la loro dottrina a scapito della mia reputazione e dei miei stessi scritti. Se davvero è l’autore di quei lavori che non ammette di aver scritto, questo rappresenta una nuova e convincente prova del fatto che non lo sia di quelli che invece riconosce come propri. Perché certamente si dovrebbe considerarlo un uomo molto stupido, o addirittura nemico di se stesso, per compiere un simile errore così evidente.

LE FRANÇAIS. — Il faut avouer que vous êtes un homme bien obstiné, bien tenace dans vos opinions ; au peu d’autorité qu’ont sur vous celles du public, on voit bien que vous n’êtes pas Français. Parmi tous nos sages si vertueux, si justes, si supérieurs à toute partialité, parmi toutes nos dames si sensibles, si favorables à un auteur qui peint si bien l’amour, il ne s’est trouvé personne qui ait fait la moindre résistance aux arguments triomphants de nos messieurs ; personne qui ne se soit rendu avec empressement, avec joie, aux preuves que ce même auteur qu’on disait tant aimer, que ce même Jean-Jacques si fêté, mais si rogue et si haïssable, était la honte et l’opprobre du genre humain ; et maintenant qu’on s’est si bien passionné pour cette idée qu’on n’en voudrait pas changer quand la chose serait possible, vous seul, plus difficile que tout le monde, venez ici nous proposer une distinction neuve et imprévue, qui ne le serait pas si elle avait la moindre solidité. Je conviens pourtant qu’à travers tout ce pathos, qui selon moi ne dit pas grand-chose, vous ouvrez de nom elles vues qui pourraient avoir leur usage, communiquées à nos messieurs. Il est certain que si l’on pouvait prouver que Jean-Jacques n’a fait aucun des livres qu’il s’attribue, comme on prouve qu’il n’a pas fait le Devin, on ôterait une difficulté qui ne laisse pas d’arrêter ou du moins d’embarrasser encore bien des gens, malgré les preuves convaincantes des forfaits de ce misérable. Mais je serais aussi fort surpris, pour peu qu’on put appuyer cette idée, qu’on se fût avisé si tard de la proposer. Je vois qu’en s’attachant à le couvrir de tout l’opprobre qu’il mérite, nos messieurs ne laissent pas de s’inquiéter quelquefois de ces livres qu’ils détestent, qu’ils tournent même en ridicule de toute leur force, mais qui leur attirent souvent des objections incommodes, qu’on lèverait tout d’un coup en affirmant qu’il n’a pas écrit un seul mot de tout cela, et qu’il en est incapable comme d’avoir fait le Devin. Mais je vois qu’on a pris ici une route contraire qui ne peut guère ramener à celle-là ; et l’on croit si bien que ces écrits sont de lui, que nos messieurs s’occupent depuis longtemps à les éplucher pour en extraire le poison.

ROUSSEAU. — Le poison !

LE FRANÇAIS. — Sans doute. Ces beaux livres vous ont séduit comme bien d’autres, et je suis peu surpris qu’à travers toute cette ostentation de belle morale vous n’ayez pas senti les doctrines pernicieuses qu’il y répand ; mais je le serais fort qu’elles n’y fussent pas. Comment un tel serpent n’infecterait-il pas de son venin tout ce qu’il touche ?

ROUSSEAU. — Eh bien ! monsieur, ce venin ! en a-t-on déjà beaucoup extrait de ces livres ?

LE FRANÇAIS. — Beaucoup, à ce qu’on m’a dit, et même il s’y met tout à découvert dans nombre de passages horribles que l’extrême prévention qu’on avait pour ces livres empêcha d’abord de remarquer, mais qui frappent maintenant de surprise et d’effroi tous ceux qui, mieux instruits, les lisent comme il convient.

ROUSSEAU. — Des passages horribles ! J’ai lu ces livres avec grand soin, mais je n’y en ai point trouvé de tels, je vous jure. Vous m’obligeriez de m’en indiquer quelqu’un.

LE FRANÇAIS. — Ne les ayant pas lus, c’est ce que je ne saurais faire : mais j’en demanderai la liste à nos messieurs qui les ont recueillis, et je vous la communiquerai. Je me rappelle seulement qu’on cite une note de l’Émile où il enseigne ouvertement l’assassinat.

ROUSSEAU. — Comment, monsieur, il enseigne ouvertement l’assassinat, et cela n’a pas été remarqué dès la première lecture ! Il fallait qu’il eût en effet des lecteurs bien prévenus ou bien distraits. Et où donc avaient les yeux les auteurs de ces sages et graves réquisitoires sur lesquels on l’a si régulièrement décrété ? Quelle trouvaille pour eux ! quel regret de l’avoir manquée !

LE FRANÇAIS. — Ah ! c’est que ces livres étaient trop pleins de choses à reprendre pour qu’on pût tout relever.

ROUSSEAU. — Il est vrai que le bon, le judicieux Joli de Fleuri, tout plein de l’horreur que lui inspirait le Système criminel de la Religion naturelle, ne pouvait guère s’arrêter à des bagatelles comme des leçons d’assassinat ; ou peut-être, comme vous dites, son extrême prévention pour le livre l’empêchait-elle de les remarquer. Dites, dites, monsieur, que vos chercheurs de poison sont bien plutôt ceux qui l’y mettent, et qu’il n’y en a point pour ceux qui n’en cherchent pas. J’ai lu vingt fois la note dont vous parlez, sans y voir autre chose qu’une vive indignation contre un préjugé gothique non moins extravagant que funeste, et je ne me serais jamais douté du sens que vos messieurs lui donnent, si je n’avais vu par hasard une lettre insidieuse qu’on a fait écrire à l’auteur à ce sujet, et la réponse qu’il a eu la faiblesse d’y faire, et où il explique le sens de cette note qui n’avait pas besoin d’autre explication que d’être lue à sa place par d’honnêtes gens. Un auteur qui écrit d’après son cœur est sujet, en se passionnant, à des fougues qui l’entraînent au-delà du but, et à des écarts où ne tombent jamais ces écrivains subtils et méthodistes qui, sans s’animer sur rien au monde ne disent jamais que ce qu’il leur est avantageux de dire et qu’ils savent tourner sans se commettre, pour produire l’effet qui convient à leur intérêt. Ce sont les imprudences d’un homme confiant en lui-même, et dont lame généreuse ne suppose pas même que l’on puisse douter de lui. Soyez sûr que jamais hypocrite ni fourbe n’ira s’exposer à découvert. Nos philosophes ont bien ce qu’ils appellent leur doctrine intérieure, mais ils ne l’enseignent au public qu’en se cachant, et à leurs amis qu’en secret. En prenant toujours tout à la lettre on trouverait peut-être en effet moins à reprendre dans les livres les plus dangereux que dans ceux dont nous parlons ici, et en général que dans tous ceux où l’auteur, sûr de lui-même et parlant d’abondance de cœur, s’abandonne à toute sa véhémence sans songer aux prises qu’il peut laisser au méchant qui le guette de sang-froid, et qui ne cherche dans tout ce qu’il offre de bon et d’utile qu’un côté mal gardé par lequel il puisse enfoncer le poignard. Mais lisez tous ces passages dans le sens qu’ils présentent naturellement à l’esprit du lecteur et qu’ils avaient dans celui de l’auteur en les écrivant, lisez-les à leur place avec ce qui précède et ce qui suit, consultez la disposition de cœur où ces lectures vous mettent ; c’est cette disposition qui vous éclairera sur leur véritable sens. Pour toute réponse à ces sinistres interprétateurs et pour leur juste peine, je ne voudrais que leur faire lire à haute voix l’ouvrage entier qu’ils déchirent ainsi par lambeaux pour les teindre de leur venin ; je doute qu’en finissant cette lecture il s’en trouvât un seul assez impudent pour oser renouveler son accusation.

LE FRANÇAIS. — Je sais qu’on blâme en général cette manière d’isoler et défigurer les passages d’un auteur pour les interpréter au gré de la passion d’un censeur injuste ; mais, par vos propres principes, nos messieurs vous mettront ici loin de votre compte ; car c’est encore moins dans des traits épars que dans toute la substance des livres dont il s’agit qu’ils trouvent le poison que l’auteur a pris soin d’y répandre : mais il y est fondu avec tant d’art, que ce n’est que par les plus subtiles analyses qu’on vient à bout de le découvrir.

ROUSSEAU. — En ce cas, il était fort inutile de l’y mettre : car, encore un coup, s’il faut chercher ce venin pour le sentir, il n’y est que pour ceux qui l’y cherchent, ou plutôt qui l’y mettent. Pour moi, par exemple, qui ne me suis point avisé d’y en chercher, je puis bien jurer n’y en avoir point trouvé.

LE FRANÇAIS. — Eh ! qu’importe, s’il fait son effet sans être aperçu ? effet qui ne résulte pas d’un tel ou d’un tel passage en particulier, mais de la lecture entière du livre. Qu’avez-vous à dire à cela ?

ROUSSEAU. — Rien, sinon qu’ayant lu plusieurs fois en entier les écrits que Jean-Jacques s’attribue, l’effet total qu’il en a résulté dans mon âme a toujours été de me rendre plus humain, plus juste, meilleur que je n’étais auparavant ; jamais je ne me suis occupé de ces livres sans profit pour la vertu.

LE FRANÇAIS. — Oh ! je vous certifie que ce n’est pas là l’effet que leur lecture a produit sur nos messieurs.

The Frenchman said, “One must admit that you are a man of great stubbornness and persistence in your opinions; given the little influence the public’s views have over you, it is clear that you are not French. Among all our wise men—so virtuous, so just, so free from any bias—and among all our ladies—so sensitive, so favorable toward an author who portrays love so vividly—not a single one has resisted the convincing arguments of our gentlemen; not a single one has failed to eagerly and joyfully accept the evidence that this very author, whom everyone said loved love so much, this same Jean-Jacques—who was so celebrated yet so deceitful and detestable—is in fact the shame and disgrace of humanity. And now that people have become so passionate about this idea that they would not change it even if it were possible, you alone, more stubborn than anyone else, come here to propose a new and unexpected distinction—something that wouldn’t be so surprising if it had any basis in truth. Nevertheless, I must admit that, despite all this rhetoric which, in my opinion, says very little, you do present some arguments that could be useful if communicated to our gentlemen. It is certainly true that if we could prove that Jean-Jacques did not write any of the books he claims to have written, just as we can prove that he did not write ‘Le Devin’, we would eliminate a difficulty that still plagues many people, despite all the convincing evidence of this wretch’s crimes. But I would also be greatly surprised if anyone had thought of proposing this idea so late in the game. It seems that in our efforts to cast Jean-Jacques in all the disgrace he deserves, our gentlemen are sometimes troubled by these books that they despise and even ridicule vehemently, yet which often lead to uncomfortable objections for them. But if we were to assert that he did not write a single word of them—and that he is incapable of having written anything at all, just as he is incapable of having written ‘Le Devin’—then our efforts would be completely in vain. Yet it seems we have chosen a completely different approach; and people believe so firmly that these writings are his that our gentlemen have spent so much time studying them in an attempt to uncover their ‘poison.’”

ROUSSEAU. — The poison!

THE FRENCHMAN: — Without a doubt. These beautiful books have seduced you, just as they have many others; I am not surprised that, amidst all this ostentation of noble morality, you failed to perceive the pernicious doctrines they contain. But I would be very surprised if such doctrines were not there at all. How could such a “serpent” not contaminate everything it touches with its venom?

ROUSSEAU. — Well! Monsieur, how much of this “venom” has actually been extracted from these books?

THE FRENCH. — Many people, I’ve been told, and indeed they do so quite openly in numerous horrifying passages that the extreme caution exercised toward these books initially prevented anyone from noticing; but now, those who are better informed and read them properly are filled with shock and horror at their content.

ROUSSEAU. — Terrible passages! I read those books with great care, but I swear I did not find any such passages in them. You would do me a favor if you could tell me where someone else has written them.

THE FRENCHMAN: — Since I haven’t read them myself, that’s precisely what I wouldn’t be able to do; but I will ask our gentlemen who have collected them for the list and then share it with you. I only remember that an excerpt from Émile is cited in which he openly teaches the art of assassination.

ROUSSEAU. — How is it possible, sir, that he openly teaches the art of assassination, and yet this was not noticed at first reading! It must be that his readers were either thoroughly preconceived or utterly distracted. And where on earth were the eyes of those authors of those wise and solemn recommendations upon which he was so frequently condemned? What a discovery for them! What a pity they missed it!

THE FRENCHMAN: — Ah! Those books were filled with so many details that it was impossible to note everything down.

ROUSSEAU. — It is true that the good and judicious Joli de Fleuri, filled with the horror that the criminal system of natural religion inspired in him, could hardly pay attention to trivial matters such as instructions on how to commit murder; or perhaps, as you say, his extreme aversion to such books prevented him from noticing them. Tell me, sir, whether those who search for poison are not rather those who put it there, and that there are none among those who do not seek it. I have read the passage you mention twenty times, and seen nothing in it but a vehement indignation against a Gothic prejudice as extravagant as it was harmful. I would never have guessed the meaning your gentlemen attribute to it had it not been for the fact that I happened to see a sly letter written on this subject by someone who tried to influence the author, and the reply the author foolishly gave, in which he explained the meaning of that passage—which needed no other explanation than to be read by honest people in its proper context. An author who writes from the heart is prone, when carried away by passion, to go beyond his intended purpose and make mistakes; such mistakes are never made by those subtle and methodical writers who, caring nothing about anything in the world, only say what is advantageous to them and know how to present it in a way that does not expose them. These are the imprudences of a man who trusts himself too much, whose generous nature never even allows him to suspect that anyone might doubt him. Be assured that no hypocrite or cunning person would ever dare to expose themselves so openly. Our philosophers do indeed have what they call their “inner doctrine,” but they teach it to the public in secret and only to their friends in private. If we were to take everything literally, we might find less to criticize in the most dangerous books than in those we are discussing here, or in fact in any book where the author, confident in himself and speaking from the heart, allows himself full expression without considering how those who seek his harm might exploit the vulnerable points he reveals. But read all these passages in the way they naturally present themselves to the reader’s mind—and in the way the author intended them to be understood when he wrote them. Read them in their proper context, taking into account what precedes and follows them, and consider the state of mind into which such reading brings you; it is this state of mind that will reveal their true meaning to you. As a response to these sinister interpreters and as a fitting punishment for them, I would only want them to read aloud the entire work they are tearing apart in order to inject their own venom into it; I doubt that after finishing such a reading there would be a single one of them bold enough to repeat his accusations.

THE FRENCHMAN: — I know that such practices of isolating and distorting passages from an author’s work in order to interpret them according to the whims of a biased censor are generally condemned; but, by your own principles, our gentlemen will consider you entirely innocent of this charge. For it is not so much in these scattered fragments as in the very essence of those books that they seek to find the “poison” that the author took care to spread throughout them—only through the most meticulous analyses can such traces be detected at all.

ROUSSEAU. — In that case, it was utterly unnecessary to include it there: for once again, if one has to deliberately seek out this “venom” in order to perceive it, then it exists only for those who seek it—or rather, for those who put it there in the first place. For me, for example, since I never thought of looking for it there, I can swear that I found none at all.

THE FRENCHMAN: Well! What does it matter if it produces its effect without being noticed? An effect that does not result from any particular passage, but rather from the entire reading of the book. What do you have to say about that?

ROUSSEAU. — Nothing, except that after reading several times in their entirety the writings that Jean-Jacques attributes to himself, the overall effect they had on my soul was always to make me more human, more just, better than I had been before; I never engaged with these books without benefiting in terms of virtue.

THE FRENCHMAN: — Oh! I assure you that this is not at all the effect their reading had on our gentlemen.

Il francese: — Bisogna ammettere che lei è davvero un uomo ostinato e tenace nelle proprie opinioni; considerando l’autorità limitata che hanno su di lui le opinioni del pubblico, è evidente che non sia francese. Tra tutti i nostri saggi, così virtuosi, giusti e al di sopra di ogni pregiudizio, tra tutte le nostre dame, così sensibili e favorevoli a un autore che descrive l’amore con tanta maestria, non c’è stato nessuno che abbia opposto la minima resistenza agli argomenti convincenti dei nostri signori; nessuno che si sia reso immediatamente disponibile, con gioia, alle prove che dimostravano come quell’autore tanto lodato, quel Jean-Jacques così acclamato ma così arrogante e odioso, fosse in realtà l’onta e la vergogna dell’umanità. E ora che ci siamo così appassionati di questa idea da non volerla cambiare nemmeno se fosse possibile, solo lei, più ostinato di tutti, viene qui a proporci una distinzione nuova e inaspettata, una distinzione che non avrebbe alcun fondamento se fosse vera. Tuttavia devo ammettere che, nonostante tutto questo pathos che, a mio parere, non dice molto, lei apre comunque prospettive interessanti che potrebbero essere utili, se comunicate ai nostri signori. È certo che, se si potesse dimostrare che Jean-Jacques non ha scritto nessuno dei libri che gli vengono attribuiti, proprio come si è dimostrato che non ha scritto il “Devin”, si eliminerebbe una difficoltà che ancora oggi ostacola molte persone, nonostante le prove schiaccianti dei crimini di quel miserabile. Ma sarei davvero sorpreso se qualcuno avesse pensato così tardi a proporre questa idea. Vedo infatti che, cercando in tutti i modi di coprire Jean-Jacques dell’opprobrio che merita, i nostri signori continuano comunque a preoccuparsi di quei libri che odiano e che ridicolizzano con tutte le loro forze, ma che spesso suscitano in loro obiezioni scomode. Si potrebbe facilmente risolvere tutto affermando che Jean-Jacques non ha scritto nemmeno una parola di tutto ciò, e che è incapace di averlo fatto, proprio come è incapace di aver scritto il “Devin”. Ma sembra che si sia intrapresa una strada diversa da quella, e si crede così fermamente che questi scritti siano suoi, che i nostri signori se ne occupano da tempo, cercando di individuare in essi eventuali “veleni” nascosti.

ROUSSEAU. — Il veleno!

IL FRANCESCO. — Senza dubbio. Questi bei libri vi hanno affascinato, come molti altri; non mi sorprende quindi che, nonostante tutta questa ostentazione di bella morale, non abbiate percepito le dottrine perniciose che vi sono contenute. Ma sarei molto sorpreso se tali dottrine non ci fossero davvero. Come potrebbe un serpente del genere non contaminare con il proprio veleno tutto ciò che tocca?

ROUSSEAU: Ebbene, signore. Quanto veleno è stato già estratto da questi libri?

Il francese: — Mi è stato detto che ce ne sono molti; anzi, in numerosi passaggi orribili si esprime apertamente questo contenuto, e l’estrema diffidenza che si nutriva verso questi libri ha inizialmente impedito di notarli, ma ora colpiscono tutti coloro che, essendo meglio informati, li leggono nel modo appropriato, suscitando in loro sorpresa ed orrore.

ROUSSEAU: — Passaggi orribili! Ho letto questi libri con grande attenzione, ma non ne ho trovato nessuno del genere; ve lo giuro. Mi fareste un favore se mi indicaste qualcuno che li contenga.

IL FRANCese: — Non li ho letti, quindi non potrei dirlo con certezza; ma chiederò l’elenco ai nostri signori che li hanno raccolti e ve lo farò conoscere. Ricordo soltanto che si cita una nota di Émile in cui egli insegna apertamente l’assassinio.

ROUSSEAU: — Come è possibile, signore, che si insegni apertamente l’assassinio e che ciò non sia stato notato fin dalla prima lettura! Devono esserci stati lettori davvero prevenuti o distratti. E dove mai avevano gli occhi gli autori di quei saggi e seri requisiti su cui si è così regolarmente basata la condanna? Che scoperta per loro, e che rimpianto di averla mancata!

IL FRANCESCO: — Ah! Que questi libri erano pieni di contenuti da analizzare, al punto che non era possibile prendere in considerazione tutto.

ROUSSEAU. — È vero che il buon, il giudizioso Joli de Fleuri, pieno dell’orrore che gli ispirava quel “Sistema criminale della Religione naturale”, difficilmente si sarebbe soffermato su cose banali come le lezioni sull’assassinio; oppure, forse, come dite voi, la sua estrema avversione per quel libro gli impediva di notarle. Ditemi, signore: non sono forse i vostri ricercatori di veleno quelli che in realtà lo introducono nei libri, e non ce ne sono affatto per coloro che non ne cercano? Ho letto venti volte quella nota di cui parlate, senza vedere in essa altro che una vivida indignazione contro un pregiudizio gotico altrettanto assurdo quanto funesto; e non mi sarei mai reso conto del significato che voi attribuitevi, se per caso non avessi visto una lettera insidiosa scritta dall’autore su questo argomento, e la risposta che egli ha avuto la debolezza di dare, nella quale spiegava il vero senso di quella nota che non aveva bisogno di alcuna altra spiegazione se non quella di essere letta nel suo contesto da persone oneste. Un autore che scrive seguendo i sentimenti del proprio cuore è soggetto, quando si appassiona, a esagerazioni e a deviazioni dalle quali quegli scrittori subdoli e metodici, che non si lasciano coinvolgere da nulla al mondo e dicono soltanto ciò che è vantaggioso per loro, e sanno come presentare le cose in modo da non commettere errori, sono del tutto al riparo. Sono imprudenze di un uomo che ha fiducia in se stesso, il cui cuore generoso nemmeno suppone che si possa dubitare di lui. State certo che nessun ipocrita o furbo oserebbe mai esporre se stesso così apertamente. I nostri filosofi hanno quella che chiamano la loro “dottrina interna”, ma la insegnano al pubblico nascondendola, e ai loro amici in segreto. Se si prendesse tutto alla lettera, forse si troverebbero meno cose da criticare nei libri più pericolosi di quelli di cui stiamo parlando, e in generale in tutti quei libri in cui l’autore, fiducioso in se stesso e parlando con sincerità, si abbandona completamente alle proprie emozioni senza pensare alle insidie che un malvagio potrebbe cogliere. Ma leggete tutti questi passaggi nel senso naturale che hanno per il lettore e che avevano per l’autore quando li scriveva; leggeteli nel loro contesto, tenendo conto di ciò che precede e di ciò che segue, e considerate lo stato d’animo in cui vi trovate mentre li leggete: è questo stato d’animo che vi illuminerà sul loro vero significato. Per rispondere a questi sinistri interpreti e per infliggere loro la punizione che meritano, vorrei soltanto farli leggere ad alta voce l’intero libro che così brutalmente distruggono, per impregnarlo del loro veleno; dubito che, dopo averlo finito, ci sia anche solo uno di loro abbastanza audace da osare ripetere le sue accuse.

Il FRANCese: So che generalmente si biasima questo modo di isolare e distorcere i passaggi di un autore per interpretarli secondo la passione di un censore ingiusto; ma, secondo i vostri stessi principi, i nostri signori vi considereranno completamente estranei a questa pratica; infatti, è ancora meno nei singoli dettagli che nell’intera sostanza dei libri in questione che si trova il “veleno” che l’autore si è preso cura di diffondere al loro interno: tale “veleno” è però mescolato con tale arte che solo attraverso analisi estremamente approfondite si riesce a scoprirlo.

ROUSSEAU: — In tal caso, era assolutamente inutile inserirlo lì: perché, ancora una volta, se bisogna cercare quel veleno per poterlo percepire, esso esiste soltanto per coloro che lo cercano, o meglio, che lo introducono lì. Per me, ad esempio, poiché non mi sono mai preso la briga di cercarlo, posso giurare di non averne trovato alcuna traccia.

IL FRANCESCO: Ebbene, che importanza ha se produce il suo effetto senza essere notato? Un effetto che non deriva da un passaggio specifico, ma dalla lettura completa del libro. Cosa avete da dire in proposito?

ROUSSEAU: — Nulla, se non che, dopo aver letto più volte per intero gli scritti che Jean-Jacques si attribuisce, l’effetto complessivo che hanno avuto sulla mia anima è sempre stato quello di rendermi più umano, più giusto, migliore di quanto non fossi prima; mai mi sono occupato di questi libri senza che ciò portasse beneficio alla virtù.

IL FRANCESCO: — Oh! Vi assicuro che non è affatto questo l’effetto che la loro lettura ha avuto sui nostri signori.

ROUSSEAU. — Ah ! je le crois ; mais ce n’est pas la faute des livres : car pour moi, plus j’y ai livré mon cœur, moins j’y ai senti ce qu’ils y trouvent de pernicieux ; et je suis sûr que cet effet qu’ils ont produit sur moi sera le même sur tout honnête homme qui les lira avec la même impartialité.

LE FRANÇAIS. — Dites avec la même prévention ; car ceux qui ont senti l’effet contraire, et qui s’occupent pour le bien public de ces utiles recherches, sont tous des hommes de la plus sublime vertu, et de grands philosophes qui ne se trompent jamais.

ROUSSEAU. — Je n’ai rien encore à dire à cela. Mais faites une chose : imbu des principes de ces grands philosophes qui ne se trompent jamais, mais sincère dans l’amour de la vérité, mettez-vous en état de prononcer comme eux avec connaissance de cause, et de décider, sur cet article, entre eux, d’un côté, escortés de tous leurs disciples qui ne jurent que par les maîtres, et, de l’autre, tout le public avant qu’ils l’eussent si bien endoctriné. Pour cela, lisez vous-même les livres dont il s’agit ; et sur les dispositions où vous laissera leur lecture jugez de celle où était l’auteur en les écrivant, et de l’effet naturel qu’ils doivent produire quand rien n’agira pour les détourner. C’est, je crois, le moyen le plus sûr de porter sur ce point un jugement équitable.

LE FRANÇAIS. — Quoi ! vous voulez m’imposer le supplice de lire une immense compilation de préceptes de vertu rédigés par un coquin ?

ROUSSEAU. — Non, monsieur, je veux que vous lisiez le vrai système du cœur humain rédigé par un honnête homme et publié sous un autre nom. Je veux que vous ne vous préveniez point contre des livres bons et utiles, uniquement parce qu’un homme indigne de les lire a l’audace de s’en dire l’auteur.

LE FRANÇAIS. — Sous ce point de vue on pourrait se résoudre à lire ces livres, si ceux qui les ont mieux examinés ne s’accordaient tous, excepté vous seul, à les trouver nuisibles et dangereux ; ce qui prouve assez que ces livres ont été composés, non, comme vous dites, par un honnête homme dans des intentions louables, mais par un fourbe adroit, plein de mauvais sentiments masqués d’un extérieur hypocrite, à la faveur duquel ils surprennent, séduisent et trompent les gens.

ROUSSEAU. — Tant que vous continuerez de la sorte à mettre en fait sur l’autorité d’autrui l’opinion contraire à la mienne, nous ne saurions être d’accord. Quand vous voudrez juger par vous-même, nous pourrons alors comparemos raisons, et choisir l’opinion la mieux fondée ; mais dans une question défait comme celle-ci, je ne vois point pourquoi je serais obligé de croire, sans aucune raison probante, que d’autres ont ici mieux vu que moi.

LE FRANÇAIS. — Comptez-vous pour rien le calcul des voix, quand vous êtes seul à voir autrement que tout le monde ?

ROUSSEAU. — Pour faire ce calcul avec justesse, il faudrait auparavant savoir combien de gens dans cette affaire ne voient, comme vous, que par les yeux d’autrui. Si du nombre de ces bruyantes voix on ôtait les échos qui ne font que répéter celle des autres, et que l’on comptât celles qui restent dans le silence, faute d’oser se faire entendre, il y aurait peut-être moins de disproportion que vous ne pensez. En réduisant toute cette multitude au petit nombre de gens qui mènent les autres, il me resterait encore une forte raison de ne pas préférer leur avis au mien : car je suis ici parfaitement sûr de ma bonne foi, et je n’en puis dire autant avec la même assurance d’aucun de ceux qui, sur cet article, disent penser autrement que moi. En un mot, je juge ici par moi-même. Nous ne pouvons donc raisonner au pair, vous et moi, que vous ne vous mettiez en état de juger par vous-même aussi.

LE FRANÇAIS. — J’aime mieux, pour vous complaire, faire plus que vous ne demandez, en adoptant votre opinion préférablement à l’opinion publique ; car je vous avoue que le seul doute si ces livres ont été faits par ce misérable m’empêcherait d’en supporter la lecture aisément.

ROUSSEAU. — Faites mieux encore. Ne songez point à l’auteur en les lisant ; et sans vous prévenir ni pour ni contre, livrez votre âme aux impressions qu’elle en recevra. Vous vous assurerez ainsi par vous-même de l’intention dans laquelle ont été écrits ces livres, et s’ils peuvent être l’ouvrage d’un scélérat qui couvait de mauvais desseins.

LE FRANÇAIS. — Si je fais pour vous cet effort, n’espérez pas du moins que ce soit gratuitement. Pour m’engager à lire ces livres malgré ma répugnance, il faut, malgré la vôtre, vous engager vous-même à voir l’auteur, ou selon vous celui qui se donne pour tel, à l’examiner avec soin, et à démêler, à travers son hypocrisie, le fourbe adroit qu’elle a masqué si longtemps.

ROUSSEAU. — Que m’osez-vous proposer ? Moi que j’aille chercher un pareil homme ! que je le voie ! que je le hante ! Moi qui m’indigne de respirer l’air qu’il respire, moi qui voudrais mettre le diamètre de la terre entre lui et moi, et m’en trouverais trop près encore ! Rousseau vous a-t-il donc paru facile en liaisons au point d’aller chercher la fréquentation des méchants ? Si jamais j’avais le malheur de trouver celui-ci sur mes pas, je ne m’en consolerais qu’en le chargeant des noms qu’il mérite, en confondant sa morgue hypocrite par les plus cruels reprocher, en l’accablant de l’affreuse liste de ses forfaits.

LE FRANÇAIS. — Que dites-vous là ? Que vous m’effrayez ! Avez-vous oublié rengagement sacré que vous avez pris de garder avec lui le plus profond silence, et de ne lui jamais laisser connaître que vous ayez même aucun soupçon de tout ce que je vous ai dévoilé ?

ROUSSEAU. — Comment ? Vous m’étonnez. Cet engagement regardait uniquement, du moins je l’ai cru, le temps qu’il a fallu mettre à m’expliquer les secrets affreux que vous m’avez révélés. De peur d’en brouiller le fil, il fallait ne pas l’interrompre jusqu’au bout, et vous ne vouliez pas que je m’exposasse à des discussions avec un fourbe, avant d’avoir toutes les instructions nécessaires pour le confondre pleinement. Voilà ce que j’ai compris de vos motifs dans le silence que vous m’avez imposé, et je n’ai pu supposer que l’obligation de ce silence allât plus loin que ne le permettent la justice et la loi.

LE FRANÇAIS. — Ne vous y trompez donc plus. Votre engagement, auquel vous ne pouvez manquer sans violer votre foi, n’a, quant à sa durée, d’autres bornes que celles de la vie. Vous pouvez, vous devez même répandre, publier partout l’affreux détail de ses vices et de ses crimes, travailler avec zèle à étendre et accroître de plus en plus sa diffamation, le rendre, autant qu’il est possible, odieux, méprisable, exécrable à tout le monde. Mais il faut toujours mettre à cette bonne œuvre un air de mystère et de commisération qui en augmente l’effet ; et, loin de lui donner jamais aucune explication qui le mette à portée de répondre et de se défendre, vous devez concourir avec tout le monde à lui faire ignorer toujours ce qu’on sait, et comment on le sait.

ROUSSEAU. — Voilà des devoirs que j’étais bien éloigné de comprendre quand vous me les avez imposés ; et, maintenant qu’il vous plaît de me les expliquer, vous ne pouvez douter qu’ils ne me surprennent, et que je ne sois curieux d’apprendre sur quels principes vous les fondez. Expliquez-vous donc, je vous prie, et comptez sur toute mon attention.

ROUSSEAU. — Ah! I believe that; but it is not the books’ fault: for me, the more I poured my heart into them, the less I perceived anything harmful in what they contained; and I am certain that the effect they had on me would be exactly the same on any honest person who read them with the same impartiality.

THE FRENCHMAN: — Say that with the same caution; for those who have experienced the opposite effect, and who devote themselves to these useful pursuits for the public good, are all men of the most sublime virtue and great philosophers who never make mistakes.

ROUSSEAU. — I have nothing further to say on this matter. But do one thing: filled with the principles of those great philosophers who never err, and sincere in your love for truth, endeavor to speak on this subject in the same manner as they would—with full knowledge of the facts—and to reach a decision regarding it, either among yourselves, accompanied by all your disciples who swear only by their masters, or before the general public, before you have so thoroughly indoctrinated them. To do this, read the books in question yourself; and based on the impression they leave upon you, judge what state of mind the author must have been in when writing them, and what effect they naturally ought to produce, assuming nothing interferes to distort their meaning. I believe this is the surest way to form a fair judgment on this matter.

THE FRENCHMAN: What! You want to force me to endure the torment of reading a vast collection of precepts on virtue written by a scoundrel?

ROUSSEAU. — No, sir; I want you to read the true account of the human heart, written by an honest man and published under a different name. I want you not to reject any good and useful book simply because someone unworthy of reading it dares to claim authorship of it.

THE FRENCHMAN: — From this perspective, one might be inclined to read these books, were it not for the fact that those who have examined them more closely all agree, except for you alone, that they are harmful and dangerous; which is sufficient proof that these books were not composed, as you claim, by an honest man with laudable intentions, but rather by a cunning and deceitful individual, filled with evil motives concealed beneath a hypocritical exterior—thanks to which they manage to surprise, seduce, and deceive people.

ROUSSEAU: — So long as you continue to place your trust in the authority of others when their opinions differ from mine, we will never be able to agree. When you are willing to judge for yourselves, then we can compare our reasons and choose the one that is best supported by evidence; but in a matter that has already been settled in this way, I see no reason at all why I should be obliged to believe, without any compelling evidence, that others have seen things more clearly than I have.

THE FRENCHMAN: — Do you think that calculating the votes means anything at all when you are the only one who sees things differently from everyone else?

ROUSSEAU. — To make this calculation accurately, one would first need to know how many people in this matter see things only through the eyes of others, just as you do. If we were to remove from the number of these noisy voices those echoes that merely repeat what others say, and count only those who remain silent for fear of being heard, perhaps the discrepancy would be less than you think. By reducing this entire multitude to the small number of people who lead the others, I would still have a strong reason not to prefer their opinion to my own: for I am absolutely certain of my own good faith in this matter, whereas I cannot say the same with the same certainty about any of those who claim to think differently from me on this point. In short, I am judging here by myself. Therefore, you and I can only reason on an equal footing if you are also willing to judge by yourself.

THE FRENCHMAN: — To please you, I would rather do more than you ask and adopt your opinion rather than public opinion; for I must confess that the only doubt whether these books were indeed written by that wretch would prevent me from reading them with ease.

ROUSSEAU. — Do even more than that. When reading them, do not think of the author at all; and without preconceptions, whether for or against him, let your soul be influenced solely by the impressions they produce upon you. In this way, you will yourself ascertain the intention with which these books were written—and whether they may possibly be the work of a villain harboring evil designs.

THE FRENCHMAN: — If I go to the trouble of doing this for you, at least don’t expect it to be done without any reward. For me to agree to read these books despite my aversion, it is necessary—despite yours—to ensure that you yourself meet with the author, or whoever you consider himself to be, and examine him carefully, in order to discern, behind his hypocrisy, the cunning trickster that he has managed to hide for so long.

ROUSSEAU. — How dare you propose such a thing to me? For me to go in search of such a man! To see him! To haunt him! I, who feel indignation at even breathing the air he breathes; I, who would wish to place the entire diameter of the earth between us—and yet still feel too close to him! Has Rousseau really seemed so easy to associate with that you think I would seek out the company of villains? If ever I had the misfortune to encounter such a person, my only consolation would be to hurl at him all the names he deserves, to overwhelm him with the cruelest reproaches for his hypocritical arrogance, and to expose the entire list of his crimes.

THE FRENCHMAN: What are you saying? You’re frightening me! Have you forgotten the sacred promise you made to keep the deepest silence about all this, and never to let him know that you even have the slightest suspicion of anything I have revealed to you?

ROUSSEAU. — How? You surprise me. This obligation concerned only, at least I believed so, the time it took to explain to me those terrible secrets you revealed to me. In order not to disrupt the flow of your explanation, it was necessary not to interrupt it until the end; and you did not want me to engage in discussions with a cunning person before I had received all the necessary instructions to fully expose him. This is what I understood from the silence you imposed upon me, and I could never have assumed that the obligation inherent in that silence went beyond what justice and law permit.

THE FRENCHMAN: — Do not delude yourselves any longer. Your commitment, which you cannot break without violating your faith, is limited in duration only by the span of human life. You may, and indeed must, spread everywhere the terrible details of its vices and crimes; you must diligently work to expand and intensify its condemnation, making it as detestable, contemptible, and abhorrent as possible to everyone. Yet, you must always clothe this noble endeavor in an air of mystery and compassion that will enhance its effect. And far from providing any explanation that would allow it to respond or defend itself, you must work together with everyone else to ensure that it remains forever ignorant of what is known about it—and how it is known.

ROUSSEAU: — These are duties that I was far from understanding when you imposed them upon me; and now that you have taken the trouble to explain them to me, you cannot doubt that they surprise me, and that I am eager to learn on what principles you base them. Please explain yourself in detail, and rest assured of my full attention.

ROUSSEAU. — Ah! Lo credo; ma non è colpa dei libri: perché, per me, più ho affidato loro il mio cuore, meno ho percepito in essi ciò che vi ritengo nocivo; e sono certo che l’effetto che hanno avuto su di me sarà lo stesso su qualsiasi uomo onesto che li legga con la stessa imparzialità.

Il francese: — Diteci lo stesso con la stessa cautela; infatti coloro che hanno sperimentato l’effetto opposto e si dedicano, per il bene pubblico, a queste utili ricerche, sono tutti uomini di una delle più sublime virtù e grandi filosofi che non sbagliano mai.

ROUSSEAU: — Non ho ancora nulla da aggiungere a questo proposito. Ma fate una cosa: imbevuti dei principi di quei grandi filosofi che non si sbagliano mai, e sinceri nell’amore per la verità, mettetevi in condizione di poter esprimervi come loro, con piena consapevolezza delle vostre opinioni, e di poter decidere, su questo argomento, tra due gruppi: da un lato, voi accompagnati da tutti i vostri discepoli che giurano fedeltà soltanto ai loro maestri; dall’altro, l’intero pubblico, prima ancora che questi ultimi siano stati così ben indottrinati. Per farlo, leggete voi stessi i libri di cui si tratta; e in base alle impressioni che la lettura vi lascerà, giudicate quelle che l’autore aveva quando li scriveva, nonché l’effetto naturale che questi libri dovrebbero produrre, quando nessun fattore esterno possa distoglierli dal loro scopo. Credo che questo sia il modo più sicuro per formulare un giudizio equo su questa questione.

IL FRANCESCO: Ma che dite! Volete costringermi a leggere un’enorme raccolta di precetti di virtù scritti da un libertino?

ROUSSEAU: — No, signore, voglio che leggiate il vero sistema del cuore umano scritto da un uomo onesto e pubblicato con un altro nome. Voglio che non vi difendiate contro libri buoni e utili soltanto perché un uomo indegno di leggerli ha l’audacia di dichiararsi suo autore.

Il francese: — Da questo punto di vista, si potrebbe decidere comunque di leggere questi libri, se coloro che li hanno esaminati più attentamente non fossero tutti d’accordo nel ritenerli dannosi e pericolosi, il che dimostra chiaramente che questi libri sono stati scritti, non come voi affermate da una persona onesta con intenzioni lodevoli, ma da un individuo astuto e pieno di cattivi sentimenti, mascherati da un comportamento ipocrita; grazie a questo atteggiamento, questi libri riescono a sorprendere, sedurre e ingannare le persone.

ROUSSEAU: — Finché continuerete a basarvi sull’autorità altrui per adottare opinioni contrarie alle mie, non potremo mai essere d’accordo. Quando vorrete giudicare da soli, allora potremo confrontare le nostre ragioni e scegliere quella più fondata; ma in una questione già decisa in questo modo, non vedo alcun motivo per cui dovrei credere, senza alcuna prova convincente, che altri abbiano visto meglio di me.

IL FRANCESE: — Pensi davvero che il calcolo dei voti abbia importanza, quando sei l’unico a vedere le cose in modo diverso da tutti gli altri?

ROUSSEAU: — Per effettuare questo calcolo con precisione, sarebbe necessario prima sapere quante persone, in questa questione, vedano le cose soltanto attraverso gli occhi degli altri, proprio come fate voi. Se si togliessero dal numero di queste voci clamorose gli echi che non fanno altro che ripetere quelle altrui, e si contassero soltanto coloro che rimangono in silenzio, per timore di farsi sentire, forse ci sarebbe meno disproporzione di quanto pensiate. Riducendo tutta questa moltitudine al piccolo numero di persone che guidano gli altri, mi resterebbe comunque una forte ragione per non preferire il loro parere al mio: perché io sono qui perfettamente sicuro della mia buona fede, mentre non posso dire lo stesso con la stessa certezza di nessuno di coloro che, su questo argomento, affermano di pensare diversamente da me. In breve, in questa situazione giudico in base a ciò che so io stesso. Pertanto, noi due non possiamo ragionare in modo equo, se voi non vi mettete nella condizione di giudicare anche voi in base a ciò che sapete voi stessi.

IL FRANCESCO: — Per compiacervi, preferisco fare di più di quanto mi chiediate, adottando la vostra opinione invece di quella del pubblico; perché devo ammettere che l’unica incertezza riguardo al fatto che questi libri siano stati scritti da quel miserabile mi impedirebbe di leggerli con facilità.

ROUSSEAU: — Fate ancora di più. Non pensate affatto all’autore mentre li leggete; e senza pregiudizi, lasciate che la vostra anima sia influenzata dalle impressioni che ne riceverà. In questo modo, potrete verificare da soli l’intento con cui questi libri sono stati scritti, e se possano essere l’opera di un individuo malvagio che nascondeva cattive intenzioni.

IL FRANCESCO: — Se faccio questo sforzo per voi, non sperate certo che sia gratuito. Affinché io mi impegni a leggere questi libri nonostante la mia avversione, è necessario che anche voi vi impegniate, nonostante la vostra ripugnanza, ad incontrare l’autore, o colui che si proclama tale, ad esaminarlo attentamente e a individuare, attraverso la sua ipocrisia, il furbo astuto che essa ha nascosto per tanto tempo.

ROUSSEAU: — Che osate propormi? Io, andare a cercare un tale uomo, vederlo, frequentarlo! Io, che mi indigno al solo pensiero di respirare lo stesso aria che lui respira, io, che vorrei mettere l’intero diametro della Terra tra me e lui, e mi troverei comunque troppo vicino a lui! Rousseau vi è forse sembrato così facile da frequentare, al punto da andare a cercare la compagnia dei malvagi? Se mai avessi la sfortuna di incontrarlo, non mi consolerei se non accusandolo dei nomi che merita, confondendo la sua ipocrita arroganza con i più crudeli rimproveri, schiacciandolo sotto l’orribile elenco dei suoi crimini.

IL FRANCESCO. — Cosa state dicendo? Mi spaventate! Avete dimenticato il sacro impegno che avete preso di mantenere con lui il più assoluto silenzio, e di non far mai sapere a lui che abbiate anche solo il minimo sospetto su tutto ciò che vi ho rivelato?

ROUSSEAU: — Come? Vi sorprendete. Questo impegno riguardava soltanto, almeno così credevo, il tempo necessario per spiegarmi i terribili segreti che mi avete rivelato. Per non interrompere il flusso delle vostre spiegazioni, era necessario proseguire fino alla fine; inoltre, non volevate che io rischiassi di entrare in discussioni con un individuo astuto, prima di disporre di tutte le informazioni necessarie per smascherarlo completamente. Ecco ciò che ho capito dai motivi che vi hanno spinto a mantenere il silenzio. E non avrei mai potuto supporre che tale obbligo andasse oltre ciò che la giustizia e la legge permettono.

Il francese: — Non sbagliatevi più. Il vostro impegno, dal quale non potete deflettere senza tradire la vostra fede, ha, per quanto riguarda la sua durata, limiti che coincidono con quelli della vita stessa. Potete e dovete persino diffondere ovunque i terribili dettagli dei suoi vizi e dei suoi crimini, impegnarvi con zelo nel diffonderne sempre di più la notorietà negativa, rendendolo il più possibile odioso, spregevole ed esecrabile agli occhi di tutti. Tuttavia, è necessario che questa nobile azione sia avvolta in un’atmosfera di mistero e compassione, al fine di aumentarne l’effetto; e, lontano dal fornire mai alcuna spiegazione che gli permetta di rispondere o difendersi, dovete contribuire tutti insieme a far sì che egli ignori sempre ciò che si sa e come si sa.

ROUSSEAU: — Questi doveri erano ben lontani da essere compresi da me quando me li avete imposti; e ora che volete spiegarli, non potete dubitare che mi sorprendano, e che io sia curioso di conoscere su quali principi vi basate per stabilirli. Vi prego quindi di chiarirvi, e potete contare sulla mia massima attenzione.

LE FRANÇAIS. — O mon bon ami ! qu’avec plaisir votre cœur, navré du déshonneur que fait à l’humanité cet homme qui n’aurait jamais dû naître, va s’ouvrir à des sentiments qui en font la gloire dans les nobles âmes de ceux qui ont démasqué ce malheureux ! Ils étaient ses amis, ils faisaient profession de l’être. Séduits par un extérieur honnête et simple, par une humeur crue alors facile et douce, par la mesure de talents qu’il fallait pour sentir les leurs sans prétendre à la concurrence, ils le recherchèrent, se l’attachèrent, et l’eurent bientôt subjugué, car il est certain que cela n’était pas difficile. Mais quand ils virent que cet homme si simple et si doux, prenant tout d’un coup l’essor, s’élevait d’un vol rapide à une réputation à laquelle ils ne pouvaient atteindre, eux qui avaient tant de hautes prétentions si bien fondées, ils se doutèrent bientôt qu’il y avait là-dessous quelque chose, qui n’allait pas bien, que cet esprit bouillant n’avait pas si longtemps contenu son ardeur sans mystère ; et, dès-lors, persuadés que cette apparente simplicité n’était qu’un voile qui cachait quelques projets dangereux, ils formèrent la ferme résolution de trouver ce qu’ils cherchaient, et prirent à loisir les mesures les plus sûres pour ne pas perdre leurs peines.

Ils se concertèrent donc pour éclairer toutes ses allures de manière que rien ne leur pût échapper. Il les avait mis lui-même sur la voie par la déclaration d’une faute grave qu’il avait commise et dont il leur confia le secret sans nécessité, sans utilité, non, comme disait l’hypocrite, pour ne rien cacher à l’amitié et ne pas paraître à leurs yeux meilleur qu’il n’était, mais plutôt, comme ils disent très sensément eux-mêmes, pour leur donner le change, occuper ainsi leur attention, et les détourner de vouloir pénétrer plus avant dans le mystère obscur de son caractère. Cette étourderie de sa part fut sans doute un coup du ciel qui voulut forcer le fourbe à se démasquer lui-même, ou du moins à leur fournir la prise dont ils avaient besoin pour cela. Profitant habilement de cette ouverture pour tendre leurs pièges autour de lui, ils passèrent aisément de sa confidence à celle des complices de sa faute, desquels ils se firent bientôt autant d’instruments pour l’exécution de leur projet. Avec beaucoup d’adresse, un peu d’argent, et de grandes promesses, ils gagnèrent tout ce qui l’entourait, et parvinrent ainsi par degrés à être instruits de ce qui le regardait aussi bien et mieux que lui-même.

Le fruit de tous ces soins fut la découverte et la preuve de ce qu’ils avaient pressenti sitôt que ses livres firent du bruit ; savoir, que ce grand prêcheur de vertu n’était qu’un monstre chargé de crimes cachés, qui, depuis quarante ans, masquait l’aine d’un scélérat sous les dehors d’un honnête homme.

ROUSSEAU. — Continuez, de grâce. Voilà vraiment des choses surprenantes que vous me racontez là.

LE FRANÇAIS. — Vous avez vu en quoi consistaient ces découvertes : vous pouvez juger de l’embarras de ceux qui les avaient faites. Elles n’étaient pas de nature à pouvoir être tues, et l’on n’avait pas pris tant de peines pour rien ; cependant, quand il n’y aurait eu à les publier d’autre inconvénient que d’attirer au coupable les peines qu’il avait méritées, c’en était assez pour empêcher ces hommes généreux de l’y vouloir exposer. Ils devaient, ils voulaient le démasquer, mais ils ne voulaient pas le perdre ; et l’un semblait pourtant suivre nécessairement l’autre. Comment le confondre sans le punir ? Comment l’épargner sans se rendre responsable de la continuation de ses crimes ? car pour du repentir, ils savaient bien qu’ils n’en devaient point attendre de lui. Ils savaient ce qu’ils devaient à la justice, à la vérité, à la sûreté publique ; mais ils ne savaient pas moins ce qu’ils se devaient à eux-mêmes. Après avoir eu le malheur de vivre avec ce scélérat dans l’intimité, ils ne pouvaient le livrer à la vindicte publique sans s’exposer à quelque blâme ; et leurs honnêtes âmes, pleines encore de commisération pour lui, voulaient surtout éviter le scandale, et faire qu’aux yeux de toute la terre il leur dût son bien-être et sa conservation. Ils concertèrent donc soigneusement leurs démarches, et résolurent de graduer si bien le développement de leurs découvertes, que la connaissance ne s’en répandit dans le public qu’à mesure qu’on y reviendrait des préjugés qu’on avait en sa faveur ; car son hypocrisie avait alors le plus grand succès. La route nouvelle qu’il s’était frayée, et qu’il paraissait suivre avec assez de courage pour mettre sa conduite d’accord avec ses principes, son audacieuse morale qu’il semblait prêcher par son exemple encore plus que par ses livres, et surtout son désintéressement apparent dont tout le monde alors était la dupe ; toutes ces singularités, qui supposaient du moins une âme ferme, excitaient l’admiration de ceux mêmes qui les désapprouvaient. On applaudissait à ses maximes sans les admettre, et à son exemple sans vouloir le suivre.

Comme ces dispositions du public auraient pu l’empêcher de se rendre aisément à ce qu’on lui voulait apprendre, il fallut commencer par les changer. Ses fautes, mises dans le jour le plus odieux, commencèrent l’ouvrage ; son imprudence à les déclarer aurait pu paraître franchise, il la fallut déguiser. Cela paraissait difficile ; car on m’a dit qu’il en avait fait dans l’Émile un aveu presque formel avec des regrets qui devaient naturellement lui épargner les reproches des honnêtes gens. Heureusement le public, qu’on animait alors contre lui, et qui ne voit rien que ce qu’on veut qu’il voie, n’aperçut point tout cela, et bientôt, avec les renseignements suffisants pour l’accuser et le convaincre sans qu’il parut que ce fût lui qui les eût fournis, ou eut la prise nécessaire pour commencer l’œuvre de sa diffamation. Tout se trouvait merveilleusement disposé pour cela. Dans ses brutales déclamations, il avait, comme vous le remarquez vous-même, attaqué tous les états : tous ne demandaient pas mieux que de concourir à cette œuvre qu’aucun n’osait entamer de peur de paraître écouter uniquement la vengeance. Mais à la faveur de ce premier fait, bien établi et suffisamment aggravé, tout le reste devint facile. On put, sans soupçon d’animosité, se rendre l’écho de ses amis, qui même ne le chargeaient qu’en le plaignant, et seulement pour l’acquit de leur conscience ; et voilà comment, dirigé par des gens instruits du caractère affreux de ce monstre, le public, revenu peu-à-peu des jugements favorables qu’il en avait portés si longtemps, ne vit plus que du faste où il avait vu du courage, de la bassesse où il avait vu de la simplicité, de la forfanterie où il avait vu du désintéressement, et du ridicule où il avait vu de la singularité.

Voilà l’état où il fallut amener les choses pour rendre croyables, même avec toutes leurs preuves, les noirs mystères qu’on avait à révéler, et pour le laisser vivre dans une liberté du moins apparente, et dans une absolue impunité : car une fois bien connu, l’on n’avait plus à craindre qu’il pût ni tromper ni séduire personne ; et, ne pouvant plus se donner des complices, il était hors d’état, surveillé comme il l’était par ses amis et par leurs amis, de suivre ses projets exécrables, et de faire aucun mal dans la société. Dans cette situation, avant de révéler les découvertes qu’on avait faites, on capitula qu’elles ne porteraient aucun préjudice à sa personne, et que, pour le laisser même jouir d’une parfaite sécurité, on ne lui laisserait jamais connaître qu’on l’eût démasqué. Cet engagement, contracté avec toute la force possible, a été rempli jusqu’ici avec une fidélité qui tient du prodige. Voulez-vous être le premier à l’enfreindre, tandis que le public entier, sans distinction de rang, d’âge, de sexe, de caractère, et sans aucune exception, pénétré d’admiration pour la générosité de ceux qui ont conduit cette affaire, s’est empressé d’entrer dans leurs nobles vues, et de les favoriser par pitié pour ce malheureux : car vous devez sentir que là-dessus sa sûreté tient à son ignorance, et que, s’il pouvait jamais croire que ses crimes sont connus, il se prévaudrait infailliblement de l’indulgence dont on les couvre pour en tramer de nouveaux avec la même impunité ; que cette impunité serait alors d’un trop dangereux exemple, et que ces crimes sont de ceux qu’il faut ou punir sévèrement ou laisser dans l’obscurité.

THE FRENCHMAN. — Oh my good friend! How gladly your heart, grieved by the disgrace that this man—who never should have been born—has brought upon humanity, must now be filled with feelings that bring glory to it in the noble hearts of those who have uncovered his misfortune! They were his friends; they professed to be such. Seduced by his honest and unassuming appearance, by his gentle and easy temperament at that time, by the degree of talent he possessed—enough to appreciate their own without seeking to compete with them—they sought his company, became attached to him, and soon succeeded in subduing him, for it was certainly not difficult to do so. But when they saw that this seemingly simple and gentle man suddenly rose to such prominence that they could never hope to match his reputation, they began to suspect that there was something hidden beneath all this; that this passionate nature had not long restrained its ardor without any apparent reason. And then, convinced that this apparent simplicity was merely a veil concealing some dangerous schemes, they resolved firmly to uncover the truth and took every precaution necessary to ensure their efforts were not in vain.

They therefore conspired together to unravel all his actions so that nothing could escape their notice. He had himself led them in this direction by admitting to a grave mistake he had committed—and yet he shared this secret with them without any necessity or benefit. No, as the hypocrite would say, it was not out of a desire to be honest with friendship or to appear better than he really was; rather, as they themselves wisely observed, it was in order to deceive them, to distract their attention, and to prevent them from trying to penetrate the mysterious depths of his character. This foolishness on his part was undoubtedly a stroke of fate that forced this cunning man to expose himself—or at least to provide them with the means they needed to do so. Making clever use of this opening, they set traps around him and easily progressed from his confessions to those of his accomplices in his wrongdoing, soon turning them into tools for carrying out their plans. With great skill, a little money, and many promises, they gained control over everything surrounding him—and gradually came to understand everything about him, even better than he did himself.

The result of all these efforts was the discovery and proof of what they had suspected from the very beginning—once his books began to attract attention. It turned out that this so-called great preacher of virtue was nothing but a monster laden with hidden crimes, who, for forty years, had disguised the essence of a scoundrel under the guise of an honest man.

ROUSSEAU. — Please continue. What you are telling me are truly astonishing things.

THE FRENCHMAN: — You have seen what these discoveries entailed; you can therefore imagine the dilemma of those who made them. These revelations were not of such a nature that they could be simply suppressed, and surely no one went to such lengths for nothing. Yet, if publishing them had meant nothing more than bringing the guilty man the punishment he deserved, that alone would have been enough to prevent these generous people from exposing him. They wanted to expose him, indeed they had to expose him, but they did not want to lose him. And yet one of these objectives seemed inevitably linked to the other: how could they expose him without punishing him? How could they spare him without being responsible for the continuation of his crimes? For they knew full well that he would show no remorse. They were aware of their duty toward justice, truth, and public safety; but they were also aware of their own responsibilities. Having had the misfortune of living in close contact with such a scoundrel, they could not hand him over to public vengeance without exposing themselves to criticism. Their honest hearts, still filled with pity for him, wanted above all to avoid scandal and to ensure that he owed his well-being and survival to their efforts. Therefore, they carefully planned their approach and decided to gradually reveal these facts to the public, only after overcoming the preconceptions in his favor—that is, when his hypocrisy had already achieved considerable success. The new path he had forged, which he seemed to follow with such courage that his actions appeared to be in line with his principles; his audacious morality, which he seemed to practice more through example than through words; and especially his apparent selflessness, which everyone believed at the time—all these characteristics, which at least suggested a firm character, aroused the admiration of those who disapproved of him. People praised his doctrines without accepting them, and admired his example without intending to follow it.

Since such attitudes on the part of the public might have prevented him from readily accepting what was intended to be taught to him, it was necessary first to change those attitudes. His mistakes, when brought into the most odious light, served as the starting point for this effort; his imprudence in admitting them might have seemed like honesty, but it had to be disguised. This seemed difficult, for I had been told that he had made almost a formal confession of these mistakes in “Émile,” accompanied by regrets that should naturally have protected him from the reproaches of honest people. Fortunately, the public, which was then being incited against him and which saw only what those who wanted it to see allowed it to perceive, failed to notice all this. Soon enough, sufficient information was available to accuse and convict him without it seeming as if he himself had provided it—or without giving them the means necessary to begin the work of defaming him. Everything seemed wonderfully arranged for this purpose. In his brutal declarations, he had, as you yourself have noted, attacked all kinds of institutions; and none of them were less than willing to contribute to this endeavor, since no one dared to take the initiative for fear of appearing to be acting out of mere vengeance. But thanks to this first step, which was firmly established and sufficiently exaggerated, everything else became easy. It was possible, without arousing any suspicion of hostility, to echo the views of his “friends”—who, in fact, only criticized him while expressing their regret for his behavior—and yet only did so out of a sense of duty toward their own consciences. And thus, guided by people who were well aware of the terrible nature of this “monster,” the public gradually changed its once-favorable views of him: what it had seen as courage turned out to be mere pomp; what it had regarded as simplicity, baseness; what it had thought was disinterest, sheer audacity; and what it had considered singularity, nothing but ridicule.

This was the state things had to be brought to in order to make believable, even with all their evidence, those dark mysteries that had to be revealed, and in order to allow him to live at least in an apparent freedom and with absolute impunity—because once his true nature was fully known, there was no longer any need to fear that he might deceive or seduce anyone. Moreover, since he could no longer obtain accomplices, and being constantly watched by both his own “friends” and their allies, it was impossible for him to carry out his abhorrent plans or cause any harm in society. In this situation, before revealing the discoveries we had made, we agreed that they would not cause him any harm personally, and that, in order to allow him to enjoy complete safety, we would never let him know that we had uncovered his true nature. This commitment, made with utmost sincerity, has been fulfilled to a degree that borders on miracle. Are you about to be the first to break it? Meanwhile, the entire public—without distinction of rank, age, gender, or character, and without any exception—has been filled with admiration for the generosity of those who managed this matter, and has eagerly joined their noble efforts, supporting them out of pity for this unfortunate man. For you must realize that his safety depends on his ignorance; if he ever came to believe that his crimes have been discovered, he would undoubtedly take advantage of the indulgence shown him to commit even more atrocities with the same impunity. Such impunity would set a far too dangerous example, and these crimes are precisely those that must either be punished severely or left in darkness forever.

Il francese: — Oh mio caro amico! Con quale piacere il tuo cuore, addolorato dall’onore che quest’uomo, che mai avrebbe dovuto nascere, ha inferto all’umanità, si aprirà ora a sentimenti che renderanno gloria quelle nobili anime che hanno smascherato questo sfortunato! Erano suoi amici, e dichiaravano apertamente di esserlo. Sedotti da un aspetto onesto e semplice, da un carattere allora ancora mite e gentile, dalla misura dei talenti necessari per apprezzare i loro senza aspirare alla concorrenza, lo cercarono, se ne affezionarono e presto lo soggiogarono, poiché certamente non era difficile farlo. Ma quando videro che quest’uomo, così semplice e gentile, improvvisamente raggiungeva una reputazione alla quale loro, con le loro alte e ben fondate aspirazioni, non potevano nemmeno avvicinarsi, cominciarono a sospettare che ci fosse qualcosa di losco sotto tutto questo, che quel fervore nascosto da tempo non fosse privo di segreti; e allora, convinti che quella apparente semplicità non fosse altro che un velo che nascondeva progetti pericolosi, presero la ferma decisione di scoprire ciò che cercavano e adottarono tutte le misure necessarie per non sprecare i loro sforzi.

Si concordarono quindi per chiarire ogni suo comportamento, in modo che nulla potesse sfuggir loro. Era stato lui stesso ad indicare loro la strada, rivelando un grave errore che aveva commesso e di cui confidò loro il segreto senza alcuna necessità, senza alcun vantaggio. No, non come diceva l’ipocrita, per non nascondere nulla all’amicizia o per non apparire ai loro occhi migliore di quanto fosse in realtà. Ma piuttosto, come dicevano loro stessi molto saggiamente, per ingannarli, attirare la loro attenzione e impedire che cercassero di scoprire i misteri oscuri del suo carattere. Questa sua leggerezza fu senza dubbio un colpo del destino che volle costringere quel furfante a rivelarsi da solo, o almeno a fornire loro l’occasione di cui avevano bisogno per farlo. Sfruttando abilmente questa opportunità, tesero le loro trappole intorno a lui e passarono facilmente dalla sua confessione a quella dei complici del suo errore; questi divennero ben presto strumenti utili per realizzare i loro piani. Con molta astuzia, un po’ di denaro e grandi promesse, riuscirono ad ottenere tutto ciò che lo circondava. E così, gradualmente, vennero a conoscenza di tutto ciò che riguardava lui stesso, persino meglio di quanto lui ne sapesse.

Il frutto di tutti questi sforzi fu la scoperta e la dimostrazione di ciò che avevano intuito fin dall’inizio: i suoi libri, infatti, suscitarono grande scalpore. Si scoprì così che quel grande predicatore della virtù non era altro che un mostro colmo di crimini nascosti, che da quarant’anni nascondeva la vera natura di un individuo malvagio sotto l’apparenza di una persona onesta.

ROUSSEAU: — Continuate, per favore. Sono davvero cose sorprendenti quelle che mi state raccontando.

Il francese: — Avete visto in cosa consistevano queste scoperte; potete quindi immaginare l’imbarazzo di coloro che le avevano fatte. Non erano di natura tale da poter essere nascoste, e non si era certo preso tante precauzioni invano; tuttavia, anche se la sola conseguenza della loro divulgazione fosse stata quella di far subire al colpevole le punizioni che meritava, questo sarebbe stato sufficiente per impedire a questi uomini generosi di volerle rendere pubbliche. Volevano smascherarlo, ma non volevano perderlo; eppure una cosa sembrava inevitabilmente derivare dall’altra: come confonderlo senza punirlo? Come risparmiargli la vita senza assumersi la responsabilità della continuazione dei suoi crimini? Poiché, per quanto riguarda il pentimento, sapevano bene che da lui non potevano aspettarselo. Conoscevano ciò che dovevano alla giustizia, alla verità, alla sicurezza pubblica; ma sapevano altrettanto ciò che dovevano a se stessi. Dopo aver avuto la sfortuna di vivere in intimità con quel malvagio, non potevano consegnarlo alla vendetta pubblica senza esporre se stessi a critiche; e le loro anime oneste, ancora piene di compassione per lui, volevano soprattutto evitare lo scandalo e far sì che, agli occhi di tutto il mondo, fossero loro ad essere riconoscenti per la sua salvezza. Pertanto pianificarono con cura le loro azioni, decidendo di rendere gradualmente note queste scoperte, in modo che la conoscenza di esse si diffondesse tra il pubblico solo man mano che si superassero gli pregiudizi a suo favore; poiché all’epoca la sua ipocrisia aveva grande successo. La nuova strada che si era aperto, e che sembrava percorrere con coraggio sufficiente per far concordare il proprio comportamento con i propri principi, la sua audace morale che sembrava predicare più con l’esempio che con i libri, e soprattutto il suo apparente disinteresse di cui tutti erano allora ingannati. Tutte queste caratteristiche, che almeno supponevano un’anima ferma, suscitavano ammirazione anche in coloro che le disapprovavano. Si applaudivano alle sue massime senza accettarle, e al suo esempio senza volerlo seguire.

Poiché queste disposizioni del pubblico avrebbero potuto impedirgli di accettare facilmente ciò che gli si voleva insegnare, fu necessario cominciare col cambiarle. I suoi errori, esposti nel modo più odioso possibile, costituirono il punto di partenza per questa operazione; la sua imprudenza nell’amarmarli avrebbe potuto sembrare franchezza, ma fu necessario nasconderla. Sembrava una cosa difficile. Poiché mi è stato detto che in “L’Émile” egli aveva fatto un’ammissione quasi formale dei propri errori, accompagnandola da rimpianti che avrebbero dovuto naturalmente proteggerlo dai rimproveri delle persone oneste. Fortunatamente, il pubblico, che allora veniva incitato contro di lui e che vedeva soltanto ciò che gli si voleva far vedere, non si accorse di nulla di tutto questo; e ben presto, grazie alle informazioni sufficienti per accusarlo e convincerlo senza che sembrasse che fosse stato lui stesso a fornirle, o ad avere i mezzi necessari per iniziare la sua diffamazione, tutto si predispose meravigliosamente a questo scopo. Nelle sue dichiarazioni brutali, egli aveva attaccato tutti gli stati. Tutti erano più che disposti a collaborare a questa operazione, poiché nessuno osava iniziarla per paura di sembrare ascoltare soltanto la voce della vendetta. Ma grazie a questo primo fatto, ben consolidato e abbastanza aggravante, tutto il resto divenne facile. Fu possibile, senza alcun sospetto di animosità, far risuonare le opinioni dei suoi “amici”, i quali lo accusavano soltanto per poter esprimere la propria coscienza. E così, guidato da persone che conoscevano bene il carattere orribile di questo mostro, il pubblico, gradualmente allontanandosi dai giudizi favorevoli che aveva espresso per tanto tempo, non vide più nel suo comportamento che vanità dove prima aveva visto coraggio, bassezza dove prima aveva visto semplicità, sfacciataggine dove prima aveva visto disinteresse, e ridicolo dove prima aveva visto originalità.

Ecco lo stato in cui fu necessario portare le cose per rendere credibili, nonostante tutte le prove disponibili, i terribili misteri che bisognava rivelare; e per permettergli di vivere almeno apparentemente in libertà, e nell’assoluta impunità: perché, una volta ben conosciuto, non c’era più motivo di temere che potesse ingannare o sedurre qualcuno; e, non essendo più in grado di trovare complici, era impossibile, data la stretta sorveglianza da parte dei suoi “amici” e degli amici di questi ultimi, che continuasse a perseguire i suoi orribili progetti o causasse alcun danno nella società. In questa situazione, prima di rivelare le scoperte fatte, si convenne che queste non avrebbero arrecato alcun danno alla sua persona; e, per permettergli addirittura di godere di una perfetta sicurezza, si decise di non fargli mai sapere che era stato smascherato. Questo impegno, assunto con la massima determinazione possibile, è stato rispettato fino ad oggi con una fedeltà davvero straordinaria. Volete essere voi il primo a violarlo, mentre l’intera opinione pubblica, senza distinzioni di rango, età, sesso o carattere, e senza alcuna eccezione, commossa dall’ammirazione per la generosità di coloro che hanno gestito questa situazione, si è prontamente aderita alle loro nobili intenzioni, favorendole per pietà verso questo sfortunato: perché dovete comprendere che la sua sicurezza dipende proprio dall’ignoranza riguardo ai suoi crimini; e che, se dovesse mai scoprire che sono stati rivelati, ne approfitterebbe inevitabilmente per commetterne altri con la stessa impunità; rendendo così questa impunità un esempio estremamente pericoloso. E questi crimini sono proprio di quelli che bisogna punire severamente, o lasciare nell’oscurità.

ROUSSEAU. — Tout ce que vous venez de me dire m’est si nouveau, qu’il faut que j’y rêve longtemps pour arranger là-dessus mes idées. Il y a même quelques points sur lesquels j’aurais besoin de plus grande explication. Vous dites, par exemple, qu’il n’est pas à craindre que cet homme, une fois bien connu, séduise personne, qu’il se donne des complices, qu’il fasse aucun complot dangereux. Cela s’accorde niai avec ce que vous m’avez raconté vous-même de la continuation de ses crimes ; et je craindrais fort, au contraire, qu’affiché de la sorte il ne servît d’enseigne aux méchants pour former leurs associations criminelles, et pour employer ses funestes talents à les affermir. Le plus grand mal et la plus grande honte de l’état social est que le crime y fasse des liens plus indissolubles que n’en fait la vertu. Les méchants se lient entre eux plus fortement que les bons, et leurs liaisons sont bien plus durables, parce qu’ils ne peuvent les rompre impunément, que de la durée de ces liaisons dépend le secret de leurs trames, l’impunité de leurs crimes, et qu’ils ont le plus grand intérêt à se ménager toujours réciproquement. Au lieu que les bons, unis seulement par des affections libres qui peuvent changer sans conséquence, rompent et se séparent sans crainte et sans risque dès qu’ils cessent de se convenir. Cet homme, tel que vous me l’avez décrit, intrigant, actif, dangereux, doit être le foyer des complots de tous les scélérats. Sa liberté, son impunité, dont vous faites un si grand mérite aux gens de bien qui le ménagent, est un très grand malheur public : ils sont responsables de tous les maux qui peuvent en arriver, et qui même en arrivent journellement selon vos propres récits. Est-il donc louable à des hommes justes de favoriser ainsi les méchants aux dépens des bons ?

LE FRANÇAIS. — Votre objection pourrait avoir de la force s’il s’agissait ici d’un méchant d’une catégorie ordinaire : mais songez toujours qu’il s’agit d’un monstre, l’horreur du genre humain, auquel personne au monde ne peut se fier en aucune sorte, et qui n’est pas même capable du pacte que les scélérats font entre eux. C’est sous cet aspect qu’également connu de tous il ne peut être à craindre à qui que ce soit par ses trames. Détesté des bons pour ses œuvres, il l’est encore plus des méchants pour ses livres : par un juste châtiment de sa damnable hypocrisie, les fripons qu’il démasque pour se masquer ont tous pour lui la plus invincible antipathie. S’ils cherchent à l’approcher, c’est seulement pour le surprendre et le trahir ; mais comptez qu’aucun d’eux ne tentera jamais de l’associer à quelque mauvaise entreprise.

ROUSSEAU. — C’est en effet un méchant d’une espèce bien particulière que celui qui se rend encore plus odieux aux méchants qu’aux bons, et à qui personne au monde n’oserait proposer une injustice.

LE FRANÇAIS. — Oui, sans doute, d’une espèce particulière, et si particulière, que la nature n’en a jamais produit, et j’espère n’en reproduira plus un semblable. Ne croyez pourtant pas qu’on se repose avec une aveugle confiance sur cette horreur universelle. Elle est un des principaux moyens employés par les sages qui l’ont excitée, pour l’empêcher d’abuser par des pratiques pernicieuses de la liberté qu’on voulait lui laisser, mais elle n’est pas le seul. Ils ont pris des précautions non moins efficaces en le surveillant à tel point qu’il ne puisse dire un mot qui ne soit écrit, ni faire un pas qui ne soit marqué, ni former un projet qu’on ne pénètre à l’instant qu’il est conçu. Ils ont fait en sorte que, libre en apparence au milieu des hommes, il n’eût avec eux aucune société réelle ; qu’il vécût seul dans la foule ; qu’il ne sût rien de ce qui se fait, rien de ce qui se dit autour de lui, rien surtout de ce qui le regarde et l’intéresse le plus ; qu’il se sentît partout chargé de chaînes dont il ne pût ni montrer ni voir le moindre vestige. Ils ont élevé autour de lui des murs de ténèbres impénétrables à ses regards ; ils l’ont enterré vif parmi les vivants. Voilà peut-être la plus singulière, la plus étonnante entreprise qui jamais ait été faite. Son plein succès atteste la force du génie qui l’a conçue et de ceux qui en ont dirigé l’exécution ; et ce qui n’est pas moins étonnant encore est le zèle avec lequel le public entier s’y prête, sans apercevoir lui-même la grandeur, la beauté du plan dont il est l’aveugle et fidèle exécuteur.

Vous sentez bien néanmoins qu’un projet de cette espèce, quelque bien concerté qu’il pût être, n’aurait pu s’exécuter sans le concours du gouvernement : mais ou eut d’autant moins de peine à l’y faire entrer, qu’il s’agissait d’un homme odieux à ceux qui en tenaient les rênes, d’un auteur dont les séditieux écrits respiraient l’austérité républicaine, et qui, dit-on, haïssait le vizirat, méprisait les vizirs, voulait qu’un roi gouvernât par lui-même, que les princes fussent justes, que les peuples fussent libres, et que tout obéît à la loi.

L’administration se prêta donc aux manœuvres nécessaires pour l’enlacer et le surveiller ; entrant dans toutes les vues de l’auteur du projet, elle pourvut à la sûreté du coupable autant qu’à son avilissement, et, sous un air bruyant de protection rendant sa diffamation plus solennelle, parvint par degrés à lui ôter avec toute espèce de crédit, de considération, d’estime, tout moyen d’abuser de ses pernicieux talents pour le malheur du genre humain.

Afin de le démasquer plus complètement on n’a épargné ni soins, ni temps, ni dépense, pour éclairer tous les moments de sa vie depuis sa naissance jusqu’à ce jour. Tous ceux dont les cajoleries l’ont attiré dans leurs pièges, tous ceux qui, l’ayant connu dans sa jeunesse, ont fourni quelque nouveau fait contre lui, quelque nouveau trait à sa charge, tous ceux en un mot qui ont contribué à le peindre comme on voulait, ont été récompensés de manière, ou d’autre, et plusieurs ont été avancés eux ou leurs proches, pour être entrés de bonne grâce dans toutes les vues de nos messieurs. On a envoyé des gens de confiance, chargés de bonnes instructions et de beaucoup d’argent, à Venise, à Turin, en Savoie, en Suisse, à Genève, partout où il a demeuré. On a largement récompensé tous ceux qui, travaillant avec succès, ont laissé de lui dans ces pays les idées qu’on en voulait donner, et en ont rapporté les anecdotes qu’on voulait avoir. Beaucoup même de personnes de tous les états, pour faire de nouvelles découvertes et contribuer à l’œuvre commune, ont entrepris à leurs propres frais et de leur propre mouvement de grands voyages pour bien constater la scélératesse de Jean-Jacques avec un zèle…

ROUSSEAU. — Qu’ils n’auraient sûrement pas eu dans le cas contraire pour le constater honnête homme : tant l’aversion pour les méchants a plus de force dans les belles âmes que rattachement pour les bons !

Voilà, comme vous le dites, un projet non moins admirable qu’admirablement exécuté. Il serait bien curieux, bien intéressant, de suivre dans leur détail toutes les manœuvres qu’il a fallu mettre en usage pour en amener le succès à ce point. Comme c’est ici un cas unique depuis que le monde existe et d’où naît une loi toute nouvelle, dans le code du genre humain, il importerait qu’on connût à fond toutes les circonstances qui s’y rapportent. L’interdiction du feu et de l’eau chez les Romains tombait sur les chos.es nécessaires à la vie ; celle-ci tombe sur tout ce qui peut la rendre supportable et douce, l’honneur, la justice, la vérité, la société, l’attachement, l’estime. L’interdiction romaine menait à la mort ; celle-ci, sans la donner, la rend désirable, et ne laisse la vie que pour en faire un supplice affreux. Mais cette interdiction romaine était décernée dans une forme légale par laquelle le criminel était juridiquement condamné. Je ne vois rien de pareil dans celle-ci. J’attends de savoir pourquoi cette omission, ou comment on y a suppléé.

LE FRANÇAIS. — J’avoue que, dans les formes ordinaires, l’accusation formelle et l’audition du coupable sont nécessaires pour le punir : mais au fond qu’importent ces formes quand le délit est bien prouvé ? La négation de l’accusé (car il nie toujours pour échapperait supplice) ne fait rien contre les preuves et n’empêche point sa condamnation. Ainsi cette formalité, souvent inutile, l’est surtout dans le cas présent où tous les flambeaux de l’évidence éclairent des forfaits inouïs.

ROUSSEAU. — Everything you have just told me is so novel to me that I need time to ponder it at length in order to clarify my thoughts on the matter. There are even some points that require further explanation. For instance, you say that there is no reason to fear that this man, once well-known, will seduce anyone, or that he will seek accomplices or engage in any dangerous plots. But this seems to contradict what you yourself told me about the continuation of his crimes. On the contrary, I fear that, by being so openly recognized, he might actually serve as a model for villains to form their criminal associations and use his sinister talents to strengthen them. The greatest evil and shame of society is that crime there forms bonds far more indissoluble than those formed by virtue. Evildoers bind themselves together more tightly than good people, and their connections are far more lasting—because they cannot break them without suffering consequences. The success of their schemes and the impunity of their crimes depend entirely on these ties, and they have every reason to maintain them at all costs. In contrast, good people, united only by voluntary affections that can be changed without serious consequences, can separate from each other without fear or risk whenever their interests diverge. This man, as you described him—crafty, active, dangerous—must undoubtedly be the hub of all sorts of villainous plots. His freedom and impunity, which you praise so highly in those who tolerate his behavior, are actually a great public disaster. Those who allow such people to exist are responsible for all the evil that results from it—and indeed, such evil occurs every day, according to your own accounts. Is it therefore morally right for righteous people to support the wicked at the expense of the good?

THE FRENCHMAN: — Your objection might carry some weight if we were dealing with an ordinary villain; but remember that this is a monster, the very horror of the human race—someone whom no one in the world can trust in any way, and who is not even capable of forming the kind of alliances that villains often make among themselves. In this light, as everyone knows him, he cannot possibly use his schemes to harm anyone. Hated by good people for his deeds, he is even more despised by evil ones for his writings; as a just punishment for his damned hypocrisy, those scoundrels whom he exposes in order to hide himself themselves feel towards him the most intense aversion. If they ever attempt to approach him, it is only in order to surprise and betray him; but believe me, none of them would ever dare to involve him in any wicked scheme.

ROUSSEAU. — Indeed, such a villain is of a particularly vile kind—one who becomes even more detestable to both the wicked and the good, and toward whom no one in the world would dare to commit any injustice.

THE FRENCHMAN: — Yes, undoubtedly, a particular kind of will—one so peculiar that nature has never produced another of its kind, and I hope it never will again. Yet do not think that we can place blind trust in this universal force of evil. It is one of the principal means employed by those wise men who sought to harness it, in order to prevent it from abusing the freedom that was intended for it; but it is not the only means they used. They took equally effective precautions, keeping a close watch over it so that it could not utter a word without being written down, take a step without being recorded, or form a plan without being immediately discovered. They made sure that, though it appeared free among men, it in fact had no real connection with them; that it lived alone amidst the crowd, knowing nothing of what was happening around it, nothing of what was said, and especially nothing of what concerned it directly; that it felt itself bound by chains from which it could neither see nor detect a trace. They raised walls of darkness around it, impenetrable to its eyes; they buried it alive amidst the living. Perhaps this is the most extraordinary, the most astonishing undertaking that has ever been undertaken. Its complete success testifies to the genius of those who conceived it and to the determination of those who carried it out; and what is equally remarkable is the zeal with which the entire public lends itself to it, without even realizing the greatness and beauty of the plan of which it is the blind and faithful executor.

Nevertheless, you must realize that a project of this kind, no matter how well-laid out, could not have been carried out without the support of the government. Moreover, it would have been all the easier for the government to get involved, given that the person in question was detested by those who held power; his writings, filled with republican ideals of rigor and justice, clearly opposed the principles of the vizirate system. It is said that he hated the position of vizir, despised the viziers themselves, and believed that a king should govern alone, that princes should be just, that peoples should be free, and that everything must submit to the law.

Thus, the administration went to great lengths to surround and monitor him; aligning itself entirely with the intentions of the project’s initiator, it ensured both the safety of the “culprit” and his complete degradation. Under the guise of loud-proclaimed protection, which only served to make its slander more solemn, it gradually deprived him of any credibility, respect, or esteem—thus eliminating any possibility for him to exploit his harmful talents for the sake of human suffering.

In order to uncover him more thoroughly, no effort was spared—no care, no time, no expense—in investigating every aspect of his life, from his birth to the present day. All those who had enticed him into their schemes with flattery, all those who had known him in his youth and provided new evidence against him, or added new accusations, in short, all those who had helped shape the image we desired of him, were rewarded in one way or another. Many of them, or their relatives, were even given favorable opportunities to advance in our gentlemen’s various plans. Trusted individuals were sent—armed with clear instructions and substantial funds—to Venice, Turin, Savoy, Switzerland, Geneva, and wherever else he had lived. Those who successfully contributed to spreading the desired image of him in those regions and bringing back the anecdotes we wanted were generously rewarded. In fact, many people from all walks of life, driven by a desire to make new discoveries and contribute to this common endeavor, undertook costly and arduous journeys at their own expense, in order to thoroughly document Jean-Jacques’s villainy with utmost zeal.

ROUSSEAU. — For surely, in the opposite case, any honest person would have observed this: for the aversion toward the wicked is much stronger in noble souls than the attachment to the good.

Indeed, as you say, it is a project that is both admirable and admirably executed. It would be very curious, very interesting to examine in detail all the measures that had to be taken to ensure such success. Since this is a unique case in the entire history of mankind, giving rise to entirely new principles within the code of human conduct, it is essential to understand thoroughly all the circumstances involved. The Roman ban on fire and water applied to things necessary for life; this new ban, however, targets everything that could make life more bearable and pleasant—honor, justice, truth, society, affection, respect. The Roman prohibition led to death; this new prohibition, while not actually causing death, makes it seem desirable and turns life into a terrible torment. Yet the Roman prohibition was enacted in a legal form, through which the criminal was legally condemned. I see nothing similar in this new ban. I look forward to learning why this omission has been made, or how it has been compensated for.

THE FRENCHMAN: — I admit that, in ordinary cases, a formal accusation and the hearing of the accused are necessary in order to punish him; but what importance do these formalities have when the crime is clearly proven? The accused’s denial (for he always denies in order to escape punishment) does nothing to undermine the evidence and does not prevent his conviction. Thus, this formality, which is often unnecessary, is all the more so in the present case, where every piece of evidence shines brightly on these unprecedented crimes.

ROUSSEAU: Tutto ciò che mi avete appena detto è così nuovo per me, che devo rifletterci a lungo per chiarire le mie idee al riguardo. Ci sono persino alcuni punti su cui avrei bisogno di spiegazioni più dettagliate. Ad esempio, dite che non c’è da temere che quest’uomo, una volta ben conosciuto, possa sedurre qualcuno, procurarsi complici o intraprendere complotti pericolosi. Ma questo non coincide affatto con ciò che mi avete raccontato voi stesso riguardo alla continuazione dei suoi crimini. Anzi, temo proprio che, esposto in questo modo, possa servire da esempio ai malvagi per formare le loro associazioni criminali e utilizzare i suoi talenti nefasti per rafforzarle. Il più grande male e la più grande vergogna dello stato sociale è che il crimine vi stabilisca legami più indissolubili di quelli che la virtù può creare. I malvagi si uniscono tra loro con maggiore forza dei buoni, e i loro legami sono molto più duraturi: non possono romperli impunemente, poiché proprio dalla durata di questi legami dipende il segreto delle loro trame, l’impunità dei loro crimini. E hanno quindi un grande interesse a prendersi sempre cura gli uni degli altri. Al contrario, i buoni, uniti soltanto da affetti liberi che possono cambiare senza conseguenze, si separano senza paura e senza rischi non appena smettono di andare d’accordo. Quest’uomo, così come me l’avete descritto – intrigante, attivo, pericoloso – deve essere il centro dei complotti di tutti i malvagi. La sua libertà, la sua impunità, che voi considerate un grande merito per coloro che lo “proteggono”, rappresentano invece un enorme disastro pubblico. Sono loro responsabili di tutti i mali che ne possono derivare. E questi mali, secondo le vostre stesse parole, avvengono quotidianamente. È quindi davvero lodevole che degli uomini giusti favoriscano in questo modo i malvagi a scapito dei buoni?

Il francese: — La vostra obiezione potrebbe avere fondamento se si trattasse di un malvagio comune; ma pensate sempre che si tratta di un mostro, l’orrore dell’umanità, a cui nessuno al mondo può fidarsi in alcun modo, e che non è nemmeno capace di quel genere di patti che i criminali stipulano tra loro. Proprio per questo motivo, essendo conosciuto da tutti in questa luce, nessuno deve temerlo per le sue macchinazioni. Odiato dai buoni per le sue azioni, lo sono ancora di più dai malvagi per i suoi libri: come giusta punizione della sua dannata ipocrisia, quei furfanti che lui stesso smaschera per potersi nascondere provano nei suoi confronti l’antipatia più invincibile. Se cercano di avvicinarsi a lui, è solo per sorprenderlo e tradirlo; ma potete essere certi che nessuno di loro oserebbe mai coinvolgerlo in qualche cattiva impresa.

ROUSSEAU: — Infatti, è davvero un malvagio di una specie molto particolare colui che diventa ancora più odioso sia per i malvagi che per i buoni, e verso il quale nessuno al mondo oserebbe proporgli un’ingiustizia.

Il francese: — Sì, senza dubbio, si tratta di una specie particolare, così particolare che la natura non ne ha mai prodotta un’altra simile, e spero che non ne produca più mai. Tuttavia, non crediate che si possa riposare con cieca fiducia su questa orrore universale. Essa rappresenta uno dei principali mezzi utilizzati dai saggi che l’hanno suscitata, al fine di impedirle di abusare, attraverso pratiche perniciose, della libertà che si voleva lasciarle; ma non è certo l’unico mezzo adottato. Hanno preso precauzioni altrettanto efficaci: controllandola in modo così stretto da impedirle di pronunciare una parola che non fosse scritta, di compiere un passo che non fosse previsto, o di formulare un piano che non venisse immediatamente scoperto. Hanno fatto sì che, apparentemente libera tra gli uomini, essa in realtà non avesse alcun vero rapporto con loro; che vivesse da sola nella folla, senza sapere nulla di ciò che accadeva intorno a lei, né di ciò che la riguardava direttamente; che si sentisse costantemente vincolata da catene di cui non poteva né vedere né percepire alcun segno. Hanno eretto intorno a lei muri di tenebre impenetrabili ai suoi occhi; l’hanno sepolta viva, in mezzo ai vivi. Forse questa è la più singolare, la più straordinaria impresa che sia mai stata intrapresa. Il suo pieno successo dimostra la grandezza dell’intelligenza che l’ha concepita e di coloro che ne hanno guidato l’esecuzione; e ciò che è altrettanto sorprendente è lo zelo con cui l’intera società vi partecipa, senza nemmeno rendersi conto della grandezza e della bellezza del piano di cui è l’esecutrice cieca e fedele.

Tuttavia, è evidente che un progetto di questo genere, per quanto ben congegnato, non avrebbe potuto essere attuato senza il contributo del governo; ma tanto più facilmente esso avrebbe ottenuto il suo sostegno, dato che si trattava di una persona odiata da coloro che detenevano il potere, di un autore i cui scritti soffiavano l’aria dell’austerità repubblicana, e che, si diceva, odiasse la carica di visir, disprezzasse i visiri stessi, desiderasse che un re governasse da solo, che i principi fossero giusti, che i popoli fossero liberi, e che tutto obbedisse alla legge.

L’amministrazione si adopera quindi alle manovre necessarie per intrappolarlo e sorvegliarlo; entrando nelle intenzioni dell’autore del progetto, assicura sia la sicurezza del colpevole che la sua umiliazione, e, sotto il pretesto di una protezione apparentemente solenne, riesce gradualmente a privarlo di ogni credito, considerazione, stima, nonché di qualsiasi possibilità di utilizzare i suoi pericolosi talenti a danno dell’umanità.

Al fine di smascherarlo completamente, non sono stati risparmiati né sforzi né tempo né spese per chiarire ogni momento della sua vita, dalla nascita fino ad oggi. Tutti coloro che, con le loro lusinghe, lo hanno attirato nei loro inganni; tutti coloro che, avendolo conosciuto in giovane età, hanno fornito nuovi fatti contro di lui o nuove informazioni a suo sfavore; insomma, tutti coloro che hanno contribuito a dipingerlo secondo i nostri desideri, sono stati ricompensati in un modo o nell’altro. Molti di loro, o i loro parenti, sono stati favoriti per poter partecipare volentieri a tutte le iniziative dei nostri signori. Sono stati inviati persone di fiducia, muniti di precise istruzioni e di grandi somme di denaro, a Venezia, Torino, in Savoia, in Svizzera, a Ginevra, ovunque egli avesse soggiornato. Tutti coloro che, con successo, hanno contribuito a diffondere le idee negative su di lui in quei paesi, e hanno riportato le informazioni desiderate, sono stati ampiamente ricompensati. Molte persone, provenienti da tutti gli strati sociali, per effettuare nuove scoperte e contribuire al nostro obiettivo comune, hanno intrapreso viaggi costosi e impegnativi a proprio spese, con grande zelo, allo scopo di dimostrare appieno la malvagità di Jean-Jacques.

ROUSSEAU: — In caso contrario, certamente non avrebbero avuto la possibilità di constatarlo come persone oneste: l’avversione per i malvagi è infatti molto più forte nelle anime nobili rispetto all’affetto per i buoni.

Ecco, come dite voi, un progetto non meno ammirevole che estremamente ben realizzato. Sarebbe davvero curioso e interessante conoscere nei dettagli tutte le strategie utilizzate per portarlo al successo fino a questo punto. Poiché si tratta di un caso unico nella storia dell’umanità, che dà vita a una legge completamente nuova nel codice della nostra specie, è fondamentale comprendere appieno tutte le circostanze ad esso relative. L’interdizione del fuoco e dell’acqua da parte dei Romani riguardava ciò che era necessario per la vita; questa nuova interdizione, invece, colpisce tutto ciò che può rendere la vita sopportabile e piacevole: onore, giustizia, verità, società, affetto, stima. L’interdizione romana conduceva alla morte; questa nuova interdizione, senza causarla direttamente, la rende desiderabile, lasciando la vita soltanto per trasformarla in un supplizio atroce. Tuttavia, quella romana veniva imposta in forma legale, con conseguenze giuridiche per il colpevole; non vedo nulla di simile in questo nuovo caso. Aspetto di capire perché sia stata fatta questa omissione, o come sia stato trovato un rimedio.

IL FRANCESCO: — Ammetto che, nelle forme ordinarie, l’accusa formale e l’ascolto del colpevole siano necessari per punirlo; ma, in fondo, a cosa servono queste formalità quando il reato è chiaramente provato? La negazione dell’accusato (poiché egli nega sempre per sfuggire alla pena) non influisce affatto sulle prove e non impedisce affatto la sua condanna. Quindi, questa formalità, spesso inutile, lo è ancora di più nel caso attuale, dove tutti i segni evidenti chiariscono reati senza precedenti.

Remarquez d’ailleurs que, quand ces formalités seraient toujours nécessaires pour punir, elles ne le sont pas du moins pour faire grâce, la seule chose dont il s’agit ici. Si, n’écoutant que la justice, on eût voulu traiter le misérable connue il le méritait, il ne fallait que le saisir, le punir, et tout était fait. On se fût épargné des embarras, des soins, des frais immenses, et ce tissu de pièges et d’artifices dont on le tient enveloppé. Mais la générosité de ceux qui l’ont démasqué, leur tendre commisération pour lui ne leur permettant aucun procédé violent, il a bien fallu s’assurer de lui sans attenter à sa liberté, et le rendre l’horreur de l’univers afin qu’il n’en fût pas le fléau.

Quel tort lui fait-on, et de quoi pourrait-il se plaindre ? Pour le laisser vivre parmi les hommes il a bien fallu le peindre à eux tel qu’il était. Nos messieurs savent mieux que vous que les méchants cherchent et trouvent toujours leurs semblables pour comploter avec eux leurs mauvais desseins ; mais on les empêche de se lier avec celui-ci, en le leur rendant odieux à tel point qu’ils n’y puissent prendre aucune confiance. Ne vous y fiez pas, leur dit-on, il vous trahira pour le seul plaisir de nuire ; n’espérez pas le tenir par un intérêt commun. C’est très gratuitement qu’il se plaît au crime ; ce n’est point son intérêt qu’il y cherche ; il ne connaît d’autre bien pour lui que le mal d’autrui : il préférera toujours le mal plus grand ou plus prompt de ses camarades, au mal moindre ou plus éloigné qu’il pourrait faire avec eux. Pour prouver tout cela, il ne faut qu’exposer sa vie. En faisant son histoire on éloigne de lui les plus scélérats par la terreur. L’effet de cette méthode est si grand et si sûr que, depuis qu’on le surveille et qu’on éclairé tous ses secrets, pas un mortel n’a encore eu l’audace de tenter sur lui l’appât d’une mauvaise action, et ce n’est jamais qu’au leurre de quelque bonne œuvre qu’on parvient à le surprendre.

ROUSSEAU. — Voyez comme quelquefois les extrêmes se touchent ! Qui croirait qu’un excès de scélératesse pût ainsi rapprocher de la vertu ? Il n’y avait que vos messieurs au monde qui pussent trouver un si bel art.

LE FRANÇAIS. — Ce qui rend l’exécution de ce plan plus admirable, c’est le mystère dont il a fallu le couvrir. Il fallait peindre le personnage à tout le monde, sans que jamais ce portrait passât sous ses yeux. Il fallait instruire l’univers de ses crimes, mais de telle façon que ce fût un mystère ignoré de lui seul. Il fallait que chacun le montrât au doigt, sans qu’il crût être vu de personne. En un mot, c’était un secret dont le public entier devait être dépositaire, sans qu’il parvînt jamais à celui qui en était le sujet. Cela eût été difficile, peut-être impossible à exécuter avec tout autre : mais les projets fondés sur des principes généraux échouent souvent. En les appropriant tellement à l’individu qu’ils ne conviennent qu’à lui, on en rend l’exécution bien plus sûre. C’est ce qu’on a fait, aussi habilement qu’heureusement, avec notre homme. On savait qu’étranger et seul il était sans appui, sans parents, sans assistance, qu’il ne tenait à aucun parti, et que son humeur sauvage tendait elle-même à l’isoler : on n’a fait, pour l’isoler tout-à-fait, que suivre sa pente naturelle, y faire tout concourir, et dès-lors tout a été facile. En le séquestrant tout-à-fait du commerce des hommes, qu’il fuit, quel mal lui fait-on ? En poussant la bonté jusqu’à lui laisser une liberté, du moins apparente, ne fallait-il pas l’empêcher d’en pouvoir abuser ? Ne fallait-il pas, en le laissant au milieu des citoyens, s’attacher à le leur bien faire connaître ? Peut-on voir un serpent se glisser dans la place publique, sans crier à chacun de se garder du serpent ? N’était-ce pas surtout une obligation particulière pour les sages qui ont eu l’adresse d’écarter le masque dont il se couvrait depuis quarante ans, et de le voir les premiers, à travers ses déguisements, tel qu’ils le montrent depuis lors à tout le monde ? Ce grand devoir de le faire abhorrer pour l’empêcher de nuire, combiné avec le tendre intérêt qu’il inspire à ces hommes sublimes, est le vrai motif des soins infinis qu’ils prennent, des dépenses immenses qu’ils font pour l’entourer de tant de pièges, pour le livrer à tant de mains, pour l’enlacer de tant de façons, qu’au milieu de cette liberté feinte il ne puisse ni dire un mot, ni faire un pas, ni mouvoir un doigt, qu’ils ne le sachent et ne le veuillent. Au fond, tout ce qu’on en fait n’est que pour son bien, pour éviter le mal qu’on serait contraint de lui faire, et dont on ne peut le garantir autrement. Il fallait commencer par l’éloigner de ses anciennes connaissances pour avoir le temps de les bien endoctriner. On l’a fait décréter à Paris : quel mal lui a-t-on fait ? Il fallait, par la même raison, l’empêcher de s’établir à Genève. On l’y a fait décréter aussi : quel mal lui a-t-on fait ? On l’a fait lapider à Môtiers ; mais les cailloux qui cassaient ses fenêtres et ses portes ne l’ont point atteint : quel mal donc lui ont-ils fait ? On l’a fait chasser, à l’entrée de l’hiver, de l’île solitaire où il s’était réfugié, et de toute la Suisse ; mais c’était pour le forcer charitablement d’aller en Angleterre [375]chercher l’asile qu’on lui préparait à son insu depuis longtemps, et bien meilleur que celui qu’il s’était obstiné de choisir, quoiqu’il ne pût de là faire aucun mal à personne. Mais quel mal lui a-t-on fait à lui-même ? et de quoi se plaint-il aujourd’hui ? Ne le laisse-t-on pas tranquille dans son opprobre ? Il peut se vautrer à son aise dans la fange on l’on le tient embourbe. On l’accable d’indignités, il est vrai ; mais qu’importe ? quelles blessures lui font-elles ?-n’est-il pas fait pour les souffrir ? Et quand chaque passant lui cracherait au visage, quel mal, après tout, cela lui ferait-il ? Mais ce monstre d’ingratitude ne sent rien, ne sait gré de rien ; et tous les ménagements qu’on a pour lui, loin de le toucher, ne font qu’irriter sa férocité. En prenant le plus grand soin de lui ôter tous ses amis, on ne leur a rien tant recommandé que d’en garder toujours l’apparence et le titre, et de prendre pour le tromper le même ton qu’ils avaient auparavant pour l’accueillir. C’est sa coupable défiance qui seule le rend misérable. Sans elle il serait un peu plus dupe, mais il vivrait tout aussi content qu’autrefois. Devenu l’objet de l’horreur publique, il s’est vu par là celui des attentions de tout le monde. C’était à qui le fêterait, à qui l’aurait à dîner, à qui lui offrirait des retraites, à qui renchérirait d’empressement pour obtenir la préférence. On eût dit, à l’ardeur qu’on avait pour l’attirer, que rien n’était plus honorable, plus glorieux, que de l’avoir pour hôte, et cela dans tous les états, sans en excepter les grands et les princes ; et mon ours n’était pas content !

ROUSSEAU. — Il avait tort ; mais il devait être bien surpris ! Ces grands-là ne pensaient pas, sans doute, comme ce seigneur espagnol dont vous savez la réponse à Charles-Quint qui lui demandait un de ses châteaux pour y loger le connétable de Bourbon[376].

LE FRANÇAIS. — Le cas est bien différent : vous oubliez qu’ici c’est une bonne œuvre.

ROUSSEAU. — Pourquoi ne voulez-vous pas que l’hospitalité envers le connétable fût une aussi bonne œuvre que l’asile offert à un scélérat ?

LE FRANÇAIS. — Eh ! vous ne voulez pas m’entendre. Le connétable savait bien qu’il était rebelle à son prince.

ROUSSEAU. — Jean-Jacques ne sait donc pas qu’il est un scélérat ?

It should also be noted that, while such formalities may still be necessary for the purpose of punishment, they are certainly not required when it comes to granting mercy—which is the only thing at issue here. If one had acted solely out of justice and sought to deal with that wretched individual according to what he deserved, all that would have been needed was to arrest him and punish him, and that would have been enough. Such measures would have avoided numerous difficulties, the expense and trouble involved, as well as all the schemes and deceptions used to trap him. However, due to the generosity of those who exposed him and their compassionate regard for him, it was not possible to resort to violent means. Therefore, it became necessary to ensure his safety without compromising his freedom—and to turn him into the object of universal horror, so that he would no longer be a scourge to others.

What wrong is being done to him, and what could he possibly have to complain about? In order to allow him to live among men, it was necessary to present him to them as he truly was. Our gentlemen know better than you that the wicked always seek out and find their kind to conspire with in their evil schemes; but they are prevented from associating with this particular individual by making him so detestable that no one would dare trust him. “Do not trust him,” they say, “for he will betray you simply for the pleasure of causing harm; do not hope to hold him through any common interest.” He delights in crime entirely out of selfishness; it is not for his own benefit that he does it. The only good he recognizes is the suffering he causes others; he would always choose the greater or more immediate evil inflicted upon his companions over any lesser or more delayed harm he might inflict upon them. To prove all this, one only needs to examine his life. By telling his story, we deter even the most villainous people through sheer fear. The effect of this method is so great and so certain that, ever since he has been under surveillance and all his secrets have been revealed, not a single person has ever had the audacity to attempt any evil against him. It is only by deceiving him with the pretense of some good deed that we are able to catch him off guard.

ROUSSEAU. — See how sometimes extremes can come into contact with each other! Who would have thought that such extreme wickedness could bring one so close to virtue? Only your kind in the world would be capable of devising such a clever strategy.

The Frenchman continued: “What makes the execution of this plan even more admirable is the mystery that had to surround it. It was necessary to present this character to everyone, yet never let that ‘portrait’ come into his own eyes. It was essential to inform the whole world about his crimes—but in such a way that he himself remained ignorant of these mysteries. Everyone was supposed to point out this person, without him ever believing that anyone was observing him. In short, it was a secret that the entire public had to be aware of—yet which could never reach the person who was its subject. This might have been difficult, perhaps even impossible, to accomplish with any other method; but plans based on general principles often fail. By adapting these principles specifically to an individual, so that they apply only to him, their execution becomes much more certain. That is precisely what was done in this case—very skillfully and fortunately. We knew that this man was a stranger, alone, without support, without relatives or assistance; he belonged to no political party, and his wild nature tended to isolate him even further. All we had to do was to let his natural tendencies lead him down that path, to ensure that everything worked together to isolate him completely—and then everything became easy. By completely separating him from human society, which he avoided anyway, what harm could be done to him? By going so far as to allow him some apparent freedom, wasn’t it necessary to prevent him from abusing it? By leaving him among citizens, wasn’t it our duty to ensure that they got to know him well? Can anyone watch a snake slither into a public square without warning everyone to beware? Especially since it was the duty of the wise to remove the mask that this man had worn for forty years—and to see him, for the first time, through all his disguises, as he has since been revealed to everyone. This great responsibility—to make people despise him in order to prevent him from causing harm—combined with the tender concern that these noble individuals felt for him, is the true reason behind the immense efforts they made, the enormous costs they incurred in setting so many traps around him, in entrusting him to so many different people, in surrounding him in so many ways that, within this apparent freedom, he could not speak a word, take a step, or move a finger without their knowledge and consent. In truth, everything we did was for his own good—to prevent the harm that we would otherwise be forced to inflict upon him, and from which we could never guarantee protection. We had to start by separating him from his old acquaintances, so that we would have time to properly influence them. We had him declared an outlaw in Paris: what harm did that do to him? For the same reason, we had to prevent him from settling in Geneva—so we had him declared an outlaw there too: what harm did that do to him? We had him stoned in Môtiers; but the stones that shattered his windows and doors never touched him: so what harm did they do to him?” They drove him away, at the beginning of winter, from the solitary island where he had taken refuge, and from all of Switzerland; but the intention was to kindly force him to go to England [375] in order to seek the asylum that had long been prepared for him without his knowledge—and an asylum far better than the one he had stubbornly chosen for himself, even though it could not possibly cause harm to anyone. But what harm had actually been done to him? And what is it that he complains about today? Is he not left alone in his disgrace? He can wallow in the mud as much as he likes; they are simply keeping him there stuck. It is true that he is overwhelmed with indignities; but what does it matter? What harm do they cause him? Isn’t he destined to suffer them? And even if every passerby spat in his face, what real harm would that do to him? But this monstrous ingratitude shows no gratitude at all; and all the considerations taken for his sake, far from touching him, only serve to inflame his ferocity. By going to great lengths to remove all his friends from his life, they were actually urging them to continue pretending to be his friends and to use the same manner of treating him as before. It is his own guilty arrogance that makes him miserable. Without it, he might be a little more deceived, but he would still live just as contentedly as before. Having become the object of public horror, he found himself, in fact, the center of everyone’s attention. Everyone was eager to entertain him, to invite him to dinner, to offer him places to stay, and to compete with each other to gain his favor. One could say that, given the enthusiasm with which people sought to welcome him, having him as a guest seemed to be considered the most honorable and glorious thing in the world—and this was true in all walks of life, without exception, including among the nobility and princes; yet my bear was not satisfied with any of this!

ROUSSEAU. — He was wrong; but he must have been quite surprised! Those people certainly did not think in the same way as that Spanish lord whose reply to Charles V, when asked to give one of his castles for the residence of the Constable of Bourbon[376], is well-known.

THE FRENCHMAN: — The situation is quite different; you forget that in this case it’s a good work.

ROUSSEAU. — Why do you not want hospitality toward the constable to be considered just as meritorious an act as providing refuge to a scoundrel?

THE FRENCHMAN: Ah! You don’t want to listen to me. The constable knew very well that he was rebelling against his prince.

ROUSSEAU. — Does Jean-Jacques not realize that he is a scoundrel?

Osservate inoltre che, se queste formalità fossero ancora necessarie per punire, almeno non lo sono per concedere la grazia, che è l’unica cosa in questione qui. Se, seguendo soltanto la giustizia, si fosse voluto trattare quel miserabile secondo i suoi meriti, sarebbe bastato arrestarlo e punirlo: tutto sarebbe stato risolto. Si sarebbero evitati così grandi complicazioni, fastidi e spese, nonché tutta quella rete di trappole e inganni in cui quel individuo è intrappolato. Ma la generosità di coloro che lo hanno smascherato e la loro compassione verso di lui non permettevano l’uso di metodi violenti; quindi era necessario assicurarsi della sua custodia senza minacciare la sua libertà, e renderlo l’orrore dell’universo affinché non potesse più rappresentare una minaccia per gli altri.

Che torto gli viene fatto, e di cosa potrebbe lamentarsi? Per permettergli di vivere tra gli uomini, è stato necessario descriverlo a loro tale quale era realmente. I nostri signori sanno meglio di voi che i malvagi cercano sempre persone simili a loro per congiurare insieme ai propri piani malvagi; ma si impedisce loro di legarsi a quest’uomo, rendendolo così odioso da non poter mai fidarsi di lui. “Non vi fidate”, si dice loro, “vi tradirà soltanto per il piacere di nuocere; non sperate di tenerlo legato a voi attraverso un interesse comune”. Lui si compiace nel crimine senza alcun motivo reale; non cerca in esso alcun vantaggio personale; l’unico bene che conosce è il male altrui: preferirà sempre causare un danno maggiore o più immediato ai suoi compagni, piuttosto che uno minore o più lontano. Per dimostrare tutto ciò, basta esporre la sua vita; raccontando la sua storia, si allontanano da lui i personaggi più spregevoli, grazie alla paura che suscita. L’effetto di questo metodo è così grande e sicuro che, da quando viene sorvegliato e tutti i suoi segreti vengono rivelati, nessun essere umano ha mai avuto il coraggio di tentare con lui qualche azione malvagia; e si riesce a coglierlo soltanto fingendo di volergli compiere un’azione buona.

ROUSSEAU: — Vedete come a volte gli estremi si toccano! Chi avrebbe mai creduto che un eccesso di malvagità potesse avvicinare così tanto alla virtù? Solo voi, signori, al mondo, eravate in grado di trovare un simile “arte”.

Il francese: Ciò che rende l’esecuzione di questo piano ancora più ammirevole è il mistero che ha dovuto avvolgerlo. Era necessario presentare questa figura a tutti, senza che mai quel ritratto arrivasse ai suoi occhi; era necessario far conoscere al mondo i suoi crimini, ma in modo tale che lui stesso li ignorasse completamente. Era necessario che ognuno lo indicasse con il dito, senza che lui credesse di essere visto da nessuno. In altre parole, si trattava di un segreto di cui l’intera opinione pubblica doveva essere a conoscenza, senza che mai arrivasse a colui che ne era l’oggetto. Sarebbe stato difficile, forse impossibile, realizzare tutto ciò con qualsiasi altro metodo; ma i progetti basati su principi generali spesso falliscono. Quando invece vengono adattati in modo specifico all’individuo, rendendoli appropriati soltanto a lui, la loro attuazione diventa molto più sicura. È esattamente ciò che è stato fatto con questo individuo: con grande abilità e fortuna. Si sapeva che era straniero e solo, senza appoggi, senza parenti, senza aiuti; non apparteneva a nessun partito e il suo carattere selvaggio lo spingeva naturalmente ad isolarsi. Per renderlo completamente isolato, è bastato seguire la sua natura innata, far sì che tutto concorresse a questo scopo. E da quel momento tutto è diventato facile. Separandolo completamente dal contatto con gli altri esseri umani, quale male gli si fa? Offrendogli almeno apparentemente la libertà, non era necessario impedirgli di abusarne? Lasciandolo tra i cittadini, non era forse dovere dei saggi far sì che venisse ben conosciuto da tutti? Si può forse vedere un serpente strisciare nella piazza pubblica senza che nessuno gridi all’allarme? Non era forse soprattutto un dovere particolare per quei saggi che hanno avuto l’astuzia di togliere il velo con cui quell’individuo si nascondeva da quarant’anni, rivelandolo per primi, attraverso i suoi travestimenti, così come ora viene mostrato a tutti? Questo grande dovere: farlo odiare affinché non potesse nuocere, unito all’affetto e alla cura che questi saggi provano per lui, è il vero motivo dei infiniti sforzi che compiono, delle enormi spese che fanno per circondarlo di trappole, per affidarlo a molte persone, per legarlo in così tanti modi, affinché, nonostante questa libertà apparente, non possa dire una parola, fare un passo, muovere un dito, senza che loro lo sappiano e lo vogliano. In fondo, tutto ciò che gli viene fatto è soltanto per il suo bene, per evitare il male che altrimenti saremmo costretti a fargli, e dal quale non possiamo garantirlo in altro modo. Era necessario prima di tutto allontanarlo dalle sue vecchie conoscenze, per avere il tempo di educarle correttamente. È stato dichiarato fuorilegge a Parigi: quale male gli è stato fatto? Per lo stesso motivo, era necessario impedirgli di stabilirsi a Ginevra. Anche lì è stato dichiarato fuorilegge: quale male gli è stato fatto? È stato lapidato a Môtiers, ma le pietre che rompevano le sue finestre e le sue porte non lo hanno colpito. Quale male gli hanno quindi fatto? Lo si costrinse ad andarsene, all’inizio dell’inverno, dall’isola solitaria in cui si era rifugiato e da tutta la Svizzera; ma lo si faceva per spingerlo, con gentilezza, ad recarsi in Inghilterra [375] a cercare l’asilo che gli veniva preparato a sua insaputa da molto tempo, e che era di certo molto migliore di quello che lui stesso aveva ostinatamente scelto, anche se da lì non avrebbe potuto fare del male a nessuno. Ma quale danno gli è stato inflitto in realtà? E di cosa si lamenta oggi? Non lo si lascia forse tranquillo nella sua miseria? Può strisciare liberamente nel fango, se così vuole; lo si tiene immerso nella lordura. È vero che viene sommerso di umiliazioni, ma che importanza ha? Quali ferite gli infliggono? Non è forse destinato a soffrirle? E anche se ogni passante gli sputasse in faccia, quale danno gli causerebbe davvero? Ma questo mostro di ingratitudine non sente nulla, non sa apprezzare nulla; e tutte le attenzioni che gli vengono rivolte, invece di commuoverlo, non fanno altro che alimentare la sua ferocia. Prendendo ogni precauzione per privarlo di tutti i suoi amici, in realtà si è solo incoraggiati a mantenere sempre l’apparenza e il titolo di tali amici, e ad usare lo stesso tono cordiale con lui come prima. È soltanto la sua colpevole diffidenza a renderlo così miserabile. Senza di essa, sarebbe forse un po’ più ingannato, ma vivrebbe comunque felice come prima. Diventato oggetto dell’orrore pubblico, in realtà è diventato l’oggetto delle attenzioni di tutti; c’era chi era pronto a festeggiarlo, a offrirgli da mangiare, a fornirgli rifugi. Chiunque fosse disposto ad accorrere con ogni impegno per ottenere il privilegio di ospitarlo. Si sarebbe detto, dall’entusiasmo con cui tutti cercavano di attirarlo, che non c’era nulla di più onorevole, di più glorioso che averlo come ospite. Eppure il mio orso non era affatto contento!

ROUSSEAU. — Aveva torto; ma deve essere stato molto sorpreso! Quei grandi, probabilmente, non pensavano come quel signore spagnolo di cui conoscete la risposta a Carlo V, che gli chiese uno dei suoi castelli per farvi alloggiare il connestabile di Borbone[376].

IL FRANCESE: — Il caso è molto diverso: dimenticate che qui si tratta di un’opera buona.

ROUSSEAU: — Perché non volete che l’ospitalità verso il connestabile sia considerata un’azione altrettanto meritevole di quanto lo sia offrire rifugio a un individuo malvagio?

IL FRANCESCO: Ehi! Non volete ascoltarmi. Il connestabile sapeva benissimo di essere in ribellione contro il suo principe.

ROUSSEAU. — Dunque, Jean-Jacques non sa di essere un individuo spregevole?

LE FRANÇAIS. — Le fin du projet est d’en user extérieurement avec lui comme s’il n’en savait rien, ou comme si on l’ignorait soi-même. De cette sorte, on évite avec lui le danger des explications ; et, feignant de le prendre pour un honnête homme, on l’obsède si bien, sous un air d’empressement pour son mérite, que rien de ce qui se rapporte à lui, ni lui-même, ne peut échapper à la vigilance de ceux qui l’approchent. Dès qu’il s’établit quelque part, ce qu’on sait toujours d’avance, les murs, les planchers, les serrures, tout est disposé autour de lui pour la fin qu’on se propose, et l’on n’oublie pas de l’envoisiner convenablement, c’est-à-dire de mouches venimeuses, de fourbes adroits, et de filles accortes à qui l’on a bien fait leur leçon. C’est une chose assez plaisante de voir les barboteuses de nos messieurs, prendre des airs de vierges pour tâcher d’aborder cet ours. Mais ce ne sont pas apparemment des vierges qu’il lui faut ; car, ni les lettres pathétiques qu’on dicte à celles-là, ni les dolentes histoires qu’on leur fait apprendre, ni tout l’étalage de leurs malheurs et de leurs vertus, ni celui de leurs charmes flétris, n’ont pu l’attendrir. Ce pourceau d’Épicure est devenu tout d’un coup un Xénocrate pour nos messieurs.

ROUSSEAU. — N’en fut-il point un pour vos dames ? Si ce n’était pas là le plus bruyant de ses forfaits, c’en serait sûrement le plus irrémissible.

LE FRANÇAIS. — Ah ! M. Rousseau, il faut toujours être galant ; et, de quelque façon qu’en use une femme, on ne doit jamais toucher cet article-là.

Je n’ai pas besoin de vous dire que toutes ses lettres sont ouvertes, qu’on retient soigneusement toutes celles dont il pourrait tirer quelque instruction, et qu’on lui en fait écrire de toutes les façons par différentes mains, tant pour sonder ses dispositions par ses réponses, que pour lui supposer, dans celles qu’il rebute et qu’on garde, des correspondances dont on puisse un jour tirer parti contre lui. On a trouvé l’art de lui faire de Paris une solitude plus affreuse que les cavernes et les bois, où il ne trouve au milieu des hommes ni communication, ni consolation, ni conseil, ni lumières, ni rien de tout ce qui pourrait lui aider à se conduire, un labyrinthe immense où l’on ne lui laisse apercevoir dans les ténèbres que de fausses routes qui l’égarent de plus en plus. Nul ne l’aborde qui n’ait déjà sa leçon toute faite sur ce qu’il doit lui dire, et sur le ton qu’il doit prendre en lui parlant. On tient note de tous ceux qui demandent à le voir[377], et on ne le leur permet qu’après avoir reçu à son égard les instructions que j’ai moi-même été chargé de vous donner au premier désir que vous avez marqué de le connaître. S’il entre en quelque lieu public, il y est regardé et traité comme un pestiféré : tout le monde l’entoure et le fixe, mais en s’écartant de lui et sans lui parler, seulement pour lui servir de barrière ; et s’il ose parler lui-même et qu’on daigne lui répondre, c’est toujours ou par un mensonge ou en éludant ses questions d’un ton si rude et si méprisant, qu’il perde l’envie d’en faire. Au parterre on a grand soin de le recommander à ceux qui l’entourent, et de placer toujours à ses côtés une garde ou un sergent qui parle ainsi fort clairement de lui sans rien dire. On l’a montré, signalé, recommandé partout aux facteurs, aux commis, aux gardes, aux mouches, aux savoyards, dans tous les spectacles, dans tous les cafés, aux barbiers, aux marchands, aux colporteurs, aux libraires. S’il cherchait un livre, un almanach, un roman, il n’y en aurait plus dans tout Paris ; le seul désir manifesté de trouver une chose telle qu’elle soit, est pour lui l’infaillible moyen de la faire disparaître. À son arrivée à Paris il cherchait douze chansonnettes italiennes qu’il y fit graver il y a une vingtaine d’années, et qui étaient de lui connue le Devin du village : mais le recueil, les airs, les planches, tout disparut, tout fut anéanti dès l’instant, sans qu’il en ait pu recouvrer jamais un seul exemplaire. On est parvenu, à force de petites attentions multipliées, à le tenir dans cette ville immense, toujours sous les yeux de la populace qui le voit avec horreur. Veut-il passer l’eau vis-à-vis les Quatre-Nations ; on ne passera point pour lui, même en payant la voiture entière. Veut-il se faire décrotter ; les décrotteurs, surtout ceux du Temple et du Palais-Royal, lui refuseront avec mépris leurs services. Entre-t-il aux Tuileries ou au Luxembourg ; ceux qui distribuent des billets imprimés à la porte ont ordre de le passer avec la plus outrageante affectation, et même de lui en refuser net, s’il se présente pour en avoir, et tout cela, non pour l’importance de la chose, mais pour le faire remarquer, connaître, et abhorrer de plus en plus.

Une de leurs plus jolies inventions est le parti qu’ils ont su tirer pour leur objet de l’usage annuel de brûler en cérémonie un Suisse de paille dans la rue aux Ours. Cette fête populaire paraissait si barbare et si ridicule en ce siècle philosophe, que, déjà négligée, on allait la supprimer tout-à-fait, si nos messieurs ne se fussent avisés de la renouveler bien précieusement pour Jean-Jacques. À cet effet, ils ont fait donner sa figure et son vêtement à l’homme de paille, ils lui ont armé la main d’un couteau bien luisant, et, en le faisant promener en pompe dans les rues de Paris, ils ont eu soin qu’on le mît en station directement sous les fenêtres de Jean-Jacques, tournant et retournant la figure de tous côtés pour la bien montrer au peuple, à qui cependant de charitables interprètes font faire l’application qu’on désire, et l’excitent à brûler Jean-Jacques en effigie, en attendant mieux[378]. Enfin l’un de nos messieurs m’a même assuré avoir eu le sensible plaisir de voir des mendiants lui rejeter au nez son-aumône, et vous comprenez bien…

ROUSSEAU. — Qu’ils n’y ont rien perdu. Ah !quelle douceur d’âme ! quelle charité ! le zèle de vos messieurs n’oublie rien.

LE FRANÇAIS. — Outre toutes ces précautions, on a mis en œuvre un moyen très ingénieux pour découvrir s’il lui reste par malheur quelque personne de confiance qui n’ait pas encore les instructions et les sentiments nécessaires pour suivre à son égard le plan généralement admis. On lui fait écrire par des gens qui, se feignant dans la détresse, implorent son secours ou ses conseils pour s’en tirer. Il cause avec eux, il les console, il les recommande aux personnes sur lesquelles il compte.

De cette manière on parvient à les connaître, et de là facilement à les convertir. Vous ne sauriez croire combien par cette manœuvre on a découvert de gens qui l’estimaient encore et qu’il continuait de tromper. Connus de nos messieurs, ils sont bientôt détachés de lui, et l’on parvient par un art tout particulier, mais infaillible, à le leur rendre aussi odieux qu’il leur fut cher auparavant. Mais soit qu’il pénètre enfin ce manège, soit qu’en effet il ne lui reste plus personne, ces tentatives sont sans succès depuis quelque temps. Il refuse constamment de s’employer pour les gens qu’il ne connaît pas, et même de leur répondre, et cela va toujours aux fins qu’on se propose, en le faisant passer pour un homme insensible et dur. Car encore une fois rien n’est mieux pour éluder ses pernicieux desseins que de le rendre tellement haïssable à tous, que, dès qu’il désire une chose, c’en soit assez pour qu’il ne la puisse obtenir, et que, dès qu’il s’intéresse en faveur de quelqu’un, ce quelqu’un ne trouve plus ni patron ni assistance.

ROUSSEAU. — En effet tous ces moyens que vous m’avez détaillés me paraissent ne pouvoir manquer de foire de ce Jean-Jacques la risée, le jouet du genre humain, et de le rendre le plus abhorré des mortels.

LE FRANÇAIS. — Eh ! sans doute. Voilà le grand, le vrai but des soins généreux de nos messieurs ; et, grâce à leur plein succès, je puis vous assurer que, depuis que le monde existe, jamais mortel n’a vécu dans une pareille dépression.

ROUSSEAU. — Mais ne me disiez-vous pas au contraire que le tendre soin de son bien-être entrait pour beaucoup dans ceux qu’ils prennent à son égard ?

The French method consists of treating him externally as if he were unaware of anything, or as if we ourselves were ignorant of it. In this way, we avoid the danger of having to explain things to him; and by pretending to regard him as an honest man, we pester him relentlessly, feigning great concern for his “merits,” so that nothing related to him—or even he himself—can escape the vigilance of those who approach him. Once he has settled somewhere, everything—walls, floors, locks—is arranged around him in accordance with our plans, and we don’t forget to send him appropriate “gifts”: poisonous flies, cunning tricksters, and alluring women who have been properly trained. It’s quite amusing to watch these ladies of our gentlemen put on airs of innocence in their attempts to approach this “bear.” But apparently, he isn’t interested in such women; for neither the pathetic letters dictated to them nor the sorrowful stories they are made to recite, nor all the displays of their supposed misfortunes and virtues, nor even their supposedly diminished charms, have been able to move him. That gluttonous Epicure has suddenly become a kind of Xenocrates to our gentlemen.

ROUSSEAU. — Was there not one such man among your ladies? If this were not the most outrageous of his crimes, it would surely be the most unforgivable one.

THE FRENCHMAN: — Ah! Monsieur Rousseau, one must always be courteous; and no matter how a woman may behave in such matters, one must never cross that line.

I need not tell you that all his letters are opened; those from which he might obtain some instruction are carefully retained, and he is induced to write them in various ways, by different people—both to ascertain his true intentions through his responses and also to assume that those letters he rejects and keeps are part of a correspondence that could one day be used against him. People have found ways to make Paris a more terrifying place than any cave or forest; there, amidst other humans, he finds neither communication, nor consolation, nor advice, nor any light—or anything that could help him behave properly. It is like a vast labyrinth where only false paths are shown to him in the darkness, leading him further and further astray. No one approaches him without having been pre-instructed about what to say and in what tone to speak. Everyone who requests to see him is recorded, and he is only allowed to meet them after receiving the instructions I have been tasked with giving you whenever you express the desire to know him. If he enters a public place, he is regarded and treated like a leper; everyone surrounds him and stares at him, but keeps their distance and remains silent—only serving as a barrier between him and others. If he dares to speak himself, any response he receives is either a lie or a rude, dismissive evasion of his questions, leaving him with no desire to continue trying. In the streets, great care is taken to ensure that those around him are warned about him; always a guard or a sergeant is placed beside him, speaking so loudly and clearly about him that nothing is actually said. He has been shown, pointed out, and recommended everywhere—to postmen, clerks, guards, peddlers, in all theaters, cafes, barbershops, shops, and among booksellers. If he tries to buy a book, an almanac, or a novel, none will be available in Paris; any obvious attempt to obtain such things only ensures their disappearance. When he first arrived in Paris, he had twelve Italian songs engraved; they were known to him as “The Village Fortune-teller,” but the collection, the melodies, and the printed sheets—all vanished instantly, never to be recovered. Through countless petty measures, it has been managed to keep him constantly under the watchful eyes of a terrified public in this vast city. If he tries to cross the river near the Quatre-Nations, no one will take him across—even if he pays for the entire boat. If he asks someone to clean his clothes, the cleaners—especially those from the Temple and Palais-Royal—will refuse his request with contempt. Whether he enters the Tuileries or the Luxembourg Palace; those who distribute printed tickets at the entrance are ordered to do so with the most ostentatious arrogance, and even to outright refuse him if he comes asking for one. And all this is not because of the importance of the matter itself, but in order to make it increasingly noticeable, known, and despised by everyone.

One of their most ingenious inventions was the way in which they managed to turn the annual custom of burning a straw figure of a Swiss man on the street of Aux Ours to their own advantage. This popular festival seemed so barbaric and ridiculous in this century of philosophy that it had already been neglected and was on the verge of being completely abolished—had it not been for our gentlemen who took the clever step of reviving it, especially in honor of Jean-Jacques. To this end, they gave the straw figure a face and clothes of its own, armed its hand with a shiny knife, and had it parade through the streets of Paris. They made sure it was placed right under Jean-Jacques’s windows, turning the figure around from all sides so that the crowd could see it clearly. Of course, kind-hearted interpreters were there to guide the people in interpreting this spectacle in the way desired, inciting them to burn effigies of Jean-Jacques—in the hope, perhaps, of something better eventually[378]. Indeed, one of our gentlemen even told me that he had the pleasant experience of seeing beggars spit on the very alms he offered them. You can well understand why.

ROUSSEAU. — They have lost nothing at all. Ah! What a gentle heart, what compassion! The zeal of your gentlemen leaves nothing unattended.

THE FRENCH. — In addition to all these precautions, a very ingenious method was employed to determine whether, by some misfortune, he still had any trusted individuals who did not yet possess the necessary instructions and sentiments to follow the generally accepted plan regarding him. People who pretended to be in distress were sent to write to him, begging for his help or advice so that they could get out of their trouble. He corresponded with them, consoled them, and recommended them to the people he trusted.

In this way, it is possible to come to know them, and thus to convert them easily. You would never believe how many people who still held him in high regard were actually deceived by him through such tactics. Once identified by our agents, these people are quickly separated from him, and through a particular yet foolproof method, we manage to make him seem as detestable to them as he once seemed dear. However, whether he finally realizes what is happening or whether indeed he no longer has any followers left, these attempts have been unsuccessful for some time now. He consistently refuses to help those he does not know, and even refuses to respond to them at all. And yet, our goals are always achieved—by making him appear to be a heartless and unkind person. For once again, nothing is better than making him so hated by everyone that whenever he desires something, it becomes impossible for him to obtain it; and whenever he tries to help someone, that person ends up with no support or assistance at all.

ROUSSEAU. — Indeed, all these means you have described to me seem certain to make this Jean-Jacques the object of universal ridicule, the plaything of mankind, and to turn him into the most despised being among mortals.

THE FRENCHMAN: — Eh! Without a doubt. This is the true, ultimate goal of the generous care shown by our gentlemen; and, thanks to its complete success, I can assure you that, since the world came into existence, no mortal has ever lived in such utter despair.

ROUSSEAU. — But did you not tell me, on the contrary, that tender concern for his well-being played a significant role in the actions they take towards him?

Il francese: — Lo scopo di questo piano è utilizzarlo in modo che lui non ne sappia nulla, o come se anche noi lo ignorassimo. In questo modo si evita il pericolo delle spiegazioni; e fingendo di considerarlo un uomo onesto, lo si assilla con insistenza, sotto pretesti di interesse per i suoi meriti, in modo che nulla di ciò che lo riguarda, né lui stesso, possa sfuggire alla vigilanza di coloro che gli si avvicinano. Non appena si stabilisce da qualche parte, tutto ciò che si sa già in anticipo – muri, pavimenti, serrature – viene predisposto intorno a lui per raggiungere lo scopo prefissato; e non si dimentica di inviargli “doni” appropriati: mosche velenose, individui astuti e donne esperte, a cui è stata ben insegnata la parte da recitare. È piuttosto divertente vedere queste “damigelle” dei nostri signori assumere atteggiamenti di vergini nel tentativo di avvicinarsi a questo “orso”. Ma a quanto pare non sono vere vergini quelle di cui hanno bisogno; perché né le lettere patetiche che loro recitano, né le storie tristi che imparano a raccontare, né tutto quell’esibire i propri mali e le proprie “virtù”, né quei tentativi di mostrare i propri “attratti” logori, sono riusciti a commuoverlo. Quel porco di Epicuro è diventato, all’improvviso, un “Xenocrate” per i nostri signori.

ROUSSEAU: — Non ne fu nessuno per le vostre dame? Se questo non fosse il più clamoroso dei suoi crimini, certamente è il più inqualificabile.

IL FRANCESCO: — Ah! Signor Rousseau, bisogna sempre essere cortesi; e in qualunque modo una donna possa comportarsi, non si deve mai toccare quel particolare argomento.

Non c’è bisogno che vi dica che tutte le sue lettere vengono lette attentamente; quelle da cui potrebbe trarre qualche indicazione vengono conservate con cura, e gli viene fatto scrivere da persone diverse, sia per scoprire quali siano le sue intenzioni attraverso le risposte, sia per fargli credere, nelle lettere che rifiuta e che vengono tenute, di avere corrispondenze dalle quali un giorno si potrà trarre vantaggio contro di lui. È stato trovato il modo di rendere Parigi una solitudine ancora più terribile delle caverne e dei boschi: in mezzo alle persone non trova né comunicazione, né consolazione, né consigli, né lumi, né nulla che possa aiutarlo a comportarsi correttamente. È come un labirinto immenso in cui gli vengono mostrate solo strade false che lo confondono sempre di più. Nessuno si avvicina a lui senza aver già preparato in anticipo ciò che deve dirgli e il tono con cui deve parlargli. Vengono registrati tutti coloro che chiedono di vederlo, e gli viene permesso di incontrarli solo dopo aver ricevuto le istruzioni che io stesso sono stato incaricato di darvi non appena avete espresso il desiderio di conoscerlo. Se entra in un luogo pubblico, viene guardato e trattato come un appestato: tutti lo circondano e lo fissano, ma si allontanano da lui senza parlargli, servendogli soltanto da barriera; se osa parlare lui stesso e qualcuno ha la gentilezza di rispondergli, è sempre con un bugiardo o con toni ruvidi e sprezzanti, tanto che perde ogni voglia di continuare a farlo. Nel parterre si fa grande attenzione a raccomandarlo a chi lo circonda, e gli viene sempre messo accanto una guardia o un sergente che parla apertamente di lui senza dire nulla di concreto. È stato mostrato, segnalato, raccomandato ovunque: ai fattori, ai commessi, alle guardie, nei teatri, nei caffè, dai barbieri, dai commercianti, dai venditori ambulanti, dai librai. Se cercasse un libro, un almanacco, un romanzo, non ne troverebbe più in tutta Parigi; il solo desiderio che manifesta di trovare qualcosa viene immediatamente utilizzato per far sì che quella cosa scompaia. Al suo arrivo a Parigi cercava dodici canzoni italiane che aveva fatto incidere vent’anni prima, e che erano note come “Il Divin del villaggio”; ma il volume, le melodie, le tavole, tutto è scomparso, distrutto nel momento stesso in cui le cercava, senza che mai sia riuscito a recuperarne nemmeno un esemplare. Grazie a mille piccole attenzioni continue, è stato possibile tenerlo sempre sotto gli occhi della folla che lo guarda con orrore. Se vuole attraversare il fiume di fronte alle Quattro Nazioni, nessuno lo farà passare, nemmeno pagando l’intera tariffa del traghetto. Se vuole farsi pulire i vestiti, i lavandini, soprattutto quelli del Tempio e del Palais-Royal, gli rifiuteranno con disprezzo il loro servizio. Che entri alle Tuileries o al Luxembourg. Coloro che distribuiscono i biglietti stampati all’ingresso hanno l’ordine di farlo con la massima ostentazione; anzi, devono rifiutarlo categoricamente se qualcuno si presenta per ottenerlo. E tutto ciò non per l’importanza della cosa in sé, ma proprio per far sì che venga notato, conosciuto e sempre più odiato.

Una delle loro invenzioni più ingegnose è il modo in cui sono riusciti a sfruttare l’usanza annuale di bruciare in cerimonia un manichino di paglia nella strada dei Lupi. Questa festività popolare, nel secolo filosofico in cui viviamo, sembrava così barbara e ridicola che era già stata trascurata e rischiava di essere completamente abolita. Se non fosse stato per il fatto che i nostri signori hanno deciso di rinnovarla appositamente a beneficio di Jean-Jacques. A tal fine, hanno dato al manichino di paglia un volto e abiti realistici, gli hanno armato la mano con un coltello ben lucido, e lo hanno fatto sfilare per le strade di Parigi, facendo in modo che si fermasse proprio sotto le finestre di Jean-Jacques. Giravano il manichino da tutte le parti per mostrarlo bene al popolo; tuttavia, alcuni interpreti “caritatevoli” facevano sì che la gente attribuisse a quel manichino i sentimenti negativi che in realtà provava verso Jean-Jacques, incitandola così ad ardere le sue effigi. Aspettando, forse, tempi migliori. Infine, uno dei nostri signori mi ha persino assicurato di aver avuto il piacere di vedere alcuni mendicanti rifiutare categoricamente la loro elemosina. E capite bene.

ROUSSEAU: “Non hanno perso nulla. Ah, che dolcezza d’animo, che carità! L’impegno dei vostri signori non tralascia nulla.”

Il francese: Oltre a tutte queste precauzioni, è stato adottato un metodo molto ingegnoso per scoprire se, per disgrazia, gli rimanga ancora qualcuno di fiducia che non abbia ancora ricevuto le istruzioni e i sentimenti necessari per seguire nei suoi confronti il piano generalmente accettato. Gli fanno scrivere da persone che, fingendosi in difficoltà, implorano il suo aiuto o i suoi consigli per uscire dalla situazione difficile. Lui conversa con loro, li consola e li raccomanda alle persone di cui si fida.

In questo modo si riesce a conoscerli, e da lì a convertirli facilmente. Non potreste immaginare quante persone abbiamo scoperto in questo modo: esse lo stimavano ancora, ma lui continuava a ingannarle. Una volta conosciute dai nostri agenti, queste persone venivano rapidamente allontanate da lui; e grazie a un metodo particolare, ma infallibile, riuscivamo a far sì che lo odiassero tanto quanto prima lo avevano amato. Tuttavia, sia che lui finalmente si rendesse conto di questo stratagemma, sia che effettivamente non gli rimanesse più nessuno, da un po’ di tempo queste tentativi sono risultate infruttuose. Rifiuta costantemente di aiutare le persone che non conosce, e persino di rispondere loro; e questo ottiene esattamente lo scopo che ci eravamo prefissi: farlo passare per un uomo insensibile e crudele. Perché, ancora una volta, nulla è più efficace per eludere i suoi perversi propositi che renderlo così odiato da tutti, al punto che, non appena desidera qualcosa, questo diventa sufficiente perché non riesca ad ottenerla; e non appena si interessa a qualcuno, quest’ultimo non trova più né protettori né aiuto.

ROUSSEAU: — Infatti, tutti questi mezzi che mi avete descritto mi sembrano destinati a trasformare quel Jean-Jacques nel bersaglio dell’ilarità generale, nel giocattolo dell’umanità, e a renderlo il più odiato tra i mortali.

IL FRANCESCO: — Eh! Senza dubbio. Questo è lo scopo vero e proprio delle generose attenzioni dei nostri signori; e, grazie al loro pieno successo, posso assicurarvi che, da quando esiste il mondo, nessun mortale ha mai vissuto in una condizione così disperata.

ROUSSEAU: — Ma non mi avevate forse detto, al contrario, che la tenera cura del suo benessere giocasse un ruolo fondamentale nelle azioni che compiono nei suoi confronti?

LE FRANÇAIS. — Oui, vraiment, et c’est là surtout ce qu’il y a de grand, de généreux, d’admirable dans le plan de nos messieurs, qu’en l’empêchant de suivre ses volontés et d’accomplir ses mauvais desseins, on cherche cependant à lui procurer les douceurs de la vie, de façon qu’il trouve partout ce qui lui est nécessaire, et nulle part ce dont il peut abuser. On veut qu’il soit rassasié du pain de l’ignominie et de la coupe de l’opprobre. On affecte même pour lui des attentions moqueuses et dérisoires[379], des respects comme ceux qu’on prodiguait à Sancho dans son île, et qui le rendent encore plus ridicule aux yeux de la populace. Enfin, puisqu’il aime tant les distinctions, il a lieu d’être content ; on a soin qu’elles ne lui manquent pas, et on le sert de son goût en le faisant partout montrer au doigt. Oui, monsieur, on veut qu’il vive, et même agréablement, autant qu’il est possible à un méchant sans mal faire : on voudrait qu’il ne manquât à son bonheur que les moyens de troubler celui des autres. Mais c’est un ours qu’il faut enchaîner de peur qu’il ne dévore les passants. On craint surtout le poison de sa plume, et l’on n’épargne aucune précaution pour l’empêcher de l’exhaler ; on ne lui laisse aucun moyen de défendre son honneur, parce que cela lui serait inutile, que, sons ce prétexte, il ne manquerait pas d’attaquer celui d’autrui, et qu’il n’appartient pas à un homme livré à la diffamation d’oser diffamer personne. Vous concevez que, parmi les gens dont on s’est assuré, l’on n’a pas oublié les libraires, surtout ceux dont il s’est autrefois servi. L’on en a même tenu un très longtemps à la Bastille sous d’autres prétextes, mais en effet pour l’endoctriner plus longtemps à loisir sur le compte de Jean-Jacques[380]. On a recommandé à tout ce qui l’entoure de veiller particulièrement à ce qu’il peut écrire. On a même tâché de lui en ôter les moyens, et l’on était parvenu, dans la retraite où on l’avait attiré en Dauphiné, à écarter de lui toute encre lisible, en sorte qu’il ne put trouver sous ce nom que de l’eau légèrement teinte, qui même en peu de temps perdait toute sa couleur. Malgré toutes ces précautions, le drôle est encore parvenu à écrire ses Mémoires, qu’il appelle ses Confessions, et que nous appelons ses mensonges, avec de l’encre de la Chine, à laquelle On n’avait pas songé : mais, si l’on ne peut l’empêcher de barbouiller du papier à son aise, on l’empêche au moins de faire circuler son venin : car aucun chiffon, ni petit, ni grand, pas un billet de deux lignes ne peut sortir de ses mains sans tomber, à l’instant même, dans celles des gens établis pour tout recueillir. À l’égard de ses discours, rien n’en est perdu. Le premier soin de ceux qui l’entourent. est de s’attacher à le faire jaser ; ce qui n’est pas difficile, ni même de lui faire dire à peu près cc qu’on veut, ou du moins comme 011 le veut pour en tirer avantage, tantôt en lui débitant de fausses nouvelles, tantôt en l’animant par d’adroites contradictions, et tantôt au contraire en paraissant acquiescer à tout ce qu’il dit. C’est alors surtout qu’on tient un registre exact des indiscrètes vivacités qui lui échappent, et qu’on amplifie et commente de sang-froid, Ils prennent en même temps tontes les précautions possibles pour qu’il ne puisse tirer d’eux aucune lumière, ni par rapport à lui, ni par rapport à qui que ce soit. On ne prononce jamais devant lui le nom de ses premiers délateurs, et l’on ne parle qu’avec la plus grande réserve de ceux qui influent sur son sort, de sorte qu’il lui est impossible de parvenir à savoir ni ce qu’ils disent ni ce qu’ils font, s’ils sont à Paris ou absents, ni même s’ils sont morts ou en vie. On ne lui parle jamais de nouvelles, ou on ne lui en dit que de fausses ou de dangereuses, qui seraient de sa part de nouveaux crimes s’il s’avisait de les répéter. En province, on empêchait aisément qu’il ne lût aucune gazette. A Paris, où il y aurait trop d’affectation, l’on empêche au moins qu’il n’en voit aucune dont il puisse tirer quelque instruction qui le regarde, et surtout celles où nos messieurs font parler de lui. S’il s’enquiert de quelque chose, personne n’en sait rien ; s’il s’informe de quelqu’un, personne ne le connaît ; s’il demandait avec un peu d’empressement le temps qu’il fait, on ne le lui dirait pas. Mais on s’applique, en revanche, à lui faire trouver les denrées, sinon à meilleur marché, du moins de meilleure qualité qu’il ne les aurait au même prix, ses bienfaiteurs suppléant généreusement de leur bourse à ce qu’il en coûte de plus pour satisfaire la délicatesse qu’ils lui supposent, et qu’ils tâchent même d’exciter en lui par l’occasion et le bon marché, pour avoir le plaisir d’en tenir note. De cette manière, mettant adroitement le menu peuple dans leur confidence, ils lui font l’aumône publiquement malgré lui, de façon qu’il lui soit impossible de s’y dérober ; et cette charité, qu’on s’attache à rendre bruyante, a peut-être contribué plus que toute autre chose à le déprimer autant que le désiraient ses amis.

ROUSSEAU. — Comment, ses amis ?

LE FRANÇAIS. — Oui ; c’est un nom qu’aiment à prendre toujours nos messieurs, pour exprimer toute leur bienveillance envers lui, toute leur sollicitude pour son bonheur, et, ce qui est très bien trouvé, pour le faire accuser d’ingratitude en se montrant si peu sensible à tant de bonté.

ROUSSEAU. — Il y a là quelque chose que je n’entends pas bien. Expliquez-moi mieux tout cela, je vous prie.

LE FRANÇAIS. — Il importait, comme je vous l’ai dit, pour qu’on pût le laisser libre sans danger, que sa diffamation fût universelle[381]. Il ne suffisait pas de la répandre dans les cercles et parmi la bonne compagnie, ce qui n’était pas difficile et fut bientôt fait ; il fallait quelle s’étendît parmi tout le peuple et dans les plus bas étages aussi bien que dans les plus élevés ; et cela présentait plus de difficulté, non seulement parce que l’affectation de le tympaniser ainsi à son insu pouvait scandaliser les simples, mais surtout à cause de l’inviolable loi de lui cacher tout ce qui le regarde, pour éloigner à jamais de lui tout éclaircissement, toute instruction, tout moyen de défense et de justification, toute occasion de faire expliquer personne, de remontera la source des lumières qu’on a sur son compte, et qu’il était moins sûr pour cet effet de compter sur la discrétion de la populace que sur celle des honnêtes gens. Or, pour l’intéresser, cette populace, à ce mystère, sans paraître avoir cet objet, ils ont admirablement tiré parti d’une ridicule arrogance de notre homme, qui est de faire le fier sur les dons, et de ne vouloir pas qu’on lui fasse l’aumône.

ROUSSEAU. — Mais je crois que vous et moi serions assez capables d’une pareille arrogance : qu’en pensez-vous ?

LE FRANÇAIS. — Cette délicatesse est permise à d’honnêtes gens. Mais un drôle comme cela qui fait le gueux quoiqu’il soit riche, de quel droit ose-t-il rejeter les menues charités de nos messieurs ?

ROUSSEAU. — Du même droit, peut-être, que les mendiants rejettent les siennes. Quoi qu’il en soit, s’il fait le gueux, il reçoit donc ou demande l’aumône ? car voilà tout ce qui distingue le gueux un pauvre, qui n’est pas plus riche que lui, mais qui se contente de ce qu’il a, et ne demande rien à personne.

LE FRANÇAIS. — Eh, non ! celui-ci ne la demande pas directement. Au contraire, il la rejette insolemment d’abord ; mais il cède à la fin tout doucement quand on s’obstine.

ROUSSEAU. — Il n’est donc pas si arrogant que vous disiez d’abord ; et, retournant votre question, je demande à mon tour pourquoi ils s’obstinent à lui faire l’aumône comme à un gueux, puisqu’ils savent si bien qu’il est riche.

LE FRANÇAIS. — Le pourquoi, je vous l’ai déjà dit. Ce serait, j’en conviens, outrager un honnête homme : mais c’est le sort que mérite un pareil scélérat d’être avili par tous les moyens possibles ; et c’est une occasion de mieux manifester son ingratitude, par celle qu’il témoigne à ses bienfaiteurs.

ROUSSEAU. — Trouvez-vous que l’intention de l’avilir mérite une grande reconnaissance ?

The Frenchman said, “Yes, indeed; and it is precisely this that constitutes the greatness, generosity, and admirable aspect of our gentlemen’s plan—by preventing him from following his own desires and carrying out his evil plans, we are still trying to provide him with the comforts of life, so that he can find everything necessary everywhere, but nothing that he might abuse. We want him to be satisfied with the ‘bread of ignominy’ and the ‘cup of reproach.’ We even go so far as to show him mocking and derisive attention[379], to pay him respects akin to those paid to Sancho on his island, only to make him appear all the more ridiculous in the eyes of the public. Finally, since he loves distinctions so much, we make sure they do not lack; we cater to his taste by having him displayed everywhere for everyone to see. Yes, sir, we want him to live—even happily—to the greatest extent possible for a villain without causing harm to others; we would only wish that what prevents his own happiness is also what prevents him from disturbing the happiness of others. But he is like an bear that must be chained lest it devour passersby. We fear especially the ‘poison’ of his pen, and we take every precaution to prevent him from using it; we leave him with no means to defend his honor, because it would be useless for him—to do so would only lead him to attack the honor of others, and a man devoted to slander surely does not deserve the right to slander anyone. You can imagine that among those people we have taken care of, we have not forgotten the booksellers, especially those he had previously used. In fact, one of them was kept in the Bastille for a long time under other pretexts, but the real reason was to allow us to indoctrinate him further at our leisure regarding Jean-Jacques[380]. We instructed everyone around him to pay special attention to what he might write. We even tried to take away all means of writing from him; in the retreat we had brought him to in Dauphiné, we managed to remove all readable ink from his possession, so that all he had was lightly colored water, which would lose its color within a short time. Despite all these precautions, that funnyman still managed to write his ‘Memories,’ which he calls his ‘Confessions’—while we call them lies—he used Chinese ink, something no one had thought of beforehand. But even if we cannot prevent him from scribbling on paper at will, we can at least prevent his venom from spreading: for not a single piece of paper, big or small, not even a two-line note, can leave his hands without immediately falling into the hands of those appointed to collect it all. As for his speeches, none of them are lost; those around him take great care to ensure that none of them get out.” The trick lies in getting him to talk; this is not difficult at all, and it’s even possible to make him say almost anything one wants—or at least whatever one’s own interests dictate. One can either feed him false information or provoke him with clever contradictions, or alternatively pretend to agree with everything he says. It is especially then that one must keep a precise record of the indiscreet remarks that slip out unintentionally, and then calmly amplify and comment on them. At the same time, every possible precaution is taken to ensure that he cannot gain any insight into their plans, either regarding himself or anyone else. His first informants are never mentioned in his presence, and those who have influence over his fate speak with the utmost restraint, so that he has no way of knowing what they say or do, whether they are in Paris or absent, or even whether they are alive or dead. No news is ever shared with him, or only false or dangerous information is given—information that would constitute new crimes if he were to repeat it. In the provinces, it was easy to prevent him from reading any newspapers; in Paris, where such pretense might be too obvious, at least care is taken to ensure that he does not come across any reports that could provide him with any useful information about himself, especially those in which our people speak of him. If he asks about something, no one knows anything; if he inquires about someone, no one knows that person; if he asks about the weather, he will not be told. On the other hand, great effort is made to ensure that he can obtain goods, if not at a lower price, then at least of better quality than he could otherwise get for the same amount of money. His benefactors generously compensate for any extra cost incurred in satisfying the supposed delicacies of his taste—and they even go so far as to encourage such tastes through the opportunity and low cost offered by these arrangements, simply for the pleasure of being able to keep track of it all. In this way, by cleverly drawing this humble people into their confidences, they publicly bestow upon him charity against his will, making it impossible for him to escape it. And this kind of charity, which is deliberately made public, may have contributed more than anything else to bringing about the depression they desired for him.

ROUSSEAU. — What, his friends?

THE FRENCHMAN: — Yes; it’s a name our gentlemen always like to use in order to express all their kindness towards him, all their concern for his happiness—and, what’s very clever, it allows them to accuse him of ingratitude by showing how little he seems to appreciate such kindness.

ROUSSEAU: — There is something here that I do not quite understand. Please explain it to me more clearly.

THE FRENCH. — As I have told you, it was essential, if we were to allow him to remain free without danger, that his defamation be universal[381]. It was not enough to spread it among certain circles and among well-connected people, since this was neither difficult nor took much time; what was really needed was for it to reach every member of the population, both in the lowest and in the highest strata of society. This presented greater difficulties—not only because such deliberate attempts to slander him might scandalize the common people, but chiefly because of the inviolable rule of keeping everything related to him hidden, in order to forever prevent him from obtaining any clarification, instruction, means of defense or justification, or any opportunity to have anyone explain things on his behalf or to trace the origins of the information we possessed about him. Moreover, to manipulate this public opinion in their favor without arousing suspicion, they made clever use of the ridiculous arrogance of our man—his pride in his own talents and his refusal to accept any form of charity.

ROUSSEAU. — But I believe that both you and I would be quite capable of such arrogance: what do you think?

THE FRENCHMAN: Such delicacy is permitted to honest people. But what right does a rascal like this, who lives in poverty despite being rich, have to reject the meager charities offered by our gentlemen?

ROUSSEAU. — Perhaps by the same right that beggars reject what belongs to them. In any case, if he pretends to be a beggar, does that mean he receives or asks for alms? For that is all that distinguishes a beggar from a poor person who is no richer than him but who contentes himself with what he has and asks nothing from anyone else.

THE FRENCHMAN: — Oh no! He doesn’t ask for it directly at all. On the contrary, he arrogantly rejects it at first; but in the end, he gradually gives in when one persists.

ROUSSEAU. — He is not then so arrogant as you said at first; and, turning your question back on you, I ask in turn why they insist on giving him alms as if he were a beggar, when they know so well that he is rich.

THE FRENCHMAN: — As for the reason, I have already told you. It would indeed be an outrage to an honest man; but such a scoundrel deserves nothing less than to be humiliated by every possible means; and this is precisely an opportunity for him to display even more his ingratitude, through the way he treats those who have done him good.

ROUSSEAU. — Do you think that the intention to humiliate him deserves great recognition?

Il francese: “Sì, davvero; ed è proprio questo ciò che rende grande, generoso e ammirevole il piano dei nostri signori: impedendogli di seguire i suoi desideri e di realizzare i suoi cattivi propositi, si cerca comunque di fargli godere le dolcezze della vita, in modo che trovi ovunque ciò di cui ha bisogno, ma da nessuna parte ciò di cui potrebbe abusare. Si vuole che sia saziato del ‘pane dell’ignominia’ e della ‘coppa dell’opprobrio’. Si prendono persino cura di lui con attenzioni derisorie e beffarde, con rispetto simili a quelli riservati a Sancho nella sua isola, rispetti che lo rendono ancora più ridicolo agli occhi della gente comune. Infine, poiché ama tanto le distinzioni, ha motivo di essere soddisfatto: si fa in modo che non gli manchino mai, e si asseconda il suo gusto facendolo mostrare ovunque come un esempio da emulare. Sì, signore, si vuole che viva, anzi, che viva bene, nella misura in cui è possibile per un malvagio senza fare del male agli altri; si vorrebbe che al suo ‘benessere’ mancassero soltanto i mezzi per disturbare quello degli altri. Ma è come se si dovesse incatenare un orso per paura che non divori i passanti. Si teme soprattutto il ‘veleno della sua penna’, e non si risparmia alcuna precauzione per impedirgli di usarlo; non gli si lasciano mezzi per difendere il proprio onore, perché ciò sarebbe inutile: sotto questo pretesto, infatti, non mancherebbero mai occasioni per attaccare l’onore altrui. E un uomo abituato alla diffamazione non dovrebbe nemmeno osare diffamare qualcuno. Capite quindi che, tra le persone su cui si è potuto fare affidamento, non sono stati dimenticati i librai. Soprattutto quelli di cui egli stesso si era servito in passato. Uno di loro è stato addirittura tenuto a lungo alla Bastiglia con altri pretesti, ma in realtà per continuare a ‘insegnargli’ a proposito di Jean-Jacques. Si è raccomandato a tutti coloro che lo circondavano di prestare particolare attenzione a ciò che poteva scrivere. Si è persino cercato di privarlo dei mezzi per farlo. E nella ritirata in cui era stato portato nel Delfinato, si è riusciti a togliergli ogni tipo di inchiostro utilizzabile. Così che non potesse trovare altro che acqua leggermente colorata, che, in poco tempo, perdeva completamente il proprio colore. Nonostante tutte queste precauzioni, quel buffone è comunque riuscito a scrivere i suoi ‘Memorie’, che lui chiama ‘Confessioni’, e noi chiamiamo ‘menzogne’, usando inchiostro di Cina, di cui nessuno aveva pensato. Ma se non si può impedirgli di scribacchiare liberamente su carta, almeno si può impedire che diffonda il suo ‘veleno’. Poiché nessun foglio, né grande né piccolo, nessun biglietto di due righe può uscire dalle sue mani senza finire immediatamente nelle mani delle persone incaricate di raccoglierli tutti. Per quanto riguarda i suoi discorsi, nulla è andato perso. Il primo compito di coloro che lo circondano è proprio quello di controllarli, ” È sufficiente impegnarsi affinché parli; il che non è difficile, né tantomeno fargli dire più o meno ciò che si desidera, o almeno ciò che 011 vuole per trarne vantaggio: a volte servendo notizie false, altre volte stimolandolo con contraddizioni abili, e talvolta ancora sembrando acconsentire a tutto ciò che dice. È proprio in questi momenti che si prende nota con precisione di tutte le indiscrezioni che gli sfuggono, per poi amplificarle e commentarle con calma. Allo stesso tempo, si adottano tutte le precauzioni possibili affinché non riesca a ricavare alcuna informazione né su di loro né su chiunque altro: mai si menziona davanti a lui il nome dei suoi primi delatori, e si parla con la massima cautela di coloro che influenzano il suo destino, in modo che non possa scoprire nulla di ciò che dicono o fanno, né se sono a Parigi o assenti, né se siano morti o ancora vivi. Non gli si raccontano mai notizie, o si gliene dicono solo di false o pericolose, le quali potrebbero costargli nuovi guai se decidesse di ripeterle. Nelle province, era facile impedirgli di leggere qualsiasi giornale; a Parigi, dove ci sarebbe troppa ostentazione, si fa almeno in modo che non possa vedere alcuna pubblicazione da cui potrebbe trarre informazioni su di sé, soprattutto quelle in cui i nostri “signori” parlano di lui. Se chiede qualcosa, nessuno ne sa nulla; se cerca informazioni su qualcuno, nessuno lo conosce; se domanda con un po’ di insistenza il tempo che fa, non glielo diranno. Tuttavia, si fa in modo che trovi i generi alimentari, se non a miglior prezzo, almeno di migliore qualità rispetto a quanto potrebbe ottenere allo stesso costo; i suoi benefattori compensano generosamente la differenza, cercando persino di stimolare in lui questa preferenza per il buon cibo e il basso prezzo, pur di poterne registrare con piacere gli effetti. In questo modo, facendo entrare abilmente il popolo comune nella loro confidenza, gli fanno “dare l’elemosina” pubblicamente, senza che se ne accorga; e questa carità, che si cerca di rendere evidente, ha forse contribuito più di qualsiasi altra cosa a deprimerlo tanto quanto i suoi “amici” desideravano.

ROUSSEAU: — Come, suoi amici?

Il francese: — Sì; è un nome che i nostri signori amano sempre usare per esprimere tutta la loro benevolenza verso di lui, tutta la loro premura per il suo benessere. E, cosa molto astuta, lo fanno anche apparire ingrato, mostrando quanto sia poco sensibile a tanta gentilezza.

ROUSSEAU: C’è qualcosa che non capisco bene. Spiegatemi meglio, per favore.

Il francese: — Come vi ho detto, era fondamentale che la diffamazione di quest’uomo fosse universale affinché potesse essere lasciato libero senza pericoli. Non bastava diffonderla solo nei circoli e tra le persone perbene, cosa non difficile e che fu presto realizzata; era necessario che si estendesse a tutto il popolo, sia nelle classi più basse che in quelle più elevate. Questo presentava maggiori difficoltà: non solo perché l’inscenare una diffamazione a sua insaputa avrebbe potuto scandalizzare le persone semplici, ma soprattutto a causa della legge inviolabile di nascondere tutto ciò che lo riguardava, al fine di allontanarlo per sempre da qualsiasi chiarimento, istruzione, mezzo di difesa o giustificazione, e da qualsiasi opportunità di far spiegare qualcuno o di rintracciare le fonti delle informazioni che si avevano su di lui. Per coinvolgere questa gente nel mantenere questo segreto, senza sembrare averlo come scopo, hanno sfruttato in modo eccellente l’arroganza ridicola di quest’uomo, che si vantava dei propri doni e rifiutava che gli venissero fatti regali.

ROUSSEAU: — Ma credo che sia abbastanza facile per noi due mostrare una tale arroganza. Che ne pensate?

IL FRANCESCO: — Una tale delicatezza è permessa a persone oneste. Ma un individuo del genere, che vive nella povertà nonostante sia ricco, con quale diritto osa rifiutare le piccole carità offerte dai nostri signori?

ROUSSEAU: — Forse con lo stesso diritto con cui i mendicanti rifiutano ciò che è loro dovuto. In ogni caso, se si comporta da mendicante, allora riceve o chiede l’elemosina, no? Poiché è proprio questo che distingue il mendicante dal povero comune: quest’ultimo, infatti, non è più ricco di lui, ma si accontenta di ciò che ha e non chiede nulla a nessuno.

IL FRANCESE: Eh no! Questo non la chiede direttamente. Anzi, la rifiuta con insistenza all’inizio; ma alla fine cede, quando si insiste abbastanza.

ROUSSEAU: — Quindi non è così arrogante come voi dite. E, ribaltando la vostra domanda, vi chiedo a mia volta perché insistono nel dare l’elemosina a lui come a un mendicante, se sanno così bene che è ricco.

IL FRANCESCO: — Il motivo, ve l’ho già detto. Certo, sarebbe un insulto verso un uomo onesto; ma è proprio il destino che merita uno scellerato del genere essere umiliato con tutti i mezzi possibili. E questa è un’occasione per dimostrare ancora di più la sua ingratitudine, attraverso il modo in cui tratta coloro che lo hanno aiutato.

ROUSSEAU: Ritenete che l’intenzione di umiliarlo meriti una grande gratitudine?

Le Fr. Non ; mais c’est l’aumône qui la mérite. Car, comme disent très bien nos messieurs, l’argent rachète tout, et rien ne le rachète. Quelle que soit l’intention de celui qui donne, même par force, il reste toujours bienfaiteur, et mérite toujours comme tel la plus vive reconnaissance. Pour éluder donc la brutale rusticité de notre homme, on a imaginé de lui faire en détail, à son insu, beaucoup de petits dons bruyants qui demandent le concours de beaucoup de gens, et surtout du menu peuple, qu’on fait entrer ainsi sans affectation dans la grande confidence, afin qu’à l’horreur pour ses forfaits se joigne le mépris pour sa misère, et le respect pour ses bienfaiteurs. On s’informe des lieux où il se pourvoit des denrées nécessaires à sa subsistance, et l’on a soin qu’au même prix on les lui fournisse de meilleure qualité, et par conséquent plus chères. Au fond cela ne lui fait aucune économie, et il n’en a pas besoin, puisqu’il est riche : mais pour le même argent il est mieux servi ; sa bassesse et la générosité de nos messieurs circulent ainsi parmi le peuple, et l’on parvient de cette manière à l’y rendre abject et méprisable en paraissant ne songer qu’à son bien-être et à le rendre heureux malgré lui. Il est difficile, que le misérable ne s’aperçoive pas de ce petit manège ; et tant mieux : car s’il se fâche, cela prouve de plus en plus son ingratitude ; et s’il change de marchands, on répète aussitôt la même manœuvre ; la réputation qu’on veut lui donner se répand encore plus rapidement. Ainsi plus il se débat dans ses lacs, et plus il les resserre.

ROUSSEAU. — Voilà, je vous l’avoue, ce que je ne comprenais pas bien d’abord. Mais, monsieur, vous en qui j’ai connu toujours un cœur si droit, se peut-il que vous approuviez de pareilles manœuvres ?

Le Fr. Je les blâmerais fort pour tout autre ; mais ici je les admire par le motif de bonté qui les dicte, sans pourtant avoir voulu jamais y tremper. Je liais Jean-Jacques, nos messieurs l’aiment ; ils veulent le conserver à tout prix ; il est naturel qu’eux et moi ne nous accordions pas sur la conduite à tenir avec un pareil homme. Leur système, injuste peut-être en lui-même, est rectifié par l’intention.

ROUSSEAU. — Je crois qu’il me la rendrait suspecte : car on ne va point au bien par le mal, ni à la vertu par la fraude. Mais, puisque vous m’assurez que Jean-Jacques est riche, comment le public accorde-t-il ces choses-là ? Car enfin rien ne doit lui sembler plus bizarre et moins méritoire qu’une aumône faite par force à un riche scélérat.

LE FRANÇAIS. — Oh ! le public ne rapproche pas ainsi les idées qu’on a l’adresse de lui montrer séparément.

Il le voit riche pour lui reprocher défaire le pauvre, ou pour le frustrer du produit de son labeur en se disant qu’il n’en a pas besoin. Il le voit pauvre pour insulter à sa misère et le traiter comme un mendiant. Il ne le voit jamais que par le côté qui pour l’instant le montre plus odieux ou plus méprisable, quoique incompatible avec les autres aspects sous lesquels il le voit en d’autres temps.

ROUSSEAU. — Il est certain qu’à moins d’être de la plus brute insensibilité il doit être aussi pénétré que surpris de cette association d’attentions et d’outrages dont il sent à chaque instant les effets. Mais quand, pour l’unique plaisir de rendre sa diffamation plus complète, on lui passe journellement tous ses crimes, qui peut être surpris s’il profite de cette coupable indulgence pour en commettre incessamment de nouveaux ? C’est une objection que je vous ai déjà faite, et que je répète parce que vous l’avez éludée sans y répondre. Par tout ce que vous m’avez raconté, je vois que, malgré toutes les mesures qu’on a prises, il va toujours son train comme auparavant, sans s’embarrasser en aucune sorte des surveillants dont il se voit entouré. Lui qui prit jadis là-dessus tant de précautions que, pendant quarante ans, trompant exactement tout le monde, il passa pour un honnête homme, je vois qu’il n’use de la liberté qu’on lui laisse que pour assouvir sans gêne sa méchanceté, pour commettre chaque jour de nouveaux forfaits dont il est bien sûr qu’aucun n’échappe à ses surveillants, et qu’on lui laisse tranquillement consommer. Est-ce donc une vertu si méritoire à vos messieurs d’abandonner ainsi les honnêtes gens à la furie d’un scélérat, pour l’unique plaisir de compter tranquillement ses crimes, qu’il leur serait si aisé d’empêcher ?

LE FRANÇAIS. — Ils ont leurs raisons pour cela.

ROUSSEAU. — Je n’en doute point : mais ceux mêmes qui commettent les crimes ont sans doute aussi leurs raisons : cela suffit-il pour les justifier ? Singulière bonté, convenez-en, que celle qui, pour rendre le coupable odieux, refuse d’empêcher le crime et s’occupe à choyer le scélérat aux dépens des innocents dont il fait sa proie ! Laisser commettre les crimes qu’on peut empêcher n’est pas seulement en être témoin, c’est en être complice. D’ailleurs si on lui laisse toujours faire tout ce que vous dites qu’il fait, que sert donc de l’espionner de si près avec tant de vigilance et d’activité ? Que sert d’avoir découvert ses œuvres, pour les lui laisser continuer comme si l’on n’en savait rien ? que sert de gêner si fort sa volonté dans les choses indifférentes, pour la laisser en toute liberté dès qu’il s’agit de mal faire ? On dirait que vos messieurs ne cherchent qu’à lui ôter tout moyen de faire autre chose que des crimes. Cette indulgence vous paraît-elle donc si raisonnable, si bien entendue, et digne de personnages si vertueux ?

LE FRANÇAIS. — Il y a dans tout cela, je dois l’avouer, des choses que je n’entends pas fort bien moi-même ; mais on m’a promis de m’expliquer tout à mon entière satisfaction. Peut-être pour le rendre plus exécrable a-t-on cru devoir charger un peu le tableau de ses crimes, sans se faire un grand scrupule de cette charge, qui dans le fond importe assez peu ; car, puisqu’un homme coupable d’un crime est capable de cent, tous ceux dont on l’accuse sont tout au moins dans sa volonté, et l’on peut à peine donner le nom d’impostures à de pareilles accusations.

Je vois que la base du système que l’on suit à son égard est le devoir qu’on s’est imposé qu’il fût bien démasqué, bien connu de tout le monde, et néanmoins de n’avoir jamais avec lui aucune explication, de lui ôter toute connaissance de ses accusateurs et toute lumière certaine des choses dont il est accusé. Cette double nécessité est fondée sur la nature des crimes qui rendrait leur déclaration publique trop scandaleuse, et qui ne souffre pas qu’il soit convaincu sans être puni. Or voulez-vous qu’on le punisse sans le convaincre ? Nos formes judiciaires ne le permettraient pas, et ce serait aller directement contre les maximes d’indulgence et de commisération qu’on veut suivre à son égard. Tout ce qu’on peut donc faire pour la sûreté publique, est premièrement de le surveiller si bien, qu’il n’entreprenne rien qu’on ne le sache, qu’il n’exécute rien d’important qu’on ne le veuille ; et, sur le reste, d’avertir tout le monde du danger qu’il y a d’écouter et fréquenter un pareil scélérat. Il est clair qu’ainsi bien avertis, ceux qui s’exposent à ses attentats ne doivent, s’ils y succombent, s’en prendre qu’à eux-mêmes. C’est un malheur qu’il n’a tenu qu’à eux d’éviter, puisque, fuyant comme il fait les hommes, ce n’est pas lui qui va les chercher.

ROUSSEAU. — Autant en peut-on dire à ceux qui passent dans un bois où l’on sait qu’il y a des voleurs, sans que cela fasse une raison valable pour laisser ceux-ci en toute liberté d’aller leur train, surtout quand, pour les contenir, il suffit de le vouloir.

Mais quelle excuse peuvent avoir vos messieurs, qui ont soin de fournir eux-mêmes des proies à la cruauté du barbare par les émissaires dont vous m’avez dit qu’ils l’entourent, qui tâchent à toute force de se familiariser avec lui, et dont sans doute il a soin de faire ses premières victimes ?

LE FRANÇAIS. — Point du tout. Quelque familièrement qu’ils vivent chez lui, tâchant même d’y manger et boire sans s’embarrasser des risques, il ne leur en arrive aucun mal. Les personnes sur lesquelles il aime assouvir sa furie sont celles pour lesquelles il a de l’estime et du penchant, celles auxquelles il voudrait donner sa confiance pour peu que leurs cœurs s’ouvrissent au sien, d’anciens amis qu’il regrette, et dans lesquels il semble encore chercher les consolations qui lui manquent. C’est ceux-là qu’il choisit pour les expédier par préférence ; le lien de l’amitié lui pèse ; il ne voit avec plaisir que ses ennemis.

Father No; but it is almsgiving that deserves such recognition. For, as our gentlemen say very well, money can buy everything—and nothing can buy money. Regardless of the intention of the giver, even if it is done out of compulsion, he remains a benefactor and thus deserves the greatest gratitude. To circumvent the crude simplicity of this man, people have devised a way to make him, without his knowledge, make many small donations in public, involving the participation of many people—especially the lower classes. In this way, these people are brought into what seems like a sincere act of generosity, without any pretense. As a result, the man not only feels horror at his own misdeeds but also contempt for his own poverty and respect for those who give him alms. People learn where he obtains the necessities of life and ensure that, at the same price, these goods are of lower quality—and therefore more expensive. In reality, this does him no real benefit, nor does he need it, since he is wealthy; but in this way, he gets worse service for the same money. His own baseness and the generosity of our gentlemen thus circulate among the people, and we manage to make him seem utterly despicable while pretending to care only about his well-being and trying to make him happy against his will. It is hardly possible for such a wretched man not to notice this scheme; and the better so—if he gets angry, it proves even more his ingratitude. And if he changes suppliers, we simply repeat the same tactic. The reputation we wish to create for him spreads even more quickly. In this way, the more he struggles to escape, the more tightly he is trapped.

ROUSSEAU. — Well, I must admit that this was something I didn’t quite understand at first. But, sir, since I have always known you to have such an upright heart, how is it possible that you could approve of such tactics?

Father, I would severely blame them for anything else; but in this case, I admire them for the motive of kindness that guides them—even though they never intended to be involved in such matters themselves. I associated Jean-Jacques with us; our gentlemen love him, and they are determined to keep him at all costs. It is only natural that they and I would not agree on how to deal with a man like him. Their approach may be unjust in itself, but its intent makes it justifiable.

ROUSSEAU: — I believe that such an act would make me seem suspicious; for one does not pursue goodness through evil, nor virtue through deceit. But since you assure me that Jean-Jacques is wealthy, how then does the public accept such things? After all, nothing could seem more bizarre or less meritorious than a donation forced upon a wealthy scoundrel.

THE FRENCHMAN: — Oh! The audience does not associate these ideas in this way when we present them to them separately.

He sees him as rich in order to reproach him for exploiting the poor, or to frustrate him by taking away the fruits of his labor, thinking that he doesn’t need them. He sees him as poor in order to insult his misery and treat him like a beggar. He never sees him except from the perspective that, at that moment, makes him appear more odious or more contemptible—though this perspective is entirely incompatible with other aspects of who he sees that person as at other times.

ROUSSEAU. — It is certain that, unless one were utterly devoid of any sense or compassion, one would both be deeply aware and astonished by this combination of attentions and insults from which one feels the effects every moment. But when, for the sole purpose of making his defamation even more complete, he is daily allowed to commit all his crimes, who could be surprised if he takes advantage of such culpable indulgence to perpetrate new ones incessantly? This is an objection I have already raised to you, and I repeat it because you have avoided addressing it directly. From everything you have told me, it is clear that, despite all the measures taken, he continues to act as before, without in any way being hindered by the surveillance surrounding him. He, who once took such precautions that for forty years he managed to deceive everyone and be regarded as an honest man, now uses the freedom granted to him solely to indulge his malice without restraint, to commit new atrocities every day—of which, surely, none escape his observers, yet they allow him to go unpunished. Is this really a virtue worthy of such commendation that your gentlemen would willingly abandon honest people to the fury of a scoundrel, merely for the pleasure of counting his crimes with indifference? Wouldn’t it be far easier for them to prevent such atrocities from happening in the first place?

THE FRENCHMAN: They have their reasons for doing so.

ROUSSEAU. — I doubt it not; but those very people who commit crimes surely have their reasons for doing so: is that enough to justify them? What a strange form of kindness this is—allowing a criminal to remain evil in order to make him seem more detestable, while refusing to prevent the crime and even going so far as to nurture the scoundrel at the expense of the innocents he preys upon! To allow crimes that could be prevented is not merely to be their witness; it is to be their accomplice. Moreover, if one allows a person to do everything you claim they do, what is the point of spying on them so closely and with such vigilance and effort? What use is there in discovering their evil deeds if one lets them continue as if nothing has been discovered? What good does it do to hinder their will so greatly in matters that are indifferent, only to allow them complete freedom whenever it comes to doing harm? It seems as though your gentlemen are simply trying to deprive them of any means to do anything other than commit crimes. Does such indulgence really seem so reasonable and justifiable to you, especially when coming from people who claim to be so virtuous?

THE FRENCHMAN: — I must admit that there are some aspects of all this that I myself do not quite understand; but I have been promised that everything will be explained to my complete satisfaction. Perhaps, in order to make it seem even more abhorrent, someone has felt the need to exaggerate the details of his crimes, without batting an eye at such exaggeration—since, after all, if a man who has committed one crime is capable of committing a hundred, then all those things he is accused of are at least within his intentions; and accusations of this kind can hardly be called anything other than fabrications.

I see that the fundamental basis of the system we follow regarding him is the duty we have imposed upon ourselves to ensure that he is thoroughly exposed and known to everyone, yet at the same time to never engage in any form of explanation with him, to deprive him of any knowledge about his accusers, and to withhold from him any clear understanding of the charges against him. This dual requirement arises from the nature of the crimes he has committed—crimes whose public exposure would be too scandalous—and it is imperative that he be convicted without being punished. But do you really want us to punish him without convicting him first? Our judicial procedures would not allow it, and such action would directly contradict the principles of leniency and compassion that we wish to uphold toward him. Therefore, all that we can do for the safety of the public is, firstly, to monitor him so closely that he cannot carry out any actions without our knowledge, nor execute any significant plans without our approval; and secondly, to warn everyone about the danger of listening to or associating with such a scoundrel. Clearly, those who choose to expose themselves to his threats must bear the consequences if they fall victim to them. It is a misfortune that could have been easily avoided—if only they had refrained from approaching him, given that he avoids people at all costs and is not the one to seek them out.

ROUSSEAU. — The same can be said of those who pass through a forest where it is known that there are thieves; this in no way constitutes a valid reason to allow those thieves complete freedom to act as they please, especially when it is sufficient simply to wish to contain them in order to prevent them from doing so.

But what excuse can your gentlemen have, those who go to such lengths as providing victims themselves for the barbarian’s cruelty, through the agents you told me surround him—agents who try their utmost to become familiar with him? Surely he must take care to make them his first victims.

THE FRENCHMAN: — Not at all. No matter how familiarly they live with him, and even if they try to eat and drink there without worrying about the risks involved, nothing bad happens to them. The people whom he likes to vent his fury on are those whom he respects and has a fondness for; those whom he would be willing to trust if only their hearts would open to his own. They are old friends whom he misses, and in whom he seems to still seek the comfort that is lacking to him. It is these very people that he chooses preferentially to harm; the bond of friendship weighs heavily on him; he takes pleasure only in harming his enemies.

Il Fratello No; ma è proprio la carità a meritarlo. Perché, come dicono molto bene i nostri signori, il denaro può comprare tutto, e niente può comprarlo. Qualunque sia l’intenzione di chi dona, anche se forzata, rimane comunque un benefattore e merita quindi la più viva riconoscenza. Per eludere dunque la rozzezza brutale di quest’uomo, si è pensato di fargli fare, a sua insaputa, molti piccoli doni che richiedono il contributo di molte persone, soprattutto della gente comune; in questo modo, senza alcuna affettazione, questi individui vengono coinvolti nella grande “confidenza” dei nostri signori. Così, all’orrore per i suoi crimini si aggiunge il disprezzo per la sua povertà e il rispetto per i suoi benefattori. Si scoprono i luoghi da cui quest’uomo acquista i beni necessari alla sua sussistenza, e si fa in modo che gli vengano forniti allo stesso prezzo, ma di qualità inferiore, e quindi più costosi. In realtà, questo non gli risparmia nulla; anzi, non ne ha bisogno, visto che è ricco. Ma con lo stesso denaro riceve un servizio migliore. La sua bassezza e la generosità dei nostri signori circolano così tra la gente, e in questo modo si riesce a renderla spregevole e abietta, fingendo di interessarsi soltanto al suo benessere e di volerla rendere felice contro la sua volontà. È difficile che il poveretto non si accorga di questa manovra. E meglio ancora: se si arrabbia, questo dimostra ancora di più la sua ingratitudine; e se cambia fornitore, si ripete immediatamente la stessa strategia. La reputazione negativa che vogliamo diffondere su di lui si diffonde così ancora più rapidamente. Così, più si dibatte nei suoi guai, più questi si stringono attorno a lui.

ROUSSEAU: — Ecco, vi lo confesso, ciò che all’inizio non riuscivo a comprendere bene. Ma, signore, in voi, di cui ho sempre conosciuto un cuore così retto, come è possibile che approviate simili manovre?

Li rimprovererei severamente per qualsiasi altra cosa; ma in questo caso li ammiro per il motivo di bontà che li spinge ad agire così, anche se non hanno mai voluto personalmente essere coinvolti in queste azioni. Io sono contrario a Jean-Jacques; i nostri signori lo amano e vogliono conservarlo a tutti i costi; è naturale quindi che io e loro non concordiamo sul modo in cui dovremmo comportarci con una persona del genere. Il loro sistema, forse ingiusto di per sé, viene corretto dall’intenzione che lo motiva.

ROUSSEAU: — Credo che questo mi renderebbe sospetto. Poiché non si arriva al bene attraverso il male, né alla virtù attraverso l’inganno. Ma dato che voi mi assicurate che Jean-Jacques sia ricco, come mai il pubblico accetta queste cose? Dopotutto, nulla dovrebbe sembrargli più strano e meno meritevole di una donazione forzata fatta a un ricco scellerato.

IL FRANCESE: — Oh! Il pubblico non collega in questo modo le idee; bisogna invece mostrargliele separatamente.

Lo vede ricco per potergli rimproverare di rovinare i poveri, o per frustrarlo riguardo al frutto del suo lavoro, pensando che non ne abbia bisogno. Lo vede povero per insultare la sua miseria e trattarlo come un mendicante. Non lo considera mai se non dal lato che, in quel momento, lo mostra come più odioso o più spregevole, anche se questo aspetto è incompatibile con quelli altri sotto cui lo osserva in altre circostanze.

ROUSSEAU. — È certo che, a meno di essere una persona di estrema insensibilità, chiunque debba essere profondamente colpito e sorpreso da questa combinazione di attenzioni e offese dalle quali percepisce costantemente gli effetti negativi. Ma quando, solo al fine di rendere la sua diffamazione ancora più completa, gli vengono quotidianamente rivelati tutti i suoi crimini, chi può meravigliarsi se approfitta di questa colpevole indulgenza per commetterne continuamente di nuovi? È un’obiezione che vi ho già sollevato e la ripeto perché l’avete evitata senza rispondervi. Da tutto ciò che mi avete raccontato, vedo che, nonostante tutte le misure adottate, egli continua a comportarsi come prima, senza alcun imbarazzo per i sorveglianti che lo circondano. Lui stesso, un tempo così cauto in questo senso da riuscire, per quarant’anni, a ingannare tutti e essere considerato una persona onesta, ora utilizza la libertà che gli viene concessa soltanto per soddisfare senza alcun rimorso la sua malvagità, commettendo ogni giorno nuovi crimini di cui è certo che nessuno sfugge ai suoi sorveglianti. Eppure a voi signori sembra così giusto abbandonare le persone oneste alla furia di un individuo spregevole, solo per il piacere di contare tranquillamente i suoi crimini. Perché non sarebbe così facile impedirlo?

IL FRANCESE: Hanno le loro ragioni per farlo.

ROUSSEAU: — Non ne dubito affatto; ma anche coloro che commettono crimini hanno sicuramente le loro ragioni. Basta questo per giustificarli? Che strana bontà, conveniteci, quella che, pur volendo rendere il colpevole odioso, rifiuta di impedire il crimine e si dedica anzi a proteggere lo scellerato a spese degli innocenti che ne diventano vittime! Lasciare commettere crimini che si potrebbero evitare non significa soltanto esserne testimoni, ma anche esserne complici. Del resto, se gli si permette sempre di fare tutto ciò che voi dite che faccia, a che serve spiarlo così da vicino con tanta attenzione e impegno? A che serve aver scoperto i suoi crimini per poi lasciarli continuare come se nulla fosse accaduto? A che serve ostacolare così strenuamente la sua volontà nelle cose indifferenti, per poi lasciarla completamente libera quando si tratta di compiere del male? Sembra proprio che i vostri signori cerchino soltanto di privarlo di ogni possibilità di fare altro che crimini. Questa indulgenza vi sembra davvero così ragionevole, così giusta, e degna di personaggi così virtuosi?

Il francese: — Devo ammettere che in tutto questo ci sono aspetti che anch’io non capisco del tutto; ma mi hanno promesso di spiegarmeli in modo che io sia completamente soddisfatto. Forse, per rendere il suo comportamento ancora più odioso, hanno ritenuto necessario esagerare un po’ nei descritti dei suoi crimini, senza alcun rimorso riguardo a questa esagerazione, che in realtà ha poca importanza; perché, se un uomo colpevole di un crimine è capace di commetterne cento, allora tutti quelli di cui lo si accusa sono almeno nella sua intenzione. E difficilmente si possono definire “falsità” accuse del genere.

Vedo che la base del sistema adottato nei suoi confronti consiste nel dovere che ci si è imposto di far sì che venga pienamente smascherato e conosciuto da tutti, pur evitando al contempo qualsiasi tipo di spiegazione con lui, privandolo di ogni informazione sui suoi accusatori e di qualsiasi certezza riguardo alle accuse rivolte contro di lui. Questa doppia necessità deriva dalla natura dei crimini che ha commesso: la loro divulgazione pubblica sarebbe troppo scandalosa, e non è possibile condannarlo senza prima provarne la colpevolezza. Ma volete forse che venga punito senza essere giudicato? Le nostre procedure legali lo impedirebbero, e ciò andrebbe direttamente contro i principi di indulgenza e compassione che si desidera applicare nei suoi confronti. Quindi, tutto ciò che possiamo fare per la sicurezza pubblica è, innanzitutto, sorvegliarlo attentamente affinché non compia nulla senza che noi ne siamo a conoscenza, né esegua atti di rilievo senza il nostro permesso; inoltre, dobbiamo avvertire tutti del pericolo rappresentato dall’ascoltare o frequentare un individuo del genere. È evidente che, avendo ricevuto queste avvertenze, coloro che si espongono ai suoi attacchi devono assumersi tutta la responsabilità nel caso in cui ne subiscano le conseguenze. Si tratta di un disastro che avrebbero potuto evitare se solo lo avessero voluto: poiché lui stesso fugge dagli uomini, non è certo lui ad andarli a cercare.

ROUSSEAU: Lo stesso si può dire di coloro che attraversano una foresta in cui si sa che ci sono dei ladri; questo non costituisce certo una ragione valida per lasciarli liberi di fare ciò che vogliono, soprattutto quando basta semplicemente volerli contenere.

Ma quali scuse possono avere questi signori, che si prendono la briga di fornire loro stessi prede alla crudeltà del barbaro attraverso gli emissari di cui mi avete detto che lo circondano, che cercano con ogni mezzo di familiarizzarsi con lui, e di cui senza dubbio egli si serve per scegliere le sue prime vittime?

Il francese: — Assolutamente no. Per quanto vivano in modo familiare presso di lui, cercando persino di mangiare e bere senza correre rischi, non gli succede mai nulla di male. Le persone su cui desidera sfogare la sua furia sono quelle che stima e per le quali prova affetto; quelle a cui vorrebbe affidarsi, se solo i loro cuori si aprissero al suo. Vecchi amici che rimpiange, e in cui sembra ancora cercare le consolazioni di cui ha bisogno. Sono proprio queste persone che sceglie preferenzialmente per “mandarle via”; il legame dell’amicizia lo opprime. L’unica cosa che gli piace vedere sono i suoi nemici.

ROUSSEAU. — On ne doit pas disputer contre les faits ; mais convenez que vous me peignez là un bien singulier personnage, qui n’empoisonne que ses amis, qui ne fait des livres qu’en faveur de ses ennemis, et qui fuit les hommes pour leur faire du mal.

Ce qui me paraît encore bien étonnant en tout ceci, c’est comment il se trouve d’honnêtes gens qui veuillent rechercher, hanter un pareil monstre, dont l’abord seul devrait leur faire horreur. Que la canaille envoyée par vos messieurs et faite pour l’espionnage s’empare de lui, voilà ce que je comprends sans peine. Je comprends encore que, trop heureux de trouver quelqu’un qui veuille le souffrir, il ne doit pas, lui, misanthrope avec les honnêtes gens, mais à charge à lui-même, se rendre difficile sur les liaisons ; qu’il doit voir, accueillir, rechercher avec grand empressement les coquins qui lui ressemblent, pour les engager dans ses damnables complots. Eux, de leur côté, dans l’espoir de trouver en lui un bon camarade bien endurci, peuvent, malgré l’effroi qu’on leur a donné de lui, s’exposer, par l’avantage qu’ils en espèrent, au risque de le fréquenter. Mais que des gens d’honneur cherchent à se faufiler avec lui, voilà, monsieur, ce qui me passe. Que lui disent-ils donc ? quel ton peuvent-ils prendre avec un pareil personnage ? Un aussi grand scélérat peut très bien être un homme vil qui pour aller à ses fins souffre toutes sortes d’outrages, et, pourvu qu’on lui donne à dîner, boit les affronts comme l’eau, sans les sentir ou sans en faire semblant ; mais vous m’avouerez qu’un commerce d’insulte et de mépris d’une part, de bassesse et de mensonge de l’autre, ne doit pas être fort attrayant pour d’honnêtes gens.

LE FRANÇAIS. Ils en sont plus estimables de se sacrifier ainsi pour le bien public. Approcher de ce misérable est une œuvre méritoire, quand elle mène à quelque nouvelle découverte sur son caractère affreux. Un tel caractère tient du prodige, et ne saurait être assez attesté. Vous comprenez que personne ne l’approche pour avoir avec lui quelque société réelle, mais seulement pour tâcher de le surprendre, d’en tirer quelque nouveau trait pour son portrait, quelque nouveau fait pour son histoire, quelque indiscrétion dont on puisse faire usage pour le rendre toujours plus odieux. D’ailleurs, comptez-vous pour rien le plaisir de le persifler, de lui donner à mots couverts les noms injurieux qu’il mérite, sans qu’il ose ou puisse répondre de peur de déceler l’application qu’on le force à s’en faire ! C’est un plaisir qu’on peut savourer sans risque ; car, s’il se fâche, il s’accuse lui-même ; et, s’il ne se fâche pas, en lui disant ainsi ses vérités indirectement, on se dédommage de la contrainte où l’on est forcé de vivre avec lui en feignant de le prendre pour un honnête homme.

ROUSSEAU. — Je ne sais si ces plaisirs-là sont fort doux ; pour moi je ne les trouve pas fort nobles, et je vous crois assez du même avis, puisque vous les avez toujours dédaignés. Mais, monsieur, à ce compte, cet homme chargé de tant de crimes n’a donc jamais été convaincu d’aucun ?

LE FRANÇAIS. — Eh ! non vraiment. C’est encore un acte de l’extrême bonté dont on use à son égard, de lui épargner la honte d’être confondu. Sur tant d’invincibles preuves, n’est-il pas complètement jugé sans qu’il soit besoin de l’entendre ? Où règne l’évidence du délit, la conviction du coupable n’est-elle pas superflue ? Elle ne serait pour lui qu’une peine de plus. En lui ôtant l’inutile liberté de se défendre, on ne fait que lui ôter celle de mentir et de calomnier.

ROUSSEAU. — Ah ! grâces au ciel, je respire ! vous délivrez mon cœur d’un grand poids.

LE FRANÇAIS. — Qu’avez-vous donc ? d’où vous naît cet épanouissement subit après l’air morne et pensif qui ne vous a point quitté durant tout cet entretien, et si différent de l’air jovial et gai qu’ont tous nos messieurs quand ils parlent de Jean-Jacques et de ses crimes ?

ROUSSEAU. — Je vous l’expliquerai, si vous avez la patience de m’entendre ; car ceci demande encore des digressions.

Vous connaissez assez ma destinée pour savoir qu’elle ne m’a guère laissé goûter les prospérités de la vie : je n’y ai trouvé ni les biens dont les hommes font cas, ni ceux dont j’aurais fait cas moi-même ; vous savez à quel prix elle m’a vendu cette fumée dont ils sont si avides, et qui, même eût-elle été plus pure, n’était pas l’aliment qu’il fallait à mon cœur. Tant que la fortune ne m’a fait que pauvre, je n’ai pas vécu malheureux. J’ai goûté quelquefois de vrais plaisirs dans l’obscurité : mais je n’en suis sorti que pour tomber dans un gouffre de calamités, et ceux qui m’y ont plongé se sont appliqués à me rendre insupportables les maux qu’ils feignaient de plaindre, et que je n’aurais pas connus sans eux. Revenu de cette douce chimère de l’amitié, dont la vaine recherche a fait tous les malheurs de ma vie, bien plus revenu des erreurs de l’opinion dont je suis la victime, ne trouvant plus parmi les hommes ni droiture, ni vérité, ni aucun de ces sentiments que je crus innés dans leurs âmes, parce qu’ils l’étaient dans la mienne ? et sans lesquels toute société n’est que tromperie et mensonge, je me suis retiré au-dedans de moi ; et, vivant entre moi et la nature, je goûtais une douceur infinie à penser que je n’étais pas seul, que je ne conversais pas avec un être insensible et mort, que mes maux étaient comptés, que ma patience était mesurée, et que toutes les misères de ma vie n’étaient que des provisions de dédommagements et de jouissances pour un meilleur état. Je n’ai jamais adopté la philosophie des heureux du siècle ; elle n’est pas faite pour moi ; j’en cherchais une plus appropriée à mon cœur, plus consolante dans l’adversité, plus encourageante pour la vertu. Je la trouvais dans les livres de Jean-Jacques. J’y puisais des sentiments si conformes à ceux qui m’étaient naturels, j’y sentais tant de rapports avec mes propres dispositions, que, seul parmi tous les auteurs que j’ai lus, il était pour moi le peintre de la nature et l’historien du cœur humain. Je reconnaissais dans ses écrits l’homme que je retrouvais en moi, et leur méditation m’apprenait à tirer de moi-même la jouissance et le bonheur que tous les autres vont chercher si loin d’eux.

ROUSSEAU. — One should not argue against facts; but admit that you are depicting here a most peculiar character—one who only poisons his friends, writes books solely to benefit his enemies, and avoids people in order to harm them.

What still seems utterly astonishing to me in all this is how there are honest people willing to pursue and entangle themselves with such a monster—someone whose very presence should inspire horror in them. It’s easy enough for the scoundrels sent by your people, those hired for espionage purposes, to seize control of him. I can also understand how someone, too eager to find someone willing to endure such suffering, might, despite being a misanthrope toward honest people, force himself to maintain contact with them; after all, he would be seeking out those who are just like him in order to draw them into his despicable schemes. On their part, those scoundrels, hoping to find a tough and unscrupulous accomplice in him, might risk approaching him, despite the fear they should have of him, in the hope of gaining some advantage from it. But that honest people would seek to associate with such a person—well, that’s something I simply cannot comprehend, sir. What could they possibly say to him? What tone could they use when speaking to someone like him? A man of such utter villainy might well be a despicable individual who endures all sorts of indignities in order to achieve his goals—and as long as he is given food and drink, he would swallow insults whole, without feeling them or pretending not to. But you must admit that engaging in such an exchange of insults, contempt, baseness, and lies can hardly be considered appealing for honest people.

The French. They are all the more admirable for sacrificing themselves in this way for the public good. Approaching such a wretched person is a meritorious act, especially when it leads to some new discovery about his abhorrent character. Such a character is almost miraculous in its nature, and its wickedness can never be sufficiently attested. You understand that no one approaches him with the intention of engaging in genuine social interaction, but rather in an effort to surprise him, to uncover new aspects of his personality, to discover new facts about his history, or to use any information obtained to make him seem even more detestable. Moreover, don’t you consider it a great pleasure to mock him, to secretly hurl the insulting names he deserves, without his daring or being able to respond—for fear that he might realize the truth behind these remarks! It is a pleasure that can be enjoyed without any risk; for if he gets angry, he is actually condemning himself; and if he doesn’t get angry, by telling him these truths in an indirect way, we are at least compensating for the obligation of having to live with him while pretending to regard him as an honest man.

ROUSSEAU. — I do not know whether such pleasures are particularly sweet; for my part, I do not consider them to be very noble, and I believe you share this opinion, since you have always despised them. But then, sir, by that logic, this man who has committed so many crimes must never have been convicted of any of them?

THE FRENCHMAN: — Eh! No, really not. It is yet another act of extreme kindness shown toward him—to spare him the humiliation of being accused falsely. With so many undeniable proofs, isn’t he already fully judged without the need even to hear his side of the story? Where the evidence of guilt is so clear, isn’t the conviction of the criminal utterly unnecessary? It would only mean an additional punishment for him. By taking away from him the useless freedom to defend himself, we are simply depriving him of the freedom to lie and slander others.

ROUSSEAU. — Ah! Thank heaven, I can breathe again! You have relieved my heart of a great burden.

THE FRENCHMAN: What is the matter with you? Where does this sudden change in demeanor come from—after that gloomy and thoughtful expression that did not leave you throughout our entire conversation, and which is so different from the cheerful and lively attitude of all our gentlemen when they talk about Jean-Jacques and his crimes?

ROUSSEAU. — I will explain it to you if you have the patience to listen; for this matter requires further digressions.

You are well aware of my fate, and therefore know that it has never allowed me to taste the pleasures of life: I have found neither those possessions that men value nor those that would have been valuable to me. You know at what cost it sold me this “fume” that they so eagerly desire—yet even if it were purer, it would not have been the nourishment my heart needed. As long as fortune kept me poor, I was not unhappy; indeed, I sometimes enjoyed true pleasures in obscurity. But when I emerged from that darkness, I fell into a abyss of misfortune. Those who plunged me there went to great lengths to make the evils they pretended to lament unbearable for me—evils I would never have known were possible without them. Having awakened from that deceptive illusion of friendship, whose futile pursuit brought all my troubles, and having also recognized the errors of public opinion of which I am a victim, I found neither justice nor truth among men—not any of those sentiments I had assumed to be inherent in their souls, since they indeed are inherent in mine. Without them, all human society is nothing but deception and lies. So I withdrew into myself, living only between my own thoughts and nature, and finding immense solace in the belief that I was not alone, that I was not communicating with an insensible and dead being, that my sufferings were taken into account, that my patience was appreciated, and that all the miseries of my life were but preparations for greater rewards and joys in a better future. I never embraced the philosophy of the happy men of this age; it is not suited to me. Instead, I sought a philosophy more in line with my heart, one that offered comfort in adversity and encouragement toward virtue. I found it in the writings of Jean-Jacques Rousseau. There, I discovered sentiments that perfectly matched those inherent in me; I found a profound resonance between his ideas and my own nature. Of all the authors I have read, he alone was for me the true painter of nature and the historian of the human heart. In his writings, I saw the man I reflected in myself; their contemplation taught me to derive joy and happiness from within myself—something no one else would ever seek so far away.

ROUSSEAU: — Non si deve discutere contro i fatti; ma ammettete che qui mi state descrivendo un personaggio davvero singolare: uno che avvelena soltanto i suoi amici, che scrive libri esclusivamente a vantaggio dei suoi nemici, e che fugge dagli uomini proprio per poter loro fare del male.

Quello che mi sembra davvero sorprendente in tutta questa faccenda è come possano esistere persone oneste disposte a cercare e frequentare un simile mostro, il cui solo aspetto dovrebbe suscitare in loro orrore. Che la canaglia inviata dai vostri signori per scopi spionistici si impossessi di lui, questo lo capisco senza difficoltà; capisco anche che, essendo troppo felici di trovare qualcuno disposto a subire le sue angherie, quel mostro, pur essendo un misantropo verso le persone oneste, debba comunque cercare con grande impegno individui simili a sé per coinvolgerli nei suoi perversi complotti. Loro, dal canto loro, nella speranza di trovare in lui un compagno disposto a sopportare qualsiasi cosa, possono correre il rischio di frequentarlo, nell’illusione di trarne vantaggio. Ma che persone oneste cercino di avvicinarsi a lui. Questo, signore, proprio non riesco a capirlo. Cosa gli dicono? Con quale tono possono parlare con una persona del genere? Un individuo così spregevole potrebbe benissimo essere un uomo vile disposto a subire ogni sorta di umiliazioni pur di raggiungere i suoi scopi; basta che gli si offra da mangiare, e ingoierà le offese come se fossero acqua, senza nemmeno accorgersene o fingere di farlo. Ma ammettiamolo: un rapporto basato su insulti, disprezzo da una parte, e bassezza, menzogne dall’altra, non può certo essere allettante per persone oneste.

Il francese: Sono ancora più stimabili per il fatto che si sacrificino in questo modo per il bene pubblico. Avvicinarsi a quest’essere miserabile è un atto meritevole, quando ciò conduce a nuove scoperte sul suo orribile carattere. Un tale carattere rasenta il prodigio e non potrebbe mai essere abbastanza dimostrato. Capite bene che nessuno si avvicina a lui con l’intenzione di stabilire un vero rapporto con lui, ma soltanto per cercare di sorprenderlo, di scoprire nuovi aspetti del suo carattere, nuovi fatti riguardanti la sua storia, o di raccogliere informazioni indiscrete che possano essere utilizzate per renderlo ancora più odioso. Del resto, non considerate forse un grande piacere deriderlo, chiamarlo con nomi offensivi senza che osi o possa rispondere, per paura di rivelare ciò a cui viene costretto ad alludere? È un piacere che si può godere senza rischi: se si arrabbia, è lui stesso a incolparsi; e se non si arrabbia, dicendogli così le sue verità in modo indiretto, ci si vendica della costrizione a cui siamo costretti a sottoporci vivendo con lui, fingendo di considerarlo un uomo onesto.

ROUSSEAU: — Non so se questi piaceri siano davvero molto dolci; per quanto mi riguarda, non li ritengo affatto nobili, e credo che anche voi la pensiate allo stesso modo, visto che li avete sempre disdegnati. Ma, signore, in questo caso, quell’uomo colpevole di tanti crimini non è mai stato convinto di alcuno di essi?

IL FRANCESCO: Eh, non proprio. Si tratta ancora di un atto di estrema bontà da parte nostra: risparmiargli l’umiliazione di essere accusato ingiustamente. Di fronte a tante prove inconfutabili, non è forse già stato giudicato completamente, senza che sia necessario ascoltarlo? Laddove regna l’evidenza del reato, la convinzione del colpevole non è forse superflua? Per lui sarebbe soltanto un ulteriore tormento. Togliendogli la libertà inutile di difendersi, gli si toglie anche quella di mentire e diffamare.

ROUSSEAU. — Ah! Grazie al cielo, respiro finalmente! Liberate il mio cuore da un grande peso.

IL FRANCESCO. — Che cosa vi è successo? Da dove deriva questo improvviso cambiamento nel vostro atteggiamento, dopo quella aria cupa e pensierosa che non vi ha abbandonato per tutta la durata di questa conversazione, e così diversa dall’aria allegra e spensierata che tutti i nostri signori hanno quando parlano di Jean-Jacques e dei suoi crimini?

ROUSSEAU: Ve lo spiegherò, se avete la pazienza di ascoltarmi; poiché questo richiede ancora alcune digressioni.

Conoscete abbastanza la mia sorte per sapere che non mi ha mai concesso di assaporare le prosperità della vita: non ho trovato né i beni di cui gli uomini tengono tanto, né quelli di cui avrei potuto desiderarli io stesso; sapete a quale prezzo mi è stata venduta quella “fumata” di cui sono così avidi. E che, anche se fosse stata più pura, non sarebbe stata certo il nutrimento di cui aveva bisogno il mio cuore. Finché la fortuna non mi ha reso povero, non ho vissuto sfortunatamente; a volte ho provato veri piaceri nell’oscurità. Ma ne sono uscito solo per cadere in un abisso di calamità. Coloro che mi hanno gettato lì si sono impegnati ad rendere insopportabili i mali che fingevano di lamentare. Mali che, senza di loro, non avrei mai conosciuto. Tornato da quella dolce illusione dell’amicizia, la cui vana ricerca ha causato tutti i miei mali. E ancora di più, tornato dalle illusioni dell’opinione pubblica di cui sono vittima. Non trovando più tra gli uomini né giustizia, né verità, né quei sentimenti che credevo fossero innati nelle loro anime. E senza i quali ogni società non è altro che inganno e menzogna. Mi sono ritirato dentro di me stesso; vivendo tra me e la natura, provavo una dolcezza infinita nel pensare di non essere solo. Che non conversavo con un essere insensibile e morto. Che i miei mali venivano contati. Che la mia pazienza veniva misurata. E che tutte le miserie della mia vita erano soltanto preparazioni per compensazioni e gioie in uno stato futuro migliore. Non ho mai adottato la filosofia dei felici di questo secolo. Non è fatta per me. Ne cercavo una più adatta al mio cuore, più consolante nell’avversità, più incoraggiante per la virtù. L’ho trovata nei libri di Jean-Jacques: vi ho trovato sentimenti così in armonia con quelli che erano naturali in me. Sentivo tanti legami con le mie stesse disposizioni. Che, tra tutti gli autori che ho letto, lui era l’unico che riuscisse a rappresentare veramente la natura e a descrivere il cuore umano. Nei suoi scritti riconoscevo l’uomo che trovavo in me stesso. E la loro lettura mi insegnava a trarre da me stesso la gioia e la felicità che tutti gli altri cercano lontano da sé.

Son exemple m’était surtout utile pour nourrir ma confiance dans les sentiments que j’avais conservés seul parmi mes contemporains. J’étais croyant, je l’ai toujours été, quoique non pas comme les gens à symboles et à formules. Les hautes idées que j’avais de la Divinité me faisaient prendre en dégoût les institutions des hommes et les religions factices. Je ne voyais personne penser comme moi ; je me trouvais seul au milieu de la multitude autant par mes idées que par mes sentiments. Cet état solitaire était triste ; Jean-Jacques vint m’en tirer. Ses livres me fortifièrent contre la dérision des esprits forts. Je trouvai ses principes si conformes à mes sentiments, je les voyais naître de méditations si profondes, je les voyais appuyés de si fortes raisons, que je cessai de craindre, comme on me le criait sans cesse, qu’ils ne fussent l’ouvrage des préjugés et de l’éducation. Je vis que, dans ce siècle où la philosophie ne fait que détruire, cet auteur seul édifiait avec solidité. Dans tous les autres livres, je démêlais d’abord la passion qui les avait dictés, et le but personnel que l’auteur avait eu en vue. Le seul Jean-Jacques me parut chercher la vérité avec droiture et simplicité de cœur. Lui seul me parut montrer aux hommes la route du vrai bonheur en leur apprenant à distinguer la réalité de l’apparence, et l’homme de la nature de l’homme factice et fantastique que nos institutions et nos préjugés lui ont substitué : lui seul en un mot me parut, dans sa véhémence, inspiré par le seul amour du bien public sans vue secrète et sans intérêt personnel. Je trouvais d’ailleurs sa vie et ses maximes si bien d’accord, que je me confirmais dans les miennes, et j’y prenais plus de confiance par l’exemple d’un penseur qui les médita si longtemps, d’un écrivain qui, méprisant l’esprit de parti et ne voulant former ni suivre aucune secte, ne pouvait avoir dans ses recherches d’autre intérêt que l’intérêt public et celui de la vérité. Sur toutes ces idées, je me faisais un plan de vie dont son commerce aurait fait le charme ; et moi, à qui la société des hommes n’offre depuis longtemps qu’une fausse apparence sans réalité, sans vérité, sans attachement, sans aucun véritable accord de sentiments ni d’idées, et plus digne de mon mépris que démon empressement, je me livrais à l’espoir de retrouver en lui tout ce que j’avais perdu, de goûter encore les douceurs d’une amitié sincère, et de me nourrir encore avec lui de ces grandes et ravissantes contemplations qui font la meilleure jouissance de cette vie, et la seule consolation solide qu’on trouve dans l’adversité.

J’étais plein de ces sentiments, et vous l’avez pu connaître, quand avec vos cruelles confidences vous êtes venu resserrer mon cœur et en chasser les douces illusions auxquelles il était prêt à s’ouvrir encore. Non, vous ne connaîtrez jamais à quel point vous l’avez déchiré ; il faudrait pour cela sentir à combien de célestes idées tenaient celles que vous avez détruites. Je touchais au moment d’être heureux en dépit du sort et des hommes, et vous me replongez pour jamais dans toute ma misère ; vous m’ôtez toutes les espérances qui me la faisaient supporter. Un seul homme pensant comme moi nourrissait ma confiance ; un seul homme vraiment vertueux me faisait croire à la vertu, m’animait à la chérir, à l’idolâtrer, à tout espérer d’elle ; et voilà qu’en m’ôtant cet appui vous me laissez seul sur la terre englouti dans un gouffre de maux, sans qu’il me reste la moindre lueur d’espoir dans cette vie, et prêt à perdre encore celui de retrouver dans un meilleur ordre de choses le dédommagement de tout ce que j’ai souffert dans celui-ci.

Vos premières déclarations me bouleversèrent. L’appui de vos preuves me les rendit plus accablantes, et vous navrâtes mon âme des plus amères douleurs que j’aie jamais senties. Lorsqu’entrant ensuite dans le détail des manœuvres systématiques dont ce malheureux homme est l’objet, vous m’avez développé le plan de conduite à son égard, tracé par l’auteur de ces découvertes, et fidèlement suivi par tout le monde, mon attention partagée a rendu ma surprise plus grande et mon affliction moins vive. J’ai trouvé toutes ces manœuvres si cauteleuses, si pleines de ruse et d’astuce, que je n’ai pu prendre de ceux qui s’en font un système la haute opinion que vous vouliez m’en donner ; et, lorsque vous les combliez d’éloges, je sentais mon cœur en murmurer malgré moi. J’admirais comment d’aussi nobles motifs pouvaient dicter des pratiques aussi basses ; comment la fausseté, la trahison, le mensonge, pouvaient être devenus des instruments de bienfaisance et de charité ; comment enfin tant de marches obliques pouvaient s’allier avec la droiture. Avais-je tort ? Voyez vous-même, et rappelez-vous tout ce que vous m’avez dit. Ah ! convenez du moins que tant d’enveloppes ténébreuses sont un manteau bien étrange pour la vertu.

La force de vos preuves l’emportait néanmoins sur tous les soupçons que ces machinations pouvaient m’inspirer. Je voyais qu’après tout cette bizarre conduite, toute choquante qu’elle me paraissait, n’en était pas moins une œuvre de miséricorde, et que, voulant épargner à un scélérat les traitements qu’il avait mérités, il fallait bien prendre des précautions extraordinaires pour prévenir le scandale de cette indulgence, et la mettre à un prix qui ne tentât ni d’autres d’en désirer une pareille, ni lui-même d’en abuser. Voyant ainsi tout le monde s’empresser à l’envi de le rassasier d’opprobres et d’indignités, loin de le plaindre, je le méprisais davantage d’acheter si lâchement l’impunité au prix d’un pareil destin.

Vous m’avez répété tout cela bien des fois, et je me le disais après vous en gémissant. L’angoisse de mon cœur n’empêchait pas ma raison d’être subjuguée, et de cet assentiment que j’étais forcé de vous donner résultait la situation d’âme la plus cruelle pour un honnête homme infortuné, auquel on arrache impitoyablement toutes les consolations, toutes les ressources, toutes les espérances qui lui rendaient ses maux supportables.

Un trait de lumière est venu me rendre tout cela dans un instant. Quand j’ai pensé, quand vous m’avez confirmé vous-même que cet homme si indignement traité pour tant de crimes atroces n’avait été convaincu d’aucun, vous avez d’un seul mot renversé toutes vos preuves ; et, si je n’ai pas vu l’imposture où vous prétendez voir l’évidence, cette évidence au moins a tellement disparu à mes yeux, que dans tout ce que vous m’aviez démontré je ne vois plus qu’un problème insoluble, un mystère effrayant, impénétrable, que la seule conviction du coupable peut éclaircir à mes yeux.

Nous pensons bien différemment, monsieur, vous et moi sur cet article. Selon vous, l’évidence des crimes supplée à cette conviction ; et, selon moi, cette évidence consiste si essentiellement dans cette conviction même, qu’elle ne peut exister sans elle. Tant qu’on n’a pas entendu l’accusé, les preuves qui le condamnent, quelque fortes qu’elles soient, quelque convaincantes qu’elles paraissent, manquent du sceau qui peut les montrer telles même lorsqu’il n’a pas été possible d’entendre l’accusé, comme lorsqu’on fait le procès à la mémoire d’un mort ; car, en présumant qu’il n’aurait rien eu à répondre, on peut avoir raison, mais on a tort de changer cette présomption en certitude pour le condamner, et il n’est permis de punir le crime que quand il ne reste aucun moyen d’en douter. Mais quand on vient jusqu’à refuser d’entendre l’accusé vivant et présent, bien que la chose soit possible et facile, quand on prend des mesures extraordinaires pour l’empêcher de parler, quand on lui cache avec le plus grand soin l’accusation, l’accusateur, les preuves, dès-lors toutes ces preuves devenues suspectes perdent toute leur force sur mon esprit. N’oser les soumettre à l’épreuve qui les confirme, c’est me faire présumer qu’elles ne la soutiendraient pas. Ce grand principe, base et sceau de toute justice, sans lequel la société humaine croulerait par ses fondements, est si sacré, si inviolable dans la pratique, que, quand toute la ville aurait vu un homme en assassiner un autre dans la place publique, encore ne punirait-on point l’assassin sans l’avoir préalablement entendu.

His example was particularly useful to me in strengthening my confidence in the sentiments that I had preserved alone among my contemporaries. I was a believer; I always have been, though not in the same way as those who rely on symbols and formulas. My lofty ideas about God made me disdain human institutions and artificial religions. I saw no one thinking in the same way as I did; I felt alone amidst the crowd, both because of my beliefs and my feelings. This state of solitude was sad; it was Jean-Jacques who saved me from it. His books strengthened me against the mockery of those with strong minds. I found his principles to be in perfect harmony with my own feelings; I saw them as the result of profound contemplation, supported by compelling reasoning, and so I ceased to fear, as everyone kept telling me, that they were merely the product of prejudice and education. I realized that in this century, where philosophy seems only to destroy, this one author alone was steadfastly building something new. In all other books, I first had to distinguish the passion that drove their authors and the personal motives they harbored. But Jean-Jacques alone seemed to seek the truth with integrity and a sincere heart. He alone seemed to show people the path to true happiness by teaching them to distinguish between reality and appearance, between the human being as he truly is and the artificial, fantastical creature that our institutions and prejudices have created in their place. In short, his fervor seemed inspired solely by a love for the public good, without any secret motives or personal gain. Moreover, I found his life and teachings to be so well-aligned that they only strengthened my own convictions. His example gave me greater confidence in them, for he was a thinker who had meditated on these ideas for so long; he was a writer who, despising partisan biases and refusing to join or follow any particular school of thought, had no other interest at heart but the public good and the pursuit of truth. Based on all these considerations, I began to envision a life shaped by his influence—a life that would offer me what human society has long failed to provide: genuine reality, truth, true companionship, and a deep harmony of feelings and thoughts. For to me, human society offered only a false appearance, devoid of substance, truth, or true connection; it was more worthy of my disdain than the eager pursuit of empty pleasures. Instead, I clung to the hope of finding in him everything I had lost—of once again experiencing the joys of sincere friendship, and of sharing with him those profound, delightful contemplations that are the true essence of life and the only solid solace in adversity.

I was filled with such sentiments, and you yourself were able to understand them when, with your cruel confidences, you came to crush my heart and drive away those gentle illusions which it was still willing to embrace. No, you will never know how deeply you wounded it; to understand that, one would need to realize how many noble ideals were tied to those you destroyed. I had nearly reached the moment of happiness, despite fate and human beings, but you have plunged me back into eternal misery, stripping away all the hopes that made it endurable. Only one man who thought like me could sustain my confidence; only one truly virtuous person could make me believe in virtue, inspire me to cherish it, to worship it, and to place all my hopes upon it. And now, by taking away that support, you leave me alone on this earth, lost in a abyss of suffering, with not a glimmer of hope left in this life—and doomed once more to lose even the possibility of finding redemption in a better future.

Your initial statements shocked me deeply. The support of your evidence made them even more devastating, and you caused my soul to suffer the most bitter pains I had ever experienced. When you then went on to detail the systematic maneuvers being used against this unfortunate man, you explained to me the plan that had been devised by their perpetrator and faithfully followed by everyone involved. My divided attention only heightened my surprise and deepened my distress. I found all these tactics so cunning, so full of deceit and trickery, that I could not hold those who made them a regular practice in the high regard you wanted me to have for them; and when you praised them, I felt my heart involuntarily protest. I wondered how such noble intentions could lead to such despicable practices; how falsehood, betrayal, and lies could become instruments of kindness and charity; how so many devious paths could be intertwined with what is right and just. Am I wrong? See for yourself, and remember everything you have told me. Ah! At least admit that such numerous layers of deceit are a truly strange “mantle” for virtue to wear.

Nevertheless, the strength of your arguments overcame all suspicions that such machinations might inspire in me. I realized that, despite all this bizarre and shocking behavior, it was ultimately an act of mercy—that, in order to spare a scoundrel the punishments he deserved, extraordinary precautions had to be taken to prevent the scandal caused by such indulgence, and to ensure that neither others would be tempted to seek similar leniency nor would he himself take advantage of it. Seeing everyone eagerly eager to heap upon him reproaches and indignities, instead of feeling pity for him, I felt even more contempt for him for so shamelessly buying his way to impunity at such a terrible cost.

You have repeated all this to me many times, and I would mutter these words to myself after you had spoken. The anguish in my heart did not prevent my reason from being subjugated by your arguments; and the result of this forced compliance was the most cruel state of soul for an unfortunate and honest man—a man from whom all consolations, resources, and hopes that might have made his suffering endurable were mercilessly stripped away.

A ray of light made all this clear to me in an instant. When I thought about it—and when you yourself confirmed that this man, who had been so indignantly treated for committing such atrocious crimes, had not been convicted of any of them—you single word overturned all your arguments. And although I may not see the deception where you claim to see evidence, at least that evidence has vanished entirely from my eyes. In everything you showed me, I now see only an insoluble problem, a terrifying, impenetrable mystery—until the guilty person is convicted, nothing will make any sense to me.

We certainly differ in our views on this matter, sir. In your opinion, the evidence of a crime is sufficient to establish conviction; whereas in my view, that very evidence essentially consists in that conviction itself—without it, such evidence cannot exist at all. Until the accused has been heard, no evidence, no matter how strong or convincing, possesses the authority necessary to prove their guilt, especially when it is impossible to hear the accused’s defense, just as one would try a case based on the memories of a deceased person. For even if we assume the accused had nothing to say in their defense, it would still be wrong to turn that assumption into certainty and condemn them. Punishment for a crime is only permissible when there is no possibility of doubting its occurrence. But when one goes so far as to refuse to hear the accused while they are alive and present—when extraordinary measures are taken to prevent them from speaking, when the charges, the accuser, and even the evidence itself are deliberately concealed from them—then all such evidence becomes suspect and loses all its persuasive power in my mind. To dare subject it to the test that could confirm its validity would be tantamount to assuming that it would not stand up to such verification. This fundamental principle, the very foundation and guarantee of all justice, without which human society would collapse, is so sacred and inviolable in practice that even if an entire city had witnessed one man assassinating another in public, the murderer would still not be punished unless he had first been given a chance to defend himself.

Il suo esempio fu particolarmente utile per rafforzare la mia fiducia nei sentimenti che avevo conservato da solo, tra i miei contemporanei. Ero credente, lo sono sempre stato, anche se non nel modo delle persone che si affidano a simboli e formule. Le alte idee che avevo sulla Divinità mi facevano disprezzare le istituzioni umane e le religioni artificiali. Non vedevo nessuno che pensasse come me; mi sentivo solo, in mezzo alla folla, sia per i miei pensieri che per i miei sentimenti. Questo stato di solitudine era triste. Fu Jean-Jacques a tirarmi fuori da esso. I suoi libri mi aiutarono a resistere alle derisioni dei persone presuntuose. Trovai i suoi principi in perfetta armonia con i miei sentimenti; vedevo che nascevano da riflessioni profonde e erano sostenuti da ragionamenti solidi. Così smisi di temere, come mi si ripeteva costantemente, che fossero il prodotto di pregiudizi ed educazione. Vidi che, in questo secolo in cui la filosofia sembra solo distruggere, lui solo costruiva con fermezza. In tutti gli altri libri, riuscivo sempre a distinguere la passione che ne aveva ispirato la stesura e l’obiettivo personale dell’autore. Solo Jean-Jacques mi sembrava cercare la verità con onestà e semplicità d’animo. Lui solo, in poche parole, mi sembrava indicare agli uomini la strada verso il vero felicità, insegnando loro a distinguere la realtà dall’apparenza, l’uomo naturale da quello artificiale e fantastico che le nostre istituzioni e i nostri pregiudizi ci hanno imposto. Lui solo, insomma, mi sembrava ispirato soltanto dall’amore per il bene pubblico, senza secondi fini né interessi personali. La sua vita e le sue massime erano così in armonia tra loro che rafforzai ulteriormente le mie convinzioni. E presi ancora più fiducia in esse, grazie all’esempio di un pensatore che aveva meditato a lungo su queste questioni, di uno scrittore che, disprezzando gli interessi di parte e rifiutandosi di appartenere o seguire qualsiasi setta, non cercava in nessuna delle sue ricerche altro scopo se non quello del bene pubblico e della verità. Su tutte queste idee, mi feci un piano di vita. E io, a cui la società umana da tempo non offriva che apparenze false, prive di realtà, verità o vera armonia tra sentimenti e pensieri. Io, che trovavo nella compagnia degli uomini soltanto falsità e disprezzo. Mi affidai alla speranza di ritrovare in lui tutto ciò che avevo perso. Di gustare ancora le dolcezze di un’amicizia sincera. E di nutrirmi ancora con quelle grandi e meravigliose riflessioni che costituiscono la vera gioia della vita, l’unica vera consolazione nell’avversità.

Ero pieno di questi sentimenti, e voi ne avete potuto conoscere l’intensità quando, con le vostre crudeli confidenze, siete venuti a strappare via dalle mie vene quelle dolci illusioni alle quali il mio cuore era ancora disposto ad aprirsi. No, non saprete mai fino a che punto mi avete distrutto; per comprenderlo, sarebbe necessario percepire a quale altezza si elevavano le idee celestiali che voi avete annientato. Stavo per raggiungere il momento in cui avrei potuto essere felice nonostante il destino e gli uomini, e voi mi gettate per sempre nella mia miseria; mi private di tutte le speranze che mi permettevano di sopportarla. Un solo uomo, che pensasse come me, nutriva la mia fiducia; un solo uomo veramente virtuoso mi faceva credere nella virtù, mi incoraggiava ad amarla, ad idolatrarla, a sperare in tutto da essa. E ora, togliendomi questo sostegno, mi lasciate solo su questa terra, sommerso in un abisso di dolori, senza alcuna luce di speranza nella vita presente, e pronto a perdere anche quella di ritrovare, in un ordine migliore delle cose, il rimedio per tutto ciò che ho sofferto in questo.

Le vostre prime dichiarazioni mi sconvolsero; il sostegno delle vostre prove le rese ancora più devastanti, e voi spezzaste la mia anima con i dolori più amari che abbia mai provato. Quando poi entrammo nei dettagli delle manovre sistematiche di cui quel poveruomo era vittima, mi illustraste il piano d’azione da seguire nei suoi confronti, elaborato dall’autore di queste scoperte e fedelmente attuato da tutti; la mia attenzione divisa aumentò ancora di più la mia sorpresa e attenuò la mia afflizione. Trovai tutte queste manovre così astute, piene di inganno e stratagemmi, che non riuscii a considerare coloro che le utilizzavano con tale sistematicità con l’alta stima che volevate farmi nutrire; e quando voi le lodavate, sentivo il mio cuore ribellarsi contro di esse. Ammiravo come motivi così nobili potessero portare a pratiche così basse; come la falsità, la tradizione, il mentire potessero diventare strumenti di benevolenza e carità; come, infine, tante vie tortuose potessero mescolarsi con la rettitudine. Mi sbagliavo? Guardate voi stesso e ricordatevi tutto ciò che mi avete detto. Ah! Ammettetelo almeno: tutte queste “maschere oscure” rappresentano davvero un abito molto strano per la virtù.

La forza delle vostre prove superava comunque ogni sospetto che tali manovre potessero suscitare in me. Capivo che, nonostante quel comportamento bizzarro e scioccante, esso rappresentasse in realtà un atto di misericordia: per evitare a un malvagio le punizioni che meritava, era necessario adottare misure straordinarie per prevenire lo scandalo derivante da tale indulgenza e far sì che essa non incoraggiasse altri a desiderarne una simile, né che lo stesso individuo ne abusasse. Vedendo quindi tutti ansiosi di infliggergli disprezzo e umiliazioni, invece di compiangerlo, lo disprezzavo ancora di più per aver acquistato con tanta debolezza l’impunità a prezzo di un destino del genere.

Me l’avete ripetuto molte volte, e io me lo dicevo anch’io dopo di voi, con gemiti. L’angoscia del mio cuore non impediva alla mia ragione di essere soggiogata; da questo assenso che ero costretto a darvi derivava una situazione d’anima estremamente crudele per un onesto uomo sfortunato, a cui vengono crudelmente strappate tutte le consolazioni, tutte le risorse, tutte le speranze che avrebbero potuto rendere sopportabili i suoi mali.

Un raggio di luce mi ha fatto comprendere tutto questo in un istante. Quando ho riflettuto, quando voi stesso mi avete confermato che quell’uomo, trattato con tanta ingiustizia per così numerosi crimini atroci, non era stato condannato per nessuno di essi, con una sola parola avete distrutto tutte le vostre prove; e se io non riesco a vedere l’inganno dove voi pretendete di scorgere la verità, almeno quella verità è scomparsa completamente ai miei occhi, tanto che in tutto ciò che mi avevate dimostrato non vedo più che un problema insolubile, un mistero terribile e impenetrabile. Solo la condanna effettiva del colpevole può chiarire tutto per me.

Pensiamo in modo molto diverso su questo argomento, signore: secondo voi, le prove dei crimini sono sufficienti a confermare una condanna; secondo me, queste prove stesse consistono essenzialmente in quella convinzione, e non possono esistere senza di essa. Finché l’accusato non è stato ascoltato, le prove che lo condannano, per quanto forti e convincenti possano sembrare, mancano dello “sigillo” che le renda autentiche, soprattutto quando non è stato possibile ascoltarlo – proprio come quando si processa in nome di una persona morta. Infatti, anche ammettendo che l’accusato non avesse nulla da dire in sua difesa, si potrebbe avere ragione, ma sarebbe sbagliato trasformare questa ipotesi in certezza per condannarlo. È permesso punire un crimine soltanto quando non rimane alcun dubbio al riguardo. Ma quando si arriva al punto di rifiutare addirittura di ascoltare l’accusato, mentre questo è possibile e facile, quando si prendono misure straordinarie per impedirgli di parlare, quando gli vengono nascoste con ogni cura l’accusa, l’accusatore e le prove, allora tutte queste prove diventano sospette e perdono ogni valore ai miei occhi. Osare sottoporle alla prova che potrebbe confermarne la veridicità significherebbe presumere che non lo farebbero. Questo grande principio, fondamento e garanzia di ogni giustizia, senza il quale la società umana crollerebbe, è così sacro e inviolabile nella pratica, che anche se tutta la città avesse visto un uomo assassinare un altro in piazza pubblica, l’assassino non verrebbe comunque punito senza essere stato ascoltato prima.

LE FRANÇAIS. — Hé quoi ! des formalités judiciaires qui doivent être générales et sans exception dans les tribunaux, quoique souvent superflues, font-elles loi dans des cas de grâce et de bénignité comme celui-ci ? D’ailleurs, l’omission de ces formalités peut-elle changer la nature des choses, faire que ce qui est démontré cesse de l’être, rendre obscur ce qui est évident ; et, dans l’exemple que vous venez de proposer, le délit serait-il moins avéré, le prévenu serait-il moins coupable quand on négligerait de l’entendre ; et, quand sur la seule notoriété du fait on l’aurait roué sans tous ces interrogatoires d’usage, en serait-on moins sûr d’avoir puni justement un assassin ? Enfin toutes ces formes établies pour constater les délits ordinaires sont-elles nécessaires à l’égard d’un monstre dont la vie n’est qu’un tissu de crimes, et reconnu de toute la terre pour être la honte et l’opprobre de l’humanité ? Celui qui n’a rien d’humain mérite-t-il qu’on le traite en homme ?

ROUSSEAU. — Vous me faites frémir. Est-ce vous qui parlez ainsi ? Si je le croyais, je fuirais, au lieu de répondre. Mais non, je vous connais trop bien. Discutons de sang froid avec vos messieurs ces questions importantes d’où dépend, avec le maintien de l’ordre social, la conservation du genre humain. D’après eux, vous parlez toujours de clémence et de grâce ; mais, avant d’examiner quelle est cette grâce, il faudrait voir d’abord si c’en est ici le cas, et comment elle y peut avoir lieu. Le droit de faire grâce suppose celui de punir, et par conséquent la préalable conviction du coupable. Voilà premièrement de quoi il s’agit.

Vous prétendez que cette conviction devient superflue où règne l’évidence ; et moi je pense au contraire qu’en fait de délit l’évidence ne peut résulter que de la conviction du coupable, et qu’on ne peut prononcer sur la force des preuves qui le condamnent qu’après l’avoir entendu. La raison en est que, pour faire sortir aux yeux des hommes la vérité du sein des passions, il faut que ces passions s’entrechoquent, se combattent, et que celle qui accuse trouve un contrepoids égal dans celle qui défend, afin que la raison seule et la justice rompent l’équilibre et fassent pencher la balance. Quand un homme se fait le délateur d’un autre, il est probable, il est presque sûr qu’il est mu par quelque passion secrète qu’il a grand soin de déguiser. Mais quelque raison qui le détermine, et fût-ce même un motif de pure vertu, toujours est-il certain que du moment qu’il accuse il est animé du vif désir de montrer l’accusé coupable, ne fût-ce qu’afin de ne pas passer pour calomniateur ; et comme d’ailleurs il a pris à loisir toutes ses mesures, qu’il s’est donné tout le temps d’arranger ses machines et de concerter ses moyens et ses preuves, le moins qu’on puisse faire pour se garantir de surprise est de les exposer à l’examen et aux réponses de l’accusé, qui seul a un intérêt suffisant pour les examiner avec toute l’attention possible, et qui seul encore peut donner tous les éclaircissements nécessaires pour en bien juger. C’est par une semblable raison que la déposition des témoins, en quelque nombre qu’ils puissent être, n’a de poids qu’après leur confrontation. De cette action et réaction et du choc de ces intérêts opposés doit naturellement sortir aux yeux du juge la lumière de la vérité : c’en est du moins le meilleur moyen qui soit en sa puissance. Mais si l’un de ces intérêts agit seul avec toute sa force, et que le contrepoids de l’autre manque, comment l’équilibre restera-t-il dans la balance ? Le juge, que je veux supposer tranquille, impartial, uniquement animé de l’amour de la justice, qui communément n’inspire pas de grands efforts pour l’intérêt d’autrui, comment s’assurera-t-il d’avoir bien pesé le pour et le contre, d’avoir bien pénétré par lui seul tous les artifices de l’accusateur, d’avoir bien démêlé des faits exactement vrais ceux qu’il controuve, qu’il altère, qu’il colore à sa fantaisie, d’avoir même deviné ceux qu’il tait et qui changent l’effet de ceux qu’il expose ? Quel est l’homme audacieux qui, non moins sûr de sa pénétration que de sa vertu, s’ose donner pour ce juge-là ? Il faut, pour remplir avec tant de confiance un devoir si téméraire, qu’il se sente l’infaillibilité d’un dieu.

Que serait-ce si, au lieu de supposer ici un juge parfaitement intègre et sans passion, je le supposais animé d’un désir secret de trouver l’accusé coupable, et ne cherchant que des moyens plausibles de justifier sa partialité à ses propres yeux ?

Cette seconde supposition pourrait avoir plus d’une application dans le cas particulier qui nous occupe ; mais n’en cherchons point d’autre que la célébrité d’un auteur dont les succès passés blessent l’amour-propre de ceux qui n’en peuvent obtenir de pareils. Tel applaudit à la gloire d’un homme qu’il n’a nul espoir d’offusquer, qui travaillerait bien vite à lui faire payer cher l’éclat qu’il peut avoir de plus que lui, pour peu qu’il vît de jour à y réussir. Dès qu’un homme a eu le malheur de se distinguer à certain point, à moins qu’il ne se fasse craindre ou qu’il ne tienne à quelque parti, il ne doit plus compter sur l’équité des autres à son égard ; et ce sera beaucoup si ceux mêmes qui sont plus célèbres que lui lui pardonnent la petite portion qu’il a du bruit qu’ils voudraient faire tout seuls.

Je n’ajouterai rien de plus. Je ne veux parler ici qu’à votre raison. Cherchez à ce que je viens de vous dire une réponse dont elle soit contente, et je me tais. En attendant voici ma conclusion : Il est toujours injuste et téméraire de juger un accusé, tel qu’il soit, sans vouloir l’entendre ; mais quiconque jugeant un homme qui a fait du bruit dans le monde, non seulement le juge sans l’entendre, mais se cache de lui pour le juger, quelque prétexte spécieux qu’il allègue, et fût-il vraiment juste et vertueux, fût-il un ange sur la terre, qu’il rentre bien en lui-même, l’iniquité, sans qu’il s’en doute est cachée au fond de son cœur.

Étranger, sans parents, sans appui, seul, abandonné de tous, trahi du plus grand nombre. Jean-Jacques est dans la pire position où l’on puisse être pour être jugé équitablement. Cependant, dans les jugements sans appel qui le condamnent à l’infamie, qui est-ce qui a pris sa défense et parlé pour lui ? qui est-ce qui s’est donné la peine d’examiner l’accusation, les accusateurs, les preuves, avec ce zèle et ce soin que peut seul inspirer l’intérêt de soi-même ou de son plus intime ami ?

LE FRANÇAIS. — Mais vous-même, qui vouliez si fort être le sien, n’avez-vous pas été réduit au silence par les preuves dont j’étais armé ?

ROUSSEAU. — Avais-je les lumières nécessaires pour les apprécier, et distinguer à travers tant de trames obscures les fausses couleurs qu’on a pu leur donner ? suis-je au fait des détails qu’il faudrait connaître ? puis-je deviner les éclaircissements, les objections, les solutions que pourrait donner l’accusé sur des faits dont lui seul est assez instruit ? D’un mot peut-être il eût levé des voiles impénétrables aux yeux de tout autre et jeté du jour sur des manœuvres que nul mortel ne débrouillera jamais. Je me suis rendu, non parce que j’étais réduit au silence, mais parce que je l’y croyais réduit lui-même. Je n’ai rien, je l’avoue, à répondre à vos preuves. Mais si vous étiez isolé sur la terre, sans défense et sans défenseur, et depuis vingt ans en proie à vos ennemis comme Jean-Jacques, on pourrait sans peine me prouver de vous en secret ce que vous m’avez prouvé de lui, sans que j’eusse rien non plus à répondre. En serait-ce assez pour vous juger sans appel et sans vouloir vous écouter ?

Monsieur, c’est ici, depuis que le monde existe, la première fois qu’on a violé si ouvertement, si publiquement, la première et la plus sainte des lois sociales, celle sans laquelle il n’y a plus de sûreté pour l’innocence parmi les hommes. Quoi qu’on en puisse dire, il est faux qu’une violation si criminelle puisse avoir jamais pour motif l’intérêt de l’accusé ; il n’y a que celui des accusateurs, et même un intérêt très pressant, qui puisse les y déterminer, et il n’y a que la passion des juges qui puisse les faire passer outre malgré l’infraction de cette loi. Jamais ils ne souffriraient cette infraction, s’ils redoutaient d’être injustes. Non, il n’y a point, je ne dis pas de juge éclairé, mais d’homme de bon sens, qui, sur les mesures prises avec tant d’inquiétude et de soin pour cacher à l’accusé l’accusation, les témoins, les preuves, ne sente que tout cela ne peut dans aucun cas possible s’expliquer raisonnablement que par l’imposture de l’accusateur.

THE FRENCHMAN: — Hé! Judicial formalities that are supposed to be universal and without exception in courts of law, although often superfluous, do they truly constitute the law in cases of mercy and leniency like this one? Moreover, could the omission of such formalities change the nature of things, make what has been proven cease to be proven, or render what is evident obscure? In the example you just cited, would the crime be any less established, would the accused be any less guilty if those customary interrogations were neglected? And if, based solely on the notoriety of the act, he were executed without all those usual proceedings, would we be any less certain that we had rightly punished an assassin? Finally, are all these formalities established for determining ordinary crimes necessary in the case of a monster whose life is nothing but a series of crimes, and who is recognized throughout the world as the shame and disgrace of humanity? Does someone who possesses nothing humanly worthy deserve to be treated as a human being at all?

ROUSSEAU. — You make me tremble. Is it really you speaking in this way? If I believed it, I would flee instead of answering. But no, I know you too well. Let us discuss these important issues calmly with your gentlemen—issues that depend, for the maintenance of social order and the survival of the human race, on the proper application of justice. According to them, you always speak of mercy and grace; but before examining what this grace actually entails, we must first determine whether such circumstances exist here at all, and how it could possibly be exercised. The right to grant mercy presupposes the right to punish—and therefore the prior conviction of the guilty. That is what is at stake here above all else.

You claim that such conviction becomes unnecessary where evidence exists in abundance; but I believe quite the opposite—that in the case of a crime, evidence can only arise from the conviction of the guilty party itself, and that one can only determine the strength of the evidence condemning him after having heard his statement. The reason for this is that, in order to bring truth to light amidst human passions, those passions must collide and contend; the accusing passion must find an equal counterbalance in the defending passion, so that reason and justice alone can tip the scales one way or another. When a person accuses another, it is likely, almost certain, that he is motivated by some secret passion that he takes great pains to conceal. But whatever the reason behind his accusation—even if it were a motive of pure virtue—it is undeniable that, once he begins accusing, he is driven by a strong desire to prove the accused guilty, merely to avoid being regarded as a slanderer. Moreover, since he has taken all necessary time to prepare his accusations and organize his evidence, the very least one can do to ensure fairness is to subject those claims to the examination and rebuttal of the accused, who alone has sufficient interest in examining them thoroughly and providing all necessary clarifications. For this same reason, the testimony of witnesses, no matter how numerous, carries little weight unless it is cross-examined. It is through such interaction and the clash of opposing interests that the light of truth should naturally emerge before the judge—at least that is the best method within his power. But if one of these interests prevails unopposed, how can balance be maintained? Suppose the judge is calm, impartial, and solely guided by a love for justice—a quality that usually does not inspire great effort on behalf of others. How can he be certain that he has weighed all the facts carefully, that he has seen through all the manipulations of the accuser, that he has distinguished between true and fabricated evidence, and even that he has uncovered those facts which the accused chooses to conceal? What kind of man would dare assume such a role with such confidence in his own insight and virtue? To fulfill such a daring duty with such assurance, one must feel oneself endowed with the infallibility of a god.

What if, rather than assuming that the judge here is perfectly honest and devoid of any passions, I were to assume that he harbors a secret desire to prove the defendant guilty, and is merely seeking plausible ways to justify his bias in his own eyes?

This second hypothesis could have more than one application in the particular case before us; but let us seek no other explanation than the fame of an author whose past successes hurt the self-esteem of those who are unable to achieve similar success themselves. Some people applaud the glory of such a person, even though they have no hope of ever offending them; yet these very same people would quickly work to make them pay dearly for any advantage they may possess over them—so long as they see any chance of achieving this goal. Once a person has the misfortune to become distinguished in some way, unless they manage to inspire fear or align themselves with a particular faction, they can no longer rely on others’ fairness toward them; and it would be fortunate if those who are more famous than them even forgive them for the small share of attention they receive—attention that those people would otherwise seek for themselves alone.

I shall add nothing further. I wish to address only your reason here. Try to find a response to what I have said that will satisfy you, and then I will remain silent. In the meantime, here is my conclusion: It is always unjust and rash to judge an accused person, regardless of who they are, without giving them a chance to be heard; but anyone who judges a man who has caused a stir in the world—not only without listening to what that man has to say—but also by hiding from them in order to do so, no matter what flimsy pretext they may use—whether they truly are just and virtuous, or even an angel on earth—if they look within themselves carefully, they will find that injustice lies hidden deep within their hearts, without their even realizing it.

An outsider, without parents, without support, alone, abandoned by all, betrayed by the majority—Jean-Jacques is in the worst position possible for being judged fairly. Yet, in these final judgments that condemn him to infamy, who has stood up to defend him and speak on his behalf? Who has gone to the effort of examining the charges, the accusers, and the evidence with such zeal and care as only one’s own interests—or those of a closest friend—can inspire?

THE FRENCHMAN: — But you yourself, who so earnestly desired to become his follower, were you not forced into silence by the evidence I possessed?

ROUSSEAU. — Did I possess the necessary knowledge to appreciate them, and to distinguish through so many obscure layers those false interpretations that had been given of them? Am I aware of all the details that one should know? And can I even guess at the clarifications, objections, and solutions that the accused might offer regarding facts of which only he is fully informed? Perhaps with a single word, he could have lifted veils that are impenetrable to everyone else and shed light on maneuvers that no mortal will ever be able to unravel. I went there not because I was forced into silence, but because I believed him to be in that same state. Admittedly, I have nothing to respond to your arguments. But if you were alone on this earth, defenseless and without any supporter, and for twenty years had been subjected to the same persecution as Jean-Jacques, it would still be easy enough for someone to prove to me, in secret, what you have proven about him—without my having anything to say in return. Would that be enough to condemn you without a chance for appeal or even to listen to your side of the story?

Sir, this is the first time in the history of mankind that such an open and public violation of the most fundamental and sacred of social laws has taken place—laws without which there can be no safety for the innocent among us. No matter what one may say, it is utterly false to claim that a crime so heinous could ever be motivated by the interests of the accused; there is only the interest of the accusers—at times even a very pressing interest—which could drive them to such an act, and it is solely the passion of the judges that enables them to overlook such a violation of the law. They would never commit such a wrongdoing if they feared being unjust. No, I am not speaking of a wise judge, but of any person with common sense—given all the precautions taken to conceal from the accused the charges, witnesses, and evidence—it is impossible to conceive that any of this could be reasonably explained except as the result of the accused’s deception.

Il francese: “Ehi! Formalità giudiziarie che dovrebbero essere generali e senza eccezioni nei tribunali, anche se spesso superflue, possono forse avere valore in casi di grazia o di clemenza come questo? Inoltre, l’omissione di tali formalità potrebbe cambiare la natura delle cose, far sì che ciò che è stato dimostrato smetta di esserlo, rendere oscuro ciò che è evidente. Nel caso che avete appena menzionato, il reato sarebbe meno certo, l’accusato meno colpevole se si trascurassero queste formalità? E, basandosi soltanto sulla notorietà del fatto, lo si potrebbe giustiziare senza tutti questi interrogatori di rito. Si potrebbe essere più sicuri di aver punito giustamente un assassino in questo modo? Infine, tutte queste procedure stabilite per accertare i reati ordinari sono davvero necessarie nel caso di un mostro la cui vita è un susseguirsi di crimini, riconosciuto in tutto il mondo come l’onta e lo scandalo dell’umanità? Chi non possiede nulla di umano merita davvero di essere trattato come un uomo?”

ROUSSEAU: — Mi fate tremare. È davvero voi a parlare in questo modo? Se ci credessi, fuggirei invece di rispondere. Ma no, vi conosco troppo bene. Discutiamo con calma queste questioni importanti, dalle quali dipende, insieme al mantenimento dell’ordine sociale, la sopravvivenza della specie umana. Secondo loro, voi parlate sempre di clemenza e misericordia. Ma prima ancora di esaminare cosa significhi davvero questa misericordia, bisognerebbe vedere se in questo caso sia applicabile, e come possa essere attuata. Il diritto di concedere la grazia presuppone il diritto di punire, e quindi una previa condanna del colpevole. Ecco di cosa si tratta innanzitutto.

Sostenete che tale convinzione diventi superflua quando regna l’evidenza; io invece penso il contrario: in materia di reati, l’evidenza può derivare soltanto dalla convinzione del colpevole, e si può pronunciare una sentenza sulla forza delle prove che lo condannano soltanto dopo averlo ascoltato. La ragione è questa: affinché la verità emerga dalle passioni umane, queste devono scontrarsi e combattersi; quella che accusa deve trovare un contrappeso equivalente in quella che difende, affinché sia solo la ragione e la giustizia a rompere l’equilibrio e far pendere la bilancia a favore della verità. Quando un uomo si fa delatore di un altro, è probabile, anzi quasi certo, che sia spinto da qualche passione segreta che cerca con ogni sforzo di nascondere. Ma qualunque sia la ragione che lo determini, anche se si tratta di un motivo di pura virtù, è certo che, non appena inizia ad accusare, ha il forte desiderio di dimostrare l’innocenza dell’accusato, anche solo per evitare di essere considerato calunniatore. Inoltre, poiché ha avuto tutto il tempo necessario per preparare le sue accuse e organizzare le prove, la cosa migliore da fare per garantirsi contro eventuali sorprese è sottoporle all’esame e alle risposte dell’accusato, l’unico che abbia un interesse sufficiente a esaminarle con attenzione e a fornire tutte le spiegazioni necessarie per giudicarle correttamente. È per questa ragione che anche il depoimento di molti testimoni ha valore soltanto dopo la loro confrontazione: è dall’interazione tra queste testimonianze e dai contrasti tra gli interessi coinvolti che, naturalmente, può emergere la verità davanti al giudice; questo è almeno il metodo migliore a sua disposizione. Ma se uno di questi interessi agisce da solo con tutta la sua forza, senza alcun contrappeso, come potrà essere mantenuto l’equilibrio? Il giudice, che supponiamo sia tranquillo, imparziale e mosso unicamente dall’amore per la giustizia – una qualità che di solito non spinge le persone a compiere grandi sforzi per gli interessi altrui – come potrà essere certo di aver valutato correttamente tutti i pro e i contro, di aver compreso pienamente tutte le astuzie dell’accusatore, di aver distinto con precisione i fatti veri da quelli che l’accusatore altera o inventa a piacimento, e persino di aver indovinato ciò che tace e che può influenzare negativamente la valutazione dei fatti esposti? Chi è l’uomo così audace da ritenersi all’altezza di un compito così pericoloso, con tanta fiducia nella propria perspicacia e virtù? Per assumersi tale responsabilità con tanta sicurezza, bisogna sentirsi dotati dell’infallibilità di un dio.

Che cosa accadrebbe se, invece di ipotizzare qui un giudice perfettamente integro e privo di passioni, lo immaginassi animato dal desiderio segreto di dichiarare l’imputato colpevole, e cercasse soltanto modi plausibili per giustificare la propria parzialità ai propri occhi?

Questa seconda ipotesi potrebbe avere più di una applicazione nel caso particolare che ci occupa; ma non cerchiamo altre spiegazioni se non quella legata alla fama di un autore i cui successi passati feriscono l’orgoglio di coloro che non sono in grado di ottenere risultati simili. Alcuni applaudono la gloria di un uomo di cui non hanno alcuna speranza di umiliarlo; anzi, lavorerebbero subito per fargli pagare a caro il successo che egli ha, soprattutto se vedessero una possibilità di riuscirci. Non appena un uomo ha la sfortuna di distinguersi in qualche modo, a meno che non susciti paura o non sostenga una determinata causa, non può più contare sull’equità altrui nei suoi confronti; e sarà già molto se coloro che sono più famosi di lui gli perdonano quella piccola parte di attenzione che vorrebbero ottenere tuttii per sé.

Non aggiungerò nulla di più. Qui voglio parlare soltanto alla vostra ragione. Cerchiate di trovare una risposta alle mie parole che possa soddisfarvi, e allora mi terrò in silenzio. Fino ad allora, ecco la mia conclusione: È sempre ingiusto e temerario giudicare un accusato, qualunque sia, senza volerlo ascoltare; ma chiunque giudichi un uomo che ha fatto rumore nel mondo, non solo lo giudica senza ascoltarlo, ma si nasconde da lui per farlo, qualsiasi pretesto possa addurre. E anche se fosse davvero giusto e virtuoso, anche se fosse un angelo sulla terra. Se si guarda dentro di sé, scoprirà che l’ingiustizia, senza che se ne renda conto, è nascosta nel profondo del suo cuore.

Straniero, senza genitori, senza appoggi, solo, abbandonato da tutti, tradito dalla maggior parte delle persone. Jean-Jacques si trova nella peggiore posizione possibile per essere giudicato in modo equo. Eppure, nei giudizi irrevocabili che lo condannano all’infamia, chi si è preso la briga di difenderlo e parlare a suo favore? Chi si è dato la pena di esaminare l’accusa, gli accusatori, le prove, con quel zelo e quella cura che possono ispirare soltanto l’interesse per se stessi o per il proprio più caro amico?

IL FRANCESCO: — Ma tu stesso, che desideravi tanto essere il suo, non sei stato costretto al silenzio dalle prove che avevo a disposizione?

ROUSSEAU: — Avevo forse le necessarie luci per apprezzarle correttamente e distinguere, tra tante circostanze oscure, i falsi colori che loro sono stati attribuiti? Conoscevo davvero tutti i dettagli che sarebbe stato necessario conoscere? Ero in grado di indovinare le spiegazioni, le obiezioni e le soluzioni che l’accusato avrebbe potuto fornire riguardo a fatti di cui solo lui era sufficientemente informato? Forse con una sola parola avrebbe potuto dissipare ombre insuperabili agli occhi di chiunque altro e far luce su manovre che nessun essere umano riuscirebbe mai a comprendere del tutto. Sono andato là non perché fossi costretto al silenzio, ma perché credevo che anche lui lo fosse. Ammetto di non avere nulla da rispondere alle vostre prove. Ma se foste isolati sulla terra, senza difesa né protettori, e per vent’anni esposti ai vostri nemici come Jean-Jacques, qualcuno potrebbe facilmente dimostrarmi in segreto ciò che avete dimostrato su di lui. E anch’io non avrei nulla da rispondere. Basterebbe questo per giudicarvi senza appello e senza nemmeno volervi ascoltare?

Signore, è la prima volta nella storia dell’umanità che si viola in modo così aperto e pubblico la legge più sacra e fondamentale delle società: quella senza la quale non vi sarebbe più sicurezza per gli innocenti tra gli uomini. Qualunque cosa si possa dire al riguardo, è falso affermare che una violazione così criminale possa mai essere motivata dall’interesse dell’accusato; esiste soltanto l’interesse degli accusatori, e anzi un interesse molto pressante, che può spingerli a compiere tale atto. Inoltre, è solo la passione dei giudici che può far loro ignorare questa violazione della legge. Mai tollererebbero una simile infrazione se temessero di essere ingiusti. No, non esiste alcun giudice, per quanto illuminato possa essere, né alcuna persona dotata di buon senso, che, di fronte alle misure prese con tanta cautela e attenzione per nascondere all’accusato l’accusa, i testimoni e le prove, non riconosca che tutto ciò può spiegarsi soltanto come un’impostura da parte dell’accusatore.

Vous demandez néanmoins quel inconvénient il y aurait, quand le crime est évident, à rouer l’accusé sans l’entendre. Et moi je vous demande en réponse quel est l’homme, quel est le juge assez hardi pour oser condamner à mort un accusé convaincu selon toutes les formes judiciaires, après tant d’exemples funestes d’innocents bien interrogés, bien entendus, bien confrontés, bien jugés selon toutes les formes, et, sur une évidence prétendue, mis à mort avec la plus grande confiance pour des crimes qu’ils n’avaient point commis. Vous demandez quel inconvénient il y aurait, quand le crime est évident, à rouer l’accusé sans l’entendre. Je réponds que votre supposition est impossible et contradictoire dans les termes, parce que l’évidence du crime consiste essentiellement dans la conviction de l’accusé, et que toute autre évidence ou notoriété peut être fausse, illusoire, et causer le supplice d’un innocent. En faut-il confirmer les raisons par des exemples ? Par malheur, ils ne nous manqueront pas. En voici un tout récent tiré de la gazette de Leyde, et qui mérite d’être cité. Un homme accusé dans un tribunal d’Angleterre d’un délit notoire, attesté par un témoignage public et unanime, se défendit par un alibi bien singulier. Il soutint et prouva que, le même jour et à la même heure où on l’avait vu commettre le crime, il était en personne occupé à se défendre devant un autre tribunal, et dans une autre ville, d’une accusation toute semblable. Ce fait, non moins parfaitement attesté, mit les juges dans un étrange embarras. À force de recherches et d’enquêtes, dont assurément on ne se serait pas avisé sans cela, on découvrit enfin que les délits attribués à cet accusé avaient été commis par un autre homme moins connu, mais si semblable au premier de taille, de figure et de traits, qu’on avait constamment pris l’un pour l’autre. Voilà ce qu’on n’eût point découvert si, sur cette prétendue notoriété, on se fût pressé d’expédier cet homme sans daigner l’écouter ; et vous voyez comment, cet usage une fois admis, il pourrait aller de la vie à mettre un habit d’une couleur plutôt que d’une autre.

Autre article encore plus récent tiré de la gazette de France du 31 octobre 1774. « Un malheureux, disent les lettres de Londres, allait subir le dernier supplice, et il était déjà sur l’échafaud, quand un spectateur, perçant la foule, cria de suspendre l’exécution, et se déclara l’auteur du crime pour lequel cet infortuné avait été condamné, ajoute tant que sa conscience troublée (cet homme apparemment n’était pas philosophe) ne lui permette tait pas en ce moment de sauver sa vie aux dépens de l’innocent. Après une nouvelle instruction de l’affaire, le condamné, continue l’article, a été renvoyé absous, et le roi a cru devoir faire grâce au coupable en faveur de sa générosité. » Vous n’avez pas besoin, je crois, de mes réflexions sur cette nouvelle instruction de l’affaire, et sur la première, en vertu de laquelle l’innocent avait été condamné à mort.

Vous avez sans doute ouï parler de cet autre jugement où, sur la prétendue évidence du crime, onze pairs ayant condamné l’accusé, le douzième aima mieux s’exposer à mourir de faim avec ses collègues que de joindre sa voix aux leurs, et cela, comme il l’avoua dans la suite, parce qu’il avait lui-même commis le crime dont l’autre paraissait évidemment coupable. Ces exemples sont plus fréquents en Angleterre, où les procédures criminelles se font publiquement, au lieu qu’en France, où tout se passe dans le plus effrayant mystère, les faibles sont livrés sans scandale aux vengeances des puissants ; et les procédures, toujours ignorées du public ou falsifiées pour le tromper, restent, ainsi que l’erreur ou l’iniquité des juges, dans un secret éternel, à moins que quelque événement extraordinaire ne les en tire.

C’en est un de cette espèce qui me rappelle chaque jour ces idées à mon réveil. Tous les matins avant le jour, la messe de la pie, que j’entends sonner à Saint-Eustache[382] me semble un avertissement bien solennel aux juges et à tous les hommes d’avoir une confiance moins téméraire en leurs lumières, d’opprimer et mépriser moins la faiblesse, de croire un peu plus à l’innocence, d’y prendre un peu plus d’intérêt, de ménager un peu plus la vie et l’honneur de leurs semblables, et enfin de craindre quelquefois que trop d’ardeur à punir les crimes ne leur en fasse commettre à eux-mêmes de bien affreux. Que la singularité des cas que je viens de citer les rende uniques chacun dans son espèce, qu’on les dispute, qu’on les nie enfin si l’on veut, combien d’autres cas non moins imprévus, non moins possibles, peuvent être aussi singuliers dans la leur ? Où est celui qui sait déterminer avec certitude tous les cas où les hommes, abusés par de fausses apparences, peuvent prendre l’imposture pour l’évidence, et l’erreur pour la vérité ? Quel est l’audacieux qui, lorsqu’il s’agit de juger capitalement un homme, passe en avant, et le condamne sans avoir pris toutes les précautions possibles pour se garantir des pièges du mensonge et des illusions de l’erreur ? Quel est le juge barbare qui, refusant à l’accusé la déclaration de son crime, le dépouille du droit sacré d’être entendu dans sa défense, droit qui, loin de le garantir d’être convaincu, si l’évidence est telle qu’on la suppose, très souvent ne suffit pas même pour empêcher le juge devoir cette évidence dans l’imposture, et de verser le sang innocent même après avoir entendu l’accusé ? Osez-vous croire que les tribunaux abondent en précautions superflues pour la sûreté de l’innocence ? Eh ! qui ne sait au contraire que, loin de s’y soucier de savoir si un accusé est innocent et de chercher à le trouver tel, on ne s’y occupe au contraire qu’à tâcher de le trouver coupable à tout prix, et qu’à lui ôter pour sa défense tous les moyens qui ne lui sont pas formellement accordés par la loi ; tellement que si, dans quelque cas singulier, il se trouve une circonstance essentielle qu’elle n’ait pas prévue, c’est au prévenu d’expier, quoique innocent, cet oubli par son supplice ? ignorez-vous que ce qui flatte le plus les juges est d’avoir des victimes à tourmenter, qu’ils aimeraient mieux faire périr cent innocents que de laisser échapper un coupable ; et que, s’ils pouvaient trouver de quoi condamner un homme dans toutes les formes, quoique persuadés de son innocence, ils se hâteraient de le faire périr en l’honneur de la loi ? Ils s’affligent de la justification d’un accusé comme d’une perte réelle ; avides de sang à répandre, ils voient à regret échapper de leurs mains la proie qu’ils s’étaient promise, et n’épargnent rien de ce qu’ils peuvent faire impunément pour que ce malheur ne leur arrive pas. Grandier, Calas, Langlade, et cent autres ont fait du bruit par des circonstances fortuites ; mais quelle foule d’infortunés sont les victimes de l’erreur ou de la cruauté des juges, sans que l’innocence étouffée sous des monceaux de procédures vienne jamais au grand jour, ou n’y vienne que par hasard, longtemps après la mort des accusés, et lorsque personne ne prend plus d’intérêt à leur sort ? Tout nous montre ou nous fait sentir l’insuffisance des lois et l’indifférence des juges pour la protection des innocents accusés, déjà punis avant le jugement par les rigueurs du cachot et des fers, et à qui souvent on arrache à force de tourments l’aveu des crimes qu’ils n’ont pas commis. Et vous, comme si les formes établies et trop souvent inutiles étaient encore superflues, vous demandez quel inconvénient il y aurait, quand le crime est évident, à rouer l’accusé sans l’entendre ! Allez, monsieur, cette question n’avait besoin de ma part d’aucune réponse ; et si, quand vous la faisiez, elle eût été sérieuse, les murmures de votre cœur y auraient assez répondu.

You ask what inconvenience there would be, when the crime is evident, in trying an accused without hearing their side of the story. In response, I ask you: what kind of man, what kind of judge would dare to sentence a defendant to death who has been convicted according to all legal procedures, after so many tragic examples of innocents who were thoroughly questioned, heard from, confronted, and judged in accordance with every legal formality—only to be executed on the basis of purported evidence that proved they had not committed the crime? You ask what inconvenience there would be in trying an accused without hearing their side. I reply that your assumption is impossible and contradictory in itself, because the very “evidence” of a crime essentially consists in the conviction of the accused. Any other form of evidence or reputation could be false or misleading, leading to the execution of an innocent person. Do we need examples to confirm this? Unfortunately, such examples are all too plentiful. Here is one recent case from the Leyde newspaper that deserves to be cited: An man was accused in an English court of a notorious crime, as attested by public and unanimous testimony. He defended himself with a rather peculiar alibi, claiming that on the very day and at the very hour when he was supposedly committing the crime, he had actually been in another city, facing a similar accusation in another court. This fact, likewise thoroughly verified, put the judges in an awkward position. After extensive research and investigation—something that surely would not have been undertaken if they had rushed to judgment without hearing his side of the story—they finally discovered that the crimes attributed to this man had actually been committed by another individual, less well-known but physically so similar to the first one that people constantly mistook one for the other. This is precisely what could happen if we were to accept the practice of trying someone without giving them a fair hearing; you can see how, once such a practice becomes commonplace, it could lead to devastating consequences.

Another even more recent article from the Gazette de France dated October 31, 1774: “A poor man, it is said in letters from London, was about to undergo the ultimate punishment; he was already on the gallows when a spectator, breaking through the crowd, shouted for the execution to be halted and claimed to be the author of the crime for which this unfortunate individual had been condemned. He added that until his troubled conscience (this man apparently was not a philosopher) permitted him to save his own life at the expense of an innocent person, he could not proceed with the execution. After further investigation into the case, the condemned was acquitted, and the king deemed it appropriate to show mercy toward the perpetrator out of generosity.” I believe you do not need my comments on this second investigation, nor on the first one that had led to the innocent man’s death sentence.

You have surely heard of another such case: where, despite the alleged evidence of the crime and eleven judges having convicted the accused, the twelfth chose to face death by starvation alongside his colleagues rather than join in their verdict. He admitted later that he had himself committed the crime for which the other person seemed evidently guilty. Such incidents are more common in England, where criminal proceedings take place in public, whereas in France everything is carried out in the most terrifying secrecy. The weak are thus exposed to the vengeance of the powerful without any scandal; and the proceedings, always unknown to the public or fabricated to deceive it, along with the errors or injustices of the judges, remain forever hidden—unless some extraordinary event brings them to light.

It is one of those people who, every day upon waking, remind me of these ideas. Every morning, before dawn, the tolling of the bell for the Mass at Saint-Eustache[382] seems to me a solemn warning to judges and all men to be less presumptuous in their reliance on their own knowledge, to oppress and despise weakness less, to believe a little more in innocence, to show more concern for it, to cherish the life and honor of their fellow beings more, and finally, to fear that excessive zeal in punishing crimes might lead them to commit some themselves that are truly terrible. Even if the particular cases I have mentioned are unique within their kind, and some may dispute or deny them, how many other unforeseen but equally possible cases could be just as exceptional in their own way? Who can with certainty determine all the circumstances under which people, misled by false appearances, might mistake deception for truth and error for reality? What kind of fool would dare to condemn a man to death without taking every precaution to avoid falling victim to lies and illusions? And what kind of barbaric judge would refuse an accused person the right to defend himself, a right that, far from guaranteeing a conviction if the evidence is as alleged, often fails even to prevent the judge from concluding wrongly based on false assumptions? Do you really believe that courts take excessive precautions to protect the innocence of people? On the contrary, isn’t it true that, rather than caring whether an accused person is innocent or trying to prove it, they are more interested in finding him guilty at all costs and depriving him of any means of defense not explicitly permitted by law? As a result, in some exceptional cases where an essential detail is overlooked, it is the innocent who must suffer for that oversight? Don’t you realize that what pleases judges most is having victims to torment? They would rather let a hundred innocents die than let a criminal escape punishment. And if they could find any way to convict a man, even though they were convinced of his innocence, they would eagerly do so in the name of the law. They consider an acquitted defendant a real loss; eager to shed blood, they regret when their prey slips through their fingers and will stop at nothing to prevent such a misfortune from happening. Grandier, Calas, Langlade, and hundreds more have caused a stir through purely accidental circumstances; but how many unfortunate souls are the victims of judges’ errors or cruelty—innocents who are crushed under a mountain of legal proceedings, their innocence never coming to light, or only doing so by chance, long after the accused have died, when no one anymore cares about their fate? Everything shows us—or makes us aware of—the inadequacy of the laws and the indifference of judges toward protecting these innocent defendants, who are already suffering the harshities of imprisonment before even a trial has taken place, and often forced to confess crimes they never committed through unbearable torture. And you, as if the established procedures, so often useless, were still necessary, ask what harm there would be in condemning an accused person without even hearing their side of the story when the crime is obvious! Come now, sir—this question required no answer from me; and if it had been serious when you posed it, the murmurs within your heart would have answered it sufficiently.

Tuttavia, voi chiedete quale sia lo svantaggio di processare un accusato senza ascoltarlo, quando il crimine è evidente. E io vi rispondo: qual uomo, quale giudice potrebbe essere abbastanza audace da condannare a morte un accusato ritenuto colpevole secondo tutte le procedure legali, dopo tanti esempi tragici di innocenti che, dopo essere stati interrogati, ascoltati, confrontati e giudicati secondo ogni regola, sono stati comunque messi a morte sulla base di prove presunte e con la massima fiducia, per crimini che in realtà non avevano commesso? Voi chiedete quale sia lo svantaggio di processare un accusato senza ascoltarlo. Io rispondo che tale ipotesi è impossibile e contraddittoria in termini logici: l’evidenza del crimine consiste essenzialmente nella condanna dell’accusato, mentre qualsiasi altra prova o testimonianza potrebbe rivelarsi falsa o illusoria, causando così la morte di un innocente. Bisogna forse confermare queste argomentazioni con esempi? Purtroppo, non ne mancheranno. Ecco uno recentissimo tratto dal giornale di Leyde, che merita certamente di essere citato: un uomo accusato in un tribunale inglese di un reato noto, comprovato da testimonianze pubbliche e unanimi, si difese adducendo un alibi davvero singolare. Sostenne e dimostrò di essere stato, nello stesso giorno e alla stessa ora in cui gli era stato attribuito il crimine, presente in un altro tribunale, in un’altra città, a difendersi da un’accusa altrettanto grave. Questo fatto, anch’esso ampiamente confermato, mise i giudici in una situazione molto imbarazzante. Solo dopo lunghe ricerche e indagini si scoprì che i reati attribuiti a quell’uomo erano stati in realtà commessi da un altro individuo, meno conosciuto ma estremamente simile al primo per statura, aspetto e tratti fisici. Questo è ciò che non sarebbe mai stato scoperto se, sulla base di quella presunta “evidenza”, si fosse deciso di processare quell’uomo senza nemmeno ascoltarlo. E vedete come, una volta accettata questa prassi, essa possa portare a conseguenze estremamente gravi.

Un altro articolo ancora più recente tratto dal “Gazette de France” del 31 ottobre 1774: “Un infelice, si legge nelle lettere provenienti da Londra, stava per subire la pena capitale; era già sul patibolo quando un spettatore, facendosi strada tra la folla, gridò di sospendere l’esecuzione e si dichiarò autore del crimine per il quale quell’infortunato era stato condannato. Aggiungeva che, a causa dei rimorsi della sua coscienza (quest’uomo, apparentemente, non era un filosofo), in quel momento non gli era possibile salvare la propria vita a scapito dell’innocente. Dopo un nuovo esame del caso, il condannato fu assolto e il re decise di graziarlo, dimostrando così la sua generosità.” Non credo sia necessario che io commenti ulteriormente questa nuova decisione, né quella precedente per cui l’innocente era stato condannato a morte.

Avrete sicuramente sentito parlare di questo altro caso in cui, nonostante l’apparente evidenza del crimine e l’condanna dell’accusato da parte di undici giudici, il dodicesimo preferì rischiare la morte per fame insieme ai suoi colleghi piuttosto che unirsi al loro verdetto. Come ammise in seguito, lo fece perché era lui stesso colpevole del crimine di cui l’altro sembrava essere indiscutibilmente responsabile. Questi esempi sono più frequenti in Inghilterra, dove le procedure penali si svolgono pubblicamente; al contrario, in Francia tutto avviene nel più totale mistero: i deboli vengono consegnati senza scandalo alle vendette dei potenti, e le procedure giudiziarie, sempre ignorate dal pubblico o falsificate per ingannarlo, rimangono nascoste per sempre, a meno che qualche evento straordinario non le riveli.

È proprio uno di questi casi che ogni giorno, al mio risveglio, mi ricorda queste idee. Ogni mattina, prima dell’alba, la messa della pietà, che sento suonare a Saint-Eustache[382], mi sembra un avvertimento molto solenne per i giudici e per tutti gli uomini: di non avere una fiducia troppo temeraria nelle proprie conoscenze, di opprimere e disprezzare meno la debolezza, di credere un po’ di più nell’innocenza, di interessarsi di più a essa, di rispettare di più la vita e l’onore dei propri simili. E infine, di temere che una troppa avidità nel punire i crimini possa spingerli stessi a commetterne di molto brutti. Che la singolarità dei casi che ho appena menzionato li renda unici ciascuno nella loro specie. Che si discuta di loro, che si neghino se si vuole. Quanti altri casi, altrettanto imprevisti e possibili, possono essere ugualmente singolari nel loro genere? Chi può determinare con certezza tutti i casi in cui gli uomini, ingannati da false apparenze, possono scambiare l’inganno per la verità e l’errore per la realtà? Quale è l’audace che, quando si tratta di condannare a morte un uomo, si affretta a farlo senza prendere tutte le precauzioni possibili per evitare gli inganni e le illusioni dell’errore? Quale è il giudice barbaro che, rifiutando all’accusato il diritto sacro di essere ascoltato nella sua difesa – un diritto che, lontano dal garantirgli la certezza della propria innocenza, molto spesso non basta nemmeno a impedire al giudice di confondere l’inganno con la verità – osa condannarlo? Osate credere che i tribunali adottino precauzioni eccessive per garantire la sicurezza dell’innocenza? E invece, chi non sa che, lontano dal preoccuparsi di verificare se un accusato sia innocente o cercare di provarlo tale, si sforza piuttosto di dimostrarne la colpevolezza a tutti i costi, privandolo di ogni mezzo legale per difendersi? Così che, in qualche caso singolare in cui si verifica una circostanza non prevista dalla legge, è l’accusato stesso ad essere punito per quell’omissione. Non sapete forse che ciò che più compiace i giudici è avere vittime da tormentare? Preferirebbero far morire cento innocenti piuttosto che lasciare scappare un colpevole. E se potessero trovare qualcosa per condannare un uomo, anche se convinti della sua innocenza, si affretterebbero a farlo morire. Si lamentano della giustificazione di un accusato come di una vera perdita. Desiderosi di versare sangue, rimangono delusi quando la preda che si erano promessi sfugge loro dalle mani. E non esitano a fare qualsiasi cosa possano senza essere puniti, pur di evitare che ciò accada. Grandier, Calas, Langlade e cento altri hanno suscitato scalpore per circostanze fortuite; ma quante sono le vittime dell’errore o della crudeltà dei giudici, quelle innumerevoli sfortune causate da procedure legali ingiuste. L’innocenza, soffocata sotto un cumulo di procedimenti legali, non viene mai alla luce, o lo fa solo per caso, molto tempo dopo la morte degli imputati, quando ormai nessuno si interessa più al loro destino. Tutto ciò dimostra l’insufficienza delle leggi e l’indifferenza dei giudici nella protezione degli innocenti accusati, che spesso vengono puniti prima ancora di essere processati, con le crudeltà della prigione e delle torture. E voi, come se le procedure legali stabilite fossero ancora superflue, chiedete quale sia lo svantaggio, quando il crimine è evidente, nel processare l’accusato senza ascoltarlo! Andate, signore: questa domanda non richiedeva affatto una risposta da parte mia; e se, mentre la ponevate, fosse stata seria, i mormori del vostro cuore avrebbero già fornito una risposta sufficiente.

Mais si jamais cette forme si sacrée et si nécessaire pouvait être omise à l’égard de quelque scélérat reconnu tel de tous les temps, et jugé par la voix publique avant qu’on lui imputât aucun fait particulier dont il eût à se défendre, que puis-je penser de la voir écarter avec tant de sollicitude et de vigilance du jugement du monde où elle était le plus indispensable, de celui d’un homme accusé tout d’un coup d’être un monstre abominable, après avoir joui quarante ans de l’estime publique et de la bienveillance de tous ceux qui l’ont connu ? Est-il naturel, est-il raisonnable, est-il juste de choisir seul, pour refuser de l’entendre, celui qu’il faudrait entendre par préférence quand on se permettrait de négliger pour d’autres une aussi sainte formalité ? Je ne puis vous cacher qu’une sécurité si cruelle et si téméraire me déplaît et me choque dans ceux qui s’y livrent avec tant de confiance, pour ne pas dire avec tant de plaisir. Si, dans l’année 1751, quelqu’un eût prédit cette légère et dédaigneuse façon de juger un homme alors si universellement estimé, personne ne l’eût pu croire ; et, si le public regardait de sang-froid le chemin qu’on lui a fait faire pour l’amener par degrés à cette étrange persuasion, il serait étonné lui-même de voir les sentiers tortueux et ténébreux par lesquels on l’a conduit insensiblement jusque-là sans qu’il s’en soit aperçu.

Vous dites que les précautions prescrites par le bon sens et l’équité avec les hommes ordinaires sont superflues avec un pareil monstre ; qu’ayant foulé aux pieds toute justice et toute humanité, il est indigne qu’on s’assujettisse en sa faveur aux règles qu’elles inspirent ; que la multitude et l’énormité de ses crimes est telle que la conviction de chacun en particulier entraînerait dans des discussions immenses que l’évidence de tous rend superflues.

Quoi ! parce que vous me forgez un monstre tel qu’il n’en exista jamais, vous voulez vous dispenser de la preuve qui met le sceau à toutes les autres ! Mais qui jamais a prétendu que l’absurdité d’un fait lui servît de preuve, et qu’il suffit pour en établir la vérité de montrer qu’il est incroyable ? Quelle porte large et facile vous ouvrez à la calomnie et à l’imposture, si, pour avoir droit de juger définitivement un homme à son insu et en se cachant de lui, il suffit de multiplier, de charger les accusations, de les rendre noires jusqu’à faire horreur, en sorte que moins elles seront vraisemblables, et plus on devra leur ajouter de foi. Je ne doute point qu’un homme coupable d’un crime ne soit capable de cent ; mais ce que je sais mieux encore, c’est qu’un homme accusé de cent crimes peut n’être coupable d’aucun. Entasser les accusations n’est pas convaincre, et n’en saurait dispenser. La même raison qui, selon vous, rend sa conviction superflue, en est une de plus, selon moi, pour la rendre indispensable. Pour sauver l’embarras de tant de preuves, je n’en demande qu’une, mais je la veux authentique, invincible 7 et dans toutes les formes ; c’est celle du premier délit qui a rendu tous les autres croyables. Celui-là bien prouvé, je crois tous les autres sans preuves ; mais jamais l’accusation de cent mille autres ne suppléera dans mon esprit à la preuve juridique de celui-là.

LE FRANÇAIS. — Vous avez raison : mais prenez mieux ma pensée et celle de nos messieurs. Ce n’est pas tant à la multitude des crimes de Jean-Jacques qu’ils ont fait attention, qu’à son caractère affreux découvert enfin, quoique tard, et maintenant généralement reconnu. Tous ceux qui l’ont vu, suivi, examiné avec le plus de soin, s’accordent sur cet article, et le reconnaissent unanimement pour être, comme disait très bien son vertueux patron, M. Hume, la honte de l’espèce humaine et un monstre de méchanceté. L’exacte et régulière discussion des faits devient superflue quand il n’en résulte que ce qu’on sait déjà sans eux. Quand Jean-Jacques n’aurait commis aucun crime, il n’en serait pas moins capable de tous. On ne le punit ni d’un délit ni d’un autre, mais on l’abhorre comme les couvant tous dans son cœur. Je ne vois rien là que de juste. L’horreur et l’aversion des hommes est due au méchant qu’ils laissent vivre quand leur clémence les porte à l’épargner.

ROUSSEAU. — Après nos précédents entretiens, je ne m’attendais pas à cette distinction nouvelle. Pour le juger par son caractère, indépendamment des faits, il faudrait que je comprisse comment, indépendamment de ces mêmes faits, on a si subitement et si sûrement reconnu ce caractère. Quand je songe que ce monstre a vécu quarante ans généralement estimé et bien voulu, sans qu’on se soit douté de son mauvais naturel, sans que personne ait eu le moindre soupçon de ses crimes, je ne puis comprendre comment tout à coup ces deux choses ont pu devenir si évidentes, et je comprends encore moins que l’une ait pu l’être sans l’autre. Ajoutons que ces découvertes ayant été faites conjointement et tout, d’un coup par la même personne, elle a dû nécessairement commencer par articuler des faits pour fonder des jugements si nouveaux, si contraires à ceux qu’on avait portés jusqu’alors ; et quelle confiance pourrais-je autrement prendre à des apparences vagues, incertaines, souvent trompeuses, qui n’auraient rien de précis que l’on pût articuler ? Si vous voyez la possibilité qu’il ait passé quarante ans pour honnête homme sans l’être, je vois bien mieux encore celle qu’il passe depuis dix ans, à tort, pour un scélérat ; car il y a dans ces deux opinions cette différence essentielle que jadis on le jugeait équitablement et sans partialité, et qu’on ne le juge plus qu’avec passion et prévention.

LE FRANÇAIS. — Et c’est pour cela justement qu’on s’y trompait jadis, et qu’on ne s’y trompe plus aujourd’hui, qu’on y regarde avec moins d’indifférence. Vous me rappelez ce que j’avais à répondre à ces deux êtres si différents, si contradictoires, dans lesquels vous l’avez ci-devant divisé. Son hypocrisie a longtemps abusé les hommes, parce qu’ils s’en tenaient aux apparences et n’y regardaient pas de si près ; mais, depuis qu’on s’est mis à l’épier avec plus de soin et à le mieux examiner, on a bientôt découvert la forfanterie : tout son faste moral a disparu, son affreux caractère a percé de toutes parts. Les gens mêmes qui l’ont connu jadis, qui l’aimaient, qui l’estimaient, parce qu’ils étaient ses dupes, rougissent aujourd’hui de leur ancienne bêtise, et ne comprennent pas comment d’aussi grossiers artifices ont pu les abuser si longtemps. On voit avec la dernière clarté que, différent de ce qu’il parut alors, parce que l’illusion s’est dissipée, il est le même qu’il fut toujours.

But if ever this so sacred and indispensable formality could be dispensed with in the case of some notorious scoundrel who had long been recognized as such by all, and who was judged by public opinion before any specific charges were brought against him—what then can I think of when I see it being so carefully and vigilantly avoided in the judgment of a man who, for forty years, had enjoyed the respect of the public and the goodwill of everyone who knew him? Is it natural, reasonable, or just to choose, solely for the purpose of rejecting someone’s case, precisely the person whom one would most prefer to hear before neglecting such a sacred procedure for others? I must tell you that such cruel and reckless indifference disgusts and shocks me in those who so confidently—and, one might even say, with such relish—engage in it. If, in the year 1751, someone had predicted this casual and disdainful manner of judging a man who was then so universally respected, no one would have believed him; and if the public had calmly observed the gradual path that led them to this strange conclusion, they themselves would be astonished to see the winding and dark roads along which they were led there, without their even realizing it.

You say that the precautions prescribed by common sense and fairness toward ordinary people are unnecessary in the case of such a monster; that, having trampled underfoot all justice and humanity, it is unworthy of those rules inspired by these principles to be applied in its favor; that the multitude and enormity of its crimes are such that the conviction of any individual alone would lead to endless debates, when the evidence provided by all of them makes such discussions entirely unnecessary.

What! Because you create for me a monster such as no one has ever existed before, you wish to escape the need for any proof that could confirm all other claims! But who has ever claimed that the absurdity of a fact in itself constitutes proof, or that merely showing something to be incredible is enough to establish its truth? What a wide and easy path you open thus to slander and deceit—when, in order to judge a man definitively without his knowledge and in secret from him, it is sufficient to multiply accusations, to load them with such severity as to inspire horror, so that the less plausible they seem, the more belief one is supposed to attribute to them. I do not doubt that a man guilty of one crime might be capable of committing a hundred; but what I know even more surely is that a man accused of a hundred crimes may actually be innocent of all of them. Piling up accusations does not constitute proof, nor can it exempt one from the need for such proof. The very reason you consider it unnecessary to provide evidence becomes, in my view, an additional reason why such evidence is indispensable. To avoid the inconvenience of having to produce so many proofs, I would be satisfied with just one—but it must be authentic, irrefutable, and presented in every possible form; that is, the proof derived from the first offense that made all the others seem credible. Once that is thoroughly established, I believe all the others can be accepted without further evidence. But no amount of accusations regarding a hundred thousand other crimes could ever replace, in my mind, the legal proof of that very first offense.

THE FRENCHMAN: — You are right; but understand better my meaning, as well as that of our gentlemen. What they have focused on is not so much the multitude of crimes committed by Jean-Jacques, but rather his abhorrent character—which was finally revealed, albeit late, and is now generally acknowledged. All those who have observed him, followed him, and examined him with the greatest care agree on this point, and unanimously recognize him as what his virtuous patron, Mr. Hume, very aptly called “the shame of the human race” and a monster of malice. When the discussion of facts becomes entirely superfluous when it only leads to what we already know without it, then there is no need for such discussion at all. Even if Jean-Jacques had committed no crimes, he would still be capable of every wickedness. We do not punish him for this or that particular offense; rather, we detest him because we know he harbors all such evils in his heart. I see nothing unjust in this. The horror and aversion people feel toward him stem simply from the fact that they allow such a villain to live, out of mere mercy.

ROUSSEAU. — After our previous conversations, I did not expect such a new distinction to be made. To judge him by his character, independently of the facts, one would need to understand how, despite those very facts, such a character could have been recognized so suddenly and so certainly. When I think that this man lived for forty years, generally regarded as honest and well-liked, without anyone suspecting his evil nature or having any idea of his crimes, I cannot comprehend how all these things could suddenly become so evident—let alone how one of them could be clear without the other. Moreover, since these discoveries were made simultaneously and entirely by the same person, she must have begun by presenting facts to support such novel and contrary judgments to those previously held; otherwise, how could I possibly trust vague, uncertain, and often misleading appearances that offer nothing concrete upon which to base judgment? If you see the possibility that he lived forty years as an honest man without actually being one, then I see even more clearly the possibility that for ten years now he has been wrongly regarded as a scoundrel—because there is this essential difference between the two situations: in the past, people judged him fairly and without prejudice; now, they judge him only out of passion and preconception.

THE FRENCHMAN: — And it is precisely for this reason that people were deceived by it in the past, but are no longer deceived today; they regard it with less indifference. You remind me of what I had to say to those two such different, such contradictory aspects into which you had previously divided it. Its hypocrisy deceived people for a long time, because they only looked at its appearances and did not examine them closely enough; but ever since people began to observe it more carefully and study it more thoroughly, they soon uncovered its deceitfulness: all its moral pretense vanished, and its truly horrible nature became evident in every aspect. Even those who once knew it, who loved it, and who esteemed it—because they were its victims—now feel ashamed of their former ignorance and cannot understand how such blatant deceptions could have deceived them for so long. It is now clear beyond any doubt that, different from what it appeared to be at the time, since that illusion has vanished, it is exactly the same as it always was.

Ma se mai questa forma sacra e necessaria potesse essere trascurata nel caso di un individuo riconosciuto come scellerato da sempre, giudicato dalla voce pubblica prima che gli venissero imputati fatti specifici di cui dovesse difendersi, cosa posso pensare quando vedo che essa viene con tanta cura e attenzione evitata nel caso di un uomo accusato all’improvviso di essere un mostro abominabile, dopo aver goduto per quarant’anni dell’estima pubblica e della benevolenza di tutti coloro che lo hanno conosciuto? È naturale, è ragionevole, è giusto scegliere deliberatamente di ignorare proprio colui che dovrebbe essere ascoltato in primo luogo, quando si permette di trascurare una formalità così sacra per altri motivi? Non posso nascondervi che una tale sicurezza crudele e temeraria mi disgusta e mi offende in coloro che vi si affidano con tanta fiducia, per non dire con tanto piacere. Se, nell’anno 1751, qualcuno avesse predetto questo modo superficiale e sprezzante di giudicare un uomo allora così universalmente stimato, nessuno gli avrebbe creduto; e se il pubblico osservasse con distacco la strada che gli è stata fatta per condurlo gradualmente a questa strana convinzione, sarebbe sorpreso stesso di vedere i sentieri tortuosi e oscuri attraverso cui è stato guidato senza che se ne accorgesse.

Dite che le precauzioni prescritte dal buon senso e dall’equità verso le persone comuni siano inutili di fronte a un simile mostro; che, avendo calpestato ogni giustizia e umanità, non sia degno che si adottino per lui le regole che tali principi ispirano; che la quantità e l’enormità dei suoi crimini siano tale da rendere superflue qualsiasi discussione individuale, poiché l’evidenza stessa di tutti i fatti ne dimostra l’inutilità.

Che cosa! Solo perché mi create un mostro come non ne è mai esistito uno prima d’ora, volete evitare di fornire quella prova che conferma la veridicità di tutte le altre accuse. Ma chi ha mai affermato che l’assurdità di un fatto possa costituire una prova in suo favore, o che basti dimostrare che qualcosa è incredibile per stabilirne la verità? Quanta facilità offrite così alla calunnia e all’inganno: basta moltiplicare le accuse, renderle sempre più gravi fino a farle sembrare orribili, e meno plausibili esse siano, maggior credibilità si deve loro attribuire. Non dubito affatto che un uomo colpevole di un crimine possa commetterne cento; ma so anche con certezza che un uomo accusato di cento crimini può non essere colpevole di nessuno. Accumulare accuse non significa convincere, né può esentare da tale necessità. La stessa ragione che, secondo voi, rende la prova superflua, per me è invece una ragione in più per renderla indispensabile. Per evitare il fastidio di dover presentare tante prove, ne chiedo soltanto una, ma voglio che sia autentica, irrefutabile e valida sotto ogni aspetto; quella prova rappresentata dal primo crimine commesso, che ha reso credibili tutti gli altri. Se quel primo crimine viene dimostrato con certezza, allora credo in tutti gli altri anche senza prove. Ma mai l’accusa di centomila altri crimini potrà sostituire, nella mia mente, la prova legale di quello primo.

Il francese: — Avete ragione; ma cercate di comprendere meglio il mio pensiero e quello dei nostri signori. Non è tanto alla moltitudine di crimini commessi da Jean-Jacques che hanno prestato attenzione, quanto al suo orribile carattere, finalmente rivelato, sebbene tardi, e ora universalmente riconosciuto. Tutti coloro che lo hanno osservato, seguito e analizzato con la massima attenzione sono d’accordo su questo punto e lo riconoscono unanimemente come l’onta dell’umanità stessa, un mostro di malvagità. Una discussione accurata e sistematica sui fatti diventa superflua quando da essa non emerge nulla che non si sappia già in precedenza. Anche se Jean-Jacques non avesse commesso alcun crimine, sarebbe comunque capace di tutti quanti. Non lo si punisce per questo o per quell’altro reato, ma lo si odia perché li custodisce tutti nel suo cuore. Non vedo nulla di ingiusto in tutto ciò. L’orrore e l’avversione degli uomini derivano dal malvagio che permettono di vivere, quando la loro clemenza li spinge a risparmiarlo.

ROUSSEAU: — Dopo i nostri precedenti colloqui, non mi aspettavo questa nuova distinzione. Per giudicarlo in base al suo carattere, indipendentemente dai fatti, dovrei capire come, proprio senza conoscere quei fatti, si sia potuto riconoscere così rapidamente e con tanta certezza il suo vero carattere. Quando penso che questo individuo abbia vissuto per quarant’anni considerato onesto e stimato da tutti, senza che nessuno sospettasse della sua vera natura o dei suoi crimini, non riesco a comprendere come improvvisamente queste verità siano diventate così evidenti. E ancora meno capisco come una di esse possa essere emersa senza l’altra. Inoltre, poiché queste scoperte sono state fatte tutte insieme e nello stesso momento dalla stessa persona, essa deve necessariamente aver iniziato analizzando dei fatti per giungere a conclusioni così nuove e contrarie a quelle che si erano sempre avute fino ad allora. E come potrei mai fidarmi di apparenze vaghe, incerte e spesso ingannevoli, se non ci fosse nulla di concreto su cui basarsi? Se ritenete possibile che qualcuno possa vivere per quarant’anni considerato onesto senza esserlo davvero, allora posso pensare ancora più facilmente che qualcun altro venga giudicato un malvagio anche se non lo è. Perché in questi due casi c’è una differenza fondamentale: un tempo si giudicava questa persona con equità e senza pregiudizi, mentre ora si la giudica solo con passione e prevenzione.

Il francese: — Ed è proprio per questo che un tempo ci si sbagliava riguardo a lui, mentre oggi non ci sbagliamo più e lo osserviamo con meno indifferenza. Mi ricordate esattamente ciò che dovevo rispondere a quei due esseri così diversi, così contraddittori, in cui un tempo lo avevate diviso. La sua ipocrisia ha a lungo ingannato gli uomini, perché si basavano solo sull’apparenza senza esaminarla con attenzione; ma da quando abbiamo iniziato a osservarlo più attentamente e a analizzarlo meglio, abbiamo presto scoperto la sua vera natura: tutto il suo fasto morale è svanito, e il suo orribile carattere è venuto alla luce. Persino le persone che lo conoscevano un tempo, che lo amavano, che lo stimavano, perché erano sue vittime, oggi arrossiscono della loro antica stupidità e non capiscono come possibili artifici così grossolani siano riusciti a ingannarli per tanto tempo. Ora vediamo con estrema chiarezza che, diverso da ciò che sembrava allora, poiché l’illusione è svanita, egli è sempre stato lo stesso di sempre.

ROUSSEAU. — Voilà de quoi je ne doute point. Mais qu’autrefois on fût dans l’erreur sur son compte et qu’on n’y soit plus aujourd’hui, c’est ce qui ne me parait pas aussi clair qu’à vous. Il est plus difficile que vous ne semblez le croire de voir exactement tel qu’il est un homme dont on a d’avance une opinion décidée, soit en bien soit en mal. On applique à tout ce qu’il fait, à tout ce qu’il dit, l’idée qu’on s’est formée de lui. Chacun voit et admet tout ce qui confirme son jugement, rejette ou explique à sa mode tout ce qui le contrarie. Tous ses mouvements, ses regards, ses gestes, sont interprétés selon cette idée ; on y rapporte ce qui s’y rapporte le moins. Les mêmes choses que mille autres disent ou font, et qu’on dit ou fait soi-même indifféremment, prennent un sens mystérieux dès qu’elles viennent de lui. On veut deviner, on veut être pénétrant ; c’est le jeu naturel de l’amour-propre : on voit ce qu’on croit et non pas ce qu’on voit. On explique tout selon le préjugé qu’on a, et l’on ne se console de l’erreur ou l’on pense avoir été, qu’en se persuadant que c’est faute d’attention, non de pénétration, qu’on y est tombé. Tout cela est si vrai que, si deux hommes ont d’un troisième des opinions opposées, cette même opposition régnera dans les observations qu’ils feront sur lui. L’un verra blanc et l’autre noir ; l’un trouvera des vertus, l’autre des vices, dans les actes les plus indifférents qui viendront de lui ; et chacun, à force d’interprétations subtiles, prouvera que c’est lui qui a bien vu. Le même objet, regardé en différents temps avec des yeux différemment affectés, nous fait des impressions très différentes, et même, en convenant que l’erreur vient de notre organe, on peut s’abuser encore en concluant qu’on se trompait autrefois, tandis que c’est peut-être aujourd’hui qu’on se trompe. Tout ceci serait vrai quand on n’aurait que l’erreur des préjugés à craindre. Que serait-ce si le prestige des passions s’y joignait encore ; si de charitables interprètes, toujours alertes, allaient sans cesse au-devant de toutes les idées favorables qu’on pourrait tirer de ses propres observations pour tout défigurer, tout noircir, tout empoisonner ? On sait à quel point la haine fascine les yeux. Qui est-ce qui sait voir des vertus dans l’objet de son aversion ? qui est-ce qui ne voit pas le mal dans tout ce qui part d’un homme odieux ? On cherche toujours à se justifier ses propres sentiments ; c’est encore une disposition très naturelle. On s’efforce à trouver haïssable ce qu’on hait ; et, s’il est vrai que l’homme prévenu voit ce qu’il croit, il l’est bien plus encore que l’homme passionné voit ce qu’il désire. La différence est donc ici que, voyant jadis Jean-Jacques sans intérêt, on le jugeait sans partialité, et qu’aujourd’hui la prévention et la haine ne permettent plus de voir en lui que ce qu’on veut y trouver. Auxquels donc, à votre avis, des anciens ou des nouveaux jugements le préjugé de la raison doit-il donner plus d’autorité ?

S’il est impossible, comme je crois vous l’avoir prouvé, que la connaissance certaine de la vérité, et beaucoup moins l’évidence, résulte de la méthode qu’on a prise pour juger Jean-Jacques ; si l’on a évité à dessein les vrais moyens de porter sur son compte un jugement impartial, infaillible, éclairé, il s’ensuit que sa condamnation, si hautement, si fièrement prononcée, est non seulement arrogante et téméraire, mais violemment suspecte de la plus noire iniquité ; d’où je conclus que, n’ayant nul droit de le juger clandestinement comme on a fait, on n’a pas non plus celui de lui faire grâce, puisque la grâce d’un criminel n’est que l’exemption d’une peine encourue et juridiquement infligée. Ainsi la clémence dont vos messieurs se vantent à son égard, quand même ils useraient envers lui d’une bienfaisance réelle, est trompeuse et fausse ; et, quand ils comptent pour un bienfait le mal mérité dont ils disent exempter sa personne, ils en imposent et mentent, puisqu’ils ne l’ont convaincu d’aucun acte punissable ; qu’un innocent ne méritant aucun châtiment n’a pas besoin de grâce, et qu’un pareil mot n’est qu’un outrage pour lui. Ils sont donc doublement injustes, en ce qu’ils se font un mérite envers lui d’une générosité qu’ils n’ont point, et en ce qu’ils ne feignent d’épargner sa personne qu’afin d’outrager impunément son honneur.

Venons, pour le sentir, à cette grâce sur laquelle vous insistez si fort, et voyons en quoi donc elle consiste. À traîner celui qui la reçoit d’opprobre en opprobre et de misère en misère, sans lui laisser aucun moyen possible de s’en garantir. Connaissez-vous, pour un cœur d’homme, de, peine aussi cruelle qu’une pareille grâce ? Je m’en rapporte au tableau tracé par vous-même. Quoi ! c’est par bonté, par commisération, par bienveillance, qu’on rend cet infortuné le jouet du public, la risée de la canaille, l’horreur de l’univers ; qu’on le prive de toute société humaine, qu’on l’étouffe à plaisir dans la fange, qu’on s’amuse à l’enterrer tout vivant ! S’il se pouvait que nous i eussions à subir, vous ou moi, le dernier supplice, voudrions-nous l’éviter au prix d’une pareille grâce ? voudrions-nous de la vie à condition de la passer ainsi ? Non, sans doute ; il n’y a point de tourment, point de supplice que nous ne préférassions à celui-là, et la plus douloureuse fin de nos maux nous paraîtrait désirable et douce plutôt que de les prolonger dans de pareilles angoisses. Eh ! quelle idée ont donc vos messieurs de l’honneur, s’ils ne comptent pas l’infamie pour un supplice ? Non, non, quoi qu’ils en puissent dire, ce n’est point accorder la vie que de la rendre pire que la mort.

LE FRANÇAIS. — Vous voyez que notre homme n’en pense pas ainsi, puisqu’au milieu de tout son opprobre il ne laisse pas de vivre et de se porter mieux qu’il n’a jamais fait. Il ne faut pas juger des sentiments d’un scélérat par ceux qu’un honnête homme aurait à sa place. L’infamie n’est douloureuse qu’à proportion de l’honneur qu’un homme a dans le cœur. Les âmes viles, insensibles à la honte, y sont dans leur élément. Le mépris n’affecte guère celui qui s’en sent digne : c’est un jugement auquel son propre cœur l’a déjà tout accoutumé.

ROUSSEAU. — L’interprétation de cette tranquillité stoïque au milieu des outrages dépend du jugement déjà porté sur celui qui les endure. Ainsi ce n’est pas sur ce sang froid qu’il convient de juger l’homme, mais c’est par l’homme, au contraire, qu’il faut apprécier le sang-froid. Pour moi, je ne vois point comment l’impénétrable dissimulation, la profonde hypocrisie que vous avez prêtée à celui-ci s’accorde avec cette abjection presque incroyable dont vous faites ici son élément naturel. Comment, monsieur, un homme si haut, si fier, si orgueilleux, qui, plein de génie et de feu, a pu, selon vous, se contenir et garder quarante ans le silence pour étonner l’Europe de la vigueur de sa plume ; un homme qui met à un si haut prix l’opinion des autres, qu’il a tout sacrifié à une fausse affectation de vertu ; un homme dont l’ambitieux amour-propre voulait remplir tout l’univers de sa gloire, éblouir tous ses contemporains de l’éclat de ses talents et de ses vertus, fouler à ses pieds tous les préjugés, braver toutes les puissances, et se faire admirer par son intrépidité : ce même homme, à présent insensible à tant d’indignités, s’abreuve à longs traits d’ignominie, et se repose mollement dans la fange comme dans son élément naturel ! De grâce, mettez plus d’accord dans vos idées, ou veuillez m’expliquer comment cette brute insensibilité peut exister dans une âme capable d’une telle effervescence. Les outrages affectent tous les hommes, mais beaucoup plus ceux qui les méritent et qui n’ont point d’asile en eux-mêmes pour s’y dérober. Pour en être ému le moins qu’il est possible, il faut les sentir injustes, et s’être fait de l’honneur et de l’innocence un rempart autour de son cœur, inaccessible à l’opprobre. Alors on peut se consoler de l’erreur ou de l’injustice des hommes : car dans le premier cas les outrages, dans l’intention de ceux qui les font, ne sont pas pour celui qui les reçoit ; et dans le second, ils ne les lui font pas dans l’opinion qu’il est vil et qu’il les mérite, mais au contraire parce qu’étant vils et méchants eux-mêmes, ils haïssent ceux qui ne le sont pas.

ROUSSEAU. — This is something of which I am absolutely certain. But whether people were mistaken about him in the past and are no longer mistaken today, that does not seem as clear to me as it seems to you. It is far more difficult than you might think to see a person accurately as they really are when one already holds a firm opinion about them, whether positive or negative. We apply to everything they do and say the preconceptions we have formed about them. Everyone accepts whatever confirms their judgment and rejects or interprets in a way that suits them whatever contradicts it. All their movements, looks, and gestures are interpreted according to these preconceptions; we relate to them only what seems to fit them. The very same things that thousands of others might say or do, and that we ourselves would say or do without any particular thought, take on a mysterious meaning whenever they come from him. We try to guess, to be perceptive; it is the natural inclination of our self-love: we see what we believe, not what we actually see. We explain everything according to our preconceptions, and we only console ourselves for our mistakes—or think we were mistaken in the past—by convincing ourselves that it was due to carelessness, not lack of insight. All this is so true that if two people have opposing opinions about a third person, these same opposing views will manifest in their observations of him. One will see white where the other sees black; one will find virtues where the other sees vices in his actions; and each, through subtle interpretations, will prove that they were right. The same object, viewed at different times with eyes influenced by different emotions, can produce very different impressions on us. Even if we admit that our mistakes stem from our own perceptions, we might still be mistaken when we conclude that we were wrong in the past, when in fact we might be wrong today. All this would be true if we had only to fear the errors of preconceptions. But what if the influence of passions were added to them? What if there were always “benevolent” interpreters ready to distort, darken, and poison every favorable impression we might draw from our own observations of a person? We know how much hatred can blur our judgment. Who can see virtues in someone they hate? Who cannot see evil in everything that comes from an odious person? We always try to justify our own feelings; that is also a very natural tendency. We strive to see what we hate as hateful; and if it is true that a preconceived mind sees what it believes, then the biased and angry mind sees even more of what it desires. The difference here is that in the past, when we viewed Jean-Jacques without prejudice, we judged him impartially; but today, prejudice and hatred prevent us from seeing anything but what we want to see in him. To whom, then, in your opinion, should the prejudice of reason grant more authority—old judgments or new ones?

If it is impossible, as I believe I have proven to you, for certain knowledge of the truth—let alone conclusive evidence—to arise from the method employed in judging Jean-Jacques; if true and impartial judgment was deliberately avoided through improper means, then his condemnation, pronounced so boldly and proudly, is not only arrogant and presumptuous but also deeply suspect of the most grievous injustice. Hence I conclude that, since there was no right to judge him secretly as was done, there is likewise no right to grant him mercy, for the mercy of a criminal is merely the exemption from a legally prescribed punishment. Thus, the leniency your gentlemen boast about toward him—even if it were genuinely benevolent—is deceptive and false. When they consider the merited wrongdoing they claim to forgive as some form of kindness, they are deceiving themselves and lying, for they have not convicted him of any punishable act. An innocent person, deserving no punishment at all, needs no mercy; such a notion is nothing but an insult to him. They are therefore doubly unjust: first, by claiming credit for generosity they do not possess; second, by pretending to spare his life merely to outrage his honor with impunity.

Let us endeavor to understand this so-called “grace” upon which you place such emphasis, and see in what it actually consists. To drag those who receive it into disgrace and misery, without leaving them any means of escaping it—do you know of any more cruel torment for a human heart than such “grace”? I refer here to the picture you yourself have painted. How! Out of kindness, compassion, or benevolence, this unfortunate person is made a spectacle for the public, the object of ridicule and scorn; he is deprived of all human company, suffocated in filth at will, and even buried alive as a source of amusement! If it were possible for you or me to endure such a final torment, would we wish to escape it at the cost of such “grace”? Would we want to live under such conditions? No, certainly not; there is no torture or suffering we would not prefer to that. Even the most painful end of our misfortunes would seem desirable and gentle compared to enduring such agony forever. Ah! What understanding do your gentlemen have of honor, if they do not consider infamy itself a form of torment? No, no—no matter what they say, to grant someone life is nothing but to make it worse than death.

THE FRENCHMAN: — You see that our man does not think in this way; for, amidst all his disgrace, he continues to live and fare better than ever before. One should not judge the feelings of a scoundrel by those that an honest man would have in his place. Infamy is only painful in proportion to the honor that a person holds in their heart. Vile souls, insensitive to shame, are in their natural element. Disrespect hardly affects those who consider themselves worthy of it; such judgment is one to which their own hearts have already accustomed them.

ROUSSEAU. — The interpretation of this stoic calmness in the face of such insults depends on the judgment already formed regarding the person who endures them. Thus, it is not upon this coldness that one should judge the man, but rather, on the contrary, it is through the man himself that we must assess this coldness. For my part, I see no way in which the impenetrable dissimulation, the profound hypocrisy that you attribute to this person can be reconciled with this almost unbelievable abjection that you present as his natural disposition. How, sir, could a man so noble, so proud, so full of genius and passion have been able, according to your account, to restrain himself and maintain silence for forty years merely in order to astonish Europe with the strength of his writing? How could a man who placed such great value on the opinions of others have sacrificed everything for a false pretense of virtue? How could a man whose ambitious self-love sought to fill the entire universe with his glory, to dazzle all his contemporaries with the brilliance of his talents and virtues, to trample all prejudices underfoot, to defy all authority, and to earn admiration through his courage—how could such a man, now utterly indifferent to such indignities, drink deeply from the cup of humiliation and recline indolently in the mire as if it were his natural element? Please, make your ideas more coherent, or explain to me how such utter insensitivity can exist in a soul capable of such intensity of emotion. Insults affect all men, but far more those who deserve them and who have no inner strength to protect themselves from them. To be affected the least by them, one must perceive them as unjust and must have built a barrier of honor and innocence around one’s heart, impervious to disgrace. Only then can one console oneself for the errors or injustices of others: for in the first case, the insults, in the intent of those who hurl them, are not directed at the person who receives them; and in the second case, they are not inflicted because the person is considered vile or deserving of them, but rather because those who inflict them are themselves vile and wicked, and therefore hate those who are not.

ROUSSEAU. — Di questo non ho alcun dubbio. Ma che in passato si potesse essere in errore su di lui e che oggi non lo si sia più, questa mi sembra meno evidente di quanto lo sia per voi. È molto più difficile di quanto possiate credere riconoscere con precisione la vera natura di una persona riguardo alla quale si ha già un’opinione fissa, sia positiva che negativa. Si applica a tutto ciò che fa, a tutto ciò che dice, l’idea che ci si è fatta di lui. Ognuno vede e accetta soltanto ciò che conferma la propria opinione, rifiuta o interpreta in modo conforme alle proprie preferenze tutto ciò che la contraddice. Tutti i suoi movimenti, i suoi sguardi, i suoi gesti vengono interpretati secondo questa idea; si cerca di collegare a lui anche ciò che meno ha a che fare con lui. Le stesse cose che mille altre persone potrebbero dire o fare, e che noi stessi potremmo fare indifferentemente, assumono un significato misterioso non appena vengono da lui. Si cerca di indovinare, si vuole essere perspicaci; è il naturale istinto dell’amor-propre: si vede ciò che si crede, e non ciò che si vede realmente. Si spiega tutto in base ai pregiudizi che si hanno, e ci si consola dell’errore commesso pensando che sia stato causato da mancanza di attenzione, e non da mancanza di perspicacia. Tutto questo è così vero che, se due persone hanno opinioni opposte su una terza, anche le loro osservazioni su di lui saranno contraddittorie. Uno vedrà il bene e l’altro il male; uno troverà virtù, l’altro vizi negli atti più indifferenti che quell’uomo compie; e ognuno, con interpretazioni sofisticate, proverà di avere ragione. Lo stesso oggetto, osservato in momenti diversi con occhi influenzati da sentimenti diversi, ci dà impressioni molto diverse; e anche ammettendo che l’errore derivi dal nostro modo di vedere, possiamo ancora ingannarci pensando di aver sbagliato in passato, mentre forse oggi è proprio noi ad avere torto. Tutto questo sarebbe vero se si dovesse temere soltanto l’errore dei pregiudizi. Ma che dire se vi si aggiungesse anche il potere delle passioni; se ci fossero “interpreti benevoli”, sempre pronti a distorcere ogni idea positiva che possiamo trarre dalle nostre osservazioni, rendendola falsa e negativa? Si sa quanto la rabbia possa offuscare la vista. Chi può vedere delle virtù nell’oggetto del proprio odio? Chi non vede il male in tutto ciò che proviene da una persona odiosa? Cerchiamo sempre di giustificare i nostri sentimenti; è ancora una naturale tendenza umana. Ci sforziamo di considerare odioso ciò che odiamo. E, se è vero che chi ha pregiudizi vede soltanto ciò che crede, allora questo vale ancora di più per chi è guidato dalle passioni: vede ciò che desidera, non ciò che realmente è. La differenza sta quindi nel fatto che, in passato, osservando Jean-Jacques senza pregiudizi, lo giudicavamo con imparzialità; oggi, invece, i nostri pregiudizi e la nostra rabbia ci impediscono di vedere in lui altro se non ciò che vogliamo trovare. A quali, quindi, secondo voi, giudizi – antichi o nuovi – il pregiudizio della ragione dovrebbe conferire maggiore autorità?

Se è impossibile, come credo di avervi dimostrato, che una conoscenza certa della verità, e tanto meno un’evidenza concreta, possa derivare dal metodo adottato per giudicare Jean-Jacques; se si sono intenzionalmente evitati i veri mezzi per formulare su di lui un giudizio imparziale, infallibile ed illuminato, allora la sua condanna, pronunciata con tanta arroganza e presunzione, non è solo arrogante e temeraria, ma anche gravemente sospetta di essere frutto della più nera ingiustizia. Da ciò concludo che, poiché non si aveva alcun diritto di giudicarlo in segreto come si è fatto, non si ha nemmeno il diritto di graziarlo, poiché la grazia di un criminale non è altro che l’esenzione da una pena legittimamente inflitta. Quindi la clemenza di cui i vostri signori si vantano nei suoi confronti, anche se comportasse effettivamente atti di benevolenza concreta, è ingannevole e falsa; e quando considerano un atto di benevolenza il male meritato che affermano di perdonargli, stanno mentendo, poiché non lo hanno convinto di aver commesso alcun atto punibile. Un innocente, che non merita alcuna punizione, non ha bisogno di grazia; anzi, una simile parola rappresenta soltanto un oltraggio per lui. Sono quindi doppiamente ingiusti: da un lato, si attribuiscono un merito nei suoi confronti per una generosità che in realtà non possiedono; dall’altro lato, fingono di risparmiargli la vita soltanto per poter insultare impunemente il suo onore.

Veniamo, dunque, a comprendere questa grazia di cui parlate con tanta insistenza, e vediamo in cosa essa consista realmente. Consiste nel trascinare colui che la riceve nell’opprobrio e nella miseria, senza lasciargli alcuna possibilità di salvarsi. Conoscete forse, per un cuore umano, una pena più crudele di questa? Mi riferisco al quadro che avete stesso tracciato: con bontà, compassione e benevolenza, si rende questo sfortunato preda dello scherno del pubblico, oggetto di derisione per la plebaglia, fonte di orrore per l’universo; gli si priva di ogni forma di società umana, lo si soffoca volutamente nella miseria, ci si diverte a seppellirlo vivo. Se fossimo noi ad affrontare tale supplizio, voi o io, vorremmo evitarlo anche a costo di questa “grazia”? Vorremmo vivere sotto condizioni del genere? No, certamente no; non esiste tormento o supplizio che non preferiremmo a questo. Anche la fine più dolorosa dei nostri mali ci sembrerebbe preferibile alla loro continuazione in tali angosie. Ebbene, quale idea hanno i vostri signori dell’onore, se non considerano l’infamia come un vero supplizio? No, no, qualunque cosa possano dire, concedere la vita significa renderla peggiore della morte.

Il francese: — Vedete che il nostro uomo non la pensa così; nonostante tutto il suo disonore, continua a vivere e a comportarsi meglio di quanto abbia mai fatto prima. Non si devono giudicare i sentimenti di un malvagio in base a quelli che un uomo onesto avrebbe al suo posto. L’infamia è dolorosa soltanto nella misura in cui l’onore ha importanza nel cuore di una persona. Le anime vili, insensibili alla vergogna, si trovano nel loro ambiente naturale. Il disprezzo quasi non colpisce chi si sente degno di esso: è un giudizio a cui il proprio cuore lo ha già abituato da tempo.

ROUSSEAU: — L’interpretazione di questa tranquillità stoica, in mezzo a tali oltraggi, dipende dal giudizio che si è già formato su colui che li subisce. Non è quindi sulla sua freddezza che bisogna giudicarlo, ma piuttosto attraverso lui stesso che si deve valutare la sua capacità di mantenere la calma in tali circostanze. Per quanto mi riguarda, non riesco a comprendere come quella dissimulazione impenetrabile, quell’ipocrisia profonda che voi attribuite a quest’uomo possano conciliarsi con quell’abiezione quasi incredibile che voi considerate il suo tratto naturale. Come può, signore, un uomo così nobile, orgoglioso e pieno di talento essere riuscito, secondo voi, a trattenersi per quarant’anni dal manifestare la propria indignazione, pur avendo tutto ciò che gli serviva per farlo; come può un uomo che dà tale importanza all’opinione altrui sacrificare tutto per una falsa apparenza di virtù; come può un uomo il cui ambizioso amor proprio desiderava riempire l’universo della propria gloria, abbagliare i propri contemporanei con il fulgore dei propri talenti e delle proprie virtù, calpestare tutti i pregiudizi e sfidare tutte le potenze, per poi diventare oggetto di ammirazione per la propria intraprendenza. Questo stesso uomo, ora insensibile a tali oltraggi, si abbevera avidamente di ignominia e si riposa tranquillamente nella fango, come se fosse il suo ambiente naturale! Per favore, rendete le vostre idee più coerenti. Oppure spiegatemi come possa esistere una tale insensibilità in un’anima capace di tali passioni. Gli oltraggi colpiscono tutti gli uomini, ma soprattutto coloro che li meritano e che non hanno alcun rifugio interiore per proteggersene. Per essere il meno possibile turbati da essi, è necessario riconoscere che sono ingiusti. E bisogna costruire attorno al proprio cuore un muro di onore e innocenza, inaccessibile all’opprobrio. Solo così si può consolarsi dell’errore o dell’ingiustizia degli uomini: perché nel primo caso, gli oltraggi, nella intenzione di chi li compie, non sono rivolti contro colui che li subisce; e nel secondo caso, non vengono inflitti perché si ritiene che quella persona sia vile o meritevole di essi. Ma al contrario, perché coloro che li infliggono sono loro stessi vili e malvagi, e odiano chi non lo è.

Mais la force qu’une âme saine emploie à supporter des traitements indignes d’elle ne rend pas ces traitements moins barbares de la part de ceux qui les lui font essuyer. On aurait tort de leur tenir compte des ressources qu’ils n’ont pu lui ôter et qu’ils n’ont pas même prévues, parce qu’à sa place ils ne les trouveraient pas en eux. Vous avez beau me faire sonner ces mots de bienveillance et de grâce ; dans le ténébreux système auquel vous donnez ces noms, je ne vois qu’un raffinement de cruauté pour accabler un infortuné de misères pires que la mort, pour donner aux plus noires perfidies un air de générosité, et taxer encore d’ingratitude celui qu’on diffame, parce qu’il n’est pas pénétré de reconnaissance des soins qu’on prend pour l’accabler et le livrer sans aucune défense aux lâches assassins qui le poignardent sans risque, en se cachant à ses regards.

Voilà donc en quoi consiste cette grâce prétendue dont vos messieurs font tant de bruit. Cette grâce n’en serait pas une, même pour un coupable, à moins qu’il ne fût en même temps le plus vil des mortels. Qu’elle en soit une pour cet homme audacieux qui, malgré tant de résistance et d’effrayantes menaces, est venu fièrement à Paris provoquer par sa présence l’inique tribunal qui l’avait décrété connaissant parfaitement son innocence ; qu’elle en soit une pour cet homme dédaigneux qui cache si peu son mépris aux traîtres cajoleurs qui l’obsèdent et tiennent sa destinée en leurs mains : voilà, monsieur, ce que je ne comprendrai jamais ; et quand il serait tel qu’ils le disent, encore fallait-il savoir de lui s’il consentait à conserver sa vie et sa liberté à cet indigne prix ; car une grâce, ainsi que tout autre don, n’est légitime qu’avec le consentement, du moins présumé, de celui qui la reçoit ; et je vous demande si la conduite et les discours de Jean-Jacques laissent présumer de lui ce consentement. Or tout don fait par force n’est pas un don, n’est un vol ; il n’y a point de plus maligne tyrannie que de forcer un homme de nous être obligé malgré lui, et c’est indignement abuser du nom de grâce que de le donner à un traitement forcé plus cruel que le châtiment. Je suppose ici l’accusé coupable : que serait cette grâce si je le supposais innocent, comme je le puis et le dois tant qu’on craint de le convaincre ? Mais, dites-vous, il est coupable ; on en est certain puisqu’il est méchant. Voyez comment vous me ballottez ! Vous m’avez ci-devant donné ses crimes pour preuve de sa méchanceté, et vous me donnez à présent sa méchanceté pour preuve de ses crimes. C’est par les faits qu’on a découvert son caractère, et vous m’alléguez son caractère pour éluder la régulière discussion des faits. Un tel monstre, me dites-vous, ne mérite pas qu’on respecte avec lui les formes établies pour la conviction d’un criminel ordinaire : on n’a pas besoin d’entendre un scélérat aussi détestable ; ses œuvres parlent pour lui. J’accorderai que le monstre que vous m’avez peint ne mérite, s’il existe, aucune des précautions établies autant pour la sûreté des innocents que pour la conviction des coupables. Mais il les fallait toutes et plus encore pour bien constater son existence, pour s’assurer parfaitement que ce que vous appelez ses œuvres sont bien ses œuvres. C’était par là qu’il fallait commencer, et c’est précisément ce qu’ont oublié vos messieurs : car enfin quand le traitement qu’on lui fait souffrir serait doux pour un coupable, il est affreux pour un innocent. Alléguer la douceur de ce traitement pour éluder la conviction de celui qui le souffre, est donc un sophisme aussi cruel qu’insensé. Convenez de plus que ce monstre, tel qu’il leur a plu de nous le forger, est un personnage bien étrange, bien nouveau, bien contradictoire, un être d’imagination tel qu’en peut enfanter le délire de la fièvre, confusément formé de parties hétérogènes, qui, par leur nombre, leur disproportion, leur incompatibilité, ne sauraient former un seul tout ; et l’extravagance de cet assemblage, qui seule est une raison d’en nier l’existence, en est une pour vous de l’admettre sans daigner la constater. Cet homme est trop coupable pour mériter d’être entendu ; il est trop hors de la nature pour qu’on puisse douter qu’il existe. Que pensez-vous de ce raisonnement ? C’est pourtant-le vôtre, ou du moins celui de vos messieurs.

Vous m’assurez que c’est par leur grande bonté, par leur excessive bienveillance, qu’ils lui épargnent la honte de se voir démasqué. Mais une pareille générosité ressemble fort à la bravoure des fanfarons, qu’ils ne montrent que loin du péril. Il me semble qu’à leur place, et malgré toute ma pitié, j’aimerais mieux encore être ouvertement juste et sévère que trompeur et fourbe par charité, et je vous répéterai toujours que c’est une trop bizarre bienveillance que celle qui, faisant porter à son malheureux objet, avec tout le poids de la haine, tout l’opprobre de la dérision, ne s’exerce qu’à lui ôter, innocent ou coupable, tout moyen de s’y dérober. J’ajouterai que toutes ces vertus que vous me vantez dans les arbitres de sa destinée sont telles, que non seulement, grâce au ciel, je m’en sens incapable, mais que même je ne les conçois pas. Comment peut-on aimer un monstre qui fait horreur ? comment peut-on se pénétrer d’une pitié si tendre pour un être aussi malfaisant, aussi cruel, aussi sanguinaire ? comment peut-on choyer avec tant de sollicitude le fléau du genre humain, le ménager aux dépens des victimes de sa furie, et, de peur de le chagriner, lui aider presque à faire du monde un vaste tombeau ?… Comment, monsieur, un traître, un voleur, un empoisonneur, un assassin !… J’ignore s’il peut exister un sentiment de bienveillance pour un tel être parmi les démons ; mais, parmi les hommes, un tel sentiment me paraîtrait un goût punissable et criminel bien plutôt qu’une vertu. Non ; il n’y a que son semblable qui le puisse aimer.

LE FRANÇAIS. — Ce serait, quoi que vous en puissiez dire, une vertu de l’épargner, si dans cet acte de clémence on se proposait un devoir à remplir plutôt qu’un penchant à suivre.

ROUSSEAU. — Vous changez encore ici l’état de la question, et ce n’est pas là ce que vous disiez ci-devant : mais voyons.

LE FRANÇAIS. — Supposons que le premier qui a découvert les crimes de ce misérable et son caractère affreux se soit cru obligé, comme il l’était sans contredit, non seulement à le démasquer aux yeux du public, mais à le dénoncer au gouvernement, et que cependant son respect pour d’anciennes liaisons ne lui ait pas permis de vouloir être l’instrument de sa perte, n’a-t-il pas dû, cela posé, se conduire exactement comme il l’a fait, mettre à sa dénonciation la condition de la grâce du scélérat, et le ménager tellement, en le démasquant, qu’en lui donnant la réputation d’un coquin, on lui conservât la liberté d’un honnête homme ?

ROUSSEAU. — Votre supposition renferme des choses contradictoires sur lesquelles j’aurais beaucoup à dire. Dans cette supposition même, je me serais conduit, et vous aussi, j’en suis très sûr, et tout autre homme d’honneur, d’une façon très différente. D’abord, à quelque prix que ce fût, je n’aurais jamais voulu dénoncer le scélérat sans me montrer et le confondre, vu surtout les liaisons antérieures que vous supposez, et qui obligeaient encore plus étroitement l’accusateur de prévenir préalablement le coupable de ce que son devoir l’obligeait à faire à son égard. Encore moins aurais-je voulu prendre des mesures extraordinaires pour empêcher que mon nom, mes accusations, mes preuves, ne parvinssent à ses oreilles, parce qu’en tout état de cause un dénonciateur qui se cache joue un rôle odieux, bas, lâche, justement suspect d’imposture, et qu’il n’y a nulle raison suffisante qui puisse obliger un honnête homme à faire un acte injuste et flétrissant. Dès que vous supposez l’obligation de dénoncer le malfaiteur, vous supposez aussi celle de le convaincre, parce que la première de ces deux obligations emporte nécessairement l’autre, et qu’il faut ou se montrer et confondre l’accusé, ou, si l’on veut se cacher, de lui, se taire avec tout le monde : il n’y a point de milieu. Cette conviction de celui qu’on accuse n’est pas seulement l’épreuve indispensable de la vérité qu’on se croit obligé de déclarer, elle est encore un devoir du dénonciateur envers lui-même dont rien ne peut le dispenser, surtout dans le cas que vous posez ; car il n’y a point de contradiction dans la vertu, et jamais, pour punir un fourbe, elle ne permettra de l’imiter.

LE FRANÇAIS. — Vous ne pensez pas là-dessus comme Jean-Jacques.

C’est en le trahissant qu’il faut punir un traître.

Voilà une de ses maximes : qu’y répondez-vous ?

But the strength that a healthy soul employs to endure treatments unworthy of her does not in any way make such treatment less barbaric on the part of those who inflict it upon her. It would be wrong to consider the resources that they were unable to take away from her—and that they had not even anticipated—because if they were in her place, they would not find such resources within themselves. You may try to dress these words in garb of kindness and grace; but within the dark system you give them such names, I see nothing but a refinement of cruelty—used to overwhelm a unfortunate person with miseries worse than death, to give the darkest perfidies an appearance of generosity, and yet to accuse those who are slandered of ingratitude, simply because they do not feel grateful for the efforts made to torment and abandon them without any defense, to hand them over to cowardly assassins who stab them without risk, while hiding from their sight.

Such is then the so-called “grace” about which your gentlemen make such a fuss. This “grace” would not even be considered grace for a criminal, unless that person were also the most vile of mortals. But can it truly be called grace for this audacious man who, despite all resistance and terrible threats, came boldly to Paris to provoke that unjust tribunal which had condemned him, fully aware of his innocence? Can it be called grace for this man who so openly displays his contempt for those treacherous flatterers who obsess over him and hold his fate in their hands? Monsieur, this is something I will never understand. And even if he were truly such as they claim, one still has to ask whether he would consent to exchange his life and freedom for such an indignity. For a gift, like any other, is only legitimate with the consent—at least presumed—to the recipient; and I ask you: does the behavior and speech of Jean-Jacques give any indication of such consent? Yet any gift forced upon someone is not a gift at all, but a theft. There is no more vicious tyranny than forcing a man to be in debt to us against his will; and it is an outrageous abuse of the name “grace” to call such forced treatment anything other than cruel punishment. Here I assume the accused is guilty; but what kind of “grace” would this be if I assumed him innocent, as I am entitled to do since there is no certainty that he is guilty? But you say he is guilty; we are certain of it because he is evil. See how you shift your arguments! You have previously used his crimes as proof of his wickedness, and now you use his wickedness as proof of his crimes. It is through facts that one’s character is revealed; yet you try to avoid a proper discussion of the facts by invoking his character instead. Such a monster, you say, does not deserve the legal procedures reserved for ordinary criminals; there is no need to hear the words of such a detestable scoundrel; his actions speak for themselves. I would admit that the monster you have described deserves none of the safeguards intended both for the protection of the innocent and for the conviction of the guilty—if such a being truly exists. But all these safeguards would be even more necessary to confirm his existence and to ensure that what you call his “actions” are indeed his actions. That is where the investigation should have begun, yet that is precisely what your gentlemen overlooked. For after all, even if the treatment he endures were mild for a criminal, it is utterly cruel for an innocent person. To use the mildness of such treatment as an excuse to avoid convicting the one who suffers it is nothing but a cruel and absurd sophism. Furthermore, agree that this monster, as they have chosen to shape it for us, is a most peculiar, entirely new, and contradictory creature—an being of imagination born from the delirium of fever, composed of heterogeneous parts so numerous, disproportionate, and incompatible that they could never form a single whole. And precisely because the extravagance of this amalgamation constitutes in itself a reason to deny its existence, it also serves as a reason for you to accept it without even deigning to examine it further. This man is too guilty to deserve to be heard; he is too far removed from nature for us to doubt his existence at all. What do you think of this reasoning? Yet it is yours—or at least it is the reasoning of your masters.

You assure me that it is out of their great kindness, out of their excessive benevolence, that they spare him the humiliation of being exposed. But such generosity bears stark resemblance to the bravado of those who only display it when far from danger. In their place, and despite all my sympathy, I would prefer to be openly just and severe than deceitful and cunning out of charity. And I will always repeat that such a bizarre form of benevolence—one that, while inflicting upon its unfortunate victim the full weight of hatred and the scorn of ridicule, does nothing but deprive him, whether innocent or guilty, of any means to escape it—is truly abhorrent. Moreover, all these virtues you praise in those who determine his fate are such that, thank heaven, I feel utterly incapable of them; indeed, I cannot even conceive them. How can one love a monster that inspires horror? How can one feel such tender compassion for an being so malevolent, so cruel, so bloodthirsty? How can one cherish with such care the scourge of humanity, nurture it at the expense of its victims, and, out of fear of offending it, almost help it turn the world into a vast graveyard?!. Sir, how can a traitor, a thief, a poisoner, an assassin be the object of such benevolence? I do not know if such feelings exist among demons; but among humans, they would seem more like a punishable and criminal sentiment than a virtue. No—only those who are its kind could possibly love it.

THE FRENCH. — Regardless of what you may say, it would indeed be a virtue to practice thrift if, in this act of mercy, one were motivated by a duty to fulfill rather than by a desire to indulge oneself.

ROUSSEAU. — You are once again changing the nature of the issue at hand; this is not what you said before. But let us consider it.

THE FRENCHMAN: — Suppose that the first person to discover the crimes of this wretch and his abhorrent character felt it was his duty—not only to expose him to the public eye but also to denounce him to the authorities. Yet, due to respect for old ties, he was unwilling to become the instrument of his downfall. In that case, wouldn’t he have had to act precisely as he did? Wouldn’t he have had to link his denunciation to the possibility of the scoundrel being granted mercy, and handle things in such a way that, while exposing him, he would also preserve for him the freedom of an honest man?

ROUSSEAU. — Your assumption contains contradictions regarding which I could say much. Even within that very assumption, I would have acted differently—just as I am certain you would have done the same, and so would any other honorable man. First of all, at any cost, I would never have wanted to denounce a scoundrel without revealing myself and exposing him, especially given the prior connections you assume, which would have made it even more imperative for the accuser to warn the guilty in advance of what his duty required him to do against him. Even less would I have resorted to extraordinary measures to prevent my name, my accusations, or my evidence from reaching his ears, because in any case, a denouncer who hides plays an odious, despicable, and cowardly role—one that is itself highly suspect of being fraudulent. There is no sufficient reason that could compel an honest man to commit an unjust and disgraceful act. Once you assume the obligation to denounce a wrongdoer, you also assume the obligation to convince him; for the first of these obligations necessarily implies the second. One must either reveal oneself and expose the accused or, if one chooses to hide, remain silent about him completely—there is no middle ground. Convincing the person being accused is not only an indispensable test of the truth one believes oneself obliged to declare but also a duty of the denouncer toward himself, from which nothing can exempt him, especially in the situation you describe. For there is no contradiction within virtue; and never will it allow one to punish a treacherous person by imitating his own behavior.

THE FRENCHMAN: You don’t think about it in the same way as Jean-Jacques does.

It is by betraying him that one must punish a traitor.

Here is one of his maxims: what do you say to that?

Ma la forza che un’anima sana impiega per sopportare trattamenti indegni di lei non rende questi trattamenti meno barbari da parte di coloro che li infliggono. Sarebbe sbagliato tenere conto delle risorse che non sono riusciti a toglierle e che nemmeno avevano previsto, perché al loro posto non le troverebbero in sé stessi. Potete anche ripetere queste parole di benevolenza e grazia; nel cupo sistema al quale date questi nomi, vedo soltanto un raffinamento della crudeltà: schiacciare un infelice con miserie peggiori della morte, dare alle più oscure perfidie l’aspetto della generosità, e ancora accusare di ingratitudine colui che viene diffamato soltanto perché non prova riconoscenza per i trattamenti che gli vengono inflitti, permettendo così ai vigliacchi assassini di attaccarlo senza alcuna difesa, nascondendosi alla sua vista.

Ecco dunque in cosa consiste questa cosiddetta grazia di cui i vostri signori fanno tanto rumore. Questa grazia non sarebbe affatto una grazia, nemmeno per un colpevole, a meno che quest’ultimo non fosse al contempo il più vile degli esseri umani. Che sia una grazia per quell’uomo audace che, nonostante tanta resistenza e terribili minacce, è venuto fiereggiando a Parigi per provocare con la sua presenza quel tribunale ingiusto che lo aveva condannato, conoscendo perfettamente la sua innocenza; che sia una grazia per quell’uomo sprezzante che nasconde così poco il proprio disprezzo verso quei traditori lusinghieri che lo assillano e tengono in loro mano il suo destino. Questo, signore, è qualcosa che non riuscirò mai a comprendere; e anche se fosse davvero così come dicono, bisognerebbe ancora sapere se quell’uomo accetterebbe di conservare la propria vita e la propria libertà a un prezzo così indegno. Poiché una grazia, come ogni altro dono, è legittima soltanto con il consenso, almeno presunto, di colui che la riceve; e vi chiedo: il comportamento e i discorsi di Jean-Jacques lasciano supporre che egli acconsentisse a questo prezzo? Ora, un dono fatto con la forza non è affatto un dono. È un furto. Non esiste tirannia più malvagia di quella che costringe un uomo ad essere nostro debitore contro la sua volontà. E sarebbe un abuso indegno del nome di “grazia” definire così un trattamento forzato, ancora più crudele della punizione stessa. Qui suppongo che l’accusato sia colpevole. Ma cosa significherebbe questa grazia se lo considerassi innocente, come posso e devo fare, finché si teme di non riuscire a convincerlo della sua colpevolezza? Ma dite voi: è colpevole. Ne siamo certi, poiché è malvagio. Vedete come mi confondete! Prima mi avete fornito i suoi crimini come prova della sua malvagità. Ora mi presentate la sua malvagità come prova dei suoi crimini. Si scopre il carattere di una persona attraverso i fatti. E voi cercate di eludere una discussione seria sui fatti, adducendo il suo carattere. Un tale mostro, dite voi, non merita che si rispettino le procedure stabilite per condannare un criminale ordinario. Non c’è bisogno di ascoltare uno scellerato così odioso. Le sue azioni parlano da sole. Ammetterò che il mostro che mi avete descritto, se esiste davvero, non meriti alcuna delle precauzioni previste, sia per la sicurezza degli innocenti che per la condanna dei colpevoli. Ma sarebbero necessarie tutte queste precauzioni, e anche di più, per dimostrare con certezza la sua esistenza, per assicurarsi che ciò che voi chiamate le sue azioni sia davvero opera sua. Era da lì che bisognava iniziare. Ed è proprio questo che i vostri signori hanno dimenticato. Perché, dopotutto, anche se il trattamento subito da quell’uomo fosse “dolce” per un colpevole, sarebbe terribile per un innocente. Sostenere che tale trattamento sia “dolce” per eludere la necessità di dimostrare la colpevolezza di chi lo subisce, è quindi un sofismo crudele e assurdo. Convenite inoltre che questo mostro, così come loro hanno voluto plasmarlo a nostro riguardo, è un personaggio davvero strano, nuovo e contraddittorio; un essere frutto dell’immaginazione, generato dal delirio della febbre, formato in modo confuso da parti eterogenee le quali, per numero, disproporzione e incompatibilità, non potrebbero mai formare un tutto coerente. L’eccesso stesso di questa combinazione, che da solo costituisce una ragione per negarne l’esistenza, è invece una ragione per ammetterla, senza nemmeno degnarsi di verificarla. Quest’uomo è troppo colpevole per meritare di essere ascoltato; è troppo al di fuori della natura perché si possa dubitare che esista. Che ne pensate di questo ragionamento? È pur sempre il vostro, o almeno quello dei vostri signori.

Mi assicurate che sia proprio per la loro grande bontà, per la loro eccessiva benevolenza, che gli risparmiano l’umiliazione di essere smascherato. Ma una tale generosità assomiglia molto alla bravura dei fanfaroni, che la mostrano soltanto lontano dal pericolo. Mi sembra che, al loro posto, e nonostante tutta la mia pietà, preferirei essere apertamente giusto e severo piuttosto che ingannatore e astuto per carità. E vi ripeterò sempre che è una benevolenza davvero bizzarra quella che, infliggendo al proprio sfortunato oggetto tutto il peso dell’odio, tutta l’infamia della derisione, non fa altro che privarlo, sia innocente che colpevole, di qualsiasi possibilità di sfuggire a tale destino. Aggiungerei anche che tutte queste virtù di cui mi parlate riguardo agli “arbitri del suo destino” sono talmente strane da farmi sentire non solo incapace di compierle, ma anche di comprenderle. Come si può amare un mostro che suscita orrore? come si può provare una pietà così profonda per un essere così malvagio, crudele e sanguinario? come si può prendersi cura con tanta sollecitudine del flagello dell’umanità, nutrirlo a spese delle vittime della sua furia, e, per paura di offenderlo, aiutarlo quasi a trasformare il mondo in un vasto cimitero?. Come può esistere, signore, un sentimento di benevolenza verso un traditore, un ladro, un avvelenatore, un assassino? Non so se tra i demoni possa esistere un tale sentimento; ma tra gli uomini mi sembrerebbe piuttosto un gusto punibile e criminale che una vera virtù. No. Solo il suo simile potrebbe amarlo.

IL FRANCESE: — Qualunque cosa si possa dire al riguardo, risparmiare rappresenterebbe una vera virtù, se in questo atto di clemenza ci si impegnasse a adempiere a un dovere piuttosto che a seguire un semplice impulso.

ROUSSEAU: “Ancora una volta cambiate il modo in cui si presenta la questione; non è questo ciò che avevate detto prima. Ma vediamo.”

Il francese: — Supponiamo che la prima persona ad aver scoperto i crimini di quel miserabile e il suo orribile carattere si sia sentita in dovere, come senza dubbio era, non solo di rivelarli al pubblico, ma anche di denunciarli al governo. Tuttavia, se il rispetto per vecchie relazioni non le avesse permesso di diventare l’strumento della sua rovina, non avrebbe dovuto comunque comportarsi esattamente come ha fatto? Non avrebbe dovuto porre la condizione che la sua denuncia portasse alla grazia di quel malvagio, e trattarlo con tanta cautela nel rivelarne i crimini, da fargli guadagnare la reputazione di un libertino pur conservandogli la libertà di un uomo onesto?

ROUSSEAU: — La vostra ipotesi contiene elementi contraddittori su cui avrei molto da dire. Anche all’interno di questa stessa ipotesi, io stesso, e sono certo che lo sareste stato anche voi, così come qualsiasi altro uomo d’onore, ci saremmo comportati in modo completamente diverso. Prima di tutto, a qualunque costo, non avrei mai voluto denunciare quel malvagio senza presentarmi personalmente e smascherarlo, soprattutto considerando le relazioni precedenti che voi ipotizzate e che avrebbero reso ancora più obbligatorio per l’accusatore informare preventivamente il colpevole di ciò che il suo dovere gli imponeva di fare contro di lui. Ancora meno avrei voluto prendere misure straordinarie per impedire che il mio nome, le mie accuse, le mie prove arrivassero alle sue orecchie; perché in ogni caso, un denunciante che si nasconde svolge un ruolo odioso, meschino e traditore, e suscita immediatamente sospetti di falsità. Non esiste alcuna ragione sufficiente che possa costringere un uomo onesto a compiere un atto ingiusto e disonorevole. Non appena si ipotizza l’obbligo di denunciare il malvagio, si ipotizza anche l’obbligo di convincerlo; perché il primo di questi due doveri implica necessariamente il secondo: o si deve presentarsi e smascherare l’accusato, oppure, se si preferisce nascondersi, bisogna tacere su di lui con tutti. Non esiste alcuna via di mezzo. Questa convinzione da parte di chi accusa non è soltanto la prova indispensabile della verità che si ritiene di dover dichiarare, ma rappresenta anche un dovere del denunciante verso se stesso, dal quale nulla può scagionarlo, soprattutto nel caso che voi ipotizzate; perché nella virtù non esistono contraddizioni, e mai, al fine di punire un furfante, essa permetterà di imitarlo.

IL FRANCESCO: — Non la pensi come Jean-Jacques su questo argomento.

È tradendo che si deve punire un traditore.

Ecco una delle sue massime: cosa ne pensate?

ROUSSEAU. — Ce que votre cœur y répond lui-même. Il n’est pas étonnant qu’un homme qui ne se fait scrupule de rien ne s’en fasse aucun de la trahison ; mais il le serait fort que d’honnêtes gens se crussent autorisés par son exemple à l’imiter.

LE FRANÇAIS. — L’imiter ! non pas généralement ; mais quel tort, lui fait-on en suivant avec lui ses propres maximes pour l’empêcher d’en abuser ?

ROUSSEAU. — Suivre avec lui ses propres maximes ! Y pensez-vous ? Quels principes ! quelle morale ! Si l’on peut, si l’on doit suivre avec les gens leurs propres maximes, il faudra donc mentir aux menteurs, voler les fripons, empoisonner les empoisonneurs, assassiner les assassins, être scélérat à l’envi avec ceux qui le sont ; et, si l’on n’est plus obligé d’être honnête homme qu’avec les honnêtes, gens, ce devoir ne mettra personne en grands frais de vertu dans le siècle où nous sommes. Il est digne du scélérat que vous m’avez peint de donner des leçons de fourberie et de trahison ; mais je suis fâché pour vos messieurs que, parmi tant de meilleures leçons qu’il a données et qu’il eût mieux valu suivre, ils n’aient profité que de celle-là.

Au reste, je ne me souviens pas d’avoir rien trouvé de pareil dans les livres de Jean-Jacques. Où donc a-t-il établi ce nouveau précepte si contraire à tous les antres ?

LE FRANÇAIS. — Dans un vers d’une comédie.

ROUSSEAU. — Quand est-ce qu’il a fait jouer cette comédie ?

LE FRANÇAIS. — Jamais.

ROUSSEAU. — Où est-ce qu’il l’a fait imprimer ?

LE FRANÇAIS. — Nulle part.

ROUSSEAU. — Ma foi, je ne vous entends point.

LE FRANÇAIS. — C’est une espèce de farce qu’il écrivit jadis à la hâte et presque impromptu à la campagne, dans un moment de gaieté, qu’il n’a pas même daigné corriger, et que nos messieurs lui ont volée comme beaucoup d’autres choses qu’ils ajustent ensuite à leur façon pour l’édification publique.

ROUSSEAU. — Mais comment ce vers est-il employé dans cette pièce ? Est-ce lui-même qui le prononce ?

LE FRANÇAIS. — Non ; c’est une jeune fille qui, se croyant trahie par son amant, le dit dans un moment de dépit pour s’encourager à intercepter, ouvrir et garder une lettre écrite par cet amant à sa rivale.

ROUSSEAU. — Quoi ! monsieur, un mot dit par une jeune fille amoureuse et piquée, dans l’intrigue galante d’une farce écrite autrefois à la hâte, et qui n’a été ni corrigée, ni imprimée, ni représentée ; ce mot en l’air dont elle appuie, dans sa colère, un acte, qui de sa part n’est pas même une trahison ; ce mot, dont il vous plaît de faire une maxime de Jean-Jacques, est l’unique autorité sur laquelle vos messieurs ont ourdi l’affreux tissu de trahisons dont il est enveloppé ? Voudriez-vous que je répondisse à cela sérieusement ? Me l’avez-vous dit sérieusement vous-même ? Non ; votre air seul, en le prononçant, me dispensait d’y répondre. Eh ! qu’on lui doive ou non de ne pas le trahir, tout homme d’honneur ne se doit-il pas à lui-même de n’être un traître envers personne ? Nos devoirs envers les autres auraient beau varier selon les temps, les gens, les occasions, ceux envers nous-mêmes ne varient point ; et je ne puis penser que celui qui ne se croit pas obligé d’être honnête homme avec tout le monde le soit jamais avec qui que ce soit.

Mais, sans insister sur ce point davantage, allons plus loin. Passons au dénonciateur d’être un lâche et un traître sans néanmoins être un imposteur, et aux juges d’être menteurs et dissimulés sans néanmoins être iniques : quand cette manière de procéder serait aussi juste et permise qu’elle est insidieuse et perfide, quelle en serait l’utilité dans cette occasion pour la fin que vous alléguez ? Où donc est la nécessité, pour faire grâce à un criminel, de ne pas l’entendre ? Pourquoi lui cacher à lui seul, avec tant de machines et d’artifices, ses crimes qu’il doit savoir mieux que personne, s’il est vrai qu’il les ait commis ? Pourquoi fuir, pourquoi rejeter avec tant d’effroi la manière la plus sure, la plus juste, la plus raisonnable et la plus naturelle, de s’assurer de lui sans lui infliger d’autre peine que celle d’un hypocrite qui se voit confondu ? C’est la punition qui naît le mieux de la chose, qui s’accorde le mieux avec la grâce qu’on veut lui faire, avec les sûretés qu’on doit prendre pour l’avenir, et qui seule prévient deux grands scandales ; savoir, celui de la publication des crimes et celui de leur impunité. Vos messieurs allèguent néanmoins pour raison de leurs procédés frauduleux le soin d’éviter le scandale. Mais si le scandale consiste essentiellement dans la publicité, je ne vois point celui qu’on évite en cachant lé crime au coupable qui ne peut l’ignorer, et en le divulguant parmi tout le reste des hommes qui n’en savaient rien. L’air de mystère et de réserve qu’on met à cette publication ne sert qu’à l’accélérer. Sans doute le public est toujours fidèle aux secrets qu’on lui confie : ils ne sortent jamais de son sein ; mais il est risible qu’en disant ce secret à l’oreille à tout le monde, et le cachant très soigneusement au seul qui, s’il est coupable, le sait nécessairement avant tout autre, on veuille éviter par là le scandale, et faire de ce badin mystère un acte de bienfaisance et de générosité. Pour moi, avec une si tendre bienveillance pour le coupable, j’aurais choisi de le confondre sans le diffamer, plutôt que de le diffamer sans le confondre ; et il faut certainement, pour avoir pris le parti contraire, avoir eu d’autres raisons que vous ne m’avez pas dites, et que cette bienveillance ne comporte pas.

Supposons qu’au lieu d’aller creusant sous ses pas tous ces tortueux souterrains, au lieu des triples murs de ténèbres qu’on élève avec tant d’efforts autour de lui, au lieu de rendre le public et l’Europe entière complices et témoins du scandale qu’on feint de vouloir éviter, au lieu de lui laisser tranquillement continuer et consommer ses crimes, en se contentant de les voir et de les compter sans en empêcher aucun ; supposons, dis-je, qu’au lieu de tout ce tortillage on se fût ouvertement et directement adressé à lui-même et à lui seul ; qu’en lui présentant en face son accusateur armé de toutes ses preuves on lui eût dit : « Misérable, qui fais l’honnête homme et qui n’es qu’un scélérat, te voilà démasqué, te voilà connu ; voilà tes faits, en voilà les preuves, qu’as-tu à répondre ?» Il eût nié, direz-vous. Et qu’importe ? Que font les négations contre les démonstrations ? Il fût resté convaincu et confondu. Alors on eût ajouté en montrant son dénonciateur : « Remercie cet homme généreux que sa conscience a forcé de t’accuser, et que sa bonté porte à te protéger. Par son intercession l’on veut bien te laisser vivre et te laisser libre ; tu ne seras même démasqué aux yeux du public qu’autant que ta conduite rendra ce soin nécessaire pour prévenir la continuation de tes forfaits. Songe que des yeux perçants sont sans cesse ouverts sur toi, que le glaive punisseur pend sur ta tête, et qu’à ton premier crime tu ne lui peux échapper. » Y avait-il, à votre avis, une conduite plus simple, plus sûre et plus droite, pour allier à son égard la justice, la prudence et la charité ? Pour moi, je trouve qu’en s’y prenant ainsi, l’on se fût assuré de lui par la crainte beaucoup mieux qu’on n’a fait par tout cet immense appareil de machines qui ne l’empêche pas d’aller toujours son train. On n’eût point eu besoin de le traîner si barbarement, ou, selon vous, si bénignement, dans le bourbier ; on n’eût point habillé la justice et la vertu des honteuses livrées de la perfidie et du mensonge ; ses délateurs et ses juges n’eussent point été réduits à se tenir sans cesse enfoncés devant lui dans leurs tanières, comme fuyant en coupables les regards de leur victime, et redoutant la lumière du jour : enfin l’on eût prévenu, avec le double scandale des crimes et de leur impunité, celui d’une maxime aussi funeste qu’insensée que vos messieurs semblent vouloir établir par son exemple, savoir que, pourvu qu’on ait de l’esprit et qu’on fasse de beaux livres, on peut se livrer à toutes sortes de crimes impunément.

ROUSSEAU: — What your heart itself responds to in that regard. It is not surprising that a man who has no scruples about anything should have none about betrayal either; but it would be quite surprising if honest people were to think themselves authorized by his example to follow his lead.

THE FRENCHMAN: To imitate him! Not in general; but what harm is done to him when we follow his own principles in order to prevent him from abusing them?

ROUSSEAU. — To follow people’s own maxims! Do you even consider that? What principles! What morality! If one can—and indeed must—follow people’s own maxims, then one would have to lie to liars, steal from thieves, poison those who poison, assassinate those who murder, and be as wicked as one wishes among those who are already wicked. And if one is no longer obliged to be an honest person except with honest people, then such a duty would hardly require anyone to exert much virtue in this age of ours. It is quite fitting for the scoundrel you described that he should teach lessons in deceit and betrayal; but I regret for your gentlemen that, among so many better lessons he could have given—and which it would have been far wiser to follow—they chose to learn only that one.

Besides, I don’t remember finding anything similar in Jean-Jacques’ books. Where then did he derive this new principle, which is so contrary to all others?

THE FRENCH. — In a line from a comedy.

ROUSSEAU. — When did he put on this farce?

THE FRENCHMAN: — Never.

ROUSSEAU. — Where did he have it printed?

THE FRENCHMAN: — nowhere.

ROUSSEAU. — Well, I don’t understand you at all.

THE FRENCHMAN: — It’s some sort of farce that he wrote hastily and almost on the spot in the countryside, during a moment of merriment; he didn’t even bother to correct it, and our gentlemen stole it, just like many other things they later altered to suit their own purposes for public consumption.

ROUSSEAU. — But how is this verse used in this play? Is it he himself who speaks it?

THE FRENCHMAN: — No; it’s a young girl who, believing herself to have been betrayed by her lover, expresses this in a moment of despair in order to encourage herself to intercept, open, and keep a letter written by that lover to his rival.

ROUSSEAU. — What! Sir, a single word spoken by a young girl in love and angered, within the framework of a frivolous farce written in haste long ago—never corrected, never printed, never performed—even such a casual remark, upon which she bases her anger in an act that is not even betrayal on her part. This very word, which you choose to turn into a maxim of Jean-Jacques, is the sole authority upon which your gentlemen have woven this horrible web of treachery? Would you really have me take this seriously? Did you yourself say it seriously? No; merely the way you uttered it made it unnecessary for me to respond. Alas! Whether one owes or does not owe duty not to betray it—or whether such a duty even exists—is not something that depends on times, people, or circumstances. But our duties toward ourselves never change. And I cannot believe that anyone who does not consider it his duty to be an honest person with everyone is truly honest with anyone at all.

But without dwelling further on this point, let us move on. Consider those who denounce someone as a coward and a traitor yet are not themselves impostors, and those judges who are called liars and deceitful yet are not unjust: if such methods were both just and permissible, how could they be of any use in achieving the ends you claim? Where, then, is the necessity—when seeking to pardon a criminal—to refrain from hearing what he has done? Why hide his crimes from him alone, with all these machines and tricks, when he must know them better than anyone else, if it is true that he committed them? Why flee, why reject with such fear the surest, most just, most reasonable, and most natural way to establish his guilt without inflicting upon him any punishment other than that of a hypocrite who is exposed as one? It is precisely punishment that arises most naturally from the crime itself; it is what best corresponds to the forgiveness we wish to grant, to the safeguards we must take for the future, and it is the only way to prevent two great scandals: the exposure of crimes and their impunity. Yet you gentlemen cite the need to avoid scandal as the reason for your fraudulent methods. But if scandal essentially consists in the public disclosure of secrets, I see no way to avoid it by hiding the crime from the guilty person who cannot possibly ignore it, while making it known to everyone else who previously knew nothing about it. The air of mystery and secrecy surrounding such disclosures only serves to accelerate their spread. Surely the public is always faithful to the secrets entrusted to them: they never leave their midst. But it is ridiculous to think that by revealing these secrets to everyone while carefully concealing them from the only person who, if guilty, must already know them better than anyone else, we can avoid scandal and turn this mere pretense of secrecy into an act of kindness and generosity. In my view, with such deep sympathy for the guilty, I would choose to expose him rather than slander him; and surely there must be other reasons behind your choice than those you have shared with me, reasons that this supposed compassion does not encompass.

Suppose, instead of digging all those tortuous underground passages beneath his feet, instead of erecting those triple walls of darkness around him with such great effort, instead of making the public and even all of Europe complicit in and witnesses to the scandal that we pretend to want to avoid, instead of letting him continue unchecked and commit his crimes, content merely to watch and count them without preventing any of them—suppose, I say, that instead of all this complicated maneuvering, we had addressed ourselves directly and openly to him alone. If we had confronted him with his accuser, armed with all the evidence, and said to him: “Wretched man, who pretends to be an honest person but is nothing but a scoundrel—here are your deeds, here are the proofs; what have you to say in defense?” He might have denied it. But what does denial matter against such undeniable evidence? He would have been convinced and brought to shame. Then we could have added, pointing at his accuser: “Thank this generous man whose conscience forced him to accuse you, and whose kindness now seeks to protect you. Through his intercession, we are willing to let you live and be free; your behavior will determine whether it is necessary for us to expose you to the public eye in order to prevent further crimes. Remember that piercing eyes are always watching you, that the sword of justice hangs over your head, and that you cannot escape it the first time you commit a crime.” In your opinion, could there have been a simpler, safer, and more righteous way to deal with him—a way that combined justice, prudence, and compassion? For me, it is clear that by taking such measures, we would have secured his obedience through fear far more effectively than all the complicated mechanisms we have used, which still allow him to continue unchecked. We would not have had to drag him through such barbaric—or, as you might say, “benign”—tortures; we would not have had to dress justice and virtue in the shameful garments of perfidy and lies; his accusers and judges would not have had to hide in fear before him, like guilty criminals avoiding their victim’s gaze or the light of day. Finally, we would have prevented the terrible scandal of crimes going unpunished—and, at the same time, the even more devastating scandal of a doctrine as cruel and absurd as the one your gentlemen seem to want to promote through his example: that as long as one is clever enough to write beautiful books, they can commit any crime without facing consequences.

ROUSSEAU: — È ciò che il proprio cuore risponde spontaneamente. Non sorprende affatto che un uomo che non ha rimorsi di nulla non ne abbia nemmeno per la tradizione; ma sarebbe davvero strano se persone oneste si sentissero autorizzate, a seguito del suo esempio, ad imitarlo.

IL FRANCESE: — Imitarlo! Non in modo generale; ma quale errore commetteremmo seguendo le sue stesse massime per impedirgli di abusarne?

ROUSSEAU: Seguire con loro le loro stesse massime. Ci pensate? Che principi, che morale! Se si può, se si deve seguire con le persone le loro stesse massime, allora bisognerà mentire ai bugiardi, rubare ai ladri, avvelenare gli avvelenatori, assassinare gli assassini. Essere scellerati con coloro che lo sono; e se non si è più obbligati ad essere onesti soltanto con le persone oneste, questo dovere non costerà certo molta virtù in questo secolo in cui viviamo. È degno dello scellerato che mi avete descritto dare lezioni di frode e tradimento. Ma mi dispiace per i vostri signori: tra tante altre lezioni migliori che ha dato, e che sarebbe stato meglio seguire, hanno approfittato soltanto di quella.

Del resto, non ricordo di aver trovato nulla del genere nei libri di Jean-Jacques. Dove allora ha tratto questa nuova regola, così contraria a tutte le altre?

Il francese: In una battuta di una commedia.

ROUSSEAU: — Quando ha messo in scena questa commedia?

IL FRANCESE: Mai.

ROUSSEAU: — Dove ha fatto stampare quel libro?

IL FRANCESE: — Da nessuna parte.

ROUSSEAU: — Onestamente, non vi capisco affatto.

Il francese: “È una sorta di farsa che scrisse un tempo in fretta e quasi su due piedi in campagna, in un momento di allegria; non si è nemmeno degnato di correggerla, e i nostri signori l’hanno rubata, come molte altre cose, per poi adattarla a loro piacimento al fine di usarla a scopo pubblico.”

ROUSSEAU: — Ma come mai questo verso viene utilizzato in questa opera? È lui stesso a pronunciarlo?

IL FRANCESCO: No; si tratta di una giovane ragazza che, credendosi tradita dal suo amante, glielo dice in un momento di rabbia, per incoraggiarsi a intercettare, aprire e conservare una lettera scritta da quell’amante alla sua rivale.

ROUSSEAU: — Ma che dite! Un semplice detto pronunciato da una giovane ragazza innamorata e offesa, all’interno di una commedia scritta in fretta tempo, che non è mai stata corretta, stampata o rappresentata; quel detto, con cui lei, nella sua rabbia, giustifica un atto che, da parte sua, non rappresenta nemmeno una tradizione. Quel detto, che voi volete trasformare in una massima di Jean-Jacques. È l’unica autorità su cui i vostri signori hanno basato quel terribile intreccio di tradimenti in cui è avvolta tutta la faccenda? Volete davvero che io risponda seriamente a queste domande? L’avete detto voi stesso seriamente? No; il solo modo in cui l’avete pronunciato mi ha già dispensato dal dover rispondere. Ebbene. Che ci si debba o meno aderire a quel principio, non è forse dovere di ogni uomo onesto non tradire mai nessuno? I nostri doveri verso gli altri possono cambiare a seconda dei tempi, delle persone e delle circostanze; ma i doveri verso noi stessi rimangono immutabili. E non posso credere che chi non si ritiene obbligato ad essere un uomo onesto con tutti, possa mai esserlo con qualcuno in particolare.

Ma senza insistere ulteriormente su questo punto, andiamo oltre. Consideriamo ora colui che denuncia qualcuno come codardo e traditore, pur non essendo lui stesso un impostore, e i giudici che vengono definiti bugiardi e dissimulatori, pur non essendo ingiusti: se questo modo di procedere fosse davvero tanto giusto e lecito quanto è insidioso e perfido, quale ne sarebbe l’utilità in questa circostanza, per lo scopo che voi stesso adducete? Dov’è dunque la necessità, per concedere la grazia a un criminale, di non ascoltarlo? Perché nascondergli i suoi crimini, con tante macchinazioni e artifici, proprio a lui che dovrebbe saperli meglio di chiunque altro, se è vero che li ha commessi? Perché fuggire, perché respingere con tanto terrore il modo più sicuro, più giusto, più ragionevole e più naturale per accertarsi della sua colpevolezza, senza infliggergli altra punizione se non quella di un ipocrita che viene smascherato? È proprio la punizione che nasce più naturalmente dalla situazione, che si adatta meglio alla grazia che si vuole concedere, alle misure di sicurezza necessarie per il futuro, e che è l’unica in grado di evitare due grandi scandali: quello legato alla divulgazione dei crimini e quello della loro impunità. Voi, signori, adducete come motivo delle vostre procedure fraudolente la volontà di evitare lo scandalo. Ma se lo scandalo consiste essenzialmente nella divulgazione dei fatti, non vedo affatto quale scandalo si possa evitare nascondendo il crimine al colpevole che non può ignorarlo, e rivelandolo invece a tutti gli altri che prima non ne sapevano nulla. Quell’atmosfera di mistero e riservatezza con cui si procede alla divulgazione dei fatti non fa altro che accelerarla. Senza dubbio il pubblico è sempre fedele ai segreti che gli vengono confidati: essi non escono mai dal suo ambito. Ma è ridicolo pensare che, rivelando quel segreto a tutti, e nascondendolo con tanta cura proprio al colpevole che, se è davvero colpevole, lo sa certamente meglio di chiunque altro, si possa così evitare lo scandalo. E trasformare questo “mistero” in un atto di benevolenza e generosità. Per me, con una tale tenera compassione per il colpevole, avrei scelto di smascherarlo senza diffamarlo, piuttosto che diffamarlo senza smascherarlo. E certamente, per aver preso questa decisione contraria, devono esserci state ragioni diverse da quelle che mi avete esposto. Ragioni che questa compassione non include affatto.

Supponiamo che, invece di scavare sotto i suoi piedi tutti questi tortuosi sotterranei, invece di erigere intorno a lui muri triple di oscurità con tanti sforzi, invece di rendere il pubblico e l’intera Europa complici e testimoni dello scandalo che si finge di voler evitare, invece di lasciarlo tranquillamente continuare e commettere i suoi crimini, limitandosi a osservarli e contarli senza impedirne nessuno; supponiamo, dico io, che, invece di tutto questo giro tortuoso, ci si fosse rivolti apertamente e direttamente a lui stesso, presentandogli davanti al suo accusatore armato di tutte le prove e dicendogli: “Misero, che fai l’onesto uomo mentre non sei altro che un furfante. Ecco smascherato, eccoti conosciuto; ecco i tuoi fatti, ecco le prove. Che hai da rispondere?” Lui avrebbe negato, direte voi. E che importanza ha? Cosa possono fare le negazioni di fronte alle prove? Sarebbe rimasto convinto e confuso. Allora si sarebbe aggiunto, mostrando il suo denunciatore: “Ringrazia quest’uomo generoso che la sua coscienza ha costretto ad accusarti, e che la sua bontà lo spinge a proteggerti. Grazie alla sua intercessione ti si permette di vivere e di essere libero; non sarai nemmeno smascherato agli occhi del pubblico se solo il tuo comportamento renderà necessario questo provvedimento per impedire la continuazione dei tuoi crimini. Pensa che occhi attenti sono sempre fissi su di te, che la spada della punizione pende sulla tua testa. E che al tuo primo crimine non potrai sfuggirle.” Secondo voi, esisteva un modo più semplice, più sicuro e più giusto per trattarlo, combinando giustizia, prudenza e carità? Per me, credo che in questo modo si sarebbe ottenuto su di lui un controllo molto più efficace attraverso la paura, piuttosto che con tutto quell’enorme apparato di misure che non impediscono comunque che continui per la sua strada. Non ci sarebbe stato bisogno di trascinarlo in modo così barbaro, o, secondo voi, così “benevolo”, nel fango del crimine; la giustizia e la virtù non avrebbero dovuto essere mascherate dalla perfidia e dal mentire. I suoi denunciatori e i suoi giudici non avrebbero dovuto nascondersi continuamente davanti a lui, come colpevoli che temono lo sguardo della loro vittima. E infine, si sarebbe evitato lo scandalo derivante sia dai crimini stessi che dalla loro impunità. Lo scandalo legato a un principio tanto funesto quanto assurdo, come quello che i vostri signori sembrano voler stabilire con il suo esempio: cioè che, basta avere ingegno e scrivere bei libri, per potersi abbandonare impunemente a ogni sorta di crimini.

Voilà le seul vrai parti qu’on avait à prendre, si l’on voulait absolument ménager un pareil misérable. Mais pour moi, je vous déclare que je suis aussi loin d’approuver que de comprendre cette prétendue clémence de laisser libre, nonobstant le péril, je ne dis pas un monstre affreux tel qu’on nous le représente, mais un malfaiteur tel qu’il soit. Je ne trouve dans cette espèce de grâce ni raison, ni humanité, ni sûreté, et j’y trouve beaucoup moins cette douceur et cette bienveillance dont se vantent vos messieurs avec tant de bruit. Rendre un homme le jouet du public et de la canaille ; le faire chasser successivement de tous les asiles les plus reculés, les plus solitaires, où il s’était de lui-même emprisonné et d’où certainement il n’était à portée de faire aucun mal ; le faire lapider par la populace ; le promener par dérision de lieu en lieu toujours chargé de nouveaux outrages ; lui ôter même les ressources les plus indispensables de la société ; lui voler sa subsistance pour lui faire l’aumône ; le dépayser sur toute la face de la terre ; faire de tout ce qu’il lui importe le plus de savoir autant pour lui de mystères impénétrables ; le rendre tellement étranger, odieux, méprisable aux hommes, qu’au lieu des lumières, de l’assistance et des conseils, que chacun doit trouver au besoin parmi ses frères, il ne trouve partout qu’embûches, mensonges, trahisons, insultes ; le livrer en un mot sans appui, sans protection, sans défense, à l’adroite animosité de ses ennemis : c’est le traiter beaucoup plus cruellement que si l’on se fût une bonne fois assuré de sa personne par une détention, dans laquelle, avec la sûreté de tout le monde, on lui eût fait trouver la sienne, ou du moins la tranquillité. Vous m’avez appris qu’il désira, qu’il demanda lui-même cette détention, et que, loin de la lui accorder, on lui fit de cette demande un nouveau crime et un nouveau ridicule. Je crois voir à. la fois la raison de la demande et celle du refus. Ne pouvant trouver de refuge dans les plus solitaires retraites, chassé successivement du sein des montagnes et du milieu des lacs, forcé de fuir de lieu en lieu et d’errer sans cesse avec des peines et des dépenses excessives au milieu des dangers et des outrages, réduit, à l’entrée de l’hiver, à courir l’Europe pour y chercher un asile sans plus savoir où, et sûr d’avance de n’être laissé tranquille nulle part ; il était naturel que, battu, fatigué de tant d’orages, il désirât de finir ses malheureux jours dans une paisible captivité, plutôt que de se voir dans sa vieillesse poursuivi, chassé, ballotté sans relâche de tous côtés, privé d’une pierre pour y reposer sa tête, et d’un asile où il pût respirer, jusqu’à ce qu’à force de courses et de dépenses, on l’eût réduit à périr de misère, ou à vivre, toujours errant, des dures aumônes de ses persécuteurs, ardents à en venir là pour le rassasier enfin d’ignominie à leur aise. Pourquoi n’a-t-on pas consenti à cet expédient si sûr, si court, si facile, qu’il proposait lui-même, et qu’il demandait comme une faveur ? N’est-ce point qu’on ne voulait pas le traiter avec tant de douceur, ni lui laisser jamais trouver cette tranquillité si désirée ? N’est-ce point qu’on ne voulait lui laisser aucun relâche, ni le mettre dans un état où l’on n’eût pu lui attribuer chaque jour de nouveaux crimes et de nouveaux livres, et où peut-être, à force de douceur et de patience, eût-il fait perdre aux gens chargés de sa garde les fausses idées qu’on voulait donner de lui ? N’est-ce point enfin que dans le projet si chéri, si suivi, si bien concerté, de l’envoyer en Angleterre, il entrait des vues dont son séjour dans ce pays-là, et les effets qu’il y a produits semblent développer assez l’objet ? Si l’on peut donner à ce refus d’autres motifs, qu’on me les dise, et je promets d’en montrer la fausseté.

Monsieur, tout ce que vous m’avez appris, tout ce que vous m’avez prouvé, est à mes yeux plein de choses inconcevables, contradictoires, absurdes, qui, pour être admises, demanderaient encore d’autres genres de preuves que celles qui suffisent pour les plus complètes démonstrations ; et c’est précisément ces mêmes choses absurdes que vous dépouillez de l’épreuve la plus nécessaire et qui met le sceau à toutes les autres. Vous m’avez fabriqué tout à votre aise un être tel qu’il n’en exista jamais, un monstre hors de la nature, hors de la vraisemblance, hors de la possibilité, et formé de parties inalliables, incompatibles, qui s’excluent mutuellement. Vous avez donné pour principe à tous ses crimes le plus furieux, le plus intolérant, le plus extravagant amour-propre, qu’il n’a pas laissé de déguiser si bien depuis sa naissance jusqu’au déclin de ses ans qu’il n’en a paru nulle trace pendant tant d’années, et qu’encore aujourd’hui depuis ses malheurs il étouffe ou contient si bien qu’on n’en voit pas le moindre signe. Malgré tout cet indomptable orgueil, vous m’avez fait voir dans le même être un petit menteur, un petit fripon, un petit coureur de cabarets et de mauvais lieux, un vil et crapuleux débauché pourri de vérole, et qui passait sa vie à aller escroquant dans les tavernes quelques écus à droite et à gauche aux manants qui les fréquentent. Vous avez prétendu que ce même personnage était le même homme qui, pendant quarante ans, a vécu estimé, bien voulu de tout le monde, l’auteur des seuls écrits dans ce siècle qui portent dans l’âme des lecteurs la persuasion qui les a dictés, et dont ou sent en les lisant que l’amour de la vertu et le zèle de la vérité font l’inimitable éloquence. Vous dites que ces livres qui m’émeuvent ainsi le cœur sont les jeux d’un scélérat qui ne sentait rien de ce qu’il disait avec tant d’ardeur et de véhémence, et qui cachait sous un air de probité le venin dont il voulait infecter ses lecteurs. Vous me forcez même de croire que ces écrits à la fois si fiers, si touchants, si modestes, ont été composés parmi les pots et les pintes, et chez les filles de joie où l’auteur passait sa vie, et vous me transformez enfin cet orgueil irascible et diabolique en l’abjection d’un cœur insensible et vil qui se rassasie sans peine de l’ignominie dont l’abreuve à plaisir la charité du public.

Vous m’avez figuré vos messieurs qui disposent à leur gré de sa réputation, de sa personne, et de toute sa destinée, comme des modèles de vertu, des prodiges de générosité, des anges pour lui de douceur et de bienfaisance, et vous m’avez appris en même temps que l’objet de tous leurs tendres soins avait été de le rendre l’horreur de l’univers, le plus déprisé des êtres, de le traîner d’opprobre en opprobre, et de misère en misère, et de lui faire sentir à loisir dans les calamités de la plus malheureuse vie tous les déchirements que peut éprouver une âme fière en se voyant le jouet et le rebut du genre humain. Vous m’avez appris que par pitié, par grâce, tous ces hommes vertueux avaient bien voulu lui ôter tout moyen d’être instruit des raisons de tant d’outrages, s’abaisser en sa faveur au rôle de cajoleurs et de traîtres, faire adroitement le plongeon à chaque éclaircissement qu’il cherchait, l’environner de souterrains et de pièges tellement tendus que chacun de ses pas fut nécessairement une chute, enfin le circonvenir avec tant d’adresse qu’en butte aux insultes de tout le inonde il ne put jamais savoir la raison de rien, apprendre un seul mot de vérité, repousser aucun outrage, obtenir aucune explication, trouver, saisir aucun agresseur, et qu’à chaque instant, atteint des plus cruelles morsures, il sentît dans ceux qui l’entourent la flexibilité des serpents aussi bien que leur venin.

This was indeed the only true choice we had if we truly wanted to spare such a wretched being. But as for me, I declare that I am neither in agreement with nor able to understand this so-called mercy of allowing him to be set free, despite the danger involved—not speaking of some monstrous creature as people depict him, but merely of a criminal, no matter what kind. I see nothing in this so-called leniency that reflects reason, humanity, or safety; far less the kindness and generosity your gentlemen boast about so much. To turn a man into the plaything of the public and the rabble; to drive him from one remote, solitary refuge after another where he had sought shelter on his own, knowing full well that he could cause no harm there; to let the mob stone him; to parade him around for ridicule in places filled with new insults; to deprive him of even the most basic necessities of society; to steal his means of subsistence and then give him alms; to exile him throughout the world; to turn everything that matters most to him into mysteries incomprehensible to him; to make him so alien, detestable, and despised by others that instead of finding the light, assistance, and advice that everyone should seek from their fellow human beings in times of need, he finds only traps, lies, betrayal, and insults everywhere—this is to treat him far more cruelly than if we had simply imprisoned him securely, where, with the safety of all around, he could have found his own peace. You have told me that he himself desired and requested this imprisonment, yet instead of granting it, people turned this request into another crime and another source of mockery for him. I believe I see both the reason for his request and the reason for its rejection. Unable to find refuge in the most remote places, driven away from mountains and lakes, forced to flee from one place to another, enduring endless hardships and expenses amidst danger and insult, reduced, at the onset of winter, to wandering across Europe in search of a shelter without knowing where to turn, certain in advance that he would be met with no peace anywhere—he naturally wished to end his miserable days in peaceful captivity, rather than being pursued, chased, and tossed from side to side throughout his old age, deprived even of a place to rest his head or a haven where he could breathe freely. Until, after countless struggles and expenses, he was reduced to dying of starvation, or living a life of constant wandering, relying on the meager alms of those who persecuted him, eager only to see him suffer further in humiliation. Why was such a sure, short, and easy remedy not accepted—precisely the one he himself proposed and even begged as a favor? Was it because people did not wish to treat him with such gentleness, nor to allow him to find that much-desired tranquility? Was it because they did not want to give him any respite, or to put him in a situation where new crimes and new writings could be attributed to him every day? Perhaps, through excessive kindness and patience, those responsible for his supervision would have allowed false perceptions of him to take root among the people. Finally, in that much-loved, carefully planned scheme to send him to England, were there not considerations that, judging by his subsequent stay there and the effects it produced, seem to fully justify that decision? If anyone can offer other reasons for this refusal, let them speak; I promise to prove their falsehood.

Sir, everything you have taught me, everything you have proven to me, seems to me full of things that are inconceivable, contradictory, and absurd. To accept such things would require other kinds of evidence than those sufficient for the most thorough demonstrations. Yet it is precisely these very absurd claims that you exempt from the most essential test—that very test which gives authenticity to all other claims. You have effortlessly created for me a being that never existed in reality: a monster beyond nature, beyond likelihood, beyond possibility, composed of elements that are incompatible and mutually exclusive. You have endowed it with the most furious, intolerant, and extravagant form of self-love, which it has managed to conceal so well throughout its existence that for many years not a trace of it was apparent; even today, after all its misfortunes, it still manages to suppress or contain it so effectively that no sign of it is visible. Despite this unyielding pride, you have also portrayed this same being as a petty liar, a scoundrel, a frequenter of taverns and lowbrow places, a vile and depraved sinner riddled with vices—someone who spent his life cheating small amounts of money from the peasants who frequented those places. You claim that this very person is the same man who, for forty years, was respected and liked by everyone; the author of the only writings in this century that truly inspire their readers, filling them with the conviction that love for virtue and zeal for truth constitute the true essence of eloquence. You say that these books, which move my heart so deeply, are the work of a scelerate who felt nothing of what he proclaimed with such fervor and intensity; someone who hid the venom he intended to infect his readers beneath an appearance of integrity. You even make me believe that these writings—so proud, so moving, so modest—were actually composed amidst pots and wine, in the company of prostitutes, where their author spent his life. In short, you reduce this irascible, diabolical pride to the abjection of a heart devoid of feeling and vile enough to find pleasure in the ignominy that the public’s generosity so willingly provides.

You have depicted to me these men who at their own will wield his reputation, his person, and his entire destiny—as models of virtue, as paragons of generosity, as angels of gentleness and benevolence toward him. Yet you also told me that the sole purpose of all their so-called “kindness” was to turn him into the object of universal hatred, the most despised being in existence; to drag him from disgrace to disgrace, from misery to greater misery; and to make him experience, in the horrors of the most wretched life, every kind of torment that a proud soul can endure when it sees itself reduced to the status of a plaything and a reject of humanity. You have shown me how, out of pity or some other misguided motive, these so-called “virtuous” men went so far as to deprive him of any means to understand the reasons for such outrage; how they stooped to act as deceivers and traitors toward him, deliberately obstructing every attempt he made to seek the truth; how they set traps and snares all around him, ensuring that every step he took led only to further suffering; and how, in spite of their “kindness,” he was never able to learn the truth, to defend himself against these insults, or to understand what was happening. At every moment, as he endured the cruelest torment, he found those around him to be as venomous as snakes—flexible and deceitful.

Ecco l’unica vera scelta che ci restava, se volevamo davvero risparmiare una creatura così miserabile. Ma per quanto mi riguarda, vi dichiaro che sono lontano sia dall’appoggiare che dal comprendere questa cosiddetta clemenza che consiste nel lasciare libero, nonostante i pericoli, un individuo del genere. Non parlo di una creatura orribile come quella che ci viene descritta, ma semplicemente di un criminale, qualunque sia. Non vedo in questa sorta di “grazia” né ragione, né umanità, né sicurezza. E certamente molto meno quella dolcezza e benevolenza di cui i vostri signori parlano con tanto clamore. Rendere un uomo preda del pubblico e della plebaglia; costringerlo a fuggire continuamente da tutti gli angoli più remoti e solitari in cui si era rifugiato, dove sicuramente non avrebbe potuto causare alcun danno; farlo lapidare dalla folla; esporlo pubblicamente a continue umiliazioni; privarlo persino delle risorse essenziali per la vita; derubarlo della sua sussistenza per poi offrirgli l’elemosina; mandarlo in giro per tutto il mondo, rendendo ogni aspetto della sua vita un mistero inspiegabile; renderlo così estraneo, odioso e disprezzato dagli altri, che invece delle “luci”, dell’aiuto e dei consigli che tutti dovrebbero trovare nei propri fratelli in caso di bisogno, lui trovi soltanto insidie, menzogne, tradimenti e insulte. In altre parole: abbandonarlo senza alcun sostegno, protezione o difesa, alla malvagia ostilità dei suoi nemici. Questo significa trattarlo in modo molto più crudele di quanto si farebbe se lo si tenesse prigioniero in un luogo sicuro, dove potesse vivere in pace. Mi avete detto che lui stesso desiderava questa prigione. E invece di accontentarlo, la sua stessa richiesta è stata utilizzata come pretesto per commettere nuovi crimini e suscitare ulteriore derisione. Credo di comprendere sia il motivo della sua richiesta che quello del suo rifiuto. Non potendo trovare rifugio nei luoghi più solitari, costretto a fuggire continuamente da montagne e laghi, a sopportare infinite difficoltà e umiliazioni, ridotto, all’inizio dell’inverno, a vagabondare per l’Europa alla ricerca di un rifugio senza sapere dove. Era naturale che, dopo tante sofferenze, desiderasse trascorrere i suoi ultimi giorni in una prigione tranquilla, piuttosto che essere perseguitato e maltrattato ovunque andasse, privo di un posto dove riposare o di un rifugio sicuro. Fino a quando, a causa delle continue difficoltà e spese, non fosse stato costretto a morire di miseria. O a vivere per sempre come un mendicante, dipendendo dalle elemosine dei suoi persecutori, che cercavano soltanto di umiliarlo ulteriormente. Perché non si è accettato questo rimedio così sicuro, così rapido e così facile, che lui stesso proponeva e chiedeva come una grazia? Non è forse perché non si voleva trattarlo con tanta dolcezza, né permettergli mai di trovare quella tranquillità tanto desiderata? Non è forse perché non si voleva dargli alcun sollievo, né metterlo in una situazione nella quale non gli si potessero attribuire ogni giorno nuovi crimini e nuovi libri. E forse, con tanta dolcezza e pazienza, avrebbe fatto perdere alle persone incaricate della sua custodia quelle false idee che si voleva dare di lui. Non è forse infine perché, nel progetto così caro, così attuato con cura e così ben concordato di mandarlo in Inghilterra, c’erano considerazioni le quali, a giudicare dal suo soggiorno in quel paese e dagli effetti che vi ha prodotto, sembrano spiegare abbastanza il motivo di questo rifiuto? Se si possono addurre altri motivi a questa decisione, ditemeli pure; prometto di dimostrare la loro falsità.

Signore, tutto ciò che mi avete insegnato, tutto ciò che mi avete dimostrato, a mio parere è pieno di cose inconcepibili, contraddittorie, assurde; per essere accettate, richiederebbero ancora altri tipi di prove, diversi da quelle sufficienti per le dimostrazioni più complete. E sono proprio queste stesse cose assurde che voi eliminate dall’esame più necessario, quello che dà validità a tutte le altre prove. Avete creato con facilità un essere del tutto inesistente: un mostro al di fuori della natura, della verosimiglianza e della possibilità; un essere formato da parti incompatibili tra loro. Avete fatto del più furioso, intollerante ed esagerato orgoglio il principio su cui si basano tutti i suoi crimini; un orgoglio che, sin dalla sua nascita fino agli ultimi anni della sua vita, non ha mai lasciato traccia di sé. Eppure, ancora oggi, dopo tutte le sue sfortune, quel sentimento è così ben nascosto che non ne si vede alcun segno. Nonostante tutto questo orgoglio indomabile, avete descritto in quell’unico essere anche un piccolo bugiardo, un furfante, un frequentatore di bettoli e luoghi infami, un depravato vile e corrotto. Un individuo che passava la sua vita a derubare nelle taverne i contadini che vi si recavano. Avete affermato che lo stesso personaggio fosse la stessa persona che, per quarant’anni, è stata rispettata e amata da tutti; l’autore degli unici scritti di questo secolo che ispirano nei lettori il desiderio di amare la virtù e di perseguire la verità. Libri che commuovono profondamente il cuore. Eppure dite che questi stessi scritti siano stati composti da uno scellerato che non provava nulla di ciò che diceva con tanta passione e veemenza. Che nascondeva sotto un’apparenza di onestà il veleno che voleva diffondere tra i suoi lettori. Mi costringete persino a credere che questi scritti, così orgogliosi, commoventi e umili, siano stati composti tra bicchieri e donne di lusso. E infine trasformate questo orgoglio irascibile e demoniaco nell’abiezione di un cuore insensibile e vile. Un cuore che si sazia facilmente dell’ignominia che la carità del pubblico gli offre liberamente.

Mi avete descritto questi vostri signori come modelli di virtù, prodigi di generosità, angeli di dolcezza e benevolenza nei loro confronti; e allo stesso tempo mi avete rivelato che lo scopo di tutte le loro attenzioni gentili era quello di trasformarlo nell’orrore dell’universo, nel più disprezzato degli esseri, di trascinarlo da un disonore all’altro, dalla miseria alla desolazione, e di far sì che nelle calamità della vita più infelice provasse tutti i tormenti che può sopportare un’anima orgogliosa quando si vede ridotta a giocattolo e rifiuto dell’umanità. Mi avete detto che, per pietà o per grazia, questi uomini virtuosi avevano voluto privarlo di qualsiasi possibilità di comprendere le ragioni di tali oltraggi, abbassandosi al ruolo di lusinghieri e traditori, sovvertendo abilmente ogni tentativo da parte sua di conoscere la verità, circondandolo di trappole così insidiose che ogni suo passo si trasformava inevitabilmente in una caduta; infine, lo avevano avvolto in un intrigo così astuto che, esposto alle offese di tutti, non riusciva mai a capire nulla, a imparare una sola parola di verità, a respingere alcun insulto, ad ottenere alcuna spiegazione, a individuare o affrontare chi lo attaccava; e che, in ogni momento, mentre subiva le più crudeli umiliazioni, sentiva intorno a sé la flessibilità dei serpenti e il loro veleno.

Vous avez fondé le système qu’on suit à son égard sur des devoirs dont je n’ai nulle idée, sur des vertus qui me font horreur, sur des principes qui renversent dans mon esprit tous ceux de la justice et de la morale. Figurez-vous des gens qui commencent par se mettre chacun un bon masque bien attaché, qui s’arment de fer jusqu’aux dents, qui surprennent ensuite leur ennemi, le saisissent par derrière, le mettent nu, lui lient le corps, les bras, les mains, les pieds, la tête, de façon qu’il ne puisse remuer, lui mettent un bâillon dans la bouche, lui crèvent les yeux, l’étendent à terre, et passent enfin leur noble vie à le massacrer doucement de peur que, mourant de ses blessures, il ne cesse trop tôt de les sentir. Voilà les gens que vous voulez que j’admire. Rappelez, monsieur, votre équité, votre droiture, et sentez en votre conscience quelle sorte d’admiration je puis avoir pour eux. Vous m’avez prouvé, j’en conviens, autant que cela se pouvait par la méthode que vous avez suivie, que l’homme ainsi terrassé est un monstre abominable ; mais, quand cela serait aussi vrai que difficile à croire, l’auteur et les directeurs du projet qui s’exécute à son égard seraient à mes yeux, je le déclare, encore plus abominables que lui.

Certainement vos preuves sont d’une grande force ; mais il est faux que cette force aille pour moi jusqu’à l’évidence, puisqu’en fait de délits et de crimes, cette évidence dépend essentiellement d’une épreuve qu’on écarte ici avec trop de soin pour qu’il n’y ait pas à cette omission quelque puissant motif qu’on nous cache et qu’il importerait de savoir. J’avoue pourtant, et je ne puis trop le répéter, que ces preuves m’étonnent, et m’ébranleraient peut-être encore, si je ne leur trouvais d’autres défauts non moins dirimants selon moi.

Le premier est dans leur force même et dans leur grand nombre de la part dont elles viennent. Tout cela me paraîtrait fort bien dans dos procédures juridiques faites par le ministère public : mais pour que des particuliers, et qui pis est des amis, aient pris tant de peine, aient fait tant de dépenses, aient mis tant de temps à faire tant d’informations, à rassembler tant de preuves, à leur donner tant de force, sans y être obligés par aucun devoir, il faut qu’ils aient été animés pour cela par quelque passion bien vive qui, tant qu’ils s’obstineront à la cacher, me rendra suspect tout ce qu’elle aura produit.

Un autre défaut que je trouve à ces invincibles preuves, c’est qu’elles prouvent trop, c’est qu’elles prouvent des choses qui naturellement ne sauraient exister. Autant vaudrait me prouver des miracles, et vous savez que je n’y crois pas. Il y a dans tout cela des multitudes d’absurdités auxquelles avec toutes leurs preuves il ne dépend pas de mon esprit d’acquiescer. Les explications qu’on leur donne, et que tout le monde, à ce que vous m’assurez, trouve si claires, ne sont à mes yeux guère moins absurdes, et ont le ridicule de plus. Vos messieurs semblent avoir chargé Jean-Jacques de crimes, comme vos théologiens ont chargé leur doctrine d’articles de foi : l’avantage de persuader en affirmant, la facilité de faire tout croire, les ont séduits. Aveuglés par leur passion, ils ont entassé faits sur faits, crimes sur crimes, sans précaution, sans mesure. Et quand enfin ils ont aperçu l’incompatibilité de tout cela, ils n’ont plus été à temps d’y remédier ; le grand soin qu’ils avaient pris de tout prouver également les forçant de tout admettre sous peine de tout rejeter. Il a donc fallu chercher mille subtilités pour tâcher d’accorder tant de contradictions ; et tout ce travail a produit, sous le nom de Jean-Jacques, l’être le plus chimérique et le plus extravagant que le délire de la fièvre puisse faire imaginer.

Un troisième défaut de ces invincibles preuves est dans la manière de les administrer avec tant de mystère et de précautions. Pourquoi tout cela ? La vérité ne cherche pas ainsi les ténèbres et ne marche pas si timidement. C’est une maxime en jurisprudence[383] qu’on présume le dol dans celui qui suit, au lieu de la droite route, des voies obliques et clandestines. C’en est une autre[384] que celui qui décline un jugement régulier et cache ses preuves est présumé soutenir une mauvaise cause. Ces deux maximes conviennent si bien au système de vos messieurs qu’on les croirait faites exprès pour lui, si je ne citais pas mon auteur. Si ce qu’on prouve d’un accusé ou son absence n’est jamais régulièrement prouvé, ce qu’on en prouve, on se cachant si soigneusement de lui, prouve plus contre l’accusateur que contre l’accusé, et, par cela seul, l’accusation revêtue de toutes ses preuves clandestines doit être présumée une imposture.

Enfin le grand vice de tout ce système est que, fondé sur le mensonge ou sur la vérité, le succès n’en serait pas moins assuré d’une façon que de l’autre. Supposez, au lieu de votre Jean-Jacques, un véritablement honnête homme, isolé, trompé, trahi, seul sur la terre, entouré d’ennemis puissants, rusés, masqués, implacables, qui, sans obstacles de la part de personne, dressent à loisir leurs machines autour de lui ; et vous verrez que tout ce qui lui arrive, méchant et coupable, ne lui arriverait pas moins, innocent et vertueux. Tant par le fond que par la forme des preuves, tout cela ne prouve donc rien, précisément parce qu’il prouve trop.

Monsieur, quand les géomètres, marchant de démonstration en démonstration, parviennent à quelque absurdité, au lieu de l’admettre, quoique démontrée, ils reviennent sur leurs pas, et sûrs qu’il s’est glissé dans leurs principes ou dans leurs raisonnements quelque paralogisme qu’ils n’ont pas aperçu, ils ne s’arrêtent pas qu’ils ne le trouvent ; et, s’ils ne peuvent le découvrir, laissant là leur démonstration prétendue, ils prennent une autre route pour trouver la vérité qu’ils cherchent, sûrs qu’elle n’admet point d’absurdités.

LE FRANÇAIS. — N’apercevez-vous point que, pour éviter de prétendues absurdités, vous tombez dans une autre, sinon plus forte, au moins plus choquante ? Vous justifiez un seul homme dont la condamnation vous déplaît, aux dépens de toute une nation, que dis-je ? de toute une génération dont vous faites une génération de fourbes : car enfin tout est d’accord ; tout le public, tout le monde sans exception a donné son assentiment au plan qui vous paraît si répréhensible ; tout se prête avec zèle à son exécution : personne ne l’a désapprouvé, personne n’a commis la moindre indiscrétion qui pût le faire échouer, personne n’a donné le moindre indice, la moindre lumière à l’accusé qui pût le mettre en état de se défendre ; il n’a pu tirer d’aucune bouche un seul mot d’éclaircissement sur les charges atroces dont on l’accable à l’envi ; tout s’empresse à renforcer les ténèbres dont on l’environne, et l’on ne sait à quoi chacun se livre avec plus d’ardeur, de le diffamer absent, ou de le persifler présent. Il faudrait donc conclure de vos raisonnements qu’il ne se trouve pas dans toute la génération présente un seul honnête homme, pas un seul ami de la vérité. Admettez-vous cette conséquence ?

You have established the system we follow regarding him on the basis of duties of which I have no idea whatsoever, on virtues that fill me with horror, and on principles that, in my mind, overturn all those of justice and morality. Imagine people who first put on well-secured masks, arm themselves from head to toe with metal instruments, then surprise their enemy, seize him from behind, strip him naked, tie up his body, arms, hands, and feet so that he cannot move at all, put a gag in his mouth, gouge out his eyes, lay him on the ground, and then spend their so-called “noble” lives slowly torturing him—out of fear that, if he died from his wounds, they might not be able to continue inflicting suffering upon him long enough. Such are the people you want me to admire. Sir, recall your own claims of fairness and righteousness—and consider in your conscience what kind of admiration I could possibly have for them. You have proven to me, beyond any doubt, through the methods you employed, that a person thus overwhelmed is indeed an abominable monster; but even if this were true, it would still be harder to believe than anything else. In my eyes, the authors and those who oversee this cruel project would be even more detestable than the victim himself.

Certainly, your evidence is of great strength; but it is false to claim that this strength amounts to certainty for me, since in the matter of offenses and crimes, such certainty essentially depends on a certain test or examination—which is here deliberately avoided, to such an extent that there must be some powerful reason behind this omission, a reason that is being concealed from us and that it would be essential to uncover. Nevertheless, I must admit again and again that these pieces of evidence do surprise me; they might even shake my conviction were it not for other flaws that, in my opinion, are just as decisive.

The first aspect lies in their very strength and in the sheer numbers of people involved. All of this would seem entirely justified within the framework of legal proceedings initiated by the public prosecution service; but for private individuals—let alone friends—to go to such lengths, to incur such expenses, to spend so much time gathering information, collecting evidence, and giving these efforts such momentum, when they were not obligated to do so by any duty or obligation, it must be that some intense passion drove them. And as long as they persist in hiding the true motives behind their actions, everything they have accomplished will seem suspect to me.

Another flaw that I see in these supposedly “invincible” proofs is that they prove too much—they prove things that, by nature, could not possibly exist. It would be just as valid to try to prove miracles to me, and you know I do not believe in them. There are countless absurdities in all of this, and despite all those supposed proofs, it does not depend on my will to accept them. The explanations given for these claims—which everyone, you assure me, finds so clear—are, in my eyes, no less absurd and even more ridiculous. Your gentlemen seem to have accused Jean-Jacques of various crimes, just as your theologians have laden their doctrines with articles of faith: the advantage of being able to persuade by making assertions, and the ease with which everything can be made to seem credible, have seduced them. Blinded by their passion, they piled fact upon fact, crime upon crime, without any caution or restraint. And when they finally realized the inherent contradictions in all this, it was already too late to rectify the situation; the great effort they had put into proving everything forced them to accept it all, or risk rejecting it entirely. As a result, they were forced to invent countless subtleties in an attempt to reconcile such glaring inconsistencies. And all this effort produced, in the name of Jean-Jacques, the most fantastical and extravagant being that the delirium of fever could ever give rise to.

A third flaw in these supposedly invincible proofs lies in the manner in which they are presented—filled with such mystery and caution. Why all this? Truth does not seek out the shadows in such a timid manner. There is a legal maxim[383] that states one should presume malice in those who take indirect or clandestine paths instead of the direct and legitimate ones. Another maxim[384] says that those who evade proper procedures to present their evidence are presumed to be supporting a bad cause. These two maxims fit so well into the system employed by your gentlemen that one might think they were deliberately crafted for it, were it not for the source I cite. If what is alleged against an accused person, or even his very existence, is never properly proven—and if the evidence presented is done so in such a secretive manner—then this very evidence, far from proving the accused, actually proves more against the accuser. And on this alone, such an accusation, laden with all its clandestine proofs, must be deemed a fraud.

Ultimately, the great flaw of this entire system is that, whether it is based on lies or on truth, success would be ensured in either case. Suppose, instead of your Jean-Jacques, there were a truly honest man—isolated, deceived, betrayed, alone on earth, surrounded by powerful, cunning, masked, and relentless enemies who, without any obstacles from anyone, could freely set their schemes in motion against him; you would see that everything that happens to him—whether he is evil and guilty or innocent and virtuous—would still happen regardless. Both the substance and the form of these “proofs” prove nothing, precisely because they prove too much.

Sir, when geometers, proceeding step by step through their demonstrations, arrive at some absurdity, instead of accepting it even though it has been rigorously proven, they retrace their steps. Convicted that some paralogism must have slipped into their principles or reasoning processes, they cease not until they identify it. And if they are unable to do so, they abandon their purported demonstration and embark on another approach in search of the truth they seek—trusting firmly that such truth admits of no absurdities at all.

THE FRENCHMAN: — Do you not see that, in order to avoid what you consider absurdities, you are actually falling into another kind of absurdity—perhaps even more severe or at least more shocking? You are defending a single individual whose condemnation displeases you at the expense of an entire nation, no, of an entire generation, which you are portraying as a generation of deceitful people. After all, everything seems to align in favor of this plan that you find so reprehensible: the whole public, without exception, has given its approval to it; everyone is eagerly contributing to its implementation; no one has opposed it, no one has committed the slightest indiscretion that could have led to its failure, and no one has provided the accused with any information or clues that could have helped him defend himself. He has not been able to obtain a single word of clarification regarding the monstrous accusations being leveled against him. Instead, everyone is working diligently to deepen the darkness surrounding him—some by spreading slander about him in his absence, others by mocking him when he is present. Therefore, based on your reasoning, one would have to conclude that there isn’t a single honest man, not a single friend of truth, within this entire generation. Do you accept such a conclusion?

Avete fondato il sistema che si segue nei suoi confronti su doveri di cui non ho la minima idea, su virtù che mi disgustano profondamente, su principi che sovvertono nella mia mente tutti quelli della giustizia e della morale. Immaginate persone che iniziano mettendosi ciascuna un bel maschera ben fissata addosso, che si armano fino ai denti di ferro, che poi sorprendono il loro nemico, lo afferrano da dietro, lo spogliano, gli legano il corpo, le braccia, le mani, i piedi, la testa in modo che non possa muoversi, gli mettono un bavaglio in bocca, gli cavano gli occhi, lo stendono a terra e poi trascorrono tutta la loro “nobile” vita massacrandolo lentamente, per paura che, morendo per le sue ferite, smetta troppo presto di soffrire. Queste sono le persone che volete che io ammiiri. Ricordatevi, signore, della vostra equità, della vostra rettitudine. E chiedetevi nella vostra coscienza quale tipo di ammirazione io possa provare per loro. Avete dimostrato, lo ammetto, nel modo in cui avete agito, che un uomo ridotto in questo stato è davvero un mostro abominabile. Ma anche se fosse vero quanto è difficile da credere, l’autore e i responsabili di questo progetto, che viene attuato nei suoi confronti, sarebbero ai miei occhi, lo dichiaro apertamente, ancora più abominabili di lui.

Certamente le vostre prove sono di grande forza; ma è falso che questa forza sia per me sufficiente a costituire una prova evidente, poiché, in materia di reati e crimini, tale evidenza dipende essenzialmente da un esame che qui viene evitato con troppa cura, al punto che si deve ritenere che ci sia qualche motivo poderoso nascosto a noi, e che sia importante conoscere. Tuttavia ammetto, e non posso ripeterlo abbastanza, che queste prove mi sorprendono, e forse mi scuoterebbero ancora, se non ne trovassi altri difetti altrettanto decisivi, secondo me.

Il primo motivo risiede nella stessa forza di quelle persone e nel loro gran numero; tutto ciò mi sembrerebbe del tutto giustificato nelle procedure legali intraprese dal ministero pubblico. Ma affinché dei privati, e per di più degli amici, si siano presi tanta briga, abbiano fatto tali spese, dedicato tanto tempo a raccogliere informazioni, ad accumulare prove e a dar loro forza, senza che alcun dovere li obbligasse a farlo, deve esserci stata una passione molto intensa che li ha motivati. E finché continueranno a nasconderla, tutto ciò che essa avrà prodotto mi sembrerà sospetto.

Un altro difetto che ritengo in queste “inconfutabili prove” è che esse dimostrano troppo, dimostrano cose che, per natura, non potrebbero mai esistere. Sarebbe altrettanto efficace cercare di provarmi l’esistenza dei miracoli, e voi sapete bene che io non ci credo. In tutto questo ci sono innumerevoli assurdità; nonostante tutte queste “prove”, non dipende dal mio intelletto accettarle. Le spiegazioni che ne vengono date, e che tutti, a quanto mi dite, ritengono così chiare, a me sembrano altrettanto assurde, se non addirittura più ridicole ancora. Voi signori sembrate aver accusato Jean-Jacques di crimini, proprio come i vostri teologi hanno attribuito ai loro insegnamenti degli articoli di fede: il vantaggio di convincere affermando con forza, la facilità di far credere qualsiasi cosa, queste cose li hanno sedotti. Accecati dalla loro passione, hanno accumulato fatto su fatto, crimine su crimine, senza alcuna precauzione, senza alcun limite. E quando finalmente hanno compreso l’incompatibilità di tutto ciò, non è più stato possibile rimediare; la grande cura che avevano messo nel provare ogni cosa li ha costretti ad accettare tutto, altrimenti avrebbero dovuto rifiutare tutto. Così, è stato necessario inventare mille sottilità per cercare di conciliare tante contraddizioni; e tutto questo lavoro ha prodotto, sotto il nome di Jean-Jacques, l’essere più fantastico ed esagerato che la follia possa immaginare.

Un terzo difetto di queste “invincibili prove” risiede nel modo in cui vengono utilizzate, con tanto mistero e cautela. Perché tutto ciò? La verità non cerca certo l’oscurità né procede in modo così timido. Esiste una massima in giurisprudenza che afferma di presumere la colpevolezza di chi segue strade oblique e clandestine, invece della via legittima; un’altra massima sostiene che chi nega di aver emesso un giudizio regolare e nasconde le proprie prove sia presumibilmente a favore di una causa ingiusta. Queste due massime si adattano così bene al sistema dei vostri signori da far credere siano state create apposta per loro, se non citassi il mio autore. Se ciò che si prova riguardo all’accusato o la sua assenza non viene mai dimostrato in modo regolare, e se le prove vengono presentate nascondendosi con tanta cura dall’accusato stesso, ciò dimostra di più contro l’accusatore che contro l’accusato stesso; e solo per questo motivo, un’accusa presentata con tutte queste prove “clandestine” deve essere considerata una falsità.

Il grande difetto di tutto questo sistema è che, sia che si basi sulla menzogna o sulla verità, il successo sarebbe comunque assicurato in entrambi i casi. Immaginate, al posto del vostro Jean-Jacques, un uomo davvero onesto, isolato, ingannato, tradito, solo al mondo, circondato da nemici potenti, astuti, mascherati e spietati che, senza alcun ostacolo da parte di nessuno, potrebbero mettere in atto i loro piani contro di lui a piacimento; vedrete che tutto ciò che gli accadrebbe, se fosse cattivo e colpevole, gli accadrebbe comunque anche se fosse innocente e virtuoso. Sia per il contenuto che per la forma delle prove, tutto questo non dimostra nulla, proprio perché dimostra troppo.

Signore, quando i geometri, procedendo passo dopo passo nella loro dimostrazione, arrivano a qualche assurdità, invece di ammetterla pur essendo stata dimostrata, tornano indietro e, convinti che nei loro principi o nelle loro argomentazioni si sia insinuato qualche paralogismo che non avevano notato, non si fermano finché non lo scoprono; e se non riescono a trovarlo, abbandonano quella dimostrazione presunta e prendono un altro percorso per cercare la verità che cercano, convinti che essa non ammetta assurdità.

IL FRANCESCO: — Non vi rendete conto che, per evitare presunte assurdità, finite per cadere in un’altra assurdità, se non più grave, almeno più scioccante? Giustificate un solo uomo la cui condanna vi dispiace, a scapito di un intero popolo, anzi, di un’intera generazione, che trasformate in una generazione di furfanti. Dopotutto, tutto è coerente: l’opinione pubblica nel suo complesso, tutti senza eccezione, hanno dato il loro consenso al piano che vi sembra così riprovevole; tutti si adoperano con zelo per la sua attuazione. Nessuno lo ha criticato, nessuno ha commesso il minimo atto di indiscrezione che potesse farlo fallire, nessuno ha fornito al condannato alcun indizio o informazione che gli permettesse di difendersi. Non è riuscito a ottenere da nessuno una sola parola di chiarimento riguardo alle terribili accuse che gli vengono rivolte. Tutto si impegna con fervore ad aggravare le tenebre che lo circondano. E non si sa a cosa cada ciascuno con maggiore ardore: forse a diffamarlo quando è assente, o a deriderlo quando è presente. Pertanto, dovreste concludere dalle vostre argomentazioni che in tutta questa generazione attuale non esista nemmeno un uomo onesto, nemmeno un amico della verità. Ammettete questa conclusione?

ROUSSEAU. — À Dieu ne plaise ! Si j’étais tenté de l’admettre, ce ne serait pas auprès de vous, dont je connais la droiture invariable et la sincère équité. Mais je connais aussi ce que peuvent sur les meilleurs coeurs les préjugés et les passions, et combien leurs illusions sont quelquefois inévitables. Votre objection me paraît solide et forte. Elle s’est présentée à mon esprit longtemps avant que vous me la fissiez ; elle me paraît plus facile à rétorquer qu’à résoudre, et vous doit embarrasser du moins autant que moi : car enfin, si le public n’est pas tout composé de méchants et de fourbes, tous d’accord pour trahir un seul homme, il est encore moins composé sans exception d’hommes bienfaisants, généreux, francs de jalousie, d’envie, de haine, de malignité. Ces vices sont-ils donc tellement éteints sur la terre qu’il n’en reste pas le moindre germe dans le cœur d’aucun individu ? C’est pourtant ce qu’il faudrait admettre, si ce système de secret et de ténèbres, qu’on suit si fidèlement envers Jean-Jacques, n’était qu’une œuvre de bienfaisance et de charité. Laissons à part vos messieurs, qui sont des âmes divines, et dont vous admirez la tendre bienveillance pour lui. Il a dans tous les états, vous me l’avez dit vous-même, un grand nombre d’ennemis très ardents qui ne cherchent assurément pas à lui rendre la vie agréable et douce. Concevez-vous que, dans cette multitude de gens, tous d’accord pour épargner de l’inquiétude à un scélérat qu’ils abhorrent et de la honte à un hypocrite qu’ils détestent, il ne s’en trouve pas un seul qui, pour jouir au moins de sa confusion, soit tenté de lui dire tout ce qu’on sait de lui ? Tout s’accorde avec une patience plus qu’angélique à l’entendre provoquer au milieu de Paris ses persécuteurs, donner des noms assez durs à ceux qui l’obsèdent, leur dire insolemment : Parlez haut, traîtres que vous êtes ; me voilà. Qu’avez-vous à dire ? A ces stimulantes apostrophes, la plus incroyable patience n’abandonne pas un instant un seul homme dans toute cette multitude. Tous, insensibles à ses reproches, les endurent uniquement pour son bien ; et, de peur de lui faire la moindre peine, ils se laissent traiter par lui avec un mépris que leur silence autorise de plus en plus. Qu’une douceur si grande, qu’une si sublime vertu, anime généralement tous ses ennemis, sans qu’un seul démente un moment cette universelle mansuétude ; convenez que dans une génération qui naturellement n’est pas trop aimante, ce concours de patience et de générosité est du moins aussi étonnant que celui de malignité dont vous rejetez la supposition.

La solution de ces difficultés doit se chercher, selon moi, dans quelque intermédiaire qui ne suppose, dans toute une génération, ni des vertus angéliques, ni la noirceur des démons, mais quelque disposition naturelle au cœur humain, qui produit un effet uniforme par des moyens adroitement disposés à cette fin. Mais en attendant que mes propres observations me fournissent là-dessus quelque explication raisonnable, permettez-moi de vous faire une question qui s’y rapporte. Supposant un moment qu’après d’attentives et impartiales recherches Jean-Jacques, au lieu d’être l’âme infernale et le monstre que vous voyez en lui, se trouvât au contraire un homme simple, sensible et bon ; que son innocence universellement reconnue par ceux mêmes qui l’ont traité avec tant d’indignité vous forçât de lui rendre votre estime, et de vous reprocher les durs jugements que vous avez portés de lui ; rentrez au fond de votre âme, et dites-moi comment vous seriez affecté de ce changement ?

LE FRANÇAIS. — Cruellement, soyez-en sûr. Je sens qu’en l’estimant et lui rendant justice je le haïrais alors plus peut-être encore pour mes torts, que je ne le hais maintenant pour ses crimes : je ne lui pardonnerais jamais mon injustice envers lui. Je me reproche cette disposition, j’en rougis ; mais je la sens dans mon cœur malgré moi.

ROUSSEAU. — Homme véridique et franc, je n’en veux pas davantage, et je prends acte de cet aveu pour vous le rappeler en temps et lieu ; il me suffit pour le moment de vous y laisser réfléchir. Au reste, consolez-vous de cette disposition qui n’est qu’un développement des plus naturels de l’amour-propre. Elle vous est commune avec tous les juges de Jean-Jacques, avec cette différence que vous serez le seul peut-être qui ait le courage et la franchise de l’avouer.

Quant à moi, pour lever tant de difficultés et déterminer mon propre jugement, j’ai besoin d’éclaircissements et d’observations faites par moi-même. Alors seulement je pourrai vous proposer ma pensée avec confiance. Il faut, avant tout, commencer par voir Jean-Jacques, et c’est à quoi je suis tout déterminé.

LE FRANÇAIS. — Ah ! ah ! vous voilà donc enfin revenu à ma proposition que vous avez si dédaigneusement rejetée ? Vous voilà donc disposé à vous rapprocher de cet homme entre lequel et vous le diamètre de la terre était encore une distance trop courte à votre gré ?

ROUSSEAU. — M’en rapprocher ! Non, jamais du scélérat que vous m’avez peint, mais bien de l’homme défiguré que j’imagine à sa place. Que j’aille chercher un scélérat détestable, pour le hanter, l’épier et le tromper, c’est une indignité qui jamais n’approchera de mon cœur ; mais que, dans le doute si ce prétendu scélérat n’est point peut-être un honnête homme infortuné, victime du plus noir complot, j’aille examiner par moi-même ce qu’il faut que j’en pense, c’est un des plus beaux devoirs que se puisse imposer un cœur juste ; et je me livre à cette noble recherche avec autant d’estime et de contentement de moi-même que j’aurais de regret et de honte à m’y livrer avec un motif opposé.

LE FRANÇAIS. — Fort bien ; mais avec le doute qu’il vous plaît de conserver au milieu de tant de preuves, comment vous y prendrez-vous pour apprivoiser cet ours presque inabordable ? Il faudra bien que vous commenciez par ces cajoleries que vous avez en si grande aversion. Encore sera-ce un bonheur si elles vous réussissent mieux qu’à beaucoup de gens qui les lui prodiguent sans mesure et sans scrupule, et à qui elles n’attirent de sa part que des brusqueries et des mépris.

ROUSSEAU. — Est-ce à tort ? Parlons franchement. Si cet homme était facile à prendre de cette manière, il serait par cela seul à demi jugé. Après tout ce que vous m’avez appris du système qu’on suit avec lui, je suis peu surpris qu’il repousse avec dédain la plupart de ceux qui l’abordent, et qui pour cela l’accusent bien à tort d’être défiant ; car la défiance suppose du doute, et il n’en saurait avoir à leur égard : et que peut-il penser de ces patelins flagorneurs dont, vu l’œil dont il est regardé dans le monde, et qui ne peut échapper au sien, il doit pénétrer aisément les motifs dans l’empressement qu’ils lui marquent ? Il doit voir clairement que leur dessein n’est ni de se lier avec lui de bonne foi, ni même de l’étudier et de le connaître, mais seulement de le circonvenir. Pour moi qui n’ai ni besoin ni dessein de le tromper, je ne veux point prendre les allures cauteleuses de ceux qui l’approchent dans cette intention. Je ne lui cacherai point la mienne : s’il en était alarmé, ma recherche serait finie, et je n’aurais plus rien à faire auprès de lui.

LE FRANÇAIS. — Il vous sera moins aisé, peut-être, que vous ne pensez de vous faire distinguer de ceux qui l’abordent à mauvaise intention. Vous n’avez point la ressource de lui parler à cœur ouvert, et de lui déclarer vos vrais motifs. Si vous me gardez la foi que vous m’avez donnée, il doit ignorer à jamais ce que vous savez de ses œuvres criminelles et de son caractère atroce. C’est un secret inviolable qui, près de lui, doit rester à jamais caché dans votre cœur. Il apercevra votre réserve, il l’imitera, et, par cela seul, se tenant en garde contre vous, il ne se laissera voir que comme il veut qu’on le voie, et non comme il est en effet.

ROUSSEAU. — By God! If I were inclined to admit it, it would not be in front of you, whose unswerving integrity and sincere fairness I know so well. But I am also aware of the power that prejudices and passions can have over even the best-hearted people, and how often their illusions prove inevitable. Your objection seems sound and compelling to me. It had already occurred to my mind long before you raised it; it seems easier to refute than to resolve, and it must trouble you just as much as it troubles me—because after all, if the public were not entirely composed of villains and tricksters, all agreeing to betray a single individual, then it would be even less likely that everyone among them were kind-hearted, generous, free from jealousy, envy, hatred, or malice. Are such vices truly extinct on earth, to the extent that not a single trace of them remains in anyone’s heart? Yet this is what we would have to admit if the system of secrecy and darkness that is so faithfully followed toward Jean-Jacques were nothing more than an act of kindness and charity. Setting aside your gentlemen, who are truly divine souls and whose tender benevolence toward him you admire so much—Jean-Jacques, as you yourself have told me, has numerous enemies in all walks of life, who certainly do not seek to make his life pleasant or easy for him. Can you imagine that, among such a multitude of people, all willing to spare a scoundrel they despise and a hypocrite they loathe the distress and humiliation he endures, there isn’t even one who, just for the pleasure of seeing him humiliated, would be tempted to tell him everything that is known about him? Despite his provocations in the heart of Paris, despite the harsh names given by those who harass him, despite his insolent challenges—“Speak up, you traitors! Here I am. What have you to say?”—not a single person among them loses patience for a moment. All endure his reproaches out of concern for his well-being; and out of fear of causing him any pain, they allow himself to treat them with such contempt that their silence only seems to encourage it further. How extraordinary is this kindness, how sublime is this virtue, that it inspires all his enemies without a single one ever abandoning this universal tolerance! In a generation that naturally does not possess much love, such a display of patience and generosity is at least as astonishing as the prevalence of malice that you refuse to even consider.

In my view, the solution to these difficulties must lie in some intermediate state that does not require, within an entire generation, either angelic virtues or the darkness of demons, but rather some natural disposition inherent in the human heart that produces a consistent effect through means skillfully arranged for that purpose. However, until my own observations provide me with a reasonable explanation on this matter, allow me to pose a related question to you. Suppose, for the sake of argument, that after careful and impartial investigation, Jean-Jacques turns out not to be the infernal being or monster you perceive him to be, but rather a simple, sensible, and good man; that his innocence, universally acknowledged even by those who have treated him so indignitously, forces you to restore your respect for him and makes you regret the harsh judgments you had made about him. Then, look deep into your own heart and tell me how you would feel in response to such a change.

THE FRENCHMAN: — Cruelly, indeed. I feel that if I were to appreciate him and do him justice, I might hate him even more for my own wrongs than I hate him now for his crimes; I would never forgive him for the injustice I have done toward him. I reproach myself for this attitude; I am ashamed of it; but I feel it in my heart, against my will.

ROUSSEAU. — As a man of truth and sincerity, I demand no more than this; I take this confession as an opportunity to remind you of it at the appropriate time. For now, it is sufficient for me to leave it for you to reflect on. After all, console yourself in the knowledge that this attitude is merely a natural extension of your self-love. You share it with all those who judge Jean-Jacques’ works; the only difference is that you may be the only one who has the courage and honesty to admit it openly.

As for me, in order to overcome so many difficulties and form my own judgment, I need clarifications and observations made by myself. Only then will I be able to present my thoughts to you with confidence. Above all, we must first meet with Jean-Jacques, and that is what I am absolutely determined to do.

THE FRENCHMAN. — Ah! ah! So you have finally come around to my proposal, which you had so disdainfully rejected? So you are now willing to draw closer to this man—between you and whom even the diameter of the earth would still seem too short a distance at your liking?

ROUSSEAU. — To approach that man! No, never the scoundrel you have depicted to me, but rather the distorted human being I imagine in his place. To go out in search of a detestable scoundrel in order to haunt him, spy on him, and deceive him—such an act would be an indignity utterly unworthy of my heart. But to examine for myself whether this so-called scoundrel might not actually be an unfortunate honest man, a victim of some dark conspiracy—such an endeavor is one of the noblest duties that a just heart can undertake. And I engage in this noble pursuit with all the respect and self-respect I would feel if I were to do it for motives entirely opposite.

THE FRENCHMAN: — Very well; but with that doubt lingering in your mind amidst so many proofs, how will you manage to tame this almost untameable bear? You will surely have to begin with those flatteries which you detest so much. Nevertheless, it would be fortunate if they succeeded for you where they fail so often for many others—those who offer them without measure or scruple, only to receive in return rudeness and contempt from the bear.

ROUSSEAU. — Is that wrong? Let’s speak frankly. If this man were so easy to manipulate in this way, he would already be half-judged by that very fact. After all you have told me about the system being used towards him, I am not surprised at all that he dismisses with disdain most of those who approach him—and that, for that reason, they wrongly accuse him of being defiant; for defiance implies doubt, but he surely cannot harbor any doubts toward them. And what can he think of those obsequious people who, given the way in which he is viewed in the world—and which he himself cannot fail to perceive—must easily see through their motives and their eagerness to please him? He must clearly realize that their intention is neither to establish a genuine connection with him nor even to study or get to know him, but merely to manipulate him. As for me, since I have neither the need nor the desire to deceive him, I refuse to adopt the cautious tactics of those who approach him with such intentions. I will not hide my true motives from him; if he were alarmed by them, my efforts would end there, and I would have nothing further to do with him.

THE FRENCHMAN: — It may be harder for you than you think to distinguish yourself from those who approach him with evil intentions. You do not have the means to speak to him openly and reveal your true motives. If you keep the trust you have placed in me, he must never come to know what you know about his criminal deeds and his terrible character. This is an inviolable secret that must remain forever hidden in your heart, close to him. He will notice your restraint; he will imitate it, and by doing so, by being on guard against you, he will only allow himself to be seen as he wants others to see him, and not as he truly is.

ROUSSEAU. — Per Dio! Se fossi tentato di ammetterlo, non sarebbe certo davanti a voi, di cui conosco l’immutabile rettitudine e la sincera equità. Ma conosco anche quanto i pregiudizi e le passioni possano influenzare anche i cuori migliori, e quanto le loro illusioni siano talvolta inevitabili. La vostra obiezione mi sembra solida e convincente. Mi è venuta in mente molto tempo prima che la esprimeste voi; mi pare più facile da confutare che da risolvere, e dovrebbe imbarazzarvi almeno quanto me. Poiché, dopotutto, se il pubblico non fosse composto interamente da persone malvagie e astute, e tutti fossero d’accordo nel tradire un solo uomo, sarebbe ancora meno possibile che esistessero senza eccezione individui buoni, generosi, privi di gelosia, invidia, odio o malvagità. Questi vizi sono davvero estinti sulla terra, al punto da non lasciare nemmeno il minimo germe nel cuore di nessuno? Eppure questo dovremmo ammetterlo, se questo sistema di segreti e oscurità, che si segue con tanta fedeltà nei confronti di Jean-Jacques, non fosse altro che un atto di benevolenza e carità. Lasciamo da parte i vostri signori, che sono anime divine e le cui tenere azioni verso di lui ammirate tutti. In ogni situazione, come avete detto voi stesso, Jean-Jacques ha molti nemici ardenti che certamente non cercano di rendergli la vita piacevole. Riuscite a immaginare che, in mezzo a questa moltitudine di persone d’accordo nel causargli dolore e umiliazione, non ci sia nemmeno uno che, pur desiderando assistere alla sua rovina, non sia tentato di rivelargli tutto ciò che si sa su di lui? Tutto sembra indicare una pazienza davvero angelica. Ascoltano con indifferenza le sue provocazioni, gli danno nomi offensivi, lo sfidano apertamente. Eppure nessuno reagisce, tutti sopportano tutto questo soltanto per il suo bene. E, per non fargli del male, permettono che li tratti con un disprezzo che il loro silenzio alimenta sempre di più. Che una tale dolcezza, una tale virtù così sublime possano animare tutti i suoi nemici, senza che nessuno abbia mai la tentazione di contraddirla. Convenite: in una generazione che naturalmente non è particolarmente amorevole, questo concorso di pazienza e generosità è almeno altrettanto sorprendente di quello di malvagità di cui rifiutate l’ipotesi.

A mio parere, la soluzione a queste difficoltà deve essere cercata in qualche elemento intermedio che, nell’arco di una generazione, non richieda né virtù angeliche né vizi demoniaci, ma piuttosto una disposizione naturale dell’animo umano capace di produrre effetti uniformi attraverso mezzi abilmente predisposti a tale scopo. Tuttavia, finché le mie osservazioni personali non mi forniranno spiegazioni ragionevoli al riguardo, permettetemi di porvi una domanda in merito. Supponiamo, per un momento, che, dopo ricerche attente e imparziali, Jean-Jacques si riveli invece di essere l’anima infernale o il mostro che voi vedete in lui, un uomo semplice, sensibile e buono; che la sua innocenza, universalmente riconosciuta anche da coloro che lo hanno trattato con tanta ingiustizia, vi costringa a riprendere ad averne stima e a rimproverarvi i giudizi severi che avete espresso su di lui. Allora, riflettete profondamente nel vostro cuore: come sareste colpiti da questo cambiamento?

Il francese: — crudelmente, ne siete certo. Sento che, stimandolo e rendendogli giustizia, forse lo odierei ancora di più per i miei torti, più di quanto lo odi ora per i suoi crimini; non gli perdonerei mai la mia ingiustizia verso di lui. Mi rimprovero questa disposizione, ne arrossisco, ma la sento nel mio cuore, nonostante me stesso.

ROUSSEAU: — Uomo veritiero e franco, non desidero nulla di più; prendo atto di questa ammissione per ricordarvela al momento opportuno. Per ora mi basta lasciarvi rifletterci sopra. Del resto, consolatevi di questa disposizione che non è altro che lo sviluppo naturale dell’amor proprio. È comune a tutti coloro che giudicano secondo i principi di Jean-Jacques; con la differenza che forse siete l’unico ad avere il coraggio e la franchezza di ammetterlo apertamente.

Per quanto mi riguarda, per superare tante difficoltà e formulare una mia propria opinione, ho bisogno di chiarimenti e osservazioni fatte personalmente da me. Solo allora potrò proporvi le mie idee con fiducia. Prima di tutto, è necessario incontrare Jean-Jacques, ed è proprio ciò che intendo fare con determinazione.

IL FRANCESCO. — Ah! ah! Finalmente siete tornato sulla mia proposta, che avevate così sprezzantemente rifiutato. Ora siete disposto ad avvicinarvi a quell’uomo, rispetto al quale persino il diametro della Terra rappresentava una distanza ancora troppo breve, a vostro parere?

ROUSSEAU: Avvicinarmi a quel individuo. No, mai al malvagio che mi avete descritto, ma piuttosto all’uomo deformato che immagino possa esserci al suo posto. Andare in cerca di un essere spregevole per perseguitarlo, spiarlo e ingannarlo. Questo sarebbe un atto ignobile che mai potrebbe toccare il mio cuore; ma se, nel dubbio, quel presunto malvagio potesse in realtà essere un uomo onesto sfortunato, vittima di un complotto oscuro, allora esaminare personalmente quale sia la verità è uno dei doveri più nobili che un cuore giusto possa assumersi. E mi dedico a questa nobile ricerca con tanto rispetto e soddisfazione di me stesso, quanto ne proverei rimorso e vergogna se lo facessi per motivi opposti.

IL FRANCESCO: — Molto bene; ma con quel dubbio che vi piace conservare nonostante tante prove, come farete ad addomesticare quell’orso quasi inaccessibile? Dovrete pur cominciare con quelle lusinghe che odiate così tanto. E sarà già una fortuna se riusciranno meglio a voi che a molte persone che le usano senza misura e senza scrupoli, e alle quali non suscitano da parte sua altro che scatti di rabbia e disprezzo.

ROUSSEAU. — È forse un errore? Parliamo francamente. Se quest’uomo fosse così facile da ingannare con questi metodi, ciò significherebbe già che è in parte colpevole. Dopo tutto quello che mi avete raccontato sul sistema che si segue nei suoi confronti, non mi sorprende affatto che respinga con disprezzo la maggior parte di coloro che cercano di avvicinarlo, e che per questo lo accusino ingiustamente di essere sfidante; infatti, la sfida implica il sospetto, ma lui non può certo nutrire alcun dubbio nei loro confronti. E cosa può pensare di quegli individui servili e adulanti che, considerando il modo in cui viene giudicato nel mondo e il fatto che lui stesso non può sfuggire al proprio giudizio su di loro, deve certamente comprendere facilmente le motivazioni della loro insistenza? Deve vedere chiaramente che il loro intento non è né quello di stabilire con lui un rapporto sincero, né tantomeno di studiarlo e conoscerlo veramente, ma soltanto di ingannarlo. Per quanto mi riguarda, poiché non ho alcun bisogno né intenzione di ingannarlo, non desidero assumere l’atteggiamento cauto e insidioso di coloro che si avvicinano a lui con questo scopo. Non gli nasconderò mai le mie vere intenzioni: se ne fosse allarmato, la mia ricerca finirebbe immediatamente, e non avrei più nulla da fare al suo fianco.

Il francese: — Forse vi sarà meno facile di quanto pensiate distinguervi da coloro che lo approcciano con cattive intenzioni. Non avete la possibilità di parlargli apertamente e di rivelargli i vostri veri motivi. Se mi mantenete la fiducia che mi avete concessa, lui dovrà ignorare per sempre ciò che sapete delle sue azioni criminali e del suo carattere orribile. È un segreto inviolabile che, al suo fianco, deve rimanere per sempre nascosto nel vostro cuore. Lui noterà la vostra riservatezza, l’imiterà, e proprio per questo, tenendosi in guardia contro di voi, si mostrerà soltanto come vuole che lo vedano, e non così com’è realmente.

ROUSSEAU. — Et pourquoi voulez-vous me supposer seul aveugle, parmi tous ceux qui l’abordent journellement, et qui, sans lui inspirer plus de confiance, l’ont vu tous, et si clairement à ce qu’ils vous disent, exactement tel que vous me l’avez peint ? S’il est si facile à connaître et à pénétrer quand on y regarde, malgré sa défiance et son hypocrisie, malgré ses efforts pour se cacher, pourquoi, plein du désir de l’apprécier, serai-je le seul à n’y pouvoir parvenir, surtout avec une disposition si favorable à la vérité, et n’ayant d’autre intérêt que de la connaître ? Est-il étonnant que, l’ayant si décidément jugé d’avance, et n’apportant aucun doute à cet examen, ils l’aient vu tel qu’ils le voulaient voir ? Mes doutes ne me rendront pas moins attentif, et me rendront plus circonspect. Je ne cherche point à le voir tel que je me le figure, je cherche à le voir tel qu’il est.

LE FRANÇAIS. — Bon ! n’avez-vous pas aussi vos idées ? Vous le désirez innocent, j’en suis très sûr. Vous ferez comme eux dans le sens contraire : vous verrez en lui ce que vous y cherchez.

ROUSSEAU. — Le cas est fort différent. Oui je le désire innocent, et de tout mon cœur ; sans doute je serais heureux.de trouver en lui ce que j’y cherche : mais ce serait pour moi le plus grand des malheurs d’y trouver ce qui n’y serait pas, de le croire honnête homme et de me tromper. Vos messieurs ne sont pas dans des dispositions si favorables à la vérité. Je vois que leur projet est une ancienne et grande entreprise qu’ils ne veulent pas abandonner, et qu’ils n’abandonneraient pas impunément. L’ignominie dont ils l’ont couvert rejaillirait sur eux tout entière, et ils ne seraient pas même à l’abri de la vindicte publique. Ainsi, soit pour la sûreté de leurs personnes, soit pour le repos de leurs consciences, il leur importe trop de ne voir en lui qu’un scélérat, pour qu’eux et les leurs y voient jamais autre chose.

LE FRANÇAIS. — Mais enfin, pouvez-vous concevoir, imaginer quelque solide réponse aux preuves dont vous avez été si frappé ? Tout ce que vous verrez ou croirez voir pourra-t-il jamais les détruire ? Supposons que vous trouviez un honnête homme où la raison, le bon sens, et tout le monde, vous montrent un scélérat, que s’ensuivra-t-il ? Que vos yeux vous trompent ; ou que le genre humain tout entier, excepté vous seul, est dépourvu de sens ? Laquelle de ces deux suppositions vous paraît la plus naturelle, et à laquelle enfin vous en tiendrez-vous ?

ROUSSEAU. — A aucune des deux ; et cette alternative ne me paraît pas si nécessaire qu’à vous. Il est une autre explication plus naturelle, qui lève bien des difficultés ; c’est de supposer une ligue dont l’objet est la diffamation de Jean-Jacques, qu’elle a pris soin d’isoler pour cet effet. Et que dis-je, supposer ? par quelque motif que cette ligue se soit formée, elle existe. Sur votre propre rapport, elle semblerait universelle. Elle est du moins grande, puissante, nombreuse ; elle agit de concert et dans le plus profond secret pour tout ce qui n’y entre pas, et surtout pour l’infortuné qui en est l’objet. Pour s’en défendre il n’a ni secours, ni ami, ni appui, ni conseil, ni lumières ; tout n’est autour de lui que pièges, mensonges, trahisons, ténèbres. Il est absolument seul, et n’a que lui seul pour ressource ; il ne doit attendre ni aide ni assistance de qui que ce soit sur la terre. Une position si singulière est unique depuis l’existence du genre humain. Pour juger sainement de celui qui s’y trouve et de tout ce qui se rapporte à lui, les formes ordinaires sur lesquelles s’établissent les jugements humains ne peuvent plus suffire. Il me faudrait, quand même l’accusé pourrait parler et se défendre, des sûretés extraordinaires pour croire qu’en lui rendant cette liberté on lui donne en même temps les connaissances, les instruments, et les moyens nécessaires pour pouvoir se justifier s’il est innocent. Car enfin, si, quoique faussement accusé, il ignore toutes les trames dont il est enlacé, tous les pièges dont on l’entoure ; si les seuls défenseurs qu’il pourra trouver, et qui feindront pour lui du zèle, sont choisis pour le trahir ; si les témoins qui pourraient déposer pour lui se taisent, si ceux qui parlent sont gagnés pour le charger, si l’on fabrique de fausses pièces pour le noircir, si l’on cache ou détruit celles qui le justifient, il aura beau dire non contre cent faux témoignages à qui l’on fera dire oui, sa négation sera sans effet contre tant d’affirmations unanimes ; il n’en sera pas moins convaincu, aux yeux des hommes, de délits qu’il n’aura pas commis. Dans l’ordre ordinaire des choses, cette objection n’a point la même force, parce qu’on laisse à l’accusé tous les moyens possibles de se défendre, de confondre les faux témoins, de manifester l’imposture, et qu’on ne présume pas cette odieuse ligue de plusieurs hommes pour en perdre un. Mais ici cette ligue existe, rien n’est plus constant, vous me l’avez appris vous-même ; et, par cela seul, non seulement tous les avantages qu’ont les accusés pour leur défense sont ôtés à celui-ci, mais les accusateurs, en les lui ôtant, peuvent les tourner tous contre lui-même ; il est pleinement à leur discrétion ; maîtres absolus d’établir les faits comme il leur plaît, sans avoir aucune contradiction à craindre, ils sont seuls juges de la validité de leurs propres pièces ; leurs témoins, certains de n’être ni confrontés, ni confondus, ni punis, ne craignent rien de leurs mensonges : ils sont sûrs, en le chargeant, de la protection des grands, de l’appui des médecins, de l’approbation des gens de lettres, et de la faveur publique ; ils sont sûrs, en le défendant, d’être perdus. Voilà, monsieur, pourquoi tous les témoignages portés contre lui sous les chefs de la ligue, c’est-à-dire depuis qu’elle s’est formée, n’ont aucune autorité pour moi ; et, s’il en est d’antérieurs, de quoi je doute, je ne les admettrai qu’après avoir bien examiné s’il n’y a ni fraude, ni antidate, et surtout après avoir entendu les réponses de l’accusé.

Par exemple, pour juger de sa conduite à Venise, je n’irai pas consulter sottement ce qu’on en dit, et, si vous voulez, ce qu’on en prouve aujourd’hui, et puis m’en tenir là ; mais bien ce qui a été prouvé et reconnu à Venise, à la cour, chez les ministres du roi, et parmi tous ceux qui ont eu connaissance de cette affaire avant le ministère du duc de Choiseul, avant l’ambassade de l’abbé de Bernis à Venise, et avant le voyage du consul Le Blond à Paris. Plus ce qu’on en a pensé depuis est différent de ce qu’on en pensait alors, et mieux je rechercherai les causes d’un changement si tardif et si extraordinaire. De même, pour me décider sur ses pillages en musique, ce ne sera ni à M. d’Alembert, ni à ses suppôts, ni à tous vos messieurs, que je m’adresserai ; mais je ferai chercher sur les lieux, par des personnes non suspectes, c’est-à-dire qui ne soient pas de leur connaissance, s’il y a des preuves authentiques que ces ouvrages ont existé avant que Jean-Jacques les ait donnés pour être de lui.

Voilà la marche que le bon sens m’oblige de suivre pour vérifier les délits, les pillages, et les imputations de toute espèce dont on n’a cessé de le charger depuis la formation du complot, et dont je n’aperçois pas auparavant le moindre vestige. Tant que cette vérification ne me sera pas possible, rien ne sera si aisé que de me fournir tant de preuves qu’on voudra auxquelles je n’aurai rien à répondre, mais qui n’opéreront sur mon esprit aucune persuasion.

ROUSSEAU. — And why should you assume that I alone am blind among all those who approach it every day? They have all seen it, without it inspiring them with any greater trust; they say so clearly, and precisely as you have described it to me. If it is so easy to understand and perceive when one examines it closely, despite its deceit and hypocrisy, despite its attempts to hide itself, why should I be the only one unable to do so—especially since I have such a favorable disposition toward the truth and have no other interest than to discover it? Is it really surprising that, having formed such a definite opinion in advance and without any doubt about it, they saw it exactly as they wished to see it? My doubts will not make me less attentive; on the contrary, they will make me more cautious. I do not seek to perceive it as I imagine it to be; I seek to perceive it as it actually is.

THE FRENCHMAN: Well! Don’t you have your own ideas too? I’m very sure you desire him to be innocent. You will do the same as they do, but in the opposite direction: you will see in him what you are looking for.

ROUSSEAU. — The case is quite different. Yes, I desire him to be innocent, and with all my heart; undoubtedly I would be happy to find in him what I am seeking—but for me, it would be the greatest of misfortunes to discover that he is not what I believe him to be, to think him an honest man only to realize I had been mistaken. Your gentlemen are not in a disposition that favors the truth at all. I see that their plan is an old and ambitious scheme which they refuse to abandon, and which they would not abandon without suffering severe consequences. The disgrace they have cast upon him would rebound upon them entirely, and they would not even be safe from public retribution. Therefore, either for the safety of their own persons or for the peace of their consciences, it is absolutely essential for them to regard him solely as a scoundrel—never as anything else.

THE FRENCHMAN: — But after all, can you conceive of any solid response to the evidence that has so impressed you? Could anything you see or believe you see ever be able to refute it? Suppose you encounter an honest man, while reason, good sense, and everyone else point out that he is a scoundrel—what would happen then? Would your eyes deceive you? Or would it mean that the entire human race, except for you alone, is devoid of reason? Which of these two possibilities does seem to you the more natural, and which will you ultimately accept?

ROUSSEAU. — Neither of the two; and this alternative does not seem to me as necessary as it does to you. There is another, more natural explanation that resolves many difficulties: namely, to assume the existence of a conspiracy aimed at defaming Jean-Jacques, and which went to great lengths to isolate him for that purpose. And what am I saying—assuming? Whatever the motives behind this conspiracy, it certainly exists. According to your own reports, it seems to be universal in scope. At the very least, it is vast, powerful, and numerous; it operates in perfect concert and in the deepest secrecy against anyone who does not belong to it—and especially against the unfortunate individual who is its target. To defend himself, he has no help, no friends, no support, no advice, no knowledge whatsoever; everything around him is nothing but traps, lies, betrayals, and darkness. He is utterly alone, with no one but himself to turn to; he can expect no aid or assistance from anyone on earth. Such a singular situation is unique in the entire history of humanity. To judge fairly those who find themselves in it and everything related to them, the ordinary methods by which human judgments are made are no longer sufficient. Even if the accused were able to speak and defend himself, I would still need extraordinary guarantees before believing that granting him such freedom would also provide him with the knowledge, tools, and means necessary to prove his innocence. For after all, if he is falsely accused but remains ignorant of all the schemes against him, if the only defenders he can find are those who will betray him in his name, if the witnesses who could testify in his favor remain silent, if those who speak do so to incriminate him, if false evidence is fabricated to slander him, and if the evidence that could exonerate him is hidden or destroyed—then no matter how many false testimonies claim otherwise, his denial will be utterly ineffective against such a chorus of affirmations. In ordinary circumstances, this objection would not carry the same weight, because the accused is given every possible means to defend himself, to expose the lies of his accusers, and to reveal the truth. But in this case, we are dealing with an abhorrent conspiracy orchestrated by multiple individuals solely with the goal of destroying one single person. But here, this league exists; nothing is constant anymore—you yourselves have taught me that. And simply because of this, not only are all the advantages that the accused have for their defense taken away from them, but the accusers, by depriving them of these advantages, can turn them all against themselves. They hold complete discretion: as absolute masters, they can present the facts in whatever way they please, without having to fear any contradiction. They are the sole judges of the validity of their own evidence. Their witnesses, knowing that they will not be confronted, confused, or punished, have no reason to hesitate in lying. They are certain that, by accusing someone, they will gain the protection of the powerful, the support of doctors, the approval of scholars, and the favor of the public; yet they are also certain that, by defending that person, they will lose everything. This is why, sir, all the testimonies presented against him since the formation of this league hold no authority for me. And as for any earlier testimonies—of which I doubt the existence—I will only accept them after thoroughly examining them to ensure there is no fraud or falsification, and especially after hearing the defendant’s responses.

For example, in order to judge his conduct in Venice, I would not foolishly refer to what people say about it today, or even what has been proven nowadays; instead, I would rely on what was actually proven and acknowledged in Venice, at the court, among the king’s ministers, and by all those who were aware of this matter before the time of the Duc de Choiseul’s ministry, before the abbé de Bernis’s ambassadorship in Venice, and before consul Le Blond’s trip to Paris. Moreover, since what people think about it nowadays is different from what they thought back then, I would be all the more determined to investigate the reasons for such a late and extraordinary change. Similarly, when it comes to judging his actions regarding music, I would not consult M. d’Alembert, nor his followers, nor any of you; instead, I would have people who are not associated with them conduct an investigation on the spot to see if there is any authentic evidence that these works actually existed before Jean-Jacques claimed they were his.

Here is the course of action that common sense demands I follow in order to verify those crimes, acts of plundering, and various accusations that have been constantly leveled against him since the plot was conceived—accusations of which I see not the slightest trace so far. Until such verification becomes possible, it will be entirely easy for anyone to present me with as many proofs as they wish; however, these proofs would have no persuasive effect on my mind whatsoever.

ROUSSEAU: — E perché volete che io sia l’unico a considerarlo cieco, tra tutte quelle persone che lo incontrano ogni giorno e che, senza che egli ispiri loro alcuna fiducia, lo hanno visto tutti, e così chiaramente da potervelo descrivere esattamente come mi avete descritto voi stesso? Se è così facile conoscerlo e comprenderlo quando ci si impegna a farlo, nonostante la sua diffidenza e ipocrisia, nonostante i suoi tentativi di nascondersi, perché mai, con un desiderio così forte di comprenderlo e nessun altro interesse se non quello di conoscere la verità, dovrei essere l’unico a non riuscirci? È sorprendente che, avendolo giudicato in modo così deciso fin dall’inizio e senza nutrire alcun dubbio riguardo a tale valutazione, lo abbiano visto esattamente come volevano vederlo? I miei dubbi non renderanno certo meno attento, anzi mi renderanno più cauto. Non cerco di vederlo così come me lo immagino, ma di vederlo così com’è realmente.

IL FRANCESCO: Bene! Anche voi non avete le vostre idee? Sono molto sicuro che lo desideriate innocente. Farete come loro, ma nel senso opposto: vedrete in lui ciò che cercate.

ROUSSEAU: — Il caso è molto diverso. Sì, desidero che sia innocente, con tutto il mio cuore; senza dubbio sarei felice di trovarvi ciò che cerco. Ma per me sarebbe la più grande delle sfortune scoprire che non lo è, credere che sia un uomo onesto e poi rimanere ingannato. Voi signori non siete certo in una disposizione favorevole alla verità. Vedo che il loro progetto rappresenta un’impresa antica e importante che non vogliono abbandonare, e che non abbandonerebbero nemmeno a costo di conseguenze gravi. L’ignominia con cui lo hanno coperto ricadrebbe su di loro interamente, e non sarebbero nemmeno al riparo dalla vendetta pubblica. Pertanto, sia per la sicurezza delle loro persone che per la tranquillità delle loro coscienze, è troppo importante per loro considerarlo soltanto un furfante. Così che né loro né i loro familiari possano mai vedere in lui qualcos’altro.

IL FRANCESCO: Ma insomma, riuscite a concepire, a immaginare qualche risposta solida alle prove di cui siete stato così colpito? Tutto ciò che vedrete o crederete di vedere potrà mai distruggerle? Supponiamo che troviate un uomo onesto, mentre la ragione, il buon senso e tutti gli altri vi mostrano un individuo malvagio: cosa ne concludereste? Che i vostri occhi vi ingannino, oppure che l’intera umanità, tranne voi, sia priva di senno? Quale di queste due ipotesi vi sembra più naturale, e a quale alla fine vi attenuerete?

ROUSSEAU: — Nessuna delle due; e questa alternativa non mi sembra così necessaria come a voi. Esiste un’altra spiegazione più naturale, che risolve molte difficoltà: si tratta di ipotizzare l’esistenza di una lega il cui scopo è diffamare Jean-Jacques, e che abbia deliberatamente scelto lui come bersaglio. E che dico “ipotizzare”? Qualunque sia stata la motivazione alla base della formazione di questa lega, essa esiste davvero. Secondo le vostre stesse informazioni, sembrerebbe avere un’ampia diffusione; è comunque numerosa, potente e agisce in modo coordinato e nel più assoluto segreto contro chiunque ne sia vittima, soprattutto contro quel sfortunato che ne è l’obiettivo. Per difendersi, quest’uomo non dispone né di aiuti, né di amici, né di consigli, né di alcuna “luce” che possa guidarlo; intorno a lui ci sono solo trappole, menzogne, tradimenti e tenebre. È completamente solo, e ha soltanto se stesso come risorsa; non può aspettarsi alcun aiuto da parte di nessuno al mondo. Una situazione così unica esiste una sola volta nella storia dell’umanità. Per giudicare correttamente colui che si trova in questa condizione e tutto ciò che lo riguarda, le normali procedure attraverso cui gli esseri umani formulano i loro giudizi non sono più sufficienti. Anche se l’accusato potesse parlare e difendersi, sarebbero necessarie misure straordinarie per credere che concedendogli questa libertà si gli forniscano anche le conoscenze, gli strumenti e i mezzi necessari per dimostrarsi innocente. Infatti, se, pur essendo accusato ingiustamente, ignora tutte le trame contro di lui, tutti i tranelli che lo circondano; se gli unici difensori che potrebbe trovare sono quelli che in realtà lo tradiranno; se i testimoni che potrebbero testimoniarne a suo favore tacciono, se coloro che parlano sono comprati per incriminarlo, se vengono fabbricate prove false contro di lui, se quelle che lo giustificano vengono nascoste o distrutte, allora, anche se negasse tutto di fronte a cento falsi testimoni che affermano il contrario, la sua negazione rimarrebbe inefficace di fronte a tante testimonianze concordanti. Eppure, agli occhi degli uomini, egli verrebbe comunque ritenuto colpevole di crimini che non ha commesso. Nell’ordinario corso delle cose, questa obiezione non avrebbe lo stesso peso, perché all’accusato vengono dati tutti i mezzi possibili per difendersi, per smascherare i falsi testimoni e per dimostrare l’inganno; inoltre, non si presuppone che più persone si uniscano insieme con l’intento di danneggiarne una sola. Ma qui questa lega esiste; nulla è più certo, me lo avete detto voi stesso. E solo per questo motivo, non soltanto tutti i vantaggi che gli imputati hanno a loro disposizione per la propria difesa vengono loro tolti, ma anche gli accusatori, privandoli di questi vantaggi, possono utilizzarli tutti contro di loro; sono completamente in loro potere: padroni assoluti di presentare i fatti come vogliono, senza alcun timore di contraddizioni, sono soltanto loro a giudicare della validità delle proprie prove. I loro testimoni, certi di non essere sottoposti a confronti, né confusi, né puniti, non hanno nulla da temere dai propri falsi testimoniaggi: sono sicuri, accusandolo, di godere del sostegno dei potenti, dell’appoggio dei medici, dell’approvazione degli intellettuali e del favore del pubblico. Ma sono anche sicuri, difendendolo, di essere perduti. Ecco, signore, perché tutti i testimoniaggi presentati contro di lui da quando questa lega è stata formata non hanno alcun valore per me; e se ne esistono di precedenti, di cui dubito, li accetterò soltanto dopo aver attentamente verificato che non ci siano frodi né falsificazioni, e soprattutto dopo aver ascoltato le risposte dell’accusato.

Ad esempio, per giudicare il suo comportamento a Venezia, non andrò certo a consultare ciò che si dice oggi, né ciò che si sostiene attualmente al riguardo; piuttosto, mi baserò su ciò che è stato verificato e riconosciuto a Venezia, alla corte, tra i ministri del re, e da tutti coloro che ebbero conoscenza di questa questione prima dell’arrivo del duca di Choiseul come ministro, prima dell’ambasciata dell’abate de Bernis a Venezia, e prima del viaggio del console Le Blond a Parigi. Anche se ciò che si pensa oggi è diverso da ciò che si pensava allora, tanto più cercherò le cause di un cambiamento così tardivo e straordinario. Allo stesso modo, per giudicare i suoi “plagii” nella musica, non mi rivolgerò né a Monsieur d’Alembert, né ai suoi seguaci, né a nessuno di voi; piuttosto, farò cercare sul posto, da persone non sospette, cioè che non siano loro conosciute, se esistano prove autentiche del fatto che tali opere abbiano realmente esistito prima che Jean-Jacques le presentasse come proprie.

Ecco la linea d’azione che il buon senso mi impone di seguire per verificare i crimini, i saccheggi e tutte le accuse di ogni genere di cui non si è cessato di accusarlo sin dalla formazione della cospirazione, e delle quali non scorgo ancora la minima traccia. Finché questa verifica non sarà possibile, non ci sarà nulla di più facile che fornirmi quante prove si vogliano; io non avrei nulla da rispondere, ma queste prove non avrebbero alcun effetto persuasivo sul mio spirito.

Pour savoir exactement quelle foi je puis donner à votre prétendue évidence, il faudrait que je connusse bien tout ce qu’une génération entière, liguée contre un seul homme totalement isolé, peut faire pour se prouver à elle-même de cet homme-Ià tout ce qu’il lui plaît, et, par surcroît de précaution, en se cachant de lui très soigneusement. À force de temps, d’intrigue et d’argent, de quoi la puissance et la ruse ne viennent-elles point à bout, quand personne ne s’oppose à leurs manœuvres, quand rien n’arrête et ne contremine leurs sourdes opérations ? À quel point ne pourrait-on point tromper le public, si tous ceux qui le dirigent, soit par la force, soit par l’autorité, soit par l’opinion, s’accordaient pour l’abuser par de sourdes menées dont il serait hors d’état de pénétrer le secret ? Qui est-ce qui a déterminé jusqu’où des conjurés puissants, nombreux et bien unis, comme ils le sont toujours pour le crime, peuvent fasciner les yeux, quand des gens qu’on ne croit pas se connaître se concerteront bien entre eux ; quand, aux deux bouts de l’Europe, des imposteurs d’intelligence et dirigés par quelque adroit et puissant intrigant se conduiront sur le même plan, tiendront le même langage, présenteront sous le même aspect un homme à qui l’on a ôté la voix, les yeux, les mains, et qu’on livre pieds et poings liés à la merci de ses ennemis ? Que vos messieurs, au lieu d’être tels, soient ses amis comme ils le crient à tout le monde ; qu’étouffant leur protégé dans la fange, ils n’agissent ainsi que par bonté, par générosité, par compassion pour lui ; soit : je n’entends point leur disputer ici ces nouvelles vertus ; mais il résulte toujours de vos propres récits qu’il y a une ligue, et de mon raisonnement que, sitôt qu’une ligue existe, on ne doit pas, pour juger des preuves qu’elle apporte, s’en tenir aux règles ordinaires, mais en établir de plus rigoureuses pour s’assurer que cette ligue n’abuse pas de l’avantage immense de se concerter, et par là d’en imposer, comme elle peut certainement le faire. Ici je vois, au contraire, que tout se passe entre gens qui se prouvent entre eux, sans résistance et sans contradiction, ce qu’ils sont bien aise de croire ; que, donnant ensuite leur unanimité pour nouvelle preuve à ceux qu’ils désirent amener à leur sentiment, loin d’admettre au moins l’épreuve indispensable des réponses de l’accusé, on lui dérobe avec le plus grand soin la connaissance de l’accusation, de l’accusateur, des preuves, et même de la ligne. C’est faire cent fois pis qu’à l’inquisition : car si l’on y force le prévenu de s’accuser lui-même, du moins on ne refuse pas de l’entendre, on ne l’empêche pas de parler, on ne lui cache pas qu’il est accusé, et on ne le juge qu’après l’avoir entendu. L’inquisition veut bien que l’accusé se défende s’il peut, mais ici l’on ne veut pas qu’il le puisse.

Cette explication, qui dérive des faits que vous m’avez exposés vous-même, doit vous faire sentir comment le public, sans être dépourvu de bon sens, mais séduit par mille prestiges, peut tomber dans une erreur involontaire et presque excusable à l’égard d’un homme auquel il prend dans le fond très peu d’intérêt, dont la singularité révolte son amour-propre, et qu’il désire généralement de trouver coupable plutôt qu’innocent, et comment aussi, avec un intérêt plus sincère à ce même homme, et plus de soin à I’étudier soi-même, on pourrait le voir autrement que ne fait tout le monde, sans être obligé d’en conclure que le public est dans le délire, ou qu’on, est trompé par ses propres yeux. Quand le pauvre Lazarille de Tormes, attaché dans le fond d’une cuve, la tête seule hors de l’eau, couronné de roseaux et d’algue, était promené de ville en ville comme un monstre marin, les spectateurs extravaguaient-ils de le prendre pour tel, ignorant qu’on l’empêchait de parler, et que, s’il voulait crier qu’il n’était pas un monstre marin, une corde tirée en cachette le forçait de faire à l’instant le plongeon ? Supposons qu’un d’entre eux plus attentif, apercevant cette manœuvre, et par là devinant le reste, leur eut crié, l’on vous trompe, ce prétendu monstre est un homme, n’y eût-il pas eu plus que de l’humeur à s’offenser de cette exclamation, comme d’un reproche qu’ils étaient tous des insensés ? Le public, qui ne voit des choses que l’apparence, trompé par elle, est excusable ; mais ceux qui se disent plus sages que lui en adoptant son erreur, ne le sont pas.

Quoi qu’il en soit des raisons que je vous expose, je me sens digne, même indépendamment d’elles, de douter de ce qui n’a paru douteux à personne. J’ai dans le cœur des témoignages, plus forts que toutes vos preuves, que l’homme que vous m’avez peint n’existe point, ou n’est pas du moins où vous le voyez. La seule patrie de Jean-Jacques, qui est la mienne, suffirait pour m’assurer qu’il n’est point cet homme-là. Jamais elle n’a produit des êtres de cette espèce ; ce n’est ni chez les protestants ni dans des républiques qu’ils sont connus. Les crimes dont il est accusé sont des crimes d’esclaves, qui n’approchèrent jamais des âmes libres ; dans nos contrées on n’en connaît point de pareils ; et il me faudrait plus de preuves encore que celles que vous m’avez fournies pour me persuader seulement que Genève a pu produire un empoisonneur.

Après vous avoir dit pourquoi vos preuves, tout évidentes quelles vous paraissent, ne sauraient être convaincantes pour moi, qui n’ai ni ne puis avoir les instructions nécessaires pour juger à quel point ces preuves peuvent être illusoires et m’en imposer par une fausse apparence de vérité, je vous avoue pourtant derechef que, sans me convaincre, elles m’inquiètent, m’ébranlent, et que j’ai quelquefois peine à leur résister. Je désirerais sans doute, et de tout mon cœur, qu’elles fussent fausses, et que l’homme dont elles me font un monstre n’en fût pas un : mais je désire beaucoup davantage encore de ne pas m’égarer dans cette recherche et de ne pas me laisser séduire par mon penchant. Que puis-je faire dans une pareille situation[385] pour parvenir, s’il est possible, à démêler la vérité ? C’est de rejeter dans cette affaire toute autorité humaine, toute preuve qui dépend du témoignage d’autrui, et de me déterminer uniquement sur ce que je puis voir de mes yeux et connaître par moi-même. Si Jean-Jacques est tel que l’ont peint vos messieurs, et s’il a été si aisément reconnu tel par tous ceux qui l’ont approché, je ne serai pas plus malheureux qu’eux, car je ne porterai pas à cet examen moins d’attention, de zèle et de bonne foi ; et un être aussi méchant, aussi difforme, aussi dépravé, doit en effet être très facile à pénétrer pour peu qu’on y regarde. Je m’en tiens donc à la résolution de l’examiner par moi-même et de le juger en tout ce que je verrai de lui, non par les secrets désirs de mon cœur, encore moins par les interprétations d’autrui, mais par la mesure de bon sens et de jugement que je puis avoir reçue, sans me rapporter sur ce point à l’autorité de personne. Je pourrai me tromper sans doute, parce que je suis homme ; mais après avoir fait tous mes efforts pour éviter ce malheur, je me rendrai, si néanmoins il m’arrive, le consolant témoignage que mes passions ni ma volonté ne sont point complices démon erreur, et qu’il n’a pas dépendu de moi de m’en garantir. Voilà ma résolution. Donnez-moi maintenant les moyens de l’accomplir et d’arriver à notre homme, car, à ce que vous m’avez fait entendre, son accès n’est pas aisé.

To know precisely how much credence I should assign to your so-called evidence, it would be necessary for me to be fully aware of everything that an entire generation, united against a single, utterly isolated individual, is capable of doing in order to prove to itself whatever it wishes about that person—especially when they go to such lengths as hiding their actions from him. With enough time, intrigue, and money, what cannot power and cunning accomplish when no one opposes their maneuvers, when nothing stops or counters their underhanded operations? To what extent might the public not be deceived if all those who guide it—by force, authority, or public opinion—conspired to manipulate it through schemes of which it would be utterly unable to fathom the secrets? Who can determine just how far powerful, numerous, and well-organized conspirators—such as they always are when it comes to crime—can succeed in deceiving others, especially when people who seem not to know each other conspire together; when, on both ends of Europe, impostors with clever strategies, guided by some astute and influential schemer, act in unison, use the same language, and present the same person—who has been deprived of his voice, eyes, and hands—and hand him over completely helpless to his enemies? Why don’t your “gentlemen” simply declare themselves that man’s friends, as they claim to be before everyone? If they are truly acting out of kindness, generosity, or compassion toward their so-called protege, then fine—but I have no intention of questioning these so-called virtues of theirs. Yet, based on your own accounts, it is clear that there exists some kind of conspiracy; and according to my reasoning, whenever a conspiracy exists, one cannot judge the evidence it presents using ordinary standards. Instead, far stricter criteria must be applied to ensure that such a conspiracy does not exploit the immense advantage of its unity to manipulate others as it sees fit. On the contrary, what I observe here is that everything takes place among people who simply confirm whatever they already wish to believe about each other; they present their unanimity as further evidence in support of their views—and they go so far as to carefully prevent the accused from even knowing the nature of the accusations, who the accuser is, what evidence exists, or even what the overall situation is. This is far worse than the Inquisition: there, at least, the accused is forced to defend himself if he can; here, he is not even given that chance.

This explanation, which is derived from the facts you yourself have presented to me, should make it clear to you how the public—without being devoid of common sense, but deceived by countless illusions—can fall into an involuntary and almost excusable error regarding a person toward whom they feel little genuine interest, whose uniqueness offends their pride, and whom they tend to regard as guilty rather than innocent. Moreover, with greater sincerity in our interest in this same person and more careful consideration of the facts themselves, we could see things differently from how everyone else does—without having to conclude that the public is deluded or that we ourselves are being misled by what our eyes tell us. When the poor Lazarille de Tormes, tied up inside a vat with only his head exposed above the water, was paraded around from town to town like a marine monster, did the spectators really mistake him for one, not realizing that he was prevented from speaking and that, if he tried to cry out that he was not a monster, a hidden rope would force him to dive back down? Suppose one of them, being more observant, had noticed this manipulation and thus understood what was really happening—wouldn’t such an exclamation have provoked more anger than anything else, as if it were a reproach that they were all fools? The public, which sees things only in their outward appearance and is deceived by it, is indeed excusable; but those who consider themselves wiser than it by adopting its errors are not.

Regardless of the reasons I have presented to you, I feel that I am entitled, even independent of them, to doubt what has never seemed doubtful to anyone else. In my heart, I hold testimonies far more compelling than all your proofs—that the man you have described does not exist, or at least is not where you claim he is. The only country of Jean-Jacques, which is also mine, would be sufficient to convince me that he is not that man. Such people have never emerged from our lands; they are unknown neither among Protestants nor in republics. The crimes he is accused of are the crimes of slaves, crimes that could never originate in free souls; in our regions, we know nothing of such things. And it would take me even more evidence than you have provided to convince me that Geneva could have produced a poisoner.

After having explained to you why your arguments, as evident as they may seem to you, could not convince me—a person who lacks the necessary knowledge and judgment to discern how misleading such evidence might be, or how it could deceive me through its false appearance of truth—I must frankly admit that, even if they do not persuade me, they still trouble me, shake my convictions, and sometimes make it difficult for me to resist them. I would undoubtedly wish, with all my heart, that these arguments were false, and that the man whom they portray as a monster were in fact not such a person; but what I desire even more is to avoid being misled in this investigation and not to be swayed by my own inclinations. What can I do in such a situation to try, if at all possible, to discern the truth? The only way is to reject any human authority or evidence that relies on the testimony of others, and to rely solely on what I can see with my own eyes and know for myself. If Jean-Jacques truly is the person your gentlemen have described, and if he was so easily recognized by all those who came into contact with him, then I would not be any less unhappy than they are, for I would devote no less attention, zeal, and good faith to this investigation. Indeed, a being so wicked, deformed, and corrupt must be quite easy to discern if one examines him carefully. Therefore, I am determined to examine him myself and judge him solely on what I see of him—not influenced by the secret desires of my own heart, nor by the interpretations of others, but based on the common sense and judgment I have been given, without relying on the authority of anyone else. I may certainly make mistakes, since I am human; but after having done my utmost to avoid such error, if it should still happen, I will at least have the comfort of knowing that neither my passions nor my will were complicit in my mistake, and that it was not within my power to prevent it. Such is my resolve. Now, give me the means to carry it out and to bring this man before us, for, as you have told me, access to him is not easy.

Per sapere con certezza in quale misura possa credere nella vostra presunta evidenza, sarebbe necessario conoscere appieno tutto ciò che un’intera generazione, unita contro un singolo individuo completamente isolato, è in grado di fare per dimostrare a se stessa ciò che vuole riguardo a quell’uomo. E, per maggiore sicurezza, facendosi anche molto attenzione a non farsi scoprire da lui. Con il tempo, con l’inganno e i soldi, di cosa non sono capaci la potenza e l’astuzia, quando nessuno si oppone alle loro manovre, quando nulla ferma o contrasta le loro operazioni segrete? Fino a che punto non si potrebbe ingannare il pubblico, se tutti coloro che lo guidano – sia con la forza, che con l’autorità, che con l’opinione pubblica – si accordassero per abusarne attraverso intrighi di cui lui stesso sarebbe incapace di comprendere i segreti? Chi ha stabilito fino a quale punto dei cospiratori potenti, numerosi e ben uniti possano ingannare tutti, quando persone che apparentemente non si conoscono tra loro si accordano tra loro; quando, ai due estremi dell’Europa, impostori abili e guidati da qualche intrigante astuto e potente agiscono secondo lo stesso piano, utilizzando lo stesso linguaggio, presentando sotto lo stesso aspetto un uomo a cui sono stati tolti la voce, gli occhi, le mani, e che viene consegnato completamente indifeso ai suoi nemici? Che i vostri signori, invece di comportarsi così, siano davvero suoi amici, come dichiarano apertamente; che, soffocando il loro protetto nella fangia, agiscano soltanto per bontà, generosità e compassione. Ma questo non è certo un argomento su cui possiamo discutere con voi. Tuttavia, dai vostri stessi racconti risulta chiaramente che esiste una cospirazione; e dalla mia logica si deduce che, non appena esiste una cospirazione, non si possono utilizzare le regole ordinarie per giudicare le prove che essa presenta, ma bisogna stabilire regole più rigorose per assicurarsi che quella cospirazione non abusi dell’enorme vantaggio di agire unitamente. E quindi, come è certamente possibile, riesca a imporre il proprio volere. Qui, invece, vediamo che tutto avviene tra persone che si dimostrano reciprocamente ciò in cui sono disposte a credere; che, presentando poi la loro unanimità come nuova prova per coloro che desiderano convincere del loro punto di vista, non solo si rifiuta di permettere all’accusato di fornire risposte, ma gli viene anche nascosta con ogni cura l’informazione riguardante l’accusa, l’accusatore, le prove, e persino i dettagli essenziali del caso. Questo è cento volte peggio dell’inquisizione: perché in quella almeno si costringe l’accusato a difendersi da solo, se possibile; mentre qui non gli viene nemmeno data questa possibilità.

Questa spiegazione, che deriva dai fatti che voi stessi mi avete esposto, dovrebbe farvi comprendere come il pubblico, senza essere privo di buon senso, ma sedotto da mille inganni, possa cadere in un errore involontario e quasi scusabile riguardo a una persona verso la quale, in fondo, prova molto poco interesse, la cui singolarità offende il suo orgoglio e che di solito desidera considerare colpevole piuttosto che innocente. Inoltre, se si avesse un interesse più sincero per quella stessa persona e si prestasse maggiore attenzione ad osservarla, si potrebbe vederla in modo diverso da come tutti la vedono, senza dover concludere che il pubblico sia pazzo o che siamo noi stessi ingannati dai nostri occhi. Quando il povero Lazarillo de Tormes, legato dentro una vasca con solo la testa fuori dall’acqua, adornato di canne e alghe, veniva portato in giro per le città come un mostro marino, i spettatori si sbagliavano davvero a considerarlo tale, ignorando che gli veniva impedito di parlare e che, se avesse voluto gridare di non essere un mostro marino, una corda tirata di nascosto lo costringeva immediatamente a tuffarsi. Supponiamo che uno di loro, più attento, avesse notato questa manovra e da essa dedotto il resto; se avesse gridato: “Vi ingannano, questo presunto mostro è in realtà un uomo”, non ci sarebbe stata alcuna ragione per offendersi per quell’esclamazione, come se fosse stato un rimprovero che tutti loro fossero degli sciocchi. Il pubblico, che vede le cose solo dall’apparenza e ne viene ingannato, è scusabile; ma coloro che si considerano più saggi di lui adottando il suo errore, in realtà non lo sono affatto.

Qualunque siano le ragioni che vi espongo, mi sento degno, anche indipendentemente da esse, di dubitare di ciò che non è mai sembrato dubbioso a nessuno. Nel mio cuore ho prove più convincenti di tutte le vostre argomentazioni: l’uomo che mi avete descritto non esiste, o almeno non è dove lo vedete voi. L’unica patria di Jean-Jacques, che è anche la mia, basterebbe a convincermi che non è quell’uomo. Mai essa ha prodotto esseri di questo genere; né tra i protestanti né nelle repubbliche sono conosciuti simili individui. I crimini di cui è accusato sono crimini tipici di schiavi, che non hanno mai avuto nulla a che fare con anime libere; nelle nostre regioni non si conoscono crimini del genere; e mi servirebbero prove ancora più convincenti di quelle che mi avete fornito per convincermi anche solo che Ginevra possa aver prodotto un avvelenatore.

Dopo avervi spiegato perché le vostre prove, per quanto evidenti possano sembrarvi, non potrebbero convincermi io, che non dispongo né posso disporre delle informazioni necessarie per valutare in quale misura queste prove possano essere illusorie e presentarsi sotto una falsa apparenza di verità, vi confesso tuttavia apertamente che, anche se non mi convincono, mi preoccupano, mi turbano, e a volte ho difficoltà a resister loro. Desidererei certamente, con tutto il mio cuore, che fossero false e che l’uomo di cui queste prove mi fanno un ritratto così orribile non fosse davvero tale; ma desidero ancora di più non errare in questa ricerca e non lasciarmi sedurre dai miei pregiudizi. Cosa posso fare in una situazione del genere per cercare, se possibile, di scoprire la verità? È necessario rifiutare in questa questione qualsiasi autorità umana, qualsiasi prova che dipenda dal testimoneaggio altrui, e basarmi esclusivamente su ciò che posso vedere con i miei occhi e conoscere di persona. Se Jean-Jacques è davvero come voi lo avete descritto, e se è stato così facilmente riconosciuto da tutti coloro che lo hanno incontrato, non sarò più sfortunato di loro, perché dedicherò a questa indagine la stessa attenzione, lo stesso impegno e la stessa buona fede; inoltre, un essere così malvagio, così deforme, così corrotto deve certamente essere molto facile da comprendere, se si cerca di farlo con attenzione. Pertanto, mi attengo alla decisione di esaminarlo personalmente e giudicarlo in base a ciò che vedrò di lui, non guidato dai desideri segreti del mio cuore, né dalle interpretazioni altrui, ma sulla base della misura di buon senso e giudizio che ho ricevuto, senza affidarmi all’autorità di nessuno. Potrei sbagliare, naturalmente, perché sono un uomo; ma dopo aver fatto tutto il possibile per evitare questo errore, se dovesse comunque accadere, mi consolerò pensando che né le mie passioni né la mia volontà siano colpevoli di tale errore, e che non sia stato possibile evitarlo. Questa è la mia decisione. Ora datemi i mezzi per attuarla e per raggiungere quell’uomo, poiché, da quanto mi avete detto, il suo nascondiglio non è facile da trovare.

LE FRANÇAIS. — Surtout pour vous, qui dédaignez les seuls qui pourraient vous rouvrir. Ces moyens sont, je le répète, de s’insinuer à force d’adresse, de patelinage, d’opiniâtre importunité, de le cajoler sans cesse, de lui parler avec transport de ses talents, de ses livres, et même de ses vertus ; car ici le mensonge et la fausseté sont des œuvres pies. Le mot d’admiration surtout, d’un effet admirable auprès de lui, exprime assez bien dans un autre sens l’idée des sentiments qu’un pareil monstre inspire, et ces doubles ententes jésuitiques, si recherchées de nos messieurs, leur rendent l’usage de ce mot très familier avec Jean-Jacques, et très commode en lui parlant[386]. Si tout cela ne réussit pas, on ne se rebute point de son froid accueil, on compte pour rien ses rebuffades ; passant tout de suite à l’autre extrémité, on le tance, on le gourmande, et, prenant le ton le plus arrogant qu’il est possible, ou tâche de le subjuguer de haute lutte. S’il vous fait des grossièretés, on les endure comme venant d’un misérable dont on s’embarrasse fort peu d’être méprisé. S’il vous chasse de chez lui, on y revient ; s’il vous ferme la porte, on y reste jusqu’à ce qu’elle se rouvre, ou tâche de s’y fourrer. Une fois entré dans son repaire, on s’y établit, on s’y maintient bon gré malgré. S’il osait vous en chasser de force, tant mieux : on ferait beau bruit, et l’on irait crier par toute la terre qu’il assassine les gens qui lui font l’honneur de l’aller voir. Il n’y a point, à ce qu’on m’assure, d’autre voie pour s’insinuer auprès de lui. Êtes-vous homme à prendre celle-là ?

ROUSSEAU. — Mais, vous-même, pourquoi ne l’avez-vous jamais voulu prendre ?

LE FRANÇAIS. — Oh ! moi, je n’avais pas besoin de le voir pour le connaître. Je le connais par ses œuvres ; c’en est assez et même trop.

ROUSSEAU. — Que pensez-vous de ceux qui, tout aussi décidés que vous sur son compte, ne laissent pas de le fréquenter, de l’obséder, et de vouloir s’introduire à toute force dans sa plus intime familiarité ?

LE FRANÇAIS. — Je vois que vous n’êtes pas content de la réponse que j’ai déjà faite à cette question.

ROUSSEAU. — Ni vous non plus, je le vois aussi. J’ai donc mes raisons pour y revenir. Presque tout ce que vous m’avez dit dans cet entretien me prouve que vous n’y parliez pas de vous-même. Après avoir appris de vous les sentiments d’autrui, n’apprendrai-je jamais les vôtres ? Je le vois, vous feignez d’établir des maximes que vous seriez au désespoir d’adopter. Parlez-moi donc enfin plus franchement.

LE FRANÇAIS. — Écoutez : je n’aime pas Jean-Jacques, mais je hais encore plus l’injustice, encore plus la trahison. Vous m’avez dit des choses qui me frappent, et auxquelles je veux réfléchir. Vous refusiez de voir cet infortuné ; vous vous y déterminez maintenant. J’ai refusé de lire ses livres ; je me ravise ainsi que vous, et pour cause. Voyez l’homme, je lirai les livres ; après quoi nous nous reverrons.

FIN DU PREMIER DIALOGUE

ROUSSEAU JUGE DE JEAN-JACQUES

Table des matières du titre

Liste des Mémoires

Liste générale des titres

Second Dialogue

Du naturel de Jean-Jacques et de ses habitudes

LE FRANÇAIS. — Hé bien, monsieur, vous l’avez vu ?

ROUSSEAU. — Hé bien, monsieur, vous l’avez lu ?

LE FRANÇAIS. — Allons par ordre, je vous prie, et permettez que nous commencions par vous, qui fûtes le plus pressé. Je vous ai laissé tout le temps de bien étudier notre homme. Je sais que vous l’avez vu par vous-même, et tout à votre aise. Ainsi vous êtes maintenant en état de le juger, ou vous n’y serez jamais. Dites-moi donc enfin ce qu’il faut penser de cet étrange personnage.

ROUSSEAU. — Non ; dire ce qu’il en faut penser n’est pas de ma compétence ; mais vous dire, quant à moi, ce que j’en pense, c’est ce que je ferai volontiers, si cela vous suffit.

LE FRANÇAIS. — Je ne vous en demande pas davantage. Voyons donc.

ROUSSEAU. — Pour vous parler selon ma croyance, je vous dirai donc tout franchement que, selon moi, ce n’est pas un homme vertueux.

LE FRANÇAIS. — Ah ! vous voilà donc enfin pensant comme tout le monde !

ROUSSEAU. — Pas tout-à-fait, peut-être : car, toujours selon moi, c’est beaucoup moins encore un détestable scélérat.

LE FRANÇAIS. — Mais enfin qu’est-ce donc ? Car vous êtes désolant avec vos éternelles énigmes.

ROUSSEAU. — Il n’y a point là d’énigmes que celle que vous y mettez vous-même. C’est un homme sans malice plutôt que bon, une âme saine, mais faible, qui adore la vertu sans la pratiquer, qui aime ardemment le bien et qui n’en fait guère. Pour le crime, je suis persuadé comme de mon existence qu’il n’approcha jamais de son cœur, non plus que la haine. Voilà le sommaire de mes observations sur son caractère moral. Le reste ne peut se dire en abrégé : car cet homme ne ressemble à nul autre que je connaisse ; il demande une analyse à part et faite uniquement pour lui.

LE FRANÇAIS. — Oh ! faites-la-moi donc cette unique analyse, et montrez-nous comment vous vous y êtes pris pour trouver cet homme sans malice, cet être si nouveau pour tout le reste du monde, et que personne avant vous n’a su voir en lui.

ROUSSEAU. — Vous vous trompez ; c’est au contraire votre Jean-Jacques qui est cet homme nouveau. Le mien est l’ancien, celui que je m’étais figuré avant que vous m’eussiez parlé de lui, celui que tout le monde voyait en lui avant qu’il eût fait des livres, c’est-à-dire jusqu’à l’âge de quarante ans. Jusque-là tous ceux qui l’ont connu, sans en excepter vos messieurs eux-mêmes, l’ont vu tel que je le vois maintenant. C’est, si vous voulez, un homme que je ressuscite, mais que je ne crée assurément pas.

LE FRANÇAIS. — Craignez de vous abuser encore en cela, et de ressusciter seulement une erreur trop tard détruite. Cet homme a pu, comme je vous l’ai déjà dit, tromper longtemps ceux qui l’ont jugé sur les apparences ; et la preuve qu’il les trompait est qu’eux-mêmes, quand on le leur a fait mieux connaître, ont abjuré leur ancienne erreur. En revenant sur ce qu’ils avaient vu jadis, ils en ont jugé tout différemment.

ROUSSEAU. — Ce changement d’opinion me paraît très naturel, sans fournir la preuve que vous en tirez. Ils le voyaient alors par leurs propres yeux, ils l’ont vu depuis par ceux des autres. Vous pensez qu’ils se trompaient autrefois ; moi je crois que c’est aujourd’hui qu’ils se trompent. Je ne vois point à votre opinion de raison solide, et j’en vois à la mienne une d’un très grand poids ; c’est qu’alors il n’y avait point de ligue, et qu’il en existe une aujourd’hui ; c’est qu’alors personne n’avait intérêt à déguiser la vérité, et à voir ce qui n’était pas ; qu’aujourd’hui quiconque oserait dire hautement de Jean-Jacques le bien qu’il en pourrait savoir serait un homme perdu ; que, pour faire sa cour et parvenir, il n’y a point de moyen plus sûr et plus prompt que de renchérir sur les charges dont on l’accable à l’envi ; et qu’enfin tons ceux qui l’ont vu dans sa jeunesse sont sûrs de s’avancer eux et les leurs en tenant sur son compte le langage qui convient à vos messieurs. D’où je conclus que qui cherche en sincérité de cœur la vérité doit remonter, pour la connaître, au temps où personne n’avait intérêt à la déguiser. Voilà pourquoi les jugements qu’on portait jadis sur cet homme font autorité pour moi, et pourquoi ceux que les mêmes gens en peuvent porter aujourd’hui n’en font plus. Si vous avez à cela quelque bonne réponse, vous m’obligerez de m’en faire part ; car je n’entreprends point de soutenir ici mon sentiment, ni de vous le faire adopter, et je serai toujours prêt à l’abandonner, quoique à regret, quand je croirai voir la vérité dans le sentiment contraire. Quoi qu’il en soit, il ne s’agit point ici de ce que d’autres ont vu, mais de ce que j’ai vu moi-même ou cru voir. C’est ce que vous demandez, et c’est tout ce que j’ai à vous dire ; sauf à vous d’admettre ou rejeter mon opinion quand vous saurez sur quoi je la fonde.

Commençons par le premier abord. Je crus, sur les difficultés auxquelles vous m’aviez préparé, devoir premièrement lui écrire. Voici ma lettre, et voici sa réponse.

LE FRANÇAIS. — Comment ! il vous a répondu ?

ROUSSEAU. — Dans l’instant même.

LE FRANÇAIS. — Voilà qui est particulier ! Voyons donc cette lettre qui lui a fait faire un si grand effort.

ROUSSEAU. — Elle n’est pas bien recherchée, comme vous allez voir.

THE FRENCHMAN. — Especially for you, who despise those alone who might possibly reopen the door to your heart. These methods, I repeat, consist in insinuating oneself through skillful flattery, persistent importunity, constant cajolery, and speaking with excessive admiration of his talents, his books—even his virtues; for here, lieshe falsehood and deceit become acts of piety. The word “admiration,” in particular, has an astonishing effect upon him; it expresses, in another sense, the kind of feelings that such a person inspires. And these duplicitous tactics, so much sought after by our gentlemen, enable them to use this word very freely when speaking to Jean-Jacques—and indeed, very conveniently. If all else fails, one is not discouraged by his cold reception or his rebuffs; one simply turns to another approach: one scolds him, reprimands him, and, adopting the most arrogant tone possible, tries to subdue him through force. If he behaves rudely toward you, one endures it, considering him merely a wretched individual whose contempt is of no consequence. If he drives you away from his house, one returns; if he shuts the door in your face, one stays there until it opens again—or at least tries to force one’s way in. Once inside his “lair,” one establishes oneself there and manages to remain, whether he likes it or not. If he dares to expel you by force, so much the better: one would make a great fuss and go everywhere proclaiming that he is assassinating those who have the honor of visiting him. I am assured that this is indeed the only way to gain his favor. Are you the kind of person to resort to such methods?

ROUSSEAU. — But why, yourself, have you never wanted to take it?

THE FRENCHMAN: — Oh! I didn’t need to see him in order to know him. I know him through his works; that is enough, and even too much.

ROUSSEAU. — What do you think of those people who, just as determined as you are regarding him, still persist in frequenting him, obsessing over him, and trying by every means to gain access to his most intimate circle?

THE FRENCHMAN: — I see that you are not satisfied with the answer I have already given to this question.

ROUSSEAU. — Nor you, I can see that too. Therefore, I have my reasons for returning to this subject. Almost everything you said to me during this conversation proves that you were not referring to yourself when you discussed these matters. After learning about the feelings of others from you, will I never come to understand your own feelings? I can tell that you are pretending to establish principles that you would be in despair if forced to adopt. So please, speak more frankly with me.

THE FRENCHMAN: Listen—I don’t like Jean-Jacques, but I hate injustice even more, and betrayal even more. You said things that struck me deeply, and I need time to think about them. You refused to acknowledge the existence of this unfortunate man; now you have decided to do so. I refused to read his books; but just as you have changed my mind, I too am changing mine—and for good reasons. Let’s meet this man; I will read his books, and then we can talk again.

END OF THE FIRST CONVERSATION

Rousseau as Judge of Jean-Jacques

Table of Contents for the title

List of Memoirs

General list of titles

Second Dialogue

The nature of Jean-Jacques and his habits

THE FRENCHMAN: Well, sir, did you see it?

ROUSSEAU. — Well, sir, have you read it?

THE FRENCHMAN: — Let us proceed in order, please, and allow me to begin with you, who were the most eager to do so. I have given you all the time necessary to study our man thoroughly. I know that you saw him yourself, at your leisure. Therefore, you are now in a position to form an opinion about him—otherwise, you never will be. So please tell me what you think of this strange individual.

ROUSSEAU. — No; it is not within my competence to state what one ought to think about this matter; but to tell you what I personally think about it, that is something I would be happy to do, if it were sufficient for your needs.

THE FRENCHMAN: — I ask you for nothing more than that. Let’s proceed then.

ROUSSEAU. — To speak to you according to my beliefs, I will frankly tell you that, in my opinion, he is not a virtuous man.

THE FRENCHMAN. — Ah! So you finally start thinking like everyone else!

ROUSSEAU. — Not quite perhaps; because, in my opinion, he is even less of a detestable scoundrel.

THE FRENCHMAN: But what on earth is it? Because you’re really annoying with your endless mysteries.

ROUSSEAU. — There is no mystery here, except the one you yourself have created. He is a man without malice, rather than good; a healthy soul, but weak—one who admires virtue without practicing it, who ardently loves goodness yet seldom acts upon it. As for crime, I am as certain of its absence from his heart as I am of my own existence; the same holds true for hatred. This is the summary of my observations regarding his moral character. The rest cannot be summarized in brief, for this man is unlike any other I know; he requires an analysis that is unique to him and tailored specifically for him.

THE FRENCHMAN: — Oh! Please perform for me this single analysis, and show us how you managed to discover this man—so innocent, such a novelty to the rest of the world—and how no one before you had ever been able to see what was in him.

ROUSSEAU. — You are mistaken; it is rather your Jean-Jacques who represents this new kind of man. Mine, on the other hand, is the old one—the one I had imagined before you spoke to me about him, the one everyone saw in him before he wrote any books, that is, until the age of forty. Up until then, everyone who knew him, without exception including yourselves, saw him just as I see him now. In other words, if you will, it is a man whom I bring back to life, but certainly not one that I create from scratch.

THE FRENCHMAN: — Beware of abusing this method again, and of reviving an error that has already been thoroughly refuted. As I have told you before, this man was able to deceive those who judged him by appearances for a long time; and the proof that he deceived them is that they themselves, once they came to know him better, abandoned their former mistake. Upon reviewing what they had seen in the past, they came to judge things very differently.

ROUSSEAU. — This change in opinion seems to me entirely natural, though you do not provide any evidence to support it. They saw it with their own eyes back then; they have seen it since through the eyes of others. You think they were mistaken in the past; I believe it is they who are mistaken today. I see no solid reason behind your opinion; whereas mine is based on a very weighty consideration: namely, that there was no such league at that time, but that one exists today; that nobody had any interest in distorting the truth or concealing what was not the case; whereas today anyone who would dare to speak well of Jean-Jacques, knowing what he really was, would be regarded as a lost man; that, in order to gain favor and succeed, there is no surer or quicker way than to join in the general condemnation directed against him; and finally, that all those who saw him in his youth are certain that by speaking of him in the manner approved by your gentlemen, they will benefit themselves and their families. Hence I conclude that anyone who sincerely seeks the truth must look back to a time when no one had any interest in concealing it. This is why the judgments made about this man in the past hold authority for me; whereas those made by the same people today carry no such weight. If you have any good response to this, I would be grateful if you would share it with me; for I am not attempting to defend my own opinion here, nor to persuade you to accept it. I am always ready to abandon it, though regretfully, whenever I believe the truth lies in the opposite view. In any case, what is at issue here is not what others have seen, but what I myself have seen or believed I have seen. This is what you asked for; and this is all I have to say. It is up to you to accept or reject my opinion, once you know on what grounds it is based.

Let’s start with the initial approach. Based on the difficulties you had prepared for me, I thought I would have to write to him first. Here is my letter, and here is his reply.

THE FRENCHMAN: — How! He actually replied to you?

ROUSSEAU. — In that very instant.

THE FRENCHMAN: — That’s indeed peculiar! Let’s take a look at this letter that caused him to make such an effort.

ROUSSEAU. — It is not sought after very diligently, as you will see shortly.

Il francese: — Soprattutto per voi, che disdegnate coloro unici che potrebbero riaprirvi la strada verso di lui. Questi metodi consistono, ripeto, nell’insinuarsi con abilità, con lusinghe, con insistenza fastidiosa, nel coccolarlo continuamente, parlandogli con entusiasmo dei suoi talenti, dei suoi libri, persino delle sue virtù. Poiché qui il mentire e la falsità diventano strumenti di cortesia. Soprattutto la parola “ammirazione”, che su di lui ha un effetto straordinario, esprime in modo appropriato l’idea dei sentimenti che un individuo del genere ispira. E queste astute strategie gesuitiche, così apprezzate dai nostri signori, rendono loro molto facile usare questa parola quando parlano con Jean-Jacques. Se tutto ciò non funziona, non si demoralizza di fronte al suo freddo rifiuto; si ignora completamente ogni sua respingimento. Si passa immediatamente all’altro estremo: lo si rimprovera, lo si sgrida. E, assumendo il tono più arrogante possibile, si cerca di soggiograrlo con la forza. Se ci fa delle offese, le si sopportano, come se provenissero da un miserabile di cui non ci importa affatto essere disprezzati. Se ci caccia di casa, vi si ritorna; se ci chiude la porta, si rimane lì fino a quando non si riapre. O si cerca in ogni modo di entrare. Una volta entrati nel suo “nido”, ci si stabilisce lì, e ci si mantiene a tutti i costi. Se osasse cacciarci via con la forza, tanto meglio: si farebbe un gran rumore, e si andrebbe in giro a dire che assassina coloro che hanno l’onore di andarlo a trovare. A quanto mi dicono, non esiste altra strada per avvicinarsi a lui. Siete davvero disposti ad adottare questo metodo?

ROUSSEAU: — Ma allora, perché voi stesso non avete mai voluto prenderlo?

IL FRANCESCO: Oh! Io non avevo bisogno di vederlo per conoscerlo. Lo conosco attraverso le sue opere; questo basta, anzi è persino troppo.

ROUSSEAU. — Che ne pensate di coloro che, altrettanto decisi quanto voi riguardo a lui, non smettono di frequentarlo, di assillarlo e di cercare con ogni mezzo di entrare nella sua vita più intima?

IL FRANCESE: — Vedo che non siete soddisfatto della risposta che ho già dato a questa domanda.

ROUSSEAU: — Nemmeno voi, lo vedo chiaramente. Ho quindi le mie ragioni per tornare sull’argomento. Quasi tutto ciò che mi avete detto in questa conversazione mi prova che non vi riferivate a voi stesso. Dopo aver appreso da voi i sentimenti degli altri, non imparerò mai mai i vostri? Vedo chiaramente che fingete di enunciare principi che in realtà non vorreste mai adottare. Parlatemi dunque, per favore, con maggiore franchezza.

IL FRANCESCO: Ascoltate: non mi piace Jean-Jacques, ma odio ancora di più l’ingiustizia, ancora di più la tradizione. Mi avete detto cose che mi hanno colpito e su cui voglio riflettere. Prima rifiutavate di guardare a questo sfortunato; ora invece vi siete decisi a farlo. Anch’io avevo rifiutato di leggere i suoi libri; ora me ne pento, proprio come voi. E per le stesse ragioni. Guardate quest’uomo: leggerò i suoi libri, e poi ci rivedremo.

Fine del primo dialogo.

ROUSSEAU GIUDICE DI JEAN-JACQUES

Indice dei contenuti del titolo

Elenco dei Memorie

Elenco generale dei titoli

Secondo Dialogo

Del carattere di Jean-Jacques e delle sue abitudini

IL FRANCESE: Beh, signore, l’avete visto?

ROUSSEAU: Beh, signore, l’avete letto?

IL FRANCESCO: — Per favore, procediamo in ordine e permetteteci di iniziare con voi, che eravate il più desideroso di conoscere la verità. Vi ho concesso tutto il tempo necessario per studiare attentamente quest’uomo; so che l’avete visto personalmente, e in totale tranquillità. Pertanto, ora siete nella condizione di poter giudicarlo, oppure non lo sarete mai. Ditemi dunque, finalmente, cosa si debba pensare di questo strano personaggio.

ROUSSEAU: — No; non spetta a me dire cosa si debba pensare in merito; ma dirvi ciò che io personalmente ne penso, questo sì, lo farò volentieri, se vi basta.

IL FRANCESE: — Non vi chiedo nient’altro. Allora, vediamo.

ROUSSEAU: — Per parlare con voi secondo le mie convinzioni, vi dirò francamente che, a mio parere, non è un uomo virtuoso.

IL FRANCESE: Ah! Finalmente pensate come tutti gli altri!

ROUSSEAU: — Non del tutto, forse, perché, secondo me, è ancora meno un detestabile scellerato.

IL FRANCESCO: Ma insomma, di cosa si tratta? Perché continuate a presentare queste enigmatiche risposte. È davvero frustrante.

ROUSSEAU: — Non ci sono misteri, in questo caso, se non quelli che voi stessi create. Si tratta di un uomo privo di malizia, piuttosto che buono; di un’anima sana, ma debole, che ama la virtù senza praticarla, che desidera ardentemente il bene ma che raramente lo compie. Per quanto riguarda il crimine e l’odio, sono convinto, tanto quanto ne sono convinto della mia stessa esistenza, che mai questi sentimenti abbiano sfiorato il suo cuore. Questo è il riassunto delle mie osservazioni sul suo carattere morale. Il resto non può essere espresso in modo sintetico: perché quest’uomo non assomiglia a nessun altro che conosca; richiede un’analisi particolare, fatta esclusivamente per lui.

IL FRANCESCO: — Oh! Fatemela dunque questa unica analisi, e mostrateci come siete riuscito a individuare quest’uomo privo di malizia, questo essere così nuovo per il resto del mondo, che nessuno prima di voi era riuscito a scorgere in lui.

ROUSSEAU: — Vi sbagliate; è invece il vostro Jean-Jacques quell’uomo nuovo. Il mio, invece, è l’uomo vecchio, quello che mi ero immaginato prima che voi mi parlaste di lui, quello che tutti vedevano in lui prima che scrivesse i suoi libri, cioè fino all’età di quarant’anni. Fino ad allora, tutti coloro che lo hanno conosciuto, senza eccezione dei vostri signori stessi, l’hanno visto esattamente come lo vedo io ora. È, se volete, un uomo che risuscito, ma certamente non lo creo ex novo.

IL FRANCESCO: — Temete di abusarvene ancora, risuscitando soltanto un errore che era stato ormai distrutto troppo tardi. Quest’uomo è riuscito, come vi ho già detto, a ingannare per molto tempo coloro che lo giudicavano in base alle apparenze; e la prova che li ingannasse è che loro stessi, quando gli sono stati fatti conoscere meglio i fatti, hanno abbandonato il loro errore precedente. Ripensando a ciò che avevano visto in passato, ne hanno tratto conclusioni completamente diverse.

ROUSSEAU: — Questo cambiamento di opinione mi sembra del tutto naturale, anche se non fornite alcuna prova a sostegno della vostra tesi. Allora loro lo vedevano con i propri occhi; oggi lo vedono attraverso gli occhi degli altri. Voi ritenete che in passato si sbagliassero; io credo invece che sia oggi che si sbagliano. Non vedo alcuna ragione solida nella vostra opinione, mentre la mia è sostenuta da motivi di grande peso: allora non esisteva alcuna lega contro di lui, mentre oggi ne esiste una; allora nessuno aveva interesse a nascondere la verità o a presentare cose che non erano realtà; oggi, invece, chiunque osasse dichiarare apertamente le qualità positive di Jean-Jacques sarebbe considerato un uomo perduto. Per fare carriera e ottenere successo, non esiste metodo più sicuro e rapido che approfittare delle accuse che gli vengono mosse con invidia; infine, tutti coloro che lo hanno conosciuto da giovane sono certi di poter proteggere se stessi e le loro famiglie parlando di lui nel modo che conviene ai vostri signori. Da ciò concludo che chi cerca sinceramente la verità deve risalire al tempo in cui nessuno aveva interesse a nasconderla. Ecco perché i giudizi formulati un tempo su quest’uomo hanno per me autorità; mentre quelli che le stesse persone possono esprimere oggi non ne hanno più alcuna. Se avete qualche buona risposta da darmi, vi sarei grato se me la comunicaste; poiché non intendo affatto sostenere qui il mio punto di vista, né cercare di farvelo adottare. Sono sempre disposto ad abbandonarlo, anche se con riluttanza, quando riterrò che la verità risieda in un’opinione contraria. In ogni caso, non si tratta qui di ciò che altri hanno visto, ma di ciò che io stesso ho visto o creduto di aver visto. Questo è ciò che volevate sapere, ed è tutto ciò che ho da dirvi. A meno che non decidiate di accettare o rifiutare la mia opinione, una volta conosciuti i motivi su cui si basa.

Iniziamo dal punto di partenza. Pensavo, considerando le difficoltà a cui mi avevate preparato, che dovesse prima di tutto scrivere a lei. Ecco la mia lettera, ed ecco la sua risposta.

IL FRANCESE: — Come! Vi ha risposto?

ROUSSEAU: — Nello stesso istante.

IL FRANCESCO: — Questo è davvero strano! Diamo un’occhiata a questa lettera che lo ha spinto a compiere uno sforzo così grande.

ROUSSEAU: — Non è stata cercata con molta attenzione, come vedrete presto.

(Il lit.) « J’ai besoin de vous voir, de vous connaître, et ce besoin est fondé sur l’amour de la justice et de la vérité. On dit que vous rebutez les nouveaux visages. Je ne dirai pas si vous avez tort ou raison ; mais, si vous êtes l’homme de vos livres, ouvrez-moi votre porte avec confiance ; je vous en conjure pour moi, je vous le conseille pour vous : si vous ne l’êtes pas, vous pouvez encore m’admettre sans crainte, je ne vous importunerai pas longtemps. »

Réponse. « Vous êtes le premier que le motif qui vous amène ait conduit ici : car, de tant de gens qui ont la curiosité de me voir, pas un n’a celle de me connaître ; tous croient me connaître assez. Venez donc, pour la rareté du fait. Mais que me voulez-vous, et pourquoi me parler de mes livres ? si, les ayant lus, ils ont pu vous laisser en doute sur les sentiments de l’auteur, ne venez pas ; en ce cas je ne suis pas votre homme, car vous ne « sauriez être le mien. »

La conformité de cette réponse avec mes idées ne ralentit pas mon zèle. Je vole à lui, je le vois… Je vous l’avoue ; avant même que je l’abordasse, en le voyant j’augurai bien de mon projet.

Sur ces portraits de lui, si vantés, qu’on étale de toutes parts, et qu’on prônait comme des chefs-d’œuvre de ressemblance avant qu’il revînt à Paris, je m’attendais à voir la figure d’un cyclope affreux comme celui d’Angleterre, ou d’un petit crispin grimacier comme celui de Fiquet ; et, croyant trouver sur son visage les traits du caractère que tout le monde lui donne, je m’avertissais de me tenir en garde contre une première impression si puissante toujours sur moi, et de suspendre, malgré ma répugnance, le préjugé qu’elle allait m’inspirer.

Je n’ai pas eu cette peine : au lieu du féroce ou doucereux aspect auquel je m’étais attendu, je n’ai vu qu’une physionomie ouverte et simple, qui promettait et inspirait de la confiance et de la sensibilité.

LE FRANÇAIS. — Il faut donc qu’il n’ait cette physionomie que pour vous ; car généralement tous ceux qui l’abordent se plaignent de son air froid et de son accueil repoussant, dont heureusement ils ne s’embarrassent guère.

ROUSSEAU. — Il est vrai que personne au monde ne cache moins que lui l’éloignement et le dédain pour ceux qui lui en inspirent ; mais ce n’est point là son abord naturel, quoique aujourd’hui très fréquent ; et cet accueil dédaigneux que vous lui reprochez est pour moi la preuve qu’il ne se contrefait pas comme ceux qui l’abordent, et qu’il n’y a point de fausseté sur son visage non plus que dans son cœur.

Jean-Jacques n’est assurément pas un bel homme ; il est petit, et s’apetisse encore en baissant la tête. Il a la vue courte, de petits yeux enfoncés, des dents horribles ; ses traits, altérés par l’âge, n’ont rien de fort régulier : mais tout dément en lui l’idée que vous m’en aviez donnée ; ni le regard, ni le son de la voix, ni l’accent, ni le maintien, ne sont du monstre que vous m’avez peint.

LE FRANÇAIS. — Bon ! n’allez-vous pas le dépouiller de ses traits comme de ses livres ?

ROUSSEAU. — Mais tout cela va très bien ensemble, et me paraîtrait assez appartenir au même homme. Je lui trouve aujourd’hui les traits du mentor d’Émile ; peut-être dans sa jeunesse lui aurais-je trouvé ceux de Saint-Preux. Enfin, je pense que, si sous sa physionomie la nature a caché l’âme d’un scélérat, elle ne pouvait en effet mieux la cacher.

LE FRANÇAIS. — J’entends ; vous voilà livré en sa faveur au même préjugé contre lequel vous vous étiez si bien armé s’il lui eût été contraire.

ROUSSEAU. — Non ; le seul préjugé auquel je me livre ici, parce qu’il me paraît raisonnable, est bien moins pour lui que contre ses bruyants protecteurs. Ils ont eux-mêmes fait faire ces portraits avec beaucoup de dépense et de soin ; ils les ont annoncés avec pompe dans les journaux, dans les gazettes ; ils les ont prônés partout : mais, s’ils n’en peignent pas mieux l’original au moral qu’au physique, on le connaîtra sûrement fort mal d’après eux. Voici un quatrain que Jean-Jacques mit au-dessous d’un de ces portraits :

Hommes savants dans l’art de feindre,

Qui me prêtez des traits si doux,

Vous aurez beau vouloir me peindre,

Vous ne peindrez jamais que vous.

LE FRANÇAIS. — Il faut que ce quatrain soit tout nouveau : car il est assez joli, et je n’en avais point entendu parler.

ROUSSEAU. — Il y a plus de six ans qu’il est fait : l’auteur l’a donné ou récité à plus de cinquante personnes, qui toutes lui en ont très fidèlement gardé le secret, qu’il ne leur demandait pas, et je ne crois pas que vous vous attendiez à trouver ce quatrain dans le Mercure. J’ai cru voir, dans toute cette histoire de portraits, des singularités qui m’ont porté à la suivre, et j’y ai trouvé, surtout pour celui d’Angleterre, des circonstances bien extraordinaires. David Hume, étroitement lié à Paris avec vos messieurs, sans oublier les dames, devient, on ne sait comment, le patron, le zélé protecteur, le bienfaiteur à toute outrance de Jean-Jacques, et fait tant, de concert avec eux, qu’il parvient enfin, malgré toute la répugnance de celui-ci, à l’emmener en Angleterre. Là, le premier et le plus important de ses soins est de faire faire par Ramsay, son ami particulier, le portrait de son ami public Jean-Jacques. Il désirait ce portrait aussi ardemment qu’un amant bien épris désire celui de sa maîtresse. À force d’importunités il arrache le consentement de Jean-Jacques. On lui fait mettre un bonnet bien noir, un vêtement bien brun, on le place dans un lieu bien sombre, et là, pour le peindre assis, on Le fait tenir debout, courbé, appuyé d’une de ses mains sur une table bien basse, dans une attitude où ses muscles, fortement tendus, altèrent les traits de son visage. De toutes ces précautions devait résulter un portrait peu flatté, quand il eût été fidèle. Vous avez vu ce terrible portrait : vous jugerez de la ressemblance si jamais vous voyez l’original. Pondant le séjour de Jean-Jacques en Angleterre, ce portrait y a été gravé, publié, vendu partout, sans qu’il lui ait été possible de voir cette gravure. Il revient en France, et il y apprend que son portrait en Angleterre est annoncé, célébré, vanté comme un chef-d’œuvre de peinture, de gravure, et surtout de ressemblance. Il parvient enfin, non sans peine, à le voir ; il frémit, et dit ce qu’il en pense : tout le monde se moque de lui, tout le détail qu’il fait parait la chose la plus naturelle ; et, loin d’y voir rien qui puisse faire suspecter la droiture du généreux David Hume, on n’aperçoit que les soins de l’amitié la plus tendre dans ceux qu’il a pris pour donner à son ami Jean-Jacques la figure d’un cyclope affreux. Pensez-vous comme le public à cet égard ?

LE FRANÇAIS. — Le moyen, sur un pareil exposé ! J’avoue, au contraire, que ce fait seul, bien avéré, me paraîtrait déceler bien des choses ; mais qui m’assurera qu’il est vrai ?

ROUSSEAU. — La figure du portrait. Sur la question présente, cette figure ne mentira pas.

LE FRANÇAIS. — Mais ne donnez-vous point aussi trop d’importance à des bagatelles ? Qu’un portrait soit difforme ou peu ressemblant, c’est la chose du monde la moins extraordinaire : tous les jours on grave, on contrefait, on défigure des hommes célèbres, sans que de ces grossières gravures on tire aucune conséquence pareille à la vôtre.

ROUSSEAU. — J’en conviens ; mais ces copies défigurées sont l’ouvrage de mauvais ouvriers avides, et non les productions d’artistes distingués, ni le fruit du zèle et de l’amitié. On ne les prône pas avec bruit dans toute l’Europe, on ne les annonce pas dans les papiers publics, on ne les étale pas dans les appartements ornés de glaces et de cadres, on les laisse pourrir sur les quais, ou parer les chambres des cabarets et les boutiques des barbiers.

(He reads.) “I need to see you, to get to know you, and this need is rooted in my love for justice and truth. It is said that you reject new faces. I will not say whether you are right or wrong; but if you are the man your books describe, please open your door to me with confidence. I implore you to do so for my sake, and I advise you to do so for your own good. If you are not that person, you can still welcome me without fear—I will not bother you for long.”

Answer: “You are the first person whose motive for coming here has been genuine curiosity; among so many people who are merely curious to see me, not one of them is interested in getting to know me—everyone assumes they already know me well enough. Come then, for the sake of this rarity. But what do you want from me, and why talk to me about my books? If reading them has left you uncertain about the author’s true feelings, then please do not come; in that case, I am not the right person for you, because you could never truly become one of mine.”

The fact that this response aligns with my ideas in no way diminishes my enthusiasm. I rush toward it; I see it. To be honest, even before I approached it, just by seeing it, I felt confident about the success of my project.

On those highly praised portraits of him that were displayed everywhere and hailed as masterpieces of likeness before he returned to Paris, I expected to see the face of a monstrous cyclops like that of England, or the face of some wretched, contorted creature like that of Fiquet; and believing that I would find on his features the characteristics that everyone attributed to him, I warned myself to be cautious against such a powerful first impression—and, despite my aversion, resolved to set aside any prejudice it might inspire in me.

I did not go through that trouble: instead of the fierce or gentle appearance I had expected, I saw only an open and straightforward face that promised and inspired trust and sensitivity.

THE FRENCHMAN: — It must therefore be that he has such an appearance only when he is with you; because generally, everyone who meets him complains about his cold demeanor and unfriendly attitude, though fortunately, they don’t really mind it much.

ROUSSEAU. — It is true that no one in the world hides their distance and disdain for those who inspire such feelings in them more than he does; but this is not his natural manner of behavior, although it is very common today. And this scornful attitude that you reproach him for adopting is, in my view, proof that he is not pretending to be what those who approach him expect him to be; there is no falsehood either on his face or in his heart.

Jean-Jacques is certainly not a handsome man; he is short, and his stomach bulges even when he lowers his head. He has poor eyesight, small, sunken eyes, and terrible teeth; his features, altered by age, are far from regular in any way. But everything about him contradicts the image you had painted of him to me: neither his gaze, nor the tone of his voice, nor his accent, nor his mannerisms bear any resemblance to that monstrous figure you described.

THE FRENCHMAN: Well! Aren’t you going to strip him of his features, just as you did his books?

ROUSSEAU. — But all these qualities fit together very well, and I would say they seem to belong to the same person. Today, I see in him the traits of Émile’s mentor; perhaps in his youth, I would have seen in him those of Saint-Preux. After all, I believe that if nature managed to hide the soul of a scoundrel beneath such an appearance, it could indeed have done no better.

THE FRENCHMAN:—I understand; you have now fallen prey to the very prejudice against which you had taken such vigorous measures to protect yourself, had it been directed against you instead of against him.

ROUSSEAU. — No; the only prejudice I hold here, simply because it seems reasonable to me, is actually less directed against these individuals than against their noisy protectors. It was they who had these portraits made at great expense and with much care; they publicized them with great pomp in newspapers and journals; they promoted them everywhere—but if they do not depict the original in terms of character any better than they do in terms of appearance, then one is bound to understand it very poorly based on their representations. Here is a quartet that Jean-Jacques placed beneath one of these portraits:

Men skilled in the art of deception.

Who lends me such gentle traits?

No matter how much you may want to paint me.

You will never paint anything but yourself.

THE FRENCHMAN: — This quartet must be entirely new; it’s quite beautiful, and I had never heard of it before.

ROUSSEAU. — It has been done over six years ago; the author presented it or recited it to more than fifty people, all of whom kept it strictly confidential—since he had not asked them to do so—and I don’t think you expected to find this quartet in Le Mercure. I noticed certain peculiarities in this whole story of portraits that led me to follow it further, and I found particularly, regarding the portrait of England, some circumstances that were truly extraordinary. David Hume, who had close connections with your gentlemen in Paris—and not to mention the ladies—somehow became Jean-Jacques’s patron, zealous protector, and excessive benefactor. Working together with them, he finally managed, despite Jean-Jacques’s strong resistance, to take him to England. There, his first and foremost concern was to have Ramsay, his personal friend, paint a portrait of his public friend Jean-Jacques. He desired this portrait as ardently as a deeply in love lover desires that of his beloved. Through persistent insistence, he finally obtained Jean-Jacques’s consent. They made him wear a very black hat and a very brown garment, placed him in a very dark room, and then, in order to paint him sitting down, they made him stand up, bent over, with one hand resting on a very low table, in a posture that caused his muscles to tense greatly, thus distorting the features of his face. All these precautions meant that the resulting portrait would be far from flattering, even if it had been faithful to reality. You have seen this terrible portrait; you can judge for yourself how similar it is to the original when you see it. After Jean-Jacques’s stay in England, this portrait was engraved, published, and sold everywhere, without his having any chance to see the engraving itself. When he returned to France, he learned that his portrait in England was being advertised, celebrated, and praised as a masterpiece of painting, engraving—and especially of likeness. After much difficulty, he finally managed to see it; he was horrified and expressed his thoughts on it: everyone was mocking him; every detail in the portrait seemed perfectly natural; and far from suggesting any suspicion about the integrity of the generous David Hume, everything only showed the utmost care of a very tender friendship in the efforts made to portray Jean-Jacques as a grotesque cyclops. What do you think the public thinks about this?

THE FRENCHMAN: — Such a method, in such a presentation! On the contrary, I admit that this single fact, if well-established, would seem to reveal many things; but who can assure me that it is true?

ROUSSEAU. — The figure in the portrait. Regarding the issue at hand, this figure will not lie.

THE FRENCHMAN: But don’t you also attach too much importance to such trivial matters? For a portrait to be distorted or unrecognizable is the most ordinary thing in the world: every day, people engrave, counterfeit, or distort the portraits of famous people, yet no one draws any similar conclusions from those crude engravings as you do.

ROUSSEAU. — I admit that; but these distorted copies are the work of incompetent or greedy craftsmen, not the creations of distinguished artists, nor the result of zeal and friendship. They are not loudly promoted throughout Europe, nor advertised in public newspapers, nor displayed in rooms adorned with mirrors and frames. Instead, they are left to rot on the docks, or used to decorate the rooms of taverns and the shops of barbers.

(Legge.) “Ho bisogno di vedervi, di conoscervi, e questo bisogno si basa sull’amore per la giustizia e la verità. Si dice che rifiutiate le nuove persone. Non dirò se abbiate ragione o torto; ma, se siete davvero l’uomo descritto nei vostri libri, aprite la porta a me con fiducia. Vi supplico per me, vi consiglio per voi stesso: anche se non lo siete, potete comunque accogliermi senza paura; non vi disturberò a lungo.”

Risposta: “Siete il primo a essere venuto qui per un motivo specifico: infatti, tra tutte le persone che hanno la curiosità di vedermi, nessuna ha l’intenzione di conoscermi veramente; tutti credono di conoscermi abbastanza. Venite dunque, per la rarità di questo evento. Ma cosa volete da me, e perché parlarmi dei miei libri? Se, dopo averli letti, questi hanno potuto lasciarvi dubbi sui sentimenti dell’autore, allora non venite; in tal caso, non sono l’uomo adatto per voi, perché voi non sareste certo l’uomo adatto per me.”

Il fatto che questa risposta sia in linea con le mie idee non diminuisce affatto il mio entusiasmo. Vado verso di lui, lo vedo. Vi confesso: anche prima ancora di parlargliene, vedendolo ho già nutrito grandi speranze per il mio progetto.

Su quei ritratti di lui, che vengono esposti ovunque e considerati capolavori di somiglianza prima del suo ritorno a Parigi, mi aspettavo di vedere il volto di un ciclope orribile, come quello dell’Inghilterra, o quello di un piccolo individuo grottesco, come quello di Fiquet; e, credendo di trovare sul suo viso i tratti del carattere che tutti gli attribuiscono, mi preparavo a stare in guardia contro un’impressione così potente su di me, e decisi, nonostante la mia avversione, di sospendere il pregiudizio che essa stava per suscitare in me.

Non ho avuto bisogno di farlo: al posto dell’aspetto feroce o dolce che mi aspettavo, ho visto solo un volto aperto e semplice, che prometteva e ispirava fiducia e sensibilità.

IL FRANCESE: — Quindi, deve avere questo aspetto solo per voi; perché in generale tutti coloro che lo incontrano si lamentano del suo atteggiamento freddo e della sua accoglienza scostante, di cui fortunatamente non si preoccupano molto.

ROUSSEAU: È vero che nessuno al mondo nasconde meno di lui il distacco e il disprezzo per coloro che gli ispirano tali sentimenti; ma questo non è il suo comportamento naturale, anche se oggi è molto comune; anzi, questo atteggiamento sprezzante che voi gli rimproverate è, a mio parere, la prova che non si finge come fanno coloro che lo incontrano, e che né sul suo viso né nel suo cuore esiste alcuna falsità.

Jean-Jacques certamente non è un bell’uomo: è di statura bassa e il suo viso sembra ancora più piccolo quando abbassa la testa. Ha una vista debole, occhi piccoli e incassati, denti orribili; i suoi tratti, alterati dall’età, non sono affatto regolari. Ma nulla in lui conferma l’immagine di mostro che mi avevate descritto: né lo sguardo, né il tono della voce, né l’accento, né la postura. Niente corrisponde a quella descrizione.

IL FRANCESCO: Bene! Non lo spoglierete forse dei suoi tratti caratteristici, così come dei suoi libri?

ROUSSEAU: — Ma tutto ciò si incastra perfettamente tra sé e mi sembra proprio appartenere alla stessa persona. Oggi gli ritrovo i tratti del mentore di Émile; forse da giovane gli avrei trovato quelli di Saint-Preux. Infine, penso che, se sotto quel suo aspetto esteriore la natura ha nascosto l’anima di un malvagio, non avrebbe potuto nasconderla meglio di così.

IL FRANCESCO: Capisco; ora vi trovate esposto, a suo favore, allo stesso pregiudizio contro cui vi eravate così ben preparato, se esso fosse stato contrario a lui.

ROUSSEAU. — No; l’unico pregiudizio a cui mi attengo qui, perché mi sembra ragionevole, serve piuttosto a contraddire i suoi rumorosi protettori che a sostenerlo. Sono stati loro stessi a far realizzare questi ritratti con grande spesa e cura; li hanno annunciati con pompa sui giornali, nelle pubblicazioni; li hanno promossi ovunque. Ma se non riescono a rappresentare l’originale meglio in termini morali che fisici, allora sicuramente lo conosciamo molto male grazie a loro. Ecco un quartetto che Jean-Jacques scrisse sotto uno di questi ritratti:

Uomini saggi nell’arte di fingere.

Chi mi attribuisce tratti così dolci.

Potreste anche cercare di dipingermi,

Non dipingerete mai altro che voi stessi.

IL FRANCESCO: — Questo quartetto deve essere assolutamente nuovo: è abbastanza bello, e non ne avevo mai sentito parlare prima.

ROUSSEAU. — È stato scritto più di sei anni fa: l’autore lo ha mostrato o recitato davanti a più di cinquanta persone, le quali tutte ne hanno gelosamente custodito il segreto, senza che lui lo chiedesse; e non credo che vi aspettaste di trovare questo quartetto nel “Mercure”. Ho notato, in tutta questa storia dei ritratti, delle peculiarità che mi hanno spinto a seguirne l’evoluzione, e ho scoperto, soprattutto per quello relativo all’Inghilterra, circostanze davvero straordinarie. David Hume, strettamente legato a Parigi con i vostri signori – senza dimenticare le dame – diventa, chissà come, il protettore zelante e generoso di Jean-Jacques; insieme a loro riesce, nonostante la forte avversione di quest’ultimo, a portarlo in Inghilterra. Lì, la prima e più importante cosa che fa è far realizzare da Ramsay, suo amico intimo, il ritratto del suo “amico pubblico” Jean-Jacques. Desiderava quel ritratto con la stessa intensità con cui un innamorato desidera quello della sua amata. Con insistenza, ottiene il consenso di Jean-Jacques; gli fanno indossare un cappello nero, abiti marroni scuri, lo mettono in un ambiente molto buio, e per dipingerlo seduto, lo fanno stare in piedi, curvo, appoggiato a un tavolo bassissimo, in una posizione che fa apparire i suoi muscoli tesi e altera i tratti del suo viso. Da tutte queste precauzioni doveva risultare un ritratto poco lusinghiero, se solo fosse stato fedele alla realtà. Avete visto quel terribile ritratto: giudicherete voi stesso la somiglianza, se mai vedrete l’originale. Dopo il soggiorno di Jean-Jacques in Inghilterra, quel ritratto fu inciso, pubblicato e venduto ovunque, senza che lui potesse vederlo. Tornato in Francia, venne a sapere che il suo ritratto era stato annunciato, lodato e considerato un capolavoro di pittura, di incisione, soprattutto per la somiglianza. Alla fine riuscì a vederlo; ne rimase sconvolto e disse ciò che ne pensava: tutti si prendevano gioco di lui; ogni dettaglio sembrava del tutto naturale. E, lontano dall’individuare qualcosa che potesse mettere in dubbio la sincerità del generoso David Hume, si vedeva soltanto l’attenzione di un’amicizia molto profonda nel modo in cui quest’ultimo aveva cercato di dare al suo amico Jean-Jacques l’aspetto di un mostro orribile. Che ne pensate voi sul conto del pubblico?

IL FRANCESCO: — Che metodo, in una situazione del genere! Ammetto anzi che questo solo fatto, se ben verificato, mi sembrerebbe sufficiente per rivelare molte cose; ma chi può garantirmi che sia vero?

ROUSSEAU. — La figura del ritratto. Su questa questione specifica, questa figura non mentirà.

IL FRANCESCO: — Ma non date forse troppa importanza a cose del genere? Che un ritratto sia storto o poco somigliante alla persona raffigurata è senz’altro la cosa meno straordinaria al mondo: ogni giorno si realizzano incisioni, si falsificano, si distorcono i volti di persone famose, eppure nessuno trae da queste rozze rappresentazioni conclusioni simili alle vostre.

ROUSSEAU: — Lo ammetto; ma queste copie deformate sono l’opera di cattivi artigiani avidi, e non le produzioni di artisti distinti, né il frutto del zelo e dell’amicizia. Non vengono pubblicizzate con grande clamore in tutta Europa, non vengono annunciate nei giornali, non vengono esposte nelle stanze decorate da specchi e cornici; vengono lasciate marcire sui moli, o utilizzate per decorare le stanze dei bar e i negozi dei barbieri.

Je ne prétends pas vous donner pour des réalités toutes les idées inquiétantes que fournit à Jean-Jacques l’obscurité profonde dont on s’applique à l’entourer. Les mystères qu’on lui fait de tout ont un aspect si noir, qu’il n’est pas surprenant qu’ils affectent de la même teinte son imagination effarouchée. Mais, parmi les idées outrées et fantastiques que cela peut lui donner, il en est qui, vu la manière extraordinaire dont on procède avec lui, méritent un examen sérieux avant d’être rejetées. Il croit, par exemple, que tous les désastres de sa destinée, depuis sa funeste célébrité, sont les fruits d’un complot formé de longue main, dans un grand secret, entre peu de personnes, qui ont trouvé le moyen d’y faire entrer successivement toutes celles dont ils avaient besoin pour son exécution ; les grands, les auteurs, les médecins (cela n’était pas difficile), tous les hommes puissants, toutes les femmes galantes, tous les corps accrédités, tous ceux qui disposent de l’administration, tous ceux qui gouvernent les opinions publiques. Il prétend que tous les événements relatifs à lui, qui paraissent accidentels et fortuits, ne sont que de successifs développements concertés d’avance, et tellement ordonnés, que tout ce qui lui doit arriver dans la suite a déjà sa place dans le tableau, et ne doit avoir son effet qu’au moment marqué. Tout cela se rapporte assez à ce que vous m’avez dit vous-même, et à ce que j’ai cru voir sous des noms différents. Selon vous, c’est un système de bienfaisance envers un scélérat ; selon lui, c’est un complot d’imposture contre un innocent ; selon moi, c’est une ligue dont je ne détermine pas l’objet, mais dont vous ne pouvez nier l’existence, puisque vous-même y êtes entré.

Il pense que du moment qu’on entreprit l’œuvre complète de sa diffamation, pour faciliter le succès de cette entreprise, alors difficile, on résolut de la graduer, de commencer par le rendre odieux et noir, et de finir par le rendre abject, ridicule, et méprisable. Vos messieurs, qui n’oublient rien, n’oublièrent pas sa figure ; et, après l’avoir éloigné de Paris, travaillèrent à lui en donner une aux yeux du public, conforme au caractère dont ils voulaient le gratifier. Il fallut d’abord faire disparaître la gravure qui avait été faite sur le portrait fait par La Tour : cela fut bientôt fait. Après son départ pour l’Angleterre, sur un modèle qu’on avait fait faire par Le Moine, on fît faire une gravure telle qu’on la désirait ; mais la figure en était hideuse à tel point, que, pour ne pas se découvrir trop ou trop tôt, on fut contraint de supprimer la gravure. On fit faire à Londres, par les bons offices de l’ami Hume, le portrait dont je viens de parler ; et, n’épargnant aucun soin de l’art pour en faire valoir la gravure, on la rendit moins difforme que la précédente, mais plus terrible et plus noire mille fois. Ce portrait a fait longtemps, à l’aide de vos messieurs, l’admiration de Paris et de Londres, jusqu’à ce qu’ayant gagné pleinement le premier point, et rendu aux yeux du public l’original aussi noir que la gravure, on en vint au second article ; et, dégradant habilement cet affreux coloris, de l’homme terrible et vigoureux qu’on avait d’abord peint, on fit peu à peu un petit fourbe, un petit menteur, un petit escroc, un coureur de tavernes et de mauvais lieux. C’est alors que parut le portrait grimacier de Fiquet, qu’on avait tenu longtemps en réserve, jusqu’à ce que le moment de le publier fût venu, afin que la mine basse et risible de la figure répondit à l’idée qu’on voulait donner de l’original. C’est alors que parut un petit médaillon en plâtre sur le costume de la gravure anglaise, mais dont on avait eu soin de changer l’air terrible et fier en un souris traître et sardonique comme celui de Panurge achetant les moutons de Dindenaut, ou comme celui des gens qui rencontrent Jean-Jacques dans les rues ; et il est certain que depuis lors vos messieurs se sont moins attachés à faire de lui un objet d’horreur qu’un objet de dérision, ce qui toutefois ne paraît pas aller à la fin qu’ils disent avoir de mettre tout le monde en garde contre lui ; car on se tient en garde contre les gens qu’on redoute, mais non pas contre ceux qu’on méprise.

Voilà l’idée que l’histoire de ces différents portraits a fait naître à Jean-Jacques ; mais toutes ces graduations préparées de si loin ont bien l’air d’être des conjectures chimériques, fruits assez naturels d’une imagination frappée par tant de mystères et de malheurs. Sans donc adopter ni rejeter à présent ces idées, laissons tous ces étranges portraits, et revenons à l’original.

J’avais percé jusqu’à lui ; mais que de difficultés me restaient à vaincre dans la manière dont je me proposais de l’examiner ! Après avoir étudié l’homme toute ma vie, j’avais cru connaître les hommes ; je m’étais trompé. Je ne parvins jamais à en connaître un seul : non qu’en effet ils soient difficiles à connaître ; mais je m’y prenais mal ; et, toujours interprétant d’après mon cœur ce que je voyais faire aux autres, je leur prêtais les motifs qui m’auraient fait agir à leur place, et je m’abusais toujours. Donnant trop d’attention à leurs discours, et pas assez à leurs œuvres, je les écoutais parler plutôt que je ne les regardais agir ; ce qui, dans ce siècle de philosophie et de beaux discours, me les faisait prendre pour autant de sages, et juger de leurs vertus par leurs sentences. Que si quelquefois leurs actions attiraient mes regards, c’était celles qu’ils destinaient à cette fin, lorsqu’ils montaient sur le théâtre pour y faire une œuvre d’éclat qui s’y fit admirer, sans songer, dans ma bêtise, que souvent ils mettaient en avant cette œuvre brillante pour masquer, dans le cours de leur vie, un tissu de bassesses et d’iniquités. Je voyais presque tous ceux qui se piquent de finesse et de pénétration s’abuser en sens contraire par le même principe de juger du cœur d’autrui par le sien. Je les voyais saisir avidement en l’air un trait, un geste, un mot inconsidéré, et, l’interprétant à leur mode, s’applaudir de leur sagacité en prêtant à chaque mouvement fortuit d’un homme un sens subtil qui n’existait souvent que dans leur esprit. Eh ! quel est l’homme d’esprit qui ne dit jamais de sottise ? quel est l’honnête homme auquel il n’échappe jamais un propos répréhensible que son cœur n’a point dicté ? Si l’on tenait un registre exact de toutes les fautes que l’homme le plus parfait a commises, et qu’on supprimât soigneusement tout le reste, quelle opinion donnerait-on de cet homme-là ? Que dis-je, les fautes ! non, les actions les plus innocentes, les gestes les plus indifférents, les discours les plus sensés, tout, dans un observateur qui se passionne, augmente et nourrit le préjugé dans lequel il se complaît, quand il détache chaque mot ou chaque fait de sa place pour le mettre dans le jour qui lui convient.

Je voulais m’y prendre autrement pour étudier à part moi un homme si cruellement, si légèrement, si universellement jugé. Sans m’arrêter à de vains discours, qui peuvent tromper, ou à des signes passagers plus incertains encore, mais si commodes à la légèreté et à la malignité, je résolus de l’étudier par ses inclinations, ses mœurs, ses goûts, ses penchants, ses habitudes ; de suivre les détails de sa vie, le cours de son humeur, la pente de ses affections ; de le voir agir en l’entendant parler, de le pénétrer, s’il était possible, en dedans de lui-même ; en un mot, de l’observer moins par des signes équivoques et rapides, que par sa constante manière d’être ; seule règle infaillible de bien juger du vrai caractère d’un homme, et des passions qu’il peut cacher au fond de son cœur. Mon embarras était d’écarter les obstacles que, prévenu par vous, je prévoyais dans l’exécution de ce projet.

I do not claim to present to you as realities all those disturbing ideas that the profound darkness surrounding Jean-Jacques inspires in him. The mysteries that are fabricated around him take on such a dark hue that it is hardly surprising they affect his terrified imagination in the same way. However, among these outrageous and fantastical notions, some, given the extraordinary manner in which people deal with him, deserve serious consideration before being dismissed. For instance, he believes that all the disasters in his fate, since his infamous fame began, are the result of a long-premeditated conspiracy involving a small number of people who managed to involve those they needed for its execution one by one: the powerful, the physicians (which was not difficult), all the influential men, all the charming women, all those with authority in administration, and everyone who shapes public opinion. He claims that all events related to him that appear accidental and fortuitous are actually part of a carefully orchestrated sequence, so well-planned that everything that is destined to happen to him already has its place in this preconceived scheme, and will only take effect at the predetermined moment. All of this corresponds quite closely to what you yourself have told me, as well as to what I have perceived under different names. In your view, it is a system of “benefaction” aimed at a scoundrel; in his view, it is a conspiracy designed to deceive an innocent person; in my view, it is a league whose purpose I cannot yet determine, but whose existence you cannot deny, since you yourself are one of its members.

He believed that since the undertaking of his complete defamation was a difficult task, it would be easier to succeed if the process were carried out in stages—first making him seem odious and despicable, and then reducing him further to an object of ridicule and contempt. Your gentlemen, who remembered everything, did not overlook his appearance; after removing him from Paris, they set about creating an image of him in the public eye that conformed to the character they desired to portray. First, it was necessary to remove the engraving that had been made on the portrait painted by La Tour—this was done quickly. After his departure for England, a new engraving was created based on a model made by Le Moine; however, the resulting image was so hideous that, in order not to expose their plans too early, they were forced to destroy it. With the help of their friend Hume in London, they had the portrait I just mentioned made; and going to great lengths to ensure the quality of the engraving, they managed to make it less deformed than the previous one, yet far more terrifying and sinister. For a long time, this portrait aroused both admiration in Paris and London—until they had fully achieved their goal of making the original seem as black and despicable as the engraving. Then they proceeded to further degrade his image: what had once been a formidable and vigorous man was gradually portrayed as a petty trickster, a liar, a swindler, and a frequenter of taverns and lowly places. It was at this point that the grotesque portrait of Fiquet was released, having been kept in reserve until the right moment to present it to the public—so that the character’s contemptible and ridiculous appearance would perfectly reflect the image they wanted to create of the original. Additionally, a small plaster medallion was added to the English engraving, altering its previously fearsome and proud expression into one of treacherous sardonicity, similar to that of Panurge buying Dindenaut’s sheep or to the look of those who encounter Jean-Jacques on the streets. Since then, your gentlemen have seemed less interested in portraying him as an object of horror and more as a source of ridicule—though this, perhaps, does not quite align with their ultimate goal of warning everyone against him. After all, people usually guard themselves against those they fear, but not against those they despise.

Such was the idea that arose in Jean-Jacques’s mind from studying these various portraits; yet all these elaborations, prepared from such a distant perspective, seem merely fanciful conjectures—natural consequences of an imagination struck by so many mysteries and misfortunes. Without adopting or rejecting these ideas for now, let us set aside all these strange representations and return to the original source.

I had penetrated to his inner self; yet how many difficulties remained for me to overcome in the way I intended to examine him! Having spent my entire life studying human nature, I had believed myself to understand men thoroughly—only to realize my mistake. I never succeeded in truly knowing even one of them. Not that they were inherently difficult to comprehend; rather, it was because my approach was flawed. Always interpreting what I observed through the lens of my own feelings, I attributed to others the motives that would drive me if I were in their place—and thus I was constantly mistaken. Paying too much attention to their words and not enough to their actions, I listened more to what they said than to what they did. In this age of philosophy and eloquent rhetoric, such an approach led me to regard them as sages and judge their virtues based on their speeches. When their actions occasionally caught my attention, it was usually those intended for public display—performances that attracted admiration, without realizing that often they used these outward displays merely to conceal the multitude of basenesses and injustices in their everyday lives. I saw almost everyone who prided themselves on being astute or perceptive falling into the same error: judging others by their own standards. They would seize upon some casual remark, gesture, or word, interpret it according to their own biases, and congratulate themselves on their “wisdom.” But oh! What sensible person never says something foolish? What honest man never utters a repulsive statement that his heart has not prompted him to say? If we were to keep an exact record of every mistake even the most perfect individual has committed—and carefully exclude everything else—what opinion would we form of such a person? Not mistakes, but even the most innocent actions, the most trivial gestures, the most well-intentioned speeches—all these, in the eyes of an observer filled with preconceptions, can be distorted and used to reinforce those very biases.

I wanted to approach this matter in a different way—to study in solitude a man who had been so cruelly, so lightly, and so universally judged. Rather than indulge in vain speeches that might deceive, or rely on fleeting signs that were even more uncertain but far easier to manipulate for those inclined to frivolity and malice, I resolved to examine him through his inclinations, manners, tastes, tendencies, and habits. I would follow the details of his life, observe the fluctuations in his mood, and study the direction of his affections. I would watch him act as well as listen to what he said; I would try to understand him, if possible, on a deeper level. In short, I intended to judge his true character and the passions hidden within him not through ambiguous or fleeting signs, but through his consistent ways of behaving—the only infallible guide to understanding a man’s true nature. My difficulty lay in finding ways to overcome the obstacles that, as you had warned me, I might encounter in carrying out this plan.

Non pretendo di considerare come realtà tutte le idee inquietanti che la profonda oscurità che circonda Jean-Jacques gli suggerisce. I misteri che gli vengono raccontati su ogni cosa presentano un aspetto così cupo, che non sorprende affatto che influenzino in modo analogo la sua immaginazione spaventata. Tuttavia, tra queste idee esagerate e fantastiche, alcune, considerando il modo straordinario con cui si procede nei suoi confronti, meritano un’esame serio prima di essere rifiutate. Ad esempio, lui crede che tutti i disastri della sua sorte, a partire dalla sua funesta notorietà, siano il risultato di un complotto ordito da tempo, in segreto, da poche persone che hanno trovato il modo di coinvolgere gradualmente tutte quelle persone di cui avevano bisogno per attuarlo: i potenti, gli autori dei complotti, i medici (ciò non era certo difficile), tutti gli uomini influenti, tutte le donne affascinanti, tutte le autorità ufficiali, tutti coloro che hanno il controllo dell’amministrazione, tutti coloro che guidano l’opinione pubblica. Sostiene inoltre che tutti gli eventi che lo riguardano e che sembrano casuali e fortuiti non siano altro che sviluppi concordati in anticipo, così ben organizzati che tutto ciò che gli dovrà accadere in futuro ha già il suo posto nel “piano” prestabilito e agirà esattamente al momento previsto. Tutto questo corrisponde abbastanza a quanto mi avete detto voi stesso e a quanto ho creduto di vedere sotto nomi diversi. Secondo voi, si tratta di un sistema di “benevolenza” verso uno scellerato; secondo lui, è un complotto di inganno contro un innocente; secondo me, è una lega la cui finalità non riesco ancora a determinare, ma della quale non potete negare l’esistenza, visto che anche voi ne fate parte.

Ritiene che, poiché si era deciso di intraprendere un’operazione completa volta alla sua diffamazione, al fine di facilitarne il successo – operazione tuttavia difficile – si sia deciso di procedere gradualmente: iniziare col rendere la sua immagine odiosa e disonesta, per poi passare a farla apparire spregevole, ridicola e degna di disprezzo. Voi signori, che non dimenticate nulla, non avete dimenticato nemmeno il suo aspetto; e, dopo averlo allontanato da Parigi, avete lavorato per dare al pubblico un’immagine di lui conforme al carattere che volevate attribuirgli. Prima di tutto, fu necessario eliminare la stampa realizzata sul ritratto eseguito da La Tour: ciò fu fatto rapidamente. Dopo la sua partenza per l’Inghilterra, su un modello preparato da Le Moine, si fece realizzare una nuova stampa secondo i nostri desideri; tuttavia, il risultato era così orribile che, per non rivelare troppo presto i nostri piani, fu necessario eliminare anche quella stampa. Grazie all’aiuto dell’amico Hume a Londra, si realizzò il ritratto di cui ho appena parlato; e, mettendo in atto ogni sforzo artistico per rendere la stampa il più efficace possibile, riuscimmo a farla apparire meno deformata della precedente, ma mille volte più terribile e disonesta. Questo ritratto suscitò a lungo l’ammirazione di Parigi e Londra, finché non fu raggiunto pienamente l’obiettivo prefissato: rendere l’originale tanto odioso quanto la stampa stessa. A quel punto si passò al secondo livello dell’operazione: alterando abilmente quell’aspetto orribile, dall’uomo terribile e vigoroso che era stato inizialmente raffigurato, si creò gradualmente l’immagine di un individuo meschino, bugiardo, truffatore, frequentatore di taverne e luoghi infimi. Fu allora che apparve il ritratto grottesco di Fiquet, tenuto in riserva fino al momento giusto per pubblicarlo, affinché l’aspetto spregevole e ridicolo della sua figura corrispondesse perfettamente all’immagine che volevamo dare dell’originale. Inoltre, fu realizzato un piccolo medaglione in gesso, da inserire nel ritratto inglese; si prese cura di modificare l’espressione terribile e orgogliosa del volto in uno sguardo traditore e sarcastico, simile a quello di Panurge che compra i montoni di Dindenaut, o a quello delle persone che incontrano Jean-Jacques per strada. È certo che da allora voi signori abbiate preferito farne un oggetto di derisione piuttosto che di orrore; tuttavia, questo non sembra corrispondere esattamente allo scopo che dichiarate di voler raggiungere: mettere tutti in guardia contro di lui. Infatti, le persone di cui ci si tiene alla larga sono quelle che temiamo, non quelle che disprezziamo.

Ecco l’idea che la storia di questi diversi ritratti ha fatto nascere in Jean-Jacques; ma tutte queste gradazioni preparate con tanta anticipazione sembrano davvero essere semplici congetture, frutti naturali di un’immaginazione colpita da tanti misteri e disgrazie. Senza quindi adottare né respingere per il momento queste idee, lasciamo perdere tutti questi strani ritratti e torniamo all’originale.

Ero riuscito a penetrare nel suo intimo; ma quante difficoltà mi restavano da superare nella maniera in cui intendevo esaminarlo! Dopo aver studiato gli uomini per tutta la mia vita, credevo di conoscerli bene; mi ero sbagliato. Non riuscii mai a conoscere nemmeno uno di loro: non perché fossero davvero difficili da comprendere, ma perché approcciavo il problema nel modo sbagliato. Interpretavo sempre ciò che vedevano fare gli altri secondo i miei principi personali, attribuendo loro motivazioni che, se fossero state le mie, mi avrebbero spinto ad agire allo stesso modo. E mi ingannavo sempre. Davo troppa importanza alle loro parole e troppo poco alle loro azioni: ascoltavo ciò che dicevano piuttosto che osservare come si comportavano. In questo secolo di filosofia e di discorsi eleganti, questo atteggiamento mi faceva considerarli saggi, e giudicavo le loro virtù in base alle loro parole. Quando invece le loro azioni attiravano la mia attenzione, erano quelle che intendevano mostrare al pubblico, quando salivano sul palco per compiere gesta spettacolari destinate ad essere ammirate. Ma nella mia ignoranza, non mi rendevo conto che spesso utilizzavano proprio queste azioni brillanti per nascondere, nella loro vita quotidiana, un insieme di bassezze e ingiustizie. Vedevo quasi tutti coloro che si vantavano di essere perspicaci e profondi cadere nello stesso errore: giudicavano gli altri in base ai propri principi personali. Afferravano al volo un gesto, una parola casuale, e, interpretandoli secondo i loro pregiudizi, si compiacevano della propria “intelligenza”, attribuendo a ogni azione degli altri significati che in realtà esistevano soltanto nella loro mente. Ebbene: quale uomo intelligente non dice mai qualcosa di sciocco? Quale uomo onesto non pronuncia mai parole riprovevoli, se non sono quelle che il suo cuore gli suggerisce? Se si tenesse un registro accurato di tutti i errori commessi dall’uomo più perfetto, e si eliminasse tutto il resto, quale opinione si avrebbe di lui? Non parliamo nemmeno degli errori, ma delle azioni più innocenti, dei gesti più banali, dei discorsi più sensati. Tutto, in un osservatore troppo preso dai propri pregiudizi, finisce per alimentare ulteriormente quelle convinzioni errate. Quando si separa ogni parola o ogni fatto dal contesto nel quale è inserito, e si cerca di interpretarli secondo i propri desideri, si commettono inevitabilmente errori.

Volevo approcciarmi in modo diverso per studiare da solo un uomo che era stato giudicato con tanta crudeltà, superficialità e generalizzazione. Senza soffermarmi su discorsi vani che potrebbero ingannare, o su segni effimeri ancora più incerti ma così utili alla leggerezza e alla malvagità, decisi di studiarlo attraverso le sue inclinazioni, i suoi costumi, i suoi gusti, i suoi desideri, le sue abitudini; di seguire nei dettagli la sua vita, l’evoluzione del suo umore, la direzione delle sue affezioni; di osservarlo mentre agiva e mentre parlava, di cercare di comprenderlo nel profondo del suo essere; in altre parole, di studiarlo meno attraverso segni ambigui e fugaci, che attraverso il suo modo costante di comportarsi: l’unica regola infallibile per giudicare correttamente il vero carattere di un uomo e le passioni che può nascondere nel profondo del proprio cuore. Il mio problema principale era come superare gli ostacoli che, avendo ricevuto i vostri avvertimenti, prevedevo nella realizzazione di questo progetto.

Je savais qu’irrité des perfides empressements de ceux qui l’abordent, il ne cherchait qu’à repousser tous les nouveaux venus ; je savais qu’il jugeait, et, ce me semble, avec assez de raison, de l’intention des gens par l’air ouvert ou réservé qu’ils prenaient avec lui ; et, mes engagements m’ôtant le pouvoir de lui rien dire, je devais m’attendre que ces mystères ne le disposeraient pas à la familiarité dont j’avais besoin pour mon dessein. Je ne vis de remède à cela que de lui laisser voir mon projet autant que cela pouvait s’accorder avec le silence qui m’était imposé, et cela même pouvait me fournir un premier préjugé pour ou contre lui : car si, bien convaincu par ma conduite et par mon langage de la droiture de mes intentions, il s’alarmait néanmoins de mon dessein, s’inquiétait de mes regards, cherchait à donner le change à ma curiosité, et commençait par se mettre en garde, c’était dans mon esprit un homme à demi jugé. Loin de rien voir de semblable, je fus aussi touché que surpris, non de l’accueil que cette idée m’attira de sa part, car il n’y mit aucun empressement ostensible, mais de la joie qu’elle me parut exciter dans son cœur. Ses regards attendris m’en dirent plus que n’auraient fait des caresses. Je le vis à son aise avec moi ; c’était le meilleur moyen de m’y mettre avec lui. À la manière dont il me distingua, dès le premier abord, de tous ceux qui l’obsédaient, je, compris qu’il n’avait pas un instant pris le change sur mes motifs. Car, quoique, cherchant tous également à l’observer, ce dessein commun dût donner à tous une allure assez semblable, nos recherches étaient trop différentes par leur objet, pour que la distinction n’en fût pas facile à faire. Il vit que tous les autres ne cherchaient, ne voulaient voir que le mal ; que j’étais le seul qui, cherchant le bien, ne voulût voir que la vérité, et ce motif, qu’il démêla sans peine, m’attira sa confiance.

Entre tous les exemples qu’il m’a donnés de l’intention de ceux qui l’approchent, je ne vous en citerai qu’un. L’un d’eux s’était tellement distingué des autres par de plus affectueuses démonstrations et par un attendrissement poussé jusqu’aux larmes, qu’il crut pouvoir s’ouvrir à lui sans réserve, et lui lire ses Confessions. Il lui permit même de l’arrêter dans sa lecture pour prendre note de tout ce qu’il voudrait retenir par préférence. Il remarqua durant cette longue lecture, que, n’écrivant presque jamais dans les endroits favorables et honorables, il ne manqua point décrire avec soin dans tous ceux où la vérité le forçait à s’accuser et se charger lui-même. Voilà comment se font les remarques de ces messieurs. Et moi aussi, j’ai fait celle-là ; mais je n’ai pas, comme eux, omis les autres ; et le tout m’a donné des résultats bien différents des leurs.

Par l’heureux effet de ma franchise, j’avais l’occasion la plus rare et la plus sure de bien connaître un homme, qui est de l’étudier à loisir dans sa vie privée, et vivant pour ainsi dire avec lui-même ; car il se livra sans réserve, et me rendit aussi maître chez lui que chez moi.

Une fois admis dans sa retraite, mon premier soin fut de m’informer des raisons qui l’y tenaient confiné. Je savais qu’il avait toujours fui le grand monde et aimé la solitude, mais je savais aussi que, dans les sociétés peu nombreuses, il avait jadis joui des douceurs de l’intimité en homme dont le cœur était fait pour elle. Je voulus apprendre pourquoi maintenant, détaché de tout, il s’était tellement concentré dans sa retraite, que ce n’était plus que par force qu’on parvenait à l’aborder.

LE FRANÇAIS. — Cela n’était-il pas tout clair ? Il se gênait autrefois parce qu’on ne le connaissait pas encore. Aujourd’hui que, bien connu de tous, il ne gagnerait plus rien à se contraindre, il se livre tout-à-fait à son horrible misanthropie. Il fuit les hommes parce qu’il les déteste ; il vit en loup-garou parce qu’il n’y a rien d’humain dans son cœur.

ROUSSEAU. — Non, cela ne me paraît pas aussi clair qu’à vous ; et ce discours, que j’entends tenir à tout le monde, me prouve bien que les hommes le haïssent, mais non pas que c’est lui qui les hait.

LE FRANÇAIS. — Quoi ! ne l’avez-vous pas vu, ne le voyez-vous pas tous les jours, recherché de beaucoup de gens, se refuser durement à leurs avances ? Comment donc expliquez-vous cela ?

ROUSSEAU. — Beaucoup plus naturellement que vous, car la fuite est un effet bien plus naturel de la crainte que de la haine. Il ne fuit point les hommes parce qu’il les hait, mais parce qu’il en a peur. Il ne les fuit pas pour leur faire du mal, mais pour tâcher d’échapper à celui qu’ils lui veulent. Eux au contraire ne le recherchent pas par amitié, mais par haine. Ils le cherchent et il les fuit ; comme dans les sables d’Afrique, où sont peu d’hommes et beaucoup de tigres, les hommes fuient les tigres et les tigres cherchent les hommes : s’ensuit-il de là que les hommes sont méchants, farouches, et que les tigres sont sociables et humains ? Même, quelque opinion que doive avoir Jean-Jacques de ceux qui, malgré celle qu’on a de lui, ne laissent pas de le rechercher, il ne ferme point sa porte à tout le monde ; il reçoit honnêtement ses anciennes connaissances, quelquefois même les nouveaux venus, quand ils ne montrent ni patelinage ni arrogance. Je ne l’ai jamais vu se refuser durement qu’à des avances tyranniques, insolentes et malhonnêtes, qui dégelaient clairement l’intention de ceux qui les faisaient. Cette manière ouverte et généreuse de repousser la perfidie et la trahison ne fut jamais l’allure des méchants. S’il ressemblait à ceux qui le recherchent, au lieu de se dérober à leurs avances, il y répondrait pour tâcher de les payer en même monnaie ; et, leur rendant fourberie pour fourberie, trahison pour trahison, il se servirait de leurs propres armes pour se défendre et se venger d’eux ; mais, loin qu’on l’ait jamais accusé d’avoir tracassé dans les sociétés où il a vécu, ni brouillé ses amis entre eux, ni desservi personne avec qui il fût en liaison, le seul reproche qu’aient pu lui faire ses soi-disant amis a été de les avoir quittés ouvertement, comme il a dû faire, sitôt que, les trouvant faux et perfides, il a cessé de les estimer.

Non, monsieur, le vrai misanthrope, si un être aussi contradictoire pouvait exister[387], ne fuirait point dans la solitude : quel mal peut et veut faire aux hommes celui qui vit seul ? Celui qui les hait veut leur nuire, et pour leur nuire il ne faut pas les fuir. Les méchants ne sont point dans les déserts, ils sont dans le monde. C’est là qu’ils intriguent et travaillent pour satisfaire leur passion et tourmenter les objets de leur haine. De quelque motif que soit animé celui qui veut s’engager dans la foule et s’y faire jour, il doit s’armer de vigueur pour repousser ceux qui le poussent, pour écarter ceux qui sont devant lui, pour fendre la presse et faire son chemin. L’homme débonnaire et doux, l’homme timide et faible qui n’a point ce courage, et qui tâche de se tirer à l’écart de peur d’être abattu et foulé aux pieds, est donc un méchant ; à votre compte, les autres, plus forts, plus durs, plus ardents à percer, sont les bons ? J’ai vu pour la première fois cette nouvelle doctrine dans un discours publié par le philosophe Diderot, précisément dans le temps que son ami Jean-Jacques s’était retiré dans la solitude. Il n’y a que le méchant, dit-il, qui soit seul. Jusqu’alors on avait regardé l’amour de la retraite comme un des signes les moins équivoques d’une âme paisible et saine, exempte d’ambition, d’envie, et de toutes les ardentes passions, filles de l’amour-propre, qui naissent et fermentent dans la société. Au lieu de cela, voici, par un coup de plume inattendu, ce goût paisible et doux, jadis si universellement admiré, transformé tout d’un coup en une rage infernale ; voilà tant de sages respectés, et Descartes lui-même, changés dans un instant en autant de misanthropes affreux et de scélérats. Le philosophe Diderot était seul, peut-être, en écrivant cette sentence, mais je doute qu’il eût été seul à la méditer, et il prit grand soin de la faire circuler dans le monde. Eh ! plût à Dieu que le méchant fût toujours seul ! il ne se ferait guère de mal.

I knew that, irritated by the insidious advances of those who approached him, he merely sought to repel all newcomers; I knew that he judged—and, in my opinion, quite reasonably—the intentions of people based on the open or reserved manner they adopted toward him. And since my commitments prevented me from telling him anything, I had to expect that such subtleties would not lead him to become familiar with me in a way that would be conducive to my plans. The only remedy I saw was to reveal my intentions as much as possible, within the limits imposed upon me by silence—but even this could create a preliminary impression about him, either favorable or unfavorable. For if, despite my behavior and words convincing him of the sincerity of my motives, he still grew wary of my intentions, became anxious about my gaze, tried to divert my curiosity, and began to be on guard, then in my mind he would be regarded as a man whose true nature had not yet been fully discerned. Far from experiencing anything such as that, I was both moved and surprised—not by the manner in which he received me, for he showed no obvious eagerness—but by the joy that this idea seemed to bring him. His affectionate looks told me more than any words could have done. I saw that he felt at ease with me; indeed, that was precisely the best way for me to establish a rapport with him. The way in which he distinguished me from all those who surrounded him from the very beginning made it clear to me that he had not for a moment been deceived by my motives. For although everyone else seemed to have the same goal of observing him, our approaches were too different in nature for any confusion to arise. He saw that while all the others sought only to discover his faults, I was the only one who, in seeking what was good, aimed solely at uncovering the truth—and this realization won him my trust.

Of all the examples he gave me of the intentions of those who approached him, I will cite only one. One of them had distinguished himself so greatly from the others through particularly affectionate displays and a tenderness that bordered on tears, that he believed he could open up to him completely and read his Confessions to him. He even allowed him to stop reading at any point to jot down whatever he wished to remember especially. During this lengthy reading, he noticed that, although the man hardly ever wrote about things that were honorable or praiseworthy, he took great care to describe in detail all those instances where the truth forced him to accuse himself and take responsibility for his own actions. Such are the observations made by these gentlemen. And I too made such an observation; but unlike them, I did not overlook any other aspects. And the results I obtained were quite different from theirs.

Thanks to the fortunate effect of my frankness, I had the rarest and most certain opportunity to truly understand a man—namely, to observe him at leisure in his private life, as it were, living with himself. For he unreservedly opened up to me, allowing me to feel at home both in his home and in my own.

Once he was settled in his retreat, my first concern was to find out the reasons that kept him confined there. I knew that he had always avoided the bustling world and cherished solitude, but I also knew that in those small communities, he had once enjoyed the pleasures of intimacy as a man whose heart was truly suited for it. I wanted to understand why, now that he was free from everything, he had devoted himself so entirely to his retreat that it became almost impossible to approach him.

THE FRENCHMAN: — Wasn’t all that perfectly clear? He used to restrain himself because people didn’t know him yet. But now that he is well-known to everyone, there is no point in restraining himself anymore; so he allows his terrible misanthropy to run free. He avoids people because he hates them; he lives like a werewolf because there is nothing human left in his heart.

ROUSSEAU. — No, it does not seem as clear to me as it does to you; and this speech, which I hear being delivered to everyone, proves quite clearly that men hate it, but not that it is it that hates them.

THE FRENCHMAN: “What! Haven’t you seen it? Don’t you see it every day—how many people seek it out, yet it resists their advances with great determination? How then can you explain this?”

ROUSSEAU. — Far more naturally than you do, for flight is a far more natural consequence of fear than of hatred. He does not flee men because he hates them, but because he is afraid of them. He does not flee them in order to harm them, but in order to escape the harm they wish to inflict upon him. On the contrary, they do not seek him out out of friendship, but out of hatred. They pursue him, and he flees them; just as in the sands of Africa, where there are few men and many tigers, men flee from tigers and tigers hunt for men. Does that mean that men are evil and ferocious, and that tigers are sociable and humane? Even if Jean-Jacques holds certain opinions about those who, despite what people think of him, still seek his company, he does not shut his doors to everyone; he honestly receives his old friends, and sometimes even newcomers, as long as they show neither flattery nor arrogance. I have never seen him firmly refuse any advances that were tyrannical, insolent, or dishonest, for such behavior clearly revealed the true intentions of those who made them. This open and generous way of rejecting perfidy and betrayal was never the manner of a villain. If he had behaved like those who sought his company, instead of avoiding their approaches, he would have responded to them in kind, trying to repay them with the same coin; and by returning deceit for deceit, treachery for treachery, he would have used their own weapons to defend himself and take revenge on them. But far from ever being accused of causing trouble in the societies where he lived, or of sowing discord among his friends, or of harming anyone with whom he was associated, the only criticism his so-called friends ever made against him was that he had openly left them—something he was forced to do when he realized they were false and treacherous, and thus ceased to regard them as friends.

No, sir; the true misanthrope, if such a contradictory being were possible[387], would not seek solitude: what harm can one who lives alone possibly wish to do to others? He who hates them wants to harm them, and to harm them, he must not avoid them. The wicked are not in the deserts; they are in the world. It is there that they scheme and work to satisfy their passions and torment those whom they hate. No matter what motive drives someone to mingle with the crowd and strive to make a name for themselves, they must summon strength to push back those who try to push them aside, to fend off those who stand in their way, to break through the crowd and carve out their path. The kind and gentle man, the timid and weak person who lacks such courage and tries to stay away for fear of being crushed and trampled underfoot—such a person is, in your view, a wicked one. And you would say that those others, who are stronger, tougher, more determined to succeed, are the good ones? For the first time, I encountered this new doctrine in a speech published by the philosopher Diderot, precisely at the time when his friend Jean-Jacques had retired into solitude. “Only the wicked,” he said, “are truly alone.” Until then, the love of seclusion had been regarded as one of the most unequivocal signs of a peaceful and healthy soul, free from ambition, envy, and all those passionate desires born of self-love that flourish in society. But now, suddenly, this once universally admired inclination for solitude was transformed into a furious hatred; so many respected scholars, including Descartes himself, were reduced in an instant to terrible misanthropes and scoundrels. Perhaps the philosopher Diderot was alone when he wrote those words, but I doubt he was the only one who pondered them, and he went to great lengths to spread them throughout the world. Ah! If only the wicked could always remain alone—then they would hardly cause any harm at all.

Sapevo che, irritato dalle insidie di coloro che gli si avvicinavano, cercava soltanto di respingere tutti i nuovi venuti; sapevo anche che giudicava, e credo con ragione, le intenzioni delle persone dal modo aperto o riservato con cui si comportavano nei suoi confronti. Poiché i miei impegni mi impedivano di dirgli nulla, dovevo aspettarmi che tali comportamenti non lo spingessero verso quella familiarità di cui avevo bisogno per realizzare il mio piano. L’unico rimedio che mi venne in mente fu quello di fargli conoscere il mio progetto nella misura in cui ciò fosse possibile, rispettando al contempo il silenzio che mi era imposto. E anche questo poteva fornirmi un primo indizio su di lui: se, nonostante la mia condotta e le mie parole lo avessero convinto della rettitudine delle mie intenzioni, egli si fosse comunque allarmato per il mio scopo, se si fosse preoccupato dei miei sguardi, se avesse cercato di eludere la mia curiosità e si fosse messo in guardia, allora, secondo me, sarebbe stato un uomo da giudicare con cautela. Invece, non solo non notai nulla del genere, ma fui anche commosso e sorpreso dal modo in cui questa idea fu accolta da lui: non per l’entusiasmo evidente che mostrò, poiché non ne fece alcuna mostra aperta, ma per la gioia che sembrava provare nel suo cuore. I suoi sguardi pieni di tenerezza mi dissero molto più di qualsiasi carezza avrebbe potuto farlo. Lo vidi a suo agio con me; questo era senz’altro il modo migliore per instaurare una buona relazione tra noi. Dal modo in cui mi distinse fin dal primo momento da tutti coloro che lo assediavano, capii che non aveva mai dubitato delle mie intenzioni. Poiché, sebbene tutti cercassero di osservarlo allo stesso modo, quel comune intento rendeva i loro comportamenti abbastanza simili; tuttavia le nostre motivazioni erano troppo diverse per non permettere di fare facilmente questa distinzione. Lui vide che tutti gli altri cercavano soltanto il male; io ero l’unico che, cercando il bene, voleva conoscere solo la verità. E questo motivo, che lui comprese senza difficoltà, gli fece guadagnare la mia fiducia.

Tra tutti gli esempi che mi ha fornito riguardo alle intenzioni di coloro che si avvicinano a lui, ne citerò soltanto uno. Uno di loro si era distinto dagli altri per dimostrazioni particolarmente affettuose e per un commosso così profondo da arrivare alle lacrime; credette quindi di potersi confidare con lui senza riserve e gli lesse le proprie “Confessioni”. Gli permise persino di interrompere la lettura per prendere appunti su tutto ciò che desiderava ricordare in modo particolare. Durante questa lunga lettura, notò che, sebbene quasi mai scrivesse nei passaggi lusinghieri o onorevoli, non trascurava mai di descrivere con cura tutti quei momenti in cui la verità lo costringeva ad accusarsi e a prendersi la responsabilità delle proprie azioni. Ecco come fanno queste osservazioni questi signori. Anch’io ne ho fatta una; ma, a differenza loro, non ho tralasciato nulla; e il risultato ottenuto è stato molto diverso dal loro.

Grazie all’effetto positivo della mia franchezza, ebbi l’opportunità più rara e sicura di conoscere davvero un uomo: quella di studiarlo liberamente nella sua vita privata, vivendo praticamente insieme a lui; poiché si aprì senza riserve e mi concesse la stessa libertà che avevo io in casa sua.

Una volta che fu ammesso nella sua ritirata, la mia prima preoccupazione fu quella di conoscere le ragioni che lo spingevano a rimanervi confinato. Sapevo che aveva sempre evitato il mondo esterno e amava la solitudine, ma sapevo anche che, nelle poche società in cui partecipava, un tempo aveva goduto delle gioie dell’intimità, da uomo il cui cuore era fatto apposta per essa. Volevo capire perché ora, completamente separato da tutto, si fosse così concentrato nella sua ritirata, al punto che diventava quasi impossibile avvicinarlo.

IL FRANCESCO: — Non era tutto chiaro? In passato si comportava in quel modo perché nessuno lo conosceva ancora; oggi, essendo ormai ben noto a tutti, non avrebbe più nulla da guadagnare a trattenersi, quindi si abbandona completamente alla sua orribile misantropia. Fugge dagli uomini perché li odia; vive come un lupo mannaro perché nel suo cuore non c’è nulla di umano.

ROUSSEAU: — No, non mi sembra così chiaro come a voi; e questo discorso, che sento essere tenuto da tutti, dimostra chiaramente che gli uomini lo odiano, ma non che sia lui ad odiarli.

IL FRANCESCO: Ma che! Non lo avete visto? Non lo vedete ogni giorno? Molti cercano di avvicinarsi a lui, ma lui si rifiuta decisamente. Allora, come spiegate questo comportamento?

ROUSSEAU. — Molto più naturalmente di voi, poiché la fuga è un effetto molto più naturale della paura che dell’odio. Non fugge gli uomini perché li odia, ma perché ne ha paura; non li fugge per far loro del male, ma per cercare di sfuggire a ciò che essi vogliono fargli. Al contrario, essi lo cercano non per amicizia, ma per odio. Lo cercano e lui fugge; proprio come nei deserti dell’Africa, dove ci sono pochi uomini e molti tigri, gli uomini fuggono dai tigri e i tigri cercano gli uomini: ne consegue forse che gli uomini siano cattivi e feroci, e che i tigri siano socievoli e umani? Anche se Jean-Jacques potesse avere qualche opinione su coloro che, nonostante ciò che si dice di lui, continuano a cercarlo, egli non chiude mai la sua porta a nessuno; accoglie onestamente i suoi vecchi conoscenti, e talvolta anche i nuovi venuti, purché non mostrino né adulazione né arroganza. Non l’ho mai visto rifiutare con decisione se non le proposte tiranniche, insolenti e disoneste che chiaramente rivelavano le intenzioni di coloro che le facevano. Questo modo aperto e generoso di respingere la perfidia e la tradizione non è mai stato caratteristico dei malvagi. Se fosse simile a coloro che lo cercano, invece di evitare le loro avance, le affronterebbe per cercare di contraccambiarle con la stessa moneta; e, restituendo loro inganno per inganno, tradizione per tradizione, si servirebbe delle loro stesse armi per difendersi e vendicarsi di loro. Ma, lontano dall’essere mai stato accusato di aver causato problemi nelle società in cui ha vissuto, né di aver creato discordie tra i suoi amici, né di aver tradito chiunque avesse a che fare con lui, l’unica critica che i suoi cosiddetti amici gli hanno potuto muovere è stata quella di averli lasciati apertamente, come era inevitabile che facesse non appena li ha ritenuti falsi e perfidi, cessando di stimarli.

No, signore: il vero misantropo, se mai un essere così contraddittorio potesse esistere[387], non fuggirebbe nella solitudine. Quale male può e vuole infliggere agli uomini colui che vive da solo? Chi li odia desidera loro del male, e per farlo non deve certo evitarli. I malvagi non si trovano nei deserti, ma nel mondo stesso: è lì che intrighiano e lavorano per soddisfare le proprie passioni e tormentare gli oggetti del proprio odio. Qualunque sia il motivo che spinge qualcuno a unirsi alla folla e a farsi strada tra essa, deve armarsi di forza per respingere coloro che cercano di ostacolarlo, per allontanare chi si trova davanti a lui, per fendere la calca e aprirsi un passaggio. L’uomo buono e gentile, l’uomo timido e debole che manca di tale coraggio e cerca di tenersi in disparte per paura di essere schiacciato e calpestato, è dunque un malvagio. Secondo voi, gli altri, più forti, più spietati, più determinati a farsi strada nella vita, sono i buoni? Ho visto questa nuova dottrina per la prima volta in un discorso pubblicato dal filosofo Diderot, proprio nel periodo in cui il suo amico Jean-Jacques si era ritirato nella solitudine. “Solo il malvagio è solo”, diceva. Fino ad allora, l’amore per la solitudine veniva considerato uno dei segni più evidenti di un’anima serena e sana, priva di ambizione, invidia e di tutte quelle passioni ardenti che nascono e si sviluppano nella società. Invece, con un colpo di penna inaspettato, questo gusto per la tranquillità e la gentilezza, un tempo così ammirato da tutti, è stato trasformato all’improvviso in una furia infernale; tanti saggi rispettati, e persino Cartesio stesso, sono stati trasformati in misantropi orribili e scellerati. Il filosofo Diderot forse era solo quando scrisse questa frase, ma dubito che fosse l’unico a rifletterci sopra. E si è preso grande cura di farla circolare nel mondo. Ah, se solo i malvagi potessero sempre rimanere soli! Non si farebbero certo del male.

Je crois bien que les solitaires qui le sont par force peuvent, rongés de dépit et de regrets dans la retraite où ils sont détenus, devenir inhumains, féroces, et prendre en haine avec leur chaîne tout ce qui n’en est pas chargé comme eux. Mais les solitaires par goût et par choix sont naturellement humains, hospitaliers, caressants. Ce n’est pas parce qu’ils haïssent les hommes, mais parce qu’ils aiment le repos et la paix, qu’ils fuient le tumulte et le bruit. La longue privation de la société la leur rend même agréable et douce, quand elle s’offre à eux sans contrainte. Ils en jouissent alors délicieusement, et cela se voit. Elle est pour eux ce qu’est le commerce des femmes pour ceux qui ne passent pas leur vie avec elles, mais qui dans les courts moments qu’ils y passent y trouvent des charmes ignorés des galants de profession.

Je ne comprends pas comment un homme de bon sens peut adopter un seul moment la sentence du philosophe Diderot ; elle a beau être hautaine et tranchante, elle n’en est pas moins absurde et fausse. Eh ! qui ne voit au contraire qu’il n’est pas possible que le méchant aime à vivre seul et vis-à-vis de lui-même ? Il s’y sentirait en trop mauvaise compagnie, il y serait trop mal à son aise, il ne s’y supporterait pas longtemps, ou bien, sa passion dominante y restant toujours oisive, il faudrait qu’elle s’éteignit et qu’il y redevînt bon. L’amour-propre, principe de toute méchanceté, s’avive et s’exalte dans la société qui l’a fait naître, et où l’on est à chaque instant forcé de se comparer ; il languit et meurt faute d’aliment dans la solitude. Quiconque se suffit à lui-même ne veut nuire à qui que ce soit. Cette maxime est moins éclatante et moins arrogante, mais plus sensée et plus juste que celle du philosophe Diderot, et préférable au moins, en ce qu’elle ne tend à outrager personne. Ne nous laissons pas éblouir par l’éclat sentencieux dont souvent l’erreur et le mensonge se couvrent : ce n’est pas la foule qui fait la société, et c’est en vain que les corps se rapprochent lorsque les cœurs se repoussent. L’homme vraiment sociable est plus difficile en liaisons qu’un autre ; celles qui ne consistent qu’en fausses apparences ne sauraient lui convenir. Il aime mieux vivre loin des méchants sans penser à eux, que de les voir et les haïr ; il aime mieux fuir son ennemi que de le rechercher pour lui nuire. Celui qui ne connaît d’autre société que celle des cœurs n’ira pas chercher la sienne dans vos cercles. Voilà comment Jean-Jacques a dû penser et se conduire avant la ligue dont il est l’objet ; jugez si, maintenant qu’elle existe et qu’elle tend de toutes parts ses pièges autour de lui, il doit trouver du plaisir à vivre avec ses persécuteurs, à se voir l’objet de leur dérision, le jouet de leur haine, la dupe de leurs perfides caresses, à travers lesquelles ils font malignement percer l’air insultant et moqueur qui doit les lui rendre odieuses. Le mépris, l’indignation, la colère, ne sauraient le quitter au milieu de tous ces gens-là. Il les fuit pour s’épargner des sentiments si pénibles ; il les fuit parce qu’ils méritent sa haine et qu’il était fait pour les aimer.

LE FRANÇAIS. — Je ne puis apprécier vos préjugés en sa faveur, avant d’avoir appris sur quoi vous les fondez. Quant à ce que vous dites à l’avantage des solitaires, cela peut être vrai de quelques hommes singuliers qui s’étaient fait de fausses idées de la sagesse ; mais au moins ils donnaient des signes non équivoques du louable emploi de leur temps. Les méditations profondes et les immortels ouvrages dont les philosophes que vous citez ont illustré leur solitude, prouvent assez qu’ils s’y occupaient d’une manière utile et glorieuse, et qu’ils n’y passaient pas uniquement leur temps, comme votre homme, à tramer des crimes et des noirceurs.

ROUSSEAU. — C’est à quoi, ce me semble, il n’y passa pas non plus uniquement le sien. La Corancez à M. d’Alembert sur les spectacles, Héloïse, Émile, le Contrat social, les Essais sur la Paix perpétuelle et sur l’Imitation théâtrale, et d’autres écrits non moins estimables qui n’ont point paru, sont des fruits de la retraite de Jean-Jacques. Je doute qu’aucun philosophe ait médité plus profondément, plus utilement peut-être, et plus écrit en si peu de temps. Appelez-vous tout cela des noirceurs et des crimes ?

LE FRANÇAIS. — Je connais des gens aux yeux de qui c’en pourrait bien être : vous savez ce que pensent ou ce que disent nos messieurs de ces livres, mais avez-vous oublié qu’ils ne sont pas de lui, et que c’est vous même qui me l’avez persuadé ?

ROUSSEAU. — Je vous ai dit ce que j’imaginais pour expliquer des contradictions que je voyais alors, et que je ne vois plus. Mais, si nous continuons à passer ainsi d’un sujet à l’autre, nous perdrons notre objet de vue, et nous ne l’atteindrons jamais. Reprenons avec un peu plus de suite le fil de mes observations, avant de passer aux conclusions que j’en ai tirées.

Ma première attention, après m’être introduit dans la familiarité de Jean-Jacques, fut d’examiner si nos liaisons ne lui faisaient rien changer dans sa manière de vivre ; et j’eus bientôt toute la certitude possible que non seulement il n’y changeait rien pour moi, mais que de tout temps elle avait toujours été la même et parfaitement uniforme, quand, maître de la choisir, il avait pu suivre en liberté son penchant. Il y avait cinq ans que, de retour de Paris, il avait recommencé d’y vivre. D’abord, ne voulant se cacher en aucune manière, il avait fréquenté quelques maisons dans l’intention d’y reprendre ses plus anciennes liaisons, et même d’en former de nouvelles. Mais, au bout d’un an, il cessa de faire des visites, et, reprenant dans la capitale la vie solitaire qu’il menait depuis tant d’années à la campagne, il partagea son temps entre l’occupation journalière dont il s’était fait une ressource, et les promenades champêtres dont il faisait son unique amusement. Je lui demandai la raison de cette conduite. Il me dit qu’ayant vu toute la génération présente concourir à l’œuvre de ténèbres dont il était l’objet, il avait d’abord mis tous ses soins à chercher quelqu’un qui ne partageât pas l’iniquité publique ; qu’après de vaines recherches dans les provinces il était venu les continuer à Paris, espérant qu’au moins parmi ses anciennes connaissances il se trouverait quelqu’un moins dissimulé, moins faux, qui lui donnerait les lumières dont il avait besoin pour percer cette obscurité ; qu’après bien des soins inutiles il n’avait trouvé, même parmi les plus honnêtes gens, que trahisons, duplicité, mensonge, et que tous, en s’empressant à le recevoir, à le prévenir, à l’attirer, paraissaient si contents de sa diffamation, y contribuaient de si bon cœur, lui faisaient des caresses si fardées, le louaient d’un ton si peu sensible à son cœur, lui prodiguaient l’admiration la plus outrée avec si peu d’estime et de considération, qu’ennuyé de ces démonstrations moqueuses et mensongères, et indigné d’être ainsi le jouet de ses prétendus amis, il cessa de les voir, se retira sans leur cacher son dédain ; et, après avoir cherché longtemps sans succès un homme, éteignit sa lanterne et se renferma tout à fait au-dedans de lui.

C’est dans cet état de retraite absolue que je le trouvai, et que j’entrepris de le connaître. Attentif à tout ce qui pouvait manifester à mes yeux son intérieur, en garde contre tout jugement précipité, résolu de le juger, non sur quelques mots épars ni sur quelques circonstances particulières, mais sur le concours de ses discours, de ses actions, de ses habitudes, et sur cette constante manière d’être, qui seule décèle infailliblement un caractère, mais qui demande, pour être aperçue, plus de suite, plus de persévérance et moins de confiance au premier coup d’œil, que le tiède amour de la justice, dépouillé de tout autre intérêt et combattu par les tranchantes décisions de l’amour-propre, n’en inspire au commun des hommes. IL fallut, par conséquent, commencer par tout voir, par tout entendre, par tenir note de tout, avant de prononcer sur rien, jusqu’à ce que j’eusse assemblé des matériaux suffisants pour fonder un jugement solide qui ne fût l’ouvrage ni de la passion ni du préjugé.

Je ne fus pas surpris de le voir tranquille : vous m’aviez prévenu qu’il l’était ; mais vous attribuiez cette tranquillité à bassesse d’âme ; elle pouvait venir d’une cause toute contraire ; j’avais à déterminer la véritable. Cela n’était pas difficile ; car, à moins que cette tranquillité ne fût toujours inaltérable, il ne fallait, pour en découvrir la cause, que remarquer ce qui pouvait la troubler. Si c’était la crainte, vous aviez raison ; si c’était l’indignation, vous aviez tort. Cette vérification ne fut pas longue, et je sus bientôt à quoi m’en tenir.

I believe that those who are forced into solitude can, consumed by resentment and regret in their confined retreats, become inhumane and ferocious, hating everything that is not bound by the same chains as them. But those who choose solitude out of preference are naturally kind, hospitable, and gentle. It is not because they hate human beings, but because they cherish tranquility and peace that they seek to escape the turmoil and noise of society. Prolonged isolation even makes such company pleasant and soothing when it comes to them without restraint; they enjoy it immensely, and this is evident. For them, it is what the companionship of women is for those who do not spend their entire lives with them—but who, in the brief moments they do share, discover charms unknown to professional courtesans.

I cannot understand how a person of sound sense could for one moment accept the statement of the philosopher Diderot; despite its arrogance and sharpness, it is nonetheless absurd and false. After all, who would not realize that it is impossible for a wicked person to enjoy living alone, in the company of only themselves? They would feel too badly accompanied, too uncomfortable, and could not endure it for long. Moreover, if their dominant passion remained inactive, it would eventually fade away, and they would return to being good people. Self-love, the root of all wickedness, thrives in society where one is constantly forced to compare themselves with others; in solitude, however, it languishes and dies for lack of nourishment. Anyone who is self-sufficient has no desire to harm anyone else. This maxim may not be as flamboyant or arrogant as Diderot’s, but it is far more sensible and just—and at least it does not aim to insult anyone. Let us not be deceived by the pretentiousness with which error and falsehood often masquerade themselves: it is not the crowd that constitutes society, and it is in vain for bodies to come together when hearts repel each other. A truly sociable person finds it more difficult to form connections than others; those that are merely superficial cannot satisfy them. They would rather live away from the wicked without thinking of them than to see them and hate them. They would prefer to flee their enemies than to seek them out in order to harm them. Those who know only the society of kind hearts will not seek their companionship among your circles. Such must have been Jean-Jacques’ thoughts and actions before he became the target of that league against him; judge for yourselves whether, now that it exists and has set traps for him on every side, he could possibly find any pleasure in living with his persecutors, in being the object of their ridicule, their hatred, and their deceitful “affection”—all of which serve only to make them seem even more hateful to him. In the midst of such people, disdain, indignation, and anger would never leave him. He avoids them to spare himself such painful feelings; he avoids them because they deserve his hate—and because he was destined to love them.

THE FRENCHMAN: — I cannot appreciate your prejudice in her favor until I know on what grounds it is based. As for what you say in favor of solitary lives, it may be true of some peculiar individuals who have formed wrong ideas about wisdom; but at least they gave clear signs of engaging in laudable pursuits with their time. The profound meditations and immortal works that the philosophers you mention produced during their solitude are sufficient proof that they occupied themselves in useful and honorable ways, and did not spend their time, like your man, plotting crimes and wickedness.

ROUSSEAU. — I believe that this is not something that applied exclusively to him alone. “La Corancez” to Monsieur d’Alembert on the subject of spectacles, “Héloïse,” “Émile,” the “Social Contract,” the “Essays on Perpetual Peace and on Theatrical Imitation,” and other equally valuable works that have never been published are all products of Jean-Jacques’s retreat. I doubt that any philosopher has ever meditated more profoundly, perhaps more usefully, and written so much in such a short time. Do you really call all this darkness and crime?

THE FRENCHMAN: — I know people who might very well think that way. You know what our gentlemen think or say about these books, but have you forgotten that they are not his? And it was you yourself who convinced me of that.

ROUSSEAU. — I have told you what I imagined in order to explain certain contradictions that I observed at the time, but which I no longer see. However, if we continue to jump from one subject to another in this manner, we will lose sight of our main objective and will never attain it. Let us resume the thread of my observations in a more coherent way before moving on to the conclusions I have drawn from them.

My first concern, after becoming familiar with Jean-Jacques, was to see whether our relationships had in any way influenced his way of living; and I soon gained absolute certainty that not only did they have no effect on me, but that his habits had always remained the same, perfectly consistent, since he had freely chosen them when he had the ability to do so. It had been five years since he returned from Paris and resumed living there. At first, not wishing to hide in any way, he frequented several places with the intention of reestablishing his old connections or even forming new ones. But after a year, he stopped making visits and resumed the solitary life he had led for so many years in the countryside in the capital. He divided his time between daily pursuits that had become his sustenance and country walks, which were his only source of enjoyment. I asked him the reason for this behavior. He told me that having seen the entire current generation conspire against him in a scheme of darkness, he had first tried hard to find someone who would not share in this public injustice. After futile searches in the provinces, he came to Paris in hopes that at least among his old acquaintances he might find someone less deceitful and more honest who could provide him with the light needed to see through this darkness. However, after much effort to no avail, he found among even the most honorable people nothing but betrayal, duplicity, and lies. Everyone, in their eagerness to receive him, advise him, and attract him, seemed so pleased by his reputation for dishonor that they wholeheartedly contributed to it, showered him with insincere flattery, praised him in a way that carried no true respect for his heart, and lavished upon him the most exaggerated admiration without any genuine esteem or consideration. Bored by these mocking and deceitful displays, and indignant at being such a plaything of his so-called friends, he stopped seeing them and openly declared his disdain for them. After searching for a long time without success for someone who would understand him, he “put out his lantern” and completely withdrew into himself.

It was in this state of complete retreat that I found him, and it was then that I began to get to know him. I paid attention to everything that might reveal his inner self to me, guarded against any hasty judgment, determined to assess him not based on a few scattered words or particular circumstances, but rather on the combination of his words, actions, habits, and that constant manner of being which alone can infallibly reveal one’s character—though such insight requires more patience, perseverance, and less reliance on first impressions than the lukewarm affection for justice, stripped of all other motives and tempered by the harsh judgments of self-love, would inspire in ordinary people. Therefore, it was necessary to observe everything, listen to everything, and record everything before drawing any conclusion—until I had gathered sufficient information to form a judgment that was neither the product of passion nor prejudice.

I was not surprised to see him calm: you had told me that he was; but you attributed this calmness to a lack of character; it could, however, arise from entirely opposite reasons; I needed to determine the true cause. This was not difficult; for unless this calmness were always unshaken, discovering its origin would simply require observing what might disturb it. If it was fear, then you were right; if it was indignation, then you were wrong. The verification did not take long, and I soon learned what to believe.

Credo che i solitari costretti a esserlo possano, divorati da rancore e rimpianti nella reclusione in cui sono confinati, diventare crudeli e spietati, odiando con tutto il loro essere tutto ciò che non è simile a loro. Ma coloro che scelgono volontariamente di vivere soli sono naturalmente umani, ospitalieri e gentili. Non odiano gli uomini, ma amano la tranquillità e la pace; per questo evitano il tumulto e il rumore. La lunga privazione della società può persino renderla piacevole e dolce quando si presenta loro senza costrizioni. Allora ne godono appieno, e questo è evidente. Per loro, la società rappresenta ciò che per coloro che non trascorrono tutta la loro vita con le donne è rappresentato dal rapporto amoroso: qualcosa di affascinante e sconosciuto ai veri amanti professionisti.

Non capisco come un uomo di buon senso possa anche solo per un momento adottare le opinioni del filosofo Diderot; queste opinioni, per quanto arroganti e taglienti, sono comunque assurde e false. Chi non vede chiaramente che è impossibile che un malvagio ami vivere da solo, in solitudine? Si sentirebbe in compagnia troppo scadente, si troverebbe a disagio, non riuscirebbe a sopportarlo a lungo; inoltre, poiché la sua passione dominante rimarrebbe sempre inattiva, questa passione dovrebbe inevitabilmente spegnersi e lui tornerebbe buono. L’amor proprio, principio di ogni malvagità, si risveglia e si esalta nella società che lo ha generato, dove si è costantemente costretti a confrontarsi con gli altri; nella solitudine, invece, languisce e muore per mancanza di stimoli. Chi si basta a se stesso non desidera nuocere a nessuno. Questo principio è meno appariscente e arrogante di quello del filosofo Diderot, ma più sensato e giusto; inoltre, è anche preferibile, poiché non tende ad offendere nessuno. Non lasciamoci abbagliare dall’effetto retorico con cui spesso si mascherano l’errore e la menzogna: non è la folla a costituire veramente una società, e invano i corpi si avvicinano se i cuori si allontanano. L’uomo veramente socievole ha bisogno di relazioni più profonde di quelle superficiali; preferisce vivere lontano dai malvagi, senza pensare a loro, piuttosto che vederli e odiarli; preferisce fuggire dal proprio nemico piuttosto che cercarlo per fargli del male. Chi conosce un’unica società, quella dei cuori, non andrà certo a cercarne un’altra nei vostri circoli. Ecco come Jean-Jacques doveva pensare e comportarsi prima che nascesse la lega contro di lui; giudicate voi stesso se, ora che questa lega esiste e tende da tutte le parti a tendergli trappole, possa trovare piacere a vivere tra i suoi persecutori, a essere oggetto della loro derisione, del loro odio, delle loro false attenzioni, attraverso cui cercano maliziosamente di ferirlo con insulti e umiliazioni. Il disprezzo, l’indignazione, la rabbia non lo abbandoneranno mai in mezzo a queste persone; le fugge per evitarsi sentimenti così dolorosi. Le fugge perché meritano il suo odio, e perché lui era fatto per amarle.

IL FRANCESCO: Non posso giudicare i vostri pregiudizi a suo favore prima di conoscere su cosa li basate. Per quanto riguarda ciò che dite a vantaggio dei solitari, questo può essere vero per alcuni individui particolari che si erano fatti idee errate sulla saggezza; ma almeno essi davano segni inequivoci di come utilizzassero in modo lodevole il loro tempo. Le profonde meditazioni e le opere immortali con cui i filosofi che citate hanno arricchito la loro solitudine dimostrano chiaramente che si occupavano di cose utili e gloriose, e non trascorrevano il loro tempo, come fa il vostro uomo, a tramare crimini e azioni malvagie.

ROUSSEAU. — Credo che anche il suo caso non sia stato diverso. La Corancez a Monsieur d’Alembert sui spettacoli, l’Héloïse, l’Émile, il Contratto sociale, gli “Saggi sulla pace perpetua” e sull’“imitazione teatrale”, nonché altri scritti altrettanto preziosi che non sono mai stati pubblicati, sono tutti frutti del ritiro di Jean-Jacques. Dubito che qualche altro filosofo abbia mai meditato in modo più profondo e utile, o abbia scritto tanto in così poco tempo. Chiamate tutto ciò “oscurità” e “crimini”?

IL FRANCESCO: Conosco persone che potrebbero pensarla proprio così. Sapete cosa pensano o cosa dicono i nostri signori di questi libri, ma avete forse dimenticato che non sono stati scritti da lui, e che è stato proprio voi a convincermi di questo?

ROUSSEAU: — Vi ho detto ciò che immaginavo per spiegare le contraddizioni che allora osservavo, e che ormai non vedo più. Ma se continueremo a passare da un argomento all’altro in questo modo, perderemo di vista l’obiettivo principale e non lo raggiungeremo mai. Riprendiamo, con maggiore coerenza, il filo delle mie osservazioni, prima di passare alle conclusioni a cui sono giunto.

La mia prima attenzione, dopo essermi avvicinato a Jean-Jacques, fu quella di verificare se le nostre relazioni potessero influenzare in qualche modo il suo stile di vita; e presto ottenni la certezza assoluta che non solo per me nulla era cambiato, ma che quel modo di vivere era sempre stato lo stesso, perfettamente costante, fin dal momento in cui lui, avendo la libertà di scegliere, aveva potuto seguire liberamente i propri inclinamenti. Erano passati cinque anni da quando, tornato da Parigi, aveva ripreso a vivere lì. All’inizio, non volendo nascondersi in alcun modo, aveva frequentato alcune case con l’intenzione di ristabilire le sue vecchie relazioni o addirittura ne creare di nuove. Ma dopo un anno smise di andarle a trovare e riprese nella capitale quella vita solitaria che conduceva da tanti anni in campagna, dividendo il suo tempo tra l’occupazione quotidiana che si era imposto come fonte di sostentamento e le passeggiate in campagna, le uniche cose che lo divertivano. Gli chiesi il motivo di questo comportamento. Mi disse che, avendo visto tutta la generazione attuale partecipare all’opera di oscurità di cui era vittima, aveva prima cercato con ogni sforzo qualcuno che non condividesse quell’iniquità pubblica; dopo infruttuose ricerche nelle province, aveva continuato a cercare a Parigi, sperando almeno tra le sue vecchie conoscenze di trovare qualcuno meno ipocrita, meno falso, che potesse fornirgli le luci di cui aveva bisogno per penetrare in quell’oscurità; ma dopo molti sforzi vani, anche tra le persone più oneste, non aveva trovato altro che tradimenti, duplicità e menzogne. Tutti, affrettandosi a riceverlo, a prendergli cura, ad attirarlo a sé, sembravano così felici della sua diffamazione, vi contribuivano con tanta buona volontà, gli facevano delle lusinghe così ipocrite, lo lodavano in un modo che non rispecchiava affatto i suoi veri sentimenti, e gli riversavano addosso l’ammirazione più esagerata senza alcun vero rispetto o considerazione. Esasperato da queste manifestazioni derisorie e mendaci, indignato di essere così manipolato dai suoi presunti amici, smise di vederli, si ritirò senza nascondere il loro disprezzo; e dopo aver cercato a lungo senza successo qualcuno che potesse aiutarlo, spense “la sua lanterna” e si chiuse completamente in se stesso.

Fu in questo stato di assoluto ritiro che lo trovai e decisi di conoscerlo meglio. Attento a tutto ciò che potesse rivelare il suo interno ai miei occhi, cauto nei giudizi affrettati, deciso a valutarlo non su poche parole sparse o su circostanze particolari, ma sull’insieme dei suoi discorsi, delle sue azioni, delle sue abitudini, e su quella costante maniera di essere che, da sola, rivela in modo infallibile il carattere di una persona – ma che richiede, per essere compresa, maggiore attenzione, più perseveranza e meno fiducia a prima vista, di quanto non ne ispiri l’ordinario amore per la giustizia, privo di qualsiasi altro interesse e contrastato dalle feroci decisioni dell’amor proprio. Fu quindi necessario osservare tutto, ascoltare tutto, prendere appunti su ogni dettaglio, prima di poter emettere un giudizio; solo così riuscii a raccogliere materiale sufficiente per formulare una valutazione solida, che non fosse frutto né della passione né dei pregiudizi.

Non fui sorpreso di vederlo tranquillo: mi avevate detto che lo era; ma attribuivate questa tranquillità a una bassa natura d’animo; invece, poteva derivare da motivi completamente opposti; dovevo scoprire la vera causa. Non era difficile: poiché, a meno che quella tranquillità non fosse sempre inalterabile, bastava osservare ciò che avrebbe potuto disturbarla per individuarne la ragione. Se si trattava della paura, avevate ragione; se invece dell’indignazione, allora vi sbagliavate. La verifica non durò a lungo, e presto capii quale fosse la verità.

Je le trouvai s’occupant à copier de la musique à tant la page. Cette occupation m’avait paru, comme à vous, ridicule et affectée. Je m’appliquai d’abord à connaître s’il s’y livrait sérieusement ou par jeu, et puis à savoir au juste quel motif la lui avait fait reprendre, et ceci demandait plus de recherche et de soin. Il fallait connaître exactement ses ressources et l’état de sa fortune, vérifier ce que vous m’aviez dit de son aisance, examiner sa manière de vivre, entrer dans le détail de son petit ménage, comparer sa dépense et son revenu, en un mot connaître sa situation présente autrement que par son dire, et le dire contradictoire de vos messieurs. C’est à quoi je donnai la plus grande attention. Je crus m’apercevoir que cette occupation lui plaisait, quoiqu’il n’y réussit pas trop bien. Je cherchai la cause de ce bizarre plaisir, et je trouvai qu’elle tenait au fond de son naturel et de son humeur, dont je n’avais encore aucune idée, et qu’à cette occasion je commençai à pénétrer. Il associait ce travail à un amusement dans lequel je le suivis avec une égale attention. Ses longs séjours à la campagne lui avaient donné du goût pour l’étude des plantes : il continuait de se livrer à cette étude avec plus d’ardeur que de succès ; soit que sa mémoire défaillante commençât à lui refuser tout service ; soit, comme je crus le remarquer, qu’il se fit de cette occupation plutôt un jeu d’enfant qu’une étude véritable. Il s’attachait plus à faire de jolis herbiers qu’à classer et caractériser les genres et les espèces. Il employait un temps et des soins incroyables à dessécher et aplatir des rameaux, à étendre et déployer de petits feuillages, à conserver aux fleurs leurs couleurs naturelles ; de sorte que, collant avec soin ces fragments sur des papiers qu’il ornait de petits cadres, à toute la vérité de la nature il joignait l’éclat de la miniature et le charme de l’imitation.

Je l’ai vu s’attiédir enfin sur cet amusement, devenu trop fatigant pour son âge, trop coûteux pour sa bourse, et qui lui prenait un temps nécessaire dont il ne le dédommageait pas. Peut-être nos liaisons ont-elles contribué à l’en détacher. On voit que la contemplation de la nature eut toujours un grand attrait pour son cœur : il y trouvait un supplément aux attachements dont il avait besoin ; mais il eût laissé le supplément pour la chose, s’il en avait eu le choix, et il ne se réduisit à converser avec les plantes qu’après de vains efforts pour converser avec les humains. Je quitterai volontiers, m’a-t-il dit, la société des végétaux pour celle des hommes, au premier espoir d’en retrouver.

Mes premières recherches m’ayant jeté dans les détails de sa vie domestique, je m’y suis particulièrement attaché, persuadé que j’en tirerais pour mon objet des lumières plus sûres que de tout ce qu’il pouvait avoir dit ou fait en public, et que d’ailleurs je n’avais pas vu moi-même. C’est dans la familiarité d’un commerce intime, dans la continuité de la vie privée, qu’un homme à la longue se laisse voir tel qu’il est, quand le ressort de l’attention sur soi se relâche, et qu’oubliant le reste du monde, on se livre à l’impulsion du moment. Cette méthode est sûre, mais longue et pénible : elle demande une patience et une assiduité que peut soutenir le seul vrai zèle de la justice et de la vérité, et dont on se dispense aisément en substituant quelque remarque fortuite et rapide aux observations lentes mais solides que donne un examen égal et suivi.

J’ai donc regardé s’il régnait chez lui du désordre ou de la règle, de la gêne ou de la liberté ; s’il était sobre ou dissolu, sensuel ou grossier ; si ses goûts étaient dépravés ou sains ; s’il était sombre ou gai dans ses repas, dominé par l’habitude ou sujet aux fantaisies, chiche ou prodigue dans son ménage, entier, impérieux, tyran dans sa petite sphère d’autorité, ou trop doux peut-être au contraire et trop mou, craignant les dissensions encore plus qu’il n’aime l’ordre, et souffrant pour la paix les choses les plus contraires à son goût et à sa volonté ; comment il supporte l’adversité, le mépris, la haine publique ; quelles sortes d’affections lui sont habituelles ; quels genres de peine ou de plaisir altèrent le plus son humeur. Je l’ai suivi dans sa plus constante manière d’être, dans ces petites inégalités, non moins inévitables, non moins utiles peut-être dans le calme de la vie privée, que de légères variations de l’air et du vent dans celui des beaux jours. J’ai voulu voir comment il se fâche et comment il s’apaise ; s’il exhale ou contient sa colère ; s’il est rancunier ou emporté, facile ou difficile à apaiser ; s’il aggrave ou répare ses torts ; s’il sait endurer et pardonner ceux des autres ; s’il est doux et facile à vivre, ou dur et fâcheux dans le commerce familier ; s’il aime à s’épancher au-dehors ou à se concentrer en lui-même ; si son cœur s’ouvre aisément ou se ferme aux caresses ; s’il est toujours prudent, circonspect, maître de lui-même, ou si, se laissant dominer par ses mouvements, il montre indiscrètement chaque sentiment dont il est ému. Je l’ai pris dans les situations d’esprit les plus diverses, les plus contraires qu’il m’a été possible de saisir ; tantôt calme et tantôt agité ; dans un transport de colère, et dans une effusion d’attendrissement ; dans la tristesse et l’abattement de cœur ; dans ses courts mais doux moments de joie que la nature lui fournit encore, et que les hommes n’ont pu lui ôter ; dans la gaieté d’un repas un peu prolongé ; dans ces circonstances imprévues, où un homme ardent n’a pas le temps de se déguiser, et où le premier mouvement de la nature prévient toute réflexion. En suivant tous les détails de sa vie, je n’ai point négligé ses discours, ses maximes, ses opinions ; je n’ai rien omis pour bien connaître ses vrais sentiments sur les matières qu’il traite dans ses écrits. Je l’ai sondé sur la nature de l’âme, sur l’existence de Dieu, sur la moralité de la vie humaine, sur le vrai bonheur, sur ce qu’il pense de la doctrine à la mode et de ses auteurs, enfin sur tout ce qui peut faire connaître avec les vrais sentiments d’un homme sur l’usage de cette vie et sur sa destination ses vrais principes de conduite. J’ai soigneusement comparé tout ce qu’il m’a dit avec ce que j’ai vu de lui dans la pratique, n’admettant jamais pour vrai que ce que cette épreuve a confirmé.

Je l’ai particulièrement étudié par les côtés qui tiennent à amour-propre, bien sûr qu’un orgueil irascible au point d’en avoir fait un monstre, doit avoir de fortes et fréquentes explosions difficiles à contenir, et impossibles à. déguiser aux yeux d’un homme attentif à l’examiner parce côté-là, surtout dans la position cruelle où je le trouvais.

I found him engrossed in copying musical scores page by page. This activity seemed to me, just as it did to you, ridiculous and affected. First, I tried to determine whether he was doing it seriously or merely for fun; then I sought to understand what exactly had prompted him to take up this hobby again—an inquiry that required considerable research and attention. It was necessary to ascertain his exact resources and financial situation, to verify what you had told me about his wealth, to examine his way of living, to delve into the details of his modest household, to compare his expenses with his income—in short, to understand his current circumstances in a way that went beyond what he himself said or what those gentlemen had stated. I devoted utmost attention to this task. It seemed to me that he truly enjoyed this activity, although he was not particularly successful at it. I tried to discover the reason for this peculiar fondness and found that it stemmed from some aspect of his nature and temperament about which I still knew nothing. It was through this pursuit that I began to gain an understanding of him. He associated this hobby with a form of amusement, and I followed his interests with equal attention. His long stays in the countryside had cultivated his interest in botany; he continued to pursue this study with more zeal than success—either because his failing memory began to interfere, or, as I suspected, because he regarded it more as a child’s game than as a serious pursuit. He spent immense time and effort drying and flattening branches, arranging tiny leaves, and preserving the natural colors of flowers. With great care, he would attach these fragments to papers adorned with delicate frames, thus combining the truth of nature with the brilliance of miniature art and the charm of imitation.

I saw him finally grow weary of this pastime—too exhausting for his age, too costly for his means, and consuming time that he could not make up for elsewhere. Perhaps our relationships helped to draw him away from it. It is clear that the contemplation of nature always held great appeal for his heart; it provided him with a supplement to the bonds he needed. Yet, had he had a choice, he would have preferred the company of humans to that of plants. He told me that he would gladly leave the society of vegetation for that of human beings at the first chance he got.

My initial research led me into the details of his domestic life, and I became particularly interested in it, convinced that I would obtain there more clues than from anything he might have said or done in public—clues that, in fact, I had not witnessed myself. It is within the intimacy of everyday interactions, within the continuity of private life, that a person gradually reveals themselves as they truly are, when the pressure to focus on oneself fades away and one, forgetting the rest of the world, allows themselves to be guided by the moment’s impulses. This method is reliable, but it is slow and tedious; it requires patience and perseverance—qualities sustained only by a genuine dedication to justice and truth. Yet such efforts can easily be abandoned in favor of hasty, casual observations, rather than the careful, thorough scrutiny that comes from systematic and persistent investigation.

I thus observed whether there was disorder or order in his life, whether restraint or freedom, discomfort or ease; whether he was temperate or dissolute, sensual or crude; whether his tastes were depraved or healthy; whether his meals were somber or cheerful, dominated by habit or influenced by whims; whether he was stingy or generous in his household management; whether he was firm and authoritative in his small sphere of influence, or perhaps too lenient and weak, fearing discord more than he cherished order, and willing to endure things that went against his taste and will for the sake of peace. I also examined how he endured adversity, contempt, and public hatred; what kinds of emotions were common to him; and which kinds of pain or pleasure most affected his mood. I followed him through all the constant aspects of his character, including those minor inconsistencies that, just as slight variations in weather affect life in pleasant times, are perhaps equally inevitable and even useful in the tranquility of private life. I wanted to see how he became angry and how he calmed down; whether he vented or restrained his anger; whether he was vengeful or quick-tempered, easy or difficult to appease; whether he compounded or made amends for his mistakes; whether he knew how to endure and forgive others’ faults; whether he was pleasant and easy to live with in family matters, or harsh and unpleasant. I also observed whether he liked to express himself outwardly or prefered to keep things to himself; whether his heart opened easily to affection or remained closed; whether he was always prudent, cautious, and self-controlled, or whether he allowed his emotions to dominate him, revealing them indiscreetly. I examined him in various states of mind—sometimes calm, sometimes agitated; in fits of anger and outbursts of tenderness; in sadness and despondency; in those brief but sweet moments of joy that nature still bestows upon him, though humans have tried to take them away; in the cheerfulness of a prolonged meal; and in those unexpected situations where an enthusiastic person has no time to disguise themselves, and natural impulses overcome all reflection. By examining every detail of his life, I did not neglect his speeches, maxims, or opinions; I paid close attention to understand his true feelings on the subjects he discussed in his writings. I probed him about the nature of the soul, the existence of God, the morality of human life, what true happiness is, what he thought of current doctrines and their proponents, and in short, everything that could reveal a person’s true views on the purpose and direction of life. I carefully compared all his statements with what I observed in his behavior, never accepting anything as true unless it was confirmed by actual experience.

I studied it particularly in those aspects related to self-esteem. Of course, an irritable pride that has been turned into a monster must lead to intense and frequent outbursts that are difficult to contain—and impossible to disguise in the eyes of someone who observes carefully, especially in the cruel circumstances in which I found it.

Lo trovai impegnato a copiare musica, pagina dopo pagina. Questa attività mi era sembrata, come a voi, ridicola e affettata. Prima cercai di capire se la praticasse seriamente o per divertimento; poi volli scoprire esattamente quale motivo lo avesse spinto a riprenderla in questo modo, e ciò richiese molte ricerche e attenzioni. Era necessario conoscere con precisione le sue risorse finanziarie e la situazione della sua fortuna, verificare quanto mi avevate detto riguardo alla sua agiatezza, esaminare il suo stile di vita, entrare nei dettagli della sua piccola casa, confrontare le sue spese con i suoi guadagni. In altre parole, conoscere la sua situazione reale, non solo in base a ciò che lui stesso diceva, ma anche tenendo conto delle contraddizioni nelle vostre dichiarazioni. Dedicai la massima attenzione a tutto questo. Pensai di notare che questa attività gli piaceva, anche se non vi riusciva molto bene. Cercai la causa di questo strano interesse e scoprii che derivava dalla sua natura e dal suo carattere, di cui all’epoca non avevo ancora alcuna idea; fu in quell’occasione che iniziai a comprenderli meglio. Lui associava questo lavoro a un divertimento al quale lo seguii con la stessa attenzione. I suoi lunghi soggiorni in campagna gli avevano fatto sviluppare un interesse per lo studio delle piante: continuava a dedicarsi a questa attività con più entusiasmo che successo; forse perché la sua memoria cominciava ad affievolirsi, o forse, come credetti di notare, perché considerava questo lavoro più un gioco che uno studio serio. Si concentrava di più nel creare bei mazzi di erbe che nel classificare e descrivere i generi e le specie. Impiegava molto tempo e cura per essiccare e appiattire i rami, per dispiegare i piccoli fogli, per mantenere alle fiori il loro colore naturale; in questo modo, incollando con attenzione questi frammenti su fogli di carta decorati con piccoli bordi, univa alla fedeltà alla realtà la brillantezza della miniatura e il fascino dell’imitazione.

L’ho visto finalmente perdere interesse per quel passatempo, diventato troppo faticoso per la sua età, troppo costoso per le sue risorse finanziarie, e che gli richiedeva del tempo di cui non si riprendeva mai completamente. Forse le nostre relazioni hanno contribuito a farlo allontanare da quel passatempo. È evidente che la contemplazione della natura abbia sempre esercitato un grande fascino sul suo cuore: vi trovava un sostegno alle emozioni di cui aveva bisogno; ma avrebbe preferito rinunciare a quel “sostegno” pur di poter interagire con gli esseri umani, se ne fosse stato dato il modo. Mi ha detto che sarebbe stato felice di lasciare la compagnia delle piante per quella degli uomini non appena ne avesse avuto l’opportunità.

Le mie prime ricerche mi hanno portato a esaminare nei dettagli la sua vita domestica; vi ho dedicato particolare attenzione, convinto che da essa avrei tratto informazioni più affidabili di qualsiasi cosa potesse aver detto o fatto in pubblico, e che inoltre non avevo personalmente assistito. È nell’intimità di rapporti quotidiani, nella continuità della vita privata, che un uomo, col tempo, si rivela per ciò che realmente è: quando la tensione dell’attenzione verso se stesso si allenta e, dimenticando il resto del mondo, ci si abbandona alle spinte del momento. Questo metodo è sicuro, ma lungo e faticoso; richiede una pazienza e un impegno che solo un vero desiderio di giustizia e verità può sostenerre. E che, in realtà, si può facilmente evitare sostituendolo con osservazioni casuali e rapide rispetto a quelle lente ma approfondite che derivano da un esame attento e continuo.

Ho quindi osservato se nella sua vita regnasse il disordine o la regolarità, l’imbarazzo o la libertà; se fosse sobrio o dissoluto, sensuale o volgare; se i suoi gusti fossero corrotti o sani; se i suoi pasti fossero tristi o gioiosi, dominati dall’abitudine o soggetti alle fantasie, avaro o generoso nella gestione della casa, autoritario e imperioso nel suo piccolo ambito di potere, oppure troppo mite e debole, temendo le discordie più di quanto amasse l’ordine, e soffrendo per la pace anche in cose che andavano contro i suoi gusti e volontà; come sopportasse la sfortuna, il disprezzo, l’odio pubblico; quali tipi di affetti fossero abituali in lui; quali generi di dolore o piacere alterassero maggiormente il suo umore. L’ho osservato nella sua costante natura, in quelle piccole irregolarità che, tanto quanto le lievi variazioni dell’aria e del vento nei bei giorni, sono inevitabili e forse persino utili nella tranquillità della vita privata. Volevo vedere come si arrabbiasse e come si calmasse; se esprimeva o trattenesse la sua rabbia; se fosse vendicativo o impulsivo, facile o difficile da placare; se aggravava o rimediava ai propri torti; se sapeva sopportare e perdonare quelli degli altri; se era gentile e facile da vivere, o duro e sgradevole nella convivenza familiare; se amava esprimersi all’esterno o concentrarsi su se stesso; se il suo cuore si apriva facilmente o si chiudeva alle carezze; se era sempre prudente, cauto, padrone di sé, oppure se, lasciandosi guidare dai propri impulsi, mostrava indecorosamente ogni sentimento che lo colpiva. L’ho osservato nelle situazioni mentali più diverse e contrastanti che mi è stato possibile immaginare: a volte calmo, a volte agitato; in un accesso di rabbia, come in un momento di commozione; nella tristezza e nel abbattimento d’animo; nei suoi brevi ma dolci momenti di gioia che la natura gli donava ancora, e che gli uomini non erano riusciti a togliergli; nella felicità di un pasto prolungato; in quelle circostanze impreviste in cui un uomo appassionato non ha il tempo di nascondere i propri sentimenti, e dove il primo impulso della natura prevale su ogni riflessione. Seguendo tutti i dettagli della sua vita, non ho trascurato i suoi discorsi, le sue massime, le sue opinioni; non ho omesso nulla per comprendere appieno i suoi veri sentimenti su quelle questioni di cui parlava nei suoi scritti. L’ho esaminato riguardo alla natura dell’anima, all’esistenza di Dio, alla moralità della vita umana, al vero felicità, a ciò che pensava della dottrina in voga e dei suoi autori; insomma, su tutto ciò che poteva rivelare i veri principi di condotta di un uomo riguardo all’uso di questa vita e alla sua destinazione. Ho attentamente confrontato tutto ciò che mi aveva detto con ciò che lo avevo visto nella pratica, riconoscendo come vero soltanto ciò che questa prova aveva confermato.

L’ho studiato in particolare sotto gli aspetti legati all’orgoglio personale; ovviamente, un orgoglio così irascibile da trasformarsi in un “mostro” deve comportare esplosioni frequenti e violente, difficili da contenere e impossibili da nascondere agli occhi di chi lo osserva attentamente, soprattutto nella posizione crudele in cui lo trovavo io.

Par les idées dont un homme pétri d’amour-propre s’occupe le plus souvent, par les sujets favoris de ses entretiens, par l’effet inopiné des nouvelles imprévues, par la manière de s’affecter des propos qu’on lui tient, par les impressions qu’il reçoit de la contenance et du ton des gens qui rapprochent, par l’air dont il entend louer ou décrier ses ennemis ou ses rivaux, par la façon dont il en parle lui-même, par le degré de joie ou de tristesse dont l’affectent leurs prospérités ou leurs revers, on peut à la longue le pénétrer et lire dans son âme, surtout lorsqu’un tempérament ardent lui ôte le pouvoir de réprimer ses premiers mouvements, si tant est néanmoins qu’un tempérament, ardent et un violent amour-propre puissent compatir ensemble dans un même cœur. Mais c’est surtout en parlant des talents et des livres que les auteurs se contiennent le moins et se décèlent le mieux : c’est aussi par là que je n’ai pas manqué d’examiner celui-ci. Je l’ai mis souvent et vu mettre par d’autres sur ce chapitre en divers temps et à diverses occasions ; j’ai sondé ce qu’il pensait de la gloire littéraire, quel prix il donnait à sa jouissance, et ce qu’il estimait le plus en fait de réputation, de celle qui brille par les talents, ou de celle moins éclatante que donne un caractère estimable. J’ai voulu voir s’il était curieux de l’histoire des réputations naissantes ou déclinantes ; s’il épluchait malignement celles qui faisaient le plus de bruit ; comment il s’affectait des succès ou des chutes des livres et des auteurs, et comment il supportait pour sa part les dures censures des critiques, les malignes louanges des rivaux, et le mépris affecté des brillants écrivains de ce siècle. Enfin, je l’ai examiné par tous les sens où mes regards ont pu pénétrer, et sans chercher à rien interpréter selon mon désir, mais éclairant mes observations les unes par les autres pour découvrir la vérité ; je n’ai pas un instant oublié dans mes recherches qu’il y allait du destin de ma vie à ne pas me tromper dans ma conclusion.

LE FRANÇAIS. — Je vois que vous avez regardé à beaucoup de choses : apprendrai-je enfin ce que vous avez vu ?

ROUSSEAU. — Ce que j’ai vu est meilleur à voir qu’à dire. Ce que j’ai vu me suffit, à moi qui l’ai vu, pour déterminer mon jugement, mais non pas à vous pour déterminer le vôtre sur mon rapport ; car il a besoin d’être vu pour être cru ; et, après la façon dont vous m’aviez prévenu, je ne l’aurais pas cru moi-même sur le rapport d’autrui. Ce que j’ai vu ne sont que des choses bien communes en apparence, mais très rares en effet. Ce sont des récits qui d’ailleurs conviendraient mal dans ma bouche ; et, pour les faire avec bienséance, il faudrait être un autre que moi.

LE FRANÇAIS. — Comment, monsieur ! espérez-vous me donner ainsi le change ? Remplissez-vous ainsi vos engagements, et ne tirerai-je aucun fruit du conseil que je vous ai donné ? Les lumières qu’il vous a procurées ne doivent-elles pas nous être communes ? et, après avoir ébranlé la persuasion où j’étais, vous croyez-vous permis de me laisser les doutes que vous avez fait naître, si vous avez de quoi m’en tirer ?

ROUSSEAU. — Il vous est aisé d’en sortir à mon exemple, en prenant pour vous-même ce conseil que vous dites m’avoir donné. Il est malheureux pour Jean-Jacques que Rousseau ne puisse dire tout ce qu’il sait de lui. Ces déclarations sont désormais impossibles, parce qu’elles seraient inutiles, et que le courage de les faire ne m’attirerait que l’humiliation de n’être pas cru.

Voulez-vous, par exemple, avoir une idée sommaire de mes observations ? Prenez directement et en tout, tant en bien qu’en mal, le contre-pied du Jean-Jacques de vos messieurs, vous aurez très exactement celui que j’ai trouvé. Le leur est cruel, féroce et dur, jusqu’à la dépravation ; le mien est doux et compatissant jusqu’à la faiblesse. Le leur est intraitable, inflexible, et toujours repoussant ; le mien est facile et mou, ne pouvant résister aux caresses qu’il croit sincères, et se laissant subjuguer, quand on sait s’y prendre, par les gens mêmes qu’il n’estime pas. Le leur, misanthrope, farouche, déteste les hommes ; le mien, humain jusqu’à l’excès, et trop sensible à leurs peines, s’affecte autant des maux qu’ils se font entre eux que de ceux qu’ils lui font à lui-même. Le leur ne songe qu’à faire du bruit dans le monde aux dépens du repos d’autrui et du sien ; le mien préfère le repos à tout, et voudrait être ignoré de toute la terre, pourvu qu’on le laissât en paix dans son coin. Le leur, dévoré d’orgueil et du plus intolérant amour-propre, est tourmenté de l’existence de ses semblables, et voudrait voir tout le genre humain s’anéantir devant lui ; le mien, s’aimant sans se comparer, n’est pas plus susceptible de vanité que de modestie ; content de sentir ce qu’il est, il ne cherche point quelle est sa place parmi les hommes, et je suis sûr que de sa vie il ne lui entra dans l’esprit de se mesurer avec un autre pour savoir lequel était le plus grand ou le plus petit. Le leur, plein de ruse et d’art pour en imposer, voile ses vices avec la plus grande adresse, et cache sa méchanceté sous une candeur apparente ; le mien, emporté, violent même dans ses premiers moments plus rapides que l’éclair, passe sa vie à faire de grandes et courtes fautes, et à les expier par de vifs et longs repentirs ; au surplus, sans prudence, sans présence d’esprit, et d’une balourdise incroyable, il offense quand il veut plaire, et dans sa naïveté, plutôt étourdie que franche, dit également ce qui lui sert et qui lui nuit, sans même en sentir la différence. Enfin, le leur est un esprit diabolique, aigu, pénétrant ; le mien, ne pensant qu’avec beaucoup de lenteur et d’efforts, en craint la fatigue, et, souvent n’entendant les choses les plus communes qu’en y rêvant à son aise et seul, peut à peine passer pour un homme d’esprit.

N’est-il pas vrai que, si je multipliais ces oppositions, comme je le pourrais faire, vous les prendriez pour des jeux d’imagination qui n’auraient aucune réalité ? Et cependant je ne vous dirais rien qui ne fût, non comme à vous, affirmé par d’autres, mais attesté par ma propre conscience. Cette manière simple, mais peu croyable, de démentir les assertions bruyantes des gens passionnés par les observations paisibles, mais sûres d’un homme impartial, serait donc inutile et ne produirait aucun effet. D’ailleurs, la situation de Jean-Jacques à certains égards est même trop incroyable pour pouvoir être bien dévoilée. Cependant, pour le bien connaître, il faudrait la connaître à fond ; il faudrait connaître et ce qu’il endure et ce qui le lui fait supporter. Or tout cela ne peut bien se dire : pour le croire, il faut l’avoir vu.

Mais essayons s’il n’y aurait point quelque autre route aussi droite et moins traversée pour arriver au même but ; s’il n’y aurait point quelque moyen de vous faire sentir tout d’un coup, par une impression simple et immédiate, ce que, dans les opinions où vous êtes, je ne saurais vous persuader en procédant graduellement, sans attaquer sans cesse, par des négations dures, les tranchantes assertions de vos messieurs. Je voudrais tâcher pour cela de vous esquisser ici le portrait de mon Jean-Jacques, tel qu’après un long examen de l’original l’idée s’en est empreinte dans mon esprit. D’abord, vous pourrez comparer ce portrait à celui qu’ils en ont tracé ; juger lequel des deux est le plus lié dans ses parties, et paraît former le mieux un seul tout ; lequel explique le plus naturellement et le plus clairement la conduite de celui qu’il représente, ses goûts, ses habitudes, et tout ce qu’on connaît de lui, non seulement depuis qu’il a fait des livres, mais dès son enfance, et de tous les temps ; après quoi il ne tiendra qu’à vous de vérifier par vous-même si j’ai bien ou mal vu.

LE FRANÇAIS. — Rien de mieux que tout cela. Parlez donc ; je vous écoute.

Through the ideas that a man filled with self-esteem most frequently engages in, through the subjects of his favorite conversations, through the unexpected effects of sudden news, through the way he is affected by what others say to him, through the impressions he receives from the demeanor and tone of those who approach him, through the praise or criticism he hears directed at his enemies or rivals, through the way he himself speaks about them, and through the degree of joy or sorrow his fortunes bring him, it is possible, over time, to penetrate his mind and read into his soul—especially when a passionate temperament prevents him from suppressing his initial reactions, provided that such a temperament and intense self-esteem can coexist within the same heart. However, it is especially when discussing talents and books that authors least restrain themselves and reveal the most about themselves; it is also through this aspect that I did not fail to examine this particular individual. On many occasions, at different times and under various circumstances, I observed how he spoke on these matters; I sought to understand his views on literary fame, the value he placed on its enjoyment, and what he considered most important in terms of reputation—whether it was the fame gained through talent or the more modest renown derived from an admirable character. I wanted to see if he took any interest in the rise and fall of reputations; whether he maliciously analyzed those that caused the greatest stir; how he reacted to the successes or failures of books and authors, and how he endured the harsh criticisms of critics, the spiteful praise of rivals, and the pretended disdain of this century’s brilliant writers. In short, I examined him in every possible way, not attempting to interpret anything according to my own desires, but rather comparing my observations to uncover the truth. Throughout my research, I never forgot that the fate of my own life depended on arriving at an accurate conclusion.

THE FRENCHMAN: — I see that you have observed many things; shall I finally learn what it is that you have seen?

ROUSSEAU. — What I have seen is better to be witnessed than described in words. What I have seen is sufficient for me, who have witnessed it myself, to form my own judgment; but not sufficient for you to form your judgment based on my account, for such accounts need to be witnessed before they can be believed. Moreover, given the way you had warned me beforehand, I would not have believed them even if someone else had told me about them. What I have seen are things that appear quite ordinary at first glance, but in reality are extremely rare. These are stories that, in any case, would not suit to be told by me; and to tell them in a proper manner, one would need to be someone other than me.

“French.” — How! Do you expect to deceive me in this way? By fulfilling your obligations in this manner, will I gain any benefit from the advice I gave you? Should not the knowledge it has provided you also be shared by us? And after having shaken my convictions, do you think you are entitled to leave me with the doubts you have instilled in me, if you indeed have something to dispel them?

ROUSSEAU. — It is easy for you to follow my example and apply to yourself the advice that you claim I gave you. It is unfortunate for Jean-Jacques that Rousseau cannot say everything he knows about him. Such declarations are now impossible, because they would be useless, and the courage to make them would only bring me the humiliation of not being believed.

For example, would you like to have a general idea of my observations? If you simply take the complete opposite of the “Jean-Jacques” character depicted by your gentlemen—both in its good and bad aspects—you will obtain exactly what I found. Their version is cruel, ferocious, and harsh, even to the point of depravity; mine is gentle and compassionate, to the point of weakness. Their version is unyielding, inflexible, and always repulsive; mine is easy-going and soft-hearted, unable to resist what it believes to be sincere affection, and can be subdued, if one knows how, by those very people it does not respect. Their version is misanthropic and fierce, hating mankind; mine is excessively humanistic, too sensitive to their sufferings, and cares just as much about the harm they inflict upon each other as about the harm they cause to me. Their version seeks only to create noise in the world at the expense of the peace of others and itself; mine prefers tranquility above all else, and would rather be unknown throughout the earth than disturbed in its solitude. Their version, consumed by pride and intolerant self-love, is tormented by the existence of its kind and wishes to see entire humanity vanish before it; mine, loving itself without comparison, is neither prone to vanity nor modesty. Content with who it is, it does not seek to determine its place among men, and I am certain that throughout its life, it never considered comparing itself to another to determine which was greater or lesser. Their version is full of cunning and artistry in deceiving others, skillfully masking its vices with apparent innocence; mine, impulsive and even violent in its initial moments—swifter than lightning—spends its life making both major and minor mistakes, only to repent bitterly and immediately for them. Moreover, lacking prudence and quick wits, and being incredibly foolish, it offends when it seeks to please others, and in its naivety—more bewildered than sincere—tells things that harm as well as help it, without even realizing the difference. Finally, their version is a demonic spirit, sharp and penetrating; mine, thinking slowly and with great effort, fears the fatigue of such thought, and often understands only the most basic things after much leisurely reflection in solitude. As a result, it can barely be considered a man of wit at all.

Is it not true that, if I were to multiply these contradictions, as I could easily do, you would regard them merely as products of the imagination, devoid of any reality? Yet what I tell you is not something asserted by others to you, but rather confirmed by my own conscience. This simple yet seemingly unbelievable way of refuting the loud claims of those obsessed with passionate observations, while relying on the calm and sure judgments of an impartial person, would thus be futile and produce no effect at all. Moreover, in certain respects, Jean-Jacques’s situation is even too incredible to be fully revealed. Nevertheless, in order to truly understand him, one would need to know him thoroughly—both what he endures and what makes him endure it. But all of this cannot be properly expressed in words; to believe it, one must have witnessed it with one’s own eyes.

But let us consider whether there might not be some other path, just as direct and less fraught with obstacles, that could lead to the same goal; whether there might not be some way to make you suddenly grasp, through a simple and immediate impression, what I would be unable to convince you of gradually, without constantly attacking the sharp and forceful assertions of your masters. To this end, I would like to attempt to sketch here a portrait of my Jean-Jacques, as the idea of him has taken shape in my mind after a thorough examination of the original. First, you can compare this portrait with the one they have drawn; judge which of the two is more cohesive in its parts and appears to form a more complete whole; which one explains more naturally and clearly the behavior of the person it represents, his tastes, his habits, and everything we know about him—not only since he began writing books, but from his childhood onward. After that, it will be up to you to verify for yourselves whether I have seen things right or wrong.

THE FRENCHMAN: Nothing could be better than all this. Please go on speaking; I am listening.

Attraverso le idee a cui un uomo, pervaso dall’orgoglio, dedica più spesso la sua attenzione, attraverso gli argomenti preferiti delle sue conversazioni, attraverso l’effetto improvviso di notizie inaspettate, attraverso il modo in cui reagisce alle parole che gli vengono rivolte, attraverso le impressioni che riceve dall’atteggiamento e dal tono delle persone che lo avvicinano, attraverso l’opinione che sente esprimere sui suoi nemici o rivali, sia in termini di elogio che di critiche, attraverso il modo in cui lui stesso ne parla, e attraverso il grado di gioia o tristezza che provoca la loro fortuna o sfortuna, si può, col tempo, penetrare nella sua mente e leggere nel suo cuore, soprattutto quando un temperamento appassionato gli impedisce di reprimere i suoi primi impulsi, purché, naturalmente, un temperamento appassionato e un orgoglio violento possano coesistere nello stesso cuore. Ma è soprattutto parlando di talenti e libri che gli autori si lasciano andare meno incontrollati e rivelano di più se stessi; ed è proprio attraverso questo aspetto che non ho mancato di esaminare quest’uomo. L’ho osservato spesso, e ho visto altri farlo in diversi momenti e per diverse occasioni; ho cercato di capire cosa pensasse della gloria letteraria, quale valore attribuisse al piacere che essa gli procurava, e cosa considerasse più importante nella reputazione: quella che splende attraverso i talenti, o quella meno appariscente ma derivante da un carattere stimabile. Volevo anche scoprire se fosse curioso riguardo alla storia delle reputazioni che nascono o declinano, se analizzasse con malizia quelle che facevano più rumore, come reagisse ai successi o ai fallimenti dei libri e degli autori, e come sopportasse le dure critiche dei critici, le maligne lodi dei rivali, e il disprezzo affettato da parte degli scrittori brillanti di questo secolo. Infine, l’ho esaminato sotto tutti gli aspetti in cui i miei occhi potevano penetrare, senza cercare di interpretare nulla secondo i miei desideri, ma illuminando le mie osservazioni l’una con l’altra per scoprire la verità. Non ho mai dimenticato, nelle mie ricerche, che il destino della mia vita dipendeva dal fatto di non sbagliare nella mia conclusione.

IL FRANCESCO: — Vedo che avete osservato molte cose. Riuscirò finalmente a sapere ciò che avete visto?

ROUSSEAU: — Quello che ho visto è meglio da vedere che da descrivere a parole. A me, che l’ho visto, basta per formarmi un giudizio; ma non a voi per formarvene uno sul mio resoconto, poiché questo ha bisogno di essere visto per essere creduto. E, considerando il modo in cui mi avevate avvertito, io stesso non l’avrei creduto sulla parola di un altro. Quello che ho visto sono cose apparentemente molto comuni, ma in realtà estremamente rare. Si tratta di racconti che, del resto, non sarebbero adatti a essere narrati da me; e per farlo in modo appropriato, ci vorrebbe qualcun altro oltre a me.

IL FRANCESCO. — Come! Signore, sperate davvero di ingannarmi in questo modo? Così onorate i vostri impegni, ma non otterrò alcun beneficio dal consiglio che vi ho dato. Le luci che esso vi ha fornito non dovrebbero essere condivise anche da me? E dopo aver messo in dubbio la convinzione che avevo, credete davvero di potermi lasciare con i dubbi che avete suscitato, se avete qualcosa che possa dissiparli?

ROUSSEAU: — Vi è facile uscirne seguendo il mio esempio, applicando a voi stesso quel consiglio che dite mi abbiate dato. È una sfortuna per Jean-Jacques che Rousseau non possa dire tutto ciò che sa su di lui. Queste dichiarazioni sono ormai impossibili: sarebbero inutili, e il coraggio di farle mi attirerebbe soltanto l’umiliazione di essere creduto.

Volete, ad esempio, avere una idea sommaria delle mie osservazioni? Prendete direttamente e in tutto – sia nel bene che nel male – l’opposto di quel Jean-Jacques descritto dai vostri signori: avrete esattamente ciò che ho trovato io. Il loro è crudele, feroce e duro fino alla depravazione; il mio è dolce e compassionevole fino alla debolezza. Il loro è intransigente, inflessibile e sempre respingente; il mio è facile e malleabile, incapace di resistere alle carezze che ritiene sincere, e si lascia soggiogare, quando si sa come fare, dalle persone stesse che non apprezza. Il loro, misantropo e feroce, odia gli uomini; il mio, umano fino all’eccesso e troppo sensibile alle loro sofferenze, si preoccupa tanto dei mali che si infliggono a vicenda quanto di quelli che gli vengono arrecati. Il loro pensa solo a creare rumore nel mondo a scapito del riposo altrui e del proprio; il mio preferisce il silenzio a tutto, e vorrebbe essere ignorato da tutta la terra, purché lo si lasciasse in pace nel suo angolo. Il loro, divorato dall’orgoglio e da un amor proprio intollerante, soffre per l’esistenza dei suoi simili e desidererebbe che tutto il genere umano scomparisse davanti a lui; il mio, amandosi senza confrontarsi con gli altri, non è né vanitoso né modesto; contento di essere ciò che è, non cerca mai di sapere quale sia il proprio posto tra gli uomini, e sono sicuro che in tutta la sua vita non gli sia mai passato per la mente di misurarsi con qualcun altro per capire chi fosse il più grande o il più piccolo. Il loro, pieno di astuzia e abilità nel manipolare gli altri, nasconde i propri vizi con grande maestria e maschera la propria malvagità sotto un’apparente candidezza; il mio, impulsivo e violento anche nei momenti più rapidi come l’fulmine, passa la vita a commettere errori grandi e piccoli, per poi pentirsene con intensità e durata. Inoltre, privo di prudenza e presenza di spirito, e di una goffaggine incredibile, offende quando vuole piacere; nella sua ingenuità, più che sincera, dice spesso cose che gli fanno del bene e altre che gli nuociono, senza nemmeno rendersene conto. Infine, il loro è uno spirito diabolico, acuto e penetrante; il mio, che pensa solo con grande lentezza e sforzo, teme la stanchezza derivante da questo processo, e spesso comprende le cose più comuni solo dopo averci riflettuto a lungo e in solitudine; per questo motivo, a malapena può essere considerato una persona intelligente.

Non è forse vero che, se moltiplicassi queste opposizioni, come potrei farlo, voi le considerereste semplici giochi di immaginazione privi di qualsiasi realtà? Eppure non vi direi nulla che non sia stato, non a voi, affermato da altri, ma attestato dalla mia stessa coscienza. Questo modo semplice, ma poco credibile, di confutare le asserzioni clamorose di persone appassionate di osservazioni tranquille e sicure, ma fatte da un uomo imparziale, sarebbe quindi inutile e non produrrebbe alcun effetto. Del resto, la situazione di Jean-Jacques, sotto alcuni aspetti, è persino troppo incredibile per poter essere pienamente rivelata. Tuttavia, per conoscerlo veramente bene, bisognerebbe conoscerlo a fondo; bisognerebbe conoscere sia ciò che soffre sia ciò che lo spinge a sopportare tutto questo. Ora, tutto ciò non può essere detto chiaramente: per crederci, bisogna averlo visto con i propri occhi.

Ma proviamo a vedere se non esista qualche altro percorso, altrettanto diretto e meno frequentato, per raggiungere lo stesso scopo; se non esiste qualche modo per farvi comprendere, all’improvviso, attraverso un’impressione semplice e immediata, ciò che, nelle opinioni in cui vi trovate attualmente, non riuscirei a convincervi se procedessi gradualmente, senza attaccare costantemente, con negazioni dure e taglienti, le affermazioni decise dei vostri interlocutori. Per questo motivo, vorrei cercare di delineare qui il ritratto del mio Jean-Jacques, così come l’immagine di lui si è formata nella mia mente dopo un lungo esame dell’originale stesso. Prima di tutto, potrete confrontare questo ritratto con quello che loro ne hanno tracciato; giudicare quale dei due sia più coerente nelle sue parti e sembri costituire un tutt’unico insieme logico; quale spieghi in modo più naturale e chiaro il comportamento di colui che rappresenta, i suoi gusti, le sue abitudini, e tutto ciò che si sa di lui, non solo da quando ha scritto i suoi libri, ma fin dall’infanzia e in tutti questi anni. Dopo averlo fatto, spetterà a voi verificare personalmente se ho visto giusto o meno.

IL FRANCESE: Niente di meglio di tutto questo. Parlate pure; vi ascolto.

ROUSSEAU. — De tous les hommes que j’ai connus, celui dont le caractère dérive le plus pleinement de son seul tempérament est Jean-Jacques. Il est ce que l’a fait la nature : l’éducation ne l’a que bien peu modifié. Si, dès sa naissance, ses facultés et ses forces s’étaient tout à coup développées, dès-lors on l’eût trouvé tel à peu près qu’il fut dans son âge mûr ; et maintenant, après soixante ans de peines et de misères, le temps, l’adversité, les hommes, l’ont encore très peu changé. Tandis que son corps vieillit et se casse, son cœur reste jeune toujours ; il garde encore les mêmes goûts, les mêmes passions de son jeune âge, et jusqu’à la fin de sa vie il ne cessera d’être un vieux enfant.

Mais ce tempérament, qui lui a donné sa forme morale, a des singularités qui, pour être démêlées, demandent une attention plus suivie que le coup d’œil suffisant qu’on jette sur un homme qu’on croit connaître et qu’on a déjà jugé. Je puis même dire que c’est par son extérieur vulgaire et par ce qu’il a de plus commun, qu’en y regardant mieux je l’ai trouvé le plus singulier. Ce paradoxe s’éclaircira de lui-même à mesure que vous m’écouterez.

Si, comme je vous l’ai dit, je fus surpris au premier abord de le trouver si différent de ce que je me l’étais figuré sur vos récits, je le fus bien plus du peu d’éclat, pour ne pas dire de la bêtise, de ses entretiens : moi qui, ayant eu à vivre avec des gens de lettres, les ai toujours trouvés brillants, élancés, sentencieux comme des oracles, subjuguant tout par leur docte faconde et par la hauteur de leurs décisions. Celui-ci, ne disant guère que des choses communes, et les disant sans précision, sans finesse, et sans force, paraît toujours fatigué de parler, même en parlant peu, soit de la peine d’entendre, souvent même n’entendant point, sitôt qu’on dit des choses un peu fines, et n y répondant jamais à propos. Que, s’il lui vient par hasard quelque mot heureusement trouvé, il en est si aise, que, pour avoir quelque chose à dire, il le répète éternellement. On le prendrait dans la conversation, non pour un penseur plein d’idées vives et neuves, pensant avec force et s’exprimant avec justesse, mais pour un écolier embarrassé du choix de ses termes, et subjugué par la suffisance des gens qui en savent plus que lui. Je n’avais jamais vu ce maintien timide et gêné dans nos moindres barbouilleurs de brochures ; comment le concevoir dans un auteur qui, foulant aux pieds les opinions de son siècle, semblait en toute chose moins disposé à recevoir la loi qu’à la faire ? S’il n’eût fait que dire des choses triviales et plates, j’aurais pu croire qu’il faisait l’imbécile pour dépayser les espions dont il se sent entouré ; mais, quels que soient les gens qui l’écoutent, loin d’user avec eux de la moindre précaution, il lâche étourdiment cent propos inconsidérés, qui donnent sur lui de grandes prises : non qu’au fond ces propos soient répréhensibles, mais parce qu’il est possible de leur donner un mauvais sens, qui, sans lui être venu dans l’esprit, ne manque pas de se présenter par préférence à celui des gens qui l’écoutent, et qui ne cherchent que cela. En un mot, je l’ai presque toujours trouvé pesant à penser, maladroit à dire, se fatiguant sans cesse à chercher le mot propre qui ne lui venait jamais, et embrouillant des idées déjà plus claires par une mauvaise manière de les exprimer. J’ajoute en passant que si, dans nos premiers entretiens, j’avais pu deviner cet extrême embarras de parler, j’en aurais tiré, sur vos propres arguments, une preuve nouvelle qu’il n’avait pas fait ses livres : car si, selon vous, déchiffrant si mal la musique, il n’en avait pu composer, à plus forte raison, sachant si mal parler, il n’avait pu si bien écrire.

Une pareille ineptie était déjà fort étonnante dans un homme assez adroit pour avoir trompé quarante ans, par de fausses apparences, tous ceux qui l’ont approché ; mais ce n’est pas tout. Ce même homme, dont l’œil terne et la physionomie effacée semblent, dans les entretiens indifférents, n’annoncer que de la stupidité, change tout-à-coup d’air et de maintien, sitôt qu’une matière intéressante pour lui le tire de sa léthargie. On voit sa physionomie éteinte s’animer, se vivifier, devenir parlante, expressive, et promettre de l’esprit. À juger par l’éclat qu’ont encore alors ses yeux à son âge, dans sa jeunesse ils ont dû lancer des éclairs. À son geste impétueux, à sa contenance agitée, on voit que son sang bouillonne, on croirait que des traits de feu vont sortir de sa bouche : et point du tout ; toute cette effervescence ne produit que des propos communs, confus, mal ordonnés, qui, sans être plus expressifs qu’à l’ordinaire, sont seulement plus inconsidérés. Il élève beaucoup la voix ; mais ce qu’il dit devient plus bruyant sans être plus vigoureux. Quelquefois cependant je lui ai trouvé de l’énergie dans l’expression ; mais ce n’était jamais au moment d’une explosion subite : c’était seulement lorsque cette explosion, ayant précédé, avait déjà produit son premier effet. Alors cette émotion prolongée, agissant avec plus de règle, semblait agir avec plus de force, et lui suggérait des expressions vigoureuses, pleines du sentiment dont il était encore agité. J’ai compris par là comment cet homme pouvait, quand son sujet échauffait son cœur, écrire avec force, quoiqu’il parlât faiblement, et comment sa plume devait mieux que sa langue parler le langage des passions.

LE FRANÇAIS. — Tout cela n’est pas si contraire que vous pensez aux idées qu’on m’a données de son caractère. Cet embarras d’abord et cette timidité que vous lui attribuez sont reconnus maintenant dans le monde pour être les plus sûres enseignes de l’amour-propre et de l’orgueil.

ROUSSEAU. — D’où il suit que nos petits pâtres et nos pauvres villageoises regorgent d’amour-propre, et que nos brillants académiciens, nos jeunes abbés et nos dames du grand air sont des prodiges de modestie et d’humilité. Oh ! malheureuse nation, où toutes les idées de l’aimable et du bon sont renversées, et où l’arrogant amour-propre des gens du monde transforme en orgueil et en vices les vertus qu’ils foulent aux pieds !

LE FRANÇAIS. — Ne vous échauffez pas. Laissons ce nouveau paradoxe sur lequel on peut disputer, et revenons à la sensibilité de notre homme, dont vous convenez vous-même, et qui se déduit de vos observations. D’une profonde indifférence sur tout ce qui ne touche pas son petit individu, il ne s’anime jamais que pour son propre intérêt ; mais toutes les fois qu’il s’agit de lui, la violente intensité de son amour-propre doit en effet l’agiter jusqu’au transport ; et ce n’est que quand cette agitation se modère qu’il commence d’exhaler sa bile et sa rage, qui, dans les premiers moments, se concentre avec force autour de son cœur.

ROUSSEAU. — Of all the men I have known, the one whose character is most entirely shaped by his natural temperament is Jean-Jacques. He is what nature itself has made him; education has altered him very little. If, from the moment of his birth, his faculties and abilities had suddenly developed, he would have been almost exactly what he was in his maturity. And now, after sixty years of suffering and hardship, time, adversity, and the influence of other people have changed him very little at all. While his body ages and weakens, his heart remains young forever; he retains the same tastes and the same passions as when he was young, and until the end of his life, he will always be a kind of “old child.”

But this temperament, which gave him his moral form, possesses peculiarities that require more careful attention in order to be understood—more than the superficial glance one casts upon a person whom one believes to know and has already judged. I would even say that it was precisely through its vulgar exterior and its most ordinary aspects that, upon closer examination, I found it to be the most singular. This paradox will become clear on its own as you listen to me.

If, as I told you, I was initially surprised to find him so different from what I had imagined based on your descriptions, I was even more astonished by the lack of brilliance—in fact, the sheer foolishness—of his conversations. Having lived among men of letters, I had always found them brilliant, eloquent, and decisive, capable of subduing everyone with their learned rhetoric and lofty judgments. This man, however, hardly ever said anything substantial; when he did, it was in a vague, inept, and weak manner. He seemed always tired from speaking—even when he said little—and often appeared not to hear at all when something subtle was mentioned; moreover, he never responded appropriately. Whenever he happened to utter a phrase that happened to be well-chosen, he would become so pleased with it that he would repeat it endlessly. In conversation, one would hardly consider him a thinker filled with vivid and original ideas, expressing himself forcefully and accurately—but rather an awkward student struggling to find the right words, overwhelmed by the confidence of those who knew more than him. I had never seen such timidity and embarrassment in even our most mediocre pamphlete writers; how could such qualities exist in an author who seemed determined to defy the conventions of his time, rather than follow them? If he had merely spoken trivially and blandly, I might have thought he was feigning ignorance to deceive those who were watching him closely. But regardless of who listened to him, he never took any precautions in what he said; instead, he blurted out countless thoughtless remarks that only served to expose his weaknesses. Not that these remarks were inherently wrong, but because they could be misinterpreted—especially by those who were eager to do so. In short, I found him almost always dull to think about, clumsy in expression, constantly struggling to find the right words, and ultimately obscuring clear ideas with poor phrasing. Incidentally, if I had realized this extreme awkwardness in his speech during our early conversations, I would have used it as further evidence, based on your own arguments, that he had not actually written those books himself. After all, if someone who understood so little about music was unable to compose, then surely someone who knew so little about speaking could not write well.

Such incompetence was already quite astonishing in a man who had been so adept at deceiving everyone who approached him for forty years through false appearances; but that wasn’t all. The very same man—whose dull eyes and unremarkable features seemed to indicate nothing more than stupidity in casual conversations—would suddenly change his demeanor as soon as a subject of interest roused him from his lethargy. One could see his previously lifeless expression come alive, become expressive and full of vitality, suggesting the presence of intelligence. Judging by the brilliance still in his eyes at such an age, one could imagine they must have once shone with intensity in his youth. His impetuous gestures and restless demeanor revealed that his blood was boiling; one might have thought flames would burst from his mouth—but nothing of the sort happened. All this fervor only resulted in commonplace, confused, and poorly organized statements that, while no more expressive than usual, were certainly more thoughtless. He would raise his voice considerably; but what he said became louder, not more forceful. Occasionally, however, I noticed a certain energy in his expressions—but it was never during sudden outbursts; rather, it occurred after such outbursts had already taken place and had initially produced their effect. Then, as this prolonged emotion acted in a more organized manner, it seemed to exert greater strength, inspiring him to use vigorous language that truly reflected the feelings he still harbored. From this, I understood how this man could write with great force when his subject stirred his emotions, yet speak weakly; and how his pen was better able to convey the language of passion than his tongue itself.

THE FRENCHMAN: — All this is not so contrary, after all, to the ideas I have been given about his character. This initial embarrassment and the timidity you attribute to him are now generally recognized in society as the most certain signs of self-respect and pride.

ROUSSEAU. — It follows therefore that our humble shepherds and poor village women are filled with self-esteem, while our distinguished academicians, young abbots, and ladies from the countryside are models of modesty and humility. Oh! unfortunate nation, where all ideas of what is kind and good have been turned upside down, and where the arrogant self-esteem of worldly people turns into pride and vice the very virtues they trample under their feet!

THE FRENCHMAN: — Do not get heated up. Let us set aside this new paradox over which we can argue, and return to the sensibility of our man—of whom you yourself admit the existence—and which is derived from your observations. Towards everything that does not concern his own individual interests, he exhibits utter indifference; he is never stirred except by considerations relating to his own self-interest. But whenever it comes to himself, the intense intensity of his self-love inevitably agitates him to the point of frenzy. Only when this agitation subsides does he begin to vent his bitterness and rage—feelings which, in the initial moments, gather with great force around his heart.

ROUSSEAU: — Di tutti gli uomini che ho conosciuto, colui il cui carattere deriva più pienamente soltanto dal suo temperamento è Jean-Jacques. È ciò che la natura lo ha reso; l’educazione non l’ha modificato affatto. Se, fin dalla sua nascita, le sue facoltà e le sue forze si fossero improvvisamente sviluppate, allora lo si sarebbe trovato pressoché tale e quale nella sua età matura; e ora, dopo sessant’anni di sofferenze e miserie, il tempo, la sfortuna, gli uomini lo hanno ancora molto poco cambiato. Mentre il suo corpo invecchia e si indebolisce, il suo cuore rimane sempre giovane; conserva ancora gli stessi gusti, le stesse passioni dell’età infantile, e fino alla fine della sua vita non smetterà mai di essere un “vecchio bambino”.

Ma questo temperamento, che gli ha dato la sua forma morale, presenta delle peculiarità che, per essere comprese appieno, richiedono un’attenzione più approfondita di quella che si dedica di solito a una persona che si ritiene di conoscere e che si è già giudicata. Posso persino dire che è proprio attraverso il suo aspetto esteriore più banale e ciò che in lui c’è di più comune che, osservandolo più attentamente, ho scoperto che fosse la parte più singolare della sua personalità. Questo paradosso si chiarirà da solo man mano che mi ascolterete.

Sì, come vi ho detto, all’inizio fui sorpreso nel constatare quanto fosse diverso da ciò che mi ero immaginato in base ai vostri racconti; lo fui ancora di più dal poco spirito, per non dire dalla stupidità, delle sue conversazioni. Io, avendo avuto a che fare con persone di lettere, le ho sempre trovate brillanti, eloquenti, capaci di esprimersi con grande maestria e di imporre la loro autorità con decisioni sagge. Quest’uomo, invece, diceva soltanto cose banali, in modo poco preciso, senza grazia né forza; sembrava sempre stanco di parlare, anche se poco, come se soffrisse nel dover ascoltare, o addirittura non capisse affatto quando gli si dicevano cose un po’ raffinate. E quando, per caso, pronunciava una frase particolarmente acuta, ne era così compiaciuto che la ripeteva all’infinito. In una conversazione, lo si sarebbe preso non per un pensatore ricco di idee originali e capaci di esprimersi con chiarezza, ma piuttosto per uno studente imbarazzato nel trovare le parole giuste, sopraffatto dall’egozio delle persone che ne sapevano più di lui. Non avevo mai visto un simile timore e goffaggine nei nostri scrittori più dilettanti; come poteva esserci in un autore che, mettendo da parte le opinioni del suo tempo, sembrava meno disposto ad accettare regole altrui che a stabilirne di nuove? Se avesse detto soltanto cose banali e prive di profondità, avrei potuto pensare che fingesse di essere stupido per ingannare gli spie che lo circondavano; ma, indipendentemente dalle persone che lo ascoltavano, lui, lontano dall’adottare qualsiasi precauzione, pronunciava senza riflettere centinaia di affermazioni incaute che gli fornivano facilmente pretesti per essere criticato: non perché queste frasi fossero realmente sbagliate, ma perché era facile interpretarle in modo negativo, soprattutto da parte di chi cercava appunto questo. In breve, lo ho sempre trovato noioso da ascoltare, goffo nel parlare, costantemente impegnato a cercare le parole giuste senza riuscirci mai, e confondendo idee già chiare con un modo sbagliato di esprimerle. Aggiungo inoltre che, se durante i nostri primi incontri avessi potuto intuire questo suo estremo imbarazzo nel parlare, ne avrei tratto, sulla base dei vostri stessi argomenti, una nuova prova del fatto che non aveva davvero scritto quei libri: perché, se, secondo voi, non essendo in grado di comprendere bene la musica, non era stato in grado di comporla, con ancora maggiore ragione, non essendo abile nel parlare, non poteva essere stato così bravo a scrivere.

Un’ineptitudine del genere era già sorprendente in un uomo abbastanza astuto da aver ingannato, per quarant’anni, tutti coloro che lo avevano avvicinato con false apparenze; ma non è tutto. Lo stesso uomo, il cui sguardo spento e il cui volto insignificante sembravano, nelle conversazioni banali, rivelare soltanto stupidità, cambiava improvvisamente atteggiamento e comportamento non appena un argomento interessante lo tirava fuori dalla sua apatia. Si vedeva il suo viso inanimato animarsi, diventare vivace, espressivo, promettente di intelligenza. A giudicare dallo splendore che i suoi occhi conservavano ancora a quell’età, nella sua giovinezza dovevano aver scagliato lampi. Dal suo gesto impetuoso, dalla sua agitazione, si capiva che il sangue gli ribolliva dentro; sembrava che tratti di fuoco potessero uscire dalla sua bocca. Ma non era affatto così: tutta quell’agitazione produceva soltanto discorsi banali, confusi, disordinati, che, sebbene non più espressivi del solito, erano comunque ancora più inconsiderati. Alzava molto la voce; ma ciò che diceva diventava più rumoroso, senza però essere più incisivo. Tuttavia, a volte gli ho notato un certo vigore nell’espressione. Ma mai nel momento di un’esplosione improvvisa: soltanto quando quell’esplosione era già avvenuta e aveva prodotto il suo primo effetto. Allora quell’emozione prolungata, agendo in modo più regolare, sembrava esercitare una forza maggiore, suggerendogli espressioni vigorose, piene del sentimento che ancora lo agitava. Da questo ho capito come quell’uomo potesse, quando il suo argomento scaldava il suo cuore, scrivere con forza, anche se parlava debolmente. E come la sua penna dovesse essere in grado di esprimere meglio della sua lingua il linguaggio delle passioni.

Il francese: — Tutto ciò non è così contraddittorio come pensate, rispetto alle idee che mi sono state fatte riguardo al suo carattere. Quell’imbarazzo iniziale e quella timidezza che gli attribuite sono ormai riconosciuti nel mondo come i segni più evidenti dell’orgoglio e del rispetto di sé.

ROUSSEAU. — Da ciò deriva che i nostri piccoli pastori e le nostre povere contadine sono pieni di amor proprio, mentre i nostri brillanti accademici, i giovani preti e le dame della campagna sono esempi straordinari di modestia e umiltà. Oh! Sfortunata nazione, in cui tutte le idee di ciò che è gentile e buono sono state capovolte, e in cui l’arrogante amor proprio delle persone del mondo trasforma in orgoglio e vizi le virtù che calpestano sotto i piedi!

IL FRANCESCO: — Non vi agitate. Lasciamo da parte questo nuovo paradosso su cui si può discutere, e torniamo alla sensibilità di quest’uomo, della quale anche voi riconoscete l’esistenza e che deriva dalle vostre osservazioni. Di una profonda indifferenza verso tutto ciò che non riguarda il suo piccolo individuo, egli si anima soltanto per il proprio interesse; ma ogni volta che si tratta di lui, l’intensità violenta del suo amor proprio lo agita davvero fino all’estremo; e solo quando questa agitazione si placa, inizia a esprimere la sua rabbia e il suo odio, i quali, nei primi momenti, si concentrano con forza attorno al suo cuore.

ROUSSEAU. — Mes observations, dont vous tirez ce résultat, m’en fournissent un tout contraire.il est certain qu’il ne s’affecte pas généralement, comme tous nos auteurs, de toutes les questions un peu fines qui se présentent, et qu’il ne suffit pas, pour qu’une discussion l’intéresse, que l’esprit puisse briller. J’ai toujours vu, j’en conviens, que pour vaincre sa paresse à parler, et l’émouvoir dans la conversation, il fallait un autre intérêt que celui de la vanité du babil ; mais je n’ai guère vu que cet intérêt, capable de l’animer, fut son intérêt propre, celui de son individu. Au contraire, quand il s’agit de lui, soit qu’on le cajole par des flatteries, soit qu’on cherche à l’outrager à mots couverts, je lui ai toujours trouvé un air nonchalant et dédaigneux, qui ne montrait pas qu’il fit un grand cas de tous ces discours, ni de ceux qui les lui tenaient, ni de leurs opinions sur son compte ; mais l’intérêt plus grand, plus noble qui l’anime et le passionne, est celui de la justice et de la vérité ; et je ne l’ai jamais vu écouter de sang-froid toute doctrine qu’il crût nuisible au bien public. Son embarras de parler peut souvent l’empêcher de se commettre, lui et la bonne cause, vis-à-vis ces brillants péroreurs qui savent babiller en termes séduisants et magnifiques leur cruelle philosophie ; mais il est aisé de voir alors l’effort qu’il fait pour se taire, et combien son cœur souffre à laisser propager des erreurs qu’il croit funestes au genre humain. Défenseur indiscret du faible et de l’opprimé qu’il ne connaît même pas, je l’ai vu souvent rompre impétueusement en visière au puissant oppresseur qui, sans paraître offensé de son audace, s’apprêtait, sous l’air de la modération, à lui faire payer cher un jour cette incartade : de sorte que, tandis qu’au zèle emporté de l’un on le prend pour un furieux, l’autre, en méditant en secret des noirceurs, paraît un sage qui se possède ; et voilà comment, jugeant toujours sur les apparences, les hommes, le plus souvent, prennent le contre-pied de la vérité.

Je l’ai vu se passionner de même, et souvent jusqu’aux larmes, pour les choses bonnes et belles dont il était frappé dans les merveilles de la nature, dans les œuvres des hommes, dans les vertus, dans les talents, dans les beaux-arts, et généralement dans tout ce qui porte un caractère de force, de grâce, ou de vérité, digne d’émouvoir une âme sensible. Mais surtout ce que je n’ai vu qu’en lui seul au monde, c’est un égal attachement pour les productions de ses plus cruels ennemis, et. même pour celles qui déposaient contre ses propres idées, lorsqu’il y trouvait les beautés faites pour toucher son cœur, les goûtant avec le même plaisir, les louant avec le même zèle que si son amour-propre n’en eut point reçu d’atteinte, que si l’auteur eût été son meilleur ami, et s’indignant avec le même feu des cabales faites pour leur ôter, avec les suffrages du public, le prix qui leur était dû. Son grand malheur est que tout cela n’est jamais réglé par la prudence, et qu’il se livre impétueusement au mouvement dont il est agité, sans en prévoir l’effet et les suites, ou sans s’en soucier. S’animer modérément n’est pas une chose en sa puissance ; il faut qu’il soit de flamme ou de glace : quand il est tiède, il est nul.

Enfin j’ai remarqué que l’activité de son âme durait peu, qu’elle était courte à proportion qu’elle était vive, que l’ardeur de ses passions les consumait, les dévorait elles-mêmes, et qu’après de fortes et rapides explosions elles s’anéantissaient aussitôt, et le laissaient retomber dans ce premier engourdissement qui le livre au seul empire de l’habitude, et me paraît être son état permanent et naturel.

Voilà le précis des observations d’où j’ai tiré la connaissance de sa constitution physique, et par des conséquences nécessaires, confirmées par sa conduite en toute chose, celles de son vrai caractère. Ces observations, et les autres qui s’y rapportent, offrent pour résultat un tempérament mixte, formé d’éléments qui paraissent contraires ; un cœur sensible, ardent, ou très inflammable ; un cerveau compact et lourd, dont les parties solides et massives ne peuvent être ébranlées que par une agitation du sang vive et prolongée. Je ne cherche point à lever en physicien ces apparentes contradictions ; et que m’importe ? Ce qui m’importait était de m’assurer de leur réalité, et c’est aussi tout ce que j’ai fait. Mais ce résultat, pour paraître à vos yeux dans tout son jour, a besoin des explications que je vais tâcher d’y joindre.

J’ai souvent ouï reprocher à Jean-Jacques, comme vous venez de faire, un excès de sensibilité, et tirer de là l’évidente conséquence qu’il était un monstre. C’est surtout le but d’un nouveau livre anglais intitulé, Recherches sur l’âme, où, à la faveur de je ne sais combien de beaux détails anatomiques et tout-à-fait concluants, on prouve qu’il n’y a point d’âme, puisque l’auteur n’en a point vu à l’origine des nerfs ; et l’on établit en principe que la sensibilité dans l’homme est la seule cause de ses vices et de ses crimes, et qu’il est méchant en raison de cette sensibilité, quoique, par une exception à la règle, l’auteur accorde que cette même sensibilité peut quelquefois engendrer des vertus. Sans disputer sur la doctrine impartiale du philosophe chirurgien, tâchons de commencer par bien entendre ce mot de sensibilité, auquel, faute de notions exactes, on applique à chaque instant des idées si vagues et souvent contradictoires.

La sensibilité est le principe de toute action. Un être, quoique animé, qui ne sentirait rien, n’agirait point : car où serait pour lui le motif d’agir ? Dieu lui-même est sensible, puisqu’il agit. Tous les hommes sont donc sensibles, et peut-être au même degré, mais non pas de la même manière. Il y a une sensibilité physique et organique qui, purement passive, paraît n’avoir pour fin que la conservation de notre corps et celle de notre espèce, par les directions du plaisir et de la douleur. Il y a une autre sensibilité, que j’appelle active et morale, qui n’est autre chose que la faculté d’attacher nos affections à des êtres qui nous sont étrangers. Celle-ci, dont l’étude des paires de nerfs ne donne pas la connaissance, semble offrir dans les âmes une analogie assez claire avec la faculté attractive des corps. Sa force est en raison des rapports que nous sentons entre nous et les autres êtres ; et, selon la nature de ces rapports, elle agit tantôt positivement par attraction, tantôt négativement par répulsion, comme un aimant par ses pôles. L’action positive ou attirante est l’œuvre simple de la nature qui cherche à étendre et renforcer le sentiment de notre être ; la négative ou repoussante qui comprime et rétrécit celui d’autrui, est une combinaison que la réflexion produit. De la première naissent toutes les passions aimantes et douces ; de la seconde, toutes les passions haineuses et cruelles. Veuillez, monsieur, vous rappeler ici avec les distinctions faites dans nos premiers entretiens entre l’amour de soi-même et l’amour-propre, la manière dont l’un et l’autre agissent sur le cœur humain. La sensibilité positive dérive immédiatement de l’amour de soi. Il est très naturel que celui qui s’aime cherche à étendre son être et ses jouissances, et à s’approprier par rattachement ce qu’il sent devoir être un bien pour lui ; ceci est une pure affaire de sentiment, où la réflexion n’entre pour rien. Mais sitôt que cet amour absolu dégénère en amour-propre et comparatif, il produit la sensibilité négative, parce qu’aussitôt qu’on prend l’habitude de se mesurer avec d’autres, et de se transporter hors de soi, pour s’assigner la première et meilleure place, il est impossible de ne pas prendre en aversion tout ce qui nous surpasse, tout ce qui nous rabaisse, tout ce qui nous comprime, tout ce qui, étant quelque chose, nous empêche d’être tout. L’amour-propre est toujours irrité ou mécontent, parce qu’il voudrait que chacun nous préférât à tout et à lui-même, ce qui ne se peut ; il s’irrite des préférences qu’il sent que d’autres méritent, quand même ils ne les obtiendraient pas ; il s’irrite des avantages qu’un autre a sur nous, sans s’apaiser par ceux dont il se sent dédommagé. Le sentiment de l’infériorité à un seul égard empoisonne alors celui de la supériorité à mille autres, et l’on oublie ce qu’on a de plus, pour s’occuper uniquement de ce qu’on a de moins. Vous sentez qu’il n’y a pas à tout cela de quoi disposer lame à la bienveillance.

ROUSSEAU. — My observations, from which you draw this conclusion, lead me to exactly the opposite conclusion. It is certain that he does not, like all our other writers, become interested in every subtle issue that arises; and it is not enough for a discussion to interest him merely because it allows his intellect to shine. I have always observed that, in order to overcome his reluctance to speak and to engage in conversation, some other motivation than the vanity of empty talk was necessary. However, I rarely saw any such motivation—except perhaps his own self-interest—as capable of motivating him. On the contrary, whether flattered or subtly insulted, he always displayed an air of indifference and disdain, showing no particular interest in these discussions, nor in those who held them, nor in their opinions about him. The true motive that inspired and animated him was the pursuit of justice and truth; and I have never seen him calmly listen to any doctrine that he believed would be harmful to the public good. His difficulty in expressing himself often prevented him from defending himself or the cause he believed in against those eloquent speakers who used persuasive and magnificent rhetoric to spread their cruel philosophies. Yet it was clear how hard he tried to remain silent, and how much it pained him to see errors that he deemed harmful to humanity being spread. Often, he would rashly challenge the powerful oppressor, who, without seeming offended by his audacity, would prepare to make him pay dearly for such defiance—under the guise of moderation. Thus, while one’s fervent zeal might lead people to regard him as a fanatic, the other, harboring dark intentions, would appear to be a wise and composed individual. And this is how, judging solely by appearances, people often go completely against the truth.

I have seen him too become passionately moved, often to tears, by all that is good and beautiful—by the wonders of nature, by the works of man, by virtues, talents, the arts, and in short, by anything that possesses qualities of strength, grace, truth, or merit sufficient to touch a sensitive soul. But what I observed only in him was his equal devotion toward the creations of his most cruel enemies—even those that seemed to oppose his own ideas. Whenever he found beauty in them, he savored it with the same delight and praised it with the same fervor, as if his pride were not in any way affected, as if the author were his closest friend. He also reacted with equal indignation to any attempts made to deprive these creations of the recognition they deserved through public acclaim. His greatest flaw, however, is that he never acts with prudence; he allows himself to be carried away by his emotions without considering the consequences, or even caring about them. To act in moderation simply lies beyond his nature—he must either be fiery or icy; when he is merely moderate, he is nothing at all.

Finally, I noticed that the activity of his soul lasted for only a short time; it was brief in proportion to its intensity. The fervor of his passions consumed them, devoured them outright, and after violent and rapid outbursts, they would immediately vanish, leaving him once again in that initial state of lethargy—that state in which he is entirely governed by habit. To me, this seems to be his permanent and natural condition.

Here is a detailed account of the observations from which I obtained knowledge of his physical constitution, and from the necessary conclusions drawn from these—confirmed by his behavior in all matters—I understood the true nature of his character. These observations, along with others related to them, reveal a mixed temperament, composed of elements that seem contradictory; a heart that is sensitive, passionate, or even highly prone to excitement; and a brain that is compact and heavy, whose solid and substantial parts can only be disturbed by intense and prolonged agitation of the blood. As a scientist, I do not seek to resolve these apparent contradictions; what matters to me is to establish their reality—and that is precisely what I have done. However, for this conclusion to become fully understandable to you, it requires the explanations that I will now attempt to provide.

I have often heard Jean-Jacques criticized, just as you have done, for being excessively sensitive, and it has been inferred from this that he must be a monster. This is precisely the aim of a new English book titled Researches on the Soul, in which, by means of countless detailed anatomical descriptions that are supposedly conclusive, it is proven that there is no such thing as a soul, since the author himself never observed one at the origin of nerves. The book establishes as a principle that sensitivity is the sole cause of human vices and crimes, and that people are evil because of this sensitivity—though, as an exception to this rule, the author acknowledges that sometimes this very sensitivity can give rise to virtues. Without disputing the impartial doctrine of this philosophical surgeon, let us first try to clearly understand what is meant by “sensitivity.” Due to a lack of precise definitions, this term is constantly associated with notions that are so vague and often contradictory.

Sensitivity is the principle upon which all action is based. An being, even if it is animate, that feels nothing would not act at all; for where would its motive to act come from? God himself is sensitive, for he acts. Therefore, all men are sensitive—perhaps to the same degree, but not in the same way. There is a physical and organic sensitivity that, being purely passive, seems to have as its sole purpose the preservation of our bodies and the continuation of our species, through the mechanisms of pleasure and pain. There is another kind of sensitivity, which I call active and moral; it is nothing other than the ability to attach our affections to beings that are foreign to us. This second kind of sensitivity, whose workings cannot be understood merely by studying the nervous system, seems to have in the human soul an analogy quite similar to the attractive forces inherent in matter. Its power arises from the relationships we perceive between ourselves and other beings; depending on the nature of these relationships, it either acts positively through attraction or negatively through repulsion, much like a magnet with its poles. Positive action, or attraction, is the simple effect of nature’s desire to expand and strengthen our sense of self; negative action, or repulsion, which compresses and diminishes this same sense in others, is a combination produced by reflection. From the former arise all loving and gentle passions; from the latter, all hateful and cruel ones. Please recall, sir, the distinctions we made in our earlier conversations between self-love and pride, and how each affects the human heart. Positive sensitivity directly stems from self-love. It is entirely natural for someone who loves themselves to seek to expand their being and their pleasures, and to attach themselves to what they perceive as good for them; this is a matter of pure feeling, in which reflection plays no role at all. But once this absolute love degenerates into comparative pride, it gives rise to negative sensitivity. For whenever we habitually compare ourselves with others and place ourselves above them, it becomes impossible not to despise anything that surpasses us, anything that diminishes us, anything that restricts our potential. Pride is always irritated or dissatisfied, for it desires that everyone should prefer us to everything else—even to themselves, which is impossible. It is angered by the preferences others seem to deserve, even if they never receive them; it is annoyed by the advantages others have over us, without being comforted by those we consider our own. The feeling of inferiority in one regard then poisons the sense of superiority in countless others, and we forget what we possess in excess, focusing solely on what we lack. You feel that there is nothing in all of this that warrants kindness or goodwill.

ROUSSEAU: Le mie osservazioni, da cui voi traiete questa conclusione, mi forniscono invece un risultato completamente opposto. È certo che lui, a differenza di tutti i nostri autori, non si interessa generalmente alle questioni un po’ complesse che si presentano; inoltre, non basta che l’intelligenza sia brillante affinché una discussione lo interessi. Ho sempre notato che, per superare la sua pigrizia nel parlare e stimolarlo durante le conversazioni, era necessario un interesse diverso da quello legato alla vanità o al desiderio di chiacchierare; tuttavia, l’unico interesse in grado di motivarlo sembrava essere quello personale, legato alle sue esigenze individuali. Al contrario, quando si trattava di lui stesso – che fosse blandito con lusinghe o attaccato in modo velato – mostrava sempre un atteggiamento indifferente e sprezzante, che non lasciava intendere che desse grande importanza a quelle discussioni, né alle persone che le conducevano, né alle loro opinioni su di lui. L’interesse più grande e nobile che lo motivava e lo appassionava era quello legato alla giustizia e alla verità; non l’ho mai visto ascoltare con calma alcuna dottrina che riteneva dannosa al bene pubblico. La sua difficoltà nel parlare poteva spesso impedirgli di difendere sé stesso e la causa giusta contro quei brillanti oratori capaci di esprimersi in termini seducenti e magnifici per diffondere le loro filosofie crudeli; tuttavia era evidente lo sforzo che faceva per rimanere in silenzio, e quanto soffrisse nel vedere diffondersi errori che riteneva funesti per l’umanità. Spesso si comportava come un difensore impulsivo dei deboli e degli oppressi, anche se non li conosceva nemmeno; in tali occasioni, sfidava apertamente il potente oppressore, che, senza sembrare offeso dalla sua audacia, era pronto a fargli pagare caro quel comportamento arrogante. Così, mentre l’entusiasmo di uno lo faceva considerare un folle, l’altro, nascondendo i propri pensieri malvagi, appariva come un uomo saggio e padrone di sé; ed è proprio così che, giudicando sempre in base alle apparenze, le persone finiscono per andare spesso contro la verità.

L’ho visto appassionarsi allo stesso modo, e spesso fino alle lacrime, per le cose buone e belle che lo colpivano nelle meraviglie della natura, nelle opere degli uomini, nelle virtù, nei talenti, nelle arti belle, e in generale in tutto ciò che possedeva un carattere di forza, di grazia o di verità, degno di commuovere un’anima sensibile. Ma soprattutto ciò che ho visto soltanto in lui al mondo era un uguale affetto anche per le opere dei suoi più crudeli nemici, e persino per quelle che contraddicevano le sue stesse idee; quando vi trovava bellezze capaci di toccare il suo cuore, le apprezzava con lo stesso piacere, le lodava con lo stesso zelo, come se il suo orgoglio non ne fosse stato offeso, come se l’autore fosse stato il suo migliore amico, e si indignava con la stessa passione contro quelle cospirazioni che cercavano di privarle, con i voti del pubblico, del premio che le spettava. Il suo grande male è che tutto ciò non viene mai regolato dalla prudenza; si abbandona impulsivamente a quei sentimenti che lo agitano, senza prevederne gli effetti o le conseguenze, o senza curarsene affatto. Agire con moderazione non rientra nelle sue possibilità; deve essere o fuoco o ghiaccio: quando è “tiepido”, non esiste affatto.

Finalmente ho notato che l’attività della sua anima durava poco; era breve in proporzione alla sua intensità. L’ardore delle sue passioni le consumava, le divorava letteralmente, e dopo esplosioni violente e rapide, queste passioni si estinguevano immediatamente, lasciandolo nuovamente cadere in quell’apatia iniziale che lo sottometteva esclusivamente al dominio dell’abitudine. Questo mi sembra essere il suo stato permanente e naturale.

Ecco il resoconto preciso delle osservazioni da cui ho tratto conoscenza della sua costituzione fisica, nonché di quelle conseguenze necessarie, confermate dal suo comportamento in ogni situazione, relative al suo vero carattere. Queste osservazioni, e altre che vi sono collegate, rivelano un temperamento misto, formato da elementi apparentemente contrari tra loro; un cuore sensibile, appassionato, o addirittura molto incline alle emozioni intense; un cervello compatto e pesante, le cui parti solide e massicce possono essere scosse soltanto da un’agitazione del sangue intensa e prolungata. Non intendo affatto cercare di risolvere queste apparenti contraddizioni dal punto di vista fisico; e a me che importa? Quello che mi interessava era assicurarmi della loro reale esistenza, ed è proprio ciò che ho fatto. Tuttavia, perché questo risultato appaia chiaramente ai vostri occhi, sono necessarie alcune spiegazioni che cercherò di fornire.

Ho spesso sentito rimproverare a Jean-Jacques, proprio come avete appena fatto voi, un eccesso di sensibilità, e da ciò si è tratto la conseguenza ovvia che fosse un mostro. Questo è soprattutto l’obiettivo di un nuovo libro inglese intitolato “Ricerche sull’anima”, nel quale, grazie a innumerevoli dettagli anatomici assolutamente convincenti, si dimostra che non esista alcuna anima, poiché l’autore non ne ha riscontrata traccia all’origine dei nervi; inoltre si stabilisce come principio che la sensibilità nell’uomo sia l’unica causa dei suoi vizi e dei suoi crimini, e che egli sia cattivo proprio a causa di questa sensibilità, anche se, come eccezione alla regola, l’autore ammette che essa possa talvolta generare virtù. Senza discutere sulla dottrina imparziale di questo filosofo chirurgo, cerchiamo innanzitutto di comprendere correttamente il significato del termine “sensibilità”, al quale, a causa della mancanza di concetti precisi, si attribuiscono continuamente idee così vaghe e spesso contraddittorie.

La sensibilità è il principio di ogni azione. Un essere, pur essendo animato, che non provasse nulla non agirebbe affatto: dove, infatti, troverebbe motivo per farlo? Anche Dio stesso è sensibile, poiché agisce. Pertanto, tutti gli uomini sono sensibili, e forse allo stesso grado, ma non necessariamente nello stesso modo. Esiste una sensibilità fisica e organica che, pur essendo puramente passiva, sembra avere come unico scopo la conservazione del nostro corpo e della nostra specie, attraverso i sentimenti di piacere e dolore. Esiste poi un’altra sensibilità, che io chiamo attiva e morale; essa non è altro che la capacità di legare le nostre affezioni a esseri che ci sono estranei. Questa seconda sensibilità, la cui natura non può essere compresa semplicemente attraverso lo studio dei nervi, sembra offrire nell’anima un’analoga abbastanza chiara alla capacità attrattiva dei corpi. La sua forza deriva dai rapporti che percepiamo tra noi e gli altri esseri; a seconda della natura di questi rapporti, essa agisce talvolta in modo positivo attraverso l’attrazione, altre volte in modo negativo attraverso la repulsione, proprio come un magnete attraverso i suoi poli. L’azione positiva deriva direttamente dall’amore di sé; è del tutto naturale che chi si ama cerchi di estendere il proprio essere e le proprie gioie, e di appropriarsi di ciò che ritiene possa essergli utile; questo è un processo puramente emotivo, in cui la riflessione non ha alcun ruolo. Tuttavia, non appena questo amore assoluto degenera in amor proprio e comparativo, nasce la sensibilità negativa: quando ci abituiamo a confrontarci con gli altri e a considerare noi stessi come i migliori, diventa inevitabile provare avversione per tutto ciò che ci supera o ci umilia. L’amor proprio è sempre irrequieto o insoddisfatto, poiché desidera che tutti ci preferiscano a tutto e a se stesso, il che è impossibile; si irrita anche di fronte alle preferenze che altri meriterebbero, anche se non le ottenessero; si offende per i vantaggi che qualcun altro ha su di noi, senza riuscire a trovare conforto in quelli che noi stessi possediamo. Il sentimento di inferiorità in un certo ambito finisce per contaminare quello di superiorità in molti altri; così, dimentichiamo ciò che abbiamo di più e ci concentriamo esclusivamente su ciò che abbiamo di meno. Sentite che non c’è nulla in tutto ciò che possa giustificare un atteggiamento di benevolenza.

Si vous me demandez d’où naît cette disposition à se comparer, qui change une passion naturelle et bonne en une autre passion factice et mauvaise, je vous répondrai qu’elle vient des relations sociales, du progrès des idées, et de la culture de l’esprit. Tant qu’occupé des seuls besoins absolus on se borne à rechercher ce qui nous est vraiment utile, on ne jette guère sur d’autres un regard oiseux ; mais à mesure que la société se resserre par le lien des besoins mutuels, à mesure que l’esprit s’étend, s’exerce et s’éclaire, il prend plus d’activité, il embrasse plus d’objets, saisit plus de rapports, examine, compare ; dans ces fréquentes comparaisons, il n’oublie ni lui-même, ni ses semblables, ni la place à laquelle il prétend parmi eux. Dès qu’on a commencé de se mesurer ainsi, l’on ne cesse plus, et le cœur ne sait plus s’occuper désormais qu’à mettre tout le monde au-dessous de nous. Aussi remarque-t-on généralement, en confirmation de cette théorie, que les gens d’esprit, et surtout les gens de lettres, sont de tous les hommes ceux qui ont une plus grande intensité d’amour-propre, les moins portés à aimer, les plus portés à haïr.

Vous me direz peut-être que rien n’est plus commun que des sots pétris d’amour-propre. Cela n’est vrai qu’en distinguant. Fort souvent les sots sont vains, mais rarement ils sont jaloux, parce que, se croyant bonnement à la première place, ils sont toujours très contents de leur lot. Un homme d’esprit n’a guère le même bonheur ; il sent parfaitement et ce qui lui manque et l’avantage qu’en fait de mérite ou de talents un autre peut avoir sur lui. Il n’avoue cela qu’à lui-même, mais il le sent en dépit de lui, et voilà ce que l’amour-propre ne pardonne point.

Ces éclaircissements m’ont paru nécessaires pour jeter du jour sur ces imputations de sensibilité, tournées par les uns en éloges et par les autres en reproches, sans que les uns ni les autres sachent trop ce qu’ils veulent dire par là, faute d’avoir conçu qu’il est des genres de sensibilité de natures différentes et même contraires qui ne sauraient s’allier ensemble dans un même individu. Passons maintenant à l’application :

Jean-Jacques m’a paru doué de la sensibilité physique à un assez haut degré. Il dépend beaucoup de ses sens, et il en dépendrait bien davantage si la sensibilité morale n’y faisait souvent diversion ; et c’est même encore souvent par celle-ci que l’autre l’affecte si vivement. De beaux sons, un beau ciel, un beau paysage, un beau lac, des fleurs, des parfums, de beaux yeux, un doux regard, tout cela ne réagit si fort sur ses sens qu’après avoir percé par quelque côté jusqu’à son cœur. Je l’ai vu faire deux lieues par jour durant presque tout un printemps pour aller écouter à Berci le rossignol à son aise ; il fallait l’eau, la verdure, la solitude, et les bois, pour rendre le chant de cet oiseau touchant à son oreille, et la campagne elle-même aurait moins de charmes à ses yeux s’il n’y voyait les soins de la mère commune qui se plaît à parer le séjour de ses enfants. Ce qu’il y a de mixte dans la plupart de ses sensations les tempère, et ôtant à celles qui sont purement matérielles l’attrait séducteur des autres, fait que toutes agissent sur lui plus modérément. Ainsi sa sensualité, quoique vive, n’est jamais fougueuse, et, sentant moins les privations que les jouissances, il pourrait se dire en un sens plutôt tempérant que sobre. Cependant l’abstinence totale peut lui coûter quand l’imagination le tourmente, au lieu que la modération ne lui coûte plus rien dans ce qu’il possède, parce qu’alors l’imagination n’agit plus. S’il aime à jouir, c’est seulement après avoir désiré ; et il n’attend pas pour cesser que le désir cesse, il suffit qu’il soit attiédi. Ses goûts sont sains, délicats même, mais non pas raffinés. Le bon vin, les bons mets, lui plaisent fort ; mais il aime par préférence ceux qui sont simples, communs, sans apprêt, mais choisis dans leur espèce, et ne fait aucun cas en aucune chose du prix que donne uniquement la rareté. Il hait les mets fins et la chère trop recherchée. Il entre bien rarement chez lui du gibier, et il n’y en entrerait jamais s’il y était mieux le maître. Ses repas, ses festins, sont d’un plat unique et toujours le même jusqu’à ce qu’il soit achevé. En un mot, il est sensuel plus qu’il ne faudrait peut-être, mais pas assez pour n’être que cela. On dit du mal de ceux qui le sont ; cependant ils suivent dans toute sa simplicité l’instinct de la nature, qui nous porte à rechercher ce qui nous flatte et à fuir ce qui nous répugne : je ne vois pas quel mal produit un pareil penchant. L’homme est l’homme de la nature ; l’homme réfléchi est celui de l’opinion : c’est celui-ci qui est dangereux ; l’autre ne peut jamais l’être, quand même il tomberait dans l’excès. Il est vrai qu’il faut borner ce mot de sensualité à l’acception que je lui donne, et ne pas l’étendre à ces voluptueux de parade qui se font une vanité de l’être, ou qui, pour vouloir passer les limites du plaisir, tombent dans la dépravation, ou qui, dans les raffinements du luxe, cherchant moins les charmes de la jouissance que ceux de l’exclusion, dédaignent les plaisirs dont tout homme a le choix et se bornent à ceux qui font envie au peuple.

Jean-Jacques, esclave de ses sens, ne s’affecte pas néanmoins de toutes les sensations ; et pour qu’un objet lui fasse impression, il faut qu’à la simple sensation se joigne un sentiment distinct de plaisir ou de peine qui l’attire ou qui le repousse. Il en est de même des idées qui peuvent frapper son cerveau ; si l’impression n’en pénètre jusqu’à son cœur, elle est nulle. Rien d’indifférent pour lui ne peut rester dans sa mémoire, et à peine peut-on dire qu’il aperçoive ce qu’il ne fait qu’apercevoir. Tout cela fait qu’il n’y eut jamais sur la terre d’homme moins curieux des affaires d’autrui, et de ce qui ne le touche en aucune sorte, ni de plus mauvais observateur, quoiqu’il ait cru longtemps en être un très bon, parce qu’il croyait toujours bien voir quand il ne faisait que sentir vivement. Mais celui qui ne sait voir que les objets qui le touchent en détermine mal les rapports, et quelque délicat que soit le toucher d’un aveugle, il ne lui tiendra jamais lieu de deux bons yeux. En un mot, tout ce qui n’est que de pure curiosité, soit dans les arts, soit dans le monde, soit dans la nature, ne tente ni ne flatte Jean-Jacques en aucune sorte, et jamais on ne le verra s’en occuper volontairement un seul moment. Tout cela tient encore à cette paresse de penser qui, déjà trop contrariée pour son propre compte, l’empêche d’être affecté des objets indifférents. C’est aussi par là qu’il faut expliquer ces distractions continuelles qui, dans les conversations ordinaires, l’empêchent d’entendre presque rien de ce qui se dit, et vont quelquefois jusqu’à la stupidité. Ces distractions ne viennent pas de ce qu’il pense à autre chose, mais de ce qu’il ne pense à rien, et qu’il ne peut supporter la fatigue d’écouter ce qu’il lui importe peu de savoir : il parait distrait sans l’être, et n’est exactement qu’engourdi.

De là les imprudences et les balourdises qui lui échappent à tout moment, et qui lui ont fait plus de mal que ne lui en auraient fait les vices les plus odieux : car ces vices l’auraient forcé d’être attentif sur lui-même pour les déguiser aux yeux d’autrui. Les gens adroits, faux, malfaisants, sont toujours en garde et ne donnent aucune prise sur eux par leurs discours. On est bien moins soigneux de cacher le mal quand on sent le bien qui le rachète, et qu’on ne risque rien à se montrer tel qu’on est. Quel est l’honnête homme qui n’ait ni vice ni défaut, et qui, se mettant toujours à découvert, ne dise et ne fasse jamais des choses répréhensibles ? L’homme rusé qui ne se montre que tel qu’il veut qu’on le voie n’en paraît point faire et n’en dit jamais, du moins en public ; mais défions-nous des gens parfaits. Même indépendamment des imposteurs qui le défigurent, Jean-Jacques eût toujours difficilement paru ce qu’il vaut, parce qu’il ne sait pas mettre son prix en montre, et que sa maladresse y met incessamment ses défauts. Tels sont en lui les effets bous et mauvais de la sensibilité physique.

If you ask me where this tendency to compare oneself comes from—tendence that turns a natural and good passion into another that is artificial and bad—I would say it arises from social relationships, the progress of ideas, and the cultivation of the mind. As long as one is occupied only with absolute necessities, one limits one’s efforts to seeking what is truly useful to oneself and seldom casts idle glances in the direction of others. But as society becomes more closely bound by mutual needs, as the mind expands, exercises itself, and gains in understanding, it becomes more active, encompasses a wider range of objects, grasps more relationships, and begins to examine and compare them. In these frequent comparisons, it neither forgets itself nor its fellow beings, nor the place it seeks for itself among them. Once one has begun to measure oneself in this way, one never stops doing so; one’s heart is then devoted solely to putting everyone else below oneself. Indeed, this theory is generally confirmed by the observation that intelligent people—and especially those engaged in literature—are, of all men, those who possess the strongest sense of self-esteem, and are therefore least inclined to love and most prone to hate.

You might say that nothing is more common than fools filled with pride. But this is only true when we make a distinction between them. Very often, fools are vain, but seldom jealous; because they believe themselves to be good in the first place, they are always quite content with their lot. A man of intellect, however, does not enjoy the same happiness. He is fully aware of what he lacks and of the advantages that another person may have over him due to merit or talent. He admits this only to himself, but he feels it regardless; and precisely this is something that pride never forgives.

I found it necessary to provide these clarifications in order to shed some light on these accusations regarding sensitivity—some interpreting them as praises, while others seeing them as criticisms. However, neither group truly understands what they mean by this, simply because they have not realized that there exist different, even opposing, types of sensitivity that cannot coexist within the same individual. Now let us move on to the application of these concepts.

Jean-Jacques seemed to possess a rather high degree of physical sensitivity. He relied heavily on his senses, and had he not been so often distracted by moral sensibilities, their influence would have been even greater; indeed, it was often through moral considerations that these other senses affected him so intensely. Beautiful sounds, a clear sky, a lovely landscape, a beautiful lake, flowers, fragrances, beautiful eyes, a gentle gaze—all these things had a profound effect on his senses only after they had somehow penetrated to his heart. I once saw him travel two miles a day for almost an entire spring just to listen to the nightingale in Berci in peace and tranquility. It was the presence of water, greenery, solitude, and forests that made the bird’s song so moving to his ears; moreover, the countryside itself would have held less charm for him if he had not seen the care with which Mother Nature decorates her children’s habitat. The mixture of elements in most of his sensations tempers them, and by removing the alluring allure of purely material pleasures from those sensations, everything exerts a more moderate influence on him. Thus, although his sensuality is lively, it is never frenzied; and since he suffers less from privations than from pleasures, one could say that he is rather temperate than abstinent. However, complete abstinence can be difficult for him when his imagination torments him, whereas moderation costs him nothing in what he already possesses, because then his imagination no longer plays any role. If he enjoys something, it is only after he has desired it; and he does not wait for the desire to fade before ceasing to enjoy it—satisfaction alone is enough. His tastes are healthy, even delicate, but not refined. Good wine and fine food please him greatly; yet he prefers simple, unadorned dishes that are chosen for their quality rather than their rarity. He dislikes elaborate cuisine and overly costly foods. Rarely does game enter his home, and it would never enter at all if he were its master. His meals, his feasts, consist of a single dish, always the same, until it is finished. In short, he is more sensual than perhaps necessary, but not enough so as to be nothing but that. People often criticize those who are so; yet they follow, in their simplicity, the instinct of nature, which leads us to seek what pleases us and to avoid what repels us—I see no harm in such a tendency. Man is by nature an animal; the reflective man, however, is one governed by opinion—and it is this latter who is truly dangerous; the former can never be harmful, even if he goes to extremes. It is true that the term “sensuality” must be confined to the meaning I assign it, and should not be extended to those who seek ostentatious pleasures, who take pride in their existence, or who, in their attempt to push the boundaries of enjoyment, fall into depravity. Nor should it be applied to those who, in their pursuit of luxury, seek not so much the charms of pleasure itself as those of exclusivity—those who despise the pleasures that are within everyone’s reach and limit themselves to those that arouse envy among the common people.

Jean-Jacques, a slave to his senses, is not affected by all sensations; for an object to make an impression on him, it is necessary that the simple sensation be accompanied by a distinct feeling of pleasure or pain that attracts or repels him. The same holds true for ideas that may strike his mind; if the impression does not penetrate to his heart, it is utterly meaningless. Nothing indifferent can remain in his memory; one could hardly say that he perceives anything when all he does is merely sense it intensely. As a result, there has never been anyone on earth less curious about the affairs of others or about things that have no relevance to him, nor a worse observer—though for a long time he believed himself to be an excellent one, because he thought he saw clearly whenever he was only experiencing things intensely. But those who can perceive only those objects that affect them fail to grasp their relationships accurately; no matter how sensitive the touch of a blind person may be, it can never replace two good eyes. In short, everything that is merely out of pure curiosity—whether in the arts, in society, or in nature—offers Jean-Jacques neither attraction nor pleasure, and he will never voluntarily devote a single moment to such things. All this stems from his reluctance to think; already too hindered in his own thoughts, this reluctance prevents him from being affected by indifferent objects. It also explains those constant distractions that, in everyday conversations, prevent him from hearing nearly anything that is said, sometimes even leading to stupidity. These distractions do not arise from his thinking about other things, but from his failing to think at all—and his inability to endure the effort of listening to something that matters little to him. He appears distracted when he is not; in truth, he is merely numb.

From this arises the imprudence and the foolishness that constantly escape him, and which have done him more harm than even the most abhorrent vices could have done: for those vices would have forced him to be vigilant about himself in order to conceal them from others. Clever, deceitful, and wicked people are always on guard and never give others any hold on them through their words. One is far less careful to hide one’s faults when one feels that virtue exists to atone for them, and when one has nothing to lose by being true to oneself. What honest man is there who lacks neither vices nor flaws, and who, always exposing himself completely, never says or does anything reprehensible? The cunning person who only shows himself as he wants others to see him appears not to do such things, at least in public; but let us doubt the existence of such perfect people. Even apart from those impostors who distort their true nature, Jean-Jacques would still have struggled to present himself as he truly is, for he does not know how to highlight his own merits, and his clumsiness constantly exposes his flaws. Such are the chaotic and negative effects of physical sensibility within him.

Se mi chiedete da dove nasce questa tendenza a confrontarsi, che trasforma una passione naturale e positiva in un’altra passione artificiale e negativa, vi risponderò che deriva dalle relazioni sociali, dal progresso delle idee e dalla cultura dello spirito. Finché ci si occupa soltanto dei bisogni essenziali, ci limitiamo a cercare ciò che è veramente utile per noi e di rado gettiamo uno sguardo superficiale sugli altri; ma man mano che la società si stringe attraverso i legami reciproci dei bisogni, man mano che lo spirito si amplia, si esercita e si illumina, diventa più attivo, abbraccia più ambiti, comprende meglio le relazioni tra le cose; in queste frequenti comparazioni, non dimentichiamo né noi stessi, né i nostri simili, né il posto che rivendichiamo tra di loro. Non appena iniziamo a misurarci in questo modo, non smettiamo più di farlo, e il nostro cuore non trova più altro interesse se non quello di porre tutti gli altri al di sotto di noi. Per conferma di questa teoria, si osserva generalmente che le persone colte, soprattutto quelle letterate, sono tra tutte le categorie umane quelle che possiedono un’intensità maggiore dell’orgoglio, sono meno propense all’amore e più incline all’odio.

Forse mi direte che non c’è nulla di più comune dei sciocchi pieni d’amor proprio. Ma ciò è vero solo se si fa una distinzione: spesso gli sciocchi sono vanitosi, ma raramente gelosi; infatti, credendosi davvero i migliori, sono sempre molto soddisfatti della loro sorte. Un uomo di spirito, invece, difficilmente condivide lo stesso tipo di felicità: è perfettamente consapevole di ciò che gli manca e del vantaggio che un altro può avere su di lui in termini di meriti o talenti. Ammette queste cose solo a se stesso, ma le percepisce comunque, nonostante tutto. E questo è proprio ciò che l’amor proprio non perdona mai.

Questi chiarimenti mi sono sembrati necessari per far luce su queste accuse di sensibilità, che alcuni interpretano come elogi e altri come rimproveri, senza che né gli uni né gli altri sappiano davvero cosa intendono dire, poiché non hanno concepito l’esistenza di diversi tipi di sensibilità, di natura diversa e persino opposta, che non potrebbero mai coesistere nello stesso individuo. Ora passiamo all’applicazione pratica.

Jean-Jacques mi è sembrato possedere un grado piuttosto elevato di sensibilità fisica; dipende molto dai suoi sensi, e dipenderebbe ancora di più se la sensibilità morale non li distogliesse spesso dal loro vero scopo; anzi, è proprio attraverso questa sensibilità morale che gli stimoli esterni influenzano profondamente il suo animo. Belli suoni, un bel cielo, un bel paesaggio, un bel lago, fiori, profumi, bei occhi, uno sguardo dolce, tutto ciò agisce fortemente sui suoi sensi soltanto dopo essere penetrato nel suo cuore. L’ho visto percorrere due leghe al giorno per ascoltare il rossignolo a Berci; l’acqua, la vegetazione, la solitudine e i boschi erano necessari affinché il canto di quell’uccello potesse toccare il suo cuore. Anche la campagna stessa avrebbe meno fascino ai suoi occhi se non vi vedesse gli sforzi della natura nel rendere più piacevole l’ambiente in cui vivono i suoi “figli”. Ciò che è misto nella maggior parte delle sue sensazioni le tempera; togliendo alle sensazioni puramente materiali il fascino seducente di quelle altre, tutto agisce su di lui in modo più moderato. Così la sua sensualità, sebbene viva, non è mai eccessiva. Sentendo meno le privazioni che i piaceri, si potrebbe dire che sia piuttosto temperante che sobrio. Tuttavia, l’astinenza totale può rivelarsi difficile quando l’immaginazione lo tormenta; mentre la moderazione non gli costa nulla in ciò che possiede, perché allora l’immaginazione stessa non agisce più. Se ama godere, è soltanto dopo averne desiderato. E non aspetta che il desiderio svanisca per smettere di godere: basta che diminuisca. I suoi gusti sono sani, persino delicati. Ma non raffinati. Il buon vino, i buoni cibi gli piacciono molto. Tuttavia preferisce quelli semplici, comuni, senza troppi preparativi, ma scelti con cura nella loro categoria. E non dà alcuna importanza al prezzo, che spesso deriva soltanto dalla rarità. Odia i cibi raffinati e le abitudini troppo costose. Raramente mangia carne. E non ne mangerebbe mai se potesse permetterselo liberamente. I suoi pasti sono sempre composti da un solo piatto, lo stesso per ogni volta. In breve, è più sensuale di quanto forse dovrebbe essere. Ma non abbastanza da essere soltanto questo. Si dice male di coloro che sono così. Tuttavia, seguono nella loro semplicità l’istinto naturale, che ci spinge a cercare ciò che ci piace e a fuggire ciò che ci ripugna. Non vedo quale male possa derivare da un tale atteggiamento. L’uomo è innanzitutto un essere naturale. L’uomo riflessivo, invece, segue le opinioni altrui. Ed è proprio quest’ultimo ad essere pericoloso. Mentre l’altro non può mai esserlo, anche se si spinge agli estremi. È vero che bisogna limitare il significato di “sensualità” al senso che io gli attribuisco, e non estenderlo a quei piaceri superficiali che costituiscono una forma di vanità, o che, nel tentativo di superare i limiti del piacere, portano alla depravazione; inoltre, coloro che cercano nei lussi raffinati meno i piaceri della gioia stessa che quelli derivanti dall’esclusività, disdegnano i piaceri a disposizione di ogni uomo, limitandosi a quelli che suscitano invidia nella gente comune.

Jean-Jacques, schiavo dei propri sens, non si lascia comunque influenzare da tutte le sensazioni; affinché un oggetto possa produrgli un’impressione, è necessario che alla semplice percezione sensoriale si aggiunga un sentimento specifico di piacere o dolore che lo attiri o lo allontani. Lo stesso vale per le idee che possono colpire la sua mente: se l’impressione non penetra fino al suo cuore, essa è nulla. Nulla di indifferente può rimanere nella sua memoria; si potrebbe a malapena dire che egli “percepisca” ciò che in realtà non fa altro che percepire superficialmente. Per questo motivo, non c’è mai stato al mondo un uomo meno curioso delle faccende altrui e di ciò che non lo riguarda affatto; inoltre, è anche uno osservatore molto scadente, sebbene per lungo tempo abbia creduto di essere molto attento, poiché pensava sempre di vedere chiaramente quando in realtà si limitava a percepire intensamente. Ma colui che riesce a “vedere” soltanto gli oggetti che lo toccano, comprende male i loro rapporti tra loro; per quanto delicato possa essere il tatto di un cieco, esso non potrà mai sostituire due occhi validi. In breve, tutto ciò che rappresenta semplicemente curiosità – sia nell’arte, nel mondo o nella natura – non tenta né lusinga Jean-Jacques in alcun modo; egli non si occuperà mai volontariamente di queste cose nemmeno per un istante. Tutto ciò deriva ancora da quella pigrizia nel pensare che, già sufficientemente ostacolata per i suoi interessi personali, gli impedisce di essere influenzato dagli oggetti indifferenti. È anche per questo motivo che si spiegano quelle continue distrazioni che, nelle conversazioni ordinarie, lo impediscono quasi completamente di comprendere ciò che viene detto, arrivando talvolta persino alla stupidità. Queste distrazioni non derivano dal fatto che egli pensi ad altro, ma dal fatto che non pensi affatto a nulla; in altre parole, non riesce semplicemente a sopportare la fatica di ascoltare ciò che gli è del tutto indifferente. Sembra distratto, ma in realtà è soltanto intorpidito.

Da qui derivano le imprudenze e le sciocchezze che gli sfuggono in ogni momento, e che gli hanno causato più danno di quanto avrebbero potuto farlo i vizi più odiosi: perché questi vizi lo avrebbero costretto ad essere attento su se stesso per nasconderli agli occhi degli altri. Le persone astute, false e malvagie sono sempre in guardia e non lasciano mai trapelare nulla dei loro veri sentimenti attraverso le loro parole. Si è molto meno propensi a nascondere il male quando si sente che il bene possa compensarlo, e quando non si corre alcun rischio a mostrarsi per ciò che si è realmente. Qual è l’uomo onesto che non abbia vizi né difetti, e che, essendo sempre sincero, non dica o faccia mai cose riprovevoli? L’uomo astuto, che si mostra solo come vuole essere visto dagli altri, in pubblico almeno, non sembra mai fare o dire nulla di simile; ma mettiamoci alla prova con le persone perfette. Anche a prescindere dagli impostori che ne deformano l’immagine, Jean-Jacques avrebbe comunque avuto difficoltà a mostrare ciò che veramente è, perché non sa come valorizzare i propri pregi e la sua goffaggine finisce sempre per evidenziare i suoi difetti. Tali sono gli effetti negativi e disordinati della sensibilità fisica in lui.

Quant à la sensibilité morale, je n’ai connu aucun homme qui en fût autant subjugué ; mais c’est ici qu’il faut s’entendre : car je n’ai trouvé en lui que celle qui agit positivement, qui vient de la nature et que j’ai ci-devant décrite. Le besoin d’attacher son cœur, satisfait avec plus d’empressement que de choix, a causé tous les malheurs de sa vie ; mais quoiqu’il s’anime assez fréquemment et souvent très vivement, je ne lui ai jamais vu de ces démonstrations affectées et convulsives, de ces singeries à la mode dont on nous fait des maladies de nerfs. Ses émotions s’aperçoivent, quoiqu’il ne s’agite pas : elles sont naturelles et simples comme son caractère ; il est, parmi tous ces énergumènes de sensibilité, comme une belle femme sans rouge, qui, n’ayant que les couleurs de la nature, paraît pâle au milieu des visages fardés. Pour la sensibilité répulsive qui s’exalte dans la société, et dont je distingue l’impression vive et rapide du premier moment qui produit la colère et non pas la haine, je ne lui en ai trouvé des vestiges que par le côté qui tient à l’instinct moral, c’est-à-dire que la haine de l’injustice et de la méchanceté peut bien lui rendre odieux l’homme injuste et le méchant, mais sans qu’il se mêle à cette aversion rien de personnel qui tienne à l’amour-propre. Rien de celui d’auteur et d’homme de lettres ne se fait sentir en lui. Jamais sentiment de haine et de jalousie contre aucun homme ne prit racine au fond de son cœur ; jamais on ne l’ouït dépriser ni rabaisser les hommes célèbres pour nuire à leur réputation. De sa vie il n’a tenté, même dans ses courts succès, de se faire ni parti, ni prosélytes, ni de primer nulle part. Dans toutes les sociétés où il a vécu, il a toujours laissé donner le ton par d’autres, s’attachant lui-même des premiers à leur char, parce qu’il leur trouvait du mérite, et que leur esprit épargnait de la peine au sien ; tellement que dans aucune de ces sociétés on ne s’est jamais douté des talents prodigieux dont le public le gratifie aujourd’hui pour en faire les instruments de ses crimes ; et maintenant encore s’il vivait parmi des gens non prévenus, qui ne sussent point qu’il a fait des livres, je suis sûr que, loin de l’en croire capable, tous s’accorderaient à ne lui trouver ni goût ni vocation pour ce métier.

Ce même naturel ardent et doux se fait constamment sentir dans tous ses écrits comme dans ses discours. Il ne cherche ni n’évite de parler de ses ennemis. Quand il en parle, c’est avec une fierté sans dédain, avec une plaisanterie sans fiel, avec des reproches sans amertume, avec une franchise sans malignité. Et de même il ne parle de ses rivaux de gloire qu’avec des éloges mérités sous lesquels aucun venin ne se cache ; ce qu’on ne dira sûrement pas de ceux qu’ils font quelquefois de lui. Mais ce que j’ai trouvé en lui de plus rare pour un auteur, et même pour tout homme sensible, c’est la tolérance la plus parfaite en fait de sentiments et d’opinions, et l’éloignement de tout esprit de parti, même en sa faveur ; voulant dire en liberté son avis et ses raisons quand la chose le demande, et même, quand son cœur s’échauffe, y mettant de la passion ; mais ne blâmant pas plus qu’on n’adopte pas son sentiment qu’il ne souffre qu’on le lui veuille ôter, et laissant à chacun la même liberté de penser qu’il réclame pour lui-même. J’entends tout le monde parler de tolérance, mais je n’ai connu de vrai tolérant que lui seul.

Enfin l’espèce de sensibilité que j’ai trouvée en lui peut rendre peu sages et très malheureux ceux qu’elle gouverne, mais elle n’en fait ni des cerveaux brûlés ni des monstres : elle en fait seulement des hommes inconséquents et souvent en contradiction avec eux-mêmes, quand, unissant comme celui-ci un, cœur vif et un esprit lent, ils commencent par ne suivre que leurs penchants et finissent par vouloir rétrograder, mais trop tard, quand leur raison plus tardive les avertit enfin qu’ils s’égarent.

Cette opposition entre les premiers éléments de sa constitution se fait sentir dans la plupart des qualités qui en dérivent et dans toute sa conduite. Il y a peu de suite dans ses actions, parce que ses mouvements naturels et ses projets réfléchis ne le menant jamais sur la même ligne, les premiers le détournent à chaque instant de la route qu’il s’est tracée, et qu’en agissant beaucoup il n’avance point. Il n’y a rien de grand, de beau, de généreux dont par élans il ne soit capable ; mais il se lasse bien vite, et retombe aussitôt dans son inertie : c’est en vain que les actions nobles et belles sont quelques instants dans son courage, la paresse et la timidité qui succèdent bientôt le retiennent, l’anéantissent ; et voilà comment, avec des sentiments quelquefois élevés et grands, il fut toujours petit et nul par sa conduite.

Voulez-vous donc connaître à fond sa conduite et ses mœurs, étudiez bien ses inclinations et ses goûts ; cette connaissance vous donnera l’autre parfaitement ; car jamais homme ne se conduisit moins sur des principes et des règles, et ne suivit plus aveuglément ses penchants. Prudence, raison, précaution, prévoyance, tout cela ne sont pour lui que des mots sans effet. Quand il est tenté, il succombe ; quand il ne l’est pas, il reste dans sa langueur. Par là vous voyez que sa conduite doit être inégale et sautillante, quelques instants impétueuse, et presque toujours molle ou nulle. Il ne marche pas ; il fait des bonds, et retombe à la même place ; son activité même ne tend qu’à le ramener à celle dont la force des choses le tire ; et, s’il n’était poussé que par son plus constant désir, il resterait toujours immobile. Enfin jamais il n’exista d’être plus sensible à l’émotion et moins formé pour l’action.

Jean-Jacques n’a pas toujours fui les hommes ; mais il a toujours aimé la solitude. Il se plaisait avec les amis qu’il croyait avoir, mais il se plaisait encore plus avec lui-même. Il chérissait leur société ; mais il avait quelquefois besoin de se recueillir, et peut-être eût-il encore mieux aimé vivre toujours seul que toujours avec eux. Son affection pour le roman de Robinson m’a fait juger qu’il ne se fût pas cru si malheureux que lui, confiné dans son île déserte. Pour un homme sensible, sans ambition et sans vanité, il est moins cruel et moins difficile de vivre seul dans un désert que seul parmi ses semblables. Du reste, quoique cette inclination pour la vie retirée et solitaire n’ait certainement rien de méchant et de misanthrope, elle est néanmoins si singulière, que je ne l’ai jamais trouvée à ce point qu’en lui seul, et qu’il en fallait absolument démêler la cause précise, ou renoncer à bien connaître l’homme dans lequel je la remarquais.

J’ai bien vu d’abord que la mesure des sociétés ordinaires où règnent une familiarité apparente et une réserve réelle ne pouvait lui convenir. L’impossibilité de flatter son langage et de cacher les mouvements de son cœur mettait de son côté un désavantage énorme vis-à-vis du reste des hommes, qui, sachant cacher ce qu’ils sentent-et ce qu’ils sont, se montrent uniquement comme, il leur convient qu’on les voie. Il n’y avait qu’une intimité parfaite qui pût entre eux et lui rétablir l’égalité. Mais quand il l’y a mise, ils n’en ont mis eux que l’apparence ; elle était de sa part une imprudence, et de la leur une embûche ; et cette tromperie, dont il fut la victime, une fois sentie, a dû pour jamais le tenir éloigné d’eux.

As for moral sensibility, I have never known any man who was so utterly dominated by it; but here it is necessary to clarify one point: for in him I found only that kind of sensibility which acts positively, which arises from nature, and which I have described earlier. The desire to attach his heart to things, pursued with more eagerness than discretion, caused all the misfortunes in his life; yet although his emotions were often intense and lively, I never observed in him those affected, convulsive displays, those affectations so common nowadays that they are regarded as signs of nervous disorders. His feelings were evident, but he did not make a show of them; they were natural and simple, just like his character. Among all these people so passionate about sensibility, he was like a beautiful woman without makeup—whose natural beauty makes her seem pale in the midst of heavily made-up faces. As for that kind of repulsive sensibility which flourishes in society, and which I distinguish from the sudden, intense impulse that gives rise to anger rather than hatred, I found only traces of it in his moral instincts. That is to say, his hatred of injustice and malice might make him loathe unjust or wicked people, but this aversion stemmed not from any personal feelings related to his self-esteem. There was nothing in him of the pride typical of an author or a man of letters. He never harbored hatred or jealousy toward anyone; he would never speak ill of famous people in order to damage their reputation. Throughout his life, even in his brief successes, he never sought to gain influence, recruit followers, or stand out in any way. In every society where he lived, he always let others set the tone; he attached himself to those who he considered worthy, because their company saved him the effort of forming his own opinions. As a result, in none of these societies did anyone suspect the extraordinary talents for which the public honors him today and which some even use to justify his criminal actions. Even now, if he lived among people who had no idea that he was a writer, I am certain that they would not only consider him incapable of such a profession, but also that they would see in him neither the inclination nor the aptitude for it.

This very same passionate and gentle nature is constantly evident in all his writings as well as in his speeches. He neither seeks nor avoids discussing his enemies; when he does so, it is with pride without disdain, with humor without malice, with criticism without bitterness, and with frankness without malice. Similarly, when referring to his rivals in glory, he does so only with well-deserved praise—without any hidden venom; something that one would certainly not say about those who sometimes speak ill of him. But what I found in him—and what is truly rare for an author, and indeed for any sensible person—is his perfect tolerance toward various sentiments and opinions, as well as his complete absence of partisanship, even in his own favor. He freely expressed his views and reasons whenever necessary, and even when his emotions stirred, he did so with passion; yet he neither condemned others for holding different opinions nor resented it when they tried to remove his own. He granted everyone the same freedom of thought that he demanded for himself. I hear everyone talk about tolerance, but I have known only him to be a true tolerant.

Ultimately, the kind of sensitivity that I find in him may make those whom it influences less wise and very unhappy, but it does not turn them into “burnt-out brains” or monsters—it merely turns them into people who are inconsistent and often in conflict with themselves. When such individuals combine a lively heart with a slow-mindedness, they begin by following only their own inclinations and end up trying to revert to a more primitive state, but by then it is too late—because their later-developing reason finally alerts them to the fact that they are going astray.

This opposition between the fundamental elements of his character is evident in most of the qualities that derive from them and in all his conduct. There is little consistency in his actions, because his spontaneous impulses and carefully considered plans never lead him in the same direction; these initial impulses constantly divert him from the path he has chosen for himself, and as a result, despite his frequent efforts, he makes no real progress. He is capable of noble, beautiful, and generous acts when inspired by emotion; but he soon grows weary and returns to his inertia. In vain do noble and virtuous actions briefly inspire his courage—laziness and timidity soon overcome him, destroying all his efforts. And thus, despite occasionally possessing lofty and great sentiments, his behavior remains petty and insignificant.

If you wish to truly understand his behavior and manners, then study carefully his inclinations and tastes; such knowledge will enable you to grasp the other aspects of his nature perfectly. For no man ever acts in accordance with principles and rules, nor does he ever follow his desires so blindly. Prudence, reason, caution, foresight—all these are merely empty words for him. When tempted, he yields; when not tempted, he remains inert. From this, it is clear that his behavior must be erratic and unpredictable: at times impetuous, and almost always weak or inactive. He does not move forward in a steady manner; rather, he leaps about only to fall back into the same state again. Even his so-called “activity” merely serves to restore him to that state to which the forces of circumstances drag him back. And if he were driven solely by his most persistent desires, he would remain utterly motionless. In short, there has never existed a being more susceptible to emotion and less suited for action.

Jean-Jacques did not always avoid human company; but he always cherished solitude. He enjoyed the presence of friends whom he believed he had, yet he found even greater pleasure in being alone with himself. He valued their companionship; but sometimes he needed time for reflection—and perhaps he would have preferred to live alone forever rather than always with them. His fondness for Robinson Crusoe led me to believe that he would not have considered himself so unhappy as he did, confined to his deserted island. For a sensitive man, devoid of ambition and vanity, it is less cruel and less difficult to live alone in the wilderness than among his own kind. Nevertheless, although this inclination toward reclusive solitude is certainly nothing evil or misanthropic, it is so peculiar that I have never encountered it to such an extent in anyone but him—and it became absolutely necessary for me to uncover its precise cause, or else give up attempting to truly understand the man who displayed it.

I had already realized that the norms of ordinary societies, where there is apparent familiarity yet real reserve, could not suit him. The impossibility of flattering his words or concealing the movements of his heart placed him at a tremendous disadvantage compared to other men—who, knowing how to hide what they feel and what they are, present themselves only in the way that suits them best. Only perfect intimacy could have restored equality between them and him. But when such intimacy did exist, they only pretended it; on his part, it was imprudence; on theirs, it was a trap. And this deception, of which he became a victim, once discovered, must have forever kept him away from them.

Per quanto riguarda la sensibilità morale, non ho conosciuto alcun uomo che ne fosse così soggiogato; ma è qui che bisogna essere chiari: in lui ho trovato soltanto quella sorta di sensibilità che agisce in modo naturale e che avevo descritto in precedenza. Il desiderio di legarsi a qualcuno, soddisfatto con troppa fretta piuttosto che con attenzione, ha causato tutti i mali della sua vita; tuttavia, anche se le sue emozioni si manifestavano spesso e con intensità, non ho mai visto in lui quelle espressioni affettate o convulse, quei comportamenti teatrali tipici di alcune mode che oggi vengono considerati segni di disturbi nervosi. Le sue emozioni erano naturali e semplici, proprio come il suo carattere; tra tutti questi individui estremamente sensibili, era come una bella donna senza trucco: pur essendo priva delle tinte artificiali, appariva pallida rispetto ai volti truccati che la circondavano. Per quanto riguarda quella sorta di sensibilità repulsiva che si manifesta nella società, e che si distingue per l’impressione vivace e immediata che suscita nel primo momento – impressione che provoca rabbia piuttosto che odio – non ho trovato in lui alcun segno di essa, se non dal punto di vista dell’istinto morale: cioè l’odio per l’ingiustizia e la malvagità poteva fargli detestare gli uomini ingiusti e malvagi, ma senza che in questo sentimento ci fosse nulla di personale legato al suo orgoglio. Non si percepiva in lui alcun sentimento di odio o gelosia verso nessuno; non l’ho mai sentito denigrare o umiliare persone famose allo scopo di danneggiarne la reputazione. Nella sua vita, nemmeno nei suoi brevi successi, ha mai cercato di farsi un posto di rilievo, né di conquistare seguaci, né di distinguersi in alcun ambito. In tutte le società in cui ha vissuto, ha sempre lasciato che fossero altri a guidare la situazione, attaccandosi loro per il loro merito e perché il loro spirito gli risparmiava fatica; tanto che in nessuna di queste società si era mai sospettato dei suoi straordinari talenti, di cui oggi il pubblico lo loda, pur utilizzandolo come strumento dei propri crimini. E anche ora, se vivesse tra persone ignare del fatto che abbia scritto libri, sono certo che nessuno lo ritenerebbe adatto a questo mestiere, né gli attribuirebbe alcun interesse o vocazione in tal senso.

Lo stesso carattere appassionato e gentile si manifesta costantemente in tutti i suoi scritti e nei suoi discorsi. Non cerca né evita di parlare dei suoi nemici; quando lo fa, lo fa con orgoglio senza disprezzo, con scherzi privi di cattiveria, con rimproveri privi di amarezza, con franchezza senza malizia. Allo stesso modo, parla dei suoi rivali in campo di gloria soltanto con lodi meritate, sotto cui non si nasconde alcun veleno; il che certamente non si può dire di ciò che a volte questi rivali dicono di lui. Ma ciò che ho trovato in lui – e che è davvero raro per un autore, e persino per qualsiasi uomo sensibile – è la massima tolleranza nei confronti dei sentimenti e delle opinioni altrui, nonché l’assenza totale di pregiudizi, anche a proprio favore. Vuol dire che esprime liberamente il proprio parere e le proprie ragioni quando ce n’è bisogno; anzi, quando il suo cuore si scalda, vi mette anche passione. Ma non condanna mai il sentimento altrui più di quanto non adotti il proprio; né sopporta che gli venga tolto quel sentimento, lasciando a tutti la stessa libertà di pensare che egli stesso rivendica per sé. Tutti parlano di tolleranza. Ma io ho conosciuto un vero tollerante soltanto lui.

Infine, quel tipo di sensibilità che ho trovato in lui può rendere poco saggi e molto infelici coloro che ne sono governati; tuttavia, non li trasforma né in individui privi di ragione né in mostri: li rende semplicemente persone incoerenti e spesso in contraddizione con se stesse. Quando, come in questo caso, un cuore vivace si unisce a uno spirito lento, tali persone iniziano seguendo soltanto i propri impulsi, per poi cercare di tornare indietro, ma troppo tardi, quando la loro ragione, arrivata in seguito, finalmente li avverte che stanno sbagliando strada.

Questa opposizione tra i primi elementi della sua natura si manifesta nella maggior parte delle qualità che ne derivano e in tutta la sua condotta. Le sue azioni mancano di coerenza, poiché i suoi impulsi naturali e i suoi progetti riflessi non lo portano mai sulla stessa strada: questi primi elementi lo deviano continuamente dal percorso che si era tracciato, e così, pur agendo molto, non progredisce affatto. Non c’è nulla di grande, bello o generoso di cui non sia capace per impulsi momentanei; ma si stanca facilmente e ritorna subito alla sua inerzia. È inutile che le azioni nobili e belle appaiano per qualche istante nel suo coraggio: la pigrizia e la timidezza le soffocano rapidamente, distruggendole. Ed è così che, nonostante sentimenti a volte elevati e grandi, la sua condotta rimase sempre meschina e insignificante.

Volete quindi conoscere a fondo il suo comportamento e i suoi costumi? Studiate attentamente le sue inclinazioni e i suoi gusti: questa conoscenza vi fornirà tutte le informazioni necessarie, poiché nessun uomo si comporta mai meno in base a principi e regole, né segue ciecamente i propri desideri. Prudenza, ragione, cautela, previdenza, per lui sono soltanto parole prive di effetto. Quando viene tentato, cede; quando non lo è, rimane immobile nella sua apatia. Da questo si può dedurre che il suo comportamento sia ineguale e discontinuo: a volte impulsivo, quasi sempre debole o assente del tutto. Non procede con regolarità, ma salta avanti e poi ricade nello stesso punto; persino la sua “attività” tende soltanto a riportarlo in quella condizione dalla quale le forze circostanti lo tirano fuori. E se non fosse spinto solo dal suo desiderio più costante, rimarrebbe sempre fermo. In definitiva, non esiste essere più sensibile alle emozioni e meno adatto all’azione.

Jean-Jacques non è sempre stato un uomo socievole; ma ha sempre amato la solitudine. Gli piaceva stare con gli amici che credeva di avere, ma gli piaceva ancora di più stare da solo. Apprezzava la loro compagnia; tuttavia, a volte aveva bisogno di ritirarsi in se stesso, e forse avrebbe preferito vivere sempre da solo piuttosto che sempre con loro. La sua passione per il romanzo di Robinson Crusoe mi ha fatto pensare che non si sarebbe considerato così sfortunato come lo era lui, confinato nella sua isola deserta. Per un uomo sensibile, senza ambizioni né vanità, è meno crudele e meno difficile vivere da solo in un deserto che vivere da solo tra i propri simili. Del resto, sebbene questa inclinazione verso una vita ritirata e solitaria non abbia certamente nulla di malvagio o di misantropico, è comunque così singolare che non l’ho mai trovata in nessun altro al punto da renderne necessario individuare con precisione la causa, oppure rinunciare a comprendere appieno quell’uomo in cui l’avevo notata.

Ho subito capito che le regole delle società ordinarie, caratterizzate da una apparente familiarità e da un reale riserbo, non potevano adattarsi a lui. L’impossibilità di lusingare il suo linguaggio o di nascondere i veri sentimenti del suo cuore rappresentava un enorme svantaggio per lui rispetto agli altri uomini, che, essendo in grado di celare ciò che provano e ciò che sono, si mostrano soltanto come vogliono essere visti. Solo un’intimità perfetta avrebbe potuto ristabilire tra loro e lui l’uguaglianza. Ma quando questa intimità fu creata, loro ne mostrarono solo l’apparenza; da parte sua fu una imprudenza, da parte loro un trucco. E questa inganno, di cui fu vittima, una volta scoperto, dovette allontanarlo per sempre da loro.

Mais enfin, perdant les douceurs de la société humaine, qu’a-t-il substitué qui pût l’en dédommager et lui faire préférer ce nouvel état à l’autre malgré ses inconvénients ? Je sais que le bruit du monde effarouche les cœurs aimants et tendres, qu’ils se resserrent et se compriment dans la foule, qu’ils se dilatent et s’épanchent entre eux, qu’il n’y a de véritable effusion que dans le tête-à-tête, qu’enfin cette intimité délicieuse qui fait la véritable jouissance de l’amitié ne peut guère se former et se nourrir que dans la retraite ; mais je sais aussi qu’une solitude absolue est un état triste et contraire à la nature ; les sentiments affectueux nourrissent l’âme, la communication des idées avive l’esprit. Notre plus douce existence est relative et collective, et notre vrai moi n’est pas tout entier en nous. Enfin telle est la constitution de l’homme en cette vie qu’on n’y parvient jamais à bien jouir de soi sans le concours d’autrui. Le solitaire Jean-Jacques devrait donc être sombre, taciturne, et vivre toujours mécontent. C’est en effet ainsi qu’il paraît dans tous ses portraits, et c’est ainsi qu’on me l’a toujours dépeint depuis ses malheurs ; même on lui fait dire dans une lettre imprimée qu’il n’a ri dans tonie sa vie que deux fois qu’il cite, et toutes deux d’un rire de méchanceté. Mais on me parlait jadis de lui tout autrement, et je l’ai vu tout autre lui-même sitôt qu’il s’est mis à son aise avec moi. J’ai surtout été frappé de ne lui trouver jamais l’esprit si gai, si serein, que quand on l’avait laissé seul et tranquille, ou au retour de sa promenade solitaire, pourvu que ce ne fût pas un flagorneur qui l’accostât. Sa conversation était alors encore plus ouverte et douce qu’à l’ordinaire, comme serait celle d’un homme qui sort d’avoir du plaisir. De quoi s’occupait-il donc ainsi seul, lui qui, devenu la risée et l’horreur de ses contemporains, ne voit dans sa triste destinée que des sujets de larmes et de désespoir ?

O Providence ! ô nature ! trésor du pauvre, ressource de l’infortuné ; celui qui sent, qui connaît vos saintes lois et s’y confie, celui dont le cœur est en paix et dont le corps ne souffre pas, grâces à vous, n’est point tout entier en proie à l’adversité. Malgré tous les complots des hommes, tous les succès des méchants, il ne peut être absolument misérable. Dépouillé par des mains cruelles de tous les biens de cette vie, l’espérance l’en dédommage dans l’avenir, l’imagination les lui rend dans l’instant même ; d’heureuses fictions lui tiennent lieu d’un bonheur réel ; et, que dis-je ? lui seul est solidement heureux, puisque les biens terrestres peuvent à chaque instant échapper en mille manières à celui qui croit les tenir ; mais rien ne peut ôter ceux de l’imagination à quiconque sait en jouir. Il les possède sans risque et sans crainte ; la fortune et les hommes ne sauraient l’en dépouiller.

Faible ressource, allez-vous dire, que des visions contre une grande adversité ! Eh ! monsieur, ces visions ont plus de réalité peut-être que tous les biens apparents dont les hommes font tant de cas, puisqu’ils ne portent jamais dans l’âme un vrai sentiment de bonheur, et que ceux qui les possèdent sont également forcés de se jeter dans l’avenir, faute de trouver dans le présent des jouissances qui les satisfassent.

Si l’on vous disait qu’un mortel, d’ailleurs très infortuné, passe régulièrement cinq ou six heures par jour dans des sociétés délicieuses, composées d’hommes justes, vrais, gais, aimables, simples avec de grandes lumières, doux avec de grandes vertus ; de femmes charmantes et sages, pleines de sentiments et de grâces, modestes sans grimace, badines sans étourderie, n’usant de l’ascendant de leur sexe et de l’empire de leurs charmes que pour nourrir entre les hommes l’émulation des grandes choses et le zèle de la vertu ; que ce mortel, connu, estimé, chéri dans ces sociétés d’élite, y vit, avec tout ce qui les compose, dans un commerce de confiance, d’attachement, de familiarité ; qu’il y trouve à son choix des amis sûrs, des maîtresses fidèles, de tendres et solides amies., qui valent peut-être encore mieux : pensez-vous que la moitié de chaque jour ainsi passée ne rachèterait pas bien les peines de l’autre moitié ? Le souvenir toujours présent d’une si douce vie et l’espoir assuré de son prochain retour n’adoucirait-il pas bien encore l’amertume du reste du temps ? et croyez-vous qu’à tout prendre l’homme le plus heureux de la terre compte dans le même espace plus de moments aussi doux ? Pour moi, je pense, et vous penserez, je m’assure, que cet homme pourrait se flatter, malgré ses peines, de passer de cette manière une vie aussi pleine de bonheur et de jouissance que tel autre mortel que ce soit. Hé bien ! monsieur, tel est l’état de Jean-Jacques au milieu de ses afflictions et de ses fictions, de ce Jean-Jacques si cruellement, si obstinément, si indignement noirci, flétri, diffamé, et qu’avec des soucis, des soins, des frais énormes, ses adroits, ses puissants persécuteurs travaillent depuis si longtemps sans relâche à rendre le plus malheureux des êtres. Au milieu de tous leurs succès, il leur échappe ; et, se réfugiant dans les régions éthérées, il y vit heureux en dépit d’eux : jamais, avec toutes leurs machines, ils ne le poursuivront jusque-là.

Les hommes, livrés à l’amour-propre et à son triste cortège, ne connaissent plus le charme et l’effet de l’imagination. Ils pervertissent l’usage de cette faculté consolatrice : au lieu de s’en servir pour adoucir le sentiment de leurs maux, ils ne s’en servent que pour l’irriter. Plus occupés des objets qui les blessent que de ceux qui les flattent, ils voient partout quelque sujet de peine, ils gardent toujours quelque souvenir attristant ; et, quand ensuite ils méditent dans la solitude sur ce qui les a le plus affectés, leurs cœurs ulcérés remplissent leur imagination de mille objets funestes. Les concurrences, les préférences, les jalousies, les rivalités, les offenses, les vengeances, les mécontentements de toute espèce, l’ambition, les désirs, les projets, les moyens, les obstacles, remplissent de pensées inquiétantes les heures de leurs courts loisirs ; et si quelque image agréable ose y paraître avec l’espérance, elle en est effacée ou obscurcie par cent images pénibles que le doute du succès vient bientôt y substituer.

Mais celui qui, franchissant l’étroite prison de l’intérêt personnel et des petites passions terrestres, s’élève sur les ailes de l’imagination au-dessus des vapeurs de notre atmosphère ; celui qui, sans épuiser sa force et ses facultés à lutter contre la fortune et la destinée, sait s’élancer dans les régions éthérées, y planer, et s’y soutenir par de sublimes contemplations, peut de là braver les coups du sort et des insensés jugements des hommes. Il est au-dessus de leurs atteintes ; il n’a pas besoin de leur suffrage pour être sage, ni de leur faveur pour être heureux. Enfin tel est en nous l’empire de l’imagination, et telle en est l’influence, que d’elle naissent, non seulement les vertus et les vices, mais les biens et les maux de la vie humaine, et que c’est principalement la manière dont on s’y livre qui rend les hommes bons ou méchants, heureux ou malheureux ici-bas.

Un cœur actif et un naturel paresseux doivent inspirer le goût de la rêverie. Ce goût perce et devient une passion très vive, pour peu qu’il soit secondé par l’imagination. C’est ce qui arrive très fréquemment aux Orientaux ; c’est ce qui est arrivé à Jean-Jacques, qui leur ressemble à bien des égards. Trop soumis à ses sens pour pouvoir, dans les jeux de la sienne, en secouer le joug, il ne s’élèverait pas sans peine à des méditations purement abstraites, et ne s’y soutiendrait pas longtemps. Mais cette faiblesse d’entendement lui est peut-être plus avantageuse que ne serait une tête plus philosophique. Le concours des objets sensibles rend ses méditations moins sèches, plus douces, plus illusoires, plus appropriées à lui tout entier. La nature s’habille pour lui des formes les plus charmantes, se peint à ses yeux des couleurs les plus vives, se peuple pour son usage d’êtres selon son cœur ; et lequel est le plus consolant, dans l’infortune, de profondes conceptions qui fatiguent, ou de riantes fictions qui ravissent, et transportent celui qui s’y livre au sein de la félicité ? Il raisonne moins, il est vrai, mais il jouit davantage : il ne perd pas un moment pour la jouissance ; et, sitôt qu’il est seul, il est heureux.

But after all, having lost the comforts of human society, what did he substitute that could compensate for their absence and make him prefer this new state to the other, despite its inconveniences? I know that the noise of the world frightens tender and loving hearts; they contract and compress themselves in the crowd, or they expand and open up when alone. True intimacy, and thus the true pleasure of friendship, can hardly arise or flourish except in solitude. Yet I also know that absolute solitude is a sad state, contrary to human nature. Affectionate feelings nourish the soul, and the exchange of ideas enlivens the mind. Our most pleasant existence is always relative and collective; our true selves are not entirely within us. In short, such is the nature of man in this life that it is impossible to truly enjoy oneself without the company of others. Therefore, the solitary Jean-Jacques should surely be gloomy, taciturn, and constantly dissatisfied. Indeed, he appears to be such in all his portraits, and this is how he has always been described to me since his misfortunes. Even in a printed letter, he claims to have laughed only twice in his life—both times out of malice. But I was once told quite the opposite about him, and I found him entirely different whenever he was at ease with me. What could occupy him so happily and calmly when left alone, or upon returning from his solitary walks—unless it were some flatterer who approached him? His conversation was then even more open and gentle than usual, as if he had just experienced some pleasure. But what could it be that filled him with such joy in solitude, when he became the object of ridicule and horror to his contemporaries, and saw nothing but causes for sorrow and despair in his tragic fate?

O Providence! O nature, treasure of the poor, refuge for the unfortunate! He who perceives and understands your holy laws and places his trust in them, he whose heart is at peace and whose body suffers not—thanks to you—is not entirely subjected to adversity. Despite all the schemes of men and the successes of the wicked, he cannot be utterly miserable. Even if cruel hands strip him of all worldly possessions, hope compensates him for the future, and imagination restores them to him in the present; pleasant fictions serve as a substitute for real happiness. And, what more can I say? Only he is truly happy, for earthly riches can at any moment be lost by those who believe they possess them; but nothing can take away what imagination provides. He holds them without risk or fear—fortune and men cannot deprive him of them.

A meager resource, one might say, in the face of such a great adversity! But, sir, these visions may possess more reality than all those tangible possessions that people value so highly. For after all, they never bring true happiness to one’s soul; and those who possess them are still forced to look toward the future, unable to find any satisfaction in the present.

If someone were to tell you that a mortal—indeed, a very unfortunate one—spends five or six hours every day in delightful societies composed of righteous, genuine, cheerful, kind, and simple people filled with great wisdom; women who are charming and wise, full of sentiment and grace, modest without affectation, playful without foolishness, using the influence of their sex and the power of their charms only to inspire men towards great things and a passion for virtue; if this mortal, known, respected, and loved in these elite societies, lives there in a relationship based on trust, affection, and familiarity; if he can choose among reliable friends, faithful lovers, and tender, steadfast companions—perhaps even better than that—don’t you think that half of such a day would more than make up for the hardships of the other half? The constant memory of such a sweet life and the sure hope of its return wouldn’t greatly alleviate the bitterness of the rest of the time? And don’t you believe that, all things considered, the happiest man on earth could hardly have more moments of such sweetness in his life? For myself, I think—and I am certain you will agree—that this man could be proud, despite his troubles, to live a life as full of happiness and enjoyment as any other mortal. Well, sir, such is the state of Jean-Jacques amidst all his afflictions and false accusations; that Jean-Jacques who has been so cruelly, obstinately, and indignantly slandered, persecuted with immense effort by those who seek to make him the most unhappy of beings. Despite all their schemes, they fail to catch up with him; he takes refuge in the ethereal realms, where he lives happily, free from their reach.

Men, abandoned to self-love and its sad consequences, no longer possess the charm and power of imagination. They pervert the use of this comforting faculty: instead of using it to alleviate the pain of their sufferings, they employ it only to intensify that suffering. More preoccupied with things that hurt them than with those that please them, they see sorrow in everything around them; they are constantly haunted by unpleasant memories. When they later reflect in solitude on what has affected them most, their wounded hearts fill their imagination with countless tragic images. Competitions, preferences, jealousies, rivalries, offenses, vengeances, and all kinds of dissatisfaction—along with ambition, desires, plans, means, and obstacles—fill their brief moments of leisure with uneasy thoughts. And if any pleasant image dares to appear, bringing hope, it is immediately erased or obscured by a hundred painful images, replaced soon after by doubts about success.

But he who, transcending the narrow confines of personal interests and petty earthly passions, soars upon the wings of imagination above the vapors of our atmosphere; he who, without exhausting his strength and abilities in struggling against fortune and destiny, knows how to ascend into the ethereal realms, to hover there, and to sustain himself through sublime contemplations—such a one can brave the blows of fate and the foolish judgments of men. He stands above their reach; he does not need their approval to be wise, nor their favor to be happy. Indeed, such is the power of imagination within us, and such its influence, that from it arise not only virtues and vices, but also the good and evil of human life. And it is chiefly the way in which we engage with this power that determines whether we shall be good or bad, happy or unhappy in this world.

An active heart and a naturally lazy disposition must inspire a taste for reverie. This taste, once nurtured by imagination, can grow into a very intense passion. This is precisely what often happens to Easterners; it also happened to Jean-Jacques, who in many ways resembled them. Too submissive to his senses to challenge their dominion in the exercises of his own imagination, he would have struggled to engage in purely abstract meditations and would not have been able to sustain them for long. Yet this weakness of intellect may actually be more advantageous for him than a more philosophical mindset would be. The influence of sensory objects makes his meditations less dry, more gentle, more filled with illusion—and thus more suited to his entire nature. Nature dresses itself in the most charming forms before him, paints itself in the brightest colors, and populates it with beings that reflect the desires of his heart. In times of adversity, what could be more comforting than profound contemplations that weary the mind, or joyful fantasies that delight and transport one into a state of pure happiness? It is true—he reasons less, but he enjoys life far more; he does not waste a single moment without finding pleasure, and as soon as he is alone, he is happy.

Ma in definitiva, perdendo le dolci piaceri della società umana, cosa ha sostituito tutto ciò per poterlo compensare e far sì che preferisse questo nuovo stato all’altro, nonostante i suoi svantaggi? So che il rumore del mondo spaventa i cuori amorevoli e teneri; so che in mezzo alla folla questi sentimenti si restringono e si comprimono, mentre in privato si espandono e si rilassano; so anche che questa intimità deliziosa, che costituisce il vero piacere dell’amicizia, può formarsi e nutrirsi soltanto nella solitudine. Tuttavia so pure che una solitudine assoluta è uno stato triste e contrario alla natura umana: i sentimenti affettuosi nutrono l’anima, mentre lo scambio di idee arricchisce lo spirito. La nostra esistenza più dolce è relativa e collettiva; il nostro vero “io” non è interamente presente in noi stessi. Infine, la natura umana è tale che non si può mai godere appieno della propria vita senza la compagnia altrui. Il solitario Jean-Jacques dovrebbe quindi essere cupo, taciturno e sempre insoddisfatto. È proprio così che appare in tutti i ritratti di lui, ed è così che mi è stato descritto fin dai suoi tempi difficili; persino in una lettera pubblicata si dice che abbia riso soltanto due volte nella sua vita, e entrambe le volte per motivi malvagi. Ma un tempo mi era stato parlato di lui in modo completamente diverso. E l’ho visto davvero diverso non appena si è rilassato in mia compagnia. Mi ha colpito soprattutto il fatto che il suo spirito fosse sempre così allegro e sereno quando lo lasciavamo solo e tranquillo, o al ritorno dalle sue passeggiate solitarie. A condizione, naturalmente, che nessuno gli si avvicinasse con intenzioni insidiose. In quei momenti la sua conversazione era ancora più aperta e gentile del solito, come quella di una persona che aveva appena trascorso momenti piacevoli. Ma di cosa si occupava, allora, da solo? Lui, che era diventato oggetto di derisione e orrore per i suoi contemporanei, non trovava nella sua triste sorte altro che motivi di lacrime e disperazione.

O Provvidenza! O natura, tesoro del povero, risorsa dell’infortunato. Chi percepisce e conosce le tue sacre leggi e si affida a esse, chi ha il cuore in pace e il corpo privo di sofferenze, grazie a te, non è completamente preda dell’avversità. Nonostante tutti i complotti degli uomini, tutti i successi dei malvagi, egli non può essere assolutamente miserabile. Anche se crudeli mani gli strappano tutti i beni di questa vita, la speranza lo compensa nel futuro; l’immaginazione gli restituisce ciò che gli è stato tolto nell’istante stesso; felici illusioni sostituiscono per lui una vera felicità. E, dico di più: solo lui è veramente felice, poiché i beni terreni possono in qualsiasi momento sfuggire a colui che crede di possederli; ma nulla può togliere a chi sa goderseli ciò che l’immaginazione gli offre. Li possiede senza rischi né paure. La fortuna e gli uomini non potrebbero mai privarlo di essi.

Risorse deboli, direte voi. Visioni di fronte a una grande avversità! Ebbene, signore, queste visioni hanno forse più realtà di tutti quei beni apparenti di cui gli uomini fanno tanto conto; infatti, tali beni non portano mai nell’anima un vero senso di felicità, e coloro che li possiedono sono ugualmente costretti a gettarsi verso il futuro, poiché non trovano nel presente piaceri in grado di soddisfarli.

Se vi dicessero che un mortale, per di più molto sfortunato, trascorre regolarmente cinque o sei ore al giorno in società deliziose, composte da uomini giusti, veri, felici, amabili, semplici e dotati di grandi lumi, gentili e virtuosi; da donne affascinanti e sagge, piene di sentimenti e grazie, modeste senza affettazione, scherzose senza follia, che utilizzano il loro ascendente di sesso e il potere dei loro incantesimi soltanto per stimolare negli uomini l’ambizione verso le grandi cose e lo zelo per la virtù; se vi dicessero che questo mortale, conosciuto, apprezzato e amato in queste società d’élite, vive in un ambiente di fiducia, affetto e familiarità con tutte le persone che le compongono; se vi dicessero che lì può scegliere tra amici affidabili, amanti fedeli e amiche dolci e sincere. Credete davvero che anche solo metà delle ore trascorse in questo modo non compenserebbe ampiamente le sofferenze dell’altra metà della giornata? Il ricordo costante di una vita così dolce e la speranza certa del suo ritorno non mitigherebbero forse l’amarezza del resto del tempo? E credete davvero che, in definitiva, l’uomo più felice della terra possa godere di momenti altrettanto dolci nello stesso spazio di tempo? Per quanto mi riguarda, penso, e sono certo che anche voi penserete, che quest’uomo potrebbe considerarsi fortunato, nonostante le sue sofferenze, ad aver vissuto una vita così piena di felicità e piacere come qualsiasi altro mortale. Ebbene, signore: questo è lo stato di Jean-Jacques, nonostante tutte le sue afflizioni e le calunnie che gli sono state rivolte; nonostante i suoi persecutori, con tutti i loro sforzi e i loro mezzi, cerchino inutilmente di renderlo il più infelice degli esseri umani. Jean-Jacques, invece, rifugiandosi nelle regioni eteree, vive lì felicemente, al di là di tutte le loro persecuzioni.

Gli uomini, abbandonati all’orgoglio e al suo triste seguito, non conoscono più il fascino e l’effetto dell’immaginazione. Distorcono l’uso di questa facoltà consolatrice: invece di servirsene per alleviare il dolore, la utilizzano soltanto per intensificarlo. Più occupati dagli oggetti che li feriscono che da quelli che li lusingano, vedono ovunque motivo di sofferenza e conservano sempre ricordi dolorosi; e quando poi riflettono in solitudine su ciò che li ha più colpiti, i loro cuori feriti riempiono la loro immaginazione di mille immagini funeste. Le concorrenze, le preferenze, le gelosie, le rivalità, le offese, le vendette, i vari tipi di insoddisfazione, l’ambizione, i desideri, i progetti, i mezzi e gli ostacoli riempiono le loro brevi ore di libertà di pensieri inquietanti; e se qualche immagine piacevole osa comparire nella loro mente con la speranza di portare conforto, viene subito cancellata o offuscata da centinaia di immagini dolorose che il dubbio sul successo sostituisce rapidamente.

Ma colui che, superando la stretta prigione degli interessi personali e delle piccole passioni terrene, si eleva sulle ali dell’immaginazione al di sopra delle nebbie della nostra atmosfera; colui che, senza esaurire le proprie forze e capacità nel lottare contro la fortuna e il destino, sa lanciarsi nelle regioni eteree, planare lì e sostenersi attraverso contemplazioni sublimi, può da lì affrontare con coraggio i colpi del destino e i giudizi insensati degli uomini. Egli è al di sopra dei loro attacchi; non ha bisogno del loro voto per essere saggio, né della loro favore per essere felice. Infine, tale è l’influenza dell’immaginazione in noi: da essa nascono non solo le virtù e i vizi, ma anche i beni e i mali della vita umana; ed è soprattutto il modo in cui ci si dedica ad essa a rendere gli uomini buoni o cattivi, felici o sfortunati in questo mondo.

Un cuore attivo e una natura pigra devono ispirare il gusto per la fantasia. Questo gusto, se sollecitato dall’immaginazione, diventa una passione molto intensa. È ciò che accade molto spesso agli Orientali; è ciò che è successo a Jean-Jacques, che in molti aspetti assomiglia a loro. Troppo soggetto ai suoi sensi per poterli dominare nei propri pensieri, non sarebbe in grado di elevarsi facilmente a meditazioni puramente astratte e di mantenerle a lungo. Tuttavia, questa debolezza intellettuale potrebbe rivelarsi più vantaggiosa di una mente più filosofica. L’influenza degli oggetti sensibili rende le sue riflessioni meno aride, più piacevoli, più illusorie e quindi più adatte a lui. La natura si presenta davanti ai suoi occhi nelle forme più incantevoli, si dipinge con i colori più vivaci e popola il suo mondo di esseri in linea con i suoi desideri; quale delle due cose è più consolante nella sfortuna: le profonde riflessioni che affaticano l’intelletto o le piacevoli fantasie che rallegrano e trasportano nell’estasi? Certo, ragiona meno, ma gode di più. Non perde mai un momento per il piacere; e non appena rimane solo, è felice.

La rêverie, quelque douce qu’elle soit, épuise et fatigue à la longue, elle a besoin de délassement. On le trouve en laissant reposer sa tête et livrant uniquement ses sens à l’impression des objets extérieurs. Le plus indifférent spectacle a sa douceur par le relâche qu’il nous procure ; et, pour peu que l’impression ne soit pas tout-à-fait nulle, le mouvement léger dont elle nous agite suffit pour nous préserver d’un engourdissement léthargique, et nourrir en nous le plaisir d’exister, sans donner de l’exercice à nos facultés. Le contemplatif Jean-Jacques, en tout autre temps si peu attentif aux objets qui l’entourent, a souvent grand besoin de ce repos, et le goûte alors avec une sensualité d’enfant dont nos sages ne se doutent guère. Il n’aperçoit rien, sinon quelque mouvement à son oreille ou devant ses yeux ; mais c’en est assez pour lui. non seulement une parade de foire, une revue, un exercice, une procession, l’amuse ; mais la grue, le cabestan, le mouton, le jeu d’une machine quelconque, un bateau qui passé, un moulin qui tourne, un bouvier qui laboure, des joueurs de boule ou de battoir, rivière qui court, l’oiseau qui vole, attachent ses regards. Il s’arrête même à des spectacles sans mouvement, pour peu que la variété y supplée. Des colifichets en étalage, des bouquins ouverts sur les quais, et dont il ne lit que les titres, des images contre les murs, qu’il parcourt d’un œil stupide, tout cela l’arrête et l’amuse quand son imagination fatiguée a besoin de repos. Mais nos modernes sages, qui le suivent et l’épient dans tout ce badaudage, en tirent des conséquences à leur mode sur les motifs de son attention, et toujours dans l’aimable caractère dont ils l’ont obligeamment gratifié. Je le vis un jour assez longtemps arrêté devant une gravure. De jeunes gens inquiets de savoir ce qui l’occupait si fort, mais assez polis, contre l’ordinaire, pour ne pas s’aller interposer entre l’objet et lui, attendirent avec une risible impatience. Sitôt qu’il partit, ils coururent à la gravure, et trouvèrent que c’était le plan des attaques du fort de Kehl. Je les vis ensuite longtemps et vivement occupés d’un entretien fort animé, dans lequel je compris qu’ils fatiguaient leur Minerve à chercher quel crime on pouvait méditer en regardant le plan des attaques du fort de Kehl.

Voilà, monsieur, une grande découverte, et dont je me suis beaucoup félicité, car je la regarde comme la clef des autres singularités de cet homme. De cette pente aux douces rêveries j’ai vu dériver tous les goûts, tous les penchants, toutes les habitudes de Jean-Jacques, ses vices même et les vertus qu’il peut avoir. Il n’a guère assez de suite dans ses idées pour former de vrais projets ; mais, enflammé par la longue contemplation d’un objet, il fait parfois dans sa chambre de fortes et promptes résolutions, qu’il oublie ou qu’il abandonne avant d’être arrivé dans la rue. Toute la vigueur de sa volonté s’épuise à résoudre ; il n’en a plus pour exécuter. Tout suit en lui d’une première inconséquence. La même opposition qu’offrent les éléments de sa constitution se retrouve dans ses inclinations, dans ses mœurs, et dans sa conduite. Il est actif, ardent, laborieux, infatigable ; il est indolent, paresseux, sans vigueur : il est fier, audacieux, téméraire ; il est craintif, timide, embarrassé : il est froid, dédaigneux, rebutant jusqu’à la dureté ; il est doux, caressant, facile jusqu’à la faiblesse, et ne sait pas se défendre de faire ou souffrir ce qui lui plaît le moins. En un mot, il passe d’une extrémité à l’autre avec une incroyable rapidité, sans même remarquer ce passage, ni se souvenir de ce qu’il était l’instant auparavant ; et, pour rapporter ces effets divers à leurs causes primitives, il est lâche et mou tant que la seule raison l’excite, il devient tout de feu sitôt qu’il est animé par quelque passion. Vous me direz que c’est comme cela que sont tous les hommes. Je pense tout le contraire, et vous ne penseriez pas ainsi vous-même, si j’avais mis le mot intérêt à la place du mot raison, qui dans le fond signifie ici la même chose ; car qu’est-ce que la raison pratique, si ce n’est le sacrifice d’un bien présent et passager aux moyens de s’en procurer un jour de plus grands ou de plus solides ; et qu’est-ce que l’intérêt, si ce n’est l’augmentation et l’extension continuelle de ces mêmes moyens ? L’homme intéressé songe moins à jouir qu’à multiplier pour lui l’instrument des jouissances. Il n’a point proprement de passions, non plus que l’avare, ou il les surmonte, et travaille uniquement par un excès de prévoyance à se mettre en état de satisfaire à son aise celles qui pourront lui venir un jour. Les véritables passions, plus rares qu’on ne pense parmi les hommes, le deviennent de jour en jour davantage ; l’intérêt les élime, les atténue, les engloutit toutes, et la vanité, qui n’est qu’une bêtise de l’amour-propre, aide encore à les étouffer. La devise du baron de Feneste se lit en gros caractères sur toutes les actions des hommes de nos jours, C’est pour paraître. Ces dispositions habituelles ne sont guère propres à laisser agir les vrais mouvements du cœur.

Pour Jean-Jacques, incapable d’une prévoyance un peu suivie, et tout entier à chaque sentiment qui l’agite, il ne connaît pas même pendant sa durée qu’il puisse jamais cesser d’en être affecté. Il ne pense à son intérêt, c’est-à-dire à l’avenir, que dans un calme absolu ; mais il tombe alors dans un tel engourdissement, qu’autant vaudrait qu’il n’y pensât point du tout. Il peut bien dire, au contraire de ces gens de l’Évangile et de ceux de nos jours, qu’où est le cœur là est aussi son trésor. En un mot, son âme est forte ou faible à l’excès, selon les rapports sous lesquels on l’envisage. Sa force n’est pas dans l’action, mais dans la résistance ; toutes les puissances de l’univers ne feraient pas fléchir un instant les directions de sa volonté. L’amitié seule eût eu le pouvoir de l’égarer, il est à l’épreuve de tout le reste. Sa faiblesse ne consiste pas à se laisser détourner de son but, mais à manquer de vigueur pour l’atteindre, et à se laisser arrêter tout court par le premier obstacle qu’elle rencontre, quoique facile à surmonter. Jugez si ces dispositions le rendraient propre à faire son chemin dans le monde, où l’on ne marche que par zigzag.

Tout a concouru dès ses premières années à détacher son âme des lieux qu’habitait son corps, pour l’élever et la fixer dans ces régions éthérées dont je vous parlais ci-devant. Les hommes illustres de Plutarque furent sa première lecture dans un âge où rarement les enfants savent lire. Les traces de ces hommes antiques firent en lui des impressions qui jamais n’ont pu s’effacer. A ces lectures succéda celle de Cassandre et des vieux romans, qui, tempérant sa fierté romaine, ouvrirent ce cœur naissant à tous les sentiments expansifs et tendres auxquels il n’était déjà que trop disposé. Dès-lors il se fit, des hommes et de la société, des idées romanesques et fausses, dont tant d’expériences funestes n’ont jamais bien pu le guérir. Ne trouvant rien autour de lui qui réalisât ses idées, il quitta sa patrie encore jeune adolescent, et se lança dans le monde avec confiance, y cherchant les Aristides, les Lycurgues, et les Astrées, dont il le croyait rempli. Il passa sa vie à jeter son cœur dans ceux qu’il crut s’ouvrir pour le recevoir, à croire avoir trouvé ce qu’il cherchait, et à se désabuser. Durant sa jeunesse, il trouva des âmes bonnes et simples, mais sans chaleur et sans énergie. Dans son âge mur, il trouva des esprits vifs, éclairés et fins, mais faux, doubles et méchants, qui parurent l’aimer tant qu’ils eurent la première place ; mais qui, dès qu’ils s’en crurent offusqués, n’usèrent de sa confiance que pour l’accabler d’opprobres et de malheurs. Enfin, se voyant devenu la risée et le jouet de son siècle, sans savoir comment ni pourquoi, il comprit que, vieillissant dans la haine publique, il n’avait plus rien à espérer des hommes, et, se détrompant trop lard des illusions qui l’avaient abusé si longtemps, il se livra tout entier à celles qu’il pouvait réaliser tous les jours, et finit par nourrir de ses seules chimères son cœur, que le besoin d’aimer avait toujours dévoré. Tous ses goûts, toutes ses passions ont ainsi leurs objets dans une autre sphère. Cet homme tient moins à celle-ci qu’aucun autre mortel qui me soit connu. Ce n’est pas de quoi se faire aimer de ceux qui l’habitent, et qui, se sentant dépendre de tout le monde, veulent aussi que tout le monde dépende d’eux.

Meditation, no matter how gentle, eventually leads to exhaustion and fatigue; it requires relaxation. This relaxation can be found by allowing one’s mind to rest and leaving one’s senses solely to the impressions conveyed by external objects. Even the most indifferent spectacle possesses its own sweetness because it provides us with a moment of release. And as long as the impression is not entirely absent, even the slightest stimulation is enough to prevent us from falling into a lethargic torpor and to nourish within us the pleasure of being alive, without requiring our faculties to exert themselves. The contemplative Jean-Jacques, who at other times paid so little attention to the objects around him, often greatly needed such rest and would indulge in it with a childlike sensuality that our so-called wise people would hardly ever imagine. He might perceive nothing more than some movement before his eyes or ears; but for him, that was enough. Not only did a fair, a parade, an exercise, or a procession amuse him; even the movements of a crane, a windlass, a sheep, or any mechanical device; the passing of a boat, the turning of a mill, a shepherd at work, players playing ball or bat, a flowing river, or a flying bird would capture his attention. He would even be entertained by motionless objects, as long as there was variety in them. Displayed trinkets, books open on the docks whose titles alone he read, pictures on walls that he gazed at blankly—all these things could captivate and amuse him when his weary imagination needed rest. But our modern sages, who observe and judge him in all his idle pursuits, draw conclusions about the motives behind his attention based on their own preconceptions—and always within the framework of the “kind” character they have so kindly attributed to him. I once saw him stop for a long time in front of a print. Some young men, curious to know what had captivated him so much, but polite enough not to interrupt him, waited there with an almost ridiculous impatience. As soon as he moved away, they rushed to look at the print and found it was a plan of the defenses of Kehl Castle. Later, I saw them engaged in a lively and intense discussion, from which I inferred that they were trying their wits’ end to figure out what kind of crime one might conceive while studying such a plan.

Here, sir, is a significant discovery upon which I have rejoiced greatly, for I regard it as the key to understanding this man’s other peculiarities. From this tendency toward gentle reverie, I have traced all of Jean-Jacques’s tastes, inclinations, habits—even his vices and the virtues he may possess. He lacks the coherence in thought necessary to form genuine plans; yet, when consumed by prolonged contemplation of a particular subject, he sometimes makes firm and swift resolutions in his room, only to forget or abandon them before even setting foot on the street. All the vigor of his will is expended on making these decisions; he has no energy left to carry them out. Everything in him follows a pattern of initial inconsistency. The same internal contradictions that characterize his temperament are evident in his inclinations, manners, and behavior. He can be active, passionate, hardworking, and tireless; yet at other times, he is lazy, indolent, and lacking in energy. He can be proud, bold, and reckless; then again, fearful, timid, and awkward. He can be cold, disdainful, and even harsh; or else gentle, affectionate, and weak-willed to the point of allowing himself to do or endure whatever pleases him least. In short, he shifts from one extreme to another with incredible speed, without even realizing it or remembering what he was like moments before. And if we seek to explain these diverse behaviors by their underlying causes, we find that he is weak and indecisive when merely motivated by reason—yet he becomes fervent as soon as passion takes hold of him. You might say that all men are like this. I disagree entirely; and you would think otherwise too if I were to replace the word “reason” with “interest,” since in essence they mean the same thing here. For what is practical reason, if not the sacrifice of immediate and fleeting pleasures in order to acquire greater or more enduring benefits in the future? And what is interest, if not the continuous expansion and accumulation of those very means? A man driven by interest thinks less about enjoying things than about multiplying the tools that will enable him to enjoy them in the future. He truly has no passions—unless one counts the greed of an miser—but he overcomes them or channels them entirely into excessive prudence, working tirelessly to ensure that he will one day be able to satisfy his desires at ease. The true passions, which are rarer among men than one might imagine, become increasingly rare as time goes by; interest erodes and weakens them, often swallowing them whole. And vanity—nothing more than a foolish manifestation of self-love—helps to stifle them further. The motto of Baron de Feneste is clearly inscribed on the actions of men today: “It’s all for appearances.” Such habitual tendencies are hardly conducive to allowing the true emotions of the heart to take free rein.

For Jean-Jacques, who is incapable of any sustained foresight and who is entirely consumed by every emotion that agitates him, he does not even realize during the course of those emotions that he could ever cease to be affected by them. He considers his own interests—or, in other words, his future—only in a state of complete calm; but when he does so, he falls into such a state of torpor that it would be just as effective if he did not consider them at all. On the contrary to those people mentioned in the Gospels and those of our own time, he can say that where the heart is, there also lies one’s treasure. In short, his soul is either excessively strong or excessively weak, depending on how one considers it. His strength does not lie in action, but in resistance; all the forces of the universe would not be able to cause him to deviate from the direction of his will for even a moment. Only friendship might have the power to lead him astray; everything else is a test for him. His weakness does not lie in allowing himself to be diverted from his goal, but in lacking the strength to achieve it, and in being stopped immediately by the first obstacle he encounters—even though that obstacle could easily be overcome. Judge for yourselves whether such characteristics would make him suitable for navigating the world, where one can only move forward in a zigzagging manner.

From his earliest years, everything conspired to detach his soul from the physical world in which it dwelled, elevating and fixing it in those ethereal realms of which I spoke earlier. The illustrious men mentioned by Plutarch were his first readings at an age when few children are able to read. The influence of these ancient figures left an indelible impression on him. Later, he turned to the works of Cassandra and other old novels, which, while tempering his Roman pride, opened his young heart to all those expansive and tender sentiments toward which he was already naturally inclined. From then on, he developed romantic and illusory ideas about men and society—ideas from which so many tragic experiences never managed to free him. Finding nothing around him that corresponded to these ideals, he left his homeland as a young adolescent and ventured into the world with confidence, seeking after those ideal figures like Aristides, Lycurgus, and Astraea, believing the world was filled with them. He spent his life pouring his heart into those he thought would accept it, only to repeatedly be disappointed. In his youth, he met kind and simple souls, but lacking in passion and vigor. In later years, he encountered clever, intelligent, and sophisticated people—yet false, duplicitous, and cruel—who pretended to love him so long as they held power over him; but the moment they felt offended, they used his trust to bring him ruin and sorrow. Eventually, realizing that he had become the laughingstock of his time, without understanding how or why, he understood that as he aged in public hatred, he could expect nothing more from human beings. Having too late come to see through the illusions that had deceived him for so long, he devoted himself entirely to those fantasies that he could still indulge in daily—until ultimately, his heart, ever hungry for love, was fed only by empty dreams. All his tastes and passions thus found their objects in another realm. This man held less attachment to this world than any other mortal I have known. Such an attitude made it impossible for him to win the affection of those who lived around him—people who, feeling dependent on everyone else, also desired that everyone depend on them.

La meditazione, per dolce che sia, alla lunga stanca e affatica l’animo; ha quindi bisogno di riposo. Questo riposo si trova nel lasciare riposare la mente e affidare soltanto i sensi alle impressioni degli oggetti esterni. Anche lo spettacolo più insignificante possiede una sua dolcezza, grazie al rilassamento che ci procura; e basta che quell’impressione non sia del tutto nulla, perché il leggero movimento che suscita sia sufficiente a preservarci da uno stato di torpore letargico e a nutrire in noi il piacere di esistere, senza richiedere alcuno sforzo dalle nostre facoltà. Il contemplativo Jean-Jacques, che in altri momenti prestava ben poco attenzione agli oggetti che lo circondavano, aveva spesso grande bisogno di questo riposo e lo gustava con una sensibilità infantile di cui i nostri saggi non si rendono nemmeno conto. Non vedeva nulla, se non qualche movimento davanti ai suoi occhi o alle sue orecchie; ma questo gli bastava. Non solo una parata di mercato, una sfilata, un esercizio o una processione lo divertivano; anche la gru, il cavallo da tiro, il montone, il funzionamento di qualche macchina, una barca che passava, un mulino che girava, un pastore che lavorava nei campi, dei giocatori di palla, persino un fiume che scorreva o un uccello che volava attiravano la sua attenzione. Si soffermava anche su spettacoli senza movimento, purché offrissero varietà. Gli oggetti esposti in vetrina, i libri aperti sui moli, tutto ciò lo fermava e lo divertiva, quando la sua immaginazione stanca aveva bisogno di riposo. Ma i nostri saggi moderni, che lo osservano e analizzano in tutti questi comportamenti banali, ne traggono conclusioni riguardo ai motivi della sua attenzione, sempre nel contesto del carattere “amabile” che hanno gentilmente attribuito a lui. Un giorno lo vidi per molto tempo fermo davanti a un disegno inciso; alcuni giovani, curiosi di sapere cosa lo interessasse così tanto, ma abbastanza educati da non interromperlo, aspettarono con una risibile impazienza. Non appena se ne andò, corsero subito a guardare il disegno, e scoprirono che si trattava del piano delle attacche al forte di Kehl. In seguito lo vidi molto impegnato in una conversazione animata, e capii che stavano “sfiduciosamente” cercando di immaginare quali crimini si potessero commettere osservando quel piano.

Ecco, signore, una grande scoperta di cui mi sono molto rallegrato, poiché la considero la chiave per comprendere tutte le altre peculiarità di quest’uomo. Da questa tendenza verso dolci sogni ho visto derivare tutti i gusti, le inclinazioni e le abitudini di Jean-Jacques, persino i suoi vizi e le virtù che può possedere. Non ha molta coerenza nelle sue idee per formulare progetti concreti; tuttavia, quando è animato da una lunga contemplazione di un oggetto, a volte prende decisioni forti e rapide nella sua stanza, ma le dimentica o le abbandona prima ancora di uscire. Tutta la forza della sua volontà si esaurisce nel formulare queste risoluzioni; non ne ha più per metterle in atto. In lui tutto segue una prima forma di incoerenza. La stessa contraddizione che si riscontra negli elementi della sua costituzione si ritrova nelle sue inclinazioni, nei suoi comportamenti e nella sua condotta. È attivo, appassionato, laborioso, instancabile; ma è anche pigro, indolente, privo di energia. È orgoglioso, audace, temerario; ma è anche timido, imbarazzato. È freddo, sprezzante, repellente fino alla durezza; ma è anche dolce, affettuoso, troppo accomodante fino alla debolezza, e non sa resistere al desiderio di fare o subire ciò che meno gli piace. In breve, passa da un’estremità all’altra con una incredibile rapidità, senza nemmeno accorgersene o ricordare com’era un attimo prima; e per spiegare questi diversi comportamenti alle loro cause originali, posso dire che è debole e indolente quando è motivato solo dalla ragione, ma diventa appassionato non appena è guidato da qualche passione. Mi direte che tutti gli uomini sono così. Io penso il contrario; e nemmeno voi la pensereste allo stesso modo se avessi sostituito la parola “ragione” con quella di “interesse”, poiché, in fondo, entrambe significano la stessa cosa. Che cos’è infatti la ragione pratica, se non il sacrificio di un bene presente e passeggero al fine di ottenere uno più grande o più solido nel futuro? E che cos’è l’interesse, se non l’aumento continuo di questi stessi mezzi? L’uomo interessato pensa meno a godere che a moltiplicare gli strumenti per il piacere. Non ha vere passioni, proprio come l’avaro, o le domina, lavorando unicamente con eccessiva previdenza per garantirsi in futuro la possibilità di soddisfare comodamente i propri desideri. Le vere passioni, più rare di quanto si creda tra gli uomini, diventano sempre più rare giorno dopo giorno; l’interesse le elimina, le attenua, le inghiotte tutte. E la vanità, che non è altro che una stupidaggine dell’amor proprio, contribuisce ancora di più a soffocarle. La massima del barone de Feneste si legge chiaramente in tutte le azioni degli uomini di oggi: “È tutto per apparire”. Queste abitudini quotidiane non sono certo adatte a permettere che agiscano i veri sentimenti del cuore.

Per Jean-Jacques, incapace di una previsione coerente e completamente assorbito da ogni sentimento che lo agita, non esiste nemmeno il concetto che possa un giorno smettere di essere influenzato da essi. Pensa al proprio interesse, cioè al futuro, soltanto in momenti di assoluta calma; ma in quei momenti cade in uno stato di torpore tale che sarebbe come se non ci pensasse affatto. A differenza di quelle persone dell’Evangelo e di oggi, può dire con certezza che “dove si trova il cuore, vi si trova anche il suo tesoro”. In breve, la sua anima è estremamente forte o estremamente debole, a seconda del modo in cui viene considerata. La sua forza non risiede nell’azione, ma nella capacità di resistere; tutte le potenze dell’universo non riuscirebbero nemmeno per un istante a far deviare la direzione della sua volontà. Solo l’amicizia avrebbe potuto confonderlo; di fronte al resto, è alla prova. La sua debolezza non consiste nel lasciarsi deviare dal proprio obiettivo, ma nella mancanza di forza per raggiungerlo, e nel fermarsi immediatamente davanti al primo ostacolo che incontra, anche se facilmente superabile. Giudicate voi stesso se queste caratteristiche lo rendano adatto a farsi strada nel mondo, dove si procede soltanto attraverso continui cambi di direzione.

Fin dalle sue prime anni, tutto contribuì a separare la sua anima dai luoghi in cui risiedeva il suo corpo, per elevarla e fissarla in quelle regioni eteree di cui vi ho parlato poco fa. Gli uomini illustri descritti da Plutarco furono la sua prima lettura in un’età in cui raramente i bambini sanno leggere; le tracce di questi antichi personaggi lasciarono in lui impressioni che non sono mai riuscite a cancellarsi. A queste letture seguirono quelle di opere come “Cassandra” e vecchi romanzi, che, temperando la sua fierezza romana, aprirono quel cuore ancora giovane a tutti i sentimenti espansivi e teneri di cui era già eccessivamente predisposto. Fin da allora, nei suoi confronti con gli uomini e con la società, si formarono idee romantiche e false, dalle quali molte esperienze tragiche non sono mai riuscite a liberarlo completamente. Non trovando intorno a sé nulla che potesse realizzare tali idee, lasciò la sua patria ancora giovane adolescente e si lanciò nel mondo con fiducia, cercandovi figure come Aristide, Licurgo o Astraea, di cui credeva che il mondo fosse pieno. Trascorse tutta la sua vita a dedicare il proprio cuore a coloro che riteneva fossero disposti ad accoglierlo; credeva di aver trovato ciò che cercava, solo per poi rimanere deluso. Nella sua giovinezza incontrò anime buone e semplici, ma prive di calore ed energia; in età matura, invece, incontrò persone vivaci, intelligenti e raffinate, ma false, doppiogiochiste e malvagie: queste sembravano amarlo finché non si sentivano offese, per poi approfittare della sua fiducia per coprirlo di disprezzo e sventure. Alla fine, vedendosi diventare oggetto di derisione e scherno del suo tempo, senza sapere come né perché, capì che invecchiando nell’odio pubblico non aveva più nulla da sperare dagli uomini; riconoscendo troppo tardi le illusioni che lo avevano ingannato per così tanto tempo, si affidò interamente a quelle uniche che poteva realizzare ogni giorno, e alla fine lasciò che fossero solo le sue fantasie ad alimentare il suo cuore, da sempre divorato dal desiderio di amare. Tutti i suoi gusti, tutte le sue passioni trovarono quindi il loro oggetto in un’altra dimensione. Quest’uomo teneva meno a questo mondo di qualsiasi altro essere umano che io conosca. Non era certo qualcuno che potesse guadagnarsi l’amore di coloro che lo circondavano, e quei che, sentendosi dipendenti da tutti, volevano anche che tutti dipendessero da loro.

Ces causes, tirées des événements de sa vie, auraient pu seules lui faire fuir la foule et rechercher la solitude. Les causes naturelles, tirées de sa constitution, auraient dû seules produire aussi le même effet. Jugez s’il pouvait échapper au concours de ces différentes causes, pour le rendre ce qu’il est aujourd’hui. Pour mieux sentir cette nécessité, écartons un moment tous les faits, ne supposons connu que le tempérament que je vous ai décrit, et voyons ce qui devrait naturellement en résulter dans un être fictif dont nous n’aurions aucune autre idée.

Doué d’un cœur très sensible, et d’une imagination très vive, mais lent à penser, arrangeant difficilement ses pensées, et plus difficilement ses paroles, il fuira les situations qui lui sont pénibles, et recherchera celles qui lui sont commodes ; il se complaira dans le sentiment de ses avantages, il en jouira tout à son aise dans des rêveries délicieuses ; mais il aura la plus forte répugnance à étaler sa gaucherie dans les assemblées ; et l’inutile effort d’être toujours attentif à ce qui se dit, et d’avoir toujours l’esprit présent et tendu pour y répondre, lui rendra les sociétés indifférentes aussi fatigantes que déplaisantes. La mémoire et la réflexion renforceront encore cette répugnance, en lui faisant entendre, après coup, des multitudes de choses qu’il n’a pu d’abord entendre, et auxquelles, forcé de répondre à l’instant, il a répondu de travers, faute d’avoir le temps d’y penser. Mais, né pour de vrais attachements, la société des cœurs et l’intimité lui seront très précieuses ; et il se sentira d’autant plus à son aise avec ses amis, que, bien connu d’eux ou croyant l’être, il n’aura pas peur qu’ils le jugent sur les sottises qui peuvent lui échapper dans le rapide bavardage de la conversation. Aussi le plaisir de vivre avec eux exclusivement se marquera-t-il sensiblement dans ses yeux et dans ses manières ; mais l’arrivée d’un survenant fera disparaître à l’instant sa confiance et sa gaieté.

Sentant ce qu’il vaut en-dedans, le sentiment de son invincible ineptie au-dehors pourra lui donner souvent du dépit contre lui-même et quelquefois contre ceux qui le forceront de la montrer. Il devra prendre en aversion tout ce flux de compliments, qui ne sont qu’un art de s’en attirer à soi-même, et de provoquer un escrime en paroles ; art surtout employé par les femmes et chéri d’elles, sûres de l’avantage qui doit leur en revenir. Par conséquent, quelque penchant qu’ait notre homme à la tendresse, quelque goût qu’il ait naturellement pour les femmes, il n’en pourra souffrir le commerce ordinaire, où il faut fournir un perpétuel tribut de gentillesses qu’il se sent hors d’état de payer. Il parlera peut-être aussi bien qu’un autre le langage de l’amour dans le tête-à-tête, mais plus mal que qui que ce soit celui de la galanterie dans un cercle.

Les hommes, qui ne peuvent juger d’autrui que parce qu’ils en aperçoivent, ne trouvant rien en lui que de médiocre et de commun tout au plus, l’estimeront au-dessous de son prix. Ses yeux, animés par intervalles, promettraient en vain ce qu’il serait hors d’état de tenir. Ils brilleraient en vain quelquefois d’un feu bien différent de celui de l’esprit : ceux qui ne connaissent que celui-ci, ne le trouvant point en lui, n’iraient pas plus loin ; et, jugeant de lui sur cette apparence, ils diraient : C’est un homme d’esprit en peinture, c’est un sot en original. Ses amis mêmes pourraient se tromper comme les autres sur sa mesure ; et, si quelque événement imprévu les forçait enfin de reconnaître en lui plus de talent et d’esprit qu’ils ne lui en avaient d’abord accordé, leur amour-propre ne lui pardonnerait point leur première erreur sur son compte, et ils pourraient le haïr toute leur vie, uniquement pour n’avoir pas su d’abord l’apprécier.

Cet homme, enivré par ses contemplations des charmes de la nature, l’imagination pleine de types de vertus, de beautés, de perfections de toute espèce, chercherait longtemps dans le monde des sujets où il trouvât tout cela. À force de désirer, il croirait souvent trouver ce qu’il cherche ; les moindres apparences lui paraîtraient des qualités réelles ; les moindres protestations lui tiendraient lieu de preuves ; dans tous ses attachements il croirait toujours trouver le sentiment qu’il y porterait lui-même ; toujours trompé dans son attente, et toujours caressant son erreur, il passerait sa jeunesse à croire avoir réalisé ses fictions ; à peine l’âge mûr et l’expérience les lui montreraient enfin pour ce qu’elles sont, et, malgré les erreurs, les fautes et les expiations d’une longue vie, il n’y aurait peut-être que le concours des plus cruels malheurs qui pût détruire son illusion chérie, et lui faire sentir que ce qu’il cherche ne se trouve point sur la terre, ou ne s’y trouve que dans un ordre de choses bien différent de celui où il l’a cherché.

La vie contemplative dégoûte de l’action. Il n’y a point d’attrait plus séducteur que celui des fictions d’un cœur aimant et tendre, qui, dans l’univers qu’il se crée à son gré, se dilate, s’étend à son aise, délivré des dures entraves qui le compriment dans celui-ci. La réflexion, la prévoyance, mère des soucis et des peines, n’approchent guère d’une âme enivrée des charmes de la contemplation. Tous les soins fatigants de la vie active lui deviennent insupportables, et lui semblent superflus ; et pourquoi se donner tant de peines, dans l’espoir éloigné d’un succès si pauvre, si incertain, tandis qu’on peut dès l’instant même, dans une délicieuse rêverie, jouir à son aise de toute la félicité dont on sent en soi la puissance et le besoin ? Il deviendrait donc indolent, paresseux par goût, par raison même, quand il ne le serait pas par tempérament. Que si, par intervalle, quelque projet de gloire ou d’ambition pouvait l’émouvoir, il le suivrait d’abord avec ardeur, avec impétuosité ; mais la moindre difficulté, le moindre obstacle l’arrêterait, le rebuterait, le rejetterait dans l’inaction. La seule incertitude du succès le détacherait de toute entreprise douteuse. Sa nonchalance lui montrerait de la folie à compter sur quelque chose ici-bas, à se tourmenter pour un avenir si précaire, et de la sagesse à renoncer à la prévoyance, pour s’attacher uniquement au présent, qui seul est en notre pouvoir.

Ainsi livré par système à sa douce oisiveté, il remplirait ses loisirs de jouissances à sa mode, et, négligeant ces foules de prétendus devoirs que la sagesse humaine prescrit comme indispensables, il passerait pour fouler aux pieds les bienséances, parce qu’il dédaignerait les simagrées. Enfin, loin de cultiver sa raison pour apprendre à se conduire prudemment parmi les hommes, il n’y chercherait en effet que de nouveaux motifs de vivre éloigné d’eux, et de se livrer tout entier à ses fictions.

Cette humeur indolente et voluptueuse, se fixant toujours sur des objets riants, le détournerait par conséquent des idées pénibles et déplaisantes. Les souvenirs douloureux s’effaceraient très promptement de son esprit ; les auteurs de ses maux n’y tiendraient pas plus de place que ces maux mêmes ; et tout cela, parfaitement oublié dans très peu de temps, serait bientôt pour lui comme nul, à moins que le mal ou l’ennemi qu’il aurait encore à craindre ne lui rappelât ce qu’il en aurait déjà souffert. Alors il pourrait être extrêmement effarouché des maux à venir, moins précisément à cause de ces maux que par le trouble du repos, la privation du loisir, la nécessité d’agir de manière ou d’autre, qui s’ensuivraient inévitablement, et qui alarmeraient plus sa paresse que la crainte du mal n’épouvanterait son courage. Mais tout cet effroi subit et momentané serait sans suite et stérile en effet. Il craindrait moins la souffrance que l’action. Il aimerait mieux voir augmenter ses maux et rester tranquille, que de se tourmenter pour les adoucir ; disposition qui donnerait beau jeu aux ennemis qu’il pourrait avoir.

J’ai dit que Jean-Jacques n’était pas vertueux : notre homme ne le serait pas non plus ; et comment, faible et subjugué par ses penchants, pourrait-il l’être, n’ayant toujours pour guide que son propre cœur, jamais son devoir ni sa raison ? Comment la vertu, qui n’est que travail et combat, régnerait-elle au sein de la mollesse et des doux loisirs ? Il serait bon, parce que la nature l’aurait fait tel ; il ferait du bien, parce qu’il lui serait doux d’en faire : mais s’il s’agissait de combattre ses plus chers désirs et de déchirer son cœur pour remplir son devoir, le ferait-il aussi ? J’en doute. La loi de la nature, sa voix du moins, ne s’étend pas jusque-là. Il en faut une autre alors qui commande, et que la nature se taise.

These causes, derived from the events of his life, could alone have prompted him to flee the crowd and seek solitude. Natural causes, stemming from his constitution, would likewise have produced the same effect. Determine whether he could have escaped the combined influence of these various factors and become what he is today. To better grasp this necessity, let us for the moment set aside all other considerations; assume only the temperament I have described to you, and see what would naturally result in a fictional being about whom we know nothing else.

Endowed with a very sensitive heart and a vivid imagination, yet slow to think, finding it difficult to organize his thoughts and even more so to express them in words, he would avoid situations that caused him distress and seek out those that brought him comfort. He would take pleasure in reflecting on his own advantages and indulge in delightful daydreams; however, he would strongly resist exposing his awkwardness in public gatherings. The futile effort of constantly paying attention to what was being said, and the constant strain of having to be mentally alert and ready to respond, would make such social interactions both exhausting and unpleasant for him. His memory and ability to reflect would only reinforce this aversion, as he would later become aware of numerous things he had failed to hear at the time and had answered incorrectly due to lack of time to consider them properly. But since he was born with true affections, the companionship of like-minded people and intimate relationships would be of great value to him. He would feel even more at ease with his friends, knowing they understood or believed they understood him, and thus he wouldn’t fear being judged for any foolish remarks that might slip out in the casual banter of conversation. Consequently, the joy of living solely with them would be evident in both his demeanor and actions; however, the arrival of an outsider would instantly erase his confidence and cheerfulness.

Realizing the worth he possesses inside himself, the awareness of his invincible ineptitude in outward actions will often fill him with self-loathing—and sometimes with resentment toward those who force him to display it. He will come to despise all that flow of compliments, which are nothing but a cunning means to attract attention to oneself and provoke verbal duels; an art especially employed by women and cherished by them, for they are certain of the advantage it brings them. Consequently, no matter how inclined our man may be toward tenderness, no matter how naturally attracted he feels to women, he will not be able to engage in ordinary social interactions, where he would constantly have to offer up a stream of courtesies that he feels utterly unable to fulfill. He might speak the language of love just as well as anyone else in private moments, but in public settings, his ability to wield the arts of flattery would be far inferior to anyone else’s.

Men, who can judge others only because they perceive them, and who find in them nothing but mediocrity and the ordinary at best, will consider them to be worth less than their true value. His eyes, which occasionally sparkle with some kind of light, would vainly promise what he is incapable of fulfilling. Sometimes they might shine with a fire quite different from the fire of the mind; yet those who know only that inner fire and fail to find it in him will not go any further in their judgment. Based on such superficial appearances, they would say: “He is clever in appearance, but foolish in reality.” Even his friends might be mistaken about his true nature, just like everyone else. And if some unexpected event eventually forced them to recognize that he possessed more talent and intelligence than they had initially assumed, their pride would never forgive them for their initial mistake. They might even hate him for the rest of their lives, simply because they had failed to appreciate him properly from the beginning.

This man, intoxicated by his contemplations of the charms of nature, his imagination filled with images of various virtues, beauties, and perfections of every kind, would search long and hard in the world for things that could fulfill these ideals. In his fervent desire, he would often believe he had found what he sought; the most trivial appearances would seem to him to possess real qualities; even the slightest indications would suffice as proof to him. In all his attachments, he would always imagine finding the very sentiments he himself harbored toward those things. Yet, time and experience would constantly shatter these illusions. Despite the mistakes, errors, and the suffering of a long life, perhaps only the most brutal misfortunes could finally destroy his cherished delusions and make him realize that what he sought was either not to be found on earth at all, or existed in a realm entirely different from the one in which he had searched for it.

Contemplative life loathes action. There is no more enticing allure than the creations of a loving and tender heart, which, in the universe it has fashioned at its own will, can expand and grow freely, unbound by the harsh constraints that bind it in this world. Reflection and foresight, the mothers of worry and sorrow, bring little near to the soul intoxicated by the charms of contemplation. All the weary burdens of active life become unbearable and seem utterly superfluous; why go through such hardships in the distant hope of a meager, uncertain success, when one can, in the very instant, indulge in delightful reverie and freely enjoy all the happiness that one feels within oneself to possess? Thus, one would become indolent, lazy by taste—and even by reason—if not already by nature. Were it not for the occasional inspiration of some glorious ambition or aspiration, one might pursue such endeavors with fervor and impetuosity at first; yet the slightest difficulty or obstacle would bring them to a halt, repel one, and drive one back into inaction. The very uncertainty of success alone would deter one from undertaking any doubtful enterprise. One’s indifference would teach it that to rely on anything in this world is folly, that to torment oneself over such an uncertain future is senseless, and that to abandon foresight and cling solely to the present—the only thing truly within our power—is wisdom itself.

Thus, left to his own gentle idleness by the system, he would fill his leisure with pleasures in his own way; and, neglecting those numerous so-called duties that human wisdom prescribes as indispensable, he would be considered as trampling underfoot what is deemed proper behavior, simply because he would despise such pretenses. Finally, far from using his reason to learn how to conduct himself prudently among men, he would in fact seek only new reasons to live away from them and to devote himself entirely to his own imaginings.

This indolent and voluptuous temperament, always fixating on joyful objects, would thus divert him from painful and unpleasant thoughts. Painful memories would quickly fade from his mind; those who caused him harm would hold no more place there than the harm itself. And all of this, perfectly forgotten in a very short time, would soon mean nothing to him—unless some future evil or enemy reminded him of what he had already suffered. Then he might be extremely frightened by the anticipated suffering, not so much because of the evil itself as because of the disturbance it would cause to his ease, the loss of leisure, and the necessity of taking action in one way or another. Such consequences would alarm his laziness far more than the fear of harm could intimidate his courage. But all this sudden and temporary fear would prove to be unfounded and futile. He would fear action more than suffering itself. He would prefer to see his troubles increase and remain tranquil, rather than torment himself in an attempt to alleviate them—a disposition that would only give those enemies he might have the upper hand.

I said that Jean-Jacques was not virtuous; our man would not be virtuous either. How could he be, when weak and enslaved by his own desires, always guided only by his heart, never by duty or reason? How could virtue, which is nothing but effort and struggle, prevail in a world of weakness and leisurely ease? He might do good because nature had made him that way; he might perform acts of kindness because it would bring him pleasure to do so. But if it meant fighting against his most cherished desires and tearing his heart apart to fulfill his duty, would he do it? I doubt it. The laws of nature, at least its voice, do not extend that far. Then another law is needed—one that commands, one to which nature must submit.

Queste cause, derivate dagli eventi della sua vita, avrebbero potuto da sole spingerlo a fuggire dalla folla e cercare la solitudine. Le cause naturali, legate alla sua costituzione fisica, avrebbero dovuto anch’esse produrre lo stesso effetto. Giudicate dunque se fosse stato possibile sfuggire all’influenza di queste diverse cause, per rendere lui ciò che è oggi. Per comprendere meglio questa necessità, mettiamo da parte per un momento tutti gli altri fattori e supponiamo soltanto il temperamento che vi ho descritto; vediamo quindi cosa ne dovrebbe naturalmente risultare in un essere fittizio di cui non avremmo alcuna altra informazione.

Dotato di un cuore molto sensibile e di un’immaginazione molto vivace, ma lento nel pensare, difficoltoso nell’ordinare i propri pensieri e ancora di più nelle proprie parole, evitava le situazioni che gli causavano disagio e cercava quelle che gli erano comode; si compiaceva nel rendersi conto dei propri vantaggi e ne godeva appieno in dolci fantasticherie; tuttavia provava una forte avversione per la necessità di mostrare la propria goffaggine nelle riunioni, e lo sforzo inutile di essere sempre attento a ciò che veniva detto, di mantenere la mente vigile e pronta a rispondere, rendeva le società per lui altrettanto faticose quanto sgradevoli. La memoria e la riflessione rafforzavano ancora questa avversione, facendogli percepire, in seguito, molte cose che all’inizio non aveva potuto ascoltare, e alle quali, costretto a rispondere immediatamente, aveva risposto in modo errato, per mancanza di tempo per rifletterci. Tuttavia, non essendo destinato ad avere vere affezioni, la compagnia degli amici e l’intimità con loro gli sarebbero state molto preziose; si sarebbe sentito ancora più a suo agio con loro, poiché, essendo ben conosciuto o credendosi tale, non avrebbe temuto che lo giudicassero per le sciocchezze che potevano sfuggirgli durante le conversazioni rapide e spensierate. Pertanto, il piacere di vivere esclusivamente con loro si sarebbe manifestato chiaramente nei suoi modi e nel suo comportamento; ma l’arrivo di una terza persona avrebbe fatto scomparire all’istante la sua fiducia e la sua allegria.

Riconoscendo ciò che realmente è in lui, il sentimento della propria invincibile incompetenza nel comportamento esteriore potrà spesso suscitare in lui rancore verso se stesso e, a volte, anche verso coloro che lo costringono a manifestarla. Dovrà detestare tutto quel flusso di complimenti, che non sono altro che un mezzo per attirarsi a sé gli altri e innescare una sorta di “duello verbale”; un’arte soprattutto utilizzata dalle donne e molto apprezzata da loro, poiché ne sono sicure dei vantaggi che ne trarranno. Pertanto, per quanto il nostro uomo possa essere incline alla tenerezza o avere una naturale attrazione verso le donne, non potrà sopportare un rapporto ordinario con loro, in cui sarebbe costretto a fornire continuamente dimostrazioni di gentilezza, cosa che sa di non essere in grado di fare. Forse parlerà dell’amore con la stessa abilità di chiunque altro in momenti di intimità, ma sicuramente peggio di chiunque altro quando si tratterà di comportamenti galanti in pubblico.

Gli uomini, che possono giudicare gli altri soltanto perché ne percepiscono esteriormente i tratti, non trovando in loro nulla di eccezionale o straordinario, li considereranno al di sotto del loro reale valore. I loro occhi, che a volte brillano di un luccichio diverso da quello dello spirito, prometterebbero invano ciò che in realtà non sono in grado di offrire; coloro che conoscono soltanto lo spirito e non lo trovano in lui, non andranno oltre questa apparenza e diranno: “È un uomo di spirito, solo in apparenza”; i suoi stessi amici potrebbero sbagliarsi come tutti gli altri riguardo alle sue reali qualità. E se qualche evento imprevisto li costringesse infine a riconoscere in lui più talento e intelligenza di quanto avessero inizialmente creduto, il loro orgoglio non gli perdonerebbe mai l’errore commesso; potrebbero quindi odiarlo per tutta la vita, semplicemente perché non sono riusciti a comprenderlo fin dall’inizio.

Quest’uomo, inebriato dalle sue contemplazioni dei fascini della natura, con l’immaginazione piena di idee di virtù, bellezza e perfezioni di ogni genere, cercerebbe a lungo nel mondo soggetti che gli offrissero tutto ciò. Per via del suo desiderio incessante, spesso crederebbe di aver trovato ciò che cercava; le più banali apparenze gli sembrerebbero qualità reali; le più insignificanti “prove” gli basterebbero come argomentazioni a sostegno delle sue convinzioni; in ogni sua relazione, crederebbe sempre di trovare i sentimenti che lui stesso provava. Tuttavia, continuando ad essere ingannato nelle sue aspettative e ad alimentare il proprio errore, trascorrerebbe la sua giovinezza credendo di aver realizzato le proprie fantasie. Solo quando arrivasse l’età matura e l’esperienza gli avrebbero finalmente rivelato la verità su quelle illusioni, e nonostante gli errori, i fallimenti e le sofferenze di una lunga vita, forse solo le più crudeli sfortune sarebbero in grado di distruggere quella sua amata illusione, facendogli comprendere che ciò che cercava non esisteva affatto sulla terra, o almeno non nell’ordine delle cose in cui lo aveva cercato.

La vita contemplativa disprezza l’azione. Non esiste attratto più seducente di quello offerto dalle fantasie di un cuore amorevole e tenero, che, nell’universo che si crea a piacimento, si espande liberamente, senza le dure restrizioni che il mondo reale impone. La riflessione e la previdenza, fonti di preoccupazioni e dolori, non si avvicinano affatto all’anima inebriata dai piaceri della contemplazione. Tutti gli sforzi faticosi della vita attiva le diventano insopportabili e sembrano superflui; perché infatti dovremmo sopportare tante sofferenze nell’attesa di un successo così incerto e lontano, quando possiamo immediatamente, nella dolcezza del sogno, godere liberamente di tutta la felicità che sentiamo dentro di noi? Quindi, si potrebbe dire che diventiamo pigri e indolenti per gusto, o addirittura per ragione. Anche se in realtà non lo fossimo per natura. Se, di tanto in tanto, qualche progetto di gloria o ambizione ci commuovesse, lo seguiremmo all’inizio con entusiasmo e impetuosità; ma la minima difficoltà o ostacolo ci fermerebbe immediatamente, spingendoci di nuovo nell’inazione. Solo l’incertezza del successo potrebbe farci rinunciare a qualsiasi impegno rischioso. La nostra indolenza ci insegnerebbe che è follia contare su qualcosa in questo mondo, tormentarsi per un futuro così incerto. E che è saggezza rinunciare alla previdenza, affidandoci esclusivamente al presente, l’unico che realmente possediamo.

Così, abbandonato al proprio dolce ozio dal sistema, trascorrerebbe i propri momenti di svago secondo i propri desideri, ignorando quelle innumerevoli presunte “doveri” che la saggezza umana considera indispensabili; verrebbe quindi giudicato come colui che calpesta le convenienze sociali, poiché disprezzerebbe tutte quelle formalità. Infine, invece di coltivare la propria ragione per imparare a comportarsi con prudenza tra gli uomini, vi cercherebbe soltanto nuovi motivi per vivere lontano da loro, dedicandosi interamente alle proprie fantasie.

Questo umore indolente e voluttuoso, che si fissa sempre su oggetti piacevoli, lo allontanerebbe di conseguenza da idee dolorose e sgradevoli. I ricordi dolorosi svanirebbero molto rapidamente dalla sua mente; coloro che gli causavano sofferenza non vi avrebbero più spazio di quanto ne avessero quelle stesse sofferenze; e tutto ciò, completamente dimenticato in poco tempo, diventerebbe per lui come nulla fosse stato, a meno che il male o l’ nemico da temere non gli ricordassero ciò che aveva già sofferto. Allora potrebbe essere estremamente spaventato dai mali futuri, ma non tanto a causa di quei mali in sé, quanto piuttosto a causa del disturbo nel riposo, della privazione del tempo libero, della necessità di agire in un certo modo, che ne deriverebbero inevitabilmente e che allarmerebbero di più la sua pigrizia che la paura del male non spaventasse il suo coraggio. Tuttavia, tutto questo terrore improvviso e momentaneo sarebbe senza conseguenze e sterile. Temerebbe meno la sofferenza che l’azione stessa; preferirebbe vedere aumentare i propri mali pur di rimanere tranquillo, piuttosto che tormentarsi nel tentativo di alleviarli; una disposizione che darebbe ai nemici che potrebbe avere tutto il vantaggio possibile.

Ho detto che Jean-Jacques non era virtuoso: il nostro uomo non lo sarebbe stato nemmeno lui; e come potrebbe esserlo, debole e soggiogato dai propri desideri, se ha sempre come guida soltanto il proprio cuore, mai il dovere né la ragione? Come potrebbe la virtù, che non è altro che lavoro e lotta, regnare in mezzo alla mollezza e ai dolci piaceri? Sarebbe buono, perché la natura lo avrebbe fatto tale; farebbe del bene, perché gli sarebbe piacevole farlo: ma se si trattasse di combattere i suoi desideri più cari e di strapparsi il cuore per adempiere al proprio dovere, lo farebbe davvero? Ne dubito. La legge della natura, almeno la sua voce, non arriva fino a quel punto. Allora è necessaria un’altra legge che comandi, e che faccia tacere la natura stessa.

Mais se mettrait-il aussi dans ces situations violentes d’où naissent des devoirs si cruels ? J’en doute encore plus. Du tumulte des sociétés naissent des multitudes de rapports nouveaux et souvent opposés, qui tiraillent en sens contraire ceux qui marchent avec ardeur dans la route sociale. À peine ont-ils alors d’autre bonne règle de justice, que de résister à tous leurs penchants, et de faire toujours le contraire de ce qu’ils désirent, par cela seul qu’ils le désirent. Mais celui qui se tient à l’écart, et fuit ces dangereux combats, n’a pas besoin d’adopter cette morale cruelle, n’étant point entraîné par le torrent, ni forcé de céder à sa fougue impétueuse, ou de se roidir pour y résister : il se trouve naturellement soumis à ce grand précepte de morale, mais destructif de tout l’ordre social, de ne se mettre jamais en situation à pouvoir trouver son avantage dans le mal d’autrui. Celui qui veut suivre ce précepte à la rigueur n’a point d’autre moyen pour cela que de se retirer tout-à-fait de la société, et celui qui en vit séparé suit par cela seul ce précepte sans avoir besoin d’y songer.

Notre homme ne sera donc pas vertueux, parce qu’il n’aura pas besoin de l’être ; et, par la même raison, il ne sera ni vicieux, ni méchant ; car l’indolence et l’oisiveté, qui dans la société sont un si grand vice, n’en sont plus un dans quiconque a su renoncer à ses avantages pour n’en pas supporter les travaux. Le méchant n’est méchant qu’à cause du besoin qu’il a des autres, que ceux-ci ne le favorisent pas assez, que ceux-là lui font obstacle, et qu’il ne peut ni les employer ni les écarter à son gré. Le solitaire n’a besoin que de sa subsistance, qu’il aime mieux se procurer par son travail dans la retraite, que par ses intrigues dans le monde, qui seraient un bien plus grand travail pour lui. Du reste, il n’a besoin d’autrui que parce que son coeur a besoin d’attachement ; il se donne des amis imaginaires, pour n’en avoir pu trouver de réels ; il ne fuit les hommes qu’après avoir vainement cherché parmi eux ce qu’il doit aimer.

Notre homme ne sera pas vertueux, parce qu’il sera faible, et que la vertu n’appartient qu’aux âmes fortes. Mais cette vertu à laquelle il ne peut atteindre, qui est-ce qui l’admirera, la chérira, l’adorera plus que lui ? qui est-ce qui, avec une imagination plus vive, s’en peindra mieux le divin simulacre ? qui est-ce qui, avec un cœur plus tendre, s’enivrera plus d’amour pour elle ? Ordre, harmonie, beauté, perfection, sont les objets de ses plus douces méditations. Idolâtre du beau dans tous les genres, resterait-il froid uniquement pour la suprême beauté ? Non ; elle ornera de ses charmes immortels toutes ces images chéries qui remplissent son âme, qui repaissent son cœur. Tous ses premiers mouvements seront vifs et purs ; les seconds auront sur lui peu d’empire. Il voudra toujours ce qui est bien, il le fera quelquefois ; et si souvent il laisse éteindre sa volonté par sa faiblesse, ce sera pour retomber dans sa langueur. Il cessera de bien faire, il ne commencera pas même lorsque la grandeur de l’effort épouvantera sa paresse ; mais jamais il ne fera volontairement ce qui est mal. En un mot, s’il agit rarement comme il doit, plus rarement encore il agira comme il ne doit pas, et toutes ses fautes, même les plus graves, ne seront que des péchés d’omission : mais c’est par là précisément qu’il sera le plus en scandale aux hommes, qui, ayant mis toute la morale en petites formules, comptent pour rien le mal dont on s’abstient, pour toute l’étiquette des petits procédés, et sont bien plus attentifs à remarquer les devoirs auxquels on manque, qu’à tenir compte de ceux qu’on remplit.

Tel sera l’homme doué du tempérament dont j’ai parlé, tel j’ai trouvé celui que je viens d’étudier. Son âme, forte en ce qu’elle ne se laisse point détourner de son objet, mais faible pour surmonter les obstacles, ne prend guère de mauvaises directions, mais suit lâchement la bonne. Quand il est quelque chose, il est bon, mais plus souvent il est nul : et c’est pour cela même que, sans être persévérant, il est ferme ; que les traits de l’adversité ont moins de prise sur lui qu’ils n’auraient sur tout autre homme ; et que, malgré tous ses malheurs, ses sentiments sont encore plus affectueux que douloureux. Son coeur, avide de bonheur et de joie, ne peut garder nulle impression pénible. La douleur peut le déchirer un moment sans pouvoir y prendre racine. Jamais idée affligeante n’a pu longtemps l’occuper. Je l’ai vu, dans les plus grandes calamités de sa malheureuse vie, passer rapidement de la plus profonde affliction à la plus pure joie, et cela sans qu’il restât pour le moment dans son âme aucune trace des douleurs qui venaient de la déchirer, qui l’allaient déchirer encore, et qui constituaient pour lors son état habituel.

Les affections auxquelles il a le plus de pente se distinguent même par des signes physiques. Pour peu qu’il soit ému, ses yeux se mouillent à l’instant. Cependant jamais la seule douleur ne lui fit verser une larme ; mais tout sentiment tendre et doux, ou grand et noble, dont la vérité passe à son cœur, lui en arrache infailliblement. Il ne saurait pleurer que d’attendrissement ou d’admiration ; la tendresse et la générosité sont les deux seules cordes sensibles par lesquelles on peut vraiment l’affecter. Il peut voir ses malheurs d’un œil sec, mais il pleure en pensant à son innocence et au prix qu’avait mérité son cœur.

Il est des malheurs auxquels il n’est pas même permis à un honnête homme d’être préparé. Tels sont ceux qu’on lui destinait. En le prenant au dépourvu, ils ont commencé par l’abattre : cela devait être ; mais ils n’ont pu le changer. Il a pu quelques instants se laisser dégrader jusqu’à la bassesse, jusqu’à la lâcheté, jamais jusqu’à l’injustice, jusqu’à la fausseté, jusqu’à la trahison. Revenu de cette première surprise, il s’est relevé et vraisemblablement ne se laissera plus abattre, parce que son naturel a repris le dessus, que connaissant enfin les gens auxquels il a affaire, il est préparé à tout, et qu’après avoir épuisé sur lui tous les traits de leur rage, ils se sont mis hors d’état de lui faire pis.

Je l’ai vu dans une position unique et presque incroyable, plus seul au milieu de Paris que Robinson dans son île, et séquestré du commerce des hommes par la foule même empressée à l’entourer, pour empêcher qu’il ne se lie avec personne. Je l’ai vu concourir volontairement avec ses persécuteurs à se rendre sans cesse plus isolé ; et, tandis qu’ils travaillaient sans relâche à le tenir séparé des autres hommes, s’éloigner des autres et d’eux-mêmes de plus en plus. Ils veulent rester pour lui servir de barrière, pour veiller à tous ceux qui pourraient l’approcher, pour les tromper, les gagner ou les écarter, pour observer ses discours, sa contenance, pour jouir à longs traits du doux aspect de sa misère, pour chercher d’un œil curieux s’il reste quelque place en son cœur déchiré où ils puissent porter encore quelque atteinte. De son côté, il voudrait les éloigner, ou plutôt s’en éloigner, parce que leur malignité, leur duplicité, leurs vues cruelles blessent ses yeux de toutes parts, et que le spectacle de la haine l’afflige et le déchire encore plus que ses effets. Ses sens le subjuguent alors ; et, sitôt qu’ils sont frappés d’un objet de peine, il n’est plus maître de lui. La présence d’un malveillant le trouble au point de ne pouvoir déguiser son angoisse. S’il voit un traître le cajoler pour le surprendre, l’indignation le saisit, perce de toutes parts dans son accent, dans son regard, dans son geste. Que le traître disparaisse, à l’instant il est oublié ; et l’idée des noirceurs que l’on va brasser ne saurait occuper l’autre une minute à chercher les moyens de s’en défendre. C’est pour écarter de lui cet objet de peine, dont l’aspect le tourmente, qu’il voudrait être seul : il voudrait être seul pour vivre à son aise avec les amis qu’il s’est créés ; mais tout cela n’est qu’une raison de plus à ceux qui en prennent le masque pour l’obséder plus étroitement. Ils ne voudraient pas même, s’il leur était possible, lui laisser dans cette vie la ressource des fictions.

But would he also plunge into those violent situations from which such cruel duties arise? I doubt it even more. From the turmoil of societies emerge numerous new and often opposing relationships, which pull those who fervently pursue the path of society in opposite directions. At such times, their only proper rule of justice is to resist all their inclinations and always do the very opposite of what they desire—just because they desire it. But those who stay aloof and avoid these dangerous conflicts need not adopt such a cruel morality; they are neither swept away by the torrential currents of society nor forced to yield to its impetuous fury, nor to strain themselves to resist it. They naturally abide by that destructive moral principle which precludes ever seeking advantage at the expense of others. Those who wish to strictly follow this principle have no other choice but to withdraw entirely from society; and those who live apart from it already comply with it without even needing to consciously consider it.

Therefore, our man will not be virtuous, because he will not need to be it; and for the same reason, he will neither be vicious nor evil, for laziness and idleness, which are considered great vices in society, cease to be such for anyone who has renounced the advantages of society in order to avoid its burdens. The wicked is wicked only because he needs others, because they do not favor him enough, or because they stand in his way, preventing him from using them or getting rid of them at his will. The solitary man needs only enough to sustain himself; he would rather obtain it through his own labor in solitude than through scheming in the world, which would require even greater effort for him. Moreover, he needs others only because his heart craves affection; he creates imaginary friends because he has been unable to find any real ones; and he avoids people only after having vainly sought among them what he ought to love.

Our man will not be virtuous, for he will be weak, and virtue belongs only to strong souls. But this virtue, which he cannot attain—whom shall it then admire, cherish, adore more than himself? Who, with a more vivid imagination, shall depict its divine likeness more perfectly? Who, with a softer heart, shall feel such intense love for it? Order, harmony, beauty, perfection—these are the objects of his gentlest contemplations. An idolater of beauty in all its forms, would he remain indifferent to the supreme beauty? No; it would adorn with its immortal charms all those cherished images that fill his soul and nourish his heart. His first impulses would always be vigorous and pure; later ones would have little power over him. He would always desire what is good, and sometimes he would accomplish it; but often, due to his weakness, his will would be subdued, and he would fall back into his lethargy. He would cease to do good, and not even attempt to do so when the greatness of the effort might frighten his laziness; yet he would never deliberately do evil. In short, if he seldom acts as he ought to, then even rarer still would it be for him to act contrary to what is right. And all his faults, even the most serious ones, would be nothing but sins of omission. But it is precisely because of this that he would cause the greatest scandal among men—who, having reduced morality to mere trivial rules, consider insignificant the evil that is avoided, and pay far more attention to the observance of minor formalities than to the fulfillment of genuine duties.

Such will be the man endowed with the temperament of which I have spoken; such was the person I have just studied. His soul is strong in that it refuses to be diverted from its purpose, but weak in its ability to overcome obstacles. It seldom takes wrong paths but rather follows the right one with lukewarmness. When he is engaged in something, he is good at it; yet more often, he achieves nothing. And precisely for this reason, he lacks perseverance yet remains resolute; the trials of adversity have less effect on him than they would on any other man; and despite all his misfortunes, his feelings are more tender than sorrowful. His heart, eager for happiness and joy, cannot retain any painful impressions. Pain may momentarily rend it apart, but it cannot take root there. Never has a distressing thought managed to occupy his mind for long. I have seen him, in the midst of the greatest calamities of his unfortunate life, quickly pass from the deepest sorrow to the purest joy—without any trace remaining in his soul of the pains that had just afflicted him or that were yet to afflict him, and which at that moment constituted his usual state.

The emotions that affect him most are even distinguished by physical signs. At the slightest hint of emotion, his eyes immediately fill with tears. However, mere pain never brings him to tears; only tender and gentle feelings, or those that are noble and grand, when they touch his heart deeply, will surely make him weep. He can only cry out of compassion or admiration; tenderness and generosity are the only two emotions that can truly move him. He may remain indifferent to his own misfortunes, but thinking of his innocence and the high price his heart has paid fills him with tears.

There are some misfortunes against which not even an honest man is allowed to be prepared. Such were the ones that awaited him. By catching him off guard, they began by defeating him—such was their plan—but they were unable to change his nature. For a brief moment, he allowed himself to sink to the lowest levels of baseness and cowardice; yet he never descended to injustice, falsehood, or betrayal. Having recovered from this initial shock, he rose again and is likely now incapable of being defeated once more, for his true nature has regained the upper hand. Now that he finally understands the kind of people he is dealing with, he is prepared for anything. And after they have exhausted all their means of fury against him, they are no longer able to inflict anything worse upon him.

I saw him in a unique and almost unbelievable situation—more alone in the heart of Paris than Robinson Crusoe on his island, isolated from human society by the very crowd that surrounded him, eager to prevent him from forming any connections with others. I saw him willingly competing with his persecutors, striving to become even more isolated; while they tirelessly worked to keep him separated from other people, he himself grew further and further away from them all. They wanted to remain there as a barrier for him, to watch over anyone who might approach him, to deceive them, win them over, or drive them away, to observe his words and behavior, to indulge in the sight of his suffering, and to eagerly seek out any remaining vulnerability in his torn heart that they could exploit. On his part, he wanted to get rid of them—or rather, to distance himself from them—because their malice, duplicity, and cruel intentions wounded him at every turn, and the sight of hatred itself caused him even greater anguish than its effects. His senses overwhelmed him; whenever they encountered something that caused him pain, he lost control of himself. The presence of a villain disturbed him so much that he could no longer hide his distress. If he saw a traitor trying to trick him, indignation seized him—his tone, his gaze, his gestures all revealed it. As soon as the traitor disappeared, he would forget about them entirely; the very thought of the dangers awaiting him wouldn’t even make him consider how to defend himself for a moment. It was precisely to escape from these sources of pain that he longed to be alone—to live in peace with the friends he had made for himself. But all this only provided more reasons for those who disguised themselves as his friends to torment him even more relentlessly. If it were possible, they would not have even allowed him the solace of imaginary companions in this life.

Ma si troverebbe mai in quelle situazioni violente da cui nascono doveri così crudeli? Ne dubito ancora di più. Dal tumulto delle società sorgono innumerevoli nuovi rapporti, spesso opposti tra loro, che tirano in direzioni contrarie coloro che camminano con passione lungo la strada sociale. A quel punto, l’unica regola di giustizia a cui possono attenersi è quella di resistere a tutti i propri impulsi e di fare sempre il contrario di ciò che desiderano, semplicemente perché lo desiderano. Ma colui che si tienne in disparte, che fugge da queste pericolose lotte, non ha bisogno di adottare una morale così crudele: non è trascinato dal torrente delle circostanze, né costretto a cedere alla propria furia impetuosa, né a rafforzarsi per resistervi. Si trova naturalmente soggetto a quel grande principio morale, ma distruttivo di ogni ordine sociale: non si trova mai in una situazione in cui possa trarre vantaggio dal male altrui. Chi vuole seguire rigorosamente questo principio non ha altro mezzo se non ritirarsi completamente dalla società; e colui che vive separato da essa segue automaticamente quel principio, senza nemmeno doverci pensare.

Dunque, il nostro uomo non sarà virtuoso, perché non avrà bisogno di esserlo; e, per la stessa ragione, non sarà né vizioso né malvagio; poiché l’indolenza e l’ozio, che nella società rappresentano un grande vizio, non lo sono più per chi ha rinunciato ai vantaggi offerti dalla società pur di non sopportarne i lavori. Il malvagio è malvagio soltanto perché ha bisogno degli altri, perché questi non lo favoriscono a sufficienza o gli creano ostacoli, e perché non può né utilizzarli né allontanarli a suo piacimento. Il solitario ha bisogno soltanto del proprio sostentamento; preferisce procurarselo con il proprio lavoro nella solitudine, piuttosto che tramite intrighi nel mondo, che per lui rappresenterebbero un lavoro ancora più arduo. Del resto, ha bisogno degli altri soltanto perché il suo cuore ha bisogno di affetto; si crea amici immaginari, perché non è riuscito a trovarne veri; fugge dagli uomini solo dopo aver cercato invano tra loro ciò che dovrebbe amare.

Il nostro uomo non sarà virtuoso, perché è debole, e la virtù appartiene soltanto alle anime forti. Ma questa virtù, alla quale non può arrivare, chi sarà ad ammirarla, a coccolarla, ad adorarla più di lui stesso? Chi, con un’immaginazione più viva, riuscirà a rappresentarsene meglio l’aspetto divino? Chi, con un cuore più tenero, ne sarà più appassionato? Ordine, armonia, bellezza, perfezione: questi sono gli oggetti delle sue meditazioni più dolci. Idolatra della bellezza in tutti i suoi aspetti, resterebbe indifferente di fronte alla bellezza suprema? No; essa adornerebbe con i suoi incanti immortali tutte quelle immagini amate che riempiono la sua anima, che nutrono il suo cuore. Tutti i suoi primi impulsi sarebbero vivaci e puri; gli impulsi successivi avrebbero su di lui poco potere. Vorrebbe sempre ciò che è giusto, a volte lo farebbe; ma spesso lascerebbe che la sua debolezza soffocasse la sua volontà, ritornando così nella sua apatia. Smetterebbe di compiere azioni buone, e non ne inizierebbe nemmeno quando l’enormità dello sforzo avrebbe dovuto spaventare la sua pigrizia; tuttavia, mai farebbe deliberatamente ciò che è male. In breve, se raramente agisce come dovrebbe, ancora più raramente agirà contro ciò che è giusto; e tutte le sue colpe, anche le più gravi, non saranno altro che peccati di omissione. Ma è proprio per questo motivo che susciterà maggior scandalo negli uomini, quegli uomini che hanno ridotto tutta la morale a semplici regole formali, che considerano nulla il male che si evita, e che prestano molta più attenzione ai doveri che non vengono adempiuti che a quelli che invece vengono rispettati.

Ecco quale sarà l’uomo dotato del temperamento di cui ho parlato; ecco com’è quell’uomo che ho appena studiato. La sua anima, forte perché non si lascia deviare dal suo obiettivo, ma debole nel superare gli ostacoli, raramente prende direzioni sbagliate, ma segue con indolenza quella giusta. Quando è qualcosa, è buono; ma più spesso è nulla. Ed è proprio per questo che, senza essere perseverante, è comunque deciso; perché i colpi dell’avversità hanno su di lui meno effetto di quanto avrebbero su qualsiasi altro uomo; e perché, nonostante tutti i suoi mali, i suoi sentimenti sono più affettuosi che dolorosi. Il suo cuore, desideroso di felicità e gioia, non riesce a trattenere alcuna impressione penosa. Il dolore può dilaniarlo per un momento, ma non riesce a radicarsi in lui. Nessun pensiero angoscioso è mai riuscito a occuparlo a lungo. L’ho visto, nelle più grandi calamità della sua sfortunata vita, passare rapidamente dalla più profonda afflizione alla più pura gioia. E questo senza che nella sua anima rimanesse alcuna traccia delle sofferenze che lo avevano appena dilaniato, o che avrebbero continuato a dilaniarlo. Sofferenze che, in quel momento, costituivano il suo stato abituale.

Le emozioni verso le quali è più incline si distinguono persino per segni fisici: non appena si commuove, i suoi occhi si inumidiscono all’istante. Tuttavia, mai la sola sofferenza gli fa versare una lacrima; soltanto sentimenti teneri e dolci, o grandi e nobili, che toccano il suo cuore, lo fanno inevitabilmente piangere. Lui può piangere solo per commozione o ammirazione; la tenerezza e la generosità sono le uniche emozioni capaci di toccarlo veramente. Può guardare ai propri mali con occhi asciutti, ma piange quando pensa alla propria innocenza e al prezzo che il suo cuore ha meritato.

Ci sono disgrazie di fronte alle quali nemmeno un uomo onesto può essere preparato. Queste erano proprio quelle che gli erano destinate. Col coglierlo impreparato, hanno iniziato col abbatterlo: era inevitabile; ma non sono riusciti a cambiarlo. Per qualche istante, è stato costretto a degradarsi fino alla bassezza, fino alla codardia, mai, però, fino all’ingiustizia, alla falsità o alla tradizione. Ripresosi da questa prima sorpresa, si è rialzato e probabilmente non permetterà più che lo abbattano: il suo carattere ha ripreso il sopravvento; conoscendo finalmente le persone con cui ha a che fare, è preparato a tutto. E dopo aver esaurito su di lui tutti i mezzi della loro rabbia, queste ultime non sono più in grado di fargli del male.

L’ho visto in una posizione unica e quasi incredibile: più solo nel mezzo di Parigi di Robinson Crusoe sulla sua isola, e isolato dal contatto con gli altri uomini dalla stessa folla che si affrettava ad circondarlo per impedirgli di stabilire qualsiasi legame con chicchessia. L’ho visto volontariamente collaborare con i suoi persecutori nel rendersi sempre più isolato; mentre loro si sforzavano instancabilmente di tenerlo lontano dagli altri uomini, lui si allontanava sempre di più da loro e da se stesso. Volevano rimanere al suo fianco per fungere da barriera, per sorvegliare chiunque potesse avvicinarsi a lui, per ingannarli, conquistarli o allontanarli, per osservare le sue parole, il suo comportamento, per godersi a lungo l’aspetto “dolce” della sua miseria, per cercare con curiosità se nel suo cuore straziato esistesse ancora qualche punto vulnerabile su cui poter colpire. Da parte sua, lui voleva allontanarli, o meglio, allontanarsi da loro: perché la loro malvagità, la loro doppiezza, le loro intenzioni crudeli ferivano i suoi occhi da tutte le parti, e lo spettacolo dell’odio lo addolorava e lo lacerava ancora di più delle conseguenze stesse di quella malvagità. In quei momenti, i suoi sensi lo dominavano completamente; non appena venivano colpiti da qualcosa che gli causava dolore, lui perdeva il controllo su se stesso. La presenza di un malvagio lo turbava al punto di non riuscire a nascondere la sua angoscia. Se vedeva un traditore cercare di ingannarlo, l’indignazione lo assaliva; questa emozione traspariva chiaramente dal suo tono di voce, dal suo sguardo, dal suo gesto. Non appena quel traditore spariva, lui lo dimenticava immediatamente, e non pensava nemmeno per un istante alle possibili minacce future, né cercava modi per difendersi. Voleva soltanto essere lasciato in pace, per vivere tranquillamente con gli amici che si era creato. Ma tutto questo rappresentava solo un’altra ragione per coloro che assumevano il ruolo di persecutori per assediarlo ancora più strettamente. Non avrebbero nemmeno voluto lasciargli, in questa vita, la possibilità di ricorrere alle “finzioni”.

Je l’ai vu, serré dans leurs lacs, se débattre très peu pour en sortir, entouré de mensonges et de ténèbres, attendre sans murmure la lumière et la vérité ; enfermé vif dans un cercueil, s’y tenir assez tranquille, sans même invoquer la mort. Je l’ai vu pauvre, passant pour riche ; vieux, passant pour jeune ; doux, passant pour féroce ; complaisant et faible, passant pour inflexible et dur ; gai, passant pour sombre ; simple enfin jusqu’à la bêtise, passant pour rusé jusqu’à la noirceur. Je l’ai vu livré par vos messieurs à la dérision publique, flagorné, persiflé, moqué des honnêtes gens, servir de jouet à la canaille ; le voir, le sentir, en gémir, déplorer la misère humaine, et supporter patiemment son état.

Dans cet état, devait-il se manquer à lui-même, au point d’aller chercher dans la société des indignités peu déguisées dont on se plaisait à l’y charger ? Devait-il s’aller donner en spectacle à ces barbares, qui, se faisant de ses peines un objet d’amusement, ne cherchaient qu’à lui serrer le cœur par toutes les étreintes de la détresse et de la douleur qui pouvaient lui être les plus sensibles ? Voilà ce qui lui rendit indispensable la manière de vivre à laquelle il s’est réduit, ou, pour mieux dire, à laquelle on l’a réduit ; car c’est à quoi l’on en voulait venir, et l’on s’est attaché à lui rendre si cruelle et si déchirante la fréquentation des hommes, qu’il fut forcé d’y renoncer enfin tout-à-fait. Vous me demandez, disait-il, pourquoi je fuis les hommes ; demandez-le à eux-mêmes, ils le savent encore mieux que moi. Mais une âme expansive change-t-elle ainsi de nature, et se détache-t-elle ainsi de tout ? Tous ses malheurs ne viennent que de ce besoin d’aimer qui dévora son cœur dès son enfance, et qui l’inquiète et le trouble encore au point que, resté seul sur la terre, il attend le moment d’en sortir pour voir réaliser enfin ses visions favorites, et retrouver, dans un meilleur ordre de choses, une patrie et des amis.

Il atteignit et passa l’âge mûr, sans songer à faire des livres, et sans sentir un instant le besoin de cette célébrité fatale qui n’était pas faite pour lui, dont il n’a goûté que les amertumes, et qu’on lui a fait payer si cher. Ses visions chéries lui tenaient lieu de tout, et, dans le feu de la jeunesse, sa vive imagination, surchargée, accablée d’objets charmants qui venaient incessamment la remplir, tenait son cœur dans une ivresse continuelle qui ne lui laissait ni le pouvoir d’arranger ses idées, ni celui de les fixer, ni le temps de les écrire, ni le désir de les communiquer. Ce ne fut que quand ces grands mouvements commencèrent à s’apaiser, quand ses idées prenant une marche plus réglée et plus lente, il en put suivre assez la trace pour la marquer ; ce fut, dis-je, alors seulement que l’usage de la plume lui devint possible, et qu’à l’exemple et à l’instigation des gens de lettres avec lesquels il vivait alors, il lui vint en fantaisie de communiquer au public ces mêmes idées dont il s’était longtemps nourri lui-même, et qu’il crut être utiles au genre humain. Ce fut même en quelque façon par surprise, et sans en avoir formé le projet, qu’il se trouva jeté dans cette funeste carrière, où dès-lors peut-être on creusait déjà sous ses pas ces gouffres de malheurs dans lesquels on l’a précipité.

Dès sa jeunesse, il s’était souvent demandé pourquoi il ne trouvait pas tous les hommes bons, sages, heureux, comme ils lui semblaient faits pour l’être ; il cherchait dans son cœur l’obstacle qui les en empêchait, et ne le trouvait pas. Si tous les hommes, se disait-il, me ressemblaient, il régnerait sans doute une extrême langueur dans leur industrie, ils auraient peu d’activité, et n’en auraient que par brusques et rares secousses : mais ils vivraient entre eux dans une très douce société. Pourquoi n’y vivent-ils pas ainsi ? pourquoi, toujours accusant le ciel de leurs misères, travaillent-ils sans cesse à les augmenter ? En admirant les progrès de l’esprit humain, il s’étonnait de voir croître en même proportion les calamités publiques. Il entrevoyait une secrète opposition entre la constitution de l’homme et celle de nos sociétés ; mais c’était plutôt un sentiment sourd, une notion confuse, qu’un jugement clair et développé. L’opinion publique l’avait trop subjugué lui-même pour qu’il osât réclamer contre de si unanimes décisions.

Une malheureuse question d’académie, qu’il lut dans un Mercure, vint tout-à-coup dessiller ses veux, débrouiller ce chaos dans sa tête, lui montrer un autre univers, un véritable âge d’or, des sociétés d’hommes simples, sages, heureux, et réaliser en espérance toutes ses visions par la destruction des préjugés qui l’avaient subjugué lui-même, mais dont il crut en ce moment voir découler les vices et les misères du genre humain. De la vive effervescence qui se fît alors dans son âme sortirent des étincelles de génie qu’on a vues briller dans ses écrits durant dix ans de délire et de fièvre, mais dont aucun vestige n’avait paru jusqu’alors, et qui vraisemblablement n’auraient plus brillé dans la suite, si, cet accès passé, il eût voulu continuer d’écrire. Enflammé par la contemplation de ces grands objets, il les avait toujours présents à sa pensée ; et, les comparant à l’état réel des choses, il les voyait chaque jour sous des rapports tout nouveaux pour lui. Bercé du ridicule espoir de faire enfin triompher des préjugés et du mensonge la raison, la vérité, et de rendre les hommes sages en leur montrant leur véritable intérêt, son cœur échauffé par l’idée du bonheur futur du genre humain et par l’honneur d’y contribuer, lui dictait un langage digne d’une si grande entreprise. Contraint par là de s’occuper fortement et longtemps du même sujet, il assujettit sa tête à la fatigue de la réflexion : il apprit à méditer profondément ; et, pour un moment, il étonna l’Europe par des productions dans lesquelles les âmes vulgaires ne virent que de l’éloquence et de l’esprit, mais où celles qui habitent nos régions éthérées reconnurent avec joie une des leurs.


LE FRANÇAIS. — Je vous ai laissé parler sans vous interrompre ; mais permettez qu’ici je vous arrête un moment…

ROUSSEAU. — Je devine… une contradiction, n’est-ce pas ?

LE FRANÇAIS. — Non, j’en ai vu l’apparence. On dit que cette apparence est un piège que Jean-Jacques s’amuse à tendre aux lecteurs étourdis.

ROUSSEAU. — Si cela est, il en est bien puni par les lecteurs de mauvaise foi, qui font semblant de s’y prendre, pour l’accuser de ne savoir ce qu’il dit.

LE FRANÇAIS. — Je ne suis point de cette dernière classe, et je tache de ne pas être de l’autre. Ce n’est donc point une contradiction qu’ici je vous reproche, mais c’est un éclaircissement que je vous demande. Vous étiez ci-devant persuadé que les livres qui portent le nom de Jean-Jacques n’étaient pas plus de lui que cette traduction du Tasse si fidèle et si coulante qu’on répand avec tant d’affectation sous son nom[388] ; maintenant vous paraissez croire le contraire. Si vous avez en effet changé d’opinion, veuillez m’apprendre sur quoi ce changement est fondé.

ROUSSEAU. — Cette recherche fut le premier objet de mes soins. Certain que l’auteur de ces livres et le monstre que vous m’avez peint ne pouvaient être le même homme, je me bornais, pour lever mes doutes, à résoudre cette question. Cependant je suis, sans y songer, parvenu à la résoudre par la méthode contraire. Je voulais premièrement connaître l’auteur pour me décider sur l’homme, et c’est par la connaissance de l’homme que je me suis décidé sur l’auteur.

Pour vous faire sentir comment une de ces deux recherches m’a dispensé de l’autre, il faut reprendre les détails dans lesquels je suis entré pour cet effet : vous déduirez de vous-même et très aisément les conséquences que j’en ai tirées.

Je vous ai dit que je l’avais trouvé copiant de la musique à dix sous la page : occupation peu sortable à la dignité d’auteur, et qui ne ressemblait guère à celles qui lui ont acquis tant de réputation, tant en bien qu’en mal. Ce premier article m’offrait déjà deux recherches à faire : l’une, s’il se livrait à ce travail tout de bon ou seulement pour donner le change au public sur ses véritables occupations ; l’autre, s’il avait réellement besoin de ce métier pour vivre, ou si c’était une affectation de simplicité ou de pauvreté pour faire l’Épictète et le Diogène, comme l’assurent vos messieurs.

I saw him, trapped in their webs, struggling very little to free himself, surrounded by lies and darkness, waiting in silence for light and truth; locked alive in a tomb, remaining quite calm within it, without even invoking death. I saw him poor, yet passing off as rich; old, yet appearing young; gentle, yet seeming ferocious; complaisant and weak, yet regarded as unyielding and hard-hearted; cheerful, yet appearing gloomy; ultimately so simple as to seem foolish, yet so cunning as to seem utterly wicked. I saw him subjected to public ridicule by your people, flattered, mocked, despised by the honest, and used as a plaything by the vile. I saw him—felt him—grieving over human misery, yet enduring his fate with patience.

In such a state, was it necessary for him to deprive himself of everything, to the point of seeking out in society those blatant indignities that people took pleasure in imposing upon him? Was it necessary for him to expose himself to the mockery of these barbarians, who found amusement in his suffering and only aimed to crush his heart with all the torments of distress and pain that could be most cruelly inflicted upon him? It was precisely this that made the way of life he was forced to adopt absolutely indispensable—for, indeed, that was the very goal they had in mind. They deliberately made human company so unbearable for him that he was ultimately forced to abandon it entirely. “You ask me why I flee from men,” he would say, “ask them themselves; they know better than I do.” But can a soul that is naturally generous and compassionate truly change its nature in such a way, and cut itself off from everything that gives meaning to life? All his misfortunes stem from that unquenchable desire to love—which consumed his heart since childhood and continued to haunt him, to the point where, alone on this earth, he awaited the moment when he could finally leave it behind and see his cherished visions come true, and in a better world, find a homeland and true friends.

He reached and passed the age of maturity without ever thinking of writing books, nor feeling for a single moment the need for that fatal fame which was not meant for him—fame of which he tasted only the bitternesses and for which he paid such a high price. His cherished visions sufficed to fill his life; in the fervor of youth, his lively imagination, overwhelmed by an endless stream of delightful images, kept his heart in a constant state of ecstasy—an ecstasy that left him neither the ability to organize his thoughts nor the time to write them down, nor even the desire to share them with others. It was only when these intense emotions began to subside, when his thoughts took on a more orderly and slower pace, that he was able to follow their course enough to record them. It was then, I mean, that he began to use the pen; inspired by the example and encouragement of those men of letters who lived with him at the time, he conceived the idea of presenting to the public the very ideas that had long nourished his own thoughts—and that he believed could be beneficial to mankind. In fact, it was somewhat unexpectedly, without having previously made such a plan, that he found himself embarking on this fatal career, in the wake of which, perhaps from that very moment, the abysses of misfortune began to open beneath his feet.

From a young age, he often wondered why he did not find all men to be good, wise, and happy, as it seemed they were destined to be; he searched within himself for the obstacle that prevented them from being so, but found none. If all men were like him, he thought, there would surely be great listlessness in their endeavors; they would lack initiative and engage only in sporadic, rare efforts—yet they would live together in a very harmonious society. Why don’t they live like that? Why, always blaming heaven for their misfortunes, do they constantly work to increase them? As he admired the progress of human intellect, he was astonished to see public calamities grow in proportion as well. He sensed some hidden contradiction between the nature of man and the structure of our societies—but it was more of a vague feeling, a confused notion, than a clear and well-formed judgment. Public opinion had too thoroughly subdued him for him to dare challenge such universally accepted decisions.

A unfortunate academic question, which he read in a magazine, suddenly cleared the fog from his mind, sorted out the chaos in his thoughts, and revealed to him another world—a true golden age of simple, wise, and happy people. It allowed him to envision all his aspirations, realizing that they could be fulfilled only by destroying the prejudices that had once enslaved him himself, yet which he now saw as the root causes of human vice and suffering. The intense excitement that arose in his soul sparked flashes of genius that would later shine through his writings during ten years of delirium and fervor—though none of these traces had appeared before, and it was unlikely they would ever reappear if he had continued to write after that brief moment of inspiration. Enraged by the contemplation of these noble ideals, he kept them constantly in his mind; comparing them with the actual state of affairs, he saw them in new perspectives every day. Deluded by the hope of ultimately triumphing over prejudice and falsehood with reason and truth, and of making humanity wise by revealing its true interests, his heart, filled with visions of future human happiness and the honor of contributing to it, inspired him to use language befitting such a great endeavor. Forced to focus intensely on this subject for an extended period, he trained his mind through rigorous reflection and learned to meditate deeply. For a time, he astonished Europe with works that ordinary people saw merely as eloquent and witty, but which those who inhabited the higher realms of thought recognized as belonging to their own realm.


THE FRENCHMAN: — I allowed you to speak without interrupting you; but permit me to stop you here for a moment.

ROUSSEAU. — I guess, it’s a contradiction, isn’t it?

THE FRENCHMAN: — No, I have only seen its appearance. It is said that this appearance is a trap that Jean-Jacques enjoys setting for bewildered readers.

ROUSSEAU. — If that is indeed the case, he is well punished by those readers of bad faith who pretend to take it seriously in order to accuse him of not knowing what he is saying.

THE FRENCHMAN: — I do not belong to the latter category, and I strive not to belong to the former either. Therefore, what I am reproaching you here is not a contradiction, but rather a request for clarification. You were previously convinced that books bearing the name of Jean-Jacques had nothing to do with him, just as this translation of Tasso, so faithful and so smoothly written, is widely circulated in his name[388]; now it seems you believe the opposite. If you have indeed changed your opinion, please tell me on what grounds this change is based.

ROUSSEAU. — This inquiry was the primary object of my efforts. Certain that the author of these books and the monster you had depicted to me could not be the same person, I limited myself, in order to dispel my doubts, to resolving this question. However, without realizing it, I ended up resolving it using a completely opposite method. I wanted to know the author first in order to form an opinion about the man; yet it was through knowledge of the man that I finally came to a conclusion regarding the author.

To help you understand how one of these two lines of research enabled me to dispense with the other, it is necessary to revisit the specific details I considered in that context: you will easily be able to draw the same conclusions as I did.

I told you that I found him copying music for a mere pittance: an occupation utterly unworthy of the dignity of an author, and one that bore little resemblance to those pursuits that had earned him such fame, both for good and for ill. That first article already presented me with two questions to investigate: firstly, whether he engaged in this activity seriously or merely to deceive the public about his true occupations; and secondly, whether he truly needed this job to make a living, or whether it was merely an act of pretending simplicity or poverty, in order to live up to the ideals of Epictetus and Diogenes, as those gentlemen claim.

L’ho visto, intrappolato in quei “laghi” di menzogne e tenebre, lottare appena per uscirne, aspettare in silenzio la luce e la verità; chiuso vivo in una bara, rimanere abbastanza calmo, senza nemmeno invocare la morte. L’ho visto povero, ma considerato ricco; vecchio, ma scambiato per giovane; dolce, ma ritenuto feroce; accomodante e debole, ma descritto come inflessibile e duro; allegro, ma considerato cupo; semplice, fino alla stupidità, ma definito astuto, fino all’oscurità. L’ho visto consegnato dalla vostra gente al pubblico disprezzo, umiliato, deriso, insultato dalle persone oneste, trasformato in un giocattolo per la canaglia; l’ho visto soffrire, lamentarsi della miseria umana e sopportare pazientemente la sua condizione.

In tale stato, doveva forse privarsi di qualcosa dentro di sé, al punto da andare a cercare nella società quelle umiliazioni poco velate di cui gli piaceva essere accusato? Doveva forse esibirsi davanti a quei barbari che, facendo delle sue sofferenze un oggetto di divertimento, non cercavano altro che stringergli il cuore con tutte le forme di dolore e miseria possibili? Fu proprio questo che rese indispensabile per lui quel modo di vivere al quale si era ridotto, o, per dire meglio, al quale lo avevano costretto a ridursi; perché era proprio ciò che loro volevano ottenere. Hanno cercato di rendere la convivenza con gli uomini così crudele e straziante, che alla fine fu costretto ad abbandonarla del tutto. “Vi chiedete”, diceva, “perché fuggo dagli uomini. Chiedetelo a loro stessi: lo sanno ancora meglio di me”. Ma un’anima appassionata può davvero cambiare così radicalmente, può davvero separarsi da tutto ciò che la lega al mondo? Tutti i suoi mali derivano soltanto da quel bisogno d’amare che ha divorato il suo cuore fin dall’infanzia, e che continua a tormentarlo fino al punto che, rimasto solo su questa terra, attende con ansia il momento in cui potrà uscirne per vedere finalmente realizzarsi le sue visioni più desiderate, e ritrovare, in un ordine di cose migliore, una patria e degli amici.

Raggiunse e superò l’età matura senza mai pensare di scrivere libri, né sentendo per un istante il bisogno di quella fama fatale che non era fatta per lui; ne conobbe soltanto gli aspetti amari, e dovette pagarne un prezzo così alto. Le sue visioni carissime gli bastavano in tutto; nel fervore della giovinezza, la sua vivace immaginazione, sovraccarica di oggetti incantevoli che continuamente le si presentavano, teneva il suo cuore in un’estasi continua che non gli lasciava né la capacità di ordinare i suoi pensieri, né quella di fissarli, né il tempo per scriverli, né il desiderio di condividerli. Fu soltanto quando questi intensi turbamenti iniziarono a placarsi, quando i suoi pensieri presero un corso più regolare e lento, che poté seguirne abbastanza le tracce da riuscire a fissarle; fu allora che gli divenne possibile utilizzare la penna, e suggerito e incoraggiato dagli uomini di lettere con cui viveva in quel periodo, gli venne l’idea di condividere con il pubblico le stesse idee di cui si era nutrito a lungo lui stesso, ritenendole utili per l’umanità. Fu quasi per caso, senza averne mai preso in considerazione l’eventualità, che si trovò coinvolto in questa pericolosa carriera nella quale, forse fin da allora, venivano già scavati sotto i suoi passi quegli abissi di sventura nei quali è poi stato precipitato.

Fin da giovane, si chiedeva spesso perché non trovasse tutti gli uomini buoni, saggi e felici, come gli sembrava che fossero fatti per essere; cercava nel proprio cuore l’ostacolo che li impediva di esserlo, ma non lo trovava. “Se tutti gli uomini mi assomigliassero”, si diceva, “certamente regnerebbe un’estrema noia nelle loro attività; avrebbero poca energia e la manifesterebbero solo in scosse improvvisse e rare. Ma vivrebbero tra di loro in una società molto dolce. Perché allora non vivono così? Perché, accusando sempre il cielo delle loro miserie, lavorano senza sosta per aumentarle?” Ammirando i progressi dello spirito umano, si meravigliava di vedere crescere nella stessa proporzione anche le calamità pubbliche. Intravedeva una segreta opposizione tra la natura dell’uomo e quella delle nostre società. Ma si trattava più che altro di un sentimento vago, di una nozione confusa, piuttosto che di un giudizio chiaro e fondato. L’opinione pubblica lo aveva troppo soggiogato; perciò non osava mettere in discussione decisioni così unanimemente accettate.

Una sfortunata questione accademica, che lesse su un giornale, gli aprì improvvisamente gli occhi, disperse il caos nella sua mente e gli mostrò un altro universo, un vero “età d’oro”, società di uomini semplici, saggi e felici. Gli permise inoltre di realizzare, con speranza, tutte le sue visioni: attraverso la distruzione dei pregiudizi che lo avevano dominato lui stesso, ma dai quali credeva di poter vedere derivare i vizi e le miserie dell’umanità. Dalla vivace eccitazione che allora si sprigionò nella sua anima nacquero scintille di genio: quelle stesse che si erano manifestate nei suoi scritti durante dieci anni di delirio e febbre, ma delle quali fino ad allora non era emerso alcun segno; scintille che probabilmente non sarebbero mai più apparse se, dopo quell’episodio, avesse continuato a scrivere. Infuocato dalla contemplazione di questi grandi ideali, li teneva sempre presenti nella sua mente; e confrontandoli con lo stato reale delle cose, li vedeva ogni giorno sotto prospettive completamente nuove per lui. Cullato dall’illusoria speranza di poter finalmente far trionfare la ragione e la verità sui pregiudizi e sul mentire, e di rendere gli uomini saggi mostrando loro il loro vero interesse, il suo cuore, infuocato dall’idea del futuro benessere dell’umanità e dall’onore di contribuirvi, gli suggeriva un linguaggio degno di una così grande impresa. Costretto quindi a dedicarsi intensamente e a lungo allo stesso argomento, sottopose la propria mente alla fatica della riflessione: imparò a meditare profondamente; e per un certo periodo sorprese l’Europa con opere nelle quali le anime volgari vedevano soltanto eloquenza e spirito, ma che coloro che abitano le nostre regioni eteree riconobbero con gioia come appartenenti al loro stesso mondo.


IL FRANCESE: Vi ho lasciato parlare senza interrompervi; ma permettetemi ora di fermarvi per un momento.

ROUSSEAU. — Indovino, una contraddizione, vero?

IL FRANCESCO: No, ho visto soltanto l’aspetto esteriore. Si dice che quest’aspetto sia una trappola che Jean-Jacques si diverte a tendere ai lettori incauti.

ROUSSEAU: — Se ciò è vero, viene certamente punito dai lettori di cattiva fede, che fingono di prendersela seriamente con lui per accusarlo di non sapere ciò che dice.

IL FRANCESCO: — Non appartengo a quest’ultima categoria, e cerco di non appartenere nemmeno all’altra. Quindi, ciò che vi rimprovero qui non è una contraddizione, ma una chiarificazione che vi chiedo. In precedenza eravate convinto che i libri che portano il nome di Jean-Jacques non fossero davvero suoi, così come questa traduzione del Tasso, così fedele e fluida da essere diffusa con tanto affetto sotto il suo nome[388]; ora sembrate credere il contrario. Se avete effettivamente cambiato opinione, vi prego di dirmi su cosa si fonda questo cambiamento.

ROUSSEAU: — Questa ricerca fu il primo obiettivo delle mie attenzioni. Essendo certo che l’autore di questi libri e il mostro che mi avete descritto non potessero essere la stessa persona, mi limitavo, per dissipare i miei dubbi, a risolvere questa questione. Tuttavia, senza nemmeno pensarci, sono riuscito a risolverla con un metodo opposto: volevo prima conoscere l’autore per potermi pronunciare sull’uomo, e invece è stata la conoscenza dell’uomo a permettermi di stabilire chi fosse l’autore.

Per farvi comprendere in che modo una di queste due ricerche mi abbia reso superflua l’altra, è necessario riprendere i dettagli su cui ho basato tale analisi: potrete facilmente trarre da essi le conclusioni a cui sono giunto io stesso.

Vi ho detto che l’ho trovato mentre copiava musica a dieci centesimi la pagina: un’attività poco degna della dignità di un autore, e che non assomigli affatto a quelle che gli hanno valso tanta reputazione, sia positiva che negativa. Questo primo articolo mi ha già fornito due spunti per ulteriori indagini: il primo riguarda il fatto che si dedicasse davvero a questo lavoro o lo facesse soltanto per ingannare il pubblico sulle sue vere attività; il secondo riguarda la possibilità che avesse davvero bisogno di quel mestiere per vivere, oppure se si trattasse semplicemente di una finzione di semplicità o povertà, al fine di comportarsi come Epitteto o Diogene, come affermano i vostri signori.

J’ai commencé par examiner son ouvrage, bien sûr que, s’il n’y vaquait que par manière d’acquit, j’y’verrais des traces de l’ennui qu’il doit lui donner depuis si longtemps. Sa note mal formée m’a paru faite pesamment, lentement, sans facilité, sans grâce, mais avec exactitude. On voit qu’il tâche de suppléer aux dispositions qui lui manquent, à force de travail et de soins. Mais ceux qu’il y met, ne s’apercevant que par l’examen, et n’ayant leur effet que dans l’exécution, sur quoi les musiciens, qui ne l’aiment pas, ne sont pas toujours sincères, ne compensent pas aux yeux du public les défauts qui d’abord sautent à la vue.

N’ayant l’esprit présent à rien, il ne l’a pas non plus à son travail, surtout forcé, par l’affluence des survenants, de l’associer avec le babil. Il fait beaucoup de fautes, et il les corrige ensuite en grattant son papier avec une perte de temps et des peines incroyables. J’ai vu des pages presque entières qu’il avait mieux aimé gratter ainsi que de recommencer la feuille, ce qui aurait été bien plus tôt fait ; mais il entre dans son tour d’esprit, laborieusement paresseux, de ne pouvoir se résoudre à refaire à neuf ce qu’il a fait une fois quoique mal. Il met à le corriger une opiniâtreté qu’il ne peut satisfaire qu’à force de peine et de temps. Du reste le plus long, le plus ennuyeux travail ne saurait lasser sa patience ; et souvent, faisant faute sur faute, je l’ai vu gratter et regratter jusqu’à percer le papier, sur lequel ensuite il collait des pièces. Rien ne m’a fait juger que ce travail l’ennuyât ; et il paraît, au bout de six ans, s’y livrer avec le même goût et le même zèle que s’il ne faisait que de commencer.

J’ai su qu’il tenait registre de son travail, j’ai désiré de voir ce registre ; il me l’a communiqué. J’y ai vu que dans ces six ans il avait écrit en simple copie plus de six mille pages de musique, dont une partie, musique de harpe et de clavecin, ou solo et concerto de violon, très chargés et en plus grand papier, demande une grande attention et prend un temps considérable. Il a inventé, outre sa note par chiffres, une nouvelle manière de copier la musique ordinaire qui la rend plus commode à lire ; et, pour prévenir et résoudre toutes les difficultés, il a écrit de cette manière une grande quantité de pièces de toute espèce, tant en partition qu’en parties séparées[389].

Outre ce travail et son opéra de Daphnis et Chloé, dont un acte entier est fait et une bonne partie du reste bien avancée, et le Devin du village, sur lequel il a refait à neuf une seconde musique presque en entier, il a, dans le même intervalle, composé plus de cent morceaux de musique en divers genres, la plupart vocale avec des accompagnements, tant pour obliger les personnes qui lui ont fourni les paroles que pour son propre amusement. Il a fait et distribué des copies de cette musique tant en partition qu’en parties séparées transcrite sur les originaux qu’il a gardés. Qu’il ait composé ou pillé toute cette musique, ce n’est pas de quoi il s’agit ici. S’il ne l’a pas composée, toujours est-il certain qu’il l’a écrite et notée plusieurs fois de sa main. S’il ne l’a pas composée, que de temps ne lui a-t-il pas fallu, pour chercher, pour choisir dans les musiques déjà toutes faites celles qui convenaient aux paroles qu’on lui fournissait, ou pour l’y ajuster si bien qu’elle y fût parfaitement appropriée, mérite qu’a particulièrement la musique qu’il donne pour sienne ! Dans un pareil pillage il y a moins d’invention sans doute, mais il y a plus d’art, de travail, surtout de consommation de temps, et c’était là pour lors l’unique objet de ma recherche.

Tout ce travail qu’il a mis sous mes yeux, soit en nature, soit par articles exactement détaillés, fait ensemble plus de huit mille pages de musique, toute écrite de sa main depuis son retour à Paris.

Ces occupations ne l’ont pas empêché de se livrer à l’amusement de la botanique, à laquelle il a donné pendant plusieurs années la meilleure partie de son temps. Dans de grandes et fréquentes herborisations il a fait une immense collection de plantes ; il les a desséchées avec des soins infinis ; il les a collées avec une grande propreté sur des papiers qu’il ornait de cadres rouges. Il s’est appliqué à conserver la figure et la couleur des fleurs et des feuilles, au point de faire de ces herbiers ainsi préparés des recueils de miniatures. Il en a donné, envoyé à diverses personnes, et ce qui lui reste[390] suffirait pour persuader à ceux qui savent combien ce travail exige de temps et de patience, qu’il en fait son unique occupation.

LE FRANÇAIS. — Ajoutez le temps qu’il lui a fallu pour étudier à fond les propriétés de toutes ces plantes, pour les piler, les extraire, les distiller, les préparer de manière à en tirer les usages auxquels il les destine ; car enfin, quelque prévenu pour lui que vous puissiez être, vous comprenez bien, je pense, qu’on n’étudie pas la botanique pour rien.

ROUSSEAU. — Sans doute. Je comprends que le charme de l’étude de la nature est quelque chose pour toute âme sensible, et beaucoup pour un solitaire. Quant aux préparations dont vous parlez, et qui n’ont nul rapport à la botanique, je n’en ai pas vu chez lui le moindre vestige ; je ne me suis point aperçu qu’il eût fait aucune étude des propriétés des plantes, ni même qu’il y crût beaucoup. « Je connais, m’a-t-il dit, l’organisation végétale et la structure des plantes sur le rapport de mes yeux, sur la foi de la nature, qui me la montre et qui ne ment point ; mais je ne connais leurs vertus que sur la foi des hommes, qui sont ignorants et menteurs : leur autorité a généralement sur moi trop peu d’empire pour que je lui en donne beaucoup en cela. D’ailleurs cette étude, vraie ou fausse, ne se fait pas en plein champ comme celle de la botanique, mais dans des laboratoires et chez les malades ; elle demande une vie appliquée et sédentaire qui ne me plaît ni ne me convient. » En effet, je n’ai rien vu chez lui qui montrât ce goût de pharmacie. J’y ai vu seulement des cartons remplis des rameaux de plantes dont je viens de vous parler, et des graines distribuées dans de petites boîtes classées comme les plantes qui les fournissent, selon le système de Linnaeus.

LE FRANÇAIS. — Ah ! de petites boîtes ! Eh bien ! monsieur, ces petites boîtes, à quoi servent-elles ? qu’en dites-vous ?

ROUSSEAU. — Belle demande ! À empoisonner les gens, à qui il fait avaler en bol toutes ces graines. Par exemple, vous avalerez par mégarde une once ou deux de graines de pavots, qui vous endormira pour toujours, et du reste comme cela. C’est encore la même chose à peu près dans les plantes ; il vous les fait brouter comme du fourrage, ou bien il vous en fait boire le jus dans des sauces.

LE FRANÇAIS. — Eh ! non, monsieur ; on sait bien que ce n’est pas de la sorte que la chose peut se faire, et nos médecins qui l’ont voulu décider ainsi se sont fait tort chez les sens instruits. Une écuellée de jus de ciguë ne suffit pas à Socrate, il en fallut une seconde ; il faudrait donc que Jean-Jacques fit boire à son monde des bassins de jus d’herbes ou manger des litrons de graines. Oh ! que ce n’est pas ainsi qu’il s’y prend ! Il sait, à force d’opérations, de manipulations, concentrer tellement les poisons des plantes, qu’ils agissent plus fortement que ceux mêmes des minéraux. Il les escamote, et vous les fait avaler sans qu’on s’en aperçoive ; il les fait même agir de loin comme la poudre de sympathie ; et, comme le basilic, il sait empoisonner les gens en les regardant. Il a suivi jadis un cours de chimie, rien n’est plus certain. Or vous comprenez bien ce que c’est, ce que ce peut être, qu’un homme qui n’est ni médecin ni apothicaire, et qui néanmoins suit des cours de chimie et cultive la botanique. Vous dites cependant n’avoir vu chez lui nuls vestiges de préparations chimiques. Quoi ! point d’alambics, de fourneaux, de chapiteaux, de cornues ? rien qui ait rapport à un laboratoire ?

ROUSSEAU. — Pardonnez-moi, vraiment ; j’ai vu dans sa petite cuisine un réchaud, des cafetières de fer blanc, des plats, des pots, des écuelles de terre.

LE FRANÇAIS. — Des plats, des pots, des écuelles ! Eh ! mais vraiment ! voilà l’affaire. Il n’en faut pas davantage pour empoisonner tout le genre humain.

ROUSSEAU. — Témoin Mignot et ses successeurs.

I began by examining his work; of course, if he had merely gone through the motions, one would have detected traces of the boredom that must have plagued him for so long. His poorly-formed notes seemed to be written laboriously, slowly, without ease or grace, but with great accuracy. It was clear that he was trying, through sheer effort and attention, to compensate for the natural deficiencies he lacked. However, these efforts, being apparent only upon examination and effective solely in the execution of his music—whereupon the musicians who did not like him were not always honest—did not manage to conceal the flaws that were immediately noticeable to everyone else.

Being unable to concentrate on anything, he was equally incapable of focusing on his work—especially since, due to the influx of newcomers, he was forced to combine it with all that chatter and noise. He made numerous mistakes, which he then corrected by painstakingly scraping over the paper, wasting a tremendous amount of time and effort in the process. I’ve seen entire pages that he would prefer to scrap away entirely and start over again—something that could have been done much more quickly—but he was trapped in his own sluggish, stubborn mindset, unable to bring himself to redo something poorly done once. He invested such tenacity in correcting these mistakes that it only resulted in further exhaustion and delay. Yet even the longest, most tedious tasks never seemed to wear down his patience. Often, after making mistake after mistake, I would see him scraping and re-scraping until he actually managed to tear through the paper, after which he would simply paste over the damaged areas. Nothing suggested that this work bored him in the slightest; in fact, after six years, it seemed he still approached it with the same enthusiasm and dedication as when he had first started.

I learned that he kept a record of his work, and I desired to see this record; he gave it to me. In it, I saw that over these six years he had written more than six thousand pages of music in plain copy. A portion of this music—harpsichord and harp pieces, as well as violin solos and concertos—was particularly elaborate and required heavy paper, hence considerable effort and time to compose. In addition to his numerical notation system, he also invented a new method of copying ordinary musical scores that made them easier to read. To prevent and overcome all possible difficulties, he used this new method to compose a large number of pieces of various types, both in score form and as separate parts[389].

In addition to this work and his opera “Daphnis and Chloé,” for which an entire act has been completed and a large part of the rest is also well advanced, as well as “The Village Prophet,” for which he has composed almost entirely a new second set of music, he also composed over a hundred pieces of music in various genres during the same period—most of them being vocal works with instrumental accompaniment, both to please those who provided him with the lyrics and for his own amusement. He made copies of this music, both in score form and as separate parts transcribed from the original manuscripts that he kept. Whether he composed all this music himself or merely adapted existing pieces to fit the given lyrics is not what matters here. Even if he did not compose it, it is certain that he wrote and notated it several times himself. If he did not compose it, then how much time must have been spent by him in searching through and selecting from existing compositions those that suited the provided lyrics, or in adapting them so perfectly that they fit them seamlessly—this very fact speaks volumes about the quality of the music he claims to have created! In such cases, there may be less originality, but certainly more artistry, more effort, and above all, more time invested. And this was precisely what my inquiry aimed to uncover.

All the work he has presented before me, whether in the form of musical compositions or meticulously detailed articles, amounts to more than eight thousand pages of music—all written by his own hand since his return to Paris.

These occupations did not prevent him from indulging in the pleasure of botany; for several years, he devoted the greatest part of his time to it. Through extensive and frequent plant collections, he amassed a vast assortment of specimens. He carefully dried them, and with great meticulousness, mounted them on paper adorned with red frames. He took great care to preserve the shape and color of flowers and leaves, turning these meticulously prepared herbaria into collections of miniatures. He gave some of them to various people, and what remains[390] would be enough to convince anyone who knows how much time and patience such work requires that it was his sole occupation.

The Frenchman said, “Add in the time it took him to thoroughly study the properties of all these plants, to crush them, extract their substances, distill them, and prepare them in such a way as to utilize them for the purposes he had in mind. After all, no matter how well-informed you may be, I believe you understand that one does not study botany for no reason at all.”

ROUSSEAU. — Certainly. I understand that the charm of studying nature is something that appeals to every sensitive soul, and even more so to a solitary person. As for those preparations you mention, which have nothing to do with botany, I saw not the slightest trace of them in his possessions; I did not notice that he had conducted any studies into the properties of plants, nor that he held much belief in them. “I know,” he told me, “the structure and organization of plants based on what my eyes tell me, and relying on nature itself, which shows me everything truthfully; but as for their virtues, I know them only through what men say—men who are ignorant and deceitful. Their authority has little influence over me in this regard, so I give it no weight at all. Moreover, this kind of study, whether true or false, is not carried out in the open field like botany; it takes place in laboratories and among sick people. It requires a dedicated and sedentary lifestyle, which neither pleases me nor suits me.” Indeed, I saw nothing in his possessions that indicated such an interest in pharmacology. All I found were boxes filled with the branches of those plants I just mentioned, as well as seeds arranged in small containers, classified according to the system established by Linnaeus, just like the plants themselves.

THE FRENCHMAN. — Ah! Little boxes! Well, sir, what are these little boxes for? What do you think about them?

ROUSSEAU. — What a terrible request! To poison people, to force them to swallow all these seeds at once. For instance, you might accidentally ingest an ounce or two of poppy seeds, which would put you to sleep forever—and indeed, it’s more or less the same with plants; he makes us eat them as fodder, or forces us to drink their juices in sauces.

THE FRENCHMAN: — Eh no, sir; one knows quite well that it can’t be done in that way. Our doctors who tried to decide it that way were in error, especially among those with knowledge of such matters. A single spoonful of hemlock juice wasn’t enough for Socrates; a second dose was needed. So, if Jean-Jacques were to do this, he would have to make people drink basins full of herbal juices or eat liters of seeds. Oh no, that’s certainly not how he proceeds! Through countless operations and manipulations, he knows how to concentrate the poisons in plants so that they are even more potent than those derived from minerals. He hides them away and makes people swallow them without them even realizing it; he can even make them take effect from a distance, just like “sympathy powder.” And, much like basil, he knows how to poison people simply by looking at them. He once took chemistry courses—there’s no doubt about that. Now, you must understand what such a person could be capable of, someone who is neither a doctor nor an apothecary but still takes chemistry lessons and studies botany. Yet you claim to have seen no traces of chemical preparations in his home. What? No alambics, no furnaces, no equipment related to a laboratory at all?

ROUSSEAU. — Please forgive me; I saw in his small kitchen a stove, some white-iron coffee pots, plates, pots, and earthenware bowls.

THE FRENCHMAN: Plates, pots, bowls! Really, that’s all it takes—just these things are enough to poison the entire human race.

ROUSSEAU. — Witnesses Mignot and his successors.

Ho iniziato esaminando il suo lavoro; naturalmente, se avesse proceduto solo per dovere, vi avrei trovato tracce dell’noia che deve provare da così tanto tempo. La sua scrittura, mal formata, mi è sembrata fatta con lentezza, senza facilità, senza grazia, ma con precisione. Si capisce che cerca di compensare le proprie carenze attraverso duro lavoro e attenzione. Tuttavia, questi sforzi, percepibili solo nell’esame e efficaci soltanto nell’esecuzione – su cui i musicisti, che non lo amano, non sono sempre sinceri – non riescono a compensare, agli occhi del pubblico, i difetti che immediatamente si notano.

Non essendo concentrato su nulla, non lo è nemmeno sul suo lavoro, soprattutto quando questo diventa forzato a causa dell’afflusso di persone che si presentano continuamente, costringendolo ad associarlo a tutto quel rumore e confusione. Commette molti errori, e poi li corregge raschiando il foglio, con un’enorme perdita di tempo e grandi sforzi. Ho visto pagine intere che preferiva raschiare piuttosto che ricominciare da capo, anche se questo avrebbe richiesto molto meno tempo; ma lui, nel suo modo laboriosamente pigro di pensare, non riesce a convincersi a rifare tutto daccapo, anche se ha fatto male. Impiega una tenacia incredibile per correggere i suoi errori, e solo con grande fatica e tempo riesce a riuscirci. Del resto, nemmeno il lavoro più lungo e noioso sembra mai stancarlo; spesso, commettendo errore dopo errore, lo ho visto raschiare e ricraschiare fino a perforare il foglio, su cui poi incollava dei pezzi di carta. Nulla mi ha fatto pensare che quel lavoro lo annoiasse; anzi, sembra che, dopo sei anni, ci si dedichi con lo stesso entusiasmo e la stessa passione come se fosse appena all’inizio.

Ho saputo che teneva un registro del proprio lavoro; ho desiderato vederlo e lui me l’ha mostrato. In quel registro ho visto che, in questi sei anni, aveva scritto più di seimila pagine di musica, in copia semplice. Una parte di questa musica consiste in brani per arpa e clavicembalo, o in soli e concerti per violino; si tratta di composizioni molto complesse, redatte su carta di dimensioni maggiori, che richiedono grande attenzione e molto tempo per essere scritte. Oltre al suo metodo di annotazione numerica, aveva inventato anche un nuovo modo per copiare la musica tradizionale, rendendola più facile da leggere; e, al fine di prevenire e risolvere eventuali difficoltà, aveva utilizzato questo sistema per scrivere un gran numero di composizioni di ogni genere, sia in partitura che in parti separate[389].

Oltre a questo lavoro e all’opera “Dafni e Chloe”, di cui è stato composto un intero atto e gran parte del resto è ben avviata, oltre alla composizione “Il Veggente del villaggio” per la quale ha completamente rifatto la musica, in quel stesso periodo ha composto più di cento brani musicali di diversi generi; la maggior parte di essi erano vocali con accompagnamento, sia per obbligare le persone che gli fornivano i testi a collaborare, sia per il proprio divertimento personale. Ha realizzato e distribuito copie di queste composizioni, sia in partitura che come singole parti trascritte dagli originali che aveva conservato. Che abbia composto o semplicemente “rapinato” tutta questa musica non è ciò di cui qui si tratta; anche se non l’ha composta lui stesso, è certo che l’abbia scritta e trascritta più volte a mano. Se non l’ha composta, quante ore deve aver impiegato per cercare, selezionare tra le musiche già esistenti quelle adatte ai testi che gli venivano forniti, o per adattarle in modo che si abbinate perfettamente ad essi. La musica che attribuisce a sé stesso merita davvero un’attenzione particolare! In un simile processo di “rapina” culturale, forse c’è meno inventiva, ma sicuramente più arte, più lavoro, soprattutto una maggiore dedizione di tempo. Ed è proprio questo l’unico obiettivo della mia ricerca.

Tutto il lavoro che mi ha mostrato, sia in forma di brani musicali che di articoli dettagliatissimi, ammonta complessivamente a più di ottomila pagine di musica, scritte tutte di sua mano dopo il suo ritorno a Parigi.

Queste occupazioni non lo hanno impedito di dedicarsi con passione alla botanica, attività a cui ha dedicato per molti anni la maggior parte del suo tempo. Attraverso numerose e approfondite raccolte di piante, ne ha accumulata un’immensa collezione; le ha essiccate con estrema cura e le ha incollate su fogli di carta decorati con riquadri rossi. Si è impegnato a preservare fedelmente la forma e il colore dei fiori e delle foglie, al punto di rendere queste raccolte veri e propri capolavori di miniaturistica. Ne ha regalate molte a diverse persone, e ciò che gli ne è rimasto[390] sarebbe sufficiente per convincere chiunque sappia quanto questo lavoro richieda tempo e pazienza, del fatto che esso rappresenti la sua unica attività.

Il francese: — Bisogna aggiungere il tempo che gli è servito per studiare a fondo le proprietà di tutte queste piante, per macinarle, estrarre i loro principi attivi, distillarli e prepararli in modo da poterne trarre gli utilizzi a cui li destina; perché, dopotutto, per quanto possiate essere prevenuti nei suoi confronti, capite bene che uno non studia la botanica senza motivo.

ROUSSEAU. — Certamente. Capisco che il fascino dello studio della natura sia qualcosa di prezioso per ogni anima sensibile, e ancora di più per un solitario. Per quanto riguarda quelle preparazioni di cui parlate, che non hanno alcun rapporto con la botanica, non ne ho visto traccia in lui; non mi è sembrato che avesse mai studiato le proprietà delle piante, né che vi credesse molto. “Conosco”, mi ha detto, “l’organizzazione vegetale e la struttura delle piante grazie ai miei occhi, sulla fiducia nella natura che me le mostra e che non mente; ma conosco le loro virtù soltanto sulla fiducia negli uomini, che sono ignoranti e bugiardi: l’autorità di questi ultimi ha generalmente su di me troppo poco potere perché io le dia molta importanza in questo campo. Inoltre, questo studio, vero o falso che sia, non si svolge all’aperto come quello della botanica, ma in laboratori e presso i malati; richiede una vita dedicata e sedentaria che né mi piace né mi conviene.” Infatti, non ho visto nulla in lui che potesse indicare questo interesse per la farmacia. Ho visto soltanto cartoni pieni di rami di piante di cui vi ho appena parlato, e semi disposti in piccole scatole, classificati secondo il sistema di Linnaeus, insieme alle piante da cui provengono.

IL FRANCESCO: Ah! Piccole scatole. Beh, signore, a cosa servono queste piccole scatole? Che ne pensate?

ROUSSEAU. — Che domanda strana! Avvelenare le persone, farle ingoiare a forza tutte queste semi. Ad esempio, potreste accidentalmente ingerire un’oncia o due di semi di papavero, che vi farebbero addormentare per sempre. E con le piante è più o meno lo stesso: ve le fa mangiare come foraggio, oppure vi fa bere il loro succo nelle salse.

Il francese: — Eh no, signore; si sa bene che non è possibile procedere in questo modo, e i nostri medici che hanno voluto decidere così si sono sbagliati di fronte alle conoscenze scientifiche moderne. Una sola dose di succo di cicuta non era sufficiente per Socrate; ne fu necessaria un’altra; quindi Jean-Jacques dovrebbe far bere alla sua gente interi secchi di succo di erbe o farle mangiare litri interi di semi. Oh, certo che non procede in questo modo! Lui sa, attraverso operazioni e manipolazioni precise, concentrare i veleni delle piante in modo tale che agiscano con maggiore potenza dei veleni minerali stessi. Li nasconde abilmente e li fa assumere alle persone senza che se ne accorgano; addirittura riesce a farli agire da lontano, come avviene con la “polvere di simpatia”; e, proprio come il basilico, sa avvelenare le persone semplicemente guardandole. In passato ha seguito corsi di chimica. Non c’è dubbio su questo. Ora capite bene cosa significhi un uomo che non è né medico né farmacista, ma che tuttavia segue corsi di chimica e si dedica alla botanica. Eppure dite di non aver visto in lui alcun segno di preparazioni chimiche. Che cosa! Nessun alambicco, nessuna fornace, nessun attrezzo da laboratorio?

ROUSSEAU: — Perdonatemi davvero; nella sua piccola cucina ho visto un fornello, delle caffettiere di ferro bianco, dei piatti, dei pentole, delle ciotole di terracotta.

IL FRANCESCO: — Piatti, pentole, ciotole! Ehi, ma davvero, basta solo questo per avvelenare l’intera umanità.

ROUSSEAU. – Testimoni Mignot e i suoi successori.

LE FRANÇAIS. — Vous me direz que les poisons qu’on prépare dans des écuelles doivent se manger à la cuillère, et que les potages ne s’escamotent pas…

ROUSSEAU. — Oh ! non, je ne vous dirai point tout cela, je vous jure, ni rien de semblable ; je me contenterai d’admirer. O la savante, la méthodique marche que d’apprendre la botanique pour se faire empoisonneur ! C’est comme si l’on apprenait la géométrie pour se faire assassin.

LE FRANÇAIS. — Je vous vois sourire bien dédaigneusement. Vous passionnerez-vous toujours pour cet homme-là ?

ROUSSEAU. — Me passionner ! moi ! Rendez-moi plus de justice, et soyez même assuré que jamais Rousseau ne défendra Jean-Jacques accusé d’être un empoisonneur.

LE FRANÇAIS. — Laissons donc tous ces persiflages, et reprenez vos récits. J’y prête une oreille attentive : ils m’intéressent de plus en plus.

ROUSSEAU. — Ils vous intéresseraient davantage encore, j’en suis très sûr, s’il m’était possible ou permis ici de tout dire. Ce serait abuser de votre attention que de l’occuper à tous les soins que j’ai pris pour m’assurer du véritable emploi de son temps, de la nature de ses occupations, et de l’esprit dans lequel il s’y livre. Il vaut mieux me borner à des résultats, et vous laisser le soin de tout vérifier par vous-même, si ces recherches vous intéressent assez pour cela.

Je dois pourtant ajouter aux détails dans lesquels je viens d’entrer que Jean-Jacques, au milieu de tout ce travail manuel, a encore employé six mois dans le même intervalle tant à l’examen de la constitution d’une nation malheureuse, qu’à proposer ses idées sur les corrections à faire à cette constitution, et cela sur les instances réitérées jusqu’à l’opiniâtreté d’un des premiers patriotes de cette nation, qui lui faisait un devoir d’humanité des soins qu’il lui imposait.

Enfin, malgré la résolution qu’il avait prise en arrivant à Paris de ne plus s’occuper de ses malheurs, ni de reprendre la plume à ce sujet, les indignités continuelles qu’il y a souffertes, les harcèlements sans relâche que la crainte qu’il n’écrivît lui a fait essuyer, l’impudence avec laquelle on lui attribuait incessamment de nouveaux livres, et la stupide ou maligne crédulité du public à cet égard, ayant lassé sa patience, et lui faisant sentir qu’il ne gagnerait rien pour son repos à se taire, il a fait encore un effort ; et, s’occupant derechef, malgré lui, de sa destinée et de ses persécuteurs, il a écrit en forme de dialogue une espèce de jugement d’eux et de lui assez semblable à celui qui pourra résulter de nos entretiens, il m’a souvent protesté que cet écrit était de tous ceux qu’il a faits en sa vie celui qu’il avait entrepris avec le plus de répugnance et exécuté avec le plus d’ennui. Il l’eut cent fois abandonné si les outrages augmentant sans cesse et poussés enfin aux derniers excès ne l’avaient forcé, malgré lui, de le poursuivre. Mais loin qu’il ait jamais pu s’en occuper longtemps de suite, il n’en eût pas même enduré l’angoisse, si son travail journalier ne fût venu l’interrompre et la lui faire oublier : de sorte qu’il y a rarement donné plus d’un quart d’heure par jour, et cette manière d’écrire coupée et interrompue est une des causes du peu de suite et des répétitions continuelles qui règnent dans cet écrit.

Après m’être assuré que cette copie de musique n’était point un jeu, il me restait à savoir si en effet elle était nécessaire à sa subsistance, et pourquoi, ayant d’autres talents qu’il pouvait employer plus utilement pour lui-même et pour le public, il s’était attaché de préférence à celui-là. Pour abréger ces recherches sans manquer à mes engagements envers vous, je lui marquai naturellement ma curiosité, et, sans lui dire tout ce que vous m’aviez appris de son opulence, je me contentai de lui répéter ce que j’avais ouï dire mille fois, que du seul produit de ses livres, et sans avoir rançonné ses libraires, il devait être assez riche pour vivre à son aise de son revenu.

Vous avez raison, me dit-il, si vous ne voulez dire en cela que ce qui pouvait être ; mais si vous prétendez en conclure que la chose est réellement ainsi, et que je suis riche en effet, vous avez tort, tout au moins ; car un sophisme bien cruel pourrait se cacher sous cette erreur.

Alors il entra dans le détail articulé de ce qu’il avait reçu de ses libraires pour chacun de ses livres, de toutes les ressources qu’il avait pu avoir d’ailleurs, des dépenses auxquelles il avait été forcé, pendant huit ans qu’on s’est amusé à le faire voyager à grands frais, lui et sa compagne, aujourd’hui sa femme ; et, de tout cela bien calculé et bien prouvé, il résulta qu’avec quelque argent comptant, provenant tant de son accord avec l’Opéra, que de la vente de ses livres de botanique, et du reste d’un fonds de mille écus qu’il avait à Lyon, et qu’il retira pour s’établir à Paris, toute sa fortune présente consiste en huit cents francs de rente viagère incertaine, et dont il n’a aucun titre, et trois cents francs de rente aussi viagère, mais assurée, du moins autant que la personne qui doit la payer sera solvable. « Voilà très fidèlement, me dit-il, à quoi se borne toute mon opulence. Si quelqu’un dit me savoir aucun autre fonds ou revenu, de quelque espèce que ce puisse être, je dis qu’il ment, et je me montre ; et si quelqu’un dit en avoir à moi, qu’il m’en donne le quart, et je lui fais quittance du tout.

THE FRENCHMAN: — You might say that poisons prepared in bowls are meant to be eaten with a spoon, and that soups can’t be consumed in any other way.

ROUSSEAU. — Oh no, I will not tell you all that, I swear, nor anything similar; I will simply content myself with admiring it. Ah, what a learned, methodical way to learn botany in order to become a poisoner! It’s as if one were learning geometry in order to become an assassin.

THE FRENCHMAN: — I see you smiling with such disdain. Will you still be passionate about that man?

ROUSSEAU. — For me to be passionate! Me! Show me more fairness, and be assured that Rousseau would never defend Jean-Jacques if he were accused of being a poisoner.

THE FRENCHMAN: — Let us put aside all these jests and continue with your stories. I am listening attentively; they interest me increasingly.

ROUSSEAU. — I am quite sure they would interest you even more if it were possible or permissible for me to tell you everything here. It would be an abuse of your attention to occupy it with all the details I have taken care to gather regarding his true schedule, the nature of his occupations, and the mindset with which he engages in them. It is better for me to limit myself to presenting the results, and leave it to you to verify everything yourself, if these inquiries interest you enough to do so.

However, I must add to the details I have just mentioned that, amidst all this manual work, Jean-Jacques spent another six months examining the constitution of a unfortunate nation and proposing his ideas for its reform. He did so despite repeated requests from one of that nation’s earliest patriots, who considered it his humanitarian duty to insist on these efforts being undertaken.

Finally, despite the resolve he had made upon arriving in Paris not to dwell on his misfortunes or to take up pen again in that regard, the constant indignities he suffered there, the relentless harassment stemming from the fear that he might write something, the audacity with which people constantly attributed new books to him, and the foolish or malicious credulity of the public in this matter—all these things wore at his patience and made him realize that staying silent would bring him no relief. So he made another attempt; against his will, he once again turned his attention to his own fate and those who persecuted him. He wrote, in the form of a dialogue, a sort of judgment on them and on himself—much similar to the one that might emerge from our conversations. He often told me that of all the works he had written in his life, this was the one he undertook with the greatest reluctance and completed with the most aversion. Had it not been for the insults increasing relentlessly and finally reaching their ultimate excesses, he would have given up on it a hundred times over. But far from being able to devote much time to it continuously, he could hardly endure the anxiety it caused him if it weren’t for his daily routine interrupting it and helping him forget about it. As a result, he rarely spent more than a quarter of an hour on it each day; this sporadic and interrupted way of writing is one of the reasons why the work is so disjointed and full of repetitions.

After ensuring that this copy of music was not some sort of joke or mockery, I still had to determine whether it was truly necessary for its existence, and why, given that he possessed other talents that could be put to far more useful use both for himself and the public, he had chosen to focus on this one in particular. To expedite my inquiries without failing in my obligations towards you, I naturally expressed my curiosity to him. Without revealing everything you had told me about his wealth, I simply repeated what I had heard countless times: that merely from the profits generated by his books—and without extorting anything from his publishers—he must be sufficiently wealthy to live comfortably on such income.

“You are right,” he told me, “if by that you mean only what might possibly be the case; but if you claim to infer from it that things truly are that way, and that I am indeed wealthy, then you are wrong—at least; for a very cruel sophism could lie hidden beneath this mistake.”

Then he went into detail about what he had received from his publishers for each of his books, about all the other resources at his disposal, as well as the expenses he had been forced to bear over the course of eight years—during which time people had taken great pleasure in expending large sums of money to send him and his companion, now his wife, on travels. After carefully calculating and verifying all these details, it turned out that, with some cash on hand—coming both from his agreement with the Opera House and from the sales of his botany books, plus an additional sum of one thousand écus he had in Lyon which he took with him to settle in Paris—he possessed only eight hundred francs in uncertain, unsecured income, for which he held no official documentation; and three hundred francs in similarly uncertain but guaranteed income, depending on the solvency of the person paying it. “This,” he told me, “is the entirety of my wealth. If anyone claims to know of any other funds or sources of income, I declare them to be false, and I am ready to prove it; and if someone claims to have some money owed to me, I will accept a quarter of that amount and settle the entire debt.”

IL FRANCESCO: — Mi direte che i veleni preparati in ciotole devono essere mangiati con il cucchiaio, e che le zuppe non si mangiano con le mani.

ROUSSEAU: — Oh no, non vi dirò tutto questo, ve lo giuro, né nulla del genere; mi limiterò ad ammirare. Oh, quale metodo scientifico e meticoloso utilizzare per imparare la botanica al fine di diventare un avvelenatore! È come se si studiasse la geometria per diventare un assassino.

IL FRANCESCO: — Vi vedo sorridere con grande disprezzo. Continuerete sempre a essere appassionata da quell’uomo?

ROUSSEAU. — Che io mi appassioni! Io! Fatemi giustizia. E sappiate che mai Rousseau difenderà Jean-Jacques, accusato di essere un avvelenatore.

IL FRANCESCO: — Lasciamo da parte tutte queste battute ironiche e riprendiamo i vostri racconti. Vi ascolto con attenzione: mi interessano sempre di più.

ROUSSEAU: — Sarebbero ancora più interessanti per voi, ne sono molto sicuro, se mi fosse possibile o permesso di dirvi tutto qui. Sarebbe un abuso della vostra attenzione occuparla con tutti i dettagli che ho raccolto per verificare quale fosse realmente l’uso del suo tempo, la natura delle sue occupazioni e lo spirito con cui le svolgeva. È meglio che mi limiti ai risultati ottenuti e lasci a voi il compito di verificarli personalmente, se queste ricerche vi interessano abbastanza.

Devo tuttavia aggiungere, ai dettagli di cui ho appena parlato, che Jean-Jacques, nonostante tutto quel lavoro manuale, ha impiegato altri sei mesi nello stesso lasso di tempo sia nell’esaminare la costituzione di una nazione sfortunata, sia nel proporre le sue idee sulle correzioni da apportarvi. Ha continuato a farlo nonostante le ripetute insistenze di uno dei primi patrioti di quella nazione, il quale riteneva che tali sforzi fossero un dovere umanitario da parte sua.

Infine, nonostante la risoluzione presa al suo arrivo a Parigi di non occuparsi più dei propri mali né di riprendere a scrivere sull’argomento, le continue umiliazioni subite, gli incessanti tormenti derivanti dalla paura che potesse scrivere qualcosa, l’impudenza con cui gli si attribuivano continuamente nuovi libri, e la stupida o malvagia credulità del pubblico in questo senso, avergli esaurito la pazienza e fargli capire che rimanere in silenzio non avrebbe portato a nulla per il suo riposo, lo spinsero ancora una volta a intervenire. Così, nonostante se ne fosse rifiutato con determinazione, si dedicò nuovamente al proprio destino e ai propri persecutori, scrivendo in forma di dialogo una sorta di giudizio su di loro e su di sé, piuttosto simile a quello che potrebbe emergere dalle nostre conversazioni. Mi ha spesso detto che questo scritto era, tra tutti quelli che aveva mai composto nella sua vita, quello che aveva intrapreso con maggiore riluttanza e che aveva realizzato con maggior fastidio. Avrebbe abbandonato il progetto centinaia di volte se gli insulti non fossero continuati ad aumentare fino a raggiungere estremi insopportabili, costringendolo, contro la sua volontà, a portarlo a termine. Ma lontano dall’aver potuto dedicargliene molto tempo di seguito, probabilmente non avrebbe nemmeno sopportato l’angoscia che comportava, se il suo lavoro quotidiano non lo avesse interrotto e aiutato a dimenticarla: per questo motivo vi dedicava soltanto un quarto d’ora al giorno, e questa modalità di scrittura frammentata e discontinua è una delle ragioni per cui l’opera presenta molte ripetizioni e discontinuità.

Dopo essermi assicurato che questa copia della musica non fosse un semplice gioco, mi restava da scoprire se fosse davvero necessaria per la sua esistenza, e perché, avendo altri talenti che avrebbe potuto utilizzare in modo più utile per sé stesso e per il pubblico, avesse scelto proprio quello. Per abbreviare queste ricerche senza trasgredire ai miei impegni verso di voi, gli manifestai naturalmente la mia curiosità; senza però raccontargli tutto ciò che mi avevate detto sulla sua ricchezza, mi limitai a ripetergli ciò che avevo sentito mille volte: che, grazie esclusivamente ai proventi dei suoi libri, e senza aver estorto nulla ai suoi editori, doveva essere abbastanza ricco da vivere agiatamente con i propri introiti.

“Hai ragione”, mi disse, “se con questo intendi soltanto ciò che poteva essere; ma se pretendi di dedurne che la cosa sia effettivamente così, e che io sia davvero ricco, allora ti sbagli, almeno; perché sotto questo errore potrebbe nascondersi un sofisma molto crudele”.

Allora iniziò a elencare in dettaglio ciò che aveva ricevuto dai suoi editori per ciascuno dei suoi libri, tutte le risorse di cui aveva potuto disporre, nonché le spese a cui era stato costretto durante gli otto anni in cui qualcuno si era divertito a farlo viaggiare a grandi spese, lui e la sua compagna, oggi sua moglie. Dopo aver calcolato e verificato tutto ciò con attenzione, emerse che, grazie a un po’ di denaro contante proveniente sia dall’accordo stipulato con l’Opéra che dalla vendita dei suoi libri di botanica, oltre a un fondo di mille scudi che aveva a Lione e che portò con sé per stabilirsi a Parigi, tutta la sua attuale ricchezza consisteva in ottocento franchi di rendita incerta, per cui non possedeva alcun titolo legale, e in trecento franchi di rendita anch’essa incerta, ma almeno garantita, nella misura in cui la persona che doveva pagarla fosse solvibile. “Ecco, mi disse, con estrema precisione, a cosa si limita tutta la mia ricchezza. Se qualcuno afferma di conoscere altri fondi o entrate da me derivanti, di qualsiasi tipo essi siano, io dico che mente e gli mostro i documenti pertinenti; se invece qualcuno sostiene di possederne con me, gli chiedo di darmene un quarto e io gli rilascio una ricevuta per l’intero importo.”

« Vous pourriez, continua-t-il, dire comme tant d’autres, que, pour un philosophe austère, onze cents francs de rente devraient, au moins tandis que je les ai, suffire à ma subsistance, sans avoir besoin d’y joindre un travail auquel je suis peu propre, et que je fais avec plus d’ostentation que de nécessité. À cela je réponds, premièrement, que je ne suis ni philosophe, ni austère, et que cette vie dure, dont il plaît à vos messieurs de me faire un devoir, n’a jamais été ni de mon goût, ni dans mes principes, tant que, par des moyens justes et honnêtes, j’ai pu éviter de m’y réduire. En me faisant copiste de musique, je n’ai point prétendu prendre un état austère et de mortification, mais choisir au contraire une occupation de mon goût, qui ne fatiguât pas mon esprit paresseux, et qui pût me fournir les commodités de la vie que mon mince revenu ne pouvait me procurer sans ce supplément. En renonçant, et de grand cœur à tout ce qui est de luxe et de vanité, je n’ai point renoncé aux plaisirs réels ; et c’est même pour les goûter dans toute leur pureté que j’en ai détaché tout ce qui ne tient qu’à l’opinion. Les dissolutions ni les excès n’ont jamais été de mon goût ; mais, sans avoir jamais été riche, j’ai toujours vécu commodément ; et il m’est de toute impossibilité de vivre commodément dans mon petit ménage avec onze cents francs de rente, quand même ils seraient assurés, bien moins encore avec trois cents, auxquels d’un jour à l’autre je puis être réduit. Mais écartons cette prévoyance. Pourquoi voulez-vous que, sur mes vieux jours, je fasse sans nécessité le dur apprentissage d’une vie plus que frugale, à laquelle mon corps n’est point accoutumé ; tandis qu’un travail qui n’est pour moi qu’un plaisir me procure la continuation de ces mêmes commodités, dont l’habitude m’a fait un besoin, et qui, de toute autre manière, seraient moins à ma portée ou me coûteraient beaucoup plus cher ? Vos messieurs, qui n’ont pas pris pour eux cette austérité qu’ils me prescrivent, font bien d’intriguer ou emprunter, plutôt que de s’assujettir à un travail manuel qui leur paraît ignoble, usurier, insupportable, et ne procure pas tout d’un coup des rafles de cinquante mille francs. Mais moi qui ne pense pas comme eux sur la véritable dignité ; moi qui trouve une jouissance très douce dans le passage alternatif du travail à la récréation, par une occupation de mon goût, que je mesure à ma volonté, j’ajoute ce qui manque à ma petite fortune, pour me procurer une subsistance aisée, et je jouis des douceurs d’une vie égale et simple autant qu’il dépend de moi. Un désœuvrement absolu m’assujettirait à l’ennui, me forcerait peut-être à chercher des amusements toujours coûteux, souvent pénibles, rarement innocents ; au lieu qu’après le travail le simple repos a son charme, et suffit, avec la promenade, pour l’amusement dont j’ai besoin. Enfin, c’est peut-être un soin que je me dois dans une situation aussi triste, d’y jeter du moins tous les agréments qui restent à ma portée, pour tâcher d’en adoucir l’amertume, de peur que le sentiment de mes peines, aigri par une vie austère, ne fermentât dans mon âme, et n’y produisît des dispositions haineuses et vindicatives, propres à me rendre méchant et plus malheureux. Je me suis toujours bien trouvé d’armer mon cœur contre la haine par toutes les jouissances que j’ai pu me procurer. Le succès de cette méthode me la rendra toujours chère ; et plus ma destinée est déplorable, plus je m’efforce à la parsemer de douceurs, pour me maintenir toujours bon.

« Mais, disent-ils, parmi tant d’occupations dont il a le choix, pourquoi choisir par préférence celle à laquelle il paraît le moins propre, et qui doit lui rendre le moins ? Pourquoi copier de la musique au lieu de faire des livres ? IL y gagnerait davantage et ne se dégraderait pas. Je répondrais volontiers à cette question en la renversant. Pourquoi faire des livres au lieu de copier de la musique, puisque ce travail me plaît et me convient plus que tout autre, et que son produit est un gain juste, honnête, et qui me suffit ? Penser est un travail pour moi très pénible, qui ce me fatigue, me tourmente et me déplaît ; travailler de la main et laisser ma tête en repos me récrée et m’amuse. Si j’aime quelquefois à penser, c’est librement et sans gêne, en laissant aller à leur gré mes idées, sans les assujettir à rien. Mais penser à ceci ou à cela par devoir, par métier, mettre à mes productions de la correction, de la méthode, est pour moi le travail d’un galérien ; et penser pour vivre, me paraît la plus pénible ainsi que la plus ridicule de toutes les occupations. Que d’autres usent de leurs talents comme il leur plaît, je ne les en blâme pas ; mais pour moi je n’ai jamais voulu prostituer les miens tels quels, en les mettant à prix, sur que cette vénalité même les aurait anéantis. Je vends le travail de mes mains, mais les productions de mon âme ne sont point à vendre ; c’est leur désintéressement qui peut seul leur donner de la force et de l’élévation. Celles que je ferais pour de l’argent n’en vaudraient guère, et m’en rendraient encore moins.

« Pourquoi vouloir que je fasse encore des livres, quand j’ai dit tout ce que j’avais à dire, et qu’il ne me resterait que la ressource, trop chétive à mes yeux, de retourner et répéter les mêmes idées ? À quoi bon redire une seconde fois et mal ce que j’ai dit une fois de mon mieux ? Ceux qui ont la démangeaison de parler toujours trouvent toujours quelque chose à dire ; cela est aisé pour qui ne veut qu’agencer des mots, mais je n’ai jamais été tenté de prendre la plume que pour dire des choses grandes, neuves et nécessaires, et non pas pour rabâcher. J’ai fait des livres, il est vrai, mais jamais je ne fus un livrier. Pourquoi faire semblant de vouloir que je fasse encore des livres, quand en effet on craint tant que je n’en fasse, et qu’on met tant de vigilance à m’en ôter tous les moyens ? On me ferme l‘abord de toutes les maisons, hors celles des fauteurs de la ligue. On me cache avec le plus grand soin la demeure et l’adresse de tout le monde. Les suisses et les portiers ont tous pour moi des ordres secrets, autres que ceux de leurs maîtres ; on ne me laisse plus de communication avec les humains, même pour parler : me permettrait-on d’écrire ? On me laisserait peut-être exprimer ma pensée afin de la savoir, mais très certainement on m’empêcherait bien de la dire au public.

« Dans la position où je suis, si j’avais à faire des livres, je n’en devrais et n’en voudrais faire que pour la défense de mon honneur, pour confondre et démasquer les imposteurs qui le diffament : il ne m’est plus permis, sans me manquer à moi-même, de traiter aucun autre sujet. Quand j’aurais les lumières nécessaires pour percer cet abîme de ténèbres où l’on m’a plongé, et pour éclairer toutes ces trames souterraines, y a-t-il du bon sens à supposer qu’on me laisserait faire, et que les gens qui disposent de moi souffriraient que j’instruisisse le public de leurs manœuvres et de mon sort ? A qui m’adresserais-je pour me faire imprimer, qui ne fût un de leurs émissaires, ou qui ne le devînt aussitôt ? M’ont-ils laissé quelqu’un à qui je pusse, me confier ? Ne sait-on pas tous les jours, à toutes les heures, à qui j’ai parlé, ce que j’ai dit ; et doutez-vous que, depuis nos entrevues, vous-même ne soyez aussi surveillé que moi. Quelqu’un peut-il ne pas voir qu’investi de toutes parts, gardé à vue comme je le suis, il m’est impossible de faire entendre nulle part la voix de la justice et de la vérité ? Si l’on paraissait m’en laisser le moyen, ce serait un piège. Quand j’aurais dit blanc, on me ferait dire noir, sans même que j’en susse rien[391] ; et puisqu’on falsifie tout ouvertement mes anciens écrits qui sont dans les mains de tout le monde, manquerait-on de falsifier ceux qui n’auraient point encore paru ; et dont rien ne pourrait constater la falsification, puisque mes protestations sont comptées pour rien ? Eh ! monsieur, pouvez-vous ne pas voir que le grand, le seul crime qu’ils redoutent de moi, crime affreux dont l’effroi les tient dans des transes continuelles, est ma justification ?

“You might say,” he continued, “like many others, that for an austere philosopher, an annual income of one thousand one hundred francs should be more than sufficient to support me, at least while I possess it, without the need to add any work to which I am poorly suited and which I engage in more out of ostentation than necessity. To this I reply, first of all, that I am neither a philosopher nor austere; moreover, such a life, which your gentlemen seem to consider my duty, has never been to my taste or in line with my principles, so long as I was able to avoid it through legitimate and honest means. By taking up the occupation of music copying, I did not intend to embrace an austere and self-deprecating way of life; on the contrary, I chose an activity that suited my tastes, that would not weary my idle mind, and that could provide me with the comforts of life which my meager income alone could not afford. By willingly giving up all that is luxurious and vain, I did not abandon true pleasures; indeed, it was precisely in order to enjoy them in their purest form that I rid myself of everything that depended merely on public opinion. Indulgence or excess have never been my taste; yet, although I have never been wealthy, I have always lived comfortably. It is absolutely impossible for me to maintain a comfortable standard of living with an annual income of one thousand one hundred francs—even if it were guaranteed—let alone with three hundred francs, which at any moment I might be reduced to. But let us set aside such considerations. Why should I, in my old age, unnecessarily undergo the hardships of a life that is far too frugal for my body? Meanwhile, a task that brings me pleasure provides me with the very comforts to which I have grown accustomed; otherwise, I would find it much more difficult or far more costly to obtain them. Your gentlemen, who do not practice the same austerity they demand of me, prefer to intrigue or borrow money rather than engage in manual labor that they consider ignoble, usurious, and unbearable—labor that does not even yield them immediate profits of fifty thousand francs. But I, who do not think like them about true dignity; I, who find great pleasure in alternating work with leisure through an activity that suits my tastes and that I can regulate at will—I add what is lacking to my modest fortune in order to live comfortably and simply, enjoying the pleasures of a balanced and unpretentious life as much as it is in my power to do so. Complete idleness would force me into boredom; it might compel me to seek constantly costly, often painful, and rarely innocent amusements. Instead, after work, simple rest possesses its own charm, and together with walks, it provides me with the entertainment I need.” Ultimately, perhaps it is a duty I owe to myself in such a sad situation—to try at least to add all the pleasures within my reach to alleviate the bitterness of this experience. I fear that if the feeling of my suffering, intensified by a harsh life, takes root in my soul, it might give rise to hateful and vengeful tendencies, making me cruel and even more unhappy. I have always found it beneficial to strengthen my heart against hatred by seeking out every joy I could. The success of this approach will make it all the more precious to me; and the more wretched my fate seems, the more determined I am to fill it with sweetness, in order to remain good at all costs.

“But,” they say, “among so many occupations from which he can choose, why would he prefer one that seems to be the least suitable for him and one that will bring him the least benefit? Why copy music instead of writing books? He would gain more in doing so and would not degrade himself.” I would readily answer this question by turning it around: Why write books instead of copying music, since this work pleases me and suits me better than anything else, and since its outcome is a legitimate, honest gain that is sufficient for me? Thinking is a very laborious task for me; it tires me, troubles me, and displeases me. Working with my hands while allowing my mind to rest brings me recreation and pleasure. If I sometimes enjoy thinking, it is freely and without restraint, letting my ideas flow naturally without imposing any constraints on them. But to think about this or that out of duty, as a profession, to add correctness and method to my work—such is for me the labor of a galley slave. And to think merely in order to survive seems to me the most tedious and ridiculous of all occupations. Let others use their talents as they please; I do not blame them. But for myself, I have never wanted to prostitute my talents in that way, by putting a price on them—for such venality would only destroy them. I sell the labor of my hands, but the creations of my soul are not for sale. Only their disinterest can give them strength and nobility. Those I might create for money would be of little value and would bring me even less satisfaction.

“Why would anyone want me to write more books, when I have said everything I had to say, and when all that remains for me is the pitiful task of repeating the same ideas over and over again? What’s the point of saying something poorly a second time when I could have said it well the first time? Those who are always eager to talk always find something to say; it’s easy for those who merely wish to arrange words together, but I have never felt the urge to pick up my pen except to express things that are great, new, and necessary—never to repeat myself. It’s true, I have written books, but I have never been a mere bookmaker or writer for the sake of writing. Why pretend that people want me to write more books, when in fact they fear it so much and go to such lengths to prevent me from doing so? Every door is closed to me, except those belonging to the members of that league. People go to great lengths to hide where I live and where I can be found. The Swiss guards and doormen all have secret orders regarding me, different from those of their masters; I am no longer allowed any contact with people—even for the sake of conversation. Would they even allow me to write? Perhaps they would let me express my thoughts so that they could understand them, but they would certainly prevent me from sharing them with the public.”

“In my current situation, if I were to write books, I should and would do so only for the defense of my honor, to expose and confute those impostors who slander it. It is no longer permissible for me, without betraying myself, to address any other subject. When I possess the necessary knowledge to penetrate this abyss of darkness into which I have been plunged and to unravel all these underhanded schemes, would it make any sense to assume that they would allow me to do so? And would those who hold me captive tolerate me informing the public about their maneuvers and my own fate? To whom could I turn for printing my works, if not one of their agents—or someone who would immediately become one of them? Have they left me anyone I could trust? Don’t we know every day, at all hours, with whom I have spoken and what I have said? And don’t you doubt that, since our meetings, you yourself are being monitored just as closely as I am? How can anyone fail to see that, surrounded and watched as I am, it is impossible for me to voice the truth and justice anywhere? If they pretended to allow me such a chance, it would be a trap. If I said one thing, they would make me say its opposite without my even knowing it[391]; and since they openly falsify my earlier writings, which are in everyone’s hands, wouldn’t they also falsify those that have not yet been published—and for which nothing could prove their alteration, since my protests are dismissed as worthless? Ah, sir, can you not see that the only crime they fear from me—the terrible crime that fills them with constant terror—is my very defense?”

“Potreste dire, continuò, come molti altri, che per un filosofo austero centoventi franchi di rendita dovrebbero essere sufficienti, almeno finché li possiedo, a garantirmi il sostentamento, senza la necessità di aggiungere un lavoro al quale non sono particolarmente adatto e che svolgo più per ostentazione che per necessità. A questo rispondo innanzitutto che non sono né filosofo né austero, e che questa vita dura, che a voi piace considerare un dovere mio, non è mai stata né di mio gusto né in linea con i miei principi, finché, con mezzi giusti ed onesti, ho potuto evitare di ritrovarmi costretto ad essa. Lavorando come copista di musica, non ho certo inteso assumere uno stile di vita austero e penitenzioso, ma al contrario scegliere un’occupazione che mi piacesse, che non affaticasse la mia mente pigra e che potesse fornirmi le comodità di cui il mio modesto reddito da solo non era in grado di garantirmi. Rinunciando, con grande volontà, a tutto ciò che è lusso e vanità, non ho certo rinunciato ai piaceri veri; anzi, proprio per goderli nella loro purezza, ne ho separato tutto ciò che dipendeva soltanto dall’opinione altrui. Le dissolutezze né gli eccessi non sono mai stati di mio gusto; tuttavia, senza mai essere stato ricco, ho sempre vissuto comodamente; ed è assolutamente impossibile per me vivere in modo confortevole con centoventi franchi di rendita, anche se fossero garantiti, figuriamoci con trecento, che da un giorno all’altro potrei ritrovarmi a non avere affatto. Ma lasciamo da parte questa preoccupazione. Perché dovreste volere che, negli anni della mia vecchiaia, io intraprenda senza necessità una vita estremamente frugale, alla quale il mio corpo non è abituato; mentre un lavoro che per me rappresenta soltanto un piacere mi permette di continuare a godere delle stesse comodità di cui ho preso l’abitudine, e che in altro modo sarebbero meno accessibili o mi costerebbero molto di più? Voi, che non avete adottato questa austera disciplina che mi imponete, fate bene a intrighare o ad indebitarvi, piuttosto che sottomettervi a un lavoro manuale che considerate ignobile, usurario e insopportabile, e che non vi garantisce immediatamente somme ingenti di denaro. Ma io, che non penso come voi riguardo alla vera dignità; io, che trovo grande piacere nel passare alternativamente dal lavoro al riposo, attraverso un’occupazione che mi soddisfa e che posso gestire a mio piacimento, aggiungo ciò che manca alla mia modesta fortuna per garantirmi un sostentamento agevole, e godo delle gioie di una vita semplice ed equilibrata, nella misura in cui dipende da me. Un’assoluta inattività mi costringerebbe all’noia, forse mi spingerebbe a cercare divertimenti sempre costosi, spesso dolorosi e raramente innocenti; mentre, dopo il lavoro, il semplice riposo possiede il suo fascino, e basta, insieme alla passeggiata, per soddisfare i miei bisogni di svago.” Infine, forse è un dovere che mi impongo in una situazione così triste: cercare almeno di aggiungere a quella realtà tutti i piaceri che mi sono ancora accessibili, nel tentativo di alleviarne l’amarezza. Non voglio che il senso delle mie sofferenze, acuito da una vita austera, si radichi nella mia anima e vi generi sentimenti di odio e vendetta, capaci di rendermi cattivo e ancora più sfortunato. Mi sono sempre trovato bene nel rafforzare il mio cuore contro l’odio, attraverso tutti i piaceri che sono stato in grado di procurarmi. Il successo di questo metodo renderà tale approccio sempre più prezioso per me; e più la mia sorte è tragica, più mi sforzerò di riempirla di dolcezze, per rimanere sempre buono.

“Ma, dicono loro, tra tante occupazioni da cui può scegliere, perché preferire proprio quella che sembra meno adatta a lui e che dovrebbe portargli meno vantaggio? Perché copiare musica invece di scrivere libri? Così guadagnerebbe di più e non si degraderebbe. Risponderei volentieri a questa domanda ribaltandola: perché scrivere libri invece di copiare musica, se questo lavoro mi piace e mi conviene più di ogni altro, e se il suo risultato è un guadagno giusto, onesto e sufficiente per me? Pensare rappresenta per me un lavoro molto faticoso: mi stanca, mi tormenta e non mi diverte affatto; invece lavorare con le mani e lasciare la mente in pace mi rilassa e mi diverte. Se a volte mi piace pensare, lo faccio liberamente, senza alcun impegno, lasciando che le mie idee seguano il loro corso naturale, senza costringerle in alcuna direzione. Ma pensare a questo o a quello per dovere, per mestiere, aggiungere correzioni e metodi alle mie opere, è per me come lavorare in una prigione; e pensare soltanto per vivere mi sembra la più faticosa e ridicola di tutte le occupazioni. Che gli altri utilizzino i loro talenti come vogliono, non li biasimo; ma io non ho mai voluto prostituire i miei, offrendoli in vendita, perché proprio questa vendita li avrebbe distrutti. Vendo il lavoro delle mie mani, ma le opere della mia anima non sono destinate alla vendita; solo la loro disinteressata dedizione può dar loro forza e nobiltà. Quelle che farei per denaro non varrebbero molto, e mi renderebbero ancora meno felice.”

“Perché voler che io scriva ancora libri, quando ho detto tutto ciò che avevo da dire e mi resta soltanto la risorsa, troppo meschina ai miei occhi, di ripetere sempre le stesse idee? A che serve ripetere, in modo peggiore, ciò che ho già detto al meglio una volta? Coloro che hanno sempre voglia di parlare trovano sempre qualcosa da dire; è facile per chi vuole soltanto mettere insieme delle parole, ma io non ho mai avuto il desiderio di prendere la penna se non per dire cose grandi, nuove e necessarie, e non certo per ripetere ciò che già è stato detto. È vero, ho scritto libri, ma non sono mai stato un semplice scriba. Perché fingere di voler che io continui a scrivere, quando in realtà si teme tanto che lo faccia, e si fa di tutto per privarmi di ogni mezzo per farlo? Mi si chiudono tutte le porte davanti, tranne quelle dei sostenitori della lega. Si nasconde con grande cura la dimora e l’indirizzo di tutte le persone. Gli svizzeri e i portieri hanno tutti ordini segreti per me, diversi da quelli dei loro padroni; non mi si permette più alcun contatto con gli esseri umani, nemmeno per parlare: mi si permetterebbe forse di scrivere? Forse mi si lascerebbe esprimere il mio pensiero affinché venisse conosciuto, ma sicuramente si impedirebbe che venisse reso noto al pubblico.”

“Nella posizione in cui mi trovo, se dovessi scrivere libri, lo farei soltanto per difendere il mio onore, per smascherare gli impostori che lo diffamano: non mi è più permesso, senza tradirmi, trattare alcun altro argomento. Se avessi le luci necessarie per penetrare in questo abisso di tenebre in cui sono stato gettato e per rivelare tutte queste trame oscure, ha senso pensare che mi lascerebbero farlo, o che coloro che hanno il controllo su di me permetterebbero che io informassi il pubblico sulle loro manovre e sul mio destino? A chi mi rivolgerei per farmi stampare i miei scritti, se non a uno dei loro emissari, o a qualcuno che diventerebbe immediatamente tale? Mi hanno lasciato qualcuno a cui potermi affidare? Non sappiamo forse ogni giorno, in ogni momento, con chi ho parlato e cosa ho detto; e dubitate forse che, da quando ci siamo incontrati, anche voi siate sorvegliato quanto me? Chi non può vedere che, essendo circondato da nemici e tenuto sotto costante controllo, è impossibile per me far sentire ovunque la voce della giustizia e della verità? Se qualcuno sembrasse lasciarmi questa possibilità, sarebbe una trappola. Anche se dicessi la verità, mi si farebbe dire il contrario, senza che io ne fossi nemmeno consapevole; e poiché falsificano apertamente i miei vecchi scritti, che sono in mano a tutti, perché non falsificherebbero anche quelli che ancora non sono stati pubblicati, di cui nessuno potrebbe verificare la falsità, visto che le mie proteste vengono ignorate? Ebbene, signore, non capite forse che il solo crimine che temono da me, quel crimine orribile che li fa tremare di paura, è proprio la mia giustificazione?”

« Faire des livres pour subsister eût été me mettre dans la dépendance du public. Il eût été dès-lors question, non d’instruire et de corriger, mais de plaire et de réussir. Cela ne pouvait plus se faire en suivant la route que j’avais prise ; les temps étaient trop changés, et le public avait trop changé pour moi. Quand je publiai mes premiers-écrits, encore livré à lui-même, il n’avait point en total adopté de secte, et pouvait écouter la voix de la vérité et de la raison. Mais aujourd’hui subjugué tout entier, il ne pense plus, il ne raisonne plus, il n’est plus rien par lui-même, et ne suit plus que les impressions que lui donnent ses guides. L’unique doctrine qu’il peut goûter désormais est celle qui met ses passions à leur aise, et couvre d’un vernis de sagesse le dérèglement de ses mœurs. Il ne reste plus qu’une route pour quiconque aspire à lui plaire : c’est de suivre à la piste les brillants auteurs de ce siècle, et de prêcher comme eux, dans une morale hypocrite, l’amour des vertus et la haine du vice, mais après avoir commencé par prononcer comme eux que tout cela sont des mots vides de sens, faits pour amuser le peuple ; qu’il n’y a ni vice ni vertu dans le cœur de l’homme, puisqu’il n’y a ni liberté dans sa volonté, ni moralité dans ses actions ; que tout, jusqu’à cette volonté même, est l’ouvrage d’une aveugle nécessité ; qu’enfin la conscience et les remords ne sont que préjugés et chimères, puisqu’on ne peut, ni s’applaudir d’une bonne action qu’on a été forcé de faire, ni se reprocher un crime dont on n’a pas eu le pouvoir de s’abstenir[392]. Et quelle chaleur, quelle véhémence, quel ton de persuasion et de vérité pourrais-je mettre, quand je le voudrais, dans ces cruelles doctrines qui, flattant les heureux et les riches, accablent les infortunés et les pauvres, en ôtant aux uns tout frein, toute crainte, toute retenue ; aux autres toute espérance, toute consolation ? et comment enfin les accorderais-je avec mes propres écrits, pleins de la réfutation de tous ces sophismes ? Non, j’ai dit ce que je savais, ce que je croyais du moins être vrai, bon, consolant, utile. J’en ai dit assez pour qui voudra m’écouter en sincérité de cœur, et beaucoup trop pour le siècle où j’ai eu le malheur de vivre. Ce que je dirais de plus ne ferait aucun effet, et je le dirais mal, n’étant animé ni par l’espoir du succès comme les auteurs à la mode, ni comme autrefois par cette hauteur de courage qui met au-dessus, et qu’inspire le seul amour de la vérité, sans mélange d’aucun intérêt personnel. »

Voyant l’indignation dont il s’enflammait à ces idées, je me gardai de lui parler de tous ces fatras de livres et de brochures qu’on lui fait barbouiller et publier tous les jours avec autant de secret que de bon sens. Par quelle inconcevable bêtise pourrait-il espérer, surveillé comme il est, de pouvoir garder un seul moment l’anonyme ; et lui à qui l’on reproche tant de se défier à tort de tout le monde, comment aurait-il une confiance aussi stupide en ceux qu’il chargerait de la publication de ses manuscrits ? et s’il avait en quelqu’un cette inepte confiance, est-il croyable qu’il ne s’en servirait, dans la position terrible où il est, que pour publier d’arides traductions et de frivoles brochures[393] ? Enfin peut-on penser que, se voyant ainsi journellement découvert, il ne laissât pas d’aller toujours son train avec le même mystère, avec le même secret si bien gardé, soit en continuant de se confier aux mêmes traîtres, soit en choisissant de nouveaux confidents tout aussi fidèles ?

J’entends insister. Pourquoi, sans reprendre ce métier d’auteur qui lui déplaît tant, ne pas choisir au moins pour ressource quelque talent plus honorable ou plus lucratif ? Au lieu de copier de la musique, s’il était vrai qu’il la sût, que n’en faisait-il ou que ne l’enseignait-il ? S’il ne la savait pas, il avait ou passait pour avoir d’autres connaissances dont il pouvait donner leçon : l’italien, la géographie, l’arithmétique ; que sais-je, moi ? tout, puisqu’on a tant de facilités à Paris pour enseigner ce qu’on ne sait pas soi-même. Les plus médiocres talents valaient mieux à cultiver pour s’aider à vivre que le moindre de tous, qu’il possédait mal et dont il tirait si peu de profit, même en taxant si haut son ouvrage. Il ne se fût point mis, comme il a fait, dans la dépendance de quiconque vient, armé d’un chiffon de musique, lui débiter son amphigouri, ni des valets insolents qui viennent, dans leur arrogant maintien, lui déceler les sentiments cachés des maîtres. Il n’eût point perdu si souvent le salaire de son travail, ne se fût point fait mépriser du peuple, et traiter de juif par le philosophe Diderot, pour ce travail même. Tous ces profits mesquins sont méprisés des grandes âmes. L’illustre Diderot, qui ne souille point ses mains d’un travail mercenaire, et dédaigne les petits gains usuriers, est aux yeux de l’Europe entière un sage aussi vertueux que désintéressé ; et le copiste Jean-Jacques, prenant dix sous par page de son travail pour s’aider à vivre, est un juif que son avidité fait universellement mépriser. Mais en dépit de son âpreté, la fortune paraît avoir ici tout remis dans l’ordre, et je ne vois point que les usures du juif Jean-Jacques l’aient rendu fort riche, ni que le désintéressement du philosophe Diderot l’ait appauvri. Eh ! comment peut-on ne pas sentir que si Jean-Jacques eut pris cette occupation de copier de la musique uniquement pour donner le change au public, ou par affectation, il n’eût pas manqué, pour ôter cette arme à ses ennemis et se faire un mérite de son métier, de le faire au prix des autres, ou même au-dessous ?

LE FRANÇAIS. — L’avidité ne raisonne pas toujours bien.

ROUSSEAU. — L’animosité raisonne souvent plus mal encore. Cela se sent à merveille quand on examine les allures de vos messieurs, et leurs singuliers raisonnements qui les décèleraient bien vite aux yeux de quiconque y voudrait regarder et ne partagerait pas leur passion.

Toutes ces objections m’étaient présentes quand j’ai commencé d’observer notre homme ; mais en le voyant familièrement, j’ai senti bientôt et je sens mieux chaque jour que les vrais motifs qui le déterminent dans toute sa conduite se trouvent rarement dans son plus grand intérêt, et jamais dans les opinions de la multitude. Il les faut chercher plus près de lui si l’on ne veut s’abuser sans cesse.

D’abord, comment ne sent-on pas que pour tirer parti de tous ces petits talents dont on parle, il en faudrait un qui lui manque, savoir celui de les faire valoir. Il faudrait intriguer, courir à son âge de maison en maison, faire sa cour aux grands, aux riches, aux femmes, aux artistes, à tous ceux dont on le laisserait approcher ; car on mettrait le même choix aux gens dont on lui permettrait l’accès qu’on met à ceux à qui l’on permet le sien, et parmi lesquels je ne serais pas sans vous.

Il a fait assez d’expériences de la façon dont le traiteraient les musiciens, s’il se mettait à leur merci pour l’exécution de ses ouvrages, comme il y serait forcé pour en pouvoir tirer parti. J’ajoute que quand même, à force de manège, il pourrait réussir, il devrait toujours trouver trop chers des succès achetés à ce prix. Pour moi, du moins, pensant autrement que le public sur le véritable honneur, j’en trouve beaucoup plus à copier chez soi de la musique à tant la page, qu’à courir de porte en porte pour y souffrir les rebuffades des valets, les caprices des maîtres, et faire partout le métier de cajoleur et de complaisant. Voilà ce que tout esprit judicieux devrait sentir lui-même ; mais l’étude particulière de l’homme ajoute un nouveau poids à tout cela.

“To write books merely for the sake of making a living would have meant putting myself at the mercy of the public. In that case, the goal would no longer have been to educate or correct, but to please and succeed. Such an approach could no longer be pursued along the path I had chosen; times had changed too much, and so had the public. When I published my early works, the public was still largely open to different ideas; it was still capable of listening to the voice of truth and reason. But today, completely enslaved by prevailing trends, it no longer thinks, nor reasons; it is no longer capable of independent thought and follows only the dictates of its guides. The only doctrine that the public is now willing to accept is one that indulges its passions and covers their disorder with a veneer of ‘wisdom.’ For anyone who aspires to please it, there is only one path left: to follow in the footsteps of this century’s brilliant authors and preach, like them, a hypocritical morality that preaches love for virtue and hatred for vice—yet only after first declaring that all such notions are empty words designed merely to amuse the people; that there is neither virtue nor vice in the human heart, since there is neither freedom of will nor moral integrity in human actions; that everything, even the will itself, is the product of blind necessity; and that conscience and remorse are nothing but prejudices and illusions, since one can neither take pride in a good deed done under compulsion nor regret a crime one was unable to avoid[392]. And yet, what passion, what fervor, what tone of conviction and truth could I possibly employ in espousing such cruel doctrines—doctrines that flatter the happy and the rich while crushing the unfortunate and the poor, removing all restraint, fear, and modesty from the former, and all hope and consolation from the latter? How could I reconcile them with my own writings, which are filled with refutations of all such sophisms? No—I have spoken only what I knew, what I believed to be true, good, consoling, and useful. What I said was enough for those who were willing to listen to me with an open and sincere heart; but it was far too much for the era in which I lived. Anything more I might say would have been utterly ineffective—and moreover, I would have spoken it poorly, since I was neither driven by the hope of success like fashionable authors nor by that noble courage inspired solely by a love of truth, free from any personal motives.”

Seeing the indignation with which he reacted to these ideas, I refrained from telling him about all those absurd books and pamphlets that people forced him to write and publish every day, in such secrecy as would be utterly unreasonable. By what conceivable foolishness could he hope, being as closely monitored as he was, to manage to remain anonymous for even a single moment? And since he was constantly accused of wrongly defying everyone, how could he possibly have such utter trust in those whom he would entrust with the publication of his manuscripts? Moreover, if he truly had such foolish confidence in someone, is it credible that he would use it, in his terrible situation, merely to publish dry translations and trivial pamphlets[393]? Finally, can anyone really believe that, knowing himself exposed in this way every day, he would not continue to proceed with all the same secrecy, maintaining the same carefully guarded mystique—either by continuing to trust those same traitors or by choosing new confidants just as unreliable?

I hear people insist on this point. Why, if he were unwilling to resume that detestable profession of being a writer, why not choose some other talent that was more honorable or more lucrative? Instead of copying music—assuming he actually knew how to do it—if so, why not compose it himself or teach it to others? If he didn’t know how to compose music, he surely possessed or at least pretended to possess other knowledge that he could have put to use: Italian, geography, arithmetic—what knows what? Anything, since Paris offers so many opportunities for those who lack genuine skills to earn a living by teaching what they don’t know themselves. Even the most mediocre talents would be better worth cultivating than the one he possessed, which he used so poorly and from which he reaped so little benefit, even after overcharging greatly for his services. He wouldn’t have placed himself in such dependence on others—whether it be those who came to him with a piece of music paper and demanded that he transcribe it for them, or those insolent servants who, with their arrogant demeanor, tried to decipher the hidden intentions of their masters for him. He wouldn’t have lost so often the wages earned through his labor, nor would he have been despised by the people, nor called a Jew by the philosopher Diderot, all because of that very occupation. All such petty gains are despised by great souls. The illustrious Diderot, who does not stain his hands with mercenary work and scornes those small, usurious profits, is regarded throughout Europe as a sage—virtuous and disinterested. Yet Jean-Jacques, the copyist, who earns only ten sous per page of his work to make ends meet, is seen by everyone as a Jew whom his greed makes universally despised. But despite his greed, fortune seems to have restored order in this situation; I see no evidence that Jean-Jacques’s usury has made him rich, nor that Diderot’s disinterest has impoverished him. How can one not realize that if Jean-Jacques had chosen this occupation of copying music merely to deceive the public or out of affectation, he could have earned a decent living by doing it at the same rate as, or even lower than, others?

THE FRENCHMAN: — Greed does not always lead to wise decisions.

ROUSSEAU. — Hostility often reasons even more poorly. This becomes evident whenever one observes the behavior of your gentlemen, as well as their peculiar reasoning methods—which would quickly expose them to anyone who were willing to look closely and did not share their passions.

All these objections were in my mind when I began to observe our man; but as I got to know him better, I soon realized—and increasingly so with each passing day—that the true motives behind all his actions are rarely aligned with what is in his best interest, and certainly never with the opinions of the multitude. If one does not wish to be continually deceived, these motives must be sought elsewhere, much closer to him.

First of all, how is it possible not to realize that in order to make use of all these little talents about which people talk, one thing would be absolutely necessary: the ability to bring them into prominence. One would have to engage in intrigue, run from one household to another at his age, court the powerful, the rich, women, artists—everyone whom it would be permissible for him to approach. Because the same criteria would apply to those whom he was allowed to meet as they would to those who were allowed to meet him; and among these people, I would certainly include you.

He had already had enough experiences of how musicians would treat him if he placed himself at their mercy in order to have his works performed—since he would be forced to do so if he wanted to benefit from them. I add that, even after all such attempts, he might succeed; yet he would surely find such success too costly to attain. At least for me, who holds different views from the public regarding what true honor is, there is far more worth learning at home by studying music in peace than going from door to door to endure the rebuffs of servants and the caprices of masters, constantly playing the role of a flatterer and a complier. This is what any sensible person should consider for themselves; but the particular nature of human beings adds another layer of complexity to all this.

“Scrivere libri soltanto per sopravvivere significherebbe mettersi in condizione di dipendere dal pubblico. In tal caso, non si tratterebbe più di insegnare e correggere, ma di piacere e avere successo. Questo non sarebbe più possibile seguendo la strada che avevo intrapreso; i tempi erano troppo cambiati, e il pubblico stesso era troppo diverso rispetto a prima. Quando pubblicai i miei primi scritti, il pubblico, ancora libero di scegliere, non aveva adottato alcuna dottrina specifica e poteva ascoltare la voce della verità e della ragione. Ma oggi è completamente soggiogato: non pensa più, non ragiona più, non esiste più come individuo autonomo, ma segue soltanto le influenze dei suoi guide. L’unica dottrina che può accettare oggi è quella che soddisfa i suoi desideri e maschera con un velo di “saggezza” il disordine delle sue azioni. Non resta quindi che una strada per chiunque voglia piacergli: seguire le orme degli autori brillanti di questo secolo, predicare come loro l’amore delle virtù e l’odio del vizio, ma partendo dal presupposto che tutto ciò non sia altro che parole prive di significato, utilizzate soltanto per divertire il popolo; che nel cuore dell’uomo non esistano né vizi né virtù, poiché non c’è libertà nella sua volontà né moralità nelle sue azioni; che tutto, persino quella volontà stessa, sia il risultato di una necessità cieca; che infine coscienza e rimorso siano soltanto pregiudizi e illusioni, poiché non si può né lodare un’azione buona che si è stati costretti a compiere, né rimproverarsi un crimine dal quale non si è avuto il potere di astenersi[392]. E quale passione, quale veemenza, quale tono persuasivo e veritiero potrei utilizzare, anche se lo volessi, per diffondere queste dottrine crudeli che, lusingando i felici e i ricchi, opprimono gli sfortunati e i poveri, togliendo ai primi ogni freno, ogni paura, ogni rispetto per la verità; dando ai secondi soltanto speranze illusorie e conforti vuoti? E come potrei mai farle concordare con i miei stessi scritti, pieni di refutazioni di tutti questi sofismi? No. Ho detto ciò che sapevo, ciò che almeno credevo fosse vero, buono, consolante, utile. Ne ho detto abbastanza per chi volesse ascoltarmi con sincerità; ma molto di più per il secolo in cui ho avuto la sfortuna di vivere. Quello che potrei aggiungere ora non avrebbe alcun effetto, e lo direi male, poiché non sono motivato né dall’aspirazione al successo come gli autori alla moda, né, come un tempo, da quel coraggio che deriva soltanto dall’amore per la verità, senza alcun interesse personale.”

Vedendo l’indignazione con cui reagiva a queste idee, mi astenni dal parlargli di tutte quelle sciocchezze presenti nei libri e nelle brochures che gli venivano fatte scrivere e pubblicare ogni giorno, in modo così segreto da sembrare assurdo. Con quale inconcepibile stupidità poteva sperare, essendo sotto tanta sorveglianza, di mantenere anche solo per un momento l’anonimato? E lui, a cui si rimprovera tanto di sfidare ingiustamente tutti quanti, come avrebbe potuto avere una fiducia così stupida in coloro che gli sarebbero stati incaricati della pubblicazione dei suoi manoscritti? E se davvero avesse avuto una tale fiducia in qualcuno, è credibile che l’avrebbe utilizzata, nella terribile situazione in cui si trovava, solo per pubblicare traduzioni noiose e brochure frivole[393]? Infine, si può pensare che, vedendosi scoperto ogni giorno in questo modo, non continuasse comunque a procedere con lo stesso mistero, con la stessa segretezza così ben custodita, sia continuando a fidarsi degli stessi traditori, sia scegliendo nuovi confidenti altrettanto fedeli?

Insisto su questo punto: perché, senza riprendere quella professione di autore che lo disgusta tanto, non scegliere almeno qualche talento più onorevole o più redditizio come mezzo per guadagnarsi da vivere? Invece di copiare musica – ammesso che la sapesse davvero – perché non la componeva o non la insegnava? Se non la conosceva, avrebbe potuto comunque disporre di altre conoscenze di cui avrebbe potuto dare lezioni: il italiano, la geografia, l’aritmetica. Che so io? Tutto, visto che a Parigi ci sono molte opportunità per insegnare ciò che non si conosce personalmente. Anche i talenti più mediocri sarebbero stati meglio coltivati per guadagnarsi da vivere, piuttosto che quel poco talento che possedeva e dal quale traeva così scarso profitto, soprattutto considerando quanto alte fossero le tariffe che imponeva ai suoi lavori. Non si sarebbe mai messo in condizione di dipendere da persone che, armate di un semplice foglio di musica, gli chiedevano denaro; né avrebbe dovuto sopportare l’arroganza dei servitori che, con atteggiamenti sprezzanti, rivelavano ai padroni i suoi sentimenti nascosti. Non avrebbe perso così spesso il salario del proprio lavoro, non si sarebbe fatto disprezzare dalla gente, né sarebbe stato chiamato “ebreo” dal filosofo Diderot per quel mestiere stesso. Tutti questi piccoli guadagni sono disprezzati dalle grandi anime. L’illustre Diderot, che non macchia le proprie mani con lavori mercenari e disprezza i piccoli guadagni usurari, è considerato in tutta Europa un saggio virtuoso e disinteressato; mentre il copista Jean-Jacques, che guadagna soltanto dieci soldi a pagina per sopravvivere, è visto da tutti come un ebreo disprezzato dalla sua avidità. Eppure, nonostante la sua avarizia, sembra che la fortuna abbia rimesso tutto in ordine. Non vedo alcun segno che gli usuri di Jean-Jacques lo abbiano reso ricco, né che l’indifferenza di Diderot lo abbia impoverito. Come si può non capire che, se Jean-Jacques avesse scelto questa professione soltanto per ingannare il pubblico o per ostentazione, avrebbe potuto comunque svolgerla al prezzo degli altri, o addirittura a un prezzo inferiore?

IL FRANCESE: — L’avidità non sempre ragiona in modo corretto.

ROUSSEAU: — L’animosità spesso ragiona ancora peggio. Ciò si nota chiaramente osservando le azioni dei vostri signori e i loro strani ragionamenti, che li rivelerebbero immediatamente a chiunque volesse guardare con occhio oggettivo e non condividesse la loro passione.

Tutti questi obiezioni mi erano presenti quando ho iniziato a osservare quell’uomo; ma dopo averlo conosciuto meglio, ho presto capito – e ogni giorno capisco sempre di più – che i veri motivi che guidano tutte le sue azioni raramente risiedono nel suo vero interesse, e mai nelle opinioni della maggioranza. Bisogna cercarli più vicino a lui, se non si vuole continuare ad ingannarsi.

Innanzitutto, come si può non rendersi conto che per sfruttare tutti questi piccoli talenti di cui si parla, sarebbe necessario disporre di un talento che invece manca: quello di farli valere. Sarebbe necessario intrattenersi in relazioni sociali, andare di casa in casa nella sua età, corteggiare i potenti, i ricchi, le donne, gli artisti, insomma tutte quelle persone a cui si permetterebbe di avvicinarsi; perché si farebbe lo stesso tipo di scelte sia per coloro a cui ci si permette di accedere che per coloro a cui noi stessi ne abbiamo il permesso. E tra queste persone, non mancherei certo io.

Ha già fatto abbastanza esperienze riguardo al modo in cui i musicisti lo tratterebbero, se si mettesse a loro disposizione per l’esecuzione delle sue opere, come sarebbe costretto a fare per poterne trarre vantaggio. Aggiungo che, comunque, anche dopo tanti tentativi, potrebbe riuscire, ma dovrà sempre considerare troppo costosi i successi ottenuti a tale prezzo. Per quanto mi riguarda, almeno, poiché penso in modo diverso dal pubblico riguardo all’idea di vero onore, ritengo che ci sia molto di più da imparare a casa, studiando la musica, piuttosto che andare di porta in porta per subire rifiuti da parte dei servitori, i capricci dei padroni, e comportarsi ovunque come un lusinghiero e un compiacente. Ecco ciò che ogni persona ragionevole dovrebbe sentire dentro di sé. Ma lo studio approfondito dell’uomo aggiunge un ulteriore peso a tutto questo.

Jean-Jacques est indolent, paresseux, comme tous les contemplatifs : mais cette paresse n’est que dans sa tête. IL ne pense qu’avec effort, il se fatigue à penser, il s’effraie de tout ce qui l’y force, à quelque faible degré que ce soit, et s’il faut qu’il réponde à un bonjour dit avec quelque tournure, il en sera tourmenté. Cependant il est vif, laborieux à sa manière. Il ne peut souffrir une oisiveté absolue : il faut que ses mains, que ses pieds, que ses doigts agissent, que son corps soit en exercice, et que sa tête reste en repos. Voilà d’où vient sa passion pour la promenade ; il y est en mouvement sans être obligé de penser. Dans la rêverie on n’est point actif. Les images se tracent dans le cerveau, s’y combinent comme dans le sommeil, sans le concours de la volonté ; on laisse à tout cela suivre sa marche, et l’on jouit sans agir. Mais quand on veut arrêter, fixer les objets, les ordonner, les arranger, c’est autre chose ; on y met du sien. Sitôt que le raisonnement et la réflexion s’en mêlent, la méditation n’est plus un repos, elle est une action très pénible ; et voilà la peine qui fait l’effroi de Jean-Jacques, et dont la seule idée l’accable et le rend paresseux. Je ne l’ai jamais trouvé tel, que dans toute œuvre où il faut que l’esprit agisse, quelque peu que ce puisse être. Il n’est avare ni de son temps ni de sa peine ; il ne peut rester oisif sans souffrir ; il passerait volontiers sa vie à bêcher dans un jardin pour y rêver à son aise : mais ce serait pour lui le plus cruel supplice de la passer dans un fauteuil, en fatigant sa cervelle à chercher des riens pour amuser des femmes.

De plus, il déteste la gêne autant qu’il aime l’occupation. Le travail ne lui coûte rien, pourvu qu’il le fasse à son heure, et non pas à celle d’autrui. Il porte sans peine le joug de la nécessité des choses, mais non celui de la volonté des hommes. Il aimera mieux faire une tâche double en prenant son temps, qu’une simple au moment prescrit.

A-t-il une affaire, une visite, un voyage à faire ? il ira sur-le-champ, si rien ne le presse ; s’il faut aller à l’instant, il regimbera. Le moment où, renonçant à tout projet de fortune pour vivre au jour la journée, il se défit de sa montre, fut un des plus doux de sa vie. Grâces au ciel, s’écria-t-il dans un transport de joie, je n’aurai plus besoin de savoir l’heure qu’il est !

S’il se plie avec peine aux fantaisies des autres, ce n’est pas qu’il en ait beaucoup de son chef. Jamais homme ne fut moins imitateur, et cependant moins capricieux. Ce n’est pas sa raison qui l’empêche de l’être, c’est sa paresse ; car les caprices sont des secousses de la volonté dont il craindrait la fatigue. Rebelle à toute autre volonté, il ne sait pas même obéir à la sienne, ou plutôt il trouve si fatigant même de vouloir, qu’il aime mieux, dans le courant de la vie, suivre une impression purement machinale qui l’entraîne sans qu’il ait la peine de la diriger. Jamais homme ne porta plus pleinement, et dès sa jeunesse, le joug propre des âmes faibles et des vieillards, savoir celui de l’habitude. C’est par elle qu’il aime à faire encore aujourd’hui ce qu’il fit hier, sans autre motif, si ce n’est qu’il le fit hier. La route étant déjà frayée, il a moins de peine à la suivre, qu’à l’effort d’une nouvelle direction. Il est incroyable à quel point cette paresse de vouloir le subjugue. Cela se voit jusque dans ses promenades. Il répétera toujours la même jusqu’à ce que quelque motif le force absolument d’en changer : ses pieds le reportent d’eux-mêmes où ils l’ont déjà porté. Il aime à marcher toujours devant lui, parce que cela se fait sans avoir besoin d’y penser. Il irait de cette façon toujours rêvant jusqu’à la Chine, sans s’en apercevoir ou sans s’ennuyer. Voilà pourquoi les longues promenades lui plaisent ; mais il n’aime pas les jardins où à chaque bout d’allée une petite direction est nécessaire pour tourner et revenir sur ses pas ; et en compagnie il se met, sans y penser, à la suite des autres pour n’avoir pas besoin de penser à son chemin ; aussi n’en a-t-il jamais retenu aucun qu’il ne l’eut fait seul.

Tous les hommes sont naturellement paresseux, leur intérêt même ne les anime pas, et les plus pressants besoins ne les font agir que par secousses ; mais à mesure que l’amour-propre s’éveille, il les excite, les pousse, les tient sans cesse en haleine, parce qu’il est la seule passion qui leur parle toujours : c’est ainsi qu’on les voit tous dans le monde. L’homme en qui l’amour-propre ne domine pas, et qui ne va point chercher son bonheur loin de lui, est le seul qui connaisse l’incurie et les doux loisirs ; et Jean-Jacques est cet homme-là, autant que je puis m’y connaître. Rien n’est plus uniforme que sa manière de vivre : il se lève, se couche, mange, travaille, sort et rentre aux mêmes heures, sans le vouloir et sans le savoir. Tous les jours sont jetés au même moule, c’est le même jour toujours répété ; sa routine lui tient lieu de toute autre règle ; il la suit très exactement, sans y manquer et sans y songer. Cette molle inertie n’influe pas seulement sur ses actions indifférentes, mais sur toute sa conduite, sur les affections même de son cœur ; et lorsqu’il cherchait si passionnément des liaisons qui lui convinssent, il n’en forma réellement jamais d’autres que celles que le hasard lui présenta. L’indolence et le besoin d’aimer ont donné sur lui un ascendant aveugle à tout ce qui l’approchait. Une rencontre fortuite, l’occasion, le besoin du moment, l’habitude trop rapidement prise, ont déterminé tous ses attachements, et par eux toute sa destinée. En vain son cœur lui demandait un choix, son humeur trop facile ne lui en laissa point faire. Il est peut-être le seul homme au monde des liaisons duquel on ne peut rien conclure, parce que son propre goût n’en forma jamais aucune, et qu’il se trouva toujours subjugué avant d’avoir eu le temps de choisir. Du reste, l’habitude ne finit point en lui par l’ennui. Il vivrait éternellement du même mets, répéterait sans cesse le même air, relirait toujours le même livre, ne verrait toujours que la même personne. Enfin, je ne l’ai jamais vu se dégoûter d’aucune chose qui une fois lui eût fait plaisir.

C’est par ces observations et d’autres qui s’y rapportent, c’est par l’étude attentive du naturel et des goûts de l’individu, qu’on apprend à expliquer les singularités de sa conduite, et non par des fureurs d’amour-propre, qui rongent les cœurs de ceux qui le jugent sans avoir jamais approché du sien. C’est par paresse, par nonchalance, par aversion de la dépendance et de la gêne, que Jean-Jacques copie de la musique. Il fait sa tâche quand et comment il lui plaît ; il ne doit compte de sa journée, de son temps, de son travail, de son loisir à personne. Il n’a besoin de rien arranger, de rien prévoir, de prendre aucun souci de rien ; il n’a nulle dépense d’esprit à faire, il est lui et à lui tous les jours, tout le jour ; et le soir, quand il se délasse et se promène, son âme ne sort du calme que pour se livrer à des émotions délicieuses, sans qu’il ait à payer de sa personne, et à soutenir le faix de la célébrité par de brillantes ou savantes conversations, qui feraient le tourment de sa vie sans flatter sa vanité.

Jean-Jacques is indolent and lazy, like all contemplatives; but this laziness exists only in his mind. He can think only with great effort; the very act of thinking tires him out, and he fears anything that forces him to think, even if it’s to a slight degree. If he has to respond to a greeting that requires some particular phrasing, it causes him great distress. Nevertheless, he is quick-witted and diligent in his own way. He cannot endure complete idleness; his hands, feet, and fingers must be active, his body must be in motion, while his mind remains at rest. This explains his passion for walking—there, he moves without being forced to think. In reverie, one is not active; images form in the brain and combine there, just as they do during sleep, without the intervention of will. One lets these processes unfold naturally and enjoys them without taking any action. But when one tries to focus, to organize and arrange thoughts, that’s another matter—then one has to exert effort. As soon as reasoning and reflection get involved, meditation is no longer rest but a very strenuous activity. And it is this kind of effort that terrifies Jean-Jacques; the mere thought of it overwhelms him and makes him lazy. I have never seen him in such a state except when engaged in any task that requires mental exertion, no matter how slight. He is not stingy with his time or effort; he cannot stay idle without suffering. He would gladly spend his life weeding in a garden, where he could dream in peace—but for him, spending his days in a chair, forcing his mind to come up with trivial things to amuse women, would be the most cruel form of torture.

Furthermore, he hates embarrassment just as much as he loves being occupied. Work costs him nothing, so long as he does it at his own time, and not at someone else’s. He can easily bear the burden imposed by the necessities of life, but not the constraints imposed by human will. He would rather complete a double task at his own pace than perform a single one on time.

Does he have some business to attend to, a visit to make, or a trip to go on? If there’s nothing pressing, he will set off immediately; but if it must be done right away, he will hesitate. The moment when, giving up all plans for making a fortune and deciding to live day by day, he got rid of his watch was one of the sweetest moments of his life. “Thank heaven,” he exclaimed in joy, “I won’t have to worry about what time it is anymore!”

If he can barely comply with the whims of others, it is not because he himself has many such whims. No man has ever been less inclined to imitate others, yet at the same time less capricious. It is not his reason that prevents him from being capricious—it is his laziness; for caprices are merely fluctuations in the will, and he fears the fatigue they would cause. Rebellious toward any other form of will, he is even unable to obey his own will. Or rather, he finds the mere effort of deciding what to do so exhausting that he prefers, throughout his life, to follow impulses that guide him automatically, without the need for conscious direction. From a young age, he has carried the yoke inherent in weak-minded people and the elderly—the yoke of habit. It is through habit that he continues to do today what he did yesterday, for no other reason than that he did it yesterday. Since the path has already been laid out for him, it requires less effort to follow it than to make a new decision every time. It is incredible how thoroughly this laziness in making decisions dominates him—even in his walks. He will always repeat the same route until some external factor forces him to change it; his feet automatically lead him where they have already gone before. He enjoys walking without having to think about it; he could continue on this way, dreaming all the way to China, without realizing it or getting bored. That is why long walks please him so much. But he dislikes gardens where every turn requires a conscious decision to change direction. In company, he follows others without thinking, simply because it saves him the effort of planning his own route. As a result, he has never learned any new paths except those he took on his own.

All men are naturally lazy; even their own interests do not inspire them to act, and the most pressing needs only provoke them to take action intermittently. But as self-love awakens, it excites them, drives them onward, and keeps them constantly on the move, for it is the only passion that ever speaks to them directly—such are they all in this world. The man whose self-love does not dominate him, and who does not seek his happiness elsewhere, is the only one who truly knows what indifference and gentle leisure mean; and Jean-Jacques is such a man, as far as I can tell. Nothing is more regular in his way of living: he rises, goes to bed, eats, works, goes out, and returns at the same times, without intending to do so or even realizing it. Every day follows the same pattern; it is always the same day, repeated endlessly. His routine serves as his only rule; he follows it strictly, without deviation or thought. This passive inertia affects not only his indifferent actions but also all his behavior and even the sentiments of his heart. When he eagerly sought out relationships that suited him, he never formed any others than those that chance presented to him. Indolence and a desire to love gave blind dominance over everything that came his way. A random encounter, an opportunity, the immediate need of the moment, or an habit formed too quickly—all these determined all his attachments and, by extension, his entire destiny. In vain did his heart long for choice; his too facile temperament never allowed it. He is perhaps the only man in the world whose relationships yield no discernible pattern, for his own tastes never shaped any of them, and he was always subdued before he had time to make a choice. Moreover, habit never leads to boredom for him. He could live forever on the same food, repeat the same song endlessly, read the same book over and over, and see only the same person. Finally, I have never seen him grow tired of anything that once brought him pleasure.

It is through such observations and others related to them, through careful study of an individual’s nature and tastes, that one learns to explain the peculiarities of their behavior—not through outbursts of pride that consume those who judge them without ever having truly understood their own nature. It is out of laziness, indifference, and a dislike for dependence and inconvenience that Jean-Jacques copies music. He carries out his tasks whenever and however he pleases; he owes no account to anyone regarding his day, his time, his work, or his leisure. He has no need to arrange anything, plan ahead, or worry about anything at all; he requires no mental effort whatsoever. He is simply himself, every single day. And in the evening, when he relaxes and walks around, his soul emerges from its tranquility only to indulge in delightful emotions, without having to sacrifice himself or bear the burden of fame through brilliant or learned conversations that would only bring torment to his life without satisfying his vanity.

Jean-Jacques è pigro, indolente, come tutti i contemplativi; ma questa pigrizia esiste soltanto nella sua mente. Pensa con difficoltà, si stanca nel pensare, teme qualsiasi cosa lo costringa a farlo, anche se solo in misura minima; e se dovesse rispondere a un saluto pronunciato in un certo modo, ne soffrirebbe molto. Tuttavia, è vivace e laborioso a suo modo: non può sopportare l’ozio assoluto; le sue mani, i suoi piedi, le sue dita devono essere in movimento, il suo corpo deve esercitarsi, mentre la sua mente deve riposare. Da qui deriva la sua passione per le passeggiate: lì è in movimento senza dover pensare. Nella meditazione, invece, non si è attivi; le immagini si formano nella mente, si combinano come nel sonno, senza il contributo della volontà; si lascia che tutto proceda naturalmente e ci si gode senza agire. Ma quando si cerca di fermare quegli stimoli, di fissarli, di organizzarli, allora è tutta un’altra cosa: si interviene con la propria volontà. Non appena il ragionamento e la riflessione entrano in gioco, la meditazione non è più un riposo, ma diventa un’attività molto faticosa; ed è proprio questa fatica che spaventa Jean-Jacques, e di cui solo il pensiero lo sopraffà e lo rende pigro. Non l’ho mai visto diverso in quelle attività in cui è necessario che la mente agisca, anche se solo leggermente. Non risparmia né il proprio tempo né lo sforzo; non può stare fermo senza soffrire; passerebbe volentieri tutta la vita a lavorare in un giardino per poter sognare tranquillamente. Ma per lui sarebbe la tortura più atroce passare le giornate su una poltrona, affaticando la mente alla ricerca di cose insignificanti per divertire delle donne.

Inoltre, odia l’imbarazzo tanto quanto ama l’occupazione. Il lavoro non gli costa nulla, purché lo faccia nel suo tempo, e non in quello degli altri. Sopporta senza difficoltà il giogo delle necessità della vita, ma non quello della volontà umana. Preferirebbe svolgere due compiti contemporaneamente, prendendosi tutto il tempo che desidera, piuttosto che uno solo nel momento stabilito.

Ha qualche affare da sbrigare, una visita da fare, un viaggio da intraprendere? Partirà immediatamente, se non c’è nulla di urgente; ma se dovesse partire subito, si ribellerà. Il momento in cui, rinunciando a qualsiasi progetto per il futuro e decidendo di vivere giorno per giorno, si liberò dell’orologio, fu uno dei momenti più dolci della sua vita. “Grazie al cielo”, esclamò, colmo di gioia, “non avrò più bisogno di sapere che ore sono!”

Se si adatta con difficoltà alle fantasie altrui, non è perché ne abbia molte proprie. Nessun uomo fu mai meno imitatore e, tuttavia, meno capriccioso. Non è la sua ragione a impedirgli di essere capriccioso, ma la sua pigrizia; infatti i capricci sono scosse della volontà che teme possano stancarlo. Ribelle a qualsiasi altra volontà, non sa nemmeno obbedire alla propria; o meglio, trova così faticoso anche solo voler qualcosa, che preferisce seguire, nel corso della vita, un impulso puramente meccanico che lo conduce senza che debba sforzarsi di guidarlo. Nessun uomo ha mai portato, fin dalla giovane età, in modo così completo il giogo proprio delle anime deboli e degli anziani: quello dell’abitudine. È attraverso di essa che ama ancora oggi fare ciò che fece ieri, senza alcun altro motivo se non perché lo fece ieri. Poiché la strada è già tracciata, gli costa meno seguirla che sforzarsi di prendere una nuova direzione. È incredibile fino a che punto questa pigrizia nel volerlo domini. Si nota anche nelle sue passeggiate: ripeterà sempre lo stesso percorso finché qualche motivo non lo costringerà assolutamente a cambiarlo; i suoi piedi lo riportano automaticamente dove sono già stati. Gli piace camminare sempre nella stessa direzione, perché ciò avviene senza bisogno di pensarci. Continuerebbe così, sognando, fino in Cina, senza accorgersene o annoiarsi. Ecco perché gli piacciono le lunghe passeggiate; ma non ama i giardini dove, all’angolo di ogni vialetto, è necessario prendere una piccola direzione per tornare indietro; e in compagnia segue, senza pensarci, gli altri, solo per non dover pensare al proprio cammino; per questo non ha mai imparato nessun percorso diverso da quello che ha usato da solo.

Tutti gli uomini sono naturalmente pigri; nemmeno il loro stesso interesse li spinge all’azione, e nemmeno i bisogni più urgenti li fanno agire con costanza. Tuttavia, man mano che l’orgoglio si risveglia, esso li eccita, li spinge, li mantiene sempre in movimento, poiché è l’unica passione che parli loro costantemente: ed è così che li vediamo tutti nel mondo. L’uomo in cui l’orgoglio non domina e che non cerca la sua felicità lontano da sé è l’unico che conosce l’indolenza e i dolci piaceri della vita; e Jean-Jacques è proprio quest’uomo, per quanto io possa giudicare. Niente è più uniforme nel suo modo di vivere: si alza, si corica, mangia, lavora, esce e rientra sempre alle stesse ore, senza volerlo e senza nemmeno pensarci. Ogni giorno segue lo stesso ritmo; la sua routine sostituisce qualsiasi altra regola nella sua vita; la segue con estrema precisione, senza mai trasgredirla o pensarci troppo. Questa indolenza influisce non solo sulle sue azioni, ma su tutto il suo comportamento, persino sulle emozioni del suo cuore. Quando cercava con passione relazioni che gli fossero congeniali, in realtà non ne formò mai altre se non quelle che il caso gli presentava. L’indolenza e il desiderio di amare ebbero su di lui un ascendente cieco su tutto ciò che lo circondava: un incontro casuale, l’occasione del momento, la necessità immediata, un’abitudine presa troppo in fretta, furono questi elementi a determinare tutti i suoi legami e, di conseguenza, tutta la sua destinazione. Inutilmente il suo cuore gli chiedeva di fare una scelta; la sua indole troppo facile non glielo permetteva. Forse è l’unico uomo al mondo le cui relazioni non lasciano alcuna traccia chiara, perché il suo stesso gusto non ne ha mai formato nessuna, e si è sempre trovato soggiogato prima ancora di avere il tempo di scegliere. Del resto, l’abitudine in lui non porta mai all’noia; vivrebbe per sempre con lo stesso cibo, ripetendo sempre lo stesso ritmo quotidiano, rileggendo sempre lo stesso libro, vedendo sempre la stessa persona. Infine, non l’ho mai visto perdere interesse per nulla che una volta gli avesse procurato piacere.

È attraverso queste osservazioni e altre simili, è attraverso lo studio attento della natura e dei gusti dell’individuo che si impara a spiegare le singolarità del suo comportamento, e non attraverso furie d’amor proprio che logorano i cuori di coloro che lo giudicano senza mai averne conosciuto la vera natura. È per pigrizia, per indifferenza, per avversione alla dipendenza e ai vincoli che Jean-Jacques copia le partiture musicali: svolge il proprio compito quando e come gli piace; non deve rendere conto a nessuno della propria giornata, del proprio tempo, del proprio lavoro o del proprio tempo libero. Non ha bisogno di organizzare nulla, di prevedere nulla, di preoccuparsi di nulla; non deve impegnare la propria mente in nulla; è sempre se stesso, ogni giorno, per tutto il giorno; e la sera, quando si rilassa e passe il tempo, la sua anima esce dal proprio stato di tranquillità solo per immergersi in emozioni deliziose, senza dover sacrificare nulla di sé stesso, né sopportare il peso della fama attraverso conversazioni brillanti o erudite che renderebbero la sua vita un inferno senza mai soddisfare la sua vanità.

Il travaille lentement, pesamment, fait beaucoup de fautes, efface ou recommence sans cesse ; cela l’a forcé de taxer haut son ouvrage, quoiqu’il en sente mieux que personne l’imperfection ; Il n’épargne cependant ni frais ni soins pour lui faire valoir son prix, et il y met des attentions qui ne sont pas sans effet, et qu’on attendrait en vain des autres copistes. Ce prix même, quelque fort qu’il soit, serait peut-être au-dessous du leur, si l’on en déduisait ce qu’on s’amuse à lui faire perdre, soit en ne retirant ou en ne payant point l’ouvrage qu’on lui fait faire, soit en le détournant de son travail en mille manières dont les autres copistes sont exempts. S’il abuse en cela de sa célébrité, il le sent et s’en afflige ; mais c’est un bien petit avantage contre tant de maux qu’elle lui attire, et il ne saurait faire autrement sans s’exposer à des inconvénients qu’il n’a pas le courage de supporter ; au lieu qu’avec ce modique supplément, acheté par son travail, sa situation présente est, du côté de l’aisance, telle précisément qu’il la faut à son humeur. Libre des chaînes de la fortune, il jouit avec modération de tous les biens réels qu’elle donne ; il a retranché ceux de l’opinion, qui ne sont qu’apparents, et qui sont les plus coûteux. Plus pauvre, il sentirait des privations, des souffrances ; plus riche, il aurait l’embarras des richesses, des soucis, des affaires ; il faudrait renoncer à l’incurie, pour lui la plus douce des voluptés : en possédant davantage, il jouirait beaucoup moins.

Il est vrai qu’avancé déjà dans la vieillesse il ne peut espérer de vaquer longtemps encore à son travail ; sa main déjà tremblotante lui refuse un service aisé, sa note se déforme, son activité diminue ; il fait moins d’ouvrage et moins bien dans plus de temps : un moment viendra[394], s’il vieillit beaucoup, qui, lui ôtant les ressources qu’il s’est ménagées, le forcera de faire un tardif et dur apprentissage d’une frugalité bien austère. Il ne doute pas même que vos messieurs n’aient déjà pour ce temps qui s’approche, et qu’ils sauront peut-être accélérer, un nouveau plan de bénéfice, c’est-à-dire de nouveaux moyens de lui faire manger le pain d’amertume et boire la coupe d’humiliation. Il sent et prévoit très bien tout cela ; mais, si près du terme de la vie, il n’y voit plus un fort grand inconvénient. D’ailleurs, comme cet inconvénient est inévitable, c’est folie de s’en tourmenter, et ce serait s’y précipiter d’avance que de chercher à le prévenir. Il pourvoit au présent en ce qui dépend de lui, et laisse le soin de l’avenir à la Providence.

J’ai donc vu Jean-Jacques livré tout entier aux occupations que je viens de vous décrire, se promenant toujours seul, pensant peu, rêvant beaucoup, travaillant presque machinalement, sans cesse occupé des mêmes choses sans s’en rebuter jamais ; enfin plus gai, plus content, se portant mieux, en menant cette vie presque automate, qu’il ne fit tout le temps qu’il consacra si cruellement pour lui, et si peu utilement pour les autres, au triste métier d’auteur.

Mais n’apprécions pas cette conduite au-dessus de sa valeur. Dès que cette vie simple et laborieuse n’est pas jouée, elle serait sublime dans un célèbre écrivain qui pourrait s’y réduire. Dans Jean-Jacques elle n’est que naturelle, parce qu’elle n’est l’ouvrage d’aucun effort, ni celui de la raison, mais une simple impulsion du tempérament déterminé par la nécessité. Le seul mérite de celui qui s’y livre est d’avoir cédé sans résistance au penchant de la nature, et de ne s’être pas laissé détourner par une mauvaise honte, ni par une sotte vanité. Plus j’examine cet homme dans le détail de l’emploi de ses journées, dans l’uniformité de cette vie machinale, dans le goût qu’il paraît y prendre, dans le contentement qu’il y trouve, dans l’avantage qu’il en tire pour son humeur et pour sa santé ; plus je vois que cette manière de vivre était celle pour laquelle il était né. Les hommes le figurant toujours à leur mode, en ont fait, tantôt un profond génie, tantôt un petit charlatan ; d’abord un prodige de vertu, puis un monstre de scélératesse ; toujours l’être du monde le plus étrange et le plus bizarre. La nature n’en a fait qu’un bon artisan, sensible, il est vrai, jusqu’au transport, idolâtre du beau, passionné pour la justice, dans de courts moments d’effervescence capable de vigueur et d’élévation, mais dont l’état habituel fut et sera toujours l’inertie d’esprit et l’activité machinale, et, pour tout dire en un mot, qui n’est rare que parce qu’il est simple. Une des choses dont il se félicite est de se retrouver dans sa vieillesse à peu près au même rang où il est né, sans avoir jamais beaucoup ni monté ni descendu dans le cours de sa vie. Le sort l’a remis où l’avait placé la nature ; il s’applaudit chaque jour de ce concours.

Ces solutions si simples, et pour moi si claires, de mes premiers doutes, m’ont fait sentir de plus en plus que j’avais pris la seule bonne roule pour aller à la source des singularités de cet homme, tant jugé et si peu connu. Le grand tort de ceux qui le jugent n’est pas de n’avoir point deviné les vrais motifs de sa conduite ; des gens si fins ne s’en douteront jamais[395] ; mais, c’est de n’avoir pas voulu les apprendre, d’avoir concouru de tout leur cœur aux moyens pris pour empêcher, lui de les dire, et eux de les savoir. Les gens même les plus équitables sont portés à chercher des causes bizarres à une conduite extraordinaire ; et au contraire, c’est à force d’être naturelle que celle de Jean-Jacques est peu commune, mais c’est ce qu’on ne peut sentir qu’après avoir fait une étude attentive de son tempérament, de son humeur, de ses goûts, de toute sa constitution. Les hommes n’y font pas tant de façon pour se juger entre eux. Ils s’attribuent réciproquement les motifs qui pourraient faire agir le jugeant, comme fait le jugé, s’il était à sa place, et souvent ils rencontrent juste, parce qu’ils sont tous conduits par l’opinion, par les préjugés, par l’amour-propre, par toutes les passions factices qui en sont le cortège, et surtout par ce vif intérêt, prévoyant et pourvoyant, qui les jette toujours loin du présent, et qui n’est rien pour l’homme de la nature.

Mais ils sont si loin de remonter aux pures impulsions de cette nature et de les connaître, que, s’ils parvenaient à comprendre enfin que ce n’est point par ostentation que Jean-Jacques se conduit si différemment qu’ils ne font, le plus grand nombre en conclurait aussitôt que c’est donc par bassesse d’âme, quelques-uns peut-être, que c’est par une héroïque vertu, et tous se tromperaient également. Il y a de la bassesse à choisir volontairement un emploi digne de mépris, ou à recevoir par aumône ce qu’on peut gagner par son travail ; mais il n’y en a point à vivre d’un travail honnête plutôt que d’aumônes, ou plutôt que d’intriguer pour parvenir. Il y a de la vertu à vaincre ses penchants pour faire son devoir, mais il n’y en a point à les suivre pour se livrer à des occupations de son goût, quoique ignobles aux yeux des hommes.

He works slowly and laboriously, makes many mistakes, and constantly erases or starts over; this has forced him to charge a high price for his work, even though he is more aware of its imperfections than anyone else. Nevertheless, he spares no expense or effort in ensuring that it earns its value, and the care he puts into it is certainly effective—something one would vainly expect from other copyists. Even if this price is high, it might still be lower than what others could charge if we took into account all the ways in which they unfairly disadvantage him: either by not paying for his work or by distracting him from his task in countless other ways that other copyists do not face. If he were to abuse his fame in these matters, he would be aware of it and regret it; but this small advantage is far outweighed by the many disadvantages it brings him. He has no choice but to accept this modest compensation earned through his own hard work—otherwise, he would face difficulties he are not willing to endure. With this meager extra income, his current situation, in terms of comfort, is precisely what suits his temperament. Free from the shackles of wealth, he enjoys in moderation all the tangible possessions that fortune can offer; he has renounced those illusory riches that come merely from public opinion and are, in reality, the most costly. If he were poorer, he would suffer from privations and hardships; if he were richer, he would face the burdens of wealth, worries, and responsibilities. To possess more would mean losing much of the joy he currently enjoys.

It is true that, now advanced in age, he can no longer expect to continue his work for much longer; his already trembling hands make it difficult for him to perform even simple tasks, his handwriting becomes illegible, and his activity diminishes. He produces less work, of lower quality, but over a longer period of time. Eventually—should he grow much older—his resources will be depleted, forcing him to undergo a late and harsh apprenticeship in extreme frugality. He does not even doubt that those in power have already devised new ways to make him endure hardship and humiliation. He is fully aware of all this; yet, so close to the end of his life, he no longer sees it as a serious obstacle. Moreover, since such adversity is inevitable, worrying about it would be foolish, and attempting to prevent it would only serve to hasten its arrival. He takes care of present needs as much as he can, leaving the future in God’s hands.

I thus saw Jean-Jacques entirely devoted to the pursuits I have just described to you—always walking alone, thinking little, dreaming much, working almost mechanically, constantly preoccupied with the same things without ever growing weary of them; in short, he was happier, more content, and in better health than when he spent all his time engaged in that sad profession of authoring, which was so cruelly detrimental to himself and so utterly useless to others.

But let us not overestimate the merit of such a way of living. Once this simple and laborious existence is no longer merely played out, it would be considered sublime by a famous writer who might choose to adopt it himself. In Jean-Jacques, however, it is merely natural—because it arises neither from any effort nor from reason, but rather from an instinctive impulse determined by necessity. The only merit of those who pursue this way of life is that they have yielded without resistance to the inclinations of nature, and have not allowed themselves to be distracted by false shame or foolish vanity. The more I examine this man in detail—how he spends his days, how monotonous this mechanical existence is, how much pleasure he seems to take in it, how content he is with it, and what benefits it brings to his temperament and health—the more I realize that this way of living was indeed the one for which he was born. People have portrayed him in various ways: sometimes as a profound genius, sometimes as a petty swindler; at first as a model of virtue, later as a monster of wickedness. Yet he remains the most peculiar and bizarre creature in the world. Nature has made of him merely a skilled artisan—sensitive, indeed, to beauty and passionate about justice; capable, in moments of fervor, of great vigor and elevation—but whose habitual state is one of mental inertia and mechanical activity. In short, he is rare only because he is simple. One thing he takes pride in is that, in old age, he finds himself roughly in the same position as when he was born, having never risen or fallen significantly throughout his life. Fate has returned him to where nature had placed him; he rejoices every day in this alignment.

These seemingly simple solutions to my initial doubts, which were so clear to me, made me increasingly convinced that I had embarked on the only right path to understand the origins of this man’s peculiarities—so much judged and yet so little truly known. The great mistake of those who judge him is not that they failed to discern the true motives behind his behavior; people of such keen insight would never even suspect such things[395]. Rather, their error lies in their refusal to seek out these motives, in their wholehearted support of the measures taken to prevent him from revealing them and them from learning about them. Even the most fair-minded people tend to attribute bizarre reasons to extraordinary behavior; yet, on the contrary, Jean-Jacques’s actions are so natural that they seem uncommon—only after a careful study of his temperament, disposition, tastes, and entire character can one truly grasp why he acted in such a way. People do not deliberately construct these explanations when judging one another. They simply attribute to each other the motives that they themselves would have if in the other’s position—and often they happen to be right, simply because everyone is influenced by opinions, prejudices, self-love, and all those artificial passions that accompany judgment, especially by that keen interest that constantly leads us away from the present moment and is utterly foreign to a person of natural disposition.

But they are so far removed from understanding and recognizing the pure impulses of such nature that, even if they were to finally comprehend that Jean-Jacques behaves in such a different way not out of ostentation, the vast majority would immediately conclude that it is due to baseness of character; perhaps some would think it was due to heroic virtue—and yet everyone would be mistaken. It is indeed base to deliberately choose a path worthy of contempt, or to accept alms when one could earn what one needs through work; but it is not base at all to live by honest labor rather than by begging, or to resort to intrigue in order to succeed. It is virtuous to overcome one’s inclinations and fulfill one’s duties; but it is not virtuous to indulge those inclinations and engage in pursuits that one enjoys, even if they are regarded as despicable by others.

Lavora lentamente, con fatica, commette molte errori, cancella o ricomincia continuamente; questo lo ha costretto ad attribuire un prezzo elevato al proprio lavoro, anche se lui stesso ne è più consapevole dell’imperfezione di chiunque altro. Tuttavia, non risparmia né spese né sforzi per far valere tale prezzo, e dedica a questo compito attenzioni che non sono prive di effetto, attenzioni che si aspetterebbero invano da altri copisti. Anche questo prezzo, per quanto elevato possa essere, potrebbe rivelarsi inferiore a quello degli altri, se si tenesse conto di ciò che gli viene fatto perdere: sia perché il lavoro richiesto non viene nemmeno pagato o ritirato, sia perché viene distolto dal suo compito principale in mille modi diversi dai quali sono esenti gli altri copisti. Se abusa della propria fama a questo scopo, se ne rende conto e ne soffre, ma è un piccolo vantaggio rispetto ai tanti svantaggi che tale fama gli procura. Non potrebbe agire diversamente senza correre dei rischi che non ha il coraggio di affrontare; invece, con questo modesto supplemento ottenuto attraverso il proprio lavoro, la sua situazione attuale, dal punto di vista del benessere materiale, è esattamente quella che si addice al suo carattere. Libero dalle catene della fortuna, gode moderatamente di tutti i beni concreti che essa offre; ha rinunciato a quelli dell’opinione pubblica, che sono soltanto apparenti e i più costosi. Se fosse più povero, proverebbe privazioni e sofferenze; se fosse più ricco, affronterebbe gli inconvenienti legati alle ricchezze, le preoccupazioni, le responsabilità. Dovrebbe rinunciare all’indifferenza, che per lui rappresenta la più dolce delle delizie: possedendo di più, goderebbe molto meno.

È vero che, essendo ormai avanti negli anni, non può più sperare di continuare a svolgere il proprio lavoro per molto tempo; la sua mano, già tremolante, gli impedisce di eseguire compiti semplici; la sua scrittura diventa illeggibile e la sua attività diminuisce; produce meno opere e di peggiore qualità, in tempi sempre più lunghi. Arriverà un momento – se invecchierà molto – in cui gli verranno tolte le risorse che si era procurato, costringendolo a imparare, in età avanzata, una frugalità estremamente austera. Non dubita nemmeno che i suoi “signori” abbiano già preparato un nuovo piano per causargli sofferenze e umiliazioni; sa bene tutto ciò, ma, essendo così vicino alla fine della sua vita, non ritiene che ci sia alcun grosso inconveniente in questo. Del resto, poiché tale inconveniente è inevitabile, angosciarsene sarebbe assurdo, e cercare di prevenirlo significherebbe soltanto accelerarne l’arrivo. Si occupa del presente nel limite delle sue possibilità e lascia il futuro nelle mani della Provvidenza.

Ho quindi visto Jean-Jacques completamente assorbito dalle attività che vi ho appena descritto: camminava sempre da solo, pensava poco, sognava molto, lavorava quasi meccanicamente, occupato costantemente delle stesse cose senza mai stancarsene; in definitiva, era più felice, più soddisfatto, si sentiva meglio, conducendo questa vita quasi automatica, rispetto a quando dedicava tutto il proprio tempo – in modo così crudele per sé stesso e così poco utile per gli altri – al triste mestiere di autore.

Ma non dobbiamo valutare questo modo di vivere al di sopra del suo reale valore. Non appena questa vita semplice e laboriosa viene abbandonata, diventa qualcosa di sublime nelle mani di uno scrittore celebre che potrebbe decidere di condursela così. In Jean-Jacques, invece, essa è soltanto naturale: non rappresenta il risultato di alcuno sforzo, né della ragione, ma semplicemente un impulso del temperamento determinato dalle necessità della vita. L’unico merito di chi la segue è quello di essersi arreso senza resistenza al richiamo della natura, senza lasciarsi distogliere da una cattiva vergogna o da una sciocca vanità. Più esamino in dettaglio questo modo di vivere – nell’uniformità delle sue abitudini quotidiane, nel piacere che sembra trarne, nella soddisfazione che ne ricava, nei benefici che apporta al suo umore e alla sua salute – più mi rendo conto che è proprio quello per cui era destinato. Gli uomini, interpretandolo secondo i loro modelli, lo hanno talvolta considerato un genio profondo, altre volte un ciarlatano; a volte un esempio di virtù estrema, altre volte un mostro di malvagità. In ogni caso, è sempre stato l’essere più strano e bizzarro del mondo. La natura lo aveva creato semplicemente come un bravo artigiano: sensibile, sì, fino all’estremo; idolatra della bellezza, appassionato di giustizia; in momenti di fervore capace di grande energia e nobiltà d’animo. Ma il suo stato abituale è sempre stato quello di una mente inerte e di un’attività meccanica. In breve: è raro soltanto perché è semplice. Una delle cose di cui si compiace è constatare che, in vecchiaia, si trova più o meno nello stesso stato in cui era quando è nato, senza aver mai subito grandi cambiamenti nella sua vita. Il destino lo ha riportato dove la natura lo aveva posto; ogni giorno ne è grato.

Queste soluzioni, così semplici e per me così chiare, hanno fatto sì che i miei primi dubbi svanissero sempre di più, convincendomi che avevo intrapreso il solo percorso giusto per approfondire le ragioni delle singolarità di quest’uomo, tanto giudicato e così poco conosciuto. Il grande errore di coloro che lo giudicano non sta nel non aver indovinato i veri motivi del suo comportamento; persone così perspicaci probabilmente non se ne renderanno mai conto[395]; ma sta nel non aver voluto cercare di comprenderli, nel aver contribuito con tutte le loro forze ai mezzi utilizzati per impedirgli di rivelarli e a loro di conoscerli. Persino le persone più equilibrate tendono a cercare cause strane in un comportamento insolito; al contrario, proprio perché è naturale, il comportamento di Jean-Jacques appare poco comune. Ma ciò si può comprendere solo dopo aver studiato attentamente il suo temperamento, il suo umore, i suoi gusti, tutta la sua personalità. Gli uomini, quando si giudicano a vicenda, non seguono necessariamente schemi precisi; attribuiscono reciprocamente i motivi che potrebbero spingere chi giudica ad agire nello stesso modo in cui agirebbe loro se fossero al suo posto. E spesso hanno ragione, perché tutti sono guidati dall’opinione, dai pregiudizi, dall’amor proprio, da tutte quelle passioni artificiali che ne accompagnano l’esistenza. E soprattutto da quel forte interesse, sempre orientato verso il futuro e l’ottenimento di vantaggi, che li allontana costantemente dal presente. E che non appartiene affatto all’uomo naturale.

Ma sono così lontani dal risalire alle pure impulsi di questa natura e dal conoscerli, che, anche se riuscissero finalmente a comprendere che Jean-Jacques si comporta in modo diverso da loro non per ostentazione, la maggior parte di loro concluderebbe immediatamente che ciò derivi dalla bassezza d’animo; alcuni forse penserebbero che sia dovuto a una nobile virtù. E tutti sbaglierebbero ugualmente. C’è certamente bassezza nel scegliere volontariamente un lavoro degno di disprezzo, o nell’accettare in elemosina ciò che si potrebbe guadagnare con il proprio lavoro; ma non c’è alcuna bassezza nel vivere di un lavoro onesto piuttosto che di elemosine, o nel ricorrere a intrighi per raggiungere i propri scopi. C’è virtù nel vincere le proprie inclinazioni per adempiere al proprio dovere. Ma non c’è alcuna virtù nel seguire tali inclinazioni pur dedicandosi a occupazioni che piacciono, anche se considerate ignobili dagli altri.

La cause des faux jugements portés sur Jean-Jacques est qu’on suppose toujours qu’il lui a fallu de grands efforts pour être autrement que les autres hommes ; au lieu que, constitué comme il est, il lui en eût fallu de très grands pour être comme eux. Une de mes observations les plus certaines, et dont le public se doute le moins, est, qu’impatient, emporté, sujet aux plus vives colères, il ne connaît pas néanmoins la haine, et que jamais désir de vengeance n’entra dans son cœur. Si quelqu’un pouvait admettre un fait si contraire aux idées qu’on a de l’homme, on lui donnerait aussitôt pour cause un effort sublime, la pénible victoire sur l’amour-propre, la grande mais difficile vertu du pardon des ennemis, et c’est simplement un effet naturel du tempérament que je vous ai décrit. Toujours occupé de lui-même ou pour lui-même, et trop avide de son propre bien pour avoir le temps de songer au mal d’un autre, il ne s’avise point de ces jalouses comparaisons d’amour-propre, d’où naissent les passions haineuses dont j’ai parlé. J’ose même dire qu’il n’y a point de constitution plus éloignée que la sienne de la méchanceté ; car son vice dominant est de s’occuper de lui plus que des autres, et celui des méchants, au contraire, est de s’occuper plus des autres que d’eux, et c’est précisément pour cela qu’à prendre le mot d’égoïsme dans son vrai sens ils sont tous égoïstes, et qu’il ne l’est point, parce qu’il ne se met, ni à côté, ni au-dessus, ni au-dessous de personne, et que le déplacement de personne n’est nécessaire à son bonheur. Toutes ces méditations sont douces, parce qu’il aime à jouir. Dans les situations pénibles, il n’y pense que quand elles l’y forcent ; tous les moments qu’il peut leur dérober sont donnés à ses rêveries ; il sait se soustraire aux idées déplaisantes, et se transporter ailleurs qu’où il est mal. Occupé si peu de ses peines, comment le serait-il beaucoup de ceux qui les lui font souffrir ? Il s’en venge en n’y pensant point, non par esprit de vengeance, mais pour se délivrer d’un tourment. Paresseux, et voluptueux, comment serait-il haineux et vindicatif ? Voudrait-il changer en supplices ses consolations, ses jouissances, et les seuls plaisirs qu’on lui laisse ici-bas ? Les hommes bilieux et méchants ne cherchent la retraite que quand ils sont tristes ; et la retraite les attriste encore plus. Le levain de la vengeance fermente dans la solitude, par le plaisir qu’on prend à s’y livrer ; mais ce triste et cruel plaisir dévore et consume celui qui s’y livre ; il le rend inquiet, actif, intrigant : la solitude qu’il cherchait fait bientôt le supplice de son cœur haineux et tourmenté ; il n’y goûte point cette aimable incurie, cette douce nonchalance qui fait le charme des vrais solitaires ; sa passion, animée par ses chagrines réflexions, cherche à se satisfaire ; et, bientôt quittant sa sombre retraite, il court attiser dans le monde le feu dont il veut consumer son ennemi. S’il sort des écrits de la main d’un tel solitaire, ils ne ressembleront sûrement ni à l’Émile, ni à l’Héloïse ; ils porteront, quelque art qu’emploie l’auteur à se déguiser, la teinte de la bile amère qui les dicta. Pour Jean-Jacques, les fruits de sa solitude attestent les sentiments dont il s’y nourrit ; il eut de l’humeur tant qu’il vécut dans le monde, il n’en eut plus aussitôt qu’il vécut seul.

Cette répugnance à se nourrir d’idées noires et déplaisantes se fait sentir dans ses écrits comme dans sa conversation, et surtout dans ceux de longue haleine, où l’auteur avait plus le temps d’être lui, et où son cœur s’est mis, pour ainsi dire, plus à son aise. Dans ses premiers ouvrages, entraîné par son sujet, indigné par le spectacle des mœurs publiques, excité par les gens qui vivaient avec lui, et qui dès-lors peut-être avaient déjà leurs vues, il s’est permis quelquefois de peindre les méchants et les vices en traits vifs et poignants, mais toujours prompts et rapides ; et l’on voit qu’il ne se complaisait que dans les images riantes, dont il aima de tout temps à s’occuper. Il se félicite à la fin de l’Héloïse d’en avoir soutenu l’intérêt durant six volumes, sans le concours d’aucun personnage méchant, ni d’aucune mauvaise action. C’est là, ce me semble, le témoignage le moins équivoque des véritables goûts d’un auteur.

LE FRANÇAIS. — Eh ! comme vous vous abusez ! Les bons peignent les méchants sans crainte ; ils n’ont pas peur d’être reconnus dans leurs portraits ; mais un méchant n’ose peindre son semblable ; il redoute l’application.

ROUSSEAU. — Monsieur, cette interprétation si naturelle est-elle de votre façon ?

LE FRANÇAIS. — Non, elle est de nos messieurs. Oh ! moi, je n’aurais jamais eu l’esprit de la trouver.

ROUSSEAU. — Du moins, l’admettez-vous sérieusement pour bonne ?

LE FRANÇAIS. — Mais, je vous avoue que je n’aime point à vivre avec les méchants, et je ne crois pas qu’il s’ensuive de là que je sois un méchant moi-même.

ROUSSEAU. — Il s’ensuit tout le contraire ; et non seulement les méchants aiment à vivre entre eux, mais leurs écrits comme leurs discours sont remplis de peintures effroyables de toutes sortes de méchancetés. Quelquefois les bons s’attachent de même à les peindre, mais seulement pour les rendre odieuses : au lieu que les méchants ne se servent des mêmes peintures que pour rendre odieux moins les vices que les personnages qu’ils ont en vue. Ces différences se font bien sentir à la lecture, et les censures vives mais générales des uns s’y distinguent facilement des satires personnelles des autres. Rien n’est plus naturel à un auteur que de s’occuper par préférence des matières qui sont le plus de son goût. Celui de Jean-Jacques, en l’attachant à la solitude, atteste, par les productions dont il s’y est occupé, quelle espèce de charme a pu l’y attirer et l’y retenir. Dans sa jeunesse, et durant ses courtes prospérités, n’ayant encore à se plaindre de personne, il n’aima pas moins la retraite qu’il l’aime dans sa misère. Il se partageait alors avec délices entre les amis qu’il croyait avoir et la douceur du recueillement. Maintenant si cruellement désabusé, il se livre à son goût dominant sans partage. Ce goût ne le tourmente ni ne le ronge ; il ne le rend ni triste ni sombre ; jamais il ne fut plus satisfait de lui-même, moins soucieux des affaires d’autrui, moins occupé de ses persécuteurs, plus content, ni plus heureux, autant qu’on peut l’être de son propre fait, vivant dans l’adversité. S’il était tel qu’on nous le représente, la prospérité de ses ennemis, l’opprobre dont ils l’accablent, l’impuissance de s’en venger, l’auraient déjà fait périr de rage. Il n’eût trouvé, dans la solitude qu’il cherche, que le désespoir et la mort. Il y trouve le repos d’esprit, la douceur d’âme, la santé, la vie. Tous les mystérieux arguments de vos messieurs n’ébranleront jamais la certitude qu’opère celui-là dans mon esprit.

Mais y a-t-il quelque vertu dans cette douceur ? aucune. Il n’y a que la pente d’un naturel aimant et tendre, qui, nourri de visions délicieuses, ne peut s’en détacher pour s’occuper d’idées funestes et de sentiments déchirants. Pourquoi s’affliger quand on peut jouir ? pourquoi noyer son cœur de fiel et de bile, quand on peut l’abreuver de bienveillance et d’amour ? Ce choix si raisonnable n’est pourtant fait, ni par la raison, ni par la volonté ; il est l’ouvrage d’un pur instinct. Il n’a pas le mérite de la vertu, sans doute, mais il n’en a pas non plus l’instabilité. Celui qui durant soixante ans s’est livré aux seules impressions de la nature, est bien sûr de n’y résister jamais.

The reason for the false judgments made about Jean-Jacques is that people always assume it required great effort on his part to be different from other men; whereas, given his nature, it would have taken even greater effort for him to be like them. One of my most certain observations, yet one that the public least suspects, is that, though impatient, hot-tempered, and prone to intense anger, he knows no hatred, and that never did any desire for vengeance enter his heart. If anyone were to acknowledge a fact so contrary to what people generally believe about human nature, they would immediately attribute it to some sublime effort—such as overcoming one’s self-love, or practicing the difficult virtue of forgiving one’s enemies—but in reality, it is simply a natural consequence of his temperament. Always preoccupied with himself or acting for his own benefit, and too eager for his own happiness to bother thinking about others’ suffering, he never engages in those jealous comparisons that give rise to hateful passions. I would even say that his nature is the very antithesis of malice; for while the dominant vice of the wicked is their concern for others more than for themselves, his flaw is precisely his lack of such concern—precisely why, in the true sense of the word, he is not selfish at all. His happiness does not depend on placing himself above or below anyone else, and thus no one’s position matters to him. All these considerations reveal a gentle nature, for he loves to enjoy life. In difficult situations, he only thinks about them when they force him to; every moment he can steal away from them is devoted to his dreams. He knows how to avoid unpleasant thoughts and distract himself from his troubles. Since he cares so little for his own pain, how could he possibly care much for the pain he causes others? He avenges it by not thinking about it—not out of a desire for vengeance, but to free himself from that torment. Being lazy and indulgent, how could he be hateful or vengeful? Would he wish to turn his pleasures into suffering? Ill-tempered and wicked people only seek solitude when they are unhappy, yet solitude only makes them even sadder. The “yeast” of vengeance ferments in solitude, fueled by the pleasure one derives from indulging in it; but this sad and cruel pleasure consumes those who indulge in it, turning them anxious, active, and scheming. The very solitude they seek soon becomes a torment for their hateful hearts. They lack the pleasant indifference and gentle ease that characterize true solitaries; instead, their passions, fueled by bitter reflection, drive them to seek satisfaction elsewhere—and soon, leaving their gloomy retreats, they go out into the world to fan the flames of hatred they wish to consume in others. If any writings emerge from the hand of such a recluse, they will surely bear no resemblance to those of Émile or Héloïse; whatever art the author may employ to disguise himself, they will carry the mark of the bitter bitterness that inspired them. For Jean-Jacques, the fruits of his solitude bear witness to the sentiments from which he draws nourishment; as long as he lived in the world, he was filled with such sentiments; but the moment he began to live alone, they vanished entirely.

This aversion to nourishing oneself on dark and unpleasant ideas is evident both in his writings and in his conversations—especially in those longer works where the author had more time to be himself, and where his heart, so to speak, felt more at ease. In his early books, driven by his subject matter, outraged by the spectacle of public morals, and inspired by the people who lived around him (who perhaps already held their own views), he sometimes allowed himself to depict villains and vices in vivid and poignant ways—but always in a swift and concise manner. It is clear that he took pleasure only in creating joyful images, which he always loved to explore. At the end of Héloïse, he rejoices that he was able to maintain the interest of the reader throughout six volumes, without relying on any villainous characters or morally corrupt actions. In my opinion, this is the most unambiguous testimony to an author’s true tastes.

THE FRENCHMAN: Ah! How you misinterpret things! Good people paint villains without fear; they have no dread of being recognized in their portraits. But a villain dares not paint someone who resembles him; he fears the consequences.

ROUSSEAU. — Sir, is such a natural interpretation truly in your style?

THE FRENCHMAN: — No, it belongs to our gentlemen. Oh! I would never have thought of looking for it myself.

ROUSSEAU. — At least, do you seriously acknowledge it as true?

THE FRENCHMAN: But I must confess that I do not enjoy living with bad people, and I do not think that makes me a bad person myself.

ROUSSEAU. — Quite the opposite is true; not only do the wicked enjoy living among themselves, but their writings and speeches are filled with horrifying descriptions of all sorts of malice. Sometimes the good also attempt to depict such things, but only in order to make them seem even more detestable. In contrast, the wicked use these same descriptions not to expose vice itself, but rather the individuals they target. These differences become evident upon reading; the sharp but general criticisms of one group can be easily distinguished from the personal satires of another. It is only natural for an author to prefer to deal with subjects that appeal to his own tastes. Jean-Jacques’ preference for solitude, as evidenced by the works he produced there, demonstrates what kind of allure it must have held for him to stay in such a place. In his youth, and during his brief periods of prosperity, when he had nothing to complain about, he loved seclusion just as much as he does now in his adversity. Back then, he gladly divided his time between the friends he believed he had and the tranquility of solitude. Now, having been so cruelly disappointed, he allows himself to indulge entirely in his dominant passion. This passion neither torments nor consumes him; it does not make him sad or gloomy. He is more satisfied with himself than ever before, less concerned about others’ affairs, less preoccupied by those who persecute him—more content, and perhaps even happier, than one could possibly be when living through adversity yet by one’s own choice. If he were truly as people describe him, the prosperity of his enemies, the disgrace they heap upon him, and their power to inflict no vengeance would have already driven him mad with rage. In the solitude he seeks, he would have found only despair and death. Instead, he finds peace of mind, a gentle spirit, health, and life itself. All the mysterious arguments of your gentlemen will never shake the conviction that has taken root in my own mind.

But is there any virtue in this gentleness? None at all. It is merely the inclination of a naturally loving and tender nature—nourished by delightful visions—that prevents one from turning to dark thoughts and heart-wrenching emotions. Why cause oneself suffering when one can enjoy life? Why fill one’s heart with bitterness and hatred when it could be filled with kindness and love? Yet this seemingly reasonable choice is made neither by reason nor by will; it is the product of pure instinct. It certainly does not possess the merits of virtue, but it also lacks its instability. One who has for sixty years allowed only the influences of nature to guide them will surely never be able to resist them.

La causa dei falsi giudizi su Jean-Jacques risiede nel fatto che si presume sempre che abbia dovuto compiere grandi sforzi per essere diverso dagli altri uomini; mentre, data la sua natura, avrebbe avuto bisogno di sforzi ancora maggiori per essere come loro. Una delle mie osservazioni più certe, e di cui il pubblico si rende meno conto, è che, sebbene impaziente, irruento e soggetto a violente collere, Jean-Jacques non conosce l’odio, e mai nel suo cuore sorge il desiderio di vendetta. Se qualcuno dovesse ammettere un fatto così contrario alle idee comuni sull’uomo, gli si attribuirebbero subito motivazioni “sublimi”: lo sforzo eroico per superare l’orgoglio, la grande ma difficile virtù del perdono verso i nemici. Ma in realtà si tratta semplicemente di un effetto naturale del suo temperamento. Sempre occupato di sé stesso o per sé stesso, troppo desideroso del proprio bene per avere il tempo di pensare al dolore degli altri, Jean-Jacques non è soggetto a quelle gelose comparazioni che generano passioni odiose. Oso persino dire che la sua natura è lontana quanto si possa dall’essere malvagia: il suo vizio dominante è concentrarsi su se stesso più che sugli altri, mentre quello dei malvagi è proprio il contrario. Ed è proprio per questo che, se si intende il termine “egoismo” nel suo vero senso, tutti i malvagi sono egoisti; lui invece non lo è, perché non si pone né al di sopra né al di sotto degli altri, e il benessere altrui non è necessario per il suo stesso felicità. Tutte queste riflessioni sono piacevoli, perché Jean-Jacques ama godersi la vita. Nelle situazioni difficili, ci pensa soltanto quando questa lo costringe a farlo; ogni momento che può rubare a tali situazioni lo dedica ai suoi sogni. Sa come allontanarsi dalle idee spiacevoli e trasferirsi in luoghi dove non si sente male. Essendo così poco preoccupato dai propri dolori, come potrebbe esserlo di quelli che gli altri gli causano? Si vendica semplicemente ignorandoli. Non per spirito di vendetta, ma per liberarsi da quel tormento. Lento e voluttuoso com’è, come potrebbe essere crudele e vendicativo? Vorrebbe forse trasformare le proprie consolazioni, i propri piaceri nei tormenti degli altri? Gli uomini malinconici e malvagi cercano la solitudine solo quando sono tristi. Ma la solitudine li rende ancora più tristi. Il “lievito della vendetta” fermenta nella solitudine, grazie al piacere che si prova a indulgervi. Ma quel piacere triste e crudele distrugge colui che vi indulge; lo rende inquieto, attivo, intrigante. La solitudine che cercava diventa presto il tormento del suo cuore pieno di odio. Non conosce quella dolce indifferenza, quella serena noncuranza che caratterizzano i veri solitari. La sua passione, alimentata dalle sue tristi riflessioni, cerca di trovare soddisfazione. E appena lascia la sua cupa solitudine, corre nel mondo ad alimentare il fuoco che vuole distruggere i suoi nemici. Se i scritti provengono dalla mano di un tale solitario, sicuramente non assomiglieranno né all’“Émile” né all’“Héloïse”; porteranno, qualunque arte l’autore utilizzi per nascondersi, il segno dell’amarezza che li ha ispirati. Per Jean-Jacques, i frutti della sua solitudine testimoniano i sentimenti di cui si nutre; è stato di cattivo umore finché ha vissuto nel mondo, ma non lo è più stato non appena ha iniziato a vivere da solo.

Questo rifiuto di nutrirsi di idee oscure e spiacevoli si manifesta sia nei suoi scritti che nella sua conversazione, soprattutto in quelli più lunghi, dove l’autore aveva più tempo per essere se stesso e dove il suo cuore, per così dire, si trovava più a suo agio. Nei suoi primi lavori, spinto dal tema trattato, indignato dallo spettacolo delle usanze pubbliche, eccitato dalle persone che vivevano con lui e che forse già avevano le loro opinioni, si è talvolta permesso di ritrarre i malvagi e i vizi in tratti vividi e incisivi, ma sempre rapidi e concisi; si nota infatti che si compiaceva soltanto nelle immagini piacevoli e divertenti, di cui ha sempre amato occuparsi. Alla fine dell’“Héloïse”, si rallegra di aver mantenuto l’interesse del lettore per sei volumi, senza mai ricorrere a personaggi malvagi o azioni cattive. Questo, a mio parere, è il testimone più chiaro e inequivoco dei veri gusti di un autore.

IL FRANCESCO: Ehi, come vi ingannate! I buoni dipingono i cattivi senza paura; non temono di essere riconosciuti nei loro ritratti; ma un cattivo non osa dipingere se stesso; teme che il suo ritratto possa essere utilizzato contro di lui.

ROUSSEAU: Signore, è davvero questa l’interpretazione che vi viene spontanea?

IL FRANCESCO: No, appartiene ai nostri signori. Oh! Io, mai avrei avuto l’idea di trovarla.

ROUSSEAU: — Almeno, lo ammettete seriamente come verità?

IL FRANCESCO: Ma devo ammettere che non mi piace vivere con i cattivi, e non credo che questo significhi che anch’io sia un cattivo.

ROUSSEAU. — In realtà avviene tutto il contrario: non solo i malvagi amano vivere tra loro, ma anche le loro scritture e i loro discorsi sono pieni di descrizioni orribili di ogni sorta di malvagità. A volte anche i buoni si dedicano a descriverli, ma soltanto per renderli odiosi; mentre i malvagi utilizzano le stesse descrizioni non tanto per rendere odiosi i vizi in sé, quanto piuttosto i personaggi che rappresentano. Queste differenze sono evidenti nella lettura: le critiche vivide ma generali dei primi si distinguono facilmente dalle satire personali dei secondi. Non c’è nulla di più naturale per un autore che dedicarsi preferenzialmente a ciò che gli piace di più. Il gusto di Jean-Jacques, legandolo alla solitudine, dimostra quale tipo di fascino possa averlo attirato e trattenuto lì. Nella sua giovinezza, e durante i suoi brevi periodi di prosperità, non avendo ancora motivo di lamentarsi di nessuno, amava la solitudine tanto quanto la ama ora nella sua miseria. Allora si divideva con piacere tra gli amici che credeva di avere e la dolcezza della tranquillità. Ora, profondamente deluso, si dedica senza riserve al suo gusto dominante. Questo gusto non lo tormenta né lo consuma; non lo rende triste né cupo; mai è stato più soddisfatto di sé stesso, meno preoccupato delle faccende altrui, meno occupato dai suoi persecutori. Più contento, insomma, e più felice di quanto si possa essere per meriti propri, vivendo nell’avversità. Se fosse davvero come ci viene descritto, la prosperità dei suoi nemici, l’opprobrio che gli infliggono, l’impossibilità di vendicarsi lo avrebbero già fatto morire di rabbia. Nella solitudine che cerca, trova solo disperazione e morte. Invece vi trova pace mentale, dolcezza d’animo, salute. La vita stessa. Tutti quei ragionamenti misteriosi dei vostri signori non potranno mai scuotere la certezza che ha radicato nel mio cuore.

Ma esiste qualche virtù in questa dolcezza? Nessuna. Esiste soltanto la natura di una persona amorevole e tenera, che, nutrita da visioni deliziose, non può distogliersi da esse per occuparsi di idee funeste o sentimenti dolorosi. Perché affliggersi quando si può godere? Perché inondare il proprio cuore di amarezza e bile, quando si può nutrirlo di benevolenza e amore? Questa scelta, così ragionevole, tuttavia non deriva né dalla ragione né dalla volontà; è l’opera di un puro istinto. Senz’altro, non possiede i meriti della virtù, ma nemmeno la sua instabilità. Chi, per sessant’anni, si è lasciato guidare soltanto dalle impressioni offerte dalla natura, certamente non riuscirà mai a resistervi.

Si ces impulsions ne le mènent pas toujours dans la bonne route, rarement elles le mènent dans la mauvaise. Le peu de vertus qu’il a n’ont jamais fait de grands biens aux autres, mais ses vices bien plus nombreux ne font de mal qu’à lui seul. Sa morale est moins une morale d’action que d’abstinence : sa paresse la lui a donnée, et sa raison l’y a souvent confirmé : ne jamais faire de mal lui paraît une maxime plus utile, plus sublime, et beaucoup plus difficile que celle même de faire du bien : car souvent le bien qu’on fait sous un rapport devient un mal sous mille autres ; mais, dans l’ordre de la nature, il n’y a de vrai mal que le mal positif. Souvent il n’y a d’autre moyen de s’abstenir de nuire, que de s’abstenir tout-à-fait d’agir ; et, selon lui, le meilleur régime, tant moral que physique, est un régime purement négatif. Mais ce n’est pas celui qui convient à une philosophie ostentatrice, qui ne veut que des œuvres d’éclat, et n’apprend rien tant à ses sectateurs qu’à beaucoup se montrer. Cette maxime de ne point faire de mal tient de bien près à une autre qu’il doit encore à sa paresse, mais qui se change en vertu pour quiconque s’en fait un devoir. C’est de ne se mettre jamais dans une situation qui lui fasse trouver son avantage dans le préjudice d’autrui. Nul homme ne redoute une situation pareille. Ils sont tous trop forts, trop vertueux pour craindre jamais que leur intérêt ne les tente contre leur devoir ; et, dans leur fière confiance, ils provoquent sans crainte les tentations auxquelles ils se sentent si supérieurs. Félicitons-les de leurs forces, mais ne blâmons pas le faible Jean-Jacques de n’oser se fier à la sienne, et d’aimer mieux fuir les tentations que d’avoir à les vaincre, trop peu sur du succès d’un pareil combat.

Cette seule indolence l’eût perdu dans la société, quand il n’y eût pas apporté d’autres vices. Les petits devoirs à remplir la lui ont rendue insupportable ; et ces petits devoirs négligés lui ont fait cent fois plus de tort que des actions injustes ne lui en auraient pu faire. La morale du monde a été mise comme celle des dévots en menues pratiques, en petites formules, en étiquettes de procédés qui dispensent du reste. Quiconque s’attache avec scrupule à tous ces petits détails, peut au surplus être noir, faux, fourbe, traître et méchant, peu importe ; pourvu qu’il soit exact aux règles des procédés, il est toujours assez honnête homme. L’amour-propre de ceux qu’on néglige en pareil cas leur peint cette omission comme un cruel outrage, ou comme une monstrueuse ingratitude ; et tel qui donnerait pour un autre sa bourse et son sang, n’en sera jamais pardonné pour avoir omis dans quelque rencontre une attention de civilité. Jean-Jacques, en dédaignant tout ce qui est de pure formule, et que font également bons et mauvais, amis et indifférents, pour ne s’attacher qu’aux solides devoirs, qui n’ont rien de l’usage ordinaire, et font peu de sensation, a fourni les prétextes que vos messieurs ont si habilement employés. Il eût pu remplir sans bruit de grands devoirs dont jamais personne n’aurait rien dit : mais la négligence des petits soins inutiles a causé sa perte. Ces petits soins sont aussi quelquefois des devoirs qu’il n’est pas permis d’enfreindre, et je ne prétends pas en cela l’excuser. Je dis seulement que ce mal même, qui n’en est pas un dans sa source, et qui n’est tombé que sur lui, vient encore de cette indolence de caractère qui le domine, et ne lui fait pas moins négliger ses intérêts que ses devoirs.

Jean-Jacques paraît n’avoir jamais convoité fort ardemment les biens de la fortune, non par une modération dont on puisse lui faire honneur, mais parce que ces biens, loin de procurer ceux dont il est avide, en ôtent la jouissance et le goût. Les pertes réelles, ni les espérances frustrées, ne l’ont jamais fort affecté. Il a trop désiré le bonheur pour désirer beaucoup la richesse ; et, s’il eut quelques moments d’ambition, ses désirs comme ses efforts ont été vifs et courts. Au premier obstacle qu’il n’a pu vaincre du premier choc, il s’est rebuté ; et, retombant aussitôt dans sa langueur, il a oublié ce qu’il ne pouvait attendre. Il fut toujours si peu agissant, si peu propre au manège nécessaire pour réussir en toute entreprise, que, les choses les plus faciles pour d’autres devenant toujours difficiles pour lui, sa paresse les lui rendait impossibles pour lui épargner les efforts indispensables pour les obtenir. Un autre oreiller de paresse, dans toute affaire un peu longue quoique aisée, était pour lui l’incertitude que le temps jette sur les succès qui, dans l’avenir, semblent les plus assurés ; mille empêchements imprévus pouvant à chaque instant faire avorter les desseins les mieux concertés. La seule instabilité de la vie réduit pour nous tous les événements futurs à de simples probabilités. La peine qu’il faut prendre est certaine, le prix en est toujours douteux, et les projets éloignés ne peuvent paraître que des leurres de dupes à quiconque a plus d’indolence que d’ambition. Tel est et fut toujours Jean-Jacques : ardent et vif par tempérament, il n’a pu dans sa jeunesse être exempt de toute espèce de convoitise ; et c’est beaucoup s’il l’est toujours, même aujourd’hui. Mais quelque désir qu’il ait pu former, et quel qu’en ait pu être l’objet, si du premier effort il n’a pu l’atteindre, il fut toujours incapable d’une longue persévérance à y aspirer.

Maintenant il paraît ne plus rien désirer. Indifférent sur le reste de sa carrière, il en voit avec plaisir approcher le terme, mais sans l’accélérer même par ses souhaits. Je doute que jamais mortel ait mieux et plus sincèrement dit à Dieu, que ta volonté soit faite ; et ce n’est pas, sans doute, une résignation fort méritoire à qui ne voit plus rien sur la terre qui puisse flatter son cœur. Mais dans sa jeunesse, où le feu du tempérament et de l’âge dut souvent enflammer ses désirs, il en put former d’assez vifs, mais rarement d’assez durables pour vaincre les obstacles, quelquefois très surmontables, qui l’arrêtaient. En désirant beaucoup, il dut obtenir fort peu, parce que ce ne sont pas les seuls élans du cœur qui font atteindre à l’objet, et qu’il y faut d’autres moyens qu’il n’a jamais su mettre en œuvre. La plus incroyable timidité, la plus excessive indolence, auraient cédé quelquefois peut-être à la force du désir, s’il n’eût trouvé dans cette force même l’art d’éluder les soins qu’elle semblait exiger, et c’est encore ici des clefs de son caractère celle qui en découvre le mieux les ressorts. À force de s’occuper de l’objet qu’il convoite, à force d’y tendre par ses désirs, sa bienfaisante imagination arrive au terme, en sautant par-dessus les obstacles qui l’arrêtent ou l’effarouchent. Elle fait plus ; écartant de l’objet tout ce qu’il a d’étranger à sa convoitise, elle ne le lui présente qu’approprié de tout point à son désir. Par là ses fictions lui deviennent plus douces que des réalités mêmes ; elles en écartent les défauts avec les difficultés, elles les lui livrent préparées tout exprès pour lui, et font que désirer et jouir ne sont pour lui qu’une même chose. Est-il étonnant qu’un homme ainsi constitué soit sans goût pour la vie active ? Pour lui pourchasser au loin quelques jouissances imparfaites et douteuses, elle lui ôterait celles qui valent cent fois mieux, et sont toujours en son pouvoir. Il est plus heureux et plus riche par la possession des biens imaginaires qu’il crée, qu’il ne le serait par celle des biens, plus réels si l’on veut, mais moins désirables, qui existent réellement.

If these impulses do not always lead him on the right path, they seldom lead him on the wrong one either. The few virtues he possesses have never brought much good to others; whereas his many vices cause harm only to himself. His morality is less a morality of action than one of abstinence—his laziness gave him this attitude, and his reason often reinforced it: avoiding harm at all times seemed to him a more useful, more sublime principle than doing good, for often what seems good in one context turns out to be harmful in countless others. But in the order of nature, the only true evil is positive evil itself. Often, the only way to refrain from causing harm is to refrain entirely from acting; and in his view, the best regimen—both moral and physical—is one that is purely negative. Yet this is not the philosophy suitable for those who seek to make a show of themselves, who desire nothing but dazzling achievements and who teach their followers nothing more than how to flaunt themselves. The maxim of avoiding harm is closely related to another principle he owes again to his laziness—but which becomes a virtue for anyone who makes it a duty. It is to never put oneself in a position where one would derive advantage at the expense of others. No man fears such a situation; they are all too strong, too virtuous to ever be tempted by their own interests against what is right. With their proud confidence, they dare to face those temptations they feel so far above. Let us praise their strength, but do not blame the weak Jean-Jacques for not daring to rely on his own; for him, it is better to flee temptation than to try to overcome it—since the chances of success in such a struggle are far too slim.

Such sheer laziness would have doomed him in society, had it not been accompanied by other vices. The minor duties that he was required to fulfill made them unbearable for him; and neglecting these trivial obligations did far more harm to him than any unjust actions could have done. The morality of the world has been reduced to a series of petty practices, small formulas, and rigid rules that supposedly exempt one from all other considerations. Anyone who scrupulously adheres to these details can be black-hearted, deceitful, treacherous, and evil—yet as long as they follow those procedural rules, they are considered decent people. The self-esteem of those whom such neglect offends perceives such omissions as cruel insults or monstrous ingratitude; someone who would give away their money and blood for another will never be forgiven for failing to offer a simple act of courtesy in some trivial situation. Jean-Jacques, by rejecting everything that was mere formality—whether done by good or bad people, friends or strangers—and by focusing only on those solid duties that have little practical impact and cause little notice, provided the pretext that your gentlemen have so skillfully exploited. He could have quietly fulfilled great obligations without anyone noticing; but it was his neglect of trivial matters that led to his downfall. Sometimes, these minor attentions are actually duties that cannot be ignored at all—and I am not trying to excuse such behavior in him. I am merely saying that this very flaw, which is not inherently bad and which only affected him personally, stems from the same lazy character trait that made him neglect both his interests and his responsibilities.

Jean-Jacques never seemed to ardently desire the possessions of wealth—not out of any virtue that could be praised, but because such riches, far from providing him with what he truly desired, actually deprived him of the ability to enjoy and appreciate those things. Neither real losses nor frustrated hopes ever greatly affected him. He had too much desire for happiness to crave wealth excessively; and even when he occasionally felt ambitious, his desires and efforts were both intense but brief. At the first obstacle he encountered, he would give up in frustration; and returning immediately to his lethargy, he would forget what it was impossible for him to attain. He was always so inactive, so lacking in the determination necessary to succeed in any endeavor, that even the simplest tasks became insurmountable for him—his very laziness made it impossible for him to put in the effort required to accomplish them. Another source of his inertia in any long-term project was the uncertainty inherent in future success; countless unforeseen obstacles could at any moment ruin the most carefully planned plans. The inherent instability of life reduces all future events to mere probabilities. The effort necessary to achieve anything is certain, but the outcome is always uncertain; and distant goals can only appear as deceptive illusions to those who are more lazy than ambitious. Such was Jean-Jacques—passionate and energetic by nature, he could not escape any form of greed in his youth; and it is already a great achievement that he has managed to remain free from such desires even today. But no matter what desire he might have harbored or what its object might have been, if he failed to achieve it with immediate effort, he was always incapable of sustaining persistent determination toward it.

Now it seems that he no longer desires anything. Indifferent to the rest of his life, he looks forward to its end with pleasure, yet does not hasten it in any way through his own wishes. I doubt that any mortal has ever so truly and earnestly said to God, “Let your will be done”; and this is surely not a sign of resigned indifference on the part of one who sees nothing on earth left to please his heart. But in his youth, when the fervor of his temperament and age often kindled his desires, he was able to form some quite intense ones—though rarely enough lasting enough to overcome those obstacles, sometimes seemingly insurmountable, that stood in their way. Desiring much, he achieved very little; for it is not merely the ardor of the heart alone that leads one to attain one’s goals; other means are also required, means which he never knew how to employ. Even the most incredible timidity and extreme indolence might have yielded under the force of such desire, had he not found in that very strength the art to circumvent what it seemed to demand of him. And here again, it is aspects of his character that best reveal its inner workings. By constantly focusing on the object of his desire, by striving toward it with all his longing, his imaginative power enables him to overcome the obstacles that hold him back or frighten him. It even goes further: by removing from that object everything that is foreign to his desires, it presents it to him as perfectly suited to his longings. Thus, his imagined creations become for him more pleasing than real things themselves; they remove their flaws and difficulties, presenting them to him as if specially prepared for him—making desire and enjoyment one and the same thing for him. Is it then surprising that such a person should have no taste for active life? For him, pursuing distant and uncertain pleasures would mean losing those far more worthwhile ones that are always within his reach. He is happier and richer through the possession of the imagined riches he creates than he could ever be through the possession of those real—but perhaps less desirable—things that indeed exist.

Se queste impulsi non lo guidano sempre sulla retta strada, raramente lo portano sulla strada sbagliata. Le poche virtù che possiede non hanno mai arrecato grandi benefici agli altri; i suoi vizi, molto più numerosi, causano danno soltanto a lui stesso. La sua morale è meno una morale dell’azione che di astinenza: la sua pigrizia gliel’ha insegnata, e la sua ragione spesso l’ha confermata in questa convinzione; non fare mai del male gli sembra un principio più utile, più sublime, e molto più difficile da attuare di quello di fare del bene: infatti, il bene che si compie in un contesto può spesso rivelarsi un danno in altri contesti; ma, nell’ordine naturale, l’unico vero male è il male positivo. Spesso l’unico modo per evitare di nuocere agli altri consiste nel non agire affatto; secondo lui, il miglior regime, sia morale che fisico, è un regime puramente negativo. Tuttavia, questo non è certo il principio adatto a una filosofia che cerca soltanto la notorietà e che insegna ai suoi seguaci soprattutto a mostrarsi in pubblico. Il principio di non fare del male è molto simile a un altro principio, anch’esso derivante dalla sua pigrizia, ma che diventa una vera virtù per chi lo considera un dovere. Si tratta di non trovarsi mai in situazioni in cui il proprio interesse possa derivare dal danno altrui. Nessun uomo teme una tale situazione: tutti sono troppo forti, troppo virtuosi per permettere che il proprio interesse li spinga a trasgredire i propri doveri; e, con la loro fiera fiducia in se stessi, sfidano senza paura le tentazioni di cui si sentono così superiori. Complimentiamo le loro forze, ma non biasimiamo il debole Jean-Jacques per non osare affidarsi alle proprie capacità e preferire evitare le tentazioni piuttosto che doverle superare, sapendo bene quanto sia improbabile avere successo in un simile scontro.

Questa sola pigrizia avrebbe potuto farlo perdere nella società, se non ci fossero stati altri vizi da aggiungere. I piccoli doveri che doveva adempiere lo resero insopportabile; e l’ignoranza di questi doveri gli causò cento volte più danno di quanto avrebbero potuto farne azioni ingiuste. La morale del mondo è stata ridotta, come quella dei devoti, a piccole pratiche, a formule banali, a regole di comportamento che sembrano dispensare da ogni altra considerazione. Chi si attiene scrupolosamente a tutti questi dettagli può essere anche crudele, bugiardo, astuto, traditore e malvagio; non importa: basta che rispetti queste regole di comportamento per essere considerato un uomo onesto. L’orgoglio di coloro che vengono trascurati in questo modo li fa percepire tale trascuratezza come un oltraggio crudele o come una mostruosa ingratitudine; e chi darebbe per un altro la propria borsa e il proprio sangue non verrebbe mai perdonato se, in qualche occasione, avesse omesso di dimostrare un minimo di cortesia. Jean-Jacques, disdegnando tutto ciò che è puramente formale e che sia ugualmente praticato da buoni e cattivi, amici e indifferenti, concentrandosi soltanto sui doveri veri e sostanziali, che non suscitano grande interesse, fornì appunto quegli argomenti che i vostri signori hanno utilizzato con tanta abilità. Avrebbe potuto compiere grandi imprese senza attirare l’attenzione di nessuno; ma la trascuratezza verso piccole cose inutili causò la sua rovina. Queste piccole cose, a volte, sono doveri che non è permesso trasgredire, e non intendo certo scusarle. Dico soltanto che questo male, che nella sua origine non lo è affatto, e che ha colpito solo lui, deriva ancora da quella pigrizia di carattere che domina in lui, impedendogli sia di curare i propri interessi che di adempiere ai propri doveri.

Jean-Jacques sembra non aver mai desiderato ardentemente i beni della fortuna, non per una moderazione che gli venga riconosciuta, ma perché questi beni, lontani dal procurargli ciò di cui aveva sete, gli toglievano addirittura il piacere e il gusto di goderli. Le perdite reali, così come le speranze deluse, non lo hanno mai profondamente colpito. Ha desiderato troppo la felicità per desiderare molto la ricchezza; e se talvolta provava ambizione, i suoi desideri, così come i suoi sforzi, erano intensi ma di breve durata. Di fronte al primo ostacolo che non riusciva a superare, si arrendeva immediatamente; ritornando subito alla sua indolenza, dimenticava ciò che non poteva aspettarsi di ottenere. È sempre stato così poco attivo, così incapace di compiere gli sforzi necessari per riuscire in qualsiasi impresa, che le cose più semplici per gli altri diventavano per lui impossibili a causa della sua pigrizia, che gli impediva di dedicare gli sforzi indispensabili per ottenerle. Un altro ostacolo rappresentato dall’incertezza riguardo ai risultati futuri – incertezza che il tempo introduce in ogni situazione anche apparentemente semplice e promettente – lo rendeva ancora più propenso alla rinuncia. L’unica instabilità della vita trasforma tutti gli eventi futuri in semplici probabilità. Il dolore che bisogna sopportare è certo, ma il risultato finale è sempre incerto; i progetti a lungo termine sembrano soltanto inganni per chi ha più pigrizia che ambizione. Così era e sempre sarà stato Jean-Jacques: dal temperamento appassionato e vivace, nella sua giovinezza non è mai riuscito a liberarsi da alcun tipo di desiderio; ed è già molto se oggi riesce ancora a farlo. Ma qualunque desiderio avesse potuto nutrire, e qualunque ne fosse l’oggetto, se non riusciva ad ottenerlo con un primo sforzo, era incapace di perseverare a lungo nell’aspirarvi.

Ora sembra non desiderare più nulla. Indifferente riguardo al resto della sua vita, vede con piacere avvicinarsi la sua fine, ma senza nemmeno accelerarla con i suoi desideri. Dubito che mai un mortale abbia detto a Dio in modo più sincero e convinto: “Fai pure come vuoi”; e questa non è certo una resa molto meritevole da parte di chi non vede più sulla terra nulla che possa compiacere il suo cuore. Tuttavia, nella sua giovinezza, quando il fuoco del temperamento e dell’età spesso accendeva i suoi desideri, egli ne formulò alcuni abbastanza intensi, ma raramente abbastanza duraturi da superare gli ostacoli, a volte molto insormontabili, che lo fermavano. Desiderando molto, ottenne ben poco, perché non sono solo gli slanci del cuore a permettere di raggiungere l’obiettivo; servono anche altri mezzi che egli non seppe mai mettere in atto. La timidezza più incredibile, l’indolenza più eccessiva avrebbero forse ceduto alla forza del desiderio, se solo egli non avesse trovato proprio in quella forza lo strumento per eludere le cure che essa sembrava richiedere. Ed è ancora qui che si rivelano i veri tratti del suo carattere. Concentrandosi con tutte le sue forze sull’oggetto desiderato, tendendo verso di esso con i suoi desideri, la sua immaginazione generosa riesce a superare gli ostacoli che lo bloccano o lo spaventano. Fa persino di più: eliminando da quell’oggetto tutto ciò che è estraneo alla sua brama, gli presenta soltanto ciò che è perfettamente adatto ai suoi desideri. Così le sue fantasie diventano per lui più dolci delle realtà stesse; eliminano i difetti e le difficoltà di tali realtà, le presentano pronte apposta per lui. E rendono così il desiderare e il godere la stessa cosa per lui. È sorprendente che un uomo così strutturato non abbia alcun interesse per una vita attiva? Per lui, inseguire lontano qualche piacere imperfetto e incerto significherebbe privarsi di quelli che sono cento volte migliori e sempre a sua disposizione. È più felice e più ricco possedendo i beni immaginari che crea, che non possedendo quei beni, più reali forse, ma meno desiderabili, che esistono davvero.

Mais cette même imagination, si riche en tableaux riants et remplis de charmes, rejette obstinément les objets de douleur et de peine, ou du moins elle ne les lui peint jamais si vivement que sa volonté ne les puisse effacer. L’incertitude de l’avenir, et l’expérience de tant de malheurs, peuvent l’effaroucher à l’excès des maux qui le menacent, en occupant son esprit des moyens de les éviter. Mais ces maux sont-ils arrivés, il les sent vivement un moment, et puis les oublie. En mettant tout au pis dans l’avenir, il se soulage et se tranquillise. Quand une fois le malheur est arrivé, il faut le souffrir sans doute, mais on n’est plus forcé d’y penser pour s’en garantir ; c’est un grand tourment de moins dans son âme. En comptant d’avance sur le mal qu’il craint, il en ôte la plus grande amertume ; ce mal arrivant le trouve tout prêt à le supporter ; et s’il n’arrive pas, c’est un bien qu’il goûte avec d’autant plus de joie, qu’il n’y comptait point du tout. Comme il aime mieux jouir que souffrir, il se refuse aux souvenirs tristes et déplaisants, qui sont inutiles, pour livrer son cœur tout entier à ceux qui le flattent ; quand sa destinée s’est trouvée telle qu’il n’y voyait plus rien d’agréable à se rappeler, il en a perdu toute la mémoire, et rétrogradant vers les temps heureux de son enfance et de sa jeunesse, il les a souvent recommencés dans ses souvenirs. Quelquefois s’élançant dans l’avenir qu’il espère et qu’il sent lui être dû, il tâche de s’en figurer les douceurs en les proportionnant aux maux qu’on lui fait souffrir injustement en ce monde. Plus souvent, laissant concourir ses sens à ses fictions, il se forme des êtres selon son cœur ; et vivant avec eux dans une société dont il se sent digne, il plane dans l’empirée, au milieu des objets charmants et presque angéliques dont il s’est entouré. Concevez-vous que dans une âme tendre ainsi disposée les levains haineux fermentent facilement ? Non, non, monsieur ; comptez que celui qui put sentir un moment les délices habituelles de Jean-Jacques ne méditera jamais de noirceurs.

La plus sublime des vertus, celle qui demande le plus de grandeur, de courage et de force d’âme, est le pardon des injures, et l’amour de ses ennemis. Le faible Jean-Jacques, qui n’atteint pas même aux vertus médiocres, irait-il jusqu’à celle-là ? Je suis aussi loin de le croire que de l’affirmer. Mais qu’importe, si son naturel aimant et paisible le mène où l’aurait mené la vertu ? Qu’eût pu faire en lui la haine s’il l’avait connue ? Je l’ignore ; il l’ignore lui-même. Comment saurait-il où l’eût conduit un sentiment qui jamais n’approcha de son cœur ? Il n’a point eu là-dessus de combat à rendre, parce qu’il n’a point eu de tentation. Celle d’ôter ses facultés à ses jouissances, pour les livrer aux passions irascibles et déchirantes, n’en est pas même une pour lui. C’est le tourment des cœurs dévorés d’amour-propre, et qui ne connaissent point d’autre amour. Ils n’ont pas cette passion par choix, elle les tyrannise, et n’en laisse point d’autre en leur pouvoir.

Lorsqu’il entreprit ses Confessions, cette œuvre unique parmi les hommes, dont il a profané la lecture, en la prodiguant aux oreilles les moins faites pour l’entendre, il avait déjà passé la maturité de l’âge, et ignorait encore l’adversité. Il a dignement exécuté ce projet jusqu’au temps des malheurs de sa vie ; dès-lors il s’est vu forcé d’y renoncer. Accoutumé à ses douces rêveries, il ne trouva ni courage ni force pour soutenir la méditation de tant d’horreurs ; il n’aurait même pu s’en rappeler l’effroyable tissu, quand il s’y serait obstiné. Sa mémoire a refusé de se souiller de ces affreux souvenirs ; il ne peut se rappeler l’image que des temps qu’il verrait renaître avec plaisir : ceux où il fut la proie des méchants en seraient pour jamais effacés avec les cruels qui les ont rendus si funestes, si les maux qu’ils continuent à lui faire ne réveillaient quelquefois, malgré lui, l’idée de ceux qu’ils lui ont déjà fait souffrir. En un mot, un naturel aimant et tendre, une langueur d’âme qui le porte aux plus douces voluptés, lui faisant rejeter tout sentiment douloureux, écarte de son souvenir tout objet désagréable. Il n’a pas le mérite de pardonner les offenses, parce qu’il les oublie ; il n’aime pas ses ennemis, mais il ne pense point à eux. Cela met tout l’avantage de leur côté, en ce que ne le perdant jamais de vue, sans cesse occupés de lui, pour l’enlacer de plus en plus dans leurs pièges, et ne le trouvant, ni assez attentif pour les voir, ni assez actif pour s’en défendre, ils sont toujours sûrs de le prendre au dépourvu, quand et comme il leur plaît, sans crainte de représailles. Tandis qu’il s’occupe avec lui-même, eux s’occupent aussi de lui. Il s’aime, et ils le haïssent ; voilà l’occupation des uns et des autres ; il est tout pour lui-même ; il est aussi tout pour eux : car, quant à eux, ils ne sont rien, ni pour lui, ni pour eux-mêmes ; et pourvu que Jean-Jacques soit misérable, ils n’ont pas besoin d’autre bonheur. Ainsi ils ont, eux et lui, chacun de leur côté, deux grandes expériences à faire ; eux, de toutes les peines qu’il est possible aux hommes d’accumuler dans l’âme d’un innocent, et lui, de toutes les ressources que l’innocence peut tirer d’elle seule pour les supporter. Ce qu’il y a d’impayable dans tout cela est d’entendre vos bénins messieurs se lamenter, au milieu de leurs horribles trames, du mal que fait la haine à celui qui s’y livre, et plaindre tendrement leur ami Jean-Jacques d’être la proie d’un sentiment aussi tourmentant.

Il faudrait qu’il fût insensible ou stupide pour ne pas voir et sentir son état ; mais il s’occupe trop peu de ses peines pour s’en affecter beaucoup. Il se console avec lui-même des injustices des hommes ; en rentrant dans son cœur, il y trouve des dédommagements bien doux. Tant qu’il est seul, il est heureux ; et quand le spectacle de la haine le navre, ou quand le mépris et la dérision l’indignent, c’est un mouvement passager qui cesse aussitôt que l’objet qui l’excite a disparu. Ses émotions sont promptes et vives, mais rapides et peu durables, et cela se voit. Son cœur, transparent comme le cristal, ne peut rien cacher de ce qui s’y passe ; chaque mouvement qu’il éprouve se transmet à ses yeux et sur son visage. On voit quand et comment il s’agite ou se calme, quand et comment il s’irrite ou s’attendrit ; et, sitôt que ce qu’il voit ou ce qu’il entend l’affecte, il lui est impossible d’en retenir ou dissimuler un moment l’impression. J’ignore comment il put s’y prendre pour tromper quarante ans tout le monde sur son caractère ; mais pour peu qu’on le tire de sa chère inertie, ce qui par malheur n’est que trop aisé, je le défie de cacher à personne ce qui se passe au fond de son cœur, et c’est néanmoins de ce même naturel aussi ardent qu’indiscret qu’on a tiré, par un prestige admirable, le plus habile hypocrite et le plus rusé fourbe qui puisse exister.

Cette remarque était importante, et j’y ai porté la plus grande attention. Le premier art de tous les méchants est la prudence, c’est-à-dire la dissimulation. Ayant tant de desseins et de sentiments à cacher, ils savent composer leur extérieur, gouverner leurs regards, leur air, leur maintien, se rendre maîtres des apparences. Ils savent prendre leurs avantages et couvrir d’un vernis de sagesse les noires passions dont ils sont rongés. Les cœurs vifs sont bouillants, emportés ; mais tout s’évapore au-dehors ; les méchants sont froids, posés, le venin se dépose et se cache au fond de leurs cœurs pour n’agir qu’en temps et lieu : jusqu’alors rien ne s’exhale ; et, pour rendre l’effet plus grand ou plus sûr, ils le retardent à leur volonté. Ces différences ne viennent pas seulement des tempéraments, mais aussi de la nature des passions. Celles des cœurs ardents et sensibles, étant l’ouvrage de la nature, se montrent en dépit de celui qui les a ; leur première explosion, purement machinale, est indépendante de sa volonté. Tout ce qu’il peut faire à force de résistance est d’en arrêter le cours avant qu’elle ait produit son effet, mais non pas avant qu’elle se soit manifestée ou dans ses yeux, ou par sa rougeur, ou par sa voix, ou par son maintien, ou par quelque autre signe sensible.

But this very imagination, so rich in joyful and charming images, stubbornly rejects all things that bring pain and sorrow; or at least it never portrays them with such vividness that its will could not erase them. The uncertainty of the future, and the experience of so many misfortunes, may fill one’s mind with fears greater than the actual dangers awaiting them, as they focus one’s thoughts on ways to avoid those evils. But once those misfortunes do happen, one feels their intensity for a brief moment and then forgets about them. By imagining the worst in the future, one can alleviate and calm oneself. When misfortune finally strikes, it must be endured indeed, but one is no longer forced to constantly dwell on it; thus, a great source of torment is removed from one’s soul. By anticipating the suffering one fears in advance, one reduces its bitterness considerably; when that suffering actually occurs, one is already prepared to endure it; and if it does not happen, one experiences joy all the greater, since one had not expected it at all. Since one prefers pleasure to pain, one avoids sad and unpleasant memories, which are useless, and devotes one’s entire heart to those things that bring delight. When one’s fate seems to contain nothing pleasing to recall, one loses all memory of it altogether and, by reverting to the happy times of childhood and youth, often relives them in one’s imagination. Sometimes, one ventures into the future that one hopes for and feels deserves; one tries to imagine its joys in proportion to the injustices that one suffers in this world. More often still, one allows one’s senses to collaborate with these imaginings and creates beings according to the desires of one’s heart; living with them in a society one feels worthy of, one soars through a realm filled with charming and almost angelic objects that one has surrounding oneself with. Can you imagine that such a tenderly inclined soul would easily give rise to hateful feelings? No, indeed, sir; believe me, anyone who once experienced the usual joys of Jean-Jacques would never harbor any dark thoughts.

The most sublime of virtues, the one that demands the greatest greatness, courage, and strength of character, is forgiveness for insults and love toward one’s enemies. Would the weak Jean-Jacques, who does not even attain to mediocre virtues, be capable of such a thing? I am as far from believing it as from affirming it. But what matters? If his kind and peaceful nature leads him in the same direction that virtue would have led him, what could hatred have done to him if he had known it? I do not know; he himself does not know. How could he know where a sentiment that never even approached his heart would have led him? He never had to fight against such temptation, because he was never subjected to it. The temptation to deprive oneself of pleasures in order to surrender them to violent and destructive passions is not even a temptation for him. Such torment belongs only to hearts consumed by self-love and that know no other love. They do not possess this passion by choice; it tyrannizes them, leaving them with no other option.

When he began to write his Confessions, that unique work among mankind—whose reading he himself had profaned by presenting it to ears far less suited to receive such truths—he had already passed the age of maturity and was still ignorant of the adversities awaiting him. He carried out this project with dignity until the time of his life’s misfortunes; then he was forced to abandon it. Accustomed to his gentle reveries, he found neither the courage nor the strength to endure the contemplation of so many horrors; indeed, he would not have been able to recall even the sheer extent of those evils had he tried. His memory refused to be tainted by such terrible memories; he could only recall times that he would gladly see return: those days when he was the prey of villains would be forever erased along with those cruel people who had made them so tragic—unless, sometimes, despite his efforts, the suffering they had inflicted upon him resurfaced in his mind. In short, a nature loving and tender, a soul inclined toward the gentlest pleasures, which drove away all painful sentiments, kept every unpleasant memory at bay. He did not have the virtue of forgiving offenses simply because he forgot them; he did not hate his enemies, but he did not think about them either. This gave them every advantage: since they never lost sight of him, constantly preoccupied with ensnaring him further in their schemes, and certain that he was neither attentive enough to see them nor active enough to defend himself, they were always sure of catching him off guard, whenever and however they wished, without fear of retaliation. While he was engrossed in his own thoughts, they too were busy plotting against him. He loved himself, while they hated him; such was the occupation of each side. He was everything to himself; he was also everything to them—for as far as they were concerned, they meant nothing, neither to him nor to themselves. So long as Jean-Jacques remained miserable, they had no need for any other happiness. Thus, both he and they had two great experiences ahead of them: he, to endure all the suffering that human beings could inflict upon an innocent person’s soul; they, to see what resources innocence alone could draw upon to cope with such hardships. What is truly outrageous about all this is hearing those well-meaning gentlemen lament, amidst their terrible schemes, the harm that hatred brings to those who fall prey to it, and tenderly sympathize with their friend Jean-Jacques for being a victim of such a tormenting emotion.

He would have to be insensible or stupid not to see and feel the state he is in; but he pays so little attention to his own sufferings that they hardly affect him. He consoles himself with the injustices people commit; when he looks within himself, he finds very sweet compensations. As long as he is alone, he is happy; and when the sight of hatred fills him with distress, or when contempt and mockery indignate him, these feelings are merely temporary and disappear immediately once the object that provoked them is gone. His emotions are quick and intense, but also fleeting and not lasting long—and this is evident to all who observe him. His heart, as transparent as crystal, reveals everything that happens within it; every feeling he experiences is instantly reflected in his eyes and on his face. One can see when and how he becomes agitated or calm, when he gets angry or tender-hearted; and the moment what he sees or hears affects him, he is unable to hold back or conceal his reaction for even a moment. I don’t know how he managed to deceive everyone about his true nature for forty years; but once someone disturbs his habitual indifference—which, unfortunately, is all too easy to do—he can’t possibly hide from anyone what really goes on in his heart. And yet, it is precisely this same passionate and indiscreet nature that has, through some remarkable combination of factors, enabled him to become the most cunning hypocrite and the most deceitful schemer who ever existed.

This remark was important, and I paid it the greatest attention. The first virtue of all villains is prudence—that is, deception. Having so many schemes and feelings to conceal, they know how to control their outward demeanor, regulate their gaze, their expression, their posture, and master appearances. They learn to exploit their advantages and cover their dark passions with a veneer of wisdom. The hearts of the passionate are fervent and impulsive; but everything outside remains concealed. Villains, on the other hand, are cold and composed—the venom within them accumulates and hides until the right moment arrives. Then, they release it at their will. These differences stem not only from temperament but also from the nature of those passions. The passions of passionate and sensitive hearts, being innate, manifest themselves regardless of the individual’s control. Their initial outburst is purely involuntary; all the person can do through resistance is to stop it before it takes effect—though this is often impossible before it has already been expressed through their eyes, blush, voice, posture, or some other visible sign.

Ma proprio questa stessa immaginazione, così ricca di scene gioiose e piene di incanto, rifiuta ostinatamente di considerare gli oggetti di dolore e sofferenza; o almeno non li descrive mai con tale vividezza da far sì che la volontà umana possa cancellarli. L’incertezza del futuro, e l’esperienza di tanti mali, possono spaventare un uomo fino al punto di farlo temere eccessivamente i pericoli che lo minacciano, occupando la sua mente con i mezzi per evitarli. Ma quando questi mali effettivamente si verificano, li prova intensamente per un momento, e poi li dimentica. Immaginando il peggio nel futuro, si consola e si tranquillizza; mentre quando il male arriva, bisogna pur soffrirlo, ma non si è più costretti a pensarci continuamente per proteggersi: questo rappresenta un grande sollievo per l’anima. Prevedendo in anticipo il male che teme, ne elimina la maggior parte dell’amarezza; quando quel male si verifica, si trova già pronto ad affrontarlo; e se non arriva, è una gioia ancora più grande, poiché non se l’aspettava affatto. Poiché preferisce godere che soffrire, si rifiuta di ricordare momenti tristi e spiacevoli, che sono inutili, per dedicare tutto il proprio cuore a quelli che lo rendono felice; quando la sua sorte diventa tale da non lasciare più nulla di piacevole da ricordare, ne perde completamente memoria, e tornando ai tempi felici dell’infanzia e della giovinezza, spesso li rivive nei suoi ricordi. A volte si proietta nel futuro che spera e che sente di meritare, cercando di immaginare le sue gioie in proporzione ai mali ingiustamente subiti in questo mondo; più spesso ancora, lascia che i suoi sensi contribuiscano alle sue fantasie, creando esseri a suo piacimento; e vivendo con loro in una società di cui si sente degno, vola nell’empireo, tra oggetti incantevoli e quasi angelici che si è creato intorno. Riuscite davvero a immaginare che in un’anima così predisposta i germi dell’odio possano fermentare facilmente? No, signore; credete pure che colui che una volta ha potuto provare le gioie tipiche di Jean-Jacques non penserà mai a cose oscure.

La più sublime delle virtù, quella che richiede il massimo di grandezza, coraggio e forza d’animo, è il perdono delle offese e l’amore per i propri nemici. Il debole Jean-Jacques, che non raggiunge nemmeno le virtù mediocri, arriverebbe mai a compiere un atto del genere? Sono lontano sia dal crederlo che dall’affermarlo. Ma che importa? Se la sua natura amorevole e pacifica lo avesse portato verso questa virtù, cosa avrebbe potuto fargli l’odio, se mai lo avesse conosciuto? Lo ignoro; lo ignora anche lui stesso. Come potrebbe sapere dove lo avrebbe condotto un sentimento che mai ha sfiorato il suo cuore? Non ha mai dovuto combattere contro questa tentazione, perché non ne è stato affatto colpito. La tentazione di privarsi delle proprie gioie per consegnarle alle passioni irascibili e distruttive non esiste nemmeno per lui. È il tormento dei cuori divorati dall’amor-propre, che non conoscono altro amore. Non hanno scelto questa passione: essa li domina, impedendo loro di provare qualsiasi altro sentimento.

Quando iniziò a scrivere le sue “Confessioni”, quell’opera unica tra tutte quelle scritte dagli uomini, e che egli stesso profanò leggendola ad ascoltatori ben poco predisposti ad essa, aveva già superato l’età della maturità ed ignorava ancora quali avversità lo attendessero. Portò a termine con dignità questo progetto fino al momento in cui la sfortuna irruppe nella sua vita; allora fu costretto ad abbandonarlo. Abituato alle sue dolci fantasticherie, non trovò né il coraggio né la forza necessari per affrontare il ricordo di tante orrori; anzi, nemmeno avrebbe potuto rievocarne l’immagine terribile, se ci avesse provato. La sua memoria si rifiutava di contaminarsi con quei ricordi atroci; egli poteva ricordare soltanto i tempi che avrebbe volentieri rivissuto: quelli in cui era stato vittima dei malvagi, quei tempi sarebbero stati per sempre cancellati insieme ai crudeli che li avevano resi così funesti, se non fosse stato per i mali che continuavano a fargli subire, che talvolta, contro la sua volontà, risvegliavano in lui il ricordo di quanto sofferto in passato. In breve, una natura amorevole e tenera, un’anima dolce portata verso le più dolci gioie, lo spingevano a respingere ogni sentimento doloroso; tutto ciò che era sgradevole veniva cancellato dalla sua memoria. Non aveva il merito di perdonare gli offensi, perché le dimenticava, non amava i suoi nemici, ma non pensava affatto a loro. Questo dava loro un grande vantaggio: poiché lo tenevano sempre sotto controllo, occupandosi costantemente di lui per intrappolarlo sempre di più nei loro inganni, erano certi di coglierlo alla sprovvista, quando e come volevano, senza temere alcuna rappresaglia. Mentre lui si dedicava a se stesso, anche loro si occupavano di lui. Lui si amava, e loro lo odiavano; questa era l’unica occupazione di entrambi. Lui era tutto per sé stesso, ma era anche tutto per loro: poiché, per quanto riguarda loro, non erano nulla, né per lui né per se stessi. E finché Jean-Jacques fosse rimasto infelice, non avrebbero avuto bisogno di altro felicità. Così, sia loro che lui avevano ciascuno dalla propria parte due grandi esperienze da fare: loro, tutte le sofferenze che gli uomini possono accumulare nell’anima di un innocente, e lui, tutte le risorse che l’innocenza può trovare in sé stessa per sopportarle. La cosa più incredibile in tutto ciò è ascoltare i vostri gentili signori lamentarsi, nel mezzo delle loro orribili macchinazioni, del male che l’odio infligge a chi vi si abbandona, e piangere teneramente il loro amico Jean-Jacques per essere diventato vittima di un sentimento così tormentoso.

Dovrebbe essere insensibile o stupido per non vedere e sentire il proprio stato; ma si preoccupa troppo poco delle proprie sofferenze per esserne profondamente colpito. Si consola da solo di fronte alle ingiustizie umane; ritrovando conforto nel proprio cuore, vi scopre compensazioni dolci e piacevoli. Finché è solo, è felice; e quando lo spettacolo dell’odio lo addolora, o quando il disprezzo e la derisione lo indignano, si tratta di un sentimento passeggero che scompare non appena l’oggetto che lo ha suscitato svanisce. Le sue emozioni sono intense e vivide, ma anche rapide e poco durature, e questo è evidente. Il suo cuore, trasparente come il cristallo, non può nascondere nulla di ciò che vi accade; ogni sentimento che prova si riflette immediatamente nei suoi occhi e sul suo viso. Si può vedere quando e come si agita o si calma, quando si irrita o si commuove; e non appena ciò che vede o sente lo colpisce, gli è impossibile trattenere o nascondere per un momento quell’impressione. Non so come sia riuscito a ingannare tutti per quarant’anni riguardo al proprio carattere; ma basta tirarlo fuori dalla sua dolce indolenza – cosa purtroppo troppo facile da fare – e lo sfido a non rivelare a nessuno ciò che accade nel profondo del suo cuore. Eppure, è dello stesso temperamento appassionato e indiscreto da cui, grazie a un fascino straordinario, è stato tratto il più abile ipocrita e il più astuto furfante che esista.

Questa osservazione era importante, e vi ho prestato la massima attenzione. L’arte principale di tutti i malvagi è la prudenza, ovvero la dissimulazione. Avendo così tanti piani e sentimenti da nascondere, sanno come modellare il proprio comportamento esteriore, controllare il proprio sguardo, l’espressione del viso, il portamento; imparano a dominare le apparenze. Sanno come trarre vantaggio dalle circostanze e a coprire con una patina di saggezza le oscure passioni che li divorano. I cuori ardenti sono pieni di passione e impulsività, ma tutto ciò rimane nascosto all’esterno; i malvagi, invece, sono freddi e calcolatori: il veleno delle loro passioni si deposita e si nasconde nel profondo del loro cuore, pronto ad agire solo al momento giusto. Fino a quel momento, nulla viene rivelato; inoltre, per rendere l’effetto più potente o sicuro, lo ritardano secondo i propri piani. Queste differenze non derivano soltanto dai temperamenti, ma anche dalla natura stessa delle passioni. Le passioni dei cuori ardenti e sensibili, essendo il risultato della natura umana, si manifestano indipendentemente dalla volontà di chi le possiede; la loro prima esplosione è puramente istintiva e involontaria. Tutto ciò che una persona può fare, con grande sforzo, è fermarne lo sviluppo prima che produca effetti concreti, ma non prima che si sia manifestata in modo evidente attraverso il viso, il rossore, la voce o altri segni rivelatori.

Mais l’amour-propre et les mouvements qui en dérivent n’étant que des passions secondaires produites par la réflexion, n’agissent pas si sensiblement sur la machine. Voilà pourquoi ceux que ces sortes de passions gouvernent sont plus maîtres des apparences que ceux qui se livrent aux impulsions directes de la nature. En général, si les naturels ardents et vifs sont plus aimants, ils sont aussi plus emportés, moins endurants, plus colères ; mais ces emportements bruyants sont sans conséquence ; et, sitôt que le signe de la colère s’efface sur le visage, elle est éteinte aussi dans le cœur. Au contraire les gens flegmatiques et froids, si doux, si patients, si modérés à l’extérieur, en dedans sont haineux, vindicatifs, implacables ; ils savent conserver, déguiser, nourrir leur rancune jusqu’à ce que le moment de l’assouvir se présente. En général, les premiers aiment plus qu’ils ne haïssent ; les seconds haïssent beaucoup plus qu’ils n’aiment, si tant est qu’ils sachent aimer. Les ames d’une haute trempe sont néanmoins très souvent de celle-ci, comme supérieures aux passions. Les vrais sages sont des hommes froids, je n’en doute pas ; mais dans la classe des hommes vulgaires, sans le contrepoids de la sensibilité, l’amour-propre emportera toujours la balance ; et, s’ils ne restent nuls, il les rendra méchants.

Vous me direz qu’il y a des hommes vifs et sensibles qui ne laissent pas d’être méchants, haineux, et rancuniers. Je n’en crois rien ; mais il faut s’entendre. Il y a deux sortes de vivacité ; celle des sentiments et celle des idées. Les ames sensibles s’affectent fortement, et rapidement. Le sang enflammé par une agitation subite porte à l’œil, à la voix, au visage, ces mouvements impétueux qui marquent la passion. Il est au contraire des esprits vifs qui s’associent avec des cœurs glacés, et qui ne tirent que du cerveau l’agitation qui paraît aussi dans les yeux, dans le geste, et accompagne la parole, mais par des signes tout différents, pantomimes et comédiens plutôt qu’animés et passionnés. Ceux-ci, riches d’idées, les produisent avec une facilité extrême : ils ont la parole à commandement ; leur esprit, toujours présent et pénétrant, leur fournit sans cesse des pensées neuves, des saillies, des réponses heureuses ; quelque force et quelque finesse qu’on mette à ce qu’on peut leur dire, ils étonnent par la promptitude et le sel de leurs reparties, et ne restent jamais court. Dans les choses même de sentiment, ils ont un petit babil si bien agencé, qu’on les croirait émus jusqu’au fond du cœur, si cette justesse même d’expression n’attestait que c’est leur esprit seul qui travaille. Les autres, tout occupés de ce qu’ils sentent, soignent trop peu leurs paroles pour les arranger avec tant d’art. La pesante succession du discours leur est insupportable ; ils se dépitent contre la lenteur de sa marche ; il leur semble, dans la rapidité des mouvements qu’ils éprouvent, que ce qu’ils sentent devrait se faire jour et pénétrer d’un cœur à l’autre sans le froid ministère de la parole. Les idées se présentent d’ordinaire aux gens d’esprit en phrases tout arrangées. Il n’en est pas ainsi des sentiments ; il faut chercher, combiner, choisir un langage propre à rendre ceux qu’on éprouve ; et quel est l’homme sensible qui aura la patience de suspendre le cours des affections qui l’agitent pour s’occuper à chaque instant de ce triage ? Une violente émotion peut suggérer quelquefois des expressions énergiques et vigoureuses ; mais ce sont d’heureux hasards que les mêmes situations ne fournissent pas toujours. D’ailleurs, un homme vivement ému est-il en état de prêter une attention minutieuse à tout ce qu’on peut lui dire, à tout ce qui se passe autour de lui, pour y approprier sa réponse ou son propos ? Je ne dis pas que tons seront aussi distraits, aussi étourdis, aussi stupides que Jean-Jacques ; mais je doute que quiconque a reçu du ciel un naturel vraiment ardent, vif, sensible et tendre, soit jamais un homme bien preste à la riposte.

N’allons donc pas prendre, comme on fait dans le monde, pour des coeurs sensibles des cerveaux brûlés dont le seul désir de briller anime les discours, les actions, les écrits, et qui, pour être applaudis des jeunes gens et des femmes, jouent de leur mieux la sensibilité qu’ils n’ont point. Tout entiers à leur unique objet, c’est-à-dire à la célébrité, ils ne s’échauffent sur rien au monde, ne prennent un véritable intérêt à rien ; leurs têtes, agitées d’idées rapides, laissent leurs cœurs vides de tout sentiment, excepté celui de l’amour-propre, qui, leur étant habituel, ne leur donne aucun mouvement sensible et remarquable au-dehors. Ainsi, tranquilles et de sang froid sur toutes choses, ils ne songent qu’aux avantages relatifs à leur petit individu, et, ne laissant jamais échapper aucune occasion, s’occupent sans cesse, avec un succès qui n’a rien d’étonnant, à rabaisser leurs rivaux, à écarter leurs concurrents, à briller dans le monde, à primer dans les lettres, et à déprimer tout ce qui n’est pas attaché à leur char. Que de tels hommes soient méchants ou malfaisants, ce n’est pas une merveille ; mais qu’ils éprouvent d’autre passion que l’égoïsme qui les domine, qu’ils aient une véritable sensibilité, qu’ils soient capables d’attachement, d’amitié, même d’amour, c’est ce que je nie. Ils ne savent pas seulement s’aimer eux-mêmes ; ils ne savent que haïr ce qui n’est pas eux.

Celui qui sait régner sur son propre cœur, tenir toutes ses passions sous le joug, sur qui l’intérêt personnel et les désirs sensuels n’ont aucune puissance, et qui, soit en public, soit tout seul et sans témoin, ne fait en toute occasion que ce qui est juste et honnête, sans égard aux vœux secrets de son cœur ; celui-là seul est homme vertueux. S’il existe, je m’en réjouis pour l’honneur de l’espèce humaine. Je sais que des foules d’hommes vertueux ont jadis existé sur la terre ; je sais que Fénelon, Catinat, d’autres moins connus, ont honoré les siècles modernes, et parmi nous j’ai vu George Keith suivre encore leurs sublimes vestiges. À cela près, je n’ai vu dans les apparentes vertus des hommes que forfanterie, hypocrisie, et vanité. Mais ce qui se rapproche un peu plus de nous, ce qui est du moins beaucoup plus dans l’ordre de la nature, c’est un mortel bien né qui n’a reçu du ciel que des passions expansives et douces, que des penchants aimants et aimables, qu’un cœur ardent à désirer, mais sensible, affectueux dans ses désirs, qui n’a que faire de gloire ni de trésors, mais de jouissances réelles, de véritables attachements, et qui, comptant pour rien l’apparence des choses et pour peu l’opinion des hommes, cherche son bonheur en dedans sans égard aux usages suivis et aux préjugés reçus. Cet homme ne sera pas vertueux, puisqu’il ne vaincra pas ses penchants ; mais, en les suivant, il ne fera rien de contraire à ce que ferait, en surmontant les siens, celui qui n’écoute que la vertu. La bonté, la commisération, la générosité, ces premières inclinations de la nature, qui ne sont que des émanations de l’amour de soi, ne s’érigeront point dans sa tête en d’austères devoirs, mais elles seront des besoins de son cœur qu’il satisfera plus pour son propre bonheur que par un principe d’humanité qu’il ne songera guère à réduire en règles. L’instinct de la nature est moins pur peut-être, mais certainement plus sûr que la loi de la vertu ; car on se met souvent en contradiction avec son devoir, jamais avec son penchant, pour mal faire.

But since self-esteem and the emotions that arise from it are merely secondary passions resulting from reflection, they do not have such a significant impact on human behavior. This is why those who are governed by such passions are more adept at controlling their outward appearances than those who yield to the direct impulses of nature. In general, while passionate and energetic people may be more loving, they are also more impulsive, less patient, and more prone to anger; however, these outbursts are often harmless, and once the signs of anger fade from their faces, it also disappears from their hearts. On the contrary, calm and cold-minded individuals—though gentle, patient, and moderate on the outside—may be filled with hatred, vindictiveness, and implacability inwardly; they know how to harbor, disguise, and nurture their resentment until the right moment to act arrives. In most cases, the former love more than they hate; the latter hate far more than they love—if it is even possible for them to know what love is. Yet even among those of noble character, such people are often considered superior to those who are overwhelmed by passions. The true wise are cold-hearted individuals, I have no doubt about that; but in the ranks of ordinary people, without the counterbalance of sensitivity, self-esteem will always tip the scales one way or another—and if those affected by it do not become utterly worthless, it will surely make them evil.

You might say that there are lively and sensitive men who are still capable of being evil, hateful, and vengeful. I don’t believe that; but we must understand each other clearly. There are two kinds of liveliness: the kind related to emotions and the kind related to ideas. Sensitive souls are deeply and quickly affected by their feelings. Blood stirred up by sudden agitation manifests itself in one’s eyes, voice, and facial expressions—those impetuous signs that reveal passion. On the other hand, there are those quick-witted individuals whose minds are associated with cold hearts; they draw their agitation solely from their intellect. This kind of liveliness is reflected in their speech and gestures, but through very different means—more like pantomimes or comedians than truly passionate people. These individuals, rich in ideas, produce them with great ease; they have words at their disposal whenever needed. Their minds, always alert and penetrating, constantly supply them with new thoughts, witty remarks, and appropriate responses. No matter how forceful or subtle what is said to them, they astonish everyone with the speed and wit of their replies, and they never run short of something to say. Even in matters of emotion, they have such well-organized speech that one might believe they are truly moved if it weren’t for the fact that this very precision in expression proves that it is only their intellect at work. Others, preoccupied solely with what they feel, pay too little attention to the art of arranging their words. The tedious succession of a long speech is unbearable to them; they resent its slowness and feel that what they are feeling should be expressed instantly, without the need for words. For intelligent people, ideas usually present themselves in well-structured phrases. But emotions are different; one must search, combine, and choose the right language to express them. And which sensitive person would have the patience to pause the torrent of feelings that agitate them in order to carefully select their words at every moment? A violent emotion may sometimes suggest powerful and forceful expressions; but such fortunate coincidences do not always occur. Moreover, is a person who is deeply moved in a state to pay meticulous attention to everything that is said or happens around them, so as to tailor their response accordingly? I am not saying that they will be as distracted, confused, or foolish as Jean-Jacques; but I doubt that anyone who has been given a truly passionate, lively, sensitive, and tender nature will ever be particularly quick-witted in his replies.

Let us not mistake, as people often do in this world, brains that are merely “burnt out” for sensitive hearts—hearts whose only desire is to shine through their speeches, actions, and writings, and which, in order to win the applause of young men and women, put on all the sensitivity they do not truly possess. Entirely devoted to their sole goal, namely fame, they are stirred by nothing in this world and take genuine interest in nothing; their minds, filled with rapid thoughts, leave their hearts devoid of any true emotion except for pride—an emotion so inherent to them that it does not provoke any noticeable or significant reaction outside themselves. Thus, calm and cold-hearted toward everything else, they think only of the advantages related to their own individual interests, and, never missing any opportunity, they constantly strive, with rather unsurprising success, to bring down their rivals, eliminate their competitors, shine in society, excel in literature, and crush anything that is not tied to their own cause. That such men may be wicked or malicious is not surprising; but that they could experience any passion other than the egoism that dominates them, that they might possess true sensitivity, that they could be capable of loyalty, friendship—even love—this is what I deny. They do not even know how to love themselves; they know only how to hate everything that is not them.

He who knows how to rule his own heart, who keeps all his passions under control, whose personal interests and sensual desires hold no power over him, and who—whether in public or alone, without any witnesses—always does what is just and honest, regardless of the secret desires of his heart; only such a person is truly virtuous. If such a person exists, I rejoice for the honor of the human race. I know that throughout history, many virtuous men have lived on this earth; I know that Fénelon, Catinat, and others less well-known have honored modern times, and among us, I have seen George Keith follow in their noble footsteps. Apart from these few examples, I have seen nothing but hypocrisy, deceit, and vanity in the so-called virtues of men. But what comes a little closer to our nature, what is at least much more in line with the way things truly are, is a well-born man who has been given by heaven only gentle and expansive passions, loving and kind inclinations, and a heart eager for good but also sensitive and affectionate in its desires. Such a man cares nothing for fame or wealth, but for genuine pleasures and true friendships. He disregards the appearances of things and the opinions of others, seeking his happiness within himself, without regard for conventional practices or accepted prejudices. This man may not be virtuous in the strictest sense, since he does not overcome his own desires; but by following them, he does nothing that would be contrary to what a person who overcomes his own inclinations would do if he listened only to virtue. Kindness, compassion, generosity—these natural tendencies, which are merely expressions of self-love—will not arise in his mind as solemn duties; rather, they will be needs of his heart that he satisfies for his own happiness, rather than out of a sense of humanity that he would hardly bother to turn into rules. The instincts of nature may be less pure, but they are certainly more reliable than the laws of virtue; for we often act against our duty, but never against our inclinations, when we choose to do wrong.

Ma l’orgoglio e i movimenti che da esso derivano non sono altro che passioni secondarie generate dal ragionamento; pertanto non influiscono in modo così significativo sul comportamento umano. Ecco perché coloro che sono guidati da queste passioni riescono a controllare meglio le apparenze rispetto a coloro che si lasciano guidare dagli impulsi diretti della natura. In generale, se le persone dal temperamento ardente e vivace sono più inclini all’amore, lo sono anche di più alla passione, alla mancanza di pazienza e alla rabbia; tuttavia queste emozioni violente non hanno conseguenze durature: non appena i segni della rabbia scompaiono dal viso, anche lei si estingue nel cuore. Al contrario, le persone fredde e calme, sebbene dolci, pazienti e moderate in superficie, sono in realtà piene di odio, vendetta e implacabilità; sanno conservare, nascondere e alimentare il proprio risentimento fino al momento giusto per sfogarlo. In generale, i primi amano più di quanto odino; i secondi odiano molto di più di quanto amino, se è vero che sappiano amare. Le anime di grande nobiltà sono spesso superiori a queste passioni. I veri saggi sono persone fredde, ne sono certo; ma nella classe degli uomini comuni, senza il contrappeso della sensibilità, l’orgoglio avrà sempre la meglio; e se non si riducono al nulla, lo renderà cattivi.

Vi direte che esistono uomini vivaci e sensibili che non cessano di essere cattivi, odiosi e rancorosi. Non ci credo; ma bisogna intendersi. Esistono due tipi di vivacità: quella dei sentimenti e quella delle idee. Gli animi sensibili si commuovono profondamente e rapidamente; il sangue, infiammato da un’agitazione improvvisa, fa sì che gli occhi, la voce, il viso manifestino quei movimenti impetuosi tipici della passione. Al contrario, ci sono spiriti vivaci che si associano a cuori gelidi e che traggono l’unica agitazione dal cervello; questa agitazione si manifesta negli occhi, nei gesti e nelle parole, ma attraverso segni del tutto diversi: più simili a pantomime o comici che ad esseri veramente appassionati. Questi ultimi, ricchi di idee, le esprimono con estrema facilità; hanno la parola pronta all’uso; il loro spirito, sempre attento e penetrante, gli fornisce costantemente nuove pensieri, battute felici. Qualunque sia la forza o la finezza delle parole che si rivolgono a loro, sorprendono per la rapidità e l’arguzia delle loro risposte, e non rimangono mai senza argomenti. Anche nelle questioni legate ai sentimenti, hanno un modo di esprimersi così abile che si potrebbe credere che siano davvero commossi fino in fondo al cuore, se non fosse per la precisione stessa di quell’espressione, che dimostra soltanto quanto il loro spirito sia all’opera. Gli altri, troppo impegnati nei propri sentimenti, prestano troppo poca attenzione alle parole che pronunciano; trovano insopportabile la lentezza del discorso. Pensano che, nella rapidità dei propri movimenti interiori, ciò che provano dovrebbe manifestarsi immediatamente, senza il bisogno della parola. Di solito, agli uomini di spirito le idee si presentano sotto forma di frasi ben strutturate; i sentimenti, invece, richiedono uno sforzo maggiore: bisogna cercare, combinare, scegliere un linguaggio adatto per esprimerli. E quale uomo sensibile avrà la pazienza di interrompere il corso delle proprie emozioni per occuparsi costantemente di questo “triage” delle parole? A volte, un’emozione intensa può suggerire espressioni energiche e vivide, ma sono pur sempre casi fortunati: le stesse situazioni non offrono sempre opportunità simili. Inoltre, un uomo profondamente commosso è davvero in grado di prestare attenzione a tutto ciò che gli viene detto, a tutto ciò che accade intorno a lui, per trovare la risposta giusta? Non dico che siano così distratti, confusi o stupidi come Jean-Jacques, ma dubito che qualcuno che abbia ricevuto dal cielo un vero temperamento appassionato, vivace e sensibile possa mai essere davvero pronto a rispondere prontamente.

Non dobbiamo certo considerare, come si fa nel mondo comune, dei cervelli “bruciati” da un eccessivo desiderio di brillare come cuori sensibili; tali individui, infatti, utilizzano le loro capacità intellettuali soltanto per essere applauditi da giovani e donne, recitando al meglio la parte della sensibilità che in realtà non possiedono. Interessati esclusivamente alla fama, non si appassionano davvero a nulla; le loro menti sono prese dalle idee veloci, mentre i loro cuori rimangono vuoti di qualsiasi sentimento, tranne quello dell’orgoglio, che, essendo per loro abituale, non suscita in loro alcuna reazione emotiva evidente. Tranquilli e freddi di fronte a tutto, pensano soltanto ai vantaggi legati al proprio interesse personale; sfruttando ogni opportunità, si dedicano costantemente a umiliare i rivali, a eliminare gli avversari, a brillare nel mondo sociale, a vincere riconoscimenti letterari, e a sopprimere qualsiasi cosa non sia legata al loro interesse personale. Che tali individui siano cattivi o malvagi non sorprende; ma che provino passioni diverse dall’egoismo che li domina, che abbiano una vera sensibilità, che siano capaci di affetto, amicizia, persino amore, questo è ciò che nego. Non sanno nemmeno amare se stessi; conoscono soltanto l’odio per tutto ciò che non è loro.

Colui che sa dominare il proprio cuore, tenere tutte le proprie passioni sotto controllo, per il quale gli interessi personali e i desideri sensuali non hanno alcun potere, e che, sia in pubblico che da solo e senza testimoni, in ogni occasione compie soltanto ciò che è giusto e onesto, senza curarsi dei segreti desideri del proprio cuore; soltanto quest’uomo può essere considerato virtuoso. Se esiste, ne sono lieto per l’onore dell’umanità. So che in passato sulla terra esistevano molte persone virtuose; so che Fénelon, Catinat e altri meno noti hanno onorato i secoli moderni, e tra di noi ho visto George Keith seguire ancora le loro nobili orme. Tuttavia, nelle cosiddette virtù umane ho visto soltanto vanità, ipocrisia e presunzione. Ma ciò che si avvicina un po’ di più a noi, ciò che è almeno molto più in linea con la natura, è un uomo nato bene, il quale dal cielo ha ricevuto soltanto passioni dolci ed espansive, inclinazioni amorevoli e affettuose, un cuore ardente di desiderio ma sensibile e premuroso nelle sue aspirazioni. Quest’uomo non cerca gloria né ricchezze, ma piaceri reali, legami veri e sinceri; disprezza l’apparenza delle cose e l’opinione altrui, e cerca la propria felicità dentro di sé, senza curarsi delle abitudini comuni o dei pregiudizi accettati. Quest’uomo non sarà certo virtuoso, poiché non riuscirà a vincere le proprie passioni; ma seguendole, non farà nulla che sia contrario a ciò che farebbe colui che, superando i propri desideri, ascolta soltanto la voce della virtù. La bontà, la compassione, la generosità, queste prime inclinazioni naturali, che non sono altro che espressioni dell’amore di sé, non si trasformeranno nella sua mente in doveri rigorosi; saranno piuttosto bisogni del suo cuore che soddisferà per il proprio bene, più che per un principio di umanità che difficilmente considererà una regola da seguire. L’istinto naturale può essere meno puro, ma certamente più sicuro della legge della virtù; infatti, spesso ci si scontra con i propri doveri, mai con i propri desideri, per compiere il male.

L’homme de la nature éclairé par la raison a des appétits plus délicats, mais non moins simples que dans sa première grossièreté. Les fantaisies d’autorité, de célébrité, de prééminence, ne sont rien pour lui ; il ne veut être connu que pour être aimé ; il ne veut être loué que de ce qui est vraiment louable et qu’il possède en effet. L’esprit, les talents, ne sont pour lui que des ornements du mérite, et ne le constituent pas. Ils sont des développements nécessaires dans le progrès des choses, et qui ont leurs avantages pour les agréments de la vie, mais subordonnés aux facultés plus précieuses qui rendent l’homme vraiment sociable et bon, et qui lui font priser l’ordre, la justice, la droiture et l’innocence au-dessus de tous les autres biens. L’homme de la nature apprend à porter en toute chose le joug de la nécessité et à s’y soumettre, à ne murmurer jamais contre la Providence, qui commença par le combler de dons précieux, qui promet à son cœur des biens plus précieux encore, mais qui, pour réparer les injustices de la fortune et des hommes, choisit son heure et non pas la nôtre, et dont les vues sont trop au-dessus de nous pour qu’elle nous doive compte de ses moyens. L’homme de la nature est assujetti par elle et pour sa propre conservation à des transports irascibles et momentanés, à la colère, à l’emportement, à l’indignation, jamais à des sentiments haineux et durables, nuisibles à celui qui en est la proie et à celui qui en est l’objet, et qui ne mènent qu’au mal et à la destruction sans servir au bien ni à la conservation de personne. Enfin l’homme de la nature, sans épuiser ses débiles forces à se construire ici-bas des tabernacles, des machines énormes de bonheur ou de plaisir, jouit de lui-même et de son existence, sans grand souci de ce qu’en pensent les hommes, et sans grand soin de l’avenir.

Tel j’ai vu l’indolent Jean-Jacques, sans affectation, sans apprêt, livré par goût à ses douces rêveries, pensant profondément quelquefois, mais toujours avec plus de fatigue que de plaisir, et aimant mieux se laisser gouverner par une imagination riante, que de gouverner avec effort sa tête par la raison. Je l’ai vu mener par goût une vie égale, simple et routinière, sans s’en rebuter jamais. L’uniformité de cette vie et la douceur qu’il y trouve montrent que son âme est en paix. S’il était mal avec lui-même, il se lasserait enfin d’y vivre ; il lui faudrait des diversions que je ne lui vois point chercher ; et si, par un tour d’esprit difficile à concevoir, il s’obstinait à s’imposer ce genre de supplice, on verrait à la longue l’effet de cette contrainte sur son humeur, sur son teint, sur sa santé. Il jaunirait, il languirait, il deviendrait triste et sombre, il dépérirait. Au contraire, il se porte mieux qu’il ne fit jamais[396]. Il n’a plus ces souffrances habituelles, cette maigreur, ce teint pâle, cet air mourant qu’il eut constamment dix ans de sa vie, c’est-à-dire pendant tout le temps qu’il se mêla d’écrire, métier aussi funeste à sa constitution que contraire à son goût, et qui l’eût enfin mis au tombeau s’il l’eût continué plus longtemps. Depuis qu’il a repris les doux loisirs de sa jeunesse il en a repris la sérénité ; il occupe son corps et repose sa tête ; il s’en trouve bien à tous égards. En un mot, comme j’ai trouvé dans ses livres l’homme de la nature, j’ai trouvé dans lui l’homme de ses livres, sans avoir eu besoin de chercher expressément s’il était vrai qu’il en fut l’auteur.

Je n’ai eu qu’une seule curiosité que j’ai voulu satisfaire ; c’est au sujet du Devin du village. Ce que vous m’aviez dit là-dessus m’avait tellement frappé, que je n’aurais pas été tranquille, si je ne m’en fusse particulièrement éclairci. On ne conçoit guère comment un homme doué de quelque génie et de talents, par lesquels il pourrait aspirer à une gloire méritée, pour se parer effrontément d’un talent qu’il n’aurait pas, irait se fourrer sans nécessité dans toutes les occasions de montrer là-dessus son ineptie. Mais qu’au milieu de Paris et des artistes les moins disposés pour lui à l’indulgence, un tel homme se donne sans façon pour l’auteur d’un ouvrage qu’il est incapable de faire ; qu’un homme aussi timide, aussi peu suffisant, s’érige parmi les maîtres en précepteur d’un art auquel il n’entend rien, et qu’il les accuse de ne pas entendre, c’est assurément une chose des plus incroyables que l’on puisse avancer. D’ailleurs il y a tant de bassesse à se parer ainsi des dépouilles d’autrui ; cette manœuvre suppose tant de pauvreté d’esprit, une vanité si puérile, un jugement si borné, que quiconque peut s’y résoudre ne fera jamais rien de grand, d’élevé, de beau dans aucun genre, et que, malgré toutes mes observations, il serait toujours resté impossible à mes yeux que Jean-Jacques, se donnant faussement pour l’auteur du Devin du village, eût fait aucun des autres écrits qu’il s’attribue, et qui certainement ont trop de force et d’élévation pour avoir pu sortir de la petite tête d’un petit pillard impudent. Tout cela me semblait tellement incompatible que j’en revenais toujours à ma première conséquence de tout ou rien.

Une chose encore animait le zèle de mes recherches. L’auteur du Devin du village n’est pas, quel qu’il soit, un auteur ordinaire, non plus que celui des autres ouvrages qui portent le même nom. Il y a dans cette pièce une douceur, un charme, une simplicité surtout, qui la distinguent sensiblement de toute autre production du même genre. Il n’y a dans les paroles ni situations vives, ni belles sentences, ni pompeuse morale : il n’y a dans la musique ni traits savants, ni morceaux de travail, ni chants tournés, ni harmonie pathétique. Le sujet en est plus comique qu’attendrissant, et cependant la pièce touche, remue, attendrit jusqu’aux larmes : on se sent ému sans savoir pourquoi. D’où ce charme secret qui coule ainsi dans les cœurs tire-t-il sa source ? Cette source unique où nul autre n’a puisé n’est pas celle de l’Hippocrène : elle vient d’ailleurs. L’auteur doit être aussi singulier que la pièce est originale. Si, connaissant déjà Jean-Jacques, j’avais vu pour la première fois le Devin du village sans qu’on m’en nommât l’auteur, j’aurais dit sans balancer, c’est celui de la Nouvelle Héloïse, c’est Jean-Jacques, et ce ne peut être que lui. Colette intéresse et touche comme Julie, sans magie de situations, sans apprêts d’événements romanesques ; même naturel, même douceur, même accent : elles sont sœurs, ou je serais bien trompé. Voilà ce que j’aurais dit ou pensé. Maintenant on m’assure au contraire que Jean-Jacques se donne faussement pour l’auteur de cette pièce, et qu’elle est d’un autre : qu’on me le montre donc cet autre-Ià, que je voie comment il est fait. Si ce n’est pas Jean-Jacques, il doit du moins lui ressembler beaucoup, puisque leurs productions, si originales, si caractérisées, se ressemblent si fort. Il est vrai que je ne puis avoir vu des productions de Jean-Jacques en musique, puisqu’il n’en sait pas faire ; mais je suis sûr que, s’il en savait faire, elles auraient un caractère très approchant de celui-là. À m’en rapporter à mon propre jugement, cette musique est de lui ; par les preuves que l’on me donne, elle n’en est pas : que dois-je croire ? Je résolus de m’éclaircir si bien par moi-même sur cet article qu’il ne me pût rester là-dessus aucun doute, et je m’y suis pris de la façon la plus courte ; la plus sûre pour y parvenir.

LE FRANÇAIS. — Rien n’est plus simple. Vous avez fait comme tout le monde ; vous lui avez présenté de la musique à lire ; et, voyant qu’il ne faisait que barbouiller, vous avez tiré la conséquence, et vous vous en êtes tenu là.

ROUSSEAU. — Ce n’est point là ce que j’ai fait, et ce n’était point de cela non plus qu’il s’agissait ; car il ne s’est pas donné, que je sache, pour un croquesol ni pour un chantre de cathédrale. Mais en donnant de la musique pour être de lui, il s’est donné pour en savoir faire. Voilà ce que j’avais à vérifier. Je lui ai donc proposé de la musique, non à lire, mais à faire. C’était aller, ce me semble, aussi directement qu’il était possible au vrai point de la question. Je l’ai prié de composer cette musique en ma présence sur des paroles qui lui étaient inconnues et que je lui ai fournies sur-le-champ.

LE FRANÇAIS. — Vous avez bien de la bonté ; car enfin vous assurer qu’il ne savait pas lire la musique, n’était-ce pas vous assurer de reste qu’il n’en savait pas composer ?

The man guided by reason possesses more refined but no less fundamental desires than in his primitive state. Fantasies of authority, fame, or superiority mean nothing to him; he seeks recognition only for the sake of being loved, and praise only for what is truly worthy and actually within his grasp. Intelligence and talents are merely embellishments of virtue, not its essence. They are necessary developments in the progress of things and bring certain advantages to the pleasures of life, but they are subordinate to those more precious qualities that make a man truly sociable and virtuous—qualities that make him value order, justice, honesty, and innocence above all else. The man guided by reason learns to submit to the dictates of necessity in everything and never to complain against Providence, which first endows him with precious gifts and promises even greater blessings. Yet to redress the injustices of fate and human actions, Providence chooses its own timing, not ours, and its plans are too profound for us to understand its methods. For his own survival, this man is subject to fleeting outbursts of anger, wrath, and indignation—never to lasting hatreds that would harm both himself and others, nor to sentiments that lead only to evil and destruction, rather than to good or preservation. Lastly, without exhausting his fragile strength on constructing grand structures of happiness or pleasure here on earth, this man enjoys himself and his very existence, caring little what others think of him or what the future holds.

Thus I saw the indolent Jean-Jacques—unconstrained, unadorned, indulging in his gentle reveries out of pure pleasure. Sometimes he would engage in profound thought, but always with more fatigue than delight. He preferred to be guided by a cheerful imagination rather than force his mind to follow reason through strenuous effort. I saw him leading a life that was regular, simple, and routine, yet he never grew weary of it. The uniformity of this life and the joy he found in it showed that his soul was at peace. If he had been unhappy with himself, he would have eventually grown tired of living in such a way; he would have sought diversions—which I see him not seeking at all. And if, by some unimaginable twist of fate, he had stubbornly imposed such suffering upon himself, one could have observed over time how this restraint would affect his mood, his complexion, and his health—he would have grown sallow, listless, gloomy, and eventually deteriorated. On the contrary, he is now in better health than ever before[396]. He no longer suffers from those constant ailments: the emaciation, the pale complexion, the lifeless appearance that characterized him for ten years—during all the time he devoted to writing, a pursuit that was as harmful to his constitution as it ran counter to his nature, and that would have surely led to his death if he had continued it any longer. Since resuming the peaceful pursuits of his youth, he has regained his serenity; he keeps his body active and his mind at rest, and he finds himself content in every way. In short, just as I found the man of nature in his books, I found the man who reflected the ideals of those books within him—without even needing to verify whether he was truly their author.

I had only one single curiosity that I wanted to satisfy; it concerned the so-called “Devin du village.” What you had told me about it had struck me so deeply that I would not have been at peace until I had learned the truth about it. It’s hard to understand how a man who possesses some genius and talents, through which he could aspire to merited glory, would brazenly claim to possess talents he actually doesn’t have, and then seek every opportunity to display his incompetence in that regard. But for someone like him, in the midst of Paris and among artists who are least inclined to tolerate such behavior, to presumptuously present himself as the author of a work he is incapable of creating; for such a timid and inept person to arrogantly claim to be an expert in an art he understands nothing about, and even accuse others of being ignorant—this is indeed one of the most incredible things I can imagine. Moreover, there is such baseness in appropriating the achievements of others in this manner; such an act reveals such mental poverty, such childish vanity, and such narrow-mindedness, that anyone who would resort to it could never achieve anything great, noble, or beautiful in any field. Despite all my observations, I still found it impossible to believe that Jean-Jacques, by falsely posing as the author of “Devin du village,” could have written any of the other works he claims to have authored—works that undoubtedly possess far too much substance and sophistication to have come from the mind of a petty, impudent swindler. All of this seemed so utterly incompatible that I always returned to my initial conclusion: either it was all true, or nothing of it was true.

There was one other factor that fueled my enthusiasm in my research. The author of The Village Sage—whomever he might be—is by no means an ordinary writer, just as the authors of other works bearing the same name are not ordinary either. There is a certain gentleness, charm, and above all, simplicity in this piece that distinguish it markedly from any other work of the same genre. The lyrics contain neither vivid situations nor beautiful sentences, nor grand moral statements; the music lacks sophisticated musical elements, elaborate passages, melodious tunes, or emotional harmonies. The subject matter is more comedic than touching, yet the play moves, touches, and even brings tears to one’s eyes—one feels moved without knowing exactly why. Where does this secret charm that penetrates people’s hearts come from? This unique source, from which no one else has drawn inspiration, is certainly not the same as that of Hippocrene; it comes from elsewhere. The author must be just as extraordinary as the play itself is original. If I had seen The Village Sage for the first time without knowing its author, and if I had already known Jean-Jacques, I would have said without hesitation that it was his work—Jean-Jacques himself, and there could be no one else. Colette interests and touches people just like Julie, but without the magic of dramatic situations or elaborate plot twists; the same naturalness, the same gentleness, the same tone—they are sisters, or I would be greatly mistaken. That is what I would have said or thought. Yet now I am told that Jean-Jacques is falsely claiming to be the author of this play, and that it actually belongs to someone else. Then let them show me this other person—let me see what he is like. If it isn’t Jean-Jacques, he must at least bear a great resemblance to him, since their works, so original and distinctive, are so closely related. It is true that I have never seen any musical compositions by Jean-Jacques, since he does not know how to compose music; but I am certain that if he did, his works would have a very similar character to this one. Judging from my own opinion, this music seems to be his; yet according to the evidence presented to me, it is not. What should I believe? I resolved to figure this out for myself so clearly that I would no longer have any doubts about it, and I took the shortest and most certain way to do so.

THE FRENCHMAN: — It couldn’t be simpler. You did what everyone else would have done; you presented him with music to read; and when you saw that he was just scribbling away without understanding anything, you drew the conclusion and stopped there.

ROUSSEAU. — That was not what I had intended to do, nor was that the real goal; for as far as I know, he did not claim to be a composer of church music or a cathedral chanter. But by offering to create music himself, he admitted his ability to do so. That was what I needed to verify. Therefore, I proposed to him that he compose music—not merely read it or study it, but actually create it. In my opinion, this was the most direct approach possible to the true essence of the issue. I asked him to compose this music in my presence, using words that were unfamiliar to him and which I provided him immediately.

THE FRENCHMAN: You are indeed very kind; for after all, by stating that he could not read music, were you not also implying that he could not compose it either?

L’uomo naturale, illuminato dalla ragione, possiede desideri più raffinati, ma non meno semplici rispetto a quando era ancora primitivo. Le fantasie legate all’autorità, alla celebrità o al predominio non significano nulla per lui; vuole essere conosciuto soltanto perché amato, e lodato solo per ciò che è veramente degno di lode e che effettivamente possiede. L’intelligenza e i talenti, per lui, sono soltanto ornamenti del merito, ma non ne costituiscono la vera essenza. Sono strumenti necessari nel progresso delle cose e possono apportare piaceri alla vita, ma devono essere subordinati alle facoltà più preziose che rendono l’uomo veramente socievole e buono, e che lo spingono a valorizzare l’ordine, la giustizia, la rettitudine e l’innocenza al di sopra di ogni altro bene. L’uomo naturale impara ad accettare con rassegnazione le leggi della necessità e a sottomettersi ad esse; non si lamenta mai della Provvidenza, che prima lo ha colmato di doni preziosi e promette al suo cuore beni ancora più grandi. Tuttavia, per compensare le ingiustizie della fortuna e degli uomini, la Provvidenza sceglie il proprio momento, non il nostro, e le sue intenzioni sono troppo elevate perché possiamo comprenderle appieno. Per la propria sopravvivenza, l’uomo naturale è soggetto a impulsi irascibili e momentanei, come la rabbia, l’impulsività e l’indignazione; mai, tuttavia, a sentimenti di odio duraturi, che potrebbero nuocere sia a chi li prova sia a chi ne è oggetto. Infine, senza sprecare le proprie deboli forze nella costruzione di strutture o macchinari destinati al piacere, l’uomo naturale gode semplicemente di se stesso e della propria esistenza, senza curarsi troppo di ciò che gli altri pensano o del futuro.

Ecco come ho visto il pigro Jean-Jacques: senza affettazioni, senza pretese, lasciandosi guidare dal piacere nelle sue dolci fantasticherie; a volte rifletteva profondamente, ma sempre con più fatica che piacere. Preferiva lasciarsi guidare da un’immaginazione serena, piuttosto che sforzarsi di dominare la propria mente con la ragione. Conduceva una vita regolare, semplice e monotona, senza mai stancarsene. L’uniformità di questa vita e la dolcezza che ne traeva dimostravano che la sua anima era in pace. Se fosse stato insoddisfatto di sé stesso, alla fine avrebbe smesso di viverla; avrebbe avuto bisogno di distrazioni, ma non sembrava cercarle. E se, per qualche motivo difficile da immaginare, si fosse ostinato a infliggersi tale tormento, con il tempo si sarebbero manifestati gli effetti negativi su umore, aspetto e salute. Sarebbe invecchiato precocemente, avrebbe perso energia, diventato triste e cupo. Al contrario, ora sta meglio di quanto non sia mai stato prima[396]. Non soffre più delle solite malattie, non è più magro, il suo viso non è più pallido; si trova bene sotto ogni aspetto. In breve, proprio come nei suoi libri ho trovato l’uomo naturale, in lui ho ritrovato l’uomo descritto nei suoi stessi scritti, senza nemmeno dover cercare apertamente se fosse davvero il loro autore.

Avevo soltanto un’unica curiosità che desideravo soddisfare: riguardava il “Veggente” del villaggio. Quello che mi avevate detto al riguardo mi aveva colpito così profondamente che non avrei potuto stare in pace se non me ne fossi chiarito appieno. È difficile capire come un uomo dotato di qualche genio e di talenti, grazie ai quali potrebbe aspirare a una gloria meritata, si vada a ostentare senza necessità un talento che in realtà non possiede, andando così a mettersi in situazioni in cui è inevitabile mostrare la propria incompetenza. Ma che, nel mezzo di Parigi e tra gli artisti meno disposti ad essere indulgenti con lui, un tale uomo si proponga senza alcuna vergogna come autore di un’opera che non è in grado di scrivere; che un uomo così timido e insicuro si erga tra i maestri come insegnante di un’arte di cui non capisce nulla, e che addirittura li accusi di non saperne nulla. Questo è davvero qualcosa di incredibile. Inoltre, c’è una tale bassezza nel presentarsi così con le spoglie altrui; questa manovra dimostra una tale povertà di spirito, una vanità così infantile, un giudizio così limitato. Che chiunque si decida a farlo non potrà mai compiere nulla di grande, nobile o bello in nessun campo. Nonostante tutte queste riflessioni, per me è rimasto impossibile credere che Jean-Jacques, fingendo di essere l’autore del “Veggente” del villaggio, avesse potuto scrivere anche gli altri scritti che si attribuisce. Scritti che sicuramente possiedono troppa forza e nobiltà per essere stati creati dalla mente meschina di un piccolo e impudente furfante. Tutto ciò mi sembrava così incompatibile con la realtà, che continuavo sempre a ritornare alla mia conclusione iniziale: o tutto, o nulla.

C’era ancora una cosa che alimentava il mio zelo nelle ricerche: l’autore del “Devin du village”, chiunque esso fosse, non era un autore ordinario, così come non lo erano gli autori degli altri opere che portavano lo stesso nome. In quella commedia c’era una dolcezza, un fascino, soprattutto una semplicità che la distinguevano notevolmente da qualsiasi altra produzione dello stesso genere. Nelle parole non c’erano situazioni drammatiche, frasi belle né morali solenni; nella musica non c’erano elementi raffinati, passaggi elaborati, canzoni commoventi né armonie pathetiche. L’argomento era più comico che commovente, eppure la commedia toccava il cuore, lo scuoteva fino alle lacrime: si provava un’emozione senza sapere esattamente perché. Da dove proveniva quel fascino segreto che penetrava così profondamente nei cuori delle persone? Quella fonte unica da cui nessun altro aveva attinto non era certo quella dell’“Hippocrène”: proveniva da un’altra origine. L’autore doveva essere altrettanto singolare quanto la commedia era originale. Se, conoscendo già Jean-Jacques, avessi visto per la prima volta il “Devin du village” senza che mi venisse nominato l’autore, avrei detto senza esitazione: “È di lui, è Jean-Jacques, e non può essere altri”. Colette interessava e commuoveva come Julie, ma senza situazioni drammatiche né preparativi per eventi romanzeschi; stessa natura, stessa dolcezza, stesso tono: erano sorelle, o mi sbagliavo di grosso. Questo è ciò che avrei detto o pensato. Ora invece mi viene detto che Jean-Jacques si finge l’autore di questa commedia, e che in realtà sia un altro. Allora mostratemi questo “altro”: voglio vedere com’è fatto. Se non è Jean-Jacques, deve almeno assomigliargli molto, visto che le loro opere, così originali e caratteristiche, si somigliano tanto. È vero che non ho mai visto opere musicali di Jean-Jacques, poiché lui stesso non sa come comporle; ma sono sicuro che, se ne sapesse fare, avrebbero un carattere molto simile a quello di quest’opera. Secondo il mio giudizio personale, questa musica è sua. Ma secondo le prove che mi vengono fornite, non lo è. Che devo credere? Ho deciso di chiarire la questione da solo, in modo tale da non avere più alcun dubbio al riguardo. E l’ho fatto nel modo più semplice e sicuro possibile.

IL FRANCESCO: — Non c’è nulla di più semplice. Avete fatto come tutti gli altri: gli avete presentato della musica da leggere; e, vedendo che si limitava a scribacchiare senza capire, ne avete tratto le conseguenze e vi siete fermati lì.

ROUSSEAU: — Non è questo ciò che ho fatto, e non era nemmeno di questo si trattava; infatti, per quanto ne so, non si è mai considerato un cantore di cattedrale né un compositore di musica sacra. Ma offrendo la sua musica come espressione della sua personalità, ha dimostrato di saperla creare. Ecco ciò che volevo verificare. Gli ho quindi proposto di comporre musica, non per leggerla, ma per crearla. Penso che questo fosse il modo più diretto per arrivare al vero cuore della questione. Gli ho chiesto di comporre quella musica davanti a me, utilizzando testi che gli erano sconosciuti e che gli ho fornito immediatamente.

IL FRANCESCO: — Avete davvero molta gentilezza; infatti, affermare che non sapesse leggere la musica non significava forse anche affermare che non sapesse comporla?

ROUSSEAU. — Je n’en sais rien ; je ne vois nulle impossibilité qu’un homme trop plein de ses propres idées ne sache ni saisir ni rendre celles des autres, et puisque ce n’est pas faute d’esprit qu’il sait si mal parler, ce peut aussi n’être pas par ignorance qu’il lit si mal la musique. Mais ce que je sais bien, c’est que, si de l’acte au possible la conséquence est valable, lui voir sous mes yeux composer de la musique était m’assurer qu’il en savait composer.

LE FRANÇAIS. — D’honneur, voici qui est curieux ! Eh bien ! monsieur, de quelle défaite vous paya-t-il ? Il fit le fier, sans doute, et rejeta la proposition avec hauteur ?

ROUSSEAU. — Non, il voyait trop bien mon motif pour pouvoir s’en offenser, et me parut même plus reconnaissant qu’humilié de ma proposition. Mais il me pria de comparer les situations et les âges.

« Considérez, me dit-il, quelle différence vingt-cinq ans d’intervalle, de longs serrements de cœur, les ennuis, le découragement, la vieillesse, doivent mettre dans les productions du même homme. Ajoutez à cela la contrainte que vous m’imposez, et qui me plaît parce que j’en vois la raison, mais qui n’en met pas moins des entraves aux idées d’un homme qui n’a jamais su les assujettir, ni rien produire qu’à son heure, à son aise, et à sa volonté. »

LE FRANÇAIS. — Somme toute, avec de belles paroles il refusa l’épreuve proposée ?

ROUSSEAU. — Au contraire, après ce petit préambule il s’y soumit de tout son cœur, et s’en tira mieux qu’il n’avait espéré lui-même. Il me fit, avec un peu de lenteur, mais moi toujours présent, de la musique aussi fraîche, aussi chantante, aussi bien traitée que celle du Devin, et dont le style, assez semblable à celui de cette pièce, mais moins nouveau qu’il n’était alors, est tout aussi naturel, tout aussi expressif, et tout aussi agréable. Il fut surpris lui-même de son succès. « Le désir, me dit-il, que je vous ai vu de me voir réussir m’a fait réussir davantage. La défiance m’étourdit, m’appesantit et me resserre le cerveau comme le cœur ; la confiance m’anime, m’épanouit, et me fait planer sur des ailes. Le ciel m’avait fait pour l’amitié : elle eût donné un nouveau ressort à mes facultés, et j’aurais doublé de prix par elle. »

Voilà, monsieur, ce que j’ai voulu vérifier par moi-même. Si cette expérience ne suffit pas pour prouver qu’il a fait, le Devin du village, elle suffit au moins pour détruire celle des preuves qu’il ne l’a pas fait à laquelle vous vous en êtes tenu. Vous savez pourquoi toutes les autres ne font point autorité pour moi : mais voici une autre observation qui achève de détruire mes doutes, et me confirme ou me ramène dans mon ancienne persuasion.

Après cette épreuve, j’ai examiné toute la musique qu’il a composée depuis son retour à Paris, et qui ne laisse pas de faire un recueil considérable, et j’y ai trouvé une uniformité de style et de faire qui tomberait quelquefois dans la monotonie si elle n’était autorisée ou excusée par le grand rapport des paroles dont il a fait choix le plus souvent. Jean-Jacques, avec un cœur trop porté à la tendresse, eut toujours un goût vif pour la vie champêtre. Toute sa musique, quoique variée selon les sujets, porte une empreinte de ce goût. On croit entendre l’accent pastoral des pipeaux, et cet accent se fait partout sentir le même que dans le Devin du village. Un connaisseur ne peut pas plus s’y tromper qu’on ne se trompe au faire des peintres. Toute cette musique a d’ailleurs une simplicité, j’oserais dire une vérité, que n’a parmi nous nulle autre musique moderne. Non seulement elle n’a besoin ni de trilles, ni de petites notes, ni d’agréments ou de fleurtis[397] d’aucune espèce, mais elle ne peut même rien supporter de tout cela. Toute son expression est dans les seules nuances du fort et du doux, vrai caractère d’une bonne mélodie ; cette mélodie y est toujours une et bien marquée, les accompagnements l’animent sans l’offusquer. On n’a pas besoin de crier sans cesse aux accompagnateurs, doux, plus doux. Tout cela ne convient encore qu’au seul Devin du village. S’il n’a pas fait cette pièce, il faut donc qu’il en ait l’auteur toujours à ses ordres pour lui composer de nouvelle musique toutes les fois qu’il lui plaît d’en produire sous son nom, car il n’y a que lui seul qui en fasse comme celle-là. Je ne dis pas qu’en épluchant bien toute cette musique on n’y trouvera ni ressemblances, ni réminiscences, ni traits pris ou imités d’autres auteurs ; cela n’est vrai d’aucune musique que je connaisse. Mais, soit que ces imitations soient des rencontres fortuites ou de vrais pillages, je dis que la manière dont l’auteur les emploie les lui approprie ; je dis que l’abondance des idées dont il est plein, et qu’il associe à celles-là, ne peut laisser supposer que ce soit par stérilité de son propre fonds qu’il se les attribue ; c’est paresse ou précipitation, mais ce n’est pas pauvreté : il lui est trop aisé de produire pour avoir jamais besoin de piller[398].

Je lui ai conseillé de rassembler toute cette musique et de chercher à s’en défaire pour s’aider à vivre quand il ne pourra plus continuer son travail, mais de tâcher sur toute chose que ce recueil ne tombe qu’en des mains fidèles et sûres qui ne le laissent ni détruire ni diviser : car quand la passion cessera de dicter les jugements qui le regardent, ce recueil fournira, ce me semble, une forte preuve que toute la musique qui le compose est d’un seul et même auteur[399].

Tout ce qui est sorti de la plume de Jean-Jacques durant son effervescence porte une empreinte impossible à méconnaître, et plus impossible à imiter. Sa musique, sa prose, ses vers, tout, dans ces dix ans, est d’un coloris, d’une teinte, qu’un autre ne trouvera jamais. Oui, je le répète, si j’ignorais quel est l’auteur du Devin du village, je le sentirais à cette conformité. Mon doute levé sur cette pièce achève de lever ceux qui pouvaient me rester sur son auteur. La force des preuves qu’on a qu’elle n’est pas de lui ne sert plus qu’à détruire dans mon esprit celles des crimes dont on l’accuse ; et tout cela ne me laisse plus qu’une surprise, c’est comment tant de mensonges peuvent être si bien prouvés.

ROUSSEAU. — I don’t know; I see no impossibility in a man who is so preoccupied with his own ideas being unable to understand or convey those of others. And since it isn’t a lack of intelligence that prevents him from speaking so poorly, it might also not be ignorance that causes him to read music so badly. But what I do know for sure is that, if the conclusion from an action to its possibility is valid, then seeing him compose music in front of my eyes would have meant confirming that he indeed knew how to do it.

THE FRENCHMAN: Well, that’s indeed curious! So, sir, what kind of defeat did he have to endure because of it? Surely he put on a proud face and rejected the proposal with disdain, right?

ROUSSEAU. — No, he saw my motives too clearly to be offended by them; in fact, he seemed more grateful than humiliated by my proposal. But he asked me to compare the situations and the ages involved.

“Consider,” he told me, “what difference twenty-five years must bring—long periods of sorrow, troubles, discouragement, and old age—to the works produced by the same person. Add to this the constraints you impose upon me, which I accept because I understand their reason, but which nevertheless hinder the thoughts of a man who has never learned to subject himself to any schedule, and who can produce anything only at his own time, in his own comfort, and according to his own will.”

THE FRENCHMAN: In short, he refused the challenge offered by using some beautiful words?

ROUSSEAU. — On the contrary, after this brief prelude, he devoted himself to it with all his heart and achieved far better results than he had even hoped for himself. He played music for me—slightly slowly, but with my constant presence—he music that was just as fresh, just as melodious, and just as well executed as that of the “Devin.” Its style, quite similar to that piece but less novel at that time, is equally natural, equally expressive, and equally pleasing. He himself was surprised by his success. “The desire,” he told me, “that I saw in you for my success made me achieve even more. Doubt clouds my mind, weighs it down, and tightens my thoughts just as it weighs on my heart; confidence, on the other hand, energizes me, makes me flourish, and makes me feel as if I were flying on wings. Heaven has created friendship precisely for this purpose: it would have given new strength to my abilities, and I would have become twice as valuable because of it.”

Here, sir, is what I wanted to verify for myself. If this experience is not enough to prove that he did it—the village’s soothsayer—then at least it is sufficient to disprove the evidence that claims he did not do it, which you had relied upon. You know why all the other evidence holds no authority for me; but here is another observation that completely dispels my doubts and either confirms or restores my previous conviction.

After this experience, I examined all the music he had composed since his return to Paris—a considerable collection indeed—and I noticed a uniformity in style and execution that might have seemed monotonous if not for the high quality of the lyrics he chose so frequently. Jean-Jacques, with a heart deeply inclined toward tenderness, always had a keen appreciation for rural life. All his music, despite its variety in subject matter, bears the imprint of this taste; one can almost hear the pastoral accent of flutes, and this same accent is present throughout, just as in “The Village Sage.” An expert would never mistake it for anything else, just as one would not confuse a painter’s work with that of another. Moreover, all this music possesses a simplicity—I would even say a truthfulness—that no other modern music possesses. It does not require trills, minor notes, or any sort of embellishments; in fact, such things are entirely incompatible with it. Its entire expression lies in the subtle variations between strong and soft tones, the very essence of a good melody. This melody is always consistent and well-defined, and the accompaniments enhance it without obscuring it. There is no need to constantly urge the accompanists to play softer or more gently—such things are still only appropriate for “The Village Sage.” If he had not composed this piece himself, it must mean that he has another composer at his disposal, ready to create new music for him whenever he wishes, because only he could produce something like it. I am not saying that there are no similarities or borrowings from other composers in his work; such is the case with every music I know. But whether these imitations are mere coincidences or deliberate adaptations, I claim that the way in which the composer uses them makes them his own. The abundance of ideas he possesses, and the way in which he combines them, proves that he does not lack his own creative resources; it is either laziness or haste on his part, but certainly not poverty of inspiration—producing music comes too easily for him to ever need to steal from others.

I advised him to gather all this music together and try to get rid of it in order to help himself survive when he would no longer be able to continue his work. However, he should make sure that this collection only fell into the hands of faithful and reliable people who would neither destroy nor distort it. For when the passion that inspired these compositions ceases to dictate how they should be judged, I believe this collection will serve as strong evidence that all the music contained within it is the work of a single author[399].

Everything that came from Jean-Jacques’s pen during his creative fervor bears an unmistakable mark, one that is utterly impossible to imitate. His music, his prose, his poems—everything from those ten years possesses a color, a tone, that no one else could ever achieve. Yes, I repeat it: if I did not know who the author of “The Village Deacon” was, I would recognize it by this consistency. Once my doubt about this work was dispelled, any remaining doubts about its author were also cleared away. The overwhelming evidence that it is not his work serves only to destroy in my mind all the accusations against him; and all that is left for me is to marvel at how so many lies can be so convincingly proven.

ROUSSEAU: — Non lo so; non vedo alcuna impossibilità nel fatto che un uomo troppo immerso nelle proprie idee non sia in grado di comprendere o esprimere quelle altrui. E poiché il suo scarso talento oratorio non deriva da una mancanza di intelligenza, allo stesso modo la sua scarsa capacità nel leggere la musica potrebbe non essere dovuta all’ignoranza. Ma ciò che so con certezza è che, se dalla realtà si può dedurre il possibile, vederlo comporre della musica significava per me avere la certezza che ne sapesse davvero comporre.

Il francese: “Onestamente, questa storia è davvero curiosa! Beh, signore, con quale sconfitta dovette pagare per aver accettato quella proposta?” Probabilmente si comportò in modo orgoglioso e rifiutò l’offerta con disprezzo.

ROUSSEAU: — No, lui comprendeva troppo bene le mie motivazioni per potersene offendere; anzi, mi sembrò più grato che umiliato dalla mia proposta. Tuttavia, mi chiese di confrontare le situazioni e gli anni in questione.

“Considerate,” mi disse, “quanta differenza possono comportare venticinque anni: lunghi momenti di angoscia, difficoltà, scoraggiamenti, la vecchiaia. Tutto ciò deve influenzare le opere prodotte da lo stesso uomo. Aggiungete inoltre la costrizione che voi mi imponete: una costrizione che mi piace perché ne comprendo il motivo, ma che comunque rappresenta un ostacolo per le idee di uno che non ha mai imparato a subordinarle alle proprie esigenze, né a produrre nulla se non nel momento giusto, con comodità e secondo la propria volontà.”

Il francese: In sostanza, con belle parole rifiutò la prova proposta?

ROUSSEAU: — Al contrario, dopo quel breve preambolo si sottomise completamente a questa attività con tutto il cuore, e riuscì meglio di quanto avesse sperato lui stesso. Mi suonò, con un po’ di lentezza ma sempre con la mia presenza accanto a lui, musica altrettanto fresca, melodiosa e ben eseguita di quella del “Devin”; lo stile di questa musica, piuttosto simile a quello dell’opera precedente ma meno innovativo rispetto a quel tempo, è comunque altrettanto naturale, espressivo e gradevole. Anche lui stesso rimase sorpreso dal proprio successo. “Il desiderio che avevo di vedervi riuscire”, mi disse, “mi ha aiutato ad avere ancora più successo. La diffidenza mi intorpidisce, mi appesantisce e restringe il mio pensiero così come il mio cuore; la fiducia, invece, mi anima, mi fa sbocciare e mi permette di volare con le ali. Il cielo mi aveva creato per l’amicizia: essa avrebbe dato un nuovo slancio alle mie capacità, e io ne avrei tratto ancora maggior beneficio.”

Ecco, signore, ciò che volevo verificare personalmente. Se questa esperienza non è sufficiente a dimostrare che il Veggente del villaggio l’abbia fatto, almeno è sufficiente a confutare le prove secondo cui non l’avrebbe fatto, alle quali vi siete attenuto voi. Sapete perché tutte le altre prove non hanno alcun valore per me. Ma ecco un’altra osservazione che elimina definitivamente i miei dubbi e mi conferma, o mi riporta, alla mia precedente convinzione.

Dopo questa esperienza, ho esaminato tutta la musica che ha composto da quando è tornato a Parigi; si tratta di un corpus considerevole. Ho notato in essa una uniformità di stile e di composizione che, se non fosse autorizzata o giustificata dalla grande raffinatezza delle parole che ha scelto con frequenza, potrebbe risultare monotona. Jean-Jacques, con un cuore troppo incline alla tenerezza, ha sempre avuto un vivo interesse per la vita campestre; tutta la sua musica, pur variando a seconda del soggetto, porta l’impronta di questo gusto. Si sente chiaramente l’accento pastorale dei flauti, e tale accento è sempre lo stesso in tutte le sue opere, proprio come nel “Devin du village”. Un esperto non può sbagliarsi su questo, così come non ci si sbaglia nell’attribuire un certo stile a un pittore. Inoltre, tutta questa musica possiede una semplicità, oserei dire una veridicità, che nessun’altra musica moderna possiede tra noi. Non solo non ha bisogno di trilli, note minori o altri ornamenti di alcun tipo, ma non può nemmeno tollerarli; tutta la sua espressione si concentra soltanto nelle sfumature del forte e del dolce, caratteristiche essenziali di una buona melodia. Questa melodia è sempre unica e ben definita; gli accompagnamenti la arricchiscono senza offuscarla. Non c’è bisogno di continuare a esortare gli accompagnatori a suonare più dolcemente. Tutto ciò si addice soltanto al “Devin du village”. Se non fosse stato lui a comporre queste opere, allora deve esserci un altro autore sempre a sua disposizione, pronto a comporre nuova musica per lui ogni volta che ne abbia voglia, perché solo lui sa creare qualcosa del genere. Non dico che, esaminando attentamente tutta questa musica, non si possano trovare somiglianze, reminiscenze o elementi presi in prestito da altri autori; questo vale per qualsiasi musica conosca. Ma, che queste imitazioni siano casuali o deliberate, posso affermare che il modo in cui l’autore le utilizza le rende proprie. Posso dire anche che la ricchezza di idee di cui è pieno, e che associa a queste altre idee, non può far pensare che si tratti di elementi presi da una fonte esterna; si tratta piuttosto di pigrizia o precipitazione, ma certamente non di povertà creativa: gli è troppo facile produrre musica per aver mai bisogno di “pilare” idee altrui.

Gli ho consigliato di raccogliere tutta questa musica e di cercare di sbarazzarsene per aiutarsi a vivere quando non potrà più continuare il suo lavoro, ma di fare in modo che questo corpus musicale finisca soltanto nelle mani di persone fedeli e affidabili, che non lo lascino né distruggere né dividere: perché, quando la passione smetterà di influenzare i giudizi riguardanti questa musica, essa fornirà, a mio parere, una forte prova del fatto che tutta la musica che la compone proviene da un unico autore[399].

Tutto ciò che è uscito dalla penna di Jean-Jacques durante il suo periodo più creativo porta un segno inconfondibile, e ancora più impossibile da imitare. La sua musica, la sua prosa, i suoi versi, tutto, in quei dieci anni, presenta uno stile, un colore che nessun altro riuscirebbe mai a eguagliare. Sì, lo ripeto: anche se ignorassi chi fosse l’autore de “Il Vegliardo del villaggio”, lo riconoscerei immediatamente per questa sua unicità stilistica. La mia incertezza riguardo a quest’opera è ormai svanita, così come quelle che potessero ancora esserci riguardo al suo autore. Le prove schiaccianti che dimostrano che non sia lui l’autore di queste opere servono soltanto a distruggere nella mia mente le accuse che gli vengono rivolte; e tutto ciò non mi lascia che una sorpresa: come possano così tante menzogne essere state così efficacemente dimostrate.

Jean-Jacques était né pour la musique, non pour y payer de sa personne dans l’exécution, mais pour en hâter les progrès et y faire des découvertes. Ses idées dans l’art et sur l’art sont fécondes, intarissables. Il a trouvé des méthodes plus claires, plus commodes, plus simples, qui facilitent, les unes la composition, les autres l’exécution, et auxquelles il ne manque, pour être admises, que d’être proposées par un autre que lui. Il a fait dans l’harmonie une découverte qu’il ne daigne pas même annoncer, sûr d’avance qu’elle serait rebutée, ou ne lui attirerait, comme le Devin du village, que l’imputation de s’emparer du bien d’autrui. Il fera dix airs sur les mêmes paroles sans que cette abondance lui coûte ou l’épuise. Je l’ai vu lire aussi fort bien la musique, mieux que plusieurs de ceux qui la professent. Il aura même en cet art l’impromptu de l’exécution qui lui manque en toute autre chose, quand rien ne l’intimidera, quand rien ne troublera cette présence d’esprit qu’il a si rarement, qu’il perd si aisément, et qu’il ne peut plus rappeler dès qu’il l’a perdue. Il y a trente ans qu’on l’a vu dans Paris chanter tout à livre ouvert. Pourquoi ne le peut-il plus aujourd’hui ? C’est qu’alors personne ne doutait du talent qu’aujourd’hui tout le monde lui refuse, et qu’un seul spectateur malveillant suffit pour troubler sa tête et ses yeux. Qu’un homme auquel il aura confiance lui présente de la musique qu’il ne connaisse point, je parie, à moins qu’elle ne soit baroque ou qu’elle ne dise rien, qu’il la déchiffre encore à la première vue et la chante passablement. Mais si, lisant dans le cœur de cet homme, il le voit malintentionné, il n’en dira pas une note ; et voilà parmi les spectateurs la conclusion tirée sans autre examen. Jean-Jacques est sur la musique et sur les choses qu’il sait le mieux comme il était jadis aux échecs. Jouait-il avec un plus fort que lui qu’il croyait plus faible, il le battait le plus souvent ; avec un plus faible qu’il croyait plus fort, il était battu : la suffisance des autres l’intimide et le démonte infailliblement. En ceci l’opinion l’a toujours subjugué, ou plutôt, en toute chose, comme il le dit lui-même, c’est au degré de sa confiance que se montre celui de ses facultés. Le plus grand mal est ici que, sentant en lui sa capacité, pour désabuser ceux qui en doutent, il se livre sans crainte aux occasions de la montrer, comptant toujours pour cette fois rester maître de lui-même, et, toujours intimidé, quoi qu’il fasse, il ne montre que son ineptie. L’expérience là-dessus a beau l’instruire, elle ne l’a jamais corrigé.

Les dispositions d’ordinaire annoncent l’inclination, et réciproquement. Cela est encore vrai chez Jean-Jacques. Je n’ai vu nul homme aussi passionné que lui pour la musique, mais seulement pour celle qui parle à son cœur ; c’est pourquoi il aime mieux en faire qu’en entendre, surtout à Paris, parce qu’il n’y en a point d’aussi bien appropriée à lui que la sienne. Il la chante avec une voix faible et cassée, mais encore animée et douce ; il l’accompagne, non sans peine, avec des doigts tremblants, moins par l’effet des ans que d’une invincible timidité. Il se livre à cet amusement depuis quelques années avec plus d’ardeur que jamais, et il est aisé de voir qu’il s’en fait une aimable diversion à ses peines. Quand des sentiments douloureux affligent son cœur, il cherche sur son clavier les consolations que les hommes lui refusent. Sa douleur perd ainsi sa sécheresse, et lui fournit à la fois des chants et des larmes. Dans les rues, il se distrait des regards insultants des passants en cherchant des airs dans sa tête ; plusieurs romances de sa façon d’un chant triste et languissant, mais tendre et doux, n’ont point eu d’autre origine. Tout ce qui porte le même caractère lui plaît et le charme. Il est passionné pour le chant du rossignol ; il aime les gémissements de la tourterelle, et les a parfaitement imités dans l’accompagnement d’un de ses airs : les regrets qui tiennent à l’attachement l’intéressent. Sa passion la plus vive et la plus vaine était d’être aimé ; il croyait se sentir fait pour l’être ; il satisfait du moins cette fantaisie avec les animaux. Toujours il prodigua son temps et ses soins à les attirer, à les caresser ; il était l’ami, presque l’esclave tic son chien, de sa chatte, de ses serins : il avait des pigeons qui le suivaient partout, qui lui volaient sur les bras, sur la tête, jusqu’à l’importunité : il apprivoisait les oiseaux, les poissons, avec une patience incroyable, et il est parvenu à Monquin à faire nicher des hirondelles dans sa chambre avec tant de confiance qu’elles s’y laissaient même enfermer sans s’effaroucher. En un mot, ses amusements, ses plaisirs, sont innocents et doux comme ses travaux, comme ses penchants ; il n’y a pas dans son âme un goût qui soit hors de la nature, ni coûteux ou criminel à satisfaire ; et, pour être heureux autant qu’il est possible ici-bas, la fortune lui eût été-inutile, encore plus la célébrité ; il ne lui fallait que la santé, le nécessaire, le repos et l’amitié.

Je vous ai décrit les principaux traits de l’homme que j’ai vu, et je me suis borné dans mes descriptions non seulement à ce qui peut de même être vu de tout autre, s’il porte à cet examen un œil attentif et non prévenu, mais à ce qui n’étant ni bien ni mal en soi, ne peut être affecté longtemps par hypocrisie. Quant à ce qui, quoique vrai, n’est pas vraisemblable, tout ce qui n’est connu que du ciel et de moi, mais eût pu mériter de l’être des hommes, ou ce qui, même connu d’autrui, ne peut être dit de soi-même avec bienséance, n’espérez pas que je vous en parle, non plus que ceux dont il est connu : si tout son prix est dans les suffrages des hommes, c’est à jamais autant de perdu. Je ne vous parlerai pas non plus de ses vices, non qu’il n’en ait de très grands, mais parce qu’ils n’ont jamais fait de mal qu’à lui, et qu’il n’en doit aucun compte aux autres : le mal qui ne nuit point à autrui peut se taire quand on tait le bien qui le rachète. Il n’a pas été si discret dans ses Confessions, et peut-être n’en a-t-il pas mieux fait. À cela près, tous les détails que je pourrais ajouter aux précédents n’en sont que des conséquences qu’en raisonnant bien chacun peut aisément suppléer. Ils suffisent pour connaître à fond le naturel de l’homme et son caractère. Je ne saurais aller plus loin sans manquer aux engagements par lesquels vous m’avez lié. Tant qu’ils dureront, tout ce que je puis exiger et attendre de Jean-Jacques est qu’il me donne, comme il a fait, une explication naturelle et raisonnée de sa conduite en toute occasion ; car il serait injuste et absurde d’exiger qu’il répondît aux charges qu’il ignore, et qu’on ne permet pas de lui déclarer ; et tout ce que je puis ajouter du mien à cela, est de m’assurer que cette explication qu’il me donne s’accorde avec tout ce que j’ai vu de lui par moi-même, en y donnant toute mon attention. Voilà ce que j’ai fait : ainsi je m’arrête. Ou faites-moi sentir en quoi je m’abuse, ou montrez-moi comment mon Jean-Jacques peut s’accorder avec celui de vos messieurs, ou convenez enfin que deux êtres si différents ne furent jamais le même homme.

LE FRANÇAIS. — Je vous ai écouté avec une attention dont vous devez être content. Au lieu de vous croiser par mes idées je vous ai suivi dans les vôtres, et si quelquefois je vous ai machinalement interrompu, c’était lorsqu’étant moi-même de votre avis je voulais avoir votre réponse à des objections souvent rebattues que je craignais d’oublier. Maintenant je vous demande en retour un peu de l’attention que je vous ai donnée. J’éviterai d’être diffus ; évitez, si vous pouvez, d’être impatient.

Jean-Jacques was born for music—not to devote himself personally to its performance, but to accelerate its progress and make new discoveries within it. His ideas about art are fruitful and inexhaustible. He has devised clearer, more convenient, simpler methods that facilitate both composition and execution—methods that, if proposed by anyone other than him, would undoubtedly be accepted. In the field of harmony, he has made a discovery that he dares not even announce, certain in advance that it would be dismissed or, like the village soothsayer, cause him to be accused of stealing others’ work. He can compose ten melodies using the same lyrics without any loss of ability or exhaustion. I have also seen him read music with great proficiency, better than many who profess to teach it. In this art, he possesses that spontaneity in performance which he lacks in everything else—when nothing frightens him, when nothing disturbs his mental clarity, which is so rare and easily lost, and which he can never recall once it is gone. Thirty years ago, people saw him sing from a score open before his eyes in Paris. Why can’t he do it today? It’s because back then no one doubted his talent, whereas now everyone rejects it; and just one ill-intentioned spectator is enough to disrupt his concentration and vision. If someone he trusts presents him with music he doesn’t know, I bet he would still decipher it at first sight and sing it fairly well. But if, by reading that person’s intentions, he senses malice, he won’t play a single note—not because of any lack of skill, but because the judgment of others intimidates him. In this regard, public opinion has always dominated him; or rather, as he himself says, in everything, his abilities are revealed only to the extent of his confidence. The greatest problem is that, knowing his own capabilities, in order to disprove those who doubt them, he recklessly embraces every opportunity to prove himself—always assuming he will be able to control himself this time. But invariably, he ends up losing his composure and revealing only his incompetence. All his experience in this regard has failed to correct him.

Ordinary habits often reveal one’s inclinations, and vice versa. This is still true in the case of Jean-Jacques. I have never seen a man more passionate about music than he was—only about the kind that speaks directly to his heart. That’s why he preferred to create it himself rather than merely listen to it, especially in Paris, where no other music was more suited to him. He sang with a weak and hoarse voice, yet it was still full of life and tenderness. He played the instrument with trembling fingers—not so much due to age as from an invincible shyness. For several years now, he had devoted himself to this hobby with even greater fervor than before, and it was clear that it served as a pleasant distraction from his troubles. When painful emotions weighed on him, he sought solace in music—something people refused to offer him. In this way, his pain became less bitter; music brought him both songs and tears. On the streets, he distracted himself from the insulting glances of passersby by composing melodies in his head. Many of his romantic pieces, with their sad and melancholic tunes yet tender and gentle, originated in this way. Anything that shared this same quality delighted and captivated him. He was deeply passionate about the song of the nightingale; he loved the plaintive cries of the turtledove and even managed to imitate them perfectly when playing his music. The regrets associated with deep attachment also held great interest for him. His most intense—and perhaps most futile—passion was to be loved; he believed he was destined for such love. At least, he could satisfy this fantasy with animals. He devoted much of his time and care to winning their affection, caressing them. He was like a friend, almost a slave, to his dog, his cat, his canaries—he even had pigeons that followed him everywhere, perching on his arms or head, sometimes to the point of being annoying. With incredible patience, he tamed birds and fish, and in Monquin, he managed to get swallows to nest in his room, to the extent that they would enter without fear when he locked the door behind them. In short, his amusements and pleasures were as innocent and gentle as his work and his inclinations. There was not a single taste in his soul that ran counter to nature or required costly or criminal means to satisfy. And to be as happy as it is possible here on earth, wealth would have been useless to him—so would fame. All he needed was health, the necessities of life, rest, and friendship.

I have described to you the main characteristics of the man I have observed; in my descriptions, I have limited myself not only to what can be seen by anyone else if they examine it with an attentive and unbiased eye, but also to those things that are neither good nor bad in themselves and therefore cannot be permanently affected by hypocrisy. As for those things that, although true, seem improbable; those that are known only to God and to me, but could have deserved to be known by men; or those that, even if known by others, cannot be properly spoken of regarding the person himself—do not expect me to speak of them, nor will I mention those about which others have knowledge. If their entire value lies in the opinions of men, then they are forever lost. Nor will I speak of his vices, not because he does not possess many of them, but because they have never caused harm to anyone but himself, and he owes no account for them to others. Harm that does not afflict others can be kept silent when the good that redeems it is also kept silent. He was not so discreet in his Confessions; perhaps he could not have been more so. Apart from this, any additional details I might add would merely be consequences that anyone could easily deduce by careful consideration of what has already been said. They are sufficient to understand thoroughly the nature and character of man. I could not go any further without violating the commitments you have made to me. As long as those commitments hold true, all I can demand and expect from Jean-Jacques is that he provide me, as he has done before, with a natural and reasonable explanation for his behavior in every situation; for it would be unjust and absurd to demand that he respond to accusations of which he is unaware, and which are not even allowed to be stated against him. As for my own part, all I can add is to ensure that the explanations he gives me are consistent with everything I have observed about him myself, having paid close attention to every detail. This is what I have done; thus I cease here. Either show me where I have erred, or demonstrate how my Jean-Jacques can be identified with the one described by your gentlemen, or finally admit that two such different individuals could never have been the same person.

THE FRENCHMAN: — I listened to you with such attention that you must be pleased. Instead of interfering with your thoughts, I followed yours; and if I occasionally interrupted you, it was because I agreed with you and wanted to hear your response to objections that I feared might be forgotten. Now I ask you in return to give me some of the attention you have shown me. I will try to be concise; please, if possible, try to be patient as well.

Jean-Jacques era nato per la musica, non per impegnarsi personalmente nella sua esecuzione, ma per accelerarne i progressi e compiere nuove scoperte. Le sue idee sull’arte sono feconde e inesauribili; ha trovato metodi più chiari, più pratici, più semplici che facilitano sia la composizione che l’esecuzione, e a cui manca soltanto di essere proposti da qualcun altro oltre a lui stesso per essere accettati. Ha fatto nell’armonia una scoperta di cui non si degnerebbe nemmeno di parlare, convinto in anticipo che verrebbe rifiutata o che gli attirerebbe, come il “Veggente del villaggio”, soltanto l’accusa di appropriarsi del lavoro altrui. È in grado di comporre dieci melodie con le stesse parole senza che questa abbondanza lo costi sforzi o lo esaurisca; ho anche visto che leggeva la musica con grande abilità, meglio di molti di coloro che la insegnano. In questo campo possiede anche l’improvvisazione nell’esecuzione, qualcosa che gli manca in tutte le altre cose: quando nulla lo intimorisce, quando nulla disturba quella presenza di spirito che possiede così raramente e che perde con tanta facilità. Trent’anni fa si vedeva a Parigi cantare senza alcun supporto scritto; perché oggi non può più farlo? Perché allora nessuno dubitava del suo talento, mentre oggi tutti glielo negano. Basta un solo spettatore malintenzionato per turbare la sua concentrazione e i suoi occhi. Se qualcuno che lui considera affidabile gli presenta della musica che non conosce, scommetto che riuscirà comunque a comprenderla e a cantarla abbastanza bene. Ma se, leggendo nel cuore di quell’uomo, percepisce malizia, non ne suonerà nemmeno una nota; ed ecco che tra il pubblico si formula un giudizio senza alcun esame. Jean-Jacques, riguardo alla musica e alle cose che conosce meglio di ogni altro, è come era un tempo a scacchi: se giocava contro qualcuno che riteneva più debole di sé, spesso lo batteva; se invece giocava contro qualcuno che riteneva più forte, veniva sconfitto. L’arroganza altrui lo intimidisce inevitabilmente. In questo campo l’opinione altrui lo ha sempre dominato. O meglio, come lui stesso dice, in ogni cosa il grado delle sue capacità dipende dal livello di fiducia che ha in sé stesso. Il problema principale è che, sentendo la propria capacità, per disilludere coloro che ne dubitano, si lancia senza paura nelle occasioni per dimostrarla. Pensando sempre di riuscire a controllarsi questa volta. Ma inevitabilmente viene intimidito e mostra soltanto la propria incompetenza. Per quanto l’esperienza possa insegnargli qualcosa, non è mai riuscita a correggerlo.

Le abitudini di una persona rivelano spesso le sue inclinazioni, e viceversa. Ciò vale anche per Jean-Jacques. Non ho mai visto un uomo così appassionato di musica come lui, ma solo di quella che tocca il suo cuore. Per questo preferisce crearla piuttosto che ascoltarla, soprattutto a Parigi, dove non esiste nulla di più adatto a lui. Canta con una voce debole e rotta, ma ancora piena di vita e dolcezza; suona il pianoforte con dita tremanti, meno per l’effetto degli anni che per una timidezza invincibile. Si dedica a questo passatempo con più fervore che mai, e non è difficile capire che rappresenti per lui un’allegra distrazione dalle sue sofferenze. Quando il suo cuore è colpito da sentimenti dolorosi, cerca sul pianoforte le consolazioni che gli uomini gli rifiutano. La sua sofferenza diventa così meno aspra, e gli fornisce sia canti che lacrime. Per strada, si distrae dai sguardi offensivi dei passanti cercando melodie nella sua testa. Molte delle sue canzoni, dal tono triste e malinconico ma dolce e tenero, hanno avuto origine proprio così. Tutto ciò che ha lo stesso carattere gli piace. Lo appassiona il canto del rossignolo; ama i gemiti della tortora, e li ha imitati perfettamente nelle sue composizioni. Gli interessano anche i sentimenti legati all’affetto. La sua passione più intensa, e forse la più vana, era quella di essere amato. Credeva di essere fatto per essere amato. Almeno soddisfaceva questa fantasia con gli animali. Dedicava sempre molto tempo e cura ad attirarli, a coccolarli. Era l’amico, quasi lo schiavo dei suoi cani, del suo gatto, dei suoi serpenti. Aveva piccioni che lo seguivano ovunque, che gli volavano sulle braccia, sulla testa, fino all’importunità. Imparava ad addomesticare uccelli, pesci, con una pazienza incredibile. E a Monquin è riuscito persino a far nidificare delle rondini nella sua stanza, con tale fiducia che si lasciavano chiudere dentro senza spaventarsi. In breve, i suoi divertimenti, i suoi piaceri sono innocenti e dolci, come i suoi lavori, come le sue inclinazioni. Nella sua anima non c’è alcun desiderio che vada contro la natura, né alcuno che richieda costi elevati o comportamenti criminali per essere soddisfatto. E, per essere felice nel modo più possibile in questo mondo, la fortuna gli sarebbe stata inutile, ancora di più la fama. Gli bastavano la salute, il necessario, il riposo e l’amicizia.

Vi ho descritto i principali tratti dell’uomo che ho conosciuto, e nelle mie descrizioni mi sono limitato non solo a ciò che qualsiasi altro può osservare allo stesso modo, se lo esamina con attenzione e senza pregiudizi, ma anche a ciò che, in sé né buono né cattivo, non può essere influenzato a lungo dall’ipocrisia. Quanto a ciò che, pur essendo vero, non sembra plausibile; quanto a tutto ciò che è conosciuto soltanto da me e dal cielo, ma che avrebbe potuto meritare di essere conosciuto dagli uomini; o quanto a ciò che, anche se noto ad altri, non può essere detto di esso stesso in modo appropriato. Non aspettatevi che vi ne parli; né di ciò che è noto soltanto agli altri. Se tutto il suo valore risiede nel giudizio degli uomini, allora è per sempre perso. Non parlerò nemmeno dei suoi vizi: non perché non ne abbia di molto gravi, ma perché essi hanno mai fatto del male soltanto a lui stesso, e non deve rendere conto di loro ad altri. Il male che non nuoce agli altri può essere taciuto, così come il bene che lo redime può essere tenuto nascosto. Non è stato certo molto discreto nelle sue “Confessioni”, e forse non avrebbe potuto fare di meglio. A parte questo, tutti i dettagli che potrei aggiungere a quelli già descritti non sono altro che conseguenze di ciò che ho osservato; conseguenze che chiunque, riflettendoci bene, può facilmente dedurre da solo. Sono sufficienti per conoscere appieno la natura e il carattere dell’uomo. Non potrei andare oltre senza violare gli impegni che mi avete assunto. Finché questi impegni durano, tutto ciò che posso chiedere e aspettarmi da Jean-Jacques è che mi fornisca, come ha già fatto, una spiegazione naturale e razionale del suo comportamento in ogni occasione; perché sarebbe ingiusto e assurdo pretendere che risponda a accuse di cui non sa nulla, e alle quali non gli viene permesso di difendersi. E tutto ciò che posso aggiungere da parte mia è chiedermi se questa spiegazione che mi dà sia in accordo con tutto ciò che ho visto di lui personalmente, prestandogli tutta la mia attenzione. Questo è ciò che ho fatto; fermarmi qui. O fatemi capire in cosa mi sbaglio, o dimostratemi come il mio Jean-Jacques possa essere lo stesso di quello descritto dai vostri signori. Oppure ammettete finalmente che due esseri così diversi non possono mai essere la stessa persona.

IL FRANCese: — Vi ho ascoltato con una attenzione di cui dovete essere soddisfatti. Invece di interrompervi con le mie idee, vi ho seguito nel vostro ragionamento; e se a volte vi ho interrotto meccanicamente, è stato perché, essendo d’accordo con voi, desideravo conoscere la vostra risposta ad obiezioni che temevo di dimenticare. Ora vi chiedo, in cambio, un po’ dell’attenzione che vi ho dedicato io. Io eviterò di essere prolisso; voi, se possibile, evitate di essere impazienti.

Je commence par vous accorder pleinement votre conséquence, et je conviens franchement que votre Jean-Jacques et celui de nos messieurs ne sauraient être le même homme. L’un, j’en conviens encore, semble avoir été fait à plaisir, pour le mettre en opposition avec l’autre. Je vois même entre eux des incompatibilités qui ne frapperaient peut-être nul autre que moi. L’empire de l’habitude et le goût du travail manuel sont, par exemple, à mes yeux des choses inalliables avec les noires et fougueuses passions des méchants ; et je réponds que jamais un déterminé scélérat ne fera de jolis herbiers en miniatures, et n’écrira dans six ans huit mille pages de musique[400]. Ainsi, dès la première esquisse, nos messieurs et vous ne pouvez vous accorder. Il y a certainement erreur ou mensonge d’une des deux parts : le mensonge n’est pas de la vôtre, j’en suis très sûr, mais l’erreur y peut être. Qui m’assurera qu’elle n’y est pas en effet ? Vous accusez nos messieurs d’être prévenus quand ils le décrient, n’est-ce point vous qui l’êtes quand vous l’honorez ? Votre penchant pour lui rend ce doute très raisonnable. Il faudrait, pour démêler sûrement la vérité, des observations impartiales ; et, quelques précautions que vous ayez prises, les vôtres ne le sont pas plus que les leurs. Tout le monde, quoi que vous en puissiez dire, n’est pas entré dans le complot. Je connais d’honnêtes gens qui ne haïssent point Jean-Jacques, c’est-à-dire qui ne professent point pour lui cette bienveillance traîtresse qui, selon vous, n’est qu’une haine plus meurtrière. Ils estiment ses talents sans aimer ni haïr sa personne, et n’ont pas une grande confiance en toute cette générosité si bruyante qu’on admire dans nos messieurs. Cependant, sur bien des points, ces personnes équitables s’accordent à penser comme le public à son égard. Ce qu’elles ont vu par elles-mêmes, ce qu’elles ont appris les unes des autres donne une idée peu favorable de ses moeurs, de sa droiture, de sa douceur, de son humanité, de son désintéressement, de toutes les vertus qu’il étalait avec tant de faste. Il faut lui passer des défauts, même des vices, puisqu’il est homme ; mais il en est de trop bas pour pouvoir germer dans un cœur honnête. Je ne cherche point un homme parfait, mais je méprise un homme abject, et ne croirai jamais que les heureux penchants que vous trouvez dans Jean-Jacques puissent compatir avec des vices tels que ceux dont il est chargé. Vous voyez que je n’insiste pas sur des faits aussi prouvés qu’il y en ait au monde, mais dont l’omission affectée d’une seule formalité énerve, selon vous, toutes les preuves. Je ne dis rien des créatures qu’il s’amuse à violer, quoique rien ne soit moins nécessaire, des écus qu’il escroque aux passants dans les tavernes, et qu’il nie ensuite d’avoir empruntés, des copies qu’il fait payer deux fois, de celles où il fait de faux comptes, de l’argent qu’il escamote dans les paiements qu’on lui fait, de mille autres imputations pareilles. Je veux que tous ces faits, quoique prouvés, soient sujets à chicane comme les autres ; mais ce qui est généralement vu par tout le monde ne saurait l’être. Cet homme, en qui vous trouvez une modestie, une timidité de vierge, est si bien connu pour un satyre plein d’impudence, que, dans les maisons mêmes où l’on tâchait de l’attirer à son arrivée à Paris, on faisait, dès qu’il paraissait, retirer la fille de la maison, pour ne pas l’exposer à la brutalité de ses propos et de ses manières. Cet homme, qui vous paraît si doux, si sociable, fuit tout le monde sans distinction, dédaigne toutes les caresses, rebute toutes les avances, et vit seul comme un loup-garou. Il se nourrit de visions, selon vous, et s’extasie avec des chimères. Mais s’il méprise et repousse les humains, si son cœur se ferme à leur société, que leur importe celle que vous lui prêtez avec des êtres imaginaires ? Depuis qu’on s’est avisé de l’éplucher avec plus de soin, on l’a trouvé, non seulement différent de ce qu’on le croyait, mais contraire à tout ce qu’il prétendait être. Il se disait honnête, modeste ; on l’a trouvé cynique et débauché ; il se vantait de bonnes mœurs, et il est pourri de vérole ; il se disait désintéressé, et il est de la plus basse avidité ; il se disait humain, compatissant, il repousse durement tout ce qui lui demande assistance ; il se disait pitoyable et doux, il est cruel et sanguinaire ; il se disait charitable, et il ne donne rien à personne ; il se disait liant, facile à subjuguer, et il rejette arrogamment toutes les honnêtetés dont on le comble. Plus on le recherche, plus on en est dédaigné. On a beau prendre en l’accostant un air béat, un ton patelin, dolent, lamentable, lui écrire des lettres à faire pleurer, lui signifier net qu’on va se tuer à l’instant si l’on n’est admis, il n’est ému de rien ; il serait homme à laisser faire ceux qui seraient assez sots pour cela ; et les plaignants, qui affluent à sa porte, s’en retournent tous sans consolation. Dans une situation pareille à la sienne, se voyant observé de si près, ne devrait-il pas s’attacher à rendre contents de lui tous ceux qui l’abordent, à leur faire perdre, à force de douceur et de bonnes manières, les noires impressions qu’ils ont sur son compte, à substituer dans leurs âmes la bienveillance à l’estime qu’il a perdue, et à les forcer au moins à le plaindre, ne pouvant plus l’honorer ? Au lieu de cela, il concourt, par son humeur sauvage et par ses rudes manières, à nourrir, comme à plaisir, la mauvaise opinion qu’ils ont de lui. En le trouvant si dur, si repoussant, si peu traitable, ils reconnaissent aisément l’homme féroce qu’on leur a peint ; et ils s’en retournent convaincus par eux-mêmes qu’on n’a point exagéré son caractère, et qu’il est aussi noir que son portrait.

Vous me répéterez sans doute que ce n’est point là l’homme que vous avez vu : mais c’est l’homme qu’a vu tout le monde, excepté vous seul. Vous ne parlez, dites-vous, que d’après vos propres observations. La plupart de ceux que vous démentez ne parlent non plus que d’après les leurs. Ils ont vu noir où vous voyez blanc ; mais ils sont tous d’accord sur cette couleur noire ; la blanche ne frappe nuls autres yeux que les vôtres ; vous êtes seul contre tous : la vraisemblance est-elle pour vous ? La raison permet-elle de donner plus de force à votre unique suffrage qu’aux suffrages unanimes de tout le public ? Tout est d’accord sur le compte de cet homme que vous vous obstinez seul à croire innocent, malgré tant de preuves auxquelles vous-même ne trouvez rien à répondre. Si ces preuves sont autant d’impostures et de sophismes, que faut-il donc penser du genre humain ? Quoi ! toute une génération s’accorde à calomnier un innocent, à le couvrir de fange, à le suffoquer, pour ainsi dire, dans le bourbier de la diffamation, tandis qu’il ne faut, selon vous, qu’ouvrir les yeux sur lui pour se convaincre de son innocence, et de la noirceur de ses ennemis ! Prenez garde, M. Rousseau ; c’est vous-même qui prouvez trop. Si Jean-Jacques était tel que vous l’avez vu, serait-il possible que vous fussiez le premier et le seul à l’avoir vu sous cet aspect ? Ne reste-t-il donc que vous seul d’homme juste et sensé sur la terre ? S’il en reste un autre qui ne pense pas ici comme vous, toutes vos observations sont anéanties, et vous restez seul chargé de l’accusation que vous intentez à tout le monde, d’avoir vu ce que vous désiriez de voir, et non ce qui était en effet. Répondez à cette seule objection, mais répondez juste, et je me rends sur tout le reste.

I begin by fully acknowledging the validity of your argument, and I must admit frankly that your Jean-Jacques and our gentlemen’s Jean-Jacques could not possibly be the same person. Indeed, one seems to have been created deliberately, in order to set him in opposition to the other. I even perceive inconsistencies between them that might escape everyone but me. For instance, in my view, the influence of habit and a preference for manual labor are utterly incompatible with the dark and passionate nature of villains; I would assert that no such villain could ever create delicate miniature herb gardens or compose eight thousand pages of music in six years[400]. Thus, from the very outset, our gentlemen and you cannot possibly agree. There must be some error or deception on one side or the other: the deception is certainly not yours, I am quite sure of that, but the error could well be. Who can assure me that it isn’t? You accuse our gentlemen of being prejudiced when they criticize him; but aren’t you yourself prejudiced when you praise him? Your own inclination toward him makes such doubt entirely reasonable. To ascertain the truth once and for all, impartial observations would be necessary; yet, no matter what precautions you take, yours are just as biased as theirs. After all, not everyone is involved in this “conspiracy,” as you claim. I know honest people who do not hate Jean-Jacques—those who do not hold toward him that treacherous fondness which, in your view, is nothing but more deadly hatred. They acknowledge his talents without loving or hating his person, and they do not place much trust in all that ostentatious generosity displayed by our gentlemen. Nevertheless, on many points, these fair-minded people agree with the general public’s opinion of him. What they have seen for themselves, what they have learned from one another, gives them a rather unfavorable impression of his morals, integrity, kindness, humanity, and selflessness—of all those virtues he flaunted so ostentatiously. It is true that one must overlook some of his faults, even some vices, since he is human; but they are too despicable to have ever arisen in the heart of an honest person. I do not seek a perfect man, but I despise a base and contemptible one; I would never believe that those admirable qualities you find in Jean-Jacques could coexist with such vile vices as he is accused of possessing. As you can see, I am not insisting on facts that are so undeniable; yet the deliberate omission of even one single piece of evidence, in your view, invalidates all the rest. I say nothing about the women he takes pleasure in violating, though that is certainly no less reprehensible; nor about the coins he cheats passersby out of in taverns and then denies having borrowed; nor about the duplicate copies he makes people pay for twice, or the false accounts he keeps; nor about the money he embezzles from payments made to him—there are countless similar accusations. I want all these facts, even though proven, to be subject to the same kind of skepticism as everything else; but what is generally observed by everyone cannot possibly be doubted. This man, whom you see as modest and timid like a virgin, is in fact so well-known for being a shameless satyr that, in the very houses where people tried to attract him upon his arrival in Paris, they would make the girls leave the house as soon as he appeared, so as not to expose them to the brutality of his words and behavior. This man, who seems so gentle and sociable to you, avoids everyone without distinction, despises all forms of flattery, rejects all advances, and lives alone like a werewolf. He claims to be guided by visions and delights in fantasies. But if he despises and repels humans, if his heart closes itself to their company, what does it matter to him whether you attribute certain qualities to him through the imagination of fictional beings? Ever since people began to examine him more closely, they found that he was not only different from what they had believed him to be, but also contrary to everything he claimed about himself. He said he was honest and modest; yet he turned out to be cynical and debauched. He boasted of good manners, but in reality he was riddled with venereal diseases. He claimed to be uninterested and selfless, but in truth he was extremely greedy. He said he was kind and compassionate, but in reality he was cruel and bloodthirsty. He said he was charitable, but he gave nothing to anyone. He claimed to be easy to approach and tame, but in fact he arrogantly rejected all the kindnesses people offered him. The more people tried to get close to him, the more disdainful he became. No matter how flattering or earnest their attempts were, no matter how moving their letters, no matter how clearly they expressed their desperation to be accepted by him, he remained unmoved. He would even allow those who were foolish enough to approach him to do whatever they wanted; and all those who came to him in sorrow left without any consolation. In a situation like his own, with everyone observing him so closely, shouldn’t he have made every effort to please those who approached him, to use kindness and good manners to erase the negative impressions they had of him, to replace their dislike with goodwill, and at least make them feel sorry for him, since they could no longer honor him? Instead, his wild behavior and rude manners only served to reinforce the bad opinion people already had of him. When they found him so hard-hearted, so unapproachable, so difficult to deal with, they easily recognized the cruel person he really was; and they left convinced that his character had not been exaggerated at all—that he was just as unpleasant as his reputation suggested.

You will surely tell me that this is not the man you saw; but it is the man that everyone else has seen, except for you alone. You claim to speak solely based on your own observations. But most of those whom you deny also speak only from their own experiences. They see what you see as black; yet they all agree on this color as being black. White, on the other hand, seems to affect no one but your eyes. You are alone against everyone else—does reason favor you in this matter? Does logic allow your single opinion to carry more weight than the unanimous verdict of the entire public? Everyone agrees regarding this man whom you stubbornly insist is innocent, despite so many proofs that you yourself cannot refute. If these proofs are all nothing but deceptions and sophisms, what then must we think of humanity as a whole? How! An entire generation conspires to slander an innocent person, to cover him in mud, to suffocate him, so to speak, in the quagmire of defamation—while, according to you, all one needs to do is open one’s eyes to see his innocence and the wickedness of his enemies! Be careful, Mr. Rousseau; it is you who are overproofing your case. If Jean-Jacques were truly what you have seen him to be, would it be possible that you alone should have perceived him in that light? Does that mean there is no other just and sensible person left on earth but you? If there is another who does not share your opinion, then all of your observations are rendered void—and you are left alone to bear the burden of the accusation that you hurl at everyone else: that they have seen what you desired to see, and not what actually existed. Respond to this single objection—respond fairly—and I will accept everything else you say.

Inizio concedendovi pienamente la vostra logica, e ammetto francamente che vostro Jean-Jacques e quello dei nostri signori non potrebbero mai essere la stessa persona. Uno, lo riconosco ancora, sembra essere stato creato apposta per essere messo in contrasto con l’altro. Noto persino tra loro delle incompatibilità che forse colpirebbero solo me. L’influenza dell’abitudine e il gusto per il lavoro manuale, ad esempio, a mio parere sono cose incompatibili con le passioni violente e ardenti dei malvagi; e posso affermare che nessun individuo malvagio riuscirebbe mai a creare bei album di piante in miniatura o a scrivere otto migliaia di pagine di musica in sei anni[400]. Quindi, fin dalla prima fase, i nostri signori e voi non potete concordare. Sicuramente c’è un errore o una menzogna da una delle due parti: la menzogna non è certo vostra, ne sono molto sicuro, ma l’errore potrebbe esserci. Chi mi assicura che in realtà non ci sia? Voi accusate i nostri signori di essere prevenuti quando lo denigrano, ma non siete forse voi ad essere prevenuti quando lo lodate? Il vostro favore per lui rende questo dubbio più che ragionevole. Per scoprire con certezza la verità, sarebbero necessarie osservazioni imparziali; e, nonostante le precauzioni che possiate aver preso, le vostre non sono più imparziali delle loro. Nessuno, per quanto possiate dire, è realmente coinvolto in questo complotto. Conosco persone oneste che non odiano Jean-Jacques, cioè che non provano verso di lui quella benevolenza traditrice che, secondo voi, non è altro che un odio ancora più violento. Apprezzano i suoi talenti senza amare né odiare la sua persona, e non hanno grande fiducia in tutta questa generosità così vistosa da essere ammirata dai nostri signori. Tuttavia, su molti punti, queste persone equilibrate concordano nel giudicarlo nello stesso modo del pubblico. Quello che hanno visto con i loro occhi, quello che si sono raccontate a vicenda, dà un’immagine poco lusinghiera delle sue abitudini, della sua onestà, della sua dolcezza, della sua umanità, del suo disinteresse, di tutte le virtù che ostentava con tanto sfarzo. Bisogna perdonargli alcuni difetti, persino alcuni vizi, visto che è pur sempre un uomo; ma sono troppo meschini per poter nascere in un cuore onesto. Non cerco certo un uomo perfetto, ma disprezzo un uomo abietto, e non crederò mai che i buoni sentimenti che trovate in Jean-Jacques possano coesistere con vizi del genere. Come vedete, non insisto su fatti così evidenti; tuttavia, secondo voi, l’omissione anche di una sola prova potrebbe rendere inutili tutte le altre prove presenti. Non parlo delle creature che si diverte a violare, anche se questo è certamente meno importante, né degli scudi che ruba ai passanti nelle taverne per poi negare di averli presi in prestito, né delle copie che fa pagare due volte, né dei falsi conti che redige, né dell’oro che sottrae dai pagamenti che gli vengono fatti, e di mille altre accuse simili. Voglio che tutti questi fatti, pur essendo provati, siano soggetti alle stesse critiche e dubbi di qualsiasi altro; ma ciò che è generalmente osservato da tutti non può certo essere messo in discussione. Quest’uomo, nel quale voi vedete modestia e timidezza, è in realtà ben noto per la sua impudenza e la sua sfrontatezza; nelle stesse case dove si cercava di attirarlo al suo arrivo a Parigi, non appena compariva, si faceva allontanare la ragazza presente, per evitare che fosse esposta alla brutalità delle sue parole e dei suoi comportamenti. Quest’uomo, che vi sembra così dolce e socievole, fugge da tutti senza distinzione, disprezza ogni forma di affetto, respinge qualsiasi avance e vive da solo come un lupo mannaro. Si nutre di visioni e si esalta davanti a chimere; ma se disprezza e rifiuta gli esseri umani, se il suo cuore si chiude alla loro compagnia, che importanza ha per lui la compagnia che voi gli offrite insieme ad esseri immaginari? Da quando si è iniziato a esaminarlo più attentamente, si è scoperto che non solo era diverso da quanto si credeva, ma anche contrario a tutto ciò che pretendeva di essere. Si diceva onesto e modesto; invece si è rivelato cinico e dissoluto. Si vantava di buone maniere; in realtà soffriva di malattie veneree. Si diceva disinteressato; in realtà era estremamente avido. Si diceva umano e compassionevole; invece trattava con durezza chiunque gli chiedesse aiuto. Si diceva pietoso e dolce; in realtà era crudele e sanguinario. Si diceva caritatevole; invece non dava nulla a nessuno. Si diceva disponibile e facile da conquistare; invece rifiutava con arroganza ogni forma di cortesia che gli veniva offerta. Più si cerca di avvicinarlo, più viene respinto. Non importa quanto si assuma un atteggiamento umile, gentile o supplichevole, non importa quante lettere si scrivano per commuoverlo o minacciare di suicidarsi se non verrà accolto: lui non si commuove affatto; anzi, lascerebbe che gli altri facessero ciò che ritengono opportuno. E coloro che vanno da lui in cerca di aiuto se ne tornano tutti senza alcuna consolazione. In una situazione del genere, dovrebbe almeno cercare di compiacere tutte le persone che lo incontrano, di dissipare con dolcezza e buone maniere le cattive impressioni che hanno su di lui, di sostituire nella loro mente la benevolenza all’ostilità che prova verso di lui. Invece, con il suo comportamento selvaggio e rude, contribuisce solo ad alimentare l’opinione negativa che gli altri hanno di lui. Vedendolo così duro, così scortese, così difficile da trattare, tutti riconoscono facilmente l’uomo feroce che viene descritto. E se ne tornano convinti che il suo carattere non sia stato affatto esagerato, e che sia davvero così cattivo come il ritratto che ne è stato fatto.

Mi ripeterete sicuramente che quest’uomo non è quello che avete visto voi; ma è l’uomo che hanno visto tutti, tranne voi solo. Dite di basarvi soltanto sulle vostre osservazioni. Ma la maggior parte di coloro che negate si basa anch’essa sulle proprie osservazioni. Loro vedono il nero dove voi vedete il bianco; tuttavia sono tutti d’accordo su questa “colore nera”. Il bianco, invece, non colpisce occhi diversi dai vostri. Siete solo contro tutti: la verosimiglianza è dalla vostra parte? La ragione permette forse di dare più peso al vostro unico parere rispetto ai voti unanimi dell’intera opinione pubblica? Tutti concordano sul conto di quest’uomo che voi insistete nel credere innocente, nonostante tante prove alle quali nemmeno voi sapete rispondere. Se queste prove sono soltanto inganni e sofismi, allora cosa si deve pensare dell’umanità? Una intera generazione concorda nel diffamare un innocente, nel coprirlo di fango, nel soffocarlo letteralmente nel fango della calunnia. Mentre, secondo voi, basta semplicemente aprire gli occhi per convincersi della sua innocenza e della malvagità dei suoi nemici! State attento, signor Rousseau: siete proprio voi a dimostrare troppo. Se Jean-Jacques fosse davvero come lo avete visto voi, sarebbe possibile che foste il primo e l’unico ad averlo visto in quel modo? Non rimane forse al mondo nessun altro uomo giusto e sensato? Se ne esiste uno solo che non la pensa come voi, tutte le vostre osservazioni vengono annullate. E rimanete voi solo a portare l’accusa contro tutti, di aver visto ciò che desideravate vedere, e non ciò che realmente era. Rispondete soltanto a questa obiezione. Ma rispondete giustamente, e mi arrendo su tutto il resto.

ROUSSEAU. — Pour vous rendre ici franchise pour franchise, je commence par vous déclarer que cette seule objection, à laquelle vous me sommez de répondre, est à mes yeux un abîme de ténèbres où mon entendement se perd. Jean-Jacques lui-même n’y comprend rien non plus que moi. Il s’avoue incapable d’expliquer, d’entendre la conduite publique à son égard. Ce concert, avec lequel toute une génération s’empresse d’adopter un plan si exécrable, la lui rend incompréhensible. Il n’y voit ni des bons, ni des méchants, ni des hommes : il y voit des êtres dont il n’a nulle idée. Il ne les honore, ni ne les méprise, ni ne les conçoit ; il ne sait pas ce que c’est. Son âme incapable de haine aime mieux se reposer dans cette entière ignorance que de se livrer, par des interprétations cruelles, à des sentiments toujours pénibles à celui qui les éprouve, quand ils ont pour objet des êtres qu’il ne peut estimer. J’approuve cette disposition, et je l’adopte autant que je puis, pour m’épargner un sentiment de mépris pour mes contemporains. Mais au fond je me surprends souvent à les juger malgré moi : ma raison fait son office en dépit de ma volonté, et je prends le ciel à témoin que ce n’est pas ma faute si ce jugement leur est si désavantageux.

Si donc vous faites dépendre votre assentiment au résultat de mes recherches de la solution de votre objection, il y a grande apparence que, me laissant dans mon opinion, vous resterez dans la vôtre : car j’avoue que cette solution m’est impossible, sans néanmoins que cette impossibilité puisse détruire en moi la persuasion commencée par la marche clandestine et tortueuse de vos messieurs, et confirmée ensuite par la connaissance immédiate de l’homme. Toutes vos preuves contraires tirées de plus loin se brisent contre cet axiome qui m’entraîne irrésistiblement, que la même chose ne saurait être et n’être pas ; et tout ce que disent avoir vu vos messieurs est, de votre propre aveu, entièrement incompatible avec ce que je suis certain d’avoir vu moi-même.

J’en use dans mon jugement sur cet homme comme dans ma croyance en matière de foi. Je cède à la conviction directe sans m’arrêter aux objections que je ne puis résoudre, tant parce que ces objections sont fondées sur des principes moins clairs, moins solides dans mon esprit, que ceux qui opèrent ma persuasion, que parce qu’en cédant à ces objections, je tomberais dans d’autres encore plus invincibles. Je perdrais donc à ce changement la force de l’évidence, sans éviter l’embarras des difficultés. Vous dites que ma raison choisit le sentiment que mon cœur préfère, et je ne m’en défends pas. C’est ce qui arrive dans toute délibération où le jugement n’a pas assez de lumières pour se décider sans le concours de la volonté. Croyez-vous qu’en prenant avec tant d’ardeur le parti contraire vos messieurs soient déterminés par un motif plus impartial ?

Ne cherchant pas à vous surprendre, je vous devais d’abord cette, déclaration. À présent, jetons un coup d’œil sur vos difficultés, si ce n’est pour les résoudre, au moins pour y chercher, s’il est possible, quelque sorte d’explication.

La principale, et qui fait la base de toutes les autres, est celle que vous m’avez ci-devant proposée sur le concours unanime de toute la génération présente à un complot d’impostures et d’iniquité, contre lequel il serait, ou trop injurieux au genre humain de supposer qu’aucun mortel ne réclame s’il en voyait l’injustice, ou, cette injustice étant aussi évidente qu’elle me paraît, trop orgueilleux à moi, trop humiliant pour le sens commun, de croire qu’elle n’est aperçue par personne autre.

Faisons pour un moment cette supposition triviale, que tous les hommes ont la jaunisse, et que vous seul ne l’avez pas… Je préviens l’interruption que vous me préparez… Quelle plate comparaison ! Qu’est-ce que c’est que cette jaunisse ?…

Comment tous les hommes l’ont-ils gagnée excepté vous seul ? C’est poser la même question en d’autres termes, mais ce n’est pas la résoudre ; ce n’est pas même l’éclaircir. Vouliez-vous dire autre chose en m’interrompant ?

LE FRANÇAIS. — Non, poursuivez.

ROUSSEAU. — Je réponds donc. Je crois l’éclaircir, quoi que vous en puissiez dire, lorsque je fais entendre qu’il est, pour ainsi dire, des épidémies d’esprit qui gagnent les hommes de proche en proche, comme une espèce de contagion ; parce que l’esprit humain, naturellement paresseux, aime à s’épargner de la peine en pensant d’après les autres, surtout en ce qui flatte ses propres penchants. Cette pente à se laisser entraîner ainsi s’étend encore aux inclinations, aux goûts, aux passions des hommes ; l’engouement général, maladie si commune dans votre nation, n’a point d’autre source, et vous ne m’en dédirez pas quand je vous citerai pour exemple à vous-même. Rappelez-vous l’aveu que vous m’avez fait ci-devant, dans la supposition de l’innocence de Jean-Jacques, que vous ne lui pardonneriez point votre injustice envers lui. Ainsi, par la peine que vous donnerait son souvenir, vous aimeriez mieux l’aggraver que la réparer. Ce sentiment, naturel aux cœurs dévorés d’amour-propre, peut-il l’être au vôtre, où règne l’amour de la justice et de la raison ? Si vous eussiez réfléchi là-dessus, pour chercher en vous-même la cause d’un sentiment si injuste, et qui vous est si étranger, vous auriez bientôt trouvé que vous haïssiez dans Jean-Jacques, non seulement le scélérat qu’on vous avait peint, mais Jean-Jacques lui-même ; que cette haine, excitée d’abord par ses vices, en était devenue indépendante, s’était attachée à sa personne, et qu’innocent ou coupable il était devenu, sans que vous vous en aperçussiez vous-même, l’objet de votre aversion. Aujourd’hui, que vous me prêtez une attention plus impartiale, si je vous rappelais vos raisonnements dans nos premiers entretiens, vous sentiriez qu’ils n’étaient point en vous l’ouvrage du jugement, mais celui d’une passion fougueuse qui vous dominait à votre insu. Voilà, monsieur, cette cause étrangère qui séduisait votre cœur si juste, et fascinait votre jugement si sain dans leur état naturel. Vous trouviez une mauvaise face à tout ce qui venait de cet infortuné, et une bonne à tout ce qui tendait à le diffamer ; les perfidies, les trahisons, les mensonges, perdaient à vos yeux toute leur noirceur, lorsqu’il en était l’objet, et, pourvu que vous n’y trempassiez pas vous-même, vous vous étiez accoutumé à les voir sans horreur dans autrui : mais ce qui n’était en vous qu’un égarement passager est devenu pour le public un délire habituel, un principe constant de conduite, une jaunisse universelle, fruit d’une bile âcre et répandue, qui n’altère pas seulement le sens de la vue, mais corrompt toutes les humeurs, et tue enfin tout-à-fait l’homme moral qui serait demeuré bien constitué sans elle. Si Jean-Jacques n’eût point existé, peut-être la plupart d’entre eux n’auraient-ils rien à se reprocher. Ôtez ce seul objet d’une passion qui les transporte, à tout autre égard ils sont honnêtes “eus comme tout le monde.

ROUSSEAU. — To be completely frank with you, I must begin by stating that this very objection, which you demand I answer, represents to me a bottomless abyss of darkness into which my understanding plunges. Even Jean-Jacques himself understands nothing about it any more than I do. He admits his inability to explain or comprehend the public attitude toward him. This concerted effort on the part of an entire generation to adopt such an abhorrent course renders it utterly incomprehensible to him. He sees neither good nor evil, nor human beings in them—only creatures about whom he has no idea at all. He neither honors them nor despises them; he simply does not understand what they are. His soul, incapable of hatred, would rather remain in this utter ignorance than submit itself to cruel interpretations that inevitably cause pain to anyone who experiences them when they are directed toward beings whom they cannot respect. I approve of this attitude and embrace it as much as possible in order to avoid feeling contempt for my contemporaries. Yet often, against my will, I find myself judging them harshly. My reason acts independently of my will, and I swear before heaven that it is not my fault if such judgments prove so detrimental to them.

Therefore, if you make your consent dependent on the outcome of my research regarding the solution to your objection, it seems very likely that, by allowing me to hold my own opinion, you will also remain firm in yours: for I admit that such a solution is impossible for me; yet this impossibility does not in any way undermine the conviction that was initially formed through the secretive and circuitous methods employed by your gentlemen, and that was later confirmed by my direct knowledge of the matter. All your contrary arguments, drawn from more distant sources, collapse in the face of this fundamental principle—that the same thing cannot simultaneously be and not be. And everything that your gentlemen claim to have witnessed is, according to your own admission, completely incompatible with what I am certain I have seen myself.

I rely on it in my judgment regarding this man, just as I believe in it when it comes to matters of faith. I yield to direct conviction without stopping to consider objections that I am unable to resolve—both because these objections are based on principles that are less clear and less solid in my mind than those that persuade me, and because yielding to them would lead me to even more insurmountable difficulties. Thus, by making this change, I would lose the force of evidence while still encountering the obstacles posed by those objections. You say that my reason chooses the sentiment that my heart prefers, and I do not deny it. This is precisely what happens in any deliberation where judgment does not possess sufficient clarity to reach a decision on its own. Do you truly believe that your gentlemen, in taking such an enthusiastic stand on the opposite side, are guided by more impartial motives?

Without attempting to surprise you, I felt it was my duty to make this declaration first. Now, let us take a look at your difficulties—so that we can either resolve them or, at the very least, attempt to find some sort of explanation for them.

The primary one, and the foundation upon which all others rest, is the one you previously suggested to me regarding the unanimous consent of the entire present generation to some scheme of deceit and injustice. It would be utterly injurious to humanity to assume that no mortal would protest such injustice if they witnessed it; moreover, since this injustice is so evident to me, it would be both arrogant on my part and humiliating to common sense to believe that no one else has noticed it either.

Let us for the moment make this trivial assumption—that all men suffer from jaundice, except for you alone. I anticipate the objection you are about to raise. What a poor comparison! What exactly is this “jaundice” anyway?.

How did all men come to possess it except for you alone? This is asking the same question in different terms, but it does not solve it; in fact, it does not even clarify it. Did you mean something else when you interrupted me?

THE FRENCHMAN: — No, please continue.

ROUSSEAU. — I shall therefore answer. I believe I have clarified this matter, whatever you may say; when I state that there are, so to speak, epidemics of thought that spread from one person to another, like a kind of contagion—because the human mind, being naturally lazy, prefers to avoid effort by thinking according to what others think, especially in things that flatter its own inclinations. This tendency to be led along in this manner extends also to people’s inclinations, tastes, and passions; the general enthusiasm that is so common in your nation has no other source. And you will not object when I cite yourself as an example. Remember the admission you made to me earlier, assuming Jean-Jacques was innocent, that you would never forgive him for the injustice you had done him. Thus, out of the distress his memory causes you, you would prefer to aggravate his suffering rather than heal it. Such a sentiment, natural in hearts consumed by self-love, how could it exist in yours, which is governed by love for justice and reason? If you had reflected on this, seeking within yourself the cause of such an unjust and foreign sentiment, you would have soon realized that you hated in Jean-Jacques not only the villain he was portrayed as, but Jean-Jacques himself; that this hatred, initially aroused by his vices, had become independent of them, had attached itself to his person, and that whether he was innocent or guilty, he had become the object of your aversion without you even realizing it. Today, as you listen to me more impartially, if I were to remind you of your arguments in our earlier conversations, you would realize that they were not the result of judgment, but of a passionate emotion that dominated you without your knowledge. This is, sir, the foreign cause that seduced your otherwise just heart and blinded your otherwise sound judgment in its natural state. You found everything connected to this unfortunate man to have a bad side, and everything that sought to slander him to have a good side; the perfidies, betrayals, lies—all lost their inherent evilness when he was their victim. And as long as you yourself were not involved in them, you had grown accustomed to seeing them without horror in others. But what was for you merely a temporary error has become for the public a habitual madness, a constant principle of conduct, a widespread malady, the result of a bitter and pervasive “bile” that not only distorts one’s judgment but also corrupts all human sentiments, ultimately killing the moral man who would otherwise have remained whole. If Jean-Jacques had never existed, perhaps most of them would have nothing to reproach themselves for. Remove this single object that arouses such passionate reactions in them, and in every other respect, they are as honest as anyone else.

ROUSSEAU: — Per essere del tutto franco con voi, vi dichiaro fin dall’inizio che questa unica obiezione, a cui mi chiedete di rispondere, rappresenta, ai miei occhi, un abisso di oscurità nel quale la mia ragione si perde. Nemmeno Jean-Jacques stesso ne comprende il significato meglio di me; ammette di essere incapace di spiegare o comprendere il comportamento della società nei suoi confronti. Quel “concerto” di azioni con cui un’intera generazione si affretta ad adottare una politica così orribile lo rende del tutto incomprensibile per lui. Non vede né persone buone né cattive, né esseri umani: vede soltanto entità di cui non ha alcuna idea. Non le onora, né le disprezza, né riesce nemmeno a concepirle; non sa nemmeno cosa siano. La sua anima, incapace di odiare, preferisce rimanere nell’ignoranza totale piuttosto che lasciarsi travolgere da interpretazioni crudeli che suscitano sempre sentimenti dolorosi in chi le prova, soprattutto quando questi sentimenti riguardano esseri che non può nemmeno stimare. Approvo questa posizione e la adotto nella misura del possibile, per evitare di provare disprezzo nei confronti dei miei contemporanei. Ma spesso mi sorprendo a giudicarli contro la mia volontà: la mia ragione agisce nonostante i miei desideri, e giuro sul cielo che non è colpa mia se questi giudizi risultano così sfavorevoli per loro.

Quindi, se fate dipendere il vostro assenso dal risultato delle mie ricerche dalla soluzione della vostra obiezione, è molto probabile che, lasciandomi con la mia opinione, rimaniate con la vostra: poiché ammetto che tale soluzione mi sia impossibile, senza che tuttavia questa impossibilità possa distruggere in me la convinzione sorta dal procedimento segreto e tortuoso dei vostri signori, e poi confermata dalla conoscenza diretta di quell’uomo. Tutte le vostre prove contrarie, tratte da fonti più lontane, si scontrano con questo principio che mi trascina irresistibilmente verso la conclusione che una stessa cosa non possa essere e allo stesso tempo non essere; e tutto ciò che i vostri signori affermano di aver visto è, secondo le vostre stesse dichiarazioni, completamente incompatibile con ciò che io sono certo di aver visto personalmente.

Lo utilizzo nel mio giudizio su quest’uomo, così come nella mia fede in materia di credenze religiose. Mi arrendo alla convinzione diretta, senza soffermarmi sulle obiezioni che non riesco a confutare: sia perché queste obiezioni si basano su principi meno chiari, meno solidi nella mia mente rispetto a quelli che influenzano la mia persuasione, sia perché arrendermi a esse significherebbe incorrere in altre ancora più irrefutabili. In questo modo, perderei la forza dell’evidenza senza comunque evitare le difficoltà derivanti da tali obiezioni. Dite che la mia ragione sceglie ciò che il mio cuore preferisce, e non mi difendo contro questa affermazione. È proprio ciò che accade in ogni deliberazione in cui la ragione non dispone di sufficienti lumi per prendere una decisione senza l’intervento della volontà. Credete davvero che, assumendo con tale fervore il punto di vista opposto, i vostri colleghi siano guidati da motivi più imparziali?

Senza volervi sorprendere, dovevo prima di tutto farvi questa dichiarazione. Ora, diamo un’occhiata alle vostre difficoltà: anche se non per risolverle, almeno per cercare, se possibile, qualche spiegazione.

La principale, e quella che costituisce la base di tutte le altre, è quella che mi avete proposto in precedenza riguardo al concorso unanime di tutta la generazione attuale verso un complotto di imposture e ingiustizie; sarebbe troppo offensivo per l’umanità supporre che nessun mortale si ribellasse contro tale ingiustizia, oppure, dato che questa ingiustizia è così evidente come mi sembra, sarebbe troppo orgoglioso da parte mia, e troppo umiliante per il buon senso comune, credere che nessuno altro se ne accorga.

Facciamo per un momento questa supposizione banale: che tutti gli uomini abbiano la febbre gialla, e che solo voi non la abbiate. Prevedo già l’interruzione che state per farmi. Che banale analogia! Cos’è davvero questa “febbre gialla”?

Come hanno potuto tutti gli uomini ottenerla, tranne che voi solo? Questa è la stessa domanda posta in altri termini, ma non ne risolve il problema; anzi, nemmeno lo chiarisce. Volevate forse dire qualcos’altro interrompendomi?

IL FRANCESE: — No, continuate pure.

ROUSSEAU. — Rispondo quindi: credo di aver chiarito la questione, nonostante ciò che possiate dire, quando affermo che esistono, per così dire, “epidemie dell’intelletto” che si diffondono tra le persone, come una sorta di contagio; perché l’intelligenza umana, essendo naturalmente pigra, ama risparmiarsi la fatica pensando secondo gli altri, soprattutto quando ciò corrisponde ai propri desideri. Questa tendenza a lasciarsi trascinare in questo modo si estende anche alle inclinazioni, ai gusti e alle passioni umane; l’entusiasmo generale, una malattia così comune nella vostra nazione, non ha altra origine. E non mi biasimerete se vi farò un esempio proprio voi. Ricordatevi la confessione che mi avete fatta in precedenza, supponendo l’innocenza di Jean-Jacques: avreste detto di non perdonargli mai l’ingiustizia che gli avevate fatto. Quindi, il dolore causato dal ricordo di lui vi spingeva ad aggravare anziché rimediare al male che gli avevate inflitto. Questo sentimento, naturale nei cuori dominati dall’amor proprio, può esserlo anche nel vostro, dove regna l’amore per la giustizia e la ragione? Se aveste riflettuto su questo, cercando in voi stessi la causa di un sentimento così ingiusto e così estraneo a voi, avreste presto scoperto che odiavate in Jean-Jacques non solo il malvagio che vi era stato descritto, ma lui stesso; che quest’odio, inizialmente stimolato dai suoi vizi, ne era diventato indipendente, si era attaccato alla sua persona. E che, innocente o colpevole che fosse, era diventato l’oggetto del vostro disprezzo, senza che voi ve ne rendeste conto. Oggi, se mi prestaste un’attenzione più imparziale, e vi ricordassi i vostri ragionamenti nei nostri primi incontri, capireste che non erano il risultato di una riflessione lucida, ma di una passione violenta che dominava voi stessi senza che ve ne rendeste conto. Ecco, signore, questa causa estranea che seduceva il vostro cuore così giusto e offuscava la vostra ragione nel suo stato naturale. Vedevate tutto ciò che proveniva da quell’infortunato come negativo, e tutto ciò che tendeva a diffamarlo come positivo; le perfidie, le tradizioni, i bugi, perdevano ai vostri occhi tutta la loro malvagità quando lui ne era l’oggetto. E, purché voi stessi non vi immischiaste in esse, eravate abituati a considerarle senza orrore negli altri. Ma ciò che in voi era solo un errore passeggero è diventato, per il pubblico, un delirio costante, un principio di condotta universale. Il risultato di una “bilis amara” che non altera soltanto la vista, ma corrompe tutte le emozioni. E uccide, infine, l’uomo morale. Se Jean-Jacques non fosse mai esistito, forse la maggior parte di loro non avrebbe nulla da rimproverarsi. Eliminate questo unico oggetto di una passione che li domina. In ogni altro aspetto, sono onesti, proprio come tutti gli altri.

Cette animosité, plus vive, plus agissante que la simple aversion, me paraît, à l’égard de Jean-Jacques, la disposition générale de toute la génération présente. L’air seul dont il est regardé passant dans les rues montre évidemment cette disposition qui se gêne et se contraint quelquefois dans ceux qui le rencontrent, mais qui perce et se laisse, apercevoir malgré eux. À l’empressement grossier et badaud de s’arrêter, de se retourner, de le fixer, de le suivre, au chuchotement ricaneur qui dirige sur lui le concours de leurs impudents regards, on les prendrait moins pour d’honnêtes gens qui ont le malheur de rencontrer un monstre effrayant, que pour des tas de bandits, tout joyeux de tenir leur proie, et qui se font un amusement digne d’eux d’insulter à son malheur. Voyez-le entrant au spectacle, entouré dans l’instant d’une étroite enceinte de bras tendus et de cannes, dans laquelle vous pouvez penser comme il est à son aise ! À quoi sert cette barrière ? S’il veut la forcer, résistera-t-elle ? Non, sans doute. À quoi sert-elle donc ? Uniquement à se donner l’amusement de le voir enfermé dans cette cage, et à lui bien faire sentir que tous ceux qui l’entourent se font un plaisir d’être, à son égard, autant d’argousins et d’archers. Est-ce aussi par bonté qu’on ne manque pas de cracher sur lui, toutes les fois qu’il passe à portée, et qu’on le peut sans être aperçu de lui ? Envoyer le vin d’honneur au même homme sur qui l’on crache, c’est rendre l’honneur encore plus cruel que l’outrage. Tous les signes de haine, de mépris, de fureur même, qu’on peut tacitement donner à un homme, sans y joindre une insulte ouverte et directe, lui sont prodigués de toutes parts ; et tout en l’accablant des plus fades compliments, en affectant pour lui les petits soins mielleux qu’on rend aux jolies femmes, s’il avait besoin d’une assistance réelle, on le verrait périr avec joie, sans lui donner le moindre secours. Je l’ai vu, dans la rue Saint-Honoré, faire presque sous un carrosse une chute très périlleuse ; on court à lui, mais sitôt qu’on reconnaît Jean-Jacques tout se disperse, les passants reprennent leur chemin, les marchands rentrent dans leurs boutiques, et il serait resté seul dans cet état, si un pauvre mercier, rustre et mal instruit, ne l’eût fait asseoir sur son petit banc, et si une servante, tout aussi peu philosophe, ne lui eût apporté un verre d’eau. Tel est en réalité l’intérêt si vif et si tendre dont l’heureux Jean-Jacques est l’objet. Une animosité de cette espèce ne suit pas, quand elle est forte et durable, la route la plus courte, mais la plus sûre pour s’assouvir. Or, cette route étant déjà toute tracée dans le plan de vos messieurs, le public, qu’ils ont mis avec art dans leur confidence, n’a plus eu qu’à suivre cette route ; et tous, avec le même secret entre eux, ont concouru de concert à l’exécution de ce plan. C’est là ce qui s’est fait ; mais comment cela s’est-il pu faire ? Voilà votre difficulté qui revient toujours. Que cette animosité, une fois excitée, ait altéré les facultés de ceux qui s’y sont livrés, au point de leur faire voir la bonté, la générosité, la clémence dans toutes les manœuvres de la plus noire perfidie ; rien n’est plus facile à concevoir. Chacun sait trop que les passions violentes, commençant toujours par égarer la raison, peuvent rendre l’homme injuste et méchant dans le fait, et, pour ainsi dire, à l’insu de lui-même, sans avoir cessé d’être juste et bon dans l’âme, ou du moins d’aimer la justice et la vertu.

Mais cette haine envenimée, comment est-on venu à bout de l’allumer ? Comment a-t-on pu rendre odieux à ce point l’homme du monde le moins fait pour la haine, qui n’eut jamais ni intérêt, ni désir de nuire à autrui ; qui ne fit, ne voulut, ne rendit jamais de mal à personne ; qui, sans jalousie, sans concurrence, n’aspirant à rien, et marchant toujours seul dans sa route, ne fut un obstacle à nul autre ; et qui, au lieu des avantages attachés à la célébrité, n’a trouvé dans la sienne qu’outrages, insultes, misère et diffamation ? J’entrevois bien dans tout cela la cause secrète qui a mis en fureur les auteurs du complot. La route que Jean-Jacques avait prise était trop contraire à la leur, pour qu’ils lui pardonnassent de donner un exemple qu’ils ne voulaient pas suivre, et d’occasionner des comparaisons qu’il ne leur convenait pas de souffrir. Outre ces causes générales, et celles que vous-même avez assignées, cette haine primitive et radicale de vos dames et de vos messieurs en a d’autres particulières et relatives à chaque individu, qu’il n’est ni convenable de dire, ni facile à croire, et dont je m’abstiendrai de parler, mais que la force de leurs effets rend trop sensibles pour qu’on puisse douter de leur réalité ; et l’on peut juger de la violence de cette même haine par l’art qu’on met à la cacher en l’assouvissant. Mais plus cette haine individuelle se décèle, moins on comprend comment on est parvenu à y faire participer tout le monde, et ceux même sur qui nul des motifs qui l’ont fait naître ne pouvait agir. Malgré l’adresse des chefs du complot, la passion qui les dirigeait était trop visible pour ne pas mettre à cet égard le public en garde contre tout ce qui venait de leur part. Comment, écartant des soupçons si légitimes, l’ont-ils fait entrer si aisément, si pleinement dans toutes leurs vues, jusqu’à le rendre aussi ardent qu’eux-mêmes à les remplir ? Voilà ce qui n’est pas facile à comprendre et à expliquer.

Leurs marches souterraines sont trop ténébreuses pour qu’il soit possible de les y suivre. Je crois seulement apercevoir, d’espace en espace, au-dessus de ces gouffres, quelques soupiraux qui peuvent en indiquer les détours. Vous m’avez décrit vous-même, dans notre premier entretien, plusieurs de ces manoeuvres que vous supposiez légitimes, comme ayant pour objet de démasquer un méchant ; destinées au contraire à faire paraître tel un homme qui n’est rien moins, elles auront également leur effet. Il sera nécessairement haï, soit qu’il mérite ou non de l’être, parce qu’on aura pris des mesures certaines pour parvenir à le rendre odieux. Jusque-là ceci se comprend encore ; mais ici l’effet va plus loin : il ne s’agit pas seulement de haine, il s’agit d’animosité ; il s’agit d’un concours très actif de tous à l’exécution du projet concerté par un petit nombre, qui seul doit y prendre assez d’intérêt pour agir aussi vivement.

L’idée de la méchanceté est effrayante par elle-même. L’impression naturelle qu’on reçoit d’un méchant dont on n’a pas personnellement à se plaindre est de le craindre et de le fuir. Content de n’être pas sa victime, personne ne s’avise de vouloir être son bourreau. Un méchant en place, qui peut et veut faire beaucoup de mal, peut exciter l’animosité par la crainte, et le mal qu’on en redoute peut inspirer des efforts pour le prévenir ; mais l’impuissance jointe à la méchanceté ne peut produire que le mépris et l’éloignement ; un méchant sans pouvoir peut donner de l’horreur, mais point d’animosité. On frémit à sa vue ; loin de le poursuivre on le fuit ; et rien n’est plus éloigné de l’effet que produit sa rencontre qu’un sourire insultant et moqueur. Laissant au ministère public le soin du châtiment qu’il mérite, un honnête homme ne s’avilit pas jusqu’à vouloir y concourir. Quand il n’y aurait même dans ce châtiment d’autre peine afflictive que l’ignominie, et d’être exposé à la risée publique, quel est l’homme d’honneur qui voudrait prêter la main à cette œuvre de justice, et attacher le coupable au carcan ? Il est si vrai qu’on n’a point généralement d’animosité contre les malfaiteurs, que si l’on en voit un poursuivi par la justice et près d’être pris, le plus grand nombre, loin de le livrer, le fera sauver s’il peut, son péril faisant oublier qu’il est criminel, pour se souvenir qu’il est homme.

This hostility—more intense and active than mere aversion—seems to be the general attitude of the entire present generation toward Jean-Jacques. The very way people look at him as he walks down the streets clearly reveals this sentiment; those who encounter him may sometimes restrain it or hide it, but it still shines through, unmistakable. Their crude and boisterous eagerness to stop, turn around, stare at him, follow him, and their sneering whispers directing their impudent glances toward him—these behaviors make them seem less like decent people unfortunate enough to encounter such a terrifying creature than like a bunch of villains, gleefully holding their prey and taking pleasure in mocking its misfortune. Watch him enter a theater; instantly, he is surrounded by a tight circle of outstretched arms and canes—surely, that must be quite uncomfortable for him! What’s the purpose of this barrier? If he tries to break through it, will it resist? No, probably not. So what’s its use then? Simply to provide them with the amusement of seeing him trapped in that “cage” and to make him feel clearly that everyone around him is taking pleasure in treating him like a target for ridicule and humiliation. And why don’t they spit on him every time he passes by, if they can do so without being seen by him? To offer someone who is spitted at the same wine that honors them—doesn’t that make the “honor” even more cruel than the insult itself? All the signs of hatred, contempt, and even fury that people can silently direct toward someone, without uttering an open insult, are showered upon him from all sides. While they heap on him the most insincere compliments and feign the kind of gentle care reserved for beautiful women, if he were in real need of help, they would gladly see him perish without offering a single hand to save him. I once saw him nearly fall under a carriage on the street Saint-Honoré; people rushed toward him, but as soon as they realized it was Jean-Jacques, everyone scattered—passersby continued their way, shopkeepers returned to their stores—and he would have been left alone in that dangerous situation had it not been for a poor, uneducated merchant who helped him sit down on his bench and a less thoughtful servant who brought him a glass of water. Such is the so-called “vigorous and tender concern” that this fortunate Jean-Jacques enjoys in reality. When hostility of this kind is strong and persistent, it doesn’t follow the shortest or most direct path to be satisfied—instead, it takes the surest one. And since your masters have already charted this course with great skill, the public they have cleverly enlisted in their scheme has simply followed it. Everyone, working in secret together, has contributed to the implementation of this plan. That’s what happened—but how could it have happened? That’s where your difficulty lies again. That such hostility, once aroused, could alter the faculties of those who indulged in it to such an extent that they perceived goodness, generosity, and mercy in what were essentially the most vile acts of perfidy—this is nothing difficult to conceive. Everyone knows all too well that violent passions, which always begin by misleading reason, can make a person act unjustly and wickedly, so to speak, without their own awareness, even when they remain just and good at heart, or at least continue to cherish justice and virtue.

But how on earth was it possible to kindle such venomous hatred? How could one manage to render the most unassuming person in the world so utterly detestable—someone who never harbored any interest or desire to harm others; someone who never did, wanted, or caused any harm to anyone; someone who, free from jealousy and competition, seeking nothing for himself and always walking alone on his path, posed no obstacle to anyone else; and someone who, instead of the advantages associated with fame, found only insults, humiliation, misery, and slander in it? I can well see the secret cause behind this conspiracy in all of this. The path Jean-Jacques had chosen was far too contrary to theirs; therefore, they could not forgive him for setting an example they were unwilling to follow, nor could they tolerate the comparisons he made that were inconvenient for them. In addition to these general reasons and those you yourselves have identified, there are other particular and individual motives behind this primal and deep-seated hatred on the part of your ladies and gentlemen—motives it is neither appropriate to mention nor easy to believe in, and which I will refrain from discussing. Yet the sheer intensity of its effects makes its reality undeniable. And one can gauge the violence of this hatred by the lengths to which people go to conceal it while indulging in it. But the more these individual motives become apparent, the less understandable it seems how everyone was able to be drawn into it—especially those for whom none of the reasons that gave rise to it could have had any influence at all. Despite the cunningness of the conspiracy’s leaders, the passion driving them was too obvious, and thus it should have alerted the public to anything they might be planning. How, then, were such legitimate suspicions so easily and thoroughly set aside, allowing people to fully embrace their schemes and become just as eager to carry them out as they themselves? That is something that is truly difficult to comprehend and explain.

Their underground passages are too dark to follow. I can barely make out, from time to time, above these abysses, some vents that might indicate the paths taken through them. You yourself described to me, in our first conversation, several of these maneuvers that you assumed were legitimate—meant, in fact, not to expose a villain but rather to make one seem one when he is nothing of the sort. Yet these very maneuvers will achieve their intended effect. Such a person will inevitably be hated, whether he deserves it or not, simply because certain measures have been taken to make him detestable. Up to a point, this is still understandable; but here, the effect goes even further. It’s not just about hatred—it’s about sheer malice, about a highly active concerted effort on everyone’s part to carry out a plan devised by a small number of people, who alone are likely to have sufficient interest in seeing it succeed to act so aggressively.

The very notion of malice is frightening in itself. The natural reaction one has toward a villain from whom they personally suffer no harm is to fear and avoid them. Content to remain unharmed themselves, no one would consider harming such a person. A villain who already holds power and is willing to inflict great suffering can arouse hostility through fear; the perceived danger may even inspire efforts to prevent their evil actions. However, when powerlessness is combined with malice, all that results is contempt and rejection. A powerless villain may inspire horror, but not hostility—people shudder at the sight of them, flee from them, and nothing could be further removed from the effect they might have than an insulting or mocking smile. Leaving it to the authorities to impose the punishment they deserve, a decent person would never stoop to aiding in such retribution. Even if the only penalty involved were humiliation and public ridicule, what honorable person would willingly participate in bringing a criminal to justice and binding them? It is indeed true that people generally hold no ill will toward criminals; in fact, when seeing one pursued by the law and on the verge of being caught, most would do everything in their power to help them escape—forgetting their crimes and remembering only that they are human beings.

Quest’animosità, più viva e più efficace della semplice avversione, mi sembra rappresentare, nei confronti di Jean-Jacques, l’atteggiamento generale di tutta la generazione attuale. Solo il modo in cui le persone lo guardano quando passa per strada mostra chiaramente questo atteggiamento: talvolta si trattiene e si controlla in coloro che lo incontrano, ma spesso emerge e diventa evidente nonostante i loro sforzi di nasconderlo. Quell’impazienza grezza e curiosa di fermarsi, di girarsi a guardarlo, di seguirlo con gli occhi; quei sussurri derisori che convergono su di lui sotto forma di sguardi impudenti. Si potrebbe pensare che non si tratti di persone oneste che hanno la sfortuna di incontrare un mostro spaventoso, ma piuttosto di una banda di banditi felici di aver catturato la loro preda e divertiti a insultarne la sfortuna. Guardatelo entrare in teatro: immediatamente viene circondato da braccia tese e bastoni; potete immaginare quanto si senta a disagio in quella situazione! A che serve quel recinto? Se volesse forzarlo, resisterebbe? No, di certo. Allora a cosa serve? Solo per divertirsi a vederlo rinchiuso in quella gabbia e fargli capire chiaramente che tutti coloro che lo circondano si divertono a trattarlo come se fosse un mostro. E perché non gli viene gettato addosso il vino d’onore ogni volta che passa nelle vicinanze, senza che lui possa accorgersene? Offrire onore a colui su cui si sputa è rendere quell’“onore” ancora più crudele dell’offesa stessa. Tutti i segni di odio, disprezzo e persino furia che si possono manifestare verso una persona senza pronunciare apertamente insulti o offese vengono riversati su di lui da tutte le parti; e mentre gli vengono fatti i complimenti più banali e si fingono per lui quei piccoli gesti di cortesia riservati alle donne belle, se avesse davvero bisogno di aiuto, lo si vedrebbe morire felicemente, senza che nessuno gli presti il minimo soccorso. L’ho visto, in rue Saint-Honoré, cadere quasi sotto una carrozza in modo molto pericoloso; la gente corre verso di lui, ma non appena riconoscono Jean-Jacques, tutti si disperdono: i passanti riprendono il loro cammino, i commercianti rientrano nei loro negozi. E lui sarebbe rimasto solo in quella situazione, se non fosse stato per un povero mercante ignorante che lo ha fatto sedere sul suo banco e una serva altrettanto poco gentile che gli ha portato un bicchiere d’acqua. Questo è davvero l’“interesse” così vivo e “affettuoso” di cui il fortunato Jean-Jacques è oggetto. Un’animosità del genere, quando è forte e duratura, non segue mai la strada più breve, ma quella più sicura per essere soddisfatta. Ora, poiché questa strada era già stata tracciata con cura dai vostri signori, il pubblico, che loro hanno abilmente coinvolto nella loro “congiura”, non ha avuto altro da fare se non seguire quella strada. E tutti, mantenendo il segreto tra di loro, hanno collaborato insieme per realizzare quel piano. Questo è ciò che è realmente accaduto. Ma come è stato possibile? Ecco la vostra difficoltà, che continua a ripresentarsi. È più che facile concepire come tale animosità, una volta scatenata, possa alterare le facoltà di coloro che vi si abbandonano, al punto di far loro vedere la bontà, la generosità, la clemenza nelle azioni più spregevolmente perfide. Ognuno sa bene quanto le passioni violente, che iniziano sempre confondendo la ragione, possano rendere un uomo ingiusto e malvagio nell’azione, e questo, per così dire, senza che egli se ne accorga, pur restando giusto e buono nel profondo dell’anima, o almeno amante della giustizia e della virtù.

Ma come è stato possibile accendere un odio così profondo e velenoso? Come si è riusciti a rendere tanto odioso l’uomo che meno di tutti aveva motivi per odiare, che non provava mai interesse né desiderio di nuocere agli altri; che non faceva mai del male a nessuno, né lo voleva, né lo causava; che, privo di invidia e di concorrenza, senza aspirazioni e camminando sempre da solo sulla sua strada, non rappresentava un ostacolo per nessuno; e che, invece dei vantaggi legati alla fama, trovava nella propria soltanto offese, insulti, miseria e diffamazione? Intravedo bene in tutto ciò la causa segreta che ha scatenato la furia degli autori di questo complotto. La strada che Jean-Jacques aveva intrapreso era troppo diversa dalla loro, per permettere loro di perdonargli il fatto che offrisse un esempio che non volevano seguire, e che suscitasse confronti che non erano disposti ad accettare. Oltre a queste cause generali, e a quelle che anche voi avete menzionato, c’erano altre ragioni particolari, legate a ogni singolo individuo, di cui non è né appropriato parlare, né facile credere; ma la forza dei loro effetti è così evidente da rendere impossibile dubitare della loro realtà. Si può giudicare l’intensità di questo odio anche dall’abilità con cui viene nascosto, attraverso le sue manifestazioni. Tuttavia, più queste ragioni individuali vengono alla luce, meno si riesce a capire come sia stato possibile coinvolgere in esso tutta la gente, persino coloro su cui nessuno dei motivi che lo hanno generato avrebbe potuto esercitare alcun influenza. Nonostante l’astuzia dei capi del complotto, la passione che li guidava era troppo evidente per non mettere il pubblico in guardia contro tutto ciò che proveniva da loro. Come hanno fatto, allora, a scartare sospetti così legittimi e ad attirare così facilmente e completamente tutta la gente nelle loro macchinazioni, fino a renderla altrettanto fervente di loro nel realizzarle? Questo è qualcosa che non è facile da comprendere e spiegare.

I loro passaggi sotterranei sono troppo oscuri per poter essere seguiti. Credo di intravedere, qua e là, sopra queste voragini, alcuni condotti che possono indicare i percorsi alternativi. Voi stesso mi avete descritto, nel nostro primo incontro, diverse di queste manovre che ritenevate legittime, come finalizzate a smascherare un malvagio; in realtà, esse servivano soltanto a far apparire tale un uomo che non lo era affatto, eppure avranno comunque il loro effetto. Quell’uomo sarà inevitabilmente odiato, sia che se lo meriti o meno, perché sono state prese delle misure precise per renderlo odioso. Fino a questo punto, tutto ciò è ancora comprensibile; ma qui l’effetto va oltre: non si tratta soltanto di odio, ma di vera e propria animosità; si tratta di un coinvolgimento attivo da parte di tutti nell’esecuzione di un piano concordato da pochi individui, i quali soltanto possono avere abbastanza interesse da agire con tanta determinazione.

L’idea della malvagità è in sé stessa spaventosa. L’impressione naturale che si ha di un malvagio di cui non ci si lamenta personalmente è quella di temerlo e fuggirne. Contenti di non essere sue vittime, nessuno pensa nemmeno di voler diventare i suoi carnefici. Un malvagio che ha il potere di causare molto dolore può suscitare ostilità attraverso la paura; il male che si teme da lui può spingere a cercare modi per prevenirlo; ma l’impotenza unita alla malvagità può generare solo disprezzo e distacco. Un malvagio senza poteri può suscitare orrore, ma non ostilità: si trema al suo vedere; lontano dal perseguitarlo, lo si fugge. E nulla è più lontano dall’effetto che la sua presenza possa avere di un sorriso insultante e derisorio. Lasciando al potere pubblico il compito di infliggere la punizione che merita, un uomo onesto non si abbasserebbe mai a partecipare a tale atto di giustizia. Anche se quella punizione consistesse soltanto nell’umiliazione e nella derisione pubblica. Chi, tra gli uomini onesti, vorrebbe contribuire a questo atto di giustizia, legando il colpevole al patibolo? È davvero vero che, in generale, non si prova alcuna ostilità verso i malvagi: se ne vediamo uno perseguito dalla giustizia e sul punto di essere catturato, la maggior parte delle persone, invece di consegnarlo alle autorità, cercherebbe di salvarlo, se possibile. Il suo pericolo fa dimenticare che è un criminale, e si ricorda soltanto che è un uomo.

Voilà tout ce qu’opère la haine que les bons ont pour les méchants ; c’est une haine de répugnance et d’éloignement, d’horreur même et d’effroi, mais non pas d’animosité. Elle fuit son objet, en détourne les yeux, dédaigne de s’en occuper : mais la haine contre Jean-Jacques est active, ardente, infatigable ; loin de fuir son objet, elle le cherche avec empressement pour en faire à son plaisir. Le tissu de ses malheurs, l’œuvre combinée de sa diffamation, montre une ligne très étroite et très agissante, où tout le monde s’empresse d’entrer. Chacun concourt avec la plus vive émulation à le circonvenir, à l’environner de trahisons et de pièges, à empêcher qu’aucun avis utile ne lui parvienne, à lui ôter tout moyen de justification, toute possibilité de repousser les atteintes qu’on lui porte, de défendre son honneur et sa réputation ; à lui cacher tous ses ennemis, tons ses accusateurs, tous leurs complices. On tremble qu’il n’écrive pour sa défense ; on s’inquiète.de tout ce qu’il dit, de tout ce qu’il fait, de tout ce qu’il peut faire ; chacun paraît agité de l’effroi de voir paraître de lui quelque apologie. On l’observe, on l’épie avec le plus grand soin pour tâcher d’éviter ce malheur. On veille exactement à tout ce qui l’entoure, à tout ce qui l’approche, à quiconque lui dit un seul mot. Sa santé, sa vie, sont de nouveaux sujets d’inquiétude pour le public : on craint qu’une vieillesse aussi fraîche ne démente l’idée des maux honteux dont 011 se flattait de le voir périr ; on craint qu’à la longue les précautions qu’on entasse ne suffisent plus pour l’empêcher de parler. Si la voix de l’innocence allait enfin se faire entendre à travers les huées, quel malheur affreux ne serait-ce point pour le corps des gens de lettres, pour celui des médecins, pour les grands, pour les magistrats, pour tout le monde ? Oui, si, forçant ses contemporains à le reconnaître honnête homme, il parvenait à confondre enfin ses accusateurs, sa pleine justification serait la désolation publique.

Tout cela prouve invinciblement que la haine dont Jean-Jacques est l’objet n’est point la haine du vice et de la méchanceté, mais celle de l’individu. Méchant ou bon, il n’importe ; consacré à la haine publique, il ne lui peut plus échapper ; et, pour peu qu’on connaisse les routes du cœur humain, l’on voit que son innocence reconnue ne servirait qu’à le rendre plus odieux encore, et à transformer en rage l’animosité dont il est l’objet. On ne lui pardonne pas maintenant de secouer le pesant joug dont chacun voudrait l’accabler ; on lui pardonnerait bien moins les torts qu’on se reprocherait envers lui ; et, puisque vous-même avez un moment éprouvé un sentiment si injuste, ces gens si pétris d’amour-propre supporteraient-ils sans aigreur l’idée de leur propre bassesse, comparée à sa patience et à sa douceur ? Eh ! soyez certain que si c’était en effet un monstre, on le fuirait davantage, mais on le haïrait beaucoup moins.

Quant à moi, pour expliquer de pareilles dispositions, je ne puis penser autre chose, sinon qu’on s’est servi, pour exciter dans le public cette violente animosité, de motifs semblables à ceux qui l’avaient fait naître dans l’âme des auteurs du complot. Ils avaient vu cet homme, adoptant des principes tout contraires aux leurs, ne vouloir, ne suivre ni parti ni secte ; ne dire que ce qui lui semblait vrai, bon, utile aux hommes, sans consulter en cela son propre avantage, ni celui de personne en particulier. Cette marche, et la supériorité qu’elle lui donnait sur eux, fut la grande source de leur haine. Ils ne purent lui pardonner de ne pas plier, comme eux, sa morale à son profit, de tenir si peu à son intérêt et au leur, et de montrer tout franchement l’abus des lettres et la forfanterie du métier d’auteur, sans se soucier de l’application qu’on ne manquerait pas de lui faire à lui-même des maximes qu’il établissait, ni de la fureur qu’il allait inspirer à ceux qui se vantent d’être les arbitres de la renommée, les distributeurs de la gloire et de la réputation des actions des hommes, mais qui ne se vantent pas, que je sache, de faire cette distribution avec justice et désintéressement. Abhorrant la satire autant qu’il aimait la vérité, on le vit toujours distinguer honorablement les particuliers et les combler de sincères éloges, lorsqu’il avançait des vérités générales dont ils auraient pu s’offenser. Il faisait sentir que le mal tenait à la nature des choses, et le bien aux vertus des individus. Il faisait, et pour ses amis et pour les auteurs qu’il jugeait estimables, les mêmes exceptions qu’il croyait mériter ; et l’on sent, en lisant ses ouvrages, le plaisir que prenait son cœur à ces honorables exceptions. Mais ceux qui s’en sentaient moins dignes qu’il ne les avait crus, et dont la conscience repoussait en secret ces éloges, s’en irritant à mesure qu’ils les méritaient moins, ne lui pardonnèrent jamais d’avoir si bien démêlé les abus d’un métier qu’ils tachaient de faire admirer au vulgaire, ni d’avoir, par sa conduite, déprisé tacitement, quoique involontairement, la leur. La haine envenimée que ces réflexions firent naître dans leurs cœurs leur suggéra le moyen d’en exciter une semblable dans les cœurs des autres hommes.

Ils commencèrent par dénaturer tous ses principes, par travestir un républicain sévère en un brouillon séditieux, son amour pour la liberté légale en une licence effrénée, et son respect pour les lois en aversion pour les princes. Ils l’accusèrent de vouloir renverser en tout l’ordre de la société, parce qu’il s’indignait qu’osant consacrer sous ce nom les plus funestes désordres, on insultât aux misères du genre humain en donnant les plus criminels abus pour les lois dont ils sont la ruine. Sa colère contre les brigandages publics, sa haine contre les puissants fripons qui les soutiennent, son intrépide audace à dire des vérités dures à tous les états, furent autant de moyens employés à les irriter tons contre lui. Pour le rendre odieux à ceux qui les remplissent, on l’accusa de les mépriser personnellement. Les reproches durs, mais généraux, qu’il faisait à tous furent tournés en autant de satires particulières dont on fit avec art les plus malignes applications.

Rien n’inspire tant de courage que le témoignage d’un cœur droit, qui tire de la pureté de ses intentions l’audace de prononcer hautement et sans crainte des jugements dictés par le seul amour de la justice et de la vérité : mais rien n’expose en même temps à tant de dangers et de risques de la part d’ennemis adroits que cette même audace, qui précipite un homme ardent dans tous les pièges qu’ils lui tendent ; et, le livrant à une impétuosité sans règle, lui fait faire contre la prudence mille fautes où ne tomba qu’une âme franche et généreuse, mais qu’ils savent transformer en autant de crimes affreux. Les hommes vulgaires, incapables de sentiments élevés et nobles, n’en supposent jamais que d’intéressés dans ceux qui se passionnent ; et, ne pouvant croire que l’amour de la justice et du bien public puisse exciter un pareil zèle, ils leur controuvent toujours des motifs personnels, semblables à ceux qu’ils cachent eux-mêmes sous des noms pompeux, et sans lesquels on ne les verrait jamais s’échauffer sur rien.

La chose qui se pardonne le moins est un mépris mérité. Celui que Jean-Jacques avait marqué pour tout cet ordre social prétendu, qui couvre en effet les plus cruels désordres, tombait bien plus sur la constitution des différents états que sur les sujets qui les remplissent, et qui, pur cette constitution même, sont nécessités à être ce qu’ils sont. Il avait toujours fait une distinction très judicieuse entre les personnes et les conditions, estimant souvent les premières, quoique livrées à l’esprit de leur état, lorsque le naturel reprenait de temps à autre quelque ascendant sur leur intérêt, comme il arrive assez fréquemment à ceux qui sont bien nés. L’art de vos messieurs fut de présenter les choses sous un tout autre point de vue, et de montrer en lui comme haine des hommes celle que, pour l’amour d’eux, il porte aux maux qu’ils se font. Il paraît qu’ils ne s’en sont pas tenus à ces imputations générales, mais que, lui prêtant des discours, des écrits, des œuvres conformes à leurs vues, ils n’ont épargné ni fictions ni mensonges pour irriter contre lui I’amour-propre, et dans tous les états et chez tous les individus.

Such is the effect of the hatred that good people hold toward evil ones—hatred filled with disgust and repulsion, even horror and fear, but not malice. Such hatred avoids its object, turns away its gaze, and disdains to concern itself with it at all. But the hatred directed against Jean-Jacques is active, fervent, and tireless; far from avoiding its target, it eagerly seeks it out in order to inflict harm upon it at will. The web of misfortunes that has been woven around him, the combined efforts of those who have slandered him, reveal a narrow and relentless path along which everyone hastens to join in. Everyone competes with great zeal to surround him, to encircle him with treachery and traps, to prevent any useful advice from reaching him, to deprive him of any means to defend himself or to repel the attacks against him, to hide all his enemies, all his accusers, and all their accomplices. People tremble at the thought that he might write in defense of himself; they worry about everything he says, does, or might possibly do; everyone seems seized by fear at the prospect of any apology on his part being made public. They observe him closely, watching every move he makes in an effort to prevent such misfortune from happening. They pay meticulous attention to everything that surrounds him, to anyone who speaks a word to him. His health and even his life have become new sources of concern for the public—people fear that such a young man might not die from the horrible evils they imagined; they worry that, over time, all their precautions might not be enough to prevent him from speaking out. If the voice of innocence were finally to be heard amidst the insults and accusations, what terrible disaster would that bring upon the literary world, the medical community, the nobility, the judiciary, and everyone else? Indeed, if he were able to convince his contemporaries that he is an honest man and ultimately prove the innocence of his charges, such recognition would bring nothing but public devastation.

All this irrefutably proves that the hatred directed toward Jean-Jacques is not hatred for vice and malice, but hatred toward an individual. Whether he is good or evil matters little; once devoted to public hatred, he can no longer escape it. And if one knows even a little about the workings of the human heart, it is clear that the recognition of his innocence would only make him seem more detestable and turn the hostility directed toward him into rage. People do not forgive him for shaking off the heavy yoke that everyone wants to impose upon him; they would forgive him even less for the wrongs they might feel guilty of having done against him. And since you yourself have once experienced such an unjust sentiment, how could these people, so filled with self-love, endure without resentment the thought of their own baseness in comparison to his patience and kindness? Oh! Believe me, if he were truly a monster, people would flee from him even more, but they would hate him far less.

As for me, to explain such attitudes, I can think of no other reason than that those who sought to arouse such intense hostility among the public must have employed motives similar to those that had originally inspired the conspirators themselves. They saw this man adhering to principles utterly contrary to their own, refusing to align himself with any party or sect; speaking only what he deemed true, good, and beneficial to mankind, without regard for his own interests or those of anyone in particular. This stance, and the superiority it gave him over them, became the root cause of their hatred. They could not forgive him for not bending his morals to serve their own purposes, for caring so little for his own interests as well as theirs, and for openly exposing the abuses of literature and the shamelessness of the literary profession, without worrying about how those very principles he advocated might be used against him himself, or about the fury they would provoke in those who prided themselves on being the arbiters of fame and the distributors of glory and reputation—yet who, as far as I know, never claimed to do so with fairness and disinterest. Hating satire as much as he loved truth, he always managed to distinguish individuals honorably and offer them sincere praise when he presented general truths that might have offended them. He made it clear that evil stemmed from the nature of things themselves, while goodness arose from the virtues of individuals. He granted the same exceptions for his friends and for those writers he deemed worthy; and reading his works, one can sense the pleasure his heart took in making such honorable distinctions. But those who felt they were not as deserving as he had assumed them to be, and whose consciences secretly rejected these praises, grew increasingly irritated by them—the more they deserved them, the more they resented them. They never forgave him for so clearly exposing the abuses of a profession they sought to present in a favorable light to the masses, nor for having, through his own conduct, silently—and if unintentionally—disdained their own practices. The bitter hatred that arose from these thoughts suggested to them how they might provoke similar feelings in the hearts of other people.

They began by distorting all his principles, turning a strict republican into a seditious agitator, his love for legal liberty into unrestrained license, and his respect for the law into utter disdain for those in power. They accused him of seeking to overthrow the entire order of society, simply because he objected to the fact that under the guise of these principles, the most devastating disorders were being sanctioned, while the sufferings of humanity were ignored when such criminal abuses were deemed legitimate. His anger against public banditry, his hatred for the corrupt and powerful who supported it, and his fearless courage in speaking the truth, even when it offended those in power—all these were used to provoke their hostility toward him. To make him seem despicable in the eyes of those who practiced such atrocities, they accused him of personally despising them. The harsh but general criticisms he directed at everyone were twisted into targeted satires, cleverly manipulated to inflict maximum harm upon him.

Nothing inspires such courage as the testimony of a righteous heart, which draws its audacity from the purity of its intentions to speak out boldly and without fear of the judgments dictated solely by love for justice and truth. Yet nothing also exposes one to so many dangers and risks from cunning enemies as precisely this very audacity—since it drives an enthusiastic person into every trap they lay for him, exposing him to unrestrained impulsiveness and leading him to commit a thousand mistakes that would never be committed by a frank and generous soul were it not for such recklessness. Ordinary people, incapable of noble or elevated sentiments, assume that those who are passionate about justice and the public good must have selfish motives; and since they cannot believe that love for these ideals alone could inspire such zeal, they always attribute personal interests to their actions—interests similar to those they themselves hide behind lofty rhetoric, without which one would never see them become so fervent about anything.

The thing that is least forgivable is deserved contempt. The contempt Jean-Jacques felt toward all this so-called social order—which, in fact, merely covers up the most cruel disorders—referred primarily to the very structure of these societies, rather than to the individuals who inhabit them; indeed, those very individuals are, precisely because of this structure, compelled to be what they are. Jean-Jacques always made a very sensible distinction between people and their social conditions, often valuing the former greatly—even when they were influenced by the spirit of their particular status—and recognizing how, from time to time, natural instincts might override their self-interest, as often happens among those who are born into privilege. The trick of your gentlemen was to present things from a completely different perspective, portraying their supposed hatred for humanity as nothing but their rage toward the evils that humans inflict upon themselves. It seems they did not stop at such general accusations; instead, by attributing to him speeches, writings, and works that aligned with their own views, they spared no falsehood or deceit in trying to stir up people’s resentment against him—among all classes and individuals alike.

Ecco tutto ciò che opera l’odio che i buoni provano per i cattivi: un odio di ripugnanza e di distacco, persino di orrore e di terrore, ma non di animosità. Questo odio fugge dal proprio oggetto, distoglie lo sguardo da esso, disprezza persino occuparsene; invece, l’odio verso Jean-Jacques è attivo, ardente, instancabile: lungi dal fuggire dal proprio oggetto, lo cerca con impazienza per poterlo tormentare a piacimento. L’insieme dei suoi mali, l’effetto combinato delle calunnie contro di lui, mostrano una rete estremamente stretta e efficace, nella quale tutti si affrettano ad entrare. Ognuno compete con la massima rivalità per circondarlo, per avvolgerlo in tradimenti e trappole, per impedire che gli giunga qualsiasi consiglio utile, per privarlo di ogni possibilità di difendersi, di respingere le offese che riceve, di proteggere il proprio onore e la propria reputazione; gli nascondono tutti i suoi nemici, tutti i suoi accusatori, tutti i suoi complici. Si teme che possa scrivere qualcosa in sua difesa; ci si preoccupa di tutto ciò che dice, di tutto ciò che fa, di tutto ciò che potrebbe fare; ognuno sembra agitato dal timore che possa apparire qualche sua difesa. Lo si osserva, lo si sorveglia con estrema attenzione, nel tentativo di evitare che accada qualche disgrazia. Si fa attenzione a tutto ciò che lo circonda, a chiunque gli parli anche solo una parola. La sua salute, la sua vita stessa diventano oggetto di nuova preoccupazione per il pubblico: si teme che una vecchiaia così precoce possa vanificare l’idea dei mali orribili di cui si vantavano coloro che desideravano la sua rovina; si teme che, col tempo, tutte le precauzioni adottate non siano più sufficienti per impedirgli di parlare. Se finalmente la voce dell’innocenza riuscisse a farsi sentire tra le acclamazioni ostili, quale terribile disastro ne deriverebbe per il mondo letterario, per i medici, per i nobili, per i magistrati. Sì, se riuscisse a far riconoscere ai suoi contemporanei di essere un uomo onesto, e se riuscisse finalmente a confondere tutti i suoi accusatori, la sua piena giustificazione significherebbe la distruzione pubblica.

Tutto ciò dimostra in modo irrefutabile che l’odio di cui Jean-Jacques è oggetto non è l’odio verso il vizio e la malvagità, ma quello verso un individuo specifico. Che sia cattivo o buono, non importa; una volta dedicato all’odio pubblico, non può più sfuggirvi; e, basta conoscere appena le dinamiche del cuore umano per capire che anche se la sua innocenza venisse riconosciuta, ciò non farebbe altro che renderlo ancora più odioso e trasformere l’animosità verso di lui in vera e propria furia. Oggi non gli si perdona nemmeno il fatto che abbia cercato di scuotere il pesante giogo che tutti vorrebbero imporgli; molto meno gli si perdonerebbero i torti che ci si rimprovererebbe di avergli inflitto. E poiché anche voi stesso avete provato, in un certo momento, un sentimento così ingiusto, come potrebbero queste persone, così piene d’orgoglio, sopportare senza amarezza l’idea della propria bassezza, rispetto alla sua pazienza e dolcezza? Ebbene, sappiate con certezza che se davvero fosse un mostro, lo si eviterebbe ancora di più, ma lo si odierebbe molto meno.

Per quanto mi riguarda, per spiegare simili atteggiamenti non posso pensare ad altro se non che si sia fatto uso di motivi analoghi a quelli che avevano suscitato in pubblico tale violenta animosità, al fine di alimentarla nelle menti degli autori del complotto stesso. Avevano visto quest’uomo adottare principi completamente opposti ai loro; non appartenere a nessun partito né setta; esprimersi soltanto su ciò che riteneva vero, buono e utile agli uomini, senza considerare né il proprio interesse né quello di alcuno in particolare. Questo comportamento, e la superiorità che gli conferiva rispetto a loro, divennero la principale fonte del loro odio. Non riuscirono mai a perdonargli il fatto che non piegasse la sua morale al proprio vantaggio, che tenesse così poco conto del proprio interesse e di quello altrui, e che mostrasse apertamente gli abusi della letteratura e la volgarità della professione di scrittore, senza preoccuparsi delle conseguenze che tali principi avrebbero potuto avere su di lui stesso o sugli altri. Odiano la satira tanto quanto amano la verità; lo videro sempre distinguere onorevolmente le persone e lodarle sinceramente quando esprimeva verità generali dalle quali alcune avrebbero potuto offendersi. Faceva capire che il male derivava dalla natura stessa delle cose, mentre il bene dipendeva dalle virtù degli individui. Facciava le stesse eccezioni sia per i suoi amici che per gli scrittori che riteneva meritevoli; e leggendo i suoi opere si percepisce chiaramente il piacere che provava nel concedere tali onori. Tuttavia, coloro che si sentivano meno degni di queste lodi, e le cui coscienze respingevano segretamente tali elogi, si irritavano sempre di più man mano che si rendevano conto di non meritarli. Non gli perdonarono mai il fatto di aver così chiaramente smascherato gli abusi di una professione che loro stessi cercavano di far ammirare al pubblico, né il fatto che, con il suo comportamento, avesse implicitamente disprezzato, sebbene involontariamente, il loro modo di agire. L’odio covato in loro da queste riflessioni li spinse a cercare modi per suscitare lo stesso sentimento negli altri uomini.

Iniziarono col distorcere tutti i suoi principi: trasformarono un repubblicano rigoroso in un sovversivo, il suo amore per la libertà legale in una licenziosità sfrenata, e il suo rispetto per le leggi in un’ostilità verso i potenti. Lo accusarono di voler sovvertire completamente l’ordine sociale, perché si indignava che, sotto questo pretesto, venissero perpetrati i più terribili disordini, insultando così le miserie dell’umanità con abusi criminali presentati come leggi che ne erano in realtà la rovina. La sua indignazione contro i brigantaggi pubblici, il suo odio verso i potenti che li sostenevano, la sua audacia nel pronunciare verità spiacevoli a tutti i regimi furono tutti mezzi utilizzati per irritarli ulteriormente contro di lui. Per renderlo odioso a coloro che detenevano il potere, lo accusarono anche di disprezzarli personalmente. Le sue aspre ma generali critiche nei loro confronti furono trasformate in satira personale, utilizzata con grande abilità per diffamarlo.

Niente ispira tanto coraggio quanto il testimone di un cuore sincero, che trae dall’integrità delle proprie intenzioni l’audacia di pronunciare apertamente e senza paura i giudizi guidati soltanto dall’amore per la giustizia e la verità; ma niente, allo stesso tempo, espone a tanti pericoli e rischi da parte di nemici astuti quanto proprio quell’audacia, che getta un uomo appassionato in tutti gli inganni che questi gli tendono, consegnandolo a un’impulsività senza regole e facendogli commettere mille errori. Errori che un’anima onesta e generosa avrebbe forse evitato, ma che loro sanno trasformare in crimini orribili. Gli uomini comuni, incapaci di sentimenti elevati e nobili, non suppongono mai che coloro che si appassionano per la giustizia e il bene pubblico agiscano spinti da motivi altruisti; e, non riuscendo a credere che l’amore per la giustizia possa suscitare un tale zelo, attribuiscono loro sempre motivazioni personali. Motivazioni simili a quelle che loro stessi nascondono dietro nomi pomposi, senza le quali non li si vedrebbe mai impegnarsi con tanta passione in nulla.

La cosa che meno si può perdonare è un disprezzo meritato. Quello che Jean-Jacques provava verso tutto questo cosiddetto ordine sociale, che in realtà nasconde i più crudeli disordini, riguardava soprattutto la struttura stessa dei vari stati sociali, piuttosto che le persone che li compongono e che, proprio a causa di tale struttura, sono costrette ad essere ciò che sono. Jean-Jacques faceva sempre una distinzione molto sagace tra le persone e le loro condizioni sociali, riconoscendo spesso il valore delle prime, anche quando queste erano soggette all’influenza del proprio ambiente sociale; talvolta, infatti, la natura umana riusciva a prendere il sopravvento sugli interessi personali, come accade abbastanza frequentemente nelle persone ben nate. L’arte dei vostri signori consisteva invece nel presentare le cose da un punto di vista completamente diverso, facendo apparire come odio verso gli uomini l’affetto che, in realtà, per il loro bene stesso, Jean-Jacques provava nei confronti dei mali che essi stessi si infliggevano. A quanto pare, non si sono limitati a queste generalizzazioni; hanno anche attribuito a Jean-Jacques discorsi, scritti e opere in linea con le loro idee, senza risparmiare né falsità né menzogne per suscitare contro di lui l’orgoglio umano, in tutti gli stati sociali e tra tutte le persone.

Jean-Jacques a même une opinion qui, si elle est juste, peut aider à expliquer cette animosité générale. Il est persuadé que, dans les écrits qu’on fait passer sous son nom, l’on a pris un soin particulier de lui faire insulter brutalement tous les états de la société, et de changer en odieuses personnalités les reproches francs et forts qu’il leur fait quelquefois. Ce soupçon lui est venu[401] sur ce que, dans plusieurs lettres, anonymes et autres, on lui rappelle des choses, comme étant de ses écrits, qu’il n’a jamais songé à y mettre. Dans l’une, il a, dit-on, mis fort plaisamment en question si les marins étaient des hommes. Dans une autre, un officier lui avoue modestement que, selon l’expression de lui, Jean-Jacques, lui militaire, radote de bonne foi comme la plupart de ses camarades. Tous les jours il reçoit ainsi des citations de passages qu’on lui attribue faussement, avec la plus grande confiance, et qui sont toujours outrageants pour quelqu’un. Il apprit il y a peu de temps qu’un homme de lettres de sa plus ancienne connaissance, et pour lequel il avait conservé de l’estime, ayant trop marqué peut-être un reste d’affection pour lui, on l’en guérit en lui persuadant que Jean-Jacques travaillait à une critique amère de ses écrits.

Tels sont à peu près les ressorts qu’on a pu mettre en jeu pour allumer et fomenter cette animosité si vive et si générale dont il est l’objet, et qui, s’attachant particulièrement à sa diffamation, couvre d’un faux intérêt pour sa personne le soin de l’avilir encore par cet air de faveur et de commisération. Pour moi, je n’imagine que ce moyen d’expliquer les différents degrés de la haine qu’on lui porte, à proportion que ceux qui s’y livrent sont plus dans le cas de s’appliquer les reproches qu’il fait à son siècle et à ses contemporains. Les fripons publics, les intrigants, les ambitieux, dont il dévoile les manœuvres ; les passionnés destructeurs de toute religion, de toute conscience, de toute liberté, de toute morale, atteints plus au vif par ses censures, doivent le haïr et le haïssent en effet encore plus que ne font les honnêtes gens trompés. En l’entendant seulement nommer, les premiers ont peine à se contenir ; et la modération qu’ils tâchent d’affecter se dément bien vite, s’ils n’ont pas besoin de masque pour assouvir leur passion. Si la haine de l’homme n’était que celle du vice, la proportion se renverserait ; la haine des gens de bien serait plus marquée, les méchants seraient plus indifférents. L’observation contraire est générale, frappante, incontestable, et pourrait fournir bien des conséquences : contentons-nous ici de la confirmation que j’en tire de la justesse de mon explication.

Cette aversion une fois inspirée s’étend, se communique de proche en proche dans les familles, dans les sociétés, et devient en quelque sorte un sentiment inné qui s’affermit dans les enfants par l’éducation, et dans les jeunes gens par l’opinion publique. C’est encore une remarque à faire, qu’excepté la confédération secrète de vos dames et de vos messieurs, ce qui reste de la génération dans laquelle il a vécu n’a pas pour lui une haine aussi envenimée que celle qui se propage dans la génération qui suit. Toute la jeunesse est nourrit dans ce sentiment par un soin particulier de vos messieurs, dont les plus adroits se sont chargés de ce département. C’est d’eux que tous les apprentis philosophes prennent l’attache ; c’est de leurs mains que sont placés les gouverneurs des enfants, les secrétaires des pères, les confidents des mères ; rien dans l’intérieur des familles ne se fait que par leur direction, sans qu’ils paraissent se mêler de rien ; ils ont trouvé l’art de faire circuler leur doctrine et leur animosité dans les séminaires, dans les collèges, et toute la génération naissante leur est dévouée dès le berceau. Grands imitateurs de la marche des jésuites, ils furent leurs plus ardents ennemis, sans doute par jalousie de métier ; et maintenant, gouvernant les esprits avec le même empire, avec la même dextérité que les autres gouvernaient les consciences ; plus fins qu’eux en ce qu’ils savent mieux se cacher en agissant, et substituant peu à peu l’intolérance philosophique à l’autre, ils deviennent, sans qu’on s’en aperçoive, aussi dangereux que leurs prédécesseurs. C’est par eux que cette génération nouvelle, qui doit certainement à Jean-Jacques d’être moins tourmentée dans son enfance, plus saine et mieux constituée dans tous les âges, loin de lui en savoir gré, est nourrie dans les plus odieux préjugés et dans les plus cruels sentiments à son égard. Le venin d’animosité qu’elle a sucé presque avec le lait lui fait chercher à l’avilir et le déprimer avec plus de zèle encore que ceux mêmes qui l’ont élevée dans ces dispositions haineuses. Voyez dans les rues et aux promenades l’infortuné Jean-Jacques entouré de gens qui, moins par curiosité que par dérision, puisque la plupart l’ont déjà vu cent fois, se détournent, s’arrêtent pour le fixer d’un œil qui n’a rien assurément de l’urbanité française : vous trouverez toujours que les plus insultants, les plus moqueurs, les plus acharnés sont de jeunes gens qui, d’un air ironiquement poli, s’amusent à lui donner tous les signes d’outrage et de haine qui peuvent l’affliger, sans les compromettre.

Tout cela eût été moins facile à faire dans tout autre siècle : mais celui-ci est particulièrement un siècle haineux et malveillant par caractère[402]. Cet esprit cruel et méchant se fait sentir dans toutes les sociétés, dans toutes les affaires publiques ; il suffit seul pour mettre à la mode et faire briller dans le monde ceux qui se distinguent par là. L’orgueilleux despotisme de la philosophie moderne a porté l’égoïsme de l’amour-propre à son dernier terme. Le goût qu’a pris toute la jeunesse pour une doctrine si commode la lui a fait adopter avec fureur et prêcher avec la plus vive intolérance. Ils se sont accoutumés à porter dans la société ce même ton de maître sur lequel ils prononcent les oracles de leur secte, et à traiter avec un mépris apparent, qui n’est qu’une haine plus insolente, tout ce qui ose hésiter à se soumettre à leurs décisions. Ce goût de domination n’a pu manquer d’animer toutes les passions irascibles qui tiennent à l’amour-propre. Le même fiel qui coule avec l’encre dans les écrits des maîtres abreuve les cœurs des disciples. Devenus esclaves pour être tyrans, ils ont fini par prescrire, en leur propre nom, les lois que ceux-là leur avaient dictées, et à voir dans toute résistance la plus coupable rébellion. Une génération de despotes ne peut être ni fort douce ni fort paisible, et une doctrine si hautaine, qui d’ailleurs n’admet ni vice ni vertu dans le cœur de l’homme, n’est pas propre à contenir, par une morale indulgente pour les autres et réprimante pour soi, l’orgueil de ses sectateurs. De là les inclinations haineuses qui distinguent cette génération. Il n’y a plus ni modération dans les âmes, ni vérité dans les attachements. Chacun hait tout ce qui n’est pas lui plutôt qu’il ne s’aime lui-même. On s’occupe trop d’autrui pour savoir s’occuper de soi ; on ne sait plus que haïr, et l’on ne tient point à son propre parti par attachement, encore moins par estime, mais uniquement par haine du parti contraire. Voilà les dispositions générales dans lesquelles vos messieurs ont trouvé ou mis leurs contemporains, et qu’ils n’ont eu qu’à tourner ensuite contre Jean-Jacques[403], qui, tout aussi peu propre à recevoir la loi qu’à la faire, ne pouvait par cela seul manquer dans ce nouveau système d’être l’objet de la haine des chefs et du dépit des disciples : la foule, empressée à suivre une route qui l’égare, ne voit pas avec plaisir ceux qui, prenant une route contraire, semblent par là lui reprocher son erreur[404].

Qui connaîtrait bien toutes les causes concourantes, tous les différents ressorts mis en oeuvre pour exciter dans tous les états cet engouement haineux, serait moins surpris de le voir de proche en proche devenir une contagion générale. Quand une fois le branle est donné, chacun suivant le torrent en augmente l’impulsion. Comment se défier de son sentiment quand on le voit être celui de tout le monde ? Comment douter que l’objet d’une haine aussi universelle soit réellement un homme odieux ? Alors plus les choses qu’on lui attribue sont absurdes et incroyables, plus on est prêt à les admettre. Tout fait qui le rend odieux ou ridicule est par cela seul assez prouvé. S’il s’agissait d’une bonne action qu’il eût faite, nul n’en croirait à ses propres yeux, ou bientôt une interprétation subite la changerait du blanc au noir. Les méchants ne croient ni à la vertu, ni même à la bonté ; il faut être déjà bon soi-même pour croire d’autres hommes meilleurs que soi, et il est presque impossible qu’un homme réellement bon demeure ou soit reconnu tel dans une génération méchante.

Jean-Jacques even holds an opinion that, if true, could help explain this general hostility toward him. He is convinced that in the writings attributed to his name, great care has been taken to make him violently insult all sectors of society, and to turn the frank and harsh criticisms he sometimes makes against them into despicable characterizations. This suspicion arose when, in several anonymous letters and others, he was reminded of ideas that he had never intended to include in his own writings. In one letter, he is said to have humorously questioned whether sailors could truly be considered men. In another, an officer modestly admitted that, in Jean-Jacques’ words, he himself, as a soldier, foolishly clung to outdated beliefs, just like most of his comrades. Every day, he received such quotations that were falsely attributed to him, with utmost confidence—and which were always utterly offensive. Not long ago, he learned that a writer he had known for many years and whom he still held in high regard had, perhaps out of lingering affection for him, tried to convince him that Jean-Jacques was working on a harsh critique of his own writings.

These are roughly the means that have been employed to ignite and foster such intense and widespread hostility toward him. This hostility, particularly focused on his defamation, cloaks a false concern for his person beneath an apparent show of favor and compassion, only serving to further degrade him. In my view, this is the only way to explain the varying degrees of hatred people feel toward him—hate that increases in proportion to the extent to which those who harbor it can identify themselves with the criticisms he directs at his own era and its contemporaries. Public scoundrels, schemers, and ambitionists, whose schemes he exposes; those fanatics who seek to destroy every religion, conscience, freedom, and morality—these are all particularly affected by his condemnations, and indeed they hate him even more than the honest people who are deceived by his deceit. At the mere mention of his name, these individuals can hardly contain their rage; any pretense of moderation they might attempt soon gives way when they no longer need a mask to vent their passion. If human hatred were merely directed at vice, this ratio would be reversed: good people would hate even more intensely, while the wicked would remain indifferent. Yet the opposite is true—this observation is widespread, striking, and undeniable, and it could lead to many profound conclusions. For now, let us content ourselves with the confirmation that my explanation is indeed correct.

This aversion, once kindled, spreads from one person to another within families and societies, becoming in some sense an innate sentiment that is reinforced in children through education and in young people by public opinion. It is worth noting again that, except for the secret confederation of your ladies and gentlemen, those who remain from the generation in which this sentiment originated do not hold towards him such bitter hatred as that which spreads among subsequent generations. The entire youth is nurtured in this sentiment through the particular care taken by your gentlemen, among whom the most cunning have devoted themselves to this task. It is they who appoint the tutors for children, the secretaries for fathers, and the confidants for mothers; nothing within families happens without their direction, yet they never seem to be directly involved. They have mastered the art of spreading their doctrines and their hostility in seminaries and colleges, so that every new generation is devoted to them from its very birth. Great imitators of the methods of the Jesuits, they became their most ardent enemies, probably out of professional jealousy; and now, governing minds with the same authority and skill as those who once governed consciences, they are even more subtle in their actions—gradually replacing religious intolerance with philosophical intolerance—and thus, without anyone noticing, becoming just as dangerous as their predecessors. It is through them that this new generation, which should surely owe its less troubled childhood, its better health, and its sound development at all ages to Jean-Jacques Rousseau, is instead nurtured in the most abhorrent prejudices and cruel sentiments towards him. The venom of hostility they have instilled in it makes it seek to degrade and oppress him with even greater zeal than those who raised it in such hateful tendencies. Look in the streets and at public places—there you will find the unfortunate Jean-Jacques surrounded by people who, more out of mockery than genuine curiosity (since most of them have seen him hundreds of times already), turn away or stop to stare at him with a look that bears no trace of French courtesy. You will always find that the most insulting, mocking, and bitter among them are young men who, with an air of feigned politeness, take pleasure in showing him every sign of outrage and hatred that they can inflict upon him, without risking any consequences for themselves.

All of this would have been far less easy to accomplish in any other century; but this one is particularly characterized by hatred and malice. This cruel and wicked spirit is present in all societies, in all public affairs; it alone is enough to make those who distinguish themselves in these areas become fashionable and prominent in the world. The arrogant despotism of modern philosophy has taken the egoism of self-love to its ultimate extreme. The entire youth has embraced this convenient doctrine with such fervor that they preach it with utmost intolerance. They have gotten used to adopting that same domineering tone when proclaiming the doctrines of their sect, and to treating anything that dares to hesitate in submitting to their decisions with apparent disdain—which is nothing but even more insolent hatred. Such a desire for domination could only inflame all those irritable passions inherent in self-love. The very venom that flows from the writings of these “masters” poisons the hearts of their followers. Having become slaves in order to be tyrants, they ended up prescribing, in their own name, the laws that those same people had once imposed upon them, and seeing any resistance as the most culpable form of rebellion. A generation of despots can never be gentle or peaceful; moreover, a doctrine so arrogant that it recognizes neither vice nor virtue in the human heart is certainly not suited to contain the pride of its adherents through indulgent morals for others and harsh discipline for oneself. Hence the hateful tendencies that characterize this generation. There is no longer any moderation in people’s hearts, no truth in their attachments; everyone hates everything that is not themselves, rather than loving themselves. People spend too much time caring about others and forget to care for themselves; they know only how to hate, and they cling to their own side not out of loyalty or respect, but solely out of hatred for the opposing faction. Such are the general conditions in which your masters found—or created—their contemporaries, and they simply had to turn these same conditions against Jean-Jacques[403], who, being just as unfit to receive this doctrine as to impose it, was thus destined to become the object of both the hatred of the leaders and the resentment of the followers. The crowd, eager to follow a path that leads to confusion, naturally dislikes those who take a contrary direction, as if they are thereby condemning their own mistakes[404].

He who truly understood all the concurrent causes, all the different factors at play in arousing such universal and hateful fervor in every individual, would be far less surprised to see it gradually turning into a widespread contagion. Once the momentum is set in motion, everyone adds their own force to its intensity. How can one resist such a sentiment when it seems to be shared by everyone? How can one doubt that the object of such universal hatred must indeed be an abhorrent person? The more absurd and unbelievable the accusations against him seem, the more willing people are to accept them. Any action that makes him appear odious or ridiculous is in itself sufficient proof of his guilt. If what he had done were some good deed, no one would believe it at first glance; soon, some sudden interpretation would turn it into its opposite. Evildoers neither believe in virtue nor even in goodness; one must already be good oneself to believe that other people can be better than oneself. And it is almost impossible for a truly good person to remain or be recognized as such in a generation filled with evil.

Jean-Jacques ha persino un’opinione che, se fosse giusta, potrebbe aiutare a spiegare questa generale animosità nei suoi confronti. È convinto che, negli scritti attribuitigli, si sia preso particolare cura di farlo insultare brutalmente da tutti gli strati della società, e di trasformare in personaggi odiosi i rimproveri franchi e decisi che talvolta rivolgeva loro. Questo sospetto gli è venuto dopo aver letto, in diverse lettere anonime e simili, argomenti che gli venivano attribuiti come suoi scritti, ma di cui non aveva mai avuto intenzione di scrivere. In una di queste lettere, si dice che abbia posto in modo molto ironico la questione se i marinai fossero davvero degli uomini; in un’altra, un ufficiale gli confessava modestamente che, secondo le sue stesse parole, anche lui, come la maggior parte dei suoi compagni militari, era un vecchio sciocco. Ogni giorno riceveva citazioni di passaggi che gli venivano falsamente attribuiti, con grande fiducia da parte di chi le inviava, e che erano sempre offensivi per chiunque li leggesse. Di recente ha scoperto che un letterato che conosceva da molto tempo e per il quale provava stima gli aveva fatto credere, forse per dimostrargli la propria affetto, che Jean-Jacques stesse lavorando a una critica aspra dei suoi scritti.

Questi sono approssimativamente i mezzi che si sono potuti utilizzare per suscitare e alimentare quell’animosità così intensa e diffusa nei suoi confronti; un’animosità che, concentrandosi in particolare sulla sua diffamazione, maschera con un falso interesse per la sua persona lo scopo reale di umiliarlo ancora di più, attraverso atteggiamenti apparentemente di favore e compassione. Per quanto mi riguarda, non vedo altra spiegazione possibile per i diversi gradi di odio che gli vengono rivolti: tali sentimenti aumentano proporzionalmente al fatto che coloro che li provano si riconoscono nei rimproveri che egli formula contro il suo secolo e i suoi contemporanei. I truffatori, gli intriganti, gli ambiziosi, le cui manovre viene a scoprire; i fanatici distruttori di qualsiasi religione, coscienza, libertà o morale, colpiti più profondamente dalle sue critiche, devono odiarlo, e infatti lo odiano ancora di più rispetto alle persone oneste che sono state ingannate. Solo il nome suo basta per far perdere loro la ragione; la moderazione che cercano di ostentare svanisce immediatamente, se non hanno bisogno di maschere per sfogare la loro passione. Se l’odio umano fosse limitato soltanto ai vizi, questa proporzione si invertirebbe: gli uomini onesti proverebbero un odio ancora più forte, mentre i malvagi rimarrebbero indifferenti. L’osservazione contraria è universale, evidente e incontestabile. E potrebbe portare a molte conseguenze. Ma per ora ci accontentiamo della conferma che ne traggo riguardo alla correttezza della mia spiegazione.

Questo sentimento di avversione, una volta suscitato, si diffonde da persona a persona nelle famiglie e nelle società, diventando quasi un istinto innato che si rafforza nei bambini attraverso l’educazione e nei giovani grazie all’opinione pubblica. È ancora degno di nota il fatto che, ad eccezione della segreta confraternita dei vostri signori e delle vostre dame, ciò che rimane della generazione in cui questo sentimento è nato non nutre nei suoi confronti un’odio così intenso come quello che si diffonde nella generazione successiva. Tutta la gioventù viene educata a questo sentimento grazie alle particolari attenzioni di questi signori, i quali, tra i più abili, si sono incaricati di questa missione. È da loro che tutti gli apprendisti filosofi ricevono le loro istruzioni; è attraverso di loro che vengono nominati i tutor dei bambini, i segretari dei padri, i confidenti delle madri; nulla all’interno delle famiglie avviene senza la loro direzione, anche se apparentemente non si intromettono in nulla. Hanno trovato il modo di diffondere la loro dottrina e il loro odio nei seminari, nei collegi, e tutta la nuova generazione nasce già devota a loro fin dalla culla. Grandi imitatori dei metodi dei gesuiti, sono stati i loro più accaniti nemici, probabilmente per gelosia professionale; e ora, governando gli spiriti con lo stesso potere e abilità con cui un tempo questi ultimi governavano le coscienze, essendo più astuti di loro nel nascondersi mentre agiscono, sostituendo gradualmente l’intolleranza filosofica a quella religiosa, diventano, senza che se ne accorga nessuno, altrettanto pericolosi dei loro predecessori. È grazie a loro che questa nuova generazione, che certamente deve a Jean-Jacques di essere meno tormentata nell’infanzia e più sana in tutte le fasi della vita, lontano dal ringraziarlo, viene invece educata nei pregiudizi più odiosi e nei sentimenti più crudeli nei suoi confronti. Il veleno dell’odio che ha assorbito fin quasi dall’allattamento la spinge a cercare di umiliarlo e deprimerlo con ancora maggiore zelo rispetto a coloro che l’hanno educata in queste disposizioni ostili. Guardate per le strade e nelle passeggiate quel povero Jean-Jacques, circondato da persone che, più per derisione che per curiosità – poiché la maggior parte lo ha già visto centinaia di volte – si girano dall’altra parte o si fermano per fissarlo con uno sguardo assolutamente privo di cortesia francese. Sempre troverete che i più offensivi, i più derisori, i più crudeli sono giovani che, con un atteggiamento apparentemente educato ma ironico, si divertono a manifestargli tutti i segni di oltraggio e odio che possono ferirlo, senza però correre alcun rischio.

Tutto ciò sarebbe stato meno facile da realizzare in qualsiasi altro secolo; ma questo è particolarmente un secolo pieno di odio e malvagità. Questo spirito crudele e malvagio si fa sentire in tutte le società, in tutte le questioni pubbliche; basta esso solo per rendere popolari e far brillare nel mondo coloro che si distinguono in questo senso. L’orgoglioso dispotismo della filosofia moderna ha portato l’egoismo dell’amor-proprio al suo estremo. Il gusto che tutta la gioventù ha sviluppato per una dottrina così comoda le ha fatto adottarla con fervore e predicarla con la più intensa intolleranza. Si sono abituati a usare, nella società, lo stesso tono autoritario con cui pronunciano i “oracoli” della loro setta, e a trattare con disprezzo tutto ciò che osa esitare ad sottomettersi alle loro decisioni. Questo desiderio di dominazione non poteva che alimentare tutte le passioni irascibili legate all’amor-proprio. Lo stesso veleno che scorre nelle parole degli autori di queste dottrine inonda i cuori dei loro seguaci. Diventati schiavi per poter essere tiranni, hanno finito per stabilire, a proprio nome, le leggi che altri avevano imposto loro, e per considerare qualsiasi resistenza come la più grave delle ribellioni. Una generazione di despoti non può certo essere né mite né pacifica; inoltre, una dottrina così presuntuosa, che non riconosce né vizi né virtù nell’animo umano, non è adatta a contenere, attraverso una morale indulgente verso gli altri e repressiva verso se stessa, l’orgoglio dei suoi seguaci. Da qui derivano le inclinazioni ostili che caratterizzano questa generazione: non c’è più moderazione nelle anime, né verità negli affetti; ognuno odia tutto ciò che non è sé stesso, piuttosto che amarsi sinceramente. Si preoccupa troppo degli altri per prendersi cura di se stessi; si sa soltanto odiare, e ci si attacca al proprio partito non per affetto né per rispetto, ma unicamente per odio verso il contrario. Ecco le condizioni generali in cui i vostri signori hanno trovato i loro contemporanei, e che hanno semplicemente utilizzato contro Jean-Jacques, il quale, altrettanto incapace di ricevere la legge quanto di impartirla, non poteva certo non diventare l’oggetto dell’odio dei capi e del disprezzo dei seguaci di questa nuova dottrina. La folla, desiderosa di seguire una strada che la conduce all’errore, non vede con favore coloro che, scegliendo un percorso opposto, sembrano rimproverarle il suo errore.

Chi conoscesse bene tutte le cause che concorrono, tutti i diversi fattori che vengono messi in atto per suscitare in ogni situazione questo odio furioso, sarebbe meno sorpreso nel vedere come esso diventi sempre più diffuso, quasi una vera e propria epidemia. Una volta dato l’avvio a questa corrente negativa, ognuno contribuisce ad aumentarne la forza. Come si può dubitare di un sentimento che sembra essere condiviso da tutti? Come si può negare che l’oggetto di un odio così universale sia davvero una persona odiosa? Più le cose che gli vengono attribuite sono assurde e inverosimili, più si è disposti ad accettarle. Qualsiasi azione che lo renda odioso o ridicolo è già di per sé una prova sufficiente della sua malevolenza. Se si trattasse invece di un’azione buona che avesse compiuto, nessuno ci crederebbe nemmeno a occhi propri; in breve tempo, qualche interpretazione distorta trasformerebbe quella stessa azione in qualcosa di negativo. I malvagi non credono né nella virtù né nella bontà; bisogna già essere buoni per credere che altri siano migliori di noi, e è quasi impossibile che una persona veramente buona rimanga tale o venga riconosciuta come tale in una generazione piena di malvagità.

Les cœurs ainsi disposés, tout le reste devint facile. Dès lors vos messieurs auraient pu, sans aucun détour, persécuter ouvertement Jean-Jacques avec l’approbation publique ; mais ils n’auraient assouvi qu’à demi leur vengeance, et se compromettre vis-à-vis de lui était risquer d’être découverts. Le système qu’ils ont adopté remplit mieux toutes leurs vues et prévient tous les inconvénients. Le chef-d’œuvre de leur art a été de transformer en ménagements pour leur victime les précautions qu’ils ont prises pour leur sûreté. Un vernis d’humanité, couvrant la noirceur du complot, acheva de séduire le public, et chacun s’empressa de concourir à cette bonne œuvre : il est si doux d’assouvir saintement une passion et de joindre au venin de l’animosité le mérite de la vertu ! Chacun se glorifiant en lui-même de trahir un infortuné, se disait avec complaisance : « Ah ! que je suis généreux ! C’est pour son bien que je le diffame, c’est pour le protéger que je l’avilis ; et l’ingrat, loin de sentir mon bienfait, s’en offense ! mais cela ne m’empêchera pas d’aller mon train et de le servir de la sorte en dépit de lui. » Voilà comment, sous le prétexte de pourvoir à sa sûreté, tous, en s’admirant eux-mêmes, se font contre lui les satellites de vos messieurs, et, comme écrivait Jean-Jacques à M***, sont si fiers d’être des traîtres. Concevez-vous qu’avec une pareille disposition d’esprit on puisse être équitable et voir les choses comme elles sont ? On verrait Socrate, Aristide, on verrait un ange, on verrait Dieu même avec des yeux ainsi fascinés, qu’on croirait toujours voir un monstre infernal.

Mais quelque facile que soit cette pente, il est toujours bien étonnant, dites-vous, qu’elle soit universelle, que tous la suivent sans exception, que pas un seul n’y résiste et ne proteste, que la même passion entraîne en aveugle une génération tout entière, et que le consentement soit unanime dans un tel renversement du droit de la nature et des gens.

Je conviens que le fait est très extraordinaire ; mais, en le supposant très certain, je le trouverais bien plus extraordinaire encore, s’il avait la vertu pour principe, car il faudrait que toute la génération présente se fut élevée par cette unique vertu à une sublimité qu’elle ne montre assurément en nulle autre chose, et que, parmi tant d’ennemis qu’a Jean-Jacques, il ne s’en trouvât pas un seul qui eût la maligne franchise de gâter la merveilleuse œuvre de tous les autres. Dans mon explication, un petit nombre de gens adroits, puissants, intrigants, concertés de longue main, abusant des uns par de fausses apparences, et animant les autres par des passions auxquelles ils n’ont déjà que trop de pente, fait tout concourir contre un innocent qu’on a pris soin de charger de crimes, en lui ôtant tout moyen de s’en laver. Dans l’autre explication, il faut que de toutes les générations la plus haineuse se transforme tout d’un coup tout entière, et sans aucune exception, en autant d’anges célestes en faveur du dernier des scélérats qu’on s’obstine à protéger et à laisser libre, malgré les attentats et les crimes qu’il continue de commettre tout à son aise, sans que personne au monde ose, tant on craint de lui déplaire, songer à l’en empêcher, ni même à les lui reprocher. Laquelle de ces deux suppositions vous paraît la plus raisonnable et la plus admissible ?

Au reste, cette objection, tirée du concours unanime de tout le monde à l’exécution d’un complot abominable, a peut-être plus d’apparence que de réalité. Premièrement, l’art des moteurs de toute la trame a été de ne la pas dévoiler également à tous les yeux. Ils en ont gardé le principal secret entre un petit nombre de conjurés ; ils n’ont laissé voir au reste des hommes que ce qu’il fallait pour les y faire concourir. Chacun n’a vu l’objet que par le côté qui pouvait l’émouvoir, et n’a été initié dans le complot qu’autant que l’exigeait la partie de l’exécution qui lui était confiée. Il n’y a peut-être pas dix personnes qui sachent à quoi tient le fond de la trame ; et, de ces dix, il n’y en a peut-être pas trois qui connaissent assez leur victime pour être surs qu’ils noircissent un innocent. Le secret du premier complot est concentré entre deux hommes qui n’iront pas le révéler. Tout le reste des complices, plus ou moins coupables, se fait illusion sur des manœuvres qui, selon eux, tendent moins à persécuter l’innocence qu’à s’assurer d’un méchant. On a pris chacun par son caractère particulier, par sa passion favorite. S’il était possible que cette multitude de coopérateurs se rassemblât et s’éclairât par des confidences réciproques, ils seraient frappés eux-mêmes des contradictions absurdes qu’ils trouveraient dans les faits qu’on a prouvés à chacun d’eux, et des motifs non seulement différents, mais souvent contraires, par lesquels on les a fait concourir tous à l’œuvre commune, sans qu’aucun d’eux en vit le vrai but. Jean-Jacques lui-même sait bien distinguer d’avec la canaille à laquelle il a été livré à Môtiers, à Trye, à Monquin, des personnes d’un vrai mérite, qui, trompées plutôt que séduites, et, sans être exemptes de blâme, à plaindre dans leur erreur, n’ont pas laissé, malgré l’opinion qu’elles avaient de lui, de le rechercher avec le même empressement que les autres, quoique dans de moins cruelles intentions. Les trois quarts peut-être de ceux qu’on a fait entrer dans le complot n’y restent que parce qu’ils n’en ont pas vu toute la noirceur. Il y a même plus de bassesse que de malice dans les indignités dont le grand nombre l’accable ; et l’on voit à leur air, à leur ton, dans leurs manières, qu’ils l’ont bien moins en horreur comme objet de haine, qu’en dérision comme infortuné.

De plus, quoique personne ne combatte ouvertement l’opinion générale, ce qui serait se compromettre à pure perte, pensez-vous que tout le monde y acquiesce réellement ? Combien de particuliers peut-être, voyant tant de manœuvres et de mines souterraines, s’en indignent, refusent d’y concourir, et gémissent en secret sur l’innocence opprimée ! combien d’autres, ne sachant à quoi s’en tenir sur le compte d’un homme enlacé dans tant de pièges, refusent de le juger sans l’avoir entendu ; et, jugeant seulement ses adroits persécuteurs, pensent que des gens à qui la ruse, la fausseté, la trahison, coûtent si peu, pourraient bien n’être pas plus scrupuleux sur l’imposture ! Suspendus entre la force des preuves qu’on leur allègue, et celles de la malignité des accusateurs, ils ne peuvent accorder tant de zèle pour la vérité, avec tant d’aversion pour la justice, ni tant de générosité pour celui qu’ils accusent, avec tant d’art à gauchir devant lui et se soustraire à ses défenses. On peut s’abstenir de l’iniquité, sans avoir le courage de la combattre. On peut refuser d’être complice d’une trahison, sans oser démasquer les traîtres. Un homme juste, mais faible, se retire alors de la foule, reste dans son coin ; et, n’osant s’exposer, plaint tout bas l’opprimé, craint l’oppresseur, et se tait. Qui peut savoir combien d’honnêtes gens sont dans ce cas ? Ils ne se font ni voir ni sentir : ils laissent le champ libre à vos messieurs jusqu’à ce que le moment de parler sans danger arrive. Fondé sur l’opinion que j’eus toujours de la droiture naturelle du cœur humain, je crois que cela doit être. Sur quel fondement raisonnable peut-on soutenir que cela n’est pas ? Voilà, monsieur, tout ce que je puis répondre à l’unique objection à laquelle vous vous réduisez, et qu’au reste je ne me charge pas de résoudre à votre gré, ni même au mien, quoiqu’elle ne puisse ébranler la persuasion directe qu’ont produite en moi mes recherches.

Je vous ai vu prêt à m’interrompre, et j’ai compris que c’était pour me reprocher le soin superflu de vous établir un fait dont vous convenez si bien vous-même que vous le tournez en objection contre moi, savoir qu’il n’est pas vrai que tout le monde soit entré dans le complot. Mais remarquez qu’en paraissant nous accorder sur ce point nous sommes néanmoins de sentiments tout contraires, en ce que, selon vous, ceux qui ne sont pas du complot pensent sur Jean-Jacques tout comme ceux qui en sont, et que, selon moi, ils doivent penser tout autrement. Ainsi votre exception, que je n’admets pas, et la mienne, que vous n’admettez pas non plus, tombant sur des personnes différentes, s’excluent mutuellement, ou du moins ne s’accordent pas. Je viens de vous dire sur quoi je fonde la mienne ; examinons la vôtre à présent.

With such minds set, everything else became easy. From that moment on, your gentlemen could have pursued Jean-Jacques openly and without any restraint, with the public’s approval; but they would have only half-revengeed themselves, and exposing themselves to him would have risked exposure themselves. The scheme they adopted served all their purposes better and avoided all inconveniences. The crowning achievement of their “art” was turning the precautions they took for their own safety into measures meant to harm their victim. A veneer of humanity, covering up the darkness of their plot, completely won over the public, and everyone eagerly joined in this “good deed”: it is so pleasant to satisfy a passion in a “holy” way and to add the “merits of virtue” to the venom of hostility! Each one took pride in betraying a unfortunate person, indulging in the thought: “Ah! How generous I am! I slander him for his own good, I humiliate him to protect him; and yet that ungrateful wretch, far from appreciating my kindness, takes it as an insult! But that won’t stop me from going my own way and serving him in this manner, despite himself.” Thus, under the pretext of ensuring his safety, everyone, while admiring themselves, became your gentlemen’s accomplices—and, as Jean-Jacques wrote to M***, they took immense pride in being traitors. Can you imagine that someone with such a mindset could be fair or see things as they really are? If one were to look at Socrates, Aristide, an angel—even God himself—with such distorted eyes, one would always perceive them as monstrous creatures.

But however easy this slope may be, it is still quite astonishing, don’t you think? That it is universal, that everyone follows it without exception, that not a single person resists or protests against it; that the same passion blindly drives an entire generation forward; and that there is such unanimous consent in such a reversal of the natural and human rights.

I admit that the fact in question is truly extraordinary; but even if it were absolutely certain, I would find it even more astonishing if it were based on virtue as its principle. For then it would mean that the entire present generation had been elevated to a level of nobility that they certainly do not exhibit in any other regard. Moreover, among Jean-Jacques’s numerous enemies, there wouldn’t be a single one who would have the sheer malice to ruin the wonderful work accomplished by all the others. In my explanation, a small number of cunning, powerful, and scheming individuals—working together for a long time, deceiving some with false appearances and inciting others with passions they already have too much tendency toward—would conspire to bring harm to an innocent person who had been deliberately accused of crimes, while being deprived of any means to prove his innocence. In the other explanation, it would require that the most hostile of all generations suddenly—and without exception—transformed into angels devoted to defending the very worst scoundrel who continues to commit atrocities with impunity, without anyone in the world daring to stop him or even reproach him, for fear of offending him. Which of these two explanations does you find more reasonable and plausible?

Besides, this objection, which arises from the universal consensus of everyone in supporting the execution of such an abominable plot, may be more apparent than real. Firstly, the cleverness of those who orchestrated the entire scheme lay in not revealing it to everyone. They kept the main secrets among a small number of conspirators; to the rest of the people, only enough information was disclosed to encourage their participation. Each individual saw only that aspect of the plan which could affect them personally, and they were only made aware of as much of the plot as was necessary for them to carry out their assigned role. Perhaps not ten people in total understand the true nature of the entire scheme; and among these ten, maybe only three know their victim well enough to be certain that they are condemning an innocent person. The secrets of this first conspiracy are concentrated in the hands of two men who will never reveal them. All the other accomplices, more or less guilty, delude themselves into thinking that their actions are intended not so much to persecute the innocent as to ensure the success of a villainous plan. Each one was chosen based on their particular character and favorite passions. If it were possible for all these collaborators to come together and exchange information, they would be shocked by the absurd contradictions they would discover in the facts that have been revealed to each of them—and by the different, even contradictory motives that drove everyone to participate in this joint effort, without anyone understanding its true purpose. Even Jean-Jacques himself is well aware that, among the ruffians he was forced to associate with at Môtiers, Trye, and Monquin, there were also people of genuine merit. These individuals, though deceived rather than seduced, and certainly not without fault themselves, were pitiable in their error—but they did not pursue him with the same fervor as the others, albeit for less cruel intentions. Perhaps three-quarters of those who were drawn into this conspiracy remain involved only because they are unaware of its full horrors. In fact, there is more baseness than malice in the indignities inflicted upon them; and their expressions, tones, and manners reveal that they regard these acts not so much as objects of hatred but rather as sources of mockery for a unfortunate victim.

Furthermore, although no one openly challenges the prevailing opinion—since doing so would be utterly self-defeating—do you really think everyone agrees with it? How many individuals, seeing all these maneuvers and hidden schemes, must feel indignant, refuse to participate in them, and secretly lament the oppression of the innocent! And how many others, not knowing what to believe about a person ensnared in so many traps, refuse to judge him without hearing his side of the story; and, judging only from the cunningness of his persecutors, assume that those for whom deceit, falsehood, and betrayal carry such little cost might well be just as devoid of scruples when it comes to deception! Caught between the weight of the evidence presented against them and the malice of their accusers, they cannot muster enough zeal for truth while harboring so much aversion toward justice; nor can they show any generosity toward the person they accuse, given their skill at deceiving him and evading his defenses. One can refrain from committing injustice without having the courage to fight it; one can refuse to be complicit in betrayal without daring to expose the traitors. A just but weak person will thus withdraw from the crowd, stay in the shadows, and, too afraid to speak out, quietly mourn for the oppressed and fear the oppressor—remaining silent. Who knows how many honest people are in such a situation? They neither make themselves seen nor heard; they allow your masters free rein until the time comes when it is safe to speak up. Based on my enduring belief in the inherent fairness of human nature, I believe this must be the case. On what reasonable grounds can anyone claim otherwise? This, sir, is all I have to say in response to the only objection you raise—and, frankly, I am not even willing to resolve it to your satisfaction, nor to my own, though it certainly does not shake the conviction I have formed through my own inquiries.

I saw that you were about to interrupt me, and I understood that you were going to reproach me for taking the trouble to establish a fact that you yourself fully acknowledge, yet which you use as an argument against me—namely, that it is not true that everyone was involved in this conspiracy. But notice that, although we seem to agree on this point, our actual sentiments are quite the opposite. According to you, those who are not part of the conspiracy think about Jean-Jacques just the same as those who are; whereas, in my view, they must necessarily have different opinions. Thus, your objection, which I do not accept, and mine, which you likewise do not accept, apply to different people and therefore exclude each other—or at least do not coincide. I have just explained the basis of my own opinion; now let us examine yours.

Con i cuori predisposti in questo modo, tutto il resto divenne facile. Da quel momento, i vostri signori avrebbero potuto, senza alcun indugio, perseguitare apertamente Jean-Jacques con l’approvazione del pubblico; ma così avrebbero soddisfatto solo a metà la loro vendetta, e compromettersi nei suoi confronti significava rischiare di essere scoperti. Il sistema che adottarono rispondeva meglio a tutti i loro scopi e evitava ogni inconveniente. L’opera magistrale della loro astuzia fu trasformare in “precauzioni per la sicurezza della loro vittima” le misure che avevano preso per la propria protezione. Un velo di umanità, che nascondeva l’oscurità del complotto, riuscì a convincere completamente il pubblico; tutti si affrettarono quindi a contribuire a questa “buona azione”: è davvero dolce soddisfare santamente una passione e unire al veleno dell’inimicizia i “meriti” della virtù. Ognuno, compiacendosi di tradire un infelice, si diceva con piacere: “Ah! Che generoso sono. Lo diffamo per il suo bene, lo umilio per proteggerlo. E quell’ingrato, invece di riconoscere la mia bontà, se ne offende. Ma questo non mi impedirà di continuare così a servirlo, contro la sua volontà.” Ecco come, sotto il pretesto di “proteggerlo”, tutti, ammirandosi a vicenda, diventano i suoi complici. E, come scriveva Jean-Jacques a M***, sono così orgogliosi di essere traditori. Riuscite davvero a immaginare che, con un simile modo di pensare, si possa essere equi e vedere le cose per quello che sono? Vedreste Socrate, Aristide. Un angelo. Persino Dio stesso, con occhi così “fascinati”, sembrerebbe sempre un mostro infernale.

Ma per quanto facile possa essere questa inclinazione, non è forse sorprendente che sia universale, che tutti la seguano senza eccezione, che nessuno vi resista o protesti, che la stessa passione guidi ciecamente un’intera generazione, e che il consenso sia unanimemente favorevole in una simile ribaltamento del diritto naturale e delle leggi umane?

Concordo sul fatto che questa situazione sia davvero straordinaria; tuttavia, anche ammettendola certa al massimo grado, la troverei ancora più incredibile se avesse la virtù come principio fondamentale. Infatti, sarebbe necessario che l’intera generazione attuale fosse giunta a tale sublimità grazie esclusivamente a questa virtù, qualcosa che certamente non si riscontra in nessun altro ambito. Inoltre, tra i numerosi nemici di Jean-Jacques, non dovrebbe esserci nemmeno uno che abbia la malvagia audacia di rovinare l’opera meravigliosa compiuta da tutti gli altri. Nella mia spiegazione, un piccolo numero di persone astute, potenti e intrighanti, che agiscono in modo coordinato da tempo, sfruttando le false apparenze di alcuni e alimentando le passioni già troppo forti di altri, fanno sì che tutto concorra contro un innocente a cui è stato deliberatamente attribuito dei crimini, privandolo di qualsiasi possibilità di dimostrare la propria innocenza. Nell’altra spiegazione, invece, sarebbe necessario che l’intera generazione più ostile si trasformasse all’improvviso, senza alcuna eccezione, in angeli celesti a favore dell’ultimo dei criminali che si continua a proteggere e a lasciare libero, nonostante i continui attacchi e crimini che commette con totale impunità. Quale di queste due ipotesi vi sembra più ragionevole e accettabile?

Del resto, questa obiezione, che deriva dall’unanime consenso di tutti nel partecipare a un complotto abominevole, potrebbe avere più apparenza che realtà. In primo luogo, l’astuzia dei responsabili del complotto è stata quella di non rivelarne i dettagli a tutti; hanno tenuto il segreto principale tra un numero ristretto di complici, mostrando agli altri soltanto ciò che era necessario per coinvolgerli nel piano. Ognuno ha conosciuto l’obiettivo del complotto solo dal punto di vista che poteva interessarlo personalmente, e non è stato introdotto nei dettagli dell’operazione se non nella misura strettamente necessaria per il ruolo che gli era stato affidato. Probabilmente non ci sono nemmeno dieci persone che conoscano appieno i meccanismi del complotto; e di queste, forse solo tre hanno una conoscenza sufficiente della loro vittima per essere certe di stessero incolpando un innocente. Il segreto principale del complotto è custodito da due uomini che non lo riveleranno mai. Gli altri complici, più o meno colpevoli, si illudono riguardo alle manovre che, a loro dire, hanno lo scopo di “assicurarsi l’eliminazione di un malvagio” piuttosto che di perseguitare l’innocenza. Ognuno è stato coinvolto in base ai suoi tratti caratteriali o alle sue passioni preferite. Se solo questa moltitudine di complici potesse riunirsi e scambiarsi informazioni, si renderebbero conto delle contraddizioni assurde presenti nei fatti che sono stati rivelati a ciascuno di loro, nonché dei motivi diversi – spesso addirittura opposti – per cui sono stati coinvolti tutti nell’operazione comune, senza che nessuno ne conoscesse lo scopo reale. Anche Jean-Jacques stesso sa bene distinguere, tra la plebaglia a cui è stato consegnato a Môtiers, a Trye, a Monquin, persone di vero merito: queste ultime, pur essendo state ingannate piuttosto che sedotte e non esenti da colpe, meritano comprensione per il loro errore, e non hanno cercato di incolparlo con lo stesso zelo degli altri, anche se le loro intenzioni non erano crudeli. Forse tre quarti delle persone coinvolte nel complotto vi rimangono soltanto perché non ne conoscono tutta la malvagità. Nelle umiliazioni che il grande numero di complici gli infligge, c’è più bassezza che malizia; e si può notare dal loro comportamento, dal tono delle loro parole e dalle loro maniere che queste umiliazioni non suscitano in loro odio, ma piuttosto derisione verso la vittima.

Inoltre, sebbene nessuno osi apertamente opporsi all’opinione generale – il che significherebbe esporsi a inutili rischi – credete davvero che tutti vi aderiscano sinceramente? Quanti individui, di fronte a tante manovre e intrighi subdoli, si indignano, rifiutano di parteciparvi e piangono in segreto per l’innocenza oppressa! E quanti altri, non sapendo cosa credere riguardo a una persona intrappolata in tali trappole, rifiutano di giudicarla senza averla ascoltata; e, valutando soltanto le sue astuzie persecutorie, pensano che persone per cui inganno, falsità e tradimento costituiscono un mezzo così poco disonorevole possano benissimo essere altrettanto prive di scrupoli nell’usare l’inganno! Incerti tra la forza delle prove addotte contro di loro e quella della malvagità degli accusatori, non riescono a mostrare tanto zelo per la verità, nonostante il loro profondo disprezzo per la giustizia; né tanta generosità verso colui che accusano, nonostante sappiano come eludere le sue difese e ingannarlo. Si può evitare di compiere atti ingiusti, senza però avere il coraggio di combatterli apertamente; si può rifiutarsi di essere complici di una tradizione, senza osare smascherare i traditori. Un uomo giusto, ma debole, allora si ritira dalla folla, rimane nel suo angolo e, non osando esporsi, piange in silenzio per l’oppresso, teme l’oppressore e tace. Chi può sapere quante persone oneste si trovino in questa situazione? Non si fanno né vedere né sentire: lasciano che siano gli altri a decidere, fino al momento in cui diventi sicuro parlare senza rischi. Basandomi sulla convinzione che il cuore umano abbia una natura intrinsecamente giusta, credo che sia proprio così. Su quale fondamento razionale si può sostenere il contrario? Ecco tutto ciò che posso rispondere all’unica obiezione che avete sollevato; e comunque, non mi assumo il compito di risolverla a vostro piacimento, né al mio, anche se questa obiezione non può scuotere la convinzione profonda che le mie riflessioni hanno suscitato in me.

Vi ho visto pronto a interrompermi, e ho capito che lo facevate per rimproverarmi di aver preso la briga di chiarirvi un fatto di cui siete così convinti da usarlo contro di me, ossia che non è vero che tutti abbiano partecipato alla cospirazione. Ma notate che, pur sembrando concordare su questo punto, in realtà abbiamo opinioni completamente opposte: secondo voi, coloro che non fanno parte della cospirazione pensano su Jean-Jacques esattamente come quelli che ne fanno parte; secondo me, invece, devono pensarne in modo diverso. Quindi la vostra obiezione, che non accetto, e la mia, che nemmeno voi accettate, riguardando persone diverse, si escludono a vicenda, o almeno non concordano tra loro. Vi ho appena spiegato su cosa baso la mia opinione; ora esaminiamo la vostra.

D’honnêtes gens, que vous dites ne pas entrer dans le complot et ne pas haïr Jean-Jacques, voient cependant en lui tout ce que disent y voir ses plus mortels ennemis ; comme s’il en avait qui convinssent de l’être et ne se vantassent pas de l’aimer ! En me faisant cette objection, vous ne vous êtes pas rappelé celle-ci qui la prévient et la détruit. S’il y a complot, tout par son effet devient facile à prouver à ceux mêmes qui ne sont pas du complot ; et, quand ils croient voir par leurs yeux, ils voient, sans s’en douter, par les yeux d’autrui.

Si ces personnes dont vous parlez ne sont pas de mauvaise foi, du moins elles sont certainement prévenues comme tout le public, et doivent par cela seul voir et juger comme lui. Et comment vos messieurs, ayant une fois la facilité de faire tout croire, auraient-ils négligé de porter cet avantage aussi loin qu’il pouvait aller ? Ceux qui, dans cette persuasion générale, ont écarté la plus sûre épreuve pour distinguer le vrai du faux, ont beau n’être pas à vos yeux du complot, par cela seul ils en sont aux miens ; et moi, qui sens dans ma conscience qu’où ils croient voir la certitude et la vérité, il n’y a qu’erreur, mensonge, imposture, puis-je douter qu’il n’y ait de leur faute dans leur persuasion, et que, s’ils avaient aimé sincèrement la vérité, ils ne l’eussent bientôt démêlée à travers les artifices des fourbes qui les ont abusés ? Mais ceux qui ont d’avance irrévocablement jugé l’objet de leur haine, et qui n’en veulent pas démordre, ne voyant en lui que ce qu’ils y veulent voir, tordent et détournent tout au gré de leur passion ; et, à force de subtilités, donnent aux choses les plus contraires à leurs idées l’interprétation qui les y peut ramener. Les personnes que vous croyez impartiales ont-elles pris les précautions nécessaires pour surmonter ces illusions.

LE FRANÇAIS. — Mais, M. Rousseau, y pensez-vous, et qu’exigez-vous là du public ? Avez-vous pu croire qu’il examinerait la chose aussi scrupuleusement que vous ?

ROUSSEAU. — Il en eût été dispensé sans doute, s’il se fût abstenu d’une décision si cruelle. Mais en prononçant souverainement sur l’honneur et sur la destinée d’un homme, il n’a pu sans crime négliger aucun des moyens essentiels et possibles de s’assurer qu’il prononçait justement.

Vous méprisez, dites-vous, un homme abject, et ne croirez jamais que les heureux, penchants que j’ai cru voir dans Jean-Jacques puissent compatir avec des vices aussi bas que ceux dont il est accusé. Je pense exactement comme vous sur cet article ; mais je suis aussi certain que d’aucune vérité qui me soit connue que cette abjection, que vous lui reprochez, est de tous les vices le plus éloigné de son naturel. Bien plus près de l’extrémité contraire, il a trop de hauteur dans l’âme pour pouvoir tendre à l’abjection. Jean-Jacques est faible, sans doute, et peu capable de vaincre ses passions ; mais il ne peut avoir que les passions relatives à son caractère, et des tentations basses ne sauraient approcher de son cœur. La source de toutes ses consolations est dans l’estime de lui-même. Il serait le plus vertueux des hommes si sa force répondait à sa volonté. Mais avec toute sa faiblesse il ne peut être un homme vil, parce qu’il n’y a pas dans son âme un penchant ignoble auquel il fût honteux de céder. Le seul qui l’eut pu mener au mal est la mauvaise honte, contre laquelle il a lutté toute sa vie avec des efforts aussi grands qu’inutiles, parce qu’elle tient à son humeur timide qui présente un obstacle invincible aux ardents désirs de son cœur, et le force à leur donner le change en mille façons souvent blâmables. Voilà l’unique source de tout le mal qu’il a pu faire, mais dont rien ne peut sortir de semblable aux indignités dont vous l’accusez. Eh ! comment ne voyez-vous pas combien vos messieurs eux-mêmes sont éloignés de ce mépris qu’ils veulent vous inspirer pour lui ? Comment ne voyez-vous pas que ce mépris qu’ils affectent n’est point réel, qu’il n’est que le voile bien transparent d’une estime qui les déchire, et d’une rage qu’ils cachent très mal ? La preuve en est manifeste. On ne s’inquiète point ainsi des gens qu’on méprise. On en détourne les yeux, on les laisse pour ce qu’ils sont ; on fait à leur égard, non pas ce que font vos messieurs à l’égard de Jean-Jacques, mais ce que lui-même fait au leur. Il n’est pas étonnant qu’après l’avoir chargé de pierres ils le couvrent aussi de boue : tous ces procédés sont très concordants de leur part ; mais ceux qu’ils lui imputent ne le sont guère de la sienne ; et ces indignités auxquelles vous revenez, sont-elles mieux prouvées que les crimes sur lesquels vous n’insistez plus ? Non, monsieur ; après nos discussions précédentes je ne vois plus de milieu possible entre tout admettre et tout rejeter.

Des témoignages que vous supposez impartiaux, les uns portent sur des faits absurdes et faux, mais rendus croyables à force de prévention, tels que le viol, la brutalité, la débauche, la cynique impudence, les basses friponneries ; les autres, sur des faits vrais, mais faussement interprétés, tels que sa dureté, son dédain, son humeur colère et repoussante, l’obstination de fermer sa porte aux nouveaux visages, surtout aux quidams cajoleurs et pleureux, et aux arrogants mal appris.

Comme je ne défendrai jamais Jean-Jacques accusé d’assassinat et d’empoisonnement, je n’entends pas non plus le justifier d’être un violateur de filles, un monstre de débauche, un petit filou. Si vous pouvez adopter sérieusement de pareilles opinions sur son compte, je ne puis que le plaindre, et vous plaindre aussi, vous qui caressez des idées dont vous rougiriez comme ami de la justice, en y regardant de plus près, et faisant ce que j’ai fait. Lui débauché, brutal, impudent, cynique auprès du sexe ! Eh ! j’ai grand’peur que ce ne soit l’excès contraire qui l’a perdu, et que, s’il eut été ce que vous dites, il ne fût aujourd’hui bien moins malheureux. Il est bien aisé de faire, à son arrivée, retirer les filles de la maison ; mais qu’est-ce que cela prouve, sinon la maligne disposition des parents envers lui ?

A-t-on l’exemple de quelque fait qui ait rendu nécessaire une précaution si bizarre et si affectée ? et qu’en dut-il penser à son arrivée à Paris, lui qui venait de vivre à Lyon très familièrement dans une maison très estimable, où la mère et trois filles charmantes, toutes trois dans la fleur de l’âge et de la beauté, l’accablaient à l’envi d’amitiés et de caresses ? Est-ce en abusant de cette familiarité près de ces jeunes personnes, est-ce par des manières ou des propos libres avec elles qu’il mérita l’indigne et nouvel accueil qui l’attendait à Paris en les quittant ? et même encore aujourd’hui, de mères très sages craignent-elles de mener leurs filles chez ce terrible satyre, devant lequel ces autres-là n’osent laisser un moment les leurs, chez elles, et en leur présence ? En vérité, que des farces aussi grossières puissent abuser un moment des gens sensés, il faut en être témoin pour le croire.

Honest people who claim not to be involved in this conspiracy and do not hate Jean-Jacques still see in him all that his most mortal enemies claim to see; as if there really were those who acknowledged him to be their enemy and did not boast about loving him! By raising this objection against me, you have forgotten another one that would prevent and destroy it. If there truly is a conspiracy, its effects make it easy to prove even to those who are not part of it; and when they think they are seeing with their own eyes, what they see, without realizing it, is actually what someone else sees through their eyes.

If these people you speak of are not acting out of malice, at least they are certainly informed, just like the general public, and therefore must see and judge things in the same way as everyone else. And how could your gentlemen, once having the advantage of making everyone believe whatever they wished, have neglected to exploit this advantage to the fullest extent possible? Those who, within this widespread persuasion, have avoided the most reliable means to distinguish truth from falsehood—though they may not constitute a conspiracy in your eyes—are, in my view, certainly part of one. And as for me, who feel in my conscience that where they believe they see certainty and truth, there is only error, lies, and deception—how could I doubt that their conviction contains some fault on their part? If they had truly loved the truth, would they not have quickly discerned it through the deceptions of those who had deceived them? But those who have preconceivedly and irrevocably judged the object of their hatred, and refuse to change their opinion, seeing in it only what they wish to see, distort and manipulate everything according to the dictates of their passions. And through sheer subtlety, they give things the interpretation that, in their minds, may bring them back into line with their own ideas. Have those people you consider impartial taken the necessary precautions to overcome such illusions?

THE FRENCHMAN: But, Mr. Rousseau, have you really thought about this? What are you asking of the public in doing this? Could you have believed that they would examine the matter as carefully as you have?

ROUSSEAU. — He might certainly have been spared this if he had refrained from making such a cruel decision. But by asserting sovereign authority over a man’s honor and destiny, he could not, without committing a crime, overlook any of the essential and possible means to ensure that his judgment was truly just.

You say that you despise a wretched man, and that you could never believe that the noble sentiments which I believed to exist in Jean-Jacques could ever be associated with such base vices as those of which he is accused. I think exactly the same as you on this matter; but I am also certain, from all that I know, that this abjection which you reproach him with is, of all vices, the farthest removed from his true nature. On the contrary, he possesses too much dignity in his soul to ever be inclined towards such baseness. Jean-Jacques may indeed be weak and little capable of overcoming his passions; but he can only have those passions that are inherent in his character, and lowly temptations could never come near his heart. The source of all his comfort lies in his self-respect. He would be the most virtuous of men if his strength were equal to his will; but despite all his weakness, he cannot be a vile person, for there is not a single ignoble inclination in his soul that he would be ashamed to yield to. The only thing that could have led him astray was a sense of shame so distorted that it made him struggle against it all his life—in vain, for it stemmed from his timid nature, which posed an insurmountable obstacle to the passionate desires of his heart, forcing him to express them in many often reprehensible ways. This is the sole source of all the evil he may have done; yet nothing in it can compare to the indignities you accuse him of. How can you not see how far your own gentlemen are from the contempt they pretend to inspire in you toward him? How can you not realize that this pretended contempt is nothing but a thin veil covering deep respect and hidden rage? The evidence is clear: people we despise do not arouse such concern in us. We turn away from them, accept them for what they are, and treat them—not as your gentlemen treat Jean-Jacques—but rather as he would treat them himself. It is no wonder that after throwing stones at him, they also cover him in mud: all their actions are perfectly consistent with their nature; but the things they accuse him of are far from consistent with his own character. And these indignities you keep bringing up—are they any more proven than those crimes you have stopped accusing him of? No, sir. After our previous discussions, I see no middle ground at all between accepting everything or rejecting it entirely.

Testimonies that you assume to be impartial sometimes refer to absurd and false claims, but which become believable through deliberate manipulation—such as allegations of rape, brutality, debauchery, cynical audacity, and base dishonesty. Other times, they refer to true events but are falsely interpreted, portraying him as harsh, disdainful, irritable, and repulsive, and as stubbornly refusing to welcome new faces—especially those who are obsequious, pitiful, or arrogantly inept.

Since I will never defend Jean-Jacques, who is accused of murder and poisoning, I certainly do not intend to justify him as being a rapist of young girls, a monster of debauchery, or some kind of scoundrel. If you can truly hold such opinions about him, then I can only feel sorry for him—and also for you, who entertain ideas that, if examined more closely and in light of what I have done myself, would make you ashamed if you were considered friends of justice. To claim that he was debauched, brutal, impudent, and cynical towards women! Oh. I fear that it was precisely the opposite excesses that led to his downfall; if he had truly been what you say, he might not be so unhappy today. It is easy enough to order the girls to leave the house when he arrives; but what does that prove, except for the malicious attitude of his parents towards him?

Is there any example of an event that made it necessary to take such a bizarre and affected precaution? And what must he have thought upon arriving in Paris, after having lived so familiarly in Lyon in a most respectable household, where a kind mother and three charming daughters—all at the height of their youth and beauty—overwhelmed him with their friendliness and affection? Was it by abusing this familiarity with these young women, or by his free manners and remarks towards them, that he deserved the indignity and the unpleasant welcome that awaited him upon leaving Paris? Even today, very wise mothers still fear to send their daughters to this terrible satyr—before whom those other women do not dare leave their own daughters for a single moment, even in their own homes and in their presence. Indeed, one must have witnessed such crude and vulgar antics to believe that they could momentarily deceive sensible people.

Onesti persone che affermate di non partecipare a questo complotto e di non odiare Jean-Jacques, vedono tuttavia in lui esattamente ciò che i suoi più acerrimi nemici sostengono; come se ne avesse alcuni che ammettono apertamente di esserlo e non si vantino affatto di amarlo! Sollevando questa obiezione contro di me, non vi siete ricordati di quella che la previene e la confuta. Se esiste davvero un complotto, tutti i suoi effetti diventano facilmente dimostrabili anche per coloro che non ne fanno parte; e quando credono di vedere con i propri occhi, in realtà stanno vedendo, senza saperlo, attraverso gli occhi di altri.

Se queste persone di cui parlate non sono malintenzionate, almeno sono certamente informate, come tutto il pubblico, e per questo motivo devono vedere e giudicare le cose nello stesso modo in cui lo fa il resto della gente. E come potrebbero i vostri signori, avendo a disposizione la possibilità di far credere qualsiasi cosa, aver trascurato di sfruttare al massimo questo vantaggio? Coloro che, in questa convinzione generale, hanno rifiutato di ricorrere alla prova più sicura per distinguere il vero dal falso, anche se non costituiscono un complotto ai vostri occhi, lo sono ai miei; e io, che sento nella mia coscienza che ciò in cui loro vedono certezza e verità non è altro che errore, menzogna e inganno, come potrei dubitare che nella loro convinzione ci sia qualcosa di sbagliato, e che, se avessero sinceramente amato la verità, l’avrebbero presto riconosciuta attraverso le astuzie di coloro che li hanno ingannati? Ma coloro che hanno già giudicato in modo irrevocabile l’oggetto del loro odio e non vogliono cambiare idea, vedendo in esso soltanto ciò che desiderano vedere, distorcono e manipolano tutto a seconda delle loro passioni; e, con mille sottilità, danno alle cose le interpretazioni più contrarie alle loro idee, pur di farle concordare con quelle che desiderano. Le persone che voi ritenete imparziali hanno forse preso tutte le precauzioni necessarie per superare queste illusioni?

IL FRANCESCO: — Ma, signor Rousseau, ci pensate davvero? E cosa pretendete dal pubblico? Avete forse creduto che avrebbe esaminato la questione con la stessa attenzione e lo stesso rigore di voi?

ROUSSEAU: — Probabilmente avrebbe potuto evitarlo se si fosse astenuto da una decisione così crudele. Ma, pronunciandosi in modo sovrano sull’onore e sul destino di un uomo, non ha potuto, senza commettere un crimine, trascurare alcuno dei mezzi essenziali e possibili per garantirsi che la sua decisione fosse giusta.

Dite di disprezzare un uomo abietto e di non credere mai che le qualità positive che ho ritenuto di vedere in Jean-Jacques possano essere compatibili con vizi così bassi di cui è accusato. Io la penso esattamente come voi su questo punto; ma sono altrettanto certo, per quanto ne so, che questa abiezione di cui lo accusate sia, tra tutti i vizi, quella più lontana dalla sua vera natura. Jean-Jacques è certamente debole e poco capace di vincere le proprie passioni; ma può avere soltanto passioni legate al suo carattere, e tentazioni basse non potrebbero mai avvicinarsi al suo cuore. La fonte di tutte le sue consolazioni sta nell’auto-stima: sarebbe l’uomo più virtuoso se la sua forza corrispondesse alla sua volontà. Ma, nonostante tutta la sua debolezza, non può essere un uomo vile, perché nella sua anima non esiste alcun impulso ignobile al quale potrebbe vergognarsi di cedere. L’unica cosa che avrebbe potuto portarlo al male è stata quella cattiva coscienza di cui ha lottato per tutta la vita con sforzi grandi ma inutili; essa deriva dalla sua timidezza, che costituisce un ostacolo insormontabile ai desideri ardenti del suo cuore, costringendolo a soddisfarli in modi spesso biasimabili. Questa è l’unica fonte di tutto il male che ha potuto commettere; ma nulla di ciò che gli attribuite può essere paragonato alle indignità di cui lo accusate. Ebbene, come non vedete quanto anche i vostri signori siano lontani da quel disprezzo che vogliono suscitare in voi nei suoi confronti? Come non vedete che questo disprezzo che ostentano non è reale, ma soltanto un velo trasparente di un’ammirazione che li tormenta e di una rabbia che nascondono molto male? La prova è evidente: chi disprezza veramente qualcuno non si preoccupa così tanto di lui; distoglie lo sguardo, lo lascia essere ciò che è. Non fa nei suoi confronti ciò che i vostri signori fanno con Jean-Jacques, ma piuttosto ciò che lui stesso farebbe con loro. Non sorprende quindi che, dopo averlo lapidato, lo coprano anche di fango: tutti questi comportamenti sono molto coerenti da parte loro; ma quelle accuse che gli rivolgono non lo sono affatto da parte sua. E queste indignità di cui continuate a parlare, sono davvero più prove dei crimini di cui ormai non insistete più? No, signore: dopo le nostre discussioni precedenti, non vedo alcun altro modo se non accettare tutto o rifiutare tutto.

Testimonianze che presumete imparziali: alcune riguardano fatti assurdi e falsi, ma resi credibili grazie a una sorta di pregiudizio o predisposizione negativa, come violenza, brutalità, dissolutezza, cinica impudenza, bassezze e furberie; altre riguardano invece fatti veri, ma interpretati in modo errato, come la sua durezza, il suo disprezzo, il suo umore irascibile e repellente, nonché l’ostinazione nel chiudere la porta a nuove persone, soprattutto a coloro che cercano di approcciarsi con lusinghe o lamenti, o ad arroganti maldestri.

Poiché non difenderò mai Jean-Jacques accusato di assassinio e avvelenamento, non intendo nemmeno giustificarlo per essere un violentatore di ragazze, un mostro di lussuria, un piccolo furfante. Se potete davvero avere opinioni del genere su di lui, posso solo compiangerlo, e compiangervi anche voi, che nutrite idee di cui vi vergognereste se foste veramente amici della giustizia, se le esaminaste più attentamente e faceste ciò che ho fatto io. Lui, lussurioso, brutale, impudente, cinico verso il sesso. Eh! Temo proprio che sia stato proprio l’opposto di queste qualità a distruggerlo; se fosse davvero stato ciò che dite voi, forse oggi non sarebbe così sfortunato. È facile, al suo arrivo, far allontanare le ragazze dalla casa. Ma cosa dimostra questo, se non la cattiva intenzione dei genitori nei suoi confronti?

Esiste forse qualche esempio di fatto che abbia reso necessaria una precauzione così bizzarra e affettata? E cosa dovette pensare lui al suo arrivo a Parigi, dopo aver vissuto a Lione in modo molto familiare in una casa molto stimata, dove la madre e tre figlie incantevoli, tutte nella piena fioritura dell’età e della bellezza, lo sommergevano di attenzioni e carezze? Fu forse per abusare di questa familiarità con queste giovani donne, o per comportamenti o parole troppo liberi con loro, che meritò l’accoglienza indegna e inaspettata che lo aspettava a Parigi al momento della partenza? E anche oggi, delle madri molto sagge temono forse di portare le proprie figlie da questo terribile satiro, davanti al quale quelle altre non osano nemmeno per un istante lasciare le loro figlie, nemmeno in loro presenza? In verità, che simili buffonate possano per un momento ingannare persone sensate, bisogna esserne testimoni per crederci.

Supposons un moment qu’on eût osé publier tout cela dix ans plus tôt, et lorsque l’estime des honnêtes gens, qu’il eut toujours dès sa jeunesse, était montée au plus haut degré : ces opinions, quoique soutenues des mêmes preuves, auraient-elles acquis le même crédit chez ceux qui maintenant s’empressent de les adopter ? Non, sans doute ; ils les auraient rejetées avec indignation. Ils auraient tous dit : « Quand un homme est parvenu jusqu’à cet âge avec l’estime publique ; quand, sans patrie, sans fortune et sans asile, dans une situation gênée, et forcé, pour subsister, de recourir sans cesse aux expédients, on n’en a jamais employé que d’honorables, et qu’on s’est fait toujours considérer et bien vouloir dans sa détresse, on ne commence pas après l’âge mûr, et quand tous les yeux sont ouverts sur nous, à se dévoyer de la droite route pour s’enfoncer dans les sentiers bourbeux du vice ; on n’associe point la bassesse des plus vils fripons avec le courage et l’élévation des âmes fières, ni l’amour de la gloire aux manœuvres des filous ; et si quarante ans d’honneur permettaient à quelqu’un de se démentir si tard à ce point, il perdrait bientôt cette vigueur de sentiment, ce ressort, cette franchise intrépide qu’on n’a point avec des passions basses, et qui jamais ne survit à l’honneur. Un fripon peut être lâche, un méchant peut être arrogant ; mais la douceur de l’innocence et la fierté de la vertu ne peuvent s’unir que dans une belle âme. » Voilà ce qu’ils auraient tous dit ou pensé, et ils auraient certainement refusé de le croire atteint de vices aussi bas, à moins qu’il n’en eût été convaincu sous leurs yeux. Ils auraient du moins voulu l’étudier eux-mêmes avant de le juger si décidément et si cruellement. Ils auraient fait ce que j’ai fait ; et, avec l’impartialité que vous leur supposez, ils auraient tiré de leurs recherches la même conclusion que je tire, des miennes. Ils n’ont rien fait de tout cela ; les preuves les plus ténébreuses, les témoignages les plus suspects, leur ont suffi pour se décider en mal sans autre vérification, et ils ont soigneusement évité tout éclaircissement qui pouvait leur, montrer leur erreur. Donc, quoi que vous en puissiez dire, ils sont du complot ; car ce que j’appelle en être n’est pas seulement être dans le secret de vos messieurs, je présume que peu de gens y sont admis ; mais c’est adopter leur unique principe, c’est se faire, comme eux, une loi de dire à tout le monde et de cacher au seul accusé le mal qu’on pense ou qu’on feint de penser de lui, et les raisons sur lesquelles on fonde ce jugement, afin de le mettre hors d’état d’y répondre, et de faire entendre les siennes ; car, sitôt qu’on s’est laissé persuader qu’il faut le juger, non seulement sans l’entendre, mais sans en être entendu, tout le reste est forcé, et il n’est pas possible qu’on résiste à tant de témoignages si bien arrangés, et mis à l’abri de l’inquiétante épreuve des réponses de l’accusé. Comme tout le succès de la trame dépendait de cette importante précaution, son auteur aura mis toute la sagacité de son esprit à donner à cette injustice le tour le plus spécieux, et à la couvrir même d’un vernis de bénéficence et de générosité, qui n’eût ébloui nul esprit impartial, mais qu’on s’est empressé d’admirer, à l’égard d’un homme qu’on n’estimait que par force, et dont les singularités n’étaient vues de bon œil par qui que ce fût.

Tout tient à la première accusation qui l’a fait déchoir, tout d’un coup, du titre d’honnête homme qu’il avait porté jusqu’alors, pour y substituer celui du plus affreux scélérat. Quiconque a l’âme saine et croit vraiment à la probité, ne se départ pas aisément de l’estime fondée qu’il a conçue pour un homme de bien. Je verrais commettre un crime, s’il était possible, ou faire une action basse à Milord Maréchal[405], que je n’en croirais pas à mes yeux. Quand j’ai cru de Jean-Jacques tout ce que vous m’avez prouvé, c’était en le supposant convaincu. Changer à ce point sur le compte d’un homme estimé durant toute sa vie, n’est pas une chose facile. Mais aussi ce premier pas fait, tout le reste va de lui-même. De crime en crime, un homme coupable d’un seul devient, comme vous l’avez dit, capable de tous. Rien n’est moins surprenant que le passage de la méchanceté à l’abjection, et ce n’est pas la peine de mesurer si soigneusement l’intervalle qui peut quelquefois séparer un scélérat d’un fripon. On peut donc avilir tout à son aise l’homme qu’on a commencé par noircir. Quand on croit qu’il n’y a dans lui que du mal, on n’y voit plus que cela ; ses actions bonnes ou indifférentes changent bientôt d’apparence avec beaucoup de préjugés et un peu d’interprétation, et l’on rétracte alors ses jugements avec autant d’assurance que si ceux qu’on leur substitue étaient mieux fondés. L’amour-propre fait qu’on veut toujours avoir vu soi-même ce qu’on sait, ou qu’on croit savoir d’ailleurs. Rien n’est si manifeste aussitôt qu’on y regarde ; on a honte de ne l’avoir pas aperçu plus tôt ; mais c’est qu’on était si distrait ou si prévenu, qu’on ne portait pas son attention de ce côté ; c’est qu’on est si bon soi-même qu’on ne peut supposer la méchanceté dans autrui.

Quand enfin l’engouement, devenu général, parvient à l’excès, on ne se contente plus de tout croire ; chacun, pour prendre part à la fête, cherche à renchérir ; et tout le monde, s’affectionnant à ce système, se pique d’y apporter du sien pour l’orner ou pour l’affermir. Les uns ne sont pas plus empressés d’inventer que les autres de croire. Toute imputation passe en preuve invincible ; et si l’on apprenait aujourd’hui qu’il s’est commis un crime dans la lune, il serait prouvé demain, plus clair que le jour, à tout le monde, que c’est Jean-Jacques qui en est l’auteur.

La réputation qu’on lui a donnée une fois bien établie, il est donc très naturel qu’il en résulte, même chez les gens de bonne foi, les effets que vous m’avez détaillés. S’il fait une erreur de compte, ce sera toujours à dessein : est-elle à son avantage, c’est une friponnerie ; est-elle à son préjudice, c’est une ruse. Un homme ainsi vu, quelque sujet qu’il soit aux oublis, aux distractions, aux balourdises, ne peut plus rien avoir de tout cela : tout ce qu’il fait par inadvertance est toujours vu comme fait exprès. Au contraire, les oublis, les omissions, les bévues des autres à son égard, ne trouvent plus créance dans l’esprit de personne ; s’il les relève, il ment ; s’il les endure, c’est à pure perte. Des femmes étourdies, de jeunes gens évaporés, feront des quiproquo dont il restera chargé ; et ce sera beaucoup si des laquais gagnés ou peu fidèles, trop instruits des sentiments des maîtres à son égard, ne sont pas quelquefois tentés d’en tirer avantage à ses dépens, bien sûrs que l’affaire ne s’éclaircira pas en sa présence, et que, quand cela arriverait, un peu d’effronterie, aidée des préjugés des maîtres, les tirerait d’affaire aisément.

J’ai supposé, comme vous, ceux qui traitent avec lui tous sincères et de bonne foi ; mais si l’on cherchait à le tromper pour le prendre en faute, quelle facilité sa vivacité, son étourderie, ses distractions, sa mauvaise mémoire, ne donneraient-elles pas pour cela ?

Suppose for a moment that someone had dared to publish all this ten years earlier, when the respect of honest people—which he had always enjoyed since his youth—was at its highest: would these opinions, even if supported by the same evidence, have gained the same credibility among those who now eagerly embrace them? No, certainly not; they would have been rejected with indignation. Everyone would have said: “When a man has reached such an age while enjoying public respect; when, without a country, wealth, or shelter, and in a difficult situation, he has had to resort constantly to honorable means to survive, and has always maintained a reputation for integrity and kindness even in his adversity—how could one, after reaching maturity and with everyone’s eyes upon him, begin to deviate from the right path and plunge into the muddy paths of vice? How could the baseness of the most despicable scoundrels be associated with the courage and nobility of honorable souls, or the pursuit of glory with the deceitful tactics of tricksters? If forty years of honor were enough for someone to renounce such principles so late in life, he would soon lose that strength of character, that resilience, that fearless honesty that are inherent in noble sentiments but never survive in the presence of baseness. A scoundrel may be cowardly, a villain may be arrogant; but the gentleness of innocence and the pride of virtue can only exist together in a truly noble soul.” That is what they would have said or thought, and they would certainly have refused to believe that such lowly vices could be associated with him, unless he had been convicted before their very eyes. They would at least have wanted to investigate matters themselves before judging him so decisively and cruelly. They would have done what I did; and with the impartiality you assume they possess, they would have reached the same conclusion as I have from my own investigations. But they did nothing of this; the darkest evidence, the most suspicious testimonies were enough for them to form a negative judgment without further verification, and they deliberately avoided any clarification that might have revealed their mistake. Therefore, no matter what you say, they are part of this conspiracy; because to be involved in it means not only to be privy to your masters’ secrets—which I suppose few people are allowed to know—but also to adopt their sole principle: to tell everyone everything while concealing from the accused only the bad things one thinks or pretends to think about him, and to keep the reasons for such judgments hidden, so as to prevent him from defending himself and allowing his own arguments to be heard. For once one has been convinced that it is acceptable to judge someone without listening to them or even giving them a chance to speak, everything else becomes inevitable; and it is impossible to resist such well-orchestrated evidence when it is protected from the challenging test of the accused’s responses. Since the entire success of this scheme depended on this crucial precaution, its author must have devoted all the wisdom of his mind to presenting this injustice in the most ingenious manner possible, even covering it with a veneer of beneficence and generosity—something that would not have deceived an impartial observer, but which was readily admired in regard to a man whom people valued only out of necessity, and whose peculiarities were not viewed favorably by anyone.

It all stems from that first accusation which suddenly stripped him of the title of an honest man he had enjoyed until then, replacing it with that of the most abhorrent scoundrel. Anyone with a sound soul and genuine belief in integrity will not easily abandon the respect they have for a good person. If I were to witness Lord Maréchal[405] commit a crime, if such a thing were possible, or engage in some despicable act, I would refuse to believe my own eyes. When I believed everything you told me about Jean-Jacques, it was on the assumption that he was indeed guilty. To change one’s opinion so drastically about a person whom one has respected throughout their life is not an easy task. But once that first step is taken, everything else follows naturally. Crime after crime, a man who has committed one sin becomes, as you said, capable of any deed. The transition from malice to abjection is nothing surprising at all; there is no need to carefully measure the gap that sometimes separates a scoundrel from a rascal. One can thus easily degrade a person whom they have initially portrayed in a negative light. When one believes that a person is entirely evil, one sees only evil in them; their good deeds or indifferent actions are quickly reinterpreted through prejudice and interpretation, and one retracts their judgments with the same certainty as if the new ones were more justified. Human pride makes us want to believe that we ourselves have witnessed what we know—or at least what we think we know. Nothing seems so obvious once we look closer; we feel ashamed that we did not notice it sooner, but that is because we were distracted or preconceived, or simply because we are too good ourselves to imagine evil in others.

When at last this general enthusiasm reaches an extreme, people no longer content themselves with simply believing everything; everyone, in order to participate in the frenzy, strives to go even further. And since everyone is devoted to this system, they all feel compelled to contribute their own ideas to embellish or reinforce it. Some are just as eager to invent new claims as others are to believe them. Any accusation becomes an irrefutable proof; and if someone were to learn today that a crime had been committed on the moon, it would be proven tomorrow, clearer than daylight, to everyone that Jean-Jacques was the perpetrator.

Once a reputation has been firmly established, it is only natural that the effects you described should arise, even among people of good faith. If he makes a mistake in calculation, it is always done with intent: if it benefits him, it is considered a trick; if it harms him, it is seen as a ruse. A man viewed in this light, no matter how prone he may be to forgetfulness, distractions, or foolish mistakes, can no longer be excused for such things—everything he does unintentionally is always assumed to be deliberate. On the contrary, any forgetfulness, omission, or mistake made by others in his regard is no longer believed; if he brings them up, he is considered a liar; if he endures them, it is regarded as a loss for him. Careless women and frivolous young men may cause misunderstandings that will be attributed to him; and worse still, if some servants, whether bribed or disloyal, who are well-informed about their masters’ feelings toward him, are tempted to take advantage of this situation to his detriment—surely the truth will never come out in his presence, and even if it did, a bit of audacity, combined with the masters’ prejudices, would easily enable them to escape consequences.

I assumed, like you, that those who deal with him are all sincere and honest; but if one were to try to deceive him in order to catch him in a mistake, how easy it would be, given his liveliness, his carelessness, his distractibility, and his poor memory!

Supponiamo per un momento che qualcuno avesse osato pubblicare tutto ciò dieci anni prima, quando la stima di quelle persone oneste, che egli aveva sempre goduto fin da giovane, era al suo apice: queste opinioni, pur sostenute dalle stesse prove, avrebbero ottenuto lo stesso credito presso coloro che ora si affrettano ad adottarle? No, di certo; le avrebbero rifiutate con indignazione. Avrebbero tutti detto: “Quando un uomo arriva a quest’età godendo della stima pubblica; quando, senza patria, senza fortuna e senza rifugio, in una situazione difficile e costretto, per sopravvivere, ad ricorrere continuamente a mezzi disonorevoli, ma sempre onorabili, e quando si è sempre fatto stimare e amare nella propria sfortuna, non si comincia dopo l’età matura, e quando tutti gli occhi sono aperti su di noi, a deviare dalla retta via per addentrarsi nei sentieri fangosi del vizio; non si associa la bassezza dei peggiori furfanti al coraggio e all’elevatezza delle anime nobili, né l’amore della gloria alle manovre dei truffatori; e se quarant’anni di onore permettessero a qualcuno di contraddirsi fino a questo punto, egli perderebbe presto quella forza di sentimento, quel vigore, quella franchezza intrépida che non si hanno con passioni basse, e che mai sopravvive all’onore. Un furfante può essere codardo, un malvagio può essere arrogante; ma la dolcezza dell’innocenza e la fiertà della virtù possono unirsi solo in un’anima bella.” Questo è ciò che avrebbero tutti detto o pensato, e certamente avrebbero rifiutato di credere che egli fosse colpevole di vizi così bassi, a meno che non ne fossero stati convinti con i loro occhi. Avrebbero almeno voluto studiarlo da soli prima di giudicarlo in modo così deciso e crudele. Avrebbero fatto ciò che ho fatto io; e, con l’imparzialità che voi loro attribuite, avrebbero tratto dalle loro indagini la stessa conclusione che io traggo dalle mie. Non hanno fatto nulla di tutto questo; le prove più oscure, i testimoni più sospetti sono stati sufficienti per decidere a suo sfavore senza ulteriori verifiche, e hanno evitato con cura qualsiasi chiarimento che potesse dimostrare il loro errore. Quindi, qualunque cosa possiate dire, fanno parte del complotto; perché ciò che io chiamo farne parte non significa semplicemente essere a conoscenza dei vostri piani, ma adottarne i principi fondamentali, comportarsi come loro, decidere di rivelare a tutti tranne che all’accusato il male che si pensa o si finge di pensare di lui, e le ragioni su cui si basa questo giudizio, al fine di impedirgli di rispondere e di far sentire le proprie argomentazioni; perché, non appena ci si lascia convincere che bisogna giudicare qualcuno senza ascoltarlo, ma senza essere ascoltati da lui, tutto il resto diventa inevitabile, e non è possibile resistere a tanti testimoni così ben orchestrati e protetti dall’incertezza delle risposte dell’accusato. Poiché tutto il successo della trama dipendeva da questa importante precauzione, il suo autore aveva messo tutta la saggezza del proprio intelletto nel rendere quest’ingiustizia il più possibile ingannevole, addirittura avvolgendola in un velo di benevolenza e generosità che non avrebbe certo ingannato nessuno con un giudizio imparziale; tuttavia, tale comportamento fu prontamente lodato riguardo a un uomo che veniva apprezzato soltanto per forza, e le cui stranezze non erano affatto ben viste da nessuno.

Tutto dipende dalla prima accusa che lo ha fatto cadere improvvisamente dal titolo di uomo onesto che aveva portato fino ad allora, sostituendolo con quello del più orribile scellerato. Chiunque abbia un’anima sana e creda davvero nella probità non si separa facilmente dall’alta stima che ha concepito per un uomo buono. Vedessi commettere un crimine, se fosse possibile, o compiere un atto vile da parte di Milord Maréchal[405], non ci crederei con i miei occhi. Quando ho creduto in Jean-Jacques tutto ciò che mi avete dimostrato, l’ho fatto supponendolo convinto. Cambiare così radicalmente opinione su una persona stimata per tutta la vita non è affatto facile. Ma una volta compiuto questo primo passo, il resto segue naturalmente. Da crimine a crimine, un uomo colpevole di uno solo diventa, come avete detto voi, capace di tutti. Niente è più sorprendente del passaggio dalla malvagità all’abiezione, e non c’è bisogno di misurare con troppa attenzione lo spazio che a volte può separare uno scellerato da un furfante. Si può quindi denigrare facilmente l’uomo che si è iniziato a diffamare. Quando si crede che in lui non ci sia altro che male, non si vede più nulla di buono; le sue azioni buone o indifferenti cambiano rapidamente aspetto, grazie a molti pregiudizi e un po’ di interpretazione, e allora si ritraggono i propri giudizi con la stessa sicurezza con cui se ne avrebbero fatti altri più fondati. L’amor proprio fa sì che si voglia sempre aver visto con i propri occhi ciò che si sa, o si crede di sapere. Niente è così evidente non appena ci si concentra; ci si vergogna di non essersene accorti prima; ma è perché si era distratti o prevenuti, perché non si prestava attenzione in quella direzione; è perché si è troppo buoni per poter supporre la malvagità negli altri.

Quando finalmente questa passione, diventata generale, raggiunge i limiti dell’eccesso, non ci si accontenta più di credere in tutto; ognuno, per partecipare a questa “festa”, cerca di aggiungere qualcosa di proprio per arricchirla o rafforzarla. Tutti, affezionati a questo sistema, si sforzano di contribuire con le proprie idee per renderlo ancora più completo. Alcuni non sono meno desiderosi di inventare che altri di credere ciecamente in ciò che viene loro detto. Qualsiasi accusa viene considerata una prova irrefutabile; e se oggi venisse scoperto che è stato commesso un crimine sulla luna, domani tutti saprebbero, con la stessa certezza del giorno, che ad esso è responsabile Jean-Jacques.

Una volta che la reputazione che gli viene attribuita si è ben affermata, è del tutto naturale che ne derivino, anche tra le persone di buona fede, gli effetti che mi avete descritto. Se commette un errore nel calcolo, questo sarà sempre fatto intenzionalmente: se l’errore gli è vantaggioso, si tratta di una frode; se gli è dannoso, è una astuzia. Un uomo del genere, per quanto possa essere soggetto a dimenticanze, distrazioni o sciocchezze, non può più essere scusato per nulla di ciò che fa involontariamente: tutto ciò che compie in modo inconsapevole viene sempre considerato come fatto intenzionalmente. Al contrario, le dimenticanze, le omissioni o gli errori altrui nei suoi confronti non trovano più credibilità nella mente di nessuno; se li nota, mente; se li tollera, lo fa invano. Donne sciocche o giovani dissipati potrebbero commettere degli equivoci da cui lui verrebbe ritenuto responsabile; e sarebbe già molto se alcuni servitori, corrotti o poco fedeli, troppo a conoscenza dei sentimenti dei loro padroni nei suoi confronti, non fossero talvolta tentati di approfittarne a suo scapito, certi che la situazione non verrebbe chiarita in sua presenza e che, qualora ciò accadesse, un po’ di sfacciataggine, unita ai pregiudizi dei padroni, li aiuterebbe facilmente a uscire da quella situazione imbarazzante.

Ho supposto, come voi, che coloro che hanno a che fare con lui siano tutti sinceri e onesti; ma se si cercasse di ingannarlo per farlo cadere in errore, quale facilità offrirebbero la sua vivacità, la sua distrazione, le sue mancanze di memoria, non gli permetterebbero forse di sfuggire facilmente a qualsiasi tentativo?

D’autres causes encore ont pu concourir à ces faux jugements. Cet homme a donné à vos messieurs, par ses Confessions, qu’ils appellent ses Mémoires, une prise sur lui qu’ils n’ont eu garde de négliger. Cette lecture qu’il a prodiguée à tant de gens, mais dont si peu d’hommes étaient capables, et dont bien moins encore étaient dignes, a initié le public dans toutes ses faiblesses, dans toutes ses fautes les plus secrètes. L’espoir que ces Confessions ne seraient vues qu’après sa mort lui avait donné le courage de tout dire, et de se traiter avec une justice souvent même trop rigoureuse. Quand il se vit défiguré parmi les hommes, au point d’y passer pour un monstre, la conscience, qui lui faisait sentir en lui plus de bien que de mal, lui donna le courage que lui seul peut-être eut, et aura jamais, de se montrer tel qu’il était ; il crut qu’en manifestant à plein l’intérieur de son âme, et révélant ses Confessions, l’explication si franche, si simple, si naturelle, de tout ce qu’on a pu trouver de bizarre dans sa conduite, portant avec elle son propre témoignage, ferait sentir la vérité de ses déclarations, et la fausseté des idées horribles et fantastiques qu’il voyait répandre de lui, sans en pouvoir découvrir la source. Bien loin de soupçonner alors vos messieurs, la confiance en eux de cet homme si défiant alla, non seulement jusqu’à leur lire cette histoire de son âme, mais jusqu’à leur en laisser le dépôt assez longtemps. L’usage qu’ils ont fait de cette imprudence a été d’en tirer parti pour diffamer celui qui l’avait commise ; et le plus sacré dépôt de l’amitié est devenu, dans leurs mains, l’instrument de la trahison. Ils ont travesti ses défauts en vices, ses fautes en crimes, les faiblesses de sa jeunesse en noirceurs de son âge mur : ils ont dénaturé les effets, quelquefois ridicules, de tout ce que la nature amis d’aimable et de bon dans son âme ; et ce qui n’est que des singularités d’un tempérament ardent, retenu par un naturel timide, est devenu par leurs soins une horrible dépravation de cœur et de goût. Enfin, toutes leurs manières de procéder à son égard, et des allures dont le vent m’est parvenu, me portent à croire que pour décrier ses Confessions, après en avoir tiré contre lui tous les avantages possibles, ils ont intrigué, manœuvré, dans tous les lieux où il a vécu, et dont il leur a fourni les renseignements, pour défigurer toute sa vie, pour fabriquer avec art des mensonges, qui en donnent l’air à ses Confessions, et pour lui ôter le mérite de la franchise, même dans les aveux qu’il fait contre lui. Eh ! puisqu’ils savent empoisonner ses écrits, qui sont sous les yeux de tout le monde, comment n’empoisonneraient-ils pas sa vie, que le public ne connaît que sur leur rapport ?

L’Héloïse avait tourné sur lui les regards des femmes : elles avaient des droits assez naturels sur un homme qui décrivait ainsi l’amour ; mais n’en connaissant guère que le physique, elles crurent qu’il n’y avait que des sens très vifs qui pussent inspirer des sentiments si tendres, et cela put leur donner de celui qui les exprimait plus grande opinion qu’il ne la méritait peut-être. Supposez cette opinion portée chez quelques-unes jusqu’à la curiosité, et que cette curiosité ne fût pas assez tôt devinée ou satisfaite par celui qui en était l’objet, vous concevrez aisément dans sa destinée les conséquences de cette balourdise.

Quant à l’accueil sec et dur qu’il fait aux quidams arrogants ou pleureux qui viennent à lui, j’en ai souvent été le témoin moi-même, et je conviens qu’en pareille situation cette conduite serait fort imprudente dans un hypocrite démasqué, qui, trop heureux qu’on voulût bien feindre de prendre le change, devrait se prêter, avec une dissimulation pareille, à cette feinte, et aux apparents ménagements qu’on ferait semblant d’avoir pour lui. Mais osez-vous reprocher à un homme d’honneur outragé, de ne pas se conduire en coupable, et de n’avoir pas, dans ses infortunes, la lâcheté d’un vil scélérat ? De quel œil voulez-vous qu’il envisage les perfides empressements des traîtres qui l’obsèdent, et qui, tout en affectant le plus pur zèle, n’ont en effet d’autre but que de l’enlacer de plus en plus dans les pièges de ceux qui les emploient ? Il faudrait, pour les accueillir, qu’il fut en effet tel qu’ils le supposent ; il faudrait qu’aussi fourbe qu’eux, et feignant de ne les pas pénétrer, il leur rendît trahison pour trahison. Tout son crime est d’être aussi franc qu’ils sont faux : mais après tout que leur importe qu’il les reçoive bien ou mal ? Les signes les plus manifestes de son impatience ou de son dédain n’ont rien qui les rebute. Il les outragerait ouvertement, qu’ils ne s’en iraient pas pour cela. Tous de concert, laissant à sa porte les sentiments d’honneur qu’ils peuvent avoir, ne lui montrent qu’insensibilité, duplicité, lâcheté, perfidie, et sont auprès de lui comme il devrait être auprès d’eux, s’il était tel qu’ils le représentent ; et comment voulez-vous qu’il leur montre une estime qu’ils ont pris si grand soin de ne lui pas laisser ? Je conviens que le mépris d’un homme qu’on méprise soi-même est facile à supporter ; mais encore n’est-ce pas chez lui qu’il faut aller en chercher les marques. Malgré tout ce patelinage insidieux, pour peu qu’il croie apercevoir, au fond des âmes, des sentiments naturellement honnêtes et quelques bonnes dispositions, il se laisse encore subjuguer. Je ris de sa simplicité, et je l’en fais rire lui-même. Il espère toujours qu’en le voyant tel qu’il est quelques-uns du moins n’auront plus le courage de le haïr, et croit, à force de franchise, toucher enfin ces cœurs de bronze. Vous concevez comment cela lui réussit ; il le voit lui-même, et, après tant de tristes expériences, il doit enfin savoir à quoi s’en tenir.

Si vous eussiez fait une fois les réflexions que la raison suggère, et les perquisitions que la justice exige, avant de juger si sévèrement un infortuné, vous auriez senti que dans une situation pareille à la sienne, et victime d’aussi détestables complots, il ne peut plus, il ne doit plus du moins se livrer, pour ce qui l’entoure, à ses penchants naturels, dont vos messieurs se sont servis si longtemps et avec tant de succès pour le prendre dans leurs filets. Il ne peut plus, sans s’y précipiter lui-même, agir en rien dans la simplicité de son cœur. Ainsi ce n’est plus sur ses œuvres présentes qu’il faut le juger, même quand on pourrait en avoir le narré fidèle. Il faut rétrograder vers les temps où rien ne l’empêchait d’être lui-même, ou bien le pénétrer plus intimement, intus et in cute, pour y lire immédiatement les véritables dispositions de son âme, que tant de malheurs n’ont pu aigrir. En le suivant dans les temps heureux de sa vie, et dans ceux même où, déjà la proie de vos messieurs, il ne s’en doutait pas encore, vous eussiez trouvé l’homme bienfaisant et doux qu’il était et passait pour être avant qu’on l’eut défiguré. Dans tous les lieux où il a vécu jadis, dans les habitations où on lui a laissé faire assez de séjour pour y laisser des traces de son caractère, les regrets des habitants l’ont toujours suivi dans sa retraite ; et seul peut-être de tous les étrangers qui jamais vécurent en Angleterre, il a vu le peuple de Wootton pleurer à son départ. Mais vos dames et vos messieurs ont pris un tel soin d’effacer toutes ces traces, que c’est seulement tandis qu’elles étaient encore fraîches qu’on a pu les distinguer. Montmorency, plus près de nous, offre un exemple frappant de ces différences. Grâce à des personnes que je ne veux pas nommer, et aux oratoriens devenus, je ne sais comment, les plus ardents satellites de la ligue, vous n’v retrouverez plus aucun vestige de l’attachement, et j’ose dire de la vénération qu’on y eut jadis pour Jean-Jacques, et tant qu’il y vécut, et après qu’il en fut parti : mais les traditions du moins en restent encore dans la mémoire des honnêtes gens qui fréquentaient alors ce pays-là.

There were other reasons that could have contributed to these mistaken judgments. This man, through his “Confessions” – which they call his “Memories” – gave your gentlemen an advantage over him that they did not hesitate to exploit. The fact that he made such confessions widely available to so many people, yet few were capable of understanding them, and even fewer worthy of doing so, exposed the public to all his weaknesses and most secret faults. The hope that these Confessions would remain unseen until after his death gave him the courage to tell everything, even if it meant treating himself with a sometimes overly strict justice. When he saw himself distorted in the eyes of others, almost regarded as a monster, his conscience – which made him feel there was more good than evil within him – gave him the courage that perhaps only he possessed, and would ever possess, to be true to who he really was. He believed that by fully revealing the inner workings of his soul and making public these Confessions, with their frank, simple, and natural explanations for everything that might have seemed bizarre about his behavior, and with their own testimony as evidence, the truth of his statements would be established, and the false and monstrous ideas people had about him would be exposed, even if their origin remained unknown. Far from suspecting your gentlemen at that time, this man’s trust in them was so great that he not only read these confessions to them but also left them in their care for an extended period of time. What they did with this imprudence was to use it to slander the person who had shared them with them; and what should have been the most sacred embodiment of friendship became, in their hands, a tool of betrayal. They turned his shortcomings into vices, his mistakes into crimes, and the weaknesses of his youth into the dark aspects of his maturity. They distorted the sometimes ridiculous effects of those qualities within him that were naturally kind and good; and what was merely the result of a passionate temperament restrained by a timid nature became, through their manipulations, a horrible depravation of both heart and taste. In short, all their methods toward him, and what I have heard about their behavior, lead me to believe that in order to discredit his Confessions after having exploited them to their fullest advantage against him, they conspired, maneuvered in every place where he had lived and from which they obtained information, in order to distort the whole of his life, to craft elaborate lies that gave his Confessions a false appearance, and to deprive him even of the merit of honesty in those admissions he made against himself. Ah! If they can poison his writings, which are open to everyone’s eyes, how could they not poison his life, about which the public knows only what they tell us?

Heloise had drawn upon him the attention of all those women; they possessed rather natural rights over a man who spoke in such terms about love. However, since they knew so little of his inner self beyond his physical appearance, they believed that only intensely vivid senses could give rise to such tender sentiments. As a result, they may have formed an opinion of him that he perhaps did not deserve. Suppose this opinion led some of them to feel curious—and that this curiosity was not discovered or satisfied in time by the person who was its object—then you can easily imagine the consequences of such foolishness in his fate.

As for the cold and harsh manner in which he treats those arrogant or pitiful individuals who come to him, I have often been a witness to it myself, and I must admit that in such circumstances, such behavior would be highly imprudent on the part of a hypocrite whose deception has been exposed. Such a person, being too pleased that others are willing to pretend to believe his lies, would be forced to engage in such deceit and feigned kindness towards them. But dare you reproach an honorable man who has been insulted for not behaving like a criminal, or for not showing the cowardice of a despicable scoundrel in his misfortunes? With what eyes do you expect him to view the treacherous advances of those traitors who surround him, who, while feigning utmost zeal, actually have no other intention than to ensnare him further in the schemes of their masters? To welcome them, he would have to be exactly what they assume him to be; he would have to be as cunning as they are, and, pretending not to see through them, repay their treachery with more treachery. His only “crime” is being as honest as they are deceitful—but what does it matter to them whether he receives them well or ill? The most obvious signs of his impatience or disdain do not deter them in the slightest. Even if he openly insulted them, they would not leave because of that. All of them, casting aside any semblance of honor they might possess, show him only indifference, duplicity, cowardice, and perfidy—and they behave towards him just as he should behave towards them, if he were truly what they imagine him to be. How, then, can you expect him to feel any respect for them when they have gone to such great lengths to prevent him from having any? I admit that it is easy to endure the contempt of someone one also despises; but yet, one should not seek such signs of disdain in him. Despite all their insidious flattery, as long as he believes he can perceive, deep within their hearts, some naturally honest sentiments and some good intentions, he is still willing to be deceived. I laugh at his naivety—and he laughs at it too. He always hopes that, by showing them who he really is, some of them will at least lose the courage to hate him, and believes that through his honesty, he will finally be able to touch those hearts of stone. You can imagine how well this strategy works for him; he sees it himself, and after so many painful experiences, he must finally know what to expect.

If you had once exercised the reflection that reason suggests and the inquiry that justice demands before judging so harshly upon a unfortunate individual, you would have realized that in a situation similar to his own, and as a victim of such detestable conspiracies, he could no longer—indeed, he should no longer—allow his natural inclinations to influence his actions regarding those around him. Those very inclinations had long been exploited by your people with such success in ensnaring him. He could no longer act in the innocence of his heart without plunging headlong into misfortune. Therefore, we must not judge him solely based on his current actions, even if those actions were faithfully recorded. Instead, we must look back to the times when nothing prevented him from being himself, or we must delve more deeply into his inner self to discern the true nature of his soul—a soul that, despite all these misfortunes, had not yet been hardened. If we followed him through the happy years of his life, even those in which he was already their prey without knowing it, we would have found the kind and gentle man that he truly was before he was ruined. In every place where he once lived, in the homes where he stayed for extended periods and left behind traces of his character, the locals’ regret continued to accompany him in his exile. Perhaps more than any other foreigner who ever lived in England, he saw the people of Wootton weep at his departure. But your ladies and gentlemen went to such lengths as to erase all these traces that they could only be discerned while they were still fresh. Montmorency, who lived closer to our times, provides a striking example of these differences. Thanks to certain individuals whose names I prefer not to mention, and to orators who somehow became the most ardent supporters of that league, you will no longer find any trace of the affection—and I dare say, even reverence—that people once held for Jean-Jacques, both while he lived there and after his departure. Yet at least the memories of those times still linger in the minds of the honest people who frequented that region back then.

Altre cause ancora possono aver contribuito a queste false valutazioni. Quest’uomo, attraverso le sue “Confessioni”, che loro chiamano “Memorie”, ha fornito ai vostri signori un mezzo per conoscere meglio se stesso, e loro non hanno esitato a sfruttarlo. La lettura di queste Confessioni, così diffusa tra molte persone, ma compresa da pochi soltanto in modo profondo e significativo, ha rivelato al pubblico tutte le sue debolezze e i suoi errori più segreti. L’illusione che queste Confessioni sarebbero state lette solo dopo la sua morte gli ha dato il coraggio di dire tutto, anche di trattarsi con una giustizia spesso troppo severa. Quando si è visto disprezzato dagli altri, fino al punto di essere considerato un mostro, la coscienza, che gli faceva percepire in sé più bene che male, gli ha dato il coraggio – forse unico nel suo genere – di mostrarsi per quello che realmente era. Credeva che, rivelando apertamente i segreti del proprio animo e le proprie Confessioni, con una spiegazione così schietta, semplice e naturale di tutto ciò che in lui poteva sembrare strano, e presentando il proprio vero testimonianza, si potesse dimostrare la veridicità delle sue dichiarazioni e confutare le orribili e fantasiose idee diffuse su di lui, senza riuscire a individuarne l’origine. Lontano dal sospettare di voi, questa persona così sfidante ha avuto fiducia in voi al punto di leggervi queste “storie della sua anima” e persino di lasciarvele per un periodo di tempo considerevole. Voi, invece, ne avete approfittato per diffamare colui che le aveva scritte; il più sacro segreto dell’amicizia è diventato, nelle vostre mani, strumento di tradimento. Avete trasformato i suoi difetti in vizi, i suoi errori in crimini, le debolezze della sua giovinezza in turpitudini dell’età adulta; avete distorto gli effetti, a volte ridicoli, di tutto ciò che nella sua natura c’era di gentile e buono; e ciò che non era altro che le peculiarità di un temperamento appassionato, ma contenuto da una natura timida, è diventato, grazie alle vostre manipolazioni, una orribile corruzione del cuore e dei gusti. Infine, tutto il modo in cui avete agito nei suoi confronti, e le informazioni che mi sono giunte su di voi, mi fanno credere che, per diffamare le sue Confessioni dopo averne tratto tutti i vantaggi possibili, abbiate intrapreso manovre e complotti in tutti i luoghi dove aveva vissuto, per distorcere completamente la sua vita e inventare menzogne capaci di far sembrare vere quelle contenute nelle sue Confessioni, privandolo così del merito della franchezza anche nei suoi stessi rimproveri. Ebbene, se sanno come avvelenare i suoi scritti, che sono sotto gli occhi di tutti, perché non dovrebbero avvelenare anche la sua vita, di cui il pubblico conosce soltanto ciò che voi ne dite?

Eloisa aveva rivolto su di lui gli sguardi delle donne: esse possedevano diritti abbastanza naturali su un uomo che descriveva l’amore in quel modo; ma poiché conoscevano di esso soltanto aspetti fisici, credettero che fossero soltanto sensi molto vivaci a poter ispirare sentimenti così teneri, e questo poté far loro attribuire a colui che li esprimeva un’opinione più alta di quanto forse meritasse. Immaginate che questa opinione raggiungesse in alcune di loro il livello della curiosità, e che tale curiosità non venisse abbastanza presto scoperta o soddisfatta da colui che ne era l’oggetto. Allora potrete facilmente comprendere le conseguenze di tale imprudenza nella sua sorte.

Quanto all’accoglienza fredda e dura che riserva a coloro che si presentano davanti a lui con atteggiamenti arroganti o lamentosi, ne sono stato spesso testimone anch’io, e devo ammettere che in una situazione del genere tale comportamento sarebbe certamente molto imprudente da parte di un ipocrita smascherato. Quest’ultimo, troppo felice che qualcuno sia disposto a fingere di credere alle sue menzogne, dovrebbe ricorrere a simili dissimulazioni e a apparenti attenzioni nei suoi confronti. Ma osate forse rimproverare un uomo d’onore offeso perché non si comporta da colpevole, o perché, nelle sue sfortune, non mostra la codardia di un vile scellerato? Con quale occhio potrebbe guardare le insidiose attenzioni dei traditori che lo assillano, i quali, pur fingendo il più sincero zelo, hanno in realtà solo l’intento di intrappolarlo sempre di più nelle trappole di coloro che li utilizzano? Per accoglierli, dovrebbe davvero essere tale come loro si aspettano che sia; dovrebbe essere altrettanto astuto di loro, fingendo di non comprenderne le intenzioni, e rispondere alla loro tradizione con altra tradizione. Il suo unico “crimine” è quello di essere sincero, mentre loro sono falsi: ma a loro che importa se lo accoglie bene o male? Anche i segni più evidenti della sua impazienza o del suo disprezzo non li allontanano affatto. Anche se li offendesse apertamente, non se ne andrebbero comunque. Tutti insieme, lasciano alla sua porta quei sentimenti d’onore che potrebbero avere, e gli mostrano solo indifferenza, duplicità, codardia e perfidia. E sono con lui proprio come dovrebbe essere lui con loro, se fosse davvero tale come loro lo immaginano. E come potrebbe mai provare per loro un rispetto che loro stessi hanno preso tanto cura di non fargli avere? Ammetto che il disprezzo per una persona che si disprezza è facile da sopportare. Ma comunque, non è certo in lui che bisogna cercarne le prove. Nonostante tutta questa insidiosa cortesia, basta che un uomo d’onore creda di scorgere, nel profondo delle loro anime, sentimenti naturalmente onesti e qualche buona disposizione, e si lascia comunque ingannare. Rido della sua semplicità, e lo faccio ridere anche lui. Spera sempre che, vedendolo per quello che è, almeno alcuni di loro perdano il coraggio di odiarlo. E crede, con la sua franchezza, di riuscire finalmente a toccare quei cuori di bronzo. Capite bene come gli vada. Lo vede anche lui. E, dopo tante tristi esperienze, ormai dovrebbe saperlo con certezza.

Se aveste mai fatto le riflessioni che la ragione suggerisce e le indagini che la giustizia richiede, prima di giudicare così severamente un infelice, avreste capito che, in una situazione simile alla sua e vittima di complotti tanto odiosi, egli non può più, o almeno non dovrebbe più, lasciarsi guidare dai propri istinti naturali, di cui i vostri signori si sono serviti per così lungo tempo e con tanto successo per intrappolarlo. Non può più agire, nella semplicità del proprio cuore, senza correre dei rischi. Pertanto, non bisogna giudicarlo in base alle sue azioni presenti, nemmeno se queste fossero descritte fedelmente. Bisogna tornare indietro nel tempo, quando nulla gli impediva di essere se stesso, oppure cercare di comprenderlo più profondamente, per leggere immediatamente le vere inclinazioni della sua anima, che tante sfortune non sono riuscite a offuscare. Seguendolo nei periodi felici della sua vita, e anche in quelli in cui, già preda dei vostri signori, lui stesso ancora non se ne rendeva conto, avreste scoperto l’uomo buono e gentile che era prima che venisse distrutto. In tutti i luoghi dove aveva vissuto in passato, nelle abitazioni dove gli fu concesso di soggiornare a lungo, il rimpianto della gente lo accompagnò sempre nella sua ritirata; forse solo tra tutti gli stranieri che vissero mai in Inghilterra, egli vide il popolo di Wootton piangere al suo addio. Ma le vostre dame e i vostri signori si presero grande cura di cancellare tutte queste tracce, tanto che si poterono distinguere soltanto mentre erano ancora fresche. Montmorency, più vicino a noi, offre un esempio evidente di queste differenze: grazie a persone che non voglio nominare, e agli oratori diventati, chissà come, i più ferventi sostenitori della lega, non troverete più alcuna traccia dell’affetto, e oserei dire del rispetto, che un tempo si provava per Jean-Jacques, sia mentre egli vi viveva, sia dopo la sua partenza; tuttavia, almeno le tradizioni rimangono ancora nella memoria delle persone oneste che allora frequentavano quella regione.

Dans ces épanchements auxquels il aime encore à se livrer, et souvent avec plus de plaisir que de prudence, il m’a quelquefois confié ses peines, et j’ai vu que la patience avec laquelle il les supporte n’ôtait rien à l’impression qu’elles font sur son cœur. Celles que le temps adoucit le moins se réduisent à deux principales, qu’il compte pour les seuls vrais maux que lui aient faits ses ennemis. La première est de lui avoir ôté la douceur d’être utile aux hommes, et secourable aux malheureux, soit en lui en ôtant les moyens, soit en ne laissant plus approcher de lui, sous ce passeport, que des fourbes qui ne cherchent à l’intéresser pour eux qu’afin de s’insinuer dans sa confiance, l’épier, et le trahir. La façon dont ils se présentent, le ton qu’ils prennent en lui parlant, les fades louanges qu’ils lui donnent, le patelinage qu’ils y joignent, le fiel qu’ils ne peuvent s’abstenir d’y mêler, tout décèle en eux de petits histrions grimaciers qui ne savent ou lie daignent pas mieux jouer leur rôle. Les lettres qu’il reçoit ne sont, avec des lieux communs de collège, et des leçons bien magistrales sur ses devoirs envers ceux qui les écrivent, que de sottes déclamations contre les grands et les riches, par lesquelles on croit bien le leurrer ; d’amers sarcasmes sur tous les états ; d’aigres reproches à la fortune, de priver un grand homme comme l’auteur de la lettre, et, par compagnie, l’autre grand homme à qui elle s’adresse, des honneurs et des biens qui leur étaient dus, pour les prodiguer aux indignes ; des preuves tirées de là, qu’il n’existe point de Providence ; de pathétiques déclarations de la prompte assistance dont on a besoin, suivies de fières protestations de n’en vouloir néanmoins aucune. Le tout finit d’ordinaire par la confidence de la ferme résolution où l’on est de se tuer, et par l’avis que cette résolution sera mise en exécution sonica, si l’on ne reçoit bien vite une réponse satisfaisante à la lettre.

Après avoir été plusieurs fois très sottement la dupe de ces menaçants suicides, il a fini par se moquer et d’eux et de sa propre bêtise. Mais quand ils n’ont plus trouvé la facilité de s’introduire avec ce pathos, ils ont bientôt repris leur allure naturelle, et substitué, pour forcer sa porte, la férocité des tigres à la flexibilité des serpents. Il faut avoir vu les assauts que sa femme est forcée de soutenir sans cesse, les injures et les outrages qu’elle essuie journellement de tous ces humbles admirateurs, de tous ces vertueux infortunés, à la moindre résistance qu’ils trouvent, pour juger du motif qui les amène, et des gens qui les envoient. Croyez-vous qu’il ait tort d’éconduire toute cette canaille, et de ne vouloir pas s’en laisser subjuguer ? Il lui faudrait vingt ans d’application pour lire seulement tous les manuscrits qu’on le vient prier de revoir, de corriger, de refondre ; car son temps et sa peine ne coûtent rien à vos messieurs[406] ; il lui faudrait dix mains et dix secrétaires pour écrire les requêtes, placets, lettres, mémoires, compliments, vers, bouquets, dont on vient à l’envi le charger, vu la grande éloquence de sa plume, et la grande bonté de son cœur ; car c’est toujours là l’ordinaire refrain de ces personnages sincères. Au mot d’humanité, qu’ont appris à bourdonner autour de lui des essaims de guêpes, elles prétendent le cribler de leurs aiguillons bien à leur aise, sans qu’il ose s’y dérober, et tout ce qui lui peut arriver de plus heureux, est de s’en délivrer avec de l’argent, dont ils le remercient ensuite par des injures.

Après avoir tant réchauffé de serpents dans son sein, il s’est enfin déterminé, par une réflexion très simple, à se conduire comme il fait avec tous ces nouveaux venus. À force de bontés et de soins généreux, vos messieurs, parvenus à le rendre exécrable à tout le monde, ne lui ont plus laissé l’estime de personne. Tout homme ayant de la droiture et de l’honneur ne peut plus qu’abhorrer et fuir un être ainsi défiguré ; nul homme sensé n’en peut rien espérer de bon. Dans cet état, que peut-il donc penser de ceux qui s’adressent à lui par préférence, le recherchent, le comblent délogés, lui demandent ou des services ou son amitié ; qui, dans l’opinion qu’ils ont de lui, désirent néanmoins d’être liés ou redevables au dernier des scélérats ? Peuvent-ils même ignorer que, loin qu’il ait ni crédit ni pouvoir, ni faveur auprès de personne, l’intérêt qu’il pourrait prendre à eux ne ferait que leur nuire aussi bien qu’à lui ; que tout l’effet de sa recommandation serait, ou de les perdre s’ils avaient eu recours à lui de bonne foi, ou d’en faire de nouveaux traîtres destinés à l’enlacer par ses propres bienfaits ? En toute supposition possible, avec les jugements portés de lui dans le monde, quiconque ne laisse pas de recourir à lui n’est-il pas lui-même un homme jugé ? et quel honnête homme peut prendre intérêt à de pareils misérables ? S’ils n’étaient pas des fourbes, ne seraient-ils pas toujours des infâmes ? et qui peut implorer des bienfaits d’un homme qu’il méprise, n’est-il pas lui-même encore plus méprisable que lui ?

Si tous ces empressés ne venaient que pour voir et chercher ce qui est, sans doute il aurait tort de les éconduire ; mais pas un seul n’a cet objet, et il faudrait bien peu connaître les hommes et la situation de Jean-Jacques pour espérer de tous ces gens-là ni vérité ni fidélité. Ceux qui sont payés veulent gagner leur argent, et ils savent bien qu’ils n’ont qu’un seul moyen pour cela, qui est de dire, non ce qui est, mais ce qui plaît, et qu’ils seraient mal venus à dire du bien de lui. Ceux qui l’épient de leur propre mouvement, mus par leur passion, ne verront jamais que ce qui la flatte ; aucun ne vient pour voir ce qu’il voit, mais pour l’interpréter à sa mode. Le blanc et le noir, le pour et le contre, leur servent également. Donne-t-il l’aumône, ah ! le cafard ! la refuse-t-il, voilà cet homme si charitable ! S’il s’enflamme en parlant de la vertu, c’est un tartufe ; s’il s’anime en parlant de l’amour, c’est un satyre ; s’il lit la gazette[407], il inédite une conspiration ; s’il cueille une rose, 011 cherche quel poison la rose contient. Trouvez à un homme ainsi vu quelque propos qui soit innocent, quelque action qui ne soit pas un crime, je vous en défie.

Si l’administrai ion publique elle-même eût été moins prévenue ou de bonne foi, la constante uniformité de sa vie, égale et simple, l’eût bientôt désabusée ; elle aurait compris qu’elle ne verrait jamais que les mêmes choses, et que c’était bien perdre son argent, son temps et ses peines, que d’espionner un homme qui vivait ainsi. Mais comme ce n’est pas la vérité qu’on cherche, qu’on ne veut que noircir la victime, et qu’au lieu d’étudier son caractère on ne veut que le diffamer, peu importe qu’il se conduise bien ou mal, et qu’il soit innocent ou coupable. Tout ce qui importe est d’être assez au fait de sa conduite pour avoir des points fixes sur lesquels ou puisse appuyer le système d’imposture dont il est l’objet, sans s’exposer à être convaincus de mensonge ; et voilà à quoi l’espionnage est uniquement, destiné. Si vous me reprochez ici de rendre à ses accusateurs les imputations dont ils le chargent, j’en conviendrai sans peine, mais avec cette différence qu’en parlant d’eux Rousseau ne s’en cache pas. Je ne pense même et ne dis tout ceci qu’avec la plus grande répugnance. Je voudrais de tout mon cœur pouvoir croire que le gouvernement est à son égard dans l’erreur de bonne foi, mais c’est ce qui m’est impossible. Quand je n’aurais nulle autre preuve du contraire, la méthode qu’on suit avec lui m’en fournirait une invincible. Ce n’est point aux méchants qu’on fait toutes ces choses-là, ce sont eux qui les font aux autres.

Pesez la conséquence qui suit de là. Si l’administration, si la police elle-même trempe dans le complot pour abuser le public sur le compte de Jean-Jacques, quel homme au monde, quelque sage qu’il puisse être, pourra se garantir de l’erreur à son égard ?

In these outpourings into which he still delights to indulge, often with more pleasure than prudence, he has sometimes confided his sorrows to me, and I have seen that the patience with which he endures them in no way diminishes the impact they have on his heart. The troubles that time least alleviates can be reduced to two main ones, which he considers to be the only true evils inflicted upon him by his enemies. The first is that they have deprived him of the joy of being useful to others and helpful to the unfortunate—either by taking away the means to do so or by allowing only deceitful people to approach him under the guise of friendship, in order to gain his trust, spy on him, and betray him. The way these people present themselves, the tone they use when speaking to him, the insincere praise they offer, the flattery they add, and the bitterness they cannot help but inject into their words—all reveal that they are nothing but petty actors who know little or care less about playing their roles properly. The letters he receives consist, aside from some banal clichés and highly moralistic admonitions about his duties toward those who write them, of foolish complaints against the powerful and wealthy, which seem intended to deceive him; bitter sarcasms directed at all social classes; harsh reproaches at fate for depriving a great man like the letter’s author—and, by extension, the other great person to whom the letter is addressed—of the honors and riches they deserve, only to bestow them on unworthy individuals; and various arguments proving the non-existence of Providence. These messages are often followed by pathetic declarations of the urgent need for help, only to be met with proud assertions that such assistance is utterly unnecessary. Invariably, the whole thing ends with the confession of a firm resolve to commit suicide, along with the warning that this resolution will be carried out if no satisfactory reply is received soon enough.

After having been repeatedly and foolishly deceived by these threatening attempts at suicide, he eventually began to laugh at them—and at his own stupidity as well. But when they no longer found it so easy to manipulate him with such melodrama, they soon reverted to their natural ways and resorted to the ferocity of tigers rather than the subtlety of snakes in order to force his door open. One must have witnessed the constant assaults his wife has to endure, the insults and indignities she faces daily from these so-called “humble admirers” and these “virtuous unfortunate souls” at the slightest sign of resistance on her part, in order to understand the motives behind their behavior—and the people who send them. Do you really think it is wrong for him to drive all such scoundrels away and refuse to let themselves be enslaved by them? It would take him twenty years of relentless effort just to go through all the manuscripts that these people constantly ask him to review, correct, or rewrite—since your gentlemen cost him nothing in terms of time or effort. It would take him ten hands and ten secretaries just to compose all the petitions, pleas, letters, memorials, compliments, poems, and bouquets that they incessantly demand of him, given the eloquence of his pen and the kindness of his heart. Because that is always the refrain of these so-called “sincere” individuals. At the mere mention of humanity, swarms of “wesps” surround him, claiming to pierce him with their stingers without hesitation—while he dares not flee. And the only fortunate outcome for him is to escape them by paying money. Only to be thanked for it with more insults.

After having nurtured so many “serpents” within himself, he finally decided, through a very simple reflection, to behave in the same way he did with all those newcomers. Through sheer kindness and generous care, your gentlemen managed to make him detestable in everyone’s eyes, leaving him without the respect of anyone. Any man who possesses integrity and honor can only loathe and flee such a distorted being; no sensible person could possibly expect anything good from him. In this state, what can he possibly think of those who prefer to address themselves to him, who seek his company, who overwhelm him with gifts, asking for either his help or his friendship—those who, in their opinion of him, still wish to be connected to or indebted to the lowest of scoundrels? How could they even fail to realize that, since he possesses neither credibility nor power, nor any favor among anyone, any interest he might have in them would only bring harm to both them and himself? That the entire effect of his “recommendation” would be either to cause their ruin if they had sought his help in good faith, or to turn them into new traitors, bound to him by his own acts of kindness? Under any conceivable circumstances, given the way he is viewed in the world, isn’t anyone who still turns to him himself a man whom others judge harshly? And what honest man could possibly take an interest in such wretched beings? If they weren’t deceitful, wouldn’t they always be despicable? And who would dare to ask for favors from a man whom they despise? Isn’t that person themselves even more contemptible than the one being asked for help?

If all these people came merely to see and seek out what is true, it would surely be wrong to turn them away; but not one of them has such an intention, and one would need to know very little about human nature and the situation of Jean-Jacques in order to expect either truth or loyalty from any of them. Those who are paid want to earn their money, and they know full well that they have only one way to do so: to say not what is true, but what pleases others; it would be highly improper for them to speak well of him. Those who observe him out of their own motives, driven by their passions, will never see anything but what flatters those passions; none of them come to see what they actually see, but to interpret it in their own way. Black and white, for and against—everything serves them equally. If he gives alms, ah! what a miserly wretch! If he refuses, well then, what a charitable man! If he becomes enthusiastic when talking about virtue, he is a hypocrite; if he gets excited when discussing love, he is a satyr; if he reads the newspaper, he is inventing some conspiracy; if he picks a rose, he is immediately wondering what poison it contains. Try to find any innocent words or any actions that are not crimes in such a person—I defy you to do so.

If the public administration itself had been less prejudiced or more sincere, the constant uniformity of its actions—equal and simple as they were—would have soon disappointed it; it would have realized that it would always see the same things, and that spying on a man who lived in such a manner was truly a waste of money, time, and effort. But since what people seek is not the truth, since their only intention is to slander the victim, and since they refuse to study his character but instead choose to denigrate it, it matters little whether he behaves well or badly, whether he is innocent or guilty. All that matters is to have sufficient knowledge of his actions in order to have solid grounds upon which to base the system of deception that is being practiced against him, without risking being exposed as liars; and that is precisely the sole purpose of espionage. If you accuse me of echoing the accusations made against him by his accusers, I will readily admit it, but with this difference: when Rousseau spoke of them, he did not hide his views at all. In fact, I say all this with the greatest reluctance. I would sincerely wish to believe that the government is mistaken about him out of good faith, but that is simply impossible for me. Even if I had no other evidence to the contrary, the methods being used towards him would provide irrefutable proof. Such things are not done to bad people; it is they who do them to others.

Consider the consequence that follows from this. If even the administration, if even the police itself, are involved in a conspiracy to deceive the public in relation to Jean-Jacques, then what man in the world, no matter how wise he may be, can guarantee that he will not be deceived himself?

In queste confidenze a cui egli ama ancora indulgere, e spesso con più piacere che prudenza, mi ha talvolta raccontato delle sue sofferenze, e ho visto che la pazienza con cui le sopporta non diminuiva affatto l’impressione che esse lasciano nel suo cuore. Le sofferenze che il tempo attenua meno si riducono a due principali, che egli considera i veri mali causatigli dai suoi nemici. La prima è quella di avergli tolto la gioia di essere utile agli uomini e di soccorrere i malheurevoli, sia privandolo dei mezzi per farlo, sia impedendogli di avvicinarsi a coloro che, sotto questo pretesto, non cercano altro che insinuarsi nella sua fiducia, spiarlo e tradirlo. Il modo in cui questi individui si presentano, il tono con cui gli parlano, le lodi banali che gli rivolgono, la falsa cordialità che aggiungono, l’acrimonia che non riescono a trattenere, tutto cela rivela in loro dei meschini attori che sanno o fingono di sapere come recitare il loro ruolo. Le lettere che riceve contengono, oltre a banali frasi da collegio e sagge ammonizioni sui suoi doveri verso coloro che le scrivono, soltanto sciocche denunce contro i potenti e i ricchi, amari sarcasmi su tutti gli stati sociali, aspri rimproveri alla fortuna per aver privato un grande uomo come l’autore della lettera – e, di conseguenza, anche un altro grande uomo a cui essa si rivolge – degli onori e dei beni che gli spettavano, per donarli invece agli indegni; inoltre, vi sono prove tirate da tutto ciò per dimostrare l’inesistenza di una Provvidenza; patetiche dichiarazioni sulla necessità di un aiuto immediato, seguite da orgogliose affermazioni sul fatto che comunque non si desidera alcun aiuto. Tutto ciò finisce solitamente con la confidenza di una ferma risoluzione di suicidarsi, e con l’avvertimento che tale risoluzione verrà attuata se non si riceve presto una risposta soddisfacente alla lettera.

Dopo essere stato più volte ingannato in modo molto sciocco da queste minacciose “tentative di suicidio”, alla fine ha iniziato a prendersi gioco sia di loro che della propria stupidità. Ma quando non hanno più trovato il modo facile per avvicinarsi a lui, usando quel tipo di pathos, hanno presto ripreso il loro vero aspetto naturale e, per forzare la sua porta, hanno sostituito la feroce aggressività dei tigri con l’astuzia dei serpenti. Bisogna aver visto gli attacchi che sua moglie è costretta a subire continuamente, le offese e gli insulti che riceve ogni giorno da questi presunti “ammiratori umili” e da questi “virtuosi sfortunati”, alla minima resistenza che lei oppone, per capire il vero motivo che li spinge e le persone che li mandano. Credete davvero che abbia torto a scacciare tutta questa canaglia e a rifiutarsi di lasciarsi dominare da loro? Gli ci vorrebbero vent’anni di lavoro incessante solo per leggere tutti i manoscritti che gli vengono chiesti di revisionare, correggere o rifare; perché il suo tempo e il suo impegno non costano nulla a questi signori. Gli ci vorrebbero dieci mani e dieci segretari solo per scrivere tutte le richieste, i petizioni, le lettere, i memoriali, i complimenti, i versi, i mazzi di fiori che gli vengono continuamente chiesti di preparare. Visto l’immensa eloquenza della sua penna e la grande bontà del suo cuore, perché è sempre questo il solito pretesto di queste persone sincere. Alla parola “umanità”, che stormi di “vespe” hanno imparato a ripetere intorno a lui, esse pretendono di pungerlo con le loro aguzze aghi, senza che lui osi difendersi. E l’unica cosa più fortunata che possa capitargli è riuscire a liberarsi di loro con del denaro, per poi ricevere in cambio ancora più insulti.

Dopo aver accolto così tanti individui nel proprio “grembo”, si è finalmente deciso, attraverso una riflessione molto semplice, a comportarsi esattamente come fa con tutti questi nuovi arrivati. Grazie a continue gentilezze e attenzioni generose, i signori in questione sono riusciti a renderlo odioso a tutti; nessuno più lo stimava. Qualsiasi uomo onesto e retto non può che disprezzare e fuggire da un individuo così corrotto; nessun essere sensato può sperare nulla di buono da lui. In queste condizioni, cosa può mai pensare di coloro che si rivolgono a lui con preferenza, che lo cercano, lo colmano di favori, gli chiedono sia aiuti che amicizia. Che, pur avendolo in così cattiva stima, desiderano comunque essere legati o debitori verso il peggiore dei malviventi? Come possono anche ignorare che, dato che non possiede alcun credito, potere né influenza presso nessuno, qualsiasi interesse potesse provare per di loro finirebbe solo per nuocergli e a loro stessi. Che l’unica conseguenza delle sue raccomandazioni sarebbe quella di farli perdere tutto se si fossero rivolti a lui con sincerità, o di trasformarli in nuovi traditori legati a lui dai suoi stessi benefici? In ogni caso possibile, considerando il modo in cui viene giudicato nel mondo, chiunque non ricorra a lui non è forse anch’egli una persona ritenuta indegna di rispetto? E quale uomo onesto potrebbe mai interessarsi a simili miserabili? Se non fossero degli ingannatori, non sarebbero sempre individui spregevoli? E chi può chiedere favori a qualcuno che disprezza, non è forse ancora più spregevole di lui stesso?

Se tutti questi individui venissero soltanto per vedere e cercare ciò che è realmente, forse sarebbe sbagliato scacciarli; ma nessuno di loro ha questo scopo reale, e bisognerebbe conoscere molto poco gli uomini e la situazione di Jean-Jacques per poter sperare da parte loro né verità né fedeltà. Coloro che sono pagati vogliono guadagnare il proprio denaro, e sanno bene che hanno un solo modo per farlo: dire non ciò che è, ma ciò che piace, e sarebbe molto imprudente da parte loro lodarlo sinceramente. Quelli che lo osservano spinti dalla propria passione vedranno sempre soltanto ciò che la lusinga; nessuno di loro viene per vedere ciò che realmente è, ma per interpretarlo a modo proprio. Il bianco e il nero, il sì e il no, servono tutti allo stesso scopo. Se dona l’elemosina, ah! che ipocrita. Se la rifiuta, eccolo un uomo così caritatevole! Se si infiamma parlando di virtù, è un ipocrita; se si entusiasma parlando d’amore, è un libertino; se legge i giornali, inventa delle congiure; se raccoglie una rosa, cerca subito quale veleno possa contenere. Trovate, vi sfido, in un uomo visto in questo modo, qualche parola innocente, qualche azione che non sia un crimine.

Se anche l’amministrazione pubblica stessa fosse stata meno prevenuta o più sincera, la costante uniformità della sua vita, semplice ed eguale, l’avrebbe presto disillusa; avrebbe capito che avrebbe visto sempre le stesse cose e che spiarre un uomo che viveva in quel modo significava davvero perdere il proprio denaro, il proprio tempo e le proprie fatiche. Ma poiché non si cerca la verità, poiché si vuole soltanto diffamare la vittima e, invece di studiarne il carattere, si preferisce diffonderne calunnie, non importa se si comporti bene o male, né se sia innocente o colpevole. L’unica cosa che conta è essere sufficientemente a conoscenza delle sue azioni per poter basare su fatti concreti il sistema di inganno di cui è vittima, senza rischiare di essere smascherati come bugiardi. Ed è proprio a questo scopo che serve lo spionaggio. Se mi accusate di ripetere le accuse che i suoi accusatori gli rivolgono, lo ammetterò senza esitazione, ma con questa differenza: Rousseau, parlando di loro, non si nasconde affatto. Anzi, dico tutto questo con la massima avversione possibile. Vorrei davvero credere che il governo si sbagli su di lui per buona fede, ma è impossibile per me farlo. Anche senza altre prove contrarie, il metodo che si adotta nei suoi confronti ne fornirebbe una inconfutabile. Non sono i cattivi a compiere queste cose, ma sono loro stessi a commetterle contro gli altri.

Pensate alla conseguenza che ne deriva. Se sia l’amministrazione che la polizia stessa sono coinvolte in questo complotto per ingannare il pubblico a scapito di Jean-Jacques, quale uomo al mondo, per quanto saggio possa essere, potrà garantirsi di non commettere un errore nei suoi confronti?

Que de raisons nous font sentir que, dans l’étrange position de cet homme infortuné, personne ne peut plus juger de lui avec certitude, ni sur le rapport d’autrui, ni sur aucune espèce de preuve ! il ne suffit pas même de voir, il faut vérifier, comparer, approfondir tout par soi-même, ou s’abstenir de juger. Ici, par exemple, il est clair comme le jour qu’à s’en tenir au témoignage des autres le reproche de dureté et d’incommisération, mérité ou non, lui serait toujours également inévitable : car, supposé un moment qu’il remplît de toutes ses forces les devoirs d’humanité, de charité, de bienfaisance, dont tout homme est sans cesse entouré, qui est-ce qui lui rendrait dans le public la justice de les avoir remplis ? Ce ne serait pas lui-même, à moins qu’il n’y mît cette ostentation philosophique qui gâte l’œuvre par le motif ; ce ne serait pas ceux envers qui il les aurait remplis, qui deviennent, sitôt qu’ils l’approchent, ministres et créatures de vos messieurs ; ce serait encore moins vos messieurs eux-mêmes, non moins zélés à cacher le bien qu’il pourrait chercher à faire, qu’à publier à grand bruit celui qu’ils disent lui faire en secret. En lui faisant des devoirs à leur mode pour le blâmer de ne les pas remplir, ils tairaient les véritables qu’il aurait remplis de tout son cœur, et lui feraient le même reproche avec le même succès ; ce reproche ne prouve donc rien. Je remarque seulement qu’il était bienfaisant et bon, quand, livré sans gêne à son naturel, il suivait en toute liberté ses penchants ; et maintenant qu’il se sent entravé de mille pièges, entouré d’espions, de mouches, de surveillants ; maintenant qu’il sait ne pas dire un mot qui ne soit recueilli, ne pas faire un mouvement qui ne soit noté, c’est ce temps qu’il choisit pour lever le masque de l’hypocrisie, et se livrer à cette dureté tardive, à tous ces petits larcins de bandits dont l’accuse aujourd’hui le public ! Convenez que voilà un hypocrite bien bête, et un trompeur bien maladroit. Quand je n’aurais rien vu par moi-même, cette seule réflexion me rendrait suspecte la réputation qu’on lui donne à présent. Il en est de tout ceci comme des revenus qu’on lui prodigue avec tant de magnificence. Ne faudrait-il pas dans sa position qu’il fût plus qu’imbécile, pour tenter, s’ils étaient réels, d’en dérober un moment la connaissance au public ?

Ces réflexions sur les friponneries qu’il s’est mis à faire, et sur les bonnes œuvres qu’il ne fait plus, peuvent s’étendre aux livres qu’il fait et publie encore, et dont il se cache si heureusement, que tout le monde, aussitôt qu’ils paraissent, est instruit qu’il en est l’auteur. Quoi ! monsieur, ce mortel si ombrageux, si farouche, qui voit à peine approcher de lui un seul homme qu’il ne sache ou ne croie être un traître ; qui sait ou qui croit que le vigilant magistrat chargé des deux départements de la police et de la librairie le tient enlacé dans d’inextricables filets, ne laisse pas d’aller barbouillant éternellement des livres à la douzaine, et de les confier sans crainte au tiers et au quart pour les faire imprimer en grand secret ? Ces livres s’impriment, se publient, se débitent hautement sous son nom, même avec une affectation ridicule, comme s’il avait peur de n’être pas connu ; et mon butor, sans voir, sans soupçonner même cette manœuvre si publique, sans jamais croire être découvert, va toujours prudemment son train, toujours barbouillant, toujours imprimant, toujours se confiant à des confidents si discrets, et toujours ignorant qu’ils se moquent de lui ? Que de stupidité pour tant de finesse ! que de confiance pour un homme aussi soupçonneux ! Tout cela vous paraît-il donc si bien arrangé, si naturel, si croyable ? Pour moi je n’ai vu dans Jean-Jacques aucun de ces deux extrêmes. Il n’est pas aussi fin que vos messieurs, mais il n’est pas non plus aussi bête que le public, et ne se paierait pas comme lui de pareilles bourdes. Quand un libraire vient en grand appareil s’établir à sa porte, que d’autres lui écrivent des lettres bien amicales, lui proposent de belles éditions, affectent d’avoir avec lui des relations bien étroites, il n’ignore pas que ce voisinage, ces visites, ces lettres, lui viennent de plus loin ; et tandis que tant de gens se tourmentent à lui faire faire des livres dont le dernier cuistre rougirait d’être l’auteur, il pleure amèrement les dix ans de sa vie employés à en faire d’un peu moins plats.

Voilà, monsieur, les raisons qui l’ont forcé de changer de conduite avec ceux qui l’approchent, et de résister aux penchants de son cœur, pour ne pas s’enlacer lui-même dans les pièges tendus autour de lui. J’ajoute à cela que son naturel timide et son goût éloigné de toute ostentation ne sont pas propres à mettre en évidence son penchant à faire du bien, et peuvent même, dans une situation si triste, l’arrêter quand il aurait l’air de se mettre en scène. Je l’ai vu, dans un quartier très vivant de Paris, s’abstenir malgré lui d’une bonne œuvre qui se présentait, ne pouvant se résoudre à fixer sur lui les regards malveillants de deux cents personnes ; et, dans un quartier peu éloigné, mais moins fréquenté, je l’ai vu se conduire différemment dans une occasion pareille. Cette mauvaise honte ou cette blâmable fierté me semble bien naturelle à un infortuné, sûr d’avance que tout ce qu’il pourra faire de bien sera mal interprété. Il vaudrait mieux sans doute braver l’injustice du public ; mais avec une âme haute et un naturel timide, qui peut se résoudre, en faisant une bonne action qu’on accusera d’hypocrisie, de lire dans les yeux des spectateurs l’indigne jugement qu’ils en portent ? Dans une pareille situation, celui qui voudrait faire encore du bien s’en cacherait comme d’une mauvaise œuvre, et ce ne serait pas ce secret-là qu’on irait épiant pour le publier.

How many reasons make us feel that, in the strange situation of this unfortunate man, no one can any longer judge him with certainty—neither based on what others say nor on any kind of evidence! It is not even enough to simply observe; one must verify, compare, and investigate everything oneself, or perhaps refrain from judging altogether. For instance, it is clear as day that, if we were to rely solely on the testimony of others, the accusation of cruelty and indifference—whether deserved or not—would be equally inevitable for him. For suppose he were to fulfill with all his heart those duties of humanity, charity, and benevolence that every man is constantly expected to perform; who would then ensure that he received justice for having done so in public? It would certainly not be he himself, unless he were to engage in that ostentatious display of virtue that often spoils the true meaning of such actions. Nor would it be those toward whom he had shown kindness, for they would immediately become agents and tools of those who seek to slander him. And certainly not those very people who are so eager to hide the good he might have sought to do, while loudly proclaiming what they claim he has done in secret. By forcing him to fulfill their own ideas of virtue in order to condemn him for failing to do so, they would conceal the true acts of kindness he had undoubtedly performed from the public eye—and yet they would still hurl the same empty accusations at him with equal success. Such accusations prove nothing at all. I merely observe that he was kind and good when, unencumbered by artificial constraints, he allowed his nature to guide him freely. But now, trapped in a web of traps and surrounded by spies and observers, knowing that every word he said and every action he took would be recorded, it is precisely during this time that he chooses to shed the mask of hypocrisy and reveal the cruelty and petty deceitfulness for which he is now condemned by the public! Admit it—what a foolish hypocrite, what a clumsy deceiver! Even if I had not witnessed these things myself, such reasoning alone would make me skeptical of the reputation people give him today. All of this is nothing but an absurd attempt to conceal his true nature. In his position, one would have to be more than utterly stupid to try to hide the truth from the public, even if such attempts were possible.

These reflections on the mischievous deeds he engages in, and on the good works he no longer undertakes, can also be extended to the books he still writes and publishes—books about which, fortunately for him, everyone immediately learns that he is their author as soon as they appear. Oh! Sir, this mortal being, so suspicious and ferocious, who regards every approach as a potential betrayal; who believes—or rather, assumes—that the vigilant officials in charge of both police and censorship have him firmly ensnared in an inextricable web, yet he continues to scribble dozens of books at once and confidently entrusts them to third parties for secret printing. These books are printed, published, and sold under his name—even with some ridiculous affectation, as if he were afraid of being unknown! And this simpleton, without seeing or even suspecting such an obvious ruse, continues undeterred in his activities: writing, publishing, entrusting things to so “discreet” accomplices—yet completely unaware that they are all laughing at him. What sheer stupidity amidst such cunning! What utter trust on the part of a man so wary. To you, does all this seem so well-planned, so natural, so believable? But for me, Jean-Jacques displays neither extreme. He is not as clever as your gentlemen, but he is certainly not as foolish as the public would have one believe; he wouldn’t stoop to such absurdities. When a bookseller arrives with great fanfare to set up shop in front of his door, when others write him friendly letters offering him handsome editions and pretending to have close ties with him, he knows full well that all this comes from further away. While so many people go to great lengths to make him produce books whose authors would be ashamed to admit them, he mourns the ten years of his life wasted on writing works that are barely passable.

Here, sir, are the reasons that forced him to change his behavior towards those who approached him and to resist the inclinations of his heart, so as not to fall into the traps laid around him. I would also add that his timid nature and his aversion to any form of ostentation were not conducive to highlighting his inclination to do good; in fact, in such a sad situation, they might even prevent him from acting in a way that could lead people to think he was putting on a show. I have seen him, in a very busy district of Paris, refrain from doing some good deed out of sheer reluctance, unable to bear the malicious looks of two hundred people fixed on him; whereas in a less crowded but equally troubled neighborhood, he behaved differently in a similar situation. To me, this kind of misplaced shame or blameworthy pride seems entirely natural for someone who is certain that whatever good he does will be misinterpreted. Perhaps it would be better to brave the injustice of the public; but with a noble soul and a timid nature, how can one endure the thought of reading in the eyes of onlookers the contempt they surely hold toward such actions? In such circumstances, anyone who still wished to do good would hide it just as they would hide a bad deed—and it is certainly not such secrets that people would go out of their way to uncover and publicize.

Quante ragioni ci fanno sentire che, nella strana situazione di quest’uomo sfortunato, nessuno possa più giudicarlo con certezza, né sulla base del parere altrui, né attraverso alcuna sorta di prova! Non basta nemmeno osservare: è necessario verificare, confrontare, approfondire tutto personalmente, oppure astenersi dal giudicare. Qui, ad esempio, è chiaro come il giorno che, basandosi soltanto sulle testimonianze altrui, l’accusa di durezza e insensibilità gli sarebbe inevitabile, indipendentemente dal fatto che sia meritata o meno: perché, anche ammettendo che compia con tutte le sue forze i doveri di umanità, carità e beneficenza, di cui ogni uomo è costantemente circondato, chi potrebbe garantire che il pubblico gli riconosca giustamente questi meriti? Non sarebbe lui stesso a farlo, a meno che non mettesse in mostra una sorta di ostentazione filosofica che rovina l’effetto delle sue azioni; non sarebbero nemmeno coloro verso cui le avrebbe compiute, poiché, non appena si avvicinano a lui, diventano agenti e strumenti dei vostri signori; e ancor meno sarebbero voi stessi, i quali siete altrettanto desiderosi di nascondere il bene che potrebbe cercare di compiere, quanto di pubblicizzare ad alta voce ciò che affermate faccia in segreto. Definendolo colpevole di non adempiere ai doveri secondo i vostri standard, voi nascondereste i veri meriti che avrebbe potuto compiere con tutto il cuore, e gli fareste lo stesso rimprovero, con lo stesso risultato negativo; quindi questo rimprovero non dimostra nulla. Noto soltanto che era buono e gentile quando, senza alcun ostacolo, seguiva liberamente i propri impulsi naturali; mentre ora, intrappolato in mille trappole, circondato da spie, osservatori e “mosche”, sapendo di non poter dire una parola senza essere ascoltata, né compiere un movimento senza essere notato, sceglie proprio questo momento per togliersi il velo dell’ipocrisia e mostrare quella durezza tardiva, quei piccoli atti di malvagità che oggi il pubblico gli attribuisce. Ammettete pure: questo è un ipocrita davvero stupido e un ingannatore molto inadeguato. Anche senza aver visto nulla con i miei occhi, questa sola riflessione mi farebbe dubitare della reputazione che oggi gli viene attribuita. Tutto ciò è come se gli venissero offerti grandi ricchezze. Non dovrebbe essere davvero più stupido di quanto non sia per tentare, in caso fossero reali, di nascondere al pubblico la loro esistenza?

Queste riflessioni sulle buffonate che ha iniziato a compiere e sulle buone azioni che ormai non svolge più possono essere estese anche ai libri che scrive e pubblica ancora; lui, però, si nasconde con tale abilità che tutti, non appena questi libri escono, vengono immediatamente a conoscenza del suo autore. Ma ditemi: questo mortale così diffidente, così timoroso, che non vede avvicinarsi nessuno senza pensare che si tratti di un traditore; che sa o crede che il magistrato incaricato della polizia e della censura lo abbia intrappolato in reti inestricabili, come fa a continuare a scrivere libri a decine, a consegnarli senza paura a terzi affinché vengano stampati in segreto? Questi libri vengono stampati, pubblicati e venduti apertamente sotto il suo nome, persino con un’aria ridicola, come se temesse di non essere riconosciuto. E lui, senza vedere nulla, senza sospettare nemmeno di questa manovra così evidente, continua tranquillamente a scrivere, a stampare, a confidarsi in persone così discrete, ignorando completamente che si stanno prendendo gioco di lui. Che stupidità, per una tale astuzia! Che fiducia, da parte di un uomo così sospettoso. A voi tutto questo sembra così ben organizzato, così naturale, così credibile? Per me, in Jean-Jacques non ho visto alcuno di questi due estremi: non è così astuto come i vostri signori, ma nemmeno così stupido come il pubblico; e certamente non si lascerebbe ingannare da simili sciocchezze. Quando un libraio arriva con grande pompa per stabilirsi davanti alla sua porta, quando altri gli scrivono lettere apparentemente amichevoli, gli propongono belle edizioni, fingono di avere con lui strette relazioni, lui sa benissimo che tutto ciò nasconde secondi fini. Mentre tante persone si sforzano disperatamente di fargli scrivere libri di cui anche il più ignorante si vergognerebbe di essere l’autore, lui piange amaramente i dieci anni della sua vita sprecati in simili attività.

Ecco, signore, le ragioni che lo hanno costretto a cambiare comportamento verso coloro che si avvicinano a lui e a resistere ai desideri del proprio cuore, per non cadere nei trappoli che gli vengono tesi intorno. Aggiungo inoltre che la sua natura timida e il suo gusto lontano da qualsiasi forma di ostentazione non sono certo adatti a far risaltare il suo desiderio di fare del bene; anzi, in una situazione così triste, potrebbero persino impedirgli di agire, quando sembrerebbe che stia cercando di attirare l’attenzione. L’ho visto, in un quartiere molto vivace di Parigi, rifiutarsi involontariamente di compiere una buona azione, incapace di sopportare lo sguardo malvagio di duecento persone; e in un quartiere poco distante, ma meno frequentato, l’ho visto comportarsi diversamente in una situazione simile. Questa sorta di vergogna o di biasimabile orgoglio mi sembra del tutto naturale per un infelice che sa già in anticipo che qualsiasi cosa faccia di buono verrà mal interpretata. Forse sarebbe meglio affrontare l’ingiustizia del pubblico. Ma con un’anima nobile e una natura timida, come si può decidere di compiere un atto di bene che verrà accusato di ipocrisia, pur sapendo di leggere negli occhi degli spettatori il giudizio disprezzoso che ne avranno? In una situazione del genere, chi volesse ancora fare del bene se ne nasconderebbe come se si trattasse di un’azione malvagia. E non è certo questo tipo di segreto che la gente andrebbe a cercare per poi diffonderlo.

Quant à la seconde et à la plus sensible des peines que lui ont faites les barbares qui le tourmentent, il la dévore en secret, elle reste en réserve au fond de son cœur, il ne s’en est ouvert à personne, et je ne la saurais pas moi-même s’il eût pu me la cacher. C’est par elle que, lui ôtant toutes les consolations qui restaient à sa portée, ils lui ont rendu la vie à charge, autant qu’eIle peut l’être à un innocent. À juger du vrai but de vos messieurs par toute leur conduite à son égard, ce but paraît être de l’amener par degrés, et toujours sans qu’il y paraisse, jusqu’au plus violent désespoir, et, sous l’air de l’intérêt et de la commisération, de le contraindre, à force de secrètes angoisses, à finir par les délivrer de lui. Jamais, tant qu’il vivra, ils ne seront, malgré toute leur vigilance, sans inquiétude de se voir découverts. Malgré la triple enceinte de ténèbres qu’ils renforcent sans cesse autour de lui, toujours ils trembleront qu’un trait de lumière ne perce par quelque fissure, et n’éclaire leurs travaux souterrains. Ils espèrent, quand il n’y sera plus, jouir plus tranquillement de leur oeuvre ; mais ils se sont abstenus jusqu’ici de disposer tout-à-fait de lui, soit qu’ils craignent de ne pouvoir tenir cet attentat aussi caché que les autres, soit qu’ils se fassent encore un scrupule d’opérer par eux-mêmes l’acte auquel ils ne s’en font aucun de le forcer, soit enfin qu’attachés au plaisir de le tourmenter encore ils aiment mieux attendre de sa main la preuve complète de sa misère. Quel que soit leur vrai motif, ils ont pris tous les moyens possibles pour le rendre, à force de déchirements, le ministre de la haine dont il est l’objet. Ils se sont singulièrement appliqués à le navrer de profondes et continuelles blessures, par tous les endroits sensibles de son cœur. Ils savaient combien il était ardent et sincère dans tous ses attachements ; ils se sont appliqués sans relâche à ne lui pas laisser un seul ami. Ils savaient que, sensible à l’honneur et à l’estime des honnêtes gens, il faisait un cas très médiocre de la réputation qu’on n’acquiert que par des talents ; ils ont affecté de prôner les siens, en couvrant d’opprobre son caractère. Ils ont vanté son esprit pour déshonorer son cœur. Ils le connaissaient ouvert et franc jusqu’à l’imprudence, détestant le mystère et la fausseté ; ils l’ont entouré de trahisons, de mensonges, de ténèbres, de duplicité. Ils savaient combien il chérissait sa patrie ; ils n’ont rien épargné pour la rendre méprisable, et pour l’y faire haïr. Ils connaissaient son dédain pour le métier d’auteur, combien il déplorait le court temps de sa vie qu’il perdit à ce triste métier, et parmi les brigands qui l’exercent ; ils lui font incessamment barbouiller des livres, et ils ont grand soin que ces livres, très dignes des plumes dont ils sortent, déshonorent le nom qu’ils leur font porter. Ils l’ont fait abhorrer du peuple dont il déplore la misère, des bons dont il honora les vertus, des femmes dont il fut idolâtre, de tous ceux dont la haine pouvait le plus l’affliger. À force d’outrages sanglants, mais tacites, à force d’attroupements, de chuchotements, de ricanements, de regards cruels et farouches, ou insultants et moqueurs, ils sont parvenus à le chasser de toute assemblée, de tout spectacle, des cafés, des promenades publiques ; leur projet est de le chasser enfin des rues, de le renfermer chez lui, de I’y tenir investi par leurs satellites, et de lui rendre enfin la vie si douloureuse qu’il ne la puisse plus endurer. En un mot, en lui portant à la fois toutes les atteintes qu’ils savaient lui être les plus sensibles, sans qu’il puisse en parer aucune, et ne lui laissant qu’un seul moyen de s’y dérober, il est clair qu’ils l’ont voulu forcer à le prendre. Mais ils ont tout calculé sans doute, hors la ressource de l’innocence et de la résignation. Malgré l’âge et l’adversité, sa santé s’est raffermie et se maintient : le calme de son âme semble le rajeunir ; et, quoiqu’il ne lui reste plus d’espérance parmi les hommes, il ne fut jamais plus loin du désespoir.

J’ai jeté sur vos objections et vos doutes l’éclaircissement qui dépendait de moi. Cet éclaircissement, je le répète, n’en peut dissiper l’obscurité, même à mes yeux ; car la réunion de toutes ces causes est trop au-dessous de l’effet, pour qu’il n’ait pas quelque autre cause encore plus puissante, qu’il m’est impossible d’imaginer. Mais je ne trouverais rien du tout à vous répondre, que je n’en resterais pas moins dans mon sentiment, non par un entêtement ridicule, mais parce que j’y vois moins d’intermédiaires entre moi et le personnage jugé, et que, de tous les yeux auxquels il faut que je m’en rapporte, ceux dont j’ai le moins à me défier sont les miens. On nous prouve, j’en conviens, des choses que je n’ai pu vérifier, et qui me tiendraient peut-être encore en doute, si l’on ne prouvait, tout aussi bien, beaucoup d’autres choses que je sais très certainement être fausses ; et quelle autorité peut rester pour être crus en aucune chose à ceux qui savent donner au mensonge tous les signes de la vérité ? Au reste, souvenez-vous que je ne prétends point ici que mon jugement fasse autorité pour vous ; mais, après les détails dans lesquels je viens d’entrer, vous ne sauriez blâmer qu’il la fasse pour moi ; et quelque appareil de preuves qu’on m’étale en se cachant de l’accusé, tant qu’il ne sera pas convaincu en personne, et moi présent, d’être tel que l’ont peint vos messieurs, je me croirai bien fondé à le juger tel que je l’ai vu moi-même.

À présent que j’ai fait ce que vous avez désiré, il est temps de vous expliquer à votre tour, et de m’apprendre, d’après vos lectures, comment vous l’avez vu dans ses écrits.

LE FRANÇAIS. — Il est tard pour aujourd’hui ; je pars demain pour la campagne ; nous nous verrons à mon retour.

FIN DU SECOND DIALOGUE

ROUSSEAU JUGE DE JEAN-JACQUES

Table des matières du titre

Liste des Mémoires

Liste générale des titres

Troisième Dialogue

De l’esprit de ses livres. Conclusion.

ROUSSEAU. — Vous avez fait un long séjour en campagne.

LE FRANÇAIS. — Le temps ne m’y durait pas. Je le passais avec votre ami.

ROUSSEAU. — Oh ! s’il se pouvait qu’un jour il devint le vôtre !

LE FRANÇAIS. — Vous jugerez de cette possibilité par l’effet de votre conseil. Je les ai lus enfin, ces livres si justement détestés.

ROUSSEAU. — Monsieur !…

LE FRANÇAIS. — Je les ai lus, non pas assez encore pour les bien entendre, mais assez pour y avoir trouvé, nombré, recueilli, des crimes irrémissibles, qui n’ont pu manquer de faire de leur auteur le plus odieux de tous les monstres, et l’horreur du genre humain.

ROUSSEAU. — Que dites-vous ? Est-ce bien vous qui parlez, et faites-vous à votre tour des énigmes ? De grâce, expliquez-vous promptement.

LE FRANÇAIS. — La liste que je vous présente vous servira de réponse et d’explication. En la lisant, nul homme raisonnable ne sera surpris de la destinée de l’auteur.

ROUSSEAU. — Voyons donc cette étrange liste.

LE FRANÇAIS. — La voilà. J’aurais pu la rendre aisément dix fois plus ample, surtout si j’y avais fait entrer les nombreux articles qui regardent le métier d’auteur et le corps des gens de lettres ; mais ils sont si connus, qu’il suffit d’en donner un ou deux pour exemple. Dans ceux de toute espèce auxquels je me suis borné, et que j’ai notés sans ordre comme ils se sont présentés, je n’ai fait qu’extraire et transcrire fidèlement les passages. Vous jugerez vous-même des effets qu’ils ont dû produire, et des qualifications que dut espérer leur auteur sitôt qu’on put l’en charger impunément.

EXTRAITS

LES GENS DE LETTRES

  1. « Qui est-ce qui nie que les savants sachent mille choses vraies que les ignorants ne sauront jamais ? Les savants sont-ils pour cela plus près de la vérité ? Tout au contraire, ils s’en éloignent en avançant, parce que, la vanité de juger faisant encore plus de progrès que les lumières, chaque vérité qu’ils apprennent ne vient qu’avec cent jugements faux. Il est de la dernière évidence que les compagnies savantes de l’Europe ne sont que des écoles publiques de mensonge ; et très sûrement il y a plus d’erreurs dans l’Académie des sciences, que dans tout un peuple de Hurons. » (Émile, liv. III.)

  2. « Tel fait aujourd’hui l’esprit fort et le philosophe, qui, par la même raison, n’eut été qu’un fanatique du temps de la ligue. » (Préface du Discours sur les sciences.)

As for the second and most grievous torment inflicted upon him by those barbarians who tormented him, he kept it secret, hiding it deep within his heart; he never confided it to anyone, and I myself would not have known of it if he had not managed to conceal it from me. It was through this torment that they deprived him of all the consolations still within his reach, turning his life into one of unenduring suffering, just as such a life could be for an innocent person. Judging by the entire manner in which your gentlemen behaved toward him, their true intention seems to have been to gradually lead him, always in a disguised form, towards utter despair; and under the guise of concern and compassion, to force him, through constant secret anguish, to finally deliver them from his presence. As long as he lives, they will never be free from the fear of being discovered, no matter how vigilant they are. Despite the triple barrier of darkness they constantly reinforce around him, they still tremble that some ray of light might penetrate through some crack and expose their underhanded schemes. They hope that once he is gone, they will be able to enjoy the fruits of their work in peace; but so far, they have refrained from completely eliminating him—either because they fear they cannot keep such an atrocity as hidden as all the others, or because they still feel some remorse at having to carry out an act that they would not hesitate to force upon him if he were innocent, or perhaps because they take pleasure in tormenting him and prefer to wait for him to bring them the ultimate proof of his suffering. Whatever their true motives may be, they have taken every possible means to turn him, through relentless cruelty, into the instrument of hatred toward himself. They have gone to great lengths to inflict deep and enduring wounds on all the sensitive aspects of his heart. They knew how passionate and sincere he was in all his affections; therefore, they made every effort to leave him without a single friend. They were aware that he valued honor and the respect of honest people, and that he held little regard for reputation gained through mere talent; so they pretended to praise his talents while slandering his character. They praised his intellect in order to dishonor his heart. They knew how open and straightforward he was, to the point of being imprudent, and how much he despised secrecy and deceit; yet they surrounded him with betrayal, lies, darkness, and duplicity. They knew how deeply he loved his country; so they did everything in their power to make it seem despicable and cause people to hate it. They were aware of his disdain for the profession of writing, and how much he regretted spending the short years of his life on such a miserable endeavor, among those who pursued it; yet they forced him to write books, and made sure that these works, so worthy of the pen from which they came, brought shame upon the name they bore. They made him loathe the very people whose misery he deplored, the good people whose virtues he honored, the women whom he adored, and everyone in general whose hatred could inflict upon him the greatest suffering. Through a series of bloody but subtle insults, through crowds, murmurs, sneers, cruel and fierce looks, or insulting and mocking glances, they managed to drive him out of every gathering, every public event, from cafes and public walks. Their ultimate goal was to expel him from the streets altogether, confine him at home, and have their followers keep watch over him there, making his life so unbearable that he could no longer endure it. In short, by subjecting him to all the insults they knew would hurt him most, while leaving him with no means to defend himself and only one way to escape, it is clear they intended to force him to take that path. But they had undoubtedly calculated everything—except for the possibility of innocence and resignation. Despite his age and adversity, his health had improved and remained stable; the calmness of his soul seemed to rejuvenate him. And although he no longer held any hope among men, he was far from despair.

I have provided the clarification that was within my power regarding your objections and doubts. I repeat: this clarification is still unable to dispel the ambiguity, even in my own eyes; for the combination of all these factors is far too insignificant relative to the observed effect, as if there must exist some other, even more powerful cause, one that I am incapable of conceiving. Yet, were I to fail to find any response to your arguments, I would still hold firm to my conviction—not out of stubbornness, but because I see fewer intermediaries between myself and the person in question, and because among all the opinions I might consider, those whose judgment I trust the least are my own. It is true that people present us with claims that I have not been able to verify; these claims might still leave me in doubt were it not for the fact that many other assertions are also proven false, things I am absolutely certain to be untrue. And what authority remains for anyone to believe anything at all when those who claim to speak the truth can readily present it in the very guise of falsehood? Moreover, remember: I am not claiming that my judgment holds any authority for you; but after having presented all these details, you cannot possibly blame me for regarding it as authoritative for myself. And no matter what evidence is presented to me while the accused remains absent and unaware, so long as he is not personally convinced in my presence that he is indeed the person your gentlemen have described, I will feel fully justified in judging him according to what I have seen with my own eyes.

Now that I have done what you desired, it is time for you to explain in turn and to tell me, based on your readings, how you perceived it in his writings.

THE FRENCHMAN: It’s too late today; I am leaving for the countryside tomorrow; we will see each other when I return.

END OF THE SECOND CONVERSATION

Rousseau as Judge of Jean-Jacques

Table of Contents for the title

List of Memoirs

General list of titles

Third Dialogue

From the spirit of his books. Conclusion.

ROUSSEAU. — You have spent a long time in the countryside.

THE FRENCHMAN: The time wouldn’t last long for me; I spent it with your friend.

ROUSSEAU. — Oh! If only one day it could become yours too!

THE FRENCHMAN: — You will judge the feasibility of this suggestion by the effect of your advice. I have finally read those books that are so rightly detested.

ROUSSEAU. — Sir!.

THE FRENCHMAN: — I have read them; not enough yet to understand them fully, but enough to discover, enumerate, and gather together irreparable crimes—crimes that surely make their author the most abominable of all monsters, and the very horror of the human race.

ROUSSEAU. — What are you saying? Is it really you speaking, and are you also posing riddles? Please, explain yourself quickly.

THE FRENCHMAN: — The list I am presenting to you will serve both as an answer and an explanation. Upon reading it, no reasonable person will be surprised by the author’s fate.

ROUSSEAU. — Let us take a look at this strange list.

THE FRENCHMAN: — Here it is. I could have easily made it ten times longer, especially if I had included the numerous articles relating to the profession of an author and the literary community; but since they are all well-known, it is sufficient to provide one or two examples. In those of various kinds that I have chosen and noted down in no particular order as they came to me, I merely extracted and faithfully transcribed the relevant passages. You will be able to judge for yourselves the effect they must have had, and the qualifications their author must have possessed in order to be entrusted with such tasks without any consequences.

EXCERPTS

THE LITERARY PEOPLE

“Who would deny that scholars know thousands of truths that ignorants will never come to know? Does this mean that scholars are therefore closer to the truth? On the contrary, they move further away from it as they advance, because the vanity of judging makes even greater progress than enlightenment itself; every truth they discover comes accompanied by a hundred false judgments. It is beyond doubt that Europe’s learned societies are nothing but public schools of lies; and surely, there are more errors in the Academy of Sciences than in an entire people of Hurons.” (Émile, Book III.)

  1. “Such is the state of mind of the strong-willed individual and the philosopher today; for the same reasons, they would have been nothing but fanatics in the times of the League.” (Preface to Discourse on Sciences.)

Per quanto riguarda la seconda e più dolorosa delle punizioni che questi barbari gli hanno inflitto, egli la nasconde segretamente nel profondo del suo cuore; non se ne è confidato con nessuno, e nemmeno io lo saprei se fosse riuscito a tenermela nascosta. È proprio attraverso questa punizione che, togliendogli tutte le consolazioni ancora a sua disposizione, gli hanno reso la vita estremamente difficile, tanto quanto può esserlo per un innocente. A giudicare dall’intera loro condotta nei suoi confronti, l’obiettivo reale sembra essere quello di portarlo gradualmente, e sempre in modo impercettibile, verso il più profondo dispero; sotto il pretesto dell’interesse e della compassione, lo costringono, attraverso continue angosie segrete, a finire per liberarli da lui stesso. Finché egli vivrà, nonostante tutta la loro attenzione, non saranno mai al sicuro dal rischio di essere scoperti. Nonostante il triplo velo di oscurità che continuamente rafforzano intorno a lui, temono sempre che un raggio di luce possa filtrare attraverso qualche fessura e rivelare i loro complotti segreti. Sperano, una volta che egli non sarà più vivo, di poter godere tranquillamente del risultato dei loro sforzi; ma finora si sono astenuti dal disporre completamente di lui, sia perché temono di non riuscire a mantenere questo atto nascosto come gli altri, sia perché provano ancora rimorso nell’agire personalmente in un modo che, al contrario, non avrebbero alcun problema ad infliggere con la forza. Oppure, forse, desiderano ancora godere del piacere di tormentarlo, e preferiscono attendere che sia lui stesso a dimostrare completamente la sua miseria. Qualunque sia il loro vero motivo, hanno adottato tutti i mezzi possibili per renderlo, attraverso continue sofferenze, lo strumento dell’odio verso di lui. Si sono particolarmente impegnati nel infliggergli ferite profonde e continue, in tutti gli aspetti più sensibili del suo cuore. Sapevano quanto fosse appassionato e sincero nelle sue affezioni; quindi si sono adoperati con determinazione per non lasciargli nemmeno un amico. Sapevano che, essendo sensibile all’onore e alla stima delle persone oneste, dava poca importanza alla reputazione che si può acquisire solo attraverso i propri talenti; quindi hanno finto di lodare i suoi talenti, mentre diffamavano il suo carattere. Hanno esaltato la sua intelligenza per denigrare il suo cuore. Sapevano quanto fosse aperto e franco, fino al punto di essere imprudente, e odiava il mistero e la falsità; quindi lo hanno circondato di tradimenti, menzogne, oscurità e duplicità. Sapevano quanto amasse la sua patria; quindi non hanno risparmiato nulla per renderla spregevole e suscitare odio nei suoi confronti. Conoscevano il suo disprezzo per la professione di scrittore, e quanto rimpiangesse il tempo breve della sua vita trascorso in questo mestiere infelice; quindi lo costringono continuamente a scrivere libri, e fanno in modo che questi libri, davvero degni delle penne da cui provengono, disonorino il nome che portano. L’hanno costretto ad odiare il popolo di cui deplorava la miseria, i buoni di cui onorava le virtù, le donne di cui era idolatra, tutti coloro i cui odii avrebbero potuto ferirlo più profondamente. Attraverso insulti crudeli ma silenziosi, attraverso assembramenti, sussurri, risate, sguardi crudeli e minacciosi o insultanti e derisori, sono riusciti a cacciarlo da ogni luogo di riunione, da ogni spettacolo, dai caffè, dalle passeggiate pubbliche; il loro obiettivo finale era scacciarlo anche dalle strade, confinarlo in casa sua, tenerlo prigioniero sotto la sorveglianza dei loro seguaci e rendere la sua vita così dolorosa da renderla insopportabile. In altre parole, infliggendogli tutte le offese che sapevano essere per lui le più dolorose, senza lasciargli alcun modo per difendersi, era evidente che volessero costringerlo ad accettarle. Ma avevano calcolato tutto, tranne la possibilità dell’innocenza e della resa. Nonostante l’età e le avversità, la sua salute si è rafforzata e continua a mantenersi buona; la calma della sua anima sembra renderlo più giovane; e, sebbene non gli rimanga alcuna speranza tra gli uomini, non è mai stato così vicino al disperazione come ora.

Ho fornito le spiegazioni che spettavano a me riguardo alle vostre obiezioni e dubbi. Ripeto: queste spiegazioni non sono in grado di dissipare l’oscurità, nemmeno ai miei occhi; infatti, la combinazione di tutte queste cause è troppo insignificante rispetto al risultato ottenuto, per non supporre che esista un’altra causa ancora più potente, della quale non riesco nemmeno a immaginare l’esistenza. Tuttavia, anche se non trovassi nulla da rispondervi, rimarrei comunque fermo nella mia convinzione, non per ostinazione ridicola, ma perché ritengo che ci siano pochi intermediari tra me e la persona in questione, e che tra tutti coloro di cui dovrei fidarmi, quelli di cui ho meno motivo di diffidare sono proprio i miei stessi. Si sostiene, lo ammetto, che io abbia dimostrazioni di cui non ho potuto verificare l’accuratezza; queste prove potrebbero ancora mettermi in dubbio, se non si dimostrasse altrettanto chiaramente che molte altre affermazioni sono completamente false. E quale autorità può rimanere credibile per chi sa come far apparire il falso come vero? In ogni caso, ricordatevi che non pretendo affatto che la mia opinione abbia valore anche per voi; ma, dopo aver esposto tutti i dettagli di cui ho parlato, non potreste certo biasimarmi se la ritengo valida per me stesso. E qualsiasi insieme di prove mi venga presentato, a condizione che l’accusato stesso non sia convinto personalmente e in mia presenza di essere davvero colpevole, come descritto dai vostri rappresentanti, allora avrò tutte le ragioni per giudicarlo così come l’ho visto io stesso.

Ora che ho fatto ciò che desideravate, è giunto il momento che siate voi a spiegarvi a me, e che mi raccontiate, in base alle vostre letture, come avete interpretato le sue scritture.

IL FRANCESE: È tardi per oggi; parto domani per la campagna; ci rivedremo al mio ritorno.

Fine del secondo dialogo.

ROUSSEAU GIUDICE DI JEAN-JACQUES

Indice dei contenuti del titolo

Elenco dei Memorie

Elenco generale dei titoli

Terzo Dialogo

Dello spirito dei suoi libri. Conclusione.

ROUSSEAU: — Avete trascorso molto tempo in campagna.

IL FRANCESE: Il tempo non mi bastava mai; lo trascorrevo con il vostro amico.

ROUSSEAU. — Oh! Se solo un giorno potesse diventare anche vostro.

IL FRANCESCO: — Giudicherete questa possibilità in base all’effetto del vostro consiglio. Ho finalmente letto quei libri tanto odiati.

ROUSSEAU. — Signore!.

IL FRANCESCO: Li ho letti; non abbastanza per comprenderli appieno, ma sufficientemente per scoprirvi, elencarvi e raccogliervi crimini irreparabili, che di certo hanno reso il loro autore il più odioso di tutti i mostri e l’orrore stesso dell’umanità.

ROUSSEAU: — Cosa dite? È davvero voi a parlare, e state forse facendo anche voi degli enigmi? Per favore, spiegatevi subito.

IL FRANCESE: — L’elenco che vi presento costituirà sia una risposta che una spiegazione. Leggendolo, nessun uomo ragionevole potrà rimanere sorpreso dal destino dell’autore.

ROUSSEAU: — Diamo un’occhiata a questa strana lista.

Il francese: — Ecco qui. Avrei potuto renderla dieci volte più ampia, soprattutto se avessi incluso i numerosi articoli relativi alla professione di scrittore e al mondo letterario; ma questi sono così noti che basta citarne uno o due come esempi. Nei vari articoli che ho limitato a citare, e che ho annotato senza alcun ordine particolare, ho semplicemente tratto e trascritto fedelmente i passaggi rilevanti. Sarà voi stessi a giudicare gli effetti che dovevano produrre, nonché le qualifiche che il loro autore poteva sperare di acquisire non appena gli fosse stato permesso svolgere questa attività senza incorrere in conseguenze negative.

Estratti

Gli uomini di lettere

  1. « Chi nega che gli scienziati conoscano mille verità che gli ignoranti non sapranno mai? Per questo motivo gli scienziati sono forse più vicini alla verità? Al contrario, si allontanano da essa man mano che avanzano, perché l’arroganza nel giudicare progredisce ancora di più delle stesse luci; ogni verità che apprendono arriva insieme a centinaia di giudizi errati. È evidente che le accademie scientifiche d’Europa non siano altro che scuole pubbliche di menzogne; e senza dubbio ci sono più errori nell’Accademia delle Scienze che in un intero popolo di Huroni.» (Émile, libro III.)

  2. “È così che oggi si comportano l’intellettuale coraggioso e il filosofo; per la stessa ragione, in tempi di leghe e guerre, sarebbero stati soltanto fanatici.” (Prefazione al “Discorso sulle scienze”).

  1. « Les hommes ne doivent point être instruits à demi. S’ils doivent rester dans l’erreur, que ne les laissiez-vous dans l’ignorance ? À quoi bon tant d’écoles et d’universités pour ne leur apprendre rien de ce qui leur importe à savoir ? Quel est donc l’objet de vos collèges, de vos académies, de toutes vos fondations savantes ? Est-ce de donner le change au peuple, d’altérer sa raison d’avance et de l’empêcher d’aller au vrai ? Professeurs de mensonge, c’est pour l’égarer que vous feignez de l’instruire, et, comme ces brigands qui mettent des fanaux sur les écueils, vous l’éclairez pour le perdre. » (Corancez à M. de Beaumont.)

  2. « On lisait ces mots gravés sur un marbre aux Thermopyles : Passant, va dire à Sparte que nous sommes morts ici pour obéir à ses saintes lois. On voit bien que ce n’est pas l’Académie des inscriptions qui a composé celle-là. » (Émile, liv. IV.)

LES MÉDECINS

  1. « Un corps débile affaiblit l’âme. De là l’empire de la médecine, art plus pernicieux aux « hommes que tous les maux qu’il prétend guérir. « Je ne sais pour moi de quelle maladie nous guérissent les médecins ; mais je sais qu’ils nous en donnent de bien funestes ; la lâcheté, la pusillanimité, la terreur de la mort ; s’ils guérissent le corps, ils tuent le courage. Que nous importe qu’ils fassent marcher des cadavres ? ce sont des hommes qu’il nous faut, et l’on n’en voit point « sortir de leurs mains.

« La médecine est à la mode parmi nous ; elle doit l’être. C’est l’amusement des gens oisifs et désœuvrés, qui, ne sachant que faire de leur temps, le passent à se conserver. S’ils avaient eu le malheur de naître immortels, ils seraient les plus misérables des êtres. Une vie qu’ils n’auraient jamais peur de perdre ne serait pour eux d’aucun prix. Il faut à ces gens-là des médecins qui les menacent pour les flatter, et qui leur donnent chaque jour le seul plaisir dont ils soient susceptibles, celui de n’être pas morts.

« Je n’ai nul dessein de m’étendre ici sur la vanité de la médecine. Mon objet n’est que de la considérer par le côté moral. Je ne puis pourtant m’empêcher d’observer que les hommes font sur son usage les mêmes sophismes que sur la recherche de la vérité : ils supposent toujours qu’en traitant un malade on le guérit, et qu’en cherchant une vérité on la trouve. Ils ne voient pas qu’il faut balancer l’avantage d’une guérison que le médecin opère par la mort de cent malades qu’il a tués, et l’utilité d’une vérité découverte par le tort que font les erreurs qui passent en même temps. La science qui instruit, et la médecine qui guérit, sont fort bonnes sans doute ; mais la science qui trompe, et la médecine qui tue, sont mauvaises. Apprenez-nous donc à les distinguer. Voilà le nœud de la question. Si nous savions ignorer la vérité, nous ne serions jamais les dupes du mensonge ; si nous savions ne vouloir pas guérir malgré la nature, nous ne mourrions jamais par la main du médecin. Ces deux abstinences seraient sages ; on gagnerait évidemment à s’y soumettre. Je ne dispute donc pas que la médecine ne soit utile à quelques hommes ; mais je dis qu’elle est funeste au genre humain.

« On me dira, comme on fait sans cesse, que les fautes sont du médecin, mais que la médecine en elle-même est infaillible. A la bonne heure ; mais qu’elle vienne donc sans le médecin : car, tant qu’ils viendront ensemble, il y aura cent fois plus à craindre des erreurs de l’artiste, qu’à espérer du secours de l’art. » (Émile, liv.I.)

  1. « Vis selon la nature, sois patient, et chasse les médecins. Tu n’éviteras pas la mort, mais tu ne la sentiras qu’une fois, au lieu qu’ils la portent chaque jour dans ton imagination troublée, et que leur art mensonger, au lieu de prolonger tes jours, t’en ôte la jouissance. Je demanderai toujours quel vrai bien cet art a fait aux hommes. Quelques-uns de ceux qu’il guérit mourraient, il est vrai, mais des millions qu’il tue resteraient en vie. Homme sensé, ne mets point à cette loterie, où trop de chances sont contre toi. Souffre, meurs ou guéris, mais surtout vis jusqu’à ta dernière heure. » (Émile, liv. II.)

  2. « Inoculerons-nous notre élève ? Oui et non, selon l’occasion, les temps, les lieux, les circonstances. Si on lui donne la petite-vérole, on aura l’avantage de prévoir et connaître son mal d’avance ; c’est quelque chose : mais s’il la prend naturellement, nous l’aurons préservé du médecin ; c’est encore plus.» (Émile., liv. II)

  3. « S’agit-il de chercher une nourrice, on la fait choisir par l’accoucheur. Qu’arrive-t-il de là ? que la meilleure est toujours celle qui l’a le mieux payé. Je n’irai donc point consulter un accoucheur pour celle d’Émile ; j’aurai soin de la choisir moi-même. Je ne raisonnerai pas là-dessus si disertement qu’un chirurgien, mais à coup sûr je serai de meilleure foi, et mon zèle me trompera moins que son avarice. » (Émile, liv. I.)

LES ROIS, LES GRANDS, LES GENS RICHES

  1. « Nous étions faits pour être hommes, les lois et la société nous ont replongés dans l’enfance. Les riches, les grands, les rois, sont tous des enfants, qui, voyant qu’on s’empresse à soulager leur misère, tirent de cela même une vanité puérile, et sont tout fiers de soins qu’on ne leur rendrait pas s’ils étaient hommes faits. » (Émile, liv. II.)

  2. « C’est ainsi qu’il dut venir un temps où les yeux du peuple furent fascinés à tel point, que ses conducteurs n’avaient qu’à dire au plus petit des hommes, sois grand, toi et toute ta race ; aussitôt il paraissait grand à tout le monde ainsi qu’à ses propres yeux, et ses descendants s’élevaient encore à mesure qu’ils s’éloignaient de lui ; plus la cause était reculée et incertaine, plus l’effet l’augmentait ; plus on pouvait compter de fainéants dans une famille, et plus elle devenait illustre.» (Discours sur l’Inégalité.)

  3. « Les peuples une fois accoutumés à des maîtres ne sont plus en état de s’en passer. S’ils tentent de secouer le joug, ils s’éloignent d’autant plus de la liberté, que, prenant pour elle une licence effrénée qui lui est opposée, leurs révolutions les livrent presque toujours à des séducteurs qui ne font qu’aggraver leurs chaînes.» (Épitre dédic, du Discours sur l’Inégalité.)

  4. « Ce petit garçon que vous voyez là, disait Thémistocle à ses amis, est l’arbitre de la Grèce : car il gouverne sa mère, sa mère me gouverne, je gouverne les Athéniens, et les Athéniens gouvernent les Grecs. Oh ! quels petits conducteurs on trouverait souvent aux plus grands empires, si du prince on descendait par degrés jusqu’à la première main qui donne le branle en secret !» (Émile, liv. II.)

  5. « Je me suppose riche. Il me faut donc des plaisirs exclusifs, des plaisirs destructifs ; voici de toutes autres affaires. Il me faut des terres, des bois, des gardes, des redevances, des honneurs seigneuriaux, surtout de l’encens et de l’eau bénite.

« Fort bien ; mais cette terre aura des voisins jaloux de leurs droits, et désireux d’usurper ceux des autres ; nos gardes se chamailleront, et peut-être les maîtres : voilà des altercations, des querelles, des haines, des procès tout au moins ; cela n’est déjà pas fort agréable. Mes vassaux ne verront point avec plaisir labourer leurs blés par mes lièvres, et leurs fèves par mes sangliers : chacun n’osant tuer l’ennemi qui détruit son travail voudra du moins le chasser de son champ : après avoir passé le jour à cultiver leurs terres, et il faudra qu’ils passent la nuit à les garder ; ils auront des mâtins, des tambours, des cornets, des sonnettes. Avec tout ce tintamarre ils troubleront mon sommeil. Je songerai malgré moi à la misère de ces pauvres gens, et ne pourrai m’empêcher de me la reprocher. Si j’avais l’honneur d’être prince, tout cela ne me toucherait guère ; mais moi, nouveau parvenu, nouveau riche, j’aurai le cœur encore un peu roturier.

  1. “Men must not be educated half-heartedly. If they are destined to remain in error, why not let them remain in ignorance? What use are all these schools and universities if they teach people nothing that is truly important for them to know? What is then the purpose of your colleges, academies, and all these scientific institutions? Is it to deceive the people, to obscure their judgment, and to prevent them from seeking the truth? You teachers of falsehood, you pretend to educate them in order to lead them astray—just like those pirates who place beacons on reefs to lure ships into danger.” (Corancez to M. de Beaumont.)

  2. “One could read these words engraved on marble at the Thermopyles: ‘Passerby, go tell Sparta that we died here in obedience to its sacred laws.’ It is clear that this inscription was not composed by the Academy of Inscriptions.” (Émile, Book IV.)

THE DOCTORS

  1. “A weak and feeble body undermines the soul. Hence the dominance of medicine—a craft far more harmful to ‘human beings’ than all the ailments it claims to cure. I myself do not know what diseases doctors cure; but I do know that they inflict many terrible ones upon us: cowardice, timidity, and a fear of death. If they heal the body, they kill the courage within us. What does it matter if they make corpses walk again? What we need are men of real strength—and such men do not seem to emerge from their hands at all.”

“Medicine is in fashion among us; it must be. It provides entertainment for idle and unemployed people who, not knowing what to do with their time, spend it preserving their own lives. If they were unfortunate enough to be born immortal, they would be the most wretched of creatures. A life that they would never fear losing would hold no value for them at all. Such people need doctors who threaten them in order to flatter them, and who give them the only pleasure they are capable of experiencing: the pleasure of not being dead.”

“I have no intention of dwelling here on the vanity of medicine. My purpose is merely to consider it from a moral standpoint. Yet I cannot help observing that people employ the same sophisms when using it as when seeking truth: they always assume that treating a patient means curing them, and that pursuing truth means discovering it. They fail to realize that we must weigh the benefit of a cure—whether achieved by a doctor at the cost of the death of hundreds of patients—with the harm caused by errors that may arise in the same process. Knowledge that educates and medicine that heals are undoubtedly beneficial; but knowledge that deceives and medicine that kills are harmful. Let us therefore learn to distinguish between them. That is the crux of the issue. If we knew how to ignore the truth, we would never fall prey to lies; if we knew how to refuse to seek cures against what nature dictates, we would never die at the hands of doctors. These two forms of abstinence would be wise—and indeed, we would benefit greatly from adhering to them. I do not deny that medicine is useful for some people; but I claim that it is fatal to humanity.”

“People will say, as they always do, that mistakes are the doctor’s fault, but that medicine itself is infallible. Well and good; but let medicine come without the doctor then—because as long as they come together, there will be a hundred times more reason to fear the errors of the practitioner than to hope for the help of the art.” (Émile, Book I.)

  1. “Live according to nature, be patient, and reject doctors. You cannot escape death, but you will feel it only once; whereas they bring it into your troubled imagination every day, and their deceitful art, far from prolonging your life, robs you of its enjoyment. I always wonder what real good this art has ever done to mankind. Some of those it cures may indeed die, but millions of others it kills would otherwise live on. Wise man, do not participate in this lottery where the odds are overwhelmingly against you. Suffer, die, or be cured—but above all, live until your last hour.” (Émile, Book II.)

  2. “Should we inoculate our student? Yes and no, depending on the occasion, the times, the place, and the circumstances. If we give him smallpox, we will have the advantage of anticipating and knowing about his illness in advance; that is something. But if he catches it naturally, we will have spared him the need for a doctor; that is even better.” (Émile, Book II)

  3. “If one is looking for a wet nurse, one should let the midwife make the choice. But what happens then? The best one is always the one who has been paid the most. Therefore, I will not consult a midwife when it comes to choosing Émile’s wet nurse; I will choose her myself. I may not reason about this matter as carefully as a surgeon would, but surely my intentions will be more sincere, and my zeal will lead me less astray than his greed.” (Émile, Book I.)

Kings, great men, wealthy individuals.

  1. “We were meant to be men, but laws and society have plunged us back into childhood. The rich, the powerful, the kings—they are all children who, seeing how eagerly people strive to alleviate their suffering, take pride in such attention, as if it were something they would not receive at all if they were truly grown men.” (Émile, Book II.)

  2. “Thus it came to pass that at a certain time, the eyes of the people were so captivated that their leaders merely had to say to the humblest individual, ‘Be great, you and all your race,’ and immediately he would appear great in the eyes of everyone, as well as in his own eyes. Moreover, his descendants would grow more illustrious the further they strayed from him; the more distant and uncertain the cause, the greater the effect. The more idlers there were in a family, the more renowned it would become.” (Discourse on Inequality.)

  3. “Once people have become accustomed to having masters, they are no longer able to do without them. If they attempt to shake off the yoke, they move further away from freedom; for by taking liberty to mean a frenzied license that is actually its opposite, their revolutions almost always lead them into the hands of deceivers who only serve to make their chains heavier.” (Dedication Epistle, from Discourse on Inequality.)

  4. “This little boy that you see here,” Thémistocles said to his friends, “is the arbiter of Greece: for he rules his mother, his mother rules me, I rule the Athenians, and the Athenians rule all Greece. Oh! What small rulers might often be found in the greatest empires, if one were to trace the lineage from the prince down to the very first person who secretly initiates everything!” (Émile, Book II.)

  5. “I suppose I am rich. Therefore, I need exclusive pleasures, destructive pleasures; these are matters of entirely different nature. I require lands, forests, guards, dues, feudal honors—especially incense and holy water.”

“Very well; but this land will have neighbors who are jealous of their own rights and eager to usurp those of others. Our guards will quarrel, and perhaps even the masters themselves will engage in disputes: arguments, fights, hatreds, and lawsuits—surely not a very pleasant situation. My vassals would certainly not be pleased to see their crops destroyed by my hares or their beans devoured by my boars. No one would dare kill an enemy who destroys their labor, but at least they would try to drive him off their fields. After spending the day tending to their lands, they would have to spend the night guarding them. They would need dogs, drums, trumpets, and bells—all that noise would disturb my sleep. Unconsciously, I would think of the misery of these poor people and feel guilty for it. If I had the honor of being a prince, all this would hardly affect me; but as a newcomer, as someone who has just become rich, I still have a somewhat crude, peasant-like heart.”

  1. “Gli uomini non dovrebbero essere istruiti a metà strada. Se devono rimanere nell’errore, lasciateli pure nell’ignoranza. A che servono tutte queste scuole e università se non per insegnare loro nulla di ciò che è veramente importante sapere? Qual è dunque lo scopo dei vostri collegi, delle vostre accademie, di tutte queste istituzioni scientifiche? È forse quello di ingannare il popolo, di alterarne la capacità di ragionare e di impedirgli di giungere alla verità? Insegnanti di menzogne, è per confonderlo che fingete di istruirlo; e, proprio come quei briganti che posizionano lanterne sugli scogli, lo “illuminate” soltanto per farlo perdere la strada.” (Corancez a Monsieur de Beaumont.)

  2. “Si leggevano queste parole incise su un marmo alle Termopili: ‘Chi passa, dica a Sparta che siamo morti qui per obbedire alle sue sacre leggi’. È evidente che non è stata l’Accademia delle iscrizioni a comporre questo testo.” (Émile, libro IV.)

I MEDICI

  1. “Un corpo debole indebolisce l’anima; da qui l’egemonia della medicina, un’arte più pericolosa per gli ‘uomini’ di tutti i mali che pretende di curare. Non so quale malattia i medici possano curare in noi; so però che ci causano molte altre ben funeste: la codardia, la viltà, la paura della morte. Se guariscono il corpo, uccidono il coraggio. A noi cosa importa se fanno camminare dei cadaveri? Ci servono uomini veri e propri, ma non ne vediamo affatto ‘uscire dalle loro mani’.”

“La medicina è di moda tra di noi; deve esserlo. È l’occupazione delle persone oziose e senza impegni, che, non sapendo cosa fare del loro tempo, lo impiegano per preservare la propria salute. Se avessero avuto la sfortuna di nascere immortali, sarebbero le creature più miserevoli. Una vita che non temono mai di perdere non avrebbe per loro alcun valore. Queste persone hanno bisogno di medici che le minaccino per compiacerle e che ogni giorno gli offrano l’unico piacere di cui sono capaci: quello di non essere morti.”

“Non ho alcuna intenzione di dilungarmi qui sulla vanità della medicina; il mio scopo è soltanto considerarla dal punto di vista morale. Tuttavia, non posso fare a meno di osservare che gli uomini applicano ai suoi metodi gli stessi sofismi utilizzati nella ricerca della verità: suppongono sempre che curando un malato lo si guarisca, e che cercando una verità la si trovi. Non vedono però che è necessario bilanciare il vantaggio di una guarigione ottenuta dal medico, anche a costo della morte di cento pazienti uccisi da lui, con l’utilità di una verità scoperta attraverso errori che causano danni simultaneamente. La scienza che insegna e la medicina che cura sono certamente molto utili; ma la scienza che inganna e la medicina che uccide sono pericolose. Impariamo quindi a distinguerle. Questo è il vero problema. Se sapessimo ignorare la verità, non saremmo mai vittime del mentire; se sapessimo rifiutare di curare contro la natura stessa, non moriremmo mai per mano del medico. Queste due forme di astinenza sarebbero sagge. E ovviamente ci sarebbe da guadagnare ad attenervisi. Non nego quindi che la medicina possa essere utile per alcuni individui; ma affermo che sia funesta per l’umanità intera.”

“Si dirà di me, come si fa sempre, che gli errori sono del medico, ma che la medicina in sé è infallibile. Bene; ma allora che venga senza il medico stesso: perché finché esisteranno insieme, ci sarà cento volte più da temere gli errori dell’artista che da sperare nel soccorso di quest’arte.” (Émile, libro I.)

  1. “Vivi secondo la natura, sii paziente e allontana i medici. Non eviterai la morte, ma la sentirai una sola volta, invece che loro la portino ogni giorno nella tua mente turbata; inoltre, l’arte mendace dei medici, invece di prolungare i tuoi giorni, ti toglie il piacere di vivere. Mi chiedo sempre quale vero bene quest’arte abbia portato agli uomini. Alcuni di quelli che guarisce moriranno, è vero, ma milioni di persone che uccide rimarranno in vita. Uomo saggio, non partecipa a questa lotteria in cui le probabilità sono troppo sfavorevoli per te. Soffri, muori o guarisci, ma soprattutto vivi fino all’ultima tua ora.” (Émile, libro II.)

  2. “Dovremo inoculare il nostro studente? Sì e no, a seconda delle circostanze, dei tempi, dei luoghi e delle situazioni. Se gli venisse somministrata la varicella, avremmo il vantaggio di prevedere e conoscere in anticipo la sua malattia; questo è già qualcosa. Ma se la contraesse naturalmente, lo avremmo protetto dal medico; ed è ancora meglio.” (Émile, libro II)

  3. “Se si tratta di cercare una balia, la si fa scegliere dall’ostetrico. E cosa ne consegue? Che quella migliore è sempre quella che viene pagata di più. Pertanto non andrò a consultare un ostetrico per scegliere la balia di Émile; me ne occuperò personalmente. Non ragionerò su questa questione con la stessa disinvoltura di un chirurgo, ma di certo sarò più sincera, e il mio zelo mi ingannerà meno della sua avarizia.” (Émile, libro I.)

I re, i grandi, le persone ricche.

  1. “Eravamo fatti per essere uomini, ma le leggi e la società ci hanno riportato all’infanzia. I ricchi, i potenti, i re, sono tutti bambini che, vedendo come si si affretti a alleviare la loro miseria, ne traggono una vanità infantile e ne sono molto orgogliosi di cure che non riceverebbero se fossero veri uomini.” (Émile, libro II.)

  2. “Ecco come dovette arrivare un momento in cui gli occhi del popolo venivano talmente affascinati che i suoi capi avevano solo bisogno di dire al più umile tra gli uomini: ‘Sii grande, tu e tutta la tua discendenza’; immediatamente quell’uomo appariva grande a tutti, così come ai propri occhi, e i suoi discendenti diventavano sempre più illustri man mano che si allontanavano da lui; più la causa era remota e incerta, più l’effetto ne risultava amplificato; più una famiglia conteneva individui pigri, più diventava celebre.” (Discorso sull’Ineguaglianza.)

  3. “I popoli, una volta abituati a dei padroni, non sono più in grado di farne a meno. Se tentano di scuotere il giogo, si allontanano ancora di più dalla libertà; poiché confondono questa con una licenza sfrenata che le è opposta, le loro rivoluzioni li consegnano quasi sempre a seduttori che non fanno altro che aggravare le loro catene.” (Epistola dedicatoria, dal Discorso sull’Ineguaglianza.)

  4. “Questo piccolo ragazzo che vedete lì,” diceva Temistocle ai suoi amici, “è l’arbitro della Grecia: infatti lui governa sua madre, sua madre mi governa, io governo gli Ateniesi, e gli Ateniesi governano i Greci. Oh! Quanti piccoli artefici si troverebbero spesso nei più grandi imperi, se si scendesse gradualmente dal principe fino alla prima mano che, in segreto, dà il via a tutto!” (Émile, libro II.)

  5. “Mi considero ricco; pertanto ho bisogno di piaceri esclusivi, piaceri distruttivi. Queste sono altre questioni. Ho bisogno di terre, foreste, guardie, tributi, onori signorili, soprattutto dell’incenso e dell’acqua benedetta.”

“Bene; ma questa terra avrà vicini invidiosi dei loro diritti e desiderosi di usurpare quelli degli altri; i nostri guardiani si scontreranno, e forse anche i padroni. Ci saranno litigi, dispute, inimicizie, processi. Il che non è affatto piacevole. I miei vassalli non vedranno certo di buon occhio i miei conigli che arano il loro grano e i miei cinghiali che distruggono le loro fave: ognuno, senza osare uccidere l’ nemico che rovina il proprio lavoro, vorrà almeno scacciarlo dai propri campi. Dopo aver trascorso la giornata a coltivare la terra, dovranno passare la notte a proteggerla; avranno cani da guardia, tamburi, cornetti, campane. Con tutto questo baccano, interromperanno il mio sonno. Non potrò fare a meno di pensare alla miseria di questi poveri uomini e di rimproverarmelo. Se avessi l’onore di essere un principe, tutto ciò non mi toccherebbe affatto; ma io, che sono appena arrivato al potere, che sono appena diventato ricco, beh, avrò ancora un cuore un po’ rozzo, ”

« Ce n’est pas tout : l’abondance du gibier tentera les chasseurs ; j’aurai bientôt des braconniers à punir ; il me faudra des prisons, des geôliers, des archers, des galères. Tout cela me paraît assez cruel. Les femmes de ces malheureux viendront assiéger ma porte et m’importuner de leurs cris, ou bien il faudra qu’on les chasse, qu’on les maltraite. Les pauvres gens qui n’auront point braconné, et dont mon gibier aura fourragé la récolte, viendront se plaindre de leur côté. Les uns seront punis pour avoir tué le gibier, les autres ruinés pour l’avoir épargné : quelle triste alternative ! Je ne verrai de tous côtés qu’objets de misère, je n’entendrai que gémissements : cela doit troubler beaucoup, ce me semble, le plaisir de massacrer à son aise des foules de perdrix et de lièvres presque sous ses pieds.

« Voulez-vous dégager les plaisirs de leurs peines, ôtez-en l’exclusion… Le plaisir n’est donc pas moindre, et l’inconvénient est ôté quand on n’a ni terre à garder, ni braconnier à punir, ni misérable à tourmenter. Voilà donc une solide raison de préférence. Quoi qu’on fasse, on ne tourmente point sans fin les hommes qu’on n’en reçoive aussi quelque malaise, et les longues malédictions du peuple rendent tôt ou tard le gibier amer. » (Émile, liv. IV.)

  1. « Tous les avantages de la société ne sont-ils pas pour les puissants et les riches ? tous les emplois lucratifs ne sont-ils pas remplis par eux seuls ? toutes les grâces, toutes les exemptions ne leur sont-elles pas réservées, et l’autorité publique n’est-elle pas toute en leur faveur ? Qu’un homme de considération vole ses créanciers ou fasse d’autres friponneries, n’est-il pas toujours sûr de l’impunité ? Les coups de bâton qu’il distribue, les violences qu’il commet, les meurtres même et les assassinats dont il se rend coupable, ne sont-ce pas des affaires qu’on assoupit, et dont au bout de six mois il n’est plus question ? Que ce même homme soit volé, toute la police est aussitôt en mouvement ; et malheur aux innocents qu’il soupçonne ! Passe-t-il dans un lieu dangereux, voilà les escortes en campagne ; l’essieu de sa chaise vient-il à rompre, tout vole à son secours ; fait-on du bruit à sa porte, il dit un mot, et tout se tait ; la foule l’incommode-t-elle, il fait un signe, et tout se range. Un charretier se trouve-t-il sur son passage, ses gens sont prêts à l’assommer ; et cinquante honnêtes piétons, allant à leurs affaires, seraient plutôt écrasés qu’un faquin oisif retardé dans son équipage. Tous ces égards ne lui coûtent pas un sou ; ils sont le droit de l’homme riche, et non le prix de la richesse. Que le tableau du pauvre est différent ! plus l’humanité lui doit, plus la société lui refuse. Toutes les portes lui sont fermées même quand il a le droit de les faire ouvrir ; et, si quelquefois il obtient justice, c’est avec plus de peine qu’un autre n’obtiendrait grâce. S’il y a des corvées à faire, une milice à tirer, c’est à lui qu’on donne la préférence. Il porte toujours, outre sa charge, celle dont son voisin plus riche a le crédit de se faire exempter. Au moindre accident qui lui arrive, chacun s’éloigne de lui. Si sa pauvre charrette verse, loin d’être aidé par personne, je le tiens heureux s’il évite en passant les avanies des gens lestes d’un jeune duc. En un mot, toute assistance gratuite le fuit au besoin, précisément parce qu’il n’a pas de quoi la payer ; mais je le tiens pour un homme perdu, s’il a le malheur d’avoir l’âme honnête, une fille aimable, et un puissant voisin. » (De l’Économie politique.)

LES FEMMES

  1. « Femmes de Paris et de Londres, pardonnez-le-moi ; mais si une seule de vous a l’âme vraiment honnête, je n’entends rien à nos institutions. » (Émile, liv. V.)

  2. « Il jouit de l’estime publique et la mérite. Avec cela, fût-il le dernier des hommes, encore ne faudrait-il pas balancer ; car il vaut mieux déroger à la noblesse qu’à la vertu ; et la femme d’un charbonnier est plus respectable que la maîtresse d’un prince. » (Nouvelle Héloïse, part. V. lettre XIII)

LES ANGLAIS

  1. « Les choses ont changé depuis que j’écrivais ceci (en 1756), mais mon principe sera toujours vrai. Il est par exemple très aisé de prévoir que dans vingt ans d’ici[408], l’Angleterre avec toute sa gloire sera ruinée, et de plus aura perdu le reste de sa liberté. Tout le monde assure que l’agriculture fleurit dans cette île, et moi je parie qu’elle y dépérit. Londres s’agrandit tous les jours, donc le royaume se dépeuple. Les Anglais veulent être conquérants, donc ils ne tarderont pas d’être esclaves. » (Projet de paix perpétuelle.)

  2. « Je sais que les Anglais vantent beaucoup leur humanité et le bon naturel de leur nation, qu’ils appellent good natured people. Mais ils ont beau crier cela tant qu’ils peuvent, personne ne le répète après eux. » (Émile, liv.II.)

Vous auriez trop à faire s’il fallait achever, et vous voyez que cela n’est pas nécessaire. Je savais que tous les états étaient maltraités dans les écrits de Jean-Jacques ; mais, les voyant tous s’intéresser néanmoins si tendrement pour lui, j’étais fort éloigné de comprendre à quel point son crime envers chacun d’eux était irrémissible. Je l’ai compris durant ma lecture ; et seulement en lisant ces articles vous devez sentir, comme moi, qu’un homme isolé et sans appui, qui, dans le siècle où nous sommes, ose ainsi parler de la médecine et des médecins, ne peut manquer d’être un empoisonneur ; que celui qui traite ainsi la philosophie moderne ne peut être qu’un abominable impie ; que celui qui paraît estimer si peu les femmes galantes et les maîtresses des princes, ne peut être qu’un monstre de débauche ; que celui qui ne croit pas à l’infaillibilité des livres à la mode, doit voir brûler les siens par la main du bourreau ; que celui qui, rebelle aux nouveaux oracles, ose continuer de croire en Dieu, doit être brûlé lui-même à l’inquisition philosophique, comme un hypocrite et un scélérat ; que celui qui ose réclamer les droits roturiers de la nature, pour ces canailles de paysans contre de si respectables droits de chasse, doit être traité des princes comme les bêtes fauves, qu’ils ne protègent que pour les tuer à leur aise et à leur mode. À l’égard de l’Angleterre, les deux derniers passages expliquent trop bien l’ardeur des bons amis de Jean-Jacques à l’y envoyer, et celle de David Hume à l’y conduire, pour qu’on puisse douter de la bénignité des protecteurs, et de l’ingratitude du protégé dans toute cette affaire. Tous ces crimes irrémissibles, encore aggravés par les circonstances des temps et des lieux, prouvent qu’il n’y a rien d’étonnant dans le sort du coupable, et qu’il ne se soit bien attiré. Molière, je le sais, plaisantait les médecins ; mais outre qu’il ne faisait que plaisanter, il ne les craignait point. Il avait de bons appuis ; il était aimé de Louis XIV ; et les médecins, qui n’avaient pas encore succédé aux directeurs dans le gouvernement des femmes, n’étaient pas alors versés, comme aujourd’hui, dans l’art des secrètes intrigues. Tout a bien changé pour eux ; et depuis vingt ans ils ont trop d’influence dans les affaires privées et publiques pour qu’il fût prudent, même à des gens en crédit, d’oser parler d’eux librement : jugez comme un Jean-Jacques y dut être bien venu ! Mais sans nous embarquer ici dans d’inutiles et dangereux détails, lisez seulement le dernier article de cette liste, il surpasse seul tous les autres.

  1. « Mais s’il est difficile qu’un grand état soit bien gouverné, il l’est beaucoup plus qu’il soit bien gouverné par un seul homme ; et chacun sait ce qu’il arrive quand le roi se donne des substituts.

“That’s not all: the abundance of game will tempt hunters; soon I will have poachers to punish—I will need prisons, jailers, archers, and galeras. All of this seems rather cruel. The wives of these unfortunate people will come and besiege my door, harassing me with their cries; or else they will have to be driven away and mistreated. The poor people who haven’t poached, but whose crops have been destroyed by my game, will come to complain as well. Some will be punished for killing the game, while others will be ruined for sparing it—what a sad choice! On every side, I will see only victims of misery; I will hear nothing but cries of suffering. This must greatly disturb one’s pleasure in effortlessly slaughtering vast numbers of hares and rabbits right under one’s feet.”

“Do you wish to transform their pains into pleasures? Remove the exclusions. Thus, the pleasure remains no less, and the inconvenience is eliminated when there is neither land to defend, nor poachers to punish, nor wretched people to torment. This constitutes a solid reason for preferring one approach over another. No matter what we do, we cannot endlessly torment people without causing them some suffering in return; moreover, the long-lasting curses of the people will eventually render such ‘prey’ bitter and unappealing.” (Émile, Book IV.)

  1. “Don’t all the advantages of society belong to the powerful and the rich? Aren’t all the lucrative jobs occupied by them alone? Aren’t all favors and exemptions reserved for them, and isn’t public authority always on their side? If a person of influence steals from his creditors or commits other dishonest acts, isn’t he always certain of going unpunished? The blows he inflicts, the violence he uses, even the murders and assassinations he commits—aren’t these matters that are simply ignored, and about which no one speaks again after six months? But if the same person is robbed, the entire police force is immediately mobilized; and woe to the innocent people he suspects! If he goes to a dangerous place, escorts are sent out immediately; if the axle of his chair breaks, everyone rushes to help him; if there is any noise at his door, he says a word, and everything falls silent; if the crowd bothers him, he makes a gesture, and they all move away. If a cart driver gets in his way, his men are ready to beat him up; and fifty honest pedestrians, going about their business, would rather be crushed than delay a lazy rascal in his journey. All these considerations cost him not a penny—they are the rights of the rich, not the price of wealth. But how different is the situation of the poor! The more society owes them, the less it gives them. All doors are closed to them, even when they have the right to demand they be opened; and if they ever manage to obtain justice, it is with far more difficulty than anyone else would get mercy. When there are corvées to perform or military duties to carry out, they are always the first to be chosen for these tasks. They always bear the burden in addition to their own work, while their richer neighbors are exempted from such obligations. At the slightest accident that befalls them, everyone avoids them. If their poor cart overturns, instead of anyone helping them, I consider them fortunate if they manage to avoid being injured by the quick-footed people or the reckless behavior of some young nobleman. In short, whenever free assistance is needed, it all turns away from them—precisely because they have nothing to pay for it; but I consider a man truly lost if he happens to have an honest soul, a lovely daughter, and a powerful neighbor.” (From An Essay on Political Economy.)

THE WOMEN

  1. “Women of Paris and London, forgive me; but if even one of you possesses a truly honest soul, then I have no understanding of our existing institutions at all.” (Émile, Book V.)

  2. “He enjoys the respect of the public, and he deserves it. With that, even if he were the lowest of men, there would still be no reason to doubt his worth; for it is better to lack nobility than to lack virtue; and the wife of a coal miner is more respectable than the mistress of a prince.” (New Heloise, Part V, Letter XIII)

THE ENGLISH

  1. “Things have changed since I wrote this (in 1756), but my principle will always be true. For example, it is quite easy to predict that within twenty years from now[408], England, with all its glory, will be ruined and will also lose the rest of its freedom. Everyone claims that agriculture is thriving on this island, but I bet that it is in decline. London continues to grow larger day by day, so the population of the kingdom is decreasing. The English want to be conquerors; therefore, it is only a matter of time before they become slaves themselves.” (Project for Eternal Peace.)

  2. “I know that the English boast a great deal about their humanity and the good nature of their nation; they call themselves ‘good-natured people.’ But no matter how much they shout this, no one else repeats it after them.” (Émile, Book II.)

If one were to attempt to complete what remains, there would be too much work to handle; and as you can see, it is not necessary at all. I knew that all these individuals were depicted in a negative light in Jean-Jacques’ writings; but seeing how everyone still treated him with such tenderness, I was far from realizing the extent of his irreparable crimes against each of them. It was only while reading these articles that I understood it. And you too, upon reading them, must feel, just as I did, that a man who, in our times, dares to speak so boldly about medicine and physicians must undoubtedly be a poisoner; that one who treats modern philosophy in such a manner can only be an abominable heretic; that someone who holds women of high rank and the mistresses of princes in such low regard must be a monster of debauchery; that those who do not believe in the infallibility of fashionable books deserve to have their own works burned at the hands of the executioner; that those who, defying the new “oracles,” still dare to believe in God should be burned at the philosophical inquisition as hypocrites and scoundrels; that those who claim the common rights of nature for these ruffian peasants against such respected hunting privileges should be treated by princes no better than wild beasts—only to be killed at their convenience and in their own way. As for England, the last two passages clearly explain why Jean-Jacques’ loyal friends were so eager to send him there, and why David Hume was so keen to accompany him. There is no room for doubt regarding the benevolence of his protectors or the ingratitude of the protégé in this entire matter. All these irreparable crimes, further exacerbated by the circumstances of the time and place, prove that there is nothing surprising about the fate of this criminal—and that he well deserved what befell him. I know that Molière once amused the physicians; but aside from merely amusing them, he did not fear them at all. He had strong support; he was loved by Louis XIV; and the physicians, who had not yet taken over the role of supervisors in matters concerning women, were not as adept at secret intrigues as they are today. Everything has changed for them; and in the past twenty years, they have gained such influence in both private and public affairs that it would be foolish—even for those in high regard—to dare speak freely about them. Imagine how difficult it must have been for a Jean-Jacques to survive in such an environment! But without delving into unnecessary and dangerous details, simply read the last article on this list—it alone surpasses all the others in its significance.

  1. “But if it is difficult for a large state to be well governed, it is far more difficult for it to be well governed by one single person; and everyone knows what happens when a king appoints substitutes to govern on his behalf.”

“Non basta: l’abbondanza della selvaggina attirerà i cacciatori; presto dovrò punire dei bracconieri. Mi serviranno prigioni, carcerieri, arcieri, galere. Tutto ciò mi sembra davvero crudele. Le donne di questi sfortunati verranno a bussare alla mia porta, importunandomi con i loro lamenti; oppure dovrò cacciarle, maltrattarle. I poveri che non avranno bracconato, e i cui raccolti saranno stati distrutti dalla mia selvaggina, verranno a lamentarsi anche loro. Alcuni saranno puniti per aver ucciso la selvaggina, altri rovinati per averla risparmiata. Che triste alternativa! Da tutte le parti vedrò solo persone in miseria, sentirò solo gemiti. Questo, penso, deve certo turbare molto il piacere di massacrare facilmente intere schiere di pernici e lepri, quasi ai propri piedi, ”

“Volete forse trasformare i dolori degli uomini in piaceri? Eliminate dunque l’esclusione. Il piacere non è certo minore, e gli inconvenienti scompaiono quando non c’è terra da difendere, né cacciatori da punire, né miserabili da tormentare. Ecco quindi una valida ragione per preferire questa soluzione. Qualunque cosa si faccia, infatti, non si può tormentare senza fine gli uomini senza causare loro qualche sofferenza; inoltre, le lunghe maledizioni del popolo rendono presto o tardi la “preda” stessa amara da gustare.” (Émile, libro IV.)

  1. “Non sono forse tutti i vantaggi della società riservati ai potenti e ai ricchi? Non sono forse tutti gli impieghi redditizi occupati soltanto da loro? Non sono forse tutte le grazie e le esenzioni riservate a loro, e non è forse l’autorità pubblica interamente a loro favore? Se un uomo influente deruba i suoi creditori o compie altre azioni disoneste, non è forse sempre sicuro di rimanere impunito? I colpi di bastone che infligge, le violenze che commette, persino gli omicidi e gli assassinii di cui si rende colpevole, non sono forse cose che vengono ignorate, e di cui dopo sei mesi non si parla più? Ma se lo stesso uomo viene derubato, tutta la polizia entra immediatamente in azione; e quanto sfortuna per gli innocenti che sospetta! Se passa in un luogo pericoloso, ecco le scorte pronte ad accompagnarlo; se il telaio della sua carrozza si rompe, tutti accorrono in suo aiuto; se qualcuno fa rumore alla sua porta, basta che dica una parola e tutto tace; se la folla lo disturba, basta che faccia un segno e tutti si allontanano. Se un carrettiere gli ostacola il passaggio, i suoi uomini sono pronti a picchiarlo; e cinquanta onesti pedoni, che vanno per i loro affari, verrebbero schiacciati piuttosto che permettere a un vagabondo ozioso di ritardare il proprio viaggio. Tutti questi riguardi non gli costano nemmeno un soldo; sono il diritto dell’uomo ricco, e non il prezzo della ricchezza. Quanto è diversa la situazione del povero! Più l’umanità gli deve, più la società gli nega. Tutte le porte gli sono chiuse, anche quando ha il diritto di farle aprire; e se mai ottiene giustizia, lo fa con maggior difficoltà di quanto un altro otterrebbe grazia. Se ci sono corvée da svolgere o servizi militari da prestare, è a lui che viene data la priorità. Deve sempre portare, oltre al proprio carico, anche quello del suo vicino più ricco, il quale ha il diritto di essere esentato. Al minimo incidente che gli accade, tutti si allontanano da lui. Se la sua povera carrozza si rovescia, invece di ricevere aiuto, sono fortunato se riesce a evitare le offese delle persone disposte a fare del male. In breve, ogni forma di assistenza gratuita lo fugge nel momento del bisogno, proprio perché non ha i mezzi per pagarla; ma lo considero davvero un uomo sfortunato, se ha la sventura di avere un’anima onesta, una figlia amabile e un vicino potente.” (Dalla “Economia politica”).

Le donne

  1. “Donne di Parigi e di Londra, perdonatemi; ma se anche solo una di voi possiede un’anima veramente onesta, allora non capisco assolutamente il senso delle nostre istituzioni.” (Émile, libro V.)

  2. “Gode dell’ammirazione del pubblico e merita rispetto. Con questo, anche se fosse l’ultimo degli uomini, non si dovrebbe esitare a considerarlo tale; perché è meglio essere inferiore nella nobiltà che nella virtù. E la moglie di un carbonaio è più rispettabile della amante di un principe.” (Nouvelle Héloïse, parte V, lettera XIII)

Gli inglesi

  1. “Le cose sono cambiate da quando ho scritto queste parole (nel 1756), ma il mio principio rimarrà sempre valido. Ad esempio, è molto facile prevedere che tra vent’anni l’Inghilterra, con tutta la sua gloria, sarà distrutta e avrà perso anche il resto della sua libertà. Tutti affermano che l’agricoltura fiorisca su quest’isola, ma io scommetto che invece sta declinando. Londra si espande ogni giorno, quindi il regno si svuota di popolazione. Gli inglesi vogliono essere conquistatori, quindi non tarderanno ad diventare schiavi.” (Progetto di pace perpetua.)

  2. “So che gli inglesi lodano molto la loro umanità e il buon carattere della loro nazione, definendosi ‘good natured people’. Ma per quanto possano gridarlo ad alta voce, nessuno li segue in queste affermazioni.” (Émile, libro II.)

Avreste troppo da fare se doveste portare a termine tutto ciò; e vedete che non è necessario. Sapevo che tutti quegli stati venivano maltrattati negli scritti di Jean-Jacques; ma, vedendoli tutti interessarsi a lui con tanta tenerezza, ero lontano dall’immaginare fino a che punto il suo crimine nei confronti di ciascuno di loro fosse irreparabile. L’ho capito soltanto leggendo; e solo leggendo questi articoli dovete sentirvi, come me, che un uomo isolato e senza appoggi, che nel secolo in cui viviamo osa parlare in questo modo della medicina e dei medici, non può che essere un avvelenatore; che colui che tratta la filosofia moderna in questo modo non può essere altro che un abominevole empio; che colui che sembra stimare così poco le donne galanti e le amanti dei principi non può essere altro che un mostro di depravazione; che colui che non crede nell’infallibilità dei libri alla moda deve vedere i propri bruciati dalla mano del boia; che colui che, ribelle ai nuovi “oracoli”, osa continuare a credere in Dio deve essere bruciato egli stesso all’Inquisizione filosofica, come un ipocrita e un scellerato; che colui che osa rivendicare i diritti naturali di tutti contro diritti di caccia così rispettabili deve essere trattato dai principi come una bestia selvatica, che essi proteggono soltanto per poterla uccidere a loro piacimento. Per quanto riguarda l’Inghilterra, gli ultimi due passaggi spiegano troppo bene l’entusiasmo dei buoni amici di Jean-Jacques nel mandarlo laggiù, e quello di David Hume nell’aiutarlo a partire, per poter dubitare della bontà dei protettori o dell’ingratitudine del protetto in tutta questa faccenda. Tutti questi crimini irreparabili, aggravati dalle circostanze dei tempi e dei luoghi, dimostrano che non c’è nulla di sorprendente nel destino del colpevole. E che se l’era davvero meritato. So che Molière faceva ridere i medici; ma oltre a scherzare, non li temeva affatto. Aveva buoni appoggi; era amato da Luigi XIV; e i medici, che all’epoca non avevano ancora preso il posto dei direttori nel governo delle donne, non erano ancora esperti, come oggi, nell’arte delle intrighi segreti. Tutto è cambiato per loro; e da vent’anni hanno troppa influenza nelle questioni private e pubbliche, per cui non sarebbe prudente, nemmeno per persone in posizione di rilievo, osare parlare liberamente di loro. Immaginate quindi come Jean-Jacques debba essersi trovato in una situazione davvero difficile! Ma senza addentrarci in dettagli inutili e pericolosi, basta leggere l’ultimo articolo di questa lista: da solo supera tutti gli altri.

  1. “Ma se è già difficile che uno Stato grande venga bene governato, lo è ancora di più quando viene governato da una sola persona; e tutti sanno cosa succede quando il re si dà dei sostituti.”

« Un défaut essentiel et inévitable qui mettra toujours le gouvernement monarchique au-dessous du républicain, est que dans celui-ci la voix publique n’élève presque jamais aux premières places que des hommes éclairés et capables, qui les remplissent avec honneur ; au lieu que ceux qui parviennent dans les monarchies ne sont le plus souvent que de petits brouillons, de petits fripons, de petits intrigants, à qui les petits talents qui font parvenir dans les cours aux grandes places ne servent qu’à montrer au public leur ineptie aussitôt qu’ils y sont parvenus. Le peuple se trompe bien moins sur ce choix que le prince ; et un homme d’un vrai mérite est presque aussi rare dans le ministère qu’un sot à la tête d’un gouvernement républicain. Aussi, quand, par quelque heureux hasard, un de ces hommes nés pour gouverner prend le timon des affaires dans une monarchie presque abîmée par ces tas de jolis régisseurs, on est tout surpris des ressources qu’il trouve, et cela fait époque dans un pays. » (Contrat social, liv. III, chap. VI)

Je n’ajouterai rien sur ce dernier article : sa seule lecture vous a tout dit. Tenez, monsieur, il n’y a dans tout ceci qu’une chose qui m’étonne ; c’est qu’un étranger, isolé, sans parents, sans appui, ne tenant à rien sur la terre, et voulant dire toutes ces choses-là, ait cru les pouvoir dire impunément.

ROUSSEAU. — Voilà ce qu’il n’a point cru, je vous assure. Il a dû s’attendre aux cruelles vengeances de tous ceux qu’offense la vérité, et il s’y est attendu. Il savait que les grands, les vizirs, les robins, les financiers, les médecins, les prêtres, les philosophes, et tous les gens de parti qui font de la société un vrai brigandage, ne lui pardonneraient jamais de les avoir vus et montrés tels qu’ils sont. Il a dû s’attendre à la haine, aux persécutions de toute espèce, non au déshonneur, à l’opprobre, à la diffamation. Il a dû s’attendre à vivre accablé de misères et d’infortunes, mais non d’infamie et de mépris. Il est, je le répète, des genres de malheurs auxquels il n’est pas même permis à un honnête homme d’être préparé, et ce sont ceux-là précisément qu’on a choisis pour l’en accabler. Comme ils l’ont pris au dépourvu, du premier choc il s’est laissé abattre, et ne s’est pas relevé sans peine : il lui a fallu du temps pour reprendre son courage et sa tranquillité. Pour les conserver toujours, il eut eu besoin d’une prévoyance qui n’était pas dans l’ordre des choses, non plus que le sort qu’on lui préparait. Non, monsieur, ne croyez point que la destinée dans laquelle il est enseveli soit le fruit naturel de son zèle à dire sans crainte tout ce qu’il crut être vrai, bon, salutaire, utile ; elle a d’autres causes plus secrètes, plus fortuites, plus ridicules, qui ne tiennent en aucune sorte à ses écrits. C’est un plan médité de longue main, et même avant sa célébrité ; c’est l’œuvre d’un génie infernal, mais profond, à l’école duquel le persécuteur de Job aurait pu beaucoup apprendre dans l’art de rendre un mortel malheureux. Si cet homme ne fût point né, Jean-Jacques, malgré l’audace de ses censures, eût vécu dans l’infortune et dans la gloire ; et les maux, dont on n’eût pas manqué de l’accabler, loin de l’avilir, l’auraient illustré davantage. Non, jamais un projet aussi exécrable n’eût été inventé par ceux mêmes qui se sont livrés avec le plus d’ardeur à son exécution : c’est une justice que Jean-Jacques aime encore à rendre à la nation qui s’empresse à le couvrir d’opprobre. Le complot s’est formé dans le sein de cette nation, mais il n’est pas venu d’elle. Les Français en sont les ardents exécuteurs : c’est trop, sans doute, mais du moins ils n’en sont pas les auteurs. Il a fallu pour l’être une noirceur méditée et réfléchie dont ils ne sont pas capables ; au lieu qu’il ne faut pour en être les ministres qu’une animosité qui n’est qu’un effet fortuit de certaines circonstances et de leur penchant à s’engouer tant en mal qu’en bien.

LE FRANÇAIS. — Quoi qu’il en soit de la cause et des auteurs du complot, l’effet n’en est plus étonnant pour quiconque a lu les écrits de Jean-Jacques. Les dures vérités qu’il a dites, quoique générales, sont de ces traits dont la blessure ne se ferme jamais dans les coeurs qui s’en sentent atteints. De tous ceux qui se font avec tant d’ostentation ses patrons et ses protecteurs, il n’y en a pas un sur qui quelqu’un de ces traits n’ait porté jusqu’au vif. De quelle trempe sont donc ces divines âmes dont les poignantes atteintes n’ont fait qu’exciter la bienveillance et l’amour, et, par le plus frappant de tous les prodiges, d’un scélérat, qu’elles devaient abhorrer, ont fait l’objet de leur plus tendre sollicitude ?

Si c’est là de la vertu, elle est bizarre, mais elle est magnanime, et ne peut appartenir qu’à des âmes fort au-dessus des petites passions vulgaires ; mais comment accorder des motifs si sublimes avec les indignes moyens employés par ceux qui s’en disent animés ? Vous le savez, quelque prévenu, quelque irrité que je fusse contre Jean-Jacques, quelque mauvaise opinion que j’eusse de son caractère et de ses mœurs, je n’ai jamais pu goûter le système de nos messieurs, ni me résoudre à pratiquer leurs maximes. J’ai toujours trouvé autant de bassesse que de fausseté dans cette maligne ostentation de bienfaisance, qui n’avait pour but que d’en avilir l’objet. Il est vrai que, ne concevant aucun défaut à tant de preuves si claires, je ne doutais pas un moment que Jean-Jacques ne fût un détestable hypocrite et un monstre qui n’eût jamais dû naître ; et, cela bien accordé, j’avoue qu’avec tant de facilité qu’ils disaient avoir à le confondre, j’admirais leur patience et leur douceur à se laisser provoquer par ses clameurs sans jamais s’en émouvoir, et sans autre effet que de l’enlacer de plus en plus dans leurs rets pour toute réponse. Pouvant le convaincre si aisément, je voyais une héroïque modération à n’en rien faire, et même, en blâmant la méthode qu’ils voulaient suivre, je ne pouvais qu’admirer leur flegme stoïque à s’y tenir.

Vous ébranlâtes, dans vos premiers entretiens, la confiance que j’avais dans des preuves si fortes, quoique administrées avec tant de mystère. En y repensant depuis, je fus plus frappé de l’extrême soin qu’on prenait de les cacher à l’accusé que je ne l’avais été de leur force ; et je commençais à. trouver sophistiques et faibles les motifs qu’on alléguait de cette conduite. Ces doutes étaient augmentés par mes réflexions sur cette affectation d’intérêt et de bienveillance pour un pareil scélérat. La vertu peut ne faire haïr que le vice, mais il est impossible, qu’elle fasse aimer le vicieux ; et, pour s’obstiner à le laisser en liberté malgré les crimes qu’on le voit continuer de commettre, il faut certainement avoir quelque motif plus fort que la commisération naturelle et l’humanité, qui demanderaient même une conduite contraire. Vous m’aviez dit cela, je le sentais ; et le zèle très singulier de nos messieurs pour l’impunité du coupable, ainsi que pour sa diffamation, me présentait des foules de contradictions et d’inconséquences qui commençaient à troubler ma première sécurité.

J’étais dans ces dispositions quand, sur les exhortations que vous m’aviez faites, commençant à parcourir les livres de Jean-Jacques, je tombai successivement sur les passages que j’ai transcrits, et dont je n’avais auparavant nulle idée ; car, en me parlant de ses durs sarcasmes, nos messieurs m’avaient fait un secret de ceux qui les regardaient ; et, à la manière dont ils s’intéressaient à l’auteur, je n’aurais jamais pensé qu’ils eussent des griefs particuliers contre lui. Cette découverte, et le mystère qu’ils m’avaient fait, achevèrent de m’éclaircir sur leurs vrais motifs ; toute ma confiance en eux s’évanouit, et je ne doutai plus que ce que sur leur parole j’avais pris pour bienfaisance et générosité ne fût l’ouvrage d’une animosité cruelle, masquée avec art par un extérieur de bonté.

Une autre réflexion renforçait les précédentes. De si sublimes vertus ne vont point seules. Elles ne sont que des branches de la vertu : je cherchais le tronc et ne le trouvais point. Comment nos messieurs, d’ailleurs si vains, si haineux, si rancuniers, s’avisaient-ils une seule fois en leur vie d’être humains, généreux, débonnaires, autrement qu’en paroles, et cela précisément pour le mortel, selon eux, le moins digne de cette commisération qu’ils lui prodiguaient malgré lui ? Cette vertu si nouvelle et si déplacée eut du m’être suspecte, quand elle eût agi tout à découvert sans déguisement, sans ténèbres : qu’en devais-je penser en la voyant s’enfoncer avec tant de soin dans des routes obscures et tortueuses, et surprendre en trahison celui qui en était l’objet, pour le charger malgré lui de leurs ignominieux bienfaits ?

“An essential and inevitable flaw that always places the monarchical government in a lower position than the republican one is that, in the latter, the voice of the public almost never elevates to prominent positions except enlightened and capable individuals who occupy them with honor; whereas in monarchies, those who attain power are often nothing but petty scoundrels, thieves, and intrigants. The minor talents that allow them to gain high positions at court merely serve to expose their incompetence once they have reached those positions. The people are far less mistaken in making such choices than the ruler himself; indeed, a man of genuine merit is almost as rare in a monarchical ministry as a fool at the head of a republican government. Hence, when, by some fortunate chance, one of these men born to rule takes charge of affairs in a monarchy that has been nearly ruined by such incompetent rulers, people are astonished by the resources he brings to bear—and such events mark an era in a country.” (The Social Contract, Book III, Chapter VI)

I shall add nothing to this last article; its mere reading tells you everything. Here, sir, there is only one thing that surprises me: how it is that a stranger, isolated, without parents, without support, holding nothing in this world, and wishing to express all these things, could have believed he could say them without consequences.

ROUSSEAU. — I assure you, this was something he never expected. He must have anticipated the cruel vengeance of all those whom the truth offends—and indeed, he did expect it. He knew that the powerful, the viziers, the lawyers, the financiers, the doctors, the priests, the philosophers, and all those who turn society into a veritable den of brigandage would never forgive him for having exposed them as they truly are. He had to expect hatred and persecution of every kind—not dishonor, disgrace, or slander. He was destined to live in constant misery and misfortune—but not infamy and contempt. I repeat: these are kinds of suffering that an honest man is not even supposed to be prepared for, yet it was precisely these that were chosen to overwhelm him. Since they caught him off guard, he was initially overwhelmed by the shock and struggled to recover; it took him time to regain his courage and composure. To maintain them forever, he would have needed foresight beyond what is ordinary or even possible in fate. No, sir, do not believe that the destiny that has befallen him is a natural consequence of his zeal in speaking without fear whatever he believed to be true, good, beneficial, or useful. There are other, more secret, more accidental, and even more ridiculous reasons behind it—reasons that have nothing to do with his writings at all. This is a plan that had been carefully devised for a long time, even before his fame; it is the work of some infernal but cunning genius—the kind of genius whose teachings could have taught the persecutor of Job much about how to make a mortal miserable. If this man had never existed, Jean-Jacques, despite the boldness of his criticisms, would still have lived in both misfortune and glory; and the evils that were inflicted upon him would not only have failed to degrade him but might even have brought him greater renown. No, such an abhorrent scheme could never have been conceived by those very people who with such zeal carried it out: this is a justice that Jean-Jacques is still willing to render to the nation that so eagerly heaps disgrace upon him. The conspiracy was hatched within this nation itself, but it did not originate from her. The French are its fervent executioners—perhaps too much so, but at least they are not its authors. To be its authors would require a kind of darkness and malice that they are far from capable of; whereas to be its instruments merely requires a certain degree of hostility—which is, after all, but a casual result of certain circumstances and their tendency to indulge in both good and evil.

THE FRENCH. — Whatever the cause and authors of this conspiracy may be, its effects are no longer surprising to anyone who has read the writings of Jean-Jacques. The harsh truths he expressed, though general in nature, are of such a kind that their wounds never heal in those hearts which they strike. Among all those who so ostentatiously claim to be his patrons and protectors, not one exists upon whom one of these truths has not had a deep impact. What kind of characters, then, are these divine souls, whose painful afflictions have only inspired kindness and love—and, most astonishingly of all, how is it that they took such great care of a scoundrel whom they ought to have loathed?

If this is indeed virtue, then it is a strange kind of virtue—it is magnanimous, but it can only belong to souls far above ordinary, petty passions. But how can such sublime motives be associated with the despicable means employed by those who claim to be inspired by them? You know, no matter how prejudiced or irritated I was against Jean-Jacques, no matter what bad opinion I had of his character and behavior, I was never able to accept the doctrines of our gentlemen, nor could I bring myself to practice their principles. I always saw nothing but baseness and falsehood in that malicious ostentation of benevolence, which was merely intended to degrade its very object. It is true that, since I saw no flaw in such clear-cut evidence, I never doubted for a moment that Jean-Jacques was a detestable hypocrite and a monster who should never have been born. And yet, despite all this, I must admit that, given how easily they claimed to be able to expose him, I admired their patience and gentleness in allowing himself to be provoked by his outbursts without ever getting upset—instead, they only tightened the noose around him as a response. Since they could convince him so effortlessly, I saw great heroism in choosing not to do so at all. Moreover, even as I criticized the method they intended to use, I couldn’t help but admire their stoic composure in sticking to it.

In our initial conversations, you shook my confidence in those so compelling pieces of evidence, even though they were presented with such secrecy. Upon reflection, what struck me most was the extreme care taken to hide them from the accused, rather than the strength of those evidences themselves; and I began to find the reasons given for this behavior both sophistical and weak. These doubts were further fueled by my consideration of this pretended concern and kindness toward such a scoundrel. Virtue may indeed inspire hatred for vice, but it is utterly impossible for it to evoke any affection for the wicked. To persist in allowing such a person to remain free, despite the crimes he continues to commit, there must surely be some motive far stronger than natural compassion or humanity—which would otherwise demand exactly the opposite course of action. You had told me this; I could sense it. Moreover, the peculiar zeal of our authorities toward ensuring the criminal’s impunity, as well as their efforts to slander him, presented me with a multitude of contradictions and inconsistencies that began to shake my initial confidence.

I was in such a state of mind when, at your urging, I began to read the works of Jean-Jacques. One after another, I came across the passages I have transcribed here; passages of which I had previously had no idea at all. For when our gentlemen spoke of his harsh sarcasms, they had kept me in ignorance of those aspects of his writings. And judging by their interest in the author, I would never have thought they could hold any particular grievances against him. This discovery, along with the secrecy they had maintained regarding these matters, finally clarified the true nature of their motives. All my trust in them vanished, and I no longer doubted that what I had taken for kindness and generosity on their part was actually the result of a cruel hostility carefully disguised under an outward appearance of benevolence.

Another thought reinforced the previous ones. Such sublime virtues could not exist in isolation; they were merely branches of the tree of virtue itself. I sought its trunk but found it not. How could our gentlemen—so vain, so hateful, so full of resentment—ever, in the course of their lives, once consider themselves human beings capable of generosity and kindness, if only in words? And yet, precisely toward what they regarded as the least worthy of such compassion, did they lavish it upon him against his will? Such a novel and seemingly out-of-place virtue should have seemed suspicious to me, even if it had acted openly without any disguise or concealment. But when I saw it carefully taking obscure and winding paths, and treacherously attacking those who were its targets, burdening them against their will with its ignoble “benefits,” what else was I to think of it?

“Un difetto essenziale e inevitabile che pone sempre il governo monarchico al di sotto di quello repubblicano è che, in quest’ultimo, la voce pubblica quasi mai eleva alle prime posizioni uomini illuminati e capaci, i quali le ricoprono con onore; al contrario, coloro che raggiungono posizioni elevate nelle monarchie sono spesso solo individui meschini, furfanti o intriganti, per i quali i piccoli talenti che permettono di accedere alle corti non servono altro che a rivelare al pubblico la loro incompetenza non appena vi arrivano. Il popolo si inganna molto meno in questa scelta rispetto al principe; e un uomo veramente meritevole è quasi altrettanto raro nel governo repubblicano quanto uno sciocco alla guida di un governo monarchico. Pertanto, quando, per qualche fortunato caso, uno di questi individui nati per governare prende in mano le redini delle affari in una monarchia ormai quasi distrutta da tali individui insignificanti, tutti rimangono sorpresi dalle risorse che scopre, e questo rappresenta un vero cambiamento per il paese.” («Il Contratto sociale», libro III, capitolo VI)

Non aggiungerò nulla riguardo a questo ultimo articolo: la sua sola lettura vi ha già detto tutto. Ecco, signore. In tutta questa vicenda c’è una cosa solo che mi sorprende: il fatto che uno straniero, isolato, senza parenti, senza appoggi, senza nulla al mondo, e volendo esprimere tutte queste cose, abbia creduto di poterle dire impunemente.

ROUSSEAU. — Vi assicuro che questo è ciò che non si aspettava affatto. Doveva prepararsi alle crudeli vendette di tutti coloro che sono offesi dalla verità, e se l’aspettava davvero. Sapeva bene che i potenti, i visir, gli avvocati, i banchieri, i medici, i preti, i filosofi, e tutti quegli individui che trasformano la società in un vero regno del brigantaggio, non gli avrebbero mai perdonato di averli rivelati per quelli che realmente sono. Si aspettava l’odio, le persecuzioni di ogni sorta, ma non l’infamia, il disprezzo, la diffamazione. Si aspettava di vivere sommerso da miserie e sfortune, ma non dall’infamia e dal disprezzo. Ripeto: si trattava di tipi di sofferenze per i quali nemmeno a un uomo onesto è permesso prepararsi. E proprio queste sofferenze sono state scelte apposta per colpirlo. Poiché lo hanno preso alla sprovvista, al primo colpo si è lasciato abbattere, e non è riuscito a riprendersi facilmente: gli è servito del tempo per ritrovare il coraggio e la serenità. Per mantenerli per sempre, avrebbe avuto bisogno di una previdenza che non rientrava nelle leggi naturali, né nel destino che gli era stato preparato. No, signore, non crediate che il destino nel quale è sepolto sia il risultato naturale del suo zelo nel dire senza paura tutto ciò che riteneva vero, buono, salutare, utile. Ha altre cause, più segrete, più casuali, più ridicole, che in nessun modo hanno a che fare con i suoi scritti. Si tratta di un piano elaborato da tempo, persino prima della sua fama. È l’opera di un genio infernale, ma profondo. Un genio dal quale il persecutore di Giobbe avrebbe potuto imparare molto sull’arte di rendere un uomo infelice. Se quell’uomo non fosse mai nato, Jean-Jacques, nonostante l’audacia delle sue critiche, avrebbe vissuto nell’infelicità, ma anche nella gloria. E i mali che gli sarebbero stati inflitti, invece di umiliarlo, lo avrebbero reso ancora più illustre. No, mai un progetto così orribile sarebbe stato concepito da coloro stessi che si sono impegnati con tanta fermezza nella sua attuazione. È una giustizia che Jean-Jacques è ancora disposto a riconoscere alla nazione che si affretta a coprirlo di disprezzo. Il complotto si è formato all’interno di quella nazione, ma non è stato ideato da lei. I francesi ne sono gli attuatori zelanti. Certo, questo è troppo, ma almeno non ne sono gli autori. Per essere i suoi autori sarebbe stata necessaria una malvagità calcolata e riflessa, di cui loro sono incapaci. Mentre per esserne semplicemente i complici basta un’animosità che, in realtà, è solo il risultato casuale di alcune circostanze e del loro tendere ad agire sia nel male che nel bene.

Il francese: — Qualunque sia la causa e gli autori di questo complotto, l’effetto non sorprende più nessuno che abbia letto le opere di Jean-Jacques. Le dure verità che egli ha espresso, sebbene generali, sono di quelle che lasciano una ferita profonda nei cuori di chi ne viene colpito. Tra tutti coloro che si proclamano con tanta ostentazione suoi protettori e sostenitori, non c’è nessuno su cui uno solo di questi insegnamenti non abbia avuto un effetto profondo. Di quale tempra sono dunque queste anime divine, le cui ferite dolorose hanno soltanto suscitato benevolenza e amore, e che, con il più straordinario dei miracoli, da un individuo spregevole, che avrebbero dovuto odiare, hanno fatto l’oggetto della loro più tenera cura?

Se questa è davvero virtù, allora è una virtù strana, ma nello stesso tempo magnanima; e può appartenere soltanto a anime ben al di sopra delle piccole passioni volgari. Ma come si possono conciliare motivi così sublimi con i mezzi ignobili utilizzati da coloro che si proclamano suoi sostenitori? Voi lo sapete: per quanto fossi prevenuto, per quanto irritato contro Jean-Jacques, per quanto avessi una cattiva opinione sul suo carattere e sulle sue azioni, non sono mai riuscito ad apprezzare il sistema dei nostri signori, né a decidere di mettere in pratica le loro massime. Ho sempre visto nella loro malvagia ostentazione di benevolenza tanto bassezza quanto falsità; una benevolenza che aveva lo scopo unico di umiliare l’oggetto stesso della sua manifestazione. È vero: non riuscendo a scorgere alcun difetto in prove così evidenti, non ho mai dubitato nemmeno per un istante che Jean-Jacques non fosse un orribile ipocrita, un mostro che non avrebbe mai dovuto nascere. Eppure, nonostante la facilità con cui sostenevano di poterlo smascherare, ammiravo la loro pazienza e la loro dolcezza nel lasciarsi provocare dalle sue grida senza mai reagire, limitandosi a stringerlo sempre più saldamente nelle loro reti. Riuscendo così facilmente a convincerlo, trovavo in questo comportamento una vera e propria moderazione eroica; anzi, criticando il metodo che intendevano adottare, non potevo fare a meno di ammirare il loro stoico distacco nel perseverarvi.

Nei vostri primi colloqui, avete scosso la fiducia che avevo in prove così evidenti, anche se presentate con tanto mistero. Ripensandoci in seguito, mi sono reso conto che l’estrema cura con cui venivano nascoste all’accusato era ancora più sorprendente della loro stessa forza; e ho iniziato a ritenere sofisticati e deboli i motivi addotti per spiegare tale comportamento. Questi dubbi sono aumentati riflettendo su quell’affettata preoccupazione e benevolenza dimostrata verso un individuo così spregevole. La virtù può far odiare il vizio, ma è impossibile che faccia amare il malvagio; e per insistere nel lasciarlo libero nonostante i crimini che continua a commettere, deve esserci sicuramente un motivo più forte della semplice compassione umana. Un motivo che richiederebbe addirittura un comportamento opposto. Voi me l’avevate detto; lo sentivo anch’io. E l’eccessivo zelo dei nostri funzionari per l’impunità del colpevole, così come per la sua diffamazione, mi presentava una serie di contraddizioni e incongruenze che iniziavano a turbare la mia prima fiducia.

Ero in queste disposizioni quando, su vostre esortazioni, iniziai a leggere i libri di Jean-Jacques e successivamente mi imbattei nei passaggi che ho trascritto, di cui prima non avevo la minima idea; infatti, quando mi parlavano dei suoi duri sarcasmi, i nostri signori mi avevano tenuto nascosto ciò che riguardava coloro che li leggevano; e, dal modo in cui si interessavano all’autore, non avrei mai pensato che potessero avere particolari rancori contro di lui. Questa scoperta, insieme al mistero che mi avevano tenuto nascosto, mi permise di comprendere finalmente i loro veri motivi; tutta la mia fiducia in loro svanì, e non dubitai più che ciò che, sulle loro parole, avevo considerato benevolenza e generosità fosse in realtà frutto di una crudeltà astutamente mascherata da un’apparenza di bontà.

Un’altra riflessione rafforzava quelle precedenti: virtù così sublimi non possono esistere isolate; sono soltanto rami della stessa virtù principale. Cercavo il “tronco” di questa virtù, ma non lo trovavo. Come mai i nostri signori, così vanitosi, odiosi e rancorosi, si ricordavano anche solo una volta nella loro vita di essere esseri umani generosi e benevoli, se non a parole? E questo proprio verso colui che, secondo loro, era il meno degno di tale compassione. Com’era possibile che una virtù così nuova e inaspettata non mi suscitasse sospetti, anche se si manifestasse apertamente, senza alcun velo o inganno? E poi, perché si imbarcava con tanta cura su strade oscure e tortuose, per poi tradire chi ne era l’oggetto, caricandolo contro la sua volontà dei loro “benefici” ignominiosi?

Plus, ajoutant ainsi mes propres observations aux réflexions que vous m’aviez fait faire, je méditais sur ce même sujet, plus je m’étonnais de l’aveuglement où j’avais été jusqu’alors sur le compte de nos messieurs ; et ma confiance en eux s’évanouit au point de ne plus douter de leur fausseté. Mais la duplicité de leur manœuvre et l’adresse avec laquelle ils cachaient leurs vrais motifs n’ébranlèrent pas à mes yeux la certitude de leurs preuves. Je jugeai qu’ils exerçaient dans des vues injustes un acte de justice, et tout ce que je concluais de l’art avec lequel ils enlaçaient leur victime était qu’un méchant était en proie à d’autres méchants.

Ce qui m’avait confirmé dans cette opinion était celle où je vous avais vu vous-même que Jean-Jacques n’était point l’auteur des écrits qui portent son nom. La seule chose qui put me faire bien penser de lui était ces mêmes écrits dont vous m’aviez fait un si bel éloge, et dont j’avais ouï quelquefois parler avantageusement par d’autres. Mais dès qu’il n’en était pas l’auteur il ne me restait aucune idée favorable qui put balancer les horribles impressions que j’avais reçues sur son compte, et il n’était pas étonnant qu’un homme aussi abominable en toute chose fût assez impudent et assez vil pour s’attribuer les ouvrages d’autrui.

Telles furent à peu près les réflexions que je fis sur notre premier entretien, et sur la lecture éparse et rapide qui me désabusa sur le compte de nos messieurs. Je n’avais commencé cette lecture que par une espèce de complaisance pour l’intérêt que vous paraissiez y prendre. L’opinion où je continuais d’être que ces livres étaient d’un autre auteur ne me laissait guère pour leur lecture qu’un intérêt de curiosité.

Je n’allai pas loin sans y joindre un autre motif qui répondait mieux à vos vues. Je ne tardai pas à sentir en lisant ces livres qu’on m’avait trompé sur leur contenu, et que ce qu’on m’avait donné pour de fastueuses déclamations, ornées de beau langage, mais décousues et pleines de contradictions, étaient des choses profondément pensées et formant un système lié qui pouvait n’être pas vrai, mais qui n’offrait rien de contradictoire. Pour juger du vrai but de ces livres, je ne m’attachai pas à éplucher çà et là quelques phrases éparses et séparées ; mais, me consultant moi-même et durant ces lectures et en les achevant, j’examinais, comme vous l’aviez désiré, dans quelles dispositions d’âme elles me mettaient et me laissaient, jugeant, comme vous, que c’était le meilleur moyen de pénétrer celle où était l’auteur en les écrivant, et l’effet qu’il s’était proposé de produire. Je n’ai pas besoin de vous dire qu’au lieu des mauvaises intentions qu’on lui avait prêtées, je n’y trouvai qu’une doctrine aussi saine que simple, qui, sans épicuréisme et sans cafardage, ne tendait qu’au bonheur du genre humain. Je sentis qu’un homme bien plein de ces sentiments devait donner peu d’importance à la fortune et aux affaires de cette vie : j’aurais craint moi-même, en m’y livrant trop, de tomber bien plutôt dans l’incurie et le quiétisme, que de devenir factieux, turbulent et brouillon, comme on prétendait qu’était l’auteur et qu’il voulait rendre ses disciples.

S’il ne se fût agi que de cet auteur, j’aurais dès lors été désabusé sur le compte de Jean-Jacques ; mais cette lecture, en me pénétrant pour l’un de l’estime la plus sincère, me laissait pour l’autre dans la même situation qu’auparavant, puisqu’en paraissant voir en eux deux hommes différents vous m’aviez inspiré autant de vénération pour l’un que je me sentais d’aversion pour l’autre. La seule chose qui résultât pour moi de cette lecture, comparée à ce que nos messieurs m’en avaient dit, était que, persuadés que ces livres étaient de Jean-Jacques, et les interprétant dans un tout autre esprit que celui dans lequel ils étaient écrits, ils m’en avaient imposé sur leur contenu. Ma lecture ne fit donc qu’achever ce qu’avait commencé notre entretien, savoir de m’ôter toute l’estime et la confiance qui m’avaient fait livrer aux impressions de la ligue, mais sans changer de sentiment sur l’homme qu’elle avait diffamé. Les livres qu’on m’avait dit être si dangereux n’étaient rien moins : ils inspiraient des sentiments tout contraires à ceux qu’on prêtait à leur auteur ; mais si Jean-Jacques ne l’était pas, de quoi servaient-ils à sa justification ? Le soin que vous m’aviez fait prendre était inutile pour me faire changer d’opinion sur son compte ; et, restant dans celle que vous m’aviez donnée que ces livres étaient l’ouvrage d’un homme d’un tout autre caractère, je ne pouvais assez m’étonner que jusque-là vous eussiez été le premier et le seul à sentir qu’un cerveau nourri de pareilles idées était inalliable avec un cœur plein de noirceurs.

J’attendais avec empressement l’histoire de vos observations pour savoir à quoi m’en tenir sur le compte de notre homme ; car, déjà flottant sur le jugement que, fondé sur tant de preuves, j’en portais auparavant, inquiet depuis notre entretien, je l’étais devenu davantage encore depuis que mes lectures m’avaient convaincu de la mauvaise foi de nos messieurs. Ne pouvant plus les estimer, fallait-il donc n’estimer personne et ne trouver partout que des méchants ? Je sentais peu à peu germer en moi le désir que Jean-Jacques n’en fût pas un. Se sentir seul plein de bons sentiments, et ne trouver personne qui les partage, est un état trop cruel. On est alors tenté de se croire la dupe de son propre cœur, et de prendre la vertu pour une chimère.

Le récit de ce que vous aviez vu me frappa. J’y trouvai si peu de rapport avec les relations des autres, que, forcé d’opter pour l’exclusion, je penchais à la donner tout-à-fait à ceux pour qui j’avais déjà perdu toute estime. La force même de leurs preuves me retenait moins. Les ayant trouvés trompeurs en tant de choses, je commençai de croire qu’ils pouvaient bien l’être en tout, et à me familiariser avec l’idée qui m’avait paru jusqu’alors si ridicule, de Jean-Jacques innocent et persécuté. Il fallait, il est vrai, supposer dans un pareil tissu d’impostures un art et des prestiges qui me semblaient inconcevables. Mais je trouvais encore plus d’absurdités entassées dans l’obstination de mon premier sentiment.

Avant néanmoins de me décider tout-à-fait, je résolus de relire ses écrits avec plus de suite et d’attention que je n’avais fait jusqu’alors. J’y avais trouvé des idées et des maximes très paradoxes, d’autres que je n’avais pu bien entendre. J’y croyais avoir senti des inégalités, même des contradictions. Je n’en avais pas saisi l’ensemble assez pour juger solidement d’un système aussi nouveau pour moi. Ces livres-là ne sont pas, comme ceux d’aujourd’hui, des agrégations de pensées détachées, sur chacune desquelles l’esprit du lecteur puisse se reposer. Ce sont les méditations d’un solitaire ; elles demandent une attention suivie qui n’est pas trop du goût de notre nation. Quand on s’obstine à vouloir bien en suivre le fil, il y faut revenir avec effort et plus d’une fois. Je l’avais trouvé passionné pour la vertu, pour la liberté, pour l’ordre, mais d’une véhémence qui souvent l’entraînait au-delà du but. En tout, je sentais en lui un homme très ardent, très extraordinaire, mais dont le caractère et les principes ne m’étaient pas encore assez développés. Je crus qu’en méditant très attentivement ses ouvrages, et comparant soigneusement l’auteur avec l’homme que vous m’aviez peint, je parviendrais à éclairer ces deux objets l’un par l’autre, et à m’assurer si tout était bien d’accord et appartenait incontestablement au même individu. Cette question décidée me parut devoir me tirer tout-à-fait de mon irrésolution sur son compte, et, prenant un plus vif intérêt à ces recherches que je n’avais fait jusqu’alors, je me fis un devoir, à votre exemple, de parvenir, en joignant mes réflexions aux lumières que je tenais de vous, à me délivrer enfin du doute où vous m’aviez jeté, et à juger l’accusé par moi-même après avoir jugé ses accusateurs. Pour faire cette recherche avec plus de suite et de recueillement, j’allai passer quelques mois à la campagne, et j’y portai les écrits de Jean-Jacques autant que j’en pus faire le discernement parmi les recueils frauduleux publiés sous son nom. J’avais senti dès ma première lecture que ces écrits marchaient dans un certain ordre qu’il fallait trouver pour suivre la chaîne de leur contenu. J’avais cru voir que cet ordre était rétrograde à celui de leur publication, et que l’auteur, remontant de principes en principes, n’avait atteint les premiers que dans ses derniers écrits. Il fallait donc, pour marcher par synthèse, commencer par ceux-ci, et c’est ce que je fis en m’attachant d’abord à l’Émile, par lequel il a fini, les deux autres écrits qu’il a publiés depuis ne faisant plus partie de son système, et n’étant destinée qu’à la défense personnelle de sa patrie et de son honneur.

Moreover, by adding my own observations to the reflections you had prompted me to make, I delved deeper into this same subject and the more I did so, the more astonished I was at my own blindness regarding these individuals; my trust in them vanished entirely, to the point where I no longer doubted their deceitfulness. Yet the duplicity of their tactics and the skill with which they concealed their true motives did not shake my conviction regarding the “evidence” they presented. I came to believe that they were engaging in what appeared to be acts of justice for unjust purposes, and all I could conclude from the way they manipulated their victim was that a villain was being preyed upon by even worse villains.

What confirmed my opinion was the fact that I had seen you yourself acknowledge that Jean-Jacques was not the author of the writings bearing his name. The only thing that could make me have a good impression of him were those very writings for which you had spoken so highly, and about which I had sometimes heard others speak favorably as well. But once it became clear that he was not their author, I no longer had any favorable impression left to counterbalance the terrible things I had heard about him; and it was hardly surprising that a man so despicable in every respect should be bold enough and vile enough to claim the works of others as his own.

Such were roughly the thoughts I had after our first conversation, and after that hasty and superficial reading which left me disappointed regarding our gentlemen. I had only begun reading those books out of a sort of complacency toward the interest you seemed to take in them. The opinion that I still held—that those books were actually written by another author—left me with little more than curiosity as my motivation for continuing to read them.

I did not go far without adding another motif that better reflected your views. It was not long before I realized, while reading these books, that I had been deceived regarding their content. What had been presented to me as splendid rhetoric, embellished with beautiful language but actually disjointed and full of contradictions, was in fact something that had been carefully thought out and formed into a coherent system—perhaps not entirely true, but certainly free from any internal inconsistencies. To discern the true purpose of these books, I did not focus on examining isolated phrases here and there; instead, as you had desired, I reflected on the state of mind they induced in me while reading them and after finishing them. I believed that this was the best way to understand the author’s intentions when writing them and the effect he sought to achieve. I need not tell you that, far from any malicious intent that had been attributed to him, I found only a doctrine that was both sound and simple—one that, devoid of hedonism or pessimism, aimed solely at the happiness of humanity. It became clear to me that a person deeply imbued with such sentiments would attach little importance to wealth and worldly affairs. Indeed, if I had devoted myself too entirely to them, I might have fallen into indifference and complacency, rather than becoming partisan, turbulent, and chaotic—just as people claimed the author was, and just as he purportedly intended his followers to become.

If it had concerned only this author, I would have been disappointed in Jean-Jacques’ regard; but this reading, while filling me with the greatest sincerity toward one of them, left me regarding the other in exactly the same position as before—since, by making me seem to see two different men in them, you had inspired in me equal reverence for one and equal aversion for the other. The only conclusion I could draw from this reading, compared to what our gentlemen had told me, was that they, convinced these books were Jean-Jacques’ works and interpreting them in a completely different spirit from that in which they were written, had led me to form an opinion about their content based on those interpretations. My own reading thus merely confirmed what our conversation had begun: it stripped me of all the respect and trust that had made me susceptible to the influence of that group, but it did not change my feelings toward the man whom they had slandered. The books that I had been told were so dangerous were nothing of the sort; they inspired sentiments quite contrary to those attributed to their author. But if Jean-Jacques was not that person, then what use were these books in defending him? The precautions you had taken to influence my opinion about him were utterly unnecessary; and since I remained convinced that these books were the work of a man of entirely different character, I could only be astonished that you had been the first—and indeed the only one—to realize that a mind nourished by such ideas was utterly incompatible with a heart filled with darkness.

I was eagerly awaiting your account of your observations in order to determine what to believe regarding our man; for already, my previous judgment, based on so many pieces of evidence, was uncertain, and after our conversation, I had become even more uneasy. Moreover, my readings had convinced me of the bad faith of those gentlemen. If I could no longer trust them, did that mean I should trust no one at all and see only evil everywhere? Gradually, a desire began to arise in me that Jean-Jacques might not be one of them. To feel oneself alone with good intentions and find no one who shares them is an utterly cruel state. One is then tempted to think that one is the victim of one’s own heart and to regard virtue as nothing but a chimera.

The account of what you had seen struck me deeply. I found so little resemblance between it and the behavior of other people that, forced to conclude that it must be false, I tended to attribute it entirely to those whom I already held in utter contempt. Even the strength of their arguments held little sway over me. Having discovered them to be deceitful in many matters, I began to believe they might well be deceitful in everything, and gradually came to accept the idea—which had once seemed so absurd—to the effect that Jean-Jacques was innocent and persecuted. It is true that such a web of deception must have involved skills and manipulations that seemed utterly inconceivable to me. Yet I found even more absurdity in the stubborn persistence of my initial belief.

However, before making a final decision, I resolved to reread his writings with more haste and attention than I had done before. I found therein ideas and maxims that were highly paradoxical, as well as others that I had not fully understood. I sensed inconsistencies and even contradictions within them. Yet, I did not possess enough knowledge of the whole system to form a solid judgment about such a novel philosophy to me. These books are not, like those of today, mere collections of discrete thoughts from which the reader can easily extract meaning; they represent the meditations of a solitary individual and require sustained attention—a trait that is not particularly favored in our nation. When one tries to follow these ideas carefully, it often requires considerable effort and repeated readings. I found him passionate about virtue, freedom, and order, but his fervor sometimes led him beyond what was truly intended. In short, I perceived in him a man of great intensity and extraordinariness, yet whose character and principles had not yet been fully revealed to me. I believed that by studying his works attentively and comparing the author with the person you had described to me, I would be able to clarify these aspects and determine whether they truly belonged to the same individual. This question seemed crucial in resolving my uncertainty about him. Thus, taking a greater interest in this inquiry than before, I resolved, following your example, to use both my own reflections and the knowledge you had imparted to me in order to finally dispel the doubts you had raised and form my own judgment on the matter. To conduct this research more systematically and intently, I decided to spend several months in the countryside, where I collected as many of Jean-Jacques’s writings as possible, distinguishing them from the fraudulent collections published under his name. From my first reading, I realized that these works were organized in a particular sequence, which needed to be identified in order to understand their overall meaning. It seemed that this order was reverse to the chronological order of their publication; the author had progressed from general principles to more specific details only in his later writings. Therefore, to grasp the whole system, one should begin with these latter works. This is exactly what I did, starting with Émile, which represents his final stage of thought, while the other two works he published afterward were no longer part of his systematic philosophy but rather served to defend his country and his honor personally.

Inoltre, aggiungendo le mie osservazioni alle riflessioni che mi avevate invogliato a fare, meditavo su questo stesso argomento e più ci pensavo, più mi meravigliavo dell’ignoranza in cui ero stato fino ad allora riguardo ai nostri “signori”; la mia fiducia in loro svanì del tutto, al punto di non dubitare più della loro falsità. Tuttavia, la duplicità delle loro manovre e l’abilità con cui nascondevano i loro veri motivi non scossero affatto la certezza che avevo riguardo alle loro “prove”. Giudicai che stessero compiendo un atto di “giustizia” per scopi ingiusti, e tutto ciò che deducevo dall’abilità con cui intrappolavano le loro vittime era che un malvagio fosse in realtà preda di altri malvagi.

Ciò che mi aveva confermato in questa opinione era proprio ciò che avevo visto con i miei occhi: Jean-Jacques non era l’autore degli scritti che portavano il suo nome. L’unica cosa che poteva farmi pensare bene di lui erano proprio quegli stessi scritti di cui mi avevate fatto un così bel elogio, e di cui avevo talvolta sentito parlare in modo lusinghiero da altre persone. Ma non appena si scoprì che non ne era l’autore, non mi rimase alcuna impressione positiva in grado di bilanciare le orribili opinioni che avevo su di lui; non c’era quindi da meravigliarsi se un uomo così abominabile in ogni senso potesse essere abbastanza sprezzante e vile da attribuirsi gli scritti altrui.

Queste furono più o meno le riflessioni che ebbi riguardo al nostro primo incontro, nonché alla lettura superficiale e rapida che mi fece cambiare opinione sui nostri “signori”. Avevo iniziato quella lettura soltanto per un certo senso di cortesia verso l’interesse che sembravate nutrire per quei libri. La convinzione, che continuavo ad avere, che quei testi fossero stati scritti da un altro autore, mi spingeva a leggerli soltanto per curiosità.

Non andai lontano senza aggiungere un altro motivo che rispondesse meglio alle vostre opinioni. Non passò molto tempo che, leggendo quei libri, mi resi conto che mi avevano ingannato riguardo al loro contenuto: ciò che mi era stato presentato come frasi solenni e ornate di bel linguaggio, ma in realtà prive di coerenza e piene di contraddizioni, era in realtà il risultato di riflessioni profonde e sistematiche, anche se non necessariamente vere. Per giudicare lo scopo reale di quei libri, non mi limitai ad analizzare singole frasi isolate; invece, riflettendo su di esse durante la lettura, esaminai in che modo influenzassero il mio stato d’animo, come voi avevate desiderato. Ritenni che questo fosse il miglior modo per comprendere le intenzioni dell’autore al momento della stesura e l’effetto che si proponeva di ottenere con i suoi scritti. Non c’è bisogno di dirvi che, invece delle cattive intenzioni che gli venivano attribuite, vi trovai soltanto una dottrina sana e semplice, che, senza inclinazioni epicuree né atteggiamenti negativi, mirava esclusivamente al bene dell’umanità. Ebbi la certezza che un uomo animato da tali sentimenti dovesse attribuire poca importanza alla fortuna e alle questioni materiali di questa vita; anzi, temevo che una dedizione eccessiva a queste cose potesse portare all’indifferenza e al quietismo, piuttosto che a comportamenti turbolenti o caotici, come si sosteneva fossero quelli dell’autore e quali egli volesse trasmettere ai suoi discepoli.

Se si fosse trattato soltanto di questo autore, avrei già perso ogni fiducia in Jean-Jacques; ma questa lettura, pur suscitando in me la più sincera stima per uno dei due personaggi descritti, lasciava l’altro nella stessa situazione di prima: poiché, facendomi credere che si trattasse di due uomini diversi, mi avevate ispirato tanto rispetto per l’uno quanto avversione per l’altro. L’unica conclusione a cui giunsi, confrontando questa lettura con ciò che i nostri signori mi avevano detto, fu che, essendo convinti che quei libri fossero di Jean-Jacques e interpretandoli in modo completamente diverso da quello in cui erano stati scritti, mi avevano fatto accettare il loro contenuto senza esaminarlo attentamente. Quindi, la mia lettura non fece altro che completare ciò che il nostro colloquio aveva già iniziato: togliermi ogni stima e fiducia nei confronti di Jean-Jacques, senza però cambiare il mio giudizio sull’uomo che quei libri diffamavano. I libri che mi era stato detto fossero così pericolosi non erano affatto tali: ispiravano sentimenti completamente opposti a quelli attribuiti al loro autore; ma se Jean-Jacques non lo era, a cosa servivano allora quei libri per giustificarlo? L’attenzione che avevate dedicato a farmi riflettere su questa questione risultò inutile: rimasi fermo nella convinzione che quei libri fossero l’opera di un uomo di carattere completamente diverso, e non potevo fare a meno di meravigliarmi del fatto che voi foste stati il primo e l’unico ad accorgervi che una mente nutrita da idee del genere era incompatibile con un cuore pieno di oscurità.

Aspettavo con impazienza di conoscere il resoconto delle vostre osservazioni per capire come comportarmi riguardo a quell’uomo; infatti, sebbene in precedenza fossi giunto a una conclusione basata su molte prove, da quando avevamo avuto quella conversazione ero diventato incerto, e ancora di più dopo che le mie letture mi avevano convinto della malafede dei nostri “signori”. Non potendo più fidarmi di loro, dovevo forse smettere di fidarmi di nessuno e considerare tutti degli uomini malvagi? Sentivo gradualmente nascere in me il desiderio che Jean-Jacques non fosse uno di loro. Trovarsi soli, pieni di buoni sentimenti, e non trovare nessuno che li condivida è uno stato davvero crudele; in tal caso si è tentati di credersi vittime delle proprie stesse illusioni e di considerare la virtù una semplice chimera.

Il racconto di ciò che avevate visto mi colpì profondamente. Vi trovai così pochi punti in comune con quanto altri avevano descritto, che fui costretto ad escludere qualsiasi possibilità di veridicità e inclinai a ritenere tutto ciò vero proprio per coloro verso i quali già non provavo alcun rispetto. Anzi, la stessa forza delle loro argomentazioni non sembrava più in grado di convincermi. Dopo averli considerati ingannatori su molte questioni, cominciai a credere che potessero esserlo su tutto, e mi abituai all’idea, fino ad allora così ridicola, che Jean-Jacques fosse innocente e perseguitato. È vero, bisognava ammettere che in un simile insieme di menzogne ci fossero arti e inganni che mi sembravano inconcepibili. Ma trovavo ancora più assurdo l’ostinamento del mio primo giudizio.

Prima di prendere una decisione definitiva, decisi di rileggere i suoi scritti con maggiore attenzione e concentrazione di quanto avessi fatto fino ad allora. Vi avevo trovato idee e massime molto paradossali, altre che non ero riuscito a comprendere appieno. Mi sembrava di percepire delle ineguaglianze, persino delle contraddizioni; tuttavia, non ne avevo afferrato l’intero significato per poter giudicare con certezza un sistema così nuovo per me. Questi libri, a differenza di quelli odierni, non rappresentano semplicemente una raccolta di pensieri separati, su ciascuno dei quali il lettore possa soffermarsi liberamente. Sono le meditazioni di un solitario; richiedono un’attenzione continua che non è molto nel gusto della nostra nazione. Quando si cerca con determinazione di seguirne il filo, spesso bisogna tornarci sopra più volte con sforzo. Avevo notato che l’autore era appassionato di virtù, libertà e ordine, ma una passione talvolta lo portava oltre i limiti del giusto. In ogni caso, percepivo in lui un uomo molto fervente, molto straordinario, il cui carattere e i suoi principi non mi erano ancora del tutto chiari. Pensai che, riflettendo attentamente sui suoi scritti e confrontandoli con l’immagine dell’uomo che mi avevate descritto, sarei riuscito a chiarire questi aspetti e a stabilire se tutto fosse realmente coerente e appartenesse senza dubbio allo stesso individuo. Questa questione mi sembrava essenziale per superare la mia incertezza su di lui; quindi, con un interesse crescente per queste ricerche, decisi, seguendo il vostro esempio, di dedicarmi seriamente a questo compito, unendo le mie riflessioni alle informazioni che avevo ricevuto da voi, al fine di liberarmi definitivamente dal dubbio e giudicare l’autore da solo, dopo aver valutato coloro che lo accusavano. Per approfondire questa analisi con maggiore concentrazione, decisi di trascorrere alcuni mesi in campagna, dove raccolsi tutti gli scritti di Jean-Jacques che riuscii a individuare tra le pubblicazioni fraudolente apparse sotto il suo nome. Già dalla prima lettura avevo notato che questi scritti seguivano un certo ordine logico; sembrava però che questo ordine fosse inverso rispetto alla sequenza con cui erano stati pubblicati, e che l’autore, procedendo da principio a principio, avesse raggiunto soltanto quelli finali nei suoi ultimi scritti. Pertanto, per comprendere il loro significato complessivo, era necessario iniziare proprio da questi ultimi; fu così che mi concentrai prima su “Emile”, l’opera con cui aveva concluso la sua serie di scritti; le altre due pubblicazioni successive non facevano più parte del suo sistema e avevano lo scopo esclusivo di difendere personalmente la sua patria e il suo onore.

ROUSSEAU. — Vous ne lui attribuez donc plus ces autres livres qu’on publie journellement sous son nom, et dont on a soin de farcir les recueils de ses écrits pour qu’on ne puisse plus discerner les véritables ?

LE FRANÇAIS. — J’ai pu m’y tromper tant que j’en jugeai sur la parole d’autrui ; mais, après l’avoir lu moi-même, j’ai su bientôt à quoi m’en tenir. Après avoir suivi les manœuvres de nos messieurs, je suis surpris, à la facilité qu’ils ont de lui attribuer des livres, qu’ils ne lui en attribuent pas davantage ; car dans la disposition où ils ont mis le public à son égard, il ne s’imprimera plus rien de si plat ou de si punissable qu’on ne s’empresse à croire être de lui, sitôt qu’ils voudront l’affirmer.

Pour moi, quand même j’ignorerais que depuis douze ans il a quitté la plume, un coup d’œil sur les écrits qu’ils lui prêtent me suffirait pour sentir qu’ils ne sauraient être de l’auteur des autres : non que je me croie un juge infaillible en matière de style ; je sais que fort peu de gens le sont, et j’ignore jusqu’à quel point un auteur adroit peut imiter le style d’un autre[409], comme Boileau a imité Voiture et Balzac[410]. Mais c’est sur les choses mêmes que je crois ne pouvoir être trompé. J’ai trouvé les écrits de Jean-Jacques pleins d’affections d’âme qui ont pénétré la mienne. J’y ai trouvé des manières de sentir et de voir qui le distinguent aisément de tous les écrivains de son temps, et de la plupart de ceux qui l’ont précédé : c’est, comme vous le disiez, un habitant d’une autre sphère, où rien ne ressemble à celle-ci. Son système peut être faux ; mais en le développant il s’est peint lui-même au vrai, d’une façon si caractéristique et si sûre, qu’il m’est impossible de m’y tromper. Je ne suis pas à la seconde page de ses sots ou malins imitateurs, que je sens la singerie[411], et combien, croyant dire comme lui, ils sont loin de sentir et penser comme lui ; en le copiant même, ils le dénaturent par la manière de l’encadrer. Il est bien aisé de contrefaire le tour de ses phrases ; ce qui est difficile à tout autre est de saisir ses idées, et d’exprimer ses sentiments. Rien n’est si contraire à l’esprit philosophique de ce siècle, dans lequel ses faux imitateurs retombent toujours.

Dans cette seconde lecture, mieux ordonnée et plus réfléchie que la première, suivant de mon mieux le fil de ses méditations, j’y vis partout le développement de son grand principe, que la nature a fait l’homme heureux et bon, mais que la société le déprave et le rend misérable. L’Émile, en particulier, ce livre tant lu, si peu entendu, et si mal apprécié, n’est qu’un traité de la bonté originelle de l’homme, destiné à montrer comment le vice et l’erreur, étrangers à sa constitution, s’y introduisent du dehors, et l’altèrent insensiblement. Dans ses premiers écrits, il s’attache davantage à détruire ce prestige d’illusion qui nous donne une admiration stupide pour les instruments de nos misères, et à corriger cette estimation trompeuse qui nous fait honorer des talents pernicieux et mépriser des vertus utiles. Partout il nous fait voir l’espèce humaine meilleure, plus sage et plus heureuse dans sa constitution primitive ; aveugle, misérable et méchante, à mesure qu’elle s’en éloigne. Son but est de redresser l’erreur de nos jugements, pour retarder le progrès de nos vices, et de nous montrer que, là où nous cherchons la gloire et l’éclat, nous ne trouvons en effet qu’erreurs et misères.

Mais la nature humaine ne rétrograde pas, et jamais on ne remonte vers les temps d’innocence et d’égalité quand une fois on s’en est éloigné ; c’est encore un des principes sur lesquels il a le plus insisté. Ainsi son objet ne pouvait être de ramener les peuples nombreux, ni les grands états à leur première simplicité, mais seulement d’arrêter, s’il était possible, le progrès de ceux dont la petitesse et la situation les ont préservés d’une marche aussi rapide vers la perfection de la société et vers la détérioration de l’espèce. Ces distinctions méritaient d’être faites et ne l’ont point été. On s’est obstiné à l’accuser de vouloir détruire les sciences, les arts, les théâtres, les académies, et replonger l’univers dans sa première barbarie ; et il a toujours insisté, au contraire, sur la conservation des institutions existantes, soutenant que leur destruction ne ferait qu’ôter les palliatifs en laissant les vices, et substituer le brigandage à la corruption. Il avait travaillé pour sa patrie et pour les petits états constitués comme elle. Si sa doctrine pouvait être aux autres de quelque utilité, c’était en changeant les objets de leur estime, et retardant peut-être ainsi leur décadence qu’ils accélèrent par leurs fausses appréciations. Mais malgré ces distinctions si souvent et si fortement répétées, la mauvaise foi des gens de lettres, et la sottise de l’amour-propre, qui persuade à chacun que c’est toujours de lui qu’on s’occupe, lors même qu’on n’y pense pas, ont fait que les grandes nations ont pris pour elles ce qui n’avait pour objet que les petites républiques ; et l’on s’est obstiné à voir un promoteur de bouleversements et de troubles dans l’homme du monde qui porte un plus vrai respect aux lois et aux constitutions nationales, et qui a le plus d’aversion pour les révolutions et pour les ligueurs de toute espèce, qui la lui rendent bien.

ROUSSEAU. — So you no longer attribute to him those other books that are published daily in his name, and which are deliberately included in collections of his works in order to obscure the true ones?

THE FRENCHMAN: — I might have been mistaken as long as I judged based on what others said; but after reading it myself, I soon understood the truth. Having observed the tactics employed by our gentlemen, I am surprised that, given how easily they attribute books to him, they do not attribute even more to him; because, in the state in which they have set the public regarding him, anything so mediocre or despicable as to be clearly not his work will still be eagerly believed to be his as soon as they decide to claim it so.

For me, even if I were unaware that he had put down his pen twelve years ago, a glance at the writings they attribute to him would be enough for me to realize that they could not possibly be his work. Not that I consider myself an infallible judge of style; I know that very few people are such, and I have no idea to what extent a skilled writer can imitate another’s style—just as Boileau imitated Voiture and Balzac[410]. But it is in the substance itself that I believe I cannot be deceived. I found Jean-Jacques’ writings filled with sentiments that resonated deeply within me. I saw in them ways of perceiving and viewing the world that clearly distinguished him from all writers of his time, and from most who had come before him: he was, as you said, a resident of another realm, one utterly different from this one. His system of thought may be mistaken; but in developing it, he portrayed himself truthfully, in such a characteristic and unmistakable way that I am incapable of being misled. Even on the very first page of his foolish or clever imitators, I can detect the falsity—how far they fall short of truly feeling and thinking as he did; even in copying him, they distort his essence through the very framework they choose to use. It is easy enough to mimic the form of his sentences; but what is difficult for anyone else is to grasp the essence of his ideas and express his sentiments. Nothing could be more at odds with the philosophical spirit of this century than the works of his false imitators, who always end up returning to those same flawed paths.

In this second reading, which is more organized and thoughtful than the first, I tried my best to follow the thread of his reflections. Everywhere, I saw the development of his central idea: that nature has created man happy and good, but that society corrupts him and makes him miserable. In particular, Émile—that much-read, yet so little understood and poorly appreciated book—is nothing more than a treatise on the original goodness of mankind, intended to show how vice and error, foreign to our natural constitution, gradually infiltrate us from without and alter us imperceptibly. In his early writings, he focused primarily on destroying that illusory prestige which makes us foolishly admire the instruments of our own misery, and on correcting that misleading assessment which causes us to honor harmful talents and despise useful virtues. Everywhere, he shows us that the human species is inherently better, wiser, and happier in its primitive state; but it becomes blind, miserable, and evil as it strays away from it. His goal is to correct the errors in our judgments, to slow the progression of our vices, and to show us that where we seek glory and brilliance, we find only error and misery.

But human nature does not regress; once we have departed from the ages of innocence and equality, it is impossible to return to them. This was another principle upon which he insisted most strongly. Therefore, his goal could not have been to restore the numerous peoples or great nations to their original simplicity, but rather to halt, if possible, the progress of those whose small size and circumstances had protected them from such rapid advancement toward the perfection of society and the deterioration of the species. These distinctions deserved to be made, yet they were not. People stubbornly accused him of wanting to destroy science, art, theaters, academies, and to plunge the world back into its original barbarity; whereas he always emphasized the need to preserve existing institutions, arguing that their destruction would only remove temporary remedies while leaving vices intact and replacing corruption with outright banditry. He worked for his country and for the small nations like it. If his doctrines could be of any use to others, it would be by changing the objects of their admiration and perhaps thereby delaying the decline they hastened through their mistaken evaluations. But despite these distinctions being repeatedly and forcefully made, the malice of the literati and the foolishness of human vanity—which makes everyone believe that they are always the focus of attention, even when this is not the case—led the great nations to misunderstand his intentions, which were actually aimed at small republics alone. And people stubbornly regarded as a promoter of chaos and disorder someone who held the greatest respect for laws and national constitutions and who loathed revolutions and all kinds of conspirators more than anything else.

ROUSSEAU: — Quindi non gli attribuite più quei libri che vengono pubblicati ogni giorno a suo nome, e che vengono sistematicamente inseriti nelle raccolte delle sue opere al fine di rendere impossibile distinguere ciò che è vero da ciò che è falso?

Il francese: — Potevo sbagliarmi finché giudicavo in base alle parole altrui; ma dopo averlo letto personalmente, ho presto capito come stavano le cose. Dopo aver osservato le manovre dei nostri signori, sono rimasto sorpreso dalla facilità con cui gli attribuiscono libri, eppure non ne attribuiscono certo molti; perché, data la disposizione che hanno creato nel pubblico nei suoi confronti, non verrà più stampato nulla di così banale o riprovevole da non essere immediatamente creduto suo, non appena loro lo vorranno affermare.

Per me, anche se ignorassi che da dodici anni abbia smesso di scrivere, un semplice sguardo ai testi che gli attribuiscono mi basterebbe per capire che non possono essere di sua mano: non perché ritenga di essere un giudice infallibile in materia di stile; so bene che pochissime persone lo sono, e ignoro fino a che punto un autore abile possa imitare lo stile di un altro[409], come Boileau ha imitato Voiture e Balzac[410]. Ma sono le cose stesse a cui credo di non poter essere ingannato. Ho trovato nei testi di Jean-Jacques sentimenti profondi che hanno toccato il mio cuore; ho trovato modi di percepire e vedere che lo distinguono chiaramente da tutti gli scrittori del suo tempo, e dalla maggior parte di quelli che lo avevano preceduto: è, come voi stessi avete detto, un “abitante di un’altra sfera”, dove nulla assomiglia a questa. Il suo sistema può essere errato; ma sviluppandolo, si è ritratto veramente, in modo così caratteristico e sicuro che è impossibile che io mi inganni. Non ho ancora letto nemmeno due pagine dei suoi falsi o presunti imitatori, che già percepisco la loro simulazione[411], e quanto siano lontani, nel credere di parlare come lui, dal sentire e pensare veramente come lui; anche copiandolo, lo degradano con il modo in cui lo presentano. È facile imitare la struttura delle sue frasi; ciò che è difficile per chiunque altro è comprendere le sue idee ed esprimere i suoi sentimenti. Niente è più contrario allo spirito filosofico di questo secolo, nel quale tutti questi falsi imitatori continuano inevitabilmente a cadere.

In questa seconda lettura, più ordinata e riflessiva della prima, seguendo nel miglior modo possibile il filo delle sue meditazioni, ho visto ovunque lo sviluppo del suo grande principio: che la natura ha creato l’uomo felice e buono, ma che la società lo corrompe e lo rende miserabile. In particolare, “L’Émile”, quel libro tanto letto, così poco compreso e mal apprezzato, non è altro che un trattato sulla bontà originale dell’uomo, destinato a mostrare come il vizio e l’errore, estranei alla sua natura, vi si introducano dall’esterno e lo alterino gradualmente. Nei suoi primi scritti, si concentra soprattutto sul distruggere quell’illusione che ci fa ammirare stupidamente gli strumenti delle nostre miserie, e su correggere quella valutazione ingannevole che ci fa onorare talenti dannosi e disprezzare virtù utili. Ovunque ci mostra l’umanità come una specie migliore, più saggia e più felice nella sua condizione originale; cieca, miserabile e malvagia, man mano che si allontana da essa. Il suo scopo è correggere gli errori dei nostri giudizi, per rallentare l’espansione dei nostri vizi, e mostrarci che là dove cerchiamo gloria ed splendore, in realtà troviamo solo errore e miseria.

Ma la natura umana non retrocede mai; non si torna mai ai tempi dell’innocenza e dell’uguaglianza una volta che se ne è allontanati: questo è ancora uno dei principi su cui ha insistito con maggiore forza. Pertanto, l’obiettivo del suo pensiero non poteva essere quello di riportare i popoli numerosi o gli stati grandi alla loro prima semplicità, ma soltanto quello di fermare, se possibile, il progresso di coloro la cui piccolezza e situazione li avevano preservati da un percorso così rapido verso la perfezione della società e verso il declino della specie. Queste distinzioni meritavano di essere fatte, ma non lo furono. Si insistette ostinatamente nel accusarlo di voler distruggere le scienze, le arti, i teatri, le accademie, e di riportare l’universo nella sua prima barbarie; mentre lui, al contrario, sottolineava sempre la necessità di preservare le istituzioni esistenti, affermando che la loro distruzione avrebbe solo eliminato i rimedi senza eliminare i vizi, sostituendo il brigantaggio alla corruzione. Lui aveva lavorato per la sua patria e per gli stati piccoli come la sua. Se la sua dottrina poteva essere di qualche utilità agli altri, era certo nel cambiare l’oggetto della loro stima e, forse, nel ritardare così il loro declino, che essi acceleravano a causa delle loro false valutazioni. Ma nonostante queste distinzioni ripetute con tanta insistenza, la malafede degli intellettuali e la stupidità dell’amor-propre, che persuade ciascuno di essere sempre al centro dell’attenzione altrui, anche quando in realtà non lo è affatto, hanno fatto sì che le grandi nazioni interpretassero come rivoluzionarie e perturbatrici quelle idee che in realtà erano destinate soltanto ai piccoli stati repubblicani; e si è continuato a considerare un promotore di disordini colui che rispettava davvero le leggi e le costituzioni nazionali, e che provava la massima avversione per le rivoluzioni e per tutti i tipi di coalizioni che le promuovevano.

En saisissant peu à peu ce système par toutes ses branches dans une lecture plus réfléchie, je m’arrêtai pourtant moins d’abord à l’examen direct de cette doctrine, qu’à son rapport avec le caractère de celui dont elle portait le nom ; et, sur le portrait que vous m’aviez fait de lui, ce rapport me parut si frappant, que je ne pus refuser mon assentiment à son évidence. D’où le peintre et l’apologiste de la nature, aujourd’hui si défigurée et si calomniée, peut-il avoir tiré son modèle, si ce n’est de son propre cœur ? Il l’a décrite comme il se sentait lui-même. Les préjugés dont il n’était pas subjugué, les passions factices dont il n’était pas la proie, n’offusquaient point à ses yeux, comme à ceux des autres, ces premiers traits si généralement oubliés ou méconnus. Ces traits, si nouveaux pour nous et si vrais, une fois tracés, trouvaient bien encore au fond des cœurs l’attestation de leur justesse, mais jamais ils ne s’y seraient remontrés d’eux-mêmes, si l’historien de la nature n’eût commencé par ôter la rouille qui les cachait. Une vie retirée et solitaire, un goût vif de rêverie et de contemplation, l’habitude de rentrer en soi, et d’y rechercher dans le calme des passions ces premiers traits disparus chez la multitude, pouvaient seuls les lui faire retrouver. En un mot, il fallait qu’un homme se fût peint lui-même pour nous montrer ainsi l’homme primitif, et si l’auteur n’eût été tout aussi singulier que ses livres, jamais il ne les eût écrits. Mais où est-il cet homme de la nature qui vit vraiment de la vie humaine, qui, comptant pour rien l’opinion d’autrui, se conduit uniquement d’après ses penchants et sa raison, sans égard à ce que le public approuve ou blâme ? On le chercherait en vain parmi nous. Tous, avec un beau vernis de paroles, tâchent en vain de donner le change sur leur vrai but ; aucun ne s’y trompe, et pas un n’est la dupe des autres, quoique tous parlent comme lui. Tous cherchent leur bonheur dans l’apparence, nul ne se soucie de la réalité. Tous mettent leur être dans le paraître ; tous, esclaves et dupes de l’amour-propre, ne vivent point pour vivre, mais pour faire croire qu’ils ont vécu. Si vous ne m’eussiez dépeint votre Jean-Jacques, j’aurais cru que l’homme naturel n’existait plus ; mais le rapport frappant de celui que vous m’avez peint avec l’auteur dont j’ai lu les livres ne me laisserait pas douter que l’un ne fut l’autre, quand je n’aurais nulle autre raison de le croire. Ce rapport marqué me décide ; et sans m’embarrasser du Jean-Jacques de nos messieurs, plus monstrueux encore par son éloignement de la nature que le vôtre n’est singulier pour en être resté si près, j’adopte pleinement les idées que vous m’en avez données ; et si votre Jean-Jacques n’est pas tout-à-fait devenu le mien, il a l’honneur de plus d’avoir arraché mon estime sans que mon penchant ait rien fait pour lui. Je ne l’aimerai peut-être jamais, parce que cela ne dépend pas de moi : mais je l’honore parce que je veux être juste, que je le crois innocent, et que je le vois opprimé. Le tort que je lui ai fait, en pensant si mal de lui, était l’effet d’une erreur presque invincible, dont je n’ai nul reproche à faire à ma volonté. Quand l’aversion que j’eus pour lui durerait dans toute sa force, je n’en serais pas moins disposé à l’estimer et le plaindre. Sa destinée est un exemple peut-être unique de toutes les humiliations possibles, et d’une patience presque invincible à les supporter. Enfin le souvenir de l’illusion dont je sors sur son compte me laisse un grand préservatif contre une orgueilleuse confiance en mes lumières, et contre la suffisance du faux savoir.

ROUSSEAU. — C’est vraiment mettre à profit l’expérience, et rendre utile l’erreur même, que d’apprendre ainsi, de celle où l’on a pu tomber, à compter moins sur les oracles de nos jugements, et à ne négliger jamais, quand on veut disposer arbitrairement de l’honneur et du sort d’un homme, aucun des moyens prescrits par la justice et par la raison pour constater la vérité. Si, malgré toutes ces précautions, nous nous trompons encore, c’est un effet de la misère humaine, et nous n’aurons pas du moins à nous reprocher d’avoir failli par notre faute. Mais rien peut-il excuser ceux qui, rejetant obstinément et sans raison les formes les plus inviolables, et tout fiers de partager avec des grands et des princes une œuvre d’iniquité, condamnent sans crainte un accusé, et disposent en maîtres de sa destinée et de sa réputation, uniquement parce qu’ils aiment à le trouver coupable, et qu’il leur plaît de voir la justice et l’évidence, où la fraude et l’imposture sauteraient à des yeux non prévenus !

Je n’aurai point un pareil reproche à me faire à l’égard de Jean-Jacques ; et si je m’abuse en le jugeant innocent, ce n’est du moins qu’après avoir pris toutes les mesures qui étaient en ma puissance pour me garantir de l’erreur. Vous n’en pouvez pas tout à fait dire autant encore, puisque vous ne l’avez ni vu, ni étudié par vous-même, et qu’au milieu de tant de prestiges, d’illusions, de préjugés, de mensonges et de faux témoignages, ce soit, selon moi, le seul moyen sûr de le connaître. Ce moyen en amène un autre non moins indispensable, et qui devrait être le premier s’il était permis de suivre ici l’ordre naturel ; c’est la discussion contradictoire des faits par les parties elles-mêmes, en sorte que les accusateurs et l’accusé soient mis en confrontation, et qu’on l’entende dans ses réponses. L’effroi que cette forme si sacrée paraît faire aux premiers, et leur obstination à s’y refuser, font contre eux, je l’avoue, un préjugé très fort, très raisonnable, et qui suffirait seul pour leur condamnation, si la foule et la force de leurs preuves, si frappantes, si éblouissantes, n’arrêtait en quelque sorte l’effet de ce refus. On ne conçoit pas ce que l’accusé peut répondre ; mais enfin, jusqu’à ce qu’il ait donné ou refusé ses réponses, nul n’a droit de prononcer pour lui qu’il n’a rien à répondre, ni, se supposant parfaitement instruit de ce qu’ il peut ou ne peut pas dire, de le tenir, ou pour convaincu tant qu’il ne l’a pas été, ou pour tout-à-fait justifié tant qu’il n’a pas confondu ses accusateurs.

Voilà, monsieur, ce qui manque encore à la certitude de nos jugements sur cette affaire. Hommes et sujets à l’erreur, nous pouvons nous tromper en jugeant innocent un coupable, comme en jugeant coupable un innocent. La première erreur semble, il est vrai, plus excusable ; mais peut-on l’être dans une erreur qui peut nuire, et dont on s’est pu garantir ? Non ; tant qu’il reste un moyen possible d’éclaircir la vérité, et qu’on le néglige, l’erreur n’est point involontaire, et doit, être imputée à celui qui veut y rester. Si donc vous prenez assez d’intérêt aux livres que vous avez lus pour vouloir vous décider sur l’auteur, et si vous haïssez assez l’injustice pour vouloir réparer celle que, d’une façon si cruelle, vous avez pu commettre à son égard, je vous propose premièrement de voir l’homme. Venez, je vous introduirai chez lui sans peine. Il est déjà prévenu ; je lui ai dit tout ce que j’ai pu dire à votre égard sans blesser mes engagements. Il sait d’avance que si jamais vous vous présentez à sa porte, ce sera pour le connaître, et non pas pour le tromper. Après avoir refusé de le voir tant que vous l’avez jugé comme a fait tout le monde, votre première visite sera pour lui la consolante preuve que vous ne désespérez plus de lui devoir votre estime, et d’avoir des torts à réparer envers lui.

Sitôt que, cessant de le voir par les yeux de vos messieurs, vous le verrez par les vôtres, je ne doute point que vos jugements ne confirment les miens, et que, retrouvant en lui l’auteur de ses livres, vous ne restiez persuadé, comme moi, qu’il est l’homme de la nature, et point du tout le monstre qu’on vous a peint sous son nom. Mais enfin, pouvant nous abuser l’un et l’autre dans des jugements destitués de preuves positives et régulières, il nous restera toujours une juste crainte fondée sur la possibilité d’être dans l’erreur, et sur la difficulté d’expliquer d’une manière satisfaisante les faits allégués contre lui. Un pas seul alors nous reste à faire pour constater la vérité, pour lui rendre hommage et la manifester à tous les yeux : c’est de nous réunir pour forcer enfin vos messieurs à s’expliquer hautement en sa présence, et à confondre un coupable aussi impudent, ou du moins à nous dégager du secret qu’ils ont exigé de nous, en nous permettant de le confondre nous-mêmes. Une instance aussi légitime sera le premier pas…

As I gradually came to understand this system in all its aspects through more thoughtful reading, my initial focus was not so much on the direct examination of this doctrine itself as on its relationship to the character of the person whose name it bore. Based on the portrait you had drawn of him for me, this connection seemed so striking that I could not help but acknowledge its obvious truth. From where else, then, could the painter and advocate of nature—today so distorted and slandered—have drawn his model, if not from his own heart? He described it as he truly felt himself to be. The prejudices that did not dominate him, the artificial passions that were not his slaves, did not obscure in his eyes, as they do in others’, those fundamental traits that are so often forgotten or overlooked. These traits, so novel to us yet so genuine, once laid bare, found recognition of their accuracy deep within people’s hearts; but they would never have been revealed on their own if it were not for the historian of nature who first removed the rust that covered them. Only a reclusive and solitary life, a keen taste for reverie and contemplation, and the habit of turning inward to discover in the calmness of the soul those innate qualities lost among the multitude could have enabled him to rediscover them. In short, it was necessary for a man to paint himself in order to show us what the primitive human being truly was like; and if the author had not been as unique as his writings, he would never have written them at all. But where is this man of nature who truly lives according to human principles, who disregards what others think and acts solely out of his own inclinations and reason, regardless of public approval or condemnation? We would seek him in vain among us. All of them, with their flowery words, try in vain to conceal their true intentions; none of them deceive themselves, nor do they deceive others, even though they all speak in the same way. Everyone seeks happiness in appearances; no one cares about reality. Everyone places their being in what they appear to be; everyone, slaves and victims of self-love, does not live for the sake of living itself, but in order to make others believe that they have lived. If you had not described your Jean-Jacques to me, I would have believed that the natural human being no longer existed; but the striking resemblance between the person you depicted and the author whose books I had read left me with no doubt that one was the other, even without any other evidence. This clear connection convinced me; and without bothering to consider the Jean-Jacques of our contemporaries—more monstrous in their departure from nature than yours is unique in their adherence to it—I fully embrace the ideas you have conveyed to me. And if your Jean-Jacques has not entirely become mine, he at least has the honor of having earned my respect without any effort on my part. I may never come to love him, for that does not depend on me; but I honor him because I want to be just, because I believe him innocent, and because I see him oppressed. The wrong I have done him, by thinking so poorly of him, was the result of an almost invincible error for which I hold my will entirely blameless. Even if my aversion toward him continued with full intensity, I would still be willing to respect and pity him. His fate is perhaps a unique example of all possible humiliations and of an almost invincible patience in enduring them. Lastly, the memory of the mistaken impression I once had about him serves as a powerful reminder against any arrogant trust in my own understanding or complacency in false knowledge.

ROUSSEAU. — To truly make use of experience, and even to turn error itself to good use, is to learn from those mistakes we have made to rely less on the so-called “oracles” of our own judgments, and never to neglect, when we wish to arbitrarily determine the honor or fate of a person, any of the methods prescribed by justice and reason for establishing the truth. If, despite all these precautions, we still make mistakes, it is merely a consequence of human weakness; at least we can have no excuse for failing due to our own fault. But nothing can justify those who, obstinately and without reason, reject the most inviolable procedures, and take pride in sharing in the injustices committed by great men and princes. They condemn an accused without any hesitation, and arrogantly decide his fate and reputation simply because they wish to believe him guilty, and because they enjoy seeing what they consider to be justice and evidence, when in reality there is only fraud and deception for those who are not prepossessed in their favor!

I would never level such a charge against Jean-Jacques; and if I err in judging him innocent, it is at least after having taken every measure within my power to ensure that I am not mistaken. You cannot say the same, for you have neither seen him nor studied him personally. Amidst so many illusions, prejudices, lies, and false testimonies, this is, in my opinion, the only sure way to know him. This method leads to another equally indispensable one—which should be the first if it were possible to follow the natural order here: namely, a direct confrontation of the facts by the parties themselves, so that the accusers and the accused can face each other and his responses can be heard. The fear that such a sacred procedure seems to inspire in the former, and their obstinacy in refusing it, create, I admit, a very strong and entirely reasonable prejudice against them—prejudice enough, in itself, to condemn them, were it not for the influence of the crowd and the overwhelming force of their seemingly irrefutable evidence. One cannot imagine what the accused might have to say; but until he has given or refused his answers, no one has the right to declare that he has nothing to say. Nor, assuming one is fully informed of what he can or cannot say, should anyone consider him convicted until he has refuted his accusers—or, conversely, entirely acquitted until he has proven them wrong.

Here, sir, is what still lacks to give certainty to our judgments in this matter. As human beings prone to error, we may err in declaring a guilty person innocent, just as easily as we may declare an innocent person guilty. The former mistake may indeed seem more excusable; but can one ever be forgiven for a mistake that could cause harm and for which one failed to take adequate precautions? No. So long as there remains any possibility of uncovering the truth and one chooses to ignore it, that mistake is not involuntary—and must therefore be attributed to those who deliberately refuse to seek it. If you care enough about the books you have read to want to determine their author’s identity, and if you hate injustice enough to wish to make amends for the harm you may have inflicted upon him in such a cruel manner, I suggest that you first meet the man himself. Come with me; I will introduce you to him without any difficulty. He has already been informed of your arrival; I have told him everything about you without compromising my commitments. He knows in advance that if you ever come to his door, it will be solely with the intention of getting to know him—not to deceive him. After refusing to meet you for as long as you were perceived by everyone else in the same way, your first visit will serve as a comforting proof that you no longer despair of gaining his respect and that you are willing to make amends for any wrongs you may have done against him.

The moment that you cease to see him through the eyes of your gentlemen and begin to see him with your own eyes, I have no doubt that your judgments will confirm mine. When you recognize in him the author of his books, you too will be convinced, just as I am, that he is a man of nature, and by no means the monster that has been portrayed in his name. However, since we may both be mistaken in our judgments, which lack solid and regular evidence, we shall always retain a legitimate fear based on the possibility of being wrong, as well as on the difficulty of satisfactorily explaining the facts alleged against him. All that is left for us to do is to come together and force your gentlemen to explain themselves openly in his presence, thus exposing this audacious criminal—or, at the very least, freeing us from the secrecy they have demanded of us by allowing us to condemn him ourselves. Such a legitimate demand would be the first step toward uncovering the truth.

Riconoscendo gradualmente questo sistema in tutte le sue ramificazioni attraverso una lettura più attenta, non mi soffermai però subito sull’esame diretto di questa dottrina, ma piuttosto sul suo rapporto con il carattere di colui il cui nome portava; e, sulla descrizione che voi mi avevate fatto di lui, questo rapporto mi parve così evidente che non potei fare a meno di riconoscerne la veridicità. Da dove, dunque, l’artista e l’appassionato difensore della natura, oggi così deformata e calunniata, avrebbe potuto trarre il proprio modello, se non dal proprio cuore? L’ha descritta esattamente come si sentiva lui stesso. I pregiudizi di cui non era schiavo, le passioni artificiali di cui non era vittima, non offuscavano ai suoi occhi, come agli occhi degli altri, quei tratti primordiali così spesso dimenticati o ignorati. Questi tratti, così nuovi per noi eppure così veri, una volta riconosciuti, trovavano certamente nel profondo dei cuori la conferma della loro giustezza; ma mai sarebbero emersi da soli, se non fosse stato per l’“storico” della natura che aveva iniziato a rimuovere il “ruggine” che li nascondeva. Una vita ritirata e solitaria, un vivo desiderio di sognare e contemplare, l’abitudine di riflettere su se stessi e di cercare nel silenzio delle passioni quei tratti perduti nella moltitudine. Solo queste cose potevano aiutarlo a ritrovarli. In breve: era necessario che un uomo si dipingesse da solo per mostrarci così l’uomo primitivo; e se l’autore non fosse stato altrettanto straordinario quanto i suoi libri, mai li avrebbe scritti. Ma dove si trova quest’uomo della natura che vive davvero secondo le leggi umane, che ignora completamente l’opinione altrui e si guida soltanto seguendo i propri desideri e la propria ragione, senza curarsi di ciò che il pubblico approva o disapprova? Lo cercheremmo invano tra noi: tutti, con un bel velo di parole, cercano inutilmente di nascondere il proprio vero scopo; nessuno si inganna, e nessuno è vittima degli altri, anche se tutti parlano come lui. Tutti cercano la felicità nell’apparenza, nessuno si preoccupa della realtà. Tutti mettono la propria esistenza nell’aspetto esteriore; tutti, schiavi e vittime dell’“amor proprio”, non vivono per vivere, ma per far credere di aver vissuto. Se non foste stato voi a descrivermi questo vostro Jean-Jacques, avrei creduto che l’uomo naturale non esistesse più; ma il notevole rapporto tra lui e l’autore dei libri che ho letto mi convince pienamente che si tratti della stessa persona. E senza soffermarmi sul Jean-Jacques dei nostri “signori”, ancora più mostruoso per la sua lontananza dalla natura di quanto lo sia il vostro per essere rimasto così vicino ad essa, accetto pienamente le idee che mi avete fornito. E se il vostro Jean-Jacques non è diventato del tutto il mio, ha comunque l’onore di aver conquistato la mia stima senza che io abbia fatto nulla per ottenerla. Forse non lo amerò mai, perché questo non dipende da me; ma lo onoro perché voglio essere giusto, perché credo che sia innocente e perché lo vedo oppresso. Il torto che gli ho fatto, pensandolo in modo così negativo, è stato il risultato di un errore quasi inevitabile, per cui non posso rimproverare la mia volontà. Anche se l’avversione che provo per lui durasse fino alla fine, sarei comunque disposto ad apprezzarlo e a compiangerlo. La sua sorte rappresenta forse un esempio unico di tutte le umiliazioni possibili, nonché di una pazienza quasi invincibile nel sopportarle. Infine, il ricordo dell’illusione da cui sono uscito riguardo a lui mi protegge efficacemente da una presunzione orgogliosa nei confronti delle mie “luci interne”, e dalla sufficienza di un falso sapere.

ROUSSEAU. — È davvero sfruttare al meglio l’esperienza e rendere utile persino l’errore imparare, proprio da quell’errore in cui si è potuti incorrere, a fidarsi meno degli “oracoli” dei nostri giudizi, e a non trascurare mai, quando si vuole disporre arbitrariamente dell’onore e del destino di un uomo, alcuno dei mezzi prescritti dalla giustizia e dalla ragione per verificare la verità. Se, nonostante tutte queste precauzioni, ci sbagliamo comunque, questo è un effetto della miseria umana; e almeno non dovremo rimproverarci di aver fallito a causa delle nostre stesse colpe. Ma nulla può scusare coloro che, rifiutando ostinatamente e senza motivo le forme più inviolabili, e fieri di condividere con grandi personaggi e principi un’azione ingiusta, condannano senza esitazione un accusato e dispongono a piacimento del suo destino e della sua reputazione, soltanto perché desiderano che venga ritenuto colpevole, e perché vogliono vedere giustizia ed evidenza là dove la frode e l’inganno potrebbero passare inosservati agli occhi di chi non è prevenuto!

Non potrei mai rimproverarmi nulla riguardo a Jean-Jacques; e se mi sbaglio nel giudicarlo innocente, è almeno perché ho preso tutte le misure possibili per evitare di commettere un errore. Voi, invece, non potete dire lo stesso, poiché non l’avete né visto né studiato personalmente; e, in mezzo a tanti prestigi, illusioni, pregiudizi, menzogne e falsi testimoni, questa è, secondo me, l’unica strada sicura per conoscerlo veramente. Questo metodo porta necessariamente a un altro altrettanto indispensabile, che dovrebbe essere il primo se fosse possibile seguire qui l’ordine naturale: si tratta della discussione contraddittoria dei fatti da parte delle stesse parti interessate, in modo che accusatori e accusato vengano messi di fronte l’uno all’altro e che le risposte dell’accusato possano essere ascoltate. L’orrore che questa forma così sacra sembra suscitare nei primi, e la loro ostinazione nel rifiutarla, creano, lo ammetto, un pregiudizio molto forte e del tutto giustificato contro di loro; un pregiudizio che basterebbe da solo per condannarli, se non fosse per l’influenza della folla e la forza delle loro prove, così evidenti e convincenti. Non si può immaginare cosa possa rispondere l’accusato; ma comunque, finché non avrà dato o rifiutato di rispondere, nessuno ha il diritto di affermare che non abbia nulla da dire; né, supponendo di conoscere perfettamente ciò che può o non può dichiarare, di considerarlo colpevole prima ancora che lo sia stato effettivamente, o completamente innocente finché non avrà confutato gli accusatori.

Ecco, signore, ciò che manca ancora alla certezza dei nostri giudizi su questa questione. Essendo esseri umani soggetti all’errore, possiamo sbagliarci nel ritenere innocente un colpevole, così come nel ritenere colpevole un innocente. La prima errore, è vero, sembra più scusabile; ma si può considerare scusabile un errore che può causare danno e di cui ci si sarebbe potuti assicurare? No; finché esiste una possibilità di chiarire la verità e la si trascura, l’errore non è involontario e deve essere attribuito a chi sceglie di perseverare in esso. Pertanto, se provate abbastanza interesse per i libri che avete letto da voler stabilire l’autore di uno di essi, e se odiate abbastanza l’ingiustizia da voler rimediare a quella che, in modo così crudele, potreste avergli inflitto, vi propongo innanzitutto di incontrarlo personalmente. Venite, vi presenterò senza alcuna difficoltà: è già stato avvisato; gli ho detto tutto ciò che potevo dire su di voi senza violare i miei impegni. Sa già che, se mai vi presenterete alla sua porta, sarà per conoscerlo, e non per ingannarlo. Dopo aver rifiutato di incontrarlo finché lo consideravate colpevole, come facevano tutti, la vostra prima visita rappresenterà per lui una confortante prova che non disperate più di potervi guadagnare la sua stima e di dovergli rimediare i torti fatti.

Non appena, cessando di vederlo con gli occhi dei vostri signori, lo vedrete con i vostri, non dubito che i vostri giudizi confermeranno i miei, e che, riconoscendovi in lui l’autore dei suoi libri, rimarrete convinti, come me, che sia un uomo della natura, e assolutamente non il mostro che vi è stato descritto sotto il suo nome. Tuttavia, poiché entrambi potremmo ingannarci in giudizi privi di prove positive e regolari, ci resterà sempre una timore fondata sulla possibilità di sbagliare, e sulla difficoltà di spiegare in modo soddisfacente i fatti addotti contro di lui. Un solo passo ci resta allora per verificare la verità, per rendergli omaggio e per mostrarla a tutti: è quello di riunirci per costringere finalmente i vostri signori a spiegarsi apertamente in sua presenza, e a confondere un colpevole così sfacciato, o almeno a liberarci dal segreto che ci hanno imposto, permettendoci di smascherarlo da soli. Un’istanza del genere sarà certamente il primo passo verso la verità.

LE FRANÇAIS. — Arrêtez… Je frémis seulement à vous entendre. Je vous ai fait, sans détour, l’aveu que j’ai cru devoir à la justice et à la vérité. Je veux être juste, mais sans témérité. Je ne veux point me perdre inutilement, sans sauver l’innocent auquel je me sacrifie ; et c’est ce que je ferais en suivant votre conseil : c’est ce que vous feriez vous-même en voulant le pratiquer. Apprenez ce que je puis et veux faire, et n’attendez de moi rien au-delà.

Vous prétendez que je dois aller voir Jean-Jacques pour vérifier, par mes yeux, ce que vous m’en avez dit et ce que j’infère moi-même de la lecture de ses écrits : cette confirmation m’est superflue, et, sans y recourir, je sais d’avance à quoi m’en tenir sur ce point. IL est singulier que je sois maintenant plus décidé que vous sur les sentiments que vous avez eu tant de peine à me faire adopter ; mais cela est pourtant fondé en raison. Vous insistez encore sur la force des preuves alléguées contre lui par nos messieurs. Cette force est désormais nulle pour moi, qui en ai démêlé tout l’artifice depuis que j’y ai regardé de plus près. J’ai là-dessus tant de faits que vous ignorez ; j’ai lu si clairement dans les cœurs, avec la plus vive inquiétude sur ce que peut dire l’accusé, le désir le plus ardent de lui ôter tout moyen de se défendre ; j’ai vu tant de concert, de soin, d’activité, de chaleur, dans les mesures prises pour cet effet, que des preuves administrées de cette manière par des gens si passionnés, perdent toute autorité dans mon esprit vis-à-vis de vos observations. Le public est trompé, je le vois, je le sais ; mais il se plaît à l’être, et n’aimerait pas à se voir désabuser. J’ai moi-même été dans ce cas et ne m’en suis pas tiré sans peine. Nos messieurs avaient ma confiance, parce qu’ils flattaient le penchant qu’ils m’avaient donné, mais jamais ils n’ont eu pleinement mon estime ; et, quand je vous vantais leurs vertus, je n’ai pu me résoudre à les imiter. Je n’ai voulu jamais approcher de leur proie pour la cajoler, la tromper, la circonvenir, à leur exemple ; et la même répugnance que je voyais dans votre cœur était dans le mien quand je cherchais à la combattre. J’approuvais leurs manœuvres sans vouloir les adopter. Leur fausseté, qu’ils appelaient bienveillance, ne pouvait me séduire, parce qu’au lieu de cette bienveillance dont ils se vantaient, je ne sentais pour celui qui en était l’objet qu’antipathie, répugnance, aversion. J’étais bien aise de les voir nourrir pour lui une sorte d’affection méprisante et dérisoire, qui avait tous les effets de la plus mortelle haine : mais je ne pouvais ainsi me donner le change à moi-même, et ils me l’avaient rendu si odieux, que je le haïssais de tout mon cœur, sans feinte et tout à découvert. J’aurais craint d’approcher de lui comme d’un monstre effroyable, et j’aimais mieux n’avoir pas le plaisir de lui nuire, pour n’avoir pas l’horreur de le voir.

En me ramenant par degrés à la raison, vous m’avez inspiré autant d’estime pour sa patience et sa douceur que de compassion pour ses infortunes. Ses livres ont achevé l’ouvrage que vous aviez commencé. J’ai senti, en les lisant, quelle passion donnait tant d’énergie à son âme et de véhémence à sa diction. Ce n’est pas une explosion passagère, c’est un sentiment dominant et permanent qui peut se soutenir ainsi durant dix ans, et produire douze volumes toujours pleins du même zèle, toujours arrachés par la même persuasion. Oui, je le sens, et le soutiens comme vous, dès qu’il est auteur des écrits qui portent son nom, il ne peut avoir que le cœur d’un homme de bien.

Cette lecture attentive et réfléchie a pleinement achevé dans mon esprit la révolution que vous aviez commencée. C’est en faisant cette lecture avec le soin qu’elle exige que j’ai senti toute la malignité, toute la détestable adresse de ses amers commentateurs. Dans tout ce que je lisais de l’original, je sentais la sincérité, la droiture d’une âme haute et fière, mais franche et sans fiel, qui se montre sans précaution, sans crainte, qui censure à découvert, qui loue sans réticence, et qui n’a point de sentiment à cacher. Au contraire, tout ce que je lisais dans les réponses montrait une brutalité féroce, ou une politesse insidieuse, traîtresse, et couvrait du miel des éloges le fiel de la satire et le poison de la calomnie. Qu’on lise avec soin la Corancez honnête, mais franche, à M. d’Alembert sur les spectacles, et qu’on la compare avec la réponse de celui-ci, cette réponse, si soigneusement mesurée, si pleine de circonspection affectée, de compliments aigre-doux, si propre à faire penser le mal, en feignant de ne le pas dire ; qu’on cherche ensuite sur ces lectures à découvrir lequel des deux auteurs est le méchant. Croyez-vous qu’il se trouve dans l’univers un mortel assez impudent pour dire que c’est Jean-Jacques ?

Cette différence s’annonce dès l’abord par leurs épigraphes. Celle de votre ami, tirée de l’Énéide, est une prière au ciel de garantir les bons d’une erreur si funeste, et de la laisser aux ennemis. Voici celle de M. d’Alembert, tirée de La Fontaine :

Quittez-moi votre serpe, instrument de dommage.

L’un ne songe qu’à prévenir un mal ; l’autre, dès l’abord, oublie la question pour ne songer qu’à nuire à son adversaire ; et, dans l’examen de l’utilité des théâtres, adresse très à propos à Jean-Jacques ce même vers que, dans La Fontaine, le serpent adresse à l’homme[412].

Ah ! subtil et rusé d’Alembert ! si vous n’avez pas une serpe, instrument très utile, quoiqu’en dise le serpent, vous avez en revanche un stylet bien affilé, qui n’est guère, surtout dans vos mains, un outil de bienfaisance.

Vous voyez que je suis plus avancé que vous dans votre propre recherche, puisqu’il vous reste à cet égard des scrupules que je n’ai plus. Non, monsieur, je n’ai pas même besoin de voir Jean-Jacques pour savoir à quoi m’en tenir sur son compte. J’ai vu de trop près les manœuvres dont il est la victime pour laisser dans mon esprit la moindre autorité à tout ce qui peut en résulter. Ce qu’il était aux yeux du public lors de la publication de son premier ouvrage, il le redevient aux miens, parce que le prestige de tout ce qu’on a fait dès lors pour le défigurer est détruit, et que je ne vois plus dans toutes les preuves qui vous frappent encore que fraude, mensonge, illusion.

Vous demandiez s’il existait un complot. Oui, sans doute, il en existe un, et tel qu’il n’y en eut et n’y en aura jamais de semblable. Cela n’était-il pas clair dès l’année du décret, par la brusque et incroyable sortie de tous les imprimés, de tous les journaux, de toutes les gazettes, de toutes les brochures, contre cet infortuné ? Ce décret fut le tocsin de toutes ces fureurs. Pouvez-vous croire que les auteurs de tout cela, quelque jaloux, quelque méchants, quelque vils qu’ils puissent être, se fussent ainsi déchaînés de concert en loups enragés contre un homme alors et dès lors en proie aux plus cruelles adversités ? Pouvez-vous croire qu’on eût insolemment farci les recueils de ses propres écrits de tous ces noirs libelles, si ceux qui les écrivaient et ceux qui les employaient n’eussent été inspirés par cette ligue, qui, depuis longtemps, graduait sa marche en silence, et prit alors en public son premier essor ? La lecture des écrits de Jean-Jacques m’a fait faire en même temps celle de ces venimeuses productions qu’on a pris grand soin d’y mêler. Si j’avais fait plus tôt ces lectures, j’aurais compris dès lors tout le reste. Cela n’est pas difficile à qui peut les parcourir de sang-froid. Les ligueurs eux-mêmes l’ont senti, et bientôt ils ont pris une autre méthode qui leur a beaucoup mieux réussi ; c’est de n’attaquer Jean-Jacques en public qu’à mots couverts, et le plus souvent sans nommer ni lui ni ses livres ; mais de faire en sorte que l’application de ce qu’on en dirait fût si claire, que chacun la fit sur-le-champ. Depuis dix ans que l’on suit cette méthode, elle a produit plus d’effet que des outrages trop grossiers, qui, par cela seul, peuvent déplaire au public ou lui devenir suspects. C’est dans les entretiens particuliers, dans les cercles, dans les petits comités secrets, dans tous ces petits tribunaux littéraires dont les femmes sont les présidents, que s’affïlent les poignards dont on le crible sous le manteau.

THE FRENCHMAN: Stop. I tremble merely at hearing you speak. I have told you, without any reservation, what I believed it was my duty to do for the sake of justice and truth. I want to be just, but not recklessly so. I refuse to lose myself in vain, without saving the innocent for whom I am willing to sacrifice myself; and this is what I would do if I followed your advice—this is what you yourself would do if you were determined to act upon it. Learn what I am capable of doing and what I wish to do, and do not expect anything more from me.

You claim that I must go and see Jean-Jacques in order to verify with my own eyes what you have told me and what I have inferred from reading his writings myself; such confirmation is utterly unnecessary for me. Without it, I already know what to believe on this matter. It is peculiar that I am now more determined than you regarding the feelings that you struggled so hard to make me adopt; yet this determination is well-founded in reason. You still insist on the strength of the evidence alleged against him by our gentlemen. But for me, that evidence holds no weight whatsoever, since I have seen through all its manipulations once I examined it more closely. I possess facts that you are unaware of; I have read so clearly into their hearts—their intense anxiety regarding what the accused might say, their desperate desire to deprive him of any means of defense—I have witnessed such concerted effort, such care, such activity, such fervor in the measures taken for this purpose, that evidence presented in such a manner by people so passionate loses all authority in my mind compared to your observations. The public is deceived, I see it, I know it; but they enjoy being deceived and would not wish to be disillusioned. I have been in their position before, and it was no easy task for me to extricate myself. Our gentlemen had my confidence because they flattered the tendencies that they had nurtured in me, but they never earned my full respect; and when I praised their virtues, I could never bring myself to imitate them. I never wanted to approach their “prey” in order to coax it, deceive it, or manipulate it, as they did. The same repulsion that I saw in your heart existed in mine whenever I tried to combat such behavior. I approved of their tactics without ever intending to adopt them. Their hypocrisy, which they called kindness, could not seduce me, because instead of the so-called kindness they boasted about, all I felt toward the person who was its target was antipathy, repugnance, aversion. I took pleasure in seeing them harbor a kind of contemptuous and derisive affection for him—an affection that had all the effects of the most deadly hatred—but I could not deceive myself in this regard. They had made him so detestable to me that I hated him with my whole heart, without any pretense or concealment. I would have feared approaching him as if he were some terrifying monster; I would rather not have the pleasure of harming him than bear the horror of seeing him suffer.

By gradually bringing me back to reason, you inspired in me both respect for his patience and gentleness, as well as compassion for his misfortunes. His books completed the work you had begun. As I read them, I felt the passion that filled his soul and gave such intensity to his writing. It was not a fleeting outburst, but a dominant and enduring emotion that could sustain itself for ten years, resulting in twelve volumes always filled with the same zeal, always inspired by the same conviction. Yes, I feel it, and I believe it just as you do: whenever he is the author of works bearing his name, he can only possess the heart of a good man.

This careful and thoughtful reading completed in my mind the revolution you had begun. It was only by undertaking this reading with the attention it demanded that I became aware of all the malice, of all the detestable cunning of those bitter critics. In everything I read from the original text, I sensed the sincerity, the integrity of a noble and proud soul—frank and without deceit, revealing itself without reservation or fear, condemning openly, praising unreservedly, and having no secrets to hide. On the contrary, everything in their responses displayed either ferocious brutality or insidious, treacherous politeness, masking the venom of satire and the poison of slander under a guise of sweet praise. Let us carefully read M. d’Alembert’s honest but straightforward response to Madame Corancez on the subject of theaters, and compare it with his own reply—so carefully measured, so full of pretended restraint, so laden with insincere compliments, so apt at suggesting evil while pretending not to say it. Then let us try to discern which of these two authors is truly the villain. Do you believe there exists in this world a mortal bold enough to claim that that villain is Jean-Jacques?

This difference is evident from their epigraphs right from the beginning. Your friend’s epigraph, taken from the Aeneid, is a prayer to heaven to prevent such a terrible mistake and to let it fall upon the enemies instead. Here is M. d’Alembert’s epigraph, taken from La Fontaine:

Cast away your serpent from me, that instrument of harm.

One is solely concerned with preventing harm; the other, from the very beginning, ignores the issue entirely and focuses only on harming one’s opponent. Moreover, when examining the usefulness of theaters, this same line is aptly applied to Jean-Jacques—just as in La Fontaine, it is used by the serpent to address man[412].

Ah! How subtle and cunning of d’Alembert—though you may not possess a snake, that most useful instrument, despite what the serpent might say, you certainly have a well-sharpened stylus, which, especially in your hands, is far from being a tool for good.

As you can see, I am further along in your own research than you are, for you still harbor scruples in this regard that I no longer possess. No, sir, I don’t even need to meet Jean-Jacques to know what to think of him. I have witnessed too closely the manipulations of which he is a victim; therefore, nothing that may arise from these circumstances can hold any authority in my mind. What he was regarded as by the public when his first work was published, that is what he remains in my eyes—because the prestige of all the things that were done since then to defame him has been destroyed, and I no longer see anything in all the evidence that still strikes you but fraud, lies, and illusion.

You asked whether there was a conspiracy. Yes, undoubtedly, there is one—and such as has never existed before or will ever exist again. Wasn’t it clear from the very year that decree was issued, when all printed materials—journals, newspapers, pamphlets—suddenly and incredibly turned against that unfortunate man? That decree became the catalyst for all those outbursts of fury. Can you really believe that the authors of all this, no matter how jealous, malicious, or despicable they might be, would have conspired together to unleash such furious attacks on a man who was already facing the most cruel adversities? Can you believe that people would have had the audacity to fill his collected works with such vicious libels, if those who wrote them and those who used them had not been inspired by that secret league, which had been quietly planning its actions for a long time before finally making its public debut? Reading Jean-Jacques’s writings led me to also examine those venomous productions that were carefully inserted among them. If I had read them earlier, I would have understood everything else right away. It is not difficult for anyone who reads them calmly to see the truth. The members of that league themselves realized this, and soon they adopted a different approach that proved much more effective: they chose to attack Jean-Jacques in public only in veiled terms, and often without mentioning his name or his books directly; yet they made sure that whatever they said was so clear that everyone would understand its meaning immediately. For ten years now, this method has been far more effective than any outright insults, which might simply offend the public or arouse their suspicion. It is in private conversations, in circles, in small secret committees, and in those little literary “tribunals” where women often play a leading role that the real weapons of attack are hidden and deployed.

IL FRANCESCO: — Fermatevi. Tremo solo al sentirvi parlare. Vi ho fatto, senza mezzi termini, l’confessione che ritenevo dovesse essere fatta per giustizia e verità. Voglio essere giusto, ma senza temerarietà. Non voglio perdere inutilmente la vita, senza salvare l’innocente a cui mi sacrifico; ed è proprio questo che farei seguendo il vostro consiglio. Ed è anche ciò che fareste voi stesso se volessete attuarlo. Imparate dunque ciò che posso e voglio fare, e non aspettatevi da me nulla di più.

Sostenete che debba andare da Jean-Jacques per verificare con i miei occhi ciò che mi avete detto e ciò che io stesso deduco dalla lettura delle sue opere. Ma questa conferma è superflua per me; senza ricorrervi, so già quale sia la verità su questo punto. È strano che ora io sia più deciso di voi riguardo ai sentimenti che avete faticato tanto a farmi adottare. Ma ciò ha le sue ragioni. Insistete ancora sull’efficacia delle prove addotte contro di lui dai nostri signori. Ma per me questa efficacia è ormai nulla, poiché ho smascherato tutti gli inganni che vi erano nascosti. Dispongo di fatti che voi ignorate; ho letto con chiarezza nei loro cuori il desiderio ardente di privare l’accusato di ogni possibilità di difendersi. Ho visto quanta concertazione, cura, attività e impegno fossero stati messi in atto per raggiungere questo scopo. Pertanto, prove presentate in questo modo da persone così passionate perdono ogni autorità ai miei occhi, rispetto alle vostre osservazioni. Il pubblico viene ingannato. Lo vedo, lo so. Ma a lui piace essere ingannato, e non vorrebbe che gli venisse rivelata la verità. Anch’io sono stato in questa situazione. E non ne sono uscito senza difficoltà. I nostri signori avevano la mia fiducia, perché alimentavano il sentimento che loro stessi avevano suscitato in me. Ma mai hanno ottenuto la mia vera stima; e quando vi lodavo le loro virtù, non riuscivo a decidermi ad imitarli. Non ho mai voluto avvicinarmi alla loro vittima per blandirla, ingannarla o circondarla con astuzie. La stessa ripugnanza che vedete nel vostro cuore esisteva anche nel mio quando cercavo di combatterla. Approvavo le loro manovre, senza volerle adottare. La loro falsità, che chiamavano benevolenza, non poteva sedurmi. Poiché, al posto di quella benevolenza di cui si vantavano, provavo per la persona su cui essa era diretta solo antipatia, repulsione e avversione. Mi piaceva vederli nutrire verso di lei un sentimento pieno di disprezzo e derisione, che aveva tutti gli effetti dell’odio più mortale. Ma non potevo ingannare me stesso. E loro lo avevano reso così odioso, che lo odiavo con tutto il mio cuore, senza fingere e apertamente. Avrei temuto di avvicinarmi a lui come a un mostro terribile. E preferivo non avere il piacere di fargli del male, piuttosto che subire l’orrore di vederlo soffrire.

Riconducendomi gradualmente alla ragione, mi avete ispirato tanto rispetto per la sua pazienza e la sua dolcezza, quanto compassione per le sue sfortune. I suoi libri hanno completato l’opera che voi avevate iniziato. Leggendoli, ho percepito quale passione donasse tanta energia alla sua anima e tale veemenza alla sua espressione. Non si trattava di un impulso passeggero, ma di un sentimento dominante e permanente, capace di durare dieci anni e di produrre dodici volumi sempre pieni dello stesso zelo, sempre scritti con la stessa convinzione. Sì, lo sento e lo sostengo come voi: finché è l’autore di opere che portano il suo nome, non può che avere un cuore d’uomo buono.

Questa lettura attenta e riflessiva ha completato nel mio animo la rivoluzione che voi avevate iniziato. È proprio leggendo con la cura che ci vuole che ho percepito tutta la malvagità, tutta l’astuzia odiosa dei suoi commentatori acidi. In tutto ciò che leggevo nell’originale, sentivo la sincerità, la rettitudine di un’anima nobile e orgogliosa, ma aperta e senza rancore, che si mostra senza preoccupazioni, senza paura, che critica apertamente, che loda senza riserve e che non ha nulla da nascondere. Al contrario, tutto ciò che leggevo nelle risposte mostrava una brutalità feroce o una cortesia insidiosa e traditrice; lodi dolci e velenosi mascheravano la satira acida e il veleno della calunnia. Si dovrebbe leggere con attenzione la “Corancez” onesta ma schietta di M. d’Alembert sui spettacoli, e confrontarla con la risposta di quest’ultimo: una risposta così attentamente misurata, piena di circospezioni affettate, di complimenti agridolci, così adatta a far pensare al male pur fingendo di non dirlo. Si dovrebbe poi cercare in queste letture di scoprire quale dei due autori sia il cattivo. Credete davvero che esista nell’universo un essere umano abbastanza audace da affermare che quel cattivo sia Jean-Jacques?

Questa differenza si manifesta fin dall’inizio attraverso le loro epigrafi. Quella del vostro amico, tratta dall’Eneide, è una preghiera rivolta al cielo affinché protegga i buoni da un errore così funesto e li lasci ai nemici. Ecco invece quella di Monsieur d’Alembert, tratta da La Fontaine:

Lasciate andare il vostro serpente, strumento di distruzione.

Uno pensa soltanto a prevenire un male; l’altro, fin dall’inizio, dimentica del tutto la questione in discussione per concentrarsi esclusivamente sul modo di nuocere al proprio avversario. E, nell’esaminare l’utilità dei teatri, si rivolge molto opportunamente a Jean-Jacques con lo stesso verso che, nel racconto di La Fontaine, il serpente utilizza per parlare all’uomo[412].

Ah! Quanto è astuto e subdolo d’Alembert. Se non possedete una serpente, uno strumento molto utile, per quanto ne dica lo stesso serpente, allora avete almeno uno stilo ben affilato; ma questo, soprattutto nelle vostre mani, difficilmente può essere considerato uno strumento di bene.

Vedete che sono più avanti di voi nella vostra stessa ricerca: a voi rimangono ancora dei scrupoli che io non ho più. No, signore, non ho nemmeno bisogno di vedere Jean-Jacques per sapere cosa pensare di lui. Ho visto troppo da vicino le manovre di cui è vittima, per permettere che qualcosa di ciò che ne deriva abbia ancora un minimo ascendente sulla mia opinione. Quello che era agli occhi del pubblico al momento della pubblicazione del suo primo libro, lo è di nuovo ai miei occhi: il prestigio di tutto ciò che da allora è stato fatto per diffamarlo è ormai distrutto, e nelle prove che ancora vi colpiscono non vedo altro che frode, menzogne e illusioni.

Vi chiedevate se esistesse una congiura. Sì, senza dubbio ne esiste una, e tale da non averne mai avuta né avrà mai un’altra simile. Non era forse evidente fin dall’anno in cui fu emesso quel decreto, con l’improvvisa e incredibile diffusione di tutti quei libri stampati, di tutti quei giornali, di tutte quelle pubblicazioni contro quell’infortunato? Quel decreto divenne il motivo scatenante di tutta quella furia. Potete davvero credere che gli autori di tutto ciò, per quanto gelosi, malvagi o vili possano essere, si siano uniti in modo così coordinato contro un uomo che già allora era esposto alle più crudeli avversità? Potete davvero credere che si sia osato inserire nei suoi stessi scritti tutti quegli attacchi velenosi, se coloro che li scrivevano e quelli che li utilizzavano non fossero stati ispirati da quella lega che, da tempo, pianificava silenziosamente le sue mosse per poi sferrare il suo primo attacco pubblico? La lettura degli scritti di Jean-Jacques mi ha permesso di prendere conoscenza anche di quelle produzioni velenose che qualcuno si è preso grande cura di mescolarvi. Se avessi fatto queste letture prima, avrei capito subito tutto il resto. Non è difficile per chi le esamina con calma. Anche i membri della lega se ne resero conto, e presto adottarono un altro metodo che risultò molto più efficace: attaccare Jean-Jacques in pubblico solo in termini velati, e spesso senza menzionare né lui né i suoi libri; ma facendo in modo che l’applicazione di ciò che si diceva fosse così chiara da essere immediatamente compresa da tutti. Da dieci anni che si segue questo metodo, ha avuto più effetto degli insulti troppo espliciti, che, per quel solo motivo, possono dispiacere al pubblico o destare i suoi sospetti. È nei colloqui privati, nei circoli, nei piccoli comitati segreti, in tutti quei “piccoli tribunali letterari” di cui le donne sono le presidenti, che vengono preparati gli attacchi contro Jean-Jacques.

On ne conçoit pas comment la diffamation d’un particulier sans emploi, sans projet, sans parti, sans crédit, a pu faire une affaire aussi importante et aussi universelle. On conçoit beaucoup moins comment une pareille entreprise a pu paraître assez belle pour que tous les rangs, sans exception, se soient empressés d’y concourir per fas et nefas, comme à l’œuvre la plus glorieuse. Si les auteurs de cet étonnant complot, si les chefs qui en ont pris la direction avaient mis à quelque honorable entreprise la moitié des soins, des peines, du travail, du temps, de la dépense, qu’ils ont prodigués à l’exécution de ce beau projet, ils auraient pu se couronner d’une gloire immortelle à beaucoup moins de frais[413] qu’il ne leur en a coûté pour accomplir cette œuvre de ténèbres, dont il ne peut résulter pour eux ni bien ni honneur, mais seulement le plaisir d’assouvir en secret la plus lâche de toutes les passions, et dont encore la patience et la douceur de leur victime ne les laissera jamais jouir pleinement.

Il est impossible que vous ayez une juste idée de la position de votre Jean-Jacques, ni de la manière dont il est enlacé. Tout est si bien concerté à son égard, qu’un ange descendrait du ciel pour le défendre sans y pouvoir parvenir. Le complot dont il est le sujet n’est pas de ces impostures jetées au hasard qui font un effet rapide, mais passager, et qu’un instant découvre et détruit. C’est, comme il l’a senti lui-même, un projet médité de longue main, dont l’exécution lente et graduée ne s’opère qu’avec autant de précaution que de méthode, effaçant à mesure qu’elle avance et les traces des routes qu’elle a suivies et les vestiges de la vérité qu’elle a fait disparaître. Pouvez-vous croire qu’évitant avec tant de soin toute espèce d’explication, les auteurs et les chefs de ce complot négligent de détruire et dénaturer tout ce qui pourrait un jour servir à les confondre ? et, depuis plus de quinze ans qu’il est en pleine exécution, n’ont-ils pas eu tout le temps qu’il leur fallait pour y réussir ? Plus ils avancent dans l’avenir, plus il leur est facile d’oblitérer le passé, ou de lui donner la tournure qui leur convient Le moment doit venir où, tous les témoignages étant à leur disposition, ils pourraient sans risque lever le voile impénétrable qu’ils ont mis sur les yeux de leur victime. Qui sait si ce moment n’est pas déjà venu ? si, par les mesures qu’ils ont eu tout le temps de prendre, ils ne pourraient pas dès à présent s’exposer à des confrontations qui confondraient l’innocence et feraient triompher l’imposture ? Peut-être ne les évitent-ils encore que pour ne pas paraître changer de maximes, et, si vous voulez, par un reste de crainte attachée au mensonge de n’avoir jamais assez tout prévu. Je vous le répète, ils ont travaillé sans relâche à disposer toutes choses pour n’avoir rien à craindre d’une discussion régulière, si jamais ils étaient forcés d’y acquiescer ; et il me paraît qu’ils ont eu tout le temps et tous les moyens de mettre le succès de leur entreprise à l’abri de tout événement imprévu. Eh ! quelles seraient désormais les ressources de Jean-Jacques et de ses défenseurs, s’il s’en osait présenter ? Où trouverait-il des juges qui ne fussent pas du complot, des témoins qui ne fussent pas subornés, des conseils fidèles qui ne l’égarassent pas ? Seul contre toute une génération liguée, d’où réclamerait-il la vérité que le mensonge ne répondît à sa place ? Quelle protection, quel appui trouverait-il pour résister à cette conspiration générale ? Existe-t-il, peut-il même exister, parmi les gens en place, un seul homme assez intègre pour se condamner lui-même, assez courageux pour oser défendre un opprimé dévoué depuis si longtemps à la haine publique, assez généreux pour s’animer d’un pareil zèle, sans autre intérêt que celui de l’équité ? Soyez sûr que, quelque crédit, quelque autorité que pût avoir celui qui oserait élever la voix en sa faveur, et réclamer pour lui les premières lois de la justice, il se perdrait sans sauver son client, et que toute la ligue, réunie contre ce protecteur téméraire, commençant par l’écarter de manière ou d’autre, finirait par tenir, comme auparavant, sa victime à sa merci. Rien ne peut plus la soustraire à sa destinée ; et tout ce que peut faire un homme sage qui s’intéresse à son sort est de rechercher en silence les vestiges de la vérité pour diriger son propre jugement, mais jamais pour le faire adopter par la multitude, incapable de renoncer par raison au parti que la passion lui a fait prendre.

Pour moi, je veux vous faire ici ma confession sans détour. Je crois Jean-Jacques innocent et vertueux ; et cette croyance est telle au fond de mon âme, qu’elle n’a pas besoin d’autre confirmation. Bien persuadé de son innocence, je n’aurai jamais l’indignité de parler là-dessus contre ma pensée, ni de joindre contre lui ma voix à la voix publique, comme j’ai fait jusqu’ici dans une autre opinion. Mais ne vous attendez pas non plus que j’aille étourdiment me porter à découvert pour son défenseur, et forcer ses délateurs à quitter leur masque pour l’accuser hautement en face. Je ferais en cela une démarche aussi imprudente qu’inutile, à laquelle je ne veux point m’exposer. J’ai un état, des amis à conserver, une famille à soutenir, des patrons à ménager. Je ne veux point faire ici le don Quichotte, et lutter contre les puissances, pour faire un moment parler de moi, et me perdre pour le reste de ma vie. Si je puis réparer mes torts envers l’infortuné Jean-Jacques, et lui être utile sans m’exposer, à la bonne heure ; je le ferai de tout mon cœur. Mais si vous attendez de moi quelque démarche d’éclat qui me compromette, et m’expose au blâme des miens, détrompez-vous, je n’irai jamais jusque-là. Vous ne pouvez vous-même aller plus loin que vous n’avez fait, sans manquer à votre parole, et me mettre avec vous dans un embarras dont nous ne sortirions ni l’un ni l’autre aussi aisément que vous l’avez présumé.

One cannot fathom how the defamation of a person who is unemployed, without any plans, no affiliation with any party, and with no credit at all could turn into such an important and widespread affair. Even less can one understand how such an enterprise could seem so desirable that everyone, without exception, would rush to participate in it, regardless of the consequences, as if it were the most glorious undertaking possible. If those who orchestrated this astonishing plot, those who took charge of it, had devoted even half of the care, effort, time, and resources they invested in carrying out this despicable scheme to some honorable endeavor, they could have achieved immortal glory at a fraction of the cost[413]. Instead, what they gained was nothing but the satisfaction of satisfying the most base of all passions in secret—a pleasure that the patience and gentleness of their victim will never allow them to fully enjoy.

It is impossible for you to have any accurate idea of the situation of your Jean-Jacques, or of how he is trapped. Everything that has been arranged against him is so well-concocted that even an angel descending from heaven could not succeed in defending him. The plot against him is not one of those random deceptions that produce immediate but fleeting effects, which can be uncovered and destroyed in an instant. As he himself felt, it is a plan that has been carefully thought out over a long period of time; its gradual and methodical execution is carried out with utmost caution and meticulousness, erasing behind it all traces of the paths taken and the remnants of the truth that was obscured. Can you truly believe that, while going to such great lengths to avoid any form of explanation, the authors and leaders of this plot would neglect to destroy or distort anything that might one day be used against them? And since the execution of this plan has been ongoing for over fifteen years, haven’t they had all the time they needed to succeed in their aims? The further they advance into the future, the easier it becomes for them to erase the past or to shape it in a way that suits their interests. The moment will surely come when, with all the evidence at their disposal, they will be able to lift without risk the impenetrable veil they have placed over their victim’s eyes. Who knows if that moment has not already arrived? Perhaps, through the measures they have had all this time to take, they could now face confrontations that would expose the truth and bring justice to light. Maybe they are still avoiding such confrontations simply out of a desire not to appear to change their principles, or perhaps out of lingering fear associated with the lie that they claimed to have planned everything in advance. I repeat it: they have worked tirelessly to ensure that they have nothing to fear from any form of regular investigation, should they ever be forced to face one; and it seems to me that they have had all the time and means necessary to guarantee the success of their scheme, regardless of any unexpected events. Ah! What resources would Jean-Jacques and his defenders have left if he were to dare to appear before them? Where could he find judges who were not part of this conspiracy, witnesses who were not bribed, or loyal advisors who would not lead him astray? Alone against an entire generation bent on his destruction, where could he seek the truth when lies were used in its place? What protection, what support could he expect to resist such a widespread conspiracy? Is there, or even can there be, among those in power, a single person who is sufficiently honest to condemn himself, brave enough to defend a victim who has long been targeted by public hatred, and generous enough to pursue such a cause with no other motive than justice? Be assured that whatever credit or authority someone might possess who dares to speak up in his defense and demand that the basic principles of justice be applied to him, such efforts would be in vain—not only would they fail to save their client, but also the entire coalition assembled against this reckless protector would, in one way or another, succeed in leaving their victim at their mercy once more. Nothing can now save her from her fate; and all that a wise person concerned about her well-being can do is to quietly seek out the remnants of truth in order to form their own judgment—never, however, to try to persuade the multitude to adopt such a view, for they are incapable of abandoning the stance their passions have led them to take.

For my part, I wish to make my confession to you without any evasion. I believe Jean-Jacques to be innocent and virtuous; and this belief is so deep in my soul that it requires no further confirmation. Being thoroughly convinced of his innocence, I would never stoop to speak against what I truly think on this matter, nor would I join the public outcry against him, as I did in the case of another opinion. But do not expect me to recklessly step forward to defend him or force those who accuse him to reveal their identities and accuse him openly. Such an action would be both imprudent and futile, and I am unwilling to expose myself to it. I have my own position to maintain, friends to protect, a family to support, and interests to consider. I have no intention of playing the role of Don Quixote and challenging the powerful just to gain temporary attention for myself at the cost of ruining my life. If I can make amends for my wrongs toward the unfortunate Jean-Jacques and be of some help to him without putting myself in danger, then so be it; I will do it with all my heart. But if you expect me to take some bold action that would jeopardize me and bring shame upon my family, then be assured: I will never go that far. You yourselves could not go any further than you have already done without breaking your word and putting both of us in a difficult situation from which we might not be able to extricate ourselves as easily as you assumed.

Non si riesce a comprendere come la diffamazione di una persona senza lavoro, senza progetti, senza appartenenze politiche e senza credito abbia potuto generare un’impresa così importante e così diffusa in tutto il mondo. Ancor meno si può capire come un simile progetto sia riuscito ad apparire tanto attraente da spingere tutti, senza eccezione, a parteciparvi con ogni mezzo possibile, come se si trattasse dell’impresa più gloriosa. Se gli autori di questo straordinario complotto, i capi che ne hanno preso in mano la direzione avessero dedicato anche solo metà degli sforzi, del tempo e delle risorse impiegati nell’esecuzione di questo piano oscuro a un’impresa onorevole, avrebbero potuto conquistare una gloria immortale con costi molto inferiori a quelli sostenuti per realizzare quest’opera di tenebre, dalla quale non trarranno né benefici né onore, ma soltanto il piacere di soddisfare in segreto le passioni più vili. Inoltre, la pazienza e la dolcezza della loro vittima impediranno loro per sempre di godere appieno dei risultati ottenuti.

È impossibile che possiate avere una vera idea della posizione di vostro Jean-Jacques, né del modo in cui è intrappolato. Tutto è stato così abilmente orchestrato a suo sfavore, che anche un angelo sceso dal cielo per difenderlo non riuscirebbe nel suo intento. Il complotto di cui è vittima non è uno di quegli inganni casuali che producono un effetto immediato ma passeggero, e che possono essere scoperti e distrutti in un istante. È, come lui stesso ha percepito, un piano lungamente meditato, la cui attuazione lenta e graduata avviene con estrema cautela e metodo, cancellando man mano che procede le tracce dei passi percorsi e i resti della verità che è stata sovvertita. Potete davvero credere che, evitando con tanta cura qualsiasi tipo di spiegazione, gli autori e i capi di questo complotto trascurino di distruggere e alterare tutto ciò che potrebbe un giorno servire a smascherarli? E, dato che questo complotto è in atto da più di quindici anni, non hanno avuto tutto il tempo necessario per riuscirci? Più avanzano nel futuro, più diventa facile per loro cancellare il passato o dargli la forma che desiderano. Arriverà sicuramente il momento in cui, disponendo di tutti i testimoni necessari, potranno senza rischi sollevare il velo impenetrabile che hanno posto sugli occhi della loro vittima. Chi sa se quel momento non è già arrivato? Forse, con le misure che hanno avuto tutto il tempo di prendere, potrebbero già ora affrontare delle confrontazioni che smaschererebbero l’innocenza e rivelerebbero la verità. Forse li evitano ancora soltanto per non sembrare cambiare le loro strategie, o, se volete, per un residuo di paura legato al timore che il loro inganno possa essere scoperto. Vi ripeto: hanno lavorato instancabilmente per preparare tutto in modo da non dover temere alcuna discussione regolare, nel caso in cui fossero costretti ad accettarla. E mi sembra che abbiano avuto tutto il tempo e tutti i mezzi necessari per garantire il successo del loro piano, al riparo da qualsiasi evento imprevisto. Ma quali risorse potrebbero ora avere Jean-Jacques e i suoi difensori, se osassero presentarsi? Dove troverebbero giudici che non facciano parte di questo complotto, testimoni che non siano stati corrotti, consigli fedeli che non li ingannino? Da solo, contro un’intera generazione coalizzata contro di lui, da dove potrebbe reclamare la verità, se il mentire ne prende il posto? Quale protezione, quale sostegno potrebbe trovare per resistere a questa congiura generale? Esiste davvero, o può esistere, tra le persone al potere, anche solo una persona abbastanza integra da condannare sé stessa, abbastanza coraggiosa da osare difendere un oppresso che da così tanto tempo è vittima dell’odio pubblico, abbastanza generosa da provare un tale zelo, senza altro interesse se non quello della giustizia? Siate certo che, qualunque credito o autorità potesse avere colui che osasse alzare la voce in suo favore e chiedere per lui le prime leggi della giustizia, si perderebbe senza salvare il proprio cliente; e che l’intera coalizione, riunita contro questo temerario protettore, cominciando in un modo o nell’altro ad allontanarlo, finirebbe per tenere, come prima, la sua vittima a sua mercé. Niente può più salvarla dal suo destino; e tutto ciò che un uomo saggio che si preoccupa del suo destino può fare è cercare in silenzio i resti della verità per guidare il proprio giudizio, ma mai per farlo adottare dalla moltitudine, incapace di rinunciare, per ragione, al partito che la passione gli ha fatto prendere.

Per quanto mi riguarda, desidero fare qui la mia confessione senza mezzi termini. Credo che Jean-Jacques sia innocente e virtuoso; questa convinzione è così radicata nel profondo della mia anima che non ha bisogno di alcuna ulteriore conferma. Essendo fermamente convinto della sua innocenza, non avrei mai l’indignità di parlare contro di essa contrariamente alle mie opinioni, né di unirmi alla voce pubblica contro di lui, come ho fatto in passato riguardo ad altre questioni. Tuttavia, non aspettatevi che io vada a espormi imprudentemente in sua difesa, né che costringa i suoi accusatori a rivelare le loro calunnie apertamente. Fare una cosa del genere sarebbe tanto imprudente quanto inutile; non intendo assolutamente correre tale rischio. Ho un certo status sociale, amici da proteggere, una famiglia da sostenere, interessi personali da considerare. Non voglio certo comportarmi come Don Chisciotte, combattere contro le potenze dominanti solo per attirare l’attenzione su di me e poi perdere tutto il resto della mia vita. Se posso rimediare ai torti che ho commesso nei confronti di quel sfortunato Jean-Jacques e essergli d’aiuto senza correre rischi, lo farò con tutto il cuore. Ma se aspettate da me qualche azione clamorosa che possa compromettermi o esporre i miei cari al biasimo, vi sbagliate: non arriverò mai a tanto. Nemmeno voi potete andare oltre ciò che avete già fatto senza tradire la vostra parola e mettendoci entrambi in una situazione difficile da risolvere, come probabilmente pensavate.

ROUSSEAU. — Rassurez-vous, je vous prie ; je veux bien plutôt me conformer moi-même à vos résolutions, que d’exiger de vous rien qui vous déplaise. Dans la démarche que j’aurais désiré de faire, j’avais plus pour objet notre entière et commune satisfaction, que de ramener ni le public ni vos messieurs aux sentiments de la justice et au chemin de la vérité. Quoique intérieurement aussi persuadé que vous de l’innocence de Jean-Jacques, je n’en suis pas régulièrement convaincu, puisque, n’ayant pu l’instruire des choses qu’on lui impute, je n’ai pu ni le confondre par son silence, ni l’absoudre par ses réponses. À cet égard, je me tiens au jugement immédiat que j’ai porté sur l’homme, sans prononcer sur les faits qui combattent ce jugement, puisqu’ils manquent du caractère qui peut seul les constater ou les détruire à mes yeux. Je n’ai pas assez de confiance en mes propres lumières pour croire qu’elles ne peuvent me tromper ; et je resterais peut-être encore ici dans le doute, si le plus légitime et le plus fort des préjugés ne venait à l’appui de mes propres remarques, et ne me montrait le mensonge du côté qui se refuse à l’épreuve de la vérité. Loin de craindre une discussion contradictoire, Jean-Jacques n’a cessé de la rechercher, de provoquer à grands cris ses accusateurs, et de dire hautement ce qu’il avait à dire. Eux, au contraire, ont toujours esquivé, fait le plongeon, parlé toujours entre eux à voix basse, lui cachant avec le plus grand soin leurs accusations, leurs témoins, leurs preuves, surtout leurs personnes, et fuyant avec le plus évident effroi toute espèce de confrontation. Donc ils ont de fortes raisons pour la craindre, celles qu’ils allèguent pour cela étant ineptes au point d’être même outrageantes pour ceux qu’ils en veulent payer, et qui, je ne sais comment, ne laissent pas de s’en contenter : mais pour moi je ne m’en contenterai jamais, et dès-là toutes leurs preuves clandestines sont sans autorité sur moi. Vous voilà dans le même cas où je suis, mais avec un moindre degré de certitude sur l’innocence de l’accusé, puisque, ne l’ayant point examiné par vos propres yeux, vous ne jugez de lui que par ses écrits et sur mon témoignage. Donc vos scrupules devraient être plus grands que les miens, si les manœuvres de ses persécuteurs, que vous avez mieux suivies, ne faisaient pour vous une espèce de compensation. Dans cette position, j’ai pensé que ce que nous avions de mieux à faire pour nous assurer de la vérité, était de la mettre à sa dernière et plus sure épreuve, celle précisément qu’éludent si soigneusement vos messieurs. Il me semblait que, sans trop nous compromettre, nous aurions pu leur dire : « Nous ne saurions approuver qu’aux dépens de la justice et de la sûreté publique vous fassiez à un scélérat une grâce tacite qu’il n’accepte point, et qu’il dit n’être qu’une horrible barbarie que vous couvrez d’un beau nom. Quand cette grâce en serait réellement une, étant faite par force, elle change de nature ; au lieu d’être un bienfait, elle devient un cruel outrage ; et rien n’est plus injuste et plus tyrannique que de forcer un homme à nous être obligé malgré lui. C’est sans doute un des crimes de Jean-Jacques de n’avoir, au lieu de la reconnaissance qu’il vous doit, qu’un dédain plus que méprisant pour vous et pour vos manœuvres. Cette impudence de sa part mérite en particulier une punition sortable ; et cette punition que vous lui devez et à vous-même est de le confondre, afin que, forcé de reconnaître enfin votre indulgence, il ne jette plus des nuages sur les motifs qui vous font agir. Que la confusion d’un hypocrite aussi arrogant soit, si vous voulez, sa seule peine ; mais qu’il la sente pour l’édification, pour la sûreté publique, et pour l’honneur de la génération présente qu’il paraît dédaigner si fort. Alors seulement on pourra, sans risque, le laisser errer parmi nous avec honte, quand il sera bien authentiquement convaincu et démasqué. Jusqu’à quand souffrirez-vous cet odieux scandale, qu’avec la sécurité de l’innocence le crime ose insolemment provoquer la vertu, qui gauchit devant lui et se cache dans l’obscurité ? C’est lui qu’il faut réduire à cet indigne silence que vous gardez, lui présent : sans quoi l’avenir ne voudra jamais croire que celui qui se montre seul et sans crainte est le coupable, et que celui qui, bien escorté, n’ose l’attendre est l’innocent. »

En leur parlant ainsi, nous les aurions forcés à s’expliquer ouvertement, ou à convenir tacitement de leur imposture ; et, par la discussion contradictoire des faits, nous aurions pu porter un jugement certain sur les accusateurs et sur l’accusé, et prononcer définitivement entre eux et lui. Vous dites que les juges et les témoins, entrant tous dans la ligue, auraient rendu la prévarication très facile à exécuter, très difficile à découvrir, et cela doit être : mais il n’est pas impossible aussi que l’accusé n’eût trouvé quelque réponse imprévue et péremptoire qui eût démonté toutes leurs batteries, et manifesté le complot. Tout est contre lui, je le sais, le pouvoir, la ruse, l’argent, l’intrigue, le temps, les préjugés, son ineptie, ses distractions, son défaut de mémoire, son embarras de s’énoncer, tout enfin, hors l’innocence et la vérité, qui seules lui ont donné l’assurance de rechercher, de demander, de provoquer avec ardeur ces explications qu’il aurait tant de raisons de craindre si sa conscience déposait contre lui. Mais ses désirs attiédis ne sont plus animés, ni par l’espoir d’un succès qu’il ne peut plus attendre que d’un miracle, ni par l’idée d’une réparation qui pût flatter son cœur. Mettez-vous un moment à sa place, et sentez ce qu’il doit penser de la génération présente et de sa conduite à son égard. Après le plaisir qu’elle a pris à le diffamer en le cajolant, quel cas pourrait-il faire du retour de son estime ? et de quel prix pourraient être à ses yeux les caresses sincères des mêmes gens qui lui en prodiguèrent de si fausses, avec des cœurs pleins d’aversion pour lui ? Leur duplicité, leur trahison, leur perfidie, ont-elles pu lui laisser pour eux le moindre sentiment favorable ? et ne serait-il pas plus indigné que flatté de s’en voir fêté sincèrement avec les mêmes démonstrations qu’ils employèrent si longtemps en dérision à faire de lui le jouet de la canaille ?

Non, monsieur, quand ses contemporains, aussi repentants et vrais qu’ils ont été jusqu’ici faux et cruels à son égard, reviendraient enfin de leur erreur, ou plutôt de leur haine, et que, réparant leur longue injustice, ils tâcheraient, à force d’honneurs, de lui faire oublier leurs outrages, pourrait-il oublier la bassesse et l’indignité de leur conduite ? pourrait-il cesser de se dire que, quand même il eut été le scélérat, qu’ils se plaisent à voir en lui, leur manière de procéder avec ce prétendu scélérat, moins inique, n’en serait que plus abjecte, et que s’avilir autour d’un monstre à tant de manèges insidieux était se mettre soi-même au-dessous de lui ? Non, il n’est plus au pouvoir de ses contemporains de lui ôter le dédain qu’ils ont tant pris de peine à lui inspirer. Devenu même insensible à leurs insultes, comment pourrait-il être touché de leurs éloges ? Comment pourrait-il agréer le retour tardif et forcé de leur estime, ne pouvant plus lui-même en avoir pour eux ? Non, ce retour de la part d’un public si méprisable ne pourrait plus lui donner aucun plaisir, ni lui rendre aucun honneur. Il en serait plus importuné sans en être plus satisfait. Ainsi l’explication juridique et décisive qu’il n’a pu jamais obtenir, et qu’il a cessé de désirer, était plus pour nous que pour lui. Elle ne pourrait plus, même avec la plus éclatante justification, jeter aucune véritable douceur dans sa vieillesse. Il est désormais trop étranger ici-bas pour prendre à ce qui s’y fait aucun intérêt qui lui soit personnel. N’ayant plus de suffisante raison pour agir, il reste tranquille, en attendant avec la mort la fin de ses peines, et ne voit plus qu’avec indifférence le sort du peu de jours qui lui restent à passer sur la terre.

ROUSSEAU. — Please reassure yourselves; I would much rather conform to your resolutions myself than demand of you anything that might displeasure you. In the course of action I had intended to take, my main objective was the mutual satisfaction of all concerned, rather than leading either the public or your gentlemen back to the path of justice and truth. Although I am as convinced as you of Jean-Jacques’ innocence, I am not formally convinced thereof, for having been unable to instruct him regarding the charges against him, I have neither been able to refute them through his silence nor to prove his innocence through his responses. In this regard, I rely solely on my immediate judgment of the man himself, without commenting on the facts that might challenge this judgment, since those facts lack the authority necessary to establish or disprove them in my eyes. I do not have sufficient confidence in my own understanding to believe that it will never lead me astray; and I would still remain in doubt were it not for the most legitimate and compelling prejudices that support my views, demonstrating to me the falsehood of those who refuse to face the test of truth. Far from fearing a contradictory debate, Jean-Jacques has constantly sought one out, openly challenging his accusers and speaking freely about what he had to say. On the contrary, they have always avoided direct confrontation, whispering among themselves in hushed tones, carefully concealing their accusations, witnesses, evidence—and especially their own identities—from him, and fleeing with obvious fear at the mere mention of any sort of confrontation. Therefore, they have every reason to fear such a debate, since the arguments they advance are so inept that they even seem offensive to those whom they seek to deceive; yet somehow, these people seem to be satisfied with them. But for me, I will never be satisfied with such arguments, and hence all their clandestine “evidence” holds no authority before me. You are in the same position as I am, except that you lack my certainty regarding the innocence of the accused, since you have not examined him with your own eyes but judge him solely on his writings and my testimony. Therefore, your scruples should be even greater than mine were it not for the maneuvers of his persecutors, which you have observed more closely. In this situation, I believed that the best way to ascertain the truth was to subject it to its ultimate and most reliable test—precisely the one that your gentlemen so carefully avoid. It seemed to me that, without compromising ourselves too much, we could say to them: “We can only approve of you granting a tacit pardon to a scoundrel at the expense of justice and public safety—a pardon that he himself refuses to accept and that you call a ‘beautiful name’ to cover up its true nature.” When such “grace” is in fact nothing but coercion, its nature changes entirely; instead of being a blessing, it becomes a cruel outrage. Nothing could be more unjust or tyrannical than forcing a man to be grateful against his will. It is undoubtedly one of Jean-Jacques’ crimes that, instead of showing gratitude toward you, he treats you and your actions with nothing but disdainful mockery. His audacity deserves a fitting punishment—and that punishment, which you owe him as well as yourself, is to expose him publicly, so that forced to acknowledge your tolerance at last, he can no longer slander the motives that drive your actions. Let the humiliation of such an arrogant hypocrite be his only penalty; but let him feel it for the sake of public order and the honor of the present generation, which he seems to despise so deeply. Only then can we safely allow him to wander among us in shame, once he has been truly convicted and exposed. Until when will you tolerate such an abhorrent scandal, allowing crime to brazenly provoke virtue in the very presence of innocence? It is he who must be reduced to that ignoble silence you maintain toward him—otherwise, future generations will never believe that the one who acts without fear is the guilty one, and that the one who walks in safety is the innocent one.

By speaking to them in this way, we would have forced them to explain themselves openly or to tacitly admit their deception; and through the contradictory discussions regarding the facts, we could have reached a definite judgment regarding both the accusers and the accused, and made a final decision between them. You say that if judges and witnesses had all joined forces, it would have been very easy for the accused to carry out their deceit and very difficult to uncover it—and that must be true. However, it is not impossible that the accused could have found some unexpected and decisive response that would have shattered all their accusations and exposed their conspiracy. Everything is against him, I know: power, cunning, money, intrigue, time, prejudice, his own incompetence, distractions, poor memory, difficulty in expressing himself—everything, except for innocence and truth, which alone gave him the courage to seek, demand, and eagerly provoke these explanations that he would have every reason to fear if his conscience were against him. But his now dampened desires are no longer fueled by the hope of success, which he can only expect through a miracle, nor by any desire for revenge that could soothe his heart. Put yourself in his position for a moment, and consider what he must think of the current generation and their behavior toward him. After all the pleasure they took in defaming him while pretending to be kind to him, what value could he attach to their return of favor? And what significance could sincere gestures from the very same people who once treated him so falsely, with hearts full of hatred for him, hold in his eyes? Could their duplicity, betrayal, and perfidy have left him with any positive feelings toward them? Would he not find it more indignating than flattering to be welcomed sincerely with the same demonstrations that they had long used to mock and humiliate him?

No, sir. Even if his contemporaries—so repentant and genuine now, yet so false and cruel toward him in the past—finally repented of their error, or rather, of their hatred, and even if they redressed their long-standing injustice by striving to make him forget their outrages through acts of honor, could he ever forget the baseness and indignity of their behavior? Could he cease to realize that, even if he had truly been the scoundrel they perceived in him, their own methods of dealing with such a person would only be more abject and despicable? To stoop to such insidious tactics around a so-called “scoundrel” would mean demeaning oneself even further than that person. No, it is no longer within the power of his contemporaries to erase the contempt they have taken such great pains to instill in him. Even if he became indifferent to their insults, how could he be moved by their praise? How could he accept the tardy and forced return of their respect, when he himself could no longer feel any for them? No—such a return from such despicable people could bring him neither pleasure nor honor. It would only annoy him further without bringing him any satisfaction. Thus, that definitive legal justification which he had never been able to obtain, and which he had long ceased to desire, was actually more beneficial to us than to him. Even with the most convincing evidence, it could no longer bring any true solace to his old age. He is now too estranged from this world to take personal interest in what happens here. No longer having any valid reason to act, he remains calm, awaiting the end of his suffering with death, and views with indifference the fate of the few days left to him on earth.

ROUSSEAU. — Vi prego di tranquillizzarvi; preferisco assolutamente conformarmi alle vostre decisioni piuttosto che chiedervi qualcosa che possa dispiacervi. Nella condotta che avrei voluto intraprendere, l’obiettivo principale era la nostra reciproca soddisfazione, e non quello di far ritornare il pubblico o i vostri signori ai sentimenti della giustizia e al cammino della verità. Anche se sono interiormente convinto dell’innocenza di Jean-Jacques quanto voi, non ne sono formalmente certo, poiché, non avendo potuto istruirlo riguardo alle accuse rivolte contro di lui, non ho potuto né confonderlo con il suo silenzio né assolverlo attraverso le sue risposte. In questo senso, mi attengo al giudizio immediato che ho formato su quell’uomo, senza pronunciarmi sui fatti che contrastano con tale giudizio, poiché mancano di quella autenticità che potrebbe confermarli o confutarli ai miei occhi. Non ho abbastanza fiducia nelle mie stesse conoscenze per credere che non possano ingannarmi; e forse rimarrei ancora incerto, se non fosse per il pregiudizio più legittimo e più forte che supporta le mie osservazioni, mostrandomi l’errore da parte di coloro che si rifiutano di sottoporsi alla prova della verità. Lontano dal temere una discussione contraddittoria, Jean-Jacques non ha mai smesso di cercarla, di sfidare apertamente i suoi accusatori e di esprimere liberamente ciò che aveva da dire. Essi, invece, hanno sempre evitato ogni confronto, parlando tra loro a bassa voce, nascondendo con grande cura le loro accuse, i loro testimoni, le loro prove, e soprattutto le loro stesse persone, fuggendo con evidente paura da qualsiasi forma di scontro. Pertanto, hanno tutte le ragioni per temerlo, ma le ragioni che adducono a questo scopo sono così inadeguate da risultare persino offensive per coloro contro cui si rivolgono; eppure, chissà come, queste ragioni sembrano bastargli. Ma per me non sarebbero mai sufficienti. E quindi tutte le loro prove “segrete” non hanno alcun valore ai miei occhi. Voi vi trovate nella stessa situazione in cui mi trovo io, ma con un grado di certezza inferiore riguardo all’innocenza dell’accusato, poiché non lo avete esaminato con i vostri occhi e giudicate solo in base ai suoi scritti e al mio testimone. Pertanto, i vostri scrupoli dovrebbero essere maggiori dei miei, se non fosse per le manovre dei suoi persecutori, che avete osservato più da vicino. In questa situazione, ho pensato che la cosa migliore da fare per verificare la verità fosse sottoporla alla prova più decisiva e sicura, proprio quella che i vostri signori evitano con tanta cura. Mi sembrava che, senza correre troppi rischi, avremmo potuto dire loro: “Non possiamo approvare che, a scapito della giustizia e della sicurezza pubblica, concediate a un criminale una grazia silenziosa che egli stesso rifiuta, definendola una orribile barbarie che voi mascherate con bei nomi”. Se questa “grazia” fosse davvero tale, essendo imposta con la forza, cambierebbe natura: invece di essere un atto di benevolenza, diventerebbe una crudele offesa. Non c’è nulla di più ingiusto e tirannico che costringere un uomo ad essere obbligato verso di noi contro la sua volontà. Senza dubbio, uno dei crimini di Jean-Jacques è proprio il disprezzo, persino sprezzante, che nutre per voi e per le vostre azioni, al posto della riconoscenza che vi deve. Questa impudenza da parte sua merita una punizione adeguata; e questa punizione, che dovete infliggere sia a lui che a voi stessi, è quella di metterlo in ridicolo, affinché, costretto finalmente ad ammettere la vostra indulgenza, non possa più diffondere menzogne sui motivi che vi spingono ad agire. Che la confusione di un ipocrita così arrogante sia, se volete, la sua unica punizione; ma che egli la subisca a scopo educativo, per la sicurezza pubblica e per l’onore della generazione attuale che sembra disprezzare tanto. Solo allora potremo permettergli di vagabondare tra di noi con vergogna, quando sarà veramente convinto e smascherato. Fino a quando tollererete questo odioso scandalo, in cui il crimine osa provocare impunemente la virtù, che si ritira nell’oscurità davanti a esso? È lui che bisogna ridurre a quel silenzio indegno che mantenete, altrimenti il futuro non crederà mai che colui che si mostra da solo e senza paura sia il colpevole, e che colui che, protetto e sicuro, non osa affrontarlo sia l’innocente.

Parlare loro in questo modo avrebbe costretto loro a spiegarsi apertamente o ad accordarsi tacitamente sulla loro menzogna; e, attraverso il confronto contraddittorio dei fatti, saremmo stati in grado di formulare un giudizio certo sugli accusatori e sull’accusato, e di pronunciare una decisione definitiva tra loro due. Dite che i giudici e i testimoni, entrando tutti a far parte di questa congiura, avrebbero reso molto facile commettere l’inganno e molto difficile scoprirlo. E questo deve essere vero; tuttavia non è impossibile che l’accusato abbia trovato qualche risposta inaspettata e decisiva capace di confutare tutte le loro accuse e di smascherare il complotto. Tutto è contro di lui: il potere, l’astuzia, i soldi, le intrighi, il tempo, i pregiudizi, la sua incompetenza, le sue distrazioni, la sua mancanza di memoria, le difficoltà che incontra nel esprimersi. Tutto, insomma, tranne l’innocenza e la verità, che soltanto gli hanno dato il coraggio di cercare, chiedere, sollecitare con fervore quelle spiegazioni che avrebbe tutte le ragioni di temere se la sua coscienza fosse contro di lui. Ma i suoi desideri, ormai spenti, non sono più animati né dall’illusione di un successo che non può più aspettarsi se non da un miracolo, né dall’idea di una riparazione che potesse consolare il suo cuore. Mettetevi per un momento al suo posto. E pensate a ciò che deve provare riguardo alla generazione attuale e al modo in cui si è comportata nei suoi confronti. Dopo il piacere che hanno tratto diffamandolo con le loro lusinghe, quale considerazione potrebbe avere per il loro ritorno ad averlo in stima? E a quali occhi potrebbero valere le carezze sincere delle stesse persone che gliene hanno prodigate di così false, con cuori pieni di avversione per lui? La loro doppiezza, la loro tradizione, la loro perfidia. Gli hanno forse lasciato qualche sentimento positivo nei loro confronti? E non sarebbe più indignato che lusingato se lo vedesse festeggiare sinceramente con le stesse dimostrazioni di affetto che per tanto tempo usarono in modo derisorio per farne il giocattolo della canaglia?

No, signore: anche se i suoi contemporanei, così pentiti e sinceri fino ad ora, si riconoscessero finalmente nel loro errore – o meglio, nella loro odio – e cercassero di rimediare alla loro lunga ingiustizia, offrendogli onori per dimenticare le loro offese, lui potrebbe davvero dimenticare la bassezza e l’indignità del loro comportamento? Potrebbe smettere di pensare che, anche se fosse davvero il malvagio che loro vorrebbero vedere in lui, il modo in cui lo trattano non farebbe altro che rendere ancora più abietta la loro condotta, e che umiliarsi davanti a un “mostro” con tali insidiosi stratagemmi significherebbe abbassarsi al suo livello? No: i suoi contemporanei non hanno più il potere di togliergli il disprezzo che hanno tanto faticato ad infondergli. Anche se diventasse insensibile alle loro offese, come potrebbe essere toccato dai loro elogi? Come potrebbe accettare il ritorno tardivo e forzato della loro stima, quando lui stesso non ne prova più alcuna per loro? No: questo ritorno da parte di un pubblico così spregevole non gli potrebbe più procurare alcun piacere, né restituirgli alcun onore. Sarebbe solo ancora più infastidito, senza essere minimamente soddisfatto. Quindi, quella spiegazione legale e decisiva che lui non è mai riuscito ad ottenere, e di cui ha smesso di desiderarla, era più utile per noi che per lui. Anche con la giustificazione più evidente, non potrebbe più portare alcuna vera felicità nella sua vecchiaia. Ora è troppo estraneo a questo mondo per interessarsi davvero a ciò che vi accade. Non avendo più motivi sufficienti per agire, rimane tranquillo, in attesa della morte che metterà fine alle sue sofferenze. E guarda con indifferenza al destino degli ultimi giorni che gli restano da trascorrere sulla terra.

Quelque consolation néanmoins est encore à sa portée ; je consacre ma vie à la lui donner, et je vous exhorte d’y concourir. Nous ne sommes entrés ni l’un ni l’autre dans les secrets de la ligue dont il est l’objet ; nous n’avons point partagé la fausseté de ceux qui la composent ; nous n’avons point cherché à le surprendre par des caresses perfides. Tant que vous l’avez haï, vous l’avez fui, et moi je ne l’ai recherché que dans l’espoir de le trouver digne de mon amitié ; et l’épreuve nécessaire pour porter un jugement éclairé sur son compte, ayant été longtemps autant recherchée par lui qu’écartée par vos messieurs, forme un préjugé qui supplée, autant qu’il se peut, à cette épreuve, et confirme ce que j’ai pensé de lui après un examen aussi long qu’impartial. Il m’a dit cent fois qu’il se serait consolé de l’injustice publique, s’il eût trouvé un seul cœur d’homme qui s’ouvrît au sien, qui sentît ses peines, et qui les plaignît ; l’estime franche et pleine d’un seul l’eût dédommagé du mépris de tous les autres. Je puis lui donner ce dédommagement, et je le lui voue. Si vous vous joignez à moi pour cette bonne œuvre, nous pouvons lui rendre dans ses vieux jours la douceur d’une société véritable qu’il a perdue depuis si longtemps, et qu’il n’espérait plus retrouver ici-bas. Laissons le public dans l’erreur où il se complaît, et dont il est digne, et montrons seulement à celui qui en est la victime que nous ne la partageons pas. Il ne s’y trompe déjà plus à mon égard, il ne s’y trompera point au vôtre ; et, si vous venez à lui avec les sentiments qui lui sont dus, vous le trouverez prêt à vous les rendre. Les nôtres lui seront d’autant plus sensibles, qu’il ne les attendait plus de personne ; et, avec le cœur que je lui connais, il n’avait pas besoin d’une si longue privation pour lui en faire sentir le prix. Que ses persécuteurs continuent de triompher, il verra leur prospérité sans peine ; le désir de la vengeance ne le tourmenta jamais. Au milieu de tous leurs succès, il les plaint encore, et les croit bien plus malheureux que lui. En effet, quand la triste jouissance des maux qu’ils lui ont faits pourrait remplir leurs cœurs ‘d’un contentement véritable, peut-elle jamais les garantir de la crainte d’être un jour découverts et démasqués ? Tant de soins qu’ils se donnent, tant de mesures qu’ils prennent sans relâche depuis tant d’années, ne marquent-elles pas la frayeur de n’en avoir jamais pris assez ? Ils ont beau renfermer la vérité dans de triples murs de mensonges et d’impostures qu’ils renforcent continuellement, ils tremblent toujours qu’elle ne s’échappe par quelque fissure. L’immense édifice de ténèbres qu’ils ont élevé autour de lui ne suffit pas pour les rassurer. Tant qu’il vit, un accident imprévu peut lui dévoiler leur mystère, et les exposer à se voir confondus. Sa mort même, loin de les tranquilliser, doit augmenter leurs alarmes. Qui sait s’il n’a point trouvé quelque confident discret qui, lorsque l’animosité du public cessera d’être attisée par la présence du condamné, saisira pour se faire écouter le moment où les yeux commenceront à s’ouvrir ? Qui sait si quelque dépositaire fidèle ne produira pas en temps et lieu de telles preuves de son innocence que le public, forcé de s’y rendre, sente et déplore sa longue erreur ? Qui sait si, dans le nombre infini de leurs complices, il ne s’en trouvera pas quelqu’un que le repentir, que le remords fasse parler ? On a beau prévoir ou arranger toutes les combinaisons imaginables, on craint toujours qu’il n’en reste quelqu’une qu’on n’a pas prévue, et qui fasse découvrir la vérité quand on y pensera le moins. La prévoyance a beau travailler, la crainte est encore plus active ; et les auteurs d’un pareil projet ont, sans y penser, sacrifié à leur haine le repos du reste de leurs jours.

Si leurs accusations étaient véritables, et que Jean-Jacques fut tel qu’ils l’ont peint, l’ayant une fois démasqué pour l’acquit de leur conscience, et déposé leur secret chez ceux qui doivent veiller à l’ordre public, ils se reposeraient sur eux du reste, cesseraient de s’occuper du coupable, et ne penseraient plus à lui. Mais l’œil inquiet et vigilant qu’ils ont sans cesse attaché sur lui, les émissaires dont ils l’entourent, les mesures qu’ils ne cessent de prendre pour lui fermer toute voie à toute explication, pour qu’il ne puisse leur échapper en aucune sorte, décèlent avec leurs alarmes la cause qui les entretient et les perpétue : elles ne peuvent plus cesser, quoi qu’ils fassent ; vivant ou mort, il les inquiétera toujours ; et s’il aimait la vengeance, il en aurait une bien assurée dans la frayeur dont, malgré tant de précautions entassées, ils ne cesseront plus d’être agités.

Voilà le contrepoids de leurs succès et de toutes leurs prospérités. Ils ont employé toutes les ressources de leur art pour faire de lui le plus malheureux des êtres ; à force d’ajouter moyens sur moyens, ils les ont tous épuisés ; et, loin de parvenir à leurs fins, ils ont produit l’effet contraire. Ils ont fait trouver à Jean-Jacques des ressources en lui-même qu’il ne connaîtrait pas sans eux. Après lui avoir fait le pis qu’ils pouvaient lui faire, ils l’ont mis en état de n’avoir plus rien à craindre, ni d’eux, ni de personne, et de voir avec la plus profonde indifférence tous les événements humains. Il n’y a point d’atteinte sensible à son âme qu’ils ne lui aient portée ; mais en lui faisant tout le mal qu’ils lui pouvaient faire, ils l’ont forcé de se réfugier dans des asiles où il n’est plus en leur pouvoir de pénétrer. Il peut maintenant les défier et se moquer de leur impuissance. Hors d’état de le rendre plus malheureux, ils le deviennent chaque jour davantage, en voyant que tant d’efforts n’ont abouti qu’à empirer leur situation et adoucir la sienne. Leur rage, devenue impuissante, n’a fait que s’irriter en voulant s’assouvir.

Nevertheless, some consolation is still within his reach; I dedicate my life to bringing it to him, and I urge you all to join me in this effort. Neither of us has been privy to the secrets of the league that he is a target of; we have not shared in the deceitful actions of those who compose it; we have not sought to deceive him with treacherous flattery. As long as you hated him and fled from him, I pursued him only in the hope of finding him worthy of my friendship. The necessary test to form a clear judgment about him was something that he had long sought, yet your gentlemen kept it away from him. This lack of such a test has led to preconceptions that, to some extent, compensate for its absence and confirm what I have thought of him after such a lengthy and impartial examination. He has told me many times that he could endure public injustice if only there were one human heart that would open to his, that would understand his suffering and mourn it with him; the sincere respect of even one person would have compensated him for the scorn of all others. I can offer him this compensation, and I am determined to do so. If you join me in this good deed, we can restore to him in his old age the joy of a genuine companionship that he has lacked for so long and that he no longer hoped to find here on earth. Let the public remain in the error they delight in and for which they are worthy; let us alone show those who are its victims that we do not share in it. He no longer deludes himself about me; he will not delude himself about you either. And if you approach him with the feelings that he deserves, you will find him ready to return them to you. Our feelings for him will be all the more sincere because he no longer expected them from anyone else; and given the kind of heart I know he has, he did not need such a long period of deprivation to appreciate their value. Let his persecutors continue to succeed; he will watch their prosperity without any distress—for the desire for vengeance has never troubled him. Amidst all their successes, he still pities them and believes them far more unfortunate than himself. Indeed, even if the sad satisfaction they derive from causing him harm could fill their hearts with true contentment, could it ever guarantee them from the fear of being discovered and exposed one day? All the precautions they take, all the measures they continue to implement year after year—don’t these reveal their fear that they may never do enough? No matter how carefully they seal the truth away behind layers of lies and deceit, they always tremble that it might escape through some crack. The vast edifice of darkness they have built around him is not enough to reassure them. As long as he lives, some unexpected event could reveal their secrets and expose them to humiliation. Even his death, far from calming them, would only increase their fears. Who knows whether he has not found some discreet confidant who, once the public’s hostility ceases to be stirred by the presence of the condemned, will seize the moment when people begin to see the truth clearly and use that opportunity to make his case heard? Who knows whether some faithful witness will not produce evidence of his innocence at just the right time, forcing the public to acknowledge their long-standing mistake and regret it deeply? Who knows whether, among the countless accomplices involved, someone might be moved by repentance or remorse to speak out? No matter how many possible scenarios one can anticipate or plan, there is always the fear that some unforeseen factor might reveal the truth at the very moment when one least expects it. Despite all precautions, fear remains ever-present; and those who conceive such a scheme, in their own ignorance, sacrifice the rest of their lives to their hatred.

If their accusations were true, and if Jean-Jacques were indeed such as they have depicted him—having once exposed him to clear his conscience and entrusted their secret to those who are responsible for maintaining public order—they would then rest assured, cease to concern themselves with the culprit, and forget about him altogether. But the uneasy and vigilant eye they keep fixed on him, the agents they surround him with, and the constant measures they take to prevent him from escaping or providing any explanation—all these reveal the true reason that sustains their anxiety and perpetuates it. No matter what they do, they cannot stop; whether he is alive or dead, he will always cause them distress. And if he sought vengeance, he would surely find it in the fear that, despite all their precautions, will never cease to haunt them.

Such is the counterweight to their successes and all their prosperity. They employed every resource of their art to make him the most unhappy of beings; by adding one measure after another, they exhausted them all. Far from achieving their goals, they produced the exact opposite effect. They enabled Jean-Jacques to discover within himself resources that he would never have known about without them. After doing to him everything possible to harm him, they left him in a state where he no longer had anything to fear—neither from them nor from anyone else—and allowed him to view all human events with utter indifference. There was not a single tangible injury they could inflict upon his soul; yet, by causing him all the suffering they could, they forced him to seek refuge in places beyond their reach. Now he can defy them and mock their powerlessness. Unable to make him any worse off, they themselves become increasingly miserable every day, as they see that all their efforts have only served to worsen their own situation while alleviating his. Their rage, having become futile, only intensifies its bitterness as it seeks to be satisfied.

Tuttavia, esiste ancora qualche consolazione a sua disposizione; dedico la mia vita ad offrirgliela, e vi esorto tutti a contribuire a questo scopo. Nessuno di noi ha conosciuto i segreti della lega di cui è vittima; non abbiamo condiviso le falsità di coloro che la compongono, né abbiamo cercato di ingannarlo con carezze perfide. Finché lo avete odiato e evitato, io l’ho cercato soltanto nella speranza di trovarlo degno della mia amicizia. L’esame necessario per giudicarlo con chiarezza è stato a lungo cercato da lui stesso, ma sempre respinto dai vostri signori; questa situazione ha creato un pregiudizio che, per quanto possibile, compensa tale mancanza di verifica e conferma ciò che pensavo di lui dopo un esame così lungo e imparziale. Mi ha detto molte volte che avrebbe potuto sopportare l’ingiustizia pubblica se solo fosse esistito un cuore umano disposto ad ascoltarlo, a comprendere le sue sofferenze e a compiangerle; l’apprezzamento sincero di una sola persona gli avrebbe compensato il disprezzo di tutti gli altri. Posso offrirgli questa consolazione, e lo farò con tutto il cuore. Se vi unirete a me in questo nobile sforzo, potremo restituirgli negli anni della vecchiaia la dolcezza di una vera compagnia che ha perso da tanto tempo e che ormai non si aspettava più di ritrovare in questa vita. Lasciamo che il pubblico rimanga nell’errore in cui si compiace e che merita; mostriamo soltanto a colui che ne è vittima che noi non condividiamo tale errore. Lui stesso non si inganna più riguardo a me, e non si ingannerà nemmeno riguardo a voi; se vi avvicinerete a lui con i sentimenti che gli sono dovuti, lo troverete pronto a ricambiarvi allo stesso modo. I nostri sentimenti saranno ancora più sinceri, poiché lui non li aspettava più da nessuno; e, con il cuore che conosco, non aveva certo bisogno di una così lunga privazione per apprezzarne il valore. Che i suoi persecutori continuino a trionfare: egli vedrà la loro prosperità senza soffrire, poiché il desiderio di vendetta non lo ha mai tormentato. Nonostante tutti i loro successi, lui li considera ancora più sfortunati di sé stesso. Infatti, anche se il godimento dei mali che gli hanno inflitto potesse davvero riempire i loro cuori di vera soddisfazione, questo non può certo garantirgli che un giorno non verranno scoperti e smascherati. Tutti i loro sforzi, tutte le misure che prendono senza sosta da tanti anni, non dimostrano forse la paura di non averne mai preso abbastanza? Nonostante abbiano cercato di nascondere la verità dietro muri triple di menzogne e inganni, continuano a temere che essa possa trapelare da qualche fessura. L’immensa struttura di tenebre che hanno costruito intorno a lui non è sufficiente per rassicurarli; finché egli vive, un evento imprevisto potrebbe rivelare il loro segreto e esporli al rischio di essere scoperti. Anche la sua morte, lontano dal tranquillizzarli, dovrebbe aumentare le loro paure. Chi sa se non abbia trovato qualche confidente discreto che, quando l’animosità del pubblico smetterà di essere alimentata dalla presenza del condannato, approfitterà del momento in cui gli occhi delle persone cominceranno ad aprirsi per farsi ascoltare? Chi sa se non esista qualche fedele depositario che, al momento giusto, presenterà prove così evidenti dell’innocenza del condannato da costringere il pubblico, costretto ad ammetterne l’errore, a provare rimorso e dolore per la sua lunga ingiustizia? Chi sa se, tra i loro innumerevoli complici, non ne esista qualcuno che, spinto dal pentimento o dal rimorso, deciderà di parlare? Per quanto si possano prevedere o organizzare tutte le combinazioni possibili, c’è sempre il rischio che ne rimanga una inaspettata che riveli la verità proprio nel momento meno opportuno. Per quanto la prudenza possa essere efficace, la paura è ancora più potente; e gli autori di un simile piano hanno, senza nemmeno rendersene conto, sacrificato il resto della loro vita alla propria rabbia.

Se le loro accuse fossero vere, e se Jean-Jacques fosse davvero colpevole come lo hanno descritto, una volta che lo avessero smascherato per tranquillizzare la propria coscienza e avessero rivelato il loro segreto a coloro che hanno il compito di mantenere l’ordine pubblico, si sarebbero affidati a loro, cessando di occuparsi del colpevole e non pensandoci più. Ma lo sguardo inquieto e vigile che continuano ad avere su di lui, gli emissari che lo circondano, le misure che prendono costantemente per impedirgli qualsiasi via di fuga o spiegazione, tutto ciò rivela la vera ragione che li spinge a continuare in questa azione: non possono smettere, qualunque cosa facciano; vivo o morto, Jean-Jacques continuerà ad angosciarli. E se avesse desiderato vendetta, l’avrebbe ottenuta con certezza attraverso la paura che, nonostante tutte le precauzioni prese, non li lascerà mai in pace.

Ecco il contrappeso dei loro successi e di tutta la loro prosperità: hanno utilizzato tutte le risorse del loro “arte” per rendere Jean-Jacques l’essere più sfortunato possibile; aggiungendo continuamente mezzi su mezzi, li hanno esauriti tutti. E, lontano dal raggiungere i loro scopi, hanno ottenuto l’effetto contrario. Gli hanno fatto scoprire in sé stesso risorse di cui altrimenti non avrebbe mai conosciuto l’esistenza. Dopo avergli inflitto tutto il male possibile, lo hanno messo in una condizione in cui non aveva più nulla da temere, né da loro né da nessun altro, e gli hanno permesso di osservare con la massima indifferenza tutti gli eventi umani. Non esiste alcun danno effettivo che possano infliggere alla sua anima. Ma facendogli tutto il male possibile, lo hanno costretto a rifugiarsi in luoghi dove ormai non sono più in grado di raggiungerlo. Ora può sfidarli e deriderne l’impotenza. Incapaci di renderlo ancora più sfortunato, essi stessi diventano ogni giorno più infelici, vedendo come tanti sforzi non hanno fatto altro che peggiorare la loro situazione e migliorare la sua. La loro rabbia, ormai impotente, si è solo inasprita nel tentativo di trovare sfogo.

Au reste, il ne doute point que, malgré tant d’efforts, le temps ne lève enfin le voile de l’imposture, et ne découvre son innocence. La certitude qu’un jour on sentira le prix de sa patience contribue à la soutenir ; et, en lui tout ôtant, ses persécuteurs n’ont pu lui ôter la confiance et l’espoir. « Si ma mémoire devait, dit-il, s’éteindre avec moi, je me consolerais d’avoir été si mal connu des hommes, dont je serais bientôt oublié ; mais puisque mon existence doit être connue après moi par mes livres, et bien plus par mes malheurs, je ne me trouve point, je l’avoue, assez de résignation pour penser sans impatience, moi qui me sens meilleur et plus juste qu’aucun homme qui me soit connu, qu’on ne se souviendra de moi que comme d’un monstre., et que mes écrits, où le cœur qui les dicta est empreint à chaque page, passeront pour les déclamations d’un tartufe qui ne cherchait qu’à tromper le public. Qu’auront donc servi mon courage et mon zèle, si leurs monuments, loin d’être utiles aux bons[414], ne font qu’aigrir et fomenter l’animosité des méchants ; si tout ce que l’amour de la vertu m’a fait dire sans crainte et sans intérêt ne fait à l’avenir, comme aujourd’hui, qu’exciter contre moi la prévention et la haine, et ne produit jamais aucun bien ; si, au lieu des bénédictions qui m’étaient dues, mon nom, que tout devait rendre honorable, n’est prononcé dans l’avenir qu’avec imprécation ! Non, je ne supporterais jamais une si cruelle idée ; elle absorberait tout ce qui m’est resté de courage et de constance. Je consentirais sans peine à ne point exister dans la mémoire des hommes, mais je ne puis consentir, je l’avoue, à y rester diffamé. Non, le ciel ne le permettra point, et, dans quelque état que m’ait réduit la destinée, je ne désespérerai jamais de la Providence, sachant bien qu’elle choisit son heure et non pas la nôtre, et qu’elle aime à frapper son coup au moment qu’on ne l’attend plus. Ce n’est pas que je donne encore aucune importance, et surtout par rapport à moi, au peu de jours qui me restent à vivre, quand même j’y pourrais voir renaître pour moi toutes les douceurs dont on a pris peine à tarir le cours. J’ai trop connu la misère des prospérités humaines, pour être sensible, à mon âge, à leur tardif et vain retour ; et quelque peu croyable qu’il soit, il leur serait encore plus aisé de revenir, qu’à moi d’en reprendre le goût. Je n’espère plus et je désire très peu de voir de mon vivant la révolution qui doit désabuser le public sur mon compte. Que mes persécuteurs jouissent en paix, s’ils peuvent, toute leur vie, du bonheur qu’ils se sont fait des misères de la mienne. Je ne désire de les voir ni confondus ni punis ; et pourvu qu’enfin la vérité soit connue, je ne demande point que ce soit à leurs dépens : mais je ne puis regarder comme une chose indifférente aux hommes le rétablissement de ma mémoire, et le retour de l’estime publique qui m’était due. Ce serait un trop grand malheur pour le genre humain que la manière dont on a procédé à mon égard servît de modèle et d’exemple, que l’honneur des particuliers dépendit de tout imposteur adroit, et que la société, foulant aux pieds les plus saintes lois de la « justice, ne fut plus qu’un ténébreux brigandage de trahisons secrètes et d’impostures adoptées sans confrontation, sans contradiction, sans vérification, et sans aucune défense laissée aux accusés. Bientôt les hommes, à la merci les uns des autres, n’auraient de force et d’action que pour s’entre-déchirer entre eux, sans en avoir aucune pour la résistance ; les bons, livrés tout-à-fait aux méchants, deviendraient d’abord leur proie, enfin leurs disciples ; l’innocence n’aurait plus d’asile, et la terre, devenue un enfer, ne serait couverte que de démons occupés à se tourmenter les uns les autres. Non, le ciel ne laissera point un exemple aussi funeste ouvrir au crime une route nouvelle, inconnue jusqu’à ce jour ; il découvrira la noirceur d’une trame aussi cruelle. Un jour viendra, j’en ai la juste confiance, que les honnêtes gens béniront ma mémoire, et pleureront sur mon sort. Je suis sûr de la chose, quoique j’en ignore le temps. Voilà le fondement de ma patience et de mes consolations. L’ordre sera rétabli tôt ou tard, même sur la terre, je n’en doute pas. Mes oppresseurs peuvent reculer le moment de ma justification, mais ils ne sauraient empêcher qu’il ne vienne. Cela me suffit pour être tranquille au milieu de leurs oeuvres : qu’ils continuent à disposer de moi durant ma vie, mais qu’ils se pressent ; je vais bientôt leur échapper. » Tels sont sur ce point les sentiments de Jean-Jacques, et tels sont aussi les miens. Par un décret dont il ne m’appartient pas de sonder la profondeur, il doit passer le reste de ses jours dans le mépris et l’humiliation : mais j’ai le plus vif pressentiment qu’après sa mort et celle de ses persécuteurs, leurs trames seront découvertes, et sa mémoire justifiée. Ce sentiment me paraît si bien fondé, que, pour peu qu’on y réfléchisse, je ne vois pas qu’on en puisse douter. C’est un axiome généralement admis, que tôt ou tard la vérité se découvre ; et tant d’exemples l’ont confirmé, que l’expérience ne permet plus qu’on en doute. Ici du moins il n’est pas concevable qu’une trame aussi compliquée reste cachée aux âges futurs ; il n’est pas même à présumer qu’elle le soit longtemps dans le nôtre. Trop de signes la décèlent pour qu’elle échappe au premier qui voudra bien y regarder, et cette volonté viendra sûrement à plusieurs sitôt que Jean-Jacques aura cessé de vivre. De tant de gens employés à fasciner les yeux du public, il n’est pas possible qu’un grand nombre n’aperçoive la mauvaise foi de ceux qui les dirigent, et qu’ils ne sentent que, si cet homme était réellement tel qu’ils le font, il serait superflu d’en imposer au public sur son compte, et d’employer tant d’impostures pour le charger de choses qu’il ne fait pas, et déguiser celles qu’il fait. Si l’intérêt, l’animosité, la crainte, les font concourir aujourd’hui sans peine à ces manœuvres, un temps peut venir où leur passion calmée, et leur intérêt changé, leur feront voir sous un jour bien différent les œuvres sourdes dont ils sont aujourd’hui témoins et complices. Est-il croyable alors qu’aucun de ces coopérateurs subalternes ne parlera confidemment à personne de ce qu’il a vu, de ce qu’on lui a fait faire, et de l’effet de tout cela pour abuser le public ? que, trouvant d’honnêtes-gens empressés à la recherche de la vérité défigurée, ils ne seront point tentés de se rendre encore nécessaires en la découvrant, comme ils le sont maintenant pour la cacher, de se donner quelque importance en montrant qu’ils furent admis dans la confidence des grands, et qu’ils savent des anecdotes ignorées du public ? Et pourquoi ne croirais-je pas que le regret d’avoir contribué à noircir un innocent en rendra quelques-uns indiscrets ou véridiques, surtout à l’heure où, prêts à sortir de cette vie, ils seront sollicités par leur conscience à ne pas emporter leur coulpe avec eux ? Enfin, pourquoi les réflexions que vous et moi faisons aujourd’hui ne viendraient-elles pas alors dans l’esprit de plusieurs personnes, quand elles examineront de sang-froid la conduite qu’on a tenue, et la facilité qu’on eut par elle de peindre cet homme comme on a voulu ? On sentira qu’il est beaucoup plus incroyable qu’un pareil homme ait existé réellement, qu’il ne l’est que la crédulité publique, enhardissant les imposteurs, les ait portés à le peindre ainsi successivement, et en enchérissant toujours, sans s’apercevoir qu’ils passaient même la mesure du possible. Cette marche, très naturelle à la passion, est un piège qui la décèle, et dont elle se garantit rarement. Celui qui voudrait tenir un registre exact de ce que, selon vos messieurs, il a fait, dit, écrit, imprimé, depuis qu’ils se sont emparés de sa personne, joint à tout ce qu’il a fait réellement, trouverait qu’en cent ans il n’aurait pu suffire à tant de choses. Tous les livres qu’on lui attribue, tous les propos qu’on lui fait tenir, sont aussi concordants et aussi naturels que les faits qu’on lui impute, et tout cela toujours si bien prouvé, qu’en admettant un seul de ces faits on n’a plus droit d’en rejeter aucun autre.

Furthermore, he has no doubt that, despite all these efforts, time will eventually lift the veil of deception and reveal his innocence. The certainty that one day his patience will be recognized helps him endure; and, apart from everything else, his persecutors have never been able to take away his confidence and hope. “If my memory were to fade away with me,” he said, “I would console myself by thinking that I was so poorly understood by people who will soon forget me; but since my existence will be known after my death through my books—and even more so through my misfortunes—I must admit that I do not possess enough resignation to remain calm and patient. Knowing that I am better and more righteous than any person who has known me, yet knowing that I will be remembered only as a monster, and that my writings, in which my true feelings are clearly expressed on every page, will be regarded as the declarations of a hypocrite who sought only to deceive the public. What use then has been my courage and zeal, if their remnants only serve to intensify the hostility of the wicked, and if everything I said out of love for virtue—without fear or personal gain—only provokes prejudice and hatred against me in the future, without bringing any real benefit? If, instead of the blessings I deserved, my name is spoken of in the future with indignation! No, I could never endure such a cruel thought; it would destroy whatever courage and perseverance I still possess. I would gladly cease to exist in people’s memories, but I cannot bear to be remembered there in a dishonorable light. No, heaven will not allow that; and no matter what fate has brought me, I will never lose hope in Providence, knowing that it chooses its own time, not ours, and that it likes to strike at the moment when we least expect it. It is not that I attach any importance, especially for my own sake, to the few days that remain in my life—though perhaps they could bring me back some of the happiness that has been so cruelly taken away from me. Having experienced too much of the fickleness of human fortune at its best, I am no longer susceptible to its tardy and vain returns; and as incredible as it may seem, it would be far easier for such fortunes to return than for me to regain my taste for them. I no longer hope—and in fact, I desire very little—to see the day when the truth about me is finally revealed. Let my persecutors enjoy, in peace if they can, the happiness they have gained at my expense. I do not wish to see them punished or humiliated; and as long as the truth is finally known, I do not demand that it happen at their cost. But I cannot consider the restoration of my reputation and the return of public respect that was due to me as something unimportant to humanity.” It would be an immense disaster for the human race if the manner in which I was treated were to set an example for others; if the honor of individuals were to depend on the skill of any impostor, and if society, trampling underfoot the most sacred laws of “justice,” were reduced to nothing but a dark realm of secret betrayals and deceptions practiced without confrontation, contradiction, verification, or any defense for those accused. Soon, men, at the mercy of one another, would have no strength or power except to harm each other, leaving them utterly unable to resist oppression; the good, left entirely at the mercy of the wicked, would first become their prey and then their accomplices; innocence would lose all refuge, and the earth, turned into a hell, would be covered only by demons engaged in mutual torment. No, heaven will not allow such a terrible example to open a new path for crime, one unknown until now; it will expose the darkness of such a cruel scheme. I have every reason to believe that one day, honest people will bless my memory and mourn my fate. I am certain of this, even though I do not know when it will happen. This is the foundation of my patience and consolation. Order will be restored, sooner or later—even on earth, I do not doubt it. My oppressors may delay the moment of my vindication, but they cannot prevent it from happening. That alone is enough to keep me calm amidst their actions: let them continue to manipulate me during my lifetime, but hurry up; I am about to escape their grasp. Such are Jean-Jacques’s feelings on this matter, and so are mine. By some decree whose depths it is not my place to explore, he must spend the rest of his days in contempt and humiliation; yet I have a strong intuition that after his death and those of his persecutors, their schemes will be uncovered and his memory vindicated. This belief seems so well-founded that, upon reflection, one cannot doubt it at all. It is an universally accepted principle that truth will eventually be revealed; and so many examples have confirmed this that experience leaves no room for doubt. At least in this case, it is impossible to imagine that such a complex scheme could remain hidden for future generations; it is even doubtful whether it can remain concealed for long in our own time. Too many signs reveal it, so that it cannot escape the notice of anyone who cares to look. And once Jean-Jacques is no longer alive, such a willingness will surely arise among many people. With so many individuals working to distract the public’s attention, it is impossible that a large number of them will not see through the deceitful intentions of those who are guiding them. They will realize that if this man were truly as they portray him, there would be no need to deceive the public about him, nor to use such deception to attribute things to him that he does not do, while hiding the things he does. If today interest, hostility, or fear make them readily engage in such maneuvers, a time may come when their passions have cooled down and their interests have changed, causing them to view those devious actions of which they are now witnesses and accomplices in a very different light. Is it then credible that not one of these subordinate collaborators will confide in anyone what they have seen, what has been made them do, and the effects of all this in deceiving the public? That, upon encountering honest people eager to uncover this distorted truth, they will not be tempted to become once again necessary for revealing it—just as they are now necessary for hiding it—by proving that they were granted access to the secrets of the powerful and that they possess knowledge unknown to the general public? And why should I not believe that the regret of having helped to slander an innocent person might make some of them reveal the truth, especially at a time when, on the verge of leaving this life, their conscience would urge them not to take their guilt with them into the afterlife? Finally, why should I think that the reflections we are making today would not occur to many people when they calmly examine the behavior employed to portray this individual in such a false light? It becomes far more unbelievable that such a person actually existed than that the public’s gullibility, emboldening impostors, led them to depict him in this manner, increasingly exaggerating their claims without even realizing they were going beyond what was plausible. This progression, entirely natural for passion, is in fact a trap that exposes it—and one from which it rarely escapes. Anyone who sought to keep an accurate record of everything this man supposedly did, said, wrote, or published since those individuals took control of his life, combined with what he actually did, would realize that even in a hundred years such records could not cover it all. All the books attributed to him, all the statements claimed to be his own, are just as consistent and plausible as the actions attributed to him—and yet everything is so well-proven that admitting one of these claims would render it impossible to reject any of the others.

Del resto, non dubita affatto che, nonostante tanti sforzi, il tempo finirà per sollevare il velo dell’inganno e rivelare la sua innocenza. La certezza che un giorno si comprenderà il valore della sua pazienza aiuta a sostenerla; e, a prescindere da tutto il resto, i suoi persecutori non sono riusciti a togliergli fiducia ed speranza. “Se la mia memoria dovesse spegnersi con me”, dice, “mi consolerei nel pensare di essere stato così malconosciuto dagli uomini, di cui presto sarò dimenticato; ma poiché la mia esistenza sarà conosciuta dopo di me attraverso i miei libri, e ancora di più attraverso le mie sofferenze, devo ammettere di non avere abbastanza rassegnazione per non provare impazienza. Io, che mi sento migliore e più giusto di qualsiasi altro uomo conosciuto, dovrei essere ricordato solo come un mostro, e i miei scritti, nei quali il cuore che li ha ispirati è presente su ogni pagina, verrebbero considerati le dichiarazioni di un ipocrita che cercava soltanto di ingannare il pubblico. A cosa serviranno allora il mio coraggio e la mia dedizione, se i loro ricordi, invece di essere utili ai buoni, non fanno altro che accrescere l’animosità dei cattivi; se tutto ciò che l’amore per la virtù mi ha spinto a dire, senza paura e senza interesse, non fa altro che suscitare contro di me pregiudizi e odio, senza mai portare a nulla di buono. Se, invece delle benedizioni che mi spettavano, il mio nome, che tutto avrebbe dovuto rendere onorevole, verrà ricordato in futuro solo con maledizioni! No, non potrei sopportare un’idea così crudele; distruggerebbe tutto ciò che mi è rimasto di coraggio e costanza. Accetterei senza problemi di non essere ricordato dagli uomini, ma non posso accettare, lo ammetto, di essere ricordato in modo diffamatorio. No, il cielo non lo permetterà; e, in qualunque stato mi abbia ridotto il destino, non perderò mai la speranza nella Provvidenza, sapendo bene che è lei a scegliere il momento giusto, non il nostro. Non è che dia ancora importanza, soprattutto per me stesso, ai pochi giorni che mi restano da vivere. Anche se potessi vedere tornare tutte le gioie di cui si è cercato di privarmi. Ho conosciuto troppo bene la miseria delle fortune umane, per essere sensibile, alla mia età, al loro ritorno tardivo e vano. E, per quanto possa sembrare credibile, a loro sarebbe ancora più facile tornare che a me riprendere gusto per esse. Non spero più, e desidero molto poco vedere, in vita mia, la rivoluzione che dovrebbe dissipare i pregiudizi del pubblico nei miei confronti. Che i miei persecutori godano in pace, se possono, per tutta la loro vita, della felicità che si sono fatti a spese delle mie sofferenze. Non desidero vederli né confusi né puniti. E purché finalmente la verità venga conosciuta, non chiedo che sia a loro scapito. Ma non posso considerare indifferente per gli uomini il ripristino della mia memoria e il ritorno dell’opinione pubblica che mi spettava. Sarebbe una sfortuna troppo grande per l’umanità se il modo in cui sono stato trattato venisse considerato un modello da seguire; se l’onore delle persone dipendesse da qualsiasi impostore abile, e se la società, calpestando le leggi più sacre della “giustizia”, non fosse altro che un oscuro regno di tradimenti segreti e inganni attuati senza confronto, senza contraddizioni, senza verifiche, e senza alcuna difesa per le vittime. Presto gli uomini, alla mercé l’uno dell’altro, avrebbero solo la forza e l’energia per distruggersi a vicenda, senza alcuna possibilità di resistere; i buoni, completamente abbandonati ai cattivi, diventerebbero prima preda loro, e poi anche loro stessi seguaci delle loro azioni malvagie; l’innocenza non avrebbe più alcun rifugio, e la terra, trasformata in un inferno, sarebbe coperta solo da demoni intenti a tormentarsi a vicenda. No, il cielo non permetterà che un esempio così funesto apra una nuova strada al crimine; scoprirà certamente l’oscurità di una trama così crudele. Un giorno verrà, ne sono fermamente convinto, in cui le persone oneste benediranno la mia memoria e piangeranno il mio destino. Ne sono sicuro, anche se non conosco esattamente quando ciò accadrà. Questo è il fondamento della mia pazienza e delle mie consolazioni: l’ordine verrà ristabilito, prima o poi, anche sulla terra, ne sono certo. I miei oppressori possono ritardare il momento della mia giustizia, ma non potranno impedirla. Questo mi basta per essere tranquillo nel mezzo delle loro azioni malvagie: che continuino a disporre di me durante la mia vita, ma che si affrettino. Presto mi libererò di loro. Ecco quali sono i sentimenti di Jean-Jacques su questo argomento, e anch’io condivido questi sentimenti. Per un motivo che non spetta a me comprendere appieno, dovrà trascorrere il resto dei suoi giorni nel disprezzo e nell’umiliazione. Ma ho la forte sensazione che, dopo la sua morte e quella dei suoi persecutori, le loro macchinazioni verranno scoperte e la sua memoria sarà riconosciuta come giusta. Questo sentimento mi sembra così fondato che, se ci si riflette un attimo, non si può dubitarne. È un principio generalmente accettato che, prima o poi, la verità viene alla luce. E tanti esempi lo hanno confermato a tal punto che ormai nessuno può più dubitarne. In questo caso, in particolare, non è nemmeno concepibile che una trama così complessa rimanga nascosta per i secoli futuri. Non si può nemmeno supporre che rimanga nascosta a lungo nel nostro tempo. Ci sono troppi segni che la rivelano. Quindi, prima o poi, qualcuno deciderà di indagare su questa faccenda. E questo accadrà sicuramente non appena Jean-Jacques non sarà più tra noi. Con così tante persone impegnate a “ingannare” il pubblico, è impossibile che molti di loro non notino la malafede di coloro che le guidano. E capiranno che, se quell’uomo fosse davvero colpevole come lo dipingono, non avrebbero bisogno di usare tante menzogne per incolparlo di cose che non ha fatto, né di nascondere quelle che invece ha realmente commesso. Se oggi l’interesse, l’animosità e la paura li spingono senza difficoltà a partecipare a queste manovre, potrebbe venire un momento in cui, con la loro passione placata e i loro interessi cambiati, vedranno sotto una luce molto diversa quelle azioni oscure di cui oggi sono testimoni e complici. È davvero credibile che nessuno di questi collaboratori subordinati parli confidenzialmente con qualcuno di ciò che ha visto, di ciò che gli è stato fatto fare, e dell’effetto complessivo di tutto questo per ingannare il pubblico? Che, trovando persone oneste desiderose di scoprire la verità distorta, non siano tentati di rendersi ancora necessari nel rivelarla, proprio come lo sono ora nel nasconderla, di attribuirsi importanza dimostrando di essere stati ammessi nei segreti dei potenti e di conoscere aneddoti sconosciuti al pubblico? E perché non dovrei credere che il rimorso di aver contribuito a incolpare un innocente possa spingere alcuni di loro ad essere indiscreti o veritieri, soprattutto nel momento in cui, pronti a lasciare questa vita, saranno sollecitati dalla loro coscienza a non portare con sé il loro peccato? Infine, perché le riflessioni che oggi facciamo tu e io non potrebbero venire in mente a molte persone quando esamineranno freddamente il comportamento tenuto fino ad ora e la facilità con cui è stato possibile dipingere quell’uomo nel modo voluto? Si renderanno conto che è molto più incredibile che un tale uomo sia realmente esistito, piuttosto che che la credulità pubblica, incoraggiando gli impostori, li abbia spinti a descriverlo in questo modo, migliorando continuamente le loro storie senza rendersi conto di oltrepassare i limiti del possibile. Questo percorso, molto naturale quando si è presi dalla passione, è in realtà una trappola che la rivela, e di cui raramente si riesce a proteggersi. Chi volesse tenere un registro accurato di ciò che, secondo voi, quell’uomo ha fatto, detto, scritto, stampato da quando gli è stata presa in custodia, unito a tutto ciò che ha realmente compiuto, scoprirebbe che nemmeno in cento anni sarebbe stato sufficiente per registrare tutte queste cose. Tutti i libri che gli vengono attribuiti, tutti i discorsi che si dicegli abbia tenuto, sono altrettanto coerenti e naturali dei fatti che gli vengono imputati, e tutto questo è sempre così ben dimostrato che, ammettendo anche solo uno di questi fatti, non ci sarebbe più motivo per negare nessun altro.

Cependant, avec un peu de calcul et de bon sens, on verra que tant de choses sont incompatibles, que jamais il n’a pu faire tout cela, ni se trouver en tant de lieux différents en si peu de temps ; qu’il y a par conséquent plus de fictions que de vérités dans toutes ces anecdotes entassées, et qu’enfin les mêmes preuves qui n’empêchent pas les unes d’être des mensonges ne sauraient établir que les autres sont des vérités. La force même et le nombre de toutes ces preuves suffiront pour faire soupçonner le complot ; et dès lors toutes celles qui n’auront pas subi l’épreuve légale perdront leur force, tous les témoins qui n’auront pas été confrontés à l’accusé perdront leur autorité, et il ne restera contre lui de charges solides que celles qui lui auront été connues, et dont il n’aura pu se justifier ; c’est-à-dire qu’aux fautes près qu’il a déclarées le premier, et dont vos messieurs ont tiré un si grand parti, on n’aura rien du tout à lui reprocher.

C’est dans cette persuasion qu’il me paraît raisonnable qu’il se console des outrages de ses contemporains et de leur injustice. Quoi qu’ils puissent faire, ses livres, transmis à la postérité, montreront que leur auteur ne fut point tel qu’on s’efforce de le peindre ; et sa vie réglée, simple, uniforme, et la même depuis tant d’années, ne s’accordera jamais avec le caractère affreux qu’on veut lui donner. Il en sera de ce ténébreux complot, formé dans un si profond secret, développé avec de si grandes précautions, et suivi avec tant de zèle, comme de tous les ouvrages des passions des hommes, qui sont passagers et périssables comme eux. Un temps viendra qu’on aura pour le siècle où vécut Jean-Jacques la même horreur que ce siècle marque pour lui, et que ce complot, immortalisant son auteur, comme Érostrate, passera pour un chef-d’œuvre de génie, et plus encore de méchanceté.

LE FRANÇAIS. — Je joins de bon cœur mes vœux aux vôtres pour l’accomplissement de cette prédiction, mais j’avoue que je n’y ai pas autant de confiance ; et à voir le tour qu’a pris cette affaire, je jugerais que des multitudes de caractères et d’événements décrits dans l’histoire n’ont peut-être d’autre fondement que l’invention de ceux qui se sont avisés de les affirmer. Que le temps fasse triompher la vérité, c’est ce qui doit arriver très souvent ; mais que cela arrive toujours, comment le sait-on, et sur quelle preuve peut-on l’assurer ? Des vérités longtemps cachées se découvrent enfin par quelques circonstances fortuites : cent mille autres peut-être resteront à jamais offusquées par le mensonge, sans que nous ayons aucun moyen de les reconnaître et de les manifester ; car, tant qu’elles restent cachées, elles sont pour nous comme n’existant pas. Ôtez le hasard qui en fait découvrir quelqu’une, elle continuerait d’être cachée ; et qui sait combien il en reste pour qui ce hasard ne viendra jamais ? Ne disons donc pas que le temps fait toujours triompher la vérité, car c’est ce qu’il nous est impossible de savoir ; et il est bien plus croyable qu’effaçant pas à pas toutes ses traces, il fait plus souvent triompher le mensonge, surtout quand les hommes ont intérêt à le soutenir. Les conjectures sur lesquelles vous croyez que le mystère de ce complot sera dévoilé me paraissent, à moi qui l’ai vu de plus près, beaucoup moins plausibles qu’à vous. La ligue est trop forte, trop nombreuse, trop bien liée pour pouvoir se dissoudre aisément ; et, tant qu’elle durera comme elle est, il est trop périlleux de s’en détacher, pour que personne s’y hasarde sans autre intérêt que celui de la justice. De tant de fils divers qui composent cette trame, chacun de ceux qui la conduisent ne voit que celui qu’il doit gouverner, et tout au plus ceux qui l’avoisinent. Le concours général du tout n’est aperçu que des directeurs, qui travaillent sans relâche à démêler ce qui s’embrouille, à ôter les tiraillements, les contradictions, et à faire jouer le tout d’une manière uniforme. La multitude des choses incompatibles entre elles qu’on fait dire et faire à Jean-Jacques, n’est, pour ainsi dire, que le magasin des matériaux dans lequel les entrepreneurs, faisant un triage, choisiront à loisir les choses assortissantes qui peuvent s’accorder, et, rejetant celles qui tranchent, répugnent, et se contredisent, parviendront bientôt à les faire oublier, après qu’elles auront produit leur effet. Inventez toujours, disent-ils aux ligueurs subalternes, nous nous chargeons de choisir et d’arranger après. Leur projet est, comme je vous l’ai dit, de faire une refonte générale de toutes les anecdotes recueillies ou fabriquées par leurs satellites, et de les arranger en un corps d’histoire disposée avec tant d’art, et travaillée avec tant de soin, que tout ce qui est absurde et contradictoire, loin de paraître un tissu de fables grossières, paraîtra l’effet de l’inconséquence de l’homme, qui ; avec des passions diverses et monstrueuses, voulait le blanc et le noir, et passait sa vie à faire et défaire, faute de pouvoir accomplir ses mauvais desseins.

Cet ouvrage, qu’on prépare de longue main, pour le publier d’abord après sa mort, doit, par les pièces et les preuves dont il sera muni, fixer si bien le jugement du public sur sa mémoire, que personne ne s’avise même de former là-dessus le moindre doute. On y affectera pour lui le même intérêt, la même affection dont l’apparence bien ménagée a entant d’effet de son vivant ; et, pour marquer plus d’impartialité, pour lui donner comme à regret un caractère affreux, on y joindra les éloges les plus outrés de sa plume et de ses talents, mais tournés de façon à le rendre odieux encore par là ; comme si dire et prouver également le pour et le contre, tout persuader et ne rien croire, eût été le jeu favori de son esprit. En un mot, l’écrivain de cette vie, admirablement choisi pour cela, saura, comme l’Aletes du Tasse,

Menteur adroit, savant dans l’art de nuire,

Sous la forme d’éloge habiller la satire.

However, with a little calculation and common sense, it becomes clear that so many things are incompatible with one another that it is absolutely impossible for him to have done all of them, or to have been in so many different places in such a short time; consequently, there is more fiction than truth in all these anecdotes put together. Moreover, the very same arguments that do not prevent some of these claims from being lies would in no way prove that others are true. The sheer quantity and strength of all these arguments are enough to arouse suspicion of a conspiracy; and therefore, all those claims that have not undergone legal scrutiny will lose their credibility, and all witnesses who have not been confronted with the accused will lose their authority. In the end, the only solid charges against him will be those that he himself admitted and for which he was unable to provide any justification; in other words, apart from the mistakes he confessed himself to having made—and of which your gentlemen have made such much use—there will be nothing at all to accuse him of.

It is in this conviction that it seems reasonable for him to console himself for the insults of his contemporaries and their injustice. No matter what they may do, his books, which will be passed down to future generations, will show that their author was not at all such as one tries to portray him; and his regular, simple, unchanging life, which has remained the same for so many years, will never correspond with the terrible character that people wish to attribute to him. The same will happen to this dark conspiracy—conceived in such deep secrecy, carried out with such great caution, and pursued with such zeal—as to all the works born of human passions, which are as transient and perishable as those who create them. One day, people will regard the century in which Jean-Jacques lived with the same horror that this century feels toward him; and that conspiracy, which seeks to immortalize its author, like the plot of Herostratus, will be regarded as a masterpiece of genius—and even more, of malice.

The Frenchman said, “I wholeheartedly join you in wishing for the fulfillment of this prediction, but I must admit that I do not have quite as much confidence in it; and judging by the way things have developed, I would say that many of the characters and events described in this story may actually be nothing more than inventions on the part of those who claimed to have witnessed them. It is certainly true that time often brings truth to light; but how can we be certain that it always does so, and on what evidence can we rely upon such claims? Many truths that have been hidden for a long time are finally revealed by some fortunate circumstances; yet perhaps millions more will remain forever obscured by lies, without any way for us to discover or bring them to light. After all, as long as they remain hidden, they are effectively non-existent to us. Remove the chance that leads to their revelation, and they will continue to be hidden forever; and who knows how many more there are that will never have such a chance? Therefore, let us not say that time always brings truth to light, for we simply do not know whether this is necessarily the case. It is far more plausible that, by gradually erasing all traces of truth, time often gives rise to lies, especially when those who have an interest in maintaining them are involved. As for the conjectures you base your hopes on for unraveling the mystery behind this conspiracy, I find them far less convincing than you do, having witnessed it up close myself. The league is too powerful, too well-organized, and too widespread to be dissolved so easily; and as long as it continues in its current form, it is far too dangerous to attempt to break away from it, unless one has a genuine interest in upholding justice. Among the many different individuals involved in this scheme, each of those who are leading it sees only those whom they are responsible for governing, at most those who are closely associated with them. The overall coordination of all these elements is only understood by those who are in charge, who work tirelessly to sort out the complexities, eliminate contradictions, and ensure that everything operates in a unified manner. All those seemingly incompatible elements that are attributed to Jean-Jacques are, in essence, just materials from which the ‘entrepreneurs’ will carefully select those parts that fit together logically and discard those that are contradictory or irrelevant, so as to make their claims seem convincing once they have achieved their intended effect. ‘Keep inventing,’ they tell the lower-ranking members of the league; ‘we will handle the selection and arrangement.’” Their project, as I have told you, is to completely overhaul all the anecdotes collected or fabricated by their “satellites,” and arrange them into a narrative that is so artfully structured and meticulously crafted that everything that is absurd or contradictory will not appear as a mere collection of crude fables, but rather as the result of human inconsistency—people who, driven by diverse and monstrous passions, desire both the opposite extremes and spend their lives creating and destroying things, unable in the end to carry out their evil intentions.

This work, which has been prepared for a long time to be published after his death, will, through the pieces and evidence it contains, so firmly establish public opinion regarding his memory that no one would even consider raising the slightest doubt about it. The same interest and affection that his carefully cultivated appearance commanded during his lifetime will be devoted to it; and to further appear impartial—and perhaps to give it an even more detestable character—the most exaggerated praises of his writing and talents will be included, yet presented in such a way as to make him seem all the more hateful. It is as if stating both the pros and cons, trying to persuade everyone while at the same time refusing to believe anything, had been the favorite pastime of his mind. In short, this writer, wonderfully chosen for this purpose, will, just like Aletes in Tasse’s tale.

A cunning liar, skilled in the art of causing harm.

Under the form of praise, satire is disguised.

Tuttavia, con un po’ di calcolo e buon senso, si può constatare che molte cose sono incompatibili tra loro; quindi è impossibile che abbia potuto fare tutto ciò, né trovarsi in così tanti luoghi diversi in così poco tempo. Di conseguenza, in tutte queste storie accumulate ci sono più invenzioni che verità. Inoltre, le stesse prove che non impediscono a alcune di essere menzogne non potrebbero mai dimostrare che altre siano vere. La forza e la quantità stessa di queste prove sono sufficienti per suscitare il sospetto di un complotto; quindi tutte quelle prove che non hanno subito un controllo legale perderanno la loro efficacia, tutti i testimoni che non sono stati confrontati con l’accusato perderanno la loro autorità, e rimarranno contro di lui soltanto le accuse di cui era a conoscenza e per le quali non è riuscito a difendersi. In altre parole, a parte gli errori che ha ammesso lui stesso e dai quali i vostri signori hanno tratto grandi conclusioni, non ci sarà nulla di concreto da rimproverargli.

È in questa convinzione che mi sembra ragionevole che si consoli degli oltraggi dei suoi contemporanei e della loro ingiustizia. Qualunque cosa possano fare, i suoi libri, trasmessi alla posterità, dimostreranno che il loro autore non fu affatto come si cerca di dipingerlo; inoltre, la sua vita regolare, semplice, uniforme, e sempre uguale nel corso di tanti anni, non potrà mai concordare con il carattere orribile che gli si vuole attribuire. Lo stesso vale per questo oscuro complotto, formato in un segreto così profondo, sviluppato con tante precauzioni e portato avanti con tanto zelo: come tutti i frutti delle passioni umane, anch’esso è effimero e destinato a perire. Arriverà un momento in cui si proverà lo stesso orrore per il secolo in cui visse Jean-Jacques di quanto questo secolo ne prova verso di lui; e quel complotto, che ha reso immortale il suo autore – proprio come Erostrato – sarà considerato un capolavoro di genio, o ancora di più, di malvagità.

Il francese: Con tutto il cuore mi unisco ai vostri desideri affinché questa profezia si avveri, ma ammetto di non averne molta fiducia; e considerando l’evoluzione che ha preso questa faccenda, penso che molti dei personaggi ed eventi descritti nella storia abbiano probabilmente come unico fondamento l’invenzione di coloro che hanno deciso di affermarli. Che il tempo faccia trionfare la verità è qualcosa che spesso accade; ma che ciò avvenga sempre, come possiamo saperlo, e su quale prova possiamo esserne certi? Molte verità a lungo nascoste vengono infine rivelate per caso; centomila altre, forse, rimarranno per sempre oscurate dal mentire, senza che abbiamo alcun modo di riconoscerle e farle emergere, perché, finché restano nascoste, per noi equivalgono a non esistere affatto. Eliminate il caso che ne fa scoprire una, e quella continuerà a rimanere nascosta; e chi sa quante altre ci siano, per le quali quel caso non arriverà mai? Quindi non diciamo che il tempo faccia sempre trionfare la verità, perché questo è qualcosa che non possiamo sapere con certezza; ed è molto più probabile che, cancellando gradualmente tutte le sue tracce, il tempo faccia spesso trionfare il mentire, soprattutto quando gli uomini hanno interesse a sostenerlo. Le congetture su cui credete che verrà svelato il mistero di questo complotto mi sembrano, a me che l’ho visto da vicino, molto meno plausibili delle vostre. La lega è troppo potente, troppo numerosa, troppo ben organizzata per potersi sciogliere facilmente; e finché esisterà così com’è, è troppo rischioso separarsene, quindi nessuno si avventurerà a farlo se non per motivi legati alla giustizia. Di tutti questi individui diversi che compongono questa rete, ognuno di coloro che la guidano vede soltanto chi deve governare, e al massimo coloro che gli sono vicini. L’azione complessiva dell’intera organizzazione è visibile solo ai dirigenti, i quali lavorano senza sosta per risolvere le contraddizioni, eliminare gli attriti e coordinare tutto in modo uniforme. Tutte quelle cose incompatibili tra loro che vengono fatte dire o fare a Jean-Jacques, sono, in sostanza, soltanto un insieme di materiali da cui i responsabili sceglieranno liberamente ciò che è compatibile e coerente, rifiutando tutto ciò che è contraddittorio e incompatibile, per poi far dimenticare quelle cose, una volta che avranno prodotto il loro effetto. “Inventate pure”, dicono ai membri inferiori della lega, “noi ci occuperemo di scegliere e organizzare tutto dopo”. Il loro progetto, come vi ho detto, consiste nel rielaborare completamente tutte le aneddoti raccolti o inventati dai loro “satelliti”, e di organizzarli in un racconto storico strutturato con grande arte e cura, in modo che tutto ciò che è assurdo e contraddittorio non appaia come una serie di favole volgari, ma piuttosto come l’espressione dell’incoerenza umana: un essere che, guidato da passioni diverse e mostruose, desiderava il bianco e il nero allo stesso tempo, e trascorreva la sua vita a creare e distruggere, incapace di realizzare i propri malvagi propositi.

Quest’opera, che viene preparata da tempo per essere pubblicata dopo la sua morte, dovrà, grazie alle testimonianze e alle prove che la renderanno completa, fissare in modo così deciso l’opinione del pubblico sulla sua memoria, che nessuno si azzardi nemmeno a nutrire il minimo dubbio al riguardo. Vi verrà dedicato lo stesso interesse, la stessa affetto di cui l’apparenza ben curata aveva avuto tanto effetto durante la sua vita; e, per dimostrare maggiore imparzialità, per conferirle, come se fosse un difetto, un carattere spiacevole, vi verranno aggiunti gli elogi più esagerati sulla sua penna e sui suoi talenti, ma presentati in modo tale da renderla ancora più odiosa; come se dire e dimostrare allo stesso tempo i pro e i contro, persuadere tutti senza credere a nulla fosse stato lo scopo preferito della sua mente. In breve, l’autore di questa opera, scelto con grande cura per questo compito, saprà, proprio come Aletes nel poema di Tasso.

Un abile bugiardo, esperto nell’arte di nuocere.

Vestire la satira con l’forma dell’elogio.

Ses livres, dites-vous, transmis à la postérité, déposeront en faveur de leur auteur. Ce sera, je l’avoue, un argument bien fort pour ceux qui penseront comme vous et moi sur ces livres. Mais savez-vous à quel point on peut les défigurer ? et tout ce qui a déjà été fait pour cela avec le plus grand succès ne prouve-t-il pas qu’on peut tout faire sans que le public le croie ou le trouve mauvais ? Cet argument tiré de ses livres a toujours inquiété nos messieurs. Ne pouvant les anéantir, et leurs plus malignes interprétations ne suffisant pas encore pour les décrier à leur gré, ils en ont entrepris la falsification ; et cette entreprise, qui semblait d’abord presque impossible, est devenue, par la connivence du public, de la plus facile exécution. L’auteur n’a fait qu’une seule édition de chaque pièce. Ces impressions éparses ont disparu depuis longtemps, et le peu d’exemplaires qui peuvent rester, cachés dans quelques cabinets, n’ont excité la curiosité de personne pour les comparer avec les recueils dont on affecte d’inonder le public. Tous ces recueils, grossis de critiques outrageantes, de libelles venimeux, et faits avec l’unique projet de défigurer les productions de l’auteur, d’en altérer les maximes, et d’en changer peu à peu l’esprit, ont été, dans cette vue, arrangés et falsifiés avec beaucoup d’art, d’abord seulement par des retranchements, qui, supprimant les éclaircissements nécessaires, altéraient le sens de ce qu’on laissait, puis par d’apparentes négligences qu’on pouvait faire passer pour des fautes d’impression, mais qui produisaient des contresens terribles, et qui, fidèlement transcrites à chaque impression nouvelle, ont enfin substitué, par tradition, ces fausses leçons aux véritables. Pour mieux réussir dans ce projet, on a imaginé de faire de belles éditions, qui, par leur perfection typographique, fissent tomber les précédentes et restassent dans les bibliothèques : et, pour leur donner un plus grand crédit, on a tâché d’y intéresser l’auteur même par l’appât du gain, et on lui a fait pour cela, par le libraire chargé de ces manœuvres, des propositions assez magnifiques pour devoir naturellement le tenter. Le projet était d’établir ainsi la confiance du public, de ne faire passer sous les yeux de l’auteur que des épreuves correctes, et de tirer à son insu les feuilles destinées pour le public, et où le texte eût été accommodé selon les vues de nos messieurs. Rien n’eût été si facile par la manière dont il est enlacé, que de lui cacher ce petit manège, et de le faire ainsi servir lui-même à autoriser la fraude dont il devait être la victime, et qu’il eut ignorée, croyant transmettre à la postérité une édition fidèle de ses écrits. Mais, soit dégoût, soit paresse, soit qu’il ait eu quelque vent du projet, non content de s’être refusé à la proposition, il a désavoué dans une protestation signée tout ce qui s’imprimerait désormais sous son nom. L’on a donc pris le parti de se passer de lui, et d’aller en avant comme s’il participait à l’entreprise. L’édition se fait par souscription, et s’imprime, dit-on, à Bruxelles, en beau papier, beau caractère, belles estampes. On n’épargnera rien pour la prôner dans toute l’Europe, et pour en vanter surtout l’exactitude et la fidélité, dont on ne doutera pas plus que de la ressemblance du portrait publié par l’ami Hume. Comme elle contiendra beaucoup de nouvelles pièces refondues ou fabriquées par nos messieurs, on aura grand soin de les munir de titres plus que suffisants auprès d’un public qui ne demande pas mieux que de tout croire, et qui ne s’avisera pas si tard de faire le difficile sur leur authenticité.

ROUSSEAU. — Mais, comment ? cette déclaration de Jean-Jacques, dont vous venez de parler, ne lui servira donc de rien pour se garantir de toutes ces fraudes ? et, quoi qu’il puisse dire, vos messieurs feront passer sans obstacle tout ce qu’il leur plaira d’imprimer sous son nom ?

LE FRANÇAIS. — Bien plus ; ils ont su tourner contre lui jusqu’à son désaveu. En le faisant imprimer eux-mêmes, ils en ont tiré pour eux un nouvel avantage, en publiant que, voyant ses mauvais principes mis à découvert et consignés dans ses écrits, il tâchait de se disculper en rendant leur fidélité suspecte. Passant habilement sous silence les falsifications réelles, ils ont fait entendre qu’il accusait d’être falsifiés des passages que tout le monde sait bien ne l’être pas ; et, fixant toute l’attention du public sur ces passages, ils l’ont ainsi détourné de vérifier leurs infidélités. Supposez qu’un homme, vous dise : Jean-Jacques dit qu’on lui a volé des poires, et il ment ; car il a son compte de pommes : donc on ne lui a point volé de poires. Ils ont exactement raisonné comme cet homme-là, et c’est sur ce raisonnement qu’ils ont persiflé sa déclaration. Ils étaient si sûrs de son peu d’effet, qu’en même temps qu’ils la faisaient imprimer ils imprimaient aussi cette prétendue traduction du Tasse tout exprès pour la lui attribuer, et qu’ils lui ont en effet attribuée, sans la moindre objection de la part du public ; comme si cette manière d’écrire aride et sautillante, sans liaison, sans harmonie, et sans grâce, était en effet la sienne. De sorte que, selon eux, tout en protestant contre tout ce qui paraîtrait désormais sous son nom, ou qui lui serait attribué, il publiait néanmoins ce barbouillage, non seulement sans s’en cacher, mais ayant grand-peur de n’en être pas cru l’auteur, comme il paraît par la préface singeresse qu’ils ont mise à la tête du livre.

Vous croyez qu’une balourdise aussi grossière, une aussi extravagante contradiction devait ouvrir les yeux à tout le monde et révolter contre l’impudence de nos messieurs, poussée ici jusqu’à la bêtise ? Point du tout : en réglant leurs manœuvres sur la disposition où ils ont mis le public, sur la crédulité qu’ils lui ont donnée, ils sont bien plus sûrs de réussir que s’ils agissaient avec plus de finesse. Dès qu’il s’agit de Jean-Jacques, il n’est besoin de mettre ni bon sens ni vraisemblance dans les choses qu’on en débite ; plus elles sont absurdes et ridicules, plus on s’empresse à n’en pas douter. Si d’Alembert ou Diderot s’avisaient d’affirmer aujourd’hui qu’il a deux têtes, en le voyant passer demain dans la rue, tout le monde lui verrait deux têtes très distinctement, et chacun serait très surpris de n’avoir pas aperçu plus tôt cette monstruosité.

Nos messieurs sentent si bien cet avantage et savent si bien s’en prévaloir, qu’il entre dans leurs plus efficaces ruses d’employer des manœuvres pleines d’audace et d’impudence au point d’en être incroyables, afin que, s’il les apprend et s’en plaint, personne n’y veuille ajouter foi. Quand, par exemple, un honnête imprimeur, Simon, dira publiquement à tout le monde que Jean-Jacques vient souvent chez lui voir et corriger les épreuves de ces éditions frauduleuses qu’ils font de ses écrits, qui est-ce qui croira que Jean-Jacques ne connaît pas l’imprimeur Simon, et n’avait pas même ouï parler de ces éditions quand ce discours lui revint ? Quand encore on verra son nom pompeusement étalé dans les listes des souscripteurs de livres de prix, qui est-ce qui, dès à présent et dans l’avenir, ira s’imaginer que toutes ces souscriptions prétendues sont là mises à son insu, ou malgré lui, seulement pour lui donner un air d’opulence et de prétention qui démente le ton qu’il a pris. Et cependant…

ROUSSEAU. — Je sais ce qu’il en est, car il m’a protesté n’avoir fait en sa vie qu’une seule souscription, savoir celle pour la statue de M. de Voltaire.

LE FRANÇAIS. — Hé bien, monsieur, cette seule souscription qu’il a faite est la seule dont on ne sait rien ; car le discret d’Alembert, qui l’a reçue, n’en a pas fait beaucoup de bruit. Je comprends bien que cette souscription est moins une générosité qu’une vengeance ; mais c’est une vengeance à la Jean-Jacques que Voltaire ne lui rendra pas.

Vous devez sentir, par ces exemples, que, de quelque façon qu’il s’y prenne, et dans aucun temps, il ne peut raisonnablement espérer que la vérité perce à son égard à travers les filets tendus autour de lui, et dans lesquels, en s’y débattant, il ne fait que s’enlacer davantage. Tout ce qui lui arrive est trop hors de l’ordre commun des choses pour pouvoir jamais être cru ; et ses protestations mêmes ne feront qu’attirer sur lui les reproches d’impudence et de mensonge que méritent ses ennemis.

You say that his books, being passed down to future generations, will speak in favor of their author. I must admit that this is a powerful argument for those who share your and my views on these works. But do you realize to what extent they can be distorted? And doesn’t all that has already been done to manipulate them, with such great success, prove that anything can be done without the public even realizing it or considering it wrong? This argument, drawn from his books, has always caused concern among our opponents. Unable to destroy them outright, and since their most malicious interpretations were not enough to slander them at will, they resorted to falsifying them. And this endeavor, which at first seemed almost impossible, became all the easier thanks to the complicity of the public. The author had only published one edition of each work. These scattered copies have long been lost, and the few that may still exist, hidden away in some private collections, have never aroused anyone’s curiosity enough to compare them with the collected editions that are now flooding the market. All these collections, filled with outrageous criticisms and venomous slander, were created with the sole intent of distorting the author’s works, altering their principles, and gradually changing their meaning. To achieve this goal, great care was taken in their compilation and falsification: at first, by removing necessary clarifications that would have altered the meaning of what remained; then, by apparent oversights that could be mistaken for printing errors, but which actually produced terrible misunderstandings. And these distorted versions were faithfully reproduced in every subsequent edition, gradually replacing the original text. To make this scheme even more successful, elaborate editions were created, their perfect typographic quality ensuring that earlier versions would be forgotten and these new ones would remain in libraries. Moreover, to give them greater credibility, efforts were made to involve the author himself through the lure of profit—proposals so attractive that they could naturally tempt him. The plan was to gain the public’s trust, to present only corrected editions to the author, while secretly producing those intended for the market, where the text would be altered according to our opponents’ wishes. Given how everything was intertwined, it would have been extremely easy to conceal this deception, using the very works of the author to legitimize the fraud he would ultimately become a victim of, without his ever knowing it—believing that he was preserving an authentic edition of his writings for future generations. But either out of disgust, laziness, or some awareness of the scheme, he refused the offer and publicly denounced everything that would now be published under his name. Therefore, it was decided to proceed without him, as if he were participating in the project. The edition is being funded through subscriptions and is said to be printed in Brussels on high-quality paper, using beautiful typefaces and exquisite illustrations. Every effort will be made to promote it throughout Europe, especially highlighting its accuracy and fidelity—qualities of which there is no doubt, just as there is no doubt about the resemblance to the portrait published by our friend Hume. Since the edition will contain many new pieces that have been revised or created by our scholars, great care will be taken to provide them with titles that are more than sufficient to convince an audience that is willing to believe everything without question and that will not think to doubt their authenticity until it is too late.

ROUSSEAU. — But how is that possible? This declaration by Jean-Jacques, about which you just spoke, will not serve him at all in protecting himself from all these frauds, will it? And no matter what he says, your gentlemen will print whatever they please under his name without any obstacles?

THE FRENCH. — Even more; they managed to turn things against him until he was forced to retract his statements. By having them printed themselves, they gained a new advantage: they published claims that, now that his bad principles had been exposed and recorded in his writings, he was trying to defend himself by casting doubt on the fidelity of those who had reproduced them. Skillfully ignoring the actual forgeries, they made it seem as if he were accusing certain passages of being falsified when everyone knew they were genuine; by focusing public attention on these passages, they distracted people from examining the real falsifications. Suppose someone told you: “Jean-Jacques claims that his pears have been stolen, but he is lying—since he has enough apples, it means no pears were stolen.” They reasoned just like that man and used this very argument to mock his statement. They were so confident that their tactic would be effective that, while having his statement printed, they also had a supposed translation of Tasso’s works printed alongside it, deliberately attributing it to him—and the public accepted it without any doubt, as if that dry, disjointed, harmonious-less, and graceless style of writing truly belonged to him. In their view, even though he protested against everything that might now appear in his name or be attributed to him, he was still publishing those distortions—not only without hiding them but also seemingly fearing that people would not believe they were his own; as evidenced by the mocking preface they placed at the beginning of the book.

Do you think that such an outrageous absurdity, such an extravagant contradiction, would have been enough to make everyone see the truth and to revolt against the sheer audacity of our gentlemen, who have taken it to such extremes as stupidity? Not at all: by adjusting their tactics according to the position they have placed the public in, and according to the credulity they have inspired in them, they are far more certain of success than if they had acted with greater subtlety. When it comes to Jean-Jacques, there is no need to apply any common sense or logic to what is said about him; the more absurd and ridiculous those claims are, the more eager people are to believe them without question. If d’Alembert or Diderot were to claim today that he has two heads, and everyone saw him walking down the street tomorrow, everyone would clearly notice his two heads, and everyone would be surprised that they hadn’t noticed such a monstrous thing before.

Our gentlemen are so well aware of this advantage and know how to make use of it so adeptly that they resort to the most audacious and impudent tactics—tactics so incredible in fact, that no one would believe them if they were revealed. For instance, when an honest printer like Simon publicly declares that Jean-Jacques often visits him to review and correct the fraudulent editions of his writings being produced, who would believe that Jean-Jacques doesn’t know about printer Simon, or has never even heard of these publications? And when people see his name prominently listed among subscribers to these so-called “prize books,” who could possibly think, now or in the future, that all these subscriptions are actually made without his knowledge—or even against his will—just to give him an appearance of wealth and pretension that completely contradicts the tone of his actual writings? And yet.

ROUSSEAU. — I know what the truth is, for he told me that in his entire life he had only made one subscription, and that was for the statue of Mr. de Voltaire.

THE FRENCHMAN: Well, sir, this single subscription that he made is the only one about which we know nothing; for the discreet Alembert, who received it, did not make much of a fuss about it. I quite understand that this subscription is less an act of generosity than an act of vengeance; but it is a vengeance in the Jean-Jacques style—which Voltaire will never repay him for.

You must realize, from these examples, that no matter what he does or in what time frame, it is utterly unreasonable for him to expect the truth about himself to emerge through the nets that have been cast around him—nets within which, as he struggles to free himself, he only manages to entangle himself further. Everything that happens to him is too far removed from the ordinary course of things to ever be believed; and even his own protests will only draw upon him the accusations of impudence and falsehood that his enemies deserve.

Si dice che i suoi libri, trasmessi alla posterità, possano testimoniare a favore del loro autore. Ammetto che questo sia un argomento molto convincente per coloro che la pensano come voi e me riguardo a questi libri. Ma sapete fino a che punto si possono distorcerne il significato? E tutto ciò che è già stato fatto in questo senso, con grande successo, non dimostra forse che si può fare di tutto senza che il pubblico se ne accorga o lo consideri sbagliato? Questo argomento tratto dai suoi libri ha sempre suscitato preoccupazione nei nostri detrattori. Non potendo distruggerli, e poiché le loro interpretazioni più malvagie non erano sufficienti per diffamarli a piacimento, hanno deciso di falsificarli; un’impresa che inizialmente sembrava quasi impossibile è diventata, con la complicità del pubblico, estremamente facile da realizzare. L’autore aveva stampato solo una edizione di ciascuna delle sue opere; queste copie sparse sono scomparse da tempo, e i pochi esemplari che potrebbero esserci rimasti, nascosti in qualche biblioteca, non hanno suscitato la curiosità di nessuno di confrontarli con le raccolte che venivano diffuse al pubblico. Tutte queste raccolte, arricchite di critiche offensive e libelli velenosi, e realizzate con l’unico scopo di distorcere le opere dell’autore, alterarne i principi e gradualmente cambiarne il significato, sono state organizzate e falsificate con grande abilità: prima attraverso tagli che eliminavano gli spiegamenti necessari, alterando così il senso del testo; poi attraverso apparenti errori di stampa che causavano terribili fraintendimenti; infine, queste false versioni sono state diffuse come autentiche. Per rendere questo piano ancora più efficace, si è pensato di realizzare edizioni di grande qualità, che, grazie alla loro perfezione tipografica, avrebbero fatto dimenticare quelle precedenti e sarebbero rimaste nelle biblioteche; inoltre, per dar loro maggiore credibilità, si è cercato di coinvolgere l’autore stesso nell’operazione, offrendogli opportunità economiche allettanti. L’obiettivo era quello di conquistare la fiducia del pubblico, far passare all’autore solo copie corrette delle sue opere e stampare in segreto quelle destinate al pubblico, nelle quali il testo veniva modificato secondo i desideri dei nostri detrattori. Tutto ciò sarebbe stato estremamente facile, data la complessità del sistema utilizzato per nascondere questa manipolazione; l’autore stesso avrebbe così contribuito a rendere legittima la frode di cui sarebbe stato vittima, senza nemmeno sospettarlo, credendo di trasmettere alla posterità un’edizione fedele delle sue opere. Ma, per disgusto, pigrizia o perché aveva intuito il piano, si è rifiutato di accettare queste proposte e ha pubblicamente denunciato tutto ciò che avrebbe potuto essere stampato sotto il suo nome. Si è quindi deciso di fare a meno di lui e di procedere come se partecipasse effettivamente all’iniziativa. L’edizione viene realizzata tramite sottoscrizioni e, si dice, venga stampata a Bruxelles su carta di buona qualità, con caratteri eleganti e illustrazioni raffinate. Non si risparmierà nulla per promuoverla in tutta Europa, soprattutto per lodarne l’accuratezza e la fedeltà ai fatti, delle quali non si dubiterà certo, così come della somiglianza con il ritratto pubblicato dall’amico Hume. Poiché l’opera conterrà molte nuove composizioni rielaborate o create dai nostri autori, verranno prestati grande cura nel fornire loro titoli sufficientemente convincenti per un pubblico che non desidera altro che credere ciecamente in tutto ciò che gli viene presentato, e che probabilmente non si renderà conto troppo tardi della possibilità di mettere in dubbio la loro autenticità.

ROUSSEAU. — Ma come? Questa dichiarazione di Jean-Jacques, di cui avete appena parlato, non gli servirà quindi a nulla per proteggersi da tutte queste frodi? E, qualunque cosa possa dire, i vostri signori faranno passare senza ostacoli tutto ciò che vorranno stampare a suo nome?

Il francese: Molto di più; sono riusciti a usarlo contro di lui fino al punto di costringerlo ad ammettere il proprio errore. Facendolo stampare loro stessi, ne hanno tratto un nuovo vantaggio, pubblicando così che, vedendo i propri cattivi principi esposti e registrati nei suoi scritti, cercasse di difendersi accusando la fedeltà dei suoi seguaci di essere sospetta. Ignorando abilmente le vere falsifiche, hanno fatto credere che egli accusasse di essere state alterate delle parti che tutti sapevano benissimo non esserlo; e attirando l’attenzione del pubblico su questi passaggi, lo hanno così distolto dal verificare le loro menzogne. Immaginate che qualcuno vi dica: “Jean-Jacques afferma che gli siano state rubate delle pere, ma mente; poiché possiede delle mele, quindi non gli sono state rubate alcune pere”. Hanno ragionato esattamente come quell’uomo, e proprio su questa logica hanno deriso la sua dichiarazione. Erano così sicuri che tale affermazione non avrebbe avuto alcun effetto, che contemporaneamente alla stampa della sua dichiarazione, hanno fatto stampare anche quella presunta traduzione del Tasso, apposta per attribuirla a lui; e l’hanno effettivamente attribuita senza che il pubblico sollevasse la minima obiezione, come se quel modo di scrivere arido, disordinato, privo di coerenza e grazia fosse davvero il suo. In questo modo, secondo loro, pur protestando contro tutto ciò che da allora in poi sarebbe apparso sotto il suo nome o gli sarebbe stato attribuito, egli continuava comunque a pubblicare quei testi falsificati, non solo senza nasconderlo, ma addirittura temendo di non essere creduto come loro autore, come dimostra la prefazione ironica che hanno inserito all’inizio del libro.

Pensate davvero che una stupidaggine così grossolana, una contraddizione così assurda dovessero far aprire gli occhi a tutti e suscitare indignazione contro l’impudenza dei nostri signori, portata fino al limite della follia? Assolutamente no: pianificando le loro azioni in base alla disposizione del pubblico e alla credulità che hanno suscitato in lui, sono molto più sicuri di riuscire che se agissero con maggiore astuzia. Quando si tratta di Jean-Jacques, non c’è bisogno né di buon senso né di verosimiglianza nelle cose che si dicono su di lui; più queste sono assurde e ridicole, più ci si affretta a non dubitarne. Se d’Alembert o Diderot osassero oggi affermare che Jean-Jacques ha due teste, vedendolo passare domani per strada, tutti noterebbero chiaramente le sue due teste e sarebbero molto sorpresi di non averla notata prima.

I nostri signori percepiscono così bene questo vantaggio e sanno sfruttarlo con tale abilità, che fanno parte delle loro strategie più efficaci l’utilizzo di manovre piene di audacia e impudenza, al punto da renderle incredibili; in modo che, anche se qualcuno le venisse a sapere e se ne lamentasse, nessuno le prendesse sul serio. Ad esempio, quando un onesto stampatore, Simon, dichiarerà pubblicamente che Jean-Jacques va spesso da lui per controllare e correggere le bozze di queste edizioni fraudolente dei suoi scritti, chi crederebbe che Jean-Jacques non conoscesse l’editore Simon, o che nemmeno avesse mai sentito parlare di queste edizioni? E quando poi si vedrà il suo nome stampato in modo pomposo nelle liste degli abbonati ai libri premiati, chi potrebbe pensare, anche solo per il futuro, che tutte queste iscrizioni siano state fatte a sua insaputa o contro la sua volontà, soltanto per dare l’impressione di una ricchezza e di un prestigio che in realtà non possiede? Eppure.

ROUSSEAU: — So bene com’è la situazione, perché mi ha assicurato di aver fatto nella sua vita una sola sottoscrizione, e cioè quella per la statua del signor de Voltaire.

Il francese: — Beh, signore, questa singola sottoscrizione che ha effettuato è l’unica di cui non si sa nulla; infatti il discreto d’Alembert, che l’ha ricevuta, non ne ha fatto molto rumore. Capisco bene che questa sottoscrizione sia meno una generosità che una vendetta, ma si tratta di una vendetta nel stile di Jean-Jacques, che Voltaire non gli restituirà mai.

Dai questi esempi dovete capire che, in qualunque modo si comporti e in qualsiasi momento ciò avvenga, non può mai ragionevolmente sperare che la verità venga a conoscenza di lui attraverso le reti tese intorno a lui; anzi, nel tentativo di liberarsene, finisce solo per impigliarsi ancora di più in esse. Tutto ciò che gli accade è troppo lontano dall’ordine comune delle cose per poter essere mai creduto; e le sue stesse proteste non faranno altro che attirare su di lui le accuse di impudenza e menzogna che meritano i suoi nemici.

Donnez à Jean-Jacques un conseil, le meilleur peut-être qui lui reste à suivre, environné comme il est d’embûches et de pièges où chaque pas ne peut manquer de l’attirer : c’est de rester, s’il se peut, immobile, de ne point agir du tout[415], de n’acquiescer à rien de ce qu’on lui propose, sous quelque prétexte que ce soit, et de résister même à ses propres mouvements tant qu’il peut s’abstenir de les suivre. Sous quelque face avantageuse qu’une chose à faire ou à dire se présente à son esprit, il doit compter que dès qu’on lui laisse le pouvoir de l’exécuter, c’est qu’on est sûr d’en tourner l’effet contre lui, et de la lui rendre funeste. Par exemple, pour tenir le public en garde contre les falsifications de ses livres, et contre tous les écrits pseudonymes qu’on fait courir journellement sous son nom, qu’y avait-il de meilleur en apparence et dont on pût moins abuser pour lui nuire, que la déclaration dont nous venons de parler ? Et cependant vous seriez étonné du parti qu’on a tiré de cette déclaration pour un effet tout contraire ; et il a dû sentir cela de lui-même par le soin qu’on a pris de la faire imprimer à son insu : car il n’a sûrement pas pu croire qu’on ait pris ce soin pour lui faire plaisir. L’écrit sur le gouvernement de Pologne[416], qu’il n’a fait que sur les plus touchantes instances, avec le plus parfait désintéressement, et par les seuls motifs de la plus pure vertu, semblait ne pouvoir qu’honorer son auteur et le rendre respectable, quand même cet écrit n’eût été qu’un tissu d’erreurs. Si vous saviez par qui, pour qui, pourquoi cet écrit était sollicité, l’usage qu’on s’est empressé d’en faire, et le tour qu’on a su lui donner, vous sentiriez parfaitement combien il eût été à désirer pour l’auteur que, résistant à toute cajolerie, il se refusât à l’appât de cette bonne œuvre qui, de la part de ceux qui la sollicitaient avec tant d’instance, n’avait pour but que de la rendre pernicieuse pour lui. En un mot, s’il connaît sa situation, il doit comprendre, pour peu qu’il y réfléchisse, que toute proposition qu’on lui fait, et quelque couleur qu’on y donne, a toujours un but qu’on lui cache, et qui l’empêcherait d’y consentir si ce but lui était connu. Il doit sentir surtout que le motif de faire du bien ne peut être qu’un piège pour lui de la part de ceux qui le lui proposent, et pour eux un moyen réel de faire du mal à lui ou par lui, pour le lui imputer dans la suite ; qu’après l’avoir mis hors d’état de rien faire d’utile aux autres ni à lui-même, on ne peut plus lui présenter un pareil motif que pour le tromper ; qu’enfin, n’étant plus, dans sa position, en puissance de faire aucun bien, tout ce qu’il peut désormais faire de mieux est de s’abstenir tout-à-fait d’agir, de peur de mal faire, sans le voir ni le vouloir, comme cela lui arrivera infailliblement chaque fois qu’il cédera aux instances des gens qui l’environnent, et qui ont toujours leur leçon toute faite sur les choses qu’ils doivent lui proposer. Surtout qu’il ne se laisse point émouvoir par le reproche de se refuser à quelque bonne œuvre ; sûr, au contraire, que si c’était réellement une bonne œuvre, loin de l’exhorter à y concourir, tout se réunirait pour l’en empêcher, de peur qu’il n’en eût le mérite, et qu’il n’en résultât quelque effet en sa faveur.

Par les mesures extraordinaires qu’on prend pour altérer et défigurer ses écrits, et pour lui en attribuer auxquels il n’a jamais songé, vous devez juger que l’objet de la ligue ne se borne pas à la génération présente, pour qui ces soins ne sont plus nécessaires : et puisque ayant sous les yeux ses livres, tels à peu près qu’il les a composés, on n’en a pas tiré l’objection qui nous paraît si forte à l’un et à l’autre contre l’affreux caractère qu’on prête à l’auteur, puisqu’au contraire on les a su mettre au rang de ses crimes, que la Profession de foi du vicaire est devenue un écrit impie, l’Héloïse un roman obscène, le Contrat social un livre séditieux ; puisqu’on vient de mettre à Paris Pygmalion, malgré lui, sur la scène, tout exprès pour exciter ce risible scandale qui n’a fait rire personne, et dont nul n’a senti la comique absurdité ; puisque enfin ces écrits tels qu’ils existent n’ont pas garanti leur auteur de la diffamation de son vivant, l’en garantiront-ils mieux après sa mort, quand on les aura mis dans l’état projeté pour rendre sa mémoire odieuse, et quand les auteurs du complot auront eu tout le temps d’effacer toutes les traces de son innocence et de leur imposture ? Ayant pris toutes leurs mesures en gens prévoyants et pourvoyants qui songent à tout, auraient-ils oublié la supposition que vous faites du repentir de quelque complice, du moins à l’heure de la mort, et les déclarations incommodes qui pourraient en résulter s’ils n’y mettaient ordre ?

Non, monsieur ; comptez que toutes leurs mesures sont si bien prises, qu’il leur reste peu de chose à craindre de ce côté-là.

Parmi les singularités qui distinguent le siècle où nous vivons de tous les autres, est l’esprit méthodique et conséquent qui depuis vingt ans dirige les opinions publiques. Jusqu’ici ces opinions erraient sans suite et sans règle au gré des passions des hommes, et ces passions, s’entrechoquant sans cesse, faisaient flotter le public de l’une à l’autre sans aucune direction constante. Il n’en est plus de même aujourd’hui. Les préjugés eux-mêmes ont leur marche et leurs règles ; et ces règles, auxquelles le public est asservi sans qu’il s’en doute, s’établissent uniquement sur les vues de ceux qui le dirigent. Depuis que la secte philosophique s’est réunie en un corps sous des chefs, ces chefs, par l’art de l’intrigue auquel ils se sont appliqués, devenus les arbitres de l’opinion publique, le sont par elle de la réputation, même de la destinée des particuliers, et, par eux, de celle de l’état. Leur essai fut fait sur Jean-Jacques, et la grandeur du succès, qui dut les étonner eux-mêmes, leur fit sentir jusqu’où leur crédit pouvait s’étendre. Alors ils songèrent à s’associer des hommes puissants, pour devenir avec eux les arbitres de la société ; ceux surtout qui, disposés comme eux aux secrètes intrigues et aux mines souterraines, ne pouvaient manquer de rencontrer et d’éventer souvent les leurs. Ils leur firent sentir que, travaillant de concert, ils pouvaient étendre tellement leurs rameaux sous les pas des hommes, que nul ne trouvât plus d’assiette solide et ne pût marcher que sur des terrains contreminés. Ils se donnèrent des chefs principaux qui, de leur côté, dirigeant sourdement toutes les forces publiques sur les plans convenus entre eux, rendent infaillible l’exécution de tous leurs projets. Ces chefs de la ligue philosophique la méprisent, et n’en sont pas estimés ; mais l’intérêt commun les tient étroitement unis les uns aux autres, parce que la haine ardente et cachée est la grande passion de tous, et que, par une rencontre assez naturelle, cette haine commune est tombée sur les mêmes objets. Voilà comment le siècle où nous vivons est devenu le siècle de la haine et des secrets complots ; siècle où tout agit de concert sans affection pour personne, où nul ne tient à son parti par attachement, mais par aversion pour le parti contraire, où, pourvu qu’on fasse le mal d’autrui, nul ne se soucie de son propre bien.

ROUSSEAU. — C’était pourtant chez tous ces gens si haineux que vous trouviez pour Jean-Jacques une affection si tendre.

LE FRANÇAIS. — Ne me rappelez pas mes torts ; ils étaient moins réels qu’apparents. Quoique tous ces ligueurs m’eussent fasciné l’esprit par un certain jargon papilloté, toutes ces ridicules vertus, si pompeusement étalées, étaient presque aussi choquantes à mes yeux qu’aux vôtres. J’y sentais une forfanterie que je ne savais pas démêler ; et mon jugement, subjugué mais non satisfait, cherchait les éclaircissements que vous m’avez donnés, sans savoir les trouver de lui-même.

Give Jean-Jacques a piece of advice—perhaps the best one left for him to follow, considering how surrounded he is by pitfalls and traps where every step he takes seems certain to lead him into danger: stay immobile if possible, take no action at all[415], refuse to agree to anything that is offered to him, under any pretext whatsoever, and even resist his own impulses whenever he can avoid acting on them. No matter how seemingly beneficial an action or statement may appear to him, he must realize that once given the power to carry it out, it will surely be used against him and turn out to be harmful. For example, in order to guard the public against the falsifications of his books and all the pseudonymous writings circulated under his name every day, what could have seemed like a better means, one less likely to be abused against him, than the declaration we just mentioned? Yet you would be surprised at the way this declaration was used to achieve the exact opposite effect; he must have realized this himself from the fact that people went to such lengths as having it printed without his knowledge—because surely he could not have believed they did it out of kindness toward him. The written statement regarding the government of Poland[416], which he had drafted only under the most pressing circumstances, with complete disinterest, and solely out of pure moral motives, seemed destined to honor its author and make him respectable—even if it contained many errors. If you knew who requested this document, for what purpose, and how it was subsequently used, you would understand how unfortunate it was for the author that he, despite resisting all persuasion, fell for the lure of what appeared to be a good deed, when in reality those who sought it had only one intention: to turn it against him. In short, if he understands his own situation, he must realize that any proposal made to him, no matter what guise it takes, always hides a hidden motive that would prevent him from agreeing if he were aware of it. He must especially understand that the so-called “motives for doing good” are often nothing but traps set by those who offer them, intended either to harm him directly or indirectly, or to blame him later on for their actions. Since he is in a position where he can no longer do anything beneficial for others or himself, the best thing he can do is to refrain entirely from acting—out of fear of causing harm, even if he does not intend to. This will inevitably happen whenever he yields to the pressures of those surrounding him, who always have their plans ready for what they propose to him. Especially since he is not in the least affected by the reproach that he refuses to engage in some good deed; on the contrary, if it were truly a good deed, everything would conspire to prevent him from participating in it—out of fear that he might merit it and thus some benefit might result for him.

By taking such extraordinary measures as to alter and distort his writings, and to attribute to him ideas he never had in mind, you must conclude that the purpose of this league is not limited to the present generation—for whom such efforts are no longer necessary. Moreover, since people have examined his books in their original form, as he himself composed them, they have not found any argument against the terrible character allegedly attributed to him; on the contrary, these works have even been included among his “crimes.” The “Vicaire’s Profession” has become an impious text, “Héloïse” a obscene novel, and “The Social Contract” a seditious book. Just recently, “Pygmalion” was put on stage in Paris against the author’s will, solely to provoke this ridiculous scandal that caused no one any amusement but only felt its comic absurdity. Finally, since these works in their current form did not protect their author from slander during his lifetime, will they do so after his death, when they have been manipulated to make his memory despised, and when the conspirators will have had ample time to erase every trace of his innocence and their own deceit? Having taken all these precautions as prudent and thorough individuals who consider everything, have they perhaps overlooked the possibility that some accomplice might repent at the moment of death, and the embarrassing consequences that such a confession could entail if not addressed promptly?

No, sir; you may be assured that all their measures have been taken so carefully that they have little to fear in that regard.

Among the peculiarities that distinguish the century in which we live from all others is the methodical and consistent spirit that has guided public opinion for the past twenty years. Until now, these opinions have wandered aimlessly and without any order, at the mercy of human passions; and these passions, constantly clashing with one another, have left the public adrift, without any steady direction. But things are different today. Even prejudices themselves follow certain paths and rules; and these rules, to which the public is subjected without even realizing it, are established solely based on the views of those who guide it. Since the philosophical sect has come together under a common leadership, these leaders, through the art of intrigue they have mastered, have become the arbiters of public opinion—and, by extension, of the reputation and even the fate of individuals, as well as of the state itself. Their experiment was first tried on Jean-Jacques; the tremendous success that surprised them even made them realize how far their influence could extend. Then they thought of associating themselves with powerful men, in order to become together the arbiters of society. In particular, those who, like them, were adept at secret intrigues and underhanded schemes would surely often encounter and thwart their opponents’ plans. They made these people understand that by working together in concert, they could extend their influence so extensively that no one would find any solid ground beneath their feet, and that everyone would have to tread on treacherous terrain. They appointed chief leaders who, on their part, silently directed all public forces along the paths agreed upon between them, ensuring the flawless execution of all their plans. These leaders of the philosophical league despise it and are not respected for it; but a common interest binds them closely together, for intense and hidden hatred is the dominant passion of all of them—and, by a rather natural coincidence, this shared hatred has focused on the same targets. Such is how the century in which we live has become a century of hatred and secret conspiracies—a century in which everything is done in concert, without any genuine affection for anyone; a century in which no one supports their own cause out of loyalty, but rather out of aversion toward the opposing side; a century in which, so long as one can inflict harm on others, no one cares about their own well-being.

ROUSSEAU. — Yet it was among all these people filled with hatred that you found such tender affection for Jean-Jacques.

THE FRENCHMAN: — Do not remind me of my faults; they were less real than apparent. Although all those members of the league captivated my mind with their peculiar jargon and their ridiculously ostentatious virtues, they were almost as shocking to my eyes as to yours. I sensed in them a kind of arrogance that I was unable to discern; and my judgment, though subdued, was not satisfied. It sought the clarifications you provided me, yet was unable to find them on its own.

Date a Jean-Jacques un consiglio: forse il migliore che gli resti da seguire, considerando in quale ambiente di insidie e trappole si trovi, dove ogni passo potrebbe attirarlo nei guai. Il consiglio è di rimanere immobile, di non agire affatto, di non accettare nulla di ciò che gli viene proposto, sotto qualsiasi pretesto, e persino di resistere ai propri impulsi se possibile. Per quanto vantaggiosa possa sembrare un’azione o una dichiarazione, bisogna considerare che lasciare a qualcuno il potere di attuarla significa essere certi che tale azione verrà utilizzata contro di lui e gli causerà danno. Ad esempio, per tenere il pubblico all’erta dalle falsificazioni dei suoi libri e da tutti gli scritti pseudonimi diffusi sotto il suo nome, quale mezzo potrebbe sembrare più adatto e meno pericoloso? Eppure si è approfittato in modo contrario di questa dichiarazione; lui stesso deve essersene reso conto, visto che è stata fatta stampare a sua insaputa: sicuramente non poteva credere che ciò fosse fatto per compiacerlo. Quell’opera sul governo della Polonia, scritta soltanto su insistenza di persone sincere e disinteressate, sembrava destinata ad onorare il suo autore e a renderlo rispettabile, anche se in realtà era piena di errori. Se sapeste da chi, per quale motivo tale opera è stata richiesta, come ne è stato fatto uso e con quali intenti, capireste perfettamente quanto sarebbe stato meglio per l’autore rifiutarsi di cedere alle pressioni, evitando così che un’azione apparentemente nobile si rivelasse in realtà dannosa. In breve: se conosce la sua situazione, deve rendersi conto che qualsiasi proposta gli venga fatta, per quanto presentata in modo lusinghiero, nasconde sempre uno scopo segreto; se quel scopo fosse noto a lui, non accetterebbe mai tale proposta. Deve soprattutto capire che il vero motivo di offrire aiuto può essere soltanto una trappola per lui da parte di coloro che lo propongono, e un mezzo per loro di fargli del male o di usarlo a proprio vantaggio in futuro; che, dopo averlo reso incapace di fare del bene sia agli altri che a se stesso, non gli si può più offrire alcun aiuto se non con l’intento di ingannarlo. In definitiva, essendo nella sua posizione impossibilitato a compiere azioni utili, la cosa migliore da fare è astenersi completamente dall’agire, per evitare di causare danno senza nemmeno rendersene conto, proprio come accadrà inevitabilmente ogni volta che cederà alle pressioni delle persone che lo circondano. Soprattutto perché non si lascia influenzare dalle rimproveri per il rifiuto di partecipare a qualche buona azione; anzi, è convinto che, se davvero si trattasse di una buona azione, tutto ciò che potrebbe esserci per incoraggiarlo ad essa partecipare finirebbe per impedirglielo, per paura che non ne ottenesse il merito e che questo non gli portasse qualche vantaggio.

Con le misure straordinarie che si adottano per alterare e deformare i suoi scritti, attribuendogli cose di cui egli non ha mai nemmeno pensato, si deve dedurre che l’obiettivo di questa congiura non si limiti alla generazione attuale, per la quale tali manipolazioni non sono più necessarie. E poiché, avendo davanti ai nostri occhi i suoi libri, esattamente come li ha composti, nessuno ha sollevato quelle obiezioni che ci sembrano così valide contro il carattere orribile che si attribuisce all’autore; anzi, questi stessi scritti sono stati addirittura inseriti tra i suoi “crimini”. La “Professione di fede” del vescovo è diventata un testo empio, l’“Eloisa” un romanzo osceno, il “Contratto sociale” un libro sovversivo. Inoltre, si è appena fatto sì che “Pygmalion” venisse messo in scena a Parigi, proprio per suscitare uno scandalo ridicolo che non ha fatto ridere nessuno e la cui assurdità comica è evidente a tutti. Infine, poiché questi scritti, così come esistono attualmente, non hanno potuto garantire all’autore protezione dalla diffamazione durante la sua vita, potranno forse farlo dopo la sua morte, quando verranno manipolati al fine di rendere la sua memoria odiosa, e quando i responsabili di questo complotto avranno tutto il tempo necessario per cancellare ogni traccia della sua innocenza e della loro menzogna? Avendo preso tutte queste precauzioni, come persone previdenti e attente a ogni dettaglio, avrebbero forse dimenticato la possibilità che alcuni complici possano pentirsi, almeno nel momento della morte. E le conseguenze scomode che ne potrebbero derivare, se non si intervenisse tempestivamente?

No, signore; possiate essere certo che tutte le loro misure sono state prese con estrema attenzione, quindi non hanno molto da temere in questo senso.

Tra le peculiarità che distinguono il secolo in cui viviamo da tutti gli altri, vi è lo spirito metodico e coerente che, da vent’anni a questa parte, guida l’opinione pubblica. Fino ad oggi, queste opinioni vagavano senza direzione né regole, seguendo soltanto le passioni umane; queste passioni, scontrandosi continuamente, facevano sì che il pubblico oscillasse da un’estremità all’altra senza alcuna guida stabile. Oggi non è più così: anche i pregiudizi hanno ormai una loro direzione e delle loro regole; queste regole, alle quali il pubblico obbedisce senza nemmeno rendersene conto, si basano esclusivamente sulle opinioni di coloro che lo guidano. Da quando la setta filosofica si è unita sotto un’unica guida, questi capi, grazie all’arte dell’intrigo a cui si sono dedicati, sono diventati gli arbitri dell’opinione pubblica; e, di conseguenza, anche degli onori e persino del destino dei singoli individui, nonché del destino dello stato stesso. Il loro esperimento fu condotto su Jean-Jacques, e il successo straordinario ottenuto li sorprese, facendogli comprendere fino a che punto potesse estendersi la loro influenza. Allora pensarono di unirsi ad uomini potenti, per diventare insieme gli arbitri della società; soprattutto coloro che, come loro, erano abili nelle intrighi segreti e nelle manovre sotterranee, e quindi avevano tutte le possibilità di scoprire e neutralizzare qualsiasi tentativo avversario. Fecero capire a questi individui che, lavorando insieme, potevano estendere così tanto la loro influenza da rendere impossibile per chiunque trovare un terreno sicuro su cui poggiare i piedi; tutti si trovavano quindi in situazioni pericolose e instabili. Si diedero dei capi principali che, da parte loro, dirigevano silenziosamente tutte le forze pubbliche secondo piani concordati in anticipo, garantendo così l’esecuzione perfetta di tutti i loro progetti. Questi capi della lega filosofica la disprezzano e non sono stimati dalla gente comune; tuttavia, l’interesse comune li unisce strettamente, perché l’odio ardente e nascosto è la passione dominante di tutti loro, e questa stessa passione si è concentrata su obiettivi identici. Ecco come il secolo in cui viviamo è diventato il secolo dell’odio e dei complotti segreti; un secolo in cui tutto avviene in modo coordinato, senza alcun sentimento sincero per nessuno; un secolo in cui nessuno sostiene una fazione per affetto, ma soltanto per avversione verso l’avversaria; un secolo in cui, purché si possa fare del male agli altri, a nessuno importa più del proprio bene.

ROUSSEAU: — Eppure, in mezzo a tutte queste persone così ostili, voi trovaste per Jean-Jacques un affetto così tenero.

IL FRANCESCO: — Non ricordatemi i miei torti; erano meno reali che apparenti. Anche se tutti questi membri della lega avevano affascinato la mia mente con quel loro gergo complicato e ridicolo, tutte quelle virtù esibite in modo così teatrale risultavano quasi altrettanto offensive ai miei occhi quanto ai vostri. Percepivo in esse una sfacciataggine che non riuscivo a comprendere; e il mio giudizio, sebbene soggiogato da quelle idee, non ne era soddisfatto, e cercava le spiegazioni che voi mi avete fornito, senza però riuscire a trovarle da solo.

Les complots ainsi arrangés, rien n’a été plus facile que de les mettre à exécution par des moyens assortis à cet effet. Les oracles des grands ont toujours un grand crédit sur le peuple. On n’a fait qu’y ajouter un air de mystère pour les faire mieux circuler. Les philosophes, pour conserver une certaine gravité, se sont donné, en se faisant chefs de parti, des multitudes de petits élèves qu’ils ont initiés aux secrets de la secte, et dont ils ont fait autant d’émissaires et d’opérateurs de sourdes iniquités ; et, répandant par eux les noirceurs qu’ils inventaient et qu’ils feignaient, eux, de vouloir cacher, ils étendaient ainsi leur cruelle influence dans tous les rangs, sans excepter les plus élevés. Pour s’attacher inviolablement leurs créatures, les chefs ont commencé par les employer à malfaire, comme Catilina fit boire à ses conjurés le sang d’un homme, sûrs que, par ce mal où ils les avaient fait tremper, ils les tenaient liés pour le reste de leur vie. Vous avez dit que la vertu n’unit les hommes que par des liens fragiles, au lieu que les chaînes du crime sont impossibles à rompre. L’expérience en est sensible dans l’histoire de Jean-Jacques. Tout ce qui tenait à lui par l’estime et la bienveillance, que sa droiture et la douceur de son commerce devaient naturellement inspirer, s’est éparpillé, sans retour à la première épreuve, ou n’est resté que pour le trahir. Mais les complices de nos messieurs n’oseront jamais ni les démasquer, quoi qu’il arrive, de peur d’être démasqués eux-mêmes, ni se détacher d’eux, de peur de leur vengeance, trop bien instruits de ce qu’ils savent faire pour l’exercer. Demeurant ainsi tous unis par la crainte plus que les bons ne le sont par l’amour, ils forment un corps indissoluble dont chaque membre ne peut plus être séparé.

Dans l’objet de disposer, par leurs disciples, de l’opinion publique et de la réputation des hommes, ils ont assorti leur doctrine à leurs vues : ils ont fait adopter à leurs sectateurs les principes les plus propres à se les tenir inviolablement attachés, quelque usage qu’ils en veuillent faire ; et, pour empêcher que les directions d’une importune morale ne vinssent contrarier les leurs, ils l’ont sapée par la base, en détruisant toute religion, tout libre arbitre, par conséquent tout remords, d’abord avec quelque précaution, par la secrète prédication de leur doctrine, et ensuite tout ouvertement, lorsqu’ils n’ont plus eu de puissance réprimante à craindre. En paraissant prendre le contrepied des jésuites, ils ont tendu néanmoins au même but par des routes détournées, en se faisant comme eux chefs de parti. Les jésuites se rendaient tout-puissants en exerçant l’autorité divine sur les consciences, et se faisant, au nom de Dieu, les arbitres du bien et du mal : les philosophes, ne pouvant usurper la même autorité, se sont appliqués à la détruire ; et puis, en paraissant expliquer la nature[417] à leurs dociles sectateurs, et s’en faisant les suprêmes interprètes, ils se sont établi en son nom une autorité non moins absolue que celle de leurs ennemis, quoiqu’elle paraisse libre et ne régner sur les volontés que par la raison. Cette haine mutuelle était au fond une rivalité de puissance comme celle de Carthage et de Rome. Ces deux corps, tous deux impérieux, tous deux intolérants, étaient par conséquent incompatibles, puisque le système fondamental de l’un et de l’autre était de régner despotiquement. Chacun voulant régner seul, ils ne pouvaient partager l’empire et régner ensemble, ils s’excluaient mutuellement. Le nouveau, suivant plus adroitement les errements de l’autre, l’a supplanté en lui débauchant ses appuis, et, par eux, est venu à bout de le détruire : mais on le voit déjà marcher sur ses traces avec autant d’audace et plus de succès, puisque l’autre a toujours éprouvé de la résistance, et que celui-ci n’en éprouve plus. Son intolérance, plus cachée et non moins cruelle, ne paraît pas exercer la même rigueur, parce qu’elle n’éprouve plus de rebelles ; mais, s’il renaissait quelques vrais défenseurs du théisme, de la tolérance et de la morale, on verrait bientôt s’élever contre eux les plus terribles persécutions ; bientôt une inquisition philosophique, plus cauteleuse et non moins sanguinaire que l’autre, ferait brûler sans miséricorde quiconque oserait croire en Dieu. Je ne vous déguiserai point qu’au fond du cœur je suis resté croyant moi-même aussi bien que vous. Je pense là-dessus, ainsi que Jean-Jacques, que chacun est porté naturellement à croire ce qu’il désire, et que celui qui se sent digne du prix des âmes justes ne peut s’empêcher de l’espérer. Mais, sur ce point comme sur Jean-Jacques lui-même, je ne veux point professer hautement et inutilement des sentiments qui me perdraient. Je veux tâcher d’allier la prudence avec la droiture, et ne faire ma véritable profession de foi que quand j’y serai forcé sous peine de mensonge.

Or cette doctrine de matérialisme et d’athéisme, prêchée et propagée avec toute l’ardeur des plus zélés missionnaires, n’a pas seulement pour objet de faire dominer les chefs sur leurs prosélytes, mais, dans les mystères secrets où ils les emploient, de n’en craindre aucune indiscrétion durant leur vie, ni aucune repentance à leur mort. Leurs trames, après le succès, meurent avec leurs complices, auxquels ils n’ont rien tant appris qu’à ne pas craindre dans l’autre vie ce Poul-Serrho des Persans, objecté par Jean-Jacques à ceux qui disent que la religion ne fait aucun bien. Le dogme de l’ordre moral rétabli dans l’autre vie a fait jadis réparer bien des torts dans celle-ci ; et les imposteurs ont eu, dans les derniers moments de leurs complices, un danger à courir qui souvent leur servit de frein. Mais notre philosophie, en délivrant ses prédicateurs de cette crainte, et leurs disciples de Cette obligation, a détruit pour jamais tout retour au repentir. À quoi bon des révélations non moins dangereuses qu’inutiles ? Si l’on meurt, on ne risque rien, selon eux, à se taire ; et l’on risque tout à parler, si l’on en revient. Ne voyez-vous pas que, depuis longtemps, on n’entend plus parler de restitutions, de réparations, de réconciliations au lit de la mort ; que tous les mourants, sans repentir, sans remords, emportent sans effroi dans leur conscience le bien d’autrui, le mensonge et la fraude dont ils la chargèrent pendant leur vie ? Et que servirait même à Jean-Jacques ce repentir supposé d’un mourant dont les tardives déclarations, étouffées par ceux qui les entourent, ne transpireraient jamais au-dehors, et ne parviendraient à la connaissance de personne ? Ignorez-vous que tous les ligueurs, surveillants les uns des autres, forcent et sont forcés de rester fidèles au complot, et qu’entourés surtout à leur mort, aucun d’eux ne trouverait pour recevoir sa confession, au moins à l’égard de Jean-Jacques, que de faux dépositaires qui ne s’en chargeraient que pour l’ensevelir dans un secret éternel ? Ainsi toutes les bouches sont ouvertes au mensonge, sans que parmi les vivants et les mourants il s’en trouve désormais aucune qui s’ouvre à la vérité. Dites-moi donc quelle ressource lui reste pour triompher, même à force de temps, de l’imposture, et se manifester au public, quand tous les intérêts concourent à la tenir cachée, et qu’aucun ne porte à la révéler.

With such plots carefully arranged, nothing was easier than carrying them out using means suited to the purpose. The oracles of the great always commanded great credibility among the people; all that was needed was to add a touch of mystery to make them more effective. Philosophers, in order to maintain a certain air of seriousness, took on the role of party leaders and recruited numerous followers, initiating them into the secrets of their “sect.” They then used these followers as agents and instruments of hidden injustice. By spreading the darkness they invented and pretended themselves to want to conceal, they extended their cruel influence throughout all ranks of society, without exception. To bind their creations irrevocably to themselves, these leaders began by using them in evil deeds—just as Catilina made his conspirators drink the blood of a man, certain that by immersing them in such wrongdoing, they would tie them to themselves for the rest of their lives. You have said that virtue unites people only with fragile bonds, whereas the chains of crime are impossible to break. This is clearly evident in the story of Jean-Jacques: everything that should have bound him through respect and goodwill—everything his integrity and kind demeanor naturally ought to have inspired—dispersed at the first trial, or remained only to betray him. But the accomplices of these “gentlemen” will never dare expose them, no matter what happens, for fear of being exposed themselves; nor will they dare break away from them, for fear of their vengeance. They know all too well what they are capable of doing to exact it. Thus, united more by fear than by love, they form an indissoluble bond, from which not a single member can be separated.

In their pursuit of gaining the control of public opinion and people’s reputations through their followers, they tailored their doctrines to suit their own views: they made their adherents adopt principles that would ensure their unwavering loyalty, regardless of how those principles might be used; and in order to prevent any intrusive moral directives from opposing their own, they undermined such morals at their very foundation by destroying all religion and free will—thus eradicating any sense of conscience. They began cautiously, through the secret dissemination of their doctrines, and later openly, once they no longer feared any repressive forces. While seemingly opposing the Jesuits, they actually pursued the same goal through indirect means, by establishing themselves as leaders of political factions. The Jesuits gained absolute power by claiming divine authority over people’s consciences and acting as arbiters of good and evil in God’s name; the philosophers, unable to usurp such authority, set out to destroy it. By appearing to explain nature to their obedient followers and posing as its supreme interpreters, they established an authority just as absolute as that of their adversaries—though it appeared to be based on reason alone. This mutual hatred was, in essence, a rivalry for power, akin to the conflict between Carthage and Rome. Both were oppressive and intolerant, and therefore incompatible, since their fundamental systems were designed to rule despotically. Since each sought dominion alone, they could neither share power nor rule together; they inevitably excluded each other. The newcomers, by more skillfully exploiting the mistakes of their predecessors, undermined them and ultimately succeeded in destroying them—but we see that they are now following in their footsteps with equal audacity and even greater success, since their adversaries once faced resistance, while they now encounter none at all. Their intolerance, though more concealed and just as cruel, seems less harsh because it no longer encounters opposition; but if true defenders of theism, tolerance, and morality were to arise again, terrible persecutions would soon follow. A philosophical inquisition, just as relentless and bloody as the previous one, would mercilessly burn anyone who dared believe in God. I must confess that, deep down my heart, I remain a believer, just like you. Like Jean-Jacques, I believe that everyone naturally tends to believe what they desire, and that those who consider themselves worthy of the rewards reserved for righteous souls cannot help but hope for it. But on this matter, just as with Jean-Jacques himself, I refuse to openly profess feelings that could cost me my life. I wish to strive to combine prudence with integrity, and only declare my true beliefs when I am forced to do so, otherwise it would amount to lying.

Or this doctrine of materialism and atheism, preached and propagated with all the fervor of the most zealous missionaries, is not only intended to enable leaders to dominate their followers, but also, in those secret rituals they employ, to ensure that neither during their lifetime nor upon their death will their followers dare commit any indiscretion or show any remorse. After their schemes succeed, these deceivers and their accomplices perish together; what they have learned above all else is not to fear that the “Poul-Serrho of the Persians” – that symbol of retribution mentioned by Jean-Jacques in response to those who claimed religion brought no good – will confront them in the afterlife. The doctrine that moral order is restored in the next life once enabled many wrongs to be redressed in this one; impostors, in fact, often faced a danger at their accomplices’ last moments that served as a deterrent to them. But our philosophy, by freeing its preachers from such fear and its followers from such obligation, has forever destroyed any possibility of repentance. What use are revelations that are both dangerous and useless? According to them, if one dies, there is no harm in staying silent; but if one survives, speaking the truth could prove fatal. Don’t you see that nowadays, no more talk is heard about restitution, reparation, or reconciliation at the moment of death? All the dying, without repentance or remorse, carry away with them into their afterlife the property of others, as well as the lies and deceptions they committed during their lifetime. And what good would such supposed repentance be to Jean-Jacques if a dying person’s tardy confessions, suppressed by those around them, never came to light? Don’t you realize that all these conspirators, watching over each other, are forced to remain loyal to their scheme? Especially at the moment of death, none of them would find anyone willing to listen to their confessions—even if it were regarding Jean-Jacques—except for false witnesses who would only use them to bury the truth in eternal silence? Thus, every mouth is open to lies, while among the living and the dead, not a single one remains willing to speak the truth. Tell me then what hope remains for truth to triumph over deceit, even after countless years, when all interests conspire to keep it hidden and no one is willing to reveal it.

Con i complotti così preparati, non fu affatto difficile metterli in atto con mezzi adatti allo scopo. Gli oracoli dei grandi godono sempre di grande credito presso il popolo; bastò aggiungere loro un tocco di mistero per farli circolare più facilmente. I filosofi, desiderosi di mantenere una certa autorità, si fecero seguire da molti discepoli, a cui insegnavano i segreti della loro setta, trasformandoli così in messaggeri e strumenti delle loro ingiustizie. Diffondendo attraverso di loro le oscurezze che inventavano o fingevano di voler nascondere, estendevano così la loro crudele influenza in tutti gli strati della società, senza escludere i più elevati. Per legare saldamente i propri seguaci, questi capi iniziarono a farli compiere atti malvagi; come Catilina fece bere ai suoi congiurati il sangue di un uomo, convinti che quel male li avrebbe legati per tutta la vita. Avete detto che la virtù unisce gli uomini solo con legami fragili, mentre le catene del crimine sono impossibili da spezzare. L’esperienza lo dimostra chiaramente nella storia di Giacobino. Tutto ciò che lo legava alle persone per stima e affetto, tutto ciò che la sua rettitudine e la dolcezza del suo comportamento avrebbero dovuto naturalmente ispirare, si disperse non appena si presentò la prima prova. O rimase lì soltanto per tradirlo. Ma i complici dei nostri “signori” non oseranno mai rivelarli, a qualunque costo, per paura di essere scoperti a loro volta; né si separeranno da loro, per timore della loro vendetta. Sono troppo ben consapevoli di ciò che sanno fare per esercitarla. Così, uniti più dalla paura che dall’amore, formano un corpo indissolubile, nel quale nessun membro può essere separato dagli altri.

Nel loro intento di far sì che i loro discepoli potessero influenzare l’opinione pubblica e la reputazione delle persone, hanno adattato la loro dottrina alle proprie idee: hanno fatto sì che i loro seguaci adottassero principi tali da renderli fedeli a quelle idee in modo indissolubile, qualunque uso ne volessero fare; e per impedire che le direttive di una morale invasiva contraddicessero le loro, hanno distrutto alla radice ogni forma di religione, ogni libertà di arbitrio, e quindi ogni senso di rimorso. All’inizio lo fecero con cautela, attraverso la predicazione segreta della loro dottrina; in seguito, quando non ebbero più nulla da temere riguardo alle autorità repressive, lo fecero apertamente. Apparentemente contrari ai gesuiti, raggiunsero comunque lo stesso scopo attraverso vie indirette, facendosi a loro volta leader di fazioni politiche. I gesuiti diventavano onnipotenti esercitando un’autorità divina sulle coscienze e dichiarandosi, in nome di Dio, arbitri del bene e del male; i filosofi, non potendo usurpare tale autorità, si impegnarono a distruggerla. Poi, fingendo di spiegare la natura alle loro fedeli seguaci e dichiarandosi i suoi supremi interpreti, stabilirono un’autorità altrettanto assoluta di quella dei loro nemici, anche se apparentemente libera e che regnava sulle volontà soltanto attraverso la ragione. Questo odio reciproco era in realtà una competizione per il potere, simile a quella tra Cartagine e Roma: entrambi imperiosi ed intolleranti, erano inevitabilmente incompatibili, poiché il principio fondamentale di uno e dell’altro era quello di regnare in modo dispotico. Poiché ognuno voleva dominare da solo, non potevano condividere l’impero e governare insieme; si escludevano a vicenda. Il nuovo movimento, seguendo più abilmente gli errori dell’altro, ne ha soppiantato le basi, corrompendone i sostenitori, e così è riuscito a distruggerlo; ma oggi vediamo che quel movimento segue ancora le sue orme con altrettanta audacia e successo, poiché l’altro ha sempre incontrato resistenza, mentre questo non ne incontra più alcuna. L’intolleranza di questo nuovo movimento, più nascosta ma altrettanto crudele, sembra meno severa perché non incontra più oppositori; tuttavia, se risorgessero veri difensori del teismo, della tolleranza e della morale, si assisterebbe presto a terribili persecuzioni contro di loro; una “inquisizione filosofica”, più astuta e altrettanto sanguinaria dell’altra, brucierebbe senza pietà chiunque osasse credere in Dio. Non vi nasconderò che nel profondo del cuore io stesso sono rimasto credente, proprio come voi. Penso, come Jean-Jacques, che ognuno sia naturalmente portato a credere in ciò che desidera, e che colui che si sente degno del premio delle anime giuste non possa fare a meno di sperarlo. Ma su questo punto, proprio come per Jean-Jacques, non voglio professare apertamente sentimenti che potrebbero costarmi la vita. Voglio cercare di unire la prudenza alla rettitudine, e dichiarare apertamente le mie convinzioni soltanto quando sarò costretto a farlo, altrimenti dovrei mentire.

Ora, questa dottrina di materialismo e ateismo, predicata e diffusa con tutto l’entusiasmo dei più zelanti missionari, non ha lo scopo solo di far sì che i capi dominino sui loro seguaci, ma anche, nei misteri segreti in cui li coinvolgono, di non temere alcuna indiscrezione da parte di questi durante la loro vita, né alcun pentimento dopo la morte. Le loro trame, una volta riuscite, muoiono insieme ai loro complici, a cui hanno insegnato soprattutto a non temere, nell’altra vita, quel “Poul-Serrho dei Persiani” di cui Jean-Jacques si serviva per confutare coloro che sostenevano che la religione non portasse alcun bene. Il dogma dell’ordine morale ristabilito nell’aldilà ha in passato permesso di rimediare a molti torti in questa vita; e gli impostori, nei momenti finali della vita dei loro complici, rischiavano qualcosa che spesso li frenava. Ma la nostra filosofia, liberando i suoi predicatori da questo timore e i suoi discepoli da tale obbligo, ha distrutto per sempre ogni possibilità di pentimento. A che servono rivelazioni altrettanto pericolose quanto inutili? Se si muore, secondo loro, non c’è alcun rischio nel tacere; mentre se si sopravvive, ci si espone a grandi pericoli parlando. Non vedete forse che da molto tempo non si parla più di restituzioni, riparazioni o riconciliazioni al momento della morte? Tutti i moribondi, senza pentimento né rimorso, portano con sé nella loro coscienza il bene altrui, le menzogne e le frodi che hanno commesso in vita. E a cosa servirebbe, anche per Jean-Jacques, quel presunto pentimento di un moribondo le cui dichiarazioni tardive, soffocate da coloro che lo circondano, non verrebbero mai rivelate? Non sapete forse che tutti i membri delle congiure, sorvegliandosi a vicenda, sono costretti a rimanere fedeli al complotto, e soprattutto al momento della morte, nessuno di loro troverebbe persone disposte ad ascoltare le sue confessioni, almeno riguardo a Jean-Jacques, se non falsi depositari che si limiterebbero a seppellirle in un segreto eterno? Così tutte le bocche sono aperte al mentire, senza che tra i vivi e i morti esista più nessuno disposto a dire la verità. Ditemi dunque quale rimedio possa ancora avere la verità per sconfiggere, anche dopo molto tempo, l’inganno e manifestarsi al pubblico, quando tutti gli interessi concorrono a tenerla nascosta e nessuno è disposto a rivelarla.

ROUSSEAU. — Non, ce n’est pas à moi à vous dire cela, c’est à vous-même ; et ma réponse est écrite dans votre cœur. Eh ! dites-moi donc à votre tour quel intérêt, quel motif vous ramène de l’aversion, de l’animosité même qu’on vous inspira pour Jean-Jacques, à des sentiments si différents. Après l’avoir si cruellement haï quand vous l’avez cru méchant et coupable, pourquoi le plaignez-vous si sincèrement aujourd’hui que vous le jugez innocent ? Croyez-vous donc être le seul homme au cœur duquel parle encore la justice indépendamment de tout autre intérêt ? Non, monsieur ; il en est encore, et peut-être plus qu’on ne pense, qui sont plutôt abusés que séduits, qui font aujourd’hui par faiblesse et par imitation ce qu’ils voient faire à tout le monde, mais qui, rendus à eux-mêmes, agiraient tout différemment. Jean-Jacques lui-même pense plus favorablement que vous de plusieurs de ceux qui l’approchent ; il les voit, trompés par ses soi-disants patrons, suivre sans le savoir les impressions de la haine, croyant de bonne foi suivre celles de la pitié. Il y a dans la disposition publique un prestige entretenu par les chefs de la ligue. S’ils se relâchaient un moment de leur vigilance, les idées dévoyées par leurs artifices ne tarderaient pas à reprendre leur cours naturel, et la tourbe elle-même, ouvrant enfin les yeux, et voyant où l’on la conduite, s’étonnerait de son propre égarement. Cela, quoique vous en disiez, arrivera tôt ou tard. La question, si cavalièrement décidée dans notre siècle, sera mieux discutée dans un autre, quand la haine dans laquelle on entretient le public cessera d’être fomentée ; et quand, dans des générations meilleures, celle-ci aura été mise à son prix, ses jugements formeront des préjugés contraires ; ce sera une honte d’en avoir été loué, et une gloire d’en avoir été haï. Dans cette génération même il faut distinguer encore et les auteurs du complot, et ses directeurs des deux sexes, et leurs confidents en très petit nombre initiés peut-être dans le secret de l’imposture, d’avec le public, qui, trompé par eux, et le croyant réellement coupable, se prête sans scrupule à tout ce qu’ils inventent pour le rendre plus odieux de jour en jour. La conscience éteinte dans les premiers n’y laisse plus de prise au repentir ; mais l’égarement des autres est l’effet d’un prestige qui peut s’évanouir, et leur conscience rendue à elle-même peut leur faire sentir cette vérité si pure et si simple, que la méchanceté qu’on emploie à diffamer un homme prouve que ce n’est point pour sa méchanceté qu’il est diffamé. Sitôt que la passion et la prévention cesseront d’être entretenues, mille choses qu’on ne remarque pas aujourd’hui frapperont tous les yeux. Ces éditions frauduleuses de ses écrits, dont vos messieurs attendent un si grand effet, en produiront alors un tout contraire, et serviront à les déceler, en manifestant aux plus stupides les perfides intentions des éditeurs. Sa vie, écrite de son vivant par des traîtres, en se cachant très soigneusement de lui, portera tous les caractères des plus noirs libelles ; enfin, tous les manèges dont il est l’objet paraîtront alors ce qu’ils sont ; c’est tout dire.

Que les nouveaux philosophes aient voulu prévenir les remords des mourants par une doctrine qui mît leur conscience à son aise, de quelque poids qu’ils aient pu la charger, c’est de quoi je ne doute pas plus que vous, remarquant surtout que la prédication passionnée de cette doctrine a commencé précisément avec l’exécution du complot, et paraît tenir à d’autres complots dont celui-ci ne fait que partie. Mais cet engouement d’athéisme est un fanatisme, éphémère ouvrage de la mode, et qui se détruira par elle ; et l’on voit, par l’emportement avec lequel le peuple s’y livre, que ce n’est qu’une mutinerie contre sa conscience, dont il sent le murmure avec dépit. Cette commode philosophie des heureux et des riches, qui font leur paradis en ce monde, ne saurait être longtemps celle de la multitude victime de leurs passions, et qui, faute de bonheur en cette vie, a besoin d’y trouver au moins l’espérance et les consolations que cette barbare doctrine leur ôte. Des hommes nourris dès l’enfance dans une intolérante impiété poussée jusqu’au fanatisme, dans un libertinage sans crainte et sans honte ; une jeunesse sans discipline, des femmes sans mœurs[418], des peuples sans foi, des rois sans loi, sans supérieur qu’ils craignent, et délivrés de toute espèce de frein ; tous les devoirs de la conscience anéantis, l’amour de la patrie et l’attachement au prince éteints dans tous les cœurs ; enfin, nul autre lien social que la force : on peut prévoir aisément, ce me semble, ce qui doit bientôt résulter de tout cela. L’Europe, en proie à des maîtres instruits, par leurs instituteurs mêmes, à n’avoir d’autre guide que leur intérêt, ni d’autre dieu que leurs passions ; tantôt sourdement affamée, tantôt ouvertement dévastée, partout inondée de soldats[419], de comédiens, de filles publiques, de livres corrupteurs et de vices destructeurs, voyant naître et périr dans son sein des races indignes de vivre, sentira tôt ou tard, dans ses calamités, le fruit des nouvelles instructions ; et, jugeant d’elles par leurs funestes effets, prendra dans la même horreur et les professeurs et les disciples, et toutes ces doctrines cruelles qui, laissant l’empire absolu de l’homme à ses sens, et bornant tout à la jouissance de cette courte vie, rendent le siècle où elles règnent aussi méprisable que malheureux.

Ces sentiments innés, que la nature a gravés dans tous les cœurs pour consoler l’homme dans ses misères et l’encourager à la vertu, peuvent bien, à force d’art, d’intrigues et de sophismes, être étouffés dans les individus ; mais, prompts à renaître dans les générations suivantes, ils ramèneront toujours l’homme à ses dispositions primitives, comme la semence d’un arbre greffé redonne toujours le sauvageon. Ce sentiment intérieur, que nos philosophes admettent quand il leur est commode, et rejettent quand il leur est importun, perce à travers les écarts de la raison, et crie à tous les cœurs que la justice a une autre base que l’intérêt de cette vie, et que l’ordre moral, dont rien ici-bas ne nous donne l’idée, a son siège dans un système différent, qu’on cherche en vain sur la terre, mais où tout doit être un jour ramené[420]. La voix de la conscience ne peut pas plus être étouffée dans le cœur humain que celle de la raison dans l’entendement ; et l’insensibilité morale est tout aussi peu naturelle que la folie.

Ne croyez donc pas que tous les complices d’une trame exécrable puissent vivre et mourir toujours en repos dans leur crime. Quand ceux qui les dirigent n’attiseront plus la passion qui les anima, quand cette passion se sera suffisamment assouvie, quand ils en auront fait périr l’objet dans les ennuis, la nature insensiblement reprendra son empire : ceux qui commirent l’iniquité en sentiront l’insupportable poids, quand son souvenir ne sera plus accompagné d’aucune jouissance. Ceux qui en furent les témoins sans y tremper, mais sans la connaître, revenus de l’illusion qui les abuse, attesteront ce qu’ils ont vu, ce qu’ils ont entendu, ce qu’ils savent, et rendront hommage à la vérité. Tout a été mis en œuvre pour prévenir et empêcher ce retour : mais on a beau faire, l’ordre naturel se rétablit tôt ou tard, et le premier qui soupçonnera que Jean-Jacques pourrait bien n’avoir pas été coupable sera bien près de s’en convaincre, et d’en convaincre, s’il veut, ses contemporains, qui, le complot et ses auteurs n’existant plus, n’auront d’autre intérêt que celui d’être justes, et de connaître la vérité. C’est alors que tous ces monuments seront précieux, et que tel fait qui peut n’être aujourd’hui qu’un indice incertain conduira peut-être jusqu’à l’évidence.

ROUSSEAU. — No, it is not my place to tell you this; it is for you to tell yourself. And the answer is written in your heart. Tell me, then, what interest or motive has led you, from the aversion and even hostility that was once inspired toward Jean-Jacques, to such completely different feelings today? After having hated him so cruelly when you believed him to be evil and guilty, why do you now mourn for him so sincerely, when you consider him innocent? Do you really believe that you are the only person whose heart still speaks out of justice, independent of any other considerations? No, sir; there are many others—perhaps more than one might think—who are rather deceived than seduced. They follow what they see everyone else doing out of weakness or imitation, but if they were left to themselves, they would act very differently. Jean-Jacques himself holds a more favorable opinion of some of those who approach him than you do; he sees them being misled by their so-called “masters,” following the impulses of hatred without realizing it, in good faith believing they are acting out of compassion. There is a certain prestige maintained in public opinion by the leaders of this league. If they were to relax their vigilance for even a moment, these distorted ideas would soon resume their natural course, and even those who have been deceived would finally realize where they have been led. This will happen sooner or later, no matter what you say. The issue, which has been so carelessly decided in our century, will be discussed more thoroughly in another time when the hatred that is currently incited among the public ceases to exist; and when, in better generations, people come to recognize the true nature of this hatred, their judgments will form opposing prejudices. It will be a shame to have been praised for it, and a glory to have been hated for it. Even in this generation, we must distinguish between the authors of the conspiracy, its male and female leaders, and their very few confidants who may have been initiated into the secrets of this deception, and the general public, which is deceived by them and truly believes the person in question to be guilty, and thus willingly participates in everything they invent to make him seem more detestable day by day. For those who have lost their conscience, there is no room for repentance; but the delusion of the others is merely the effect of a prestige that can vanish. Once their consciences are restored to them, they will realize this simple and undeniable truth: the malice expended in defaming a person proves that it is not his malice that is being condemned. As soon as passion and prejudice cease to be nurtured, many things that are overlooked today will become obvious to everyone. These fraudulent editions of his writings, which your people expect to have such a great effect, will actually produce the opposite result and help to expose them, by revealing to even the most foolish the deceitful intentions of their publishers. His life, written while he was still alive by traitors who kept a very careful distance from him, would bear all the characteristics of the most vicious slander; in short, all the schemes and manipulations directed against him would be revealed for what they really were. That is to say everything.

That the new philosophers sought to alleviate the remorse of the dying by offering a doctrine that would soothe their consciences, no matter how heavy they might burden it, I doubt not as much as you do—especially since the fervent preaching of this doctrine began precisely at the time the conspiracy was carried out, and seems to be connected with other conspiracies of which it is merely a part. But this enthusiasm for atheism is nothing but fanatism, a fleeting product of fashion that will be destroyed by its own nature. And one can see, from the fervor with which the people embrace it, that it is nothing but a rebellion against their conscience, whose murmurs they feel with resentment. This convenient philosophy of the happy and the rich, which makes this world their paradise, could never long be the philosophy of the multitude, who are victims of their own passions and, lacking happiness in this life, need at least the hope and consolation that this barbaric doctrine denies them. Men raised from childhood in an intolerant impiety that reaches the level of fanatism, in a licentiousness devoid of fear or shame; a youth without discipline, women without virtue[418], peoples without faith, kings without law, without any superior whom they fear, and free from all restraint—where all duties to conscience are destroyed, where love for one’s country and loyalty to one’s ruler die out in everyone’s heart; finally, where the only social bond is force—one can easily foresee what will soon result from all this. Europe, enslaved by masters who, through their own teachers, teach it to have no guide other than its own interests, no god other than its passions; sometimes suffering in silence, sometimes openly devastated, everywhere flooded with soldiers[419], actors, prostitutes, corrupting books, and destructive vices, seeing races unworthy of life arise and perish within its midst—will soon feel the consequences of these new teachings in its own disasters. And, judging them by their terrible effects, it will hate both the teachers and the followers alike, and all these cruel doctrines that leave man’s empire entirely in the hands of his senses, reducing everything to the enjoyment of this brief life, and making the century in which they reign both despicable and miserable.

These innate sentiments, which nature has engraved in everyone’s heart to comfort man in his miseries and encourage him toward virtue, may indeed be suppressed in individual cases through artifice, intrigue, and sophistry; but they are always ready to reemerge in subsequent generations, always leading man back to his original inclinations—just as the seed of a grafted tree will inevitably produce its wild parent. This inner sentiment is something that our philosophers accept when it suits their purposes and reject when it causes them trouble. It penetrates through the inconsistencies of reason and cries out to all hearts that justice has a basis other than the interests of this life, and that the moral order—of which nothing on earth gives us any clear idea—has its roots in a different system, one that we can never find on this earth, but where everything will ultimately be restored[420]. The voice of conscience cannot be silenced in the human heart any more than the voice of reason can be suppressed in the intellect; and moral insensitivity is just as unnatural as madness.

Therefore, do not believe that all accomplices in a heinous scheme can always live and die in peace amidst their crimes. When those who direct them no longer fan the passions that once enlivened them, when these passions have been sufficiently appeased, when they have caused the object of their hatred to perish through misfortune, nature will gradually regain its dominion: those who committed injustice will feel its unbearable weight, for the memory of it will no longer be accompanied by any pleasure. Those who were witnesses to these events without being involved in them, but who understood them, upon waking from the delusion that deceived them, will testify to what they saw, what they heard, and what they know, and will uphold the truth. Everything has been done to prevent and hinder this return to justice; yet, no matter what, natural order is always restored sooner or later. And the first person who begins to suspect that Jean-Jacques might not have been guilty will soon be convinced of it—and, if he wishes, he can also convince his contemporaries. Since the conspiracy and its authors no longer exist, their only interest now is to seek justice and to know the truth. It will then be that all these evidences will become precious, and that a fact which today may seem but an uncertain clue might ultimately lead to undeniable proof.

ROUSSEAU: — No, non spetta a me dirvi questo, ma a voi stessi; e la mia risposta è scritta nel vostro cuore. Ditemi dunque quale interesse, quale motivo vi spinge, da quell’antipatia, da quella vera e propria animosità che vi furono ispirate verso Jean-Jacques, a provare sentimenti così diversi oggi. Dopo averlo odiato così crudelmente quando lo consideravate malvagio e colpevole, perché ora lo compiangete con tanta sincerità, se lo ritenete innocente? Credete davvero di essere l’unico uomo nel cui cuore la giustizia parli ancora, indipendentemente da qualsiasi altro interesse? No, signore; ce ne sono ancora molti, forse più di quanto si pensi, che sono piuttosto ingannati che sedotti; che oggi agiscono per debolezza e imitazione, vedendo ciò che tutti gli altri fanno, ma che, se tornassero in sé, agirebbero in modo completamente diverso. Anche Jean-Jacques stesso pensa più favorevolmente di voi di molti di coloro che lo circondano; li vede ingannati dai loro cosiddetti protettori, seguir senza saperlo le influenze dell’odio, credendo sinceramente di seguire quelle della pietà. Nella mentalità pubblica esiste un prestigio mantenuto dai capi della lega; se per un momento allentassero la loro vigilanza, le idee deviate che i loro intrighi hanno diffuso riprenderebbero rapidamente il loro corso naturale, e anche la folla stessa, aprendo finalmente gli occhi e vedendo dove viene guidata, si stupirebbe della propria follia. Questo, per quanto ne diciate voi, accadrà prima o poi. La questione, così superficialmente decisa nel nostro secolo, verrà discussa più seriamente in un altro tempo, quando l’odio con cui si manipola il pubblico smetterà di essere alimentato; e quando, in generazioni migliori, tale odio sarà valutato per ciò che realmente è, i giudizi formulati su di esso formeranno pregiudizi opposti; allora sarà una vergogna averne lodato le conseguenze, e una gloria averlo odiato. Anche in questa generazione bisogna distinguere tra gli autori del complotto, i suoi capi di entrambi i sessi e i loro pochi confidenti, forse informati dei segreti dell’inganno, e il pubblico che, ingannato da loro e credendo davvero che quell’uomo fosse colpevole, si presta senza rimorsi a tutto ciò che inventano per renderlo sempre più odioso giorno dopo giorno. La coscienza spenta nei primi non lascia più spazio al pentimento; ma l’errore degli altri è il risultato di un prestigio che può svanire, e la loro coscienza, tornata a sé stessa, può far loro comprendere questa verità così pura e semplice: il fatto che si utilizzi la malvagità per diffamare qualcuno dimostra proprio che non è per la sua malvagità che viene diffamato. Non appena passioni e pregiudizi smetteranno di essere alimentati, molte cose che oggi non ci vengono nemmeno in mente attireranno l’attenzione di tutti. Queste edizioni fraudolente delle sue opere, di cui i vostri signori si aspettano un grande effetto, ne produrranno invece uno completamente opposto e serviranno a smascherarle, facendo vedere ai più ingenui le intenzioni malvagie degli editori. La sua vita, scritta durante la sua vita da traditori che si nascondevano con grande cura da lui, avrà tutti i tratti dei più vili libelli; infine, tutte le manovre a cui è soggetto appariranno per quello che sono veramente. Il resto è ovvio.

I nuovi filosofi hanno voluto probabilmente alleviare i rimorsi dei moribondi con una dottrina che mettesse in pace la loro coscienza, qualunque peso essa potesse comportare; di ciò non dubito affatto, soprattutto considerando che la predicazione appassionata di questa dottrina è iniziata proprio con l’esecuzione del complotto e sembra essere legata ad altri complotti di cui questo non è che una parte. Tuttavia, questo entusiasmo per l’ateismo non è altro che un fanatismo, un effimero prodotto della moda che sarà distrutto dalla stessa moda; si può vedere, dall’entusiasmo con cui il popolo vi si dedica, che si tratta soltanto di una ribellione contro la propria coscienza, di cui il popolo percepisce il mormorio con rabbia. Questa comoda filosofia dei felici e dei ricchi, che fanno del proprio mondo un paradiso, non potrà a lungo essere quella della maggioranza delle persone vittime delle loro passioni, le quali, private di felicità in questa vita, hanno bisogno almeno di speranza e consolazione, cose che questa barbara dottrina loro toglie. Uomini cresciuti fin dall’infanzia in un’intollerante impietà portata fino al fanatismo, in un libertino disprezzo per ogni regola morale; una gioventù senza disciplina, donne prive di virtù, popoli privi di fede, re privi di legge, senza alcun superiore da temere e liberi da qualsiasi freno sociale; tutti i doveri della coscienza annullati, l’amore per la patria e il rispetto per il sovrano estinti nei cuori di tutti; infine, nessun altro legame sociale se non la forza. Si può facilmente prevedere ciò che ne deriverà presto. L’Europa, dominata da padroni istruiti che, attraverso i loro insegnanti stessi, le impongono come guida soltanto il proprio interesse e come “dio” soltanto le proprie passioni; a volte affamata in silenzio, a volte devastata apertamente, ovunque invasa da soldati, attori, prostitute, libri corrottori e vizi distruttivi; vedendo nascere e morire nel proprio seno razze indegne di vivere, sentirà presto, nelle proprie calamità, i frutti di queste nuove dottrine; e, giudicandole in base ai loro effetti funesti, odierà allo stesso modo sia i loro insegnanti che i loro seguaci, nonché tutte quelle teorie crudeli che lasciano all’uomo il pieno dominio dei propri sensi e limitano tutto alla sola ricerca del piacere in questa breve vita, rendendo così l’epoca in cui regnano tanto spregevole quanto infelice.

Questi sentimenti innati, che la natura ha impresso in tutti i cuori per consolare l’uomo nelle sue miserie e incoraggiarlo alla virtù, possono certamente essere soffocati, attraverso l’arte, le intrighi e i sofismi, negli individui; ma, pronti a rinascere nelle generazioni future, riporteranno sempre l’uomo alle sue disposizioni primitive, proprio come il seme di un albero innestato restituisce sempre la pianta selvatica originale. Questo sentimento interno, che i nostri filosofi ammettono quando gli conviene e rifiutano quando li disturba, trapela attraverso le deviazioni della ragione e grida a tutti i cuori che la giustizia ha una base diversa dall’interesse di questa vita, e che l’ordine morale, di cui nulla qui sulla terra ci dà un’idea concreta, ha il suo fondamento in un sistema completamente diverso, che possiamo cercare invano sulla Terra, ma dove tutto dovrà essere un giorno ristabilito[420]. La voce della coscienza non può essere soffocata nel cuore umano tanto quanto la voce della ragione nell’intelletto; e l’insensibilità morale è altrettanto poco naturale della follia.

Pertanto, non credete che tutti i complici di un complotto orribile possano vivere e morire sempre in pace, senza conseguenze per i loro crimini. Quando coloro che li guidano smetteranno di alimentare la passione che li animava, quando questa passione si sarà sufficientemente placata, quando ne avranno fatto perdere l’oggetto nei disastri che ne sono derivati, la natura riprenderà insensibilmente il suo dominio: coloro che hanno commesso l’iniquità sentiranno il peso insopportabile di quel crimine, quando il ricordo di esso non sarà più accompagnato da alcuna gioia. Coloro che ne furono testimoni senza parteciparvi, ma senza conoscerne i dettagli, tornati dalla illusione che li aveva ingannati, testimonieranno ciò che hanno visto, ciò che hanno sentito, ciò che sanno, e renderanno omaggio alla verità. Tutto è stato fatto per prevenire e impedire questo ritorno alla giustizia; ma nonostante tutto, l’ordine naturale si ristabilisce prima o poi. E chiunque sospetterà che Jean-Jacques possa non essere stato colpevole sarà molto vicino a convincersene, e potrà anche convincere i suoi contemporanei, i quali, ora che il complotto e i suoi autori non esistono più, avranno solo l’interesse di essere giusti e di conoscere la verità. È allora che tutti questi “monumenti” diventeranno preziosi, e un fatto che oggi potrebbe sembrare solo un indizio incerto potrà forse condurre fino all’evidenza.

Voilà, monsieur, à quoi tout ami de la justice et de la vérité peut, sans se compromettre, et doit consacrer tous les soins qui sont en son pouvoir. Transmettre à la postérité des éclaircissements sur ce point, c’est préparer et remplir peut-être l’œuvre de la Providence. Le ciel bénira, n’en doutez pas, une si juste entreprise. Il en résultera pour le public deux grandes leçons, et dont il avait grand besoin : l’une, d’avoir, et surtout aux dépens d’autrui, une confiance moins téméraire dans l’orgueil du savoir humain ; l’autre, d’apprendre, par un exemple aussi mémorable, à respecter en tout et toujours le droit naturel, et à sentir que toute vertu qui se fonde sur une violation de ce droit est une vertu fausse, qui couvre infailliblement quelque iniquité. Je me dévoue donc à cette œuvre de justice en tout ce qui dépend de moi, et je vous exhorte à y concourir, puisque vous le pouvez faire sans risque, et que vous avez vu de plus près des multitudes de faits qui peuvent éclairer ceux qui voudront un jour examiner cette affaire. Nous pouvons, à loisir et sans bruit, faire nos recherches, les recueillir, y joindre nos réflexions ; et, reprenant autant qu’il se peut la trace de toutes ces manœuvres, dont nous découvrons déjà les vestiges, fournir à ceux qui viendront après nous un fil qui les guide dans ce labyrinthe. Si nous pouvions conférer avec Jean-Jacques sur tout cela, je ne doute point que nous ne tirassions de lui beaucoup de lumières qui resteront à jamais éteintes, et que nous ne fussions surpris nous-mêmes de la facilité avec laquelle quelques mots de sa part expliqueraient des énigmes qui, sans cela, demeureront peut-être impénétrables par l’adresse de ses ennemis. Souvent, dans mes entretiens avec lui, j’en ai reçu de son propre mouvement des éclaircissements inattendus sur des objets que j’avais vus bien différents, faute d’une circonstance que je n’avais pu deviner, et qui leur donnait un tout autre aspect. Mais, gêné par mes engagements, et forcé de supprimer mes objections, je me suis souvent refusé malgré moi aux solutions qu’il semblait m’offrir, pour ne pas paraître instruit de ce que j’étais contraint de lui taire.

Si nous nous unissons pour former avec lui une société sincère et sans fraude, une fois sûr de notre droiture et d’être estimé de nous, il nous ouvrira son cœur sans peine ; et, recevant dans les nôtres les épanchements auxquels il est naturellement si disposé, nous en pourrons tirer de quoi former de précieux mémoires dont d’autres générations sentiront la valeur, et qui, du moins, les mettront à portée de discuter contradictoirement des questions aujourd’hui décidées sur le seul rapport de ses ennemis. Le moment viendra, mon cœur me l’assure, où sa défense, aussi périlleuse aujourd’hui qu’inutile, honorera ceux qui s’en voudront charger, et les couvrira, sans aucun risque, d’une gloire aussi belle, aussi pure que la vertu généreuse en puisse obtenir ici-bas.

LE FRANÇAIS. — Cette proposition est tout-à-fait de mon goût, et j’y consens avec d’autant plus de plaisir, que c’est peut-être le seul moyen qui soit en mon pouvoir de réparer mes torts envers un innocent persécuté, sans risque de m’en faire à moi-même. Ce n’est pas que la société que vous me proposez soit tout-à-fait sans péril. L’extrême attention qu’on a sur tous ceux qui lui parlent, même une seule fois, ne s’oubliera pas pour nous. Nos messieurs ont trop vu ma répugnance à suivre leurs errements, et à circonvenir comme eux un homme dont ils m’avaient fait de si affreux portraits, pour qu’ils ne soupçonnent pas tout au moins qu’ayant changé de langage à son égard, j’ai vraisemblablement aussi changé d’opinion. Depuis longtemps déjà, malgré vos précautions et les siennes, vous êtes inscrit comme suspect sur leurs registres, et je vous préviens que, de manière ou d’autre, vous ne tarderez pas à sentir qu’ils se sont occupés de vous : ils sont trop attentifs à tout ce qui approche de Jean-Jacques, pour que personne leur puisse échapper ; moi surtout qu’ils ont admis dans leur demi-confidence, je suis sûr de ne pouvoir approcher de celui qui en fut l’objet sans les inquiéter beaucoup. Mais je tâcherai de me conduire sans fausseté, de manière à leur donner le moins d’ombrage qu’il sera possible. S’ils ont quelque sujet de me craindre, ils en ont aussi de me ménager, et je me flatte qu’ils me connaissent trop d’honneur pour craindre des trahisons d’un homme qui n’a jamais voulu tremper dans les leurs.

Je ne refuse donc pas de le voir quelquefois avec prudence et précaution : il ne tiendra qu’à lui de connaître que je partage vos sentiments à son égard, et que si je ne puis lui révéler les mystères de ses ennemis, il verra du moins que, forcé de me taire, je ne cherche pas à le tromper. Je concourrai de bon cœur avec vous pour dérober à leur vigilance, et transmettre à de meilleurs temps les faits qu’on travaille à faire disparaître, et qui fourniront un jour de puissants indices pour parvenir à la connaissance de la vérité. Je sais que ses papiers, déposés en divers temps, avec plus de confiance que de choix, en des mains qu’il crut fidèles, sont tous passés dans celles de ses persécuteurs, qui n’ont pas manqué d’anéantir ceux qui pouvaient ne leur pas convenir, et d’accommoder à leur gré les autres ; ce qu’ils ont pu faire à discrétion, ne craignant ni examen ni vérification de la part de qui que ce fût, ni surtout de gens intéressés à découvrir et manifester leur fraude. Si, depuis lors, il lui reste quelques papiers encore, on les guette pour s’en emparer au plus tard à sa mort ; et, par les mesures prises, il est bien difficile qu’il en échappe aucun aux mains commises pour tout saisir. Le seul moyen qu’il ait de les conserver est de les déposer secrètement, s’il est possible, en des mains vraiment fidèles et sûres. Je m’offre à partager avec vous les risques de ce dépôt, et je m’engage à n’épargner aucun soin pour qu’il paraisse un jour aux yeux du public tel que je l’aurai reçu, augmenté de toutes les observations que j’aurai pu recueillir, tendantes à dévoiler la vérité. Voilà tout ce que la prudence me permet de faire pour l’acquit de ma conscience, pour l’intérêt de la justice, et pour le service de la vérité.

ROUSSEAU. — Et c’est aussi tout ce qu’il désire lui-même. L’espoir que sa mémoire soit rétablie un jour dans l’honneur qu’elle mérite, et que ses livres deviennent utiles par l’estime due à leur auteur, est désormais le seul qui peut le flatter en ce monde. Ajoutons-y de plus la douceur de voir encore deux cœurs honnêtes et vrais s’ouvrir au sien. Tempérons ainsi l’horreur de cette solitude, où l’on le force de vivre au milieu du genre humain. Enfin, sans faire en sa faveur d’inutiles efforts, qui pourraient causer de grands désordres, et dont le succès même ne le toucherait plus, ménageons-lui cette consolation, pour sa dernière heure, que des mains amies lui ferment les yeux.

FIN Du TROISIÈME ET DERNIER DIALOGUE

ROUSSEAU JUGE DE JEAN-JACQUES

Table des matières du titre

Liste des Mémoires

Liste générale des titres

Histoire du précédent écrit

Je ne parlerai point ici du sujet, ni de l’objet, ni de la forme de cet écrit : c’est ce que j’ai fait dans l’avant-propos qui le précède. Mais je dirai quelle était sa destination, quelle a été sa destinée, et pourquoi cette copie se trouve ici.

Je m’étais occupé, durant quatre ans, de ces dialogues, malgré le serrement de cœur qui ne me quittait point en y travaillant ; et je touchais à la fin de cette douloureuse tâche, sans savoir, sans imaginer comment en pouvoir faire usage, et sans me résoudre sur ce que je tenterais du moins pour cela. Vingt ans d’expérience m’avaient appris quelle droiture et quelle fidélité je pouvais attendre de ceux qui m’entouraient sous le nom d’amis. Frappé surtout de l’insigne duplicité de Duclos, que j’avais estimé au point de lui confier mes Confessions, et qui, du plus sacré dépôt de l’amitié, n’avait fait qu’un instrument d’imposture et de trahison, que pouvais-je attendre des gens qu’on avait mis autour de moi depuis ce temps-là, et dont toutes les manœuvres m’annonçaient si clairement les intentions ? Leur confier mon manuscrit n’était autre chose que vouloir le remettre moi-même à mes persécuteurs ; et la manière dont j’étais enlacé ne me laissait plus le moyen d’aborder personne autre.

Here, sir, is what every friend of justice and truth can, without compromising themselves in any way, and indeed must devote all the effort within their power to. To pass on to future generations clarifications on this matter is perhaps to prepare for and even fulfill the work of Providence itself. Heaven will surely bless such a just endeavor; it will teach the public two important lessons that it greatly needed: first, to exercise less reckless confidence in the pride of human knowledge, especially at the expense of others; second, to learn from such a memorable example to respect natural law at all times and in all things, and to realize that any virtue based on its violation is a false virtue, inevitably involving some form of injustice. Therefore, I dedicate myself wholeheartedly to this cause of justice, within my ability, and I urge you to join me in it, since you can do so without risk, and since you have had firsthand knowledge of numerous facts that could shed light on this matter for those who may wish to study it in the future. We can conduct our research at leisure and in silence, gather the information, and add our own reflections; by following the traces of all these maneuvers—of which we are already discovering some remnants—we can provide those who come after us with a guide through this labyrinth. If only we could discuss all this with Jean-Jacques, I am certain we would gain much insight from him that would otherwise remain forever lost, and we might be surprised at how easily a few of his words could unravel mysteries that otherwise might remain insoluble due to the cunning of his enemies. Often in our conversations, he spontaneously provided me with unexpected clarifications on matters that I had perceived differently, simply because I lacked certain information that would have given them a completely different meaning. But, hindered by my commitments and forced to suppress my objections, I often refused the solutions he seemed to offer, lest I appear to be aware of what I was compelled to keep hidden from him.

If we unite to form with him a society based on sincerity and without deceit, and once he is certain of our integrity and that we hold him in high regard, he will readily open his heart to us. By receiving from him those expressions of affection that are naturally so ready from his side, we shall be able to create precious records whose value future generations will recognize. At the very least, these records will enable them to engage in a constructive debate on issues that are currently decided solely on the basis of the claims of his enemies. The time will come, my heart assures me, when his defense—so perilous today and yet so futile—will bring honor to those who take it upon themselves, and will cover them, without any risk, with a glory as beautiful and pure as the virtue that can be obtained in this world.

THE FRENCHMAN: — This proposal is entirely to my liking, and I am all the more pleased to agree to it, since it may be the only way in my power to atone for my wrongs towards an innocent man who has been persecuted, without risking harming myself in the process. It is not that the society you suggest to me is completely devoid of danger. The extreme attention paid to everyone who speaks to them, even just once, will not be forgotten in our case. Our masters have seen too clearly how I have resisted following their mistakes and trying to ingratiate myself with a man about whom they had painted such terrible pictures; they must therefore suspect that, having changed my attitude towards him, I have probably also changed my opinion. For a long time now, despite your precautions and his own, you have been listed as a suspect in their records. I warn you that, one way or another, you will soon discover that they have taken action against you: they are too vigilant regarding anything that has anything to do with Jean-Jacques, so that no one can escape their notice—especially not me, who have been admitted into their semi-confidential circle. I am certain that trying to approach the person who was the target of their hostility would surely cause them great concern. However, I will try my best to behave in an honest and upright manner, so as to cause them as little trouble as possible. If they have any reason to fear me, they also have every reason to be cautious with me. And I am confident that they know me well enough to trust that a man who has never wanted to be involved in their wrongdoing would never betray them.

Therefore, I am not averse to seeing him sometimes with caution and prudence; it depends solely on him to know that I share your feelings toward him, and that although I cannot reveal to him the secrets of his enemies, he will at least see that, forced to remain silent, I am not attempting to deceive him. I am willing to join you in efforts to circumvent their vigilance and convey, at an opportune time, those facts that are being sought to be hidden—facts that one day will provide powerful clues leading to the discovery of the truth. I know that his papers, deposited at various times, out of greater confidence than care, in hands that he believed to be faithful, have all fallen into the hands of his persecutors, who did not hesitate to destroy those that might not suit their purposes and to manipulate the rest as they saw fit. Since they could act without fear of any examination or verification by anyone, especially by those interested in exposing their fraud, if he still possesses some papers, these are being watched for in anticipation of their seizure upon his death. Given the measures taken, it is highly unlikely that any will escape those tasked with seizing everything. The only way for him to preserve them is to secretly deposit them, if possible, in truly faithful and reliable hands. I offer to share with you the risks involved in such a deposit and pledge to take every care to ensure that they are one day made public in exactly the form in which I received them, along with all observations I may have gathered that could help reveal the truth. This is all that prudence permits me to do for the sake of my conscience, the interests of justice, and the service of the truth.

ROUSSEAU. — And this is also all that he himself desires. The hope that his memory may one day be restored to the honor it deserves, and that his books may become useful through the respect paid to their author, is now the only thing that can bring him any comfort in this world. Let us add to this the joy of seeing two honest and true hearts open up to him once more. In this way, we can alleviate the horror of this solitude into which he is forced to live amidst humanity. Finally, without making any unnecessary efforts on his behalf—efforts that might cause great disorder, and whose success would no longer bring him any benefit—we should at least offer him this consolation in his last hour: that kind hands will close his eyes for him.

END Of the THIRD and LAST Dialogue

Rousseau as Judge of Jean-Jacques

Table of Contents for the title

List of Memoirs

General list of titles

History of the previous text.

I will not discuss here the subject matter, the object, or the form of this text; I have already addressed those points in the preface that precedes it. However, I will explain what its intended purpose was, what its actual destination became, and why this copy is found here.

For four years, I had been working on these dialogues, despite the constant sorrow that accompanied such endeavor; and now I was nearing the end of this painful task, yet I had no idea how I could make use of what I had written, nor had I decided what, if anything, I would attempt to do with it. Twenty years of experience had taught me what honesty and fidelity I could expect from those around me who called themselves my friends. But especially after witnessing the blatant duplicity of Duclos—someone whom I had trusted enough to confide in him my “Confessions”—and who had turned the most sacred bond of friendship into a tool for deception and betrayal, what could I possibly expect from people who had been placed around me since then, whose actions clearly revealed their true intentions? To hand them my manuscript would be nothing but to offer it directly to my persecutors; moreover, the circumstances in which I found myself trapped left me with no means of approaching anyone else.

Ecco, signore, a cosa può e deve dedicare ogni amico della giustizia e della verità tutti gli sforzi che è in suo potere, senza correre alcun rischio. Trasmettere alla posterità delle spiegazioni su questo argomento significa forse preparare e realizzare l’opera stessa della Provvidenza. Il cielo benedirà, ne sono certo, un’iniziativa così giusta. Ne derivaranno per il pubblico due grandi lezioni, di cui aveva grande bisogno: la prima è imparare, soprattutto a scapito altrui, ad avere una fiducia meno temeraria nell’orgoglio della conoscenza umana; la seconda è comprendere, attraverso un esempio così memorabile, l’importanza di rispettare sempre il diritto naturale e rendersi conto che qualsiasi virtù basata sulla violazione di questo diritto è una virtù falsa, che inevitabilmente comporta ingiustizia. Pertanto, mi dedico con tutto me stesso a questa opera di giustizia, nel limite delle mie possibilità, e vi esorto a contribuire anche voi, poiché potete farlo senza rischi e avete avuto modo di osservare da vicino molti fatti che possono aiutare coloro che un giorno vorranno esaminare questa questione. Possiamo, con calma e in silenzio, condurre le nostre ricerche, raccogliere informazioni e rifletterci sopra; seguendo attentamente tutte quelle manovre di cui già possediamo tracce, possiamo fornire a coloro che verranno dopo di noi una guida attraverso questo labirinto. Se potessimo discutere di tutto ciò con Jean-Jacques, non dubito che otterremmo da lui molte informazioni preziose che altrimenti rimarrebbero nascoste per sempre; forse saremmo anche sorpresi dalla facilità con cui alcune sue parole potrebbero chiarire enigmi che, altrimenti, resterebbero insolubili. Spesso, nei miei colloqui con lui, ho ricevuto spiegazioni inaspettate su argomenti che avevo interpretato in modo diverso, a causa di circostanze che non ero riuscito a prevedere; queste nuove informazioni davano loro un significato completamente diverso. Tuttavia, a causa dei miei impegni e della necessità di trattenere alcune cose, mi sono spesso rifiutato di accettare le soluzioni che lui sembrava offrirmi, per non dare l’impressione di conoscere ciò che ero costretto a nascondergli.

Se ci uniamo per formare con lui una società sincera e senza inganni, una volta certi della nostra rettitudine e di essere stimati da lui, ci aprirà senza esitazione il suo cuore; e ricevendo in noi quelle confidenze che è naturalmente disposto a concedere, potremo trarne materiale per creare preziosi documenti i quali altre generazioni apprezzeranno certamente, e che almeno le metteranno nella condizione di discutere in modo critico le questioni oggi decise soltanto sulla base delle opinioni dei suoi nemici. Arriverà il momento, ne sono certo, in cui la sua difesa, oggi pericolosa ma inutile, onorerà coloro che si impegneranno in essa, e li coprirà, senza alcun rischio, di una gloria tanto bella e pura quanto quella che può derivare dalla virtù generosa.

IL FRANCESCO: — Questa proposta mi piace molto, e acconsento a essa con ancora maggiore piacere, poiché forse è l’unico modo che ho per rimediare ai miei torti verso un innocente perseguitato, senza correre il rischio di danneggiarmi io stesso. Non è certo che la società che mi proponete sia del tutto priva di pericoli. L’estrema attenzione che viene dedicata a tutti coloro che vi parlano, anche solo una volta, non verrà dimenticata nei nostri confronti. I vostri superiori hanno visto troppo chiaramente la mia ripugnanza ad seguirne gli errori e ad agire come loro nei confronti di un uomo di cui mi avevano fatto descrizioni così orribili. Per questo, sospettano certamente che, avendo cambiato atteggiamento nei suoi confronti, abbia anche cambiato opinione. Da molto tempo ormai, nonostante le vostre precauzioni e le loro, siete registrato come sospetto nei loro registri. Vi avverto quindi che, in un modo o nell’altro, presto scoprirete che si sono occupati di voi: sono troppo attenti a tutto ciò che riguarda Jean-Jacques, per permettere che qualcuno gli sfugga. E soprattutto io, che sono stato ammesso nella loro “semi-confidenza”, sono certo che non potrò avvicinarmi a colui di cui si è parlato senza destare in loro molta preoccupazione. Tuttavia, cercherò di comportarmi con onestà, per causare loro il minor disturbo possibile. Se hanno motivo di temermi, hanno anche motivo di trattarmi con rispetto. E mi lusingo di essere conosciuto da loro come una persona d’onore, tanto da non dover temere tradimenti da parte di uno che non ha mai voluto partecipare ai loro misfatti.

Non rifiuto quindi di vederlo talvolta con prudenza e cautela: spetterà a lui stesso comprendere che condivido i vostri sentimenti nei suoi confronti, e che, sebbene non possa rivelargli i segreti dei suoi nemici, almeno vedrà che, costretto al silenzio, non cerco di ingannarlo. Sarò felice di collaborare con voi per eludere la loro vigilanza e trasmettere, in tempi più opportuni, quei fatti che cercano di far scomparire, e che un giorno potranno fornire indizi preziosi per scoprire la verità. So che i suoi documenti, depositati in diversi momenti con maggiore fiducia che attenzione, nelle mani di persone che credeva fedeli, sono tutti finiti nelle mani dei suoi persecutori, i quali non hanno esitato a distruggere quelli che potessero rivelarsi inutili per loro, e ad adattare gli altri alle loro esigenze; ciò che hanno potuto fare liberamente, senza temere alcun controllo o verifica da parte di chicchessia, soprattutto da persone interessate a scoprire e dimostrare la loro frode. Se ancora possiede alcuni documenti, questi verranno sicuramente cercati per essere confiscati al suo morte; e, considerando le misure adottate, è molto improbabile che ne sfugga alcuno alle mani di coloro incaricati di tutto sequestrare. L’unico modo per conservarli è depositarli in segreto, se possibile, in mani davvero fedeli e sicure. Mi offro di condividere con voi i rischi legati a questo deposito, e mi impegno a non trascurare alcuno sforzo affinché un giorno possano essere resi noti al pubblico esattamente come li avrò ricevuti, arricchiti di tutte le osservazioni che sarò riuscito a raccogliere, al fine di rivelare la verità. Questo è tutto ciò che la prudenza mi permette di fare per tranquillizzare la mia coscienza, per servire la giustizia e la verità.

ROUSSEAU. — Ed è anche tutto ciò che egli stesso desidera. La speranza che un giorno la sua memoria venga restituita all’onore che merita, e che i suoi libri diventino utili grazie alla stima dovuta al loro autore, è ormai l’unica cosa che può consolarlo in questo mondo. Aggiungiamoci inoltre la dolcezza di vedere ancora due cuori onesti e veri aprirsi al suo. In questo modo possiamo mitigare l’orrore di questa solitudine nella quale viene costretto a vivere tra gli esseri umani. Infine, senza compiere sforzi inutili a suo favore – che potrebbero causare grandi disordini e il cui successo stesso non lo riguarderebbe più – concediamogli almeno questa consolazione: che nelle sue ultime ore siano delle mani amiche ad chiudergli gli occhi.

Fine del terzo e ultimo dialogo.

ROUSSEAU GIUDICE DI JEAN-JACQUES

Indice dei contenuti del titolo

Elenco dei Memorie

Elenco generale dei titoli

Storia della precedente scrittura

Non parlerò qui né del soggetto, né dell’oggetto, né della forma di questo scritto: di ciò ho già detto nell’introduzione che lo precede. Ma dirò quale ne era lo scopo, quale è stata la sua destinazione finale, e perché questa copia si trovi qui.

Per quattro anni mi sono dedicato a questi dialoghi, nonostante il dolore costante che provavo nel lavorarci; ormai stavo per concludere questa dolorosa impresa, senza sapere, senza immaginare come avrei potuto utilizzarli, e senza aver ancora deciso cosa avrei tentato almeno per farlo. Venti anni di esperienza mi avevano insegnato quale onestà e fedeltà potessi aspettarmi da coloro che mi circondavano sotto il nome di amici. Soprattutto, la flagrante doppiezza di Duclos, che avevo stimato al punto di confidargli le mie “Confessioni”, e che aveva trasformato il più sacro legame dell’amicizia in uno strumento di inganno e tradimento. Cosa potevo aspettarmi da persone che da allora erano state messe intorno a me, e le cui azioni mi rivelavano così chiaramente le loro intenzioni? Confidare il mio manoscritto a loro significava, in realtà, consegnarlo direttamente ai miei persecutori; inoltre, la situazione in cui mi trovavo non mi permetteva più di avvicinarmi a nessun altro.

Dans cette situation, trompé dans tous mes choix, et ne trouvant plus que perfidie et fausseté parmi les hommes, mon âme, exaltée par le sentiment de son innocence et par celui de leur iniquité, s’éleva par un élan jusqu’au siège de tout ordre et de toute vérité, pour y chercher les ressources que je n’avais plus ici-bas. Ne pouvant plus me confier à aucun homme qui ne me trahît, je résolus de me confier uniquement à la Providence, et de remettre à elle seule l’entière disposition du dépôt que je désirais laisser en de sûres mains.

J’imaginai pour cela de faire une copie au net de cet écrit, et de la déposer dans une église sur un autel ; et, pour rendre cette démarche aussi solennelle qu’il était possible, je choisis le grand autel de l’église de Notre-Dame, jugeant que partout ailleurs mon dépôt serait plus aisément caché ou détourné par les curés et par les moines, et tomberait infailliblement dans les mains de mes ennemis, au lieu qu’il pouvait arriver que le bruit de cette action fit parvenir mon manuscrit jusque sous les yeux du roi ; ce qui était tout ce que j’avais à désirer de plus favorable, et qui ne pouvait jamais arriver en m’y prenant de toute autre façon.

Tandis que je travaillais à transcrire au net mon écrit, je méditais sur les moyens d’exécuter mon projet, ce qui n’était pas fort facile, et surtout pour un homme aussi timide que moi. Je pensai qu’un samedi, jour auquel toutes les semaines on va chanter devant l’autel de Notre-Dame un motet, durant lequel le chœur reste vide, serait le jour où j’aurais le plus de facilité d’y entrer, d’arriver jusqu’à l’autel, et d’y placer mon dépôt. Pour combiner plus sûrement ma démarche, j’allai plusieurs fois de loin en loin examiner l’état des choses, et la disposition du chœur et de ses avenues ; car ce que j’avais à redouter, c’était d’être retenu au passage sûr que dès lors mon projet était manqué. Enfin, mon manuscrit étant prêt, je l’enveloppai, et j’y mis la suscription suivante :

DÉPÔT REMIS A LA PROVIDENCE.

« Protecteur des opprimés, Dieu de justice et de vérité, reçois ce dépôt que remet sur ton autel et confie à ta providence un étranger infortuné, seul, sans appui, sans défenseur sur la terre, outragé, moqué, diffamé, trahi de toute une génération, chargé depuis quinze ans, à l’envi, de traitements pires que la mort, et d’indignités inouïes jusqu’ici parmi les humains, sans avoir pu jamais en apprendre au moins la cause. Toute explication m’est refusée, toute communication m’est ôtée ; je n’attends plus des hommes aigris par leur propre injustice qu’affronts, mensonges et trahisons. Providence éternelle, mon seul espoir est en toi ; daigne prendre mon dépôt sous ta garde, et le faire tomber en des mains jeunes et fidèles, qui le transmettent exempt de fraude à une meilleure génération ; qu’elle apprenne, en déplorant mon sort, comment fut traité par celle-ci un homme sans fiel et sans fard, ennemi de l’injustice, mais patient à l’endurer, et qui jamais n’a fait, ni voulu, ni rendu de mal à personne. Nul n’a droit, je le sais, d’espérer un miracle, pas même l’innocence opprimée et méconnue. Puisque tout doit rentrer dans l’ordre un jour, il suffit d’attendre. Si donc mon travail est perdu, s’il doit être livré à mes ennemis, et par eux détruit ou défiguré, comme cela paraît inévitable, je n’en compterai pas moins sur ton œuvre, quoique j’en ignore l’heure et les moyens ; et après avoir fait, comme je l’ai dû, mes efforts pour y concourir, j’attends avec confiance, je me repose sur ta justice, et me résigne à ta volonté.»

Au verso du titre, et avant la première page, était écrit ce qui suit.

« Qui que vous soyez, que le ciel a fait l’arbitre de cet écrit, quelque usage que vous ayez résolu d’en faire, et quelque opinion que vous ayez de l’auteur, cet auteur infortuné vous conjure, par vos entrailles humaines et par les angoisses qu’il a souffertes en l’écrivant, de n’en disposer qu’après l’avoir lu tout entier. Songez que cette grâce, que vous demande un cœur brisé de douleur, est un devoir d’équité que le ciel vous impose. »

Tout cela fait, je pris sur moi mon paquet, et je me rendis, le samedi 24 février 1776, sur les deux heures, à Notre-Dame, dans l’intention d’y présenter le même jour mon offrande.

Je voulus entrer par une des portes latérales, par laquelle je comptais pénétrer dans le chœur. Surpris de la trouver fermée, j’allai passer plus bas par l’autre porte latérale qui donne dans la nef. En entrant, mes yeux furent frappés d’une grille que je n’avais jamais remarquée, et qui séparait de la nef la partie des bas-côtés qui entoure le chœur. Les portes de cette grille étaient fermées, de sorte que cette partie des bas-côtés dont je viens de parler était vide, et qu’il m’était impossible d’y pénétrer. Au moment où j’aperçus cette grille, je fus saisi d’un vertige comme un homme qui tombe en apoplexie, et ce vertige fut suivi d’un bouleversement dans tout mon être, tel que je ne me souviens pas d’en avoir éprouvé jamais un pareil. L’église me parut avoir tellement changé de face, que, doutant si j’étais bien dans Notre-Dame, je cherchais avec effort à me reconnaître et à mieux discerner ce que je voyais. Depuis trente-six ans que je suis à Paris, j’étais venu fort souvent et en divers temps à Notre-Dame ; j’avais toujours vu le passage autour du chœur ouvert et libre, et je n’y avais même jamais remarqué ni grille, ni porte, autant qu’il pût m’en souvenir. D’autant plus frappé de cet obstacle, imprévu, que je n’avais dit mon projet à personne, je crus, dans mon premier transport, voir concourir le ciel même à l’œuvre d’iniquité des hommes ; et le murmure d’indignation qui m’échappa ne peut être conçu que par celui qui saurait se mettre à ma place, ni excusé que par celui qui sait lire au fond des cœurs.

Je sortis rapidement de l’église, résolu de n’y rentrer de mes jours ; et, me livrant à toute mon agitation, je courus tout le reste du jour, errant de toutes parts, sans savoir ni où j’étais, ni où j’allais, jusqu’à ce que, n’en pouvant plus, la lassitude et la nuit me forcèrent de rentrer chez moi, rendu de fatigue et presque hébété de douleur.

Revenu peu à peu de ce premier saisissement, je commençai à réfléchir plus posément à ce qui m’était arrivé ; et, par ce tour d’esprit qui m’est propre, aussi prompt à me consoler d’un malheur arrivé qu’à m’effrayer d’un malheur à craindre, je ne tardai pas d’envisager d’un autre œil le mauvais succès de ma tentative. J’avais dit dans ma suscription que je n’attendais pas un miracle, et il était clair néanmoins qu’il en aurait fallu un pour faire réussir mon projet : car l’idée que mon manuscrit parviendrait directement au roi, et que ce jeune prince prendrait lui-même la peine de lire ce long écrit, cette idée, dis-je, était si folle, que je m’étonnais moi-même d’avoir pu m’en bercer un moment. Avais-je pu douter que, quand même l’éclat de cette démarche aurait fait arriver mon dépôt jusqu’à la cour, ce n’eût été que pour y tomber, non dans les mains du roi, mais dans celles de mes plus malins persécuteurs ou de leurs amis, et par conséquent pour être ou tout-à-fait supprimé, ou défiguré selon leurs vues, pour le rendre funeste à ma mémoire. Enfin le mauvais succès de mon projet, dont je m’étais si fort affecté, me parut, à force d’y réfléchir, un bienfait du ciel, qui m’avait empêché d’accomplir un dessein si contraire à mes intérêts ; je trouvai que c’était un grand avantage que mon manuscrit me fût resté pour en disposer plus sagement ; et voici l’usage que je résolus d’en faire.

Je venais d’apprendre qu’un homme de lettres de ma plus ancienne connaissance, avec lequel j’avais eu quelque liaison, que je n’avais point cessé d’estimer, et qui passait une grande partie de l’année à la campagne, était à Paris depuis peu de jours. Je regardai la nouvelle de son retour comme une direction de la Providence, qui m’indiquait le vrai dépositaire de mon manuscrit. Cet homme était, il est vrai, philosophe, auteur, académicien, et d’une province dont les habitants n’ont pas une grande réputation de droiture : mais que faisaient tous ces préjugés contre un point aussi bien établi que sa probité l’était dans mon esprit ? L’exception, d’autant plus honorable qu’elle était rare, ne faisait qu’augmenter ma confiance en lui ; et quel plus digne instrument le ciel pouvait-il choisir pour son œuvre que la main d’un homme vertueux ?

In this situation, deceived in every choice I made and finding nothing but treachery and falsehood among men, my soul, elevated by the sense of its own innocence and by the awareness of their injustice, soared towards the realm of all order and truth, in search of those resources which I could no longer find here below. Unable to trust any man who would betray me, I resolved to place my trust solely in Providence and to leave entirely in its hands the care of that treasure which I desired to place in safe hands.

For this purpose, I conceived of making a digital copy of this manuscript and placing it in a church on an altar; and to render this act as solemn as possible, I chose the main altar of Notre-Dame Church, reasoning that elsewhere my deposit would be much more likely to be hidden or stolen by priests and monks, and would inevitably fall into the hands of my enemies. This way, however, there was no possibility that the news of this action could lead to my manuscript coming into the king’s sight—which was precisely what I desired most, and something that could never have been achieved if I had chosen any other method.

As I was working on transcribing my text online, I pondered over the means to carry out my plan—something that proved quite difficult, especially for a shy person like me. I thought that a Saturday, when people would gather every week to sing a motet in front of Notre-Dame’s altar, with the choir remaining empty during that time, would be the best day for me to enter, make my way to the altar, and deposit what I intended there. To ensure the success of my plan, I went several times to inspect the situation carefully, as well as the layout of the choir and its passages; my greatest fear was being stopped at some critical point, which would have meant the failure of my entire scheme. Finally, once my manuscript was ready, I wrapped it up and attached the following inscription:

A DEPONITION LEFT TO PROVIDENCE.

“Protector of the oppressed, God of justice and truth, receive this offering placed before you, and entrust this unfortunate stranger—alone, without support, without defender on earth, insulted, mocked, slandered, betrayed by an entire generation—to your providence. For fifteen years, he has endured treatments worse than death and indignities unheard of among humans, never even learning the reasons for them. All explanations are denied to me; all communication is severed. I no longer expect anything but insults, lies, and betrayals from men hardened by their own injustice. Eternal Providence, you are my only hope. Please take this offering under your protection and ensure it falls into the hands of young and faithful individuals who will pass it on without fraud to a better generation. May they learn, as they lament my fate, how a man without treachery or shame—an enemy of injustice yet patient in enduring it—and who never did, nor sought to do, any harm to anyone—was treated by that very generation. I know that no one has the right to expect a miracle, not even the oppressed and unrecognized innocent. Since everything must eventually be put back in order, we need only wait. If my efforts are in vain, if they fall into the hands of my enemies and are destroyed or distorted, as it seems inevitable, I will still rely on your work, though I know not the time or means thereof. Having done my part to contribute to it, I await with confidence, place my trust in your justice, and submit myself to your will.”

On the back of the title page, before the first page, the following was written.

“Whatever you may be, whatever purpose heaven has assigned to this writing, whatever use you intend to make of it, and whatever opinion you hold of its author—this unfortunate author implores you, in the name of your human compassion and the agony he endured in composing it, to read it in its entirety before deciding how to deal with it. Remember that this request, made by a heart broken with grief, is nothing less than a duty of fairness imposed upon you by heaven itself.”

After all that was done, I picked up my package and, at two o’clock on Saturday, February 24, 1776, I headed for Notre-Dame, with the intention of presenting my offering there on the same day.

I tried to enter through one of the side doors, intending to proceed into the choir via that route. Surprised to find it closed, I decided to try the other side door leading into the nave. Upon entering, my gaze was struck by a grille that I had never noticed before—it separated the part of the side aisles surrounding the choir from the main nave. The doors of this grille were shut, so that the area I mentioned was completely empty and inaccessible to me. The moment I saw it, I felt as if I had been struck with vertigo, like a man suffering a stroke; this dizziness was followed by a profound upheaval within my entire being—such a sensation I could not recall having ever experienced before. The church seemed to have completely changed in appearance; doubting whether I was indeed in Notre-Dame, I struggled to recognize the surroundings and make sense of what I saw. For thirty-six years I had been coming to Notre-Dame frequently, at various times of the year; I had always seen the passage around the choir open and unobstructed, and I could not recall ever having noticed any grille or door there. All the more shocked by this unexpected obstacle, since I had shared my plans with no one, I initially believed that even heaven itself was conspireing to aid in the wrongdoing of mankind; the outburst of indignation that escaped me could only be understood by someone who could put themselves in my position, and it could only be forgiven by those who are capable of reading the true intentions of people’s hearts.

I quickly left the church, determined never to return there again; overwhelmed by my agitation, I ran throughout the rest of the day, wandering aimlessly without knowing where I was or where I was going. Until, unable to bear it any longer, exhaustion and night forced me to return home, exhausted and almost delirious with pain.

Gradually recovering from that initial shock, I began to reflect more calmly on what had happened to me. With that particular way of thinking of mine—quick to console myself after a misfortune as well as to fear one that might yet befall me—I soon came to view the poor outcome of my attempt in a different light. In my initial letter, I had stated that I did not expect a miracle; yet it was clear that such a miracle would have been necessary for my plan to succeed. The idea that my manuscript would reach the king directly and that that young prince himself would take the trouble to read such a lengthy document seemed utterly absurd—so much so that I wondered how I had ever dared to entertain it for a moment. How could I have doubted that, even if my approach attracted attention and my submission reached the court, it would only fall into the hands of my most cunning persecutors or their allies? In that case, my manuscript would either be completely destroyed or altered to suit their purposes, thus ensuring its ruin to my memory. Ultimately, the poor success of my project, which had initially filled me with distress, began to seem to me like a blessing from heaven—something that had prevented me from carrying out a plan so utterly contrary to my own interests. I realized that it was actually a great advantage for my manuscript to remain in my possession, allowing me to make wiser use of it. And this is the plan I resolved to pursue next.

I had just learned that a literary figure whom I had known for many years, with whom I had maintained some correspondence, whom I had always held in high regard, and who spent most of the year in the countryside, had recently returned to Paris. I regarded his return as a sign from Providence, indicating to me who the true custodian of my manuscript was. It is true that this man was a philosopher, an author, and an academician, and came from a province whose inhabitants were not generally considered upright; but what did all these preconceptions matter when his integrity was so firmly established in my mind? The fact that such an exception existed—all the more honorable for its rarity—only strengthened my trust in him. And what more suitable instrument could heaven choose for its purposes than the hand of a virtuous man?

In questa situazione, ingannato in tutte le mie scelte e non trovando più tra gli uomini che perfidia e falsità, la mia anima, esaltata dal sentimento della propria innocenza e da quello della loro ingiustizia, si elevò fino al luogo dove risiedono ogni ordine e ogni verità, alla ricerca di quelle risorse che ormai non potevo più trovare qui sulla terra. Non potendo più affidarmi a nessun uomo che mi tradisse, decisi di confidarmi unicamente nella Provvidenza e di lasciare interamente nelle sue mani la cura di ciò che desideravo mettere in sicure mani.

Per questo motivo, pensai di creare una copia digitale di quel testo e di depositarla in una chiesa, sull’altare; e per rendere questa azione il più solenne possibile, scelsi l’altare maggiore della chiesa di Notre-Dame, ritenendo che altrove il mio deposito sarebbe stato più facilmente nascosto o sottratto dai preti e dai monaci, finendo inevitabilmente nelle mani dei miei nemici. In questo modo, invece, era impossibile che la notizia di questa azione portasse il mio manoscritto fino agli occhi del re; ed era esattamente ciò che desideravo di più, e che non avrebbe mai potuto accadere se avessi adottato un altro approccio.

Mentre lavoravo a trascrivere il mio testo su internet, riflettevo sui modi per realizzare il mio progetto, il che non era affatto facile, soprattutto per un uomo timido come me. Pensai che un sabato, giorno in cui ogni settimana si canta davanti all’altare di Nostra Signora un motetto durante il quale il coro rimane vuoto, sarebbe stato il momento più adatto per entrare, raggiungere l’altare e depositarvi il mio “diposito”. Per garantirmi maggiore sicurezza nel mio piano, andai più volte a ispezionare la situazione, nonché la disposizione del coro e dei suoi passaggi; infatti, ciò che temevo era di essere trattenuto proprio in quel punto sicuro, il che avrebbe significato il fallimento del mio progetto. Alla fine, una volta pronto il mio manoscritto, lo avvolsi e vi scrissi la seguente dedica:

Il compito affidato alla Provvidenza.

“Protettore degli oppressi, Dio di giustizia e verità, accetta questo deposito che viene posto sul tuo altare e affidato alla tua provvidenza: un estraneo sfortunato, solo, senza appoggio, senza difensore sulla terra, offeso, deriso, diffamato, tradito da un’intera generazione; per quindici anni ha subito trattamenti peggiori della morte e indignità inaudite tra gli esseri umani, senza mai riuscire a conoscere nemmeno la causa di tutto ciò. Mi viene negata qualsiasi spiegazione, mi viene tolta qualsiasi possibilità di comunicare; non mi aspetto più dagli uomini offesi dalla loro stessa ingiustizia che insulti, menzogne e tradimenti. Provvidenza eterna, il mio unico speranza è in te: per favore, prendi sotto la tua protezione questo deposito e fai sì che cada nelle mani di giovani fedeli, che lo trasmettano senza frode a una generazione migliore; che essa, lamentando il mio destino, impari come questa generazione abbia trattato un uomo privo di inganno e di vergogna, nemico dell’ingiustizia, ma paziente nel sopportarla, e che mai ha fatto, né voluto, né inflitto del male a nessuno. So bene che nessuno ha il diritto di sperare in un miracolo, nemmeno l’innocenza oppressa e ignorata. Poiché un giorno tutto dovrà tornare all’ordine, basta aspettare. Se quindi il mio sforzo dovesse andare perduto, se dovesse essere consegnato ai miei nemici e da loro distrutto o deformato, come sembra inevitabile, non mi farò comunque illusioni sulla tua opera, anche se ignoro l’ora e i mezzi con cui avverrà; e dopo aver fatto, come dovevo, il mio dovere per contribuirvi, aspetterò con fiducia, riposerò sulla tua giustizia e mi rassegnerò alla tua volontà.”

Sul retro del titolo, e prima della prima pagina, era scritto quanto segue.

“Qualunque sia la vostra posizione, qualunque sia il ruolo che il cielo abbia avuto nell’ispirare queste parole, qualunque uso intendiate farne e quale opinione abbiate dell’autore, questo sfortunato autore vi supplica, in nome delle vostre umane emozioni e delle angosie che ha provato nel scriverle, di non disporne se non dopo averle lette integralmente. Pensate che questa grazia, chiesta da un cuore spezzato dal dolore, rappresenti un dovere di equità imposto dal cielo.”

Dopo aver fatto tutto ciò, presi il mio pacchetto e mi recai, sabato 24 febbraio 1776, alle due del pomeriggio, a Notre-Dame, con l’intenzione di presentarvi la mia offerta lo stesso giorno.

Volevo entrare da una delle porte laterali, attraverso la quale intendevo raggiungere il coro. Sorpreso di trovarla chiusa, decisi di provare dall’altra porta laterale che conduce alla navata. Entrando, i miei occhi furono colpiti da una griglia che non avevo mai notato prima; essa separava dalla navata la parte dei lati che circondano il coro. Le porte di questa griglia erano chiuse, quindi quella zona era vuota e impossibile da attraversare. Nel momento in cui vidi quella griglia, provai un capogiro violento, come se fossi colpito da un ictus; quel capogiro fu seguito da un profondo sconvolgimento interiore, di cui non ricordo di aver mai provato uno simile. La chiesa mi sembrava completamente cambiata; dubitavo persino di essere ancora a Notre-Dame e cercavo disperatamente di riconoscere ciò che avevo davanti agli occhi. Da trentasei anni vivevo a Parigi e ero venuto spesso in Notre-Dame, in momenti diversi; avevo sempre visto quel passaggio intorno al coro aperto e libero, e non ricordavo di aver mai notato alcuna griglia o porta. Ancora più sorpreso da questo ostacolo inaspettato – poiché non ne avevo parlato con nessuno – pensai, nel mio primo istante di panico, che anche il cielo stesse collaborando all’ingiustizia degli uomini; e il mormorio di indignazione che mi sfuggì poteva essere compreso solo da chi si trovasse nella mia stessa situazione, e scusato soltanto da chi fosse in grado di leggere nel profondo dei cuori umani.

Uscii rapidamente dalla chiesa, deciso a non tornarci mai più; lasciandomi andare alla mia totale agitazione, corsi per il resto della giornata, vagando dappertutto senza sapere né dove fossi né dove stessi andando, fino a quando, non potendone più sopportare, la stanchezza e la notte mi costrinsero a tornare a casa, esausto e quasi privo di sensi per il dolore.

Ripresomi gradualmente da quell’emozione iniziale, cominciai a riflettere più seriamente su quanto mi era accaduto; e, con quel modo di pensare che è proprio mio – pronto sia a consolarmi per un disastro già avvenuto che ad allarmarmi per uno ancora da temere – non tardai a considerare in modo diverso il fallimento della mia tentativa. Avevo detto nella mia lettera di non aspettarmi alcun miracolo, eppure era evidente che ne sarebbe stato necessario uno per rendere possibile il successo del mio progetto: infatti, l’idea che il mio manoscritto potesse arrivare direttamente al re, e che quel giovane principe si prendesse la briga di leggere quel lungo scritto, era così assurda che mi meravigliavo io stesso di essermi illuso per un momento. Come avrei potuto dubitare che, anche se il mio tentativo avesse attirato l’attenzione della corte, ciò non avrebbe significato altro che far sì che il mio manoscritto finisse non nelle mani del re, ma in quelle dei miei più astuti persecutori o dei loro alleati, e quindi venisse distrutto o alterato secondo i loro interessi, rendendolo così dannoso per la mia reputazione? Alla fine, quel fallimento, che all’inizio mi aveva profondamente addolorato, mi parve, riflettendoci bene, un vero dono del cielo: mi aveva infatti salvato dal compiere un piano così contrario ai miei interessi; considerai quindi un grande vantaggio il fatto che il mio manoscritto fosse rimasto in mio possesso, permettendomi di decidere più saggiamente cosa farne. Ecco dunque l’uso che decisi di darvi.

Avevo appena saputo che uno scrittore che conoscevo da molto tempo, con il quale avevo avuto una certa relazione e che non avevo mai smesso di stimare, e che trascorreva gran parte dell’anno in campagna, era tornato a Parigi da pochi giorni. Vidi la notizia del suo ritorno come un segno della Provvidenza, che mi indicava il vero custode del mio manoscritto. Quest’uomo, è vero, era filosofo, scrittore, accademico, e proveniva da una provincia la cui gente non godeva di grande reputazione per onestà. Ma che importanza avevano tutti questi pregiudizi contro qualcuno la cui integrità era così saldamente radicata nella mia mente? L’eccezione, tanto più lodevole in quanto rara, non faceva altro che aumentare la mia fiducia in lui. E quale strumento più degno potesse il cielo scegliere per la sua opera se non la mano di un uomo virtuoso?

Je me détermine donc ; je cherche sa demeure : enfin je la trouve, et non sans peine. Je lui porte mon manuscrit, et je le lui remets avec un transport de joie, avec un battement de cœur qui fut peut-être le plus digne hommage qu’un mortel ait pu rendre à la vertu. Sans savoir encore de quoi il s’agissait, il me dit en le recevant qu’il ne ferait qu’un bon et honnête usage de mon dépôt. L’opinion que j’avais de lui me rendait cette assurance très superflue.

Quinze jours après je retourne chez lui, fortement persuadé que le moment était venu où le voile de ténèbres qu’on tient depuis vingt ans sur mes yeux allait tomber, et que, de manière ou d’autre, j’aurais de mon dépositaire des éclaircissements qui me paraissaient devoir nécessairement suivre de la lecture de mon manuscrit. Rien de ce que j’avais prévu n’arriva. Il me parla de cet écrit comme il m’aurait parlé d’un ouvrage de littérature que je l’aurais prié d’examiner pour m’en dire son sentiment. Il me parla de transpositions à faire pour donner un meilleur ordre à mes matières ; mais il ne me dit rien de l’effet qu’avait fait sur lui mon écrit, ni de ce qu’il pensait de l’auteur. Il me proposa seulement de faire une édition correcte de mes œuvres, en me demandant pour cela mes directions. Cette même proposition, qui m’avait été faite, et même avec opiniâtreté par tous ceux qui m’ont entouré, me fit penser que leurs dispositions et les siennes étaient les mêmes. Voyant ensuite que sa proposition ne me plaisait point, il offrit de me rendre mon dépôt. Sans accepter cette offre, je le priai seulement de le remettre à quelqu’un plus jeune que lui, qui pût survivre assez et à moi et à mes persécuteurs, pour pouvoir le publier un jour sans crainte d’offenser personne. Il s’attacha singulièrement à cette dernière idée, et il m’a paru par la suscription qu’il a faite pour l’enveloppe du paquet, et qu’il m’a communiquée, qu’il portait tous ses soins à faire en sorte, comme je l’en ai prié, que le manuscrit ne fut point imprimé ni connu avant la fin du siècle présent. Quant à l’autre partie de mon intention, qui était qu’après ce terme l’écrit fût fidèlement imprimé et publié, j’ignore ce qu’il a fait pour la remplir.

Depuis lors j’ai cessé d’aller chez lui. Il m’a fait deux ou trois visites, que nous avons eu bien de la peine à remplir de quelques mots indifférents, moi n’ayant plus rien à lui dire, et lui ne voulant me rien dire du tout.

Sans porter un jugement décisif sur mon dépositaire, je sentis que j’avais manqué mon but, et que vraisemblablement j’avais perdu mes peines et mon dépôt : mais je ne perdis point encore courage. Je me dis que mon mauvais succès venait de mon mauvais choix ; qu’il fallait être bien aveugle et bien prévenu pour me confier à un Français, trop jaloux de l’honneur de sa nation pour en manifester l’iniquité ; à un homme âgé, trop prudent, trop circonspect, pour s’échauffer pour la justice et pour la défense d’un opprimé. Quand j’aurais cherché tout exprès le dépositaire le moins propre à remplir mes vues, je n’aurais pas pu mieux choisir. C’est donc ma faute si j’ai mal réussi ; mon succès ne dépend que d’un meilleur choix.

Bercé de cette nouvelle espérance, je me remis à transcrire et mettre au net avec une nouvelle ardeur. Tandis que je vaquais à ce travail, un jeune Anglais, que j’avais eu pour voisin à Wootton[421], passa par Paris, revenant d’Italie, et me vint voir. Je fis comme tous les malheureux, qui croient voir dans tout ce qui leur arrive une expresse direction du sort. Je me dis : Voilà le dépositaire que la Providence m’a choisi ; c’est elle qui me l’envoie ; elle n’a rebuté mon choix que pour m’amener au sien. Comment avais-je pu ne pas voir que c’était un jeune homme, un étranger qu’il me fallait, hors du tripot des auteurs, loin des intrigants de ce pays, sans intérêt de me nuire, et sans passion contre moi ? Tout cela me parut si clair que, croyant voir le doigt de Dieu dans cette occasion fortuite, je me pressai de la saisir. Malheureusement ma nouvelle copie n’était pas avancée ; mais je me hâtai de lui remettre ce qui était fait, renvoyant à l’année prochaine à lui remettre le reste, si ; comme je n’en doutais pas, l’amour de la vérité lui donnait le zèle de revenir le chercher.

Depuis son départ, de nouvelles réflexions ont jeté dans mon esprit des doutes sur la sagesse de tous ces choix. Je ne pouvais ignorer que depuis longtemps nul ne m’approche qui ne soit expressément envoyé, et que me confier aux gens qui m’entourent c’est me livrer à mes ennemis. Pour trouver un confident fidèle, il aurait fallu l’aller chercher loin de moi parmi ceux dont je ne pouvais approcher. Mon espérance était donc vaine, toutes mes mesures étaient fausses, tous mes soins étaient inutiles, et je devais être sûr que l’usage le moins criminel que feraient de mon dépôt ceux à qui je l’allais ainsi confiant serait de l’anéantir.

Cette idée me suggéra une nouvelle tentative dont j’attendis plus d’effet. Ce fut d’écrire une espèce de billet circulaire adressé à la nation française, d’en faire plusieurs copies, et de les distribuer, aux promenades et dans les rues, aux inconnus dont la physionomie me plairait le plus. Je ne manquai pas d’argumenter à ma manière ordinaire en faveur de cette nouvelle résolution. On ne me laisse de communication, me disais-je, qu’avec des gens apostés par mes persécuteurs. Me confier à quelqu’un qui m’approche n’est autre chose que me confier à eux. Du moins parmi les inconnus il s’en peut trouver qui soient de bonne foi : mais quiconque vient chez moi n’y vient qu’à mauvaise intention ; je dois être sûr de cela.

Je fis donc mon petit écrit en forme de billet, et j’eus la patience d’en tirer un grand nombre de copies. Mais, pour en faire la distribution, j’éprouvai un obstacle que je n’avais pas prévu, dans le refus de le recevoir par ceux à qui je le présentais. La suscription était : A tout Français aimant encore la justice et la vérité[422]. Je n’imaginais pas que, sur cette adresse, aucun l’osât refuser ; presque aucun ne l’accepta. Tous, après avoir lu l’adresse, me déclarèrent, avec une ingénuité qui me fit rire au milieu de ma douleur, qu’il ne s’adressait pas à eux. Vous avez raison, leur disais-je en le reprenant, je vois bien que je m’étais trompé. Voilà la seule parole franche que depuis quinze ans j’aie obtenue d’aucune bouche française.

Éconduit aussi par ce côté, je ne me rebutai pas encore. J’envoyai des copies de ce billet en réponse à quelques lettres d’inconnus qui voulaient à toute force venir chez moi, et je crus faire merveille en mettant au prix d’une réponse décisive à ce même billet l’acquiescement à leur fantaisie. J’en remis deux ou trois autres aux personnes qui m’accostaient ou qui me venaient voir. Mais tout cela ne produisit que des réponses amphigouriques et normandes qui m’attestaient dans leurs auteurs une fausseté à toute épreuve.

Ce dernier mauvais succès, qui devait mettre le comble à mon désespoir, ne m’affecta point comme les précédents. En m’apprenant que mon sort était sans ressource, il m’apprit à ne plus lutter contre la nécessité. Un passage de l’Émile que je me rappelai me fit rentrer en moi-même et m’y fit trouver ce que j’avais cherché vainement au-dehors. Quel mal t’a fait ce complot ? que t’a-t-il ôté de toi ? quel membre t’a-t-il mutilé ? quel crime t’a-t-il fait commettre ? Tant que les hommes n’arracheront pas de ma poitrine le cœur qu’elle enferme, pour y substituer, moi vivant, celui d’un malhonnête homme, en quoi pourront-ils altérer, changer, détériorer mon être ? Ils auront beau faire un Jean-Jacques à leur mode, Rousseau restera toujours le même en dépit d’eux.

I therefore make up my mind; I search for his residence, and finally find it, not without difficulty. I bring him my manuscript and hand it over to him with immense joy, my heart beating perhaps in the most worthy manner a mortal could offer as tribute to virtue. Without even knowing what it was about, he told me upon receiving it that he would make good and honest use of it. The opinion I held of him made such assurance entirely unnecessary for me.

Fifteen days later, I returned to his place, firmly convinced that the time had come when the veil of darkness that had covered my eyes for twenty years was about to be lifted, and that I would, in one way or another, receive from him some clarifications that I felt were inevitably connected with the reading of my manuscript. Nothing of what I had anticipated happened. He spoke about this writing as if it were a literary work that I had asked him to review and give his opinion on. He suggested some revisions needed to organize my materials more effectively; but he said nothing about the impact my text had on him, nor about what he thought of its author. He merely offered to prepare a correct edition of my works, asking me for my guidance in doing so. This very suggestion—which had also been made to me, and with insistence, by all those around me—made me realize that their intentions were the same as his own. When I expressed that I was not pleased with his proposal, he offered to return my manuscript to me. Without accepting that offer, I simply asked him to give it to someone younger than him who would live long enough both for me and for my persecutors, so that it could be published one day without fear of offending anyone. He took great care to fulfill this request; the inscription on the package envelope he sent me clearly showed his dedication to ensuring that the manuscript was not printed or made known until the end of this century. As for my other intention—that the text be faithfully printed and published after that time—I have no idea what he did to make it happen.

Since then, I stopped going to his place. He came to visit me two or three times, and we had great difficulty coming up with a few indifferent words to say—since I no longer had anything to tell him, and he certainly didn’t want to say anything to me at all.

Without passing a definitive judgment on my trustee, I felt that I had failed to achieve my goal and that I had probably wasted both my efforts and my trust: yet I did not lose courage. I told myself that my poor outcome was due to my wrong choice; one would have to be utterly blind and preconceived to entrust matters to a Frenchman, so jealous of his nation’s honor as to refuse to acknowledge its injustices; or to an old man, too cautious and wary to stand up for justice and the defense of the oppressed. If I had deliberately sought out the least suitable person to fulfill my intentions, I could not have chosen any worse. Therefore, it is my own fault that I failed; my success depends solely on making a better choice next time.

Filled with this new hope, I resumed my work of transcribing and refining the text with renewed enthusiasm. While engaged in this task, a young Englishman whom I had known as a neighbor in Wootton[421] passed through Paris on his way back from Italy and came to see me. Like all unfortunate people who see in everything that happens to them a deliberate arrangement by fate, I thought to myself: “Here is the person chosen for me by Providence; it is she who has sent him; she merely prevented me from choosing someone else, so as to lead me to this one.” How could I not have realized that he was precisely the kind of man I needed—a stranger, far removed from the scheming world of authors and politicians in this country, with no motive to harm me or any passion against me? All these points seemed so clear to me that, believing I saw God’s hand at work in this fortuitous encounter, I hurriedly seized the opportunity. Unfortunately, my new copy was not yet complete; but I quickly handed over what had been done so far and promised to deliver the rest the following year, assuming, as I had no doubt, his love for truth would motivate him to return for it.

Since his departure, new reflections have cast doubt upon the wisdom of all these choices in my mind. I could not ignore that for a long time, no one who approached me did so unless they were explicitly sent by someone else; moreover, trusting the people around me meant handing myself over to my enemies. To find a faithful confidant, I would have had to seek him far from me, among those whom I could not approach in any case. My hope was thus vain; all my efforts were misplaced, and all my precautions futile. I had to acknowledge that the least criminal thing those to whom I was about to entrust my secrets might do would be to destroy them entirely.

This idea prompted me to attempt something new, hoping for greater results this time. I decided to write a kind of circular letter addressed to the French nation, make several copies of it, and distribute them in the parks and on the streets to strangers whose appearances pleased me the most. I did not fail to argue, in my usual manner, in favor of this new approach. “People are only allowing me to communicate with those sent by my persecutors,” I told myself. “Confiding in anyone who approaches me is tantamount to confiding in them.” At least among strangers, there might be some who are sincere; but anyone who comes to my house does so with malicious intentions—I must be certain of that.

So I wrote my little note in the form of a letter and took the trouble to make many copies of it. However, when it came to distributing them, I encountered an obstacle I had not anticipated: those to whom I offered them refused to accept it. The address on the note read: “To every Frenchman who still loves justice and truth.” I couldn’t imagine that anyone would dare refuse such an invitation; yet almost no one accepted it. After reading the address, they all told me, with such innocence that it made me laugh despite my pain, that it did not apply to them. “You are right,” I would say, taking it back from them. “I see that I was mistaken.” That was the only honest response I had received from a French person in fifteen years.

Having also encountered this attitude on that front, I did not yet give up. I sent copies of this note in response to several letters from strangers who insisted on coming to my house, and I thought I had done a remarkable thing by using a decisive reply to this very note as a condition for satisfying their whims. I gave two or three more such notes to people who approached me or came to see me. But all this only resulted in ambiguous and incomprehensible responses, which clearly revealed the falseness of their authors in every respect.

This latest failure, which seemed destined to complete my despair, did not affect me in the same way as the previous ones. By making me realize that my fate was utterly hopeless, it taught me to cease fighting against what was inevitable. A passage from Émile that I recalled helped me turn within myself and find there what I had vainly sought elsewhere. What harm has this scheme done to you? What has it taken away from you? Which part of your being has it mutilated? What crime has it forced you to commit? So long as men do not tear the heart from my chest and replace it, while I am still alive, with that of a dishonest man—what can they possibly alter, change, or destroy about me? No matter how much they try to create their own version of Jean-Jacques Rousseau, he will always remain the same, despite them.

Quindi mi decido; cerco la sua dimora e finalmente la trovo, non senza difficoltà. Gli porto il mio manoscritto e glielo consegno con un’estrema gioia, con un battito cardiaco che fu forse l’omaggio più degno che un mortale potesse rendere alla virtù. Senza ancora sapere di cosa si trattasse, mi disse che avrebbe fatto un buon e onesto uso del mio manoscritto. L’opinione che avevo di lui rendeva questa sua promessa del tutto superflua.

Quindici giorni dopo tornai da lui, convinto che fosse giunto il momento in cui il velo di oscurità che veniva tenuto davanti ai miei occhi da vent’anni sarebbe finalmente caduto, e che, in un modo o nell’altro, avrei ricevuto dalle mani del suo custode delle spiegazioni che, a mio parere, dovevano necessariamente seguire alla lettura del mio manoscritto. Niente di ciò che avevo previsto accadde. Lui parlò di quel testo come se si trattasse di un’opera letteraria che gli avessi chiesto di esaminare per dirmi la sua opinione. Mi suggerì alcune modifiche necessarie per dare maggiore ordine al contenuto del manoscritto, ma non mi disse nulla riguardo all’impatto che quel testo aveva avuto su di lui, né cosa pensasse dell’autore. Mi propose semplicemente di curare una edizione corretta delle mie opere, chiedendomi le mie indicazioni al riguardo. Quella stessa proposta, che mi era stata fatta con insistenza da tutti coloro che mi circondavano, mi fece pensare che le loro intenzioni fossero le stesse della sua. Quando vidi che quella proposta non mi piaceva, lui si offrì di restituirmi il mio manoscritto. Senza accettare la sua offerta, gli chiesi soltanto di affidarlo a qualcuno più giovane di lui, che potesse sopravvivere sia a me che ai miei persecutori, in modo da poterlo pubblicare un giorno senza il rischio di offendere nessuno. Lui si attaccò particolarmente a questa idea, e dalla dedica che scrisse sull’involucro del pacco, e che mi fece avere, sembrava davvero impegnato a far sì che il manoscritto non venisse stampato né conosciuto prima della fine di questo secolo. Per quanto riguarda l’altra parte del mio piano, ovvero che quel testo venisse pubblicato fedelmente dopo la scadenza di quel termine, ignoro cosa abbia fatto per realizzarla.

Da allora ho smesso di andare da lui. Mi ha fatto due o tre visite, e abbiamo faticato molto a scambiarci solo poche parole indifferenti: io non avevo più nulla da dirgli, e lui non voleva assolutamente dirmi nulla.

Senza giungere a una conclusione definitiva riguardo al mio depositario, sentii di aver fallito nel raggiungere il mio obiettivo e che probabilmente avevo perso sia i miei sforzi che il mio “deposito”: ma non persi comunque coraggio. Mi dissi che il mio insuccesso derivava da una scelta sbagliata; doveva essere davvero cieco o prevenuto per affidarsi a un francese, troppo geloso dell’onore della sua nazione per ammettere le sue ingiustizie; a un uomo anziano, troppo prudente e cauto per impegnarsi a favore della giustizia e della difesa di un oppresso. Se avessi cercato apposta il depositario meno adatto a realizzare i miei scopi, non avrei potuto scegliere meglio. Quindi è colpa mia se ho fallito; il mio successo dipende soltanto da una scelta migliore.

Cullato da questa nuova speranza, ripresi a trascrivere e a sistemare i materiali con rinnovato impegno. Mentre mi dedicavo a questo lavoro, un giovane inglese che avevo avuto come vicino a Wootton[421] passò per Parigi, tornando dall’Italia, e venne a trovarmi. Come fanno tutti i sfortunati che vedono in tutto ciò che gli accade una diretta indicazione del destino, anch’io pensai: “Ecco il messaggero che la Provvidenza mi ha scelto; è lei ad avermelo inviato; ha respinto la mia scelta soltanto per condurmi alla sua”. Come avrei potuto non capire che si trattava di un giovane, di uno straniero, lontano dai intrighi di questa terra, senza alcun interesse a nuocermi e privo di qualsiasi animosità contro di me? Tutto questo mi sembrò così evidente che, credendo di vedere la mano di Dio in questa occasione fortuita, mi affrettai a coglierla. Purtroppo la mia nuova copia non era ancora pronta; ma mi affrettai comunque a consegnargli ciò che avevo finito e gli promisi di portargli il resto l’anno successivo, se, come non dubitavo, l’amore per la verità lo spingesse a tornare a cercarmi.

Dall’epoca della sua partenza, nuove riflessioni hanno suscitato nel mio animo dubbi sulla saggezza di tutte queste scelte. Non potevo ignorare che da molto tempo nessuno si avvicinava a me se non per un motivo preciso e che affidarmi alle persone che mi circondavano significava consegnarmi ai miei nemici. Per trovare un confidente fedele, avrei dovuto cercarlo lontano da me, tra coloro a cui non potevo avvicinarmi. Quindi la mia speranza era vana, tutte le mie azioni erano errate, tutti i miei sforzi erano inutili. E dovevo essere certo che il comportamento meno criminale che potessero avere coloro a cui affidavo il mio segreto sarebbe stato quello di distruggerlo completamente.

Questa idea mi suggerì un nuovo tentativo, dal quale aspettavo risultati più concreti. Decisi di scrivere una sorta di comunicato circolare indirizzato alla nazione francese, ne feci diverse copie e le distribuii, durante le passeggiate e per le strade, a sconosciuti i cui volti mi piacevano di più. Non mancai di argomentare, come al solito, a favore di questa nuova decisione. “A me non viene concesso alcun mezzo di comunicazione”, mi dicevo, “se non attraverso persone incaricate dai miei persecutori. Confidarmi in qualcuno che si avvicina a me significa semplicemente confidarmi in loro. Almeno tra gli sconosciuti potrebbero essercene alcuni di buona fede. Ma chiunque venga da me lo fa con cattive intenzioni; devo esserne certo.”

Quindi redigui il mio breve scritto in forma di biglietto e mi presi la pazienza di ne fare molte copie. Tuttavia, nel tentativo di distribuirle, incontrai un ostacolo che non avevo previsto: coloro a cui le presentavo rifiutavano di accettarle. L’indirizzo era: “A tutti i francesi che amano ancora la giustizia e la verità”. Non avrei mai immaginato che, con un simile indirizzo, qualcuno osasse rifiutarle; in realtà, quasi nessuno le accettò. Dopo aver letto l’indirizzo, tutti mi dissero, con una ingenuità che mi fece ridere nonostante il mio dolore, che quel biglietto non era rivolto a loro. “Avete ragione”, rispondevo io riprendendolo, “vedo bene di essermi sbagliato”. Quella fu l’unica risposta sincera che ricevetti in quindici anni da parte di un francese.

Guidato anch’io da questo aspetto, non mi scoraggiai ancora. Inviai delle copie di quel biglietto in risposta a alcune lettere di sconosciuti che insistevano per venire a casa mia, e pensai di aver fatto un ottimo lavoro imponendo come condizione per una risposta decisa l’accettazione delle loro richieste. Ne diedi altre due o tre alle persone che mi avvicinavano o che venivano a trovarmi. Ma tutto ciò produsse soltanto risposte ambigue e prive di senso, le quali dimostravano nei loro autori una falsità indiscutibile.

Quest’ultimo insuccesso, che avrebbe dovuto completare il mio disperio, non mi colpì come gli altri. Insegnandomi che il mio destino era senza speranza, mi fece capire di dover smettere di lottare contro la necessità. Un passaggio de “L’Emile” che ricordai mi spinse a riflettere su me stesso e mi permise di trovare ciò che avevo cercato invano all’esterno. Quale male ti ha causato questo complotto? Che cosa ti ha tolto? Qualo membro ti ha mutilato? Quale crimine ti ha costretto a commettere? Finché gli uomini non strapperanno dal mio petto il cuore che vi è racchiuso per sostituirlo, mentre sono ancora in vita, con quello di un uomo disonesto, in che modo potranno alterare, cambiare o danneggiare la mia essenza? Potranno anche creare un “Jean-Jacques” a loro misura, ma Rousseau rimarrà sempre lo stesso, nonostante loro.

N’ai-je donc connu la vanité de l’opinion que pour me remettre sous son joug aux dépens de la paix de mon âme et du repos de mon cœur ? Si les hommes veulent me voir autre que je ne suis, que m’importe ? L’essence de mon être est-elle dans leurs regards ? S’ils abusent et trompent sur mon compte les générations suivantes, que m’importe encore ? Je n’y serai plus pour être victime de leur erreur. S’ils empoisonnent et tournent à mal tout ce que le désir de leur bonheur m’a fait dire et faire d’utile, c’est à leur dam et non pas au mien. Emportant avec moi le témoignage de ma conscience, je trouverai, en dépit d’eux, le dédommagement de toutes leurs indignités. S’ils étaient dans l’erreur de bonne foi, je pourrais en me plaignant les plaindre encore et gémir sur eux et sur moi ; mais quelle erreur peut excuser un système aussi exécrable que celui qu’ils suivent à mon égard avec un zèle impossible à qualifier ? Quelle erreur peut faire traiter publiquement en scélérat convaincu le même homme qu’on empêche avec tant de soin d’apprendre au moins de quoi on l’accuse ? Dans le raffinement de leur barbarie, ils ont trouvé l’art de me faire souffrir une longue mort en me tenant enterré tout vif. S’ils trouvent ce traitement doux, il faut qu’ils aient des âmes de fange ; s’ils le trouvent aussi cruel qu’il l’est, les Phalaris, les Agathocles, ont été plus débonnaires qu’eux. J’ai donc eu tort d’espérer les ramener en leur montrant qu’ils se trompent : ce n’est pas de cela qu’il s’agit ; et, quand ils se tromperaient sur mon compte, ils ne peuvent ignorer leur propre iniquité. Ils ne sont pas injustes et méchants envers moi par erreur, mais par volonté : ils le sont parce qu’ils veulent l’être ; et ce n’est pas à leur raison qu’il faudrait parler, c’est à leurs cœurs dépravés par la haine. Toutes les preuves de leur injustice ne feront que l’augmenter ; elle est un grief de plus qu’ils ne me pardonneront jamais.

Mais c’est encore plus à tort que je me suis affecté de leurs outrages au point d’en tomber dans l’abattement et presque dans le désespoir. Comme s’il était au pouvoir des hommes de changer la nature des choses, et de m’ôter les consolations dont rien ne peut dépouiller l’innocent ! Et pourquoi donc est-il nécessaire à mon bonheur éternel qu’ils me connaissent et me rendent justice ? Le ciel n’a-t-il donc nul autre moyen de rendre mon âme heureuse et de la dédommager des maux qu’ils m’ont fait souffrir injustement ? Quand la mort m’aura tiré de leurs mains, saurai-je et m’inquiéterai-je de savoir ce qui se passe encore à mon égard sur la terre ? A l’instant que la barrière de l’éternité s’ouvrira devant moi, tout ce qui est en-deçà disparaîtra pour jamais ; et si je me souviens alors de l’existence du genre humain, il ne sera pour moi dès cet instant même que comme n’existant déjà plus.

J’ai donc pris enfin mon parti tout-à-fait ; détaché de tout ce qui tient à la terre et des insensés jugements des hommes, je me résigne à être à jamais défiguré parmi eux, sans en moins compter sur le prix de mon innocence et de ma souffrance. Ma félicité doit être d’un autre ordre ; ce n’est plus chez eux que je dois la chercher, et il n’est pas plus en leur pouvoir de l’empêcher que de la connaître. Destiné à être dans cette vie la proie de l’erreur et du mensonge, j’attends l’heure de ma délivrance et le triomphe de la vérité sans les plus chercher parmi les mortels. Détaché de toute affection terrestre, et délivré même de l’inquiétude de l’espérance ici-bas, je ne vois plus de prise par laquelle ils puissent encore troubler le repos de mon cœur. Je ne réprimerai jamais le premier mouvement d’indignation, d’emportement, de colère, et même je n’y lâche plus ; mais le calme qui succède à cette agitation passagère est un état permanent dont rien ne peut plus me tirer.

L’espérance éteinte étouffe bien le désir, mais elle n’anéantit pas le devoir, et je veux jusqu’à la fin remplir le mien dans ma conduite avec les hommes. Je suis dispensé désormais de vains efforts pour leur faire connaître la vérité, qu’ils sont déterminés à rejeter toujours ; mais je ne le suis pas de leur laisser les moyens d’y revenir autant qu’il dépend de moi, et c’est le dernier usage qui me reste à faire de cet écrit. En multiplier incessamment les copies, pour les déposer ainsi çà et là dans les mains des gens qui m’approchent, serait excéder inutilement mes forces, et je ne puis raisonnablement espérer que de toutes ces copies ainsi dispersées une seule parvienne entière à sa destination. Je vais donc me borner à une, dont j’offrirai la lecture à ceux de ma connaissance que je croirai les moins injustes, les moins prévenus, ou qui, quoique liés avec mes persécuteurs, me paraîtront avoir néanmoins encore du ressort dans l’âme et pouvoir être quelque chose par eux-mêmes. Tous, je n’en doute pas, resteront sourds à mes raisons, insensibles à ma destinée, aussi cachés et faux qu’auparavant. C’est un parti pris universellement et sans retour, surtout par ceux qui m’approchent. Je sais tout cela d’avance, et je ne m’en tiens pas moins à cette dernière résolution, parce qu’elle est le seul moyen qui reste en mon pouvoir de concourir à l’œuvre de la Providence, et d’y mettre la possibilité qui dépend de moi. Nul ne m’écoutera, l’expérience m’en avertit ; mais il n’est pas impossible qu’il s’en trouve un qui m’écoute, et il est désormais impossible que les yeux des hommes s’ouvrent d’eux-mêmes à la vérité. C’en est assez pour m’imposer l’obligation de la tentative, sans en espérer aucun succès. Si je me contente de laisser cet écrit après moi, cette proie n’échappera pas aux mains de rapine qui n’attendent que ma dernière heure pour tout saisir et brûler, ou falsifier. Mais si parmi ceux qui m’auront lu il se trouvait un seul cœur d’homme, ou seulement un esprit vraiment sensé, mes persécuteurs auraient perdu leur peine, et bientôt la vérité percerait aux yeux du public. La certitude, si ce bonheur inespéré m’arrive, de ne pouvoir m’y tromper un moment, m’encourage à ce nouvel essai. Je sais d’avance quel ton tous prendront après m’avoir lu. Ce ton sera le même qu’auparavant, ingénu, patelin, bénévole ; ils me plaindront beaucoup de voir si noir ce qui est si blanc, car ils ont tous la candeur des cygnes ; mais ils ne comprendront rien à tout ce que j’ai dit là. Ceux-là, jugés à l’instant, ne me surprendront point du tout, et me fâcheront très peu. Mais si, contre toute attente, il s’en trouve un que mes raisons frappent et qui commence à soupçonner la vérité, je ne resterai pas un moment en doute sur cet effet, et j’ai le signe assuré pour le distinguer des autres quand même il ne voudrait pas s’ouvrir à moi. C’est de celui-là que je ferai mon dépositaire, sans même examiner si je dois compter sur sa probité : car je n’ai besoin que de son jugement pour l’intéresser à m’être fidèle. Il sentira qu’en supprimant mon dépôt il n’en tire aucun avantage ; qu’en le livrant à mes ennemis il ne leur livre que ce qu’ils ont déjà, qu’il ne peut par conséquent donner un grand prix à cette trahison, ni éviter, tôt ou tard, par elle le juste reproche d’avoir fait une vilaine action : au lieu qu’en gardant mon dépôt il reste toujours le maître de le supprimer quand il voudra ; et peut un jour, si des révolutions assez naturelles changent les dispositions du public, se faire un honneur infini, et tirer de ce même dépôt un grand avantage dont il se prive en le sacrifiant. S’il sait prévoir et s’il peut attendre, il doit, en raisonnant bien, m’être fidèle. Je dis plus : quand même le public persisterait dans les mêmes dispositions où il est à mon égard, encore un mouvement très naturel le portera-t-il, tôt ou tard, à désirer de savoir au moins ce que Jean-Jacques aurait pu dire si on lui eût laissé la liberté de parler. Que mon dépositaire se montrant leur dise alors : Vous voulez donc savoir ce qu’il aurait dit ? Eh bien ! le voilà. Sans prendre mon parti, sans vouloir défendre ma cause ni ma mémoire, il peut, en se faisant mon simple rapporteur, et restant au surplus, s’il peut, dans l’opinion de tout le monde, jeter cependant un nouveau jour sur le caractère de l’homme jugé : car c’est toujours un trait de plus à son portrait de savoir comment un pareil homme osa parler de lui-même.

Haven’t I thus come to realize the vanity of such opinions, which seek to subject me again to their yoke at the expense of the peace of my soul and the tranquility of my heart? If people wish to see me otherwise than I truly am, what does it matter to me? Is the essence of my being determined by their perceptions? If they deceive and mislead future generations about me, what significance does that hold anymore? I will no longer be here to suffer the consequences of their errors. If they corrupt and distort everything I said or did out of a desire for their own happiness, then it is their loss, not mine. Bearing the testimony of my conscience with me, I shall find, despite them, compensation for all their indignities. If they were mistaken out of good faith, I might still lament their error and grieve for both them and myself; but what kind of mistake could ever justify such an abhorrent system as the one they employ towards me—with such relentless zeal? What mistake could ever justify treating a person whom they go to such lengths to prevent from even knowing what accusations are being made against him, as a confirmed scoundrel in public? In the very sophistication of their barbarity, they have found a way to make me suffer a slow, lingering death by keeping me alive yet imprisoned. If they find such treatment lenient, then surely their souls are vile; if they deem it cruel, then even Phalaris and Agathocles were more merciful than them. Therefore, I was wrong to hope that showing them their mistake would lead them to repentance—such is not the issue at all. And even if they were mistaken about me, they cannot possibly ignore the injustice of their own actions. They are unjust and cruel towards me not out of error, but out of deliberate choice; they do so because they wish to do so. And it is not their reasoning that matters, but their hearts, corrupted by hatred. All evidence of their injustice will only serve to reinforce it; it is another grievance that they will never forgive me for.

But it was all the more unjust that I should have been so affected by their insults as to fall into despondency and nearly despair. As if it were within human power to change the nature of things or to take away from me those consolations from which the innocent can never be deprived! And why, then, is it necessary for my eternal happiness that they should know me and render me justice? Does not heaven possess some other means to make my soul happy and to compensate it for the evils they have unjustly inflicted upon me? When death frees me from their grasp, will I even care to know what happens to me on earth thereafter? The moment the barrier of eternity opens before me, everything beyond it will disappear forever; and if I then remember the existence of mankind, it will seem to me as if it had never existed at all.

I have finally taken a firm stand on this matter; detached from everything connected to the earth and from the foolish judgments of men, I am resigned to being forever disfigured among them, yet I still place my trust in the value of my innocence and my suffering. My happiness must be of a different kind; I no longer seek it among them, nor is it within their power to prevent it or to understand it. Destined to be the prey of error and falsehood in this life, I await the hour of my liberation and the triumph of truth, without seeking it among mortals at all. Detached from all earthly affections, and even free from the anxiety of hope here below, I see no means by which they could disturb the peace of my heart anymore. I will never suppress the first surge of indignation, wrath, or anger; indeed, I no longer hold back such feelings. But the calm that follows these fleeting outbursts is a permanent state from which nothing can ever pull me away.

Despair can indeed stifle desire, but it does not destroy duty; and I am determined to fulfill my obligations towards others until the very end. I am no longer obliged to make futile efforts to bring them to understand the truth, since they are resolutely determined to reject it forever; yet I am still responsible for ensuring that they have every opportunity to return to it, as much as it is in my power to do so. To endlessly reproduce this text and distribute copies among those who approach me would be an unnecessary waste of my energy, and I cannot reasonably expect that even one of these scattered copies will reach its intended destination intact. Therefore, I will limit myself to producing only one copy, which I will offer for reading to those among my acquaintances whom I believe to be the least unjust, the least prejudiced, or who, despite their association with my persecutors, still seem to possess some inner strength and the potential to make independent choices. I doubt that any of them will listen to my reasons or acknowledge my plight; they will remain as hidden and deceitful as before. This is a universally adopted stance, especially among those who come near me. I am aware of all this in advance, yet I cling to this final resolve, for it is the only means left in my power to contribute to the work of Providence and to bring about the change that depends on me. No one will listen to me; experience has warned me of this; but it is not impossible that someone might do so. And although it is now impossible for human eyes to open themselves to the truth on their own, this alone is sufficient to compel me to make this attempt, even if I expect no success from it. If I simply leave this text behind me, it will surely fall into the hands of those who await only my death in order to seize and destroy or distort it all. But if, among those who have read it, there exists even one human heart, or one mind truly capable of understanding, then my persecutors would have wasted their efforts, and soon the truth would be revealed to the public. The certainty that, should such unexpected good fortune befall me, I will not deceive myself for a single moment encourages me to make this final attempt. I know in advance what tone they will all adopt after reading it: it will be the same as before—innocent, flattering, benevolent—they will lament how I can describe what is so clearly white as black, for they all possess the innocence of swans; but they will understand nothing of what I have said. Those who react in this way will not surprise me at all and will probably annoy me only slightly. But if, against all expectations, there is one among them whose reasoning is moved by my arguments and who begins to suspect the truth, then I will not hesitate for a moment in recognizing such a person, even if he refuses to open himself to me. It is precisely this person that I will entrust my secret to, without even considering whether I can rely on his integrity—because all I need is for him to use his judgment in order to be motivated to remain faithful to me. He will realize that by destroying my secret, he gains nothing; that by handing it over to my enemies, he is only giving them what they already possess; consequently, he cannot attach any great value to such betrayal, nor can he avoid, sooner or later, the just reproach of having committed a vile act. On the other hand, by keeping my secret, he remains in full control of whether to destroy it at any time he chooses—and one day, if certain natural events change public opinion, he may be able to gain immense honor and derive great benefit from that very secret, which he would otherwise lose by sacrificing it. If he is able to foresee these developments and wait patiently, then, after careful consideration, he should remain faithful to me. I even go further: even if public opinion remains unchanged toward me, some very natural shift in sentiment will eventually lead people to want to know what Jean-Jacques might have said had he been given the freedom to speak. If my confidant were to tell them, “You wish to know what he would have said? Well, here it is.” Without taking my side or defending my cause or memory, he could simply report what happened to me, and yet, in the eyes of everyone, he would still shed new light on the character of this man who dared speak so boldly about himself.

Ho forse conosciuto l’vanità dell’opinione secondo cui dovrei rientrare sotto il loro dominio, a scapito della pace della mia anima e del riposo del mio cuore? Se gli uomini vogliono vedermi diverso da ciò che sono, che importanza ha? L’essenza del mio essere dipende forse dai loro giudizi? Se abusano e ingannano le generazioni future a mio riguardo, che importanza ha ancora? Non sarò più lì per diventare vittima dei loro errori. Se avvelenano e rovinano tutto ciò che il desiderio del loro bene mi ha spinto a dire o a fare di utile, è a loro che ne deriva danno, non a me. Portando con me la testimonianza della mia coscienza, troverò, nonostante loro, un rimedio per tutte le loro ingiustizie. Se sbagliassero in buona fede, potrei ancora lamentarmene e gemere su di loro e su di me; ma quale errore può giustificare un sistema così abominevole come quello che seguono nei miei confronti con un zelo impossibile da descrivere? Quale errore può spiegare il fatto che lo stesso uomo, di cui si fa ogni sforzo per impedire che venga almeno a conoscenza delle accuse contro di lui, venga pubblicamente trattato come un criminale convinto? Nella loro barbarie raffinata, hanno trovato il modo di farmi soffrire una “morte lenta”, tenendomi sepolto vivo. Se ritengono questo trattamento dolce, allora le loro anime devono essere fatte di fango; se lo considerano crudele, allora i Phalaris e gli Agathocles sono stati più misericordiosi di loro. Quindi ho commesso un errore a sperare di farli tornare sulla retta via mostrando loro che si sbagliavano: non è di questo che si tratta; e anche se si sbagliassero su di me, non possono ignorare la propria ingiustizia. Non sono ingiusti e malvagi nei miei confronti per errore, ma per volontà: lo fanno perché lo desiderano; e non è alla loro ragione che bisogna fare riferimento, ma ai loro cuori corrotti dall’odio. Tutte le prove della loro ingiustizia non faranno altro che aumentarla; essa rappresenta un ulteriore motivo per cui non mi perdoneranno mai.

Ma è ancora più ingiusto da parte mia aver sofferto così tanto a causa dei loro oltraggi da cadere nella disperazione. Come se fosse possibile agli uomini cambiare la natura delle cose e privarmi di quelle consolazioni che nulla può togliere all’innocente! E perché mai è necessario, per il mio eterno felicità, che mi conoscano e mi rendano giustizia? Il cielo non ha forse altri mezzi per rendere felice la mia anima e compensarla per i mali che mi hanno fatto soffrire ingiustamente? Quando la morte mi libererà dalle loro mani, saprò forse cosa accade ancora di me sulla terra? Nel momento in cui il confine dell’eternità si aprirà davanti a me, tutto ciò che è al di là scomparirà per sempre; e se allora ricorderò l’esistenza del genere umano, essa non significherà più nulla per me.

Ho finalmente preso una decisione definitiva: liberato da tutto ciò che riguarda la terra e dai giudizi insensati degli uomini, mi rassegno ad essere per sempre disprezzato tra di loro, senza tuttavia perdere fiducia nel valore della mia innocenza e delle mie sofferenze. La mia felicità deve appartenere a un altro ordine; non devo cercarla più tra di loro, né è in loro potere impedirla o conoscerla. Destinato ad essere in questa vita vittima dell’errore e del mentire, attendo l’ora della mia liberazione e il trionfo della verità, senza cercarli affatto tra i mortali. Liberato da ogni affetto terreno, persino dall’inquietudine della speranza in questo mondo, non vedo più nulla che possa turbare la pace del mio cuore. Non reprimerò mai il primo impulso di indignazione, di ira o di rabbia; anzi, non li lascio più andare. Ma la calma che segue queste momenti di agitazione è uno stato permanente dal quale nulla può più distogliermi.

La speranza spenta soffoca certamente il desiderio, ma non annienta il dovere; quindi intendo fino alla fine ad adempiere al mio dovere nel modo in cui mi comporto con gli uomini. Ora sono esentato dal compiere sforzi vani per far loro conoscere la verità, poiché essi sono decisi a rifiutarla sempre; tuttavia non sono esentato dal fornire loro tutti i mezzi possibili per tornare ad essa, finché dipende da me. Moltiplicare incessantemente delle copie di questo scritto e distribuirle qua e là tra le persone che mi avvicinano significherebbe soltanto sprecare inutilmente le mie forze; non posso quindi sperare ragionevolmente che anche solo una di queste copie arrivi intatta a destinazione. Mi limiterò quindi a una sola copia, che offrirò alla lettura di coloro tra i miei conoscenti che ritengo meno ingiusti, meno prevenuti, o che, pur essendo legati ai miei persecutori, mi sembrino ancora capaci di riflettere e di agire per conto loro. Tutti, ne sono certo, resteranno sordi alle mie ragioni, insensibili alla mia sorte, altrettanto nascosti e falsi come prima. Questa è una scelta universale e irreversibile, soprattutto da parte di coloro che mi avvicinano. Lo so già in anticipo, ma non rinuncio comunque a questa ultima risoluzione, perché è l’unico mezzo che ho a disposizione per contribuire all’opera della Provvidenza e per dare alla verità una possibilità di essere riconosciuta. Nessuno mi ascolterà; l’esperienza me lo ha dimostrato. Ma non è impossibile che ci sia qualcuno che mi ascolti. E ora è ormai impossibile che gli occhi degli uomini si aprano da soli alla verità. Questo basta per impormi l’obbligo di tentare, anche senza sperare in alcun successo. Se lascio questo scritto dopo di me, esso non sfuggirà alle mani di coloro che aspettano solo la mia morte per distruggerlo o falsificarlo. Ma se tra coloro che lo avranno letto ci fosse anche solo una persona con un cuore umano, o uno spirito veramente razionale, i miei persecutori avrebbero sprecato inutilmente i loro sforzi. E presto la verità sarebbe riconosciuta dal pubblico. La certezza che, se questo felice evento dovesse accadere, non potrei ingannarmi nemmeno per un momento mi incoraggia a tentare ancora. So già in anticipo quale sarà il tono con cui tutti reagiranno dopo aver letto questo scritto. Sarà lo stesso di prima: ingenuo, mellifluo, pieno di buone intenzioni. Mi compatiranno molto per aver descritto come “nero” ciò che in realtà è “bianco”, poiché tutti hanno la candidezza dei cigni. Ma non comprenderanno assolutamente nulla di ciò che ho detto. Questi ultimi, se giudicati immediatamente dopo aver letto, non mi sorprenderanno affatto e probabilmente non si arrabbieranno nemmeno. Ma se, contro ogni aspettativa, ci fosse qualcuno le cui ragioni venissero colpite e che iniziasse a sospettare la verità. Non esiterei un momento nel riconoscerlo. E ho un segno sicuro per distinguerlo dagli altri, anche se non volesse aprirsi con me. È proprio di quest’uomo che farò il mio depositario, senza nemmeno esaminare se possa contare sulla sua onestà: poiché ho bisogno soltanto del suo giudizio per interessarlo a rimanermi fedele. Lui comprenderà che, eliminando il mio deposito, non ne trarrà alcun vantaggio; che consegnandolo ai miei nemici, non farà altro che dar loro ciò che già possiedono; quindi non potrà attribuire grande valore a questa tradizione, né evitare, prima o poi, di essere giustamente rimproverato per aver compiuto un atto spregevole. Invece, tenendo il mio deposito, potrà sempre decidere di eliminarlo quando vorrà; e un giorno, se delle rivoluzioni naturali cambieranno l’opinione pubblica, potrà trarre un enorme vantaggio da quel stesso deposito che ora sacrifica. Se sa prevedere e può aspettare, dovrebbe, riflettendoci bene, rimanermi fedele. Dico di più: anche se l’opinione pubblica dovesse persistere nelle stesse posizioni nei miei confronti, un movimento del tutto naturale la spingerà, prima o poi, a voler sapere almeno ciò che Jean-Jacques avrebbe potuto dire se gli fosse stata data la libertà di parlare. Quando il mio depositario si presenterà davanti a loro, possa dire: “Volete quindi conoscere ciò che avrebbe detto? Ebbene, eccolo qui”. Senza prendere le mie parti, senza voler difendere la mia causa o la mia memoria, potrà semplicemente riferire ciò che ho detto, rimanendo comunque, se possibile, nell’opinione di tutti; e questo contribuirà certamente a far luce sul carattere di quell’uomo: poiché sapere come un individuo del genere abbia osato parlare di sé stesso rappresenta sempre un ulteriore tratto del suo profilo.

Si parmi mes lecteurs je trouve cet homme sensé disposé, pour son propre avantage, à m’être fidèle, je-suis déterminé à lui remettre non seulement cet écrit, mais aussi tous les papiers qui restent entre mes mains, et desquels on peut tirer un jour de grandes lumières sur ma destinée, puisqu’ils contiennent des anecdotes, des explications, et des faits que nul autre que moi ne peut donner, et qui sont les seules clefs de beaucoup d’énigmes qui, sans cela, resteront à jamais inexplicables.

Si cet homme ne se trouve point, il est possible au moins que la mémoire de cette lecture, restée dans l’esprit de ceux qui l’auront faite, réveille un jour en quelqu’un d’eux quelque sentiment de justice et de commisération, quand, longtemps après ma mort, le délire public commencera à s’affaiblir.

Alors ce souvenir peut produire en son âme quelque heureux effet que la passion qui les anime arrête de mon vivant, et il n’en faut pas davantage pour commencer l’œuvre de la Providence. Je profiterai donc des occasions de faire connaître cet écrit, si je les trouve, sans en attendre aucun succès. Si je trouve un dépositaire que j’en puisse raisonnablement charger, je le ferai, regardant néanmoins mon dépôt comme perdu, et m’en consolant d’avance. Si je n’en trouve point, comme je m’y attends, je continuerai de garder ce que je lui aurais remis, jusqu’à ce qu’à ma mort, si ce n’est plus tôt, mes persécuteurs s’en saisissent. Ce destin de mes papiers, que je vois inévitable, ne m’alarme plus. Quoi que fassent les hommes, le ciel à son tour fera son œuvre. J’en ignore le temps, les moyens, l’espèce. Ce que je sais, c’est que l’arbitre suprême est puissant et juste, que mon âme est innocente, et que je n’ai pas mérité mon sort : cela me suffit. Céder désormais à ma destinée, ne plus m’obstiner à lutter contre elle, laisser mes persécuteurs disposer à leur gré de leur proie, rester leur jouet sans aucune résistance durant le reste de mes vieux et tristes jours, leur abandonner même l’honneur de mon nom et ma réputation dans l’avenir, s’il plaît au ciel qu’ils en disposent, sans plus m’affecter de rien, quoi qu’il arrive ; c’est ma dernière résolution. Que les hommes fassent désormais tout ce qu’ils voudront ; après avoir fait, moi, ce que j’ai dû, ils auront beau tourmenter ma vie, ils ne m’empêcheront pas de mourir en paix.

— CORRESPONDANCE —


Jean-Jacques ROUSSEAU

CORRESPONDANCE


Liste générale des titres

Pour toutes remarques ou suggestions :

editions@arvensa.com

ou rendez-vous sur :

www.arvensa.com

Table de la correspondance

Présentation

If I should find among my readers this sensible man willing, for his own advantage, to remain faithful to me, I am determined to hand over to him not only this document but also all the papers that remain in my possession, for which one day great insights into my fate may be gained. These papers contain anecdotes, explanations, and facts that no one else but myself can provide, and they are the sole keys to many mysteries that would otherwise remain forever unsolved.

If this man cannot be found, it is at least possible that the memory of this reading, remaining in the minds of those who have read it, will one day awaken in some of them a sense of justice and compassion, when, long after my death, the public frenzy begins to subside.

Therefore, this memory may produce some happy effect in his soul, even if the passion that drives them stops while I am still alive; and nothing more is needed to begin the work of Providence. I will therefore take every opportunity to make this writing known, if I can find such opportunities, without expecting any success in return. If I find someone trustworthy enough to entrust it to, I will do so, though I regard my deposit as lost in advance and console myself accordingly. If I cannot find such a person, as I expect, I will continue to keep what I would have given him until, at my death—or perhaps even sooner—my persecutors come into possession of it. This fate for my papers, which I see as inevitable, no longer alarms me. No matter what men do, heaven will carry out its own plan. I do not know when, how, or in what way it will happen. What I know is that the supreme Arbiter is powerful and just; that my soul is innocent; and that I have not deserved this fate. That is enough for me. From now on, I will submit to my destiny, cease to resist it, let my persecutors do with their prey as they please, remain their plaything without any resistance throughout the rest of my old and sad days, and even abandon the honor of my name and reputation to them in the future, if heaven so decides. No matter what happens, I will no longer be affected by anything. This is my final resolve. Let men do whatever they wish; after I have done what was required of me, they may torment my life as much as they like, but they will not prevent me from dying in peace.

— CORRESPONDENCE —


Jean-Jacques Rousseau

Correspondence


General list of titles

For any comments or suggestions:

editions@arvensa.com

or meet at:

www.arvensa.com

Correspondence Table

Presentation

Se tra i miei lettori trovo quest’uomo sensato disposto, a proprio vantaggio, a rimanermi fedele, sono deciso a consegnargli non solo questo scritto, ma anche tutti gli altri documenti che mi restano in mano; da essi si potranno un giorno trarre importanti informazioni sulla mia destinazione, poiché contengono aneddoti, spiegazioni e fatti di cui solo io posso fornire testimonianza, e che rappresentano le uniche chiavi per risolvere molte enigme che altrimenti rimarrebbero per sempre irrisolte.

Se quest’uomo non dovesse essere trovato, è almeno possibile che il ricordo di questa lettura, rimasto nella mente di coloro che l’hanno letta, un giorno susciti in qualcuno di loro sentimenti di giustizia e compassione, quando, molto tempo dopo la mia morte, il delirio pubblico inizierà a indebolirsi.

Allora quel ricordo può produrre nella sua anima qualche effetto felice, anche se la passione che li anima smette di agire durante la mia vita; e non è necessario nulla di più per iniziare l’opera della Provvidenza. Approfitterò quindi delle occasioni per far conoscere questo scritto, se ne troverò, senza aspettarmi alcun successo. Se troverò una persona di fiducia a cui poterlo affidare, lo farò; tuttavia considererò il mio deposito come perso e mi consolerò in anticipo. Se non ne troverò nessuna, come mi aspetto, continuerò a custodire ciò che le avrei consegnato, fino a quando, alla mia morte – o forse prima – i miei persecutori se ne impossesseranno. Questo destino dei miei documenti, che considero inevitabile, non mi allarma più. Qualunque cosa facciano gli uomini, il cielo compirà la sua opera a suo tempo. Non conosco il momento, i mezzi o il modo in cui avverrà; so soltanto che l’Arbitro Supremo è potente e giusto, che la mia anima è innocente e che non ho meritato questo destino: questo mi basta. Ora cederò senza più resistere al mio destino, lascerò che i miei persecutori dispongano a loro piacimento della loro preda, rimarrò il loro giocattolo senza alcuna resistenza per il resto dei miei giorni tristi e vecchi. E anche l’onore del mio nome e la mia reputazione, se così vorrà il cielo, saranno loro; non mi interesserà più nulla di ciò che accadrà. Questa è la mia ultima decisione. Che gli uomini facciano pure tutto ciò che vogliono; dopo aver fatto io ciò che dovevo, anche se continueranno a tormentare la mia vita, non mi impediranno di morire in pace.

— CORRISPONDENZA —


Jean-Jacques Rousseau

Corrispondenza


Elenco generale dei titoli

Per qualsiasi osservazione o suggerimento:

editions@arvensa.com

oppure incontriamoci su:

www.arvensa.com

Tabella della corrispondenza

Presentazione