Rousseau

Abstract

A reply to the refutation of the first Discourse written (anonymously) by Stanisław, King of Poland: Rousseau restates and develops more fully his thesis on the corruption of morals by the sciences and arts, distinguishing the truly virtuous sage from the mere scholar.

Connections

Assi: Senso della storia
Posizioni: decadenza
Concetti: virtù
Forme: saggio
Scuole: illuminismo

Testo originale francese · Arvensa Editions · pubblico dominio

Introduction

Le discours du citoyen de Genève a de quoi surprendre ; et l’on sera peut-être également surpris de le voir couronné par une académie célèbre.

Est-ce son sentiment particulier que l’auteur a voulu établir ? n’est-ce qu’un paradoxe dont il a voulu amuser le public ? Quoi qu’il en soit, pour réfuter son opinion, il ne faut qu’en examiner les preuves, remettre l’anonyme vis-à-vis des vérités qu’il a adoptées, et l’opposer lui-même à lui-même. Puissé-je, en le combattant par ses principes, le vaincre par ses armes, et le faire triompher par sa propre défaite !

Sa façon de penser annonce un cœur vertueux ; sa manière d’écrire décèle un esprit cultivé : mais s’il réunit effectivement la science à la vertu, et que l’une (comme il s’efforce de le prouver) soit incompatible avec l’autre, comment sa doctrine n’a-t-elle pas corrompu sa sagesse ? ou comment sa sagesse ne l’a-t-elle pas déterminé à rester dans l’ignorance ? A-t-il donné à la vertu la préférence sur la science ? Pourquoi donc nous étaler avec tant d’affectation une érudition si vaste et si recherchée ?

A-t-il préféré, au contraire, la science à la vertu ? Pourquoi donc nous prêcher avec tant d’éloquence celle-ci au préjudice de celle-là ? Qu’il commence par concilier des contradictions si singulières, avant que de combattre les notions communes ; avant que d’attaquer les autres, qu’il s’accorde avec lui-même.

N’aurait-il prétendu qu’exercer son esprit et faire briller son imagination ? Ne lui envions pas le frivole avantage d’y avoir réussi. Mais que conclure en ce cas de son discours ? Ce que l’on conclut après la lecture d’un roman ingénieux ; en vain un auteur prête à des fables les couleurs de la vérité, on voit fort bien qu’il ne croit pas ce qu’il feint de vouloir persuader.

Pour moi, qui ne me flatte, ni d’avoir assez de capacité pour en appréhender quelque chose au préjudice de mes mœurs, ni d’avoir assez de vertu pour pouvoir en faire beaucoup d’honneur à mon ignorance, en m’élevant contre une opinion si peu soutenable, je n’ai d’autre intérêt que de soutenir celui de la vérité.

L’auteur trouvera en moi un adversaire impartial. Je cherche même à me faire un mérite auprès de lui en l’attaquant ; tous mes efforts’, dans ce combat, n’ayant d’autre but que de réconcilier son esprit avec son cœur, et de procurer la satisfaction de voir réunies dans son âme les sciences que j’admire avec les vertus qu’il aime.

Première partie

Les sciences servent à faire connaître le vrai, le bon, l’utile en tout genre : connaissance précieuse qui, en éclairant les esprits, doit naturellement contribuer à épurer les mœurs.

La vérité de cette proposition n’a besoin que d’être présentée pour être crue : aussi ne m’arrêterai-je pas à la prouver ; je m’attache seulement à réfuter les sophismes ingénieux de celui qui ose la combattre.

Dès l’entrée de son discours, l’auteur offre à nos yeux le plus beau spectacle ; il nous représente l’homme aux prises, pour ainsi dire, avec lui-même, sortant en quelque manière du néant de son ignorance ; dissipant par les efforts de sa raison les ténèbres dans lesquelles la nature l’avait enveloppé ; s’élevant par l’esprit jusque dans les plus hautes sphères des régions célestes ; asservissant à son calcul les mouvements des astres, et mesurant de son compas la vaste étendue de l’univers ; rentrant ensuite dans le fond de son cœur, et se rendant compte à lui-même de la nature de son âme, de son excellence, de sa haute destination.

Qu’un pareil aveu, arraché à la vérité, est honorable aux sciences ! qu’il en montre bien la nécessité et les avantages ! qu’il en a dû coûter à l’auteur d’être forcé à le faire, et encore plus à le rétracter !

La nature, dit-il, est assez belle par elle-même, elle ne peut que perdre à être ornée. Heureux les hommes, ajoute-t-il, qui savent profiter de ses dons sans les connaître ! C’est à la simplicité de leur esprit qu’ils doivent l’innocence de leurs mœurs. La belle morale que nous débite ici le censeur des sciences et l’apologiste des mœurs ! Qui se serait attendu que de pareilles réflexions dussent être la suite des principes qu’il vient d’établir ?

La nature d’elle-même est belle, sans doute ; mais n’est-ce pas à en découvrir les beautés, à en pénétrer les secrets, à en dévoiler les opérations, que les savants emploient leurs recherches ? Pourquoi un si vaste champ est-il offert à nos regards ? L’esprit fait pour le parcourir, et qui acquiert dans cet exercice, si digne de son activité, plus de force et d’étendue, doit-il se réduire à quelques perceptions passagères, ou à une stupide admiration ? Les mœurs seront-elles moins pures, parce que la raison sera plus éclairée ? et à mesure que le flambeau qui nous est donné pour nous conduire augmentera de lumières, notre route deviendra-t-elle moins aisée à trouver et plus difficile à tenir ? À quoi aboutiraient tous les dons que le créateur a faits à l’homme, si, borné aux fonctions organiques de ses sens, il ne pouvait seulement examiner ce qu’il voit, réfléchir sur ce qu’il entend, discerner par l’odorat les rapports qu’ont avec lui les objets, suppléer par le tact au défaut de la vue, et juger par le goût de ce qui lui est avantageux ou nuisible ? Sans la raison qui nous éclaire et nous dirige, confondus avec les bêtes, gouvernés par l’instinct, ne deviendrions-nous pas bientôt aussi semblables à elles par nos actions que nous le sommes déjà par nos besoins ? Ce n’est que par le secours de la réflexion et de l’étude, que nous pouvons parvenir à régler l’usage des choses sensibles qui sont à notre portée, à corriger les erreurs de nos sens, à soumettre le corps à l’empire de l’esprit, à conduire l’âme, cette substance spirituelle et immortelle, à la connaissance de ses devoirs et de sa fin.

Comme c’est principalement par leurs effets sur les mœurs que l’auteur s’attache à décrier les sciences, pour les venger d’une si fausse imputation, je n’aurais qu’à rapporter ici les avantages que leur doit la société : mais qui pourrait détailler les biens sans nombre qu’elles y apportent, et les agréments infinis qu’elles y répandent ? Plus elles sont cultivées dans un état, plus l’état est florissant, tout y languirait sans elles.

Que ne leur doit pas l’artisan pour tout ce qui contribue à la beauté, à la solidité, à la proportion, à la perfection de ses ouvrages ? le laboureur, pour les différentes façons de forcer la terre à payer à ses travaux les tributs qu’il en attend ? le médecin, pour découvrir la nature des maladies et la propriété des remèdes ? le jurisconsulte, pour discerner l’esprit des lois, et la diversité des devoirs ? le juge, pour démêler les artifices de la cupidité d’avec la simplicité de l’innocence, et décider avec équité des biens et de la vie des hommes ? Tout citoyen, de quelque profession, de quelque condition qu’il soit, a des devoirs à remplir ; et comment les remplir sans les connaître ? Sans la connaissance de l’histoire, de la politique, de la religion, comment ceux qui sont préposés au gouvernement des états, sauraient-ils y maintenir l’ordre, la subordination, la sûreté, l’abondance ?

La curiosité, naturelle à l’homme, lui inspire l’envie d’apprendre ; ses besoins lui en font sentir la nécessité, ses emplois lui en imposent l’obligation ; ses progrès lui en font goûter le plaisir. Ses premières découvertes augmentent l’avidité qu’il a de savoir ; plus il connaît, plus il sent qu’il a de connaissances à acquérir, et plus il a de connaissances acquises, plus il a de facilité à bien faire.

Introduction

The speech of this citizen from Geneva is indeed surprising; and one might also be surprised to see it crowned by the recognition of a renowned academy.

Was it this particular sentiment that the author intended to convey? Or was it merely a paradox he wanted to amuse his readers with? In any case, to refute his opinion, one only needs to examine the evidence presented, to question the authority of the anonymous author regarding the truths he espoused, and to present those claims as self-contradictory. May I defeat him by using his own principles against him, and cause him to triumph through his own defeat!

His way of thinking indicates a virtuous heart; his manner of writing reveals a cultivated mind. But if he truly combines knowledge with virtue—and if, as he strives to prove, one is incompatible with the other—how is it that his doctrine has not corrupted his wisdom? Or how is it that his wisdom has not led him to choose ignorance instead? Did he place virtue above knowledge? Then why go to such lengths to display such extensive and erudite learning?

On the contrary, did he prefer science to virtue? Then why preach one at the expense of the other with such eloquence? He should first reconcile such singular contradictions before attempting to combat common notions; before attacking others, he must first bring himself into agreement with himself.

Would he have claimed that it was his purpose to exercise his mind and bring his imagination to life? Let us not envy him the frivolous advantage of having succeeded in doing so. But what conclusion can be drawn from his words in this case? The same conclusion one reaches after reading a clever novel: no matter how much an author tries to give fables the colors of truth, it is clear that he does not believe what he pretends to want to persuade us of.

For someone like me, who is neither flattered by the thought that I possess enough capacity to grasp such matters without compromising my morals, nor encouraged by the notion that I have sufficient virtue to bring honor to my ignorance by opposing an opinion so poorly supported—my only interest lies in upholding the cause of truth.

The author will find in me an impartial opponent. In fact, I even seek to earn his respect by attacking him; all my efforts in this “battle” are aimed solely at bringing his mind into harmony with his heart, and at enabling him to experience the satisfaction of seeing the sciences that I admire and the virtues that he values united within his soul.

First Part

Sciences serve to bring to light the true, the good, and the useful in all fields: a precious knowledge that, by enlightening minds, naturally helps to purify morals.

The truth of this proposition merely needs to be presented in order to be believed; therefore, I will not bother to prove it. My focus is solely on refuting the clever sophisms of those who dare to oppose it.

From the very beginning of his discourse, the author presents before our eyes the most magnificent spectacle: he depicts man in a struggle, so to speak, with himself—emerging from the void of ignorance; dispelling the darkness in which nature had enveloped him through the efforts of reason; ascending, through the power of intellect, to the highest realms of the celestial spheres; harnessing the movements of the stars to his own purposes and measuring with his compass the vast expanse of the universe; and then turning within himself to understand the nature of his soul, its excellence, and its noble destiny.

For such an admission, wrung from the truth itself, to be made in the realm of science is truly honorable! It clearly demonstrates its necessity and advantages. Yet, it must have cost the author a great deal to be forced to make it—and even more to later retract it.

“Nature,” he said, “is beautiful enough in itself; any embellishment would only diminish its beauty. Happy those men,” he added, “who know how to enjoy its gifts without even being aware of them! It is the simplicity of their minds that ensures the innocence of their conduct. What noble morals these are—proclaimed by the censor of sciences and the apologist of manners! Who could have expected such reflections to emerge from the principles he has just established?”

In itself, nature is undoubtedly beautiful; but isn’t it precisely by discovering its beauties, by penetrating its secrets, and by unveiling its workings that scientists devote their research efforts? Why is such a vast realm opened up to our observation? The mind is meant to explore it, and those who gain greater strength and breadth through this endeavor, so worthy of their intellectual activity, should they then be content with mere fleeting perceptions or foolish admiration? Will morals become any less pure just because reason becomes more enlightened? And as the light bestowed upon us to guide us grows brighter, will our path become harder to find and harder to follow? What use would all the gifts that the Creator has given to man be if, confined to the purely sensory functions of our senses, we could only observe what we see, reflect on what we hear, discern through smell the relationships between objects and ourselves, compensate for the lack of sight with touch, and judge by taste what is beneficial or harmful to us? Without reason to enlighten and direct us, if we were to be no different from beasts, governed solely by instinct, wouldn’t we soon become as similar to them in our actions as we already are in our needs? It is only through the aid of reflection and study that we can learn to make proper use of the sensible things within our reach, correct the errors of our senses, subject our bodies to the control of our minds, and guide our souls—those spiritual and immortal entities—to understand their duties and their ultimate purpose.

Since the author focuses primarily on describing the effects of these sciences on morals in order to vindicate them from such a false accusation, I would merely need to list here the benefits that society owes to them. But who could possibly detail the countless advantages they bring and the endless pleasures they spread throughout society? The more these sciences are cultivated within a given state, the more prosperous that state becomes; without them, everything would decline.

What does not the artisan owe to those who contribute so much to the beauty, solidity, proportion, and perfection of his works? What does not the farmer owe for the various ways in which he forces the earth to repay him for his labor? What does not the doctor owe for discovering the nature of diseases and the properties of remedies? What does not the jurist owe for discerning the intent behind laws and the diversity of human duties? What does not the judge owe for distinguishing between the cunning of greed and the innocence of virtue, and for making equitable decisions concerning people’s property and lives? Every citizen, regardless of their profession or social status, has duties to fulfill; but how can they perform these duties without first understanding them? Without knowledge of history, politics, and religion, how could those responsible for governing societies maintain order, subordination, security, and prosperity within them?

Curiosity, inherent in human nature, inspires in us the desire to learn; our needs make us aware of its necessity; our various pursuits impose upon us the obligation to acquire knowledge; and our progress allows us to experience the joy that comes with learning. Our initial discoveries only increase our thirst for knowledge; the more we learn, the more we realize how much there is still left to discover, and the more knowledge we gain, the easier it becomes for us to accomplish things well.

Introduzione

Il discorso di questo cittadino di Ginevra ha davvero il potere di sorprendere; e forse sorprenderà anche il fatto che sia stato insignito del riconoscimento da parte di un’academia celebre.

Voleva forse l’autore esporre questo suo particolare punto di vista? Oppure si trattava semplicemente di un paradosso con cui voleva divertire il pubblico? In ogni caso, per confutare la sua opinione, basta esaminare le prove addotte, mettere in discussione l’anonimato dell’autore rispetto alle verità che ha adottato, e contrapporlo lui stesso a se stesso. Possa io sconfiggerlo utilizzando i suoi stessi principi, farlo vincere attraverso la sua stessa sconfitta!

Il suo modo di pensare indica un cuore virtuoso; il suo modo di scrivere rivela uno spirito coltivato. Ma se effettivamente unisce la scienza alla virtù, e se una delle due (come egli stesso cerca di dimostrare) è incompatibile con l’altra, come mai la sua dottrina non ha corrotto la sua saggezza? O come mai la sua saggezza non lo ha spinto a rimanere nell’ignoranza? Ha forse dato alla virtù la preferenza sulla scienza? Allora perché ostenta con tanta affettazione una conoscenza così vasta e raffinata?

Ha forse preferito la scienza alla virtù? Perché allora predica con tanta eloquenza la virtù a scapito della scienza? Che prima tenti di conciliare contraddizioni così singolari, prima di combattere le nozioni comuni; che, prima di attaccare gli altri, si accordi con se stesso.

Avrebbe forse affermato di voler esercitare il proprio intelletto e far brillare la propria immaginazione? Non invidiamo certo quel vantaggio frivolo che gli è stato concesso di riuscirci. Ma cosa si può concludere, in questo caso, dal suo discorso? Ciò che si conclude dopo aver letto un romanzo ingegnoso: inutile che un autore attribuisca alle favole i colori della verità; è evidente che non crede a ciò che finge di voler convincere.

Per me, che non mi lusingo né di possedere abbastanza capacità per comprenderne qualcosa a scapito delle mie abitudini, né di avere abbastanza virtù per onorare adeguatamente la mia ignoranza, opponendomi a un’opinione così poco fondata, non ho altro interesse se non quello di sostenere la verità.

L’autore troverà in me un avversario imparziale. Anzi, cerco addirittura di meritarmi il suo rispetto attaccandolo; tutti i miei sforzi in questa battaglia hanno lo scopo unico di riconciliare la sua mente con il suo cuore, e di far sì che nella sua anima si uniscano le scienze che ammiro e le virtù che egli ama.

Prima parte

Le scienze servono a far conoscere il vero, il buono, l’utile in ogni campo: una conoscenza preziosa che, illuminando gli spiriti, deve naturalmente contribuire a purificare i costumi.

La verità di questa proposizione ha bisogno soltanto di essere presentata per essere creduta; pertanto non mi limiterò a provarla, ma mi concentrerò esclusivamente nel confutare gli ingegnosi sofismi di colui che osa opporlesi.

Fin dall’inizio del suo discorso, l’autore ci offre lo spettacolo più meraviglioso: ci rappresenta l’uomo impegnato, per così dire, in un conflitto con se stesso, che emerge in qualche modo dal nulla dell’ignoranza; che, attraverso gli sforzi della sua ragione, dissipa le tenebre nelle quali la natura lo aveva avvolto; che, grazie allo spirito, si eleva fino alle più alte sfere del cielo; che sottomette al proprio calcolo i movimenti degli astri e misura con il proprio compasso l’immensa estensione dell’universo; per poi ritornare nel profondo del proprio cuore e rendersi conto, da solo, della natura della propria anima, della sua eccellenza e della sua alta destinazione.

Che un simile riconoscimento, strappato alla verità, sia onorevole per le scienze! Dimostra chiaramente la loro necessità e i loro vantaggi. Deve esserci costato molto all’autore costringersi a farlo, e ancora di più ritrattarlo.

La natura, diceva, è già abbastanza bella di per sé; adornarla non può che peggiorarne la bellezza. Fortunati gli uomini, aggiungeva, che sanno godere dei suoi doni senza nemmeno conoscerli! È alla semplicità del loro spirito che devono l’innocenza delle loro azioni. Che bella morale. Il critico delle scienze e l’apologeta delle virtù la esprime in modo davvero incantevole! Chi avrebbe mai immaginato che riflessioni del genere potessero derivare dai principi da lui stesso enunciati?

La natura stessa è bella, senza dubbio; ma non è forse proprio per scoprirne le bellezze, per penetrarne i segreti, per rivelarne i meccanismi che gli scienziati dedicano le loro ricerche? Perché un campo così vasto ci viene offerto alla vista? L’intelletto, creato apposta per esplorarlo, e che, attraverso tale attività – degna della sua natura attiva – acquisisce forza ed estensione, dovrebbe forse limitarsi a poche percezioni fugaci o a un’admirazione stupida? Le nostre azioni diventerebbero meno pure solo perché la ragione sarebbe più illuminata? E man mano che la luce che il Creatore ci ha dato per guidarci aumenterà, la nostra strada diventerà forse meno facile da trovare e più difficile da percorrere? A cosa servirebbero tutti i doni che il Creatore ha concesso all’uomo, se quest’ultimo, limitato alle funzioni organiche dei suoi sensi, potesse soltanto osservare ciò che vede, riflettere su ciò che sente, distinguere attraverso l’olfatto i rapporti che gli oggetti hanno con lui, compensare con il tatto la mancanza della vista e giudicare con il gusto ciò che è vantaggioso o dannoso per lui? Senza la ragione che ci illumina e ci guida, confusi con le bestie e governati dall’istinto, non diventeremmo presto simili a loro sia nelle azioni che nei bisogni? Solo con l’aiuto della riflessione e dello studio possiamo imparare a utilizzare correttamente le cose sensibili che ci sono accessibili, correggere gli errori dei nostri sensi, sottomettere il corpo al dominio dell’intelletto e guidare l’anima – quella sostanza spirituale e immortale – verso la conoscenza dei suoi doveri e della sua destinazione.

Poiché l’autore si concentra soprattutto sui loro effetti sulle usanze per descrivere le scienze e per difenderle da una tale falsa accusa, mi basterebbe qui elencare i vantaggi che la società ne trae; ma chi potrebbe mai descrivere in dettaglio i numerosi benefici che esse apportano e i piaceri infiniti che diffondono? Più le scienze vengono coltivate in un determinato contesto, più tale contesto prospera; senza di esse, tutto andrebbe in declino.

Quanto non debbono gli artigiani a coloro che contribuiscono alla bellezza, alla solidità, alle proporzioni e alla perfezione delle loro opere? Il contadino, per le diverse modalità con cui costringe la terra a rendere i tributi che si aspetta dai suoi sforzi; il medico, per aver scoperto la natura delle malattie e le proprietà dei rimedi; il giurista, per aver individuato lo spirito delle leggi e la diversità dei doveri; il giudice, per essere in grado di distinguere gli inganni della cupidigia da quella semplicità dell’innocenza e di decidere con equità riguardo ai beni e alla vita delle persone. Ogni cittadino, indipendentemente dalla sua professione o condizione sociale, ha doveri da adempiere; ma come potrà farlo senza conoscerli? Senza la conoscenza della storia, della politica e della religione, coloro che sono incaricati di governare gli stati come potrebbero mantenervi ordine, sottomissione, sicurezza e abbondanza?

La curiosità, naturale all’uomo, gli ispira il desiderio di imparare; i suoi bisogni gli fanno sentire la necessità di farlo; le sue attività quotidiane gli impongono l’obbligo di coltivarla; i suoi progressi gli procurano il piacere di conoscere sempre di più. Le sue prime scoperte aumentano la sua sete di sapere; più conosce, più si rende conto di quante cose ancora debba imparare, e più conoscenze acquisisce, più gli diventa facile fare bene le cose.

Le citoyen de Genève ne l’aurait-il pas éprouvé ? Gardons-nous d’en croire sa modestie. Il prétend qu’on serait plus vertueux si l’on était moins savant. Ce sont les sciences, dit-il, qui nous font connaître le mal. Que de crimes, s’écrie-t-il, nous ignorerions sans elles ! Mais l’ignorance du vice est-elle donc une vertu ? Est-ce faire le bien que d’ignorer le mal ? Et si, s’en abstenir parce qu’on ne le connaît pas, c’est là ce qu’il appelle être vertueux, qu’il convienne du moins que ce n’est pas l’être avec beaucoup de mérite : c’est s’exposer à ne pas l’être longtemps : c’est ne l’être que jusqu’à ce que quelque objet vienne solliciter les penchants naturels, ou que quelque occasion vienne réveiller des passions endormies. Il me semble voir un faux brave, qui ne fait montre de sa valeur que quand il ne se présente point d’ennemis : un ennemi vient-il à paraître, faut-il se mettre en défense, le courage manque, et la vertu s’évanouit. Si les sciences nous font connaître le mal, elles nous en font connaître aussi le remède. Un botaniste habile sait démêler les plantes salutaires d’avec les herbes venimeuses ; tandis que le vulgaire, qui ignore également la vertu des unes et le poison des autres, les foule aux pieds sans distinction, ou les cueille sans choix. Un homme éclairé par les sciences distingue, dans le grand nombre d’objets qui s’offrent à ses connaissances, ceux qui méritent son aversion ou ses recherches ; il trouve, dans la difformité du vice et dans le trouble qui le suit, dans les charmes de la vertu et dans la paix qui l’accompagne, de quoi fixer son estime et son goût pour l’une, son horreur et ses mépris pour l’autre ; il est sage par choix, il est solidement vertueux.

Mais, dit-on, il y a des pays où, sans science, sans étude, sans connaître en détail les principes de la morale, on la pratique mieux que dans d’autres où elle est plus connue, plus louée, plus hautement enseignée. Sans examiner ici à la rigueur ces parallèles qu’on fait si souvent de nos mœurs avec celles des anciens ou des étrangers, parallèles odieux, où il entre moins de zèle et d’équité que d’envie contre ses compatriotes, et d’humeur contre ses contemporains, n’est-ce point au climat, au tempérament, au manque d’occasion, au défaut d’objet, à l’économie du gouvernement, aux coutumes, aux lois, à toute autre cause qu’aux sciences, qu’on doit attribuer cette différence qu’on remarque quelquefois dans les mœurs en différents pays, et en différents temps ? Rappeler sans cesse cette simplicité primitive dont on fait tant d’éloges, se la représenter toujours comme la compagne inséparable de l’innocence, n’est-ce point tracer un portrait en idée pour se faire illusion ? Où vit-on jamais des hommes sans défauts, sans désirs, sans passions ? Ne portons-nous pas en nous-mêmes le germe de tous les vices ? S’il fut des temps, s’il est encore des climats où certains crimes soient ignorés, n’y voit-on pas d’autres désordres ? N’en voit-on pas encore de plus monstrueux chez ces peuples dont on vante la stupidité ? Parce que l’or ne tente pas leur cupidité, parce que les honneurs n’excitent pas leur ambition, en connaissent-ils moins l’orgueil et l’injustice ? Y sont-ils moins livrés aux bassesses de l’envie, moins emportés par la fureur de la vengeance ? Leurs sens grossiers sont-ils inaccessibles à l’attrait des plaisirs ? et à quels excès ne se porte pas une volupté qui n’a point de règle, et qui ne connaît point de frein ? Mais quand même, dans ces contrées sauvages, il y aurait moins de crimes que dans certaines nations policées, y a-t-il autant de vertus ? Y voit-on surtout ces vertus sublimes, cette pureté de mœurs, ce désintéressement magnanime, ces actions surnaturelles qu’enfante la religion ?

Tant de grands hommes qui l’ont défendue par leurs ouvrages, qui l’ont fait admirer par leurs mœurs, n’avaient-ils pas puisé dans l’étude ces lumières supérieures qui ont triomphé des erreurs et des vices ? C’est le faux bel esprit, c’est l’ignorance présomptueuse, qui font éclore les doutes et les préjugés ; c’est l’orgueil, c’est l’obstination, qui produisent les schismes et les hérésies, c’est le pyrrhonisme, c’est l’incrédulité, qui favorisent l’indépendance, la révolte, les passions, tous les forfaits. De tels adversaires font honneur à la religion. Pour les vaincre, elle n’a qu’à paraître ; seule, elle a de quoi les confondre tous ; elle ne craint que de n’être pas assez connue ; elle n’a besoin que d’être approfondie pour se faire respecter ; on l’aime dès qu’on la connaît ; à mesure qu’on l’approfondit davantage, on trouve de nouveaux motifs pour la croire, et de nouveaux moyens pour la pratiquer : plus le chrétien examine l’authenticité de ses titres, plus il se rassure dans la possession de sa croyance ; plus il étudie la révélation, plus il se fortifie dans la foi. C’est dans les divines écritures qu’il en découvre l’origine et l’excellence ; c’est dans les doctes écrits des pères de l’Église qu’il en suit de siècle en siècle le développement ; c’est dans les livres de morale et les annales saintes qu’il en voit les exemples et qu’il s’en fait l’application.

Quoi ! l’ignorance enlèvera à la religion et à la vertu des lumières si pures, des appuis si puissants ; et ce sera à cette même religion qu’un docteur de Genève enseignera hautement qu’on doit l’irrégularité des mœurs ! On s’étonnerait davantage d’entendre un si étrange paradoxe, si on ne savait que la singularité d’un système, quelque dangereux qu’il soit, n’est qu’une raison de plus pour qui n’a pour règle que l’esprit particulier. La religion étudiée est pour tous les hommes la règle infaillible des bonnes mœurs. Je dis plus : l’étude même de la nature contribue à élever les sentiments, à régler la conduite ; elle ramène naturellement à l’admiration, à l’amour, à la reconnaissance, à la soumission, que toute âme raisonnable sent être dus au Tout-Puissant. Dans le cours régulier de ces globes immenses qui roulent sur nos têtes, l’astronome découvre une puissance infinie. Dans la proportion exacte de toutes les parties qui composent l’univers, le géomètre aperçoit l’effet d’une intelligence sans bornes. Dans la succession des temps, l’enchaînement des causes aux effets, la végétation des plantes, l’organisation des animaux, la constante uniformité et la variété étonnante des différents phénomènes de la nature, le physicien n’en peut méconnaître l’auteur, le conservateur, l’arbitre, et le maître.

De ces réflexions, le vrai philosophe descendant à des conséquences pratiques, et rentrant en lui-même, après avoir vainement cherché dans tous les objets qui l’environnent ce bonheur parfait après lequel il soupire sans cesse, et ne trouvant rien ici-bas qui réponde à l’immensité de ses désirs, il sent qu’il est fait pour quelque chose de plus grand que tout ce qui est créé ; il se retourne naturellement vers son premier principe et sa dernière fin. Heureux si, docile à la grâce, il apprend à ne chercher la félicité de son cœur que dans la possession de son Dieu !

Seconde partie

Ici l’auteur anonyme donne lui-même l’exemple de l’abus qu’on peut faire de l’érudition et de l’ascendant qu’ont sur l’esprit les préjugés. Il va fouiller dans les siècles les plus reculés. Il remonte à la plus haute antiquité. Il s’épuise en raisonnements et en recherches pour trouver des suffrages qui accréditent son opinion. Il cite des témoins qui attribuent à la culture des sciences et des arts la décadence des royaumes et des empires. Il impute aux savants et aux artistes le luxe et la mollesse, sources ordinaires des plus étranges révolutions.

Mais l’Égypte, la Grèce, la république de Rome, l’empire de la Chine, qu’il ose appeler en témoignage en faveur de l’ignorance, au mépris des sciences et au préjudice des mœurs, auraient dû rappeler à son souvenir ces législateurs fameux qui ont éclairé par l’étendue de leurs lumières, et réglé par la sagesse de leurs lois ces grands états dont ils avaient posé les premiers fondements ; ces orateurs célèbres qui les ont soutenus sur le penchant de leur ruine, par la force victorieuse de leur sublime éloquence ; ces philosophes, ces sages, qui, par leurs doctes écrits et leurs vertus morales, ont illustré leur patrie et immortalisé leur nom.

Quelle foule d’exemples éclatants ne pourrais-je pas opposer au petit nombre d’auteurs hardis qu’il a cités ! Je n’aurais qu’à ouvrir les annales du monde. Par combien de témoignages incontestables, d’augustes monuments, d’ouvrages immortels, l’histoire n’atteste-t-elle pas que les sciences ont contribué partout au bonheur des hommes, à la gloire des empires ; au triomphe de la vertu !

Wouldn’t a citizen of Geneva have felt the same? Let us not believe in his modesty too much. He claims that we would be more virtuous if we were less knowledgeable. It is science, he says, that makes us aware of evil. How many crimes, he exclaims, would we remain ignorant of without it! But is ignorance of vice truly a virtue? Is it doing good to ignore evil? And if avoiding it simply because one does not know about it is what he calls being virtuous, then at least it is not a virtue deserving great praise: it is rather risking the possibility of never being virtuous at all—being virtuous only until some external circumstance provokes one’s natural inclinations or awakens dormant passions. To me, this seems like the behavior of a false brave man who only demonstrates his “valor” when no enemies appear; but as soon as an enemy does emerge, he lacks the courage to defend himself, and thus his “virtue” vanishes. If science makes us aware of evil, it also enables us to find its remedies. An expert botanist knows how to distinguish between beneficial plants and poisonous herbs; whereas an ignorant person, unaware of either the virtues of one or the dangers of the other, tramples them all underfoot without distinction or picks them indiscriminately. A person enlightened by science can discern, among the countless things that come into his knowledge, those that deserve his aversion or his pursuit; he sees in the deformity of vice and the chaos it brings, in the allure of virtue and the peace it brings, what guides his judgment and shapes his preferences for one and his repulsion for the other. Such a person is wise in his choices and truly virtuous in his actions.

But it is said that there are countries where, without science, without study, without a thorough understanding of the principles of morality, people practice it better than in other countries where it is more widely known, more highly praised, and more diligently taught. Without rigorously examining these frequent comparisons between our customs and those of the ancients or foreigners—comparisons that are often odious, filled with envy toward one’s own countrymen and hostility toward one’s contemporaries—should not we attribute this difference in morals observed between different countries and at different times to factors such as climate, temperament, lack of opportunities, absence of proper objects for desire, the nature of government, customs, laws, and all other reasons rather than science itself? To constantly emphasize this so-called primitive simplicity and to imagine it as an inseparable companion to innocence is nothing but creating an idealized image to deceive ourselves. Where in the world can one find men without faults, desires, or passions? Do we not all carry within us the seeds of every vice? If there were times, if there are still climates where certain crimes go unnoticed, don’t we see other forms of disorder arising from that? And don’t we observe even more monstrous disorders among those peoples whose stupidity is so often praised? Just because gold does not arouse their greed and honors do not stimulate their ambition, does that mean they lack pride and injustice? Are they any less susceptible to the baseness of envy or the fury of vengeance? Are their crude senses immune to the allure of pleasure? And to what extremes doesn’t a lust that knows no bounds and no restraint lead? Yet even in these savage lands, if there are fewer crimes than in some civilized nations, is there necessarily more virtue? And especially, can one find there those sublime virtues, that purity of conduct, that magnanimous disinterest, those acts that seem supernatural when inspired by religion?

So many great men who have defended it through their writings, who have made it admired through their conduct—did they not draw those superior lights from their studies that enabled them to overcome error and vice? It is false intellectual pride, it is presumptuous ignorance, that give rise to doubt and prejudice; it is arrogance and obstinacy that create schisms and heresies; it is Pyrrhonism and incredulity that foster independence, rebellion, passion, and all kinds of wrongdoing. Such adversaries actually bring honor to religion. To conquer them, it needs merely to be made known; alone, it possesses everything needed to confound them all; its only fear is perhaps not being known enough; yet it requires only to be studied more deeply in order to command respect; people begin to love it the moment they come to know it; the more thoroughly it is examined, the more reasons one finds to believe in it and the more means to practice it. The Christian, the more he examines the authenticity of his beliefs, the more assured he becomes in their truth; the more he studies the revelations of God, the stronger his faith grows. It is in the divine scriptures that he discovers their origin and excellence; it is in the teachings of the Church’s Fathers that he follows their development throughout the centuries; it is in books on morality and sacred history that he finds examples to guide his conduct and applies those lessons in practice.

How! Ignorance will deprive religion and virtue of such pure light and such powerful support; and yet it is precisely this same religion that a doctor from Geneva will publicly teach as justification for immoral behavior! One would be even more astonished by such a strange paradox if it were not known that the very peculiarity of a system, no matter how dangerous, is merely another reason for those who have no other guide than their own particular whims. For all men, religion is the infallible rule of good conduct. I would go further: the study of nature itself helps to elevate our sentiments and regulate our behavior; it naturally leads us to admire, love, acknowledge, and submit to that All-Powerful Being whom every reasonable soul recognizes as our rightful lord. In the orderly movement of these immense celestial bodies above us, astronomers discover infinite power; in the precise proportions of all elements that make up the universe, geometers perceive the work of an intelligence without bounds; and in the sequence of events, the growth of plants, the structure of animals, and the constant unity yet astonishing diversity of natural phenomena, physicists cannot fail to recognize their Creator, Preserver, Arbitrator, and Lord.

From these reflections, the true philosopher draws practical conclusions and turns within himself. Having vainly sought throughout all things surrounding him for that perfect happiness he constantly longs for, and finding nothing here below that can match the vastness of his desires, he realizes that he is destined for something far greater than everything that has been created. Naturally, he then turns toward his primary principle and ultimate goal. How fortunate he would be if, obedient to divine grace, he learned to seek the happiness of his heart solely in the possession of his God!

Second Part

Here, the anonymous author himself provides an example of how erudition can be misused, and how prejudices can exert influence over the mind. He delves into the most distant centuries, reaching back to the earliest antiquity. He exhausts himself in reasoning and research in order to find arguments that support his views. He cites witnesses who attribute the decline of kingdoms and empires to the cultivation of sciences and arts. He blames scholars and artists for luxury and decadence—common causes of some of the most bizarre revolutions.

But Egypt, Greece, the Republic of Rome, and the Empire of China—should he dare to cite them as evidence in favor of ignorance, in disregard for science, and to the detriment of morals—would surely have reminded him of those famous legislators who, with the breadth of their knowledge, illuminated these great nations and regulated their affairs through the wisdom of their laws; those renowned orators who saved them from ruin by the power of their magnificent eloquence; and those philosophers, those sages, who, with their learned writings and their moral virtues, brought glory to their countries and ensured their names would be remembered forever.

What a multitude of brilliant examples I could cite in opposition to the few bold authors he mentioned! I would only need to open the annals of history. How many undeniable testimonies, majestic monuments, and immortal works does history not provide as evidence that the sciences have contributed everywhere to the happiness of mankind, to the glory of empires, and to the triumph of virtue!

Il cittadino di Ginevra non l’avrebbe forse provato anch’egli? Non dobbiamo credere troppo alla sua modestia. Sostiene che si sarebbe più virtuosi se si fosse meno saggi; sono le scienze, dice, a farci conoscere il male. Quanti crimini ignoreremmo senza di esse! Ma l’ignoranza del vizio è davvero una virtù? È fare del bene ignorare il male? E se evitarlo semplicemente perché non lo si conosce, questo è ciò che lui definisce essere virtuosi. Anche se, a dire il vero, non è certo un atto molto meritevole: significa esporsi al rischio di non esserlo per molto tempo. Significa esserlo soltanto fino a quando qualche circostanza non sollecita i nostri istinti naturali o non risveglia passioni sopite. Mi sembra di vedere un falso coraggioso, che mostra il proprio valore solo quando non ci sono nemici in vista. Appena appare un nemico, bisogna difendersi: manca il coraggio, e la virtù scompare. Se le scienze ci fanno conoscere il male, ci fanno anche conoscere i rimedi per combatterlo. Un botanico esperto sa distinguere tra piante benefiche e erbe velenose; mentre la gente comune, che ignora sia la virtù di queste piante che il veleno di quelle, le calpesta tutte senza distinzione, o le raccoglie a caso. Un uomo illuminato dalle scienze sa distinguere, tra i numerosi oggetti che gli si presentano, quelli che meritano il suo disprezzo o la sua attenzione; trova nella deformità del vizio e nel caos che ne deriva, nei piaceri della virtù e nella pace che essa porta con sé, ciò che può guidare le sue scelte: ammira una cosa, la desidera; disprezza un’altra. È saggio per scelta, ed è veramente virtuoso.

Ma si dice che ci siano paesi in cui, senza scienza, senza studio, senza conoscere nei dettagli i principi della morale, essa venga praticata meglio che in altri luoghi dove è più conosciuta, più lodata e insegnata con maggiore impegno. Senza esaminare troppo da vicino questi confronti che spesso si fanno tra le nostre usanze e quelle degli antichi o degli stranieri – confronti odiosi, nei quali c’è meno zelo ed equità che invidia verso i propri connazionali e disprezzo verso i contemporanei – non è forse il clima, il temperamento, la mancanza di opportunità, l’assenza di obiettivi specifici, le caratteristiche del governo, le usanze, le leggi, o altre cause, piuttosto che la scienza, a spiegare questa differenza che talvolta si osserva nelle abitudini delle persone in paesi diversi e in epoche diverse? Ricordare costantemente questa presunta semplicità primordiale di cui si parla tanto, rappresentarla sempre come qualcosa di inscindibile dall’innocenza, non è forse un modo per illudersi? Dove si trovano mai uomini senza difetti, senza desideri, senza passioni? Non portiamo forse in noi stessi il germe di tutti i vizi? Se ci sono stati tempi, se ci sono ancora climi in cui alcuni crimini vengono ignorati, non si riscontrano forse altri tipi di disordini? E non ne esistono ancora di più orribili tra quei popoli la cui stupidità viene spesso lodata? Solo perché l’oro non tenta la loro avidità, solo perché gli onori non stimolano la loro ambizione, ne conoscono forse meno l’orgoglio e l’ingiustizia? Sono forse meno soggetti alle bassezze dell’invidia, meno travolti dalla furia della vendetta? I loro sensi primitivi sono davvero insensibili agli stimoli dei piaceri? E fino a quali estremi non può spingersi una voluttà priva di regole e di freni? Ma anche ammettendo che in queste regioni selvagge ci siano meno crimini rispetto a certe nazioni civili, esistono davvero altrettante virtù? Si trovano soprattutto quelle virtù sublimi, quella purezza di costumi, quel disinteresse magnanimo, quelle azioni straordinarie che nascono dalla religione?

Tanti grandi uomini che l’hanno difesa con i loro scritti, che l’hanno resa ammirabile con il loro comportamento, non hanno forse tratto da lo studio quelle luci superiori che hanno permesso di sconfiggere errori e vizi? È il falso spirito aristocratico, è l’ignoranza presuntuosa a far nascere dubbi e pregiudizi; è l’orgoglio, è l’ostinazione a generare scismi ed eresie; è il pirronismo, è l’incredulità ad alimentare indipendenza, ribellione, passioni e ogni sorta di crimini. Tali avversari, in realtà, onorano la religione stessa. Per sconfiggerli, basta che essa appaia; da sola ha tutto ciò che serve per confonderli tutti; teme soltanto di non essere conosciuta a sufficienza; ha bisogno soltanto di essere approfondita per essere rispettata; viene amata non appena viene conosciuta; più la si studia, più si trovano nuovi motivi per crederci e nuovi modi per praticarla: più il cristiano esamina l’autenticità delle sue credenze, più si rassicura nella propria fede; più studia la rivelazione divina, più si rafforza nella sua fede. È nelle scritture divine che scopre le origini e l’eccellenza di tale fede; è negli scritti dei padri della Chiesa che ne segue lo sviluppo attraverso i secoli; è nei libri di morale e nelle cronache sacre che trova esempi da seguire e applicazioni concrete nella vita quotidiana.

Che cosa! L’ignoranza priverebbe la religione e la virtù di luci così pure e di sostegni così potenti; ed è proprio a questa stessa religione che un dotto di Ginevra insegnerà apertamente che si deve considerare l’irregolarità dei costumi come qualcosa di positivo. Ci sorprenderebbe ancora di più se sentissimo un paradosso così strano, se non sapessimo che la singolarità di un sistema, per quanto pericoloso possa essere, rappresenta soltanto un ulteriore motivo per coloro i quali si guidano esclusivamente dal proprio particolare modo di pensare. La religione, studiata da tutti gli uomini, è la regola infallibile delle buone azioni. Dico di più: lo studio stesso della natura contribuisce a elevare i sentimenti, a regolare il comportamento; porta naturalmente all’ammirazione, all’amore, alla riconoscenza, alla sottomissione, sentimenti che ogni anima razionale ritiene debbano essere dovuti al Tutto-Potente. Nel corso ordinato di questi immensi corpi celesti che ruotano sopra di noi, l’astronomo scopre una potenza infinita; nella proporzione esatta di tutte le parti che compongono l’universo, il geometra percepisce l’effetto di un’intelligenza senza limiti; nella successione dei tempi, nell’ordine delle cause e degli effetti, nella crescita delle piante, nell’organizzazione degli animali, nella costante uniformità e nella sorprendente varietà dei fenomeni naturali, il fisico non può negare l’esistenza di un autore, di un conservatore, di un arbitro, insomma, di un padrone di tutto ciò.

Dai questi riflessioni, il vero filosofo, giungendo a conclusioni pratiche e ritornando in se stesso dopo aver invano cercato in tutti gli oggetti che lo circondano quella felicità perfetta alla quale anela incessantemente, e non trovando nulla qui sotto che risponda all’immensità dei suoi desideri, si rende conto di essere destinato a qualcosa di più grande di tutto ciò che è stato creato; si volge quindi naturalmente verso il proprio principio primordiale e la propria fine ultima. Che fortuna se, docile alla grazia divina, impara a cercare la felicità del proprio cuore soltanto nella possessione del proprio Dio!

Seconda parte

Qui lo stesso autore anonimo fornisce un esempio concreto di come si possa abusare dell’erudizione e del ascendente che i pregiudizi hanno sull’intelletto. Scava nei secoli più remoti, risale all’antichità più remota; si impegna in lunghi ragionamenti e ricerche nel tentativo di trovare argomentazioni a sostegno della propria opinione. Cita testimoni che attribuiscono alla cultura delle scienze e delle arti il declino dei regni e degli imperi; addossa ai saggi e agli artisti la responsabilità del lusso e della mollezza, fonti comuni di le più strane rivoluzioni.

Ma l’Egitto, la Grecia, la repubblica di Roma, l’impero della Cina – che osa citare a sostegno dell’ignoranza, in disprezzo delle scienze e a danno delle morali – avrebbero dovuto ricordargli quei famosi legislatori che, con la vastità delle loro conoscenze, illuminarono e regolarono con saggezza quelle grandi nazioni le cui basi erano state appena gettate; quegli oratori celebri che, con l’efficacia della loro sublime eloquenza, li sostennero contro il pericolo del declino; quei filosofi, quei saggi che, con i loro scritti eruditi e le loro virtù morali, resero illustre la loro patria e immortale il loro nome.

Quanti esempi evidenti potrei addurre contro il numero esiguo di autori audaci che ha citato! Mi basterebbe aprire gli annali del mondo. Quante prove incontestabili, quanti monumenti maestosi, quante opere immortali la storia non dimostra che le scienze hanno contribuito ovunque al benessere degli uomini, alla gloria degli imperi, al trionfo della virtù!

Non, ce n’est pas des sciences, c’est du sein des richesses que sont nés de tout temps la mollesse et le luxe ; et, dans aucun temps, les richesses n’ont été l’apanage ordinaire des savants. Pour un Platon dans l’opulence, un Aristippe accrédité à la cour, combien de philosophes réduits au manteau et à la besace, enveloppés dans leur propre vertu et ignorés dans leur solitude ! combien d’Homères et de Diogènes, d’Épictètes et d’Ésopes, dans l’indigence ! Les savants n’ont ni le goût ni le loisir d’amasser de grands biens. Ils aiment l’étude ; ils vivent dans la médiocrité ; et une vie laborieuse et modérée, passée dans le silence de la retraite, occupée de la lecture et du travail, n’est pas assurément une vie voluptueuse et criminelle. Les commodités de la vie, pour être souvent le fruit des arts, n’en sont pas davantage le partage des artistes ; ils ne travaillent que pour les riches, et ce sont les riches oisifs qui profitent et abusent des fruits de leur industrie.

L’effet le plus vanté des sciences et des arts, c’est, continue l’auteur, cette politesse introduite parmi les hommes, qu’il lui plaît de confondre avec l’artifice et l’hypocrisie ; politesse, selon lui, qui ne sert qu’à cacher les défauts et à masquer les vices. Voudrait-il donc que le vice parût à découvert, que l’indécence fût jointe au désordre et le scandale au crime ? Quand, effectivement, cette politesse dans les manières ne serait qu’un raffinement de l’amour-propre pour voiler les faiblesses, ne serait-ce pas encore un avantage pour la société, que le vicieux n’osât s’y montrer tel qu’il est, et qu’il fût forcé d’emprunter les livrées de la bienséance et de la modestie ? On l’a dit, et il est vrai ; l’hypocrisie, tout odieuse qu’elle est en elle-même, est pourtant un hommage que le vice rend à la vertu ; elle garantit du moins les âmes faibles de la contagion du mauvais exemple.

Mais c’est mal connaître les savants, que de s’en prendre à eux du crédit qu’a dans le monde cette prétendue politesse qu’on taxe de dissimulation : on peut être poli sans être dissimulé ; on peut assurément être l’un et l’autre sans être bien savant ; et plus communément encore on peut être bien savant sans être fort poli.

L’amour de la solitude, le goût des livres, le peu d’envie de paraître dans ce qu’on appelle le beau monde ; le peu de disposition à s’y présenter avec grâce ; le peu d’espoir d’y plaire, d’y briller ; l’ennui inséparable des conversations frivoles et presque insupportables pour des esprits accoutumés à penser : tout concourt à rendre les belles compagnies aussi étrangères pour le savant, qu’il est lui-même étranger pour elles. Quelle figure ferait-il dans les cercles ? Voyez-le avec son air rêveur, ses fréquentes distractions, son esprit occupé, ses expressions étudiées, ses discours sentencieux, son ignorance profonde des modes les plus reçues et des usages les plus communs ; bientôt par le ridicule qu’il y porte et qu’il y trouve, par la contrainte qu’il y éprouve et qu’il y cause, il ennuie, il est ennuyé. Il sort peu satisfait, on est fort content de le voir sortir. Il censure intérieurement toux ceux qu’il quitte, on raille hautement celui qui part ; et, tandis que celui-ci gémit sur leurs vices, ceux-là rient de ses défauts. Mais tous ces défauts, après tout, sont assez indifférents pour les mœurs, et c’est à ces défauts que plus d’un savant, peut-être, a l’obligation de n’être pas aussi vicieux que ceux qui le critiquent.

Mais avant le règne des sciences et des arts, on voyait, ajoute l’auteur, des empires plus étendus, des conquêtes plus rapides, des guerriers plus fameux. S’il avait parlé moins en orateur et plus en philosophe, il aurait dit qu’on voyait plus alors de ces hommes audacieux, qui, transportés par des passions violentes et traînant à leur suite une troupe d’esclaves, allaient attaquer des nations tranquilles, subjuguaient des peuples qui ignoraient le métier de la guerre, assujettissaient des pays où les arts n’avaient élevé aucune barrière à leurs subites excursions. Leur valeur n’était que férocité, leur courage que cruauté, leurs conquêtes qu’inhumanité : c’étaient des torrents impétueux qui faisaient d’autant plus de ravages, qu’ils rencontraient moins d’obstacles. Aussi à peine étaient-ils passés, qu’il ne restait sur leurs traces que celles de leur fureur ; nulle forme de gouvernement, nulle loi, nulle police, nul lien ne retenait et n’unissait à eux les peuples vaincus.

Que l’on compare à ces temps d’ignorance et de barbarie ces siècles heureux où les sciences ont répandu partout l’esprit d’ordre et de justice. On voit de nos jours des guerres moins fréquentes, mais plus justes ; des actions moins étonnantes, mais plus héroïques ; des victoires moins sanglantes, mais plus glorieuses ; des conquêtes moins rapides, mais plus assurées ; des guerriers moins violents, mais plus redouté, sachant vaincre avec modération, traitant les vaincus avec humanité : l’honneur est leur guide ; la gloire, leur récompense. Cependant, dit l’auteur, on remarque dans les combats une grande différence entre les nations pauvres qu’on appelle barbares, et les peuples riches qu’on appelle policés. Il paraît bien que le citoyen de Genève n’est jamais trouvé à portée de remarquer de près ce qui se passe ordinairement dans les combats. Est-il surprenant que des barbares se ménagent moins et s’exposent davantage ? Qu’ils vainquent ou qu’ils soient vaincus, ils ne peuvent que gagner s’ils survivent à leurs défaites. Mais ce que l’espérance d’un vil intérêt, ou plutôt ce qu’un désespoir brutal inspire à ces hommes sanguinaires, les sentiments, le devoir, l’excitent dans ces âmes généreuses qui se dévouent à la patrie ; avec cette différence que n’a pu observer l’auteur, que la valeur de ceux-ci, plus froide, plus réfléchie, plus modérée, plus savamment conduite, est par-là même toujours plus sûre du succès.

Mais enfin Socrate, le fameux Socrate s’est lui-même récrié contre les sciences de son temps. Faut-il s’en étonner ? L’orgueil indomptable des stoïciens, la mollesse efféminée des épicuriens, les raisonnements absurdes des pyrrhoniens, le goût de la dispute, de vaines subtilités, des erreurs sans nombre, des vices monstrueux infectaient pour lors la philosophie, et déshonoraient les philosophes. C’était l’abus des sciences, non les sciences elles-mêmes, que condamnait ce grand homme, et nous le condamnons après lui. Mais l’abus qu’on fait d’une chose suppose le bon usage qu’on en peut faire. De quoi n’abuse-t-on pas ? Et parce qu’un auteur anonyme, par exemple, pour défendre une mauvaise cause, aura abusé une fois de la fécondité de son esprit et de la légèreté de sa plume, faudra-t-il lui en interdire l’usage en d’autres occasions, et pour d’autres sujets plus dignes de son génie ? Pour corriger quelques excès d’intempérance, faut-il arracher toutes les vignes ? L’ivresse de l’esprit a précipité quelques savants dans d’étranges égarements : j’en conviens, j’en gémis. Par les discours de quelques-uns, dans les écrits de quelques autres, la religion a dégénéré en hypocrisie, la piété en superstition, la théologie en erreur, la jurisprudence en chicane, l’astronomie en astrologie judiciaire, la physique en athéisme. Jouet des préjugés les plus bizarres, attaché aux opinions les plus absurdes, entêté des systèmes les plus insensés, dans quels écarts ne donne pas l’esprit humain, quand, livré à une curiosité présomptueuse, il veut franchir les limites que lui a marquées la même main qui a donné des bornes à la mer ! Mais en vain les flots mugissent, se soulèvent, s’élancent avec fureur sur les côtes opposées ; contraints de se replier bientôt sur eux-mêmes, ils rentrent dans le sein de l’océan, et ne laissent sur ses bords qu’une écume légère qui s’évapore à l’instant, ou qu’un sable mouvant qui fuit sous nos pas. Image naturelle des vains efforts de l’esprit, quand, échauffé par les saillies d’une imagination dominante, se laissant emporter à tout vent de doctrine, d’un vol audacieux il veut s’élever au-delà de sa sphère, et s’efforce de pénétrer ce qu’il ne lui est pas donné de comprendre.

Mais les sciences, bien loin d’autoriser de pareils excès, sont pleines de maximes qui les réprouvent : et le vrai savant, qui ne perd jamais de vue le flambeau de la révélation, qui suit toujours le guide infaillible de l’autorité légitime, procède avec sûreté, marche avec confiance, avance à grands pas dans la carrière des sciences, se rend utile à la société, honore sa patrie, fournit sa course dans l’innocence, et la termine avec gloire.

FIN de la RÉPONSE DU ROI DE POLOGNE.

Réponse de J.J. Rousseau

sur la réfutation faite par le roi de Pologne a son discours.[27]

Armoiries de Stanisław Leszczyński

No, these are not sciences; rather, it is from the abundance of wealth that softness and luxury have always arisen. And at no time have wealths been the ordinary lot of scholars. For there was Plato living in prosperity, Aristipppe favored at court—how many philosophers, however, were reduced to nothing but a cloak and a bag, wrapped in their own virtue and forgotten in their solitude! How many Homers and Diogenes, Epictetus and Aesop lived in poverty! Scholars neither have the desire nor the leisure to amass great wealth. They love study; they live in mediocrity. And a life of hard work and moderation, spent in the silence of retreat, devoted to reading and endeavor, is certainly not a life of indulgence or vice. The conveniences of life, though often the fruits of art, are by no means the share of artists themselves; they work only for the rich, and it is the idle wealthy who reap and abuse the fruits of their labor.

“The most highly praised effect of science and the arts,” continues the author, “is this politeness that has been introduced among men—politeness which he willingly confounds with artifice and hypocrisy. According to him, such politeness serves merely to conceal faults and disguise vices. Would he therefore wish for vice to be laid bare, for indecency to be associated with disorder, and for scandal to be linked with crime? Indeed, when this politeness in behavior is nothing more than a refinement of self-love intended to hide weaknesses, isn’t it still an advantage for society, if the wicked are forced to present themselves as they truly are, and are compelled to don the garb of decency and modesty? It has been said—and it is true—that hypocrisy, despite its inherent ugliness, is in fact a form of tribute that vice pays to virtue; at least it protects weak souls from being infected by bad examples.”

But to attack scholars on the grounds of the so-called politeness that is often regarded as a form of deception is to misunderstand them profoundly. One can be polite without being deceitful; one can certainly be both polite and deceitful without necessarily being a scholar; and, even more commonly, one can be a scholar without being particularly polite.

The love of solitude, the taste for books, the lack of desire to appear in what is called high society; the reluctance to present oneself there with grace; the slim hope of pleasing or shining in such circles; the sheer boredom inherent in frivolous conversations—all these factors combine to make elegant society seem as foreign to the scholar as he himself seems foreign to it. What kind of figure would he make in those circles? Imagine him, with his dreamy demeanor, his frequent distractions, his preoccupied mind, his studied expressions, his pedantic speeches, and his profound ignorance of current fashions and common practices. Soon, either because of the ridicule he brings or causes, or because of the discomfort he experiences there, he would become an annoyance to everyone—and himself as well. He would leave those gatherings little satisfied, while others would be glad to see him go. Internally, he would criticize everyone he left behind; externally, people would laugh at his departure. And while he might lament their vices, they would laugh at his own shortcomings. Yet, in the end, all these flaws are rather insignificant when it comes to proper conduct—and perhaps it is precisely because of such flaws that many scholars are obliged not to be as wicked as those who criticize them.

But before the age of science and art, one saw, adds the author, larger empires, faster conquests, more famous warriors. If he had spoken less as an orator and more as a philosopher, he would have said that such bold men—driven by violent passions and leading armies of slaves—would attack peaceful nations, subjugate peoples who knew nothing of warfare, and conquer lands where art had raised no barriers to their sudden advances. Their strength was merely ferocity, their courage cruelty, their conquests inhumanity: they were like raging torrents that caused even greater destruction because they encountered fewer obstacles. Thus, whenever they passed, all that remained in their wake were traces of their fury; no form of government, no laws, no police, no bonds held the conquered peoples together.

Compare these happy centuries, during which science has spread the spirit of order and justice throughout the world, with those times of ignorance and barbarity. Today, we see wars that are less frequent but more just; actions that are less astonishing but more heroic; victories that are less bloody but more glorious; conquests that are less rapid but more certain; warriors who are less violent but more feared, for they know how to win with moderation and treat their enemies with humanity—honor is their guide, glory their reward. However, the author observes that there is a significant difference between the poor nations, whom we call barbarians, and the wealthy peoples, whom we call civilized ones. It seems quite unlikely that a citizen of Geneva would ever have the opportunity to observe closely what usually happens in battle. Is it surprising then that these so-called barbarians are less cautious and more willing to risk themselves? Whether they win or lose, they can only gain if they survive their defeats. But what drives these bloodthirsty men—whether it be the hope for some vile gain or rather a brutal despair—is something entirely different from what inspires those generous souls who devote themselves to their country. With this difference, which the author was unable to observe, it is clear that the courage of these latter, being cooler, more deliberate, more moderate, and more skillfully employed, is thus always more certain of success.

But after all, Socrates, the famous Socrates, himself protested against the sciences of his time. Should we be surprised by this? The unyielding pride of the Stoics, the effeminate softness of the Epicureans, the absurd reasoning of the Pyrrhonians—the love for debate, vain subtleties, countless errors, and monstrous vices—were all infecting philosophy at that time and disgracing its practitioners. It was the abuse of science, not science itself, that this great man condemned, and we condemn it too in his footsteps. But the abuse of something necessarily presupposes its proper use. What is there that cannot be abused? And because an anonymous author, for example, may have once abused the fertility of his intellect and the agility of his pen to defend a bad cause, should we forbid him from using them for other purposes, on other matters more worthy of his talent? To correct a few excesses of intemperance, must we uproot all vines? The drunkenness of the mind has led some scholars into strange errors—I admit it, and I lament it. Through the speeches of some, in the writings of others, religion has degenerated into hypocrisy, piety into superstition, theology into error, jurisprudence into quibbling, astronomy into judicial astrology, physics into atheism. The human mind, a plaything of the most bizarre prejudices, attached to the most absurd opinions, obstinately clinging to the most senseless systems—into what extremes does it not stray when, driven by presumptuous curiosity, it attempts to cross the limits set for it by the same hand that has defined the boundaries of the sea! But in vain do the waves roar and surge furiously against the opposing shores; forced to retreat upon themselves, they return into the ocean’s embrace, leaving behind only a thin froth that vanishes instantly, or shifting sands that slip away beneath our feet. This is a natural metaphor for the futile efforts of the mind when, stirred by the fervor of an overactive imagination and carried away by every wind of doctrine, it dares to soar beyond its proper realm and strives to comprehend what is beyond its understanding.

But science, far from permitting such excesses, is filled with principles that condemn them; and the true scientist, who never loses sight of the light of revelation and always follows the infallible guidance of legitimate authority, proceeds with certainty, moves forward with confidence, makes great strides in the realm of science, brings benefit to society, honors his country, travels along the path of innocence, and concludes his journey with glory.

End of the reply from the King of Poland.

Response by J.J. Rousseau

Regarding the refutation made by the King of Poland to his speech.[27]

Coats of arms of Stanisław Leszczyński

No, queste non sono scienze: è proprio dal seno delle ricchezze che, fin dai tempi antichi, sono nati il lusso e la vanità; e in nessun periodo le ricchezze sono mai state un privilegio esclusivo degli studiosi. Per un Platone nell’opulenza, per un Aristippo accreditato alla corte, quanti filosofi invece ridotti a indossare soltanto un mantello e una bisaccia, avvolti nella loro stessa virtù e ignorati nella loro solitudine! Quanti Omeri e Diogene, Epitteto ed Esopo nella povertà. Gli studiosi non hanno né il gusto né il tempo di accumulare grandi ricchezze. Amano lo studio; vivono nella mediocrità; e una vita laboriosa e moderata, trascorsa nel silenzio della solitudine, dedicata alla lettura e al lavoro, certamente non è una vita voluttuosa o criminale. Le comodità della vita, sebbene spesso siano il frutto delle arti, non sono certo il loro privilegio esclusivo: gli artisti lavorano soltanto per i ricchi, e sono proprio questi ricchi oziosi a trarre profitto e abusare dei frutti del loro lavoro.

L’effetto più prezioso delle scienze e delle arti, prosegue l’autore, è quella cortesia che viene introdotta tra gli uomini; cortesia che egli confonde volentieri con l’artificio e l’ipocrisia. Secondo lui, questa cortesia serve soltanto a nascondere i difetti e a mascherare i vizi. Vorrebbe forse che i vizi venissero esposti apertamente, che l’indecenza si mescolasse al disordine e lo scandalo al crimine? In realtà, se questa cortesia nei modi non fosse altro che un raffinamento dell’orgoglio per nascondere le debolezze, non sarebbe forse ancora un vantaggio per la società? Il malvagio, infatti, non oserebbe mostrarsi per ciò che realmente è e sarebbe costretto ad assumere l’aspetto della decenza e della modestia. Si è detto, ed è vero: l’ipocrisia, per quanto odiosa in sé stessa, rappresenta comunque un omaggio che il vizio rende alla virtù; almeno permette alle anime deboli di proteggersi dalla contaminazione degli esempi cattivi.

Ma è un grave errore sottovalutare gli scienziati, biasimarli per la presunta cortesia che viene spesso considerata una forma di dissimulazione: si può essere cortesi senza essere dissimulatori; certamente si può essere sia l’uno che l’altro senza essere particolarmente eruditi; e ancora più comunemente, si può essere molto eruditi senza essere estremamente cortesi.

L’amore per la solitudine, il gusto per i libri, la scarsa voglia di apparire in quello che si chiama il “bel mondo”; la poca disposizione ad affrontarlo con grazia; la scarse speranze di piacere o di brillare lì dentro; l’ennui insito nelle conversazioni frivole e quasi insopportabili per uno spirito abituato a pensare: tutto ciò contribuisce a rendere le belle compagnie estranee per lo studioso, così come lo stesso studioso è estraneo per esse. Che figura farebbe in quei circoli? Pensateci: con il suo sguardo sognante, le sue frequenti distrazioni, la sua mente sempre occupata, le sue espressioni studiate, i suoi discorsi sentenziosi, la sua profonda ignoranza delle mode più diffuse e degli usi più comuni. Presto, a causa del ridicolo che porta con sé e che vi trova, a causa della costrizione che prova e che provoca agli altri, annoierà tutti, e sarà lui stesso ad annoiarsi. Esce di rado e soddisfatto; invece, tutti sono molto felici quando lo vedono andarsene. Internamente critica tutti coloro che lascia; fuori, si ride apertamente di colui che se ne va. E mentre quest’ultimo si lamenta dei loro vizi, quelli ridono dei suoi difetti. Ma, in fondo, tutti questi difetti sono abbastanza insignificanti per quanto riguarda le buone maniere. E forse è proprio grazie a questi difetti che molti studiosi hanno il merito di non essere così viziati come coloro che li criticano.

Ma prima dell’epoca delle scienze e delle arti, si vedevano, aggiunge l’autore, imperi più vasti, conquiste più rapide, guerrieri più famosi. Se avesse parlato meno come oratore e di più come filosofo, avrebbe detto che allora si vedevano molti di questi uomini audaci, che, spinti da passioni violente e conducendo con sé un esercito di schiavi, attaccavano nazioni tranquille, sottomettevano popoli ignari dell’arte della guerra, assoggettivavano paesi in cui le arti non avevano eretto alcuna barriera alle loro improvvisate invasioni. Il loro valore non era altro che ferocia, il loro coraggio solo crudeltà, le loro conquiste pura e semplice inumanità: erano torrenti impetuosi che causavano ancora più devastazioni perché incontravano meno ostacoli. Così, appena passavano, non restava sulle loro tracce altro che il segno della loro furia; nessuna forma di governo, nessuna legge, nessuna polizia, nessun legame teneva uniti i popoli sconfitti a loro.

Se si confrontano questi secoli felici, in cui le scienze hanno diffuso ovunque lo spirito di ordine e giustizia, con quei tempi di ignoranza e barbarie. Oggi si vedono guerre meno frequenti, ma più giuste; imprese meno straordinarie, ma più eroiche; vittorie meno sanguinose, ma più gloriose; conquiste meno rapide, ma più sicure; guerrieri meno violenti, ma più temibili, che sanno vincere con moderazione e trattare i vinti con umanità: l’onore è il loro guidatore, la gloria la loro ricompensa. Tuttavia, afferma l’autore, si nota una grande differenza tra le nazioni povere, chiamate barbare, e i popoli ricchi, chiamati civili. Sembra proprio che un cittadino di Ginevra non abbia mai avuto l’opportunità di osservare da vicino ciò che accade normalmente nei combattimenti. È sorprendente che dei “barbari” si comportino con meno violenza e si espongano maggiormente al pericolo? Che vincano o che perdano, non possono fare altro che vincere, se sopravvivono alle loro sconfitte. Ma ciò che l’aspirazione a un vile interesse, o piuttosto il disperio brutale, ispirano in questi uomini spietati, i sentimenti, il dovere, li stimolano in quelle anime generose che si dedicano alla patria. Con questa differenza, che l’autore non è riuscito a osservare: la valentia di queste ultime, più fredda, più riflessiva, più moderata, più saggiamente guidata, è proprio per questo sempre più sicura del successo.

Ma infine, lo stesso Socrate, quel famoso Socrate, si era scagliato contro le scienze del suo tempo. Bisogna meravigliarsene? L’orgoglio inarrestabile degli stoici, la mollezza effeminata degli epicurei, i ragionamenti assurdi dei pirroniani, il gusto per le dispute, per le vane sottigliezze, per gli errori senza numero, per i vizi mostruosi: tutto ciò contaminava allora la filosofia e disonorava i filosofi. Era l’abuso delle scienze, non le scienze stesse, che quel grande uomo condannava. E noi lo condanniamo dopo di lui. Ma l’abuso che si compie su una cosa presuppone sempre la possibilità di usarla nel modo giusto. Di cosa non si abusa? E perché un autore anonimo, per esempio, avrebbe potuto abusare una volta della fertilità del proprio ingegno e della leggerezza della propria penna al fine di difendere una causa malvagia, dobbiamo forse vietargli di usarli in altre occasioni, su argomenti più degni del suo genio? Per correggere alcuni eccessi di intemperanza, dobbiamo forse distruggere tutte le viti? L’“ebrezza” dell’intelletto ha spinto alcuni saggi verso strane deviazioni. Lo ammetto, ne soffro. Attraverso i discorsi di alcuni, negli scritti di altri, la religione si è trasformata in ipocrisia, la pietà in superstizione, la teologia in errore, il diritto in sofisticazioni legali, l’astronomia in astrologia. Il pensiero umano, schiavo dei pregiudizi più strani, attaccato alle opinioni più assurde, ostinato nei sistemi più insensati. In quali aberrazioni non si spinge quando, cedendo a una curiosità presuntuosa, cerca di superare i limiti che stessa la natura gli ha imposto! Ma invano le onde mugghiano, si sollevano, si scagliano con furia contro le rive opposte. Costrette presto a ritirarsi su se stesse, tornano nel grembo dell’oceano, lasciando sulle sue sponde solo schiuma leggera che svanisce all’istante, o sabbia mobile che scivola via sotto i nostri piedi. Immagine naturale degli inutili sforzi dello spirito umano quando, eccitato dalle fantasie dominanti, si lascia trascinare da qualsiasi corrente di dottrina, cercando con audacia di superare i limiti della propria comprensione.

Ma le scienze, lungi dall’autorizzare simili eccessi, sono piene di massime che li condannano; il vero scienziato, che non perde mai di vista la luce della rivelazione, che segue sempre la guida infallibile dell’autorità legittima, procede con sicurezza, cammina con fiducia, avanza con passi decisi nel campo delle scienze, rende un servizio utile alla società, onora la sua patria, percorre il suo cammino nell’innocenza e lo conclude con gloria.

Fine della risposta del Re di Polonia.

Risposta di J.-J. Rousseau

sulla confutazione fatta dal re di Polonia al suo discorso.[27]

Stemmi di Stanisław Leszczyński

Je devrais plutôt un remerciement qu’une réplique à l’auteur anonyme[28] qui vient d’honorer mon Discours d’une réponse. Mais ce que je dois à la reconnaissance ne me fera point oublier ce que je dois à la vérité ; et je n’oublierai pas non plus, que toutes les fois qu’il est question de raison, les hommes rentrent dans le droit de la nature, et reprennent leur première égalité.

Le discours auquel j’ai à répliquer est plein de choses très vraies et très bien prouvées, auxquelles je ne vois aucune réponse : car quoique j’y sois qualifié de docteur, je serais bien fâché d’être au nombre de ceux qui savent répondre à tout.

Ma défense n’en sera pas moins facile : elle se bornera à comparer avec mon sentiment les vérités qu’on m’objecte ; car si je prouve qu’elles ne l’attaquent point, ce sera, je crois, l’avoir assez bien défendu.

Je puis réduire à deux points principaux toutes les propositions établies par mon adversaire : l’un renferme l’éloge des sciences ; l’autre traite de leur abus. Je les examinerai séparément.

Il semble, au ton de la réponse, qu’on serait bien aise que j’eusse dit des sciences beaucoup plus de mal que je n’en ai dit en effet. On y suppose que leur éloge, qui se trouve à la tête de mon discours, a dû me coûter beaucoup : c’est, selon l’auteur, un aveu arraché à la vérité et que je n’ai pas tardé à rétracter.

Si cet aveu est un éloge arraché par la vérité, il faut donc croire que je pensais des sciences le bien que j’en ai dit : le bien que l’auteur en dit lui-même n’est donc point contraire à mon sentiment. Cet aveu, dit-on, est arraché par force : tant mieux pour ma cause ; car cela montre que la vérité est chez moi plus forte que le penchant. Mais sur quoi peut-on juger que cet éloge est forcé ? Serait-ce pour être mal fait ? ce serait intenter un procès bien terrible à la sincérité des auteurs, que d’en juger sur ce nouveau principe. Serait-ce pour être trop court ? Il me semble que j’aurais pu facilement dire moins de choses en plus de pages. C’est, dit-on, que je me suis rétracté. J’ignore en quel endroit j’ai fait cette faute ; et tout ce que je puis répondre, c’est que ce n’a pas été mon intention.

La science est très bonne en soi : cela est évident ; et il faudrait avoir renoncé au bon sens pour dire le contraire. L’auteur de toutes choses est la source de la vérité ; tout connaître est un de ses divins attributs. C’est donc participer en quelque sorte à la suprême intelligence que d’acquérir des connaissances et d’étendre ses lumières. En ce sens j’ai loué le savoir, et c’est en ce sens que je loue mon adversaire. Il s’étend encore sur les divers genres d’utilité que l’homme peut retirer des arts et des sciences ; et j’en aurais volontiers dit autant si cela eût été de mon sujet. Ainsi nous sommes parfaitement d’accord en ce point.

Mais comment se peut-il faire que les sciences, dont la source est si pure et la fin si louable, engendrent tant d’impiétés, tant d’hérésies, tant d’erreurs, tant de systèmes absurdes, tant de contrariétés, tant d’inepties, tant de satires amères, tant de misérables romans, tant de vers licencieux, tant de livres obscènes ; et dans ceux qui les cultivent, tant d’orgueil, tant d’avarice, tant de malignité, tant de cabales, tant de jalousies, tant de mensonges, tant de noirceurs, tant de calomnies, tant de lâches et honteuses flatteries ? Je disais que c’est parce que la science toute belle, toute sublime qu’elle est, n’est point faite pour l’homme ; qu’il a l’esprit trop borné pour y faire de grands progrès, et trop de passions dans le cœur pour n’en pas faire un mauvais usage ; que c’est assez pour lui de bien étudier ses devoirs, et que chacun a reçu toutes les lumières dont il a besoin pour cette étude. Mon adversaire avoue, de son côté que les sciences deviennent nuisibles quand on en abuse, et que plusieurs en abusent en effet. En cela nous ne disons pas, je crois, des choses fort différentes ; j’ajoute, il est vrai, qu’on en abuse beaucoup, et qu’on en abuse toujours ; et il ne me semble pas que dans la réponse on ait soutenu le contraire.

Je peux donc assurer que nos principes, et, par conséquent toutes les propositions qu’on en peut déduire, n’ont rien d’opposé ; et c’est ce que j’avais à prouver : cependant, quand nous venons à conclure, nos deux conclusions se trouvent contraires. La mienne était que, puisque les sciences font plus de mal aux mœurs que de bien à la société, il eût été à désirer que les hommes s’y fussent livrés avec moins d’ardeur. Celle de mon adversaire est que, quoique les sciences fassent beaucoup de mal, il ne faut pas laisser de les cultiver à cause du bien qu’elles font. Je m’en rapporte, non au public, mais au petit nombre des vrais philosophes, sur celle qu’il faut préférer de ces deux conclusions.

Il me reste de légères observations à faire sur quelques endroits de cette réponse, qui m’ont paru manquer un peu de la justesse que j’admire volontiers dans les autres, et qui ont pu contribuer par-là à l’erreur de la conséquence que l’auteur en tire.

L’ouvrage commence par quelques personnalités que je ne relèverai qu’autant qu’elles seront à la question. L’auteur m’honore de plusieurs éloges ; et c’est assurément m’ouvrir une belle carrière. Mais il y a trop peu de proportion entre ces choses : un silence respectueux sur les objets de notre admiration est souvent plus convenable que des louanges indiscrètes.[29]

Mon Discours, dit-on, a de quoi surprendre[30]. Il me semble que ceci demanderait quelque éclaircissement. On est encore surpris de le voir couronné : ce n’est pourtant pas un prodige de voir couronner de médiocres écrits. Dans tout autre sens cette surprise serait aussi honorable à l’académie de Dijon qu’injurieuse à l’intégrité des académies en général ; et il est aisé de sentir combien j’en ferais le profit de ma cause.

On me taxe, par des phrases fort agréablement arrangées, de contradiction entre ma conduite et ma doctrine : on me reproche d’avoir cultivé moi-même les études que je condamne[31]. Puisque la science et la vertu sont incompatibles, comme on prétend que je m’efforce de le prouver, on me demande d’un ton assez pressant comment j’ose employer l’une en me déclarant pour l’autre.

Il y a beaucoup d’adresse à m’impliquer ainsi moi-même dans la question : cette personnalité ne peut manquer de jeter de l’embarras dans ma réponse ; ou plutôt dans mes réponses ; car malheureusement j’en ai plus d’une à faire. Tâchons du moins que la justesse y supplée à l’agrément.

1° Que la culture des sciences corrompe les mœurs d’une nation, c’est ce que j’ai osé soutenir, c’est ce que j’ose croire avoir prouvé. Mais comment aurais-je pu dire que dans chaque homme en particulier la science et la vertu sont incompatibles, moi qui ai exhorté les princes à appeler les vrais savants à leur cour et à leur donner leur confiance, afin qu’on voie une fois ce que peuvent la science et la vertu réunies pour le bonheur du genre humain ? Ces vrais savants sont en petit nombre, je l’avoue ; car pour bien user de la science, il faut réunir de grands talents et de grandes vertus ; or c’est ce qu’on peut espérer de quelques âmes privilégiées, mais qu’on ne doit point attendre de tout un peuple. On ne saurait donc conclure de mes principes qu’un homme ne puisse être savant et vertueux tout à la fois.

2° On pourrait encore moins me presser personnellement par cette prétendue contradiction, quand même elle existerait réellement. J’adore la vertu : mon cœur me rend ce témoignage ; il me dit trop aussi combien il y a loin de cet amour à la pratique qui fait l’homme vertueux. D’ailleurs, je suis fort éloigné d’avoir de la science, et plus encore d’en affecter. J’aurais cru que l’aveu ingénu que j’ai fait au commencement de mon Discours, me garantirait de cette imputation : je craignais bien plutôt qu’on ne m’accusât de juger des choses que je ne connaissais pas. On sent assez combien il m’était impossible d’éviter à la fois ces deux reproches. Que sais-je même si l’on n’en viendrait point à les réunir, si je ne me hâtais de passer condamnation sur celui-ci, quelque peu mérité qu’il puisse être ?

I should rather offer my thanks than respond to the anonymous author[28] who has just honored my Discourse with a reply. However, what I owe to recognition will not make me forget what I owe to truth; nor will I forget that whenever reason is at play, men re-enter into the rights inherent in their nature and regain their original equality.

The speech to which I must respond is filled with many very true and well-proven statements; however, I see no way to respond to them. For, even though I am called a “doctor” in it, I would be greatly disappointed to find myself among those who claim to know the answer to everything.

My defense will not be any less straightforward: it will simply consist in comparing the truths that are brought against me with my own feelings; for if I prove that they do not contradict my feelings, then I believe I will have defended them quite effectively.

I can reduce all the arguments put forward by my opponent to two main points: one praises the sciences, and the other discusses their abuse. I will examine them separately.

From the tone of the response, it seems that people would have been pleased if I had claimed to find the sciences much more difficult than I actually did. It is assumed that my praise for them, which appears at the beginning of my speech, must have cost me a great deal: in the author’s view, it is an admission forced out of truth, one that I soon retracted.

If this confession is an honest praise forced upon me by the truth, then one must believe that I truly held high opinions of these sciences; indeed, the good things the authors themselves say about them are not contrary to my feelings at all. It is said that this confession was made under compulsion; the better for my cause, for it shows that the truth in me was stronger than my inclinations. But on what basis can one determine that such praise is forced? Perhaps because it is poorly written? To judge the sincerity of authors on such a criterion would be a terrible accusation against their honesty. Or perhaps because it is too brief? I think I could have said just as much in fewer words. It is said that I retracted my earlier statements; I do not know where I made this mistake, and all I can say is that it was certainly not my intention.

Science, in itself, is of great value; that is evident, and one would have to renounce common sense to claim otherwise. The Creator of all things is the source of truth; to know everything is one of His divine attributes. Therefore, acquiring knowledge and expanding one’s understanding is, in a way, participating in that supreme intelligence. It is for this reason that I have praised knowledge—and it is also for this reason that I praise my opponent. He further discusses the various practical benefits that humans can derive from the arts and sciences; and I would have been happy to say the same if it were within my subject matter. In this regard, we are completely in agreement.

But how is it possible that sciences, whose origin is so pure and whose purpose is so praiseworthy, should give rise to so much impiety, so many heresies, so many errors, so many absurd systems, so many contradictions, so much ineptitude, so much bitter satire, so many miserable novels, so much licentious poetry, so many obscene books; and that among those who pursue them, there should be so much pride, so much greed, so much malice, so much intrigue, so much jealousy, so much lying, so much darkness, so much slander, and so much cowardly and shameful flattery? I say that this is because science, as beautiful and sublime as it may be, is not meant for man; that his mind is too limited to make great progress in it, and that his heart is filled with too many passions to prevent him from using it wrongly; that for him it is sufficient to study his duties diligently, and that everyone has already been given all the knowledge needed for such study. My opponent, on his part, admits that sciences can become harmful when abused, and that indeed many people do abuse them. In this regard, I believe we are not saying very different things; I add, however, that they are indeed often abused, and always have been; and it does not seem to me that the response offered contradicts this fact.

I can therefore assure you that our principles, and consequently all the conclusions that can be drawn from them, are in no way contradictory; and this was precisely what I intended to prove. However, when we come to draw conclusions, we find that ours are contrary to those of my opponent. My conclusion was that since science does more harm to morals than it does good to society, it would have been desirable for people to pursue it with less enthusiasm. My opponent’s conclusion is that, despite the many harms that science causes, we should not cease to cultivate it because of the benefits it brings. As for which of these two conclusions one should prefer, I refer not to the general public, but rather to the small number of true philosophers.

I still have a few minor observations to make regarding certain parts of this response; they seem to lack the precision that I generally appreciate in other sections, and such shortcomings may have contributed to the error in the conclusion drawn by the author.

The work begins with the mention of some individuals; I will only address those relevant to the subject at hand. The author has honored me with several compliments, which surely opens up a promising career for me. However, there is a serious imbalance between these things: maintaining respectful silence regarding the objects of our admiration is often more appropriate than expressing indiscerning praise.[29]

It is said that my Discourse is capable of surprising people[30]. I believe that this claim requires some clarification. People are still taken aback by the fact that it has been crowned with honors; yet, crowning mediocre writings is not in itself a miracle. In any other context, such surprise would be both an honor for the Académie of Dijon and an insult to the integrity of academies in general; and it is easy to see how I could exploit this situation to further my cause.

I am accused, in very nicely phrased statements, of being inconsistent between my actions and my doctrines; I am reproached for having cultivated precisely those studies that I condemn[31]. Since science and virtue are supposedly incompatible—just as people claim I strive to prove—people demand, with rather urgent tone, how I dare to employ one while advocating the other.

There is much to consider in involving myself directly in this matter: this particular individual is bound to cause some embarrassment in my response—or rather, in my responses, for unfortunately I have more than one to make. Let us at least strive to ensure that accuracy compensates for any lack of grace in my approach.

That the cultivation of science corrupts the morals of a nation—this is what I have dared to assert; this is what I dare to believe I have proven. But how could I ever claim that, in any particular individual, science and virtue are incompatible, when I have myself exhorted princes to invite true scholars to their courts and place their trust in them, so that the world might at last see what science and virtue combined can achieve for the happiness of mankind? I admit that such true scholars are few in number; for to make proper use of science, one must possess both great talents and noble virtues. Such qualities may be found in a few fortunate individuals, but certainly not in an entire people. Therefore, one cannot conclude from my principles that it is impossible for a person to be both wise and virtuous at the same time.

2° One could hardly press me personally on the grounds of this so-called contradiction, even if it did truly exist. I love virtue; my heart bears witness to this for me—it also tells me all too clearly how far there is between this love and the actual practice that makes a person virtuous. Moreover, I am far from possessing any true knowledge, let alone putting on an air of knowing. I would have thought that the honest confession I made at the beginning of my Discourse would protect me from such accusations; instead, I feared even more that people might accuse me of judging things that I did not understand. It is clear enough that it was impossible for me to avoid both of these criticisms. Indeed, who knows whether they might not be combined against me if I did not hastily condemn myself for this alleged fault, no matter how much it may be deserved?

Dovrei piuttosto ringraziare che rispondere all’autore anonimo[28] che ha appena onorato il mio “Discorso di una risposta”. Tuttavia, ciò che devo alla riconoscenza non mi farà dimenticare ciò che devo alla verità; e non dimenticherò nemmeno che, ogni volta che si tratta di ragione, gli uomini ritornano al diritto naturale e riprendono la loro originaria uguaglianza.

Il discorso a cui devo rispondere è pieno di argomenti molto veri e ampiamente dimostrati; non vedo alcuna risposta possibile. Poiché, anche se mi vengono attribuiti titoli come “dottore”, sarei davvero dispiaciuto di far parte di coloro che sanno rispondere a tutto.

Tuttavia, la mia difesa non sarà meno semplice: mi limiterò a confrontare le verità che mi vengono contestate con i miei sentimenti; poiché, se dimostro che esse non li contraddicono, credo di averle difese abbastanza bene.

Posso ridurre a due punti principali tutte le argomentazioni avanzate dal mio avversario: il primo consiste nell’encomio delle scienze; il secondo tratta dei loro abusi. Le esaminerò separatamente.

Dal tono della risposta sembra che si sarebbe stati molto contenti se avessi detto delle scienze molto di più di quanto in realtà abbia detto. Si presume che il loro elogio, posto all’inizio del mio discorso, mi sia costato molto: secondo l’autore, si tratta di un’ammissione estorta alla verità e che io non ho tardato a ritrattare.

Se questo riconoscimento è un elogio strappato dalla verità, allora bisogna credere che io abbia pensato bene delle scienze, proprio come ne ho parlato; il bene che lo stesso autore ne dice non è certo in contraddizione con i miei sentimenti. Si dice che questo riconoscimento sia stato estorto con la forza: meglio ancora per la mia causa, poiché ciò dimostra che la verità è più forte in me del mio pregiudizio. Ma su cosa si può basare il giudizio che questo elogio sia stato forzato? Forse perché è mal scritto? Questo significherebbe intentare un processo terribile contro la sincerità degli autori, giudicandoli in base a questo nuovo principio. O forse perché è troppo breve? Mi sembra che avrei potuto facilmente dire meno cose, ma in più pagine. Si dice anche che io mi sia ritrattato: ignoro in quale punto abbia commesso questo errore; e tutto ciò che posso rispondere è che non era questa la mia intenzione.

La scienza, in sé, è molto preziosa: questo è evidente; e sarebbe necessario rinunciare al buon senso per affermare il contrario. L’autore di tutte le cose è la fonte della verità; conoscere tutto rappresenta uno dei suoi attributi divini. Pertanto, acquisire conoscenze ed ampliare le proprie luci significa, in qualche modo, partecipare all’intelligenza suprema. In questo senso ho lodato la scienza, e è anche in questo senso che lodo il mio avversario. Lui ha inoltre analizzato i diversi tipi di utilità che l’uomo può trarre dalle arti e dalle scienze; e io avrei volentieri detto lo stesso se fosse stato argomento del mio discorso. In questo modo, siamo perfettamente d’accordo su questo punto.

Ma come è possibile che le scienze, la cui fonte è così pura e la cui finalità così lodevole, generino tanta irriverenza, tante eresie, tanti errori, tanti sistemi assurdi, tante contraddizioni, tanta inettitudine, tante satire amare, tanti romanzi miserabili, versi licenziosi e libri osceni; e che coloro che le coltivano manifestino tanto orgoglio, avarizia, malvagità, intrighi, gelosia, menzogne, oscurità, calunnie, oltre a lusinghe vili e vergognose? Dico che ciò accade perché la scienza, per quanto bella e sublime sia, non è fatta per l’uomo; che il suo spirito è troppo limitato per poterne trarre grandi benefici, e che le sue passioni sono troppo forti perché non ne possa fare cattivo uso; che per lui basta studiare bene i propri doveri, e che ognuno ha ricevuto tutte le conoscenze di cui ha bisogno per tale studio. Anche il mio avversario ammette che le scienze diventano dannose quando vengono abusate, e che effettivamente molte persone ne abusano. In questo non credo che le nostre opinioni siano molto diverse; inoltre, è vero che spesso si abusa delle scienze, e sempre si abusa di esse. E non mi sembra che nella risposta sia stato sostenuto il contrario.

Posso quindi affermare che i nostri principi, e di conseguenza tutte le proposizioni che ne possono derivare, non presentano alcuna contraddizione; ed è proprio questo che volevo dimostrare. Tuttavia, quando giungiamo alle conclusioni, queste risultano essere opposte tra loro. La mia conclusione era che, poiché le scienze arrecano più danno ai costumi che beneficio alla società, sarebbe stato auspicabile che gli uomini vi si dedicassero con minore entusiasmo. Quella del mio avversario è invece che, nonostante le scienze causino molti danni, non bisogna smettere di coltivarle a causa del bene che producono. Mi riferisco, non al pubblico in generale, ma al ristretto numero dei veri filosofi, riguardo alla conclusione che si dovrebbe preferire tra queste due.

Mi restano alcune osservazioni da fare su alcuni punti di questa risposta; mi sono sembrati carenti della precisione che apprezzo molto nelle altre parti, e questo potrebbe aver contribuito all’errore nella conclusione a cui arriva l’autore.

L’opera inizia con alcune personalità di cui parlerò soltanto nel misura in cui siano rilevanti per l’argomento trattato. L’autore mi onora con diversi elogi; e questo, senza dubbio, mi apre una bella carriera. Tuttavia, c’è una netta disparità tra queste cose: un silenzio rispettoso riguardo agli oggetti della nostra ammirazione è spesso più appropriato di lodi indiscrete.[29]

Si dice che il mio Discorso sia in grado di sorprendere[30]. Mi sembra che ciò richieda qualche chiarimento. Si è ancora sorpresi nel vederlo incoronato: tuttavia, non è certo un miracolo vedere scritti mediocri essere insigniti di onori simili. In ogni altro senso, tale sorpresa sarebbe tanto lusinghiera per l’Accademia di Digione quanto offensiva per l’integrità delle accademie in generale; e è facile comprendere come io possa trarne vantaggio per la mia causa.

Mi si attribuisce, con frasi molto abilmente formulate, una contraddizione tra il mio comportamento e le mie dottrine; mi si rimprovera di aver coltivato personalmente gli studi che poi condanno[31]. Poiché la scienza e la virtù sono incompatibili – come si sostiene che io cerchi di dimostrare – mi si chiede, con tono piuttosto pressante, come osi utilizzare l’una mentre mi dichiaro a favore dell’altra.

C’è davvero molto da considerare nel coinvolgermi personalmente in questa questione: questa persona sicuramente creerà delle difficoltà nella mia risposta, o meglio, nelle mie risposte, poiché purtroppo ne devo dare più di una. Cerchiamo almeno che l’accuratezza compensi la mancanza di piacevolezza nel processo.

Che la cultura delle scienze corrompa i costumi di una nazione: è ciò che ho osato sostenere, ed è ciò che credo di aver dimostrato. Ma come avrei potuto affermare che, in ogni individuo, scienza e virtù siano incompatibili, io stesso che ho esortato i principi ad invitare i veri scienziati alle loro corti e a concedere loro la propria fiducia, affinché si potesse vedere una volta ciò che scienza e virtù unite possono realizzare per il bene dell’umanità? Questi veri scienziati sono pochi, lo ammetto; perché per utilizzare al meglio la scienza è necessario possedere grandi talenti e grandi virtù. E questo si può sperare in alcune anime privilegiate, ma non in un intero popolo. Pertanto, dai miei principi non si potrebbe concludere che un uomo non possa essere allo stesso tempo sapiente e virtuoso.

2° Non si potrebbe nemmeno pressarmi personalmente con questa presunta contraddizione, anche se essa esistesse davvero. Amo la virtù: il mio cuore mi fornisce questa testimonianza; inoltre, mi dice chiaramente quanto ci sia distanza tra questo amore e quella pratica che rende un uomo virtuoso. Del resto, sono lontano dall’avere vera conoscenza delle cose, e ancora di più dal fingere di averla. Avrei creduto che la sincera confessione fatta all’inizio del mio Discorso mi garantisse da quest’accusa; temevo invece che si potesse accusarmi di giudicare cose che non conoscevo. È evidente che fosse impossibile per me evitare entrambi questi rimproveri. Anzi, chissà se qualcuno non li avrebbe addirittura collegati tra loro. Forse avrei dovuto condannarmi già per questo, anche se il mio errore potesse essere parzialmente giustificato?

3° Je pourrais rapporter à ce sujet ce que disaient les pères de l’Église des sciences mondaines qu’ils méprisaient, et dont pourtant ils se servaient pour combattre les philosophes païens : je pourrais citer la comparaison qu’ils en faisaient avec les vases des Égyptiens volés par les Israélites. Mais je me contenterai, pour dernière réponse, de proposer cette question : Si quelqu’un venait pour me tuer, et que j’eusse le bonheur de me saisir de son arme, me serait-il défendu, avant que de la jeter, de m’en servir pour le chasser de chez moi ?

Si la contradiction qu’on me reproche n’existe pas, il n’est donc pas nécessaire de supposer que je n’ai voulu que m’égayer sur un frivole paradoxe ; et cela me paraît d’autant moins nécessaire, que le ton que j’ai pris, quelque mauvais qu’il puisse être, n’est pas du moins celui qu’on emploie dans les jeux d’esprit.

Il est temps de finir sur ce qui me regarde : on ne gagne jamais rien à parler de soi ; et c’est une indiscrétion que le public pardonne difficilement, même quand on y est forcé. La vérité est si indépendante de ceux qui l’attaquent et de ceux qui la défendent, que les auteurs qui en disputent devraient bien s’oublier réciproquement : cela épargnerait beaucoup de papier et d’encre. Mais cette règle si aisée à pratiquer avec moi ne l’est point du tout vis-à-vis de mon adversaire ; et c’est une différence qui n’est pas à l’avantage de ma réplique.

L’auteur, observant que j’attaque les sciences et les arts par leurs effets sur les mœurs, emploie pour me répondre le dénombrement des utilités qu’on en retire dans tous les états : c’est comme si, pour justifier un accusé, on se contentait de prouver qu’il se porte fort bien ; qu’il a beaucoup d’habileté, ou qu’il est fort riche. Pourvu qu’on m’accorde que les arts et les sciences nous rendent malhonnêtes gens, je ne disconviendrai pas qu’ils ne nous soient d’ailleurs très commodes : c’est une conformité de plus qu’ils auront avec la plupart des vices.

L’auteur va plus loin, et prétend encore que l’étude nous est nécessaire pour admirer les beautés de l’univers, et que le spectacle de la nature, exposé, ce semble, aux yeux de tous pour l’instruction des simples, exige lui-même beaucoup d’instruction dans les observateurs pour en être aperçu. J’avoue que cette proposition me surprend : serait-ce qu’il est ordonné à tous les hommes d’être philosophes, ou qu’il n’est ordonné qu’aux seuls philosophes de croire en Dieu ? L’Écriture nous exhorte en mille endroits d’adorer la grandeur et la bonté de Dieu dans les merveilles de ses œuvres : je ne pense pas qu’elle nous ait prescrit nulle part d’étudier la physique, ni que l’auteur de la nature soit moins bien adoré par moi qui ne sais rien, que par celui qui connaît et le cèdre, et l’hysope, et la trompe de la mouche, et celle de l’éléphant : Non enim nos Deus ista scire, sed tantummodo uti voluit.

On croit toujours avoir dit ce que font les sciences, quand on a dit ce qu’elles devraient faire, cela me paraît pourtant fort différent. L’étude de l’univers devrait élever l’homme à son créateur ; je le sais ; mais elle n’élève que la vanité humaine. Le philosophe, qui se flatte de pénétrer dans les secrets de Dieu, ose associer sa prétendue sagesse à la sagesse éternelle : il approuve, il blâme, il corrige, il prescrit des lois à la nature, et des bornes à la Divinité ; et tandis qu’occupé de ses vains systèmes il se donne mille peines pour arranger la machine du monde, le laboureur, qui voit la pluie et le soleil tour-à-tour fertiliser son champ, admire, loue, et bénit la main dont il reçoit ces grâces, sans se mêler de la manière dont elles lui parviennent. Il ne cherche point à justifier son ignorance ou ses vices par son incrédulité. Il ne censure point les œuvres de Dieu, et ne s’attaque point à son maître pour faire briller sa suffisance. Jamais le mot impie d’Alphonse X ne tombera dans l’esprit d’un homme vulgaire : c’est à une bouche savante que ce blasphème était réservé. Tandis que la savante Grèce était pleine d’athées, Élien remarquait[32] que jamais barbare n’avait mis en doute l’existence de la Divinité. Nous pouvons remarquer de même aujourd’hui qu’il n’y a dans toute l’Asie qu’un seul peuple lettré, que plus de la moitié de ce peuple est athée, et que c’est la seule nation de l’Asie où l’athéisme soit connu.

La curiosité naturelle à l’homme, continue-t-on, lui inspire l’envie d’apprendre. Il devrait donc travailler à la contenir, comme tous ses penchants naturels. Ses besoins lui en font sentir la nécessité. À bien des égards les connaissances sont utiles ; cependant les sauvages sont des hommes, et ne sentent point cette nécessité-là. Ses emplois lui en imposent l’obligation. Ils lui imposent bien plus souvent celle de renoncer à l’étude pour vaquer à ses devoirs[33]. Ses progrès lui en font goûter le plaisir. C’est pour cela même qu’il devrait s’en défier. Ses premières découvertes augmentent l’avidité qu’il a de savoir. Cela arrive en effet à ceux qui ont du talent. Plus il connaît, plus il sent qu’il a de connaissances à acquérir ; c’est-à-dire que l’usage de tout le temps qu’il perd est de l’exciter à en perdre encore davantage : mais il n’y a guère qu’un petit nombre d’hommes de génie en qui la vue de leur ignorance se développe en apprenant, et c’est pour eux seulement que l’étude peut être bonne. À peine les petits esprits ont-ils appris quelque chose qu’ils croient tout savoir ; et il n’y a sorte de sottise que cette persuasion ne leur fasse dire et faire. Plus il a de connaissances acquises, plus il a de facilité à bien faire. On voit qu’en parlant ainsi, l’auteur a bien plus consulté son cœur qu’il n’a observé les hommes.

L’homme sage est continuellement sur ses gardes, et se défie toujours de ses propres forces : il réserve tout son courage pour le besoin, et ne s’expose jamais mal à propos. Le fanfaron est celui qui se vante sans cesse de plus qu’il ne peut faire, et qui, après avoir bravé et insulté tout le monde, se laisse battre à la première rencontre. Je demande lequel de ces deux portraits ressemble le mieux à un philosophe aux prises avec ses passions. On me reproche d’avoir affecté de prendre chez les anciens mes exemples de vertu. Il y a bien de l’apparence que j’en aurais trouvé encore davantage, si j’avais pu remonter plus haut. J’ai cité aussi un peuple moderne, et ce n’est pas ma faute si je n’en ai trouvé qu’un. On me reproche encore, dans une maxime générale, des parallèles odieux, où il entre, dit-on, moins de zèle et d’équité que d’envie contre mes compatriotes et d’humeur contre mes contemporains. Cependant personne peut-être n’aime autant que moi son pays et ses compatriotes Au surplus, je n’ai qu’un mot à répondre. J’ai dit mes raisons, et ce sont elles qu’il faut peser : quant à mes intentions, il en faut laisser le jugement à celui-là seul auquel il appartient.

Je ne dois point passer ici sous silence une objection considérable qui m’a déjà été faite par un philosophe[34]. N’est-ce point, me dit-on ici, au climat, au tempérament, au manque d’occasion, au défaut d’objet, à l’économie du gouvernement, aux coutumes, aux lois, à toute autre cause qu’aux sciences qu’on doit attribuer cette différence qu’on remarque quelquefois dans les mœurs en différents pays et en différents temps ?

Cette question renferme de grandes vues, et demanderait des éclaircissements trop étendus pour convenir à cet écrit. D’ailleurs, il s’agirait d’examiner les relations très cachées, mais très réelles, qui se trouvent entre la nature du gouvernement et le génie, les mœurs et les connaissances des citoyens ; et ceci me jetterait dans des discussions délicates, qui me pourraient mener trop loin. De plus, il me serait bien difficile de parler de gouvernement, sans donner trop beau jeu à mon adversaire ; et, tout bien pesé, ce sont des recherches bonnes à faire à Genève, et dans d’autres circonstances.

Je passe à une accusation bien plus grave que l’objection précédente. Je la transcrirai dans ses propres termes ; car il est important de la mettre fidèlement sous les yeux du lecteur.

Plus le chrétien examine l’authenticité de ses titres, plus il se rassure dans la possession de sa croyance ; plus il étudie la révélation, plus il se fortifie dans la foi. C’est dans les divines Écritures qu’il en découvre l’origine et l’excellence ; c’est dans les doctes écrits des pères de l’Église qu’il en suit de siècle en siècle le développement ; c’est dans les livres de morale et les annales saintes qu’il en voit les exemples et qu’il s’en fait l’application.

3° I could relate in this regard what the Church fathers said about the worldly sciences that they despised yet employed to combat pagan philosophers; I could quote the comparison they made between them and the vessels of Egypt stolen by the Israelites. But as my final response, I will content myself with posing this question: If someone came to kill me, and I had the good fortune to seize their weapon, would it be considered wrong for me to use it to drive them away from my home before discarding it?

If the contradiction that is attributed to me does not actually exist, then there is no need to assume that I merely intended to entertain myself with some frivolous paradox; and this seems all the less necessary given that the tone I used, as poor as it may be, is certainly not the kind of tone employed in banter or witty exchanges.

It is time to conclude regarding what concerns me: one never gains anything by talking about oneself; moreover, it is an indiscretion that the public rarely forgives, even when one is forced to do so. The truth is so independent of those who attack it and those who defend it that those who debate it should truly forget about themselves entirely—this would save a great deal of paper and ink. Yet this rule, which is so easy for me to follow, is by no means the same for my opponent; and this difference is certainly not to my advantage in this debate.

The author, observing that I attack the sciences and the arts on account of their effects on morals, responds by listing all the benefits they bring in various situations. It’s as if, to justify an accused person, one were content with proving that they lead a good life, possess great skill, or are extremely wealthy. So long as you admit that the arts and the sciences make us dishonest people, I will not dispute that they are also very convenient for us—in fact, this is just another way in which they align with most forms of vice.

The author goes even further, claiming that the study of these matters is necessary for us to appreciate the beauties of the universe. Moreover, he argues that the spectacle of nature, which seems to be open to everyone for the education of the simple, itself requires considerable knowledge on the part of those who wish to perceive it properly. I must admit that this assertion surprises me: Is it then intended for all men to become philosophers, or is it only philosophers who are commanded to believe in God? The Scriptures urge us in countless places to adore the greatness and goodness of God in the wonders of his creations; yet I do not think they have ever instructed us to study physics. Nor do I believe that the Creator of nature is less revered by me, a person who knows nothing about such things, than by someone who understands the cedar, the hyssop, the mouthparts of insects, and even those of the elephant. For it is not our purpose to know these things in their entirety, but merely to do as God has willed.

One always thinks that one has stated what the sciences do, but when in fact one has only described what they ought to do, I believe there is a considerable difference between the two. The study of the universe should elevate man towards its creator; I know this to be true; yet it merely fosters human vanity. The philosopher, who prides himself on penetrating into the secrets of God, dares to equate his own supposed wisdom with the eternal wisdom of God: he approves, he condemns, he corrects, he prescribes laws for nature and sets limits for divinity. While engrossed in his futile theories, he goes to great lengths to “arrange” the workings of the world; yet the farmer, who sees how rain and sunlight alternately fertilize his fields, simply admires, praises, and blesses the hand from which these blessings come, without attempting to understand how they are bestowed upon him. He does not seek to justify his ignorance or vices by denying God’s existence; he does not criticize God’s creations, nor does he attempt to display his own superiority by attacking His authority. The profane words of Alphonse X would never cross the mind of an ordinary person—such blasphemy was reserved for learned individuals. While ancient Greece was filled with atheists, Élien noted that not a single barbarian had ever doubted the existence of God. Similarly, today we can observe that throughout Asia, there is only one literate people; more than half of this population is atheist, and it is precisely this nation in Asia where atheism is most widespread.

Human nature’s inherent curiosity, it is said, inspires the desire to learn. Therefore, one should strive to restrain it, just as one does with all other natural inclinations. One’s needs make this necessity clear. In many respects, knowledge is useful; yet even savages are human, and they do not feel this particular need. However, their daily duties often compel them to abandon learning in order to fulfill their obligations[33]. Moreover, progress in knowledge brings them pleasure—precisely for this reason, they should guard against it. Their initial discoveries only increase their thirst for more knowledge; indeed, this is the case with those who possess talent. The more one knows, the more one realizes how much there remains to learn. In other words, the very time spent learning merely serves to stimulate an even greater desire to acquire more knowledge—but only a few geniuses experience a sense of their own ignorance growing through the process of learning; for them alone can study truly be beneficial. As soon as mediocre minds learn something, they believe they know everything; and there is no kind of stupidity that such self-assurance does not lead them to commit. The more knowledge one acquires, the easier it becomes to do things well. Clearly, in saying this, the author has relied more on his own intuition than on observation of human behavior.

The wise man is always on his guard and constantly doubts his own abilities; he reserves all his courage for times of need and never exposes himself needlessly. The braggart, on the other hand, is one who constantly boasts beyond what he is capable of doing, and after having dared and insulted everyone, ends up being defeated at the first encounter. I ask which of these two descriptions better fits a philosopher struggling with his own passions. People accuse me of taking my examples of virtue from the ancients; it is true that there seems to be even more such examples if one could delve further back in time. I have also cited a modern people, and it is not my fault if only one such example came to mind. Yet people also criticize me for making unpleasant comparisons in my general statements—comparisons that, they say, reveal less zeal and fairness than envy toward my fellow countrymen and hostility toward my contemporaries. Nevertheless, perhaps no one loves his country and its people more than I do. In any case, I have only one thing to say in response: I have stated my reasons, and it is up to others to weigh them carefully. As for my intentions, that judgment must be left to the one to whom they truly belong.

I must not remain silent here regarding a considerable objection that has already been raised to me by a philosopher[34]. Is it not, people tell me, due to the climate, temperament, lack of opportunities, absence of objects for such practices, the manner in which government is conducted, customs, laws, or some other factor rather than science that one sometimes observes differences in manners across different countries and at different times?

This question encompasses profound considerations, and seeking to elaborate on them would require an excessively extensive discussion that would not be appropriate for this text. Moreover, it would involve examining the very subtle yet real relationships that exist between the nature of government and the genius, customs, and knowledge of its citizens; such an exploration would lead me into delicate discussions that might take me too far. Furthermore, it would be quite difficult for me to discuss governance without giving my opponent an undue advantage; in all fairness, these are matters better suited for investigation in Geneva or under other circumstances.

I am moving on to an accusation far more serious than the previous one. I will present it in its own words, for it is important to present it faithfully to the reader.

The more a Christian examines the authenticity of his beliefs, the more assured he becomes in holding them; the more he studies the revelations of God, the stronger his faith grows. It is in the divine Scriptures that he discovers their origin and excellence; it is in the teachings of the Church’s Fathers that he follows their development throughout the centuries; it is in books on morality and sacred histories that he finds examples to guide his own practice.

3° Potrei raccontare in merito a ciò ciò che dicevano i padri della Chiesa riguardo alle scienze mondane che disprezzavano, eppure dalle quali si avvalevano per combattere i filosofi pagani: potrei citare la comparazione che facevano tra queste scienze e i vasi egiziani rubati dagli Israeliti. Ma mi limiterò, come ultima risposta, a porre questa domanda: Se qualcuno venisse per uccidermi, e io avessi la fortuna di impossessarmi della sua arma, mi sarebbe stato permesso, prima di gettarla via, di usarla per scacciarlo dalla mia casa?

Se la contraddizione che mi viene rimproverata non esiste davvero, allora non c’è motivo di supporre che io abbia voluto semplicemente scherzare su un paradosso frivolo; e questo mi sembra ancora meno necessario, considerando che il tono che ho adottato, per quanto possa essere scortese, non è certo quello utilizzato nei giochi di parole.

È giunto il momento di concludere riguardo a ciò che mi riguarda: non si guadagna mai nulla a parlare di sé; inoltre, è un’indiscrezione che il pubblico difficilmente perdona, anche quando si è costretti a farlo. La verità è così indipendente da coloro che la attaccano e da coloro che la difendono, che gli autori che ne discutono dovrebbero davvero dimenticarsi a vicenda: questo risparmierebbe molto carta e inchiostro. Ma questa regola, così facile da seguire quando si tratta di me, non lo è affatto quando si tratta del mio avversario; ed è una differenza che non è certo a mio vantaggio.

L’autore, osservando che attacco le scienze e le arti in base ai loro effetti sulle abitudini umane, utilizza per rispondermi l’elenco dei vantaggi che si traggono da esse in tutti gli ambiti della vita: è come se, per giustificare un accusato, ci si limitasse a dimostrare che si comporta bene, che possiede molte abilità o che è molto ricco. Finché mi verrà concesso che le arti e le scienze ci rendano persone disoneste, non negherò certo che siano inoltre molto utili: questa è un’altra caratteristica che le accomuna alla maggior parte dei vizi umani.

L’autore va ancora oltre, affermando che lo studio sia necessario per ammirare le bellezze dell’universo e che lo spettacolo della natura, apparentemente accessibile a tutti al fine di educare i semplici, richieda invece una notevole conoscenza da parte di chi lo osserva per poterlo apprezzare pienamente. Confesso che questa tesi mi sorprende: significa forse che sia dovere di tutti gli uomini essere filosofi, oppure che credere in Dio sia riservato esclusivamente ai filosofi? La Scrittura ci esorta in mille modi ad ammirare la grandezza e la bontà di Dio nelle meraviglie delle sue opere; tuttavia non credo che ci abbia mai prescritto di studiare la fisica, né che il creatore della natura venga meno venerato da me, che ne so nulla, rispetto a colui che conosce il cedro, l’issopo, la tromba della mosca e quella dell’elefante, “Non enim nos Deus ista scire, sed tantummodo uti voluit”.

Si crede sempre di aver detto ciò che le scienze fanno, quando in realtà si è soltanto affermato ciò che dovrebbero fare; a mio parere, però, c’è una grande differenza tra le due cose. Lo studio dell’universo dovrebbe elevare l’uomo al suo Creatore; lo so bene, ma in realtà esso alimenta soltanto l’orgoglio umano. Il filosofo, che si vanta di penetrare nei segreti di Dio, osa associare la sua presunta saggezza alla saggezza eterna: approva, condanna, corregge, stabilisce leggi per la natura e limiti per la Divinità. Mentre è impegnato nei suoi vani sistemi, si dà mille fastidi per “ordinare” il funzionamento del mondo; il contadino, invece, che vede la pioggia e il sole fertilizzare il suo campo, ammira, loda e benedice quella mano che gli dona queste grazie, senza cercare di comprendere il modo in cui esse gli arrivano. Non cerca mai di giustificare la propria ignoranza o i propri vizi con l’incrinabile credenza nel nulla. Non critica le opere di Dio, né attacca il proprio “Maestro” per dimostrare la propria presunzione. Mai la parola empia di Alfonso X entrerà nella mente di un uomo comune: tale blasfemia era riservata soltanto a una bocca erudita. Mentre la Grecia antica era piena di atei, Elio osservava che nessun barbaro aveva mai messo in dubbio l’esistenza della Divinità. Oggi possiamo notare lo stesso: in tutta l’Asia esiste un solo popolo colto, ma più della metà di questo popolo è ateo. Ed è proprio questa la sola nazione asiatica in cui l’ateismo sia conosciuto.

Si continua dicendo che la naturale curiosità umana ispira in noi il desiderio di imparare; pertanto dovremmo sforzarci di contenerla, proprio come facciamo con tutti gli altri nostri istinti naturali. I nostri bisogni ci fanno sentire questa necessità. In molti casi, la conoscenza è utile; tuttavia anche i selvaggi sono esseri umani, e loro non percepiscono questa urgenza. I loro compiti quotidiani impongono loro l’obbligo di dedicarsi allo studio, ma molto più spesso li costringono a rinunciare agli studi per adempiere ai propri doveri[33]. I progressi che fanno nel conoscere suscitano in loro il piacere di apprendere; proprio per questo motivo dovremmo fare attenzione a non lasciarci dominare da questa passione. Le prime scoperte che facciamo aumentano ancora di più la nostra sete di sapere, ed è proprio ciò che accade a coloro che possiedono talento. Più conosciamo, più ci rendiamo conto di quanto c’è ancora da imparare; in altre parole, l’utilizzo di tutto il tempo che trascorriamo nello studio finisce per spingerci a dedicarne ancora di più. Tuttavia, solo un ristretto numero di persone dotate di genio riesce davvero a sviluppare una vera passione per lo studio attraverso l’apprendimento; e soltanto per loro lo studio può essere veramente benefico. Gli individui di scarso intelletto, invece, non appena imparano qualcosa, credono di sapere già tutto, e è proprio questa convinzione a spingerli a commettere errori. Più conoscenze acquisiamo, più diventa facile per noi fare le cose bene. Ma si può dire che, parlando in questo modo, l’autore abbia prestato molta più attenzione ai propri sentimenti personali che alle realtà umane.

L’uomo saggio è sempre all’erta e diffida costantemente delle proprie forze: riserva tutto il proprio coraggio per i momenti di bisogno e non si espose mai in modo inappropriato. Il vanitoso, invece, è colui che si vanta continuamente di cose che non è in grado di realizzare; dopo aver sfidato e insultato tutti, viene sconfitto al primo incontro. Chiedo quale di questi due tipi assomigli di più a un filosofo alle prese con le proprie passioni. Mi si rimprovera di aver preso gli esempi di virtù dagli antichi. Certo, sembrerebbe che ne avrei potuti trovare ancora molti se fossi riuscito a risalire più indietro nel tempo; ho anche citato un popolo moderno, ma non è certo colpa mia se ne ho trovato soltanto uno. Mi si rimprovera inoltre di aver fatto paragoni spiacevoli nelle mie massime. Si dice che in essi ci sia meno zelo ed equità che invidia verso i miei connazionali e malanimo nei confronti dei miei contemporanei. Tuttavia, forse nessuno ama tanto il proprio paese e i propri compatrioti quanto me. In ogni caso, ho solo una cosa da dire: ho esposto le mie ragioni, ed è a queste che bisogna dare peso; quanto alle mie intenzioni, lascio che sia soltanto colui a cui spetta giudicarle a farlo.

Non devo tacere su un’obiezione considerevole che mi è già stata sollevata da un filosofo[34]. Non si deve forse attribuire questa differenza che talvolta si osserva nei costumi in diversi paesi e in diversi periodi al clima, al temperamento delle persone, alla mancanza di opportunità, all’assenza di oggetti specifici per tali pratiche, alle politiche governative, alle usanze, alle leggi, o ad altre cause, piuttosto che alle scienze?

Questa questione racchiude idee molto profonde e richiederebbe spiegazioni troppo ampie per adattarsi a questo scritto. Inoltre, si tratterebbe di esaminare le relazioni estremamente nascoste, ma assolutamente reali, che esistono tra la natura del governo e il genio, i costumi e le conoscenze dei cittadini; e ciò mi porterebbe in discussioni delicate, che potrebbero portarmi troppo lontano. Inoltre, mi sarebbe molto difficile parlare di governo senza dare troppi vantaggi al mio avversario; e, a ben pensarci, si tratta di ricerche utili da condurre a Ginevra, o in altre circostanze.

Passo ora a un’accusa molto più grave della precedente obiezione. La trascriverò nei suoi stessi termini, poiché è importante presentarla fedelmente al lettore.

Più il cristiano esamina l’autenticità delle sue credenze, più si rassicura nella propria fede; più studia la Rivelazione, più si rafforza nella sua fede. È nelle Sacre Scritture che ne scopre l’origine e l’eccellenza; è negli scritti dei padri della Chiesa che ne segue lo sviluppo attraverso i secoli; è nei libri di morale e nelle cronache sacre che trova gli esempi da seguire e li applica nella propria vita.

Quoi ! l’ignorance enlèvera à la religion et à la vertu des appuis si puissants ! et ce sera à elle qu’un docteur de Genève enseignera hautement qu’on doit l’irrégularité des mœurs ! On s’étonnerait davantage d’entendre un si étrange paradoxe, si on ne savait que la singularité d’un système, quelque dangereux qu’il soit, n’est qu’une raison de plus pour qui n’a pour règle que l’esprit particulier.

J’ose le demander à l’auteur : Comment a-t-il pu jamais donner une pareille interprétation aux principes que j’ai établis ? Comment a-t-il pu m’accuser de blâmer l’étude de la religion, moi qui blâme surtout l’étude de nos vaines sciences, parce qu’elle nous détourne de celle de nos devoirs ? Et qu’est-ce que l’étude des devoirs du chrétien, sinon celle de sa religion même ?

Sans doute j’aurais dû blâmer expressément toutes ces puériles subtilités de la scolastique avec lesquelles, sous prétexte d’éclaircir les principes de la religion, on en anéantit l’esprit en substituant l’orgueil scientifique à l’humilité chrétienne. J’aurais dû m’élever avec plus de force contre ces ministres indiscrets qui, les premiers, ont osé porter les mains à l’arche pour étayer avec leur faible savoir un édifice soutenu par la main de Dieu. J’aurais dû m’indigner contre ces hommes frivoles qui, par leurs misérables pointilleries, ont avili la sublime simplicité de l’Évangile, et réduit en syllogismes la doctrine de Jésus-Christ. Mais il s’agit aujourd’hui de me défendre, et non d’attaquer.

Je vois que c’est par l’histoire et les faits qu’il faudrait terminer cette dispute. Si je savais exposer en peu de mots ce que les sciences et la religion ont eu de commun dès le commencement, peut-être cela servirait-il à décider la question sur ce point.

Le peuple que Dieu s’était choisi n’a jamais cultivé les sciences, et on ne lui en a jamais conseillé l’étude ; cependant, si cette étude était bonne à quelque chose, il en aurait eu plus besoin qu’un autre. Au contraire, ses chefs firent toujours leurs efforts pour le tenir séparé, autant qu’il était possible, des nations idolâtres et savantes qui l’environnaient : précaution moins nécessaire pour lui d’un côté que de l’autre ; car ce peuple faible et grossier était bien plus aisé à séduire par les fourberies des prêtres de Baal que par les sophismes des philosophes.

Après des dispersions fréquentes parmi les Égyptiens et les Grecs, la science eut encore mille peines à germer dans les têtes des Hébreux. Josèphe et Philon, qui partout ailleurs n’auraient été que deux hommes médiocres, furent des prodiges parmi eux. Les saducéens, reconnaissantes à leur irréligion, furent les philosophes de Jérusalem ; les pharisiens, grands hypocrites, en furent les docteurs[35]. Ceux-ci, quoiqu’ils bornassent à peu près leur science à l’étude de la loi, faisaient cette étude avec tout le faste et toute la suffisance dogmatiques. Ils observaient aussi, avec un très grand soin, toutes les pratiques de la religion ; mais l’Évangile nous apprend l’esprit de cette exactitude, et le cas qu’il en fallait faire. Au surplus, ils avaient tous très peu de science et beaucoup d’orgueil ; et ce n’est pas en cela qu’ils différaient le plus de nos docteurs d’aujourd’hui.

Dans l’établissement de la nouvelle loi, ce ne fut point à des savants que Jésus-Christ voulut confier sa doctrine et son ministère. Il suivit dans son choix la prédilection qu’il a montrée en toute occasion pour les petits et les simples ; et dans les instructions qu’il donnait à ses disciples, on ne voit pas un mot d’étude ni de science, si ce n’est pour marquer le mépris qu’il faisait de tout cela.

Après la mort de Jésus-Christ, douze pauvres pécheurs et artisans entreprirent d’instruire et de convertir le monde. Leur méthode était simple ; ils prêchaient sans art, mais avec un cœur pénétré ; et de tous les miracles dont Dieu honorait leur foi, le plus frappant était la sainteté de leur vie : leurs disciples suivirent cet exemple, et le succès fut prodigieux. Les prêtres païens, alarmés, firent entendre aux princes que l’état était perdu, parce que les offrandes diminuaient. Les persécutions s’élevèrent, et les persécuteurs ne firent qu’accélérer les progrès de cette religion qu’ils voulaient étouffer. Tous les chrétiens couraient au martyre, tous les peuples couraient au baptême ; l’histoire de ces premiers temps est un prodige continuel.

Cependant les prêtres des idoles, non contents de persécuter les chrétiens, se mirent à les calomnier. Les philosophes, qui ne trouvaient pas leur compte dans une religion qui prêche l’humilité, se joignirent à leurs prêtres. Les simples se faisaient chrétiens, il est vrai ; mais les savants se moquaient d’eux, et l’on sait avec quel mépris saint Paul lui-même fut reçu des Athéniens. Les railleries et les injures pleuvaient de toutes parts sur la nouvelle secte. Il fallut prendre la plume pour se défendre. Saint Justin martyr[36] écrivit le premier l’apologie de sa foi. On attaqua les païens à leur tour ; les attaquer c’était les vaincre ; les premiers succès encouragèrent d’autres écrivains. Sous prétexte d’exposer la turpitude du paganisme, on se jeta dans la mythologie et dans l’érudition [37] ; on voulut montrer de la science et du bel esprit ; les livres parurent en foule, et les mœurs commencèrent à se relâcher.

Bientôt on ne se contenta plus de la simplicité de l’Évangile et de la foi des apôtres, il fallut toujours avoir plus d’esprit que ses prédécesseurs. On subtilisa sur tous les dogmes ; chacun voulut soutenir son opinion, personne ne voulut céder. L’ambition d’être chef de secte se fit entendre, les hérésies pullulèrent de toutes parts.

L’emportement et la violence ne tardèrent pas à se joindre à la dispute. Ces chrétiens si doux, qui ne savaient que tendre la gorge aux couteaux, devinrent entre eux des persécuteurs furieux, pires que les idolâtres : tous trempèrent dans les mêmes excès, et le parti de la vérité ne fut pas soutenu avec plus de modération que celui de l’erreur. Un autre mal encore plus dangereux naquit de la même source ; c’est l’introduction de l’ancienne philosophie dans la doctrine chrétienne. À force d’étudier les philosophes grecs, on crut y voir des rapports avec le christianisme. On osa croire que la religion en deviendrait plus respectable, revêtue de l’autorité de la philosophie. Il fut un temps où il fallait être platonicien pour être orthodoxe ; et peu s’en fallut que Platon d’abord, et ensuite Aristote, ne fut placé sur l’autel à côté de Jésus-Christ.

L’Église s’éleva plus d’une fois contre ces abus.

Ses plus illustres défenseurs les déplorèrent souvent en termes pleins de force et d’énergie ; souvent ils tentèrent d’en bannir toute cette science mondaine qui en souillait la pureté. Un des plus illustres papes en vint même jusqu’à cet excès de zèle de soutenir que c’était une chose honteuse d’asservir la parole de Dieu aux règles de la grammaire.

Mais ils eurent beau crier ; entraînés par le torrent, ils furent contraints de se conformer eux-mêmes à l’usage qu’ils condamnaient ; et ce fut d’une manière très savante que la plupart d’entre eux déclamèrent contre le progrès des sciences.

Après de longues agitations, les choses prirent enfin une assiette plus fixe. Vers le dixième siècle, le flambeau des sciences cessa d’éclairer la terre ; le clergé demeura plongé dans une ignorance que je ne veux pas justifier, puisqu’elle ne tombait pas moins sur les choses qu’il doit savoir que sur celles qui lui sont inutiles, mais à laquelle l’Église gagna du moins un peu plus de repos qu’elle n’en avait éprouvé jusque-là.

Après la renaissance des lettres, les divisions ne tardèrent pas à recommencer plus terribles que jamais. De savants hommes émurent la querelle, de savants hommes la soutinrent, et les plus capables se montrèrent toujours les plus obstinés, C’est en vain qu’on établit des conférences entre les docteurs des différents partis : aucun n’y portait l’amour de la réconciliation, ni peut-être celui de la vérité ; tous n’y portaient que le désir de briller aux dépens de leur adversaire ; chacun voulait vaincre, nul ne voulait s’instruire ; le plus fort imposait silence au plus faible ; la dispute se terminait toujours par des injures, et la persécution en a toujours été le fruit. Dieu seul sait quand tous ces maux finiront.

Les sciences sont florissantes aujourd’hui ; la littérature et les arts brillent parmi nous : quel profit en a tiré la religion ? Demandons-le à cette multitude de philosophes qui se piquent de n’en point avoir. Nos bibliothèques regorgent de livres de théologie, et les casuistes fourmillent parmi nous. Autrefois nous avions des saints, et point de casuistes. La science s’étend, et la foi s’anéantit ; tout le monde veut enseigner à bien faire, et personne ne veut l’apprendre ; nous sommes tous devenus docteurs, et nous avons cessé d’être chrétiens.

How! Ignorance will deprive religion and virtue of such powerful supports; and it will be precisely to them that a doctor from Geneva will publicly declare that irregularity in conduct is something one should embrace! One would be even more astonished to hear such a strange paradox, were it not for the fact that the very peculiarity of a system, no matter how dangerous, is merely another reason for those who have nothing but their own particular whims as their guide.

I dare to ask the author: How could he ever interpret in such a way the principles I have established? How could he accuse me of condemning the study of religion, when what I actually condemn is the study of our futile sciences—because they distract us from fulfilling our duties? And what is the study of a Christian’s duties, if not the very study of his religion?

Perhaps I should have explicitly condemned all these childish subtleties of scholasticism—those practices that, under the pretext of clarifying the principles of religion, actually destroy its true spirit by replacing Christian humility with scientific pride. I should have spoken out more forcefully against those indiscreet ministers who, in the first place, dared to tamper with what was divinely established, using their feeble knowledge to try to reinforce a structure that ought to be sustained solely by God’s power. I should have indignated myself at those frivolous individuals who, with their trivial additions, degraded the sublime simplicity of the Gospel and reduced the teachings of Jesus Christ to mere logical arguments. But today, my task is to defend myself, not to attack.

I see that it is through history and facts that this dispute should be resolved. If I could concisely explain what science and religion had in common from the very beginning, perhaps that would help to settle the issue in this regard.

The people whom God had chosen never cultivated the sciences, nor was their study ever recommended to them; yet if such study were of any use at all, they would have needed it more than any other nation. On the contrary, their leaders always made every effort to keep them as far away as possible from the idolatrous and learned nations surrounding them—a precaution which was less necessary for them on one hand than on the other; for that weak and crude people were much more easily deceived by the deceitful schemes of the priests of Baal than by the sophistries of philosophers.

After frequent dispersals among the Egyptians and Greeks, it was still extremely difficult for science to take root in the minds of the Hebrews. Josephus and Philo, who would have been merely mediocre men elsewhere, were regarded as prodigies among their own people. The Sadducees, grateful for their irreligion, became the philosophers of Jerusalem; the Pharisees, great hypocrites, became its teachers[35]. Although these latter confined their knowledge almost entirely to the study of the law, they pursued it with all the pomp and dogmatic certainty characteristic of their sect. They also observed with great diligence all the practices of religion; yet the Gospel reveals the true spirit behind such rigidity—and the manner in which it should have been applied. In any case, they possessed very little genuine knowledge and much pride; and in this regard, they were not much different from our contemporary scholars.

In establishing the new law, it was not to scholars that Jesus Christ wished to confide his doctrine and his ministry. In making his choice, he followed the preference he had always shown for the humble and the simple; and in the instructions he gave to his disciples, one cannot find a single word relating to study or science—except perhaps as a way of expressing his contempt for such things.

After the death of Jesus Christ, twelve poor sinners and craftsmen set out to teach and convert the world. Their method was simple; they preached without any artifice, but with a heart filled with sincerity. Among all the miracles with which God honored their faith, the most striking was the sanctity of their lives. Their disciples followed their example, and the success was astounding. Alarmed, the pagan priests warned the rulers that the state was in peril, for sacrifices were declining. Persecutions intensified, yet those who sought to suppress this religion only accelerated its growth. Every Christian was ready to face martyrdom, and every people flocked to be baptized; the history of these early days is a continuous miracle.

However, the priests of those idols, not content with persecuting Christians, began to slander them. Philosophers, who saw no benefit in a religion that preaches humility, joined forces with these priests. It is true that ordinary people became Christians; but the scholars mocked them, and we know how scornfully Saint Paul himself was received by the Athenians. Ridicules and insults poured down upon this new sect from every side. It became necessary to take up the pen in defense of oneself. Saint Justin the Martyr was the first to write an apology for his faith. Then the pagans were attacked in turn; attacking them meant defeating them, and these initial successes encouraged other writers. Under the pretext of exposing the corruption of paganism, people delved into mythology and erudition; they sought to demonstrate their knowledge and wit. Books began to appear in large numbers, and morals gradually began to relax.

Soon, people were no longer content with the simplicity of the Gospel and the faith of the apostles; one always had to be more clever than their predecessors. Subtle interpretations were added to all doctrines; everyone wanted to defend their own opinions, and no one was willing to concede. The ambition to become the leader of a sect became evident, and heresies sprang up everywhere.

Indignation and violence did not take long to join in the dispute. These once-so-meek Christians, who were only accustomed to offering their necks to the knife, now became fierce persecutors, even worse than the idolaters themselves. All of them fell prey to the same excesses, and the cause of truth was pursued with no less fervor than that of error. Yet another far more dangerous evil arose from the very same source: the introduction of ancient philosophy into Christian doctrine. By studying Greek philosophers too closely, people began to see parallels between their teachings and Christianity. Some even dared to believe that such integration would make the religion more respectable, endowed as it would be with the authority of philosophy. There was a time when one had to be a Platonist in order to be considered orthodox; and it was not far from happening that Plato—and later Aristotle—would be placed on an altar alongside Jesus Christ.

The Church raised its voice against these abuses on more than one occasion.

Its most distinguished defenders often deplored it in terms full of vigor and passion; they frequently tried to ban all that worldly knowledge which tarnished its purity. One of the most renowned popes even went so far as to claim, in an excess of zeal, that it was shameful to subject God’s words to the rules of grammar.

But no matter how much they cried; swept away by the torrent, they were forced to conform themselves to the very practices they condemned; and it was in a most clever manner that most of them declared against the progress of science.

After prolonged turmoil, things finally began to settle into a more stable state. Around the tenth century, the light of science ceased to illuminate the world; the clergy remained immersed in ignorance—a state that I wish not to justify, for it applied equally to matters they ought to know as well as to those that were useless to them. Nevertheless, the Church gained at least a little more peace than it had experienced before.

After the revival of letters, divisions soon resumed, even more terrible than before. Learned men stirred up the quarrels; learned men also supported them, and those who were most capable proved to be the most stubborn. In vain were conferences organized between scholars from different factions: none of them harbored any desire for reconciliation, or perhaps even for truth; all they sought was to outshine their opponents. Everyone wanted to win; no one wanted to learn. The stronger imposed silence on the weaker. Disputes always ended in insults, and persecution was their inevitable consequence. Only God knows when all these evils will come to an end.

Science is flourishing today; literature and the arts shine among us—what benefit has religion derived from this? Let us ask those numerous philosophers who pride themselves on claiming to have none at all. Our libraries are filled with theological books, and casuists are everywhere. In the past, we had saints, but no casuists. Science expands, and faith diminishes; everyone wants to teach others how to do what is right, but no one wants to learn it themselves. We have all become doctors of virtue—and we have ceased to be Christians.

Che cosa! L’ignoranza priverà la religione e la virtù di appoggi così potenti. E sarà proprio a loro che un dotto di Ginevra insegnerà apertamente che si deve tollerare l’irregolarità dei costumi. Ci sorprenderebbe ancora di più sentire un paradosso così strano, se non sapessimo che la singolarità di un sistema, per quanto pericoloso possa essere, rappresenta soltanto un ulteriore motivo per coloro i quali hanno come unica regola il proprio particolare modo di pensare.

Oso chiederlo all’autore: come ha potuto mai dare una tale interpretazione dei principi che ho enunciato? Come ha potuto accusarmi di criticare lo studio della religione, quando in realtà critico soprattutto lo studio delle nostre scienze vane, perché ci allontanano da quello dei nostri doveri? E cosa altro è lo studio dei doveri del cristiano, se non lo studio stesso della sua religione?

Senza dubbio avrei dovuto denunciare apertamente tutte queste banali sottigliezze della scolastica che, sotto pretesto di chiarire i principi della religione, ne distruggono lo spirito sostituendo l’orgoglio scientifico con l’umiltà cristiana. Avrei dovuto oppormi con maggiore fermezza a questi ministri indiscreti che, per primi, hanno osato intervenire nelle questioni divine utilizzando la loro scarsa conoscenza per cercare di consolidare un edificio sostenuto dalla mano di Dio. Avrei dovuto indignarmi contro quest’uomini frivoli che, con le loro banali analisi, hanno umiliato la sublime semplicità dell’Evangelo e ridotto la dottrina di Gesù Cristo a mere catene di ragionamenti logici. Ma oggi il mio compito è difendermi, non attaccare.

Vedo che è attraverso la storia e i fatti che si dovrebbe porre fine a questa disputa. Se potessi esporre in poche parole ciò che scienze e religione hanno avuto in comune fin dall’inizio, forse questo aiuterebbe a risolvere la questione su questo punto.

Il popolo che Dio aveva scelto non ha mai coltivato le scienze, e nessuno gliene ha mai consigliato lo studio; tuttavia, se tale studio fosse stato utile a qualcosa, ne avrebbe avuto bisogno più di qualsiasi altro popolo. Al contrario, i suoi capi si sforzarono sempre di tenerlo il più possibile separato dalle nazioni idolatriche e colte che lo circondavano: una precauzione meno necessaria da un lato che dall’altro; infatti, quel popolo debole e ignorante era molto più facile da sedurre con le astuzie dei sacerdoti di Baal che con i sofismi dei filosofi.

Dopo frequenti dispersioni tra gli Egizi e i Greci, la scienza faticò molto a germogliare nella mente degli Ebrei. Giuseppe e Filone, che altrove sarebbero stati soltanto due uomini mediocri, furono considerati dei fenomeni in mezzo a loro. I sadducei, grati per la loro irreligiosità, divennero i “filosofi” di Gerusalemme; i farisei, grandi ipocriti, ne furono i “dottori”. Questi ultimi, sebbene limitassero la loro conoscenza allo studio della legge, lo facevano con tutto lo sfarzo e l’arroganza tipici dei dogmatici. Osservavano anche con grande cura tutte le pratiche religiose; ma l’Evangelo ci insegna quale fosse lo spirito di questa precisione e come essa dovesse essere applicata. In ogni caso, avevano molto poco sapere e molta vanità; e in questo non differivano affatto dai nostri dottori di oggi.

Nella formulazione della nuova legge, Gesù Cristo non volle affidare la sua dottrina e il suo ministero a degli scienziati. Nella sua scelta seguì quella preferenza che aveva sempre dimostrato per i piccoli e i semplici; e nelle istruzioni che dava ai suoi discepoli, non si trova una parola riguardante lo studio o la scienza, se non per evidenziare il disprezzo che nutriva per tutto ciò.

Dopo la morte di Gesù Cristo, dodici poveri peccatori e artigiani iniziarono a insegnare e convertire il mondo. Il loro metodo era semplice: predicavano senza arte, ma con un cuore pieno di sincera fede; e tra tutti i miracoli con cui Dio onorava la loro devozione, il più straordinario era la santità delle loro vite. I loro discepoli seguirono questo esempio, e il successo fu incredibile. I sacerdoti pagani, allarmati, avvertirono i principi che lo stato stava per essere distrutto, poiché le offerte sacrificali diminuivano sempre di più. Le persecuzioni aumentarono, ma coloro che le infliggevano finirono soltanto per accelerare la diffusione di quella religione che cercavano di soffocare. Tutti i cristiani erano pronti a morire martiri, e tutti i popoli si affrettavano a ricevere il battesimo; la storia di quei primi tempi è davvero un continuo miracolo.

Tuttavia, i sacerdoti degli idoli, non contenti di perseguitare i cristiani, iniziarono anche a diffamarli. I filosofi, che non trovavano soddisfazione in una religione che predicava l’umiltà, si unirono ai loro sacerdoti. È vero che la gente comune diventava cristiana; ma gli intellettuali si prendevano gioco di loro, e si sa con quale disprezzo lo stesso San Paolo fu accolto dagli Ateniesi. Le derisioni e le offese piovevano da tutte le parti su questa nuova setta. Fu necessario impugnare la penna per difendersi. San Giustino, martire[36], fu il primo a scrivere un’apologia della sua fede. A loro volta, i cristiani attaccarono i pagani; attaccarli significava vincerli, e i primi successi incoraggiarono altri scrittori. Sotto pretesto di esporre la turpitudine del paganesimo, si immersero nella mitologia e nell’erudizione[37]; vollero dimostrare di possedere scienza e spirito; i libri iniziarono a diffondersi in gran numero, e le costumi cominciarono ad allentarsi.

Ben presto non si accontentò più della semplicità dell’Evangelo e della fede degli apostoli; fu necessario possedere sempre un’intelligenza superiore a quella dei propri predecessori. Si iniziarono a discutere in modo sofisticato su tutti i dogmi; ognuno voleva difendere la propria opinione, nessuno era disposto a cedere. L’ambizione di diventare capo di una setta divenne sempre più evidente, e le eresie proliferarono ovunque.

L’ira e la violenza non tardarono ad aggiungersi alla disputa. Quei cristiani così gentili, che sapevano soltanto offrire il collo al coltello, divennero tra loro persecutori furiosi, peggiori degli idolatri: tutti si abbandonarono agli stessi eccessi, e la parte della verità non fu difesa con maggiore moderazione di quella dell’errore. Un altro male ancora più pericoloso nacque dalla stessa fonte: l’introduzione dell’antica filosofia nella dottrina cristiana. Studiando troppo i filosofi greci, si credette di trovare in loro dei legami con il cristianesimo; si osò persino pensare che tale religione ne avrebbe tratto maggiore rispettabilità, avvolta nell’autorità della filosofia. Ci fu un tempo in cui per essere ortodossi bisognava essere platonici; e per poco Platonio, e poi Aristotele, non vennero posti sull’altare accanto a Gesù Cristo.

La Chiesa si è opposta più volte a questi abusi.

I suoi più illustri difensori li deploravano spesso con parole piene di forza ed energia; molte volte cercarono di eliminare tutta quella scienza mondana che ne contaminava la purezza. Uno dei papi più celebri arrivò persino a tale eccesso di zelo da affermare che fosse vergognoso sottomettere la parola di Dio alle regole della grammatica.

Ma nonostante gridassero, trascinati dal corso impetuoso dell’acqua, furono costretti ad adeguarsi allo stesso comportamento che condannavano; e la maggior parte di loro pronunciò dichiarazioni contro il progresso delle scienze in modo davvero “sapiente”.

Dopo lunghe agitazioni, le cose finalmente assunsero una forma più stabile. Intorno al decimo secolo, la luce della scienza smise di illuminare il mondo; il clero rimase immerso in un’ignoranza che non intendo giustificare, poiché essa riguardava tanto le cose che doveva conoscere quanto quelle che gli erano inutili; tuttavia, per l’Chiesa ciò significò almeno un po’ di più di tranquillità rispetto a prima.

Dopo il Rinascimento delle lettere, le divisioni non tardarono a riprendere, ancora più terribili di prima. Uomini saggi suscitarono queste controversie, altri le sostentarono; i più capaci si rivelarono sempre i più ostinati. Fu inutile istituire conferenze tra gli studiosi delle varie fazioni: nessuno vi portava il desiderio di riconciliazione, né forse quello della verità; tutti avevano soltanto l’intento di brillare a scapito del proprio avversario. Ognuno voleva vincere, nessuno voleva imparare; il più forte imponeva il silenzio al più debole. Le discussioni finivano sempre con insulti, e la persecuzione ne era sempre il risultato. Solo Dio sa quando termineranno tutti questi mali.

Le scienze sono fiorenti oggi; la letteratura e le arti brillano tra di noi: quale beneficio ne ha tratto la religione? Chiediamolo a quella moltitudine di filosofi che si vantano di non averne alcuno. Le nostre biblioteche sono piene di libri di teologia, e i casuisti sono ovunque. Un tempo avevamo dei santi, ma nessun casuista; ora la scienza si diffonde, mentre la fede svanisce: tutti vogliono insegnare come comportarsi correttamente, ma nessuno vuole impararlo; siamo diventati tutti dottori, e abbiamo smesso di essere cristiani.

Non, ce n’est point avec tant d’art et d’appareil que l’Évangile s’est étendu par tout l’univers, et que sa beauté ravissante a pénétré les cœurs. Ce divin livre, le seul nécessaire à un chrétien, et le plus utile de tous à quiconque même ne le serait pas, n’a besoin que d’être médité pour porter dans l’âme l’amour de son auteur, et la volonté d’accomplir ses préceptes. Jamais la vertu n’a parlé un si doux langage ; jamais la plus profonde sagesse ne s’est exprimée avec tant d’énergie et de simplicité. On n’en quitte point la lecture sans se sentir meilleur qu’auparavant. O vous ! ministres de la loi qui m’y est annoncée, donnez-vous moins de peine pour m’instruire de tant de choses inutiles. Laissez-là tous ces livres savants qui ne savent ni me convaincre ni me toucher. Prosternez-vous aux pieds de ce Dieu de miséricorde que vous vous chargez de me faire connaître et aimer ; demandez-lui pour vous cette humilité profonde que vous devez me prêcher. N’étalez point à mes yeux cette science orgueilleuse ni ce faste indécent qui vous déshonorent et qui me révoltent ; soyez touchés vous-mêmes, si vous voulez que je le sois ; et surtout montrez-moi dans votre conduite la pratique de cette loi dont vous prétendez m’instruire. Vous n’avez pas besoin d’en savoir ni de m’en enseigner davantage, et votre ministère est accompli. Il n’est point en tout cela question de belles-lettres, ni de philosophie. C’est ainsi qu’il convient de suivre et de prêcher l’Évangile, et c’est ainsi que ses premiers défenseurs l’ont fait triompher de toutes les nations, non aristotelico more, disaient les pères de l’Église, sed piscatorio. [38]

Je sens que je deviens long ; mais j’ai cru ne pouvoir me dispenser de m’étendre un peu sur un point de l’importance de celui-ci. De plus, les lecteurs impatients doivent faire réflexion que c’est une chose bien commode que la critique ; car où l’on attaque avec un mot, il faut des pages pour se défendre.

Je passe à la deuxième partie de la réponse, sur laquelle je tacherai d’être plus court, quoique je n’y trouve guère moins d’observations à faire.

Ce n’est pas des sciences, me dit-on, c’est du sein des richesses que sont nés de tout temps la mollesse et le luxe. Je n’avais pas dit non plus que le luxe fût né des sciences, mais qu’ils étaient nés ensemble, et que l’un n’allait guère sans l’autre. Voici comment j’arrangerais cette généalogie. La première source du mal est l’inégalité : de l’inégalité sont venues les richesses ; car ces mots de pauvre et de riche sont relatifs, et partout où les hommes seront égaux il n’y aura ni riches ni pauvres. Des richesses sont nés le luxe et l’oisiveté ; du luxe sont venus les beaux-arts, et de l’oisiveté les sciences. Dans aucun temps les richesses n’ont été l’apanage des savants. C’est en cela même que le mal est plus grand : les riches et les savants ne servent qu’à se corrompre mutuellement. Si les riches étaient plus savants, ou que les savants fussent plus riches, les uns seraient de moins lâches flatteurs, les autres aimeraient moins la basse flatterie, et tous en vaudraient mieux. C’est ce qui peut se voir par le petit nombre de ceux qui ont le bonheur d’être savants et riches tout à la fois. Pour un Platon dans l’opulence, pour un Aristippe accrédité à la cour, combien de philosophes réduits au manteau et à la « besace, enveloppés dans leur propre vertu et ignorés dans leur solitude ! Je ne disconviens pas qu’il n’y ait un grand nombre de philosophes très pauvres, et sûrement très fâchés de l’être : je ne doute pas non plus que ce ne soit à leur seule pauvreté que la plupart d’entre eux doivent leur philosophie ; mais quand je voudrais bien les supposer vertueux, serait-ce sur leurs mœurs, que Le peuple ne voit point, qu’il apprendrait à réformer les siennes ? Les savants n’ont ni le goût ni le loisir d’amasser de grands biens. Je consens à croire qu’ils n’en ont pas le loisir. Ils aiment l’étude. Celui qui n’aimerait pas son métier serait un homme bien fou ou bien misérable. Ils vivent dans la médiocrité. Il faut être extrêmement disposé en leur faveur pour leur en faire un mérite. Une vie laborieuse et modérée, passée dans le silence de la retraite, occupée de la lecture et du travail, n’est pas assurément une vie voluptueuse et criminelle. Non pas du moins aux yeux des hommes : tout dépend de l’intérieur. Un homme peut être contraint à mener une telle vie, et avoir pourtant l’âme très corrompue ; d’ailleurs qu’importe qu’il soit lui-même vertueux et modeste, si les travaux dont il s’occupe nourrissent l’oisiveté et gâtent l’esprit de ses concitoyens ? Les commodités de la vie, pour être souvent le fruit des arts, n’en sont pas davantage le partage des artistes. Il ne me paraît guère qu’ils soient gens à se les refuser, surtout ceux qui, s’occupant d’arts tout-à-fait inutiles et par conséquent très lucratifs, sont plus en état de se procurer tout ce qu’ils désirent. Ils ne travaillent que pour les riches. Au train que prennent les choses, je ne serais pas étonné de voir quelque jour des riches travailler pour eux. Et ce sont les riches oisifs qui profitent et abusent des fruits de leur industrie. Encore une fois, je ne vois point que nos artistes soient des gens si simples et si modestes. Le luxe ne saurait régner dans un ordre de citoyens, qu’il ne se glisse bientôt parmi tous les autres sous différentes modifications, et partout il fait le même ravage.

Le luxe corrompt tout, et le riche qui en jouit, et le misérable qui le convoite. On ne saurait dire que ce soit un mal en soi de porter des manchettes de point, un habit brodé et une boîte émaillée, mais c’en est un très grand de faire quelque cas de ces colifichets, d’estimer heureux le peuple qui les porte, et de consacrer à se mettre en état d’en acquérir de semblables un temps et des soins que tout homme doit à de plus nobles objets. Je n’ai pas besoin d’apprendre quel est le métier de celui qui s’occupe de telles vues, pour savoir le jugement que je dois porter de lui.

J’ai passé le beau portrait qu’on nous fait ici des savants, et je crois pouvoir me faire un mérite de cette complaisance. Mon adversaire est moins indulgent : non seulement il ne m’accorde rien qu’il puisse me refuser, mais, plutôt que de passer condamnation sur le mal que je pense de notre vaine et fausse politesse, il aime mieux excuser l’hypocrisie. Il me demande si je voudrais que le vice se montrât à découvert. Assurément je le voudrais : la confiance et l’estime renaîtraient entre les bons, on apprendrait à se défier des méchants, et la société en serait plus sûre. J’aime mieux que mon ennemi m’attaque à force ouverte, que de venir en trahison me frapper par derrière. Quoi donc ! faudra-t-il joindre le scandale au crime ? je ne sais ; mais je voudrais bien qu’on n’y joignît pas la fourberie. C’est une chose très commode pour les vicieux que toutes les maximes qu’on nous débite depuis longtemps sur le scandale. Si on les voulait suivre à la rigueur, il faudrait se laisser piller, trahir, tuer impunément, et ne jamais punir personne ; car c’est un objet très scandaleux qu’un scélérat sur la roue. Mais l’hypocrisie est un hommage que le vice rend à la vertu. Oui, comme celui des assassins de César, qui se prosternaient à ses pieds pour l’égorger plus sûrement. Cette pensée a beau être brillante, elle a beau être autorisée du nom célèbre de son auteur[39], elle n’en est pas plus juste. Dira-t-on jamais d’un filou qui prend la livrée d’une maison pour faire son coup plus commodément, qu’il rend hommage au maître de la maison qu’il vole ? Non : couvrir sa méchanceté du dangereux manteau de l’hypocrisie, ce n’est point honorer la vertu, c’est l’outrager en profanant ses enseignes ; c’est ajouter la lâcheté et la fourberie à tous les autres vices ; c’est se fermer pour jamais tout retour vers la probité. Il y a des caractères élevés qui portent jusque dans le crime je ne sais quoi de fier et de généreux qui laisse voir au dedans encore quelque étincelle de ce feu céleste fait pour animer les belles âmes. Mais l’âme vile et rampante de l’hypocrite est semblable à un cadavre où l’on ne trouve plus ni feu, ni chaleur, ni ressource à la vie. J’en appelle à l’expérience. On a vu de grands scélérats rentrer en eux-mêmes, achever saintement leur carrière et mourir en prédestinés ; mais ce que personne n’a jamais vu, c’est un hypocrite devenir homme de bien : on aurait pu raisonnablement tenter la conversion de Cartouche, jamais un homme sage n’eût entrepris celle de Cromwell.

No, it was not through such artifice and elaborate methods that the Gospel spread throughout the universe and its captivating beauty penetrated people’s hearts. This divine book, the only one necessary for a Christian and the most useful to anyone, even those who are not Christians, requires merely contemplation in order to implant in the soul the love for its author and the resolve to fulfill its teachings. Never has virtue spoken in such a gentle voice; never has the deepest wisdom been expressed with such energy and simplicity. One cannot read it without feeling better than before. O you, ministers of the law that is proclaimed to me, spare yourself the trouble of teaching me so many things that are useless. Forget all those learned books that neither persuade nor move me. Prostrate yourselves at the feet of this God of mercy, whose knowledge and love you are tasked with imparting to me; ask him to grant you the profound humility that you yourselves should preach to me. Do not present before my eyes that proud knowledge or that indecent display that brings shame upon you and revolts me; be moved yourself, if you wish me to be moved; and above all, show me in your own conduct the practice of that law which you claim to teach me. You need neither to know more about it nor to teach me any more; your ministry is then fulfilled. In all this, there is no place for literature or philosophy. This is how the Gospel should be followed and preached; this is how its earliest defenders brought it to victory over all nations—not in an Aristotelian manner, said the Church fathers, but by means of prayer and faith. [38]

I feel that I am becoming too lengthy; but I believed it necessary to elaborate somewhat on the importance of this point. Moreover, impatient readers should reflect upon how convenient criticism really is—for where one can attack with just a few words, it often takes many pages to defend oneself.

I shall now move on to the second part of my response, where I will try to be more concise, although I still have quite a number of observations to make.

“It is not a matter of science,” people tell me, “but rather of wealth that has always given rise to indulgence and luxury.” I have never claimed that luxury originated from science, but rather that they both emerged together, and that one could hardly exist without the other. Here is how I would arrange this genealogy: The first source of evil is inequality; from inequality came wealth—for these terms “poor” and “rich” are relative, and wherever people are equal, there will be neither rich nor poor. From wealth arose luxury and idleness; from luxury came the fine arts, and from idleness, science. At no time has wealth been the exclusive domain of scholars. It is precisely in this regard that evil is even greater: the rich and the learned only serve to corrupt each other. If the rich were more knowledgeable, or if the learned were richer, the former would be less inclined to flatter servilely, and the latter would disdain base flattery; together, they would be better off. This can be seen from the small number of people who are fortunate enough to be both wealthy and learned. How many philosophers, reduced to a simple cloak and a “bag,” live in solitude, wrapped in their own virtue and unknown to the world! I do not deny that there are many very poor philosophers, and surely they are very unhappy about it; nor do I doubt that it is chiefly their poverty that allows them to pursue philosophy. But even if I were to assume they were virtuous, would people learn to improve their own morals by observing their behavior, which the public cannot see? Scholars have neither the desire nor the leisure to amass great wealth. I am willing to believe they lack the leisure for such things. They love study. He who does not love his profession is either a fool or a wretched man. They live in mediocrity. One must be exceptionally biased in their favor to consider it a virtue. A life of hard work and moderation, spent in solitude and devoted to reading and study, is certainly not one of pleasure or vice—at least not in the eyes of ordinary people; everything depends on one’s inner self. A man may be forced to lead such a life yet have a profoundly corrupt soul; moreover, what does it matter if he himself is virtuous and modest, if the work he engages in fosters idleness and corrupts the minds of his fellow citizens? The comforts of life, though often the result of artistic endeavors, are by no means the exclusive privilege of artists. It seems unlikely that they would refuse such comforts, especially those who engage in utterly useless but highly lucrative arts and thus have the means to obtain whatever they desire. They work solely for the rich. Given the current trends, I would not be surprised if one day the rich were forced to work for them. It is the idle rich who profit from and abuse the fruits of their industry. Once again, I see no reason to believe that our artists are such simple and modest people. Luxury cannot prevail in a society of citizens; it will soon take on various forms and spread everywhere, causing the same kind of devastation.

Luxury corrupts everything—both the rich who enjoy it and the poor who desire it. One might not consider wearing fine cuffs, a embroidered dress, or an enameled box to be a bad thing in itself, but it is certainly very wrong to place such trivial possessions at such importance, to regard those who possess them as fortunate, and to devote time and effort toward acquiring them when these should be spent on more noble pursuits. I need no knowledge of the occupation of those who engage in such pursuits to form my opinion about them.

I have passed over the flattering portrait of scholars that is painted here for us, and I believe I can claim some merit in resisting such complacency. My opponent is less indulgent: not only does he grant me everything that he could possibly refuse me, but rather than condemning the evil I hold our vain and false politeness to be, he prefers to excuse hypocrisy. He asks me whether I would wish for vice to be revealed in all its nakedness. Certainly I would; confidence and respect would be restored among the good, people would learn to beware of the wicked, and society would be safer as a result. I would rather that my enemy attack me openly and boldly than that he betray me from behind. But indeed—must scandal be added to crime? I do not know; but I certainly wish that cunning were not added to it. It is very convenient for villains that all the maxims about scandal that have been preached to us for so long. If we were to follow them strictly, we would have to allow ourselves to be robbed, betrayed, killed without punishment, and never punish anyone at all; after all, it is a highly scandalous thing for a scoundrel to be on the gallows. But hypocrisy is nothing but vice paying homage to virtue—just like the assassins of Caesar, who prostrated themselves at his feet in order to kill him more securely. This idea may be brilliant, and it may be authorized by the famous name of its author[39], but that does not make it any more just. Would anyone ever say that a thief who dons the livery of a household in order to commit his crime more easily is paying homage to the master of that household? No: covering one’s malice with the dangerous cloak of hypocrisy is not an honor to virtue; it is an insult to it, a profanation of its teachings; it is adding cowardice and cunning to all other vices; it is closing off any possibility of returning to integrity. There are noble characters who, even in crime, possess something proud and generous that still reveals a flicker of that celestial fire meant to inspire noble souls. But the vile and creeping soul of an hypocrite is like a corpse from which no fire, heat, or trace of life remains. I call upon experience to bear witness to this. We have seen great scoundrels turn over a new leaf, lead a pious life, and die as destined souls; but what no one has ever seen is an hypocrite become a good person—perhaps one could reasonably attempt to convert Cartouche, but surely no wise man would ever try to convert Cromwell.

No, non è certo con tanta arte e apparato che l’Evangelo si è diffuso in tutto l’universo e la sua bellezza incantevole ha penetrato nei cuori delle persone. Questo libro divino, l’unico necessario per un cristiano e il più utile per chiunque, anche se non fosse cristiano, richiede soltanto di essere meditato affinché porti nell’anima l’amore del suo autore e la volontà di attuare i suoi insegnamenti. Mai la virtù ha parlato un linguaggio così dolce; mai la saggezza più profonda si è espressa con tanta energia e semplicità. Chi lo legge non può fare a meno di sentirsi migliore di prima. Oh voi, ministri della legge che mi viene annunciata, perché vi date tanto da fare per insegnarmi cose inutili? Lasciate perdere tutti quei libri eruditi che né possono convincermi né commuovermi. Prosternatevi ai piedi di questo Dio di misericordia che avete il compito di farmi conoscere e amare; chiedetegli quella profonda umiltà che dovreste predicarmi voi stessi. Non mostratemi mai quella scienza orgogliosa né quel fasto indecente che vi disonora e che mi offende; siate voi stessi commossi, se volete che lo sia anch’io; e soprattutto dimostratemi nella vostra condotta la pratica di quella legge di cui pretendete di insegnarmi. Non avete bisogno di saperne o di insegnarmene di più: il vostro ministero è già compiuto. In tutto ciò non c’entra né letteratura né filosofia. È così che si deve seguire e predicare l’Evangelo; ed è così che i suoi primi difensori lo hanno fatto trionfare su tutte le nazioni, “non secondo il metodo di Aristotele”, dicevano i padri della Chiesa, “ma con mezzi più semplici e efficaci”. [38]

Sento di diventare troppo lungo nel mio discorso; tuttavia ho ritenuto necessario soffermarmi un po’ su un argomento di tale importanza. Inoltre, i lettori impazienti dovrebbero riflettere sul fatto che la critica rappresenta davvero uno strumento molto comodo: quando si attacca con una sola parola, infatti, servono molte pagine per difendersi.

Passo ora alla seconda parte della risposta; cercherò di essere più conciso, anche se non ho certo meno osservazioni da fare.

Mi si dice che queste non siano scienze, ma che sia proprio dal lusso e dalla ricchezza che siano sempre nati la mollezza e il vizio. Non ho mai detto che il lusso derivi dalle scienze, ma che entrambi siano nati insieme, e che uno non possa esistere senza l’altro. Ecco come concepisco questa “genealogia”: la prima fonte del male è l’ineguaglianza: dall’ineguaglianza sono derivate le ricchezze; infatti i termini “povero” e “ricco” sono relativi, e dove gli uomini saranno uguali non ci saranno né ricchi né poveri. Dalle ricchezze sono nati il lusso e l’ozio; dal lusso sono sorti le belle arti, e dall’ozio le scienze. In nessun periodo della storia le ricchezze sono state appannaggio esclusivo degli studiosi. Ed è proprio in questo che il male diventa più grave: ricchi e studiosi servono soltanto a corrompersi a vicenda. Se i ricchi fossero più saggi, o gli studiosi più ricchi, alcuni sarebbero meno disposti a compiacere con lusinghe vili, altri meno inclini ad amare tali lusinghe; e tutti ne trarrebbero beneficio. Ciò si può vedere dal numero esiguo di persone che hanno la fortuna di essere allo stesso tempo ricche e sagge. Quanti filosofi, ridotti a indossare un semplice mantello e a vivere in povertà, dedicano la loro vita alla virtù e all’isolamento. Non nego che esistano molti filosofi molto poveri, e sicuramente molto infelici per questo motivo; non dubito nemmeno che sia proprio la loro povertà a permettere loro di praticare la filosofia; ma anche ammettendo che siano virtuosi, da quali loro comportamenti il popolo potrebbe trarre esempio per migliorare i propri? Gli studiosi non hanno né il desiderio né il tempo di accumulare grandi ricchezze. Ammetto che probabilmente non ne abbiano nemmeno l’opportunità. Amano lo studio; chi non amasse il proprio lavoro sarebbe certamente un uomo folle o miserabile. Vivono nella mediocrità. Bisogna essere davvero inclini a loro favore per considerare questa una virtù. Una vita laboriosa e modesta, trascorsa nel silenzio della solitudine, dedicata alla lettura e al lavoro, non è certo una vita di piaceri e vizi. Almeno non agli occhi degli uomini; tutto dipende dall’interno dell’anima. Un uomo può essere costretto a vivere in questo modo eppure avere un’anima molto corrotta; inoltre, che importanza ha se lui stesso è virtuoso e modesto, se i lavori che svolge alimentano l’ozio e corrompono lo spirito dei suoi concittadini? Le comodità della vita, pur essendo spesso il frutto delle arti, non sono certo a disposizione degli artisti. Non mi sembra affatto che siano persone disposte a rinunciarvi, soprattutto coloro che si dedicano ad arti del tutto inutili ma quindi molto redditizie. Lavorano soltanto per i ricchi. Con il corso delle cose, non mi sorprenderebbe se un giorno i ricchi dovessero lavorare per loro. Sono proprio i ricchi oziosi a trarre profitto e abusare dei frutti del loro lavoro. Ancora una volta, non vedo alcun motivo per ritenere che i nostri artisti siano persone così semplici e modeste. Il lusso, in un contesto di cittadini ordinati, non potrebbe mai regnare senza diffondersi rapidamente tra tutti gli altri sotto varie forme; ovunque vada, causa lo stesso danno.

Il lusso corrompe tutto: sia il ricco che ne gode, sia il povero che lo desidera ardentemente. Non si potrebbe dire che indossare maniche a volantini, un abito ricamato o una scatola smaltata sia di per sé un male, ma è certamente un grande errore dare troppa importanza a tali frivolezze, considerare fortunati coloro che le possiedono, e dedicare tempo ed energie ad acquistarle, quando invece ogni uomo dovrebbe dedicarli a oggetti di maggior valore. Non ho bisogno di conoscere la professione di chi si occupa di simili cose per capire quale giudizio debba portare su di lui.

Ho esaminato attentamente quel bel ritratto che ci viene fatto qui dei saggi e credo di potermi considerare meritevole di questa indulgenza da parte loro. Il mio avversario, invece, non è altrettanto tollerante: non solo non mi concede nulla di ciò che potrebbe rifiutarmi, ma preferisce scusare l’ipocrisia piuttosto che condannare il male che penso riguardo alla nostra vanità e falsa cortesia. Mi chiede se vorrei che i vizi venissero esposti apertamente. Certo che lo vorrei: la fiducia e il rispetto rinascerebbero tra le persone oneste, impareremmo a diffidare dei malvagi e la società ne trarrebbe maggior sicurezza. Preferisco che il mio nemico mi attacchi apertamente, piuttosto che tradirmi alle mie spalle. Ma allora, dobbiamo forse aggiungere lo scandalo al crimine? Non lo so; ma vorrei davvero che non vi si aggiungesse anche la frode. Per i malvagi è molto comodo tutto ciò che da tempo ci viene insegnato riguardo allo scandalo. Se lo seguiamo alla lettera, dovremmo permettere che ci derubino, ci tradiscano, ci uccidano impunemente, e mai punire nessuno, perché vedere un furfante sulla ruota della giustizia è davvero uno spettacolo scandaloso. Ma l’ipocrisia è in realtà un omaggio che il vizio rende alla virtù. Sì, proprio come gli assassini di Cesare, che si prostravano ai suoi piedi per poterlo uccidere più facilmente. Questo pensiero può anche essere brillante, e può essere giustificato dal nome famoso del suo autore, ma non è certo più giusto per questo. Si potrà mai dire di un truffatore che indossa l’uniforme di una casa per compiere i suoi crimini che stia rendendo omaggio al proprietario di quella casa? No. Nascondere la propria malvagità sotto il pericoloso manto dell’ipocrisia non significa onorare la virtù, significa insultarla, profanandone i simboli, significa aggiungere codardia e frode a tutti gli altri vizi, significa chiudersi per sempre ogni possibilità di tornare alla rettitudine. Ci sono caratteri nobili che, anche nel crimine, conservano qualcosa di fiero e generoso, qualcosa che lascia intravedere, dentro di loro, ancora un barlume di quel fuoco celeste destinato ad animare le anime belle. Ma l’anima vile e meschina dell’ipocrita è simile a un cadavere in cui non c’è più né fuoco, né calore, né alcuna traccia di vita. Chiamo in giudizio l’esperienza. Si sono visti grandi malvagi tornare in sé stessi, concludere la loro vita in modo “santo” e morire come persone predestinate al bene. Ma ciò che nessuno ha mai visto è un ipocrita diventare una persona onesta. Si potrebbe forse tentare di convertire Cartouche, ma nessun uomo saggio avrebbe mai provato a convertire Cromwell.

J’ai attribué au rétablissement des lettres et des arts l’élégance et la politesse qui règnent dans nos manières. L’auteur de la réponse me le dispute, et j’en suis étonné ; car, puisqu’il fait tant de cas de la politesse, et qu’il fait tant de cas des sciences, je n’aperçois pas l’avantage qui lui reviendra d’ôter à l’une de ces choses l’honneur d’avoir produit l’autre. Mais examinons ses preuves : elles se réduisent à ceci : On ne voit point que les savants soient plus polis que les autres hommes ; au contraire, ils le sont souvent beaucoup moins : donc notre politesse n’est pas l’ouvrage des sciences.

Je remarquerai d’abord qu’il s’agit moins ici de sciences que de littérature, de beaux-arts et d’ouvrages de goût ; et nos beaux esprits, aussi peu savants qu’on voudra, mais si polis, si répandus, si brillants, si petits-maîtres, se reconnaîtront difficilement à l’air maussade et pédantesque que l’auteur de la réponse leur veut donner. Mais passons-lui cet antécédent ; accordons, s’il le faut, que les savants, les poètes et les beaux esprits, sont tous également ridicules ; que messieurs de l’académie des belles-lettres, messieurs de l’académie des sciences, messieurs de l’académie française, sont des gens grossiers, qui ne connaissent ni le ton, ni les usages du monde, et exclus par état de la bonne compagnie ; l’auteur gagnera peu de chose à cela, et n’en sera pas plus en droit de nier que la politesse et l’urbanité qui règnent parmi nous soient l’effet du bon goût, puisé d’abord chez les anciens, et répandu parmi les peuples de l’Europe par les livres agréables qu’on y publie de toutes parts[40]. Comme les meilleurs maîtres à danser ne sont pas toujours les gens qui se présentent le mieux, on peut donner de très bonnes leçons de politesse sans vouloir ou pouvoir être fort poli soi-même. Ces pesants commentateurs, qu’on nous dit qui connaissaient tout dans les anciens hors la grâce et la finesse, n’ont pas laissé, par leurs ouvrages utiles, quoique méprisés, de nous apprendre à sentir ces beautés qu’ils ne sentaient point. Il en est de même de cet agrément du commerce et de cette élégance de mœurs qu’on substitue à leur pureté, et qui s’est fait remarquer chez tous les peuples où les lettres ont été en honneur ; à Athènes, à Rome, à la Chine, partout on a vu la politesse et du langage et des manières accompagner toujours, non les savants et les artistes, mais les sciences et les beaux-arts.

L’auteur attaque ensuite les louanges que j’ai données à l’ignorance ; et, me taxant d’avoir parlé plus en orateur qu’en philosophe, il peint l’ignorance à son tour ; et l’on peut bien se douter qu’il ne lui prête pas de belles couleurs.

Je ne nie point qu’il ait raison, mais je ne crois pas avoir tort. Il ne faut qu’une distinction très juste et très vraie pour nous concilier.

Il y a une ignorance féroce[41] et brutale qui naît d’un mauvais cœur et d’un esprit faux ; une ignorance criminelle qui s’étend jusqu’aux devoirs de l’humanité, qui multiplie les vices, qui dégrade la raison, avilit l’âme et rend les hommes semblables aux bêtes ; cette ignorance est celle que l’auteur attaque, et dont il fait un portrait fort odieux et fort ressemblant. Il y a une autre sorte d’ignorance raisonnable qui consiste à borner sa curiosité à l’étendue des facultés qu’on a reçues ; une ignorance modeste, qui naît d’un vif amour pour la vertu et n’inspire qu’indifférence sur toutes les choses qui ne sont point dignes de remplir le cœur de l’homme, et qui ne contribuent point à le rendre meilleur ; une douce et précieuse ignorance, trésor d’une âme pure et contente de soi, qui met toute sa félicité à se replier sur elle-même, à se rendre témoignage de son innocence, et n’a pas besoin de chercher un faux et vain bonheur dans l’opinion que les autres pourraient avoir de ses lumières : voilà l’ignorance que j’ai louée, et celle que je demande au ciel en punition du scandale que j’ai causé aux doctes par mon mépris déclaré pour les sciences humaines.

Que l’on compare, dit l’auteur, à ces temps d’ignorance et de barbarie ces siècles heureux où les sciences ont répandu partout l’esprit d’ordre et de justice. Ces siècles heureux seront difficiles à trouver ; mais on en trouvera plus aisément où, grâce aux sciences, ordre et justice ne seront plus que de vains noms faits pour en imposer au peuple, et où l’apparence en aura été conservée avec soin pour les détruire en effet plus impunément. On voit de nos jours des guerres moins fréquentes, mais plus justes. En quelque temps que ce soit, comment la guerre pourra-t-elle être plus juste dans l’un des partis sans être plus injuste dans l’autre ? Je ne saurais concevoir cela. Des actions moins étonnantes, mais plus héroïques. Personne assurément ne disputera à mon adversaire le droit de juger de l’héroïsme ; mais pense-t-il que ce qui n’est point étonnant pour lui ne le soit pas pour nous ? Des victoires moins sanglantes, mais plus glorieuses ; des conquêtes moins rapides, mais plus assurées ; des guerriers moins violents, mais plus redoutés, sachant vaincre avec modération, traitant les vaincus avec humanité ; l’honneur est leur guide, la gloire leur récompense. Je ne nie pas à l’auteur qu’il n’y ait de grands hommes parmi nous, il lui serait trop aisé d’en fournir la preuve ; ce qui n’empêche point que les peuples ne soient très corrompus. Au reste, ces choses sont si vagues qu’on pourrait presque les dire de tous les âges ; et il est impossible d’y répondre, parce qu’il faudrait feuilleter des bibliothèques et faire des in-folio pour établir des preuves pour ou contre.

Quand Socrate a maltraité les sciences, il n’a pu, ce me semble, avoir en vue ni l’orgueil des stoïciens, ni la mollesse des épicuriens, ni l’absurde jargon des pyrrhoniens, parce qu’aucun de tous ces gens-là n’existait de son temps. Mais ce léger anachronisme n’est point messéant à mon adversaire : il a mieux employé sa vie qu’à vérifier des dates, et n’est pas plus obligé de savoir par cœur son Diogène Laërce que moi d’avoir vu de près ce qui se passe dans les combats.

Je conviens donc que Socrate n’a songé qu’à relever les vices des philosophes de son temps ; mais je ne sais qu’en conclure, sinon que dès ce temps-là les vices pullulaient avec les philosophes. À cela on me répond que c’est l’abus de la philosophie, et je ne pense pas avoir dit le contraire. Quoi ! faut-il donc supprimer toutes les choses dont on abuse ? Oui, sans doute, répondrai-je sans balancer, toutes celles qui sont inutiles, toutes celles dont l’abus fait plus de mal que leur usage ne fait de bien.

Arrêtons-nous un instant sur cette dernière conséquence, et gardons-nous d’en conclure qu’il faille aujourd’hui brûler toutes les bibliothèques et détruire les universités et les académies. Nous ne ferions que replonger l’Europe dans la barbarie, et les mœurs n’y gagneraient rien[42]. C’est avec douleur que je vais prononcer une grande et fatale vérité. Il n’y a qu’un pas du savoir à l’ignorance ; et l’alternative de l’un à l’autre est fréquente chez les nations ; mais on n’a jamais vu de peuple une fois corrompu revenir à la vertu. En vain vous prétendriez détruire les sources du mal ; en vain vous ôteriez les aliments de la vanité, de l’oisiveté et du luxe ; en vain même vous ramèneriez les hommes à cette première égalité conservatrice de l’innocence et source de toute vertu : leurs coeurs une fois gâtés le seront toujours ; il n’y a plus de remède, à moins de quelque grande révolution presque aussi à craindre que le mal qu’elle pourrait guérir, et qu’il est blâmable de désirer et impossible de prévoir.

Laissons donc les sciences et les arts adoucir, en quelque sorte, la férocité des hommes qu’ils ont corrompus ; cherchons à faire une diversion sage, et tâchons de donner le change à leurs passions. Offrons quelques aliments à ces tigres, afin qu’ils ne dévorent pas nos enfants. Les lumières du méchant sont encore moins à craindre que sa brutale stupidité : elles le rendent au moins plus circonspect sur le mal qu’il pourrait faire par la connaissance de celui qu’il en recevrait lui-même.

J’ai loué les académies et leurs illustres fondateurs, et j’en répéterai volontiers l’éloge. Quand le mal est incurable, le médecin applique des palliatifs, et proportionne les remèdes moins aux besoins qu’au tempérament du malade. C’est aux sages législateurs d’imiter sa prudence, et, ne pouvant plus approprier aux peuples malades la plus excellente police, de leur donner du moins, comme Solon, la meilleure qu’ils puissent comporter.

I have attributed the elegance and courtesy that characterize our manners to the revival of the arts and letters. The author of the reply disputes this claim, and I am surprised by it; for since he attaches such importance to courtesy as well as to the sciences, I fail to see any advantage that would result for him from denying one of these fields the honor of having given rise to the other. But let us examine his arguments: they boil down to this: One does not observe that scholars are any more polite than other people; on the contrary, they are often much less so; therefore, our courtesy is not the product of the sciences.

I would first observe that what is at issue here is less about science than about literature, the arts of beauty, and works of taste. Our men of letters, however unlearned they may be, are so polished, well-connected, brilliant, and full of themselves that they will hardly recognize themselves in the gloomy and pedantic tone adopted by the author of this response. But let us set this aside for now; let us concede, if necessary, that scholars, poets, and men of letters are all equally ridiculous; that the members of the Academies of Literature, Science, and French Language are coarse people who know nothing of the proper tone or manners of society and are excluded from good company by their very status. The author gains little by this admission, and it does not give him any more right to deny that the politeness and courtesy prevalent among us are the result of good taste—taste that was first cultivated in the ancients and later spread throughout Europe through the many delightful books published there[40]. Just as the best dancers are not always those who appear most graceful, one can impart excellent lessons in manners without oneself being particularly polite. Those ponderous commentators, who claim to have understood everything about the ancients except for matters of grace and refinement, have not, through their useful but despised works, managed to teach us how to appreciate these beauties that they themselves failed to perceive. The same is true of that charm in social interaction and that elegance in behavior that people often confuse with purity; such qualities have been observed in all nations where literature has been valued—in Athens, Rome, China, everywhere. In every place, politeness in speech and manners has always accompanied not scholars or artists, but sciences and the arts.

The author then attacks the praise I have given to ignorance; and, accusing me of speaking more as an orator than as a philosopher, he in turn portrays ignorance himself; and it is hardly surprising that he does not paint it in a very favorable light.

I do not deny that he is right, but I also believe that I am not wrong. All that is needed is a very precise and accurate distinction in order to reconcile our views.

There is a fierce and brutal ignorance that arises from a wicked heart and a false spirit; a criminal ignorance that extends to the very duties of humanity, that multiplies vices, debases reason, enslaves the soul, and reduces men to the state of beasts. It is this kind of ignorance that the author attacks, portraying it in an extremely odious and vivid manner. There is also another kind of reasonable ignorance—one that confines one’s curiosity within the limits of the faculties one has been given; a modest ignorance born of a deep love for virtue, which inspires indifference toward all things that are not worthy of filling a man’s heart or contributing to his improvement. Such is a gentle and precious ignorance—the treasure of a pure and self-contented soul, which finds its entire happiness in turning within itself and affirming its own innocence, without needing to seek false and vain happiness in what others might think of one’s knowledge. This is the kind of ignorance that I have praised—and it is also the kind that I pray for from heaven as punishment for the scandal I have caused among the learned by my open contempt for the humanities.

“Compare these happy centuries,” says the author, “with those times of ignorance and barbarity when science spread everywhere the spirit of order and justice. Such happy centuries are hard to find; but they can be found more easily in those societies where, thanks to science, order and justice have become mere empty names used to deceive the people, while their outward appearance is carefully preserved in order to destroy them more mercilessly. Today we see wars that are less frequent but more just. In any case, how could a war on one side be more just without being more unjust on the other? I cannot conceive of such a thing. There are actions that are less astonishing but more heroic. Surely no one will deny my opponent the right to judge what is heroic; but does he really think that what is not astonishing to him is also not astonishing to us? There are victories that are less bloody but more glorious; conquests that are less rapid but more certain; warriors who are less violent but more feared, who know how to win with moderation and treat their enemies with humanity. Honor guides them, and glory rewards them. I do not deny the author that there are great men among us; it would be too easy for him to provide evidence of this. But that does not mean that peoples are not greatly corrupt. After all, these notions are so vague that they could almost apply to any era; and it is impossible to respond to them, because one would need to consult entire libraries and conduct extensive research to provide proof either in favor or against them.”

When Socrates criticized the sciences, he could not have had in mind either the pride of the Stoics, nor the indulgence of the Epicureans, nor the absurd jargon of the Pyrrhonians, for none of these people existed in his time. But this slight anachronism is not detrimental to my opponent: he has spent his life more usefully than verifying dates, and he is no more obliged to memorize Diogenes Laërtius by heart than I am obliged to have witnessed firsthand what happens in battles.

I therefore admit that Socrates merely aimed to expose the vices of the philosophers of his time; but what else can I conclude from this, but that such vices were already rampant among those philosophers? Some might argue that it is the abuse of philosophy itself that leads to these problems, and I certainly do not deny that. But must we then eliminate everything that is subject to abuse? Yes, without a doubt, I would say—everything that is useless, everything whose misuse causes more harm than benefit.

Let us pause for a moment to consider this final consequence, and let us be careful not to conclude from it that we should burn all libraries today and destroy universities and academies. Such actions would only plunge Europe back into barbarity, and society’s morals would suffer no improvement as a result[42]. It is with regret that I must utter this grave and fateful truth: there is but a single step between knowledge and ignorance; and this alternative often arises among nations. Yet, not once has it been seen for any people who have once fallen into corruption to return to virtue. In vain would you attempt to destroy the sources of evil; in vain would you remove the causes of vanity, idleness, and luxury; and even in vain would you try to restore people to that original state of equality that preserves innocence and is the source of all virtue. Once their hearts have been corrupted, they will remain so forever; there is no remedy left, unless some great revolution occurs—one almost as frightening as the evil it might cure—and such a revolution is both condemnable to desire and impossible to predict.

Let us therefore allow science and the arts to soften, in some way, the ferocity of mankind which they have corrupted; let us seek to create a wise diversion and try to divert their passions. Provide these “tigers” with some sustenance so that they do not devour our children. The “light” of the wicked is even less to be feared than his brutal stupidity: at least it makes him more cautious about the harm he might inflict upon others, thanks to his understanding of the suffering he himself would endure if he acted otherwise.

I have praised these academies and their illustrious founders, and I would gladly repeat my praise for them. When a disease is incurable, a doctor employs palliatives and determines the remedies not so much according to the patient’s needs as to their temperament. It is the duty of wise legislators to emulate such prudence; and since it is no longer possible to provide sick peoples with the finest systems of governance, at least we should offer them, as Solon did, the best system that is feasible for them.

Ho attribuito al ripristino delle lettere e delle arti l’eleganza e la cortesia che caratterizzano i nostri modi. L’autore della risposta mi contraddice, e ne sono sorpreso; poiché dà tanta importanza alla cortesia e alle scienze, non vedo quale vantaggio possa derivargli dal privare l’una o l’altra di onore per aver prodotto l’altra. Ma esaminiamo le sue argomentazioni: si riducono a questo: non si osserva affatto che gli scienziati siano più cortesi degli altri uomini; anzi, spesso lo sono molto meno; quindi la nostra cortesia non è certo il frutto delle scienze.

Noterò innanzitutto che qui si tratta meno di scienze che di letteratura, di belle arti e di opere di gusto; i nostri intellettuali, per quanto poco sapienti possano essere, ma così raffinati, diffusi, brillanti e presuntuosi, difficilmente si riconosceranno nell’aspetto cupo e pedantesco che l’autore della risposta vuole dare di loro. Ma lasciamo perdere questo aspetto; ammettiamo pure, se necessario, che scienziati, poeti e intellettuali siano tutti ugualmente ridicoli; che i signori dell’Accademia delle Belle Arti, dell’Accademia delle Scienze e dell’Accademia Francese siano persone volgari, che non conoscono né il tono né le usanze del mondo, ed escluse per condizione dalla buona società. L’autore non guadagnerà molto in questo, e non avrà certo più ragione di negare che la cortesia e l’urbanità che regnano tra noi siano il risultato di un buon gusto, tratto innanzitutto dagli antichi e diffuso tra i popoli d’Europa attraverso i libri piacevoli pubblicati ovunque[40]. Poiché i migliori maestri di danza non sono sempre le persone che si presentano meglio, si possono dare ottimi insegnamenti sulla cortesia senza voler o poter essere oneself molto cortesi. Quei noiosi commentatori, di cui ci dicono che conoscevano tutto sugli antichi tranne la grazia e la raffinatezza, non ci hanno certo insegnato, attraverso i loro opere utili ma disprezzate, a percepire quelle bellezze che loro stessi non percepivano. Lo stesso vale per quell’agio nel comportamento sociale e quella eleganza nei modi di vivere che vengono considerati sostituti della loro purezza; in tutti i popoli dove le lettere sono state apprezzate, si è sempre notato che la cortesia, il linguaggio e i modi di comportarsi accompagnavano non gli scienziati e gli artisti, ma le scienze e le belle arti.

L’autore attacca poi le lodi che ho rivolto all’ignoranza; e, accusandomi di aver parlato più da oratore che da filosofo, descrive a sua volta l’ignoranza. E si può ben dubitare che non le attribuisca colori molto positivi.

Non nego che abbia ragione, ma non credo di avere torto. È necessaria soltanto una distinzione molto precisa e veritiera per poterci accordare.

Esiste un’ignoranza feroce e brutale che nasce da un cuore malvagio e da uno spirito falsario; un’ignoranza criminale che si estende fino ai doveri dell’umanità, che moltiplica i vizi, che degrada la ragione, avvilisce l’anima e rende gli uomini simili alle bestie; questa è l’ignoranza che l’autore attacca e di cui traccia un ritratto estremamente odioso e realistico. Esiste poi un altro tipo di ignoranza, “ragionevole”, che consiste nel limitare la propria curiosità all’ambito delle facoltà che ci sono state donate; un’ignoranza modesta, nata da un profondo amore per la virtù e che ispira indifferenza verso tutte le cose che non sono degne di riempire il cuore dell’uomo o di renderlo migliore; un’ignoranza dolce e preziosa, tesoro di un’anima pura e soddisfatta di sé stessa, che trova tutta la sua felicità nel rifugiarsi in se stessa, nel dimostrare la propria innocenza e che non ha bisogno di cercare una felicità falsa e vana nell’opinione che gli altri possano avere delle proprie “conoscenze”: questa è l’ignoranza che ho lodato e che chiedo al cielo in punizione dello scandalo che ho causato ai dotti con il mio aperto disprezzo per le scienze umane.

“Paragoniamoci,” dice l’autore, “a quei tempi di ignoranza e barbarie con questi secoli felici in cui le scienze hanno diffuso ovunque lo spirito di ordine e giustizia. Questi secoli felici saranno difficili da trovare; ma si troveranno più facilmente là dove, grazie alle scienze, ordine e giustizia non sono altro che nomi vuoti utilizzati per imporli al popolo, e dove tale apparenza è stata attentamente conservata soltanto per distruggerli in modo ancora più impunito. Oggi vediamo guerre meno frequenti, ma più giuste: in qualsiasi momento, come potrebbe una guerra essere più giusta da un lato senza essere più ingiusta dall’altro? Non riesco a concepirlo. Azioni meno straordinarie, ma più eroiche. Nessuno certamente negherà al mio avversario il diritto di giudicare dell’eroismo; ma pensa davvero che ciò che non è straordinario per lui lo sia per noi? Vittorie meno sanguinose, ma più gloriose; conquiste meno rapide, ma più sicure; guerrieri meno violenti, ma più temuti, capaci di vincere con moderazione e di trattare i vinti con umanità. L’onore è il loro guidatore, la gloria la loro ricompensa. Non nego all’autore che tra di noi ci siano grandi uomini; gli sarebbe troppo facile fornire prove a sostegno di questa affermazione. Ma questo non impedisce affatto ai popoli di essere profondamente corrotti. Del resto, queste cose sono così vaghe che si potrebbero quasi applicare a tutti i tempi. E è impossibile rispondere a tali domande, perché ci vorrebbero intere biblioteche e lunghi studi per fornire prove a favore o contro.”

Quando Socrate ha criticato le scienze, non può certo aver avuto in mente né l’orgoglio degli stoici, né la mollezza degli epicurei, né il gergo assurdo dei pirroniani, poiché nessuno di questi personaggi esisteva al suo tempo. Ma questo lieve anacronismo non è affatto offensivo nei confronti del mio avversario: ha trascorso la sua vita in modo molto più utile che verificando date storiche, e non è certo obbligato a conoscere a memoria le opere di Diogene Laerzio, proprio come io non sono obbligato ad aver visto di persona ciò che accade nei combattimenti.

Concordo quindi sul fatto che Socrate abbia voluto soltanto evidenziare i vizi dei filosofi del suo tempo; ma non so a cosa altro concludere se non che, già allora, quei vizi erano diffusi insieme ai filosofi stessi. A questo mi si risponde che si tratti dell’abuso della filosofia. E non credo di aver detto il contrario. Ma dunque, bisogna eliminare tutte le cose di cui si abusa? Sì, senza dubbio, risponderei senza esitazione: tutte quelle cose inutili, tutte quelle per le quali l’abuso arreca più danni che i loro benefici.

Fermiamoci un attimo su questa ultima conseguenza, e evitiamo di concludere che oggi sia necessario bruciare tutte le biblioteche e distruggere le università e le accademie. Faremmo solo ricadere l’Europa nella barbarie, e i costumi non ne trarrebbero alcun beneficio[42]. Con dolore devo pronunciare una verità grande e fatale: c’è soltanto un passo tra la conoscenza e l’ignoranza; e questa alternativa è frequente tra le nazioni; ma non si è mai visto un popolo, una volta corrotto, tornare alla virtù. Inutile sarebbe cercare di distruggere le fonti del male; inutile sarebbe eliminare i motivi della vanità, dell’ozio e del lusso; persino inutile sarebbe riportare gli uomini a quella condizione originale di uguaglianza che preserva l’innocenza e rappresenta la fonte di ogni virtù: i loro cuori, una volta corrotti, rimarranno sempre tali; non esiste più rimedio, a meno di una grande rivoluzione, quasi altrettanto temibile del male che potrebbe guarire, e che è vergognoso desiderare ma impossibile prevedere.

Lasciamo quindi che le scienze e le arti attenuino, in qualche modo, la ferocia degli uomini che hanno corrotto; cerchiamo di creare una saggia distrazione e proviamo a deviare le loro passioni. Offriamo “cibo” a questi “tigri”, affinché non divorino i nostri bambini. Le “luci” del malvagio sono ancora meno temibili della sua brutale stupidità: almeno lo rendono più cauto riguardo al male che potrebbe causare, grazie alla conoscenza di quello che ne trarrebbe lui stesso.

Ho lodato le accademie e i loro illustri fondatori, e non esiterò a ripetere questi elogi. Quando il male è incurabile, il medico applica dei rimedi palliativi, e dosa tali rimedi meno in base ai bisogni del paziente che in base al suo temperamento. È compito dei saggi legislatori imitare questa prudenza; e poiché non è più possibile fornire ai popoli malati il sistema di governo più eccellente, è almeno necessario offrir loro, come fece Solone, quello migliore che sia possibile adattare alle loro condizioni.

Il y a en Europe un grand prince, et, ce qui est bien plus, un vertueux citoyen qui, dans la patrie qu’il a adoptée et qu’il rend heureuse, vient de former plusieurs institutions en faveur des lettres[43]. Il a fait en cela une chose très digne de sa sagesse et de sa vertu. Quand il est question d’établissements politiques, c’est le temps et le lieu qui décident de tout. Il faut, pour leurs propres intérêts, que les princes favorisent toujours les sciences et les arts ; j’en ai dit la raison : et, dans l’état présent des choses, il faut encore qu’ils les favorisent aujourd’hui pour l’intérêt même des peuples. S’il y avait actuellement parmi nous quelque monarque assez borné pour penser et agir différemment, ses sujets resteraient pauvres et ignorants, et n’en seraient pas moins vicieux. Mon adversaire a négligé de tirer avantage d’un exemple si frappant et si favorable en apparence à sa cause ; peut-être est-il le seul qui l’ignore ou qui n’y ait pas songé. Qu’il souffre donc qu’on le lui rappelle ; qu’il ne refuse point à de grandes choses les éloges qui leur sont dus ; qu’il les admire ainsi que nous, et ne s’en tienne pas plus fort contre les vérités qu’il attaque.

FIN de la RÉPONSE DE J.J. ROUSSEAU AU ROI DE POLOGNE

Table des matières du titre

Liste des œuvres philosophiques et politiques

Liste générale des titres

In Europe, there is a great prince—and, what is even more noteworthy, a virtuous citizen who, in the country he has adopted and made happy, has recently established several institutions in support of literature[43]. He has done this in a manner truly worthy of his wisdom and virtue. When it comes to political institutions, time and place determine everything. For their own interests, princes should always promote science and the arts; I have already explained why this is so. And, given the current circumstances, they must continue to do so for the very good of their peoples. If there were today among us a monarch sufficiently narrow-minded as to think and act otherwise, his subjects would remain poor and ignorant—and yet just as wicked as before. My opponent has failed to make use of such an obvious and seemingly favorable example in support of his cause; perhaps he is the only one who ignores it or has not thought of it at all. Let him then accept the praise that such things deserve; let him not refuse the honors due to great achievements; let him admire them just as we do—and stop resisting the truths he attacks so vehemently.

End of J.J. Rousseau’s Response to the King of Poland.

Table of Contents for the title

List of philosophical and political works

General list of titles

In Europa c’è un grande principe, e cosa ancora più importante, un cittadino virtuoso che, nella patria che ha adottato e che rende felice, ha appena istituito diverse iniziative a favore delle lettere[43]. Ha compiuto così qualcosa di davvero degno della sua saggezza e della sua virtù. Quando si tratta di istituzioni politiche, sono il tempo e il luogo a decidere tutto. Per i propri interessi, i principi devono sempre favorire le scienze e le arti; ho già spiegato il motivo di ciò. E, data la situazione attuale delle cose, è ancora più necessario che le promuovano oggi stesso, per il bene stesso dei popoli. Se tra di noi esistesse un monarca abbastanza limitato da pensare e agire diversamente, i suoi sudditi rimarrebbero poveri e ignoranti, e tuttavia non meno malvagi. Il mio avversario ha trascurato di trarre vantaggio da un esempio così evidente e apparentemente favorevole alla sua causa; forse è l’unico a ignorarlo o a non averci pensato. Che quindi accetti che gli si ricordi questo fatto. Che non rifiuti, per le grandi cose che compie, gli elogi che loro spettano. Che li apprezzi tanto quanto noi. E che non si ostini più contro le verità che attacca.

Fine della risposta di J.-J. Rousseau al re di Polonia.

Indice dei contenuti del titolo

Elenco delle opere filosofiche e politiche

Elenco generale dei titoli