Abstract
A French translation of a Latin ode by Jean Puthod celebrating the marriage of Charles Emmanuel of Savoy to Elisabeth of Lorraine. An occasional poetic translation, without philosophical content.
Testo originale francese · Arvensa Editions · pubblico dominio
Muse, vous exigez de moi que je consacre au roi de nouveaux chants ; inspirez-moi donc des vers dignes d’un si grand monarque.
Le terrible dieu des combats avait semé la discorde entre les peuples de l’Europe : toute l’Italie retentissait du bruit des armes, pendant que la triste paix entendait du fond d’un antre obscur les tumultes furieux excités par les humains, et voyait les campagnes inondées de nouveaux flots de sang. Elle distingue de loin un héros enflammé par sa valeur ; c’est Charles qu’elle reconnaît, chargé de glorieuses dépouilles. La déesse l’aborde en soupirant, et tâche de le fléchir par ses larmes.
Prince, lui dit-elle, quels charmes trouvezvous dans l’horreur du carnage ? Épargnez des ennemis vaincus ; épargnez-vous vous-même, et n’exposez plus votre tête sacrée à de si grands périls ; le cruel Mars vous a trop longtemps occupé. Vous êtes chargé d’une ample moisson de palmes ; il est temps désormais que la paix ait part à vos soins, et que vous livriez votre cœur à des sentiments plus doux. Pour le prix de cette paix, les dieux vous ont destiné une jeune et divine princesse du sang des rois, illustre par tant de héros que l’auguste maison de Lorraine a produits, et qu’elle compte parmi ses ancêtres. Un si digne présent est la récompense de vos vertus royales, de votre amour pour l’équité, de la sainteté de vos mœurs, et de cette douce humanité si naturelle à votre âme pure.
Le monarque acquiesce aux exhortations des dieux. Hâtez-vous, généreuse princesse ; ne vous laissez point retarder par les larmes d’une sœur et d’une mère affligées. Que ces monts couverts de neige, dont le sommet se perd dans les cieux, ne vous effraient point : leurs cimes élevées s’abaisseront pour favoriser votre passage.
Voyez avec quel cortège brillant marche cette charmante épouse ; les grâces environnent son char, et son visage modeste est fait pour plaire.
Cependant le roi écoute avec empressement tous les éloges que répand la renommée. Il part, accompagné d’une cour pompeuse. Il vole emporté par l’impatience de son amour. Tel que l’éclatant Phébus efface dans le ciel, par la vivacité de ses rayons, la lumière des autres astres ; ainsi brille cet auguste prince au milieu de tous ses courtisans.
Charles, généreux sang des héros, quels accords assez sublimes, quels vers assez majestueux pourrai-je employer pour chanter dignement les vertus de ta grande âme et l’intrépidité de ta valeur ? Ce sera, grand prince, en méditant sur les hauts faits de tes magnanimes aïeux que leur vertu a consacrés : car tu cours à la gloire par le même chemin qu’ils ont pris pour y parvenir.
Soit que tu remportes de la guerre les plus glorieux trophées, ou qu’en paix tu cultives les beaux-arts, mille monuments illustres témoignent la grandeur de ton règne.
Mais redoublez vos chants d’allégresse ; je vois arriver cette reine divine que le ciel accorde à nos vœux. Elle vient ; c’est elle qui a ramené de doux loisirs parmi les peuples. À son abord l’hiver fuit ; toutes les routes se parent d’une herbe tendre ; les champs brillent de verdure et se couvrent de fleurs. Aussitôt les maîtres et les serviteurs quittent leur labourage, et accourent pleins de joie. Royale épouse, les cœurs volent de toutes parts au-devant de vous.
Voyez comment, au milieu des torrents d’une flamme bruyante, le feu prend toutes sortes de figures ; voyez fuir la nuit ; voyez cette pluie d’astres qui semblent se détacher du ciel.
Le bruit se fait entendre dans les montagnes, et passe bien loin au-dessus de leurs cimes massives ; les sapins d’alentour étonnés en frémissent, et les échos des Alpes en redoublent le retentissement.
Vivez, bon roi ; parcourez la plus longue carrière. Vivez de même, digne épouse. Que votre postérité vive éternellement, et donne ses lois à la Savoie.
In nuptias CAROLI EMMANUELIS invictissimi Sardiniae regis, ducis Sabaudiae, etc., et reginae augustissimae ELISABETHAE A LOTHARINGIA.
Ergo nunc vatem, mea musa, regi
Plectra jussisti nova dedicare ?
Ergo da magnum celebrare digno
Carmine regem.
Inter Europae populos furorem
Impins belli deus excitarat ;
Omnis armorum strepitu fremebat
Itala tellus.
Interim caeco latitans sub antro
Mœsta pax diros hominum tumiiltus
Audit, undantesque videt recenti
Sanguine campos.
Cernit heroem procul aestuantem ;
Carolum agnoscit spoliis onustum ;
Diva suspirans adit, atque mentem
Flectere tentat.
Te quid armorum juvat, inquit, horror ?
Parce jam victis, tibi parce, princeps ;
Ne caput sacrum per aperta belli
Mitte pericla.
Te diu Mavors ferus occupavit,
Teque palmarum seges ampla ditat ;
Nunc pius pacem cole, mitiores
Concipe sensus.
Ecce divinam super puellam,
Praemium pacis, tibi destinarunt
Sanguinem regum, Lotharaeque claram
Stemmate gentis.
Scilicet tantum meruere munus
Regiae dotes, amor unus aequi,
Sanctitas morum, pietasque caste
Hospita mentis.
Paruit princeps monitis deorum.
Ergo festina, generosa virgo,
Nec soror, nec te lacrymis moretur
Anxia mater.
Montium nec te nive candidorum
Terreat surgens super astra moles ;
Se tibi sensim juga celsa prono
Culmine sistent.
Cernis ? ô quanta speciosa pompa
Ambulat ! currum teneri lepores
Ambiunt, sponsae sedet et modesto
Gratia vultu.
Rex ut attenta bibit aure famam !
Splendida laticomitatus aula,
Ecce confestim volat inquieto
Raptus amore.
Qualis in cœlo radiis comscans
Vulgus astrorum tenebris recondit
Phœbus, augusto micat inter omnes
Lumine princeps.
Carole, heroum generose sanguis,
Qua lyra vel quo satis ore possim
Mentis excelsae titulos et ingens
Dicere pectus.
Nempe magnorum meditans avorum
Facta, quos virtus sua consecravit,
Arte qua cœlum meruere, cœlum
Scandere tendis.
Clara seu bello referas trophaea,
Sen colas artes placidus quietas,
Mille te monstrant monunenta magnum
Inclyta regem.
Venit, ô ! festos geminate plausus ;
Venit optanti data diva terrae,
Blanda quae tandem populis revexit
Otia, venit.
Hujus adventu, fugiente bruma,
Omnis aprili via ridet herba ;
Floribus spirant, viridique lucent
Gramine campi.
Protinus pagis bene feriatis
Exeunt laeti proceres, coloni ;
Obviam passim tibi corda currunt,
Regia conjux.
Aspicis ? Crebra crepitante flamma,
Ignis ut cunctas simulat figuras,
Ut fugat noctem, riguis ut aether
Depluit astris.
Audiunt colles, et opaca longe
Colla submittunt, trepidaeque circum
Contremunt pinus, iteratque voces
Alpibus Echo.
Vive ter centum, bone rex, per annos ;
Sic thori consors bona, vive ; vestrum
Vivet aeternum genus, et Sabaudis
Imperet arvis.
Offerebat regi, etc.
JOHANNES PUTHOD, canonicus Rupensis.
FIN de la TRADUCTION DE L’ODE DE JEAN PUTHOD
Liste des Mélanges ou littérature variée
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