Rousseau
Abstract
An unfinished sequel to Émile: now an adult separated from Sophie after the loss of their family, Émile tells his tutor of the happiness he has lost and of how, formed according to the principles of natural education, he bears misfortune without being destroyed by it.
Connections
Assi: Natura umana
Posizioni: bontà naturale
Scuole: illuminismo
Testo originale francese · Arvensa Editions · pubblico dominio
J’étais libre, j’étais heureux, ô mon maître ! Vous m’aviez fait un coeur propre à goûter le bonheur, et vous m’aviez donné Sophie ; aux délices de l’amour, aux épanchements de l’amitié, une famille naissante ajoutait les charmes de la tendresse paternelle ; tout m’annonçait une vie agréable, tout me promettait une douce vieillesse et une mort paisible dans les bras de mes enfants. Hélas ! qu’est devenu ce temps heureux de jouissance et d’espérance, où l’avenir embellissait le présent ; où mon coeur, ivre de sa joie, s’abreuvait chaque jour d’un siècle de félicité ? Tout s’est évanoui comme un songe : jeune encore j’ai tout perdu, femme, enfants, amis tout enfin, jusqu’au commerce de mes semblables. Mon coeur a été déchiré par tous ses attachements ; il ne tient plus qu’au moindre de tous, au tiède amour d’une vie sans plaisirs, mais exempte de remords. Si je survis longtemps à mes pertes, mon sort est de vieillir et mourir seul sans jamais revoir un visage d’homme, et la seule Providence me fermera les yeux.
En cet état, qui peut m’engager encore à prendre soin de cette triste vie que j’ai si peu de raison d’aimer ? Des souvenirs, et la consolation d’être dans l’ordre en ce monde en m’y soumettant sans murmure aux décrets éternels. Je suis mort dans tout ce qui m’était cher ; j’attends sans impatience et sans crainte que ce qui reste de moi rejoigne ce que j’ai perdu.
Mais vous, mon cher maître, vivez-vous ? êtes-vous mortel encore ? êtes-vous encore sur cette terre d’exil avec votre Émile, ou si déjà vous habitez avec Sophie la patrie des âmes justes ? Hélas ! où que vous soyez vous êtes mort pour moi, mes yeux ne vous verront plus, mais mon cœur s’occupera de vous sans cesse. Jamais je n’ai mieux connu le prix de vos soins qu’après que la dure nécessité m’a si cruellement fait sentir ses coups et m’a tout ôté excepté moi. Je suis seul, j’ai tout perdu ; mais je me reste, et le désespoir ne m’a point anéanti. Ces papiers ne vous parviendront pas, je ne puis l’espérer ; sans doute ils périront sans avoir été vus d’aucun homme : mais n’importe, ils sont écrits, je les rassemble, je les lie, je les continue, et c’est à vous que je les adresse : c’est à vous que je veux tracer ces précieux souvenirs qui nourrissent et navrent mon cœur ; c’est à vous que je veux rendre compte de moi, de mes sentiments, de ma conduite, de ce cœur que vous m’avez donné. Je dirai tout, le bien, le mal, mes douleurs, mes plaisirs, mes fautes ; mais je crois n’avoir rien à dire qui puisse déshonorer votre ouvrage.
Mon bonheur a été précoce ; il commença dès ma naissance, il devait finir avant ma mort. Tous les jours de mon enfance ont été des jours fortunés, passés dans la liberté, dans la joie, ainsi que dans l’innocence : je n’appris jamais à distinguer mes instructions de mes plaisirs. Tous les hommes se rappellent avec attendrissement de leur enfance, mais je suis le seul peut-être qui ne mêle point à ces doux souvenirs ceux des pleurs qu’on lui fit verser. Hélas ! si je fusse mort enfant, j’aurais déjà joui de la vie, et n’en aurais pas connu les regrets !
Je devins jeune homme et ne cessai point d’être heureux. Dans l’âge des passions je formais ma raison par mes sens ; ce qui sert à tromper les autres fut pour moi le chemin de la vérité. J’appris à juger sainement des choses qui m’environnaient et de l’intérêt que j’y devais prendre ; j’en jugeais sur des principes vrais et simples ; l’autorité, l’opinion n’altéraient point mes jugements. Pour découvrir les rapports des choses entre elles, j’étudiais les rapports de chacune d’elles à moi : Par deux termes connus j’apprenais à trouver le troisième : Pour connaître l’univers par tout ce, qui pouvait m’intéresser, il me suffit de me connaître ; ma place assignée, tout fut trouvé.
J’appris ainsi que la première sagesse est de vouloir ce qui est, et de régler son coeur sur sa destinée. Voilà tout ce qui dépend de nous, me disiez-vous ; tout le reste est de nécessité. Celui qui lutte le plus contre son sort est le moins sage et toujours le plus malheureux ; ce qu’il peut changer à sa situation le soulage moins que le trouble intérieur qu’il se donne pour cela ne le tourmente. Il réussit rarement, et ne gagne rien à réussir. Mais quel être sensible peut vivre toujours sans passions, sans attachements ? Ce n’est pas un homme ; c’est une brute, ou c’est un dieu. Ne pouvant donc me garantir de toutes les affections qui nous lient aux choses, vous m’apprîtes du moins à les choisir, à n’ouvrir mon âme qu’aux plus nobles, à ne l’attacher qu’aux plus dignes objets, qui sont mes semblables, à étendre pour ainsi dire le moi humain sur toute l’humanité, et à me préserver ainsi des viles passions qui le concentrent.
Quand mes sens éveillés par l’âge me demandèrent une compagne, vous épurâtes leurs feux par les sentiments ; c’est par l’imagination qui les anime que j’appris à les subjuguer. J’aimais Sophie avant même que de la connaître ; cet amour préservait mon cœur des pièges du vice ; il y portait le goût des choses belles et honnêtes ; il y gravait en traits ineffaçables les saintes lois de la vertu. Quand je vis enfin ce digne objet de mon culte, quand je sentis l’empire de ses charmes, tout ce qui peut entrer de doux, de ravissant dans une âme, pénétra la mienne d’un sentiment exquis que rien ne peut exprimer. Jours chéris de mes premières amours, jours délicieux, que ne pouvez-vous recommencer sans cesse, et remplir désormais tout mon être ! je ne voudrais point d’autre éternité.
Vains regrets ! souhaits inutiles ! Tout est disparu, tout est disparu sans retour… Après tant d’ardents soupirs, j’en obtins le prix, tous mes voeux furent comblés. Époux, et toujours amant, je trouvai dans la tranquille possession un bonheur d’une autre espèce, mais non moins vrai que dans le délire des désirs. Mon maître, vous croyez avoir connu cette fille enchanteresse. O combien vous vous trompez ! Vous avez connu ma maîtresse, ma femme ; mais vous n’avez pas connu Sophie. Ses charmes de toute espèce étaient inépuisables, chaque instant semblait les renouveler, et le dernier jour de sa vie m’en montra que je n’avais pas connus.
Déjà père de deux enfants, je partageais mon temps entre une épouse adorée et les chers fruits de sa tendresse ; vous m’aidiez à préparer à mon fils une éducation semblable à la mienne, et ma fille, sous les yeux de sa mère, eût appris à lui ressembler. Toutes mes affaires se bornaient au soin du patrimoine de Sophie ; j’avais oublié ma fortune pour jouir de ma félicité. Trompeuse félicité ! trois fois j’ai senti ton inconstance. Ton terme n’est qu’un point, et lorsqu’on est au comble il faut bientôt décliner. Était-ce par vous, père cruel, que devait commencer ce déclin ? Par quelle fatalité pûtes-vous quitter cette vie paisible que nous menions ensemble, comment mes empressements vous rebutèrent-ils de moi ? Vous vous complaisiez dans votre ouvrage ; je le voyais, je le sentais, j’en étais sûr. Vous paraissiez heureux de mon bonheur ; les tendres caresses de Sophie semblaient flatter votre coeur paternel ; vous nous aimiez, vous vous plaisiez avec nous, et vous nous quittâtes ! Sans votre retraite je serais heureux encore ; mon fils vivrait peut-être, ou d’autres mains n’auraient point fermé ses yeux. Sa mère, vertueuse et chérie, vivrait elle-même dans les bras de son époux. Retraite funeste qui m’a livré sans retour aux horreurs de mon sort ! Non, jamais sous vos yeux le crime et ses peines n’eussent approché de ma famille ; en l’abandonnant vous m’avez fait plus de maux que vous ne m’aviez fait de biens en toute ma vie.
I was free, I was happy, oh my master! You had given me a heart capable of experiencing true happiness, and you had granted me Sophie; alongside the delights of love and the warmth of friendship, a growing family added the charms of paternal tenderness. Everything seemed to promise me a pleasant life, a gentle old age, and a peaceful death in the arms of my children. Alas! What has become of that happy time filled with joy and hope, when the future made the present even more beautiful; when my heart, intoxicated with happiness, felt as if it were living a century of bliss every day? Everything vanished like a dream: still young, I lost everything—my wife, my children, my friends, and ultimately, even the ability to interact with my fellow human beings. My heart was torn apart by all these attachments; now it clings only to the weakest of them all: the lukewarm love of a life devoid of pleasures but free from regrets. If I survive these losses for a long time, my fate will be to grow old and die alone, never again seeing the face of another human being—until finally, fate itself closes my eyes.
In this state, who can still urge me to care for this sad life that I have so little reason to love? Only memories, and the consolation of being in order in this world by submitting without complaint to its eternal decrees. I have lost everything that was dear to me; I await, without impatience or fear, for what remains of me to join what I have lost.
But you, my dear master, do you still live? Are you still mortal? Are you still on this land of exile with your Émile, or have you already gone to dwell with Sophie in the homeland of the righteous souls? Alas! No matter where you are, you are dead to me; my eyes will never see you again, but my heart will always remember you. I never realized the true value of your care until the harsh necessities of life dealt me such cruel blows and took away everything from me except myself. I am alone; I have lost everything—but I remain. Despair has not destroyed me. These papers will probably never reach you; I cannot hope they will. They will surely be lost, never to be seen by anyone. But anyway, they are written. I gather them together, bind them up, and continue writing them—because they are addressed to you. It is to you that I wish to convey these precious memories that both nourish and torment my heart. It is to you that I want to report on myself, my feelings, my actions, and this heart that you have given me. I will tell you everything: the good, the bad, my pains, my joys, my mistakes. But I believe there is nothing in what I say that could bring shame upon your work.
My happiness began early; it started at my birth and was meant to end before my death. Every day of my childhood was a fortunate day, spent in freedom, joy, and innocence—I never learned to distinguish between what was required of me and what brought me pleasure. Everyone remembers their childhood with fondness, but perhaps I am the only one who does not mix those sweet memories with the tears that were forced from me. Alas! If I had died as a child, I would have already enjoyed life and thus never known its regrets!
I grew up to be a young man and never ceased to be happy. In the age of passions, I cultivated my reason through my senses; what served to deceive others became for me the path to truth. I learned to judge wisely the things around me and the role I should play in them; I based my judgments on true and simple principles—authority or public opinion never altered my decisions. To understand how things were related to one another, I studied how each thing was related to me. Given two known elements, I could deduce the third; to comprehend the entire universe through everything that could interest me, it was sufficient to know myself—once my place in it was determined, everything else became clear.
I thus learned that the first wisdom is to desire what already exists and to align one’s heart with one’s destiny. “This is all that depends on us,” you told me; “everything else is beyond our control.” He who struggles most against his fate is the least wise and always the most unhappy. What he can change about his situation brings him little relief compared to the inner turmoil he causes himself in trying to do so. He seldom succeeds, and success brings him no real gain. But what sensible being can live without passions or attachments? Such a person is not human; they are either beasts or gods. Since you could not guarantee me protection from all those affections that bind us to worldly things, at least you taught me how to choose them wisely—to open my soul only to the noblest things, to attach it only to the most worthy objects, namely my fellow humans. In doing so, I can extend the human self throughout all of humanity and thus protect myself from those vile passions that would otherwise concentrate it in narrow limits.
When my senses, awakened by age, sought a companion, you tempered their ardor with emotions; it was through the imagination that animated them that I learned to subdue them. I loved Sophie even before I came to know her; that love protected my heart from the pitfalls of vice; it imparted to it a taste for beautiful and honorable things; it engraved upon it the sacred laws of virtue in indelible lines. When I finally saw her, that worthy object of my adoration, when I felt the power of her charms, everything that could bring sweetness and delight into a soul penetrated mine with an exquisite emotion beyond all expression. Oh, dear days of my first loves—how I wish you could repeat yourselves endlessly and fill my entire being forever! I would ask for no other eternity.
Vain regrets! Useless desires! Everything is gone, forever lost. After so many fervent sighs, I finally received my reward; all my wishes were fulfilled. As a husband and still as a lover, I found in the calm embrace of marriage a happiness of another kind, yet just as genuine as that born from the frenzy of desire. My master, you think you have known this enchanting girl. How far you are mistaken! You have known my mistress, my wife; but you have not known Sophie. Her charms, of every kind, were inexhaustible; every moment seemed to renew them, and even on the last day of her life, she showed me that I had never truly known her.
Already a father of two children, I divided my time between my beloved wife and the precious fruits of her love; you helped me to prepare a similar education for my son as I had received myself, and my daughter, under her mother’s care, would have learned to resemble her. All my concerns were confined to managing Sophie’s inheritance; I had forgotten about my own fortune in order to enjoy my happiness. But what a deceptive happiness! Three times I sensed your infidelity. The end of such bliss is merely the beginning of decline; when one has reached its pinnacle, downfall is inevitable. Could it have been you, cruel father, who brought about this decline? By what fatal destiny could you have left behind the peaceful life we shared together? How could my efforts to please you have driven you away from me? You took pleasure in your role as a parent; I saw it, I felt it, I was certain of it. You seemed happy with my happiness; Sophie’s tender affection seemed to soothe your paternal heart; you loved us, you enjoyed our company, and yet you left us! Without your departure, I would still be happy today; perhaps my son would still be alive, or someone else might not have closed his eyes forever. His virtuous and beloved mother would still be living in the arms of her husband. Alas, that fatal departure has thrown me into the horrors of my fate forever! No, never under your watchful eye could crime and its punishments ever come near my family; by abandoning us, you have caused me far more harm than all the good you had done me in my entire life.
Ero libero, ero felice. Oh mio signore! Mi avevate donato un cuore capace di gustare la felicità, e mi avevate dato Sophie; ai piaceri dell’amore, alle manifestazioni dell’amicizia, una famiglia nascente aggiungeva i fascini della tenerezza paterna. Tutto prometteva una vita serena, una vecchiaia dolce e una morte tranquilla tra le braccia dei miei figli. Ahimè. Che ne è stato di quei giorni felici, pieni di gioie e speranze, in cui il futuro rendeva più bello il presente; in cui il mio cuore, inebriato di felicità, si saziava ogni giorno di un secolo di beatitudine? Tutto è svanito come un sogno. Ancora giovane ho perso tutto: moglie, figli, amici. E infine, anche la possibilità di rapportarmi con gli altri esseri umani. Il mio cuore è stato lacerato da tutti questi legami. Ora si attacca soltanto all’ultimo di essi: all’amore tiepido di una vita priva di piaceri, ma libera dai rimorsi. Se sopravviverò a lungo alle mie perdite, il mio destino sarà quello di invecchiare e morire da solo, senza mai più rivedere il volto di un uomo. E l’unica “Provvidenza” che mi attende sarà quella di chiudermi gli occhi per sempre.
In questo stato, chi può ancora spingermi a prendersi cura di questa triste vita che ho così poche ragioni per amare? Solo i ricordi, e la consolazione di trovarmi nell’ordine in questo mondo, sottomettendomi senza lamentele ai decreti eterni. Sono morto in tutto ciò che mi era caro; aspetto con pazienza e senza paura che ciò che rimane di me si unisca a ciò che ho perso.
Ma voi, mio caro maestro, vivete ancora? Siete ancora mortale? Siete ancora su questa terra d’esilio con il vostro Émile, o già abitate nella patria delle anime giuste insieme a Sophie? Ahimè! Doveunque siate, per me siete morto: i miei occhi non vi vedranno più, ma il mio cuore continuerà a pensare a voi senza sosta. Mai come dopo che una dura necessità mi ha inflitto colpi crudeli e mi ha tolto tutto tranne me stesso, ho compreso appieno il valore delle vostre cure. Sono solo, ho perso tutto; ma sono ancora io. E il disperazione non mi ha distrutto. Questi fogli non vi arriveranno, non posso nemmeno sperarlo; probabilmente andranno perduti senza mai essere stati letti da nessuno. Ma non importa: sono stati scritti, li raccolgo, li lego, li continuo. E sono destinati a voi. Voglio che sappiate di me, dei miei sentimenti, della mia condotta. Di quel cuore che mi avete dato. Dirò tutto: il bene, il male, i miei dolori, i miei piaceri, i miei errori. Ma credo di non avere nulla da dire che possa disonorare il vostro operato.
La mia felicità fu precoce; iniziò dal mio stesso nascere e doveva terminare prima della mia morte. Tutti i giorni della mia infanzia furono giorni fortunati, trascorsi nella libertà, nella gioia e nell’innocenza: non imparai mai a distinguere tra doveri e piaceri personali. Tutti gli uomini ricordano con tenerezza la loro infanzia, ma forse sono l’unico che non mescola in questi dolci ricordi quelli delle lacrime che gli furono fatte versare. Ahimè! Se fossi morto da bambino, avrei già goduto della vita e non ne avrei conosciuto i rimpianti.
Diventai un giovane uomo e non smisi mai di essere felice. Nell’età delle passioni formavo la mia ragione attraverso i miei sensi; ciò che serviva a ingannare gli altri divenne per me il cammino verso la verità. Imparai a giudicare saggiamente le cose che mi circondavano e l’interesse che dovevo trarne; li valutavo in base a principi veri e semplici; né l’autorità né l’opinione alteravano i miei giudizi. Per scoprire i rapporti tra le cose, studiavo il rapporto di ciascuna di esse con me stesso: attraverso due termini noti imparavo a individuare il terzo; per conoscere l’universo, attraverso tutto ciò che poteva interessarmi, mi bastava conoscere me stesso; una volta individuata la mia posizione nel mondo, tutto diventava chiaro.
Appresi così che la prima saggezza consiste nel volere ciò che è e nell’adattare il proprio cuore al proprio destino. “Tutto ciò che dipende da noi”, mi dicevate, “è questo; il resto è pura necessità”. Chi lotta di più contro il proprio destino è colui che è meno saggio e sempre più infelice; ciò che può cambiare nella propria situazione lo solleva ben poco rispetto al turbamento interiore che si provoca nel tentativo di farlo. Raramente riesce, e non guadagna nulla nemmeno quando ha successo. Ma quale essere sensibile può vivere sempre senza passioni, senza legami affettivi? Non è un uomo; è una bestia, o un dio. Poiché quindi non potevate garantirmi l’assenza di tutte quelle emozioni che ci legano alle cose, almeno mi insegnaste a sceglierle con saggezza, ad aprire il mio cuore soltanto verso le cose più nobili, ad attaccarmi solo agli oggetti più degni – cioè ai miei simili – e così allargare, per così dire, l’“io umano” su tutta l’umanità, proteggendomi così dalle vili passioni che lo concentrano su cose meschine.
Quando i miei sens, risvegliati dall’età, mi chiesero una compagna, foste voi a purificare il loro ardore attraverso i sentimenti; fu grazie all’immaginazione, che li animava, che imparai a domarli. Amavo Sophie ancor prima di conoscerla; quell’amore proteggeva il mio cuore dai pericoli del vizio, gli insegnava ad apprezzare le cose belle e oneste, e vi incideva, con tratti indelebili, le sacre leggi della virtù. Quando finalmente vidi quell’augusta oggetto del mio culto, quando sentii l’effetto dei suoi incanti, tutto ciò che può portare dolcezza e fascino in un’anima penetrò nella mia con un sentimento così intenso che nulla al mondo potrebbe esprimerlo. Oh giorni cari delle mie prime passioni, giorni deliziosi, perché non potete ripetersi all’infinito, riempiendo per sempre tutta la mia esistenza? Non desidererei alcuna altra eternità.
Inutili rimpianti! Vane speranze! Tutto è scomparso, per sempre. Dopo tanti ardenti desideri, ne ottenni finalmente il premio: tutti i miei voti furono esauditi. Marito e ancora amante, trovai nella tranquilla convivenza una felicità di altro genere, ma non meno vera di quella che provavo nell’ebbrezza dei desideri. Mio signore, credete di aver conosciuto questa incantevole ragazza. Ma quanto vi sbagliate! Avete conosciuto la mia padrona, la mia moglie; ma non avete conosciuto Sophie. I suoi incanti, di ogni sorta, erano inesauribili: ogni istante sembrava rinnovarli, e l’ultimo giorno della sua vita mi dimostrò che in realtà non li avevo mai conosciuti davvero.
Già padre di due figli, dividevo il mio tempo tra una moglie adorata e i cari frutti della sua tenerezza; tu mi aiutavi a preparare per mio figlio un’educazione simile alla mia, e mia figlia, sotto gli occhi di sua madre, avrebbe imparato a somigliarle. Tutte le mie preoccupazioni si limitavano al curare il patrimonio di Sophie; avevo dimenticato la mia fortuna per godermi la mia felicità. Felicità ingannevole! Tre volte ho sentito la tua inconstanza. La fine di tutto ciò non è altro che un punto, e quando si raggiunge l’apice, presto inizia il declino. Fu forse a causa tua, crudele padre, che dovette iniziare questo declino? Con quale fatalità potesti abbandonare quella vita serena che conducevamo insieme. Come mai le mie attenzioni e i miei sforzi ti allontanarono da me? Ti compiacevi del tuo operato; lo vedevo, lo sentivo, ne ero certo. Sembravi felice della mia fortuna; le tenere carezze di Sophie parevano lusingare il tuo cuore paterno. Ci amavi, ti divertivi con noi, e poi ci hai lasciati! Senza la tua partenza, sarei ancora felice. Mio figlio forse sarebbe ancora vivo, o altre mani non avrebbero chiuso i suoi occhi. Sua madre, virtuosa e amata, vivrebbe ancora tra le braccia di suo marito. Partenza funesta, che mi ha consegnato per sempre alle orrori del mio destino. No, mai, sotto i tuoi occhi, il crimine e le sue punizioni avrebbero potuto avvicinarsi alla mia famiglia. Abbandonandola, mi hai causato più dolore di quanto tu non mi abbia dato di bene in tutta la mia vita.
Bientôt le ciel cessa de bénir une maison que vous n’habitiez plus. Les maux, les afflictions se succédaient sans relâche. En peu de mois nous perdîmes le père, la mère de Sophie, et enfin sa fille, sa charmante fille qu’elle avait tant désirée, qu’elle idolâtrait, qu’elle voulait suivre. À ce dernier coup sa constance ébranlée acheva de l’abandonner. Jusqu’à ce temps, contente et paisible dans sa solitude, elle avait ignoré les amertumes de la vie, elle n’avait point armé contre les coups du sort cette âme sensible et facile à s’affecter. Elle sentit ces pertes comme on sent ses premiers malheurs : aussi ne furent-elles que les commencements des nôtres. Rien ne pouvait tarir ses pleurs : la mort de sa fille lui fit sentir plus vivement celle de sa mère ; elle appelait sans cesse l’une ou l’autre en gémissant ; elle faisait retentir de leurs noms et de ses regrets tous les lieux où jadis elle avait reçu leurs innocentes caresses ; tous les objets qui les lui rappelaient aigrissaient ses douleurs. Je résolus de l’éloigner de ces tristes lieux. J’avais dans la capitale ce qu’on appelle des affaires et qui n’en avaient jamais été pour moi jusqu’alors : je lui proposai d’y suivre une amie qu’elle s’était faite au voisinage et qui était obligée de s’y rendre avec son mari. Elle y consentit, pour ne point se séparer de moi, ne pénétrant pas mon motif. Son affliction lui était trop chère pour chercher à la calmer. Partager ses regrets, pleurer avec elle, était la seule consolation qu’on pût lui donner.
En approchant de la capitale, je me sentis frappé d’une impression funeste que je n’avais jamais éprouvée auparavant. Les plus tristes pressentiments s’élevaient dans mon sein : tout ce que j’avais vu, tout ce que vous m’aviez dit des grandes villes me faisait trembler sur le séjour de celle-ci. Je m’effrayais d’exposer une union si pure à tant de dangers qui pouvaient l’altérer. Je frémissais, en regardant la triste Sophie, de songer que j’entraînais moi-même tant de vertus et de charmes dans ce gouffre de préjugés et de vices où vont se perdre de toutes parts l’innocence et le bonheur.
Cependant, sûr d’elle et de moi, je méprisais cet avis de la prudence, que je prenais pour un vain pressentiment ; en m’en laissant tourmenter je le traitais de chimère. Hélas ! je n’imaginais pas le voir sitôt et si cruellement justifié. Je ne songeais guère que je n’allais pas chercher le péril dans la capitale, mais qu’il m’y suivait.
Comment vous parler des deux ans que nous passâmes dans cette fatale ville, et de l’effet cruel que fit sur mon âme et sur mon sort ce séjour empoisonné ? Vous avez trop su ces tristes catastrophes, dont le souvenir, effacé dans des jours plus heureux, vient aujourd’hui redoubler mes regrets en me ramenant à leur source. Quel changement produisit en moi ma complaisance pour des liaisons trop aimables que l’habitude commençait à tourner en amitié ! Comment l’exemple et l’imitation, contre lesquels vous aviez si bien armé mon cœur, l’amenèrent-ils insensiblement à ces goûts frivoles que, plus jeune, j’avais su dédaigner ? Qu’il est différent de voir les choses distrait par d’autres objets, ou seulement occupé de ceux qui nous frappent ! Ce n’était plus le temps où mon imagination échauffée ne cherchait que Sophie et rebutait tout ce qui n’était pas elle. Je ne la cherchais plus, je la possédais, et son charme embellissait alors autant les objets qu’il les avait défigurés dans ma première jeunesse. Mais bientôt ces mêmes objets affaiblirent mes goûts en les partageant. Usé peu à peu sur tous ces amusements frivoles, mon cœur perdait insensiblement son premier ressort et devenait incapable de chaleur et de force : j’errais avec inquiétude d’un plaisir à l’autre ; je recherchais tout et je m’ennuyais de tout ; je ne me plaisais qu’où je n’étais pas, et m’étourdissais pour m’amuser. Je sentais une révolution dont je ne voulais point me convaincre ; je ne me laissais pas le temps de rentrer en moi, crainte de ne m’y plus retrouver. Tous mes attachements s’étaient relâchés, toutes mes affections s’étaient attiédies : j’avais mis un jargon de sentiment et de morale à la place de la réalité. J’étais un homme galant sans tendresse, un stoïcien sans vertus, un sage occupé de folies, je n’avais plus de votre Émile que le nom et quelques discours. Ma franchise, ma liberté, mes plaisirs, mes devoirs, vous, mon fils, Sophie elle-même, tout ce qui jadis animait, élevait mon esprit et faisait la plénitude de mon existence, en se détachant peu à peu de moi, semblait m’en détacher moi-même, et ne laissait plus, dans mon âme affaissée qu’un sentiment importun de vide et d’anéantissement. Enfin, je n’aimais plus, ou croyais ne plus aimer. Ce feu terrible, qui paraissait presque éteint, couvait sous la cendre, pour éclater bientôt avec plus de fureur que jamais.
Changement cent fois plus inconcevable ! Comment celle qui faisait la gloire et le bonheur de ma vie en fit-elle la honte et le désespoir ? Comment décrirais-je un si déplorable égarement ? Non, jamais ce détail affreux ne sortira de ma plume ni de ma bouche ; il est trop injurieux à la mémoire de la plus digne des femmes, trop accablant, trop horrible à mon souvenir, trop décourageant pour la vertu ; j’en mourrais cent fois avant qu’il fût achevé. Morale du monde, pièges du vice et de l’exemple, trahisons d’une fausse amitié, inconstance et faiblesse humaine, qui de nous est à votre épreuve ? Ah ! si Sophie a souillé sa vertu, quelle femme osera compter sur la sienne ? Mais de quelle trempe unique dût être une âme qui put revenir de si loin à tout ce qu’elle fut auparavant.
C’est de vos enfants régénérés que j’ai à vous parler. Tous leurs égarements vous ont été connus : je n’en dirai que ce qui tient à leur retour à eux-mêmes et sert à lier les évènements.
Sophie consolée, ou plutôt distraite par son amie et par les sociétés où elle l’entraînait, n’avait plus ce goût décidé pour la vie privée et pour la retraite : elle avait oublié ses pertes et presque ce qui lui était resté. Son fils, en grandissant, allait devenir moins dépendant d’elle, et déjà la mère apprenait à s’en passer. Moi-même je n’étais plus son Émile, je n’étais que son mari ; et le mari d’une honnête femme, dans les grandes villes, est un homme avec qui l’on garde en public toutes sortes de bonnes manières, mais qu’on ne voit point en particulier. Longtemps nos coteries furent les mêmes. Elles changèrent insensiblement. Chacun des deux pensait se mettre à son aise loin de la personne qui avait droit d’inspection sur lui. Nous n’étions plus un, nous étions deux : le ton du monde nous avait divisés, et nos cœurs ne se rapprochaient plus ; il n’y avait que nos voisins de campagne et amis de ville qui nous réunissent quelquefois. La femme, après m’avoir fait souvent des agaceries auxquelles je ne résistais pas toujours sans peine, se rebuta, et s’attachant tout-à-fait à Sophie en devint inséparable. Le mari vivait fort lié avec son épouse, et par conséquent avec la mienne. Leur conduite extérieure était régulière et décente ; mais leurs maximes auraient dû m’effrayer. Leur bonne intelligence venait moins d’un véritable attachement que d’une indifférence commune sur les devoirs de leur état. Peu jaloux des droits qu’ils avaient l’un sur l’autre, ils prétendaient s’aimer beaucoup plus en se passant tous leurs goûts sans contrainte, et ne s’offensant point de n’en être pas l’objet. Que mon mari vive heureux, sur toute chose, disait la femme ; que j’aie ma femme pour amie, je suis content, disait le mari. Nos sentiments, poursuivaient-ils, ne dépendent pas de nous, mais nos procédés en dépendent : chacun met du sien tout ce qu’il peut au bonheur de l’autre. Peut-on mieux aimer ce qui nous est cher que de vouloir tout ce qu’il désire ? On évite la cruelle nécessité de se fuir.
Soon, the heavens ceased to bless a house that you no longer inhabited. Misfortunes and afflictions came one after another without pause. In just a few months, we lost Sophie’s father, her mother, and finally her daughter—her lovely daughter whom she had so desired, adored, and wished to follow in death. This final blow shattered her resolve, leaving her completely overwhelmed. Until then, content and peaceful in her solitude, she had ignored the bitterness of life; she had never prepared herself to face such blows. She felt these losses as one would feel their first misfortunes—yet they were merely the beginning of ours. Nothing could stop her tears; the death of her daughter made her mother’s death seem even more painful. She constantly called out either one’s name in her grief, invoking their names and expressing her sorrow in every place where she had once received their innocent caresses. Everything that reminded her of them only intensified her pain. I decided to take her away from these sad places. I had some “business” in the capital—something that had never really meant anything to me before—but I offered her the chance to accompany a friend who lived nearby and was about to move there with her husband. She agreed, unwilling to be separated from me, though she did not understand my true motives. Her sorrow was too dear to her to bear; sharing her grief and weeping with her was the only consolation we could offer her.
As I approached the capital, I was struck by a foreboding sensation that I had never experienced before. The darkest apprehensions arose within me: everything I had seen, everything you had told me about great cities, made me tremble at the thought of residing there. I feared that such a pure union might be exposed to countless dangers that could corrupt it. Looking at the sad Sophie, I shuddered at the idea that I was leading so many virtues and charms into that abyss of prejudice and vice where innocence and happiness are lost everywhere.
However, confident in both herself and myself, I despised this advice of prudence, regarding it merely as a vain premonition; while allowing it to torment me, I dismissed it as a chimera. Alas! I never imagined that it would be so quickly and so cruelly proven right. I had no idea that I was not seeking danger in the capital itself, but that it was already following me there.
How can I tell you about the two years we spent in that fatal city, and about the cruel impact that stay had on my soul and my fate? You have known too much about those sad catastrophes; their memories, once faded in happier times, now return to multiply my regrets by reminding me of their origin. What a change such indulgence in overly affectionate relationships brought about in me—relationships that habit had begun to turn into true friendship! How could example and imitation, against which you had so effectively fortified my heart, gradually lead it towards those frivolous tastes that, when I was younger, I had known how to despise? It is so different to view things while distracted by other objects, or to be preoccupied only with those that directly affect us! No longer was it the time when my heated imagination sought only Sophie and rejected everything else. I no longer searched for her; I possessed her already, and her charm now beautified all things just as it had once distorted them in my early youth. But soon, those very objects began to weaken my tastes by sharing them with others. Gradually worn out by all these frivolous amusements, my heart lost its original vitality and became incapable of true passion or strength. I wandered from one pleasure to another, seeking everything yet finding boredom in everything; I only enjoyed myself where I was not, and sought distraction merely to find amusement. I sensed a profound change within me, but refused to admit it; I did not give myself time to reflect, fearing that I might no longer recognize myself. All my attachments had loosened, all my affections had cooled down; I had replaced reality with a jargon of sentiment and morality. I was a gallant man without true tenderness, a stoic without virtue, a “sage” engaged in folly—I retained only the name and some empty words of your Émile. My honesty, my freedom, my pleasures, my duties, you, my son, Sophie herself—everything that once animated and elevated my spirit, that made my life meaningful, was gradually drifting away from me, as if pulling me away myself, leaving behind in my weakened soul only a relentless sense of emptiness and despair. In the end, I no longer loved, or at least believed I no longer loved. That terrible fire, which seemed almost extinguished, lay hidden beneath the ashes, ready to burst forth again with even greater fury than before.
A change a hundred times more inconceivable! How could she, who had been the glory and happiness of my life, become its source of shame and despair? How could I even begin to describe such a lamentable downfall? No, never will I dare to write or speak of this terrible detail; it is too offensive to the memory of the most noble woman, too crushing, too horrifying for me to bear, too discouraging to all that is virtuous. I would rather die a hundred times than commit such an outrage. Oh, world of morals—traps set by vice and bad example, betrayals born of false friendship, human fickleness and weakness—who among us is not facing your tests? Ah! If Sophie has sullied her virtue, which woman dares to trust her own still? But what kind of strength must an soul possess to be able to return from such depths to all that it once was.
It is about your regenerated children that I wish to speak with you. All their wanderings have been known to you; I will only mention what relates to their return to themselves and what serves to connect these events together.
Sophie, comforted—or rather distracted—by her friend and the social circles she participated in, no longer harbored that strong inclination toward private life and solitude. She had forgotten about her losses and almost everything that remained to her. As her son grew up, he would become less dependent on her, and already the mother was learning to do without him. I myself was no longer her “Émile”; I was merely her husband. And in big cities, the husband of an honest woman is a man with whom one maintains all sorts of polite formalities in public, but who is not seen in private. For a long time, our social circles remained the same; then they gradually changed. Each of us sought to be comfortable away from the person who had the right to inspect our lives. We were no longer one; we were two—the world’s conventions had separated us, and our hearts were no longer drawn toward each other. Only our country neighbors and city friends occasionally brought us together. The woman, after often teasing me in ways I could not always resist without difficulty, eventually grew tired of it and became inseparable from Sophie. The husband maintained a close relationship with his wife—and therefore also with mine. Their outward behavior was proper and decent; but their principles should have frightened me. Their good understanding stemmed less from genuine affection than from a shared indifference toward the duties of their marriage. Lacking jealousy toward each other’s rights, they claimed to love one another even more by indulging in all their preferences without restraint and not taking offense when they were not the object of such attention. “May my husband be happy in everything,” the woman would say; “I am content to have my wife as a friend,” the husband would reply. “Our feelings,” they added, “do not depend on us; rather, our actions do: each of us does his best to bring happiness to the other. Can one love what is dear to oneself more than by wishing for everything that person desires? In this way, we avoid the cruel necessity of having to flee from each other.”
Ben presto il cielo smise di benedire una casa che voi non abitavate più. Mali e sofferenze si susseguirono senza sosta. In pochi mesi perdemmo il padre, la madre di Sophie, e infine anche sua figlia, quella sua adorabile figlia che aveva tanto desiderato, che idolatrava, che voleva seguire nella vita. Con questo ultimo colpo, la sua fermezza venne completamente distrutta; fino a quel momento, serena e contenta nella sua solitudine, ignorava le amarezze della vita. Non aveva mai preparato il proprio cuore ad affrontare i colpi del destino. Sentì queste perdite come si sentono i primi dolori della vita: ma esse furono soltanto l’inizio di quelli che ci aspettavano. Niente poteva fermare le sue lacrime. La morte di sua figlia le fece percepire ancora più intensamente quella di sua madre; continuava a chiamarle entrambe, gemendo. Con i loro nomi e i suoi rimpianti, riempiva tutti quei luoghi dove un tempo aveva ricevuto le loro carezze innocenti. Tutti gli oggetti che le ricordavano loro aumentavano il suo dolore. Decisi quindi di allontanarla da quei tristi luoghi. Avevo nella capitale delle “affari”, che, in realtà, fino ad allora non avevano mai avuto alcun significato per me. Le proposi di seguire un’amica che si era fatta nel quartiere vicino e che doveva recarsi lì con suo marito. Accettò, pur senza comprendere il vero motivo della mia proposta. La sua sofferenza le era troppo cara per poter cercare di alleviarla. Condividere i suoi rimpianti, piangere insieme a lei, era l’unica consolazione che si poteva offrirle.
Avvicinandomi alla capitale, provai una sensazione funesta che non avevo mai sperimentato prima. Nel mio cuore si sollevavano i presagi più tristi: tutto ciò che avevo visto, tutto ciò che mi avevate raccontato sulle grandi città, mi faceva tremare all’idea di soggiornarvi. Mi spaventava l’idea di esporre un’unione così pura a tanti pericoli che avrebbero potuto corromperla. Guardando la triste Sophie, rabbrividivo al pensiero di portare con me tante virtù e attrattive in quell’abisso di pregiudizi e vizi dove innocenza e felicità finiscono per perdersi ovunque.
Tuttavia, fiducioso in lei e in me stesso, disprezzavo quel consiglio di prudenza, che consideravo una vana intuizione; lasciandomi tormentare da esso, lo trattavo come un’illusione. Ahimè! Non avrei mai immaginato che si sarebbe rivelato così presto e in modo così crudele giustificato. Non pensavo affatto che fossi io ad andare a cercare il pericolo nella capitale, ma che fosse lui ad accompagnarmici.
Come posso parlarvi dei due anni che trascorremmo in quella città fatale, e dell’effetto crudele che quel soggiorno avvelenato ebbe sulla mia anima e sul mio destino? Voi conoscete troppo bene queste tristi catastrofi; il ricordo di esse, sebbene cancellato nei giorni più felici, oggi raddoppia i miei rimpianti, riportandomi alla loro origine. Quanto cambiamento ebbe in me la mia inclinazione verso relazioni troppo affettuose, che l’abitudine stava trasformando in amicizia. Come fu possibile che l’esempio e l’imitazione, contro cui avevate così bene armato il mio cuore, lo portassero insensibilmente a quei gusti frivoli che, da giovane, sapevo disdegnare? È molto diverso vedere le cose distratte da altri oggetti, o essere occupati soltanto da quelli che ci colpiscono direttamente. Non era più il tempo in cui la mia immaginazione, eccitata, cercava solo Sophie e rifiutava tutto ciò che non era lei. Ora non la cercavo più: l’avevo già conquistata, e il suo fascino rendeva attraenti gli oggetti che un tempo aveva deturpato nella mia prima giovinezza. Ma presto quegli stessi oggetti indebolirono i miei gusti, dividendoli con lei. Usato gradualmente in tutti questi divertimenti frivoli, il mio cuore perse poco a poco la sua vitalità e la sua forza; vagavo ansiosamente da un piacere all’altro, cercavo tutto, ma mi annoiavo di tutto. Mi piaceva soltanto dove non ero, e mi sforzavo di divertirmi in modo artificioso. Sentivo che stava avvenendo una trasformazione nella mia persona, ma non volevo ammetterlo; non mi lasciavo il tempo di riflettere, per paura di non ritrovarmi più me stesso. Tutti i miei legami si erano allentati, tutte le mie affezioni si erano raffreddate. Avevo sostituito la realtà con un linguaggio pieno di sentimenti e moralità. Ero un uomo galante senza vera tenerezza, uno stoico privo di vere virtù, un “saggio” occupato da follie. Non avevo più di voi, mio figlio, e di Sophie stesso, che il nome e alcuni discorsi. La mia franchezza, la mia libertà, i miei piaceri, i miei doveri. Voi, mio figlio. Sophie stessa. Tutto ciò che un tempo animava il mio spirito e rendeva piena la mia esistenza, ora, allontanandosi gradualmente da me, sembrava anche allontanarmi da me stesso. Lasciando nella mia anima solo una sensazione fastidiosa di vuoto e di annientamento. Alla fine, non amavo più, o credevo di non amare più. Quel fuoco terribile, che sembrava quasi spento, covava sotto la cenere, per esplodere presto con ancora più furia di prima.
Un cambiamento cento volte più inconcepibile! Come è possibile che colei che un tempo era la gloria e la felicità della mia vita sia diventata ora motivo di vergogna e disperazione? Come potrei descrivere un simile errore così deplorevole? No, mai questo orribile dettaglio uscirà dalla mia penna né dalle mie labbra; è troppo offensivo per la memoria della donna più nobile che esista, troppo devastante, troppo orrendo per il mio ricordo, troppo scoraggiante per la virtù. Morirei cento volte prima di riuscire a scriverlo. Moralità del mondo, trappole del vizio e dell’esempio, tradimenti di una falsa amicizia, inconstanza e debolezza umana. Chi di noi è alla vostra prova? Ah! Se Sophie ha macchiato la sua virtù, quale donna oserebbe ancora fidarsi della propria? Ma di quale straordinaria forza dovrebbe essere dotata un’anima per riuscire a tornare da così lontano a tutto ciò che era prima.
Dei vostri figli rigenerati è di cui voglio parlarvi. Tutti i loro errori sono stati noti a voi: dirò soltanto ciò che riguarda il loro ritorno a se stessi e che serve a collegare gli eventi tra loro.
Sophie, consolata – o meglio, distratta – dalla sua amica e dalle compagnie in cui quest’ultima la portava, non provava più quel forte desiderio di dedicarsi alla vita privata e al ritiro: aveva dimenticato le sue perdite e quasi tutto ciò che le era rimasto. Suo figlio, crescendo, diventava sempre meno dipendente da lei, e già la madre imparava a fare a meno di lui. Anche io non ero più il suo “Émile”, ma soltanto suo marito; e il marito di una donna onesta, nelle grandi città, è un uomo con cui si mantengono in pubblico tutte le forme di cortesia, ma che non si vede mai in privato. Per molto tempo i nostri ambienti sociali furono gli stessi; poi cambiarono gradualmente. Ognuno dei due cercava di comportarsi liberamente lontano dalla persona che aveva il diritto di controllarlo. Non eravamo più una coppia unica, ma due persone separate: le convenzioni sociali ci avevano divisi, e i nostri cuori non si avvicinavano più; solo i nostri vicini di campagna e gli amici di città a volte ci riunivano. La donna, dopo avermi fatto spesso delle cose fastidiose alle quali non sempre riuscivo a resistere facilmente, finì per stancarsi di me e si legò completamente a Sophie, diventandone insostituibile. Il marito, invece, continuava ad avere rapporti stretti con sua moglie, e quindi anche con la mia. Il loro comportamento in pubblico era regolare e decoroso; ma le loro idee avrebbero dovuto spaventarmi. La loro buona armonia derivava meno da un vero affetto che da una comune indifferenza nei confronti dei doveri del loro stato coniugale. Non gelosi dei diritti che avevano l’uno sull’altro, sostenevano di amarsi molto di più permettendosi reciprocamente tutti i piaceri senza restrizioni. E non si offendevano nemmeno per il fatto di non essere gli oggetti di tali desideri, “Che mio marito sia felice in tutto”, diceva la donna; “Che io abbia mia moglie come amica, sono contento”, diceva il marito, “I nostri sentimenti”, aggiungevano, “non dipendono da noi, ma dai nostri comportamenti: ognuno dà del proprio tutto per rendere felice l’altro. Come si potrebbe amare di più ciò che ci è caro, se non desideriamo tutto ciò che desidera l’altra persona? In questo modo evitiamo la crudele necessità di doverci allontanare, ”
Ce système ainsi mis à découvert tout d’un coup nous eût fait horreur. Mais on ne sait pas combien les épanchements de l’amitié font passer de choses qui révolteraient sans elle ; on ne sait pas combien une philosophie si bien adaptée aux vices du coeur humain, une philosophie qui n’offre, au lieu des sentiments qu’on n’est plus maître d’avoir, au lieu du devoir caché qui tourmente, et qui ne profite à personne, que soins, procédés, bienséances, attentions, que franchise, liberté, sincérité, confiance ; on ne fait pas, dis-je, combien tout ce qui maintient l’union entre les personnes, quand les coeurs ne sont plus unis, a d’attrait pour les meilleurs naturels, et devient séduisant sous le masque de la sagesse : la raison même aurait peine à se défendre, si la conscience ne venait au secours. C’était-là ce qui maintenait entre Sophie et moi la honte de nous montrer un empressement que nous n’avions plus. Le couple qui nous avait subjugués s’outrageait sans contrainte, et croyait s’aimer : mais un ancien respect l’un pour l’autre, que nous ne pouvions vaincre, nous forçait à nous fuir pour nous outrager. En paraissant nous être mutuellement à charge, nous étions plus près de nous réunir qu’eux qui ne se quittaient point. Cesser de s’éviter quand on s’offense, c’est être sûrs de ne se rapprocher jamais.
Mais, au moment où l’éloignement entre nous était le plus marqué, tout changea de la manière la plus bizarre. Tout-à-coup Sophie devint aussi sédentaire et retirée qu’elle avait été dissipée jusqu’alors. Son humeur, qui n’était pas toujours égale, devint constamment triste et sombre. Enfermée depuis le matin jusqu’au soir dans sa chambre, sans parler, sans pleurer, sans se soucier de personne, elle ne pouvait souffrir qu’on l’interrompît. Son amie elle-même lui devint insupportable ; elle le lui dit, et la reçut mal sans la rebuter : elle me pria plus d’une fois de la délivrer d’elle. Je lui fis la guerre de ce caprice dont j’accusais un peu de jalousie ; je le lui dis même un jour en plaisantant. Non, monsieur, je ne suis point jalouse, me dit-elle d’un air froid et résolu ; mais j’ai cette femme en horreur : je ne vous demande qu’une grâce, c’est que je ne la revoie jamais. Frappé de ces mots, je voulus savoir la raison de sa haine : elle refusa de répondre. Elle avait déjà fermé sa porte au mari, je fus obligé de la fermer à la femme, et nous ne les vîmes plus.
Cependant sa tristesse continuait et devenait inquiétante. Je commençai de m’en alarmer ; mais comment en savoir la cause qu’elle s’obstinait à taire ? Ce n’était pas à cette âme fière qu’on en pouvait imposer par l’autorité. Nous avions cessé depuis si longtemps d’être les confidents l’un de l’autre, que je fus peu surpris qu’elle dédaignât de m’ouvrir son cœur : il fallait mériter cette confiance ; et, soit que sa couchante mélancolie eût réchauffé le mien, soit qu’il fût moins guéri qu’il n’avait cru l’être, je sentis qu’il m’en coûtait peu pour lui rendre des soins avec lesquels j’espérais vaincre enfin son silence.
Je ne la quittais plus : mais j’eus beau revenir à elle et marquer ce retour par les plus tendres empressements, je vis avec douleur que je n’avançais rien. Je voulus rétablir les droits d’époux, trop négligés depuis longtemps ; j’éprouvai la plus invincible résistance. Ce n’étaient plus ces refus agaçants, faits pour donner un nouveau prix à ce qu’on accorde ; ce n’étaient pas non plus ces refus tendres, modestes, mais absolus qui m’enivraient d’amour et qu’il fallait pourtant respecter : c’étaient les refus sérieux d’une volonté décidée qui s’indigne qu’on puisse douter d’elle. Elle me rappelait avec force les engagements pris jadis en votre présence. Quoi qu’il en soit de moi, disait-elle, vous devez vous estimer vous-même et respecter à jamais la parole d’Émile. Mes torts ne vous autorisent point à violer vos promesses. Vous pouvez me punir, mais vous ne pouvez me contraindre, et soyez sûr que je ne le souffrirai jamais. Que répondre ? que faire, sinon tâcher de la fléchir, de la toucher, de vaincre son obstination à force de persévérance ? Ces vains efforts irritaient à la fois mon amour et mon amour-propre. Les difficultés enflammaient mon coeur, et je me faisais un point d’honneur de les surmonter. Jamais peut-être, après dix ans de mariage, après un si long refroidissement, la passion d’un époux ne se ralluma si brûlante et si vive ; jamais durant mes premières amours, je n’avais tant versé de pleurs à ses pieds : tout fut inutile, elle demeura inébranlable.
J’étais aussi surpris qu’affligé, sachant bien que cette dureté de cœur n’était pas dans son caractère. Je ne me rebutai pas ; et si je ne vainquis pas son opiniâtreté, j’y crus voir enfin moins de sécheresse. Quelques signes de regret et de pitié tempéraient l’aigreur de ses refus : je jugeais quelquefois qu’ils lui coûtaient ; ses yeux éteints laissaient tomber sur moi quelques regards non moins tristes, mais moins farouches, et qui semblaient portés à l’attendrissement. Je pensai que la honte d’un caprice aussi outré l’empêchait d’en revenir, qu’elle le soutenait faute de pouvoir l’excuser, et qu’elle n’attendait peut-être qu’un peu de contrainte pour paraître céder à la force ce qu’elle n’osait plus accorder de bon gré. Frappé d’une idée qui flattait mes désirs, je m’y livre avec complaisance : c’est encore un égard que je veux avoir pour elle, de lui sauver l’embarras de se rendre après avoir si longtemps résisté.
Un jour qu’entraîné par mes transports je joignais aux plus tendres supplications les plus ardentes caresses, je la vis émue ; je voulus achever ma victoire. Oppressée et palpitante, elle était prête à succomber ; quand tout-à-coup changeant de ton, de maintien, de visage, elle me repousse avec une promptitude, avec une violence incroyable, et me regardant d’un oeil que la fureur et le désespoir rendaient effrayant : arrêtez, Émile, me dit-elle, et sachez que je ne vous suis plus rien : Un autre à souillé votre lit, je suis enceinte ; vous ne me toucherez de ma vie. Et sur-le-champ elle s’élance avec impétuosité dans son cabinet, dont elle ferme la porte sur elle.
Je demeure écrasé…
Mon maître, ce n’est pas ici l’histoire des événements de ma vie ; ils valent peu la peine d’être écrits : c’est l’histoire de mes passions, de mes sentiments, de mes idées. Je dois m’étendre sur la plus terrible révolution que mon coeur éprouva jamais.
Les grandes plaies du corps et de l’âme ne saignent pas à l’instant qu’elles sont faites ; elles n’impriment pas sitôt leurs plus vives douleurs ; la nature se recueille pour en soutenir toute la violence, et souvent le coup mortel est porté longtemps avant que la blessure se fasse sentir. À cette scène inattendue, à ces mots que mon oreille semblait repousser, je reste immobile, anéanti ; mes yeux se ferment, un froid mortel court dans mes veines ; sans être évanoui je sens tous mes sens arrêtés, toutes mes fonctions suspendues ; mon âme bouleversée est dans un trouble universel, semblable au chaos de la scène au moment qu’elle change, au moment que tout fuit et va prendre un nouvel aspect.
J’ignore combien de temps je demeurai dans cet état, à genoux comme j’étais, et sans oser presque remuer, de peur de m’assurer que ce qui se passait n’était point un songe. J’aurais voulu que cet étourdissement eût duré toujours. Mais enfin, réveillé malgré moi, la première impression que je sentis fut un saisissement d’horreur pour tout ce qui m’environnait. Tout-à-coup je me lève, je m’élance hors de la chambre, je franchis l’escalier sans rien voir, sans rien dire à personne ; je sors, je marche à grands pas, je m’éloigne avec la rapidité d’un cerf qui croit fuir par sa vitesse le trait qu’il porte enfoncé dans son flanc.
Such a system, suddenly laid bare before us, would have filled us with horror. But who knows how many things that might be considered revolting without it are actually made possible by the expressions of friendship? Who knows how well-suited such a philosophy is to the vices of the human heart—a philosophy that, instead of offering those feelings over which one no longer has control, or that hidden duty which causes torment and benefits no one at all, offers only care, propriety, attention, honesty, freedom, sincerity, and trust? I mean, who can fathom how much everything that maintains unity between people—even when hearts are no longer united—can be appealing to those with better natures, and how tempting it becomes under the guise of wisdom? Reason itself would struggle to defend itself were it not for conscience to come to its aid. It was precisely this that kept Sophie and me from showing any eagerness toward each other when such eagerness no longer existed between us. The couple that had once captivated us behaved in a way that seemed entirely unrestrained, believing themselves to be in love; yet an old respect one for the other, which we could not overcome, forced us to avoid each other in order to continue offending one another. By pretending to be a burden to each other, we were actually closer to being reunited than they who never parted. To stop avoiding each other when we are offended means to ensure that we will never ever come closer again.
But at the very moment when the distance between us was at its greatest, everything changed in the most bizarre way. Suddenly, Sophie became as sedentary and reclusive as she had previously been carefree. Her mood, which was not always stable, turned constantly gloomy and somber. She spent from morning till night locked in her room, without speaking, without crying, without caring about anyone else—she could only tolerate being interrupted. Even her own friend became unbearable to her; she told me so, and although she reacted poorly, she did not reject me outright. More than once, she begged me to free her from her presence. I opposed this caprice, which I attributed in part to jealousy; one day I even mentioned it jokingly. “No, sir,” she said coldly and resolutely, “I am not jealous, but I detest that woman. I ask you for only one thing: never let me see her again.” Shocked by these words, I tried to understand the reason for her hatred, but she refused to answer. She had already shut the door on her husband—now I was forced to shut the door on her friend too, and we never saw them again.
However, her sadness continued and began to become worrying. I started to feel alarmed; but how could I know the cause of it, since she stubbornly refused to reveal it? Such a proud soul could not be coerced into speaking through authority. We had long ceased to be confidants with one another, so I was hardly surprised when she chose to withhold her heart from me: such trust required merit on my part. And whether it was because her lingering melancholy had warmed mine, or because my own wounds were still not as healed as I had thought, I found it quite easy to offer her the care and attention I hoped would finally break through her silence.
I no longer left her; yet despite returning to her and showing my utmost tenderness, I painfully realized that I was making no progress. I tried to restore the rights of a husband that had been neglected for so long, but I encountered invincible resistance. It was no longer those annoying refusals meant to make what was already given seem more precious; nor were they those gentle, modest yet firm rejections that could have filled me with love if only respected. It was the serious, resolute refusal of a will that refused to be doubted. She forcefully reminded me of the promises made in your presence long ago. “Whatever happens to me,” she said, “you must respect yourself and keep Émile’s word forever. My faults do not give you the right to break your promises. You may punish me, but you cannot force me—and believe me, I will never endure it.” What was there to say? What could I do, but try to soften her heart, touch her, overcome her obstinacy through perseverance? Yet these futile efforts only angered both my love and my pride. The difficulties only fueled my determination, and I made it my honor to overcome them. Perhaps never in ten years of marriage, after such a long period of estrangement, had a husband’s passion ever reignited so fiercely and intensely; perhaps never in my early loves had I shed so many tears at her feet. But everything was in vain—she remained unshaken.
I was as surprised as distressed, knowing full well that such heartlessness was not in her nature. I did not become discouraged; and although I failed to overcome her stubbornness, I felt that there was less cruelty in it now. Certain signs of regret and pity tempered the harshness of her refusals; at times, I thought they cost her great effort. Her lifeless eyes would sometimes cast upon me looks equally sad but less fierce, as if they were on the verge of softening. I believed that the shame of such an outrageous caprice prevented her from changing her mind; that she clung to it out of a lack of the courage to justify it, and that perhaps only some external pressure would make her yield what she was no longer willing to give willingly. Caught up in an idea that pleased my desires, I gave myself to it with pleasure—after all, it was another way of showing her consideration: saving her the embarrassment of having to admit defeat after such a long resistance.
One day, carried away by my passion, as I combined the most tender supplications with the most fervent caresses, I saw her become agitated; I sought to complete my “victory.” Overwhelmed and trembling, she was on the verge of yielding; but suddenly, changing her tone, her manner, and even the expression on her face, she pushed me away with incredible speed and violence, looking at me with eyes filled with fury and despair. “Stop,” she said to me, “and know that I no longer belong to you. Another man has defiled your bed; I am pregnant. You shall never touch me again in this life.” And immediately, she rushed into her room and locked the door behind her.
I remain overwhelmed.
My master, this is not the story of the events in my life; they are hardly worth recording. Instead, it is the story of my passions, my feelings, my ideas. I must recount the most terrible revolution that my heart has ever experienced.
Great wounds, both to the body and to the soul, do not bleed at the very moment they are inflicted; they do not immediately inflict their most intense pain. Nature gathers its strength to endure all their violence, and often the fatal blow is dealt long before the wound becomes apparent. Faced with this unexpected scene, faced with these words that seemed to repel my ears, I remain motionless, utterly overwhelmed. My eyes close; a deadly cold runs through my veins. Without losing consciousness, I feel all my senses cease to function, all my bodily processes come to a halt. My soul, in turmoil, is plunged into universal chaos—just like the scene itself at the moment it changes, when everything seems to vanish and take on a new form.
I have no idea how long I remained in that state—kneeling as I was, hardly daring to move for fear of discovering that what was happening was not a dream. I wished that this daze would last forever. But eventually, I woke up against my will, and my first reaction was one of horror at everything around me. Suddenly, I got up, rushed out of the room, descended the stairs without seeing anything or saying anything to anyone; I stepped outside and walked away at a rapid pace, as swiftly as a deer trying to escape by running away from the arrow that has pierced its side.
Un sistema del genere, se rivelato all’improvviso, ci avrebbe suscitato orrore. Ma non si sa quanto gli slanci dell’amicizia possano far emergere cose che, senza di essa, susciterebbero ribellione; non si sa quanto una filosofia così ben adattata ai vizi del cuore umano – una filosofia che, al posto dei sentimenti di cui ormai non si è più padroni, al posto del dovere nascosto che tormenta e che a nessuno porta beneficio, offre soltanto cure, comportamenti corretti, attenzioni, franchezza, libertà, sincerità, fiducia – possa essere attraente. Non si sa quanto tutto ciò che mantiene l’unione tra le persone, quando i cuori non sono più uniti, possa avere fascino per le nature migliori e diventare seducente sotto il velo della saggezza. Anche la ragione stessa avrebbe difficoltà a difendersi, se non fosse per la coscienza. Era proprio questo che manteneva tra Sophie e me il rispetto reciproco, impedendoci di mostrare un’urgenza che ormai non esisteva più. La coppia che ci aveva soggiogati si comportava in modo sfrenato, credendo di amarsi. Ma un vecchio rispetto l’uno per l’altro, che non riuscivamo a superare, ci costringeva ad allontanarci pur di poterci insultare a vicenda. Sembrando esserci d’intralcio a vicenda, in realtà eravamo più vicini alla riunione di loro, che non si separavano mai. Smettere di evitarci quando ci offendiamo significa essere certi di non avvicinarci mai più.
Ma nel momento in cui la distanza tra di noi era al suo massimo, tutto cambiò in modo assolutamente strano. All’improvviso Sophie divenne altrettanto sedentaria e ritirata quanto lo era stata fino ad allora. Il suo umore, che non era sempre stabile, divenne costantemente triste e cupo. Rinchiusa dalla mattina alla sera nella sua stanza, senza parlare, senza piangere, senza curarsi di nessuno, sopportava a malapena che qualcuno la interrompesse. Anche la sua amica le divenne insopportabile; lei lo disse apertamente, e l’amica la accolse male senza però allontanarla da sé. Mi chiese più volte di liberarla dalla sua presenza. Lottai contro questo capriccio, attribuendogli anche un po’ di gelosia; un giorno glielo dissi persino scherzando. “No, signore”, mi rispose lei con tono freddo e deciso, “non sono gelosa. Ma odio quella donna. Vi chiedo solo una cosa: non voglio rivederla mai più”. Colpito da queste parole, volli sapere la ragione della sua avversione. Lei rifiutò di rispondere. Aveva già chiuso la porta a suo marito. E io fui costretto a chiuderla anche a lei. Da allora non le vedemmo più mai.
Tuttavia, la sua tristezza continuava e diventava preoccupante. Iniziai ad allarmarmi; ma come potevo conoscere la causa di quella silenziosa angoscia? Non era certo a un’anima così orgogliosa che si potesse imporre qualcosa con l’autorità. Da molto tempo avevamo smesso di essere confidenti l’uno dell’altro, quindi non fui sorpreso quando lei rifiutò di aprirmi il suo cuore: bisognava meritare tale fiducia. E sia che la sua malinconia avesse riscaldato la mia, sia che il mio cuore fosse ancora meno guarito di quanto credessi, sentii che non mi costava nulla dedicarle attenzioni e cura, nella speranza di finalmente spezzare quel suo silenzio.
Non la lasciavo più; ma nonostante tornassi da lei e dimostrassi il mio affetto con le azioni più tenere, vedevo con dolore che non facevo alcun progresso. Volevo ristabilire i diritti coniugali, troppo a lungo trascurati; incontravo però una resistenza invincibile. Non si trattava più di quei rifiuti irritanti, fatti apposta per rendere ancora più prezioso ciò che veniva concesso; né di quei rifiuti dolci e modesti, ma categorici, che avrebbero dovuto inebriarmi d’amore e che tuttavia andavano rispettati: erano i rifiuti decisi di una volontà ferma, offesa dal fatto che qualcuno potesse dubitare di lei. Mi ricordava con forza gli impegni presi un tempo in tua presenza. “Qualunque cosa accada di me”, diceva, “tu devi rispettarti stesso e mantenere per sempre la parola data a Émile. I miei torti non ti danno il diritto di violare le tue promesse. Puoi punirmi, ma non puoi costringermi, e sappi che io non lo sopporterò mai”. Che cosa rispondere? Che cosa fare, se non cercare di piegarla, di toccarla nel cuore, di vincere la sua ostinazione con perseveranza? Questi vani tentativi irritavano al contempo il mio amore e il mio orgoglio. Le difficoltà alimentavano il mio dolore, ma mi impegnavo a superarle. Forse mai, dopo dieci anni di matrimonio, dopo un periodo così lungo di freddezza, la passione di un coniuge si è riaccesa con tanta intensità e vitalità; forse mai, nei miei primi amori, ho versato tante lacrime ai suoi piedi. Tutto fu inutile: rimase irremovibile.
Ero sia sorpreso che addolorato, poiché sapevo bene che tale durezza di cuore non faceva parte del suo carattere. Non mi scoraggiai; e anche se non riuscii a farle cambiare idea, notai finalmente una minore asprezza nelle sue risposte. Alcuni segni di rimorso e compassione mitigavano la durezza dei suoi rifiuti: a volte pensavo che questi costassero molto a lei; i suoi occhi spenti mi lanciavano sguardi altrettanto tristi, ma meno feroci, e sembrava che fossero sul punto di commuoversi. Pensai che l’imbarazzo derivante da un capriccio così eccessivo le impedisse di cambiare idea, che la costringesse a mantenere quella posizione pur non riuscendo a giustificarla, e che forse aspettasse soltanto una leggera pressione perché cedesse alla forza ciò che ormai non osava più concedere volontariamente. Afferrato da un’idea che soddisfaceva i miei desideri, mi ci abbandonai con piacere: era ancora un modo per rispettarla, per evitare che dovesse affrontare l’imbarazzo di arrendersi dopo aver resistito così a lungo.
Un giorno, mentre, preso da un impeto incontrollabile, univo le più tenere suppliche alle carezze più appassionate, la vidi commuoversi; volli completare la mia “vittoria”. Oppressa e tremante, era sul punto di cedere. Ma all’improvviso, cambiando tono, atteggiamento e espressione del viso, mi respinse con una rapidità e una violenza incredibili, guardandomi con occhi in cui la furia e il disperio si leggevano chiaramente: “Basta, Émile, ”, mi disse, “sappi che non ti appartengo più. Un altro ha contaminato il tuo letto. Sono incinta. Non mi toccherai mai più in vita mia”. E subito dopo si precipitò nel suo studio, chiudendo la porta dietro di sé.
Rimango sopraffatto..
Mio maestro, qui non si tratta della storia degli eventi della mia vita; questi meritano appena di essere raccontati: si tratta piuttosto della storia delle mie passioni, dei miei sentimenti, delle mie idee. Devo descrivere la rivoluzione più terribile che il mio cuore abbia mai vissuto.
Le grandi ferite del corpo e dell’anima non sanguinano immediatamente al momento in cui vengono inferte; non provochano subito i dolori più intensi; la natura si prepara lentamente a sopportare tutta la loro violenza, e spesso il colpo fatale viene inflitto molto tempo prima che la ferita diventi evidente. Di fronte a questa scena inaspettata, di fronte a queste parole che sembravano respingere la mia mente, rimango immobile, annientato; i miei occhi si chiudono, un freddo mortale percorre le mie vene; senza svenire, sento tutti i miei sensi paralizzati, tutte le mie funzioni interrotte; la mia anima, sconvolta, è immersa in un caos totale, simile al disordine che regna nel momento in cui una scena sta per cambiare, quando tutto sembra sfuggire e assumere un aspetto nuovo.
Non so per quanto tempo rimasi in quello stato: inginocchiato com’ero, senza quasi osare muovermi, per paura di constatare che ciò che stava accadendo non fosse un sogno. Avrei voluto che quella sensazione di stordimento durasse per sempre. Ma alla fine, svegliato contro la mia volontà, la prima impressione che ebbi fu uno shock di orrore di fronte a tutto ciò che mi circondava. All’improvviso mi alzai, corsi fuori dalla stanza, scesi le scale senza vedere nulla, senza dire una parola a nessuno; uscii e camminai a grandi passi, allontanandomi con la rapidità di un cervo che crede di poter sfuggire alla freccia conficcata nel suo fianco.
Je cours ainsi sans m’arrêter, sans ralentir mon pas, jusque dans un jardin public. L’aspect du jour et du ciel m’était à charge, je cherchais l’obscurité sous les arbres ; enfin, me trouvant hors d’haleine, je me laissai tomber demi-mort sur un gazon…Ou suis-je ? que suis-je devenu ? qu’ai-je entendu ? quelle catastrophe ? Insensé, quelle chimère as-tu poursuivie ? Amour, honneur, foi, vertus, où êtes-vous ? La sublime, la noble Sophie n’est qu’une infâme ! Cette exclamation que mon transport fit éclater fut suivie d’un tel déchirement de coeur, qu’oppressé par les sanglots, je ne pouvais ni respirer ni gémir : sans la rage et l’emportement qui succédèrent, ce saisissement m’eût sans doute étouffé. Ô qui pourrait démêler, exprimer cette confusion de sentiments divers que la honte, l’amour, la fureur, les regrets, l’attendrissement, la jalousie, l’affreux désespoir me firent éprouver à la fois ? Non, cette situation, ce tumulte ne peut se décrire. L’épanouissement de l’extrême joie, qui d’un mouvement uniforme semble étendre et raréfier tout notre être, se conçoit, s’imagine aisément. Mais quand l’excessive douleur rassemble dans le sein d’un misérable toutes les furies des enfers ; quand mille tiraillements opposés le déchirent sans qu’il puisse en distinguer un seul ; quand il se sent mettre en pièces par cent forces diverses qui l’entraînent en sens contraire, il n’est plus un, il est tout entier à chaque point de douleur, il semble se multiplier pour souffrir. Tel était mon état, tel il fut durant plusieurs heures. Comment en faire le tableau ? Je ne dirais pas en des volumes ce que je sentais à chaque instant. Hommes heureux, qui, dans une âme étroite et dans un coeur tiède, ne connaissez de revers que ceux de la fortune, ni de passions qu’un vil intérêt, puisiez-vous traiter toujours cet horrible état de chimère, et n’éprouver jamais les tourments cruels que donnent de plus dignes attachements, quand ils se rompent, aux coeurs faits pour les sentir !
Nos forces sont bornées, et tous les transports violents ont des intervalles. Dans un de ces moments d’épuisement où la nature reprend haleine pour souffrir, je vins tout-à-coup à penser à ma jeunesse, à vous mon maître, à mes leçons ; je vins à penser que j’étais homme, et je me demande aussitôt, quel mal ai-je reçu dans ma personne ? quel crime ai-je commis ? qu’ai-je perdu de moi ? Si, dans cet instant, tel que je suis, je tombais des nues pour commencer d’exister, serais-je un être malheureux ? Cette réflexion, plus prompte qu’un éclair, jeta dans mon âme un instant de lueur que je reperdis bientôt, mais qui me suffit pour me reconnaître. Je me vis clairement à ma place ; et l’usage de ce moment de raison fut de m’apprendre que j’étais incapable de raisonner. L’horrible agitation qui régnait dans mon âme n’y laissait à nul objet le temps de se faire apercevoir : j’étais hors d’état de rien voir, de rien comparer, de délibérer, de résoudre, de juger de rien. C’était donc me tourmenter vainement que de vouloir rêver à ce que j’avais à faire, c’était sans fruit aigrir mes peines, et mon seul soin devait être de gagner du temps pour raffermir mes sens et rasseoir mon imagination. Je crois que c’est le seul parti que vous auriez pu prendre vous-même, si vous eussiez été là pour me guider.
Résolu de laisser exhaler la fougue des transports que je ne pouvais vaincre, je m’y livre avec une furie empreinte de je ne sais quelle volupté, comme ayant mis ma douleur à son aise. Je me lève avec précipitation ; je me mets à marcher comme auparavant, sans suivre de route déterminée : je cours, j’erre de part et d’autre, j’abandonne mon corps à toute l’agitation de mon coeur ; j’en suis les impressions sans contrainte ; je me mets hors d’haleine ; et mêlant mes soupirs tranchants à ma respiration gênée, je me sentais quelquefois prêt à suffoquer.
Les secousses de cette marche précipitée semblaient m’étourdir et me soulager. L’instinct dans les passions violentes dicte des cris, des mouvements, des gestes, qui donnent un cours aux esprits et font diversion à la passion : tant qu’on s’agite on n’est qu’emporté ; le morne repos est plus à craindre, il est voisin du désespoir. Le même soir je fis de cette différence une épreuve presque risible, si tout ce qui montre la folie et la misère humaine devait jamais exciter à rire quiconque y peut être assujetti.
Après mille tours et retours faits sans m’en être aperçu, je me trouve au milieu de la ville, entouré de carrosses, à l’heure des spectacles, et dans une rue où il y en avait un. J’allais être écrasé dans l’embarras, si quelqu’un, me tirant par le bras, ne m’eût averti du danger. Je me jette dans une porte ouverte ; c’était un café ; j’y suis accosté par des gens de ma connaissance ; on me parle, on m’entraîne je ne sais où. Frappé d’un bruit d’instruments et d’un éclat de lumières, je reviens à moi, j’ouvre les yeux, je regarde : je me trouve dans la salle du spectacle un jour de première représentation, pressé par la foule, et dans l’impuissance de sortir.
Je frémis ; mais je pris mon parti. Je ne dis rien, je me tins tranquille, quelque cher que me coûtât cette apparente tranquillité. On fit beaucoup de bruit, on parlait beaucoup, on me parlait : n’entendant rien, que pouvais-je répondre ? mais un de ceux qui m’avaient amené ayant par hasard nommé ma femme, à ce nom funeste je fis un cri perçant qui fut ouï de toute l’assemblée et causa quelque rumeur. Je me remis promptement, et tout s’apaisa. Cependant, ayant attiré par ce cri l’attention de ceux qui m’environnaient, je cherchai le moment de m’évader, et m’approchant peu à peu de la porte, je sortis enfin avant qu’on eût achevé.
En entrant dans la rue et retirant machinalement ma main, que j’avais tenue dans mon sein durant toute la représentation, je vis mes doigts pleins de sang, et j’en crus sentir couler sur ma poitrine. J’ouvre mon sein, je regarde, je le trouve sanglant et déchiré comme le coeur qu’il enfermait. On peut penser qu’un spectateur tranquille à ce prix n’était pas fort bon juge de la pièce qu’il venait d’entendre.
Je me hâtai de fuir, tremblant d’être encore rencontré. La nuit favorisant mes courses, je me remis à parcourir les rues, comme pour me dédommager de la contrainte que je venais d’éprouver : je marchai plusieurs heures sans me reposer un moment ; enfin ne pouvant presque plus me soutenir, et me trouvant près de mon quartier, je rentre chez moi, non sans un affreux battement de coeur : je demande ce que fait mon fils ; on me dit qu’il dort : je me tais et soupire : mes gens veulent me parler ; je leur impose silence ; je me jette sur un lit, ordonnant qu’on s’aille coucher. Après quelques heures d’un repos pire que l’agitation de la veille, je me lève avant le jour ; et traversant sans bruit les appartements, j’approche de la chambre de Sophie ; là, sans pouvoir me retenir, je vais avec la plus détestable lâcheté couvrir de cent baisers et baigner d’un torrent de pleurs le seuil de sa porte ; puis m’échappant avec la crainte et les précautions d’un coupable, je sors doucement du logis, résolu de n’y rentrer de mes jours.
I ran on without stopping, without slowing my pace, until I reached a public garden. The sight of the day and the sky weighed heavily on me; I sought the darkness under the trees. Finally, breathless, I collapsed half-dead onto the grass. Where am I? What have I become? What did I hear? What catastrophe? Oh foolish one, what mad chase have you pursued? Love, honor, faith, virtue—where are you all? The sublime Sophie is nothing but a wretched creature! That outburst, provoked by my despair, was followed by such agony that, overwhelmed by sobs, I could neither breathe nor utter a sound. Had it not been for the rage and frenzy that followed, that shock would surely have killed me. Oh, who could ever unravel and express the chaos of emotions that shame, love, fury, regret, tenderness, jealousy, and terrible despair caused me to feel at once? No—such a state, such turmoil, cannot be described in words. The exuberance of extreme joy, which seems to expand and dilute our entire being in a single moment, is easy to understand and imagine. But when overwhelming pain gathers within a miserable soul all the horrors of hell; when a thousand conflicting forces tear it apart without allowing it to distinguish any one of them; when one feels torn apart by hundreds of opposing forces dragging them in opposite directions—then one is no longer one single being; at every point of agony, one becomes everything. Such was my state for many hours. How can I describe it? I could not write volumes to express what I felt at every moment. Happy people, whose narrow minds and lukewarm hearts know only the setbacks of fortune and the petty interests that stir passion—how can you ever dismiss this terrible state as mere fantasy, and never experience the cruel torment that arises when noble affections are shattered in hearts meant to feel them!
Our forces are born within us, and all violent movements involve intervals of rest. In one of those moments of exhaustion when nature itself seems to catch its breath before suffering anew, I suddenly thought of my youth, of you, my master, and of the lessons you had taught me. I realized that I was a human being, and immediately asked myself: What harm have I suffered to my person? What crime have I committed? What have I lost of myself? If, in this state, I were suddenly thrown into existence from nothing, would I be a miserable being? This thought, swift as lightning, brought a moment of clarity to my soul—clearness that soon vanished again, but which was enough for me to understand my true condition. I saw clearly where I stood; yet the very act of using this brief moment of reason only made me realize how incapable I was of reasoning. The terrible turmoil within me prevented any object from being clearly perceived; I was unable to see anything, compare anything, deliberate, resolve anything, or judge anything at all. To try to think about what I needed to do was merely to torment myself in vain; to aggravate my suffering was pointless. My only concern should have been to buy time so that I could strengthen my senses and calm my restless imagination. I believe this would have been the only course of action you yourself would have advised had you been there to guide me.
Determined to allow the intensity of my emotions, which I could not suppress, to express themselves freely, I give in to them with a fury tinged with some unknown kind of pleasure, as if I had finally relieved the burden of my pain. I get up in a hurry and begin walking again, without following any particular route; I run around aimlessly, letting my body be carried away by all the turmoil in my heart. I am completely at the mercy of these feelings, without any restraint; I end up out of breath, and as my sharp sighs mix with my labored breathing, I sometimes feel on the verge of suffocation.
The jolts of this hasty march seemed to both dazzle and relieve me. In violent passions, instinct dictates cries, movements, gestures that give direction to the mind and serve as a diversion from the passion itself: so long as one is active, one is merely carried along; whereas a dull, motionless state is far more frightening—it borders on despair. That very evening, I turned this distinction into what was almost a ridiculous experiment, if indeed anything that reveals human madness and misery could ever provoke laughter in those who are destined to suffer such things.
After countless turns and detours that I hadn’t even realised I was making, I found myself in the middle of the city, surrounded by carriages—it must have been during the time of performances, in a street where one was taking place. I was about to be crushed in the crowd when someone, grabbing me by the arm, warned me of the danger. I rushed into an open door; it was a café. People I knew approached me; they talked to me and pulled me away, somewhere I didn’t know. Suddenly, surrounded by the sound of instruments and the flash of lights, I came back to my senses. I opened my eyes and looked around: I was in the theater on the first day of a performance, squeezed tightly by the crowd, with no way to get out.
I trembled; but I decided to stick to my course. I said nothing, I remained calm, no matter what cost this apparent tranquility might entail. There was a lot of noise, people were talking a lot, and they were speaking to me: not understanding a word, what could I have replied? But one of those who had brought me there happened to mention my wife’s name; at that terrible name, I let out a piercing cry that was heard by everyone in the room and caused some commotion. I quickly regained my composure, and everything settled down again. However, having attracted the attention of those around me with that cry, I looked for an opportunity to escape. Gradually approaching the door, I finally managed to leave before anyone else had finished speaking.
As I stepped into the street and mechanically removed my hand, which had been pressed against my chest throughout the entire performance, I saw that my fingers were covered in blood; I even felt it dripping down onto my breast. I opened my chest and looked—it was bloody and torn, just like the heart it once contained. One might conclude that a spectator who remained so calm during such an event was certainly not a good judge of the play they had just listened to.
I hurried away, trembling at the thought of being encountered again. As night favored my flight, I set out once more to wander the streets, as if to atone for the restraint I had just endured—walking for hours without stopping once. Finally, barely able to hold on any longer and nearing my neighborhood, I returned home, my heart pounding with fear. I asked where my son was; they told me he was asleep. I fell silent and sighed. My servants tried to speak to me; I ordered them to be quiet. I collapsed onto a bed, instructing everyone else to go to bed as well. After several hours of rest that were even worse than the turmoil of the previous day, I got up before dawn. Silently moving through the rooms, I approached Sophie’s bedroom. There, unable to hold back myself, I covered the threshold of her door with hundreds of kisses and drowned it in a torrent of tears. Then, like a guilty person, I fled the house, determined never to return there again in my life.
Corro senza fermarmi, senza rallentare il passo, fino a raggiungere un parco pubblico. L’aspetto del giorno e del cielo mi opprimeva; cercavo l’oscurità tra gli alberi. Alla fine, esausto, mi lasciai cadere privo di forze su un prato. Dove sono? Che cosa sono diventato? Cosa ho sentito? Quale catastrofe. Pazzo! Quale follia hai perseguitato? Amore, onore, fede, virtù, dove siete? La sublime Sophie non è altro che una donna infame. Quell’esclamazione che sfuggì dalla mia bocca fu seguita da un dolore così intenso che, sopraffatto dai singhiozzi, non riuscivo né a respirare né a gemere. Se non fosse stata la rabbia e l’impeto che seguirono, quell’orrore mi avrebbe certamente ucciso. Oh, chi potrebbe descrivere questa confusione di sentimenti diversi che vergogna, amore, furia, rimpianti, commozione, gelosia e un terribile disperazione mi fecero provare contemporaneamente? No. Questo stato, questo tumulto è impossibile da descrivere. L’esplosione di una gioia estrema può essere facilmente immaginata. Ma quando un dolore eccessivo raccoglie nel cuore di un infelice tutte le furie dell’inferno; quando mille sensazioni opposte lo lacerano senza che possa distinguerne nemmeno una; quando si sente distrutto da centinaia di forze diverse che lo trascinano in direzioni opposte, allora non si è più un individuo, si è interamente travolti dal dolore. Così era il mio stato. E così è rimasto per molte ore. Come potrei descriverlo? Non riuscirei nemmeno a raccontare, in mille pagine, ciò che provavo in ogni istante. Fortunati voi che, in un’anima limitata e in un cuore freddo, conosciete solo le sfortune della fortuna e passioni meschine. Come potete considerare tutto questo un’illusione, senza mai provare i tormenti terribili che derivano da legami più nobili, quando questi vengono spezzati.
Le nostre forze sono limitate, e ogni forma di violenza comporta dei momenti di pausa. In uno di questi momenti di esaurimento, in cui la natura sembra riprendere fiato per continuare a soffrire, mi venne improvvisamente in mente la mia giovinezza, voi, mio maestro, e le vostre lezioni; mi resi conto di essere un uomo e subito mi chiesi: quale male ho subito nel mio corpo? Quale crimine ho commesso? Cosa ho perso di me stesso? Se in quel momento, così com’ero, dovessi ricominciare da zero a esistere, sarei forse un essere infelice? Questo pensiero, rapido come un lampo, portò nella mia anima un barlume di lucidità che però sparì presto; tuttavia fu sufficiente per farmi riconoscere la realtà. Mi resi conto chiaramente della mia condizione e capii che ero incapace di ragionare. L’orribile agitazione che dominava la mia anima non lasciava a nulla il tempo di farsi notare: non ero in grado di vedere nulla, di confrontare nulla, di riflettere, di decidere o di giudicare nulla. Quindi cercare di pensare a ciò che dovevo fare era solo un modo vano per tormentarmi; aggravare le mie sofferenze sarebbe stato inutile. L’unica cosa da fare era cercare di guadagnare tempo per rafforzare i miei sensi e calmare la mia immaginazione. Credo che questo sia l’unico approccio che anche voi avreste potuto adottare, se foste stati lì a guidarmi.
Deciso a lasciare sfogare la passione intensa che non riuscivo a contenere, mi abbandono a essa con una furia mista a una sorta di voluttà, come se avessi finalmente dato sollievo al mio dolore. Mi alzo in fretta e inizio a camminare senza seguire un percorso preciso: corro, vago da una parte all’altra, lascio che il mio corpo rifletta tutte le emozioni del mio cuore; ne sono completamente soggetto, senza alcuna restrizione. Mi ritrovo senza fiato; e mescolando i miei sospiri affannosi con il respiro mozzato, a volte mi sembra di essere sul punto di soffocare.
Le scosse di questa marcia precipitata sembravano stordirmi e allo stesso tempo sollevarmi. L’istinto, nelle passioni violente, suggerisce grida, movimenti, gesti che danno un corso ai pensieri e distraggono dalla passione stessa: finché ci si agita, si è semplicemente trascinati via dal flusso delle emozioni; il silenzio monotono, invece, è molto più temibile, poiché porta vicino al disperazione. Lo stesso sera trasformai questa differenza in una sorta di prova quasi ridicola, se tutto ciò che mostra la follia e la miseria umana dovesse mai suscitare risate in chiunque possa esserne vittima.
Dopo mille giri e ritorni fatti senza nemmeno accorgermene, mi trovo nel centro della città, circondato da carri, all’ora degli spettacoli, in una strada dove ne stava uno in corso. Sarei stato schiacciato nella calca, se qualcuno, tirandomi per il braccio, non mi avesse avvertito del pericolo. Mi getto dentro un portone aperto; era un caffè. Vengo avvicinato da persone che conosco; mi parlano, mi trascinano chissà dove. Colpito dal suono degli strumenti e dall’abbagliante luce delle luci, torno in me stesso, apro gli occhi. Mi trovo nella sala dello spettacolo, in un giorno di prima rappresentazione, schiacciato dalla folla, incapace di uscire.
Tremavo; ma presi una decisione. Non dissi nulla, rimasi calmo, per quanto mi costasse questa apparente tranquillità. C’era molto rumore, si parlava molto, qualcuno mi parlava. Non capendo nulla, cosa potevo rispondere? Ma uno di coloro che mi avevano portato menzionò casualmente il nome di mia moglie; a quel nome funesto emisi un grido acuto che fu udito da tutta l’assemblea e causò un certo trambusto. Mi ripresi rapidamente, e tutto si calmò. Tuttavia, avendo attirato l’attenzione delle persone intorno a me con quel grido, cercai il momento giusto per fuggire. Avvicinandomi gradualmente alla porta, riuscii finalmente a uscire prima che la riunione terminasse.
Entrando in strada e togliendo meccanicamente la mano che avevo tenuta sul mio seno per tutta la durata dello spettacolo, vidi i miei dita coperti di sangue; credetti persino di sentirne il flusso sulla mia pelle. Aprii il mio seno: era insanguinato e lacerato, proprio come il cuore che racchiudeva. Si potrebbe pensare che uno spettatore così “distaccato” durante lo spettacolo non fosse certo un buon giudice dell’opera che aveva appena ascoltato.
Mi affrettai a fuggire, tremando all’idea di essere ancora incontrato. La notte, che favoriva le mie fughe, mi permise di percorrere nuovamente le strade, come se volessi compensare la costrizione che avevo appena sperimentato: camminai per molte ore senza riposarmi nemmeno un attimo; infine, non riuscendo più a reggermi e trovandomi vicino al mio quartiere, tornai a casa, con il cuore che batteva all’impazzata. Chiesi cosa facesse mio figlio; mi dissero che stava dormendo. Rimasi in silenzio e sospirai. Le mie persone vollero parlarmi; io impose loro il silenzio. Mi gettai sul letto, ordinando a tutti di andare a dormire. Dopo alcune ore di riposo ancora più tormentose dell’agitazione della sera precedente, mi alzai prima dell’alba e, attraversando in silenzio le stanze, mi avvicinai alla camera di Sophie. Lì, senza riuscire a trattenermi, con la più abominevole codardia, coprii di baci e sommersi in un fiume di lacrime il battente della sua porta; poi, come un colpevole, me ne andai in silenzio, deciso a non tornare mai più in quella casa.
Ici finit ma vive mais courte folie, et je rentrai dans mon bon sens. Je crois même avoir fait ce que j’avais dû faire en cédant d’abord à la passion que je ne pouvais vaincre, pour pouvoir la gouverner ensuite après lui avoir laissé quelque essor. Le mouvement que je venais de suivre m’ayant disposé à l’attendrissement, la rage qui m’avait transporté jusqu’alors fit place à la tristesse, et je commençai à lire assez au fond de mon coeur pour y voir gravée en traits ineffaçables la plus profonde affliction. Je marchais cependant, je m’éloignais du lieu redoutable moins rapidement que la veille, mais aussi sans faire aucun détour. Je sortis de la ville ; et prenant le premier grand chemin, je me mis à le suivre d’une démarche lente et mal assurée qui marquait la défaillance et l’abattement. À mesure que le jour croissant éclairait les objets, je croyais voir un autre ciel, une autre terre, un autre univers ; tout était changé pour moi. Je n’étais plus le même que la veille, ou plutôt, je n’étais plus ; c’était ma propre mort que j’avais à pleurer. Ô combien de délicieux souvenirs vinrent assiéger mon coeur serré de détresse, et le forcer de s’ouvrir à leurs douces images pour le noyer de vains regrets ! Toutes mes jouissances passées venaient aigrir le sentiment de mes pertes, et me rendaient plus de tourments qu’elles ne m’avaient donné de voluptés. Ah ! qui est-ce qui connaît le contraste affreux de sauter tout d’un coup de l’excès du bonheur à l’excès de la misère, et de franchir cet immense intervalle, sans avoir un moment pour s’y préparer ? Hier, hier même, aux pieds d’une épouse adorée j’étais le plus heureux des êtres ; c’était l’amour qui m’asservissait à ses lois, qui me tenait dans sa dépendance ; son tyrannique pouvoir était l’ouvrage de ma tendresse, et je jouissais même de ses rigueurs. Que ne m’était-il donné de passer le cours des siècles dans cet état trop aimable, à l’estimer, la respecter, la chérir, à gémir de sa tyrannie, à vouloir la fléchir sans y parvenir jamais, à demander, implorer, supplier, désirer sans cesse, et jamais ne rien obtenir ! Ces temps, ces temps charmants de retour attendu, d’espérance trompeuse, valaient ceux mêmes où je la possédais. Et maintenant haï, trahi, déshonoré, sans espoir, sans ressource, je n’ai pas même la consolation d’oser former des souhaits… Je m’arrêtais, effrayé d’horreur à l’objet qu’il fallait substituer à celui qui m’occupait avec tant de charmes. Contempler Sophie avilie et méprisable ! Quels yeux pouvaient souffrir cette profanation ? Mon plus cruel tourment n’était pas de m’occuper de ma misère, c’était d’y mêler la honte de celle qui l’avait causée. Ce tableau désolant était le seul que je ne pouvais supporter.
La veille, ma douleur stupide et forcenée m’avait garanti de cette affreuse idée ; je ne songeais à rien qu’à souffrir. Mais, à mesure que le sentiment de mes maux s’arrangeait pour ainsi dire. au fond de mon coeur, forcé de remonter à leur source, je me retraçais malgré moi ce fatal objet. Les mouvements qui m’étaient échappés en sortant ne marquaient que trop l’indigne penchant qui m’y ramenait. La haine que je lui devais me coûtait moins que le dédain qu’il y fallait joindre ; et ce qui me déchirait le plus cruellement n’était pas tant de renoncer à elle que d’être forcé de la mépriser.
Mes premières réflexions sur elle furent amères. Si l’infidélité d’une femme ordinaire est un crime, quel nom fallait-il donner à la sienne ? Les âmes viles ne s’abaissent point en faisant des bassesses, elles restent dans leur état ; il n’y a point pour elles d’ignominie, parce qu’il n’y a point d’élévation. Les adultères des femmes du monde ne sont que des galanteries ; mais Sophie adultère est le plus odieux de tous les monstres : la distance de ce qu’elle est à ce qu’elle fut est immense ; non, il n’y a point d’abaissement, point de crime pareil au sien.
Mais moi, reprenais-je, moi qui l’accuse, et qui n’en ai que trop le droit, puisque c’est moi qu’elle offense, puisque c’est à moi que l’ingrate a donné la mort, de quel droit osé-je la juger si sévèrement avant de m’être jugé moi-même, avant de savoir ce que je dois me reprocher de ses torts ? Tu l’accuses de n’être plus la même ! Ô Émile ! et toi, n’as-tu point changé ? Combien je t’ai vu dans cette grande ville différent près d’elle de ce que tu fus jadis ! Ah ! son inconstance est l’ouvrage de la tienne. Elle avait juré de t’être fidèle ; et toi, n’avais tu pas juré de l’adorer toujours ? Tu l’abandonnes, et tu veux qu’elle te reste ! tu la méprises, et tu veux en être toujours honoré ! C’est ton refroidissement, ton oubli, ton indifférence, qui t’ont arraché de son cœur. Il ne faut point cesser d’être aimable quand on veut être toujours aimé. Elle n’a violé ses serments qu’à ton exemple ; il fallait ne la point négliger, et jamais elle ne t’eût trahi.
Quels sujets de plainte t’a-t-elle donnés dans la retraite où tu l’as trouvée, et où tu devais toujours la laisser ? Quel attiédissement as-tu remarqué dans sa tendresse ? Est-ce elle qui t’a prié de la tirer de ce lieu fortuné ? Tu le sais, elle l’a quitté avec le plus mortel regret. Les pleurs qu’elle y versait lui étaient plus doux que les folâtres jeux de la ville. Elle y passait son innocente vie à faire le bonheur de la tienne : mais elle t’aimait mieux que sa propre tranquillité. Après t’avoir voulu retenir, elle quitta tout pour te suivre. C’est toi qui du sein de la paix et de la vertu l’entraînas dans l’abîme de vices et de misères où tu t’es toi-même précipité. Hélas ! il n’a tenu qu’à toi seul qu’elle ne fût toujours sage, et qu’elle ne te rendît toujours heureux.
Ô Émile ! tu l’as perdue ; tu dois te haïr et la plaindre, mais quel droit as-tu de la mépriser ? Es-tu resté toi-même irréprochable ? Le monde n’a-t-il rien pris sur tes moeurs ? Tu n’as point partagé son infidélité, mais ne l’as-tu pas excusée, en cessant d’honorer sa vertu ? Ne l’as-tu pas excitée en vivant dans des lieux où tout ce qui est honnête est en dérision, où les femmes rougiraient d’être chastes, où le seul prix des vertus de leur sexe est la raillerie et l’incrédulité ? La foi que tu n’as point violée a-t-elle été exposée aux mêmes risques ? As-tu reçu comme elle ce tempérament de feu qui fait les grandes faiblesses ainsi que les grandes vertus ? As-tu ce corps trop formé par l’amour, trop exposé aux périls par ses charmes, et aux tentations par ses sens ? Ô que le sort d’une telle femme est à plaindre ! Quels combats n’a-t-elle point à rendre, sans relâche, sans cesse, contre autrui, contre elle-même ! Quel courage invincible, quelle opiniâtre résistance, quelle héroïque fermeté, lui sont nécessaires ! Que de dangereuses victoires n’a-t-elle pas à remporter tous les jours, sans autre témoin de ses triomphes que le ciel et son propre coeur ? Et après tant de belles années ainsi passées à souffrir, combattre et vaincre incessamment, un instant de faiblesse, un seul instant de relâche et d’oubli, souille à jamais cette vie irréprochable, et déshonore tant de vertus ! Femme infortunée ! hélas ! un moment d’égarement fait tous tes malheurs et les miens. Oui, son coeur est resté pur, tout me l’assure ; il m’est trop connu pour pouvoir m’abuser. Eh ! qui sait dans quels pièges adroits les perfides ruses d’une femme vicieuse et jalouse de ses vertus ont pu surprendre son innocente simplicité ? N’ai-je pas vu ses regrets, son repentir dans ses yeux ? n’est-ce pas sa tristesse qui m’a ramené moi-même à ses pieds ? n’est-ce pas sa touchante douleur qui m’a rendu toute ma tendresse ? Ah ! ce n’est pas là la conduite artificieuse d’une infidèle qui trompe son mari et qui se complaît dans sa trahison !
Here ended my brief but intense madness, and I returned to my senses. I even believe that by first yielding to the passion I could not overcome, I was able to later come into control of it after allowing it some scope to develop. The emotions that had moved me just now had made me tender; the rage that had driven me before gave way to sorrow, and I began to look deeply within my heart and saw there, etched in indelible lines, the deepest affliction. Yet as I walked away from that dreadful place, I did so more slowly than the day before—yet without taking any detours. I left the city and took the first major road, following it at a slow, uncertain pace that spoke of weakness and desolation. As the rising sun illuminated everything around me, it seemed to me as if I were in a different world, on a different earth, in a different universe—everything had changed for me. I was no longer the same person as the day before; rather, I no longer existed at all. It was my own death that I was now mourning. Oh, how many delightful memories assailed my heart, filled with sorrow, forcing it to embrace these sweet images and drowning it in vain regret! All my past pleasures only served to intensify my sense of loss, bringing me far more torment than they had ever brought joy. Ah! Who can understand the terrible contrast of suddenly jumping from extreme happiness to extreme misery, crossing this immense gap without a moment to prepare oneself? Just yesterday, at the feet of a beloved wife, I was the happiest of men—love was what bound me to its laws, kept me in its dependence; its tyrannical power was the result of my own tenderness, and I even found pleasure in its rigors. How I wished I could spend centuries in such a delightful state, admiring her, respecting her, loving her, lamenting her tyranny, trying in vain to soften it, constantly asking for her, begging her, longing for her—but never achieving anything! Those times, those charming moments of anticipated return, of deceptive hope, were just as valuable as the times when I truly possessed her. And now—hated, betrayed, dishonored, with no hope, no resources—I no longer even have the consolation of daring to make any wishes. I stopped in horror at the thought of what had to replace everything that had once filled my life with such charm. To contemplate Sophie degraded and despised! What eyes could endure such a profanation? My greatest torment was not the suffering of my own misery—it was the added humiliation of involving her in it. That desolate sight was the only thing I simply could not bear.
The previous day, my foolish and forced suffering had convinced me of the horror of that idea; all I could think about was enduring pain. But as the sensation of my afflictions, so to speak, settled deep within my heart and forced me to trace their origin back to their source, I found myself involuntarily revisiting that fateful object again. The actions I had performed in leaving had only too clearly revealed the despicable inclination that drew me back to it. The hatred I felt toward it seemed less painful than the contempt I was forced to harbor; and what caused me the greatest agony was not so much the act of giving it up as the necessity of despising it.
My first thoughts about her were bitter. If the infidelity of an ordinary woman is considered a crime, what name should be given to hers? Vile souls do not stoop to such baseness; they remain in their true state. For them, there is no shame, because there is no possibility of elevation at all. The adulteresses of ordinary women are nothing but mere flirtatious affairs; but Sophie, who committed adultery, is the most abhorrent of all monsters. The gap between what she is now and what she once was is immense. No, there is no such thing as degradation; there is no crime more terrible than hers.
“But I,” I continued, “I who accuse her—and who have every right to do so, since it is I she offends, since it is to me that this ungrateful woman has given death—what right do I have to judge her so harshly, before judging myself first, before knowing what I myself have to blame for her wrongs? You accuse her of no longer being the same person! Oh, Émile! But haven’t you changed too? How often have I seen you, in this great city, so different near her than you were once! Ah! Her infidelity is the result of your own actions. She had sworn to be faithful to you; and you—hadn’t you also sworn to adore her forever? You abandon her, yet expect her to remain with you! You despise her, yet want to continue to be honored by her! It is your coldness, your forgetfulness, your indifference that have driven her away from your heart. One must never cease to be kind if one wants to always be loved. She only broke her promises because of your example; you should not have neglected her, and she would never have betrayed you.”
What subjects of complaint did she bring up to you in that retreat where you found her, and where you were obliged to leave her behind? What signs of distress did you notice in her demeanor? Was it she who asked you to take her away from that fortunate place? You know well that she left it with the deepest regret. The tears she shed there were far more soothing to her than the frivolous pleasures of the city. There, she spent her innocent life making your happiness; yet she loved you more than her own peace and tranquility. After trying to hold you back, she gave up everything to follow you. It was you who, from the midst of peace and virtue, led her into the abyss of vice and misery into which you yourself had plunged. Alas! It would have been entirely up to you to ensure that she remained wise and continued to bring you happiness.
Oh, Émile! You have lost her; you must hate yourself and mourn for her, but what right do you have to despise her? Have you remained flawless yourself? Has the world not influenced your character in any way? You did not share in her infidelity, but did you not excuse it by ceasing to honor her virtue? Did you not encourage it by living in a place where everything honorable is mocked, where women would be ashamed to be chaste, where the only reward for the virtues of their sex is ridicule and disbelief? The faith you did not betray—has it not been exposed to the same dangers? Have you received, like her, that fiery temperament which gives rise to both great weaknesses and great virtues? Do you possess that body, too deeply shaped by love, too vulnerable to peril because of its charms, too susceptible to temptation because of its senses? Oh, what a pitiable fate for such a woman! How many battles must she fight—unremittingly, constantly, against others and against herself! What invincible courage, what tenacious resistance, what heroic steadfastness are required of her! How many dangerous victories must she win every day, with nothing but the heavens and her own heart as witnesses to her triumphs? And after so many beautiful years spent suffering, fighting, and winning relentlessly, a single moment of weakness, a single moment of relaxation or forgetfulness—can forever tarnish such an impeccable life and dishonor so many virtues! Unfortunate woman. Alas, one moment of error brings about all your misfortunes and mine. Yes, her heart remains pure; I am certain of it—it is too familiar to me to deceive me. But who knows what cunning traps the treacherous schemes of a vicious, jealous woman might have set for her innocent simplicity? Have I not seen her regrets, her repentance in her eyes? Was it not her sorrow that brought me back to her side? Was it not her touching pain that made me feel all my tenderness toward her again? Ah! This is certainly not the artificial behavior of a woman who deceives her husband and takes pleasure in her betrayal.
Qui finisce questa mia folle e breve follia. E ritorno in me stesso. Credo persino di aver fatto ciò che dovevo fare: prima lasciandomi trascinare da una passione che non riuscivo a dominare, per poi poterla controllare dopo averle dato spazio. Il sentimento che avevo appena provato mi aveva reso incline alla commozione; la rabbia che fino ad allora mi aveva posseduto lasciò il posto al dolore. E iniziai a scrutare nel profondo del mio cuore per scoprirvi, incisi con tratti indelebili, il più profondo dolore. Camminavo. Mi allontanavo da quel luogo terribile, ma non così rapidamente come la sera prima. E senza prendere alcun sentiero diverso. Uscii dalla città e, prendendo la prima strada principale, iniziai a percorrerla con passi lenti e incerti, segni evidenti della mia debolezza e del mio sconforto. Man mano che il giorno si faceva più chiaro, mi sembrava di vedere un altro cielo, un’altra terra, un altro universo. Tutto era cambiato per me. Non ero più lo stesso di la sera prima. O meglio. Non ero più affatto. Era la mia stessa morte che dovevo piangere. Oh, quante deliziose memorie vennero ad assediare il mio cuore stretto dal dolore, costringendolo ad aprirsi alle loro dolci immagini e sommergendolo in vane rimpianti! Tutti i miei piaceri passati non facevano che acuire il senso delle mie perdite, infliggendomi più tormenti di quanti piacimenti mi avessero dato. Ah, chi può comprendere l’orribile contrasto tra passare improvvisamente dall’estremo della felicità all’estremo della miseria, attraversando un abisso così immenso senza avere nemmeno un momento per prepararsi? Ieri, proprio ieri, ai piedi di una moglie adorata, ero l’essere più felice del mondo; era l’amore che mi assoggettava alle sue leggi, che mi teneva nella sua dipendenza. Il suo potere tirannico era il risultato della mia tenerezza, e anzi ne godevo persino le “rigorosità”. Che cosa non avrei dato per trascorrere intere età in questo stato così delizioso: amarla, rispettarla, coccolarla, gemere sotto la sua tirannia, cercare di piegarla senza mai riuscirci, chiedere, implorare, desiderare incessantemente, eppure non ottenere mai nulla! Quei tempi, quei meravigliosi momenti di attesa, di speranze illuse, valevano davvero quelli in cui la possedevo. E ora, odiato, tradito, disonorato, senza speranza, senza risorse, non ho nemmeno il conforto di osare formulare desideri. Mi fermavo, terrorizzato dall’idea di dover sostituire con qualcosa di orribile ciò che fino ad allora mi aveva riempito di gioia. Guardare Sophie umiliata e disprezzabile. Quali occhi potevano sopportare una tale profanazione? Il mio tormento più crudele non era il pensiero della mia stessa miseria, ma il fatto che essa fosse legata all’onta di colui che l’aveva causata. Quel quadro desolante, era l’unico che non riuscivo a sopportare.
La sera prima, quel dolore stupido e violento mi aveva convinto della veridicità di quell’idea orribile; non pensavo ad altro che a soffrire. Ma man mano che il senso dei miei mali iniziava, per così dire, a risalire alle sue origini nel profondo del mio cuore, mi ritrovavo costretto, contro la mia volontà, a ripensare a quell’oggetto fatale. I gesti che avevo compiuto uscendo di casa evidenziavano troppo chiaramente quella tendenza indegna che mi spingeva nuovamente verso di esso. L’odio che provavo per lei mi costava meno del disprezzo che dovevo aggiungere; e ciò che mi lacerava più crudelmente non era tanto il dover rinunciarvi, quanto essere costretto a disprezzarla.
Le mie prime riflessioni su di lei furono amare. Se l’infedeltà di una donna comune è un crimine, quale nome si dovrebbe dare alla sua? Le anime vili non si abbassano compiendo atti disonori; rimangono nel loro stato originale; per loro non esiste alcuna ignominia, perché non esiste alcun rialzamento morale. Gli adulteri delle donne comuni sono soltanto manifestazioni di galanteria; ma Sophie, che commette adulterio, è il più odioso di tutti i mostri: la distanza tra ciò che è ora e ciò che era un tempo è immensa. No, non esiste alcun abisso morale, nessun crimine paragonabile al suo.
Ma io, riprendevo, io che la accuso e che ho tutto il diritto di farlo, poiché è a me che offende, poiché è a me che questa ingrata ha inflitto la morte, con quale diritto oso giudicarla così severamente senza prima aver giudicato me stesso, senza sapere quali colpe devo rimproverarmi per i suoi torti? La accusi di non essere più la stessa. Oh Émile! E tu, non sei forse cambiato anche tu? Quanto ti ho visto, in questa grande città, diverso da come eri un tempo al suo fianco! Ah. La sua infedeltà è il risultato della tua. Lei aveva giurato di essere fedele a te; e tu, non avevi forse giurato di adorarla per sempre? La abbandoni, e vuoi che ti rimanga accanto. La disprezi, e vuoi comunque essere onorato da lei. È il tuo distacco, la tua dimenticanza, la tua indifferenza a esserti strappato dal suo cuore. Non si deve mai smettere di essere gentili se si desidera essere sempre amati. Lei ha infranto i suoi giuramenti soltanto a causa tua; non avresti dovuto trascurarla. E lei non ti avrebbe mai tradito.
Quali motivi di lamentela ti ha fornito in quel luogo di ritiro dove l’hai trovata, e dove dovevi necessariamente lasciarla? Quale tristezza hai notato nella sua dolcezza? È stata lei a chiederti di portarla via da quel luogo felice? Lo sai bene: se n’è andata con il più profondo rimpianto. Le lacrime che versava lì erano più dolci dei giochi frivoli della città. Trascorreva la sua vita innocente rendendo felice la tua; ma ti amava di più della propria tranquillità. Dopo aver cercato di trattenerla, ha lasciato tutto per seguirti. Sei stato tu a trascinarla, dal regno della pace e della virtù, nell’abisso dei vizi e delle miserie in cui sei caduto tu stesso. Ahimè. Sarebbe bastato che tu facessi solo il tuo dovere perché rimanesse sempre saggia e ti rendesse sempre felice.
Oh, Émile! L’hai persa. Devi odiarti e piangerla, ma quale diritto hai di disprezzarla? Sei rimasto tu stesso irreprensibile? Il mondo non ha forse influenzato le tue abitudini? Non hai condiviso la sua infedeltà, ma l’hai forse giustificata, smettendo di onorare la sua virtù? Non l’hai forse incoraggiata vivendo in luoghi dove tutto ciò che è onesto viene deriso, dove le donne arrossirebbero di essere caste, dove l’unica ricompensa per le virtù del loro sesso è il sarcasmo e l’incredulità? La fede che non hai mai tradito è stata forse esposta agli stessi pericoli? Hai ricevuto, come lei, quel temperamento appassionato che genera sia grandi debolezze che grandi virtù? Possiedi quel corpo troppo sensuale, troppo esposto ai pericoli a causa dei suoi fascini e alle tentazioni dei suoi sensi. Oh, quanto è tragico il destino di una donna del genere! Quanti combattimenti deve sostenere, senza tregua, contro gli altri e contro se stessa. Quanto coraggio invincibile, quanta tenace resistenza, quanta eroica fermezza le sono necessarie. Quante pericolose “vittorie” deve conquistare ogni giorno, senza altro testimone dei suoi trionfi che il cielo e il suo stesso cuore. E dopo tanti anni trascorsi così, a soffrire, combattere e vincere incessantemente, un solo momento di debolezza, un solo attimo di distrazione o d’oblio, basta per macchiare per sempre una vita irreprensibile e disonorare tante virtù. Donna sfortunata. Ahimè, un solo momento di errore causa tutti i tuoi mali e anche i miei. Sì, il suo cuore è rimasto puro. Me lo assicurano tutti; mi è troppo familiare per potermi ingannare. Ma chi sa in quali insidie abili le perfide astuzie di una donna malvagia e gelosa delle sue virtù possano aver intrappolato la sua innocente semplicità. Non ho forse visto i suoi rimpianti, il suo pentimento nei suoi occhi? Non è stata la sua tristezza a riportarmi ai suoi piedi? Non è stata la sua commovente sofferenza a rendermi di nuovo tenero verso di lei? Ah. Questa non è certo l’astuzia calcolata di una donna infedele che tradisce il proprio marito e si compiace nella propria slealtà.
Puis, venant ensuite à réfléchir plus en détail sur sa conduite et sur son étonnante déclaration, que ne sentais-je point en voyant cette femme timide et modeste vaincre la honte par la franchise, rejeter une estime démentie par son coeur, dédaigner de conserver ma confiance et sa réputation en cachant une faute que rien ne la forçait d’avouer, en la couvrant des caresses qu’elle a rejetées, et craindre d’usurper ma tendresse de père pour un enfant qui n’était pas de mon sang ! Quelle force n’admirais-je pas dans cette invincible hauteur de courage, qui, même au prix de l’honneur et de la vie, ne pouvait s’abaisser à la fausseté, et portait jusque dans le crime l’intrépide audace de la vertu ! Oui, me disais-je avec un applaudissement secret, au sein même de l’ignominie cette âme forte conserve encore tout son ressort ; elle est coupable sans être vile ; elle a pu commettre un crime, mais non pas une lâcheté.
C’est ainsi que peu à peu le penchant de mon coeur me ramenait en sa faveur à des jugements plus doux et plus supportables. Sans la justifier je l’excusais ; sans pardonner ses outrages, j’approuvais ses bons procédés. Je me complaisais dans ces sentiments. Je ne pouvais me défaire de tout mon amour ; il eût été trop cruel de le conserver sans estime. Sitôt que je crus lui en devoir encore, je sentis un soulagement inespéré. L’homme est trop faible pour pouvoir conserver longtemps des mouvements extrêmes. Dans l’excès même du désespoir la providence nous ménage des consolations. Malgré l’horreur de mon sort, je sentais une sorte de joie à me représenter Sophie estimable et malheureuse ; j’aimais à fonder ainsi l’intérêt que je ne pouvais cesser de prendre à elle. Au lieu de la sèche douleur qui me consumait auparavant, j’avais la douceur de m’attendrir jusqu’aux larmes. Elle est perdue à jamais pour moi, je le sais, me disais-je ; mais du moins j’oserai penser encore à elle, j’oserai la regretter, j’oserai quelquefois encore gémir et soupirer sans rougir.
Cependant j’avais poursuivi ma route, et, distrait par ces idées, j’avais marché tout le jour sans m’en apercevoir, jusqu’à ce qu’enfin, revenant à moi et n’étant plus soutenu par l’animosité de la veille, je me sentis d’une lassitude et d’un épuisement qui demandaient de la nourriture et du repos. Grace aux exercices de ma jeunesse, j’étais robuste et fort, je ne craignais ni la faim ni la fatigue ; mais mon esprit malade avait tourmenté mon corps, et vous m’aviez bien plus garanti des passions violentes qu’appris à les supporter. J’eus peine à gagner un village qui était encore à une lieue de moi. Comme il y avait près de trente-six heures que je n’avais pris aucun aliment, je soupai, et même avec appétit ; je me couchai, délivré des fureurs qui m’avaient tant tourmenté, content d’oser penser à Sophie, et presque joyeux de l’imaginer moins défigurée et plus digne de mes regrets que je n’avais espéré.
Je dormis paisiblement jusqu’au matin. La tristesse et l’infortune respectent le sommeil et laissent du relâche à l’âme ; il n’y a que les remords qui n’en laissent point. En me levant je me sentis l’esprit assez calme et en état de délibérer sur ce que j’avais à faire. Mais c’était ici la plus mémorable ainsi que la plus cruelle époque de ma vie. Tous mes attachements étaient rompus ou altérés, tous mes devoirs étaient changés ; je ne tenais plus à rien de la même manière qu’auparavant, je devenais pour ainsi dire un nouvel être. Il était important de peser mûrement le parti que j’avais à prendre. J’en pris un provisionnel pour me donner le loisir d’y réfléchir. J’achevai le chemin qui restait à faire jusqu’à la ville la plus prochaine ; j’entrai chez un maître, et je me mis à travailler de mon métier, en attendant que la fermentation de mes esprits fût tout-à-fait apaisée, et que je pusse voir les objets tels qu’ils étaient.
Je n’ai jamais mieux senti la force de l’éducation que dans cette cruelle circonstance. Né avec une âme faible, tendre à toutes les impressions, facile à troubler, timide à me résoudre, après les premiers moments cédés à la nature, je me trouvai maître de moi-même et capable de considérer ma situation avec autant de sang-froid que celle d’un autre. Soumis à la loi de la nécessité, je cessai mes vains murmures, je pliai ma volonté sous l’inévitable joug ; je regardai le passé comme étranger à moi ; je me supposai commencer de naître ; et, tirant de mon état présent les règles de ma conduite, en attendant que j’en fusse assez instruit, je me mis paisiblement à l’ouvrage comme si j’eusse été le plus content des hommes.
Je n’ai rien tant appris de vous dès mon enfance qu’à être toujours tout entier où je suis, à ne jamais faire une chose et rêver à une autre, ce qui proprement est ne rien faire et n’être tout entier nulle part. Je n’étais donc attentif qu’à mon travail durant la journée : le soir je reprenais mes réflexions ; et relayant ainsi l’esprit et le corps l’un par l’autre, j’en tirais le meilleur parti qu’il m’était possible sans jamais fatiguer aucun des deux.
Dès le premier soir, suivant le fil de mes idées de la veille, j’examinai si peut-être je ne prenais point trop à coeur le crime d’une femme, et si ce qui me paraissait une catastrophe de ma vie n’était point un événement trop commun pour devoir être pris si gravement. Il est certain, me disais-je, que partout où les moeurs sont en estime les infidélités des femmes déshonorent les maris ; mais il est sûr aussi que dans toutes les grandes villes, et partout où les hommes, plus corrompus, se croient plus éclairés, on tient cette opinion pour ridicule et peu sensée. L’honneur d’un homme, disent-ils, dépend-il de sa femme ? Son malheur doit-il faire sa honte ? et peut-il être déshonoré des vices d’autrui ? L’autre morale a beau être sévère, celle-ci paraît plus conforme à la raison.
D’ailleurs, quelque jugement qu’on portât de mes procédés, n’étais-je pas, par mes principes, au-dessus de l’opinion publique ? Que m’importait ce qu’on penserait de moi, pourvu que dans mon propre coeur je ne cessasse point d’être bon, juste, honnête ? Était-ce un crime d’être miséricordieux ? était-ce une lâcheté de pardonner une offense ? Sur quels devoirs allais-je donc me régler ? Avais-je si longtemps dédaigné le préjugé des hommes pour lui sacrifier enfin mon bonheur ?
Mais quand ce préjugé serait fondé, quelle influence peut-il avoir dans un cas si différent des autres ? Quel rapport d’une infortunée au désespoir, à qui le remords seul arrache l’aveu de son crime, à ces perfides qui couvrent le leur du mensonge et de la fraude, ou qui mettent l’effronterie à la place de la franchise, et se vantent de leur déshonneur ? Toute femme vicieuse, toute femme qui méprise encore plus son devoir qu’elle ne l’offense, est indigne de ménagement ; c’est partager son infamie que la tolérer. Mais celle à qui l’on reproche plutôt une faute qu’un vice, et qui l’expie par ses regrets, est plus digne de pitié que de haine ; on peut la plaindre et lui pardonner sans honte ; le malheur même qu’on lui reproche est garant d’elle pour l’avenir. Sophie, restée estimable jusque dans le crime, sera respectable dans son repentir ; elle sera d’autant plus fidèle, que son cœur, fait pour la vertu, a senti ce qu’il en coûte à l’offenser ; elle aura tout à la fois la fermeté qui la conserve et la modestie qui la rend aimable ; l’humiliation du remords adoucira cette âme orgueilleuse, et rendra moins tyrannique l’empire que l’amour lui donna sur moi ; elle en sera plus soigneuse et moins fière ; elle n’aura commis une faute que pour se guérir d’un défaut.
Then, as I began to reflect more deeply on her behavior and her astonishing declaration, how could I not admire the way this timid and modest woman overcame shame through honesty, rejected an estimation that was contrary to what her heart told her, refused to betray my trust or her reputation by hiding a fault for which she had no reason to confess it, covered it with caresses that she herself had rejected, and even dared not exploit my fatherly tenderness toward a child who was not of my blood! What strength I beheld in this invincible courage—that, even at the cost of honor and life, would never stoop to falsehood, but carried the fearless audacity of virtue right up to the brink of crime! Yes, I thought to myself with secret admiration, amidst all this disgrace, this strong soul still retains its full strength; it is guilty, yet not vile; it has committed a crime, but not a cowardly one.
In this way, little by little, the inclination of my heart led me to form gentler and more tolerable judgments towards her. Without justifying her actions, I excused them; without forgiving her offenses, I acknowledged her good intentions. I took pleasure in these feelings. I could not shake off all my love for her; it would have been too cruel to retain it without any respect. The moment I believed I still owed her something, I felt an unexpected relief. Man is too weak to maintain extreme emotions for a long time; even in the depths of despair, providence reserves some consolations for us. Despite the horror of my fate, I found some joy in imagining Sophie as a worthy but unfortunate person; I took pleasure in finding reasons to continue caring for her. Instead of the bitter sorrow that had consumed me before, I now felt a tenderness that brought tears to my eyes. I knew she was lost to me forever, but at least I would still dare to think of her, dare to mourn her, and sometimes even dare to sigh and groan without shame.
However, I had continued on my way, and, distracted by these thoughts, I had walked all day without even realizing it. Finally, when I came back to my senses and was no longer affected by the hostility of the previous day, I felt such exhaustion and weariness that I needed food and rest. Thanks to the exercises of my youth, I was strong and robust; I feared neither hunger nor fatigue. But my troubled mind had tormented my body, and you had done far more to prevent me from succumbing to violent passions than to teach me how to endure them. It took me great effort to reach a village that was still a mile away. Since it had been nearly thirty-six hours since I had eaten anything, I ate dinner—and even with an appetite. I went to bed, free from the fierce emotions that had plagued me so much, content to think of Sophie again, and even somewhat pleased to imagine her less disfigured and more worthy of my regret than I had hoped.
I slept peacefully until morning. Sadness and misfortune respect sleep and allow the soul to rest; only remorse does not allow such respite. Upon waking, I felt my mind sufficiently calm to consider what I ought to do next. But this was the most memorable—and also the cruelest—period of my life. All my attachments had been severed or altered, all my responsibilities had changed; I no longer held onto anything in the same way as before; I had become, in a sense, a new person. It was essential to carefully weigh the choices before me. I made a provisional decision, giving myself time to reflect further. I completed the remaining journey to the nearest town, found a master, and began working at my trade, waiting until the turmoil in my mind had completely subsided and I could see things as they truly were.
I have never felt the power of education more keenly than in this cruel circumstance. Born with a weak soul, susceptible to all impressions, easily disturbed, and hesitant in making decisions, after initially yielding to my natural tendencies, I found myself in control of myself and able to assess my situation with as much calmness as anyone else would. Subdued by the laws of necessity, I ceased my futile complaints, submitted my will to the inevitable fate, regarded the past as something alien to me, and considered myself as if I were beginning to live anew. Drawing guidelines for my behavior from my current state, and waiting until I had learned enough, I began to work diligently, as if I were one of the happiest people in the world.
What I learned most from you since my childhood was to always be entirely where I am, never to do one thing while dreaming of another—since doing nothing at all and being entirely nowhere is, in essence, the same thing. Therefore, I focused solely on my work during the day; in the evening, I would resume my reflections. By alternating between my mind and my body in this way, I managed to make the best use of both without ever exhausting either one.
From the very first evening, following the train of thoughts from the previous day, I began to question whether I was taking the crime committed by a woman too seriously, and whether what seemed like a catastrophe in my life was actually something all too common to be regarded with such grave concern. I told myself that it was certainly true that wherever morals are respected, a woman’s infidelity brings shame upon her husband; but it was also undeniable that in all large cities, and wherever men—being more corrupt and considering themselves more enlightened—view such beliefs as ridiculous and irrational. After all, they argued, does a man’s honor depend on his wife? Should his misfortune be considered a disgrace for him? And can he truly be held responsible for the vices of others? Though that other morality may be strict, this one seems far more in line with reason.
After all, no matter what judgment people might pass on my methods, did I not, by virtue of my principles, stand above public opinion? What did it matter what others thought of me, so long as I remained good, just, and honest in my own heart? Was it a crime to be merciful? Was it cowardly to forgive an offense? Upon what duties was I then supposed to base my actions? Had I for so long despised the prejudices of mankind, only to finally sacrifice my own happiness for them?
But even if such a prejudice were justified, what influence could it have in a case so different from all others? What is the difference between an unfortunate woman who is forced to confess her crime out of remorse alone, and those treacherous individuals who cover up their own sins with lies and deceit, or who replace honesty with audacity and even boast about their disgrace? Any woman who is wicked, any woman who despises her duties even more than she offends them, is unworthy of consideration; tolerating her is tantamount to sharing in her infamy. But a woman who is chiefly blamed for a mistake rather than a vice, and who atones for it through regret, deserves pity rather than hatred; we can mourn for her and forgive her without shame. Even the misfortune that is attributed to her serves as a guarantee of her future reform. Sophie, who remained worthy even in her crime, will be respected in her repentance. She will be all the more faithful, for her heart, destined for virtue, has experienced the cost of violating it; she will possess both the resolve needed to remain virtuous and the humility that makes her endearing. The humiliation of remorse will soften that proud soul and reduce the tyranny that love once exercised over me; she will be more cautious in her actions and less arrogant; she will have committed a mistake only in order to overcome a flaw within herself.
Poi, riflettendo più attentamente sul suo comportamento e sulla sua sorprendente dichiarazione, come non provavo ammirazione nel vedere questa donna timida e modesta superare la vergogna con la franchezza, rifiutare un giudizio ingiusto dettato dal suo cuore, preferire perdere la mia fiducia e la sua reputazione piuttosto che nascondere un errore che nessuno le imponeva di ammettere, coprire quel errore con carezze che lei stessa aveva rifiutato, e temere persino di usurpare la mia tenerezza di padre verso una figlia che non era mia! Quanta forza non ammiravo in questa invincibile nobiltà d’animo, che, anche a costo dell’onore e della vita, non si abbassava mai alla menzogna, e portava fino al crimine l’audacia intrepida della virtù! Sì, mi dicevo con un segreto ammiramento: anche nel mezzo dell’ignominia, quest’anima forte conserva tutta la sua forza; è colpevole, ma non vile; ha potuto commettere un crimine, ma non una codardia.
E così, poco a poco, il sentimento che provavo per lei mi spingeva ad assumere giudizi più dolci e più tollerabili nei suoi confronti. Senza giustificarla, la scusavo; senza perdonare le sue offese, approvavo i suoi buoni comportamenti. Mi compiacevo in questi sentimenti. Non riuscivo a liberarmi di tutto l’amore che provavo per lei; sarebbe stato troppo crudele continuare ad amarla senza rispetto. Non appena pensai di doverle ancora qualcosa, provai un sollievo inaspettato. L’uomo è troppo debole per poter mantenere a lungo sentimenti estremi. Anche nell’estremo della disperazione, la provvidenza ci riserva delle consolazioni. Nonostante l’orrore della mia sorte, provavo una sorta di gioia nel pensare a Sophie, stimabile e sfortunata; mi piaceva così fondare l’interesse che non riuscivo a smettere di provare per lei. Al posto del dolore secco che prima mi consumava, ora provavo la dolcezza di commuovermi fino alle lacrime. Lei è perduta per sempre, lo so. Ma almeno oserò ancora pensare a lei, oserò rimpiangerla, oserò talvolta ancora gemere e sospirare senza vergogna.
Tuttavia, avevo proseguito per la mia strada; distratto da queste riflessioni, avevo camminato tutto il giorno senza nemmeno accorgermene, fino a quando, finalmente, tornando in me stesso e non più sopportato dall’animosità della vigilia, mi sentii pervadere da una stanchezza e da un’esaurimento che richiedevano cibo e riposo. Grazie agli esercizi della mia giovinezza, ero robusto e forte; non temevo né la fame né la fatica. Ma la mia mente malata aveva tormentato il mio corpo, e voi mi avevate assicurato molto di più sulla possibilità di controllare le passioni violente che mi assalivano, piuttosto che insegnarmi a sopportarle. Feci fatica ad arrivare in un villaggio che si trovava ancora a una lega da me. Poiché erano passate quasi trentasei ore dall’ultima volta che avevo mangiato, cenai. Anzi, con appetito! Mi misi a letto, liberato dalle furie che mi avevano tormentato così tanto; felice di poter pensare a Sophie, e quasi lieto all’idea che fosse meno sfigurata e più degna dei miei rimpianti di quanto avessi sperato.
Dormii serenamente fino al mattino. La tristezza e l’infortunio rispettano il sonno e concedono un po’ di riposo all’anima; solo i rimorsi non le danno tregua. Alzandomi, mi sentii abbastanza calmo e in grado di riflettere su ciò che dovevo fare. Ma quel momento fu sia il più memorabile che il più crudele della mia vita: tutti i miei legami erano spezzati o alterati, tutti i miei doveri erano cambiati; non tenevo più a nulla nello stesso modo di prima. Diventavo, in qualche modo, una nuova persona. Era importante valutare con attenzione la decisione da prendere; ne presi quindi una provvisoria, per darmi il tempo di rifletterci sopra. Continuai il mio viaggio fino alla città più vicina, entrai in casa di un maestro e iniziai a lavorare nel mio mestiere, aspettando che le mie emozioni si placassero del tutto e che potessi vedere le cose con chiarezza.
Non ho mai percepito con tanta chiarezza la forza dell’educazione in una circostanza così crudele. Nato con un’anima debole, sensibile a ogni impressione, facilmente turbato e timido nel prendere decisioni, dopo i primi momenti in cui mi sono lasciato guidare dalla natura, sono riuscito a prendere il controllo di me stesso e ad affrontare la mia situazione con la stessa calma di chiunque altro. Sottomettendomi alla legge della necessità, ho smesso di lamentarmi inutilmente, ho piegato la mia volontà sotto il giogo inevitabile delle circostanze; ho considerato il passato come qualcosa che non mi riguardava più; mi sono immaginato di essere appena nato; e, tracciando le regole della mia condotta dal mio stato attuale, in attesa di diventare abbastanza saggio per comprenderle meglio, ho iniziato a lavorare con serenità, come se fossi la persona più felice del mondo.
Fin da bambino, non ho imparato nulla di più da voi se non che bisogna essere sempre completamente se stessi nel luogo in cui ci si trova, senza mai fare una cosa mentre si sogna un’altra, il che, in sostanza, significa non fare nulla e non essere completamente da nessuna parte. Quindi, durante il giorno, ero concentrato solo sul mio lavoro; la sera riprendevo le mie riflessioni. In questo modo, alternando mente e corpo l’uno all’altro, ne traevo il massimo beneficio possibile, senza mai stancare nessuno dei due.
Fin dalla prima sera, seguendo il filo dei miei pensieri del giorno precedente, esaminai se forse non stessi prendendo troppo sul serio il crimine commesso da una donna, e se ciò che mi sembrava una catastrofe nella mia vita non fosse in realtà un evento troppo comune per essere considerato così grave. “È certo”, mi dicevo, “che ovunque le usanze siano rispettabili, l’infedeltà delle donne disonora i mariti; ma è altrettanto certo che nelle grandi città, e ovunque gli uomini, più corrotti e presuntamente più illuminati, considerino tale opinione ridicola e insensata. L’onore di un uomo”, dicono loro, “dipende forse dalla sua donna? Il suo dolore dovrebbe costituire la sua vergogna? E può davvero essere disonorato a causa dei vizi altrui?” Anche se quella morale è severa, questa sembra più in linea con la ragione.
Del resto, qualunque fosse il giudizio che si potesse formulare sui miei metodi, non ero forse, per i miei principi, al di sopra dell’opinione pubblica? Che importanza aveva ciò che la gente pensava di me, purché nel mio cuore continuassi a essere buono, giusto, onesto? Era un crimine essere misericordiosi? Era una codardia perdonare un’offesa? Su quali doveri dovevo dunque basarmi? Avevo forse disdegnato così a lungo i pregiudizi degli uomini da sacrificarvi infine la mia felicità?
Ma anche quando questo pregiudizio fosse fondato, quale influenza potrebbe avere in un caso così diverso dagli altri? Qual è il rapporto tra una sfortunata, a cui solo il rimorso spinge ad ammettere il proprio crimine, e queste donne perfide che nascondono i propri errori con menzogne e inganni, o che sostituiscono la franchezza con l’arroganza, vantandosi persino del proprio disonore? Ogni donna malvagia, ogni donna che disprezza ancora di più il proprio dovere piuttosto che violarlo, è indegna di considerazione; tollerarla significa condividerne la vergogna. Ma quella a cui si rimprovera piuttosto un errore che un vizio, e che lo espiata con i propri rimorsi, merita più pietà che odio; si può compatirla e perdonarla senza vergogna; persino il male che le viene attribuito costituisce una garanzia della sua rettitudine in futuro. Sophie, rimasta stimabile anche nel crimine, sarà rispettabile nel suo pentimento; sarà ancora più fedele, poiché il suo cuore, fatto per la virtù, ha compreso a quale prezzo si commette un errore; avrà sia la fermezza necessaria per non cadere nuovamente in fallo, sia la modestia che la rende amabile; l’umiliazione del rimorso addolcirà quell’anima orgogliosa e renderà meno tirannica l’influenza che l’amore aveva su di me. Ne sarà più consapevole e meno presuntuosa; avrà commesso un errore soltanto per liberarsi di un difetto.
Quand les passions ne peuvent nous vaincre à visage découvert, elles prennent le masque de la sagesse pour nous surprendre, et c’est en imitant le langage de la raison qu’elles nous y font renoncer. Tous ces sophismes ne m’en imposaient que parce qu’ils flattaient mon penchant. J’aurais voulu pouvoir revenir à Sophie infidèle, et j’écoutais avec complaisance tout ce qui semblait autoriser ma lâcheté. Mais j’eus beau faire, ma raison, moins traitable que mon cœur, ne put adopter ces folies. Je ne pus me dissimuler que je raisonnais pour m’abuser, non pour m’éclairer. Je me disais avec douleur, mais avec force, que les maximes du monde ne font point loi pour qui veut vivre pour soi-même, et que, préjugés pour préjugés, ceux des bonnes moeurs en ont un de plus qui les favorise ; que c’est avec raison qu’on impute à un mari le désordre de sa femme, soit pour l’avoir mal choisie, soit pour la mal gouverner ; que j’étais moi-même un exemple de la justice de cette imputation, et que, si Émile eût été toujours sage, Sophie n’eût jamais failli ; qu’on a droit de présumer que celle qui ne se respecte pas elle-même respecte au moins son mari, s’il en est digne, et s’il sait conserver son autorité ; que le tort de ne pas prévenir le dérèglement d’une femme est aggravé par l’infamie de le souffrir ; que les conséquences de l’impunité sont effrayantes, et qu’en pareil cas cette impunité marque dans l’offensé une indifférence pour les moeurs honnêtes, et une bassesse d’âme indigne de tout honneur.
Je sentais surtout en mon fait particulier que ce qui rendait Sophie encore estimable en était plus désespérant pour moi : car on peut soutenir ou renforcer une âme faible, et celle que l’oubli du devoir y fait manquer y peut être ramenée par la raison ; mais comment ramener celle qui garde en péchant tout son courage, qui sait avoir des vertus dans le crime, et ne fait le mal que comme il lui plaît ? Oui, Sophie est coupable parce qu’elle a voulu l’être. Quand cette âme hautaine a pu vaincre la honte, elle a pu vaincre toute autre passion ; il ne lui en eût pas plus coûté pour m’être fidèle que pour me déclarer son forfait.
En vain je reviendrais à mon épouse, elle ne reviendrait plus à moi. Si celle qui m’a tant aimé, si celle qui m’était si chère a pu m’outrager ; si ma Sophie a pu rompre les premiers noeuds de son cœur ; si la mère de mon fils a pu violer la foi conjugale encore entière ; si les feux d’un amour que rien n’avait offensé ; si le noble orgueil d’une vertu que rien n’avait altérée, n’ont pu prévenir sa première faute, qu’est-ce qui préviendrait des rechutes qui ne coûtent plus rien ? Le premier pas vers le vice est le seul pénible ; on poursuit sans même y songer. Elle n’a plus ni amour, ni vertu, ni estime à ménager ; elle n’a plus rien à perdre en m’offensant, pas même le regret de m’offenser. Elle connaît mon coeur, elle m’a rendu tout aussi malheureux que je puis l’être ; il ne lui en coûtera plus rien d’achever.
Non, je connais le sien ; jamais Sophie n’aimera un homme à qui elle ait donné droit de la mépriser… Elle ne m’aime plus… l’ingrate ne l’a-t-elle pas dit elle-même ? Elle ne m’aime plus, la perfide ! Ah ! c’est-là son plus grand crime : j’aurais pu tout pardonner, hors celui-là.
Hélas ! reprenais-je avec amertume, je parle toujours de pardonner, sans songer que souvent l’offensé pardonne, mais que l’offenseur ne pardonne jamais. Sans doute elle me veut tout le mal qu’elle m’a fait. Ah ! combien elle doit me haïr.
Émile, que tu t’abuses quand tu juges de l’avenir sur le passé ! Tout est changé. Vainement tu vivrais encore avec elle ; les jours heureux qu’elle t’a donnés ne reviendront plus. Tu ne retrouverais plus ta Sophie, et Sophie ne te retrouverait plus. Les situations dépendent des affections qu’on y porte : quand les coeurs changent, tout change ; tout à beau demeurer le même, quand on n’a plus les mêmes yeux on ne voit plus rien comme auparavant.
Ses moeurs ne sont point désespérées, je le sais bien : elle peut être encore digne d’estime, mériter toute ma tendresse ; elle peut me rendre son coeur, mais elle ne peut n’avoir point failli, ni perdre et m’ôter le souvenir de sa faute. La fidélité, la vertu, l’amour, tout peut revenir, hors la confiance, et sans la confiance il n’y a plus que dégoût, tristesse, ennui dans le mariage ; le délicieux charme de l’innocence est évanoui. C’en est fait, c’en est fait ; ni près, ni loin, Sophie ne peut plus être heureuse, et je ne puis être heureux que de son bonheur. Cela seul me décide ; j’aime mieux souffrir loin d’elle que par elle ; j’aime mieux la regretter que la tourmenter.
Oui, tous nos liens sont rompus, ils le sont par elle. En violant ses engagements elle m’affranchit des miens. Elle ne m’est plus rien ; ne l’a-t-elle pas dit encore ? Elle n’est plus ma femme ; la reverrais-je comme étrangère ? Non, je ne la reverrai jamais. Je suis libre ; au moins je dois l’être ; que mon coeur ne l’est-il autant que ma foi !
Mais quoi ! mon affront restera-t-il impuni ? Si l’infidèle en aime un autre, quel mal lui fais-je en la délivrant de moi ? C’est moi que je punis et non pas elle : je remplis ses voeux à mes dépens. Est-ce là le ressentiment de l’honneur outragé ? Où est la justice ? où est la vengeance ?
Eh ! Malheureux ! de qui veux-tu te venger ? De celle que ton plus grand désespoir est de ne pouvoir plus rendre heureuse : Du moins ne sois pas la victime de ta vengeance. Fais-lui, s’il se peut, quelque mal que tu ne sentes pas. Il est des crimes qu’il faut abandonner aux remords des coupables, c’est presque les autoriser que les punir. Un mari cruel mérite-t-il une femme fidèle ? D’ailleurs, de quel droit la punir, à quel titre ? Es-tu son juge, n’étant même plus son époux ? Lorsqu’elle a violé ses devoirs de femme, elle ne s’en est point conservé les droits. Dès l’instant qu’elle a formé d’autres nœuds, elle a brisé les tiens et ne s’en est point cachée ; elle ne s’est point parée à tes yeux d’une fidélité qu’elle n’avait plus ; elle ne t’a ni trahi, ni menti ; en cessant d’être à toi seul elle a déclaré ne t’être plus rien. Quelle autorité peut te rester sur elle ? S’il t’en restait, tu devrais l’abdiquer pour ton propre avantage. Crois-moi, sois bon par sagesse et clément par vengeance. Défie-toi de la colère ; crains qu’elle ne te ramène à ses pieds.
Ainsi tenté par l’amour qui me rappelait ou par le dépit qui voulait me séduire, que j’eus de combats à rendre avant d’être bien déterminé ! et quand je crus l’être, une réflexion nouvelle ébranla tout. L’idée de mon fils m’attendrit pour sa mère plus que rien n’avait fait auparavant. Je sentis que ce point de réunion l’empêcherait toujours de m’être étrangère, que les enfants forment un noeud vraiment indissoluble entre ceux qui leur ont donné l’être, et une raison naturelle et invincible contre le divorce. Des objets si chers, dont aucun des deux ne peut s’éloigner, les rapprochent nécessairement ; c’est un intérêt commun si tendre qu’il leur tiendrait lieu de société, quand ils n’en auraient point d’autre. Mais que devenait cette raison, qui plaidait pour la mère de mon fils, appliquée à celle d’un enfant qui n’était pas à moi ? Quoi ! la nature elle-même autorisera le crime ! et ma femme, en partageant sa tendresse à ses deux fils, sera forcée à partager son attachement aux deux pères ! Cette idée, plus horrible qu’aucune qui m’eût passé dans l’esprit, m’embrasait d’une rage nouvelle ; toutes les furies revenaient déchirer mon coeur en songeant à cet affreux partage. Oui, j’aurais mieux aimé voir mon fils mort que d’en voir à Sophie un d’un autre père. Cette imagination m’aigrit plus, m’aliéna plus d’elle que tout ce qui m’avait tourmenté jusqu’alors. Dès cet instant je me décidai sans retour, et pour ne laisser plus de prise au doute, je cessai de délibérer.
When passions cannot conquer us openly, they don’t hesitate to don the mask of wisdom in order to surprise us—and it is by mimicking the language of reason that they succeed in making us abandon it. All those sophisms had no effect on me except because they flattered my inclinations. I would have gladly returned to that unfaithful Sophie and listened with pleasure to anything that seemed to justify my cowardice. But no matter what I did, my reason—far less tractable than my heart—could never accept such folly. I could not deny that I was reasoning in order to deceive myself, rather than to seek truth. With pain, but firmly, I told myself that the principles of society hold no authority for those who wish to live solely for themselves. Among prejudices, those of good morals possess one additional advantage that favors them; it is only reasonable to blame a husband for his wife’s misconduct—whether because he chose her poorly or because he fails to govern her properly. I was myself a living example of the justice of this judgment: if Émile had always been wise, Sophie would never have strayed from the right path. One has every reason to assume that a woman who does not respect herself at least respects her husband—if he is worthy of it and knows how to maintain his authority. The fault of failing to prevent a woman’s degeneration is compounded by the shame of tolerating it; the consequences of such impunity are terrifying. In such cases, this indulgence reveals in the offender an utter indifference toward honorable conduct—and a baseness of soul utterly unworthy of any respect.
Above all, I felt personally that what made Sophie still worthy of respect was precisely what made her situation even more despairing for me: for one can support or strengthen a weak soul, and one that has lost its sense of duty through indifference can be restored to virtue through reason; but how can one restore a soul that retains all its courage even in wrongdoing, that knows how to exhibit virtues in the midst of crime, and that commits evil merely out of personal pleasure? Yes, Sophie is guilty because she chose to be guilty. When such an arrogant soul was able to overcome shame, it was also capable of overcoming any other passion; for her, being faithful to me would have cost no more effort than confessing her wrongdoing.
In vain would I return to my wife; she would never return to me. If one who loved me so much, someone so dear to me, was able to insult me; if my Sophie could break the first bonds of her heart; if the mother of my son could betray a marriage bond that was still intact; if the flames of a love untouched by anything, if the noble pride of a virtue unaltered by anything, were unable to prevent her from committing her first fault—what then can prevent future relapses, which cost nothing at all? The first step toward vice is the only difficult one; one continues down that path without even thinking about it. She no longer has any love, virtue, or respect to preserve; she has nothing to lose by offending me—not even the regret of doing so. She knows my heart; she has made me as unhappy as it is possible to be. For her, completing that process will cost her nothing at all.
No, I know what hers is like; Sophie would never love a man to whom she had given the right to despise her. She no longer loves me. Didn’t that ungrateful woman tell me herself? She no longer loves me, that treacherous one! Ah! That is her greatest crime: everything else, I could have forgiven, except that.
“Alas!” I continued with bitterness, “I always talk about forgiving, without realizing that often the one who has been offended forgives, but the one who has committed the offense never does. Surely, she harbors all the ill will she has done towards me. Ah! How much she must hate me.”
Émile, how foolish of you to judge the future based on the past! Everything has changed. It would be in vain for you to live with her again; the happy days she once gave you will never return. You would never find Sophie again, and Sophie would never find you again. Circumstances depend on the feelings one holds toward them: when hearts change, everything changes; even if everything remains the same, when one no longer sees things with the same eyes, nothing looks the same as before.
Her manners are not despicable, I know very well: she can still be worthy of respect, deserve all my tenderness; she can give me her heart again, but she cannot have ever been unfaithful, nor have she lost or deprived me of the memory of her fault. Loyalty, virtue, love—everything is possible to return, except for trust; and without trust, marriage is nothing but disgust, sorrow, and boredom; the delightful charm of innocence is gone forever. It’s over, it’s over; neither near nor far can Sophie ever be happy again, and I can only be happy if she is happy. That alone decides me: I would rather suffer far from her than because of her; I would rather regret her than torment her.
Yes, all our bonds have been severed—she is the one who has broken them. By violating her promises, she frees me from mine as well. She means nothing to me anymore; hasn’t she said that already? She is no longer my wife. Will I ever see her as a stranger again? No, I will never see her again. I am free—at least I should be; may my heart be just as free as my faith!
But how! Will my offense go unpunished? If the unfaithful person loves someone else, what harm do I do her by freeing her from me? It is I who am punishing myself, not her; I am fulfilling her wishes at my own expense. Is this what is meant by resentment when honor is insulted? Where is justice? Where is vengeance?
Ah! Un unfortunate man. Of whom do you wish to take revenge? Upon the very one whose greatest sorrow is that you can no longer make her happy. At least, do not become a victim of your own vengeance. If possible, cause her some harm—even if you yourself feel no pain. There are crimes that should be left to the remorse of the guilty; punishing them would almost be tantamount to permitting them. Does a cruel husband deserve a faithful wife? Moreover, what right do you have to punish her? What title give you that authority? Are you her judge, when you are no longer even her husband? When she failed in her duties as a wife, she ceased to retain any rights over you. The moment she formed other bonds, she broke yours—and she did not hide it from you. She did not pretend before you to be faithful when she no longer was; she neither betrayed nor lied to you. By ceasing to belong solely to you, she declared that she no longer owed you anything at all. What authority do you still possess over her? If any remained, you should abandon it for your own sake. Believe me—be kind out of wisdom, and merciful in your vengeance. Resist the temptation of anger; fear that it may bring you back to her feet.
Thus, tempted either by love that reminded me of my son or by resentment that sought to seduce me, I had to endure many struggles before finally making up my mind! And when I thought I had done so, a new consideration overturned everything. The thought of my son made me feel more tender toward his mother than anything else had ever done before. I realized that this bond would always prevent her from becoming estranged from me; that children form an indissoluble link between those who give them life, and that this link constitutes a natural and invincible barrier against divorce. Such precious bonds—of which neither parent can possibly part—necessarily draw them closer together; it creates a common bond so tender that it could serve as their only society if they had no other. But what became of this argument that favored my son’s mother when applied to the situation of a child who was not mine? Oh! Even nature itself would seem to condone such a crime! And my wife, by sharing her affection equally between her two sons, would be forced to divide her loyalty between their two fathers as well. This idea—more horrifying than any other that had ever crossed my mind—filled me with renewed rage; the thought of such a terrible division tore at my heart. Yes, I would have preferred to see my son dead than to see him in Sophie’s arms with another father. This realization made me even more bitter and alienated from her than anything else had done before. From that moment on, I was resolved beyond doubt; to avoid any further hesitation, I ceased to deliberate at all.
Quando le passioni non riescono a sconfiggerci apertamente, assumono il volto della saggezza per sorprenderci, e proprio imitando il linguaggio della ragione ci fanno rinunciare ad essa. Tutti questi sofismi non avevano alcun potere su di me se non perché lusingavano i miei desideri. Avrei voluto poter tornare da Sophie, quella infedele, e ascoltavo con piacere tutto ciò che sembrava giustificare la mia debolezza. Ma per quanto ci provassi, la mia ragione, meno docile del mio cuore, non riusciva ad accettare quelle follie. Dovevo ammettere che ragionavo soltanto per ingannarmi, e non per illuminarmi. Mi dicevo con dolore, ma con fermezza, che le massime del mondo non hanno alcun valore per chi vuole vivere secondo i propri principi; che, tra tutti i pregiudizi, quelli della morale virtuosa ne hanno uno in più che li favorisce; che è giusto attribuire a un marito il disordine di sua moglie, sia perché l’ha scelta male, sia perché non la guida adeguatamente; che io stesso ero un esempio di questa verità: se Émile fosse sempre stato saggio, Sophie non avrebbe mai commesso errori. Avevo il diritto di pensare che una donna che non si rispetta non rispetti almeno suo marito, se lui ne è degno e sa mantenere la propria autorità; che il torto di non prevenire i comportamenti disordinati di una moglie diventa ancora più grave se lo si tollera; che le conseguenze dell’impunità sono terribili. E in casi del genere, tale impunità dimostra nell’offensore un’indifferenza verso le virtù morali e una bassezza d’animo indegna di ogni onore.
Sentivo soprattutto, nel mio caso particolare, che ciò che rendeva Sophie ancora stimabile rappresentava al contempo una fonte di disperazione per me: infatti si può sostenere o rafforzare un’anima debole, e quella a cui l’oblio dei doveri ha fatto mancare la forza necessaria può essere riportata sulla retta via dalla ragione; ma come si può riportare sulla retta via un’anima che, pur peccando, mantiene tutto il proprio coraggio, che sa dimostrare virtù anche nel crimine e compie il male soltanto per suo piacere? Sì, Sophie è colpevole perché ha voluto esserlo. Quando un’anima così orgogliosa è riuscita a vincere la vergogna, è stata in grado di sconfiggere qualsiasi altra passione; non le sarebbe costato nulla essere fedele a me tanto quanto confessarmi il suo tradimento.
Inutile che io torni da mia moglie: lei non tornerà mai più da me. Se colui che l’amava tanto, se colui che le era così caro è stato in grado di offenderla; se la mia Sophie ha potuto spezzare i primi legami del suo cuore; se la madre di mio figlio ha potuto tradire una fede coniugale ancora intatta; se gli ardori di un amore offeso da nulla, se l’orgoglioso rispetto per una virtù intatta non sono riusciti a impedirle il suo primo errore, che cosa potrà impedire futuri ricadute, che ormai non comportano alcun costo? Il primo passo verso il vizio è l’unico davvero difficile; si compie senza nemmeno pensarci. Lei non ha più amore, né virtù, né rispetto da preservare; non ha più nulla da perdere offendendomi, nemmeno il rimorso di farlo. Conosce il mio cuore, e mi ha reso altrettanto infelice quanto possa esserlo. Non le costerà nulla completare il suo percorso verso il male.
No, conosco il suo sentimento; Sophie non amerà mai un uomo a cui abbia dato il diritto di disprezzarla. Non mi ama più. Non me l’ha forse detto lei stessa? Non mi ama più, questa perfida! Ah. Questo è il suo più grande crimine: avrei potuto perdonare tutto, tranne questo.
Ahimè! riprendevo con amarezza, parlo sempre di perdonare, senza pensare che spesso la persona offesa perdona, ma che colui che ha offeso non perdona mai. Senz’dubbio, mi vuole tutto il male che mi ha fatto. Ah! Quanto deve odiarmi.
Émile, quanto ti sbagli quando giudichi il futuro in base al passato! Tutto è cambiato. Inutile che continuassi a vivere con lei: i giorni felici che ti ha regalato non torneranno mai più. Non riusciresti più a ritrovare Sophie, e Sophie non potrebbe più ritrovarti. Le situazioni dipendono dagli affetti che le animano: quando i cuori cambiano, tutto cambia; anche se tutto sembra rimanere uguale, quando non si hanno più gli stessi occhi, nulla appare più come prima.
So bene che le sue abitudini non sono disperate: può ancora essere degna di stima, merite tutta la mia tenerezza; può restituirmi il suo cuore. Ma non può aver commesso errori, né perdere e togliermi il ricordo del suo errore. La fedeltà, la virtù, l’amore. Tutto può tornare. Tranne la fiducia. Senza fiducia, nel matrimonio non rimane che disgusto, tristezza, noia; il delizioso fascino dell’innocenza è svanito. È finita. Sia vicina che lontana, Sophie non può più essere felice. E io posso essere felice solo se lei lo è. Solo questo mi decide: preferisco soffrire lontano da lei piuttosto che a causa sua; preferisco rimpiangerla piuttosto che tormentarla.
Sì, tutti i nostri legami sono spezzati, da lei stessa. Violando le sue promesse, mi ha liberato dai miei obblighi. Non è più nulla per me. Non me lo ha forse detto ancora? Non è più mia moglie. La vedrò mai come una straniera? No. Non la rivedrò mai più. Sono libero. Almeno dovrei esserlo. Ma il mio cuore lo è davvero quanto la mia fede?
Ma che cosa! Il mio affront rimarrà impunito? Se l’infedele ama un altro, quale male le faccio liberandola da me? Sono io a punirmi, non lei: soddisfo i suoi desideri a mie spese. È questo il risentimento dell’onore offeso? Dov’è la giustizia? Dove è la vendetta?
Eh! Infelice. Di chi vuoi vendicarti? Di colei per cui il tuo più grande dolore è proprio non poterla rendere felice. Almeno, non essere vittima della tua vendetta: infliggile, se possibile, qualche male senza che tu ne senta le conseguenze. Ci sono crimini che bisogna lasciare ai rimorsi dei colpevoli. Punirli significherebbe quasi autorizzarli. Un marito crudele merita davvero una donna fedele? Inoltre, con quale diritto punirla, su quale base? Sei forse il suo giudice, quando ormai non sei nemmeno più suo marito? Quando lei ha violato i suoi doveri di moglie, non si è certo riservata i diritti che ne derivavano. Nel momento in cui ha stretto altri legami, ha spezzato i tuoi; non si è certo presentata davanti ai tuoi occhi con una fedeltà che ormai non esisteva più. Non ti ha né tradito né mentito. Smettendo di appartenerti esclusivamente, ha dichiarato di non esserti più nulla. Quale autorità potresti ancora avere su di lei? Anche se ne avessi ancora una, dovresti abbandonarla per il tuo stesso bene. Credimi: sii buono per saggezza, e clemente nella tua vendetta. Diffidati della rabbia. Temi che non ti riporti ai suoi piedi.
Così, tentato sia dall’amore che mi ricordava il passato, sia dal risentimento che cercava di sedurmi, ebbi bisogno di combattere a lungo prima di poter prendere una decisione definitiva! E quando credetti di averla presa, un nuovo pensiero tutto rovesciò. L’idea di mio figlio mi commosse per sua madre più di quanto qualsiasi altra cosa avesse mai fatto prima. Sentii che quel legame inscindibile tra genitori e figli impediva loro di diventare estranei l’uno all’altro; i bambini rappresentano davvero un vincolo indissolubile tra coloro che li hanno generati, e costituiscono una ragione naturale e invincibile contro il divorzio. Oggetti così preziosi, di cui nessuno dei due genitori può separarsi, li avvicinano inevitabilmente. È un interesse comune così profondo che può sostituire loro la compagnia, quando non ne hanno altra. Ma che fine faceva questa ragione, che prima sosteneva la madre di mio figlio, applicata ora alla madre di un bambino che non era mio? Ah. La stessa natura permetterebbe forse questo crimine! E mia moglie, dividendo il suo affetto tra i suoi due figli, sarebbe costretta a dividere anche il suo attaccamento tra i loro due padri. Quest’idea, più orribile di qualsiasi altra mi fosse mai passata per la mente, mi invase di una rabbia nuova. Tutte le mie angosie ritornarono a lacerare il mio cuore al pensiero di quel terribile destino. Sì. Avrei preferito vedere morire mio figlio piuttosto che vederlo con un altro padre. Quest’immagine mi rese ancora più crudele, ancora più distante da lei. Da quel momento decisi irrevocabilmente. E per non lasciare più spazio al dubbio, smisi di esitare.
Cette résolution bien formée éteignit tout mon ressentiment. Morte pour moi, je ne la vis plus coupable ; je ne la vis plus qu’estimable et malheureuse, et sans penser à ses torts, je me rappelais avec attendrissement tout ce qui me la rendait regrettable. Par une suite de cette disposition, je voulus mettre à ma démarche tous les bons procédés qui peuvent consoler une femme abandonnée ; car, quoi que j’eusse affecté d’en penser dans ma colère, et quoi qu’elle en eût dit dans son désespoir, je ne doutais pas qu’au fond du coeur elle n’eût encore de l’attachement pour moi, et qu’elle ne sentît vivement ma perte. Le premier effet de notre séparation devait être de lui ôter mon fils. Je frémis seulement d’y songer ; et après avoir été en peine d’une vengeance, je pouvais à peine supporter l’idée de celle-là. J’avais beau me dire, en m’irritant, que cet enfant serait bientôt remplacé par un autre ; j’avais beau appuyer avec toute la force de la jalousie sur ce cruel supplément ; tout cela ne tenait point devant l’image de Sophie au désespoir en se voyant arracher son enfant. Je me vainquis toutefois ; je formai, non sans déchirement, cette résolution barbare ; et la regardant comme une suite nécessaire de la première où j’étais sûr d’avoir bien raisonné, je l’aurais certainement exécutée malgré ma répugnance, si un événement imprévu ne m’eût contraint à la mieux examiner.
Il me restait à faire une autre délibération que je comptais pour peu de chose après celle dont je venais de me tirer. Mon parti était pris par rapport à Sophie ; il me restait à le prendre par rapport à moi, et à voir ce que je voulais devenir me retrouvant seul. Il y avait longtemps que je n’étais plus un être isolé sur la terre : mon coeur tenait, comme vous me l’aviez prédit, aux attachements qu’il s’était donnés ; il s’était accoutumé à ne faire qu’un avec ma famille : il fallait l’en détacher, du moins en partie, et cela même était plus pénible que de l’en détacher tout-à-fait. Quel vide il se fait en nous, combien on perd de son existence quand on a tenu à tant de choses, et qu’il faut ne tenir plus qu’à soi, ou, qui pis est, à ce qui nous fait sentir incessamment le détachement du reste ! J’avais à chercher si j’étais cet homme encore qui sait remplir sa place dans son espèce quand nul individu ne s’y intéresse plus.
Mais où est-elle cette place pour celui dont tous les rapports sont détruits ou changés ? Que faire ? que devenir ? où porter mes pas ? à quoi employer une vie qui ne devait plus faire mon bonheur ni celui de ce qui m’était cher, et dont le sort m’ôtait jusqu’à l’espoir de contribuer au bonheur de personne ? car si tant d’instruments préparés pour le mien n’avaient fait que ma misère, pouvais-je espérer d’être plus heureux pour autrui que vous ne l’aviez été pour moi ? Non : j’aimais mon devoir encore, mais je ne le voyais plus. En rappeler les principes et les règles, les appliquer à mon nouvel état, n’était pas l’affaire d’un moment, et mon esprit fatigué avait besoin d’un peu de relâche pour se livrer à de nouvelles méditations.
J’avais fait un grand pas vers le repos. Délivré de l’inquiétude de l’espérance, et sûr de perdre ainsi peu à peu celle du désir, en voyant que le passé ne m’était plus rien, je tâchais de me mettre tout-à-fait dans l’état d’un homme qui commence à vivre. Je me disais qu’en effet nous ne faisons jamais que commencer, et qu’il n’y a point d’autre liaison dans notre existence qu’une succession de moments présents, dont le premier est toujours celui qui est en acte. Nous mourons et nous naissons chaque instant de notre vie, et quel intérêt la mort peut-elle nous laisser ? S’il n’y a rien pour nous que ce qui sera, nous ne pouvons être heureux ou malheureux que par l’avenir ; et se tourmenter du passé c’est tirer du néant les sujets de notre misère. Émile, sois un homme nouveau, tu n’auras pas plus à te plaindre du sort que de la nature. Tes malheurs sont nuls, l’abîme du néant les a tous engloutis ; mais ce qui est réel, ce qui est existant pour toi, c’est ta vie, ta santé, ta jeunesse, ta raison, tes talents, tes lumières, tes vertus enfin, si tu le veux, et par conséquent ton bonheur.
Je repris mon travail, attendant paisiblement que mes idées s’arrangeassent assez dans ma tête pour me montrer ce que j’avais à faire ; et cependant, en comparant mon état à celui qui l’avait précédé, j’étais dans le calme ; c’est l’avantage que procure indépendamment des événements toute conduite conforme à la raison. Si l’on n’est pas heureux malgré la fortune, quand on sait maintenir son coeur dans l’ordre, on est tranquille au moins en dépit du sort. Mais que cette tranquillité tient à peu de chose dans une âme sensible ! Il est bien aisé de se mettre dans l’ordre ; ce qui est difficile, c’est d’y rester. Je faillis voir renverser toutes mes résolutions au moment que je les croyais le plus affermies.
J’étais entré chez le maître sans m’y faire beaucoup remarquer. J’avais toujours conservé dans mes vêtements la simplicité que vous m’aviez fait aimer ; mes manières n’étaient pas plus recherchées, et l’air aisé d’un homme qui se sent partout à sa place était moins remarquable chez un menuiser qu’il ne l’eût été chez un grand. On voyait pourtant bien que mon équipage n’était pas celui d’un ouvrier ; mais à ma manière de me mettre à l’ouvrage, on jugea que je l’avais été, et qu’ensuite avancé à quelque petit poste j’en étais déchu pour rentrer dans mon premier état. Un petit parvenu retombé n’inspire pas une grande considération, et l’on me prenait à peu près au mot sur l’égalité où je m’étais mis. Tout-à-coup je vis changer avec moi le ton de toute la famille ; la familiarité prit plus de réserve ; on me regardait au travail avec une sorte d’étonnement ; tout ce que je faisais dans l’atelier (et j’y faisais tout mieux que le maître) excitait l’admiration ; l’on semblait épier tous mes mouvements, tous mes gestes : on tâchait d’en user avec moi comme à l’ordinaire ; mais cela ne se faisait plus sans effort, et l’on eût dit que c’était par respect qu’on s’abstenait de m’en marquer davantage. Les idées dont j’étais préoccupé m‘empêchèrent de m’apercevoir de ce changement aussitôt que j’aurais fait dans un autre temps : mais mon habitude en agissant d’être toujours à la chose, me ramenant bientôt à ce qui se faisait autour de moi, ne me laissa pas longtemps ignorer que j’étais devenu pour ces bonnes gens un objet de curiosité qui les intéressait beaucoup.
Je remarquai surtout que la femme ne me quittait pas des yeux. Ce sexe à une sorte de droits sur les aventuriers qui les lui rend en quelque sorte plus intéressants. Je ne poussais pas un coup d’échoppe qu’elle ne parût effrayée, et je la voyais toute surprise de ce que je ne m’étais pas blessé. Madame, lui dis-je une fois, je vois que vous vous défiez de mon adresse ; avez-vous peur : que je ne sache pas mon métier ? Monsieur, me dit-elle, je vois que vous savez bien le nôtre ; on dirait que vous n’avez fait que cela toute votre vie. À ce mot je vis que j’étais connu : je voulus savoir comment je l’étais. Après bien des mystères, j’appris qu’une jeune dame était venue, il y avait deux jours, descendre à la porte du maître ; que sans permettre qu’on m’avertît, elle avait voulu me voir ; qu’elle s’était arrêtée derrière une porte vitrée d’où elle pouvait m’apercevoir au fond de l’atelier ; qu’elle s’était mise à genoux à cette porte ayant à côté d’elle un petit enfant qu’elle serrait avec transport dans ses bras par intervalles, poussant de longs sanglots à demi étouffés, versant des torrents de larmes, et donnant divers signes d’une douleur dont tous les témoins avaient été vivement émus ; qu’on l’avait vue plusieurs fois sur le point de s’élancer dans l’atelier ; qu’elle avait paru ne se retenir que par de violents efforts sur elle-même ; qu’enfin, après m’avoir considéré longtemps avec plus d’attention et de recueillement, elle s’était levée tout d’un coup, et collant le visage de l’enfant sur le sien, elle s’était écriée à demi-voix : Non, jamais il ne voudra t’ôter ta mère ; viens nous n’avons rien à faire ici. À ces mots elle était sortie avec précipitation ; puis après avoir obtenu qu’on ne me parlerait de rien, remonter dans son carrosse et partir comme un éclair n’avait été pour elle que l’affaire d’un instant.
This well-formed resolution put an end to all my resentment. For me, she was dead; I no longer saw her as guilty, but only as worthy of respect and unfortunate. Without thinking of her faults, I recalled with tenderness everything that made me feel sorry for her. Influenced by this attitude, I decided to adopt every honorable method that could comfort a woman who had been abandoned. For, no matter what I might have thought in my anger, and no matter what she might have said in her despair, I did not doubt that deep down in her heart, she still felt some attachment for me and that she deeply regretted my loss. The first consequence of our separation would surely be the loss of our son. The very thought of it made me tremble; after having long desired vengeance, I could hardly bear the idea of taking such measures. No matter how I tried to convince myself, saying that another child would soon replace this one, and no matter how fiercely I resented this cruel prospect, nothing compared to the image of Sophie in despair at losing her child. Nevertheless, I overcame my resistance and made this harsh resolution, considering it a necessary consequence of my earlier decision—one I was certain was justified. Had it not been for an unexpected event, I would have carried it out without hesitation.
I still had one more decision to make, but I considered it of little importance compared to the one I had just made. My choice regarding Sophie was already settled; now I needed to make one regarding myself and figure out what I wanted to become when left alone. It had been a long time since I had been an isolated being on this earth: my heart, as you had predicted, was tied to the bonds I had formed; it had grown accustomed to being one with my family. Now I needed to separate it from them—at least in part—and even that proved more difficult than completely cutting those ties loose. What a void is created within us when we have clung so tightly to so many things, and when we are forced to cling only to ourselves—or, worse still, to what constantly reminds us of our separation from everything else! I had to determine whether I was still that kind of person who knew how to occupy his place within his species when no one else cared about him anymore.
But where is this place for someone whose entire set of relationships has been destroyed or altered? What to do? What to become? Where to turn? How to use a life that can no longer bring happiness to me or to those I hold dear, and whose fate has robbed me even of the hope of contributing to anyone’s happiness? For if so many things that were meant for my own good have only led to my misery, how could I possibly hope to bring greater happiness to others than you did for me? No: I still loved my duty, but I no longer saw it clearly. To recall its principles and rules and apply them to my new situation was not something that could be done in an instant; my weary mind needed some respite before I could engage in new reflections.
I had taken a great step toward rest. Freed from the anxiety of hope, and certain that I would gradually lose even the desire for it, seeing that the past meant nothing to me anymore, I tried to put myself entirely into the state of a man who is beginning to live. I told myself that indeed we never do anything but begin, and that there is no other connection in our existence than a succession of present moments, of which the first is always the one that is actually happening. We die and are born every instant of our lives—so what interest can death leave us? If all that exists for us is what will be, we can only be happy or unhappy through the future; and to torment ourselves with the past is to draw the causes of our suffering out of nothingness. Émile, become a new man—then you will have no reason to complain either about fate or nature. Your misfortunes are nonexistent; the abyss of nothingness has swallowed them all up. But what is real, what truly exists for you, is your life, your health, your youth, your reason, your talents, your knowledge, your virtues—and, if you so choose, your happiness as well.
I resumed my work, calmly waiting for my thoughts to organize themselves enough in my mind so as to tell me what I needed to do; yet, comparing my current state with that which had preceded it, I felt calm—this is the advantage that any conduct guided by reason brings, regardless of external events. If one is not happy despite having fortune, but knows how to keep one’s heart in order, at least one remains tranquil in the face of fate. But how fragile this tranquility is in a sensitive soul! It is easy enough to put oneself in order; what is difficult is to remain there. I nearly saw all my resolutions collapse just when I thought they were firmly established.
I had entered the master’s house without attracting much attention. I had always maintained in my attire the simplicity you had taught me to cherish; my manners were no more elaborate, and the casual ease of a man who feels at home everywhere was less noticeable in a carpenter than it would have been in someone of higher status. Nevertheless, it was clear that my attire was not that of a laborer; but judging by the way I began working, people assumed I had once been one and had since been demoted to some minor position before returning to my original state. A small-time upstart who has fallen on hard times does not inspire much respect, and people generally took my claims about being equal to them at face value. Suddenly, I noticed that the entire family’s attitude toward me changed; their familiarity became more restrained, and they watched me work with a kind of surprise. Everything I did in the workshop—indeed, I did everything better than the master—aroused admiration. It seemed as if they were watching my every move and gesture closely, trying to behave towards me as usual, but now it required some effort; one could tell that they were refraining from showing me more attention out of respect. My own preoccupations prevented me from immediately realizing this change, as I would have in other circumstances. But my habit of being fully engrossed in what I was doing soon drew my attention back to what was happening around me, and it did not take long before I realized that I had become an object of considerable curiosity for these good people.
What struck me most was that the woman never took her eyes off me. This sex seems to possess certain rights over adventurers, which in some way make them more interesting to them. Whenever I made a move, she seemed frightened; and I could see how surprised she was that I hadn’t gotten hurt. “Madam,” I said to her once, “it seems you doubt my skill; are you afraid that I don’t know my trade?” “Sir,” she replied, “it’s clear you understand ours very well; it seems as if you’ve devoted your entire life to it.” At these words, I realized that she knew me. I wanted to find out how she had come to know me. After much mystery, I learned that a young lady had arrived two days earlier and asked to be taken to the master’s workshop. Without waiting for anyone to inform me, she insisted on seeing me. She stood behind a glass door from where she could observe me at the back of the workshop. She knelt down there, holding a small child in her arms, hugging him tightly and sobbing bitterly, shedding tears profusely. Everyone who witnessed this was deeply moved by her grief. Several times, it seemed as if she was about to rush into the workshop; but every time, she managed to restrain herself with great effort. Finally, after watching me for a long time with intense attention, she suddenly stood up, pressed the child’s face against hers, and whispered, “No, he will never take your mother away; come, we have nothing to do here.” With that, she left in a hurry. After ensuring that no one would mention this incident to me, she got back into her carriage and departed like lightning—everything had taken just an instant for her.
Questa risoluzione ben ponderata spense tutto il mio risentimento. Per me, la Morte non era più vista come colpevole; non veniva più considerata se non come qualcuno di meritevole e sfortunato. Senza pensare ai suoi torti, ricordavo con tenerezza tutto ciò che mi faceva provare compassione per lei. Per questo motivo, decisi di adottare nei miei comportamenti tutte le azioni gentili e compassionevoli che potessero consolare una donna abbandonata; perché, per quanto io potessi aver pensato male in quel momento di rabbia, e per quanto lei potesse aver detto cose dolorose nel suo dispero, non dubitavo affatto che, nel profondo del suo cuore, lei provasse ancora affetto per me e soffrisse molto per la mia perdita. L’effetto immediato della nostra separazione sarebbe stato quello di privarla di mio figlio. Solo a pensarci mi veniva il brivido; dopo aver desiderato ardentemente vendicarmi, ora non riuscivo nemmeno a sopportare l’idea di farlo. Mi dicevo che quel bambino sarebbe presto stato sostituito da un altro. Ma tutto ciò non bastava ad alleviare il dolore di Sophie nel vedere strapparle il suo figlio. Tuttavia, riuscii a dominarmi; presi questa decisione dolorosa, considerandola una conseguenza necessaria della prima che avevo preso, convinto com’ero di aver ragionato correttamente. Avrei certamente attuato quella risoluzione, nonostante il mio ribellione, se un evento inaspettato non mi avesse costretto a riconsiderarla attentamente.
Mi restava da prendere un’altra decisione, che ritenevo di scarsa importanza rispetto a quella che avevo appena preso. Avevo già deciso riguardo a Sophie; mi restava ora di decidere riguardo a me stesso, e di capire cosa volessi diventare trovandomi solo. Da molto tempo non ero più un essere isolato su questa terra: il mio cuore, come mi avevate predetto voi, era legato agli affetti che avevo formato; si era abituato a considerarsi parte integrante della mia famiglia. Bisognava separarlo da essa, almeno in parte, e questo stesso compito risultava più difficile di separarlo del tutto. Quanto vuoto si crea dentro di noi quando ci si è attaccati così tanto alle cose terrene, e quando si deve decidere di tenersi soltanto a se stessi, o, peggio ancora, a ciò che ci fa sentire costantemente la necessità di separarci dal resto del mondo! Dovevo capire se fossi ancora quell’uomo in grado di occupare il proprio posto nella società, quando nessun altro sembra più interessarsi a noi.
Ma dove si trova questo posto per colui il cui rapporto con tutto è stato distrutto o cambiato? Cosa fare? Che diventare? Dove dirigere i miei passi? A cosa dedicare una vita che non dovrebbe più rendere felice né me né ciò che mi era caro, e la cui sorte mi toglie persino la speranza di contribuire al bene di qualcuno? Poiché se tutti questi strumenti preparati per il mio bene hanno portato solo alla mia miseria, come posso sperare di rendere gli altri più felici di quanto voi lo siate stati per me? No: amavo ancora il mio dovere, ma non lo riconoscevo più. Ricordarne i principi e le regole, applicarli alla mia nuova situazione, non era qualcosa che potesse essere fatto in un istante; inoltre, la mia mente stanca aveva bisogno di un po’ di riposo per potersi dedicare a nuove riflessioni.
Avevo compiuto un grande passo verso il riposo. Liberato dall’ansia dell’attesa e convinto che così avrei gradualmente perso anche l’aspirazione al desiderio, poiché il passato non significava più nulla per me, cercavo di immergermi completamente nello stato di un uomo che inizia a vivere. Mi dicevo che, in effetti, noi non facciamo altro che iniziare sempre qualcosa, e che nella nostra esistenza non esiste alcun legame se non una successione di momenti presenti, il primo dei quali è sempre quello che stiamo vivendo in quel momento. Moriamo e nasciamo ad ogni istante della nostra vita: quale interesse può lasciarci la morte? Se per noi esiste solo ciò che sarà, possiamo essere felici o infelici soltanto attraverso il futuro; e tormentarci per il passato significa trarre dal nulla le cause della nostra sofferenza. Emile, sii un uomo nuovo: non avrai più motivo di lamentarti né del destino né della natura. I tuoi mali sono nulli; l’abisso del nulla li ha tutti inghiottiti. Ma ciò che è reale, ciò che esiste veramente per te, sono la tua vita, la tua salute, la tua giovinezza, la tua ragione, i tuoi talenti, le tue conoscenze, le tue virtù, e, quindi, anche la tua felicità.
Ripresi il mio lavoro, aspettando con calma che le mie idee si organizzassero abbastanza nella mia mente per farmi capire cosa dovevo fare; eppure, confrontando la mia situazione con quella precedente, ero in pace interiore; questo è il vantaggio che qualsiasi comportamento conforme alla ragione offre, indipendentemente dagli eventi. Se non si è felici nonostante la fortuna, quando si sa mantenere il proprio cuore nell’ordine, almeno si è tranquilli nonostante il destino. Ma quanto questa tranquillità dipenda da cose insignificanti in un’anima sensibile. È facile mettersi in ordine; ciò che è difficile è rimanervi. Per poco non vidi tutte le mie risoluzioni andare all’aria nel momento stesso in cui credevo di averle consolidate al massimo.
Ero entrato nella casa del maestro senza destare troppa attenzione. Avevo sempre mantenuto nei miei abiti quella semplicità che voi mi avevate insegnato ad apprezzare; i miei modi non erano certo raffinati, e l’aria disinvolta di un uomo che si sente a proprio agio ovunque sembrava ancora più naturale in me, che in qualcuno di rango superiore. Tuttavia era evidente che il mio abbigliamento non corrispondeva a quello di un operaio; ma dal modo in cui mi dedicavo al lavoro, si poteva dedurre che in passato lo fossi stato e che, raggiunto un certo livello, fossi poi retrocesso al mio status originale. Un piccolo arrivista che torna indietro non suscita grande considerazione, e la gente credeva quasi alle mie parole riguardo all’uguaglianza che sostenevo di praticare. Improvvisamente notai che l’atteggiamento di tutta la famiglia nei miei confronti cambiava: la familiarità diventò più riservata; mi osservavano mentre lavoravo con una sorta di sorpresa; tutto ciò che facevo nell’officina (e lo facevo meglio del maestro stesso) suscitava ammirazione; sembravano spiare ogni mio movimento, ogni mio gesto. Tentavano di comportarsi con me come al solito, ma non senza sforzo, e si sarebbe detto che lo facessero per rispetto. Le mie preoccupazioni personali mi impedirono di accorgermi subito di questo cambiamento; tuttavia, essendo abituato a concentrarmi sempre sul lavoro, presto capii che per quelle persone ero diventato un oggetto di curiosità e interesse.
Notai soprattutto che quella donna non smetteva di fissarmi con lo sguardo. Questo sesso sembra avere una sorta di diritto sugli avventurieri, il che li rende in qualche modo più interessanti ai suoi occhi. Ogni volta che tentavo un movimento, lei sembrava spaventarsi; mi vedeva sempre sorpresa dal fatto che non mi ferissi. “Signora,” le dissi una volta, “vedo che dubitate della mia abilità. Avete paura che io non conosca il mio mestiere?” “Monsieur,” rispose lei, “vedo che voi conoscete molto bene il nostro; sembra quasi che abbiate dedicato tutta la vostra vita a questo.” A queste parole capii di essere già noto a lei. Volevo sapere come fosse venuta a conoscenza di me. Dopo molti misteri, appresi che due giorni prima una giovane signora era arrivata alla porta del maestro; senza permettere che nessuno mi avvisasse, aveva voluto vedermi; si era fermata dietro una porta vetrata da cui poteva osservarmi all’interno dell’atelier; si era inginocchiata lì, tenendo accanto a sé un bambino che abbracciava con affetto, singhiozzando sommessamente, versando lacrime copiose e mostrando segni evidenti di dolore che avevano commosso tutti coloro che la vedevano. Era stata vista più volte sul punto di entrare nell’atelier; sembrava trattenersi solo con grande sforzo. Alla fine, dopo avermi osservato a lungo con attenzione e riflessione, si era alzata all’improvviso, aveva premuto il viso del bambino contro il proprio e aveva mormorato: “No. Mai lui vorrà portarti via tua madre. Vieni con noi. Non abbiamo nulla da fare qui.” Detto questo, se n’era andata in fretta; poi, dopo aver fatto in modo che nessuno mi parlasse di quella visita, era tornata nel suo carro e se n’era andata come un fulmine. Per lei tutto ciò era stato questione di un istante.
Ils ajoutèrent que le vif intérêt dont ils ne pouvaient se défendre pour cette aimable dame les avait rendus fidèles à la promesse qu’ils lui avaient faite et qu’elle avait exigée avec tant d’instances ; qu’ils n’y manquaient qu’à regret ; qu’ils voyaient aisément à son équipage et plus encore à sa figure, que c’était une personne d’un haut rang, et qu’ils ne pouvaient présumer autre chose de sa démarche et de son discours, sinon que cette femme était la mienne, car il était impossible de la prendre pour une fille entretenue.
Jugez de ce qui se passait en moi durant ce récit ! Que de choses tout cela supposait ! Quelles inquiétudes n’avait-il pas fallu avoir, quelles recherches n’avait-il point fallu faire pour retrouver ainsi mes traces ! tout cela est-il de quelqu’un qui n’aime plus ? Quel voyage ! quel motif l’avait pu faire entreprendre ! dans quelle occupation elle m’avait surpris ! Ah ! ce n’était pas la première fois : mais alors elle n’était pas à genoux, elle ne fondait pas en larmes. O temps, temps heureux ! Qu’est devenu cet ange du ciel ?…Mais que vient donc faire ici cette femme ?… elle a mené son fils… mon fils… et pourquoi ?…Voulait-elle me voir, me parler ?… pourquoi s’enfuir ?… me braver ?… pourquoi ces larmes ? Que me veut-elle, la perfide ? vient-elle insulter à ma misère ? A-t-elle oublié qu’elle ne m’est plus rien ? Je cherchais en quelque sorte à m’irriter de ce voyage pour vaincre l’attendrissement qu’il me causait, pour résister aux tentations de courir après l’infortunée qui m’agitaient malgré moi. Je demeurai néanmoins. Je vis que cette démarche ne prouvait autre chose sinon que j’étais encore aimé ; et cette supposition même étant entrée dans ma délibération ne devait rien changer au parti qu’elle m’avoir fait prendre.
Alors examinant plus posément toutes les circonstances de ce voyage, pesant surtout les derniers mots qu’elle avait prononcés en partant, j’y crus démêler le motif qui l’avait amenée et celui qui l’avait fait repartir tout d’un coup sans s’être laissé voir. Sophie parlait simplement ; mais tout ce qu’elle disait portait dans mon coeur des traits de lumière, et c’en fut un que ce peu de mots. IL ne t’ôtera pas ta mère, avait-elle dit. C’était donc la crainte qu’on ne la lui ôtât qui l’avait amenée, et c’était la persuasion que cela n’arriverait pas qui l’avait fait repartir. Et d’où la tirait-elle cette persuasion ? qu’avait-elle vu ? Émile en paix, Émile au travail. Quelle preuve pouvait-elle tirer de cette vue, sinon qu’Émile en cet état n’était point subjugué par ses passions, et ne formait que des résolutions raisonnables ? Celle de la séparer de son fils ne l’était donc pas selon elle, quoiqu’elle le fût selon moi. Lequel avait tort ? Le mot de Sophie décidait encore ce point ; et en effet, en considérant le seul intérêt de l’enfant, cela pouvait-il même être mis en doute ? Je n’avais envisagé que l’enfant ôté à la mère, et il fallait envisager la mère ôtée à l’enfant. J’avais donc tort. Ôter une mère à son fils, c’est lui ôter plus qu’on ne peut lui rendre, surtout à cet âge ; c’est sacrifier l’enfant pour se venger de la mère ; c’est un acte de passion, jamais de raison, à moins que la mère ne soit folle ou dénaturée. Mais Sophie est celle qu’il faudrait désirer à mon fils quand il en aurait une autre. Il faut que nous l’élevions elle ou moi, ne pouvant plus l’élever ensemble ; ou bien, pour contenter ma colère, il faut le rendre orphelin. Mais que ferai-je d’un enfant dans l’état où je suis ? J’ai assez de raison pour voir ce que je puis ou ne puis faire, non pour faire ce que je dois. Traînerai-je un enfant de cet âge en d’autres contrées, ou le tiendrai-je sous les yeux de sa mère, pour braver une femme que je dois fuir ? Ah ! pour ma sûreté je ne serai jamais assez loin d’elle. Laissons-lui l’enfant, de peur qu’il ne lui ramène à la fin le père. Qu’il lui reste seul pour ma vengeance ; que chaque jour de sa vie il rappelle à l’infidèle le bonheur dont il fut le gage, et l’époux qu’elle s’est ôté.
Il est certain que la résolution d’ôter mon fils à sa mère avait été l’effet de ma colère. Sur ce seul point la passion m’avait aveuglé, et ce fut le seul point aussi sur lequel je changeai de résolution. Si ma famille eût suivi mes intentions, Sophie eût élevé cet enfant, et peut être vivrait-il encore : mais peut-être aussi dès lors Sophie était-elle morte pour moi ; consolée dans cette chère moitié de moi-même, elle n’eût plus songé à rejoindre l’autre, et j’aurais perdu les plus beaux jours de ma vie. Que de douleurs devaient nous faire expier nos fautes avant que notre réunion nous les fît oublier !
Nous nous connaissions si bien mutuellement, qu’il ne me fallut, pour deviner le motif de sa brusque retraite, que sentir qu’elle avait prévu ce qui serait arrivé si nous nous fussions revus. J’étais raisonnable, mais faible, elle le savait ; et je savais encore mieux combien cette âme sublime et fière conservait d’inflexibilité jusque dans ses fautes. L’idée de Sophie rentrée en grâce lui était insupportable. Elle sentait que son crime était de ceux qui ne peuvent s’oublier ; elle aimait mieux être punie que pardonnée ; un tel pardon n’était pas fait pour elle ; la punition même l’avilissait moins, à son gré. Elle croyait ne pouvoir effacer sa faute qu’en l’expiant, ni s’acquitter avec la justice qu’en souffrant tous les maux qu’elle avait mérités. C’est pour cela qu’intrépide et barbare dans sa franchise, elle dit son crime à vous, à toute ma famille, taisant en même temps ce qui l’excusait, ce qui la justifiait peut-être, le cachant, dis-je, avec une telle obstination, qu’elle ne m’en a jamais dit un mot à moi-même, et que je ne l’ai su qu’après sa mort.
D’ailleurs, rassurée sur la crainte de perdre son fils, elle n’avait plus rien à désirer de moi pour elle-même. Me fléchir eût été m’avilir, et elle était d’autant plus jalouse de mon honneur qu’il ne lui en restait point d’autre. Sophie pouvait être criminelle, mais l’époux qu’elle s’était choisi devait être au-dessus d’une lâcheté. Ces raffinements de son amour-propre ne pouvaient convenir qu’à elle, et peut-être n’appartenait-il qu’à moi de les pénétrer.
Je lui eus encore cette obligation, même après m’être séparé d’elle, de m’avoir ramené d’un parti peu raisonné que la vengeance m’avait fait prendre. Elle s’était trompée en ce point dans la bonne opinion qu’elle avait de moi : mais cette erreur n’en fut plus une aussitôt que j’y eus pensé ; en ne considérant que l’intérêt de mon fils, je vis qu’il fallait le laisser à sa mère, et je m’y déterminai. Du reste, confirmé dans mes sentiments, je résolus d’éloigner son malheureux père des risques qu’il venait de courir. Pouvais-je être assez loin d’elle, puisque je ne devais plus m’en rapprocher ? C’était elle encore, c’était son voyage qui venait de me donner cette sage leçon : il m’importait pour la suivre de ne pas rester dans le cas de la recevoir deux fois.
Il fallait fuir ; c’était-là ma grande affaire, et la conséquence de tous mes précédents raisonnements. Mais où fuir ? C’était à cette délibération que j’en étais demeuré, et je n’avais pas vu que rien n’était plus indifférent que le choix du lieu, pourvu que je m’éloignasse. À quoi bon tant balancer sur ma retraite, puisque partout je trouverais à vivre ou mourir, et que c’était tout ce qui me restait à faire ? Quelle bêtise de l’amour-propre de nous montrer toujours toute la nature intéressée aux petits événements de notre vie ? N’eût-on pas dit, à me voir délibérer sur mon séjour, qu’il importait beaucoup au genre humain que j’allasse habiter un pays plutôt qu’un autre, et que le poids de mon corps allait rompre l’équilibre du globe ? Si je n’estimais mon existence que ce qu’elle vaut pour mes semblables, je m’inquiéterais moins d’aller chercher des devoirs à remplir, comme s’ils ne me suivaient pas en quelque lieu que je fusse, et qu’il ne s’en présentât pas toujours autant qu’en peut remplir celui qui les aime ; je me dirais qu’en quelque lieu que je vive, en quelque situation que je sois, je trouverai toujours à faire ma tâche d’homme, et que nul n’aurait besoin des autres si chacun vivait convenablement pour soi.
They added that the intense interest they could not help feeling for this kind lady had made them keep the promise they had made to her—and which she had insisted on so earnestly; that they regretted being unable to fulfill it; and that, from her attire and even more so from her appearance, it was clear to them that she was a person of high rank. Moreover, from her manner and speech, there was no doubt whatsoever that this woman was mine, for it was impossible to mistake her for some kept young lady.
Judge what was going on within me during this entire story! How many things all of this involved! What worries must have been endured, what searches must have been conducted in order to trace my whereabouts like this! Could such actions possibly come from someone who no longer loves me? What a journey! What motive could have driven her to undertake it? In what unexpected situation was I caught! Ah, it wasn’t the first time; but back then, she wasn’t kneeling, she wasn’t in tears. Oh, happy times! What has become of that angel from heaven?. But what is this woman doing here?. She brought her son, my son, and why?. Did she want to see me, talk to me?. Why did she run away?. Why dare confront me?. Why those tears? What does she want from me, this treacherous woman? Does she come to mock my misery? Has she forgotten that she means nothing to me anymore? In some way, I tried to be annoyed by this visit in order to overcome the tenderness it aroused in me, to resist the urge to chase after that unfortunate woman who was stirring me up against my will. Yet I stayed where I was. I realized that all this only proved one thing: I was still loved; and even this thought, once it entered my mind, could not change the decision I had already made.
Then, examining more carefully all the circumstances of that journey, and especially pondering over the last words she had spoken before leaving, I believed I could discern the reason that had brought her there and the reason that had made her leave so suddenly without letting anyone know. Sophie had spoken simply; but everything she said kindled rays of light in my -heart, and those few words were particularly significant. “He will not take your mother away,” she had said. It was therefore the fear that someone might take her away that had brought her there, and it was the conviction that this would not happen that had made her leave. But where did she draw that conviction from? What had she seen? Émile, at peace; Émile, working. What proof could she derive from such a sight, other than that in that state Émile was not overwhelmed by his passions and was only making reasonable resolutions? Therefore, according to her, separating him from his mother was not the right thing to do, even though it seemed so to me. Who was in error? Sophie’s words settled this matter once more; indeed, considering solely the child’s interests, could there even be any doubt about it? I had only considered what it would mean for the child to be separated from his mother, but we also had to consider what it would mean for the mother to be separated from her child. I was therefore in error. To take a mother away from her son means to take away more than can possibly be given back, especially at such a young age; it means sacrificing the child in order to take revenge on the mother; it is an act of passion, never of reason, unless the mother is mad or depraved. But Sophie is the very kind of woman I would wish for my son if he ever had another wife. Either she or I must raise him, since we can no longer do so together; or, in order to satisfy my anger, we must make him an orphan. But what will I do with a child in my current state? I have enough reason to know what I can and cannot do, but not enough to know what I ought to do. Should I take a child of this age to another country, or should I let him stay under his mother’s eyes, just to provoke a woman whom I must flee from? Ah! For my own safety, I could never be far enough away from her. Let her keep the child, for fear that he might ultimately bring her back to his father. Let him remain with her as a symbol of my vengeance; let every day of his life remind that unfaithful woman of the happiness she once had, and of the husband she lost.
It is certain that the decision to take my son away from his mother was born out of my anger. In that single regard, passion blinded me, and it was also the only point on which I changed my mind. If my family had understood my intentions, Sophie would have raised that child, and perhaps he would still be alive today; but perhaps, at that very time, Sophie would have already died for me. Comforted by that precious part of myself, she might never have thought of rejoining the other half, and I would have lost the best days of my life. How much pain must we endure to atone for our mistakes before our reunion allows us to forget them!
We knew each other so well that, to guess the reason for her sudden departure, it was enough for me to sense that she had anticipated what would happen if we met again. I was reasonable, but weak—she knew that; and I knew even better how much that sublime and proud soul retained of inflexibility, even in its mistakes. The thought of Sophie being reconciled with her family was unbearable for her. She felt that her crime was one of those that could never be forgotten; she would rather be punished than forgiven—such forgiveness was not meant for her. Even punishment seemed to degrade her less, in her own eyes. She believed that she could only erase her fault by atoning for it, and that she could only satisfy justice by enduring all the suffering she deserved. That’s why, with such boldness and brutal honesty, she confessed her crime to you, to my entire family—while at the same time keeping silent about what might have excused or justified her actions. She concealed these things so stubbornly that she never mentioned them to me, and I only learned of them after her death.
Moreover, now that she was no longer afraid of losing her son, she had nothing more to desire from me for herself. To yield would have been to degrade herself, and she was all the more jealous of my honor because she no longer possessed any of her own. Sophie might be a criminal, but the husband she had chosen had to be above such cowardice. These refinements of her self-respect could suit only her, and perhaps it was only I who was capable of understanding them.
Even after separating from her, I still felt bound by that obligation—she had led me away from a foolish decision driven by vengeance. In that regard, she had misjudged me; but once I considered the matter carefully, that mistake ceased to be one at all. Considering only my son’s interests, I realized I must leave him with his mother and resolved to do so. Moreover, now that my resolve was firm, I decided to keep his unfortunate father away from the dangers he had just faced. How far could I possibly go away from her? Yet it was she, it was her actions that had taught me this wise lesson—to avoid putting myself in a position where I might receive such lessons twice more.
I had to flee; that was my main concern, and the conclusion of all my previous reasoning. But where to flee? That was the question I had yet to resolve, and I hadn’t realized that the choice of destination was utterly irrelevant, as long as I managed to escape. What use was it to hesitate over where to go, when I would find death or survival wherever I went—since that was all that remained for me to do? How foolish it is for pride to make us always consider how trivial events in our lives affect the greater world! If one were to watch me deliberate over where to live, one might think it mattered greatly to humanity whether I chose one country or another, as if the weight of my body could tip the balance of the globe. But if I valued my existence only for what it means to my fellow beings, I would worry less about seeking duties to fulfill—since those duties would follow me wherever I went, and there would always be as many opportunities to fulfill them as those who love them are willing to take on. I would realize that no matter where I live or in what situation I find myself, I will always have my role to play as a human being—and that no one would need others at all, if everyone simply lived properly for themselves.
Aggiunsero che l’intenso interesse che non riuscivano a reprimere per quella gentile signora li aveva resi fedeli alla promessa che le avevano fatto e che lei aveva insistito tanto per ottenere; che non facevano altro che rimpiangere di non poterla aiutare di più; che, osservando il suo equipaggio e soprattutto il suo aspetto, era evidente che si trattasse di una persona di alto rango; e che, considerando il suo modo di comportarsi e i suoi discorsi, non potevano supporre altro se non che quella donna fosse la mia, poiché era impossibile confonderla con una giovane mantenuta.
Giudicate ciò che accadeva dentro di me durante questo racconto! Quante cose tutto ciò comportava. Quante preoccupazioni dovevano essere state provate, quali ricerche dovevano essere state fatte per ritrovare le mie tracce. Tutto questo, da parte di qualcuno che non mi ama più? Che viaggio, quale motivo poteva averlo spinto a intraprenderlo. In quale occupazione mi aveva sorpreso. Ah! Non era la prima volta. Ma allora lei non era in ginocchio, non piangeva. Oh tempo, tempo felice. Che ne è stato di quell’angelo del cielo?. Ma che cosa fa qui questa donna?. Ha portato con sé suo figlio, mio figlio. E perché?. Voleva vedermi, parlarmi?. Perché fuggire?. Per sfidarmi?. Perché quelle lacrime? Che cosa vuole da me, questa perfida? Viene forse a insultare la mia miseria? Ha dimenticato che ormai non le sono più nulla? In un certo senso, cercavo di irritarmi per questo viaggio, per vincere la commozione che mi causava, per resistere alle tentazioni di correre dietro a quella sfortunata che, contro la mia volontà, mi turbava. Tuttavia rimasi fermo. Vidi che quel suo arrivo non poteva dimostrare altro se non che ero ancora amato. E anche questa supposizione, una volta entrata nella mia riflessione, non avrebbe dovuto cambiare in alcun modo la decisione che avevo preso.
Esaminando più attentamente tutte le circostanze di quel viaggio, soprattutto riflettendo sulle ultime parole che lei aveva pronunciato prima di partire, credetti di individuare il motivo che l’aveva portata lì e quello che l’aveva fatta ripartire all’improvviso, senza lasciare trapelare nulla. Sophie parlava in modo semplice; ma tutto ciò che diceva portava nel mio cuore raggi di luce. Quelle poche parole avevano espresso con chiarezza il suo pensiero: “Non ti porteranno via tua madre”. Dunque, era la paura che qualcuno potesse farlo ad averla spinta a venire qui, e la convinzione che ciò non sarebbe mai accaduto ad averla fatta ripartire. Ma da dove traeva questa convinzione? Cosa aveva visto? Émile, in pace. Émile, al lavoro. Quale prova poteva trarre da questo spettacolo, se non che Émile, in quel stato, non era dominato dalle sue passioni e prendeva solo decisioni razionali? Quindi, secondo lei, separarlo dalla madre non sarebbe stata una buona cosa. Anche se, per me, lo era. Chi aveva torto? Le parole di Sophie chiarivano ancora questa questione; e infatti, considerando esclusivamente l’interesse del bambino, come si poteva anche solo dubitarne? Io avevo pensato soltanto al bambino separato dalla madre. Ma bisognava considerare anche la madre separata dal bambino. Quindi, avevo torto. Separare una madre dal suo figlio significa privarlo di qualcosa che non si può mai più restituire, soprattutto a quell’età. Significa sacrificare il bambino per vendicarsi della madre. È un atto di passione, mai di ragione. A meno che la madre non sia pazza o malvagia. Ma Sophie è proprio la persona che vorrei che mio figlio avesse, quando ne avrà un altro. Dobbiamo educarla noi, o io. Non possiamo più farlo insieme. Oppure, per placare la mia rabbia, dobbiamo renderlo orfano. Ma cosa farò di un bambino in una situazione come la mia? Ho abbastanza ragione per capire ciò che posso o non posso fare. Ma non per decidere ciò che devo fare. Porterò via un bambino di quell’età in altri luoghi, o lo terrò sotto gli occhi di sua madre, solo per sfidare una donna da cui dovrei fuggire? Ah. Per la mia sicurezza, non sarò mai abbastanza lontana da lei. Lasciamo che tenga il bambino. Perché, forse, alla fine, lui le farà tornare indietro il padre. Che il bambino rimanga con lei. Per la mia vendetta. Che ogni giorno della sua vita ricordi all’infedele la felicità di cui era stato garanzia. E l’amante che si è tolta da sola.
È certo che la decisione di separare mio figlio da sua madre sia stata il risultato della mia rabbia. Su questo unico punto, la passione mi aveva accecato; ed è stato anche l’unico punto in cui ho cambiato idea. Se la mia famiglia avesse seguito le mie intenzioni, Sophie avrebbe cresciuto quel bambino, e forse oggi sarebbe ancora vivo. Ma forse, in quel momento, Sophie era già morta per me; consolata da quella parte così cara di me stessa, non avrebbe più pensato a ricongiungersi all’altra, e io avrei perso i giorni più belli della mia vita. Quante sofferenze dobbiamo subire per espiare i nostri errori, prima che il nostro riunirsi possa farci dimenticarli!
Ci conoscevamo così bene a vicenda che, per indovinare il motivo della sua improvvisa ritirata, mi bastò capire che aveva previsto ciò che sarebbe accaduto se ci fossimo rivisti. Ero razionale, ma debole. Lei lo sapeva; e sapevo anche meglio quanto quell’anima sublime e orgogliosa conservasse di fermezza, anche nei suoi errori. L’idea che Sophie fosse tornata in auge le era insopportabile: sentiva che il suo crimine apparteneva a quei peccati che non possono essere dimenticati; preferiva essere punita piuttosto che perdonata. Un simile perdono non era fatto per lei; anzi, la punizione stessa, secondo i suoi desideri, la umiliava meno. Credeva di poter cancellare il proprio errore solo espiandolo, e di potersi riscattare davanti alla giustizia solo soffrendo tutti i mali che si era meritata. Per questo motivo, con coraggio e brutalità nella sua franchezza, confessò il proprio crimine a voi, a tutta la mia famiglia, mentre nello stesso tempo taceva ciò che avrebbe potuto scusarla, ciò che forse l’avrebbe giustificata. Lo nascondeva con tale ostinazione che non mi ne disse mai una parola, e io lo seppi solo dopo la sua morte.
Del resto, essendo stata tranquillizzata riguardo alla paura di perdere suo figlio, non desiderava più nulla da me per sé stessa. Arrendermi sarebbe stato umiliarmi, e lei era ancora più gelosa della mia onore perché a lei ne rimaneva nessuna altra. Sophie poteva anche essere criminale, ma il marito che si era scelta doveva essere al di sopra di una simile viltà. Questi raffinamenti del suo orgoglio potevano convenire soltanto a lei, e forse solo a me spettava comprenderli.
Anche dopo essermi separato da lei, mi sentivo ancora in dovere di riportare mio figlio da una situazione poco ragionevole nella quale l’odio e la vendetta mi avevano spinto a gettarlo. Lei si era sbagliata riguardo alla buona opinione che aveva di me; ma quell’errore smise di esserlo non appena ne presi in considerazione le conseguenze. Pensando esclusivamente all’interesse di mio figlio, capii che dovevo lasciarlo con sua madre e decisi di farlo. Inoltre, rafforzato nelle mie convinzioni, decisi di allontanare il suo sfortunato padre dai pericoli che aveva appena corso. Come avrei potuto allontanarmi abbastanza da lei, se non dovevo più avvicinarmi? Fu ancora lei, fu il suo viaggio a insegnarmi questa saggia lezione: per seguirla, era necessario evitare di trovarmi nuovamente nella condizione di riceverla.
Era necessario fuggire; questa era la mia principale preoccupazione, e la conseguenza di tutti i miei ragionamenti precedenti. Ma dove fuggire? Era proprio su questo punto che mi trovavo bloccato: non avevo ancora capito che, purché mi allontanassi, il luogo in cui sarei andato non avrebbe avuto alcuna importanza. A che serviva quindi prendere così tante decisioni riguardo alla mia fuga, se ovunque avrei trovato la possibilità di vivere o morire. E questo era tutto ciò che mi restava da fare. Che sciocchezza da parte dell’orgoglio umano voler sempre far sembrare che ogni piccolo evento della nostra vita abbia un’enorme rilevanza per l’intera specie! Se si vedesse una persona che esita nel decidere dove stabilirsi, si potrebbe pensare che la scelta del luogo in cui vive abbia davvero un impatto decisivo sull’umanità, come se il peso di quel corpo potesse alterare l’equilibrio del pianeta! Se considerassi la mia esistenza soltanto per ciò che rappresenta per i miei simili, mi preoccuperei molto meno di cercare compiti da svolgere: sembrerebbe infatti che tali compiti non mi seguissero ovunque io andassi, e che non ce ne fosse mai abbastanza per chi li ama davvero. Mi direi invece che, in qualsiasi luogo viva o in qualsiasi situazione mi trovi, troverò sempre il modo di svolgere il mio dovere di essere umano. E che nessuno avrebbe bisogno degli altri, se ognuno vivesse in modo appropriato per sé stesso.
Le sage vit au jour la journée, et trouve tous ses devoirs quotidiens autour de lui. Ne tentons rien au-delà de nos forces, et ne nous portons point en avant de notre existence. Mes devoirs d’aujourd’hui sont ma seule tâche, ceux de demain ne sont pas encore venus. Ce que je dois faire à présent est de m’éloigner de Sophie, et le chemin que je dois choisir est celui qui m’en éloigne le plus directement. Tenons-nous en-là.
Cette résolution prise, je mis l’ordre qui dépendait de moi à tout ce que je laissais en arrière ; je vous écrivis, j’écrivis à ma famille, j’écrivis à Sophie elle-même. Je réglai tout, je n’oubliai que les soins qui pouvaient regarder ma personne ; aucun ne m’était nécessaire, et, sans valet, sans argent, sans équipage, mais sans désirs et sans soins, je partis seul et à pied. Chez les peuples où j’ai vécu, sur les mers que j’ai parcourues, dans les déserts que j’ai traversés, errant durant tant d’années, je n’ai regretté qu’une seule chose, et c’était celle que j’avais à fuir. Si mon coeur m’eût laissé tranquille, mon corps n’eût manqué de rien.
Lettre II
J’ai bu l’eau d’oubli ; le passé s’efface de ma mémoire et l’univers s’ouvre devant moi. Voilà ce que je me disais en quittant ma patrie, dont j’avais à rougir, et à laquelle je ne devais que le mépris et la haine, puisqu’heureux et digne d’honneur par moi-même, je ne tenais d’elle et de ses vils habitants que les maux dont j’étais la proie, et l’opprobre ou j’étais plongé. En rompant des noeuds qui m’attachaient à mon pays, je l’étendais sur toute la terre, et j’en devenais d’autant plus homme en cessant d’être citoyen.
J’ai remarqué dans mes longs voyages, qu’il n’y a que l’éloignement du terme qui rende le trajet difficile ; il ne l’est jamais d’aller à une journée du lieu où l’on est : et pourquoi vouloir faire plus, si de journée en journée on peut aller au bout du monde ? Mais en comparant les extrêmes on s’effarouche de l’intervalle ; il semble qu’on doive le franchir tout d’un saut, au lieu qu’en le prenant par parties on ne fait que des promenades et l’on arrive. Les voyageurs, s’environnant toujours de leurs usages, de leurs habitudes, de leurs préjugés, de tous leurs besoins factices, ont, pour ainsi dire, une atmosphère qui les sépare des lieux où ils sont comme d’autant d’autres mondes différents du leur. Un Français voudrait porter avec lui toute la France ; sitôt que quelque chose de ce qu’il avait lui manque, il compte pour rien les équivalents, et se croit perdu. Toujours comparant ce qu’il trouve à ce qu’il a quitté, il croit être mal quand il n’est pas de la même manière, et ne saurait dormir aux Indes si son lit n’est fait tout comme à Paris.
Pour moi, je suivais la direction contraire à l’objet que j’avais à fuir, comme autrefois j’avais suivi l’opposé de l’ombre dans la forêt de Montmorency. La vitesse que je ne mettais pas à mes courses se compensait par la ferme résolution de ne point rétrograder. Deux jours de marche avaient déjà fermé derrière moi la barrière en me laissant le temps de réfléchir durant mon retour, si j’eusse été tenté d’y songer. Je respirais en m’éloignant, et je marchais plus à mon aise à mesure que j’échappais au danger. Borné pour tout projet à celui que j’exécutais, je suivais la même aire de vent pour toute règle ; je marchais tantôt vite et tantôt lentement selon ma commodité, ma santé, mon humeur, mes forces. Pourvu, non avec moi, mais en moi, de plus de ressources que je n’en avais besoin pour vivre, je n’étais embarrassé ni de ma voiture, ni de ma subsistance. Je ne craignais point les voleurs, ma bourse et mon passeport étaient dans mes bras, mon vêtement formait toute ma garde-robe ; il était commode et bon pour un ouvrier ; je le renouvelais sans peine à mesure qu’il s’usait. Comme je ne marchais ni avec l’appareil ni avec l’inquiétude d’un voyageur, je n’excitais l’attention de personne, je passais partout pour un homme du pays. Il était rare qu’on m’arrêtât sur des frontières ; et quand cela m’arrivait, peu m’importait ; je restais là sans impatience, j’y travaillais tout comme ailleurs ; j’y aurais sans peine passé ma vie si l’on m’y eût toujours retenu, et mon peu d’empressement d’aller plus loin m’ouvrait enfin tous les passages. L’air affairé et soucieux est toujours suspect, mais un homme tranquille inspire de la confiance ; tout le monde me laissait libre en voyant qu’on pouvait disposer de moi sans me fâcher.
Quand je ne trouvais pas à travailler de mon métier, ce qui était rare, j’en faisais d’autres. Vous m’aviez fait acquérir l’instrument universel. Tantôt paysan, tantôt artisan, tantôt artiste, quelquefois même homme à talents, j’avais partout quelque connaissance de mise, et je me rendais maître de leur usage par mon peu d’empressement à les montrer. Un des fruits de mon éducation était d’être pris au mot sur ce que je me donnais pour être, et rien de plus, parce que j’étais simple en toute chose, et qu’en remplissant un poste je n’en briguais pas un autre. Ainsi, j’étais toujours à ma place et l’on m’y laissait toujours.
Si je tombais malade, accident bien rare à un homme de mon tempérament, qui ne fait excès ni d’aliments, ni de soucis, ni de travail, ni de repos, je restais coi, sans me tourmenter de guérir ni m’effrayer de mourir. L’animal malade jeûne, reste en place, et guérit ou meurt ; je faisais de même, et je m’en trouvais bien. Si je me fusse inquiété de mon état, si j’eusse importuné les gens de mes craintes et de mes plaintes, ils se seraient ennuyés de moi, j’eusse inspiré moins d’intérêt et d’empressement que n’en donnait ma patience. Voyant que je n’inquiétais personne, que je ne me lamentais point, on me prévenait par des soins qu’on m’eût refusés peut-être si je les eusse implorés.
J’ai cent fois observé que plus on veut exiger des autres, plus on les dispose au refus ; ils aiment agir librement, et quand ils font tant que d’être bons, ils veulent en avoir tout le mérite. Demander un bienfait c’est y acquérir une espèce de droit, l’accorder est presque un devoir ; et l’amour-propre aime mieux faire un don gratuit que payer une dette.
Dans ces pèlerinages, qu’on eût blâmés dans le monde comme la vie d’un vagabond, parce que je ne les faisais pas avec le faste d’un voyageur opulent, si quelquefois je me demandais, Que fais-je ? où vais-je ? quel est mon but ? je me répondais, Qu’ai-je fait en naissant que de commencer un voyage qui ne doit finir qu’à ma mort ? je fais ma tâche, je reste à ma place, j’use avec innocence et simplicité cette courte vie ; je fais toujours un grand bien par le mal que je ne fais pas parmi mes semblables ; je pourvois à mes besoins en pourvoyant aux leurs ; je les sers sans jamais leur nuire ; je leur donne l’exemple d’être heureux et bons sans soins et sans peine. J’ai répudié mon patrimoine, et je vis ; je ne fais rien d’injuste, et je vis ; je ne demande point l’aumône et je vis. Je suis donc utile aux autres en proportion de ma subsistance ; car les hommes ne donnent rien pour rien.
Comme je n’entreprends pas l’histoire de mes voyages, je passe tout ce qui n’est qu’événement. J’arrive à Marseille : pour suivre toujours la même direction je m’embarque pour Naples : il s’agit de payer mon passage ; vous y aviez pourvu en me faisant apprendre la manœuvre ; elle n’est pas plus difficile sur la Méditerranée que sur l’Océan ; quelques mots changés en font toute la différence. Je me fais matelot. Le capitaine du bâtiment, espèce de patron renforcé, était un renégat qui s’était rapatrié. Il avait été pris depuis lors par les corsaires, et disait s’être échappé de leurs mains sans avoir été reconnu. Des marchands napolitains lui avaient confié un autre vaisseau et il faisait sa seconde course depuis ce rétablissement : il contait sa vie à qui voulait l’entendre, et savait si bien se faire valoir qu’en amusant il donnait de la confiance. Ses goûts étaient aussi bizarres que ses aventures. Il ne songeait qu’à divertir son équipage : il avait sur son bord deux méchants pierriers qu’il tiraillait tout le jour ; toute la nuit il tirait des fusées ; on n’a jamais vu patron de navire aussi gai.
The wise person lives each day as it comes and finds all their daily duties within their immediate surroundings. Let us not attempt anything beyond our capabilities, nor advance beyond the limits of our existence. Today’s duties are my only task; tomorrow’s responsibilities have not yet arrived. What I must do now is to distance myself from Sophie, and the path I must choose is the one that will lead me away from her most directly. Let us content ourselves with that.
Having made this decision, I arranged everything that was within my power to take care of before leaving; I wrote to you, I wrote to my family, and I even wrote to Sophie herself. I settled all matters, except for those personal cares that concerned my own well-being. None of them were necessary for me. Without a servant, without money, without any belongings, but free from desires and worries, I set off alone on foot. Among the peoples I lived among, across the seas I sailed, through the deserts I crossed—wandering for so many years—I regretted only one thing: precisely that which I had to flee. If my heart had remained at peace, my body would have lacked nothing.
Letter II
I drank the water of oblivion; the past vanished from my memory, and the universe opened before me. Such were my thoughts as I left my homeland, which I ought to have shunned with shame—and toward which I could only feel contempt and hatred. For, being happy and worthy of honor on my own account, all I owed that land and its vile inhabitants was the suffering they brought me and the disgrace into which they plunged me. By breaking the bonds that tied me to my country, I extended its influence throughout the world—and in doing so, I became a true man, no longer bound by the constraints of citizenship.
In my long journeys, I have noticed that it is only the distance that makes the journey seem difficult; it is never hard to travel a day’s worth from where one is. So why try to do more, when day after day one could reach the ends of the earth? But when we compare the extremes, we are terrified by the length of the journey; it seems as if we must cross it in one leap, whereas by taking it step by step, we are merely taking walks and yet we still arrive. Travelers, always surrounded by their own customs, habits, prejudices, and all their artificial needs, have, so to speak, an atmosphere around them that separates them from the places they are in, as if those places were worlds entirely different from their own. A Frenchman would want to bring all of France with him; whenever something he had is missing, he dismisses any equivalent and feels lost. Always comparing what he finds with what he has left behind, he thinks he is suffering when things are not just the same as before, and he would never be able to sleep in the Indies if his bed were not made in exactly the same way as in Paris.
For me, I was moving in the opposite direction of the object I needed to escape from, just as I had once followed the opposite path of my shadow in the forest of Montmorency. The lack of speed in my flight was compensated for by my firm resolve not to retreat. Two days of walking had already left behind me any potential pursuers, giving me time to reflect on my situation during my return—if such thoughts ever crossed my mind. As I moved away, I felt a sense of relief; the danger receding made it easier for me to continue on my way. Bound by the single purpose I was pursuing, I followed whatever path seemed most convenient, varying my pace according to my needs, health, mood, and strength. Having more resources within me than I needed for survival, I had no worries about food or shelter. Thieves posed no threat to me—my purse and passport were always with me, and my clothing served as my only attire; it was practical and suitable for a laborer, and I could easily replace it whenever it wore out. Since I did not travel in a hurried or anxious manner like other travelers, I never attracted attention and was simply regarded as a local man. It was rare for anyone to stop me at the borders; when it happened, I remained calm and continued my work without any fuss. If I had been forced to stay in one place forever, I would have gladly done so, but my lack of urgency to move on eventually opened all paths for me. A person who appears busy or worried is always suspicious, but a calm individual inspires trust; everyone let me pass freely, knowing that they could use me without causing any trouble.
When I couldn’t find work in my profession—which was rare—I would take up other occupations. You had taught me to use that universal tool. At times a farmer, at others an artisan, sometimes an artist, and even occasionally someone with diverse talents, I always possessed some knowledge in various fields, and I mastered their use because I was never eager to show off my abilities. One of the results of my education was that people took what I claimed to be me at face value—and nothing more, because I remained simple in everything I did, and when occupying one position, I never aspired to another. In this way, I was always in my proper place, and people allowed me to remain there.
If I fell ill—an accident quite rare for a man of my temperament, who neither overeats nor indulges in worries, work, or rest—I would remain silent, neither fretting about recovery nor fearing death. A sick animal fasts, stays still, and either recovers or dies; I did the same, and it turned out well for me. If I had worried about my condition and bothered others with my fears and complaints, they would have grown tired of me; my patience would have earned them less concern and haste than my agitation would have done. Since I caused no trouble to anyone and never complained, people took extra care of me—care that might have been denied if I had asked for it.
I have observed time and again that the more one tries to demand something from others, the more likely they are to refuse; they prefer to act freely, and when they do something good, they want to be credited for it entirely. To ask for a favor is to claim some sort of right over it; to grant it is almost a duty; and human self-respect prefers making a voluntary gift to paying a debt.
In these pilgrimages—which in the world might have been condemned as the life of a vagrant, since I did not undertake them with the splendor of a wealthy traveler—I would sometimes ask myself: “What am I doing? Where am I going? What is my purpose?” And I would answer: “What else did I do at birth but begin a journey that will only end with my death?” I perform my duty, remain in my place, and use this brief life with innocence and simplicity. In doing so, I bring great good even through the harm I avoid causing to others; I meet my own needs by helping theirs; I serve them without ever harming them; I set an example for them of how one can be happy and kind without care or effort. I have renounced my inheritance, and yet I live; I do nothing unjust, and yet I live; I ask for no alms, and yet I live. Thus, I am useful to others in proportion to what I need for my own survival—for people give nothing for nothing after all.
Since I am not undertaking to tell the story of my travels, I shall omit everything that amounts merely to mere incidents. Upon arriving in Marseille, in order to continue in the same direction, I set sail for Naples. It was necessary to pay my fare; you had taken care of this by having me learn how to perform the relevant tasks. These operations are no more difficult on the Mediterranean than they are on the ocean—only a few words need to be changed to make all the difference. I became a sailor on that ship. The captain, a kind of reinforced petty officer, was a renegade who had returned to his homeland. He had since been captured by corsairs but claimed to have escaped their grasp without being recognized. Some Neapolitan merchants had entrusted him with another vessel, and this was his second voyage since regaining his freedom. He told his story to anyone willing to listen and was so adept at making himself entertaining that he managed to inspire confidence in those around him. His tastes were as peculiar as his adventures were extraordinary. All he cared about was keeping his crew entertained: he had two powerful cannons on board, which he would fire throughout the day; at night, he set off fireworks. One had never seen a ship’s captain so cheerful.
Il saggio vive giorno per giorno, trovando tutti i propri doveri quotidiani intorno a sé. Non tentiamo nulla che vada oltre le nostre forze, e non ci spingiamo oltre i limiti della nostra esistenza. I miei doveri di oggi sono l’unica mia occupazione; quelli di domani non sono ancora arrivati. Quello che devo fare ora è allontanarmi da Sophie, e il cammino da scegliere è quello che mi allontana da lei in modo più diretto. Limitiamoci a questo.
Una volta presa questa decisione, misi in ordine tutto ciò che dipendeva da me riguardo a ciò che lasciavo alle mie spalle; vi scrissi, scrissi alla mia famiglia, scrissi persino a Sophie stessa. Regolai ogni dettaglio, tranne che per le cure necessarie al mio corpo. Ma nessuna di esse era realmente indispensabile. Senza servitori, senza denaro, senza equipaggio, ma privo di desideri e preoccupazioni, partii da solo e a piedi. Tra i popoli in cui ho vissuto, sulle meri che ho attraversato, nei deserti che ho percorso, errando per tanti anni, non ho rimpianto nulla se non ciò che dovevo fuggire. Se il mio cuore mi avesse lasciato in pace, al mio corpo non sarebbe mancato nulla.
Lettera II
Ho bevuto l’acqua dell’oblio; il passato scompare dalla mia memoria e l’universo si apre davanti a me. Questo è ciò che mi dicevo lasciando la mia patria, di cui dovevo vergognarmi e verso la quale non provavo che disprezzo e odio. Poiché, essendo felice e degno di onore per me stesso, non ricevevo da essa e dai suoi abitanti vili altro che i mali di cui ero vittima e l’infamia in cui ero immerso. Rompendo i legami che mi univano al mio paese, lo estendevo su tutta la terra. E diventavo tanto più uomo quanto meno cittadino.
Nei miei lunghi viaggi ho notato che è soltanto la distanza che rende il percorso difficile; non lo è mai viaggiare per una giornata verso il luogo in cui ci si trova. E perché voler fare di più, se giorno dopo giorno si può raggiungere l’estremità del mondo? Ma confrontando gli estremi, ci si spaventa dell’intervallo che separa i due punti; sembra che sia necessario superarlo d’un balzo, mentre in realtà, procedendo poco per volta, si fanno soltanto delle “passeggiate” e si arriva comunque a destinazione. I viaggiatori, circondati sempre dai loro usi, dalle loro abitudini, dai loro pregiudizi e da tutti i bisogni artificiali che hanno, possiedono, per così dire, un’“atmosfera” che li separa dai luoghi in cui si trovano, come se fossero mondi completamente diversi dal loro. Un francese vorrebbe portare con sé tutta la Francia; non appena gli manca qualcosa di ciò che aveva, considera inutili tutti gli equivalenti disponibili e si sente perso. Continuando sempre a confrontare ciò che trova con ciò che ha lasciato, crede di stare male quando le cose non sono esattamente come prima. E non riuscirebbe nemmeno a dormire nelle Indie se il suo letto non fosse fatto proprio come a Parigi.
Per me, seguivo una direzione opposta a quella dell’oggetto che dovevo evitare, proprio come in passato avevo seguito l’opposto dell’ombra nella foresta di Montmorency. La lentezza con cui procedevo nelle mie fughe era compensata dalla ferma determinazione di non arretrare mai. Dopo due giorni di cammino, il pericolo mi aveva già lasciato alle spalle; avevo quindi il tempo di riflettere durante il ritorno, se solo ne avessi avuto l’impulso. Respiravo liberamente allontanandomi dal pericolo e procedevo sempre più tranquillamente man mano che mi allontanavo da esso. Limitato a un solo progetto, quello che stavo attuando, seguivo le regole della semplicità: camminavo a volte velocemente, altre lentamente, in base alle mie esigenze, alla mia salute, al mio umore e alle mie forze. Avendo dentro di me risorse sufficienti per vivere, non mi preoccupavo né della mia “vettura” né del mio sostentamento. Non temevo i ladri: il mio portafoglio e il mio passaporto erano sempre con me; i miei vestiti costituivano tutta la mia roba. Erano comodi e adatti a un lavoratore; li rinnovavo facilmente non appena si consumavano. Poiché non procedevo con l’affanno o con l’inquietudine di un viaggiatore, nessuno mi prestava attenzione; ovunque andassi, sembravo semplicemente un abitante del luogo. Era raro che qualcuno mi fermasse alle frontiere. E quando ciò accadeva, non mi importava affatto: restavo lì senza impazienza, lavoravo come altrove. Avrei potuto trascorrere lì tutta la mia vita, se solo fossi stato costantemente trattenuto. La mia scarsa fretta di andare avanti, in realtà, mi apriva tutti i passaggi possibili. Un’aria affaccendata e preoccupata suscita sempre sospetti; invece, un uomo tranquillo ispira fiducia. Tutti mi lasciavano libero, vedendo che potevano disporre di me senza che io mi arrabbiassi.
Quando non trovavo lavoro nel mio mestiere – il che accadeva raramente – ne cercavo altri. Voi mi avevate fatto acquisire quell’“strumento universale” che permette di svolgere molteplici ruoli. A volte contadino, a volte artigiano, a volte artista, talvolta persino una persona dotata di diversi talenti, ovunque mi trovassi avevo sempre qualche conoscenza utile, e imparavo ad utilizzarle grazie alla mia scarsa fretta nel mostrarle agli altri. Uno dei frutti della mia educazione era che la gente credeva davvero in ciò che sostenevo di essere, e nient’altro, perché ero semplice in tutto, e quando svolgevo un compito non cercavo mai di ottenerne un altro. Così, ero sempre al mio posto, e tutti mi lasciavano lì.
Se fossi ammalato – un evento assai raro per una persona del mio temperamento, che non eccede né nel cibo, né nelle preoccupazioni, né nel lavoro, né nel riposo – me ne starei tranquillo, senza tormentarmi per guarire né spaventarmi di morire. Un animale malato digiuna, rimane fermo nello stesso posto e guarisce o muore; facevo lo stesso, e mi trovavo bene. Se mi fossi preoccupato della mia condizione, se avessi importunato gli altri con le mie paure e i miei lamenti, si sarebbero stancati di me; avrei suscitato meno interesse e premura di quanto ne suscitasse la mia pazienza. Poiché non disturbavo nessuno e non mi lamentavo, ricevevo cure che forse mi sarebbero state rifiutate se le avessi chieste con insistenza.
Ho osservato centinaia di volte che più si pretende dagli altri, più si li spinge a rifiutare; amano agire liberamente, e quando fanno del bene, vogliono attribuirsi tutto il merito. Chiedere un favore significa acquisirvi una sorta di diritto; concederlo è quasi un dovere; inoltre, l’orgoglio preferisce fare un dono gratuito piuttosto che pagare un debito.
In questi pellegrinaggi, che nel mondo verrebbero biasimati come la vita di un vagabondo, poiché non li compivo con lo sfarzo di un viaggiatore ricco, se a volte mi chiedevo: “Cosa sto facendo? Dove vado? Qual è il mio scopo?”, mi rispondevo: “Che cosa ho fatto al momento della mia nascita, se non iniziare un viaggio che terminerà solo con la mia morte?” Svolgo la mia missione, rimango nel mio posto, uso con innocenza e semplicità questa breve vita; faccio sempre del bene, anche attraverso il male che non compio nei confronti dei miei simili; provvedo ai miei bisogni contribuendo a quelli degli altri; li servo senza mai nuocer loro; gli do l’esempio di essere felici e buoni, senza preoccupazioni né fatiche. Ho rifiutato il mio patrimonio e vivo; non faccio nulla di ingiusto e vivo; non chiedo l’elemosina e vivo. Pertanto sono utile agli altri, nella misura in cui mi sostento; perché gli uomini non danno nulla senza ricevere nulla in cambio.
Poiché non intendo raccontare la storia dei miei viaggi, tralascio tutto ciò che rappresenta semplicemente degli eventi. Arrivo a Marsiglia: per proseguire sempre nella stessa direzione, imbarco verso Napoli; è necessario pagare il mio passaggio; voi avevate provveduto a questo facendomi imparare la manovra necessaria; essa non è più difficile nel Mediterraneo che nell’Oceano; bastano alcune parole cambiate per fare tutta la differenza. Divento mozzo di bordo. Il capitano della nave, una sorta di padrone autoritario, era un renegato che si era rimpatriato; da allora era stato catturato dai corsari e sosteneva di essere riuscito a sfuggire loro senza essere riconosciuto. Alcuni mercanti napoletani gli avevano affidato un’altra nave, e lui stava intraprendendo la sua seconda spedizione da quando era tornato in possesso della nave: raccontava la sua vita a chiunque fosse disposto ad ascoltarlo, e sapeva talmente bene come farsi valere che riusciva a suscitare simpatia anche solo con il modo in cui si comportava. I suoi gusti erano altrettanto strani quanto le sue avventure: pensava soltanto a divertire l’equipaggio; aveva a bordo due terribili fucilieri che faceva sparare tutto il giorno, e per tutta la notte lanciava razzi; non si era mai visto un padrone di nave così allegro.
Pour moi, je m’amusais à m’exercer dans la marine ; et quand je n’étais pas de quart, je n’en demeurais pas moins à la manœuvre ou au gouvernail. L’attention me tenait lieu d’expérience, et je ne tardai pas à juger que nous dérivions beaucoup à l’ouest. Le compas était pourtant au rumb convenable ; mais le cours du soleil et des étoiles semblait contrarier si fort sa direction qu’il fallait, selon moi, que l’aiguille déclinât prodigieusement. Je le dis au capitaine : il battit la campagne en se moquant de moi ; et comme la mer devint haute et le temps nébuleux, il ne me fut pas possible de vérifier mes observations. Nous eûmes un vent forcé qui nous jeta en pleine mer : il dura deux jours ; le troisième nous aperçûmes la terre à notre gauche. Je demandai au patron ce que c’était. Il me dit : Terre de l’Église. Un matelot soutint que c’était la côte de Sardaigne ; il fut hué, et paya de cette façon sa bienvenue ; car quoique vieux matelot, il était nouvellement sur ce bord ainsi que moi.
IL ne m’importait guère où que nous fussions ; mais ce qu’avait dit cet homme ayant ranimé ma curiosité, je me mis à fureter autour de l’habitacle pour voir si quelque fer mis là par mégarde ne faisait point décliner l’aiguille. Quelle fut ma surprise de trouver un gros aimant caché dans un coin ! En l’ôtant de sa place, je vis l’aiguille en mouvement reprendre sa direction. Dans le même instant quelqu’un cria, Voile. Le patron regarda avec sa lunette, et dit que c’était un petit bâtiment français. Comme il avait le cap sur nous et que nous ne l’évitions pas, il ne tarda pas d’être à pleine vue, et chacun vit alors que c’était une voile barbaresque. Trois marchands napolitains que nous avions à bord avec tout leur bien, poussèrent des cris jusqu’au ciel. L’énigme alors me devint claire. Je m’approchai du patron, et lui dis à l’oreille : Patron, si nous sommes pris, tu es mort ; compte là-dessus. J’avais paru si peu ému, et je lui tins ce discours d’un ton si posé, qu’il ne s’en alarma guère et feignit même de ne l’avoir pas entendu.
Il donna quelques ordres pour la défense ; mais il ne se trouva pas une arme en état, et nous avions tant brûlé.de poudre, que quand on voulut charger les pierriers, à peine en resta-t-il pour deux coups. Elle nous eût même été inutile : sitôt que nous fûmes à portée, au lieu de daigner tirer sur nous, on nous cria d’amener, et nous fûmes abordés presque au même instant. Jusqu’alors le patron, sans en faire semblant, m’observait avec quelque défiance ; mais sitôt qu’il vit les corsaires dans notre bord, il cessa de faire attention à moi et s’avança vers eux sans précaution. En ce moment je me crus juge, exécuteur, pour venger mes compagnons d’esclavage, en purgeant le genre humain traître et la mer d’un de ses monstres. Je courus à lui, et lui criant, Je te l’ai promis, je te tiens parole, d’un sabre dont je m’étais saisi je lui fis voler la tête. À l’instant, voyant le chef des Barbaresques venir impétueusement à moi, je l’attendis de pied ferme, et lui présentant le sabre par la poignée, Tiens, Capitaine, lui dis-je en langue franque, je viens de faire justice, tu peux la faire à ton tour. Il prit le sabre, il le leva sur ma tête ; j’attendis le coup en silence : il sourit, et me tendant la main, il défendit qu’on me mît aux fers avec les autres ; mais il ne me parla point de l’expédition qu’il m’avait vu faire, ce qui me confirma qu’il en savait assez la raison. Cette distinction, au reste, ne dura que jusqu’au port d’Alger, et nous fûmes envoyés au bagne en débarquant, couplés comme des chiens de chasse.
Jusqu’alors, attentif à tout ce que je voyais, je m’occupais peu de moi. Mais enfin la première agitation cessée me laissa réfléchir sur mon changement d’état, et le sentiment qui m’occupait encore dans toute sa force me fit dire en moi-même, avec une sorte de satisfaction : Que m’ôtera cet événement ? Le pouvoir de faire une sottise. Je suis plus libre qu’auparavant. Émile esclave ! reprenais-je. Eh ! dans quel sens ? Qu’ai-je perdu de ma liberté primitive ? Ne naquis-je pas esclave de la nécessité ? Quel nouveau joug peuvent m’imposer les hommes ? Le travail ? ne travaillais-je pas quand j’étais libre ? La faim ? combien de fois je l’ai soufferte volontairement ! La douleur ? toutes les forces humaines ne m’en donneront pas plus que ne m’en fit sentir un grain de sable. La contrainte ? sera-t-elle plus rude que celle de mes premiers fers ? et je n’en voulais pas sortir. Soumis par ma naissance aux passions humaines, que leur joug me soit imposé par un autre ou par moi, ne faut-il pas toujours le porter ? et qui sait de quelle part il me sera plus supportable ? J’aurai du moins toute ma raison pour les modérer dans un autre : combien de fois ne m’a-t-elle pas abandonné dans les miennes ! Qui pourra me faire porter deux chaînes ? N’en portais-je pas une auparavant ? IL n’y a de servitude réelle que celle de la nature ; les hommes n’en sont que les instruments. Qu’un maître m’assomme ou qu’un rocher m’écrase, c’est le même événement à mes yeux, et tout ce qui peut m’arriver de pis dans l’esclavage est de ne pas plus fléchir un tyran qu’un caillou. Enfin si j’avais ma liberté, qu’en ferais-je ? Dans l’état où je suis, que puis-je vouloir ? Eh ! pour ne pas tomber dans l’anéantissement, j’ai besoin d’être animé par la volonté d’un autre au défaut de la mienne.
Je tirai de ces réflexions la conséquence que mon changement d’état était plus apparent que réel ; que si la liberté consistait à faire ce qu’on veut, nul homme ne serait libre ; que tous sont faibles, dépendants des choses, de la dure nécessité ; que celui qui sait le mieux vouloir tout ce qu’elle ordonne est le plus libre, puisqu’il n’est jamais forcé de faire ce qu’il ne veut pas.
Oui, mon père, je puis le dire, le temps de ma servitude fut celui de mon règne, et jamais je n’eus tant d’autorité sur moi que quand je portai les fers des barbares. Soumis à leurs passions sans les partager, j’appris à mieux connaître les miennes. Leurs écarts furent pour moi des instructions plus vives que n’avaient été vos leçons, et je fis sous ces rudes maîtres un cours de philosophie encore plus utile que celui que j’avais fait près de vous.
Je n’éprouvai pas pourtant dans leur servitude toutes les rigueurs que j’en attendais. J’essuyai de mauvais traitements, mais moins, peut-être, qu’ils n’en eussent essuyés parmi nous, et je connus que ces noms de Maures et de pirates portaient avec eux des préjugés dont je ne m’étais pas à défendu. Ils ne sont pas pitoyables, mais ils sont justes, et s’il faut n’attendre d’eux ni douceur ni clémence, on n’en doit craindre non plus ni caprice ni méchanceté. Ils veulent qu’on fasse ce qu’on peut faire, mais ils n’exigent rien de plus, et dans leurs châtiments, ils ne punissent jamais l’impuissance, mais seulement la mauvaise volonté. Les nègres seraient trop heureux en Amérique, si l’Européen traitait avec la même équité : mais comme il ne voit dans ces malheureux que des instruments de travail, sa conduite envers eux dépend uniquement de l’utilité qu’il en tire ; il mesure sa justice sur son profit.
Je changeai plusieurs fois de patron : l’on appelait cela me vendre ; comme si jamais on pouvait vendre un homme ! On vendait le travail de mes mains ; mais ma volonté, mon entendement, mon être, tout ce par quoi j’étais moi et non pas un autre, ne se vendait assurément pas ; et la preuve de cela est que la première fois que je voulus le contraire de ce que voulait mon prétendu maître, ce fut moi qui fus le vainqueur. Cet événement mérite d’être raconté.
For me, I enjoyed practicing my skills at sea; and even when I wasn’t on duty, I would still be busy with steering or handling the ship. Attention itself served as my experience, and it didn’t take long before I realized that we were drifting considerably to the west. The compass seemed to indicate the correct course; yet the movement of the sun and stars clearly contradicted its readings, suggesting to me that the needle must have deviated greatly. I told the captain about this, but he laughed at me. As the sea began to rise and the weather turned cloudy, I was unable to confirm my observations. We then encountered a strong wind that pushed us out into open waters; it lasted for two days. On the third day, we saw land on our left. I asked the captain what it was, and he told me it was “Terre de l’Église.” One of the sailors claimed it was the coast of Sardinia; he was greeted with insults—and thus paid for his “welcoming” remarks, because although he was an experienced sailor, he was, like me, new to this region.
It didn’t really matter where we were; but what that man had said had piqued my curiosity, so I began searching the cabin to see if there was any iron object left there by mistake that might be causing the compass needle to deviate. To my great surprise, I found a large magnet hidden in a corner! Once I removed it, I saw the needle move back into its correct position. In that very instant, someone shouted, “A sail!” The captain looked through his telescope and said it was a small French vessel. Since it was heading straight towards us and we couldn’t avoid it, it soon came into full view, and everyone could see that it was actually a Barbary corsair. Three Napoleonic merchants who were on board with all their belongings began screaming in terror. At that point, the mystery was finally solved. I approached the captain and whispered in his ear: “Captain, if we get caught, you’re dead—just accept that fact.” I had appeared so calm, and my tone was so composed, that he wasn’t overly alarmed and even pretended not to have heard me.
He gave some orders regarding defense; but not a single weapon was in good condition, and we had burned so much gunpowder that when we tried to load the mortars, there was barely enough left for two shots. In fact, it would have been useless anyway: as soon as we came within range, instead of firing at us, they ordered us to come closer, and we were confronted almost immediately. Until then, the captain had seemed to observe me with some suspicion; but as soon as he saw the corsairs on our side, he paid no more attention to me and approached them without any caution. At that moment, I felt that it was my duty—my right—to avenge my fellow captives by ridding humanity of one of its treacherous monsters. I rushed toward him and, shouting, “I promised you—I keep my word!” I struck him with my sword, severing his head. Immediately afterward, as the leader of the Barbary pirates approached me fiercely, I stood firm and held the sword toward him, saying in French, “Take this, Captain—I have done justice; now you may do yours.” He took the sword, raised it over my head, but I remained silent as he prepared to strike. Instead, he smiled, shook my hand, and ordered that I not be chained with the others; however, he said nothing about the mission I had undertaken, which confirmed that he was well aware of its purpose. This special treatment lasted only until we arrived in Algiers, where we were sent to prison upon disembarking, tied together like hunting dogs.
Until then, I had been attentive to everything around me and paid little attention to myself. But once the initial turmoil subsided, I began to reflect on my changed state of being. The emotion that still dominated me completely made me say to myself, with a sense of satisfaction: “What will this event take away from me? The ability to commit foolish acts. I am freer than before.” “Emile, a slave!” I thought. “But in what way? What have I lost of my original freedom? Weren’t I born a slave to necessity? What new yoke can humans impose upon me? Work? Didn’t I work even when I was free? Hunger? How many times have I willingly endured it! Pain? All human strength combined could not cause me more suffering than a grain of sand. Coercion? Will it be any harsher than the shackles I once bore? And yet, I did not wish to escape them. Bound by my birth to human passions, whether that yoke is imposed upon me by others or by myself, must I not bear it anyway? Who knows which form of it will be more endurable for me? At least in this new state, I will have all my reason at my disposal to moderate those passions—how many times has my own reason failed me in the past! Who can force me to carry two chains? Didn’t I already bear one before?” “True slavery exists only under the yoke of nature; humans are but its instruments. Whether a master beats me or a rock crushes me, it is the same for me. The worst thing that could happen to me in slavery would be to no longer bend under the tyranny of a tyrant any more than I do under the weight of a stone. And even if I had freedom, what would I do with it? In my current state, what can I possibly desire? To avoid utter ruin, I need someone else’s will to guide me—since my own is lacking.”
From these reflections, I concluded that my change in state was more apparent than real; that if freedom meant doing whatever one wanted, no man would be free at all; that everyone is weak and dependent on things, on harsh necessity; and that those who know how to desire everything that necessity ordains are the freest of all, for they are never forced to do what they do not want.
Yes, my father, I can say that the time of my servitude was also the time of my rule. Never did I possess so much authority over myself as when I wore the shackles of those barbarians. Subject to their passions without sharing them, I came to understand my own better. Their excesses served me as more vivid lessons than your teachings could have done; under these harsh masters, I pursued a philosophy that proved even more useful than that which I had learned at your side.
However, I did not experience all the harshness that I had expected in their servitude. I endured some ill-treatment, but perhaps less than they would have suffered among us. I also realized that those labels of “Moors” and “pirates” carried with them prejudices against which I had not defended myself. They are not pitiable, but they are fair; and if one must not expect kindness or mercy from them, one should also not fear caprice or malice. They demand only that people do what is within their power, and in their punishments, they never punish incompetence, but only bad will. Black people would be far happier in America if Europeans treated them with equal fairness; but since Europeans see these unfortunate individuals merely as tools for labor, their treatment of them depends entirely on the usefulness they perceive; their concept of justice is defined by their own interests.
I changed employers several times; people called it “selling myself,” as if it were possible to sell a person at all! What was sold was the work of my hands; but my will, my intellect, my very being—everything that made me who I was, and not someone else—certainly could not be sold. And the proof of this is that the first time I decided to do the opposite of what my so-called master wanted, it was I who emerged as the victor. This event deserves to be told.
Per me, mi divertivo ad esercitarmi nella navigazione; e anche quando non ero di servizio, continuavo comunque a occuparmi delle manovre o del timone. L’attenzione che dedicavo a queste attività sostituiva l’esperienza diretta, e presto capii che stavamo deviando molto verso ovest. Il compasso indicava però la direzione corretta; tuttavia, il movimento del sole e delle stelle sembrava contraddire decisamente quella indicazione, tanto che, a mio parere, l’ago del compasso doveva aver subito un’inclinazione notevole. Ne parlai al capitano, ma lui rise di me; inoltre, quando il mare divenne agitato e il cielo si oscurò, non mi fu più possibile verificare le mie osservazioni. Soffrimmo poi di un vento forte che ci gettò in mezzo all’oceano; questa situazione durò due giorni; al terzo giorno riuscimmo a scorgere la terra sulla nostra sinistra. Chiesi al capitano di cosa si trattasse; lui rispose: “Terra dell’Église”. Un marinaio sosteneva invece che fosse la costa della Sardegna; fu insultato e pagò così il suo “benvenuto”, perché, sebbene fosse un vecchio marinaio, era anch’egli nuovo in questa regione, proprio come me.
Non mi importava affatto dove ci trovassimo; ma quelle parole di quell’uomo avevano risvegliato la mia curiosità, quindi iniziai a cercare nell’interno della cabina per vedere se qualche oggetto lasciato lì per sbaglio potesse influenzare il funzionamento dell’ago. Che sorpresa quando trovai un grosso magnete nascosto in un angolo! Togliendolo dal suo posto, vidi che l’ago riprendeva immediatamente la sua posizione corretta. Nello stesso istante qualcuno gridò: “Vela!” Il capitano guardò attraverso il cannocchiale e disse che si trattava di una piccola imbarcazione francese. Poiché era diretta verso di noi e non riuscivamo a evitarla, presto divenne visibile in tutto il suo splendore, e tutti notarono che si trattava di una vela barbaresca. Tre mercanti napoletani che erano a bordo con tutte le loro proprietà iniziarono a gridare disperatamente. A quel punto la situazione mi divenne chiara: mi avvicinai al capitano e gli sussurrai all’orecchio: “Capitano, se veniamo catturati, sei morto. Puoi contarci.” Ero apparso così calmo e avevo parlato con tale tranquillità che lui non si allarmò affatto, anzi fece finta di non aver sentito nulla.
Diede alcuni ordini per la difesa; ma non si trovava alcuna arma in condizioni di essere utilizzata, e avevamo bruciato così tanta polvere da sparo che, quando cercammo di caricare le balestre, ne rimase appena abbastanza per due colpi. Quelle armi sarebbero state comunque inutili: non appena fummo a portata di tiro, invece di sparare contro di noi, ci ordinarono di avvicinarci, e fummo raggiunti quasi immediatamente. Fino ad allora il capitano, senza darlo a vedere, mi osservava con una certa diffidenza; ma non appena vide i corsari sulla nostra nave, smise di prestarmi attenzione e si avvicinò a loro senza alcuna precauzione. In quel momento sentii di avere il diritto, anzi il dovere, di vendicare i miei compagni ridotti in schiavitù, purgando l’umanità da uno dei suoi mostri traditori. Corsi verso di lui e, gridandogli “Te l’avevo promesso, mantengo la mia parola”, gli afferrai un sabre e gli tagliai la testa. All’istante, vedendo il capo dei barbareschi avvicinarsi minacciosamente, lo aspettai fermo e, porgendogli il sabre per la impugnatura, gli dissi in lingua francese: “Ecco, Capitano. Ho fatto giustizia; ora puoi farla anche tu”. Lui prese il sabre, lo alzò verso di me; io aspettai il colpo in silenzio. Lui sorrise, mi tese la mano e ordinò che non venissi messo in catene insieme agli altri. Ma non mi parlò dell’impresa che avevo compiuto, il che mi confermò che ne conosceva già abbastanza le ragioni. Questa distinzione, comunque, durò soltanto fino al porto di Algeri. Una volta sbarcati, fummo mandati in prigione, legati insieme come cani da caccia.
Fino ad allora, attento a tutto ciò che vedevo, mi occupavo poco di me stesso. Ma finalmente, quando la prima agitazione si placò, iniziai a riflettere sul mio cambiamento di stato; il sentimento che ancora dominava in me mi spinse a dire, con una sorta di soddisfazione: “Cosa mi toglierà questo evento? Il potere di commettere sciocchezze. Ora sono più libero di prima”. “Emile, schiavo!”, riprendevo a pensare. Ma in che senso? Cosa ho perso della mia libertà originale? Non sono forse nato schiavo delle necessità della vita? Quale nuovo giogo gli uomini potrebbero impormi? Il lavoro. Non lavoravo forse anche quando ero libero? La fame. Quante volte l’ho sopportata volontariamente! Il dolore. Tutte le forze umane non mi faranno soffrire di più di quanto facesse sentire un granello di sabbia. La costrizione. Sarà forse più crudele di quella dei primi ferri che mi legavano. Eppure non volevo liberarmene. Sottomesso per nascita alle passioni umane, che sia questo giogo imposto da altri o da me stesso, non devo forse portarlo sempre? E chi sa se in un altro modo potrebbe risultarmi più sopportabile. Almeno avrò tutta la mia ragione per moderarle. Quante volte, invece, questa stessa ragione mi ha abbandonato quando ero dominato dalle mie passioni! Chi potrà costringermi a portare due catene? Non ne portavo forse già una prima? Non esiste vera schiavitù se non quella imposta dalla natura. Gli uomini ne sono soltanto gli strumenti. Che un padrone mi colpisca o che una roccia mi schiacci, per me è lo stesso evento. E tutto ciò che potrebbe accadermi di peggio nella schiavitù è non piegarmi di più davanti a un tiranno che davanti a una pietra. Infine, se avessi la mia libertà, cosa ne farei? Nello stato in cui mi trovo, cosa posso desiderare? Eh, per non cadere nell’annientamento, ho bisogno che sia un’altra volontà a guidarmi, al posto della mia.
Dai miei ragionamenti derivò la conclusione che il mio cambiamento di stato fosse più apparente che reale; che se la libertà consistesse nel fare ciò che si vuole, nessun uomo sarebbe libero; che tutti sono deboli, dipendenti dalle cose, dalla dura necessità; che colui che sa volere al meglio tutto ciò che essa ordina è il più libero, poiché non viene mai costretto a fare ciò che non vuole.
Sì, padre mio, posso dirlo: il tempo della mia schiavitù fu anche il tempo del mio dominio; mai ebbi tanta autorità su me stesso quanto quando indossavo le catene dei barbari. Sottomesso alle loro passioni senza condividerle, imparai a conoscere meglio le mie. I loro eccessi divennero per me insegnamenti più efficaci delle vostre lezioni, e sotto quegli severi maestri feci un corso di filosofia ancora più utile di quello che avevo seguito al vostro fianco.
Tuttavia, nella loro schiavitù non ho riscontrato tutte le crudeltà che mi aspettavo. Ho subito maltrattamenti, ma forse meno di quanto ne avrebbero potuti subire tra di noi; inoltre, ho capito che quei nomi di “Mauri” e “Pirati” erano portatori di pregiudizi dai quali non mi ero difeso. Non sono certo degni di compassione, ma sono giusti: e se non ci si può aspettare da loro né dolcezza né clemenza, non si deve nemmeno temere che siano capricciosi o malvagi. Vogliono soltanto che si faccia ciò che è possibile, ma non chiedono di più; nei loro castighi, puniscono mai l’impotenza, ma solo la cattiva volontà. I neri sarebbero troppo felici in America se gli europei li trattassero con la stessa equità. Ma poiché vedono in questi sfortunati soltanto strumenti di lavoro, il loro comportamento nei loro confronti dipende unicamente dall’utilità che ne traggono; misurano la propria “giustizia” in base al proprio profitto.
Cambiai più volte padrone: si chiamava così “vendermi”; come se mai si potesse vendere un uomo! Si vendeva il lavoro delle mie mani; ma la mia volontà, la mia intelligenza, la mia essenza, tutto ciò che faceva di me me stesso e non un altro, certamente non poteva essere venduto. E la prova di questo è che, la prima volta che volli fare il contrario di ciò che voleva il mio presunto padrone, fui io ad avere la meglio. Questo evento merita di essere raccontato.
Je fus d’abord assez doucement traité ; l’on comptait sur mon rachat, et je vécus plusieurs mois dans une inaction qui m’eût ennuyé, si je pouvais connaître l’ennui. Mais enfin, voyant que je n’intriguais point auprès des consuls européens et des moines, que personne ne parlait de ma rançon, et que je ne paraissais pas y songer moi-même, on voulut tirer parti de moi de quelque manière, et l’on me fit travailler. Ce changement ne me surprit ni ne me fâcha. Je craignais peu les travaux pénibles, mais j’en aimais mieux de plus amusants. Je trouvai le moyen d’entrer dans un atelier dont le maître ne tarda pas à comprendre que j’étais le sien dans son métier. Ce travail devenant plus lucratif pour mon patron que celui qu’il me faisait faire, il m’établit pour son compte et s’en trouva bien.
J’avais vu disperser presque tous mes anciens camarades du bagne ; ceux qui pouvaient être rachetés l’avaient été ; ceux qui ne pouvaient l’être avaient eu le même sort que moi ; mais tous n’y avaient pas trouvé le même adoucissement. Deux chevaliers de Malte entre autres avaient été délaissés. Leurs familles étaient pauvres. La religion ne rachète point ses captifs ; et les pères ne pouvant racheter tout le monde, donnaient, ainsi que les consuls, une préférence fort naturelle, et qui n’est pas inique, à ceux dont la reconnaissance leur pouvait être plus utile. Ces deux chevaliers, l’un jeune et l’autre vieux, étaient instruits et ne manquaient pas de mérite ; mais ce mérite était perdu dans leur situation présente. Ils savaient le génie, la tactique, le latin, les belles-lettres. Ils avaient des talents pour briller, pour commander, qui n’étaient pas d’une grande ressource à des esclaves. Pour surcroît ils portaient fort impatiemment leurs fers ; et la philosophie dont ils se piquaient extrêmement, n’avait point appris à ces fiers gentilshommes à servir de bonne grâce des pieds-plats et des bandits, car ils n’appelaient pas autrement leurs maîtres. Je plaignais ces deux pauvres gens ; ayant renoncé par leur noblesse à leur état d’hommes, à Alger ils n’étaient plus rien : même ils étaient moins que rien. Car parmi les corsaires, un corsaire ennemi fait esclave est fort au-dessous du néant. Je ne pus servir le vieux que de mes conseils, qui lui étaient superflus, car, plus savant que moi, du moins de cette science qui s’étale, il savait à fond toute la morale, et ses préceptes lui étaient très familiers ; il n’y avait que la pratique qui lui manquât, et l’on ne saurait porter de plus mauvaise grâce le joug de la nécessité. Le jeune, encore plus impatient, mais ardent, actif, intrépide, se perdait en projets de révoltes et de conspirations impossibles à exécuter, et qui, toujours découverts, ne faisaient qu’aggraver sa misère. Je tentai de l’exciter à s’évertuer, à mon exemple, et à tirer parti de ses bras pour rendre son état plus supportable ; mais il méprisa mes conseils, et me dit fièrement qu’il savait mourir. Monsieur, lui dis-je, il vaudrait encore mieux savoir vivre. Je parvins pourtant à lui procurer quelques soulagements, qu’il reçut de bonne grâce et en âme noble et sensible ; mais qui ne lui firent pas goûter mes vues. Il continua ses trames pour se procurer la liberté par un coup hardi : mais son esprit remuant lassa la patience de son maître qui était le mien : cet homme se défit de lui et de moi ; nos liaisons lui avaient paru suspectes, et il crut que j’employais à l’aider dans ses manœuvres les entretiens par lesquels je tâchais de l’en détourner. Nous fûmes vendus à un entrepreneur d’ouvrages publics, et condamnés à travailler sous les ordres d’un surveillant barbare, esclave comme nous, mais qui, pour se faire valoir à son maître, nous accablait de plus de travaux que la force humaine n’en pouvait porter.
Les premiers jours ne furent pour moi que des jeux. Comme on nous partageait également le travail, et que j’étais plus robuste et plus ingambe que tous mes camarades, j’avais fait ma tâche avant eux, après quoi j’aidais les plus faibles et les allégeais d’une partie de la leur. Mais notre piqueur, ayant remarqué ma diligence et la supériorité de mes forces, m’empêcha de les employer pour d’autres en doublant ma tâche, et, toujours augmentant par degrés, finit par me surcharger à tel point et de travail et de coups, que, malgré ma vigueur, j’étais menacé de succomber bientôt sous le faix : tous mes compagnons, tant forts que faibles, mal nourris, et plus maltraités dépérissaient sous l’excès du travail.
Cet état devenant tout-à-fait insupportable, je résolus de m’en délivrer à tout risque. Mon jeune chevalier, à qui je communiquai ma résolution, la partagea vivement. Je le connaissais homme de courage, capable de constance pourvu qu’il fût sous les yeux des hommes ; et dès qu’il s’agissait d’actes brillants et de vertus héroïques, je me tenais sûr de lui. Mes ressources néanmoins étaient toutes en moi-même, et je n’avais besoin du concours de personne pour exécuter mon projet ; mais il était vrai qu’il pouvait avoir un effet beaucoup plus avantageux, exécuté de concert par mes compagnons de misères, et je résolus de le leur proposer, conjointement avec le chevalier.
J’eus peine à obtenir de lui que cette proposition se ferait simplement et sans intrigues préliminaires. Nous prîmes le temps du repas où nous étions plus rassemblés et moins surveillés. Je m’adressai d’abord dans ma langue à une douzaine de compatriotes que j’avais-là, ne voulant pas leur parler en langue franque de peur d’être entendu des gens du pays. Camarades, leur dis-je, écoutez-moi. Ce qui me reste de force ne peut suffire à quinze jours encore du travail dont on me surcharge, et je suis un des plus robustes de la troupe : il faut qu’une situation si violente prenne une prompte fin, soit par un épuisement total, soit par une résolution qui le prévienne. Je choisis le dernier parti, et je suis déterminé à me refuser dès demain à tout travail au péril de ma vie et de tous les traitements que doit m’attirer ce refus. Mon choix est une affaire de calcul. Si je reste comme je suis, il faut périr infailliblement en très peu de ce temps et sans aucune ressource : je m’en ménage une par ce sacrifice de peu de jours. Le parti que je prends peut effrayer notre inspecteur et éclairer son maître sur son véritable intérêt. Si cela n’arrive pas, mon sort, quoiqu’accéléré ne saurait être empiré. Cette ressource serait tardive et nulle quand mon corps épuisé ne serait plus capable d’aucun travail ; alors, en me ménageant, ils n’auraient rien à gagner ; en m’achevant, ils ne feraient qu’épargner ma nourriture. Il me convient donc de choisir le moment où ma perte en est encore une pour eux. Si quelqu’un d’entre vous trouve mes raisons bonnes, et veut, à l’exemple de cet homme de courage, prendre le même parti que moi, notre nombre fera plus d’effet et rendra nos tyrans plus traitables ; mais fussions-nous seuls, lui et moi, nous n’en sommes pas moins résolus à persister dans notre refus, et nous vous prenons tous à témoins de la façon dont il sera soutenu.
Ce discours simple et simplement prononcé, fut écouté sans beaucoup d’émotion. Quatre ou cinq de la troupe me dirent cependant de compter sur eux et qu’ils feraient comme moi. Les autres ne dirent mot, et tout resta calme. Le chevalier, mécontent de cette tranquillité, parla aux siens dans sa langue avec plus de véhémence. Leur nombre était grand : il leur fit à haute voix des descriptions animées de l’état où nous étions réduits et de la cruauté de nos bourreaux ; il excita leur indignation par la peinture de notre avilissement, et leur ardeur par l’espoir de la vengeance ; enfin il enflamma tellement leur courage par l’admiration de la force d’âme qui sait braver les tourments et qui triomphe de la puissance même, qu’ils l’interrompirent par des cris, et tous jurèrent de nous imiter et d’être inébranlables jusqu’à la mort.
At first, I was treated quite kindly; people hoped to be able to ransom me, and I spent several months in idleness—which would have bored me if I had been capable of feeling boredom. But eventually, seeing that I was causing no trouble among the European consuls or the monks, that no one mentioned my ransom, and that I seemed myself to have no interest in it, they decided to make some use of me and put me to work. This change neither surprised me nor angered me. I was not particularly afraid of hard labor, but I preferred more interesting tasks. I managed to get into an workshop, and the master soon realized that I was actually more skilled than he was in his trade. Since this work became more profitable for him than the one he had been making me do, he hired me on a permanent basis and found it very beneficial for himself.
I had seen nearly all my former companions from the penal colony dispersed; those who could be ransomed had been ransomed; those who could not were doomed to the same fate as me—but not everyone endured it in the same way. In particular, two Knights of Malta had been abandoned. Their families were poor. Religion does not redeem its captives; and since fathers could not ransom everyone, just as consuls would, they naturally—and quite rightly—gave preference to those whose gratitude might be more useful to them. These two knights, one young and the other old, were educated men with considerable merit; but such merits were rendered useless in their current situation. They knew about strategy, tactics, Latin, and the arts of literature. They possessed talents that would have allowed them to shine or command, but such abilities were of little use to slaves. Moreover, they endured their chains with great impatience; and the philosophy they so proudly espoused did not teach these proud gentlemen how to serve willingly as servants of lowly men and outlaws—for they called their masters nothing else. I pitied these poor people; having renounced their human status due to their nobility, in Algiers they were nothing at all—indeed, less than nothing. Among corsairs, an enemy corsair who becomes a slave is far worse off than nothing at all. I could offer the old man only my advice, which was of little use to him, for he knew far more than I did—in terms of the knowledge that is commonly regarded as useful—he had a thorough understanding of morality, and its precepts were well-known to him. All that lacked was practical application; and one could hardly bear the yoke of necessity in a more unwilling manner. The young man, even more impatient but fiery, energetic, and brave, spent his time concocting impossible plans for rebellion and conspiracy—plans that were always discovered, only to exacerbate his misery. I tried to encourage him to work hard, to follow my example, and to use his strength to make his situation more endurable; but he dismissed my advice and proudly told me that he knew how to die. “Sir,” I replied, “it would be far better to know how to live.” Nevertheless, I managed to provide him with some relief, which he accepted with noble and sensitive spirit—but it did not change his views at all. He continued to plot daring schemes in hopes of gaining freedom, but his restless nature eventually wore down the patience of his master—who was also mine. That man got rid of both of us; he found our association suspicious and believed that I was using our conversations to help him in his schemes. We were sold to a contractor who employed us in public works, and we were forced to work under the brutal command of another slave overseer who, in order to please his master, overwhelmed us with tasks beyond human endurance.
The first few days were nothing but games for me. Since the work was shared among us, and I was stronger and more agile than all my companions, I would finish my task before them and then help those who were weaker by taking on some of their workload. However, our supervisor, noticing my diligence and the superiority of my strength, made me double my tasks in order to prevent me from helping others. Gradually, the workload increased until it became so overwhelming—both in terms of physical labor and the number of blows I had to endure—that, despite my vigor, I was on the verge of collapse. All my companions, whether strong or weak, malnourished, and all suffering greatly from the excessive workload, were also dying out under such conditions.
Since this state had become utterly unbearable, I resolved to free myself from it at all costs. My young knight, to whom I communicated my decision, wholeheartedly agreed with it. I knew him to be a man of courage, capable of steadfastness so long as he was in the presence of other people; and when it came to bold actions and heroic virtues, I was certain of his support. However, all my resources lay within myself, and I needed no one’s help to carry out my plan. Nevertheless, it would undoubtedly be far more effective if carried out together with my fellow sufferers, so I resolved to propose it to them, along with my knight.
I had great difficulty convincing him that this proposal should be made simply and without any preliminary intrigues. We waited until during a meal, when we were gathered together and less under observation. I first addressed myself in my own language to a dozen compatriots who were there; I did not want to speak in the Frankish language for fear of being overheard by the locals. “Comrades,” I said, “listen to me. What little strength I have left will not be enough to endure another fifteen days of the excessive work being imposed upon me, and yet I am one of the strongest men in the group. This violent situation must come to an end soon—either through complete exhaustion or through some decisive action that prevents it from continuing. I choose the latter option and am determined to refuse any further work tomorrow, at the risk of losing my life and facing all the consequences of such defiance. My decision is based on careful calculation. If I remain as I am, I will surely perish within very little time, with no resources left; by making this sacrifice, I am buying myself some time. The action I take may frighten our inspector and make his master realize what is truly in his interest. Even if that does not happen, my fate, though accelerated, will not be any worse. By delaying my demise, I would only be wasting food they could otherwise use. It is therefore in their own interest to allow me to choose the moment when my loss will also be a loss for them. If any of you agree with my reasoning and are willing, like this brave man, to join me in this resistance, our numbers will make us more effective and make our tyrants more manageable. But even if it is only he and I, we are still determined to persevere in our refusal. We call upon all of you to witness how we will stand firm in this decision.”
This simple speech, delivered in such a straightforward manner, was listened to without much emotion. However, four or five members of the group told me to count on them and that they would act just like I had. The others said nothing, and all remained calm. Discontent with this silence, the knight addressed his men in their own language, speaking with greater fervor. Their number was large; he loudly described to them the dire situation we were in and the cruelty of our tormentors. He stirred their indignation by depicting our humiliation and kindled their resolve through the hope of vengeance. Finally, he so inspired their courage—and their admiration for the spirit that dares to brave suffering and even defies overwhelming power—that they interrupted him with shouts, vowing to follow his example and remain unyielding until death.
All’inizio fui trattato abbastanza gentilmente; si contava sul mio riscatto e trascorsi diversi mesi in una situazione di inattività che mi avrebbe annoiato, se solo fossi stato in grado di comprendere cosa significasse l’ennui. Ma alla fine, vedendo che non suscitavo alcun interesse né presso i consoli europei né presso i monaci, che nessuno parlava della mia riscatto e che nemmeno io sembravo pensarci, decisero di sfruttarmi in qualche modo e mi fecero lavorare. Questo cambiamento non mi sorprese né mi infastidì. Non temevo molto i lavori faticosi, anzi preferivo quelli più divertenti. Riuscii a entrare in un laboratorio; il proprietario presto si rese conto che ero davvero bravo nel mio mestiere. Poiché questo lavoro divenne più redditizio per lui rispetto a quello che mi faceva svolgere, decise di assumermi a tempo pieno e ne trasse grande beneficio.
Avevo visto quasi tutti i miei vecchi compagni di prigione dispersi; quelli che potevano essere riscattati lo erano stati; quelli che non potevano esserlo avevano subito lo stesso destino mio. Ma non tutti avevano trovato nella nuova situazione lo stesso sollievo. In particolare, due cavalieri di Malta erano stati abbandonati: le loro famiglie erano povere. La religione non riscatta i suoi prigionieri; e poiché i genitori non potevano riscattare tutti, sia essi che i consoli davano, in modo del tutto naturale e senza ingiustizia, la precedenza a coloro di cui la loro gratitudine poteva essere più utile. Questi due cavalieri, uno giovane e l’altro anziano, erano istruiti e non mancavano di meriti. Ma tali meriti risultavano inutili nella loro attuale condizione. Conoscevano il genio militare, la tattica, il latino, le lettere. Avevano talenti per brillare, per comandare, ma tali talenti non erano di alcun aiuto per degli schiavi. Inoltre, sopportavano con grande impazienza i loro ceppi. E la filosofia, di cui andavano così fieri, non aveva certo insegnato a questi orgogliosi gentiluomini ad accettare con rassegnazione il ruolo di schiavi, poiché non chiamavano altrimenti i loro padroni. Mi addoloravo per queste due povere persone: essendo perduti, a causa della loro nobiltà, lo status di uomini liberi, ad Algeri non erano più nulla, anzi, erano meno di nulla. Tra i corsari, un nemico che rende schiavi è senz’altro peggiore del nulla stesso. Riuscii comunque a fornire al vecchio alcuni consigli, ma erano inutili, poiché lui, più istruito di me, conosceva a fondo tutta la morale, e i suoi principi gli erano familiari. Gli mancava soltanto la pratica. E non c’è modo peggiore di sopportare il giogo della necessità. Il giovane, ancora più impaziente ma pieno di ardore, intraprendenza e coraggio, si dedicava a progetti di rivolta e congiure impossibili da realizzare, che, venendo sempre scoperti, non facevano altro che peggiorare la sua miseria. Cercai di incoraggiarlo a impegnarsi seriamente, a seguire il mio esempio, a utilizzare le sue forze per rendere la sua situazione più sopportabile. Ma disprezzò i miei consigli e mi disse con fierezza che sapeva morire. Gli risposi che sarebbe stato ancora meglio sapere vivere. Tuttavia riuscii comunque a procurargli alcuni piccoli sollievi, che accettò con nobiltà d’animo, ma che non lo fecero cambiare idea. Continuò quindi nei suoi piani per ottenere la libertà con un gesto audace. Ma il suo spirito irrequieto esaurì la pazienza del suo padrone, che era anche il mio. Quell’uomo ci abbandonò entrambi. Le nostre relazioni gli sembravano sospette, e credette che io utilizzassi i nostri colloqui per aiutarlo nei suoi piani. Fummo venduti a un imprenditore di lavori pubblici, e condannati a lavorare sotto il comando di un sorvegliante barbaro, schiavo come noi, ma che, per farsi apprezzare dal suo padrone, ci costringeva a svolgere un lavoro superiore alle nostre forze umane.
I primi giorni furono per me soltanto giochi. Poiché il lavoro veniva distribuito equamente tra tutti, e io ero più robusto e agile di tutti i miei compagni, finivo il mio compito prima degli altri; in seguito aiutavo quelli più deboli, alleggerendone il carico con una parte del loro lavoro. Tuttavia, il nostro caposquadra, notando la mia diligenza e la superiorità delle mie forze, mi impedì di utilizzarle per aiutare gli altri, aumentandomi progressivamente il compito fino a sovraccaricarmi in modo tale che, nonostante la mia forza, rischiavo di cedere presto sotto quel peso. Tutti i miei compagni, sia quelli forti che deboli, malnutriti e sottoposti a trattamenti crudeli, peggioravano giorno dopo giorno a causa dell’eccessivo lavoro.
Questo stato divenne del tutto insopportabile, quindi decisi di liberarmene a ogni rischio. Il mio giovane cavaliere, a cui comunicai la mia decisione, la condivise appassionatamente. Lo conoscevo come un uomo coraggioso, capace di mantenere la sua determinazione purché fosse sotto gli occhi degli altri; e quando si trattava di atti brillanti e virtù eroiche, mi fidavo completamente di lui. Tuttavia, tutte le mie risorse erano in me stesso, e non avevo bisogno dell’aiuto di nessuno per realizzare il mio piano; ma era vero che l’effetto sarebbe stato molto più significativo se avessimo agito insieme ai miei compagni di sventura, quindi decisi di proporglielo, insieme al cavaliere.
Mi costò molto convincerlo ad attuare questa proposta in modo semplice e senza intrighi preliminari. Aspettammo il momento del pasto, quando eravamo più riuniti e meno sorvegliati. Prima parlai nella mia lingua a una dozzina di connazionali che si trovavano lì; non volevo utilizzare la lingua franca per paura di essere sentito dalle persone del posto. “Compagni”, dissi loro, “ascoltatemi. Quello che mi resta di forza non sarà sufficiente nemmeno per quindici giorni di lavoro eccessivo. Sono uno dei più robusti della squadra: questa situazione violenta deve finire al più presto, o con un esaurimento totale, o con una decisione decisa che possa evitarlo. Scelgo quest’ultima opzione. Sono determinato a rifiutare qualsiasi lavoro, anche a costo della mia vita e di tutte le conseguenze negative che questo comporterebbe. La mia scelta è frutto di calcolo: se resto così com’è, sicuramente morirò in poco tempo, senza alcuna risorsa. Questo sacrificio mi permetterà di guadagnare qualche giorno in più. La decisione che ho preso potrebbe spaventare il nostro ispettore e far comprendere al suo padrone quale sia il vero interesse da perseguire. Anche se questo non dovesse accadere, il mio destino, pur accelerato, non potrebbe peggiorare. Questa risorsa, però, diventerebbe inutile quando il mio corpo, esaurito, non sarà più in grado di lavorare. In quel caso, distruggendomi, non otterrebbero nulla in cambio; uccidendomi, si limiterebbero a risparmiare la mia razione di cibo. Pertanto, è giusto scegliere il momento in cui la mia perdita rappresenti ancora un vantaggio per loro. Se qualcuno di voi ritiene che le mie ragioni siano valide e vuole, come questo uomo coraggioso, prendere la stessa decisione, il nostro numero aumenterà l’efficacia delle nostre azioni e renderà i nostri tiranni più disponibili a negoziare. Ma anche se fossimo solo in due, io e lui, siamo comunque decisi a perseverare nel nostro rifiuto. Vi prendiamo tutti come testimoni di questa nostra determinazione.”
Questo discorso semplice e pronunciato con naturalezza fu ascoltato senza grandi emozioni. Tuttavia, quattro o cinque membri del gruppo mi dissero di contare su di loro e che avrebbero fatto come me. Gli altri non dissero nulla, e tutto rimase calmo. Il cavaliere, insoddisfatto di questa tranquillità, parlò ai suoi uomini nella loro lingua con maggiore veemenza. Erano in numero considerevole; egli descrisse ad alta voce in modo vivido la situazione disperata in cui ci trovavamo e la crudeltà dei nostri carnefici; suscitò la loro indignazione dipingendo il nostro squallore e alimentò il loro spirito di vendetta con la promessa della riscossa. Infine, riuscì a infiammare il loro coraggio con l’ammirazione per quella forza d’animo che sa sfidare le sofferenze e sconfiggere persino il potere supremo; essi lo interruppero gridando, e tutti giurarono di imitarci e di rimanere inamovibili fino alla morte.
Le lendemain, sur notre refus de travailler, nous fûmes, comme nous nous y étions attendus, très maltraités les uns et les autres, inutilement toutefois quant à nous deux et à mes trois ou quatre compagnons de la veille, à qui nos bourreaux n’arrachèrent pas même un seul cri. Mais l’oeuvre du chevalier ne tint pas si bien. La constance de ses bouillants compatriotes fut épuisée en quelques minutes, et bientôt, à coups de nerf de boeuf, on les ramena tous au travail, doux comme des agneaux. Outré de cette lâcheté, le chevalier, tandis qu’on le tourmentait lui-même, les chargeait de reproches et d’injures qu’ils n’écoutaient pas. Je tâchai de l’apaiser sur une désertion que j’avais prévue et que je lui avais prédite. Je savais que les effets de l’éloquence sont vifs, mais momentanés. Les hommes qui se laissent si facilement émouvoir se calment avec la même facilité. Un raisonnement froid et fort ne fait point d’effervescence ; mais quand il prend, il pénètre, et l’effet qu’il produit ne s’efface plus.
La faiblesse de ces pauvres gens en produisit un autre auquel je ne m’étais pas attendu, et que j’attribue à une rivalité nationale plus qu’à l’exemple de notre fermeté. Ceux de mes compatriotes qui ne m’avaient point imité, les voyant revenir au travail, les huèrent, le quittèrent à leur tour, et, comme pour insulter à leur couardise, vinrent se ranger autour de moi : cet exemple en entraîna d’autres ; et bientôt la révolte devint si générale, que le maître attiré par le bruit et les cris, vint lui-même pour y mettre ordre.
Vous comprenez ce que notre inspecteur put lui dire pour s’excuser et pour l’irriter contre nous. Il ne manqua pas de me désigner comme l’auteur de l’émeute, comme un chef de mutins qui cherchait à se faire craindre par le trouble qu’il vouloir exciter. Le maître me regarda et me dit : C’est donc toi qui débauches mes esclaves ? Tu viens d’entendre l’accusation : si tu as quelque chose à répondre, parle. Je fus frappé de cette modération dans le premier emportement d’un homme âpre au gain, menacé de sa ruine, dans un moment où tout maître européen, touché jusqu’au vif par son intérêt, eut commencé, sans vouloir m’entendre, par me condamner à mille tourments. Patron, lui dis-je en langue franque ; tu ne peux nous haïr, tu ne nous connais pas même ; nous ne te haïssons pas non plus, tu n’es pas l’auteur de nos maux, tu les ignores. Nous savons porter le joug de la nécessité qui nous a soumis à toi. Nous ne refusons point d’employer nos forces pour ton service, puisque le sort nous y condamne ; mais en les excédant, ton esclave nous les ôte et va te ruiner par notre perte. Crois-moi, transporte à un homme plus sage l’autorité dont il abuse à ton préjudice. Mieux distribué, ton ouvrage ne se fera pas moins, et tu conserveras des esclaves laborieux dont tu tireras avec le temps un profit beaucoup plus grand que celui qu’il te veut procurer en nous accablant. Nos plaintes sont justes ; nos demandes sont modérées. Si tu ne les écoutes pas, notre parti est pris : ton homme vient d’en faire l’épreuve ; tu peux la faire à ton tour.
Je me tus ; le piqueur voulut répliquer. Le patron lui imposa silence. Il parcourut des yeux mes camarades, dont le teint hâve et la maigreur attestaient la vérité de mes plaintes, mais dont la contenance au surplus n’annonçait point du tout des gens intimidés. Ensuite, m’ayant considéré derechef. Tu parais, dit-il, un homme sensé ; je veux savoir ce qui en est. Tu tances la conduite de cet esclave : voyons la tienne à sa place ; je te la donne et le mets à la tienne. Aussitôt il ordonna qu’on m’ôtât mes fers et qu’on les mît à notre chef : cela fut fait à l’instant.
Je n’ai pas besoin de vous dire comment je me conduisis dans ce nouveau poste ; et ce n’est pas de cela qu’il s’agit ici. Mon aventure fit du bruit, le soin qu’il prit de la répandre fit nouvelle dans Alger : le dey même entendit parler de moi et voulut me voir. Mon patron m’ayant conduit à lui, et voyant que je lui plaisais, lui fit présent de ma personne. Voilà votre Émile esclave du dey d’Alger.
Les règles sur lesquelles j’avais à me conduire dans ce nouveau poste, découlaient de principes qui ne m’étaient pas inconnus : nous les avions discutés durant mes voyages ; et leur application, bien qu’imparfaite et très en petit, dans le cas où je me trouvais, était sûre et infaillible dans ses effets. Je ne vous entretiendrai pas de ces menus détails, ce n’est pas de cela qu’il s’agit entre vous et moi. Mes succès m’attirèrent la considération de mon patron.
Assem Oglou était parvenu à la suprême puissance par la route la plus honorable qui puisse y conduire ; car, de simple matelot passant par tous les grades de la marine et de la milice, il s’était successivement élevé aux premières places de l’état, et après la mort de son prédécesseur, il fût élu pour lui succéder par les suffrages unanimes des Turcs et des Maures, des gens de guerre et des gens de loi. Il y avait douze ans qu’il remplissait avec honneur ce poste difficile, ayant à gouverner un peuple indocile et barbare, une soldatesque inquiète et mutine, avide de désordre et de trouble, qui, ne sachant ce qu’elle désirait elle-même, ne voulait que remuer et se souciait peu que les choses allassent mieux pourvu qu’elles allassent autrement : On ne pouvait pas se plaindre de son administration, quoiqu’elle ne répondit pas à l’espérance qu’on en avait conçue. Il avait maintenu sa régence assez tranquille : tout était en meilleur état qu’auparavant, le commerce et l’agriculture allaient bien, la marine était en vigueur, le peuple avait du pain. Mais on n’avait point de ces opérations éclatantes[507]…
Fin d’ÉMILE ET SOPHIE ou LES SOLITAIRES
Table des matières du titre
Liste des œuvres philosophiques et politiques
Liste générale des titres
Extrait d’une lettre du professeur Prévost, de Genève,
Aux rédacteurs des Archives littéraires[508],
SUR J.J. ROUSSEAU,
Et particulièrement sur la suite de l’Émile, ou les Solitaires.
Messieurs,
L’avantage dont j’ai joui de voir souvent J.J. Rousseau dans sa vieillesse, m’a donné lieu de faire quelques remarques que je hasarde de vous communiquer. Ce sont de petits faits liés à un grand nom, qu’il vaut mieux recueillir que laisser perdre…
Je sais qu’il avait brûlé quelques-uns de ses manuscrits ; ses œuvres posthumes ont fait connaître les plus intéressants de ceux qu’il avait épargnés… Je lui ai ouï dire qu’à son départ de Londres il avait fait un grand feu d’une multitude de notes destinées à une édition d’Émile, et qui l’embarrassaient en ce moment.
…………………………….
Rousseau ne m’avait jamais mis dans la confidence de ses Mémoires ; il n’avait fait que me les nommer à l’occasion de la crainte qu’il eut de les avoir perdus. Mais il me procura un très vif plaisir par la lecture qu’il voulut bien me faire du supplément à l’Émile. Ce morceau a paru dans l’édition de Genève, sous le titre d’Émile et Sophie, ou les Solitaires. Il est demeuré imparfait, et finit à l’époque où Émile devint esclave du dey d’Alger… Rousseau ne s’en tint pas à la lecture de ce fragment, qui acquérait un nouveau prix par l’accent passionné de sa voix, et par une certaine émotion contagieuse à laquelle il s’abandonnait. Animé lui-même par cette lecture, il parut reprendre la trace des idées et des sentiments qui l’avaient agité dans le feu de la composition. Il parla d’abondance avec chaleur et facilité (ce qu’il faisait rarement), il me développa divers événements de la suite de ce roman commencé, et m’en exposa le dénouement. Le voici tel que me le fournissent quelques notes faites de mémoire. On sera, j’espère, assez juste pour ne pas imputer à l’auteur ce qu’il peut offrir d’irrégulier dans une esquisse aussi légère, et qui, sans être infidèle, peut dérober quelques traits que le tableau eût fait ressortir.
DÉNOUEMENT DES SOLITAIRES.
The next day, in response to our refusal to work, we were, as we had expected, subjected to severe mistreatment—though for us two and my three or four companions from the previous day, such treatment was utterly futile; our tormentors failed even to draw a single cry from us. However, the situation did not turn out the same way for the knight. The perseverance of his passionate compatriots wore thin within minutes, and soon, with blows of a bullwhip, they were all forced back to work, meek as lambs. Furious at such cowardice, the knight, while being tortured himself, poured out reproaches and insults at them—though they paid him no attention. I tried to calm him down, explaining that the desertion had been something I had anticipated and predicted to him. I knew that the effects of eloquence are intense but fleeting; people who are so easily moved also calm down just as easily. A cold, forceful reasoning does not stir up fervor, but once it takes hold, it penetrates deeply, and its effects last forever.
The weakness of these poor people gave rise to another phenomenon that I had not anticipated, one which I attribute more to national rivalries than to the example of our resolve. Those of my compatriots who had not followed my lead, upon seeing them return to work, began to hurl insults at them and left them as well. As if to mock their cowardice, they then gathered around me. This example inspired others; soon, the rebellion became so widespread that the master, attracted by the noise and cries, came in person to restore order.
You understand what our inspector must have said to him in order to apologize—and also to irritate him against us. He did not fail to point me out as the instigator of the disturbance, as a leader of rebels who sought to inspire fear through the chaos he intended to create. The master looked at me and said, “So it is you who corrupt my slaves? You have just heard the accusation; if you have anything to say in defense, speak.” I was struck by this moderation on the part of a man so eager for profit, threatened with ruin—especially since any European master, moved by sheer self-interest, would have immediately condemned me to countless torments without even giving me a hearing. “Master,” I said in French, “you cannot hate us; you do not even know us. We do not hate you either. You are not the cause of our suffering; you are ignorant of it. We know how to bear the yoke of necessity that has subjected us to you. We are not unwilling to use our strength for your service, since fate has decreed it so. But when you overuse them, your slave takes them away from us—and it is our loss that will ruin you. Believe me: transfer this authority, which he is abusing to your own harm, to a wiser man. If distributed more wisely, your work would be just as accomplished, and you would retain hardworking slaves who would bring you far greater profits over time than those they bring you by oppressing us. Our complaints are justified; our demands are moderate. If you do not listen to us, then our resolve is firm: your man has just tested it; you can try it yourself.”
I fell silent; the overseer wanted to reply, but the master silenced him. He glanced at my companions—their pale complexion and emaciated appearance bore witness to the truth of my complaints—but their demeanor in no way suggested that they were intimidated people. Then, turning his attention back to me, he said, “You seem like a sensible man; I want to know what’s the truth. You criticize the behavior of this slave—let’s see how you would behave in his place. I give you his position and put him in yours.” Immediately, he ordered that my shackles be removed and placed on our leader; it was done without delay.
I need not tell you how I behaved in that new position; and that is not what is at issue here. My story caused a stir, and the effort he made to spread it became the talk of Algiers: even the dey himself heard about me and wanted to meet me. When my employer introduced me to him and saw that I pleased him, he decided to keep me in his service. Here is your Émile, a slave of the dey of Algiers.
The rules that I had to follow in this new position were based on principles that were not unfamiliar to me; we had discussed them during my previous travels. Although their application, in my particular situation, was imperfect and on a very small scale, it was certain and its effects were indisputable. I will not dwell on these minor details; that is not what is at issue between you and me. My successes earned me the attention of my boss.
Assem Oglou had attained supreme power through the most honorable path possible; for, starting as a mere sailor and rising through all ranks of the navy and militia, he had gradually climbed to the highest positions in the state. After the death of his predecessor, he was unanimously elected to succeed him by the votes of both Turks and Moors, as well as by warriors and jurists alike. For twelve years now, he had been fulfilling this difficult role with honor, governing a rebellious and barbaric people, a restless and mutinous military force eager for disorder and chaos. This people, unable to define its own desires, was content merely to stir things up and cared little whether things improved or worsened—indeed, there was no reason to complain about his administration, though it fell short of the expectations that had been placed in him. He had maintained relative peace during his reign: everything was in better condition than before; trade and agriculture flourished, the navy remained strong, and the people had enough food. However, there were no such dazzling achievements or spectacular accomplishments.
End of ÉMILE AND SOPHIE, or THE SOLITUDES
Table of Contents for the title
List of philosophical and political works
General list of titles
Extract from a letter by Professor Prévost of Geneva.
To the editors of the Archives littéraires[508],
ON J.J. ROUSSEAU,
And particularly in the continuation of “Emile, or The Solitary”.
Gentlemen,
The advantage of having often seen J.J. Rousseau in his old age allowed me to make some observations which I venture to share with you. These are small details related to a great name; it is worth preserving them rather than letting them be lost.
I know that he had burned some of his manuscripts; his posthumous works made known those that he had managed to save and that were the most interesting. I heard him say that before leaving London, he had burned a large number of notes intended for an edition of Émile’s works, which at that time were causing him trouble.
…………………………….
Rousseau had never confided in me the contents of his Mémoires; he had merely mentioned them to me out of concern that he might have lost them. However, he brought me great pleasure by reading to me the supplement to Émile. This piece was published in the Geneva edition under the title of Émile et Sophie, ou les Solitaires. It remained unfinished and was completed around the time when Émile became a slave of the dey of Algiers. Rousseau did not stop at merely reading this fragment; his passionate delivery and an infectious emotion he allowed himself to express gave it new value. Inspired by the reading itself, he seemed to relive the ideas and emotions that had stirred him during the process of composition. He spoke freely, with warmth and ease—something he rarely did—and elaborated on various events in the continuation of this unfinished novel, revealing its conclusion to me. Here is how I recall it from some notes taken at the time. I hope it will be fair enough not to attribute to the author anything that might seem irregular in such a preliminary sketch; after all, while these notes are faithful to his intentions, they may sometimes fail to bring out those details that the final version would have emphasized.
THE REUNION OF THE SOLITUDES.
Il giorno seguente, a causa del nostro rifiuto di lavorare, fummo, come ci aspettavamo, maltrattati tutti quanti; tuttavia, né io né i miei tre o quattro compagni della sera precedente emettemmo un solo grido. Ma la resistenza del cavaliere non durò a lungo: la determinazione dei suoi ferventi compatrioti si esaurì in pochi minuti, e ben presto furono costretti a riprendere il lavoro, docili come agnelli. Offeso da questa codardia, il cavaliere, mentre veniva tormentato a sua volta, li colpì di rimproveri e insulti che loro non ascoltavano nemmeno. Cercai di calmarlo riguardo a quella diserzione che avevo previsto e di cui gli avevo parlato; sapevo che l’effetto dell’eloquenza è intenso, ma effimero. Gli uomini che si lasciano facilmente commuovere si calmano altrettanto rapidamente. Un ragionamento freddo e deciso, invece, non suscita eccitazione; ma quando prende piede, penetra a fondo nel cuore delle persone, e l’effetto che produce non svanisce più.
La debolezza di questi poveri uomini ne produsse un’altra che non mi aspettavo affatto, e che attribuisco più a una rivalità nazionale che all’esempio della nostra fermezza. Quei miei connazionali che non avevano imitato il mio comportamento, vedendoli tornare al lavoro, li insultarono, li abbandonarono a loro volta e, come per insultare la loro codardia, si misero a schierarsi intorno a me. Questo esempio ne indusse altri; e presto la rivolta divenne così generale che il padrone, attirato dal rumore e dai gridi, venne di persona per ristabilire l’ordine.
Capite certamente ciò che il nostro ispettore poté dirgli per scusarsi e allo stesso tempo irritarlo contro di noi. Non mancò di indicarmi come l’autore dell’insurrezione, come un capo dei ribelli che cercava di farsi temere attraverso il disordine che intendeva provocare. Il padrone mi guardò e disse: “Quindi sei tu a corrompere i miei schiavi? Hai appena sentito queste accuse: se hai qualcosa da dire, parla.” Fui colpito da questa moderazione da parte di un uomo avido di guadagno, minacciato dalla rovina, in un momento in cui qualsiasi padrone europeo, interessato fino al midollo dai propri interessi, avrebbe senza dubbio iniziato a condannarmi a mille tormenti, senza nemmeno ascoltarmi. “Padrone,” gli dissi nella lingua franca, “non puoi odiarci; non ci conosci nemmeno; noi non ti odiamo neppure tu: non sei l’autore dei nostri mali, li ignori. Sappiamo sopportare il giogo della necessità che ci ha sottomessi a te. Non rifiutiamo di utilizzare le nostre forze al tuo servizio, poiché il destino ce lo impone; ma se le usiamo in modo eccessivo, tu stesso ne subirai le conseguenze negative. Credimi: trasferisci quest’autorità che abusa a tuo danno a una persona più saggia. Se distribuita meglio, il tuo lavoro non ne risentirà affatto, e conserverai degli schiavi laboriosi dai quali trarrai, col tempo, un profitto molto maggiore di quello che cerchi di ottenere opprimendoci. Le nostre lamentele sono giuste; le nostre richieste sono moderate. Se non le ascolti, il nostro destino è già segnato: tuo figlio ne ha appena dato prova; puoi provarci anche tu.”
Rimasi in silenzio; il caposquadra volle replicare, ma il padrone gli impose il silenzio. Scorse i miei compagni: il loro pallore e la loro magrezza testimoniavano la veridicità delle mie lamentele, ma il loro atteggiamento non lasciava affatto intuire che fossero persone intimidite. Poi si rivolse a me direttamente: “Sembri un uomo sensato; voglio sapere cosa c’è realmente”. Hai criticato il comportamento di quel servo. Vediamo ora quale sia il tuo comportamento al suo posto. Ti do il suo ruolo e ti metto nel suo posto. Subito ordinò che mi togliessero i ferri e li applicassero al nostro caposquadra: fu fatto all’istante.
Non ho bisogno di dirvi come mi comportai in quel nuovo incarico; e non è di questo che si tratta qui. La mia avventura fece scalpore, e l’impegno che il mio padrone mise nel diffonderne la notizia divenne un argomento di conversazione ad Algeri: persino il dey ne sentì parlare e volle incontrarmi. Il mio datore di lavoro mi portò da lui e, vedendo che gli piacevo, me lo presentò. Ecco il vostro Émile, schiavo del dey di Algeri.
Le regole secondo cui dovevo comportarmi in questo nuovo incarico derivavano da principi che non mi erano sconosciuti: ne avevamo discusso durante i miei viaggi; e la loro applicazione, sebbene imperfetta e su scala molto ridotta nel caso specifico in cui mi trovavo, era comunque sicura e infallibile nei suoi risultati. Non vi parlerò di questi dettagli insignificanti, non è di questo che si tratta tra noi due. I miei successi attirarono l’attenzione del mio capo.
Assem Oglou era giunto al massimo potere attraverso il percorso più onorevole che si potesse intraprendere; poiché, partendo da semplice marinaio e salendo gradualmente tutti i gradini della marina e della milizia, era riuscito a raggiungere le prime posizioni dello stato. Dopo la morte del suo predecessore, fu eletto per succedergli con il voto unanime dei Turchi e dei Mori, sia dei guerrieri che degli uomini di legge. Da dodici anni svolgeva con onore questa difficile carica, governando un popolo indocile e barbaro, una soldatesca inquieta e ribelle, desiderosa di disordine e caos. Questa gente, non sapendo nemmeno ciò che desiderasse, voleva soltanto causare problemi e non le importava affatto che le cose andassero meglio o peggio. Non si poteva certo lamentarsi della sua amministrazione, anche se non rispondeva alle aspettative che ci si era fatte. Aveva mantenuto la situazione abbastanza tranquilla: tutto era in miglioramento rispetto al passato, il commercio e l’agricoltura procedevano bene, la marina era efficiente e il popolo aveva cibo a disposizione. Tuttavia, non si verificavano operazioni eclatanti o significative.
Fine di “Émile et Sophie” o i solitari
Indice dei contenuti del titolo
Elenco delle opere filosofiche e politiche
Elenco generale dei titoli
Estratto da una lettera del professor Prévost, di Ginevra.
Ai redattori delle “Archives littéraires”[508],
Su J.-J. Rousseau.
E in particolare riguardo alla continuazione di “Émile, o i Solitari”.
Signori,
Il vantaggio di aver avuto spesso l’opportunità di vedere J.J. Rousseau nella sua vecchiaia mi ha permesso di fare alcune osservazioni che oso condividere con voi. Si tratta di piccoli aneddoti legati a un grande nome; vale senz’altro la pena raccoglierli piuttosto che lasciarli andare perduti.
So che aveva bruciato alcuni dei suoi manoscritti; le sue opere postume hanno fatto conoscere quelle più interessanti tra quelle che aveva risparmiato. Gli ho sentito dire che, al momento della sua partenza da Londra, aveva bruciato un gran numero di appunti destinati a una futura edizione delle opere di Émile, e che in quel momento questi appunti lo imbarazzavano.
…………………………….
Rousseau non mi aveva mai confidato i contenuti dei suoi Mémoires; si era limitato a menzionarli in occasione della paura che avesse di averli persi. Tuttavia, mi procurò un grande piacere leggendo personalmente il supplemento all’“Émile”. Questo frammento apparve nell’edizione di Ginevra con il titolo “Émile e Sophie, o i Solitari”. Rimase incompleto e fu pubblicato proprio nel periodo in cui “Émile” divenne schiavo del dey di Algeri. Rousseau non si limitò alla semplice lettura di questo brano: il suo tono appassionato e l’emozione contagiosa che trasmetteva rendevano quel testo ancora più significativo. Animo da questa lettura, sembrava riacquistare la capacità di esprimere con fervore le idee e i sentimenti che lo avevano animato durante la stesura del libro. Parlò con abbondanza, calore e facilità (cosa che raramente faceva), descrivendomi diversi eventi della continuazione di quel romanzo iniziato e rivelandomi la sua conclusione. Ecco il testo così come me lo ha fornito, basandosi su alcune note fatte a memoria. Spero che si possa essere abbastanza giusti da non attribuire all’autore ciò che, in un’opera ancora in fase di sviluppo e quindi poco definita, può risultare irregolare; ciò che, pur senza essere ingannevole, potrebbe talvolta nascondere alcuni dettagli che, se meglio espressi, avrebbero reso il racconto più efficace.
Rivelazioni sui solitari.
Une suite d’événements amène Émile dans une île déserte. Il trouve sur le rivage un temple orné de fleurs et de fruits délicieux. Chaque jour il le visite, et chaque jour il le trouve embelli. Sophie en est la prêtresse ; Émile l’ignore. Quels événements ont pu l’attirer en ces lieux ? Les suites de sa faute et des actions qui l’effacent. Sophie enfin se fait connaître. Émile apprend le tissu de fraudes et de violences sous lequel elle a succombé. Mais indigne désormais d’être sa compagne, elle veut être son esclave et servir sa propre rivale. Celle-ci est une jeune personne que d’autres événements unissent au sort des deux anciens époux. Cette rivale épouse Émile ; Sophie assiste à la noce. Enfin, après quelques jours donnés à l’amertume du repentir et aux tourments d’une douleur toujours renaissante, et d’autant plus vive que Sophie se fait un devoir et un point d’honneur de la dissimuler, Émile et la rivale de Sophie avouent que leur mariage n’est qu’une feinte. Cette prétendue rivale avait un autre époux qu’on présente à Sophie ; et Sophie retrouve le sien, qui non seulement lui pardonne une faute involontaire, expiée par les plus cruelles peines, et réparée par le repentir, mais qui estime et honore en elle des vertus dont il n’avait qu’une faible idée avant qu’elles eussent trouvé l’occasion de se développer dans toute leur étendue.
FIN de l’ANNEXE :
Extrait d’une lettre du professeur Prévost, de Genève, sur la suite de L’Émile ou LES SOLITAIRES
Liste des œuvres philosophiques et politiques
Liste générale des titres
A series of events leads Émile to a deserted island. On the shore, he discovers a temple adorned with flowers and delicious fruits. Every day he visits it, and every day it seems more beautiful. Sophie is its priestess; Émile is unaware of this. What events could have drawn him to these places? The consequences of his own mistakes and the actions that erased them. Eventually, Sophie reveals herself to Émile. He learns of the web of deceit and violence into which she had fallen. But now, no longer worthy to be his companion, she wishes to become his slave and serve his so-called rival. This rival is a young woman who, through other events, becomes connected to the fate of these two former spouses. She marries Émile; Sophie attends their wedding. After several days filled with bitterness, regret, and the torment of a pain that never ceased—especially because Sophie regarded hiding it as her duty and honor—Émile and this rival confess that their marriage was merely a pretense. This so-called rival actually had another husband, who is introduced to Sophie. And Sophie reunites with her own husband, who not only forgives her an involuntary mistake, which was expiated through the most cruel suffering and redeemed by her repentance, but also comes to recognize and honor virtues in her that he had previously only dimly perceived.
END OF THE ANNEXE:
Extract from a letter by Professor Prévost of Geneva regarding the continuation of Emile or The Solitary.
List of philosophical and political works
General list of titles
Una serie di eventi conduce Émile su un’isola deserta. Sulla riva trova un tempio adornato di fiori e frutti deliziosi. Ogni giorno lo visita, e ogni giorno lo trova sempre più bello. Sophie ne è la sacerdotessa; Émile non lo sa. Quali eventi l’hanno potuto attirare in questi luoghi? Le conseguenze del suo errore e delle azioni che lo hanno cancellato. Alla fine, Sophie si rivela a lui. Émile scopre il tessuto di frodi e violenze sotto cui lei è caduta. Ma ormai indegna di essere sua compagna, vuole diventare sua schiava e servire la sua vera rivale. Questa rivale è una giovane donna che altri eventi uniscono al destino dei due ex coniugi. Questa rivale sposa Émile; Sophie assiste al matrimonio. Infine, dopo alcuni giorni trascorsi nell’amarezza del pentimento e nei tormenti di un dolore sempre più intenso – poiché Sophie considera suo dovere e onore nasconderlo – Émile e la presunta rivale di Sophie confessano che il loro matrimonio non è altro che una finzione. Questa cosiddetta rivale aveva in realtà un altro marito, che viene presentato a Sophie. E Sophie ritrova il proprio, che non solo le perdona un errore involontario, espiazionato dalle pene più crudeli e riparato dal pentimento, ma che anche apprezza e onora in lei virtù di cui prima aveva soltanto una vaga idea. Virtù che ora, finalmente, hanno avuto l’opportunità di svilupparsi appieno.
Fine dell’Appendice:
Estratto da una lettera del professor Prévost, di Ginevra, riguardante il seguito di “L’Émile o I solitari”.
Elenco delle opere filosofiche e politiche
Elenco generale dei titoli