Rousseau
Abstract
Rousseau’s major pedagogical and philosophical treatise: ‘everything is good as it leaves the hands of the Author of things, everything degenerates in the hands of man’. Rousseau proposes a negative education that shields the child from prejudice and vice before exposing him to reason and society, distinguishing self-love (amour de soi), natural and good, from amour-propre, social and comparative; Book IV contains the ‘Profession of Faith of the Savoyard Vicar’, an exposition of a natural religion grounded in feeling and moral conscience rather than revealed dogma.
Connections
Assi: Natura umana, Dio
Posizioni: bontà naturale, deismo
Concetti: educazione, educazione negativa, amor proprio, amor di sé, natura, religione
Forme: trattato
Scuole: illuminismo
Testo originale francese · Arvensa Editions · pubblico dominio
Préface
Ce recueil de réflexions et d’observations, sans ordre et presque sans suite, fut commencé pour complaire à une bonne mère qui sait penser[285]. Je n’avais d’abord projeté qu’un mémoire de quelques pages ; mon sujet m’entraînant malgré moi, ce mémoire devint insensiblement une espèce d’ouvrage trop gros, sans doute, pour ce qu’il contient, mais trop petit pour la matière qu’il traite. J’ai balancé longtemps à le publier ; et souvent il m’a fait sentir, en y travaillant, qu’il ne suffit pas d’avoir écrit quelques brochures pour savoir composer un livre. Après de vains efforts pour mieux faire, je crois devoir le donner tel qu’il est, jugeant qu’il importe de tourner l’attention publique de ce côté-là ; et que, quand mes idées seraient mauvaises, si j’en fais naître de bonnes à d’autres, je n’aurai pas tout à fait perdu mon temps. Un homme qui, de sa retraite, jette ses feuilles dans le public, sans prôneurs, sans parti qui les défende, sans savoir même ce qu’on en pense ou ce qu’on en dit, ne doit pas craindre que, s’il se trompe, on admette ses erreurs sans examen.
Je parlerai peu de l’importance d’une bonne éducation ; je ne m’arrêterai pas non plus à prouver que celle qui est en usage est mauvaise ; mille autres l’ont fait avant moi, et je n’aime point à remplir un livre de choses que tout le monde sait. Je remarquerai seulement que, depuis des temps infinis, il n’y a qu’un cri contre la pratique établie, sans que personne s’avise d’en proposer une meilleure. La littérature et le savoir de notre siècle tendent beaucoup plus à détruire qu’à édifier. On censure d’un ton de maître ; pour proposer, il en faut prendre un autre, auquel la hauteur philosophique se complaît moins. Malgré tant d’écrits, qui n’ont, dit-on, pour but que l’utilité publique, la première de toutes les utilités, qui est l’art de former des hommes, est encore oubliée. Mon sujet était tout neuf après le livre de Locke[286], et je crains fort qu’il ne le soit encore après le mien.
On ne connaît point l’enfance : sur les fausses idées qu’on en a, plus on va, plus on s’égare. Les plus sages s’attachent à ce qu’il importe aux hommes de savoir, sans considérer ce que les enfants sont en état d’apprendre. Ils cherchent toujours l’homme dans l’enfant, sans penser à ce qu’il est avant que d’être homme. Voilà l’étude à laquelle je me suis le plus appliqué, afin que, quand toute ma méthode serait chimérique et fausse, on pût toujours profiter de mes observations. Je puis avoir très mal vu ce qu’il faut faire ; mais je crois avoir bien vu le sujet sur lequel on doit opérer. Commencez donc par mieux étudier vos élèves ; car très assurément vous ne les connaissez point ; or, si vous lisez ce livre dans cette vue, je ne le crois pas sans utilité pour vous.
À l’égard de ce qu’on appellera la partie systématique, qui n’est autre chose ici que la marche de la nature, c’est là ce qui déroutera le plus le lecteur ; c’est aussi par là qu’on m’attaquera sans doute, et peut-être n’aura-t-on pas tort. On croira moins lire un traité d’éducation que les rêveries d’un visionnaire sur l’éducation. Qu’y faire ? Ce n’est pas sur les idées d’autrui que j’écris ; c’est sur les miennes. Je ne vois point comme les autres hommes ; il y a longtemps qu’on me l’a reproché. Mais dépend-il de moi de me donner d’autres yeux, et de m’affecter d’autres idées ? non. Il dépend de moi de ne point abonder dans mon sens, de ne point croire être seul plus sage que tout le monde ; il dépend de moi, non de changer de sentiment, mais de me défier du mien : voilà tout ce que je puis faire, et ce que je fais. Que si je prends quelquefois le ton affirmatif, ce n’est point pour en imposer au lecteur ; c’est pour lui parler comme je pense. Pourquoi proposerais-je par forme de doute ce dont, quant à moi, je ne doute point ? Je dis exactement ce qui se passe dans mon esprit.
En exposant avec liberté mon sentiment, j’entends si peu qu’il fasse autorité, que j’y joins toujours mes raisons, afin qu’on les pèse et qu’on me juge : mais, quoique je ne veuille point m’obstiner à défendre mes idées, je ne me crois pas moins obligé de les proposer ; car les maximes sur lesquelles je suis d’un avis contraire à celui des autres ne sont point indifférentes. Ce sont de celles dont la vérité ou la fausseté importe à connaître, et qui font le bonheur ou le malheur du genre humain.
Proposez ce qui est faisable, ne cesse-t-on de me répéter. C’est comme si l’on me disait : Proposez de faire ce qu’on fait ; ou du moins proposez quelque bien qui s’allie avec le mal existant. Un tel projet, sur certaines matières, est beaucoup plus chimérique que les miens ; car, dans cet alliage, le bien se gâte, et le mal ne se guérit pas. J’aimerais mieux suivre en tout la pratique établie, que d’en prendre une bonne à demi ; il y aurait moins de contradiction dans l’homme ; il ne peut tendre à la fois à deux buts opposés. Pères et mères, ce qui est faisable est ce que vous voulez faire. Dois-je répondre de votre volonté ?
En toute espèce de projet, il y a deux choses à considérer : premièrement, la bonté absolue du projet ; en second lieu, la facilité de l’exécution.
Au premier égard, il suffit, pour que le projet soit admissible et praticable en lui-même, que ce qu’il a de bon soit dans la nature de la chose ; ici, par exemple, que l’éducation proposée soit convenable à l’homme, et bien adaptée au coeur humain.
La seconde considération dépend de rapports donnés dans certaines situations ; rapports accidentels à la chose, lesquels, par conséquent, ne sont point nécessaires, et peuvent varier à l’infini. Ainsi telle éducation peut être praticable en Suisse, et ne l’être pas en France ; telle autre peut l’être chez les bourgeois, et telle autre parmi les grands. La facilité plus ou moins grande de l’exécution dépend de mille circonstances qu’il est impossible de déterminer autrement que dans une application particulière de la méthode à tel ou tel pays, à telle ou telle condition. Or, toutes ces applications particulières, n’étant pas essentielles à mon sujet, n’entrent point dans mon plan. D’autres pourront s’en occuper s’ils veulent, chacun pour le pays ou l’état qu’il aura en vue. Il me suffit que, partout où naîtront des hommes, on puisse en faire ce que je propose ; et qu’ayant fait d’eux ce que je propose, on ait fait ce qu’il y a de meilleur et pour eux-mêmes et pour autrui. Si je ne remplis pas cet engagement, j’ai tort sans doute ; mais si je le remplis, on aurait tort aussi d’exiger de moi davantage ; car je ne promets que cela.
Livre Premier
Tout est bien sortant des mains de l’Auteur des choses, tout dégénère entre les mains de l’homme. Il force une terre à nourrir les productions d’une autre, un arbre à porter les fruits d’un autre ; il mêle et confond les climats, les éléments, les saisons ; il mutile son chien, son cheval, son esclave ; il bouleverse tout, il défigure tout, il aime la difformité, les monstres ; il ne veut rien tel que l’a fait la nature, pas même l’homme ; il le faut dresser pour lui, comme un cheval de manège ; il le faut contourner à sa mode, comme un arbre de son jardin.
Sans cela, tout irait plus mal encore, et notre espèce ne veut pas être façonnée à demi. Dans l’état où sont désormais les choses, un homme abandonné dès sa naissance à lui-même parmi les autres serait le plus défiguré de tous. Les préjugés, l’autorité, la nécessité, l’exemple, toutes les institutions sociales, dans lesquelles nous nous trouvons submergés, étoufferaient en lui la nature, et ne mettraient rien à la place. Elle y serait comme un arbrisseau que le hasard fait naître au milieu d’un chemin, et que les passants font bientôt périr, en le heurtant de toutes parts et le pliant dans tous les sens.
C’est à toi que je m’adresse, tendre et prévoyante mère[287], qui sus t’écarter de la grande route, et garantir l’arbrisseau naissant du choc des opinions humaines ! Cultive, arrose la jeune plante avant qu’elle meure : ses fruits feront un jour tes délices. Forme de bonne heure une enceinte autour de l’âme de ton enfant ; un autre en peut marquer le circuit, mais toi seule y dois poser la barrière. [288]
Preface
This collection of reflections and observations, devoid of any systematic order or coherent progression, was originally intended to please a thoughtful mother[285]. I had initially planned to write only a short memoir of a few pages; but as my subject matter drew me in involuntarily, this memoir gradually grew into something far larger than it perhaps deserved in terms of its content, yet still too limited for the scope of ideas it addressed. I hesitated for a long time before deciding to publish it. Often, as I worked on it, I realized that merely having written a few pamphlets does not necessarily equate to knowing how to compose a book. After futile attempts to improve it, I have come to believe that it is more important to draw public attention in this direction. Moreover, even if my ideas are flawed, if they inspire others to produce better ones, then I will not have wasted my time entirely. A person who, from his retirement, presents his writings to the public without any advocates or supporters, without knowing what others think or say about them, need not fear that, should he make mistakes, these errors will be accepted without scrutiny.
I will say little about the importance of a good education; nor will I spend time proving that the system currently in use is bad—thousands have done so before me, and I have no desire to fill a book with things that everyone already knows. I will merely observe that, for countless centuries, there has been only one outcry against the established practices, without anyone proposing a better alternative. The literature and knowledge of our century tend far more to destroy than to build. People criticize in a condescending tone; yet to propose something new requires a different approach—one that philosophical sophistication is less inclined to embrace. Despite so many writings that are supposedly aimed at serving the public good—the most important of all benefits, which is the art of educating people—this fundamental goal remains forgotten. My subject was entirely new after Locke’s book[286]; I fear it will still remain new after mine as well.
We know nothing about childhood: the more one delves into the false notions people hold regarding it, the more one becomes lost. The wisest among us focus on what is truly important for humans to know, without considering what children are capable of learning. They always seek the “human” within the child, without reflecting on what that child was before becoming a human. This has been the subject of my most intensive study—so that, even if all my methods turn out to be illusory or mistaken, people might still benefit from my observations. I may have greatly misunderstood what needs to be done; but I believe I have grasped correctly the fundamental issue upon which action must be taken. Therefore, begin by studying your students more carefully; for you certainly do not know them well enough. And if you read this book with that in mind, I believe it will be of some use to you.
As for what might be called the systematic part of this work—which is nothing but the natural progression of things—I believe this will be what confuses readers the most; it is also through this aspect that I will undoubtedly be attacked, and perhaps not without reason. One might think they are reading not a treatise on education, but rather the musings of a visionary on the subject. What can be done? I am not writing about the ideas of others; I am writing about my own. I do not see things in the same way as other people; this has been pointed out to me for a long time. But is it up to me to give myself different eyes or to adopt different opinions? No. It is up to me not to be overly persistent in my views, not to believe that I alone am wiser than everyone else; it is up to me, not to change my feelings, but to challenge my own opinions: that is all I can do, and that is what I do. If I sometimes adopt an assertive tone, it is not to impose my views on the reader; it is simply to express myself as I truly think. Why would I present something in a doubtful form when, in my own mind, I am absolutely certain of its truth? I simply state what goes through my own thoughts.
In expressing my feelings freely, I am fully aware that they carry little authority in themselves; therefore, I always accompany them with my reasons, so that they may be considered and judged accordingly. Yet, although I have no desire to stubbornly defend my ideas, I still feel obliged to present them. For those principles on which I hold opinions different from others are not insignificant at all. Their truth or falsehood is of vital importance; they determine the happiness or misfortune of mankind.
“Propose what is feasible,” they keep telling me. It’s as if they are saying: “Propose to do what everyone is already doing; or at least propose something good that can be combined with the existing evil.” Such a plan, in certain matters, is far more fanciful than mine; for in such a combination, the good is corrupted, and the evil remains uncorrected. I would rather follow established practices in everything than adopt half-good solutions; there would be less contradiction within a person then, for one could not strive toward two opposing goals at the same time. Parents, what is feasible is precisely what you yourselves wish to do. Am I supposed to be responsible for carrying out your will?
In any kind of project, there are two things to consider: firstly, the absolute goodness of the project; secondly, the ease with which it can be executed.
In the first regard, for a project to be admissible and feasible in itself, it is sufficient that what is good about it lies in the very nature of the thing; for example, in this case, that the proposed education be suitable for man and well adapted to the human heart.
The second consideration depends on relationships that arise in certain situations; these relationships are incidental to the matter in question and therefore not necessary, and they can vary infinitely. Thus, a particular method of education may be feasible in Switzerland but not in France; another may be suitable for the bourgeoisie, while yet another is appropriate for the nobility. The ease or difficulty with which such methods can be implemented depends on countless circumstances that cannot be determined otherwise than through their specific application in a given country or under specific conditions. Now, since all these particular applications are not essential to my argument, they do not fall within the scope of my plan. Others may deal with them if they wish, each according to the country or social order they have in mind. All I require is that wherever people are born, it should be possible to apply the methods I propose; and that by doing so, we would achieve what is best for both those individuals and for others. If I fail to fulfill this promise, I am undoubtedly in error; but if I do, it would also be wrong to expect me to do more, for that is all I have promised.
Book One
Everything that comes forth from the hands of the Creator remains intact; everything degenerates in the hands of man. He forces a piece of land to produce the fruits of another; he makes a tree bear the fruits of another species; he mixes and confuses climates, elements, and seasons; he mutilates his dogs, horses, and slaves; he disrupts everything, distorts everything—he even takes pleasure in deformity and monsters. He wants nothing that nature or man has created as it is; he must shape them according to his own desires, like a horse in the arena, or alter them to fit his own tastes, like a tree in his garden.
Without it, things would go even worse, and our species does not wish to be shaped in an incomplete manner. In the current state of affairs, a man who is abandoned at birth and left to fend for himself among others would be the most “deformed” of all. Prejudices, authority, necessity, example—all the social institutions surrounding us—would stifle his natural instincts and leave nothing in their place. His nature would be like a small shrub that happens to grow by the side of a road; passersby would soon crush it to death, knocking it over and bending it in every direction.
It is to you that I address myself, gentle and foresighted mother[287], who know how to steer your child away from the main road and protect them from the clash of human opinions! Nurture and care for this young plant before it dies—for its fruits will one day bring you joy. Establish a barrier around your child’s soul at an early stage; others may try to mark its boundaries, but only you can truly set them.[288]
Prefazione
Questo raccolta di riflessioni e osservazioni, priva di ordine e quasi senza coerenza logica, fu iniziata al solo scopo di compiacere una brava madre che sapeva pensare[285]. Inizialmente avevo previsto di scrivere un saggio di poche pagine; ma il tema, prendendo piede contro la mia volontà, si trasformò gradualmente in un’opera troppo voluminosa, forse, rispetto al contenuto che racchiudeva, ma certamente insufficiente per trattare l’argomento che affrontava. Ho esitato a lungo prima di pubblicarla; spesso, mentre ci lavoravo, mi rendevo conto che non basta aver scritto qualche breve saggio per sapere come comporre un libro. Dopo inutili tentativi di migliorarlo, ho deciso di pubblicarlo così com’è, ritenendo importante attirare l’attenzione del pubblico su questo argomento; e che, anche se le mie idee fossero sbagliate, se riuscissi a farne nascere altre giuste per altri, non avrei perso del tutto il mio tempo. Un uomo che, dalla sua ritirata, invia i propri scritti al pubblico, senza sostenitori né gruppi che li difendano, senza nemmeno sapere cosa ne pensino o cosa ne dicano gli altri, non deve temere che, se si sbaglia, le sue errori vengano accettati senza alcun esame.
Parlerò poco dell’importanza di una buona educazione; non mi soffermerò nemmeno a dimostrare che quella attualmente in uso sia cattiva: migliaia di persone l’hanno già fatto prima di me, e non mi piace riempire un libro di cose che tutti sanno già. Noterò soltanto che, da tempi immemorabili, esiste solo un coro di critiche contro le pratiche consolidate, senza che nessuno si prenda la briga di proporre qualcosa di meglio. La letteratura e la conoscenza del nostro secolo tendono molto di più a distruggere che a costruire. Si critica con tono autoritario; per proporre soluzioni, invece, è necessario adottare un altro approccio, che non trova il favore della filosofia dominante. Nonostante tanti scritti che, si dice, abbiano come scopo l’utilità pubblica, quella principale tra tutte le utilità – ovvero l’arte di formare gli uomini – viene ancora trascurata. Il mio argomento era completamente nuovo dopo il libro di Locke[286]; temo molto che lo rimanga anche dopo il mio.
L’infanzia è qualcosa di sconosciuto: più ci si addentra nelle false idee che ne abbiamo, più ci si perde. Anche i saggi si attengono a ciò che è realmente importante che gli uomini conoscano, senza considerare ciò che i bambini sono in grado di imparare. Cercano sempre l’uomo nel bambino, senza pensare a ciò che quest’ultimo è prima di diventare un uomo. Questa è la ricerca a cui mi sono dedicato con maggiore impegno: affinché, anche se tutta la mia metodologia dovesse rivelarsi illusoria o falsa, le mie osservazioni potessero comunque essere utili. Potrei aver sbagliato completamente su ciò che bisogna fare; ma credo di aver individuato con chiarezza l’argomento su cui si deve operare. Quindi iniziate innanzitutto a conoscere meglio i vostri alunni: ne siete certamente molto lontani. E se leggete questo libro con tale intento, non credo che vi sia inutile.
Per quanto riguarda quella che si potrebbe definire la parte “sistematica” di questo testo – che in realtà non è altro che il corso naturale degli eventi – è proprio questa parte che potrà confondere di più il lettore; sarà anche attraverso di essa che probabilmente verrò attaccato, e forse non avranno torto. Si potrebbe pensare che si tratti meno di un trattato sull’educazione e piuttosto delle riflessioni di un visionario su questo argomento. Che cosa si può fare? Non sto scrivendo sulle idee degli altri, ma sulle mie. Non vedo le cose come gli altri; me lo sono stato rimproverare molte volte. Ma dipende da me avere occhi diversi o adottare altre idee? No. Dipende da me non esagerare nel mio punto di vista, non credere di essere più saggio di tutti gli altri; dipende da me, non cambiare le mie opinioni, ma mettermi in discussione riguardo a esse: questo è tutto ciò che posso fare, e questo è ciò che faccio. Se a volte assumo un tono affermativo, non è per imporre il mio punto di vista al lettore, ma per parlargli esattamente come penso io. Perché dovrei presentare in forma dubbia ciò di cui, personalmente, non dubito affatto? Dico esattamente ciò che accade nella mia mente.
Esprimendo liberamente il mio pensiero, non intendo affatto che esso abbia autorità assoluta; pertanto aggiungo sempre le mie ragioni, affinché vengano valutate e io possa essere giudicato. Tuttavia, anche se non desidero ostinarmi a difendere le mie idee, ritengo comunque mio dovere proporle, poiché le massime su cui la mia opinione differisce da quella degli altri non sono affatto indifferenti. Si tratta di concetti la cui veridicità o falsità è importante conoscere, e che influenzano positivamente o negativamente il destino dell’umanità.
“Proponete ciò che è possibile”, mi si ripete continuamente. È come se mi si dicesse: “Proponete di fare ciò che già si fa; o almeno proponete qualcosa di buono che possa conciliarsi con il male esistente”. Un simile progetto, in alcune materie, è molto più irrealistico dei miei; perché in tale combinazione, il bene si rovina e il male non viene eliminato. Preferirei seguire sempre la prassi consolidata, piuttosto che adottarne una solo parzialmente valida; ci sarebbero meno contraddizioni nell’uomo. Non può infatti tendere contemporaneamente verso due obiettivi opposti. Padri e madri, ciò che è possibile è proprio ciò che voi desiderate fare. Devo forse rispondere della vostra volontà?
In qualsiasi tipo di progetto, ci sono due aspetti da considerare: in primo luogo, la bontà assoluta del progetto stesso; in secondo luogo, la facilità con cui esso può essere realizzato.
In primo luogo, affinché un progetto sia considerato accettabile e realizzabile in sé stesso, è sufficiente che le sue componenti positive siano in linea con la natura stessa della cosa; ad esempio, che l’educazione proposta sia appropriata all’uomo e ben adattata al cuore umano.
La seconda considerazione dipende da rapporti specifici che si verificano in determinate situazioni; rapporti accidentali rispetto all’oggetto in questione, quindi non necessari e suscettibili di infinite variazioni. Ad esempio, un certo tipo di educazione può essere praticabile in Svizzera e non in Francia; un altro tipo può essere adatto ai borghesi e un altro ancora alle classi sociali più elevate. La facilità con cui tale educazione può essere attuata dipende da mille circostanze che è impossibile determinare se non nell’ambito di una specifica applicazione del metodo in un determinato paese o in condizioni particolari. Ora, poiché tutte queste applicazioni particolari non sono essenziali per il mio scopo, non rientrano nel mio piano. Altri potranno occuparsene se lo desiderano, ciascuno secondo il paese o lo stato che ha in vista. A me basta che, ovunque nascano degli uomini, sia possibile fare di loro ciò che propongo; e che, facendone ciò che propongo, si ottenga ciò che è meglio, sia per loro stessi che per gli altri. Se non mantengo questa promessa, probabilmente ho torto; ma se la mantengo, sarebbe altrettanto sbagliato chiedermi di fare di più, poiché non prometto altro che questo.
Libro Primo
Tutto ciò che esce dalle mani dell’Autore delle cose rimane integro; tutto, invece, degenera nelle mani dell’uomo. Quest’ultimo costringe una terra a produrre ciò che un’altra è in grado di produrre, un albero a dare frutti diversi da quelli che naturalmente dovrebbe portare; mescola e confonde i climi, gli elementi, le stagioni; mutila il proprio cane, il proprio cavallo, il proprio schiavo; sovverte tutto, deforma ogni cosa. Ami la deformità, i mostri. Non desidera nulla di ciò che la natura ha creato, né tantomeno l’uomo stesso; vuole plasmare l’uomo secondo i propri desideri, come fa con un cavallo da maneggio, o modellarlo a proprio piacimento, come fa con un albero nel proprio giardino.
Senza questo, le cose andrebbero ancora peggio, e la nostra specie non vuole essere plasmata in modo incompleto. Nello stato attuale delle cose, un uomo abbandonato fin dalla nascita a se stesso, tra gli altri esseri umani, sarebbe il più “deformato” di tutti. I pregiudizi, l’autorità, la necessità, l’esempio, tutte le istituzioni sociali in cui ci troviamo immersi soffocherebbero in lui la sua vera natura, senza lasciare nulla al loro posto. Questa natura sarebbe come un piccolo arbusto che il caso fa nascere nel bel mezzo di una strada, e che i passanti distruggono rapidamente, urtandolo da tutte le parti e spezzandolo in mille pezzi.
È a te che mi rivolgo, tenera e premurosa madre[287], che sei in grado di deviare il tuo figlio dal percorso sbagliato e di proteggere quella giovane pianta che sta nascendo nel contesto delle opinioni umane. Coltiva e annaffia questa piantina prima che muoia: i suoi frutti un giorno saranno la tua gioia. Forma fin da ora una “barriera” intorno all’anima di tuo figlio; altri possono tracciare il suo percorso, ma solo tu puoi stabilire veramente i limiti che la proteggeranno.[288]
On façonne les plantes par la culture, et les hommes par l’éducation. Si l’homme naissait grand et fort, sa taille et sa force lui seraient inutiles jusqu’à ce qu’il eût appris à s’en servir ; elles lui seraient préjudiciables, en empêchant les autres de songer à l’assister[289] ; et, abandonné à lui-même, il mourrait de misère avant d’avoir connu ses besoins. On se plaint de l’état de l’enfance ; on ne voit pas que la race humaine eût péri, si l’homme n’eût commencé par être enfant.
Nous naissons faibles, nous avons besoin de force ; nous naissons dépourvus de tout, nous avons besoin d’assistance ; nous naissons stupides, nous avons besoin de jugement. Tout ce que nous n’avons pas à notre naissance et dont nous avons besoin étant grands, nous est donné par l’éducation.
Cette éducation nous vient de la nature, ou des hommes ou des choses. Le développement interne de nos facultés et de nos organes est l’éducation de la nature ; l’usage qu’on nous apprend à faire de ce développement est l’éducation des hommes ; et l’acquis de notre propre expérience sur les objets qui nous affectent est l’éducation des choses.
Chacun de nous est donc formé par trois sortes de maîtres. Le disciple dans lequel leurs diverses leçons se contrarient est mal élevé, et ne sera jamais d’accord avec lui-même ; celui dans lequel elles tombent toutes sur les mêmes points, et tendent aux mêmes fins, va seul à son but et vit conséquemment. Celui-là seul est bien élevé.
Or, de ces trois éducations différentes, celle de la nature ne dépend point de nous ; celle des choses n’en dépend qu’à certains égards. Celle des hommes est la seule dont nous soyons vraiment les maîtres ; encore ne le sommes-nous que par supposition ; car qui est-ce qui peut espérer de diriger entièrement les discours et les actions de tous ceux qui environnent un enfant ?
Sitôt donc que l’éducation est un art, il est presque impossible qu’elle réussisse, puisque le concours nécessaire à son succès ne dépend de personne. Tout ce qu’on peut faire à force de soins est d’approcher plus ou moins du but, mais il faut du bonheur pour l’atteindre.
Quel est ce but ? c’est celui même de la nature ; cela vient d’être prouvé. Puisque le concours des trois éducations est nécessaire à leur perfection, c’est sur celle à laquelle nous ne pouvons rien qu’il faut diriger les deux autres. Mais peut-être ce mot de nature a-t-il un sens trop vague ; il faut tâcher ici de le fixer.
La nature, nous dit-on, n’est que l’habitude[290]. Que signifie cela ? N’y a-t-il pas des habitudes qu’on ne contracte que par force, et qui n’étouffent jamais la nature ? Telle est, par exemple, l’habitude des plantes dont on gêne la direction verticale. La plante mise en liberté garde l’inclinaison qu’on l’a forcée à prendre ; mais la sève n’a point changé pour cela sa direction primitive ; et, si la plante continue à végéter, son prolongement redevient vertical. Il en est de même des inclinations des hommes. Tant qu’on reste dans le même état, on peut garder celles qui résultent de l’habitude, et qui nous sont le moins naturelles ; mais, sitôt que la situation change, l’habitude cesse et le naturel revient. L’éducation n’est certainement qu’une habitude. Or, n’y a-t-il pas des gens qui oublient et perdent leur éducation, d’autres qui la gardent ? D’où vient cette différence ? S’il faut borner le nom de nature aux habitudes conformes à la nature, on peut s’épargner ce galimatias.
Nous naissons sensibles, et, dès notre naissance, nous sommes affectés de diverses manières par les objets qui nous environnent. Sitôt que nous avons pour ainsi dire la conscience de nos sensations, nous sommes disposés à rechercher ou à fuir les objets qui les produisent, d’abord, selon qu’elles nous sont agréables ou déplaisantes, puis, selon la convenance ou disconvenance que nous trouvons entre nous et ces objets, et enfin, selon les jugements que nous en portons sur l’idée de bonheur ou de perfection que la raison nous donne. Ces dispositions s’étendent et s’affermissent à mesure que nous devenons plus sensibles et plus éclairés ; mais, contraintes par nos habitudes, elles s’altèrent plus ou moins par nos opinions. Avant cette altération, elles sont ce que j’appelle en nous la nature.
C’est donc à ces dispositions primitives qu’il faudrait tout rapporter ; et cela se pourrait, si nos trois éducations n’étaient que différentes : mais que faire quand elles sont opposées ; quand, au lieu d’élever un homme pour lui-même, on veut l’élever pour les autres ? Alors le concert est impossible. Forcé de combattre la nature ou les institutions sociales, il faut opter entre faire un homme ou un citoyen : car on ne peut faire à la fois l’un et l’autre.
Toute société partielle, quand elle est étroite et bien unie, s’aliène de la grande. Tout patriote est dur aux étrangers : ils ne sont qu’hommes, ils ne sont rien à ses yeux[291]. Cet inconvénient est inévitable, mais il est faible. L’essentiel est d’être bon aux gens avec qui l’on vit. Au dehors le Spartiate était ambitieux, avare, inique ; mais le désintéressement, l’équité, la concorde régnaient dans ses murs. Défiez-vous de ces cosmopolites qui vont chercher loin dans leurs livres des devoirs qu’ils dédaignent de remplir autour d’eux. Tel philosophe aime les Tartares, pour être dispensé d’aimer ses voisins.
L’homme naturel est tout pour lui ; il est l’unité numérique, l’entier absolu, qui n’a de rapport qu’à lui-même ou à son semblable. L’homme civil n’est qu’une unité fractionnaire qui tient au dénominateur, et dont la valeur est dans son rapport avec l’entier, qui est le corps social. Les bonnes institutions sociales sont celles qui savent le mieux dénaturer l’homme, lui ôter son existence absolue pour lui en donner une relative, et transporter le moi dans l’unité commune ; en sorte que chaque particulier ne se croie plus un, mais partie de l’unité, et ne soit plus sensible que dans le tout. Un citoyen de Rome n’était ni Caius, ni Lucius ; c’était un Romain ; même il aimait la patrie exclusivement à lui. Regulus se prétendait Carthaginois, comme étant devenu le bien de ses maîtres. En sa qualité d’étranger, il refusait de siéger au sénat de Rome ; il fallut qu’un Carthaginois le lui ordonnât. Il s’indignait qu’on voulût lui sauver la vie. Il vainquit, et s’en retourna triomphant mourir dans les supplices. Cela n’a pas grand rapport, ce me semble, aux hommes que nous connaissons.
Le Lacédémonien Pédarète se présente pour être admis au conseil des trois cents ; il est rejeté : il s’en retourne tout joyeux de ce qu’il s’est trouvé dans Sparte trois cents hommes valant mieux que lui[292]. Je suppose cette démonstration sincère ; et il y a lieu de croire qu’elle l’était : voilà le citoyen.
Une femme de Sparte avait cinq fils à l’armée, et attendait des nouvelles de la bataille. Un Ilote arrive ; elle lui en demande en tremblant : Vos cinq fils ont été tués. — Vil esclave, t’ai-je demandé cela ? — Nous avons gagné la victoire ! la mère court au temple, et rend grâces aux dieux[293]. Voilà la citoyenne.
Celui qui, dans l’ordre civil, veut conserver la primauté des sentiments de la nature ne sait ce qu’il veut. Toujours en contradiction avec lui-même, toujours flottant entre ses penchants et ses devoirs, il ne sera jamais ni homme ni citoyen ; il ne sera bon ni pour lui ni pour les autres. Ce sera un de ces hommes de nos jours, un Français, un Anglais, un bourgeois ; ce ne sera rien.
Pour être quelque chose, pour être soi-même et toujours un, il faut agir comme on parle ; il faut être toujours décidé sur le parti que l’on doit prendre, le prendre hautement, et le suivre toujours. J’attends qu’on me montre ce prodige pour savoir s’il est homme ou citoyen, ou comment il s’y prend pour être à la fois l’un et l’autre.
De ces objets nécessairement opposés viennent deux formes d’institutions contraires : l’une publique et commune, l’autre particulière et domestique.
Voulez-vous prendre une idée de l’éducation publique, lisez la République de Platon. Ce n’est point un ouvrage de politique, comme le pensent ceux qui ne jugent des livres que par leurs titres : c’est le plus beau traité d’éducation qu’on ait jamais fait.
Quand on veut renvoyer au pays des chimères, on nomme l’institution de Platon : si Lycurgue n’eût mis la sienne que par écrit, je la trouverais bien plus chimérique. Platon n’a fait qu’épurer le coeur de l’homme ; Lycurgue l’a dénaturé.
L’institution publique n’existe plus, et ne peut plus exister, parce qu’où il n’y a plus de patrie, il ne peut plus y avoir de citoyens. Ces deux mots patrie et citoyen doivent être effacés des langues modernes. J’en sais bien la raison, mais je ne veux pas la dire ; elle ne fait rien à mon sujet.
Plants are shaped through cultivation, and humans through education. If a man were born tall and strong, his height and strength would be of no use to him until he had learned how to make use of them; in fact, they would even be detrimental, preventing others from offering him assistance[289]. Left to himself, he would die in misery before even realizing his own needs. People complain about the state of childhood; yet they fail to realize that the human race would have perished if men had not first gone through the stage of being children.
We are born weak; we need strength. We are born devoid of everything; we need assistance. We are born foolish; we need judgment. Everything that we do not possess at birth and that we need when we grow up is given to us through education.
This education comes to us from nature, or from men, or from things. The internal development of our faculties and organs is the education provided by nature; the use that we are taught to make of this development is the education given by men; and the knowledge we acquire through our own experience regarding the objects that affect us is the education provided by things themselves.
Therefore, each of us is shaped by three kinds of masters. The disciple in whom their various teachings contradict one another is poorly educated and will never be able to achieve inner harmony; whereas the disciple in whom these teachings all converge on the same points and lead toward the same goals will succeed in attaining his objective and live accordingly. Only such a disciple is truly well-educated.
Or, of these three different forms of education, that which comes from nature does not depend on us; that which comes from external influences depends on us only in certain respects. The education of human beings is the only one over which we are truly masters; yet even here, this mastery is merely hypothetical, for who can possibly hope to completely control the words and actions of all those who surround a child?
Once education becomes an art, it is almost impossible for it to be successful, since the efforts required for its success depend on no one else. All that can be achieved through careful attention is to come closer or further to the goal, but true success requires luck as well.
What is this purpose? It is precisely the same as that of nature; this has just been proven. Since the combination of these three forms of education is necessary for their perfection, it is towards the one form over which we have no control that the other two should be directed. However, perhaps the term “nature” possesses too vague a meaning; we must try to clarify it here.
Nature, we are told, is nothing but habit[290]. What does this mean? Are there not habits that one acquires only through force, yet which never stifle one’s true nature? Such is the case, for example, with plants whose vertical growth is hindered. When a plant is allowed to grow freely, it retains the inclination that has been forced upon it; yet its sap does not change its original direction as a result of this. If the plant continues to grow, its upward extension will once again become vertical. The same holds true for human tendencies. As long as one remains in the same situation, one can retain those habits that are least in line with one’s natural disposition; but once circumstances change, those habits cease to prevail, and one’s true nature reasserts itself. Education is undoubtedly nothing more than a habit. But aren’t there people who forget or lose the habits acquired through education, while others retain them? Where does this difference come from? If we are to limit the term “nature” to habits that are in accordance with human nature, we can avoid all this nonsense.
We are born with senses, and from the moment we are born, we are affected in various ways by the objects surrounding us. As soon as we gain a certain awareness of our sensations, we become inclined to seek out or avoid those objects that produce them—firstly, depending on whether they bring us pleasure or displeasure; then, based on whether we find these objects suitable or unsuitable for us; and finally, according to the judgments we form regarding the concept of happiness or perfection that reason presents to us. These tendencies grow and strengthen as we become more sensitive and more enlightened; however, constrained by our habits, they are altered to some extent by our opinions. Before this alteration takes place, they constitute what I refer to as our inherent nature.
It is therefore to these primitive dispositions that everything should be referred; and this would be possible if our three forms of education were merely different from each other: but what is to be done when they are opposed to one another? When, instead of cultivating a man for himself, we attempt to cultivate him for the sake of others? In such cases, harmony is impossible. Forced to either oppose nature or social institutions, one must choose between making a man or making a citizen—for it is not possible to be both at the same time.
Any partial society, when narrow and closely united, becomes alienated from the greater whole. Every patriot is harsh toward strangers: to him, they are merely human beings—they mean nothing at all[291]. This drawback is inevitable, but it is minor. What matters most is being kind to those with whom one lives. Outside its walls, Sparta was ambitious, greedy, and unjust; yet within its boundaries, indifference, fairness, and harmony reigned. Beware of those cosmopolites who seek far in their books the duties they refuse to fulfill among those around them. Such philosophers claim to love the Tartars, merely because it frees them from having to love their neighbors.
The natural man is everything to himself; he is the numerical unit, the absolute whole, which has relation only to itself or to its kind. The civilized man, on the other hand, is but a fractional unit that belongs to a larger whole—the social body—and whose value lies in its relationship with this greater whole. Good social institutions are those that best succeed in depriving man of his absolute existence and giving him only a relative one, by integrating the individual into the common unity. In this way, no individual regards himself as a separate entity but as a part of the whole, and feels meaningful only within it. A citizen of Rome was neither Caius nor Lucius; he was simply a Roman—and even then, his love for his country was exclusive of himself. Regulus called himself a Carthaginian, since he had become the property of his masters. In his capacity as an outsider, he refused to sit in the Roman Senate; it took a command from a fellow Carthaginian to persuade him otherwise. He was outraged at the very idea that someone might try to save his life. He fought and won, but then returned in triumph to die under torture. To me, this has little relevance to the kind of people we know today.
The Lacedaemonian Pédarète applies to be admitted to the council of three hundred; he is rejected. He returns, however, very pleased with the fact that in Sparta there were three hundred men who were worth more than him[292]. I believe this demonstration was sincere; and there is reason to think it was indeed so: such is the nature of a true citizen.
A woman from Sparta had five sons in the army and was waiting for news of the battle. An Ilot arrived; she asked him, trembling, “Have all my five sons been killed?” “Wretched slave,” he replied, “did I ask you that?” “We have won the victory!” The mother ran to the temple and thanked the gods[293]. There she was—a true citizen of Sparta.
He who, in civil society, seeks to preserve the primacy of natural sentiments does not know what he truly wants. Always in conflict with himself, always wavering between his inclinations and his duties, he will never be either a man or a citizen; he will be good for neither himself nor others. He will be one of those people of our times—a Frenchman, an Englishman, a bourgeois—but he will be nothing at all.
To be something, to be oneself and remain consistent in that identity, one must act in accordance with what one says; one must always be resolute about the course one should take, embrace it boldly, and adhere to it without fail. I await to see this “miracle” performed, so as to determine whether this person is a man or a citizen, or how they manage to be both at the same time.
From these necessarily opposing objects arise two forms of institutions that are contrary to each other: one is public and communal, the other is particular and domestic.
If you wish to gain some understanding of public education, read Plato’s “The Republic.” It is not a work on politics, as those who judge books solely by their titles might think; rather, it is the finest treatise on education that has ever been written.
When one wishes to return to the land of chimeras, one refers to Plato’s institution; if Lycurgus had established his system merely in writing, I would find it far more chimerical. Plato merely purified the human heart; Lycurgus, on the other hand, distorted its nature.
The public institution no longer exists, and cannot exist any longer, because where there is no longer a nation, there can be no longer citizens. These two words—nation and citizen—must be erased from modern languages. I know very well the reason for this, but I do not wish to mention it; it has nothing to do with me.
Le piante vengono plasmate attraverso la coltivazione, gli uomini attraverso l’educazione. Se l’uomo nascesse già grande e forte, la sua statura e la sua forza sarebbero inutili fino a quando non avesse imparato a farne uso; anzi, queste qualità potrebbero rivelarsi dannose, impedendo agli altri di aiutarlo[289]. Abbandonato a se stesso, morirebbe di miseria prima ancora di conoscere i propri bisogni. Ci si lamenta dello stato dell’infanzia; ma non ci rendiamo conto che la specie umana sarebbe estinta se gli uomini non avessero iniziato la loro esistenza come bambini.
Nasciamo deboli, abbiamo bisogno di forza; nasciamo privi di tutto, abbiamo bisogno di aiuto; nasciamo ignoranti, abbiamo bisogno di giudizio. Tutto ciò che non possediamo alla nascita e di cui abbiamo bisogno quando siamo adulti, ci viene dato dall’educazione.
Questa educazione ci proviene dalla natura, dagli uomini o dalle cose. Lo sviluppo interno delle nostre facoltà e dei nostri organi rappresenta l’educazione fornita dalla natura; l’utilizzo che ci viene insegnato di tale sviluppo costituisce l’educazione impartita dagli uomini; infine, l’acquisizione della nostra esperienza personale riguardo agli oggetti che ci influenzano rappresenta l’educazione fornita dalle cose stesse.
Ognuno di noi, quindi, è formato da tre tipi di “maestri”. Il discepolo nel quale le loro diverse lezioni si contraddicono è mal educato e non sarà mai in armonia con se stesso; colui nel quale queste lezioni convergono tutte verso gli stessi obiettivi raggiungerà da solo il suo scopo e vivrà di conseguenza in modo coerente. Solo quest’ultimo è veramente ben educato.
Ora, di queste tre forme di educazione diverse, quella fornita dalla natura non dipende da noi; quella derivante dalle cose ne dipende soltanto in alcuni aspetti. Quella umana è l’unica di cui siamo davvero i padroni; tuttavia, lo siamo solo in via ipotetica, poiché chi può sperare di guidare completamente i discorsi e le azioni di tutte le persone che circondano un bambino?
Quindi, non appena l’educazione diventa un’arte, diventa quasi impossibile che abbia successo, poiché la competizione necessaria per raggiungerlo non dipende da nessuno. Tutto ciò che si può fare con impegno è avvicinarsi più o meno all’obiettivo, ma per raggiungerlo serve anche della fortuna.
Qual è questo scopo? È lo stesso dello scopo della natura; questo è stato appena dimostrato. Poiché la collaborazione delle tre forme di educazione è necessaria al loro perfezionamento, è su quella su cui non possiamo intervenire in alcun modo che bisogna indirizzare le altre due. Ma forse il termine “natura” ha un significato troppo vago; bisogna cercare di precisarlo qui.
Ci si dice che la natura non sia altro che un’abitudine[290]. Cosa significa questo? Non esistono forse abitudini che si acquisiscono soltanto con la forza e che mai soffocano la vera natura umana? È il caso, ad esempio, delle piante le cui tendenze verticali vengono ostacolate. Una pianta, una volta liberata da tali restrizioni, mantiene l’inclinazione che le è stata imposta; tuttavia la linfa non cambia affatto la sua direzione originale, e se la pianta continua a crescere, il suo sviluppo ritorna verticale. Lo stesso vale per le inclinazioni umane: finché ci si trova nello stesso stato, è possibile mantenere quelle abitudini che risultano da condizioni artificiali e che sono le meno naturali; ma non appena la situazione cambia, tali abitudini scompaiono e la natura umana riemerge. L’educazione, in fondo, non è altro che un’abitudine. E allora, non esistono forse persone che dimenticano o perdono ciò che hanno imparato attraverso l’educazione, mentre altre lo mantengono? Da dove deriva questa differenza? Se si limita il concetto di “natura” alle abitudini conformi alla natura stessa, si può evitare questo gergo confuso.
Nasciamo sensibili, e fin dal nostro concepimento veniamo influenzati in modi diversi dagli oggetti che ci circondano. Non appena acquisiamo coscienza delle nostre sensazioni, siamo portati a cercare o a fuggire gli oggetti che le provocano: innanzitutto, in base al fatto che queste sensazioni siano piacevoli o spiacevoli; in seguito, in base alla convenienza o meno che riteniamo esista tra noi e tali oggetti; infine, in base ai giudizi che formuliamo riguardo all’idea di felicità o perfezione che la ragione ci fornisce. Queste predisposizioni si ampliano e si rafforzano man mano che diventiamo più sensibili e più illuminati; tuttavia, vincolate dalle nostre abitudini, subiscono variazioni in base alle nostre opinioni. Prima di queste modifiche, esse rappresentano ciò che io definisco “la natura” che è in noi.
È quindi a queste disposizioni primitive che bisognerebbe riferire tutto; e ciò sarebbe possibile se le nostre tre forme di educazione fossero soltanto diverse tra loro; ma cosa si può fare quando sono opposte? Quando, invece di educare un uomo per sé stesso, si vuole educarlo per gli altri? In tal caso, qualsiasi armonia è impossibile. Costretti a combattere contro la natura o le istituzioni sociali, dobbiamo scegliere se coltivare in un individuo il carattere di uomo o quello di cittadino: poiché non è possibile essere entrambi allo stesso tempo.
Ogni società parziale, quando è ristretta e ben unita, si allontana dalla società più vasta. Ogni patriota è duro verso gli stranieri: per lui, essi non sono altro che uomini, nulla di più[291]. Questo svantaggio è inevitabile, ma poco grave. L’importante è essere buoni con le persone con cui si vive. All’esterno, lo Spartano era ambizioso, avaro, ingiusto; ma all’interno delle sue mura regnavano l’altruismo, la giustizia e l’armonia. Diffidate di quei cosmopoliti che cercano nei loro libri doveri che disdegnano di adempiere intorno a sé. Un certo filosofo ama i Tartari, solo per non essere costretto ad amare i suoi vicini.
L’uomo naturale è tutto per sé stesso; rappresenta l’unità numerica, l’intero assoluto che ha relazione soltanto con se stesso o con i suoi simili. L’uomo civile, invece, non è altro che un’unità frazionaria legata al denominatore, e il cui valore risiede nella sua relazione con l’intero, ovvero con la società. Le buone istituzioni sociali sono quelle capaci di “dannaturare” l’uomo, di togliergli la sua esistenza assoluta per dargliene una relativa, e di trasferire il suo io nell’unità comune; in questo modo, ogni individuo non si considera più un essere separato, ma parte dell’intero, e non è più consapevole della propria esistenza se non nel contesto del tutto. Un cittadino di Roma non era né Gaio né Lucio: era semplicemente un Romano; anzi, amava la patria esclusivamente in quanto tale. Regolo si considerava un Cartaginese, poiché era diventato proprietà dei suoi padroni; in qualità di straniero, rifiutò di sedere nel senato di Roma. Fu necessario che un Cartaginese glielo ordinasse. Si indignava quando qualcuno cercava di salvargli la vita. Vinse la battaglia e tornò trionfante per morire tra i supplizi. Tutto ciò, a mio parere, non ha molto a che fare con gli uomini che conosciamo oggi.
Il lacedemone Pederete si presenta per essere ammesso al consiglio dei trecento; viene rifiutato e se ne torna felice, pensando di aver trovato a Sparta trecento uomini migliori di lui[292]. Suppongo che questa dichiarazione fosse sincera; e c’è motivo di credere che lo fosse davvero: ecco il vero cittadino.
Una donna di Sparta aveva cinque figli nell’esercito e aspettava notizie della battaglia. Arriva un ilota; lei gli chiede, tremando: “I tuoi cinque figli sono stati uccisi?” — “Maledetto schiavo, te l’ho forse chiesto io?” — “Abbiamo vinto la battaglia!” La madre corre al tempio e ringrazia gli dei[293]. Ecco una vera cittadina spartana.
Colui che, nell’ordine civile, desidera mantenere la supremazia dei sentimenti naturali non sa davvero ciò che vuole. Costantemente in contraddizione con se stesso, oscillando continuamente tra i propri desideri e i propri doveri, non sarà mai né un uomo né un cittadino; non sarà utile né per sé né per gli altri. Sarà uno di quegli uomini dei nostri tempi: un francese, un inglese, un borghese. Ma non sarà nulla di significativo.
Per essere qualcosa, per essere se stessi e sempre coerenti con ciò che si è, bisogna agire in modo conforme alle proprie parole; bisogna essere sempre decisi riguardo alla scelta da compiere, prenderla con determinazione e seguirla senza mai vacillare. Aspetto che mi venga mostrato questo “miracolo”, per capire se quest’uomo sia davvero un uomo o un cittadino, o come riesca a essere contemporaneamente entrambi.
Da questi oggetti necessariamente opposti derivano due forme di istituzioni contrastanti: una pubblica e comune, l’altra particolare e domestica.
Se volete farti un’idea dell’educazione pubblica, leggete la “Repubblica” di Platone. Non si tratta di un’opera politica, come pensano coloro che giudicano i libri soltanto in base ai loro titoli: è il più bel trattato sull’educazione che sia mai stato scritto.
Quando si vuole ritornare nel regno delle chimere, si definisce “instituzione di Platone” ciò che in realtà è solo un’illusione. Se Licurgo avesse espresso le sue idee soltanto per iscritto, le considererei ancora più irrealistiche. Platone si è limitato a purificare il cuore dell’uomo; Licurgo, invece, lo ha distorto.
L’istituzione pubblica non esiste più, e non può più esistere, perché dove non c’è più una patria, non può più esserci né cittadini. Queste due parole, “patria” e “cittadino”, devono essere cancellate dalle lingue moderne. So bene il motivo, ma non voglio dirlo; non ha nulla a che fare con me.
Je n’envisage pas comme une institution publique ces risibles établissements qu’on appelle collèges[294]. Je ne compte pas non plus l’éducation du monde, parce que cette éducation tendant à deux fins contraires, les manque toutes deux : elle n’est propre qu’à faire des hommes doubles paraissant toujours rapporter tout aux autres, et ne rapportant jamais rien qu’à eux seuls. Or ces démonstrations, étant communes à tout le monde, n’abusent personne. Ce sont autant de soins perdus.
De ces contradictions naît celle que nous éprouvons sans cesse en nous-mêmes. Entraînés par la nature et par les hommes dans des routes contraires, forcés de nous partager entre ces diverses impulsions, nous en suivons une composée qui ne nous mène ni à l’un ni à l’autre but. Ainsi combattus et flottants durant tout le cours de notre vie, nous la terminons sans avoir pu nous accorder avec nous, et sans avoir été bons ni pour nous ni pour les autres.
Reste enfin l’éducation domestique ou celle de la nature ; mais que deviendra pour les autres un homme uniquement élevé pour lui ? Si peut-être le double objet qu’on se propose pouvait se réunir en un seul, en ôtant les contradictions de l’homme on ôterait un grand obstacle à son bonheur. Il faudrait, pour en juger, le voir tout formé ; il faudrait avoir observé ses penchants, vu ses progrès, suivi sa marche ; il faudrait, en un mot, connaître l’homme naturel. Je crois qu’on aura fait quelques pas dans ces recherches après avoir lu cet écrit.
Pour former cet homme rare, qu’avons-nous à faire ? beaucoup, sans doute : c’est d’empêcher que rien ne soit fait. Quand il ne s’agit que d’aller contre le vent, on louvoie ; mais si la mer est forte et qu’on veuille rester en place, il faut jeter l’ancre. Prends garde, jeune pilote, que ton câble ne file ou que ton ancre ne laboure, et que le vaisseau ne dérive avant que tu t’en sois aperçu.
Dans l’ordre social, où toutes les places sont marquées, chacun doit être élevé pour la sienne. Si un particulier formé pour sa place en sort, il n’est plus propre à rien. L’éducation n’est utile qu’autant que la fortune s’accorde avec la vocation des parents ; en tout autre cas elle est nuisible à l’élève, ne fût-ce que par les préjugés qu’elle lui a donnés. En Égypte, où le fils était obligé d’embrasser l’état de son père, l’éducation du moins avait un but assuré ; mais, parmi nous, où les rangs seuls demeurent, et où les hommes en changent sans cesse, nul ne sait si, en élevant son fils pour le sien, il ne travaille pas contre lui.
Dans l’ordre naturel, les hommes étant tous égaux, leur vocation commune est l’état d’homme ; et quiconque est bien élevé pour celui-là ne peut mal remplir ceux qui s’y rapportent. Qu’on destine mon élève à l’épée, à l’Église, au barreau, peu m’importe. Avant la vocation des parents, la nature l’appelle à la vie humaine. Vivre est le métier que je lui veux apprendre. En sortant de mes mains, il ne sera, j’en conviens, ni magistrat, ni soldat, ni prêtre ; il sera premièrement homme : tout ce qu’un homme doit être, il saura l’être au besoin tout aussi bien que qui que ce soit ; et la fortune aura beau le faire changer de place, il sera toujours à la sienne. Occupavi te, Fortuna, atque cepi ; omnesque aditus tuos interclusi, ut ad me aspirare non posses[295].
Notre véritable étude est celle de la condition humaine. Celui d’entre nous qui sait le mieux supporter les biens et les maux de cette vie est à mon gré le mieux élevé ; d’où il suit que la véritable éducation consiste moins en préceptes qu’en exercices. Nous commençons à nous instruire en commençant à vivre ; notre éducation commence avec nous ; notre premier précepteur est notre nourrice. Aussi ce mot éducation avait-il chez les anciens un autre sens que nous ne lui donnons plus : il signifiait nourriture. Educit obstetrix, dit Varron ; educat nutrix, instituit paedagogus, docet magister[296]. Ainsi l’éducation, l’institution, l’instruction, sont trois choses aussi différentes dans leur objet que la gouvernante, le précepteur et le maître. Mais ces distinctions sont mal entendues ; et, pour être bien conduit, l’enfant ne doit suivre qu’un seul guide.
Il faut donc généraliser nos vues, et considérer dans notre élève l’homme abstrait, l’homme exposé à tous les accidents de la vie humaine. Si les hommes naissaient attachés au sol d’un pays, si la même saison durait toute l’année, si chacun tenait à sa fortune de manière à n’en pouvoir jamais changer, la pratique établie serait bonne à certains égards ; l’enfant élevé pour son état, n’en sortant jamais, ne pourrait être exposé aux inconvénients d’un autre. Mais, vu la mobilité des choses humaines, vu l’esprit inquiet et remuant de ce siècle qui bouleverse tout à chaque génération, peut-on concevoir une méthode plus insensée que d’élever un enfant comme n’ayant jamais à sortir de sa chambre, comme devant être sans cesse entouré de ses gens ? Si le malheureux fait un seul pas sur la terre, s’il descend d’un seul degré, il est perdu. Ce n’est pas lui apprendre à supporter la peine ; c’est l’exercer à la sentir.
On ne songe qu’à conserver son enfant ; ce n’est pas assez ; on doit lui apprendre à se conserver étant homme, à supporter les coups du sort, à braver l’opulence et la misère, à vivre, s’il le faut, dans les glaces d’Islande ou sur le brûlant rocher de Malte. Vous avez beau prendre des précautions pour qu’il ne meure pas, il faudra pourtant qu’il meure ; et, quand sa mort ne serait pas l’ouvrage de vos soins, encore seraient-ils mal entendus. Il s’agit moins de l’empêcher de mourir que de le faire vivre. Vivre, ce n’est pas respirer, c’est agir ; c’est faire usage de nos organes, de nos sens, de nos facultés, de toutes les parties de nous-mêmes, qui nous donnent le sentiment de notre existence. L’homme qui a le plus vécu n’est pas celui qui a compté le plus d’années, mais celui qui a le plus senti la vie. Tel s’est fait enterrer à cent ans, qui mourut dès sa naissance. Il eût gagné d’aller au tombeau dans sa jeunesse, s’il eût vécu du moins jusqu’à ce temps-là.
Toute notre sagesse consiste en préjugés serviles ; tous nos usages ne sont qu’assujettissement, gêne et contrainte. L’homme civil naît, vit et meurt dans l’esclavage : à sa naissance on le coud dans un maillot ; à sa mort on le cloue dans une bière ; tant qu’il garde la figure humaine, il est enchaîné par nos institutions.
On dit que plusieurs sages-femmes prétendent, en pétrissant la tête des enfants nouveau-nés, lui donner une forme plus convenable, et on le souffre ! Nos têtes seraient mal de la façon de l’Auteur de notre être : il nous les faut façonner au dehors par les sages-femmes, et au dedans par les philosophes. Les Caraïbes sont de la moitié plus heureux que nous.
« À peine l’enfant est-il sorti du sein de la mère, et à peine jouit-il de la liberté de mouvoir et d’étendre ses membres, qu’on lui donne de nouveaux liens. On l’emmaillote, on le couche la tête fixée et les jambes allongées, les bras pendants à côté du corps ; il est entouré de linges et de bandages de toute espèce, qui ne lui permettent pas de changer de situation. Heureux si on ne l’a pas serré au point de l’empêcher de respirer, et si on a eu la précaution de le coucher sur le côté, afin que les eaux qu’il doit rendre par la bouche puissent tomber d’elles-mêmes ! car il n’aurait pas la liberté de tourner la tête sur le côté pour en faciliter l’écoulement.[297] »
L’enfant nouveau-né a besoin d’étendre et de mouvoir ses membres, pour les tirer de l’engourdissement où, rassemblés en un peloton, ils ont resté si longtemps. On les étend, il est vrai, mais on les empêche de se mouvoir ; on assujettit la tête même par des têtières : il semble qu’on a peur qu’il n’ait l’air d’être en vie.
Ainsi l’impulsion des parties internes d’un corps qui tend à l’accroissement trouve un obstacle insurmontable aux mouvements qu’elle lui demande. L’enfant fait continuellement des efforts inutiles qui épuisent ses forces ou retardent leur progrès. Il était moins à l’étroit, moins gêné, moins comprimé dans l’amnios qu’il n’est dans ses langes ; je ne vois pas ce qu’il a gagné de naître.
I do not regard those laughable institutions known as colleges[294] as public institutions at all. Nor do I consider them to be involved in educating the masses, because such education, being aimed at two contradictory objectives, fails in both respects: it merely produces individuals who always seem to relate everything to others, but in reality never relate anything except to themselves. Moreover, since these practices are common to everyone, they do not abuse anyone—in fact, they amount to nothing more than wasted efforts.
It is from these contradictions that arise those constant conflicts we experience within ourselves. Driven by nature and by others along opposing paths, forced to divide our attention between these various impulses, we end up following a course that leads us neither to one goal nor the other. Thus, torn apart and adrift throughout our entire lives, we conclude them without ever achieving inner harmony, and without having been of any benefit to ourselves or to others.
Finally, there is domestic education or that which comes from nature; but what would become of a man who had been raised solely for his own sake? If perhaps the dual objectives we set forth could be combined into one, by eliminating the contradictions within man, we would remove a major obstacle to his happiness. To judge this properly, we would need to see him fully formed; we would need to observe his inclinations, witness his progress, and follow the course of his development; in short, we would need to understand the natural human being. I believe that after reading this text, one would have taken some steps forward in such inquiries.
To shape such a rare individual, what must we do? Surely much—perhaps nothing less than ensuring that nothing is done at all. When it merely matters to go against the wind, people praise us; but if the sea is rough and we wish to remain in one place, we must drop anchor. Be careful, young sailor—make sure your cable does not break or your anchor does not drag on the ground, and that the ship does not drift away before you even notice.
In a social order where every position is predetermined, everyone must be trained for the role assigned to them. If an individual who has been prepared for a particular position leaves it, they are no longer suitable for anything else. Education is only useful to the extent that one’s fortune corresponds with their parents’ calling; otherwise, it is harmful to the student, even if only because of the prejudices it instills in them. In Egypt, where a son was obliged to follow in his father’s profession, at least education had a definite purpose. But among us, where social ranks remain fixed while individuals constantly change them, no one knows whether raising a son for a particular position is not actually working against him.
In the natural order, since all men are equal, their common vocation is to live as human beings; and anyone who is properly educated for that purpose will be able to fulfill any role that belongs to it. It matters little whether my student is destined for the sword, the church, or the legal profession. Before the choices made by parents, nature calls him to human life. To live is the craft I wish to teach him. When he leaves my hands, he may not, indeed, become a magistrate, a soldier, or a priest; but first and foremost, he will be a man. He will know how to be everything that a man ought to be, just as well as anyone else, if necessary; and no matter how fate might change his position in life, he will always be where he truly belongs. “O Fortune,” take care of yourself and hold onto what you have; otherwise, you will block all paths leading to me[295].
Our true subject of study is the human condition. He among us who is best able to endure the good and evil of this life is, in my opinion, the most truly cultivated; hence it follows that true education consists less in precepts than in practice. We begin to learn when we begin to live; our education begins with us; our first teacher is our nurse. Indeed, the word “education” had in ancient times a different meaning from the one we give it today—it meant “nourishment.” As Varro said: “Educat obstetrix; educat nutrix, instituit paedagogus, docet magister.” Thus, education, instruction, and tutoring are three distinct things, each differing in its purpose, just as a nanny, a tutor, and a teacher differ from one another. Yet these distinctions are often misunderstood; and for a child to be properly guided, he should follow but one authority alone.
We must therefore broaden our perspectives and consider our student as an abstract human being, one exposed to all the vicissitudes of human life. If people were born bound to the soil of a particular country, if the same season lasted throughout the year, if each person were so attached to their wealth that they could never change it, such an established routine might be beneficial in certain respects; a child raised according to such conditions, never leaving its home, would not have to face the disadvantages of another way of life. But given the mobility of human affairs and the restless, transformative spirit of this century, which upends everything with each new generation, can one imagine a more absurd method than raising a child as if it were never meant to leave its room, as if it were always supposed to be surrounded only by its own people? If that unfortunate child takes even one step outside, if it descends just one level, it is lost. Such an approach does not teach it how to endure pain; rather, it trains it to feel it constantly.
One only thinks of preserving one’s child; but that is not enough; one must also teach him how to preserve himself as a man—how to endure the blows of fate, how to face both wealth and poverty, and how to live, if necessary, in the icy colds of Iceland or on the scorching rocks of Malta. No matter how careful you are to prevent him from dying, he will still die; and even if his death is not the result of your actions, those actions would still have been misguidedly intended. The goal is not so much to prevent him from dying as to enable him to live. To live means more than merely to breathe; it means to act—to use our organs, senses, faculties, and every part of ourselves that gives us the sensation of being alive. The man who has truly lived the most is not those who have lived for the longest number of years, but rather those who have felt life the most intensely. There are those who were buried at the age of one hundred, yet died as soon as they were born. They would have been better off going to their grave in their youth, had they managed to live until then.
All of our so-called wisdom consists merely of servile prejudices; all our customs are nothing but forms of submission, inconvenience, and restraint. The civilized man is born, lives, and dies in slavery: at birth, he is wrapped in swaddling clothes; at death, he is buried in a coffin. As long as he retains the form of a human being, he remains bound by our institutions.
It is said that many midwives claim to give newborn babies’ heads a more “appropriate shape” by molding them, and people endure this practice! Our heads are supposedly flawed in the way that the Creator of our existence intended them to be; we must therefore have them shaped externally by midwives and internally by philosophers. The Caribes are twice as happy as we are.
“As soon as the child is born from its mother’s womb, and once it begins to enjoy the freedom to move and stretch its limbs, new restraints are immediately imposed upon it. It is wrapped tightly in cloth, with its head fixed and its legs stretched out, its arms hanging alongside its body; it is surrounded by various kinds of linens and bandages that prevent it from changing position at all. Fortunately, if these restraints are not so tight as to prevent it from breathing, and if care is taken to place it on its side, so that the fluids it must expel through its mouth can flow out naturally—otherwise, it would not have the freedom to turn its head in order to facilitate this process.[297]”
The newborn baby needs to stretch and move its limbs in order to overcome the numbness into which they have been confined for so long, while being compressed together in a tight bundle. Indeed, the limbs are sometimes stretched out, but movement is prevented; even the head is restrained by various devices—it seems as if there is a fear that the baby might appear to be alive.
Thus, the inherent tendency of the internal parts of a body to seek growth encounters insurmountable obstacles in the movements that it attempts to initiate. Children constantly make futile efforts that exhaust their strength or hinder their development. They were less confined, less restricted, less compressed within the amniotic sac than they are within their diapers; I see no advantage whatsoever in being born.
Non considero queste ridicole istituzioni chiamate “collegi” come entità pubbliche. Non intendo nemmeno occuparmi dell’educazione del mondo, poiché tale educazione, essendo orientata verso due scopi opposti, fallisce in entrambi: è adatta soltanto a creare individui doppi, che sembrano sempre riferire tutto agli altri, ma in realtà non riferiscono nulla se non a se stessi. Inoltre, poiché queste pratiche educative sono comuni a tutti, nessuno ne viene abusato. Si tratta semplicemente di sforzi sprecati.
Da queste contraddizioni nasce quella che proviamo costantemente in noi stessi. Trascinati dalla natura e dagli uomini su percorsi opposti, costretti a dividersi tra queste diverse spinte, seguiamo una via che non ci conduce né all’uno né all’altro obiettivo. Così, combattuti e incerti per tutta la durata della nostra vita, la terminiamo senza essere riusciti ad armonizzarci con noi stessi, e senza essere stati utili né a noi né agli altri.
Resta infine l’educazione domestica o quella che si riceve dalla natura; ma cosa diventerebbe per gli altri un uomo educato esclusivamente per se stesso? Forse, se l’obiettivo duplice che ci proponiamo potesse essere unito in uno solo, eliminando le contraddizioni presenti nell’uomo si eliminerebbe anche un grande ostacolo al suo benessere. Per giudicare correttamente, sarebbe necessario osservare l’uomo nella sua interezza: i suoi inclinazioni, i suoi progressi, il suo sviluppo; in altre parole, conoscere l’uomo nella sua natura originale. Credo che, dopo aver letto queste riflessioni, si siano fatti alcuni passi avanti in questa direzione.
Per formare quest’uomo raro, cosa dobbiamo fare? Molto, senza dubbio: bisogna impedire che nulla venga fatto. Quando si tratta semplicemente di andare controvento, tutti lodano; ma se il mare è agitato e si vuole restare fermi nel proprio posto, allora è necessario gettare l’ancora. Sta attento, giovane pilota: fai in modo che la tua cima non si spezzi né che l’ancora non si confonda con le onde, e che la nave non vada alla deriva prima che tu te ne accorga.
Nell’ordine sociale, in cui ogni posizione è ben definita, ognuno deve essere educato secondo il proprio ruolo. Se una persona, formata per un determinato compito, ne esce, non è più adatta a nulla. L’educazione è utile soltanto quando la fortuna delle persone corrisponde alle loro vocazioni; in caso contrario, è dannosa per lo studente, anche solo a causa dei pregiudizi che gli trasmette. In Egitto, dove il figlio era obbligato ad assumere lo stesso stato sociale del padre, almeno l’educazione aveva uno scopo chiaro; ma da noi, dove i ranghi sociali rimangono immutati mentre le persone li cambiano continuamente, nessuno sa se, educando un figlio secondo il proprio ruolo, non si stia in realtà lavorando contro di lui.
Nell’ordine naturale, poiché tutti gli uomini sono uguali, la loro vocazione comune è quella di essere uomini; e chiunque sia ben educato per questo scopo non potrà mai fallire nelle mansioni che ad esso sono correlate. Che il mio allievo venga destinato alla spada, alla Chiesa o all’avvocatura, non mi interessa affatto. Prima della volontà dei genitori, la natura lo chiama alla vita umana. Vivere è l’arte che voglio insegnargli. Uscendo dalle mie mani, ammetto che non sarà né magistrato, né soldato, né prete; ma sarà innanzitutto un uomo: tutto ciò che un uomo deve essere, lo saprà essere, se necessario, altrettanto bene di chiunque altro; e anche se la fortuna dovesse farlo cambiare posto, rimarrà sempre al suo posto. O tu, Fortuna, occupati delle tue faccende e chiudi tutti i sentieri che ti portano verso di me, affinché non possa aspirare a raggiungermi[295].
Il nostro vero oggetto di studio è la condizione umana. Colui tra noi che sa sopportare al meglio i beni e i mali di questa vita è, a mio parere, il più nobile; da ciò deriva che l’educazione vera consiste meno in precetti che in esercizi pratici. Iniziamo ad apprendere cominciando a vivere; la nostra educazione ha inizio insieme a noi stessi; il nostro primo “maestro” è la nutrice. Per questo motivo, anticamente il termine “educazione” aveva un significato diverso da quello che oggi gli attribuiamo: indicava letteralmente “nutrimento”. Come diceva Varrone: “L’educatrice è la levatrice; colui che educa è la nutrice; l’insegnante istruisce, il maestro insegna”. Così, educazione, istruzione e insegnamento sono tre concetti diversi per oggetto, proprio come governante, precettore e maestro lo sono per funzione. Tuttavia queste distinzioni vengono spesso fraintese; e affinché un bambino possa crescere nel modo giusto, dovrebbe seguire soltanto un unico guida.
È quindi necessario generalizzare le nostre concezioni e considerare nell’allievo l’uomo in sé, l’uomo esposto a tutti gli imprevisti della vita umana. Se gli uomini nascessero legati al suolo di un paese, se la stessa stagione durasse tutto l’anno, se ognuno fosse vincolato alla propria fortuna al punto di non poterla mai cambiare, tale sistema educativo potrebbe rivelarsi vantaggioso sotto alcuni aspetti; un bambino cresciuto in modo da non uscire mai dalla propria casa non sarebbe esposto ai disagi derivanti da una vita diversa. Tuttavia, data la mobilità delle condizioni umane e lo spirito inquieto e instabile di questo secolo che ribalta tutto ad ogni generazione, si può forse immaginare un metodo più assurdo di quello di educare un bambino come se non dovesse mai lasciare la propria stanza, come se dovesse essere sempre circondato dalle sole persone a lui familiari? Se quel povero bambino compie anche solo un passo fuori dalla sua casa, se scende anche solo di un gradino, è perduto. Questo non significa insegnargli ad affrontare il dolore; significa invece abituarlo a sentirlo costantemente.
Si pensa soltanto a salvare il proprio figlio; ma questo non basta: bisogna insegnargli a prendersi cura di sé da adulto, ad affrontare le avversità del destino, a sfidare sia la ricchezza che la povertà, e a vivere, se necessario, nelle gelide lande dell’Islanda o sui roventi scogli di Malta. Per quanto si possano prendere precauzioni affinché non muoia, alla fine dovrà morire; e anche se la sua morte non fosse dovuta alle nostre cure, queste sarebbero comunque inadeguate. Non si tratta tanto di impedirgli di morire, quanto di farlo vivere davvero. Vivere non significa semplicemente respirare: significa agire, utilizzare i propri organi, i sensi, le facoltà, tutte quelle parti di noi stessi che ci fanno sentire di esistere. L’uomo che ha vissuto di più non è colui che ha trascorso il maggior numero di anni, ma colui che ha realmente sperimentato la vita. Ci sono persone che sono morte alla nascita e altre che sono morte a cento anni. Queste ultime avrebbero fatto meglio ad andare nella tomba quando erano ancora giovani, se solo fossero riuscite a vivere almeno fino a quel momento.
Tutta la nostra saggezza consiste in pregiudizi servili; tutte le nostre abitudini non sono altro che sottomissione, fastidio e costrizione. L’uomo civile nasce, vive e muore nell’schiavitù: alla sua nascita viene cucito dentro una camicia di tela; alla sua morte viene inchiodato in un baracone; finché mantiene l’aspetto umano, è legato dalle nostre istituzioni.
Si dice che molte levatrici affermino, modellando la testa dei neonati, di darle una forma più appropriata, e questa pratica viene tollerata. Le nostre teste, però, sarebbero mal formate secondo il disegno dell’Autore della nostra esistenza: dobbiamo quindi farle plasmare dall’esterno dalle levatrici e dall’interno dai filosofi. I Caraibi sono addirittura la metà più fortunati di noi.
“Appena il bambino esce dal grembo della madre, e appena può godere della libertà di muoversi e di estendere i suoi membri, gli vengono imposti nuovi vincoli. Viene avvolto in fasce, messo a letto con la testa fissa e le gambe distese, i bracci pendenti lungo il corpo; è circondato da ogni sorta di lenzuola e bende che non gli permettono di cambiare posizione. È fortunato se non viene stretto al punto di impedirgli di respirare, e se si presta attenzione a metterlo sul lato, in modo che le acque che deve espellere dalla bocca possano scorrere liberamente. Altrimenti non avrebbe la possibilità di girare la testa per facilitarne il deflusso.[297]”
Il neonato ha bisogno di allungare e muovere i suoi arti, per liberarli dall’intorpidimento in cui sono rimasti così a lungo, raccolti insieme in un gruppo compatto. È vero che vengono allungati, ma viene loro impedito di muoversi; persino la testa viene fissata con delle fasce: sembra che si abbia paura che possa dare l’impressione di essere ancora vivo.
Pertanto, la spinta delle parti interne di un corpo che tende al suo sviluppo incontra un ostacolo insormontabile nei movimenti che esse richiedono. Il bambino compie continuamente sforzi inutili che esauriscono le sue forze o ritardano il suo progresso. Nell’ambiente dell’utero, era meno stretto, meno limitato nei suoi movimenti; non vedo cosa abbia guadagnato nascendo.
L’inaction, la contrainte où l’on retient les membres d’un enfant, ne peuvent que gêner la circulation du sang, des humeurs, empêcher l’enfant de se fortifier, de croître, et altérer sa constitution. Dans les lieux où l’on n’a point ces précautions extravagantes, les hommes sont tous grands, forts, bien proportionnés. Les pays où l’on emmaillote les enfants sont ceux qui fourmillent de bossus, de boiteux, de cagneux, de noués, de rachitiques, de gens contrefaits de toute espèce. De peur que les corps ne se déforment par des mouvements libres, on se hâte de les déformer en les mettant en presse. On les rendrait volontiers perclus pour les empêcher de s’estropier.
Une contrainte si cruelle pourrait-elle ne pas influer sur leur humeur ainsi que sur leur tempérament ? Leur premier sentiment est un sentiment de douleur et de peine : ils ne trouvent qu’obstacles à tous les mouvements dont ils ont besoin : plus malheureux qu’un criminel aux fers, ils font de vains efforts, ils s’irritent, ils crient. Leurs premières voix, dites-vous, sont des pleurs ? Je le crois bien : vous les contrariez dès leur naissance ; les premiers dons qu’ils reçoivent de vous sont des chaînes ; les premiers traitements qu’ils éprouvent sont des tourments. N’ayant rien de libre que la voix, comment ne s’en serviraient-ils pas pour se plaindre ? Ils crient du mal que vous leur faites : ainsi garrottés, vous crieriez plus fort qu’eux.
D’où vient cet usage déraisonnable ? d’un usage dénaturé. Depuis que les mères, méprisant leur premier devoir, n’ont plus voulu nourrir leurs enfants, il a fallu les confier à des femmes mercenaires, qui, se trouvant ainsi mères d’enfants étrangers pour qui la nature ne leur disait rien, n’ont cherché qu’à s’épargner de la peine. Il eût fallu veiller sans cesse sur un enfant en liberté ; mais, quand il est bien lié, on le jette dans un coin sans s’embarrasser de ses cris. Pourvu qu’il n’y ait pas de preuves de la négligence de la nourrice, pourvu que le nourrisson ne se casse ni bras ni jambe, qu’importe, au surplus, qu’il périsse ou qu’il demeure infirme le reste de ses jours ? On conserve ses membres aux dépens de son corps, et, quoi qu’il arrive, la nourrice est disculpée.
Ces douces mères qui, débarrassées de leurs enfants, se livrent gaiement aux amusements de la ville, savent-elles cependant quel traitement l’enfant dans son maillot reçoit au village ? Au moindre tracas qui survient, on le suspend à un clou comme un paquet de hardes ; et tandis que, sans se presser, la nourrice vaque à ses affaires, le malheureux reste ainsi crucifié. Tous ceux qu’on a trouvés dans cette situation avaient le visage violet ; la poitrine fortement comprimée ne laissant pas circuler le sang, il remontait à la tête ; et l’on croyait le patient fort tranquille, parce qu’il n’avait pas la force de crier. J’ignore combien d’heures un enfant peut rester en cet état sans perdre la vie, mais je doute que cela puisse aller fort loin. Voilà, je pense, une des plus grandes commodités du maillot.
On prétend que les enfants en liberté pourraient prendre de mauvaises situations, et se donner des mouvements capables de nuire à la bonne conformation de leurs membres. C’est là un de ces vains raisonnements de notre fausse sagesse, et que jamais aucune expérience n’a confirmés. De cette multitude d’enfants qui, chez des peuples plus sensés que nous, sont nourris dans toute la liberté de leurs membres, on n’en voit pas un seul qui se blesse ni s’estropie ; ils ne sauraient donner à leurs mouvements la force qui peut les rendre dangereux ; et quand ils prennent une situation violente, la douleur les avertit bientôt d’en changer.
Nous ne nous sommes pas encore avisés de mettre au maillot les petits des chiens ni des chats ; voit-on qu’il résulte pour eux quelque inconvénient de cette négligence ? Les enfants sont plus lourds ; d’accord : mais à proportion ils sont aussi plus faibles. À peine peuvent-ils se mouvoir ; comment s’estropieraient-ils ? Si on les étendait sur le dos, ils mourraient dans cette situation, comme la tortue, sans pouvoir jamais se retourner.
Non contentes d’avoir cessé d’allaiter leurs enfants, les femmes cessent d’en vouloir faire ; la conséquence est naturelle. Dès que l’état de mère est onéreux, on trouve bientôt le moyen de s’en délivrer tout à fait ; on veut faire un ouvrage inutile, afin de le recommencer toujours, et l’on tourne au préjudice de l’espèce l’attrait donné pour la multiplier. Cet usage, ajouté aux autres causes de dépopulation, nous annonce le sort prochain de l’Europe. Les sciences, les arts, la philosophie et les moeurs qu’elle engendre ne tarderont pas d’en faire un désert. Elle sera peuplée de bêtes féroces : elle n’aura pas beaucoup changé d’habitants.
J’ai vu quelquefois le petit manège des jeunes femmes qui feignent de vouloir nourrir leurs enfants. On sait se faire presser de renoncer à cette fantaisie : on fait adroitement intervenir les époux, les médecins, surtout les mères. Un mari qui oserait consentir que sa femme nourrît son enfant serait un homme perdu ; l’on en ferait un assassin qui veut se défaire d’elle. Maris prudents, il faut immoler à la paix l’amour paternel. Heureux qu’on trouve à la campagne des femmes plus continentes que les vôtres ! Plus heureux si le temps que celles-ci gagnent n’est pas destiné pour d’autres que vous.
Le devoir des femmes n’est pas douteux : mais on dispute si, dans le mépris qu’elles en font, il est égal pour les enfants d’être nourris de leur lait ou d’un autre. Je tiens cette question, dont les médecins sont les juges, pour décidée au souhait des femmes[298] ; et pour moi, je penserais bien aussi qu’il vaut mieux que l’enfant suce le lait d’une nourrice en santé, que d’une mère gâtée, s’il avait quelque nouveau mal à craindre du même sang dont il est formé.
Mais la question doit-elle s’envisager seulement par le côté physique ? Et l’enfant a-t-il moins besoin des soins d’une mère que de sa mamelle ? D’autres femmes, des bêtes même, pourront lui donner le lait qu’elle lui refuse : la sollicitude maternelle ne se supplée point. Celle qui nourrit l’enfant d’une autre au lieu du sien est une mauvaise mère : comment sera-t-elle une bonne nourrice ? Elle pourra le devenir, mais lentement ; il faudra que l’habitude change la nature : et l’enfant mal soigné aura le temps de périr cent fois avant que sa nourrice ait pris pour lui une tendresse de mère.
De cet avantage même résulte un inconvénient qui seul devrait ôter à toute femme sensible le courage de faire nourrir son enfant par une autre, c’est celui de partager le droit de mère, ou plutôt de l’aliéner ; de voir son enfant aimer une autre femme autant et plus qu’elle ; de sentir que la tendresse qu’il conserve pour sa propre mère est une grâce, et que celle qu’il a pour sa mère adoptive est un devoir : car, où j’ai trouvé les soins d’une mère, ne dois-je pas l’attachement d’un fils ?
La manière dont on remédie à cet inconvénient est d’inspirer aux enfants du mépris pour leurs nourrices en les traitant en véritables servantes. Quand leur service est achevé, on retire l’enfant, ou l’on congédie la nourrice ; à force de la mal recevoir, on la rebute de venir voir son nourrisson. Au bout de quelques années il ne la voit plus, il ne la connaît plus. La mère, qui croit se substituer à elle et réparer sa négligence par sa cruauté, se trompe. Au lieu de faire un tendre fils d’un nourrisson dénaturé, elle l’exerce à l’ingratitude ; elle lui apprend à mépriser un jour celle qui lui donna la vie, comme celle qui l’a nourri de son lait.
Combien j’insisterais sur ce point, s’il était moins décourageant de rebattre en vain des sujets utiles ! Ceci tient à plus de choses qu’on ne pense. Voulez-vous rendre chacun à ses premiers devoirs ? Commencez par les mères ; vous serez étonné des changements que vous produirez. Tout vient successivement de cette première dépravation : tout l’ordre moral s’altère ; le naturel s’éteint dans tous les coeurs ; l’intérieur des maisons prend un air moins vivant ; le spectacle touchant d’une famille naissante n’attache plus les maris, n’impose plus d’égards aux étrangers ; on respecte moins la mère dont on ne voit pas les enfants ; il n’y a point de résidence dans les familles ; l’habitude ne renforce plus les liens du sang ; il n’y a plus ni pères ni mères, ni enfants, ni frères, ni soeurs ; tous se connaissent à peine ; comment s’aimeraient-ils ? Chacun ne songe plus qu’à soi. Quand la maison n’est qu’une triste solitude, il faut bien aller s’égayer ailleurs.
Inaction and the constraints imposed by restraining a child’s limbs can only hinder the circulation of blood and bodily fluids, prevent the child from growing strong and developing properly, and alter their physical constitution. In places where such extreme precautions are not taken, people are generally tall, strong, and well-proportioned. However, in countries where children are bound tightly, there is an abundance of people who are hunchbacked, lame, deformed in various ways, or suffering from rickets—people of all kinds who have been physically impaired. Out of fear that their bodies might become distorted through free movement, people rush to deform them instead. They would almost willingly cripple them just to prevent them from becoming injured.
Could such a cruel constraint not affect their mood and temperament? Their first feeling is one of pain and sorrow; they encounter obstacles in every movement they attempt to make—more miserable than a criminal in chains, they make futile efforts, become irritated, and cry out. Are their first cries, you say, nothing but tears? I believe so indeed: you frustrate them from the moment they are born; the first things you give them are chains; the first experiences they have are ones of suffering. With nothing but their voices at their disposal, how could they not use them to express their grievances? They cry out against the harm you inflict upon them—just as if you, tied in the same way, would cry even louder than they would.
Where does this unreasonable practice come from? It stems from a distortion of its original purpose. Since mothers, despising their primary duty, no longer wished to feed their own children, it became necessary to entrust them to mercenary women. These women, who thus found themselves caring for the children of strangers—children toward whom nature held no innate bonds—only sought to avoid the hassle of such responsibility. One would have had to constantly watch over a free-running child; but once it was securely bound, it was simply abandoned in some corner, without anyone bothering to listen to its cries. So long as there were no signs of the nurse’s negligence, so long as the infant did not break a limb, what difference did it make if it died or remained disabled for the rest of its life? People preserved the child’s limbs at the expense of its health, and in any case, the nurse was always exonerated.
These kind mothers, who, once free of their children, joyfully engage in the pleasures of the city, do they even know the treatment that a child in such a garment receives in the village? At the slightest trouble that arises, the child is hung from a nail, like a bundle of clothes; and while the nurse goes about her affairs without haste, the poor little one remains crucified in this position. All those I have seen in this state had purple faces; their chests being tightly compressed, blood could not circulate properly, causing it to pool in their heads. One would think the child was quite calm, since it lacked the strength to cry. I do not know how many hours a child can endure such conditions without losing its life, but I doubt it can last very long. Well, I suppose this is one of the “great conveniences” of wearing such garments.
It is claimed that children who are allowed to move freely might end up in dangerous situations or engage in movements that could harm the proper development of their limbs. Yet this is one of those baseless arguments stemming from our false wisdom—arguments that have never been confirmed by any experience whatsoever. Among the countless children in nations far wiser than ours, who are allowed to move their limbs freely, not a single one gets injured or disabled. They simply do not possess the strength in their movements that could make them dangerous; and when they engage in strenuous activities, pain quickly alerts them to stop.
We have not yet thought of putting collars on the puppies of dogs or cats; does this negligence cause them any inconvenience? Children are heavier, certainly—but proportionately, they are also weaker. They can barely move at all; how could they possibly get injured? If we lay them on their backs, they would die in that position, just like a turtle, never able to turn over.
Not content with ceasing to breastfeed their children, women also cease to desire to have them; the consequence is natural. Once the role of motherhood becomes burdensome, people soon find ways to completely escape it. They seek to engage in futile pursuits, only to repeat them endlessly, thereby turning what should be an incentive for population growth into a factor that harms it. This practice, combined with other causes of depopulation, foretells Europe’s impending fate. The sciences, the arts, philosophy, and the morals they give rise to will soon turn Europe into a desolate wasteland. It will be inhabited by ferocious beasts; its population will hardly change at all.
I have sometimes observed the little tactics employed by young women who pretend to want to feed their own children. One knows how to prompt them to abandon this fantasy: one cleverly involves the husbands, the doctors, and especially the mothers. A husband who would dare allow his wife to feed her child would be considered a lost man; such a person would be regarded as an assassin seeking to get rid of her. Wise husbands, you must sacrifice paternal love for the sake of peace. How fortunate we are in the countryside to find women who are more self-disciplined than those among you! Even happier if the time these women save were not destined for anyone other than yourselves.
The duty of women is unquestionable; however, there is debate as to whether, in their disregard for this duty, it makes any difference to the children whether they are nourished with their own milk or with another source. I consider this issue, for which doctors are the ultimate authorities, to have been settled in accordance with the wishes of women[298]; and for my part, I would also think that it is far better for a child to suck the milk of a healthy nurse than that of a spoiled mother, especially if there is any risk of new health problems arising from the very same blood from which they are both derived.
But must this question be considered solely from a physical perspective? And does a child need the care of a mother less than she needs her own breast to feed him? Other women, even animals, can provide the milk that a mother refuses to give: maternal care cannot be substituted in this way. A woman who feeds another child instead of her own is a bad mother; how could she ever be a good nourisher? She might become one over time, but only gradually. Habit must change nature itself; and a child who receives poor care will have every chance to die before his foster mother develops the tenderness of a real mother toward him.
It is precisely this advantage that leads to an inconvenience which alone should deter any sensible woman from allowing another person to feed her child—namely, the sharing of the motherly right, or rather, its alienation; the sight of one’s child loving another woman just as much, if not more, than oneself; and the realization that the tenderness a child retains for its biological mother is a gift, whereas the tenderness it shows toward its adoptive mother is a duty. For where I have found the care of a mother, should I not also expect the devotion of a son?
The way to remedy this inconvenience is to instill in children contempt for their nurses by treating them as mere servants. Once their service is completed, the child is taken away or the nurse is dismissed; by treating her so poorly, the child is discouraged from visiting her baby. After a few years, the child no longer sees her, nor does she recognize her. The mother, who believes she is replacing the nurse and compensating for her negligence through cruelty, is mistaken. Instead of raising a kind son from what was essentially a distorted version of a human being, she teaches him ingratitude—teaching him to despise one day the very person who gave him life and nourished him with her milk.
How often I would emphasize this point if it weren’t so discouraging to futilely argue about such useful matters! This issue is related to more things than one might think. Do you wish to restore everyone to their original duties? Begin with the mothers; you will be surprised by the changes you bring about. Everything stems from this initial degeneration: the entire moral order is disrupted; nature dies out in everyone’s heart; the interior of homes loses its liveliness; the touching sight of a newly formed family no longer attracts husbands, nor does it inspire respect for strangers; people pay less attention to mothers whose children are not visible; families no longer have a stable home; habits no longer strengthen the bonds of blood; there are no longer fathers or mothers, children, brothers, or sisters; everyone knows little about one another—how could they possibly love each other? Everyone thinks only of themselves. When a home is nothing but a sad solitude, one is forced to seek pleasure elsewhere.
L’inazione, le restrizioni che impediscono ai bambini di muoversi liberamente possono solo ostacolare la circolazione del sangue e delle sostanze organiche, impedire loro di rafforzarsi e crescere, e alterare la loro costituzione fisica. Nei luoghi in cui non si adottano queste misure eccessive, le persone sono tutte alte, forti e ben proporzionate. Al contrario, nei paesi dove i bambini vengono legati e immobilizzati fin da piccoli, abbondano gobbi, zoppi, deformità di ogni tipo. Per paura che i loro corpi si deformino attraverso movimenti naturali, si cerca invece di alterarne la struttura fisica con pratiche restrittive. Si sarebbe quasi disposti a renderli permanentemente invalidi pur di impedire che si danneggino da soli.
Una coercizione così crudele potrebbe forse non influenzare il loro umore e il loro temperamento? Il loro primo sentimento è quello di dolore e sofferenza: incontrano ostacoli in ogni movimento di cui hanno bisogno; più sfortunati di un criminale incatenato, compiono sforzi vani, si irritano, gridano. I loro primi suoni, dite voi, sono pianti? Credo proprio di sì: li contrariate fin dalla nascita; i primi doni che ricevono da voi sono catene; i primi trattamenti che subiscono sono tormenti. Non avendo nulla di libero se non la voce, come potrebbero non usarla per lamentarsi? Gridano contro il male che viaggiate a infliggere loro: così legati, anche voi gridereste più forte di loro.
Da dove deriva questo uso irragionevole? Da un uso distorto delle leggi naturali. Da quando le madri, disprezzando il loro primo dovere, hanno smesso di nutrire i propri figli, è stato necessario affidarli a donne mercenarie che, essendo diventate madri di bambini estranei per cui la natura non aveva previsto alcun compito specifico, non hanno cercato altro che di risparmiarsi il disturbo. Avrebbe dovuto esserci una costante attenzione verso un bambino libero; ma quando viene ben legato, lo si getta in un angolo senza curarsi dei suoi pianti. Finché non ci sono prove di negligenza da parte della nutrice, finché il neonato non si rompe un braccio o una gamba, che importanza ha se muore o rimane invalido per il resto della sua vita? Si conservano i suoi membri a scapito del suo corpo stesso, e, in ogni caso, la nutrice viene scagionata.
Queste dolci madri, che, una volta liberate dai loro figli, si dedicano felicemente ai divertimenti in città, sanno forse quale trattamento il bambino, avvolto nel suo corsetto, riceve in campagna? Al minimo problema che si presenta, lo si appende a un chiodo come un pacco di vestiti; e mentre la nutrice, senza affrettarsi, si occupa delle sue faccende, il poverino rimane così crocifisso. Tutti quelli che sono stati trovati in questa situazione presentavano il viso viola; il petto, stretto con forza, impediva la circolazione del sangue, che risaliva verso la testa; e si credeva che il paziente fosse molto tranquillo, perché non aveva la forza di gridare. Non so per quante ore un bambino possa rimanere in questo stato senza perdere la vita, ma dubito che possa durare a lungo. Ecco, penso, una delle “maggiori comodità” offerte dal corsetto.
Si sostiene che i bambini lasciati liberi possano trovarsi in situazioni pericolose e compiere movimenti capaci di danneggiare la corretta formazione dei loro arti. Questo è uno di quei vani ragionamenti derivanti dalla nostra falsa saggezza, che nessuna esperienza ha mai confermato. Tra i numerosi bambini che, in popoli più saggi di noi, crescono con totale libertà nei movimenti dei loro arti, non se ne vede nemmeno uno che si ferisca o si danneggi; essi non sono in grado di dare ai propri movimenti una forza tale da renderli pericolosi; e quando assumono posizioni violente, il dolore li avverte subito di cambiarle.
Non ci siamo ancora resi conto di aver messo i cuccioli di cani e gatti nei loro costumi; si può forse dedurre che questa negligenza comporti qualche inconveniente per loro? I bambini sono più pesanti, è vero, ma proporzionalmente anche più deboli. A malapena riescono a muoversi; come potrebbero quindi farsi del male? Se li si adagiasse sulla schiena, morirebbero in quella posizione, proprio come la tartaruga, senza mai riuscire a girarsi.
Non contente di aver smesso di allattare i propri figli, la donna smette anche di volerli avere; la conseguenza è naturale. Non appena lo stato di madre diventa oneroso, si trova subito il modo per liberarsene del tutto; si vuole compiere un’azione inutile, solo per poterla ripetere all’infinito, e così si trasforma in danno alla specie lo stesso istinto che originariamente la spingeva a moltiplicarsi. Questa abitudine, unita ad altre cause di declino demografico, ci annuncia il destino futuro dell’Europa: le scienze, le arti, la filosofia e i costumi che essa genera non tarderanno a trasformarla in un deserto. Sarà popolata da bestie feroci. I suoi abitanti non cambieranno molto rispetto ad oggi.
Ho talvolta assistito a quelle piccole manovre delle giovani donne che fingono di voler nutrire i loro figli. Si sa come costringerle ad abbandonare questa fantasia: si fanno intervenire abilmente i mariti, i medici, soprattutto le madri. Un marito che osasse permettere a sua moglie di nutrire il proprio figlio sarebbe considerato un uomo perduto; lo si definirebbe un assassino che vuole sbarazzarsi di lei. Ogni marito prudente deve sacrificare l’amore paterno al bene della pace familiare. Che fortuna trovare in campagna donne più castigate delle vostre! E ancora più fortunati se il tempo che queste donne guadagnano non venisse utilizzato per altri scopi diversi dai vostri.
Il dovere delle donne è indubbiamente chiaro; tuttavia si discute se, nel disprezzo che esse mostrano per tale dovere, sia lo stesso per i bambini essere nutriti dal loro latte o da quello di un’altra donna. Ritengo che questa questione, la cui risposta spetta ai medici, sia già stata decisa secondo il desiderio delle donne[298]; e personalmente credo anche che sia meglio per il bambino succhiare il latte di una nutrice sana piuttosto che di una madre viziata, soprattutto se esiste il rischio che sviluppi nuove malattie a causa dello stesso sangue da cui è formato.
Ma questa questione deve essere considerata soltanto dal punto di vista fisico? E un bambino ha davvero meno bisogno delle cure di una madre che del suo latte materno? Altre donne, persino gli animali, possono fornirgli il latte che lei gli rifiuta: l’affetto materno non può essere sostituito da nulla. Chi nutre un bambino al posto della propria madre è una cattiva madre; come potrà mai essere una buona nutrice? Potrebbe diventarlo, ma lentamente. Sarà necessario che l’abitudine cambi la natura umana: e il bambino mal curato avrà tutto il tempo di morire cento volte prima che la sua “nutrice” sviluppi per lui un affetto materno.
Proprio da questo vantaggio deriva uno svantaggio che dovrebbe bastare, da solo, a privare qualsiasi donna sensibile del coraggio di far nutrire il proprio figlio da un’altra donna: quello di dover condividere, o meglio, cedere il diritto di madre; di vedere il proprio figlio amare un’altra donna tanto quanto e più di sé stessa; di sentire che la tenerezza che prova per la propria madre naturale è una grazia, mentre quella che prova per la madre adottiva è un dovere. Poiché, dove ho trovato le cure di una madre, non dovrei forse anche l’affetto di un figlio?
Il modo per rimediare a questo inconveniente consiste nel far sì che i bambini provino disprezzo per le loro nutrici, trattandole come vere e proprie servitrici. Quando il loro compito è terminato, si allontana il bambino o si congeda la nutrice; trattandola male in modo continuo, si finisce per scoraggiarla dal venire a vedere il proprio figlio. Dopo alcuni anni, il bambino non la vede più e non la riconosce nemmeno. La madre, che crede di sostituirla e di compensare la sua negligenza con la propria crudeltà, si sbaglia: invece di farne un figlio affettuoso, trasforma il bambino in una persona ingrata; gli insegna a disprezzare, un giorno, coloro che gli hanno dato la vita e che lo hanno nutrito con il loro latte.
Quanto insisterei su questo punto, se non fosse così scoraggiante cercare invano di discutere di argomenti utili! Questo fenomeno dipende da molte cose più di quanto si possa pensare. Volete che ognuno ritorni alle proprie prime responsabilità? Iniziate dalle madri: rimarrete sorpresi dai cambiamenti che potrete apportare. Tutto deriva, in sequenza, da questa prima corruzione: l’intero ordine morale viene alterato; la natura umana si spegne nei cuori di tutti; l’intimità delle famiglie perde il suo carattere vivace; lo spettacolo commovente di una famiglia che nasce non attira più gli uomini, né induce più rispetto verso gli estranei; si rispetta meno la madre se non si vedono i suoi figli; nelle famiglie non c’è più un ambiente sereno e accogliente; l’abitudine non rafforza più i legami di sangue; non ci sono più padri, madri, figli, fratelli o sorelle; le persone si conoscono appena. Come potrebbero amarsi? Ognuno pensa soltanto a se stesso. Quando la casa diventa una triste solitudine, è inevitabile cercare divertimento altrove.
Mais que les mères daignent nourrir leurs enfants, les moeurs vont se réformer d’elles-mêmes, les sentiments de la nature se réveiller dans tous les coeurs ; l’état va se repeupler : ce premier point, ce point seul va tout réunir. L’attrait de la vie domestique est le meilleur contrepoison des mauvaises moeurs. Le tracas des enfants, qu’on croit importun, devient agréable ; il rend le père et la mère plus nécessaires, plus chers l’un à l’autre ; il resserre entre eux le lien conjugal. Quand la famille est vivante et animée, les soins domestiques font la plus chère occupation de la femme et le plus doux amusement du mari. Ainsi de ce seul abus corrigé résulterait bientôt une réforme générale, bientôt la nature aurait repris tous ses droits. Qu’une fois les femmes redeviennent mères, bientôt les hommes redeviendront pères et maris.
Discours superflus ! l’ennui même des plaisirs du monde ne ramène jamais à ceux-là. Les femmes ont cessé d’être mères ; elles ne le seront plus ; elles ne veulent plus l’être. Quand elles le voudraient, à peine le pourraient-elles ; aujourd’hui que l’usage contraire est établi, chacune aurait à combattre l’opposition de toutes celles qui l’approchent, liguées contre un exemple que les unes n’ont pas donné et que les autres ne veulent pas suivre.
Il se trouve pourtant quelquefois encore de jeunes personnes d’un bon naturel qui, sur ce point osant braver l’empire de la mode et les clameurs de leur sexe, remplissent avec une vertueuse intrépidité ce devoir si doux que la nature leur impose. Puisse leur nombre augmenter par l’attrait des biens destinés à celles qui s’y livrent ! Fondé sur des conséquences que donne le plus simple raisonnement, et sur des observations que je n’ai jamais vues démenties, j’ose promettre à ces dignes mères un attachement solide et constant de la part de leurs maris, une tendresse vraiment filiale de la part de leurs enfants, l’estime et le respect du public, d’heureuses couches sans accident et sans suite, une santé ferme et vigoureuse, enfin le plaisir de se voir un jour imiter par leurs filles, et citer en exemple à celles d’autrui.
Point de mère, point d’enfant. Entre eux les devoirs sont réciproques ; et s’ils sont mal remplis d’un côté, ils seront négligés de l’autre. L’enfant doit aimer sa mère avant de savoir qu’il le doit. Si la voix du sang n’est fortifiée par l’habitude et les soins, elle s’éteint dans les premières années, et le coeur meurt pour ainsi dire avant que de naître. Nous voilà dès les premiers pas hors de la nature.
On en sort encore par une route opposée, lorsqu’au lieu de négliger les soins de mère, une femme les porte à l’excès ; lorsqu’elle fait de son enfant son idole, qu’elle augmente et nourrit sa faiblesse pour l’empêcher de la sentir, et qu’espérant le soustraire aux lois de la nature, elle écarte de lui des atteintes pénibles, sans songer combien, pour quelques incommodités dont elle le préserve un moment, elle accumule au loin d’accidents et de périls sur sa tête, et combien c’est une précaution barbare de prolonger la faiblesse de l’enfance sous les fatigues des hommes faits. Thétis, pour rendre son fils invulnérable, le plongea, dit la fable, dans l’eau du Styx. Cette allégorie est belle et claire. Les mères cruelles dont je parle font autrement ; à force de plonger leurs enfants dans la mollesse, elles les préparent à la souffrance ; elles ouvrent leurs pores aux maux de toute espèce, dont ils ne manqueront pas d’être la proie étant grands[299].
Observez la nature, et suivez la route qu’elle vous trace. Elle exerce continuellement les enfants ; elle endurcit leur tempérament par des épreuves de toute espèce ; elle leur apprend de bonne heure ce que c’est que peine et douleur. Les dents qui percent leur donnent la fièvre ; des coliques aiguës leur donnent des convulsions ; de longues toux les suffoquent ; les vers les tourmentent ; la pléthore corrompt leur sang ; des levains divers y fermentent, et causent des éruptions périlleuses. Presque tout le premier âge est maladie et danger : la moitié des enfants qui naissent périt avant la huitième année. Les épreuves faites, l’enfant a gagné des forces ; et sitôt qu’il peut user de la vie, le principe en devient plus assuré.
Voilà la règle de la nature. Pourquoi la contrariez-vous ? Ne voyez-vous pas qu’en pensant la corriger, vous détruisez son ouvrage, vous empêchez l’effet de ses soins ? Faire au dehors ce qu’elle fait au dedans, c’est, selon vous, redoubler le danger ; et au contraire c’est y faire diversion, c’est l’exténuer. L’expérience apprend qu’il meurt encore plus d’enfants élevés délicatement que d’autres. Pourvu qu’on ne passe pas la mesure de leurs forces, on risque moins à les employer qu’à les ménager. Exercez-les donc aux atteintes qu’ils auront à supporter un jour. Endurcissez leurs corps aux intempéries des saisons, des climats, des éléments, à la faim, à la soif, à la fatigue ; trempez-les dans l’eau du Styx. Avant que l’habitude du corps soit acquise, on lui donne celle qu’on veut, sans danger ; mais, quand une fois il est dans sa consistance, toute altération lui devient périlleuse. Un enfant supportera des changements que ne supporterait pas un homme : les fibres du premier, molles et flexibles, prennent sans effort le pli qu’on leur donne ; celles de l’homme, plus endurcies, ne changent plus qu’avec violence le pli qu’elles ont reçu. On peut donc rendre un enfant robuste sans exposer sa vie et sa santé ; et quand il y aurait quelque risque, encore ne faudrait-il pas balancer. Puisque ce sont des risques inséparables de la vie humaine, peut-on mieux faire que de les rejeter sur le temps de sa durée où ils sont le moins désavantageux ?
Un enfant devient plus précieux en avançant en âge. Au prix de sa personne se joint celui des soins qu’il a coûtés ; à la perte de sa vie se joint en lui le sentiment de la mort. C’est donc surtout à l’avenir qu’il faut songer en veillant à sa conservation ; c’est contre les maux de la jeunesse qu’il faut l’armer avant qu’il y soit parvenu : car, si le prix de la vie augmente jusqu’à l’âge de la rendre utile, quelle folie n’est-ce point d’épargner quelques maux à l’enfance en les multipliant sur l’âge de raison ! Sont-ce là les leçons du maître ?
Le sort de l’homme est de souffrir dans tous les temps. Le soin même de sa conservation est attaché à la peine. Heureux de ne connaître dans son enfance que les maux physiques, maux bien moins cruels, bien moins douloureux que les autres, et qui bien plus rarement qu’eux nous font renoncer à la vie ! On ne se tue point pour les douleurs de la goutte ; il n’y a guère que celles de l’âme qui produisent le désespoir. Nous plaignons le sort de l’enfance, et c’est le nôtre qu’il faudrait plaindre. Nos plus grands maux nous viennent de nous.
En naissant, un enfant crie ; sa première enfance se passe à pleurer. Tantôt on l’agite, on le flatte pour l’apaiser ; tantôt on le menace, on le bat pour le faire taire. Ou nous faisons ce qu’il lui plaît, ou nous en exigeons ce qu’il nous plaît ; ou nous nous soumettons à ses fantaisies, ou nous le soumettons aux nôtres : point de milieu, il faut qu’il donne des ordres ou qu’il en reçoive. Ainsi ses premières idées sont celles d’empire et de servitude. Avant de savoir parler il commande, avant de pouvoir agir il obéit ; et quelquefois on le châtie avant qu’il puisse connaître ses fautes, ou plutôt en commettre. C’est ainsi qu’on verse de bonne heure dans son jeune coeur les passions qu’on impute ensuite à la nature, et qu’après avoir pris peine à le rendre méchant, on se plaint de le trouver tel.
But if mothers would deign to nourish their children, morals would reform of their own accord, the natural sentiments within all hearts would awaken; the population would increase again—this single point alone would bring about everything else. The allure of domestic life is the best antidote to bad manners. The troubles associated with raising children, which are often considered bothersome, actually become pleasant; they make parents more necessary and dear to each other, and strengthen the bonds of marriage. When a family is lively and full of energy, household duties become a woman’s most cherished occupation and a husband’s most delightful pastime. Thus, by correcting this one single abuse, a general reform could soon be achieved, and nature would soon regain all its rights. Once women once again become mothers, men will soon become fathers and husbands.
Superfluous talk! Even the greatest boredom associated with the pleasures of this world never leads one back to those true pleasures. Women have ceased to be mothers; they will no longer be mothers; they do not wish to be mothers anymore. Even if they did want to, they would hardly be able to; today, since the opposite practice has become established, each woman would have to overcome the opposition of all those around her who are united against an example that some have never set and others refuse to follow.
Yet, it still occasionally happens that there are young people of good nature who, in this regard, dare to defy the reign of fashion and the pressures of their gender, and with virtuous courage fulfill that tender duty which nature imposes upon them. May their number increase as more opportunities arise for those who choose to pursue this path! Based on logical conclusions and observations that have never been refuted, I dare promise these honorable mothers a steadfast and enduring devotion from their husbands, genuine filial affection from their children, the respect of the public, happy pregnancies free from complications, robust health, and ultimately, the joy of seeing their daughters follow in their footsteps and serve as an example to others.
Without a mother, there is no child. Between them, duties are reciprocal; and if they are not fulfilled properly on one side, they will be neglected on the other. A child must love his mother before even realizing that he is obliged to do so. If the bond of blood is not strengthened by habit and care, it dies out in the early years, and the heart can be said to die before it even has a chance to be born. Thus, from the very beginning, we are removed from the natural order.
One still manages to escape this situation through the opposite approach: when a woman, rather than neglecting her child’s care, goes to extremes in providing it; when she makes her child her idol, exaggerates and indulges in its weaknesses in order to prevent it from being aware of them, and in her attempt to shield it from the laws of nature, removes all painful hardships from its path—without realizing how, in exchange for temporary relief from some inconveniences, she is actually piling up numerous dangers and misfortunes for it in the future. According to legend, Thetis plunged her son into the waters of the Styx to make him invulnerable. This allegory is beautiful and clear. But the cruel mothers I speak of act differently: by indulging their children excessively in comfort, they prepare them for suffering; they open their bodies up to all kinds of ailments, ensuring that when they grow up, they will inevitably become victims of those very troubles.
Observe nature, and follow the path it lays out for you. It constantly tests children; it tempers their natures through various trials; it teaches them at an early age what pain and suffering mean. The teeth that erupt cause them fever; severe colics lead to convulsions; prolonged coughs suffocate them; worms torment them; excess fluid in their bodies corrupts their blood; different kinds of fungi ferment within them, causing dangerous eruptions. Almost the entire early stage of life is marked by illness and danger: half of all children die before they reach the age of eight. Once these trials are over, the child has gained strength; and once it is able to make use of life, its vitality becomes more secure.
Such is the law of nature. Why do you defy it? Do you not see that in trying to correct it, you are destroying its work and preventing the effects of its natural processes? To act externally in the same way as nature acts internally, you claim, doubles the danger; but in reality, it merely diverts or weakens that process. Experience shows that far more children die when raised with excessive care than when allowed to develop naturally. As long as we do not overexert their abilities, using them poses less risk than protecting them too much. Therefore, train them for the hardships they will inevitably face in life. Harden their bodies to the rigors of different seasons, climates, and elements—to hunger, thirst, and fatigue. Let them “immerse themselves in the waters of Styx.” Before a child’s body has developed its natural resilience, it can be shaped without danger; but once it has reached that stage, any alteration becomes perilous. A child can endure changes that an adult could not: a child’s soft, flexible tissues easily adapt to new conditions; an adult’s harder tissues, however, can only be altered through force. Thus, we can make a child strong without endangering his life or health. And even if there were some risk involved, it would still be worth taking, for such risks are inherent in human existence. What better time than during the course of a child’s life to confront them, when they pose the least threat?
A child becomes more precious as they grow older. In addition to the value of their person, there is also the cost of the care required to nurture them; with the loss of their life, they also acquire an understanding of death. It is therefore especially for the future that we must consider how to preserve them; we must arm them against the evils of youth before they even encounter them. For if the value of life increases as one grows older and becomes useful, what utter madness would it be to spare a child some hardships now only to multiply those hardships when they reach adulthood! Are these not the lessons taught by the Master?
The fate of man is to suffer at all times. Even the effort to preserve oneself is bound to pain. Fortunately, in childhood, one endures only physical ailments—ailments that are far less cruel and less painful than others, and which far less often lead us to renounce life! One does not commit suicide because of the pains of gout; it is chiefly the pains of the soul that bring despair. We lament the fate of children, but it is our own fate that truly deserves pity. Our greatest sufferings come from within ourselves.
At birth, a child cries; its early childhood is spent in weeping. Sometimes one agitates it, flatters it to calm it down; at other times, one threatens it, beats it to make it silent. Either we do what it pleases, or we demand of it what pleases us; either we submit to its whims, or we subject it to our own: there is no middle ground—it must either give orders or receive them. Thus, its first notions are those of power and submission. Before it can speak, it commands; before it can act, it obeys. And sometimes one punishes it before it even realizes its mistakes, or rather, before it has committed any. In this way, we pour into its young heart from an early age those passions that we later attribute to its nature, and after going to such lengths to make it wicked, we then complain that it is just that way.
Ma se solo le madri si degnassero di nutrire i loro figli, le usanze si riformerebbero da sole, i sentimenti innati della natura si risveglierebbero in tutti i cuori; lo stato si ripopolerebbe: questo primo punto, e soltanto questo, basterebbe a realizzare una vera riforma. L’attrattiva della vita domestica rappresenta il miglior antidoto contro le cattive usanze. Le preoccupazioni legate ai figli, che si credono fastidiose, diventano in realtà piacevoli; rendono i genitori più necessari l’uno all’altro, li fanno sentire più uniti nel loro rapporto coniugale. Quando la famiglia è viva e animata, le attività domestiche costituiscono l’occupazione più preziosa per la donna e il divertimento più dolce per l’uomo. Così, semplicemente correggendo questo unico abuso, si potrebbe rapidamente ottenere una riforma generale; presto la natura avrebbe ripreso tutti i suoi diritti. Se le donne diventassero di nuovo madri, gli uomini diventerebbero di nuovo padri e mariti.
Discorsi superflui! Anche la noia stessa dei piaceri del mondo non riporta mai le persone a quelli veri e autentici. Le donne hanno smesso di essere madri; non lo saranno più; non vogliono più esserlo. Anche se lo volessero, difficilmente potrebbero farlo; oggi che è radicata l’abitudine opposta, ognuna dovrebbe affrontare l’opposizione di tutte coloro che la condividono, unite contro un esempio che alcune non hanno dato e altre non vogliono seguire.
Tuttavia, si trovano ancora alcune giovani donne di buon carattere che, su questo punto, osano sfidare l’impero della moda e le pressioni del loro sesso, adempiendo con virtuosa coraggiosezza a quel dovere così dolce che la natura loro impone. Possa il loro numero aumentare grazie ai benefici riservati a coloro che si dedicano a questa pratica! Basandomi sulle conseguenze derivanti dal ragionamento più semplice, e su osservazioni mai smentite, oso promettere a queste nobili madri un attaccamento solido e costante da parte dei loro mariti, una tenerezza veramente filiale da parte dei loro figli, l’ammirazione e il rispetto del pubblico, famiglie felici prive di incidenti o problemi, una salute robusta e vigorosa. E infine, il piacere di vedere un giorno le proprie figlie imitarle e essere citate come esempio per quelle altrui.
Senza madre, non c’è figlio. Tra loro i doveri sono reciproci; e se da un lato vengono male adempiuti, dall’altro verranno trascurati. Il bambino deve amare sua madre prima ancora di rendersi conto che deve farlo. Se la voce del sangue non viene rafforzata dall’abitudine e dalle cure, si spegne nei primi anni, e il cuore, per così dire, muore prima ancora di nascere. Così, fin dai primi passi, ci troviamo al di fuori della natura stessa.
Si arriva ancora a una conclusione opposta quando, invece di trascurare le cure materne, una donna le esagera; quando fa del proprio figlio il suo idolo, quando alimenta e rafforza le sue debolezze per impedirgli di rendersene conto, e quando, nella speranza di proteggerlo dalle leggi della natura, lo allontana da ogni sofferenza, senza considerare quanto, in cambio di qualche breve comodità che gli offre, accumuli in futuro innumerevoli pericoli e calamità sulla sua testa. Secondo la favola, Teti, per rendere suo figlio invulnerabile, lo immerse nell’acqua dello Stige. Questa allegoria è bella e chiara. Le madri crudeli di cui parlo agiscono in modo diverso: con l’esagerare le cure verso i loro figli, li preparano alla sofferenza; aprono i loro corpi alle malattie di ogni genere, rendendoli inevitabilmente vittime di questi mali quando cresceranno[299].
Osservate la natura e seguite la strada che essa vi traccia. Essa esercita continuamente i bambini; rende il loro temperamento più robusto attraverso prove di ogni sorta; impara loro fin da piccoli cosa siano dolore e sofferenza. I denti che spuntano causano febbre; coliche acute provocano convulsioni; lunghi attacchi di tosse li soffocano; i vermi li tormentano; la pleuresi corrompe il loro sangue; diversi tipi di lieviti fermentano al suo interno, causando eruzioni pericolose. Quasi tutto il primo periodo della vita dei bambini è caratterizzato da malattie e pericoli: metà dei neonati muore prima dell’ottava anno. Dopo aver superato queste prove, il bambino acquisisce forza; e non appena può godere pienamente della vita, la sua salute diventa più solida.
Ecco la legge della natura: perché la contrariate? Non vedete forse che cercando di correggerla, distruggete il suo operato e impedite l’effetto delle sue cure? Fare all’esterno ciò che lei fa all’interno, secondo voi, raddoppia il pericolo; invece, è proprio questo che lo attenua. L’esperienza insegna che molti più bambini muoiono se vengono allevati con troppa delicatezza rispetto ad altri. Finché non si esagera con le loro forze, utilizzarle rappresenta un minor rischio rispetto a tenerle inutilmente sotto protezione. Pertanto, esercitatele fin da ora alle prove che dovranno affrontare in futuro: abituate i loro corpi alle intemperie delle stagioni, ai diversi climi, agli agenti naturali, alla fame, alla sete e alla fatica; “immerseteli” nell’“acqua del Styx”. Prima che il corpo acquisisca una certa resistenza, è possibile modellarlo a piacimento senza pericolo; ma una volta che ha raggiunto la sua forma naturale, qualsiasi alterazione diventa pericolosa. Un bambino può sopportare cambiamenti che un uomo non riuscirebbe nemmeno a tollerare: le sue fibre, morbide e flessibili, si adattano facilmente alle nuove condizioni; quelle di un uomo, invece, più rigide, cambiano soltanto con violenza. Quindi è possibile rendere un bambino robusto senza mettere a rischio la sua vita e la sua salute; e anche se ci fosse qualche pericolo, non dovremmo esitare. Poiché questi rischi fanno parte intrinseca della vita umana, quale modo migliore c’è se non assumerseli nel corso del tempo in cui rappresentano il minimo danno possibile?
Un bambino diventa sempre più prezioso con l’avanzare dell’età. Al prezzo della sua vita si aggiunge quello delle cure che ne sono state necessarie; alla perdita della sua vita si associa in lui la consapevolezza della morte. È quindi soprattutto al futuro che bisogna pensare quando ci si impegna a preservarlo; è contro i mali della giovinezza che bisogna armarlo, prima ancora che questi lo colpiscano: perché, se il prezzo della vita aumenta fino all’età in cui diventa utile, quale follia non sarebbe quella di risparmiare alcuni mali nell’infanzia, per poi accumularne molti di più nell’età della ragione! Sono forse queste le lezioni che il “maestro” ci insegna?
Il destino dell’uomo è soffrire in ogni momento; persino il semplice atto di preservarsi la vita è legato al dolore. Fortunati coloro che, nell’infanzia, conoscono soltanto dolori fisici: dolori molto meno crudeli e meno dolorosi degli altri, e che molto più raramente ci spingono a rinunciare alla vita! Non ci si uccide per i dolori dell’artrite; sono quasi solo i dolori dell’anima a generare disperazione. Ci lamentiamo del destino dell’infanzia, ma dovremmo lamentarci del nostro stesso destino. I nostri maggiori mali derivano da noi stessi.
Al momento della nascita, un bambino piange; la sua prima infanzia trascorre tra lacrime. A volte lo si agita, lo si coccola per calmarlo; altre volte lo si minaccia, lo si picchia per farlo tacere. O facciamo ciò che a lui piace, o gli imponiamo ciò che a noi piace; o ci sottomettiamo ai suoi capricci, o lo sottomettiamo ai nostri: non c’è via di mezzo, deve dare ordini o riceverli. Così le sue prime idee sono quelle di potere e di sottomissione. Prima ancora di imparare a parlare, comanda; prima ancora di poter agire, obbedisce; e a volte lo si punisce prima che possa conoscere i propri errori, o meglio, prima ancora che li commetta. È così che fin da piccolo vengono instillate nel suo cuore le passioni che in seguito si attribuiscono alla natura umana; e dopo aver faticato tanto per renderlo cattivo, ci si lamenta poi di trovarlo tale com’è.
Un enfant passe six ou sept ans de cette manière entre les mains des femmes, victimes de leur caprice et du sien ; et après lui avoir fait apprendre ceci et cela, c’est-à-dire après avoir chargé sa mémoire ou de mots qu’il ne peut entendre, ou de choses qui ne lui sont bonnes à rien ; après avoir étouffé le naturel par les passions qu’on a fait naître, on remet cet être factice entre les mains d’un précepteur, lequel achève de développer les germes artificiels qu’il trouve déjà tout formés, et lui apprend tout, hors à se connaître, hors à tirer parti de lui-même, hors à savoir vivre et se rendre heureux. Enfin, quand cet enfant, esclave et tyran, plein de science et dépourvu de sens, également débile de corps et d’âme, est jeté dans le monde en y montrant son ineptie, son orgueil et tous ses vices, il fait déplorer la misère et la perversité humaines. On se trompe ; c’est là l’homme de nos fantaisies : celui de la nature est fait autrement.
Voulez-vous donc qu’il garde sa forme originelle, conservez-la dès l’instant qu’il vient au monde. Sitôt qu’il naît, emparez-vous de lui, et ne le quittez plus qu’il ne soit homme : vous ne réussirez jamais sans cela. Comme la véritable nourrice est la mère, le véritable précepteur est le père. Qu’ils s’accordent dans l’ordre de leurs fonctions ainsi que dans leur système ; que des mains de l’une l’enfant passe dans celles de l’autre. Il sera mieux élevé par un père judicieux et borné que par le plus habile maître du monde ; car le zèle suppléera mieux au talent que le talent au zèle.
Mais les affaires, les fonctions, les devoirs… Ah ! les devoirs, sans doute le dernier est celui du père ![300] Ne nous étonnons pas qu’un homme dont la femme a dédaigné de nourrir le fruit de leur union, dédaigne de l’élever. Il n’y a point de tableau plus charmant que celui de la famille ; mais un seul trait manqué défigure tous les autres. Si la mère a trop peu de santé pour être nourrice, le père aura trop d’affaires pour être précepteur. Les enfants, éloignés, dispersés dans des pensions, dans des couvents, dans des collèges, porteront ailleurs l’amour de la maison paternelle, ou, pour mieux dire, ils y rapporteront l’habitude de n’être attachés à rien. Les frères et les soeurs se connaîtront à peine. Quand tous seront rassemblés en cérémonie, ils pourront être fort polis entre eux ; ils se traiteront en étrangers. Sitôt qu’il n’y a plus d’intimité entre les parents, sitôt que la société de la famille ne fait plus la douceur de la vie, il faut bien recourir aux mauvaises moeurs pour y suppléer. Où est l’homme assez stupide pour ne pas voir la chaîne de tout cela ?
Un père, quand il engendre et nourrit des enfants, ne fait en cela que le tiers de sa tâche. Il doit des hommes à son espèce, il doit à la société des hommes sociables ; il doit des citoyens à l’état. Tout homme qui peut payer cette triple dette et ne le fait pas est coupable, et plus coupable peut-être quand il la paye à demi. Celui qui ne peut remplir les devoirs de père n’a point le droit de le devenir. Il n’y a ni pauvreté, ni travaux, ni respect humain, qui le dispensent de nourrir ses enfants et de les élever lui-même. Lecteurs, vous pouvez m’en croire. Je prédis à quiconque a des entrailles et néglige de si saints devoirs, qu’il versera longtemps sur sa faute des larmes amères, et n’en sera jamais consolé[301].
Mais que fait cet homme riche, ce père de famille si affairé, et forcé, selon lui, de laisser ses enfants à l’abandon ? il paye un autre homme pour remplir ces soins qui lui sont à charge. Âme vénale ! crois-tu donner à ton fils un autre père avec de l’argent ? Ne t’y trompe point ; ce n’est pas même un maître que tu lui donnes, c’est un valet. Il en formera bientôt un second.
On raisonne beaucoup sur les qualités d’un bon gouverneur. La première que j’en exigerais, et celle-là seule en suppose beaucoup d’autres, c’est de n’être point un homme à vendre. Il y a des métiers si nobles, qu’on ne peut les faire pour de l’argent sans se montrer indigne de les faire ; tel est celui de l’homme de guerre ; tel est celui de l’instituteur. Qui donc élèvera mon enfant ? Je te l’ai déjà dit, toi-même. Je ne le peux. Tu ne le peux ?… Fais-toi donc un ami. Je ne vois pas d’autre ressource.
Un gouverneur ! ô quelle âme sublime !… En vérité, pour faire un homme, il faut être ou père ou plus qu’homme soi-même. Voilà la fonction que vous confiez tranquillement à des mercenaires.
Plus on y pense, plus on aperçoit de nouvelles difficultés. Il faudrait que le gouverneur eût été élevé pour son élève, que ses domestiques eussent été élevés pour leur maître, que tous ceux qui l’approchent eussent reçu les impressions qu’ils doivent lui communiquer ; il faudrait, d’éducation en éducation, remonter jusqu’on ne sait où. Comment se peut-il qu’un enfant soit bien élevé par qui n’a pas été bien élevé lui-même ?
Ce rare mortel est-il introuvable ? Je l’ignore. En ces temps d’avilissement, qui sait à quel point de vertu peut atteindre encore une âme humaine ? Mais supposons ce prodige trouvé. C’est en considérant ce qu’il doit faire que nous verrons ce qu’il doit être. Ce que je crois voir d’avance est qu’un père qui sentirait tout le prix d’un bon gouverneur prendrait le parti de s’en passer ; car il mettrait plus de peine à l’acquérir qu’à le devenir lui-même. Veut-il donc se faire un ami ? qu’il élève son fils pour l’être ; le voilà dispensé de le chercher ailleurs, et la nature a déjà fait la moitié de l’ouvrage.
Quelqu’un dont je ne connais que le rang m’a fait proposer d’élever son fils. Il m’a fait beaucoup d’honneur sans doute ; mais, loin de se plaindre de mon refus, il doit se louer de ma discrétion. Si j’avais accepté son offre, et que j’eusse erré dans ma méthode, c’était une éducation manquée ; si j’avais réussi, c’eût été bien pis, son fils aurait renié son titre, il n’eût plus voulu être prince.
Je suis trop pénétré de la grandeur des devoirs d’un précepteur, et je sens trop mon incapacité, pour accepter jamais un pareil emploi de quelque part qu’il me soit offert[302] ; et l’intérêt de l’amitié même ne serait pour moi qu’un nouveau motif de refus. Je crois qu’après avoir lu ce livre, peu de gens seront tentés de me faire cette offre ; et je prie ceux qui pourraient l’être, de n’en plus prendre l’inutile peine. J’ai fait autrefois un suffisant essai de ce métier pour être assuré que je n’y suis pas propre, et mon état m’en dispenserait, quand mes talents m’en rendraient capable. J’ai cru devoir cette déclaration publique à ceux qui paraissent ne pas m’accorder assez d’estime pour me croire sincère et fondé dans mes résolutions.
Hors d’état de remplir la tâche la plus utile, j’oserai du moins essayer de la plus aisée : à l’exemple de tant d’autres, je ne mettrai point la main à l’oeuvre, mais à la plume ; et au lieu de faire ce qu’il faut, je m’efforcerai de le dire.
Je sais que, dans les entreprises pareilles à celle-ci, l’auteur, toujours à son aise dans des systèmes qu’il est dispensé de mettre en pratique, donne sans peine beaucoup de beaux préceptes impossibles à suivre, et que, faute de détails et d’exemples, ce qu’il dit même de praticable reste sans usage quand il n’en a pas montré l’application.
J’ai donc pris le parti de me donner un élève imaginaire, de me supposer l’âge, la santé, les connaissances et tous les talents convenables pour travailler à son éducation, de la conduire depuis le moment de sa naissance jusqu’à celui où, devenu homme fait, il n’aura plus besoin d’autre guide que lui-même. Cette méthode me paraît utile pour empêcher un auteur qui se défie de lui de s’égarer dans des visions ; car, dès qu’il s’écarte de la pratique ordinaire, il n’a qu’à faire l’épreuve de la sienne sur son élève, il sentira bientôt, ou le lecteur sentira pour lui, s’il suit le progrès de l’enfance et la marche naturelle au coeur humain.
A child spends six or seven years in such a state, at the hands of women who are victims both of their own caprices and those of the child; after teaching it this and that—that is, filling its memory with words it cannot understand or concepts that are of no use to it—after stifling its natural instincts by arousing artificial passions within it, they hand this artificial being over to a tutor who completes the development of these artificially cultivated traits and teaches it everything except how to know itself, how to make use of its own abilities, how to live, or how to find happiness. Finally, when this child—a slave and tyrant, full of knowledge but devoid of common sense, weak both in body and soul—is thrown into the world, displaying its incompetence, arrogance, and all its vices, it gives rise to lamentations over human misery and depravity. But one is mistaken; such a being is merely the product of our fantasies; the true nature of man is different.
Therefore, do you wish him to retain his original form? Preserve it from the moment he is born. The moment he arrives in this world, take charge of him and never let go until he becomes a man—without this, you will never succeed. Just as the true nourisher is the mother, the true teacher is the father. Let them coordinate their roles and their methods; let the child pass from one’s hands to the other’s. A judicious and modest father will raise a child better than the most skilled teacher in the world, for zeal can make up for lack of talent far more effectively than talent can compensate for a lack of zeal.
But affairs, duties, responsibilities. Ah! Responsibilities—perhaps the last of them all is that of a father![300] Let us not be surprised if a man whose wife has refused to nourish the fruit of their union also refuses to raise it. There is no more charming picture than that of a family; yet a single missing element can ruin everything else. If the mother is too ill to care for the children, the father will be too busy with other matters to act as their guardian. The children, separated and sent off to boarding schools, convents, or colleges, will take their love for their parental home elsewhere—or, rather, they will bring back with them the habit of being attached to nothing at all. Brothers and sisters will hardly know each other. When everyone is gathered together for formal occasions, they may behave very politely towards one another; but in reality, they will treat each other like strangers. Once there is no more intimacy between parents, once the family’s companionship can no longer bring warmth to life, people are forced to resort to bad habits to fill that void. Where is the man who is so foolish as not to see the entire chain of causes behind this?
When a father begets and nurtures children, he performs only one-third of his duties. He owes men to his own species; he owes society well-adjusted human beings; he owes citizens to the state. Any man who is able to fulfill this triple duty but fails to do so is guilty—and perhaps even more guilty if he fulfills it only partially. He who cannot undertake the responsibilities of a father does not have the right to call himself one. Neither poverty, nor hard work, nor any respect from others can exempt him from feeding and raising his children himself. Believers, you may take my word for it. I declare that anyone who possesses a heart but neglects such sacred duties will pour bitter tears over his sins for a long time to come—and will never find consolation[301].
But what is this wealthy man doing, this busy father of family who, in his own words, is forced to abandon his children? He pays another person to undertake these responsibilities that fall upon him. What a mercenary soul! Do you truly think that money can give your son another father? Do not delude yourself; you are not even giving him a master—just a servant. Before long, he will turn this servant into another one like himself.
There is much discussion about the qualities of a good governor. The first quality I would demand of one—and which, in itself, implies many others—is that they must not be a person who sells their services for money. There are some professions so noble that one cannot engage in them for profit without losing all dignity; such is the case with soldiers and educators. So then, who will educate my child? I have already told you—only you can. I cannot. Then find yourself a friend. I see no other solution.
A governor! Oh, what a sublime soul!. In truth, to be a true man, one must either be a father or be more than just a man oneself. And yet, you calmly entrust this role to mercenaries.
The more one thinks about it, the more new difficulties become apparent. It would seem that the governor should have been raised with the intention of serving his student, that his servants should have been raised to serve their master, and that everyone who comes into contact with him should have received the right impressions to convey to him; one would have to trace this process of education back, step by step, all the way back who knows where. How is it possible for a child to be properly educated by someone who himself has not been properly educated?
Is this rare mortal truly impossible to find? I do not know. In these times of degeneration, who knows to what heights of virtue a human soul may still ascend? But suppose such a miracle is indeed discovered. It is by considering what such a person must do that we can determine what kind of person they must be. What I believe in advance is that a father who truly understands the value of a good ruler would choose not to seek one for his own son; for it would take him more effort to acquire such a ruler than to become one himself. So, if he wishes to make a friend for his son, he should raise his son himself to be that friend. In that way, there would be no need to look elsewhere for such a companion, and nature itself would have already done half the work.
Someone whom I know only by rank offered me the task of raising his son. He undoubtedly did me a great honor; but far from complaining about my refusal, he should rather be grateful for my discretion. If I had accepted his offer and failed in my approach, it would have resulted in a failed education for the child; if I had succeeded, it would have been even worse—his son would have renounced his title and no longer wanted to be a prince.
I am too deeply aware of the immense responsibilities inherent in the role of a tutor, and I am too acutely conscious of my own inadequacies, to ever consider accepting such an appointment, no matter where it might be offered to me[302]; indeed, even the considerations of friendship would provide me with yet another reason to refuse. I believe that after reading this letter, few people will be inclined to offer me this position; and I beg those who might still consider doing so to spare themselves the unnecessary effort. I have already attempted this profession on several occasions and am convinced that I am not suited for it; moreover, my current circumstances would prevent me from undertaking it, even if my abilities permitted it. I feel it is my duty to make this public declaration toward those who seem to lack sufficient respect for me to believe that I am sincere in my resolve.
Unable to undertake the most useful task, I will at least try to accomplish the easiest one: following the example of many others, I will not put my hands to work, but rather to the pen; and instead of doing what needs to be done, I will strive to express it in words.
I know that in companies like this one, the author, who is always at ease with systems that he doesn’t even have to put into practice himself, readily offers many wonderful principles that are impossible to follow. Moreover, due to the lack of details and examples, even those things he says that are supposedly practical remain useless unless he demonstrates how they can be applied.
Therefore, I decided to imagine for myself a student, assuming for that student the appropriate age, health, knowledge, and all the necessary talents required for his education. I would guide him from the moment of his birth until such time as he, having become a full-fledged adult, no longer needed any other guide but himself. This method seems to me useful in preventing an author who doubts his own abilities from getting lost in fanciful notions; for whenever he deviates from conventional practice, he can simply test his approach on his imaginary student. Soon enough, he—or the reader, representing him—will be able to tell whether he is following the natural progression of a child’s development and the inherent path of the human heart.
Un bambino trascorre sei o sette anni in questo modo tra le mani delle donne, vittime sia dei loro capricci che dei suoi; dopo avergli fatto imparare questa e quell’altra cosa, cioè dopo aver riempito la sua memoria di parole che non può comprendere o di concetti che non gli sono di alcun utilità; dopo aver soffocato la sua natura originale con passioni artificialmente suscitate, lo si consegna a un precettore, il quale completa lo sviluppo di quei “semi artificiali” già prontamente formatisi in lui, insegnandogli tutto, tranne come conoscere se stesso, come sfruttare le proprie capacità, come vivere e essere felice. Infine, quando questo bambino – schiavo e tiranno, pieno di conoscenza ma privo di buon senso, debole sia nel corpo che nell’anima – viene gettato nel mondo, mostrando la sua inettitudine, il suo orgoglio e tutti i suoi vizi, si provano solo disperazione e rabbia per la miseria e la perversità umane. Ci sbagliamo: questo è l’uomo dei nostri sogni. L’uomo creato dalla natura, invece, è fatto in modo diverso.
Volete dunque che conservi la sua forma originale? Conservatela fin dal momento in cui nasce. Non lasciatelo mai fino a quando non diventa un uomo: senza questo, non riuscirete mai nel vostro intento. Poiché l’ vera nutrice è la madre, l’ vero insegnante è il padre. Che si accordino nell’ordine delle loro funzioni e nel loro modo di agire; che il bambino passi dalle mani della madre a quelle del padre. Sarà meglio educato da un padre saggio e moderato che dal più abile maestro al mondo; perché lo zelo compenserà meglio il talento di quanto il talento possa compensare lo zelo.
Ma le faccende, le doveri. Ah! I doveri; probabilmente l’ultimo di essi è quello del padre. Non ci sorprenda quindi che un uomo il cui coniuge si sia rifiutata di nutrire il frutto del loro matrimonio si rifiuti anche di educarlo. Non esiste quadro più incantevole della famiglia; ma una sola caratteristica mancante rovina tutto il resto. Se la madre è troppo malata per poter allattare i figli, il padre avrà troppe responsabilità per poter occuparsi di loro personalmente. I bambini, lontani e dispersi in pensioni, in conventi o in collegi, porteranno altrove l’amore per la casa paterna, o, per dire meglio, vi porteranno l’abitudine di non essere legati a nulla. Fratelli e sorelle si conosceranno appena. Quando tutti si riuniranno in occasioni formali, potranno comportarsi in modo molto “educato” gli uni con gli altri, ma in realtà si tratteranno come estranei. Non appena scompare l’intimità tra genitori, non appena la compagnia della famiglia non rappresenta più il conforto essenziale della vita, bisogna inevitabilmente ricorrere a cattive abitudini per colmare questa mancanza. Dove si trova dunque l’uomo abbastanza stupido da non vedere tutta questa catena di eventi negativi?
Un padre, quando genera e nutre i propri figli, compie in questo solo un terzo del proprio dovere. Deve qualcosa agli uomini della sua stessa specie, deve qualcosa alla società degli esseri umani; deve qualcosa allo Stato come cittadino. Chiunque abbia la possibilità di onorare questa triplice responsabilità e non lo faccia è colpevole; forse ancora più colpevole se la adempie solo in parte. Chi non è in grado di svolgere i doveri di padre non ha il diritto di esserlo. Né povertà, né fatiche, né rispetto umano possono esonerarlo dal nutrire i propri figli e dall’educarli personalmente. Lettori, potete credermi: predico a chiunque abbia un cuore e trascuri doveri così sacri che dovrà versare per molto tempo lacrime amare a causa dei suoi errori, e non ne troverà mai consolazione[301].
Ma che cosa fa quest’uomo ricco, questo padre di famiglia così impegnato e costretto, a suo dire, a lasciare i suoi figli abbandonati? Paga un altro uomo affinché si occupi di loro. Anima venale! Pensi davvero di dare a tuo figlio un “altro padre” con del denaro? Non ingannarti: non gli stai dando nemmeno un padrone, ma un servitore. Presto ne creerà un altro.
Si discute molto sulle qualità di un buon governante. La prima qualità che richiederei, e quella soltanto che implica molte altre, è che non si tratti di una persona disposta a vendere se stessa o le proprie idee per denaro. Ci sono mestieri così nobili che non si possono svolgere per motivi materiali senza dimostrarsi indegni di essi; tale è il caso dell’uomo d’armi, come del maestro. Allora, chi crescerà mio figlio? Te l’ho già detto: tu stesso. Non posso farlo io. E nemmeno tu. Quindi, fatti un amico. Non vedo altra soluzione.
Un governatore, oh, quelle anime sublimi!. In verità, per essere un vero uomo, bisogna essere padre o qualcosa di più di un semplice uomo. Ed è proprio questa funzione che affidate con tranquillità a dei mercenari.
Più ci si pensa, più si scoprono nuove difficoltà. Sarebbe necessario che il governante fosse stato educato appositamente per il suo allievo, che i suoi domestici fossero stati educati appositamente per il loro padrone, che tutte le persone che lo circondano avessero ricevuto quelle impressioni che devono trasmettergli; si dovrebbe risalire, educazione dopo educazione, fino a chissà dove. Come è possibile che un bambino venga ben educato da qualcuno che non è stato lui stesso ben educato?
Questo raro mortale è davvero irrintracciabile? Non lo so. In questi tempi di decadenza, chi può dire fino a che punto una anima umana possa ancora raggiungere la virtù? Ma supponiamo che questo miracolo venga trovato. È considerando ciò che tale persona dovrà fare che potremo capire quale sia il suo vero carattere. Quello che credo di vedere in anticipo è che un padre, se comprendesse appieno il valore di un buon governante, preferirebbe non averne bisogno; infatti gli costerebbe più sforzo ottenerlo che diventarlo lui stesso. Dunque, se vuole farsi un amico, che allevi suo figlio per farne uno; in questo modo sarà libero di cercare altrove tale amicizia, e la natura ha già fatto metà del lavoro necessario.
Qualcuno di cui conosco soltanto il rango mi ha proposto di educare suo figlio. Senza dubbio, questo mi ha fatto un grande onore; ma, lontano dal lamentarsi del mio rifiuto, dovrebbe anzi ringraziarmi per la mia discrezione. Se avessi accettato la sua offerta e se il mio metodo fosse stato errato, l’educazione di quel ragazzo sarebbe stata fallimentare; se invece avesse avuto successo, sarebbe stato ancora peggio: suo figlio avrebbe rinnegato il proprio titolo e non avrebbe più voluto essere principe.
Sono troppo consapevole della grandezza dei doveri di un precettore, e percepisco troppo chiaramente la mia incapacità, per poter mai accettare un simile incarico, qualunque ne fosse l’offerta[302]; anzi, anche l’interesse stesso dell’amicizia non rappresenterebbe per me che un ulteriore motivo per rifiutare. Credo che, dopo aver letto questo libro, poche persone saranno tentate di farmi tale proposta; e prego coloro che potrebbero farlo di non perdere tempo inutilmente. In passato ho già sperimentato a sufficienza questa professione per essere certo di non esserne adatto; inoltre, la mia situazione attuale me ne dispenserebbe, anche se i miei talenti me lo permettessero. Ho ritenuto necessario fare questa dichiarazione pubblica verso coloro che sembrano non stimarmi abbastanza da credere nella sincerità e nella fermezza delle mie decisioni.
Non essendo in grado di svolgere la compito più utile, oserei almeno provare a svolgere quello più semplice: seguendo l’esempio di molti altri, non mi metterò all’opera con le mani, ma con la penna; e invece di fare ciò che è necessario, cercherò di descriverlo.
So che, in aziende come questa, l’autore, sempre a suo agio in sistemi che non è costretto a mettere in pratica personalmente, fornisce senza difficoltà molti bei precetti impossibili da seguire; e che, a causa della mancanza di dettagli ed esempi concreti, anche ciò che afferma essere praticabile rimane inutilizzabile, se non viene mostrata la sua applicazione pratica.
Ho quindi deciso di immaginarmi un allievo, di attribuirgli l’età, la salute, le conoscenze e tutti i talenti necessari per occuparmene dell’educazione; ho iniziato a guidarlo fin dal momento della sua nascita fino al momento in cui, diventato adulto, non avrà più bisogno di alcun altro guida se non di sé stesso. Questo metodo mi sembra utile per impedire a un autore che si sfida da solo di perdere la strada nelle sue riflessioni; infatti, non appena si allontana dalla pratica ordinaria, basta mettere alla prova il proprio approccio sull’allievo, e presto si scoprirà – o il lettore scoprirà al posto suo – se ci si attiene al corso naturale dello sviluppo infantile e alle leggi intrinseche del cuore umano.
Voilà ce que j’ai tâché de faire dans toutes les difficultés qui se sont présentées. Pour ne pas grossir inutilement le livre, je me suis contenté de poser les principes dont chacun devait sentir la vérité. Mais quant aux règles qui pouvaient avoir besoin de preuves, je les ai toutes appliquées à mon Émile ou à d’autres exemples, et j’ai fait voir dans des détails très étendus comment ce que j’établissais pouvait être pratiqué ; tel est du moins le plan que je me suis proposé de suivre. C’est au lecteur à juger si j’ai réussi.
Il est arrivé de là que j’ai d’abord peu parlé d’Émile, parce que mes premières maximes d’éducation, bien que contraires à celles qui sont établies, sont d’une évidence à laquelle il est difficile à tout homme raisonnable de refuser son consentement. Mais à mesure que j’avance, mon élève, autrement conduit que les vôtres, n’est plus un enfant ordinaire ; il lui faut un régime exprès pour lui. Alors il paraît plus fréquemment sur la scène, et vers les derniers temps je ne le perds plus un moment de vue, jusqu’à ce que, quoi qu’il en dise, il n’ait plus le moindre besoin de moi.
Je ne parle point ici des qualités d’un bon gouverneur ; je les suppose, et je me suppose moi-même doué de toutes ces qualités. En lisant cet ouvrage, on verra de quelle libéralité j’use envers moi.
Je remarquerai seulement, contre l’opinion commune, que le gouverneur d’un enfant doit être jeune, et même aussi jeune que peut l’être un homme sage. Je voudrais qu’il fût lui-même enfant, s’il était possible, qu’il pût devenir le compagnon de son élève, et s’attirer sa confiance en partageant ses amusements. Il n’y a pas assez de choses communes entre l’enfance et l’âge mûr pour qu’il se forme jamais un attachement bien solide à cette distance. Les enfants flattent quelquefois les vieillards, mais ils ne les aiment jamais[303].
On voudrait que le gouverneur eût déjà fait une éducation. C’est trop ; un même homme n’en peut faire qu’une : s’il en fallait deux pour réussir, de quel droit entreprendrait-on la première ?
Avec plus d’expérience on saurait mieux faire, mais on ne le pourrait plus. Quiconque a rempli cet état une fois assez bien pour en sentir toutes les peines, ne tente point de s’y rengager ; et s’il l’a mal rempli la première fois, c’est un mauvais préjugé pour la seconde.
Il est fort différent, j’en conviens, de suivre un jeune homme durant quatre ans, ou de le conduire durant vingt-cinq. Vous donnez un gouverneur à votre fils déjà tout formé ; moi, je veux qu’il en ait un avant que de naître. Votre homme à chaque lustre peut changer d’élève ; le mien n’en aura jamais qu’un. Vous distinguez le précepteur du gouverneur : autre folie ! Distinguez-vous le disciple de l’élève ? Il n’y a qu’une science à enseigner aux enfants : c’est celle des devoirs de l’homme. Cette science est une ; et, quoi qu’ait dit Xénophon de l’éducation des Perses, elle ne se partage pas. Au reste, j’appelle plutôt gouverneur que précepteur le maître de cette science, parce qu’il s’agit moins pour lui d’instruire que de conduire. Il ne doit point donner de préceptes, il doit les faire trouver.
S’il faut choisir avec tant de soin le gouverneur, il lui est bien permis de choisir aussi son élève, surtout quand il s’agit d’un modèle à proposer. Ce choix ne peut tomber ni sur le génie ni sur le caractère de l’enfant, qu’on ne connaît qu’à la fin de l’ouvrage, et que j’adopte avant qu’il soit né. Quand je pourrais choisir, je ne prendrais qu’un esprit commun, tel que je suppose mon élève. On n’a besoin d’élever que les hommes vulgaires ; leur éducation doit seule servir d’exemple à celle de leurs semblables. Les autres s’élèvent malgré qu’on en ait.
Le pays n’est pas indifférent à la culture des hommes ; ils ne sont tout ce qu’ils peuvent être que dans les climats tempérés. Dans les climats extrêmes le désavantage est visible. Un homme n’est pas planté comme un arbre dans un pays pour y demeurer toujours ; et celui qui part d’un des extrêmes pour arriver à l’autre, est forcé de faire le double du chemin que fait pour arriver au même terme celui qui part du terme moyen.
Que l’habitant d’un pays tempéré parcoure successivement les deux extrêmes, son avantage est encore évident ; car, bien qu’il soit autant modifié que celui qui va d’un extrême à l’autre, il s’éloigne pourtant de la moitié moins de sa constitution naturelle. Un Français vit en Guinée et en Laponie ; mais un Nègre ne vivra pas de même à Tornea, ni un Samoyède au Benin. Il paraît encore que l’organisation du cerveau est moins parfaite aux deux extrêmes. Les Nègres ni les Lapons n’ont pas le sens des Européens. Si je veux donc que mon élève puisse être habitant de la terre, je le prendrai dans une zone tempérée ; en France, par exemple, plutôt qu’ailleurs.
Dans le nord les hommes consomment beaucoup sur un sol ingrat ; dans le midi ils consomment peu sur un sol fertile : de là naît une nouvelle différence qui rend les uns laborieux et les autres contemplatifs. La société nous offre en un même lieu l’image de ces différences entre les pauvres et les riches : les premiers habitent le sol ingrat, et les autres le pays fertile.
Le pauvre n’a pas besoin d’éducation ; celle de son état est forcée, il n’en saurait avoir d’autre ; au contraire, l’éducation que le riche reçoit de son état est celle qui lui convient le moins et pour lui-même et pour la société. D’ailleurs l’éducation naturelle doit rendre un homme propre à toutes les conditions humaines : or il est moins raisonnable d’élever un pauvre pour être riche qu’un riche pour être pauvre ; car à proportion du nombre des deux états, il y a plus de ruinés que de parvenus. Choisissons donc un riche ; nous serons sûrs au moins d’avoir fait un homme de plus, au lieu qu’un pauvre peut devenir homme de lui-même.
Par la même raison, je ne serai pas fâché qu’Émile ait de la naissance. Ce sera toujours une victime arrachée au préjugé.
Émile est orphelin. Il n’importe qu’il ait son père et sa mère. Chargé de leurs devoirs, je succède à tous leurs droits. Il doit honorer ses parents, mais il ne doit obéir qu’à moi. C’est ma première ou plutôt ma seule condition.
J’y dois ajouter celle-ci, qui n’en est qu’une suite, qu’on ne nous ôtera jamais l’un à l’autre que de notre consentement. Cette clause est essentielle, et je voudrais même que l’élève et le gouverneur se regardassent tellement comme inséparables, que le sort de leurs jours fût toujours entre eux un objet commun. Sitôt qu’ils envisagent dans l’éloignement leur séparation, sitôt qu’ils prévoient le moment qui doit les rendre étrangers l’un à l’autre, ils le sont déjà ; chacun fait son petit système à part ; et tous deux, occupés du temps où ils ne seront plus ensemble, n’y restent qu’à contrecœur. Le disciple ne regarde le maître que comme l’enseigne et le fléau de l’enfance ; le maître ne regarde le disciple que comme un lourd fardeau dont il brûle d’être déchargé ; ils aspirent de concert au moment de se voir délivrés l’un de l’autre ; et, comme il n’y a jamais entre eux de véritable attachement, l’un doit avoir peu de vigilance, l’autre peu de docilité.
Mais, quand ils se regardent comme devant passer leurs jours ensemble, il leur importe de se faire aimer l’un de l’autre, et par cela même ils se deviennent chers. L’élève ne rougit point de suivre dans son enfance l’ami qu’il doit avoir étant grand ; le gouverneur prend intérêt à des soins dont il doit recueillir le fruit, et tout le mérite qu’il donne à son élève est un fonds qu’il place au profit de ses vieux jours.
Ce traité fait d’avance suppose un accouchement heureux, un enfant bien formé, vigoureux et sain. Un père n’a point de choix et ne doit point avoir de préférence dans la famille que Dieu lui donne : tous ses enfants sont également ses enfants ; il leur doit à tous les mêmes soins et la même tendresse. Qu’ils soient estropiés ou non, qu’ils soient languissants ou robustes, chacun d’eux est un dépôt dont il doit compte à la main dont il le tient, et le mariage est un contrat fait avec la nature aussi bien qu’entre les conjoints.
This is what I tried to accomplish in the face of all the difficulties that arose. In order not to unnecessarily inflate the length of the book, I limited myself to establishing those principles whose truth everyone should be able to perceive for themselves. As for those rules that might have required additional evidence, I applied them all to my own example, Émile, or to other instances, and I provided very detailed explanations of how what I proposed could be put into practice. At least that was the plan I intended to follow. It is up to the reader to judge whether I have succeeded.
It was for this reason that I initially spoke little about Émile, because my initial principles of education, although contrary to those that are commonly accepted, are of such an obvious truth that it is difficult for any reasonable person to refuse to accept them. But as time went on, my student, being raised in a different way from yours, was no longer an ordinary child; he required a special approach and care. As a result, he began to appear more frequently in various situations, and towards the end, I never lost sight of him for a moment, until eventually—no matter what he said—he no longer needed my assistance at all.
I am not discussing here the qualities of a good governor; I assume they exist, and I also assume that I possess all such qualities myself. In reading this work, one will see to what extent I am generous towards myself.
I would only like to point out, contrary to common opinion, that the guardian of a child must be young—even as young as a wise man can possibly be. I wish he could himself be a child, if such were possible; I wish he could become his student’s companion and earn his trust by sharing in his joys. There are not enough things in common between childhood and maturity for a strong bond to form over such a distance. Children sometimes flatter the elderly, but they never truly love them[303].
One would hope that the governor had already received some education. But that’s too much; one person can only receive so much education at a time. If two educations were required to succeed, on what basis would anyone even begin the first one?
With more experience, one would know how to do it better, but it would no longer be possible to do it at all. Anyone who has once experienced this state sufficiently well as to feel all its pains should not attempt to engage in it again; and if they did it poorly the first time, it will create a bad prejudice for trying it a second time.
It is quite different, I admit, to accompany a young man for four years than to guide him throughout twenty-five years. You provide your son with a tutor already fully trained; I, on the other hand, want him to have one before he even is born. Your man can change tutors every few years; mine will never have more than one. You distinguish between a tutor and a guardian; what further nonsense! But can you truly distinguish between a disciple and a student? There is only one subject that should be taught to children: the knowledge of their duties as human beings. This knowledge is singular, and whatever Xenophon may have said about the education of the Persians, it cannot be divided into parts. Moreover, I would refer to the master of this knowledge as a guardian rather than a tutor, for his role is less about instruction and more about guidance. He is not meant to impart precepts; he is meant to help them discover those precepts for themselves.
If one must choose the governor with such care, it is only natural that he should also choose his disciple carefully, especially when it comes to someone who is to serve as a model for others. This choice certainly cannot be based on the child’s genius or character—information that we only come to know at the end of the process, yet I make this decision before the child is even born. If I had the freedom to choose, I would select only an ordinary mind, such as the one I imagine my disciple to possess. It is only the common people who need to be educated; their education alone should serve as an example for others. The rest will succeed in raising themselves without any special effort on our part.
The country is not indifferent to the culture of its inhabitants; humans can only achieve their full potential in temperate climates. In extreme climates, the disadvantages are evident. A person is not planted like a tree in a certain place to remain there forever; those who travel from one extreme to the other are forced to cover twice the distance that those starting from the middle point would need to reach the same destination.
If a person living in a temperate climate were to successively inhabit both extreme regions, the advantage would still be evident; for although they would undergo the same degree of change as someone moving between these extremes, they would still deviate from their natural constitution by a lesser extent. A Frenchman may live in Guinea and in Lapland; but a Negro could not live in Tornea in the same way, nor could a Samoyede live in Benin. It also seems that the organization of the brain is less perfect at these extreme ends. Neither Negroes nor Lapps possess the same senses as Europeans. Therefore, if I want my student to truly represent the typical inhabitant of the earth, I would choose someone from a temperate region—say, France, rather than any other place.
In the north, people consume much on barren land; in the south, they consume little on fertile soil. Thus arises another difference that makes some laborious and others contemplative. Society presents to us, in the same place, these distinctions between the poor and the rich: the former inhabit barren land, while the latter live in fertile regions.
The poor do not need education; the education inherent in their condition is sufficient; they could not possibly receive any other kind of education. On the contrary, the education that the rich receive due to their social status is precisely what is least suitable for both them and society. Moreover, natural education should prepare a person for all human conditions. It is far less reasonable to educate a poor person to become rich than to educate a rich person to become poor—for, in proportion to the number of these two social classes, there are far more people who fall into ruin than those who achieve success. Let us therefore choose a rich individual; at least we can be certain that we have helped create another member of society, whereas a poor person may never truly develop into a full-fledged human being on their own.
For the same reason, I would not be offended if Émile were born. He would still be a victim saved from prejudice.
Émile is orphan; it matters not whether he had a father and a mother. Having been entrusted with their duties, I inherit all their rights. He must honor his parents, but he must obey only me. This is my first—and indeed, my only—condition.
I must add this one as well; it is merely a continuation of the previous point, and neither of us can be separated from the other without our mutual consent. This clause is essential. In fact, I would even like for the student and the teacher to regard each other as inseparable, so that the fate of their lives together should always be a common concern for both. The moment they begin to contemplate their separation in the future, the moment they anticipate the time when they will become strangers to one another, they have already become strangers; each begins to form their own separate plans. Both, preoccupied with the time when they will no longer be together, remain together only out of compulsion. The student sees the teacher merely as an instructor and a source of trouble in his childhood; the teacher sees the student merely as a burdensome load that he is eager to get rid of. Together, they long for the moment when they can be free from each other; but since there is never any true affection between them, one will surely lack vigilance, and the other will lack obedience.
But when they consider that they will spend their days together, it becomes important for them to learn to love each other, and in doing so, they begin to cherish one another. A student is not ashamed to follow the example of the friend he will need when he grows up; a teacher takes pleasure in providing care from which he will reap benefits in his later years, and all the praise he gives to his student is actually an investment that will benefit him in his old age.
This treaty assumes in advance a happy delivery and a child who is well-formed, strong, and healthy. A father has no choice and must not show any preference among the children that God grants him: all his children are equally his children; he owes them all the same care and the same tenderness. Whether they are disabled or not, whether they are frail or robust, each of them is a trust for which he must be accountable to the hand that has placed them in his care. Marriage, therefore, is a contract made both with nature and between spouses.
Ecco ciò che ho cercato di fare di fronte a tutte le difficoltà che si sono presentate. Per non ingrandire inutilmente il libro, mi sono limitato a enunciare i principi dai quali ognuno doveva poter riconoscere la verità. Quanto alle regole che potevano richiedere prove, le ho applicate tutte ad esempi come Émile o ad altri casi concreti, mostrando in modo molto dettagliato come ciò che affermavo potesse essere messo in pratica; almeno questo è il piano che mi sono proposto di seguire. Spetta al lettore giudicare se ci sono riuscito.
È da lì che ho inizialmente parlato poco di Émile, perché le mie prime massime educative, sebbene contrarie a quelle comunemente accettate, sono così evidenti che è difficile per qualsiasi uomo ragionevole rifiutarle. Ma man mano che procedo nel mio lavoro educativo, il mio allievo, diversamente educato rispetto ai vostri, non è più un bambino ordinario; ha bisogno di un metodo educativo specifico adatto a lui. Così, appare sempre più spesso sul “palcoscenico” delle mie attività educative, e verso la fine del percorso formativo non lo perdo mai di vista, fino a quando, qualunque cosa dica, non avrà più alcun bisogno di me.
Non sto qui parlando delle qualità di un buon governante; le presuppongo, e mi considero anch’io dotato di tutte queste qualità. Leggendo questo libro, si vedrà con quale generosità mi tratto verso me stesso.
Osserverò soltanto, contrariamente all’opinione comune, che il tutore di un bambino debba essere giovane, anzi tanto giovane quanto può esserlo un uomo saggio. Vorrei che fosse lui stesso un bambino, se ciò fosse possibile; che potesse diventare il compagno del proprio allievo e guadagnarsi la sua fiducia condividendo i suoi giochi. Non esistono abbastanza cose in comune tra l’infanzia e l’età adulta perché possa mai formarsi un legame solido a tale distanza. I bambini talvolta lusingano gli anziani, ma non li amano mai[303].
Si vorrebbe che il governatore avesse già fornito un’educazione adeguata alle esigenze del caso. Ma è troppo: una sola persona non può fornire due tipi di educazione diversi; se ne fossero necessarie due per ottenere risultati efficaci, con quale diritto si potrebbe iniziare con la prima?
Con più esperienza si saprebbe come fare meglio, ma non si potrebbe più farlo. Chiunque abbia svolto questo compito una volta in modo sufficientemente efficace da percepire tutte le sue difficoltà, non dovrebbe mai tentare di riprovarci; e se la prima volta l’ha fatto male, ciò rappresenta un cattivo pregiudizio per una seconda tentativa.
È molto diverso, lo ammetto, seguire un giovane per quattro anni rispetto a guidarlo per venticinque anni. Voi date a vostro figlio un tutore quando è già completamente formato; io, invece, voglio che ne abbia uno prima ancora di nascere. Il vostro uomo può cambiare insegnante ogni dieci anni; il mio non ne avrà mai nessuno altro. Voi distinguite tra precettore e tutore, un’altra follia! Riuscite davvero a distinguere tra discepolo ed allievo? Esiste una sola scienza da insegnare ai bambini: quella dei doveri dell’uomo. Questa scienza è unica; e, per quanto Xenofonte abbia detto sull’educazione dei Persiani, essa non si può dividere in parti. Del resto, io chiamo più “tutore” che “precettore” colui che insegna questa scienza, perché il suo compito non è tanto istruire quanto guidare. Non deve dare insegnamenti: deve farli scoprire agli altri.
Se è necessario scegliere con tanta cura il governante, non è certo vietato che egli scelga anche il proprio allievo, soprattutto quando si tratta di un modello da proporre agli altri. Questa scelta non può ricadere né sul genio né sul carattere del bambino, che si conoscono soltanto alla fine del percorso educativo, mentre io lo adotto prima ancora che nasca. Se potessi scegliere, prenderei soltanto un individuo mediocre, proprio come immagino il mio allievo. Non c’è bisogno di educare se non gli uomini comuni; è l’educazione di questi ultimi ad essere un esempio per i loro simili. Gli altri si elevano comunque, anche senza alcuna educazione.
Il paese non è indifferente alla cultura degli uomini; questi possono essere ciò che sono soltanto nei climi temperati. Nei climi estremi lo svantaggio diventa evidente. Un uomo non viene “piantato” in un luogo come un albero per rimanervi per sempre; colui che parte da uno degli estremi per raggiungere l’altro è costretto a percorrere il doppio del cammino rispetto a chi parte dal punto medio.
Se l’abitante di una regione temperata attraversasse successivamente i due estremi, il vantaggio risulterebbe ancora evidente; infatti, sebbene subisca modifiche analoghe a quelle di chi si sposta da un’estremità all’altra, in realtà si allontana meno dalla propria costituzione naturale. Un francese può vivere sia in Guinea che in Lapponia; ma un nero non potrebbe vivere allo stesso modo a Tornea, né un samoyedo nel Benin. Sembra anche che l’organizzazione del cervello sia meno perfetta negli estremi. I neri e i lapponi non possiedono le stesse capacità sensoriali degli europei. Pertanto, se voglio che il mio allievo diventi un abitante della terra, lo prenderò da una regione temperata; ad esempio, in Francia, piuttosto che altrove.
Nel nord gli uomini consumano molto su un terreno ingrato; nel sud consumano poco su un terreno fertile: da ciò nasce una nuova differenza che rende alcuni laboriosi e altri contemplativi. La società ci offre, nello stesso luogo, l’esempio di queste differenze tra poveri e ricchi: i primi abitano il terreno ingrato, mentre gli altri vivono nella terra fertile.
Il povero non ha bisogno di educazione; quella che deriva dalla sua condizione sociale è già sufficiente, e non potrebbe riceverne un’altra; al contrario, l’educazione che il ricco riceve a causa della sua posizione sociale è proprio quella che gli conviene meno, sia per lui stesso che per la società. Inoltre, un’educazione naturale dovrebbe rendere un uomo adatto a tutte le condizioni umane; ma non è certo più ragionevole educare un povero affinché diventi ricco, piuttosto che un ricco affinché diventi povero. Poiché, in proporzione al numero delle due classi sociali, ci sono molti di più coloro che falliscono rispetto a quelli che riescono. Quindi scegliamo un ricco: almeno così siamo certi di aver creato un uomo migliore, mentre un povero potrebbe soltanto diventare tale da solo.
Per lo stesso motivo, non mi dispiacerà affatto se Émile nascerà. Sarà sempre una vittima salvata dal pregiudizio.
Émile è orfano; non ha né padre né madre. Incaricato di adempiere ai loro doveri, io subentro a tutti i loro diritti. Deve onorare i suoi genitori, ma deve obbedire soltanto a me. Questa è la mia prima, o meglio, l’unica condizione.
Devo aggiungere anche questa clausola, che ne è soltanto una conseguenza: nessuno di noi potrà essere separato dall’altro se non con il nostro consenso. Questa condizione è essenziale; vorrei persino che lo studente e il maestro considerassero sé stessi come inseparabili, in modo che il destino delle loro vite fosse sempre un tema comune tra loro. Non appena pensano alla possibilità di separarsi in futuro, non appena prevengono il momento in cui diventeranno estranei l’uno all’altro, in realtà lo sono già: ognuno segue la propria strada; entrambi, concentrati sul tempo in cui non saranno più insieme, vi rimangono soltanto a malincuore. Lo studente considera il maestro soltanto come un insegnante e una fonte di sofferenze durante l’infanzia; il maestro considera lo studente soltanto come un peso oneroso dal quale desidera liberarsi con tutte le sue forze. Entrambi anelano insieme al momento in cui potranno essere finalmente liberi l’uno dall’altro; ma poiché tra loro non esiste mai un vero legame, uno dovrà sicuramente mancare di attenzione, e l’altro di docilità.
Ma quando considerano che dovranno trascorrere i loro giorni insieme, per loro è importante amarsi a vicenda, e proprio per questo diventano reciprocamente preziosi l’uno per l’altro. Lo studente non si vergogna di seguire, nella sua infanzia, l’amico che dovrà avere da adulto; il maestro prende interesse per quegli sforzi dai quali dovrà trarre beneficio in futuro, e tutto il merito che attribuisce al proprio studente rappresenta in realtà un investimento che avrà ripercussioni positive nei suoi anni più avanzati.
Questo trattato presuppone in anticipo un parto felice, un bambino ben formato, robusto e sano. Un padre non ha alcuna scelta e non deve avere preferenze tra i figli che Dio gli dà: tutti i suoi figli sono uguali per lui; deve dedicare a ciascuno di loro lo stesso affetto e la stessa tenerezza. Che siano disabili o no, deboli o forti, ognuno di loro rappresenta un “deposito” del quale il padre è responsabile; il matrimonio, quindi, è un contratto stipulato sia con la natura che tra i coniugi stessi.
Mais quiconque s’impose un devoir que la nature ne lui a point imposé, doit s’assurer auparavant des moyens de le remplir ; autrement il se rend comptable même de ce qu’il n’aura pu faire. Celui qui se charge d’un élève infirme et valétudinaire change sa fonction de gouverneur en celle de garde-malade ; il perd à soigner une vie inutile le temps qu’il destinait à en augmenter le prix ; il s’expose à voir une mère éplorée lui reprocher un jour la mort d’un fils qu’il lui aura longtemps conservé.
Je ne me chargerais pas d’un enfant maladif et cacochyme, dût-il vivre quatre-vingts ans. Je ne veux point d’un élève toujours inutile à lui-même et aux autres, qui s’occupe uniquement à se conserver, et dont le corps nuise à l’éducation de l’âme. Que ferais-je en lui prodiguant vainement mes soins, sinon doubler la perte de la société et lui ôter deux hommes pour un ? Qu’un autre à mon défaut se charge de cet infirme, j’y consens, et j’approuve sa charité ; mais mon talent à moi n’est pas celui-là : je ne sais point apprendre à vivre à qui ne songe qu’à s’empêcher de mourir.
Il faut que le corps ait de la vigueur pour obéir à l’âme : un bon serviteur doit être robuste. Je sais que l’intempérance excite les passions ; elle exténue aussi le corps à la longue ; les macérations, les jeûnes, produisent souvent le même effet par une cause opposée. Plus le corps est faible, plus il commande ; plus il est fort, plus il obéit. Toutes les passions sensuelles logent dans des corps efféminés ; ils s’en irritent d’autant plus qu’ils peuvent moins les satisfaire.
Un corps débile affaiblit l’âme. De là l’empire de la médecine, art plus pernicieux aux hommes que tous les maux qu’il prétend guérir. Je ne sais, pour moi, de quelle maladie nous guérissent les médecins, mais je sais qu’ils nous en donnent de bien funestes : la lâcheté, la pusillanimité, la crédulité, la terreur de la mort : s’ils guérissent le corps, ils tuent le courage. Que nous importe qu’ils fassent marcher des cadavres ? ce sont des hommes qu’il nous faut, et l’on n’en voit point sortir de leurs mains.
La médecine est à la mode parmi nous ; elle doit l’être. C’est l’amusement des gens oisifs et désoeuvrés, qui, ne sachant que faire de leur temps, le passent à se conserver. S’ils avaient eu le malheur de naître immortels, ils seraient les plus misérables des êtres : une vie qu’ils n’auraient jamais peur de perdre ne serait pour eux d’aucun prix. Il faut à ces gens-là des médecins qui les menacent pour les flatter, et qui leur donnent chaque jour le seul plaisir dont ils soient susceptibles, celui de n’être pas morts.
Je n’ai nul dessein de m’étendre ici sur la vanité de la médecine. Mon objet n’est que de considérer par le côté moral. Je ne puis pourtant m’empêcher d’observer que les hommes font sur son usage les mêmes sophismes que sur la recherche de la vérité. Ils supposent toujours qu’en traitant un malade on le guérit, et qu’en cherchant une vérité on la trouve. Ils ne voient pas qu’il faut balancer l’avantage d’une guérison que le médecin opère, par la mort de cent malades qu’il a tués, et l’utilité d’une vérité découverte par le tort que font les erreurs qui passent en même temps. La science qui instruit et la médecine qui guérit sont fort bonnes sans doute ; mais la science qui trompe et la médecine qui tue sont mauvaises. Apprenez-nous donc à les distinguer. Voilà le noeud de la question. Si nous savions ignorer la vérité, nous ne serions jamais les dupes du mensonge ; si nous savions ne vouloir pas guérir malgré la nature, nous ne mourrions jamais par la main du médecin : ces deux abstinences seraient sages ; on gagnerait évidemment à s’y soumettre. Je ne dispute donc pas que la médecine ne soit utile à quelques hommes, mais je dis qu’elle est funeste au genre humain.
On me dira, comme on fait sans cesse, que les fautes sont du médecin, mais que la médecine en elle-même est infaillible. À la bonne heure ; mais qu’elle vienne donc sans médecin ; car, tant qu’ils viendront ensemble, il y aura cent fois plus à craindre des erreurs de l’artiste qu’à espérer du secours de l’art[304].
Cet art mensonger, plus fait pour les maux de l’esprit que pour ceux du corps, n’est pas plus utile aux uns qu’aux autres : il nous guérit moins de nos maladies qu’il ne nous en imprime l’effroi ; il recule moins la mort qu’il ne la fait sentir d’avance ; il use la vie au lieu de la prolonger ; et, quand il la prolongerait, ce serait encore au préjudice de l’espèce, puisqu’il nous ôte à la société par les soins qu’il nous impose, et à nos devoirs par les frayeurs qu’il nous donne. C’est la connaissance des dangers qui nous les fait craindre : celui qui se croirait invulnérable n’aurait peur de rien. À force d’armer Achille contre le péril, le poète lui ôte le mérite de la valeur ; tout autre à sa place eût été un Achille au même prix.
Voulez-vous trouver des hommes d’un vrai courage, cherchez-les dans les lieux où il n’y a point de médecins, où l’on ignore les conséquences des maladies, et où l’on ne songe guère à la mort. Naturellement l’homme sait souffrir constamment et meurt en paix. Ce sont les médecins avec leurs ordonnances, les philosophes avec leurs préceptes, les prêtres avec leurs exhortations, qui l’avilissent de coeur et lui font désapprendre à mourir.
Qu’on me donne un élève qui n’ait pas besoin de tous ces gens-là, ou je le refuse. Je ne veux point que d’autres gâtent mon ouvrage ; je veux l’élever seul, ou ne m’en pas mêler. Le sage Locke, qui avait passé une partie de sa vie à l’étude de la médecine, recommande fortement de ne jamais droguer les enfants, ni par précaution ni pour de légères incommodités. J’irai plus loin, et je déclare que, n’appelant jamais de médecins pour moi, je n’en appellerai jamais pour mon Émile, à moins que sa vie ne soit dans un danger évident ; car alors il ne peut pas lui faire pis que de le tuer.
Je sais bien que le médecin ne manquera pas de tirer avantage de ce délai. Si l’enfant meurt, on l’aura appelé trop tard ; s’il réchappe, ce sera lui qui l’aura sauvé. Soit : que le médecin triomphe ; mais surtout qu’il ne soit appelé qu’à l’extrémité.
Faute de savoir se guérir, que l’enfant sache être malade : cet art supplée à l’autre, et souvent réussit beaucoup mieux ; c’est l’art de la nature. Quand l’animal est malade, il souffre en silence et se tient coi : or on ne voit pas plus d’animaux languissants que d’hommes. Combien l’impatience, la crainte, l’inquiétude, et surtout les remèdes, ont tué de gens que leur maladie aurait épargnés et que le temps seul aurait guéris ! On me dira que les animaux, vivant d’une manière plus conforme à la nature, doivent être sujets à moins de maux que nous. Eh bien ! cette manière de vivre est précisément celle que je veux donner à mon élève ; il en doit donc tirer le même profit.
La seule partie utile de la médecine est l’hygiène ; encore l’hygiène est-elle moins une science qu’une vertu. La tempérance et le travail sont les deux vrais médecins de l’homme : le travail aiguise son appétit, et la tempérance l’empêche d’en abuser.
Pour savoir quel régime est le plus utile à la vie et à la santé, il ne faut que savoir quel régime observent les peuples qui se portent le mieux, sont les plus robustes, et vivent le plus longtemps. Si par les observations générales on ne trouve pas que l’usage de la médecine donne aux hommes une santé plus ferme ou une plus longue vie, par cela même que cet art n’est pas utile, il est nuisible, puisqu’il emploie le temps, les hommes et les choses à pure perte. Non seulement le temps qu’on passe à conserver la vie étant perdu pour en user, il l’en faut déduire ; mais, quand ce temps est employé à nous tourmenter, il est pis que nul, il est négatif ; et, pour calculer équitablement, il en faut ôter autant de celui qui nous reste. Un homme qui vit dix ans sans médecin vit plus pour lui-même et pour autrui que celui qui vit trente ans leur victime. Ayant fait l’une et l’autre épreuve, je me crois plus en droit que personne d’en tirer la conclusion.
But anyone who imposes upon themselves a duty that nature has not imposed must first ensure they have the means to fulfill it; otherwise, they will be held accountable even for things they were unable to accomplish. Those who take on the responsibility of caring for an infirm or sick student are effectively changing their role from that of a teacher to that of a nurse; by dedicating time to preserving a life that is ultimately worthless, they lose the opportunity to enhance its value; moreover, they risk one day facing the grief-stricken mother who will blame them for the death of her son, a son they had tried so hard to keep alive.
I would not take upon myself the responsibility of caring for a sick and deformed child, even if that child were to live to be eighty years old. I do not want a student who is always useless to himself and to others, who spends all his time merely preserving his own life, whose physical condition ends up hindering the development of his soul. What good would it do me to lavish care on such a person, if it only served to double the loss suffered by society—and to deprive it of two healthy individuals in exchange for one who is unable to function? If someone else were to take charge of this infirm person in my place, I would agree and approve of their kindness; but my own talents lie elsewhere—I am not skilled at teaching those who are only concerned with preventing themselves from dying how to live a meaningful life.
The body must be strong in order to obey the soul; a good servant must be robust. I know that excess indulgence stirs up passions; in the long run, it also weakens the body. Excessive fasting and abstinence often produce the same effect, albeit through opposite means. The weaker the body is, the more it seems to command; the stronger it is, the more it tends to obey. All sensual passions reside in feeble bodies; such bodies become all the more irritated by these passions because they are less capable of satisfying them.
A weak and feeble body undermines the soul. Hence the dominance of medicine—a practice far more harmful to humans than all the ailments it claims to cure. I do not know what diseases doctors actually cure, but I am certain they inflict many terrible ones upon us: cowardice, timidity, credulity, and a fear of death. If they heal the body, they kill courage. What does it matter if they make corpses walk? What we need are men of real strength—and such men do not emerge from their hands.
Medicine is in fashion among us; it ought to be. It provides entertainment for idle and unoccupied people who, not knowing what else to do with their time, spend it preserving their own lives. If they had the misfortune to be born immortal, they would be the most wretched of creatures: a life that they would never fear losing would hold no value for them at all. Such people need doctors who threaten them in order to flatter them, and who give them every day the only pleasure they are capable of experiencing—the pleasure of not being dead.
I have no intention of dwelling here on the vanity of medicine. My purpose is merely to consider it from a moral standpoint. Yet I cannot help observing that people employ the same sophisms when using it as when seeking truth. They always assume that treating a patient means curing them, and that pursuing truth means discovering it. They fail to realize that we must weigh the benefit of a cure brought about by a doctor against the death of hundreds of patients caused by his mistakes, as well as the usefulness of a truth discovered against the harm inflicted by erroneous theories. Knowledge that educates and medicine that heals are undoubtedly beneficial; but knowledge that deceives and medicine that kills are harmful. Let us therefore learn to distinguish between them. That is the crux of the issue. If we knew how to ignore the truth, we would never fall prey to lies; if we knew how to refuse to seek cures against nature’s will, we would never die at the hands of doctors. Such abstinences would be wise, and we would undoubtedly benefit from adhering to them. I do not deny that medicine is useful to some people, but I claim that it is fatal to humanity as a whole.
People will say to me, as they always do, that mistakes are the doctor’s fault, but that medicine itself is infallible. Well and good; but then let it come without a doctor at all. For as long as the two come together, there will be a hundred times more reason to fear the errors of the practitioner than to hope for the help of the art[304].
This deceitful art, more suited to afflicting the mind than the body, is of no greater use to one group than to another: it heals us less of our ailments than it fills us with fear; it delays death less than it makes us anticipate its approach; it consumes life rather than prolong it; and even if it did manage to extend it, it would still be detrimental to the species, for it alienates us from society through the burdens it imposes upon us and deprives us of our duties through the fears it instills in us. It is the knowledge of danger that makes us fear it; one who believed himself invulnerable would fear nothing at all. By arming Achilles against peril, the poet strips him of the merit of true valor; any other in his place would have been just as effective at a similar cost.
If you wish to find men of true courage, seek them in places where there are no doctors, where people ignore the consequences of illnesses, and where death is hardly considered at all. Naturally, such people know how to endure suffering constantly and die in peace. It is the doctors with their prescriptions, the philosophers with their teachings, and the priests with their exhortations that degrade a man’s soul and cause him to forget how to die properly.
Give me a student who does not need all those people around him, or I will refuse to take on the task. I do not want others to ruin my work; I wish to educate this child alone, or not at all. The wise Locke, who spent part of his life studying medicine, strongly advised against ever administering drugs to children, neither out of caution nor for minor discomforts. I would go even further and declare that, since I never call a doctor for myself, I will never call one for my Émile either, unless his life is clearly in danger; for in such a case, killing him would be the least of the possible harms.
I know very well that the doctor will not fail to take advantage of this delay. If the child dies, it will be because we called him too late; if he survives, it will be because he saved himself. In either case, let the doctor succeed—but above all, let us call for his help only in extreme circumstances.
Since a child does not know how to heal itself, it must at least learn to recognize when it is ill: this skill compensates for the lack of the other, and often achieves much better results; it is the art inherent in nature. When an animal is sick, it endures its suffering in silence and remains motionless; yet, just as often as humans, animals suffer from illnesses. How many people have been killed by impatience, fear, anxiety—especially by misguided attempts at treatment—when their illness would have passed on its own or been cured over time! Some might argue that since animals live in a way more in line with nature, they must suffer fewer ailments than we do. Well, precisely such a way of living is what I aim to teach my student; therefore, he should be able to benefit from it just as much.
The only truly useful aspect of medicine is hygiene; yet even hygiene is less of a science than a virtue. Moderation and work are the two true remedies for man: work stimulates one’s appetite, while moderation prevents one from overindulging in it.
To determine which diet is most beneficial to life and health, one merely needs to observe the dietary habits of those peoples who lead the best lives, are the strongest, and live the longest. If general observations fail to show that the use of medicine confers greater robustness or longevity upon humans, then it follows that such medicine is not only useless but also harmful, since it wastes time, human effort, and resources for no gain. Not only is the time spent maintaining life lost when that time could otherwise be used productively; moreover, when this time is devoted to causing us suffering, its impact is even more detrimental—indeed, it is utterly negative. To make a fair assessment, we must deduct the amount of time wasted in this manner from the total time we have available. A person who lives ten years without the use of medicine contributes far more to the well-being of himself and others than one who spends thirty years as its victim. Having experienced both scenarios firsthand, I believe I am better qualified than anyone else to draw these conclusions.
Ma chi si imponga un dovere che la natura non gli ha imposto, deve prima assicurarsi di disporre dei mezzi necessari per adempirlo; altrimenti sarà ritenuto responsabile anche di ciò che non sarà stato in grado di fare. Chi si assume la cura di uno studente infermo e malaticcio trasforma il proprio ruolo da insegnante a quello di infermiere; perdendo il tempo dedicato a preservare una vita inutile, non riesce ad aumentarne il valore; inoltre, rischia di vedere un giorno una madre disperata rimproverargli la morte di suo figlio, che avrebbe potuto salvare se solo si fosse impegnato a dovere.
Non mi assumerei la responsabilità di un bambino malato e deforme, anche se dovesse vivere ottant’anni. Non desidero uno studente che sia sempre inutile a sé stesso e agli altri, che si occupi soltanto di preservare la propria vita e il cui corpo ostacoli l’educazione dell’anima. Cosa farei se dedicassi invano le mie cure a lui? Solo raddoppierei la perdita per la società e priverei quel bambino di due persone che potrebbero aiutarlo. Che un altro, al mio posto, si occupi di questo infermo, lo accetto e approvo la sua carità; ma il mio talento non è quello: non so come insegnare a vivere a chi pensa soltanto a evitare di morire.
Il corpo deve essere vigoroso per poter obbedire all’anima: un buon servitore deve essere robusto. So che l’intemperanza eccita le passioni; a lungo andare, però, esaure anche il corpo; le privazioni e i digiuni producono spesso lo stesso effetto, ma per cause opposte. Più il corpo è debole, più comanda; più è forte, più obbedisce. Tutte le passioni sensuali risiedono in corpi deboli e effeminati; questi ne sono tanto più irritati quanto meno riescono a soddisfarle.
Un corpo debole indebolisce l’anima. Da qui l’egemonia della medicina, un’arte più pericolosa per gli uomini di tutti i mali che pretende di curare. Non so quale malattia i medici possano guarire, ma so che ne causano molte altre molto funeste: la codardia, la pusillanimità, la credulità, la paura della morte. Se guariscono il corpo, uccidono il coraggio. A noi cosa importa se fanno camminare dei cadaveri? Ci servono uomini vivi, e non ne vediamo uscire dalle loro mani.
La medicina è molto in voga tra di noi; deve esserlo. È l’occupazione degli uomini oziosi e senza impegni, che, non sapendo cosa fare del loro tempo, lo impiegano per preservare la propria salute. Se avessero avuto la sfortuna di nascere immortali, sarebbero gli esseri più miserabili: una vita che non temono mai di perdere non avrebbe alcun valore per loro. Queste persone hanno bisogno di medici che le minaccino pur per compiacerle, e che ogni giorno gli offrano l’unico piacere di cui sono capaci: quello di non essere morti.
Non ho alcuna intenzione di dilungarmi qui sulla vanità della medicina; il mio scopo è soltanto esaminarla dal punto di vista morale. Tuttavia, non posso fare a meno di osservare che gli uomini applicano ai suoi metodi gli stessi sofismi che utilizzano nella ricerca della verità. Suppongono sempre che curando un malato lo si guarisca, e che cercando una verità la si trovi. Non comprendono però che è necessario bilanciare il vantaggio di una guarigione ottenuta grazie alle cure mediche con il danno causato dalla morte di centinaia di pazienti, così come l’utilità di una verità scoperta rispetto ai danni derivanti da errori commessi nello stesso processo. La scienza che insegna e la medicina che guarisce sono senza dubbio molto utili; ma la scienza che inganna e la medicina che uccide sono pericolose. Impariamo quindi a distinguerle. Ecco il vero problema: se sapessimo ignorare la verità, non saremmo mai vittime del mentire; se sapessimo rifiutare di curare contro la natura stessa, non moriremmo mai a causa delle cure mediche. Queste due abitudini sarebbero sagge e ci porterebbero senza dubbio a dei vantaggi concreti. Non nego quindi che la medicina possa essere utile per alcuni individui, ma affermo che sia funesta per l’umanità intera.
Si dirà di me, come si fa sempre, che gli errori sono colpa del medico, ma che la medicina in sé è infallibile. Bene; ma allora che venga senza il medico. Perché finché essi verranno insieme, ci sarà cento volte più da temere gli errori dell’artista che da sperare nell’aiuto della medicina[304].
Quest’arte mendace, più utile ai mali dell’anima che a quelli del corpo, non è di alcun beneficio né per gli uni né per gli altri: ci guarisce meno dalle nostre malattie di quanto non ci insegni ad averne paura; ritarda meno la morte di quanto non la faccia sentire in anticipo; consuma la vita invece di prolungarla; e anche se la prolungasse, ciò sarebbe comunque a danno della specie, poiché ci allontana dalla società con i doveri che ci impone e dalle nostre responsabilità con le paure che ci provoca. È la conoscenza dei pericoli che ci fa temerli: colui che si credesse invulnerabile non avrebbe paura di nulla. Armando Achille contro il pericolo, il poeta gli toglie il merito del valore; chiunque altro al suo posto sarebbe stato un Achille altrettanto valoroso.
Se volete trovare uomini di vero coraggio, cercateli nei luoghi dove non ci sono medici, dove si ignorano le conseguenze delle malattie e dove si pensa ben poco alla morte. Naturalmente, l’uomo sa soffrire costantemente e muore in pace. Sono i medici con le loro prescrizioni, i filosofi con i loro insegnamenti, i preti con le loro esortazioni a umiliarlo nel suo cuore e a fargli dimenticare come si muore.
Datemi uno studente che non abbia bisogno di tutte queste persone, altrimenti lo rifiuterò. Non voglio che altri rovinino il mio lavoro; voglio educarlo da solo, o non occuparmene affatto. Il saggio Locke, che aveva trascorso parte della sua vita nello studio della medicina, consiglia vivamente di non somministrare mai farmaci ai bambini, né per precauzione né per lievi disturbi. Io andrò ancora oltre: dichiaro che, poiché non chiamo mai i medici per me stesso, non li chiamerò mai nemmeno per il mio Émile, a meno che la sua vita non sia in pericolo evidente; perché in tal caso, nessun medico potrebbe fargli del male peggiore della morte stessa.
So bene che il medico non mancherà di approfittare di questo lasso di tempo. Se il bambino muore, si sarà chiamato troppo tardi; se sopravvive, sarà stato lui stesso a salvarlo. Che il medico trionfi, ma soprattutto che venga chiamato soltanto in caso estremo.
Se non si sa come guarire, almeno che l’infante sappia cosa significhi essere malato: quest’arte compensa l’altra e spesso riesce molto meglio; è l’arte della natura. Quando un animale è malato, soffre in silenzio e si tiene tranquillo; eppure non si vedono più animali deboli o malati di quante persone. Quanta impazienza, paura, ansia, e soprattutto quanti rimedi hanno ucciso persone che la loro malattia avrebbe potuto risparmiare, e che il tempo stesso avrebbe guarito! Si dirà che gli animali, vivendo in modo più conforme alla natura, debbano soffrire di meno di noi. Ebbene, proprio questo modo di vivere è quello che voglio insegnare al mio allievo; quindi dovrebbe trarne lo stesso beneficio.
L’unica parte utile della medicina è l’igiene; eppure anche l’igiene è meno una scienza che una virtù. La temperanza e il lavoro sono i due veri medici dell’uomo: il lavoro stimola il suo appetito, mentre la temperanza gli impedisce di abusarne.
Per sapere quale regime alimentare sia il più utile per la vita e la salute, basta osservare quale regime seguono i popoli che si trovano nella migliore condizione fisica, sono i più robusti e vivono più a lungo. Se, attraverso osservazioni generali, non si riscontra che l’uso della medicina conferisca agli uomini una salute più salda o una vita più lunga, allora, proprio perché questa arte non è utile, è addirittura dannosa: impiega tempo, persone e risorse in modo completamente inutile. Non solo il tempo dedicato alla conservazione della vita viene perso se utilizzato per scopi diversi, ma quando tale tempo viene impiegato per tormentarci, diventa ancora più prezioso di quanto non lo sia; pertanto, per calcolare in modo equo, bisogna sottrarre da questo tempo tutto ciò che viene sprecato. Un uomo che vive dieci anni senza medici vive di più, sia per sé stesso che per gli altri, rispetto a colui che ne passa trent’anni vittima delle cure mediche. Dopo aver sperimentato entrambe le situazioni, ritengo di avere più diritto di chiunque altro di trarne le conclusioni appropriate.
Voilà mes raisons pour ne vouloir qu’un élève robuste et sain, et mes principes pour le maintenir tel. Je ne m’arrêterai pas à prouver au long l’utilité des travaux manuels et des exercices du corps pour renforcer le tempérament et la santé ; c’est ce que personne ne dispute : les exemples des plus longues vies se tirent presque tous d’hommes qui ont fait le plus d’exercice, qui ont supporté le plus de fatigue et de travail[305]. Je n’entrerai pas non plus dans de longs détails sur les soins que je prendrai pour ce seul objet ; on verra qu’ils entrent si nécessairement dans ma pratique, qu’il suffit d’en prendre l’esprit pour n’avoir pas besoin d’autre explication.
Avec la vie commencent les besoins. Au nouveau-né il faut une nourrice. Si la mère consent à remplir son devoir, à la bonne heure : on lui donnera ses directions par écrit ; car cet avantage a son contrepoids et tient le gouverneur un peu éloigné de son élève. Mais il est à croire que l’intérêt de l’enfant et l’estime pour celui à qui elle veut bien confier un dépôt si cher rendront la mère attentive aux avis du maître ; et tout ce qu’elle voudra faire, on est sûr qu’elle le fera mieux qu’une autre. S’il nous faut une nourrice étrangère, commençons par la bien choisir.
Une des misères des gens riches est d’être trompés en tout. S’ils jugent mal des hommes, faut-il s’en étonner ? Ce sont les richesses qui les corrompent ; et, par un juste retour, ils sentent les premiers le défaut du seul instrument qui leur soit connu. Tout est mal fait chez eux, excepté ce qu’ils y font eux-mêmes ; et ils n’y font presque jamais rien. S’agit-il de chercher une nourrice, on la fait choisir par l’accoucheur. Qu’arrive-t-il de là ? Que la meilleure est toujours celle qui l’a le mieux payé. Je n’irai donc pas consulter un accoucheur pour celle d’Émile ; j’aurai soin de la choisir moi-même. Je ne raisonnerai peut-être pas là-dessus si disertement qu’un chirurgien, mais à coup sûr je serai de meilleure foi, et mon zèle me trompera moins que son avarice.
Ce choix n’est point un si grand mystère ; les règles en sont connues ; mais je ne sais si l’on ne devrait pas faire un peu plus d’attention à l’âge du lait aussi bien qu’à sa qualité. Le nouveau lait est tout à fait séreux, il doit presque être apéritif pour purger le reste du meconium épaissi dans les intestins de l’enfant qui vient de naître. Peu à peu le lait prend de la consistance et fournit une nourriture plus solide à l’enfant devenu plus fort pour la digérer. Ce n’est sûrement pas pour rien que dans les femelles de toute espèce la nature change la consistance du lait selon l’âge du nourrisson.
Il faudrait donc une nourrice nouvellement accouchée à un enfant nouvellement né. Ceci a son embarras, je le sais ; mais sitôt qu’on sort de l’ordre naturel, tout a ses embarras pour bien faire. Le seul expédient commode est de faire mal ; c’est aussi celui qu’on choisit.
Il faudrait une nourrice aussi saine de coeur que de corps : l’intempérie des passions peut, comme celle des humeurs, altérer son lait ; de plus, s’en tenir uniquement au physique, c’est ne voir que la moitié de l’objet. Le lait peut être bon et la nourrice mauvaise ; un bon caractère est aussi essentiel qu’un bon tempérament. Si l’on prend une femme vicieuse, je ne dis pas que son nourrisson contractera ses vices, mais je dis qu’il en pâtira. Ne lui doit-elle pas, avec son lait, des soins qui demandent du zèle, de la patience, de la douceur, de la propreté ? Si elle est gourmande, intempérante, elle aura bientôt gâté son lait ; si elle est négligente ou emportée, que va devenir à sa merci un pauvre malheureux qui ne peut ni se défendre ni se plaindre ? Jamais en quoi que ce puisse être les méchants ne sont bons à rien de bon.
Le choix de la nourrice importe d’autant plus que son nourrisson ne doit point avoir d’autre gouvernante qu’elle, comme il ne doit point avoir d’autre précepteur que son gouverneur. Cet usage était celui des anciens, moins raisonneurs et plus sages que nous. Après avoir nourri des enfants de leur sexe, les nourrices ne les quittaient plus. Voilà pourquoi, dans leurs pièces de théâtre, la plupart des confidentes sont des nourrices. Il est impossible qu’un enfant qui passe successivement par tant de mains différentes soit jamais bien élevé. À chaque changement il fait de secrètes comparaisons qui tendent toujours à diminuer son estime pour ceux qui le gouvernent, et conséquemment leur autorité sur lui. S’il vient une fois à penser qu’il y a de grandes personnes qui n’ont pas plus de raison que des enfants, toute l’autorité de l’âge est perdue et l’éducation manquée. Un enfant ne doit connaître d’autres supérieurs que son père et sa mère, ou, à leur défaut, sa nourrice et son gouverneur ; encore est-ce déjà trop d’un des deux ; mais ce partage est inévitable ; et tout ce qu’on peut faire pour y remédier est que les personnes des deux sexes qui le gouvernent soient si bien d’accord sur son compte, que les deux ne soient qu’un pour lui.
Il faut que la nourrice vive un peu plus commodément, qu’elle prenne des aliments un peu plus substantiels, mais non qu’elle change tout à fait de manière de vivre ; car un changement prompt et total, même de mal en mieux, est toujours dangereux pour la santé ; et puisque son régime ordinaire l’a laissée ou rendue saine et bien constituée, à quoi bon lui en faire changer ?
Les paysannes mangent moins de viande et plus de légumes que les femmes de la ville ; et ce régime végétal paraît plus favorable que contraire à elles et à leurs enfants. Quand elles ont des nourrissons bourgeois, on leur donne des pot-au-feu, persuadé que le potage et le bouillon de viande leur font un meilleur chyle et fournissent plus de lait. Je ne suis point du tout de ce sentiment ; et j’ai pour moi l’expérience qui nous apprend que les enfants ainsi nourris sont plus sujets à la colique et aux vers que les autres.
Cela n’est guère étonnant, puisque la substance animale en putréfaction fourmille de vers ; ce qui n’arrive pas de même à la substance végétale. Le lait, bien qu’élaboré dans le corps de l’animal, est une substance végétale[306] ; son analyse le démontre, il tourne facilement à l’acide ; et, loin de donner aucun vestige d’alcali volatil, comme font les substances animales, il donne, comme les plantes, un sel neutre essentiel.
Le lait des femelles herbivores est plus doux et plus salutaire que celui des carnivores. Formé d’une substance homogène à la sienne, il en conserve mieux sa nature, et devient moins sujet à la putréfaction. Si l’on regarde à la quantité, chacun sait que les farineux font plus de sang que la viande ; ils doivent donc aussi faire plus de lait. Je ne puis croire qu’un enfant qu’on ne sèvrerait point trop tôt, ou qu’on ne sèvrerait qu’avec des nourritures végétales, et dont la nourrice ne vivrait aussi que de végétaux, fût jamais sujet aux vers.
Il se peut que les nourritures végétales donnent un lait plus prompt à s’aigrir ; mais je suis fort éloigné de regarder le lait aigri comme une nourriture malsaine : des peuples entiers qui n’en ont point d’autre s’en trouvent fort bien, et tout cet appareil d’absorbants me paraît une pure charlatanerie. Il y a des tempéraments auxquels le lait ne convient point, et alors nul absorbant ne le leur rend supportable ; les autres le supportent sans absorbants. On craint le lait trié ou caillé : c’est une folie, puisqu’on sait que le lait se caille toujours dans l’estomac. C’est ainsi qu’il devient un aliment assez solide pour nourrir les enfants et les petits des animaux : s’il ne se caillait point, il ne ferait que passer, il ne les nourrirait pas[307]. On a beau couper le lait de mille manières, user de mille absorbants, quiconque mange du lait digère du fromage ; cela est sans exception. L’estomac est si bien fait pour cailler le lait, que c’est avec l’estomac de veau que se fait la présure.
These are my reasons for wanting only a robust and healthy student, as well as my principles for maintaining him in that state. I will not stop to prove at length the usefulness of manual labor and physical exercise in strengthening both temperament and health; this is something no one disputes: examples of the longest lifespans almost always come from people who exercised the most, who endured the greatest amount of fatigue and hard work[305]. Nor will I go into detail about the measures I will take for this sole purpose; it will become clear that these measures are so inherently part of my approach that understanding them is sufficient to understand everything else without further explanation.
With life come the needs. A newborn requires a nurse. If the mother is willing to fulfill her duty, that is fortunate; she will be given written instructions, for this advantage has its drawbacks and keeps the guardian at some distance from his charge. However, it is believed that the child’s interests and the respect felt for those to whom such a precious responsibility is entrusted will make the mother attentive to the teacher’s advice; and whatever she decides to do, one can be sure she will do it better than anyone else. If we need an external nurse, let us choose her carefully at first.
One of the miseries of the rich is that they are deceived in everything. If they judge people wrongly, should we be surprised? It is their wealth that corrupts them; and as a natural consequence, they are the first to realize the flaws in the only instrument they know how to use. Everything they do is flawed, except for what they do themselves—and they hardly ever do anything at all. When it comes to finding a nanny, they let the midwife make the choice for them. What is the result? The best nanny is always the one who has been paid the most. Therefore, I would never consult a midwife when choosing Émile’s nanny; I would choose her myself. Perhaps I wouldn’t reason about this as carefully as a surgeon would, but surely I would be more trustworthy, and my enthusiasm would lead me less astray than his greed.
This choice is not really such a mystery; the rules governing it are well-known. However, I wonder whether we should not pay a bit more attention both to the age of the milk and to its quality. Newborn milk is completely watery; it almost serves as an appetizer, helping to eliminate the thick meconium still in the intestines of a newborn baby. Gradually, the milk becomes thicker and provides more substantial nourishment for the growing child, whose digestive system is now stronger enough to process it. Surely it is not without reason that, in females of all species, nature adjusts the consistency of milk according to the age of the infant.
Therefore, a newly delivered mother would be needed for a newly born child. I know this poses certain difficulties; but whenever one deviates from the natural order, everything encounters obstacles when trying to be done properly. The only convenient solution is to cause harm; and that is precisely what is chosen.
A wet nurse must be as healthy of heart as of body: the excesses of passion, just like those of temperament, can spoil her milk; moreover, to focus solely on physical qualities means to see only half of the issue. The milk may be good, but the wet nurse may be bad; a kind character is just as essential as a healthy constitution. If one takes a wicked woman as a wet nurse, I do not say that her baby will inherit her vices, but I do say that the baby will suffer from them. Does she not owe her baby, through her milk, care that requires diligence, patience, gentleness, and cleanliness? If she is gluttonous or imprudent, her milk will soon be spoiled; if she is careless or hot-tempered, what fate awaits that poor, helpless infant who cannot defend himself nor complain? In every way, the wicked are good for nothing but evil.
The choice of a wet nurse is all the more important since her infant should have no one else to guide him but her, just as he should have no other teacher than his guardian. This was the practice of the ancients—people who were less rational but wiser than we are. After having nursed children of their own sex, these wet nurses would never leave them. Hence, in their plays, most of the confidants are portrayed as wet nurses. It is impossible for a child who passes through so many different hands to be properly raised. With each change, he makes secret comparisons that inevitably lead him to regard those who guide him with less respect—and consequently diminish their authority over him. If at any time he begins to think that grown-ups are no wiser than children, then all the authority that comes with age is lost, and education is rendered futile. A child should have only his parents as his superiors; or, in their absence, his wet nurse and his guardian. Even this division is too much when it comes to these two roles; yet such a separation is inevitable. All we can do to mitigate its effects is to ensure that the people of both sexes who guide him are in perfect agreement regarding how he should be raised—so that they function as one entity for his sake.
It is necessary that the nurse live in more comfortable conditions and consume more substantial food, but it is not necessary for her to completely change her way of living; for a sudden and complete change, even if it leads to improvement, is always dangerous to one’s health. Moreover, since her regular diet has kept her healthy and in good physical condition, why would there be any need to change it?
Farm women consume less meat and more vegetables than urban women; such a vegetarian diet seems to be beneficial rather than harmful to them and their children. When they have babies from bourgeois families, they are given pot-au-feux, in the belief that soups and meat broths help produce better chyle and increase milk production. I entirely disagree with this view; in fact, experience tells us that children raised in this way are more prone to colic and worms than others.
This is not particularly surprising, for animal matter in the process of decay is teeming with worms; whereas the same does not happen to plant matter. Milk, although produced within the body of an animal, is a plant substance[306]; analysis confirms this—it easily turns into acid. Moreover, far from producing any trace of volatile alkali, like animal substances do, it produces a neutral salt, just like plants do.
The milk of female herbivores is softer and more beneficial than that of carnivores. Composed of a substance identical to their own flesh, it retains its natural properties better and is less prone to putrefaction. In terms of quantity, it is well known that grains produce more blood than meat; therefore, they must also produce more milk. I cannot believe that a child who is not weaned too early, or who is only fed vegetal foods, and whose nurse also consumes solely vegetal products, would ever suffer from worms.
It is possible that plant-based foods may produce milk that turns sour more quickly; however, I am far from considering soured milk to be an unhealthy food: entire peoples who have no other source of milk do quite well on it, and all those so-called “absorbents” seem to me to be nothing but pure charlatanism. There are indeed temperaments for which milk is not suitable, and in such cases, no absorbent can make it tolerable; others can consume it without any aids at all. People fear skimmed or curdled milk—yet this is absurd, since we know that milk always curds in the stomach anyway. That’s precisely why it becomes a fairly solid substance capable of nourishing children and young animals; if it didn’t curdle, it would simply pass through the body without providing any nourishment[307]. No matter how milk is processed or what absorbents are used, anyone who consumes it will end up digesting cheese—without exception. The stomach is so well-designed for curdling milk that it is actually with the stomach of a calf that cheese is made.
Ecco le mie ragioni per voler che un allievo sia soltanto robusto e sano, nonché i principi che seguirò per mantenerlo in tale stato. Non mi fermerò certo a dimostrare, in modo dettagliato, l’utilità dei lavori manuali e degli esercizi fisici per rafforzare il temperamento e la salute; questo è un fatto indiscutibile: gli esempi di persone che hanno vissuto a lungo provengono quasi tutti da individui che hanno svolto il maggior numero di attività fisiche, sopportando la massima fatica e lavoro[305]. Non entrerò nemmeno in dettagli sui provvedimenti che prenderò per questo scopo; si vedrà infatti che tali misure fanno parte integrante della mia prassi quotidiana, e che basta comprenderne il senso per non aver bisogno di altre spiegazioni.
Con la vita iniziano i bisogni. Un neonato ha bisogno di una nutrice. Se la madre accetta di adempiere al suo dovere, va bene così: le verranno fornite istruzioni scritte; infatti questo vantaggio presenta anche il suo svantaggio, poiché mantiene il tutore a una certa distanza dal proprio allievo. Tuttavia, si può credere che l’interesse del bambino e la stima per colui a cui confida un compito così importante inducano la madre ad ascoltare i consigli dell’insegnante; e si è sicuri che farà tutto ciò che vorrà fare in modo migliore di qualsiasi altra. Se dobbiamo ricorrere a una nutrice esterna, cominciamo scegliendola con cura.
Una delle miserie delle persone ricche è essere ingannate in tutto. Se giudicano male gli altri, bisogna meravigliarsene? Sono proprio le ricchezze a corromperle; e, come conseguenza naturale, sono loro stesse ad accorgersi per prime dei difetti dell’unico strumento che conoscono. Tutto ciò che fanno è sbagliato, tranne ciò che fanno loro stessi. E quasi mai fanno nulla. Quando si tratta di trovare una balia, la fanno scegliere dall’ostetrico. E cosa ne risulta? Che la migliore sia sempre quella che ha ricevuto il compenso più alto. Quindi non andrò certo a consultare un ostetrico per scegliere la balia di Émile. Me ne occuperò io stesso. Forse non ragionerò su questo argomento con la stessa lucidità di un chirurgo, ma di certo sarò più sincero. E il mio zelo mi ingannerà meno della sua avarizia.
Questo scelta non rappresenta un mistero così grande; le regole che la governano sono note. Tuttavia, non so se non si dovrebbe prestare un’attenzione maggiore sia all’età del latte che alla sua qualità. Il latte appena prodotto è completamente solido; quasi potrebbe essere considerato un “aperitivo” per eliminare il meconio ancora presente negli intestini del neonato. Man mano che il latte matura, assume una consistenza più densa e fornisce un alimento più sostanzioso al bambino, ormai abbastanza forte da digerirlo. Sicuramente non è per caso che, nelle femmine di tutte le specie, la natura modifica la consistenza del latte in base all’età del cucciolo.
Sarebbe quindi necessaria una nutrice appena partorita per un bambino appena nato. So che ciò presenta delle difficoltà; ma non appena si esce dall’ordine naturale, tutto comporta difficoltà se si vuole fare bene. L’unico rimedio pratico consiste nel commettere degli errori, ed è proprio quello che si sceglie di fare.
Sarebbe necessaria una nutrice il cui cuore sia tanto sano quanto il suo corpo: l’irregolarità delle passioni, così come quella degli umori, può alterare la qualità del suo latte; inoltre, limitarsi esclusivamente agli aspetti fisici significa considerare solo metà della realtà. Il latte può essere buono, ma la nutrice cattiva; un buon carattere è altrettanto importante di un buon temperamento. Se si sceglie una donna viziata, non dico che il suo bambino acquisirà i suoi vizi, ma certo ne subirà gli effetti negativi. Non dovrebbe forse dedicarle, insieme al latte, cure che richiedano zelo, pazienza, dolcezza e pulizia? Se è golosa o irregolare nel suo comportamento, presto rovinerà la qualità del suo latte; se è negligente o impulsiva, cosa ne sarà di un povero bambino indifeso che non può né difendersi né lamentarsi? In nessun caso i cattivi sono utili a nulla di buono.
La scelta della nutrice è tanto più importante in quanto il suo bambino non dovrebbe avere altra guida se non lei, così come non dovrebbe avere altro insegnante se non il suo tutore. Questa era l’usanza degli antichi, meno razionali ma più saggi di noi: dopo aver allattato dei bambini del proprio sesso, le nutrici non li lasciavano mai più. Ecco perché, nelle loro opere teatrali, la maggior parte delle confidenti sono rappresentate come nutrici. È impossibile che un bambino che passa continuamente tra tante mani diverse possa essere davvero ben educato: ad ogni cambio di custodia, egli effettua segreti confronti che tendono inevitabilmente a diminuire la stima che ha per coloro che lo guidano e, di conseguenza, l’autorità di questi su di lui. Se un giorno dovesse pensare che ci sono persone adulte le quali non hanno più ragione dei bambini, allora tutta l’autorità legata all’età svanirebbe e l’educazione sarebbe fallita. Un bambino non dovrebbe conoscere altri superiori se non i propri genitori; o, in loro assenza, la propria nutrice e il proprio tutore. Anche questo rappresenta già un eccesso; ma tale divisione è inevitabile. Tutto ciò che si può fare per evitarla è far sì che le persone di entrambi i sessi che lo guidano siano perfettamente d’accordo su di lui, in modo che entrambe agiscano come una sola persona.
È necessario che la nutrice viva in condizioni un po’ più confortevoli e consumi alimenti un po’ più sostanziosi, ma non è affatto necessario che cambi completamente il proprio stile di vita; infatti, un cambiamento rapido e totale, anche se positivo, rappresenta sempre un pericolo per la salute. E poiché il suo regime alimentare abituale l’ha lasciata in buona salute o le ha permesso di mantenersela, a che scopo cambiarlo?
Le contadine mangiano meno carne e più verdure rispetto alle donne della città; questo regime vegetale sembra essere più vantaggioso, piuttosto che dannoso, per loro e per i loro bambini. Quando hanno neonati di famiglie borghesi, viene loro offerto il pot-au-feu, poiché si ritiene che zuppe e brodi di carne producano un succo digestivo migliore e forniscono più latte. Io non condivido affatto questa opinione; anzi, ho esperienza personale che dimostra come i bambini nutriti in questo modo siano più soggetti a coliche e vermi rispetto ad altri.
Non sorprende affatto, poiché la sostanza animale in putrefazione è piena di vermi; ciò non accade invece per la sostanza vegetale. Il latte, sebbene prodotto all’interno del corpo dell’animale, è una sostanza vegetale[306]; l’analisi lo dimostra chiaramente: si trasforma facilmente in acido e, a differenza delle sostanze animali che lasciano tracce di alcali volatili, produce, come le piante, un sale neutro essenziale.
Il latte delle femmine erbivore è più dolce e più salutare di quello dei carnivori. Essendo formato da una sostanza omogenea a quella del corpo materno, mantiene meglio la propria natura e risulta meno soggetto alla putrefazione. Se si considera la quantità, tutti sanno che i cereali producono più sangue della carne; pertanto dovrebbero anche produrre più latte. Non posso credere che un bambino a cui non si interrompesse troppo presto l’allattamento materno, o che venisse nutrito esclusivamente con cibi vegetali, e la cui nutrice si alimentasse anch’essa solo di prodotti vegetali, potesse mai incorrere in problemi legati ai vermi intestinali.
È possibile che i alimenti vegetali producano latte più facilmente andato a male; tuttavia sono molto lontano dall’considerare il latte acido come un alimento dannoso: intere popolazioni che non ne hanno altri si trovano benissimo, e tutto quel sistema di additivi assorbenti mi sembra pura ciarlataneria. Esistono persone per le quali il latte semplicemente non è adatto; in tal caso, nessun additivo lo rende commestibile; gli altri invece lo tollerano senza alcun additivo. Si teme il latte pastorizzato o coagulato: è una follia, poiché si sa che il latte si coagula sempre nello stomaco. È proprio così che diventa un alimento abbastanza solido per nutrire i bambini e i piccoli degli animali: se non si coagulasse, passerebbe semplicemente nello stomaco senza fornire alcun nutrimento[307]. Per quanto si possa tagliare il latte in mille modi o utilizzare mille additivi assorbenti, chiunque consumi latte digerisce formaggio; questo è vero senza eccezione. Lo stomaco è talmente adatto a far coagulare il latte che è proprio con lo stomaco del vitello che si produce la panna.
Je pense donc qu’au lieu de changer la nourriture ordinaire des nourrices, il suffit de la leur donner plus abondante et mieux choisie dans son espèce. Ce n’est pas par la nature des aliments que le maigre échauffe, c’est leur assaisonnement seul qui les rend malsains. Réformez les règles de votre cuisine, n’ayez ni roux ni friture ; que le beurre, ni le sel, ni le laitage, ne passent point sur le feu ; que vos légumes cuits à l’eau ne soient assaisonnés qu’arrivant tout chauds sur la table : le maigre, loin d’échauffer la nourrice, lui fournira du lait en abondance et de la meilleure qualité[308]. Se pourrait-il que le régime végétal étant reconnu le meilleur pour l’enfant, le régime animal fût le meilleur pour la nourrice ? Il y a de la contradiction à cela.
C’est surtout dans les premières années de la vie que l’air agit sur la constitution des enfants. Dans une peau délicate et molle il pénètre par tous les pores, il affecte puissamment ces corps naissants, il leur laisse des impressions qui ne s’effacent point. Je ne serais donc pas d’avis qu’on tirât une paysanne de son village pour l’enfermer en ville dans une chambre et faire nourrir l’enfant chez soi ; j’aime mieux qu’il aille respirer le bon air de la campagne, qu’elle le mauvais air de la ville. Il prendra l’état de sa nouvelle mère, il habitera sa maison rustique, et son gouverneur l’y suivra. Le lecteur se souviendra bien que ce gouverneur n’est pas un homme à gages ; c’est l’ami du père. Mais quand cet ami ne se trouve pas, quand ce transport n’est pas facile, quand rien de ce que vous conseillez n’est faisable, que faire à la place, me dira-t-on ?… Je vous l’ai déjà dit, ce que vous faites ; on n’a pas besoin de conseil pour cela.
Les hommes ne sont point faits pour être entassés en fourmilières, mais épars sur la terre qu’ils doivent cultiver. Plus ils se rassemblent, plus ils se corrompent. Les infirmités du corps, ainsi que les vices de l’âme, sont l’infaillible effet de ce concours trop nombreux. L’homme est de tous les animaux celui qui peut le moins vivre en troupeaux. Des hommes entassés comme des moutons périraient tous en très peu de temps. L’haleine de l’homme est mortelle à ses semblables : cela n’est pas moins vrai au propre qu’au figuré.
Les villes sont le gouffre de l’espèce humaine. Au bout de quelques générations les races périssent ou dégénèrent ; il faut les renouveler, et c’est toujours la campagne qui fournit à ce renouvellement. Envoyez donc vos enfants se renouveler, pour ainsi dire, eux-mêmes, et reprendre, au milieu des champs, la vigueur qu’on perd dans l’air malsain des lieux trop peuplés. Les femmes grosses qui sont à la campagne se hâtent de revenir accoucher à la ville : elles devraient faire tout le contraire, celles surtout qui veulent nourrir leurs enfants. Elles auraient moins à regretter qu’elles ne pensent ; et, dans un séjour plus naturel à l’espèce, les plaisirs attachés aux devoirs de la nature leur ôteraient bientôt le goût de ceux qui ne s’y rapportent pas.
D’abord, après l’accouchement, on lave l’enfant avec quelque eau tiède où l’on mêle ordinairement du vin. Cette addition du vin me paraît peu nécessaire. Comme la nature ne produit rien de fermenté, il n’est pas à croire que l’usage d’une liqueur artificielle importe à la vie de ses créatures.
Par la même raison, cette précaution de faire tiédir l’eau n’est pas non plus indispensable ; et en effet des multitudes de peuples lavent les enfants nouveau-nés dans les rivières ou à la mer sans autre façon. Mais les nôtres, amollis avant que de naître par la mollesse des pères et des mères, apportent en venant au monde un tempérament déjà gâté, qu’il ne faut pas exposer d’abord à toutes les épreuves qui doivent le rétablir. Ce n’est que par degrés qu’on peut les ramener à leur vigueur primitive. Commencez donc d’abord par suivre l’usage, et ne vous en écartez que peu à peu. Lavez souvent les enfants ; leur malpropreté en montre le besoin. Quand on ne fait que les essuyer, on les déchire ; mais, à mesure qu’ils se renforcent, diminuez par degré la tiédeur de l’eau, jusqu’à ce qu’enfin vous les laviez été et hiver à l’eau froide et même glacée. Comme pour ne pas les exposer, il importe que cette diminution soit lente, successive et insensible, on peut se servir du thermomètre pour la mesurer exactement.
Cet usage du bain une fois établi ne doit plus être interrompu, et il importe de le garder toute sa vie. Je le considère non seulement du côté de la propreté et de la santé actuelle, mais aussi comme une précaution salutaire pour rendre plus flexible la texture des fibres, et les faire céder sans effort et sans risque aux divers degrés de chaleur et de froid. Pour cela je voudrais qu’en grandissant on s’accoutumât peu à peu à se baigner quelquefois dans des eaux chaudes à tous les degrés supportables, et souvent dans des eaux froides à tous les degrés possibles. Ainsi, après s’être habitué à supporter les diverses températures de l’eau, qui, étant un fluide plus dense, nous touche par plus de points et nous affecte davantage, on deviendrait presque insensible à celles de l’air.
Au moment où l’enfant respire en sortant de ses enveloppes, ne souffrez pas qu’on lui en donne d’autres qui le tiennent plus à l’étroit. Point de têtières, point de bandes, point de maillot ; des langes flottants et larges, qui laissent tous ses membres en liberté, et ne soient ni assez pesants pour gêner ses mouvements, ni assez chauds pour empêcher qu’il ne sente les impressions de l’air[309]. Placez-le dans un grand berceau [310]bien rembourré, où il puisse se mouvoir à l’aise et sans danger. Quand il commence à se fortifier, laissez-le ramper par la chambre ; laissez-lui développer, étendre ses petits membres ; vous les verrez se renforcer de jour en jour. Comparez-le avec un enfant bien emmailloté du même âge ; vous serez étonné de la différence de leurs progrès.[311]
On doit s’attendre à de grandes oppositions de la part des nourrices, à qui l’enfant bien garrotté donne moins de peine que celui qu’il faut veiller incessamment. D’ailleurs sa malpropreté devient plus sensible dans un habit ouvert ; il faut le nettoyer plus souvent. Enfin la coutume est un argument qu’on ne réfutera jamais en certains pays, au gré du peuple de tous les États.
Ne raisonnez point avec les nourrices ; ordonnez, voyez faire, et n’épargnez rien pour rendre aisés dans la pratique les soins que vous aurez prescrits. Pourquoi ne les partageriez-vous pas ? Dans les nourritures ordinaires, où l’on ne regarde qu’au physique, pourvu que l’enfant vive et qu’il ne dépérisse point, le reste n’importe guère ; mais ici, où l’éducation commence avec la vie, en naissant l’enfant est déjà disciple, non du gouverneur, mais de la nature. Le gouverneur ne fait qu’étudier sous ce premier maître et empêcher que ses soins ne soient contrariés. Il veille le nourrisson, il l’observe, il le suit, il épie avec vigilance la première lueur de son faible entendement, comme, aux approches du premier quartier, les musulmans épient l’instant du lever de la lune.
Nous naissons capables d’apprendre, mais ne sachant rien, ne connaissant rien. L’âme, enchaînée dans des organes imparfaits et demi-formés, n’a pas même le sentiment de sa propre existence. Les mouvements, les cris de l’enfant qui vient de naître, sont des effets purement mécaniques, dépourvus de connaissance et de volonté.
Supposons qu’un enfant eût à sa naissance la stature et la force d’un homme fait, qu’il sortît, pour ainsi dire, tout armé du sein de sa mère, comme Pallas sortit du cerveau de Jupiter ; cet homme-enfant serait un parfait imbécile, un automate, une statue immobile et presque insensible : il ne verrait rien, il n’entendrait rien, il ne connaîtrait personne, il ne saurait pas tourner les yeux vers ce qu’il aurait besoin de voir ; non seulement il n’apercevrait aucun objet hors de lui, il n’en rapporterait même aucun dans l’organe du sens qui le lui ferait apercevoir ; les couleurs ne seraient point dans ses yeux, les sons ne seraient point dans ses oreilles, les corps qu’il toucherait ne seraient point sur le sien, il ne saurait pas même qu’il en a un ; le contact de ses mains serait dans son cerveau ; toutes ses sensations se réuniraient dans un seul point ; il n’existerait que dans le commun sensorium ; il n’aurait qu’une seule idée, savoir celle du moi, à laquelle il rapporterait toutes ses sensations ; et cette idée ou plutôt ce sentiment, serait la seule chose qu’il aurait de plus qu’un enfant ordinaire.
I therefore believe that, rather than changing the ordinary diet of nursing mothers, it is sufficient to provide them with more food and choose it more carefully according to its type. It is not the nature of the foods themselves that cause weakness or illness; only their seasoning makes them harmful. Reform your cooking methods: avoid using sautéing or frying; do not heat butter, salt, or dairy products over fire; and season your vegetables cooked in water only just before serving them hot. A vegetarian diet, far from being detrimental to the nursing mother, will provide her with abundant and high-quality milk[308]. Could it be that since a vegetable-based diet is recognized as the best for children, an animal-based diet is the best for mothers? There seems to be a contradiction in this.
It is especially in the early years of life that the air has a profound influence on the development of children. In their delicate and soft skin, it penetrates through every pore, profoundly affecting these newborn bodies and leaving lasting impressions upon them. Therefore, I would not advocate removing a peasant woman from her village to confine her in a city apartment while having the child raised at home; I prefer that the child breathe the fresh air of the countryside rather than the polluted air of the city. The child will adopt the characteristics of his new mother, live in her rustic home, and his “governer” will accompany him there. The reader will surely remember that this “governer” is not a paid employee; he is the father’s friend. But what if this friend is unavailable, if the relocation is not feasible, or if none of your suggestions are possible to implement? What should be done in such cases?. I have already told you: do what you would do under normal circumstances; for that, no advice is needed at all.
Men are not meant to be packed together like ants in a nest, but rather to be scattered across the earth that they must cultivate. The more they gather, the more they degenerate. Physical ailments, as well as moral vices, are the inevitable consequences of such excessive crowding. Of all animals, man is the one least capable of living in groups. If men were packed together like sheep, they would all perish in a very short time. The breath of man is deadly to his own kind—this is true both literally and figuratively.
Cities are the abyss of the human species. After a few generations, races perish or degenerate; they must be renewed, and it is always the countryside that provides this renewal. Therefore, send your children there to renew themselves, so to speak, and to regain the vigor lost in the unhealthy atmosphere of overpopulated places. Pregnant women who live in the countryside rush back to the city to give birth; yet they should do the very opposite, especially those who wish to nourish their children. They would regret less than they think; moreover, in an environment more natural for the human species, the pleasures associated with the duties of nature would soon make them lose interest in those that have nothing to do with it.
Firstly, after childbirth, the baby is washed with some warm water to which wine is usually added. However, I find this addition of wine to be somewhat unnecessary. Since nature itself produces nothing fermented, it seems unlikely that the use of an artificial liquor is essential for the life of its creations.
For the same reason, this precaution of warming the water is not absolutely necessary either; in fact, many peoples wash their newborn babies in rivers or at sea without using any other method. But our children, having been softened by the indulgence of their parents even before birth, come into the world with a weakened constitution that should not be subjected to all the hardships required to strengthen it. It is only gradually that we can restore them to their original vigor. Therefore, begin by following common practice and only deviate from it slowly over time. Wash your children frequently—their dirtiness clearly indicates the need for such care. If you only wipe them, you may damage their skin; but as they grow stronger, gradually reduce the temperature of the water until eventually you can wash them in cold or even freezing water. To ensure that they are not harmed, this reduction in water temperature must be gradual, step-by-step, and imperceptible. You can use a thermometer to measure it precisely.
Once this practice of bathing is established, it must not be interrupted; it is important to maintain it throughout one’s life. I consider it beneficial not only in terms of cleanliness and current health, but also as a healthy precaution that helps to make the texture of our fibers more flexible, allowing them to yield effortlessly and without risk to various degrees of heat and cold. For this reason, I believe that as we grow up, we should gradually get used to bathing sometimes in water at all tolerable temperatures, and often in water at all possible cold temperatures. In this way, after becoming accustomed to enduring the different temperatures of water—which, being a denser fluid, touches us at more points and affects us more significantly—we would become almost insensitive to the temperatures of the air.
The moment a child takes its first breath, emerging from its protective wraps, do not impose on it other garments that would confine it too tightly. No pacifiers, no bands, no bodysuits—only loose, wide swaddlings that allow all its limbs to move freely, neither so heavy as to hinder its movements nor so warm as to prevent it from experiencing the sensations of the air[309]. Place it in a large, well-cushioned cradle[310] where it can move around comfortably and safely. Once it begins to grow stronger, let it crawl around the room; allow its little limbs to stretch and develop—you will see them growing stronger day by day. Compare it with a child of the same age who is tightly swaddled, and you will be amazed at the difference in their progress[311].
One must expect strong opposition from nannies, as a child who is properly tied up requires less care than one that needs constant supervision. Moreover, the child’s dirtiness becomes more noticeable when wearing an open clothing; it therefore has to be cleaned more frequently. Lastly, custom is an argument that cannot be refuted in certain countries, and this holds true for the people of all states.
Do not reason with nurses; simply give orders, ensure they are carried out, and spare no effort to make the care you prescribe practical and easy to implement. Why not share this responsibility? In the case of ordinary foods, where attention is focused solely on the physical aspect—so long as the child survives and does not deteriorate—everything else is of little importance. But here, where education begins at birth, the child is already a disciple, not of the teacher but of nature itself. The teacher merely studies under this primary master and ensures that the child’s development is not hindered. He watches over the newborn, observes him closely, follows his every step, and vigilantly monitors the first signs of the child’s developing understanding—just as Muslims watch for the moment when the moon first appears in the sky at dawn.
We are born with the ability to learn, but knowing nothing, being ignorant of everything. The soul, confined within imperfect and half-formed organs, does not even possess the awareness of its own existence. The movements and cries of a newborn child are merely mechanical reactions, devoid of knowledge or will.
Suppose a child were born with the stature and strength of an adult man; in other words, were he to emerge from his mother’s womb fully equipped, just as Pallas came forth from Jupiter’s brain—such a child-man would be a complete fool, an automaton, a motionless statue, almost insensible. He would see nothing, hear nothing, recognize no one, and not even know how to turn his gaze toward what he needed to see. Not only would he fail to perceive any objects outside himself, but he would not even be able to register them through the sensory organs that enable perception. Colors would exist neither in his eyes nor sounds in his ears; the objects he touched would not be part of his own body—he would not even be aware of having a body at all. The sensation of touch would originate directly in his brain, and all his sensations would converge into a single point. He would exist solely within that collective sensory apparatus, possessing only one concept: the notion of “self,” to which he would relate all his perceptions. And this concept, or rather this feeling, would be the only thing that distinguished him from an ordinary child.
Pertanto, penso che invece di cambiare il cibo ordinario delle nutrici, sia sufficiente fornirglielo in quantità maggiore e più selezionato per specie. Non è la natura stessa degli alimenti a riscaldare il corpo; sono soltanto i condimenti ad renderli dannosi alla salute. Modificate le vostre abitudini culinarie: evitate il roux e la frittura; che burro, sale e latticini non vengano mai messi sul fuoco; che i vostri legumi cotti in acqua siano conditi soltanto dopo essere stati serviti caldi. Il regime vegetariano, lungi dal riscaldare il corpo della nutrice, le fornirà latte in abbondanza e di ottima qualità[308]. Come potrebbe essere che il regime vegetale, essendo riconosciuto come il migliore per il bambino, sia considerato il peggiore per la nutrice? Ciò rappresenta una contraddizione.
Sono soprattutto nei primi anni di vita che l’aria influisce sulla costituzione dei bambini. In una pelle delicata e morbida, essa penetra attraverso tutti i pori, agisce in modo potente su quei corpi appena nati, lasciando loro impressioni che non si cancellano mai. Pertanto, non sarei favorevole all’idea di portare una contadina fuori dal suo villaggio per chiuderla in città in una stanza e far nutrire il bambino in casa; preferisco che il bambino respiri l’aria fresca della campagna, piuttosto che quella viziata della città. Assumerà le caratteristiche della sua nuova madre, vivrà nella sua casa rustica, e il suo “educatore” la seguirà lì. Il lettore ricorderà sicuramente che questo “educatore” non è un uomo assunto a pagamento; è l’amico del padre. Ma quando quest’amico non è disponibile, quando questo trasferimento non è possibile, quando nulla di ciò che consigliate può essere attuato, cosa si dovrebbe fare allora? Ve l’ho già detto: fare ciò che state facendo voi; per questo non c’è bisogno di consigli.
Gli uomini non sono fatti per essere ammassati come formiche in sciami, ma per essere dispersi sulla terra che devono coltivare. Più si riuniscono, più si corrompono. Le infermità del corpo, così come i vizi dell’anima, sono l’effetto inevitabile di tale aggregazione eccessiva. L’uomo è, tra tutti gli animali, quello che meno può vivere in gruppo. Gli uomini ammassati come pecore morirebbero tutti in molto poco tempo. Il respiro dell’uomo è mortale per i suoi simili: ciò vale sia letteralmente che metaforicamente.
Le città sono la fossa nera dell’umanità. Dopo poche generazioni, le razze periscono o degenerano; è necessario rinnovarle, e sempre la campagna fornisce questo rinnovo. Pertanto, mandate i vostri figli a “rinnovarsi”, per così dire, e a riprendere, tra i campi, quella vitalità che si perde nell’aria malsana delle città troppo popolate. Le donne in gravidanza che vivono in campagna si affrettano a tornare in città per partorire: invece dovrebbero fare esattamente il contrario, soprattutto quelle che desiderano nutrire i propri figli. Si pentirebbero meno di quanto pensino; e, in un ambiente più naturale per l’essere umano, i piaceri legati ai doveri della vita quotidiana toglierebbero loro presto il desiderio di quelli che non hanno nulla a che fare con la natura stessa.
Innanzitutto, dopo il parto, si lava il bambino con dell’acqua tiepida nella quale di solito si mescola del vino. Questa aggiunta di vino mi sembra poco necessaria. Poiché la natura non produce nulla di fermentato, non si può credere che l’uso di una bevanda artificiale sia importante per la vita delle sue creature.
Per lo stesso motivo, questa precauzione di raffreddare l’acqua non è nemmeno indispensabile; infatti, molte popolazioni lavano i neonati nei fiumi o in mare senza alcun altro metodo. Ma i nostri bambini, abituati fin dalla nascita alla dolcezza dei genitori, arrivano al mondo con un temperamento già indebolito, e non bisogna subito sottoporli a tutte le prove che potrebbero ristabilirlo. Solo gradualmente si può riportarli alla loro forza originale. Quindi iniziate seguendo l’uso comune, e allontanatevene solo poco per volta: lavate spesso i bambini; la loro sporcizia ne dimostra la necessità. Se li si limita a asciugarli, si rischia di danneggiarne la pelle; ma man mano che si rafforzano, riducete gradualmente la temperatura dell’acqua, fino a quando non potrete lavarli anche in acqua fredda o addirittura ghiacciata. Poiché è importante evitare di sottoporli a shock termici, questa diminuzione della temperatura deve avvenire lentamente, in modo graduale e impercettibile; per misurarla con precisione, si può utilizzare il termometro.
Una volta instaurata questa abitudine di fare il bagno, essa non deve più essere interrotta e è importante mantenerla per tutta la vita. La considero non solo dal punto di vista della pulizia e della salute attuale, ma anche come una misura salutare per rendere più flessibile la struttura delle fibre del corpo, permettendo loro di ammorbidirsi facilmente senza rischi, indipendentemente dai diversi gradi di caldo e freddo. Per questo motivo vorrei che, crescendo, le persone si abituassero gradualmente a fare il bagno talvolta in acqua calda, fino ai limiti tollerabili, e spesso in acqua fredda, fino ai limiti possibili. In questo modo, dopo essersi abituati a sopportare le diverse temperature dell’acqua – che, essendo un liquido più denso, ci colpisce in più punti e ci influisce maggiormente – si diventerebbe quasi insensibili anche alle variazioni di temperatura dell’aria.
Nel momento in cui il bambino esala l’aria attraverso le sue membrane, non permettete che gli vengano date altre coperte che lo stringano troppo. Nessun bavaglio, nessuna fascia, nessun corpetto; solo pannolini ampi e fluttuanti che lascino tutti i suoi membri liberi di muoversi, né troppo pesanti da ostacolare i suoi movimenti, né troppo caldi da impedirgli di percepire le sensazioni dell’aria[309]. Mettetelo in una culla grande e ben imbottita, dove possa muoversi con facilità e senza pericolo. Quando inizia a rafforzarsi, lasciatelo strisciare per la stanza; permettetegli di sviluppare e allungare i suoi piccoli arti; vedrete che si rafforzeranno giorno dopo giorno. Confrontatelo con un bambino della stessa età ben avvolto in fasce; rimarrete sorpreso dalla differenza nei loro progressi[311].
Si possono aspettare grandi opposizioni da parte delle balie, poiché un bambino ben legato richiede meno sforzi rispetto a uno che deve essere sorvegliato costantemente. Inoltre, la sua sporcizia diventa più evidente quando indossa abiti aperti; è necessario pulirlo più frequentemente. Infine, la tradizione rappresenta un argomento che in alcuni paesi non verrà mai contestato, soprattutto tra le popolazioni di tutti gli Stati.
Non ragionate con le nutrici; ordinate, controllate che le istruzioni vengano seguite e non risparmiatemi nulla per rendere praticamente agevoli i trattamenti che avete prescritto. Perché non condividerli anche voi? Nei cibi comuni, dove si considera soltanto l’aspetto fisico – purché il bambino viva e non declini di salute – il resto non ha alcuna importanza; ma qui, dove l’educazione inizia fin dalla nascita, il bambino è già discepolo, non del genitore, ma della natura. Il genitore si limita a studiare sotto questo primo maestro e a impedire che i suoi interventi vengano ostacolati. Veglia sul neonato, lo osserva attentamente, lo segue passo dopo passo, e sorveglia con attenzione il primo barlume della sua debole capacità di comprensione, proprio come i musulmani attendono con ansia l’alba per pregare.
Nasciamo capaci di imparare, ma senza sapere nulla, senza conoscere nulla. L’anima, incatenata in organi imperfetti e semi-formati, non ha nemmeno la consapevolezza della propria esistenza. I movimenti, i gridi del bambino appena nato sono effetti puramente meccanici, privi di conoscenza e volontà.
Supponiamo che un bambino nascesse con la statura e la forza di un uomo adulto, che uscisse, per così dire, completamente “armato” dal grembo di sua madre, come Pallade nacque dal cervello di Giove: questo bambino-uomo sarebbe un perfetto idiota, un automa, una statua immobile e quasi insensibile. Non vedrebbe nulla, non sentirebbe nulla, non conoscerebbe nessuno, non saprebbe nemmeno rivolgere lo sguardo verso ciò che avesse bisogno di vedere; non solo non percepirebbe alcun oggetto esterno a sé stesso, ma non ne registrerebbe nemmeno la presenza attraverso gli organi di senso; i colori non esisterebbero nei suoi occhi, i suoni non raggiungerebbero le sue orecchie, i corpi che toccasse non sarebbero “su” il suo corpo stesso; non saprebbe nemmeno di possederne uno. Il contatto delle sue mani avverrebbe direttamente nel suo cervello; tutte le sue sensazioni si concentrerebbero in un unico punto; esisterebbe soltanto attraverso quel comune sistema sensoriale; avrebbe un’unica idea: quella del “io”, a cui riferirebbe tutte le sue percezioni. E questa idea, o meglio questo sentimento, sarebbe l’unica cosa che lo differenzierebbe da un bambino normale.
Cet homme, formé tout à coup, ne saurait pas non plus se redresser sur ses pieds ; il lui faudrait beaucoup de temps pour apprendre à s’y soutenir en équilibre ; peut-être n’en ferait-il pas même l’essai, et vous verriez ce grand corps, fort et robuste, rester en place comme une pierre, ou ramper et se traîner comme un jeune chien.
Il sentirait le malaise des besoins sans les connaître, et sans imaginer aucun moyen d’y pourvoir. Il n’y a nulle immédiate communication entre les muscles de l’estomac et ceux des bras et des jambes, qui, même entouré d’aliments lui fit faire un pas pour en approcher ou étendre la main pour les saisir ; et, comme son corps aurait pris son accroissement, que ses membres seraient tout développés, qu’il n’aurait par conséquent ni les inquiétudes ni les mouvements continuels des enfants, il pourrait mourir de faim, avant de s’être mû pour chercher sa subsistance. Pour peu qu’on ait réfléchi sur l’ordre et le progrès de nos connaissances, on ne peut nier que tel ne fût à peu près l’état primitif d’ignorance et de stupidité naturel à l’homme avant qu’il eût rien appris de l’expérience ou de ses semblables.
On connaît donc, ou l’on peut connaître le premier point d’où part chacun de nous pour arriver au degré commun de l’entendement ; mais qui est-ce qui connaît l’autre extrémité ? Chacun avance plus ou moins selon son génie, son goût, ses besoins, ses talents, son zèle, et les occasions qu’il a de s’y livrer. Je ne sache pas qu’aucun philosophe ait encore été assez hardi pour dire : Voilà le terme où l’homme peut parvenir et qu’il ne saurait passer. Nous ignorons ce que notre nature nous permet d’être ; nul de nous n’a mesuré la distance qui peut se trouver entre un homme et un autre homme. Quelle est l’âme basse que cette idée n’échauffa jamais, et qui ne se dit pas quelquefois dans son orgueil : Combien j’en ai déjà passé ! combien j’en puis encore atteindre ! pourquoi mon égal irait-il plus loin que moi ?
Je le répète, l’éducation de l’homme commence à sa naissance ; avant de parler, avant que d’entendre, il s’instruit déjà. L’expérience prévient les leçons ; au moment qu’il connaît sa nourrice, il a déjà beaucoup acquis. On serait surpris des connaissances de l’homme le plus grossier, si l’on suivait son progrès depuis le moment où il est né jusqu’à celui où il est parvenu. Si l’on partageait toute la science humaine en deux parties, l’une commune à tous les hommes, l’autre particulière aux savants, celle-ci serait très petite en comparaison de l’autre. Mais nous ne songeons guère aux acquisitions générales, parce qu’elles se font sans qu’on y pense et même avant l’âge de raison ; que d’ailleurs le savoir ne se fait remarquer que par ses différences, et que, comme dans les équations d’algèbre, les quantités communes se comptent pour rien.
Les animaux mêmes acquièrent beaucoup. Ils ont des sens, il faut qu’ils apprennent à en faire usage ; ils ont des besoins, il faut qu’ils apprennent à y pourvoir ; il faut qu’ils apprennent à manger, à marcher, à voler. Les quadrupèdes qui se tiennent sur leurs pieds dès leur naissance ne savent pas marcher pour cela ; on voit à leurs premiers pas que ce sont des essais mal assurés. Les serins échappés de leurs cages ne savent point voler, parce qu’ils n’ont jamais volé. Tout est instruction pour les êtres animés et sensibles. Si les plantes avaient un mouvement progressif, il faudrait qu’elles eussent des sens et qu’elles acquissent des connaissances ; autrement les espèces périraient bientôt.
Les premières sensations des enfants sont purement affectives ; ils n’aperçoivent que le plaisir et la douleur. Ne pouvant ni marcher ni saisir, ils ont besoin de beaucoup de temps pour se former peu à peu les sensations représentatives qui leur montrent les objets hors d’eux-mêmes ; mais, en attendant que ces objets s’étendent, s’éloignent pour ainsi dire de leurs yeux, et prennent pour eux des dimensions et des figures, le retour des sensations affectives commence à les soumettre à l’empire de l’habitude ; on voit leurs yeux se tourner sans cesse vers la lumière, et, si elle leur vient de côté, prendre insensiblement cette direction ; en sorte qu’on doit avoir soin de leur opposer le visage au jour, de peur qu’ils ne deviennent louches ou ne s’accoutument à regarder de travers. Il faut aussi qu’ils s’habituent de bonne heure aux ténèbres ; autrement ils pleurent et crient sitôt qu’ils se trouvent à l’obscurité. La nourriture et le sommeil, trop exactement mesurés, leur deviennent nécessaires au bout des mêmes intervalles ; et bientôt le désir ne vient plus du besoin, mais de l’habitude, ou plutôt l’habitude ajoute un nouveau besoin à celui de la nature : voilà ce qu’il faut prévenir.
La seule habitude qu’on doit laisser prendre à l’enfant est de n’en contracter aucune ; qu’on ne le porte pas plus sur un bras que sur l’autre ; qu’on ne l’accoutume pas à présenter une main plutôt que l’autre, à s’en servir plus souvent, à vouloir manger, dormir, agir aux mêmes heures, à ne pouvoir rester seul ni nuit ni jour. Préparez de loin le règne de sa liberté et l’usage de ses forces, en laissant à son corps l’habitude naturelle, en le mettant en état d’être toujours maître de lui-même, et de faire en toute chose sa volonté, sitôt qu’il en aura une.
Dès que l’enfant commence à distinguer les objets, il importe de mettre du choix dans ceux qu’on lui montre. Naturellement tous les nouveaux objets intéressent l’homme. Il se sent si faible qu’il craint tout ce qu’il ne connaît pas : l’habitude de voir des objets nouveaux sans en être affecté détruit cette crainte. Les enfants élevés dans des maisons propres, où l’on ne souffre point d’araignées, ont peur des araignées et cette peur leur demeure souvent étant grands. Je n’ai jamais vu de paysans, ni homme, ni femme, ni enfant, avoir peur des araignées.
Pourquoi donc l’éducation d’un enfant ne commencerait-elle pas avant qu’il parle et qu’il entende puisque le seul choix des objets qu’on lui présente est propre à le rendre timide ou courageux ? Je veux qu’on l’habitue à voir des objets nouveaux, des animaux laids, dégoûtants, bizarres, mais peu à peu, de loin, jusqu’à ce qu’il y soit accoutumé, et qu’à force de les voir manier à d’autres, il les manie enfin lui-même. Si, durant son enfance, il a vu sans effroi des crapauds, des serpents, des écrevisses, il verra sans horreur, étant grand, quelque animal que ce soit. Il n’y a plus d’objets affreux pour qui en voit tous les jours.
Tous les enfants ont peur des masques. Je commence par montrer à Émile un masque d’une figure agréable ; ensuite quelqu’un s’applique devant lui ce masque sur le visage : je me mets à rire, tout le monde rit, et l’enfant rit comme les autres. Peu à peu je l’accoutume à des masques moins agréables, et enfin à des figures hideuses. Si j’ai bien ménagé ma gradation, loin de s’effrayer au dernier masque, il en rira comme du premier. Après cela je ne crains plus qu’on l’effraye avec des masques.
Quand, dans les adieux d’Andromaque et d’Hector, le petit Astyanax, effrayé du panache qui flotte sur le casque de son père, le méconnaît, se jette en criant sur le sein de sa nourrice, et arrache à sa mère un sourire mêlé de larmes, que faut-il faire pour guérir cet effroi ? Précisément ce que fait Hector, poser le casque à terre, et puis caresser l’enfant. Dans un moment plus tranquille on ne s’en tiendrait pas là ; on s’approcherait du casque, on jouerait avec les plumes, on les ferait manier à l’enfant ; enfin la nourrice prendrait le casque et le poserait en riant sur sa propre tête, si toutefois la main d’une femme osait toucher aux armes d’Hector.
S’agit-il d’exercer Émile au bruit d’une arme à feu, je brûle d’abord une amorce dans un pistolet. Cette flamme brusque et passagère, cette espèce d’éclair le réjouit ; je répète la même chose avec plus de poudre ; peu à peu j’ajoute au pistolet une petite charge sans bourre, puis une plus grande ; enfin je l’accoutume aux coups de fusil, aux boîtes, aux canons, aux détonations les plus terribles.
J’ai remarqué que les enfants ont rarement peur du tonnerre, à moins que les éclats ne soient affreux et ne blessent réellement l’organe de l’ouïe ; autrement cette peur ne leur vient que quand ils ont appris que le tonnerre blesse ou tue quelquefois. Quand la raison commence à les effrayer, faites que l’habitude les rassure. Avec une gradation lente et ménagée on rend l’homme et l’enfant intrépides à tout.
This man, who has been suddenly formed in this way, would not know how to stand up on his feet either; it would take him a long time to learn how to maintain his balance; perhaps he would not even attempt to do so, and you would see this large, strong, and robust body remain motionless like a stone, or crawl and grovel about like a young dog.
He would perceive the discomfort arising from those needs without even knowing them, nor could he conceive any way to satisfy them. There is no immediate connection between the muscles of the stomach and those of the arms and legs; even if surrounded by food, he might not take a step to approach it or extend his hand to grasp it. Moreover, since his body would have reached its full development and his limbs would be fully grown, he would lack the constant worries and movements characteristic of children. As a result, he could die of hunger before ever learning how to seek for his own sustenance. Anyone who reflects on the order and progression of human knowledge cannot deny that this was roughly the primitive state of ignorance and stupidity into which humans were born before they had acquired any knowledge through experience or from their fellow beings.
We therefore know, or at least can know, the starting point from which each of us begins on our journey toward achieving a common level of understanding; but who is there to know the other end of that path? Each person progresses to varying degrees depending on their genius, tastes, needs, talents, zeal, and the opportunities they have to engage in such pursuits. I am not aware of any philosopher who has ever dared to claim: “This is the limit to which man can attain; beyond it, he cannot go.” We do not know what our nature permits us to become; none of us has ever measured the distance that may exist between one person and another. What kind of soul could never be inspired by this idea, and who would not sometimes say in their pride: “How far have I already come! How much further can I still achieve! Why should my equal go any further than me?”
I repeat it: the education of man begins at his birth; before he can speak, before he can even hear, he is already learning. Experience precedes instruction; by the time he comes to know his nurse, he has already acquired much. One would be surprised by the knowledge possessed by the simplest of men if one were to trace the progress he has made from the moment of his birth until the present. If all human knowledge were divided into two parts—one common to all men and the other particular to scholars—the latter would be insignificant in comparison to the former. But we rarely give thought to these general acquisitions, for they happen without us even realizing it, even before we reach the age of reason; moreover, knowledge is only notable for its differences, just as in algebraic equations, the common quantities are considered to be of no value at all.
Even animals acquire a great deal over time. They possess senses, and they must learn how to use them; they have needs, and they must learn how to satisfy them; they must learn how to eat, walk, fly. Quadrupeds that stand on their feet at birth do not know how to walk yet; one can see from their first attempts that they are unsteady. Birds that escape from their cages do not know how to fly, because they have never flown before. Everything is a form of learning for sentient beings. If plants were capable of progressive movement, they would need senses and would have to acquire knowledge; otherwise, various species would soon become extinct.
A child’s initial sensations are purely emotional; they perceive only pleasure and pain. Unable to walk or grasp anything, it takes them a long time to gradually develop representative sensations that allow them to perceive objects outside of themselves. However, before these objects can extend away from their eyes and assume definite dimensions and forms, the return of those emotional sensations begins to subject them to the influence of habit. One observes their eyes constantly turning toward light; if the light comes from the side, they gradually adjust their gaze in that direction. Therefore, it is necessary to ensure that their faces are turned away from the sun, lest they become cross-eyed or develop the habit of looking sideways. It is also important for them to get used to darkness early on; otherwise, they will cry and scream whenever placed in the dark. Food and sleep, if provided in too regular amounts, soon become necessities for them—not due to actual need, but because of habit. In fact, habit often creates new needs in addition to those inherent in nature. This is something that must be avoided.
The only habit that one should allow a child to develop is the absence of any particular habit at all; one should not favor one arm over another, nor accustom the child to using one hand more frequently than the other, or to want to eat, sleep, or act at the same times every day, nor to be unable to stay alone, whether night or day. From a distance, prepare the conditions for the exercise of his freedom and the proper use of his abilities by allowing his body to develop its natural habits, and by keeping it in a state where it can always be in control of itself and carry out its will in everything it desires to do.
As soon as a child begins to distinguish objects, it is important to provide him with a choice of those that are shown to him. Naturally, all new objects interest a child; he feels so vulnerable that he fears everything he does not know. However, the habit of encountering new objects without being affected by them eliminates this fear. Children raised in clean homes, where there are no spiders, still fear spiders, and this fear often persists into adulthood. I have never seen any farmer, man, woman, or child who is afraid of spiders.
Why should the education of a child not begin before he begins to speak and hear? After all, the very way in which objects are presented to him can either make him timid or courageous. I want him to be accustomed to seeing new objects, ugly, disgusting, or bizarre creatures—but gradually, from a distance, until he becomes familiar with them. And by watching others handle these objects, he will eventually learn to handle them himself. If, as a child, he saw frogs, snakes, or crabs without fear, then as an adult, he will see any animal without horror. For those who encounter such things every day, there are no longer any terrifying objects left.
All children are afraid of masks. I start by showing Émile a mask with an attractive design; then someone puts that mask on their face in front of him: I begin to laugh, everyone laughs, and the child laughs just like everyone else. Gradually, I get him used to masks that are less attractive, and eventually to ones with hideous designs. If I have proceeded gradually enough, far from being frightened by the last mask, he will laugh at it just as he did at the first one. After that, I am no longer worried that he might be scared by masks.
When, in the farewell scenes between Andromache and Hector, the little Astyanax, frightened by the plume that flutters on his father’s helmet, fails to recognize him and throws himself crying into the arms of his nurse, bringing a tearful smile to his mother’s face—what must be done to overcome such fear? Exactly what Hector does: he puts down the helmet and then caresses the child. In a calmer moment, one might go even further; one would approach the helmet, play with its feathers, let the child handle them; and finally, the nurse might take it up and laughingly place it on her own head—if only a woman’s hand dared to touch Hector’s arms.
If I want to train Émile in the sound of a firearm, I first light a fuse in a pistol. This sudden, fleeting flame—this sort of flash—delights him; I repeat the experiment using more gunpowder. Gradually, I add smaller charges without wadding to the pistol, then larger ones. Eventually, I accustom it to the sounds of rifle shots, cannon blasts, and the most terrifying explosions.
I have noticed that children rarely fear thunder, unless the flashes are extremely violent and actually damage their hearing; otherwise, such fear only arises when they learn that thunder can sometimes cause injury or death. When reason begins to frighten them, let habit reassure them. Through a slow and gradual process, one can make both man and child fearless in everything.
Quest’uomo, formato all’improvviso, non saprebbe nemmeno rialzarsi in piedi; gli servirebbe molto tempo per imparare a mantenersi in equilibrio; forse non ci proverebbe nemmeno, e vedreste quel grande corpo, forte e robusto, rimanere fermo come una pietra, o strisciare e muoversi come un cucciolo.
Sentirebbe il disagio derivante da tali bisogni senza conoscerli, né immaginare alcun modo per soddisfarli. Non esiste alcuna comunicazione immediata tra i muscoli dello stomaco e quelli delle braccia e delle gambe; quindi, anche se fosse circondato di cibo, non saprebbe come avvicinarsi a esso o tendere la mano per prenderlo. Inoltre, poiché il suo corpo non sarebbe ancora completamente sviluppato e i suoi membri non sarebbero pienamente funzionanti, non avrebbe le inquietudini né i movimenti continui tipici dei bambini; potrebbe quindi morire di fame, prima ancora di essere in grado di cercare da solo il proprio sostentamento. Basta riflettere un attimo sull’ordine e sul progresso delle nostre conoscenze per riconoscere che questo era più o meno lo stato primitivo di ignoranza e stupidità caratteristico dell’uomo prima che imparasse qualcosa dall’esperienza o dai suoi simili.
Si conosce, o si può conoscere, il primo punto da cui ciascuno di noi parte per raggiungere il livello comune di intelligenza; ma chi conosce l’altra estremità? Ognuno progredisce in misura diversa a seconda del proprio genio, dei propri gusti, delle proprie esigenze, dei propri talenti, della propria diligenza e delle opportunità che ha di dedicarsi allo studio. Non so che alcun filosofo abbia mai avuto il coraggio di affermare: “Ecco il limite fino al quale l’uomo può arrivare e oltre cui non potrebbe mai spingersi”. Ignoriamo ciò che la nostra natura ci permette di diventare; nessuno di noi ha mai misurato la distanza che può esistere tra un uomo e un altro. Quale anima meschina non si è mai sentita stimolata da questo pensiero, e non si è mai detta, con orgoglio: “Quanto ho già progredito! Quanto ancora posso raggiungere! Perché il mio simile dovrebbe andare più lontano di me?”
Lo ripeto: l’educazione dell’uomo inizia dalla sua nascita; prima ancora di parlare, prima ancora di ascoltare, egli già impara. L’esperienza precede le lezioni; nel momento in cui conosce la propria nutrice, ha già acquisito molto. Si rimarrebbe sorpresi dalle conoscenze dell’uomo più semplice, se si seguisse il suo progresso dal momento della sua nascita fino a quello in cui raggiunge la maturità. Se si dividesse tutta la scienza umana in due parti: una comune a tutti gli uomini e l’altra riservata agli studiosi, quest’ultima sarebbe molto più ridotta rispetto alla prima. Tuttavia, noi prestiamo scarsa attenzione alle acquisizioni generali, perché avvengono senza che ce ne rendiamo conto, persino prima dell’età della ragione; inoltre, la conoscenza si manifesta soltanto attraverso le sue differenze, e, come nelle equazioni algebriche, le quantità comuni vengono spesso trascurate.
Anche gli animali acquisiscono molte cose nel corso della loro vita. Hanno dei sensi, quindi devono imparare a utilizzarli; hanno bisogni, quindi devono imparare a soddisfarli; devono imparare a mangiare, a camminare, a volare. I quadrupedi che si alzano in piedi fin dalla nascita non sanno ancora camminare; dai loro primi passi si può vedere che sono tentativi incerti e mal coordinati. Gli uccellini liberati dalle gabbie non sanno volare, perché non hanno mai imparato a farlo. Tutto rappresenta un processo di apprendimento per gli esseri animati e sensibili. Se anche le piante possedessero un movimento progressivo, dovrebbero avere dei sensi e acquisire conoscenze; altrimenti, le specie si estinguerebbero molto presto.
Le prime sensazioni dei bambini sono puramente affettive; essi percepiscono soltanto piacere e dolore. Non potendo né camminare né afferrare, hanno bisogno di molto tempo per sviluppare gradualmente quelle sensazioni rappresentative che gli permettono di percepire gli oggetti esterni a loro stessi; ma mentre questi oggetti si allontanano, per così dire, dai loro occhi e assumono dimensioni e forme definite, le sensazioni affettive iniziano a sottometterli al dominio dell’abitudine. Si nota che i loro occhi si rivolgono costantemente verso la luce; se questa proviene da un lato, essi gradualmente prendono quella direzione; per questo è necessario fare attenzione a porre il loro viso di fronte al sole, per evitare che diventino strabici o si abituino a guardare di sbieco. È inoltre importante abituarli fin da piccoli alle tenebre; altrimenti piangono e gridano non appena si trovano nell’oscurità. Il cibo e il sonno, se somministrati con troppa regolarità, diventano per loro necessari a intervalli fissi; presto il desiderio di mangiare o dormire non deriva più dalla vera necessità, ma dall’abitudine. O meglio: è l’abitudine stessa ad aggiungere un nuovo bisogno a quello innato. È proprio questo che bisogna evitare.
L’unica abitudine che si debba far acquisire al bambino è quella di non ne contrarre alcuna; non bisogna portarlo da un braccio all’altro, né abituarlo a porre una mano piuttosto dell’altra, ad usarla più frequentemente, né a voler mangiare, dormire o agire sempre alle stesse ore, né permettergli di stare solo, né di notte né di giorno. Preparate fin da ora il terreno per la sua libertà e l’utilizzo delle sue forze, lasciando al suo corpo abitudini naturali, mettendolo in condizione di poter sempre essere padrone di sé stesso e di fare, in ogni cosa, ciò che desidera, non appena ne avrà il desiderio.
Non appena un bambino inizia a distinguere gli oggetti, è importante offrirgli una scelta tra quelli che gli vengono mostrati. Naturalmente, tutti gli oggetti nuovi interessano l’uomo; si sente così debole da temere tutto ciò che non conosce. L’abitudine di vedere oggetti nuovi senza che questi lo influenzino negativamente distrugge questa paura. I bambini cresciuti in case pulite, dove non ci sono ragni, hanno paura dei ragni e questa paura spesso persiste anche da adulti. Non ho mai visto contadini, uomini, donne o bambini avere paura dei ragni.
Perché allora l’educazione di un bambino non dovrebbe iniziare prima che possa parlare e ascoltare? Dopotutto, la sola scelta degli oggetti che gli vengono presentati può renderlo timido o coraggioso. Voglio che si abitui a vedere oggetti nuovi, animali brutti, disgustosi, strani. Ma gradualmente, da lontano, fino a quando non ci sarà abituato; e che, vedendoli essere maneggiati da altri, possa infine imparare a maneggiarli lui stesso. Se, durante l’infanzia, avrà visto senza paura rane, serpenti, gamberi, da adulto non vedrà nulla di orribile in nessun animale. Per chi li vede ogni giorno, non esistono più oggetti terribili.
Tutti i bambini hanno paura dei maschi. Inizio mostrando ad Émile un maschio con un viso gradevole; poi qualcuno gli applica quel maschio sul viso davanti ai suoi occhi: io inizio a ridere, tutti ridono, e anche il bambino ride come gli altri. Gradualmente lo abituo a maschi meno attraenti, e infine a figure orribili. Se ho proceduto con gradualità, lontano dall’impaurirsi all’ultimo maschio, riderà di esso proprio come del primo. Dopo questo, non temo più che possa essere spaventato dai maschi.
Quando, nei saluti di Andromaca ed Ettore, il piccolo Astianax, spaventato dal pennacchio che sventola sul elmo di suo padre, non lo riconosce e si getta gridando tra le braccia della sua nutrice, strappando a sua madre un sorriso misto a lacrime, cosa si dovrebbe fare per alleviare questo terrore? Proprio ciò che fa Ettore: posa l’elmo a terra e poi accarezza il bambino. In un momento di maggiore calma si farebbe di più: si avvicinerebbe all’elmo, si giocerebbe con le piume, si permetterebbe al bambino di maneggiarle; infine la nutrice prenderebbe l’elmo e lo posizionerebbe ridendo sulla propria testa, se solo la mano di una donna osasse toccare le armi di Ettore.
Si tratta di abituare Émile al rumore delle armi da fuoco: innanzitutto brucio una miccia in un pistola. Questa fiamma improvvisa e passeggera, questa sorta di lampo, lo diverte; ripeto l’esperimento utilizzando più polvere; gradualmente aggiungo alla pistola cariche sempre più pesanti, senza proiettile; infine la abituo ai colpi di fucile, alle scatole di munizioni, ai cannoni e alle detonazioni più terribili.
Ho notato che i bambini raramente hanno paura del tuono, a meno che i suoi rumori non siano terribili e non danneggino davvero l’udito; in tal caso, questa paura emerge soltanto quando vengono a sapere che il tuono a volte può ferire o uccidere. Quando la ragione comincia ad spaventarli, fate in modo che l’abitudine li rassicuri. Attraverso un processo graduale e attento, si può rendere sia l’uomo che il bambino coraggiosi di fronte a qualsiasi cosa.
Dans le commencement de la vie, où la mémoire et l’imagination sont encore inactives, l’enfant n’est attentif qu’à ce qui affecte actuellement ses sens ; ses sensations étant les premiers matériaux de ses connaissances, les lui offrir dans un ordre convenable, c’est préparer sa mémoire à les fournir un jour dans le même ordre à son entendement ; mais, comme il n’est attentif qu’à ses sensations, il suffit d’abord de lui montrer bien distinctement la liaison de ces mêmes sensations avec les objets qui les causent. Il veut tout toucher, tout manier : ne vous opposez point à cette inquiétude ; elle lui suggère un apprentissage très nécessaire. C’est ainsi qu’il apprend à sentir la chaleur, le froid, la dureté, la mollesse, la pesanteur, la légèreté des corps, à juger de leur grandeur, de leur figure, et de toutes leurs qualités sensibles, en regardant, palpant[312], écoutant, surtout en comparant la vue au toucher, en estimant à l’oeil la sensation qu’ils feraient sous ses doigts.
Ce n’est que par le mouvement que nous apprenons qu’il y a des choses qui ne sont pas nous ; et ce n’est que par notre propre mouvement que nous acquérons l’idée de l’étendue. C’est parce que l’enfant n’a point cette idée, qu’il tend indifféremment la main pour saisir l’objet qui le touche, ou l’objet qui est à cent pas de lui. Cet effort qu’il fait vous paraît un signe d’empire, un ordre qu’il donne à l’objet de s’approcher, ou à vous de le lui apporter ; et point du tout, c’est seulement que les mêmes objets qu’il voyait d’abord dans son cerveau, puis sur ses yeux, il les voit maintenant au bout de ses bras, et n’imagine d’étendue que celle où il peut atteindre. Ayez donc soin de le promener souvent, de le transporter d’une place à l’autre, de lui faire sentir le changement de lieu, afin de lui apprendre à juger des distances. Quand il commencera de les connaître, alors il faut changer de méthode, et ne le porter que comme il vous plaît, et non comme il lui plaît ; car sitôt qu’il n’est plus abusé par le sens, son effort change de cause : ce changement est remarquable, et demande explication.
Le malaise des besoins s’exprime par des signes quand le secours d’autrui est nécessaire pour y pourvoir : de là les cris des enfants. Ils pleurent beaucoup ; cela doit être. Puisque toutes leurs sensations sont affectives, quand elles sont agréables, ils en jouissent en silence ; quand elles sont pénibles, ils le disent dans leur langage, et demandent du soulagement. Or, tant qu’ils sont éveillés, ils ne peuvent presque rester dans un état d’indifférence ; ils dorment, ou sont affectés.
Toutes nos langues sont des ouvrages de l’art. On a longtemps cherché s’il y avait une langue naturelle et commune à tous les hommes ; sans doute, il y en a une ; et c’est celle que les enfants parlent avant de savoir parler. Cette langue n’est pas articulée, mais elle est accentuée, sonore, intelligible. L’usage des nôtres nous l’a fait négliger au point de l’oublier tout à fait. Étudions les enfants, et bientôt nous la rapprendrons auprès d’eux. Les nourrices sont nos maîtres dans cette langue ; elles entendent tout ce que disent leurs nourrissons ; elles leur répondent, elles ont avec eux des dialogues très bien suivis ; et quoiqu’elles prononcent des mots, ces mots sont parfaitement inutiles ; ce n’est point le sens du mot qu’ils entendent, mais l’accent dont il est accompagné.
Au langage de la voix se joint celui du geste, non moins énergique. Ce geste n’est pas dans les faibles mains des enfants, il est sur leurs visages. Il est étonnant combien ces physionomies mal formées ont déjà d’expression ; leurs traits changent d’un instant à l’autre avec une inconcevable rapidité : vous y voyez le sourire, le désir, l’effroi naître et passer comme autant d’éclairs : à chaque fois vous croyez voir un autre visage. Ils ont certainement les muscles de la face plus mobiles que nous. En revanche, leurs yeux ternes ne disent presque rien. Tel doit être le genre de leurs signes dans un âge où l’on n’a que des besoins corporels ; l’expression des sensations est dans les grimaces, l’expression des sentiments est dans les regards.
Comme le premier état de l’homme est la misère et la faiblesse, se premières voix sont la plainte et les pleurs. L’enfant sent ses besoins, et ne les peut satisfaire, il implore le secours d’autrui par des cris : s’il a faim ou soif, il pleure ; s’il a trop froid ou trop chaud, il pleure ; s’il a besoin de mouvement et qu’on le tienne en repos, il pleure ; s’il veut dormir et qu’on l’agite, il pleure. Moins sa manière d’être est à sa disposition, plus il demande fréquemment qu’on la change. Il n’a qu’un langage, parce qu’il n’a, pour ainsi dire, qu’une sorte de mal-être : dans l’imperfection de ses organes, il ne distingue point leurs impressions diverses ; tous les maux ne forment pour lui qu’une sensation de douleur.
De ces pleurs, qu’on croirait si peu dignes d’attention, naît le premier rapport de l’homme à tout ce qui l’environne : ici se forge le premier anneau de cette longue chaîne dont l’ordre social est formé.
Quand l’enfant pleure, il est mal à son aise, il a quelque besoin, qu’il ne saurait satisfaire : on examine, on cherche ce besoin, on le trouve, on y pourvoit. Quand on ne le trouve pas ou quand on n’y peut pourvoir, les pleurs continuent, on en est importuné : on flatte l’enfant pour le faire taire, on le berce, on lui chante pour l’endormir : s’il s’opiniâtre, on s’impatiente, on le menace : des nourrices brutales le frappent quelquefois. Voilà d’étranges leçons pour son entrée à la vie.
Je n’oublierai jamais d’avoir vu un de ces incommodes pleureurs ainsi frappé par sa nourrice. Il se tut sur-le-champ : je le crus intimidé. Je me disais : ce sera une âme servile dont on n’obtiendra rien que par la rigueur. Je me trompais : le malheureux suffoquait de colère, il avait perdu la respiration ; je le vis devenir violet. Un moment après vinrent les cris aigus ; tous les signes du ressentiment, de la fureur, du désespoir de cet âge, étaient dans ses accents. Je craignis qu’il n’expirât dans cette agitation. Quand j’aurais douté que le sentiment du juste et de l’injuste fût inné dans le coeur de l’homme, cet exemple seul m’aurait convaincu. Je suis sûr qu’un tison ardent tombé par hasard sur la main de cet enfant lui eût été moins sensible que ce coup assez léger, mais donné dans l’intention manifeste de l’offenser.
Cette disposition des enfants à l’emportement, au dépit, à la colère, demande des ménagements excessifs. Boerhaave pense que leurs maladies sont pour la plupart de la classe des convulsives, parce que la tête étant proportionnellement plus grosse et le système des nerfs plus étendu que dans les adultes, le genre nerveux est plus susceptible d’irritation. Éloignez d’eux avec le plus grand soin les domestiques qui les agacent, les irritent, les impatientent : ils leur sont cent fois plus dangereux, plus funestes que les injures de l’air et des saisons. Tant que les enfants ne trouveront de résistance que dans les choses et jamais dans les volontés, ils ne deviendront ni mutins ni colères, et se conserveront mieux en santé. C’est ici une des raisons pourquoi les enfants du peuple, plus libres, plus indépendants, sont généralement moins infirmes, moins délicats, plus robustes que ceux qu’on prétend mieux élever en les contrariant sans cesse ; mais il faut songer toujours qu’il y a bien de la différence entre leur obéir et ne pas les contrarier.
Les premiers pleurs des enfants sont des prières : si l’on n’y prend garde, ils deviennent bientôt des ordres ; ils commencent par se faire assister, ils finissent par se faire servir. Ainsi de leur propre faiblesse, d’où vient d’abord le sentiment de leur dépendance, naît ensuite l’idée de l’empire et de la domination ; mais cette idée étant moins excitée par leurs besoins que par nos services, ici commencent à se faire apercevoir les effets moraux dont la cause immédiate n’est pas dans la nature ; et l’on voit déjà pourquoi, dès ce premier âge, il importe de démêler l’intention secrète qui dicte le geste ou le cri.
In the early stages of life, when memory and imagination are still undeveloped, a child is only attentive to what directly affects its senses. Since sensations constitute the initial materials of its knowledge, presenting these sensations in a proper order prepares its memory to later convey them to its understanding in the same sequence. However, since the child is initially focused solely on its sensations, it is sufficient to clearly demonstrate to it the relationship between these sensations and the objects that cause them. The child wants to touch and handle everything; do not resist this curiosity—for it prompts a very necessary form of learning. In this way, the child learns to perceive qualities such as heat, cold, hardness, softness, weight, and lightness; it learns to judge the size, shape, and all other sensory characteristics of objects by observing them, touching them[312], listening to them—and especially by comparing what its eyes see with what its hands feel.
It is only through movement that we come to understand that there are things that are not ourselves; and it is only through our own movement that we acquire the concept of distance. It is precisely because a child lacks this concept that he reaches out indifferently, whether to grasp an object that touches him or one that is a hundred steps away. This effort may seem to you like a sign of authority, as if he were commanding the object to come closer or ordering you to bring it to him; but in reality, it is simply because the same objects that he first saw in his mind and then with his eyes, he now sees at the end of his arms, and thus he can only conceive of distance as far as he is able to reach. Therefore, take care to take him for walks frequently, to move him from one place to another, and to let him experience changes in location, so that he can learn to judge distances. Once he begins to understand them, then you must change your approach: carry him only in the way that suits you, not in the way that suits him; for once his senses are no longer deceived, the purpose of his effort changes. This change is noteworthy and requires explanation.
The discomfort arising from physical needs is manifested through signs when help from others is necessary to satisfy those needs—hence the cries of children. They cry a lot; it is only natural. Since all their sensations are emotional in nature, when they are pleasant, they enjoy them in silence; when they are painful, they express this through their language and seek relief. Moreover, as long as they are awake, they cannot remain in a state of indifference—they are either asleep or experiencing some emotion.
All of our languages are works of art. For a long time, people have debated whether there exists a natural language that is common to all humans; undoubtedly, such a language does exist—it is the one that children use before they are able to speak properly. This language is not articulated in words; rather, it relies on intonation, sound, and clarity to be understood. Our habitual use of language has led us to neglect it entirely, even forgetting its very existence. If we study children, we will soon be able to revive this language through them. Nannies are our masters in this language—they understand everything their infants say; they respond to them, engaging in well-structured conversations with them. And although these nannies use words, those words are actually entirely unnecessary; what they hear is not the meaning of the words themselves, but the intonation with which they are spoken.
To the language of voice is added that of gesture, equally expressive and powerful. This gesture is not found in the feeble hands of children; it is on their faces. It is astonishing how much expression these poorly-formed features already possess; their facial traits change from one moment to another with an inconceivable speed—you can see smiles, desires, and fears appearing and disappearing like flashes of light; every time you think you see a different face. They surely have more flexible facial muscles than we do. On the other hand, their dull eyes hardly convey any meaning. Such must be the nature of their expressions at an age when one’s needs are purely physical; the expression of sensations lies in grimaces, while the expression of emotions is conveyed through looks.
Since the initial state of man is one of misery and weakness, his first expressions are complaints and tears. The child feels his needs but is unable to satisfy them; he cries out for help from others: if he is hungry or thirsty, he cries; if it is too cold or too hot, he cries; if he needs movement but is kept still, he cries; if he wants to sleep but is disturbed, he cries. The less his current state allows him to do what he desires, the more frequently he asks for it to be changed. He has only one way of expressing himself, because, in a sense, he experiences only one kind of discomfort: due to the imperfection of his organs, he cannot distinguish between their various sensations; all troubles combine for him into just one feeling of pain.
From these tears, which one would hardly consider worthy of attention, arises the first connection between man and all that surrounds him; here is forged the first link in that long chain which constitutes social order.
When a child cries, it is because it is uncomfortable or has some need that it cannot satisfy on its own. One examines and seeks out this need, finds it, and meets it. When it cannot be found or satisfied, the crying continues, causing annoyance. One tries to soothe the child by comforting it, rocking it, or singing to lull it to sleep. If it persists, one becomes impatient and may even threaten it; in some cases, harsh caregivers might even hit the child. What strange lessons these are for its entry into life.
I will never forget seeing one of these troublesome crybabies struck so sharply by his nurse. He fell silent immediately; I thought he was intimidated. I thought to myself: “This will be a servile soul from whom nothing can be obtained except through strict discipline.” I was wrong: the poor child was choking with rage; he had lost his breath—I saw his face turn purple. Moments later, high-pitched screams erupted; every sign of resentment, fury, and despair characteristic of that age was evident in his cries. I feared he might die in such agitation. If I had ever doubted that the sense of what is just and unjust is innate in the human -heart, this single example would have convinced me. I am certain that a hot ember falling accidentally on this child’s hand would have caused him less pain than that rather light blow, delivered with clear intent to offend him.
This tendency of children to be impulsive, resentful, and angry requires excessive care. Boerhaave believed that most of their illnesses belonged to the category of convulsive disorders, because their heads are proportionally larger and their nervous systems more extensive than those of adults, making them more susceptible to irritation. Keep away from them, at all costs, those servants who annoy, irritate, or impatient them—such people are a hundred times more dangerous and harmful to their health than the adverse effects of the weather or seasons. As long as children find resistance only in external things and never in willpower, they will not become rebellious or angry, and they will maintain better health. This is one of the reasons why children from lower social classes, being freer and more independent, are generally less sickly, less delicate, and stronger than those who are supposedly raised better through constant opposition. However, it must always be remembered that there is a significant difference between simply obeying them and not opposing them at all.
A child’s first tears are prayers; if not guarded against, they soon become commands. They begin by asking for assistance and end up demanding service. Thus, from their own weakness—which first gives rise to a sense of dependence—comes later the notion of power and domination. But since this notion is less inspired by their needs than by our actions, it is at this very stage that the moral effects of certain behaviors begin to become apparent, even though their immediate cause lies not in nature itself. And it is easy to see why, from such an early age onward, it is so important to discern the hidden intention behind every gesture or cry.
All’inizio della vita, quando memoria e immaginazione sono ancora inattive, il bambino è attento soltanto a ciò che colpisce direttamente i suoi sensi; poiché le sue sensazioni costituiscono i primi materiali delle sue conoscenze, offrirgliele in un ordine appropriato significa preparare la sua memoria affinché un giorno possa fornire alla sua intelligenza gli stessi dati nello stesso ordine. Tuttavia, poiché il bambino è interessato soltanto alle proprie sensazioni, basta innanzitutto fargli comprendere chiaramente il legame tra queste sensazioni e gli oggetti che le causano. Vuole toccare e manipolare tutto; non si deve opporre a questa curiosità: essa gli suggerisce un apprendimento estremamente necessario. È così che impara a percepire il calore, il freddo, la durezza, la morbidezza, il peso e la leggerezza dei corpi; impara a giudicarne le dimensioni, la forma e tutte le loro qualità sensoriali osservandoli, palpandoli, ascoltandoli, e soprattutto confrontando ciò che vede con ciò che tocca, stimando a occhio la sensazione che tali oggetti gli procurerebbero se li afferrasse con le mani.
È solo attraverso il movimento che impariamo ad essere consapevoli dell’esistenza di cose che non siamo noi stessi; ed è ancora attraverso il nostro stesso movimento che acquisiamo la nozione di distanza. Poiché un bambino non possiede questa nozione, tende indifferenziatamente la mano per afferrare l’oggetto che lo tocca o quello che si trova a cento passi da lui. Questo sforzo potrebbe sembrarvi un segno di autorità, un ordine che il bambino dà all’oggetto di avvicinarsi, o a voi di portarglielo; in realtà, non è altro che il risultato del fatto che gli stessi oggetti, prima visti nella sua mente e poi con i suoi occhi, ora sono visibili alla fine dei suoi bracci, e quindi egli percepisce la distanza solo in termini di quanto sia possibile raggiungerla. Pertanto, è importante portarlo spesso in giro, farlo muovere da un luogo all’altro, fargli percepire i cambiamenti di posizione, affinché impari a valutare le distanze. Quando inizierà davvero a comprenderle, sarà il momento di cambiare metodo: portarlo con voi soltanto secondo i vostri desideri, e non secondo i suoi; perché non appena il senso non lo inganna più, il suo sforzo cambia motivo. Questo cambiamento è significativo e richiede spiegazioni.
Il disagio derivante dalle necessità umane si manifesta attraverso segnali quando è necessario l’aiuto altrui per soddisfarle: da qui i pianti dei bambini. Piangono molto; è inevitabile. Poiché tutte le loro sensazioni sono di natura emotiva, quando sono piacevoli ne godono in silenzio; quando sono dolorose, lo esprimono attraverso il loro linguaggio e chiedono sollievo. Tuttavia, finché sono svegli, difficilmente riescono a rimanere in uno stato di indifferenza: o dormono, o sono colpiti da emozioni.
Tutte le nostre lingue sono opere d’arte. Per molto tempo si è cercato di capire se esistesse una lingua naturale e comune a tutti gli uomini; probabilmente ce n’è una, ed è quella che i bambini parlano prima ancora di imparare a parlare. Questa lingua non è articolata, ma è accentuata, sonora e comprensibile. L’uso delle nostre lingue ci ha fatto trascurarla al punto di dimenticarla del tutto. Studiamo i bambini, e presto la riscopriremo insieme a loro. Le balie sono le nostre maestre in questa lingua: capiscono perfettamente ciò che i loro piccoli dicono, rispondono loro e intrattengono con loro dialoghi molto chiari e coerenti; e anche se pronunciano delle parole, queste parole sono in realtà del tutto inutili: non è il significato delle parole che comprendono, ma l’accento con cui vengono pronunciate.
Al linguaggio della voce si aggiunge quello del gesto, altrettanto energico. Questo gesto non risiede nelle deboli mani dei bambini, ma sui loro volti. È sorprendente quanto queste fisionomie ancora imperfette possano già esprimere molte cose; i loro tratti cambiano da un momento all’altro con una rapidità inimmaginabile: si vede il sorriso, il desiderio, la paura nascere e svanire come lampi; ogni volta sembra di vedere un viso diverso. Senza dubbio i loro muscoli facciali sono più mobili dei nostri. Tuttavia, i loro occhi opachi quasi non comunicano nulla. Probabilmente è così che esprimono ciò che provano in un’età in cui hanno soltanto bisogni fisici; l’espressione delle sensazioni avviene attraverso le smorfie, mentre l’espressione dei sentimenti attraverso lo sguardo.
Poiché lo stato primordiale dell’uomo è la miseria e la debolezza, le sue prime espressioni sono il lamento e le lacrime. Il bambino percepisce i propri bisogni, ma non è in grado di soddisfarli; quindi implora l’aiuto altrui attraverso dei pianti: se ha fame o sete, piange; se fa troppo freddo o troppo caldo, piange; se ha bisogno di muoversi e viene tenuto fermo, piange; se vuole dormire e viene disturbato, piange. Più il suo stato naturale è limitato dalle circostanze, più spesso chiede che venga modificato. Ha soltanto un modo per esprimersi, perché, in sostanza, prova soltanto un unico tipo di malessere: nella imperfezione dei suoi organi, non riesce a distinguere le diverse sensazioni che questi gli trasmettono; tutti i mali, per lui, si riducono a una sola sensazione di dolore.
Da queste lacrime, che sembrerebbero così poco degne di attenzione, nasce il primo legame tra l’uomo e tutto ciò che lo circonda: qui si forgia il primo anello di questa lunga catena dalla quale deriva l’ordine sociale.
Quando un bambino piange, significa che si sente a disagio o ha qualche bisogno che non riesce a soddisfare: ci si mette allora alla ricerca di quel bisogno, lo si trova e si provvede ad esso. Se non viene trovato o se non è possibile soddisfarlo, i pianti continuano, causando fastidio; allora si cerca di calmare il bambino con carezze, si lo culla, si gli canta per farlo addormentare. Se insiste, si diventa impazienti e a volte si minacciano; alcune balie crudeli arrivano persino a colpirlo. Che strane lezioni per il suo ingresso nella vita.
Non dimenticherò mai di aver visto uno di questi bambini piangenti essere colpito in questo modo dalla sua nutrice. Si zittì all’istante; pensai che fosse intimidito. Mi dissi: “Questo sarà un’anima servile da cui non si otterrà nulla se non con la rigore”. Mi sbagliavo: il poveretto soffocava di rabbia, aveva perso il respiro; lo vidi diventare viola. Poco dopo iniziarono i gridi acuti; tutti i segni di risentimento, furia e disperazione tipici di quell’età si leggevano nei suoi versi. Temetti che potesse morire in quella crisi. Se mai avessi dubitato che il senso del giusto e dell’ingiusto fosse innato nel cuore dell’uomo, questo solo esempio mi avrebbe convinto. Sono certo che un tizzone ardente caduto per caso sulla mano di quel bambino gli sarebbe stato meno doloroso di quel colpo, abbastanza leggero, ma dato con l’intenzione evidente di offenderlo.
Questa propension dei bambini all’impulsività, al disprezzo e alla rabbia richiede particolari attenzioni da parte degli adulti. Boerhaave riteneva che le loro malattie fossero per lo più di natura convulsiva: poiché la testa è proporzionalmente più grande e il sistema nervoso più sviluppato rispetto agli adulti, i bambini sono più soggetti all’irritazione. È necessario allontanare con estrema cura da loro quei domestici che possono infastidirli, irritarli o innervosirli: tali persone rappresentano per loro un pericolo cento volte maggiore delle influenze negative dell’ambiente o delle stagioni. Finché i bambini troveranno resistenza soltanto nelle cose e mai nelle volontà altrui, non diventeranno né ribelli né irascibili, e manterranno una salute migliore. Questa è una delle ragioni per cui i bambini del popolo, essendo più liberi e indipendenti, sono generalmente meno malati, meno delicati e più robusti rispetto a quelli che vengono costantemente contrariati; tuttavia bisogna sempre ricordare che esiste una grande differenza tra obbedire loro senza restrizioni e non contrariarli affatto.
Le prime lacrime dei bambini sono preghiere; se non si fa attenzione, presto diventano ordini: iniziano chiedendo aiuto, e finiscono per essere serviti. È proprio dalla loro stessa debolezza che nasce prima il senso della propria dipendenza, e poi l’idea di potere e dominio; ma poiché questa idea viene stimolata meno dai loro bisogni che dai nostri aiuti, qui iniziano ad apparire quegli effetti morali la cui causa immediata non risiede nella natura stessa dei bambini; ed è proprio per questo che, già da quest’età precoce, è importante distinguere l’intenzione nascosta che guida il loro gesto o il loro grido.
Quand l’enfant tend la main avec effort sans rien dire, il croit atteindre à l’objet parce qu’il n’en estime pas la distance ; il est dans l’erreur ; mais quand il se plaint et crie en tendant la main, alors il ne s’abuse plus sur la distance, il commande à l’objet de s’approcher, ou à vous de le lui apporter. Dans le premier cas, portez-le à l’objet lentement et à petits pas ; dans le second, ne faites pas seulement semblant de l’entendre : plus il criera, moins vous devez l’écouter. Il importe de l’accoutumer de bonne heure à ne commander ni aux hommes, car il n’est pas leur maître, ni aux choses, car elles ne l’entendent point. Ainsi quand un enfant désire quelque chose qu’il voit et qu’on veut lui donner, il vaut mieux porter l’enfant à l’objet, que d’apporter l’objet à l’enfant : il tire de cette pratique une conclusion qui est de son âge, et il n’y a point d’autre moyen de la lui suggérer.
L’abbé de Saint-Pierre appelait les hommes de grands enfants ; on pourrait appeler réciproquement les enfants de petits hommes. Ces propositions ont leur vérité comme sentences ; comme principes, elles ont besoin d’éclaircissement. Mais quand Hobbes appelait le méchant un enfant robuste, il disait une chose absolument contradictoire. Toute méchanceté vient de faiblesse ; l’enfant n’est méchant que parce qu’il est faible ; rendez-le fort, il sera bon : celui qui pourrait tout ne ferait jamais de mal. De tous les attributs de la Divinité toute-puissante, la bonté est celui sans lequel on la peut le moins concevoir. Tous les peuples qui ont reconnu deux principes ont toujours regardé le mauvais comme inférieur au bon ; sans quoi ils auraient fait une supposition absurde. Voyez ci-après la Profession de foi du Vicaire savoyard.
La raison seule nous apprend à connaître le bien et le mal. La conscience qui nous fait aimer l’un et haïr l’autre, quoique indépendante de la raison, ne peut donc se développer sans elle. Avant l’âge de raison, nous faisons le bien et le mal sans le connaître ; et il n’y a point de moralité dans nos actions, quoiqu’il y en ait quelquefois dans le sentiment des actions d’autrui qui ont rapport à nous. Un enfant veut déranger tout ce qu’il voit : il casse, il brise tout ce qu’il peut atteindre ; il empoigne un oiseau comme il empoignerait une pierre, et l’étouffe sans savoir ce qu’il fait.
Pourquoi cela ? D’abord la philosophie en va rendre raison par des vices naturels : l’orgueil, l’esprit de domination, l’amour-propre, la méchanceté de l’homme ; le sentiment de sa faiblesse, pourra-t-elle ajouter, rend l’enfant avide de faire des actes de force, et de se prouver à lui-même son propre pouvoir. Mais voyez ce vieillard infirme et cassé, ramené par le cercle de la vie humaine à la faiblesse de l’enfance : non seulement il reste immobile et paisible, il veut encore que tout y reste autour de lui ; le moindre changement le trouble et l’inquiète, il voudrait voir régner un calme universel. Comment la même impuissance jointe aux mêmes passions produirait-elle des effets si différents dans les deux âges, si la cause primitive n’était changée ? Et où peut-on chercher cette diversité de causes, si ce n’est dans l’état physique des deux individus ? Le principe actif, commun à tous deux, se développe dans l’un et s’éteint dans l’autre ; l’un se forme, et l’autre se détruit ; l’un tend à la vie, et l’autre à la mort. L’activité défaillante se concentre dans le coeur du vieillard ; dans celui de l’enfant, elle est surabondante et s’étend au dehors ; il se sent, pour ainsi dire, assez de vie pour animer tout ce qu’il l’environne. Qu’il fasse ou qu’il défasse, il n’importe ; il suffit qu’il change l’état des choses, et tout changement est une action. Que s’il semble avoir plus de penchant à détruire, ce n’est point par méchanceté, c’est que l’action qui forme est toujours lente, et que celle qui détruit, étant plus rapide, convient mieux à sa vivacité.
En même temps que l’Auteur de la nature donne aux enfants ce principe actif, il prend soin qu’il soit peu nuisible, en leur laissant peu de force pour s’y livrer. Mais sitôt qu’ils peuvent considérer les gens qui les environnent comme des instruments qu’il dépend d’eux de faire agir, ils s’en servent pour suivre leur penchant et suppléer à leur propre faiblesse. Voilà comment ils deviennent incommodes, tyrans, impérieux, méchants, indomptables ; progrès qui ne vient pas d’un esprit naturel de domination, mais qui le leur donne ; car il ne faut pas une longue expérience pour sentir combien il est agréable d’agir par les mains d’autrui, et de n’avoir besoin que de remuer la langue pour faire mouvoir l’univers.
En grandissant, on acquiert des forces, on devient moins inquiet, moins remuant, on se renferme davantage en soi-même. L’âme et le corps se mettent, pour ainsi dire, en équilibre, et la nature ne nous demande plus que le mouvement nécessaire à notre conservation. Mais le désir de commander ne s’éteint pas avec le besoin qui l’a fait naître ; l’empire éveille et flatte l’amour-propre, et l’habitude le fortifie : ainsi succède la fantaisie au besoin, ainsi prennent leurs premières racines les préjugés de l’opinion.
Le principe une fois connu, nous voyons clairement le point où l’on quitte la route de la nature ; voyons ce qu’il faut faire pour s’y maintenir.
Loin d’avoir des forces superflues, les enfants n’en ont pas même de suffisantes pour tout ce que leur demande la nature ; il faut donc leur laisser l’usage de toutes celles qu’elle leur donne et dont ils ne sauraient abuser. Première maxime.
Il faut les aider et suppléer à ce qui leur manque, soit en intelligence, soit en force, dans tout ce qui est du besoin physique. Deuxième maxime.
Il faut, dans le secours qu’on leur donne, se borner uniquement à l’utile réel, sans rien accorder à la fantaisie ou au désir sans raison ; car la fantaisie ne les tourmentera point quand on ne l’aura pas fait naître, attendu qu’elle n’est pas de la nature. Troisième maxime.
Il faut étudier avec soin leur langage et leurs signes, afin que, dans un âge où ils ne savent point dissimuler, on distingue dans leurs désirs ce qui vient immédiatement de la nature et ce qui vient de l’opinion. Quatrième maxime.
L’esprit de ces règles est d’accorder aux enfants plus de liberté véritable et moins d’empire, de leur laisser plus faire par eux-mêmes et moins exiger d’autrui. Ainsi s’accoutumant de bonne heure à borner leurs désirs à leurs forces, ils sentiront peu la privation de ce qui ne sera pas en leur pouvoir.
Voilà donc une raison nouvelle et très importante pour laisser les corps et les membres des enfants absolument libres avec la seule précaution de les éloigner du danger des chutes, et d’écarter de leurs mains tout ce qui peut les blesser.
Infailliblement un enfant dont le corps et les bras sont libres pleurera moins qu’un enfant embandé dans un maillot. Celui qui ne connaît que les besoins physiques ne pleure que quand il souffre, et c’est un très grand avantage ; car alors on sait à point nommé quand il a besoin de secours, et l’on ne doit pas tarder un moment à le lui donner, s’il est possible. Mais si vous ne pouvez le soulager, restez tranquille, sans le flatter pour l’apaiser ; vos caresses ne guériront pas sa colique. Cependant il se souviendra de ce qu’il faut faire pour être flatté ; et s’il sait une fois vous occuper de lui à sa volonté, le voilà devenu votre maître : tout est perdu.
Moins contrariés dans leurs mouvements, les enfants pleureront moins ; moins importuné de leurs pleurs, on se tourmentera moins pour les faire taire ; menacés ou flattés moins souvent, ils seront moins craintifs ou moins opiniâtres, et resteront mieux dans leur état naturel. C’est moins en laissant pleurer les enfants qu’en s’empressant pour les apaiser, qu’on leur fait gagner des descentes ; et ma preuve est que les enfants les plus négligés y sont bien moins sujets que les autres. Je suis fort éloigné de vouloir pour cela qu’on les néglige ; au contraire, il importe qu’on les prévienne, et qu’on ne se laisse pas avertir de leurs besoins par leurs cris. Mais je ne veux pas non plus que les soins qu’on leur rend soient mal entendus. Pourquoi se feraient-ils faute de pleurer dès qu’ils voient que leurs pleurs sont bons à tant de choses ? Instruits du prix qu’on met à leur silence, ils se gardent bien de le prodiguer. Ils le font à la fin tellement valoir qu’on ne peut plus le payer ; et c’est alors qu’à force de pleurer sans succès ils s’efforcent, s’épuisent, et se tuent.
When a child stretches out his hand with effort without saying a word, he believes he is reaching the object because he does not realize its distance; he is mistaken. But when he cries and complains while stretching out his hand, then he no longer misjudges the distance—he is commanding the object to come closer, or ordering you to bring it to him. In the first case, take him slowly and step by step towards the object; in the second case, do not even pretend to hear him—the more he cries, the less you should pay attention. It is important to accustom him from an early age not to command either humans, since he is not their master, nor things, for they cannot hear him. Thus, when a child desires something he sees and you wish to give it to him, it is better to take the child towards the object than to bring the object to the child. From this practice, he will draw a conclusion that is appropriate for his age, and there is no other way to convey this idea to him.
The abbot of Saint-Pierre called men “big children”; one could likewise call children “little men.” These statements possess their truth when regarded as sentences; but as principles, they require further clarification. However, when Hobbes referred to the wicked as a “robust child,” he was uttering something absolutely contradictory. All malice arises from weakness; a child is wicked only because it is weak. Make it strong, and it will become good—for one who could do anything would never do evil. Among all the attributes of the Almighty God, goodness is undoubtedly that without which He could not be conceived at all. All peoples who have recognized two fundamental principles have always regarded the evil as inferior to the good; otherwise, such an assumption would be utterly absurd. See below the Confession of the Savoyard Vicar.
Reason alone teaches us to recognize what is good and what is evil. The conscience that makes us love one and hate the other, although independent of reason, cannot therefore develop without it. Before reaching the age of reason, we perform good and evil acts without understanding them; and there is no morality in our actions, although sometimes there is a sense of morality when we observe the effects of others’ actions on ourselves. A child wants to disrupt everything he sees: he breaks and shatters whatever he can reach; he grabs a bird just as he would grab a stone, and smothers it without knowing what he is doing.
Why is this so? Firstly, philosophy can provide an explanation for this through inherent human vices: pride, a desire for domination, self-love, and the malice inherent in man. Moreover, the awareness of one’s own weakness, it could be argued, drives children to seek to engage in acts of strength and to prove their own power to themselves. But consider that infirm old man, reduced by the cycle of human life to the weakness of a child: not only does he remain motionless and calm, but he also desires that everything around him remain unchanged; even the slightest change disturbs and worries him—he would prefer universal tranquility. How could the same inability, combined with the same passions, produce such different effects at these two stages of life, if the underlying causes were not different? And where else can we seek this diversity of causes, if not in the physical state of the two individuals? The active principle, common to both, develops in one and dies out in the other; one is shaped, while the other is destroyed; one strives toward life, while the other toward death. In the old man, this weakened vitality converges in his heart; in the child, it is abundant and extends outward—he feels, so to speak, that he possesses enough life to animate everything around him. Whether he creates or destroys, it matters little; as long as he brings about change, any action is meaningful. If it appears that he has a greater tendency to destroy, it is not out of malice, but because the act of creation is always slow, while the act of destruction, being quicker, better suits his impatience.
At the very same time that the Author of Nature bestows upon children this active principle, He ensures that it is far less harmful by granting them only limited power to wield it. But as soon as they begin to regard those around them as instruments whose action depends on their own will, they use these instruments to indulge their own inclinations and compensate for their own weaknesses. This is how they become troublesome, tyrannical, imperious, evil, and unyielding—a development that does not arise from an inherent desire to dominate, but rather gives them such a desire; for it takes little experience to realize how delightful it is to let others do one’s bidding, to need merely the power of speech in order to move the entire universe.
As one grows up, one acquires greater strength; one becomes less anxious, less restless, and tends to withdraw more into oneself. The soul and the body, so to speak, reach a state of balance, and nature demands of us only the movement necessary for our survival. However, the desire to command does not die out with the need that gave it birth; power stimulates and flatters one’s self-esteem, and habit strengthens it further. Thus, fantasy replaces necessity, and the prejudices of public opinion begin to take root.
Once this principle is understood, we can clearly see where we deviate from the path laid down by nature; let us consider what needs to be done in order to remain on that path.
Far from possessing any excess strength, children do not even have enough to accomplish all that nature demands of them; therefore, it is necessary to allow them to use whatever strength nature has granted them, since they would not know how to abuse it. First principle.
We must help them and compensate for what they lack—whether it be in intelligence or strength, in all matters relating to physical needs. Second maxim.
In the assistance we provide to them, we must limit ourselves solely to what is truly useful, without giving any room to fantasy or unfounded desires; for fantasy will not torment them if it is not allowed to arise in the first place, since it is not inherent in their nature. Third maxim.
It is necessary to carefully study their language and gestures, so that at an age when they are yet unable to conceal anything, one can distinguish in their desires what arises directly from nature and what stems from opinion. Fourth maxim.
The purpose of these rules is to grant children more genuine freedom and less control; to allow them to do more things on their own and to demand less from others. In this way, by getting used from an early age to limiting their desires according to their abilities, they will feel little regret over what is beyond their reach.
Here, then, is a new and very important reason for keeping children’s bodies and limbs completely free, with the only precaution being to keep them away from the danger of falls and to remove from their reach anything that could hurt them.
Invariably, a child whose body and arms are free will cry less than one who is bound in a restraint. One who knows only of physical needs will cry only when in pain—and that is a great advantage; for then it is clear when help is needed, and such help must be given without delay, if possible. But if you cannot relieve his suffering, remain calm and do not try to soothe him with flattery; your caresses will not cure his colic. Nevertheless, he will learn what it takes to please you; and once he knows how to make you attend to him at his will, then he has become your master—and everything is lost.
When children’s movements are less hindered, they will cry less; when their cries are less bothersome to others, people will make fewer efforts to silence them. If they are less frequently threatened or flattered, they will be less fearful or stubborn and will remain more in their natural state. It is not by allowing children to cry that we help them develop these qualities, but rather by rushing to calm them down. My evidence is that the most neglected children are far less prone to such behavior than others. I am in no way advocating neglect; on the contrary, it is important to attend to their needs before they even have to cry out for help. However, I also do not want the care we give them to be misunderstood. Why should they refrain from crying when they see that their tears can achieve so much? Knowing how highly valued their silence is, they will naturally refrain from using it recklessly. Eventually, they may come to cry so much and so persistently that it proves futile—leading to exhaustion and even harm.
Quando un bambino tende la mano con sforzo senza dire nulla, crede di poter raggiungere l’oggetto perché non ne valuta la distanza; si sbaglia. Ma quando si lamenta e grida mentre tende la mano, allora non si inganna più riguardo alla distanza: ordina all’oggetto di avvicinarsi o a voi di portarglielo. Nel primo caso, portatelo verso l’oggetto lentamente e passo dopo passo; nel secondo caso, non fingete nemmeno di ascoltarlo: più griderà, meno dovreste prestargli attenzione. È importante abituarlo fin da piccolo a non comandare né agli uomini – poiché non ne è il padrone – né alle cose, poiché queste non lo ascoltano. Quindi, quando un bambino desidera qualcosa che vede e che vogliamo dargli, è meglio portarlo verso l’oggetto, piuttosto che portare l’oggetto verso di lui: da questa pratica trarrà una conclusione adatta alla sua età, e non esiste altro modo per suggerirgliela.
L’abate di Saint-Pierre definiva gli uomini “grandi bambini”; si potrebbe dire, a sua volta, che i bambini siano “piccoli uomini”. Queste affermazioni hanno il loro valore come proposizioni; come principi, tuttavia, richiedono spiegazioni più approfondite. Ma quando Hobbes definiva il malvagio un “bambino robusto”, diceva qualcosa di assolutamente contraddittorio: ogni forma di malvagità deriva dalla debolezza; un bambino è malvagio perché è debole; rendetelo forte e diventerà buono: colui che potrebbe fare qualsiasi cosa non farebbe mai del male. Tra tutti gli attributi della Divinità onnipotente, la bontà è sicuramente quello senza il quale essa sarebbe impossibile da concepire. Tutti i popoli che hanno riconosciuto due principi fondamentali hanno sempre considerato il male inferiore al bene; altrimenti avrebbero fatto un’ipotesi assurda. Si veda, a tal proposito, la Professione di fede del Vescovo Savoiardo.
Solo la ragione ci insegna a conoscere il bene e il male. La coscienza, che ci spinge ad amare l’uno e ad odiare l’altro, sebbene indipendente dalla ragione, non può quindi svilupparsi senza di essa. Prima dell’età della ragione, compiamo atti buoni e cattivi senza conoscerne il significato; e nelle nostre azioni non vi è alcuna moralità, anche se a volte ne esiste nel sentimento che proviamo riguardo alle azioni altrui che ci riguardano. Un bambino vuole distruggere tutto ciò che vede: rompe, frantuma qualsiasi cosa riesca ad raggiungere; afferra un uccello come se fosse una pietra e lo soffoca senza nemmeno rendersene conto.
Perché? In primo luogo, la filosofia può spiegarlo attraverso dei vizi naturali: l’orgoglio, lo spirito di dominio, l’amor proprio, la malvagità umana; inoltre, il senso della propria debolezza, si potrebbe aggiungere, spinge il bambino ad avere desiderio di compiere atti di forza e di dimostrare a se stesso il proprio potere. Ma guardate quel vecchio infermo e indebolito, ridotto dalla circolazione della vita umana alla debolezza dell’infanzia: non solo rimane immobile e tranquillo, ma desidera anche che tutto intorno a lui rimanga immutato; il minimo cambiamento lo disturba e lo preoccupa; vorrebbe che regnasse una calma universale. Come potrebbe la stessa impotenza, unita alle stesse passioni, produrre effetti così diversi nelle due età, se non perché la causa originale è cambiata? E dove si può cercare questa diversità di cause, se non nello stato fisico dei due individui? Il principio attivo, comune a entrambi, si sviluppa in uno e si estingue nell’altro; uno tende alla vita, l’altro verso la morte. L’attività debole si concentra nel cuore del vecchio; in quello del bambino, invece, è abbondante e si estende all’esterno; il bambino si sente, per così dire, dotato di abbastanza vita da animare tutto ciò che lo circonda. Che faccia o che distrugga, non importa; basta che cambi lo stato delle cose, e ogni cambiamento è un’azione. Anche se sembra avere una maggiore tendenza a distruggere, non è per malvagità, ma perché l’azione che crea è sempre lenta, mentre quella che distrugge, essendo più rapida, si adatta meglio alla sua vivacità.
Nello stesso momento in cui il Creatore della natura dona ai bambini questo principio attivo, fa in modo che esso sia poco dannoso, lasciandoli con poche forze per potervi dedicarsi completamente. Ma non appena sono in grado di considerare le persone che li circondano come strumenti il cui funzionamento dipende da loro, ne fanno uso per seguire i propri desideri e compensare la propria debolezza. Ed è così che diventano scomodi, tiranni, prepotenti, cattivi, indomabili. Un progresso che non deriva da un istinto naturale di dominio, ma che glielo conferisce; infatti non occorre molta esperienza per rendersi conto di quanto sia piacevole agire attraverso le mani altrui e di come basti semplicemente muovere la lingua per far muovere l’universo intero.
Con l’età che avanza, si acquisiscono forze fisiche; ci si rende meno inquieti, meno irrequieti, e ci si ritira maggiormente in se stessi. L’anima e il corpo, per così dire, raggiungono un equilibrio, e la natura non ci richiede più che il movimento necessario alla nostra sopravvivenza. Tuttavia, il desiderio di comandare non si estingue insieme al bisogno che lo ha generato; l’impero stimola e lusinga l’amor proprio, e l’abitudine lo rafforza: così, al posto del bisogno, sorge la fantasia, e così prendono le loro prime radici i pregiudizi dell’opinione pubblica.
Una volta conosciuto questo principio, vediamo chiaramente il punto in cui ci allontaniamo dal percorso naturale; scopriamo quindi cosa dobbiamo fare per rimanervi fedeli.
Lontano dall’avere forze in eccesso, i bambini non ne possiedono nemmeno a sufficienza per fare fronte a tutto ciò che la natura richiede da loro; è quindi necessario permettergli di utilizzare tutte le forze che la natura stessa gli ha donato, e dalle quali non saprebbero mai abusare. Prima massima.
È necessario aiutarli e compensare ciò che loro manca, sia in termini di intelligenza che di forza, in tutto ciò che riguarda i bisogni fisici. Seconda massima.
Nell’aiuto che si fornisce loro, bisogna limitarsi esclusivamente al reale utile, senza concedere nulla alla fantasia o a desideri senza motivo; poiché la fantasia non li tormenterà se non viene alimentata, dato che non fa parte della natura umana. Terza massima.
È necessario studiare con attenzione il loro linguaggio e i loro segni, affinché, in un’età in cui non sanno ancora nascondere le proprie intenzioni, si possa distinguere nei loro desideri ciò che deriva direttamente dalla natura da ciò che proviene dall’opinione altrui. Quarta massima.
Lo scopo di queste regole è quello di concedere ai bambini più libertà vera e meno autorità, permettendo loro di fare di più con le proprie forze e richiedendo di meno dagli altri. In questo modo, abituandosi fin da piccoli a limitare i propri desideri alle proprie possibilità, percepiranno molto meno la privazione di ciò che non è in loro potere ottenere.
Ecco quindi una ragione nuova e molto importante per lasciare i corpi e gli arti dei bambini completamente liberi, con l’unica precauzione di allontanarli dai pericoli legati alle cadute e di togliere dalle loro mani tutto ciò che potrebbe ferirli.
In modo ineluttabile, un bambino il cui corpo e le cui braccia sono liberi piangerà meno di un bambino avvolto in una tutina. Chi conosce soltanto i bisogni fisici piange solo quando soffre, e questo rappresenta un grande vantaggio; perché in tal caso si sa esattamente quando ha bisogno di aiuto, e non si deve indugiare nemmeno un istante nel fornirglielo, se possibile. Ma se non siete in grado di alleviare il suo dolore, rimanete calmi, senza cercare di consolarlo con parole dolci; i vostri gesti affettuosi non guariranno la sua colica. Tuttavia, il bambino imparerà a ricordare cosa è necessario fare per essere coccolato; e se una volta scopre che potete occuparvi di lui secondo i suoi desideri, allora diventerà il vostro padrone, e tutto sarà perduto.
Se i movimenti dei bambini fossero meno ostacolati, piangerebbero di meno; se non fossimo così disturbati dai loro pianti, ci angoscieremmo meno nel tentativo di farli tacere; se venissero minacciati o lusingati con minor frequenza, sarebbero meno timidi o testardi e rimarrebbero più nella loro natura originale. È proprio evitando di farli piangere che si riesce a farli “scendere” dal loro stato di eccitazione; la mia prova è che i bambini più trascurati sono molto meno soggetti a questi stati emotivi rispetto agli altri. Non intendo affatto che vengano trascurati; al contrario, è importante prevenirne le esigenze e non aspettare che siano loro stessi a farci sapere dei loro bisogni attraverso i loro pianti. Tuttavia, non voglio nemmeno che gli sforzi fatti per prendersi cura di loro vengano fraintesi. Perché dovrebbero smettere di piangere non appena vedono che i loro pianti servono a tanto? Consapevoli del valore attribuito al loro silenzio, si asterranno sicuramente dal prodigarlo. Alla fine, faranno sì che quel silenzio abbia un tale valore da diventare insostituibile; ed è allora, piangendo invano, che si sforzano troppo, si esauriscono e, a volte muoiono.
Les longs pleurs d’un enfant qui n’est ni lié ni malade, et qu’on ne laisse manquer de rien, ne sont que des pleurs d’habitude et d’obstination. Ils ne sont point l’ouvrage de la nature, mais de la nourrice, qui, pour n’en savoir endurer l’importunité, la multiplie, sans songer qu’en faisant taire l’enfant aujourd’hui on l’excite à pleurer demain davantage.
Le seul moyen de guérir ou de prévenir cette habitude est de n’y faire aucune attention. Personne n’aime à prendre une peine inutile, pas même les enfants. Ils sont obstinés dans leurs tentatives ; mais si vous avez plus de constance qu’eux d’opiniâtreté, ils se rebutent et n’y reviennent plus. C’est ainsi qu’on leur épargne des pleurs et qu’on les accoutume à n’en verser que quand la douleur les y force.
Au reste, quand ils pleurent par fantaisie ou par obstination, un moyen sûr pour les empêcher de continuer est de les distraire par quelque objet agréable et frappant qui leur fasse oublier qu’ils voulaient pleurer. La plupart des nourrices excellent dans cet art, et, bien ménagé, il est très utile ; mais il est de la dernière importance que l’enfant n’aperçoive pas l’intention de le distraire, et qu’il s’amuse sans croire qu’on songe à lui : or voilà sur quoi toutes les nourrices sont maladroites.
On sèvre trop tôt tous les enfants. Le temps où l’on doit les sevrer est indiqué par l’éruption des dents, et cette éruption est communément pénible et douloureuse. Par un instinct machinal, l’enfant porte alors fréquemment à sa bouche tout ce qu’il tient, pour le mâcher. On pense faciliter l’opération en lui donnant pour hochet quelque corps dur, comme l’ivoire ou la dent de loup. Je crois qu’on se trompe. Ces corps durs, appliqués sur les gencives, loin de les ramollir, les rendent calleuses, les endurcissent, préparent un déchirement plus pénible et plus douloureux. Prenons toujours l’instinct pour exemple. On ne voit point les jeunes chiens exercer leurs dents naissantes sur des cailloux, sur du fer, sur des os, mais sur du bois, du cuir, des chiffons, des matières molles qui cèdent, et où la dent s’imprime.
On ne sait plus être simple en rien, pas même autour des enfants. Des grelots d’argent, d’or, du corail, des cristaux à facettes, des hochets de tout prix et de toute espèce : que d’apprêts inutiles et pernicieux ! Rien de tout cela. Point de grelots, point de hochets ; de petites branches d’arbre avec leurs fruits et leurs feuilles, une tête de pavot dans laquelle on entend sonner les graines, un bâton de réglisse qu’il peut sucer et mâcher, l’amuseront autant que ces magnifiques colifichets, et n’auront pas l’inconvénient de l’accoutumer au luxe dès sa naissance.
Il a été reconnu que la bouillie n’est pas une nourriture fort saine. Le lait cuit et la farine crue font beaucoup de saburre[313], et conviennent mal à notre estomac. Dans la bouillie, la farine est moins cuite que dans le pain, et de plus elle n’a pas fermenté ; la panade, la crème de riz me paraissent préférables. Si l’on veut absolument faire de la bouillie, il convient de griller un peu la farine auparavant. On fait dans mon pays, de la farine ainsi torréfiée, une soupe fort agréable et fort saine. Le bouillon de viande et le potage sont encore un médiocre aliment, dont il ne faut user que le moins qu’il est possible. Il importe que les enfants s’accoutument d’abord à mâcher ; c’est le vrai moyen de faciliter l’éruption des dents ; et quand ils commencent d’avaler, les sucs salivaires mêlés avec les aliments en facilitent la digestion.
Je leur ferais donc mâcher des fruits secs, des croûtes. Je leur donnerais pour jouet de petits bâtons de pain dur ou de biscuit semblable au pain de Piémont, qu’on appelle dans le pays des grisses. À force de ramollir ce pain, dans leur bouche, ils en avaleraient enfin quelque peu : leurs dents se trouveraient sorties, et ils se trouveraient sevrés presque avant qu’on s’en fût aperçu. Les paysans ont pour l’ordinaire l’estomac fort bon, et on ne les sèvre pas avec plus de façon que cela.
Les enfants entendent parler dès leur naissance ; on leur parle non seulement avant qu’ils comprennent ce qu’on leur dit, mais avant qu’ils puissent rendre les voix qu’ils entendent. Leur organe encore engourdi ne se prête que peu à peu aux imitations des sons qu’on leur dicte, et il n’est pas même assuré que ces sons se portent d’abord à leur oreille aussi distinctement qu’à la nôtre. Je ne désapprouve pas que la nourrice amuse l’enfant par des chants et des accents très gais et très variés ; mais je désapprouve qu’elle l’étourdisse incessamment d’une multitude de paroles inutiles auxquelles il ne comprend rien que le ton qu’elle y met. Je voudrais que les premières articulations qu’on lui fait entendre fussent rares, faciles, distinctes, souvent répétées et que les mots qu’elles expriment ne se rapportassent qu’à des objets sensibles qu’on pût d’abord montrer à l’enfant. La malheureuse facilité que nous avons à nous payer de mots que nous n’entendons point commence plus tôt qu’on ne pense. L’écolier écoute en classe le verbiage de son régent, comme il écoutait au maillot le babil de sa nourrice. Il me semble que ce serait l’instruire fort utilement que de l’élever à n’y rien comprendre.
Les réflexions naissent en foule quand on veut s’occuper de la formation du langage et des premiers discours des enfants. Quoi qu’on fasse, ils apprendront toujours à parler de la même manière, et toutes les spéculations philosophiques sont ici de la plus grande inutilité.
D’abord ils ont, pour ainsi dire, une grammaire de leur âge, dont la syntaxe a des règles plus générales que la nôtre ; et si l’on y faisait bien attention, l’on serait étonné de l’exactitude avec laquelle ils suivent certaines analogies, très vicieuses si l’on veut, mais très régulières, et qui ne sont choquantes que par leur dureté ou parce que l’usage ne les admet pas. Je viens d’entendre un pauvre enfant bien grondé par son père pour lui avoir dit : Mon père irai-je-t-y ? Or on voit que cet enfant, suivait mieux l’analogie que nos grammairiens car puisqu’on lui disait Vas-y, pourquoi n’aurait-il pas dit Irai-je-t-y ? Remarquez de plus avec quelle adresse il évitait l’hiatus de irai-je-y ou y irai-je ? Est-ce la faute du pauvre enfant si nous avons mal à propos ôté de la phrase cet adverbe déterminant y, parce que nous n’en savions que faire ? C’est une pédanterie insupportable et un soin des plus superflus de s’attacher à corriger dans les enfants toutes ces petites fautes contre l’usage, desquelles ils ne manquent jamais de se corriger d’eux-mêmes avec le temps. Parlez toujours correctement devant eux, faites qu’ils ne se plaisent avec personne autant qu’avec vous, et soyez sûrs qu’insensiblement leur langage s’épurera sur le vôtre sans que vous les ayez jamais repris.
Mais un abus de tout autre importance, et qu’il n’est pas moins aisé de prévenir, est qu’on se presse trop de les faire parler, comme si l’on avait peur qu’ils n’apprissent pas à parler d’eux-mêmes. Cet empressement indiscret produit un effet directement contraire à celui qu’on cherche. Ils en parlent plus tard, plus confusément : l’extrême attention qu’on donne à tout ce qu’ils disent les dispense de bien articuler ; et comme ils daignent à peine ouvrir la bouche, plusieurs d’entre eux en conservent toute leur vie un vice de prononciation et un parler confus qui les rend presque inintelligibles.
J’ai beaucoup vécu parmi les paysans, et n’en ai ouï jamais grasseyer aucun, ni homme, ni femme, ni fille, ni garçon. D’où vient cela ? Les organes des paysans sont-ils autrement construits que les nôtres ? Non, mais ils sont autrement exercés. Vis-à-vis de ma fenêtre est un tertre sur lequel se rassemblent, pour jouer, les enfants du lieu. Quoiqu’ils soient assez éloignés de moi, je distingue parfaitement tout ce qu’ils disent, et j’en tire souvent de bons mémoires pour cet écrit. Tous les jours mon oreille me trompe sur leur âge ; j’entends des voix d’enfants de dix ans ; je regarde, je vois la stature et les traits d’enfants de trois à quatre. Je ne borne pas à moi seul cette expérience ; les urbains qui me viennent voir, et que je consulte là-dessus, tombent tous dans la même erreur.
Ce qui la produit est que, jusqu’à cinq ou six ans, les enfants des villes, élevés dans la chambre et sous l’aile d’une gouvernante, n’ont besoin que de marmotter pour se faire entendre : sitôt qu’ils remuent les lèvres on prend peine à les écouter ; on leur dicte des mots qu’ils rendent mal, et, à force d’y faire attention, les mêmes gens étant sans cesse autour d’eux devinent ce qu’ils ont voulu dire, plutôt que ce qu’ils ont dit.
The prolonged tears of a child who is neither bound nor ill, and to whom nothing is denied, are merely the result of habit and stubbornness. They are not the work of nature, but of the nurse, who, in order to endure the child’s persistence, encourages such behavior—only to discover that by silencing the child today, one is actually provoking it to cry even more intensely tomorrow.
The only way to cure or prevent this habit is to pay no attention to it at all. No one likes to go through unnecessary trouble, not even children. They are persistent in their attempts; but if you are more determined than they are, they will give up and not try again. In this way, we can save them from crying and teach them to cry only when the pain forces them to.
Moreover, when they cry out of imagination or stubbornness, a sure way to stop them is to distract them with something pleasant and striking that makes them forget why they wanted to cry. Most nannies are excellent at this art, and when used properly, it is very useful; but it is of utmost importance that the child not notice any attempt to distract them, and that they enjoy themselves without realizing that someone is trying to entertain them—yet precisely in this regard, all nannies tend to be clumsy.
We wean all children too early. The appropriate time for weaning is indicated by the eruption of their teeth, and this process is usually painful and difficult. Out of a mechanical instinct, children frequently bring anything they hold to their mouths in order to chew on it. People think that giving them hard objects such as ivory or wolf’s teeth as teething toys will make the process easier. I believe they are mistaken. These hard objects, when applied to the gums, far from softening them, cause them to become rough and hardened, preparing the gums for an even more painful and difficult separation from the nipple. Let us always take instinct as a guide. We never see young dogs exercising their newborn teeth on stones, iron, or bones; instead, they use soft materials such as wood, leather, cloth—substances that yield under the pressure of their teeth, allowing them to form proper habits.
One no longer knows how to be simple in anything, not even around children. Silver bells, gold bells, coral, faceted crystals, rattles of every price and variety—what unnecessary and harmful trappings! None of this is needed. No bells, no rattles; instead, small branches with their fruits and leaves, a poppy head from which the seeds can be heard shaking, a stick of licorice that he can suck and chew—these will amuse him just as much as all those fancy ornaments, and they won’t have the drawback of habituating him to luxury from birth.
It has been recognized that porridge is not a particularly healthy food. Cooked milk and raw flour produce a lot of lye[313], and they are not suitable for our stomachs. In porridge, the flour is less cooked than in bread, and moreover it has not undergone fermentation; gruel and rice pudding seem to be preferable alternatives. If one insists on making porridge, it is advisable to toast the flour beforehand. In my country, we use such toasted flour to make a very pleasant and healthy soup. Meat broth and stews are still poor-quality foods, and their consumption should be minimized as much as possible. It is important that children first get used to chewing properly; this is the true way to facilitate the growth of teeth. And once they begin to swallow, the saliva mixed with the food helps to digest it more easily.
I would therefore have them chew on dried fruits and crusts. I would give them small sticks of hard bread or biscuits similar to Piedmontese bread, which are called “grises” in that region. By constantly softening this bread in their mouths, they would eventually end up swallowing some of it: their teeth would become exposed, and they would be weaned almost before anyone even noticed. Farmers generally have very strong stomachs, and there is no more effective way to wean them than this.
Children begin to hear speech from the moment they are born; they are spoken to not only before they understand what is being said, but even before they are able to reproduce the sounds they hear. Their still-undeveloped organs gradually become capable of imitating these sounds, but it is not even certain that these sounds reach their ears as clearly as they do ours. I have no objection to a nurse entertaining a child with cheerful and varied songs and tones; however, I disapprove of her constantly bombarding the child with numerous meaningless words whose meaning he cannot grasp, except through the tone in which they are spoken. I would prefer that the first sounds a child hears be few in number, clear and easy to distinguish, and frequently repeated, and that the words they convey refer only to tangible objects that can be shown to the child at the same time. The unfortunate ease with which we tend to rely on words that we ourselves do not fully understand begins much earlier than one might imagine. In school, a child listens to the chatter of his teacher just as he would have listened to the babbling of his nurse when he was an infant. In my opinion, teaching a child to be completely oblivious to the meaning of what is being said would actually be a very useful form of education.
Numerous reflections arise when one attempts to examine the development of language and children’s initial speech patterns. No matter what is done, children will always learn to speak in the same way, and all philosophical speculations in this regard are utterly futile.
At first, they have, so to speak, a grammar appropriate to their age, whose syntax follows rules that are more general than ours; and if one pays close attention, one is amazed by the accuracy with which they adhere to certain analogies—very flawed perhaps, but nonetheless regular—and which seem shocking only because of their harshness or because usage does not permit them. I just heard a poor child being severely reprimanded by his father for saying, “Will my father go there?” Yet this child was actually following an analogy better than our grammarians would; since he was told to “go,” why shouldn’t he have said “I will go there”? Moreover, notice how skillfully he avoided the awkward hiatus in “will I-go there” or “y-i-will go there.” Is it really the fault of this poor child that we have carelessly removed this determiner adverb from the sentence, simply because we didn’t know what to do with it? Such pedantry is utterly intolerable, and it is a completely unnecessary effort to insist on correcting children for these minor errors against usage—errors they will inevitably correct on their own over time. Always speak correctly in front of them, encourage them to enjoy the company of no one more than yours, and be assured that gradually their language will become purer through your influence, without you ever having had to reprimand them.
But there is another abuse of far greater significance—and one that is just as easy to prevent—namely the excessive haste we put into forcing them to speak, as if we were afraid they would never learn to talk about themselves. This imprudent haste produces exactly the opposite effect of what we intend. They end up talking about themselves later on, but in a more confused manner: the extreme attention paid to everything they say prevents them from articulating clearly; and since they are barely willing to open their mouths at all, many of them retain poor pronunciation and unclear speech for the rest of their lives, making it almost impossible to understand them.
I have lived among peasants for a long time, and I have never heard any of them speak in a vulgar or coarse manner, whether men, women, girls, or boys. Where does this come from? Are the organs of peasants constructed differently from ours? No; it is simply that they use these organs in different ways. In front of my window, there is a mound where the local children gather to play. Although they are quite far away from me, I can hear everything they say perfectly, and often this provides me with useful material for my writings. Every day, my ears seem to misjudge their ages; I hear voices that sound like those of ten-year-old children, but upon looking, I see the stature and features of three- or four-year-olds. I am not the only one who experiences this; urban visitors who come to see me also make the same mistake.
What leads to this situation is that, until the age of five or six, children in cities, who are raised in their bedrooms and under the care of a nanny, only need to murmur slightly in order to be heard; as soon as they move their lips, it becomes difficult to understand them. People dictate words to them, but they mispronounce them. And because these same people are constantly around them, what ends up being understood is what they intended to say, rather than what they actually said.
I lunghi pianti di un bambino che non è né legato né malato, e a cui non manca nulla, non sono altro che il risultato dell’abitudine e della testardaggine. Non sono certo opera della natura, ma della nutrice, la quale, per non sopportarne l’insistenza, li ripete continuamente, senza rendersi conto che, zittendo il bambino oggi, lo si spinge a piangere ancora di più domani.
L’unico modo per guarire o prevenire questa abitudine è non darle alcuna importanza. Nessuno ama sforzarsi inutilmente, nemmeno i bambini. Sono ostinati nelle loro tentativi; ma se si ha più costanza di loro nella perseveranza, si finirà per farli desistere e far sì che non ci riprovino più. È così che si possono evitare loro le lacrime e si può abituarli a versarle soltanto quando il dolore lo richiede.
Del resto, quando piangono per fantasia o per ostinazione, un modo sicuro per impedir loro di continuare è distrarli con qualcosa di piacevole e significativo che li faccia dimenticare il motivo per cui volevano piangere. La maggior parte delle balie eccelle in quest’arte, e se utilizzata con abilità, è molto utile; tuttavia è di estrema importanza che il bambino non si accorga dell’intenzione di distrarlo e che si diverta senza pensare che ci si stia prendendo cura di lui: ed è proprio in questo che tutte le balie falliscono.
Si allontana troppo presto dal latte tutti i bambini. Il momento in cui è necessario farlo dipende dall’eruzione dei denti, e questa fase solitamente comporta disagio e dolore. Per un istinto meccanico, il bambino tende spesso a portare alla bocca qualsiasi cosa tenga in mano per masticarla. Si pensa di facilitare questo processo dando al bambino oggetti duri da mordicchiare, come l’avorio o i denti di lupo. Ma credo che ci si sbagli. Questi oggetti duri, applicati sulle gengive, invece di ammorbidirle, le rendono ruvide e indurite, preparandole a un dolore ancora più intenso quando arriverà il momento della separazione dal latte. Prendiamo sempre l’istinto come esempio: i cuccioli non usano mai i loro denti appena nati per mordere pietre, ferro o ossa, ma materie morbide che si piegano sotto la pressione dei denti, permettendo loro di formare gradualmente l’abitudine al masticio.
Non si sa più come essere semplici in nulla, nemmeno con i bambini. Campanellini d’argento, d’oro, di corallo, cristalli affilati, sonagli di ogni prezzo e di ogni tipo: quante cose inutili e dannose. Niente di tutto ciò. Nessun campanellino, nessun sonaglio; piccoli rami d’albero con i loro frutti e le loro foglie, una testa di papavero dalla quale si sentono tintinnare i semi, un bastoncino di liquirizia che può succhiare e masticare. Questi oggetti lo divertiranno tanto quanto quei bellissimi ornamenti, e non avranno il difetto di abituarlo al lusso fin dalla nascita.
È stato riconosciuto che la pappa non rappresenta un alimento particolarmente sano. Il latte cotto e la farina cruda producono molto grasso[313] e non sono adatti al nostro stomaco. Nella pappa, la farina è meno cotta rispetto al pane, inoltre non è stata fermentata; le panade e la crema di riso mi sembrano preferibili. Se si desidera comunque preparare della pappa, è opportuno tostare leggermente la farina prima. Nel mio paese, con questa farina tostata si prepara una zuppa molto gustosa e salutare. Il brodo di carne e i piatti di verdure rappresentano ancora alimenti scadenti, da consumare il meno possibile. È importante che i bambini si abituino innanzitutto a masticare; questo è il vero modo per facilitare la crescita dei denti; e quando iniziano ad ingoiare, i succhi salivari mescolati con il cibo ne agevolano la digestione.
Gli farei quindi masticare frutta secca, croste di pane. Gli darei in giocattolo piccoli bastoncini di pane duro o biscotti simili al pane piemontese, che nel paese vengono chiamati “grisses”. Con il tempo, ammorbidendo continuamente questi alimenti nella loro bocca, finirebbero per ingoiarne un po’. I loro denti verrebbero spinti fuori dalla mascella, e si troverebbero privi di cibo quasi prima che qualcuno se ne accorgesse. Di solito, i contadini hanno uno stomaco molto robusto. E non esiste modo più efficace per privarli del cibo.
I bambini iniziano ad ascoltare fin dalla loro nascita; si parla con loro non solo prima che possano capire ciò che viene detto, ma anche prima che siano in grado di riprodurre i suoni che sentono. Il loro organo vocale, ancora poco sviluppato, si adatta gradualmente all’imitazione dei suoni che gli vengono insegnati; inoltre, non è nemmeno certo che questi suoni arrivino alle loro orecchie con la stessa chiarezza con cui arrivano alle nostre. Non mi dispiace che la balia intrattenga il bambino con canzoni e intonazioni molto allegri e vari; tuttavia, non approvo che lo sommerga continuamente di parole inutili, di cui non comprende nulla se non il tono con cui vengono pronunciate. Vorrei che le prime parole che gli vengono fatte ascoltare fossero rare, chiare e ripetute spesso; inoltre, che i termini che esse esprimono si riferissero soltanto a oggetti sensibili che possano essere mostrati immediatamente al bambino. La sfortunata abitudine che abbiamo di accontentarci di parole che non comprendiamo affatto inizia molto prima di quanto si pensi. Lo scolaro, in classe, ascolta il discorso del suo insegnante esattamente come ascoltava i balbettii della sua balia quando era piccolo. Mi sembra che educarlo a non capire nulla di ciò che gli viene detto possa rivelarsi un metodo molto efficace per insegnargli qualcosa.
Le riflessioni si moltiplicano quando si cerca di comprendere il processo di formazione del linguaggio e i primi discorsi dei bambini. Qualunque cosa si faccia, loro impareranno comunque a parlare nello stesso modo; pertanto, tutte le speculazioni filosofiche in questo ambito risultano del tutto inutili.
Innanzitutto, hanno, per così dire, una “grammatica” adatta alla loro età; la sintassi di questa grammatica segue regole più generali delle nostre. Se ci si prestasse attenzione, si rimarrebbe sorpresi dall’accuratezza con cui questi bambini seguono certe analogie, che possono sembrare molto discutibili, ma in realtà sono molto regolari, e diventano solo offensive a causa della loro durezza o perché l’uso comune non le tollera. Ho appena sentito un povero bambino rimproverato aspramente dal padre per aver detto: “Mio padre, andrò io-lì?”. Ebbene, quel bambino seguiva quell’analogia meglio dei nostri grammatici: se gli si diceva “Vai”, perché non avrebbe dovuto dire “Andrò io-lì”? Notate anche con quale abilità evitava l’uso dell’articolo determinativo “io-lì”. È forse colpa di quel povero bambino il fatto che noi abbiamo eliminato in modo errato quell’articolo dalla frase, semplicemente perché non sapevamo come utilizzarlo? È una pedanteria insopportabile, e un’inutile attenzione a correggere nei bambini tutte queste piccole errori rispetto all’uso comune; in realtà, con il tempo, si correggono da soli. Parlate sempre correttamente davanti a loro, fate sì che non si divertano con nessun altro quanto con voi, e state certi che, gradualmente, il loro linguaggio si purificherà seguendo il vostro, senza che abbiate mai avuto bisogno di rimproverarli.
Ma un abuso di tutt’altra entità, e che non è meno facile da prevenire, consiste nel volerli spingere troppo a parlare, come se si temesse che non imparassero a parlare di sé stessi. Questa premura indiscreta produce un effetto esattamente contrario a quello che si desidera ottenere: loro ne parlano in seguito, in modo ancora più confuso; l’attenzione eccessiva che si dedica a tutto ciò che dicono li dispensa dal pronunciare chiaramente; e poiché a malapena si degnano di aprire bocca, molti di loro conservano per tutta la vita difetti di pronuncia e un modo di parlare confuso che rende quasi impossibile comprenderli.
Ho vissuto a lungo tra i contadini e non ho mai sentito nessuno di loro pronunciare parole volgari, né uomini, né donne, né ragazze, né ragazzi. Da dove deriva questo fenomeno? Gli organi dei contadini sono forse diversamente strutturati dai nostri? No, ma vengono utilizzati in modo diverso. Di fronte alla mia finestra c’è un terreno dove i bambini del posto si riuniscono per giocare; anche se sono piuttosto lontani da me, riesco a distinguere perfettamente tutto ciò che dicono, e spesso ne traggo utili informazioni per il mio scritto. Ogni giorno la mia udizione mi inganna riguardo alla loro età: sento voci di bambini di dieci anni, ma guardandoli vedo che hanno l’aspetto e i tratti tipici di bambini di tre o quattro anni. Non sono l’unico ad avere questa esperienza; anche gli abitanti della città che vengono a trovarmi e che ne discutono con me commettono tutti lo stesso errore.
Ciò che ne è la causa è che, fino ai cinque o sei anni, i bambini delle città, cresciuti in camera da letto e sotto la cura di una governante, hanno bisogno soltanto di mormorare per farsi sentire: non appena muovono le labbra, diventa difficile ascoltarli; loro vengono detti dei vocaboli che ripetono male, e, a forza di prestare attenzione, le stesse persone che sono costantemente intorno a loro finiscono per capire ciò che intendevano dire, piuttosto che ciò che hanno effettivamente pronunciato.
À la campagne, c’est tout autre chose. Une paysanne n’est pas sans cesse autour de son enfant ; il est forcé d’apprendre à dire très nettement et très haut ce qu’il a besoin de lui faire entendre. Aux champs, les enfants épars, éloignés du père, de la mère et des autres enfants, s’exercent à se faire entendre à distance, et à mesurer la force de la voix sur l’intervalle qui les sépare de ceux dont ils veulent être entendus. Voilà comment on apprend véritablement à prononcer, et non pas en bégayant quelques voyelles à l’oreille d’une gouvernante attentive. Aussi, quand on interroge l’enfant d’un paysan, la honte peut l’empêcher de répondre : mais ce qu’il dit, il le dit nettement ; au lieu qu’il faut que la bonne serve d’interprète à l’enfant de la ville ; sans quoi l’on n’entend rien à ce qu’il grommelle entre ses dents. [314]
En grandissant, les garçons devraient se corriger de ce défaut dans les collèges, et les filles dans les couvents ; en effet, les uns et les autres parlent en général plus distinctement que ceux qui ont été toujours élevés dans la maison paternelle. Mais ce qui les empêche d’acquérir jamais une prononciation aussi nette que celle des paysans, c’est la nécessité d’apprendre par coeur beaucoup de choses, et de réciter tout haut ce qu’ils ont appris ; car, en étudiant, ils s’habituent à barbouiller, à prononcer négligemment et mal ; en récitant, c’est pis encore ; ils recherchent leurs mots avec effort, ils traînent et allongent leurs syllabes ; il n’est pas possible que, quand la mémoire vacille, la langue ne balbutie aussi. Ainsi se contractent ou se conservent les vices de la prononciation. On verra ci-après que mon Émile n’aura pas ceux-là, ou du moins qu’il ne les aura pas contractés par les mêmes causes.
Je conviens que le peuple et les villageois tombent dans une autre extrémité, qu’ils parlent presque toujours plus haut qu’il ne faut, qu’en prononçant trop exactement, ils ont les articulations fortes et rudes, qu’ils ont trop d’accent, qu’ils choisissent mal leurs termes, etc.
Mais, premièrement, cette extrémité me paraît beaucoup moins vicieuse que l’autre, attendu que la première loi du discours étant de se faire entendre, la plus grande faute qu’on puisse faire est de parler sans être entendu. Se piquer de n’avoir point d’accent, c’est se piquer d’ôter aux phrases leur grâce et leur énergie. L’accent est l’âme du discours, il lui donne le sentiment et la vérité. L’accent ment moins que la parole ; c’est peut-être pour cela que les gens bien élevés le craignent tant. C’est de l’usage de tout dire sur le même ton qu’est venu celui de persifler les gens sans qu’ils le sentent. À l’accent proscrit succèdent des manières de prononcer ridicules, affectées, et sujettes à la mode, telles qu’on les remarque surtout dans les jeunes gens de la cour. Cette affectation de parole et de maintien est ce qui rend généralement l’abord du Français repoussant et désagréable aux autres nations. Au lieu de mettre de l’accent dans son parler, il y met de l’air. Ce n’est pas le moyen de prévenir en sa faveur.
Tous ces petits défauts de langage qu’on craint tant de laisser contracter aux enfants ne sont rien ; on les prévient ou on les corrige avec la plus grande facilité ; mais ceux qu’on leur fait contracter en rendant leur parler sourd, confus, timide, en critiquant incessamment leur ton, en épluchant tous leurs mots, ne se corrigent jamais. Un homme qui n’apprit à parler que dans les ruelles se fera mal entendre à la tête d’un bataillon, et n’en imposera guère au peuple dans une émeute. Enseignez premièrement aux enfants à parler aux hommes, ils sauront bien parler aux femmes quand il faudra.
Nourris à la campagne dans toute la rusticité champêtre, vos enfants y prendront une voix plus sonore ; ils n’y contracteront point le confus bégayement des enfants de la ville ; ils n’y contracteront pas non plus les expressions ni le ton du village, ou du moins ils les perdront aisément, lorsque le maître, vivant avec eux dès leur naissance, et y vivant de jour en jour plus exclusivement, préviendra ou effacera, par la correction de son langage, l’impression du langage des paysans. Émile parlera un français tout aussi pur que je peux le savoir, mais il le parlera plus distinctement, et l’articulera beaucoup mieux que moi.
L’enfant qui veut parler ne doit écouter que les mots qu’il peut entendre, ne dire que ceux qu’il peut articuler. Les efforts qu’il fait pour cela le portent à redoubler la même syllabe, comme pour s’exercer à la prononcer plus distinctement. Quand il commence à balbutier, ne vous tourmentez pas si fort à deviner ce qu’il dit. Prétendre être toujours écouté est encore une sorte d’empire, et l’enfant n’en doit exercer aucun. Qu’il vous suffise de pourvoir très attentivement au nécessaire ; c’est à lui de tâcher de vous faire entendre ce qui ne l’est pas. Bien moins encore faut-il se hâter d’exiger qu’il parle ; il saura bien parler de lui-même à mesure qu’il en sentira l’utilité.
On remarque, il est vrai, que ceux qui commencent à parler fort tard ne parlent jamais si distinctement que les autres ; mais ce n’est pas parce qu’ils ont parlé tard que l’organe reste embarrassé, c’est au contraire parce qu’ils sont nés avec un organe embarrassé qu’ils commencent tard à parler ; car, sans cela, pourquoi parleraient-ils plus tard que les autres ? Ont-ils moins l’occasion de parler ? et les y excite-t-on moins ? Au contraire, l’inquiétude que donne ce retard, aussitôt qu’on s’en aperçoit, fait qu’on se tourmente beaucoup plus à les faire balbutier que ceux qui ont articulé de meilleure heure ; et cet empressement mal entendu peut contribuer beaucoup à rendre confus leur parler, qu’avec moins de précipitation ils auraient eu le temps de perfectionner davantage.
Les enfants qu’on presse trop de parler n’ont le temps ni d’apprendre à bien prononcer, ni de bien concevoir ce qu’on leur fait dire : au lieu que, quand on les laisse aller d’eux-mêmes, ils s’exercent d’abord aux syllabes les plus faciles à prononcer ; et y joignant peu à peu quelque signification qu’on entend par leurs gestes, ils vous donnent leurs mots avant de recevoir les vôtres : cela fait qu’ils ne reçoivent ceux-ci qu’après les avoir entendus. N’étant point pressés de s’en servir, ils commencent par bien observer quel sens vous leur donnez ; et quand ils s’en sont assurés, ils les adoptent.
Le plus grand mal de la précipitation avec laquelle on fait parler les enfants avant l’âge, n’est pas que les premiers discours qu’on leur tient et les premiers mots qu’ils disent n’aient aucun sens pour eux, mais qu’ils aient un autre sens que le nôtre, sans que nous sachions nous en apercevoir ; en sorte que, paraissant nous répondre fort exactement, ils nous parlent sans nous entendre et sans que nous les entendions. C’est pour l’ordinaire à des pareilles équivoques qu’est due la surprise où nous jettent quelquefois leurs propos, auxquels nous prêtons des idées qu’ils n’y ont point jointes. Cette inattention de notre part au véritable sens que les mots ont pour les enfants, me paraît être la cause de leurs premières erreurs ; et ces erreurs, même après qu’ils en sont guéris, influent sur leur tour d’esprit pour le reste de leur vie. J’aurai plus d’une occasion dans la suite d’éclaircir ceci par des exemples.
Resserrez donc le plus qu’il est possible le vocabulaire de l’enfant. C’est un très grand inconvénient qu’il ait plus de mots que d’idées, et qu’il sache dire plus de choses qu’il n’en peut penser. Je crois qu’une des raisons pourquoi les paysans ont généralement l’esprit plus juste que les gens de la ville, est que leur dictionnaire est moins étendu. Ils ont peu d’idées, mais ils les comparent très bien.
Les premiers développements de l’enfance se font presque tous à la fois. L’enfant apprend à parler, à manger, à marcher à peu près dans le même temps. C’est ici proprement la première époque de sa vie. Auparavant il n’est rien de plus que ce qu’il était dans le sein de sa mère ; il n’a nul sentiment, nulle idée ; à peine a-t-il des sensations ; il ne sent pas même sa propre existence :
Vivit, et est vitae nescius ipse suae. [315]
Ovid. Trist. I. 3.
Fin du Livre Premier d’ÉMILE ou DE L’ÉDUCATION
Livre Second
C’est ici le second terme de la vie, et celui auquel proprement finit l’enfance ; car les mots infans et puer ne sont pas synonymes. Le premier est compris dans l’autre, et signifie qui ne peut parler : d’où vient que dans Valère Maxime on trouve puerum infantem[316]. Mais je continue à me servir de ce mot selon l’usage de notre langue, jusqu’à l’âge pour lequel elle a d’autres noms.
In the countryside, things are quite different. A peasant woman is not constantly around her child; as a result, the child is forced to learn to speak clearly and loudly in order to be heard. In the fields, where children are scattered and far from their parents and other siblings, they practice speaking over distance and learn to gauge the power of their voices based on the distance separating them from those they want to reach. This is how one truly learns to pronounce words properly—not by stammering a few vowels in front of an attentive governess. Therefore, when you question the child of a peasant, shame might prevent him from answering; but whatever he says, he says it clearly. In contrast, with city children, it often takes a nanny to act as an interpreter—otherwise, nothing can be understood from what they mutter under their breath. [314]
As they grow up, boys should correct this defect in colleges, and girls in convents; indeed, both generally speak more clearly than those who have been raised throughout their lives in their parents’ homes. But what prevents them from ever achieving a pronunciation as clear as that of peasants is the necessity of learning many things from the heart and of reciting aloud whatever they have learned. For when studying, they get used to speaking carelessly and indistinctly; and when reciting, it is even worse—they struggle to find their words, dragging out and prolonging their syllables. It is only natural that when their memory fails, their speech also stumbles. Thus, the defects in pronunciation are either acquired or perpetuated. As we will see later, my Émile will not have such defects, or at least he will not have acquired them for the same reasons.
I admit that the people and villagers tend to go to the other extreme; they almost always speak too loudly, and when they pronounce words too precisely, their enunciations become harsh and rough. They also have too strong accents and often choose their words poorly, and so on.
But, first and foremost, this extreme seems to me far less vicious than the other, since the primary purpose of speech is to be heard; therefore, the greatest mistake one can make is to speak without being heard. To pride oneself on having no accent is to deprive sentences of their grace and vitality. The accent is the soul of speech; it lends them sentiment and truth. An accent lies less than spoken words; perhaps for this reason well-bred people fear it so much. It has become customary to say everything in the same tone, which has also led to the practice of mocking others without them even realizing it. Where the traditional accent is discouraged, ridiculous, affected ways of pronouncing words emerge—trends that are particularly noticeable among young people at court. Such affectation in speech and demeanor is what generally makes the French way of speaking seem repulsive and unpleasant to other nations. Instead of giving emphasis to their speech through an accent, the French add an air of artificiality; and this is certainly not a strategy that will win them favor.
All those minor language flaws that we fear children might acquire are actually nothing; they can be easily prevented or corrected. However, those flaws that result from making their speech dull, confused, and timid—due to constant criticism of their tone or excessive scrutiny of their words—can never be fixed. A man who learned to speak only in the streets would have difficulty being heard even when leading a battalion, and would hardly be able to influence the crowd during an uprising. First and foremost, teach children how to speak to men; they will naturally know how to address women when the time comes.
Raised in the countryside, immersed in its rustic simplicity, your children will develop a clearer voice; they will not contract the confused stammering characteristic of city children, nor will they adopt the expressions or tone of village life. At least, they will easily shed such influences once their teacher, who lives with them from birth and increasingly devotedly throughout their upbringing, corrects and eliminates the influence of the peasants’ language through his own impeccable speech. Émile will speak French just as pure as I can imagine, but he will do so with greater clarity and better articulation than I could ever achieve.
A child who wants to speak should listen only to those words that he can hear and say only those words that he can articulate. The efforts he makes in this regard sometimes lead him to repeat the same syllable, as if practicing how to pronounce it more clearly. When he begins to stammer, do not strain too hard to guess what he is saying. Pretending to always be listened to is yet another form of power, and a child should not exert such power over others. It is enough for you to attend very carefully to his needs; it is up to him to try to make himself heard when that is necessary. Far less should you rush him into speaking; he will learn to speak about himself on his own when he sees the usefulness of doing so.
It is true that those who begin speaking very late never speak as clearly as others; but it is not because they started speaking late that their vocal organs remain undeveloped—it is precisely because they were born with such undeveloped organs that they begin speaking so late. Otherwise, why would they start speaking later than others? Do they have fewer opportunities to speak? Or is their desire to speak less stimulated? On the contrary, the anxiety caused by this delay, once it is noticed, makes people worry much more about helping them to articulate clearly than those who began speaking earlier. And this undue haste can greatly contribute to making their speech confused, when less urgency would have allowed them more time to refine their pronunciation.
Children who are forced to speak too much do not have the time either to learn how to pronounce words correctly or to truly understand what is being asked of them. In contrast, when left to speak on their own, they first practice pronouncing the simplest syllables; gradually, by associating these sounds with certain meanings conveyed through gestures, they begin to express themselves before even hearing what you want them to say. As a result, they only learn to use your words after actually hearing them. Since they are not rushed into using them, they take the time to carefully observe the meaning you intend to convey; and once they understand it, they adopt it for their own use.
The greatest harm of forcing children to speak before they are ready is not that the first words we address them with or the first things they say have no meaning for them, but rather that those words carry a different meaning from ours, without us even realizing it. As a result, although their responses seem to match what we say very accurately, they are actually speaking to us without understanding us, and we are listening to them without understanding them either. It is often these misunderstandings that cause us to be surprised by what children say, since we attribute to their words meanings that they never intended to convey. This lack of attention on our part to the true meaning that words have for children, in my view, is the root cause of their initial mistakes—and these mistakes, even after they learn from them, continue to influence their way of thinking for the rest of their lives. I will have many more opportunities to illustrate this point with examples later on.
Therefore, try to limit a child’s vocabulary as much as possible. It is a great disadvantage when a child has more words than ideas, and when he is able to say more things than he can actually think about. I believe one of the reasons why peasants generally have a clearer mind than city dwellers is that their “vocabulary” is more limited. They have few ideas, but they are able to compare them very effectively.
The earliest stages of a child’s development occur almost simultaneously. The child learns to speak, to eat, and to walk around the same time. This is truly the first period of their life. Before this, they are nothing more than what they were within their mother’s womb; they have no feelings, no ideas; they barely possess any sensations; they are not even aware of their own existence.
He lives, yet he is unaware of his own life. [315]
Ovid. Tristia I. 3.
End of Book One: ÉMILE, or ON EDUCATION
Book Two
This is the second stage of life, and it is precisely at this stage that childhood truly comes to an end; for the terms “infans” and “puer” are not synonymous. The former is included within the latter and means “one who cannot speak”; hence we find in Valerius Maximus the phrase “puerum infantem”. However, I continue to use this term according to the usage of our language, until the age at which it is replaced by other terms.
In campagna, le cose sono molto diverse. Una contadina non è sempre presente accanto al proprio figlio; quest’ultimo è costretto ad imparare a pronunciare chiaramente e ad alta voce ciò che ha bisogno di fargli sentire. Nei campi, i bambini, sparsi e lontani da genitori e altri coetanei, si esercitano a farsi sentire da lontano, imparando così a misurare la forza della propria voce in base alla distanza che li separa da coloro che vogliono raggiungere. È così che si impara davvero a pronunciare correttamente le parole, e non semplicemente balbettando alcune vocali all’orecchio di una governante attenta. Per questo motivo, quando si interroga un bambino contadino, la vergogna può impedirgli di rispondere; ma ciò che dice lo dice chiaramente. Al contrario, per un bambino di città, è necessaria una “interprete”, altrimenti non si capisce nulla di ciò che mormora tra i denti. [314]
Crescendo, i ragazzi dovrebbero correggersi di questo difetto nei collegi, e le ragazze nei conventi; infatti, sia gli uni che le altre parlano generalmente in modo più chiaro rispetto a coloro che sono stati sempre allevati nella casa paterna. Tuttavia, ciò che impedisce loro di acquisire una pronuncia così netta come quella dei contadini è la necessità di imparare molte cose a memoria e di recitare ad alta voce quanto hanno appreso; infatti, durante lo studio, si abituano a parlare in modo confuso, negligente e scorretto; quando recitano, la situazione peggiora ancora: cercano con sforzo le parole giuste, allungano e distorcono le sillabe; non è possibile che, quando la memoria vacilla, anche la lingua non balbetti. Ed è così che si sviluppano o si mantengono questi difetti nella pronuncia. Vedremo in seguito che il mio Émile non ne avrà, o almeno non li acquisirà per le stesse cause.
Concordo sul fatto che il popolo e i contadini tendano a esagerare in senso opposto: parlano quasi sempre troppo ad alta voce, pronunciano le parole in modo troppo chiaro e netto, con articolazioni forti e ruvide, hanno un accento eccessivo e scelgono male i termini da utilizzare, ecc.
Ma, innanzitutto, questa forma di espressione mi sembra molto meno dannosa dell’altra, poiché la prima regola del discorso è quella di farsi comprendere; quindi il più grande errore che si possa commettere è parlare senza essere ascoltati. Preoccuparsi troppo di non avere accento significa privare le frasi della loro grazia e della loro forza espressiva. L’accento è l’anima del discorso: gli conferisce sentimento e veridicità. L’accento mente meno delle parole; forse è proprio per questo che le persone ben educate lo temono tanto. È diventata abitudine dire tutto nello stesso tono, così come è diffusa l’abitudine di prendere in giro le persone senza che queste se ne accorgano. All’accento proibito sono subentrati modi di pronunciare ridicoli, affettati e soggetti alle mode, soprattutto tra i giovani della corte. Questa affectazione nel modo di parlare e di comportarsi è ciò che rende generalmente l’approccio dei francesi sgradevole e respingente per le altre nazioni. Invece di dare enfasi alle proprie parole con un accento distintivo, i francesi preferiscono aggiungere “aria” alle loro frasi. Ma questo non è certo il modo migliore per farsi apprezzare dagli altri.
Tutti questi piccoli difetti di linguaggio che si teme tanto possano insorgere nei bambini non sono nulla; si possono prevenire o correggere con estrema facilità. Ma quelli che vengono loro inculcati rendendo il loro modo di parlare confuso, timido, criticando incessantemente il loro tono e analizzando ogni singola parola, non si correggono mai. Un uomo che ha imparato a parlare solo per le strade delle baraccopoli avrà difficoltà a farsi capire anche al comando di un battaglione, e non riuscirà certo a imporsi sul popolo durante una sommossa. Insegnate prima di tutto ai bambini a parlare agli uomini; impareranno poi facilmente a parlare alle donne quando sarà il momento.
Cresciuti in campagna, nella massima semplicità rurale, i vostri figli acquisiranno una voce più chiara e sonora; non contrarranno mai quel balbettio confuso tipico dei bambini della città, né assumeranno le espressioni o il tono caratteristici del villaggio; almeno li perderanno facilmente, quando l’insegnante, che vivrà con loro fin dalla nascita e sempre più in modo esclusivo, preverà o cancellerà, attraverso la correzione del proprio linguaggio, qualsiasi traccia del linguaggio contadino. Émile parlerà un francese altrettanto puro di quanto io possa conoscere, ma lo parlerà in modo molto più chiaro e con una pronuncia molto migliore della mia.
Un bambino che vuole parlare deve ascoltare solo le parole che è in grado di comprendere e dire solo quelle che è in grado di articolare. Gli sforzi che compie in questo senso lo spingono a ripetere più volte la stessa sillaba, come se volesse esercitarsi a pronunciarla più chiaramente. Quando inizia a balbettare, non vi affannate troppo nel cercare di capire cosa sta dicendo. Pretendere di essere sempre ascoltati è ancora una forma di dominio, e un bambino non dovrebbe mai esercitarlo. Basta che voi vi occupiate con grande attenzione di ciò che è necessario; spetta a lui cercare di farvi capire ciò che non lo è. Meno ancora bisogna affrettarsi a chiedergli di parlare: imparerà da solo a farlo quando ne sentirà la necessità.
È vero che coloro che iniziano a parlare molto tardi non parlano mai con la stessa chiarezza degli altri; ma ciò non avviene perché il loro organo vocale sia “impacciato” a causa del ritardo nell’uso, bensì proprio perché sono nati con tale difficoltà che iniziano a parlare più tardi. Altrimenti, perché dovrebbero parlare dopo gli altri? Hanno forse meno occasioni di parlare? O qualcuno li incoraggia meno a farlo? Al contrario, l’ansia derivante da questo ritardo, non appena se ne rendono conto, li spinge ad avere molte più difficoltà nel pronunciare correttamente le parole rispetto a coloro che hanno iniziato a parlare prima; e questa fretta, se mal gestita, può contribuire notevolmente a rendere il loro modo di parlare confuso, quando invece con meno urgenza avrebbero avuto il tempo di perfezionarlo ulteriormente.
I bambini a cui si chiede di parlare troppo non hanno né il tempo di imparare a pronunciare correttamente, né quello di comprendere veramente ciò che viene loro chiesto di dire: invece, quando li si lascia fare da soli, prima esercitano le sillabe più facili da pronunciare; in seguito, aggiungendo gradualmente un significato basato sui loro gesti, riescono a comunicare prima di ricevere i vostri messaggi. Poiché non sono costretti ad usarli subito, hanno il tempo di osservare attentamente quale significato voi attribuite loro; e una volta ne si sono assicurati, lo adottano.
Il più grande danno derivante dall’affrettarsi a far parlare i bambini prima dell’età appropriata non consiste nel fatto che i primi discorsi che loro ascoltano e le prime parole che pronunciano non abbiano alcun senso per loro, ma nel fatto che questi discorsi e queste parole abbiano un significato diverso dal nostro, senza che noi ce ne rendiamo conto; di conseguenza, anche se sembrano rispondere in modo molto preciso alle nostre domande, in realtà non ci comprendono e nemmeno noi li comprendiamo. Spesso sono proprio queste ambiguità a causare la sorpresa che talvolta proviamo di fronte ai loro discorsi, ai quali attribuiamo idee che in realtà non vi sono contenute. Questa nostra mancanza di attenzione al vero significato delle parole per i bambini mi sembra essere la causa delle loro prime errori; e questi errori, anche dopo che ne sono venuti a conoscenza, influenzano il loro modo di pensare per il resto della loro vita. Avrò molte occasioni in seguito per chiarire questo punto con degli esempi.
Quindi è necessario restringere il più possibile il vocabolario di un bambino. È un grande svantaggio che abbia più parole che idee, e che sappia dire più cose di quante ne possa realmente pensare. Credo che una delle ragioni per cui i contadini hanno generalmente un modo di pensare più logico rispetto alle persone della città sia proprio perché il loro “dizionario” è meno ampio: hanno poche idee, ma le confrontano molto bene tra loro.
I primi sviluppi dell’infanzia avvengono quasi tutti contemporaneamente. Il bambino impara a parlare, a mangiare, a camminare più o meno nello stesso periodo. Questa è propriamente la prima fase della sua vita. Prima di allora, non è altro che ciò che era nel grembo di sua madre; non ha sentimenti, né idee; quasi non possiede sensazioni; non percepisce nemmeno la propria esistenza.
Vive, ma non è consapevole della propria vita. [315]
Ovidio, Tristezze, I, 3.
Fine del Primo Libro di Émile, o sull’Educazione.
Libro Secondo
Questo è il secondo stadio della vita, quello in cui propriamente finisce l’infanzia; infatti i termini “infans” e “puer” non sono sinonimi. Il primo è incluso nel secondo e significa colui che non è ancora in grado di parlare: da qui deriva l’espressione “puerum infantem” presente in Valerio Massimo[316]. Tuttavia continuerò a utilizzare questo termine secondo l’uso della nostra lingua, fino all’età in cui essa possiede altri nomi per indicare lo stesso stadio dello sviluppo.
Quand les enfants commencent à parler, ils pleurent moins. Ce progrès est naturel : un langage est substitué à l’autre. Sitôt qu’ils peuvent dire qu’ils souffrent avec des paroles, pourquoi le diraient-ils avec des cris, si ce n’est quand la douleur est trop vive pour que la parole puisse l’exprimer ? S’ils continuent alors à pleurer, c’est la faute des gens qui sont autour d’eux. Dès qu’une fois Émile aura dit, J’ai mal, il faudra des douleurs bien vives pour le forcer de pleurer.
Si l’enfant est délicat, sensible, que naturellement il se mette à crier pour rien, en rendant ces cris inutiles et sans effet, j’en taris bientôt la source. Tant qu’il pleure, je ne vais point à lui ; j’y cours sitôt qu’il s’est tu. Bientôt sa manière de m’appeler sera de se taire, ou tout au plus de jeter un seul cri. C’est par l’effet sensible des signes que les enfants jugent de leur sens, il n’y a point d’autre convention pour eux : quelque mal qu’un enfant se fasse, il est très rare qu’il pleure quand il est seul, à moins qu’il n’ait l’espoir d’être entendu.
S’il tombe, s’il se fait une bosse à la tête, s’il saigne du nez, s’il se coupe les doigts, au lieu de m’empresser autour de lui d’un air alarmé, je resterai tranquille, au moins pour un peu de temps. Le mal est fait, c’est une nécessité qu’il l’endure ; tout mon empressement ne servirait qu’à l’effrayer davantage et augmenter sa sensibilité. Au fond, c’est moins le coup que la crainte qui tourmente, quand on s’est blessé. Je lui épargnerai du moins cette dernière angoisse ; car très sûrement il jugera de son mal comme il verra que j’en juge : s’il me voit accourir avec inquiétude, le consoler, le plaindre, il s’estimera perdu ; s’il me voit garder mon sang-froid, il reprendra bientôt le sien, et croira le mal guéri quand il ne le sentira plus. C’est à cet âge qu’on prend les premières leçons de courage, et que, souffrant sans effroi de légères douleurs, on apprend par degrés à supporter les grandes.
Loin d’être attentif à éviter qu’Émile ne se blesse, je serais fort fâché qu’il ne se blessât jamais, et qu’il grandît sans connaître la douleur. Souffrir est la première chose qu’il doit apprendre, et celle qu’il aura le plus grand besoin de savoir. Il semble que les enfants ne soient petits et faibles que pour prendre ces importantes leçons sans danger. Si l’enfant tombe de son haut, il ne se cassera pas la jambe ; s’il se frappe avec un bâton, il ne se cassera pas le bras ; s’il saisit un fer tranchant, il ne serrera guère, et ne se coupera pas bien avant. Je ne sache pas qu’on ait jamais vu d’enfant en liberté se tuer, s’estropier, ni se faire un mal considérable, à moins qu’on ne l’ait indiscrètement exposé sur des lieux élevés, ou seul autour du feu, ou qu’on n’ait laissé des instruments dangereux à sa portée. Que dire de ces magasins de machines qu’on rassemble autour d’un enfant pour l’armer de toutes pièces contre la douleur, jusqu’à ce que, devenu grand, il reste à sa merci, sans courage et sans expérience, qu’il se croie mort à la première piqûre et s’évanouisse en voyant la première goutte de son sang ?
Notre manie enseignante et pédantesque est toujours d’apprendre aux enfants ce qu’ils apprendraient beaucoup mieux d’eux-mêmes, et d’oublier ce que nous aurions pu seuls leur enseigner. Y a-t-il rien de plus sot que la peine qu’on prend pour leur apprendre à marcher, comme si l’on en avait vu quelqu’un qui, par la négligence de sa nourrice, ne sût pas marcher étant grand ? Combien voit-on de gens au contraire marcher mal toute leur vie, parce qu’on leur a mal appris à marcher !
Émile n’aura ni bourrelets, ni paniers roulants, ni chariots, ni lisières ; ou du moins, dès qu’il commencera de savoir mettre un pied devant l’autre, on ne le soutiendra que sur les lieux pavés, et l’on ne fera qu’y passer en hâte[317]. Au lieu de le laisser croupir dans l’air usé d’une chambre, qu’on le mène journellement au milieu d’un pré. Là, qu’il coure, qu’il s’ébatte, qu’il tombe cent fois le jour, tant mieux : il en apprendra plus tôt à se relever. Le bien-être de la liberté rachète beaucoup de blessures. Mon élève aura souvent des contusions ; en revanche, il sera toujours gai. Si les vôtres en ont moins, ils sont toujours contrariés, toujours enchaînés, toujours tristes. Je doute que le profit soit de leur côté.
Un autre progrès rend aux enfants la plainte moins nécessaire : c’est celui de leurs forces. Pouvant plus par eux-mêmes, ils ont un besoin moins fréquent de recourir à autrui. Avec leur force se développe la connaissance qui les met en état de la diriger. C’est à ce second degré que commence proprement la vie de l’individu ; c’est alors qu’il prend la conscience de lui-même. La mémoire étend le sentiment de l’identité sur tous les moments de son existence ; il devient véritablement un, le même, et par conséquent déjà capable de bonheur ou de misère. Il importe donc de commencer à le considérer ici comme un être moral.
Quoiqu’on assigne à peu près le plus long terme de la vie humaine et les probabilités qu’on a d’approcher de ce terme à chaque âge, rien n’est plus incertain que la durée de la vie de chaque homme en particulier ; très peu parviennent à ce plus long terme. Les plus grands risques de la vie sont dans son commencement ; moins on a vécu, moins on doit espérer de vivre. Des enfants qui naissent, la moitié, tout au plus, parvient à l’adolescence ; et il est probable que votre élève n’atteindra pas l’âge d’homme.
Que faut-il donc penser de cette éducation barbare qui sacrifie le présent à un avenir incertain, qui charge un enfant de chaînes de toute espèce, et commence par le rendre misérable, pour lui préparer au loin je ne sais quel prétendu bonheur dont il est à croire qu’il ne jouira jamais ? Quand je supposerais cette éducation raisonnable dans son objet, comment voir sans indignation de pauvres infortunés soumis à un joug insupportable et condamnés à des travaux continuels comme des galériens, sans être assuré que tant de soins leur seront jamais utiles ! L’âge de la gaieté se passe au milieu des pleurs, des châtiments, des menaces, de l’esclavage. On tourmente le malheureux pour son bien ; et l’on ne voit pas la mort qu’on appelle, et qui va le saisir au milieu de ce triste appareil. Qui sait combien d’enfants périssent victimes de l’extravagante sagesse d’un père ou d’un maître ? Heureux d’échapper à sa cruauté, le seul avantage qu’ils tirent des maux qu’il leur a fait souffrir est de mourir sans regretter la vie, dont ils n’ont connu que les tourments.
Hommes, soyez humains, c’est votre premier devoir ; soyez-le pour tous les états, pour tous les âges, pour tout ce qui n’est pas étranger à l’homme. Quelle sagesse y a-t-il pour vous hors de l’humanité ? Aimez l’enfance ; favorisez ses jeux, ses plaisirs, son aimable instinct. Qui de vous n’a pas regretté quelquefois cet âge où le rire est toujours sur les lèvres, et où l’âme est toujours en paix ? Pourquoi voulez-vous ôter à ces petits innocents la jouissance d’un temps si court qui leur échappe, et d’un bien si précieux dont ils ne sauraient abuser ? Pourquoi voulez-vous remplir d’amertume et de douleurs ces premiers ans si rapides, qui ne reviendront pas plus pour eux qu’ils ne peuvent revenir pour vous ? Pères, savez-vous le moment où la mort attend vos enfants ? Ne vous préparez pas des regrets en leur ôtant le peu d’instants que la nature leur donne : aussitôt qu’ils peuvent sentir le plaisir d’être, faites qu’ils en jouissent ; faites qu’à quelque heure que Dieu les appelle, ils ne meurent point sans avoir goûté la vie.
Que de voix vont s’élever contre moi ! J’entends de loin les clameurs de cette fausse sagesse qui nous jette incessamment hors de nous, qui compte toujours le présent pour rien, et, poursuivant sans relâche un avenir qui fuit à mesure qu’on avance, à force de nous transporter où nous ne sommes pas, nous transporte où nous ne serons jamais.
When children begin to speak, they cry less. This progress is natural: one form of communication replaces another. Once they are able to express their pain in words, why would they continue to do so through crying, unless the pain is too intense for words to convey? If they still cry at that point, it is the fault of those around them. The moment Émile says, “I hurt,” only extremely severe pain could force him to cry again.
If a child is delicate and sensitive, and naturally begins to cry for no reason, making those cries useless and ineffective, I will soon put an end to it. As long as he is crying, I do not go to him; but the moment he stops, I rush to his side. Soon enough, his way of “calling” me will be to remain silent—or at most, to utter just one cry. It is through the tangible effects of these signals that children understand their meaning; there is no other system of communication for them. No matter how much harm a child may suffer, it is very rare for him to cry when he is alone, unless he hopes to be heard.
If he falls, if he gets a bump on his head, if his nose starts to bleed, if he cuts his finger, instead of rushing around him in an alarmed manner, I will remain calm—at least for a while. The harm has already been done; it is necessary for him to endure it. All my haste would only serve to frighten him further and increase his sensitivity. In truth, what really causes distress when one is injured is not so much the physical pain as the fear itself. At least I will spare him that last anguish. For quite certainly, he will judge the severity of his injury in the same way I will: if he sees me rushing over with concern, comforting him, sympathizing with him, he will think he is lost; but if he sees me remain calm, he will soon regain his composure himself and will believe that his injury has healed once he no longer feels any pain. It is at such an age that one begins to learn the first lessons of courage—by enduring minor pains without fear, one gradually learns how to cope with greater hardships.
Far from being concerned with preventing Émile from getting hurt, I would actually be very disappointed if he never experienced any pain at all and grew up without knowing what it is. Suffering is the first thing he must learn—and indeed, the thing he will need to know most. It seems that children are only small and weak in order to safely acquire these important lessons. If a child falls from a height, he won’t break his leg; if he hits himself with a stick, he won’t break his arm; if he picks up a sharp object, he won’t hold it tightly enough to hurt himself seriously. As far as I know, no child living in a normal environment has ever killed itself, injured itself severely, or suffered greatly—unless they were carelessly left in dangerous places, alone near a fire, or had access to harmful objects. And what about those stores full of machines that people gather around a child to “arm” him against pain, until, when he grows up, he is still at their mercy, without any courage or experience? He might think he’s dying at the first sting and pass out at the sight of just one drop of his own blood.
Our pedantic and didactic tendency is always to teach children things that they could learn much better on their own, while forgetting what we could have taught them ourselves. Is there anything more foolish than the effort we make to teach them how to walk, as if we had ever seen someone who, due to the negligence of their nurse, never learned to walk when they grew up? How many people, on the contrary, continue to walk poorly throughout their lives because they were taught the wrong way to do it!
Émile will not have any padding, rolling baskets, carts, or strollers; or at least, once he begins to learn how to walk, he will only be supported on paved surfaces, and we will move quickly along them[317]. Instead of letting him languish in the stale air of a room, take him out into a field every day. There, let him run, play, and fall hundreds of times—if that’s what happens, the better: he’ll learn to get up even faster. The joy of freedom can make many injuries worth it. My student will often get bruises; but in return, he will always be happy. If yours suffer fewer injuries, they are still constantly frustrated, chained, and sad. I doubt such a situation is truly beneficial for them.
Another advancement makes it less necessary for children to express their complaints: the development of their own abilities. Being able to do things on their own, they have less frequent need to rely on others. Along with their growing strength, their knowledge also expands, enabling them to use that strength effectively. It is at this second stage that an individual’s true life begins; it is then that they gain self-awareness. Memory allows them to extend their sense of identity to all moments of their existence; they truly become one and the same person, and thus capable of experiencing either happiness or suffering. Therefore, it is important to begin considering them at this point as moral beings.
Although we can roughly estimate the longest possible duration of human life and the likelihood of approaching this limit at each stage of life, nothing is more uncertain than the actual lifespan of any individual; very few people ever reach that maximum limit. The greatest risks in life lie at its beginning; the less one has lived, the less one can expect to live. Of all children born, at most half will reach adolescence; and it is quite likely that your student will not live to adulthood.
What is one to think of this barbaric form of education that sacrifices the present for an uncertain future, burdens a child with all sorts of chains, and first makes its victim miserable in order to prepare it, perhaps, for some so-called happiness of which it is unlikely the child will ever truly enjoy? Even if one were to assume that such education serves a reasonable purpose, how could one not feel indignation at seeing poor, unfortunate souls subjected to an unbearable yoke and forced to perform endless labor, like galley slaves, without any guarantee that all this suffering would ultimately be of any benefit to them! The years of childhood are spent amidst tears, punishments, threats, and slavery. The unfortunate child is tormented in what is supposed to be for his own good; yet no one seems to realize the approaching death that awaits him amidst all this misery. Who knows how many children perish as victims of the excessive “wisdom” of their parents or guardians? If they are fortunate enough to escape their cruelty, the only advantage they gain from the suffering they have endured is dying without any regrets for a life that consisted solely of pain and torment.
Men, be human; that is your first duty. Be human in all situations, at all ages, towards everything that is inherent to the human being. What wisdom can there be for you outside of humanity? Love childhood; encourage its games, its pleasures, and its innocent instincts. Who among you has not sometimes missed those years when laughter is always on the lips and the soul is at peace? Why would you deprive these little innocents of the joy of such a brief period of time that passes so quickly, and of such precious blessings from which they could never abuse? Why would you fill their early years, so fleeting, with bitterness and pain—years that will never return for them, just as they cannot return for you? Fathers, do you know the moment when death awaits your children? Do not prepare yourselves for regret by taking away from them the few moments that nature grants them. Once they are able to experience the joy of being, let them enjoy it to the fullest. Let them die, at whatever hour God calls them, without having ever tasted the bitterness of life.
How many voices will rise against me! From afar, I hear the cries of this false wisdom that constantly drags us away from ourselves, that always dismisses the present as worthless, and that relentlessly chases an future that slips away the more we strive to reach it. By constantly transporting us to places where we are not—and where we will never be—this false wisdom leads us astray.
Quando i bambini iniziano a parlare, piangono meno. Questo progresso è naturale: un linguaggio sostituisce l’altro. Non appena sono in grado di esprimere il loro dolore con le parole, perché dovrebbero farlo con i pianti, se non quando il dolore è troppo intenso per essere espresso a parole? Se continuano comunque a piangere, la colpa è delle persone che sono intorno a loro. Non appena Émile dirà “Mi fa male”, dovranno esserci dolori davvero intensi per costringerlo a piangere di nuovo.
Se un bambino è delicato e sensibile, e quindi tende naturalmente a piangere per nulla, rendendo così i suoi pianti inutili e senza effetto, io interromperò presto questa abitudine. Finché piange, non vado da lui; ma appena smette di piangere, corro subito da lui. Presto, il modo in cui mi chiamerà sarà semplicemente quello di tacere, o al massimo di emettere un solo grido. È attraverso l’effetto concreto dei segnali che i bambini comprendono il significato di ciò che fanno; non esiste alcun altro modo di comunicare per loro. Per quanto male possa farsi, è molto raro che un bambino pianga quando è solo, a meno che non abbia la speranza di essere ascoltato.
Se dovesse cadere, se si formasse un bernoccolo sulla testa, se sanguinasse dal naso, se si tagliasse un dito, invece di correre subito ad aiutarlo con aria allarmata, rimarrei tranquillo, almeno per un po’. Il danno è già stato fatto; è necessario che lo sopporti. Tutto il mio affanno non farebbe altro che spaventarlo ancora di più e aumentare la sua sensibilità. In fondo, quando ci si fa male, è meno il dolore stesso che la paura a causare sofferenza. Gli risparmierò almeno quest’ultima angoscia; perché sicuramente lui giudicherà il proprio dolore esattamente come lo giudico io: se mi vede correre verso di lui con preoccupazione, consolarlo, compatirlo, penserà di essere perduto; se invece mi vede mantenere la calma, presto riprenderà la sua e crederà che il dolore sia passato non appena lo sentirà svanire. È in quest’età che si imparano le prime lezioni di coraggio: soffrendo senza paura per piccoli dolori, si impara gradualmente a sopportare anche quelli più grandi.
Lontano dall’essere attento a evitare che Émile si ferisca, sarei anzi molto contrariato se non si ferisse mai e crescesse senza conoscere il dolore. Soffrire è la prima lezione che deve imparare, e quella di cui avrà più bisogno. Sembra che i bambini siano piccoli e deboli proprio per poter apprendere queste importanti lezioni in modo sicuro. Se un bambino cade da un’altezza, non si romperà la gamba; se si colpisce con un bastone, non si romperà il braccio; se afferra un oggetto tagliente, probabilmente non stringerà abbastanza forte da ferirsi gravemente. Non ricordo di aver mai visto un bambino libero che si uccida, si mutili o si faccia del male grave, a meno che non venga lasciato in luoghi pericolosi, da solo vicino al fuoco, o che gli vengano messi a portata di mano strumenti pericolosi. E poi, quei negozi pieni di macchinari che si mettono intorno a un bambino per “armarlo” contro il dolore. Quando diventa adulto, rimane comunque alla loro mercé: senza coraggio né esperienza, crede di morire al primo graffio e sviene non appena vede la prima goccia del proprio sangue.
La nostra mania didattica e pedantesca consiste sempre nel insegnare ai bambini ciò che potrebbero imparare molto meglio da soli, dimenticando invece ciò che avremmo potuto insegnargli noi stessi. C’è qualcosa di più sciocco del tempo che dedichiamo a insegnare loro ad andare in piedi, come se esistesse davvero qualcuno che, a causa della negligenza della propria nutrice, non sapesse camminare nemmeno da adulto. E quanti invece vediamo persone che continuano a camminare male per tutta la vita, proprio perché sono state mal insegnate ad andare in piedi!
Émile non avrà né cuscini imbottiti, né carriole, né carri; o almeno, non appena inizierà a imparare a camminare da solo, lo si sosterrà soltanto sui luoghi lastricati e ci si passerà velocemente[317]. Invece di lasciarlo stancarsi nell’aria viziata di una stanza, portatelo ogni giorno in mezzo a un prato. Lì, che corra, che si diverta, che cada cento volte al giorno, meglio ancora: imparerà più velocemente a rialzarsi. Il benessere della libertà compensa molte ferite. Il mio allievo avrà spesso delle contusioni; in cambio, sarà sempre felice. Se i vostri allievi ne hanno meno, sono comunque sempre scontenti, sempre incatenati, sempre tristi. Dubito che questo rappresenti davvero un vantaggio per loro.
Un altro progresso rende meno necessario che i bambini si lamentino: si tratta del miglioramento delle loro forze. Essendo in grado di fare di più da soli, hanno meno bisogno di ricorrere agli altri. Con la loro forza si sviluppa anche la conoscenza che permette loro di guidarla. È a questo secondo livello che inizia veramente la vita dell’individuo; è allora che egli acquisisce coscienza di sé stesso. La memoria estende il senso di identità su tutti i momenti della sua esistenza; l’individuo diventa davvero uno, lo stesso, e quindi già capace di felicità o miseria. È quindi importante iniziare a considerarlo qui come un essere morale.
Per quanto si possa stimare approssimativamente la durata massima della vita umana e le probabilità di raggiungerla in ogni fase dell’età, nulla è più incerto della durata effettiva della vita di ciascun individuo; pochissimi riescono davvero a raggiungere tale limite. I rischi maggiori nella vita si presentano all’inizio; meno si è vissuti, meno si può sperare di vivere ancora a lungo. Dei bambini che nascono, al massimo la metà arriva all’adolescenza; ed è probabile che il vostro studente non raggiunga mai l’età adulta.
Che cosa si deve pensare di questa educazione barbara che sacrifica il presente per un futuro incerto, che carica un bambino di ogni sorta di pesi e lo rende miserabile fin dall’inizio, solo per prepararlo in lontananza a una presunta felicità di cui probabilmente non godrà mai? Anche ammettendo che questo tipo di educazione abbia uno scopo ragionevole, come si può non provare indignazione per questi poveri sfortunati costretti a sopportare un giogo insopportabile e ad eseguire lavori continui, come se fossero schiavi, senza alcuna garanzia che tutto ciò possa davvero essergli utile? L’età della gioia trascorre tra lacrime, punizioni, minacce e schiavitù. Si tormenta il malheurevole per il suo bene, ma non si vede la morte che è sempre in agguato, pronta a coglierlo in mezzo a tutto questo dolore. Chi sa quante bambine muoiono vittime della presunta saggezza di un padre o di un insegnante? Fortunati ad essere sfuggiti alla sua crudeltà, l’unico vantaggio che questi bambini traggono dai mali che hanno subito è quello di morire senza rimpianti per una vita di cui hanno conosciuto solo sofferenze.
Uomini, siate umani: questa è la vostra prima e principale responsabilità. Siate umani in ogni situazione, a ogni età, di fronte a tutto ciò che non è estraneo alla natura umana. Qual saggezza potreste trovare al di fuori dell’umanità? Amate l’infanzia: favorite i suoi giochi, i suoi piaceri, il suo istinto gentile. Chi di voi non ha mai rimpianto quell’età in cui il riso è sempre sulle labbra e l’anima è sempre in pace? Perché volete privare questi piccoli innocenti del piacere di un tempo così breve che loro stessi non possono prolungare, e di un bene così prezioso che non saprebbero mai abusarne? Perché volete riempire questi primi anni, così rapidamente trascorsi, di amarezza e dolore, quando per loro quegli anni non torneranno mai più, proprio come non possono tornare per voi? Padri, sapete quando la morte attende i vostri figli? Non preparatevi rimpianti privandoli dei pochi momenti che la natura loro concede: non appena sono in grado di provare il piacere dell’esistenza, fate sì che ne godano; fate sì che, all’ora in cui Dio li chiamerà, non muoiano senza aver assaporato la vita.
Quante voci si leveranno contro di me! Sento da lontano le grida di questa falsa saggezza che ci spinge costantemente fuori da noi stessi, che considera sempre il presente come nulla e che, inseguendo senza sosta un futuro che fugge non appena ci avviciniamo a esso, finisce per portarci dove non siamo e dove mai non saremo.
C’est, me répondez-vous, le temps de corriger les mauvaises inclinations de l’homme ; c’est dans l’âge de l’enfance, où les peines sont le moins sensibles, qu’il faut les multiplier, pour les épargner dans l’âge de raison. Mais qui vous dit que tout cet arrangement est à votre disposition, et que toutes ces belles instructions dont vous accablez le faible esprit d’un enfant ne lui seront pas un jour plus pernicieuses qu’utiles ? Qui vous assure que vous épargnez quelque chose par les chagrins que vous lui prodiguez ? Pourquoi lui donnez-vous plus de maux que son état n’en comporte, sans être sûr que ces maux présents sont à la décharge de l’avenir ? Et comment me prouverez-vous que ces mauvais penchants dont vous prétendez le guérir ne lui viennent pas de vos soins mal entendus, bien plus que de la nature ? Malheureuse prévoyance, qui rend un être actuellement misérable, sur l’espoir bien ou mal fondé de le rendre heureux un jour ! Que si ces raisonneurs vulgaires confondent la licence avec la liberté, et l’enfant qu’on rend heureux avec l’enfant qu’on gâte, apprenons-leur à les distinguer.
Pour ne point courir après des chimères, n’oublions pas ce qui convient à notre condition. L’humanité a sa place dans l’ordre des choses ; l’enfance a la sienne dans l’ordre de la vie humaine : il faut considérer l’homme dans l’homme, et l’enfant dans l’enfant. Assigner à chacun sa place et l’y fixer, ordonner les passions humaines selon la constitution de l’homme, est tout ce que nous pouvons faire pour son bien-être. Le reste dépend de causes étrangères qui ne sont point en notre pouvoir.
Nous ne savons ce que c’est que bonheur ou malheur absolu. Tout est mêlé dans cette vie ; on n’y goûte aucun sentiment pur, on n’y reste pas deux moments dans le même état. Les affections de nos âmes, ainsi que les modifications de nos corps, sont dans un flux continuel. Le bien et le mal nous sont communs à tous, mais en différentes mesures. Le plus heureux est celui qui souffre le moins de peines ; le plus misérable est celui qui sent le moins de plaisirs. Toujours plus de souffrances que de jouissances : voilà la différence commune à tous. La félicité de l’homme ici-bas n’est donc qu’un état négatif ; on doit la mesurer par la moindre quantité de maux qu’il souffre.
Tout sentiment de peine est inséparable du désir de s’en délivrer ; toute idée de plaisir est inséparable du désir d’en jouir ; tout désir suppose privation, et toutes les privations qu’on sent sont pénibles ; c’est donc dans la disproportion de nos désirs et de nos facultés que consiste notre misère. Un être sensible dont les facultés égaleraient les désirs serait un être absolument heureux.
En quoi donc consiste la sagesse humaine ou la route du vrai bonheur ? Ce n’est pas précisément à diminuer nos désirs ; car, s’ils étaient au-dessous de notre puissance, une partie de nos facultés resterait oisive, et nous ne jouirons pas de tout notre être. Ce n’est pas non plus à étendre nos facultés, car si nos désirs s’étendaient à la fois en plus grand rapport, nous n’en deviendrions que plus misérables : mais c’est à diminuer l’excès des désirs sur les facultés, et à mettre en égalité parfaite la puissance et la volonté. C’est alors seulement que, toutes les forces étant en action, l’âme cependant restera paisible, et que l’homme se trouvera bien ordonné.
C’est ainsi que la nature, qui fait tout pour le mieux, l’a d’abord institué. Elle ne lui donne immédiatement que les désirs nécessaires à sa conservation et les facultés suffisantes pour les satisfaire. Elle a mis toutes les autres comme en réserve au fond de son âme, pour s’y développer au besoin. Ce n’est que dans cet état primitif que l’équilibre du pouvoir et du désir se rencontre, et que l’homme n’est pas malheureux. Sitôt que ses facultés virtuelles se mettent en action, l’imagination, la plus active de toutes, s’éveille et les devance. C’est l’imagination qui étend pour nous la mesure des possibles, soit en bien, soit en mal, et qui, par conséquent, excite et nourrit les désirs par l’espoir de les satisfaire. Mais l’objet qui paraissait d’abord sous la main fuit plus vite qu’on ne peut le poursuivre ; quand on croit l’atteindre, il se transforme et se montre au loin devant nous. Ne voyant plus le pays déjà parcouru, nous le comptons pour rien ; celui qui reste à parcourir s’agrandit, s’étend sans cesse. Ainsi l’on s’épuise sans arriver au terme ; et plus nous gagnons sur la jouissance, plus le bonheur s’éloigne de nous.
Au contraire, plus l’homme est resté près de sa condition naturelle, plus la différence de ses facultés à ses désirs est petite, et moins par conséquent il est éloigné d’être heureux, il n’est jamais moins misérable que quand il paraît dépourvu de tout ; car la misère ne consiste pas dans la privation des choses, mais dans le besoin qui s’en fait sentir.
Le monde réel a ses bornes, le monde imaginaire est infini ; ne pouvant élargir l’un, rétrécissons l’autre ; car c’est de leur seule différence que naissent toutes les peines qui nous rendent vraiment malheureux. Ôtez la force, la santé, le bon témoignage de soi, tous les biens de cette vie sont dans l’opinion ; ôtez les douleurs du corps et les remords de la conscience, tous nos maux sont imaginaires. Ce principe est commun, dira-t-on ; j’en conviens ; mais l’application pratique n’en est pas commune ; et c’est uniquement de la pratique qu’il s’agit ici.
Quand on dit que l’homme est faible, que veut-on dire ? Ce mot de faiblesse indique un rapport, un rapport de l’être auquel on l’applique. Celui dont la force passe les besoins, fût-il un insecte, un ver, est un être fort ; celui dont les besoins passent la force, fût-il un éléphant, un lion ; fût-il un conquérant, un héros ; fût-il un dieu ; c’est un être faible. L’ange rebelle qui méconnut sa nature était plus faible que l’heureux mortel qui vit en paix selon la sienne. L’homme est très fort quand il se contente d’être ce qu’il est ; il est très faible quand il veut s’élever au-dessus de l’humanité. N’allez donc pas vous figurer qu’en étendant vos facultés vous étendez vos forces ; vous les diminuez, au contraire, si votre orgueil s’étend plus qu’elles. Mesurons le rayon de notre sphère, et restons au centre comme l’insecte au milieu de sa toile ; nous nous suffirons toujours à nous-mêmes, et nous n’aurons point à nous plaindre de notre faiblesse, car nous ne la sentirons jamais.
Tous les animaux ont exactement les facultés nécessaires pour se conserver. L’homme seul en a de superflues. N’est-il pas bien étrange que ce superflu soit l’instrument de sa misère ? Dans tout pays les bras d’un homme valent plus que sa subsistance. S’il était assez sage pour compter ce surplus pour rien, il aurait toujours le nécessaire, parce qu’il n’aurait jamais rien de trop. Les grands besoins, disait Favorin, naissent des grands biens ; et souvent le meilleur moyen de se donner les choses dont on manque est de s’ôter celles qu’on a[318]. C’est à force de nous travailler pour augmenter notre bonheur, que nous le changeons en misère. Tout homme qui ne voudrait que vivre, vivrait heureux ; par conséquent il vivrait bon ; car où serait pour lui l’avantage d’être méchant ?
Si nous étions immortels, nous serions des êtres très misérables. Il est dur de mourir, sans doute ; mais il est doux d’espérer qu’on ne vivra pas toujours, et qu’une meilleure vie finira les peines de celle-ci. Si l’on nous offrait l’immortalité sur la terre, qui est-ce[319] qui voudrait accepter ce triste présent ? Quelle ressource, quel espoir, quelle consolation nous resterait-il contre les rigueurs du sort et contre les injustices des hommes ? L’ignorant, qui ne prévoit rien, sent peu le prix de la vie, et craint peu de la perdre ; l’homme éclairé voit des biens d’un plus grand prix, qu’il préfère à celui-là. Il n’y a que le demi-savoir et la fausse sagesse qui, prolongeant nos vues jusqu’à la mort, et pas au-delà, en font pour nous le pire des maux. La nécessité de mourir n’est à l’homme sage qu’une raison pour supporter les peines de la vie. Si l’on n’était pas sûr de la perdre une fois, elle coûterait trop à conserver.
“Is this,” you tell me, “the time to correct the bad inclinations of man? It is in childhood, when punishments are least effective, that they should be multiplied—so as to spare them in adulthood.” But who tells us that all these measures are truly at our disposal? And who guarantees that all these so-called “wise instructions” given to a child’s fragile mind will not one day prove more harmful than beneficial? Who assures us that the suffering you inflict upon him is actually serving some purpose? Why do you burden him with more harm than his condition naturally entails, without being certain that these present evils will somehow mitigate future troubles? And how can you prove to me that those bad tendencies you claim to be curing him do not in fact stem from your own misguidedly intended care, rather than from nature itself? Alas, what a misguided attempt at foresight—making one person miserable now, in the hope, whether justified or not, of making them happy someday! If these superficial reasoners confuse “licence” with “freedom,” and mistake a child who is “made happy” for one who is “spoiled,” let us teach them to distinguish between the two.
In order not to chase after illusions, let us not forget what is appropriate to our condition. Humanity has its place in the order of things; childhood has its place within the order of human life: we must consider the man as a man, and the child as a child. To assign each one their proper place and fix it there, to organize human passions according to the nature of man—this is all we can do for his well-being. The rest depends on external factors beyond our control.
We do not know what absolute happiness or suffering truly is. Everything in this life is mixed together; one never experiences any pure emotion, nor does one remain in the same state for even a moment. The sentiments of our souls, as well as the changes in our bodies, are in a constant flux. Good and evil are common to all of us, but to varying degrees. The happiest person is those who suffer the least pain; the most miserable person is those who feel the least pleasure. Always more suffering than enjoyment—this is the common distinction among all people. Therefore, the happiness of man here on earth is merely a negative state; it must be measured by the smallest amount of suffering one endures.
Any feeling of pain is inseparable from the desire to be free from it; any notion of pleasure is inseparable from the desire to enjoy it; every desire implies deprivation, and all those deprivations that we experience are painful; therefore, our misery lies in the discrepancy between our desires and our abilities. An intelligent being whose abilities were equal to his desires would be an absolutely happy being.
In what then consists human wisdom, or the path to true happiness? It is not precisely in diminishing our desires; for if they were beyond our power, a part of our faculties would remain unused, and we would not be able to enjoy the full potential of our being. Nor is it in expanding our faculties; for if our desires grew in proportion, we would only become more miserable. Instead, it lies in reducing the excess of desires relative to our abilities, and in bringing power and will into perfect balance. Only then, when all our forces are engaged in action, can the soul remain at peace, and the man be truly well-ordered.
It is in this way that nature, which strives always for the best, established it in its original state. She endows man immediately only with those desires necessary for his preservation and with the faculties sufficient to satisfy them. All other abilities are placed within him as reserves, to be developed as needed. It is only in this primitive state that a balance between power and desire is achieved, and man is not unhappy. But as soon as these latent faculties begin to function, imagination—the most active of all—awakens and takes the lead. It is imagination that expands the limits of what is possible, whether for good or for evil, and thus arouses and feeds desires through the hope of satisfying them. Yet the object that seemed within reach at first eludes us faster than we can pursue it; when we think we have caught up with it, it transforms and appears once again in the distance. No longer seeing the path we have already traveled, we dismiss it as worthless; while the road still ahead seems to grow ever larger and more distant. In this way, we exhaust ourselves without ever reaching our goal; and the more we strive for pleasure, the further happiness seems to slip away from us.
On the contrary, the more a man remains close to his natural condition, the smaller the difference between his faculties and his desires is; and consequently, the closer he is to being happy. He is never less miserable than when he seems to be deprived of everything, for misery does not lie in the lack of things, but in the need that arises from their absence.
The real world has its limits; the imaginary world is infinite. Since we cannot expand the former, let us shrink the latter—for it is solely from this difference that all those pains arise which truly make us unhappy. Take away strength, health, the ability to give a good account of oneself, all the blessings of this life, and they exist merely in our perceptions; remove the physical pains and the remorsees of conscience, and all our troubles become imaginary. One might say this principle is universal; I agree; but its practical application is not. And it is precisely in practice that we must focus here.
When we say that man is weak, what do we mean by that? The word “weakness” indicates a relationship—specifically, the relationship between an entity and its inherent nature. He who possesses more strength than his needs, whether he be an insect or a worm, is a strong being; whereas he who has greater needs than his strength, whether he be an elephant, a lion, a conqueror, a hero, or even a god, is weak. The rebellious angel who failed to recognize its own nature was weaker than the happy mortal who lived in peace according to its inherent limits. Man is very strong when he contentes himself with being what he is; he becomes very weak when he attempts to rise above the human condition. Do not delude yourselves into thinking that expanding your abilities means increasing your strength—on the contrary, if your pride grows beyond what your actual capabilities permit, you are weakening them. Measure the boundaries of our sphere and remain at its center, just as an insect stays in the midst of its web. We will always be sufficient to ourselves, and we will never have to lament our weakness, for we will never even be aware of it.
All animals possess exactly the faculties necessary for their own preservation. Only humans have surplus faculties. Is it not truly strange that this surplus should become the instrument of their own misery? In any country, a man’s labor is worth more than his means of subsistence. If he were wise enough to consider this surplus as worthless, he would always have what he needed, for he would never possess anything in excess. “Great needs,” said Favorin, “arise from great possessions”; and often the best way to obtain what one lacks is to give up what one already has[318]. It is precisely because we work so hard to increase our happiness that we turn it into misery. Any man who were content with merely living would live happily; consequently, he would live well, for where would be the advantage of being evil for him?
If we were immortal, we would be very miserable beings. It is certainly hard to die; but it is comforting to hope that one will not live forever, and that a better life will come to end the sufferings of this one. If immortality were offered to us on earth, who would want to accept such a sad gift? What resources, what hopes, what consolations would remain to us in the face of the harshness of fate and the injustices of men? The ignorant, who anticipate nothing, hardly appreciate the value of life and fear losing it little; the enlightened person sees goods of far greater worth, which he prefers to that one. Only half-knowledge and false wisdom, by extending our vision only up to death and not beyond, make it the worst of evils for us. The necessity of dying is, for the wise man, merely a reason to endure the sufferings of life. If we were not certain of losing it at some point, its preservation would cost too great a price.
“È forse il momento giusto per correggere le cattive inclinazioni dell’uomo”, mi rispondete voi, “È nell’età infantile, quando le punizioni sono meno dolorose, che bisogna aumentarle, affinché possano essere evitate in età più matura”. Ma chi vi assicura che tutto questo sistema sia davvero a vostra disposizione? E che tutte queste “bellissime istruzioni” con cui sovraffollate la debole mente di un bambino non gli saranno, un giorno, più dannose che utili? Chi vi garantisce che i dolori che gli infliggete non lo facciano soffrire più di quanto il suo stato attuale richieda? Perché gli infligate più male di quanto la sua condizione permetta, senza essere certi che questi mali presenti possano in futuro alleviare le sue difficoltà future? E come potete dimostrarmi che queste cattive inclinazioni di cui pretendete di curarlo non derivino piuttosto dai vostri metodi errati, piuttosto che dalla natura stessa dell’essere umano? Che triste previdenza, rendere un essere attualmente infelice, nella speranza, più o meno fondata, di renderlo felice in futuro! Se questi ragionatori volgari confondono la licenziosità con la libertà, e credono che rendere un bambino “felice” significhi non farlo soffrire, insegniamoli a distinguere le due cose.
Per non inseguire chimere, non dimentichiamo ciò che è conforme alla nostra condizione. L’umanità ha il suo posto nell’ordine delle cose; l’infanzia ha il suo posto nell’ordine della vita umana: bisogna considerare l’uomo come tale e l’infante come tale. Assegnare a ciascuno il proprio posto e fissarlo, ordinare le passioni umane in base alla natura stessa dell’uomo, è tutto ciò che possiamo fare per il suo benessere. Il resto dipende da cause estranee alle nostre possibilità.
Non sappiamo cosa significhino felicità o sventura assoluta. Tutto è mescolato in questa vita; non si prova alcun sentimento puro, e non si rimane mai per due momenti nello stesso stato. Le emozioni delle nostre anime, così come le modificazioni dei nostri corpi, sono in un flusso continuo. Il bene e il male ci appartengono a tutti, ma in misure diverse. Il più felice è colui che soffre meno dolori; il più sventurato è colui che prova meno piaceri. Sempre più sofferenze che gioie: questa è la differenza comune a tutti. La felicità dell’uomo quaggiù, dunque, non è altro che uno stato negativo; bisogna misurarla in base alla minore quantità di dolori che si subiscono.
Qualsiasi sentimento di dolore è inseparabile dal desiderio di liberarsene; qualsiasi idea di piacere è inseparabile dal desiderio di goderne; ogni desiderio presuppone una privazione, e tutte le privazioni che percepiamo sono dolorose; quindi la nostra miseria deriva dalla disproporzione tra i nostri desideri e le nostre capacità. Un essere sensibile il cui potenziale corrispondesse esattamente ai suoi desideri sarebbe un essere assolutamente felice.
In che cosa consiste dunque la saggezza umana o il cammino verso il vero felicità? Non è certo nel ridurre i nostri desideri; poiché, se questi fossero al di sotto delle nostre possibilità, una parte delle nostre facoltà rimarrebbe inutilizzata e non godremmo appieno di tutto ciò che possediamo. Né consiste nemmeno nell’espandere le nostre capacità, poiché se i nostri desideri aumentassero in modo eccessivo, ne risulteremmo solo più infelici. La vera saggezza consiste piuttosto nel ridurre l’eccesso dei desideri rispetto alle nostre possibilità e nell’equilibrare perfettamente la forza e la volontà. Solo allora, quando tutte le nostre energie sono messe in azione, l’anima rimane serena e l’uomo vive in armonia con se stesso.
È così che la natura, che fa tutto per il meglio, lo ha istituito fin dall’inizio. Gli conferisce immediatamente soltanto i desideri necessari alla sua conservazione e le facoltà sufficienti per soddisfarli; tutte le altre facoltà le lascia in riserva, pronte a svilupparsi in caso di bisogno. Solo in questo stato primordiale l’equilibrio tra potere e desiderio si realizza, e l’uomo non è infelice. Non appena le sue capacità virtuali entrano in azione, l’immaginazione – la più attiva di tutte – si risveglia e le precede. È l’immaginazione che amplia per noi i confini dei possibili, sia nel bene che nel male, e che, di conseguenza, suscita e alimenta i desideri con la speranza di poterli soddisfare. Ma l’oggetto che sembrava a portata di mano fugge più velocemente di quanto si possa inseguirlo; quando crediamo di raggiungerlo, si trasforma e appare lontano davanti a noi. Non vedendo più il cammino già percorso, lo consideriamo nullo; quello che rimane da percorrere sembra allargarsi continuamente. Così ci esauriamo senza mai arrivare alla meta; e più otteniamo nel godimento, più la felicità si allontana da noi.
Al contrario, più l’uomo rimane vicino alla sua condizione naturale, minore è la differenza tra le sue facoltà e i suoi desideri; di conseguenza, meno è lontano dall’essere felice. Non è mai meno miserabile quando sembra privo di tutto, perché la miseria non consiste nella privazione delle cose, ma nel bisogno che ne deriva.
Il mondo reale ha i suoi limiti, il mondo immaginario è infinito; poiché non possiamo ampliare il primo, riduciamo il secondo; perché è proprio dalla loro differenza che nascono tutte le sofferenze che ci rendono davvero infelici. Togliete la forza, la salute, la buona reputazione, tutti i beni di questa vita: tutto ciò dipende dall’opinione altrui; togliete i dolori del corpo e i rimorsi della coscienza: tutti i nostri mali diventano immaginari. Si dirà che questo principio sia comune. Lo ammetto; ma la sua applicazione pratica non lo è affatto; ed è proprio di questa applicazione pratica che si tratta qui.
Quando si dice che l’uomo è debole, cosa si intende? Questo termine indica una relazione, un rapporto tra l’essere umano e le sue capacità. Chi possiede più forza di quanto ne abbia bisogno, anche se fosse un insetto o un verme, è considerato un essere forte; chi, invece, ha più bisogni di quanto ne abbia forza, anche se fosse un elefante o un leone, anche se fosse un conquistatore o un eroe, persino un dio, è considerato un essere debole. L’angelo ribelle che ignorò la sua vera natura era più debole del felice mortale che vive in pace secondo le sue possibilità. L’uomo è molto forte quando si accontenta di essere ciò che è; diventa molto debole quando cerca di elevarsi al di sopra della condizione umana. Quindi, non pensiate che estendere le vostre capacità significhi aumentare anche la vostra forza: al contrario, la riducete se il vostro orgoglio cresce più delle vostre possibilità. Misuriamo i limiti della nostra esistenza e rimaniamo nel “centro”, proprio come l’insetto al centro della sua ragnatela; così saremo sempre sufficienti a noi stessi e non avremo mai motivo di lamentarci della nostra debolezza, perché non la percepiremo mai davvero.
Tutti gli animali possiedono esattamente le facoltà necessarie per sopravvivere; solo l’uomo ne dispone di alcune in eccesso. Non è forse strano che questo eccesso diventi lo strumento della sua miseria? In ogni paese, le braccia di un uomo hanno più valore del suo sostentamento. Se fosse abbastanza saggio da considerare questo surplus come nulla, avrebbe sempre ciò di cui ha bisogno, perché non possederebbe mai nulla in eccesso. “I grandi bisogni”, diceva Favorin, “nascono dai grandi beni; spesso il miglior modo per ottenere ciò che ci manca è rinunciare a ciò che abbiamo”. È proprio lavorando sodo per aumentare la nostra felicità che la trasformiamo in miseria. Ogni uomo che desiderasse soltanto vivere, vivrebbe felicemente; di conseguenza, vivrebbe bene, perché dove risiederebbe per lui il vantaggio di essere cattivo?
Se fossimo immortali, saremmo esseri molto misericordiosi. Morire è certamente difficile; ma è dolce sperare di non vivere per sempre, e che una vita migliore possa porre fine alle sofferenze di questa. Se ci venisse offerta l’immortalità sulla terra, chi mai accetterebbe questo triste dono? Che risorsa, quale speranza, quale consolazione ci resterebbero contro le crudeltà del destino e le ingiustizie degli uomini? L’ignorante, che non prevede nulla, apprezza poco il valore della vita e teme poco di perderla; l’uomo illuminato vede beni di maggior valore, che preferisce a quello. Solo la mezza conoscenza e la falsa saggezza, prolungando le nostre visioni fino alla morte e non oltre, fanno della morte il peggiore dei mali per noi. La necessità di morire è, per l’uomo saggio, soltanto una ragione per sopportare le sofferenze della vita. Se non fossimo certi di perderla un giorno, custodirla costerebbe troppo caro.
Nos maux moraux sont tous dans l’opinion, hors un seul, qui est le crime ; et celui-là dépend de nous : nos maux physiques se détruisent ou nous détruisent. Le temps ou la mort sont nos remèdes ; mais nous souffrons d’autant plus que nous savons moins souffrir ; et nous nous donnons plus de tourment pour guérir nos maladies, que nous n’en aurions à les supporter. Vis selon la nature, sois patient, et chasse les médecins ; tu n’éviteras pas la mort, mais tu ne la sentiras qu’une fois, tandis qu’ils la portent chaque jour dans ton imagination troublée, et que leur art mensonger, au lieu de prolonger tes jours, t’en ôte la jouissance. Je demanderai toujours quel vrai bien cet art a fait aux hommes. Quelques-uns de ceux qu’il guérit mourraient, il est vrai ; mais des millions qu’il tue resteraient en vie. Homme sensé, ne mets point à cette loterie, où trop de chances sont contre toi. Souffre, meurs ou guéris ; mais surtout vis jusqu’à ta dernière heure.
Tout n’est que folie et contradiction dans les institutions humaines. Nous nous inquiétons plus de notre vie à mesure qu’elle perd de son prix. Les vieillards la regrettent plus que les jeunes gens ; ils ne veulent pas perdre les apprêts qu’ils ont faits pour en jouir ; à soixante ans, il est bien cruel de mourir avant d’avoir commencé de vivre. On croit que l’homme a un vif amour pour sa conservation, et cela est vrai ; mais on ne voit pas que cet amour, tel que nous le sentons, est en grande partie l’ouvrage des hommes. Naturellement l’homme ne s’inquiète pour se conserve qu’autant que les moyens en sont en son pouvoir ; sitôt que ces moyens lui échappent, il se tranquillise et meurt sans se tourmenter inutilement. La première loi de la résignation nous vient de la nature. Les sauvages, ainsi que les bêtes, se débattent fort peu contre la mort, et l’endurent presque sans se plaindre. Cette loi détruite, il s’en forme une autre qui vient de la raison ; mais peu savent l’en tirer, et cette résignation factice n’est jamais aussi pleine et entière que la première.
La prévoyance ! la prévoyance qui nous porte sans cesse au-delà de nous, et souvent nous place où nous n’arriverons point, voilà la véritable source de toutes nos misères. Quelle manie a un être aussi passager que l’homme de regarder toujours au loin dans un avenir qui vient si rarement, et de négliger le présent dont il est sûr ! manie d’autant plus funeste qu’elle augmente incessamment avec l’âge, et que les vieillards, toujours défiants, prévoyants, avares, aiment mieux se refuser aujourd’hui le nécessaire que de manquer du superflu dans cent ans. Ainsi nous tenons à tout, nous nous accrochons à tout ; les temps, les lieux, les hommes, les choses, tout ce qui est, tout ce qui sera, importe à chacun de nous ; notre individu n’est plus que la moindre partie de nous-mêmes. Chacun s’étend, pour ainsi dire, sur la terre entière, et devient sensible sur toute cette grande surface. Est-il étonnant que nos maux se multiplient dans tous les points par où l’on peut nous blesser ? Que de princes se désolent pour la perte d’un pays qu’ils n’ont jamais vu ! Que de marchands il suffit de toucher aux Indes, pour les faire crier à Paris[320] !
Est-ce la nature qui porte ainsi les hommes si loin d’eux-mêmes ? Est-ce elle qui veut que chacun apprenne son destin des autres, et quelquefois l’apprenne le dernier, en sorte que tel est mort heureux ou misérable, sans en avoir jamais rien su ? Je vois un homme frais, gai, vigoureux, bien portant ; sa présence inspire la joie ; ses yeux annoncent le contentement, le bien-être ; il porte avec lui l’image du bonheur. Vient une lettre de la poste ; l’homme heureux la regarde, elle est à son adresse, il l’ouvre, il la lit. À l’instant son air change ; il pâlit, il tombe en défaillance. Revenu à lui, il pleure, il s’agite, il gémit, il s’arrache les cheveux, il fait retentir l’air de ses cris, il semble attaqué d’affreuses convulsions. Insensé ! quel mal t’a donc fait ce papier ? quel membre t’a-t-il ôté ? quel crime t’a-t-il fait commettre ? enfin qu’a-t-il changé dans toi-même pour te mettre dans l’état où je te vois ?
Que la lettre se fût égarée, qu’une main charitable l’eût jetée au feu, le sort de ce mortel, heureux et malheureux à la fois, eût été, ce me semble, un étrange problème. Son malheur, direz-vous, était réel. Fort bien, mais il ne le sentait pas. Où était-il donc ? Son bonheur était imaginaire. J’entends ; la santé, la gaieté, le bien-être, le contentement d’esprit, ne sont plus que des visions. Nous n’existons plus où nous sommes, nous n’existons qu’où nous ne sommes pas. Est-ce la peine d’avoir une si grande peur de la mort, pourvu que ce en quoi nous vivons reste[321] ?
O homme ! resserre ton existence au dedans de toi, et tu ne seras plus misérable. Reste à la place que la nature t’assigne dans la chaîne des êtres, rien ne t’en pourra faire sortir ; ne regimbe point contre la dure loi de la nécessité, et n’épuise pas, à vouloir lui résister, des forces que le ciel ne t’a point données pour étendre ou prolonger ton existence, mais seulement pour la conserver comme il lui plaît et autant qu’il lui plaît. Ta liberté, ton pouvoir, ne s’étendent qu’aussi loin que tes forces naturelles, et pas au-delà ; tout le reste n’est qu’esclavage, illusion, prestige. La domination même est servile, quand elle tient à l’opinion ; car tu dépends des préjugés de ceux que tu gouvernes par les préjugés. Pour les conduire comme il te plaît, il faut te conduire comme il leur plaît. Ils n’ont qu’à changer de manière de penser, il faudra bien par force que tu changes de manière d’agir. Ceux qui t’approchent n’ont qu’à savoir gouverner les opinions du peuple que tu crois gouverner, ou des favoris qui te gouvernent ou celles de ta famille, ou les tiennes propres : ces vizirs, ces courtisans, ces prêtres, ces soldats, ces valets, ces caillettes, et jusqu’à des enfants, quand tu serais un Thémistocle en génie[322], vont te mener, comme un enfant toi-même au milieu de tes légions. Tu as beau faire, jamais ton autorité réelle n’ira plus loin que tes facultés réelles. Sitôt qu’il faut voir par les yeux des autres, il faut vouloir par leurs volontés. Mes peuples sont mes sujets, dis-tu fièrement. Soit. Mais toi, qu’es-tu ? le sujet de tes ministres. Et tes ministres à leur tour, que sont-ils ? les sujets de leurs commis, de leurs maîtresses, les valets de leurs valets. Prenez tout, usurpez tout, et puis versez l’argent à pleines mains ; dressez des batteries de canon ; élevez des gibets, des roues ; donnez des lois, des édits ; multipliez les espions, les soldats, les bourreaux, les prisons, les chaînes : pauvres petits hommes, de quoi vous sert tout cela ? vous n’en serez ni mieux servis, ni moins volés, ni moins trompés, ni plus absolus. Vous direz toujours : nous voulons ; et vous ferez toujours ce que voudront les autres.
Le seul qui fait sa volonté est celui qui n’a pas besoin, pour la faire, de mettre les bras d’un autre au bout des siens : d’où il suit que le premier de tous les biens n’est pas l’autorité, mais la liberté. L’homme vraiment libre ne veut que ce qu’il peut, et fait ce qu’il lui plaît. Voilà ma maxime fondamentale. Il ne s’agit que de l’appliquer à l’enfance, et toutes les règles de l’éducation vont en découler.
La société a fait l’homme plus faible, non seulement en lui ôtant le droit qu’il avait sur ses propres forces, mais surtout en les lui rendant insuffisantes. Voilà pourquoi ses désirs se multiplient avec sa faiblesse, et voilà ce qui fait celle de l’enfance, comparée à l’âge d’homme. Si l’homme est un être fort, et si l’enfant est un être faible, ce n’est pas parce que le premier a plus de force absolue que le second, mais c’est parce que le premier peut naturellement se suffire à lui-même et que l’autre ne le peut. L’homme doit donc avoir plus de volontés, et l’enfant plus de fantaisies ; mot par lequel j’entends tous les désirs qui ne sont pas de vrais besoins, et qu’on ne peut contenter qu’avec le secours d’autrui.
All our moral evils stem from opinion, except for one alone: crime; and even that depends on us. Our physical ailments either destroy us or we destroy them ourselves. Time or death are our remedies; yet we suffer all the more because we know so little about how to endure pain. We inflict upon ourselves far more torment in trying to cure our illnesses than we would endure if they remained untreated. Live according to nature, be patient, and dismiss doctors altogether. You cannot escape death, but you will feel it only once; whereas they bring it into your troubled mind every day with their deceptive art, which, far from prolonging your life, robs you of its enjoyment. I always wonder what real good this so-called “art of medicine” has ever done for humanity. Some of those it cures may indeed die; but millions of others it kills would otherwise live on. Wise man, do not participate in this lottery where the odds are overwhelmingly against you. Suffer, die, or be cured—but above all, live until your last hour.
Everything in human institutions is nothing but madness and contradiction. We worry more about our lives as they lose their value. The elderly regret them more than the young; they do not want to lose the preparations they have made to enjoy them. To die at sixty, before even beginning to live, is truly cruel. One would think that humans have a strong desire to preserve themselves, and that is true; but what is often overlooked is that this desire, as we experience it, is largely the result of human actions. Naturally, a person only worries about preserving themselves to the extent that the means to do so are within their control; once those means are lost, they resign themselves to death without need for unnecessary suffering. The first principle of resignation comes from nature itself. Savages and animals struggle very little against death and endure it almost without complaint. Once this natural law is overturned, another form of resignation arises from reason; but few people know how to draw true meaning from it, and such artificial resignation is never as genuine or complete as the first.
Precaution! That quality which constantly carries us beyond ourselves, and often places us in situations where we will never truly arrive, is the true source of all our miseries. What an absurd habit it is for a being as transient as man to always look far into the future—something that so rarely arrives—and to neglect the present, of which he is certain! A habit all the more fatal since it grows more intense with age; the elderly, always skeptical, cautious, and miserly, would rather deny themselves what is necessary today than lack the superfluous in a hundred years. Thus, we cling to everything; times, places, people, things—everything that is and everything that will be—is important to each of us. Our individual existence becomes but a tiny fraction of who we truly are. Each of us, in a sense, extends across the entire earth and becomes sensitive to everything on that vast expanse. Is it then surprising that our troubles multiply in every possible way in which we can be harmed? That so many princes grieve over the loss of lands they have never even seen! That mere mention of the Indies is enough to cause merchants to cry out in despair in Paris[320]!
Is it nature that carries men so far away from themselves? Is it she who wants each one to learn their fate from others—and sometimes, for that very reason, to learn it the last, so that someone dies happy or miserable without ever having known it? I see a man who is fresh, cheerful, strong, and in good health; his presence brings joy; his eyes reveal contentment and well-being; he seems to embody happiness itself. Then a letter arrives from the post office. The happy man looks at it—it’s addressed to him, so he opens it and reads it. In an instant, his expression changes; he pales and collapses. When he regains consciousness, he weeps, trembles, moans, rips his hair out, and fills the air with his screams; he seems to be suffering from terrible convulsions. What madness! What harm has this piece of paper done to you? Which member of your body has it taken away? What crime has it made you commit? In short, what has changed within you to bring you to such a state?
Whether the letter had gotten lost, or whether some kind-hearted person had thrown it into the fire, the fate of this mortal—both happy and unhappy at the same time—would, in my opinion, have been a strange mystery. You might say that his misfortune was real. Very well, but he did not feel it. So where was it then? His happiness was imaginary. I understand; health, joy, well-being, and mental contentment are nothing but illusions. We no longer exist where we are; we only exist where we are not. Is it really necessary to fear death so much, as long as what we live for remains[321]?
O man! Confine your existence within yourself, and you will no longer be miserable. Remain in the place that nature has assigned you in the chain of beings; nothing can force you out of it. Do not resist the harsh laws of necessity, and do not exhaust those forces that heaven has not given you to extend or prolong your life, but only to preserve it as it pleases Him and for as long as He deems fit. Your freedom, your power, extend only so far as your natural abilities allow; beyond that lies nothing but slavery, illusion, and pretense. Even dominion is servile when it depends on public opinion—for you are at the mercy of the prejudices of those you rule through prejudice itself. To lead them as you wish, you must first lead yourself as they wish. If they change their way of thinking, you will be forced to change your own actions. Those who approach you merely need to learn how to manipulate the opinions of the people you think you are governing—whether it be your favorites, your family, or even your own opinions. These viziers, courtiers, priests, soldiers, servants, and even children can lead you, like a child leading his own army. No matter what you do, your true authority will never extend beyond your actual capabilities. Whenever you must act through the eyes of others, you are forced to act according to their wills. “My people are my subjects,” you say proudly. Very well. But what are you? The subject of your ministers. And what are your ministers? Subjects of their subordinates, their mistresses, the servants of their servants. Take everything, usurp everything—even if it means scattering money lavishly, building cannons and gibbets, issuing laws and edicts, increasing spies, soldiers, executioners, prisons, and chains—what good does all this do for you poor little men? You will still be robbed, deceived, and oppressed just as much. You will always say, “We want this or that,” but in reality, you will always do what others want.
The only one who truly follows his own will is the one who does not need to use another person’s strength to accomplish it; hence, the greatest of all goods is not authority, but freedom. A truly free man wants only what he is capable of obtaining and does only what pleases him. This is my fundamental maxim. It simply requires applying it to childhood, and all the rules of education will derive from it.
Society has made man weaker—not only by depriving him of the right to use his own strength, but chiefly by rendering that strength insufficient. This is why man’s desires multiply as his weakness increases; it is also why a child’s state of weakness is so much more pronounced compared to adulthood. If man is a strong being and a child is weak, it is not because the former possesses greater absolute power than the latter, but because the former can naturally provide for himself, while the latter cannot. Therefore, man must possess stronger willpower, whereas children must indulge in more fantasies—by which I mean all those desires that are not genuine necessities and can only be satisfied with the help of others.
I nostri mali morali risiedono tutti nell’opinione altrui, tranne uno solo: il crimine; e anche questo dipende da noi. I nostri mali fisici, invece, o ci distruggono o vengono eliminati dal tempo o dalla morte. Ma soffriamo tanto più quanto meno sappiamo come sopportare il dolore; e ci infliggiamo tormenti maggiori per curare le nostre malattie di quelli che dovremmo subirne semplicemente. Vive secondo la natura, sii paziente, e allontana i medici: non eviterai la morte, ma la sentirai una sola volta, mentre loro la portano ogni giorno nella tua mente turbata, e il loro artefatto, invece di prolungare i tuoi giorni, ti priva della gioia di vivere. Chiedo sempre: quale vero bene abbia mai portato quest’arte agli uomini. Alcuni di quelli che guarisce morirebbero, è vero; ma milioni di persone che uccide rimarrebbero in vita. Uomo saggio, non partecipa a questa lotteria in cui le probabilità sono tutte contro di te. Soffri, muori o guarisci. Ma soprattutto, vive fino all’ultima tua ora.
Tutto nelle istituzioni umane non è che follia e contraddizione. Ci preoccupiamo sempre di più della nostra vita man mano che perde il suo valore. Gli anziani la rimpiangono più dei giovani; non vogliono perdere i preparativi fatti per goderla; a sessant’anni, è davvero crudele morire prima ancora di aver iniziato a vivere. Si crede che l’uomo abbia un profondo desiderio di preservare se stesso, e questo è vero; ma non ci si rende conto che questo desiderio, così come lo percepiamo noi, è in gran parte il risultato delle azioni umane stesse. Naturalmente, l’uomo si preoccupa della propria conservazione soltanto nella misura in cui i mezzi per farlo sono a sua disposizione; non appena questi mezzi gli vengono tolti, si rassegna e muore senza tormentarsi inutilmente. La prima legge della rassegnazione deriva dalla natura stessa: i selvaggi, così come le bestie, si ribellano molto poco alla morte e la sopportano quasi senza lamentarsi. Quando questa legge viene distrutta, ne nasce un’altra che deriva dalla ragione; ma pochi sanno come applicarla correttamente, e questa rassegnazione “artificiale” non è mai così piena e sincera quanto la prima.
La previdenza, quella previdenza che ci spinge costantemente al di là di noi stessi, e che spesso ci colloca in luoghi a cui non arriveremo mai, ecco la vera fonte di tutte le nostre miserie. Che mania ha un essere effimero come l’uomo di guardare sempre lontano verso un futuro che così raramente si realizza, e di trascurare il presente di cui è certo! Una mania tanto più funesta in quanto aumenta costantemente con l’età: gli anziani, sempre diffidenti, previdenti e avari, preferiscono privarsi oggi di ciò che è necessario piuttosto che mancare del superfluo tra cento anni. Così ci attacciamo a tutto; i tempi, i luoghi, le persone, le cose, tutto ciò che esiste, tutto ciò che sarà, ha importanza per ognuno di noi; il nostro individuo non è più che la parte minore di ciò che siamo veramente. Ogni persona, in qualche modo, si estende su tutta la terra e diventa “sensibile” su quella vasta superficie. Non sorprende quindi che i nostri mali aumentino in ogni punto in cui possiamo essere feriti. Che tanti principi si disperino per la perdita di un paese che non hanno mai visto. Che basta toccare le Indie perché molti commercianti gridino di dolore a Parigi[320]!
È forse la natura stessa a spingere gli uomini così lontano da se stessi? Vuole forse che ognuno apprenda il proprio destino dagli altri, e talvolta che sia l’ultimo ad esserne informato, in modo che qualcuno muoia felice o miserabilmente senza mai averne saputo nulla? Vedo un uomo sano, allegro, vigoroso, in buona salute; la sua presenza ispira gioia; i suoi occhi rivelano soddisfazione e benessere; sembra portare con sé l’immagine della felicità. Arriva una lettera dalla posta; l’uomo felice la guarda: è indirizzata a lui, la apre e la legge. In un istante il suo volto cambia; impallidisce, perde i sensi. Ripresosi, piange, si agita, geme, si strappa i capelli, fa risuonare l’aria dei suoi gridi. Sembra colpito da terribili convulsioni. Inconsapevole! Che male ti ha fatto quel foglio di carta? Qualo membro ti è stato strappato via? Quale crimine hai commesso a causa suo? Insomma, che cosa è cambiato in te per farti cadere in questo stato in cui ti vedo ora?
Che quella lettera si fosse persa, che una mano caritatevole l’avesse gettata nel fuoco. Il destino di quel mortale, al tempo stesso felice e sfortunato, sarebbe stato, a mio parere, un problema strano. La sua sfortuna, direte voi, era reale. Bene, ma lui non la percepiva. Allora, dove si trovava veramente? La sua felicità era immaginaria. Capisco: la salute, la gioia, il benessere, la soddisfazione d’animo non sono altro che illusioni. Non esistiamo più lì dove ci troviamo; esistiamo soltanto lì dove non siamo. Ha davvero senso avere una tale paura della morte, se ciò in cui viviamo rimane, [321]
Uomo! Concentra la tua esistenza dentro di te, e non sarai più miserabile. Rimani nel posto che la natura ti ha assegnato nella catena degli esseri: nulla potrà costringerti a uscirne. Non ribellarti contro la dura legge della necessità, e non consumare forze che il cielo non ti ha dato se non per preservare la tua esistenza nel modo in cui lui lo desidera. La tua libertà, il tuo potere si estendono soltanto fino ai limiti delle tue capacità naturali; tutto il resto non è che schiavitù, illusione e prestigio. Anche il dominio diventa servile quando dipende dall’opinione altrui: poiché tu dipendi dai pregiudizi di coloro che governi attraverso i loro pregiudizi. Per guidarli come desideri, devi prima comportarti come vogliono loro. Basta che cambino modo di pensare, e tu sarai costretto a cambiare modo di agire. Coloro che ti circondano devono soltanto imparare a governare le opinioni del popolo che credi di guidare, o quelle dei tuoi favoriti, delle tue familiari, o delle tue stesse opinioni. Quei visir, quei cortigiani, quei preti, quei soldati, quei servitori, persino i bambini, anche se fossi un genio come Temistocle, ti guiderebbero comunque come un bambino tra le tue legioni. Non importa quanto tu faccia: il tuo vero potere non andrà mai oltre le tue reali capacità. Quando devi agire attraverso gli occhi degli altri, devi seguire le loro volontà. “I miei popoli sono i miei sudditi”, dici con orgoglio. Bene. Ma tu, chi sei? Il suddito dei tuoi ministri. E i tuoi ministri, a loro volta, chi sono? I sudditi dei loro subordinati, delle loro amanti, dei servitori dei loro servitori. Prendi tutto, usurpa tutto, e poi versa denaro a piene mani; costruisci batterie di cannoni, erigi patiboli, emetti leggi ed editti, moltiplica spie, soldati, boia, prigioni, catene. Poveri piccoli uomini, a cosa vi serve tutto questo? Non sarete né meglio serviti, né meno derubati, né meno ingannati, né più “assoluti”. Direte sempre: “Noi vogliamo, ”, ma farete sempre ciò che vorranno gli altri.
L’unico che agisce secondo la propria volontà è colui che non ha bisogno, per farlo, di unire le proprie forze a quelle di un altro; da ciò deriva che il bene più prezioso non sia l’autorità, ma la libertà. L’uomo veramente libero desidera soltanto ciò che è in suo potere e fa ciò che gli piace. Questa è la mia massima fondamentale: basta applicarla all’infanzia, e da essa deriveranno tutte le regole dell’educazione.
La società ha reso l’uomo più debole, non solo togliendogli il diritto di disporre delle proprie forze, ma soprattutto rendendole insufficienti. Ecco perché i suoi desideri aumentano con la sua debolezza; ed è proprio questo che rende l’infanzia così diversa dall’età adulta. Se l’uomo è un essere forte e il bambino uno debole, non è perché il primo disponga di più forze assolute del secondo, ma perché il primo può naturalmente bastare a se stesso, mentre il secondo no. Pertanto, l’uomo deve avere più volontà, e il bambino più fantasie; con questo termine intendo tutti quei desideri che non sono veri bisogni e che possono essere soddisfatti soltanto con l’aiuto altrui.
J’ai dit la raison de cet état de faiblesse. La nature y pourvoit par l’attachement des pères et des mères : mais cet attachement peut avoir son excès, son défaut, ses abus. Des parents qui vivent dans l’état civil y transportent leur enfant avant l’âge. En lui donnant plus de besoins qu’il n’en a, ils ne soulagent pas sa faiblesse, ils l’augmentent. Ils l’augmentent encore en exigeant de lui ce que la nature n’exigeait pas, en soumettant à leurs volontés le peu de forces qu’il a pour servir les siennes, en changeant de part ou d’autre en esclavage la dépendance réciproque où le tient sa faiblesse et où les tient leur attachement.
L’homme sage sait rester à sa place ; mais l’enfant, qui ne connaît pas la sienne, ne saurait s’y maintenir. Il a parmi nous mille issues pour en sortir ; c’est à ceux qui le gouvernent à l’y retenir, et cette tâche n’est pas facile. Il ne doit être ni bête ni homme, mais enfant ; il faut qu’il sente sa faiblesse et non qu’il en souffre ; il faut qu’il dépende et non qu’il obéisse ; il faut qu’il demande et non qu’il commande. Il n’est soumis aux autres qu’à cause de ses besoins, et parce qu’ils voient mieux que lui ce qui lui est utile, ce qui peut contribuer ou nuire à sa conservation. Nul n’a droit, pas même le père, de commander à l’enfant ce qui ne lui est bon à rien.
Avant que les préjugés et les institutions humaines aient altéré nos penchants naturels, le bonheur des enfants ainsi que des hommes consiste dans l’usage de leur liberté ; mais cette liberté dans les premiers est bornée par leur faiblesse. Quiconque fait ce qu’il veut est heureux, s’il se suffit à lui-même ; c’est le cas de l’homme vivant dans l’état de nature. Quiconque fait ce qu’il veut n’est pas heureux, si ses besoins passent ses forces : c’est le cas de l’enfant dans le même état. Les enfants ne jouissent même dans l’état de nature que d’une liberté imparfaite, semblable à celle dont jouissent les hommes dans l’état civil. Chacun de nous ne pouvant plus se passer des autres, redevient à cet égard faible et misérable. Nous étions faits pour être hommes ; les lois et la société nous ont replongés dans l’enfance. Les riches, les grands, les rois sont tous des enfants qui, voyant qu’on s’empresse à soulager leur misère, tirent de cela même une vanité puérile, et sont tout fiers des soins qu’on ne leur rendrait pas s’ils étaient hommes faits.
Ces considérations sont importantes, et servent à résoudre toutes les contradictions du système social. Il y a deux sortes de dépendances : celle des choses, qui est de la nature ; celle des hommes, qui est de la société. La dépendance des choses, n’ayant aucune moralité, ne nuit point à la liberté, et n’engendre point de vices : la dépendance des hommes étant désordonnée[323] les engendre tous, et c’est par elle que le maître et l’esclave se dépravent mutuellement. S’il y a quelque moyen de remédier à ce mal dans la société, c’est de substituer la loi à l’homme, et d’armer les volontés générales d’une force réelle, supérieure à l’action de toute volonté particulière. Si les lois des nations pouvaient avoir, comme celles de la nature, une inflexibilité que jamais aucune force humaine ne pût vaincre, la dépendance des hommes redeviendrait alors celle des choses ; on réunirait dans la république tous les avantages de l’état naturel à ceux de l’état civil ; on joindrait à la liberté qui maintient l’homme exempt de vices, la moralité qui l’élève à la vertu.
Maintenez l’enfant dans la seule dépendance des choses, vous aurez suivi l’ordre de la nature dans le progrès de son éducation. N’offrez jamais à ses volontés indiscrètes que des obstacles physiques ou des punitions qui naissent des actions mêmes, et qu’il se rappelle dans l’occasion ; sans lui défendre de mal faire, il suffit de l’en empêcher. L’expérience ou l’impuissance doivent seules lui tenir lieu de loi. N’accordez rien à ses désirs parce qu’il le demande, mais parce qu’il en a besoin. Qu’il ne sache ce que c’est qu’obéissance quand il agit, ni ce que c’est qu’empire quand on agit pour lui. Qu’il sente également sa liberté dans ses actions et dans les vôtres. Suppléez à la force qui lui manque, autant précisément qu’il en a besoin pour être libre et non pas impérieux ; qu’en recevant vos services avec une sorte d’humiliation, il aspire au moment où il pourra s’en passer, et où il aura l’honneur de se servir lui-même.
La nature a, pour fortifier le corps et le faire croître, des moyens qu’on ne doit jamais contrarier. Il ne faut point contraindre un enfant de rester quand il veut aller, ni d’aller quand il veut rester en place. Quand la volonté des enfants n’est point gâtée par notre faute, ils ne veulent rien inutilement. Il faut qu’ils sautent, qu’ils courent, qu’ils crient, quand ils en ont envie. Tous leurs mouvements sont des besoins de leur constitution, qui cherche à se fortifier ; mais on doit se défier de ce qu’ils désirent sans le pouvoir faire eux-mêmes, et que d’autres sont obligés de faire pour eux. Alors il faut distinguer avec soin le vrai besoin, le besoin naturel, du besoin de fantaisie qui commence à naître, ou de celui qui ne vient que de la surabondance de vie dont j’ai parlé.
J’ai déjà dit ce qu’il faut faire quand un enfant pleure pour avoir ceci ou cela. J’ajouterai seulement que, dès qu’il peut demander en parlant ce qu’il désire, et que, pour l’obtenir plus vite ou pour vaincre un refus, il appuie de pleurs sa demande, elle lui doit être irrévocablement refusée. Si le besoin l’a fait parler, vous devez le savoir, et faire aussitôt ce qu’il demande ; mais céder quelque chose à ses larmes, c’est l’exciter à en verser, c’est lui apprendre à douter de votre bonne volonté, et à croire que l’importunité peut plus sur vous que la bienveillance. S’il ne vous croit pas bon, bientôt il sera méchant ; s’il vous croit faible, il sera bientôt opiniâtre ; il importe d’accorder toujours au premier signe ce qu’on ne veut pas refuser. Ne soyez point prodigue en refus, mais ne les révoquez jamais.
Gardez-vous surtout de donner à l’enfant de vaines formules de politesse, qui lui servent au besoin de paroles magiques pour soumettre à ses volontés tout ce qui l’entoure, et obtenir à l’instant ce qu’il lui plaît. Dans l’éducation façonnière des riches on ne manque jamais de les rendre poliment impérieux, en leur prescrivant les termes dont ils doivent se servir pour que personne n’ose leur résister ; leurs enfants n’ont ni ton ni tours suppliants ; ils sont aussi arrogants, même plus, quand ils prient que quand ils commandent, comme étant bien plus sûrs d’être obéis. On voit d’abord que s’il vous plaît signifie dans leur bouche il me plaît, et que je vous prie signifie je vous ordonne. Admirable politesse, qui n’aboutit pour eux qu’à changer le sens des mots, et à ne pouvoir jamais parler autrement qu’avec empire ! Quant à moi, qui crains moins qu’Émile ne soit grossier qu’arrogant, j’aime beaucoup mieux qu’il dise en priant, faites cela, qu’en commandant, je vous prie. Ce n’est pas le terme dont il se sert qui m’importe, mais bien l’acception qu’il y joint.
Il y a un excès de rigueur et un excès d’indulgence, tous deux également à éviter. Si vous laissez pâtir les enfants, vous exposez leur santé, leur vie ; vous les rendez actuellement misérables ; si vous leur épargnez avec trop de soin toute espèce de mal être, vous leur préparez de grandes misères ; vous les rendez délicats, sensibles ; vous les sortez de leur état d’hommes dans lequel ils rentreront un jour malgré vous. Pour ne les pas exposer à quelques maux de la nature, vous êtes l’artisan de ceux qu’elle ne leur a pas donnés. Vous me direz que je tombe dans le cas de ces mauvais pères auxquels je reprochais de sacrifier le bonheur des enfants à la considération d’un temps éloigné qui peut ne jamais être.
I have explained the reason for this state of weakness. Nature provides for it through the attachment of parents; but such attachment can be excessive, insufficient, or even abused. Parents who live in a civilized society bring their children into this world before they are ready. By giving them more needs than they actually possess, they do not alleviate their weakness; rather, they increase it. They further exacerbate it by demanding of their children things that nature never required, by subjecting the meager strength they have to serve their own desires, and by turning what should be a mutual dependence—where both parents and children are bound by their weakness and their affection—for into a form of slavery.
The wise man knows how to remain in his place; but a child, who does not know where his place is, would be unable to maintain it. Among us, the child has countless ways to leave that place; it is up to those who govern him to keep him there—and this task is not easy. He must not be either a fool nor an adult, but a child; he must be aware of his own weakness, but not suffer from it; he must depend on others, but not obey them; he must ask for things, but not command them. He is subject to others only because of his needs, and because they see better than he does what is useful to him, what can help or harm his survival. No one, not even the father, has the right to command a child something that is of no benefit to him.
Before prejudices and human institutions altered our natural inclinations, the happiness of children, as well as of adults, lay in the exercise of their freedom; but for children, this freedom is limited by their weakness. Anyone who does what they wish is happy if they can provide for themselves—that is the case for a person living in the state of nature. However, anyone who does what they wish is not happy if their needs exceed their abilities—that is the case for a child in the same state. Even in the state of nature, children enjoy only an imperfect freedom, similar to the freedom that adults have within civil society. Since none of us can now live without others, we become weak and miserable in this regard. We were created to be adults; laws and society have reduced us back to a childlike state. The rich, the powerful, the kings—all are but children who, seeing how eagerly people strive to alleviate their suffering, take pride in such attention, as if they were truly adult beings if not for it.
These considerations are of great importance and serve to resolve all the contradictions within the social system. There are two kinds of dependence: that upon things, which is inherent in their nature; and that upon people, which arises from society. Dependence upon things, since it involves no moral aspect, neither harms freedom nor gives rise to vices. However, dependence upon people, being disorderly[323], gives rise to all kinds of vice, and it is through this dependence that masters and slaves corrupt each other. If there were any way to remedy this evil in society, it would be by replacing human authority with the law and equipping the general will with a force that is superior to the influence of any individual will. If the laws of nations could possess the same inflexibility as those of nature, so that no human power could ever override them, then dependence upon people would revert to dependence upon things. In such a republic, all the advantages of the natural state would be combined with those of the civil state; freedom, which preserves people free from vice, would be joined by morality, which elevates them to virtue.
Keep the child entirely dependent on external things; in this way, you will be following the order of nature in his education. Never present to his whimsical desires anything other than physical obstacles or punishments that arise directly from his own actions, so that he will remember them when the time comes. Without forbidding him from doing wrong, simply prevent him from acting upon such desires. Let experience or inability alone serve as his guide. Do not grant his wishes merely because he asks for them, but only because he truly needs them. Let him never understand what obedience means when he is the one taking action, nor what authority means when others act on his behalf. Let him also feel his own freedom in both his actions and yours. Provide him with the support he lacks—precisely in the amount needed for him to be free, not oppressive. Let him receive your assistance with a sense of humility, so that he may aspire to one day do without it altogether and have the honor of serving himself.
Nature possesses means to strengthen and nourish the body, means that must never be opposed. One should not force a child to stay when they wish to go, nor to go when they prefer to stay in one place. As long as children’s wills are not corrupted by our actions, they will not desire anything unnecessary. They should jump, run, and cry whenever they feel the urge to do so. All their movements are inherent needs of their constitution, which seeks to strengthen itself; however, we must be cautious regarding those desires that they themselves are unable to fulfill and that others are forced to satisfy on their behalf. It is essential to carefully distinguish between genuine needs—those that are natural—and those that arise from fanciful desires or from the excesses of life I have mentioned.
I have already said what needs to be done when a child cries in order to get something. I would only add that once a child is able to express his desires verbally and uses tears to try to obtain them more quickly or to overcome a refusal, such requests must be irrevocably denied. If the need has forced the child to speak up, you must be aware of it and immediately fulfill his request; but to give in just because he is crying is to encourage him to cry even more, to teach him to doubt your good intentions, and to believe that persistence is more effective than kindness. If he does not trust your goodness, he will soon become bad; if he thinks you are weak, he will soon become stubborn. It is important always to give way at the first sign of such a request, even if one initially does not wish to do so. Be careful not to refuse too readily, but also never go back on your word.
Above all, beware of giving a child empty formulas of politeness—formulas that serve as “magic words” for him to subdue everything around him to his will and to obtain whatever he desires at any moment. In the artificial education of the rich, children are always taught to be politely imperious, being given precise terms to use so that no one dares to resist them. Their children have neither gentle tones nor pleading manners; they are just as arrogant, if not more so, when they pray than when they command, because they are far more certain of being obeyed. One can easily see that, in their mouths, “if you please” actually means “I want it,” and “I beg you” means “I order you.” What admirable politeness—yet for them, it merely amounts to reversing the meaning of words, forcing them to speak only in an imperious tone! As for me, I would rather that Émile use “please do this” when he asks for something than “I beg you to, ” It’s not the word itself that matters to me, but the intention behind it.
There is an excess of rigor and an excess of indulgence, both of which should be avoided. If you allow children to suffer, you endanger their health and their lives; you make them miserable at present. But if you too carefully shield them from any form of hardship, you are preparing them for greater miseries in the future; you make them delicate and sensitive, and you remove them from the state of being human that they will inevitably return to, despite your efforts. In order not to expose them to some of the ills of nature, you become the cause of those troubles that nature itself has not imposed upon them. You may argue that I am criticizing those poor parents who sacrifice their children’s happiness for the sake of a distant future that may never even materialize.
Ho spiegato la ragione di questo stato di debolezza. La natura provvede a esso attraverso l’affetto dei genitori; ma tale affetto può diventare eccessivo, insufficiente o addirittura abusivo. Genitori che vivono in condizioni civili portano il proprio figlio al mondo prima del tempo dovuto. Dandogli più bisogni di quanti ne abbia effettivamente necessità, non alleviano la sua debolezza, ma anzi la aumentano. La aumentano ancora di più quando richiedono da lui ciò che la natura non avrebbe mai richiesto, quando sottomettono alle proprie volontà le poche forze che il bambino possiede per servire le loro esigenze, quando trasformano quella reciproca dipendenza che deriva dalla sua debolezza e dal loro affetto in una vera e propria schiavitù.
L’uomo saggio sa restare al proprio posto; ma il bambino, che non conosce il proprio, non saprebbe come mantenervisi. Tra di noi esistono mille modi per uscire da quella condizione; spetta a coloro che lo governano impedirglielo, e questa non è una compito facile. Il bambino non deve essere né stupido né adulto, ma semplicemente un bambino: deve percepire la propria debolezza, senza però soffrirne; deve dipendere dagli altri, senza però obbedire ciecamente; deve chiedere aiuto, senza comandare. È soggetto agli altri soltanto a causa dei propri bisogni, e perché loro vedono meglio di lui ciò che è utile o dannoso per la sua sopravvivenza. Nessuno ha il diritto, nemmeno il padre, di comandare al bambino ciò che non gli è affatto vantaggioso.
Prima che i pregiudizi e le istituzioni umane alterassero i nostri inclini naturali, la felicità dei bambini, così come degli uomini, consisteva nell’uso della propria libertà; ma questa libertà, nei primi, era limitata dalla loro debolezza. Chi fa ciò che vuole è felice, se si basta a sé stesso; questo è il caso dell’uomo che vive nello stato di natura. Chi fa ciò che vuole non è felice, se i suoi bisogni superano le sue forze: questo è il caso del bambino nello stesso stato. Anche nello stato di natura, i bambini godono soltanto di una libertà imperfetta, simile a quella di cui godono gli uomini nella società civile. Poiché ognuno di noi non può più fare a meno degli altri, diventa in questo senso debole e miserabile. Eravamo fatti per essere uomini; le leggi e la società ci hanno riportati all’infanzia. I ricchi, i potenti, i re sono tutti bambini che, vedendo come si si affretti a alleviare la loro miseria, ne traggono una vanità infantile e sono molto orgogliosi delle cure che non riceverebbero se fossero veri uomini.
Queste considerazioni sono importanti e servono a risolvere tutte le contraddizioni del sistema sociale. Esistono due tipi di dipendenza: quella dalle cose, che è di natura; quella dagli uomini, che è dovuta alla società. La dipendenza dalle cose, non avendo alcun legame con la morale, non danneggia la libertà né genera vizi; invece, la dipendenza dagli uomini, essendo disordinata[323], ne genera tutti, e è proprio attraverso di essa che padrone e schiavo si corrompono a vicenda. Se esiste qualche modo per rimediare a questo male nella società, esso consiste nel sostituire l’uomo con la legge e nell’armare le volontà generali con una forza reale, superiore all’azione di qualsiasi volontà particolare. Se le leggi delle nazioni potessero possedere, come quelle della natura, un’inflessibilità che nessuna forza umana potesse vincere, la dipendenza dagli uomini tornerebbe a essere quella dalle cose; si otterrebbero così nella repubblica tutti i vantaggi dello stato naturale uniti a quelli dello stato civile; si combinerebbe alla libertà che mantiene l’uomo al di fuori dei vizi, anche la moralità che lo eleva alla virtù.
Mantenete il bambino in una condizione di dipendenza esclusiva dalle cose: così seguirete l’ordine della natura nel corso della sua educazione. Non offrite mai alle sue volontà indiscrette che ostacoli fisici o punizioni derivanti direttamente dalle sue stesse azioni, affinché possa ricordarle al momento opportuno; senza impedirgli di compiere azioni sbagliate, basta semplicemente impedirglielo. L’esperienza o l’impossibilità devono essere le uniche leggi a cui si attenga. Non concedete nulla ai suoi desideri solo perché li esprime, ma perché ne ha realmente bisogno. Che non sappia cosa significhi obbedire quando agisce lui stesso, né cosa significhi comandare quando qualcun altro agisce per lui. Che senta la propria libertà sia nelle sue azioni che nelle vostre. Compensate la forza che gli manca esattamente nella misura in cui ne ha bisogno per essere libero e non dominatore; che, ricevendo i vostri aiuti con una sorta di umiltà, aneli al momento in cui potrà fare a meno di essi e avrà l’onore di provvedere da solo.
La natura dispone di mezzi per rafforzare il corpo e farlo crescere; questi mezzi non devono mai essere contrastati. Non si deve costringere un bambino a rimanere quando desidera andarsene, né ad andarsene quando vuole restare fermo nel suo posto. Finché la volontà dei bambini non viene corrotta a causa delle nostre azioni, essi non desiderano nulla di inutile. Devono poter saltare, correre, gridare, quando ne hanno voglia: tutti i loro movimenti sono espressione di bisogni legati alla loro natura, che cerca di rafforzarsi. Tuttavia, è necessario fare attenzione a ciò che desiderano senza essere in grado di realizzarlo da soli, e che altri sono costretti a fare al loro posto. In questi casi, è fondamentale distinguere con cura tra il vero bisogno, quello naturale, e i desideri frutto della fantasia o derivanti dalla sovrabbondanza di energie di cui ho parlato.
Ho già detto cosa si deve fare quando un bambino piange perché desidera qualcosa. Aggiungerò soltanto che, non appena è in grado di esprimere a parole ciò che vuole e utilizza le lacrime per ottenere più rapidamente ciò che desidera o per superare un rifiuto, tale richiesta deve essere irrevocabilmente respinta. Se il bisogno lo ha spinto a parlare, dovete saperlo e fare immediatamente ciò che chiede; ma cedere alle sue lacrime significa incoraggiarlo a piangere ancora di più, significa insegnargli a dubitare della vostra buona volontà e fargli credere che l’insistenza possa avere più effetto su di voi della gentilezza. Se non crede che siate buoni con lui, presto diventerà cattivo; se crede che siate deboli, diventerà ostinato. È importante concedere sempre, al primo segnale, ciò che non si vuole rifiutare. Non siate generosi nel rifiutare, ma non revocate mai le vostre decisioni.
Fate soprattutto attenzione a non insegnare al bambino vane formule di cortesia: queste, in realtà, gli servono soltanto come “parole magiche” per sottomettere a suo volere tutto ciò che lo circonda e ottenere immediatamente ciò che desidera. Nell’educazione convenzionale dei ricchi, non mancano mai modi per renderli cortesemente autoritari, imponendo loro termini specifici da utilizzare affinché nessuno osi opporsi; i loro figli non conoscono né toni supplicanti né modi dolci di chiedere: sono altrettanto arroganti, se non di più, quando pregano che quando comandano, convinti com’è che verranno obbediti. Si nota subito che, per loro, “per favore” significa in realtà “io voglio”, e “ti prego” equivale a “ti ordino”. Che straordinaria cortesia, che, in realtà, non fa altro che alterare il significato delle parole, impedendo loro di parlare in modo diverso da quello autoritario! Per quanto mi riguarda, preferisco di gran lunga che Émile dica “fai questo”, piuttosto che “ti prego”. Non è il termine utilizzato che conta per me, ma il significato che vi attribuisce.
Esistono sia un eccesso di rigore che un eccesso di indulgenza, entrambi da evitare. Se lasciate che i bambini soffrano, mettete a rischio la loro salute, la loro vita; li rendete attualmente miserabili. Se invece li proteggete con troppa cura da qualsiasi tipo di sofferenza, preparate loro grandi miserie in futuro; li renderete delicati, sensibili, e li allontanerete dallo stato naturale in cui un giorno torneranno, nonostante i vostri sforzi. Per non esporli a alcuni mali naturali, diventate voi stessi gli autori di quei mali che la natura non ha loro inflitto. Mi direte che sto facendo ciò che rimproveravo a quei cattivi genitori che sacrificavano il benessere dei bambini per considerazioni legate a un futuro lontano, che forse non arriverà mai.
Non pas : car la liberté que je donne à mon élève le dédommage amplement des légères incommodités auxquelles je le laisse exposé. Je vois de petits polissons jouer sur la neige, violets, transis, et pouvant à peine remuer les doigts. Il ne tient qu’à eux de s’aller chauffer, ils n’en font rien ; si on les y forçait, ils sentiraient cent fois plus les rigueurs de la contrainte, qu’ils ne sentent celles du froid. De quoi donc vous plaignez-vous ? Rendrai-je votre enfant misérable en ne l’exposant qu’aux incommodités qu’il veut bien souffrir ? Je fais son bien dans le moment présent, en le laissant libre ; je fais son bien dans l’avenir, en l’armant contre les maux qu’il doit supporter. S’il avait le choix d’être mon élève ou le vôtre, pensez-vous qu’il balançât un instant ?
Concevez-vous quelque vrai bonheur possible pour aucun être hors de sa constitution ? et n’est-ce pas sortir l’homme de sa constitution, que de vouloir l’exempter également de tous les maux de son espèce ? Oui, je le soutiens : pour sentir les grands biens, il faut qu’il connaisse les petits maux ; telle est sa nature. Si le physique va trop bien, le moral se corrompt. L’homme qui ne connaîtrait pas la douleur, ne connaîtrait ni l’attendrissement de l’humanité, ni la douceur de la commisération ; son coeur ne serait ému de rien, il ne serait pas sociable, il serait un monstre parmi ses semblables.
Savez-vous quel est le plus sûr moyen de rendre votre enfant misérable ? c’est de l’accoutumer à tout obtenir ; car ses désirs croissant incessamment par la facilité de les satisfaire, tôt ou tard l’impuissance vous forcera malgré vous d’en venir au refus ; et ce refus inaccoutumé lui donnera plus de tourment que la privation même de ce qu’il désire. D’abord il voudra la canne que vous tenez ; bientôt il voudra votre montre ; ensuite il voudra l’oiseau qui vole ; il voudra l’étoile qu’il voit briller ; il voudra tout ce qu’il verra : à moins d’être Dieu, comment le contenterez-vous ?
C’est une disposition naturelle à l’homme de regarder comme sien tout ce qui est en son pouvoir. En ce sens le principe de Hobbes est vrai jusqu’à certain point : multipliez avec nos désirs les moyens de les satisfaire, chacun se fera le maître de tout. L’enfant donc qui n’a qu’à vouloir pour obtenir se croit le propriétaire de l’univers ; il regarde tous les hommes comme ses esclaves : et quand enfin l’on est forcé de lui refuser quelque chose, lui, croyant tout possible quand il commande, prend ce refus pour un acte de rébellion ; toutes les raisons qu’on lui donne dans un âge incapable de raisonnement ne sont à son gré que des prétextes ; il voit partout de la mauvaise volonté : le sentiment d’une injustice prétendue aigrissant son naturel, il prend tout le monde en haine, et sans jamais savoir gré de la complaisance, il s’indigne de toute opposition.
Comment concevrais-je qu’un enfant, ainsi dominé par la colère et dévoré des passions les plus irascibles, puisse jamais être heureux ? Heureux, lui ! c’est un despote ; c’est à la fois le plus vil des esclaves et la plus misérable des créatures. J’ai vu des enfants élevés de cette manière, qui voulaient qu’on renversât la maison d’un coup d’épaule, qu’on leur donnât le coq qu’ils voyaient sur un clocher, qu’on arrêtât un régiment en marche pour entendre les tambours plus longtemps, et qui perçaient l’air de leurs cris, sans vouloir écouter personne, aussitôt qu’on tardait à leur obéir. Tout s’empressait vainement à leur complaire ; leurs désirs s’irritant par la facilité d’obtenir, ils s’obstinaient aux choses impossibles, et ne trouvaient partout que contradictions, qu’obstacles, que peines, que douleurs. Toujours grondants, toujours mutins, toujours furieux, ils passaient les jours à crier, à se plaindre. Étaient-ce là des êtres bien fortunés ? La faiblesse et la domination réunies n’engendrent que folie et misère. De deux enfants gâtés, l’un bat la table, et l’autre fait fouetter la mer ; ils auront bien à fouetter et à battre avant de vivre contents.
Si ces idées d’empire et de tyrannie les rendent misérables dès leur enfance, que sera-ce quand ils grandiront, et que leurs relations avec les autres hommes commenceront à s’étendre et se multiplier ? Accoutumés à voir tout fléchir devant eux, quelle surprise, en entrant dans le monde, de sentir que tout leur résiste, et de se trouver écrasés du poids de cet univers qu’ils pensaient mouvoir à leur gré !
Leurs airs insolents, leur puérile vanité, ne leur attirent que mortifications, dédains, railleries ; ils boivent les affronts comme l’eau ; de cruelles épreuves leur apprennent bientôt qu’ils ne connaissent ni leur état ni leurs forces ; ne pouvant tout, ils croient ne rien pouvoir. Tant d’obstacles inaccoutumés les rebutent, tant de mépris les avilissent : ils deviennent lâches, craintifs, rampants, et retombent autant au-dessous d’eux-mêmes, qu’ils s’étaient élevés au-dessus.
Revenons à la règle primitive. La nature a fait les enfants pour être aimés et secourus ; mais les a-t-elle faits pour être obéis et craints ? Leur a-t-elle donné un air imposant, un oeil sévère, une voix rude et menaçante, pour se faire redouter ? Je comprends que le rugissement d’un lion épouvante les animaux, et qu’ils tremblent en voyant sa terrible hure ; mais si jamais on vit un spectacle indécent, odieux, risible, c’est un corps de magistrats, le chef à la tête, en habit de cérémonie, prosternés devant un enfant au maillot, qu’ils haranguent en termes pompeux, et qui crie et bave pour toute réponse.
À considérer l’enfance en elle-même, y a-t-il au monde un être plus faible, plus misérable, plus à la merci de tout ce qui l’environne, qui ait si grand besoin de pitié, de soins, de protection, qu’un enfant ? Ne semble-t-il pas qu’il ne montre une figure si douce et un air si touchant qu’afin que tout ce qui l’approche s’intéresse à sa faiblesse et s’empresse à le secourir ? Qu’y a-t-il donc de plus choquant, de plus contraire à l’ordre, que de voir un enfant impérieux et mutin commander à tout ce qui l’entoure et prendre impudemment le ton de maître avec ceux qui n’ont qu’à l’abandonner pour le faire périr ?
D’autre part, qui ne voit que la faiblesse du premier âge enchaîne les enfants de tant de manières, qu’il est barbare d’ajouter à cet assujettissement celui de nos caprices, en leur ôtant une liberté si bornée, de laquelle ils peuvent si peu abuser, et dont il est peu utile à eux et à nous qu’on les prive ? S’il n’y a point d’objet si digne de risée qu’un enfant hautain, il n’y a point d’objet si digne de pitié qu’un enfant craintif. Puisque avec l’âge de raison commence la servitude civile, pourquoi la prévenir par la servitude privée ? Souffrons qu’un moment de la vie soit exempt de ce joug que la nature ne nous a pas imposé, et laissons à l’enfance l’exercice de la liberté naturelle, qui l’éloigne au moins pour un temps des vices que l’on contracte dans l’esclavage. Que ces instituteurs sévères, que ces pères asservis à leurs enfants viennent donc les uns et les autres avec leurs frivoles objections, et qu’avant de vanter leurs méthodes, ils apprennent une fois celle de la nature.
Je reviens à la pratique. J’ai déjà dit que votre enfant ne doit rien obtenir parce qu’il le demande, mais parce qu’il en a besoin[324], ni rien faire par obéissance, mais seulement par nécessité. Ainsi les mots d’obéir et de commander seront proscrits de son dictionnaire, encore plus ceux de devoir et d’obligation ; mais ceux de force, de nécessité, d’impuissance et de contrainte y doivent tenir une grande place. Avant l’âge de raison, l’on ne saurait avoir aucune idée des êtres moraux ni des relations sociales ; il faut donc éviter, autant qu’il se peut, d’employer des mots qui les expriment, de peur que l’enfant n’attache d’abord à ces mots de fausses idées qu’on ne saura point ou qu’on ne pourra plus détruire. La première fausse idée qui entre dans sa tête est en lui le germe de l’erreur et du vice ; c’est à ce premier pas qu’il faut surtout faire attention. Faites que tant qu’il n’est frappé que des choses sensibles, toutes ses idées s’arrêtent aux sensations ; faites que de toutes parts il n’aperçoive autour de lui que le monde physique : sans quoi soyez sûr qu’il ne vous écoutera point du tout, ou qu’il se fera du monde moral, dont vous lui parlez, des notions fantastiques que vous n’effacerez de la vie.
Not at all: for the freedom I grant to my student more than compensates for the slight inconveniences to which I expose him. I see little mischievous children playing in the snow, cold and shivering, barely able to move their fingers. It depends solely on them whether they go to warm themselves up, but they refuse to do so; if we forced them, they would feel the harshness of restraint a hundred times more intensely than they feel the cold itself. So what is it that you complain about? Would I make your child miserable by exposing him only to those inconveniences he is willing to endure? In the present, I am doing good for him by allowing him freedom; in the future, I will be doing good for him by preparing him to face the hardships he must endure. If he had the choice between being my student or yours, do you think he would hesitate for a moment?
Can you conceive of any true happiness possible for a being outside its inherent nature? And is not trying to exempt man from all the evils inherent in his species precisely going against his very constitution? Yes, I assert it: in order to experience the greatest blessings, one must endure the lesser evils; such is human nature. If the physical condition is too good, the moral character degenerates. A man who knew no pain would neither understand the compassion that binds humanity together nor experience the tenderness of sympathy; his heart would remain untouched by anything, he would not be sociable, and he would become a monster among his own kind.
Do you know what the safest way is to make your child miserable? It is to accustom them to getting everything they want; for as their desires grow incessantly due to the ease with which they can be satisfied, sooner or later, you will be forced, against your will, to refuse them. And this unexpected refusal will cause them more suffering than the very deprivation of what they desire. At first, they will want the cane you are holding; soon after, they will want your watch; then they will want the bird that flies in the sky; they will want the star they see shining; they will want everything they see. Unless you are God, how can you satisfy them?
It is human nature to regard as one’s own everything within one’s power. In this sense, Hobbes’ principle holds true to some extent: if one multiplies the means at one’s disposal by one’s desires, everyone will become master of everything. Thus, a child who can obtain anything simply by wishing it believes itself the owner of the entire universe; it regards all others as its slaves. And when someone is finally forced to refuse it something, this child, believing that everything is possible when it gives orders, interprets such refusal as an act of rebellion. All the reasons given to it at an age too young to reason are merely excuses in its eyes; it perceives malice everywhere. The feeling of perceived injustice intensifies its natural hostility, and it hates everyone, never showing any gratitude for compliance but instead resenting any opposition whatsoever.
How could I possibly imagine that a child, so dominated by anger and consumed by the most irritable passions, could ever be happy? Happy, indeed—he is a despot; he is at the same time the vilest of slaves and the most wretched of creatures. I have seen children raised in this manner—children who demanded that a house be overturned with a single shoulder thrust, that they be given the rooster they saw on a church spire, that an entire marching regiment be halted just so they could hear the drums for longer; children who filled the air with their screams, refusing to listen to anyone whenever their demands were not met immediately. Everything was done in vain to please them; their desires, being easily satisfied, only led them to insist on the impossible, and everywhere they encountered nothing but contradictions, obstacles, pain, and suffering. Always grumbling, always rebellious, always furious, they spent their days shouting and complaining. Were such beings truly fortunate? Weakness and domination combined only bring madness and misery. Of two spoiled children, one beats the table, while the other makes the sea tremble with rage; both will have much to beat and rage before they can live contentedly.
If these ideas of empire and tyranny make them miserable from a young age, what will happen when they grow up and their interactions with other people begin to expand and multiply? Accustomed to seeing everything yield before them, what kind of shock will it be when they enter the world and find that everything resists them, and discover themselves crushed under the weight of this universe which they thought they could manipulate at will!
Their insolent attitudes and their childish vanity only bring them humiliation, scorn, and ridicule; they drink in insults as if they were water. Cruel trials soon teach them that they neither understand their own situation nor their own abilities; unable to do everything, they believe they cannot do anything at all. So many unfamiliar obstacles discourage them, so much contempt degrades them: they become weak, fearful, and submissive, falling back even lower than where they had once risen.
Let us return to this primitive rule. Nature created children to be loved and cared for; but did it create them to be obeyed and feared? Did it endow them with an imposing appearance, a stern gaze, a rough and threatening voice, in order to inspire dread? I understand that the roar of a lion frightens other animals, and that they tremble at the sight of its terrifying frown; but if one were ever to witness a scene that is indecent, repulsive, or laughable, it would be a group of magistrates—led by their chief, dressed in ceremonial robes—who prostrate themselves before a child in a shirt, addressing them in pompous terms, while the child merely cries and foams at the mouth as its only response.
When one considers childhood in itself, is there any being in the world that is weaker, more miserable, more at the mercy of everything around it, and that has such a great need for pity, care, and protection than a child? Does it not seem that children display such a gentle demeanor and an so touching expression that everything that comes near them is moved by their weakness and rushes to help them? Then what could be more shocking, more contrary to the order of things, than to see a child who is arrogant and rebellious commanding everything around him, and taking an impudent tone of authority towards those who would only have to abandon him to let him perish?
On the other hand, who does not see how the weakness of early childhood binds children in so many ways that it would be barbaric to add to this oppression the yoke of our own caprices—stripping them of a freedom so limited, which they can hardly abuse at all, and from which it is of little use either to them or to us to deprive them? If there is no being more worthy of ridicule than a haughty child, there is also none more worthy of pity than a timid one. Since the age of reason marks the beginning of civil bondage, why then prevent it with the bonds of private servitude? Let us allow at least one period of life to be free from this yoke that nature has not imposed upon us, and let childhood enjoy the exercise of natural freedom—freedom that, at least for a time, keeps it away from the vices that arise in slavery. Come now, those strict educators, those parents enslaved by their own children—bring forward your frivolous objections, but before praising your methods, learn first from nature’s way.
I return to practical matters. I have already said that your child should not obtain anything merely because he asks for it, but only because he needs it[324]; nor should he do anything out of obedience, but only out of necessity. Thus, the words “obey” and “command” should be banished from his vocabulary, along with those of “duty” and “obligation”; whereas words like “force,” “necessity,” “impotence,” and “coercion” should occupy a prominent place in it. Before reaching the age of reason, a child cannot have any notion of moral beings or social relationships; therefore, we must avoid using words that express these concepts as much as possible, for fear that the child may form false ideas about them—ideas that we would later be unable to eradicate. The first false idea that enters a child’s mind is the seed of error and vice; it is at this very first step that we must pay the greatest attention. Ensure that, while he is still influenced only by sensible things, all his thoughts remain confined to sensations; ensure that he perceives nothing around him but the physical world. Otherwise, be certain that he will not listen to you at all, or that he will form fantastical notions about the moral realm of which you speak—notions that will remain ingrained in his mind forever.
Non è affatto così: perché la libertà che do al mio allievo compensa ampiamente le lievi scomodità a cui lo espongo. Vedo dei piccoli monelli giocare sulla neve, congelati e quasi incapaci di muovere le dita. Basta loro voler andare a scaldarsi, ma non lo fanno; se qualcuno li costringesse, sentirebbero cento volte di più le rigidezze della coercizione rispetto al freddo stesso. Di cosa vi lamentate dunque? Renderò forse vostro figlio infelice esponendolo soltanto alle scomodità che lui stesso è disposto a sopportare? Faccio il suo bene nel presente, lasciandolo libero; faccio il suo bene anche in futuro, preparandolo ad affrontare i mali che dovrà subire. Se potesse scegliere tra essere mio allievo o vostro, credete che esiterebbe un solo istante?
Riuscite a immaginare qualche vera felicità possibile per un essere al di fuori della sua natura originale? E non è forse uscire dalla natura umana volerla esentare anche da tutti i mali propri della sua specie? Sì, lo sostengo: per provare i grandi beni, è necessario conoscere anche i piccoli mali; tale è la sua essenza. Se il corpo va troppo bene, la morale si corrompe. L’uomo che non conoscesse il dolore non conoscerrebbe né la commozione umana né la dolcezza della compassione; il suo cuore non sarebbe mai commosso da nulla, non sarebbe socievole e sarebbe un mostro tra i suoi simili.
Sapete qual è il modo più sicuro per rendere vostro figlio infelice? È abituarlo ad ottenere tutto ciò che desidera; poiché i suoi desideri cresceranno continuamente a causa della facilità con cui possono essere soddisfatti, prima o poi la vostra impossibilità vi costringerà, contro la vostra volontà, a rifiutarli. E questo rifiuto, inaspettato per lui, gli causerà più dolore di quanto non lo farebbe la stessa privazione di ciò che desidera. All’inizio vorrà il bastone che tenete in mano; presto vorrà il vostro orologio; poi vorrà l’uccello che vola, la stella che vede brillare. Vorrà tutto ciò che vedrà. A meno che non siate Dio, come potrete accontentarlo?
È una disposizione naturale nell’uomo considerare come proprio tutto ciò che è in suo potere. In questo senso, il principio di Hobbes è vero fino a un certo punto: moltiplicando i mezzi per soddisfare i propri desideri, ognuno diventa padrone di tutto. Quindi, il bambino che basta desiderare qualcosa per ottenerla crede di essere il proprietario dell’universo; considera tutti gli altri come suoi schiavi; e quando finalmente gli viene rifiutato qualcosa, lui, credendo che tutto sia possibile quando comanda, interpreta quel rifiuto come un atto di ribellione. Tutte le ragioni che gli vengono espresse in un’età incapace di ragionare sono, ai suoi occhi, soltanto pretesti; vede ovunque cattiva volontà; il senso di una presunta ingiustizia aggrava la sua natura ribelle: odia tutti, e senza mai essere grato per alcuna compiacenza, si indigna di qualsiasi opposizione.
Come potrei mai immaginare che un bambino, dominato in questo modo dalla rabbia e divorato dalle passioni più irascibili, possa mai essere felice? Felice lui. Ma è un despota: è allo stesso tempo lo schiavo più vile e la creatura più miserabile. Ho visto bambini cresciuti in questo modo che volevano che si rovesciasse una casa con un semplice colpo di spalla, che gli si desse il gallo che vedevano su un campanile, che si fermasse un reggimento in marcia solo per poter ascoltare i tamburi più a lungo. Urlavano senza voler ascoltare nessuno, non appena qualcuno tardava ad obbedire loro. Tutto si affrettava invano a compiacerli; i loro desideri, resi ancora più intensi dalla facilità con cui venivano soddisfatti, li spingevano a insistere su cose impossibili. E ovunque trovavano solo contraddizioni, ostacoli, dolori e sofferenze. Sempre furiosi, sempre ribelli, passavano i giorni a gridare e a lamentarsi. Erano davvero esseri fortunati? La debolezza e il dominio combinati generano soltanto follia e miseria. Di due bambini viziati, uno batte la tavola e l’altro fa frustare il mare. Avranno sicuramente molto da frustare e da battere prima di poter vivere felici.
Se queste idee di impero e di tirannia li rendono infelici fin dall’infanzia, cosa sarà quando cresceranno e le loro relazioni con gli altri uomini inizieranno ad ampliarsi e a moltiplicarsi? Abituati a vedere tutto piegarsi al loro volere, quale sorpresa incontreranno entrando nel mondo, quando scopriranno che tutto si oppone loro e si sentiranno schiacciati dal peso di questo universo che pensavano di poter muovere a piacimento!
I loro modi insolenti, la loro vanità infantile non attirano altro che umiliazioni, disprezi e derisioni; bevono gli insulti come se fossero acqua; prove crudeli imparano loro rapidamente che non conoscono né il proprio stato né le proprie forze; non potendo fare tutto, credono di non poter fare nulla. Tanti ostacoli inaspettati li scoraggiano, tanto disprezzo li umilia: diventano codardi, timidi e servili, e ricadono molto più in basso di quanto si fossero elevati.
Torniamo alla regola primordiale. La natura ha creato i bambini perché fossero amati e aiutati; ma li ha forse creati anche perché venissero obbediti e temuti? Gli ha forse dato un aspetto imponente, uno sguardo severo, una voce rude e minacciosa, affinché suscitassero paura? Capisco che il ruggito di una tigre spaventi gli animali, e che tremino alla vista della sua terribile bocca; ma se mai si dovesse assistere a uno spettacolo indecente, odioso o ridicolo, sarebbe quello di un gruppo di magistrati, con il capo in testa e vestiti con abiti cerimoniali, che si prostrano davanti a un bambino in costume da bagno e lo rimproverano con parole pompose, mentre lui risponde urlando e sbavando.
Se si considera l’infanzia in sé stessa, esiste forse al mondo un essere più debole, più miserabile, più alla mercé di tutto ciò che lo circonda, che abbia bisogno così grande di pietà, cure e protezione di un bambino? Non sembra forse che mostri un volto così dolce e un’aria così toccante proprio per indurre tutto ciò che gli si avvicina a prendersi cura della sua debolezza e ad affrettarsi a soccorrerlo? Quindi, cosa c’è di più scioccante, di più contrario all’ordine naturale, di vedere un bambino arrogante e ribelle comandare tutto ciò che lo circonda e assumere con impudenza l’atteggiamento del padrone verso coloro che non hanno altra scelta se non abbandonarlo al suo destino?
D’altra parte, chi non vede come la debolezza dell’età infantile vincoli i bambini in così tanti modi, che è barbaro aggiungere a questa soggezione anche quella dei nostri capricci, privandoli di una libertà così limitata – di cui possono abusare così poco – e dalla quale è tanto poco utile sia per loro che per noi privarli? Se non esiste nulla di più degno di derisione di un bambino arrogante, non esiste nulla di più degno di compassione di un bambino timido. Poiché con l’età della ragione inizia la schiavitù civile, perché prevenirla con la schiavitù privata? Lasciamo che per un momento della vita i bambini siano esenti da questo giogo che la natura non ci ha imposto, e permettiamogli di esercitare quella libertà naturale che, almeno per un po’, li allontana dai vizi che si contraggono nella schiavitù. Che quegli insegnanti severi, quei genitori schiavi dei loro figli, vengano pure con le loro obiezioni frivole; prima di lodare i loro metodi, imparino almeno quello della natura.
Torno alla pratica. Ho già detto che vostro figlio non dovrebbe ottenere nulla solo perché lo chiede, ma perché ne ha bisogno[324], né fare nulla per obbedienza, ma soltanto per necessità. Così i termini “obbedire” e “comandare” dovranno essere banditi dal suo vocabolario, ancora di più quelli di “dovere” e “obbligo”; invece, i termini “forza”, “necessità”, “impossibilità” e “costrizione” dovrebbero occupare un posto importante nella sua mente. Prima dell’età della ragione, non si potrebbe avere alcuna idea degli esseri morali né delle relazioni sociali; quindi è necessario evitare, per quanto possibile, di utilizzare termini che li esprimano, per timore che il bambino non associ a questi termini idee false che poi non sarebbe possibile cancellare. La prima falsa idea che entra nella sua mente rappresenta il germe dell’errore e del vizio; è proprio su questo primo passo che bisogna prestare particolare attenzione. Assicuratevi che, finché il bambino viene soltanto influenzato da cose sensibili, tutte le sue idee si limitino alle sensazioni; fate in modo che intorno a lui non veda altro che il mondo fisico: altrimenti, sappiate che non vi ascolterà affatto, o che formerà delle concezioni fantastiche sul mondo morale di cui gli parlate, concezioni che non riuscirete mai a cancellare dalla sua mente.
Raisonner avec les enfants était la grande maxime de Locke ; c’est la plus en vogue aujourd’hui ; son succès ne me paraît pourtant pas fort propre à la mettre en crédit ; et pour moi je ne vois rien de plus sot que ces enfants avec qui l’on a tant raisonné. De toutes les facultés de l’homme, la raison, qui n’est, pour ainsi dire, qu’un composé de toutes les autres, est celle qui se développe le plus difficilement et le plus tard ; et c’est de celle-là qu’on veut se servir pour développer les premières ! Le chef-d’oeuvre d’une bonne éducation est de faire un homme raisonnable : et l’on prétend élever un enfant par la raison ! C’est commencer par la fin, c’est vouloir faire l’instrument de l’ouvrage. Si les enfants entendaient raison, ils n’auraient pas besoin d’être élevés ; mais en leur parlant dès leur bas âge une langue qu’ils n’entendent point, on les accoutume à se payer de mots, à contrôler tout ce qu’on leur dit, à se croire aussi sages que leurs maîtres, à devenir disputeurs et mutins ; et tout ce qu’on pense obtenir d’eux par des motifs raisonnables, on ne l’obtient jamais que par ceux de convoitise, ou de crainte, ou de vanité, qu’on est toujours forcé d’y joindre.
Voici la formule à laquelle peuvent se réduire à peu près toutes les leçons de morale qu’on fait et qu’on peut faire aux enfants.
LE MAÎTRE
Il ne faut pas faire cela.
L’ENFANT
Et pourquoi ne faut-il pas faire cela ?
LE MAÎTRE
Parce que c’est mal fait.
L’ENFANT
Mal fait ! Qu’est-ce qui est mal fait ?
LE MAÎTRE
Ce qu’on vous défend.
L’ENFANT
Quel mal y a-t-il à faire ce qu’on me défend.
LE MAÎTRE
On vous punit pour avoir désobéi.
L’ENFANT
Je ferai en sorte qu’on n’en sache rien.
LE MAÎTRE
On vous épiera.
L’ENFANT
Je me cacherai.
LE MAÎTRE
On vous questionnera.
L’ENFANT
Je mentirai.
LE MAÎTRE
Il ne faut pas mentir.
L’ENFANT
Pourquoi ne faut-il pas mentir ?
LE MAÎTRE
Parce que c’est mal fait, etc.
Voilà le cercle inévitable. Sortez-en, l’enfant ne vous entend plus. Ne sont-ce pas là des instructions fort utiles ? Je serais bien curieux de savoir ce qu’on pourrait mettre à la place de ce dialogue. Locke lui-même y eût à coup sûr été fort embarrassé. Connaître le bien et le mal, sentir la raison des devoirs de l’homme, n’est pas l’affaire d’un enfant.
La nature veut que les enfants soient enfants avant que d’être hommes. Si nous voulons pervertir cet ordre, nous produirons des fruits précoces, qui n’auront ni maturité ni saveur, et ne tarderont pas à se corrompre ; nous aurons de jeunes docteurs et de vieux enfants. L’enfance a des manières de voir, de penser, de sentir, qui lui sont propres ; rien n’est moins sensé que d’y vouloir substituer les nôtres ; et j’aimerais autant exiger qu’un enfant eût cinq pieds de haut, que du jugement à dix ans. En effet, à quoi lui servirait la raison à cet âge ? Elle est le frein de la force, et l’enfant n’a pas besoin de ce frein.
En essayant de persuader à vos élèves le devoir de l’obéissance, vous joignez à cette prétendue persuasion la force et les menaces, ou, qui pis est, la flatterie et les promesses. Ainsi donc, amorcés par l’intérêt ou contraints par la force, ils font semblant d’être convaincus par la raison. Ils voient très bien que l’obéissance leur est avantageuse, et la rébellion nuisible, aussitôt que vous vous apercevez de l’une ou de l’autre. Mais comme vous n’exigez rien d’eux qui ne leur soit désagréable, et qu’il est toujours pénible de faire les volontés d’autrui, ils se cachent pour faire les leurs, persuadés qu’ils font bien si l’on ignore leur désobéissance, mais prêts à convenir qu’ils font mal, s’ils sont découverts, de crainte d’un plus grand mal. La raison du devoir n’étant pas de leur âge, il n’y a homme au monde qui vînt à bout de la leur rendre vraiment sensible ; mais la crainte du châtiment, l’espoir du pardon, l’importunité, l’embarras de répondre leur arrachent tous les aveux qu’on exige ; et l’on croit les avoir convaincus, quand on ne les a qu’ennuyés ou intimidés.
Qu’arrive-t-il de là ? Premièrement, qu’en leur imposant un devoir qu’ils ne sentent pas, vous les indisposez contre votre tyrannie ; et les détournez de vous aimer ; que vous leur apprenez à devenir dissimulés, faux, menteurs, pour extorquer des récompenses ou se dérober aux châtiments ; qu’enfin, les accoutumant à couvrir toujours d’un motif apparent un motif secret, vous leur donnez vous-même le moyen de vous abuser sans cesse, de vous ôter la connaissance de leur vrai caractère, et de payer vous et les autres de vaines paroles dans l’occasion. Les lois, direz-vous, quoique obligatoires pour la conscience, usent de même de contrainte avec les hommes faits. J’en conviens. Mais que sont ces hommes, sinon des enfants gâtés par l’éducation ? Voilà précisément ce qu’il faut prévenir. Employez la force avec les enfants et la raison avec les hommes ; tel est l’ordre naturel ; le sage n’a pas besoin de lois.
Traitez votre élève selon son âge. Mettez-le d’abord à sa place, et tenez l’y si bien, qu’il ne tente plus d’en sortir. Alors, avant de savoir ce que c’est que sagesse, il en pratiquera la plus importante leçon. Ne lui commandez jamais rien, quoi que ce soit au monde, absolument rien. Ne lui laissez pas même imaginer que vous prétendiez avoir aucune autorité sur lui. Qu’il sache seulement qu’il est faible et que vous êtes fort ; que, par son état et le vôtre, il est nécessairement à votre merci ; qu’il le sache, qu’il l’apprenne, qu’il le sente ; qu’il sente de bonne heure sur sa tête altière le dur joug que la nature impose à l’homme, le pesant joug de la nécessité, sous lequel il faut que tout être fini ploie ; qu’il voie cette nécessité dans les choses, jamais dans le caprice[325] des hommes ; que le frein qui le retient soit la force, et non l’autorité. Ce dont il doit s’abstenir, ne le lui défendez pas ; empêchez-le de le faire, sans explications, sans raisonnements ; ce que vous lui accordez, accordez-le à son premier mot, sans sollicitations, sans prières, surtout sans conditions. Accordez avec plaisir, ne refusez qu’avec répugnance ; mais que tous vos refus soient irrévocables ; qu’aucune importunité ne vous ébranle ; que le non prononcé soit un mur d’airain, contre lequel l’enfant n’aura pas épuisé cinq ou six fois ses forces, qu’il ne tentera plus de le renverser.
C’est ainsi que vous le rendrez patient, égal, résigné, paisible, même quand il n’aura pas ce qu’il a voulu ; car il est dans la nature de l’homme d’endurer patiemment la nécessité des choses, mais non la mauvaise volonté d’autrui. Ce mot, il n’y en a plus, est une réponse contre laquelle jamais enfant ne s’est mutiné, à moins qu’il ne crût que c’était un mensonge. Au reste, il n’y a point ici de milieu ; il faut n’en rien exiger du tout, ou le plier d’abord à la plus parfaite obéissance. La pire éducation est de le laisser flottant entre ses volontés et les vôtres, et de disputer sans cesse entre vous et lui à qui des deux sera le maître ; j’aimerais cent fois mieux qu’il le fût toujours.
Il est bien étrange que, depuis qu’on se mêle d’élever des enfants, on n’ait imaginé d’autre instrument pour les conduire que l’émulation, la jalousie, l’envie, la vanité, l’avidité, la vile crainte, toutes les passions les plus dangereuses, les plus promptes à fermenter, et les plus propres à corrompre l’âme, même avant que le corps soit formé. À chaque instruction précoce qu’on veut faire entrer dans leur tête, on plante un vice au fond de leur coeur ; d’insensés instituteurs pensent faire des merveilles en les rendant méchants pour leur apprendre ce que c’est que bonté ; et puis ils nous disent gravement : Tel est l’homme, Oui, tel est l’homme que vous avez fait.
On a essayé tous les instruments, hors un, le seul précisément qui peut réussir : la liberté bien réglée. Il ne faut point se mêler d’élever un enfant quand on ne sait pas le conduire où l’on veut par les seules lois du possible et de l’impossible. La sphère de l’un et de l’autre lui étant également inconnue, on l’étend, on la resserre autour de lui comme on veut. On l’enchaîne, on le pousse, on le retient, avec le seul lien de la nécessité, sans qu’il en murmure : on le rend souple et docile par la seule force des choses, sans qu’aucun vice ait l’occasion de germer en lui ; car jamais les passions ne s’animent, tant qu’elles sont de nul effet.
Reasoning with children was Locke’s fundamental principle; it is also the most popular approach today. Yet its success hardly seems to justify such an approach. In my opinion, there is nothing more foolish than trying to reason with children. Of all human faculties, reason—which is essentially a combination of all the others—is the one that develops most slowly and at the latest stage; yet it is precisely this faculty that we attempt to use to develop the rest! The ultimate goal of a good education is to create reasonable individuals—but we claim to educate children through reason itself! That is putting the cart before the horse, trying to use an instrument before it has even been crafted. If children could understand reason, there would be no need for education at all. But by speaking to them in a language they do not understand from a very young age, we teach them to rely on words, to question everything we tell them, to think they are as wise as their teachers—and thus to become argumentative and rebellious. Everything we hope to achieve through rational reasoning is ultimately accomplished through motives of greed, fear, or vanity—motives that we are always forced to incorporate into our approach.
Here is the formula into which nearly all moral lessons that are given or can be given to children can be reduced.
THE MASTER
One should not do such a thing.
THE CHILD
And why should one not do it?
THE MASTER
Because it’s done poorly.
THE CHILD
Done wrong! What was done wrong?
THE MASTER
What we are defending for you.
THE CHILD
What harm is there in doing what I am being told not to do?
THE MASTER
You are punished for having disobeyed.
THE CHILD
I will ensure that no one finds out about it.
THE MASTER
They will spy on you.
THE CHILD
I will hide myself.
THE MASTER
You will be questioned.
THE CHILD
I would lie.
THE MASTER
One must not lie.
THE CHILD
Why should one not lie?
THE MASTER
Because it’s done poorly, etc.
Here lies the inevitable circle. Break free from it—the child can no longer hear you. Are these not extremely useful instructions? I would be very curious to know what could possibly replace this dialogue. Even Locke himself would surely have been greatly embarrassed by it. To understand good and evil, to grasp the reasons behind man’s duties—is not something a child is capable of doing.
Nature itself ordains that children remain children before they become men. If we seek to disrupt this order, we will produce “precocious fruits” that lack both maturity and true flavor, and which will soon begin to decay—we will end up with young “doctors” and old children. Childhood possesses its own ways of seeing, thinking, and feeling; attempting to replace them with our own is utterly senseless. I would rather demand that a child be five feet tall than that he possess the judgment of a ten-year-old. At that age, what use would reason have for him? Reason is the brake on strength—and children do not need such a brake.
In attempting to persuade your students of the duty of obedience, you resort to force and threats—or, even worse, flattery and promises—in addition to this so-called persuasion. Thus, driven by interest or coerced by force, they pretend to be convinced by reason. They clearly see that obedience is beneficial to them, while rebellion is harmful—especially once you become aware of one or the other. But since you demand nothing from them that is not unpleasant, and since it is always difficult to do others’ will, they hide away to follow their own, believing they are doing right if their disobedience goes unnoticed, yet ready to admit they are wrong if discovered, for fear of greater harm. Since the reasons for obedience are beyond their understanding, there is no man in the world who can truly make them grasp these concepts. Yet fear of punishment, hope for forgiveness, persistence, and the embarrassment of having to answer questions—all these compel them to make the admissions you demand. And so we believe we have convinced them, when all we have done is annoy or intimidate them.
What happens as a result of this? Firstly, by imposing upon them a duty that they do not feel, you provoke their resistance against your tyranny and cause them to cease loving you; you teach them to become deceitful, false, and liars in order to extort rewards or escape punishment. Moreover, by habituating them to always conceal their true intentions behind apparent reasons, you yourself provide them with the means to deceive you constantly, to hide their true nature from you, and to lead both you and others astray through empty words when the time comes. You might say that laws, although necessary for guiding conscience, also use coercion against those who are influenced by human weaknesses. I agree. But what kind of people are these, if not spoiled children? Precisely this is what needs to be prevented. Use force with children and reason with adults; such is the natural order of things. A wise person does not need laws at all.
Treat your student according to his age. First, place him in his proper position, and hold him there so firmly that he never attempts to escape it. Thus, before he even understands what wisdom is, he will have practiced its most important lesson. Never command him to do anything, nothing at all in the world—absolutely nothing. Do not even let him imagine that you claim any authority over him. Let him know only that he is weak and you are strong; that, due to his condition and yours, he is inevitably at your mercy; let him understand this clearly, learn it, and feel it deeply. Let him realize from an early age the harsh yoke that nature imposes upon man—the oppressive burden of necessity, beneath which every finite being must bend. Let him see this necessity in things themselves, never in the caprices of human beings. Let the restraint that holds him back be strength, not authority. What he is supposed to abstain from, do not forbid him outright; prevent him from doing it without any explanation or reasoning. Whatever you grant him, give it at his first request, without solicitation, without prayers, and certainly without any conditions. Grant it with pleasure—refuse it only with reluctance—but make all your refusals absolute and unyielding. Let no persistence shake you; let a firm “no” be an iron wall against which the child will not exhaust even five or six attempts before giving up.
In this way, you will make him patient, equal-minded, resigned, and peaceful—even when he does not get what he desires; for it is human nature to endure the necessities of life with patience, but not the malice of others. This word—there is no other—represents a response against which not a single child has ever rebelled, unless they believed it to be a lie. Moreover, there is no middle ground here: either demand nothing at all from him, or force him to submit to perfect obedience. The worst form of education is to let him vacillate between his own desires and yours, and to constantly argue with him about who among the two should be in charge; I would far prefer for him to always be under your authority.
It is truly strange that, ever since people have begun to involve themselves in raising children, they have never imagined any other means of guiding them than emulation, jealousy, envy, vanity, greed, and vile fear—all the most dangerous passions, those most prone to fermenting within a young mind, and those most likely to corrupt the soul, even before the body has fully developed. With every premature lesson we try to impart to them, we plant a vice deep within their hearts. Some foolish educators think they are doing wonders by making children wicked in order to teach them what goodness is; and then they seriously tell us: Such is man—yes, such is the man you have created.
We have tried every instrument except for one—the only one that can truly succeed: well-regulated freedom. One must not attempt to raise a child when one does not know how to guide it towards the desired path, using only the laws of what is possible and impossible. Since both the limits of what is possible and impossible are unknown to us, we extend or restrict those boundaries at will. We chain it, push it, hold it back—using nothing but the force of necessity—and it never complains. We make it flexible and obedient through the sheer power of things themselves, ensuring that no vice has any chance to take root within it; for passions can never arise when they are utterly powerless.
“Ragionare con i bambini” era la grande massima di Locke; è anche quella più in voga oggi. Tuttavia, il suo successo non mi sembra affatto degno di farle guadagnare credito. E per quanto mi riguarda, non vedo nulla di più sciocco di questi bambini con cui si ragiona così tanto. Di tutte le facoltà umane, la ragione – che, in un certo senso, è soltanto una combinazione di tutte le altre – è quella che si sviluppa più difficilmente e più tardi; e proprio di questa si vuole fare uso per sviluppare le prime capacità cognitive dei bambini! L’opera magistrale di un buon insegnamento dovrebbe essere quella di creare un uomo razionale. Eppure si pretende di educare un bambino attraverso la ragione! È come iniziare dalla fine, è come voler utilizzare l’strumento prima ancora di aver costruito l’opera stessa. Se i bambini capissero davvero il senso delle parole, non avrebbero bisogno di essere educati. Ma parlando loro fin da piccoli una lingua che non comprendono, si abitua loro a fidarsi soltanto delle parole, a mettere in dubbio tutto ciò che gli viene detto, a credersi altrettanto saggi dei loro insegnanti. E tutto ciò che si spera di ottenere da loro attraverso argomentazioni razionali, in realtà si ottiene soltanto grazie a motivi di avidità, paura o vanità, che inevitabilmente vanno aggiunti.
Ecco la formula con cui si possono ridurre, più o meno, tutte le lezioni di morale che si impartiscono e si possono impartire ai bambini.
Il Maestro
Non si deve fare così.
IL BAMBINO
E perché non dovremmo farlo?
Il Maestro
Perché è stato fatto male.
IL BAMBINO
Brutto errore! Cosa è andato storto?
Il Maestro
Quello che vi viene vietato.
IL BAMBINO
Che male c’è nel fare ciò che mi viene vietato?
Il Maestro
Vi si punisce per aver disobbedito.
IL BAMBINO
Farò in modo che nessuno ne venga a sapere nulla.
Il Maestro
Vi verrà tenuta d’occhio.
IL BAMBINO
Mi nasconderò.
Il Maestro
Vi faranno domande.
IL BAMBINO
Mentirò.
Il Maestro
Non si deve mentire.
IL BAMBINO
Perché non dovremmo mentire?
Il Maestro
Perché è stato fatto male, ecc.
Ecco il circolo inevitabile. Escitate da esso: il bambino non vi sente più. Non sono forse queste istruzioni molto utili? Mi chiederei davvero cosa si potrebbe mettere al posto di questo dialogo. Anche Locke stesso ne sarebbe sicuramente rimasto molto imbarazzato. Conoscere il bene e il male, comprendere la ragione dei doveri dell’uomo, non è affare di un bambino.
La natura vuole che i bambini siano bambini prima di diventare uomini. Se vogliamo perturbare questo ordine, produrremo “frutti precoci” che non avranno né maturità né sapore, e che presto si corromperanno; avremo quindi giovani “dottori” e bambini anziani. L’infanzia possiede modi particolari di vedere, pensare e sentire; nulla è più assurdo che cercare di sostituirli con i nostri. Preferirei chiedere a un bambino di avere cinque piedi di altezza piuttosto che di avere giudizio a dieci anni. A quell’età, a cosa gli servirebbe la ragione? È il freno della forza, e il bambino non ha bisogno di tale freno.
Nel tentativo di convincere i vostri studenti del dovere dell’obbedienza, unite a questa presunta persuasione la forza e le minacce, o, peggio ancora, l’adulazione e le promesse. Così, spinti dall’interesse o costretti dalla forza, essi fingono di essere convinti dalla ragione. Sanno molto bene che l’obbedienza è vantaggiosa per loro e la ribellione dannosa, non appena voi vi accorgete dell’una o dell’altra. Ma poiché non chiedete loro nulla che non sia sgradevole, e poiché è sempre difficile obbedire ai voleri altrui, si nascondono per fare i propri, convinti di agire bene se la loro disobbedienza viene ignorata, ma pronti ad ammettere di aver sbagliato se vengono scoperti, per paura di un danno ancora maggiore. Poiché la ragione del dovere non è adatta alla loro età, non esiste nessuno al mondo che riesca davvero a renderla comprensibile; ma la paura della punizione, la speranza di essere perdonati, l’insistenza e l’imbarazzo di dover rispondere li spingono a confessare tutto ciò che viene loro chiesto; e si crede di averli convinti, quando in realtà si è solo riusciti ad annoiarli o a intimidirli.
Che cosa succede in questo caso? Prima di tutto, imponendo loro un dovere che non sentono, li indispettite contro la vostra tirannia e li allontanate dall’amarvi; insegnate loro ad essere dissimulati, falsi, bugiardi, al fine di estorcere ricompense o di sfuggire alle punizioni; infine, abituandoli a nascondere sempre un motivo segreto dietro uno apparente, date loro voi stessi i mezzi per ingannarvi continuamente, per non conoscere mai il loro vero carattere e per farvi pagare, così come agli altri, con parole vane. Direte che le leggi, sebbene obbligatorie per la coscienza, utilizzano anch’esse la coercizione nei confronti degli uomini comuni. Lo ammetto. Ma che cosa sono questi uomini, se non bambini viziati dall’educazione? Ed è proprio questo che bisogna prevenire. Usate la forza con i bambini e la ragione con gli adulti: tale è l’ordine naturale; il saggio non ha bisogno di leggi.
Trattate il vostro allievo in base alla sua età. Mettetelo prima di tutto al suo posto e mantenetelo lì con tanta fermezza che non tenti più di uscirne. Così, senza nemmeno conoscere cosa significhi la saggezza, egli praticherà già la lezione più importante di essa. Non comandategli mai nulla, assolutamente nulla; lasciategli anche credere che voi non abbiate alcuna autorità su di lui. Che sappia soltanto di essere debole e voi forte; che, a causa della sua condizione e della vostra, egli sia inevitabilmente alla vostra mercé; che lo sappia, che lo impari, che se ne renda conto; che percepisca fin da giovane il duro giogo che la natura impone all’uomo, il pesante peso della necessità sotto cui ogni essere finito deve piegarsi; che veda questa necessità nelle cose, mai nel capriccio degli uomini; che il freno che lo trattiene sia la forza, e non l’autorità. Quello di cui deve astenersi, non impediteglielo; impeditegli semplicemente di farlo, senza spiegazioni, senza ragionamenti; ciò che gli concedete, concedetelo al suo primo richiesto, senza sollecitazioni, senza preghiere, soprattutto senza condizioni. Concedete con piacere, rifiutate solo con ripugnanza; ma che tutti i vostri rifiuti siano irrevocabili; che nessuna insistenza vi faccia vacillare; che il “no” pronunciato sia come un muro di ferro contro cui il bambino non avrà modo di sferrare più di cinque o sei tentativi, senza mai riuscire a superarlo.
Ecco come potrete renderlo paziente, equilibrato, rassegnato e sereno, anche quando non otterrà ciò che desidera; infatti è nella natura umana sopportare con pazienza la necessità delle cose, ma non la cattiva volontà altrui. Questo principio, che non esiste più oggi, rappresenta una risposta contro cui nessun bambino si è mai ribellato, a meno che non credesse fosse una menzogna. Del resto, qui non esiste alcuna via di mezzo: o non bisogna chiedergli nulla affatto, oppure bisogna costringerlo ad obbedire in modo assoluto. L’educazione peggiore è quella che lo lascia oscillare tra le sue volontà e le vostre, e che fa sì che voi due litighiate continuamente per stabilire chi dei due debba avere il potere decisionale; preferirei mille volte che fosse sempre lui ad avere l’autorità.
È davvero strano che, da quando ci si è messi a educare i bambini, non si sia mai pensato ad alcun altro mezzo per guidarli se non l’emulazione, la gelosia, l’invidia, la vanità, l’avidità, la vile paura: tutte passioni pericolose, pronte a fermentare e particolarmente capaci di corrompere l’anima, anche prima che il corpo sia completamente formato. Ogni insegnamento precoce che si cerca di impartire loro finisce per piantare un vizio nel profondo del loro cuore; alcuni insegnanti insensati pensano di compiere miracoli rendendoli cattivi, solo per insegnar loro cosa significhi essere buoni. E poi ci dicono seriamente: “Ecco l’uomo. Sì, ecco l’uomo che avete creato”.
Si sono provati tutti gli strumenti, tranne uno solo: proprio quello che potrebbe riuscire nell’intento. La libertà, ben regolamentata. Non si deve cercare di educare un bambino se non si sa dove condurlo seguendo soltanto le leggi del possibile e dell’impossibile. Poiché sia l’ambito del possibile che quello dell’impossibile gli sono entrambi sconosciuti, lo si estende o lo si restringe a piacimento; lo si incatena, lo si spinge, lo si trattiene, utilizzando soltanto il legame della necessità. Senza che egli possa mai lamentarsi. Lo si rende flessibile e docile esclusivamente con la forza delle cose, senza che alcun vizio abbia l’opportunità di germogliare in lui. Poiché le passioni non si risvegliano mai, finché non hanno alcun effetto reale.
Ne donnez à votre élève aucune espèce de leçon verbale ; il n’en doit recevoir que de l’expérience : ne lui infligez aucune espèce de châtiment, car il ne sait ce que c’est qu’être en faute : ne lui faites jamais demander pardon, car il ne saurait vous offenser. Dépourvu de toute moralité dans ses actions, il ne peut rien faire qui soit moralement mal, et qui mérite ni châtiment ni réprimande.
Je vois déjà le lecteur effrayé juger de cet enfant par les nôtres : il se trompe. La gêne perpétuelle où vous tenez vos élèves irrite leur vivacité ; plus ils sont contraints sous vos yeux, plus ils sont turbulents au moment qu’ils s’échappent ; il faut bien qu’ils se dédommagent quand ils peuvent de la dure contrainte où vous les tenez. Deux écoliers de la ville feront plus de dégât dans un pays que la jeunesse de tout un village. Enfermez un petit monsieur et un petit paysan dans une chambre ; le premier aura tout renversé, tout brisé, avant que le second soit sorti de sa place. Pourquoi cela, si ce n’est que l’un se hâte d’abuser d’un moment de licence, tandis que l’autre, toujours sûr de sa liberté, ne se presse jamais d’en user ? Et cependant les enfants des villageois, souvent flattés ou contrariés, sont encore bien loin de l’état où je veux qu’on les tienne.
Posons pour maxime incontestable que les premiers mouvements de la nature sont toujours droits : il n’y a point de perversité originelle dans le coeur humain ; il ne s’y trouve pas un seul vice dont on ne puisse dire comment et par où il y est entré. La seule passion naturelle à l’homme est l’amour de soi-même, ou l’amour-propre pris dans un sens étendu. Cet amour-propre en soi ou relativement à nous est bon et utile ; et, comme il n’a point de rapport nécessaire à autrui, il est à cet égard naturellement indifférent ; il ne devient bon ou mauvais que par l’application qu’on en fait et les relations qu’on lui donne. Jusqu’à ce que le guide de l’amour-propre, qui est la raison, puisse naître, il importe donc qu’un enfant ne fasse rien parce qu’il est vu ou entendu, rien en un mot par rapport aux autres, mais seulement ce que la nature lui demande ; et alors il ne fera rien que de bien.
Je n’entends pas qu’il ne fera jamais de dégât, qu’il ne se blessera point, qu’il ne brisera pas peut-être un meuble de prix s’il le trouve à sa portée. Il pourrait faire beaucoup de mal sans mal faire, parce que la mauvaise action dépend de l’intention de nuire, et qu’il n’aura jamais cette intention. S’il l’avait une seule fois, tout serait déjà perdu ; il serait méchant presque sans ressource.
Telle chose est mal aux yeux de l’avarice, qui ne l’est pas aux yeux de la raison. En laissant les enfants en pleine liberté d’exercer leur étourderie, il convient d’écarter d’eux tout ce qui pourrait la rendre coûteuse, et de ne laisser à leur portée rien de fragile et de précieux. Que leur appartement soit garni de meubles grossiers et solides ; point de miroirs, point de porcelaines, points d’objets de luxe. Quant à mon Émile que j’élève à la campagne, sa chambre n’aura rien qui la distingue de celle d’un paysan. À quoi bon la parer avec tant de soin, puisqu’il y doit rester si peu ? Mais je me trompe ; il la parera lui-même, et nous verrons bientôt de quoi.
Que si, malgré vos précautions, l’enfant vient à faire quelque désordre, à casser quelque pièce utile, ne le punissez point de votre négligence, ne le grondez point ; qu’il n’entende pas un seul mot de reproche ; ne lui laissez pas même entrevoir qu’il vous ait donné du chagrin ; agissez exactement comme si le meuble se fût cassé de lui-même ; enfin croyez avoir beaucoup fait si vous pouvez ne rien dire.
Oserais-je exposer ici la plus grande, la plus importante, la plus utile règle de toute l’éducation ? ce n’est pas de gagner du temps, c’est d’en perdre. Lecteurs vulgaires, pardonnez-moi mes paradoxes : il en faut faire quand on réfléchit ; et, quoi que vous puissiez dire, j’aime mieux être homme à paradoxes qu’homme à préjugés. Le plus dangereux intervalle de la vie humaine est celui de la naissance à l’âge de douze ans. C’est le temps où germent les erreurs et les vices, sans qu’on ait encore aucun instrument pour les détruire ; et quand l’instrument vient, les racines sont si profondes, qu’il n’est plus temps de les arracher. Si les enfants sautaient tout d’un coup de la mamelle à l’âge de raison, l’éducation qu’on leur donne pourrait leur convenir ; mais, selon le progrès naturel, il leur en faut une toute contraire. Il faudrait qu’ils ne tissent rien de leur âme jusqu’à ce qu’elle eût toutes ses facultés ; car il est impossible qu’elle aperçoive le flambeau que vous lui présentez tandis qu’elle est aveugle, et qu’elle suive, dans l’immense plaine des idées, une route que la raison trace encore si légèrement pour les meilleurs yeux.
La première éducation doit donc être purement négative. Elle consiste, non point à enseigner la vertu ni la vérité, mais à garantir le coeur du vice et l’esprit de l’erreur. Si vous pouviez ne rien faire et ne rien laisser faire ; si vous pouviez amener votre élève sain et robuste à l’âge de douze ans, sans qu’il sût distinguer sa main droite de sa main gauche, dès vos premières leçons les yeux de son entendement s’ouvriraient à la raison ; sans préjugés, sans habitudes, il n’aurait rien en lui qui pût contrarier l’effet de vos soins. Bientôt il deviendrait entre vos mains le plus sage des hommes ; et en commençant par ne rien faire, vous auriez fait un prodige d’éducation.
Prenez bien le contre-pied de l’usage, et vous ferez presque toujours bien. Comme on ne veut pas faire d’un enfant un enfant, mais un docteur, les pères et les maîtres n’ont jamais assez tôt tancé, corrigé, réprimandé, flatté, menacé, promis, instruit, parlé raison. Faites mieux : soyez raisonnable, et ne raisonnez point avec votre élève, surtout pour lui faire approuver ce qui lui déplaît ; car amener ainsi toujours la raison dans les choses désagréables, ce n’est que la lui rendre ennuyeuse, et la décréditer de bonne heure dans un esprit qui n’est pas encore en état de l’entendre. Exercez son corps, ses organes, ses sens, ses forces, mais tenez son âme oisive aussi longtemps qu’il se pourra. Redoutez tous les sentiments antérieurs au jugement qui les apprécie. Retenez, arrêtez les impressions étrangères : et, pour empêcher le mal de naître, ne vous pressez point de faire le bien ; car il n’est jamais tel que quand la raison l’éclaire. Regardez tous les délais comme des avantages : c’est gagner beaucoup que d’avancer vers le terme sans rien perdre ; laissez mûrir l’enfance dans les enfants. Enfin, quelque leçon leur devient-elle nécessaire ? gardez-vous de la donner aujourd’hui, si vous pouvez différer jusqu’à demain sans danger.
Une autre considération qui confirme l’utilité de cette méthode, est celle du génie particulier de l’enfant, qu’il faut bien connaître pour savoir quel régime moral lui convient. Chaque esprit a sa forme propre, selon laquelle il a besoin d’être gouverné ; et il importe au succès des soins qu’on prend qu’il soit gouverné par cette forme, et non par une autre. Homme prudent, épiez longtemps la nature, observez bien votre élève avant de lui dire le premier mot ; laissez d’abord le germe de son caractère en pleine liberté de se montrer, ne le contraignez en quoi que ce puisse être, afin de le mieux voir tout entier. Pensez-vous que ce temps de liberté soit perdu pour lui ? tout au contraire, il sera le mieux employé ; car c’est ainsi que vous apprendrez à ne pas perdre un seul moment dans un temps précieux : au lieu que, si vous commencez d’agir avant de savoir ce qu’il faut faire, vous agirez au hasard ; sujet à vous tromper, il faudra revenir sur vos pas ; vous serez plus éloigné du but que si vous eussiez été moins pressé de l’atteindre. Ne faites donc pas comme l’avare qui perd beaucoup pour ne vouloir rien perdre. Sacrifiez dans le premier âge un temps que vous regagnerez avec usure dans un âge plus avancé. Le sage médecin ne donne pas étourdiment des ordonnances à la première vue, mais il étudie premièrement le tempérament du malade avant de lui rien prescrire ; il commence tard à le traiter, mais il le guérit, tandis que le médecin trop pressé le tue.
Do not impart any verbal lessons to your student; he should only learn through experience. Do not impose any form of punishment on him, for he does not understand what it means to be in fault. Never make him ask for forgiveness, for he would not know how to offend you in the first place. Lacking any moral sense in his actions, he cannot do anything that is morally wrong and therefore deserves neither punishment nor reprimand.
I can already imagine the frightened reader judging this child by our standards: he is mistaken. The constant restraint you impose on your students irritates their natural liveliness; the more they are constrained under your watchful eyes, the more turbulent they become once they are free. They must surely seek some way to compensate for the harsh limitations you place upon them. Two city children can cause more trouble in a single village than all the young people in a whole countryside. Lock a little gentleman and a little farmer in the same room; the former will have overturned and broken everything before the latter even leaves his seat. Why is this so? Simply because one is eager to take advantage of any moment of freedom, while the other, always certain of his liberty, never hurries to do so. Yet even the children of villagers, often flattered or frustrated, are still far from the state in which I wish them to be kept.
Let us take it as an indisputable maxim that the initial movements of nature are always upright; there is no inherent perversity in the human heart; not a single vice exists that one cannot determine how and through what it came into being. The only natural passion in humans is self-love, or what may be called self-esteem in a broader sense. This self-esteem, in itself or as it relates to us, is good and useful; and since it has no necessary connection with others, it is naturally indifferent in that regard; it only becomes good or bad depending on how it is applied and the context in which it is placed. Until the guide of self-esteem—reason—can emerge, it is therefore essential that a child do nothing simply because it is seen or heard by others; in other words, it should act solely according to what nature demands of it; and in that case, it will only do good.
I don’t mean that he will never cause any harm, that he will never get injured, or that he might not break a valuable piece of furniture if he happens to find it within reach. He could cause a great deal of damage without even intending to; after all, a bad action depends on the intention to cause harm, and he will never have such an intention. If he had it once, everything would be lost—he would become truly evil, with no possibility of redemption.
Such things are considered bad by greed, but not by reason. By allowing children full freedom to indulge in their recklessness, it is necessary to remove from their reach everything that might make such behavior costly, and to ensure that they have no access to anything fragile or precious. Their room should be furnished with simple, sturdy furniture; no mirrors, no porcelain, no luxury items at all. As for my Émile, who is being raised in the countryside, his room will be no different from that of a farmer’s son. What use is there in decorating it so carefully, if he is only going to stay there for such a short time? But I am mistaken; he will decorate it himself, and we will soon see what he comes up with.
Even if, despite your precautions, the child should cause some trouble or break something useful, do not punish him for your own negligence, nor scold him; let him not hear a single word of reproach; do not even let him think that he has caused you any distress. Act as if the object had broken on its own. In fact, consider yourself to have done a great deal if you manage to say nothing at all.
Would I dare to lay forth here the greatest, most important, and most useful rule of all education? It is not about saving time—rather, it is about avoiding wasting it. My ordinary readers, forgive my paradoxes: they are inevitable when one thinks deeply. And no matter what you may say, I would rather be a man of paradoxes than a man filled with prejudices. The most dangerous period in human life is that between birth and the age of twelve. It is during this time that errors and vices begin to take root, yet we lack the means to eradicate them. By the time those means finally arrive, the roots have grown too deep to be removed. If children could suddenly progress from infancy to maturity at once, the education they would receive might be suitable for them; but according to the natural order of things, they need an entirely different kind of education. They should not engage their minds in any activity until their faculties are fully developed. For it is impossible for them to perceive the path you show them when they are still blind, or to follow a course through the vast expanse of ideas when that path is barely visible even to the sharpest intellects.
Therefore, the first form of education must be purely negative in nature. Its purpose is not to teach virtue or truth, but rather to ensure that the heart remains open to vice and the mind receptive to error. If you could do nothing and allow nothing to happen; if you could bring your healthy, robust student to the age of twelve without him being able to distinguish his right hand from his left, then, from those very first lessons on, the eyes of his understanding would be opened to reason. Without any preconceptions or established habits, he would possess nothing within him that could undermine the effect of your guidance. Soon, in your hands, he would become the wisest of men; and by beginning with doing nothing at all, you would have accomplished a miracle of education.
If you deliberately go against the common practices, you will almost always do things right. Since we don’t want to turn a child into just a child, but into a doctor, fathers and teachers never stop scolding, correcting, reprimanding, flattering, threatening, promising, instructing, and reasoning with them—especially not to make them approve of things they dislike. But do better: be reasonable yourself, and don’t reason with your students, especially not to make them agree with what displeases them. For always bringing reason into unpleasant matters only makes it seem boring and undermines its credibility in a mind that is not yet ready to understand it. Exercise their bodies, organs, senses, and abilities, but keep their souls idle as long as possible. Avoid all feelings that precede judgment and enable one to appreciate things properly. Retain and stop foreign influences; and to prevent evil from arising, don’t rush to do good—for it is never truly good until reason illuminates it. Consider every delay as an advantage: it is a great gain to move towards the goal without losing anything in the process. Let childhood mature within children naturally. Finally, no matter how necessary a lesson may seem, if you can wait until tomorrow without any danger, refrain from giving it today.
Another consideration that confirms the usefulness of this method is the unique nature of a child, which must be thoroughly understood in order to determine what kind of moral guidance is appropriate for him. Each individual mind has its own distinct form, and it is essential that guidance be tailored to that form rather than any other if one wishes for successful outcomes. As a prudent person, observe the child’s nature carefully for a long time before taking any action; allow the seeds of his character to develop freely without restraint, so that you can see him in his entirety. Do you think this period of freedom is wasted for him? On the contrary, it is used most effectively. Only by doing so will you learn not to waste a single precious moment. If you begin acting before understanding what needs to be done, you will act at random and risk making mistakes, which may force you to backtrack and cause you to deviate further from your goal than if you had taken your time. Therefore, do not behave like the miser who loses much in order to avoid losing anything at all. In the early years of a child’s life, be willing to sacrifice some time that you will eventually regain with great effort later on. The wise physician does not hastily prescribe remedies upon first sight; instead, he studies the patient’s temperament thoroughly before prescribing any treatment. He may begin treatment late, but he will succeed in curing the illness, whereas a hasty doctor may end up causing harm.
Non impartite al vostro allievo alcuna lezione verbale; egli debba riceverle soltanto dall’esperienza. Non infliggetegli alcun tipo di punizione, poiché non sa cosa significhi commettere un errore. Non chiedetegli mai scuse, poiché non saprebbe come offendervi. Essendo privo di qualsiasi senso della morale nelle sue azioni, non può compiere nulla che sia moralmente sbagliato e che meriti quindi punizione o rimprovero.
Vedo già il lettore spaventato giudicare questo bambino secondo i nostri criteri: si sbaglia. L’impossibilità di muoversi liberamente che impostate ai vostri studenti irrita la loro vivacità; più sono costretti sotto i vostri occhi, più diventano turbolenti non appena riescono a sfuggire a quella restrizione; è naturale che cerchino di compensarsi quando ne hanno l’opportunità. Due ragazzi della città possono causare più danni in una regione di quanto possa farlo la gioventù di un intero villaggio. Mettete insieme un bambino ben educato e un contadino semplice in una stanza: il primo rovinerà tutto prima ancora che il secondo si muova dalla sua posizione. Perché accade questo? Solo perché il primo è ansioso di approfittare di ogni momento di libertà, mentre l’altro, essendo sempre sicuro della propria libertà, non si affretta mai a farlo. Eppure i bambini dei villaggi, spesso lusingati o contrariati, sono ancora molto lontani dallo stato in cui io vorrei che fossero tenuti.
Riteniamo come massima incontestabile che i primi movimenti della natura siano sempre retti: non esiste alcuna perversità originale nel cuore umano; non vi è nemmeno un solo vizio di cui non si possa comprendere come e da dove sia sorto. L’unica passione naturale dell’uomo è l’amore di sé stesso, ovvero l’amor-proprio inteso in senso ampio. Questo amor-proprio, in sé o rispetto a noi, è buono e utile; poiché non ha necessariamente alcun rapporto con gli altri, è naturalmente indifferente in questo senso; diventa buono o cattivo soltanto in base all’uso che ne facciamo e alle relazioni che gli attribuiamo. Fino a quando non nascerà la guida dell’amor-proprio, ovvero la ragione, è quindi importante che un bambino non faccia nulla solo perché viene visto o sentito, insomma nulla in relazione agli altri, ma soltanto ciò che la natura gli richiede; e in questo modo farà sempre solo cose buone.
Non intendo dire che non possa mai causare danni, che non si possa ferire o che non possa rompere un mobile prezioso se lo trovasse a portata di mano. Potrebbe fare molto male senza volerlo, perché un’azione cattiva dipende dall’intenzione di nuocere, e lui non avrà mai tale intenzione. Se l’avesse anche solo una volta, tutto sarebbe già perduto; diventerebbe malvagio in modo irreversibile.
Una tale cosa è ripugnante agli occhi dell’avarizia, ma non a quelli della ragione. Lasciando che i bambini esercitino liberamente la loro leggerezza e la loro imprudenza, è opportuno allontanare da loro tutto ciò che potrebbe renderle costose, e non lasciare alla loro portata nulla di fragile o prezioso. Che la loro stanza sia arredata con mobili grossolani e solidi; niente specchi, niente porcellane, nessun oggetto di lusso. Quanto a mio figlio Émile, che sto educando in campagna, la sua camera non avrà nulla che la distingua da quella di un contadino. A che scopo abbellirla con tanta cura, se dovrà rimanervi così poco tempo? Ma mi sbaglio; sarà lui stesso ad abbellirla, e presto vedremo di cosa è capace.
Anche se, nonostante le vostre precauzioni, il bambino dovesse causare qualche disordine o rompere un oggetto utile, non punitelo per la vostra negligenza, non rimproveratelo; non lasciate che senta nemmeno una parola di rimprovero; non fategli nemmeno intuire che vi abbia causato del dolore; comportatevi esattamente come se l’oggetto si fosse rotto da solo; infine, ritenetevi di aver fatto molto se riuscite a non dire nulla.
Oserei forse esporre qui, la regola più grande, più importante e più utile di tutta l’educazione? Non si tratta certo di risparmiare tempo, ma piuttosto di perderne. Lettori comuni, perdonate i miei paradossi: sono necessari quando si riflette; e, qualunque cosa possiate dire, preferisco essere una persona piena di paradossi piuttosto che una persona piena di pregiudizi. Il periodo più pericoloso della vita umana è quello che va dalla nascita all’età di dodici anni: è il tempo in cui germogliano errori e vizi, senza che si disponga ancora di alcun mezzo per distruggerli; e quando finalmente arriva quel mezzo, le radici di questi errori e vizi sono già troppo profonde per poter essere estirpate. Se i bambini passassero improvvisamente dall’età infantile all’età della ragione, l’educazione che riceverebbero potrebbe ess loro adatta; ma, secondo il corso naturale dello sviluppo, è necessaria un’educazione del tutto opposta. Dovrebbero lasciare che le loro anime rimangano in uno stato di “infanzia” fino a quando non avranno acquisito tutte le loro facoltà mentali; perché è impossibile che possano comprendere ciò che vi presentate loro, finché sono ancora “ciechi”, e che possano seguire, nella vasta distesa delle idee, una strada che la ragione traccia soltanto in modo molto vago, persino per gli occhi più acuti.
La prima educazione deve quindi essere puramente negativa. Non consiste nel insegnare la virtù o la verità, ma nel “proteggere” il cuore dal vizio e lo spirito dall’errore. Se foste in grado di non fare nulla e di non permettere che si facesse nulla; se riusciste a portare il vostro allievo, sano e robusto, fino all’età di dodici anni senza che fosse in grado di distinguere la mano destra dalla sinistra, già dalle prime lezioni i suoi occhi dell’intelligenza si aprirebbero alla ragione; privo di pregiudizi e abitudini negative, non avrebbe nulla in sé che potesse ostacolare l’efficacia dei vostri insegnamenti. Presto diventerebbe, tra le vostre mani, l’uomo più saggio; e partendo dal principio di non fare nulla, avreste compiuto un vero miracolo educativo.
Seguite esattamente il contrario di ciò che è consuetudine, e quasi sempre otterrete buoni risultati. Poiché non si vuole che un bambino rimanga semplicemente un bambino, ma diventi un “dottore”, genitori e insegnanti non smettono mai troppo presto di rimproverare, correggere, minacciare, lusingare, promettere, istruire e ragionare con i loro figli. Fate di più: sii razionale, ma non cercate mai di far sì che gli studenti approvino ciò che li dispiace; infatti, portare sempre la ragione in ambiti spiacevoli significa solo renderla noiosa e screditarla fin da subito in un’anima che ancora non è in grado di comprenderla. Allenate il loro corpo, i loro organi, i loro sensi, le loro forze, ma tenete la loro anima “inattiva” per quanto possibile. Temete tutti quei sentimenti che precedono il giudizio che li valuta correttamente; trattenete e fermate tutte le impressioni estranee. E, per impedire che il male nasca, non affrettatevi a compiere il bene: esso è mai davvero tale quando la ragione lo illumina. Considerate tutti i tempi di attesa come vantaggi: è molto meglio avanzare verso la meta senza perdere nulla; lasciate che l’infanzia maturi naturalmente nei bambini. Infine, anche se una lezione dovesse risultare necessaria, evitate di impartirla oggi, se potete rimandarla a domani senza alcun rischio.
Un’altra considerazione che conferma l’utilità di questo metodo è legata al genio particolare del bambino, che bisogna conoscere bene per sapere quale regime morale gli convenga. Ogni mente ha la sua forma propria, secondo cui deve essere guidata; e per il successo delle cure che si adottano è fondamentale che essa venga guidata proprio in base a questa forma, e non un’altra. Uomo prudente, osserva attentamente la natura del bambino, studialo bene prima di intervenire; lascia che il germoglio del suo carattere si manifesti liberamente, senza costringerlo in alcun modo, affinché tu possa vederlo nel suo complesso. Pensi forse che questo periodo di libertà sia perduto per lui? Al contrario, sarà sicuramente il più proficuo; perché solo così imparerai a non sprecare nemmeno un istante in un tempo prezioso. Se invece inizi ad agire prima di sapere cosa fare, agirai a caso, rischiando di sbagliare e dover tornare indietro; sarai quindi più lontano dal tuo obiettivo di quanto non lo saresti se non fossi stato così affrettato a raggiungerlo. Quindi non comportati come l’avaro che perde molto pur di non perdere nulla: sacrifica un po’ di tempo nella prima età della vita del bambino, e ne guadagnerai molto in seguito. Il saggio medico non prescrive cure alla leggera, dopo aver osservato attentamente il temperamento del paziente; inizia a trattarlo tardi, ma lo guarisce, mentre un medico troppo affrettato potrebbe rivelarsi fatale.
Mais où placerons-nous cet enfant pour l’élever ainsi comme un être insensible, comme un automate ? Le tiendrons-nous dans le globe de la lune, dans une île déserte ? L’écarterons-nous de tous les humains ? N’aura-t-il pas continuellement dans le monde le spectacle et l’exemple des passions d’autrui ? Ne verra-t-il jamais d’autres enfants de son âge ? Ne verra-t-il pas ses parents, ses voisins, sa nourrice, sa gouvernante, son laquais, son gouverneur même, qui après tout ne sera pas un ange ?
Cette objection est forte et solide. Mais vous ai-je dit que ce fût une entreprise aisée qu’une éducation naturelle ? O hommes ! est-ce ma faute si vous avez rendu difficile tout ce qui est bien ? Je sens ces difficultés, j’en conviens : peut-être sont-elles insurmontables ; mais toujours est-il sûr qu’en s’appliquant à les prévenir on les prévient jusqu’à certain point. Je montre le but qu’il faut qu’on se propose : je ne dis pas qu’on y puisse arriver ; mais je dis que celui qui en approchera davantage aura le mieux réussi[326].
Souvenez-vous qu’avant d’oser entreprendre de former un homme, il faut s’être fait homme soi-même ; il faut trouver en soi l’exemple qu’il se doit proposer. Tandis que l’enfant est encore sans connaissance, on a le temps de préparer tout ce qui l’approche à ne frapper ses premiers regards que des objets qu’il lui convient de voir. Rendez-vous respectable à tout le monde, commencez par vous faire aimer, afin que chacun cherche à vous complaire. Vous ne serez point maître de l’enfant, si vous ne l’êtes de tout ce qui l’entoure ; et cette autorité ne sera jamais suffisante, si elle n’est fondée sur l’estime de la vertu. Il ne s’agit point d’épuiser sa bourse et de verser l’argent à pleines mains ; je n’ai jamais vu que l’argent fît aimer personne. Il ne faut point être avare et dur, ni plaindre la misère qu’on peut soulager ; mais vous aurez beau ouvrir vos coffres, si vous n’ouvrez aussi votre coeur, celui des autres vous restera toujours fermé. C’est votre temps, ce sont vos soins, vos affections, c’est vous-même qu’il faut donner ; car, quoi que vous puissiez faire, on sent toujours que votre argent n’est point vous. Il y a des témoignages d’intérêt et de bienveillance qui font plus d’effet, et sont réellement plus utiles que tous les dons : combien de malheureux, de malades, ont plus besoin de consolations que d’aumônes ! combien d’opprimés à qui la protection sert plus que l’argent ! Raccommodez les gens qui se brouillent, prévenez les procès ; portez les enfants au devoir, les pères à l’indulgence ; favorisez d’heureux mariages ; empêchez les vexations ; employez, prodiguez le crédit des parents de votre élève en faveur du faible à qui on refuse justice, et que le puissant accable. Déclarez-vous hautement le protecteur des malheureux. Soyez juste, humain, bienfaisant. Ne faites pas seulement l’aumône, faites la charité ; les oeuvres de miséricorde soulagent plus de maux que l’argent ; aimez les autres, et ils vous aimeront ; servez-les et ils vous serviront ; soyez leur frère, et ils seront vos enfants.
C’est encore ici une des raisons pourquoi je veux élever Émile à la campagne, loin de la canaille des valets, les derniers des hommes après leurs maîtres ; loin des noires moeurs des villes, que le vernis dont on les couvre rend séduisantes et contagieuses pour les enfants ; au lieu que les vices des paysans, sans apprêt et dans toute leur grossièreté, sont plus propres à rebuter qu’à séduire, quand on n’a nul intérêt à les imiter.
Au village, un gouverneur sera beaucoup plus maître des objets qu’il voudra présenter à l’enfant ; sa réputation, ses discours, son exemple, auront une autorité qu’ils ne sauraient avoir à la ville ; étant utile à tout le monde, chacun s’empressera de l’obliger, d’être estimé de lui, de se montrer au disciple tel que le maître voudrait qu’on fût en effet ; et si l’on ne se corrige pas du vice, on s’abstiendra du scandale ; c’est tout ce dont nous avons besoin pour notre objet.
Cessez de vous en prendre aux autres de vos propres fautes : le mal que les enfants voient les corrompt moins que celui que vous leur apprenez. Toujours sermonneurs, toujours moralistes, toujours pédants, pour une idée que vous leur donnez la croyant bonne, vous leur en donnez à la fois vingt autres qui ne valent rien : pleins de ce qui se passe dans votre tête, vous ne voyez pas l’effet que vous produisez dans la leur. Parmi ce long flux de paroles dont vous les excédez incessamment, pensez-vous qu’il n’y en ait pas une qu’ils saisissent à faux ? Pensez-vous qu’ils ne commentent pas à leur manière vos explications diffuses, et qu’ils n’y trouvent pas de quoi se faire un système à leur portée, qu’ils sauront vous opposer dans l’occasion ?
Écoutez un petit bonhomme qu’on vient d’endoctriner ; laissez-le jaser, questionner, extravaguer à son aise et vous allez être surpris du tour étrange qu’ont pris vos raisonnements dans son esprit : il confond tout, il renverse tout, il vous impatiente, il vous désole quelquefois par des objections imprévues ; il vous réduit à vous taire, ou à le faire taire ; et que peut-il penser de ce silence de la part d’un homme qui aime tant à parler ? Si jamais il remporte cet avantage, et qu’il s’en aperçoive, adieu l’éducation ; tout est fini dès ce moment, il ne cherche plus à s’instruire, il cherche à vous réfuter.
Maîtres zélés, soyez simples, discrets, retenus : ne vous hâtez jamais d’agir que pour empêcher d’agir les autres ; je le répéterai sans cesse, renvoyez, s’il se peut, une bonne instruction, de peur d’en donner une mauvaise. Sur cette terre, dont la nature eût fait le premier paradis de l’homme, craignez d’exercer l’emploi du tentateur en voulant donner à l’innocence la connaissance du bien et du mal ; ne pouvant empêcher que l’enfant ne s’instruise au dehors par des exemples, bornez toute votre vigilance à imprimer ces exemples dans son esprit sous l’image qui lui convient.
Les passions impétueuses produisent un grand effet sur l’enfant qui en est témoin, parce qu’elles ont des signes très sensibles qui le frappent et le forcent d’y faire attention. La colère surtout est si bruyante dans ses emportements, qu’il est impossible de ne pas s’en apercevoir étant à portée. Il ne faut pas demander si c’est là pour un pédagogue l’occasion d’entamer un beau discours. Eh ! point de beaux discours, rien du tout, pas un seul mot. Laissez venir l’enfant : étonné du spectacle, il ne manquera pas de vous questionner. La réponse est simple ; elle se tire des objets mêmes qui frappent ses sens. Il voit un visage enflammé, des yeux étincelants, un geste menaçant, il entend des cris ; tous signes que le corps n’est pas dans son assiette. Dites, lui posément, sans mystère : Ce pauvre homme est malade, il est dans un accès de fièvre. Vous pouvez de là tirer occasion de lui donner, mais en peu de mots, une idée des maladies et de leurs effets ; car cela aussi est de la nature, et c’est un des liens de la nécessité auxquels il se doit sentir assujetti.
Se peut-il que sur cette idée, qui n’est pas fausse, il ne contracte pas de bonne heure une certaine répugnance à se livrer aux excès des passions, qu’il regarda comme des maladies ? Et croyez-vous qu’une pareille notion, donnée à propos, ne produira pas un effet aussi salutaire que le plus ennuyeux sermon de morale ? Mais voyez dans l’avenir les conséquences de cette notion : vous voilà autorisé, si jamais vous y êtes contraint, à traiter un enfant mutin comme un enfant malade ; à l’enfermer dans sa chambre, dans son lit s’il le faut, à le tenir au régime, à l’effrayer lui-même de ses vices naissants, à les lui rendre odieux et redoutables, sans que jamais il puisse regarder comme un châtiment la sévérité dont vous serrez peut-être forcé d’user pour l’en guérir. Que s’il vous arrive à vous-même, dans quelque moment de vivacité, de sortir du sang-froid et de la modération dont vous devez faire votre étude, ne cherchez point à lui déguiser votre faute ; mais dites-lui franchement, avec un tendre reproche : Mon ami, vous m’avez fait mal.
But where shall we place this child to raise him in such a way that he becomes insensible, like an automaton? Shall we keep him on the moon, in a deserted island? Shall we isolate him from all human beings? Will he not constantly be exposed in the world to the sights and examples of other people’s passions? Will he never meet other children of his age? Will he not see his parents, his neighbors, his nurse, his governess, his servant, or even his guardian—who, after all, is not an angel?
This objection is strong and well-founded. But have I ever said that natural education was an easy undertaking? Oh men! Is it my fault if you have made everything that is good so difficult? I perceive these difficulties; I admit them: perhaps they are insurmountable; but it is certainly true that by making an effort to prevent them, one can to some extent avoid them. I point out the goal that we should set for ourselves: I do not claim that we can achieve it; but I say that those who come the closest to it will have achieved the greatest success[326].
Remember that before daring to attempt to shape the character of a young person, one must first have shaped one’s own character; one must find within oneself the example that one should set for others. While a child is still ignorant, there is time to prepare everything so that their initial encounters are only with objects that are suitable for them to see. Make yourself respectable in the eyes of everyone; begin by earning their affection, so that they all strive to please you. You will not be able to dominate a child unless you first have control over everything surrounding him; and such authority will never be sufficient if it is not based on respect for virtue. It is not about emptying one’s purse and scattering money freely; I have never seen money bring anyone true love. One should neither be stingy nor harsh, nor should one regret the suffering that could be alleviated; but no matter how you open your coffers, if you do not also open your heart, the hearts of others will remain closed to you. It is your time, your care, your affection—these are what you must offer; for no matter what you do, it is always apparent that your money does not represent you truly. There are acts of concern and kindness that are far more effective and truly more beneficial than all gifts combined: how many unfortunate people, how many sick individuals need consolation more than alms! How many oppressed people benefit more from protection than from money! Make peace between those who are at odds, prevent lawsuits; encourage children to fulfill their duties, fathers to be lenient; promote happy marriages; prevent injustices; use generously the influence of your students’ parents in favor of the weak who are denied justice by the powerful. Proclaim yourself openly as a protector of the unfortunate. Be just, kind, and benevolent. Do not merely give alms—practice true charity; acts of mercy alleviate far more suffering than money can. Love others, and they will love you; serve them, and they will serve you; be their brother, and they will be your children.
This is yet another reason why I want to raise Émile in the countryside, away from the scum of servants—those lowest of men after their masters; far from the corrupt morals of cities, whose superficial veneer makes them seem attractive and contagious to children. Instead, the vices of country people, being unadorned and in all their crudeness, are more likely to repel than to attract, especially when one has no desire to imitate them at all.
In the village, a governor will have much greater control over the objects he wishes to present to the child; his reputation, his speeches, and his example will possess an authority that they could not have in the city. Since he is useful to everyone, everyone will be eager to please him, to earn his respect, and to behave towards the disciple in exactly the way the master would desire. And if one does not correct oneself of one’s vices, at least one will avoid scandal; and that is all we need for our purpose.
Cease to blame others for your own mistakes: the evil that children witness corrupts them less than the evil you teach them. Always preaching, always moralistic, always pedantic—because you believe an idea to be good, you impart twenty other ideas to them that are worthless. Preoccupied with what goes on in your own head, you fail to see the effect your words have on theirs. In all this endless stream of words that you constantly overwhelm them with, do you really think none of it is misinterpreted by them? Do you believe they don’t comment on your vague explanations in their own way, and that they don’t use them to form their own, easily understandable systems of thought, which they could later use against you when the time comes?
Listen to a little man who has just been indoctrinated; let him chatter on, question everything, and express himself extravagantly at will—you will be surprised by the strange direction your arguments take in his mind. He confuses everything, reverses all reasoning, irritates you, and sometimes even depresses you with unexpected objections. He forces you either to remain silent—or to force him to be silent. And what can he possibly think of this silence on the part of a man who loves to talk so much? If he ever gains this advantage and realizes it, then education is over. From that moment on, he will no longer seek to learn; instead, he will try to refute you.
Zealous masters, be simple, discreet, and restrained: never act hastily except when it is necessary to prevent others from acting. I will repeat this again and again—preferably, refrain from giving any instruction at all, lest you end up providing a bad one. On this earth, which nature could have made the first paradise for mankind, be cautious not to play the role of the tempter by attempting to teach innocence about good and evil. Since it is impossible to prevent children from learning from external examples, limit your efforts to imprint these examples in their minds in a form that is suitable for them.
Impetuous passions have a profound effect on a child who witnesses them, because they produce very noticeable signs that catch the child’s attention and force him to observe them. Anger, in particular, is so intensely expressive in its outbursts that it is impossible not to notice when one is within range. One need not wonder whether such situations provide an opportunity for educators to deliver a profound lecture. But no, no profound lectures at all—not a single word. Let the child come into contact with these phenomena; amazed by what he sees, he will inevitably ask questions. The answer is simple: it can be drawn directly from the objects that strike his senses. He sees a flushed face, glowing eyes, threatening gestures, he hears screams—all signs that the person’s body is not in normal balance. Respond calmly, without any mystery: “That poor man is ill; he is suffering from a fever.” From this, you can take the opportunity to explain to him, in simple terms, what diseases are and what their effects are. For after all, this too is a part of nature, and one of those inevitable connections that bind us all to its laws.
Is it possible that, regarding this idea—which is not wrong in itself—someone might not develop a certain aversion at an early age towards the excesses of passion, which they would regard as diseases? And do you believe that such an understanding, when applied appropriately, would not produce a far more beneficial effect than the most tedious moral sermon? But consider the consequences of this notion in the long run: it would allow you, if ever forced to do so, to treat a rebellious child as if he were sick; to confine him in his room, even in his bed if necessary, to enforce a strict regimen for him, to frighten him himself about the vices that are beginning to emerge, to make those vices seem hateful and terrifying to him—without ever allowing him to consider the severity you might be compelled to use as anything other than a means of curing him. And what if, in some moment of impulsiveness yourself, you should lose the calmness and moderation that you ought always to maintain? Do not try to hide your mistake from him; instead, tell him frankly, with a gentle reprimand: “My friend, you have hurt me.”
Ma dove metteremo questo bambino per educarlo in modo che diventi un essere insensibile, un automa? Lo terremo sulla Luna, in un’isola deserta? Lo allontaneremo da tutti gli esseri umani? Non avrà forse costantemente davanti ai suoi occhi lo spettacolo e l’esempio delle passioni altrui? Non vedrà mai altri bambini della sua età? Non vedrà i suoi genitori, i suoi vicini, la sua nutrice, la sua governante, il suo servitore, e nemmeno il suo tutore, che dopotutto non sarà certo un angelo?
Quest’obiezione è forte e solida. Ma vi ho forse detto che un’educazione naturale sia un compito facile? Oh uomini, è forse colpa mia se avete reso difficile tutto ciò che è giusto? Percepisco queste difficoltà, lo ammetto: forse sono insormontabili; ma è certo che, impegnandosi a prevenirle, si possono almeno ridurne gli effetti. Vi indico l’obiettivo che dobbiamo ci proporre: non dico che sia possibile raggiungerlo; ma affermo che chi vi si avvicinerà di più avrà ottenuto il maggior successo[326].
Ricordate che, prima di osare tentare di formare un uomo, è necessario essere stati noi stessi degli uomini; bisogna trovare in sé l’esempio che si deve offrire agli altri. Mentre il bambino è ancora ignorante, abbiamo il tempo di preparare tutto ciò che possa avvicinarlo a oggetti adatti ai suoi occhi e al suo spirito. Fatevi rispettare da tutti, cominciate innanzitutto a guadagnarvi l’amore, affinché ognuno cerchi di compiacervi. Non sarete padroni del bambino se non lo siete di tutto ciò che lo circonda; e questa autorità non sarà mai sufficiente se non si fonda sulla stima della virtù. Non si tratta di esaurire la propria borsa o di versare denaro a piene mani: non ho mai visto l’oro rendere qualcuno amato. Non bisogna essere avari né crudeli, né lamentarsi della miseria che si potrebbe alleviare; ma anche se apriete i vostri forzieri, se non aprite anche il vostro cuore, quello degli altri rimarrà sempre chiuso. È il vostro tempo, le vostre cure, le vostre affezioni, è voi stessi che dovete offrire; perché, per quanto possiate fare, si sentirà sempre che il vostro denaro non siete voi. Ci sono gesti di interesse e benevolenza che hanno più effetto e sono davvero più utili di qualsiasi dono: quanti infelici, quanti malati hanno bisogno di consolazione più che di elemosine! Quanti oppressi per i quali la protezione è più importante dell’oro! Riparate le persone che si scontrano, evitate i processi; guidate i bambini verso il dovere, i genitori verso l’indulgenza; favorite matrimoni felici; impedite le ingiustizie. Offrite credito ai genitori del vostro allievo a favore di chi è oppresso e a cui viene negata giustizia. Dichiaratevi apertamente protettori dei malheureux. Siate giusti, umani, generosi. Non limitatevi ad fare l’elemosina: praticate la carità; le opere di misericordia alleviano più sofferenze dell’oro stesso. Amate gli altri e vi ameranno; serviteli e vi serviranno; siate loro fratelli e saranno vostri figli.
È ancora una delle ragioni per cui voglio educare Émile in campagna, lontano dalla volgarità dei servitori – gli ultimi tra gli uomini dopo i loro padroni – e lontano dalle oscure abitudini delle città, le quali, con il loro “vernice” superficiale, appaiono attraenti e contagiose per i bambini. Al contrario, i vizi dei contadini, privi di ogni artificio e nella loro totale rozzezza, sono molto più propensi a respingere che ad attrarre, soprattutto quando non si ha alcun interesse a imitarli.
Nel villaggio, un governante avrà molto più potere su gli oggetti che desidera presentare al bambino; la sua reputazione, i suoi discorsi, il suo esempio avranno un’autorità che non potrebbero avere in città; essendo utile a tutti, ognuno si affretterà ad obbedirgli, a essere stimato da lui, a comportarsi nei confronti del discepolo esattamente come il maestro vorrebbe che si facesse; e se non ci correggiamo dal vizio, almeno eviteremo lo scandalo. Questo è tutto ciò di cui abbiamo bisogno per raggiungere il nostro scopo.
Smettete di incolpare gli altri delle vostre stesse colpe: il male che i bambini vedono li corrompe meno di quello che voi insegnate loro. Sempre predicatori, sempre moralisti, sempre pedanti, per un’idea che credete buona, ne date loro contemporaneamente altre venti prive di valore; pieni di ciò che passa nella vostra testa, non vedete l’effetto che producete nella loro. In mezzo a questo flusso continuo di parole con cui li sovraffollate incessantemente, pensate davvero che non ne ci sia una che loro interpretino in modo errato? Pensate che non commentino a modo loro le vostre spiegazioni confuse, e che non ne traggano conclusioni a loro comprensibili da opporvi in futuro?
Ascoltate un piccolo uomo che è appena stato indottrinato; lasciatelo parlare, fare domande, esprimersi liberamente, e sarete sorpresi dal modo strano in cui i vostri ragionamenti prendono forma nella sua mente: confonde tutto, ribalta ogni cosa, vi fa impazire, a volte vi delude con obiezioni inaspettate; vi costringe a tacere, o a farlo tacere. E cosa può pensare di questo silenzio da parte di un uomo che ama tanto parlare? Se mai riuscirà ad ottenere questo vantaggio e se se ne accorgerà, addio all’educazione: tutto sarà finito in quel momento; non cercherà più di istruirsi, ma cercherà di confutare voi.
Maestri zelanti, siate semplici, discreti e riservati: non agite mai affrettatamente se non per impedire agli altri di agire; ve lo ripeterò senza sosta: se possibile, rimandate una buona istruzione, per evitare di dare una cattiva. In questa terra, la cui natura avrebbe potuto essere il primo paradiso dell’uomo, temete di assumere il ruolo del tentatore nel voler insegnare all’innocenza a conoscere il bene e il male; poiché non potete impedire che il bambino impari dall’esempio altrui, limitate la vostra attenzione a imprimergli questi esempi nella sua mente, sotto forma appropriata.
Le passioni impetuose hanno un grande effetto sull’infante che ne è testimone, poiché presentano segni molto evidenti che colpiscono i suoi sensi e lo costringono ad prestarvi attenzione. Soprattutto la rabbia, con le sue manifestazioni violente, è così clamorosa che è impossibile non accorgersene quando si trova a portata d’orecchio. Non c’è bisogno di cercare occasioni per tenere discorsi elaborati: no, nessun discorso lungo e complicato, nemmeno una parola. Lasciate che l’infante assista a questa scena; sorpreso da ciò che vede, non mancherà di porvi domande. La risposta è semplice: essa deriva dagli stessi oggetti che colpiscono i suoi sensi. Vede un viso arrossato, occhi lampeggianti, gesti minacciosi, sente grida; tutti segni che indicano che il corpo non è in equilibrio. Ditegli con calma, senza misteri: “Quest’uomo povero è malato, sta avendo un attacco di febbre”. Da questo potete trarre l’occasione per fargli comprendere, in poche parole, cosa siano le malattie e quali ne siano gli effetti; perché anche questo fa parte della natura, ed è uno dei legami inscindibili che ci uniscono alla necessità, ai quali dobbiamo sentirci soggetti.
È possibile che, riguardo a questa idea, che non è affatto falsa, una persona non sviluppi fin da giovane una certa avversione per gli eccessi delle passioni, che considera vere e proprie malattie? E credete davvero che un concetto del genere, se impartito nel momento giusto, non produca un effetto altrettanto benefico di qualsiasi noioso sermone morale? Ma pensate alle conseguenze future di questo concetto: vi trovereste autorizzati, qualora ne foste costretti, a trattare un bambino ribelle come un bambino malato; a rinchiuderlo nella sua stanza, nel suo letto se necessario, a seguirne una dieta specifica, ad allarmarlo personalmente riguardo ai vizi che sta sviluppando, a fargli apparire questi vizi odiosi e temibili, senza che mai possa considerare la severità con cui sareste costretti ad agire come un vero castigo per guarirlo. E se anche voi, in qualche momento di impulsività, doveste perdere la calma e la moderazione di cui dovreste sempre fare uso, non cercate di nascondergli il vostro errore; ditegli francamente, con un rimprovero affettuoso: “Amico mio, mi hai fatto male”.
Au reste, il importe que toutes les naïvetés que peut produire dans un enfant la simplicité des idées dont il est nourri, ne soient jamais relevées en sa présence, ni citées de manière qu’il puisse l’apprendre. Un éclat de rire indiscret peut gâter le travail de six mois, et faire un tort irréparable pour toute la vie. Je ne puis assez redire que pour être le maître de l’enfant, il faut être son propre maître. Je me représente mon petit Émile, au fort d’une rixe entre deux voisines, s’avançant vers la plus furieuse, et lui disant d’un ton de commisération : Ma bonne, vous êtes malade, j’en suis bien fâché. À coup sûr, cette saillie ne restera pas sans effet sur les spectateurs, ni peut-être sur les actrices. Sans rire, sans le gronder, sans le louer, je l’emmène de gré ou de force avant qu’il puisse apercevoir cet effet, ou du moins avant qu’il y pense, et je me hâte de le distraire sur d’autres objets qui le lui fassent bien vite oublier.
Mon dessein n’est point d’entrer dans tous les détails, mais seulement d’exposer les maximes générales, et de donner des exemples dans les occasions difficiles. Je tiens pour impossible qu’au sein de la société l’on puisse amener un enfant à l’âge de douze ans, sans lui donner quelque idée des rapports d’homme à homme, et de la moralité des actions humaines. Il suffit qu’on s’applique à lui rendre ces notions nécessaires le plus tard qu’il se pourra, et que, quand elles deviendront inévitables, on les borne à l’utilité présente, seulement pour qu’il ne se croie pas le maître de tout, et qu’il ne fasse pas du mal à autrui sans scrupule et sans le savoir. Il y a des caractères doux et tranquilles qu’on peut mener loin sans danger dans leur première innocence ; mais il y a aussi des naturels violents dont la férocité se développe de bonne heure, et qu’il faut se hâter de faire hommes, pour n’être pas obligé de les enchaîner.
Nos premiers devoirs sont envers nous ; nos sentiments primitifs se concentrent en nous-mêmes ; tous nos mouvements naturels se rapportent d’abord à notre conservation et à notre bien-être. Ainsi le premier sentiment de la justice ne nous vient pas de celle que nous devons, mais de celle qui nous est due ; et c’est encore un des contresens des éducations communes, que, parlant d’abord aux enfants de leurs devoirs, jamais de leurs droits, on commence par leur dire le contraire de ce qu’il faut, ce qu’ils ne sauraient entendre, et ce qui ne peut les intéresser.
Si j’avais donc à conduire un de ceux que je viens de supposer, je me dirais : Un enfant ne s’attaque pas aux personnes[327], mais aux choses ; et bientôt il apprend par l’expérience à respecter quiconque le passe en âge et en force ; mais les choses ne se défendent pas elles-mêmes. La première idée qu’il faut lui donner est donc moins celle de la liberté que de la propriété ; et, pour qu’il puisse avoir cette idée, il faut qu’il ait quelque chose en propre. Lui citer ses hardes, ses meubles, ses jouets, c’est ne lui rien dire ; puisque, bien qu’il dispose de ces choses, il ne sait ni pourquoi ni comment il les a. Lui dire qu’il les a parce qu’on les lui a données, c’est ne faire guère mieux ; car, pour donner il faut avoir : voilà donc une propriété antérieure à la sienne ; et c’est le principe de la propriété qu’on lui veut expliquer ; sans compter que le don est une convention, et que l’enfant ne peut savoir encore ce que c’est que convention[328]. Lecteurs, remarquez, je vous prie, dans cet exemple et dans cent mille autres, comment, fourrant dans la tête des enfants des mots qui n’ont aucun sens à leur portée, on croit pourtant les avoir fort bien instruits.
Il s’agit donc de remonter à l’origine de la propriété ; car c’est de là que la première idée en doit naître. L’enfant, vivant à la campagne, aura pris quelque notion des travaux champêtres ; il ne faut pour cela que des yeux, du loisir, et il aura l’un et l’autre. Il est de tout âge, surtout du sien, de vouloir créer, imiter, produire, donner des signes de puissance et d’activité. Il n’aura pas vu deux fois labourer un jardin, semer, lever, croître des légumes, qu’il voudra jardiner à son tour.
Par les principes ci-devant établis, je ne m’oppose point à son envie ; au contraire, je la favorise, je partage son goût, je travaille avec lui, non pour son plaisir, mais pour le mien ; du moins il le croit ainsi ; je deviens son garçon jardinier ; en attendant qu’il ait des bras, je laboure pour lui la terre ; il en prend possession en y plantant une fève ; et sûrement cette possession est plus sacrée et plus respectable que celle que prenait Nuñes Balboa de l’Amérique méridionale au nom du roi d’Espagne, en plantant son étendard sur les côtes de la mer du Sud.
On vient tous les jours arroser les fèves, on les voit lever dans des transports de joie. J’augmente cette joie en lui disant : Cela vous appartient ; et lui expliquant alors ce terme d’appartenir, je lui fais sentir qu’il a mis là son temps, son travail, sa peine, sa personne enfin ; qu’il y a dans cette terre quelque chose de lui-même qu’il peut réclamer contre qui que ce soit, comme il pourrait retirer son bras de la main d’un autre homme qui voudrait le retenir malgré lui.
Un beau jour il arrive empressé, et l’arrosoir à la main. O spectacle ! ô douleur ! toutes les fèves sont arrachées, tout le terrain est bouleversé, la place même ne se reconnaît plus. Ah ! qu’est devenu mon travail, mon ouvrage, le doux fruit de mes soins et de mes sueurs ? Qui m’a ravi mon bien ? qui m’a pris mes fèves ? Ce jeune coeur se soulève ; le premier sentiment de l’injustice y vient verser sa triste amertume ; les larmes coulent en ruisseaux ; l’enfant désolé remplit l’air de gémissements et de cris. On prend part à sa peine, à son indignation ; on cherche, on s’informe, on fait des perquisitions. Enfin l’on découvre que le jardinier a fait le coup : on le fait venir.
Mais nous voici bien loin de compte. Le jardinier, apprenant de quoi on se plaint, commence à se plaindre plus haut que nous. Quoi ! messieurs, c’est vous qui m’avez ainsi gâté mon ouvrage ! J’avais semé là des melons de Malte dont la graine m’avait été donnée comme un trésor, et desquels j’espérais vous régaler quand ils seraient mûrs ; mais voilà que, pour y planter vos misérables fèves, vous m’avez détruit mes melons déjà tout levés, et que je ne remplacerai jamais. Vous m’avez fait un tort irréparable, et vous vous êtes privés vous-mêmes du plaisir de manger des melons exquis.
Chacun respecte le travail des autres afin que le sien soit en sûreté.
JEAN-JACQUES
Excusez-nous, mon pauvre Robert. Vous aviez mis là votre travail, votre peine. Je vois bien que nous avons eu tort de gâter votre ouvrage ; mais nous vous ferons venir d’autre graine de Malte, et nous ne travaillerons plus la terre avant de savoir si quelqu’un n’y a point mis la main avant nous.
ROBERT
Oh ! bien messieurs, vous pouvez donc vous reposer, car il n’y a plus guère de terre en friche. Moi, je travaille celle que mon père a bonifiée ; chacun en fait autant de son côté, et toutes les terres que vous voyez sont occupées depuis longtemps.
ÉMILE
Monsieur Robert, il y a donc souvent de la graine de melon perdue ?
ROBERT
Pardonnez-moi, mon jeune cadet ; car il ne nous vient pas souvent de petits messieurs aussi étourdis que vous. Personne ne touche au jardin de son voisin ; chacun respecte le travail des autres, afin que le sien soit en sûreté.
ÉMILE
Mais moi je n’ai point de jardin.
ROBERT
Que m’importe ? si vous gâtez le mien, je ne vous y laisserai plus promener ; car, voyez-vous, je ne veux pas perdre ma peine.
JEAN-JACQUES
Ne pourrait-on pas proposer un arrangement au bon Robert ? Qu’il nous accorde, à mon petit ami et à moi, un coin de son jardin pour le cultiver, à condition qu’il aura la moitié du produit.
ROBERT
Je vous l’accorde sans condition. Mais souvenez-vous que j’irai labourer vos fèves, si vous touchez à mes melons.
Furthermore, it is essential that all the naiveties that may arise in a child as a result of the simplicity of the ideas he is exposed to never be brought up in his presence, nor mentioned in any way that could lead him to learn about them. An inappropriate laugh could ruin six months of effort and cause irreparable harm for the rest of his life. I cannot stress enough that, if one wishes to be a child’s teacher, one must first be one’s own master. I imagine my little Émile, in the midst of a quarrel between two neighbors, approaching the more aggressive one and saying with an air of sympathy, “My dear, you are ill; I am very sorry.” Without a doubt, such a remark would have some effect on the onlookers—and perhaps even on the people involved in the argument. Without laughing, without scolding, without praising, I would take him away, either willingly or reluctantly, before he could see the consequences of his words—or at least before he had time to think about them—and I would quickly distract his attention with other things so that he would soon forget about it altogether.
My intention is not to go into all the details, but merely to outline the general principles and provide examples in difficult situations. I consider it impossible to bring up a child within society until the age of twelve without giving him some understanding of the relationships between people and of the morality of human actions. It is sufficient to ensure that these concepts are introduced to him as late as possible; and when they become inevitable, to limit their application solely to present practical needs—so that he does not believe himself to be the master of everything, and so that he does not harm others without scruple or even realizing it. There are gentle and peaceful natures that can be guided safely through their early innocence; but there are also violent temperaments whose ferocity begins to develop at an early age, and for such individuals, it is necessary to hurry and help them become “men,” so as not to have to chain them later on.
Our primary duties lie within ourselves; our most fundamental sentiments are directed toward our own preservation and well-being. All of our natural actions are first and foremost concerned with ensuring our survival and happiness. Thus, the initial notion of justice does not arise from what we owe to others, but rather from what is due to us. Yet this remains one of the fundamental misconceptions in common education systems—when children are first taught about their duties, and never about their rights, they are presented with the very opposite of what is necessary, something they cannot possibly understand or find relevant to them.
If I were to have to guide one of those children I just mentioned, I would say to myself: A child does not attack people[327], but things; and soon, through experience, he learns to respect anyone who is older or stronger than him; but things do not defend themselves. Therefore, the first concept that should be taught to a child is not so much that of freedom as that of property; and in order for him to understand this concept, he must first possess something belonging to him. To tell him about his clothes, furniture, and toys is meaningless, because although he has these things, he does not know why or how he came to have them. To say that he owns them because they were given to him is hardly any better; after all, to give something means to possess it beforehand—so this concept of ownership precedes his own understanding of it. Moreover, a gift is merely an agreement, and a child cannot yet understand what an agreement means[328]. My readers, please note how, in this example and countless others, people think they are educating children by stuffing meaningless words into their heads.
It is therefore necessary to trace the origin of property; for it is there that the first notion thereof must have arisen. A child living in the countryside will inevitably gain some understanding of agricultural work; for this, all that is needed are eyes and leisure—and he will surely have both. At any age, especially at his own, a child desires to create, imitate, produce, and exhibit signs of power and activity. No sooner has he seen a garden being plowed, seeds sown, and vegetables growing than he will want to try gardening himself.
According to the principles established above, I do not oppose his desire; on the contrary, I encourage it. I share his taste and work with him—not for his pleasure, but for my own. At least he believes that is the case. I become his “gardener’s boy”; in the meantime, while he lacks the strength to work himself, I plow the land for him. He takes possession of it by planting a bean there; and surely this possession is far more sacred and respectable than that which Nuñes Balboa claimed for the King of Spain in South America, by raising his flag on the coasts of the Southern Sea.
Every day we come to water the beans, and we watch them grow with great joy. I enhance that joy by telling her: “This belongs to you.” And by explaining to her what it means for something to “belong to someone,” I help her understand that she has invested her time, her effort, her sweat—even her very person—in these plants. That there is, in this soil, a part of her own that she can claim as her own, against anyone who might try to take it away from her, just as she could pull her arm away from someone else’s grasp if they tried to hold it against her will.
One fine day, he arrives in a hurry, carrying a watering can in his hand. What a sight! What pain! All the beans have been uprooted; the entire plot of land is in disarray; not even the square looks the same anymore. Ah! What has become of my work, my labor—the sweet fruit of my care and sweat? Who has taken away what belongs to me? Who has stolen my beans? That young heart fills with indignation; the first feeling of injustice brings its bitter sorrow. Tears flow in streams; the child, overcome with grief, fills the air with wails and cries. People sympathize with his pain, his outrage; they search, inquire, and investigate. Finally, it is discovered that the gardener was responsible for this deed—so he is brought before them.
But we are still far from the end of this matter. Upon learning what we were complaining about, the gardener begins to complain even more loudly than we do. “What! Gentlemen, it is you who have ruined my work in this way! I had planted Maltese melons here—seeds that were given to me as a treasure—and I had hoped to treat you to their delicious fruit when they ripened; but instead, in order to plant your miserable peas, you destroyed these melons, which were already beginning to grow, and I will never be able to replace them. You have done me an irreparable harm, and at the same time, you have deprived yourselves of the pleasure of enjoying some truly exquisite melons.”
Everyone respects the work of others in order to ensure the safety of their own work.
JEAN-JACQUES
Forgive us, my poor Robert. You had invested so much of your effort and hard work into this. I see now that we were wrong to ruin your efforts; but we will bring you some seeds from Malta, and we will not begin working the land again until we are certain that no one else has touched it before us.
ROBERT
Oh! Well then, gentlemen, you may rest assured, for there is hardly any more uncultivated land left. As for me, I work on the land that my father had prepared; everyone does the same in their own areas, and all the lands you see have been cultivated for a long time already.
ÉMILE
Mr. Robert, so there is often melon seed that gets lost?
ROBERT
Forgive me, my young fellow; for it is not often that we encounter such foolish young men as you. No one touches their neighbor’s garden; everyone respects the work of others, so that their own property may be safe.
ÉMILE
But I don’t have any garden at all.
ROBERT
What does it matter to me? If you spoil mine, I won’t let you take it out for walks anymore; because, see you, I don’t want to waste my effort.
JEAN-JACQUES
Could we not propose an arrangement to the kind-hearted Robert? That he allows my boyfriend and me to use a corner of his garden to cultivate it, on the condition that we share half of the harvest with him?
ROBERT
I grant it to you without any conditions. But remember: if you touch my melons, I will go and plow your beans.
Del resto, è fondamentale che tutte le ingenuità che possono nascere in un bambino a causa della semplicità delle idee con cui viene nutrito non vengano mai sollevate davanti a lui, né menzionate in modo che possa venire a saperle. Una risata indiscreta può rovinare il lavoro di sei mesi e causare un danno irreparabile per tutta la vita del bambino. Non posso ripetere abbastanza che, per essere il maestro di un bambino, è necessario prima essere il proprio maestro. Immagino mio piccolo Émile, nel bel mezzo di una lite tra due vicine, avvicinarsi a quella più arrabbiata e dirle con tono compassionevole: “Ma cara, sei malata. Mi dispiace molto”. Senza dubbio, questa battuta non passerà inosservata né dai presenti né forse dalle stesse protagoniste della lite. Senza ridere, senza rimproverarlo, senza lodarlo, lo porto via, volentieri o meno, prima che possa accorgersene, o almeno prima che ci pensi; poi mi affretto a distrarlo con altri argomenti, in modo che dimentichi immediatamente quella situazione.
Il mio intento non è quello di entrare nei dettagli, ma soltanto di esporre le massime generali e fornire esempi nelle situazioni difficili. Ritengo impossibile, all’interno della società, portare un bambino fino all’età di dodici anni senza fargli acquisire alcuna nozione sui rapporti tra le persone e sulla moralità delle azioni umane. Basta semplicemente impegnarsi a fargli comprendere queste nozioni il più tardi possibile; quando diventeranno inevitabili, bisogna limitarne l’applicazione esclusivamente all’utilità immediata, affinché il bambino non si creda padrone di tutto e non faccia del male agli altri senza scrupoli e senza nemmeno rendersene conto. Esistono caratteri dolci e tranquilli che si possono guidare lungo la retta via senza pericolo, nella loro prima innocenza; ma ci sono anche individui violenti la cui ferocia si sviluppa fin da piccoli, e bisogna affrettarsi a farne degli “uomini”, per non doverli poi incatenare.
I nostri primi doveri sono verso noi stessi; i nostri sentimenti primitivi si concentrano su di noi; tutti i nostri movimenti naturali riguardano innanzitutto la nostra conservazione e il nostro benessere. Pertanto, il primo sentimento di giustizia non deriva da quella che dobbiamo agli altri, ma da quella che ci spetta; ed è ancora uno degli errori delle educazioni comuni: quando si parla ai bambini dei loro doveri, mai dei loro diritti, si inizia dicendo loro il contrario di ciò che è necessario, di ciò che non potrebbero comprendere e di ciò che non può interessarli.
Se dovessi guidare uno di quei bambini di cui ho appena parlato, mi direi: un bambino non si attacca alle persone[327], ma alle cose; e presto impara, attraverso l’esperienza, a rispettare chiunque sia più anziano o più forte di lui; ma le cose, invece, non si difendono da sole. Quindi, la prima idea che bisogna fargli prendere non è quella della libertà, ma quella della proprietà; e affinché possa comprendere questo concetto, deve avere qualcosa che gli appartiene veramente. Menzionargli i suoi vestiti, i suoi mobili, i suoi giocattoli significa in realtà non dirgli nulla; poiché, anche se possiede queste cose, non sa né perché né come le abbia ottenute. Dirgli che le ha ricevute in dono non è molto meglio; infatti, per dare qualcosa bisogna prima averlo: quindi esiste una proprietà che precede quella del bambino stesso. E proprio questo principio della proprietà si cerca di spiegargli; senza contare che il dono, in realtà, è un accordo convenzionale, e un bambino non può ancora comprendere cosa significhi davvero “accordo convenzionale”[328]. Lettori, vi prego di notare, in questo esempio e in migliaia di altri simili, come, inserendo nella testa dei bambini parole che non hanno alcun significato per loro, si creda comunque di averli ben istruiti.
Si tratta quindi di risalire all’origine della proprietà; perché è da lì che deve nascere la prima idea al riguardo. Un bambino che vive in campagna avrà sicuramente acquisito una certa conoscenza dei lavori agricoli; per farlo, gli servono soltanto occhi e tempo libero, e lui ne dispone. A qualsiasi età, soprattutto alla sua, è naturale voler creare, imitare, produrre, dare segni di forza e attività. Non appena avrà visto due volte come si ara un giardino, si semina, si coltivano le verdure, vorrà a sua volta provare a farlo.
Secondo i principi appena stabiliti, non mi oppongo affatto al suo desiderio; anzi, lo favorisco, condivido il suo gusto e lavoro con lui, non per il suo piacere, ma per il mio. Almeno lui crede che sia così. Divento il suo “giardiniere”: mentre aspetto che abbia le forze necessarie, arato io stesso la terra per lui; lui ne prende possesso piantandovi una fava. E sicuramente questa “possessione” è più sacra e rispettabile di quella che Nuñes Balboa ottenne in Sud America in nome del re di Spagna, piantando il suo stendardo sulle coste del Mar del Sud.
Ogni giorno andiamo ad annaffiare i fagioli; li vediamo crescere, pieni di gioia. Io aumento questa gioia dicendogli: “Questo appartiene a te”; e spiegandogli il significato di “appartenere”, gli faccio capire che ha investito lì il proprio tempo, il proprio lavoro, la propria fatica, insomma se stesso; che in quella terra c’è qualcosa di lui stesso che può rivendicare contro chiunque, proprio come potrebbe ritirare il proprio braccio dalla mano di un altro uomo che cercasse di trattenerlo contro la sua volontà.
Un bel giorno arriva di corsa, con l’irrigatore in mano. Oh spettacolo! Oh dolore! Tutte le fave sono state strappate via, tutto il terreno è stato sconvolto; persino la piazza non si riconosce più. Ah! Che ne è stato del mio lavoro, del frutto dolce dei miei sforzi e delle mie fatiche? Chi mi ha rubato ciò che possedevo? Chi mi ha preso le mie fave? Il giovane cuore si ribella; il primo sentimento di ingiustizia vi versa la sua triste amarezza. Le lacrime scorrono a fiotti; il bambino disperato riempie l’aria di gemiti e grida. Tutti condividono il suo dolore, la sua indignazione; si cerca, si indaga. Alla fine si scopre che è stato il giardiniere ad aver commesso il furto: lo si fa venire subito.
Ma siamo ben lontani dalla realtà. Il giardiniere, venendo a sapere di cosa ci lamentiamo, inizia a lamentarsi ancora più forte di noi. Ma dite un po’! Siete voi che avete rovinato il mio lavoro! Avevo piantato meloni di Malta, la cui semina mi era stata data come un vero tesoro; speravo di potervi deliziarvi con loro quando sarebbero maturati. Invece, per piantarci le vostre misere fave, avete distrutto i miei meloni che stavano appena germogliando. E non li riparerò mai più. Mi avete fatto un torto irreparabile. E vi siete privati voi stessi del piacere di mangiare dei meloni squisiti.
Ognuno rispetta il lavoro degli altri affinché il proprio possa essere al sicuro.
JEAN-JACQUES
Scusaci, povero Robert. Avevi messo lì tutto il tuo lavoro, tutto il tuo impegno. Vedo bene che abbiamo sbagliato a rovinare il tuo operato; ma ti procureremo altra semina da Malta, e non lavoreremo più la terra finché non sapremo se qualcun altro ci abbia già messo le mani sopra prima di noi.
ROBERT
Oh! Bene, signori, potete quindi riposarvi, poiché non esistono più molte terre incolte. Io lavoro quella che mio padre ha bonificato; ognuno fa lo stesso dal proprio lato, e tutte le terre che vedete sono state coltivate da molto tempo.
ÉMILE
Signor Robert, quindi spesso capita di perdere i semi di melone?
ROBERT
Perdonami, mio giovane cadetto; infatti non capita spesso di incontrare giovani signori così sciocchi come te. Nessuno tocca il giardino del proprio vicino; tutti rispettano il lavoro degli altri, affinché il proprio sia al sicuro.
ÉMILE
Ma io non ho un giardino.
ROBERT
Che importanza ha? Se rovinate il mio, non vi permetterò più di farlo; perché, capite, non voglio sprecare il mio tempo.
JEAN-JACQUES
Non si potrebbe proporre un accordo al gentile Robert? Che ci conceda, a me e al mio ragazzo, un angolo del suo giardino per coltivarlo, a condizione che lui possieda metà del raccolto.
ROBERT
Ve lo concedo senza condizioni. Ma ricordatevi che andrò a lavorare le vostre fave, se toccate i miei meloni.
Dans cet essai de la manière d’inculquer aux enfants les notions primitives, on voit comment l’idée de la propriété remonte naturellement au droit du premier occupant par le travail. Cela est clair, net, simple, et toujours à la portée de l’enfant. De là jusqu’au droit de propriété et aux échanges, il n’y a plus qu’un pas, après lequel il faut s’arrêter tout court.
On voit encore qu’une explication que je renferme ici dans deux pages d’écriture sera peut-être l’affaire d’un an pour la pratique ; car, dans la carrière des idées morales, on ne peut avancer trop lentement, ni trop bien s’affermir à chaque pas. Jeunes maîtres, pensez, je vous prie, à cet exemple, et souvenez-vous qu’en toute chose vos leçons doivent être plus en actions qu’en discours ; car les enfants oublient aisément ce qu’ils ont dit et ce qu’on leur a dit, mais non pas ce qu’ils ont fait et ce qu’on leur a fait.
De pareilles instructions se doivent donner, comme je l’ai dit, plus tôt ou plus tard, selon que le naturel paisible ou turbulent de l’élève en accélère ou retarde le besoin ; leur usage est d’une évidence qui saute aux yeux ; mais, pour ne rien omettre d’important dans les choses difficiles, donnons encore un exemple.
Votre enfant gâte tout ce qu’il touche : ne vous fâchez point ; mettez hors de sa portée ce qu’il peut gâter. Il brise les meubles dont il se sert ; ne vous hâtez point de lui en donner d’autres : laissez-lui sentir le préjudice de la privation. Il casse les fenêtres de sa chambre ; laissez le vent souffler sur lui nuit et jour sans vous soucier des rhumes ; car il vaut mieux qu’il soit enrhumé que fou. Ne vous plaignez jamais des incommodités qu’il vous cause, mais faites qu’il les sente le premier. À la fin vous faites raccommoder les vitres, toujours sans rien dire. Il les casse encore ? changez alors de méthode ; dites-lui sèchement, mais sans colère : Les fenêtres sont à moi ; elles ont été mises là par mes soins ; je veux les garantir. Puis vous l’enfermerez à l’obscurité dans un lieu sans fenêtre. À ce procédé si nouveau il commence par crier, tempêter ; personne ne l’écoute. Bientôt il se lasse et change de ton ; il se plaint, il gémit : un domestique se présente, le mutin le prie de le délivrer. Sans chercher de prétexte pour n’en rien faire, le domestique répond, J’ai aussi des vitres à conserver, et s’en va. Enfin, après que l’enfant aura demeuré là plusieurs heures, assez longtemps pour s’y ennuyer et s’en souvenir, quelqu’un lui suggérera de vous proposer un accord au moyen duquel vous lui rendriez la liberté, et il ne casserait plus de vitres. Il ne demandera pas mieux. Il vous fera prier de le venir voir : vous viendrez ; il vous fera sa proposition, et vous l’accepterez à l’instant en lui disant : C’est très bien pensé ; nous y gagnerons tous deux : que n’avez-vous eu plus tôt cette bonne idée ! Et puis, sans lui demander ni protestation ni confirmation de sa promesse, vous l’embrasserez avec joie et l’emmènerez sur-le-champ dans sa chambre, regardant cet accord comme sacré et inviolable autant que si le serment y avait passé. Quelle idée pensez-vous qu’il prendra, sur ce procédé, de la foi des engagements et de leur utilité ? Je suis trompé s’il y a sur la terre un seul enfant, non déjà gâté, à l’épreuve de cette conduite, et qui s’avise après cela de casser une fenêtre à dessein. Suivez la chaîne de tout cela. Le petit méchant ne songeait guère, en faisant un trou pour planter sa fève, qu’il se creusait un cachot où sa science ne tarderait pas à le faire enfermer[329].
Nous voilà dans le monde moral, voilà la porte ouverte au vice. Avec les conventions et les devoirs naissent la tromperie et le mensonge. Dès qu’on peut faire ce qu’on ne doit pas, on veut cacher ce qu’on n’a pas dû faire. Dès qu’un intérêt fait promettre, un intérêt plus grand peut faire violer la promesse ; il ne s’agit plus de la violer impunément : la ressource est naturelle ; on se cache et l’on ment. N’ayant pu prévenir le vice, nous voici déjà dans le cas de le punir. Voilà les misères de la vie humaine qui commencent avec ses erreurs.
J’en ai dit assez pour faire entendre qu’il ne faut jamais infliger aux enfants le châtiment comme châtiment, mais qu’il doit toujours leur arriver comme une suite naturelle de leur mauvaise action. Ainsi vous ne déclamerez point contre le mensonge, vous ne les punirez point précisément pour avoir menti ; mais vous ferez que tous les mauvais effets du mensonge, comme de n’être point cru quand on dit la vérité, d’être accusé du mal qu’on n’a point fait, quoiqu’on s’en défende, se rassemblent sur leur tête quand ils ont menti. Mais expliquons ce que c’est que mentir pour les enfants.
Il y a deux sortes de mensonges : celui de fait qui regarde le passé, celui de droit qui regarde l’avenir. Le premier a lieu quand on nie d’avoir fait ce qu’on a fait, ou quand on affirme avoir fait ce qu’on n’a pas fait, et en général quand on parle sciemment contre la vérité des choses. L’autre a lieu quand on promet ce qu’on n’a pas dessein de tenir, et en général quand on montre une intention contraire à celle qu’on a. Ces deux mensonges peuvent quelquefois se rassembler dans le même[330] ; mais je les considère ici par ce qu’ils ont de différent.
Celui qui sent le besoin qu’il a du secours des autres, et qui ne cesse d’éprouver leur bienveillance, n’a nul intérêt de les tromper ; au contraire, il a un intérêt sensible qu’ils voient les choses comme elles sont, de peur qu’ils ne se trompent à son préjudice. Il est donc clair que le mensonge de fait n’est pas naturel aux enfants ; mais c’est la loi de l’obéissance qui produit la nécessité de mentir, parce que l’obéissance étant pénible, on s’en dispense en secret le plus qu’on peut, et que l’intérêt présent d’éviter le châtiment ou le reproche l’emporte sur l’intérêt éloigné d’exposer la vérité. Dans l’éducation naturelle et libre, pourquoi donc votre enfant vous mentirait-il ? Qu’a-t-il à vous cacher ? Vous ne le reprenez point, vous ne le punissez de rien, vous n’exigez rien de lui. Pourquoi ne vous dirait-il pas tout ce qu’il a fait aussi naïvement qu’à son petit camarade ? Il ne peut voir à cet aveu plus de danger d’un côté que de l’autre.
Le mensonge de droit est moins naturel encore, puisque les promesses de faire ou de s’abstenir sont des actes conventionnels, qui sortent de l’état de nature et dérogent à la liberté. Il y a plus : tous les engagements des enfants sont nuls par eux-mêmes, attendu que leur vue bornée ne pouvant s’étendre au-delà du présent, en s’engageant ils ne savent ce qu’ils font. À peine l’enfant peut-il mentir quand il s’engage ; car, ne songeant qu’à se tirer d’affaire dans le moment présent, tout moyen qui n’a pas un effet présent lui devient égal ; en promettant pour un temps futur, il ne promet rien, et son imagination encore endormie ne sait point étendre son être sur deux temps différents. S’il pouvait éviter le fouet ou obtenir un cornet de dragées en promettant de se jeter demain par la fenêtre, il le promettrait à l’instant. Voilà pourquoi les lois n’ont aucun égard aux engagements des enfants ; et quand les pères et les maîtres plus sévères exigent qu’ils les remplissent, c’est seulement dans ce que l’enfant devrait faire, quand même il ne l’aurait pas promis.
L’enfant, ne sachant ce qu’il fait quand il s’engage, ne peut donc mentir en s’engageant. Il n’en est pas de même quand il manque à sa promesse, ce qui est encore une espèce de mensonge rétroactif : car il se souvient très bien d’avoir fait cette promesse ; mais ce qu’il ne voit pas, c’est l’importance de la tenir. Hors d’état de lire dans l’avenir, il ne peut prévoir les conséquences des choses ; et quand il viole ses engagements, il ne fait rien contre la raison de son âge.
Il suit de là que les mensonges des enfants sont tous l’ouvrage des maîtres, et que vouloir leur apprendre à dire la vérité n’est autre chose que leur apprendre à mentir. Dans l’empressement qu’on a de les régler, de les gouverner, de les instruire, on ne se trouve jamais assez d’instruments pour en venir à bout. On veut se donner de nouvelles prises dans leur esprit par des maximes sans fondement, par des préceptes sans raison, et l’on aime mieux qu’ils sachent leurs leçons et qu’ils mentent, que s’ils demeuraient ignorants et vrais.
In this essay on how to instill in children the basic concepts of property, it is shown how the idea of ownership naturally arises from the principle of “first come, first served” through labor. This concept is clear, straightforward, simple, and always within the grasp of a child. From there to the notion of property rights and exchange, there is only one step—after which one must stop in their tracks.
It is still evident that an explanation I present here in just two pages of writing may actually take a whole year to put into practice; for in the development of moral ideas, one can never proceed too slowly, nor can one ever be too careful in taking each step forward. Young masters, I beg you to consider this example carefully and remember that in everything you teach, actions should speak louder than words. For children easily forget what they have said or been told, but they never forget what they have done or been made to do.
Instructions of this kind must be given, as I have said, sooner or later, depending on whether the student’s calm or turbulent nature accelerates or delays the need for such guidance; their usefulness is self-evident. However, to ensure that nothing important is overlooked in these complex matters, let us provide another example.
Your child destroys everything he touches; do not get angry—just keep out of his reach whatever he might damage. He breaks the furniture he uses; do not rush to give him new ones—let him experience the consequences of being deprived. He shatters the windows in his room; let the wind blow on him day and night without worrying about catching a cold, for it is better for him to have a cold than to be crazy. Never complain about the inconvenience he causes you; instead, make him feel the effects himself first. Eventually, you will have the windows repaired, always without saying a word. If he breaks them again, change your approach—say to him sharply but without anger: “The windows belong to me; I put them there myself; I want to protect them.” Then lock him up in a dark place without any windows. At first, this new method will make him cry and protest, but no one will listen to him. Soon, he will get tired and change his tone—he will complain and whine. A servant will appear, and the mischievous child will ask them to release him. Without making any excuse to refuse, the servant will simply reply, “I have my own windows to protect,” and leave. Finally, after the child has stayed there for several hours, long enough to get bored and remember the experience, someone will suggest to him that he make you an offer so that you can free him and he will stop breaking windows. He will be only too happy to do so. He will ask you to come see him; you will go, and he will make his proposal, which you will accept immediately, saying, “That’s a very good idea; we’ll both benefit from it—why didn’t you think of it sooner!” And then, without asking for any promises or confirmations, you will embrace him joyfully and take him back to his room, treating this agreement as sacred and inviolable, as if it had been sealed by an oath. What do you think he will think about the reliability of commitments and their usefulness after experiencing this method? I am amazed if there is even one child on earth—let alone one who is already spoiled—who, after trying this approach, would still consider breaking windows on purpose. Follow the whole sequence of events. When that little mischievous boy made a hole to plant his bean, he was actually digging his own prison cell, and it wouldn’t be long before his own “knowledge” caused him to be locked away inside it[329].
Here we are in the realm of morality—this is the very door that opens to vice. With conventions and duties come deception and lies. Once one is allowed to do what one ought not to do, one begins to hide what one has done wrong. When one interest leads someone to make a promise, another greater interest may prompt them to break that promise; it’s no longer about breaking it without consequences—such resources are natural—but about hiding one’s actions and lying. Having failed to prevent vice, we now find ourselves in the position of having to punish it. Such are the miseries of human life, which begin with its very mistakes.
I have said enough to make it clear that children should never be punished as such; rather, such punishment should always arise naturally as a consequence of their wrong actions. In this way, you will not condemn lying in itself, nor will you punish them specifically for lying. Instead, you will ensure that all the negative consequences of lying—such as not being believed when telling the truth, or being accused of wrongdoing one has not committed, despite one’s defenses—fall upon them whenever they lie. But let us now explain what it actually means to lie, from a child’s perspective.
There are two kinds of lies: those related to facts and concerning the past, and those related to rights and concerning the future. The first kind occurs when one denies having done something that one has actually done, or when one claims to have done something that one has not done; in general, it happens when one deliberately speaks against the truth of things. The second kind occurs when one promises something that one has no intention of fulfilling; generally, it happens when one shows intentions that are contrary to those one actually holds. These two kinds of lies may sometimes overlap; but here I consider them in terms of their differences.
He who feels the need for others’ help and constantly experiences their kindness has no reason to deceive them; on the contrary, it is in his own best interest that they see things as they are, so as not to be deceived to his own detriment. It is therefore clear that lying is not inherent in children; rather, it is the law of obedience that creates the necessity for lying—because since obedience is often difficult, people try their best to conceal it secretly, and the immediate benefit of avoiding punishment or reprimand outweighs the long-term consequences of telling the truth. In a natural and free education system, why would your child lie to you? What has he to hide from you? You do not scold him, you do not punish him, you do not demand anything from him. Why then wouldn’t he tell you everything he has done, just as naively as he would tell it to his little friend? He sees no greater danger in confessing than in keeping things secret.
The lie of right is even less natural, for promises to do something or to refrain from doing something are conventional acts that depart from the state of nature and undermine freedom. Moreover, all commitments made by children are inherently void, for their limited understanding prevents them from considering matters beyond the present moment; thus, in making such commitments, they have no real idea of what they are doing. A child can hardly lie when making a promise, for, thinking only of how to get out of trouble in the immediate future, any means that does not yield an immediate result seems equally acceptable to them. By promising something for some future time, they are, in effect, promising nothing at all, since their imagination, still undeveloped, is unable to conceive of extending their existence across two different times. If a child could avoid being beaten or obtain some candy by promising to jump out of the window tomorrow, they would promise it on the spot. This is precisely why laws take no account of children’s commitments; and when stricter parents or guardians demand that they be fulfilled, it is only in regard to things that the child should do anyway, even if they had not promised to do so.
Since the child does not understand what he is doing when he makes a promise, he cannot lie when he commits to it. However, this is not the case when he fails to keep his promise, which is still a kind of retroactive lying: for he remembers very well having made that promise; but what he does not realize is the importance of keeping it. Unable to foresee the future, he cannot predict the consequences of his actions; and when he breaks his promises, he is not acting against the reasoning capacity appropriate to his age.
It follows therefore that all the lies children tell are the work of their teachers, and that trying to teach them to tell the truth is nothing but teaching them to lie. In our haste to discipline them, govern them, and instruct them, we never seem to have enough means at our disposal to accomplish this task. We seek to gain a hold on their minds through baseless maxims and unreasonable precepts, and we would rather that they memorize their lessons and lie than that they remain ignorant but truthful.
In questo saggio sul modo di inculcare nei bambini le nozioni primitive, si vede come l’idea di proprietà derivi naturalmente dal diritto del primo occupante attraverso il lavoro. Questo concetto è chiaro, semplice e sempre comprensibile per un bambino. Da qui al diritto di proprietà e agli scambi, non c’è che un passo, dopo il quale bisogna fermarsi immediatamente.
Si può ancora osservare che una spiegazione, che qui riporto in due pagine di scrittura, potrebbe richiedere un anno intero per essere messa in pratica; infatti, nel percorso dello sviluppo delle idee morali, non si può procedere mai abbastanza lentamente, né consolidare con sufficiente sicurezza ogni passo fatto. Giovani insegnanti, vi prego di riflettere su questo esempio e ricordatevi che, in tutto ciò che fate, le vostre lezioni devono essere più azioni che parole; infatti, i bambini dimenticano facilmente ciò che hanno detto o ciò che gli è stato detto, ma non ciò che hanno fatto o ciò che è stato loro fatto.
Insegnamenti del genere devono essere impartiti, come ho detto, prima o poi, a seconda che la natura tranquilla o turbolenta dello studente acceleri o ritardi il momento in cui ne sorge il bisogno; l’uso di tali insegnamenti è di una evidenza tale da saltare subito agli occhi. Tuttavia, per non tralasciare nulla di importante nelle questioni complesse, forniamo ancora un esempio.
Vostro figlio rovina tutto ciò che tocca: non arrabbiatevi; tenete lontano da lui ciò che potrebbe distruggere. Rompe i mobili che utilizza; non affrettatevi a dargliene altri: lasciatelo sperimentare le conseguenze della privazione. Rompe le finestre della sua stanza; lasciate che il vento soffi su di lui giorno e notte, senza preoccuparvi dei raffreddori, perché è meglio che abbia un raffreddore piuttosto che diventare pazzo. Non lamentatevi mai delle scomodità che vi causa, ma fate in modo che sia lui ad accorgersene per primo. Alla fine farete riparare i vetri, sempre senza dire nulla. Se li rompe di nuovo? Allora cambiate approccio: ditegli severamente, ma senza rabbia: “Le finestre appartengono a me; sono state posizionate con cura da me; voglio che siano protette”. Poi chiudetelo in un luogo buio, senza finestre. All’inizio protesterà e farà scenate; nessuno lo ascolterà. Presto si stancherà e cambierà tono: inizierà a lamentarsi. Un domestico arriverà e lui gli chiederà di liberarlo. Il domestico risponderà semplicemente: “Anch’io ho delle finestre da proteggere”, e se ne andrà. Alla fine, dopo essere rimasto lì per diverse ore, abbastanza a lungo da annoiarsi e ricordarsene, qualcuno gli suggerirà di proporvi un accordo per ottenere la libertà. E lui accetterà subito, dicendovi: “È un’ottima idea; ne trarremo entrambi beneficio. Perché non l’avete pensata prima?”. Poi, senza chiedergli alcuna promessa o conferma, lo abbraccerete con gioia e lo porterete immediatamente nella sua stanza, considerando questo accordo sacro e inviolabile. Che idea crede che abbia, dopo questa esperienza, sulla fiducia negli impegni e sul loro valore? Sono sicuro che non esista un solo bambino, nemmeno già viziato, che, dopo aver provato questo metodo, penserebbe ancora di rompere le finestre a bella posta. Seguite questa sequenza di eventi. Il piccolo cattivo, mentre faceva un buco per piantare la sua fava, non immaginava affatto che si stesse creando una prigione nella quale la sua “scienza” lo avrebbe presto rinchiuso.
Eccoci dunque nel mondo morale: ecco la porta aperta al vizio. Con le convenzioni e i doveri nascono l’inganno e la menzogna. Non appena si può fare ciò che non si dovrebbe, si vuole nascondere ciò che non si è dovuto fare. Non appena un interesse spinge a promettere, un interesse ancora maggiore può portare al tradimento di quella promessa; non si tratta più di violarla impunemente: la risorsa per farlo è naturale. Ci si nasconde e si mente. Non essendo riusciti a prevenire il vizio, ci troviamo ora nella situazione di doverlo punire. Ecco le miserie della vita umana che iniziano proprio con i suoi errori.
Ho detto abbastanza per far capire che non si dovrebbe mai infliggere ai bambini la punizione in quanto tale, ma che essa debba sempre risultare per loro come una conseguenza naturale delle loro cattive azioni. In questo modo, non condannerete il mentire in sé, né li punirete esclusivamente perché hanno mentito; piuttosto, farrete sì che tutti gli effetti negativi del mentire – come l’essere creduti meno quando si dice la verità, o l’essere accusati di colpe non commesse, nonostante le proprie difese – ricadano su di loro ogni volta che mentono. Ma spieghiamo ora cosa significhi mentire per i bambini.
Esistono due tipi di menzogne: quella riguardante i fatti, che riguarda il passato, e quella riguardante il diritto, che riguarda il futuro. La prima si verifica quando si nega di aver fatto qualcosa che invece si è fatto, o quando si afferma di aver fatto qualcosa che non si è affatto fatto; in generale, si manifesta quando si parla consapevolmente contro la verità delle cose. La seconda si verifica quando si promette qualcosa che non si intende mantenere; in genere, si manifesta quando si mostra un’intenzione contraria a quella effettivamente nutrita. Questi due tipi di menzogne possono talvolta coincidere; tuttavia, qui le considero in base alle loro differenze essenziali.
Chi sente la necessità dell’aiuto altrui e continua ad esperire la loro benevolenza non ha alcun interesse a ingannarli; al contrario, ha un chiaro interesse affinché vedano le cose come sono, per evitare che si ingannino a suo svantaggio. È quindi evidente che il mentire, in realtà, non sia naturale nei bambini; ma è la legge dell’obbedienza a rendere necessario mentire, poiché l’obbedienza essendo faticosa, si cerca di eluderla nel segreto possibile, e l’interesse immediato di evitare punizioni o rimproveri prevale sull’interesse più lontano di rivelare la verità. Nell’educazione naturale e libera, perché dunque il vostro bambino dovrebbe mentirvi? Cosa ha da nascondervi? Non lo rimproverate, non lo punite, non gli chiedete nulla. Perché non vi direbbe tutto ciò che ha fatto, con la stessa ingenuità con cui lo farebbe con il suo piccolo amico? In quel caso, confessare non comporterebbe alcun pericolo, né da un lato né dall’altro.
Il “mentire legale” è ancora meno naturale, poiché le promesse di fare qualcosa o di astenersi da qualcosa sono atti convenzionali che esulano dallo stato di natura e violano la libertà individuale. C’è di più: tutti gli impegni presi dai bambini sono di per sé nullo, poiché la loro visione limitata non può estendersi al futuro; quindi, impegnandosi, non sanno realmente ciò che stanno facendo. Un bambino può a malapena mentire quando si impegna: pensando soltanto a cavarsela nel momento presente, qualsiasi mezzo che non abbia un effetto immediato gli sembra valido; promettendo qualcosa per il futuro, in realtà non promette nulla, poiché la sua immaginazione è ancora poco sviluppata e non riesce a concepire due momenti temporali diversi. Se potesse evitare una punizione o ottenere qualcosa promettendo di gettarsi dalla finestra domani, lo farebbe immediatamente. Ecco perché le leggi non tengono alcun conto degli impegni presi dai bambini; e quando genitori e insegnanti più severi esigono che vengano rispettati, è soltanto nel caso in cui il bambino dovrebbe comunque agire, anche senza averlo promesso esplicitamente.
Il bambino, non sapendo ciò che fa quando fa una promessa, non può quindi mentire nel momento in cui la fa. Tuttavia, quando manca alla sua promessa, si tratta comunque di una sorta di “menzogna retroattiva”: infatti il bambino ricorda molto bene di aver fatto quella promessa; ma ciò che non comprende è l’importanza di mantenerla. Non essendo in grado di “leggere” il futuro, non può prevedere le conseguenze delle sue azioni; e quando viola le sue promesse, non fa nulla contro le capacità mentali della sua età.
Da ciò deriva che tutte le menzogne dei bambini sono opera degli insegnanti, e che cercare di insegnar loro a dire la verità non è altro che insegnarli a mentire. Nell’affanno di regolarli, governarli, istruirli, non si riesce mai ad avere strumenti sufficienti per riuscirci. Si cerca di impadronirsi della loro mente attraverso massime prive di fondamento, precetti senza logica; e si preferisce che conoscano le loro lezioni, e mentano, piuttosto che rimangano ignoranti ma onesti.
Pour nous, qui ne donnons à nos élèves que des leçons de pratique, et qui aimons mieux qu’ils soient bons que savants, nous n’exigeons point d’eux la vérité, de peur qu’ils ne la déguisent, et nous ne leur faisons rien promettre qu’ils soient tentés de ne pas tenir. S’il s’est fait en mon absence quelque mal dont j’ignore l’auteur, je me garderai d’en accuser Émile, ou de lui dire : Est-ce vous ?[331] Car en cela que ferais-je autre chose, sinon lui apprendre à le nier ? Que si son naturel difficile me force à faire avec lui quelque convention, je prendrai si bien mes mesures que la proposition en vienne toujours de lui, jamais de moi ; que, quand il s’est engagé, il ait toujours un intérêt présent et sensible à remplir son engagement ; et que, si jamais il y manque, ce mensonge attire sur lui des maux qu’il voie sortir de l’ordre même des choses, et non pas de la vengeance de son gouverneur. Mais, loin d’avoir besoin de recourir à de si cruels expédients, je suis presque sûr qu’Émile apprendra fort tard ce que c’est que mentir, et qu’en l’apprenant il sera fort étonné, ne pouvant concevoir à quoi peut être bon le mensonge. Il est très clair que plus je rends son bien-être indépendant, soit des volontés, soit des jugements des autres, plus je coupe en lui tout intérêt de mentir.
Quand on n’est point pressé d’instruire, on n’est point pressé d’exiger, et l’on prend son temps pour ne rien exiger qu’à propos. Alors l’enfant se forme, en ce qu’il ne se gâte point. Mais, quand un étourdi de précepteur, ne sachant comment s’y prendre, lui fait à chaque instant promettre ceci ou cela, sans distinction, sans choix, sans mesure, l’enfant, ennuyé, surchargé de toutes ces promesses, les néglige, les oublie, les dédaigne enfin, et, les regardant comme autant de vaines formules, se fait un jeu de les faire et de les violer. Voulez-vous donc qu’il soit fidèle à tenir sa parole, soyez discret à l’exiger.
Le détail dans lequel je viens d’entrer sur le mensonge peut à bien des égards s’appliquer à tous les autres devoirs, qu’on ne prescrit aux enfants qu’en les leur rendant non seulement haïssables, mais impraticables. Pour paraître leur prêcher la vertu, on leur fait aimer tous les vices : on les leur donne, en leur défendant de les avoir. Veut-on les rendre pieux, on les mène s’ennuyer à l’église ; en leur faisant incessamment marmotter des prières, on les force d’aspirer au bonheur de ne plus prier Dieu. Pour leur inspirer la charité, on leur fait donner l’aumône, comme si l’on dédaignait de la donner soi-même. Eh ! ce n’est pas l’enfant qui doit donner, c’est le maître : quelque attachement qu’il ait pour son élève, il doit lui disputer cet honneur ; il doit lui faire juger qu’à son âge on n’en est point encore digne. L’aumône est une action d’homme qui connaît la valeur de ce qu’il donne, et le besoin que son semblable en a. L’enfant, qui ne connaît rien de cela, ne peut avoir aucun mérite à donner ; il donne sans charité, sans bienfaisance ; il est presque honteux de donner, quand, fondé sur son exemple et le vôtre, il croit qu’il n’y a que les enfants qui donnent, et qu’on ne fait plus l’aumône étant grand.
Remarquez qu’on ne fait jamais donner par l’enfant que des choses dont il ignore la valeur, des pièces de métal qu’il a dans sa poche, et qui ne lui servent qu’à cela. Un enfant donnerait plutôt cent louis qu’un gâteau. Mais engagez ce prodigue distributeur à donner les choses qui lui sont chères, des jouets, des bonbons, son goûter, et nous saurons bientôt si vous l’avez rendu vraiment libéral.
On trouve encore un expédient à cela, c’est de rendre bien vite à l’enfant ce qu’il a donné, de sorte qu’il s’accoutume à donner tout ce qu’il sait bien qui lui va revenir. Je n’ai guère vu dans les enfants que ces deux espèces de générosité : donner ce qui ne leur est bon à rien, ou donner ce qu’ils sont sûrs qu’on va leur rendre. Faites en sorte, dit Locke, qu’ils soient convaincus par expérience que le plus libéral est toujours le mieux partagé. C’est là rendre un enfant libéral en apparence et avare en effet. Il ajoute que les enfants contracteront ainsi l’habitude de la libéralité. Oui, d’une libéralité usurière, qui donne un oeuf pour avoir un boeuf. Mais, quand il s’agira de donner tout de bon, adieu l’habitude ; lorsqu’on cessera de leur rendre, ils cesseront bientôt de donner. Il faut regarder à l’habitude de l’âme plutôt qu’à celle des mains. Toutes les autres vertus qu’on apprend aux enfants ressemblent à celle-là. Et c’est à leur prêcher ces solides vertus qu’on use leurs jeunes ans dans la tristesse ! Ne voilà-t-il pas une savante éducation !
Maîtres, laissez les simagrées, soyez vertueux et bons, que vos exemples se gravent dans la mémoire de vos élèves, en attendant qu’ils puissent entrer dans leurs coeurs. Au lieu de me hâter d’exiger du mien des actes de charité, j’aime mieux en faire en sa présence, et lui ôter même le moyen de m’imiter en cela, comme un honneur qui n’est pas de son âge ; car il importe qu’il ne s’accoutume pas à regarder les devoirs des hommes seulement comme des devoirs d’enfants. Que si, me voyant assister les pauvres, il me questionne là-dessus, et qu’il soit temps de lui répondre[332], je lui dirai : « Mon ami, c’est que, quand les pauvres ont bien voulu qu’il y eût des riches, les riches ont promis de nourrir tous ceux qui n’auraient de quoi vivre ni par leur bien ni par leur travail. » « Vous avez donc aussi promis cela ? » reprendra-t-il. « Sans doute ; je ne suis maître du bien qui passe par mes mains qu’avec la condition qui est attachée à sa propriété. »
Après avoir entendu ce discours, et l’on a vu comment on peut mettre un enfant en état de l’entendre, un autre qu’Émile serait tenté de m’imiter et de se conduire en homme riche ; en pareil cas, j’empêcherais au moins que ce ne fût avec ostentation ; j’aimerais mieux qu’il me dérobât mon droit et se cachât pour donner. C’est une fraude de son âge, et la seule que je lui pardonnerais.
Je sais que toutes ces vertus par imitation sont des vertus de singe, et que nulle bonne action n’est moralement bonne que quand on la fait comme telle, et non parce que d’autres la font. Mais, dans un âge où le coeur ne sent rien encore, il faut bien faire imiter aux enfants les actes dont on veut leur donner l’habitude, en attendant qu’ils les puissent faire par discernement et par amour du bien. L’homme est imitateur, l’animal même l’est ; le goût de l’imitation est de la nature bien ordonnée ; mais il dégénère en vice dans la société. Le singe imite l’homme qu’il craint, et n’imite pas les animaux qu’il méprise ; il juge bon ce que fait un être meilleur que lui. Parmi nous, au contraire, nos arlequins de toute espèce imitent le beau pour le dégrader, pour le rendre ridicule ; ils cherchent dans le sentiment de leur bassesse à s’égaler ce qui vaut mieux qu’eux ; ou, s’ils s’efforcent d’imiter ce qu’ils admirent, on voit dans le choix des objets le faux goût des imitateurs : ils veulent bien plus en imposer aux autres ou faire applaudir leur talent, que se rendre meilleurs ou plus sages. Le fondement de l’imitation parmi nous vient du désir de se transporter toujours hors de soi. Si je réussis dans mon entreprise, Émile n’aura sûrement pas ce désir. Il faut donc nous passer du bien apparent qu’il peut produire.
For us, who teach our students only practical lessons and prefer that they be good rather than learned, we do not demand the truth from them, for fear that they might distort it; nor do we ask them to promise anything that they might be tempted not to keep. If any harm were done in my absence, of whose perpetrator I am unaware, I would refrain from accusing Émile or asking him, “Was it you?” For what else would I be doing by doing so, but teaching him how to deny it? Moreover, if his difficult nature forces me to make some kind of arrangement with him, I will take such precautions that the proposal always comes from him, never from me; so that when he makes a promise, he always has a tangible and immediate interest in keeping it; and that if he ever fails to do so, this lie brings upon him misfortunes that seem to arise from the very nature of things themselves, rather than from the vengeance of his teacher. But far from needing to resort to such cruel measures, I am almost certain that Émile will learn what lying is much later on—and when he does, he will be greatly astonished, for he will not be able to understand what advantage lying could possibly bring. It is clear that the more I make his well-being independent of the wills or judgments of others, the less incentive he will have to lie.
When one is not in a hurry to instruct, one is not in a hurry to demand anything; one takes one’s time to make sure that whatever is demanded is truly necessary. In this way, the child can develop properly, without wasting his energy or damaging himself. But when a foolish teacher, not knowing how to proceed, constantly forces the child to promise this or that—without any distinction, choice, or measure—the child, annoyed and overwhelmed by these promises, ends up neglecting them, forgetting them, and even despising them. Seeing them as mere empty formalities, he takes pleasure in both making them and violating them. If you want him to keep his promises, then be careful not to demand too much from him.
The detail I have just mentioned regarding lies can, in many respects, be applied to all other duties that are imposed upon children—duties that not only make them detest such obligations but also render them impossible to fulfill. In order to pretend to teach them virtue, people encourage them to embrace every vice; they offer these vices to them while forbidding them to possess them. If one wants to make children pious, they are forced to endure boredom at church; by making them constantly recite prayers, they are actually made to desire the happiness of no longer having to pray to God. And in an attempt to inspire compassion in them, people make them give alms, as if they themselves despised doing so. But surely, it is not the child who should give—rather, it is the teacher. No matter how much affection the teacher may have for his or her student, he or she must dispute this honor with the child; the teacher must make the child realize that, at such a young age, one is not yet worthy of it. Almsgiving is an act of a person who understands the value of what he or she gives and the need others have for it. A child, however, who knows nothing of this, cannot possibly gain any merit from giving; he or she gives without compassion or kindness. In fact, it is almost shameful to give when, based on the example of both the teacher and oneself, one believes that only children give alms—and that only those who are considered insignificant do so anymore.
Note that a child will never give away anything other than things whose value is unknown to them—such as pieces of metal they have in their pocket and which serve no other purpose. A child would rather give away a hundred louis than a piece of cake. But if you ask this prodigal giver to part with things that are dear to him—toys, candies, his snack—then we will soon know whether you have truly made him liberal.
There is yet another remedy for this: to promptly return to the child whatever he has given, so that he gets used to giving everything he knows will surely be returned to him. In children, I have scarcely observed any other kind of generosity than these two: either giving something that is of no benefit to them at all, or giving something they are certain to have returned to them. “Make sure,” Locke says, “that they come to believe through experience that the most generous course is always the most beneficial.” In doing so, one appears to make a child liberal in appearance but actually stingy in reality. He adds that children will thus develop the habit of generosity—yes, a kind of usurious generosity, where one gives an egg in hopes of receiving a cow in return. But when it comes to giving something genuinely and out of kindness, such a habit is quickly lost; once people stop returning what they have taken from them, children soon cease to give as well. We should focus more on the habits of the soul than those of the hands. All other virtues that we teach children are similar to this one. And yet it is precisely by preaching these so-called “virtues” that we spend their young years filled with sorrow! What a “wise” form of education this is indeed.
Gentlemen, put aside all pretense; be virtuous and kind, so that your examples may be imprinted in the memories of your students, until they are able to embrace them in their own hearts. Rather than hastily demanding acts of charity from my own child, I prefer to perform them in his presence, even depriving him of the chance to imitate me in this regard—such an honor is not suited to his age. It is essential that he not grow accustomed to viewing human duties merely as obligations imposed upon children. Should he question me about my assistance to the poor, and it be time to answer him[332], I would say: “My friend, it is because when the poor willingly allowed the existence of the rich that the rich promised to provide for all those who had nothing to live on, either through their own wealth or their own labor.” “So you have also made such a promise?” he would ask. “Without a doubt; I hold possession of any wealth that passes through my hands only under the conditions inherent in its ownership.”
After hearing this speech—and we have seen how a child can be brought to a state where they are able to understand it—another child besides Émile might be tempted to imitate me and behave like a rich man. In such a case, I would at least prevent him from doing so in a showy manner; I would prefer that he steal my money in secret rather than do it openly. It is a fraud appropriate to his age—and the only one that I would forgive him for.
I know that all these virtues acquired through imitation are but the virtues of monkeys, and that no good action is morally virtuous unless it is performed for its own sake and not because others do it. But at an age when the heart has yet to develop any true sentiments, it is necessary to teach children to imitate those actions we wish to instill in them, until they are able to perform them out of discernment and a love for goodness. Man is by nature an imitator; even animals do so. The inclination to imitate is inherent in a well-ordered nature; yet in society, it can degenerate into vice. Monkeys imitate humans whom they fear, but not the animals they despise; they regard as good whatever those superior beings do. Among us, on the contrary, our jesters of every kind imitate what is beautiful in order to degrade and mock it; they seek, out of a sense of their own inferiority, to equal what is truly worthy. Or when they attempt to imitate what they admire, their choice of subjects reveals their false taste—as they are far more interested in impressing others or gaining applause for their “talent” than in becoming better or wiser themselves. The root of imitation among us lies in the constant desire to escape our own limitations. If I succeed in my endeavors, Émile surely will not share such a desire. Therefore, we must disregard the apparent good that such imitation may bring.
Per noi, che insegniamo ai nostri alunni soltanto pratiche concrete e preferiamo che siano buoni piuttosto che sapienti, non chiediamo loro la verità, per paura che la nascondano; né li facciamo promettere nulla di ciò che potrebbero essere tentati di non mantenere. Se, in mia assenza, dovesse accadere qualche male di cui ignoro l’autore, mi asterrò dal biasimare Émile o dal chiedergli: “È stato tu?”, perché in questo modo non farei altro che insegnargli a negarlo. Se la sua natura difficile mi costringesse ad accordarmi con lui su certe condizioni, prenderei tutte le precauzioni affinché sia sempre lui a proporle, mai io; affinché, quando si impegna, abbia sempre un interesse concreto e immediato nel mantenere la sua promessa; e affinché, se mai mancasse alla sua parola, quel comportamento ingannevole gli attirasse dei mali che derivassero direttamente dall’ordine naturale delle cose, e non dalla vendetta del suo insegnante. Ma, lontano dal dover ricorrere a simili mezzi crudeli, sono quasi certo che Émile imparerà molto tardi cosa significhi mentire, e che, una volta informato, ne rimarrà profondamente sorpreso, non riuscendo a comprendere a quale scopo possa essere utile il mentire. È evidente che più rendo il suo benessere indipendente dalle volontà o dai giudizi altrui, più elimino in lui ogni motivo per mentire.
Quando non si è affrettati a impartire insegnamenti, non ci si affretta nemmeno a richiedere qualcosa; si prende il tempo necessario per richiedere soltanto ciò che è realmente opportuno. In questo modo, il bambino si sviluppa nel modo giusto, senza rovinarsi. Ma quando un insegnante inesperto, non sapendo come procedere, gli fa promettere continuamente una cosa dopo l’altra, senza distinzioni, senza selezione, senza misura, il bambino, infastidito e sovraccarico di queste promesse, le trascura, le dimentica, le disprezza infine, e le considera semplicemente formule vuote, giocando a mantenerle o a violarle. Quindi, se volete che il bambino sia fedele alle sue promesse, siate discreti nel richiederle.
Il dettaglio su cui ho appena fatto riferimento riguardo al mentire può, in molti aspetti, essere applicato a tutti gli altri doveri che vengono imposti ai bambini; tali doveri, infatti, non solo vengono resi odiosi ai loro occhi, ma anche impossibili da adempiere. Per far credere di insegnare loro la virtù, si fa sì che amino tutti i vizi: glieli si danno, pur vietando loro di averli. Se si vuole renderli devoti, li si costringe ad andare in chiesa con noia; facendoli recitare incessantemente preghiere, si obbliga loro a desiderare la felicità di non dover più pregare Dio. Per ispirarli alla carità, si fa sì che diano l’elemosina, come se si disdegnasse farlo personalmente. Ebbene, non è il bambino che deve dare, ma l’insegnante: per quanto possa avere affetto per il proprio allievo, deve contendergli questo onore; deve fargli credere che, alla sua età, non sia ancora degno di farlo. L’elemosina è un atto di una persona che conosce il valore di ciò che dona e il bisogno che ne ha il proprio simile. Il bambino, che nulla di tutto questo conosce, non può certo avere alcun merito nel dare; dà senza carità, senza benevolenza. È quasi vergognoso dover dare, quando, seguendo il suo esempio e il vostro, crede che solo i bambini debbano donare, e che non si faccia più l’elemosina quando si è adulti.
Notate che un bambino non dona mai altro che cose di cui ignora il valore, come monete metalliche che ha in tasca e che gli servono soltanto a questo scopo. Un bambino darebbe volentieri cento luigi piuttosto che un dolce. Ma se chiedete a questo generoso donatore di dare le cose che gli sono care – giocattoli, caramelle, il suo spuntino – allora sapremo presto se siete riusciti davvero a renderlo “libero” nel dare.
Esiste ancora un rimedio a questo problema: restituire rapidamente all’infante ciò che ha dato, in modo che si abitui a dare tutto ciò di cui è certo che gli verrà restituito. Negli bambini ho osservato soltanto due tipi di generosità: quella che consiste nel dare ciò che non ha alcun valore per loro, o quella che deriva dalla certezza di ricevere indietro ciò che hanno dato. “Assicuratevi”, dice Locke, “che siano convinti dall’esperienza che la massima generosità sia sempre quella che porta al maggior beneficio”. In questo modo si rende un bambino apparentemente generoso ma in realtà avaro. Aggiunge inoltre che così gli bambini acquisiscono l’abitudine alla generosità, sì, una generosità “usuraria”, che consiste nel dare qualcosa in cambio di molto di più. Ma quando si tratta di donare veramente qualcosa con sincerità, quell’abitudine svanisce: quando smettiamo di restituire loro ciò che hanno dato, presto smettono anche loro di donare. Bisogna considerare soprattutto l’abitudine dell’anima, piuttosto che quella delle mani. Tutte le altre virtù che insegniamo ai bambini assomigliano a questa. E è proprio predicando queste virtù “solide” che spreciamo i loro giovani anni nella tristezza! Che educazione davvero “sapiente”!
Maestri, lasciate da parte le finzioni e siate virtuosi e buoni; che i vostri esempi rimangano impressi nella memoria dei vostri studenti, affinché possano entrare nei loro cuori. Invece di affrettarmi a chiedere al mio figlio di compiere atti di carità, preferisco farlo davanti a lui, togliendogli persino la possibilità di imitarmi in questo, come se si trattasse di un onore che non sia adatto alla sua età; infatti è importante che non si abituini a considerare i doveri umani semplicemente come obblighi propri dei bambini. Se, vedendomi aiutare i poveri, mi dovesse porre domande al riguardo, e fosse il momento di rispondergli[332], gli direi: “Amico mio, è perché quando i poveri hanno voluto che esistessero i ricchi, questi hanno promesso di nutrire tutti coloro che non avrebbero avuto nulla per vivere, né con il proprio denaro né con il proprio lavoro.” “Quindi anche voi avete fatto questa promessa?” replicherebbe. “Certamente; io sono padrone del bene che passa attraverso le mie mani soltanto a condizione che venga utilizzato secondo lo scopo per cui è stato creato.”
Dopo aver ascoltato questo discorso – e si è visto come sia possibile far sì che un bambino lo ascolti – un altro bambino, diverso da Émile, potrebbe essere tentato di imitarmi e comportarsi come un uomo ricco; in tal caso, almeno impedirei che lo facesse in modo ostentato; preferirei che mi rubasse il mio diritto e si nascondesse per donare. È una frode tipica della sua età, ed è l’unica che gli perdonerei.
So che tutte queste virtù, quando imitate, non sono altro che virtù di scimmie; e che nessuna azione buona è moralmente valida se compiuta solo perché altri la compiono, e non perché essa stessa sia intrinsecamente buona. Tuttavia, in un’età in cui il cuore ancora non percepisce nulla, è necessario che i bambini imitino quegli atti di cui si vuole che prendano l’abitudine, nell’attesa che possano compierli con discernimento e per amore del bene. L’uomo è un essere incline all’imitazione; anche gli animali lo sono. Il desiderio di imitare fa parte della natura umana ordinata; ma in società esso può degenerare in vizio. La scimmia imita l’uomo che teme, e non gli animali che disprezza; ritiene buono ciò che un essere più nobile di lei compie. Tra noi, invece, i nostri “buffoni” di ogni sorta imitano il bello solo per degradarlo, per renderlo ridicolo; cercano, con la consapevolezza della propria bassezza, di eguagliare ciò che è superiore a loro. Oppure, quando cercano di imitare ciò che ammirano, il loro gusto fallace si rivela nel modo in cui scelgono gli oggetti da imitare: desiderano più impressionare gli altri o far applaudire il proprio “talento”, che migliorare se stessi o diventare più saggi. La base dell’imitazione tra noi deriva dal desiderio costante di allontanarsi da ciò che siamo veramente. Se riuscirò nel mio intento, Émile sicuramente non avrà questo desiderio. Pertanto, dobbiamo rinunciare al bene apparente che tale comportamento può produrre.
Approfondissez toutes les règles de votre éducation, vous les trouverez ainsi toutes à contresens, surtout en ce qui concerne les vertus et les moeurs. La seule leçon de morale qui convienne à l’enfance, et la plus importante à tout âge, est de ne jamais faire de mal à personne. Le précepte même de faire du bien, s’il n’est subordonné à celui-là, est dangereux, faux, contradictoire. Qui est-ce qui ne fait pas du bien ? tout le monde en fait, le méchant comme les autres ; il fait un heureux aux dépens de cent misérables ; et de là viennent toutes nos calamités. Les plus sublimes vertus sont négatives : elles sont aussi les plus difficiles, parce qu’elles sont sans ostentation, et au-dessus même de ce plaisir si doux au coeur de l’homme, d’en renvoyer un autre content de nous. O quel bien fait nécessairement à ses semblables celui d’entre eux, s’il en est un, qui ne leur fait jamais de mal ! De quelle intrépidité d’âme, de quelle vigueur de caractère il a besoin pour cela ! Ce n’est pas raisonnant sur cette maxime, c’est en tâchant de la pratiquer, qu’on sent combien il est grand et pénible d’y réussir.[333]
Voilà quelques faibles idées des précautions avec lesquelles je voudrais qu’on donnât aux enfants les instructions qu’on ne peut quelquefois leur refuser sans les exposer à nuire à eux-mêmes ou aux autres, et surtout à contracter de mauvaises habitudes dont on aurait peine ensuite à les corriger : mais soyons sûrs que cette nécessité se présentera rarement pour les enfants élevés comme ils doivent l’être, parce qu’il est impossible qu’ils deviennent indociles, méchants, menteurs, avides, quand on n’aura pas semé dans leurs coeurs les vices qui les rendent tels. Ainsi ce que j’ai dit sur ce point sert plus aux exceptions qu’aux règles ; mais ces exceptions sont plus fréquentes à mesure que les enfants ont plus d’occasions de sortir de leur état et de contracter les vices des hommes. Il faut nécessairement, à ceux qu’on élève au milieu du monde, des instructions plus précoces qu’à ceux qu’on élève dans la retraite. Cette éducation solitaire serait donc préférable, quand elle ne ferait que donner à l’enfance le temps de mûrir.
Il est un autre genre d’exceptions contraires pour ceux qu’un heureux naturel élève au-dessus de leur âge. Comme il y a des hommes qui ne sortent jamais de l’enfance, il y en a d’autres qui, pour ainsi dire, n’y passent point, et sont hommes presque en naissant. Le mal est que cette dernière exception est très rare, très difficile à connaître, et que chaque mère, imaginant qu’un enfant peut être un prodige, ne doute point que le sien n’en soit un. Elles font plus, elles prennent pour des indices extraordinaires ceux mêmes qui marquent l’ordre accoutumé : la vivacité, les saillies, l’étourderie, la piquante naïveté ; tous signes caractéristiques de l’âge, et qui montrent le mieux qu’un enfant n’est qu’un enfant. Est-il étonnant que celui qu’on fait beaucoup parler et à qui l’on permet de tout dire, qui n’est gêné par aucun égard, par aucune bienséance, fasse par hasard quelque heureuse rencontre ? Il le serait bien plus qu’il n’en fît jamais, comme il le serait qu’avec mille mensonges un astrologue ne prédît jamais aucune vérité. Ils mentiront tant, disait Henri IV, qu’à la fin ils diront vrai. Quiconque veut trouver quelques bons mots n’a qu’à dire beaucoup de sottises. Dieu garde de mal les gens à la mode, qui n’ont pas d’autre mérite pour être fêtés !
Les pensées les plus brillantes peuvent tomber dans le cerveau des enfants, ou plutôt les meilleurs mots dans leur bouche, comme les diamants du plus grand prix sous leurs mains, sans que pour cela ni les pensées ni les diamants leur appartiennent ; il n’y a point de véritable propriété pour cet âge en aucun genre. Les choses que dit un enfant ne sont pas pour lui ce qu’elles sont pour nous ; il n’y joint pas les mêmes idées. Ces idées, si tant est qu’il en ait, n’ont dans sa tête ni suite ni liaison ; rien de fixe, rien d’assuré dans tout ce qu’il pense. Examinez votre prétendu prodige. En de certains moments vous lui trouverez un ressort d’une extrême activité, une clarté d’esprit à percer les nues. Le plus souvent ce même esprit vous paraît lâche, moite, et comme environné d’un épais brouillard. Tantôt il vous devance, et tantôt il reste immobile. Un instant vous diriez : c’est un génie, et l’instant d’après : c’est un sot. Vous vous tromperiez toujours ; c’est un enfant. C’est un aiglon qui fend l’air un instant, et retombe l’instant d’après dans son aire.
Traitez-le donc selon son âge malgré les apparences, et craignez d’épuiser ses forces pour les avoir voulu trop exercer. Si ce jeune cerveau s’échauffe, si vous voyez qu’il commence à bouillonner, laissez-le d’abord fermenter en liberté, mais ne l’excitez jamais, de peur que tout ne s’exhale ; et quand les premiers esprits se seront évaporés, retenez, comprimez les autres, jusqu’à ce qu’avec les années tout se tourne en chaleur vivifiante et en véritable force. Autrement vous perdrez votre temps et vos soins, vous détruirez votre propre ouvrage ; et après vous être indiscrètement enivrés de toutes ces vapeurs inflammables, il ne vous restera qu’un marc sans vigueur.
Des enfants étourdis viennent les hommes vulgaires : je ne sache point d’observation plus générale et plus certaine que celle-là. Rien n’est plus difficile que de distinguer dans l’enfance la stupidité réelle, de cette apparente et trompeuse stupidité qui est l’annonce des âmes fortes. Il paraît d’abord étrange que les deux extrêmes aient des signes si semblables : et cela doit pourtant être ; car, dans un âge où l’homme n’a encore nulles véritables idées, toute la différence qui se trouve entre celui qui a du génie et celui qui n’en a pas, est que le dernier n’admet que de fausses idées, et que le premier, n’en trouvant que de telles, n’en admet aucune : il ressemble donc au stupide en ce que l’un n’est capable de rien, et que rien ne convient à l’autre. Le seul signe qui peut les distinguer dépend du hasard, qui peut offrir au dernier quelque idée à sa portée, au lieu que le premier est toujours le même partout. Le jeune Caton, durant son enfance, semblait un imbécile dans la maison. Il était taciturne et opiniâtre, voilà tout le jugement qu’on portait de lui. Ce ne fut que dans l’antichambre de Sylla que son oncle apprit à le connaître. S’il ne fût point entré dans cette antichambre, peut-être eût-il passé pour une brute jusqu’à l’âge de raison. Si César n’eût point vécu, peut-être eût-on toujours traité de visionnaire ce même Caton qui pénétra son funeste génie, et prévit tous ses projets de si loin. O que ceux qui jugent si précipitamment les enfants sont sujets à se tromper ! Ils sont souvent plus enfants qu’eux. J’ai vu, dans un âge assez avancé, un homme[334] qui m’honorait de son amitié passer dans sa famille et chez ses amis pour un esprit borné : cette excellente tête se mûrissait en silence. Tout à coup il s’est montré philosophe, et je ne doute pas que la postérité ne lui marque une place honorable et distinguée parmi les meilleurs raisonneurs et les plus profonds métaphysiciens de son siècle.
Respectez l’enfance, et ne vous pressez point de la juger, soit en bien, soit en mal. Laissez les exceptions s’indiquer, se prouver, se confirmer longtemps avant d’adopter pour elles des méthodes particulières. Laissez longtemps agir la nature, avant de vous mêler d’agir à sa place, de peur de contrarier ses opérations. Vous connaissez, dites-vous, le prix du temps et n’en voulez point perdre. Vous ne voyez pas que c’est bien plus perdre d’en mal user que de n’en rien faire, et qu’un enfant mal instruit est plus loin de la sagesse que celui qu’on n’a point instruit du tout. Vous êtes alarmé de le voir consumer ses premières années à ne rien faire. Comment ! n’est-ce rien que d’être heureux ? n’est-ce rien que de sauter, jouer, courir toute la journée ? De sa vie il ne sera si occupé. Platon, dans sa République, qu’on croit si austère, n’élève les enfants qu’en fêtes, jeux, chansons, passe-temps ; on dirait qu’il a tout fait quand il leur a bien appris à se réjouir ; et Sénèque, parlant de l’ancienne jeunesse romaine : Elle était, dit-il, toujours debout, on ne lui enseignait rien qu’elle dût apprendre assise[335]. En valait-elle moins, parvenue à l’âge viril ? Effrayez-vous donc peu de cette oisiveté prétendue. Que diriez-vous d’un homme qui, pour mettre toute la vie à profit, ne voudrait jamais dormir ? Vous diriez : Cet homme est insensé ; il ne jouit pas du temps, il se l’ôte ; pour fuir le sommeil, il court à la mort. Songez donc que c’est ici la même chose, et que l’enfance est le sommeil de la raison.
Delve deeper into all the principles of your education, and you will find that they are all contrary to reality, especially when it comes to virtues and morals. The only moral lesson suitable for children—and indeed the most important at any age—is never to cause harm to anyone. Even the precept of doing good, if not subordinated to this principle, is dangerous, false, and contradictory. Who does not do good? Everyone does; even the wicked do it, albeit by causing happiness at the expense of hundreds of unfortunate people—and from this arise all our calamities. The most noble virtues are negative in nature; they are also the most difficult to attain, because they involve no ostentation and go beyond that sweet pleasure which fills the human heart when we see others happy because of our actions. Oh, what a great good one who never causes harm to his fellow beings must be! What courage of soul and strength of character it requires to achieve such a thing! It is not by reasoning about this principle that we understand its greatness and difficulty; it is only by trying to put it into practice that we realize how formidable the task truly is.[333]
Here are some humble thoughts regarding the precautions that should be taken when giving children instructions—instructions that sometimes cannot be withheld without exposing them to harm themselves or others, especially to the risk of developing bad habits that would be difficult to correct later on. However, we may be certain that such necessity will arise rarely for children raised in the proper way, for it is impossible for them to become disobedient, wicked, deceitful, or greedy if no vices are sown in their hearts that could lead them to such behavior. Thus, what I have said on this matter serves more as a guide for exceptions than as a set of general rules. Yet these exceptions are all the more common the more opportunities children have to depart from their original state and adopt the vices of society. Those raised in the world certainly need earlier instruction than those reared in seclusion. In fact, such solitary education would be preferable—if only it allowed children enough time to mature properly.
There is another kind of exceptional cases that occur in those whom a fortunate nature elevates above their age. Just as there are men who never grow out of childhood, there are others who, so to speak, never even enter it; they are men almost from the moment they are born. The problem is that such exceptions are extremely rare and difficult to identify. Every mother, imagining that her child might be a prodigy, is certain that hers is one. What’s more, she often mistakes for extraordinary signs those very traits that are characteristic of a normal childhood: liveliness, impulsiveness, carelessness, and a sharp naivety—all signs that indicate a child is simply a child. Is it really surprising when such a child, who is given free rein to speak without any restraint or consideration for propriety, happens to make some fortunate discovery? It would be far more surprising if he never did so, just as it would be strange if an astrologer were able to predict the truth through a thousand lies. “They will lie so much,” said Henry IV, “that in the end they might even tell the truth.” Anyone who wants to utter a few clever words simply has to say a lot of nonsense. May God protect those people who are in vogue—people who have no other merit than being liked and celebrated!
The most brilliant thoughts may enter the minds of children, or rather, the finest words may come from their lips—like diamonds of the highest quality in their hands—but neither the thoughts nor the diamonds truly belong to them. At this age, there is no true ownership of anything. What a child says is not what it means to us; he does not associate those same ideas with his words. If such ideas exist at all in his mind, they lack coherence and connection; nothing in what he thinks is fixed or certain. Examine your so-called prodigy: at times you may find him filled with extraordinary energy, a clarity of mind that seems to pierce through clouds; yet far more often, that very same mind appears sluggish, vague, as if shrouded in thick fog. Sometimes it surges ahead; other times it remains utterly still. For one moment you might say: “This is a genius”; the next moment: “This is a fool.” But you would always be mistaken—this is just a child. He is like an eagle that momentarily soars through the air, only to fall back into its nest shortly thereafter.
Therefore, treat him according to his age, despite appearances; be careful not to exhaust his strength by forcing him to exert himself too much. If this young mind begins to heat up, if you notice it starting to stir, let it ferment freely at first, but never excite it, for fear that everything might be released in one go. Once the initial “spirits” have evaporated, retain and compress the rest, until over time everything turns into a vital heat and true strength. Otherwise, you will waste your time and effort, destroying the very work you have undertaken. And after indulging indiscriminately in all these volatile “spirits,” what will be left is nothing but a lifeless residue.
Vulgar men are often born among foolish children; I know of no more general and certain observation than this. It is exceedingly difficult to distinguish in childhood between true stupidity and that apparent and deceptive foolishness which is often a precursor to great minds. At first, it seems strange that these two extremes should have such similar outward signs; yet this must be the case, for at an age when a person has no genuine ideas of anything, the only difference between one who possesses genius and one who does not is that the latter accepts only false ideas, while the former, finding none but false ones, accepts none at all. Thus, in one respect, they are alike: neither is capable of accomplishing anything, nor is anything suitable for either. The only way to distinguish them lies in chance—some accidental idea might enable the latter to achieve something within their reach, whereas the former remains unchanged everywhere. Young Cato, for example, seemed an idiot in his childhood; he was taciturn and stubborn—that was all people thought of him. It was only in the presence of Sylla that his uncle came to understand his true nature. Had Cato not entered that environment, he might have been regarded as a brute throughout his life. Had Caesar never existed, that very Cato, who so profoundly understood his own tragic genius and foresaw all his schemes from afar, might still be considered a visionary today. How mistaken those are who judge children too hastily! Often, they are even more childlike than the children themselves. I have seen a man in fairly advanced years who was regarded by everyone as rather dull-minded; yet that excellent mind was quietly maturing within him. Suddenly, he became a philosopher—and I have no doubt that future generations will regard him among the greatest thinkers and most profound metaphysicians of his time.
Respect children, and do not rush to judge them, whether positively or negatively. Allow exceptions to be identified, proven, and confirmed before adopting special methods for them. Let nature act its course for a long time before intervening on its behalf, for fear of disrupting its natural processes. You claim to understand the value of time and do not wish to waste it. Yet you fail to realize that misusing time is far more detrimental than doing nothing at all; indeed, a child who is poorly educated is far removed from wisdom than one who is not educated at all. You are alarmed to see a child wasting its early years doing nothing. But surely, being happy—jumping, playing, running all day long—is nothing but that! In its entire life, a child will never be so occupied. Plato, in his Republic—which one might think is very strict—raises children only through festivals, games, songs, and leisure activities; it seems as if he considered everything accomplished when he had taught them how to enjoy themselves properly. And Seneca, speaking of the ancient Roman youth, said: “They were always on the move; they were taught nothing that could not be learned while standing.” Was such a youth any less valuable when it reached adulthood? Therefore, fear not this so-called idleness. What would you say of a man who, in order to make the most of his life, never wanted to sleep? You would say: “This man is insane; he does not enjoy time; he is depriving himself of it; in his attempt to escape sleep, he is rushing toward death.” Consider then that it is precisely the same thing here, and that childhood is but the “sleep” of reason.
Approfondite tutte le regole della vostra educazione: scoprirete che sono in totale contraddizione con la realtà, soprattutto per quanto riguarda le virtù e i costumi. L’unica lezione di morale adatta all’infanzia, e la più importante a qualsiasi età, è quella di non fare mai del male a nessuno. Anche il precetto stesso di fare del bene, se non è subordinato a questo principio fondamentale, è pericoloso, falso e contraddittorio. Chi non fa del bene? Tutti lo fanno, sia il malvagio che gli altri: egli rende felice qualcuno a scapito di centinaia di persone sventurate; ed è da questo che derivano tutte le nostre calamità. Le virtù più sublimi sono in realtà negative: sono anche le più difficili da praticare, perché non si manifestano in modo ostentato e vanno addirittura al di là di quel piacere così dolce per il cuore umano, che consiste nel rendere felici gli altri. Oh, quale bene necessariamente arreca ai propri simili colui che, tra loro, non ne fa mai del male! Quanta audacia d’animo e quanta forza di carattere ci vuole per riuscirci. Non è ragionando su questa massima che si comprenderà quanto sia grande e difficile attuarla realmente.[333]
Ecco alcune semplici considerazioni riguardo alle precauzioni da adottare quando si forniscono istruzioni ai bambini; talvolta queste istruzioni non possono essere rifiutate senza esporli al rischio di danneggiarsi o di nuocere agli altri, soprattutto al rischio di acquisire cattive abitudini dalle quali sarebbe difficile poi liberarsi. Tuttavia siamo certi che questa necessità si presenterà raramente nei bambini educati nel modo corretto, poiché è impossibile che diventino indisciplinati, malvagi, bugiardi o avidi, se non vengono inculcate nelle loro menti le cattive qualità che li renderebbero tali. Quindi ciò che ho detto a questo proposito riguarda più le eccezioni che le regole generali; tuttavia queste eccezioni sono più frequenti quanto maggiori siano le occasioni per cui i bambini possono allontanarsi dal loro ambiente naturale e acquisire vizi tipici degli esseri umani. Chi educa i propri figli nel mondo esterno deve necessariamente fornire istruzioni più precoci rispetto a chi li educa in un ambiente isolato. Un’educazione del genere sarebbe quindi preferibile, purché permettesse alla bambina di maturare naturalmente nel corso del tempo.
Esiste un altro tipo di eccezioni contrarie per coloro che una natura fortunata eleva al di sopra del loro normale livello di sviluppo. Proprio come ci sono uomini che non escono mai dall’infanzia, ce ne sono altri che, per così dire, non vi entrano nemmeno e diventano adulti quasi fin dalla nascita. Il problema è che queste eccezioni sono molto rare, difficili da individuare, e ogni madre, immaginando che suo figlio possa essere un prodigio, non dubita affatto che lo sia davvero. Anzi, considera come segni straordinari proprio quegli aspetti che in realtà caratterizzano normalmente l’età infantile: vivacità, impulsività, disattenzione, una naività “pungente”; tutti segni tipici dell’infanzia, che invece dimostrano chiaramente che un bambino è semplicemente un bambino. È davvero sorprendente che quel bambino, a cui si permette di dire qualsiasi cosa senza alcun ritegno o considerazione per le convenzioni sociali, possa occasionalmente avere delle “fortunate intuizioni”? Sarebbe ancora più sorprendente se mai ne avesse, proprio come sarebbe sorprendente che, con mille bugie, un astrologo riuscisse a predire la verità. “Mentiranno così tanto,” diceva Enrico IV, “che alla fine diranno la verità.” Chiunque voglia dire qualcosa di “interessante” non ha bisogno altro che dire molte sciocchezze. Che Dio protegga le persone alla moda, quelle che non hanno alcun merito reale per essere festeggiate!
I pensieri più brillanti possono giungere nella mente dei bambini, o meglio, le parole migliori possono uscire dalle loro bocche, proprio come i diamanti di maggior valore nelle loro mani; tuttavia, né i pensieri né i diamanti appartengono veramente a loro. In questa età non esiste alcuna vera proprietà, in nessun campo. Ciò che un bambino dice non ha lo stesso significato per lui che per noi; egli non associa alle parole le stesse idee. Queste idee, se pure ne possiede, nella sua mente non hanno alcuna coerenza né logica; nulla di stabile, nulla di certo in tutto ciò che pensa. Esaminate il vostro presunto “genio”: a volte lo troverete pieno di energia e di chiarezza mentale tale da poter “penetrare le nuvole”; altre volte, invece, la sua mente vi sembrerà debole, confusa, come avvolta in una fitta nebbia. A volte vi precede nel pensiero, altre volte rimane immobile. Un momento direste: “È un genio, ”, e il momento dopo: “È uno sciocco”. Vi sbagliereste sempre: è solo un bambino. È come un aquilone che per un istante sfida le nuvole, per poi ricadere immediatamente nel suo nido.
Trattatelo quindi secondo la sua età, nonostante le apparenze, e fate attenzione a non esaurire le sue forze per averle volute esercitare troppo. Se questo giovane cervello si scalda, se notate che inizia a “bollire”, lasciatelo prima fermentare liberamente, ma mai eccitatelo, per evitare che tutto venga espulso; e quando i primi “spiriti” si saranno dissipati, trattenete, comprimete gli altri, fino a quando, con il passare degli anni, tutto non si trasformerà in calore vitale e in vera forza. Altrimenti perderete il vostro tempo e i vostri sforzi, distruggerete il proprio lavoro; e dopo esservi inutilmente “inebriati” di tutte queste “vapori infiammabili”, non vi resterà che un risultato privo di vitalità.
Dai bambini stupidi nascono gli uomini volgari: non conosco alcuna osservazione più generale e certa di questa. Non c’è nulla di più difficile che distinguere, nell’infanzia, la stupidità reale da quella apparente e ingannevole che è invece l’avvisaglio delle anime forti. All’inizio sembra strano che questi due estremi abbiano segni così simili; ma deve essere proprio così, perché in un’età in cui l’uomo non possiede ancora alcuna vera idea, tutta la differenza tra colui che ha genio e colui che non ne ha consiste nel fatto che il secondo ammette soltanto idee false, mentre il primo, non trovando altro che idee del genere, non ne ammette nessuna: quindi assomiglia allo stupido, poiché entrambi sono incapaci di fare nulla e nulla è adatto a loro. L’unico segno che può distinguerli dipende dal caso, che può offrire al secondo qualche idea alla sua portata, mentre il primo rimane sempre lo stesso ovunque vada. Il giovane Catone, durante l’infanzia, sembrava un idiota in famiglia: era taciturno e ostinato, ed ecco tutto ciò che si diceva di lui. Fu solo nell’anticamera di Silla che suo zio imparò a conoscerlo veramente. Se non fosse entrato in quell’anticamera, forse sarebbe passato per una bestia fino all’età della ragione. Se Cesare non fosse esistito, forse si sarebbe sempre considerato un visionario quel stesso Catone che riuscì a comprendere il suo genio funesto e previde tutti i suoi progetti da lontano. Oh, quanto sono soggetti a sbagliarsi coloro che giudicano così affrettatamente i bambini! Spesso sono loro stessi più infantili dei piccoli. Ho visto, in un’età abbastanza avanzata, un uomo che mi onorava della sua amicizia passare nella sua famiglia e tra i suoi amici per uno spirito limitato: quella eccellente intelligenza si stava sviluppando in silenzio. All’improvviso divenne un filosofo, e non dubito che la posterità gli riservi un posto onorevole e distinto tra i migliori razionalisti e i più profondi metafisici del suo secolo.
Rispettate l’infanzia e non affrettatevi a giudicarla, né in bene né in male. Lasciate che le eccezioni si manifestino, si dimostrino e si confermino solo dopo molto tempo, prima di adottare per loro metodi particolari. Lasciate che la natura agisca liberamente, prima di intervenire al suo posto, per non contrariare i suoi processi naturali. Ditevi di conoscere il valore del tempo e di non volerlo sprecare. Ma non vedete forse che utilizzarlo male è molto peggio che non usarlo affatto? Un bambino mal educato è più lontano dalla saggezza di uno che non viene affatto educato. Vi preoccupate che sprechi le sue prime anni senza fare nulla. Ma non è forse felice semplicemente giocando, saltando e correndo tutto il giorno? Non sarà mai così occupato in tutta la sua vita. Platone, nella sua “Repubblica”, che sembra così austera, educa i bambini solo attraverso feste, giochi, canzoni e divertimenti; si direbbe che abbia già fatto abbastanza quando impara loro a godersi la vita. E Seneca, parlando della giovinezza romana di un tempo: “Era sempre in movimento; non le veniva insegnato nulla se non ciò che doveva imparare da sola”, diceva. Era forse meno preziosa, una volta raggiunta l’età adulta? Quindi, non temete affatto questa cosiddetta ozio. Cosa direste di un uomo che, per sfruttare al massimo la sua vita, non volesse mai dormire? Direste: Quest’uomo è pazzo; non si gode il tempo, se ne priva. Per evitare il sonno, corre verso la morte. Pensate quindi che qui sia la stessa cosa: l’infanzia è proprio il “sonno” della ragione.
L’apparente facilité d’apprendre est cause de la perte des enfants. On ne voit pas que cette facilité même est la preuve qu’ils n’apprennent rien. Leur cerveau lisse et poli rend comme un miroir les objets qu’on lui présente ; mais rien ne reste, rien ne pénètre. L’enfant retient les mots, les idées se réfléchissent ; ceux qui l’écoutent les entendent, lui seul ne les entend point.
Quoique la mémoire et le raisonnement soient deux facultés essentiellement différentes, cependant l’une ne se développe véritablement qu’avec l’autre. Avant l’âge de raison l’enfant ne reçoit pas des idées, mais des images ; et il y a cette différence entre les unes et les autres, que les images ne sont que des peintures absolues des objets sensibles, et que les idées sont des notions des objets, déterminées par des rapports. Une image peut être seule dans l’esprit qui se la représente ; mais toute idée en suppose d’autres. Quand on imagine, on ne fait que voir ; quand on conçoit, on compare. Nos sensations sont purement passives, au lieu que toutes nos perceptions ou idées naissent d’un principe actif qui juge. Cela sera démontré ci-après.
Je dis donc que les enfants, n’étant pas capables de jugement, n’ont point de véritable mémoire. Ils retiennent des sons, des figures, des sensations, rarement des idées, plus rarement leurs liaisons. En m’objectant qu’ils apprennent quelques éléments de géométrie, on croit bien prouver contre moi ; et tout au contraire, c’est pour moi qu’on prouve : on montre que, loin de savoir raisonner d’eux-mêmes, ils ne savent pas même retenir les raisonnements d’autrui ; car suivez ces petits géomètres dans leur méthode, vous voyez aussitôt qu’ils n’ont retenu que l’exacte impression de la figure et les termes de la démonstration. À la moindre objection nouvelle, ils n’y sont plus ; renversez la figure, ils n’y sont plus. Tout leur savoir est dans la sensation, rien n’a passé jusqu’à l’entendement. Leur mémoire elle-même n’est guère plus parfaite que leurs autres facultés, puisqu’il faut presque toujours qu’ils rapprennent, étant grands, les choses dont ils ont appris les mots dans l’enfance.
Je suis cependant bien éloigné de penser que les enfants n’aient aucune espèce de raisonnement[336]. Au contraire, je vois qu’ils raisonnent très bien dans tout ce qu’ils connaissent et qui se rapporte à leur intérêt présent et sensible. Mais c’est sur leurs connaissances que l’on se trompe en leur prêtant celles qu’ils n’ont pas, et les faisant raisonner sur ce qu’ils ne sauraient comprendre. On se trompe encore en voulant les rendre attentifs à des considérations qui ne les touchent en aucune manière, comme celle de leur intérêt à venir, de leur bonheur étant hommes, de l’estime qu’on aura pour eux quand ils seront grands ; discours qui, tenus à des êtres dépourvus de toute prévoyance, ne signifient absolument rien pour eux. Or, toutes les études forcées de ces pauvres infortunés tendent à ces objets entièrement étrangers à leurs esprits. Qu’on juge de l’attention qu’ils y peuvent donner.
Les pédagogues qui nous étalent en grand appareil les instructions qu’ils donnent à leurs disciples sont payés pour tenir un autre langage : cependant on voit, par leur propre conduite, qu’ils pensent exactement comme moi. Car, que leur apprennent-ils, enfin ? Des mots, encore des mots, et toujours des mots. Parmi les diverses sciences qu’ils se vantent de leur enseigner, ils se gardent bien de choisir celles qui leur seraient véritablement utiles, parce que ce seraient des sciences de choses, et qu’ils n’y réussiraient pas ; mais celles qu’on paraît savoir quand on en sait les termes, le blason, la géographie, la chronologie, les langues, etc. ; toutes études si loin de l’homme, et surtout de l’enfant, que c’est une merveille si rien de tout cela lui peut être utile une seule fois en sa vie.
On sera surpris que je compte l’étude des langues au nombre des inutilités de l’éducation : mais on se souviendra que je ne parle ici que des études du premier âge ; et, quoi qu’on puisse dire, je ne crois pas que, jusqu’à l’âge de douze ou quinze ans, nul enfant, les prodiges à part, ait jamais vraiment appris deux langues.
Je conviens que si l’étude des langues n’était que celle des mots, c’est-à-dire des figures ou des sons qui les expriment, cette étude pourrait convenir aux enfants : mais les langues, en changeant les signes, modifient aussi les idées qu’ils représentent. Les têtes se forment sur les langages, les pensées prennent la teinte des idiomes. La raison seule est commune, l’esprit en chaque langue a sa forme particulière ; différence qui pourrait bien être en partie la cause ou l’effet des caractères nationaux ; et, ce qui paraît confirmer cette conjecture est que, chez toutes les nations du monde, la langue suit les vicissitudes des moeurs, et se conserve ou s’altère comme elles.
De ces formes diverses l’usage en donne une à l’enfant, et c’est la seule qu’il garde jusqu’à l’âge de raison. Pour en avoir deux, il faudrait qu’il sût comparer des idées ; et comment les comparerait-il, quand il est à peine en état de les concevoir ? Chaque chose peut avoir pour lui mille signes différents ; mais chaque idée ne peut avoir qu’une forme : il ne peut donc apprendre à parler qu’une langue. Il en apprend cependant plusieurs, me dit-on : je le nie. J’ai vu de ces petits prodiges qui croyaient parler cinq ou six langues. Je les ai entendus successivement parler allemand, en termes latins, en termes français, en termes italiens ; ils se servaient à la vérité de cinq ou six dictionnaires, mais ils ne parlaient toujours qu’allemand. En un mot, donnez aux enfants tant de synonymes qu’il vous plaira : vous changerez les mots, non la langue ; ils n’en sauront jamais qu’une.
C’est pour cacher en ceci leur inaptitude qu’on les exerce par préférence sur les langues mortes, dont il n’y a plus de juges qu’on ne puisse récuser. L’usage familier de ces langues étant perdu depuis longtemps, on se contente d’imiter ce qu’on en trouve écrit dans les livres ; et l’on appelle cela les parler. Si tel est le grec et le latin des maîtres, qu’on juge de celui des enfants ! À peine ont-ils appris par coeur leur rudiment, auquel ils n’entendent absolument rien, qu’on leur apprend d’abord à rendre un discours français en mots latins ; puis, quand ils sont plus avancés, à coudre en prose des phrases de Cicéron, et en vers des centons de Virgile. Alors ils croient parler latin : qui est-ce qui viendra les contredire ?
En quelque étude que ce puisse être, sans l’idée des choses représentées, les signes représentants ne sont rien. On borne pourtant toujours l’enfant à ces signes, sans jamais pouvoir lui faire comprendre aucune des choses qu’ils représentent. En pensant lui apprendre la description de la terre, on ne lui apprend qu’à connaître des cartes ; on lui apprend des noms de villes, de pays, de rivières, qu’il ne conçoit pas exister ailleurs que sur le papier où on les lui montre. Je me souviens d’avoir vu quelque part une géographie qui commençait ainsi : Qu’est-ce que le monde ? C’est un globe de carton. Telle est précisément la géographie des enfants. Je pose en fait qu’après deux ans de sphère et de cosmographie, il n’y a pas un seul enfant de dix ans qui, sur les règles qu’on lui a données, sût se conduire de Paris à Saint-Denis. Je pose en fait qu’il n’y en a pas un qui, sur un plan du jardin de son père, fût en état d’en suivre les détours sans s’égarer. Voilà ces docteurs qui savent à point nommé où sont Pékin, Ispahan, le Mexique, et tous les pays de la terre.
J’entends dire qu’il convient d’occuper les enfants à des études où il ne faille que des yeux : cela pourrait être s’il y avait quelque étude où il ne fallût que des yeux ; mais je n’en connais point de telle.
Par une erreur encore plus ridicule, on leur fait étudier l’histoire : on s’imagine que l’histoire est à leur portée, parce qu’elle n’est qu’un recueil de faits. Mais qu’entend-on par ce mot de faits ? Croit-on que les rapports qui déterminent les faits historiques soient si faciles à saisir, que les idées s’en forment sans peine dans l’esprit des enfants ? Croit-on que la véritable connaissance des événements soit séparable de celle de leurs causes, de celle de leurs effets, et que l’historique tienne si peu au moral qu’on puisse connaître l’un sans l’autre ? Si vous ne voyez dans les actions des hommes que les mouvements extérieurs et purement physiques, qu’apprenez-vous dans l’histoire ? Absolument rien ; et cette étude, dénuée de tout intérêt, ne vous donne pas plus de plaisir que d’instruction. Si vous voulez apprécier ces actions par leurs rapports moraux, essayez de faire entendre ces rapports à vos élèves, et vous verrez alors si l’histoire est de leur âge.
The apparent ease of learning is actually the cause of children’s failure to truly acquire knowledge. What isn’t seen is that this very ease is proof that they are not really learning anything. Their smooth, polished minds reflect whatever is presented to them like a mirror; but nothing remains within them, nothing penetrates their consciousness. The child memorizes words; ideas are merely reflected in their minds; those who listen hear them, but only the child himself does not understand them.
Although memory and reasoning are two fundamentally different faculties, one cannot truly develop without the other. Before reaching the age of reason, a child receives not ideas but images; and there is a distinction between the two: images are merely absolute representations of sensory objects, whereas ideas are conceptual understandings of those objects, determined by relationships between them. An image can exist alone in the mind that perceives it; but every idea presupposes the existence of other ideas. When we imagine, we simply perceive; when we conceive, we compare. Our sensations are purely passive, whereas all our perceptions and ideas arise from an active principle that engages in judgment. This will be demonstrated further below.
I therefore say that children, being incapable of judgment, possess no true memory. They retain sounds, shapes, sensations—rarely ideas, and even more rarely the relationships between them. When one objects that they learn certain elements of geometry, it seems as though this proves my point against me; but on the contrary, it actually proves mine: it shows that, far from being able to reason on their own, they cannot even retain the reasoning of others. For if you follow these young “geometers” in their approach, you will immediately see that they have only retained the exact impression of the geometric figure and the terms of its proof. At the slightest new objection, they are lost; reverse the figure, and they are still lost. All their knowledge resides in sensation alone; nothing reaches their understanding. Their memory itself is hardly any more perfect than their other faculties, since they almost always have to relearn things—when they are adults—things of which they only learned the names as children.
However, I am far from believing that children lack any form of reasoning[336]. On the contrary, I observe that they reason very well regarding everything they know and that relates to their present, immediate interests. But it is precisely in their knowledge that we err when we attribute to them knowledge they do not possess and expect them to reason about matters they would be unable to understand. We also err when we try to draw their attention to considerations that have no relevance to them at all, such as their future interests, their happiness as human beings, or the respect people will have for them when they grow up; such discussions, addressed to beings devoid of any foresight, mean absolutely nothing to them. Moreover, all the forced learning experiences these poor unfortunate children undergo are directed towards subjects that are entirely foreign to their minds. One can only imagine how little attention they can actually pay to such matters.
Those educators who go to such lengths in explaining the instructions they give to their students are actually paid to use a different language; yet, one can see from their own behavior that they think exactly the same way as I do. What, after all, do they teach them? Words, nothing but words. Among the various sciences they claim to teach, they never choose those that would truly be useful to them—because those would be sciences of things, and they would not succeed in them; instead, they opt for those subjects that seem to require knowledge only of terms, symbols, geography, chronology, languages, etc. All these studies are so distant from the reality of human beings, especially children, that it is truly a miracle if any of this ever proves useful to them at all in their lives.
One might be surprised that I consider the study of languages to be among the useless aspects of education; but it should be remembered that I am only referring here to the studies undertaken in early childhood. And, whatever one may say, I do not believe that, until the age of twelve or fifteen, any child—except for those who are prodigies—has ever truly learned two languages.
I admit that if the study of languages were merely concerned with words—that is, with the figures or sounds that express them—such a study might be suitable for children. However, languages, by changing their symbols, also alter the ideas that those symbols represent. Minds are shaped by the languages they use; thoughts take on the characteristics of the idioms in which they are expressed. Reason itself is universal, but the intellect in each language possesses its particular form—a difference that may well be, in part, the cause or effect of national characteristics. What seems to support this conjecture is the fact that, in all nations of the world, languages evolve in tandem with the changes in customs, and they either remain unchanged or undergo alteration just like those customs do.
Of these various forms, usage assigns one to the child, and that is the only one he retains until the age of reason. To possess two forms, he would need to be able to compare ideas; but how could he do so when he is barely capable of conceiving them at all? Everything may have a thousand different signs for him; but each idea can have only one form. Therefore, he can only learn to speak one language. Yet people tell me that children learn several languages: I deny this. I have seen such little prodigies who supposedly spoke five or six languages. I heard them speaking successively in German, Latin, French, Italian; in truth, they were using five or six dictionaries, but they were still only speaking German. In short, give children as many synonyms as you like: you will change the words, not the language; they will never know anything but one language.
It is in order to conceal their inability that these languages are preferentially taught over dead languages, for which there are no judges whose decisions could be challenged. Since the everyday use of such languages has long been lost, people simply imitate what they find written in books; and this is what they call “speaking” them. If this is the case with Greek and Latin as learned by teachers, one can imagine what it is like for children! No sooner have they barely grasped the basics of these languages—of which they understand absolutely nothing—that they are already required to translate French speeches into Latin words; later on, when they have progressed further, they are taught to weave prose sentences from Cicero’s writings and verse passages from Virgil’s. By then, they believe they are speaking Latin: but who will dare to contradict them?
In any study whatsoever, without the concept of the things that are represented, the symbolic signs themselves mean nothing. Yet we always limit children to these symbols, never managing to make them understand anything of what those symbols represent. When we think we are teaching them to describe the world, all we are doing is teaching them to recognize maps; we teach them the names of cities, countries, rivers—names they imagine to exist only on the paper where they are printed. I remember seeing a geography book that began with this question: “What is the world? It is a ball of cardboard.” Such is precisely the level of geographical knowledge children possess. In fact, after two years of studying globes and cosmography, not a single ten-year-old child is able to use the maps we provide them to find their way from Paris to Saint-Denis. Nor is there one who could follow the paths on a map of his father’s garden without getting lost. And yet, these so-called “experts” claim to know precisely where Beijing, Isfahan, Mexico—and all the other countries of the world—are located.
I hear it said that children should be engaged in studies that require only the use of their eyes; perhaps there would be such a study if it existed, but I am not aware of any.
By an even more ridiculous mistake, they are made to study history: one assumes that history is within their grasp, simply because it consists of a collection of facts. But what exactly does this term “facts” mean? Does one believe that the relationships that determine historical events are so easy to understand that children can form ideas about them without any difficulty? Does one think that a true understanding of events is separable from an understanding of their causes and effects, and that history has so little to do with morality that one can know one without knowing the other? If you regard human actions merely as external, purely physical movements, what do you learn from studying history? Absolutely nothing. Such a study, devoid of any real interest, provides neither pleasure nor knowledge. If you wish to understand these actions in terms of their moral relationships, try to explain those relationships to your students—and then see whether history is indeed suitable for their age.
La presunta facilità nell’apprendere è in realtà la causa della perdita di capacità cognitive nei bambini. Non ci si rende conto che proprio questa facilità costituisce la prova del fatto che essi non imparano nulla. Il loro cervello, liscio e “polito”, riflette come uno specchio gli oggetti che gli vengono presentati; ma nulla vi rimane impresso, nulla vi penetra veramente. Il bambino ricorda le parole, le idee si riflettono su di lui; coloro che lo ascoltano le percepiscono, ma solo lui stesso non le comprende davvero.
Sebbene la memoria e il ragionamento siano due facoltà essenzialmente diverse, tuttavia una di esse non si sviluppa veramente se non insieme all’altra. Prima dell’età della ragione, il bambino non riceve idee, ma immagini; e c’è questa differenza tra le une e le altre: le immagini sono soltanto rappresentazioni assolute degli oggetti sensibili, mentre le idee sono nozioni degli oggetti, determinate da relazioni logiche. Un’immagine può esistere da sola nella mente di colui che la rappresenta; ma ogni idea presuppone l’esistenza di altre idee. Quando si immagina, ci si limita a “vedere”; quando si concepisce, si effettuano confronti logici. Le nostre sensazioni sono puramente passive, mentre tutte le nostre percezioni o idee derivano da un principio attivo che opera attraverso il processo del giudizio. Ciò verrà dimostrato più avanti.
Dico quindi che i bambini, non essendo in grado di giudicare, non possiedono una vera memoria. Ricordano suoni, immagini, sensazioni, raramente idee, e ancora più raramente le loro connessioni logiche. Quando mi si obietta che imparino alcuni elementi di geometria, si crede di dimostrare contro di me; ma in realtà ciò dimostra proprio il contrario: si mostra che, lontano dall’essere capaci di ragionare da soli, non sanno nemmeno ricordare i ragionamenti altrui. Seguite infatti questi piccoli “geometri” nel loro modo di procedere e vedrete subito che hanno ricordato soltanto l’impressione esatta della figura e i termini della dimostrazione. Di fronte a qualsiasi nuova obiezione, perdono immediatamente ogni conoscenza; se si inverte la figura, non sanno più come procedere. Tutto il loro sapere risiede nella sensazione; nulla arriva mai fino all’intelletto. Anche la loro memoria non è certo più perfetta delle altre loro facoltà, poiché quasi sempre devono reimparare ciò che hanno appreso soltanto nei primi anni dell’infanzia.
Tuttavia, sono ben lontano dall’idea che i bambini non possiedano alcuna capacità di ragionamento[336]. Al contrario, vedo chiaramente che riescono a ragionare molto bene su tutto ciò che conoscono e che riguarda il loro interesse immediato e concreto. Ma si commette un errore nel dare loro conoscenze che in realtà non possiedono, e nel farli ragionare su argomenti che non sono in grado di comprendere. Si sbaglia anche nel cercare di attirare la loro attenzione su considerazioni che non li riguardano affatto, come il loro futuro interesse, la loro felicità da adulti o l’opinione che gli altri avranno di loro quando saranno grandi; discorsi del genere, rivolti a esseri privi di qualsiasi capacità di previsione, non hanno assolutamente alcun significato per loro. Inoltre, tutte le attività didattiche forzate a cui questi poveri innocenti vengono sottoposti tendono verso obiettivi del tutto estranei alla loro mente. Si può facilmente immaginare quanta attenzione possano prestare a tali argomenti.
I pedagoghi che ci presentano in modo così appariscente le istruzioni che danno ai loro discepoli vengono pagati per utilizzare un linguaggio diverso da quello con cui effettivamente pensano; tuttavia, dalla loro stessa condotta si può vedere che pensano esattamente come me. Cosa insegnano, dopotutto? Parole, ancora parole, e sempre parole. Tra le varie scienze di cui si vantano di insegnare, evitano accuratamente quelle che potrebbero esserci veramente utili, perché si tratterebbe di scienze delle cose, e loro non riuscirebbero a comprenderle; preferiscono invece quelle che sembrano essere facilmente apprese semplicemente conoscendo i termini tecnici, i simboli, la geografia, la cronologia, le lingue, ecc. Tutte queste discipline sono così lontane dall’uomo, e soprattutto dal bambino, che è davvero sorprendente che nulla di tutto ciò possa essergli utile anche solo una volta nella vita.
Si sorprenderà che io consideri lo studio delle lingue tra le inutilità dell’educazione; ma si ricorderà che qui parlo soltanto degli studi dei primi anni di vita. E, qualunque cosa si possa dire, non credo che, fino all’età di dodici o quindici anni, nessun bambino, fatta eccezione per i prodigi, abbia mai veramente imparato due lingue.
Concordo sul fatto che, se lo studio delle lingue si limitasse esclusivamente agli studi dei vocaboli, cioè delle figure o dei suoni che li esprimono, tale studio potrebbe essere adatto ai bambini; tuttavia, le lingue, modificando i segni linguistici, alterano anche le idee che questi rappresentano. Le menti si formano attraverso le lingue, e i pensieri assumono il colore degli idiomi specifici di ciascuna lingua. L’unica cosa comune tra tutte le lingue è la ragione; tuttavia, lo spirito umano, in ogni lingua, ha la sua particolare forma: una differenza che potrebbe rappresentare, in parte, sia la causa che l’effetto dei caratteri nazionali. Ciò che sembra confermare questa ipotesi è il fatto che, in tutte le nazioni del mondo, la lingua segue le vicissitudini delle usanze sociali e si conserva o si modifica insieme a queste ultime.
Di queste diverse forme, l’uso ne dà una sola all’infante, e questa è l’unica che egli conserva fino all’età della ragione. Per possederne due, dovrebbe essere in grado di confrontare idee; ma come potrebbe farlo, se a malapena è in grado di concepirle? Ogni cosa può avere per lui mille significati diversi; ma ogni idea può avere soltanto una forma: pertanto non può imparare a parlare che una lingua. Tuttavia, mi si dice che ne imparino più di una. Lo nego. Ho visto dei piccoli “prodigi” che credevano di parlare cinque o sei lingue; li ho sentiti parlare alternativamente tedesco, in latino, in francese, in italiano. In realtà utilizzavano cinque o sei dizionari, ma parlavano sempre soltanto tedesco. In breve: date pure ai bambini quanti sinonimi volete. Cambierete le parole, non la lingua; essi ne conosceranno comunque soltanto una.
È proprio per nascondere la loro inadeguatezza che si preferisce farli esercitare su lingue morte, le cui giurie non possono più essere rifiutate. Poiché l’uso quotidiano di queste lingue è da tempo scomparso, ci si accontenta di imitare ciò che se ne trova scritto nei libri; e questo viene chiamato “parlare”. Se così stanno le cose con il greco e il latino degli insegnanti, figuriamoci con quelli dei bambini! Appena hanno imparato a memoria quei rudimenti di cui non capiscono assolutamente nulla, si inizia subito ad insegnar loro a tradurre i discorsi francesi in parole latine; poi, quando sono più avanti, a comporre frasi in prosa seguendo lo stile di Cicerone, e versi seguendo quello di Virgilio. Allora credono di parlare latino. Ma chi verrà a contraddirli?
In qualsiasi studio si tratti, senza l’idea delle cose che vengono rappresentate, i segni utilizzati per tale scopo non significano nulla. Eppure si limita sempre il bambino a questi segni, senza mai riuscire a fargli comprendere le cose che essi rappresentano. Pensando di insegnargli la descrizione della terra, in realtà gli si insegna soltanto a conoscere delle carte; gli si insegnano i nomi di città, paesi, fiumi, che lui non concepisce possano esistere altrove se non sul foglio di carta su cui vengono mostrati. Ricordo di aver visto da qualche parte una geografia che iniziava così: “Che cos’è il mondo? È un globo di cartone”. Proprio questa è la geografia dei bambini. Affermo con certezza che, dopo due anni di studio sulla sfera terrestre e sulla cosmografia, non esiste un solo bambino di dieci anni che, seguendo le indicazioni fornite, sia in grado di spostarsi da Parigi a Saint-Denis. Affermo anche che non esiste nessun bambino che, osservando una mappa del giardino di suo padre, sia in grado di percorrerne i sentieri senza sbagliare strada. Ecco questi “dottori” che sanno con precisione dove si trovano Pechino, Isfahan, il Messico e tutti i paesi della terra.
Ho sentito dire che sia opportuno occupare i bambini in studi che richiedano soltanto l’uso degli occhi; forse ci sarebbero studi del genere, ma non ne conosco nessuno.
Per un errore ancora più ridicolo, si fa studiare loro la storia: si pensa che la storia sia alla loro portata, perché non è altro che una raccolta di fatti. Ma cosa si intende con questo termine di “fatti”? Si crede forse che i rapporti che determinano questi fatti siano così facili da comprendere, che le idee si formino senza difficoltà nella mente dei bambini? Si ritiene davvero che la vera conoscenza degli eventi sia separabile da quella delle loro cause e dei loro effetti, e che lo studio della storia abbia così poco a che fare con il morale da poter essere appreso l’uno senza l’altro? Se nelle azioni umane vedete soltanto movimenti esteriori e puramente fisici, cosa imparate dalla storia? Assolutamente nulla; e questo studio, privo di ogni interesse reale, non vi offre né piacere né conoscenza. Se volete comprendere queste azioni attraverso i loro rapporti morali, provate a farli capire ai vostri studenti, e allora vedrete se lo studio della storia sia davvero adatto alla loro età.
Lecteurs, souvenez-vous toujours que celui qui vous parle n’est ni un savant ni un philosophe, mais un homme simple, ami de la vérité, sans parti, sans système ; un solitaire qui, vivant peu avec les hommes, a moins d’occasions de s’imboire de leurs préjugés, et plus de temps pour réfléchir sur ce qui le frappe quand il commerce avec eux. Mes raisonnements sont moins fondés sur des principes que sur des faits ; et je crois ne pouvoir mieux vous mettre à portée d’en juger, que de vous rapporter souvent quelque exemple des observations qui me les suggèrent.
J’étais allé passer quelques jours à la campagne chez une bonne mère de famille qui prenait grand soin de ses enfants et de leur éducation. Un matin que j’étais présent aux leçons de l’aîné, son gouverneur, qui l’avait très bien instruit de l’histoire ancienne, reprenant celle d’Alexandre, tomba sur le trait connu du médecin Philippe, qu’on a mis en tableau, et qui sûrement en valait bien la peine[337]. Le gouverneur, homme de mérite, fit sur l’intrépidité d’Alexandre plusieurs réflexions qui ne me plurent point, mais que j’évitai de combattre, pour ne pas le décréditer dans l’esprit de son élève. À table, on ne manqua pas, selon la méthode française, de faire beaucoup babiller le petit bonhomme. La vivacité naturelle à son âge, et l’attente d’un applaudissement sûr, lui firent débiter mille sottises, tout à travers lesquelles partaient de temps en temps quelques mots heureux qui faisaient oublier le reste. Enfin vint l’histoire du médecin Philippe : il la raconta fort nettement et avec beaucoup de grâce. Après l’ordinaire tribut d’éloges qu’exigeait la mère et qu’attendait le fils, on raisonna sur ce qu’il avait dit. Le plus grand nombre blâma la témérité d’Alexandre ; quelques-uns, à l’exemple du gouverneur, admiraient sa fermeté, son courage : ce qui me fit comprendre qu’aucun de ceux qui étaient présents ne voyait en quoi consistait la véritable beauté de ce trait. Pour moi, leur dis-je, il me paraît que s’il y a le moindre courage, la moindre fermeté dans l’action d’Alexandre, elle n’est qu’une extravagance. Alors tout le monde se réunit, et convint que c’était une extravagance. J’allais répondre et m’échauffer, quand une femme qui était à côté de moi, et qui n’avait pas ouvert la bouche, se pencha vers mon oreille, et me dit tout bas : Tais-toi, Jean-Jacques, ils ne t’entendront pas. Je la regardai, je fus frappé, et je me tus.
Après le dîner, soupçonnant sur plusieurs indices que mon jeune docteur n’avait rien compris du tout à l’histoire qu’il avait si bien racontée, je le pris par la main, je fis avec lui un tour de parc, et l’ayant questionné tout à mon aise, je trouvai qu’il admirait plus que personne le courage si vanté d’Alexandre : mais savez-vous où il voyait ce courage ? uniquement dans celui d’avaler d’un seul trait un breuvage de mauvais goût, sans hésiter, sans marquer la moindre répugnance. Le pauvre enfant, à qui l’on avait fait prendre médecine il n’y avait pas quinze jours, et qui ne l’avait prise qu’avec une peine infinie, en avait encore le déboire à la bouche. La mort, l’empoisonnement, ne passaient dans son esprit que pour des sensations désagréables, et il ne concevait pas, pour lui, d’autre poison que du séné. Cependant il faut avouer que la fermeté du héros avait fait une grande impression sur son jeune coeur, et qu’à la première médecine qu’il faudrait avaler il avait bien résolu d’être un Alexandre. Sans entrer dans des éclaircissements qui passaient évidemment sa portée, je le confirmai dans ces dispositions louables, et je m’en retournai riant en moi-même de la haute sagesse des pères et des maîtres, qui pensent apprendre l’histoire aux enfants.
Il est aisé de mettre dans leurs bouches les mots de rois, d’empires, de guerres, de conquêtes, de révolutions, de lois ; mais quand il sera question d’attacher à ces mots des idées nettes, il y aura loin de l’entretien du jardinier Robert à toutes ces explications.
Quelques lecteurs, mécontents du tais-toi, Jean-Jacques, demanderont, je le prévois, ce que je trouve enfin de si beau dans l’action d’Alexandre. Infortunés ! s’il faut vous le dire, comment le comprendrez-vous ? C’est qu’Alexandre croyait à la vertu ; c’est qu’il y croyait sur sa tête, sur sa propre vie ; c’est que sa grande âme était faite pour y croire. O que cette médecine avalée était une belle profession de foi ! Non, jamais mortel n’en fit une si sublime. S’il est quelque moderne Alexandre, qu’on me le montre à de pareils traits[338].
S’il n’y a point de science de mots, il n’y a point d’étude propre aux enfants. S’ils n’ont pas de vraies idées, ils n’ont point de véritable mémoire ; car je n’appelle pas ainsi celle qui ne retient que des sensations. Que sert d’inscrire dans leur tête un catalogue de signes qui ne représentent rien pour eux ? En apprenant les choses, n’apprendront-ils pas les signes ? Pourquoi leur donner la peine inutile de les apprendre deux fois ? Et cependant quels dangereux préjugés ne commence-t-on pas à leur inspirer, en leur faisant prendre pour de la science des mots qui n’ont aucun sens pour eux ! C’est du premier mot dont l’enfant se paye, c’est de la première chose qu’il apprend sur la parole d’autrui, sans en voir l’utilité lui-même, que son jugement est perdu : il aura longtemps à briller aux yeux des sots avant qu’il répare une telle perte[339].
Non, si la nature donne au cerveau d’un enfant cette souplesse qui le rend propre à recevoir toutes sortes d’impressions, ce n’est pas pour qu’on y grave des noms de rois, des dates, des termes de blason, de sphère, de géographie, et tous ces mots sans aucun sens pour son âge et sans aucune utilité pour quelque âge que ce soit ; dont on accable sa triste et stérile enfance ; mais c’est pour que toutes les idées qu’il peut concevoir et qui lui sont utiles, toutes celles qui se rapportent à son bonheur et doivent l’éclairer un jour sur ses devoirs, s’y tracent de bonne heure en caractères ineffaçables, et lui servent à se conduire pendant sa vie d’une manière convenable à son être et à ses facultés.
Sans étudier dans les livres, l’espèce de mémoire que peut avoir un enfant ne reste pas pour cela oisive ; tout ce qu’il voit, tout ce qu’il entend le frappe, et il s’en souvient ; il tient registre en lui-même des actions, des discours des hommes ; et tout ce qui l’environne est le livre dans lequel, sans y songer, il enrichit continuellement sa mémoire en attendant que son jugement puisse en profiter. C’est dans le choix de ces objets, c’est dans le soin de lui présenter sans cesse ceux qu’il peut connaître et de lui cacher ceux qu’il doit ignorer, que consiste le véritable art de cultiver en lui cette première faculté ; et c’est par là qu’il faut tâcher de lui former un magasin de connaissances qui servent à son éducation durant sa jeunesse, et à sa conduite dans tous les temps. Cette méthode, il est vrai, ne forme point de petits prodiges et ne fait pas briller les gouvernantes et les précepteurs ; mais elle forme des hommes judicieux, robustes, sains de corps et d’entendement, qui, sans s’être fait admirer étant jeunes, se font honorer étant grands.
Émile n’apprendra jamais rien par coeur, pas même des fables, pas même celles de la Fontaine, toutes naïves, toutes charmantes qu’elles sont ; car les mots des fables ne sont pas plus les fables que les mots de l’histoire ne sont l’histoire. Comment peut-on s’aveugler assez pour appeler les fables la morale des enfants, sans songer que l’apologue, en les amusant, les abuse ; que, séduits par le mensonge, ils laissent échapper la vérité, et que ce qu’on fait pour leur rendre l’instruction agréable les empêche d’en profiter ? Les fables peuvent instruire les hommes ; mais il faut dire la vérité nue aux enfants : sitôt qu’on la couvre d’un voile, ils ne se donnent plus la peine de le lever.
On fait apprendre les fables de la Fontaine à tous les enfants, et il n’y en a pas un seul qui les entende. Quand ils les entendraient, ce serait encore pis ; car la morale en est tellement mêlée et si disproportionnée à leur âge, qu’elle les porterait plus au vice qu’à la vertu. Ce sont encore là, direz-vous, des paradoxes. Soit ; mais voyons si ce sont des vérités.
Readers, always remember that the one who speaks to you is neither a scientist nor a philosopher, but a simple man, a friend of truth, without any party affiliation or fixed system of thought; a loner who, living little among men, has fewer opportunities to be influenced by their prejudices and more time to reflect on what strikes him when interacting with them. My arguments are based less on principles than on facts; and I believe the best way to help you judge for yourselves is to frequently share with you some examples of the observations that lead me to these conclusions.
I had spent a few days in the countryside at the home of a kind and devoted mother who took great care of her children and their education. One morning, while I was attending the elder child’s lessons, his tutor, who had taught him extensively about ancient history, began recounting the story of Alexander. He came across the well-known account of the physician Philip, which has been depicted in many paintings—and which surely deserved to be remembered[337]. The tutor, a man of merit, made several remarks about Alexander’s bravery that did not please me, but I refrained from opposing him, lest I damage his reputation in the child’s eyes. At dinner, following French custom, everyone encouraged the little boy to talk freely. His natural liveliness, combined with the expectation of receiving praise, led him to spout countless foolish things—but occasionally, some clever remarks would emerge that made us forget the rest. Finally, they came to the story of the physician Philip; he told it clearly and with great grace. After the usual round of compliments from the mother and the eager approval from the son, people began discussing what he had said. The majority condemned Alexander’s recklessness; a few, following the tutor’s example, admired his determination and courage—which made me realize that none of those present understood the true beauty of this story. “For me,” I said, “if there is any courage or determination in Alexander’s actions at all, then it is nothing but extravagance.” Everyone agreed that it was indeed extravagance. Just as I was about to respond and argue further, a woman sitting next to me, who had remained silent throughout, leaned over and whispered in my ear: “Shut up, Jean-Jacques—they won’t hear you.” I looked at her, was struck by what she said, and fell silent.
After dinner, suspecting from several clues that my young doctor had not understood at all the story he had so vividly told, I took him by the hand, walked around the park with him, and after questioning him at length, I found that he admired more than anyone the much-vaunted courage of Alexander—but do you know where he saw this courage? Only in the ability to down a tasteless beverage in one gulp, without hesitation or any sign of disgust. The poor child—whom someone had forced to take medicine just fifteen days ago, and who had done so with great reluctance—still tasted the aftereffects of it in his mouth. Death and poisoning were nothing but unpleasant sensations in his mind; for him, the only poison imaginable was senna. Nevertheless, it must be admitted that the hero’s fortitude had made a deep impression on his young heart, and he was determined to be an Alexander whenever he had to take medicine again. Without delving into explanations that clearly exceeded his comprehension, I reinforced these laudable aspirations in him and then left, laughing inwardly at the so-called wisdom of parents and teachers who think they are teaching children history.
It is easy to put words such as “kings,” “empires,” “wars,” “conquests,” “revolutions,” and “laws” into their mouths; but when it comes to associating these words with clear, definite ideas, there is a world of difference between the simple tasks of a gardener like Robert and all these complex explanations.
Some readers, dissatisfied with my demand for silence, Jean-Jacques, will surely ask what it is, in the end, that I find so beautiful about Alexander’s actions. Unfortunate ones! If I must tell you, how shall you ever understand? It is because Alexander believed in virtue; he believed in it with all his heart, with his very life; his great soul was destined to believe in it. Oh, what a beautiful expression of faith that was! No mortal has ever carried it out in such a sublime manner. If there is any modern Alexander out there, let me see him with such qualities[338].
If there is no science of words, then there is no true study suitable for children. If they do not possess genuine ideas, they lack a true memory; for I do not refer to that kind of memory which merely retains sensations. What use is it to fill their heads with a catalog of symbols that mean nothing to them? In learning things, will they not also learn these symbols? Why go to the unnecessary trouble of teaching them twice? And yet, what dangerous prejudices are not instilled in them when we present them with words that have no meaning at all! It is from the very first word that a child begins to form opinions; it is from the first thing he learns through the words of others, without understanding its actual use himself, that his judgment becomes distorted. It will take him a long time to recover from such a loss before he can once again think for himself[339].
No; if nature endows a child’s brain with such flexibility that it is capable of receiving all sorts of impressions, it is not in order that we should inscribe upon it names of kings, dates, terms from heraldry, astronomy, geography, and all those words that are meaningless for a child’s age and of no use whatsoever at any stage of life; nor is it to burden that poor, sterile childhood with such burdens. Instead, it is so that all the ideas that a child can conceive and that are useful to him—those ideas related to his happiness and that will one day help him understand his duties—can be firmly established in his mind from an early age, serving as a guide for him throughout his life, in a manner that is appropriate to his nature and abilities.
Without studying in books, the kind of memory that a child possesses does not remain inactive; everything he sees and hears leaves an impression on him, and he remembers it. He keeps a record within himself of the actions and words of people around him; and everything in his environment serves as a book through which, without even realizing it, he continuously enriches his memory, in anticipation of the day when his judgment will benefit from it. The true art of cultivating this initial faculty lies in the careful selection of the objects presented to him—ensuring that only what he should know is made accessible to him, while what he must ignore is kept hidden from him. It is through this approach that we can endeavor to shape in him a storehouse of knowledge that will serve his education during his youth and guide his behavior throughout his life. Indeed, this method may not produce little prodigies or enable governesses and tutors to shine; but it certainly fosters individuals who are judicious, robust, and well-balanced in both body and mind—individuals who, without attracting admiration in their youth, earn respect in their maturity.
Émile will never learn anything by heart, not even fables—not even those of La Fontaine, no matter how naive and charming they are; for the words in a fable are not the fable itself, just as the words in a story are not the story itself. How can one be so blind as to call fables “morality for children,” without realizing that tales, while entertaining them, actually mislead them? That, seduced by lies, they end up letting truth escape, and that everything done to make learning enjoyable for them actually prevents them from benefiting from it? Fables may instruct adults; but children must be told the truth in its bare form—once it is veiled, they no longer bother to uncover it.
All children are taught the fables of La Fontaine, yet not a single one of them understands them. If they did understand them, it would be even worse; for the moral lessons contained within them are so poorly integrated and so utterly disproportionate to their age that they would lead children more towards vice than towards virtue. You might say that these are paradoxes again. Well, let’s see if they are also truths.
Lettori, ricordate sempre che colui che vi parla non è né uno scienziato né un filosofo, ma un uomo semplice, amico della verità, senza partigianeria, senza sistemi preconcetti; un solitario che, vivendo poco tra gli uomini, ha meno occasioni di essere influenzato dai loro pregiudizi e più tempo per riflettere su ciò che lo colpisce quando interagisce con loro. I miei ragionamenti si basano meno sui principi che sui fatti; e credo di potervi aiutare a giudicarli al meglio raccontandovi spesso esempi delle osservazioni che me li suggeriscono.
Ero andato a trascorrere alcuni giorni in campagna da una brava madre di famiglia che si prendeva grande cura dei suoi figli e della loro educazione. Un mattino, mentre assistevo alle lezioni del figlio maggiore, il suo precettore, che lo aveva istruito molto bene nella storia antica, arrivò al racconto di Alessandro Magno e menzionò quel famoso episodio riguardante il medico Filippo, raffigurato in molti dipinti e certamente degno di essere ricordato[337]. Il precettore, uomo di valore, fece alcune riflessioni sull’audacia di Alessandro che non mi piacquero affatto, ma evitai di contraddirlo per non screditarlo agli occhi del suo allievo. A tavola, come è consuetudine in Francia, si fece parlare molto il bambino: la vivacità tipica della sua età e l’aspettativa di ricevere sicuramente degli applausi lo spinsero a dire mille sciocchezze, tra cui, di tanto in tanto, qualche frase intelligente che faceva dimenticare il resto. Alla fine arrivò al racconto del medico Filippo: lo narrò con grande chiarezza e grazia. Dopo i soliti elogi rivolti dalla madre e attesi dal figlio, si iniziò a discutere di ciò che aveva detto. La maggior parte delle persone condannò l’audacia di Alessandro; alcuni, seguendo l’esempio del precettore, ammirarono la sua fermezza e il suo coraggio: questo mi fece capire che nessuno dei presenti comprendeva davvero quale fosse la vera bellezza di quell’episodio. “Per me”, dissi loro, “se in azioni come quelle di Alessandro c’è anche solo un briciolo di coraggio o fermezza, allora si tratta soltanto di un’extravaganza”. Allora tutti concordarono nel dire che si trattava davvero di un’extravaganza. Stavo per rispondere e arrabbiarmi, quando una donna che era seduta accanto a me, e che non aveva detto una parola fino ad allora, si chinò verso il mio orecchio e mi sussurrò: “Taci, Jean-Jacques. Non ti sentiranno”. La guardai, rimasi colpito e tacqui.
Dopo cena, sospettando, grazie a diversi indizi, che il mio giovane dottore non avesse affatto capito la storia che aveva raccontato con tanta bravura, presi lui per mano, facemmo un giro nel parco e, interrogandolo con calma, scoprii che ammirava più di chiunque altro il coraggio tanto lodato da Alessandro. Ma sapete dove vedeva questo coraggio? Solo nel fatto di riuscire a ingoiare d’un fiato una bevanda dal sapore disgustoso, senza esitazione e senza mostrare la minima ripugnanza. Povero bambino: gli era stata somministrata quella medicina soltanto quindici giorni prima, e l’aveva presa con estrema difficoltà. Ne sentiva ancora il sapore amaro in bocca. Per lui, la morte, l’avvelenamento non erano altro che sensazioni spiacevoli; non concepiva alcun altro “veleno” se non quello del senna. Tuttavia devo ammettere che la fermezza di quel “eroe” aveva lasciato una profonda impressione nel suo giovane cuore. E che, per la prima volta che avrebbe dovuto ingoiare quella medicina, era davvero deciso a dimostrarsi un vero Alessandro. Senza addentrarmi in spiegazioni che ovviamente andavano al di là della sua comprensione, confermai in lui queste lodevoli intenzioni. E me ne andai ridendo tra me stesso della grande “saggezza” dei padri e degli insegnanti, che pensano di poter insegnare la storia ai bambini.
È facile far pronunciare da queste persone parole legate a re, imperi, guerre, conquiste, rivoluzioni, leggi; ma quando si tratta di associare a queste parole idee chiare e precise, ci sarà un abisso tra le semplici conversazioni del giardiniere Robert e tutte queste spiegazioni complesse.
Alcuni lettori, insoddisfatti di questo “taci”, Jean-Jacques, chiederanno, lo prevedo, cosa trovi davvero di così bello nell’azione di Alessandro. Sfortunati! Se proprio devo dirvelo, come potrete comprenderlo? Il fatto è che Alessandro credeva nella virtù; ci credeva con tutto il cuore, con la propria vita stessa; la sua grande anima era fatta per credervi. Oh, quale bell’espressione di fede quella! No, nessun mortale ha mai espresso una fede così sublime. Se esiste qualche moderno Alessandro, fatemelo conoscere, con tratti simili a quelli di lui[338].
Se non esiste una vera scienza dei termini, allora non esiste alcuno studio adatto ai bambini. Se non possiedono vere idee, non hanno nemmeno una vera memoria; infatti, non chiamo memoria quella che ricorda soltanto sensazioni. A che serve inserire nella loro mente un catalogo di segni che per loro non significano nulla? Imparando le cose, non impareranno anche i segni utilizzati per rappresentarle? Perché dargli la fatica inutile di impararli due volte? Eppure, quali pericolosi pregiudizi non si iniziano a instillare in loro, facendoli considerare scienza ciò che per loro non ha alcun senso! È proprio dal primo termine che l’infante viene ingannato; è dalla prima cosa che impara attraverso le parole altrui, senza comprenderne l’utilità, che il suo giudizio viene corrotto: dovrà impiegare molto tempo per recuperare questa perdita[339].
No: se la natura conferisce al cervello di un bambino quella flessibilità che lo rende adatto a ricevere ogni sorta di impressioni, non è certo per permettere che vi vengano incisi nomi di re, date, termini relativi agli stemmi, alle sfere astronomiche, alla geografia, e tutte queste parole prive di qualsiasi significato per la sua età e senza alcuna utilità, né per quella età né per qualsiasi altra; non è certo per sovraccaricare la sua triste e sterile infanzia con tali elementi inutili. Piuttosto, è perché tutte le idee che può concepire e che gli sono utili, tutte quelle che riguardano il suo benessere e che un giorno potranno aiutarlo a comprendere i suoi doveri, vengano tracciate fin da piccolo in caratteri indelebili, affinché possano guidarlo nella vita in modo conforme alla sua natura e alle sue capacità.
Senza studiare nei libri, il tipo di memoria che un bambino possiede non rimane comunque inattivo; tutto ciò che vede, tutto ciò che ascolta lo colpisce e lui se ne ricorda; conserva dentro di sé le azioni e i discorsi delle persone; e tutto ciò che lo circonda rappresenta il libro con cui, senza nemmeno pensarci, arricchisce continuamente la propria memoria, in attesa che il proprio giudizio possa trarne beneficio. È nella scelta di questi oggetti, è nel prendersi cura di presentargli costantemente ciò che può conoscere e di nascondergli ciò che deve ignorare, che consiste l’arte vera per coltivare in lui questa prima facoltà; ed è attraverso questo metodo che si deve cercare di formargli un deposito di conoscenze utili alla sua educazione durante la giovinezza e al suo comportamento in ogni momento della vita. È vero, questo metodo non produce piccoli miracoli né fa brillare governanti o insegnanti; ma forma uomini saggi, robusti, sani sia nel corpo che nello spirito, che, senza aver attirato ammirazione da giovani, diventano rispettati da adulti.
Émile non imparerà mai nulla a memoria, nemmeno le favole, nemmeno quelle di La Fontaine, per quanto ingenui e incantevoli siano; perché le parole delle favole non sono le favole stesse, così come le parole della storia non sono la storia stessa. Come si può essere così ciechi da definire le favole “la morale per i bambini”, senza rendersi conto che l’apologo, pur divertendoli, in realtà li inganna; che, sedotti dal falso, essi lasciano sfuggire la verità, e che ciò che si fa per rendere l’insegnamento più piacevole li impedisce di trarne beneficio? Le favole possono istruire gli uomini; ma bisogna dire la verità nuda ai bambini: non appena viene velata, essi non si prendono nemmeno la briga di sollevarla.
Si insegna a tutti i bambini le favole di La Fontaine, e non c’è nemmeno uno che le ascolti davvero. Se le ascoltassero, sarebbe ancora peggio; perché la morale contenuta in esse è talmente mescolata e sproporzionata alla loro età da spingerli più verso il vizio che verso la virtù. Si tratta ancora, direte voi, di paradossi. Ebbene, vediamo se si tratta davvero di verità.
Je dis qu’un enfant n’entend point les fables qu’on lui fait apprendre, parce que quelque effort qu’on fasse pour les rendre simples, l’instruction qu’on en veut tirer force d’y faire entrer des idées qu’il ne peut saisir, et que le tour même de la poésie, en les lui rendant plus faciles à retenir, les lui rend plus difficiles à concevoir, en sorte qu’on achète l’agrément aux dépens de la clarté. Sans citer cette multitude de fables qui n’ont rien d’intelligible ni d’utile pour les enfants, et qu’on leur fait indiscrètement apprendre avec les autres, parce qu’elles s’y trouvent mêlées, bornons-nous à celles que l’auteur semble avoir faites spécialement pour eux.
Je ne connais dans tout le recueil de la Fontaine que cinq ou six fables où brille éminemment la naïveté puérile ; de ces cinq ou six je prends pour exemple la première de toutes[340], parce que c’est celle dont la morale est le plus de tout âge, celle que les enfants saisissent le mieux, celle qu’ils apprennent avec le plus de plaisir, enfin celle que pour cela même l’auteur a mise par préférence à la tête de son livre. En lui supposant réellement l’objet d’être entendue des enfants, de leur plaire et de les instruire, cette fable est assurément son chef-d’oeuvre : qu’on me permette donc de la suivre et de l’examiner en peu de mots.
LE CORBEAU ET LE RENARD,
Fable
Maître corbeau, sur un arbre perché,
Maître ! que signifie ce mot en lui-même ? que signifie-t-il au-devant d’un nom propre ? quel sens a-t-il dans cette occasion ?
Qu’est-ce qu’un corbeau ?
Qu’est-ce qu’un arbre perché ? L’on ne dit pas sur un arbre perché, l’on dit perché sur un arbre. Par conséquent, il faut parler des inversions de la poésie ; il faut dire ce que c’est que prose et que vers.
Tenait dans son bec un fromage.
Quel fromage ? était-ce un fromage de Suisse, de Brie, ou de Hollande ? Si l’enfant n’a point vu de corbeaux, que gagnez-vous à lui en parler ? s’il en a vu, comment concevra-t-il qu’ils tiennent un fromage à leur bec ? Faisons toujours des images d’après nature.
Maître renard, par l’odeur alléché,
Encore un maître ! mais pour celui-ci c’est à bon titre : il est maître passé dans les tours de son métier. Il faut dire ce que c’est qu’un renard, et distinguer son vrai naturel du caractère de convention qu’il a dans les fables.
Alléché. Ce mot n’est pas usité. Il le faut expliquer ; il faut dire qu’on ne s’en sert plus qu’en vers. L’enfant demandera pourquoi l’on parle autrement en vers qu’en prose. Que lui répondrez-vous ?
Alléché par l’odeur d’un fromage ! Ce fromage, tenu par un corbeau perché sur un arbre, devait avoir beaucoup d’odeur pour être senti par le renard dans un taillis ou dans son terrier ! Est-ce ainsi que vous exercez votre élève à cet esprit de critique judicieuse qui ne s’en laisse imposer qu’à bonnes enseignes, et sait discerner la vérité du mensonge dans les narrations d’autrui ?
Lui tint à peu près ce langage :
Ce langage ! Les renards parlent donc ? ils parlent donc la même langue que les corbeaux ? Sage précepteur, prends garde à toi ; pèse bien ta réponse avant de la faire ; elle importe plus que tu n’as pensé.
Eh ! bonjour, monsieur le corbeau !
Monsieur ! titre que l’enfant voit tourner en dérision, même avant qu’il sache que c’est un titre d’honneur. Ceux qui disent monsieur du Corbeau auront bien d’autres affaires avant que d’avoir expliqué ce du.
Que vous êtes joli ! que vous me semblez beau !
Cheville, redondance inutile. L’enfant, voyant répéter la même chose en d’autres termes, apprend à parler lâchement. Si vous dites que cette redondance est un art de l’auteur, qu’elle entre dans le dessein du renard qui veut paraître multiplier les éloges avec des paroles, cette excuse sera bonne pour moi, mais non pas pour mon élève.
Sans mentir, si votre ramage
Sans mentir ! on ment donc quelquefois ? Où en sera l’enfant si vous lui apprenez que le renard ne dit sans mentir que parce qu’il ment ?
Répondait à votre plumage,
Répondait ! que signifie ce mot ? Apprenez à l’enfant à comparer des qualités aussi différentes que la voix et le plumage ; vous verrez comme il vous entendra.
Vous seriez le phénix des hôtes de ces bois.
Le phénix ! Qu’est-ce qu’un phénix ? Nous voici tout à coup jetés dans la menteuse antiquité, presque dans la mythologie.
Les hôtes de ces bois ! Quel discours figuré ! Le flatteur ennoblit son langage et lui donne plus de dignité pour le rendre plus séduisant. Un enfant entendra-t-il cette finesse ? sait-il seulement, peut-il savoir ce que c’est qu’un style noble et un style bas ?
À ces mots, le corbeau ne se sent pas de joie,
Il faut avoir éprouvé déjà des passions bien vives pour sentir cette expression proverbiale.
Et, pour montrer sa belle voix,
N’oubliez pas que, pour entendre ce vers et toute la fable, l’enfant doit savoir ce que c’est que la belle voix du corbeau.
Il ouvre un large bec, laisse tomber sa proie.
Ce vers est admirable, l’harmonie seule en fait image. Je vois un grand vilain bec ouvert ; j’entends tomber le fromage à travers les branches : mais ces sortes de beautés sont perdues pour les enfants.
Le renard s’en saisit, et dit : Mon bon monsieur,
Voilà donc la bonté transformée en bêtise. Assurément on ne perd pas de temps pour instruire les enfants.
Apprenez que tout flatteur
Maxime générale ; nous n’y sommes plus.
Vit aux dépens de celui qui l’écoute.
Jamais enfant de dix ans n’entendit ce vers-là.
Cette leçon vaut bien un fromage, sans doute.
Ceci s’entend, et la pensée est très bonne. Cependant il y aura encore bien peu d’enfants qui sachent comparer une leçon à un fromage, et qui ne préférassent le fromage à la leçon. Il faut donc leur faire entendre que ce propos n’est qu’une raillerie. Que de finesse pour des enfants !
Le corbeau, honteux et confus,
Autre pléonasme ; mais celui-ci est inexcusable.
Jura, mais un peu tard, qu’on ne l’y prendrait plus.
Jura ! Quel est le sot de maître qui ose expliquer à l’enfant ce que c’est qu’un serment ?
Voilà bien des détails, bien moins cependant qu’il n’en faudrait pour analyser toutes les idées de cette fable, et les réduire aux idées simples et élémentaires dont chacune d’elles est composée. Mais qui est-ce croit avoir besoin de cette analyse pour se faire entendre à la jeunesse ? Nul de nous n’est assez philosophe pour savoir se mettre à la place d’un enfant. Passons maintenant à la morale.
Je demande si c’est à des enfants de dix ans qu’il faut apprendre qu’il y a des hommes qui flattent et mentent pour leur profit ? On pourrait tout au plus leur apprendre qu’il y a des railleurs qui persiflent les petits garçons, et se moquent en secret de leur sotte vanité ; mais le fromage gâte tout ; on leur apprend moins à ne pas le laisser tomber de leur bec qu’à le faire tomber du bec d’un autre. C’est ici mon second paradoxe, et ce n’est pas le moins important.
Suivez les enfants apprenant leurs fables, et vous verrez que, quand ils sont en état d’en faire l’application, ils en font presque toujours une contraire à l’intention de l’auteur, et qu’au lieu de s’observer sur le défaut dont on les veut guérir ou préserver, ils penchent à aimer le vice avec lequel on tire parti des défauts des autres. Dans la fable précédente, les enfants se moquent du corbeau, mais ils s’affectionnent tous au renard ; dans la fable qui suit, vous croyez leur donner la cigale pour exemple ; et point du tout, c’est la fourmi qu’ils choisiront. On n’aime point à s’humilier : ils prendront toujours le beau rôle ; c’est le choix de l’amour-propre, c’est un choix très naturel. Or, quelle horrible leçon pour l’enfance ! Le plus odieux de tous les montres serait un enfant avare et dur, qui saurait ce qu’on lui demande et ce qu’il refuse. La fourmi fait plus encore, elle lui apprend à railler dans ses refus.
Dans toutes les fables où le lion est un des personnages, comme c’est d’ordinaire le plus brillant, l’enfant ne manque point de se faire lion ; et quand il préside à quelque partage, bien instruit par son modèle, il a grand soin de s’emparer de tout. Mais, quand le moucheron terrasse le lion, c’est une autre affaire ; alors l’enfant n’est plus lion, il est moucheron. Il apprend à tuer un jour à coups d’aiguillon ceux qu’il n’oserait attaquer de pied ferme.
I say that a child does not truly understand the fables that are taught to him, because no matter how much effort is made to simplify them, the instruction intended from them necessarily involves introducing ideas that the child cannot grasp. Moreover, the very form of poetry, while making it easier for the child to remember these stories, also makes it more difficult for him to comprehend their meaning. In other words, we gain pleasure at the expense of clarity. Without mentioning all those countless fables that are neither intelligible nor useful to children, and which are indiscriminately taught along with other material simply because they are included in the same texts, let us limit our discussion to those stories that the author seems to have specifically written for them.
In the entire collection of La Fontaine’s fables, I know only five or six in which that naive, childlike innocence shines so brightly. Of these, I take the very first one as an example—because its moral is suitable for all ages, because children understand it best, because they learn it with the greatest pleasure, and finally, because precisely for this reason the author placed it at the beginning of his book. Assuming that this fable was indeed intended to be listened to by children, to please them, and to instruct them, it is undoubtedly his masterpiece. Let me therefore follow it and examine it in a few words.
THE ROEBUCK AND THE FOX,
Fable
Master Crow, perched on a tree.
Master! What does this word mean in itself? What does it mean when placed before a proper name? What is its meaning in this particular context?
What is a crow?
What is a “perché on an tree” expression? One does not say “on a tree perched,” but rather “perched on a tree.” Therefore, it is necessary to discuss the inversions used in poetry; one must clarify what prose and verse actually are.
It was holding a piece of cheese in its beak.
What kind of cheese was it? Was it Swiss cheese, Brie, or Dutch cheese? If the child has never seen crows, what’s the point of talking about them to him? And if he has seen them, how will he understand that they are holding a piece of cheese in their beaks? Let’s always create images based on reality.
Master Fox, attracted by the scent.
Another master! But in this case, the title is well-deserved: he is a master who has reached the pinnacle of his craft. It is necessary to understand what a fox truly is, and to distinguish its true nature from the conventional image it presents in fables.
“Alléché.” This word is not commonly used nowadays; it needs to be explained. One must say that it is now employed only in poetry. A child might ask why words are used differently in poetry than in prose. What would you answer them?
Attracted by the scent of a cheese! That cheese, held by a crow perched on a tree, must have had a very strong odor to be detected by the fox in the thicket or in its burrow. Is this how you train your student to develop that keen critical spirit that will only accept genuine teachings and is able to distinguish truth from falsehood in others’ narratives?
He used language that was more or less along these lines:
What a language! So foxes can talk? Do they speak the same language as crows? Wise instructor, be careful with what you say; think carefully before answering—this answer is more important than you might realize.
Ah! Good day, Mr. Crow!
“Monsieur!”—a title that the child sees being used in mockery, even before he realizes that it is an honorific title. Those who call the Raven “monsieur” will have far more important matters to attend to before they manage to explain what that “du” at the end means.
How beautiful you are! How handsome you seem to me!
The repetition in “cheville” is utterly unnecessary. When a child sees the same thing being expressed in different words, they learn to speak in a perfunctory manner. If you claim that such redundancy is an artistic technique on the part of the author, if it serves the purpose of the “fox” who wants to appear to be showering the subject with praise through repeated words, then this excuse may hold true for me—but not for my student.
To be honest, if your damage.
To tell the truth! So, do we lie sometimes? What will happen to a child if you teach them that a fox says “without lying” only because it is lying?
It matched your feathers.
“Answer!”—what does this word mean? Teach the child to compare such distinctly different qualities as voice and feathers; you will see how well he will understand you.
You would be the phoenix among the inhabitants of these woods.
The phoenix! What is a phoenix? Suddenly, we find ourselves transported into the deceptive ancient past, almost into mythology itself.
The inhabitants of these woods! What a figurative speech! The flatterer embellishes his language and endows it with greater dignity, making it all the more persuasive. Will a child understand such subtlety? Does he even know, or can he possibly understand, what it means to have noble or vulgar style in language?
Upon hearing these words, the crow did not feel any joy.
One must have already experienced intense passions in order to understand the meaning of this proverbial expression.
And, in order to showcase her beautiful voice,
Do not forget that, in order to understand this verse and the entire fable, the child must know what the beautiful voice of the crow is.
It opens its wide beak and drops its prey.
This verse is truly admirable; its harmony alone constitutes its essence. I see a large, wicked beak open; I hear the cheese falling through the branches—but such beauties are lost to children.
The fox seized it and said, “My kind sir, ”
Thus, goodness is transformed into foolishness. Clearly, no effort is made to educate children.
Learn that every flatterer.
A general rule: we are no longer there.
It lives at the expense of those who listen to it.
No child of ten years old had ever heard such a verse before.
This lesson is certainly worth a piece of cheese.
This makes sense, and the idea is very good. However, there will still be very few children who are able to compare a lesson to cheese and who would prefer cheese to a lesson. Therefore, it is necessary to make them understand that this statement is merely a joke. What delicacy of understanding for such young children!
The crow, filled with shame and confusion,
Another pleonasm—yet this one is utterly inexcusable.
I swear, but a bit too late, that they wouldn’t be able to catch us now.
By Jura! What kind of foolish master would dare to explain to a child what a oath is?
These are indeed numerous details, yet far from sufficient to analyze all the ideas contained in this fable and reduce them to those simple, fundamental concepts from which each of them is composed. But who, really, believes that such analysis is necessary in order to communicate effectively with young people? None of us is sufficiently philosophical to be able to put ourselves in a child’s place. Let us now turn to the moral of this story.
I wonder whether it is really appropriate for ten-year-old children to be taught that there are men who flatter and lie for their own gain. At most, one could tell them that there are people who mock little boys and secretly laugh at their foolish vanity; but cheese ruins everything. What is taught to them is not so much how not to let it fall from their own mouths, as how to make it fall from someone else’s mouth. This is my second paradox, and it is by no means the least important one.
Observe children as they learn fables, and you will see that when they attempt to apply their lessons, they almost always do the very opposite of what the author intended. Instead of reflecting on the flaws that the story aims to correct or prevent, they tend to admire the very vices that exploit others’ weaknesses. In the previous fable, children laugh at the crow, but they all take a liking to the fox; in the next fable, you might think you are giving them the example of the cicada as a role model—yet no, they will choose the ant instead. People do not enjoy humiliating themselves; they always prefer to play the positive role. This is an instinctive choice driven by self-love, a very natural inclination. Yet what a terrible lesson this is for children! The most detestable character of all would be a greedy and cruel child who understood perfectly what was expected of him and what he refused to do. The ant does even more than that—it teaches such a child how to mock others through its own refusals.
In all fables where the lion is one of the characters—and since it is usually the most prominent one—the child never fails to play the role of the lion; and when he presides over some sort of distribution, well-informed by his model, he makes sure to take for himself everything possible. But when a fly manages to defeat a lion, that’s another story altogether; then the child is no longer a lion—he becomes a fly. He learns that one day he can kill those whom he would never dare attack head-on.
Dico che un bambino non comprende affatto le favole che gli vengono insegnate, perché per quanto si cerchi di renderle semplici, l’insegnamento stesso richiede l’introduzione di concetti che il bambino non è in grado di afferrare. Inoltre, lo stile poetico, sebbene renda tali concetti più facili da ricordare, li rende anche più difficili da comprendere; quindi si ottiene piacere a scapito della chiarezza. Senza citare tutte quelle favole che non hanno alcun significato né utilità per i bambini e che vengono loro insegnate in modo indiscriminato insieme ad altre storie, limitiamoci a quelle che l’autore sembra aver scritto appositamente per loro.
Nell’intero corpus delle favole di La Fontaine, conosco soltanto cinque o sei racconti in cui brilla in modo eccezionale quella naività infantile tipica dell’età prescolare; tra questi, ne prendo come esempio la prima in assoluto[340], perché è proprio quella la cui morale è adatta a tutti gli anni, quella che i bambini comprendono meglio, quella che imparano con maggiore piacere. E proprio per questo motivo l’autore l’ha messa per prima nel suo libro. Se si ammette che il vero scopo di queste favole sia quello di essere ascoltate dai bambini, di divertirli e di istruirli, allora questa favola è senza dubbio il suo capolavoro: permettetemi quindi di analizzarla brevemente.
Il Corvo e la Volpe.
Favola
Maestro Corvo, perché sei su un albero?
Maestro! Che significato ha questa parola in sé? Che significato ha davanti a un nome proprio? Qual è il suo senso in questa circostanza?
Che cos’è un corvo?
Che cos’è un albero? Non si dice “sul motivo di un albero”, ma “perché su un albero”. Pertanto, è necessario parlare delle inversioni presenti nella poesia; bisogna spiegare cosa siano la prosa e il verso.
Teneva in becco un formaggio.
Che tipo di formaggio? Era un formaggio svizzero, del Brie o dell’Olanda? Se il bambino non ha visto corvi, a che serve parlargliene? Se invece ne ha visti, come potrà immaginare che tengano un formaggio nel becco? Dobbiamo sempre creare immagini basate sulla realtà.
Maestro volpe, attirato dall’odore.
Un altro maestro! Ma in questo caso lo è davvero: un maestro che ha raggiunto l’apice della sua arte. Bisogna capire cos’è veramente un volpe, e distinguere la sua vera natura dal carattere convenzionale che assume nelle favole.
“Allettato”. Questo termine non è più in uso; bisogna spiegarlo: si utilizza ormai soltanto in poesia. Un bambino chiederà perché ci si esprima in modo diverso in poesia che in prosa. Che cosa gli risponderete?
Attirato dall’odore di un formaggio. Quel formaggio, tenuto da un corvo perché appeso a un albero, doveva sicuramente avere un odore molto intenso per essere percepito dal lupo in mezzo ai cespugli o nel suo rifugio. È così che insegnate al vostro allievo questo spirito di critica giudiziosa, capace di riconoscere la verità dal falso nelle narrazioni altrui?
Egli utilizzò più o meno questo linguaggio:
Che lingua! Quindi i lupi parlano, e parlano la stessa lingua dei corvi? Saggio insegnante, fai attenzione a te stesso; pondera bene la tua risposta prima di darla. È più importante di quanto tu possa immaginare.
Ehi! Buongiorno, signor Corvo!
“Monsieur, ” Un titolo che il bambino vede subito trasformato in oggetto di derisione, anche prima ancora di capire che si tratta di un titolo onorifico. Coloro che chiamano “monsieur” il Corvo avranno ben altre cose da fare prima di riuscire a spiegare il significato di quel “du”.
Che bella che siete! Che affascinante vi sembrate!
La ripetizione è una ridondanza inutile. Quando un bambino vede che la stessa cosa viene detta in altri termini, impara a parlare in modo superficiale e poco preciso. Se si sostiene che questa ridondanza rappresenti un’arte dell’autore, se si dice che faccia parte del piano di chi vuole sembrare colmare le proprie parole di lodi, allora questa scusa può andare bene per me, ma non certo per il mio studente.
A dire il vero, se la vostra reputazione.
Senza mentire. Quindi a volte si mente? In che situazione finirà un bambino se gli viene insegnato che il lupo dice la verità soltanto perché sta mentendo?
Corrispondeva al vostro piumaggio.
Rispondi! Che significato ha questa parola? Insegnate al bambino a confrontare qualità così diverse come la voce e le piume; vedrete come vi ascolterà.
Voi sareste il fenice tra gli ospiti di questi boschi.
Il fenice! Che cos’è un fenice? Ci troviamo improvvisamente immersi in un’antichità enigmatica, quasi nella mitologia.
Gli abitanti di questi boschi. Che espressione figurata! Il lusinghiero nobilita il proprio linguaggio e gli conferisce maggiore dignità, rendendolo così più seducente. Un bambino riuscirà a comprendere questa finezza? Sa forse, può anche solo capire cosa significhi avere uno stile nobile o uno stile volgare?
All’udire queste parole, il corvo non prova alcuna gioia.
È necessario aver già provato passioni intense per comprendere appieno il significato di questo detto proverbiale.
E, per mostrare la sua bella voce,
Non dimenticate che, per comprendere questo verso e tutta la favola, il bambino deve sapere cosa significhi quella bella voce del corvo.
Apre un grande becco e lascia cadere la sua preda.
Questo verso è ammirevole; è proprio l’armonia a renderlo così bello. Vedo un grande e brutto becco aperto; sento il formaggio cadere attraverso i rami. Ma queste sorti di bellezze sfuggono ai bambini.
Il lupo se ne impossessò e disse: “Mio buon signore, ”
Ecco dunque la bontà trasformata in stupidità. Senza dubbio, non si perde certo tempo nell’insegnare ai bambini.
Imparate che ogni lusinghiero.
Massima generale: non ci troviamo più lì.
Vive a spese di chi la ascolta.
Nessun bambino di dieci anni aveva mai sentito parlare di queste cose prima.
Questa lezione merita sicuramente un formaggio.
Si intende bene, e l’idea è davvero ottima. Tuttavia, ci saranno ancora pochissimi bambini in grado di paragonare una lezione a un formaggio, e che preferiscano il formaggio alla lezione stessa. È quindi necessario far loro capire che questo commento non è altro che uno scherzo. Che finezza da parte dei bambini.
Il corvo, imbarazzato e confuso.
Un altro pleonasma, ma questo è davvero inescusabile.
Giuro, ma un po’ troppo tardi, che nessuno lo prenderà più in giro.
Giuro! Che sciocco è quel maestro che osa spiegare a un bambino cosa sia un giuramento.
Quanti dettagli. Tuttavia, sono ben pochi rispetto a quelli necessari per analizzare tutte le idee contenute in questa favola e ridurle alle idee semplici ed elementari di cui ciascuna è composta. Ma chi mai ha bisogno di un’analisi del genere per farsi comprendere dai giovani? Nessuno di noi è abbastanza filosofo da riuscire a mettersi al posto di un bambino. Ora passiamo alla morale della favola.
Chiedo: è davvero necessario che dei bambini di dieci anni imparino che esistono uomini che lusingano e mentono a proprio vantaggio? Al massimo si potrebbe insegnare loro che ci sono persone che prendono in giro i ragazzini, deridendo segretamente la loro sciocca vanità; ma il formaggio rovina tutto. Si impara meno a non farlo cadere dal proprio becco che ad aiutarlo a cadere da quello di un altro. Questo è il mio secondo paradosso, e non certo il meno importante.
Seguite i bambini mentre imparano le loro favole, e vedrete che, quando cercano di applicarne i principi nella realtà, quasi sempre lo fanno in modo opposto all’intenzione dell’autore. Invece di osservare quei difetti da cui si vuole che vengano curati o protetti, tendono ad ammirare proprio quei vizi grazie ai quali si sfruttano i difetti altrui. Nella favola precedente, i bambini si prendono gioco del corvo, ma tutti si affezionano al lupo; nella favola successiva, pensate di dar loro come esempio la cicale. In realtà sceglieranno sempre la formica. A nessuno piace umiliarsi: preferiscono sempre assumere il ruolo positivo; è una scelta legata all’amor proprio, una scelta del tutto naturale. Eppure, quale orribile lezione per l’infanzia! Il più odioso dei comportamenti sarebbe quello di un bambino avaro e crudele, che sapesse esattamente ciò che gli viene chiesto e ciò che rifiuta. La formica fa persino di più: insegna ai bambini ad ironizzare sui propri rifiuti.
In tutte le favole in cui il leone è uno dei personaggi – e di solito è il più brillante – i bambini non mancano mai di “diventare” leoni; e quando presiedono a qualche spartizione, ben istruiti dal loro modello, fanno grande attenzione a prendersi tutto. Ma quando la mosca sconfigge il leone, è un’altra storia. Allora il bambino non è più un leone: diventa una mosca. Impara, un giorno, a uccidere con l’ago coloro che non oserebbe mai attaccare con coraggio.
Dans la fable du loup maigre et du chien gras, au lieu d’une leçon de modération qu’on prétend lui donner, il en prend une de licence. Je n’oublierai jamais d’avoir vu beaucoup pleurer une petite fille qu’on avait désolée avec cette fable, tout en lui prêchant toujours la docilité. On eut peine à savoir la cause de ses pleurs ; on la sut enfin. La pauvre enfant s’ennuyait d’être à la chaîne, elle se sentait le cou pelé ; elle pleurait de n’être pas loup.
Ainsi donc la morale de la première fable citée est pour l’enfant une leçon de la plus basse flatterie ; celle de la seconde, une leçon d’inhumanité ; celle de la troisième, une leçon d’injustice ; celle de la quatrième, une leçon de satire ; celle de la cinquième, une leçon d’indépendance. Cette dernière leçon, pour être superflue à mon élève, n’en est pas plus convenable aux vôtres. Quand vous leur donnez des préceptes qui se contredisent, quel fruit espérez-vous de vos soins ? Mais peut-être, à cela près, toute cette morale qui me sert d’objection contre les fables fournit-elle autant de raisons de les conserver. Il faut une morale en paroles et une en actions dans la société, et ces deux morales ne se ressemblent point. La première est dans le catéchisme, où on la laisse ; l’autre est dans les fables de la Fontaine pour les enfants, et dans ses contes pour les mères. Le même auteur suffit à tout.
Composons, monsieur de la Fontaine. Je promets, quant à moi, de vous lire avec choix, de vous aimer, de m’instruire dans vos fables ; car j’espère ne pas me tromper sur leur objet ; mais, pour mon élève, permettez que je ne lui en laisse pas étudier une seule jusqu’à ce que vous m’ayez prouvé qu’il est bon pour lui d’apprendre des choses dont il ne comprendra pas le quart ; que, dans celles qu’il pourra comprendre, il ne prendra jamais le change, et qu’au lieu de se corriger sur la dupe, il ne se formera pas sur le fripon.
En ôtant ainsi tous les devoirs des enfants, j’ôte les instruments de leur plus grande misère, savoir les livres. La lecture est le fléau de l’enfance, et presque la seule occupation qu’on lui sait donner. À peine à douze ans Émile saura-t-il ce que c’est qu’un livre. Mais il faut bien au moins, dira-t-on, qu’il sache lire. J’en conviens : il faut qu’il sache lire quand la lecture lui est utile ; jusqu’alors elle n’est bonne qu’à l’ennuyer.
Si l’on ne doit rien exiger des enfants par obéissance, il s’ensuit qu’ils ne peuvent rien apprendre dont ils ne sentent l’avantage actuel et présent, soit d’agrément, soit d’utilité ; autrement quel motif les porterait à l’apprendre ? L’art de parler aux absents et de les entendre, l’art de leur communiquer au loin sans médiateur nos sentiments, nos volontés, nos désirs, est un art dont l’utilité peut être rendue sensible à tous les âges. Par quel prodige cet art si utile et si agréable est-il devenu un tourment pour l’enfance ? Parce qu’on la contraint de s’y appliquer malgré elle, et qu’on le met à des usages auxquels elle ne comprend rien. Un enfant n’est pas fort curieux de perfectionner l’instrument avec lequel on le tourmente ; mais faites que cet instrument serve à ses plaisirs, et bientôt il s’y appliquera malgré vous.
On se fait une grande affaire de chercher les meilleures méthodes d’apprendre à lire ; on invente des bureaux, des cartes ; on fait de la chambre d’un enfant un atelier d’imprimerie. Locke veut qu’il apprenne à lire avec des dés. Ne voilà-t-il pas une invention bien trouvée ? Quelle pitié ! Un moyen plus sûr que tout cela, et celui qu’on oublie toujours, est le désir d’apprendre. Donnez à l’enfant ce désir, puis laissez là vos bureaux et vos dés, toute méthode lui sera bonne.
L’intérêt présent, voilà le grand mobile, le seul qui mène sûrement et loin. Émile reçoit quelquefois de son père, de sa mère, de ses parents, de ses amis, des billets d’invitation pour un dîner, pour une promenade, pour une partie sur l’eau, pour voir quelque fête publique. Ces billets sont courts, clairs, nets, bien écrits. Il faut trouver quelqu’un qui les lui lise ; ce quelqu’un ou ne se trouve pas toujours à point nommé, ou rend à l’enfant le peu de complaisance que l’enfant eut pour lui la veille. Ainsi l’occasion, le moment se passe. On lui lit enfin le billet, mais il n’est plus temps. Ah ! si l’on eût su lire soi-même ! On en reçoit d’autres : ils sont si courts ! le sujet en est si intéressant ! on voudrait essayer de les déchiffrer ; on trouve tantôt de l’aide et tantôt des refus. On s’évertue, on déchiffre enfin la moitié d’un billet : il s’agit d’aller demain manger de la crème… on ne sait où ni avec qui… Combien on fait d’efforts pour lire le reste ! Je ne crois pas qu’Émile ait besoin du bureau. Parlerai-je à présent de l’écriture ? Non, j’ai honte de m’amuser à ces niaiseries dans un traité de l’éducation.
J’ajouterai ce seul mot qui fait une importante maxime : c’est que, d’ordinaire, on obtient très sûrement et très vite ce qu’on n’est pas pressé d’obtenir. Je suis presque sûr qu’Émile saura parfaitement lire et écrire avant l’âge de dix ans, précisément parce qu’il m’importe fort peu qu’il le sache avant quinze ; mais j’aimerais mieux qu’il ne sût jamais lire que d’acheter cette science au prix de tout ce qui peut la rendre utile : de quoi lui servira la lecture quand on l’en aura rebuté pour jamais ? Id imprimis cavere oportebit, ne studia, qui amare nondum potest, oderit, et amaritudinem semel perceptam etiam ultra rudes annos reformidet[341].
Plus j’insiste sur ma méthode inactive, plus je sens les objections se renforcer. Si votre élève n’apprend rien de vous, il apprendra des autres. Si vous ne prévenez l’erreur par la vérité, il apprendra des mensonges ; les préjugés que vous craignez de lui donner, il les recevra de tout ce qui l’environne, ils entreront par tous ses sens ; ou ils corrompront sa raison, même avant qu’elle soit formée, ou son esprit, engourdi par une longue inaction, s’absorbera dans la matière. L’inhabitude de penser dans l’enfance en ôte la faculté durant le reste de la vie.
Il me semble que je pourrais aisément répondre à cela ; mais pourquoi toujours des réponses ? Si ma méthode répond d’elle-même aux objections, elle est bonne ; si elle n’y répond pas, elle ne vaut rien. Je poursuis.
Si, sur le plan que j’ai commencé de tracer, vous suivez des règles directement contraires à celles qui sont établies ; si, au lieu de porter au loin l’esprit de votre élève ; si, au lieu de l’égarer sans cesse en d’autres lieux, en d’autres climats, en d’autres siècles, aux extrémités de la terre, et jusque dans les cieux, vous vous appliquez à le tenir toujours en lui-même et attentif à ce qui le touche immédiatement, alors vous le trouverez capable de perception, de mémoire, et même de raisonnement ; c’est l’ordre de la nature. À mesure que l’être sensitif devient actif, il acquiert un discernement proportionnel à ses forces ; et ce n’est qu’avec la force surabondante à celle dont il a besoin pour se conserver, que se développe en lui la faculté spéculative propre à employer cet excès de force à d’autres usages. Voulez-vous donc cultiver l’intelligence de votre élève ; cultivez les forces qu’elle doit gouverner. Exercez continuellement son corps ; rendez-le robuste et sain, pour le rendre sage et raisonnable ; qu’il travaille, qu’il agisse, qu’il coure, qu’il crie, qu’il soit toujours en mouvement ; qu’il soit homme par la vigueur, et bientôt il le sera par la raison.
Vous l’abrutiriez, il est vrai, par cette méthode, si vous alliez toujours le dirigeant, toujours lui disant : Va, viens, reste, fais ceci, ne fais pas cela. Si votre tête conduit toujours ses bras, la sienne lui devient inutile. Mais souvenez-vous de nos conventions : si vous n’êtes qu’un pédant, ce n’est pas la peine de me lire.
C’est une erreur bien pitoyable d’imaginer que l’exercice du corps nuise aux opérations de l’esprit ; comme si ces deux actions ne devaient pas marcher de concert, et que l’une ne dût pas toujours diriger l’autre !
In the fable of the thin wolf and the fat dog, instead of a lesson in moderation that people claim to be teaching through it, what is actually conveyed is a lesson in licentiousness. I will never forget seeing a little girl cry bitterly after being told this fable, while at the same time being preached at to be obedient. It was hard to understand the cause of her tears; eventually, we found out. The poor child was bored being chained and felt her neck becoming raw; she cried because she wished she were a wolf instead.
Thus, the moral of the first fable cited is a lesson in the most base flattery for children; that of the second, a lesson in inhumanity; that of the third, a lesson in injustice; that of the fourth, a lesson in satire; and that of the fifth, a lesson in independence. This last lesson may be superfluous for my students, but it is no less appropriate for yours. When you impart to them principles that contradict each other, what fruit do you expect from your efforts? Yet, perhaps apart from this objection, all of this moral content that I use against fables actually provides even more reasons to preserve them. Society needs a morality in words and another in actions, and these two morales are not similar at all. The first is found in catechisms, where it remains unchanged; the other exists in Fontaine’s fables for children and in his stories for mothers. The same author is sufficient to provide both.
“Compose, Monsieur de La Fontaine,” I said. “I promise you that I will read your fables with care and affection, and that I will learn from them; for I hope not to misunderstand their purpose. But as for my student, allow me not to let him study a single one of these fables until you have proven to me that it is beneficial for him to learn things of which he will understand only a very small part. Moreover, among those he can understand, he must never mistake the good for the bad; rather than learning from the honest characters, he should not be influenced by the deceitful ones.”
By depriving children of all such obligations, I am removing the very tools that cause them the greatest suffering—namely, books. Reading is a scourge upon childhood, and it is nearly the only activity that people know how to provide for them. At the age of twelve, Émile will hardly have any idea what a book is. But one might argue that at least he should learn to read. I agree: it is necessary for him to learn reading when it can be useful to him; otherwise, it serves only to bore him.
If we must demand nothing of children in the name of obedience, it follows that they cannot learn anything unless they perceive the immediate and present benefits of doing so—whether those benefits be in the way of pleasure or utility; otherwise, what motive would induce them to learn? The art of communicating with the absent and of hearing their voices, the art of conveying our feelings, intentions, and desires to them from a distance without any intermediary, is a skill whose usefulness can be understood by people of all ages. By what miracle has such a useful and delightful art become a source of torment for children? Because they are forced to practice it against their will, and because it is put to uses that they do not understand at all. A child is not particularly interested in perfecting the tool that is used to torment them; but if that same tool can serve to bring them pleasure, soon they will apply themselves to using it—even against your wishes.
People make a great fuss over finding the best methods to learn how to read; they invent desks, charts, and turn a child’s bedroom into a printing workshop. Locke wants the child to learn to read using dice—what a clever invention, indeed! But what a pity! A far more reliable method, one that we always forget about, is simply the desire to learn. Give the child that desire, and then put aside all your desks and dice; any method will work for them.
Present interests—such is the main, the sole motive that surely leads one far and surely. Sometimes Émile receives invitations from his father, his mother, his relatives, or his friends to attend a dinner, a walk, an outing by water, or to watch some public celebration. These invitations are short, clear, well-written. One must find someone to read them to him; yet this person is not always available, or when present, he may fail to offer the child even a fraction of the attention that the child had hoped for the previous day. And so, the opportunity passes by. Finally, someone reads the invitation to him—but it’s already too late. Ah! if only one could read them oneself! More invitations arrive; they are so brief, their subjects so interesting. One tries to decipher them, but sometimes help is offered, and sometimes not. After much effort, one manages to make sense of half of an invitation: it says to go eat cream tomorrow, but where, and with whom? What efforts one makes to read the rest! I don’t think Émile really needs a desk to write on. But should I now talk about writing? No—I feel ashamed to indulge in such trivialities within a treatise on education.
I would add this one word, which embodies an important maxim: namely, that usually one obtains very surely and very quickly precisely those things for which one is not in a hurry to obtain them. I am almost certain that Émile will learn to read and write perfectly before the age of ten—precisely because it matters little to me whether he learns it by fifteen; but I would prefer that he never learn to read, than to acquire this skill at the cost of everything that might make it useful. What use will reading be to him once it has been forever alienated from him? “One must first beware before undertaking studies; for those whom love has not yet conquered, learning should be avoided, and even once love is perceived, such pursuit should be abandoned beyond one’s rudimentary years.”[341]
The more I emphasize my passive approach, the stronger I feel that objections are growing. If your student learns nothing from you, he will learn from others. If you do not prevent mistakes through truth, he will learn lies; the prejudices you fear to instill in him will be imposed upon him by everything around him, entering through all his senses. Either they will corrupt his reason before it even has a chance to form, or his mind, dulled by prolonged inaction, will become preoccupied with material matters. The habit of thinking formed in childhood deprives one of the ability to think independently for the rest of their life.
It seems to me that I could easily answer that; but why do we always need answers? If my method responds to objections on its own, then it is good; if it does not, then it is worthless. I will continue.
If, in the course I have begun to outline, you follow rules that are directly contrary to those that are generally established; if, instead of leading your student’s mind far afield, or constantly leading it astray into other realms, other climates, other centuries, to the ends of the earth and even into the heavens, you strive to keep it focused on what touches it immediately, then you will find it capable of perception, memory, and even reasoning—such is the order of nature. As the sensitive being becomes active, it acquires a discernment that is proportional to its abilities; and it is only with forces that far exceed those needed for its own preservation that the speculative faculties within it develop, enabling it to put this excess of energy to other uses. Therefore, if you wish to cultivate your student’s intelligence, then nurture the very powers that it must govern. Exercise their body constantly—make it strong and healthy, so that it may also become wise and reasonable. Let them work, act, run, shout; keep them in constant motion. Let them be men first in vigor, and soon they will also be men in reason.
You would indeed overwhelm him with this method, if you constantly directed him, always telling him: “Go, come, stay, do this, don’t do that.” If your mind constantly controls his actions, his own mind becomes useless. But remember our agreement: if you are merely a pedant, there’s no point in reading to me at all.
It is a truly lamentable mistake to assume that the exercise of the body harms the operations of the mind; as if these two activities could not proceed in harmony, and that one should not always guide the other!
Nella favola del lupo magro e del cane grasso, invece di una lezione di moderazione che si pretende di impartire, ne emerge una di licenziosità. Non dimenticherò mai di aver visto una bambina piangere molto dopo essere stata rattristata con questa favola, mentre le veniva continuamente predicato il dovere della docilità. Fu difficile capire la causa delle sue lacrime; alla fine la si scoprì: povera bambina, si annoiava di essere “incatenata” e sentiva il collo irritato; piangeva perché non era un lupo.
Quindi, la morale della prima favola citata rappresenta per il bambino una lezione di adulazione meschina; quella della seconda, una lezione di crudeltà; quella della terza, una lezione di ingiustizia; quella della quarta, una lezione di satira; quella della quinta, una lezione di indipendenza. Quest’ultima lezione, sebbene superflua per il mio allievo, non è certo meno appropriata per i vostri. Quando impartite ai bambini precetti che si contraddicono tra loro, quale risultato sperate dai vostri sforzi? Tuttavia, forse, a parte questo aspetto, tutta questa morale che mi serve come argomento contro le favole offre in realtà molte ragioni per mantenerle. Nella società è necessaria una morale verbale e una morale pratica; queste due morali non sono affatto simili tra loro. La prima si trova nei catechismi, dove viene semplicemente trasmessa; l’altra si trova nelle favole di Fontaine per i bambini e nei suoi racconti per le madri. Lo stesso autore basta a fornire entrambe.
Componete, signor de La Fontaine. Io prometto, per quanto mi riguarda, di leggere le vostre favole con attenzione, di amarle e di imparare da esse; poiché spero di non sbagliarmi sul loro significato. Ma, per il mio allievo, permettetemi di non fargli studiare nemmeno una sola favola finché non mi avrete dimostrato che è utile per lui imparare cose di cui non comprenderà nemmeno la metà; che, nelle cose che potrà comprendere, non confonderà mai il vero con il falso; e che, invece di correggersi basandosi sulle illusioni create dai personaggi ingannatori, non si formerà seguendo l’esempio dei truffatori.
Rimuovendo così tutti i doveri dei bambini, tolgo loro gli strumenti della loro più grande miseria: i libri. La lettura è il flagello dell’infanzia e quasi l’unica occupazione che si sappia darle. A malapena a dodici anni Émile saprà cosa sia un libro. Ma bisogna pur che sappia leggere, si dirà. Concordo: deve saper leggere quando la lettura gli è utile; altrimenti non serve a nulla se non ad annoiarlo.
Se non dobbiamo chiedere nulla ai bambini in nome dell’obbedienza, ne consegue che non possono imparare nulla di ciò che non percepiscono come vantaggioso, sia nel presente che nell’immediato futuro, sia dal punto di vista del piacere che dell’utilità; altrimenti, quale motivo li spingerebbe ad apprenderlo? L’arte di parlare e di comunicare con le persone assenti, l’arte di trasmettere loro da lontano i nostri sentimenti, le nostre volontà, i nostri desideri senza intermediari, è un’arte la cui utilità può essere compresa a qualsiasi età. Per quale miracolo questa arte, così utile e piacevole, è diventata una fonte di sofferenza per l’infanzia? Perché si costringe i bambini ad applicarvisi contro la loro volontà, e perché viene utilizzata in modi che non comprendono affatto. Un bambino non ha certo molta curiosità di perfezionare lo strumento con cui viene tormentato; ma se quello stesso strumento servisse ai suoi piaceri, presto si metterebbe a usarlo contro la vostra volontà.
Ci si dà un gran da fare nel cercare i migliori metodi per imparare a leggere; si inventano scrivanie, carte. Si trasforma la camera di un bambino in un laboratorio tipografico. Locke vuole che impari a leggere utilizzando dei dadi: non è forse un’invenzione geniale? Che peccato! Un metodo più sicuro di tutti questi, eppure sempre trascurato, è il desiderio stesso di imparare. Date al bambino questo desiderio. E poi lasciate da parte scrivanie e dadi: qualsiasi metodo gli sarà utile.
L’interesse immediato: ecco il vero movente, l’unico che conduce sicuramente e lontano. A volte Émile riceve da suo padre, sua madre, i suoi parenti, i suoi amici inviti a cena, a una passeggiata, a un’attività sul lago, o ad assistere a qualche festa pubblica. Questi inviti sono brevi, chiari, ben scritti. Bisogna trovare qualcuno che li legga per lui; ma questa persona a volte non è disponibile al momento giusto, oppure rifiuta di farlo. Così l’occasione passa. Alla fine gli si leggono gli inviti, ma ormai è troppo tardi. Ah! Se solo si sapesse leggere da soli. Ne riceve altri: sono così brevi. L’argomento è così interessante. Si vorrebbe provare a decifrarli. A volte si ottiene aiuto, altre volte si viene rifiutati. Ci si sforza. Alla fine si riesce a leggere metà di un invito: si tratta di andare domani a mangiare della panna. Ma non si sa dove né con chi. Quanti sforzi si fanno per leggere il resto. Non credo che Émile abbia bisogno di una scrivania. Ora parlerò della scrittura? No. Mi vergogno di occuparmi di queste sciocchezze in un trattato sull’educazione.
Aggiungerò questa sola parola che costituisce una massima importante: in genere, si ottiene molto facilmente e rapidamente ciò che non si è affatto desiderosi di ottenere. Sono quasi certo che Émile imparerà a leggere e scrivere perfettamente prima dei dieci anni, proprio perché mi è del tutto indifferente che lo faccia entro i quindici; tuttavia preferirei che non sapesse mai leggere piuttosto che acquisire questa conoscenza al prezzo di tutto ciò che potrebbe renderla utile. A cosa gli servirà la lettura, quando verrà definitivamente allontanato da essa? “Prima di studiare, è necessario assicurarsi di amare davvero l’argomento; chi non ne prova ancora affetto dovrebbe evitarlo, e coloro che hanno già provato avversione per esso dovrebbero cercare di superarla anche dopo anni di studio”[341].
Più insisto sulla mia metodologia passiva, più percepisco che le obiezioni aumentano. Se il vostro allievo non impara nulla da voi, imparerà dagli altri. Se non previene gli errori con la verità, imparerà dalle menzogne; i pregiudizi che temete di trasmettergli, li riceverà da tutto ciò che lo circonda; entreranno in lui attraverso tutti i suoi sensi; oppure corromperanno la sua ragione, ancora prima che si formi completamente, o il suo spirito, intorpidito da una lunga inattività, si concentrerà esclusivamente sulla materia. L’abitudine di pensare in modo passivo durante l’infanzia priva le persone della capacità di riflettere per il resto della loro vita.
Mi sembra di poter rispondere facilmente a questa domanda; ma perché sempre delle risposte? Se il mio metodo risponde da solo alle obiezioni, allora è valido; se non le risponde, allora non vale nulla. Continuo.
Se, nel percorso che ho iniziato a tracciare, seguite regole direttamente contrarie a quelle stabilite; se, invece di portare l’intelletto del vostro allievo lontano da sé, di perderlo continuamente in altri luoghi, in altri climi, in altri secoli, alle estremità della terra e persino nei cieli, vi impegnate a tenerlo sempre dentro se stesso e attento a ciò che lo riguarda direttamente, allora scoprirete che è capace di percezione, memoria e persino ragionamento: questo è l’ordine naturale. Man mano che l’essere sensibile diventa attivo, acquisisce una capacità di discernimento proporzionale alle sue forze; ed è soltanto con quella forza in eccesso rispetto a quella di cui ha bisogno per sopravvivere che in lui si sviluppa la facoltà speculativa, capace di utilizzare tale eccesso di energia per scopi diversi. Dunque, se volete coltivare l’intelligenza del vostro allievo, coltivate le forze che essa deve governare. Esercitate continuamente il suo corpo: rendetelo robusto e sano, affinché possa diventare saggio e ragionevole; che lavori, che agisca, che corra, che gridi, che sia sempre in movimento. Che sia uomo per la sua forza fisica, e presto lo sarà anche per la sua ragione.
Con questo metodo, è vero, lo stordireste: se continuereste sempre a dirgli cosa fare – “Vai”, “Vieni”, “Resta”, “Fai questo”, “Non fare quello” – se la vostra mente continuasse a guidare i suoi gesti, la sua capacità di pensiero diventerebbe inutile. Ma ricordatevi delle nostre convenzioni: se siete soltanto un pedante, non c’è motivo che leggiate queste parole.
È un errore davvero deplorevole pensare che l’esercizio del corpo possa danneggiare le attività mentali; come se queste due attività non dovessero procedere di concerto, e come se una non dovesse sempre guidare l’altra!
Il y a deux sortes d’hommes dont les corps sont dans un exercice continuel, et qui sûrement songent aussi peu les uns que les autres à cultiver leur âme, savoir, les paysans et les sauvages. Les premiers sont rustres, grossiers, maladroits ; les autres, connus par leur grand sens, le sont encore par la subtilité de leur esprit ; généralement il n’y a rien de plus lourd qu’un paysan, ni rien de plus fin qu’un sauvage. D’où vient cette différence ? C’est que le premier, faisant toujours ce qu’on lui commande, ou ce qu’il a vu faire à son père, ou ce qu’il a fait lui-même dès sa jeunesse, ne va jamais que par routine ; et, dans sa vie presque automate, occupé sans cesse des mêmes travaux, l’habitude et l’obéissance lui tiennent lieu de raison.
Pour le sauvage, c’est autre chose : n’étant attaché à aucun lieu, n’ayant point de tâche prescrite, n’obéissant à personne, sans autre loi que sa volonté, il est forcé de raisonner à chaque action de sa vie ; il ne fait pas un mouvement, pas un pas, sans en avoir d’avance envisagé les suites. Ainsi, plus son corps s’exerce, plus son esprit s’éclaire ; sa force et sa raison croissent à la fois et s’étendent l’une par l’autre.
Savant précepteur, voyons lequel de nos élèves ressemble au sauvage, et lequel ressemble au paysan. Soumis en tout à une autorité toujours enseignante, le vôtre ne fait rien que sur parole ; il n’ose manger quand il a faim, ni rire quand il est gai, ni pleurer quand il est triste, ni présenter une main pour l’autre, ni remuer le pied que comme on le lui prescrit ; bientôt il n’osera respirer que sur vos règles. À quoi voulez-vous qu’il pense, quand vous pensez à tout pour lui ? Assuré de votre prévoyance, qu’a-t-il besoin d’en avoir ? Voyant que vous vous chargez de sa conservation, de son bien-être, il se sent délivré de ce soin ; son jugement se repose sur le vôtre ; tout ce que vous ne lui défendez pas, il le fait sans réflexion, sachant bien qu’il le fait sans risque. Qu’a-t-il besoin d’apprendre à prévoir la pluie ? il sait que vous regardez au ciel pour lui. Qu’a-t-il besoin de régler sa promenade ? il ne craint pas que vous lui laissiez passer l’heure du dîner. Tant que vous ne lui défendez pas de manger, il mange ; quand vous le lui défendez, il ne mange plus ; il n’écoute plus les avis de son estomac, mais les vôtres. Vous avez beau ramollir son corps dans l’inaction, vous n’en rendez pas son entendement plus flexible. Tout au contraire, vous achevez de décréditer la raison dans son esprit, en lui faisant user le peu qu’il en a sur les choses qui lui paraissent le plus inutiles. Ne voyant jamais à quoi elle est bonne, il juge enfin qu’elle n’est bonne à rien. Le pis qui pourra lui arriver de mal raisonner sera d’être repris, et il l’est si souvent qu’il n’y songe guère ; un danger si commun ne l’effraye plus.
Vous lui trouvez pourtant de l’esprit ; et il en a pour babiller avec les femmes, sur le ton dont j’ai déjà parlé ; mais qu’il soit dans le cas d’avoir à payer de sa personne, à prendre un parti dans quelque occasion difficile, vous le verrez cent fois plus stupide et plus bête que le fils du plus gros manant.
Pour mon élève, ou plutôt celui de la nature, exercé de bonne heure à se suffire à lui-même autant qu’il est possible, il ne s’accoutume point à recourir sans cesse aux autre, encore moins à leur étaler son grand savoir. En revanche, il juge, il prévoit, il raisonne en tout ce qui se rapporte immédiatement à lui. Il ne jase pas, il agit ; il ne sait pas un mot de ce qui se fait dans le monde, mais il sait fort bien faire ce qui lui convient. Comme il est sans cesse en mouvement, il est forcé d’observer beaucoup de choses, de connaître beaucoup d’effets ; il acquiert de bonne heure une grande expérience : il prend ses leçons de la nature et non pas des hommes ; il s’instruit d’autant mieux qu’il ne voit nulle part l’intention de l’instruire. Ainsi son corps et son esprit s’exercent à la fois. Agissant toujours d’après sa pensée, et non d’après celle d’un autre, il unit continuellement deux opérations ; plus il se rend fort et robuste, plus il devient sensé et judicieux. C’est le moyen d’avoir un jour ce qu’on croit incompatible, et ce que presque tous les grands hommes ont réuni, la force du corps et celle de l’âme, la raison d’un sage et la vigueur d’un athlète.
Jeune instituteur, je vous prêche un art difficile, c’est de gouverner sans préceptes, et de tout faire en ne faisant rien. Cet art, j’en conviens, n’est pas de votre âge ; il n’est pas propre à faire briller d’abord vos talents, ni à vous faire valoir auprès des pères : mais c’est le seul propre à réussir. Vous ne parviendrez jamais à faire des sages si vous ne faites d’abord des polissons ; c’était l’éducation des Spartiates : au lieu de les coller sur des livres, on commençait par leur apprendre à voler leur dîner. Les Spartiates étaient-ils pour cela grossiers étant grands ? Qui ne connaît la force et le sel de leurs reparties ? Toujours faits pour vaincre, ils écrasaient leurs ennemis en toute espèce de guerre, et les babillards Athéniens craignaient autant leurs mots que leurs coups.
Dans les éducations les plus soignées, le maître commande et croit gouverner : c’est en effet l’enfant qui gouverne. Il se sert de ce que vous exigez de lui pour obtenir de vous ce qu’il lui plaît ; et il sait toujours vous faire payer une heure d’assiduité par huit jours de complaisance. À chaque instant il faut pactiser avec lui. Ces traités, que vous proposez à votre mode, et qu’il exécute à la sienne, tournent toujours au profit de ses fantaisies, surtout quand on a la maladresse de mettre en condition pour son profit ce qu’il est bien sûr d’obtenir, soit qu’il remplisse ou non la condition qu’on lui impose en échange. L’enfant, pour l’ordinaire, lit beaucoup mieux dans l’esprit du maître que le maître dans le coeur de l’enfant. Et cela doit être : car toute la sagacité qu’eût employée l’enfant livré à lui-même à pourvoir à la conservation de sa personne, il l’emploie à sauver sa liberté naturelle des chaînes de son tyran ; au lie que celui-ci, n’ayant nul intérêt si pressant à pénétrer l’autre, trouve quelquefois mieux son compte à lui laisser sa paresse ou sa vanité.
Prenez une route opposée avec votre élève ; qu’il croie toujours être le maître, et que ce soit toujours vous qui le soyez. Il n’y a point d’assujettissement si parfait que celui qui garde l’apparence de la liberté ; on captive ainsi la volonté même. Le pauvre enfant qui ne sait rien, qui ne peut rien, qui ne connaît rien, n’est-il pas à votre merci ? Ne disposez-vous pas, par rapport à lui, de tout ce qui l’environne ? N’êtes-vous pas le maître de l’affecter comme il vous plaît ? Ses travaux, ses jeux, ses plaisirs, ses peines, tout n’est-il pas dans vos mains sans qu’il le sache ? Sans doute il ne doit faire que ce qu’il veut ; mais il ne doit vouloir que ce que vous voulez qu’il fasse ; il ne doit pas faire un pas que vous ne l’ayez prévu ; il ne doit pas ouvrir la bouche que vous ne sachiez ce qu’il va dire.
C’est alors qu’il pourra se livrer aux exercices du corps que lui demande son âge, sans abrutir son esprit ; c’est alors qu’au lieu d’aiguiser sa ruse à éluder un incommode empire, vous le verrez s’occuper uniquement à tirer de tout ce qui l’environne le parti le plus avantageux pour son bien-être actuel ; c’est alors que vous serez étonné de la subtilité de ses inventions pour s’approprier tous les objets auxquels il peut atteindre, et pour jouir vraiment des choses sans le secours de l’opinion.
En le laissant ainsi maître de ses volontés, vous ne fomenterez point ses caprices. En ne faisant jamais que ce qui lui convient, il ne fera bientôt que ce qu’il doit faire ; et, bien que son corps soit dans un mouvement continuel, tant qu’il s’agira de son intérêt présent et sensible, vous verrez toute la raison dont il est capable se développer beaucoup mieux et d’une manière beaucoup plus appropriée à lui, que dans des étude de pure spéculation.
There are two kinds of people whose bodies are constantly engaged in physical labor, and who, undoubtedly, think even less about cultivating their souls than the other kind—namely, peasants and savages. The former are rough, crude, and clumsy; the latter, known for their keen senses, are also distinguished by the subtlety of their minds. Generally speaking, there is nothing heavier than a peasant and nothing more delicate than a savage. Where does this difference come from? It arises because the former, always doing what is commanded of them, or what they have seen their fathers do, or what they themselves did when they were young, never act out of any independent thought or judgment. In their almost automated lives, constantly engaged in the same tasks, habit and obedience serve as their substitutes for reason.
For the savage, it is different: not being attached to any particular place, having no prescribed tasks, obeying no one, and guided only by his own will, he is forced to reason about every action of his life; he does not make a move or take a step without first considering its consequences. Thus, the more his body is exercised, the clearer his mind becomes; his strength and his reasoning power grow simultaneously, and one enhances the other.
As a wise instructor, let us see which of our students resembles the savage and which resembles the peasant. Completely subjected to an authority that always dictates what to do, your student acts solely on command: he dares not eat when he is hungry, nor laugh when he is happy, nor cry when he is sad; he does not offer his hand in greeting, nor move his feet unless told to do so; soon, he will not even dare breathe without your guidance. When you think for him in everything, what is there left for him to think about? Assured of your foresight, why should he need to use his own judgment? Seeing that you take care of his survival and well-being, he feels relieved of this responsibility; his judgment relies entirely on yours. Everything you do not forbid him to do, he does without hesitation, knowing full well that there is no risk involved. Why would he need to learn how to predict the weather? He knows that you will watch the sky for him. Why would he need to plan his walks? He doesn’t fear that you might let him miss dinner time. As long as you do not forbid him from eating, he eats; when you do, he stops eating. He no longer listens to the advice of his stomach but follows your commands instead. No matter how much you soften his body through inaction, you do not make his mind more flexible. On the contrary, you undermine the authority of reason in his mind by forcing him to use what little he has on matters that seem utterly trivial to him. Never seeing any use for reason, he eventually concludes that it is good for nothing at all. The worst thing that could happen if he were to think too much would be to be reprimanded—and since this happens so frequently, he hardly gives it a thought anymore; such a common danger no longer frightens him.
Yet you consider him to be witty; and he is indeed adept at chatting with women, in that very tone I’ve already mentioned. But when it comes to having to put himself into danger or take a stance in some difficult situation, you’ll find him a hundred times more foolish and stupid than the son of the wealthiest landowner.
For my student—or rather, that which nature has created—and who is accustomed from an early age to rely on himself as much as possible, he does not grow used to constantly turning to others for help, let alone showing off his vast knowledge. On the contrary, he judges, anticipates, and reasons in everything that directly concerns him. He does not chatter; he acts. He may not know a thing about what is happening in the world, but he knows very well how to do what is necessary for himself. Since he is constantly in motion, he is forced to observe many things and understand numerous effects; he gains great experience at an early age. He learns from nature, not from men—and the better he learns, because he sees no intention on anyone’s part to instruct him. In this way, both his body and his mind are exercised simultaneously. Acting always according to his own thoughts, and never following those of others, he continuously combines two different processes. The stronger and more robust he becomes, the wiser and more discerning he grows. This is the way to attain, one day, what seems incompatible—what nearly all great men have combined: the strength of the body and the vigor of the soul, the wisdom of a sage and the energy of an athlete.
As a young teacher, I offer you a difficult art to master: to govern without precepts, and to accomplish everything by doing nothing at all. Admittedly, this art is not suited to your age; it may not immediately bring forth the brilliance of your talents or earn you respect among the parents of your students. Yet it is the only one sure to lead to success. You will never be able to turn children into sages if you do not first turn them into mischievous youngsters. Such was the education of the Spartans: instead of forcing them to study books, they were first taught how to steal their food. Were the Spartans therefore rude and crude as adults? Who does not know the force and wit of their replies? Always prepared to win, they crushed their enemies in every kind of battle, and the gossipy Athenians feared both their words and their actions.
In the most meticulous forms of education, the teacher commands and believes they are in control—but in reality, it is the child who holds the power. The child uses whatever you demand of him to obtain what he desires from you; moreover, he always manages to make you pay for an hour of diligence with eight days of indulgence. At every moment, one must negotiate with him. These “treaties” that you propose according to your own standards, and which he executes in his own way, always work in favor of his whims—especially when one is foolish enough to provide what he is certain to obtain, whether or not he fulfills the conditions imposed upon him in exchange. Generally speaking, a child understands much better what lies in the teacher’s mind than the teacher understands what is in the child’s heart. And this is only natural: for all the wisdom a child would use if left to himself to protect his own interests, he uses it instead to free his natural freedom from the chains of his tyrant. Meanwhile, since the teacher has no pressing need to understand the child’s true intentions, they sometimes find it more advantageous to allow the child to indulge in his laziness or vanity.
Take a different path with your student; let him always believe he is the master, while in reality you are the one in control. There is no form of subjugation more perfect than that which maintains the appearance of freedom—for in this way, even the will is captured. That poor child, who knows nothing, cannot do anything, and understands nothing—is he not at your mercy? Do you not possess, in relation to him, everything that surrounds him? Are you not the one who decides how his emotions are shaped? His tasks, his play, his pleasures, his pains—isn’t all of this in your hands, without his knowledge? Surely, he is only supposed to do what he wants; but he can only want what you desire him to want. He cannot take a single step without your prior permission; he cannot open his mouth without you knowing what he will say.
It is then that he will be able to engage in the physical exercises required by his age, without dulling his mind; it is then that, instead of sharpening his wits to evade an inconvenient authority, you will see him devoted solely to extracting from everything around him what is most beneficial to his current well-being; it is then that you will be amazed by the ingenuity of his methods in appropriating all those objects within his reach, and in truly enjoying things without the need for the judgment of others.
By allowing him to be the master of his own desires in this way, you will not foster his caprices. By always doing only what is suitable for him, he will soon begin to do only what he ought to do; and although his body may be in a state of constant motion, as long as it concerns his present, tangible interests, you will see all the reason he is capable of developing flourish much more effectively and in a way that is far more suited to him than through pure speculative studies.
Esistono due tipi di persone il cui corpo è costantemente impegnato in attività fisiche; entrambi, con ogni probabilità, pensano molto poco a coltivare la propria anima: si tratta dei contadini e dei selvaggi. I primi sono rozzi, grossolani, goffi; i secondi, oltre ad essere noti per il loro grande buon senso, lo sono anche per la finezza della loro mente. In generale, non c’è nulla di più pesante di un contadino, né nulla di più agile di un selvaggio. Da dove deriva questa differenza? Dal fatto che il primo, facendo sempre ciò che gli viene ordinato, o ciò che ha visto fare a suo padre, o ciò che lui stesso ha fatto fin da giovane, agisce soltanto per abitudine; nella sua vita quasi meccanica, impegnato costantemente negli stessi lavori, l’abitudine e l’obbedienza sostituiscono in lui la ragione.
Per il selvaggio, le cose sono diverse: non essendo legato a nessun luogo, non avendo alcuna missione prestabilita, non obbedendo a nessuno e seguendo soltanto la propria volontà, è costretto a riflettere su ogni azione che compie nella vita; non fa un movimento, non compie un passo senza averne in anticipo previsto le conseguenze. Così, più il suo corpo si esercita, più la sua mente si schiarisce; la sua forza e la sua ragione crescono contemporaneamente e si alimentano a vicenda.
Un precettore esperto. Vediamo quale dei nostri studenti assomiglia al selvaggio e quale al contadino. Sottomesso in tutto a un’autorità sempre dispotica, il vostro allievo non fa nulla se non ciò che vi è stato ordinato; non osa mangiare quando ha fame, né ridere quando è felice, né piangere quando è triste, né offrire la mano all’altro, né muovere un piede se non come gli viene detto. Presto, non oserà nemmeno respirare senza il vostro permesso. A cosa dovrebbe pensare, se voi pensate per lui? Sicuro della vostra previdenza, perché dovrebbe averne bisogno? Vedendo che siete voi a occuparvi della sua conservazione e del suo benessere, si sente sollevato da questo compito; il suo giudizio si fida interamente al vostro. Tutto ciò che non gli vietate di fare, lo fa senza rifletterci, sapendo bene che non corre alcun rischio. Perché dovrebbe imparare a prevedere la pioggia? Sa che siete voi a controllare il tempo per lui. Perché dovrebbe regolare i propri spostamenti? Non teme che gli permettiate di saltare l’ora del pranzo. Finché non gli vietate di mangiare, mangia; quando ve lo vietate, smette di mangiare. Non ascolta più i suggerimenti del proprio stomaco, ma solo i vostri. Potreste anche rendere il suo corpo debole e inattivo, ma questo non renderà la sua mente più agile. Al contrario: screditando la ragione nel suo animo, gli fate utilizzare quel poco che ne possiede soltanto per cose che gli sembrano del tutto inutili. Non vedendo mai a cosa possa servirgli, finisce per convincersi che non sia utile affatto. Il peggio che potrebbe accadergli, nel caso pensasse male, è di essere rimproverato. E lo viene rimproverato così spesso che ormai quasi non ci pensa più. Un pericolo così comune non lo spaventa più.
Tuttavia, lo ritenete una persona spiritosa; e infatti ne ha abbastanza per chiacchierare con le donne, usando proprio quel tono di cui ho già parlato. Ma se dovesse trovarsi nella necessità di intervenire personalmente, di prendere una posizione in qualche situazione difficile, vedrete che è cento volte più stupido e più sciocco del figlio del più importante proprietario terriero.
Per il mio allievo, o meglio per colui che è un prodotto della natura, abituato fin da piccolo a provvedere da solo nella misura del possibile, non si sviluppa l’abitudine di ricorrere costantemente agli altri, tanto meno quella di ostentare la propria vasta conoscenza. Al contrario, egli giudica, prevede e ragiona su tutto ciò che lo riguarda direttamente. Non chiacchiera, agisce; non sa nulla di ciò che avviene nel mondo, ma sa molto bene come fare ciò che è necessario per lui. Poiché è costantemente in movimento, è costretto ad osservare molte cose e a conoscere molti effetti; acquisisce quindi fin da giovane una grande esperienza. Impara dalla natura, non dagli uomini; impara meglio proprio perché non vede da nessuna parte l’intenzione di qualcuno di insegnargli. In questo modo, sia il suo corpo che la sua mente si allenano contemporaneamente. Agendo sempre in base alle proprie idee e non a quelle altrui, egli unisce costantemente due processi mentali; più diventa forte e robusto, più diventa saggio e giudizioso. Questo è il modo per ottenere, un giorno, ciò che si ritiene incompatibile: la forza del corpo e quella dell’anima, la ragione di un saggio e la vigore di un atleta.
giovane insegnante, vi predico un’arte difficile: quella di governare senza prescrizioni, e di fare tutto senza fare nulla. Ammetto che quest’arte non sia adatta alla vostra età; non è certo il mezzo per far brillare immediatamente i vostri talenti, né per guadagnarvi il rispetto dei genitori. Ma è l’unica strada verso il successo. Non riuscirete mai a creare saggi se prima non create dei monelli; questa era l’educazione degli Spartani: invece di farli studiare sui libri, iniziavano insegnando loro a rubare il cibo. Gli Spartani erano forse per questo rozzi da grandi? Chi non conosce la forza e la tagliente ironia delle loro risposte? Sempre pronti a vincere, schiacciavano i loro nemici in ogni tipo di battaglia; gli chiacchieroni ateniesi temevano tanto le loro parole quanto i loro colpi.
Nelle educazioni più curate, l’insegnante comanda e crede di governare; in realtà è il bambino a governare. Egli utilizza ciò che gli si richiede per ottenere da voi ciò che desidera; sa sempre come farvi pagare un’ora di diligenza con otto giorni di indulgenza. In ogni momento è necessario stipulare patti con lui. Questi accordi, che voi proponete secondo le vostre regole e che lui attua secondo le sue, finiscono sempre a vantaggio delle sue fantasie, soprattutto quando si ha la sfortuna di offrirgli ciò che è certo di ottenere, indipendentemente dal fatto che adempia o meno alle condizioni che gli vengono imposte in cambio. Di solito, il bambino comprende molto meglio i pensieri dell’insegnante di quanto l’insegnante possa comprendere il suo cuore. E così deve essere: perché tutta la saggezza che un bambino potrebbe utilizzare per preservare se stesso, egli la impiega invece per salvare la propria libertà naturale dalle catene del proprio tiranno; mentre quest’ultimo, non avendo alcun interesse urgente nel comprendere i pensieri del bambino, a volte trova più conveniente lasciargli indulgere nella sua pigrizia o vanità.
Seguite una strada opposta con il vostro allievo: lasciate che creda sempre di essere lui il maestro, mentre in realtà siete voi a dettare le regole. Non esiste alcuna forma di sottomissione più perfetta di quella che mantiene l’apparenza della libertà; in questo modo si cattura persino la volontà stessa dell’altro. Quel povero bambino, che non sa nulla, che non può nulla, che non conosce nulla, non è forse completamente a vostra disposizione? Non disponete forse di tutto ciò che lo circonda? Non siete voi il padrone che decide come lui debba agire? I suoi compiti, i suoi giochi, i suoi piaceri, le sue sofferenze, tutto non è forse nelle vostre mani, senza che lui se ne accorga? Senza dubbio, lui deve fare soltanto ciò che vuole, ma può volere soltanto ciò che voi desiderate che faccia. Non può compiere un solo passo senza che voi lo abbiate previsto; non può aprire bocca senza che voi sappiate cosa dirà.
È allora che potrà dedicarsi agli esercizi fisici richiesti dalla sua età, senza intorpidire la sua mente; è allora che, invece di affinare la propria astuzia per eludere un dominio scomodo, lo vedrete occuparsi unicamente nel trarre da tutto ciò che lo circonda il vantaggio più grande per il suo benessere attuale; è allora che rimarrete sorpresi dalla sottigliezza delle sue invenzioni, capaci di fargli ottenere tutti gli oggetti a cui può arrivare, e di permettergli di godere veramente delle cose senza l’aiuto dell’opinione altrui.
Lasciandolo così padrone delle sue volontà, non incoraggerete i suoi capricci. Facendo sempre solo ciò che gli conviene, presto inizierà a fare ciò che deve fare; e, anche se il suo corpo è costantemente in movimento, finché si tratterà del suo interesse presente e concreto, vedrete tutta la razionalità di cui è capace svilupparsi molto meglio e in modo molto più appropriato a lui, rispetto a quando si dedica ad studi puramente speculativi.
Ainsi, ne vous voyant point attentif à le contrarier, ne se défiant point de vous, n’ayant rien à vous cacher, il ne vous trompera point, il ne vous mentira point ; il se montrera tel qu’il est sans crainte ; vous pourrez l’étudier tout à votre aise, et disposer tout autour de lui les leçons que vous voulez lui donner, sans qu’il pense jamais en recevoir aucune.
Il n’épiera point non plus vos moeurs avec une curieuse jalousie, et ne se fera point un plaisir secret de vous prendre en faute. Cet inconvénient que nous prévenons est très grand. Un des premiers soins des enfants est, comme je l’ai dit, de découvrir le faible de ceux qui les gouvernent. Ce penchant porte à la méchanceté, mais il n’en vient pas : il vient du besoin d’éluder une autorité qui les importune. Surchargés du joug qu’on leur impose, ils cherchent à le secouer ; et les défauts qu’ils trouvent dans les maîtres leur fournissent de bons moyens pour cela. Cependant l’habitude se prend d’observer les gens par leurs défauts, et de se plaire à leur en trouver. Il est clair que voilà encore une source de vices bouchée dans le coeur d’Émile ; n’ayant nul intérêt à me trouver des défauts, il ne m’en cherchera pas, et sera peu tenté d’en chercher à d’autres.
Toutes ces pratiques semblent difficiles, parce qu’on ne s’en avise pas ; mais dans le fond elles ne doivent point l’être. On est en droit de vous supposer les lumières nécessaires pour exercer le métier que vous avez choisi ; on doit présumer que vous connaissez la marche naturelle du coeur humain, que vous savez étudier l’homme et l’individu ; que vous savez d’avance à quoi se pliera la volonté de votre élève à l’occasion de tous les objets intéressants pour son âge que vous ferez passer sous ses yeux. Or, avoir les instruments, et bien savoir leur usage, n’est-ce pas être maître de l’opération ?
Vous objecterez les caprices de l’enfant ; et vous avez tort. Le caprice des enfants n’est jamais l’ouvrage de la nature, mais d’une mauvaise discipline : c’est qu’ils ont obéi ou commandé ; et j’ai dit cent fois qu’il ne fallait ni l’un ni l’autre. Votre élève n’aura donc de caprices que ceux que vous lui aurez donnés : il est juste que vous portiez la peine de vos fautes. Mais, direz-vous, comment y remédier ? Cela se peut encore, avec une meilleure conduite et beaucoup de patience.
Je m’étais chargé, durant quelques semaines, d’un enfant accoutumé non seulement à faire ses volontés, mais encore à les faire faire à tout le monde, par conséquent plein de fantaisie[342]. Dès le premier jour, pour mettre à l’essai ma complaisance, il voulut se lever à minuit, Au plus fort de mon sommeil, il saute à bas de son lit, prend sa robe de chambre et m’appelle. Je me lève, j’allume la chandelle ; il n’en voulait pas davantage ; au bout d’un quart d’heure le sommeil le gagne, et il se recouche, content de son épreuve. Deux jours après, il la réitère avec le même succès, et de ma part sans le moindre signe d’impatience. Comme il m’embrassait en se recouchant, je lui dis très posément : Mon petit ami, cela va fort bien, mais n’y revenez plus. Ce mot excita sa curiosité, et dès le lendemain, voulant voir un peu comment j’oserais lui désobéir, il ne manqua pas de se relever à la même heure, et de m’appeler. Je lui demandai ce qu’il voulait. Il me dit qu’il ne pouvait dormir. Tant pis, repris-je, et je me tins coi. Il me pria d’allumer la chandelle. Pourquoi faire ? et je me tins coi. Ce ton laconique commençait à l’embarrasser. Il s’en fut à tâtons chercher le fusil qu’il fit semblant de battre, et je ne pouvais m’empêcher de rire en l’entendant se donner des coups sur les doigts. Enfin, bien convaincu qu’il n’en viendrait pas à bout, il m’apporta le briquet à mon lit ; je lui dis que je n’en avais que faire, et me tournai de l’autre côté. Alors il se mit à courir étourdiment par la chambre, criant, chantant, faisant beaucoup de bruit, se donnant, à la table et aux chaises, des coups qu’il avait grand soin de modérer, et dont il ne laissait pas de crier bien fort, espérant me causer de l’inquiétude. Tout cela ne prenait point ; et je vis que, comptant sur de belles exhortations ou sur de la colère, il ne s’était nullement arrangé pour ce sang-froid.
Cependant, résolu de vaincre ma patience à force d’opiniâtreté, il continua son tintamarre avec un tel succès, qu’à la fin je m’échauffai ; et, pressentant que j’allais tout gâter par un emportement hors de propos, je pris mon parti d’une autre manière. Je me levai sans rien dire, j’allai au fusil que je ne trouvai point ; je le lui demande, il me le donne, pétillant de joie d’avoir enfin triomphé de moi. Je bats le fusil, j’allume la chandelle, je prends par la main mon petit bonhomme, je le mène tranquillement dans un cabinet voisin dont les volets étaient bien fermés, et où il n’y avait rien à casser : je l’y laisse sans lumière ; puis, fermant sur lui la porte à la clef, je retourne me coucher sans lui avoir dit un seul mot. Il ne faut pas demander si d’abord il y eut du vacarme, je m’y étais attendu : je ne m’en émus point. Enfin le bruit s’apaise ; j’écoute, je l’entends s’arranger, je me tranquillise. Le lendemain, j’entre au jour dans le cabinet ; je trouve mon petit mutin couché sur un lit de repos, et dormant d’un profond sommeil, dont, après tant de fatigue, il devait avoir grand besoin.
L’affaire ne finit pas là. La mère apprit que l’enfant avait passé les deux tiers de la nuit hors de son lit. Aussitôt tout fut perdu, c’était un enfant autant que mort. Voyant l’occasion bonne pour se venger, il fit le malade, sans prévoir qu’il n’y gagnerait rien. Le médecin fut appelé. Malheureusement pour la mère, ce médecin était un plaisant, qui, pour s’amuser de ses frayeurs, s’appliquait à les augmenter. Cependant il me dit à l’oreille : Laissez-moi faire, je vous promets que l’enfant sera guéri pour quelque temps de la fantaisie d’être malade. En effet, la diète et la chambre furent prescrites, et il fut recommandé à l’apothicaire. Je soupirais de voir cette pauvre mère ainsi la dupe de tout ce qui l’environnait, excepté moi seul, qu’elle prit en haine, précisément parce que je ne la trompais pas.
Après des reproches assez durs, elle me dit que son fils était délicat, qu’il était l’unique héritier de sa famille, qu’il fallait le conserver à quelque prix que ce fût, et qu’elle ne voulait pas qu’il fût contrarié. En cela j’étais bien d’accord avec elle ; mais elle entendait par le contrarier ne lui pas obéir en tout. Je vis qu’il fallait prendre avec la mère le même ton qu’avec l’enfant. Madame, lui dis-je assez froidement, je ne sais point comment on élève un héritier, et, qui plus est, je ne veux pas l’apprendre ; vous pouvez vous arranger là-dessus. On avait besoin de moi pour quelque temps encore : le père apaisa tout ; la mère écrivit au précepteur de hâter son retour ; et l’enfant, voyant qu’il ne gagnait rien à troubler mon sommeil ni à être malade, prit enfin le parti de dormir lui-même et de se bien porter.
On ne saurait imaginer à combien de pareils caprices le petit tyran avait asservi son malheureux gouverneur ; car l’éducation se faisait sous les yeux de la mère, qui ne souffrait pas que l’héritier fût désobéi en rien. À quelque heure qu’il voulût sortir, il fallait être prêt pour le mener, ou plutôt pour le suivre, et il avait toujours grand soin de choisir le moment où il voyait son gouverneur le plus occupé. Il voulut user sur moi du même empire, et se venger le jour du repos qu’il était forcé de me laisser la nuit. Je me prêtai de bon coeur à tout, et je commençai par bien constater à ses propres yeux le plaisir que j’avais à lui complaire ; après cela, quand il fut question de le guérir de sa fantaisie, je m’y pris autrement.
Il fallut d’abord le mettre dans son tort, et cela ne fut pas difficile. Sachant que les enfants ne songent jamais qu’au présent, je pris sur lui le facile avantage de la prévoyance ; j’eus soin de lui procurer au logis un amusement que je savais être extrêmement de son goût ; et, dans le moment où je l’en vis le plus engoué, j’allai lui proposer un tour de promenade ; il me renvoya bien loin ; j’insistai, il ne m’écouta pas ; il fallut me rendre, et il nota précieusement en lui-même ce signe d’assujettissement.
Therefore, since he sees no reason to oppose you, feels no fear of you, and has nothing to hide from you, he will not deceive you or lie to you; he will show himself as he really is, without any apprehension. You can study him at your leisure and arrange whatever lessons you wish to teach him around him, without his ever realizing that he is receiving them.
He will not also spy on your manners out of curious jealousy, nor will he take secret pleasure in finding you in fault. This inconvenience, which we are warning you about, is very serious indeed. One of the first things children do, as I have said, is to discover the weaknesses of those who govern them. Such a tendency leads to malice—but it does not actually arise from malice itself; rather, it stems from the need to evade an authority that bothers them. Overburdened by the yoke imposed upon them, they seek to shake it off; and the faults they find in their masters provide them with good means to do so. However, once a person becomes accustomed to observing others through their shortcomings, they begin to take pleasure in discovering them. Clearly, this is another source of vice that can be prevented in the heart of a child like Émile. Since he has no interest in finding faults in me, he will not seek to do so, and will therefore be less inclined to look for them in others.
All these practices seem difficult because one is not aware of them; but in reality, they should not be so. It is reasonable to assume that you possess the necessary knowledge to pursue the profession you have chosen; it must be presumed that you understand the natural workings of the human heart, that you know how to study people and individuals; that you are well aware of how your student’s will will be influenced by all those things relevant to their age that you present before them. And surely, having the necessary tools and knowing how to use them means being in control of the entire process.
You will object to the whims of children; and you are wrong. The whims of children are never the result of nature, but rather of poor discipline—because they have either obeyed or commanded others; and I have said a hundred times that neither is acceptable. Therefore, your student will only exhibit those whims that you yourself have instilled in him: it is only fair that you should bear the consequences of your own mistakes. But you may ask, how can this be remedied? It is still possible, through better behavior and great patience.
For a few weeks, I was in charge of a child who was not only accustomed to getting his own way but also made everyone else do what he wanted, which meant he was full of whims[342]. From the very first day, in order to test my compliance, he wanted to get up at midnight. In the midst of my deepest sleep, he would jump out of bed, put on his robe, and call for me. I would get up and light a candle; but that was not enough for him. After about fifteen minutes, sleep would overtake him, and he would go back to bed, satisfied with his test. Two days later, he repeated it with the same success—and on my part, without the slightest sign of impatience. When he kissed me before going back to bed, I said very calmly, “My little friend, that’s very well, but don’t do it again.” This word piqued his curiosity. The next day, eager to see how I would dare disobey him, he got up at the same time and called for me again. I asked him what he wanted; he said he couldn’t sleep. “Well, that’s too bad,” I replied, and I stayed silent. He asked me to light a candle. “Why bother?” I said, and remained silent again. This laconic response began to annoy him. He went around in the dark, pretending to search for a gun; I couldn’t help but laugh when I heard him hitting himself on his fingers. Finally, realizing that he wouldn’t succeed, he brought the lighter to my bed; I told him I didn’t need it and turned away. Then he started running around the room wildly, shouting, singing, making a lot of noise, and hitting tables and chairs—taking care to moderate the force of his blows, but still crying out in pain, hoping to worry me. But none of this worked; it was clear that he hadn’t prepared at all for such composure on my part, relying instead on some persuasive words or anger.
However, determined to overcome my patience through his obstinacy, he continued his noise-making with such success that in the end I became irritated; and realizing that an outburst of anger would ruin everything, I decided to take a different approach. I got up without saying a word, went to look for the rifle but could not find it; I asked him for it, and he handed it to me, gleefully delighted at having finally overcome me. I cleaned the rifle, lit a candle, took my little troublemaker by the hand, and led him quietly into a nearby room whose shutters were tightly closed—and where there was nothing that could be broken. I left him there in the dark, then locked the door behind him with a key and went back to bed without saying a word to him. Needless to say, there was a lot of noise at first; I had expected it, but it didn’t bother me at all. Eventually, the noise subsided; I listened—and heard him settling down peacefully. The next day, when I entered the room in the light of day, I found my little troublemaker lying on a bed, fast asleep after such exertion. He must have needed it very much.
The matter did not end there. The mother learned that the child had spent two-thirds of the night away from his bed. Instantly, everything was lost; the child was as good as dead. Seeing this as an opportunity to take revenge, he pretended to be ill, without realizing that he would gain nothing from it. A doctor was called. Unfortunately for the mother, this doctor was a man who took pleasure in aggravating her fears in order to amuse himself. However, he whispered to me: “Let me handle this; I promise you the child will be cured of this imaginary illness for a while.” Indeed, a diet and bed rest were prescribed, and the mother was also advised to consult a pharmacist. I sighed at seeing how this poor woman was deceived by everything around her—except for me alone, whom she came to hate precisely because I never deceived her.
After some rather harsh reproaches, she told me that her son was delicate, that he was the only heir to his family, and that he had to be protected at all costs; she also said she did not want him to suffer any distress. In that regard, I completely agreed with her; but by “suffering distress,” she meant that we should not obey him in every little thing. I realized that we had to address the mother in exactly the same tone as we did the child. “Madam,” I said rather coldly, “I have no idea how one raises an heir, and moreover, I have no desire to learn. You can arrange things on your own.” We still needed my help for some time; the father calmed everything down; the mother wrote to the tutor asking him to return as soon as possible; and the child, realizing that he gained nothing by disturbing my sleep or falling ill, finally decided to go to bed on time and stay healthy.
One could never imagine to what extent this little tyrant had subjected his unfortunate governor to such whims; for education took place in the mother’s presence, who would not tolerate any disobedience on the part of the heir. No matter at what time he wished to go out, everyone had to be ready to accompany him—or rather, to follow him—and he always took great care to choose moments when his governor was most occupied. He tried to exercise the same authority over me and sought to take his revenge on the very days when he was forced to leave me alone at night. I willingly complied with everything, and first of all, I made sure that he saw for himself how much pleasure I took in pleasing him. After that, when it came time to cure him of his caprices, I approached the matter in a different way.
It was first necessary to make him seem in the wrong, and that was not difficult at all. Knowing that children never think except about the present moment, I took the easy advantage of being prepared in advance; I made sure to provide him with entertainment at home that I knew he would greatly enjoy; and just when I saw him most engrossed in it, I offered to take him for a walk. He sent me away far away; I insisted, but he wouldn’t listen; I had no choice but to leave, and he carefully noted this sign of submission in his mind.
Pertanto, non vedendovi interessati a contraddirlo, non temendo di voi e non avendo nulla da nascondervi, non vi ingannerà né vi mentirà; si mostrerà tale quale è, senza alcuna paura; potrete studiarlo tranquillamente e impostargli tutte le lezioni che desiderate, senza che lui nemmeno sospetti di riceverle.
Non spia nemmeno i vostri comportamenti con una curiosità gelosa, né si compiace segretamente nel trovarvi in fallo. Questo inconveniente, che noi preveniamo, è molto grave. Uno dei primi compiti dei bambini, come ho detto, è scoprire i punti deboli di coloro che li governano. Questa tendenza conduce alla malvagità, ma non ne deriva necessariamente: nasce dal bisogno di eludere un’autorità che li infastidisce. Sopraffatti dal giogo che viene loro imposto, cercano di scuoterlo; e i difetti che trovano nei loro educatori gli forniscono i mezzi per farlo. Tuttavia, si sviluppa l’abitudine di osservare le persone attraverso i loro difetti e di prendersi piacere nel trovarne. È evidente che anche questa rappresenta una fonte di vizi. Ma nel cuore di Émile tale abitudine è stata prevenuta: non avendo alcun interesse a trovare difetti in me, non ne cercherà, e sarà poco tentato di cercarli negli altri.
Tutte queste pratiche sembrano difficili, perché non se ne è consapevoli; ma in realtà non dovrebbero esserlo. Si ha il diritto di presumere che siate dotati delle conoscenze necessarie per svolgere la professione che avete scelto; si deve dare per scontato che conosciate il funzionamento naturale del cuore umano, che sappiate studiare l’uomo e l’individuo, e che possiate prevedere in anticipo a cosa cederà la volontà dei vostri allievi di fronte a tutti gli argomenti interessanti per la loro età che mostrerete loro. Ora, disporre degli strumenti necessari e conoscerne bene l’uso, non significa forse essere padroni dell’intera operazione?
Obietterete ai capricci dei bambini. E avrete torto. I capricci dei bambini non sono mai il risultato dell’azione della natura, ma di una cattiva disciplina: significa che hanno obbedito o comandato. E ho detto centinaia di volte che né l’una né l’altra cosa è giusta. Quindi, il vostro allievo avrà soltanto quei capricci che voi gli avrete insegnato. È giusto che siate voi a subire le conseguenze dei vostri errori. Ma come si può rimediare? È ancora possibile, con un comportamento migliore e molta pazienza.
Per alcune settimane mi sono occupato di un bambino abituato non solo a fare ciò che voleva lui stesso, ma anche a far fare agli altri ciò che desiderava; quindi, era pieno di fantasia[342]. Già dal primo giorno, per mettere alla prova la mia disponibilità, volle alzarsi a mezzanotte. Nel bel mezzo del mio sonno, saltò giù dal letto, indossò la vestaglia e mi chiamò. Mi alzai, accesi la candela; lui non desiderava nulla di più. Dopo un quarto d’ora, il sonno lo vinse e si rimise a letto, soddisfatto della sua “prova”. Due giorni dopo, ripeté l’esperimento con lo stesso successo, e da parte mia non ci fu alcun segno di impazienza. Mentre mi baciava prima di tornare a letto, gli dissi molto seriamente: “Mio caro, va tutto bene, ma non provarci più.” Queste parole suscitarono la sua curiosità; il giorno dopo, volendo vedere come avrei osato disobbedirgli, si alzò nuovamente alla stessa ora e mi chiamò. Gli chiesi cosa volesse; mi rispose che non riusciva a dormire. “Peccato,” dissi, e rimasi fermo nel mio atteggiamento. Mi pregò di accendere la candela, “Perché farlo?” risposi, e continuai a stare fermo. Quel tono laconico iniziò a metterlo a disagio. Allora cercò a tentoni il fucile che fingeva di voler usare; non potei fare a meno di ridere sentendolo colpire se stesso sulle dita. Alla fine, convinto che non avrebbe ottenuto nulla, portò il “fucile” fino al mio letto; gli dissi che non ne avevo bisogno e mi girai dall’altra parte. Allora iniziò a correre per la stanza, gridando, cantando, facendo molto rumore, si colpiva con le sedie e con i mobili, cercando di non farsi troppo male, ma urlava comunque ad alta voce, nella speranza di mettermi in ansia. Tutto questo non ebbe alcun effetto; capii che, contando su belle esortazioni o sulla mia rabbia, non si era affatto preparato a fronteggiare una situazione del genere.
Tuttavia, deciso a vincere la mia pazienza con la sua ostinazione, continuò con tale successo nel suo baccano che alla fine mi arrabbiai; e, prevendo che avrei rovinato tutto con un accesso di collera inopportuno, decisi di agire in modo diverso. Mi alzai senza dire nulla, andai a prendere il fucile, ma non lo trovai; glielo chiesi, me lo diede, felice di essersi finalmente imposto su di me. Pulii il fucile, accesi una candela, presi per mano il mio piccolo monello e lo portai tranquillamente in una stanza vicina le cui persiane erano ben chiuse, e dove non c’era nulla che potesse essere rotto; lo lasciai lì al buio, poi chiusi la porta a chiave e tornai a letto senza dirgli una parola. Non c’è bisogno di chiedere se all’inizio ci fu del trambusto, me l’aspettavo; non mi infastidii affatto. Alla fine il rumore si placò; ascoltai, lo sentii sistemarsi e mi tranquillizzai. Il giorno dopo, entrai nella stanza al chiaro di giorno: trovai il mio piccolo monello sdraiato su un letto e addormentato profondamente, dopo tanta fatica, doveva averne davvero bisogno.
La faccenda non finì lì. La madre scoprì che il bambino aveva trascorso due terzi della notte al di fuori del suo letto. All’istante, tutto fu perduto: quel bambino era praticamente morto. Vedendo l’occasione perfetta per vendicarsi, fingette di essere malato, senza rendersi conto che non avrebbe ottenuto nulla in cambio. Fu chiamato il medico. Sfortunatamente per la madre, quel medico era un individuo crudele e divertito dall’angoscia della donna; anzi, si impegnò addirittura ad aumentarla ancora di più. Tuttavia, mi sussurrò all’orecchio: “Lasciate fare a me. Vi prometto che il bambino guarirà, almeno per un po’, da questa fantasia di essere malato”. Infatti, vennero prescritte una dieta specifica e raccomandati alcuni rimedi dall’apotecario. Sospiravo nel vedere quella povera madre ingannata da tutto ciò che la circondava, tranne che da me, che invece non la ingannavo affatto. Ed è proprio per questo che lei iniziò a odiarmi.
Dopo alcune rimproveri piuttosto duri, mi disse che suo figlio era delicato, l’unico erede della sua famiglia, e che doveva essere protetto a tutti i costi; inoltre, non voleva che subisse alcun disagio. In questo ero completamente d’accordo con lei; tuttavia, per lei “disagio” significava non obbedirgli in tutto. Capii quindi che dovevo usare lo stesso tono sia con la madre che con il figlio. Le dissi piuttosto freddamente: “Signora, non so come si educhi un erede, e, per di più, non ho alcuna intenzione di impararlo; potete arrangiarvi da sola.” Avevamo ancora bisogno di me per un po’; il padre calmò la situazione, la madre scrisse al precettore chiedendogli di tornare il prima possibile. E il ragazzo, vedendo che non guadagnava nulla a disturbare il mio sonno o ad ammalarsi, decise finalmente di dormire tranquillamente e di stare in salute.
Si potrebbe solo immaginare a quanti simili capricci quel piccolo tiranno avesse sottomesso il suo sfortunato governante; infatti, l’educazione avveniva sotto gli occhi della madre, la quale non tollerava che l’erede disobbedisse in alcun modo. A qualsiasi ora volesse uscire, bisognava essere pronti per accompagnarlo, o meglio, per seguirlo; e lui faceva sempre molta attenzione a scegliere il momento in cui vedeva il suo governante più occupato. Volle esercitare lo stesso potere su di me e vendicarsi del tempo libero che era costretto a lasciarmi di notte. Io mi adattai volentieri a tutto, e cominciai per prima cosa a fargli vedere con i suoi stessi occhi quanto mi divertisse compiacerlo; in seguito, quando arrivò il momento di “curarlo” da quella sua fantasia, presi un approccio diverso.
Prima di tutto, fu necessario dimostrargli di avere torto, e questo non fu difficile. Sapendo che i bambini pensano sempre solo al presente, approfittai della mia superiorità nella previdenza; mi assicurai che trovasse in casa un divertimento che sapevo essere molto a suo gusto; e nel momento in cui lo vidi più coinvolto in quel divertimento, gli proposi di fare una passeggiata; lui mi rispose con decisione di no; insistei, ma non mi ascoltò; alla fine dovetti arrendermi, e lui annotò accuratamente questo segno di sottomissione dentro di sé.
Le lendemain ce fut mon tour. Il s’ennuya, j’y avais pourvu ; moi, au contraire, je paraissais profondément occupé. Il n’en fallait pas tant pour le déterminer. Il ne manqua pas de venir m’arracher à mon travail pour le mener promener au plus vite. Je refusai ; il s’obstina. Non, lui dis-je ; en faisant votre volonté vous m’avez appris à faire la mienne : je ne veux pas sortir. Eh bien, reprit-il vivement, je sortirai tout seul. Comme vous voudrez. Et je reprends mon travail.
Il s’habille, un peu inquiet de voir que je le laissais faire et que je ne l’imitais pas. Prêt à sortir, il vient me saluer ; je le salue ; il tâche de m’alarmer par le récit des courses qu’il va faire ; à l’entendre, on eût cru qu’il allait au bout du monde. Sans m’émouvoir, je lui souhaite un bon voyage. Son embarras redouble. Cependant il fait bonne contenance, et, prêt à sortir, il dit à son laquais de le suivre. Le laquais, déjà prévenu, répond qu’il n’a pas le temps, et qu’occupé par mes ordres, il doit m’obéir plutôt qu’à lui. Pour le coup l’enfant n’y est plus. Comment concevoir qu’on le laisse sortir seul, lui qui se croit l’être important à tous les autres, et pense que le ciel et la terre sont intéressés à sa conservation ? Cependant il commence à sentir sa faiblesse ; il comprend qu’il se va trouver seul au milieu de gens qui ne le connaissent pas ; il voit d’avance les risques qu’il va courir ; l’obstination seule le soutient encore ; il descend l’escalier lentement et fort interdit. Il entre enfin dans la rue, se consolant un peu du mal qui lui peut arriver par l’espoir qu’on m’en rendra responsable.
C’était là que je l’attendais. Tout était préparé d’avance ; et comme il s’agissait d’une espèce de scène publique, je m’étais muni du consentement du père. À peine avait-il fait quelques pas, qu’il entend à droite et à gauche différents propos sur son compte. Voisin, le joli monsieur ! où va-t-il ainsi tout seul ? il va se perdre ; je veux le prier d’entrer chez nous. Voisine, gardez-vous-en bien. Ne voyez-vous pas que c’est un petit libertin qu’on a chassé de la maison de son père parce qu’il ne voulait rien valoir ? Il ne faut pas retirer les libertins ; laissez-le aller où il voudra. Eh bien donc ! que Dieu le conduise ! je serais fâchée qu’il lui arrivât malheur. Un peu plus loin, il rencontre des polissons à peu près de son âge, qui l’agacent et se moquent de lui. Plus il avance, plus il trouve d’embarras. Seul et sans protection, il se voit le jouet de tout le monde, et il éprouve avec beaucoup de surprise que son noeud d’épaule et son parement d’or ne le font pas plus respecter.
Cependant un de mes amis, qu’il ne connaissait point, et que j’avais chargé de veiller sur lui, le suivait pas à pas sans qu’il y prît garde, et l’accosta quand il en fut temps. Ce rôle, qui ressemblait à celui de Sbrigani dans Pourceaugnac, demandait un homme d’esprit, et fut parfaitement rempli. Sans rendre l’enfant timide et craintif en le frappant d’un trop grand effroi, il lui fit si bien sentir l’imprudence de son équipée, qu’au bout d’une demi-heure il me le ramena souple, confus, et n’osant lever les yeux.
Pour achever le désastre de son expédition, précisément au moment qu’il rentrait, son père descendait pour sortir, et le rencontra sur l’escalier. Il fallut dire d’où il venait et pourquoi je n’étais pas avec lui[343]. Le pauvre enfant eût voulu être cent pieds sous terre. Sans s’amuser à lui faire une longue réprimande, le père lui dit plus sèchement que je ne m’y serais attendu : Quand vous voudrez sortir seul, vous en êtes le maître ; mais, comme je ne veux point d’un bandit dans ma maison, quand cela vous arrivera, ayez soin de n’y plus rentrer.
Pour moi, je le reçus sans reproche et sans raillerie, mais avec un peu de gravité ; et de peur qu’il ne soupçonnât que tout ce qui s’était passé n’était qu’un jeu, je ne voulus point le mener promener le même jour. Le lendemain je vis avec grand plaisir qu’il passait avec moi d’un air de triomphe devant les mêmes gens qui s’étaient moqués de lui la veille pour l’avoir rencontré tout seul. On conçoit bien qu’il ne me menaça plus de sortir sans moi.
C’est par ces moyens et d’autres semblables que, durant le peu de temps que je fus avec lui, je vins à bout de lui faire faire tout ce que je voulais sans lui rien prescrire, sans lui rien défendre, sans sermons, sans exhortations, sans l’ennuyer de leçons inutiles. Aussi, tant que je parlais, il était content ; mais mon silence le tenait en crainte ; il comprenait que quelque chose n’allait pas bien, et toujours la leçon lui venait de la chose même. Mais revenons.
Non seulement ces exercices continuels, ainsi laissés à la seule direction de la nature, en fortifiant le corps, n’abrutissent point l’esprit ; mais au contraire ils forment en nous la seule espèce de raison dont le premier âge soit susceptible, et la plus nécessaire à quelque âge que ce soit. Ils nous apprennent à bien connaître l’usage de nos forces, les rapports de nos corps aux corps environnants, l’usage des instruments naturels qui sont à notre portée et qui conviennent à nos organes. Y a-t-il quelque stupidité pareille à celle d’un enfant élevé toujours dans la chambre et sous les yeux de sa mère, lequel, ignorant ce que c’est que poids et que résistance, veut arracher un grand arbre, ou soulever un rocher ? La première fois que je sortis de Genève, je voulais suivre un cheval au galop, je jetais des pierres contre la montagne de Salève qui était à deux lieues de moi ; jouet de tous les enfants du village, j’étais un véritable idiot pour eux. À dix-huit ans on apprend en philosophie ce que c’est qu’un levier : il n’y a point de petit paysan à douze qui ne sache se servir d’un levier mieux que le premier mécanicien de l’Académie. Les leçons que les écoliers prennent entre eux dans la cour du collège leur sont cent fois plus utiles que tout ce qu’on leur dira jamais dans la classe.
Voyez un chat entrer pour la première fois dans une chambre ; il visite, il regarde, il flaire, il ne reste pas un moment en repos, il ne se fie à rien qu’après avoir tout examiné, tout connu. Ainsi fait un enfant commençant à marcher, et, entrant pour ainsi dire dans l’espace du monde. Toute la différence est qu’à la vue, commune à l’enfant et au chat, le premier joint, pour observer, les mains que lui donna la nature, et l’autre l’odorat subtil dont elle l’a doué. Cette disposition, bien ou mal cultivée, est ce qui rend les enfants adroits ou lourds, pesants ou dispos, étourdis ou prudents.
Les premiers mouvements naturels de l’homme étant donc de se mesurer avec tout ce qui l’environne, et d’éprouver dans chaque objet qu’il aperçoit toutes les qualités sensibles qui peuvent se rapporter à lui, sa première étude est une sorte de physique expérimentale relative à sa propre conservation, et dont on le détourne par des études spéculatives avant qu’il ait reconnu sa place ici-bas. Tandis que ses organes délicats et flexibles peuvent s’ajuster aux corps sur lesquels ils doivent agir, tandis que ses sens encore purs sont exempts d’illusion, c’est le temps d’exercer les uns et les autres aux fonctions qui leur sont propres ; c’est le temps d’apprendre à connaître les rapports sensibles que les choses ont avec nous. Comme tout ce qui entre dans l’entendement humain y vient par les sens, la première raison de l’homme est une raison sensitive ; c’est elle qui sert de base à la raison intellectuelle : nos premiers maîtres de philosophie sont nos pieds, nos mains, nos yeux. Substituer des livres à tout cela, ce n’est pas nous apprendre à raisonner, c’est nous apprendre à nous servir de la raison d’autrui ; c’est nous apprendre à beaucoup croire, et à ne jamais rien savoir.
Pour exercer un art, il faut commencer par s’en procurer les instruments, et, pour pouvoir employer utilement ces instruments, il faut les faire assez solides pour résister à leur usage. Pour apprendre à penser, il faut donc exercer nos membres, nos sens, nos organes, qui sont les instruments de notre intelligence ; et pour tirer tout le parti possible de ces instruments, il faut que le corps, qui les fournit, soit robuste et sain. Ainsi, loin que la véritable raison de l’homme se forme indépendamment du corps, c’est la bonne constitution du corps qui rend les opérations de l’esprit faciles et sûres.
The next day, it was my turn. He got bored—I had taken care of that; on the other hand, I seemed to be deeply engrossed in my work. It didn’t take much to provoke him. He didn’t hesitate to come and interrupt me to take me for a walk as soon as possible. I refused; he insisted. “No,” I said, “by obeying your will, you have taught me to follow my own: I don’t want to go out.” “Well,” he replied quickly, “I’ll go out alone then.” “As you wish.” And I resumed my work.
He gets dressed, somewhat uneasy at the thought that I am allowing him to do so without imitating his actions myself. Ready to leave, he comes to greet me; I return his greeting. He tries to frighten me by describing the long journeys he is about to undertake—listening to him, one might think he was heading to the ends of the earth. Unperturbed, I wish him a safe journey. His embarrassment doubles. Nevertheless, he tries to maintain composure and, ready to go, tells his servant to follow him. The servant, who had already been informed in advance, replies that he has no time and that, being occupied with my orders, he must obey me rather than his master. At this point, the boy is completely at a loss. How can it be possible that I allow him to go out alone, when he believes himself so important to everyone else and thinks that the very fate of heaven and earth depends on his survival? Yet he begins to realize his own weakness; he understands that he will soon find himself alone among people who do not know him; he foresees the dangers awaiting him. Only sheer stubbornness keeps him going as he slowly descends the stairs, deeply troubled. Finally, he steps into the street, somewhat consoling himself at the thought that whatever misfortune may happen to him, I will surely be held responsible for it.
That was where I was waiting for him. Everything had been prepared in advance; and since it was sort of a public occasion, I had obtained the father’s consent beforehand. As soon as he took a few steps, he heard various remarks about him from all sides. “Oh, that nice young man! Where is he going all by himself? He’ll get lost—I’d like to ask him to come in and stay with us.” “Be careful, neighbor—don’t you see that he’s just a little rascal who was driven away from his father’s home because he refused to behave properly? Don’t give such people any support; let them go wherever they want. Well then, may God guide him! I’d be sorry if anything bad happened to him.” A little further on, he met some mischievous boys about his age who annoyed and mocked him. The more he walked, the more troubles he encountered. Alone and without protection, he became the plaything of everyone around him—and to his great surprise, neither his shoulder strap nor his gold trim made him any more respected.
However, one of my friends, whom he did not know and whom I had entrusted with watching over him, followed him step by step without his noticing it, and approached him at the right moment. This role, which resembled that of Sbrigani in Pourceaugnac, required a man of wit, and it was performed perfectly. Without making the child timid or fearful by instilling too much dread in him, he effectively made him realize the imprudence of his actions. Half an hour later, he brought me back a subdued, confused child who did not dare to lift his eyes.
To add to the disaster of his expedition, just as he was returning home, his father came down the stairs to go out and met him there. It was necessary to explain where he had been and why I wasn’t with him[343]. The poor child would have wished to be a hundred feet underground. Without taking the time to give him a long reprimand, his father said something much more sternly than I had expected: “When you want to go out alone, you are in charge of that; but since I don’t want a ‘thief’ in my house, when that happens, make sure not to come back.”
For me, I received it without any reproaches or mockery, but with a certain seriousness; and out of fear that he might suspect that all that had happened was just a game, I did not want to take him for a walk on the same day. The next day, to my great delight, I saw him walking with me, looking triumphant in front of the very same people who had laughed at him the previous day for being seen alone with me. It is easy to understand that he no longer threatened to go out without me.
It was through these means and others similar to them that, during the short time I spent with him, I managed to get him to do everything I wanted without prescribing anything for him, without forbidding him anything, without sermons, without exhortations, and without bothering him with unnecessary lessons. Thus, as long as I spoke, he was happy; but my silence made him fearful; he realized that something was not right, and always, the lesson came to him from the very thing happening. But let’s get back on track.
Not only do these continuous exercises, when left entirely to the guidance of nature, strengthen the body without dulling the mind; on the contrary, they cultivate within us the very kind of reason that is appropriate for early childhood—and indeed the most essential kind of reason at any age. They teach us how to make proper use of our physical strength, how our bodies interact with those around them, and how to utilize the natural tools within reach that are suited to our bodily functions. Is there anything more foolish than a child raised solely indoors, always under the watchful eye of its mother? Such a child, ignorant of what weight and resistance mean, might attempt to uproot a large tree or lift a rock. The first time I left Geneva, I tried to chase a galloping horse by throwing stones at the Salève mountain, which was two miles away from me. For the children of the entire village, I was nothing but a plaything; to them, I was a complete idiot. At eighteen years old, one learns in philosophy what a lever is—yet there isn’t a twelve-year-old peasant who can’t use a lever better than any skilled mechanic at the Academy. The lessons that students exchange with each other in the schoolyard are a hundred times more useful to them than anything taught in the classroom.
Observe a cat entering a room for the first time; it explores, looks around, sniffs everything—it doesn’t stay still for a moment, and it trusts nothing until it has examined and understood everything. A child learning to walk does much the same, as it were, stepping into the world. The only difference is that while both child and cat use sight, the child also employs the hands that nature has given it for observation, whereas the cat relies on its keen sense of smell. This ability, whether well or poorly developed, determines whether a child will be agile or clumsy, lively or sluggish, careless or cautious.
Therefore, since man’s initial natural movements consist in measuring himself against everything around him and perceiving in every object he sees all those sensible qualities that may be related to him, his first form of study is a kind of experimental physics concerning his own survival—yet this path is often diverted by speculative inquiries before he has even come to understand his place in this world. While his delicate and flexible organs can adapt to the objects upon which they must act, while his senses are still pure and free from illusion, now is the time to train them in their proper functions; now is the time to learn to recognize the sensible relationships that exist between things and us. Since everything that enters the human mind comes through the senses, man’s primary faculty of reasoning is a sensory one—it is this that serves as the foundation for intellectual reason. Our first “masters of philosophy” are our feet, our hands, our eyes. To replace all of these with books is not to teach us how to reason; it is to teach us to use the reasoning of others—to make us believe too much and know too little.
In order to practice an art, one must first obtain the necessary instruments for it; and in order to use these instruments effectively, they must be made strong enough to withstand the demands of their use. Therefore, in order to learn how to think, we must exercise our limbs, senses, and organs—these being the instruments of our intelligence. And in order to make the most of these instruments, it is essential that the body, which provides them, be robust and healthy. Thus, far from the true reason for human existence being independent of the body, it is rather the proper constitution of the body that makes the operations of the mind easy and reliable.
Il giorno dopo fu il mio turno. Si annoiò; ci avevo pensato io. Io, invece, sembravo profondamente impegnato nel mio lavoro. Non serviva molto per convincerlo. Non esitò a interrompermi per portarmi a fare una passeggiata il prima possibile. Rifiutai; lui insistette. “No”, gli dissi, “facendo la vostra volontà mi avete insegnato a fare la mia. Non voglio uscire.” “Bene”, rispose lui bruscamente, “allora uscirò da solo.” “Come volete, ” E ripresi il mio lavoro.
Si veste, un po’ inquiet nel vedere che lo lascio fare senza imitarlo. Pronto per uscire, viene a salutarmi; gli rispondo al saluto. Cerca di spaventarmi raccontandomi le corse che andrà a fare; ascoltandolo, si sarebbe potuto pensare che stesse andando all’altro capo del mondo. Senza lasciarmi commuovere, gli auguro un buon viaggio. Il suo imbarazzo aumenta; tuttavia cerca di mantenere la calma e, pronto per uscire, dice al suo lacchè di seguirlo. Il lacchè, già avvisato in precedenza, risponde che non ha tempo e che, essendo occupato dai miei ordini, deve obbedirmi piuttosto che a lui. A quel punto il ragazzo perde completamente la fiducia in sé stesso. Come è possibile lasciarlo uscire da solo, lui che si ritiene così importante per tutti gli altri e pensa che il cielo e la terra abbiano interesse alla sua salvezza? Tuttavia inizia a rendersi conto della propria debolezza; capisce di trovarsi solo in mezzo a persone che non lo conoscono; immagina già i rischi che potrebbe correre. Solo la sua ostinazione lo sostiene ancora. Scende le scale lentamente, molto preoccupato. Finalmente esce in strada, consolandosi un po’ del male che potrebbe capitargli con l’idea che io ne sarò ritenuto responsabile.
Era lì che lo aspettavo. Tutto era stato preparato in anticipo; e poiché si trattava di una sorta di “scena pubblica”, avevo ottenuto il consenso del padre. Appena aveva fatto qualche passo, sentì da tutte le parti diversi commenti su di lui: “Complimenti, bel signore! Dove sta andando da solo? Si perderà. Vorrei chiedergli di entrare da noi.” “Ma stia attenta, vicina. Non vede che è un piccolo libertino che hanno cacciato di casa dal padre perché non vuole comportarsi come si deve? Non bisogna aiutare i libertini. Lasciatelo andare dove vuole. Che Dio lo guidi. Mi dispiacerebbe molto se gli succedesse qualcosa di male.” Più avanti, incontrò dei ragazzi della sua età che lo infastidirono e si presero gioco di lui. Man mano che procedeva, trovava sempre più ostacoli. Solo e senza protezione, divenne preda di tutti. E scoprì con grande sorpresa che il suo colletto elegante e i suoi abiti dorati non gli garantivano affatto rispetto.
Tuttavia, uno dei miei amici, che lui non conosceva e a cui avevo incaricato di tenerlo d’occhio, lo seguiva passo dopo passo senza che lui se ne accorgesse, e gli si avvicinò nel momento giusto. Questo ruolo, simile a quello di Sbrigani in “Pourceaugnac”, richiedeva un uomo intelligente e fu svolto alla perfezione. Senza spaventare troppo il ragazzo, facendogli provare un timore eccessivo, gli fece comprendere chiaramente l’imprudenza di quella sua iniziativa; dopo mezz’ora me lo riportò docile, confuso e senza osare alzare lo sguardo.
Per completare il disastro della sua spedizione, proprio nel momento in cui stava tornando a casa, suo padre scese per uscire e lo incontrò sulle scale. Fu necessario spiegargli da dove provenisse e perché non fossi con lui[343]. Povero bambino. Avrebbe voluto essere cento piedi sottoterra. Senza prendersi la briga di rimproverarlo a lungo, suo padre gli disse in modo molto più secco del previsto: “Quando vorrai uscire da solo, sei libero di farlo; ma poiché non voglio che un ‘bandito’ entri in casa mia, quando accadrà, fai attenzione a non tornarci mai più.”
Per quanto mi riguarda, lo accettai senza rimproveri né scherzi, ma con una certa serietà; e per evitare che sospettasse che tutto ciò che era accaduto fosse solo uno scherzo, non volli portarlo a spasso lo stesso giorno. Il giorno dopo vidi con grande piacere che si presentava davanti alle stesse persone che il giorno prima si erano prese gioco di lui per averlo trovato da solo, con un’aria trionfale. È facile capire che da allora non mi minacciò più di uscire senza di me.
Fu attraverso questi mezzi e altri simili che, nel breve periodo in cui trascorsi con lui, riuscii a fargli fare tutto ciò che volevo, senza mai prescrivergli nulla, senza mai proibirgli nulla, senza prediche, senza esortazioni, senza infastidirlo con lezioni inutili. Quindi, finché parlavo, era contento; ma il mio silenzio lo metteva in allarme; capiva che qualcosa non andava per il verso giusto, e sempre la “lezione” gli veniva proprio dalla situazione stessa. Ma torniamo al discorso principale.
Non solo questi esercizi continui, lasciati interamente alla guida della natura, rafforzano il corpo senza intorpidire lo spirito; ma al contrario, sviluppano in noi l’unica forma di ragionamento di cui il giovane è capace e che sia necessaria a qualsiasi età. Ci insegnano a conoscere correttamente l’uso delle nostre forze, i rapporti tra i nostri corpi e quelli che ci circondano, nonché l’utilizzo degli strumenti naturali a nostra disposizione e adatti ai nostri organi. Esiste qualche stupidità paragonabile a quella di un bambino cresciuto sempre in camera da letto, sotto gli occhi della madre: ignaro del concetto di peso e resistenza, cerca di strappare un albero grande o sollevare una roccia. La prima volta che lasciai Ginevra, volevo seguire un cavallo al galoppo; lanciavo pietre contro la montagna di Salève, situata a due miglia da me. Un giocattolo per tutti i bambini del villaggio. Per loro ero davvero uno sciocco. A diciotto anni si impara in filosofia cosa sia un leva: non esiste nessun contadino di dodici anni che non sappia usarla meglio del primo meccanico dell’Accademia. Le lezioni che gli studenti si scambiano nel cortile del collegio sono cento volte più utili di tutto ciò che potrebbe essere loro insegnato in aula.
Guardate un gatto entrare per la prima volta in una stanza: esamina tutto, osserva, annusa; non rimane un attimo fermo, non si fida di nulla se non dopo aver controllato e conosciuto ogni cosa. Lo stesso accade quando un bambino inizia a camminare, “entrando” così nel mondo circostante. L’unica differenza sta nel fatto che, mentre il bambino e il gatto utilizzano entrambi la vista, il primo si avvale anche delle mani che la natura gli ha dato per osservare, mentre il secondo fa affidamento sul suo olfatto acuto. Questa capacità, coltivata o meno a seconda delle circostanze, è ciò che rende i bambini abili o goffi, disattenti o pronti a riflettere.
Poiché i primi movimenti naturali dell’uomo consistono nel confrontarsi con tutto ciò che lo circonda e nel percepire in ogni oggetto che vede tutte le qualità sensibili che possono essergli relative, il suo primo studio è una sorta di fisica sperimentale relativa alla propria conservazione; tale studio viene però deviato verso indagini speculative prima ancora che l’uomo abbia riconosciuto il proprio posto in questo mondo. Mentre i suoi organi delicati e flessibili possono adattarsi ai corpi su cui devono agire, mentre i suoi sensi, ancora puri, sono esenti da illusioni, è proprio ora di esercitarli nelle funzioni che loro sono naturalmente destinati a svolgere; è ora di imparare a comprendere i rapporti sensibili che le cose hanno con noi. Poiché tutto ciò che entra nella mente umana arriva attraverso i sensi, la prima facoltà razionale dell’uomo è quella sensoriale; essa costituisce infatti la base della ragione intellettuale. I nostri primi “maestri” di filosofia sono i nostri piedi, le nostre mani, i nostri occhi. Sostituire tutto ciò con i libri non significa imparare a ragionare, ma imparare ad utilizzare la ragione altrui; significa imparare a credere troppo, e quindi a non sapere mai nulla.
Per esercitare un’arte, è necessario prima procurarsi gli strumenti adatti; e per poterli utilizzare efficacemente, questi strumenti devono essere abbastanza resistenti da resistere all’uso frequente. Pertanto, per imparare a pensare, è indispensabile esercitare i nostri membri, i nostri sensi, gli organi che costituiscono gli strumenti della nostra intelligenza; e per trarre il massimo beneficio da questi strumenti, è necessario che il corpo che li fornisce sia robusto e sano. Così, lontanamente dall’idea che la vera ragione umana si formi indipendentemente dal corpo, è proprio una buona costituzione fisica a rendere le operazioni mentali semplici e sicure.
En montrant à quoi l’on doit employer la longue oisiveté de l’enfance, j’entre dans un détail qui paraîtra ridicule. Plaisantes leçons, me dira-t-on, qui, retombant sous votre propre critique, se bornent à enseigner ce que nul n’a besoin d’apprendre ! Pourquoi consumer le temps à des instructions qui viennent toujours d’elles-mêmes, et ne coûtent ni peines ni soins ? Quel enfant de douze ans ne sait pas tout ce que vous voulez apprendre au vôtre, et, de plus, ce que ses maîtres lui ont appris ?
Messieurs, vous vous trompez : j’enseigne à mon élève un art très long, très pénible, et que n’ont assurément pas les vôtres ; c’est celui d’être ignorant : car la science de quiconque ne croit savoir que ce qu’il sait se réduit à bien peu de chose. Vous donnez la science, à la bonne heure ; moi je m’occupe de l’instrument propre à l’acquérir. On dit qu’un jour, les Vénitiens montrant en grande pompe leur trésor de Saint-Marc à un ambassadeur d’Espagne, celui-ci, pour tout compliment, ayant regardé sous les tables, leur dit : Qui non c’è la radice. Je ne vois jamais un précepteur étaler le savoir de son disciple, sans être tenté de lui en dire autant.
Tous ceux qui ont réfléchi sur la manière de vivre des anciens attribuent aux exercices de la gymnastique cette vigueur de corps et d’âme qui les distingue le plus sensiblement des modernes. La manière dont Montaigne appuie ce sentiment montre qu’il en était fortement pénétré ; il y revient sans cesse et de mille façons. En parlant de l’éducation d’un enfant, pour lui raidir l’âme, il faut, dit-il, lui durcir les muscles ; en l’accoutumant au travail, on l’accoutume à la douleur ; il le faut rompre à l’âpreté des exercices, pour le dresser à l’âpreté de la dislocation, de la colique et de tous les maux. Le sage Locke, le bon Rollin, le savant Fleury, le pédant de Crouzas[344], si différents entre eux dans tout le reste s’accordent tous en ce seul point d’exercer beaucoup les corps des enfants. C’est le plus judicieux de leurs préceptes ; c’est celui qui est et sera toujours le plus négligé. J’ai déjà suffisamment parlé de son importance, et comme on ne peut là-dessus donner de meilleures raisons ni des règles plus sensées que celles qu’on trouve dans le livre de Locke, je me contenterai d’y renvoyer, après avoir pris la liberté d’ajouter quelques observations aux siennes.
Les membres d’un corps qui croît doivent être tous au large dans leur vêtement ; rien ne doit gêner leur mouvement ni leur accroissement, rien de trop juste, rien qui colle au corps ; point de ligatures. L’habillement français, gênant et malsain pour les hommes, est pernicieux surtout aux enfants. Les humeurs, stagnantes, arrêtées dans leur circulation, croupissent dans un repos qu’augmente la vie inactive et sédentaire, se corrompent et causent le scorbut, maladie tous les jours plus commune parmi nous, et presque ignorée des anciens, que leur manière de se vêtir et de vivre en préservait. L’habillement de houssard, loin de remédier à cet inconvénient, l’augmente, et pour sauver aux enfants quelques ligatures, les presse par tout le corps. Ce qu’il y a de mieux à faire est de les laisser en jaquette aussi longtemps qu’il est possible, puis de leur donner un vêtement fort large, et de ne se point piquer de marquer leur taille, ce qui ne sert qu’à la déformer. Leurs défauts du corps et de l’esprit viennent presque tous de la même cause ; on les veut faire hommes avant le temps.
Il y a des couleurs gaies et des couleurs tristes : les premières sont plus du goût des enfants ; elles leur siéent mieux aussi ; et je ne vois pas pourquoi l’on ne consulterait pas en ceci des convenances si naturelles ; mais du moment qu’ils préfèrent une étoffe parce qu’elle est riche, leurs coeurs sont déjà livrés au luxe, à toutes les fantaisies de l’opinion ; et ce goût ne leur est sûrement pas venu d’eux-mêmes. On ne saurait dire combien le choix des vêtements et les motifs de ce choix influent sur l’éducation. Non seulement d’aveugles mères promettent à leurs enfants des parures pour récompenses, on voit même d’insensés gouverneurs menacer leurs élèves d’un habit plus grossier et plus simple, comme d’un châtiment. Si vous n’étudiez mieux, si vous ne conservez mieux vos hardes, on vous habillera comme ce petit paysan. C’est comme s’ils leur disaient : Sachez que l’homme n’est rien que par ses habits, que votre prix est tout dans les vôtres. Faut-il s’étonner que de si sages leçons profitent à la jeunesse, qu’elle n’estime que la parure, et qu’elle ne juge du mérite que sur le seul extérieur ?
Si j’avais à remettre la tête d’un enfant ainsi gâté, j’aurais soin que ses habits les plus riches fussent les plus incommodes, qu’il y fût toujours gêné, toujours contraint, toujours assujetti de mille manières, je ferais fuir la liberté, la gaieté devant sa magnificence ; s’il voulait se mêler aux jeux d’autres enfants plus simplement mis, tout cesserait, tout disparaîtrait à l’instant. Enfin je l’ennuierais, je le rassasierais tellement de son faste, je le rendrais tellement l’esclave de son habit doré, que j’en ferais le fléau de sa vie, et qu’il verrait avec moins d’effroi le plus noir cachot que les apprêts de sa parure. Tant qu’on n’a pas asservi l’enfant à nos préjugés, être à son aise et libre est toujours son premier désir ; le vêtement le plus simple, le plus commode, celui qui l’assujettit le moins, est toujours le plus précieux pour lui.
Il y a une habitude du corps convenable aux exercices, et une autre plus convenable à l’inaction. Celle-ci, laissant aux humeurs un cours égal et uniforme, doit garantir le corps des altérations de l’air ; l’autre le faisant passer sans cesse de l’agitation au repos et de la chaleur au froid, doit l’accoutumer aux mêmes altérations. Il suit de-là que les gens casaniers et sédentaires doivent s’habiller chaudement en tout temps, afin de se conserver le corps dans une température uniforme, la même à peu près dans toutes les saisons et à toutes les heures du jour. Ceux, au contraire, qui vont et viennent, au vent, au soleil, à la pluie, qui agissent beaucoup et passent la plupart de leur temps sub dio doivent être toujours vêtus légèrement, afin de s’habituer à toutes les vicissitudes de l’air et à tous les degrés de température, sans en être incommodés. Je conseillerais aux uns et aux autres de ne point changer d’habits selon les saisons, et ce sera la pratique constante de mon Émile ; en quoi je n’entends pas qu’il porte l’été ses habits d’hiver, comme les gens sédentaires, mais qu’il porte l’hiver ses habits d’été, comme les gens laborieux. Ce dernier usage a été celui du chevalier Newton pendant toute sa vie, et il a vécu quatre-vingts ans.
Peu ou point de coiffure en toute saison, Les anciens Égyptiens avaient toujours la tête nue ; les Perses la couvraient de grosses tiares, et la couvrent encore de gros turbans, dont, selon Chardin, l’air du pays leur rend l’usage nécessaire. J’ai remarqué dans un autre endroit[345] la distinction que fit Hérodote sur un champ de bataille entre les crânes des Perses et ceux des Égyptiens. Comme donc il importe que les os de la tête deviennent plus durs, plus compacts, moins fragiles et moins poreux, pour mieux armer le cerveau non seulement contre les blessures, mais contre les rhumes, les fluxions, et toutes les impressions de l’air, accoutumez vos enfants à demeurer été et hiver, jour et nuit toujours tête nue. Que si, pour la propreté et pour tenir leurs cheveux en ordre, vous leur voulez donner une coiffure durant la nuit, que ce soit un bonnet mince à claire-voie, et semblable au réseau dans lequel les Basques enveloppent leurs cheveux. Je sais bien que la plupart des mères, plus frappées de l’observation de Chardin que de mes raisons, croiront trouver partout l’air de Perse ; mais moi je n’ai pas choisi mon élève Européen pour en faire un Asiatique.
By explaining to what purpose the long periods of idleness in childhood should be employed, I am delving into details that may seem ridiculous. “Amusing lessons,” some might say—lessons that, when subjected to your own criticism, amount to nothing more than teaching what no one actually needs to learn! Why waste time on instructions that come naturally to children and require neither effort nor attention? Which twelve-year-old child does not already know everything you wish to teach your own child—and, moreover, everything that their teachers have already taught them?
Gentlemen, you are mistaken: I teach my student an art that is very long and arduous—an art certainly not possessed by yours. It is the art of being ignorant; for the knowledge of anyone who believes he knows only what he actually knows amounts to very little indeed. You offer knowledge, which is good enough; but I focus on the tools necessary to acquire it. It is said that once, when the Venetians proudly displayed their treasure of Saint Mark to an ambassador from Spain, the ambassador, as a compliment, looked under the tables and said: “Where is the root?” I have never seen a tutor display his student’s knowledge without feeling tempted to say the same to him.
All those who have contemplated the way of life of the ancients attribute to the practices of gymnastics the very vigor of body and mind that distinguishes them so markedly from moderns. The manner in which Montaigne expresses this view demonstrates his deep conviction on the matter; he returns to it time and again, in countless ways. When discussing the education of a child, he argues that in order to strengthen the child’s spirit, it is necessary to toughen their muscles; by habituating them to labor, one trains them to endure pain; moreover, they must be accustomed to the rigors of exercise in order to prepare them for the hardships of illness, discomfort, and all other trials. The wise Locke, the virtuous Rollin, the learned Fleury, and the pedantic Crouzas[344]—so different from each other in every other regard—agree on one point alone: it is essential to subject children’s bodies to rigorous exercise. This is the most sound of their teachings; yet it is also the one that is most frequently neglected. I have already discussed at length the importance of this practice, and since one cannot offer better reasons or more sensible guidelines on this matter than those found in Locke’s book, I will simply refer to it here, after taking the liberty of adding a few of my own observations.
The limbs of a growing body must all be free and unobstructed by clothing; nothing should hinder their movement or prevent their development—nothing too tight, nothing that clings to the body; no bandages at all. The French style of clothing, which is cumbersome and unhealthy for men, is especially harmful to children. Body fluids stagnate when their circulation is blocked; such inactivity and sedentary habits only worsen this condition, leading to the development of scurvy—a disease that has become increasingly common among us today, yet was virtually unknown in ancient times due to their different ways of dressing and living. The clothing worn by hussars not only fails to address this issue but actually exacerbates it; in an attempt to protect children from certain types of bandages, these garments compress their bodies throughout. The best approach is to let them wear jackets for as long as possible, then provide them with loose-fitting clothing, and avoid trying to define their waistlines, as doing so only causes them to become deformed. Almost all of their physical and mental shortcomings stem from the same cause: we try to make them men too early.
There are bright colors and dull colors: the former are more to a child’s taste; they also suit them better. I see no reason why we should not consider such natural conveniences in this matter. But once children prefer a particular fabric simply because it is luxurious, their hearts have already been surrendered to indulgence and to all the whims of public opinion—and such tastes surely did not arise from within them. One cannot exaggerate how much the choice of clothing and the reasons behind it influence a person’s upbringing. Not only do blind mothers promise their children fine garments as rewards, but one even sees foolish rulers threatening their students with rougher, simpler attire—as if that were a form of punishment. If you do not study harder and take better care of your clothes, you will be dressed just like that poor peasant. It’s as if they were telling them: “Remember, a man is nothing but what his clothes make him; your worth lies entirely in what you wear.” Is it any wonder then that such “wise” lessons have such an impact on young people—that they value only appearance and judge merit solely by what one sees?
If I were to reinstate the head of such a spoiled child, I would ensure that his most luxurious garments were the most uncomfortable; he would always be hindered, constrained, and subjected in countless ways. I would drive away freedom and joy before the splendor of those clothes. If he tried to join in the games of other children, who wore simpler attire, everything would cease, everything would disappear instantly. In short, I would bore him, overwhelm him with his own extravagance, and make him a slave to his golden garments—turning him into the scourge of his own life, so that he would regard even the darkest prison as less frightening than the preparations for such ostentation. So long as a child is not enslaved by our prejudices, being comfortable and free is always his foremost desire; the simplest, most convenient clothing—that which imposes the fewest restrictions on him—is always what is most precious to him.
There is one way of dressing the body that is suitable for exercise, and another that is more appropriate for inactivity. The latter, by allowing the bodily humors to flow evenly and consistently, helps to protect the body from the adverse effects of changing weather conditions; the former, by constantly subjecting the body to alternations between activity and rest, as well as between heat and cold, helps it to adapt to such changes. It follows therefore that sedentary people should always dress warmly in order to maintain a constant body temperature that remains roughly the same throughout all seasons and at all times of the day. On the other hand, those who are constantly on the move, exposed to wind, sun, and rain, and who engage in plenty of physical activity should always wear light clothing in order to adapt to all the variations in the weather and different temperatures without experiencing discomfort. I would advise both groups not to change their clothing according to the seasons; this will be the consistent practice of my Émile. By this, I do not mean that he should wear winter clothes in summer, like sedentary people, but rather that he should wear summer clothes in winter, just as active individuals do. This latter practice was followed by Sir Isaac Newton throughout his life, and he lived to be eighty years old.
With little or no hair styling throughout the year, the ancient Egyptians always went bare-headed; the Persians covered their heads with large headdresses and still do so today, wearing thick turbans—which, according to Chardin, are necessary due to the local climate. I also noticed in another passage[345] the distinction made by Herodotus on a battlefield between the skulls of Persians and Egyptians. It is therefore essential that the bones of the head become harder, more compact, less fragile, and less porous—in order to better protect the brain not only from injuries but also from colds, inflammations, and all the effects of the weather. Teach your children to go bare-headed both in summer and winter, day and night. If you wish to keep their hair tidy for cleanliness’s sake, let them wear a thin, open-crowned hat—similar to the netting used by Basques to cover their hair. I know that most mothers, influenced more by Chardin’s observations than by my reasoning, will assume that the Persian climate prevails everywhere; but I did not choose my European student with the intention of turning him into an Asian.
Spiegando a cosa dovrebbe essere dedicato il lungo periodo di ozio dell’infanzia, entro in dettagli che potrebbero sembrare ridicoli. “Lezioni divertenti”, si dirà, che, alla luce della vostra stessa critica, non fanno altro che insegnare ciò che nessuno ha bisogno di imparare! Perché sprecare tempo in istruzioni che, in ogni caso, derivano da sé stesse e non richiedono né sforzi né attenzione? Quale bambino di dodici anni non sa già tutto ciò che voi volete insegnare al vostro figlio, e inoltre ciò che i suoi insegnanti gli hanno già insegnato?
Signori, vi sbagliate: insegno al mio allievo un’arte molto lunga e molto ardua, che di certo non è quella dei vostri; si tratta dell’arte di essere ignoranti. Poiché la scienza di chi crede di sapere soltanto ciò che sa si riduce a ben poco. Voi offrite la scienza, bene; io mi occupo invece dello strumento necessario per acquisirla. Si racconta che un giorno, quando i veneziani mostrarono con grande pompa il loro tesoro di San Marco a un ambasciatore spagnolo, quest’ultimo, come complimento, guardò sotto i tavoli e disse: “Qui non c’è la radice”. Io non vedo mai un insegnante esibire la conoscenza del proprio allievo, senza essere tentato di dirgli lo stesso.
Tutti coloro che hanno riflettuto sul modo di vivere degli antichi attribuiscono agli esercizi della ginnastica quella forza fisica e mentale che li distingue in modo così evidente dai moderni. Il modo in cui Montaigne sostiene questo concetto dimostra quanto ne fosse profondamente convinto; vi ritorna continuamente e in mille modi diversi. Parlando dell’educazione di un bambino, per rafforzare la sua anima, è necessario, afferma, indurire i suoi muscoli; abituandolo al lavoro, lo si abitua anche al dolore; bisogna farlo sopportare l’intensità degli esercizi, affinché possa resistere alle difficoltà della vita quotidiana, alle sofferenze fisiche e a ogni sorta di disagio. Il saggio Locke, il buon Rollin, lo studioso Fleury, il pedante de Crouzas[344]: sebbene diversi in tutto il resto, concordano tutti su questo punto: è necessario esercitare molto i corpi dei bambini. Questo è il principio più saggio tra tutti i loro insegnamenti; ed è anche quello che viene sempre trascurato di più. Ho già parlato a sufficienza dell’importanza di questo aspetto, e poiché non si possono fornire ragioni migliori né regole più sensate al riguardo di quelle contenute nel libro di Locke, mi limiterò a rimandare il lettore a esso, aggiungendo però alcune osservazioni personali.
I membri di un corpo in crescita devono essere completamente liberi nei loro vestiti; nulla deve ostacolare i loro movimenti o la loro crescita: niente che sia troppo stretto, niente che aderisca al corpo; nessun laccio. L’abbigliamento francese, ingombrante e dannoso per gli uomini, è particolarmente nocivo per i bambini. Le umori, bloccati nella loro circolazione, si stagnano in uno stato di inattività che peggiora con una vita sedentaria; si corrompono e causano lo scorbuto, una malattia sempre più diffusa tra noi oggi, mentre gli antichi, grazie al loro modo di vestirsi e di vivere, erano quasi completamente al riparo da essa. L’abbigliamento tipico dei soldati, invece di risolvere questo problema, lo aggrava; per cercare di “salvare” i bambini da alcuni lacci, si finisce per stringerli in tutto il corpo. La cosa migliore da fare è lasciarli indossare giacche il più a lungo possibile, poi fornire loro abiti molto larghi e evitare assolutamente di marcargli la vita, poiché ciò non fa altro che deformarla. I difetti sia fisici che mentali dei bambini derivano quasi sempre dalla stessa causa: vogliamo farli diventare “uomini” prima del tempo.
Ci sono colori allegri e colori tristi: i primi piacciono di più ai bambini; sono anche più adatti a loro; non vedo perché in questo non si dovrebbero tenere conto di convenzioni così naturali. Ma dal momento che preferiscono un tessuto soltanto perché è elegante, i loro cuori sono già soggetti al lusso, a tutte le fantasie della moda. E questa preferenza certamente non è nata in loro stessi. Non si può nemmeno immaginare quanto la scelta degli abiti e le motivazioni di tale scelta influenzino l’educazione dei giovani. Non solo madri cieche promettono ai propri figli ricompense sotto forma di vestiti eleganti, ma si vedono anche governanti insensati minacciare gli studenti con abiti più rozzi e semplici, come se fossero una punizione. Se non studiate meglio, se non curate meglio i vostri indumenti, vi verranno vestiti proprio come quel piccolo contadino. È come se loro stessi dicessero ai giovani: “Sappiate che l’uomo non è nulla senza i suoi abiti; il vostro valore dipende interamente dall’aspetto esteriore”. Bisogna davvero meravigliarsi che insegnamenti così saggi abbiano tanta influenza sui giovani, se questi valutano soltanto l’apparenza e giudicano il merito esclusivamente in base all’aspetto esteriore?
Se dovessi rimettere in sesto un bambino così viziato, mi assicurerei che i suoi abiti più lussuosi fossero anche i più scomodi, che si sentisse sempre a disagio, sempre costretto, sempre soggetto a mille restrizioni; allontanerei la libertà e la gioia davanti alla sua magnificenza. Se volesse unirsi ai giochi di altri bambini più semplicemente vestiti, tutto cesserebbe immediatamente. Infine, lo annoierei, lo sazierei del suo stesso lusso, lo renderei schiavo dei suoi abiti dorati, fino a farne il flagello della sua vita. E vedrebbe il carcere più oscuro con meno terrore di quanto non faccia davanti alle preparazioni per i suoi vestiti. Finché un bambino non viene asservito ai nostri pregiudizi, essere a proprio agio e libero è sempre il suo primo desiderio; l’abito più semplice, più comodo, quello che lo costringe di meno, è sempre il più prezioso per lui.
Esiste un modo di comportarsi del corpo adatto agli esercizi fisici, e un altro ancora più adatto all’inattività. Quest’ultimo, mantenendo le umore in uno stato costante e uniforme, deve proteggere il corpo dalle alterazioni causate dall’aria; l’altro, facendolo passare continuamente dall’agitazione al riposo, dal caldo al freddo, deve abituarlo a tali variazioni. Da ciò deriva che le persone che conducono una vita sedentaria debbano vestirsi in modo caldo in ogni momento, al fine di mantenere il corpo a una temperatura uniforme, più o meno la stessa in tutte le stagioni e in tutte le ore del giorno. Al contrario, coloro che sono costantemente in movimento, esposti al vento, al sole, alla pioggia, che fanno molto movimento e trascorrono la maggior parte del loro tempo all’aperto, devono sempre vestirsi in modo leggero, per abituarsi a tutte le variazioni dell’aria e a tutti i gradi di temperatura, senza che ciò li metta a disagio. Consiglierei sia l’uno che l’altro di non cambiare abiti in base alle stagioni; questa sarà la pratica costante del mio Émile. Con questo non intendo dire che debba indossare in estate i vestiti invernali, come fanno le persone sedentarie, ma che debba indossare in inverno i vestiti estivi, come fanno le persone che lavorano sodo. Quest’ultimo modo di comportarsi è stato quello del cavaliere Newton per tutta la sua vita; egli visse fino a ottant’anni.
Poco o nessun tipo di acconciatura in qualsiasi stagione: gli antichi Egizi portavano sempre la testa scoperta; i Persiani la coprivano con grandi tiare, e ancora oggi la coprono con grandi turbanti, il cui uso, secondo Chardin, è reso necessario dal clima del loro paese. In un altro luogo[345] ho notato la distinzione fatta da Erodoto in un campo di battaglia tra i crani dei Persiani e quelli degli Egizi. Poiché quindi è fondamentale che le ossa della testa diventino più dure, più compatte, meno fragili e meno porose, al fine di proteggere meglio il cervello non solo dalle ferite, ma anche dai raffreddori, dalle infezioni e da tutte le influenze dell’ambiente, abituate i vostri bambini a rimanere sempre con la testa scoperta, sia d’estate che d’inverno, di giorno che di notte. Se desiderate che indossino un copricapo per motivi di pulizia o per mantenere i capelli in ordine durante la notte, che si tratti di un cappellino sottile e trasparente, simile a quello con cui i Baschi avvolgono i propri capelli. So bene che la maggior parte delle madri, più influenzate dall’osservazione di Chardin che dalle mie ragioni, crederà di trovare ovunque l’“clima persiano”; ma io non ho scelto il mio allievo europeo per trasformarlo in un asiatico.
En général, on habille trop les enfants, et surtout durant le premier âge. Il faudrait plutôt les endurcir au froid qu’au chaud : le grand froid ne les incommode jamais, quand on les y laisse exposés de bonne heure ; mais le tissu de leur peau, trop tendre et trop lâche encore, laissant un trop libre passage à la transpiration, les livre par l’extrême chaleur à un épuisement inévitable. Aussi remarque-t-on qu’il en meurt plus dans le mois d’août que dans aucun autre mois. D’ailleurs il paraît constant, par la comparaison des peuples du Nord et de ceux du Midi, qu’on se rend plus robuste en supportant l’excès du froid que l’excès de la chaleur. Mais, à mesure que l’enfant grandit et que ses fibres se fortifient, accoutumez-le peu à peu à braver les rayons du soleil ; en allant par degrés, vous l’endurcirez sans danger aux ardeurs de la zone torride.
Locke, au milieu des préceptes mâles et sensés qu’il nous donne, retombe dans des contradictions qu’on n’attendrait pas d’un raisonneur aussi exact. Ce même homme, qui veut que les enfants se baignent l’été dans l’eau glacée, ne veut pas, quand ils sont échauffés, qu’ils boivent frais, ni qu’ils se couchent par terre dans des endroits humides[346]. Mais puisqu’il veut que les souliers des enfants prennent l’eau dans tous les temps, la prendront-ils moins quand l’enfant aura chaud ? et ne peut-on pas lui faire du corps, par rapport aux pieds, les mêmes inductions qu’il fait des pieds par rapport aux mains, et du corps par rapport au visage ? Si vous voulez, lui dirai-je, que l’homme soit tout visage, pourquoi me blâmez-vous de vouloir qu’il soit tout pieds ?
Pour empêcher les enfants de boire quand ils ont chaud, il prescrit de les accoutumer à manger préalablement un morceau de pain avant que de boire. Cela est bien étrange que, quand l’enfant a soif, il faille lui donner à manger ; j’aimerais autant, quand il a faim, lui donner à boire. Jamais on ne me persuadera que nos premiers appétits soient si déréglés, qu’on ne puisse les satisfaire sans nous exposer à périr. Si cela était, le genre humain se fût cent fois détruit avant qu’on eût appris ce qu’il faut faire pour le conserver.
Toutes les fois qu’Émile aura soif, je veux qu’on lui donne à boire ; je veux qu’on lui donne de l’eau pure et sans aucune préparation, pas même de la faire dégourdir, fût-il tout en nage, et fût-on dans le coeur de l’hiver. Le seul soin que je recommande est de distinguer la qualité des eaux. Si c’est de l’eau de rivière, donnez-la-lui sur-le-champ telle qu’elle sort de la rivière ; si c’est de l’eau de source, il la faut laisser quelque temps à l’air avant qu’il la boive. Dans les saisons chaudes, les rivières sont chaudes ; il n’en est pas de même des sources, qui n’ont pas reçu le contact de l’air ; il faut attendre qu’elles soient à la température de l’atmosphère. L’hiver, au contraire, l’eau de source est à cet égard moins dangereuse que l’eau de rivière. Mais il n’est ni naturel ni fréquent qu’on se mette l’hiver en sueur, surtout en plein air ; car l’air froid, frappant incessamment sur la peau, répercute en dedans la sueur et empêche les pores de s’ouvrir assez pour lui donner un passage libre. Or, je ne prétends pas qu’Émile s’exerce l’hiver au coin d’un bon feu, mais dehors, en pleine campagne, au milieu des glaces. Tant qu’il ne s’échauffera qu’à faire et lancer des balles de neige, laissons-le boire quand il aura soif ; qu’il continue de s’exercer après avoir bu, et n’en craignons aucun accident. Que si par quelque autre exercice il se met en sueur et qu’il ait soif, qu’il boive froid, même en ce temps-là. Faites seulement en sorte de le mener au loin et à petits pas chercher son eau. Par le froid qu’on suppose, il sera suffisamment rafraîchi en arrivant pour la boire sans aucun danger. Surtout prenez ces précautions sans qu’il s’en aperçoive. J’aimerais mieux qu’il fût quelquefois malade que sans cesse attentif à sa santé.
Il faut un long sommeil aux enfants, parce qu’ils font un extrême exercice. L’un sert de correctif à l’autre ; aussi voit-on qu’ils ont besoin de tous deux. Le temps du repos est celui de la nuit, il est marqué par la nature. C’est une observation constante que le sommeil est plus tranquille et plus doux tandis que le soleil est sous l’horizon, et que l’air échauffé de ses rayons ne maintient pas nos sens dans un si grand calme. Ainsi l’habitude la plus salutaire est certainement de se lever et de se coucher avec le soleil. D’où il suit que dans nos climats l’homme et tous les animaux ont en général besoin de dormir plus longtemps l’hiver que l’été. Mais la vie civile n’est pas assez simple, assez naturelle, assez exempte de révolutions, d’accidents, pour qu’on doive accoutumer l’homme à cette uniformité, au point de la lui rendre nécessaire. Sans doute il faut s’assujettir aux règles ; mais la première est de pouvoir les enfreindre sans risque quand la nécessité le veut. N’allez donc pas amollir indiscrètement votre élève dans la continuité d’un paisible sommeil, qui ne soit jamais interrompu. Livrez-le d’abord sans gêne à la loi de la nature ; mais n’oubliez pas que parmi nous il doit être au-dessus de cette loi ; qu’il doit pouvoir se coucher tard, se lever matin, être éveillé brusquement, passer les nuits debout, sans en être incommodé. En s’y prenant assez tôt, en allant toujours doucement et par degrés, on forme le tempérament aux mêmes choses qui le détruisent quand on l’y soumet déjà tout formé.
Il importe de s’accoutumer d’abord à être mal couché ; c’est le moyen de ne plus trouver de mauvais lit. En général, la vie dure, une fois tournée en habitude, multiplie les sensations agréables ; la vie molle en prépare une infinité de déplaisantes. Les gens élevés trop délicatement ne trouvent plus le sommeil que sur le duvet ; les gens accoutumés à dormir sur des planches le trouvent partout : il n’y a point de lit dur pour qui s’endort en se couchant.
Un lit mollet, où l’on s’ensevelit dans la plume ou dans l’édredon, fond et dissout le corps pour ainsi dire. Les reins enveloppés trop chaudement s’échauffent. De là résultent souvent la pierre ou d’autres incommodités, et infailliblement une complexion délicate qui les nourrit toutes.
Le meilleur lit est celui qui procure un meilleur sommeil. Voilà celui que nous nous préparons Émile et moi pendant la journée. Nous n’avons pas besoin qu’on nous amène des esclaves de Perse pour faire nos lits ; en labourant la terre nous remuons nos matelas.
Je sais par expérience que quand un enfant est en santé, l’on est maître de le faire dormir et veiller presque à volonté. Quand l’enfant est couché, et que de son babil il ennuie sa bonne, elle lui dit, Dormez ; c’est comme si elle lui disait, Portez-vous bien, quand il est malade. Le vrai moyen de le faire dormir est de l’ennuyer lui-même. Parlez tant qu’il soit forcé de se taire, et bientôt il dormira : les sermons sont toujours bons à quelque chose ; autant vaut le prêcher que le bercer ; mais si vous employez le soir ce narcotique, gardez-vous de l’employer le jour.
J’éveillerai quelquefois Émile, moins de peur qu’il ne prenne l’habitude de dormir trop longtemps que pour l’accoutumer à tout même à être éveillé brusquement. Au surplus, j’aurais bien peu de talent pour mon emploi, si je ne savais pas le forcer à s’éveiller de lui-même, et à se lever, pour ainsi dire, à ma volonté, sans que je lui dise un seul mot.
S’il ne dort pas assez, je lui laisse entrevoir pour le lendemain une matinée ennuyeuse, et lui-même regardera comme autant de gagné tout ce qu’il en pourra laisser au sommeil ; s’il dort trop, je lui montre à son réveil un amusement de son goût. Veux-je qu’il s’éveille à point nommé, je lui dis : Demain à six heures on part pour la pêche, on se va promener à tel endroit ; voulez-vous en être ? Il consent, il me prie de l’éveiller : je promets, ou je ne promets point, selon le besoin ; s’il s’éveille trop tard, il me trouve parti. Il y aura du malheur si bientôt il n’apprend à s’éveiller de lui-même.
In general, children are dressed too warmly, especially during their early years. It would be better to accustom them to the cold rather than to the heat: extreme cold never causes them any discomfort if they are exposed to it from a young age; however, their skin, being still too tender and loose, allows sweat to escape too freely, exposing them to inevitable exhaustion in extreme heat. Indeed, it is observed that more children die in August than in any other month. Moreover, comparisons between peoples of the North and those of the South seem to confirm that enduring excessive cold makes one stronger than enduring excessive heat. But as the child grows and his tissues strengthen, gradually accustom him to braving the sun’s rays; by doing so step by step, you will enable him to safely withstand the scorching heat of the tropical regions.
Locke, amidst the sensible and rational precepts he offers us, falls into contradictions that one would not expect from such an exact thinker. This very man, who insists that children should bathe in cold water during the summer, does not want them to drink cold water when they are warm, nor to lie on damp ground[346]. But since he insists that children’s shoes should always get wet, will they get less wet when the child is hot? And cannot we apply to the body, with regard to the feet, the same reasoning he uses for the feet in relation to the hands, and for the body in relation to the face? If you say that a man should be entirely composed of his face, why then do you criticize me for wanting him to be entirely composed of his feet?
To prevent children from drinking when they are hot, it is recommended to accustom them to eating a piece of bread before drinking. It is quite strange that, when a child is thirsty, we should give him food instead of water; I would rather give him water when he is hungry. No one will ever convince me that our basic urges are so disordered that they cannot be satisfied without putting us in danger. If that were the case, the human race would have been destroyed hundreds of times over before anyone learned what needed to be done to preserve it.
Every time Émile feels thirsty, I want him to be given something to drink—pure water, without any preparation at all, not even letting it stand for a while before giving it to him, even if he is swimming and it is in the midst of winter. The only precaution I recommend is to pay attention to the quality of the water. If it is river water, give it to him immediately as it comes from the river; if it is spring water, let it sit in the air for a while before he drinks it. In the hot seasons, rivers are warm, but springs are not exposed to the air; we must wait until they reach the same temperature as the surrounding air. In winter, on the other hand, spring water is less dangerous than river water in this regard. However, it is neither natural nor common for people to sweat in the winter, especially outdoors, because the cold air constantly hitting the skin causes the sweat to accumulate inside and prevents the pores from opening enough to allow it to escape freely. Now, I am not suggesting that Émile should exercise by a warm fire in winter, but rather outside, in the countryside, amidst the ice. As long as he is only warming up by throwing snowballs, let him drink whenever he feels thirsty; let him continue exercising after drinking, and we need not worry about any accidents. If, through some other activity, he gets sweaty and thirsty, let him drink cold water—even at that time. Just make sure to take him somewhere far away and have him walk slowly while looking for the water. Due to the cold, he will be sufficiently cooled down by the time he finds it, so he can drink it without any danger. Above all, take these precautions without his noticing them. I would rather he sometimes get sick than always be overly concerned about his health.
Children need long periods of sleep because they engage in intense physical activity. One aspect of sleep serves to compensate for the other; hence it is evident that both are necessary. The time for rest is at night, a period designated by nature itself. It is a well-established observation that sleep is quieter and more peaceful when the sun is below the horizon, as the heated air from its rays does not keep our senses in such a state of tranquility. Therefore, the most beneficial habit is certainly to rise and go to bed with the sun. Consequently, in our climates, humans and all animals generally need to sleep longer in winter than in summer. However, human life is not simple enough, natural enough, or free from disruptions and accidents to require that we adapt to such uniformity to the point where it becomes necessary. It is certainly necessary to follow certain rules; but the primary rule should be the ability to violate them without risk when circumstances demand it. Thus, do not unnecessarily indulge your child in a continuous state of peaceful sleep that is never interrupted. First and foremost, expose him unreservedly to the laws of nature; but remember that among us he must be above these laws—able to go to bed late, get up early, be awakened suddenly, or stay up all night without suffering any discomfort. By starting early and proceeding gradually, we can shape one’s temperament in such ways that it is strengthened rather than weakened by such experiences.
It is important to first get used to sleeping in uncomfortable conditions; this is the way to stop ever finding any bad beds. In general, once something becomes a habit, life multiplies the pleasant sensations it brings; whereas a soft lifestyle prepares one for countless unpleasant experiences. People who have been raised with too much indulgence can only sleep on down pillows; those accustomed to sleeping on hard boards find comfort anywhere—even where there is no bed at all.
A soft bed, into which one sinks deep amidst the feathers or the comforter, seems to melt and dissolve the body as it were. When the kidneys are wrapped too warmly, they overheat. This often leads to kidney stones or other ailments, and invariably results in a delicate complexion that becomes susceptible to all these problems.
The best bed is one that provides the best sleep. Such a bed is what Emile and I prepare for ourselves during the day. We don’t need to have slaves from Persia brought to make our beds for us; by plowing the earth, we already turn over our mattresses.
I know from experience that when a child is healthy, it is quite possible to make them sleep or stay awake almost at will. When the child is in bed and their babbling begins to annoy their nurse, she tells them, “Go to sleep”; it’s as if she were saying, “Take care of yourself” when they are ill. The real way to make a child fall asleep is to annoy them themselves. Keep talking until they are forced to be silent, and soon they will fall asleep—preaching is always useful for something; it’s just as good as rocking them to sleep. But if you use this “narcotic” in the evening, be careful not to use it during the day.
Sometimes I would wake Émile up, not so much out of fear that he might develop the habit of sleeping too long, but rather to get him accustomed to being awakened suddenly anyway. Moreover, if I did not know how to make him wake up on his own, and in a sense, get up at my command without me having to say a single word, I would hardly be competent for this task.
If he doesn’t sleep enough, I hint to him that the next day will be a boring morning; he will then consider anything he can spend sleeping as a gain. If he sleeps too much, I show him something entertaining that suits his taste when he wakes up. If I want him to wake up at a particular time, I tell him: “Tomorrow at six o’clock we’re going fishing and taking a walk somewhere; do you want to come?” He agrees and asks me to wake him up; I promise, or I don’t, depending on the situation. If he wakes up too late, he finds that I have already left. It will be unfortunate if he doesn’t learn to wake up on his own soon enough.
In generale, si veste eccessivamente i bambini, soprattutto durante la prima infanzia. Sarebbe meglio abituarli al freddo piuttosto che al caldo: il gelido intenso non li disturba mai, se vengono esposti a esso fin da piccoli; ma la loro pelle, ancora troppo tenera e lassa, permette alla sudorazione di avvenire in modo eccessivo, esponendoli così al rischio di un’inevitabile spossatezza quando fa molto caldo. Per questo motivo si osserva che nel mese di agosto muoiono più bambini che in qualsiasi altro periodo dell’anno. Inoltre, sembra certo che, a confronto tra i popoli del Nord e quelli del Sud, sia possibile diventare più robusti resistendo agli eccessi del freddo piuttosto che a quelli del caldo. Tuttavia, man mano che il bambino cresce e le sue fibre si rafforzano, abituatevelo gradualmente ad affrontare i raggi del sole; in questo modo lo renderete progressivamente resistente alle calde temperature delle zone torride, senza correre rischi.
Locke, nonostante i precetti saggi e razionali che ci fornisce, cade in contraddizioni che non si sarebbero mai aspettate da un pensatore così rigoroso. Lo stesso uomo che vuole che i bambini si bagnino d’estate nell’acqua gelata, non vuole che, quando sono riscaldati, bevano acqua fresca né che dormano a terra in posti umidi[346]. Ma se vuole che le scarpe dei bambini prendano umidità in ogni momento, non la prenderanno forse meno quando il bambino è caldo? E non si potrebbero fare alle parti del corpo, rispetto ai piedi, le stesse considerazioni che egli fa sui piedi rispetto alle mani, e sul corpo rispetto al viso? Se volete, vi dirò che l’uomo sia interamente “viso”; perché allora mi rimproverate se voglio che sia interamente “piedi”?
Per impedire ai bambini di bere quando hanno caldo, si consiglia di abituarli a mangiare prima un pezzo di pane prima di bere. È davvero strano che, quando un bambino ha sete, gli si debba dare da mangiare; preferirei invece dargli da bere quando ha fame. Nessuno riuscirà mai a convincermi che i nostri primi appetiti siano così disregolati da non poter essere soddisfatti senza correre pericolo di morte. Se fosse vero, l’umanità si sarebbe estinta centinaia di volte prima che si imparasse cosa fare per salvarsi.
Ogni volta che Émile avrà sete, voglio che gli venga data da bere; voglio che gli venga data acqua pura, senza alcuna preparazione, nemmeno quella di farla raffreddare, anche se fosse completamente immerso nell’acqua e ci trovassimo nel pieno dell’inverno. L’unica precauzione che raccomando è quella di distinguere la qualità delle acque: se si tratta di acqua di fiume, datela subito così com’è; se si tratta di acqua di sorgente, lasciatela esporre all’aria per un po’ prima che la beva. Nelle stagioni calde, i fiumi sono caldi; le sorgenti, invece, non hanno avuto contatto con l’aria esterna, quindi bisogna aspettare che raggiungano la temperatura dell’atmosfera. In inverno, al contrario, l’acqua di sorgente è meno pericolosa di quella di fiume. Tuttavia, non è né naturale né consigliabile che una persona si metta a sudare in inverno, soprattutto all’aperto: l’aria fredda, colpendo costantemente la pelle, fa raffreddare il sudore e impedisce ai pori di aprirsi sufficientemente per farlo defluire liberamente. Non pretendo certo che Émile si eserciti in inverno accanto a un bel fuoco, ma all’aperto, nel mezzo dei ghiacci. Finché si riscalderà solo facendo volare delle palle di neve, lasciatelo bere quando avrà sete; continui pure ad esercitarsi dopo aver bevuto, senza temere alcun incidente. Se per qualche altro motivo dovesse sudare e avere sete, che beva acqua fredda, anche in quel periodo. Fate solo in modo che vada lontano a cercare l’acqua, camminando adagio. A causa del freddo, si raffredderà abbastanza durante il tragitto da poter bere senza pericolo. Prendete queste precauzioni soprattutto senza che lui se ne accorga. Preferirei che a volte si ammalasse, piuttosto che stare costantemente attento alla propria salute.
I bambini hanno bisogno di un sonno lungo, perché sottopongono i loro corpi a uno sforzo estremo. Uno di questi processi funge da compensazione per l’altro; è per questo che entrambi sono necessari. Il momento del riposo è la notte, e questa è un ritmo naturale. È una constatazione comune che il sonno sia più tranquillo e dolce quando il sole è sotto l’orizzonte, poiché l’aria riscaldata dai suoi raggi non mantiene i nostri sensi in uno stato di grande calma. Pertanto, l’abitudine più salutare è sicuramente quella di alzarsi e andare a letto con il sorgere del sole. Da ciò deriva che, nei nostri climi, l’uomo e tutti gli animali hanno generalmente bisogno di dormire più a lungo in inverno che in estate. Tuttavia, la vita civile non è abbastanza semplice, naturale e priva di turbolenze e imprevisti da rendere necessaria questa uniformità nel ritmo del sonno. Certo, bisogna attenersi alle regole; ma la prima regola è quella di poterle infrangere senza rischi quando ce n’è bisogno. Quindi, non abituate in modo eccessivo il vostro allievo a un sonno continuo e senza interruzioni. Lasciatelo innanzitutto seguire liberamente le leggi della natura; ma ricordate che, tra noi, deve essere al di sopra di queste leggi: deve poter andare a letto tardi, alzarsi presto, svegliarsi improvvisamente o passare le notti in piedi senza che ciò lo metta a disagio. Se si procede con cautela e gradualmente, si può «formare» il temperamento dell’allievo affinché sia in grado di sopportare ciò che altrimenti potrebbe distruggerlo, soprattutto se gli viene imposto quando è ancora immaturo.
È importante abituarsi prima di tutto al fatto di non dormire bene; è l’unico modo per smettere di trovare letti scomodi. In generale, la vita, una volta resa abitudine, moltiplica le sensazioni piacevoli; una vita troppo comoda, invece, genera un’infinità di disagi. Le persone vissute in condizioni troppo raffinate trovano il sonno solo sui cuscini; quelle abituate a dormire su assi lo trovano ovunque: non esiste un letto duro per chi si addormenta non appena si sdraia.
Un letto morbido, nel quale ci si avvolge tra le piume o il piumone, sembra fondere e dissolvere il corpo. I reni, avvolti in modo troppo caldo, si riscaldano; da ciò derivano spesso problemi di salute, nonché inevitabilmente una costituzione delicata che favorisce lo sviluppo di tali disturbi.
Il miglior letto è quello che permette di dormire meglio. Questo è proprio il tipo di letto che io ed Émile prepariamo durante il giorno. Non abbiamo bisogno che ci vengano portati schiavi dalla Persia per fare i nostri letti; arando la terra, infatti, rimescoliamo anche i nostri materassi.
So per esperienza che, quando un bambino è in salute, si può farlo dormire o svegliare quasi a piacimento. Quando il bambino è a letto e il suo balbettio infastidisce la sua nutrice, lei gli dice: “Dormi”; è come se gli dicesse: “Stai bene”. Il vero modo per farlo addormentare è infastidirlo personalmente. Parla finché non sia costretto a tacere, e presto si addormenterà: i sermoni sono sempre utili per qualcosa; è lo stesso che pregare o cullarlo. Ma se utilizzi questo “narcotico” la sera, fai attenzione a non usarlo di giorno.
A volte sveglierò Émile, non tanto per evitare che si abituasse a dormire troppo a lungo, quanto piuttosto per abituarlo comunque a essere svegliato improvvisamente. Inoltre, avrei ben poco talento nel mio compito se non riuscissi a far sì che si svegliasse da solo e si alzasse, per così dire, secondo la mia volontà, senza che io gli dicessi una parola.
Se non dorme abbastanza, gli faccio intuire che la mattina seguente sarà noiosa; allora lui stesso considererà un vantaggio tutto ciò che riuscirà a dedicare al sonno. Se invece dorme troppo, al suo risveglio gli propongo qualcosa di divertente che gli piaccia. Se voglio che si svegli alla giusta ora, gli dico: “Domani alle sei partiamo a pescare, andremo a fare una passeggiata in quel posto. Vuoi venire con noi?” Lui accetta e mi chiede di svegliarlo; io prometto, o non prometto, a seconda delle circostanze. Se si sveglia troppo tardi, mi trova già partito. Sarà un problema se non impara presto ad alzarsi da solo.
Au reste, s’il arrivait, ce qui est rare, que quelque enfant indolent eût du penchant à croupir dans la paresse, il ne faut point le livrer à ce penchant, dans lequel il s’engourdirait tout à fait, mais lui administrer quelque stimulant qui l’éveille. On conçoit bien qu’il n’est pas question de le faire agir par force, mais de l’émouvoir par quelque appétit qui l’y porte ; et cet appétit, pris avec choix dans l’ordre de la nature, nous mène à la fois à deux fins.
Je n’imagine rien dont, avec un peu d’adresse, on ne pût inspirer le goût, même la fureur, aux enfants, sans vanité, sans émulation, sans jalousie. Leur vivacité, leur esprit imitateur, suffisent ; surtout leur gaieté naturelle, instrument dont la prise est sûre, et dont jamais précepteur ne sut s’aviser. Dans tous les jeux où ils sont bien persuadés que ce n’est que jeu, ils souffrent sans se plaindre, et même en riant, ce qu’ils ne souffriraient jamais autrement sans verser des torrents de larmes. Les longs jeûnes, les coups, la brûlure, les fatigues de toute espèce, sont les amusements des jeunes sauvages ; preuve que la douleur même a son assaisonnement qui peut en ôter l’amertume ; mais il n’appartient pas à tous les maîtres de savoir apprêter ce ragoût, ni peut-être à tous les disciples de le savourer sans grimace. Me voilà de nouveau, si je n’y prends garde, égaré dans les exceptions.
Ce qui n’en souffre point est cependant l’assujettissement de l’homme à la douleur, aux maux de son espèce, aux accidents, aux périls de la vie, enfin à la mort ; plus on le familiarisera avec toutes ces idées, plus on le guérira de l’importune sensibilité qui ajoute au mal l’impatience de l’endurer ; plus on l’apprivoisera avec les souffrances qui peuvent l’atteindre, plus on leur ôtera, comme eût dit Montaigne, la pointure de l’étrangeté ; et plus aussi l’on rendra son âme invulnérable et dure ; son corps sera la cuirasse qui rebouchera tous les traits dont il pourrait être atteint au vif. Les approches mêmes de la mort n’étant point la mort, à peine la sentira-t-il comme telle ; il ne mourra pas, pour ainsi dire, il sera vivant ou mort, rien de plus. C’est de lui que le même Montaigne eût pu dire, comme il a dit d’un roi de Maroc[347], que nul homme n’a vécu si avant dans la mort. La constance et la fermeté sont, ainsi que les autres vertus, des apprentissages de l’enfance ; mais ce n’est pas en apprenant leurs noms aux enfants qu’on les leur enseigne, c’est en les leur faisant goûter, sans qu’ils sachent ce que c’est.
Mais, à propos de mourir, comment nous conduirons-nous avec notre élève relativement au danger de la petite vérole ? La lui ferons-nous inoculer en bas âge, ou si nous attendrons qu’il la prenne naturellement ? Le premier parti, plus conforme à notre pratique, garantit du péril l’âge où la vie est la plus précieuse, au risque de celui où elle l’est le moins, si toutefois on peut donner le nom de risque à l’inoculation bien administrée.
Mais le second est plus dans nos principes généraux, de laisser faire en tout la nature dans les soins qu’elle aime à prendre seule, et qu’elle abandonne aussitôt que l’homme veut s’en mêler. L’homme de la nature est toujours préparé : laissons-le inoculer par ce maître, il choisira mieux le moment que nous.
N’allez pas de là conclure que je blâme l’inoculation ; car le raisonnement sur lequel j’en exempte mon élève irait très mal aux vôtres. Votre éducation les prépare à ne point échapper à la petite vérole au moment qu’ils en seront attaqués ; si vous la laissez venir au hasard, il est probable qu’ils en périront. Je vois que dans les différents pays on résiste d’autant plus à l’inoculation qu’elle y devient plus nécessaire ; et la raison de cela se sent aisément. À peine aussi daignerai-je traiter cette question pour mon Émile. Il sera inoculé, ou il ne le sera pas, selon les temps, les lieux, les circonstances : cela est presque indifférent pour lui. Si on lui donne la petite vérole, on aura l’avantage de prévoir et connaître son mal d’avance ; c’est quelque chose ; mais s’il la prend naturellement, nous l’aurons préservé du médecin, c’est encore plus.
Une éducation exclusive, qui tend seulement à distinguer du peuple ceux qui l’ont reçue, préfère toujours les instructions les plus coûteuses aux plus communes, et par cela même aux plus utiles. Ainsi les jeunes gens élevés avec soin apprennent tous à monter à cheval, parce qu’il en coûte beaucoup pour cela ; mais presque aucun d’eux n’apprend à nager, parce qu’il n’en coûte rien, et qu’un artisan peut savoir nager aussi bien que qui que ce soit. Cependant, sans avoir fait son académie, un voyageur monte à cheval, s’y tient, et s’en sert assez pour le besoin ; mais, dans l’eau, si l’on ne nage on se noie, et l’on ne nage point sans l’avoir appris. Enfin l’on n’est pas obligé de monter à cheval sous peine de la vie, au lieu que nul n’est sûr d’éviter un danger auquel on est si souvent exposé. Émile sera dans l’eau comme sur la terre. Que ne peut-il vivre dans tous les éléments ! Si l’on pouvait apprendre à voler dans les airs, j’en ferais un aigle ; j’en ferais une salamandre, si l’on pouvait s’endurcir au feu[348].
On craint qu’un enfant ne se noie en apprenant à nager ; qu’il se noie en apprenant ou pour n’avoir pas appris, ce sera toujours votre faute. C’est la seule vanité qui nous rend téméraires ; on ne l’est point quand on n’est vu de personne : Émile ne le serait pas ; quand il serait vu de tout l’univers. Comme l’exercice ne dépend pas du risque, dans un canal du parc de son père il apprendrait à traverser l’Hellespont ; mais il faut s’apprivoiser au risque même, pour apprendre à ne s’en pas troubler ; c’est une partie essentielle de l’apprentissage dont je parlais tout à l’heure. Au reste, attentif à mesurer le danger à ses forces et à le partager toujours avec lui, je n’aurai guère d’imprudence à craindre, quand je réglerai le soin de sa conservation sur celui que je dois à la mienne.
Un enfant est moins grand qu’un homme ; il n’a ni sa force ni sa raison : mais il voit et entend aussi bien que lui, ou à très peu près ; il a le goût aussi sensible, quoiqu’il l’ait moins délicat, et distingue aussi bien les odeurs, quoiqu’il n’y mette pas la même sensualité. Les premières facultés qui se forment et se perfectionnent en nous sont les sens. Ce sont donc les premières qu’il faudrait cultiver ; ce sont les seules qu’on oublie, ou celles qu’on néglige le plus.
Exercer les sens n’est pas seulement en faire usage, c’est apprendre à bien juger par eux, c’est apprendre, pour ainsi dire, à sentir ; car nous ne savons ni toucher, ni voir, ni entendre, que comme nous avons appris.
Il y a un exercice purement naturel et mécanique, qui sert à rendre le corps robuste sans donner aucune prise au jugement : nager, courir, sauter, fouetter un sabot, lancer des pierres ; tout cela est fort bien ; mais n’avons-nous que des bras et des jambes ? n’avons-nous pas aussi des yeux, des oreilles ? et ces organes sont-ils superflus à l’usage des premiers ? N’exercez donc pas seulement les forces, exercez tous les sens qui les dirigent ; tirez de chacun d’eux tout le parti possible, puis vérifiez l’impression de l’un par l’autre. Mesurez, comptez, pesez, comparez. N’employez la force qu’après avoir estimé la résistance ; faites toujours en sorte que l’estimation de l’effet précède l’usage des moyens. Intéressez l’enfant à ne jamais faire d’efforts insuffisants ou superflus. Si vous l’accoutumez à prévoir ainsi l’effet de tous ses mouvements, et à redresser ses erreurs par l’expérience, n’est-il pas clair que plus il agira, plus il deviendra judicieux ?
S’agit-il d’ébranler une masse ; s’il prend un levier trop long, il dépensera trop de mouvement ; s’il le prend trop court, il n’aura pas assez de force ; l’expérience lui peut apprendre à choisir précisément le bâton qu’il lui faut. Cette sagesse n’est donc pas au-dessus de son âge. S’agit-il de porter un fardeau ; s’il veut le prendre aussi pesant qu’il peut le porter et n’en point essayer qu’il ne soulève, ne sera-t-il pas forcé d’en estimer le poids à la vue ? Sait-il comparer des masses de même matière et de différentes grosseurs, qu’il choisisse entre des masses de même grosseur et de différentes matières ; il faudra bien qu’il s’applique à comparer leurs poids spécifiques. J’ai vu un jeune homme, très bien élevé, qui ne voulut croire qu’après l’épreuve qu’un seau plein de gros copeaux de bois de chêne fût moins pesant que le même seau rempli d’eau.
Furthermore, should it ever happen—though such cases are rare—that some lazy child shows a tendency to indulge in laziness, we must not allow him to give in to this tendency, for it would completely paralyze him. Instead, we should provide him with some stimulus that will awaken him. It goes without saying that we cannot force him to act; rather, we must arouse his interest through some desire that prompts him to do so. And by choosing such desires from within the natural order, we can achieve two goals at once.
I cannot imagine anything that, with a little skill, could not arouse the interest—even the fervor—of children, without any trace of vanity, emulation, or jealousy. Their liveliness and their imitative nature are more than enough; especially their natural cheerfulness, an instrument whose effects are always certain, and of which no teacher has ever known how to make proper use. In all those games in which they are thoroughly convinced that it is merely play, they endure pain without complaining—even while laughing at it—something they would never tolerate otherwise without shedding tears. Long fasts, blows, burns, and all kinds of hardships are the amusements of young savages; this proves that even pain can be made palatable when properly prepared. But not every teacher possesses the skill to prepare such “meals,” nor is it certain that every student can enjoy them without distaste. Once again, if I am not careful, I risk losing myself in these exceptions.
However, what is not affected by this is man’s submission to pain, to the evils inherent in his species, to accidents, to the dangers of life—and ultimately, to death. The more one familiarizes a person with these realities, the more one can cure them of that excessive sensitivity which adds to suffering the unbearable impatience of enduring it. The more one exposes them to the sufferings that may befall them, the more—as Montaigne would have said—one strips away their strangeness and unfamiliarity. Moreover, this process makes a person’s soul invulnerable and resilient; their body becomes a shield that protects them against all those blows that could otherwise strike them deeply. Even the approach of death itself is not truly death; one will hardly perceive it as such. In a sense, they will neither die nor be alive—in other words, nothing more than that. Of such a person, Montaigne might have said, just as he did about a king of Morocco[347], that no man has ever lived so “deeply into death.” Constancy and firmness, like all virtues, are lessons learned in childhood. But it is not by teaching children their names that we impart these virtues to them; rather, we let them experience them, without even making them aware of what they are.
But, as for dying, how shall we deal with our student regarding the danger posed by smallpox? Shall we have him inoculated at a young age, or shall we wait until he contracts it naturally? The first approach, more in line with our practices, ensures protection during the period of life when it is most precious—though one might question whether what is done properly during an inoculation can truly be called a “risk.”
But the second principle is more in line with our general principles: to allow nature to carry out on its own all those tasks it enjoys undertaking on its own, and to leave it alone whenever man attempts to interfere. Man, who is part of nature, is always prepared for such situations; let us allow him to be “inoculated” by this natural process—he will choose the right moment better than we could.
Do not conclude from this that I blame vaccination; for the reasoning I use to exempt my own student would be highly inappropriate for yours. Your education prepares your children to inevitably contract smallpox when they are exposed to it; if you allow it to happen randomly, they may very well die from it. I observe that in different countries, people resist vaccination all the more precisely because it becomes even more necessary there; and the reason for this is easily understandable. I would not even deign to discuss this issue regarding my own child, Émile. He will be vaccinated—or not—depending on the time, place, and circumstances; it is almost indifferent to him. If he contracts smallpox artificially, we will at least have the advantage of anticipating and knowing about his illness in advance; that is something. But if he catches it naturally, we will have spared him the need for a doctor’s intervention—and that is even better.
An exclusive education, which merely serves to distinguish those who have received it from the common people, always prefers the most expensive forms of instruction to the most ordinary—and thus also to the most useful. Thus, young people raised with care are all taught how to ride horses, because it costs a great deal to do so; but almost none of them learn how to swim, because it costs nothing, and because any craftsman can swim just as well. However, without having attended an academy, a traveler can still mount a horse, sit on it, and use it adequately for his needs; but in water, if one cannot swim, one drowns—and one cannot learn to swim without first mastering the skill. Finally, one is not forced to ride a horse at the risk of losing one’s life, whereas no one can be certain of avoiding dangers that we are constantly exposed to. Émile will be as at ease in water as on land. How he could live in all elements! If one could learn to fly in the air, I would make him an eagle; if one could endure fire[348], I would make him a salamander.
One fears that a child might drown while learning to swim; whether it happens while learning or because they haven’t learned yet, it will always be your fault. This is the only kind of vanity that makes us reckless; we are not reckless when no one is watching us—Émile wouldn’t be reckless, even if the whole universe were observing him. Since practice does not depend on risk, in a canal in his father’s park, he could learn to cross the Hellespont; but one must first become accustomed to risk itself in order to learn how not to be disturbed by it—this is an essential part of the learning process I was talking about earlier. Moreover, being careful to assess the danger according to his abilities and always sharing that danger with him, I would hardly commit any imprudence if I ensured his safety in the same way I would ensure my own.
A child is smaller than an adult; he does not possess either their strength or their reason. Yet he sees and hears just as well, or almost as well, as an adult. His senses are equally acute, although perhaps less refined; he can distinguish smells just as clearly, though perhaps not with the same sensitivity. The first faculties to develop and mature in us are our senses. Therefore, they should be the first to be cultivated. Yet they are precisely those that are most often forgotten or neglected.
To exercise the senses is not merely to use them; it is also to learn to judge accurately through them, to learn, in other words, how to perceive; for we can only touch, see, or hear in the way that we have been taught to do so.
There are purely natural and mechanical exercises that serve to strengthen the body without giving any room for judgment: swimming, running, jumping, swinging a baton, throwing stones—all these are very good. But do we only have arms and legs? Don’t we also have eyes and ears? And aren’t these organs unnecessary for the use of those former ones? Therefore, don’t just exercise your physical strength; also train all the senses that direct that strength. Draw maximum benefit from each of them, and then verify how one sense affects another. Measure, count, weigh, compare. Only employ force after having assessed the resistance; always ensure that your estimation of the outcome precedes the use of any means. Teach children never to make insufficient or unnecessary efforts. If you accustom them to anticipating the effects of their actions in this way and to correcting their mistakes through experience, isn’t it clear that the more they practice, the more judicious they will become?
Whether it is necessary to move a heavy mass: if one uses a lever that is too long, too much effort will be expended; if it is too short, there will not be enough force. Experience can teach one how to choose the right lever for the task at hand. Therefore, this wisdom is not beyond one’s age. Or consider carrying a burden: if one tries to lift as heavy a load as possible without even attempting to move it, will not one have to estimate its weight merely by looking at it? One must learn to compare masses of the same material but different sizes, or masses of the same size but different materials. It is essential to practice comparing their specific weights. I once knew a well-educated young man who refused to believe until he tried it himself that a bucket filled with large chunks of oak wood was actually lighter than the same bucket filled with water.
Del resto, se mai accadesse – il che è raro – che un bambino pigro abbia la tendenza a rimanere immerso nella pigrizia, non bisogna lasciarlo cadere in questa abitudine che lo paralizzerebbe completamente, ma piuttosto fornirgli degli stimoli che lo inducano ad agire. È ovvio che non si tratta di costringerlo con la forza, ma di suscitare in lui un desiderio che lo spinga a muoversi; e questo desiderio, scelto con attenzione all’interno dell’ordine naturale, ci permette di raggiungere contemporaneamente due obiettivi.
Non riesco a immaginare nulla di ciò che, con un po’ di abilità, non si possa suscitare nel gusto, o persino nella furia, dei bambini, senza vanità, senza invidia, senza gelosia. La loro vivacità, il loro spirito imitativo sono più che sufficienti; soprattutto la loro gioia naturale, uno strumento sicuramente efficace, di cui nessun insegnante è mai riuscito a fare buon uso. In tutti i giochi in cui sono convinti che si tratti soltanto di gioco, sopportano senza lamentarsi, anzi, ridendo, ciò che altrimenti non sopporterebbero mai senza versare lacrime a dirotto. Le lunghe privazioni, i colpi, le bruciature, ogni sorta di fatica, sono gli “intrattenimenti” dei giovani selvaggi; una prova che anche il dolore, a volte, può essere reso più sopportabile. Ma non tutti gli insegnanti sanno come preparare questo “piatto speciale”; e forse nemmeno tutti i discepoli riescono a gustarlo senza fare smorfie. Ecco di nuovo, se non faccio attenzione, mi perdo nelle eccezioni.
Ciò che tuttavia non ne risente è la sottomissione dell’uomo al dolore, ai mali della sua specie, agli accidenti, ai pericoli della vita e, infine, alla morte; più ci si abitua a queste idee, più si guarisce da quella sensibilità invadente che aggiunge all’infelicità l’impazienza di sopportarla; più ci si prepara alle sofferenze che possono colpirci, più si attenua, come avrebbe detto Montaigne, il loro carattere estraneo e inquietante; e così anche l’anima diventa invulnerabile e forte; il corpo diventa una corazza capace di respingere ogni attacco che potrebbe ferirla nel profondo. Anche l’avvicinarsi alla morte, poiché non è la morte stessa, non verrà percepito come tale; in un certo senso, non si morirà: ci si troverà semplicemente vivi, o morti, nient’altro. Di quest’uomo stesso Montaigne avrebbe potuto dire, come ha detto di un re del Marocco[347], che nessun uomo è mai vissuto così a fondo nella morte. La costanza e la fermezza, come le altre virtù, sono qualcosa che si impara fin dall’infanzia; ma non è insegnando loro i loro nomi ai bambini che si riesce davvero a trasmetterle: bisogna farle sperimentare direttamente, senza che essi nemmeno sappiano di cosa si tratti.
Ma, a proposito della morte, come ci comporteremo nei confronti del nostro allievo riguardo al pericolo del vaiolo? Gli faremo inoculare la malattia in tenera età, o aspetteremo che la contragga naturalmente? La prima opzione, più in linea con le nostre abitudini pratiche, protegge dall’pericolo l’età in cui la vita è più preziosa, al rischio di quella in cui lo è meno, anche se si può davvero definire “rischio” un’inoculazione eseguita correttamente.
Ma il secondo principio rientra più nei nostri principi generali: lasciare che sia la natura stessa a occuparsi di ciò che ama fare da sola, e abbandonare tutto non appena l’uomo cerca di intervenire. L’uomo che vive in armonia con la natura è sempre preparato; lasciamolo che si affidi a questo “maestro”: sceglierà lui stesso il momento più adatto.
Non si debba dedurre da ciò che io condanno l’inoculazione; infatti, il ragionamento con cui io esento il mio allievo da tale pratica non andrebbe affatto d’accordo con i vostri. La vostra educazione li prepara a non sfuggire al vaiolo nel momento in cui ne saranno colpiti; se lo lasciate manifestarsi casualmente, è probabile che ne muoiano. Noto che nei diversi paesi si resiste sempre di più all’inoculazione proprio perché essa diventa sempre più necessaria; e la ragione di ciò è facilmente comprensibile. Per quanto riguarda il mio Émile, non mi degnerò nemmeno di trattare questa questione. Sarà inoculato, o non lo sarà, a seconda dei tempi, dei luoghi e delle circostanze: per lui questo è quasi indifferente. Se gli viene somministrata la vaccinazione contro il vaiolo, avremo il vantaggio di prevedere e conoscere in anticipo la sua malattia; questo è certamente un beneficio. Ma se contrae il vaiolo naturalmente, lo avremo protetto dal medico: ed è ancora meglio.
Un’educazione esclusiva, che mira soltanto a distinguere dal popolo coloro che l’hanno ricevuta, preferisce sempre gli insegnamenti più costosi a quelli più comuni e, di conseguenza, anche i meno utili. Così, i giovani educati con cura imparano tutti a cavalcare, perché ciò richiede grandi spese; ma quasi nessuno di loro impara a nuotare, perché non costa nulla e un artigiano può imparare a nuotare altrettanto bene di chiunque altro. Tuttavia, senza aver frequentato alcuna scuola, un viaggiatore sa cavalcare, riesce a mantenere l’equilibrio e a utilizzarlo al meglio per le sue esigenze; ma in acqua, se non si sa nuotare, si muore. E non si può imparare a nuotare senza averlo fatto prima. Infine, non è obbligatorio cavalcare sotto pena di morte, mentre nessuno è certo di poter evitare un pericolo al quale si è così spesso esposti. Emile sarà in acqua come sulla terra. Che cosa non potrebbe fare in tutti gli elementi! Se solo si potesse imparare a volare nell’aria, lo trasformerei in un’aquila; se solo si potesse resistere al fuoco[348], lo trasformerei in una salamandra.
Si teme che un bambino possa annegare mentre impara a nuotare; che anneghi sia nell’apprendere che nel non aver imparato. In ogni caso, sarà sempre colpa vostra. È l’unica vanità che ci rende temerari: non lo siamo quando nessuno ci vede. Émile non lo sarebbe, nemmeno se fosse visto da tutto l’universo. Poiché l’esercizio non dipende dal rischio, in un canale del parco di suo padre potrebbe imparare a attraversare l’Ellesponto. Ma bisogna abituarsi al rischio stesso per imparare a non preoccuparsene. Questa è una parte essenziale dell’apprendimento di cui parlavo poco fa. In ogni caso, attento a misurare il pericolo in base alle sue forze e a condividerlo sempre con lui, non commetterei certo alcuna imprudenza se regolassi la cura della sua sicurezza sulla stessa cura che devo alla mia.
Un bambino è più piccolo di un uomo; non possiede né la sua forza né la sua ragione; tuttavia vede e sente altrettanto bene, o quasi, dell’uomo; ha anche un senso del gusto, sebbene meno delicato, e distingue ugualmente bene gli odori, anche se non vi dedica la stessa attenzione. Le prime facoltà che si sviluppano e si perfezionano in noi sono i sensi. Pertanto, sono proprio queste le prime che dovremmo coltivare; sono anche le uniche che di solito veniamo a dimenticare o trascurare maggiormente.
Esercitare i sens non significa semplicemente utilizzarli, ma imparare a giudicare correttamente attraverso di essi; in altre parole, significa imparare a “sentire”. Infatti, non sappiamo toccare, vedere o ascoltare se non perché abbiamo appreso a farlo.
Esiste un esercizio puramente naturale e meccanico che serve a rendere il corpo robusto senza richiedere alcuna capacità di giudizio: nuotare, correre, saltare, remare con una pagaia, lanciare pietre. Tutto ciò è certamente utile; ma abbiamo forse solo braccia e gambe? Non possediamo anche occhi e orecchie? E questi organi non sono forse indispensabili per l’uso dei primi? Quindi non esercitate soltanto le forze fisiche, ma anche tutti i sensi che le guidano; sfruttate al massimo ciascuno di essi e verificate poi l’effetto prodotto da ognuno attraverso gli altri. Misurate, contate, pesate, confrontate. Utilizzate la forza soltanto dopo aver valutato con precisione la resistenza dell’oggetto su cui agite; fate sempre in modo che la valutazione dei risultati preceda l’uso dei mezzi necessari. Insegnate al bambino a non compiere mai sforzi insufficienti o superflui: se lo abituate a prevedere sempre l’effetto di ogni suo movimento e a correggere i propri errori attraverso l’esperienza, non è evidente che più agirà, più diventerà abile e giudizioso?
Si tratta di scuotere una massa: se si utilizza un leva troppo lungo, si consumerà troppa energia; se è troppo corto, non ci sarà abbastanza forza. L’esperienza può insegnare a scegliere esattamente il mezzo necessario. Quindi questa saggezza non è affatto al di sopra dell’età della persona che la possiede. Si tratta invece di sollevare un carico: se si cerca di portarlo nel massimo grado possibile senza nemmeno provarci, non si sarà costretti a stimarne il peso semplicemente osservandolo? Sa forse confrontare masse della stessa materia ma di dimensioni diverse, o massa della stessa dimensione ma di materiali diversi? In ogni caso, dovrà imparare a calcolare il loro peso specifico. Ho visto un giovane molto ben educato che non voleva crederci fino a quando non lo ha verificato personalmente: un secchio pieno di grossi pezzi di legno di quercia risultava meno pesante dello stesso secchio riempito d’acqua.
Nous ne sommes pas également maîtres de l’usage de tous nos sens. Il y en a un, savoir, le toucher, dont l’action n’est jamais suspendue durant la veille ; il a été répandu sur la surface entière de notre corps, comme une garde continuelle pour nous avertir de tout ce qui peut l’offenser. C’est aussi celui dont, bon gré, mal gré, nous acquérons le plus tôt l’expérience par cet exercice continuel, et auquel, par conséquent, nous avons moins besoin de donner une culture particulière. Cependant nous observons que les aveugles ont le tact plus sûr et plus fin que nous, parce que, n’étant pas guidés par la vue, ils sont forcés d’apprendre à tirer uniquement du premier sens les jugements que nous fournit l’autre. Pourquoi donc ne nous exerce-t-on pas à marcher comme eux dans l’obscurité, à connaître les corps que nous pouvons atteindre, à juger des objets qui nous environnent, à faire, en un mot, de nuit et sans lumière, tout ce qu’ils font de jour et sans yeux ? Tant que le soleil luit, nous avons sur eux l’avantage ; dans les ténèbres, ils sont nos guides à leur tour. Nous sommes aveugles la moitié de la vie ; avec la différence que les vrais aveugles savent toujours se conduire, et que nous n’osons faire un pas au coeur de la nuit. On a de la lumière, me dira-t-on. Eh quoi ! toujours des machines ! Qui vous répond qu’elles vous suivront partout au besoin ? Pour moi, j’aime mieux qu’Émile ait des yeux au bout de ses doigts que dans la boutique d’un chandelier.
Êtes-vous enfermé dans un édifice au milieu de la nuit, frappez des mains ; vous apercevrez, au résonnement du lieu, si l’espace est grand ou petit, si vous êtes au milieu ou dans un coin. À demi-pied d’un mur, l’air moins ambiant et plus réfléchi vous porte une autre sensation au visage. Restez en place, et tournez-vous successivement de tous les côtés ; s’il y a une porte ouverte, un léger courant d’air vous l’indiquera. Êtes-vous dans un bateau, vous connaîtrez, à la manière dont l’air vous frappera le visage, non seulement en quel sens vous allez, mais si le fil de la rivière vous entraîne lentement ou vite. Ces observations, et mille autres semblables, ne peuvent bien se faire que de nuit ; quelque attention que nous voulions leur donner en plein jour, nous serons aidés ou distraits par la vue, elles nous échapperont. Cependant il n’y a encore ici ni mains ni bâton. Que de connaissances oculaires on peut acquérir par le toucher, même sans rien toucher du tout !
Beaucoup de jeux de nuit. Cet avis est plus important qu’il ne semble. La nuit effraye naturellement les hommes, et quelquefois les animaux[349]. La raison, les connaissances, l’esprit, le courage, délivrent peu de gens de ce tribut. J’ai vu des raisonneurs, des esprits forts, des philosophes, des militaires intrépides en plein jour, trembler la nuit comme des femmes au bruit d’une feuille d’arbre. On attribue cet effroi aux contes des nourrices ; on se trompe : il a une cause naturelle. Quelle est cette cause ? la même qui rend les sourds défiants et le peuple superstitieux, l’ignorance des choses qui nous environnent et de ce qui se passe autour de nous[350]. Accoutumé d’apercevoir de loin les objets et de prévoir leurs impressions d’avance, comment, ne voyant plus rien de ce qui m’entoure, n’y supposerais-je pas mille êtres, mille mouvements qui peuvent me nuire, et dont il m’est impossible de me garantir ? J’ai beau savoir que je suis en sûreté dans le lieu où je me trouve, je ne le sais jamais aussi bien que si je le voyais actuellement : j’ai donc toujours un sujet de crainte que je n’avais pas en plein jour. Je sais, il est vrai, qu’un corps étranger ne peut guère agir sur le mien sans s’annoncer par quelque bruit ; aussi, combien j’ai sans cesse l’oreille alerte ! Au moindre bruit dont je ne puis discerner la cause, l’intérêt de ma conservation me fait d’abord supposer tout ce qui doit le plus m’engager à me tenir sur mes gardes, et par conséquent tout ce qui est le plus propre à m’effrayer.
N’entends-je absolument rien, je ne suis pas pour cela tranquille ; car enfin sans bruit on peut encore me surprendre. Il faut que je suppose les choses telles qu’elles étaient auparavant, telles qu’elles doivent encore être, que je voie ce que je ne vois pas. Ainsi, forcé de mettre en jeu mon imagination, bientôt je n’en suis plus le maître, et ce que j’ai fait pour me rassurer ne sert qu’à m’alarmer davantage. Si j’entends du bruit, j’entends des voleurs ; si je n’entends rien, je vois des fantômes ; la vigilance que m’inspire le soin de me conserver ne me donne que sujets de crainte. Tout ce qui doit me rassurer n’est que dans ma raison, l’instinct plus fort me parle tout autrement qu’elle. À quoi bon penser qu’on n’a rien à craindre, puisque alors on n’a rien à faire ?
La cause du mal trouvée indique le remède. En toute chose l’habitude tue l’imagination ; il n’y a que les objets nouveaux qui la réveillent. Dans ceux que l’on voit tous les jours, ce n’est plus l’imagination qui agit, c’est la mémoire ; et voilà la raison de l’axiome Ab assuetis non fit passio, car ce n’est qu’au feu de l’imagination que les passions s’allument. Ne raisonnez donc pas avec celui que vous voulez guérir de l’horreur des ténèbres ; menez-l’y souvent, et soyez sûr que tous les arguments de la philosophie ne vaudront pas cet usage. La tête ne tourne point aux couvreurs sur les toits, et l’on ne voit plus avoir peur dans l’obscurité quiconque est accoutumé d’y être.
Voilà donc pour nos jeux de nuit un autre avantage ajouté au premier ; mais pour que ces jeux réussissent, je n’y puis trop recommander la gaieté. Rien n’est si triste que les ténèbres ; n’allez pas enfermer votre enfant dans un cachot. Qu’il rie en entrant dans l’obscurité ; que le rire le reprenne avant qu’il en sorte ; que, tandis qu’il y est, l’idée des amusements qu’il quitte, et de ceux qu’il va retrouver, le défende des imaginations fantastiques qui pourraient l’y venir chercher.
Il est un terme de la vie au-delà duquel on rétrograde en avançant. Je sens que j’ai passé ce terme. Je recommence, pour ainsi dire, une autre carrière. Le vide de l’âge mûr, qui s’est fait sentir à moi, me retrace le doux temps du premier âge. En vieillissant, je redeviens enfant, et je me rappelle plus volontiers ce que j’ai fait à dix ans qu’à trente. Lecteurs, pardonnez-moi donc de tirer quelquefois mes exemples de moi-même ; car, pour bien faire ce livre, il faut que je le fasse avec plaisir.
J’étais à la campagne en pension chez un ministre appelé M. Lambercier. J’avais pour camarade un cousin plus riche que moi, et qu’on traitait en héritier, tandis que, éloigné de mon père, je n’étais qu’un pauvre orphelin. Mon grand cousin Bernard était singulièrement poltron, surtout la nuit. Je me moquai tant de sa frayeur, que M. Lambercier, ennuyé de mes vanteries, voulut mettre mon courage à l’épreuve. Un soir d’automne, qu’il faisait très obscur, il me donna la clef du temple, et me dit d’aller chercher dans la chaire la Bible qu’on y avait laissée. Il ajouta, pour me piquer d’honneur, quelques mots qui me mirent dans l’impuissance de reculer.
Je partis sans lumière ; si j’en avais eu, ç’aurait peut-être été pis encore. Il fallait passer par le cimetière : je le traversai gaillardement ; car, tant que je me sentais en plein air, je n’eus jamais de frayeurs nocturnes.
We are not equally in control of the use of all our senses. There is one sense, touch, whose function never ceases during the day; it is spread over the entire surface of our body, like a constant guard that warns us of anything that might harm it. It is also the sense through which, whether we like it or not, we gain experience most readily through continuous practice, and therefore we need to devote less effort to cultivating it specifically. Yet we observe that the blind possess a touch that is more precise and sensitive than ours, because, lacking the guidance of sight, they are forced to learn to rely solely on this first sense for all judgments that normally come from vision. So why don’t we train ourselves to move in the dark just like them, to identify objects within reach, to discern what surrounds us—in short, to do at night and without light everything that they can do during the day and with their eyes open? As long as the sun shines, we have the advantage over them; but in the darkness, it is they who become our guides. We are blind for half of our lives; the only difference is that true blind people always know how to navigate, while we dare not take a single step into the heart of the night. Someone might say we have light at our disposal. But what if those machines fail us when we need them most? For my part, I would rather that Émile had eyes at the tips of his fingers than in a shop full of chandeliers.
If you are trapped inside a building in the middle of the night, clap your hands; by listening to the echo, you will be able to tell whether the space is large or small, whether you are in the center or in a corner. Standing half a foot away from a wall, the less dense and more reflected air will convey a different sensation to your face. Stay in place and turn around slowly in all directions; if there is an open door, a slight draft of air will indicate it to you. If you are on a boat, by observing how the air touches your face, you will not only know in which direction you are moving but also whether the current is carrying you slowly or quickly. These observations, and countless others like them, can only be made at night; no matter how much attention we pay to them during the day, our vision will either assist us or distract us, causing us to miss them. Yet, even here, there are no hands nor sticks to aid us. How many things we can learn about the world simply by touching it—even without actually touching anything at all!
Many nocturnal fears. This opinion is more important than it may seem. Night naturally frightens men—and sometimes animals as well[349]. Reason, knowledge, courage—these qualities rarely free people from such fears. I have seen rational people, strong-minded individuals, philosophers, even brave soldiers tremble at night like women at the sound of a single leaf rustling. People attribute this fear to nursery tales; but they are mistaken: there is a natural cause for it. What is that cause? The same one that makes the deaf suspicious and the masses superstitious—the ignorance of the things surrounding us and of what is happening around us[350]. We are accustomed to seeing objects from a distance and anticipating their effects in advance; so, when we can no longer see anything around us, how could we not imagine thousands of creatures, thousands of movements that might harm us, of which we cannot be certain? Even though I know I am safe in the place where I am, I can never be as certain of it as if I were seeing it with my own eyes right now. Therefore, I am always subject to fears that I would not experience during the day. It is true that an external object can hardly affect me without making some noise; yet how alert my ears remain at all times! At the slightest sound whose cause I cannot discern, the instinct of self-preservation makes me assume everything that could pose a threat to me—and thus everything that is likely to frighten me.
I don’t hear anything at all, and that doesn’t make me feel at ease; after all, even in silence, someone could still surprise me. I have to assume that things are as they were before, as they must still be now, and try to see what I cannot see. In this way, forced to use my imagination, I soon find myself no longer in control of it, and the very efforts I make to calm myself only serve to frighten me even more. If I hear any noise, I think of thieves; if I hear nothing, I imagine ghosts. The vigilance that arises from my concern for my own safety only provides me with reasons to fear. Everything that should reassure me exists only in my reason, while my instincts speak to me in a completely different way. What’s the point of thinking that there is nothing to fear, if that means there is nothing I can do to protect myself?
Once the cause of evil is identified, the remedy becomes clear. In everything, habit stifles imagination; only new objects can awaken it. For those things we see every day, it is no longer imagination at work, but memory. This is precisely why the saying “What is familiar brings no fear” holds true—passions are kindled only by the spark of imagination. Therefore, do not reason with someone you wish to cure of their fear of the dark; instead, expose them to it frequently. Be assured that all the arguments of philosophy will be of no avail compared to this practice. Those who are accustomed to working on rooftops do not feel dizzy there, and those who are used to darkness no longer find it frightening.
Thus, for our night-time games, there is yet another advantage added to the first one; but for these games to be successful, I cannot recommend enough the importance of cheerfulness. Nothing is more depressing than darkness; do not confine your child in a dark room. Let him laugh as he enters into the darkness; let laughter accompany him until he emerges from it. While he is there, let the thought of the pleasures he has left behind and those he will soon regain protect him against the fanciful imaginings that might seek to assail him in that darkness.
It is a stage in life beyond which one regresses while seemingly advancing. I feel that I have passed this stage; in a way, I am beginning another career anew. The emptiness of middle age, which has become apparent to me, brings back to mind the pleasant times of my youth. As I grow older, I become a child again, and I recall more readily what I did at ten than at thirty. Readers, therefore, forgive me if I sometimes draw examples from my own life; for to write this book well, it is necessary that I do so with pleasure.
I was in the countryside, staying with a minister named Mr. Lambercier. My companion there was a cousin who was richer than me and was regarded as the heir; whereas I, being separated from my father, was just a poor orphan. My cousin Bernard was unusually timid, especially at night. I made so much fun of his fear that Mr. Lambercier, annoyed by my boastings, decided to put my courage to the test. One autumn evening, when it was very dark, he gave me the key to the temple and told me to go fetch the Bible that had been left there. He also added a few words, meant to spur my pride, which left me with no choice but to proceed.
I left without any light; if I had had any, it might have been even worse. I had to pass through the cemetery: I crossed it quite boldly, because as long as I felt I was in the open air, I never experienced any fear at night.
Non siamo ugualmente padroni dell’uso di tutti i nostri sensi. C’è uno in particolare, il tatto, il cui funzionamento non si interrompe mai durante la notte; esso è diffuso su tutta la superficie del nostro corpo, come una sorta di guardia continua che ci avverte di tutto ciò che potrebbe offenderlo. È anche quel senso attraverso il quale, volenti o no, acquisiamo molto presto esperienza grazie a questo esercizio continuo; per questo motivo abbiamo meno bisogno di coltivarlo in modo specifico. Tuttavia osserviamo che i ciechi possiedono un tatto più sicuro e più fine del nostro: poiché non sono guidati dalla vista, sono costretti ad imparare a trarre giudizi esclusivamente dal primo dei nostri sensi. Perché allora non ci esercitiamo anche noi a muoverci nell’oscurità come loro, a riconoscere gli oggetti che possiamo raggiungere, a valutare ciò che ci circonda, insomma, a fare di notte e senza luce tutto ciò che fanno loro di giorno e senza occhi? Finché il sole splende, abbiamo un vantaggio su di loro; nelle tenebre, sono loro a diventare i nostri guide. Noi siamo ciechi per metà della nostra vita, con la differenza che i veri ciechi sanno sempre come orientarsi, mentre noi non osiamo fare un passo nel cuore della notte. Si dirà che abbiamo la luce. Ma che cosa significa? Sempre macchine! Chi ci garantisce che ci seguiranno ovunque ne avremo bisogno? Per me, preferirei che Émile avesse gli occhi alle estremità delle dita piuttosto che nella vetrina di un candelabro.
Se vi trovate rinchiusi in un edificio nel bel mezzo della notte, battete le mani: attraverso il suono che ne risuonerà, potrete capire se lo spazio è ampio o stretto, se vi trovate al centro o in un angolo. A metà altezza di un muro, l’aria meno densa e più riflessa vi trasmetterà una sensazione diversa sul viso. Restate fermo e giratevi gradualmente in tutte le direzioni: se c’è una porta aperta, una leggera corrente d’aria ve lo indicherà. Se vi trovate su una barca, potrete capire, in base al modo in cui l’aria vi colpisce il viso, non solo in quale direzione state andando, ma anche se la corrente del fiume vi sta trascinando lentamente o velocemente. Queste osservazioni, e migliaia altre simili, possono essere fatte soltanto di notte; per quanto possiamo prestare attenzione durante il giorno, la vista ci distrae e ci impedisce di percepire correttamente ciò che accade intorno a noi. Eppure, anche senza utilizzare mani o strumenti, si possono acquisire molte conoscenze attraverso il tatto, persino senza toccare nulla!
Molti giochi notturni. Questo giudizio è più importante di quanto sembri. La notte spaventa naturalmente gli uomini, e a volte anche gli animali[349]. La ragione, la conoscenza, lo spirito, il coraggio riescono raramente a liberare le persone da questo timore. Ho visto persone razionali, intellettuali forti, filosofi, militari coraggiosi tremare di notte come donne al suono di una foglia che cade. Si attribuisce questo terrore ai racconti delle balie; si sbaglia: esso ha una causa naturale. Qual è questa causa? La stessa che rende i sordi diffidenti e il popolo superstizioso: l’ignoranza riguardo alle cose che ci circondano e a ciò che accade intorno a noi[350]. Abituato ad avvistare da lontano gli oggetti e a prevederne in anticipo le possibili reazioni, come potrei, non vedendo più nulla di ciò che mi circonda, non immaginare mille pericoli, mille movimenti capaci di nuocermi, di cui non posso assolutamente garantirmi la sicurezza? So bene di essere al sicuro nel luogo in cui mi trovo, ma non lo so mai con la stessa certezza con cui lo vedrei se fossi lì adesso; quindi ho sempre motivo di temere, qualcosa che invece non avrei di giorno. È vero: un corpo estraneo difficilmente può agire su di me senza far rumore, eppure sono costantemente all’erta! Al minimo suono di cui non riesco a capire la causa, l’istinto di sopravvivenza mi spinge immediatamente a immaginare tutto ciò che potrebbe rappresentare un pericolo per me, e quindi tutto ciò che è più propenso a farmi paura.
Non capisco assolutamente nulla; per questo non sono tranquillo, perché dopotutto, anche senza rumori, qualcuno potrebbe ancora sorprendermi. Devo immaginare le cose come erano prima, come devono essere ancora adesso, devo “vedere” ciò che in realtà non vedo. Così, costretto a fare appello alla mia immaginazione, presto essa smette di essere sotto il mio controllo, e ciò che faccio per tranquillizzarmi finisce solo per spaventarmi ancora di più. Se sento rumori, penso che siano dei ladri; se non sento nulla, vedo fantasmi. La vigilanza che mi impone la necessità di proteggermi mi offre soltanto motivi di paura. Tutto ciò che potrebbe tranquillizzarmi si trova nella mia ragione; l’istinto, invece, parla in modo completamente diverso. A che serve pensare che non c’è nulla da temere, se in quel caso non c’è nemmeno nulla da fare?
La causa del male, una volta individuata, indica anche il rimedio. In ogni cosa, l’abitudine soffoca l’immaginazione; solo gli oggetti nuovi la risvegliano. Per quelli che si vedono tutti i giorni, non è più l’immaginazione a agire, ma la memoria. Ed ecco il motivo dell’aforisma “Ab assuetis non fit passio”: le passioni si accendono soltanto sotto l’effetto dell’immaginazione. Quindi, non cercate di ragionare con chi volete guarire dall’orrore del buio; portatelo spesso in quegli ambienti oscuri. E sappiate che tutti gli argomenti della filosofia non saranno sufficienti per contrastare questa abitudine. La testa non si gira davanti ai tetti coperti di tegole, e nessuno ha più paura nell’oscurità se ci è abituato.
Ecco quindi, per i nostri giochi notturni, un altro vantaggio in aggiunta al primo; ma affinché questi giochi abbiano successo, non posso che raccomandare vivamente la gioia. Niente è più triste delle tenebre; non chiudete mai vostro figlio in una prigione oscura. Che rida entrando nell’oscurità; che il riso lo accompagni finché ne esce; e che, mentre vi trova, l’idea dei divertimenti che sta lasciando e di quelli che rivedrà lo protegga dalle immaginazioni fantastiche che potrebbero cercare di invaderlo in quel luogo.
È un termine della vita al di là del quale si retrocede avanzando. Sento di aver superato questo termine; in un certo senso, ricomincio una nuova “carriera”. Il vuoto dell’età matura, che mi è diventato evidente, mi fa rivivere i bei tempi della prima infanzia. Invecchiando, divento di nuovo bambino e ricordo più facilmente ciò che ho fatto a dieci anni rispetto a ciò che ho fatto a trenta. Lettori, perdonatemi quindi se talvolta prendo esempi da me stesso; perché, per scrivere bene questo libro, devo farlo con piacere.
Ero in campagna, a pensione presso un ministro di nome M. Lambercier. Il mio compagno di stanza era un cugino più ricco di me, considerato il probabile erede; io, invece, essendo lontano da mio padre, non ero altro che un povero orfano. Mio cugino maggiore, Bernard, era particolarmente codardo, soprattutto di notte. Mi prendevo gioco della sua paura fino al punto che M. Lambercier, stanco delle mie vanterie, decise di mettere alla prova il mio coraggio. Una sera d’autunno, quando faceva molto buio, mi diede la chiave del tempio e mi disse di andare a prendere nella cattedra la Bibbia che vi era stata lasciata. Aggiunse anche alcune parole, per stimolare il mio orgoglio, che mi resero impossibile ritirarmi.
Partii al buio; se ne avessi avuto, forse sarebbe stato ancora peggio. Dovevo passare attraverso il cimitero: lo attraversai senza problemi, perché finché mi trovavo all’aperto, non provavo mai paura di notte.
En ouvrant la porte, j’entendis à la voûte un certain retentissement que je crus ressembler à des voix, et qui commença d’ébranler ma fermeté romaine. La porte ouverte, je voulus entrer ; mais à peine eus-je fait quelques pas, que je m’arrêtai. En apercevant l’obscurité profonde qui régnait dans ce vaste lieu, je fus saisi d’une terreur qui me fit dresser les cheveux : je rétrograde, je sors, je me mets à fuir tout tremblant. Je trouvai dans la cour un petit chien nommé Sultan, dont les caresses me rassurèrent. Honteux de ma frayeur, je revins sur mes pas, tâchant pourtant d’emmener avec moi Sultan, qui ne voulut pas me suivre. Je franchis brusquement la porte, j’entre dans l’église. À peine y fus-je rentré, que la frayeur me reprit, mais si fortement, que je perdis la tête ; et, quoique la chaire fût à droite, et que je le susse très bien, ayant tourné sans m’en apercevoir, je la cherchai longtemps à gauche, je m’embarrassai dans les bancs, je ne savais plus où j’étais, et, ne pouvant trouver ni la chaire ni la porte, je tombai dans un bouleversement inexprimable. Enfin, j’aperçois la porte, je viens à bout de sortir du temple, et je m’en éloigne comme la première fois, bien résolu de n’y jamais rentrer seul qu’en plein jour.
Je reviens jusqu’à la maison. Prêt à entrer, je distingue la voix de M. Lambercier à de grands éclats de rire. Je les prends pour moi d’avance, et, confus de m’y voir exposé, j’hésite à ouvrir la porte. Dans cet intervalle, j’entends Mlle Lambercier s’inquiéter de moi, dire à la servante de prendre la lanterne, et M. Lambercier se disposer à me venir chercher, escorté de mon intrépide cousin, auquel ensuite on n’aurait pas manqué de faire tout l’honneur de l’expédition. À l’instant toutes mes frayeurs cessent, et ne me laissent que celle d’être surpris dans ma fuite : je cours, je vole au temple ; sans m’égarer, sans tâtonner, j’arrive à la chaire ; j’y monte, je prends la Bible, je m’élance en bas ; dans trois sauts je suis hors du temple, dont j’oubliai même de fermer la porte ; j’entre dans la chambre, hors d’haleine, je jette la Bible sur la table, effaré, mais palpitant d’aise d’avoir prévenu le secours qui m’était destiné.
On me demandera si je donne ce trait pour un modèle à suivre, et pour un exemple de la gaieté que j’exige dans ces sortes d’exercices. Non ; mais je le donne pour preuve que rien n’est plus capable de rassurer quiconque est effrayé des ombres de la nuit, que d’entendre dans une chambre voisine une compagnie assemblée rire et causer tranquillement. Je voudrais qu’au lieu de s’amuser ainsi seul avec son élève, on rassemblât les soirs beaucoup d’enfants de bonne humeur ; qu’on ne les envoyât pas d’abord séparément, mais plusieurs ensemble, et qu’on n’en hasardât aucun parfaitement seul, qu’on ne se fût bien assuré d’avance qu’il n’en serait pas trop effrayé.
Je n’imagine rien de si plaisant et de si utile que de pareils jeux, pour peu qu’on voulût user d’adresse à les ordonner. Je ferais dans une grande salle une espèce de labyrinthe avec des tables, des fauteuils, des chaises, des paravents. Dans les inextricables tortuosités de ce labyrinthe j’arrangerais, au milieu de huit ou dix boîtes d’attrapes, une autre boîte presque semblable, bien garnie de bonbons ; je désignerais en termes clairs, mais succincts, le lieu précis où se trouve la bonne boîte ; je donnerais le renseignement suffisant pour la distinguer à des gens plus attentifs et moins étourdis que des enfants[351], puis, après avoir fait tirer au sort les petits concurrents, je les enverrais tous l’un après l’autre, jusqu’à ce que la bonne boîte fût trouvée : ce que j’aurais soin de rendre difficile à proportion de leur habileté.
Figurez-vous un petit Hercule arrivant une boîte à la main, tout fier de son expédition. La boîte se met sur la table, on l’ouvre en cérémonie. J’entends d’ici les éclats de rire, les huées de la bande joyeuse, quand, au lieu des confitures qu’on attendait, on trouve, bien proprement arrangés sur de la mousse ou sur du coton, un hanneton, un escargot, du charbon, du gland, un navet, ou quelque autre pareille denrée. D’autres fois, dans une pièce nouvellement blanchie, on suspendra près du mur quelque jouet, quelque petit meuble qu’il s’agita d’aller chercher sans toucher au mur. À peine celui qui l’apportera sera-t-il rentré, que, pour peu qu’il ait manqué à la condition, le bout de son chapeau blanchi, le bout de ses souliers, la basque de son habit, sa manche trahiront sa maladresse. En voilà bien assez, trop peut-être, pour faire entendre l’esprit de ces sortes de jeux. S’il faut tout vous dire, ne me lisez point.
Quels avantages un homme ainsi élevé n’aura-t-il pas la nuit sur les autres hommes ? Ses pieds accoutumés à s’affermir dans les ténèbres, ses mains exercées à s’appliquer aisément à tous les corps environnants, le conduiront sans peine dans la plus épaisse obscurité. Son imagination, pleine des jeux nocturnes de sa jeunesse, se tournera difficilement sur des objets effrayants. S’il croit entendre des éclats de rire, au lieu de ceux des esprits follets, ce seront ceux de ses anciens camarades ; s’il se peint une assemblée, ce ne sera point pour lui le sabbat, mais la chambre de son gouverneur. La nuit, ne lui rappelant que des idées gaies, ne lui sera jamais affreuse ; au lieu de la craindre, il l’aimera. S’agit-il d’une expédition militaire, il sera prêt à toute heure, aussi bien seul qu’avec sa troupe. Il entrera dans le camp de Saül, il le parcourra sans s’égarer, il ira jusqu’à la tente du roi sans éveiller personne, il s’en retournera sans être aperçu. Faut-il enlever les chevaux de Rhésus, adressez-vous à lui sans crainte. Parmi les gens autrement élevés, vous trouverez difficilement un Ulysse.
J’ai vu des gens vouloir, par des surprises, accoutumer les enfants à ne s’effrayer de rien la nuit. Cette méthode est très mauvaise ; elle produit un effet tout contraire à celui qu’on cherche, et ne sert qu’à les rendre toujours plus craintifs. Ni la raison ni l’habitude ne peuvent rassurer sur l’idée d’un danger présent dont on ne peut connaître le degré ni l’espèce, ni sur la crainte des surprises qu’on a souvent éprouvées. Cependant, comment s’assurer de tenir toujours votre élève exempt de pareils accidents ? Voici le meilleur avis, ce me semble, dont on puisse le prévenir là-dessus. Vous êtes alors, dirais-je à mon Émile, dans le cas d’une juste défense ; car l’agresseur ne vous laisse pas juger s’il veut vous faire mal ou peur, et, comme il a pris ses avantages, la fuite même n’est pas un refuge pour vous. Saisissez donc hardiment celui qui vous surprend de nuit, homme ou bête, il n’importe ; serrez-le, empoignez-le de toute votre force ; s’il se débat, frappez, ne marchandez point les coups ; et, quoi qu’il puisse dire ou faire, ne lâchez jamais prise que vous ne sachiez bien ce que c’est. L’éclaircissement vous apprendra probablement qu’il n’y avait pas beaucoup à craindre, et cette manière de traiter les plaisants doit naturellement les rebuter d’y revenir.
Quoique le toucher soit de tous nos sens celui dont nous avons le plus continuel exercice, ses jugements restent pourtant, comme je l’ai dit, imparfaits et grossiers plus que ceux d’aucun autre, parce que nous mêlons continuellement à son usage celui de la vue, et que, l’oeil atteignant à l’objet plus tôt que la main, l’esprit juge presque toujours sans elle. En revanche, les jugements du tact sont les plus sûrs, précisément parce qu’ils sont les plus bornés ; car, ne s’étendant qu’aussi loin que nos mains peuvent atteindre, ils rectifient l’étourderie des autres sens, qui s’élancent au loin sur des objets qu’ils aperçoivent à peine, au lieu que tout ce qu’aperçoit le toucher, il l’aperçoit bien. Ajoutez que, joignant, quand il nous plaît, la force des muscles à l’action des nerfs, nous unissons, par une sensation simultanée, au jugement de la température, des grandeurs, des figures, le jugement du poids et de la solidité. Ainsi le toucher, étant de tous les sens celui qui nous instruit le mieux de l’impression que les corps étrangers peuvent faire sur le nôtre, est celui dont l’usage est le plus fréquent, et nous donne le plus immédiatement la connaissance nécessaire à notre conservation.
Upon opening the door, I heard a certain echoing sound in the vault that I thought might be voices, and which began to shake my resolve. With the door open, I tried to enter; but after taking just a few steps, I stopped. Seeing the profound darkness that reigned in that vast place, I was seized with such terror that it made my hair stand on end: I retreated, stepped outside, and began to flee, trembling all the while. In the courtyard, I found a small dog named Sultan; its affectionate touches reassured me. Ashamed of my fear, I returned, trying to take Sultan with me, but he refused to follow. Suddenly, I crossed back through the door and entered the church. As soon as I was inside, terror overtook me again—so intensely that I lost my mind. Although I knew very well that the pulpit was on the right side, I had turned around without realizing it and spent a long time searching for it on the left. I got tangled up in the benches; I no longer knew where I was. Unable to find either the pulpit or the door, I fell into an indescribable state of panic. Finally, I spotted the door, managed to leave the church, and walked away from it just as I had come—resolutely determined never to enter there alone again unless it were during broad daylight.
I return to the house. Just as I am about to enter, I hear Mr. Lambercier’s voice, accompanied by loud laughter. I take it all as referring to me, and, confused at being the subject of such amusement, I hesitate to open the door. In that moment, I hear Miss Lambercier asking where I am, telling the maid to bring a lantern, and Mr. Lambercier saying he is going to come look for me, accompanied by my intrepid cousin—whom, no doubt, they would have honored greatly with this expedition as well. At that instant, all my fears vanish, leaving only the fear of being caught while fleeing. I run, I rush towards the temple; without getting lost or stumbling, I reach the pulpit, climb up, grab the Bible, and leap down. In three leaps, I am outside the temple—I even forget to close the door behind me. I enter my room, out of breath, and throw the Bible on the table, terrified yet overjoyed at having prevented the help that was meant for me.
One might ask me whether I provide this example as a model to follow or as an illustration of the kind of cheerfulness that I require in such exercises. No; I offer it as proof that nothing can bring more comfort to someone who is frightened by the shadows of night than to hear, in a neighboring room, a group of people laughing and chatting calmly together. I would like it if, instead of entertaining a student alone in this way, many children in good spirits were gathered together on evenings; if they were not sent away separately at first, but several together; and if no child was ever left completely alone—always ensuring beforehand that they were not too frightened.
I cannot imagine anything more pleasant and useful than such games, provided that one takes the necessary care to organize them properly. In a large room, I would create a kind of labyrinth using tables, chairs, sofas, and partitions. Within the intricate twists and turns of this labyrinth, I would place another box, almost identical to the others but filled with delicious candies, among eight or ten trick boxes. I would clearly and concisely indicate the exact location of the correct box and provide enough clues to help those who were more attentive and less distracted than children identify it[351]. After selecting the participants by lottery, I would send them in one after another until the correct box was found—ensuring that the task became increasingly difficult depending on their skill level.
Imagine a little Hercules arriving with a box in his hand, all proud of his “expedition.” The box is placed on the table, and it is opened with great ceremony. I can already hear the laughter and jeers from that cheerful group—only to discover, instead of the expected candies, a beetle, a snail, coal, a hazel nut, a turnip, or some other similar item, neatly arranged on foam or cotton. Other times, in a freshly whitewashed room, someone will hang a toy or small piece of furniture somewhere near the wall, requiring one to retrieve it without touching the wall itself. As soon as the person bringing it back enters, if even the tip of their whitened hat, the edge of their shoes, or the hem of their garment is slightly damaged, it will reveal their clumsiness. That’s certainly enough—perhaps even too much—to capture the spirit of these kinds of games. If I were to tell you everything, then please don’t read on.
What advantages will not such a man, brought up in this manner, have over other men at night? His feet, accustomed to gaining firm footing in the darkness, his hands, trained to handle all surrounding objects with ease, will guide him without difficulty through the deepest obscurity. His imagination, filled with the nocturnal adventures of his youth, will hardly be disturbed by frightening images. If he thinks he hears laughter, it will be that of his former companions, not the voices of wild spirits; if he envisions a gathering, it will be the room of his master, not the Sabbath day. Night, reminding him only of joyful thoughts, will never be terrifying to him; rather than fearing it, he will love it. If a military expedition is planned, he will be ready at any moment, whether alone or with his troops. He will enter Saul’s camp, navigate through it without getting lost, and approach the king’s tent without waking anyone; he will return unnoticed. If it is necessary to remove the horses from Rhesus, turn to him without hesitation. Among people raised in other ways, you will hardly find a Ulysses like him.
I have seen people attempt to condition children, through sudden surprises, to fear nothing at night. This method is extremely flawed; it produces the exact opposite effect of what is intended and only serves to make them increasingly fearful. Neither reason nor habit can alleviate the anxiety caused by the unknown nature of a potential danger or by the fear of unexpected threats that one has often experienced. Yet, how can one ensure that their child remains free from such incidents? In my opinion, the best course of action is to prepare for such situations in advance. You are, in effect, engaging in what might be called “justified defense”—since the attacker does not give you any indication of whether they intend to harm or frighten you, and since they have already gained the upper hand, even fleeing would not be a safe option. Therefore, when someone surprises you at night—whether it is a person or an animal—seize them boldly, hold them tightly with all your strength, and strike if they resist. Do not hesitate to use force; and no matter what they say or do, do not let go until you are certain of their true intentions. Once you have identified the situation, you will likely realize that there was little to fear in the first place. Such a firm approach will naturally deter those who might attempt such pranks in the future.
Although touch is among our senses that we use most frequently, its judgments remain, as I have said, imperfect and crude compared to those of any other sense. This is because we constantly combine the use of touch with that of sight; since the eye reaches the object before the hand, the mind often forms judgments without the aid of touch. On the contrary, the judgments derived from touch are the most reliable and precise—precisely because they are the most limited in scope. Since they extend only as far as our hands can reach, they correct the errors of other senses, which tend to grasp distant objects that they can barely perceive. Moreover, when we wish, by combining the strength of our muscles with the action of our nerves, we integrate sensations related to temperature, size, shape, weight, and solidity into a single, simultaneous perception. Thus, touch, being the sense that best informs us about how external objects affect us, is also the most frequently used—and it provides us with the immediate knowledge necessary for our survival.
Aprire la porta, udii nel soffitto un certo rumore che mi sembrò simile a voci; quel suono iniziò a minare la mia fermezza. Con la porta aperta, cercai di entrare, ma appena feci qualche passo, mi fermai. Vedendo l’oscurità profonda che regnava in quel luogo vasto, fui assalito da un terrore tale da farmi rizzare i capelli in piedi: indietreggiai, uscii e iniziai a fuggire, tremando. Nella corte trovai un piccolo cane di nome Sultan; le sue carezze mi tranquillizzarono. Imbarazzato per la mia paura, tornai indietro, cercando comunque di portare con me Sultan, ma lui non volle seguirmi. Uscii di corsa dalla porta e entrai nella chiesa. Appena vi fui entrato, il terrore mi assalì nuovamente, così forte da farmi perdere la testa; pur sapendo che l’altare si trovava a destra, girai senza rendermene conto e lo cercai a lungo a sinistra. Mi persi tra i banchi, non sapevo più dove fossi. Non riuscendo a trovare né l’altare né la porta, caddi in un stato di disperazione indescrivibile. Alla fine, vidi la porta, riuscii ad uscire dal tempio e me ne allontanai, deciso a non entrarvi mai più da solo, se non di giorno.
Torno fino a casa. Pronto ad entrare, distingo la voce di Monsieur Lambercier accompagnata da grandi risate. Le attribuisco subito a me stesso e, confuso all’idea di trovarmi esposto a tali risate, esito ad aprire la porta. In quel momento sento Mademoiselle Lambercier preoccuparsi per me, dire alla serva di prendere la lanterna, e Monsieur Lambercier decidere di venire a cercarmi, accompagnato dal mio coraggioso cugino, al quale, senza dubbio, sarebbe stata fatta ogni sorta di onore per questa “avventura”. In quell’istante tutte le mie paure svaniscono; mi resta solo la paura di essere scoperto mentre fuggo. Corro verso il tempio; senza perdermi, senza esitare, arrivo alla cattedra, prendo la Bibbia e scendo rapidamente. In tre salti sono fuori dal tempio, dimenticandomi persino di chiudere la porta. Entro nella stanza, senza fiato, getto la Bibbia sul tavolo. Sono spaventato, ma anche sollevato all’idea di aver evitato il pericolo che mi minacciava.
Mi si chiederà se presento questo esempio come modello da seguire, o come dimostrazione della gioia che richiedo in queste attività. No; lo presento semplicemente per dimostrare che nulla può rassicurare di più chi teme le ombre della notte, quanto il suono delle risate e delle chiacchiere di un gruppo di bambini riuniti in una stanza vicina. Vorrei che, invece di divertirsi da solo con il proprio allievo, si radunassero ogni sera molti bambini di buon umore; che non venissero mandati via uno per uno, ma in gruppi; e che nessuno venisse lasciato completamente solo, senza prima assicurarsi che non ne avesse paura.
Non riesco a immaginare nulla di più piacevole e utile di giochi del genere, purché si sia disposti ad utilizzare un po’ d’ingegno nel loro organizzamento. In una grande sala creerei una sorta di labirinto composto da tavoli, sedie, paraventi; nelle intricate vie di questo labirinto, al centro di otto o dieci scatole contenenti trappole, posizionerei un’altra scatola quasi identica, ma ben riempita di caramelle. Indicherei in modo chiaro e conciso il luogo esatto in cui si trova la scatola giusta; fornirei inoltre informazioni sufficienti per distinguerla da quelle contenenti trappole, a persone più attente e meno distratte dei bambini[351]. Dopo aver fatto tirare a sorte i partecipanti, li manderei uno dopo l’altro fino a quando la scatola giusta non venisse trovata; mi assicurerei che il compito risultasse sempre più difficile in base alla loro abilità.
Immaginatevi un piccolo Ercole che arriva con una scatola in mano, molto orgoglioso della sua “avventura”. La scatola viene posata sul tavolo e aperta con solennità. Da qui riesco già a sentire le risate, gli scherni di quel gruppo felice. Ma al posto delle caramelle che tutti aspettavano, ci trovano un coleottero, un lumache, del carbone, un marrone, un ravanello, o qualche altro oggetto simile, ben ordinato su della spuma o del cotone. Altre volte, in una stanza appena imbiancata, viene appeso vicino al muro qualche giocattolo o piccolo mobile. Bisogna andare a prenderlo senza toccare il muro. Appena chi lo porta torna indietro, se anche solo il bordo del suo cappello bianco, la punta dei suoi stivali o l’orlo della sua giacca rivelano qualche imperfezione, è sufficiente per far capire quanto sia stato goffo. Basta e avanza, forse anche troppo, per comprendere lo spirito di questo genere di giochi. Se volete sapere tutto, non leggetemi.
Quali vantaggi non avrà un uomo educato in questo modo rispetto agli altri uomini? I suoi piedi abituati a muoversi nell’oscurità, le sue mani esperte nel manipolare qualsiasi oggetto circostante lo guideranno senza difficoltà anche nella più fitta notte. La sua immaginazione, ricca dei giochi notturni della sua giovinezza, faticerà a concentrarsi su cose spaventose. Se crede di sentire risate, non saranno quelle di spiriti folli, ma quelle dei suoi vecchi compagni; se si immagina un incontro, non sarà certo il sabato, ma la stanza del suo padrone. La notte, ricordandogli solo idee gioiose, non gli sarà mai terribile; al contrario, la amerà. Se si tratta di una spedizione militare, sarà pronto in qualsiasi momento, sia da solo che con il suo esercito. Entrerà nel campo di Saul, lo percorrerà senza perdersi, raggiungerà la tenda del re senza svegliare nessuno e tornerà indietro senza essere visto. Se è necessario portare via i cavalli di Rhesus, rivolgetevi a lui senza paura. Tra le persone educate in altri modi, sarà difficile trovare qualcuno paragonabile a Odisseo.
Ho visto persone cercare di abituare i bambini, con delle sorprese, a non temere nulla di notte. Questo metodo è molto sbagliato: produce l’effetto esattamente opposto a quello desiderato e finisce solo per renderli ancora più spaventati. Né la ragione né l’abitudine possono tranquillizzare una persona di fronte al rischio di un pericolo presente, il cui grado o natura sono sconosciuti, né possono alleviare la paura delle sorprese che spesso si provano. Tuttavia, come si può assicurarsi che il proprio allievo sia sempre protetto da simili situazioni? A mio parere, l’unico modo per prevenirle è agire con decisione e prontezza. In quel caso, si trova, direi, nella condizione di dover difendersi in modo appropriato: l’aggressore non permette infatti di capire se intenda far del male o spaventare la vittima; inoltre, avendo già preso l’iniziativa, nemmeno la fuga rappresenta un rifugio sicuro. Quindi, afferrate con coraggio chi vi sorprende di notte, che si tratti di un uomo o di un animale: tenetelo stretto con tutte le vostre forze; se si dibatte, colpite senza esitazione; e, qualunque cosa dica o faccia, non lasciate la presa finché non sarete sicuri di conoscere la vera natura della minaccia. Spesso, una volta chiarita la situazione, si scopre che non c’era davvero nulla da temere. E questo modo deciso di affrontare tali situazioni farà sicuramente sì che coloro che cercano di provocare problemi smettano immediatamente di provarci.
Sebbene il tatto sia di tutti i nostri sensi quello che utilizziamo più frequentemente, i suoi giudizi rimangono, come ho detto, imperfetti e approssimativi rispetto a quelli degli altri sensi; questo perché continuiamente mescoliamo nell’uso del tatto quello della vista, e poiché l’occhio raggiunge l’oggetto prima della mano, la mente giudica quasi sempre senza l’aiuto di quest’ultima. Al contrario, i giudizi del tatto sono i più sicuri e precisi, proprio perché sono i più limitati nel loro ambito d’azione; essendo infatti estesi soltanto fino alla portata delle nostre mani, correggono l’imprecisione degli altri sensi, che si spingono lontano verso oggetti appena percettibili, mentre tutto ciò che il tatto percepisce lo fa in modo chiaro e diretto. Inoltre, poiché possiamo, quando vogliamo, unire la forza dei muscoli all’azione dei nervi, attraverso una sensazione simultanea otteniamo, oltre al giudizio sulla temperatura, sulle dimensioni e sulla forma degli oggetti, anche informazioni riguardanti il loro peso e la loro solidità. Così, il tatto, essendo di tutti i sensi quello che ci insegna meglio l’impatto che gli oggetti esterni possono avere su di noi, è senz’altro quello il cui uso è più frequente e che ci fornisce immediatamente le informazioni necessarie per la nostra sopravvivenza.
Comme le toucher exercé supplée à la vue, pourquoi ne pourrait-il pas aussi suppléer à l’ouïe jusqu’à certain point, puisque les sons excitent dans les corps sonores des ébranlements sensibles au tact ? En posant une main sur le corps d’un violoncelle, on peut, sans le secours des yeux ni des oreilles, distinguer, à la seule manière dont le bois vibre et frémit, si le son qu’il rend est grave ou aigu, s’il est tiré de la chanterelle ou du bourdon. Qu’on exerce le sens à ces différences, je ne doute pas qu’avec le temps on n’y pût devenir sensible au point d’entendre un air entier par les doigts. Or, ceci supposé, il est clair qu’on pourrait aisément parler aux sourds en musique ; car les tons et les temps, n’étant pas moins susceptibles de combinaisons régulières que les articulations et les voix, peuvent être pris de même pour les éléments du discours.
Il y a des exercices qui émoussent le sens du toucher et le rendent plus obtus ; d’autres, au contraire, l’aiguisent et le rendent plus délicat et plus fin. Les premiers, joignant beaucoup de mouvement et de force à la continuelle impression des corps durs, rendent la peau rude, calleuse, et lui ôtent le sentiment naturel ; les seconds sont ceux qui varient ce même sentiment par un tact léger et fréquent, en sorte que l’esprit, attentif à des impressions incessamment répétées, acquiert la facilité de juger toutes leurs modifications. Cette différence est sensible dans l’usage des instruments de musique : le toucher dur et meurtrissant du violoncelle, de la contrebasse, du violon même, en rendant les doigts plus flexibles, racornit leurs extrémités. Le toucher lisse et poli du clavecin les rend aussi flexibles et plus sensibles en même temps. En ceci donc le clavecin est à préférer.
Il importe que la peau s’endurcisse aux impressions de l’air et puisse braver ses altérations ; car c’est elle qui défend tout le reste. À cela près, je ne voudrais pas que la main, trop servilement appliquée aux mêmes travaux, vînt à s’endurcir, ni que sa peau devenue presque osseuse perdît ce sentiment exquis qui donne à connaître quels sont les corps sur lesquels on la passe, et, selon l’espèce de contact, nous fait quelquefois, dans l’obscurité, frissonner en diverses manières.
Pourquoi faut-il que mon élève soit forcé d’avoir toujours sous ses pieds une peau de boeuf ? Quel mal y aurait-il que la sienne propre pût au besoin lui servi de semelle ? Il est clair qu’en cette partie la délicatesse de la peau ne peut jamais être utile à rien, et peut souvent beaucoup nuire. Éveillés à minuit au coeur de l’hiver par l’ennemi dans leur ville, les Genevois trouvèrent plus tôt leurs fusils que leurs souliers. Si nul d’eux n’avait su marcher nu-pieds, qui sait si Genève n’eût point été prise ?
Armons toujours l’homme contre les accidents imprévus. Qu’Émile coure les matins à pieds nus, en toute saison, par la chambre, par l’escalier, par le jardin ; loin de l’en gronder, je l’imiterai ; seulement j’aurai soin d’écarter le verre. Je parlerai bientôt des travaux et des jeux manuels. Du reste, qu’il apprenne à faire tous les pas qui favorisent les évolutions du corps, à prendre dans toutes les attitudes une position aisée et solide ; qu’il sache sauter en éloignement, en hauteur, grimper sur un arbre, franchir un mur ; qu’il trouve toujours son équilibre ; que tous ses mouvements, ses gestes soient ordonnés selon les lois de la pondération, longtemps avant que la statique se mêle de les lui expliquer. À la manière dont son pied pose à terre et son corps porte sur sa jambe, il doit sentir s’il est bien ou mal. Une assiette assurée a toujours de la grâce, et les postures les plus fermes sont aussi les plus élégantes. Si j’étais maître à danser, je ne ferais pas toutes les singeries de Marcel[352], bonnes pour le pays où il les fait ; mais, au lieu d’occuper éternellement mon élève à des gambades, je le mènerais au pied d’un rocher ; là, je lui montrerais quelle attitude il faut prendre, comment il faut porter le corps et la tête, quel mouvement il faut faire, de quelle manière il faut poser, tantôt le pied, tantôt la main, pour suivre légèrement les sentiers escarpés, raboteux et rudes, et s’élancer de pointe en point tant en montant qu’en descendant. J’en ferais l’émule d’un chevreuil plutôt qu’un danseur de l’Opéra.
Autant le toucher concentre ses opérations autour de l’homme, autant la vue étend les siennes au-delà de lui ; c’est là ce qui rend celles-ci trompeuses : d’un coup d’oeil un homme embrasse la moitié de son horizon. Dans cette multitude de sensations simultanées et des jugements qu’elles excitent, comment ne se tromper sur aucun ? Ainsi la vue est de tous nos sens le plus fautif, précisément parce qu’il est le plus étendu, et que, précédant de bien loin tous les autres, ses opérations sont trop promptes et trop vastes pour pouvoir être rectifiées par eux. Il y a plus, les illusions mêmes de la perspective nous sont nécessaires pour parvenir à connaître l’étendue et à comparer ses parties. Sans les fausses apparences, nous ne verrions rien dans l’éloignement ; sans les gradations de grandeur et de lumière, nous ne pourrions estimer aucune distance, ou plutôt il n’y en aurait point pour nous. Si de deux arbres égaux celui qui est à cent pas de nous nous paraissait aussi grand et aussi distinct que celui qui est à dix, nous les placerions à côté l’un de l’autre. Si nous apercevions toutes les dimensions des objets sous leur véritable mesure, nous ne verrions aucun espace, et tout nous paraîtrait sur notre oeil.
Le sens de la vue n’a, pour juger la grandeur des objets et leur distance, qu’une même mesure, savoir, l’ouverture de l’angle qu’ils font dans notre oeil ; et comme cette ouverture est un effet simple d’une cause composée, le jugement qu’il excite en nous laisse chaque cause particulière indéterminée, ou devient nécessairement fautif. Car, comment distinguer à la simple vue si l’angle sous lequel je vois un objet est en effet plus petit qu’un autre est tel ; parce que ce premier objet est en effet plus petit, ou parce qu’il est plus éloigné ?
Il faut donc suivre ici une méthode contraire à la précédente ; au lieu de simplifier la sensation, la doubler, la vérifier toujours par une autre, assujettir l’organe visuel à l’organe tactile, et réprimer, pour ainsi dire, l’impétuosité du premier sens par la marche pesante et réglée du second. Faute de nous asservir à cette pratique, nos mesures par estimation sont très inexactes. Nous n’avons nulle précision dans le coup d’oeil pour juger les hauteurs, les longueurs, les profondeurs, les distances ; et la preuve que ce n’est pas tant la faute du sens que de son usage, c’est que les ingénieurs, les arpenteurs, les architectes, les maçons, les peintres ont en général le coup d’oeil beaucoup plus sûr que nous, et apprécient les mesures de l’étendue avec plus de justesse ; parce que leur métier leur donnant en ceci l’expérience que nous négligeons d’acquérir, ils ôtent l’équivoque de l’angle par les apparences qui l’accompagnent, et qui déterminent plus exactement à leurs yeux le rapport des deux causes de cet angle.
Tout ce qui donne du mouvement au corps sans le contraindre est toujours facile à obtenir des enfants. Il y a mille moyens de les intéresser à mesurer, à connaître, à estimer les distances. Voilà un cerisier fort haut, comment ferons-nous pour cueillir des cerises ? L’échelle de la grange est-elle bonne pour cela ? Voilà un ruisseau fort large, comment le traverserons-nous ? une des planches de la cour posera-t-elle sur les deux bords ? Nous voudrions, de nos fenêtres, pêcher dans les fossés du château ; combien de brasses doit avoir notre ligne ? Je voudrais faire une balançoire entre ces deux arbres ; une corde de deux toises nous suffira-t-elle ? On me dit que dans l’autre maison notre chambre aura vingt-cinq pieds carrés ; croyez-vous qu’elle nous convienne ? sera-t-elle plus grande que celle-ci ? Nous avons grand’faim ; voilà deux villages ; auquel des deux serons-nous plus tôt pour dîner ? etc.
Just as tactile sensation can compensate for the lack of vision, why could it not also, to some extent, compensate for the lack of hearing, since sounds indeed produce vibrations in resonant objects that can be perceived through touch? By placing a hand on the body of a cello, one can, without the aid of eyes or ears, distinguish, solely by sensing the way the wood vibrates and trembles, whether the sound produced is deep or high, whether it comes from the viola or the tenor. If one trains this sense over time, I have no doubt that it would become so acute that one could actually “hear” an entire melody through their fingers. Given this, it is clear that it would be entirely possible to communicate with the deaf through music; after all, tones and rhythms are just as capable of forming regular combinations as spoken words and voices, and can thus be used in the same way as elements of language.
There are exercises that dull the sense of touch and make it less sensitive; others, on the contrary, sharpen it and make it more delicate and refined. The former, involving much movement and force along with constant contact with hard surfaces, cause the skin to become rough and calloused, stripping it of its natural sensitivity. The latter, by providing light and frequent tactile stimuli, enable the mind, being attentive to these constantly repeated impressions, to develop the ability to discern all their subtle variations. This difference is evident in the use of musical instruments: the hard, rough touch of the cello, double bass, and even the violin makes the fingers more flexible but also causes their tips to become hardened. In contrast, the smooth and polished surface of the clavichord allows the fingers to remain flexible while at the same time enhancing their sensitivity. For this reason, the clavichord is indeed the superior choice.
It is essential that the skin become hardened to the effects of the air and be able to withstand its alterations; for it is the skin that protects everything else. Apart from this, I would not want the hand, being too dutifully applied to the same tasks, to become hardened, nor would I wish for its skin, having become almost bony, to lose that delicate sensitivity which enables us to discern what surfaces it is in contact with—and which, depending on the type of touch, sometimes makes us shiver in various ways even in the darkness.
Why must my student always have a piece of cowhide under his feet? What harm could it do if he used his own skin as a sole when necessary? It is clear that in this regard, the delicacy of skin is utterly useless and can often cause great harm. In the dead of winter, at midnight, the enemies attacked Geneva. The citizens were forced to flee; they found their rifles before they could even find their shoes. If any of them had not been able to walk barefoot, who knows whether Geneva would have fallen?
Always arm a man against unforeseen accidents. Let Émile run barefoot in the morning, at any time of the year—through the rooms, up and down the stairs, through the garden. Far from scolding him for it, I would imitate his behavior; only, I would make sure to keep the glass out of his way. I will talk soon about manual labor and play. In any case, he must learn to perform all those movements that contribute to the development of his body, and to assume in every position a comfortable and stable posture. He should learn to jump into the distance, to leap high, to climb trees, to overcome walls; he must always maintain his balance, and ensure that all his movements and gestures are carried out in accordance with the laws of balance—long before statics comes along to explain them to him. By observing how his foot touches the ground and how his body is supported by his leg, he should be able to tell whether his posture is correct or not. A well-balanced object always possesses grace, and the most stable postures are also the most elegant. If I were a dance teacher, I would not perform all those ridiculous antics of Marcel[352], suitable only for the country where he does them; instead of endlessly having my student practice meaningless steps, I would take him to the foot of a rock. There, I would show him what posture to assume, how to position his body and head, what movement to make, and how to place his feet and hands accordingly—so as to follow gently the steep, rugged paths, ascending and descending from one point to another. I would turn him into an imitator of a deer, rather than a dancer from the Opera.
Just as touch focuses its operations on the human being itself, vision extends them beyond him; it is precisely this characteristic that makes visual perceptions deceptive—with a single glance, a person can embrace half of their entire horizon. In the midst of so many simultaneous sensations and the judgments they provoke, how is it possible not to err in any of them? Thus, among all our senses, vision is the most fallible, precisely because it has the widest range. Outpacing all the others by far, its operations are too swift and too extensive to be corrected by them. Moreover, even the illusions created by perspective are necessary for us to understand the extent of things and compare their various parts. Without these deceptive appearances, we would see nothing in the distance; without the gradations of size and light, we would be unable to estimate any distance at all—or rather, such distances would simply cease to exist for us. If the two identical trees, one hundred paces away from us, appeared to us to be just as large and distinct as the one ten paces away, we would mistake them for being next to each other. If we were able to perceive the true dimensions of all objects, we would see no space at all, and everything would seem to be compressed right before our eyes.
The sense of sight, in order to judge the size of objects and their distance, relies on only one measure: namely, the angle that they form within our eye. However, since this angle is merely a result of a composite cause, the judgment it induces leaves each individual component of that cause indeterminate—or inevitably leads to error. For how can we distinguish, merely by looking, whether the angle under which I see one object is indeed smaller than that of another object? Is it because the first object is actually smaller, or because it is farther away?
Therefore, a method contrary to the previous one must be employed here; instead of simplifying the sensation, we should double it and always verify it through another sense, subjecting the visual organ to the tactile one, and so to speak, restraining the impetuosity of the former with the steady and measured action of the latter. If we do not adhere to this practice, our estimates will be highly inaccurate. We lack any precision in our visual assessments when judging heights, lengths, depths, or distances. And the proof that the fault lies not so much in the sense itself as in its use is that engineers, surveyors, architects, masons, and painters generally possess a much more reliable eye than we do and can measure distances with greater accuracy. It is because their profession grants them the experience that we neglect to acquire; they eliminate the ambiguity inherent in visual appearances by using other methods that allow them to determine more precisely the relationship between the various elements that constitute an angle.
Everything that moves the body without imposing any restraint is always easy for children to accomplish. There are countless ways to interest them in measuring, understanding, and estimating distances. “Here’s a very tall cherry tree—how are we going to pick the cherries? Is the ladder in the barn suitable for this task? Here’s a wide stream—how are we going to cross it? Will one of the boards in the yard be long enough to span both banks? We want to fish in the ditches around the castle from our windows—how long should our fishing line be? I want to make a swing between these two trees—will a rope that’s two yards long be enough? They tell me that our room in the other house will be twenty-five square feet—do you think it will suit us? Will it be bigger than this one? We’re very hungry; here are two villages—which one will we get to dinner at first?” and so on.
Poiché un tocco accurato può sostituire la vista, perché non potrebbe anche, in certa misura, sostituire l’udito, dato che i suoni generano nelle corde musicali vibrazioni percepibili al tatto? Posando una mano sul corpo di un violoncello, si può, senza l’aiuto degli occhi né delle orecchie, distinguere, soltanto in base alle vibrazioni e ai tremori del legno, se il suono prodotto è grave o acuto, se proviene dalla corda più bassa o da quella più alta. Se si esercita questo senso sulle differenze sonore, non dubito che, con il tempo, si possa diventare così sensibili da riconoscere un intero brano musicale semplicemente attraverso le dita. Ora, supponendo ciò, è evidente che si potrebbe facilmente comunicare con i sordi attraverso la musica; infatti, i toni e i tempi, essendo altrettanto suscettibili di combinazioni regolari quanto le parole e le voci, possono essere utilizzati allo stesso modo come elementi del linguaggio.
Esistono esercizi che intorpidiscono il senso del tatto, rendendolo meno delicato e fine; altri, al contrario, lo affilano, rendendolo più sensibile e acuto. I primi, combinando un grande movimento e forza con l’incessante contatto con corpi duri, rendono la pelle ruvida e callosa, privandola del suo senso naturale; i secondi, invece, modificano questo stesso senso attraverso un tocco leggero e frequente, permettendo all’intelligenza, attenta a impressioni ripetute costantemente, di acquisire la capacità di percepire tutte le loro variazioni. Questa differenza è evidente nell’uso degli strumenti musicali: il tocco duro e aggressivo del violoncello, della contrabbasso e persino del violino rende le dita più flessibili, ma anche più ruvide; il tocco liscio e levigato del clavicembalo, invece, le rende altrettanto flessibili e, allo stesso tempo, più sensibili. Per questo motivo, il clavicembalo è da preferire.
È essenziale che la pelle si indurisca alle influenze dell’aria e possa resistere alle sue alterazioni; è infatti essa a proteggere il resto del corpo. A parte questo, non vorrei che la mano, utilizzata troppo servilmente per gli stessi lavori, finisse per indurirsi, né che la sua pelle, diventata quasi ossea, perdesse quella sensibilità delicata che ci permette di riconoscere i corpi su cui viene applicata e che, a seconda del tipo di contatto, a volte ci fa rabbrividire in modi diversi nell’oscurità.
Perché il mio studente deve essere costretto ad avere sempre sotto i piedi una pelle di bue? Qual male ci sarebbe se la sua stessa pelle potesse, in caso di necessità, servirgli da suola? È evidente che, in questo ambito, la delicatezza della pelle non può mai essere utile a nulla e spesso può causare molti problemi. Risvegliati a mezzanotte, nel cuore dell’inverno, dall’attacco nemico nella loro città, i genovesi trovarono i fucili prima che le scarpe. Se nessuno di loro avesse saputo camminare a piedi nudi, chissà se Genova sarebbe stata presa.
Armiamo sempre l’uomo contro gli imprevisti accidenti. Che Émile corra ogni mattina a piedi nudi, in qualsiasi stagione, attraverso la stanza, le scale, il giardino; invece di rimproverarlo, lo imiterò io stesso. Solo farò attenzione a tenere lontani i bicchieri. Parlerò presto dei lavori manuali e dei giochi pratici. In ogni caso, che impari a compiere tutti quei movimenti che favoriscono lo sviluppo del corpo, a assumere in ogni posizione una postura agevole e stabile; che sappia saltare lontano, in alto, arrampicarsi sugli alberi, superare i muri. Che trovi sempre il proprio equilibrio; che tutti i suoi movimenti seguano le leggi della bilanciatura, molto prima che la statica venga a spiegargliele. Dal modo in cui il suo piede tocca terra e il suo corpo si appoggia sulla gamba, deve capire se è in posizione corretta o meno. Un piatto ben posizionato ha sempre grazia; le posture più solide sono anche le più eleganti. Se fossi un maestro di danza, non farei tutte quelle buffonate di Marcel[352], adatte al luogo dove le esegue. Ma, invece di far passare il mio allievo tutto il tempo a saltellare senza scopo, lo porterei ai piedi di una roccia; lì gli mostrerei quale posizione assumere, come tenere il corpo e la testa, quale movimento fare, in che modo posizionare i piedi o le mani. Per seguire con leggerezza sentieri scoscesi, accidentati e ruvidi, e avanzare punto dopo punto, sia salendo che scendendo. Lo renderei l’emulo di un cerbiatto, piuttosto che di un ballerino d’opera.
Mentre il tatto concentra le proprie funzioni sull’uomo stesso, la vista le estende al di là di lui; ed è proprio questo che rende le percezioni visive ingannevoli: con un solo sguardo, l’uomo abbraccia metà del proprio orizzonte. In mezzo a queste molteplici sensazioni simultanee e ai giudizi che esse suscitano, come non sbagliare su nulla? Proprio per questo, la vista è di tutti i nostri sensi quella più fallace, proprio perché è la più estesa; inoltre, essendo molto più rapida e vasta delle altre, le sue percezioni non possono essere corrette da esse. Ancora di più: le stesse illusioni della prospettiva ci sono necessarie per comprendere l’estensione degli oggetti e per poterli confrontare tra loro. Senza queste false apparenze, non vedremmo nulla nelle distanze; senza le gradazioni di grandezza e di luminosità, non saremmo in grado di stimare alcuna distanza. O meglio, per noi non esisterebbero affatto distanze. Se due alberi uguali, uno situato a cento passi da noi e l’altro a dieci, ci sembrassero altrettanto grandi e distinti, li metteremmo fianco a fianco. Se potessimo vedere tutte le dimensioni degli oggetti nella loro vera misura, non percepiremmo alcuno spazio. E tutto ci apparirebbe direttamente davanti ai nostri occhi.
Il senso della vista, per giudicare la grandezza degli oggetti e la loro distanza, utilizza una sola misura: l’ampiezza dell’angolo che questi formano nel nostro occhio. Poiché tale ampiezza è il risultato di cause complesse, il giudizio che ne deriva lascia ogni singola causa specifica indeterminata, o diventa necessariamente errato. Infatti, come si può distinguere a semplice vista se l’angolo con cui vedo un oggetto sia effettivamente più piccolo di quello di un altro oggetto; perché il primo oggetto sia davvero più piccolo, o perché si trovi a una maggiore distanza?
È quindi necessario seguire qui un metodo diverso dal precedente: invece di semplificare la sensazione, bisogna raddoppiarla e verificarla costantemente con un’altra; in altre parole, si deve sottomettere l’organo visivo a quello tattile e reprimere, per così dire, l’impetuosità del primo senso attraverso il movimento lento e regolato del secondo. Se non ci sottoponiamo a questa pratica, le nostre misurazioni basate sull’estimazione risultano molto imprecise. Non possediamo alcuna precisione nel giudicare altezze, lunghezze, profondità o distanze con un semplice sguardo; e la prova che il problema non risieda tanto nel senso stesso quanto nel suo utilizzo è data dal fatto che ingegneri, agrimensori, architetti, muratori e pittori, in generale, possiedono una capacità di osservazione molto più affidabile della nostra e riescono a misurare con maggiore precisione le dimensioni degli oggetti; questo perché il loro lavoro li fornisce dell’esperienza che noi trascuriamo di acquisire, permettendo loro di eliminare l’ambiguità delle apparenze che spesso accompagnano la percezione visiva e di determinare con maggiore accuratezza i rapporti tra le varie componenti di un angolo.
Tutto ciò che dà movimento al corpo senza costringerlo è sempre facile da far fare ai bambini. Esistono mille modi per interessarli a misurare, a conoscere, a stimare le distanze. Ecco un ciliegio molto alto: come faremo ad raccogliere i ciliegi? La scala del fienile è adatta per questo scopo? Ecco un ruscello molto largo: come lo attraverseremo? Una delle assi del cortile potrà servire da ponte sui due lati? Vorremmo pescare dalle nostre finestre nei fossati del castello: quante braccia dovrebbe avere la nostra canna da pesca? Vorremmo fare un’altalena tra questi due alberi: una corda lunga due iarde sarà sufficiente? Mi dicono che nella casa accanto la nostra stanza avrà venticinque piedi quadrati: credete che ci vada bene? Sarà più grande di questa? Abbiamo molta fame; ecco due villaggi: in quale dei due arriveremo prima per pranzare? E così via.
Il s’agissait d’exercer à la course un enfant indolent et paresseux, qui ne se portait pas de lui-même à cet exercice ni à aucun autre, quoiqu’on le destinât à l’état militaire ; il s’était persuadé, je ne sais comment, qu’un homme de son rang ne devait rien faire ni rien savoir, et que sa noblesse devait lui tenir lieu de bras, de jambes, ainsi que de toute espèce de mérite. À faire d’un tel gentilhomme un Achille au pied léger, l’adresse de Chiron même eût eu peine à suffire. La difficulté était d’autant plus grande que je ne voulais lui prescrire absolument rien ; j’avais banni de mes droits les exhortations, les promesses, les menaces, l’émulation, le désir de briller ; comment lui donner celui de courir sans lui rien dire ? Courir moi-même eût été un moyen peu sûr et sujet à inconvénient. D’ailleurs il s’agissait encore de tirer de cet exercice quelque objet d’instruction pour lui, afin d’accoutumer les opérations de la machine et celles du jugement à marcher toujours de concert. Voici comment je m’y pris : moi, c’est-à-dire celui qui parle dans cet exemple.
En m’allant promener avec lui les après-midi, je mettais quelquefois dans ma poche deux gâteaux d’une espèce qu’il aimait beaucoup ; nous en mangions chacun un à la promenade[353], et nous revenions fort contents. Un jour il s’aperçut que j’avais trois gâteaux ; il en aurait pu manger six sans s’incommoder ; il dépêche promptement le sien pour me demander le troisième. Non, lui dis-je : je le mangerais fort bien moi-même, ou nous le partagerions ; mais j’aime mieux le voir disputer à la course par ces deux petits garçons que voilà. Je les appelai, je leur montrai le gâteau et leur proposai la condition. Ils ne demandèrent pas mieux. Le gâteau fut posé sur une grande pierre qui servit de but ; la carrière fut marquée : nous allâmes nous asseoir ; au signal donné, les petits garçons partirent ; le victorieux se saisit du gâteau, et le mangea sans miséricorde aux yeux des spectateurs et du vaincu.
Cet amusement valait mieux que le gâteau ; mais il ne prit pas d’abord et ne produisit rien. Je ne me rebutai ni ne me pressai : l’instruction des enfants est un métier où il faut savoir perdre du temps pour en gagner. Nous continuâmes nos promenades ; souvent on prenait trois gâteaux, quelquefois quatre, et de temps à autre il y en avait un, même deux pour les coureurs. Si le prix n’était pas grand, ceux qui le disputaient n’étaient pas ambitieux : celui qui le remportait était loué, fêté ; tout se faisait avec appareil. Pour donner lieu aux révolutions et augmenter l’intérêt, je marquais la carrière plus longue, j’y souffrais plusieurs concurrents. À peine étaient-ils dans la lice, que tous les passants s’arrêtaient pour les voir ; les acclamations, les cris, les battements de mains les animaient ; je voyais quelquefois mon petit bonhomme tressaillir, se lever, s’écrier quand l’un était près d’atteindre ou de passer l’autre ; c’étaient pour lui les jeux olympiques.
Piqué de ma raillerie, il s’évertue et remporte le prix
Cependant les concurrents usaient quelquefois de supercherie ; ils se retenaient mutuellement, ou se faisaient tomber, ou poussaient des cailloux au passage l’un de l’autre. Cela me fournit un sujet de les séparer, et de les faire partir de différents termes, quoique également éloignés du but : on verra bientôt la raison de cette prévoyance ; car je dois traiter cette importante affaire dans un grand détail.
Ennuyé de voir toujours manger sous ses yeux des gâteaux qui lui faisaient grande envie, monsieur le chevalier s’avisa de soupçonner enfin que bien courir pouvait être bon à quelque chose et voyant qu’il avait aussi deux jambes, il commença de s’essayer en secret. Je me gardai d’en rien voir ; mais je compris que mon stratagème avait réussi. Quand il se crut assez fort, et je lus avant lui dans sa pensée, il affecta de m’importuner pour avoir le gâteau restant. Je le refuse, il s’obstine, et d’un air dépité il me dit à la fin : Eh bien ! mettez-le sur la pierre, marquez le champ, et nous verrons. Bon ! lui dis-je en riant, est-ce qu’un chevalier sait courir ? Vous gagnerez plus d’appétit, et non de quoi le satisfaire. Piqué de ma raillerie, il s’évertue, et remporte le prix d’autant plus aisément, que j’avais fait la lice très courte et pris soin d’écarter le meilleur coureur. On conçoit comment, ce premier pas étant fait, il me fut aisé de le tenir en haleine. Bientôt il prit un tel goût à cet exercice, que, sans faveur, il était presque sûr de vaincre mes polissons à la course, quelque longue que fût la carrière.
Cet avantage obtenu en produisit un autre auquel je n’avais pas songé. Quand il remportait rarement le prix, il le mangeait presque toujours seul, ainsi que faisaient ses concurrents ; mais en s’accoutumant à la victoire, il devint généreux et partageait souvent avec les vaincus. Cela me fournit à moi-même une observation morale, et j’appris par-là quel était le vrai principe de la générosité.
En continuant avec lui de marquer en différents lieux les termes d’où chacun devait partir à la fois, je fis, sans qu’il s’en aperçût, les distances inégales, de sorte que l’un, ayant à faire plus de chemin que l’autre pour arriver au même but, avait un désavantage visible ; mais, quoique je laissasse le choix à mon disciple, il ne savait pas s’en prévaloir. Sans s’embarrasser de la distance, il préférait toujours le plus beau chemin ; de sorte que, prévoyant aisément son choix, j’étais à peu près le maître de lui faire perdre ou gagner le gâteau à ma volonté ; et cette adresse avait aussi son usage à plus d’une fin. Cependant, comme mon dessein était qu’il s’aperçût de la différence, je tâchais de la lui rendre sensible ; mais, quoique indolent dans le calme, il était si vif dans ses jeux, et se défiait si peu de moi, que j’eus toutes les peines du monde à lui faire apercevoir que je le trichais. Enfin j’en vins à bout malgré son étourderie ; il m’en fit des reproches. Je lui dis : De quoi vous plaignez-vous ? dans un don que je veux bien faire, ne suis-je pas maître de mes conditions ? Qui vous force à courir ? vous ai-je promis de faire les lices égales ? n’avez-vous pas le choix ? Prenez la plus courte, on ne vous en empêche point. Comment ne voyez-vous pas que c’est vous que je favorise, et que l’inégalité dont vous murmurez est tout à votre avantage si vous savez vous en prévaloir ? Cela était clair ; il le comprit, et, pour choisir, il fallut y regarder de plus près. D’abord on voulut compter les pas ; mais la mesure des pas d’un enfant est lente et fautive ; de plus, je m’avisai de multiplier les courses dans un même jour ; et alors, l’amusement devenant une espèce de passion, l’on avait regret de perdre à mesurer les lices le temps destiné à les parcourir. La vivacité de l’enfance s’accommode mal de ces lenteurs ; on s’exerça donc à mieux voir, à mieux estimer une distance à la vue. Alors j’eus peu de peine à étendre et nourrir ce goût. Enfin, quelques mois d’épreuves et d’erreurs corrigées lui formèrent tellement le compas visuel, que, quand je lui mettais par la pensée un gâteau sur quelque objet éloigné, il avait le coup d’oeil presque aussi sûr que la chaîne d’un arpenteur.
It was necessary to train a lazy and indolent child in the art of running—a child who showed no inclination toward this exercise or any other, despite being destined for a military career. Somehow, he had convinced himself that a man of his rank ought to do nothing and know nothing, that his nobility would suffice to replace his arms, legs, and all forms of merit. To transform such a gentleman into an Achilles with light feet, even the skill of Chiron would have been insufficient. The difficulty was all the greater since I absolutely refused to impose any rules on him; I had banished from my approach any form of exhortation, promise, threat, emulation, or desire for glory. How could I encourage him to run without saying a word? Running myself would have been an unreliable and potentially dangerous method. Moreover, it was essential to derive some educational benefit from this exercise—to train both his physical abilities and his judgment so that they worked in perfect harmony. Here’s how I went about it: I, that is, the person who speaks in this example.
On those afternoons when I went out for walks with him, I sometimes put two cakes of a kind he particularly liked in my pocket; we would each eat one during the walk[353], and then return quite satisfied. One day, he noticed that I had three cakes; he could have eaten six without any trouble at all. He quickly finished his own cake and asked me for the third one. “No,” I said, “I’d enjoy eating it myself, or we could share it, but I prefer to watch these two little boys race for it.” I called them over, showed them the cake, and explained the rules. They were more than happy to agree. The cake was placed on a large rock that served as the starting line; the distance between the starting point and the finish line was marked out. We sat down, and at my signal, the little boys started running. The winner grabbed the cake and ate it without any hesitation, right in front of the onlookers and the loser.
This form of entertainment was even better than the cake itself; but at first, it produced no results at all. I neither became discouraged nor rushed things: educating children is a profession where one must know how to waste time in order to gain something in the end. We continued our walks; often we would take three cakes, sometimes four, and occasionally there would even be one or two extra for those who ran faster. Since the prize was not substantial, those competing for it were not overly ambitious: the winner would be praised and celebrated, and everything was done with proper ceremony. To add excitement and increase interest, I marked out a longer course for the race, allowing several competitors to participate. As soon as they started running, everyone passing by would stop to watch; cheers, shouts, and applause kept them motivated. Sometimes I could see my little boy trembling, getting up, and shouting when one competitor was about to overtake or pass another—it was like the Olympic Games for him.
Provoked by my teasing, he tries his best and wins the prize.
However, the competitors sometimes resorted to trickery; they would hold back each other, or make one another fall, or throw stones at one another as they passed by. This provided me with an opportunity to separate them and send them off from different starting points, even though all these points were equally far from the goal. The reason for this precaution will become clear soon enough; for I must deal with this important matter in great detail.
Bored by constantly seeing cakes that filled him with great desire being eaten right before his eyes, Sir Knight finally began to suspect that running fast might actually be of some use. Seeing that he also had two legs, he started trying it in secret. I made sure not to notice anything; but I understood that my plan had succeeded. When he thought he was strong enough—and I read this in his thoughts before he even voiced it—he began pestering me for the remaining cake. I refused him, and he persisted. Finally, with a look of frustration, he said to me, “Well! Then put it on the stone, mark the starting line, and let’s see.” “Oh, really,” I replied laughingly, “does a knight even know how to run? You’ll only gain more appetite—and nothing to satisfy it.” Piqued by my mockery, he tried harder and won the competition all the easier, since I had made the starting line very short and made sure to remove the fastest runner from the race. It’s easy to see that once he took this first step, it became quite easy for me to keep him in check. Soon, he grew so fond of this exercise that, without any special advantage, he was almost certain of defeating my little rascals in any race, no matter how long it might be.
This advantage led to another one that I had not considered before. When he rarely won the prize, he would almost always eat it alone, just like his competitors did; but as he became accustomed to winning, he became generous and often shared it with those who lost. This provided me with a moral lesson, and through it, I understood what the true principle of generosity is.
As I continued to mark different starting points for him at various locations, I subtly created unequal distances without his noticing it. In this way, one child had to cover a longer distance than another to reach the same goal, putting him at a clear disadvantage. Yet, even though I gave my disciple the choice, he did not know how to make use of it. Instead of considering the actual distance, he always preferred the shortest path. Since I could easily predict his choices, I effectively controlled whether he would win or lose the “game” at my will—and this tactic served multiple purposes. However, since my intention was for him to realize the difference between the paths, I tried to make it obvious to him. But despite his usual laziness in calm situations, he was so lively during our games and so unafraid of me that it was extremely difficult to convince him that I was cheating. Eventually, despite his carelessness, I succeeded—and he even complained about it. I replied, “What are you complaining about? In a gift that I am willing to give, don’t I have the right to set my own terms? Who forces you to run? Did I promise you that the distances would be equal? Don’t you have a choice? Choose the shortest path—if no one stops you. How can you not see that I am actually favoring you, and that this perceived inequality is actually to your advantage if you know how to make use of it?” It was clear enough; he understood. But to make a proper choice, he needed to observe more carefully. At first, we tried counting steps, but the measurement of a child’s steps is often inaccurate. Moreover, I arranged for multiple races on the same day, and soon, the fun turned into a sort of obsession—people regretted spending time measuring distances when they could have just run them. A child’s natural energy doesn’t tolerate such delays; so we had to train him to estimate distances more accurately by eye. Eventually, after several months of practice and learning from his mistakes, he developed such keen visual judgment that, whenever I mentally placed a “cake” on some distant object, he could hit it almost as accurately as an experienced surveyor using a chain.
Si trattava di far esercitare alla corsa un bambino pigro e indolente, che da solo non si dedicava a tale attività né ad alcun’altra, nonostante fosse destinato al servizio militare; egli si era convinto, chissà come, che una persona della sua condizione non dovesse fare nulla né sapere nulla, e che la sua nobiltà dovesse sostituire in lui braccia, gambe e ogni sorta di merito. Per trasformare un tale gentiluomo in un “Achille dalle gambe leggere”, anche l’abilità di Chirone avrebbe faticato a essere sufficiente. La difficoltà era ancora maggiore poiché non volevo prescrivergli assolutamente nulla; avevo bandito dai miei metodi qualsiasi esortazione, promessa, minaccia, stimolo o desiderio di brillare. Come potevo dargli l’incoraggiamento necessario per correre senza che io dicessi nulla? Correre io stesso sarebbe stato un metodo poco sicuro e soggetto a inconvenienti. Inoltre, si trattava anche di trarre da questo esercizio qualche beneficio educativo per lui, al fine di abituare le funzioni del suo corpo e quelle della sua mente a collaborare sempre insieme. Ecco come mi sono comportato: io, cioè colui che parla in questo esempio.
Quando andavo a fare una passeggiata con lui nel pomeriggio, a volte mettevo in tasca due tortini di un tipo che gli piaceva molto; ne mangiavamo uno ciascuno durante la passeggiata[353] e tornavamo molto soddisfatti. Un giorno si accorse che ne avevo tre; avrebbe potuto mangiarne sei senza problemi. Allora mi chiese subito il terzo tortino. Gli dissi di no: “Lo mangerei io stesso, oppure lo condivideremmo. Ma preferisco vederlo gareggiare a tutta velocità con questi due piccoli ragazzi”. Li chiamai, gli mostrai il tortino e loro accettarono subito la proposta. Il tortino fu posizionato su una grande pietra che fungeva da bersaglio; delimitammo anche la linea di partenza. Ci sedemmo e, al segnale concordato, i due bambini partirono a tutta velocità; il vincitore afferrò il tortino e lo mangiò senza alcuna pietà, davanti agli occhi degli spettatori e del perdente.
Questo divertimento era meglio di un torta; ma all’inizio non riuscì a ottenere alcun risultato. Non mi scoraggiai né mi affrettai: l’educazione dei bambini è un compito che richiede di saper perdere tempo per guadagnarne in seguito. Continuammo le nostre passeggiate; spesso prendevamo tre torte, a volte quattro, e di tanto in tanto ce n’era una, o addirittura due, riservata a coloro che correvano più velocemente. Se il premio non era molto alto, coloro che lo contendevano non erano avidi: chi lo vinceva veniva lodato e festeggiato; tutto si svolgeva con grande solennità. Per rendere l’evento più emozionante e aumentarne il fascino, allungavo la distanza da percorrere e facevo partecipare molti concorrenti. Non appena questi iniziavano a correre, tutti i passanti si fermavano per guardarli; gli applausi, le grida e i battiti di mani li incoraggiavano; a volte vedevo il mio piccolo ragazzo tremare, alzarsi in piedi e gridare quando uno dei concorrenti era vicino a raggiungere o superare l’altro. Per lui, quei momenti erano davvero come i Giochi Olimpici.
Offeso dalle mie battute ironiche, si impegna con tutte le sue forze e vince il premio.
Tuttavia, i concorrenti a volte ricorrevano a trucchi; si trattenevano a vicenda, si facevano cadere o si lanciavano pietre l’uno contro l’altro. Questo mi fornì l’occasione per separarli e farli partire da punti diversi, anche se tutti ugualmente lontani dall’obiettivo finale: presto vedremo il motivo di questa precauzione, poiché devo trattare questo importante argomento in modo molto dettagliato.
Stanco di vedere sempre sotto i suoi occhi dei dolci che gli provocavano una grande voglia, il signor cavaliere iniziò finalmente a sospettare che correre potesse essere utile per qualcosa; e poiché aveva anche due gambe, cominciò a provarci di nascosto. Io feci finta di non accorgermi di nulla, ma capii che il mio stratagemma aveva avuto successo. Quando si sentì abbastanza forte – e io lessi nel suo pensiero prima ancora che lui lo esprimesse – fingette di importunarmi per avere l’ultimo dolce rimasto. Lo rifiutai, lui insistette, e alla fine, con aria delusa, mi disse: “Beh, mettetelo sulla pietra, segnate il percorso, e vedremo.” “Ah!”, risposi ridendo, “un cavaliere sa davvero correre? Guadagnerete solo più appetito, ma non nulla con cui soddisfarlo, ” Offeso dalla mia derisione, si sforzò ancora di più, e vinse il premio molto facilmente, visto che avevo reso il percorso estremamente breve e avevo fatto in modo che l’avversario migliore fosse eliminato fin dall’inizio. Si può immaginare quanto fosse facile per me tenerlo sempre sotto pressione, una volta che aveva fatto quel primo passo. Presto prese tal gusto a questo esercizio che, anche senza alcun aiuto, era quasi certo di vincere contro i miei “piccoli corridori”, qualunque lunghezza avesse il percorso.
Questo vantaggio ottenuto ne derivò un altro di cui non avevo preso in considerazione l’esistenza. Quando raramente vinceva il premio, lo mangiava quasi sempre da solo, proprio come facevano anche i suoi concorrenti; ma abituandosi alla vittoria, divenne generoso e spesso lo condivideva con i perdenti. Questo mi fornì un’importante lezione morale e mi permise di comprendere quale fosse il vero principio della generosità.
Continuando a segnare in diversi punti i termini da cui ognuno doveva partire, feci, senza che se ne accorgesse, sì che una distanza fosse maggiore dell’altra; in questo modo, colui che doveva percorrere un tragitto più lungo per raggiungere lo stesso obiettivo si trovava in svantaggio evidente. Tuttavia, anche se lasciavo al mio discepolo la libertà di scegliere, lui non sapeva come sfruttarla. Senza curarsi della distanza, preferiva sempre il percorso più lungo e più difficile; quindi, essendo in grado di prevedere facilmente le sue scelte, potevo quasi decidere io stesso se facesse vincere o perdere. E questa abilità aveva i suoi utilizzi in molti contesti. Tuttavia, poiché il mio scopo era che si rendesse conto della differenza tra i percorsi, cercavo di farla apparire evidente; ma lui, sebbene pigro nella tranquillità, era così vivace nei suoi giochi e si fidava così poco di me, che fui costretto a usare tutti i mezzi possibili per fargli capire che lo stavo ingannando. Alla fine ci riuscii nonostante la sua leggerezza. Mi rimproverò per questo. Gli dissi: “Di cosa vi lamentate? In un dono che voglio fare, non ho forse il diritto di stabilire le condizioni? Chi vi obbliga a correre? Vi ho promesso che i percorsi sarebbero uguali? Non avete forse la libertà di scegliere? Prendete quello più breve. Nessuno ve lo impedisce. Come non vedete che sono io ad avere la meglio su di voi, e che questa disparità, di cui vi lamentate, è in realtà a vostro vantaggio se sapete sfruttarla?” Era evidente. Lo capì, e per scegliere dovette osservare con maggiore attenzione. All’inizio vollero contare i passi. Ma la misurazione dei passi di un bambino è lenta e imprecisa; inoltre, decisi di far sì che corressero più volte nello stesso giorno. E così, il gioco divenne quasi una passione. Si iniziò a rimpiangere di perdere il tempo destinato alla corsa per misurare i percorsi. La vivacità dell’infanzia non tollera queste lentezze. Così si imparò a osservare meglio, a stimare con maggiore precisione le distanze. Alla fine, dopo alcuni mesi di prove e errori corretti, sviluppò un senso visivo così acuto che, quando gli indicavo un oggetto lontano su cui posizionare un “gatto”, riusciva a colpirlo con precisione quasi paragonabile a quella di un agrimensore.
Comme la vue est de tous les sens celui dont on peut le moins séparer les jugements de l’esprit, il faut beaucoup de temps pour apprendre à voir ; il faut avoir longtemps comparé la vue au toucher pour accoutumer le premier de ces deux sens à nous faire un rapport fidèle des figures et des distances ; sans le toucher, sans le mouvement progressif, les yeux du monde les plus perçants ne sauraient nous donner aucune idée de l’étendue. L’univers entier ne doit être qu’un point pour une huître ; il ne lui paraîtrait rien de plus quand même une âme humaine informerait cette huître. Ce n’est qu’à force de marcher, de palper, de nombrer, de mesurer les dimensions, qu’on apprend à les estimer ; mais aussi, si l’on mesurait toujours, le sens, se reposant sur l’instrument, n’acquerrait aucune justesse. Il ne faut pas non plus que l’enfant passe tout d’un coup de la mesure à l’estimation ; il faut d’abord que, continuant à comparer par parties ce qu’il ne saurait comparer tout d’un coup, à des aliquotes précises il substitue des aliquotes par appréciation, et qu’au lieu d’appliquer toujours avec la main la mesure, il s’accoutume à l’appliquer seulement avec les yeux. Je voudrais pourtant qu’on vérifiât ses premières opérations par des mesures réelles, afin qu’il corrigeât ses erreurs, et que, s’il reste dans le sens quelque fausse apparence, il apprît à la rectifier par un meilleur jugement. On a des mesures naturelles qui sont à peu près les mêmes en tous lieux : les pas d’un homme, l’étendue de ses bras, sa stature. Quand l’enfant estime la hauteur d’un étage, son gouverneur peut lui servir de toise : s’il estime la hauteur d’un clocher, qu’il le toise avec les maisons ; s’il veut savoir les lieues de chemin, qu’il compte les heures de marche ; et surtout qu’on ne fasse rien de tout cela pour lui, mais qu’il le fasse lui-même.
On ne saurait apprendre à bien juger de l’étendue et de la grandeur des corps, qu’on apprenne à connaître aussi leurs figures et même à les imiter ; car au fond cette imitation ne tient absolument qu’aux lois de la perspective ; et l’on ne peut estimer l’étendue sur ses apparences, qu’on n’ait quelque sentiment de ces lois. Les enfants, grands imitateurs, essayent tous de dessiner : je voudrais que le mien cultivât cet art, non précisément pour l’art même, mais pour se rendre l’oeil juste et la main flexible ; et, en général, il importe fort peu qu’il sache tel ou tel exercice, pourvu qu’il acquière la perspicacité du sens et la bonne habitude du corps qu’on gagne par cet exercice. Je me garderai donc bien de lui donner un maître à dessiner, qui ne lui donnerait à imiter que des imitations, et ne le ferait dessiner que sur des dessins : je veux qu’il n’ait d’autre maître que la nature, ni d’autre modèle que les objets. Je veux qu’il ait sous les yeux l’original même et non pas le papier qui le représente, qu’il crayonne une maison sur une maison, un arbre sur un arbre, un homme sur un homme, afin qu’il s’accoutume à bien observer les corps et leurs apparences, et non pas à prendre des imitations fausses et conventionnelles pour de véritables imitations. Je le détournerai même de rien tracer de mémoire en l’absence des objets, jusqu’à ce que, par des observations fréquentes, leurs figures exactes s’impriment bien dans son imagination ; de peur que, substituant à la vérité des choses des figures bizarres et fantastiques, il ne perde la connaissance des proportions et le goût des beautés de la nature.
Je sais bien que de cette manière il barbouillera longtemps sans rien faire de reconnaissable, qu’il prendra tard l’élégance des contours et le trait léger des dessinateurs, peut-être jamais le discernement des effets pittoresques et le bon goût du dessin, en revanche, il contractera certainement un coup d’oeil plus juste, une main plus sûre, la connaissance des vrais rapports de grandeur et de figure qui sont entre les animaux, les plantes, les corps naturels, et une plus prompte expérience du jeu de la perspective. Voilà précisément ce que j’ai voulu faire, et mon intention n’est pas tant qu’il sache imiter les objets que les connaître ; j’aime mieux qu’il me montre une plante d’acanthe, et qu’il trace moins bien le feuillage d’un chapiteau.
Au reste, dans cet exercice, ainsi que dans tous les autres, je ne prétends pas que mon élève en ait seul l’amusement. Je veux le lui rendre plus agréable encore en le partageant sans cesse avec lui. Je ne veux point qu’il ait d’autre émule que moi, mais je serai son émule sans relâche et sans risque ; cela mettra de l’intérêt dans ses occupations, sans causer de jalousie entre nous. Je prendrai le crayon à son exemple ; je l’emploierai d’abord aussi maladroitement que lui. Je serais un Apelle, que je me trouverai qu’un barbouilleur. Je commencerai par tracer un homme comme les laquais les tracent contre les murs ; une barre pour chaque bras, une barre pour chaque jambe, et des doigts plus gros que le bras. Bien longtemps après nous nous apercevrons l’un ou l’autre de cette disproportion ; nous remarquerons qu’une jambe a de l’épaisseur, que cette épaisseur n’est pas partout la même ; que le bras a sa longueur déterminée par rapport au corps, etc. Dans ce progrès, je marcherai tout au plus à côté de lui, ou je le devancerai de si peu, qu’il lui sera toujours aisé de m’atteindre, et souvent de me surpasser. Nous aurons des couleurs, des pinceaux ; nous tâcherons d’imiter le coloris des objets et toute leur apparence aussi bien que leur figure. Nous enluminerons, nous peindrons, nous barbouillerons ; mais, dans tous nos barbouillages, nous ne cesserons d’épier la nature ; nous ne ferons jamais rien que sous les yeux du maître.
Nous étions en peine d’ornements pour notre chambre, en voilà de tout trouvés. Je fais encadrer nos dessins ; je les fais couvrir de beaux verres, afin qu’on n’y touche plus, et que, les voyant rester dans l’état où nous les avons mis, chacun ait intérêt de ne pas négliger les siens. Je les arrange par ordre autour de la chambre, chaque dessin répété vingt, trente fois, et montrant à chaque exemplaire le progrès de l’auteur, depuis le moment où la maison n’est qu’un carré presque informe, jusqu’à celui où sa façade, son profil, ses proportions, ses ombres, sont dans la plus exacte vérité. Ces gradations ne peuvent manquer de nous offrir sans cesse des tableaux intéressants pour nous, curieux pour d’autres, et d’exciter toujours plus notre émulation. Aux premiers, aux plus grossiers de ces dessins, je mets des cadres bien brillants, bien dorés, qui les rehaussent ; mais quand l’imitation devient plus exacte et que le dessin est véritablement bon, alors je ne lui donne plus qu’un cadre noir très simple ; il n’a plus besoin d’autre ornement que lui-même, et ce serait dommage que la bordure partageât l’attention que mérite l’objet. Ainsi chacun de nous aspire à l’honneur du cadre uni ; et quand l’un veut dédaigner un dessin de l’autre, il le condamne au cadre doré. Quelque jour, peut-être, ces cadres passeront entre nous en proverbe, et nous admirerons combien d’hommes se rendent justice en se faisant encadrer ainsi.
J’ai dit que la géométrie n’était pas à la portée des enfants ; mais c’est notre faute. Nous ne sentons pas que leur méthode n’est point la nôtre, et que ce qui devient pour nous l’art de raisonner ne doit être pour eux que l’art de voir. Au lieu de leur donner notre méthode, nous ferions mieux de prendre la leur ; car notre manière d’apprendre la géométrie est bien autant une affaire d’imagination que de raisonnement. Quand la proposition est énoncée, il faut en imaginer la démonstration, c’est-à-dire trouver de quelle proposition déjà sue celle-là doit être une conséquence, et, de toutes les conséquences qu’on peut tirer de cette même proposition, choisir précisément celle dont il s’agit.
De cette manière, le raisonneur le plus exact, s’il n’est pas inventif, doit rester court. Aussi qu’arrive-t-il de là ? Qu’au lieu de nous faire trouver les démonstrations, on nous les dicte ; qu’au lieu de nous apprendre à raisonner, le maître raisonne pour nous et n’exerce que notre mémoire.
Since sight is among the senses whose judgments it is least possible to separate from the workings of the mind, it takes a great deal of time to learn how to see. One must have long compared sight with touch in order to train the former sense to provide us with an accurate representation of shapes and distances. Without touch, without progressive exploration through movement, even the most perceptive eyes could not give us any notion of spatial extent. To an oyster, the entire universe might be nothing more than a point; it would perceive no difference at all if a human soul were to inform it of this reality. It is only through constant walking, touching, counting, and measuring dimensions that one learns to estimate them accurately. Yet, if one were to measure everything endlessly, the sense itself, relying solely on the instrument, would never achieve true precision. Nor should a child be expected to leap directly from measurement to estimation; first, by gradually comparing parts of what cannot be compared all at once, one must learn to substitute approximate estimates for precise measurements. Instead of always applying measurement with the hands, one should gradually train oneself to use only the eyes for such tasks. Nevertheless, it is essential to verify a child’s initial estimations through actual measurements, so that they can correct their mistakes and learn to rectify any apparent inaccuracies through better judgment. There are natural units of measurement that are roughly the same everywhere: the length of a person’s steps, the span of their arms, their height. When a child estimates the height of a floor, his teacher can serve as a measuring stick; if he wants to know the height of a tower, he should measure it relative to surrounding buildings; and if he needs to calculate the distance of a journey, he should count the hours required to cover it. Above all, none of this should be done for him—he must do it himself.
One cannot learn to accurately judge the extent and size of objects unless one also learns to recognize their shapes and even to imitate them; for in essence, such imitation depends entirely on the laws of perspective. Moreover, one cannot assess the dimensions of objects based merely on their appearances unless one has some understanding of these laws. Children, being natural imitators, all try to draw; I would wish my own child to cultivate this skill, not so much for the art itself as for the sake of developing a keen eye and a flexible hand. In general, it matters little what particular exercises he learns, so long as he acquires the perspicacity necessary to perceive accurately and the good habits that such practice can bring. Therefore, I would never hire a drawing teacher who would only provide him with superficial imitations or have him draw from pre-made diagrams. I want him to learn solely from nature itself, to use real objects as his models. I want him to see the originals before him, not merely their representations on paper; I want him to sketch a house based on a real house, a tree based on a real tree, a person based on a real person—so that he can develop a true understanding of the forms and appearances of objects, rather than relying on false or conventional imitations. I would even prevent him from drawing from memory in the absence of real objects, until his imagination has been thoroughly shaped by frequent observations of reality; otherwise, he might end up substituting bizarre and fantastical representations for the true proportions and beauties of nature.
I know very well that in this way he will spend a long time scribbling without producing anything recognizable; it will take him a long time to achieve the elegance of lines and the light touch characteristic of skilled draftsmen—perhaps he will never attain the ability to create picturesque effects or possess true artistic taste. On the other hand, he will certainly develop a more accurate eye, a more steady hand, and a better understanding of the proper proportions between animals, plants, and natural forms. Moreover, he will gain a quicker grasp of the mechanics of perspective. That is precisely what I wanted to achieve with this approach. My goal is not so much for him to learn how to imitate objects as for him to truly understand them. I would prefer it if he could show me a plant of the acanthus family, even if his drawing of its leaves was not perfect.
Moreover, in this exercise, as in all others, I do not claim that my student derives any pleasure from it alone. I wish to make it even more enjoyable for him by sharing it with him constantly. I do not want him to have any other rival but me; instead, I will be his constant and unwavering rival—without risk. This will add interest to his pursuits without causing jealousy between us. I will take up the pencil in his example; at first, I will use it just as clumsily as he does. I may begin by drawing a man in the way servants do on walls: one line for each arm, one line for each leg, and fingers thicker than the arms. Only much later will we both notice this disproportion; we will realize that one leg is thicker than the other, that this thickness varies from place to place, and that the length of the arm is determined in relation to the rest of the body, and so on. In this process, I will at most walk alongside him, or perhaps slightly ahead of him, so that it will always be easy for him to catch up with me—and often even surpass me. We will have colors and brushes; we will try to imitate the colors of objects and their overall appearance as well as their shapes. We will make sketches, paint, and scribble—but in all our efforts, we will never stop observing nature; we will never do anything without the master’s guidance.
We were struggling to find decorations for our room; now we have them all. I have the drawings framed and covered with beautiful glass so that no one will touch them again. By seeing them remain in the exact state we left them, everyone will be motivated to take good care of their own drawings. I arrange them around the room in order: each drawing repeated twenty or thirty times, showing the artist’s progress from the initial stage when the house was just a roughly shaped square, to the final version where its facade, proportions, and shadows are perfectly rendered. Such gradual progression will surely provide us with interesting scenes to admire and stimulate our mutual emulation even more. For the simplest, most crude drawings, I use brightly colored, gilded frames that enhance their appearance; but when the imitation becomes more accurate and the drawing is truly excellent, I limit it to a very simple black frame. It no longer needs any other decoration than itself—it would be a shame for the frame to distract from the beauty of the artwork itself. In this way, each of us strives for the honor of having our drawings displayed in such a frame. And when someone wants to belittle another’s work, they are effectively condemning it to a gilded frame. Perhaps one day, these frames will become objects of conversation among us, and we will marvel at how many people truly appreciate themselves when treated in this way.
I said that geometry is beyond the grasp of children; but that is our fault. We fail to realize that their method is not ours, and that what to us is the art of reasoning, for them must merely be the art of seeing. Instead of giving them our method, it would be better for us to adopt theirs; for our way of learning geometry involves as much imagination as reasoning. When a proposition is stated, one must imagine its proof—that is, determine which other proposition it must be a consequence of, and then choose precisely from all the possible consequences that one relevant one.
In this way, the most meticulous reasoning individual, if not inventive, is forced to remain concise. What is the outcome of this? Instead of helping us find the demonstrations ourselves, they are dictated to us; instead of teaching us how to reason, the teacher does the reasoning for us, thereby exercising only our memory.
Poiché la vista è senz’altro il senso di cui meno si possono separare i giudizi dell’intelletto, occorre molto tempo per imparare a vedere; bisogna aver a lungo confrontato la vista con il tatto per abituare il primo di questi due sensi a fornirci informazioni fedeli sulle forme e sulle distanze. Senza il tatto, senza un movimento progressivo, anche gli occhi più acuti non potrebbero darci alcuna idea dell’estensione del mondo. L’intero universo potrebbe sembrare soltanto un punto per una conchiglia; essa non percepirebbe nulla di diverso, nemmeno se un’anima umana le comunicasse informazioni. Solo camminando, toccando, contando e misurando le dimensioni si impara a stimarle correttamente; tuttavia, se si continuasse sempre a misurare, il senso, affidandosi all’strumento di misura, non acquisirebbe mai alcuna precisione. Non è nemmeno opportuno che un bambino passi improvvisamente dalla misurazione alla stima: prima deve continuare a confrontare, per parti, ciò che non potrebbe confrontare immediatamente; deve sostituire le aliquote precise con aliquote approssimative, basate sull’appricazione; e invece di applicare sempre la misura con le mani, deve abituarsi ad applicarla soltanto con gli occhi. Vorrei comunque che le sue prime operazioni venissero verificate attraverso misurazioni reali, affinché possa correggere i propri errori e, se nel suo modo di pensare persistono qualche falsa apparenza, impari a retificarle con un giudizio più accurato. Esistono misure naturali che sono più o meno le stesse in tutti i luoghi: i passi di un uomo, la lunghezza dei suoi bracci, la sua statura. Quando un bambino vuole stimare l’altezza di un piano, il suo insegnante può servirgli da metro; se vuole misurare l’altezza di una torre, che la confronti con le case circostanti; se vuole conoscere la distanza in miglia, che calcoli il tempo necessario per percorrerla a piedi; e soprattutto, che nessuno faccia tutto questo al posto suo, ma che sia lui stesso ad agire.
Non si può imparare a giudicare correttamente l’estensione e la grandezza dei corpi se non si conoscono anche le loro forme e si sa persino come imitarle; infatti, questa imitazione si basa esclusivamente sulle leggi della prospettiva, e non si può valutare l’estensione di un oggetto in base alle sue apparenze se non si ha una certa comprensione di queste leggi. I bambini, che sono grandi imitatori, provano tutti a disegnare; vorrei che il mio figlio coltivasse questa arte, non tanto per l’arte stessa, quanto per rendere il suo sguardo più acuto e la sua mano più agile. In generale, non importa molto che conosca questo o quel tipo di esercizio, purché acquisisca la perspicacia necessaria e la buona abilità fisica che tali esercizi possono fornire. Quindi mi asterrò assolutamente dal fargli prendere lezioni da un insegnante di disegno che gli mostri soltanto imitazioni e lo faccia disegnare su modelli preesistenti: voglio che abbia come maestro solo la natura e come modello gli oggetti stessi. Voglio che abbia sempre davanti agli occhi l’originale, non il foglio di carta che ne rappresenta una copia; voglio che disegni una casa su una casa, un albero su un albero, un uomo su un uomo, affinché si abitui a osservare attentamente i corpi e le loro forme, e non confonda imitazioni false e convenzionali con quelle autentiche. Lo terrò anche lontano dal tracciare qualcosa a memoria, in assenza degli oggetti originali, fino a quando, attraverso osservazioni ripetute, le loro forme esatte non si imprimeranno bene nella sua mente; così eviterà di sostituire la verità delle cose con immagini strane e fantasiose, perdendo così la capacità di comprendere le proporzioni e il gusto per le bellezze della natura.
So bene che in questo modo continuerà a disegnare per molto tempo senza riuscire a produrre nulla di riconoscibile; impiegherà molto tempo ad acquisire l’eleganza dei contorni e la leggerezza del tratto tipici dei disegnatori, e forse mai sarà in grado di comprendere gli effetti pittoreschi o di possedere un buon gusto nel disegno. Tuttavia, sicuramente svilupperà uno sguardo più acuto, una mano più sicura nella tecnica del disegno, una conoscenza più precisa dei veri rapporti di grandezza e forma tra animali, piante e corpi naturali, nonché una maggiore capacità nel utilizzare le regole della prospettiva. È proprio questo che volevo ottenere: non tanto che imiti gli oggetti, quanto che li conosca veramente; preferisco che mi mostri una pianta di acanto, anche se il suo disegno del fogliame non sia perfetto.
Del resto, in questo esercizio, come in tutti gli altri, non pretendo che il mio allievo ne tragga divertimento da solo. Voglio renderlo ancora più piacevole condividendolo costantemente con lui. Non desidero che abbia altro compagno di studio se non me; sarò io il suo compagno di studio, con impegno e senza rischi. Questo darà interesse alle sue attività, senza causare gelosia tra noi. Prenderò in mano la matita seguendo il suo esempio: all’inizio la userò altrettanto goffamente di lui. Sarò un Apelle, o forse solo un dilettante che si cimenta nel disegno. Comincerò tracciando figure umane come fanno i servitori sui muri: una linea per ogni braccio, una linea per ogni gamba, e dita più grosse del braccio stesso. Dopo molto tempo, ci renderemo conto entrambi di questa disparità: noteremo che una gamba ha una certa larghezza, che questa larghezza non è uniforme in tutto il corpo; che il braccio ha una lunghezza specifica rispetto al resto del corpo, e così via. In questo percorso di apprendimento, camminerò al massimo al suo fianco, o lo supererò di poco, in modo che possa sempre raggiungermi, e spesso anche superarmi. Avremo colori, pennelli; cercheremo di imitare i colori degli oggetti, la loro forma esterna, nonché il loro aspetto complessivo. Illumineremo, dipingeremo, disegneremo. Ma in tutti questi tentativi, non smetteremo mai di osservare la natura. E non faremo mai nulla senza l’occhio attento del maestro.
Avevamo difficoltà a trovare ornamenti per la nostra stanza; eccoli finalmente tutti trovati. Farò incorniciare i nostri disegni e li farò rivestire di bei vetri, in modo che nessuno li tocchi più. Vedendoli rimanere nello stato in cui li abbiamo realizzati, ognuno avrà interesse a non trascurare i propri. Li disporrò ordinatamente intorno alla stanza: ogni disegno sarà ripetuto venti, trenta volte, e ciascuna copia mostrerà il progresso dell’autore, dal momento in cui la casa è solo un quadrato quasi informe, fino a quando la sua facciata, il suo profilo, le sue proporzioni e le sue ombre sono rappresentate con la massima precisione. Queste gradazioni non faranno certo mancare di offrirci continuamente quadri interessanti per noi, curiosi per gli altri, e stimoleranno sempre di più la nostra emulazione. Ai primi disegni, ai più grezzi, darò cornici lucide e dorate che li valorizzino; ma quando l’imitazione diventa più precisa e il disegno è davvero buono, gli darò soltanto una semplice cornice nera: non ha bisogno di altro ornamento se non di sé stesso, e sarebbe un peccato che il bordo della cornice dividesse l’attenzione che merita l’opera stessa. Così ognuno di noi aspira all’onore di avere i propri disegni incorniciati in modo semplice ma elegante; e quando qualcuno vuole disprezzare i lavori degli altri, li condanna a una cornice dorata. Forse un giorno, queste cornici diventeranno oggetto di battute tra di noi, e ammireremo quanta giustizia alcune persone si fanno riconoscendo il proprio valore in questo modo.
Ho detto che la geometria non è alla portata dei bambini; ma questa è colpa nostra. Non ci rendiamo conto che il loro metodo non è lo stesso del nostro, e che ciò che per noi rappresenta l’arte di ragionare, per loro dovrebbe essere soltanto l’arte di osservare. Invece di insegnare loro il nostro metodo, sarebbe meglio adottarne il loro; perché il nostro modo di imparare la geometria dipende tanto dall’immaginazione quanto dal ragionamento. Quando una proposizione viene enunciata, bisogna immaginarne la dimostrazione, cioè trovare quale altra proposizione già conosciuta ne sia una conseguenza, e tra tutte le possibili conseguenze, scegliere esattamente quella di cui si tratta.
In questo modo, il ragionatore più preciso, se non è anche inventivo, deve necessariamente rimanere nel limite delle informazioni fornite. E cosa ne consegue? Invece di farci trovare da soli le dimostrazioni, queste ci vengono semplicemente dettate; invece di insegnarci a ragionare, l’insegnante ragiona al nostro posto, esercitando soltanto la nostra memoria.
Faites des figures exactes, combinez-les, posez-les l’une sur l’autre, examinez leurs rapports ; vous trouverez toute la géométrie élémentaire en marchant d’observation en observation, sans qu’il soit question ni de définitions, ni de problèmes, ni d’aucune autre forme démonstrative que la simple superposition. Pour moi, je ne prétends point apprendre la géométrie à Émile, c’est lui qui me l’apprendra, je chercherai les rapports, et il les trouvera ; car je les chercherai de manière à les lui faire trouver. Par exemple, au lieu de me servir d’un compas pour tracer un cercle, je le tracerai avec une pointe au bout d’un fil tournant sur un pivot. Après cela, quand je voudrai comparer les rayons entre eux, Émile se moquera de moi, et il me fera comprendre que le même fil toujours tendu ne peut avoir tracé des distances inégales.
Si je veux mesurer un angle de soixante degrés, je décris du sommet de cet angle, non pas un arc, mais un cercle entier ; car avec les enfants il ne faut jamais rien sous-entendre. Je trouve que la portion du cercle comprise entre les deux côtés de l’angle est la sixième partie du cercle. Après cela je décris du même sommet un autre plus grand cercle, et je trouve que ce second arc est encore la sixième partie de son cercle. Je décris un troisième cercle concentrique sur lequel je fais la même épreuve ; et je la continue sur de nouveaux cercles, jusqu’à ce qu’Émile, choqué de ma stupidité, m’avertisse que chaque arc, grand ou petit, compris par le même angle, sera toujours la sixième partie de son cercle, etc. Nous voilà tout à l’heure à l’usage du rapporteur.
Pour prouver que les angles de suite sont égaux à deux droits, on décrit un cercle ; moi, tout au contraire, je fais en sorte qu’Émile remarque cela premièrement dans le cercle, et puis je lui dis : Si l’on ôtait le cercle et les lignes droites, les angles auraient-ils changé de grandeur, etc.
On néglige la justesse des figures, on la suppose, et l’on s’attache à la démonstration. Entre nous, au contraire, il ne sera jamais question de démonstration ; notre plus importante affaire sera de tirer des lignes bien droites, bien justes, bien égales ; de faire un carré bien parfait, de tracer un cercle bien rond. Pour vérifier la justesse de la figure, nous l’examinerons par toutes ses propriétés sensibles ; et cela nous donnera occasion d’en découvrir chaque jour de nouvelles. Nous plierons par le diamètre les deux demi-cercles ; par la diagonale, les deux moitiés du carré ; nous comparerons nos deux figures pour voir celle dont les bords conviennent le plus exactement, et par conséquent la mieux faite ; nous disputerons si cette égalité de partage doit avoir toujours lieu dans les parallélogrammes, dans les trapèzes, etc. On essayera quelquefois de prévoir le succès de l’expérience avant de la faire ; on tâchera de trouver des raisons, etc.
La géométrie n’est pour mon élève que l’art de se bien servir de la règle et du compas ; il ne doit point la confondre avec le dessin, où il n’emploiera ni l’un ni l’autre de ces instruments. La règle et le compas seront enfermés sous la clef, et l’on ne lui en accordera que rarement l’usage et pour peu de temps, afin qu’il ne s’accoutume pas à barbouiller ; mais nous pourrons quelquefois porter nos figures à la promenade, et causer de ce que nous aurons fait ou de ce que nous voudrons faire.
Je n’oublierai jamais d’avoir vu à Turin un jeune homme à qui, dans son enfance, on avait appris les rapports des contours et des surfaces en lui donnant chaque jour à choisir dans toutes les figures géométriques des gaufres isopérimètres. Le petit gourmand avait épuisé l’art d’Archimède pour trouver dans laquelle il y avait le plus à manger[354].
Quand un enfant joue au volant, il s’exerce l’oeil et le bras à la justesse ; quand il fouette un sabot, il accroît sa force en s’en servant, mais sans rien apprendre. J’ai demandé quelquefois pourquoi l’on n’offrait pas aux enfants les mêmes jeux d’adresse qu’ont les hommes : la paume, le mail, le billard, l’arc, le ballon, les instruments de musique. On m’a répondu que quelques-uns de ces jeux étaient au-dessus de leurs forces, et que leurs membres et leurs organes n’étaient pas assez formés pour les autres. Je trouve ces raisons mauvaises : un enfant n’a pas la taille d’un homme, et ne laisse pas de porter un habit fait comme le sien. Je n’entends pas qu’il joue avec nos masses sur un billard haut de trois pieds ; je n’entends pas qu’il aille peloter dans nos tripots, ni qu’on charge sa petite main d’une raquette de paumier ; mais qu’il joue dans une salle dont on aura garanti les fenêtres ; qu’il ne se serve d’abord que de balles molles ; que ses premières raquettes soient de bois, puis de parchemin, et enfin de corde à boyau bandée à proportion de son progrès. Vous préférez le volant, parce qu’il fatigue moins et qu’il est sans danger. Vous avez tort par ces deux raisons. Le volant est un jeu de femmes ; mais il n’y en a pas une que ne fît fuir une balle en mouvement. Leurs blanches peaux ne doivent pas s’endurcir aux meurtrissures, et ce ne sont pas des contusions qu’attendent leurs visages. Mais nous, faits pour être vigoureux, croyons-nous le devenir sans peine ? et de quelle défense serons-nous capables, si nous ne sommes jamais attaqués ? On joue toujours lâchement les jeux où l’on peut être maladroit sans risque : un volant qui tombe ne fait de mal à personne ; mais rien ne dégourdit les bras comme d’avoir à couvrir la tête, rien ne rend le coup d’oeil si juste que d’avoir à garantir les yeux. S’élancer du bout d’une salle à l’autre, juger le bond d’une balle encore en l’air, la renvoyer d’une main forte et sûre ; de tels jeux conviennent moins à l’homme qu’ils ne servent à le former.
Les fibres d’un enfant, dit-on, sont trop molles ! Elles ont moins de ressort, mais elles en sont plus flexibles ; son bras est faible, mais enfin c’est un bras ; on en doit faire, proportion gardée, tout ce qu’on fait d’une autre machine semblable. Les enfants n’ont dans les mains nulle adresse ; c’est pour cela que je veux qu’on leur en donne : un homme aussi peu exercé qu’eux n’en aurait pas davantage ; nous ne pouvons connaître l’usage de nos organes qu’après les avoir employés. Il n’y a qu’une longue expérience qui nous apprenne à tirer parti de nous-mêmes, et cette expérience est la véritable étude à laquelle on ne peut trop tôt nous appliquer.
Tout ce qui se fait est faisable. Or, rien n’est plus commun que de voir des enfants adroits découplés avoir dans les membres la même agilité que peut avoir un homme. Dans presque toutes les foires on en voit faire des équilibres, marcher sur les mains, sauter, danser sur la corde. Durant combien d’années des troupes d’enfants n’ont-elles pas attiré par leurs ballets des spectateurs à la Comédie italienne ! Qui est-ce qui n’a pas ouï parler en Allemagne et en Italie de la troupe pantomime du célèbre Nicolini ? Quelqu’un a-t-il jamais remarqué dans ces enfants des mouvements moins développés, des attitudes moins gracieuses, une oreille moins juste, une danse moins légère que dans les danseurs tout formés ? Qu’on ait d’abord les doigts épais, courts, peu mobiles, les mains potelées et peu capables de rien empoigner ; cela empêche-t-il que plusieurs enfants ne sachent écrire ou dessiner à l’âge où d’autres ne savent pas encore tenir le crayon ni la plume ? Tout Paris se souvient encore de la petite Anglaise qui faisait à dix ans des prodiges sur le clavecin[355]. J’ai vu chez un magistrat, son fils, petit bonhomme de huit ans, qu’on mettait sur la table au dessert, comme une statue au milieu des plateaux, jouer là d’un violon presque aussi grand que lui, et surprendre par son exécution les artistes mêmes[356].
Tous ces exemples et cent mille autre prouvent, ce me semble, que l’inaptitude qu’on suppose aux enfants pour nos exercices est imaginaire, et que, si on ne les voit point réussir dans quelques-uns, c’est qu’on ne les y a jamais exercés.
Draw precise figures, combine them, place one on top of another, and examine their relationships; by making successive observations in this way, you will discover all the fundamental principles of geometry—without needing any definitions, problems, or any other demonstrative methods beyond simple superposition. As for me, I do not claim to be teaching Émile geometry; it is he who will teach it to me. I will seek out these relationships, and he will find them—for I will guide him in the process of discovery. For example, instead of using a compass to draw a circle, I will draw it with a point at the end of a string that rotates around a pivot. Later on, when I want to compare the radii of the circle, Émile will laugh at me and show me that the same string, always kept taut, cannot possibly have drawn distances of different lengths.
If I want to measure an angle of sixty degrees, I draw not an arc but a whole circle from the vertex of that angle; because with children, one must never leave anything to be inferred. I find that the portion of the circle enclosed by the two sides of the angle is one-sixth of the entire circle. Then I draw another larger circle from the same vertex, and I discover that this second arc is again one-sixth of its respective circle. I continue drawing concentric circles and performing the same experiment on them, until Émile, shocked by my stupidity, reminded me that any arc, large or small, enclosed by the same angle would always be one-sixth of its corresponding circle, and so on. Before long, we were back to using the ratio method again.
To prove that consecutive angles are equal to two right angles, one describes a circle; on the other hand, I make sure that Émile first notices this in the context of the circle, and then I ask him: “If we removed the circle and the straight lines, would the sizes of the angles change?”
People tend to overlook the accuracy of geometric figures; they assume it exists and focus instead on the process of demonstration. In our approach, however, there will never be any discussion about demonstration at all. Our primary concern will be to draw lines that are straight, accurate, and equal; to construct squares that are perfectly square and circles that are perfectly round. To verify the accuracy of a figure, we will examine it through all its tangible properties—and this will provide us with the opportunity to discover new things about it every day. We will fold the two semi-circles along their diameters, and the two halves of a square along its diagonals; we will compare our figures to see which one has edges that fit together most precisely, and therefore is considered the best constructed. We will also debate whether such equality in division always holds true for parallelograms, trapezoids, and so on. Sometimes, people will try to predict the outcome of an experiment before actually conducting it; they will attempt to find logical reasons to support their hypotheses, and so on.
For my student, geometry is merely the art of making proper use of the ruler and compass; he must not confuse it with drawing, in which he will not use either of these instruments. The ruler and compass will be kept under lock and key, and he will only be allowed to use them occasionally and for short periods of time, so that he does not get into the habit of scribbling randomly. However, sometimes we can take our drawings out for a “walk” and discuss what we have done or what we wish to do next.
I will never forget seeing in Turin a young man who, in his childhood, had been taught about the relationships between shapes and surfaces by being given the task of choosing every day among all geometric figures which one had the same perimeter. This little glutton had exhausted Archimedes’ method to determine which of these figures contained the most “food”![354]
When a child plays with a steering wheel, they practice the accuracy of their eye and arm; when they whip a stick, they increase their strength by using it, but learn nothing in the process. I have sometimes wondered why children are not given the same skill games as adults: palmistry, quoits, billiards, archery, ball games, musical instruments. I was told that some of these games are beyond their capabilities, and that their limbs and organs are not yet well-developed enough for them. I find such reasons inadequate: a child is not as tall as an adult, nor does he wear the same kind of clothes. I don’t think it’s right for him to play with our heavy balls on a three-foot-high billiard table; I don’t think he should fiddle with our gambling tools, nor should his small hands be forced to hold a palm-leaf racket. Instead, he should play in a room where the windows are secure; he should start by using soft balls; his first rackets should be made of wood, then parchment, and finally string, adjusted according to his progress. You prefer the steering wheel because it is less strenuous and safer. But you are wrong for both reasons. The steering wheel is a woman’s game; yet there isn’t a single woman who wouldn’t be frightened by a moving ball. Their delicate skin shouldn’t be hardened by bruises, and their faces aren’t meant to withstand such impacts. But we, who are supposed to be strong, do we really become stronger without facing any challenges? And what defense will we have if we never experience any attacks? People always play games where it’s safe to make mistakes: a falling steering wheel doesn’t hurt anyone; but nothing improves one’s coordination like having to protect one’s head, and nothing makes one’s vision more accurate than having to protect one’s eyes. To dash from one end of a room to the other, to judge the trajectory of a ball mid-air, and to return it with a strong and steady hand—such games are less suitable for men than they are for helping them develop their skills.
It is said that a child’s muscles are too soft! They lack resilience, but they are more flexible; their arms may be weak, but after all, they are still arms—so, within proper proportion, one can use them just like any other similar part of the body. Children lack skill in using their hands; precisely for this reason, I want us to teach them how to do so. A man who is as untrained as a child would not be any more skilled in using his hands either. We can only come to understand how to make use of our own organs after actually employing them. Only through extensive experience can we learn how to make the most of ourselves, and this very experience is the true learning that we should begin pursuing as early as possible.
Everything that is done is possible. Indeed, there is nothing more common than to see children who are skilled in certain activities possessing the same agility in their limbs as an adult. At nearly every fair, one can watch them perform acrobatics, walk on their hands, jump, and dance on a rope. For how many years have groups of children not attracted audiences to the Italian Comedie with their ballet performances! Who has never heard of the famous Nicolini’s pantomime troupe in Germany and Italy? Has anyone ever noticed that these children exhibit less developed movements, less graceful postures, less precise hearing, or less light-footed dancing than fully trained dancers? Just because a child may have thick, short fingers that are not very flexible, and chubby hands that lack dexterity in grasping objects, does that prevent them from learning to write or draw at an age when others have yet to even hold a pencil or pen? Everyone in Paris still remembers the little English girl who, at the age of ten, performed incredible feats on the clavichord[355]. I once saw the eight-year-old son of a magistrate—just a little boy placed on the table during dessert, like a statue among the dishes—playing a violin almost as large as himself, and his performance amazed even professional musicians[356].
All these examples, and countless others, seem to prove that the supposed inability of children to carry out our exercises is merely imaginary; and that if we do not see them succeed in certain tasks, it is simply because we have never trained them to perform those tasks.
Realizzate figure geometriche precise, combinatele, sovrapponetele l’una sull’altra e esaminate i loro rapporti; così scoprirete tutta la geometria elementare, procedendo passo dopo passo nell’osservazione, senza bisogno di definizioni, problemi o alcuna altra forma dimostrativa diversa dalla semplice sovrapposizione. Per quanto mi riguarda, non pretendo affatto di insegnare la geometria a Émile: è lui che me la insegnerà. Io cercherò i rapporti geometrici, e lui li scoprirà, perché li cercherò nel modo giusto, affinché possa trovarli da solo. Ad esempio, invece di usare un compasso per tracciare un cerchio, lo traccerò utilizzando una punta fissata all’estremità di un filo che ruota attorno a un perno. In seguito, quando vorrò confrontare i raggi del cerchio, Émile si prenderà gioco di me, e mi farà capire che lo stesso filo, tenuto sempre teso, non può tracciare distanze disuguali.
Se voglio misurare un angolo di sessanta gradi, descrivo, dal vertice di quell’angolo, non un arco, ma un intero cerchio; perché con i bambini non si deve mai lasciare spazio a interpretazioni errate. Trovo che la porzione del cerchio compresa tra i due lati dell’angolo sia proprio la sesta parte del cerchio stesso. Dopo di ciò, descrivo dallo stesso vertice un altro cerchio più grande, e constato che anche questo arco rappresenta ancora la sesta parte del suo cerchio. Continuo questa procedura con altri cerchi concentrici, fino a quando Émile, scandalizzato dalla mia stupidità, non mi fa notare che qualsiasi arco, grande o piccolo, compreso entro lo stesso angolo, sarà sempre la sesta parte del suo cerchio, e così via. Ecco come si arriva all’uso del rapporto di proporzioni.
Per dimostrare che gli angoli consecutivi sono uguali a due angoli retti, si descrive un cerchio; io, invece, faccio in modo che Émile noti questo prima nel cerchio stesso, e poi gli dico: “Se si eliminassero il cerchio e le linee rette, cambierebbe la grandezza degli angoli?”
Si trascura l’accuratezza delle figure; si presuppone semplicemente che siano corrette, e ci si concentra sulla dimostrazione. Tra di noi, invece, non si parlerà mai di dimostrazioni; la nostra attività principale sarà tracciare linee dritte, precise ed eguali, costruire quadrati perfetti e cerchi regolari. Per verificare l’accuratezza delle figure, le esamineremo attraverso tutte le loro proprietà sensibili; questo ci darà l’opportunità di scoprirne ogni giorno nuove caratteristiche. Piegheremo i due semicerchi lungo il loro diametro, le due metà del quadrato lungo la diagonale; confronteremo le nostre figure per vedere quale presenti i bordi più perfettamente allineati, e quindi sia considerata la migliore tra tutte. Discuteremo anche se questa uguaglianza nelle parti divise debba sempre verificarsi nei parallelogrammi, nei trapezii, ecc. A volte si cercherà di prevedere il successo di un esperimento prima ancora di condurlo; si proverà a trovare delle ragioni a sostegno di tali ipotesi, e così via.
Per il mio allievo, la geometria non è altro che l’arte di utilizzare correttamente riga e compasso; non deve confonderla con il disegno, nel quale non utilizzerà né uno né l’altro di questi strumenti. Riga e compasso saranno chiusi a chiave, e gli verranno concessi in uso solo raramente e per brevi periodi, affinché non si abitui a disegnare a caso; tuttavia, a volte potremo portare i nostri disegni fuori, per discutere di ciò che abbiamo realizzato o di ciò che intendiamo realizzare.
Non dimenticherò mai di aver visto a Torino un giovane al quale, da bambino, venivano insegnati i rapporti tra contorni e superfici facendogli ogni giorno scegliere, tra tutte le figure geometriche, quelle con la stessa area. Il piccolo goloso aveva esplorato fino in fondo l’arte di Archimede per scoprire quale di queste figure contenesse il maggior “quantità di cibo”[354].
Quando un bambino gioca al volante, si esercita gli occhi e il braccio con precisione; quando batte su uno zoccolo di legno, aumenta la propria forza utilizzandolo, ma senza imparare nulla. A volte mi sono chiesto perché non si offrano ai bambini gli stessi giochi di abilità che hanno gli adulti: il palmo della mano, il mazza da croquet, il biliardo, l’arco, il pallone, gli strumenti musicali. Mi è stato risposto che alcuni di questi giochi sono al di sopra delle loro forze, e che i loro arti e organi non sono ancora sufficientemente sviluppati per praticarli. Trovo queste ragioni sbagliate: un bambino non ha la stessa statura di un adulto, e non può indossare abiti fatti come quelli degli uomini. Non capisco perché debba giocare con le nostre palle su un biliardo alto tre piedi; non capisco perché debba “maneggiare” oggetti pesanti nei nostri locali, né perché si debba caricare la sua piccola mano di una racchetta di palma. Ma dovrebbe giocare in una stanza le cui finestre siano protette; dovrebbe iniziare utilizzando palle morbide; le sue prime racchette dovrebbero essere di legno, poi di cuoio, e infine di corda, adeguatamente rinforzata in base ai suoi progressi. Voi preferite il volante, perché richiede meno sforzo ed è sicuro. Ma avete torto per entrambe queste ragioni. Il volante è un gioco da donne; ma non esiste donna che non si spaventerebbe se una palla in movimento le colpisse il viso. La loro pelle bianca non dovrebbe abituarsi alle contusioni, e i loro volti non sono fatti per sopportare tali danni. Ma noi, destinati ad essere forti, crediamo davvero di poter diventarlo senza sforzo? E di quale difesa saremo capaci, se non veniamo mai messi alla prova? Si giocano sempre in modo superficiale quei giochi in cui si può commettere un errore senza rischiare nulla: una racchetta che cade non fa male a nessuno. Ma niente migliora l’agilità dei movimenti quanto il dover proteggere la propria testa, niente rende lo sguardo più preciso del dover difendere i propri occhi. Lanciarsi da un’estremità di una stanza all’altra, valutare con precisione la traiettoria di una palla ancora in volo, rimandarla indietro con una mano forte e sicura. Questi giochi non sono adatti agli uomini, ma servono proprio a formarli.
Si dice che le fibre di un bambino siano troppo morbide. Hanno meno elasticità, ma sono più flessibili; il suo braccio è debole, ma dopotutto è pur sempre un braccio. Si può fare di esso, mantenendo le proporzioni, tutto ciò che si può fare con qualsiasi altra “macchina” simile. I bambini non possiedono alcuna abilità nelle loro mani; ed è proprio per questo che voglio che ne acquisiscano: un uomo altrettanto inesperto di loro non ne avrebbe di più. Non possiamo conoscere l’uso dei nostri organi se non dopo averli utilizzati. Solo una lunga esperienza ci insegna a sfruttare al meglio le nostre capacità, e questa esperienza rappresenta lo studio vero e proprio, al quale non si può mai dedicarsi abbastanza presto.
Tutto ciò che viene fatto è possibile. E in effetti, nulla è più comune del vedere bambini agili e coordinati muoversi con la stessa agilità di un uomo. In quasi tutte le fiere si possono vedere bambini eseguire equilibri, camminare sulle mani, saltare, danzare sulla corda. Per quanti anni, infatti, compagnie di bambini non hanno attirato spettatori alla Comédie italienne con i loro balletti! Chi non ha mai sentito parlare, in Germania e in Italia, della compagnia di pantomima del celebre Nicolini? Qualcuno ha mai notato, in questi bambini, movimenti meno sviluppati, posture meno aggraziate, un orecchio meno sensibile alla musica, una danza meno leggera rispetto a quella dei ballerini ben allenati? Il fatto che i loro dita siano spesse, corte e poco mobili, le loro mani paffute e poco capaci di afferrare qualsiasi cosa, impedisce forse a questi bambini di imparare a scrivere o disegnare in un’età in cui altri ancora non sanno nemmeno tenere in mano la matita o la penna? Tutto Parigi ricorda ancora quella piccola ragazza inglese che, all’età di dieci anni, compiva miracoli al clavicembalo[355]. Ho visto, presso un magistrato, suo figlio, un bambino di otto anni, seduto a tavola durante il dessert come una statua tra i piatti, suonare il violino quasi grande quanto lui stesso, e sorprendere persino gli artisti con la sua esecuzione[356].
Tutti questi esempi, e centomila altri ancora, dimostrano, a mio parere, che l’inadeguatezza dei bambini per svolgere certi compiti è puramente immaginaria; inoltre, se non li vediamo riuscire in alcuni di essi, è perché non li abbiamo mai esercitati.
On me dira que je tombe ici, par rapport au corps, dans le défaut de la culture prématurée que je blâme dans les enfants par rapport à l’esprit. La différence est très grande ; car l’un de ces progrès n’est qu’apparent, mais l’autre est réel. J’ai prouvé que l’esprit qu’ils paraissent avoir, ils ne l’ont pas, au lieu que tout ce qu’ils paraissent faire ils le font. D’ailleurs, on doit toujours songer que tout ceci n’est ou ne doit être que jeu, direction facile et volontaire des mouvements que la nature leur demande, art de varier leurs amusements pour les leur rendre plus agréables, sans que jamais la moindre contrainte les tourne en travail ; car enfin, de quoi s’amuseront-ils dont je ne puisse faire un objet d’instruction pour eux ? et quand je ne le pourrais pas, pourvu qu’ils s’amusent sans inconvénient, et que le temps se passe, leur progrès en toute chose n’importe pas quant à présent ; au lieu que, lorsqu’il faut nécessairement leur apprendre ceci ou cela, comme qu’on s’y prenne, il est toujours impossible qu’on en vienne à bout sans contrainte, sans fâcherie, et sans ennui.
Ce que j’ai dit sur les deux sens dont l’usage est le plus continu et le plus important, peut servir d’exemple de la manière d’exercer les autres. La vue et le toucher s’appliquent également sur les corps en repos et sur les corps qui se meuvent ; mais comme il n’y a que l’ébranlement de l’air qui puisse émouvoir le sens de l’ouïe, il n’y a qu’un corps en mouvement qui fasse du bruit ou du son ; et, si tout était en repos, nous n’entendrions jamais rien. La nuit donc, où, ne nous mouvant nous-mêmes qu’autant qu’il nous plaît, nous n’avons à craindre que les corps qui se meuvent, il nous importe d’avoir l’oreille alerte, et de pouvoir juger, par la sensation qui nous frappe, si le corps qui la cause est grand ou petit, éloigné ou proche ; si son ébranlement est violent ou faible. L’air ébranlé est sujet à des répercussions qui le réfléchissent, qui, produisant des échos, répètent la sensation, et font entendre le corps bruyant ou sonore en un autre lieu que celui où il est. Si dans une plaine ou dans une vallée on met l’oreille à terre, on entend la voix des hommes et le pas des chevaux de beaucoup plus loin qu’en restant debout.
Comme nous avons comparé la vue au toucher, il est bon de la comparer de même à l’ouïe, et de savoir laquelle des deux impressions, partant à la fois du même corps, arrivera le plus tôt à son organe. Quand on voit le feu d’un canon, l’on peut encore se mettre à l’abri du coup ; mais sitôt qu’on entend le bruit, il n’est plus temps, le boulet est là. On peut juger de la distance où se fait le tonnerre par l’intervalle de temps qui se passe de l’éclair au coup. Faites en sorte que l’enfant connaisse toutes ces expériences ; qu’il fasse celles qui sont à sa portée, et qu’il trouve les autres par induction, mais j’aime cent fois mieux qu’il les ignore que s’il faut que vous les lui disiez.
Nous avons un organe qui répond à l’ouïe, savoir, celui de la voix ; nous n’en avons pas de même qui réponde à la vue, et nous ne rendons pas les couleurs comme les sons. C’est un moyen de plus pour cultiver le premier sens, en exerçant l’organe actif et l’organe passif l’un par l’autre.
L’homme a trois sortes de voix, savoir, la voix parlante ou articulée, la voix chantante ou mélodieuse, et la voix pathétique ou accentuée, qui sert de langage aux passions, et qui anime le chant et la parole. L’enfant a ces trois sortes de voix ainsi que l’homme, sans les savoir allier de même ; il a comme nous le rire, les cris, les plaintes, l’exclamation, les gémissements, mais il ne sait pas en mêler les inflexions aux deux autres voix. Une musique parfaite est celle qui réunit le mieux ces trois voix. Les enfants sont incapables de cette musique-là, et leur chant n’a jamais d’âme. De même, dans la voix parlante, leur langage n’a point d’accent ; ils crient, mais ils n’accentuent pas ; et comme dans leur discours il y a peu d’accent, il y a peu d’énergie dans leur voix. Notre élève aura le parler plus uni, plus simple encore, parce que ses passions, n’étant pas éveillées, ne mêleront point leur langage au sien. N’allez donc pas lui donner à réciter des rôles de tragédie et de comédie, ni vouloir lui apprendre, comme on dit, à déclamer. Il aura trop de sens pour savoir donner un ton à des choses qu’il ne peut entendre, et de l’expression à des sentiments qu’il n’éprouvera jamais.
Apprenez-lui à parler uniment, clairement, à bien articuler, à prononcer exactement et sans affectation, à connaître et à suivre l’accent grammatical et la prosodie, à donner toujours assez de voix pour être entendu, mais à n’en donner jamais plus qu’il ne faut ; défaut ordinaire aux enfants élevés dans les collèges : en toute chose rien de superflu.
De même, dans le chant, rendez sa voix juste, égale, flexible, sonore ; son oreille sensible à la mesure et à l’harmonie, mais rien de plus. La musique imitative et théâtrale n’est pas de son âge ; je ne voudrais pas même qu’il chantât des paroles ; s’il en voulait chanter, je tâcherais de lui faire des chansons exprès, intéressantes pour son âge, et aussi simples que ses idées.
On pense bien qu’étant si peu pressé de lui apprendre à lire l’écriture, je ne le serai pas non plus de lui apprendre à lire la musique. Écartons de son cerveau toute attention trop pénible, et ne nous hâtons point de fixer son esprit sur des signes de convention. Ceci, je l’avoue, semble avoir sa difficulté ; car, si la connaissance des notes ne paraît pas d’abord plus nécessaire pour savoir chanter que celle des lettres pour savoir parler, il y a pourtant cette différence, qu’en parlant nous rendons nos propres idées, et qu’en chantant nous ne rendons guère que celles d’autrui. Or, pour les rendre, il faut les lire.
Mais, premièrement, au lieu de les lire on peut les ouïr, et un chant se rend à l’oreille encore plus fidèlement qu’à l’oeil. De plus, pour bien savoir la musique, il ne suffit pas de la rendre, il la faut composer, et l’un doit s’apprendre avec l’autre, sans quoi l’on ne la sait jamais bien. Exercez votre petit musicien d’abord à faire des phrases bien régulières, bien cadencées ; ensuite à les lier entre elles par une modulation très simple, enfin à marquer leurs différents rapports par une ponctuation correcte ; ce qui se fait par le bon choix des cadences et des repos. Surtout jamais de chant bizarre, jamais de pathétique ni d’expression. Une mélodie toujours chantante et simple, toujours dérivante des cordes essentielles du ton, et toujours indiquant tellement la basse qu’il la sente et l’accompagne sans peine ; car, pour se former la voix et l’oreille, il ne doit jamais chanter qu’au clavecin.
Pour mieux marquer les sons, on les articule en les prononçant ; de là l’usage de solfier avec certaines syllabes. Pour distinguer les degrés, il faut donner des noms et à ces degrés et à leurs différents termes fixes ; de là les noms des intervalles, et aussi des lettres de l’alphabet dont on marque les touches du clavier et les notes de la gamme. C et A désignent des sons fixes invariables, toujours rendus par les mêmes touches. Ut et la sont autre chose. Ut est constamment la tonique d’un mode majeur, ou la médiante d’un mode mineur. La est constamment la tonique d’un mode mineur, ou la sixième note d’un mode majeur. Ainsi les lettres marquent les termes immuables des rapports de notre système musical, et les syllabes marquent les termes homologues des rapports semblables en divers tons. Les lettres indiquent les touches du clavier, et les syllabes les degrés du mode. Les musiciens français ont étrangement brouillé ces distinctions ; ils ont confondu le sens des syllabes avec le sens des lettres ; et, doublant inutilement les signes des touches, ils n’en ont point laissé pour exprimer les cordes des tons ; en sorte que pour eux ut et C sont toujours la même chose ; ce qui n’est pas, et ne doit pas être, car alors de quoi servirait C ? Aussi leur manière de solfier est-elle d’une difficulté excessive sans être d’aucune utilité, sans porter aucune idée nette à l’esprit, puisque, par cette méthode, ces deux syllabes ut et mi, par exemple, peuvent également signifier une tierce majeure, mineure, superflue, ou diminuée. Par quelle étrange fatalité le pays du monde où l’on écrit les plus beaux livres sur la musique est-il précisément celui où on l’apprend le plus difficilement ?
One might say that, in relation to the body, I am acknowledging the lack of a premature development of culture—that very deficiency which I blame in children with regard to their mental capacities. The difference between the two is immense; for one of these aspects of progress is merely apparent, while the other is real. I have proven that what they seem to possess intellectually, they actually do not possess; whereas everything they appear to do, they indeed do. Moreover, we must always keep in mind that all of this is merely play, a casual and voluntary direction of those movements that nature requires of them, an art of varying their amusements to make them more enjoyable—never allowing the slightest constraint to turn these activities into labor. For ultimately, what would they have to amuse themselves with if I could not use it as a means of educating them? And even if I were unable to do so, so long as they enjoy themselves without harm and time passes by, their progress in any area is of no importance at present. On the other hand, when it is necessary to teach them something specific, no matter how one approaches it, it is always impossible to accomplish this task without causing frustration, anger, or boredom.
What I have said about the two senses whose use is most continuous and most important can serve as an example of how to apply the other senses in a similar manner. Vision and touch are also applicable to both stationary objects and moving objects; however, since only the disturbance of the air can affect our sense of hearing, only moving objects produce sound or noise. If everything were completely still, we would never hear anything at all. Therefore, during the night—when we move only as much as we wish—and since we have nothing to fear except moving objects, it is essential to keep our ears alert and be able to judge, based on the sensations we receive, whether the source of the sound is large or small, far away or close, and whether its intensity is strong or weak. The disturbed air undergoes reverberations that reflect these sounds, creating echoes that repeat the original sensation and allow us to hear a noisy object from a distance greater than if we were standing still. For instance, in a plain or valley, if one puts an ear against the ground, they can hear people’s voices and the sound of horses’ hooves from much farther away than if they were standing up.
Since we have compared sight with touch, it is likewise appropriate to compare sight with hearing, and to determine which of these two sensations, both originating from the same body, reaches its corresponding organ more quickly. When one sees the flash of a cannon, one can still take cover before the shot is fired; but the moment the sound is heard, it is already too late—the bullet has already struck. One can estimate the distance at which thunder is heard by measuring the time interval between the lightning and the sound. Make sure that the child experiences all these things; let him carry out those experiments that are within his reach, and help him discover others through induction—but I would much prefer if he remained ignorant of them than if you were to have to explain them to him.
We possess an organ that corresponds to the sense of hearing, namely the voice; we do not have a corresponding organ for the sense of sight, and we do not perceive colors in the same way we perceive sounds. This is yet another means of cultivating the first sense by exercising both the active and the passive organs in coordination with each other.
Man possesses three kinds of voice: the speaking voice, which is articulate; the singing voice, which is melodious; and the expressive voice, which conveys emotions and gives life to song and speech. Children, like adults, have these three voices, but they are not yet able to combine them in the same way; they have laughter, cries, complaints, exclamations, and murmurs, just as we do, yet they do not know how to integrate the variations of these voices with the other two. Perfect music is that which best combines these three voices. Children are incapable of such music, and their singing lacks true expression. Similarly, in their speaking voice, their language lacks emphasis; they cry out, but without inflection; and because their speech has little emphasis, so too does their voice lack vitality. Our student will speak in a more unified and straightforward manner, for his emotions, not being stirred, will not mix his language with others. Therefore, do not have him recite roles from tragedies or comedies, nor try to teach him how to declamate. He is far too sensible to attempt to give expression to things he cannot hear or to convey feelings he will never experience.
Teach him to speak in a unified and clear manner, to articulate properly, to pronounce words accurately and without affectation, to understand and follow grammatical accentuation and prosody, to always use enough volume so as to be heard, but never more than necessary; this is a common flaw among children raised in boarding schools: in everything, nothing should be superfluous.
In the same way, in singing, make his voice pure, even, flexible, and resonant; train his ear to be sensitive to rhythm and harmony, but nothing more. Imitative and theatrical music is not suitable for his age; I would not even want him to sing lyrics. If he were inclined to do so, I would try to compose songs specifically for him—songs that are appropriate to his age and as simple as his thoughts.
One might well think that since I am not in any hurry to teach him how to read written text, I certainly won’t be in a hurry to teach him how to read music either. Let us remove from his mind any attention that might prove too burdensome for him, and let us not rush to focus his mind on conventional musical symbols. I admit that this seems somewhat difficult; for although the knowledge of musical notes may at first seem no more necessary for learning to sing than the knowledge of letters is for learning to speak, there is nonetheless this difference: when we speak, we express our own ideas, whereas when we sing, we hardly express anything but those of others. And in order to express someone else’s ideas, one must first be able to read them.
But, first and foremost, instead of reading them, they can be heard; moreover, a song reaches the ear more faithfully than it does the eye. Furthermore, in order to truly understand music, it is not enough merely to perform it; one must also compose it. The two skills must be learned together, otherwise one will never truly master music. First, train your young musician to create phrases that are regular and well-paced; then teach them to connect these phrases through simple modulations; finally, help them establish the proper relationships between them through correct phrasing—this is achieved by choosing the right cadences and pauses. Above all, avoid any strange or exaggerated expressions in singing; always maintain a melodic line that is pleasant to hear and simple in structure, always derived from the fundamental tones of the scale, and always clearly indicate the bass line so that the student can easily perceive and accompany it. For the development of both voice and ear, one should only sing on the clavichord.
To emphasize the sounds more clearly, we articulate them when pronouncing them; hence the use of solfège involving certain syllables. To distinguish different degrees, it is necessary to give names to these degrees and their various fixed terms; hence the names for musical intervals, as well as the letters of the alphabet used to denote the keys on the piano and the notes of the scale. C and A represent fixed, unchanging sounds that are always produced by the same keys. Ut and La are different. Ut is consistently the tonic of a major mode or the subdominant of a minor mode; La is consistently the tonic of a minor mode or the sixth note of a major mode. Thus, these letters mark the immutable terms in our musical system, while syllables denote the corresponding terms in similar relationships across different keys. The letters indicate the piano keys, and the syllables represent the degrees of the modes. French musicians have strangely blurred these distinctions; they have confused the meaning of syllables with that of letters. By needlessly duplicating the symbols for the keys, they have left no symbols to represent the strings of different tones; as a result, for them Ut and C mean the same thing—which is incorrect and should not be so, since otherwise what would be the purpose of C? Hence their method of solfège is excessively difficult and utterly useless, failing to convey any clear concepts to the mind, since with this approach syllables like Ut and Mi can both represent the same interval (major, minor, augmented, or diminished). By what strange fate is it that the very country in the world where the most beautiful books on music are written is also precisely the one where it is learned with the greatest difficulty?
Si dirà che, riguardo al corpo, io commetto qui lo stesso errore di cui biasimo i bambini riguardo allo spirito: una cultura prematura e insufficiente. La differenza è tuttavia enorme: uno di questi “progressi” è solo apparente, l’altro invece reale. Ho dimostrato che lo spirito che quei bambini sembrano possedere in realtà non esiste; al contrario, tutto ciò che fanno lo fanno davvero. Inoltre, bisogna sempre ricordare che tutto questo non è altro che un gioco, una direzione semplice e volontaria dei movimenti che la natura richiede loro, un modo per variare i loro divertimenti rendendoli più piacevoli, senza mai che alcuna costrizione li trasformi in un vero lavoro. Dopotutto, di cosa si dovrebbero divertire se non potessi farne oggetto di insegnamento per loro? E quando ciò non fosse possibile, purché si divertano senza inconvenienti e che il tempo passi, il loro progresso in ogni campo non avrebbe alcuna importanza. Al contrario, quando è necessario insegnare loro qualcosa, qualunque sia il metodo utilizzato, è sempre impossibile riuscirci senza costrizioni, senza irritazioni e senza noie.
Quello che ho detto riguardo ai due sens i cui usi sono più continui e più importanti può servire da esempio per comprendere il modo in cui vengono utilizzati gli altri sensi. La vista e il tatto si applicano sia ai corpi immobili che a quelli in movimento; tuttavia, poiché solo le vibrazioni dell’aria possono stimolare l’udito, esiste soltanto un corpo in movimento che possa produrre suoni o rumori; se tutto fosse fermo, non sentiremmo mai nulla. Pertanto, di notte, quando ci muoviamo soltanto quanto desideriamo e dobbiamo temere solo i corpi in movimento, è importante essere attenti e capaci di giudicare, in base alle sensazioni che riceviamo, se il corpo che le provoca sia grande o piccolo, lontano o vicino, e se le sue vibrazioni siano forti o deboli. L’aria vibrante è soggetta a riflessioni che ne riproducono i suoni, generando echi che amplificano tali sensazioni e permettono di percepire il rumore proveniente da un luogo diverso da quello in cui si trova il corpo che lo produce. Se ci si appoggia l’orecchio a terra in una pianura o in una valle, si possono sentire le voci delle persone e i passi dei cavalli da molto più lontano rispetto a quando si sta in piedi.
Poiché abbiamo paragonato la vista al tatto, è opportuno fare lo stesso con l’udito, per capire quale di queste due percezioni, provenienti entrambe dallo stesso organo del corpo, raggiunga più rapidamente il proprio organo sensoriale. Quando si vede il fuoco di un cannone, si può ancora cercare riparo dal colpo; ma non appena si sente il rumore, è ormai troppo tardi: la palla è già arrivata. Si può stimare la distanza da cui proviene il tuono osservando l’intervallo di tempo che intercorre tra il lampo e il suono. Assicuratevi che il bambino conosca tutte queste esperienze; faccia quelle che sono alla sua portata, e trovi le altre attraverso la induzione; ma preferisco mille volte che le ignori, piuttosto che dovergli spiegarle io stesso.
Disponiamo di un organo che risponde alla funzione dell’udito, ovvero la voce; non ne abbiamo uno analogo per la vista, e inoltre non riusciamo a percepire i colori nello stesso modo in cui percepiamo i suoni. Questo rappresenta un ulteriore mezzo per coltivare il primo senso, esercitando alternativamente l’organo attivo e quello passivo.
L’uomo possiede tre tipi di voce: la voce parlata o articolata, la voce cantante o melodiosa, e la voce patetica o accentuata, che serve da linguaggio alle passioni e dà vita al canto e alla parola. Anche il bambino possiede questi tre tipi di voce, proprio come l’uomo, ma non sa ancora unirle in modo appropriato; ha, come noi, il riso, i gridi, le lamenti, le esclamazioni, i gemiti, ma non sa ancora mescolare le loro inflessioni con quelle delle altre due voci. Una musica perfetta è quella che unisce al meglio queste tre voci. I bambini sono incapaci di creare una tale musica; il loro canto, quindi, è privo di vera “anima”. Allo stesso modo, nella voce parlata, il loro linguaggio non presenta alcun accento; gridano, ma non accentuano le parole; e poiché nel loro discorso manca l’accento, anche la loro voce è priva di energia. Il nostro allievo avrà un modo di parlare più uniforme e semplice, perché le sue passioni, essendo ancora inesperte, non mescoleranno mai il proprio linguaggio con quello delle altre voci. Pertanto, non dovremmo fargli recitare ruoli tragici o comici, né cercare di insegnargli a “declamare”. Ha troppo buon senso per sapere come dare un tono a cose che non può nemmeno comprendere, o esprimere sentimenti che non proverà mai realmente.
Insegnategli a parlare in modo unico e chiaro, a pronunciare correttamente e senza affettazione, a conoscere e rispettare le regole dell’accento grammaticale e della prosodia, a utilizzare sempre una voce sufficientemente forte per essere udito, ma mai più del necessario; è un difetto comune nei bambini cresciuti nelle scuole secondarie: in tutto, nulla di superfluo.
Allo stesso modo, nel canto, rendete la sua voce giusta, equilibrata, flessibile e sonora; il suo orecchio deve essere sensibile alla misura e all’armonia, ma nient’altro. La musica imitativa e teatrale non è adatta alla sua età; non vorrei nemmeno che cantasse delle parole; se volesse farlo, cercherei di comporre per lui canzoni apposite, interessanti per la sua età e semplici quanto le sue idee.
Si può ben pensare che, poiché non sono così desideroso di insegnargli a leggere la scrittura, non lo sarò nemmeno nel fargli imparare a leggere la musica. Eliminiamo dal suo cervello qualsiasi attenzione troppo faticosa e non affrettiamoci a fissare la sua mente su segni convenzionali. Devo ammettere che questo sembra presentare delle difficoltà; infatti, se la conoscenza delle note non appare necessaria per imparare a cantare tanto quanto quella delle lettere per imparare a parlare, esiste comunque questa differenza: quando parliamo, esprimiamo le nostre stesse idee, mentre quando cantiamo, esprimiamo quasi soltanto quelle degli altri. Ora, per poterle esprimere, è necessario saperle leggere.
Ma, innanzitutto, invece di leggerle, si possono ascoltare; inoltre, un canto raggiunge l’orecchio ancora più fedelmente che lo sguardo. Inoltre, per comprendere veramente la musica, non basta semplicemente riprodurla: bisogna anche comporla, e l’uno deve essere appreso attraverso l’altro; altrimenti non si arriverà mai a conoscerla davvero bene. Esercitate innanzitutto il vostro giovane musicista a creare frasi ben regolari, ben cadenzate; successivamente, insegnategli a collegarle tra loro attraverso modulazioni molto semplici; infine, fate sì che impari a distinguere i diversi rapporti musicali attraverso una corretta punteggiatura, ottenuta scegliendo opportunamente le cadenze e i momenti di pausa. Soprattutto: mai canti strani, né espressioni troppo drammatiche o patetiche. Una melodia sempre cantabile e semplice, che derivi sempre dalle note fondamentali del tono, e che indichi chiaramente la nota bassa in modo che il musicista possa percenderla e accompagnarla facilmente; infatti, per sviluppare voce e orecchio, è fondamentale esercitarsi soltanto al clavicembalo.
Per evidenziare meglio i suoni, li si pronuncia in modo articolato; da qui l’uso del solfeggio, che prevede l’indicazione di alcune sillabe specifiche. Per distinguere i diversi gradi musicali, è necessario dare loro dei nomi; da qui i nomi degli intervalli, nonché l’uso delle lettere dell’alfabeto per indicare le tastiere del pianoforte e le note della scala musicale. Le lettere “C” e “A” designano suoni fissi e invariabili, sempre rappresentati dalle stesse tastiere; “Ut” e “La”, invece, hanno significati diversi: “Ut” è costantemente la tonica di un modo maggiore o la media di un modo minore, mentre “La” è costantemente la tonica di un modo minore o la sesta nota di un modo maggiore. In questo modo, le lettere indicano i termini immutabili dei rapporti musicali, mentre le sillabe ne rappresentano gli equivalenti in diversi toni. I musicisti francesi hanno confuso stranamente questi concetti: hanno mescolato il significato delle sillabe con quello delle lettere e, duplicando inutilmente i segni delle tastiere, non sono riusciti a indicare correttamente le note; di conseguenza, per loro “Ut” e “C” significano la stessa cosa, il che è assurdo, poiché in tal caso quale sarebbe lo scopo dell’uso della lettera “C”? Pertanto, il loro metodo di solfeggio è estremamente complicato e privo di utilità, poiché non fornisce alcuna informazione chiara e precisa all’intelletto; con questo sistema, due sillabe come “Ut” e “Mi” possono significare indifferentemente una terza maggiore, minore, superflua o diminuita. Che strana fatalità: il paese al mondo dove vengono scritti i libri più belli sulla musica è proprio quello in cui essa viene appresa con maggior difficoltà.
Suivons avec notre élève une pratique plus simple et plus claire ; qu’il n’y ait pour lui que deux modes, dont les rapports soient toujours les mêmes et toujours indiqués par les mêmes syllabes. Soit qu’il chante ou qu’il joue d’un instrument, qu’il sache établir son mode sur chacun des douze tons qui peuvent lui servir de base, et que, soit qu’on module en D, en C, en G, etc., le finale soit toujours ut ou la, selon le mode. De cette manière, il vous concevra toujours ; les rapports essentiels du mode pour chanter et jouer juste seront toujours présents à son esprit, son exécution sera plus nette et son progrès plus rapide. Il n’y a rien de plus bizarre que ce que les Français appellent solfier au naturel ; c’est éloigner les idées de la chose pour en substituer d’étrangères qui ne font qu’égarer. Rien n’est plus naturel que de solfier par transposition, lorsque le mode est transposé. Mais c’en est trop sur la musique : enseignez-la comme vous voudrez, pourvu qu’elle ne soit jamais qu’un amusement.
Nous voilà bien avertis de l’état des corps étrangers par rapport au nôtre, de leur poids, de leur figure, de leur couleur, de leur solidité, de leur grandeur, de leur distance, de leur température, de leur repos, de leur mouvement. Nous sommes instruits de ceux qu’il nous convient d’approcher ou d’éloigner de nous, de la manière dont il faut nous y prendre pour vaincre leur résistance, ou pour leur en opposer une qui nous préserve d’en être offensés, mais ce n’est pas assez ; notre propre corps s’épuise sans cesse, il a besoin d’être sans cesse renouvelé. Quoique nous ayons la faculté d’en changer d’autres en notre propre substance, le choix n’est pas indifférent : tout n’est pas aliment pour l’homme ; et des substances qui peuvent l’être, il y en a de plus ou de moins convenables, selon la constitution de son espèce, selon le climat qu’il habite, selon son tempérament particulier, et selon la manière de vivre que lui prescrit son état.
Nous mourrions affamés ou empoisonnés, s’il fallait attendre, pour choisir les nourritures qui nous conviennent, que l’expérience nous eût appris à les connaître et à les choisir ; mais la suprême bonté, qui a fait du plaisir des êtres sensibles l’instrument de leur conservation, nous avertit, par ce qui plaît à notre palais, de ce qui convient à notre estomac. Il n’y a point naturellement pour l’homme de médecin plus sûr que son propre appétit ; et, à le prendre dans son état primitif, je ne doute point qu’alors les aliments qu’il trouvait les plus agréables ne lui fussent aussi les plus sains.
Il y a plus. L’Auteur des choses ne pourvoit pas seulement aux besoins qu’il nous donne, mais encore à ceux que nous nous donnons nous-mêmes ; et c’est pour nous mettre toujours le désir à côté du besoin, qu’il fait que nos goûts changent et s’altèrent avec nos manières de vivre. Plus nous nous éloignons de l’état de nature, plus nous perdons de nos goûts naturels ; ou plutôt l’habitude nous fait une seconde nature que nous substituons tellement à la première, que nul d’entre nous ne connaît plus celle-ci.
Il suit de là que les goûts les plus naturels doivent être aussi les plus simples ; car ce sont ceux qui se transforment le plus aisément ; au lieu qu’en s’aiguisant, en s’irritant par nos fantaisies, ils prennent une forme qui ne change plus. L’homme qui n’est encore d’aucun pays se fera sans peine aux usages de quelques pays que ce soit ; mais l’homme d’un pays ne devient plus celui d’un autre.
Ceci me paraît vrai dans tous les sens, et bien plus encore, appliqué au goût proprement dit. Notre premier aliment est le lait ; nous ne nous accoutumons que par degrés aux saveurs fortes ; d’abord elles nous répugnent. Des fruits, des légumes, des herbes, et enfin quelques viandes grillées, sans assaisonnement et sans sel, firent les festins des premiers hommes[357]. La première fois qu’un sauvage boit du vin, il fait la grimace et le rejette ; et même parmi nous quiconque a vécu jusqu’à vingt ans sans goûter de liqueurs fermentées ne peut plus s’y accoutumer ; nous serions tous abstèmes si l’on ne nous eût donné du vin dans nos jeunes ans. Enfin, plus nos goûts sont simples, plus ils sont universels ; les répugnances les plus communes tombent sur des mets composés. Vit-on jamais personne avoir en dégoût l’eau ni le pain ? Voilà la trace de la nature, voilà donc aussi notre règle. Conservons à l’enfant son goût primitif le plus qu’il est possible ; que sa nourriture soit commune et simple, que son palais ne se familiarise qu’à des saveurs peu relevées, et ne se forme point un goût exclusif.
Je n’examine pas ici si cette manière de vivre est plus saine ou non, ce n’est pas ainsi que je l’envisage. Il me suffit de savoir, pour la préférer, que c’est la plus conforme à la nature, et celle qui peut le plus aisément se plier à tout autre. Ceux qui disent qu’il faut accoutumer les enfants aux aliments dont ils useront étant grands, ne raisonnent pas bien, ce me semble. Pourquoi leur nourriture doit-elle être la même, tandis que leur manière de vivre est si différente ? Un homme épuisé de travail, de soucis, de peines, a besoin d’aliments succulents qui lui portent de nouveaux esprits au cerveau ; un enfant qui vient de s’ébattre, et dont le corps croît, a besoin d’une nourriture abondante qui lui fasse beaucoup de chyle. D’ailleurs l’homme fait a déjà son état, son emploi, son domicile ; mais qui est-ce qui peut être sûr de ce que la fortune réserve à l’enfant ? En toute chose ne lui donnons point une forme si déterminée, qu’il lui en coûte trop d’en changer au besoin. Ne faisons pas qu’il meure de faim dans d’autres pays, s’il ne traîne partout à sa suite un cuisinier français, ni qu’il dise un jour qu’on ne sait manger qu’en France. Voilà, par parenthèse, un plaisant éloge ! Pour moi, je dirais au contraire qu’il n’y a que les Français qui ne savent pas manger, puisqu’il faut un art si particulier pour leur rendre les mets mangeables.
De nos sensations diverses, le goût donne celles qui généralement nous affectent le plus. Aussi sommes-nous plus intéressés à bien juger des substances qui doivent faire partie de la nôtre, que de celle qui ne font que l’environner. Mille choses sont indifférentes au toucher, à l’ouïe, à la vue ; mais il n’y a presque rien d’indifférent au goût.
De plus, l’activité de ce sens est toute physique et matérielle ; il est le seul qui ne dit rien à l’imagination, du moins celui dans les sensations duquel elle entre le moins ; au lieu que l’imitation et l’imagination mêlent souvent du moral à l’impression de tous les autres. Aussi, généralement, les coeurs tendres et voluptueux, les caractères passionnés et vraiment sensibles, faciles à émouvoir par les autres sens, sont-ils assez tièdes sur celui-ci. De cela même qui semble mettre le goût au-dessous d’eux, et rendre plus méprisable le penchant qui nous y livre, je conclurais au contraire que le moyen le plus convenable pour gouverner les enfants est de les mener par leur bouche. Le mobile de la gourmandise est surtout préférable à celui de la vanité, en ce que la première est un appétit de la nature, tenant immédiatement au sens, et que la seconde est un ouvrage de l’opinion, sujet au caprice des hommes et à toutes sortes d’abus. La gourmandise est la passion de l’enfance ; cette passion ne tient devant aucune autre ; à la moindre concurrence elle disparaît. Eh ! croyez-moi, l’enfant ne cessera que trop tôt de songer à ce qu’il mange ; et quand son coeur sera trop occupé, son palais ne l’occupera guère. Quand il sera grand, mille sentiments impétueux donneront le change à la gourmandise, et ne feront qu’irriter la vanité ; car cette dernière passion seule fait son profit des autres, et à la fin les engloutit toutes. J’ai quelquefois examiné ces gens qui donnaient de l’importance aux bons morceaux, qui songeaient, en s’éveillant, à ce qu’ils mangeraient dans la journée, et décrivaient un repas avec plus d’exactitude que n’en met Polybe à décrire un combat ; j’ai trouvé que tous ces prétendus hommes n’étaient que des enfants de quarante ans, sans vigueur et sans consistance, fruges consumere nati[358]. La gourmandise est le vice des coeurs qui n’ont point d’étoffe. L’âme d’un gourmand est toute dans son palais ; il n’est fait que pour manger ; dans sa stupide incapacité, il n’est qu’à table à sa place, il ne sait juger que des plats ; laissons-lui sans regret cet emploi ; mieux lui vaut celui-là qu’un autre, autant pour nous que pour lui.
Let us proceed with our student by adopting a simpler and clearer approach; let there be only two modes for him, the relationships between which are always the same and always indicated by the same syllables. Whether he is singing or playing an instrument, he should be able to establish his mode on each of the twelve tones that can serve as a basis for him. And whether the mode is in D, C, G, etc., the final note should always be ut or la, according to the mode. In this way, he will always understand how things work; the essential relationships of the mode for singing and playing correctly will always remain clear in his mind, his performance will be more precise, and his progress will be faster. There is nothing more absurd than what the French call “solfège naturel”; it is merely replacing the true concepts with foreign ones that only lead to confusion. Nothing is more natural than solfège through transposition, when the mode has been adjusted accordingly. But enough about music for now: teach it however you wish, so long as it remains nothing more than a form of entertainment.
We are thus thoroughly informed regarding the nature of foreign substances in relation to our own bodies—their weight, shape, color, solidity, size, distance, temperature, state of rest, and movement. We know which ones we should approach or keep away from, and how to overcome their resistance or how to counter them in such a way as to protect ourselves from harm. Yet this is not enough; our own bodies are constantly being depleted and need to be continually renewed. Although we have the ability to transform other substances into those that can nourish us, the choice is not arbitrary: not everything is suitable for human consumption; and among those that are, some are more or less appropriate depending on a person’s biological constitution, the climate in which they live, their particular temperament, and the way of life prescribed by their physical condition.
We would starve or be poisoned if we were forced to wait until experience had taught us how to recognize and choose the foods that suit us; but the supreme kindness that has made pleasure the instrument for the preservation of sentient beings warns us, through what pleases our taste buds, of what is good for our stomachs. For man, there is naturally no surer doctor than his own appetite; and if we consider it in its primitive state, I have no doubt that the foods which he found most pleasing would also have been the healthiest for him.
There is more to it. The Creator does not merely provide us with the necessities he bestows upon us; he also satisfies those needs that we create for ourselves. It is precisely in order to constantly place desire alongside necessity that He causes our tastes to change and evolve along with our ways of living. The further we move away from the state of nature, the more we lose our innate tastes; or rather, habit creates a second nature within us, which we come to substitute entirely for the first, to the extent that none of us is even aware of what our original natural tastes were.
It follows therefore that the most natural tastes must also be the simplest; for they are those that change most easily. Instead of becoming more refined or intensified by our whims, they take on a form that no longer changes. A person who does not belong to any particular country can easily adapt to the customs of any nation; but a person from one country will never become one from another.
This seems true in every sense, and even more so when applied to what we truly consider taste. Our first food is milk; we only gradually come to tolerate strong flavors—at first, they repulse us. Fruits, vegetables, herbs, and finally some grilled meats, without seasoning or salt, were the feasts of our earliest ancestors[357]. The first time a savage drinks wine, he makes a face and spits it out; even among us, anyone who has lived until the age of twenty without tasting fermented beverages can no longer get used to them. We would all remain abstinent if we had not been exposed to wine in our youth. Moreover, the simpler our tastes are, the more universal they tend to be—the most common aversions often arise from complex dishes. Is there anyone who truly dislikes water or bread? These are traces of our natural instincts; therefore, they should also serve as our guide. Let us preserve a child’s primitive tastes as much as possible; let their diet be simple and unadorned, and let their palates become accustomed only to mild flavors, so that they do not develop exclusive preferences.
I am not here to examine whether this way of living is healthier or not; that is not how I view it. It is sufficient for me to know that it is the most in accordance with nature and the easiest to adapt to any other circumstances. Those who say that children should be accustomed to the foods they will eat when they grow up are not reasoning properly, in my opinion. Why must their diet be the same when their way of living is so different? A man exhausted by work, worries, and hardships needs nourishing foods that can invigorate his mind; a child who has just played and whose body is growing needs abundant food that will produce plenty of digestive juices. Moreover, an adult already has his profession, occupation, and place of residence; but who can be sure of what fate holds for a child? In everything, let us not give children such fixed patterns that it would be too difficult for them to change when necessary. Let us not have them starve in other countries just because they cannot carry a French chef with them everywhere, nor should they ever say that one can only eat well in France. By the way, that is quite a funny compliment! In my view, on the contrary, it is only the French who do not know how to eat, since such particular skills are required to make their food palatable.
Among our various sensations, taste is the one that generally affects us the most. Therefore, we are much more interested in accurately assessing those substances that are intended to become part of our diet than those that merely surround it. Thousands of things are indifferent to touch, hearing, or sight; but almost nothing is indifferent to the sense of taste.
Furthermore, the activity of this sense is entirely physical and material; it is the only one that says nothing to the imagination—at least, among the senses, it is the one in which the imagination plays the smallest role. In contrast, imitation and imagination often mix moral elements with the impressions derived from other senses. Therefore, generally speaking, tender-hearted and sensual people, those with passionate and truly sensitive natures who are easily moved by other senses, tend to be rather indifferent toward this sense. From precisely that which seems to place taste below them and to render the inclination toward it all the more despicable, I would conclude instead that the most appropriate way to guide children is through their mouths. The motive behind gluttony is certainly preferable to that behind vanity, for the former is a natural desire directly related to the senses, whereas the latter is a product of opinion, subject to human caprice and various abuses. Gluttony is the passion of childhood; this passion holds no precedence over any other; at the slightest competition, it disappears. Believe me, a child will stop thinking about what he eats far too early; and when his heart is preoccupied with other things, his taste will hardly occupy itself with food. When he grows up, a thousand impetuous emotions will overshadow gluttony and merely feed vanity—for only this latter passion truly exploits the others and ultimately devours them all. I have sometimes observed those people who attach great importance to fine foods, who think about what they will eat during the day upon waking, and who describe a meal with more detail than Polybius does when describing a battle. I found that all these so-called men were nothing but forty-year-old children, lacking both vigor and substance—mere creatures born to consume food[358]. Gluttony is the vice of hearts that lack any real substance. The soul of a glutton exists entirely in his taste buds; he is made solely for eating. In his utter incapacity, he exists only at the table in his place; he knows how to judge only dishes. Let us give him this role without regret—it is better for him than anything else, both for our sake and his own.
Seguiamo con il nostro allievo una pratica più semplice e chiara: che per lui esistano soltanto due modi, i cui rapporti siano sempre gli stessi e sempre indicati dalle stesse sillabe. Che sia mentre canta o suona uno strumento, egli debba saper stabilire il proprio modo su ciascuno dei dodici toni che possono servirgli di base; inoltre, che sia quando si modula su D, C, G, ecc., la conclusione del canto sia sempre ut o la, a seconda del modo utilizzato. In questo modo, l’allievo comprenderà sempre correttamente i principi fondamentali del modo musicale; i rapporti essenziali per cantare e suonare con precisione rimarranno sempre presenti nella sua mente, il suo esecuzione sarà più chiara e il suo progresso più rapido. Non c’è nulla di più strano di ciò che i francesi chiamano “solfeggiare in modo naturale”: si tratta semplicemente di allontanare le idee corrette dalla realtà musicale per sostituirle con concetti errati che finiscono soltanto per confondere. Niente è più naturale, invece, che solfeggiare attraverso la trasposizione dei toni, quando il modo originale viene modificato. Ma basta parlare di musica: insegnatela come volete, purché rimanga sempre un semplice passatempo.
Siamo quindi ampiamente informati riguardo allo stato dei corpi estranei rispetto al nostro: del loro peso, della loro forma, del loro colore, della loro solidità, delle loro dimensioni, della loro distanza, della loro temperatura, del loro stato di riposo o di movimento. Sappiamo quali di questi corpi sia opportuno avvicinare o allontanare da noi, e come agire per superarne la resistenza o per opporre loro una difesa che ci protegga da eventuali danni. Tuttavia questo non basta: il nostro stesso corpo si esaurisce continuamente e ha bisogno di essere costantemente rinnovato. Anche se abbiamo la possibilità di trasformare altri corpi nella nostra stessa sostanza, la scelta non è affatto casuale: non tutto può essere considerato un alimento utile per l’uomo; e tra le sostanze che lo possono essere, alcune sono più adatte di altre, a seconda della costituzione della sua specie, del clima in cui vive, del suo temperamento particolare e del modo di vivere che il suo stato fisico gli impone.
Moriremmo di fame o avvelenati se dovessimo aspettare che l’esperienza ci insegnasse a conoscere e scegliere i cibi che ci convengono, prima di poterli consumare; ma la suprema bontà, che ha reso il piacere degli esseri sensibili uno strumento per la loro conservazione, ci avverte, attraverso ciò che delizia il nostro palato, di ciò che è benefico per il nostro stomaco. Naturalmente, per l’uomo non esiste medico più sicuro del proprio appetito; e, preso in suo stato primitivo, non dubito affatto che i cibi che gli sembravano più gradevoli fossero anche quelli più salutari.
C’è di più: il Creatore non provvede soltanto ai bisogni che ci dà, ma anche a quelli che noi stessi ci procuriamo; ed è proprio per metterci sempre desiderio al fianco del bisogno che fa sì che i nostri gusti cambino e si modifichino insieme ai nostri modi di vivere. Più ci allontaniamo dallo stato di natura, più perdiamo i nostri gusti naturali; o meglio, l’abitudine ci crea una seconda natura che sostituiamo completamente alla prima, al punto che nessuno di noi la conosce più.
Da ciò deriva che i gusti più naturali debbano essere anche i più semplici; poiché sono quelli che si trasformano più facilmente, anziché acuirsi o intensificarsi a causa delle nostre fantasie, assumono una forma che non cambia più. L’uomo che non appartiene a nessun paese in particolare si abituerà senza difficoltà alle usanze di qualsiasi nazione; ma l’uomo proveniente da un determinato paese non diventerà mai quello di un altro.
Questo mi sembra vero in tutti i sensi, e ancora di più quando si applica al gusto propriamente detto. Il nostro primo alimento è il latte; ci abituiamo gradualmente alle sapori forti, che all’inizio ci ripugnano. Frutta, verdure, erbe, e infine qualche carne arrostita, senza condimenti né sale, costituivano i banchetti degli antichi uomini[357]. La prima volta che un selvaggio beve del vino, fa una smorfia e lo rifiuta; e anche tra di noi, chiunque abbia vissuto fino ai vent’anni senza assaggiare bevande alcoliche non può più abituarsi a esse; tutti noi saremmo astemi se non ci fosse stato dato il vino da giovani. Infine, più i nostri gusti sono semplici, più sono universali; le repulsioni più comuni riguardano cibi composti. Si è mai visto qualcuno avere disgusto per l’acqua o per il pane? Questa è la traccia della natura, ed è quindi anche la nostra regola. Conserviamo al bambino il suo gusto primordiale il più possibile; che il suo nutrimento sia semplice e comune, che il suo palato si abitui soltanto a sapori poco intensi, e non sviluppi gusti esclusivi.
Non esamino qui se questo modo di vivere sia più sano o meno; non è così che io lo considero. Mi basta sapere che sia il più conforme alla natura e quello che possa adattarsi più facilmente a qualsiasi altra situazione. Coloro che dicono che bisogna abituare i bambini ai cibi che consumeranno da grandi non ragionano bene, a mio parere. Perché il loro nutrimento dovrebbe essere lo stesso, mentre il loro modo di vivere è così diverso? Un uomo stanco per il lavoro, le preoccupazioni e le sofferenze ha bisogno di cibi sostanziosi che gli forniscono energia; un bambino che si è appena divertito e il cui corpo sta crescendo ha bisogno di un’alimentazione abbondante che produca molto succo digestivo. Inoltre, l’uomo ha già scelto la sua professione, il suo ambiente di vita e la sua residenza; ma chi può essere certo di ciò che il destino riserverà al bambino? In ogni cosa, non diamogli una forma così rigida da costringerlo a cambiarla quando necessario. Non dobbiamo che muoia di fame in altri paesi, se non porta sempre con sé un cuoco francese; né che un giorno dica di non sapere mangiare se non in Francia. Questo, tra l’altro, è un complimento davvero ironico! Per quanto mi riguarda, direi invece che sono solo i francesi a non saper mangiare, visto che per render loro commestibili i cibi è necessario un certo tipo di arte culinaria.
Tra le nostre diverse sensazioni, il gusto è quello che di solito ci colpisce maggiormente. Per questo motivo siamo molto più interessati a giudicare correttamente quelle sostanze che devono far parte della nostra alimentazione, rispetto a quelle che semplicemente la circondano. Mille cose sono indifferenti al tatto, all’udito o alla vista; ma quasi nulla lo è per il gusto.
Inoltre, l’attività di questo senso è interamente fisica e materiale; è l’unico che non ha nulla a che fare con l’immaginazione, o quanto meno è quello attraverso il quale essa interviene meno nelle sensazioni umane; al contrario dell’imitazione e dell’immaginazione, che spesso mescolano elementi morali alle impressioni fornite dagli altri sensi. Pertanto, in generale, i cuori teneri e voluttuosi, i caratteri appassionati e veramente sensibili, facilmente commossi dagli altri sensi, sono piuttosto indifferenti a questo senso. Proprio da ciò che sembrerebbe sminuire il valore di questo appetito e rendere più spregevole la tendenza che ci spinge ad esso, concludo invece che il modo più appropriato per educare i bambini sia guidarli attraverso il loro palato. Il motivo che spinge alla gola è certamente preferibile a quello della vanità: la prima è un istinto naturale, direttamente legato ai sensi, mentre la seconda è frutto dell’opinione umana, soggetta ai capricci delle persone e a ogni sorta di abuso. La gola è la passione tipica dell’infanzia; questa passione non può competere con nessun’altra; alla minima concorrenza scompare. Credetemi: un bambino smetterà troppo presto di pensare a ciò che mangia; e quando il suo cuore sarà troppo occupato da altre cose, il suo palato non avrà più molto spazio per interessarsi al cibo. Quando diventerà adulto, mille altre passioni prenderanno il posto della gola, alimentando soltanto la vanità; perché è proprio questa passione quella che trae profitto dalle altre e, alla fine, le inghiotte tutte. A volte ho osservato queste persone che danno grande importanza ai cibi deliziosi, che pensano con attenzione a ciò che mangeranno durante la giornata, descrivendo i pasti con maggiore precisione di quanto Polibio faccia nel descrivere le battaglie; ho scoperto che tutti questi presunti “uomini” non erano altro che bambini di quarant’anni, privi di forza e di solidità interiore. La gola è il vizio dei cuori che mancano di sostanza reale. L’anima di un goloso esiste interamente nel suo palato; lui esiste soltanto per mangiare; nella sua stupida incapacità, non sa fare altro che sedersi a tavola al proprio posto, non sa giudicare nulla se non i cibi. Lasciamolo tranquillamente dedicarsi a questo compito; per noi e per lui, è meglio così.
Craindre que la gourmandise ne s’enracine dans un enfant capable de quelque chose est une précaution de petit esprit. Dans l’enfance on ne songe qu’à ce qu’on mange ; dans l’adolescence on n’y songe plus ; tout nous est bon, et l’on a bien d’autres affaires. Je ne voudrais pourtant pas qu’on allât faire un usage indiscret d’un ressort si bas, ni étayer d’un bon morceau l’honneur de faire une belle action. Mais je ne vois pas pourquoi, toute l’enfance n’étant ou ne devant être que jeux et folâtres amusements, des exercices purement corporels n’auraient pas un prix matériel et sensible. Qu’un petit Majorquin, voyant un panier sur le haut d’un arbre, l’abatte à coup de fronde, n’est-il pas bien juste qu’il en profite, et qu’un bon déjeuner répare la force qu’il use à le gagner ?[359] Qu’un jeune Spartiate, à travers les risques de cent coups de fouet, se glisse habilement dans une cuisine ; qu’il y vole un renardeau tout vivant, qu’en l’emportant dans sa robe il en soit égratigné, mordu, mis en sang, et que, pour n’avoir pas la honte d’être surpris, l’enfant se laisse déchirer les entrailles sans sourciller, sans pousser un seul cri, n’est-il pas juste qu’il profite enfin de sa proie, et qu’il la mange après en avoir été mangé ? Jamais un bon repas ne doit être une récompense ; mais pourquoi ne serait-il pas quelquefois l’effet des soins qu’on a pris pour se le procurer ? Émile ne regarde point le gâteau que j’ai mis sur la pierre comme le prix d’avoir bien couru ; il sait seulement que le seul moyen d’avoir ce gâteau est d’y arriver plus tôt qu’un autre.
Ceci ne contredit point les maximes que j’avançais tout à l’heure sur la simplicité des mets, car, pour flatter l’appétit des enfants, il ne s’agit pas d’exciter leur sensualité, mais seulement de la satisfaire ; et cela s’obtiendra par les choses du monde les plus communes, si l’on ne travaille pas à leur raffiner le goût. Leur appétit continuel, qu’excite le besoin de croître, est un assaisonnement sûr qui leur tient lieu de beaucoup d’autres. Des fruits, du laitage, quelque pièce de four un peu plus délicate que le pain ordinaire, surtout l’art de dispenser sobrement tout cela : voilà de quoi mener des armées d’enfants au bout du monde sans leur donner du goût pour les saveurs vives, ni risquer de leur blaser le palais.
Une des preuves que le goût de la viande n’est pas naturel à l’homme, est l’indifférence que les enfants ont pour ce mets-là, et la préférence qu’ils donnent tous à des nourritures végétales, telles que le laitage, a pâtisserie, les fruits, etc. Il importe surtout de ne pas dénaturer ce goût primitif, et de ne point rendre les enfants carnassiers ; si ce n’est pour leur santé, c’est pour leur caractère ; car, de quelque manière qu’on explique l’expérience, il est certain que les grands mangeurs de viande sont en général cruels et féroces plus que les autres hommes ; cette observation est de tous les lieux et de tous les temps. La barbarie anglaise est connue[360] ; les Gaures, au contraire, sont les plus doux des hommes[361]. Tous les sauvages sont cruels ; et leurs moeurs ne les portent point à l’être : cette cruauté vient de leurs aliments. Ils vont à la guerre comme à la chasse, et traitent les hommes comme des ours. En Angleterre même les bouchers ne sont pas reçus en témoignage[362], non plus que les chirurgiens. Les grands scélérats s’endurcissent au meurtre en buvant du sang. Homère fait des Cyclopes, mangeurs de chair, des hommes affreux, et des Lotophages un peuple si aimable, qu’aussitôt qu’on avait essayé de leur commerce, on oubliait jusqu’à son pays pour vivre avec eux.
« Tu me demandes, disait Plutarque[363], pourquoi Pythagore s’abstenait de manger de la chair des bêtes ; mais moi je te demande au contraire quel courage d’homme eut le premier qui approcha de sa bouche une chair meurtrie, qui brisa de sa dent les os d’une bête expirante, qui fit servir devant lui des corps morts, des cadavres et engloutit dans son estomac des membres qui, le moment d’auparavant, bêlaient, mugissaient, marchaient et voyaient. Comment sa main put-elle enfoncer un fer dans le coeur d’un être sensible ? Comment ses yeux purent-ils supporter un meurtre ? Comment put-il voir saigner, écorcher, démembrer un pauvre animal sans défense ? Comment put-il supporter l’aspect des chairs pantelantes ? Comment leur odeur ne lui fit-elle pas soulever le coeur ? Comment ne fut-il pas dégoûté, repoussé, saisi d’horreur, quand il vint à manier l’ordure de ces blessures, à nettoyer le sang noir et figé qui les couvrait ?
Les peaux rampaient sur la terre écorchées,
Les chairs au feu mugissaient embrochées ;
L’homme ne put les manger sans frémir,
Et dans son sein les entendit gémir.
« Voilà ce qu’il dut imaginer et sentir la première fois qu’il surmonta la nature pour faire cet horrible repas, la première fois qu’il eut faim d’une bête en vie, qu’il voulut se nourrir d’un animal qui paissait encore, et qu’il dit comment il fallait égorger, dépecer, cuire la brebis qui lui léchait les mains. C’est de ceux qui commencèrent ces cruels festins, et non de ceux qui les quittent, qu’on a lieu de s’étonner : encore ces premiers-là pourraient-ils justifier leur barbarie par des excuses qui manquent à la nôtre, et dont le défaut nous rend cent fois plus barbares qu’eux.
« Mortels bien-aimés des dieux, nous diraient ces premiers hommes, comparez les temps, voyez combien vous êtes heureux et combien nous étions misérables ! La terre nouvellement formée et l’air chargé de vapeurs étaient encore indociles à l’ordre des saisons ; le cours incertain des fleuves dégradait leurs rives de toutes parts ; des étangs, des lacs, de profonds marécages inondaient les trois quarts de la surface du monde ; l’autre quart était couvert de bois et de forêts stériles. La terre ne produisait nuls bons fruits ; nous n’avions nuls instruments de labourage ; nous ignorions l’art de nous en servir, et le temps de la moisson ne venait jamais pour qui n’avait rien semé. Ainsi la faim ne nous quittait point. L’hiver, la mousse et l’écorce des arbres étaient nos mets ordinaires. Quelques racines vertes de chiendent et de bruyères étaient pour nous un régal ; et quand les hommes avaient pu trouver des faînes, des noix ou du gland, ils en dansaient de joie autour d’un chêne ou d’un hêtre au son de quelque chanson rustique, appelant la terre leur nourrice et leur mère : c’était là leur seule fête ; c’étaient leurs uniques jeux ; tout le reste de la vie humaine n’était que douleur, peine et misère.
« Enfin, quand la terre dépouillée et nue ne nous offrait plus rien, forcés d’outrager la nature pour nous conserver, nous mangeâmes les compagnons de notre misère plutôt que de périr avec eux. Mais vous, hommes cruels, qui vous force à verser du sang ? Voyez quelle affluence de biens vous environne ! combien de fruits vous produit la terre ! que de richesses vous donnent les champs et les vignes ! que d’animaux vous offrent leur lait pour vous nourrir et leur toison pour vous habiller ! Que leur demandez-vous de plus ? et quelle rage vous porte à commettre tant de meurtres, rassasiés de biens et regorgeant de vivres ? Pourquoi mentez-vous contre votre mère en l’accusant de ne pouvoir vous nourrir ? Pourquoi péchez-vous contre Cérès, inventrice des saintes lois, et contre le gracieux Bacchus, consolateur des hommes ? comme si leurs dons prodigués ne suffisaient pas à la conservation du genre humain ! Comment avez-vous le coeur de mêler avec leurs doux fruits des ossements sur vos tables, et de manger avec le lait le sang des bêtes qui vous le donnent ? Les panthères et les lions, que vous appelez bêtes féroces, suivent leur instinct par force, et tuent les autres animaux pour vivre. Mais vous, cent fois plus féroces qu’elles, vous combattez l’instinct sans nécessité, pour vous livrer à vos cruelles délices. Les animaux que vous mangez ne sont pas ceux qui mangent les autres : vous ne les mangez pas, ces animaux carnassiers, vous les imitez ; vous n’avez faim que des bêtes innocentes et douces qui ne font de mal à personne, qui s’attachent à vous, qui vous servent, et que vous dévorez pour prix de leurs services.
To fear that gluttony may take root in a child who is capable of accomplishing something is a sign of narrow-mindedness. In childhood, one thinks only about food; in adolescence, such thoughts fade away—everything seems permissible, and there are many other matters to attend to. Nevertheless, I would not want anyone to misuse such a base impulse, nor would I use a valuable resource merely to uphold the pretense of performing some noble deed. But since entire childhood should consist solely of play and joyful amusement, why shouldn’t purely physical exercises have their tangible, material rewards? If a little boy from Majorca sees a basket high up in a tree and knocks it down with a slingshot, isn’t it only fair that he enjoy the fruits of his labor—and that a good meal replenish the energy he expended to obtain them? Or if a young Spartan, braving the risk of a hundred lashes, manages to sneak into a kitchen, steal a live fox, and get scratched, bitten, and bloodied in the process—yet refuses to cry out in fear of being caught—Isn’t it only right that he finally enjoy his prey and eat it after having almost lost his life trying to catch it? A good meal should never be regarded as a reward in itself; but why not sometimes consider it the result of the efforts one has made to obtain it? Émile does not see the cake I’ve placed on the rock as a reward for running fast; he simply knows that the only way to get that cake is to arrive there before someone else.
This in no way contradicts the principles I just mentioned regarding the simplicity of meals, for in order to satisfy children’s appetites, it is not necessary to stimulate their sensuality but merely to meet its basic needs. This can be accomplished using the most common substances in the world, provided that we do not try to refine their tastes excessively. Their constant appetite, stimulated by the need to grow, is a natural “seasoning” that serves them just as effectively as many other more elaborate ingredients. Fruits, dairy products, and some dishes that are slightly more delicate than ordinary bread—especially when prepared in a simple and modest manner—are precisely what it takes to feed entire armies of children throughout the world without cultivating in them a taste for strong flavors or risking the destruction of their palates.
One of the proofs that the taste for meat is not natural to humans is the indifference children show toward this food, as well as their preference for plant-based foods such as dairy products, pastries, and fruits. It is of utmost importance not to distort this primitive taste or turn children into carnivores; if not for their health, then for their character. For whatever reason one may explain this phenomenon, it is certain that those who consume large amounts of meat are generally more cruel and ferocious than other people. This observation holds true everywhere and at all times. English barbarity is well-known[360]; in contrast, the Gaurs are considered among the gentlest of men[361]. All savages are cruel, but their customs do not necessarily lead to such behavior; rather, this cruelty stems from their diet. They go to war as they would hunt, treating humans like bears. Even in England, butchers and surgeons are not accepted as witnesses in court[362]. The most vile criminals become hardened to murder by drinking blood. Homer portrays the Cyclopes, who eat flesh, as horrible creatures, while the Lotophagians as a people so kind that once one has experienced their company, they forget their own country altogether and wish to live with them forever.
“You ask me,” Plutarch said[363], “why Pythagoras refused to eat the flesh of animals; but rather, I should ask you what kind of courage it took for anyone to bring meat that had been wounded or killed into their mouth, to crush the bones of an animal in its dying throes with their teeth, to serve dead bodies and carcasses before them, and to swallow into their stomachs limbs that, just moments before, had bleated, mooed, walked, and seen. How could his hand dare plunge a knife into the heart of a sentient being? How could his eyes endure such violence? How was he able to watch as a helpless animal was slaughtered, its flesh torn apart? How did he not feel disgusted, repulsed, filled with horror when he had to handle the filth of those wounds and clean away the black, coagulated blood that covered them?”
Skins crawled over the scorched earth.
The chairs, stuck on the fire, roared as they burned.
The man could not eat them without trembling.
And within it, he heard them groaning.
“Such must have been his thoughts and feelings the first time he overcame nature to consume such a horrible meal—the first time he felt the desire to eat a living creature, to feed on an animal that was still grazing. He must have thought about how to slaughter it, skin it, cook it, even as the lamb licked his hands. It is those who initiated such cruel feasts, not those who abandon them, who deserve our astonishment. Yet even these first offenders might be able to justify their barbarity with excuses that we lack; and precisely because we lack such excuses, we are a hundred times more barbaric than they are.”
“Dear mortal beings of the gods,” these first men would say, “compare these times with those of old—see how fortunate you are now, and how miserable we once were! The newly formed earth and the vapor-filled air were still unyielding to the order of the seasons; the uncertain courses of rivers eroded their banks in every direction; swamps, lakes, and vast marshes covered three-quarters of the world’s surface; the remaining quarter was covered by barren woods and forests. The earth produced no good fruits; we had no tools for farming; we did not know how to use them, and for those who planted nothing, there was never a time of harvest. Thus, hunger was our constant companion. In winter, the moss and bark of trees were our usual food. Some green roots of brambles and heather were considered a delicacy for us; and when men managed to find acorns, nuts, or hazelnuts, they would dance in joy around an oak or beech tree, singing simple folk songs, calling the earth their nourisher and mother—this was their only celebration, their only form of amusement. The rest of human life was nothing but pain, hardship, and misery.”
“Finally, when the stripped and bare earth offered us nothing left, forced to offend nature in order to survive, we resorted to eating the very companions of our misery rather than perish with them. But you, cruel men—what drives you to shed blood? Look around! How abundant are the riches surrounding you! How many fruits does the earth produce for you! How much wealth do the fields and vineyards bestow upon you! How many animals offer their milk to nourish you and their fur to clothe you! What more could you possibly ask of them? And what rage drives you to commit so many murders, when you are already saturated with riches and overwhelmed by food? Why lie against your mother, accusing her of being unable to feed you? Why sin against Ceres, the creator of sacred laws, and against the gracious Bacchus, the comforter of mankind? As if their generous gifts were not enough to sustain the human race! How can you have the heart to mix the bones of animals with their sweet fruits on your tables, and to drink the blood of those very beasts from which you obtain their milk? The panthers and lions—whom you call ferocious animals—act out of instinct; they kill other creatures in order to survive. But you, far more cruel than them, fight against your own instincts for no necessary reason, merely to indulge in your brutal pleasures. The animals you eat are not those that prey on others: it is not these carnivores that you consume—it is the innocent, gentle beasts that you kill, those who do no harm to anyone, who bond with you, who serve you, and yet you devour them as a reward for their ‘services.’”
Temere che la gola si radichi in un bambino capace di compiere qualcosa è una precauzione da persone di piccolo spirito. Nell’infanzia ci si pensa soltanto a ciò che si mangia; nell’adolescenza non ci si pensa più: tutto ci sembra buono, e ci sono molte altre cose di cui occuparsi. Tuttavia, non vorrei affatto che si facesse un uso improprio di una capacità così elementare, né che si utilizzasse qualcosa di prezioso per giustificare l’aver compiuto un atto nobile. Ma non vedo perché, dato che tutta l’infanzia dovrebbe essere solo gioco e divertimento spensierato, degli esercizi puramente fisici non possano avere un valore concreto e tangibile. Se un bambino di Maiorca vede un cesto in cima a un albero e lo abbatte con una fronda, non è forse giusto che ne approfitti? E se un giovane spartano, rischiando cento colpi di frusta, riesce ad entrare in una cucina, ruba un coniglio vivo e, pur essendo graffiato, morso e sanguinante, per non vergognarsi di essere scoperto, si lascia strappare le interiora senza battere ciglio né emettere un grido. Non è forse giusto che alla fine possa godersi la sua preda e mangiarla? Mai un buon pasto dovrebbe essere considerato una ricompensa; ma perché non potrebbe talvolta essere il risultato degli sforzi fatti per ottenerlo? Émile non considera il dolce che ho messo sulla pietra come una ricompensa per aver corso bene; sa soltanto che l’unico modo per ottenerlo è arrivare lì prima degli altri.
Ciò non contraddice affatto le massime che ho espresso poco fa sulla semplicità dei cibi, poiché, per soddisfare l’appetito dei bambini, non si tratta di stimolare la loro sensualità, ma soltanto di appagarla; e ciò può essere ottenuto con le cose più comuni del mondo, a condizione che non si cerchi di raffinare il loro gusto. Il loro appetito costante, stimolato dal bisogno di crescere, rappresenta un “condimento” sicuro che, da solo, basta per soddisfarli. Frutta, latticini, qualche prelibatezza leggermente più raffinata del pane ordinario, soprattutto l’arte di offrire tutto ciò in modo sobrio: ecco ciò di cui si ha bisogno per portare intere armate di bambini in capo al mondo, senza far loro sviluppare un gusto per i sapori forti, né rischiare di rovinare il loro palato.
Una delle prove che il gusto per la carne non sia naturale nell’uomo è l’indifferenza che i bambini provano verso questo cibo, e la preferenza che danno sempre a alimenti vegetali come latte, dolci, frutta, ecc. È particolarmente importante non alterare questo gusto primordiale e non rendere i bambini carnivori; se non per la loro salute, almeno per il loro carattere. Perché, in qualunque modo si spieghi questa osservazione, è certo che coloro che mangiano molta carne sono generalmente più crudeli e feroci degli altri uomini; questa constatazione vale ovunque e in tutti i tempi. La barbarie inglese è ben nota[360]; al contrario, i Galli sono considerati tra le persone più dolci[361]. Tutti i selvaggi sono crudeli; e le loro abitudini non li spingono necessariamente a esserlo: questa crudeltà deriva dai loro alimenti. Vanno in guerra come vanno a caccia, e trattano gli uomini come orsi. Anche in Inghilterra i macellai non sono considerati affidabili come testimoni[362], né lo sono i chirurghi. I grandi criminali diventano insensibili al crimine bevendo sangue. Omero descrive i Ciclopi, che mangiano carne umana, come esseri orribili; mentre i Lotofagi li presenta come un popolo così amabile che, non appena si inizia a condividere la loro vita, si dimentica completamente il proprio paese per vivere con loro.
“Mi chiedi”, diceva Plutarco[363], “perché Pitagora si asteneva dal mangiare la carne degli animali; ma io ti chiedo invece quale coraggio umano abbia avuto colui che per primo portò alla bocca della carne sanguinante, che spezzò con i denti le ossa di un animale morente, che fece servire davanti a sé corpi morti, cadaveri, e inghiottì nel proprio stomaco membra che, poco prima, muggivano, grugnivano, camminavano e vedevano. Come poté la sua mano conficcare un ferro nel cuore di un essere sensibile? Come i suoi occhi poterono sopportare un omicidio? Come poté assistere al sangue che scorreva, alle pelli che venivano strappate, ai corpi indifesi che venivano smembrati? Come poté tollerare l’aspetto di quelle carni sanguinanti? Perché l’odore non gli fece rivoltare lo stomaco? Perché non provò disgusto, repulsione, orrore quando dovette manipolare quella sporcizia, pulire il sangue nero e coagulato che le copriva?”
Le pelli strisciavano sulla terra squarciata.
Le carni, infilzate sul fuoco, emettevano suoni strazianti.
L’uomo non riusciva a mangiarle senza tremare.
E all’interno di esso li sentì gemere.
“Ecco ciò che dovette immaginare e provare la prima volta che superò i limiti della natura per consumare quel pasto orribile, la prima volta che provò il desiderio di mangiare una creatura viva, di nutrirsi di un animale ancora in vita. E racconta come bisognasse sgozzare, scuoiare, cucinare quella pecora che gli leccava le mani. Sono proprio coloro che hanno iniziato questi banchetti crudeli, e non quelli che li abbandonano, a meritarci stupore. Anche loro, forse, potrebbero giustificare la loro barbarie con scuse di cui noi siamo privi; e proprio questa mancanza di scuse ci rende cento volte più barbari di loro.”
“Cari mortali amati dagli dei”, ci direbbero questi primi uomini, “confrontate i tempi attuali con quelli del passato: vedete quanto siate fortunati e quanto fossimo noi miserabili! La terra appena formata e l’aria piena di vapori erano ancora indomabili agli ordini delle stagioni; il corso incerto dei fiumi devastava le loro rive in ogni direzione; stagni, laghi e profondi pantani inondavano tre quarti della superficie del mondo; l’altro quarto era coperto di foreste sterili. La terra non produceva frutti commestibili; non avevamo strumenti per coltivare la terra; ignoravamo l’arte di utilizzarli, e il tempo della raccolta non arrivava mai per chi non aveva seminato nulla. Così la fame non ci abbandonava mai. In inverno, la muffa e la corteccia degli alberi costituivano il nostro cibo quotidiano; alcune radici verdi di erbacce e di bruyère rappresentavano per noi un vero piacere; e quando gli uomini riuscivano a trovare ghiande, noci o castagne, danzavano di gioia intorno a un quercio o a un faggio al suono di qualche canzone rustica, chiamando la terra loro nutrice e madre: quella era la loro unica festa, i loro unici giochi; il resto della vita umana non era altro che dolore, fatica e miseria.”
“Finalmente, quando la terra spogliata e nuda non ci offriva più nulla, costretti a violare la natura per sopravvivere, mangiammo i compagni della nostra miseria piuttosto che morire con loro. Ma voi, uomini crudeli, che vi costringete a versare sangue. Guardate quanta abbondanza di beni vi circonda! Quanti frutti produce la terra! Quante ricchezze vi donano i campi e le vigne! Quanti animali vi offrono il loro latte per nutrirvi e la loro lana per vestirvi. Che cosa vi chiedono ancora? E quale furia vi spinge a commettere tanti omicidi, essendo sazi di beni e ricchi di cibo? Perché mentite contro vostra madre, accusandola di non essere in grado di nutrirvi? Perché peccate contro Cere, inventrice delle leggi sacre, e contro il gentile Bacco, consolatore degli uomini. Come se i loro doni generosi non fossero sufficienti a preservare la specie umana! Come avete il cuore di mescolare sui vostri banchetti i loro dolci frutti con ossa di animali, e di bere il sangue delle bestie che ve lo offrono insieme al loro latte? Le pantere e i leoni, che chiamate animali feroci, seguono il proprio istinto per necessità, uccidendo altri animali per sopravvivere. Ma voi, cento volte più crudeli di loro, combattete contro il vostro stesso istinto senza alcuna ragione, solo per soddisfare le vostre crudeli passioni. Gli animali che mangiate non sono quelli che uccidono gli altri: voi non li mangiate perché siete carnivori, ma perché li imitate. Avete fame soltanto degli animali innocenti e dolci, che non fanno del male a nessuno, che si attaccano a voi, che vi servono. Eppure li divorate come ricompensa dei loro “servizi”.”
« O meurtrier contre nature ! si tu t’obstines à soutenir qu’elle t’a fait pour dévorer tes semblables, des êtres de chair et d’os, sensibles et vivants comme toi, étouffe donc l’horreur qu’elle t’inspire pour ces affreux repas ; tue les animaux toi-même, je dis de tes propres mains, sans ferrements, sans coutelas ; déchire-les avec tes ongles, comme font les lions et les ours ; mords ce boeuf et le mets en pièces ; enfonce tes griffes dans sa peau ; mange cet agneau tout vif, dévore ses chairs toutes chaudes, bois son âme avec son sang. Tu frémis ! tu n’oses sentir palpiter sous ta dent une chair vivante ! Homme pitoyable ! tu commences par tuer l’animal, et puis tu le manges, comme pour le faire mourir deux fois. Ce n’est pas assez : la chair morte te répugne encore, tes entrailles ne peuvent la supporter ; il la faut transformer par le feu, la bouillir, la rôtir, l’assaisonner de drogues qui la déguisent : il te faut des chaircuitiers[364], des cuisiniers, des rôtisseurs, des gens pour t’ôter l’horreur du meurtre et t’habiller des corps morts, afin que le sens du goût, trompé par ces déguisements, ne rejette point ce qui lui est étrange, et savoure avec plaisir des cadavres dont l’oeil même eût eu peine à souffrir l’aspect. »
Quoique ce morceau soit étranger à mon sujet, je n’ai pu résister à la tentation de le transcrire, et je crois que peu de lecteurs m’en sauront mauvais gré.
Au reste, quelque sorte de régime que vous donniez aux enfants, pourvu que vous ne les accoutumiez qu’à des mets communs et simples, laissez-les manger, courir et jouer tant qu’il leur plaît ; puis soyez sûrs qu’ils ne mangeront jamais trop et n’auront point d’indigestions ; mais si vous les affamez la moitié du temps, et qu’ils trouvent le moyen d’échapper à votre vigilance, ils se dédommageront de toute leur force, ils mangeront jusqu’à regorger, jusqu’à crever. Notre appétit n’est démesuré que parce que nous voulons lui donner d’autres règles que celles de la nature ; toujours réglant, prescrivant, ajoutant, retranchant, nous ne faisons rien que la balance à la main ; mais cette balance est à la mesure de nos fantaisies, et non pas à celle de notre estomac. J’en reviens toujours à mes exemples. Chez les paysans, la huche et le fruitier sont toujours ouverts, et les enfants, non plus que les hommes, n’y savent ce que c’est qu’indigestions.
S’il arrivait pourtant qu’un enfant mangeât trop, ce que je ne crois pas possible par ma méthode, avec des amusements de son goût il est si aisé de le distraire, qu’on parviendrait à l’épuiser d’inanition sans qu’il y songeât. Comment des moyens si sûrs et si faciles échappent-ils à tous les instituteurs ? Hérodote raconte[365] que les Lydiens, pressés d’une extrême disette, s’avisèrent d’inventer les jeux et d’autres divertissements avec lesquels ils donnaient le change à leur faim, et passaient des jours entiers sans songer à manger[366]. Vos savants instituteurs ont peut-être lu cent fois ce passage, sans voir l’application qu’on peut en faire aux enfants. Quelqu’un d’eux me dira peut-être qu’un enfant ne quitte pas volontiers son dîner pour aller étudier sa leçon. Maître, vous avez raison : je ne pensais pas à cet amusement-là.
Le sens de l’odorat est au goût ce que celui de la vue est au toucher ; il le prévient, il l’avertit de la manière dont telle ou telle substance doit l’affecter, et dispose à la rechercher ou à la fuir, selon l’impression qu’on en reçoit d’avance. J’ai ouï dire que les sauvages avaient l’odorat tout autrement affecté que le nôtre, et jugeaient tout différemment des bonnes et des mauvaises odeurs. Pour moi, je le croirais bien. Les odeurs par elles-mêmes sont des sensations faibles ; elles ébranlent plus l’imagination que le sens, et n’affectent pas tant par ce qu’elles donnent que par ce qu’elles font attendre. Cela supposé, les goûts des uns, devenus, par leurs manières de vivre, si différents des goûts des autres, doivent leur faire porter des jugements bien opposés des saveurs, et par conséquent des odeurs qui les annoncent. Un Tartare doit flairer avec autant de plaisir un quartier puant de cheval mort, qu’un de nos chasseurs, une perdrix à moitié pourrie.
Nos sensations oiseuses, comme d’être embaumés des fleurs d’un parterre, doivent être insensibles à des hommes qui marchent trop pour aimer à se promener, et qui ne travaillent pas assez pour se faire une volupté du repos. Des gens toujours affamés ne sauraient prendre un grand plaisir à des parfums qui n’annoncent rien à manger.
L’odorat est le sens de l’imagination ; donnant aux nerfs un ton plus fort, il doit beaucoup agiter le cerveau ; c’est pour cela qu’il ranime un moment le tempérament, et l’épuise à la longue. Il a dans l’amour des effets assez connus ; le doux parfum d’un cabinet de toilette n’est pas un piège aussi faible qu’on pense ; et je ne sais s’il faut féliciter ou plaindre l’homme sage et peu sensible que l’odeur des fleurs que sa maîtresse a sur le sein ne fit jamais palpiter.
L’odorat ne doit donc pas être fort actif dans le premier âge, où l’imagination, que peu de passions ont encore animée, n’est guère susceptible d’émotion, et où l’on n’a pas encore assez d’expérience pour prévoir avec un sens ce que nous en promet un autre. Aussi cette conséquence est-elle parfaitement confirmée par l’observation ; et il est certain que ce sens est encore obtus et presque hébété chez la plupart des enfants. Non que la sensation ne soit en eux aussi fine et peut-être plus que dans les hommes, mais parce que, n’y joignant aucune autre idée, ils ne s’en affectent pas aisément d’un sentiment de plaisir ou de peine, et qu’ils n’en sont ni flattés ni blessés comme nous. Je crois que, sans sortir du même système, et sans recourir à l’anatomie comparée des deux sexes, on trouverait aisément la raison pourquoi les femmes en général s’affectent plus vivement des odeurs que les hommes.
On dit que les sauvages du Canada se rendent dès leur jeunesse l’odorat si subtil, que, quoiqu’ils aient des chiens, ils ne daignent pas s’en servir à la chasse, et se servent de chiens à eux-mêmes. Je conçois, en effet, que si l’on élevait les enfants à éventer leur dîner, comme le chien évente le gibier, on parviendrait peut-être à leur perfectionner l’odorat au même point ; mais je ne vois pas au fond qu’on puisse en eux tirer de ce sens un usage fort utile, si ce n’est pour leur faire connaître ses rapports avec celui du goût. La nature a pris soin de nous forcer à nous mettre au fait de ces rapports. Elle a rendu l’action de ce dernier sens presque inséparable de celle de l’autre, en rendant leurs organes voisins, et plaçant dans la bouche une communication immédiate entre les deux, en sorte que nous ne goûtons rien sans le flairer. Je voudrais seulement qu’on n’altérât pas ces rapports naturels pour tromper un enfant, en couvrant, par exemple, d’un aromate agréable le déboire d’une médecine ; car la discorde des deux sens est trop grande alors pour pouvoir l’abuser ; le sens le plus actif absorbant l’effet de l’autre, il n’en prend pas la médecine avec moins de dégoût ; ce dégoût s’étend à toutes les sensations qui le frappent en même temps ; à la présence de la plus faible, son imagination lui rappelle aussi l’autre ; un parfum très suave n’est plus pour lui qu’une odeur dégoûtante ; et c’est ainsi que nos indiscrètes précautions augmentent la somme des sensations déplaisantes aux dépens des agréables.
Il me reste à parler dans les livres suivants de la culture d’une espèce de sixième sens, appelé sens commun, moins parce qu’il est commun à tous les hommes, que parce qu’il résulte de l’usage bien réglé des autres sens, et qu’il nous instruit de la nature des choses par le concours de toutes leurs apparences. Ce sixième sens n’a point par conséquent d’organe particulier : il ne réside que dans le cerveau, et ses sensations, purement internes, s’appellent perceptions ou idées. C’est par le nombre de ces idées que se mesure l’étendue de nos connaissances : c’est leur netteté, leur clarté, qui fait la justesse de l’esprit ; c’est l’art de les comparer entre elles qu’on appelle raison humaine. Ainsi ce que j’appelais raison sensitive ou puérile consiste à former des idées simples par le concours de plusieurs sensations ; et ce que j’appelle raison intellectuelle ou humaine consiste à former des idées complexes par le concours de plusieurs idées simples.
“O unnatural murderer! If you insist on claiming that she created you in order for you to devour your own kind—flesh-and-blood beings, sentient and living just like you—then suppress the horror that these horrible acts inspire in you. Kill the animals yourself, I say, with your own hands, without knives or weapons; tear them apart with your nails, just as lions and bears do. Bite into that bull and tear it to shreds; plunge your claws into its skin; eat that lamb while it is still alive, devour its warm flesh, drink its blood along with its life force. You tremble, you dare not even touch the pulsing flesh beneath your teeth! Pitiable man! You first kill the animal and then eat it, as if killing it twice over were enough. Yet it’s still not enough: dead meat repulses you; your stomach cannot tolerate it. So you must transform it—cook it with fire, boil or roast it, season it with drugs that disguise its taste. You need butchers, cooks, roasters, people who will remove the horror of murder from your actions and dress you in the skins of the dead, so that your sense of taste, deceived by these disguises, will not reject what is otherwise repulsive, and you can enjoy the flesh of corpses—creatures whose very appearance would cause others agony.”
Although this piece is unrelated to my subject matter, I could not resist the temptation to transcribe it, and I believe that few readers will take offense at it.
After all, whatever kind of diet you impose on children, so long as you accustom them only to simple and common foods, let them eat, run, and play as much as they wish. Be assured that they will never overeat or suffer from indigestion. But if you starve them half the time and they manage to escape your supervision, they will make up for it in full; they will eat until they are stuffed, until they risk dying. Our appetites become excessive only because we try to impose rules on them that go against nature’s laws. By constantly regulating, prescribing, adding, and removing things, we are nothing but balancing things with a scale in our hands—yet this scale is shaped by our whims, not by the needs of our stomachs. I always return to my examples: among peasants, the barn and the fruit tree are always open, and neither children nor adults know what indigestion is.
Yet, if it were possible for a child to eat too much—something I do not believe would happen with my method, since there are so many activities that suit his tastes and can easily distract him—that child could end up starving himself without even realizing it. How is it that such sure and easy methods escape the notice of all educators? Herodotus recounts[365] that the Lydians, faced with extreme famine, came up with games and other forms of entertainment to distract themselves from their hunger, allowing them to spend entire days without thinking about food[366]. Your learned educators must have read this passage hundreds of times, yet they fail to see its applicability to children. Perhaps someone among them will argue that a child would not willingly give up his dinner to go study his lessons. Master, you are right—I had not considered that aspect of the matter.
The sense of smell is to the taste what vision is to touch; it warns us in advance about how a particular substance will affect us, and prepares us either to seek it out or to avoid it, depending on the impression it leaves upon us beforehand. I have heard that savages have a completely different sense of smell from ours, and that they judge good and bad smells very differently. Personally, I would be inclined to believe this. Smells themselves are rather weak sensations; they affect the imagination more than the senses themselves, and they influence us less through what they actually convey than through what they make us expect. Given this, it is only natural that people with lifestyles so different from one another should form vastly opposing opinions about tastes—and, by extension, about the smells that precede them. A Tartar might find the stench of a dead horse as pleasing as one of our hunters would find a half-rotten partridge.
Our sensory experiences, such as being enveloped in the fragrance of flowers from a garden, must be utterly meaningless to those who walk too much and thus have no desire to stroll, and who do not work enough to find pleasure in rest. People who are always hungry would never find great joy in scents that offer them no hint of food.
The sense of smell is the realm of imagination; by intensifying the activity of the nerves, it greatly stimulates the brain. For this reason, it can temporarily enliven one’s temperament, but in the long run, it also exhausts it. In matters of love, its effects are well-known. The gentle fragrance of a dressing room is not as deceptive as one might think; and I wonder whether we should congratulate or pity the wise and insensitive man whose heart would never be stirred by the scent of flowers upon his lover’s bosom.
Therefore, the sense of smell must not be particularly active in early childhood, a stage where imagination—yet hardly stirred by any passions—is far less capable of evoking emotions, and where one lacks sufficient experience to anticipate through one sense what another might suggest. This conclusion is perfectly supported by observation; indeed, it is certain that this sense remains dull and almost inert in most children. Not that their perception of odors is not as keen, or perhaps even more so, than that of adults—but because they associate these sensations with no other ideas, they do not readily experience pleasure or distress in response to them, nor are they affected by them in the same way we are. I believe that, without departing from the same theoretical framework and without resorting to comparative anatomy between the sexes, one could easily discern why women, in general, are more intensely affected by odors than men.
It is said that the savages of Canada develop such a keen sense of smell from a very young age that, even though they have dogs, they do not deign to use them for hunting but instead rely on their own dogs. I can certainly understand that if children were raised to sniff their food just as dogs sniff prey, it might be possible to further refine their sense of smell to the same extent; however, I see no particular practical use for this ability, unless it helps them understand the relationship between smell and taste. Nature has taken great care to ensure that we become aware of these connections. It has made the function of our taste buds almost inseparable from that of our sense of smell by placing their organs in close proximity to each other and establishing a direct connection between them in the mouth, so that we cannot taste anything without also smelling it. I would only wish that people did not alter these natural relationships in order to deceive children—for example, by covering the unpleasant taste of medicine with a pleasant aroma. For when these two senses are at odds, it becomes impossible to exploit such deception; the more active sense overwhelms the effect of the other, so the child experiences even greater disgust when taking the medicine. This disgust extends to all sensations that occur simultaneously; the presence of even the slightest unpleasant sensation reminds the child of the other one, and what might otherwise be a very pleasant fragrance becomes nothing but a foul odor. In this way, our careless attempts to help children end up increasing the total number of unpleasant experiences at the expense of those pleasant ones.
In the following books, I have yet to discuss the culture of a sort of sixth sense, called common sense—not so much because it is shared by all men, but because it arises from the proper use of the other senses and enables us to understand the nature of things through the combination of all their appearances. This sixth sense therefore has no particular organ; it resides solely in the brain, and its sensations, being purely internal, are called perceptions or ideas. The extent of our knowledge is measured by the number of these ideas; their clarity and precision determine the accuracy of our understanding; and the ability to compare them among themselves is what we call human reason. Thus, what I referred to as sensitive or childish reason consists in forming simple ideas through the combination of various sensations; whereas what I call intellectual or human reason consists in forming complex ideas through the combination of several simple ideas.
“O assassino contro natura! Se insisti nel sostenere che lei ti abbia creato per divorare i tuoi simili, esseri di carne e ossa, sensibili e viventi come te, allora soffoca quell’orrore che questi orribili pasti suscitano in te; uccidi tu stesso gli animali, dico con le tue stesse mani, senza armi, senza coltelli; strappali a pezzi con le tue unghie, come fanno i leoni e gli orsi; morde quel bue e dilaniarlo; conficca le tue artigli nella sua pelle; mangia quell’agnello ancora vivo, divora le sue carni calde, bevi la sua anima insieme al suo sangue. Tremi! Non osi nemmeno sentire pulsare sotto i tuoi denti una carne viva. Uomo misero! Prima uccidi l’animale e poi lo mangi, come se lo facessi morire due volte. Ma non basta: la carne morta ti ripugna ancora; i tuoi intestini non riescono a tollerarla. Bisogna trasformarla con il fuoco, cuocerla, arrostarla, condirla con sostanze che ne nascondano l’aspetto. Hai bisogno di macellai, cuochi, rostisti. Di persone che ti aiutino a superare l’orrore del crimine e che ti forniscano corpi morti, affinché il senso del gusto, ingannato da questi travestimenti, non rifiuti ciò che gli è estraneo. E possa gustare con piacere dei cadaveri di cui anche lo sguardo avrebbe difficoltà a sopportare l’aspetto, ”
Sebbene questo brano non sia strettamente legato al mio argomento principale, non ho potuto resistere alla tentazione di trascriverlo; credo che pochi lettori me ne vorranno male per questo.
Del resto, qualunque tipo di regime si adotti per i bambini, purché si abituiino solo a cibi semplici e comuni, lasciateli mangiare, correre e giocare quanto vogliono; sarete certi che non mangeranno mai troppo né soffriranno di indigestioni. Ma se li affamate per metà del tempo e loro trovano il modo di eludere la vostra sorveglianza, si compenseranno con tutte le loro forze, mangieranno fino a saziarsi eccessivamente, fino a rischiare di morire. Il nostro appetito diventa smisurato solo perché cerchiamo di imporgli regole diverse da quelle della natura; continuando a regolamentarlo, prescriverlo, aggiungere o togliere cibo, non facciamo altro che bilanciare arbitrariamente le nostre esigenze. Ma questo “bilancio” è fatto secondo i nostri capricci, e non secondo le reali necessità del nostro stomaco. Torno sempre ai miei esempi: nelle case contadine, il granaio e la dispensa sono sempre aperti, e i bambini, proprio come gli adulti, non conoscono cosa siano le indigestioni.
Se però dovesse accadere che un bambino mangiasse troppo – cosa che non ritengo possibile con il mio metodo, dato che è così facile distrarlo con giochi a suo piacimento – si potrebbe riuscire a farlo “esaurire” di fame senza che se ne accorga. Come mai mezzi così sicuri e semplici sfuggono a tutti gli insegnanti? Erodoto racconta[365] che i Lidi, oppressi da una estrema carestia, pensarono di inventare giochi e altri divertimenti con cui distogliere la propria attenzione dalla fame, trascorrendo intere giornate senza pensare a mangiare[366]. I vostri sapienti insegnanti hanno forse letto centinaia di volte questo passaggio, senza però rendersi conto delle applicazioni che si possono farne nei confronti dei bambini. Qualcuno di loro potrebbe dirmi che un bambino non abbandonerà volentieri la sua cena per andare a studiare la lezione. Maestro, avete ragione: non avevo pensato proprio a questo tipo di “divertimento”.
Il senso dell’olfatto, per il gusto, è ciò che la vista è per il tatto: esso ci avverte in anticipo di come una determinata sostanza possa influenzarci, e ci spinge a cercarla o a evitarla, a seconda dell’impressione che ne riceviamo in anticipo. Ho sentito dire che i selvaggi avevano un olfatto molto diverso dal nostro, e giudicavano in modo completamente differente le odori buoni da quelli cattivi. Io ci crederei senz’altro. Gli odori stessi sono sensazioni deboli: influenzano di più l’immaginazione che il senso stesso, e non agiscono tanto per ciò che offrono, quanto per ciò che fanno sperare. Presumendo questo, i gusti delle persone, essendo diventati, a causa dei loro modi di vivere, così diversi da quelli altrui, devono far sì che queste ultime formulino giudizi molto opposti riguardo ai sapori, e di conseguenza anche sugli odori che li annunciano. Un tartaro deve provare altrettanto piacere nell’annusare un quartiere pieno di odore di cavallo morto, quanto uno dei nostri cacciatori nel trovare una pernice mezza marcia.
Le nostre sensazioni, simili a quelle di essere avvolti dal profumo dei fiori in un giardino, devono risultare insensibili per coloro che camminano troppo per apprezzare le passeggiate e che non lavorano abbastanza per godere del riposo. Persone sempre affamate non riuscirebbero certo a provare grande piacere in profumi che non promettono nulla da mangiare.
L’olfatto è il senso dell’immaginazione; rafforzando i nervi, agisce in modo significativo sul cervello; per questo motivo, per un momento può ravvivare il temperamento, ma a lungo andare lo esaurisce. Nell’amore ha effetti piuttosto noti: il dolce profumo di una stanza da toeletta non è una trappola così debole come si potrebbe pensare; e non so se sia giusto lodare o compiangere quell’uomo saggio e poco sensibile per cui l’odore dei fiori che sua moglie ha sul seno non suscita mai in lui alcuna emozione.
Pertanto, l’olfatto non deve essere particolarmente attivo nella prima infanzia, periodo in cui l’immaginazione, ancora poco stimolata dalle passioni, è scarsamente suscettibile di emozioni; inoltre, in quel momento non si dispone ancora di sufficiente esperienza per prevedere, attraverso un senso specifico, ciò che un altro senso ci promette. Questa conclusione viene pienamente confermata dall’osservazione: è certo che questo senso sia ancora poco sviluppato e quasi atrofizzato nella maggior parte dei bambini. Non perché la sensazione olfattiva in loro non sia altrettanto fine, forse addirittura più acuta di quella degli adulti, ma perché, senza associarvi altre idee, i bambini non ne traggono facilmente sentimenti di piacere o dolore, e quindi né si compiacciono né si offendono come noi. Credo che, senza uscire dallo stesso contesto teorico e senza ricorrere all’anatomia comparata dei due sessi, si possa facilmente comprendere il motivo per cui le donne, in generale, sono più sensibili agli odori degli uomini.
Si dice che i selvaggi del Canada, fin da giovani, sviluppino un olfatto così acuto che, nonostante possiedano cani, non si degnino nemmeno di usarli per la caccia, ma li utilizzino invece per sé stessi. Comprendo infatti che, se si educasse i bambini a “ventilare” il loro cibo, proprio come i cani fanno con la selvaggina, forse si riuscirebbe ad affinare ulteriormente il loro olfatto; tuttavia non vedo in questo modo alcun utilità pratica, se non per far loro comprendere i legami tra l’olfatto e il gusto. La natura ci ha infatti costretti a conoscere questi rapporti: ha reso l’azione del senso del gusto quasi inseparabile da quella dell’olfatto, facendo sì che gli organi coinvolti fossero vicini tra loro e creando una comunicazione immediata nella bocca, in modo che non possiamo assaporare nulla senza prima annusarlo. Vorrei soltanto che non si alterassero questi legami naturali al fine di ingannare un bambino, ad esempio coprendo con un aroma gradevole il sapore sgradevole di un farmaco; infatti in tal caso la discrepanza tra i due sensi diventa troppo evidente per poter essere sfruttata a scopo fraudolento: il senso più attivo assorbe completamente l’effetto dell’altro, impedendo al bambino di percepire il vero sapore del farmaco; tale disgusto si estende poi a tutte le sensazioni che colpiscono contemporaneamente il suo organismo; la presenza di un odore piacevole non fa che rafforzare in lui il senso di repulsione; ed è così che le nostre precauzioni, spesso inopportune, aumentano il numero delle sensazioni sgradevoli a scapito di quelle piacevoli.
Nel corso dei libri successivi mi resterà da parlare della cultura di una sorta di sesto senso, chiamato senso comune: non tanto perché sia comune a tutti gli uomini, quanto perché derivi dall’uso regolamentato degli altri sensi e ci insegni la natura delle cose attraverso il concorso di tutte le loro apparenze. Questo sesto senso non possiede quindi alcun organo particolare: risiede esclusivamente nel cervello, e le sue percezioni, puramente interne, vengono chiamate idee o intuizioni. È proprio dal numero di queste idee che si misura l’ampiezza delle nostre conoscenze; è la loro chiarezza e precisione a determinare la rettitudine del nostro pensiero; infine, l’arte di confrontarle tra loro costituisce ciò che chiamiamo ragione umana. Quello che definivo ragione sensibile o infantile consiste quindi nel formare idee semplici attraverso il concorso di diverse percezioni; mentre ciò che definisco ragione intellettuale o umana consiste nel formare idee complesse attraverso il concorso di più idee semplici.
Supposant donc que ma méthode soit celle de la nature, et que je ne me sois pas trompé dans l’application, nous avons amené notre élève, à travers les pays des sensations, jusqu’aux confins de la raison puérile : le premier pas que nous allons faire au-delà doit être un pas d’homme. Mais, avant d’entrer dans cette nouvelle carrière, jetons un moment les yeux sur celle que nous venons de parcourir. Chaque âge, chaque état de la vie a sa perfection convenable, sa sorte de maturité qui lui est propre. Nous avons souvent ouï parler d’un homme fait ; mais considérons un enfant fait : ce spectacle sera plus nouveau pour nous, et ne sera peut-être pas moins agréable.
L’existence des êtres finis est si pauvre et si bornée que, quand nous ne voyons que ce qui est, nous ne sommes jamais émus. Ce sont les chimères qui ornent les objets réels ; et si l’imagination n’ajoute un charme à ce qui nous frappe, le stérile plaisir qu’on y prend se borne à l’organe, et laisse toujours le coeur froid. La terre, parée des trésors de l’automne, étale une richesse que l’oeil admire : mais cette admiration n’est point touchante ; elle vient plus de la réflexion que du sentiment. Au printemps, la campagne presque nue n’est encore couverte de rien, les bois n’offrent point d’ombre, la verdure ne fait que de poindre, et le coeur est touché à son aspect. En voyant renaître ainsi la nature, on se sent ranimer soi-même ; l’image du plaisir nous environne ; ces compagnes de la volupté, ces douces larmes, toujours prêtes à se joindre à tout sentiment délicieux, sont déjà sur le bord de nos paupières ; mais l’aspect des vendanges a beau être animé, vivant, agréable, on le voit toujours d’un oeil sec.
Pourquoi cette différence ? C’est qu’au spectacle du printemps l’imagination joint celui des saisons qui le doivent suivre ; à ces tendres bourgeons que l’oeil aperçoit, elle ajoute les fleurs, les fruits, les ombrages, quelquefois les mystères qu’ils peuvent couvrir. Elle réunit en un point des temps qui doivent se succéder, et voit moins les objets comme ils seront que comme elle les désire, parce qu’il dépend d’elle de les choisir. En automne, au contraire, on n’a plus voir que ce qui est. Si l’on veut arriver au printemps, l’hiver nous arrête, et l’imagination glacée expire sur la neige et sur les frimas.
Telle est la source du charme qu’on trouve à contempler une belle enfance préférablement à la perfection de l’âge mûr. Quand est-ce que nous goûtons un vrai plaisir à voir un homme ? c’est quand la mémoire de ses actions nous fait rétrograder sur sa vie, et le rajeunit, pour ainsi dire, à nos yeux. Si nous sommes réduits à le considérer tel qu’il est, ou à le supposer tel qu’il sera dans sa vieillesse, l’idée de la nature déclinante efface tout notre plaisir. Il n’y en a point à voir avancer un homme à grands pas vers sa tombe, et l’image de la mort enlaidit tout.
Mais quand je me figure un enfant de dix à douze ans, sain, vigoureux, bien formé pour son âge, il ne me fait pas naître une idée qui ne soit agréable, soit pour le présent, soit pour l’avenir : je le vois bouillant, vif, animé, sans souci rongeant, sans longue et pénible prévoyance, tout entier à son être actuel, et jouissant d’une plénitude de vie qui semble vouloir s’étendre hors de lui. Je le prévois dans un autre âge, exerçant le sens, l’esprit, les forces, qui se développent en lui de jour en jour, et dont il donne à chaque instant de nouveaux indices ; je le contemple enfant, et il me plaît ; je l’imagine homme, et il me plaît davantage ; son sang ardent semble réchauffer le mien ; je crois vivre de sa vie, et sa vivacité me rajeunit.
L’heure sonne, quel changement ! À l’instant son oeil se ternit, sa gaieté s’efface ; adieu la joie, adieu les folâtres jeux. Un homme sévère et fâché le prend par la main, lui dit gravement, Allons, monsieur, et l’emmène. Dans la chambre où ils entrent j’entrevois des livres. Des livres ! quel triste ameublement pour son âge ! Le pauvre enfant se laisse entraîner, tourne un oeil de regret sur tout ce qui l’environne, se tait, et part, les yeux gonflés de pleurs qu’il n’ose répandre, et le coeur gros de soupirs qu’il n’ose exhaler.
O toi qui n’as rien de pareil à craindre, toi pour qui nul temps de la vie n’est un temps de gêne et d’ennui ; toi qui vois venir le jour sans inquiétude, la nuit sans impatience, et ne comptes les heures que par tes plaisirs, viens, mon heureux, mon aimable élève, nous consoler par ta présence du départ de cet infortuné ; viens… Il arrive, et je sens à son approche un mouvement de joie que je lui vois partager. C’est son ami, son camarade, c’est le compagnon de ses jeux qu’il aborde ; il est bien sûr, en me voyant, qu’il ne restera pas longtemps sans amusement ; nous ne dépendons jamais l’un de l’autre, mais nous nous accordons toujours, et nous ne sommes avec personne aussi bien qu’ensemble.
Sa figure, son port, sa contenance, annoncent l’assurance et le contentement ; la santé brille sur son visage ; ses pas affermis lui donnent un air de vigueur ; son teint, délicat encore sans être fade, n’a rien d’une mollesse efféminée ; l’air et le soleil y ont déjà mis l’empreinte honorable de son sexe ; ses muscles, encore arrondis, commencent à marquer quelques traits d’une physionomie naissante ; ses yeux, que le feu du sentiment n’anime point encore, ont au moins toute leur sérénité native[367], de longs chagrins ne les ont point obscurcis, des pleurs sans fin n’ont point sillonné ses joues. Voyez dans ses mouvements prompts, mais sûrs, la vivacité de son âge, la fermeté de l’indépendance, l’expérience des exercices multipliés. Il a l’air ouvert et libre, mais non pas insolent ni vain : son visage, qu’on n’a pas collé sur des livres, ne tombe point sur son estomac ; on n’a pas besoin de lui dire, Levez la tête ; la honte ni la crainte ne la lui firent jamais baisser.
Faisons-lui place au milieu de l’assemblée : messieurs, examinez-le, interrogez-le en toute confiance ; ne craignez ni ses importunités, ni son babil, ni ses questions indiscrètes. N’ayez pas peur qu’il s’empare de vous, qu’il prétende vous occuper de lui seul, et que vous ne puissiez plus vous en défaire.
N’attendez pas non plus de lui des propos agréables, ni qu’il vous dise ce que je lui aurai dicté ; n’en attendez que la vérité naïve et simple, sans ornement, sans apprêt, sans vanité. Il vous dira le mal qu’il a fait ou celui qu’il pense, tout aussi librement que le bien, sans s’embarrasser en aucune sorte de l’effet que fera sur vous ce qu’il aura dit : il usera de la parole dans toute la simplicité de sa première institution.
L’on aime à bien augurer des enfants, et l’on a toujours regret à ce flux d’inepties qui vient presque toujours renverser les espérances qu’on voudrait tirer de quelque heureuse rencontre qui par hasard leur tombe sur la langue. Si le mien donne rarement de telles espérances, il ne donnera jamais ce regret ; car il ne dit jamais un mot inutile, et ne s’épuise pas sur un babil qu’il sait qu’on n’écoute point. Ses idées sont bornées, mais nettes ; s’il ne sait rien par coeur, il sait beaucoup par expérience ; s’il lit moins bien qu’un autre enfant dans nos livres, il lit mieux dans celui de la nature ; son esprit n’est pas dans sa langue, mais dans sa tête ; il a moins de mémoire que de jugement ; il ne sait parler qu’un langage, mais il entend ce qu’il dit ; et s’il ne dit pas si bien que les autres disent, en revanche, il fait mieux qu’ils ne font.
Il ne sait ce que c’est que routine, usage, habitude ; ce qu’il fit hier n’influe point sur ce qu’il fait aujourd’hui[368] : il ne suit jamais de formule, ne cède point à l’autorité ni à l’exemple, et n’agit ni ne parle que comme il lui convient. Ainsi n’attendez pas de lui des discours dictés ni des manières étudiées, mais toujours l’expression fidèle de ses idées et la conduite qui naît de ses penchants.
Therefore, assuming that my method is in line with the way nature operates, and that I have not erred in its application, we have led our student through the realms of sensation until we reached the boundaries of childish reason. The first step we must now take beyond these limits must be one worthy of a human being. But before embarking on this new journey, let us take a moment to look back at the one we have just completed. Every age and every stage of life have their own appropriate perfection, their own kind of maturity that is unique to them. We often hear of a “fully developed man”; but consider a “fully developed child”: such a sight will be even more novel for us—and perhaps no less delightful.
The existence of finite beings is so poor and limited that, when we only see what is actually present, we are never moved. It is the imagination that adds beauty to real objects; and if fantasy does not lend charm to what strikes us, the mere pleasure we derive from it remains confined to the physical senses, leaving our hearts untouched. In autumn, the earth, adorned with its riches, displays a beauty that the eye admires—but this admiration is not heartfelt; it arises more from reflection than from genuine emotion. In spring, the nearly bare countryside is still barren of foliage, the woods offer no shade, and the greenery is just beginning to sprout—yet at this sight, our hearts are deeply moved. To witness nature reviving in such a way is to feel ourselves rejuvenated; the imagery of pleasure surrounds us. These companions of delight, these tender tears, always ready to accompany any delightful emotion, are already on the verge of welling up in our eyes. Yet even the most vibrant, lively, and pleasing scenes of harvest cannot move us unless our hearts are open to receive them.
Why is there this difference? It is because when we observe spring, our imagination combines it with the other seasons that follow it; to those tender buds that our eyes perceive, it adds flowers, fruits, shade—and sometimes even the mysteries that they may conceal. It brings together in one moment all the times that are meant to succeed each other, and thus we see the objects less as they will actually be than as we desire them to be, for it is up to us to choose how they are perceived. In autumn, on the contrary, we can only see what actually exists. If we wish to reach spring, winter holds us back, and our imagination, chilled by the cold, dies away amidst the snow and frost.
Such is the source of the charm that we find in observing a beautiful childhood—preferably, even, to the perfection of maturity. When do we truly derive pleasure from looking at a man? It is when the memory of his actions causes us to relive his life, making him seem, so to speak, younger in our eyes. If we are forced to consider him as he is now, or to imagine how he will be in old age, the thought of his declining condition destroys all our pleasure. There is no joy in watching a man move steadily toward his grave; the mere sight of death tarnishes everything.
But when I imagine a child of ten or twelve years old—healthy, vigorous, well-developed for his age—it brings to my mind only pleasant thoughts, both for the present and for the future. I see him full of energy, lively, vibrant, free from any worries or burdens of long-term planning; entirely devoted to his current existence, he enjoys a vitality that seems to extend beyond himself. I envision him at another age, utilizing the senses, intellect, and abilities that are developing within him day by day, and he gives me new signs of his growth with every passing moment. When I think of him as a child, he pleases me; when I imagine him as an adult, he pleases me even more. His passionate nature seems to warm my own blood; I feel as if I am living through his life, and his vitality makes me feel younger.
The hour has struck—what a change! In that instant, his eye grows dim, his joy vanishes; farewell to happiness, farewell to carefree play. A stern and angry man takes him by the hand, says to him seriously, “Come, sir,” and leads him away. In the room they enter, I glimpse some books. Books! What a sad furnishing for one of his age! The poor child allows himself to be taken away, casts a regretful glance at everything around him, remains silent, and goes—his eyes filled with tears he dares not shed, his heart heavy with sighs he dares not utter.
O you, who have nothing to fear of such things, you for whom no moment of life brings distress or boredom; you who approach the day without anxiety and the night without impatience, and who count only your pleasures as moments of time—come, my happy one, my beloved disciple, and let us be comforted by your presence at the departure of this unfortunate person. Come. He is approaching, and I feel a surge of joy as he nears; I see that he shares this joy too. It is his friend, his companion in play—it is someone with whom he enjoys his moments. Surely, when he sees me, he will not stay without amusement for long. We never depend on each other, yet we always find harmony together; and there is no one we enjoy the company of more than each other.
His figure, his bearing, his demeanor all reveal assurance and contentment; health shines on his face; his steady steps give him an air of vigor; his complexion, delicate yet not pale, bears no trace of effeminate softness; the influence of both air and sunlight have already imprinted upon it the honorable characteristics of his gender. His muscles, still rounded, begin to show the first signs of a developing physique; his eyes, though not yet animated by the fire of emotion, possess at least their innate serenity—long sorrows have never darkened them, nor have endless tears marked his cheeks. In his quick but steady movements, one can see the liveliness of his age, the firmness born of independence, and the experience gained through repeated practice. He has an open and free demeanor, yet neither insolent nor vain; his face, having not been bent over books all day long, does not droop in exhaustion; there is no need to tell him to “raise his head”—neither shame nor fear would ever cause him to lower it.
Let us make room for him in the midst of the assembly: gentlemen, examine him, question him with complete confidence; fear neither his persistence nor his chatter, nor his indiscreet questions. Do not be afraid that he will take control over you, that he will claim to require your exclusive attention, and that you will no longer be able to get rid of him.
Do not expect from him pleasant words, nor anything he would say if I were to dictate it to him; expect only the naive and simple truth, unadorned, unpretentious, free from vanity. He will tell you about the wrongs he has done or that he believes he has done, just as freely as he would speak of his good deeds, without in any way concerning himself with the effect his words might have on you. He will use speech in all its original simplicity.
We like to have high hopes for children, and we always feel regret when a stream of ineptities seems to dash those hopes—especially when such remarks happen by chance during some happy encounter. Although my child rarely gives rise to such expectations, he never causes me such regret either; for he never says a word that is useless, nor does he waste his breath in chatter that he knows no one will listen to. His ideas are limited, but clear; if he doesn’t know much by heart, he knows a great deal through experience. He may not read as well as other children in our books, but he understands nature much better. His thoughts are not confined to language—but in his head. He may have less memory than judgment; he can only speak one language, but he understands what he says. And even if he doesn’t express himself as well as others, in many ways, he does better than they do.
He has no notion of what routine, convention, or habit are; what he did yesterday in no way influences what he does today[368]. He never follows any set formula, nor does he yield to authority or example; he acts and speaks solely according to what seems right to him. Therefore, do not expect from him prepared speeches or carefully crafted manners, but rather the faithful expression of his own ideas and behavior that arises naturally from his inclinations.
Supponendo quindi che il mio metodo sia lo stesso della natura, e che non mi sia sbagliato nell’applicarlo, abbiamo portato il nostro allievo, attraverso i diversi stadi delle sensazioni, fino ai confini della ragione infantile: il primo passo che faremo oltre questi limiti dovrà essere un passo da uomo. Ma, prima di intraprendere questa nuova fase, gettiamo uno sguardo su quella che abbiamo appena percorso. Ogni età, ogni stadio della vita ha la sua perfezione appropriata, la sua forma di maturità specifica. Spesso si parla di un “uomo maturo”; ma consideriamo ora un “bambino maturo”: questa visione sarà per noi ancora più nuova, e forse non meno piacevole.
L’esistenza degli esseri finiti è così povera e limitata che, quando vediamo soltanto ciò che esiste realmente, non proviamo mai alcuna emozione. Sono le fantasie a adornare gli oggetti concreti; e se l’immaginazione non aggiunge un fascino a ciò che ci colpisce, il piacere sterile che ne deriviamo si limita agli organi sensoriali, lasciando sempre il cuore indifferente. La terra, adornata dai tesori dell’autunno, mostra una ricchezza che l’occhio ammira; ma questa ammirazione non è commovente: deriva più dalla riflessione che dal sentimento. In primavera, la campagna quasi nuda non è ancora coperta da nulla, i boschi non offrono ombra, la verdura appena spunta. Eppure il cuore si commuove al suo aspetto. Vedendo rinascere così la natura, ci sentiamo anche noi rinvigoriti; l’immagine del piacere ci circonda. Queste “compagne della voluttà”, queste dolci lacrime, sempre pronte ad accompagnare ogni sensazione deliziosa, sono già sulle nostre palpebre. Ma l’aspetto delle vendite, per quanto vivido e attraente, viene comunque visto con occhi asciutti.
Perché questa differenza? È perché, di fronte al spettacolo della primavera, l’immaginazione unisce a quelli che devono seguirla i segni delle stagioni future; a quei teneri germogli che gli occhi riescono a percepire, aggiunge fiori, frutti, ombreggiature, e talvolta anche i misteri che essi possono nascondere. Unisce in un’unica visione momenti che dovrebbero succedersi l’uno all’altro, e quindi vede gli oggetti meno come saranno realmente che come li desidera, perché spetta a noi sceglierli così. In autunno, invece, non ci resta che vedere ciò che esiste veramente. Se vogliamo arrivare alla primavera, l’inverno ci ferma; e l’immaginazione, gelata dal freddo, si spegne sulla neve e sui ghiaccioli.
Ecco dunque la fonte di quel fascino che deriva dal contemplare una bella infanzia, preferibilmente alla perfezione dell’età matura. Quando proviamo davvero piacere nel vedere un uomo? È quando il ricordo delle sue azioni ci fa rivivere i momenti della sua vita, rinnovandolo, per così dire, ai nostri occhi. Se ci limitassimo a considerarlo com’è ora, o a immaginarlo come sarà in vecchiaia, l’idea del suo declino fisico cancellerebbe completamente ogni nostro piacere. Non c’è alcun gusto nel vedere un uomo avanzare rapidamente verso la sua tomba; l’immagine della morte rovina tutto.
Ma quando immagino un bambino di dieci o dodici anni, sano, robusto, ben sviluppato per la sua età, non mi viene in mente nulla che non sia piacevole, né per il presente né per il futuro: lo vedo pieno di energia, vivace, animato, senza preoccupazioni opprimenti, senza bisogno di lunghe e faticose previsioni; completamente concentrato sulla sua esistenza attuale, gode di una plenitudine di vita che sembra voler estendersi anche al di fuori di lui. Lo immagino in un’età successiva, mentre sviluppa i sensi, l’intelligenza e le forze che in lui crescono giorno dopo giorno; ogni momento ne vedo nuove manifestazioni. Quando lo penso bambino, mi piace; quando lo immagino uomo, mi piace ancora di più; il suo sangue ardente sembra riscaldare il mio; ho l’impressione di vivere attraverso la sua vita, e la sua vitalità mi rende più giovane.
L’ora suona, che cambiamento! In quel momento il suo sguardo si offusca, la sua allegria scompare; addio alla gioia, addio ai giochi spensierati. Un uomo severo e arrabbiato lo prende per mano e gli dice seriamente: “Andiamo, signore”, portandolo via con sé. Nella stanza in cui entrano, vedo dei libri. Libri! Che triste arredamento per la sua età. Povero bambino. Si lascia condurre via, lancia uno sguardo di rimpianto su tutto ciò che lo circonda, tace e se ne va, con gli occhi pieni di lacrime che non osa versare e il cuore gonfio di sospiri che non osa esprimere.
O tu che non hai nulla di simile da temere, tu per il quale nessun momento della vita è un tempo di disagio e noia; tu che vedi avvicinarsi il giorno senza inquietudine, la notte senza impazienza, e conti le ore soltanto attraverso i tuoi piaceri. Vieni, mio felice, mio caro discepolo: con la tua presenza consoliamoci per la partenza di questo sfortunato. Sta arrivando. E sento, al suo avvicinarsi, un moto di gioia che vedo anche lui condividere. È il suo amico, il suo compagno di giochi. Sicuramente, vedendomi, non resterà a lungo senza divertimento. Non dipendiamo mai l’uno dall’altro, ma ci accordiamo sempre perfettamente; e non siamo mai così bene insieme come quando siamo tutti e due.
La sua figura, il suo portamento, il suo atteggiamento rivelano sicurezza e soddisfazione; la salute risplende sul suo viso; i suoi passi decisi gli conferiscono un aspetto vigoroso; il suo incarnato, delicato ma non pallido, non presenta alcuna traccia di effemminilità; l’aria e il sole hanno già impresso su di esso le caratteristiche tipiche del suo sesso; i suoi muscoli, ancora arrotondati, iniziano a mostrare i primi segni di una fisionomia che sta prendendo forma; i suoi occhi, sebbene ancora privi dell’ardore dei sentimenti, possiedono comunque tutta la loro serenità naturale; lunghe sofferenze non li hanno offuscati, né lacrime infinite segnato le sue guance. Nei suoi movimenti rapidi ma sicuri si percepisce la vivacità della sua età, la fermezza derivante dall’indipendenza e l’esperienza acquisita attraverso ripetuti esercizi. Ha un aspetto aperto e libero, ma non arrogante né vanitoso; il suo viso, che non è stato “incollato” a libri, non si abbassa mai verso il ventre; non c’è bisogno di dirgli “Alza la testa”; né vergogna né paura lo spingono mai a farlo.
Lasciate che si avvicini al centro dell’assemblea: signori, esaminatevelo, interrogetelo con fiducia; non temete né le sue insistenze, né il suo chiacchiericcio, né le sue domande indiscrete. Non abbiate paura che vi assilli, che pretenda di essere l’unico oggetto delle vostre attenzioni, impedendovi così di liberarvene.
Non aspettate da lui né parole piacevoli, né che vi dica ciò che gli avrei io detto; aspettate solo la verità, semplice e naturale, senza ornamenti, senza fronzoli, senza vanità. Vi dirà il male che ha fatto o che pensa di aver fatto, con la stessa libertà con cui vi dice il bene, senza preoccuparsi affatto dell’effetto che le sue parole potrebbero avere su di voi: userà la parola nella sua massima semplicità, così come fu usata fin dai primi tempi.
Si ha sempre la tendenza a nutrire grandi speranze per i bambini, e ci si rammarica sempre di quel flusso di sciocchezze che spesso sovverte quelle aspettative che si nutrono grazie a qualche incontro fortunato che, per caso, viene menzionato da loro. Se il mio bambino raramente suscita tali speranze, almeno non provoca rimpianti; infatti, non dice mai una parola inutile e non si stanca a parlare di cose che sa bene non vengono ascoltate. Le sue idee sono semplici, ma chiare; se non conosce molte cose a memoria, le sa comunque grazie all’esperienza; se legge meno bene di un altro bambino nei nostri libri, legge meglio nella “libreria” della natura. La sua mente non è concentrata sulla lingua, ma nel suo cervello; ha meno memoria che capacità di giudizio; parla soltanto una lingua, ma capisce ciò che dice. E se non parla così bene come gli altri, in compenso fa cose migliori di loro.
Lui non sa cosa siano routine, abitudine o consuetudine; ciò che ha fatto ieri non influisce in alcun modo su ciò che fa oggi[368]: non segue mai schemi prestabiliti, non cede né all’autorità né all’esempio altrui, e agisce e parla soltanto secondo quanto ritiene giusto. Pertanto, non aspettatevi da lui discorsi preparati o modi di comportamento studiati; ciò che potrete ottenere è sempre l’espressione fedele delle sue idee e un comportamento che nasce direttamente dai suoi istinti.
Vous lui trouvez un petit nombre de notions morales qui se rapportent à son état actuel, aucune sur l’état relatif des hommes : et de quoi lui serviraient-elles, puisqu’un enfant n’est pas encore un membre actif de la société ? Parlez-lui de liberté, de propriété, de convention même ; il peut en savoir jusque-là, il sait pourquoi ce qui est à lui est à lui, et pourquoi ce qui n’est pas à lui n’est pas à lui : passé cela, il ne sait plus rien. Parlez-lui de devoir, d’obéissance, il ne sait ce que vous voulez dire ; commandez-lui quelque chose, il ne vous entendra pas ; mais dites-lui : Si vous me faisiez tel plaisir, je vous le rendrais dans l’occasion ; à l’instant il s’empressera de vous complaire, car il ne demande pas mieux que d’étendre son domaine, et d’acquérir sur vous des droits qu’il sait être inviolables. Peut-être même n’est-il pas fâché de tenir une place, de faire nombre, d’être compté pour quelque chose ; mais s’il a ce dernier motif, le voilà déjà sorti de la nature, et vous n’avez pas bien bouché d’avance toutes les portes de la vanité.
De son côté, s’il a besoin de quelque assistance, il la demandera indifféremment au premier qu’il rencontre ; il la demanderait au roi comme à son laquais : tous les hommes sont encore égaux à ses yeux. Vous voyez, à l’air dont il prie, qu’il sent qu’on ne lui doit rien ; il sait que ce qu’il demande est une grâce. Il sait aussi que l’humanité porte à en accorder. Ses expressions sont simples et laconiques. Sa voix, son regard, son geste sont d’un être également accoutumé à la complaisance et au refus. Ce n’est ni la rampante et servile soumission d’un esclave, ni l’impérieux accent d’un maître ; c’est une modeste confiance en son semblable, c’est la noble et touchante douceur d’un être libre, mais sensible et faible, qui implore l’assistance d’un être libre, mais fort et bienfaisant. Si vous lui accordez ce qu’il vous demande, il ne vous remerciera pas, mais il sentira qu’il a contracté une dette. Si vous le lui refusez, il ne se plaindra point, il n’insistera point, il sait que cela serait inutile. Il ne se dira point : On m’a refusé ; mais il se dira : Cela ne pouvait pas être ; et, comme je l’ai déjà dit, on ne se mutine guère contre la nécessité bien reconnue.
Laissez-le seul en liberté, voyez-le agir sans lui rien dire ; considérez ce qu’il fera et comment il s’y prendra. N’ayant pas besoin de se prouver qu’il est libre, il ne fait jamais rien par étourderie, et seulement pour faire un acte de pouvoir sur lui-même : ne sait-il pas qu’il est toujours maître de lui ? Il est alerte, léger, dispos ; ses mouvements ont toute la vivacité de son âge, mais vous n’en voyez pas un qui n’ait une fin. Quoi qu’il veuille faire, il n’entreprendra jamais rien qui soit au-dessus de ses forces, car il les a bien éprouvées et les connaît ; ses moyens seront toujours appropriés à ses desseins, et rarement il agira sans être assuré du succès. Il aura l’oeil attentif et judicieux ; il n’ira pas niaisement interrogeant les autres sur tout ce qu’il voit ; mais il l’examinera lui-même et se fatiguera pour trouver ce qu’il veut apprendre, avant de le demander. S’il tombe dans des embarras imprévus, il se troublera moins qu’un autre ; s’il y a du risque, il s’effrayera moins aussi. Comme son imagination reste encore inactive, et qu’on n’a rien fait pour l’animer, il ne voit que ce qui est, n’estime les dangers que ce qu’ils valent, et garde toujours son sang-froid. La nécessité s’appesantit trop souvent sur lui pour qu’il regimbe encore contre elle ; il en porte le joug dès sa naissance, l’y voilà bien accoutumé ; il est toujours prêt à tout.
Qu’il s’occupe ou qu’il s’amuse, l’un et l’autre est égal pour lui ; ses jeux sont ses occupations, il n’y sent point de différence. Il met à tout ce qu’il fait un intérêt qui fait rire et une liberté qui plaît, en montrant à la fois le tour de son esprit et la sphère de ses connaissances. N’est-ce pas le spectacle de cet âge, un spectacle charmant et doux, de voir un joli enfant, l’oeil vif et gai, l’air content et serein, la physionomie ouverte et riante, faire, en se jouant, les choses les plus sérieuses, ou profondément occupé des plus frivoles amusements ?
Voulez-vous à présent le juger par comparaison ? Mêlez-le avec d’autres enfants, et laissez-le faire. Vous verrez bientôt lequel est le plus vraiment formé, lequel approche le mieux de la perfection de leur âge. Parmi les enfants de la ville, nul n’est plus adroit que lui, mais il est plus fort qu’aucun autre. Parmi de jeunes paysans, il les égale en force et les passe en adresse. Dans tout ce qui est à portée de l’enfance, il juge, il raisonne, il prévoit mieux qu’eux tous. Est-il question d’agir, de courir, de sauter, d’ébranler des corps, d’enlever des masses, d’estimer des distances, d’inventer des jeux, d’emporter des prix ? on dirait que la nature est à ses ordres, tant il sait aisément plier toute chose à ses volontés. Il est fait pour guider, pour gouverner ses égaux : le talent, l’expérience, lui tiennent lieu de droit et d’autorité. Donnez-lui l’habit et le nom qu’il vous plaira, peu importe, il primera partout, il deviendra partout le chef des autres ; ils sentiront toujours sa supériorité sur eux ; sans vouloir commander, il sera le maître ; sans croire obéir, ils obéiront.
Il est parvenu à la maturité de l’enfance, il a vécu de la vie d’un enfant, il n’a point acheté sa perfection aux dépens de son bonheur ; au contraire, ils ont concouru l’un à l’autre. En acquérant toute la raison de son âge, il a été heureux et libre autant que sa constitution lui permettait de l’être. Si la fatale faux vient moissonner en lui la fleur de nos espérances, nous n’aurons point à pleurer à la fois sa vie et sa mort, nous n’aigrirons point nos douleurs du souvenir de celles que nous lui aurons causées ; nous nous dirons : Au moins il a joui de son enfance ; nous ne lui avons rien fait perdre de ce que la nature lui avait donné.
Le grand inconvénient de cette première éducation est qu’elle n’est sensible qu’aux hommes clairvoyants, et que, dans un enfant élevé avec tant de soin, des yeux vulgaires ne voient qu’un polisson. Un précepteur songe à son intérêt plus qu’à celui de son disciple ; il s’attache à prouver qu’il ne perd pas son temps, et qu’il gagne bien l’argent qu’on lui donne ; il le pourvoit d’un acquis de facile étalage et qu’on puisse montrer quand on veut ; il n’importe que ce qu’il lui apprend soit utile, pourvu qu’il se voie aisément. Il accumule, sans choix, sans discernement, cent fatras dans sa mémoire. Quand il s’agit d’examiner l’enfant, on lui fait déployer sa marchandise ; il l’étale, on est content ; puis il replie son ballot, et s’en va. Mon élève n’est pas si riche, il n’a point de ballot à déployer, il n’a rien à montrer que lui-même. Or un enfant, non plus qu’un homme, ne se voit pas en un moment. Où sont les observateurs qui sachent saisir au premier coup d’oeil les traits qui le caractérisent ? Il en est, mais il en est peu ; et sur cent mille pères, il ne s’en trouvera pas un de ce nombre.
Les questions trop multipliées ennuient et rebutent tout le monde, à plus forte raison les enfants. Au bout de quelques minutes leur attention se lasse, ils n’écoutent plus ce qu’un obstiné questionneur leur demande, et ne répondent plus qu’au hasard. Cette manière de les examiner est vaine et pédantesque ; souvent un mot pris à la volée peint mieux leur sens et leur esprit que ne feraient de longs discours ; mais il faut prendre garde que ce mot ne soit ni dicté ni fortuit. Il faut avoir beaucoup de jugement soi-même pour apprécier celui d’un enfant.
You find in him only a few moral concepts that relate to his current state of being; none concerning the relative relationships between people. But what use would they be to him, since a child is not yet an active member of society? Talk to him about freedom, property, even conventions—up to that point, he can understand. He knows why what belongs to him is his, and why what does not belong to him is not his. Beyond that, he understands nothing more. Speak to him about duty, obedience—he doesn’t know what you mean. Command him to do something—he won’t hear you. But tell him: “If you did me this favor, I would return it to you when the time comes.” Instantly, he would be eager to please you, for all he desires is to expand his “domain” and acquire over you rights that he knows are inviolable. Perhaps he isn’t even averse to holding a position, to being counted among others, to being considered significant in some way. But if this is his motivation, then he has already stepped outside of nature itself, and you have not yet managed to block all the doors to vanity.
On his part, if he needs any assistance, he will ask for it without hesitation from the first person he meets; he would ask the king just as he would his servant—for in his eyes, all men are still equal. You can see, from the manner in which he prays, that he is aware no one owes him anything; he knows that what he asks for is a favor. He also understands that humanity is inclined to grant such favors. His expressions are simple and concise; his voice, his gaze, his gestures all reflect someone accustomed both to being granted and to being denied. It is neither the servile submission of a slave nor the imperious tone of a master—it is a modest confidence in one’s fellow human beings, the noble and touching gentleness of a free person who, though vulnerable and weak, begs for the help of another free and powerful individual who is kind and benevolent. If you grant him what he asks for, he will not thank you; rather, he will feel that he has incurred a debt. If you refuse him, he will not complain or insist—he knows it would be futile. He will not say, “I was denied”; instead, he will think, “It could not have been otherwise.” And, as I have said before, one rarely resists what is clearly a necessity.
Leave him alone in freedom; watch him act without being told what to do; observe what he does and how he goes about it. Since he has no need to prove to himself that he is free, he never acts out of recklessness, but only in order to demonstrate his power over himself—doesn’t he know that he is always in control of himself? He is alert, light-hearted, and ready; his movements possess all the vitality characteristic of his age, yet none of them seem aimless. No matter what he decides to do, he will never undertake anything beyond his abilities, for he has thoroughly tested them and knows their limits. His methods will always be suited to his goals, and rarely will he act without being certain of success. He will observe carefully and judiciously; he will not foolishly ask others for explanations about everything he sees, but will examine things himself and go to great lengths to discover what he wants to learn before asking for it. If he encounters unexpected difficulties, he will be less disturbed than someone else; if there is a risk involved, he will also be less frightened. Since his imagination remains unstimulated and nothing has been done to awaken it, he only sees what exists in reality, assesses the dangers solely on their true merits, and always maintains his composure. Need often weighs heavily upon him, but he no longer resists it; he has borne its burden since birth and is well accustomed to it; he is always ready for anything that may come.
Whether he is engaged in work or playing, both are equally important to him; his games are his occupations, and he does not perceive any difference between them. He brings a sense of fun and freedom to everything he does, demonstrating both the ingenuity of his mind and the breadth of his knowledge. Is not this precisely the charming and delightful spectacle of childhood—to see a lovely child, with bright and cheerful eyes, a content and serene expression, and an open, smiling face, engaged in the most serious tasks while at the same time immersed in the most frivolous amusements?
Would you like to judge him now by comparison? Mix him with other children and let him act among them. Soon you will see which one is truly the most well-developed, which one comes closest to perfection for his age. Among city children, none is more skillful than him; among young farmers, he equals them in strength and surpasses them in agility. In everything within the scope of a child’s abilities, he judges better, reasons more clearly, and anticipates more accurately than all of them. When it comes to acting, running, jumping, moving heavy objects, measuring distances, inventing games, or winning competitions—it seems as if nature itself is at his command, for he so effortlessly brings everything under his will. He is born to lead and govern those who are his equals; talent and experience serve him in place of rights and authority. Give him whatever garment or name you wish—no matter what, he will always take the lead and become the leader among others. They will always feel his superiority over them; without attempting to command, he will be their master; without seeming to order them, they will obey.
He reached the maturity of childhood; he lived the life of a child, and he did not purchase his perfection at the expense of his happiness. On the contrary, the two went hand in hand. By acquiring all the wisdom befitting his age, he was as happy and free as his nature permitted him to be. If the fatal misfortune comes to snatch away the flower of our hopes from him, we shall not have to mourn both his life and his death at the same time; we shall not aggravate our own pain by recalling the suffering we may have caused him. We will say to ourselves: At least he enjoyed his childhood; we did not cause him to lose anything that nature had given him.
The great disadvantage of this kind of early education is that it is only effective for those who are perceptive; in a child who has been raised with such care, ordinary eyes will see nothing but a mischievous boy. A tutor thinks more of his own interests than those of his pupil; he is concerned solely with proving that he is not wasting his time and that he is earning the money given to him. He provides the child with knowledge that can be easily displayed at any time; it matters little whether what he teaches is useful, so long as it is readily apparent. He piles up a hundred useless things in the child’s memory, without selection or discernment. When it comes to assessing the child, he is asked to “display his goods”; he does so, and everyone is satisfied; then he packs them away again and leaves. My student is not so “rich” in such “goods” to display; he has nothing but himself to show. Yet a child, like an adult, cannot see himself all at once. Where are those observers who can instantly capture the traits that define him? There are some, but few; among a hundred thousand parents, not one will belong to this number.
Too many questions annoy and repel everyone, especially children. After a few minutes, their attention wanes; they no longer listen to what the persistent questioner asks them and only answer haphazardly. This method of testing them is futile and pedantic. Often, a single word caught in the midst of conversation conveys their meaning and spirit better than long speeches could; but it is essential that this word be neither dictated nor chosen at random. One must possess great judgment oneself to appreciate the judgment of a child.
Gli si attribuiscono poche nozioni morali relative al suo stato attuale; non ne esiste alcuna riguardante lo stato relativo degli uomini. E a che gli servirebbero, sebbene un bambino non sia ancora un membro attivo della società? Parlategli di libertà, di proprietà, persino di convenzioni sociali: può comprendere fino a questo punto; sa perché ciò che è suo appartiene a lui, e perché ciò che non è suo non gli appartiene. Oltre a questo, non sa più nulla. Parlategli di dovere, di obbedienza. Non capirà cosa intendete dire; ordinategli qualcosa. Non vi ascolterà. Ma ditegli: “Se mi facessi questa gentilezza, io te la ricambierei al momento opportuno”; all’istante si affretterà a compiacervi, perché non desidera altro che ampliare il proprio “dominio” e acquisire su di voi diritti che sa essere inviolabili. Forse non gli dispiace nemmeno occupare un posto, far parte del gruppo, essere considerato qualcosa. Ma se ha questo ultimo motivo, allora è già uscito dalla natura. E voi non avete ancora chiuso completamente tutte le porte alla vanità.
Da parte sua, se avesse bisogno di qualche aiuto, lo chiederebbe indifferentemente alla prima persona che incontrasse; lo chiederebbe al re come al proprio servitore: agli occhi suoi tutti gli uomini sono ancora uguali. Si nota, dal modo in cui prega, che è consapevole del fatto che nessuno gli debba nulla; sa che ciò che chiede è una grazia e sa anche che l’umanità tende ad accordarla. Le sue espressioni sono semplici e laconiche; la sua voce, il suo sguardo, il suo gesto riflettono un essere abituato sia alla compiacenza che al rifiuto. Non è né la sottomissione servile di uno schiavo, né l’atteggiamento imperioso di un padrone; è una modesta fiducia nel proprio simile, è la nobile e commovente dolcezza di un essere libero, ma sensibile e debole, che implora l’aiuto di un altro essere libero, forte e benevolo. Se gli concedete ciò che chiede, non vi ringrazierà, ma sentirà di aver contratto un debito; se glielo rifiutate, non si lamenterà né insisterà, poiché sa che sarebbe inutile. Non dirà: “Mi è stato rifiutato”, ma penserà: “Non poteva essere diversamente”; e, come ho già detto, difficilmente si ribella contro una necessità chiaramente riconosciuta.
Lasciatelo libero da solo, osservatelo agire senza dire una parola; considerate ciò che farà e come procederà. Non avendo bisogno di dimostrare di essere libero, non compie mai nulla per capriccio, ma soltanto per esercitare il proprio potere su se stesso: non sa forse di essere sempre padrone di sé? È attento, agile, pronto; i suoi movimenti hanno tutta la vivacità della sua età, ma non ne vedete uno che non abbia uno scopo preciso. Qualunque cosa voglia fare, non intraprenderà mai nulla che vada al di là delle sue forze, perché le conosce bene e sa esattamente quali siano i suoi limiti; i suoi mezzi saranno sempre adeguati ai suoi propositi, e raramente agirà senza essere certo del successo. Avrà uno sguardo attento e sagace; non chiederà sciocchamente agli altri spiegazioni su tutto ciò che vede, ma lo esaminerà da solo e si impegnerà a fondo per scoprire ciò che vuole sapere, prima di chiedere aiuto. Se si trova in difficoltà inaspettate, non si agiterà più di un altro; se c’è del rischio, non si spaventerà altrettanto. Poiché la sua immaginazione è ancora inattiva e nessuno ha cercato di stimolarla, vede soltanto ciò che esiste, valuta i pericoli secondo il loro reale valore e mantiene sempre la calma. La necessità si abbatte su di lui troppo spesso perché possa ancora ribellarsi; ne porta il peso fin dalla nascita ed è ormai completamente abituato ad esso; è sempre pronto a fronteggiare qualsiasi situazione.
Che si occupi o che si diverta, per lui è lo stesso; i suoi giochi sono le sue attività, non percepisce alcuna differenza. Impiega in tutto ciò che fa un interesse che suscita risate e una libertà che piace, mostrando al contempo l’ingegno della sua mente e l’ambito delle sue conoscenze. Non è forse uno spettacolo incantevole e dolce vedere un bel bambino, con lo sguardo vivace e gioioso, l’espressione serena e contenta, il viso aperto e sorridente, mentre, giocando, compie le cose più serie o si dedica con grande impegno ai divertimenti più frivoli?
Volete ora giudicarlo in confronto con gli altri? Mettetelo insieme ad altri bambini e lasciate che agisca: presto vedrete chi sia davvero il più preparato, chi si avvicini di più alla perfezione tipica della sua età. Tra i bambini della città, nessuno è più abile di lui; tra i giovani contadini, egli è loro pari in forza e li supera nell’agilità. In tutto ciò che rientra nell’ambito delle capacità infantili, giudica, ragiona e prevede meglio di tutti loro. Quando si tratta di agire, correre, saltare, sollevare pesi, misurare distanze, inventare giochi o vincere competizioni, sembra che la natura stessa sia ai suoi ordini: sa infatti piegare facilmente ogni cosa alle sue volontà. È nato per guidare e comandare i suoi simili: il talento e l’esperienza gli servono da diritto e autorità. Dategli l’abito e il nome che desiderate, non importa: in ogni luogo prevarrà, diventerà sempre il capo degli altri; essi sentiranno sempre la sua superiorità su di loro; senza nemmeno voler comandare, sarà lui a guidarli; senza credere di dover obbedire, essi obbediranno.
È giunto alla maturità dell’infanzia, ha vissuto la vita di un bambino; non ha acquistato la sua perfezione a scapito della propria felicità; al contrario, entrambe hanno coesistito armoniosamente. Acquisendo tutta la ragione propria all’età, è stato felice e libero nella misura in cui la sua natura glielo permetteva. Se la fatalità dovesse spegnere in lui la “fioritura delle nostre speranze”, non dovremo piangere né la sua vita né la sua morte; non aumenteremo il nostro dolore ricordando quelle sofferenze che gli abbiamo causato. Ci diremo: Almeno ha goduto della sua infanzia; non gli abbiamo fatto perdere nulla di ciò che la natura gli aveva donato.
Il grande svantaggio di questo tipo di educazione preliminare è che essa è percepibile soltanto da persone perspicaci; in un bambino allevato con tanta cura, occhi comuni vedono soltanto un monello. Un precettore pensa soprattutto al proprio interesse piuttosto che a quello del suo allievo; si impegna a dimostrare di non sprecare il tempo e di guadagnare bene i soldi che gli vengono dati; gli fornisce conoscenze facilmente esibibili, che si possano mostrare quando si vuole; non importa se ciò che gli insegna sia utile o meno, l’importante è che lui stesso appaia evidente agli occhi degli altri. Accumula, senza selezione né discernimento, centinaia di informazioni inutili nella sua memoria. Quando arriva il momento di valutare il bambino, gli si chiede di “esporre il proprio “mercato”; lo esibisce, e tutti sono soddisfatti; poi ripiega le sue “cose” e se ne va. Il mio allievo, invece, non è così “ricco”: non ha nulla da esibire, non ha nulla da mostrare se non sé stesso. Eppure, un bambino, come un uomo, non può conoscere se stesso in un istante. Dove sono gli osservatori capaci di cogliere, al primo sguardo, i tratti che lo caratterizzano? Ci sono, ma sono pochi; e su centomila padri, probabilmente non ne troveremo nemmeno uno tra questi.
Le domande troppo numerose infastidiscono e allontanano tutti, soprattutto i bambini. Dopo pochi minuti la loro attenzione si stanca; non ascoltano più ciò che un insistente interrogatore chiede loro e rispondono solo a caso. Questo modo di esaminarli è inutile e pedantesco: spesso una parola detta casualmente riesce a esprimere meglio il loro pensiero di lunghi discorsi; tuttavia bisogna fare attenzione affinché quella parola non sia né suggerita né casuale. È necessario possedere grande giudizio per apprezzare quello di un bambino.
J’ai ouï raconter à feu milord Hyde qu’un de ses amis, revenu d’Italie après trois ans d’absence, voulut examiner les progrès de son fils âgé de neuf à dix ans. Ils vont un soir se promener avec son gouverneur et lui dans une plaine où des écoliers s’amusaient à guider des cerfs-volants. Le père en passant dit à son fils, Où est le cerf-volant dont voilà l’ombre ? Sans hésiter, sans lever la tête, l’enfant dit, Sur le grand chemin. Et en effet, ajoutait milord Hyde, le grand chemin était entre le soleil et nous. Le père, à ce mot, embrasse son fils, et, finissant là son examen, s’en va sans rien dire. Le lendemain il envoya au gouverneur l’acte d’une pension viagère outre ses appointements.
Quel homme que ce père-là ! et quel fils lui était promis[369] ! La question est précisément de l’âge : la réponse est bien simple ; mais voyez quelle netteté de judiciaire enfantine elle suppose ! C’est ainsi que l’élève d’Aristote apprivoisait ce coursier célèbre qu’aucun écuyer n’avait pu dompter.
Fin du livre Second d’ÉMILE ou DE L’ÉDUCATION
Livre Troisième
Quoique jusqu’à l’adolescence tout le cours de la vie soit un temps de faiblesse, il est un point, dans la durée de ce premier âge, où, le progrès des forces ayant passé celui des besoins, l’animal croissant, encore absolument faible, devient fort par relation. Ses besoins n’étant pas tous développés, ses forces actuelles sont plus que suffisantes pour pourvoir à ceux qu’il a. Comme homme il serait très faible, comme enfant il est très fort.
D’où vient la faiblesse de l’homme ? De l’inégalité qui se trouve entre sa force et ses désirs. Ce sont nos passions qui nous rendent faibles, parce qu’il faudrait pour les contenter plus de forces que ne nous en donna la nature. Diminuez donc les désirs, c’est comme si vous augmentiez les forces : celui qui peut plus qu’il ne désire en a de reste ; il est certainement un être très fort. Voilà le troisième état de l’enfance, et celui dont j’ai maintenant à parler. Je continue à l’appeler enfance, faute de terme propre à l’exprimer ; car cet âge approche de l’adolescence, sans être encore celui de la puberté.
À douze ou treize ans les forces de l’enfant se développent bien plus rapidement que ses besoins. Le plus violent, le plus terrible, ne s’est pas encore fait sentir à lui ; l’organe même en reste dans l’imperfection, et semble, pour en sortir, attendre que sa volonté l’y force. Peu sensible aux injures de l’air et des saisons, il les brave sans peine, sa chaleur naissante lui tient lieu d’habit ; son appétit lui tient lieu d’assaisonnement ; tout ce qui peut nourrir est bon à son âge ; s’il a sommeil, il s’étend sur la terre et dort : il se voit partout entouré de tout ce qui lui est nécessaire ; aucun besoin imaginaire ne le tourmente ; l’opinion ne peut rien sur lui ; ses désirs ne vont pas plus loin que ses bras : non seulement il peut se suffire à lui-même, il a de la force au-delà de ce qu’il lui en faut ; c’est le seul temps de sa vie où il sera dans ce cas.
Je pressens l’objection. L’on ne dira pas que l’enfant a plus de besoins que je ne lui en donne, mais on niera qu’il ait la force que je lui attribue : on ne songera pas que je parle de mon élève, non de ces poupées ambulantes qui voyagent d’une chambre à l’autre, qui labourent dans une caisse et portent des fardeaux de carton. L’on me dira que la force virile ne se manifeste qu’avec la virilité ; que les esprits vitaux, élaborés dans les vaisseaux convenables, et répandus dans tout le corps, peuvent seuls donner aux muscles la consistance, l’activité, le ton, le ressort, d’où résulte une véritable force. Voilà la philosophie du cabinet ; mais moi j’en appelle à l’expérience. Je vois dans vos campagnes de grands garçons labourer, biner, tenir la charrue, charger un tonneau de vin, mener la voiture tout comme leur père ; on les prendrait pour des hommes, si le son de leur voix ne les trahissait pas. Dans nos villes mêmes, de jeunes ouvriers, forgerons, taillandiers, maréchaux, sont presque aussi robustes que les maîtres, et ne seraient guère moins adroits, si on les eût exercés à temps. S’il y a de la différence, et je conviens qu’il y en a, elle y est beaucoup moindre, je le répète, que celle des désirs fougueux d’un homme aux désirs bornés d’un enfant. D’ailleurs il n’est pas ici question seulement de forces physiques, mais surtout de la force et capacité de l’esprit qui les supplée ou qui les dirige.
Cet intervalle où l’individu peut plus qu’il ne désire, bien qu’il ne soit pas le temps de sa plus grande force absolue, est, comme je l’ai dit, celui de sa plus grande force relative. Il est le temps le plus précieux de la vie, temps qui ne vient qu’une seule fois ; temps très court, et d’autant plus court, comme on verra dans la suite, qu’il lui importe plus de le bien employer.
Que fera-t-il donc de cet excédent de facultés et de forces qu’il a de trop à présent, et qui lui manquera dans un autre âge ? Il tâchera de l’employer à des soins qui lui puissent profiter au besoin ; il jettera, pour ainsi dire, dans l’avenir le superflu de son être actuel ; l’enfant robuste fera des provisions pour l’homme faible ; mais il n’établira ses magasins ni dans des coffres qu’on peut lui voler, ni dans des granges qui lui sont étrangères ; pour s’approprier véritablement son acquis, c’est dans ses bras, dans sa tête, c’est dans lui qu’il le logera. Voici donc le temps des travaux, des instructions, des études, et remarquez que ce n’est pas moi qui fais arbitrairement ce choix, c’est la nature elle-même qui l’indique.
L’intelligence humaine a ses bornes ; et non seulement un homme ne peut pas tout savoir, il ne peut pas même savoir en entier le peu que savent les autres hommes. Puisque la contradictoire de chaque position fausse est une vérité, le nombre des vérités est inépuisable comme celui des erreurs. Il y a donc un choix dans les choses qu’on doit enseigner ainsi que dans le temps propre à les apprendre. Des connaissances qui sont à notre portée, les unes sont fausses, les autres sont inutiles, les autres servent à nourrir l’orgueil de celui qui les a. Le petit nombre de celles qui contribuent réellement à notre bien-être est seul digne des recherches d’un homme sage, et par conséquent d’un enfant qu’on veut rendre tel. Il ne s’agit point de savoir ce qui est, mais seulement ce qui est utile.
De ce petit nombre il faut ôter encore ici les vérités qui demandent, pour être comprises, un entendement déjà tout formé ; celles qui supposent la connaissance des rapports de l’homme, qu’un enfant ne peut acquérir ; celles qui, bien que vraies en elles-mêmes, disposent une âme inexpérimentée à penser faux sur d’autres sujets.
Nous voilà réduits à un bien petit cercle relativement à l’existence des choses ; mais que ce cercle forme encore une sphère immense pour la mesure de l’esprit d’un enfant ! Ténèbres de l’entendement humain, quelle main téméraire osa toucher à votre voile ? Que d’abîmes je vois creuser par nos vaines sciences autour de ce jeune infortuné ! O toi qui vas le conduire dans ces périlleux sentiers, et tirer devant ses yeux le rideau sacré de la nature, tremble. Assure-toi bien premièrement de sa tête et de la tienne, crains qu’elle ne tourne à l’un ou à l’autre, et peut-être à tous les deux. Crains l’attrait spécieux du mensonge et les vapeurs enivrantes de l’orgueil. Souviens-toi, souviens-toi sans cesse que l’ignorance n’a jamais fait de mal, que l’erreur seule est funeste, et qu’on ne s’égare point par ce qu’on ne sait pas, mais par ce qu’on croit savoir.
Ses progrès dans la géométrie vous pourraient servir d’épreuve et de mesure certaine pour le développement de son intelligence : mais sitôt qu’il peut discerner ce qui est utile et ce qui ne l’est pas, il importe d’user de beaucoup de ménagement et d’art pour l’amener aux études spéculatives. Voulez-vous, par exemple, qu’il cherche une moyenne proportionnelle entre deux lignes ; commencez par faire en sorte qu’il ait besoin de trouver un carré égal à un rectangle donné : s’il s’agissait de deux moyennes proportionnelles, il faudrait d’abord lui rendre le problème de la duplication du cube intéressant etc. Voyez comment nous approchons par degrés des notions morales qui distinguent le bien et le mal. Jusqu’ici nous n’avons connu de loi que celle de la nécessité : maintenant nous avons égard à ce qui est utile ; nous arriverons bientôt à ce qui est convenable et bon.
I have heard Lord Hyde tell the story that one of his friends, returning from Italy after three years of absence, wished to see how his nine- or ten-year-old son had progressed. One evening, they went for a walk with the boy’s tutor in a plain where some children were playing with kites. As they passed by, the father asked his son, “Where is the kite whose shadow we can see?” Without hesitation and without looking up, the child replied, “On the main road.” Indeed, Lord Hyde added, the main road was right between the sun and them. Upon hearing this, the father embraced his son and, concluding his inspection in that way, left without saying a word. The next day, he sent the tutor a letter ordering an additional allowance for his travels, on top of his regular salary.
What a man that father was! And what a son he was destined to have[369]! The question revolves precisely around age; the answer is quite simple—but see how much judicial precision, akin to that of a child, it entails! In this way, Aristotle’s disciple tamed that renowned steed which no other rider had ever been able to control.
End of the book Second by ÉMILE, or ON EDUCATION.
Book Three
Although the entire course of life up to adolescence is a period of weakness, there comes a point during this early stage in which, as the development of one’s abilities surpasses that of one’s needs, the growing animal—though still absolutely weak—becomes strong relative to its environment. Since not all of its needs have yet been developed, its current abilities are more than sufficient to meet those it possesses. As an adult, it would be very weak; as a child, it is very strong.
Where does human weakness come from? From the inequality between one’s strength and one’s desires. It is our passions that make us weak, for satisfying them would require more strength than nature has granted us. Therefore, reduce your desires; it is as if you were increasing your strength. He who possesses more than he desires surely has surplus strength; such a person must be very powerful indeed. This is the third stage of childhood, and it is about this that I wish to speak now. I continue to call it childhood, for there is no specific term to describe it; for this age approaches adolescence, yet it is not yet the age of puberty.
At the age of twelve or thirteen, a child’s physical abilities develop far more rapidly than their needs. The most violent, the most extreme aspects of nature have not yet affected them; even their bodily organs remain imperfect and seem to await the force of their will to bring them to perfection. Little susceptible to the harshness of the elements, they endure it without difficulty—their growing heat serves as their natural clothing, and their appetites provide all they need for nourishment. At this age, anything that can sustain life is good enough; when they feel sleepy, they simply lie down on the ground and sleep. They seem to be surrounded everywhere by everything necessary for their survival; no imaginary desires torment them, public opinion has no influence over them, and their desires extend no further than the reach of their arms. Not only can they provide for themselves, but they also possess more strength than they actually need—this is the only period in their lives when they are truly self-sufficient.
I anticipate the objection. One might not say that a child has more needs than those I provide for him, but one would also deny that he possesses the strength I attribute to him; one would not consider that I am referring to my student—not to those walking dolls that move from one room to another, that “plow” within a box, or carry loads of cardboard. They would tell me that male vigor is manifested only through masculinity itself; that it is only the vital energies, developed within the appropriate bodily organs and distributed throughout the body, that can endow muscles with consistency, activity, tone, and resilience—thus creating true strength. Such is the philosophy of the laboratory; but I call for experience to prove otherwise. In your countryside, I see strong young men plowing, weeding, handling the plow, loading wine barrels, driving carts just like their fathers; one would mistake them for adults were it not for the sound of their voices revealing their true age. Even in our cities, young workers—blacksmiths, carpenters, stonemasons—are almost as robust as their masters, and would be just as skilled if they had received proper training at an early age. If there is any difference—and I admit there is—one is far less significant than the gap between a man’s passionate desires and a child’s more restrained aspirations. Moreover, what is at issue here is not merely physical strength, but chiefly the power and capacity of the mind that either supplements or directs those physical abilities.
This period in time during which an individual is able to achieve more than he desires, although it is not the time when his absolute strength is at its peak, is, as I have said, the time when his relative strength is at its greatest. It is the most precious time of one’s life—a time that comes only once; a very short period of time—and all the more so, as we will see later on, because it is even more crucial to make good use of it.
So what will he do with this excess of abilities and strength that he currently possesses, but which will be lacking to him in later life? He will try to use it for purposes that can benefit him when needed; in a sense, he will cast the surplus of his present being into the future. The robust child will prepare provisions for the weak man; but he will not store his gains in chests that can be stolen, nor in barns that belong to others. To truly possess what he has acquired, he must store it within his own arms, within his own mind—within himself. This is therefore the time for work, for instruction, for study. And note well: it is not I who make this choice arbitrarily; it is nature itself that dictates it.
Human intelligence has its limits; not only is it impossible for a person to know everything, but it is also impossible to fully understand even that little which other people know. Since the opposite of every false assertion is a truth, the number of truths is as inexhaustible as the number of errors. Therefore, there must be a choice in the matters that are to be taught, as well as in the time allocated for learning them. Among the knowledge within our reach, some are false, some are useless, and others serve only to feed the pride of those who possess them. Only the few that truly contribute to our well-being are worthy of the pursuit of a wise person—and, by extension, of a child who is to be cultivated in this manner. The goal is not to understand what exists, but merely to discern what is useful.
From this small number, we must further exclude those truths that require a pre-existing level of understanding in order to be grasped; those that depend on knowledge of the relationships between human beings, which a child cannot acquire; and those that, although true in themselves, might lead an inexperienced mind to erroneous conclusions regarding other matters.
We are thus reduced to a very small circle in relation to the existence of things; yet this circle forms an immense sphere when measured by the intellect of a child! Oh darknesses of human understanding, what audacious hand dared to touch your veil? How many abysses have been created by our futile sciences around this poor young soul! O you who will guide him along these perilous paths and draw back before his eyes the sacred curtain of nature, tremble. First and foremost, take care of his mind—and yours as well. Beware that it may turn in one direction or another, or perhaps in both. Fear the deceptive allure of lies and the intoxicating fumes of pride. Remember always: ignorance never causes harm; only error is fatal. One does not stray because one does not know something, but because one believes one knows it.
His progress in geometry could serve as a certain test and measure of the development of his intelligence; but once he is able to distinguish between what is useful and what is not, it is essential to use great care and skill in guiding him toward more speculative studies. For example, if you want him to find a proportional relationship between two lines, begin by making sure he needs to determine a square that is equal to a given rectangle; if the problem involved two proportional relationships, you would first need to make the task of finding the cube root interesting for him, and so on. Observe how we gradually introduce concepts of morality that distinguish between good and evil. Until now, we have only known the law of necessity; now we consider what is useful; soon we will move on to what is appropriate and good.
Ho sentito milord Hyde raccontare che uno dei suoi amici, tornato dall’Italia dopo tre anni di assenza, volle verificare i progressi di suo figlio, che aveva tra i nove e i dieci anni. Una sera, i tre uscirono a fare una passeggiata in una pianura dove alcuni bambini si divertivano a far volare degli aquiloni. Il padre, passando loro accanto, chiese al figlio: “Dove è l’aquilone di cui vediamo l’ombra?” Senza esitare e senza alzare lo sguardo, il bambino rispose: “Sul grande sentiero.” E infatti, aggiunse milord Hyde, il grande sentiero si trovava proprio tra il sole e loro. Il padre, a queste parole, baciò suo figlio e, terminato così l’esame, se ne andò senza dire nulla. Il giorno dopo inviò al precettore un documento che aumentava la sua retribuzione oltre gli stipendi già ricevuti.
Che uomo quel padre! E che figlio gli era stato promesso[369]. La questione riguarda proprio l’età: la risposta è molto semplice; ma guardate quale chiarezza, quale precisione giudiziaria tipica di un bambino. Era così che lo studente di Aristotele imparava a conoscere quel famoso cavallo che nessun cavaliere era riuscito a domare.
Fine del secondo libro di Émile, o sull’educazione.
Libro Terzo
Sebbene l’intero corso della vita, fino all’adolescenza, sia un periodo di debolezza, esiste un momento specifico in questa prima fase in cui, poiché lo sviluppo delle forze supera quello dei bisogni, l’animale, pur essendo ancora assolutamente debole, diventa forte in relazione ai propri bisogni. Poiché i suoi bisogni non sono tutti ancora soddisfatti, le sue forze attuali sono più che sufficienti per far fronte a quelli che ha. Come essere umano sarebbe molto debole; come bambino, invece, è molto forte.
Da dove deriva la debolezza dell’uomo? Dall’ineguaglianza che esiste tra la sua forza e i suoi desideri. Sono le nostre passioni a renderci deboli, perché per soddisfarle servirebbero più forze di quante ne abbia dataci la natura. Quindi riducete i vostri desideri: è come se aumentaste le vostre forze. Chi riesce a ottenere di più di quanto desideri, ne avrà sicuramente in abbondanza; è certamente un essere molto forte. Questo è il terzo stadio dell’infanzia, e di questo parlerò ora. Continuo a chiamarlo infanzia, per mancanza di un termine più appropriato per descriverlo; perché quest’età si avvicina all’adolescenza, senza ancora essere quella della pubertà.
A dodici o tredici anni, le forze del bambino si sviluppano molto più rapidamente dei suoi bisogni. Quello che è più violento, più terribile, non si è ancora manifestato in lui; l’organo stesso rimane imperfetto e sembra attendere che sia la sua volontà a costringerlo a maturare. Poco sensibile alle influenze dell’ambiente e delle stagioni, le affronta senza difficoltà: il suo calore naturale gli fa da “vestito”; il suo appetito gli serve da condimento; qualsiasi cosa possa nutrirlo è buona alla sua età. Se ha sonno, si stende a terra e dorme. Si trova ovunque circondato da tutto ciò di cui ha bisogno; nessun bisogno immaginario lo tormenta; l’opinione altrui non ha alcun potere su di lui; i suoi desideri non vanno oltre la portata delle sue braccia. Non solo è in grado di provvedersi da solo, ma possiede anche forze superiori a quelle di cui ha bisogno. Questo è l’unico periodo della sua vita in cui si trova in tale condizione.
Percepisco già l’obiezione: non si dirà certo che un bambino abbia più bisogni di quelli che io gli fornisco, ma si negherà che possieda la forza che gli attribuisco; non si considererà nemmeno che sto parlando del mio allievo, e non di quelle bambole “mobile” che viaggiano da una stanza all’altra, che “coltivano” in scatole o trasportavano carichi di cartone. Mi si dirà che la forza virile si manifesta soltanto attraverso la virilità stessa; che gli spiriti vitali, formatisi nei tessuti appropriati e diffusi in tutto il corpo, sono gli unici in grado di conferire ai muscoli consistenza, attività, tono e elasticità, elementi che costituiscono una vera forza. Questa è la filosofia dei salotti. Ma io mi appello all’esperienza. Nei vostri campi vedo ragazzi grandi che coltivano la terra, zappano, guidano il carro, caricano barili di vino, conducono veicoli proprio come i loro padri; li si scambierebbe per uomini, se non fosse per la voce. Nelle nostre città stesse, giovani operai, fabbri, falegnami, carradieri sono quasi altrettanto robusti dei loro datori di lavoro, e probabilmente non meno abili, se solo fossero stati addestrati fin da piccoli. Se esiste davvero una differenza – e ammetto che ce ne sia – essa è molto minore, ripeto, rispetto a quella tra i desideri ardenti di un uomo e quelli limitati di un bambino. Del resto, qui non si tratta soltanto di forze fisiche, ma soprattutto della forza e delle capacità dell’intelligenza che le sostituisce o le guida.
Questo intervallo di tempo in cui l’individuo può ottenere più di quanto desideri, anche se non è il momento della sua massima forza assoluta, è, come ho detto, quello della sua massima forza relativa. È il periodo più prezioso della vita: un tempo che arriva una sola volta; un tempo molto breve, e tanto più breve, come vedremo in seguito, quanto sia ancora più importante sfruttarlo al meglio.
Che farà dunque di questo eccesso di capacità e forze che attualmente possiede, ma che gli mancheranno in un’altra età? Cercherà di utilizzarle per compiti che possano essergli utili quando ne avrà bisogno; potremmo dire che riverserà nell’avvenire il “sovrappiù” della sua esistenza attuale: il bambino robusto farà delle “riserve” per l’uomo debole. Ma non stabilirà i suoi “magazzini” né in cassetti che possono essere rubati, né in granai che gli sono estranei; per possedere veramente ciò che ha acquisito, lo conserverà nei propri bracci, nella propria mente, cioè in se stesso. Ecco dunque il momento dei lavori, delle istruzioni, degli studi. E notate: non sono io a fare questa scelta arbitrariamente, è la natura stessa a indicarcela.
L’intelligenza umana ha i suoi limiti; non solo un uomo non può sapere tutto, ma non può nemmeno conoscere completamente ciò che sanno gli altri uomini. Poiché la contraddizione di ogni posizione falsa è una verità, il numero delle verità è inesauribile, così come quello degli errori. Pertanto, esiste una scelta nelle cose da insegnare, così come nel tempo adatto per apprenderle. Tra le conoscenze a nostra portata, alcune sono false, altre sono inutili, e altre ancora servono soltanto a nutrire l’orgoglio di chi le possiede. Solo il ristretto numero di quelle che contribuiscono veramente al nostro benessere merita la ricerca di un uomo saggio, e quindi anche quella di un bambino che si vuole educare in questo modo. Non si tratta di conoscere ciò che è, ma soltanto ciò che è utile.
Di questo piccolo numero di verità, bisogna ancora escludere quelle che richiedono, per essere comprese, un’intelligenza già completamente formata; quelle che presuppongono la conoscenza dei rapporti umani, che un bambino non può acquisire; e quelle che, pur essendo vere in sé stesse, inducono un’anima inesperta a pensare in modo errato su altri argomenti.
Siamo ridotti a un cerchio assai ristretto rispetto all’esistenza delle cose; ma che questo cerchio formi ancora una sfera immensa per la mente di un bambino! Ombre dell’intelletto umano, quale mano audace osa toccare il vostro velo? Quanti abissi vedo scavarsi dalle nostre scienze vane intorno a questo giovane sfortunato. Oh tu che lo guiderai su questi sentieri pericolosi e solleverai davanti ai suoi occhi il velo sacro della natura, tremi! Assicurati prima di tutto della sua mente e della tua; temi che entrambe non si perdano, che non si rivolgano l’una verso l’altra, o forse verso entrambi. Temi l’attrazione seducente del mentire e le “vapori inebrianti” dell’orgoglio. Ricorda sempre: l’ignoranza non ha mai fatto del male; solo l’errore è funesto. E non ci si perde mai per ciò che non si sa, ma per ciò che si crede di sapere.
I suoi progressi in geometria potrebbero costituire un criterio efficace per valutare lo sviluppo della sua intelligenza; tuttavia, non appena è in grado di distinguere ciò che è utile da ciò che non lo è, è necessario utilizzare grande cautela e abilità per guidarlo verso lo studio delle questioni speculative. Ad esempio, se volete che cerchi una proporzione media tra due linee, iniziate facendogli trovare un quadrato uguale a un dato rettangolo; se si trattasse di due proporzioni medie, dovreste prima rendergli interessante il problema della duplicazione del cubo, e così via. Vedete come ci avviciniamo gradualmente alle nozioni morali che distinguono il bene dal male. Fino ad ora abbiamo conosciuto soltanto la legge della necessità; ora prendiamo in considerazione ciò che è utile; presto arriveremo a comprendere ciò che è conveniente e buono.
Le même instinct anime les diverses facultés de l’homme. À l’activité du corps, qui cherche à se développer, succède l’activité de l’esprit qui cherche à s’instruire. D’abord les enfants ne sont que remuants, ensuite ils sont curieux ; et cette curiosité bien dirigée est le mobile de l’âge où nous voilà parvenus. Distinguons toujours les penchants qui viennent de la nature de ceux qui viennent de l’opinion. Il est une ardeur de savoir qui n’est fondée que sur le désir d’être estimé savant ; il en est une autre qui naît d’une curiosité naturelle à l’homme pour tout ce qui peut l’intéresser de près ou de loin. Le désir inné du bien-être et l’impossibilité de contenter pleinement ce désir lui font rechercher sans cesse de nouveaux moyens d’y contribuer. Tel est le premier principe de la curiosité ; principe naturel au coeur humain, mais dont le développement ne se fait qu’en proportion de nos passions et de nos lumières. Supposez un philosophe relégué dans une île déserte avec des instruments et des livres, sûr d’y passer seul le reste de ses jours ; il ne s’embarrassera plus guère du système du monde, des lois de l’attraction, du calcul différentiel : il n’ouvrira peut-être de sa vie un seul livre, mais jamais il ne s’abstiendra de visiter son île jusqu’au dernier recoin, quelque grande qu’elle puisse être. Rejetons donc encore de nos premières études les connaissances dont le goût n’est point naturel à l’homme, et bornons-nous à celles que l’instinct nous porte à chercher.
L’île du genre humain, c’est la terre ; l’objet le plus frappant pour nos yeux, c’est le soleil. Sitôt que nous commençons à nous éloigner de nous, nos premières observations doivent tomber sur l’une et sur l’autre. Aussi la philosophie de presque tous les peuples sauvages roule-t-elle uniquement sur d’imaginaires divisions de la terre et sur la divinité du soleil.
Quel écart ! dira-t-on peut-être. Tout à l’heure nous n’étions occupés que de ce qui nous touche, de ce qui nous entoure immédiatement ; tout à coup nous voilà parcourant le globe et sautant aux extrémités de l’univers ! Cet écart est l’effet du progrès de nos forces et de la pente de notre esprit. Dans l’état de faiblesse et d’insuffisance, le soin de nous conserver nous concentre au dedans de nous ; dans l’état de puissance et de force, le désir d’étendre notre être nous porte au-delà, et nous fait élancer aussi loin qu’il nous est possible ; mais, comme le monde intellectuel nous est encore inconnu, notre pensée ne va pas plus loin que nos yeux, et notre entendement ne s’étend qu’avec l’espace qu’il mesure.
Transformons nos sensations en idées, mais ne sautons pas tout d’un coup des objets sensibles aux objets intellectuels. C’est par les premiers que nous devons arriver aux autres. Dans les premières opérations de l’esprit, que les sens soient toujours ses guides : point d’autre livre que le monde, point d’autre instruction que les faits. L’enfant qui lit ne pense pas, il ne fait que lire ; il ne s’instruit pas, il apprend des mots.
Rendez votre élève attentif aux phénomènes de la nature, bientôt vous le rendrez curieux ; mais, pour nourrir sa curiosité, ne vous pressez jamais de la satisfaire. Mettez les questions à sa portée, et laissez-les lui résoudre. Qu’il ne sache rien parce que vous le lui avez dit, mais parce qu’il l’a compris lui-même ; qu’il n’apprenne pas la science, qu’il l’invente. Si jamais vous substituez dans son esprit l’autorité à la raison, il ne raisonnera plus ; il ne sera plus que le jouet de l’opinion des autres.
Vous voulez apprendre la géographie à cet enfant, et vous lui allez chercher des globes, des sphères, des cartes : que de machines ! Pourquoi toutes ces représentations ? que ne commencez-vous par lui montrer l’objet même, afin qu’il sache au moins de quoi vous lui parlez !
Une belle soirée on va se promener dans un lieu favorable, où l’horizon bien découvert laisse voir à plein le soleil couchant, et l’on observe les objets qui rendent reconnaissable le lieu de son coucher. Le lendemain, pour respirer le frais, on retourne au même lieu avant que le soleil se lève. On le voit s’annoncer de loin par les traits de feu qu’il lance au-devant de lui. L’incendie augmente, l’orient paraît tout en flammes ; à leur éclat on attend l’astre longtemps avant qu’il se montre ; à chaque instant on croit le voir paraître ; on le voit enfin. Un point brillant part comme un éclair et remplit aussitôt tout l’espace ; le voile des ténèbres s’efface et tombe. L’homme reconnaît son séjour et le trouve embelli. La verdure a pris durant la nuit une vigueur nouvelle ; le jour naissant qui l’éclaire, les premiers rayons qui la dorent, la montrent couverte d’un brillant réseau de rosée, qui réfléchit à l’oeil la lumière et les couleurs. Les oiseaux en choeur se réunissent et saluent de concert le père de la vie ; en ce moment pas un seul ne se tait ; leur gazouillement, faible encore, est plus lent et plus doux que dans le reste de la journée, il se sent de la langueur d’un paisible réveil. Le concours de tous ces objets porte aux sens une impression de fraîcheur qui semble pénétrer jusqu’à l’âme. Il y a là une demi-heure d’enchantement auquel nul homme ne résiste ; un spectacle si grand, si beau, si délicieux, n’en laisse aucun de sang-froid.
Plein de l’enthousiasme qu’il éprouve, le maître veut le communiquer à l’enfant : il croit l’émouvoir en le rendant attentif aux sensations dont il est ému lui-même. Pure bêtise ! c’est dans le coeur de l’homme qu’est la vie du spectacle de la nature ; pour le voir, il faut le sentir. L’enfant aperçoit les objets, mais il ne peut apercevoir les rapports qui les lient, il ne peut entendre la douce harmonie de leur concert. Il faut une expérience qu’il n’a point acquise, il faut des sentiments qu’il n’a point éprouvés, pour sentir l’impression composée qui résulte à la fois de toutes ces sensations. S’il n’a longtemps parcouru des plaines arides, si des sables ardents n’ont brûlé ses pieds, si la réverbération suffocante des rochers frappés du soleil ne l’oppressa jamais, comment goûtera-t-il l’air frais d’une belle matinée ? comment le parfum des fleurs, le charme de la verdure, l’humide vapeur de la rosée, le marcher mol et doux sur la pelouse, enchanteront-ils ses sens ? Comment le chant des oiseaux lui causera-t-il une émotion voluptueuse, si les accents de l’amour et du plaisir lui sont encore inconnus ? Avec quels transports verra-t-il naître une si belle journée, si son imagination ne sait pas lui peindre ceux dont on peut la remplir ? Enfin comment s’attendrira-t-il sur la beauté du spectacle de la nature, s’il ignore quelle main prit soin de l’orner ?
Ne tenez point à l’enfant des discours qu’il ne peut entendre. Point de descriptions, point d’éloquence, point de figures, point de poésie. Il n’est pas maintenant question de sentiment ni de goût. Continuez d’être clair, simple et froid ; le temps ne viendra que trop tôt de prendre un autre langage.
Élevé dans l’esprit de nos maximes, accoutumé à tirer tous ses instruments de lui-même, et à ne recourir jamais à autrui qu’après avoir reconnu son insuffisance, à chaque nouvel objet qu’il voit il l’examine longtemps sans rien dire. Il est pensif et non questionneur. Contentez-vous de lui présenter à propos les objets ; puis, quand vous verrez sa curiosité suffisamment occupée, faites-lui quelque question laconique qui le mette sur la voie de la résoudre.
Dans cette occasion, après avoir bien contemplé avec lui le soleil levant, après lui avoir fait remarquer du même côté les montagnes et les autres objets voisins, après l’avoir laissé causer là-dessus tout à son aise, gardez quelques moments le silence comme un homme qui rêve, et puis vous lui direz : Je songe qu’hier au soir le soleil s’est couché là, et qu’il s’est levé là ce matin. Comment cela peut-il se faire ? N’ajoutez rien de plus : s’il vous fait des questions, n’y répondez point ; parlez d’autre chose. Laissez-le à lui-même, et soyez sûr qu’il y pensera.
Pour qu’un enfant s’accoutume à être attentif, et qu’il soit bien frappé de quelque vérité sensible, il faut bien qu’elle lui donne quelques jours d’inquiétude avant de la découvrir. S’il ne conçoit pas assez celle-ci de cette manière, il y a moyen de la lui rendre plus sensible encore, et ce moyen c’est de retourner la question. S’il ne sait pas comment le soleil parvient de son coucher à son lever il sait au moins comment il parvient de son lever à son coucher, ses yeux seuls le lui apprennent. Éclaircissez donc la première question par l’autre : ou votre élève est absolument stupide, ou l’analogie est trop claire pour lui pouvoir échapper. Voilà sa première leçon de cosmographie.
The same instinct drives the various faculties of man. After the activity of the body, which seeks to develop, comes the activity of the mind, which seeks to acquire knowledge. At first, children are merely restless; later on, they become curious—and it is this well-directed curiosity that serves as the driving force behind the stage of development we have now reached. We must always distinguish between those inclinations that arise from nature and those that stem from opinion. There is a thirst for knowledge that is based solely on the desire to be regarded as learned; another, however, arises from man’s natural curiosity about everything that may interest him, whether directly or indirectly. The innate desire for happiness, combined with the impossibility of fully satisfying it, drives man to constantly seek new ways to pursue it. Such is the fundamental principle of curiosity—a principle inherent in the human heart, but whose development depends entirely on our passions and our knowledge. Suppose a philosopher were stranded on a deserted island, equipped only with instruments and books, and certain to spend the rest of his life there alone: he would hardly bother himself with theories about the structure of the world or the laws of gravity, nor with calculus. He might never open a single book in his life, but he would certainly explore every nook and cranny of that island, no matter how vast it were. Therefore, let us once again reject from our initial studies those kinds of knowledge for which human nature does not naturally possess an inclination, and limit ourselves to those pursuits that are inspired by instinct alone.
The island of the human race is the earth; the most striking object to our eyes is the sun. The moment we begin to move away from ourselves, our first observations must necessarily concern these two things. Hence, the philosophy of nearly all savage peoples revolves solely around imagined divisions of the earth and the divinity of the sun.
What a difference! one might say. Just a moment ago, we were only concerned with what touched us, with what surrounded us immediately; now, suddenly, we find ourselves traversing the globe and reaching the far reaches of the universe! This difference is the result of the progress of our abilities and the inclination of our minds. In a state of weakness and inadequacy, our concern for self-preservation focuses us on within ourselves; in a state of power and strength, the desire to expand our being drives us beyond ourselves, prompting us to strive as far as possible. However, since the intellectual world is still unknown to us, our thoughts cannot extend beyond what our eyes can see, and our understanding is limited by the space it can measure.
Let us transform our sensations into ideas, but let us not leap directly from sensible objects to intellectual objects. It is through the former that we must attain to the latter. In the initial operations of the mind, let the senses always be its guides: there is no other book than the world, no other instruction than facts. A child who reads does not think; it merely reads; it does not learn; it learns words.
Draw your student’s attention to the phenomena of nature; soon, you will arouse their curiosity. However, in order to nurture that curiosity, never rush to satisfy it for them. Present questions that are within their grasp and allow them to solve them on their own. Let them learn not because you have told them something, but because they have understood it themselves; let them not merely acquire knowledge, but create it. If at any time you replace reason with authority in their minds, they will cease to think for themselves; they will become mere playthings of others’ opinions.
You want to teach this child geography, so you go and fetch globes, spheres, maps—what a bunch of tools! Why all these representations? Why not start by showing him the actual object itself, so that he at least knows what you are talking about?
On a fine evening, we go for a walk in a suitable place where the clear horizon allows us to see the entire sunset in all its glory. We observe the various elements that make it possible to recognize where the sun sets. The next day, to breathe the fresh air, we return to the same spot before sunrise. From afar, we watch the sun begin to appear, sending out rays of fire ahead of it. As the flames intensify, the eastern horizon is engulfed in flames; we wait for the star to emerge amidst their brilliance. At every moment, we think we see it appearing—until finally, it does. A bright spot shoots forth like a flash of lightning and instantly fills the entire sky; the veil of darkness disappears. Man recognizes his place of residence and finds it even more beautiful than before. The vegetation has gained new vigor during the night; the emerging sun and its first rays illuminate it, revealing it to be covered in a brilliant layer of dew that reflects light and color. Birds gather together and sing in chorus, greeting the father of life—at this moment, not a single one remains silent; their chirping, though still soft, is slower and gentler than at any other time of day, carrying with it the tranquility of a peaceful awakening. The combined effect of all these elements brings a sense of freshness to our senses, as if it penetrates right to the soul. Such a half-hour of enchantment is something no man can resist; a sight so grand, so beautiful, so delightful, leaves no one unmoved.
Filled with the enthusiasm he feels, the teacher wishes to convey it to the child; he believes that by drawing the child’s attention to the sensations that move him himself, he can touch the child’s heart. Pure nonsense! It is within the human heart that the true essence of nature’s spectacle resides; to see it, one must feel it. The child may perceive the objects, but he cannot grasp the relationships that connect them, nor can he hear the gentle harmony that arises from their combined effects. What is needed is an experience he has not yet had, emotions he has not yet felt, in order to appreciate the overall impression that results from all these sensations together. If he has never traversed arid plains, if scorching sands have never burned his feet, if the suffocating heat reflected by the sun-baked rocks has never oppressed him, how could he ever taste the fresh air of a beautiful morning? How could the fragrance of flowers, the charm of greenery, the moist mist of dew, or the soft, cushiony feel of walking on grass delight his senses? And how could the song of birds evoke any sense of pleasure in him, if the tones of love and joy are still unfamiliar to him? With what fervor would he watch such a beautiful day unfold, if his imagination were unable to paint for him all that makes it so wonderful? Finally, how could he be moved by the beauty of nature’s spectacle, if he did not know whose hand had taken such great care to adorn it?
Do not deliver speeches to a child that he cannot understand. No descriptions, no eloquence, no figures of speech, no poetry. At this moment, there is no place for sentiment or taste. Continue to be clear, simple, and direct; the time will come far too soon when another language will be necessary.
Raised in the spirit of our principles, accustomed to obtaining all his tools from within himself and never resorting to others until he has acknowledged their own inadequacy, whenever he encounters a new object, he examines it at length without saying a word. He is contemplative, not inquisitive. Simply present him with the relevant objects; then, when you see that his curiosity is sufficiently engaged, pose him some concise questions that will guide him toward finding the answers himself.
On this occasion, after having carefully observed the sunrise with him, after pointing out to him the mountains and other nearby objects in the same direction, and after allowing him to talk about it at his leisure, maintain a moment of silence—just as a person who is lost in thought—and then say to him: “I think that yesterday evening the sun set there, and this morning it rose there. How is that possible?” Do not add anything further; if he asks questions, do not answer them; talk about something else instead. Leave him to ponder on it by himself, and be certain that he will think about it.
In order for a child to become accustomed to paying attention and to be deeply impressed by some tangible truth, it is necessary for that truth to cause him some anxiety before he comes to understand it. If he does not grasp it in this way, there is still a way to make it more apparent to him—and that way is to rephrase the question. If a child does not know how the sun moves from its setting to its rising, at least he knows how it moves from its rising to its setting; his own eyes teach him this. Therefore, clarify the first question through the second: either your student is utterly stupid, or the analogy is too clear for him to fail to understand it. This is his first lesson in cosmography.
Lo stesso istinto anima le diverse facoltà dell’uomo. All’attività del corpo, che cerca di svilupparsi, segue l’attività dello spirito, che cerca di istruirsi. Inizialmente i bambini sono solo pieni di movimento; in seguito diventano curiosi; e questa curiosità, se ben guidata, è la forza motrice dell’età in cui ci troviamo ora. Dobbiamo sempre distinguere tra quelle inclinazioni che derivano dalla natura e quelle che derivano dall’opinione altrui. C’è un desiderio di conoscenza basato soltanto sulla voglia di essere considerati saggi; ce n’è un altro che nasce da una curiosità naturale dell’uomo per tutto ciò che può interessarlo, a distanza o da vicino. Il desiderio innato di benessere e l’impossibilità di soddisfarlo appieno spingono l’uomo a cercare costantemente nuovi modi per contribuire ad ottenerlo. Questo è il primo principio della curiosità: un principio naturale nel cuore umano, ma il cui sviluppo avviene soltanto in proporzione alle nostre passioni e alle nostre luci. Immaginiamo un filosofo rinchiuso su un’isola deserta, con strumenti e libri a disposizione, certo di trascorrere lì da solo il resto dei suoi giorni: probabilmente non si preoccuperà più del sistema del mondo, delle leggi dell’attrazione, del calcolo differenziale; forse non aprirà mai un libro in tutta la sua vita, ma sicuramente esplorerà ogni angolo della sua isola, per quanto grande possa essere. Pertanto, dobbiamo ancora scartare dalle nostre prime ricerche quelle conoscenze di cui il gusto non è naturale nell’uomo, e limitarci a quelle che l’istinto ci spinge a cercare.
L’isola dell’umanità è la terra; l’oggetto più evidente ai nostri occhi è il sole. Non appena iniziamo ad allontanarci da noi stessi, le nostre prime osservazioni riguardano necessariamente questi due elementi. Per questo motivo, la filosofia di quasi tutti i popoli selvaggi si basa esclusivamente su immaginarie divisioni della terra e sulla divinità del sole.
Che divario! si potrebbe dire. Un attimo fa eravamo occupati soltanto di ciò che ci riguardava direttamente, di ciò che ci circondava immediatamente; e ora ci troviamo a esplorare il globo terrestre e a spingerci fino alle estremità dell’universo! Questo divario è il risultato del progresso delle nostre forze e della natura inclinata del nostro spirito. Nello stato di debolezza e insufficienza, il desiderio di preservarci ci fa concentrare su noi stessi; nello stato di potenza e forza, invece, il desiderio di ampliare la nostra esistenza ci spinge oltre i limiti del nostro essere, facendoci tendere verso l’infinito. Tuttavia, poiché il mondo intellettuale ci è ancora sconosciuto, il nostro pensiero non va oltre ciò che i nostri occhi possono vedere e la nostra intelligenza si estende soltanto nell’ambito dello spazio che possiamo misurare.
Trasformiamo le nostre sensazioni in idee, ma non saltiamo improvvisamente dagli oggetti sensoriali agli oggetti intellettuali. È attraverso i primi che dobbiamo arrivare ai secondi. Nelle prime operazioni dello spirito, che i sensi siano sempre i nostri guide: nessun altro libro se non il mondo, nessuna altra istruzione se non i fatti. Il bambino che legge non pensa, si limita a leggere; non si instruisce, impara soltanto le parole.
Fate sì che vostro studente presti attenzione ai fenomeni della natura: presto ne diventerà curioso; tuttavia, per nutrire questa curiosità, non affrettatevi mai a soddisfarla. Ponete domande alla sua portata e lasciate che le risolva da solo. Che non sappia nulla perché ve l’avete detto voi, ma perché se l’è capito lui stesso; che non impari la scienza, ma che la inventi. Se mai sostituite nella sua mente l’autorità alla ragione, smetterà di ragionare; non sarà più altro che il giocattolo dell’opinione altrui.
Volete insegnare geografia a questo bambino, quindi andate a prendere globi terrestri, sfere e mappe. Che macchinari inutili! Perché tutte queste rappresentazioni grafiche? Perché non cominciate semplicemente mostrandogli l’oggetto stesso, affinché almeno sappia di cosa state parlando?
Una bella sera, ci si incammina in un luogo adatto, dove l’orizzonte aperto permet di ammirare appieno il sole al tramonto; si osservano quindi gli elementi che rendono riconoscibile quel luogo. Il giorno dopo, per respirare la frescura, si ritorna nello stesso posto prima dell’alba. Si vede il sole avvicinarsi da lontano, attraverso i bagliori di fuoco che emette; l’incendio diventa sempre più intenso, l’oriente appare completamente avvolto dalle fiamme. Al loro splendore si attende a lungo l’apparizione dell’astro; in ogni momento sembra che stia per emergere. Finalmente lo si vede: un punto luminoso scatta come un fulmine e immediatamente riempie tutto lo spazio circostante; il velo delle tenebre svanisce. L’uomo riconosce il proprio luogo di dimora e lo trova ancora più bello. L’erba, durante la notte, ha acquisito una nuova vitalità; la luce del giorno che la illumina, i primi raggi che la dorano, la mostrano ricoperta da un brillante velo di rugiada, che riflette alla vista la luce e i colori. Gli uccelli si radunano in coro e salutano insieme il “padre della vita”; in quel momento nessuno di loro tace; il loro canto, ancora debole, è più lento e più dolce rispetto al resto della giornata. C’è una sensazione di freschezza che sembra penetrare fino nell’anima. Quell’ora di incanto è qualcosa a cui nessun uomo può resistere. Uno spettacolo così grande, così bello, così delizioso, non lascia indifferente nessuno.
Colmo dell’entusiasmo che prova, l’insegnante vuole trasmetterlo al bambino: crede di commuoverlo facendogli prestare attenzione alle sensazioni che lui stesso prova. Pure follia! È nel cuore dell’uomo che risiede la vera essenza dello spettacolo offerto dalla natura; per vederla, è necessario sentirla. Il bambino riesce a percepire gli oggetti, ma non può comprendere i legami che li uniscono, né ascoltare l’armonia dolce del loro “concerto”. È necessaria un’esperienza che lui non ha ancora acquisito, sono necessari sentimenti che lui non ha ancora provato, per percepire quell’impressione complessiva che deriva da tutte queste sensazioni. Se non ha mai attraversato vaste pianure aride, se i sabbie ardenti non gli hanno bruciato i piedi, se la luce soffocante dei massi battuti dal sole non lo ha mai oppresso, come potrà apprezzare l’aria fresca di una bella mattina? Come potranno incantare i suoi sensi il profumo dei fiori, il fascino della vegetazione, la umida nebbia del rugiado, il camminare morbido sull’erba? E come potrà provare emozioni piacevoli al suono del canto degli uccelli, se gli sono ancora sconosciuti gli accenti dell’amore e del piacere? Con quale entusiasmo assisterà alla nascita di una giornata così bella, se la sua immaginazione non sa rappresentargli tutto ciò che può renderla meravigliosa? Infine, come potrà ammirare la bellezza dello spettacolo offerto dalla natura, se ignora quale mano si sia presa cura di adornarla?
Non rivolgete al bambino discorsi che non sia in grado di comprendere. Niente descrizioni, niente eloquenza, nessuna figura retorica, nessuna poesia. In questo momento non si tratta né di sentimenti né di gusti. Continuate ad essere chiari, semplici e freddi; arriverà molto presto il momento in cui sarà necessario utilizzare un altro linguaggio.
Cresciuto nell’ambiente delle nostre massime, abituato a procurarsi da solo tutti gli strumenti di cui ha bisogno e a ricorrere agli altri soltanto dopo aver riconosciuto la propria insufficienza, ogni volta che vede un nuovo oggetto lo esamina a lungo senza dire nulla. È riflessivo, ma non fa domande. Basta presentargli gli oggetti nel modo appropriato; poi, quando vedrete che la sua curiosità è sufficientemente stimolata, ponetegli una domanda concisa che lo indirizzi verso la soluzione del problema.
In questa occasione, dopo aver ammirato insieme a lui il sole che sorgeva, dopo avergli indicato le montagne e gli altri oggetti circostanti nella stessa direzione, dopo averlo lasciato parlare liberamente sull’argomento, mantenete per qualche momento il silenzio, come se foste immersi in un sogno; poi ditegli: “Penso che ieri sera il sole si sia messo là, e che stamattina si sia levato da quella parte. Come può essere possibile? Non aggiungete nulla di più: se vi fa domande, non rispondete; parlate di qualcos’altro. Lasciatelo riflettere da solo, e siete certo che ci penserà.”
Affinché un bambino si abitui ad essere attento e che una qualche verità sensibile gli rimanga ben impressa nella mente, è necessario che tale verità gli causi alcuni giorni di preoccupazione prima che la comprenda. Se non riesce a percepirla in questo modo, esiste un modo per renderla ancora più evidente: basta ripetere la domanda. Se il bambino non sa come il sole arrivi dal tramonto all’alba, almeno sa come arrivi dall’alba al tramonto; i suoi occhi glielo insegnano. Quindi chiarite la prima domanda attraverso l’altra: o il vostro allievo è assolutamente stupido, oppure l’analogia è troppo evidente perché possa sfuggirgli. Ecco la sua prima lezione di cosmografia.
Comme nous procédons toujours lentement d’idée sensible en idée sensible, que nous nous familiarisons longtemps avec la même avant de passer à une autre, et qu’enfin nous ne forçons jamais notre élève d’être attentif, il y a loin de cette première leçon à la connaissance du cours du soleil et de la figure de la terre : mais comme tous les mouvements apparents des corps célestes tiennent au même principe, et que la première observation mène à toutes les autres, il faut moins d’effort, quoiqu’il faille plus de temps, pour arriver d’une révolution diurne au calcul des éclipses, que pour bien comprendre le jour et la nuit.
Puisque le soleil tourne autour du monde, il décrit un cercle et tout cercle doit avoir un centre ; nous savons déjà cela. Ce centre ne saurait se voir, car il est au coeur de la terre, mais on peut sur la surface marquer deux points opposés qui lui correspondent. Une broche passant par les trois points et prolongée jusqu’au ciel de part et d’autre sera l’axe du monde et du mouvement journalier du soleil. Un toton rond tournant sur sa pointe représente le ciel tournant sur son axe ; les deux pointes du toton sont les deux pôles : l’enfant sera fort aise d’en connaître un ; je le lui montre à la queue de la Petite Ourse. Voilà de l’amusement pour la nuit ; peu à peu l’on se familiarise avec les étoiles, et de là naît le premier goût de connaître les planètes et d’observer les constellations.
Nous avons vu lever le soleil à la Saint-Jean ; nous l’allons voir aussi lever à Noël ou quelque autre beau jour d’hiver ; car on sait que nous ne sommes pas paresseux, et que nous nous faisons un jeu de braver le froid. J’ai soin de faire cette seconde observation dans le même lieu où nous avons fait la première ; et moyennant quelque adresse pour préparer la remarque, l’un ou l’autre ne manquera pas de s’écrier : Oh ! oh ! voilà qui est plaisant ! le soleil ne se lève plus à la même place ! ici sont nos anciens renseignements, et à présent il s’est levé là, etc… Il y a donc un orient d’été, et un orient d’hiver, etc. Jeune maître, vous voilà sur la voie. Ces exemples vous doivent suffire pour enseigner très clairement la sphère, en prenant le monde pour le monde, et le soleil pour le soleil.
En général, ne substituez jamais le signe à la chose que quand il vous est impossible de la montrer ; car le signe absorbe l’attention de l’enfant et lui fait oublier la chose représentée.
La sphère armillaire me paraît une machine mal composée et exécutée dans de mauvaises proportions. Cette confusion de cercles et les bizarres figures qu’on y marque lui donnent un air de grimoire qui effarouche l’esprit des enfants. La terre est trop petite, les cercles sont trop grands, trop nombreux ; quelques-uns, comme les colures, sont parfaitement inutiles ; chaque cercle est plus large que la terre ; l’épaisseur du carton leur donne un air de solidité qui les fait prendre pour des masses circulaires réellement existantes ; et quand vous dites à l’enfant que ces cercles sont imaginaires, il ne sait ce qu’il voit, il n’entend plus rien.
Nous ne savons jamais nous mettre à la place des enfants ; nous n’entrons pas dans leurs idées, nous leur prêtons les nôtres ; et suivant toujours nos propres raisonnements, avec des chaînes de vérités nous n’entassons qu’extravagances et qu’erreurs dans leur tête.
On dispute sur le choix de l’analyse ou de la synthèse pour étudier les sciences ; il n’est pas toujours besoin de choisir. Quelquefois on peut résoudre et composer dans les mêmes recherches, et guider l’enfant par la méthode enseignante lorsqu’il croît ne faire qu’analyse. Alors, en employant en même temps l’une et l’autre, elles se serviraient mutuellement de preuves. Partant à la fois des deux points opposés, sans penser faire la même route, il serait tout surpris de se rencontrer, et cette surprise ne pourrait qu’être fort agréable. Je voudrais, par exemple, prendre la géographie par ces deux termes, et joindre à l’étude des révolutions du globe la mesure de ses parties, à commencer du lieu qu’on habite. Tandis que l’enfant étudie la sphère et se transporte ainsi dans les cieux, ramenez-le à la division de la terre, et montrez-lui d’abord son propre séjour.
Ses deux premiers points de géographie seront la ville où il demeure et la maison de campagne de son père, ensuite les lieux intermédiaires, ensuite les rivières du voisinage, enfin l’aspect du soleil et la manière de s’orienter. C’est ici le point de réunion. Qu’il fasse lui-même la carte de tout cela ; carte très simple et d’abord formée de deux seuls objets, auxquels il ajoute peu à peu les autres, à mesure qu’il sait ou qu’il estime leur distance et leur position. Vous voyez déjà quel avantage nous lui avons procuré d’avance en lui mettant un compas dans les yeux.
Malgré cela, sans doute, il faudra le guider un peu ; mais très peu, sans qu’il y paraisse. S’il se trompe laissez-le faire, ne corrigez point ses erreurs, attendez en silence qu’il soit en état de les voir et de les corriger lui-même ; ou tout au plus, dans une occasion favorable, amenez quelque opération qui les lui fasse sentir. S’il ne se trompait jamais, il n’apprendrait pas si bien. Au reste, il ne s’agit pas qu’il sache exactement la topographie du pays, mais le moyen de s’en instruire ; peu importe qu’il ait des cartes dans la tête, pourvu qu’il conçoive bien ce qu’elles représentent, et qu’il ait une idée nette de l’art qui sert à les dresser. Voyez déjà la différence qu’il y a du savoir de vos élèves à l’ignorance du mien ! Ils savent les cartes, et lui les fait. Voici de nouveaux ornements pour sa chambre.
Souvenez-vous toujours que l’esprit de mon institution n’est pas d’enseigner à l’enfant beaucoup de choses, mais de ne laisser jamais entrer dans son cerveau que des idées justes et claires. Quand il ne saurait rien, peu m’importe, pourvu qu’il ne se trompe pas, et je ne mets des vérités dans sa tête que pour le garantir des erreurs qu’il apprendrait à leur place. La raison, le jugement, viennent lentement, les préjugés accourent en foule ; c’est d’eux qu’il le faut préserver. Mais si vous regardez la science en elle-même, vous entrez dans une mer sans fond, sans rive, toute pleine d’écueils ; vous ne vous en tirerez jamais. Quand je vois un homme épris de l’amour des connaissances se laisser séduire à leur charme et courir de l’une à l’autre sans savoir s’arrêter, je crois voir un enfant sur le rivage amassant des coquilles, et commençant par s’en charger, puis, tenté par celles qu’il voit encore, en rejeter, en reprendre, jusqu’à ce qu’accablé de leur multitude et ne sachant plus que choisir, il finisse par tout jeter et retourne à vide.
Durant le premier âge, le temps était long : nous ne cherchions qu’à le perdre, de peur de le mal employer. Ici c’est tout le contraire, et nous n’en avons pas assez pour faire tout ce qui serait utile. Songez que les passions approchent, et que, sitôt qu’elles frapperont à la porte, votre élève n’aura plus d’attention que pour elles. L’âge paisible d’intelligence est si court, il passe si rapidement, il a tant d’autres usages nécessaires, que c’est une folie de vouloir qu’il suffise à rendre un enfant savant. Il ne s’agit point de lui enseigner les sciences, mais de lui donner du goût pour les aimer et des méthodes pour les apprendre, quand ce goût sera mieux développé. C’est là très certainement un principe fondamental de toute bonne éducation.
Voici le temps aussi de l’accoutumer peu à peu à donner une attention suivie au même objet : mais ce n’est jamais la contrainte, c’est toujours le plaisir ou le désir qui doit produire cette attention ; il faut avoir grand soin qu’elle ne l’accable point et n’aille pas jusqu’à l’ennui. Tenez donc toujours l’oeil au guet ; et, quoi qu’il arrive, quittez tout avant qu’il s’ennuie ; car il n’importe jamais autant qu’il apprenne, qu’il importe qu’il ne fasse rien malgré lui.
S’il vous questionne lui-même, répondez autant qu’il faut pour nourrir sa curiosité, non pour la rassasier : surtout quand vous voyez qu’au lieu de questionner pour s’instruire, il se met à battre la campagne et à vous accabler de sottes questions, arrêtez-vous à l’instant, sûr qu’alors il ne se soucie plus de la chose, mais seulement de vous asservir à ses interrogations. Il faut avoir moins d’égard aux mots qu’il prononce qu’au motif qui le fait parler. Cet avertissement, jusqu’ici moins nécessaire, devient de la dernière importance aussitôt que l’enfant commence à raisonner.
Since we always proceed slowly, from one sensible idea to another, taking ample time to become familiar with each one before moving on to the next, and since we never force our students to concentrate, there is a considerable gap between this initial lesson and a thorough understanding of the movements of the sun and the shape of the earth. However, since all the apparent motions of the celestial bodies are based on the same principle, and since one initial observation can lead to an understanding of all others, it requires less effort—though more time—to progress from knowledge of the daily cycle to the ability to calculate eclipses, than it does to truly comprehend the concepts of day and night.
Since the sun revolves around the world, it describes a circle, and every circle must have a center; we already know this. This center cannot be seen, for it is located at the heart of the earth, but two opposite points on its surface can be marked to correspond to it. A needle passing through these three points and extended upwards into the sky on both sides will represent the axis of the world and the sun’s daily motion. A round top that rotates on its point symbolizes the sky turning on its axis; the two ends of this top represent the two poles. Children will find it easy to identify one of these poles; I show them where it is located at the tail of the Little Bear constellation. This is a form of entertainment for nighttime hours; gradually, one becomes familiar with the stars, and from there arises the first interest in learning about the planets and observing constellations.
We saw the sun rise on Saint John’s Day; we will see it rise again on Christmas or some other beautiful winter day, for it is known that we are not lazy and that we take pleasure in braving the cold. I have taken care to make this second observation at the very same place where we made the first one; and with a little skill in preparing the remark, someone will surely exclaim: “Oh! Oh! How interesting! The sun no longer rises in the same place! Here were our previous observations, but now it has risen there, ” Thus, there is an eastern horizon for summer and another for winter, and so on. Young master, you are now on the right path. These examples should be sufficient to clearly demonstrate how the celestial sphere works, by taking the world as it really is and the sun as it truly is.
In general, never substitute a symbol for the thing it represents unless it is absolutely impossible to show the thing itself; for the symbol tends to draw the child’s attention away and make them forget what the symbol is representing.
To me, the armillary sphere appears to be a poorly constructed machine, assembled in inappropriate proportions. The confusion of circles and the strange figures drawn on it give it an air of something akin to a grimoire, which frightens children’s minds. The Earth is too small, while the circles are too large and numerous; some of them, such as those representing zodiacal constellations, are utterly useless. Each circle is wider than the Earth itself; the thickness of the cardboard gives them an appearance of solidity, making them seem like actual circular masses that truly exist. And when you tell a child that these circles are imaginary, he doesn’t know what to think anymore—he simply can’t understand it.
We never manage to put ourselves in the children’s place; we do not enter into their thoughts; instead, we impose our own upon them. And by always following our own reasoning processes, and by piling up chains of so-called “truths,” we only fill their minds with extravagance and error.
There is debate over whether analysis or synthesis should be used to study the sciences; it is not always necessary to make a choice. Sometimes, one can combine both approaches within the same investigation, and guide a child using the method of instruction when they believe they are only engaged in analysis. By employing both methods simultaneously, they can serve as mutual proofs for each other. Starting from two opposing viewpoints without assuming one leads to the same outcome, one would be greatly surprised to find themselves at the same conclusion—and such surprise could only be delightful. For example, I would like to approach geography through these two perspectives: while studying the revolutions of the globe, also measure its various parts, beginning with the place where one lives. As the child learns about the sphere and thus travels through the heavens, guide them back to the division of the earth and show them first their own location on it.
His first two geographical references will be the city where he lives and his father’s country house; then come the intermediate locations, followed by the rivers in the vicinity, and finally, the appearance of the sun and how to orient oneself. This is where everything comes together. He should make his own map of all these places—a very simple map, initially consisting of only two objects, to which he can gradually add others as he learns or estimates their distances and positions. You can already see the advantage we have given him in advance by providing him with a compass.
Nevertheless, it will probably be necessary to guide him a little; but very little, so that he does not notice it. If he makes mistakes, let him proceed; do not correct them for him. Wait quietly until he is in a position to see them and correct them himself; or at the most, on an appropriate occasion, introduce something that will make him aware of those mistakes. If he never made any mistakes, he would not learn as well. After all, it is not essential that he know the exact topography of the country; what matters is that he understands how to acquire such knowledge. It does not matter if he has maps in his head, so long as he clearly understands what they represent and has a clear idea of the technique used to create them. Just consider the difference between your students’ knowledge and my ignorance! They know the maps, but he creates them himself. Here are some new decorations for his room.
Always remember that the purpose of my institution is not to teach a child many things, but rather to ensure that only correct and clear ideas ever enter his mind. It does not matter if he knows nothing at first, so long as he does not err; I impart truths to him solely to protect him from making mistakes himself. Reason and judgment develop slowly, while prejudices arise in large numbers; it is precisely these prejudices that we must guard against. But if you look at science itself, you enter an endless, boundless sea filled with dangers from which you can never escape. When I see a person devoted to the pursuit of knowledge being seduced by its allure and rushing from one subject to another without knowing when to stop, I see a child on the shore collecting shells—first filling himself with them, then, tempted by more that he sees, discarding some and picking up others, until, overwhelmed by their abundance and unable to choose anymore, he ends up throwing them all away and returning with nothing.
In early childhood, time seemed endless: we only sought to waste it, for fear of misusing it. Here, however, the situation is precisely the opposite—we don’t have enough time to accomplish everything that would be useful. Consider that passions are on their way; once they knock at the door, your child’s attention will be devoted solely to them. The peaceful period of intellectual growth is so short, passes so quickly, and has so many other essential uses—that it would be utterly foolish to expect it alone to make a child knowledgeable. The goal is not to teach them sciences in themselves, but rather to cultivate in them the desire to love them and to provide them with methods to learn them, once that desire has been properly nurtured. This is undoubtedly a fundamental principle of any good education.
Now is also the time to gradually accustom oneself to paying sustained attention to the same object; but it must never be done out of compulsion—only out of pleasure or desire. Great care must be taken to ensure that this attention does not become a burden or even lead to boredom. Always stay vigilant, and whatever happens, stop immediately before he becomes bored; for it is far more important that he learn than that he do anything wrong unintentionally.
If he asks you himself, answer as much as is necessary to stimulate his curiosity—not to satisfy it completely. Especially when you notice that, instead of asking questions out of a desire to learn, he begins to bombard you with foolish inquiries, stop immediately. Be certain that at that point, he no longer cares about the subject itself but only about making you comply with his questioning. One should pay less attention to the words he uses than to the reason behind them. This advice, which until now might have seemed less necessary, becomes of utmost importance the moment a child begins to reason.
Poiché procediamo sempre lentamente, passando da un’idea sensibile all’altra, e ci familiarizziamo a lungo con la stessa prima di passare alla successiva, inoltre non costringiamo mai il nostro discente ad essere attento, c’è ancora molta strada da percorrere tra questa prima lezione e la conoscenza del movimento del sole e della forma della terra. Tuttavia, poiché tutti i movimenti apparenti dei corpi celesti sono basati sullo stesso principio, e che la prima osservazione conduce a tutte le altre, è necessario uno sforzo minore – anche se richiede più tempo – per passare dal comprendimento del ciclo diurno al calcolo delle eclissi, rispetto a quanto sia necessario per comprendere correttamente il concetto di giorno e notte.
Poiché il solecco gira intorno al mondo, descrive un cerchio e ogni cerchio deve avere un centro; questo lo sappiamo già. Questo centro non può essere visto, poiché si trova nel cuore della terra, ma sulla superficie terrestre è possibile individuare due punti opposti che gli corrispondono. Un ago che passi attraverso questi tre punti e venga prolungato fino al cielo su entrambi i lati costituirà l’asse del mondo e del movimento quotidiano del sole. Un piccolo cerchio che ruota sulla sua punta rappresenta il cielo che gira sul suo asse; le due estremità di questo cerchio sono i due poli: un bambino imparerà facilmente a riconoscerne uno; glielo mostro indicando la coda della Piccola Orsa. Ecco un modo divertente per trascorrere la notte. Gradualmente ci si abitua alle stelle, e da lì nasce il primo interesse per conoscere i pianeti e osservare le costellazioni.
Abbiamo visto sorgere il sole il giorno di San Giovanni; lo vedremo sorgere anche a Natale o in qualche altro bel giorno d’inverno, perché si sa che non siamo pigri e che ci divertiamo a sfidare il freddo. Ho curato di fare questa seconda osservazione nello stesso luogo dove ne avevamo fatta la prima; e con un po’ di attenzione nel preparare la riflessione, qualcuno non mancherà di esclamare: “Oh! Oh! Che divertente. Il sole non sorge più nello stesso posto! Prima era qui, ora è là, ” Ecco quindi un “oriente estivo” e un “oriente invernale”, ecc. Giovane maestro, ora sei sulla strada giusta. Questi esempi dovrebbero essere sufficienti per insegnarti molto chiaramente la sfera celeste, prendendo il mondo per ciò che è e il sole per ciò che realmente è.
In generale, non sostituite mai il segno con la cosa che esso rappresenta se non quando è impossibile mostrarla; infatti, il segno attira tutta l’attenzione del bambino, facendogli dimenticare la cosa stessa che dovrebbe essere rappresentata.
La sfera armillare mi sembra una macchina mal progettata e realizzata con proporzioni sbagliate. Questa confusione di cerchi e le figure strane che vi sono disegnate le conferiscono un aspetto simile a quello di un grimorio, che spaventa la mente dei bambini. La Terra è troppo piccola, i cerchi sono troppo grandi e numerosi; alcuni di essi, come quelli denominati “colure”, sono completamente inutili; ogni cerchio è più largo della Terra stessa; lo spessore del cartone con cui è realizzata dà loro l’illusione di solidità, facendoli sembrare masse circolari realmente esistenti; e quando si dice al bambino che questi cerchi sono immaginari, lui non capisce più nulla di ciò che vede.
Non riusciamo mai a metterci nei panni dei bambini; non entriamo nel loro modo di pensare, ma imponiamo loro il nostro; e seguendo sempre i nostri propri ragionamenti, accumuliamo nella loro mente solo assurdità ed errori.
Si discute sul fatto di scegliere tra l’analisi e la sintesi per lo studio delle scienze; non è sempre necessario prendere una decisione. A volte si possono utilizzare entrambe le metodologie nello stesso contesto di ricerca, e si può guidare un bambino attraverso il processo di apprendimento utilizzando la strategia più adatta alle sue capacità, anche quando lui crede di limitarsi all’analisi. In questo modo, applicando contemporaneamente analisi e sintesi, le due metodologie potrebbero a vicenda fornire prove a sostegno delle rispettive tesi. Partendo da due punti opposti, senza pensare di seguire lo stesso percorso, si potrebbe essere sorpresi di scoprire di arrivare allo stesso risultato; questa sorpresa non potrebbe che essere molto piacevole. Vorrei, ad esempio, affrontare lo studio della geografia attraverso questi due approcci: da un lato, studiare le rivoluzioni del globo; dall’altro, misurare le sue parti, a partire dal luogo in cui si vive. Mentre il bambino studia la sfera e si “sposta” così nei cieli, riportatelo alla divisione della terra e mostrategli innanzitutto il suo stesso ambiente di vita.
I suoi primi due elementi di conoscenza geografica saranno la città in cui vive e la casa di campagna di suo padre; successivamente, i luoghi intermedi, poi i fiumi delle vicinanze, infine l’aspetto del sole e il modo per orientarsi. Questo è il punto di partenza per la sua formazione geografica. Che sia lui stesso a creare questa “mappa”: una mappa molto semplice, inizialmente composta soltanto da due elementi, ai quali aggiungerà gradualmente gli altri, man mano che ne conoscerà o ne stimerà la distanza e la posizione. Vedete già quale vantaggio gli abbiamo fornito in anticipo, dandogli un compasso tra le mani.
Nonostante ciò, probabilmente sarà necessario guidarlo un po’; ma molto poco, in modo che non se ne accorga. Se sbaglia, lasciatelo fare: non correggete i suoi errori, aspettate in silenzio che sia in grado di vederli e correggerli da solo; o, al massimo, in un’occasione favorevole, suggeritegli qualcosa che gli faccia rendersene conto. Se non sbagliasse mai, non imparerebbe altrettanto bene. Del resto, non è necessario che conosca esattamente la topografia del paese, ma che sappia come informarsene; non importa se ha le carte nella mente, purché comprenda bene ciò che rappresentano e abbia un’idea chiara dell’arte con cui vengono realizzate. Vedete già la differenza tra la conoscenza dei vostri studenti e l’ignoranza della mia. Loro conoscono le carte; lui, invece, le utilizza per creare nuovi ornamenti per la sua stanza.
Ricordate sempre che lo scopo della mia istituzione non è insegnare all’infante molte cose, ma piuttosto impedire che nel suo cervello entri mai nulla di falso o confuso. Se non sapesse nulla, non mi importerebbe affatto, purché non si sbagliasse; infatti, inserisco nella sua mente solo verità chiare e precise, al fine di proteggerlo dagli errori che potrebbe commettere al loro posto. La ragione e il giudizio arrivano lentamente, mentre i pregiudizi affluiscono in gran numero; è proprio da questi che bisogna proteggere l’infante. Ma se si considera la scienza in sé, ci si trova di fronte a un oceano senza fondo e senza rive, pieno di pericoli; non si potrà mai uscirne. Quando vedo un uomo appassionato di conoscenza lasciarsi sedurre dal loro fascino e correre da una disciplina all’altra senza saper fermarsi, penso a un bambino che raccoglie conchiglie sulla riva: ne riempie le mani, ma poi, tentato da altre ancora più luccicanti, le scarta e le riprende, fino a quando, sopraffatto dalla loro quantità e incapace di scegliere, finisce per gettarle tutte via e ritrovarsi con nulla in mano.
Nella prima infanzia, il tempo sembrava lungo: cercavamo soltanto di perderlo, per paura di usarlo male. Qui invece è esattamente il contrario: non ne abbiamo abbastanza per fare tutto ciò che sarebbe utile. Pensate solo alle passioni che stanno per arrivare. Non appena busseranno alla porta, l’attenzione del vostro allievo sarà interamente rivolta a loro. L’epoca serena e propizia allo sviluppo intellettuale è così breve, passa così in fretta, e ha tante altre esigenze urgenti. È davvero folle pensare che possa bastare da sola per rendere un bambino sapiente. Non si tratta di insegnargli le scienze, ma di fargli sviluppare il desiderio di amarle e di fornirgli i metodi necessari per apprenderle, quando quel desiderio sarà già abbastanza forte. Questo è sicuramente un principio fondamentale di qualsiasi buona educazione.
È anche il momento di abituarsi gradualmente a prestare attenzione costante allo stesso oggetto; ma ciò deve sempre avvenire per piacere o desiderio, mai per costrizione. È necessario fare molta attenzione affinché questa attenzione non diventi eccessiva e non porti all’noia. Quindi tenete sempre l’occhio vigile; e, in ogni caso, lasciate perdere tutto prima che si annoi. Poiché non importa mai quanto impari, ciò che conta davvero è che non faccia nulla contro la sua volontà.
Se vi pone domande personalmente, rispondete quanto basta per alimentare la sua curiosità, ma non per soddisfarla del tutto; soprattutto quando notate che, invece di porre domande per imparare, inizia a fare insensate domande e a tormentarvi con esse, fermatevi immediatamente: è certo che in quel momento non gli interessa più la questione stessa, ma solo il fatto di farvi aderire alle sue richieste. Bisogna dare meno importanza alle parole che pronuncia che al motivo che lo spinge a parlare. Questo avvertimento, finora meno necessario, diventa di estrema importanza non appena il bambino inizia a ragionare.
Il y a une chaîne de vérités générales par laquelle toutes les sciences tiennent à des principes communs et se développent successivement : cette chaîne est la méthode des philosophes. Ce n’est point de celle-là qu’il s’agit ici. Il y en a une toute différente, par laquelle chaque objet particulier en attire un autre et montre toujours celui qui le suit. Cet ordre, qui nourrit, par une curiosité continuelle, l’attention qu’ils exigent tous, est celui que suivent la plupart des hommes, et surtout celui qu’il faut aux enfants. En nous orientant pour lever nos cartes, il a fallu tracer des méridiennes. Deux points d’intersection entre les ombres égales du matin et du soir donnent une méridienne excellente pour un astronome de treize ans. Mais ces méridiennes s’effacent, il faut du temps pour les tracer ; elles assujettissent à travailler toujours dans le même lieu : tant de soins, tant de gêne, l’ennuieraient à la fin. Nous l’avons prévu ; nous y pourvoyons d’avance.
Me voici de nouveau dans mes longs et minutieux détails. Lecteurs, j’entends vos murmures, et je les brave : je ne veux point sacrifier à votre impatience la partie la plus utile de ce livre. Prenez votre parti sur mes longueurs ; car pour moi j’ai pris le mien sur vos plaintes.
Depuis longtemps nous nous étions aperçus, mon élève et moi, que l’ambre, le verre, la cire, divers corps frottés attiraient les pailles, et que d’autres ne les attiraient pas. Par hasard nous en trouvons un qui a une vertu plus singulière encore ; c’est d’attirer à quelque distance, et sans être frotté, la limaille et d’autres brins de fer. Combien de temps cette qualité nous amuse, sans que nous puissions y rien voir de plus ! Enfin nous trouvons qu’elle se communique au fer même, aimanté dans un certain sens. Un jour nous allons à la foire[370] ; un joueur de gobelets attire avec un morceau de pain un canard de cire flottant sur un bassin d’eau. Fort surpris, nous ne disons pourtant pas : c’est un sorcier ; car nous ne savons ce que c’est qu’un sorcier. Sans cesse frappés d’effets dont nous ignorons les causes, nous ne nous pressons de juger de rien, et nous restons en repos dans notre ignorance jusqu’à ce que nous trouvions l’occasion d’en sortir.
De retour au logis, à force de parler du canard de la foire, nous allons nous mettre en tête de l’imiter : nous prenons une bonne aiguille bien aimantée, nous l’entourons de cire blanche, que nous façonnons de notre mieux en forme de canard, de sorte que l’aiguille traverse le corps et que la tête fasse le bec. Nous posons sur l’eau le canard, nous approchons du bec un anneau de clef, et nous voyons, avec une joie facile à comprendre, que notre canard suit la clef précisément comme celui de la foire suivait le morceau de pain. Observer dans quelle direction le canard s’arrête sur l’eau quand on l’y laisse en repos, c’est ce que nous pourrons faire une autre fois. Quant à présent, tout occupés de notre objet, nous n’en voulons pas davantage.
Dès le même soir nous retournons à la foire avec du pain préparé dans nos poches ; et, sitôt que le joueur de gobelets a fait son tour, mon petit docteur, qui se contenait à peine, lui dit que ce tour n’est pas difficile, et que lui-même en fera bien autant. Il est pris au mot : à l’instant, il tire de sa poche le pain où est caché le morceau de fer ; en approchant de la table, le coeur lui bat ; il présente le pain presque en tremblant ; le canard vient et le suit ; l’enfant s’écrie et tressaillit d’aise. Aux battements de mains, aux acclamations de l’assemblée la tête lui tourne, il est hors de lui. Le bateleur interdit vient pourtant l’embrasser, le féliciter, et le prie de l’honorer encore le lendemain de sa présence, ajoutant qu’il aura soin d’assembler plus de monde encore pour applaudir à son habileté. Mon petit naturaliste enorgueilli veut babiller, mais sur-le-champ je lui ferme la bouche, et l’emmène comblé d’éloges.
L’enfant, jusqu’au lendemain, compte les minutes avec une risible inquiétude. Il invite tout ce qu’il rencontre ; il voudrait que tout le genre humain fût témoin de sa gloire ; il attend l’heure avec peine, il la devance ; on vole au rendez-vous ; la salle est déjà pleine. En entrant, son jeune coeur s’épanouit. D’autres jeux doivent précéder ; le joueur de gobelets se surpasse et fait des choses surprenantes. L’enfant ne voit rien de tout cela ; il s’agite, il sue, il respire à peine ; il passe son temps à manier dans sa poche son morceau de pain d’une main tremblante d’impatience. Enfin son tour vient ; le maître l’annonce au public avec pompe. Il s’approche un peu honteux, il tire son pain… Nouvelle vicissitude des choses humaines ! Le canard, si privé la veille, est devenu sauvage aujourd’hui ; au lieu de présenter le bec, il tourne la queue et s’enfuit ; il évite le pain et la main qui le présente avec autant de soin qu’il les suivait auparavant. Après mille essais inutiles et toujours hués, l’enfant se plaint, dit qu’on le trompe, que c’est un autre canard qu’on a substitué au premier, et défie le joueur de gobelets d’attirer celui-ci.
Le joueur de gobelets, sans répondre, prend un morceau de pain, le présente au canard ; à l’instant le canard suit le pain, et vient à la main qui le retire. L’enfant prend le même morceau de pain ; mais loin de réussir mieux qu’auparavant, il voit le canard se moquer de lui et faire des pirouettes tout autour du bassin : il s’éloigne enfin tout confus, et n’ose plus s’exposer aux huées.
Alors le joueur de gobelets prend le morceau de pain que l’enfant avait apporté, et s’en sert avec autant de succès que du sien : il en tire le fer devant tout le monde, autre risée à nos dépens ; puis de ce pain ainsi vidé, il attire le canard comme auparavant. Il fait la même chose avec un autre morceau coupé devant tout le monde par une main tierce, il en fait autant avec son gant, avec le bout de son doigt ; enfin il s’éloigne au milieu de la chambre, et, du ton d’emphase propre à ces gens-là, déclarant que son canard n’obéira pas moins à sa voix qu’à son geste, il lui parle et le canard obéit ; il lui dit d’aller à droite et il va à droite, de revenir et il revient, de tourner et il tourne : le mouvement est aussi prompt que l’ordre. Les applaudissements redoublés sont autant d’affronts pour nous. Nous nous évadons sans être aperçus, et nous nous renfermons dans notre chambre, sans aller raconter nos succès à tout le monde comme nous l’avions projeté.
Le lendemain matin l’on frappe à notre porte ; j’ouvre : c’est l’homme aux gobelets. Il se plaint modestement de notre conduite. Que nous avait-il fait pour nous engager à vouloir décréditer ses jeux et lui ôter son gagne-pain ? Qu’y a-t-il donc de si merveilleux dans l’art d’attirer un canard de cire, pour acheter cet honneur aux dépens de la subsistance d’un honnête homme ? Ma foi, messieurs, si j’avais quelque autre talent pour vivre, je ne me glorifierais guère de celui-ci. Vous deviez croire qu’un homme qui a passé sa vie à s’exercer à cette chétive industrie en sait là-dessus plus que vous, qui ne vous en occupez que quelques moments. Si je ne vous ai pas d’abord montré mes coups de maître, c’est qu’il ne faut pas se presser d’étaler étourdiment ce qu’on sait ; j’ai toujours soin de conserver mes meilleurs tours pour l’occasion, et après celui-ci, j’en ai d’autres encore pour arrêter de jeunes indiscrets. Au reste, messieurs, je viens de bon coeur vous apprendre ce secret qui vous a tant embarrassés, vous priant de n’en pas abuser pour me nuire, et d’être plus retenus une autre fois.
Alors il nous montre sa machine, et nous voyons avec la dernière surprise qu’elle ne consiste qu’en un aimant fort et bien armé, qu’un enfant caché sous la table faisait mouvoir sans qu’on s’en aperçût.
L’homme replie sa machine ; et, après lui avoir fait nos remerciements et nos excuses, nous voulons lui faire un présent ; il le refuse. « Non, messieurs, je n’ai pas assez à me louer de vous pour accepter vos dons ; je vous laisse obligés à moi malgré vous ; c’est ma seule vengeance. Apprenez qu’il y a de la générosité dans tous les états ; je fais payer mes tours et non mes leçons. »
There exists a chain of general truths through which all sciences are connected by common principles and develop in a sequential manner; this chain is the method employed by philosophers. However, what is at issue here is not that chain. There is another, entirely different one, according to which each particular object attracts another and always indicates the one that follows it. This order, which maintains a continuous curiosity and thus sustains the attention required for studying all these objects, is the one followed by most people—and especially by children. When we oriented ourselves in order to lay out our maps, it was necessary to draw meridians. Two points of intersection between the equal shadows cast in the morning and evening provide an excellent meridian for a thirteen-year-old astronomer. But such meridians fade over time; it takes effort to draw them, and they require one to always work in the same place—so much care and inconvenience would eventually become annoying. We anticipated this; therefore, we have prepared in advance for such situations.
Here I am again, delving into my lengthy and meticulous details. Readers, I hear your murmurs, but I defy them: I refuse to sacrifice the most useful portion of this book to your impatience. Take your stand on my lengthiness; for as for me, I have already taken mine in response to your complaints.
For a long time, my student and I had observed that amber, glass, wax, and various other materials when rubbed would attract straws, while others did not. By chance, we discovered a substance with an even more peculiar property: it could attract filings of iron and other small pieces of metal from a distance, without any need for friction. For what length of time this phenomenon amused us, without us being able to understand its cause at all! Eventually, we realized that this property extended even to iron itself, which would be attracted in a certain direction. One day, while attending a fair[370], we saw a juggler using a piece of bread to attract a wax duck floating on a basin of water. Though greatly surprised, we did not say, “This is a magician”; for we had no idea what a magician was. Constantly encountering effects whose causes we did not understand, we refrained from making hasty judgments and remained content in our ignorance until the opportunity arose to uncover those secrets.
Upon returning home, after talking so much about the fairground duck, we decided to try and imitate it ourselves: we took a good, strong needle coated with magnetite, wrapped it in white wax, and shaped it as carefully as possible into the form of a duck, making sure the needle went through its “body” and the “head” became its beak. We placed the “duck” on the water, brought a ring near its “beak,” and to our great delight, we saw that it followed the ring just like the one at the fairground had followed the piece of bread. Observing in which direction the duck stopped when left floating alone on the water could wait for another time; for now, completely absorbed in our project, we wanted nothing more.
That very evening we returned to the fair with bread prepared in our pockets; and as soon as the cup-and-ball player finished his turn, my little doctor, who could hardly contain himself, told him that the trick was not difficult at all and that he himself could do it just as well. The player took him at his word: immediately, he pulled out the bread from his pocket, where the piece of iron was hidden; as he approached the table, his heart was pounding with excitement; he presented the bread almost tremblingly—the duck came and followed it; the child exclaimed in joy and shuddered with delight. Amidst the applause and cheers of the crowd, his head began to spin; he was completely overwhelmed with emotion. Nevertheless, the showman came over to kiss him, congratulate him, and asked him to perform again the next day, promising to gather an even larger audience to applaud his skill. My little naturalist, filled with pride, wanted to talk nonstop, but I immediately shut his mouth and took him away, overwhelmed by all the praise he had received.
The child counts the minutes with ridiculous anxiety until the next day. He invites everyone he meets; he wishes that the entire human race could witness his glory. He waits for the hour with impatience—sometimes even arriving ahead of time. People rush to the rendezvous, and the room is already full. As soon as he enters, his young heart swells with excitement. But other games must take place first; the cup-game player performs astonishing tricks. The child doesn’t notice any of this—he fidgets, sweats, can barely breathe, spending his time nervously fiddling with the piece of bread in his pocket. Finally, it’s his turn. The host announces it to the crowd with great pomp. He approaches, a bit shyly, and takes out his bread. Yet another twist in human affairs! The duck that was so reluctant yesterday has now turned wild—it refuses to take the bread; instead, it turns its tail and runs away, avoiding both the bread and the hand that once so carefully offered it. After countless failed attempts and constant ridicule, the child complains that someone is cheating him—that another duck must have been substituted for the original one—and challenges the cup-game player to bring it back.
The game player, without answering, takes a piece of bread and presents it to the duck; immediately, the duck follows the bread and comes towards the hand that removes it. The child takes the same piece of bread; but far from achieving any better result than before, he sees the duck mocking him and doing pirouettes all around the basin. In the end, he walks away in confusion, no longer daring to expose himself to further ridicule.
Then the game player takes the piece of bread that the child had brought and uses it just as successfully as his own: he pulls out the iron object in front of everyone, causing another round of laughter at our expense; then, using this now-empty piece of bread, he attracts the duck just as before. He does the same with another piece of bread cut in front of everyone by a third party, and then with his glove, with the tip of his finger; finally, he walks away into the middle of the room and, in that emphatic tone characteristic of such people, declares that his duck will obey his voice just as readily as its movements. He speaks to it, and the duck obeys; he tells it to go right, and it goes right; he tells it to come back, and it comes back; he tells it to turn around, and it turns around—the movement is just as swift as the command. The redoubled applause serves only to further humiliate us. We manage to escape without being seen and retreat to our room, without going around telling everyone about our “successes” as we had originally planned.
The next morning, someone knocked at our door; I opened it—it was the man with the cups. He modestly complained about our behavior. What had he done to us that we would want to discredit his games and deprive him of his means of livelihood? What is there so wonderful about the art of attracting a wax duck, that one would willingly sacrifice the livelihood of an honest man for such “honor”? In truth, gentlemen, if I possessed any other talent for making a living, I would not boast so much about this one. You must have thought that a man who has spent his life practicing such a meager craft surely knows more about it than you, who only deal with it for a few moments at a time. If I did not show you my best tricks at first, it was because one should not foolishly display what one knows; I always reserve my finest moves for the right occasion. After this one, I have others still to stop those young indiscreets. In any case, gentlemen, I am here sincerely to share with you this secret that has caused you so much trouble—I beg you not to abuse it to harm me, and to be more cautious next time.
Then he showed us his machine, and to our great surprise we saw that it consisted merely of a strong and well-designed magnet, which some child hidden under the table was operating without anyone noticing.
The man folds up his machine; and after expressing our gratitude and apologies to him, we wish to give him a gift, but he refuses. “No, gentlemen, I have enough reasons to be grateful to you to accept your gifts; I leave you in debt to me, against your will—even this is my only revenge. Let it be known that generosity exists in all walks of life; I charge for my performances, not for my lessons.”
Esiste una catena di verità generali attraverso cui tutte le scienze si collegano a principi comuni e si sviluppano in modo sequenziale: questa catena rappresenta il metodo dei filosofi. Non si tratta però di questo tipo di catena. Esiste un’altra, completamente diversa, attraverso cui ogni oggetto particolare attira un altro e indica sempre quello che segue. Questo ordine, che alimenta continuamente la curiosità e stimola l’attenzione richiesta da tutte le scienze, è quello seguito dalla maggior parte delle persone, soprattutto dai bambini. Per orientarci nella consultazione delle carte geografiche, è stato necessario tracciare dei meridiani; due punti di intersezione tra le ombre uguali del mattino e della sera forniscono un meridiano eccellente per un astronomo di tredici anni. Tuttavia questi meridiani si cancellano con il passare del tempo; ne occorre molto per tracciarli, e il dover lavorare sempre nello stesso luogo comporta troppi sforzi e disagi. Questo ci è stato previsto; quindi abbiamo provveduto in anticipo.
Ecco di nuovo immerso nei miei lunghi e dettagliati ragionamenti. Lettori, sento i vostri mormori, ma li affronto con coraggio: non intendo sacrificare alla vostra impazienza la parte più utile di questo libro. Prendete posizione riguardo alle mie lungaggini, perché io, dal canto mio, ho già preso posizione riguardo alle vostre lamentele.
Da molto tempo, io e il mio allievo avevamo notato che l’ambra, il vetro, la cera, nonché diversi materiali strofinati attiravano le paglie di ferro, mentre altri no. Per caso ne trovammo uno che possedeva una proprietà ancora più singolare: quella di attrarre, da una certa distanza e senza alcun contatto fisico, la limatura di ferro e altri frammenti metallici. Per quanto tempo questa caratteristica ci divertì, senza che riuscissimo a comprenderne il motivo! Alla fine scoprimmo che essa si trasmetteva anche al ferro stesso, che veniva attratto in una determinata direzione. Un giorno andammo al mercato; un giocoliere attirò con un pezzo di pane un’anatra di cera galleggiante su un bacino d’acqua. Molto sorpresi, tuttavia non dicemmo: “È un mago, ”, perché non sapevamo cosa fosse un mago. Continuando a essere colpiti da effetti di cui ignoravamo le cause, non ci affrettammo a giudicare nulla e rimanemmo nell’ignoranza, fino a quando non trovammo l’occasione per scoprirne il segreto.
Tornati a casa, parlando continuamente del gallo d’oca del mercato, abbiamo deciso di imitarlo: prendiamo un ago lungo e ben magnetizzato, lo avvolgiamo in cera bianca e lo modelliamo con cura nella forma di un gallo d’oca, in modo che l’ago passi attraverso il “corpo” dell’oggetto e la “testa” faccia da becco. Mettiamo questo “gallo d’oca” sull’acqua, avviciniamo al suo becco un anello di chiave e vediamo, con una gioia facilmente comprensibile, che il nostro oggetto segue l’anello esattamente come quello del mercato seguiva il pezzo di pane. Osservare in quale direzione l’oggetto si ferma sull’acqua quando lo lasciamo tranquillamente in superficie, è qualcosa che potremo fare un’altra volta. Per ora, troppo impegnati nella realizzazione del nostro progetto, non desideriamo nulla di più.
Nella stessa sera torniamo al mercato con del pane preparato nelle nostre tasche; non appena il giocoliere finisce il suo giro, il mio piccolo “dottore”, che a malapena tratteneva la sua eccitazione, gli dice che quel gioco non è affatto difficile e che lui stesso riuscirà a farlo altrettanto bene. L’altro accetta la sfida: immediatamente tira fuori dal petto il pane nel quale è nascosto il pezzo di ferro; avvicinandosi al tavolo, il suo cuore batte all’impazzata; presenta il pane quasi tremando. Il “canarino” arriva e lo segue; il bambino esulta di gioia. Tra gli applausi della folla, gli gira la testa. È completamente sopraffatto dall’emozione. Anche se il giocoliere cerca di abbracciarlo e congratularsi con lui, gli chiede di tornare il giorno dopo per onorarlo ancora una volta, promettendo che radunerà ancora più gente per applaudire la sua abilità. Il mio piccolo naturalista, orgoglioso di sé, vuole parlare a lungo. Ma subito gli chiudo la bocca e lo porto via, pieno di lodi.
Il bambino, fino al giorno seguente, conta i minuti con una inquietudine ridicola. Invita tutto ciò che incontra; vorrebbe che tutta l’umanità fosse testimone della sua gloria; aspetta quell’ora con impazienza, e infine arriva il suo turno. Il maestro lo annuncia al pubblico con solennità. Si avvicina, un po’ imbarazzato, tira fuori il suo pezzo di pane. Ma il “canarino” che doveva riceverlo si comporta in modo strano: invece di prendere il pane, gira la coda e scappa, evitando sia il pane che la mano che lo offre con tanto impegno. Dopo mille tentativi infruttuosi e continue risate del pubblico, il bambino si lamenta, dice che lo stanno ingannando, e sfida il giocatore a far venire quel “canarino” da lui stesso.
Il giocatore con i bicchieri, senza rispondere, prende un pezzo di pane e lo presenta al gallo; all’istante il gallo segue il pane e si avvicina alla mano che lo ritira. Il bambino prende lo stesso pezzo di pane; ma, invece di riuscire meglio di prima, vede il gallo prendersi gioco di lui e fare delle piroette intorno al bacino: alla fine se ne allontana confuso e non osa più esporsi alle derisioni altrui.
Allora il giocatore di carte prende il pezzo di pane che il bambino aveva portato e lo utilizza con lo stesso successo del proprio: ne estrae il ferro davanti a tutti, suscitando nuove risate a nostro scapito; poi, con quel pane ormai svuotato, attira il canarino come prima. Fa la stessa cosa con un altro pezzo di pane tagliato davanti a tutti da una terza persona, e lo fa anche con il proprio guanto, con la punta del dito; infine si allontana nel mezzo della stanza e, con l’intonazione enfatica tipica di quelle persone, dichiara che il suo canarino obbedirà tanto alla sua voce quanto al suo gesto. Gli parla e il canarino obbedisce: gli dice di andare a destra e va a destra, di tornare indietro e torna indietro, di girare a sinistra e gira a sinistra; i movimenti sono altrettanto rapidi degli ordini. Gli applausi crescono ancora di più, diventando un ulteriore affronto per noi. Ci allontaniamo senza essere visti e ci ritiriamo nella nostra stanza, senza andare a raccontare i nostri “successi” a tutti, come avevamo previsto.
La mattina seguente qualcuno bussa alla nostra porta; apro: è l’uomo dei bicchieri. Si lamenta modestamente del nostro comportamento. Che cosa ci aveva fatto per indurci a voler screditare i suoi giochi e privarlo del suo mezzo di sussistenza? Cosa c’è di così meraviglioso nell’arte di attirare un’anatra di cera, da dover comprare tale “onore” a scapito della sussistenza di un uomo onesto? Onestamente, signori, se avessi qualche altro talento per vivere, non mi vanterei certo di questo. Dovreste credere che un uomo che ha trascorso tutta la sua vita ad esercitarsi in questa misera attività ne sappia più di voi, che vi occupate di essa solo per pochi momenti. Se non vi ho mostrato subito i miei “trucchi migliori”, è perché non si dovrebbe affrettarsi a mostrare scioccamente ciò che si sa; tengo sempre da parte le mie mosse più efficaci per l’occasione giusta. E dopo questa, ne ho altre ancora per fermare quei giovani indiscreti. Comunque, signori, vi vengo sinceramente ad insegnare questo segreto che vi ha tanto messo in imbarazzo; vi prego di non abusarne per nuocermi e di essere più cauti la prossima volta.
Allora ci mostra la sua macchina, e con grande sorpresa vediamo che essa consiste soltanto in un magnete potente e ben costruito, che un bambino nascosto sotto il tavolo faceva muovere senza che nessuno se ne accorgesse.
L’uomo ripiega la sua macchina; dopo avergli espresso i nostri ringraziamenti e le nostre scuse, vogliamo fargli un regalo, ma lui lo rifiuta. “No, signori, non ho abbastanza motivi per lodarvi da accettare i vostri doni; vi lascio in debito con me, contro la vostra volontà. Questa è la mia unica vendetta. Imparate che esiste generosità in ogni stato sociale; io faccio pagare le mie “farse”, non le mie “lezioni”.”
En sortant, il m’adresse à moi nommément et tout haut une réprimande. J’excuse volontiers, me dit-il, cet enfant ; il n’a péché que par ignorance. Mais vous, monsieur, qui deviez connaître sa faute, pourquoi la lui avoir laissé faire ? Puisque vous vivez ensemble, comme le plus âgé vous lui devez vos soins, vos conseils ; votre expérience est l’autorité qui doit le conduire. En se reprochant, étant grand, les torts de sa jeunesse, il vous reprochera sans doute ceux dont vous ne l’aurez pas averti[371].
Il part et nous laisse tous deux très confus. Je me blâme de ma molle facilité ; je promets à l’enfant de la sacrifier une autre fois à son intérêt, et de l’avertir de ses fautes avant qu’il en fasse ; car le temps approche où nos rapports vont changer, et où la sévérité du maître doit succéder à la complaisance du camarade ; ce changement doit s’amener par degrés ; il faut tout prévoir, et tout prévoir de fort loin.
Le lendemain nous retournons à la foire pour revoir le tour dont nous avons appris le secret. Nous abordons avec un profond respect notre bateleur Socrate ; à peine osons-nous lever les yeux sur lui : il nous comble d’honnêtetés, et nous place avec une distinction qui nous humilie encore. Il fait ses tours comme à l’ordinaire ; mais il s’amuse et se complaît longtemps à celui du canard, en nous regardant souvent d’un air assez fier. Nous savons tout, et nous ne soufflons pas. Si mon élève osait seulement ouvrir la bouche, ce serait un enfant à écraser.
Tout le détail de cet exemple importe plus qu’il ne semble. Que de leçons dans une seule ! Que de suites mortifiantes attire le premier mouvement de vanité ! Jeune maître, épiez ce premier mouvement avec soin. Si vous savez en faire sortir ainsi l’humiliation, les disgrâces[372], soyez sûr qu’il n’en reviendra de longtemps un second. Que d’apprêts ! direz-vous. J’en conviens, et le tout pour nous faire une boussole qui nous tienne lieu de méridienne.
Ayant appris que l’aimant agit à travers les autres corps, nous n’avons rien de plus pressé que de faire une machine semblable à celle que nous avons vue : une table évidée, un bassin très plat ajusté sur cette table, et rempli de quelques lignes d’eau, un canard fait avec un peu plus de soin, etc. Souvent attentifs autour du bassin, nous remarquons enfin que le canard en repos affecte toujours à peu près la même direction. Nous suivons cette expérience, nous examinons cette direction : nous trouvons qu’elle est du midi au nord. Il n’en faut pas davantage : notre boussole est trouvée, ou autant vaut ; nous voilà dans la physique.
Il y a divers climats sur la terre, et diverses températures à ces climats. Les saisons varient plus sensiblement à mesure qu’on approche du pôle ; tous les corps se resserrent au froid et se dilatent à la chaleur ; cet effet est plus mesurable dans les liqueurs, et plus sensible dans les liqueurs spiritueuses ; de là le thermomètre. Le vent frappe le visage ; l’air est donc un corps, un fluide ; on le sent, quoiqu’on n’ait aucun moyen de le voir. Renversez un verre dans l’eau, l’eau ne le remplira pas à moins que vous ne laissiez à l’air une issue ; l’air est donc capable de résistance. Enfoncez le verre davantage, l’eau gagnera dans l’espace l’air, sans pouvoir remplir tout à fait cet espace ; l’air est donc capable de compression jusqu’à certain point. Un ballon rempli d’air comprimé bondit mieux que rempli de toute autre matière ; l’air est donc un corps élastique. Étant étendu dans le bain, soulevez horizontalement le bras hors de l’eau, vous le sentirez chargé d’un poids terrible ; l’air est donc un corps pesant. En mettant l’air en équilibre avec d’autres fluides, on peut mesurer son poids : de là le baromètre, le siphon, la canne à vent, la machine pneumatique. Toutes les lois de la statique et de l’hydrostatique se trouvent par des expériences tout aussi grossières. Je ne veux pas qu’on entre pour rien de tout cela dans un cabinet de physique expérimentale : tout cet appareil d’instruments et de machines me déplaît. L’air scientifique tue la science. Ou toutes ces machines effrayent un enfant, ou leurs figures partagent et dérobent l’attention qu’il devrait à leurs effets.
Je veux que nous fassions nous-mêmes toutes nos machines ; et je ne veux pas commencer par faire l’instrument avant l’expérience ; mais je veux qu’après avoir entrevu l’expérience comme par hasard, nous inventions peu à peu l’instrument qui doit la vérifier. J’aime mieux que nos instruments ne soient point si parfaits et si justes, et que nous ayons des idées plus nettes de ce qu’ils doivent être, et des opérations qui doivent en résulter. Pour ma première leçon de statique, au lieu d’aller chercher des balances, je mets un bâton en travers sur le dos d’une chaise, je mesure la longueur des deux parties du bâton en équilibre, j’ajoute de part et d’autre des poids, tantôt égaux, tantôt inégaux ; et, le tirant ou le poussant autant qu’il est nécessaire, je trouve enfin que l’équilibre résulte d’une proportion réciproque entre la quantité des poids et la longueur des leviers. Voilà déjà mon petit physicien capable de rectifier des balances avant que d’en avoir vu.
Sans contredit on prend des notions bien plus claires et bien plus sûres des choses qu’on apprend ainsi de soi-même, que de celles qu’on tient des enseignements d’autrui ; et, outre qu’on n’accoutume point sa raison à se soumettre servilement à l’autorité, l’on se rend plus ingénieux à trouver des rapports, à lier des idées, à inventer des instruments, que quand, adoptant tout cela tel qu’on nous le donne, nous laissons affaisser notre esprit dans la nonchalance, comme le corps d’un homme qui, toujours habillé, chaussé, servi par ses gens et traîné par ses chevaux, perd à la fin la force et l’usage de ses membres. Boileau se vantait d’avoir appris à Racine à rimer difficilement. Parmi tant d’admirables méthodes pour abréger l’étude des sciences, nous aurions grand besoin que quelqu’un nous en donnât une pour les apprendre avec effort.
L’avantage le plus sensible de ces lentes et laborieuses recherches est de maintenir, au milieu des études spéculatives, le corps dans son activité, les membres dans leur souplesse, et de former sans cesse les mains au travail et aux usages utiles à l’homme. Tant d’instruments inventés pour nous guider dans nos expériences et suppléer à la justesse des sens, en font négliger l’exercice. Le graphomètre dispense d’estimer la grandeur des angles ; l’oeil qui mesurait avec précision les distances s’en fie à la chaîne qui les mesure pour lui ; la romaine m’exempte de juger à la main le poids que je connais par elle. Plus nos outils sont ingénieux, plus nos organes deviennent grossiers et maladroits : à force de rassembler des machines autour de nous, nous n’en trouvons plus en nous-mêmes.
Mais, quand nous mettons à fabriquer ces machines l’adresse qui nous en tenait lieu, quand nous employons à les faire la sagacité qu’il fallait pour nous en passer, nous gagnons sans rien perdre, nous ajoutons l’art à la nature, et nous devenons plus ingénieux, sans devenir moins adroits. Au lieu de coller un enfant sur des livres, si je l’occupe dans un atelier, ses mains travaillent au profit de son esprit : il devient philosophe et croit n’être qu’un ouvrier. Enfin cet exercice a d’autres usages dont je parlerai ci-après ; et l’on verra comment des jeux de la philosophie on peut s’élever aux véritables fonctions de l’homme.
J’ai déjà dit que les connaissances purement spéculatives ne convenaient guère aux enfants, même approchant de l’adolescence ; mais sans les faire entrer bien avant dans la physique systématique, faites pourtant que toutes leurs expériences se lient l’une à l’autre par quelque sorte de déduction, afin qu’à l’aide de cette chaîne ils puissent les placer par ordre dans leur esprit, et se les rappeler au besoin ; car il est bien difficile que des faits et même des raisonnements isolés tiennent longtemps dans la mémoire, quand on manque de prise pour les y ramener.
Dans la recherche des lois de la nature, commencez toujours par les phénomènes les plus communs et les plus sensibles, et accoutumez votre élève à ne pas prendre ces phénomènes pour des raisons, mais pour des faits. Je prends une pierre, je feins de la poser en l’air ; j’ouvre la main, la pierre tombe. Je regarde Émile attentif à ce que je fais, et je lui dis : Pourquoi cette pierre est-elle tombée ?
As he was leaving, he addressed me by name and publicly reprimanded me. “I willingly forgive this child,” he said to me, “for he has sinned only out of ignorance. But you, sir, who should have been aware of his mistake, why did you allow it to happen? Since you live together, as the older one, it is your duty to care for him and give him advice; your experience ought to be the authority that guides him. By blaming the mistakes of his youth when he is now grown up, he will surely hold you accountable for those errors of which you did not warn him[371].”
He leaves us both in great confusion. I blame myself for my weakness and indulgence; I promise the child that I will sacrifice it again for his own good, and warn him of his mistakes before he commits them. For the time is approaching when our relationship will change, and when the severity of a teacher must replace the indulgence of a friend. This change must occur gradually; everything must be prepared in advance, and far in advance.
The next day, we returned to the fair to watch that trick again, for which we had now discovered its secret. We approached our performer, Socrates, with deep respect; we hardly dared to look up at him. He showered us with kindness and treated us with such distinction that it only made us feel more humbled. He performed his tricks as usual, but he took particular pleasure in the one with the duck, often looking at us with a rather proud expression. We knew everything already, yet we didn’t dare say a word. If my student were so foolish as to open her mouth, she would be considered nothing but a child to be ignored.
Every detail of this example is more important than it may seem. What lessons are contained within it! How many humiliating consequences can arise from a single act of vanity! Young master, watch carefully for that first sign of vanity. If you know how to draw humiliation and disgrace from it, be assured that a second such act will not take long to follow. “What preparations are needed for such things?” you might ask. I agree; but all of this is done in order to create a “compass” that can serve us as a substitute for the meridian line.
Having learned that a magnet exerts its effect through other materials, we were eager to construct a device similar to the one we had observed: a hollow table, a very flat basin placed on top of it and filled with a few lines of water, and a duck made with some extra care, etc. Often observing carefully around the basin, we finally noticed that the duck, when at rest, always pointed in roughly the same direction. We continued this experiment and examined this direction; we found that it extended from south to north. That was all we needed: our compass was found, or so it seemed; and thus we entered the realm of physics.
There are various climates on Earth, and different temperatures correspond to these climates. The seasons change more significantly as one approaches the poles; all substances contract in cold and expand in heat. This effect is more measurable in liquids and particularly evident in alcoholic beverages—hence the invention of the thermometer. When the wind blows against our face, it is clear that air is a tangible substance, a fluid that we can perceive even though we cannot see it. If you turn a glass upside down into water, the water will not fill it unless there is an escape for the air; this demonstrates that air has resistance. If you push the glass further underwater, the water will displace the air but not completely fill the space—air can be compressed to a certain extent. A balloon filled with compressed air bounces better than one filled with other materials, indicating that air is elastic. When your arm is horizontal in water, you will feel a tremendous weight; this shows that air has density. By balancing air with other fluids, its weight can be measured—thus the invention of the barometer, siphon, windlass, and pneumatic machine. All the laws of statics and hydrostatics can be demonstrated through similarly simple experiments. However, I do not want such trivial apparatus to dominate a laboratory of physical science; all this machinery and instruments disgust me. “Scientific air” kills true scientific inquiry. Either these machines frighten children, or they distract them from observing the natural phenomena themselves.
I want us to build all our own instruments; and I do not want to begin by creating the instrument before conducting the experiment. Instead, I want us to gradually invent the instrument needed to verify the experimental results after having glimpsed those results by chance. I prefer that our instruments not be too perfect or too accurate, so that we can have a clearer understanding of what they should be and of the operations that should result from their use. For my first lesson on statics, instead of looking for balances, I simply place a stick across the back of a chair, measure the lengths of the two sections of the stick when it is in equilibrium, and then add weights to one or both sides—sometimes equal, sometimes unequal. By pulling or pushing the stick as necessary, I eventually discover that equilibrium is achieved when the amount of weight used is inversely proportional to the length of the lever. And there you have it: my little physicist, capable of adjusting balances before even having seen them before.
Undoubtedly, one acquires far clearer and more certain notions of things through such self-inquiry than through the teachings of others; moreover, since one does not habituate one’s reason to submit servilely to authority, one becomes more ingenious at discovering relationships, connecting ideas, and inventing tools—than when one simply accepts everything as it is presented to us, allowing one’s mind to degenerate into laziness, just as a man who is always dressed, clothed, attended by servants, and driven about by horses eventually loses the strength and use of his own limbs. Boileau boasted that he had taught Racine how to compose difficult verses. Among so many excellent methods for accelerating the study of sciences, we would greatly benefit if someone could provide us with one for learning them through effort.
The most tangible advantage of these tedious and laborious investigations is that they help to keep the body active and the limbs flexible amidst speculative studies, while also constantly training the hands in tasks and practices useful to humanity. So many instruments have been invented to guide us in our experiments and compensate for the limitations of our senses that we tend to neglect the exercise of these natural abilities. The graphometer eliminates the need to estimate angles manually; the eye, which would otherwise measure distances precisely, relies on a chain to do this work for it; the Roman scale frees me from having to judge weights by hand when I already know them. The more ingenious our tools become, the coarser and less skillful our own organs seem to become—for by surrounding ourselves with machines, we gradually lose the ability to rely on our own natural faculties.
But when we substitute the intelligence that would otherwise be required to operate these machines for the mere addresses or instructions that guide their use, we gain without losing anything—we add art to nature and become more ingenious without becoming any less skilled. Instead of forcing a child to study books, if we engage them in a workshop, their hands will work to the benefit of their minds: they will become philosophers, yet believe themselves to be mere workers. Moreover, this practice has other uses, which I will discuss later; and it will become clear how through these “games of philosophy” one can ascend to the true functions of human existence.
I have already said that purely speculative knowledge is not very suitable for children, even those who are approaching adolescence; but without introducing them too early into systematic physics, ensure nonetheless that all their experiences are connected to each other through some form of deduction. In this way, by using this chain of reasoning, they will be able to organize these concepts in their minds and recall them when needed. For it is indeed very difficult for isolated facts or even arguments to remain in memory for a long time, when one lacks a means to retrieve them.
In the pursuit of understanding the laws of nature, always begin with the most common and most observable phenomena, and train your student to regard these phenomena not as reasons but as facts. I take a stone, pretend to place it in the air, then open my hand—the stone falls. I watch Émile attentively as I do this and then ask him: Why did this stone fall?
Uscendo, mi rivolge personalmente e ad alta voce una rimprovera. “Perdono volentieri questo bambino”, mi dice, “ha peccato solo per ignoranza. Ma lei, signore, che avrebbe dovuto conoscere il suo errore, perché glielo ha permesso di commetterlo? Poiché vivete insieme, in quanto più anziano, lei deve prendersi cura di lui, dargli consigli; la sua esperienza rappresenta l’autorità che dovrebbe guidarlo. Se si rimprovererà per gli errori della sua giovinezza, probabilmente vi rimprovererà anche per quelli di cui non lo avrete avvertito[371].”
Se ne va, lasciandoci entrambi molto confusi. Mi rimprovero per la mia debolezza e per la facilità con cui cedo alle sue richieste; prometto al bambino che un’altra volta sacrificherò questa facilità a suo vantaggio e lo avvertirò dei suoi errori prima che li commetta. Perché si avvicina il momento in cui i nostri rapporti cambieranno, e in cui la severità del “maestro” dovrà sostituire la comprensione del “compagno”. Questo cambiamento deve avvenire gradualmente; bisogna prevedere tutto, e farlo con molto anticipo.
Il giorno dopo torniamo al mercato per rivedere l’attrazione di cui abbiamo scoperto il segreto. Ci avviciniamo con profondo rispetto al nostro acrobata Socrate; a malapena osiamo alzarlo lo sguardo su di lui: ci colma di onestà e ci tratta con una distinzione che ci umilia ancora di più. Fa i suoi numeri come al solito, ma si diverte molto con quello del “canarino”, guardandoci spesso con un’aria piuttosto orgogliosa. Sappiamo tutto, e non osiamo fiatare. Se solo il mio allievo osasse aprire bocca, sarebbe un bambino da schiacciare.
Ogni dettaglio di questo esempio è più importante di quanto possa sembrare. Quante lezioni si possono trarre da un solo caso! Quante conseguenze spiacevoli può comportare il primo segno di vanità. Giovane maestro, osserva attentamente quel primo gesto di vanità: se riesci a farne derivare umiliazione e sfortune, sappi che molto presto ne seguirà un altro. Quanti preparativi sono necessari. Lo ammetto; tutto ciò serve per creare una “bussola” che possa sostituire il meridiano nella nostra vita.
Avendo appreso che il magnete agisce su altri corpi, non abbiamo nulla di più urgente da fare se non costruire una macchina simile a quella che avevamo visto: un tavolo scavato al centro, un bacino molto piatto posizionato su quel tavolo e riempito d’acqua, un’anatra realizzata con particolare cura, ecc. Osservando attentamente il comportamento dell’anatra nel bacino, notiamo che essa mantiene sempre più o meno la stessa direzione. Continuando queste osservazioni, scopriamo che tale direzione va dal sud al nord. Non c’è bisogno di altro: abbiamo trovato la bussola, o quanto è lo stesso; siamo ora immersi nel mondo della fisica.
Sulla Terra esistono diversi climi e temperature diverse in base a questi climi. Le stagioni cambiano in modo più evidente quanto ci si avvicina al polo; tutti i corpi si restringono al freddo e si dilatano al caldo; questo effetto è più facilmente misurabile nelle liquide, soprattutto in quelle alcoliche; da qui l’invenzione del termometro. Il vento colpisce il viso: quindi l’aria è un corpo, un fluido; la si percepisce, anche se non è possibile vederla. Invertite un bicchiere nell’acqua: l’acqua non lo riempirà completamente a meno che non lasciate all’aria uno spazio per uscire; quindi l’aria possiede una certa capacità di resistenza. Se infilate il bicchiere più in profondità, l’acqua occuperà lo spazio occupato dall’aria, senza riuscire a riempirlo del tutto; quindi l’aria può essere compressa fino a un certo punto. Un pallone riempito d’aria compressa si gonfia meglio di uno riempito con altre materie; quindi l’aria è un corpo elastico. Quando il braccio è immerso nell’acqua, se lo sollevate orizzontalmente, sentirete che esercita una forte pressione; quindi l’aria è un corpo pesante. Mettendo l’aria in equilibrio con altri fluidi, è possibile misurarne il peso: da qui l’invenzione del barometro, del sifone, della canna al vento e della macchina pneumatica. Tutte le leggi della statica e dell’idrostatica possono essere dimostrate attraverso esperimenti semplici. Non voglio che tutto ciò venga utilizzato inutilmente in un laboratorio di fisica sperimentale: tutta questa attrezzatura mi dispiace. L’“aria scientifica” uccide la vera scienza. O queste macchine spaventano i bambini, oppure le loro forme distraggono l’attenzione che dovrebbe essere rivolta ai loro effetti reali.
Voglio che noi stessi costruiamo tutte le nostre macchine; non voglio iniziare creando gli strumenti prima di effettuare le esperienze, ma che, dopo aver intuito casualmente quale possa essere l’esperimento da condurre, inventiamo gradualmente lo strumento necessario per verificarlo. Preferisco che i nostri strumenti non siano perfetti o estremamente precisi, piuttosto che avere idee troppo chiare su come dovrebbero essere fatti e sulle operazioni che ne dovrebbero derivare. Per la mia prima lezione di statica, invece di cercare delle bilance, metto un bastone orizzontalmente sul dorso di una sedia, misuro la lunghezza delle due estremità del bastone quando è in equilibrio, aggiungo da entrambe le parti pesi, a volte uguali, a volte diversi; e, tirando o spingendo il bastone secondo necessità, riesco finalmente a capire che l’equilibrio si ottiene attraverso una proporzione reciproca tra la quantità di peso utilizzata e la lunghezza dei bracci della leva. Ecco già il mio piccolo “fisico” in grado di riparare delle bilance, senza averle mai viste prima.
Senza dubbio, si acquisiscono nozioni molto più chiare e sicure delle cose quando le si impara da sé, piuttosto che attraverso gli insegnamenti altrui; inoltre, non solo il proprio ragionamento non viene abituato a sottomettersi servilmente all’autorità, ma ci si rende anche più capaci di individuare relazioni, collegare idee e inventare strumenti. Questo avviene molto meglio rispetto al caso in cui si accettino passivamente tutte le informazioni fornite senza sforzo, come il corpo di un uomo che, sempre vestito, calzato, servito dai suoi domestici e trainato dai suoi cavalli, finisce per perdere la forza e l’uso dei propri membri. Boileau si vantava di aver insegnato a Racine a comporre versi in modo più difficile. Tra tante metodi meravigliose per abbreviare lo studio delle scienze, avremmo davvero bisogno che qualcuno ci fornisse uno strumento efficace per apprenderle con impegno.
Il vantaggio più evidente di queste ricerche lunghe e laboriose è quello di mantenere, tra gli studi speculativi, il corpo nella sua attività, i membri nella loro flessibilità, e di formare costantemente le mani al lavoro e agli usi utili all’uomo. Tanti strumenti inventati per guidarci nelle nostre esperienze e compensare l’inaccuratezza dei sensi portano a trascurare l’esercizio stesso di questi ultimi. Il grafometro ci permette di evitare di calcolare personalmente le dimensioni degli angoli; l’occhio, che un tempo misurava con precisione le distanze, si affida ora alla catena che ne effettua il conteggio al posto suo; la bilancia romana mi libera dal dover valutare a mano il peso di un oggetto che conosco già. Più i nostri strumenti sono ingegnosi, più i nostri organi naturali diventano rozzi e inadeguati: accumulando troppe macchine intorno a noi, finiamo per perdere quelle che possediamo dentro di noi stessi.
Ma quando mettiamo a disposizione delle macchine l’intelligenza che prima ne faceva le veci, quando utilizziamo per costruirle la saggezza necessaria per farne a meno, guadagniamo senza perdere nulla: aggiungiamo l’arte alla natura e diventiamo più ingegnosi, senza diventare meno abili. Invece di far leggere un bambino, se lo occupo in un laboratorio, le sue mani lavorano a beneficio della sua mente: diventa un filosofo, convinto di non essere altro che un operaio. Infine, questo tipo di attività ha altri utilizzi di cui parlerò in seguito; si vedrà come, attraverso giochi legati alla filosofia, si possano raggiungere le vere funzioni dell’uomo.
Ho già detto che le conoscenze puramente speculative non sono adatte ai bambini, nemmeno quelli che stanno per entrare nell’adolescenza; tuttavia, senza farli immergere troppo presto nella fisica sistematica, fate sì che tutte le loro esperienze si colleghino tra loro attraverso qualche forma di deduzione, in modo che possano ordinarle nella loro mente e richiamarle quando necessario. Infatti, è molto difficile che fatti o anche ragionamenti isolati rimangano a lungo nella memoria, quando manca un mezzo per ricollegarli ad essa.
Nella ricerca delle leggi della natura, iniziate sempre dai fenomeni più comuni e più evidenti, e abituate il vostro allievo a considerare tali fenomeni come fatti, e non come ragioni. Prendo una pietra, fingo di posarla in aria; apro la mano, la pietra cade. Guardo Émile mentre osserva attentamente ciò che faccio, e gli dico: Perché questa pietra è caduta?
Quel enfant restera court à cette question ? Aucun, pas même Émile, si je n’ai pris grand soin de le préparer à n’y savoir pas répondre. Tous diront que la pierre tombe parce qu’elle est pesante. Et qu’est-ce qui est pesant ? C’est ce qui tombe. La pierre tombe donc parce qu’elle tombe ? Ici mon petit philosophe est arrêté tout de bon. Voilà sa première leçon de physique systématique, et soit qu’elle lui profite ou non dans ce genre, ce sera toujours une leçon de bon sens.
À mesure que l’enfant avance en intelligence, d’autres considérations importantes nous obligent à plus de choix dans ses occupations. Sitôt qu’il parvient à se connaître assez lui-même pour concevoir en quoi consiste son bien-être, sitôt qu’il peut saisir des rapports assez étendus pour juger de ce qui lui convient et de ce qui ne lui convient pas, dès lors il est en état de sentir la différence du travail à l’amusement, et de ne regarder celui-ci que comme le délassement de l’autre. Alors des objets d’utilité réelle peuvent entrer dans ses études, et l’engager à y donner une application plus constante qu’il n’en donnait à de simples amusements. La loi de la nécessité, toujours renaissante, apprend de bonne heure à l’homme à faire ce qui ne lui plaît pas pour prévenir un mal qui lui déplairait davantage. Tel est l’usage de la prévoyance ; et, de cette prévoyance bien ou mal réglée, naît toute la sagesse ou toute la misère humaine.
Tout homme veut être heureux ; mais, pour parvenir à l’être, il faudrait commencer par savoir ce que c’est que le bonheur. Le bonheur de l’homme naturel est aussi simple que sa vie ; il consiste à ne pas souffrir : la santé, la liberté, le nécessaire le constituent. Le bonheur de l’homme moral est autre chose ; mais ce n’est pas de celui-là qu’il est ici question. Je ne saurais trop répéter qu’il n’y a que des objets purement physiques qui puissent intéresser les enfants, surtout ceux dont on n’a pas éveillé la vanité, et qu’on n’a point corrompus d’avance par le poison de l’opinion.
Lorsque avant de sentir leurs besoins ils les prévoient, leur intelligence est déjà fort avancée, ils commencent à connaître le prix du temps. Il importe alors de les accoutumer à en diriger l’emploi sur des objets utiles, mais d’une utilité sensible à leur âge, et à la portée de leurs lumières. Tout ce qui tient à l’ordre moral et à l’usage de la société ne doit point sitôt leur être présenté, parce qu’ils ne sont pas en état de l’entendre. C’est une ineptie d’exiger d’eux qu’ils s’appliquent à des choses qu’on leur dit vaguement être pour leur bien, sans qu’ils sachent quel est ce bien, et dont on les assure qu’ils tireront du profit étant grands, sans qu’ils prennent maintenant aucun intérêt à ce prétendu profit, qu’ils ne sauraient comprendre.
Que l’enfant ne fasse rien sur parole : rien n’est bien pour lui que ce qu’il sent être tel. En le jetant toujours en avant de ses lumières, vous croyez user de prévoyance, et vous en manquez. Pour l’armer de quelques vains instruments dont il ne fera peut-être jamais d’usage, vous lui ôtez l’instrument le plus universel de l’homme, qui est le bon sens ; vous l’accoutumez à se laisser toujours conduire, à n’être jamais qu’une machine entre les mains d’autrui. Vous voulez qu’il soit docile étant petit : c’est vouloir qu’il soit crédule et dupe étant grand. Vous lui dites sans cesse : « Tout ce que je vous demande est pour votre avantage ; mais vous n’êtes pas en état de le connaître. Que m’importe à moi que vous fassiez ou non ce que j’exige ? c’est pour vous seul que vous travaillez. » Avec tous ces beaux discours que vous lui tenez maintenant pour le rendre sage, vous préparez le succès de ceux que lui tiendra quelque jour un visionnaire, un souffleur, un charlatan, un fourbe, ou un fou de toute espèce, pour le prendre à son piège ou pour lui faire adopter sa folie.
Il importe qu’un homme sache bien des choses dont un enfant ne saurait comprendre l’utilité ; mais faut-il et se peut-il qu’un enfant apprenne tout ce qu’il importe à un homme de savoir ? Tâchez d’apprendre à l’enfant tout ce qui est utile à son âge, et vous verrez que tout son temps sera plus que rempli. Pourquoi voulez-vous, au préjudice des études qui lui conviennent aujourd’hui, l’appliquer à celles d’un âge auquel il est si peu sûr qu’il parvienne ? Mais, direz-vous, sera-t-il temps d’apprendre ce qu’on doit savoir quand le moment sera venu d’en faire usage ? Je l’ignore : mais ce que je sais, c’est qu’il est impossible de l’apprendre plus tôt ; car nos vrais maîtres sont l’expérience et le sentiment, et jamais l’homme ne sent bien ce qui convient à l’homme que dans les rapports où il s’est trouvé. Un enfant sait qu’il est fait pour devenir homme, toutes les idées qu’il peut avoir de l’état d’homme sont des occasions d’instruction pour lui ; mais sur les idées de cet état qui ne sont pas à sa portée il doit rester dans une ignorance absolue. Tout mon livre n’est qu’une preuve continuelle de ce principe d’éducation.
Sitôt que nous sommes parvenus à donner à notre élève une idée du mot utile, nous avons une grande prise de plus pour le gouverner ; car ce mot le frappe beaucoup, attendu qu’il n’a pour lui qu’un sens relatif à son âge, et qu’il en voit clairement le rapport à son bien-être actuel. Vos enfants ne sont point frappés de ce mot parce que vous n’avez pas eu soin de leur en donner une idée qui soit à leur portée, et que d’autres se chargeant toujours de pourvoir à ce qui leur est utile, ils n’ont jamais besoin d’y songer eux-mêmes, et ne savent ce que c’est qu’utilité.
À quoi cela est-il bon ? Voilà désormais le mot sacré, le mot déterminant entre lui et moi dans toutes les actions de notre vie : voilà la question qui de ma part suit infailliblement toutes ses questions, et qui sert de frein à ces multitudes d’interrogations sottes et fastidieuses dont les enfants fatiguent sans relâche et sans fruit tous ceux qui les environnent, plus pour exercer sur eux quelque espèce d’empire que pour en tirer profit. Celui à qui, pour sa plus importante leçon, l’on apprend à ne vouloir rien savoir que d’utile, interroge comme Socrate ; il ne fait pas une question sans s’en rendre à lui-même la raison qu’il sait qu’on lui en va demander avant que de la résoudre.
Voyez quel puissant instrument je vous mets entre les mains pour agir sur votre élève. Ne sachant les raisons de rien, le voilà presque réduit au silence quand il vous plaît ; et vous, au contraire, quel avantage vos connaissances et votre expérience ne vous donnent-elles point pour lui montrer l’utilité de tout ce que vous lui proposez ! Car, ne vous y trompez pas, lui faire cette question, c’est lui apprendre à vous la faire à son tour ; et vous devez compter, sur tout ce que vous lui proposerez dans la suite, qu’à votre exemple il ne manquera pas de dire : À quoi cela est-il bon ?
C’est ici peut-être le piège le plus difficile à éviter pour un gouverneur. Si, sur la question de l’enfant, ne cherchant qu’à vous tirer d’affaire, vous lui donnez une seule raison qu’il ne soit pas en état d’entendre, voyant que vous raisonnez sur vos idées et non sur les siennes, il croira ce que vous lui dites bon pour votre âge, et non pour le sien ; il ne se fiera plus à vous, et tout est perdu. Mais où est le maître qui veuille bien rester court et convenir de ses torts avec son élève ? tous se font une loi de ne pas convenir même de ceux qu’ils ont ; et moi je m’en ferais une de convenir même de ceux que je n’aurais pas, quand je ne pourrais mettre mes raisons à sa portée : ainsi ma conduite, toujours nette dans son esprit, ne lui serait jamais suspecte, et je me conserverais plus de crédit en me supposant des fautes, qu’ils ne font en cachant les leurs.
Which child will fail to answer this question? None—not even Émile, provided that I have taken great care to prepare him so that he would not know how to answer it. Everyone will say that a stone falls because it is heavy. But what is heavy? It is something that falls. So, does a stone fall because it falls? Here my little philosopher comes across a real obstacle. This is his first lesson in systematic physics—and whether it be of any use to him in this regard or not, it will certainly be a lesson in good sense.
As a child progresses in intelligence, other important considerations compel us to offer him a wider range of pursuits. Once he is able to understand himself sufficiently to grasp what constitutes his well-being, once he can discern more extensive relationships in order to judge what is suitable or unsuitable for him, he becomes capable of distinguishing between work and leisure, and regards the latter merely as a means to relieve the former. At this point, objects of practical use can be incorporated into his studies, motivating him to devote to them greater consistency than he would have given to mere pastimes. The law of necessity, ever reappearing, teaches man from an early age to do what he dislikes in order to prevent a harm that would be even more detestable. Such is the purpose of foresight; and it is from this well-or ill-regulated foresight that all human wisdom—or all human suffering—arises.
Every man desires to be happy; but in order to achieve it, one must first understand what happiness truly is. The happiness of a natural man is as simple as his life itself; it consists in not suffering—health, freedom, and what is necessary for survival constitute it. The happiness of a moral man is something different; but that is not what is at issue here. I cannot emphasize enough the fact that only purely physical objects can truly interest children, especially those whose vanity has not yet been awakened and who have not yet been corrupted by the poison of public opinion.
When they are able to anticipate their needs before they arise, their intelligence is already quite advanced; they begin to understand the value of time. It is therefore important to accustom them to directing its use towards useful objects—objects whose utility is tangible and appropriate to their age, as well as within the scope of their understanding. Everything related to moral order and societal norms should not be presented to them too early, for they are not yet in a position to grasp it. It would be utterly futile to expect them to engage in activities that are vaguely described as beneficial to them, without knowing what that benefit actually is, or being assured that they will gain some advantage from them when they grow up—especially since they currently show no interest in such supposed benefits and lack the ability to comprehend them at all.
Do not let a child act merely on words: nothing is truly good for him unless he feels it to be so himself. By constantly pushing him beyond the limits of his understanding, you think you are being prudent, but in reality you lack foresight. By equipping him with useless tools that he may never use, you deprive him of the most universal instrument of human beings—the common sense. You habituate him to always be guided by others, to never be anything more than a machine in their hands. You want him to be obedient when young; in doing so, you are ensuring that he will be gullible and deceived when grown up. You constantly tell him, “Everything I ask of you is for your own good; but you are not yet capable of understanding it. What does it matter to me whether you do what I demand or not? You are working solely for your own benefit.” With all these lofty words you use now to make him wise, you are actually preparing the way for those who may one day manipulate him—whether they be visionaries, charlatans, deceivers, or fools of any kind—to lure him into their traps or make him embrace their madness.
It is important that a man know many things of which a child would not understand the usefulness; but is it necessary or even possible for a child to learn everything that is important for a man to know? Try to teach a child everything that is useful for his age, and you will see that all his time will be more than sufficiently occupied. Why would you want to force him to engage in studies suitable for an older age, when it is so uncertain whether he will even reach that stage? But you may ask, will it be the right time to learn what one must know when the moment comes to put it into practice? I do not know; but what I do know is that it is impossible to learn such things any earlier. For our true teachers are experience and intuition, and a man can never truly understand what is suitable for him unless he has actually experienced it himself. A child knows that he is destined to become an adult; all the ideas he can have about the state of being an adult are opportunities for learning for him. But regarding those aspects of this state that are beyond his understanding, he must remain in complete ignorance. My entire book is nothing but a continuous illustration of this principle of education.
As soon as we manage to impart to our students an understanding of the concept of “usefulness,” we gain a significant advantage in guiding them; for this notion resonates strongly with them, since it relates solely to their age and they clearly see its connection to their current well-being. Your children are not affected by this concept because you have not taken the trouble to provide them with an understanding that is within their grasp. Moreover, since others always ensure that what is useful is provided for them, they never need to think about it themselves and thus have no idea what “usefulness” actually means.
What good is it? This is now the sacred word, the decisive term between him and me in all the actions of our lives. This is the question that, on my part, invariably follows every one of his questions, and which serves as a brake on those countless foolish and tedious inquiries with which children tirelessly and fruitlessly burden everyone around them—more often in an attempt to exert some sort of control over others than to truly gain anything from it. He who, for the most important lesson in life, is taught to desire to know only what is useful, questions in the manner of Socrates; he does not pose a question without first considering for himself the reason why it is being asked before attempting to answer it.
See what a powerful tool I place in your hands to influence your student. Since the student knows nothing of the reasons behind things, they are almost forced into silence whenever you wish; whereas you, on the other hand, how much advantage do your knowledge and experience give you in showing them the usefulness of everything you suggest to them! For do not delude yourself: by asking such questions, you are teaching them to ask them themselves in return. And you can be certain that, in the future, whenever you propose something to them, they will undoubtedly ask: “What good is this?”
Perhaps this is the most difficult trap for a governor to avoid. If, in dealing with the issue of the child, one merely seeks to help oneself out of trouble and provides that child with a single reason why they should not be allowed to hear certain things—because one is reasoning from one’s own ideas rather than the child’s—then the child will believe whatever one says to be good for their age, not for theirs own. In that case, the child will no longer trust one, and everything will be lost. But where is the teacher who would be willing to admit his own mistakes and agree with his student? Everyone seems to make it a rule never to even acknowledge their own faults; whereas I would make it my rule to admit even those faults I might not actually have, especially when I could not explain my reasoning in a way that the child could understand. In this way, my actions, which would always be clear and understandable to the child, would never arouse suspicion; and by admitting mistakes that I might not actually commit, I would gain more credibility than those who hide their own faults.
Quale bambino resterebbe senza parole di fronte a questa domanda? Nessuno, nemmeno Émile, se solo non mi fossi preso grande cura di prepararlo affinché non sapesse rispondere. Tutti diranno che la pietra cade perché è pesante. Ma cosa significa “pesante”? Significa qualcosa che cade. Quindi la pietra cade perché cade? A questo punto, il mio piccolo filosofo si ferma completamente. Ecco la sua prima lezione di fisica sistematica: che gli sia utile o meno in questo ambito, rimarrà comunque una lezione di buon senso.
Man mano che il bambino progredisce in intelligenza, altre considerazioni importanti ci obbligano a offrirgli una maggiore scelta di attività. Non appena riesce a conoscere abbastanza se stesso da comprendere in cosa consiste il suo benessere, non appena è in grado di analizzare rapporti sufficientemente dettagliati per giudicare ciò che gli conviene e ciò che non gli conviene, allora è in grado di percepire la differenza tra lavoro e divertimento, considerando quest’ultimo soltanto come un modo per riposarsi dal lavoro. A quel punto, oggetti di reale utilità possono entrare nel suo ambito di studio, spingendolo a dedicarvi uno sforzo più costante rispetto a quello che dedicava semplicemente ai divertimenti. La legge della necessità, che riemerge continuamente, insegna all’uomo fin da piccolo a compiere ciò che non gli piace, al fine di evitare un male ancora peggiore. Ecco il vero scopo della previdenza; e da questa previdenza, ben regolata o meno, deriva tutta la saggezza, o tutta la miseria umana.
Ogni uomo vuole essere felice; ma per raggiungere questo scopo, bisognerebbe prima sapere cosa sia la felicità. La felicità dell’uomo naturale è tanto semplice quanto la sua vita: consiste nel non soffrire; salute, libertà e ciò che è necessario costituiscono il suo bene supremo. La felicità dell’uomo morale, invece, è qualcosa di diverso; ma non è di questa che si tratta in questo discorso. Non potrei ripetere abbastanza quanto siano soltanto oggetti puramente fisici quelli in grado di interessare i bambini, soprattutto quelli la cui vanità non è stata ancora stimolata e che non sono stati corrotti in anticipo dal veleno delle opinioni altrui.
Quando riescono a prevedere i propri bisogni prima ancora di sentirli, la loro intelligenza è già molto sviluppata; iniziano quindi a comprendere il valore del tempo. È quindi importante abituarli a impiegarlo per scopi utili, ma di un’utilità comprensibile alla loro età e alla portata delle loro conoscenze. Tutto ciò che riguarda l’ordine morale e l’uso della società non deve essere presentato loro troppo presto, poiché non sono ancora in grado di comprenderlo. Sarebbe assurdo chiedere loro di dedicarsi a cose di cui si dice vagamente che siano benefiche per loro, senza che sappiano quale sia realmente questo bene, né possano percepire alcun vantaggio nel farlo ora, dato che non sono ancora in grado di comprenderne i benefici.
Che il bambino non faccia nulla soltanto per parole: nulla è veramente vantaggioso per lui se non ciò che egli sente essere tale. Spingendolo costantemente al di là delle sue capacità attuali, credete di agire con previdenza, ma in realtà ne mancate. Provvedendolo di strumenti inutili di cui forse non farà mai uso, gli togliete lo strumento più prezioso dell’uomo: il buon senso; lo abituate a lasciarsi guidare sempre dagli altri, a essere soltanto una macchina nelle mani altrui. Volete che sia docile da piccolo, ma questo significa voler che sia credulone e ingannabile da grande. Gli dite costantemente: “Tutto ciò che ti chiedo è per il tuo bene; ma tu non sei in grado di comprenderlo. A me importa poco se fai o meno ciò che ti chiedo, lavori soltanto per te stesso.” Con tutti questi bei discorsi che gli tenete ora, nel tentativo di renderlo saggio, in realtà preparate il terreno affinché un giorno qualcuno – un visionario, un impostore, un furfante o un pazzo di qualsiasi tipo – possa intrappolarlo o fargli adottare le sue follie.
È importante che un uomo conosca molte cose di cui un bambino non potrebbe comprendere l’utilità; ma è necessario, e possibile, che un bambino impari tutto ciò che è essenziale per un uomo? Cerchiamo di insegnare al bambino tutto ciò che è utile alla sua età, e vedremo che il suo tempo sarà più che sufficiente. Perché volerlo costringere, a scapito degli studi adatti a lui oggi, a dedicarsi a quelli di un’età verso cui non è affatto certo di arrivare? Ma direte voi: “Arriverà mai il momento giusto per imparare ciò che bisogna sapere?” Non lo so; ma quello che so è che è impossibile impararlo prima del tempo. Poiché i nostri veri maestri sono l’esperienza e il sentimento, e l’uomo non comprende mai davvero ciò che gli conviene se non attraverso le esperienze concrete che la vita gli offre. Un bambino sa di essere destinato a diventare un uomo; tutte le idee che può avere riguardo allo stato adulto rappresentano per lui occasioni di apprendimento. Ma su quelle idee che non sono ancora alla sua portata, deve rimanere nell’ignoranza assoluta. Tutto il mio libro non è altro che una continua dimostrazione di questo principio educativo.
Non appena riusciamo a far comprendere al nostro allievo il significato di una parola utile, otteniamo un ulteriore strumento per guidarlo; infatti questa parola lo colpisce profondamente, poiché per lui ha un significato legato esclusivamente alla sua età e riesce chiaramente a collegarsi al suo benessere attuale. I vostri figli, invece, non sono influenzati da questa parola perché non avete preso la cura di far loro comprendere un significato accessibile; inoltre, poiché altri si occupano sempre di fornire ciò che è utile per loro, non hanno mai bisogno di pensarci da soli e non sanno nemmeno cosa significhi “utilità”.
A che serve tutto ciò? Ecco ora la parola sacra, la parola decisiva tra lui e me in tutte le azioni della nostra vita: ecco la domanda che, da parte mia, segue inevitabilmente ogni sua domanda, e che funge da freno a quelle innumerevoli domande stupide e fastidiose con cui i bambini tormentano senza sosta e senza risultato tutti coloro che li circondano, più per esercitare su di loro una sorta di dominio che per trarne profitto. Chi, per la lezione più importante della sua vita, impara a voler sapere soltanto ciò che è utile, pone domande come faceva Socrate; non formula una domanda senza prima essersi dato lui stesso la ragione per cui la sta ponendo, sapendo che gli verrà chiesta prima ancora che possa rispondere.
Vedete quale potente strumento vi metto tra le mani per agire sul vostro allievo. Non conoscendo le ragioni di nulla, egli viene quasi ridotto al silenzio quando lo desiderate voi; mentre voi, al contrario, quali vantaggi non vi offrono le vostre conoscenze e la vostra esperienza per fargli comprendere l’utilità di tutto ciò che gli proponete! Perché, non fraintendetemi: porre questa domanda a lui significa insegnargli a farla a sua volta; e dovete essere certi che, in futuro, su tutto ciò che gli proporrete, egli seguirà il vostro esempio e non mancherà mai di chiedere: “A cosa serve questo?”
Forse questo è il tranello più difficile da evitare per un governante. Se, riguardo alla questione del bambino, si cerca soltanto di uscire dalla difficoltà in cui ci si trova, fornendo al bambino una sola ragione per non essere in grado di comprendere, osservando che si discute secondo le proprie idee e non le sue, egli crederà in ciò che gli viene detto come adatto alla sua età, e non alla sua; non si fiderebbe più di noi, e tutto sarebbe perduto. Ma dove è il maestro disposto ad ammettere i propri errori con lo studente? Tutti si impongono la regola di non riconoscere nemmeno quelli che hanno commesso; mentre io mi impegnerò a riconoscere anche quelli che non avrei commesso, se solo potessi rendere le mie ragioni comprensibili per lui: in questo modo, il mio comportamento, sempre chiaro nella sua mente, non gli sembrerebbe mai sospetto, e conserverei più credibilità ammettendo errori che loro nascondono.
Premièrement, songez bien que c’est rarement à vous de lui proposer ce qu’il doit apprendre ; c’est à lui de le désirer, de le chercher, de le trouver ; à vous de le mettre à sa portée, de faire naître adroitement ce désir et de lui fournir les moyens de le satisfaire. Il suit de là que vos questions doivent être peu fréquentes, mais bien choisies ; et que, comme il en aura beaucoup plus à vous faire que vous à lui, vous serez toujours moins à découvert, et plus souvent dans le cas de lui dire : En quoi ce que vous me demandez est-il utile à savoir ?
De plus, comme il importe peu qu’il apprenne ceci ou cela, pourvu qu’il conçoive bien ce qu’il apprend, et l’usage de ce qu’il apprend, sitôt que vous n’avez pas à lui donner sur ce que vous lui dites un éclaircissement qui soit bon pour lui, ne lui en donnez point du tout. Dites-lui sans scrupule : Je n’ai pas de bonne réponse à vous faire ; j’avais tort, laissons cela. Si votre instruction était réellement déplacée, il n’y a pas de mal à l’abandonner tout à fait ; si elle ne l’était pas, avec un peu de soin vous trouverez bientôt l’occasion de lui en rendre l’utilité sensible.
Je n’aime point les explications en discours ; les jeunes gens y font peu d’attention et ne les retiennent guère. Les choses ! les choses ! Je ne répéterai jamais assez que nous donnons trop de pouvoir aux mots ; avec notre éducation babillarde nous ne faisons que des babillards.
Supposons que, tandis que j’étudie avec mon élève le cours du soleil et la manière de s’orienter, tout à coup il m’interrompe pour me demander à quoi sert tout cela. Quel beau discours je vais lui faire ! de combien de choses je saisis l’occasion de l’instruire en répondant à sa question, surtout si nous avons des témoins de notre entretien[373]. Je lui parlerai de l’utilité des voyages, des avantages du commerce, des productions particulières à chaque climat, des moeurs des différents peuples, de l’usage du calendrier, de la supputation du retour des saisons pour l’agriculture, de l’art de la navigation, de la manière de se conduire sur mer et de suivre exactement sa route, sans savoir où l’on est. La politique, l’histoire naturelle, l’astronomie, la morale même et le droit des gens entreront dans mon explication, de manière à donner à mon élève une grande idée de toutes ces sciences et un grand désir de les apprendre. Quand j’aurai tout dit, j’aurai fait l’étalage d’un vrai pédant, auquel il n’aura pas compris une seule idée. Il aurait grande envie de me demander comme auparavant à quoi sert de s’orienter ; mais il n’ose, de peur que je me fâche. Il trouve mieux son compte à feindre d’entendre ce qu’on l’a forcé d’écouter. Ainsi se pratiquent les belles éducations.
Mais notre Émile, plus rustiquement élevé, et à qui nous donnons avec tant de peine une conception dure, n’écoutera rien de tout cela. Du premier mot qu’il n’entendra pas, il va s’enfuir, il va folâtre par la chambre, et me laisser pérorer tout seul. Cherchons une solution plus grossière ; mon appareil scientifique ne vaut rien pour lui.
Nous observions la position de la forêt au nord de Montmorency, quand il m’a interrompu par son importune question : À quoi sert cela ? Vous avez raison, lui dis-je, il y faut penser à loisir ; et si nous trouvons que ce travail n’est bon à rien, nous ne le reprendrons plus, car nous ne manquons pas d’amusements utiles. On s’occupe d’autre chose, et il n’est plus question de géographie du reste de la journée.
Le lendemain matin, je lui propose un tour de promenade avant le déjeuner ; il ne demande pas mieux ; pour courir, les enfants sont toujours prêts, et celui-ci a de bonnes jambes. Nous montons dans la forêt, nous parcourons les Champeaux, nous nous égarons, nous ne savons plus où nous sommes ; et, quand il s’agit de revenir, nous ne pouvons plus retrouver notre chemin. Le temps se passe, la chaleur vient, nous avons faim ; nous nous pressons, nous errons vainement de côté et d’autre, nous ne trouvons partout que des bois, des carrières, des plaines, nul renseignement pour nous reconnaître. Bien échauffés, bien recrus, bien affamés, nous ne faisons avec nos courses que nous égarer davantage. Nous nous asseyons enfin pour nous reposer, pour délibérer. Émile que je suppose élevé comme un autre enfant, ne délibère point, il pleure ; il ne sait pas que nous sommes à la porte de Montmorency, et qu’un simple taillis nous le cache ; mais ce taillis est une forêt pour lui, un homme de sa stature est enterré dans des buissons.
Après quelques moments de silence, je lui dis d’un air inquiet : Mon cher Émile, comment ferons-nous pour sortir d’ici ?
ÉMILE, en nage, et pleurant à chaudes larmes.
Je n’en sais rien. Je suis las ; j’ai faim ; j’ai soif ; je n’en puis plus.
JEAN-JACQUES
Me croyez-vous en meilleur état que vous ? et pensez-vous que je me fisse faute de pleurer, si je pouvais déjeuner de mes larmes ? Il ne s’agit pas de pleurer, il s’agit de se reconnaître. Voyons votre montre ; quelle heure est-il ?
ÉMILE
Il est midi, et je suis à jeun.
JEAN-JACQUES
Cela est vrai, il est midi, et je suis à jeun.
ÉMILE
Oh ! que vous devez avoir faim !
JEAN-JACQUES
Le malheur est que mon dîner ne viendra pas me chercher ici. Il est midi : c’est justement l’heure où nous observions hier de Montmorency la position de la forêt. Si nous pouvions de même observer la forêt la position de Montmorency !…
ÉMILE
Oui ; mais hier nous voyions la forêt, et d’ici nous ne voyons pas la ville.
JEAN-JACQUES
Voilà le mal… Si nous pouvions nous passer de la voir pour trouver sa position !…
ÉMILE
O mon bon ami !
JEAN-JACQUES
Ne disions-nous pas que la forêt était…
ÉMILE
Au nord de Montmorency.
JEAN-JACQUES
Par conséquent Montmorency doit être…
ÉMILE Au sud de la forêt.
JEAN-JACQUES
Nous avons un moyen de trouver le bord à midi ?
Courons vite : l’astronomie est bonne à quelque chose
ÉMILE Oui, par la direction de l’ombre.
JEAN-JACQUES
Mais le sud ?
ÉMILE Comment faire ?
JEAN-JACQUES
Le sud est l’opposé du nord.
ÉMILE
Cela est vrai ; il n’y a qu’à chercher l’opposé de l’ombre. Oh ! voilà le sud ! voilà le sud ! sûrement Montmorency est de ce côté.
JEAN-JACQUES
Vous pouvez avoir raison : prenons ce sentier à travers le bois.
ÉMILE, frappant des mains, et poussant un cri de joie.
Ah ! je vois Montmorency ! le voilà tout devant nous, tout à découvert. Allons déjeuner, allons dîner, courons vite : l’astronomie est bonne à quelque chose.
Prenez garde que, s’il ne dit pas cette dernière phrase, il la pensera ; peu importe, pourvu que ce ne soit pas moi qui la dise. Or soyez sûr qu’il n’oubliera de sa vie la leçon de cette journée ; au lieu que, si je n’avais fait que lui supposer tout cela dans sa chambre, mon discours eût été oublié dès le lendemain. Il faut parler tant qu’on peut par les actions, et ne dire que ce qu’on ne saurait faire.
Le lecteur ne s’attend pas que je le méprise assez pour lui donner un exemple sur chaque espèce d’étude : mais, de quoi qu’il soit question, je ne puis trop exhorter le gouverneur à bien mesurer sa preuve sur la capacité de l’élève ; car, encore une fois, le mal n’est pas dans ce qu’il n’entend point, mais dans ce qu’il croit entendre.
Je me souviens que, voulant donner à un enfant du goût pour la chimie, après lui avoir montré plusieurs précipitations métalliques, je lui expliquais comment se faisait l’encre. Je lui disais que sa noirceur ne venait que d’un fer très divisé, détaché du vitriol, et précipité par une liqueur alcaline. Au milieu de ma docte explication, le petit traître m’arrêta tout court avec ma question que je lui avais apprise : me voilà fort embarrassé.
Après avoir un peu rêvé, je pris mon parti ; j’envoyai chercher du vin dans la cave du maître de la maison, et d’autre vin à huit sous chez un marchand de vin. Je pris dans un petit flacon de la dissolution d’alcali fixe ; puis, ayant devant moi, dans deux verres, de ces deux différents vins[374], je lui parlai ainsi :
On falsifie plusieurs denrées pour les faire paraître meilleures qu’elles ne sont. Ces falsifications trompent l’oeil et le goût ; mais elles sont nuisibles, et rendent la chose falsifiée pire, avec sa belle apparence, qu’elle n’était auparavant.
On falsifie surtout les boissons, et surtout les vins, parce que la tromperie est plus difficile à connaître, et donne plus de profit au trompeur.
First and foremost, bear in mind that it is rarely your role to suggest to him what he needs to learn; it is his responsibility to desire it, to seek it, and to find it for himself. Your role is to make it accessible to him, to skillfully arouse this desire within him, and to provide him with the means to satisfy it. It follows therefore that your questions should be infrequent but well-chosen; and since he will have much more to offer you than you will have to offer him, you will always be in a better position to ask him: “In what way is what you are asking me to know useful?”
Furthermore, since it matters little what he learns—so long as he thoroughly understands what he is learning and knows how to apply it—once you no longer need to provide him with clarifications that would be beneficial for him, then refrain from doing so altogether. Say to him without hesitation: “I don’t have a good answer for you; I was wrong—let’s drop it.” If your instruction is truly inappropriate, there is no harm in abandoning it entirely; if not, with some care, you will soon find an opportunity to make its usefulness clear to him.
I do not like explanations given in the form of long speeches; young people pay little attention to them and hardly retain any of it. Things! Things! I will never say enough how much power we give to words; with our incessant chatter in education, all we produce are more talkers.
Suppose that, while I am explaining to my student the course of the sun and how to navigate, he suddenly interrupts me and asks what all this is for. What a wonderful lecture I could give him! How many things I could use this opportunity to teach him by answering his question—especially if we have witnesses to our conversation[373]. I would talk to him about the usefulness of travel, the benefits of commerce, the products specific to each climate, the customs of different peoples, the use of calendars, the prediction of seasonal changes for agricultural purposes, the art of navigation, and how to navigate at sea and stay on one’s course without knowing one’s exact location. Politics, natural history, astronomy, morality itself, and the laws of nations would all be included in my explanation, giving my student a broad understanding of these sciences and a strong desire to learn them. By the time I finished, I would have presented the contents of a true pedant’s lecture—only for him to have understood not a single thing. He would probably be eager to ask me again what the purpose of navigation is, but he wouldn’t dare, for fear of angering me. He finds it more convenient to pretend that he understands what he has been forced to listen to. Such is the state of “excellent education” in practice.
But our Émile, having been raised in a more rustic environment, and to whom we struggle so hard to impart a firm understanding of these concepts, will not listen to any of this at all. The moment he hears a single word he doesn’t understand, he will run away and start running around the room, leaving me to talk on alone. Let’s find a simpler solution; my scientific approach is of no use to him.
We were observing the location of the forest north of Montmorency when he interrupted me with his persistent question: “What’s the use of all this?” I told him, “You’re right; we should consider it in our leisure time. And if we find that this task is of no use at all, we won’t continue with it—after all, we have plenty of other useful pursuits. We can focus on something else, and there will be no more talk about geography for the rest of the day.”
The next morning, I offer him a walk before lunch; he doesn’t hesitate at all. Children are always ready to run around, and he has good legs. We head into the forest, walk through the Champeaux, get lost, and have no idea where we are anymore. When it comes time to turn back, we can’t find our way. Time passes, the heat gets intense, and we start to feel hungry. We hurry around in vain, finding only woods, quarries, and plains—no clues that could help us orient ourselves. Hot, tired, and hungry, our running only serves to make things worse. Finally, we sit down to rest and discuss what to do. Émile, who I assume was raised just like any other child, doesn’t bother discussing anything; he just cries. He doesn’t know that we are right at the entrance to Montmorency, hidden behind a simple thicket—yet for him, that thicket is a vast forest, and a man of his size could be buried underneath those bushes.
After a few moments of silence, I said to him, worriedly: “My dear Émile, how are we going to get out of here?”
ÉMILE, swimming and crying bitterly.
I don’t know. I’m tired; I’m hungry; I’m thirsty; I can’t take it any longer.
JEAN-JACQUES
Do you believe I am in better shape than you are? And do you think I would refrain from crying if I could eat my tears for breakfast? It’s not about crying; it’s about recognizing oneself. Let me see your watch; what time is it?
ÉMILE
It is noon, and I am fasting.
JEAN-JACQUES
That’s true; it’s noon, and I haven’t eaten anything.
ÉMILE
Oh! You must be very hungry!
JEAN-JACQUES
The trouble is that my dinner is not going to come looking for me here. It’s noon – precisely the time when we observed the position of the forest from Montmorency yesterday. If only we could observe the forest in the same way, to determine the position of Montmorency!.
ÉMILE
Yes; but yesterday we could see the forest, while from here we cannot see the city.
JEAN-JACQUES
Here lies the problem. If only we could determine its location without having to actually see it!.
ÉMILE
Oh, my dear friend!
JEAN-JACQUES
Were we not saying that the forest was.
ÉMILE
North of Montmorency.
JEAN-JACQUES
Therefore, Montmorency must be.
ÉMILE: South of the forest.
JEAN-JACQUES
Do we have a way to determine the edge at noon?
Let us hurry; astronomy is indeed useful for something.
ÉMILE: Yes, through the guidance of the shadow.
JEAN-JACQUES
But what about the south?
ÉMILE: How should I do it?
JEAN-JACQUES
The south is the opposite of the north.
ÉMILE
This is true; one only needs to seek the opposite of shadow. Oh! There it is—the south! Surely Montmorency must be on this side.
JEAN-JACQUES
You might be right: let’s take this path through the woods.
ÉMILE, clapping his hands and letting out a cry of joy.
Ah! I see Montmorency! There he is right in front of us, completely exposed. Let’s go have lunch, let’s go have dinner—hurry up! Astronomy can be useful after all.
Be careful: if he does not say that last phrase, he will still think it; it doesn’t matter, as long as it isn’t me who says it. But be assured that he will never forget the lesson of this day; whereas if I had merely suggested all these things to him in his room, my words would have been forgotten by the next day. One must speak through actions whenever possible, and only say what one would actually be willing to do.
The reader certainly does not expect me to despise him enough as to provide an example for every possible type of study; but whatever the subject may be, I cannot emphasize enough the need for the governor to carefully assess the evidence regarding the student’s abilities. For, once again, the problem lies not in what he does not understand, but in what he believes he understands.
I remember that, wanting to cultivate a child’s interest in chemistry, after showing him several metal precipitations, I explained to him how ink was made. I told him that its black color came from iron that had been finely divided, separated from vitriol, and then precipitated by an alkaline solution. In the middle of my pedantic explanation, that little traitor suddenly interrupted me with the very question I had taught him—I was left in a rather awkward position.
After some deliberation, I made up my mind; I sent someone to fetch wine from the host’s cellar and also some other wine for eight sous from a wine merchant. I took a small amount of the solution of fixed alkali into a flask; then, having these two different wines in front of me in two glasses, I spoke to him as follows:
Several goods are falsified in order to make them appear better than they actually are. Such falsifications deceive both the eye and the taste; however, they are harmful and cause the falsified item to be worse—despite its attractive appearance—than it originally was.
Alcohol beverages, especially wine, are the most commonly falsified, because such deception is harder to detect and yields greater profits for those who commit it.
In primo luogo, tenete bene a mente che spesso non è compito vostro proporre al ragazzo ciò che deve imparare; spetta a lui desiderarlo, cercarlo e trovarlo; spetta a voi metterglielo a disposizione, suscitare abilmente quel desiderio e fornirgli i mezzi per soddisfarlo. Da ciò deriva che le vostre domande devono essere rare, ma ben selezionate; inoltre, poiché lui avrà molto di più da dirvi voi che voi da dire a lui, sarete sempre meno esposti e più spesso nella posizione di potergli chiedere: “In che modo ciò che mi chiedete può essere utile da sapere?”
Inoltre, poiché non ha molta importanza che impari questo o quest’altro, purché comprenda bene ciò che apprende e sappia come utilizzarlo, non è necessario fornirgli spiegazioni dettagliate su ciò che gli si dice, a meno che non sia davvero necessario. Ditegli senza esitazione: “Non ho una risposta appropriata da darvi; avevo torto, lasciamo perdere”. Se la vostra istruzione fosse effettivamente inappropriata, non c’è niente di male nel abbandonarla del tutto; se invece lo fosse meno, con un po’ di attenzione troverete presto l’occasione per farle riacquistare il suo valore.
Non mi piacciono le spiegazioni fornite in forma di discorsi; i giovani prestano loro poca attenzione e difficilmente le ricordano. Le cose. Le cose! Non ripeterò mai abbastanza quanto diamo troppo potere alle parole; con la nostra educazione basata sul chiacchiericcio, non facciamo altro che diventare noi stessi persone che parlano senza senso.
Supponiamo che, mentre studio con il mio allievo il percorso del sole e i metodi di orientamento, lui mi interrompa all’improvviso chiedendomi a cosa servano tutte queste cose. Che bell’argomento potrò utilizzare per insegnargli! Quante opportunità avrò per istruirlo rispondendo alla sua domanda, soprattutto se abbiamo testimoni del nostro dialogo[373]. Gli parlerò dell’utilità dei viaggi, dei vantaggi del commercio, delle produzioni tipiche di ciascun clima, delle usanze dei diversi popoli, dell’uso del calendario, della previsione del ritorno delle stagioni per l’agricoltura, dell’arte della navigazione, del modo corretto di comportarsi in mare e di seguire esattamente la propria rotta, anche senza sapere dove ci si trovi. La politica, la storia naturale, l’astronomia, persino la morale e il diritto internazionale faranno parte della mia spiegazione, al fine di fornire al mio allievo una vasta conoscenza di queste scienze e un forte desiderio di apprenderle. Quando avrò finito, avrò esposto tutto ciò che un vero pedante potrebbe dire, ma lui non avrà capito nemmeno una singola idea. Avrà sicuramente voglia di chiedermi di nuovo a cosa serva orientarsi; tuttavia non oserà farlo, per paura che io mi arrabbi. Ritiene più conveniente fingere di aver compreso ciò che gli è stato imposto di ascoltare. Ecco come vengono praticate le cosiddette “buone educazioni”.
Ma il nostro Émile, educato in modo più rustico e a cui con tanta fatica cerchiamo di inculcare un modo di pensare “rigido” e logico, non ascolterà nulla di tutto ciò. Non appena sentirà una parola che non capirà, scapperà via e si metterà a giocare per la stanza, lasciandomi a parlare da solo. Dobbiamo trovare una soluzione più semplice. Il mio “strumento scientifico” non serve a nulla per lui.
Stavamo osservando la posizione della foresta a nord di Montmorency quando mi interruppe con quella sua domanda insistente: “A cosa serve tutto questo?” Gli dissi che aveva ragione, che bisognava pensarci con calma; e se avessimo concluso che quel lavoro non fosse utile, non lo avremmo più ripreso, perché non ci mancavano certo divertimenti utili. Ci saremmo occupati di altre cose, e per il resto della giornata non si sarebbe più parlato di geografia.
La mattina seguente gli propongo una passeggiata prima di pranzo; non chiede di meglio. I bambini sono sempre pronti a correre, e lui ha delle belle gambe. Entriamo nella foresta, percorriamo i campi circostanti, ci perdiamo. Non sappiamo più dove ci troviamo; quando arriva il momento di tornare indietro, non riusciamo a ritrovare la strada. Il tempo passa, fa caldo. Abbiamo fame; ci affrettiamo, ma vaghiamo invano da una parte all’altra. Dappertutto ci sono solo foreste, cave, pianure. Nessun indizio che possa aiutarci a riconoscere il cammino. Siamo stanchi, assetati. Le nostre corse non fanno altro che farci perdere ancora di più. Alla fine ci sediamo per riposarci, per discutere. Immagino che Émile, cresciuto come tutti gli altri bambini, non si preoccupi di nulla. Piange. Non sa che ci troviamo proprio davanti alla porta di Montmorency, e che un semplice boschetto ci nasconde. Ma per lui quel boschetto è una vera foresta. Un uomo della sua statura potrebbe essere sepolto tra quegli arbusti.
Dopo alcuni momenti di silenzio, gli dissi con un tono preoccupato: “Mio caro Émile, come faremo per uscire da qui?”
ÉMILE, mentre nuotava, piangeva a dirotto.
Non lo so. Sono stanco; ho fame; ho sete; non ce la faccio più.
JEAN-JACQUES
Credete che io sia in condizioni migliori delle vostre? E pensate davvero che mi mancherebbe qualcosa se potessi pranzare con le mie lacrime? Non si tratta di piangere, ma di riconoscerci veramente. Guardate il vostro orologio: che ora è?
ÉMILE
È mezzogiorno e sto digiuno.
JEAN-JACQUES
È vero, sono mezzogiorno e ho fame.
ÉMILE
Oh! Deve aver molta fame.
JEAN-JACQUES
Sfortunatamente, il mio pranzo non verrà a cercarmi qui. È mezzogiorno: proprio l’ora in cui ieri da Montmorency osservavamo la posizione della foresta. Se solo potessimo osservare ora la foresta e al contempo la posizione di Montmorency,!
ÉMILE
Sì; ma ieri vedevamo la foresta, mentre da qui non vediamo la città.
JEAN-JACQUES
Ecco il problema. Se solo potessimo ignorarla per individuare la sua posizione.
ÉMILE
Oh, mio caro amico!
JEAN-JACQUES
Non dicevamo forse che la foresta era.
ÉMILE
A nord di Montmorency.
JEAN-JACQUES
Di conseguenza, Montmorency deve essere.
ÉMILE: A sud della foresta.
JEAN-JACQUES
Esiste un modo per trovare il margine a mezzogiorno?
Corriamo in fretta: l’astronomia serve pur sempre a qualcosa.
EMILE: Sì, attraverso la direzione dell’ombra.
JEAN-JACQUES
Ma il sud?
ÉMILE: Come posso farlo?
JEAN-JACQUES
Il sud-est è l’opposto del nord.
ÉMILE
È vero; basta cercare l’opposto dell’ombra. Oh! Ecco il sud. Sicuramente Montmorency si trova da questa parte.
JEAN-JACQUES
Potreste avere ragione: prendiamo questo sentiero attraverso il bosco.
ÉMILE, battendo le mani e lanciando un grido di gioia.
Ah! Vedo Montmorency. Ecco, è proprio davanti a noi, completamente esposto. Andiamo a pranzo, andiamo a cena. Corriamo in fretta: anche l’astronomia può essere utile a qualcosa.
Fate attenzione: anche se non la dice, la penserà; non importa, purché non sia io a dirla. E state certi che non dimenticherà mai la lezione di questa giornata; al contrario, se gli avessi semplicemente fatto supporre tutto questo nella sua stanza, il mio discorso sarebbe stato dimenticato già il giorno dopo. Bisogna parlare il più possibile attraverso le azioni, e dire soltanto ciò che non si saprebbe mai fare realmente.
Il lettore non si aspetta che io lo disprezzi al punto di fornirgli un esempio per ogni tipo di studio; tuttavia, qualunque sia l’argomento in discussione, non posso fare a meno di esortare il governatore a valutare con attenzione le prove presentate riguardo alle capacità dello studente; perché, ancora una volta, il problema non risiede in ciò che lo studente non comprende, ma in ciò che crede di comprendere.
Ricordo che, volendo far sviluppare in un bambino l’interesse per la chimica, dopo avergli mostrato diverse precipitazioni metalliche, gli spiegavo come venisse prodotta l’inchiostro. Gli dicevo che il suo colore nero derivava soltanto da ferro fortemente scisso, separato dal vetro e precipitato tramite una sostanza alcalina. Proprio nel bel mezzo di questa mia erudita spiegazione, quel piccolo traditore mi interruppe all’improvviso con quella stessa domanda che gli avevo insegnato. E io rimasi piuttosto imbarazzato.
Dopo aver sognato per un po’, presi una decisione: andai a prendere del vino nella cantina del padrone di casa e ne comprai dell’altro a otto soldi da un venditore di vini. Presi anche in un piccolo flaconcino la soluzione di alcali fissi; poi, avendo davanti a me, in due bicchieri, questi due tipi diversi di vino[374], gli dissi così:
Si falsificano molte merci al fine di farle apparire migliori di quanto non siano in realtà. Queste falsificazioni ingannano sia l’occhio che il gusto; tuttavia sono dannose e rendono l’oggetto alterato peggiore, nonostante la sua bella apparenza esteriore.
Si falsificano soprattutto le bevande, e in particolare i vini, perché l’inganno è più difficile da scoprire e garantisce maggiori profitti a chi lo pratica.
La falsification des vins verts ou aigres se fait avec de la litharge, la litharge est une préparation de plomb. Le plomb uni aux acides fait un sel fort doux, qui corrige au goût la verdeur du vin, mais qui est un poison pour ceux qui le boivent. Il importe donc, avant de boire du vin suspect, de savoir s’il est lithargiré ou s’il ne l’est pas. Or voici comment je raisonne pour découvrir cela.
La liqueur du vin ne contient pas seulement de l’esprit inflammable, comme vous l’avez vu par l’eau-de-vie qu’on en tire ; elle contient encore de l’acide, comme vous pouvez le connaître par le vinaigre et le tartre qu’on en tire aussi.
L’acide a du rapport aux substances métalliques, et s’unit avec elles par dissolution pour former un sel composé, tel, par exemple, que la rouille, qui n’est qu’un fer dissous par l’acide contenu dans l’air ou dans l’eau, et tel aussi que le vert-de-gris, qui n’est qu’un cuivre dissous par le vinaigre.
Mais ce même acide a plus de rapport encore aux substances alcalines qu’aux substances métalliques, en sorte que, par l’intervention des premières dans les sels composés dont je viens de vous parler, l’acide est forcé de lâcher le métal auquel il est uni, pour s’attacher à l’alcali.
Alors la substance métallique, dégagée de l’acide qui la tenait dissoute, se précipite et rend la liqueur opaque.
Si donc un de ces deux vins est lithargiré, son acide tient la litharge en dissolution. Que j’y verse de la liqueur alcaline, elle forcera l’acide de quitter prise pour s’unir à elle ; le plomb, n’étant plus tenu en dissolution, reparaîtra, troublera la liqueur, et se précipitera enfin dans le fond du verre.
S’il n’y a point de plomb[375] ni d’aucun métal dans le vin, l’alcali s’unira paisiblement[376] avec l’acide, le tout restera dissous, et il ne se fera aucune précipitation.
Ensuite je versai de ma liqueur alcaline successivement dans les deux verres : celui du vin de la maison resta clair et diaphane ; l’autre en un moment fut trouble, et au bout d’une heure on vit clairement le plomb précipité dans le fond du verre.
Voilà, repris-je, le vin naturel et pur dont on peut boire, et voici le vin falsifié qui empoisonne. Cela se découvre par les mêmes connaissances dont vous me demandiez l’utilité : celui qui sait bien comment se fait l’encre sait connaître aussi les vins frelatés.
J’étais fort content de mon exemple, et cependant je m’aperçus que l’enfant n’en était point frappé. J’eus besoin d’un peu de temps pour sentir que je n’avais fait qu’une sottise : car, sans parler de l’impossibilité qu’à douze ans un enfant pût suivre mon explication, l’utilité de cette expérience n’entrait pas dans son esprit, parce qu’ayant goûté de deux vins, et les trouvant bons tous deux, il ne joignait aucune idée à ce mot de falsification que je pensais lui avoir si bien expliqué. Ces autres mots malsain, poison, n’avaient même aucun sens pour lui ; il était là-dessus dans le cas de l’historien du médecin Philippe : c’est le cas de tous les enfants.
Les rapports des effets aux causes dont nous n’apercevons pas la liaison, les biens et les maux dont nous n’avons aucune idée, les besoins que nous n’avons jamais sentis, sont nuls pour nous ; il est impossible de nous intéresser par eux à rien faire qui s’y rapporte. On voit à quinze ans le bonheur d’un homme sage, comme à trente la gloire du paradis. Si l’on ne conçoit bien l’un et l’autre, on fera peu de chose pour les acquérir ; et quand même on les concevrait, on fera peu de chose encore si on ne les désire, si on ne les sent convenables à soi. Il est aisé de convaincre un enfant que ce qu’on lui veut enseigner est utile : mais ce n’est rien de le convaincre, si l’on ne sait le persuader. En vain la tranquille raison nous fait approuver ou blâmer ; il n’y a que la passion qui nous fasse agir ; et comment se passionner pour des intérêts qu’on n’a point encore ?
Ne montrez jamais rien à l’enfant qu’il ne puisse voir. Tandis que l’humanité lui est presque étrangère, ne pouvant l’élever à l’état d’homme, rabaissez pour lui l’homme à l’état d’enfant. En songeant à ce qui lui peut être utile dans un autre âge, ne lui parlez que de ce dont il voit dès à présent l’utilité. Du reste, jamais de comparaisons avec d’autres enfants, point de rivaux, point de concurrents, même à la course, aussitôt qu’il commence à raisonner ; j’aime cent fois mieux qu’il n’apprenne point ce qu’il n’apprendrait que par jalousie ou par vanité. Seulement je marquerai tous les ans les progrès qu’il aura faits ; je les comparerai à ceux qu’il fera l’année suivante ; je lui dirai : Vous êtes grandi de tant de lignes ; voilà le fossé que vous sautiez, le fardeau que vous portiez ; voici la distance où vous lanciez un caillou, la carrière que vous parcouriez d’une haleine, etc. ; voyons maintenant ce que vous ferez. Je l’excite ainsi sans le rendre jaloux de personne. Il voudra se surpasser, il le doit ; je ne vois nul inconvénient qu’il soit émule de lui-même.
Je hais les livres ; ils n’apprennent qu’à parler de ce qu’on ne sait pas. On dit qu’Hermès grava sur des colonnes les éléments des sciences, pour mettre ses découvertes à l’abri d’un déluge. S’il les eût bien imprimées dans la tête des hommes, elles s’y seraient conservées par tradition. Des cerveaux bien préparés sont les monuments où se gravent le plus sûrement les connaissances humaines.
N’y aurait-il point moyen de rapprocher tant de leçons éparses dans tant de livres, de les réunir sous un objet commun qui pût être facile à voir, intéressant à suivre, et qui pût servir de stimulant, même à cet âge ? Si l’on peut inventer une situation où tous les besoins naturels de l’homme se montrent d’une manière sensible à l’esprit d’un enfant, et où les moyens de pouvoir à ces mêmes besoins se développent successivement avec la même facilité, c’est par la peinture vive et naïve de cet état qu’il faut donner le premier exercice à son imagination.
Philosophe ardent, je vois déjà s’allumer la vôtre. Ne vous mettez pas en frais ; cette situation est trouvée, elle est décrite, et, sans vous faire tort, beaucoup mieux que vous ne la décririez vous-même, du moins avec plus de vérité et de simplicité. Puisqu’il nous faut absolument des livres, il en existe un qui fournit, à mon gré, le plus heureux traité d’éducation naturelle. Ce livre sera le premier que lira mon Émile ; seul il composera durant longtemps toute sa bibliothèque, et il y tiendra toujours une place distinguée. Il sera le texte auquel tous nos entretiens sur les sciences naturelles ne serviront que de commentaire. Il servira d’épreuve durant nos progrès à l’état de notre jugement ; et, tant que notre goût ne sera pas gâté, sa lecture nous plaira toujours. Quel est donc ce merveilleux livre ? Est-ce Aristote ? est-ce Pline ? est-ce Buffon ? Non ; c’est Robinson Crusoé.
Robinson Crusoé dans son île, seul, dépourvu de l’assistance de ses semblables et des instruments de tous les arts, pourvoyant cependant à sa subsistance, à sa conservation, et se procurant même une sorte de bien-être, voilà un objet intéressant pour tout âge, et qu’on a mille moyens de rendre agréable aux enfants. Voilà comment nous réalisons l’île déserte qui me servait d’abord de comparaison. Cet état n’est pas, j’en conviens, celui de l’homme social ; vraisemblablement il ne doit pas être celui d’Émile : mais c’est sur ce même état qu’il doit apprécier tous les autres. Le plus sûr moyen de s’élever au-dessus des préjugés et d’ordonner ses jugements sur les vrais rapports des choses, est de se mettre à la place d’un homme isolé, et de juger de tout comme cet homme en doit juger lui-même, eu égard à sa propre utilité.
The falsification of green or sour wines is done using litharge, which is a preparation of lead. When lead combines with acids, it forms a very mild salt that, in terms of taste, corrects the “greenness” of the wine—but it is also poisonous to those who consume it. Therefore, before drinking any suspicious wine, it is essential to determine whether it has been treated with litharge or not. Here is how I reason in order to discover this.
Wine liquor contains not only flammable spirits, as you can see from the brandy that is derived from it; it also contains acids, as you can ascertain from the vinegar and tartar that are also obtained from wine.
Acid has a relationship with metallic substances; it combines with them through dissolution to form compound salts. For example, rust is nothing more than iron dissolved by the acid present in air or water, and greenish-black tarnish is merely copper dissolved by vinegar.
But this very acid is even more closely related to alkaline substances than to metallic substances; as a result, when the alkaline substances come into play in the compound salts I just mentioned, the acid is forced to release the metal to which it is bound and to attach itself instead to the alkali.
Thus, the metallic substance, once freed from the acid that kept it dissolved, precipitates and makes the liquid opaque.
Therefore, if one of these two wines is treated with litharge, its acid will keep the litharge in solution. If I add alkaline liquid to it, the acid will be forced to separate and combine with the alkaline; since the lead is no longer kept in solution, it will reappear, disturb the liquid, and eventually precipitate at the bottom of the glass.
If there is no lead[375] or any metal in the wine, the alkali will combine peacefully[376] with the acid; everything will remain dissolved, and no precipitation will occur.
Then I poured my alkaline liquid into both glasses one after another: the glass containing the household wine remained clear and transparent; the other became cloudy immediately, and after an hour, it was possible to clearly see the lead precipitate at the bottom of the glass.
“Here,” I continued, “is the natural, pure wine that one can drink; and here is the adulterated wine that poisons people. This can be discerned through the very same knowledge you asked me about the usefulness of—those who know well how ink is made also understand how to identify counterfeit wines.”
I was quite satisfied with my example, yet I realized that the child had not been impressed by it at all. It took me some time to realize that I had merely done something foolish—because, aside from the fact that a twelve-year-old child could hardly understand my explanation, the usefulness of such an experiment did not make any sense to him. Having tasted two wines and finding them both good, he failed to connect the concept of “falsification” with what I had tried to explain. Words like “harmful” or “poison” simply had no meaning for him; in this regard, he was just like the historian who wrote about Doctor Philippe’s experiments—such is the case with all children.
The relationships between effects and causes that we cannot perceive; the goods and evils of which we have no idea at all; the needs that we have never even felt—these are all meaningless to us. It is impossible for us to take any action related to them. At fifteen years old, one can envision the happiness of a wise man; at thirty, the glory of paradise. If one does not truly understand either of these, little will be done to attain them; and even if one does understand them, little will still be accomplished unless they are desired and felt to be appropriate for oneself. It is easy to convince a child that what is being taught to him is useful; but it is nothing at all to convince him unless one also knows how to persuade him. In vain does calm reason make us approve or condemn something; only passion can drive us to act. And how can one become passionate about interests that one has not yet even considered?
Never show a child anything that it cannot see for itself. Since humanity is almost foreign to it and cannot raise it to the level of a human being, reduce humanity to the level of a child for it. When considering what may be useful to it at a later age, speak only about things that it can already see to be useful now. Moreover, never make any comparisons with other children—no rivals, no competitors, not even in races. Once it begins to reason, I prefer a hundred times that it learn nothing through jealousy or vanity. Instead, I will mark every year the progress it has made, compare it with what it achieves the following year, and tell it: “You have grown by so much; this is the distance you used to jump, the weight you used to carry; this is how far you used to throw a stone, how quickly you used to run, etc.” Then I will ask it: “Now let’s see what you can do.” In this way, I encourage it without making it jealous of anyone. It will want to surpass itself—and it must. I see no harm in its striving to be like itself.
I hate books; they only teach us to talk about things that we do not know. It is said that Hermes engraved the principles of science on columns in order to preserve his discoveries from a flood. If he had truly inscribed them in people’s minds, they would have been preserved through tradition. Well-prepared brains are the most reliable monuments upon which human knowledge can be inscribed.
Is there perhaps no way to bring together so many scattered lessons found in numerous books, to unite them under a common theme that would be easy to perceive, interesting to follow, and even serve as a stimulus at such an early age? If it is possible to create a situation in which all of man’s natural needs are presented in a manner that is readily understandable to a child’s mind, and in which the means to satisfy those same needs develop in a progressive and effortless manner, then it is through the vivid and naive depiction of this state that we should begin to exercise a child’s imagination.
As an ardent philosopher, I can already see the light of understanding kindling in your mind. Do not go to any extra effort; this situation has already been identified and described—and, without meaning to offend you, it is described much better than you could ever do yourself, at least with more truth and simplicity. Since we absolutely need books, there exists one that, in my opinion, offers the most excellent treatise on natural education. This book will be the first that my Émile reads; for a long time, it will constitute his entire library, and it will always hold a distinguished place among them. All our discussions on natural sciences will serve only as commentaries on this text. It will serve as a measure of our progress in developing our judgment; and so long as our taste remains uncorrupted, its reading will always bring us pleasure. So what is this wonderful book? Is it Aristotle? Is it Pliny? Is it Buffon? No; it is Robinson Crusoe.
Robinson Crusoe on his island, alone, devoid of the assistance of his fellow humans and the tools of all arts, yet managing to provide for his own sustenance, preserve himself, and even achieve a certain degree of well-being—this is a subject that interests people of all ages, and there are countless ways to make it enjoyable for children. In this way, we can realize the concept of the deserted island that initially served as my point of comparison. Admittedly, this state is not that of a social being; presumably, it is not either the ideal state for a child like Émile. Yet it is precisely from this state that one can come to appreciate all other states. The most certain way to rise above prejudices and form accurate judgments about the true relationships between things is to put oneself in the place of an isolated individual and to judge everything as that person would judge it, based on their own self-interest.
La falsificazione dei vini verdi o acri avviene utilizzando la litargia, una preparazione a base di piombo. Il piombo unito agli acidi forma un sale molto dolce che, dal punto di vista del sapore, corregge l’aspetto “verde” del vino, ma rappresenta un veleno per coloro che lo bevono. È quindi fondamentale, prima di bere un vino sospetto, verificare se sia stato trattato con la litargia o meno. Ecco come procedo per scoprirlo.
Il liquore ottenuto dal vino contiene non solo alcol, come avete potuto constatare con il distillato che se ne ricava; contiene anche acidi, come potete sapere dal succo di vitiglia e dal tartaro che anch’essi si ottengono da esso.
L’acido presenta un legame particolare con le sostanze metalliche; si unisce a esse attraverso la dissoluzione, formando sali composti. Un esempio è la ruggine, che non è altro che ferro disciolto dall’acido presente nell’aria o nell’acqua; un altro esempio è il verderame, che è costituito da rame disciolto nell’aceto.
Ma lo stesso acido ha un legame ancora più stretto con le sostanze alcaline che con quelle metalliche; pertanto, grazie all’intervento delle prime nei sali composti di cui vi ho appena parlato, l’acido è costretto a liberarsi del metallo a cui è unito per legarsi all’alcali.
Allora la sostanza metallica, liberata dall’acido che la teneva in soluzione, precipita e rende il liquido opaco.
Pertanto, se uno di questi due vini è trattato con il litargiro, l’acido presente in esso mantiene il litargiro in soluzione. Se vi si aggiunge della liquida alcalina, questa costringerà l’acido a lasciare la soluzione per unirsi alla liquida stessa; il piombo, non più trattenuto in soluzione, riapparirà, disturberà la liquida e infine precipiterà sul fondo del bicchiere.
Se nel vino non vi sono né piombo[375] né alcun altro metallo, l’alcali si unirà pacificamente[376] all’acido; tutto rimarrà disciolto e non avverrà alcuna precipitazione.
Poi versai gradualmente il mio liquido alcalino nei due bicchieri: quello contenente il vino della casa rimase chiaro e trasparente; l’altro, invece, divenne torbido in un istante, e dopo un’ora si poté chiaramente vedere il piombo che si era depositato sul fondo del bicchiere.
Ecco, ripresi, il vino naturale e puro che si può bere, e ecco il vino falsificato che avvelena. Ciò si scopre grazie alle stesse conoscenze di cui mi chiedevate l’utilità: colui che sa bene come si prepara l’inchiostro sa anche riconoscere i vini adulterati.
Ero molto soddisfatto del mio esempio, eppure mi resi conto che il bambino non ne era affatto colpito. Mi ci volle un po’ di tempo per capire che avevo fatto solo una sciocchezza: perché, senza considerare l’impossibilità che a dodici anni un bambino potesse comprendere la mia spiegazione, l’utilità di quell’esperimento non entrava affatto nella sua mente; infatti, avendo assaggiato due vini e trovandoli entrambi buoni, non collegava in alcun modo il concetto di “falsificazione” a ciò che avevo cercato di spiegargli. Anche termini come “veleno” non avevano alcun significato per lui; era esattamente nella stessa situazione dello storico del medico Filippo. È così per tutti i bambini.
I rapporti tra gli effetti e le cause di cui non percepiamo alcuna connessione, i beni e i mali di cui non abbiamo alcuna idea, i bisogni che mai non abbiamo provato, tutto ciò è del tutto irrilevante per noi; è impossibile che ci interessiamo a qualcosa che abbia a che fare con essi. A quindici anni si può comprendere la felicità di un uomo saggio; a trent’anni, la gloria del paradiso. Se non si comprendono bene queste cose, sarà difficile impegnarsi per ottenerle; e anche se le si comprendessero, ci si impegnerebbe comunque poco se non si desiderassero davvero, se non si ritenesse che siano adatte a sé. È facile convincere un bambino che ciò che gli si vuole insegnare sia utile, ma questo non basta: è necessario anche riuscire a persuaderlo veramente. Inutile che la ragione tranquilla ci faccia approvare o condannare qualcosa: solo la passione ci spinge ad agire. E come si può provare passione per interessi di cui non si ha ancora alcuna percezione?
Non mostrate mai al bambino nulla che non possa vedere. Poiché l’umanità gli è quasi estranea e non possiamo elevarlo allo stato di uomo, riducete l’uomo allo stato di bambino per lui. Pensando a ciò che può essergli utile in un’altra età, parlategli soltanto di ciò di cui vede immediatamente l’utilità. Inoltre, mai fare paragoni con altri bambini: nessun rivale, nessun concorrente, nemmeno nella corsa, finché non inizia a ragionare; preferisco mille volte che non impari ciò che potrebbe imparare solo per gelosia o vanità. Tuttavia, ogni anno segnerò i progressi che avrà fatto, li confronterò con quelli che realizzerà l’anno successivo e gli dirò: “Sei cresciuto di tanto; ecco la distanza che superavi prima, il peso che portavi, la lunghezza che percorrevi d’un fiato, ecc.; ora vediamo cosa riuscirai a fare”. In questo modo lo incoraggio senza farlo sentire invidioso di nessuno. Vorrà superarsi, e deve farlo; non vedo alcun inconveniente nel fatto che sia un suo stesso stimolo a migliorare.
Odio i libri; insegnano soltanto a parlare di ciò che non si sa. Si dice che Ermete abbia inciso sugli steli gli elementi delle scienze, per proteggere le sue scoperte da un diluvio. Se le avesse ben imprimate nella mente degli uomini, queste conoscenze sarebbero state conservate attraverso la tradizione. Cervelli ben preparati sono i monumenti nei quali le conoscenze umane vengono incise in modo più sicuro.
Non esisterebbe forse un modo per riunire tutte queste lezioni sparse in così tanti libri sotto un tema comune che fosse facile da comprendere, interessante da seguire e capace di stimolare l’immaginazione, anche a quell’età? Se si può inventare una situazione nella quale tutti i bisogni naturali dell’uomo vengano presentati in modo comprensibile per la mente di un bambino, e nei quali i mezzi per soddisfare tali bisogni si sviluppino progressivamente con la stessa facilità, è proprio attraverso la rappresentazione vivida e semplice di tale stato che si può stimolare per la prima volta l’immaginazione del fanciullo.
Filosofo appassionato, vedo già accendersi in voi lo stesso entusiasmo. Non vi sforzate troppo: questa situazione è già stata descritta, e, senza offrirvi un complimento, posso dire che sia descritta molto meglio di quanto potreste farlo voi stessi, almeno con maggiore verità e semplicità. Poiché abbiamo assolutamente bisogno di libri, ne esiste uno che, a mio parere, rappresenta il trattato più completo sull’educazione naturale. Questo libro sarà il primo che leggerà mio figlio Émile; per molto tempo costituirà l’unica sua biblioteca e vi manterrà sempre un posto di rilievo. Sarà il testo al quale tutti i nostri dialoghi sulle scienze naturali serviranno soltanto da commento. Servirà anche come strumento per valutare i nostri progressi nel giudizio; e, finché il nostro gusto non verrà corrotto, la sua lettura ci piacerà sempre. Ma qual è dunque questo meraviglioso libro? È Aristotele? È Plinio? È Buffon? No. È Robinson Crusoe.
Robinson Crusoe, sulla sua isola, solo, privo dell’aiuto dei suoi simili e degli strumenti di ogni arte, riesce tuttavia a provvedere al proprio sostentamento, alla propria conservazione e addirittura a ottenere una sorta di benessere. Questo è un soggetto interessante per tutte le età, e ci sono mille modi per renderlo piacevole anche ai bambini. Ecco come realizziamo quell’isola deserta che inizialmente mi serviva da esempio di confronto. Questo stato, lo ammetto, non è quello dell’uomo sociale; probabilmente non dovrebbe nemmeno essere quello di Émile. Ma è proprio su questo stesso stato che Émile deve imparare a comprendere tutti gli altri stati umani. Il modo più sicuro per superare i pregiudizi e formulare giudizi corretti sui veri rapporti tra le cose consiste nel mettersi al posto di un uomo isolato e giudicare tutto come quell’uomo avrebbe dovuto giudicarlo, in base alla propria utilità personale.
Ce roman, débarrassé de tout son fatras, commençant au naufrage de Robinson près de son île, et finissant à l’arrivée du vaisseau qui vient l’en tirer, sera tout à la fois l’amusement et l’instruction d’Émile durant l’époque dont il est ici question. Je veux que la tête lui en tourne, qu’il s’occupe sans cesse de son château, de ses chèvres, de ses plantations ; qu’il apprenne en détail, non dans des livres, mais sur les choses, tout ce qu’il faut savoir en pareil cas ; qu’il pense être Robinson lui-même ; qu’il se voie habillé de peaux, portant un grand bonnet, un grand sabre, tout le grotesque équipage de la figure, au parasol près, dont il n’aura pas besoin. Je veux qu’il s’inquiète des mesures à prendre, si ceci ou cela venait à lui manquer, qu’il examine la conduite de son héros, qu’il cherche s’il n’a rien omis, s’il n’y avait rien de mieux à faire ; qu’il marque attentivement ses fautes, et qu’il en profite pour n’y pas tomber lui-même en pareil cas ; car ne doutez point qu’il ne projette d’aller faire un établissement semblable ; c’est le vrai château en Espagne de cet heureux âge, où l’on ne connaît d’autre bonheur que le nécessaire et la liberté.
Quelle ressource que cette folie pour un homme habile, qui n’a su la faire naître qu’afin de la mettre à profit ! L’enfant, pressé de se faire un magasin pour son île, sera plus ardent pour apprendre que le maître pour enseigner. Il voudra savoir tout ce qui est utile, et ne voudra savoir que cela ; vous n’aurez plus besoin de le guider, vous n’aurez qu’à le retenir. Au reste, dépêchons-nous de l’établir dans cette île, tandis qu’il y borne sa félicité ; car le jour approche où, s’il y veut vivre encore, il n’y voudra plus vivre seul, et où Vendredi, qui maintenant ne le touche guère, ne lui suffira pas longtemps.
La pratique des arts naturels, auxquels peut suffire un seul homme, mène à la recherche des arts d’industrie, et qui ont besoin du concours de plusieurs mains. Les premiers peuvent s’exercer par des solitaires, par des sauvages ; mais les autres ne peuvent naître que dans la société, et la rendent nécessaire. Tant qu’on ne connaît que le besoin physique, chaque homme se suffit à lui-même ; l’introduction du superflu rend indispensable le partage et distribution du travail ; car, bien qu’un homme travaillant seul ne gagne que la subsistance d’un homme, cent hommes, travaillant de concert, gagneront de quoi en faire subsister deux cents. Sitôt donc qu’une partie des hommes se repose, il faut que le concours des bras de ceux qui travaillent supplée à l’oisiveté de ceux qui ne font rien.
Votre plus grand soin doit être d’écarter de l’esprit de votre élève toutes les notions des relations sociales qui ne sont pas à sa portée ; mais, quand l’enchaînement des connaissances vous force à lui montrer la mutuelle dépendance des hommes, au lieu de la lui montrer par le côté moral, tournez d’abord toute son attention vers l’industrie et les arts mécaniques, qui les rendent utiles les uns aux autres. En le promenant d’atelier en atelier, ne souffrez jamais qu’il voie aucun travail sans mettre lui-même la main à l’oeuvre, ni qu’il en sorte sans savoir parfaitement la raison de tout ce qui s’y fait, ou du moins de tout ce qu’il a observé. Pour cela, travaillez vous-même, donnez-lui partout l’exemple ; pour le rendre maître, soyez partout apprenti, et comptez qu’une heure de travail lui apprendra plus de choses qu’il n’en retiendrait d’un jour d’explications.
Il y a une estime publique attachée aux différents arts en raison inverse de leur utilité réelle. Cette estime se mesure directement sur leur inutilité même, et cela doit être. Les arts les plus utiles sont ceux qui gagnent le moins, parce que le nombre des ouvriers se proportionne au besoin des hommes, et que le travail nécessaire à tout le monde reste forcément à un prix que le pauvre peut payer. Au contraire, ces importants qu’on n’appelle pas artisans, mais artistes, travaillant uniquement pour les oisifs et les riches, mettent un prix arbitraire à leurs babioles ; et, comme le mérite de ces vains travaux n’est que dans l’opinion, leur prix même fait partie de ce mérite, et on les estime à proportion de ce qu’ils coûtent. Le cas qu’en fait le riche ne vient pas de leur usage, mais de ce que le pauvre ne les peut payer. Nolo habere bona nisi quibus populus inviderit[377].
Que deviendront vos élèves, si vous leur laissez adopter ce sot préjugé, si vous le favorisez vous-même, s’ils vous voient, par exemple, entrer avec plus d’égards dans la boutique d’un orfèvre que dans celle d’un serrurier ? Quel jugement porteront-ils du vrai mérite des arts et de la véritable valeur des choses, quand ils verront partout le prix de fantaisie en contradiction avec le prix tiré de l’utilité réelle, et que plus la chose coûte, moins elle vaut ? Au premier moment que vous laisserez entrer ces idées dans leur tête, abandonnez le reste de leur éducation ; malgré vous ils seront élevés comme tout le monde ; vous avez perdu quatorze ans de soins.
Émile songeant à meubler son île aura d’autres manières de voir. Robinson eût fait beaucoup plus de cas de la boutique d’un taillandier que de tous les colifichets de Saïde. Le premier lui eût paru un homme très respectable, et l’autre un petit charlatan.
« Mon fils est fait pour vivre dans le monde ; il ne vivra pas avec des sages, mais avec des fous ; il faut donc qu’il connaisse leurs folies, puisque c’est par elles qu’ils veulent être conduits. La connaissance réelle des choses peut être bonne, mais celle des hommes et de leurs jugements vaut encore mieux ; car, dans la société humaine, le plus grand instrument de l’homme est l’homme, et le plus sage est celui qui se sert le mieux de cet instrument. À quoi bon donner aux enfants l’idée d’un ordre imaginaire tout contraire à celui qu’ils trouveront établi, et sur lequel il faudra qu’ils se règlent ? Donnez-leur premièrement des leçons pour être sages, et puis vous leur en donnerez pour juger en quoi les autres sont fous. »
Voilà les spécieuses maximes sur lesquelles la fausse prudence des pères travaille à rendre leurs enfants esclaves des préjugés dont ils les nourrissent, et jouets eux-mêmes de la tourbe insensée dont ils pensent faire l’instrument de leurs passions. Pour parvenir à connaître l’homme, que de choses il faut connaître avant lui ! L’homme est la dernière étude du sage, et vous prétendez en faire la première d’un enfant ! Avant de l’instruire de nos sentiments, commencez par lui apprendre à les apprécier. Est-ce connaître une folie que de la prendre pour la raison ? Pour être sage il faut discerner ce qui ne l’est pas. Comment votre enfant connaîtra-t-il les hommes, s’il ne sait ni juger leurs jugements ni démêler leurs erreurs ? C’est un mal de savoir ce qu’ils pensent, quand on ignore si ce qu’ils pensent est vrai ou faux. Apprenez-lui donc premièrement ce que sont les choses en elles-mêmes, et vous lui apprendrez après ce qu’elles sont à nos yeux ; c’est ainsi qu’il saura comparer l’opinion à la vérité, et s’élever au-dessus du vulgaire ; car on ne connaît point les préjugés quand on les adopte, et l’on ne mène point le peuple quand on lui ressemble. Mais si vous commencez par l’instruire de l’opinion publique avant de lui apprendre à l’apprécier, assurez-vous que, quoi que vous puissiez faire, elle deviendra la sienne, et que vous ne la détruirez plus. Je conclus que, pour rendre un jeune homme judicieux, il faut bien former ses jugements, au lieu de lui dicter les nôtres.
Vous voyez que jusqu’ici je n’ai point parlé des hommes à mon élève, il aurait eu trop de bon sens pour m’entendre ; ses relations avec son espèce ne lui sont pas encore assez sensibles pour qu’il puisse juger des autres par lui. Il ne connaît d’être humain que lui seul, et même il est bien éloigné de se connaître ; mais s’il porte peu de jugements sur sa personne, au moins il n’en porte que de justes. Il ignore quelle est la place des autres, mais il sent la sienne et s’y tient. Au lieu des lois sociales qu’il ne peut connaître, nous l’avons lié des chaînes de la nécessité. Il n’est presque encore qu’un être physique, continuons de le traiter comme tel.
This novel, stripped of all its superfluous elements—beginning with Robinson’s shipwreck near his island and ending with the arrival of a vessel to rescue him—will serve both as entertainment and as a source of education for Émile during the period in question. I want his mind to be constantly engaged; he should constantly attend to his “castle,” his goats, his plantations; he should learn in detail, not from books but through practical experience, everything necessary in such a situation. He should imagine himself to be Robinson Crusoe himself, envisioning himself dressed in skins, wearing a large hat and a big sword—along with all the other grotesque elements of that character’s attire, including the parasol, which he will, of course, not actually need. I want him to consider what measures would need to be taken if certain things were to run out; he should analyze the actions of his hero and wonder if anything could have been done differently. He should carefully note his own mistakes and use them as a lesson so as not to repeat them in the future. For do not doubt that he is already planning to establish a similar settlement himself. In this happy age, the true “castle” lies in Spain—where the only happiness one can know comes from having what is necessary and enjoying freedom.
What a resource this madness is for a clever man—who has devised it solely in order to make use of it! The child, eager to establish his own “store” on his island, will be more eager to learn than the teacher will be to teach. He will want to know everything that is useful, and nothing else; you will no longer need to guide him—only to restrain him when necessary. In any case, let us hurry and settle him on this island, while he still finds joy there. For the day is approaching when, if he wishes to live there anymore, he will no longer want to do so alone, and when Vendredi, who now hardly touches him, will no longer be sufficient for his needs.
The practice of natural arts, which can be pursued by a single individual, leads to the pursuit of industrial arts, which require the cooperation of many hands. The former can be practiced by solitary individuals or even by savages; but the latter can only arise within society and indeed make society necessary. As long as one is concerned only with physical necessities, each person is self-sufficient; but the introduction of luxuries makes the division and distribution of labor indispensable. For while a person working alone may earn only enough to support himself, a hundred people working together will earn enough to support two hundred. Hence, whenever some people rest, it becomes necessary for the efforts of those who work to compensate for the inactivity of those who do nothing at all.
Your greatest concern should be to remove from your student’s mind all notions of social relationships that are beyond his understanding; but when the progression of knowledge forces you to demonstrate to him the interdependence of human beings, instead of presenting it from a moral perspective, first direct all his attention toward industry and mechanical arts—those fields that make people mutually useful. As you guide him from one workshop to another, never allow him to observe any work without personally engaging in it himself; nor let him leave without fully understanding the purpose of everything that takes place there, or at least of everything he has observed. To achieve this, work yourself too; set an example everywhere. If you want to make him a master, be an apprentice yourself—for one hour of practical work will teach him more than a day of theoretical explanation could ever do.
There is a public esteem attached to the various arts, inversely proportional to their actual usefulness. This esteem is directly measured by their very uselessness—and it must be so. The most useful arts are those that earn the least, because the number of workers is determined by people’s needs, and the labor required by everyone necessarily remains at a price that the poor can afford. On the contrary, those so-called “artists,” who work solely for the idle and the rich, set arbitrary prices for their frivolous creations; and since the merit of such vain endeavors lies merely in public opinion, their price itself becomes part of this so-called merit—and they are valued according to how much they cost. The case of the rich is not determined by the use of these arts, but by the fact that the poor cannot afford them. “One should not possess goods unless the people despise one for having them.”[377]
What will become of your students if you allow them to adopt such foolish prejudices, if you yourself encourage them? If they see you, for example, treating a jeweler’s shop with more respect than a locksmith’s, what judgment will they form regarding the true merit of the arts and the genuine value of things? When they see that the price of something often contradicts its actual usefulness, and that the more expensive an item is, the less valuable it seems to be, then, from the very moment you allow such ideas to take root in their minds, abandon the rest of their education. Despite your efforts, they will still be raised just like everyone else; you will have wasted fourteen years of dedicated care.
If Émile were to consider how to furnish his island, he would have different perspectives. Robinson Crusoe would have valued the shop of a tailor far more than all the trinkets belonging to Saïd. To him, the first man would have seemed highly respectable, while the second one would have appeared like a petty swindler.
“My son is meant to live in the world; he will not live with wise men, but with fools. Therefore, it is necessary that he understand their follies, for it is through them that they wish to be guided. True knowledge of things may be beneficial, but knowledge of human beings and their judgments is even more so; for in human society, the greatest tool of man is man himself, and the wisest person is one who uses this tool most effectively. What use is there in giving children ideas of an imaginary order that is entirely contrary to the one that they will actually find established and upon which they must regulate their behavior? First, teach them lessons that will make them wise; then you can teach them how to discern what makes others foolish.”
These are the very maxims upon which the false prudence of parents works to turn their children into slaves of the prejudices they instill in them, and to make them themselves play the role of tools in those absurdities they imagine can serve as instruments for their own passions. To truly understand man, how much one must first learn about everything other than him! Man is the final subject of study for the wise; yet you claim to make him the primary object of a child’s education! Before teaching a child our own sentiments, begin by teaching him how to appreciate them. Is it really understanding madness to mistake it for reason? To be wise, one must distinguish what is rational from what is not. How can your child understand other people if he cannot judge their judgments or discern their errors? It is harmful to know what others think when one has no idea whether what they say is true or false. Therefore, teach him first what things truly are in themselves, and only afterward what they appear to be to us; in this way, he will be able to compare opinions with truth and rise above the common crowd. For one cannot recognize prejudices until they have been accepted as one’s own; nor can one lead the people if one is no different from them. But if you begin by teaching a child what public opinion holds before instructing him how to evaluate it, be assured that no matter what you do, it will become his own opinion, and you will never succeed in destroying it. In conclusion, to make a young man judicious, it is essential to shape his own judgment rather than imposing ours upon him.
You see that, so far, I have not spoken to my student about human beings; he would have too much common sense to listen to me. His relationships with his own species are not yet developed enough for him to be able to judge others by himself. He knows only himself among all human beings, and even he is far from truly understanding himself. However, although he forms few judgments about himself, at least they are just ones. He does not know what place other people occupy in society, but he feels his own place and behaves accordingly. In place of the social laws that he cannot understand, we have bound him with the chains of necessity. He is almost still merely a physical being; let us continue to treat him as such.
Questo romanzo, privato di ogni elemento superfluo e che inizia con il naufragio di Robinson vicino alla sua isola per terminare con l’arrivo della nave che viene a salvarlo, sarà allo stesso tempo un mezzo di divertimento e di istruzione per Émile durante il periodo di cui si parla. Voglio che lui si appassioni completamente per questa storia: che si occupi costantemente del suo “castello”, delle sue pecore, delle sue piantagioni; che impari nei dettagli, non attraverso i libri ma direttamente dalle cose, tutto ciò che è necessario sapere in una situazione del genere; che si immagini di essere davvero Robinson Crusoe; che si veda vestito di pelli, con un grande cappello, una grande spada, insomma, con tutto l’equipaggiamento grottesco tipico di quella figura, compreso il parasole, che in realtà non gli servirà mai. Voglio che si preoccupi delle misure da prendere nel caso in cui gli mancasse qualcosa; che esamini attentamente le azioni del suo eroe, per verificare se abbia tralasciato qualcosa o se ci fosse un modo migliore di agire; che segni con attenzione i propri errori e ne tragga spunto per evitare di commetterli in futuro, perché non dubitate: sicuramente ha già in mente di stabilirsi in un luogo simile. Questo è il vero “castello” in Spagna dell’età felice, dove l’unica felicità conosciuta è quella derivante dal necessario e dalla libertà.
Che risorsa straordinaria rappresenta questa follia per un uomo abile, che l’ha fatta sorgere soltanto al fine di trarne profitto! Il bambino, desideroso di prepararsi un “magazzino” per la sua isola, sarà più fervente nell’apprendere di quanto lo sia il maestro nell’insegnare. Vorrà sapere tutto ciò che è utile, e nient’altro; non avrete più bisogno di guidarlo, dovrete soltanto impedirgli di allontanarsi. Del resto, affrettiamoci a stabilirlo su quell’isola, mentre vi limita la sua felicità, perché si avvicina il giorno in cui, se vorrà continuare a vivervi, non vorrà più farlo da solo, e in cui Vendredi, che al momento lo tocca appena, non gli sarà più sufficiente per molto tempo.
La pratica delle arti naturali, che possono essere esercitate da un solo uomo, conduce alla ricerca delle arti industriali, le quali richiedono la collaborazione di molte persone. Le prime possono essere praticate anche da individui solitari o da selvaggi; ma le seconde possono nascere e svilupparsi soltanto all’interno della società, che ne rende necessaria l’esistenza. Finché si conosce solo il bisogno fisico, ogni uomo è in grado di provvedere a se stesso; l’insorgere del superfluo rende indispensabile la divisione e la distribuzione del lavoro. Infatti, mentre un uomo che lavora da solo guadagna soltanto quanto basta per mantenersi, cento uomini che lavorano insieme saranno in grado di produrre abbastanza cibo per duecento persone. Quindi, non appena una parte degli uomini si riposa, è necessario che il lavoro congiunto di coloro che producono sostituisca l’inattività di coloro che non fanno nulla.
Il vostro principale impegno dovrebbe essere quello di allontanare dalla mente del vostro allievo tutte le nozioni sulle relazioni sociali che non siano alla sua portata; tuttavia, quando la sequenza delle conoscenze vi costringe a fargli comprendere la reciproca dipendenza degli esseri umani, invece di farlo attraverso un approccio morale, rivolgete innanzitutto tutta la sua attenzione verso l’industria e le arti meccaniche, che rendono gli uomini reciprocamente utili. Portandolo da un laboratorio all’altro, assicuratevi che non assista a nessun lavoro senza provare personalmente a farlo, né che ne esca senza comprendere perfettamente il motivo di tutto ciò che vi avviene, o almeno di tutto ciò che ha osservato. Per questo, lavorate voi stesso e dategli sempre l’esempio; per renderlo padrone di queste conoscenze, siate voi stesso allievi in ogni situazione, e credete che un’ora di lavoro gli insegni più cose di quanto potrebbero farlo una giornata intera di spiegazioni.
Esiste un’opinione pubblica positiva nei confronti dei diversi artisti, e tale opinione è inversamente proporzionale alla loro reale utilità. Questa stima si basa direttamente sulla loro inutilità stessa, ed è proprio così che deve essere. Gli artisti più “utili” sono quelli che guadagnano di meno: il numero degli artigiani, infatti, è proporzionale alle esigenze delle persone, e il lavoro necessario a tutti ha inevitabilmente un prezzo che anche i poveri possono permettersi. Al contrario, quegli artisti che lavorano esclusivamente per gli oziosi e i ricchi impongono prezzi arbitrari alle loro opere; poiché il valore di questi lavori vani risiede soltanto nell’opinione altrui, anche il loro prezzo fa parte di tale valore, e vengono quindi stimati in base a quanto costano. Il caso del ricco, in questo contesto, non deriva dall’utilità delle opere d’arte, ma dal fatto che i poveri non possono permettersele, “Nolo habere bona nisi quibus populus inviderit”[377].
Cosa diventeranno i vostri studenti, se permetterete loro di adottare questo sciocco pregiudizio, se lo favorirete voi stessi, se li vedrete, ad esempio, entrare con maggiore rispetto nel negozio di un orfèvre che in quello di un fabbro? Qual giudizio porteranno sul vero valore degli arti e sulla reale utilità delle cose, quando vedranno ovunque il prezzo determinato dalla fantasia in contraddizione con il prezzo derivante dall’utilità effettiva, e quando noteranno che più una cosa costa, meno vale? Non appena permetterete a queste idee di entrare nella loro mente, abbandonate tutto il resto del loro insegnamento; nonostante i vostri sforzi, verranno educati come tutti gli altri. Avrete perso quattordici anni di impegno e attenzione.
Se Émile pensasse a arredare la sua isola, avrebbe sicuramente altri modi di vedere le cose. Robinson avrebbe dato molto più valore alla bottega di un sarto che a tutti i gingilli di Saïde: il primo gli sarebbe sembrato una persona molto rispettabile, mentre l’altro un piccolo ciarlatano.
“Mio figlio è destinato a vivere nel mondo; non vivrà con gli saggi, ma con i pazzi; quindi deve conoscere le loro follie, poiché è proprio attraverso di esse che vogliono essere guidati. La conoscenza reale delle cose può essere utile, ma quella degli uomini e dei loro giudizi è ancora più preziosa; perché, nella società umana, lo strumento più potente dell’uomo è sempre l’uomo stesso, e il più saggio è colui che sa utilizzarlo al meglio. A che servirebbe dare ai bambini l’idea di un ordine immaginario completamente opposto a quello che troveranno effettivamente esistente e su cui dovranno regolarsi? Dategli prima lezioni per insegnargli la saggezza, e poi altre per far loro capire in cosa gli altri sbagliano.”
Ecco queste particolari massime su cui la falsa prudenza dei genitori lavora per rendere i loro figli schiavi dei pregiudizi che li nutrono, e giocattoli essi stessi di quella follia insensata che pensano di utilizzare come strumento delle proprie passioni. Per riuscire a conoscere l’uomo, quante cose bisogna prima conoscere! L’uomo è l’ultima materia di studio per il saggio, e voi pretendete di farne la prima materia di studio di un bambino! Prima di insegnargli i nostri sentimenti, iniziate col fargli imparare ad apprezzarli. È forse conoscere una follia considerarla ragione? Per essere saggi bisogna distinguere ciò che non lo è. Come potrà vostro figlio conoscere gli uomini, se non sa né giudicare i loro giudizi né discernere i loro errori? È un errore sapere ciò che pensano, quando si ignora se ciò che pensano sia vero o falso. Insegnategli quindi prima di tutto cosa siano le cose in sé stesse, e poi gli insegnerete cosa siano ai nostri occhi; così imparerà a confrontare l’opinione con la verità e a elevarsi al di sopra della gente comune. Infatti, non si conoscono i pregiudizi quando li si adottano, e non si guida il popolo quando ci si assomiglia a esso. Ma se iniziate col insegnargli l’opinione pubblica prima di fargli imparare ad apprezzarla, sappiate che, qualunque cosa facciate, essa diventerà la sua opinione, e non riuscirete più a distruggerla. Concludo quindi che, per rendere un giovane uomo giudizioso, è necessario formare bene i suoi giudizi, piuttosto che imporgli i nostri.
Come potete vedere, finora non ho parlato degli esseri umani al mio allievo: avrebbe troppo buon senso per capirmi; le sue relazioni con la sua stessa specie non sono ancora abbastanza profonde perché possa giudicare gli altri in base a se stesso. Conosce soltanto sé stesso come essere umano, e anzi è lontano dal conoscere davvero se stesso; tuttavia, anche se emette pochi giudizi su di sé, questi sono almeno giusti. Non sa quale sia il posto degli altri, ma percepisce chiaramente il proprio e vi si attiene. Invece delle leggi sociali che non può comprendere, lo abbiamo legato con le catene della necessità; è ancora quasi soltanto un essere fisico. Continuiamo quindi a trattarlo come tale.
C’est par leur rapport sensible avec son utilité, sa sûreté, sa conservation, son bien-être, qu’il doit apprécier tous les corps de la nature et tous les travaux des hommes. Ainsi le fer doit être à ses yeux d’un beaucoup plus grand prix que l’or, et le verre que le diamant ; de même, il honore beaucoup plus un cordonnier, un maçon, qu’un Lempereur, un Le Blanc, et tous les joailliers de l’Europe ; un pâtissier est surtout à ses yeux un homme très important, et il donnerait toute l’académie des sciences pour le moindre confiseur de la rue des Lombards. Les orfèvres, les graveurs, les doreurs, les brodeurs, ne sont à son avis que des fainéants qui s’amusent à des jeux parfaitement inutiles ; il ne fait pas même un grand cas de l’horlogerie. L’heureux enfant jouit du temps sans en être esclave : il en profite et n’en connaît pas le prix. Le calme des passions qui rend pour lui sa succession toujours égale lui tient lieu d’instrument pour le mesurer au besoin[378]. En lui supposant une montre, aussi bien qu’en le faisant pleurer, je me donnais un Émile vulgaire, pour être utile et me faire entendre ; car, quant au véritable, un enfant si différent des autres ne servirait d’exemple à rien.
Il y a un ordre non moins naturel et plus judicieux encore, par lequel on considère les arts selon les rapports de nécessité qui les lient, mettant au premier rang les plus indépendants, et au dernier ceux qui dépendent d’un plus grand nombre d’autres. Cet ordre, qui fournit d’importantes considérations sur celui de la société générale, est semblable au précédent, et soumis au même renversement dans l’estime des hommes ; en sorte que l’emploi des matières premières se fait dans des métiers sans honneur, presque sans profit, et que plus elles changent de mains, plus la main-d’oeuvre augmente de prix et devient honorable. Je n’examine pas s’il est vrai que l’industrie soit plus grande et mérite plus de récompense dans les arts minutieux qui donnent la dernière forme à ces matières, que dans le premier travail qui les convertit à l’usage des hommes : mais je dis qu’en chaque chose l’art dont l’usage est le plus général et le plus indispensable est incontestablement celui qui mérite le plus d’estime, et que celui à qui moins d’autres arts sont nécessaires, la mérite encore par-dessus les plus subordonnés, parce qu’il est plus libre et plus près de l’indépendance. Voilà les véritables règles de l’appréciation des arts et de l’industrie ; tout le reste est arbitraire et dépend de l’opinion.
Le premier et le plus respectable de tous les arts est l’agriculture : je mettrais la forge au second rang, la charpente au troisième, et ainsi de suite. L’enfant qui n’aura point été séduit par les préjugés vulgaires en jugera précisément ainsi. Que de réflexions importantes notre Émile ne tirera-t-il point là-dessus de son Robinson ! Que pensera-t-il en voyant que les arts ne se perfectionnent qu’en se subdivisant, en multipliant à l’infini les instruments des uns et des autres ? Il se dira : Tous ces gens-là sont sottement ingénieux : on croirait qu’ils ont peur que leurs bras et leurs doigts ne leur servent à quelque chose, tant ils inventent d’instruments pour s’en passer. Pour exercer un seul art ils sont asservis à mille autres ; il faut une ville à chaque ouvrier. Pour mon camarade et moi, nous mettons notre génie dans notre adresse ; nous nous faisons des outils que nous puissions porter partout avec nous. Tous ces gens si fiers de leurs talents dans Paris ne sauraient rien dans notre île, et seraient nos apprentis à leur tour.
Lecteur, ne vous arrêtez pas à voir ici l’exercice du corps et l’adresse des mains de notre élève ; mais considérez quelle direction nous donnons à ses curiosités enfantines ; considérez le sens, l’esprit inventif, la prévoyance ; considérez quelle tête nous allons lui former. Dans tout ce qu’il verra, dans tout ce qu’il fera, il voudra tout connaître, il voudra savoir la raison de tout ; d’instrument en instrument, il voudra toujours remonter au premier ; il n’admettra rien par supposition ; il refuserait d’apprendre ce qui demanderait une connaissance antérieure qu’il n’aurait pas : s’il voit faire un ressort, il voudra savoir comment l’acier a été tiré de la mine ; s’il voit assembler les pièces d’un coffre, il voudra savoir comment l’arbre a été coupé ; s’il travaille lui-même, à chaque outil dont il se sert, il ne manquera pas de se dire : Si je n’avais pas cet outil, comment m’y prendrais-je pour en faire un semblable ou pour m’en passer ?
Au reste, une erreur difficile à éviter dans les occupations pour lesquelles le maître se passionne est de supposer toujours le même goût à l’enfant : gardez, quand l’amusement du travail vous emporte, que lui cependant ne s’ennuie sans vous l’oser témoigner. L’enfant doit être tout à la chose ; mais vous devez être tout à l’enfant, l’observer, l’épier sans relâche et sans qu’il y paraisse, pressentir tous ses sentiments d’avance, et prévenir ceux qu’il ne doit pas avoir, l’occuper enfin de manière que non seulement il se sente utile à la chose, mais qu’il s’y plaise à force de bien comprendre à quoi sert ce qu’il fait.
La société des arts consiste en échanges d’industrie, celle du commerce en échanges de choses, celle des banques en échanges de signes et d’argent : toutes ces idées se tiennent, et les notions élémentaires sont déjà prises ; nous avons jeté les fondements de tout cela dès le premier âge, à l’aide du jardinier Robert. Il ne nous reste maintenant qu’à généraliser ces mêmes idées, et les étendre à plus d’exemples, pour lui faire comprendre le jeu du trafic pris en lui-même, et rendu sensible par les détails d’histoire naturelle qui regardent les productions particulières à chaque pays, par les détails d’arts et de sciences qui regardent la navigation, enfin, par le plus grand ou moindre embarras du transport, selon l’éloignement des lieux, selon la situation des terres, des mers, des rivières, etc.
Nulle société ne peut exister sans échange, nul échange sans mesure commune, et nulle mesure commune sans égalité. Ainsi, toute société a pour première loi quelque égalité conventionnelle, soit dans les hommes, soit dans les choses.
L’égalité conventionnelle entre les hommes, bien différente de l’égalité naturelle, rend nécessaire le droit positif, c’est-à-dire le gouvernement et les lois. Les connaissances politiques d’un enfant doivent être nettes et bornées ; il ne doit connaître du gouvernement en général que ce qui se rapporte au droit de propriété, dont il a déjà quelque idée.
L’égalité conventionnelle entre les choses a fait inventer la monnaie ; car la monnaie n’est qu’un terme de comparaison pour la valeur des choses de différentes espèces ; et en ce sens la monnaie est le vrai lien de la société ; mais tout peut être monnaie ; autrefois le bétail l’était, des coquillages le sont encore chez plusieurs peuples ; le fer fut monnaie à Sparte, le cuir l’a été en Suède, l’or et l’argent le sont parmi nous.
Les métaux, comme plus faciles à transporter, ont été généralement choisis pour termes moyens de tous les échanges ; et l’on a converti ces métaux en monnaie, pour épargner la mesure ou le poids à chaque échange : car la marque de la monnaie n’est qu’une attestation que la pièce ainsi marquée est d’un tel poids ; et le prince seul a droit de battre monnaie attendu que lui seul a droit d’exiger que son témoignage fasse autorité parmi tout un peuple.
L’usage de cette invention ainsi expliqué se fait sentir au plus stupide. Il est difficile de comparer immédiatement des choses de différentes natures, du drap, par exemple, avec du blé ; mais, quand on a trouvé une mesure commune, savoir la monnaie, il est aisé au fabricant et au laboureur de rapporter la valeur des choses qu’ils veulent échanger à cette mesure commune. Si telle quantité de drap vaut une telle somme d’argent et que telle quantité de blé vaille aussi la même somme d’argent, il s’ensuit que le marchand, recevant ce blé pour son drap, fait un échange équitable. Ainsi, c’est par la monnaie que les biens d’espèces diverses deviennent commensurables et peuvent se comparer.
N’allez pas plus loin que cela, et n’entrez point dans l’explication des effets moraux de cette institution. En toute chose il importe de bien exposer les usages avant de montrer les abus. Si vous prétendiez expliquer aux enfants comment les signes font négliger les choses, comment de la monnaie sont nées toutes les chimères de l’opinion, comment les pays riches d’argent doivent être pauvres de tout, vous traiteriez ces enfants non seulement en philosophes, mais en hommes sages, et vous prétendriez leur faire entendre ce que peu de philosophes même ont bien conçu.
It is through their tangible relationship with utility, safety, preservation, and well-being that one should appreciate all the elements of nature as well as all human endeavors. Thus, in his eyes, iron must be far more valuable than gold, and glass more so than diamonds; likewise, he would hold a cobbler or a mason in much higher esteem than an Emperor, a Le Blanc, or any jeweler in Europe; a pastry chef would be regarded as a highly important person, and he would give the entire Academy of Sciences in exchange for the most ordinary confectioner on the Rue des Lombards. Goldsmiths, engravers, gilders, and embroiderers are, in his opinion, nothing but idlers engaged in utterly useless pursuits; he even holds little regard for horology. The happy child enjoys time without being its slave: he makes use of it without knowing its true value. The calmness of his emotions, which ensures that time passes for him in a constant and equal manner, serves as his own instrument for measuring it when needed[378]. If I were to equip this child with a watch or make him cry, I would be creating an ordinary Emil—useful, but incapable of truly influencing others; for such a child, so different from others, could serve no exemplary purpose at all.
There exists an equally natural and even more judicious order by which the arts can be considered according to the relationships of necessity that link them together, placing those that are most independent at the forefront and those that depend on a greater number of other arts at the rear. This order, which provides important insights into the organization of society as a whole, is similar to the previous one and is subject to the same reversal in people’s evaluations; thus, the use of raw materials occurs in occupations that are dishonorable and nearly unprofitable, and the more these materials change hands, the more the labor value increases and such work becomes esteemed. I do not examine whether it is true that industry is more significant and deserves greater recognition in those meticulous arts that give these materials their final form than in the initial processes that transform them for human use; but I assert that in every case, the art whose application is most widespread and indispensable is undoubtedly the one that deserves the greatest respect. And that art which requires the least reliance on other crafts deserves even more recognition than those that are subordinate, because it is freer and closer to independence. These are the true principles for evaluating the arts and industry; everything else is arbitrary and depends on opinion.
The first and most honorable of all arts is agriculture; I would place blacksmithing in second place, carpentry in third, and so on. A child who is not influenced by vulgar prejudices will surely judge things just this way. How many important insights our Émile will draw from this, through his observations of Robinson Crusoe! What will he think when he sees that arts only improve by being further divided into sub-disciplines, by endlessly multiplying the tools used in each? He will say: “All these people are foolishly ingenious—it’s as if they were afraid that their arms and fingers might be put to some useful purpose, so much do they invent tools just to avoid using them. To practice a single art, they become enslaved to thousands of others; every worker needs an entire city to function properly. But my friend and I put our ingenuity into making tools that we can carry with us wherever we go.” All those people who are so proud of their talents in Paris would know nothing in our island—and they would be our apprentices instead.
Reader, do not limit your understanding to merely observing the physical movements of our student’s body and the use of his hands; rather, consider the direction in which we are guiding his childlike curiosity. Consider the purpose behind these actions, the spirit of invention, and the foresight involved; consider the kind of mind we are shaping within him. In everything he sees and does, he will seek to understand everything, to discover the reason behind it all. From one tool to another, he will always strive to understand its origin; he will not accept anything on mere assumption. He would refuse to learn something that requires prior knowledge which he does not yet possess. For instance, if he sees a spring being made, he will want to know how steel was extracted from the mine; if he watches someone assemble the parts of a chest, he will want to understand how the tree was cut down; and whenever he uses a tool himself, he will inevitably ask himself: “If I didn’t have this tool, how would I manage to make one similar or do without it?”
Moreover, a mistake that is difficult to avoid in activities that one takes great pleasure in engaging in is to assume that a child will always share the same interests as oneself: when you are absorbed in the enjoyment of your work, remember that the child may be bored without daring to tell you so. The child must be fully engaged in the activity; but you must also be entirely focused on the child—observing him, watching him closely without him even realizing it, anticipating all his feelings in advance, and preventing those that he should not have. Ultimately, you must occupy the child in such a way that he not only feels useful in what he is doing, but also truly enjoys it, as a result of a deep understanding of the purpose of his efforts.
The society of arts consists in exchanges involving industry; the society of commerce involves exchanges of goods; the society of banks involves exchanges of symbols and money. All these concepts are established, and the fundamental ideas have already been laid down. We laid the foundations for all this at a very early age, with the help of the gardener Robert. What remains now is to generalize these same concepts and apply them to more examples, so as to enable him to understand the workings of trade in its entirety—and to make these workings tangible through the details of natural history that relate to the specific products of each country, through the details of arts and sciences that are related to navigation, and finally, through the various difficulties encountered in transportation, depending on the distance between places, as well as the characteristics of lands, seas, rivers, and so forth.
No society can exist without exchange; no exchange is possible without a common measure; and no common measure can be established without equality. Thus, every society has, as its primary principle, some form of conventional equality, whether among people or among things.
The conventional equality between men, which is quite different from natural equality, makes positive law necessary—that is, government and laws. A child’s political knowledge must be clear and limited; in general, he should only understand about government what relates to the right of property, of which he already has some notion.
The conventional equality between things led to the invention of money; for money is merely a means of comparing the value of items of different kinds. In this sense, money is the true bond that binds society together. But anything can serve as money; in the past, livestock did; shells are still used as money by many peoples today. Iron was used as money in Sparta, leather in Sweden, and gold and silver are used as money among us.
Metals, being easier to transport, were generally chosen as the medium of all exchanges; and these metals were converted into money in order to avoid having to measure or weigh the goods involved in each transaction. After all, the mark on a coin is merely a certification that the coin in question has a certain weight; and only the sovereign has the right to mint coins, since only he has the authority to require that his mark be recognized as legitimate throughout a whole nation.
The use of this invention, as thus explained, becomes evident even in the most trivial cases. It is difficult to immediately compare things of different natures—for instance, cloth with wheat—but once a common measure has been established, such as money, it is easy for both the manufacturer and the farmer to determine the relative value of the goods they wish to exchange using this common standard. If a certain amount of cloth is worth a certain sum of money, and the same amount of wheat also amounts to the same sum of money, then when a merchant exchanges wheat for cloth, the transaction is indeed equitable. It is through money that various kinds of tangible goods become commensurable and comparable with one another.
Do not go any further than this, and do not delve into the explanation of the moral consequences of this institution. In everything, it is important to first clearly explain the proper uses of things before pointing out their abuses. If you were to attempt to explain to children how symbols lead people to neglect the essential aspects of reality, how money has given rise to all sorts of illusory concepts in people’s minds, and how wealthy countries in terms of money must necessarily be poor in other respects, you would be treating these children not only as philosophers but as wise men, and you would be claiming to enable them to understand things that even few philosophers have truly grasped.
È attraverso il rapporto diretto che ha con l’utilità, la sicurezza, la conservazione e il benessere di qualcosa che deve valutare correttamente tutti i corpi della natura e tutti i lavori degli uomini. Per questo motivo, il ferro deve apparirgli molto più prezioso dell’oro, e il vetro del diamante; allo stesso modo, onora molto di più un calzolaio o un muratore che un imperatore o un gioielliere europeo; per lui, un pasticcere è una persona estremamente importante, e sarebbe disposto a scambiare l’intera accademia delle scienze con il più umile confettiere di rue des Lombards. Gli orafi, i incisori, i doratori e i ricamatori, secondo lui, non sono altro che pigri che si divertono con giochi del tutto inutili; nemmeno l’orologeria gli sembra molto importante. Il bambino felice gode del tempo senza esserne schiavo: ne approfitta senza conoscere il suo vero valore. La calma delle sue passioni, che rende la sua vita sempre uniforme e regolare, gli serve come strumento per misurare il tempo quando ne ha bisogno[378]. Se gli dessi un orologio, o se lo facessi piangere, otterrei soltanto un Emile banale, capace di essere utile e di farsi ascoltare; perché il vero bambino, così diverso dagli altri, non servirebbe da esempio a nulla.
Esiste un ordine altrettanto naturale e ancora più giudizioso, secondo il quale gli arti vengono considerati in base ai rapporti di necessità che li legano tra loro, ponendo al primo posto quelli più indipendenti e all’ultimo quelli che dipendono da un numero maggiore di altri elementi. Questo ordine, che fornisce importanti indicazioni riguardo all’organizzazione della società nel suo complesso, è simile al precedente e soggetto allo stesso cambiamento nelle valutazioni umane; di conseguenza, l’utilizzo delle materie prime avviene in mestieri disonorevoli, quasi senza profitto, e più queste materie cambiano proprietario, più il lavoro richiesto aumenta di valore e diventa rispettabile. Non esamino se sia vero che l’industria sia più importante e meriti maggiori riconoscimenti negli arti che danno alla materia la sua ultima forma, piuttosto che nel primo processo di lavorazione che la rende utilizzabile dagli esseri umani; ma affermo che, in ogni caso, l’arte il cui uso è più diffuso e indispensabile meriti senza dubbio il massimo rispetto, e quella per la quale sono necessari meno altri arti sia ancora più preziosa di quelle subordinate, perché rappresenta una forma di libertà maggiore e si avvicina di più all’indipendenza. Queste sono le vere regole per valutare gli arti e l’industria; tutto il resto è arbitrario e dipende dall’opinione umana.
L’arte prima e più rispettabile di tutte è l’agricoltura; io metterei la metallurgia al secondo posto, la carpenteria al terzo, e così via. Un bambino che non sia influenzato da pregiudizi volgari giudicherà esattamente allo stesso modo. Quante importanti riflessioni il nostro Émile trarrà da tutto ciò! Cosa penserà vedendo che le arti si perfezionano soltanto attraverso la loro suddivisione, attraverso l’innumerevole aumento degli strumenti utilizzati in ciascuna di esse? Si dirà: “Queste persone sono stupidamente ingegnose. Sembra quasi che abbiano paura che le loro braccia e i loro dita non servano a nulla, visto quanto inventino strumenti per poter fare a meno di essi. Per esercitare un’unica arte, sono costretti ad utilizzare mille altre; ogni lavoratore ha bisogno di una città intera. Mentre io e il mio compagno mettiamo il nostro ingegno nell’efficienza dei nostri mezzi, loro si limitano a creare strumenti che devono portare sempre con sé. Tutti questi individui così orgogliosi delle proprie capacità a Parigi non saprebbero fare nulla nella nostra isola. E sarebbero loro, invece, ad essere i nostri apprendisti”.
Lettore, non limitatevi a considerare qui l’esercizio del corpo e le movenze delle mani del nostro allievo; riflettete invece su quale direzione stiamo dando alle sue curiosità infantili, sul senso pratico, sull’ingegno inventivo e sulla previdenza che gli stiamo sviluppando. In tutto ciò che vedrà, in tutto ciò che farà, vorrà conoscere ogni dettaglio, voler capire la ragione di ogni cosa. Da un utensile all’altro, cercherà sempre di risalire alle origini; non accetterà nulla basato su supposizioni; rifiuterà di imparare ciò che richiederebbe una conoscenza preliminare che non possiede ancora. Se vedrà costruire un ressorte, vorrà sapere come l’acciaio sia stato estratto dalla miniera; se vedrà assemblare le parti di un mobile, vorrà conoscere il processo di lavorazione del legno; e ogni volta che utilizzerà uno strumento, si chiederà: “Se non avessi questo strumento, come riuscirei a realizzare qualcosa di simile o a farne a meno?”
Del resto, un errore difficile da evitare nelle attività a cui il genitore dedica passione è quello di presupporre sempre che il bambino abbia gli stessi interessi e gusti del genitore: quando vi immergete con entusiasmo nel lavoro, ricordatevi che il bambino potrebbe annoiarsi, anche se non osa dirvelo. Il bambino deve concentrarsi completamente sull’attività in corso; ma voi dovete dedicarvi interamente a lui, osservarlo attentamente e senza sosta, anticipare i suoi sentimenti e prevenire quelli che non dovrebbe provare. Dovete occuparlo in modo che non solo si senta utile nell’eseguire quelle attività, ma che anche ne traggia piacere, comprendendo appieno lo scopo di ciò che fa.
La società degli artisti si basa sullo scambio di prodotti; quella del commercio sull’scambio di merci; quella delle banche sull’scambio di segni e denaro: tutte queste idee sono già consolidate, e le nozioni fondamentali sono state stabilite fin dall’infanzia, grazie all’aiuto del giardiniere Robert. Ora ci resta soltanto generalizzare queste stesse idee e estenderle a molti altri esempi, affinché possano essere comprese nel loro insieme; questo ci permetterà di comprendere il meccanismo del commercio stesso, reso evidente attraverso i dettagli della storia naturale che riguardano le produzioni specifiche di ogni paese, attraverso i dettagli delle arti e delle scienze legate alla navigazione, e infine attraverso le difficoltà maggiori o minori dei trasporti, a seconda della distanza tra i luoghi e della posizione delle terre, dei mari, dei fiumi, ecc.
Nessuna società può esistere senza scambio; nessun scambio può avvenire senza una misura comune; e nessuna misura comune può essere stabilita senza uguaglianza. Pertanto, ogni società ha come prima legge un’uguaglianza convenzionale, sia tra le persone che tra le cose.
L’uguaglianza convenzionale tra gli uomini, ben diversa dall’uguaglianza naturale, rende necessario il diritto positivo, cioè il governo e le leggi. Le conoscenze politiche di un bambino devono essere chiare e limitate; non deve conoscere del governo in generale se non ciò che riguarda il diritto di proprietà, di cui già possiede una certa idea.
L’uguaglianza convenzionale tra le cose ha portato all’invenzione della moneta; infatti la moneta non è altro che un termine di confronto per valutare le cose di specie diverse; in questo senso, la moneta rappresenta il vero legame sociale. Ma qualsiasi cosa può fungere da moneta: un tempo il bestiame lo era, i molluschi lo sono ancora in molti popoli; a Sparta il ferro fungeva da moneta, in Svezia la pelle lo è stata, mentre l’oro e l’argento lo sono tra di noi.
I metalli, essendo più facili da trasportare, sono stati generalmente scelti come mezzi di scambio; inoltre, questi metalli sono stati convertiti in moneta al fine di evitare la necessità di misurare o pesare ogni volta che si effettuava uno scambio: infatti, il segno sulla moneta rappresenta semplicemente una testimonianza del suo peso specifico; inoltre, solo il principe ha il diritto di coniare moneta, poiché soltanto a lui spetta richiedere che tale testimonianza abbia autorità presso tutto un popolo.
L’uso di questa invenzione, spiegato in questo modo, risulta efficace anche per il più ignorante. È difficile confrontare immediatamente cose di natura diversa, ad esempio il tessuto con il grano; ma quando si trova un mezzo comune di misura, ovvero la moneta, diventa facile sia per il produttore che per l’agricoltore calcolare il valore delle merci che desiderano scambiare. Se una certa quantità di tessuto equivale a una determinata somma di denaro e lo stesso vale per una certa quantità di grano, allora il commerciante, ricevendo il grano in cambio del tessuto, effettua uno scambio equo. È proprio attraverso la moneta che beni di natura diversa diventano commensurabili e possono essere confrontati tra loro.
Non andate oltre in questa analisi e non entrate nell’esplicazione degli effetti morali di questa istituzione. In ogni cosa è importante esporre chiaramente gli usi prima di evidenziare gli abusi. Se pretendeste di spiegare ai bambini come i segni facciano trascurare le cose reali, come dalla moneta siano nate tutte le illusioni della opinione pubblica, come i paesi ricchi d’argento debbano necessariamente essere poveri di tutto il resto, li trattereste non solo come filosofi, ma come uomini saggi, e pretendreste di far loro comprendere ciò che pochi filosofi hanno davvero compreso a fondo.
Sur quelle abondance d’objets intéressants ne peut-on point tourner ainsi la curiosité d’un élève, sans jamais quitter les rapports réels et matériels qui sont à sa portée, ni souffrir qu’il s’élève dans son esprit une seule idée qu’il ne puisse pas concevoir ! L’art du maître est de ne laisser jamais appesantir ses observations sur des minuties qui ne tiennent à rien, mais de le rapprocher sans cesse des grandes relations qu’il doit connaître un jour pour bien juger du bon et du mauvais ordre de la société civile. Il faut savoir assortir les entretiens dont on l’amuse au tour d’esprit qu’on lui a donné. Telle question, qui ne pourrait pas même effleurer l’attention d’un autre, va tourmenter Émile pendant six mois.
Nous allons dîner dans une maison opulente ; nous trouvons les apprêts d’un festin, beaucoup de monde, beaucoup de laquais, beaucoup de plats, un service élégant et fin. Tout cet appareil de plaisir et de fête a quelque chose d’enivrant qui porte à la tête quand on n’y est pas accoutumé. Je pressens l’effet de tout cela sur mon jeune élève. Tandis que le repas se prolonge, tandis que les services se succèdent, tandis qu’autour de la table règnent mille propos bruyants, je m’approche de son oreille, et je lui dis : Par combien de mains estimeriez-vous bien qu’ait passé tout ce que vous voyez sur cette table avant que d’y arriver ? Quelle foule d’idées j’éveille dans son cerveau par ce peu de mots ! À l’instant voilà toutes les vapeurs du délire abattues. Il rêve, il réfléchit, il calcule, il s’inquiète. Tandis que les philosophes, égayés par le vin, peut-être par leurs voisines, radotent et font les enfants, le voilà, lui, philosophant tout seul dans son coin ; il m’interroge ; je refuse de répondre, je le renvoie à un autre temps ; il s’impatiente, il oublie de manger et de boire, il brûle d’être hors de table pour m’entretenir à son aise. Quel objet pour sa curiosité ! Quel texte pour son instruction ! Avec un jugement sain que rien n’a pu corrompre, que pensera-t-il du luxe, quand il trouvera que toutes les régions du monde ont été mises à contribution, que vingt millions de mains ont peut-être, ont longtemps travaillé, qu’il en a coûté la vie peut-être à des milliers d’hommes, et tout cela pour lui présenter en pompe à midi ce qu’il va déposer le soir dans sa garde-robe ?
Épiez avec soin les conclusions secrètes qu’il tire en son coeur de toutes ces observations. Si vous l’avez moins bien gardé que je ne le suppose, il peut être tenté de tourner ses réflexions dans un autre sens, et de se regarder comme un personnage important au monde, en voyant tant de soins concourir pour apprêter son dîner. Si vous pressentez ce raisonnement, vous pouvez aisément le prévenir avant qu’il le fasse, ou du moins en effacer aussitôt l’impression. Ne sachant encore s’approprier les choses que par une jouissance matérielle, il ne peut juger de leur convenance ou disconvenance avec lui que par des rapports sensibles. La comparaison d’un dîner simple et rustique, préparé par l’exercice, assaisonné par la faim, par la liberté, par la joie, avec son festin si magnifique et si compassé, suffira pour lui faire sentir que tout l’appareil du festin ne lui ayant donné aucun profit réel, et son estomac sortant tout aussi content de la table du paysan que de celle du financier, il n’y avait rien à l’un de plus qu’à l’autre qu’il pût appeler véritablement sien.
Imaginons ce qu’en pareil cas un gouverneur pourra lui dire. Rappelez-vous bien ces deux repas, et décidez en vous-même lequel vous avez fait avec le plus de plaisir ; auquel avez-vous remarqué le plus de joie ? auquel a-t-on mangé de plus grand appétit, bu plus gaiement, ri de meilleur coeur ? lequel a duré le plus longtemps sans ennui, et sans avoir besoin d’être renouvelé par d’autres services ? Cependant voyez la différence : ce pain bis, que vous trouvez si bon, vient du blé recueilli par ce paysan ; son vin noir et grossier, mais désaltérant et sain, est du cru de sa vigne ; le linge vient de son chanvre, filé l’hiver par sa femme, par ses filles, par sa servante ; nulles autres mains que celles de sa famille n’ont fait les apprêts de sa table ; le moulin le plus proche et le marché voisin sont les bornes de l’univers pour lui. En quoi donc avez-vous réellement joui de tout ce qu’ont fourni de plus la terre éloignée et la main des hommes sur l’autre table ? Si tout cela ne vous a pas fait faire un meilleur repas, qu’avez-vous gagné à cette abondance ? qu’y avait-il là qui fût fait pour vous ? Si vous eussiez été le maître de la maison, pourra-t-il ajouter, tout cela vous fût resté plus étranger encore : car le soin d’étaler aux yeux des autres votre jouissance eût achevé de vous l’ôter : vous auriez eu la peine, et eux le plaisir.
Ce discours peut être fort beau ; mais il ne vaut rien pour Émile, dont il passe la portée, et à qui l’on ne dicte point ses réflexions. Parlez-lui donc plus simplement. Après ces deux épreuves, dites-lui quelque matin : Où dînerons-nous aujourd’hui ? autour de cette montagne d’argent qui couvre les trois quarts de la table, et de ces parterres de fleurs de papier qu’on sert au dessert sur de miroirs, parmi ces femmes en grand panier qui vous traitent en marionnette, et veulent que vous ayez dit ce que vous ne savez pas ; ou bien dans ce village à deux lieues d’ici, chez ces bonnes gens qui nous reçoivent si joyeusement et nous donnent de si bonne crème ? Le choix d’Émile n’est pas douteux ; car il n’est ni babillard ni vain ; il ne peut souffrir la gêne, et tous nos ragoûts fins ne lui plaisent point : mais il est toujours prêt à courir en campagne, et il aime fort les bons fruits, les bons légumes, la bonne crème, et les bonnes gens[379]. Chemin faisant, la réflexion vient d’elle-même. Je vois que ces foules d’hommes qui travaillent à ces grands repas perdent bien leurs peines, ou qu’ils ne songent guère à nos plaisirs.
Mes exemples, bons peut-être pour un sujet, seront mauvais pour mille autres. Si l’on en prend l’esprit, on saura bien les varier au besoin ; le choix tient à l’étude du génie propre à chacun, et cette étude tient aux occasions qu’on leur offre de se montrer. On n’imaginera pas que, dans l’espace de trois ou quatre ans que nous avons à remplir ici, nous puissions donner à l’enfant le plus heureusement né une idée de tous les arts et de toutes les sciences naturelles, suffisante pour les apprendre un jour de lui-même ; mais en faisant ainsi passer devant lui tous les objets qu’il lui importe de connaître, nous le mettons dans le cas de développer son goût, son talent, de faire les premiers pas vers l’objet où le porte son génie, et de nous indiquer la route qu’il lui faut ouvrir pour seconder la nature.
Un autre avantage de cet enchaînement de connaissances bornées, mais justes, est de les lui montrer par leurs liaisons, par leurs rapports, de les mettre toutes à leur place dans son estime, et de prévenir en lui les préjugés qu’ont la plupart des hommes pour les talents qu’ils cultivent, contre ceux qu’ils ont négligés. Celui qui voit bien l’ordre du tout voit la place où doit être chaque partie ; celui qui voit bien une partie, et qui la connaît à fond, peut être un savant homme : l’autre est un homme judicieux ; et vous vous souvenez que ce que nous nous proposons d’acquérir est moins la science que le jugement.
Quoi qu’il en soit, ma méthode est indépendante de mes exemples ; elle est fondée sur la mesure des facultés de l’homme à ses différents âges, et sur le choix des occupations qui conviennent à ses facultés. Je crois qu’on trouverait aisément une autre méthode avec laquelle on paraîtrait faire mieux ; mais si elle était moins appropriée à l’espèce, à l’âge, au sexe, je doute qu’elle eût le même succès.
En commençant cette seconde période, nous avons profité de la surabondance de nos forces sur nos besoins pour nous porter hors de nous ; nous nous sommes élancés dans les cieux ; nous avons mesuré la terre ; nous avons recueilli les lois de la nature, en un mot nous avons parcouru l’île entière : maintenant nous revenons à nous ; nous nous rapprochons insensiblement de notre habitation. Trop heureux, en y rentrant, de n’en pas trouver encore en possession l’ennemi qui nous menace, et qui s’apprête à s’en emparer !
With what abundance of interesting objects one can thus arouse a student’s curiosity, without ever departing from the real and tangible relationships that are within his grasp, or risking the emergence in his mind of a single idea that he might not be able to comprehend! The teacher’s art lies in never allowing his observations to dwell on trivialities that are utterly insignificant, but rather in constantly guiding the student toward those broader connections that he must one day understand if he is to properly assess the good and bad order of civil society. It is essential to tailor the conversations that entertain him to the nature of his intellect. A question that might not even attract another person’s attention will keep Émile preoccupied for six months.
We are going to dine in a luxurious house; we find preparations for a feast—many people, many servants, numerous dishes, an elegant and refined service. All this apparatus of pleasure and festivity has something intoxicating about it that can affect one greatly if not accustomed to it. I anticipate the effect of all this on my young student. As the meal progresses, as the courses are served one after another, as a thousand noisy conversations fill the air around the table, I lean in close to his ear and ask him: “How many hands, do you think, were involved in preparing everything you see on this table before it finally arrived here?” How many ideas these few words arouse in his mind! In an instant, all the distractions of pleasure are swept away. He begins to dream, to reflect, to calculate, to worry. While the philosophers, perhaps amused by the wine or their companions, chatter and behave like children, he sits there, philosophizing alone in his corner. He questions me; I refuse to answer, urging him to consider another time for such discussions. He grows impatient, forgets to eat and drink, eager to leave the table so as to engage in these conversations at his ease. What a subject for his curiosity! What a lesson for his education! With a sound judgment that nothing has been able to corrupt, what will he think of luxury when he realizes that every corner of the world has been exploited for his sake, that perhaps twenty million people have worked tirelessly for months, that thousands may have lost their lives—all just so that he can display these riches before him at noon and then put them away in his wardrobe at night?
Observe carefully the secret conclusions he draws in his heart from all these observations. If you have not kept a close watch on him, as I suppose you might have, he might be tempted to turn his thoughts in another direction and regard himself as an important person in the world, seeing so much effort being made to prepare his meal. If you detect such reasoning, you can easily prevent it from taking hold, or at least quickly erase that notion from his mind. Since he can only understand the value of things through physical enjoyment, he can judge whether they are suitable for him solely based on sensory experiences. Comparing a simple, rustic meal prepared through hard work, seasoned by hunger, freedom, and joy, with his own lavish and formal feast, will make him realize that all the trappings of that feast have brought him no real benefit—after all, his stomach is just as satisfied after a peasant’s meal as after a wealthy man’s. In other words, there is nothing at one end that is truly superior to what is at the other.
Imagine what a governor might say in such a case. Remember those two meals well, and decide for yourself which one you enjoyed the most; at which one did you feel the greatest joy? At which meal did you eat with greater appetite, drink more cheerfully, laugh more heartily? Which meal lasted the longest without any boredom, and did not require additional dishes to make it enjoyable? Yet, notice the difference: this bread, which you find so delicious, comes from the wheat harvested by that farmer; his dark, rough wine—yet refreshing and healthy—is made from the grapes of his own vineyard; the linen came from his hemp, spun in winter by his wife, his daughters, and his servant. No one other than members of his family prepared these dishes for him; the nearest mill and the nearest market were all he had access to in this world. So, in what way did you truly benefit from everything that distant lands and human efforts could offer at another table? If all this did not make your meal better, then what did this abundance bring you? What was there in it that was meant specifically for you? If you had been the master of the house, he might add, all this would have seemed even more foreign to you—for the very act of showing others your enjoyment would have deprived you of it entirely: you would have taken the trouble, while they reaped the pleasure.
This speech may be very beautiful; but it is of no use to Émile, for it goes beyond his understanding, and his thoughts are not dictated to him. Therefore, speak to him more simply. After these two experiences, one morning, ask him: “Where shall we dine today?”—beside this mountain of silver that covers three-quarters of the table, and these arrays of paper flowers served as dessert on mirrors; amidst these women who treat you like marionettes and expect you to say things you don’t know; or perhaps in that village two miles away, where those kind people welcome us so warmly and offer us such delicious cream? Émile’s choice is obvious: he is neither talkative nor vain; he cannot stand being bothered, and our fancy dishes do not please him. But he is always ready to go into the countryside, and he loves good fruits, fresh vegetables, delicious cream—and kind people[379]. Along the way, reflection comes naturally. I see that all these crowds of people working on those grand feasts are either wasting their effort or have little regard for our pleasures at all.
My examples may be suitable for one subject, but they would be worthless for a thousand others. If one understands the underlying principle, it is easy to vary them according to need; the choice depends on studying the individual genius of each person, and this study in turn relies on providing opportunities for that genius to manifest itself. One might not imagine that, within the span of three or four years, we could impart to a child born with the greatest advantages a knowledge of all the arts and natural sciences sufficient for him to learn them on his own someday; but by presenting before him all those objects that it is important for him to know, we enable him to develop his tastes and talents, take the first steps toward pursuing the field in which his genius lies, and thus indicate to him the path he must follow to assist nature in its work.
Another advantage of this chain of limited but accurate knowledge is that it enables one to see how these pieces are connected and related to each other, to place them all in their proper order within one’s understanding, and thus to prevent the prejudices that most people hold regarding the talents they cultivate as opposed to those they have neglected. He who clearly understands the overall structure of things knows exactly where each component should be placed; he who understands a particular part thoroughly can become a learned person; while another may merely be a sensible person. And you must remember that what we aim to acquire is not so much knowledge itself as the ability to judge wisely.
In any case, my method is independent of the specific examples I use; it is based on the assessment of human abilities at different ages, as well as on the selection of occupations that are suited to those abilities. I believe that one could easily devise another method that might seem more effective; but if that method were less appropriate for the particular species, age, or gender, I doubt it would achieve the same success.
At the beginning of this second period, we took advantage of the surplus of our strength over our needs to extend ourselves beyond our physical limits; we soared into the heavens, measured the earth, and gathered the laws of nature—in short, we explored the entire island. Now we are returning to our original state, gradually drawing closer to our dwelling place. How fortunate we are to find that, upon our return, the enemy who threatens us and who is about to seize it is not yet in possession of it!
Di fronte a una tale abbondanza di oggetti interessanti, non si può forse orientare in questo modo la curiosità di uno studente, senza mai allontanarsi dalle relazioni reali e materiali che sono alla sua portata, né permettere che nella sua mente nasca un solo concetto che non possa comprendere! L’arte dell’insegnante consiste nel non far mai concentrare le osservazioni dello studente su dettagli insignificanti, ma nel avvicinarlo costantemente alle grandi questioni che un giorno dovrà conoscere per poter giudicare correttamente l’ordine giusto e quello sbagliato della società civile. È necessario saper abbinare i discorsi con cui si diverte lo studente al tipo di pensiero che gli è stato instillato. Una domanda del genere, che probabilmente non attirerebbe nemmeno l’attenzione di un altro, potrebbe tormentare Émile per sei mesi interi.
Andremo a cena in una casa lussuosa; troveremo i preparativi di un banchetto: molte persone, molti servitori, molti piatti, un servizio elegante e raffinato. Tutto questo apparato di piacere e festa ha qualcosa di inebriante che può confondere chi non ci è abituato. Intuisco l’effetto che tutto ciò avrà sul mio giovane allievo. Mentre il pasto si prolunga, mentre i servitori si susseguono, mentre intorno al tavolo regnano mille voci rumorose, mi avvicino al suo orecchio e gli dico: “Quante mani pensate che siano state necessarie per preparare tutto ciò che vedete su questo tavolo prima che arrivasse qui?” Con poche parole, suscito un’infinità di pensieri nella sua mente. In un istante, tutte le “vaporizzazioni del delirio” svaniscono: lui sogna, riflette, calcola, si preoccupa. Mentre i filosofi, rallegrati dal vino o forse dalle loro vicine, chiacchierano e si comportano come bambini, lui, invece, riflette da solo nel suo angolo. Mi interroga; rifiuto di rispondere e gli indico un altro momento per continuare la conversazione. Si impazientisce, dimentica di mangiare e bere, non vede l’ora di alzarsi da tavola per parlarmi con tranquillità. Che oggetto meraviglioso per la sua curiosità! Che materiale ideale per la sua formazione. Con un giudizio sano, che nulla è riuscito a corrompere, cosa penserà del lusso quando scoprirà che tutte le regioni del mondo sono state messe al servizio di questo banchetto, che venti milioni di persone hanno lavorato per giorni e notti, che forse molte di loro hanno perso la vita. E tutto ciò, soltanto per offrirgli, a mezzogiorno, ciò che poi, alla sera, riporrà nella sua guardaroba?
Osservate con attenzione le conclusioni segrete a cui arriva nel suo cuore a partire da tutte queste osservazioni. Se lo avete custodito meno bene di quanto io supponga, potrebbe essere tentato di orientare i suoi pensieri in un’altra direzione, considerandosi una persona importante nel mondo, visto tutto l’impegno che viene profuso per preparargli il pasto. Se intuite questo ragionamento, potete facilmente impedirgli di formularlo, o almeno cancellarne immediatamente l’impressione. Poiché ancora non sa appropriarsi delle cose se non attraverso un piacere materiale, può giudicarne la convenienza o meno per sé solo in base a rapporti sensoriali. Il confronto tra un pasto semplice e rustico, preparato con impegno, condito dalla fame, dalla libertà e dalla gioia, e il suo banchetto così sontuoso e formale, gli farà capire che tutto l’apparato di questo banchetto non gli ha portato alcun reale beneficio; inoltre, il suo stomaco esce dalla tavola del contadino altrettanto soddisfatto di quanto quella del finanziere. Quindi, non c’è nulla nell’uno che possa essere considerato veramente “suo”, rispetto all’altro.
Immaginiamo ciò che in tal caso un governatore potrebbe dirgli. Ricordatevi bene di questi due pasti e decidete da soli quale vi abbia procurato più piacere: in quale avete provato maggior gioia? In quale si è mangiato con maggiore appetito, si è bevuto più felicemente, si è riso con più sincerità? In quale il pasto è durato più a lungo, senza noie e senza la necessità di essere integrato da altri cibi? Eppure, considerate questa differenza: questo pane bianco, che trovate così delizioso, proviene dal grano raccolto da quel contadino; il suo vino nero e semplice, ma dissetante e salutare, è prodotto dalla sua vigna; la stoffa viene dal suo canapaio, filata in inverno da sua moglie, dalle sue figlie, dalla sua serva; nessuna altra mano se non quelle della sua famiglia ha preparato il cibo sulla sua tavola; il mulino più vicino e il mercato più prossimo rappresentano per lui l’intero mondo. In che cosa avete davvero tratto beneficio da tutto ciò che possono offrire la terra lontana e le mani degli uomini? Se tutto questo non vi ha permesso di godere meglio del pasto, che vantaggio avete ottenuto da questa abbondanza? Cosa c’era in tutto ciò che fosse davvero adatto a voi? Se foste stati voi i padroni di casa, aggiunge il contadino, tutto questo vi sarebbe sembrato ancora più estraneo: perché il bisogno di mostrare agli altri la vostra felicità vi avrebbe privato della vera gioia; sareste stati voi a sforzarvi, mentre loro avrebbero goduto del risultato.
Questo discorso può essere molto bello; ma non ha alcun valore per Émile, al di là della sua comprensione, e a cui non si fanno conoscere i propri pensieri. Parlate quindi con lui in modo più semplice. Dopo queste due esperienze, ditegli un giorno: “Dove mangeremo oggi? Intorno a questa montagna d’argento che copre tre quarti del tavolo, e a questi vassoi pieni di fiori di carta serviti come dessert su specchi, tra queste donne che ci trattano come marionette e vogliono che diciamo cose che non sappiamo; oppure in quel villaggio a due miglia da qui, da quelle brave persone che ci accolgono con tanta gioia e ci offrono della buona panna?” La scelta di Émile è ovvia: non è né chiacchierone né vanitoso; non sopporta la noia, e tutti i nostri piatti raffinati non gli piacciono. Ma è sempre pronto a recarsi in campagna, e ama molto i buoni frutti, le verdure fresche, la buona panna, e le brave persone[379]. Lungo il cammino, i pensieri arrivano da soli. Vedo che tutte queste folle di uomini che lavorano per preparare questi grandi banchetti perdono sicuramente il loro tempo, o forse non pensano affatto ai nostri piaceri.
I miei esempi, forse utili per un certo argomento, potrebbero risultare inutili per mille altri. Se si comprende il loro spirito, si sa bene come variarli a seconda delle necessità; la scelta dipende dall’analisi del genio particolare di ciascuno, e tale analisi richiede che vengano offerte opportunità a queste persone per dimostrare ciò di cui sono capaci. Non si dovrebbe pensare che, in soli tre o quattro anni, possiamo fornire a un bambino nato con ogni fortuna una conoscenza sufficiente di tutte le arti e delle scienze naturali, tale da permettergli di impararle autonomamente in futuro; ma presentandogli tutti gli oggetti che è importante che conosca, lo mettiamo nella condizione di sviluppare il proprio gusto e il proprio talento, di compiere i primi passi verso l’ambito nel quale il suo genio lo spinge, e di indicargli la strada da percorrere per seguire naturalmente le proprie inclinazioni.
Un altro vantaggio di questa catena di conoscenze limitate, ma accurate, consiste nel mostrarle al soggetto attraverso i loro legami e le loro relazioni, nel collocarle tutte nella giusta posizione nella sua valutazione, e nel prevenire in lui quei pregiudizi che la maggior parte delle persone ha nei confronti dei talenti che coltivano, rispetto a quelli che hanno trascurato. Chi comprende bene l’ordine del tutto sa dove debba trovarsi ogni singola parte; chi conosce bene una parte e la comprende in profondità può essere considerato un uomo di scienza; l’altro, invece, è soltanto un uomo giudizioso. E ricorderete che ciò che ci proponiamo di acquisire non è tanto la scienza quanto il giudizio.
In ogni caso, il mio metodo è indipendente dagli esempi che uso; si basa sulla misurazione delle capacità umane in diversi momenti della vita, nonché sulle attività più adatte a tali capacità. Credo che si possa facilmente trovare un altro approccio che sembri più efficace; tuttavia, se tale metodo fosse meno appropriato alla specie, all’età o al sesso del soggetto, dubito che avrebbe lo stesso successo.
All’inizio di questo secondo periodo, abbiamo approfittato della sovrabbondanza delle nostre forze rispetto ai nostri bisogni per uscire da noi stessi; ci siamo lanciati nei cieli, abbiamo misurato la terra, abbiamo raccolto le leggi della natura. In breve, abbiamo esplorato l’intera isola. Ora torniamo a noi stessi e ci avviciniamo gradualmente al nostro rifugio. Siamo troppo felici di scoprire, rientrandovi, che il nemico che ci minaccia e che si appresta ad impossessarsene non l’abbia ancora preso in possesso!
Que nous reste-t-il à faire après avoir observé tout ce qui nous environne ? d’en convertir à notre usage tout ce que nous pouvons nous approprier, et de tirer parti de notre curiosité pour l’avantage de notre bien-être. Jusqu’ici nous avons fait provision d’instruments de toute espèce, sans avoir desquels nous aurions besoin. Peut-être, inutiles à nous-mêmes, les nôtres pourront-ils servir à d’autres ; et peut-être, à notre tour, aurons-nous besoin des leurs. Ainsi nous trouverions tous notre compte à ces échanges : mais, pour les faire, il faut connaître nos besoins mutuels, il faut que chacun sache ce que d’autres ont à son usage, et ce qu’il peut leur offrir en retour. Supposons dix hommes, dont chacun a dix sortes de besoins. Il faut que chacun, pour son nécessaire, s’applique à dix sortes de travaux ; mais, vu la différence de génie et de talent, l’un réussira moins à quelqu’un de ces travaux, l’autre à un autre. Tous, propres à diverses choses, feront les mêmes, et seront mal servis. Formons une société de ces dix hommes, et que chacun s’applique, pour lui seul et pour les neuf autres, au genre d’occupation qui lui convient le mieux ; chacun profitera des talents des autres comme si lui seul les avait tous ; chacun perfectionnera le sien par un continuel exercice ; et il arrivera que tous les dix, parfaitement bien pourvus, auront encore du surabondant pour d’autres. Voilà le principe apparent de toutes nos institutions. Il n’est pas de mon sujet d’en examiner ici les conséquences : c’est ce que j’ai fait dans un autre écrit[380].
Sur ce principe, un homme qui voudrait se regarder comme un être isolé, ne tenant du tout à rien et se suffisant à lui-même, ne pourrait être que misérable. Il lui serait même impossible de subsister ; car, trouvant la terre entière couverte du tien et du mien, et n’ayant rien à lui que son corps, d’où tirerait-il son nécessaire ? En sortant de l’état de nature, nous forçons nos semblables d’en sortir aussi ; nul n’y peut demeurer malgré les autres ; et ce serait réellement en sortir, que d’y vouloir rester dans l’impossibilité d’y vivre ; car la première loi de la nature est le soin de se conserver.
Ainsi se forment peu à peu dans l’esprit d’un enfant les idées des relations sociales, même avant qu’il puisse être réellement membre actif de la société. Émile voit que, pour avoir des instruments à son usage, il lui en faut encore à l’usage des autres, par lesquels il puisse obtenir en échange les choses qui lui sont nécessaires et qui sont en leur pouvoir. Je l’amène aisément à sentir le besoin de ces échanges, et à se mettre en état d’en profiter.
Monseigneur, il faut que je vive, disait un malheureux auteur satirique au ministre qui lui reprochait l’infamie de ce métier. — Je n’en vois pas la nécessité, lui repartit froidement l’homme en place. Cette réponse, excellente pour un ministre, eût été barbare et fausse en toute autre bouche. Il faut que tout homme vive. Cet argument, auquel chacun donne plus ou moins de force à proportion qu’il a plus ou moins d’humanité, me paraît sans réplique pour celui qui le fait relativement à lui-même. Puisque, de toutes les aversions que nous donne la nature, la plus forte est celle de mourir, il s’ensuit que tout est permis par elle à quiconque n’a nul autre moyen possible pour vivre. Les principes sur lesquels l’homme vertueux apprend à mépriser sa vie et à l’immoler à son devoir sont bien loin de cette simplicité primitive. Heureux les peuples chez lesquels on peut être bon sans effort et juste sans vertu ! S’il est quelque misérable état au monde où chacun ne puisse pas vivre sans mal faire et où les citoyens soient fripons par nécessité, ce n’est pas le malfaiteur qu’il faut pendre, c’est celui qui le force à le devenir.
Sitôt qu’Émile saura ce que c’est que la vie, mon premier soin sera de lui apprendre à la conserver. Jusqu’ici je n’ai point distingué les états, les rangs, les fortunes ; et je ne les distinguerai guère plus dans la suite, parce que l’homme est le même dans tous les états ; que le riche n’a pas l’estomac plus grand que le pauvre et ne digère pas mieux que lui ; que le maître n’a pas les bras plus longs ni plus forts que ceux de son esclave ; qu’un grand n’est pas plus grand qu’un homme du peuple ; et qu’enfin les besoins naturels étant partout les mêmes, les moyens d’y pourvoir doivent être partout égaux. Appropriez l’éducation de l’homme à l’homme, et non pas à ce qui n’est point lui. Ne voyez-vous pas qu’en travaillant à le former exclusivement pour un état, vous le rendez inutile à tout autre, et que, s’il plaît à la fortune, vous n’aurez travaillé qu’à le rendre malheureux ? Qu’y a-t-il de plus ridicule qu’un grand seigneur devenu gueux, qui porte dans sa misère les préjugés de sa naissance ? Qu’y a-t-il de plus vil qu’un riche appauvri, qui, se souvenant du mépris qu’on doit à la pauvreté, se sent devenu le dernier des hommes ? L’un a pour toute ressource le métier de fripon public, l’autre celui de valet rampant avec ce beau mot : Il faut que je vive.
Vous vous fiez à l’ordre actuel de la société sans songer que cet ordre est sujet à des révolutions inévitables, et qu’il vous est impossible de prévoir ni de prévenir celle qui peut regarder vos enfants. Le grand devient petit, le riche devient pauvre, le monarque devient sujet : les coups du sort sont-ils si rares que vous puissiez compter d’en être exempt ? Nous approchons de l’état de crise et du siècle des révolutions[381]. Qui peut vous répondre de ce que vous deviendrez alors ? Tout ce qu’ont fait les hommes, les hommes peuvent le détruire : il n’y a de caractères ineffaçables que ceux qu’imprime la nature, et la nature ne fait ni princes, ni riches, ni grands seigneurs. Que fera donc dans la bassesse ce satrape que vous n’avez élevé que pour la grandeur ? Que fera, dans la pauvreté, ce publicain qui ne sait vivre que d’or ? Que fera, dépourvu de tout, ce fastueux imbécile qui ne sait point user de lui-même, et ne met son être que dans ce qui est étranger à lui ? Heureux celui qui sait quitter alors l’état qui le quitte, et rester homme en dépit du sort ! Qu’on loue tant qu’on voudra ce roi vaincu qui veut s’enterrer en furieux sous les débris de son trône ; moi je le méprise ; je vois qu’il n’existe que par sa couronne, et qu’il n’est rien du tout s’il n’est roi : mais celui qui la perd et s’en passe est alors au-dessus d’elle. Du rang de roi, qu’un lâche, un méchant, un fou peut remplir comme un autre, il monte à l’état d’homme, que si peu d’hommes savent remplir. Alors il triomphe de la fortune, il la brave ; il ne doit rien qu’à lui seul ; et, quand il ne lui reste à montrer que lui, il n’est point nul ; il est quelque chose. Oui, j’aime mieux cent fois le roi de Syracuse maître d’école à Corinthe, et le roi de Macédoine greffier à Rome[382], qu’un malheureux Tarquin, ne sachant que devenir s’il ne règne pas, que l’héritier du possesseur de trois royaumes[383], jouet de quiconque ose insulter à sa misère, errant de cour en cour, cherchant partout des secours, et trouvant partout des affronts, faute de savoir faire autre chose qu’un métier qui n’est plus en son pouvoir.
What is left for us to do after observing everything that surrounds us? To convert into our use whatever we can appropriate, and to make use of our curiosity for the benefit of our well-being. Thus far, we have gathered various instruments, some of which we might not actually need. Perhaps those that are useless to us may be useful to others; and perhaps, in turn, we will need theirs. In this way, everyone would benefit from these exchanges. However, to carry them out, it is necessary to understand our mutual needs—each person must know what others have at their disposal and what they can offer in return. Suppose there are ten men, each with ten different kinds of needs. For their basic necessities, each will have to engage in ten different types of work; but due to differences in talent and ability, one may be less successful at some tasks than another. Everyone, being suited for different things, would end up doing the same work and thus be poorly served. Let us form a society of these ten men, and let each person devote himself, for his own benefit and that of the other nine, to the kind of occupation that suits him best. Each will benefit from the talents of others as if he possessed them all himself; each will improve his own abilities through continuous practice. As a result, all ten men, being perfectly supplied, will still have surplus resources to share with others. This is the apparent principle behind all our institutions. It is not within my purpose to examine the consequences of this here; I have dealt with that in another work[380].
Based on this principle, a man who were to consider himself an isolated being, utterly independent and self-sufficient, could only be miserable. It would even be impossible for him to survive; for if he found the entire earth covered with “mine” and “thy,” and had nothing belonging to him but his own body, where would he obtain what he needed? By leaving the state of nature, we force our fellow humans to do the same; no one can remain in it despite the presence of others. And to truly wish to stay in that state while being unable to live there would be nothing short of utter madness; for the first law of nature is the instinct to preserve oneself.
In this way, the concepts of social relationships gradually take shape in a child’s mind, even before they are able to become active members of society. Émile realizes that, in order to have tools for his own use, he also needs tools for the use of others—tools through which he can obtain, in exchange, those things that he needs and that are within their power to provide. I easily help him to recognize the necessity of these exchanges and to prepare himself to take advantage of them.
“My lord, I must live,” said a unfortunate satirical writer to the minister who reproached him for the disgraceful nature of his profession. “I see no necessity for that,” replied the official coldly. This reply, excellent for a minister, would have been barbaric and false in anyone else’s mouth. It is true that every man must live; but this argument, which each person emphasizes to varying degrees depending on their level of humanity, seems utterly irrefutable when applied to oneself. Since death is the greatest aversion inherent in human nature, it follows that everything is permitted to those who have no other means of survival. The principles upon which virtuous people learn to despise their own lives and sacrifice them for duty are far removed from this primitive simplicity. How fortunate are those peoples where one can be kind without effort and just without virtue! If there truly exists any miserable state in the world where one cannot live without doing evil, and where citizens are forced to be dishonest out of necessity, then it is not the criminal who should be hanged, but rather the one who forces them to become such.
As soon as Émile understands what life truly is, my first concern will be to teach him how to preserve it. To this day, I have not distinguished between different social classes, ranks, or fortunes; nor will I distinguish them much in the future, because man remains the same in all these situations. The rich do not have larger stomachs than the poor, nor do they digest food any better; the master does not have longer or stronger arms than his slave; a nobleman is no greater than an ordinary person; and since natural needs are the same everywhere, the means to satisfy them must also be equal everywhere. Education should be tailored to man himself, and not to anything that is not human. Do you not see that by training a person exclusively for one particular social role, you render him useless for all others? And if fortune does not favor him, your efforts will have only served to make him unhappy. What could be more ridiculous than a nobleman who has become poor, carrying with him into his misery the prejudices born of his birth? What could be more despicable than a rich person who has lost his wealth, remembering how people look down on poverty and feeling that he has now become the lowest of men? One’s only means of livelihood are those of a common thief; the other can only grovel as a servant, uttering the pathetic phrase: “I must survive.”
You place your trust in the current order of society without realizing that this order is subject to inevitable revolutions, and that it is impossible for you to predict or prevent the one that may affect your children. The great shall become small, the rich shall become poor, and the monarch shall become a subject: are the blows of fate so rare that you can assume you will be exempt from them? We are approaching a state of crisis and an era of revolutions[381]. Who can tell you what you will become then? Everything that men have created, men can also destroy; there are only those characteristics that nature imprints upon us that cannot be erased. And nature does not create princes, rich people, or noble lords. So what will that tyrant do in humility, whom you have raised only for greatness? What will that moneylender do in poverty, who knows only how to live by gold? What will that vain fool do, deprived of everything, who does not know how to make use of himself and whose very existence is tied to things that are foreign to him? Happy is he who knows how to leave behind the state that is leaving him behind and remain a man despite fate! Let people praise that defeated king who wants to bury himself in rage beneath the ruins of his throne; I despise him. I see that he exists only because of his crown, and that he is nothing at all without it. But those who lose their crown and live without it are then above it. From the rank of king, which a coward, a villain, or a fool can occupy just like anyone else, one rises to the state of man, which so few men know how to attain. Then one triumphs over fortune, defies it; one owes nothing but to oneself. And when one has nothing left to show but oneself, one is not nothing at all; one is something. Yes, I would prefer a hundred times over the king of Syracuse, who works as a teacher in Corinth, or the king of Macedon, who serves as a scribe in Rome[382], than that unfortunate Tarquin, who does not know what to become if he does not rule; or that heir to a man who possessed three kingdoms[383], a plaything of anyone who dares to insult his misery, wandering from court to court, seeking help everywhere, yet finding only insults, because he does not know how to do anything other than a profession that is no longer in his power.
Cosa ci resta da fare dopo aver osservato tutto ciò che ci circonda? Bisogna trasformare in nostro uso tutto ciò che possiamo appropriarci, e sfruttare la nostra curiosità a vantaggio del nostro benessere. Finora abbiamo raccolto strumenti di ogni tipo, senza però averne bisogno realmente. Forse quelli inutili per noi potranno servire ad altri; e forse, a nostra volta, avremo bisogno dei loro. In questo modo, tutti trarremmo vantaggio da questi scambi. Ma per farli, è necessario conoscere i nostri reciproci bisogni: ognuno deve sapere ciò che gli altri hanno a disposizione e cosa può offrirgli in cambio. Supponiamo dieci uomini, ciascuno con dieci tipi diversi di bisogni: ognuno dovrà dedicarsi a dieci tipi di lavoro per soddisfare le proprie esigenze. Tuttavia, a causa delle differenze nel talento e nell’ingegno, alcuni avranno successo in alcuni lavori e altri in altri. Tutti, pur essendo adatti a compiti diversi, finiranno comunque per svolgere gli stessi, con risultati scarsi. Formiamo quindi una società di questi dieci uomini: ognuno si dedichi, per sé stesso e per gli altri nove, al tipo di attività che gli conviene di più; così ciascuno potrà beneficiare dei talenti degli altri come se li possedesse tutti. Ogni uno perfezionerà il proprio talento attraverso un costante esercizio. E alla fine, tutti e dieci, ben provvisti di tutto ciò di cui hanno bisogno, avranno ancora qualcosa in eccesso da offrire ad altri. Questo è il principio fondamentale su cui si basano tutte le nostre istituzioni. Non spetta a me esaminare qui le conseguenze di questo principio: l’ho fatto in un altro scritto[380].
Sulla base di questo principio, un uomo che volesse considerarsi un essere isolato, che non dipendesse da nulla e che si bastasse a se stesso, non potrebbe fare altro che vivere nella miseria. Gli sarebbe persino impossibile sopravvivere: poiché troverebbe tutta la terra coperta da “ciò che è mio” e “ciò che è tuo”, e non avendo nulla di proprio se non il proprio corpo, da dove trarrebbe ciò di cui ha bisogno? Uscendo dallo stato di natura, costringiamo anche i nostri simili ad uscirne; nessuno può rimanervi nonostante gli altri; e voler restare in quello stato, quando è impossibile viverci, significherebbe davvero non uscire da esso. Poiché la prima legge della natura è il bisogno di preservarsi.
Così, gradualmente, nella mente di un bambino si formano le idee relative alle relazioni sociali, anche prima che possa diventare effettivamente un membro attivo della società. Émile comprende che, per disporre di strumenti utilizzabili da lui stesso, ne ha bisogno anche altri, attraverso i quali possa ottenere in cambio le cose di cui ha bisogno e che sono a loro disposizione. Io lo aiuto facilmente a rendersi conto della necessità di questi scambi e a mettersi nella condizione di poterne trarre beneficio.
“Monsignore, devo vivere”, disse un sfortunato autore satirico al ministro che gli rimproverava l’infamia di quel mestiere. “Non vedo alcuna necessità nel farlo”, rispose freddamente il funzionario. Questa risposta, eccellente per un ministro, sarebbe stata barbara e falsa in bocca a chiunque altro. Ogni uomo deve vivere. Questo argomento, al quale ognuno attribuisce maggiore o minore forza in proporzione alla propria umanità, mi sembra irrefutabile per chi lo applichi a se stesso. Poiché, tra tutte le avversioni che la natura ci provoca, quella più forte è la paura di morire, ne consegue che tutto è permesso da essa a chiunque non abbia altri mezzi per sopravvivere. I principi su cui l’uomo virtuoso impara a disprezzare la propria vita e a sacrificarla al proprio dovere sono ben lontani da questa semplicità primordiale. Fortunati i popoli in cui si può essere buoni senza sforzo e giusti senza virtù! Se esiste qualche stato miserabile nel mondo in cui ognuno non possa vivere senza compiere atti malvagi, e in cui i cittadini siano costretti a rubare per necessità, allora non è il criminale che bisogna impiccare, ma colui che lo costringe a diventarlo.
Non appena Émile comprenderà cos’è la vita, il mio primo impegno sarà insegnargli come preservarla. Fino ad ora non ho distinto gli stati sociali, i ranghi, le fortune; e probabilmente non li distinguerò nemmeno in futuro, perché l’uomo è lo stesso in ogni condizione: il ricco non ha uno stomaco più grande del povero né digerisce meglio di lui; il padrone non ha braccia più lunghe o forti di quelle dello schiavo; un nobile non è necessariamente più importante di una persona comune; e, infine, poiché i bisogni naturali sono gli stessi ovunque, i mezzi per soddisfarli dovrebbero essere uguali in ogni luogo. L’educazione dell’uomo deve essere adatta all’uomo stesso, e non a ciò che non è lui. Non vedete forse che, formando un uomo esclusivamente per uno specifico stato sociale, lo rendete inutile per tutti gli altri, e che, se la fortuna lo tradisce, avrete lavorato soltanto per renderlo infelice? C’è qualcosa di più ridicolo di un nobile diventato povero, che porta nella sua miseria i pregiudizi della sua nascita? E c’è qualcosa di più ignobile di un ricco ridotto in povertà, che, ricordando il disprezzo riservato ai poveri, si sente diventato l’ultimo degli uomini? Uno non ha altra risorsa se non quella di diventare un ladro; l’altro deve vivere come un servitore, con la scusa banale: “Devo pur sopravvivere”.
Vi fidate dell’ordine attuale della società senza pensare che tale ordine è soggetto a rivoluzioni inevitabili, e che è impossibile prevedere o impedire quella che potrebbe colpire i vostri figli. Il grande diventa piccolo, il ricco diventa povero, il monarca diventa suddito: sono davvero così rari gli eventi fortunati da potervi considerare al sicuro da loro? Ci avviciniamo allo stato di crisi e al secolo delle rivoluzioni[381]. Chi può garantirvi cosa diventerete allora? Tutto ciò che gli uomini hanno creato, gli uomini possono anche distruggere: ci sono soltanto caratteri indelebili quelli impressi dalla natura, ma la natura non crea principi, né ricchi, né nobili. Cosa farà dunque, nella povertà, quel satrapo che avete elevato solo per la sua grandezza? Cosa farà, nella miseria, quel mercante che sa vivere soltanto di oro? Cosa farà, privo di tutto, quell’uomo vanitoso e sciocco che non sa come utilizzare se stesso e pone tutta la sua esistenza in ciò che è estraneo a lui? Fortunato colui che sa lasciare allora lo stato che lo abbandona e rimanere uomo nonostante il destino! Si possa lodare quanto si vuole quel re sconfitto che desidera seppellirsi furiosamente sotto le rovine del suo trono; io lo disprezzo: vedo che esiste soltanto grazie alla sua corona, e che non è nulla senza di essa. Ma colui che la perde e se ne libera è allora al di sopra di essa. Dal rango di re, che un codardo, un malvagio o un pazzo possono occupare come chiunque altro, sale allo stato di uomo, che pochi sanno davvero esercitare. Allora trionfa sulla fortuna, la sfida; non deve nulla se non a se stesso. E quando non gli resta più nulla da dimostrare, non è affatto nullo. È qualcosa. Sì, preferisco mille volte il re di Siracusa, che diventa maestro a Corinto, o il re di Macedonia, che lavora come scrivano a Roma[382], piuttosto che quel sfortunato Tarquinio, che non sa cosa fare se non regnare. O l’erede di colui che possedeva tre regni[383], giocattolo di chiunque osi insultare la sua miseria, che vaga da una corte all’altra cercando aiuto, e trova soltanto umiliazioni, perché non sa fare altro che un mestiere che ormai non è più in suo potere.
L’homme et le citoyen, quel qu’il soit, n’a d’autre bien à mettre dans la société que lui-même ; tous ses autres biens y sont malgré lui ; et quand un homme est riche, ou il ne jouit pas de sa richesse, ou le public en jouit aussi. Dans le premier cas il vole aux autres ce dont il se prive ; et dans le second, il ne leur donne rien. Ainsi la dette sociale lui reste tout entière tant qu’il ne paye que de son bien. Mais mon père, en le gagnant, a servi la société… Soit, il a payé sa dette, mais non pas la vôtre. Vous devez plus aux autres que si vous fussiez né sans bien, puisque vous êtes né favorisé. Il n’est point juste que ce qu’un homme a fait pour la société en décharge un autre de ce qu’il lui doit ; car chacun, se devant tout entier, ne peut payer que pour lui, et nul père ne peut transmettre à son fils le droit d’être inutile à ses semblables ; or, c’est pourtant ce qu’il fait, selon vous, en lui transmettant ses richesses, qui sont la preuve et le prix du travail. Celui qui mange dans l’oisiveté ce qu’il n’a pas gagné lui-même le vole ; et un rentier que l’état paye pour ne rien faire ne diffère guère, à mes yeux, d’un brigand qui vit aux dépens des passants. Hors de la société, l’homme isolé, ne devant rien à personne, a droit de vivre comme il lui plaît ; mais dans la société, où il vit nécessairement aux dépens des autres, il leur doit en travail le prix de son entretien ; cela est sans exception. Travailler est donc un devoir indispensable à l’homme social. Riche ou pauvre, puissant ou faible, tout citoyen oisif est un fripon.
Or, de toutes les occupations qui peuvent fournir la substance à l’homme, celle qui le rapproche le plus de l’état de nature est le travail des mains : de toutes les conditions, la plus indépendante de la fortune et des hommes est celle de l’artisan. L’artisan ne dépend que de son travail ; il est libre, aussi libre que le laboureur est esclave ; car celui-ci tient à son champ, dont la récolte est à la discrétion d’autrui. L’ennemi, le prince, un voisin puissant, un procès, lui peut enlever ce champ ; par ce champ on peut le vexer en mille manières ; mais partout où l’on veut vexer l’artisan, son bagage est bientôt fait ; il emporte ses bras et s’en va. Toutefois, l’agriculture est le premier métier de l’homme : c’est le plus honnête, le plus utile, et par conséquent le plus noble qu’il puisse exercer. Je ne dis pas à Émile : Apprends l’agriculture ; il la sait. Tous les travaux rustiques lui sont familiers ; c’est par eux qu’il a commencé, c’est à eux qu’il revient sans cesse. Je lui dis donc : Cultive l’héritage de tes pères. Mais si tu perds cet héritage, ou si tu n’en as point, que faire ? Apprends un métier.
Un métier à mon fils ! mon fils artisan ! Monsieur, y pensez-vous ? J’y pense mieux que vous, madame, qui voulez le réduire à ne pouvoir jamais être qu’un lord, un marquis, un prince, et peut-être un jour moins que rien : moi, je lui veux donner un rang qu’il ne puisse perdre, un rang qui l’honore dans tous les temps ; je veux l’élever à l’état d’homme ; et, quoi que vous en puissiez dire, il aura moins d’égaux à ce titre qu’à tous ceux qu’il tiendra de vous.
La lettre tue, et l’esprit vivifie. Il s’agit moins d’apprendre un métier pour savoir un métier, que pour vaincre les préjugés qui le méprisent. Vous ne serez jamais réduit à travailler pour vivre. Eh ! tant pis, tant pis pour vous ! Mais n’importe ; ne travaillez point par nécessité, travaillez par gloire. Abaissez-vous à l’état d’artisan, pour être au-dessus du vôtre. Pour vous soumettre la fortune et les choses, commencez par vous en rendre indépendant. Pour régner par l’opinion, commencez par régner sur elle.
Souvenez-vous que ce n’est point un talent que je vous demande : c’est un métier, un vrai métier, un art purement mécanique, où les mains travaillent plus que la tête, et qui ne mène point à la fortune, mais avec lequel on peut s’en passer. Dans des maisons fort au-dessus du danger de manquer de pain, j’ai vu des pères pousser la prévoyance jusqu’à joindre au soin d’instruire leurs enfants celui de les pourvoir de connaissances dont, à tout événement, ils pussent tirer parti pour vivre. Ces pères prévoyants croient beaucoup faire ; ils ne font rien, parce que les ressources qu’ils pensent ménager à leurs enfants dépendent de cette même fortune au-dessus de laquelle ils les veulent mettre. En sorte qu’avec tous ces beaux talents, si celui qui les a ne se trouve dans des circonstances favorables pour en faire usage, il périra de misère comme s’il n’en avait aucun.
Dès qu’il est question de manège et d’intrigues, autant vaut les employer à se maintenir dans l’abondance qu’à regagner, du sein de la misère, de quoi remonter à son premier état. Si vous cultivez des arts dont le succès tient à la réputation de l’artiste ; si vous vous rendez propre à des emplois qu’on n’obtient que par la faveur, que vous servira tout cela, quand, justement dégoûté du monde, vous dédaignerez les moyens sans lesquels on n’y peut réussir ? Vous avez étudié la politique et les intérêts des princes. Voilà qui va fort bien ; mais que ferez-vous de ces connaissances, si vous ne savez parvenir aux ministres, aux femmes de la cour, aux chefs des bureaux ; si vous n’avez le secret de leur plaire, si tous ne trouvent en vous le fripon qui leur convient ? Vous êtes architecte ou peintre : soit ; mais il faut faire connaître votre talent. Pensez-vous aller de but en blanc exposer un ouvrage au Salon ? Oh ! qu’il n’en va pas ainsi ! Il faut être de l’Académie ; il y faut même être protégé pour obtenir au coin d’un mur quelque place obscure. Quittez-moi la règle et le pinceau ; prenez un fiacre, et courez de porte en porte : c’est ainsi qu’on acquiert la célébrité. Or vous devez savoir que toutes ces illustres portes ont des suisses ou des portiers qui n’entendent que par geste, et dont les oreilles sont dans leurs mains. Voulez-vous enseigner ce que vous avez appris, et devenir maître de géographie, ou de mathématiques, ou de langues, ou de musique, ou de dessin ? pour cela même il faut trouver des écoliers, par conséquent des prôneurs. Comptez qu’il importe plus d’être charlatan qu’habile, et que, si vous ne savez de métier que le vôtre, jamais vous ne serez qu’un ignorant.
Voyez donc combien toutes ces brillantes ressources sont peu solides, et combien d’autres ressources vous sont nécessaires pour tirer parti de celles-là. Et puis, que deviendrez-vous dans ce lâche abaissement ? Les revers, sans vous instruire, vous avilissent ; jouet plus que jamais de l’opinion publique, comment vous élèverez-vous au-dessus des préjugés, arbitres de votre sort ? Comment mépriserez-vous la bassesse et les vices dont vous avez besoin pour subsister ? Vous ne dépendiez que des richesses, et maintenant vous dépendez des riches ; vous n’avez fait qu’empirer votre esclavage et le surcharger de votre misère. Vous voilà pauvre sans être libre ; c’est le pire état où l’homme puisse tomber.
The man and the citizen, whatever his status, has no other asset to contribute to society than himself; all his other possessions belong to it against his will. When a man is wealthy, either he does not enjoy his wealth himself, or the public does. In the first case, he steals from others what he denies himself; in the second, he gives them nothing at all. Thus, so long as he pays only with his own property, his social debt remains intact. But my father, by earning that wealth, served society. Yes, he paid his own debt, but not yours. You owe others more than if you had been born without any resources, for you were born in a favored position. It is not fair for what one man has done for society to exempt another from their debts; for everyone, being responsible for themselves entirely, can only pay for themselves. No father can pass on to his son the right to be useless to his fellow beings—yet this is precisely what you claim he does when he transfers his wealth to him, which is after all the proof and reward of labor. He who lives in idleness on what he has not earned himself is stealing from others; and a rentier, paid by the state for doing nothing, is in my eyes no different from a brigand who preys on passersby. Outside of society, an isolated man, owing nothing to anyone, has the right to live as he pleases. But within society, where he necessarily lives at the expense of others, he owes them the value of his labor in return for his sustenance—without exception. Therefore, to work is an indispensable duty for every social citizen. Rich or poor, powerful or weak, any idle citizen is a scoundrel.
Or, of all the occupations that can provide sustenance for man, that which brings him closest to the state of nature is manual labor; among all conditions of life, the one most independent of fortune and the influence of others is that of the artisan. The artisan depends solely on his own work; he is free—just as freely as a farmer is enslaved, for the farmer is tied to his field, whose yield is at the discretion of others. An enemy, a prince, a powerful neighbor, or a lawsuit could take away this field; through it, one could torment him in countless ways. But wherever one seeks to harm an artisan, his possessions can be packed up in an instant—he takes his tools and leaves. Nevertheless, agriculture is man’s primary occupation: it is the most honorable, the most useful, and therefore the most noble vocation he can pursue. I am not saying to Émile, “Learn agriculture”; he already knows it. All rural pursuits are familiar to him; it was through them that he began his life, and to them he constantly returns. Therefore, I say to him: “Cultivate the heritage of your ancestors.” But if you lose this heritage, or if you possess none at all, what then? Learn a trade.
A profession for my son! My son becoming an artisan! Sir, have you thought about it? I have thought more deeply than you, madam, who wish to reduce him to never being anything but a lord, a marquis, a prince—perhaps one day even less than nothing. I want to give him a status that he can never lose, a status that will honor him forever. I want to raise him to the rank of a true man. And no matter what you say, in that regard, he will have fewer equals than those he will gain through you.
The letter kills; the spirit brings life. It is less about learning a trade in order to know how to perform it, than about overcoming the prejudices that despise such work. You will never be reduced to working just to survive. Alas, what a pity for you! But anyway, do not work out of necessity; work for glory. If you are willing to degrade yourself to the status of a craftsman, do so in order to rise above it. To subdue fortune and material things, first make yourself independent of them. To rule through public opinion, first master that very opinion itself.
Remember that what I am asking of you is not a talent, but a profession—a real profession, a purely mechanical art in which the hands work more than the mind. It does not lead to wealth, but it is something one can live with without it. In families far removed from the danger of lacking food, I have seen fathers go to such lengths as to take care not only to educate their children but also to equip them with knowledge that could help them survive in any emergency. These foresighted parents think they are doing a great deal; in reality, they do nothing at all, because the resources they believe they are providing for their children depend on precisely that very wealth they strive to protect them from. As a result, even with all these talents, if the person who possesses them does not find themselves in favorable circumstances to make use of them, they will die in poverty just as if they had no talents at all.
Whenever it comes to maneuvering and intrigue, it is just as useful to employ them in order to maintain one’s abundance as it is to use them in order to rise from poverty back to a state of affluence. If you cultivate arts whose success depends on the reputation of the artist; if you prepare yourself for positions that can only be obtained through favoritism, what good will all this be to you when, having grown weary of the world, you disdain those very means without which success is impossible? You have studied politics and the interests of princes—very well—but what will you do with these knowledge if you cannot gain access to positions of power, to the women of the court, or to the heads of various offices? If you do not know how to please them, if they do not see in you the kind of person they need. You are an architect or a painter—fine—but you must make your talent known. Do you think you can simply present your work at the Salon and succeed? Oh, far from it! You must be a member of the Academy; indeed, you may even need someone’s protection to secure a modest spot in some obscure corner. Forget about rules and brushes—take a carriage and go door to door; that’s how one achieves fame. But you must also know that all these so-called “illustrious” doors are guarded by servants or porters who understand only gestures, whose ears are practically in their hands. Want to teach what you have learned and become a master of geography, mathematics, languages, music, or drawing? For that very reason, you need to find students—meaning, preachers. Believe me: it is far more important to be a charlatan than to be skilled. If your only profession is your art, then you will never be anything but an ignorant person.
Consider, then, how utterly fragile all these splendid resources are, and how many other resources you still need in order to make use of them. And what will become of you in this pitiful state of degradation? Setbacks, far from enlightening you, only degrade you further; becoming more than ever a plaything of public opinion, how can you rise above prejudice and become the master of your own destiny? How can you despise the baseness and vices that you are forced to resort to in order to survive? You once relied solely on wealth, but now you depend on the rich; you have only managed to worsen your own slavery and burden it with your own misery. Here you are—poor, yet not free; this is indeed the worst state into which a human being can fall.
L’uomo e il cittadino, qualunque sia, non possiede altro bene da offrire alla società se non sé stesso; tutti gli altri suoi beni appartengono alla società contro la sua volontà. Quando un uomo è ricco, o non ne gode affatto, o la società ne beneficia ugualmente. Nel primo caso, ruba agli altri ciò di cui si priva; nel secondo caso, non offre loro nulla. Pertanto, il debito sociale rimane interamente a suo carico finché non lo paga con i propri beni. Ma mio padre, guadagnandoli, ha servito la società. Certo, ha pagato il proprio debito, ma non il vostro. Voi dovete agli altri di più rispetto a quanto avreste dovuto se foste nati senza alcun bene, poiché siete nati in condizioni privilegiate. Non è giusto che ciò che un uomo ha fatto per la società esoneri un altro dal pagamento del proprio debito; poiché ognuno, essendo responsabile di sé stesso, può pagare soltanto con i propri mezzi, e nessun padre può trasmettere a suo figlio il diritto di essere inutile ai suoi simili. Eppure, secondo voi, è proprio ciò che avviene quando un padre trasmette ai propri figli le proprie ricchezze, che sono la prova e il prezzo del proprio lavoro. Chi vive nell’ozio ciò che non ha guadagnato con il proprio lavoro lo ruba agli altri; e un rentier, che viene pagato dallo Stato per non fare nulla, non è molto diverso, a mio parere, da un brigante che vive alle spalle dei passanti. Al di fuori della società, l’uomo isolato, non dovendo nulla a nessuno, ha il diritto di vivere come vuole; ma nella società, dove deve necessariamente vivere alle spalle degli altri, deve loro pagare con il proprio lavoro il prezzo del proprio sostentamento. Questo è vero senza eccezione. Lavorare, quindi, è un dovere indispensabile per l’uomo sociale. Che sia ricco o povero, potente o debole, ogni cittadino ozioso è un furfante.
Ora, tra tutte le attività che possono fornire sostentamento all’uomo, quella che lo avvicina di più allo stato naturale è il lavoro manuale; tra tutte le condizioni sociali, quella più indipendente dalla fortuna e dagli altri esseri umani è quella dell’artigiano. L’artigiano dipende soltanto dal proprio lavoro; è libero, tanto libero quanto lo è il contadino che, invece, è schiavo della propria terra, il cui raccolto dipende dagli altri. Il nemico, il principe, un vicino potente o una causa legale possono privarlo di quella terra; attraverso essa possono tormentarlo in mille modi. Ma ovunque si tenti di infastidire l’artigiano, il suo “bagaglio” è pronto in un attimo: basta che prenda i propri strumenti e se ne vada. Tuttavia, l’agricoltura è la prima professione umana: è la più onesta, la più utile, e quindi la più nobile tra tutte. Non dico ad Émile di imparare l’agricoltura; la conosce già. Tutti i lavori agricoli gli sono familiari; è attraverso di essi che ha iniziato la sua vita, ed è a essi che continua sempre a tornare. Quindi gli dico: “Coltiva l’eredità dei tuoi antenati”. Ma se perdi questa eredità, o se non ne possiedi affatto, cosa devi fare? Impara un mestiere.
Un mestiere per mio figlio! Mio figlio artigiano. Signore, ci pensate davvero? Io ci penso meglio di voi, signora: voi volete ridurlo a non poter mai essere altro che un lord, un marchese, un principe. Forse, un giorno, nemmeno nulla. Io, invece, voglio dargli uno status che non possa perdere, uno status che lo onori per sempre; voglio elevarlo allo stato di uomo. E, qualunque cosa possiate dire, avrà meno eguali in questo senso di quanti ne avrà grazie a voi.
La lettera uccide, lo spirito dà vita. Non si tratta tanto di imparare un mestiere per saperlo eseguire, quanto di superare i pregiudizi che lo disprezzano. Non sarete mai costretti a lavorare solo per vivere. Ebbene, sia pure così! Ma non lavorate mai per necessità: lavorate per gloria. Abbassatevi al rango di artigiano, ma per essere al di sopra del vostro stato attuale. Per sottomettere la fortuna e le cose, cominciate prima a renderve indipendenti da esse. Per governare l’opinione pubblica, cominciate prima a dominarla voi stessi.
Ricordate che non vi chiedo un talento: vi chiedo un mestiere, un vero mestiere, un’arte puramente meccanica in cui le mani lavorano più della testa, e che non conduce alla fortuna, ma con il quale si può comunque cavarsela. In case lontane dal rischio di mancare del pane, ho visto padri spingere la loro previdenza fino al punto di dedicarsi non solo all’educazione dei propri figli, ma anche a fornirgli conoscenze che, in ogni eventualità, potessero essi utilizzare per vivere. Questi padri premurosi credono di fare molto; in realtà non fanno nulla, perché le risorse che pensano di garantire ai loro figli dipendono proprio da quella stessa fortuna di cui vogliono preservarli. Così, nonostante tutti questi “belli talenti”, se colui che li possiede si trova in circostanze sfavorevoli per utilizzarli, morirà di miseria come se non ne avesse affatto.
Non appena si tratta di manovre e intrighi, è altrettanto utile utilizzarli per mantenersi nell’abbondanza quanto per riacquistare, dal fondo della miseria, ciò che si era perso in precedenza. Se coltivate arti il cui successo dipende dalla reputazione dell’artista; se vi rendete idonei a incarichi che si ottengono soltanto grazie alla protezione altrui, a cosa vi serviranno tutte queste cose quando, proprio disgustati dal mondo, disprezzerete i mezzi senza i quali non è possibile avere successo? Avete studiato la politica e gli interessi dei principi: questo va molto bene; ma che ne farete di queste conoscenze se non riuscite a raggiungere posizioni di rilievo presso ministri, donne di corte o capi uffici; se non conoscete i modi per compiacerli, se nessuno vi considera l’uomo adatto alle loro esigenze? Siete architetto o pittore: bene; ma è necessario far conoscere il vostro talento. Pensate davvero di poter esporre un vostro lavoro al Salon così, senza alcun sforzo? Oh no! È necessario essere membri dell’Accademia; anzi, avere delle protezioni per ottenere anche solo una posizione modesta in qualche angolo. Lasciate da parte la regola e il pennello; prendete una carrozza e andate di porta in porta: è così che si ottiene la fama. E dovete sapere che tutte queste “porte illustri” sono sorvegliate da guardie o portieri che comprendono soltanto i gesti, e le cui orecchie sono praticamente nelle loro mani. Volete insegnare ciò che avete imparato e diventare maestro di geografia, matematica, lingue, musica o disegno? Per questo è ancora necessario trovare degli studenti, cioè dei “predicatori” delle proprie conoscenze. Considerate che spesso è più importante essere un ciarlatano che abile; e che, se non avete altro mestiere se non il vostro, non sarete mai altro che ignoranti.
Ecco dunque quanto siano fragili tutte queste risorse apparentemente brillanti, e quante altre risorse vi siano necessarie per poterle sfruttare al meglio. E poi, che fine farete in questa condizione di degradazione? Le sconfitte, invece di insegnarvi qualcosa, vi umiliano; diventati ancora più preda dell’opinione pubblica, come riuscirete a elevarvi al di sopra dei pregiudizi, diventando voi stessi i padroni del vostro destino? Come potrete disprezzare la bassezza e i vizi di cui avete bisogno per sopravvivere? Prima dipendevate soltanto dalle ricchezze, ora dipendete dai ricchi; non avete fatto altro che peggiorare la vostra condizione di schiavitù, aggravandola con la vostra stessa miseria. Ora siete poveri, ma non liberi; è lo stato peggiore in cui un uomo possa cadere.
Mais, au lieu de recourir pour vivre à ces hautes connaissances qui sont faites pour nourrir l’âme et non le corps, si vous recourez, au besoin, à vos mains et à l’usage que vous en savez faire, toutes les difficultés disparaissent, tous les manèges deviennent inutiles ; la ressource est toujours prête au moment d’en user ; la probité, l’honneur, ne sont plus un obstacle à la vie ; vous n’avez plus besoin d’être lâche et menteur devant les grands, souple et rampant devant les fripons, vil complaisant de tout le monde, emprunteur ou voleur, ce qui est à peu près la même chose quand on n’a rien ; l’opinion des autres ne vous touche point ; vous n’avez à faire votre cour à personne, point de sot à flatter, point de suisse à fléchir, point de courtisane à payer, et, qui pis est, à encenser. Que des coquins mènent les grandes affaires, peu vous importe : cela ne vous empêchera pas, vous, dans votre vie obscure, d’être honnête homme et d’avoir du pain. Vous entrez dans la première boutique du métier que vous avez appris : Maître, j’ai besoin d’ouvrage. Compagnon, mettez-vous là, travaillez. Avant que l’heure du dîner soit venue, vous avez gagné votre dîner ; si vous êtes diligent et sobre, avant que huit jours se passent, vous aurez de quoi vivre huit autres jours : vous aurez vécu libre, sain, vrai, laborieux, juste. Ce n’est pas perdre son temps que d’en gagner ainsi.
Je veux absolument qu’Émile apprenne un métier. Un métier honnête, au moins, direz-vous ? Que signifie ce mot ? Tout métier utile au public n’est-il pas honnête ? Je ne veux point qu’il soit brodeur, ni doreur, ni vernisseur, comme le gentilhomme de Locke ; je ne veux qu’il soit ni musicien, ni comédien, ni faiseur de livres[384]. À ces professions près et les autres qui leur ressemblent, qu’il prenne celle qu’il voudra ; je ne prétends le gêner en rien. J’aime mieux qu’il soit cordonnier que poète ; j’aime mieux qu’il pave les grands chemins que de faire des fleurs de porcelaine. Mais, direz-vous, les archers, les espions, les bourreaux sont des gens utiles. Il ne tient qu’au gouvernement qu’ils ne le soient point. Mais passons ; j’avais tort : il ne suffit pas de choisir un métier utile, il faut encore qu’il n’exige pas des gens qui l’exercent des qualités d’âme odieuses et incompatibles avec l’humanité. Ainsi, revenant au premier mot, prenons un métier honnête ; mais souvenons-nous toujours qu’il n’y a point d’honnêteté sans l’utilité.
Un célèbre auteur de ce siècle[385], dont les livres sont pleins de grands projets et de petites vues, avait fait voeu, comme tous les prêtres de sa communion, de n’avoir point de femme en propre ; mais, se trouvant plus scrupuleux que les autres sur l’adultère, on dit qu’il prit le parti d’avoir de jolies servantes, avec lesquelles il réparait de son mieux l’outrage qu’il avait fait à son espèce par ce téméraire engagement. Il regardait comme un devoir du citoyen d’en donner d’autres à la patrie, et du tribut qu’il lui payait en ce genre il peuplait la classe des artisans. Sitôt que ces enfants étaient en âge, il leur faisait apprendre à tous un métier de leur goût, n’excluant que les professions oiseuses, futiles, ou sujettes à la mode, telles, par exemple, que celle de perruquier, qui n’est jamais nécessaire, et qui peut devenir inutile d’un jour à l’autre, tant que la nature ne se rebutera pas de nous donner des cheveux.
Voilà l’esprit qui doit nous guider dans le choix du métier d’Émile, ou plutôt ce n’est pas à nous de faire ce choix, c’est à lui ; car les maximes dont il est imbu conservant en lui le mépris naturel des choses inutiles, jamais il ne voudra consumer son temps en travaux de nulle valeur et il ne connaît de valeur aux choses que celle de leur utilité réelle ; il lui faut un métier qui pût servir à Robinson dans son île.
En faisant passer en revue devant un enfant les productions de la nature et de l’art, en irritant sa curiosité, en le suivant où elle le porte, on a l’avantage d’étudier ses goûts, ses inclinations, ses penchants, et de voir briller la première étincelle de son génie, s’il en a quelqu’un qui soit bien décidé. Mais une erreur commune et dont il faut vous préserver, c’est d’attribuer à l’ardeur du talent l’effet de l’occasion, et de prendre pour une inclination marquée vers tel ou tel art l’esprit imitatif commun à l’homme et au singe, et qui porte machinalement l’un et l’autre à vouloir faire tout ce qu’il voit faire, sans trop savoir à quoi cela est bon. Le monde est plein d’artisans, et surtout d’artistes, qui n’ont point le talent naturel de l’art qu’ils exercent, et dans lequel on les a poussés dès leur bas âge, soit déterminé par d’autres convenances, soit trompé par un zèle apparent qui les eût portés de même vers tout autre art, s’ils l’avaient vu pratiquer aussitôt. Tel entend un tambour et se croit général ; tel voit bâtir et veut être architecte. Chacun est tenté du métier qu’il voit faire, quand il le croit estimé.
J’ai connu un laquais qui, voyant peindre et dessiner son maître, se mit dans la tête d’être peintre et dessinateur. Dès l’instant qu’il eut formé cette résolution, il prit le crayon, qu’il n’a plus quitté que pour reprendre le pinceau, qu’il ne quittera de sa vie. Sans leçons et sans règles, il se mit à dessiner tout ce qui lui tombait sous la main. Il passa trois ans entiers collé sur ses barbouillages, sans que jamais rien pût arracher que son service, et sans jamais se rebuter du peu de progrès que de médiocres dispositions lui laissaient faire. Je l’ai vu durant six mois d’un été très ardent, dans une petite antichambre au midi, où l’on suffoquait au passage, assis, ou plutôt cloué tout le jour sur sa chaise, devant un globe, dessiner ce globe, le redessiner, commencer et recommencer sans cesse avec une invincible obstination, jusqu’à ce qu’il eût rendu la ronde bosse assez bien pour être content de son travail. Enfin, favorisé de son maître et guidé par un artiste, il est parvenu au point de quitter la livrée et de vivre de son pinceau. Jusqu’à certain terme la persévérance supplée au talent : il a atteint ce terme et ne le passera jamais. La constance et l’émulation de cet honnête garçon sont louables. Il se fera toujours estimer par son assiduité, par sa fidélité, par ses moeurs ; mais il ne peindra jamais que des dessus de porte. Qui est-ce qui n’eût pas été trompé par son zèle et ne l’eût pas pris pour un vrai talent ? Il y a bien de la différence entre se plaire à un travail et y être propre. Il faut des observations plus fines qu’on ne pense pour s’assurer du vrai génie et du vrai goût d’un enfant qui montre bien plus ses désirs que ses dispositions, et qu’on juge toujours par les premiers, faute de savoir étudier les autres. Je voudrais qu’un homme judicieux nous donnât un traité de l’art d’observer les enfants. Cet art serait très important à connaître : les pères et les maîtres n’en ont pas encore les éléments.
Mais peut-être donnons-nous ici trop d’importance au choix d’un métier. Puisqu’il ne s’agit que d’un travail des mains, ce choix n’est rien pour Émile ; et son apprentissage est déjà plus d’à moitié fait, par les exercices dont nous l’avons occupé jusqu’à présent. Que voulez-vous qu’il fasse ? Il est prêt à tout : il sait déjà manier la bêche et la houe ; il sait se servir du tour, du marteau, du rabot, de la lime ; les outils de tous les métiers lui sont déjà familiers. Il ne s’agit plus que d’acquérir de quelqu’un de ces outils un usage assez prompt, assez facile, pour égaler en diligence les bons ouvriers qui s’en servent ; et il a sur ce point un grand avantage par-dessus tous, c’est d’avoir le corps agile, les membres flexibles, pour prendre sans peine toutes sortes d’attitudes et prolonger sans effort toutes sortes de mouvements. De plus, il a les organes justes et bien exercés ; toute la mécanique des arts lui est déjà connue. Pour savoir travailler en maître, il ne lui manque que de l’habitude, et l’habitude ne se gagne qu’avec le temps. Auquel des métiers, dont le choix nous reste à faire, donnera-t-il donc assez de temps pour s’y rendre diligent ? Ce n’est plus que de cela qu’il s’agit.
But instead of relying on those profound knowledge meant to nourish the soul rather than the body, if you resort, when needed, to your own hands and to the skills you possess, all difficulties vanish; all cunning becomes unnecessary. The means are always readily available whenever required. Integrity and honor are no longer obstacles to life; you no longer need to be weak and deceitful in the presence of the powerful, flexible and obsequious towards the dishonest, a vile complier to everyone—whether a borrower or a thief, since the difference is minimal when one has nothing at all. The opinions of others affect you not in the slightest; you have no need to curry favor with anyone, no fools to flatter, no swindlers to bribe, no courtesans to pay—or, worse still, to praise excessively. It matters little if scoundrels manage important affairs; it will not prevent you, in your humble life, from being an honest man and having enough to eat. You enter the first shop of the trade you have learned: “Master, I need work.” “Companion, start working there.” Before dinner time arrives, you have already earned your meal. If you are diligent and frugal, within eight days, you will have enough to live for another eight days—living freely, healthily, honestly, laboriously, justly. To earn one’s living in this way is by no means a waste of time.
I absolutely want Émile to learn a trade—at least a honest trade, you would say. What does that word mean? Isn’t every trade that is useful to the public also honest? I don’t want him to be a embroiderer, a gilder, or a varnisher, like the gentleman in Locke’s account; I don’t want him to be a musician, an actor, or a bookmaker[384]. Other than these professions and those similar to them, he may choose whatever trade he wishes; I have no intention of hindering him in any way. I would rather he be a cobbler than a poet; I would rather he pave the main roads than make porcelain flowers. But you might say that archers, spies, and executioners are useful people. It simply depends on how they are governed whether they are or not. But let’s forget that; I was wrong: it isn’t enough to choose a useful trade; it must also be one that does not require those who practice it to possess despicable qualities of character that are incompatible with humanity. In short, let’s stick to the idea of choosing an honest trade—but always remember that honesty alone is not enough; usefulness is also essential.
A famous author of this century[385], whose books are filled with grand ideas and trivial observations, had vowed, like all the priests of his faith, never to have a wife of his own. However, being more scrupulous than others regarding adultery, it is said that he resorted to keeping beautiful maidservants, with whom he tried to atone in some way for the offense he had committed against his own species by making such a rash promise. He considered it the duty of a citizen to contribute to the population of the nation, and thus, through this practice, he filled the ranks of the artisan class. Once these children reached an appropriate age, he had them all learn a trade of their choosing—except for those professions that were idle, futile, or subject to fashion, such as that of a barber, which is never truly necessary and might become utterly useless one day, should nature ever cease to provide us with hair.
Such is the spirit that should guide us in choosing Émile’s profession—or rather, it is not up to us to make this choice; it belongs to him. For the principles ingrained in him will always maintain his natural disdain for useless things; he will never waste his time on tasks of no value. He recognizes value only in things that are truly useful. He needs a profession that could be of some use to Robinson on his island.
By presenting to a child the creations of nature and art, by stimulating his curiosity, and by following where it leads him, one can gain an understanding of his tastes, inclinations, and tendencies. One can also observe the first flicker of genius in him, if such exists indeed. However, a common mistake that must be avoided is to attribute the effect of circumstances to innate talent, and to mistake the imitative instinct inherent in both humans and animals—which naturally drives them to attempt whatever they see others doing, often without fully understanding its purpose—for a genuine inclination toward a particular art form. The world is full of craftsmen, and especially artists, who lack the natural talent for the arts they practice. Many of them were led down that path either by external influences or by apparent zeal that might have directed them toward other crafts had they been exposed to those earlier. Thus, one hears a drum and thinks he wants to be a general; another sees buildings being constructed and decides to become an architect. Everyone is tempted to pursue the profession they observe when they believe it to be esteemed.
I knew a lackey who, seeing his master paint and draw, decided that he too wanted to become a painter and draftsman. The moment he made this resolution, he picked up a pencil and never put it down again, except when it was time to take up a brush—something he would do for the rest of his life. Without any lessons or rules, he began drawing whatever came into his sight. For three whole years, he spent every moment glued to his drawings, unable to devote himself to anything else but his pursuit of art, and never discouraged by the little progress his mediocre abilities allowed him to make. I saw him for six months during a particularly hot summer, in a small antechamber where it was almost impossible to breathe. There, he sat—or rather, was stuck—to his chair all day long, facing a globe, drawing it over and over again with relentless perseverance, until he had managed to render its rounded shape satisfactorily. Eventually, with the help of his master and under the guidance of an artist, he was able to abandon his servile duties and make a living through his art. For a certain period of time, perseverance can compensate for a lack of talent—but he never surpassed that limit. The persistence and determination of this honest young man are truly admirable. His diligence, loyalty, and good manners will always earn him respect; yet, he will never produce anything more than simple door knockers. Who wouldn’t be deceived by his zeal and mistake him for a true artist? There is indeed a difference between simply enjoying a particular activity and being truly skilled at it. It takes much closer observation than one might think to discern the true genius and taste of a child who reveals more about his desires than about his actual abilities—and people often judge such children solely based on their desires, without trying to understand their true potential. I wish someone wise would write us a treatise on the art of observing children. Such knowledge would be extremely valuable; after all, parents and teachers still lack the necessary tools to do so.
But perhaps we are placing too much importance on the choice of a profession here. Since it is merely a manual task, such a choice means nothing to Émile; moreover, his apprenticeship is already more than halfway completed, thanks to the exercises we have engaged him in up until now. What more could he possibly do? He is ready for anything: he already knows how to use a spade and a hoe; he is familiar with tools such as the turner, hammer, plane, and file. All the tools of various trades are already familiar to him. What remains is for him to acquire sufficient proficiency in using one of these tools, to the point where his speed matches that of skilled workers. And in this regard, he has a great advantage over all others: he possesses an agile body and flexible limbs, which allow him to assume any position effortlessly and extend any movement without strain. Furthermore, his senses are precise and well-trained; he already understands the mechanics of various crafts. To become a master craftsman, all that is lacking is practice—and practice can only be gained over time. So, among all the professions we still need to choose for him, which one will allow us to give him enough time to become proficient in it? That is precisely what is at issue here.
Ma invece di ricorrere, per sopravvivere, a quelle alte conoscenze destinate a nutrire l’anima e non il corpo, se necessario vi affidate alle vostre mani e all’uso che ne sapete fare: tutte le difficoltà scompaiono, tutti i mezzi ingannevoli diventano inutili; la risorsa è sempre pronta al momento del bisogno. La probità, l’onore non costituiscono più un ostacolo alla vita; non avete più bisogno di essere codardi e bugiardi di fronte ai potenti, accomodanti e servili di fronte ai furfanti, né di essere vassalli umili di tutti, prestatori o ladri – cose che, in fondo, sono la stessa cosa quando non si possiede nulla. L’opinione degli altri non vi riguarda; non dovete lusingare nessuno, piegarvi davanti a nessuno, pagare né corrompere nessuno. Che siano dei furfanti a gestire gli affari importanti, non vi interessa: questo non vi impedirà, nella vostra vita semplice e modesta, di essere persone oneste e di avere da mangiare. Entrate nel primo negozio del mestiere che avete imparato: “Maestro, ho bisogno di lavoro”. “Compagno, mettiti lì e lavora”. Prima che arrivi l’ora di pranzo, avrete guadagnato il vostro pasto; se siete diligenti e sobri, in meno di otto giorni avrete abbastanza per vivere altri otto giorni: avrete vissuto liberamente, onestamente, rettamente, lavorando sodo. Non è certo perdere tempo guadagnare in questo modo.
Voglio assolutamente che Émile impari un mestiere. Un mestiere onesto, almeno, direste voi? Che significa questa parola? Non è forse ogni mestiere utile al pubblico onesto? Non voglio che diventi ricamatore, doratore o verniciatore, come il gentiluomo descritto da Locke; non voglio che sia musicista, attore o libraio[384]. A parte queste professioni e altre simili, che egli scelga quello che vuole. Non intendo in alcun modo ostacolarlo. Preferisco che sia calzolaio piuttosto che poeta; preferisco che paventi le strade principali piuttosto che creare fiori di porcellana. Ma direte voi: gli arcieri, gli spie, i boia sono persone utili. Dipende soltanto dal governo se lo siano o meno. Ma lasciamo perdere. Avevo torto: non basta scegliere un mestiere utile, bisogna anche che non richieda alle persone che lo esercitano qualità d’animo odiose e incompatibili con l’umanità. Quindi, tornando al punto iniziale. Scegliamo un mestiere onesto. Ma ricordiamo sempre che non c’è onestà senza utilità.
Un celebre autore di questo secolo[385], i cui libri sono pieni di grandi progetti e piccole considerazioni, aveva fatto voto, come tutti i preti della sua comunità, di non avere una moglie propria; ma, essendo più scrupoloso degli altri riguardo al concubinaggio, si dice che abbia preferito assumere belle servette, con le quali cercava in qualche modo di compensare l’offesa arrecata alla sua stessa specie da tale audace impegno. Riteneva che fosse un dovere del cittadino contribuire al popolamento della patria, e con questo “tributo” che pagava alla nazione, popolava la classe degli artigiani. Non appena questi bambini raggiungevano l’età adatta, li faceva imparare tutti un mestiere a loro piacimento, escludendo soltanto quelle professioni oziose, inutili o soggette alle mode, come quella di parrucchiere, che non è mai necessaria e può diventare del tutto superflua da un giorno all’altro, finché la natura non smetterà di fornirci i capelli.
Ecco lo spirito che deve guidarci nella scelta della professione per Émile. O meglio, non spetta a noi fare questa scelta, ma a lui stesso; poiché le massime che sono radicate in lui gli fanno conservare un naturale disprezzo per le cose inutili, egli non vorrà mai sprecare il proprio tempo in lavori privi di valore. Per lui, una cosa ha valore soltanto se è realmente utile. Gli serve quindi una professione che possa essergli di aiuto, come lo sarebbe stato Robinson Crusoe nella sua isola.
Esaminando davanti a un bambino le opere della natura e dell’arte, stimolando la sua curiosità e seguendola ovunque la porti, si ha l’opportunità di studiare i suoi gusti, le sue inclinazioni, i suoi orientamenti, e di osservare brillare la prima scintilla del suo genio, qualora ne possieda uno effettivamente sviluppato. Tuttavia, un errore comune da evitare è attribuire all’ardore del talento l’effetto dell’occasione, e considerare come una marcata inclinazione verso un certo tipo di arte lo spirito imitativo che è comune sia all’uomo che allo scimmione, e che spinge entrambi, in modo meccanico, a voler fare tutto ciò che vedono fare gli altri, senza comprendere appieno il significato di tali azioni. Il mondo è pieno di artigiani, e soprattutto di artisti, che non possiedono il talento naturale per l’arte che praticano; spesso vengono indirizzati verso questa professione fin da piccoli, sia per altre ragioni convenzionali, sia a causa di un zelo apparente che li avrebbe portati allo stesso modo verso qualsiasi altra arte, se ne avessero visto praticare sin dall’inizio. Questo tipo di persone, sentendo suonare il tamburo, si credono generali; altre, vedendo costruire edifici, desiderano diventare architetti. Ognuno è tentato dal mestiere che vede esercitarsi dagli altri, quando lo ritiene stimato.
Ho conosciuto un servitore che, vedendo il proprio padrone dipingere e disegnare, decise di diventare a sua volta pittore e disegnatore. Non appena prese questa decisione, afferrò il carboncino e non lo lasciò più se non per impugnare il pennello, che da allora utilizzò per tutta la vita. Senza lezioni né regole, iniziò a disegnare qualsiasi cosa gli capitasse sotto mano. Trascorse tre anni interi immerso nei suoi schizzi, senza mai riuscire a dedicarsi ad altro se non al suo lavoro, e senza mai scoraggiarsi di fronte ai pochi progressi che le sue scarse capacità gli permettevano di fare. Lo ho visto, per sei mesi in un’estate molto calda, in una piccola stanza dove si soffocava solo passandoci davanti; seduto tutto il giorno sulla sua sedia, di fronte a un globo terrestre, lo disegnava senza sosta, ripetendolo all’infinito con ostinazione incrollabile, fino a quando non riuscì a rendere la forma del globo abbastanza realistica da essere soddisfatto del proprio lavoro. Alla fine, grazie al sostegno del suo padrone e alla guida di un artista, riuscì a lasciare il servizio e a vivere del proprio mestiere. Fino a un certo punto, la perseveranza può compensare la mancanza di talento; lui ha raggiunto quel limite, ma non lo supererà mai. La costanza e l’impegno di questo onesto ragazzo sono davvero encomiabili. Grazie alla sua diligenza, fedeltà e buone maniere, continuerà sempre ad essere apprezzato; tuttavia, dipingerà soltanto decorazioni per porte. Chi non sarebbe stato ingannato dal suo zelo, considerandolo davvero un talento? C’è una grande differenza tra divertirsi in un lavoro e essere veramente bravi in esso. Servono osservazioni più attente di quanto si possa pensare per riconoscere il vero genio e il vero gusto di un ragazzo che mostra molto di più i propri desideri che le proprie capacità. E spesso ci si basa soltanto sui primi, senza cercare di comprendere gli altri aspetti. Vorrei davvero che qualcuno competente ci scrivesse un trattato sull’arte di osservare attentamente i bambini. Quest’arte sarebbe molto importante da conoscere: genitori e insegnanti non ne possiedono ancora le conoscenze necessarie.
Ma forse attribuiamo qui troppa importanza alla scelta di una professione. Poiché si tratta soltanto di un lavoro manuale, questa scelta non significa nulla per Émile; inoltre, il suo apprendistato è già quasi completato, grazie agli esercizi a cui lo abbiamo sottoposto finora. Cosa vuoi che faccia? È pronto a tutto: sa già utilizzare la zappa e la vanga; conosce il funzionamento della ruota, del martello, del rasoio, della lima; gli strumenti di ogni mestiere gli sono ormai familiari. Gli manca soltanto l’abitudine di usarli in modo rapido ed efficace, per poter competere nell’efficienza con i bravi operai che li utilizzano quotidianamente. E in questo campo ha un grande vantaggio su tutti: possiede un corpo agile e articolazioni flessibili, che gli permettono di assumere facilmente qualsiasi posizione e di eseguire qualsiasi movimento senza sforzo. Inoltre, i suoi organi sono ben sviluppati e allenati; conosce già tutti i principi fondamentali dei vari mestieri. Per diventare un maestro nel proprio lavoro, gli manca soltanto l’abitudine. E quest’abitudine si acquisisce solo con il tempo. Quale di questi mestieri sceglieremo per lui? La questione non è altro che questa.
Donnez à l’homme un métier qui convienne à son sexe, et au jeune homme un métier qui convienne à son âge : toute profession sédentaire et casanière, qui effémine et ramollit le corps, ne lui plaît ni ne lui convient. Jamais jeune garçon n’aspira de lui-même à être tailleur ; il faut de l’art pour porter à ce métier de femmes le sexe pour lequel il n’est pas fait[386]. L’aiguille et l’épée ne sauraient être maniées par les mêmes mains. Si j’étais souverain, je ne permettrais la couture et les métiers à l’aiguille qu’aux femmes et aux boiteux réduits à s’occuper comme elles. En supposant les eunuques nécessaires, je trouve les Orientaux bien fous d’en faire exprès. Que ne se contentent-ils de ceux qu’a faits la nature, de ces foules d’hommes lâches dont elle a mutilé le coeur ? ils en auraient de reste pour le besoin. Tout homme faible, délicat, craintif, est condamné par elle à la vie sédentaire ; il est fait pour vivre avec les femmes ou à leur manière. Qu’il exerce quelqu’un des métiers qui leur sont propres, à la bonne heure ; et, s’il faut absolument de vrais eunuques, qu’on réduise à cet état les hommes qui déshonorent leur sexe en prenant des emplois qui ne lui conviennent pas. Leur choix annonce l’erreur de la nature : corrigez cette erreur de manière ou d’autre, vous n’aurez fait que du bien.
J’interdis à mon élève les métiers malsains, mais non pas les métiers pénibles, ni même les métiers périlleux. Ils exercent à la fois la force et le courage ; ils sont propres aux hommes seuls ; les femmes n’y prétendent point : comment n’ont-ils pas honte d’empiéter sur ceux qu’elles font ?
Luctantur paucae, comedunt coliphia paucae.
Vos lanam trahitis, calathisque peracta refertis
Vellera…[387]
En Italie on ne voit point de femmes dans les boutiques ; et l’on ne peut rien imaginer de plus triste que le coup d’oeil des rues de ce pays-là pour ceux qui sont accoutumés à celles de France et d’Angleterre. En voyant des marchands de modes vendre aux dames des rubans, des pompons, du réseau, de la chenille, je trouvais ces parures délicates bien ridicules dans de grosses mains, faites pour souffler la forge et frapper sur l’enclume. Je me disais : Dans ce pays les femmes devraient, par représailles, lever des boutiques de fourbisseurs et d’armuriers. Eh ! que chacun fasse et vende les armes de son sexe. Pour les connaître, il les faut employer.
Jeune homme, imprime à tes travaux la main de l’homme. Apprends à manier d’un bras vigoureux la hache et la scie, à équarrir une poutre, à monter sur un comble, à poser le faîte, à l’affermir de jambes de force et d’entraits ; puis crie à ta soeur de venir t’aider à ton ouvrage, comme elle te disait de travailler à son point croisé.
J’en dis trop pour mes agréables contemporains, je le sens ; mais je me laisse quelquefois entraîner à la force des conséquences. Si quelque homme que ce soit a honte de travailler en public armé d’une doloire et ceint d’un tablier de peau, je ne vois plus en lui qu’un esclave de l’opinion, prêt à rougir de bien faire, sitôt qu’on se rira des honnêtes gens. Toutefois cédons au préjugé des pères tout ce qui ne peut nuire au jugement des enfants. Il n’est pas nécessaire d’exercer toutes les professions utiles pour les honorer toutes ; il suffit de n’en estimer aucune au-dessous de soi. Quand on a le choix et que rien d’ailleurs ne nous détermine, pourquoi ne consulterait-on pas l’agrément, l’inclination, la convenance entre les professions de même rang ? Les travaux des métaux sont utiles, et même les plus utiles de tous ; cependant, à moins qu’une raison particulière ne m’y porte, je ne ferai point de votre fils un maréchal, un serrurier, un forgeron ; je n’aimerais pas à lui voir dans sa forge la figure d’un cyclope. De même je n’en ferai pas un maçon, encore moins un cordonnier. Il faut que tous les métiers se fassent ; mais qui peut choisir doit avoir égard à la propreté, car il n’y a point-là d’opinion ; sur ce point les sens nous décident. Enfin je n’aimerais pas ces stupides professions dont les ouvriers, sans industrie et presque automates, n’exercent jamais leurs mains qu’au même travail ; les tisserands, les faiseurs de bas, les scieurs de pierres : à quoi sert d’employer à ces métiers des hommes de sens ? c’est une machine qui en mène une autre.
Tout bien considéré, le métier que j’aimerais le mieux qui fût du goût de mon élève est celui de menuisier. Il est propre, il est utile, il peut s’exercer dans la maison ; il tient suffisamment le corps en haleine ; il exige dans l’ouvrier de l’adresse et l’industrie, et dans la forme des ouvrages que l’utilité détermine, l’élégance et le goût ne sont pas exclus.
Que si par hasard le génie de votre élève était décidément tourné vers les sciences spéculatives, alors je ne blâmerais pas qu’on lui donnât un métier conforme à ses inclinations ; qu’il apprît, par exemple, à faire des instruments de mathématiques, des lunettes, des télescopes, etc.
Quand Émile apprendra son métier, je veux l’apprendre avec lui ; car je suis convaincu qu’il n’apprendra jamais bien que ce que nous apprendrons ensemble. Nous nous mettrons donc tous deux en apprentissage, et nous ne prétendrons point être traités en messieurs, mais en vrais apprentis qui ne le sont pas pour rire ; pourquoi ne le serions-nous pas tout de bon ? Le czar Pierre était charpentier au chantier, et tambour dans ses propres troupes, pensez-vous que ce prince ne vous valût pas par la naissance ou par le mérite ? Vous comprenez que ce n’est point à Émile que je dis cela ; c’est à vous, qui que vous puissiez être.
Malheureusement nous ne pouvons passer tout notre temps à l’établi. Nous ne sommes pas apprentis ouvriers, nous sommes apprentis hommes ; et l’apprentissage de ce dernier métier est plus pénible et plus long que l’autre. Comment ferons-nous donc ? Prendrons-nous un maître de rabot une heure par jour, comme on prend un maître à danser ? Non. Nous ne serions pas des apprentis, mais des disciples ; et notre ambition n’est pas tant d’apprendre la menuiserie que de nous élever à l’état de menuisier. Je suis donc d’avis que nous allions toutes les semaines une ou deux fois au moins passer la journée entière chez le maître, que nous nous levions à son heure, que nous soyons à l’ouvrage avant lui, que nous mangions à sa table, que nous travaillions sous ses ordres, et qu’après avoir eu l’honneur de souper avec sa famille, nous retournions, si nous voulons, coucher dans nos lits durs. Voilà comment on apprend plusieurs métiers à la fois, et comment on s’exerce au travail des mains sans négliger l’autre apprentissage.
Soyons simples en faisant bien. N’allons pas reproduire la vanité par nos soins pour la combattre. S’enorgueillir d’avoir vaincu les préjugés, c’est s’y soumettre. On dit que, par un ancien usage de la maison ottomane, le Grand Seigneur est obligé de travailler de ses mains ; et chacun sait que les ouvrages d’une main royale ne peuvent être que des chefs-d’oeuvre. Il distribue donc magnifiquement ces chefs-d’oeuvre aux grands de la Porte ; et l’ouvrage est payé selon la qualité de l’ouvrier. Ce que je vois de mal à cela n’est pas cette prétendue vexation ; car, au contraire, elle est un bien. En forçant les grands de partager avec lui les dépouilles du peuple, le prince est d’autant moins obligé de piller le peuple directement. C’est un soulagement nécessaire au despotisme, et sans lequel cet horrible gouvernement ne saurait subsister.
Le vrai mal d’un pareil usage est l’idée qu’il donne à ce pauvre homme de son mérite. Comme le roi Midas, il voit changer en or tout ce qu’il touche, mais il n’aperçoit pas quelles oreilles cela fait pousser. Pour en conserver de courtes à notre Émile, préservons ses mains de ce riche talent ; que ce qu’il fait ne tire pas son prix de l’ouvrier, mais de l’ouvrage. Ne souffrons jamais qu’on juge du sien qu’en le comparant à celui des bons maîtres. Que son travail soit prisé par le travail même, et non parce qu’il est de lui. Dites de ce qui est bien fait, Voilà qui est bien fait ; mais n’ajoutez point, Qui est-ce qui a fait cela ? S’il dit lui-même d’un air fier et content de lui, C’est moi qui l’ai fait, ajoutez froidement, Vous ou un autre, il n’importe ; c’est toujours un travail bien fait.
Assign men to occupations suited to their gender, and young men to tasks appropriate to their age. Any sedentary or domestic profession that weakens and feminizes the body is neither pleasing nor suitable for them. No young man would ever voluntarily choose to become a tailor; it requires skill to adapt a profession meant for women to a sex that is not suited for it[386]. The needle and the sword should never be handled by the same hands. If I were in power, I would permit sewing and needlework only to women and to cripples who had no other means of earning a living. Even assuming such eunuchs were necessary, I find it utterly foolish for Orientals to create them deliberately. Why not simply rely on those whom nature has already rendered incapable—those countless weak, timid men whose hearts have been mutilated by nature itself? There would still be enough of them to meet any need. Every man who is weak, delicate, or fearful is destined by nature to lead a sedentary life; he is meant to live with women or in their way. If someone must engage in occupations suited to women, then so be it; but if true eunuchs are absolutely necessary, let those men be reduced to that state who disgrace their gender by taking on roles that are not appropriate for them. Their very existence proves the error of nature—correct that error in whatever way you may, and you will only do good.
I forbid my students to pursue unhealthy occupations, but not necessarily difficult or dangerous ones. Such jobs require both strength and courage; they are suited solely for men—women do not claim such rights. How can they not feel ashamed of encroaching upon the roles that are traditionally reserved for men?
The poor suffer; the afflictions of the poor multiply.
Your actions betray you; what you have accomplished brings ruin upon you.
Vellera. [387]
In Italy, one does not see any women in the shops; and one cannot imagine anything more sad than the sight of the streets in that country for those who are accustomed to those in France and England. Seeing fashion merchants selling ribbons, pompons, lace, and other delicate trims to ladies, I found such ornaments utterly ridiculous in the hands of robust men, whose job it is to blow the bellows in the forge and strike on the anvil. I thought to myself: In this country, women should, as a form of retaliation, open shops for blacksmiths and armorsmiths. Ah! Let each person make and sell the weapons of their own sex. To understand them, one must use them.
Young man, imprint the mark of human skill upon your work. Learn to wield the axe and the saw with vigorous strength, to cut beams properly, to climb onto rooftops, to place the ridgepole, and to secure it with sturdy supports. Then call your sister to help you with your task, just as she once urged you to assist her with hers.
I speak too much for the pleasure of my contemporaries; I can sense it. But sometimes, I am carried away by the consequences of my words. If any man is ashamed to work in public, armed with a dolar and wearing a leather apron, I see in him nothing but a slave to public opinion, ready to blush at doing something right as soon as honest people are made the object of ridicule. Nevertheless, let us yield to the prejudices of our forefathers in everything that does not harm the judgment of future generations. It is not necessary to pursue all useful professions in order to respect them all; it is enough not to consider any one of them beneath oneself. When we have a choice and nothing else determines our decision, why not consider factors such as pleasure, inclination, and suitability when choosing among professions of equal rank? Metalworking is useful—even the most useful of all professions. Yet, unless there is a particular reason to do so, I would not make your son a marshal, a locksmith, or a blacksmith; I would not want to see the face of a cyclops in his forge. Similarly, I would not make him a mason, let alone a cobbler. It is necessary for all professions to exist; but those who have a choice must consider cleanliness, for there, public opinion plays no role—on this matter, our senses are our guides. Finally, I dislike those stupid professions in which workers, lacking any initiative and almost functioning like automatons, perform the same task over and over again: weavers, shoemakers, stonecutters. What use is it to employ intelligent people in such jobs? It’s just one machine driving another.
All things considered, the trade that I would most desire for my student to pursue is that of a carpenter. It is honest, it is useful, and it can be practiced in the home; it keeps the body sufficiently active; it requires skill and diligence from the worker, and in terms of the quality of the work produced—where usefulness determines the standards—elegance and taste are by no means excluded.
Should it so happen that your student’s inclination truly lies in the realm of speculative sciences, then I would not object to him being given a profession that aligns with his interests; for example, he could learn how to make mathematical instruments, glasses, telescopes, and so on.
When Émile learns his trade, I want to learn it with him; for I am convinced that he will never learn anything properly unless we learn together. Therefore, both of us shall become apprentices, and we shall not pretend to be treated as gentlemen, but as genuine apprentices—not in jest, but truly. Why should we not be? Tsar Peter was a carpenter at the construction site and a drummer in his own troops; do you think such a prince would be any less worthy of respect because of his birth or his merits? You understand that I am not speaking to Émile in particular, but to you—no matter who you are.
Unfortunately, we cannot spend all our time at the workshop. We are not apprentices in carpentry; we are apprentices in becoming men—and learning this craft is far more arduous and time-consuming than the other. So what shall we do? Shall we take a master carpenter for an hour each day, just as one would take a dance teacher? No. That would make us not apprentices but disciples; and our goal is not merely to learn carpentry, but to rise to the status of true craftsmen. Therefore, I suggest that we go to the master’s house at least once or twice a week to spend the entire day there—getting up when he does, starting work before him, eating at his table, working under his guidance. After having the honor of dining with his family, we could then return to our hard beds if we wished. This is how one can learn multiple crafts simultaneously and train in manual labor without neglecting other aspects of one’s education.
Let us be simple by doing things well. Let us not create vanity in order to fight it; to take pride in having overcome prejudice is merely to submit to it again. It is said that, according to an old custom of the Ottoman Empire, the Grand Sultan was obliged to work with his own hands; and everyone knows that the works created by a royal hand can only be masterpieces. Therefore, he generously distributed these masterpieces among the nobles of the court; and the laborers were paid according to the quality of their work. What I see wrong in this practice is not this so-called “humiliation”; on the contrary, it is a benefit. By forcing the nobles to share with him the wealth taken from the people, the ruler is thereby less inclined to plunder the people directly. This is a necessary relief for despotism; without it, such a horrible form of government could not survive at all.
The true harm of such an approach lies in the notion it gives to this poor man about his own merit. Like King Midas, he sees everything he touches turn into gold, but he fails to realize what price such actions exact. To ensure that our Émile retains modest ears, let us protect his hands from this “rich talent”; let his work be valued not for the worker who created it, but for the quality of the work itself. Never allow people to judge his work by comparing it to that of master craftsmen. Let his labor be appreciated for what it is, not because it was done by him. When something is well done, say simply, “This is well done”; but never add, “Who did it?” If he proudly declares, “It was me who did it,” respond calmly, “You—or someone else; it doesn’t matter. It’s still a well-done piece of work.”
Dategli all’uomo un mestiere adatto al suo sesso, e al giovane un mestiere appropriato alla sua età: qualsiasi professione sedentaria e casalinga che indebolisca e appassisca il corpo non gli piace né è adatta a lui. Nessun ragazzo desidera di sua spontanea volontà diventare sarto; per questo mestiere, adatto alle donne e non al loro sesso, è necessario un certo talento[386]. L’ago e la spada non potrebbero mai essere maneggiati dalle stesse mani. Se fossi sovrano, permetterei solo alle donne e ai gobbi di dedicarsi alla sartoria; inoltre, se fossero necessari eunuchi, troverei assurdo che gli orientali li creassero deliberatamente. Perché non si accontentano semplicemente di quelli che la natura stessa ha creato, di quelle masse di uomini deboli e degradati ai quali ha mutilato il cuore? Ne avrebbero comunque a sufficienza per le loro esigenze. Ogni uomo debole, delicato e timido è destinato dalla natura a una vita sedentaria; è fatto per vivere con le donne o secondo i loro modi. Che eserciti allora un mestiere adatto a loro. E se proprio sono necessari veri eunuchi, che siano ridotti a tale stato coloro che disonorano il loro sesso assumendo compiti inadatti. La scelta stessa degli eunuchi dimostra l’errore della natura: correggete questo errore, in qualsiasi modo sia possibile. E farete solo del bene.
Vieto al mio allievo di intraprendere mestieri nocivi, ma non mestieri faticosi né tantomeno pericolosi. Questi mestieri richiedono sia forza che coraggio; sono adatti esclusivamente agli uomini; le donne non si addicono a loro: come possono non vergognarsi di usurpare i compiti che spettano alle donne?
I poveri soffrono; i poveri mangiano cibo imputridito.
I vostri lacci sono stati traditi; i cestini che avete realizzato sono stati restituiti a voi.
Vellera. [387]
In Italia non si vedono donne nelle botteghe; e non si può immaginare nulla di più triste del modo in cui le strade di questo paese appaiono a coloro che sono abituati a quelle della Francia e dell’Inghilterra. Vedendo i commercianti di moda vendere alle donne nastri, pomponi, rete e altri ornamenti delicati, trovavo queste decorazioni assai ridicole nelle mani robuste di persone destinate a soffiare sul fuoco della fucina o a battere sull’incudine. Mi dicevo: In questo paese le donne dovrebbero, per rappresaglia, aprire botteghe di ferramenta e di armieri. Ebbene! Che ognuno produca e venda le armi del proprio sesso. Per conoscerle, bisogna usarle.
Giovane uomo, imprime alle tue opere la maestria dell’uomo. Impara a maneggiare con forza l’ascia e la sega, ad appiattire una trave, ad arrampicarti sul tetto, a posizionare il colmo e a fissarlo con solide strutture; poi chiedi alla tua sorella di venirti ad aiutare nel tuo lavoro, proprio come lei ti aveva detto di aiutarla nel suo.
Dico troppo per i miei piacevoli contemporanei. Lo sento; ma a volte mi lascio trascinare dalle conseguenze delle mie parole. Se qualcuno si vergogna di lavorare in pubblico, armato soltanto di una moneta e con addosso un grembiule di pelle, non vedo in lui altro che uno schiavo dell’opinione pubblica, pronto a vergognarsi di fare del bene non appena gli onesti vengono derisi. Tuttavia, cediamo ai pregiudizi degli anziani tutto ciò che non può nuocere al giudizio dei giovani. Non è necessario esercitare tutte le professioni utili per rispettarle tutte; basta non considerarne nessuna inferiore a sé stesso. Quando si ha la scelta e nulla altro ci determina, perché non consultare il proprio piacere, la propria inclinazione, la convenienza tra le professioni dello stesso rango? I lavori legati ai metalli sono utili, anzi, i più utili di tutti; tuttavia, a meno che una ragione particolare non mi spinga, non farò di mio figlio un maresciallo, un fabbro, un falegname. Non vorrei che nella sua officina vedesse l’immagine di un ciclope. Allo stesso modo, non lo farò muratore, né calzolaio. È necessario che tutti i mestieri vengano esercitati; ma chi ha la possibilità di scegliere deve tenere conto della pulizia. In questo campo, infatti, non c’è spazio per i pregiudizi: sono i sensi a guidarci. Infine, non mi piacciono quelle stupide professioni in cui gli operai, privi di ingegno e quasi automi, esercitano sempre lo stesso lavoro. I tessitori, i calzolai, i taglialegna. A che serve impiegare uomini dotati di intelletto in queste attività? Sono soltanto macchine che fanno funzionare altre macchine.
Considerando tutto ciò, la professione che preferirei e che sarebbe adatta ai gusti del mio allievo è quella di falegname. È un lavoro onesto, utile, può essere svolto in casa; richiede al lavoratore abilità e diligenza, e nella forma dei prodotti, sebbene l’utilità ne sia la regola principale, non si escludono né l’eleganza né il gusto.
Se per caso il genio del vostro allievo fosse effettivamente orientato verso le scienze speculative, non biasimerei affatto se gli venisse data una professione in linea con le sue inclinazioni; che imparasse, ad esempio, a costruire strumenti matematici, occhiali, telescopi, ecc.
Quando Émile imparerà il suo mestiere, voglio impararlo insieme a lui; perché sono convinto che non lo apprenderà mai bene se non attraverso l’insegnamento condiviso. Entrambi ci metteremo quindi a fare l’apprendistato e non pretenderemo di essere trattati come signori, ma come veri apprendisti. Perché non dovremmo esserlo davvero? Lo zar Pietro era carpentiere nel cantiere e tamburino nelle sue stesse truppe: pensate che questo principe non vi fosse superiore per nascita o merito? Capite bene che non sto parlando di Émile. Sto parlando di voi, qualunque cosa siate.
Purtroppo non possiamo trascorrere tutto il nostro tempo nell’officina. Non siamo apprendisti operai, ma apprendisti artigiani; e l’apprendistato in questo mestiere è più arduo e più lungo dell’altro. Allora, come faremo? Prenderemo un maestro di falegnameria per un’ora al giorno, come si prende un maestro di danza? No. In quel caso non saremmo apprendisti, ma discepoli; e la nostra ambizione non è tanto imparare l’arte della falegnameria, quanto raggiungere lo stato di artigiano a tutti gli effetti. Pertanto, sono dell’opinione che dovremmo andare ogni settimana, almeno una o due volte, a trascorrere l’intera giornata presso il maestro: alzarci alla sua ora, metterci all’ lavoro prima di lui, mangiare alla sua tavola, lavorare sotto i suoi ordini. E dopo aver avuto l’onore di cenare con la sua famiglia, tornare a dormire nei nostri letti duri. È così che si possono imparare più mestieri contemporaneamente, e che si può dedicarsi al lavoro manuale senza trascurare l’apprendistato intellettuale.
Siamo semplici nel fare bene; non riproduciamo la vanità per poi combatterla. Essere orgogliosi di aver vinto i pregiudizi significa in realtà sottomettersi ad essi. Si dice che, secondo un’antica usanza della casa ottomana, il Sultano fosse obbligato a lavorare con le proprie mani; e tutti sanno che le opere realizzate da una mano nobile non possono che essere capolavori. Pertanto, il Sultano distribuiva magnificamente questi capolavori ai nobili della corte; e il lavoro veniva pagato in base alla qualità dell’artigiano. Quello che trovo sbagliato in tutto ciò non è questa presunta umiliazione, ma al contrario: essa rappresenta un bene. Costringendo i nobili a condividere con lui i beni del popolo, il sovrano è meno costretto a saccheggiare direttamente il popolo stesso. Questo rappresenta un sollievo necessario per il dispotismo; senza di esso, questo orribile sistema di governo non potrebbe sopravvivere.
Il vero problema di un simile modo di agire sta nell’idea che esso dà a quell’uomo della propria meritevolezza. Come re Midas, egli vede trasformarsi in oro tutto ciò che tocca, ma non si rende conto delle conseguenze negative di tale capacità. Per preservare le mani di nostro Émile da questo “ricco talento”, facciamo sì che il valore delle sue opere derivi dall’opera stessa, e non dal lavoro dell’artigiano che l’ha realizzata. Non permettiamo mai che il suo operato venga giudicato in base al confronto con quello dei grandi maestri; che sia apprezzato per la qualità intrinseca del lavoro, e non perché è stato realizzato da lui. Quando si dice di qualcosa che è ben fatto, si possa semplicemente affermare “Ecco cosa è stato bene fatto”; ma non si debba aggiungere “Chi l’ha fatto?”. Se lui stesso lo dichiara con orgoglio e soddisfazione, dicendo “Sono stato io a farlo”, rispondiamo freddamente: “Tu o un altro. Non importa; è sempre un lavoro ben fatto”.
Bonne mère, préserve-toi surtout des mensonges qu’on te prépare. Si ton fils sait beaucoup de choses, défie-toi de tout ce qu’il sait ; s’il a le malheur d’être élevé dans Paris, et d’être riche, il est perdu. Tant qu’il s’y trouvera d’habiles artistes, il aura tous leurs talents ; mais loin d’eux il n’en aura plus. À Paris, le riche sait tout ; il n’y a d’ignorant que le pauvre. Cette capitale est pleine d’amateurs, et surtout d’amatrices, qui font leurs ouvrages comme M. Guillaume inventait ses couleurs. Je connais à ceci trois exceptions honorables parmi les hommes, il y en peut avoir davantage ; mais je n’en connais aucune parmi les femmes, et je doute qu’il y en ait. En général, on acquiert un nom dans les arts comme dans la robe ; on devient artiste et juge des artistes comme on devient docteur en droit et magistrat.
Si donc il était une fois établi qu’il est beau de savoir un métier, vos enfants le sauraient bientôt sans l’apprendre ; ils passeraient maîtres comme les conseillers de Zurich. Point de tout ce cérémonial pour Émile ; point d’apparence, et toujours de la réalité. Qu’on ne dise pas qu’il sait, mais qu’il apprenne en silence. Qu’il fasse toujours son chef-d’oeuvre, et que jamais il ne passe maître ; qu’il ne se montre pas ouvrier par son titre, mais par son travail.
Si jusqu’ici je me suis fait entendre, on doit concevoir comment avec l’habitude de l’exercice du corps et du travail des mains, je donne insensiblement à mon élève le goût de la réflexion et de la méditation, pour balancer en lui la paresse qui résulterait de son indifférence pour les jugements des hommes et du calme de ses passions. Il faut qu’il travaille en paysan et qu’il pense en philosophe, pour n’être pas aussi fainéant qu’un sauvage. Le grand secret de l’éducation est de faire que les exercices du corps et ceux de l’esprit servent toujours de délassement les uns aux autres.
Mais gardons-nous d’anticiper sur les instructions qui demandent un esprit plus mûr. Émile ne sera pas longtemps ouvrier, sans ressentir par lui-même l’inégalité des conditions, qu’il n’avait d’abord qu’aperçue. Sur les maximes que je lui donne et qui sont à sa portée, il voudra m’examiner à mon tour. En recevant tout de moi seul, en se voyant si près de l’état des pauvres, il voudra savoir pourquoi j’en suis si loin. Il me fera peut-être, au dépourvu, des questions scabreuses : « Vous êtes riche, vous me l’avez dit, et je le vois. Un riche doit aussi son travail à la société, puisqu’il est homme. Mais vous, que faites-vous donc pour elle ? » Que dirait à cela un beau gouverneur ? Je l’ignore. Il serait peut-être assez sot pour parler à l’enfant des soins qu’il lui rend. Quant à moi, l’atelier me tire d’affaire : « Voilà, cher Émile, une excellente question ; je vous promets d’y répondre pour moi, quand vous y ferez pour vous-même une réponse dont vous soyez content. En attendant, j’aurai soin de rendre à vous et aux pauvres ce que j’ai de trop, et de faire une table ou un banc par semaine, afin de n’être pas tout à fait inutile à tout. »
Nous voici revenus à nous-mêmes. Voilà notre enfant prêt à cesser de l’être, rentré dans son individu. Le voilà sentant plus que jamais la nécessité qui l’attache aux choses. Après avoir commencé par exercer son corps et ses sens, nous avons exercé son esprit et son jugement. Enfin nous avons réuni l’usage de ses membres à celui de ses facultés ; nous avons fait un être agissant et pensant ; il ne nous reste plus, pour achever l’homme, que de faire un être aimant et sensible, c’est-à-dire de perfectionner la raison par le sentiment. Mais avant d’entrer dans ce nouvel ordre de choses, jetons les yeux sur celui d’où nous sortons et voyons, le plus exactement qu’il est possible, jusqu’où nous sommes parvenus.
Notre élève n’avait d’abord que des sensations, maintenant il a des idées : il ne faisait que sentir, maintenant il juge. Car de la comparaison de plusieurs sensations successives ou simultanées, et du jugement qu’on en porte, naît une sorte de sensation mixte ou complexe, que j’appelle idée.
La manière de former les idées est ce qui donne un caractère à l’esprit humain. L’esprit qui ne forme ses idées que sur des rapports réels est un esprit solide ; celui qui se contente des rapports apparents est un esprit superficiel ; celui qui voit les rapports tels qu’ils sont est un esprit juste ; celui qui les apprécie mal est un esprit faux ; celui qui controuve des rapports imaginaires qui n’ont ni réalité ni apparence est un fou ; celui qui ne compare point est un imbécile. L’aptitude plus ou moins grande à comparer des idées et à trouver des rapport est ce qui fait dans les hommes le plus ou le moins d’esprit, etc.
Les idées simples ne sont que des sensations comparées. Il y a des jugements dans les simples sensations aussi bien que dans les sensations complexes, que j’appelle idées simples. Dans la sensation, le jugement est purement passif, il affirme qu’on sent ce qu’on sent. Dans la perception ou idée, le jugement est actif ; il rapproche, il compare, il détermine des rapports que le sens ne détermine pas. Voilà toute la différence ; mais elle est grande. Jamais la nature ne nous trompe ; c’est toujours nous qui nous trompons.
Je vois servir à un enfant de huit ans d’un fromage glacé ; il porte la cuiller à sa bouche, sans savoir ce que c’est, et, saisi de froid, s’écrie : Ah ! cela me brûle ! Il éprouve une sensation très vive ; il n’en connaît point de plus vive que la chaleur du feu, et il croit sentir celle-là. Cependant il s’abuse ; le saisissement du froid le blesse, mais il ne le brûle pas ; et ces deux sensations ne sont pas semblables, puisque ceux qui ont éprouvé l’une et l’autre ne les confondent point. Ce n’est donc pas la sensation qui le trompe, mais le jugement qu’il en porte.
Il en est de même de celui qui voit pour la première fois un miroir ou une machine d’optique, ou qui entre dans une cave profonde au coeur de l’hiver ou de l’été, ou qui trempe dans l’eau tiède une main très chaude ou très froide, ou qui fait rouler entre deux doigts croisés une petite boule, etc. S’il se contente de dire ce qu’il aperçoit, ce qu’il sent, son jugement étant purement passif, il est impossible qu’il se trompe ; mais quand il juge de la chose par l’apparence, il est actif, il compare, il établit par induction des rapports qu’il n’aperçoit pas ; alors il se trompe ou peut se tromper. Pour corriger ou prévenir l’erreur, il a besoin de l’expérience.
Montrez de nuit à votre élève des nuages passant entre la lune et lui, il croira que c’est la lune qui passe en sens contraire et que les nuages sont arrêtés. Il le croira par une induction précipitée, parce qu’il voit ordinairement les petits objets se mouvoir préférablement aux grands, et que les nuages lui semblent plus grands que la lune, dont il ne peut estimer l’éloignement. Lorsque, dans un bateau qui vogue, il regarde d’un peu loin le rivage, il tombe dans l’erreur contraire, et croit voir courir la terre, parce que, ne se sentant point en mouvement, il regarde le bateau, la mer ou la rivière, et tout son horizon, comme un tout immobile, dont le rivage qu’il voit courir ne lui semble qu’une partie.
La première fois qu’un enfant voit un bâton à moitié plongé dans l’eau, il voit un bâton brisé : la sensation est vraie ; et elle ne laisserait pas de l’être, quand même nous ne saurions point la raison de cette apparence. Si donc vous lui demandez ce qu’il voit, il dit : Un bâton brisé, et il dit vrai, car il est très sûr qu’il a la sensation d’un bâton brisé. Mais quand, trompé par son jugement, il va plus loin, et qu’après avoir affirmé qu’il voit un bâton brisé, il affirme encore que ce qu’il voit est en effet un bâton brisé, alors il dit faux. Pourquoi cela ? parce qu’alors il devient actif, et qu’il ne juge plus par inspection, mais par induction, en affirmant ce qu’il ne sent pas, savoir que le jugement qu’il reçoit par un sens serait confirmé par un autre.
My dear mother, above all, beware of the lies that people prepare for you. If your son knows a great deal, challenge everything he knows; if he is unfortunately raised in Paris and is wealthy, he is lost. As long as there are skilled artists around him, he will possess all their talents; but away from them, he will lose them all. In Paris, the rich know everything; only the poor are ignorant. This capital is full of amateurs, especially women, who create their works in just the same way that Monsieur Guillaume invented his colors. I know three honorable exceptions among men—there may be more—but I do not know any among women, and I doubt there are any at all. In general, one acquires a reputation in the arts just as one does in law; one becomes an artist and judges artists in the same way that one becomes a doctor of law and a magistrate.
Therefore, if it were once established that it is beautiful to know a craft, your children would soon learn it without having to study it; they would become masters just like the counselors of Zurich. No need for all this ceremony for Émile; no need for appearances—only reality. Let us not say that he already knows; let him learn in silence. Let him always strive to create his masterpiece, but never consider himself a master; let him prove himself as a worker through his work, not merely by his title.
If I have been able to make myself heard so far, it is because one must understand how, through the habit of physical exercise and manual labor, I gradually cultivate in my student the taste for reflection and meditation—so as to counteract within him the laziness that might arise from his indifference toward human judgments and the calmness of his passions. He must work like a farmer and think like a philosopher, if he is not to be as lazy as a savage. The great secret of education lies in ensuring that physical exercises and mental endeavors always complement each other as forms of recreation.
But let us refrain from anticipating the kind of instructions that would require a more mature mindset. Émile will not remain an apprentice for long before he begins to perceive firsthand the inequality of conditions that he had only previously observed from a distance. As for the principles I impart to him, which are within his grasp, he will want to test me in turn. Receiving everything solely from me and seeing himself so close to the plight of the poor, he will wonder why I am so far removed from it. He might even pose some awkward questions to me unpreparedly: “You are rich; you have told me that, and I can see it. A rich person also contributes his labor to society, since he is human. But what exactly do you do for it?” What would a wise governor say in response to this? I don’t know. Perhaps such a governor would be foolish enough to explain to a child the role he plays in helping others. As for me, my workshop keeps me busy: “Here, dear Émile, is an excellent question; I promise to answer it on your behalf once you have found an answer of your own that satisfies you. In the meantime, I will make sure to give back to you and to the poor whatever I have in excess, and to craft a table or a bench every week, so as not to be completely useless to anyone.”
We have returned to ourselves. Here is our child, ready to cease being a child and re-enter into its individuality. It now feels more than ever the necessity that binds it to things. After first exercising its body and senses, we then exercised its mind and judgment. Finally, we combined the use of its limbs with the exercise of its faculties; we created an entity that could act and think. What remains for us to complete the formation of this human being is to create one that is capable of loving and feeling—in other words, to perfect reason through emotion. But before entering into this new realm, let us take a look at the one from which we have come and assess as accurately as possible how far we have progressed.
Our student initially only had sensations; now he has ideas. He used to merely perceive things through his senses; now he judges them. For it is from the comparison of several successive or simultaneous sensations, and the judgment drawn from such comparisons, that a kind of mixed or complex sensation arises—what I call an idea.
The way in which ideas are formed is what gives human spirit its particular character. A spirit that forms its ideas solely based on real relationships is a solid spirit; one that contentes itself with apparent relationships is a superficial spirit; one that perceives relationships as they truly are is a just spirit; one that misinterprets them is a false spirit; one that concocts imaginary relationships that have neither reality nor appearance is a madman; one who never makes any comparisons at all is an idiot. The ability, more or less developed, to compare ideas and discern their relationships is what determines whether a person possesses more or less intelligence, and so on.
Simple ideas are nothing but comparisons of sensations. Judgments exist both in simple sensations and in complex sensations, which I call simple ideas. In the case of a sensation, the judgment is purely passive; it merely affirms that one feels what one does feel. In the case of perception or an idea, however, the judgment becomes active; it compares, it relates things together in ways that the senses alone cannot accomplish. This is the entire difference—and it is a significant one. Nature never deceives us; it is always we who deceive ourselves.
I see an eight-year-old child being given some chilled cheese; he brings the spoon to his mouth, not knowing what it is, and, seized by the cold, he exclaims, “Ah! It burns me!” He experiences a very intense sensation—none more intense than the heat of fire—and he thinks he is feeling that. However, he is mistaken; the shock of the cold does hurt him, but it does not burn him; and these two sensations are not similar, since those who have experienced both of them do not confuse them. Therefore, it is not the sensation itself that deceives him, but his judgment about that sensation.
The same is true for those who see a mirror or an optical instrument for the first time, or who enter a deep cellar in the heart of winter or summer, or who immerse a very hot or very cold hand in warm water, or who roll a small ball between two crossed fingers, and so on. If they merely describe what they perceive and what they feel—since their judgment is purely passive—it is impossible for them to be wrong. But when they judge something based on its appearance, they become active; they compare things, they establish relationships through induction that are not immediately visible to them. In such cases, they may err or are capable of erring. To correct or prevent such mistakes, experience is necessary.
If you show your student clouds passing between the moon at night, he will believe that it is the moon moving in the opposite direction and that the clouds are stationary. He will come to this conclusion through hasty induction, because he usually observes that small objects appear to move more quickly than large ones, and because the clouds seem larger than the moon, whose distance he is unable to estimate. Similarly, when sitting on a boat and looking at the shore from a distance, one might mistakenly believe that it is the land moving towards them, since, feeling no motion oneself, one regards the boat, the sea, or the entire horizon as an immovable whole, and the shore that appears to be approaching merely seems like a part of that whole.
The first time a child sees a stick half-immersed in water, they see a broken stick: the sensation is real; and it would remain real even if we could not understand the reason for this appearance. If you ask them what they see, they will say: “A broken stick,” and they are telling the truth, because they are absolutely certain that they experience it as a broken stick. But when, deceived by their own judgment, they go further and insist that what they see is indeed a broken stick, then they are lying. Why? Because at that point they are acting on assumption; they are no longer judging based on direct perception, but rather by inference, by asserting something they do not actually perceive—namely, that the conclusion drawn by one sense would be confirmed by another.
Buona madre, proteggetevi soprattutto dai bugi che vi vengono raccontati. Se vostro figlio sa molte cose, mettetevi in discussione riguardo a tutto ciò che sa; se sfortunatamente viene educato a Parigi e è ricco, è perduto. Finché esisteranno artisti abili, disporrà di tutti i loro talenti; lontano da loro, non ne avrà più alcuno. A Parigi, il ricco sa tutto; l’ignorante è solo il povero. Questa capitale è piena di dilettanti, soprattutto di donne dilettanti, che realizzano i loro lavori proprio come Monsieur Guillaume inventava i suoi colori. Conosco tre eccezioni onorevoli tra gli uomini, ne possono essercene altre; ma non ne conosco nessuna tra le donne, e dubito che ne esistano. In generale, si ottiene una reputazione negli artisti come si ottiene un titolo accademico; si diventa artisti e giudici di artisti proprio come si diventa dottori in legge e magistrati.
Quindi, se una volta si fosse stabilito che è bello saper eseguire un mestiere, i vostri figli lo saprebbero presto senza doverlo imparare; diventerebbero esperti proprio come i consiglieri di Zurigo. Nessun cerimoniale per Émile; nessuna apparenza esteriore, solo realtà concreta. Non si dica che lui sappia già, ma che impari in silenzio. Che realizzi sempre il suo capolavoro, senza mai considerarsi esperto; che non si mostri come un lavoratore soltanto per il titolo, ma attraverso il proprio lavoro.
Se finora sono riuscito a farmi ascoltare, si deve capire come, attraverso l’abitudine all’esercizio fisico e al lavoro manuale, io possa gradualmente far sviluppare nel mio allievo il gusto per la riflessione e la meditazione, al fine di contrastare in lui la pigrizia che deriverebbe dalla sua indifferenza nei confronti dei giudizi umani e dalla calma delle sue passioni. È necessario che lavori come un contadino e pensi come un filosofo, affinché non sia altrettanto pigro di una selvaggia. Il grande segreto dell’educazione consiste nel far sì che gli esercizi fisici e quelli mentali servano sempre a vicenda come mezzo di distensione.
Ma evitiamo di anticipare le istruzioni che richiedono uno spirito più maturo. Émile non passerà molto tempo come operaio senza percepire personalmente l’ineguaglianza delle condizioni, che prima aveva soltanto intravisto. Riguardo alle massime che gli do e che sono alla sua portata, vorrà a sua volta mettermi alla prova. Ricevendo tutto da me solo, vedendosi così vicino allo stato dei poveri, vorrà sapere perché io ne sia così lontano. Forse mi farà, all’improvviso, domande imbarazzanti: “Siete ricco, me lo avete detto, e lo vedo. Anche un ricco deve il proprio lavoro alla società, dato che è un uomo. Ma voi, cosa fate per lei?” Cosa risponderebbe a questo un buon governatore? Non lo so. Forse sarebbe abbastanza sciocco da parlare a quel bambino dei servizi che gli rende. Quanto a me, il mio laboratorio mi aiuta a cavarmela: “Ecco, caro Émile, una domanda eccellente; ti prometto di rispondere per me, quando avrai trovato tu stesso una risposta che ti soddisfi. Nel frattempo, farò in modo di darti e ai poveri ciò che ho in eccesso, e di costruire ogni settimana un tavolo o un banco, così da non essere del tutto inutile a tutti.”
Siamo tornati a noi stessi. Il nostro bambino è pronto a smettere di essere un bambino e a entrare nel suo ruolo di individuo adulto. Ora sente più che mai la necessità di essere legato alle cose che lo circondano. Dopo aver fatto esercitare il suo corpo e i suoi sensi, abbiamo fatto esercitare anche la sua mente e il suo giudizio. Infine, abbiamo unito l’uso dei suoi membri a quello delle sue facoltà mentali; abbiamo creato un essere capace di agire e di pensare. Per completare questa creazione umana, non ci resta che rendere quest’essere anche capace di amare e di provare sentimenti, cioè perfezionare la ragione attraverso il sentimento. Ma prima di entrare in questo nuovo ordine delle cose, diamo un’occhiata a quello da cui proveniamo e vediamo, con la massima precisione possibile, fino a che punto siamo arrivati.
Il nostro studente, inizialmente, aveva soltanto sensazioni; ora, invece, possiede idee: prima si limitava a percepire, ora giudica. Infatti, dalla comparazione di diverse sensazioni successive o simultanee, e dal giudizio che ne deriviamo, nasce una sorta di sensazione mista o complessa, che io chiamo idea.
Il modo in cui vengono formate le idee è ciò che conferisce carattere allo spirito umano. Lo spirito che forma le proprie idee soltanto sulla base di relazioni reali è uno spirito solido; quello che si accontenta delle sole relazioni apparenti è uno spirito superficiale; colui che percepisce queste relazioni così come sono in realtà è uno spirito giusto; colui che le valuta erroneamente è uno spirito errato; colui che inventa relazioni immaginarie prive sia di realtà che di apparenza è un pazzo; colui che non è in grado di fare confronti è un idiota. L’abilità, maggiore o minore, di confrontare le idee e di individuare tali relazioni è ciò che determina, negli esseri umani, il grado di intelligenza, ecc.
Le idee semplici non sono altro che sensazioni paragonate. Esistono giudizi sia nelle sensazioni semplici che in quelle complesse, che io chiamo idee semplici. Nella sensazione, il giudizio è puramente passivo: afferma semplicemente che si percepisce ciò che si percepisce. Nella percezione o nell’idea, invece, il giudizio è attivo: avvicina, compara, stabilisce relazioni che i sensi da soli non sono in grado di individuare. Questa è l’unica differenza, ma è una differenza fondamentale. La natura non ci inganna mai; siamo sempre noi ad ingannarci.
Vedo un bambino di otto anni che mangia del formaggio gelato; porta il cucchiaio alla bocca senza sapere cosa sia, e, colpito dal freddo, esclama: “Ah! Mi brucia!” Prova una sensazione molto intensa; non ne conosce nessuna più forte di quel calore del fuoco, e crede di sentirlo. Tuttavia si inganna: il freddo lo ferisce, ma non lo brucia; inoltre queste due sensazioni non sono simili, poiché coloro che le hanno provate entrambe non le confondono mai. Quindi non è la sensazione stessa a ingannarlo, ma il giudizio che ne formula.
Lo stesso vale per chi vede per la prima volta uno specchio o un oggetto ottico, o che entra in una cantina profonda nel cuore dell’inverno o dell’estate, o che immerge in acqua tiepida una mano molto calda o molto fredda, o che fa rotolare tra due dita incrociate una piccola sfera, ecc. Se si limita a descrivere ciò che vede e ciò che sente, poiché il suo giudizio è puramente passivo, è impossibile che sbagli; ma quando valuta la cosa in base alle apparenze, agisce attivamente, compara i fatti tra loro, stabilisce attraverso l’induzione relazioni che non riesce a percepire direttamente; in questo caso, può sbagliare. Per correggere o prevenire gli errori, ha bisogno dell’esperienza.
Mostrate di notte al vostro allievo delle nuvole che passano tra la luna e lui; crederà che sia la luna a muoversi nella direzione opposta, mentre le nuvole sono ferme. Crederà ciò per induzione affrettata: infatti, di solito osserva che gli oggetti piccoli si muovono più facilmente di quelli grandi, e le nuvole gli sembrano più grandi della luna, la cui distanza non riesce a stimare. Quando, su una barca in movimento, guarda da lontano la riva, commette l’errore opposto: crede di vedere la terra muoversi, perché, non sentendosi lui stesso in movimento, considera la barca, il mare o la riva, insieme a tutto l’orizzonte, come un tutto immobile; la riva che gli sembra muoversi non è altro che una sua parte.
La prima volta che un bambino vede un bastone immerso per metà nell’acqua, lui vede un bastone spezzato: questa percezione è reale; e rimarrebbe tale anche se non conoscessimo la ragione di tale apparenza. Se quindi gli chiediamo cosa veda, risponderà: “Un bastone spezzato”, e dirà la verità, perché è assolutamente certo di provare questa sensazione. Ma quando, ingannato dal proprio giudizio, va oltre e, dopo aver affermato di vedere un bastone spezzato, insiste ancora nel dire che ciò che vede effettivamente è un bastone spezzato, allora sta mentendo. Perché? Perché in quel momento agisce in modo attivo, e non giudica più basandosi sulla percezione diretta, ma attraverso inferenze, affermando ciò che non percepisce realmente, cioè che il giudizio ricevuto da un senso possa essere confermato da un altro.
Puisque toutes nos erreurs viennent de nos jugements, il est clair que si nous n’avions jamais besoin de juger, nous n’aurions nul besoin d’apprendre ; nous ne serions jamais dans le cas de nous tromper ; nous serions plus heureux de notre ignorance que nous ne pouvons l’être de notre savoir. Qui est-ce qui nie que les savants ne sachent mille choses vraies que les ignorants ne sauront jamais ? Les savants sont-ils pour cela plus près de la vérité ? Tout au contraire, ils s’en éloignent en avançant ; parce que, la vanité de juger faisant encore plus de progrès que les lumières, chaque vérité qu’ils apprennent ne vient qu’avec cent jugements faux. Il est de la dernière évidence que les compagnies savantes de l’Europe ne sont que des écoles publiques de mensonges ; et très sûrement il y a plus d’erreurs dans l’Académie des sciences que dans tout un peuple de Hurons.
Puisque plus les hommes savent, plus ils se trompent, le seul moyen d’éviter l’erreur est l’ignorance. Ne jugez point, vous ne vous abuserez jamais. C’est la leçon de la nature aussi bien que de la raison. Hors les rapports immédiats en très petit nombre et très sensibles que les choses ont avec nous, nous n’avons naturellement qu’une profonde indifférence pour tout le reste. Un sauvage ne tournerait pas le pied pour aller voir le jeu de la plus belle machine et tous les prodiges de l’électricité. Que m’importe ? est le mot le plus familier à l’ignorant et le plus convenable au sage.
Mais malheureusement ce mot ne nous va plus. Tout nous importe, depuis que nous sommes dépendants de tout ; et notre curiosité s’étend nécessairement avec nos besoins. Voilà pourquoi j’en donne une très grande au philosophe, et n’en donne point au sauvage. Celui-ci n’a besoin de personne ; l’autre a besoin de tout le monde, et surtout d’admirateurs.
On me dira que je sors de la nature ; je n’en crois rien. Elle choisit ses instruments, et les règle, non sur l’opinion, mais sur le besoin. Or, les besoins changent selon la situation des hommes. Il y a bien de la différence entre l’homme naturel vivant dans l’état de nature, et l’homme naturel vivant dans l’état de société. Émile n’est pas un sauvage à reléguer dans les déserts, c’est un sauvage fait pour habiter les villes. Il faut qu’il sache y trouver son nécessaire, tirer parti de leurs habitants, et vivre, sinon comme eux, du moins avec eux.
Puisque, au milieu de tant de rapports nouveaux dont il va dépendre, il faudra malgré lui qu’il juge, apprenons lui donc à bien juger.
La meilleure manière d’apprendre à bien juger est celle qui tend le plus à simplifier nos expériences, et à pouvoir même nous en passer sans tomber dans l’erreur. D’où il suit qu’après avoir longtemps vérifié les rapports des sens l’un par l’autre, il faut encore apprendre à vérifier les rapports de chaque sens par lui-même, sans avoir besoin de recourir à un autre sens ; alors chaque sensation deviendra pour nous une idée, et cette idée sera toujours conforme à la vérité. Telle est la sorte d’acquis dont j’ai tâché de remplir ce troisième âge de la vie humaine.
Cette manière de procéder exige une patience et une circonspection dont peu de maîtres sont capables, et sans laquelle jamais le disciple n’apprendra à juger. Si, par exemple, lorsque celui-ci s’abuse sur l’apparence du bâton brisé, pour lui montrer son erreur vous vous pressez de tirer le bâton hors de l’eau, vous le détromperez peut-être ; mais que lui apprendrez-vous ? rien que ce qu’il aurait bientôt appris de lui-même. Oh ! que ce n’est pas là ce qu’il faut faire ! Il s’agit moins de lui apprendre une vérité que de lui montrer comment il faut s’y prendre pour découvrir toujours la vérité. Pour mieux l’instruire, il ne faut pas le détromper sitôt. Prenons Émile et moi pour exemple.
Premièrement, à la seconde des deux questions supposées, tout enfant élevé à l’ordinaire ne manquera pas de répondre affirmativement. C’est sûrement, dira-t-il, un bâton brisé. Je doute fort qu’Émile me fasse la même réponse. Ne voyant point la nécessité d’être savant ni de le paraître, il n’est jamais pressé de juger ; il ne juge que sur l’évidence ; et il est bien éloigné de la trouver dans cette occasion, lui qui sait combien nos jugements sur les apparences sont sujets à l’illusion, ne fût-ce que dans la perspective.
D’ailleurs, comme il sait par expérience que mes questions les plus frivoles ont toujours quelque objet qu’il n’aperçoit pas d’abord, il n’a point pris l’habitude d’y répondre étourdiment ; au contraire, il s’en défie, il s’y rend attentif, il les examine avec grand soin avant d’y répondre. Jamais il ne me fait de réponse qu’il n’en soit content lui-même ; et il est difficile à contenter. Enfin nous ne nous piquons ni lui ni moi de savoir la vérité des choses, mais seulement de ne pas donner dans l’erreur. Nous serions bien plus confus de nous payer d’une raison qui n’est pas bonne, que de n’en point trouver du tout. Je ne sais est un mot qui nous va si bien à tous deux, et que nous répétons si souvent, qu’il ne coûte plus rien à l’un ni à l’autre. Mais, soit que cette étourderie lui échappe, ou qu’il l’évite par notre commode Je ne sais, ma réplique est la même : Voyons, examinons.
Ce bâton qui trempe à moitié dans l’eau est fixé dans une situation perpendiculaire. Pour savoir s’il est brisé, comme il le paraît, que de choses n’avons-nous pas à faire avant de le tirer de l’eau ou avant d’y porter la main !
I° D’abord nous tournons tout autour du bâton et nous voyons que la brisure tourne comme nous. C’est donc notre oeil seul qui la change, et les regards ne remuent pas les corps.
2° Nous regardons bien à plomb sur le bout du bâton qui est hors de l’eau ; alors le bâton n’est plus courbe, le bout voisin de notre oeil nous cache exactement l’autre bout[388]. Notre oeil a-t-il redressé le bâton ?
3° Nous agitons la surface de l’eau ; nous voyons le bâton se plier en plusieurs pièces, se mouvoir en zigzag, et suivre les ondulations de l’eau. Le mouvement que nous donnons à cette eau suffit-il pour briser, amollir, et fondre ainsi le bâton ?
4° Nous faisons écouler l’eau, et nous voyons le bâton se redresser peu à peu, à mesure que l’eau baisse. N’en voilà-t-il pas plus qu’il ne faut pour éclaircir le fait et trouver la réfraction ? Il n’est donc pas vrai que la vue nous trompe, puisque nous n’avons besoin que d’elle seule pour rectifier les erreurs que nous lui attribuons.
Supposons l’enfant assez stupide pour ne pas sentir le résultat de ces expériences ; c’est alors qu’il faut appeler le toucher au secours de la vue. Au lieu de tirer le bâton hors de l’eau, laissez-le dans sa situation, et que l’enfant y passe la main d’un bout à l’autre, il ne sentira point d’angle ; le bâton n’est donc pas brisé.
Vous me direz qu’il n’y a pas seulement ici des jugements, mais des raisonnements en forme. Il est vrai ; mais ne voyez-vous pas que, sitôt que l’esprit est parvenu jusqu’aux idées, tout jugement est un raisonnement ? La conscience de toute sensation est une proposition, un jugement. Donc, sitôt que l’on compare une sensation à une autre, on raisonne. L’art de juger et l’art de raisonner sont exactement le même.
Émile ne saura jamais la dioptrique, ou je veux qu’il l’apprenne autour de ce bâton. Il n’aura point disséqué d’insectes ; il n’aura point compté les taches du soleil ; il ne saura ce que c’est qu’un microscope et un télescope. Vos doctes élèves se moqueront de son ignorance. Ils n’auront pas tort ; car avant de se servir de ces instruments, j’entends qu’il les invente, et vous vous doutez bien que cela ne viendra pas si tôt.
Voilà l’esprit de toute ma méthode dans cette partie. Si l’enfant fait rouler une petite boule entre deux doigts croisés, et qu’il croie sentir deux boules, je ne lui permettrai point d’y regarder, qu’auparavant il ne soit convaincu qu’il n’y en a qu’une.
Ces éclaircissements suffiront, je pense, pour marquer nettement le progrès qu’a fait jusqu’ici l’esprit de mon élève, et la route par laquelle il a suivi ce progrès. Mais vous êtes effrayés peut-être de la quantité de choses que j’ai fait passer devant lui. Vous craignez que je n’accable son esprit sous ses multitudes de connaissances. C’est tout le contraire ; je lui apprends bien plus à les ignorer qu’à les savoir. Je lui montre la route de la science, aisée à la vérité, mais longue, immense, lente à parcourir. Je lui fais faire les premiers pas pour qu’il reconnaisse l’entrée, mais je ne lui permets jamais d’aller loin.
Since all our mistakes stem from our judgments, it is clear that if we never needed to judge at all, we would have no need to learn; we would never make any mistakes, and we would find our ignorance far more beneficial than our knowledge. Who would deny that scholars know countless things that ignorants will never come to know? Does that mean they are closer to the truth? On the contrary, the more they advance, the further they drift away from it; for the vanity of judging progresses even faster than enlightenment, and every truth they discover comes accompanied by a hundred false judgments. It is beyond doubt that Europe’s learned societies are nothing but public schools of lies; and surely, there are more errors in the Academy of Sciences than in an entire people of Hurons.
Since the more men know, the more they err, the only way to avoid error is ignorance. Do not judge; you will never deceive yourself. This is a lesson taught by both nature and reason. Apart from those very few, immediate, and intensely sensitive relationships that things have with us, we naturally feel profound indifference toward everything else. A savage would not bother to go and watch the workings of the most magnificent machine or all the wonders of electricity. “What does it matter to me?”—this is the phrase most commonly used by the ignorant and the most appropriate for the wise.
But unfortunately, this word no longer applies to us. Everything matters now that we have become dependent on everything; and our curiosity naturally expands alongside our needs. That is why I attribute great curiosity to the philosopher, but none at all to the savage. The savage needs no one; the philosopher, on the other hand, needs everyone—and especially admirers.
Some may say that I depart from the nature of things; I do not believe that. Nature selects its instruments and shapes them not according to public opinion, but according to necessity. Yet, necessities change depending on the circumstances of human life. There is indeed a difference between a natural man living in a state of nature and a natural man living within a society. Émile is not a savage to be sent into the wilderness; he is a savage meant to live in cities. He must learn how to obtain what he needs there, make use of the inhabitants of those cities, and live—either like them or at least together with them.
Since, amidst so many new relationships of which it will have to depend, it will inevitably be forced to judge, let us therefore teach it how to judge well.
The best way to learn how to judge accurately is one that tends most to simplify our experiences and even enables us to do without them without making mistakes. Therefore, after having for a long time verified the relationships between different senses, we must also learn to verify the relationships of each sense on its own, without needing to rely on another sense; in this way, every sensation will become an idea for us, and this idea will always be in accordance with truth. Such is the kind of knowledge I have sought to impart during this third stage of human life.
This method of proceeding requires patience and caution—qualities possessed by few masters—and without them, the disciple will never learn how to judge for himself. For instance, if, when he mistakes the appearance of a broken stick, you hastily pull it out of the water to correct him, you may perhaps set him straight; but what will you have taught him? Nothing more than what he would have learned on his own in a short time. Oh! This is certainly not the right approach! The goal is not so much to impart a truth to him as to show him how to discover the truth for himself always. To instruct him better, we must not correct him too quickly. Let us take Émile and myself as an example.
Firstly, to the second of the two supposed questions, any child raised in a normal manner would undoubtedly answer affirmatively. “It must be a broken stick,” he would say. I highly doubt that Émile would give me the same answer. Not seeing any need to be knowledgeable or to appear so, he is never in a hurry to judge; he judges only on evidence—and in this particular case, he is far from finding any such evidence. After all, he knows how prone our judgments based on appearances are to illusion, even in matters of perspective.
Moreover, since he knows from experience that my most seemingly frivolous questions always contain some underlying meaning that he does not immediately perceive, he has never taken the habit of answering them carelessly. On the contrary, he is wary of doing so; he pays close attention and examines them thoroughly before responding. He never gives me an answer unless he himself is satisfied with it—and it is indeed difficult to satisfy him. Finally, neither he nor I are interested in knowing the absolute truth about things; our only goal is to avoid making mistakes. We would be far more confused if we were convinced by a flawed argument than if we could find no argument at all. “I don’t know” is a phrase that suits us both so well, and we use it so frequently that it no longer costs either of us anything. But whether this carelessness arises unintentionally or because of our convenient use of that phrase—my reply remains the same: Let’s examine it carefully.
This stick that is half-immersed in water is positioned at a perpendicular angle. To determine whether it is broken, as it appears to be, how many things don’t we have to do before pulling it out of the water or before reaching for it?
First of all, we turn the stick completely around, and we see that the break turns just like us. It is therefore only our eye that causes this change; looks do not move objects in space.
2° When we look straight down at the end of the stick that is out of water, the stick no longer appears bent; the end closest to our eye completely covers the other end[388]. Has our eye actually “straightened” the stick?
3° When we stir the surface of the water, we see the stick break into several pieces, move in a zigzag pattern, and follow the undulations of the waves. Is the motion we create in the water sufficient to break, soften, and ultimately melt this stick?
4° When we let the water flow away, we observe that the stick gradually straightens again as the water level drops. Isn’t this more than enough to clarify the matter and understand the phenomenon of refraction? It therefore isn’t true that our vision deceives us, since we merely need it to correct the errors that we attribute to it.
Suppose a child is stupid enough not to perceive the result of these experiments; it is then that one must resort to sight to assist touch. Instead of pulling the stick out of the water, leave it in its original position, and let the child pass his hand along it from one end to the other—he will not feel any angle; therefore, the stick is not broken.
You might say that what is present here is not merely judgment, but reasoning in form. That is true; but don’t you see that once the mind has reached these ideas, every judgment is essentially a form of reasoning? The awareness of any sensation is itself a proposition, a judgment. Therefore, whenever one compares one sensation with another, one is reasoning. The art of judging and the art of reasoning are precisely the same thing.
Émile will never know what a dioptric power is, or at least I want him to learn about it around this stick. He will never have dissected any insects; he will never have counted the spots on the sun; he will not know what a microscope or a telescope is. Your learned students will laugh at his ignorance. They would not be wrong; because before using these instruments, I intend for him to invent them himself—and you can surely imagine that that won’t happen so soon.
This is the essence of my entire approach in this particular aspect. If a child rolls a small ball between two crossed fingers and believes that he is feeling two balls, I will not allow him to look until he is convinced that there is only one ball.
I believe these clarifications will be sufficient to clearly demonstrate the progress my student has made so far, as well as the path he has followed in achieving it. However, you may be frightened by the sheer amount of information I have presented to him. You fear that my numerous teachings might overwhelm his mind. Quite the opposite: what I am doing is teaching him how to ignore much of this knowledge rather than to memorize it. I show him the path of science—easily leading to truth, yet long, vast, and slow to traverse. I help him take the first steps so that he can recognize the entrance to this path, but I never allow him to go too far.
Poiché tutti i nostri errori derivano dai nostri giudizi, è evidente che se non avessimo mai bisogno di giudicare, non avremmo alcun bisogno di imparare; non ci troveremmo mai nella condizione di sbagliare; saremmo più felici della nostra ignoranza di quanto possiamo esserlo della nostra conoscenza. Chi nega che gli scienziati conoscano mille verità che gli ignoranti non sapranno mai? Per questo motivo, gli scienziati sono forse più vicini alla verità? Al contrario, si allontanano da essa man mano che avanzano; poiché l’orgoglio di giudicare fa ancora più progressi delle stesse “luci della ragione”, ogni verità che apprendono arriva insieme a centinaia di giudizi errati. È di evidenza che le accademie scientifiche d’Europa non siano altro che scuole pubbliche di menzogne; e senza dubbio, ci sono più errori nell’Accademia delle Scienze che in un intero popolo di Huroni.
Poiché più gli uomini sanno, più si sbagliano, l’unico modo per evitare gli errori è l’ignoranza. Non giudicate mai: in questo modo non vi ingannerete mai. Questa è la lezione sia della natura che della ragione. Oltre ai pochi e immediati rapporti che le cose hanno con noi, abbiamo naturalmente una profonda indifferenza per tutto il resto. Un selvaggio non si muoverebbe nemmeno per andare a vedere il funzionamento della macchina più straordinaria o tutti i miracoli dell’elettricità, “Che m’importa?” è la frase più comune tra gli ignoranti e la più appropriata per i saggi.
Ma purtroppo questa parola non ci si addice più. Tutto ci è importante, da quando dipendiamo da tutto; e la nostra curiosità si estende necessariamente insieme ai nostri bisogni. Ecco perché attribuisco una grande importanza alla curiosità al filosofo, e nessuna al selvaggio. Quest’ultimo non ha bisogno di nessuno; l’altro, invece, ha bisogno di tutti, soprattutto di ammiratori.
Si dirà che io esco dalla natura; non ci credo affatto. La natura sceglie i suoi strumenti e li regola non in base all’opinione umana, ma in base ai bisogni. Ora, i bisogni cambiano a seconda della situazione degli uomini. C’è davvero una grande differenza tra l’uomo naturale che vive nello stato di natura e l’uomo naturale che vive nello stato di società. Émile non è un selvaggio da relegare nei deserti; è un selvaggio fatto per vivere nelle città. Deve sapervi trovare ciò di cui ha bisogno, sfruttare i loro abitanti e vivere, almeno insieme a loro.
Poiché, in mezzo a così tanti nuovi rapporti da cui dipenderà, dovrà comunque giudicare, insegniamogli quindi a giudicare bene.
Il miglior modo per imparare a giudicare correttamente è quello che tende maggiormente a semplificare le nostre esperienze, e persino a farne a meno senza commettere errori. Pertanto, dopo aver verificato a lungo i rapporti tra i diversi sensi, bisogna ancora imparare a verificare i rapporti di ciascun senso in modo indipendente, senza dover ricorrere ad altri sensi; in questo modo, ogni sensazione diventerà per noi un’idea, e questa idea sarà sempre conforme alla verità. È proprio questo tipo di acquisizione che ho cercato di fornire in questa terza fase della vita umana.
Questo modo di procedere richiede una pazienza e una cautela di cui pochi maestri sono capaci; senza di esse, il discepolo non imparerà mai a giudicare correttamente. Se, ad esempio, quando il discepolo si sbaglia nell’interpretare l’apparenza di un bastone spezzato, voi vi affrettate a tirarlo fuori dall’acqua per correggerlo, forse lo convincerete della sua errore; ma cosa gli insegnerete? Solo ciò che presto avrebbe imparato da solo. Oh! Non è certo questo ciò che bisogna fare! Non si tratta tanto di insegnargli una verità, quanto di mostrargli come procedere per scoprirla sempre. Per instruirlo meglio, non bisogna correggerlo subito. Prendiamo me ed Émile come esempio.
In primo luogo, alla seconda delle due domande ipotizzate, qualsiasi bambino allevato in modo normale risponderà sicuramente affermativamente. Dirà certamente che si tratta di un bastone spezzato. Dubito molto che Émile mi dia la stessa risposta. Non vedendo alcuna necessità di essere saggi o di sembrarlo, non è mai affrettato a giudicare; giudica soltanto in base alle evidenze. E in questa occasione è ben lontano dal trovarle, lui che sa quanto i nostri giudizi sulle apparenze siano soggetti all’illusione, anche solo nella prospettiva.
Del resto, poiché sa per esperienza che le mie domande più frivole nascondono sempre qualche significato che all’inizio non riesce a individuare, non ha preso l’abitudine di rispondervi in modo superficiale; al contrario, si difende da queste domande, le esamina con attenzione prima di rispondere. Non mi dà mai una risposta di cui lui stesso non sia soddisfatto. E è difficile soddisfarlo. Infine, né lui né io ci preoccupiamo di conoscere la verità delle cose, ma soltanto di non cadere in errore. Saremmo molto più confusi se ci illudessimo di avere una ragione valida, piuttosto che non trovarne affatto nessuna. “Non so” è una frase che ci si adatta perfettamente a entrambi, e la ripetiamo così spesso che ormai non costa nulla né a me né a lui. Ma che questa risposta superficiale gli sfugga o che la eviti grazie alla nostra comoda formula “Non so”, la mia replica è sempre la stessa: “Dai, esaminiamo insieme”.
Questo bastone che è immerso a metà nell’acqua è fissato in posizione perpendicolare. Per scoprire se sia rotto, come sembra, quante cose non dovremmo fare prima di tirarlo fuori dall’acqua o prima di avvicinarci con la mano!
1° Prima di tutto, giriamo completamente intorno al bastone e vediamo che la frattura ruota insieme a noi. Quindi è soltanto il nostro occhio a farla muovere; i nostri sguardi, in sé, non influenzano la posizione dei corpi.
2° Guardiamo attentamente la punta del bastone che è fuori dall’acqua; in questo modo il bastone non appare più curvo, poiché la parte vicina al nostro occhio nasconde esattamente l’altra estremità[388]. È forse il nostro occhio stesso a “riportare in posizione dritta” il bastone?
3° Agitiamo la superficie dell’acqua; vediamo che il bastone si piega in più parti, si muove a zigzag seguendo le onde. Il movimento che impartiamo all’acqua è sufficiente per rompere, ammorbidire e fondere così il bastone?
4° Lasciamo scorrere l’acqua e vediamo che il bastone si raddrizza gradualmente, man mano che il livello dell’acqua diminuisce. Non basta forse questo per chiarire il fenomeno e comprendere il meccanismo della rifrazione? Quindi non è vero che la vista ci inganni, poiché abbiamo bisogno soltanto di essa per correggere gli errori che le attribuiamo.
Supponiamo che il bambino sia abbastanza stupido da non percepire il risultato di queste esperienze; in tal caso è necessario chiamare in aiuto la vista al posto del tatto. Invece di tirare fuori il bastone dall’acqua, lasciatelo nella sua posizione e fate passare la mano del bambino da un’estremità all’altra: non percepirà alcun angolo; quindi il bastone non è rotto.
Mi direte che qui non ci sono solo giudizi, ma anche ragionamenti in forma precisa. È vero; ma non vedete forse che, non appena lo spirito arriva alle idee, ogni giudizio diventa un ragionamento? La consapevolezza di qualsiasi sensazione è una proposizione, un giudizio. Quindi, non appena si confronta una sensazione con un’altra, si sta ragionando. L’arte di giudicare e l’arte di ragionare sono esattamente la stessa cosa.
Émile non saprà mai nulla di ottica; voglio che impari tutto riguardo a questi strumenti proprio attraverso l’uso concreto di questo bastone. Non avrà mai sezionato insetti, né contato le macchie del sole; non conoscerà nemmeno cosa siano un microscopio e un telescopio. I vostri studenti eruditi si prenderanno gioco della sua ignoranza. E non avranno torto: perché prima di poter utilizzare questi strumenti, devo che li inventi lui stesso. E voi ben sapete che questo non accadrà certo così presto.
Ecco lo spirito di tutta la mia metodologia in questo ambito: se un bambino fa rotolare una piccola palla tra due dita incrociate e crede di sentirne due, non gli permetterò di guardarla finché non sarà convinto che ce n’è solo una.
Credo che queste spiegazioni siano sufficienti per evidenziare chiaramente i progressi fatti finora dallo spirito del mio allievo, nonché la strada percorsa per raggiungerli. Tuttavia, forse vi spaventa la quantità di informazioni che gli ho presentato. Temete che il suo intelletto possa essere sovraccaricato da tali conoscenze. In realtà è esattamente il contrario: gli insegno molto di più a ignorarle piuttosto che a conoscerle. Gli mostro la strada della scienza, facile verso la verità, ma lunga, immensa e lenta da percorrere. Gli faccio compiere i primi passi affinché possa riconoscere l’ingresso, ma non gli permetto mai di andare troppo lontano.
Forcé d’apprendre de lui-même, il use de sa raison et non de celle d’autrui ; car, pour ne rien donner à l’opinion, il ne faut rien donner à l’autorité ; et la plupart de nos erreurs nous viennent bien moins de nous que des autres. De cet exercice continuel il doit résulter une vigueur d’esprit semblable à celle qu’on donne au corps par le travail et par la fatigue. Un autre avantage est qu’on n’avance qu’à proportion de ses forces. L’esprit, non plus que le corps, ne porte que ce qu’il peut porter. Quand l’entendement s’approprie les choses avant de les déposer dans la mémoire, ce qu’il en tire ensuite est à lui ; au lieu qu’en surchargeant la mémoire à son insu, on s’expose à n’en jamais rien tirer qui lui soit propre.
Émile a peu de connaissances, mais celles qu’il a sont véritablement siennes ; il ne sait rien à demi. Dans le petit nombre des choses qu’il sait et qu’il sait bien, la plus importante est qu’il y en a beaucoup qu’il ignore et qu’il peut savoir un jour, beaucoup plus que d’autres hommes savent et qu’il ne saura de sa vie, et une infinité d’autres qu’aucun homme ne saura jamais. Il a un esprit universel, non par les lumières, mais par la faculté d’en acquérir ; un esprit ouvert, intelligent, prêt à tout, et, comme dit Montaigne, sinon instruit, du moins instruisable. Il me suffit qu’il sache trouver l’à quoi bon sur tout ce qu’il fait, et le pourquoi sur tout ce qu’il croit. Car encore une fois, mon objet n’est point de lui donner la science, mais de lui apprendre à l’acquérir au besoin, de la lui faire estimer exactement ce qu’elle vaut, et de lui faire aimer la vérité par-dessus tout[389]. Avec cette méthode on avance peu, mais on ne fait jamais un pas inutile, et l’on n’est point forcé de rétrograder.
Émile n’a que des connaissances naturelles et purement physiques. Il ne sait pas même le nom de l’histoire, ni ce que c’est que métaphysique et morale. Il connaît les rapports essentiels de l’homme aux choses, mais nul des rapports moraux de l’homme à l’homme. Il sait peu généraliser d’idées, peu faire d’abstractions. Il voit des qualités communes à certains corps sans raisonner sur ces qualités en elles-mêmes. Il connaît l’étendue abstraite à l’aide des figures de la géométrie ; il connaît la quantité abstraite à l’aide des signes de l’algèbre. Ces figures et ces signes sont les supports de ces abstractions, sur lesquels ses sens se reposent. Il ne cherche point à connaître les choses par leur nature, mais seulement par les relations qui l’intéressent. Il n’estime ce qui lui est étranger que par rapport à lui ; mais cette estimation est exacte et sûre. La fantaisie, la convention, n’y entrent pour rien. Il fait plus de cas de ce qui lui est plus utile ; et ne se départant jamais de cette manière d’apprécier, il ne donne rien à l’opinion.
Émile est laborieux, tempérant, patient, ferme, plein de courage. Son imagination, nullement allumée, ne lui grossit jamais les dangers ; il est sensible à peu de maux, et il sait souffrir avec constance, parce qu’il n’a point appris à disputer contre la destinée. À l’égard de la mort, il ne sait pas encore bien ce que c’est ; mais, accoutumé à subir sans résistance la loi de la nécessité, quand il faudra mourir il mourra sans gémir et sans se débattre ; c’est tout ce que la nature permet dans ce moment abhorré de tous. Vivre libre et peu tenir aux choses humaines est le meilleur moyen d’apprendre à mourir.
En un mot, Émile a de la vertu tout ce qui se rapporte à lui-même. Pour avoir aussi les vertus sociales, il lui manque uniquement de connaître les relations qui les exigent ; il lui manque uniquement des lumières que son esprit est tout prêt à recevoir.
Il se considère sans égard aux autres, et trouve bon que les autres ne pensent point à lui. Il n’exige rien de personne, et ne croit rien devoir à personne. Il est seul dans la société humaine, il ne compte que sur lui seul. Il a droit aussi plus qu’un autre de compter sur lui-même, car il est tout ce qu’on peut être à son âge. Il n’a point d’erreurs, ou n’a que celles qui nous sont inévitables ; il n’a point de vices, ou n’a que ceux dont nul homme ne peut se garantir. Il a le corps sain, les membres agiles, l’esprit juste et sans préjugés, le coeur libre et sans passions. L’amour-propre, la première et la plus naturelle de toutes, y est encore à peine exalté. Sans troubler le repos de personne, il a vécu content, heureux et libre, autant que la nature l’a permis. Trouvez-vous qu’un enfant ainsi parvenu à sa quinzième année ait perdu les précédentes ?
Fin du livre Troisième d’ÉMILE ou DE L’ÉDUCATION
Livre Quatrième
Que nous passons rapidement sur cette terre ! le premier quart de la vie est écoulé avant qu’on en connaisse l’usage ; le dernier quart s’écoule encore après qu’on a cessé d’en jouir. D’abord nous ne savons point vivre ; bientôt nous ne le pouvons plus ; et, dans l’intervalle qui sépare ces deux extrémités inutiles, les trois quarts du temps qui nous reste sont consumés par le sommeil, par le travail, par la douleur, par la contrainte, par les peines de toute espèce. La vie est courte, moins par le peu de temps qu’elle dure, que parce que de ce peu de temps, nous n’en avons presque point pour la goûter. L’instant de la mort a beau être éloigné de celui de la naissance, la vie est toujours trop courte quand cet espace est mal rempli.
Nous naissons, pour ainsi dire, en deux fois : l’une pour exister, et l’autre pour vivre ; l’une pour l’espèce, et l’autre pour le sexe. Ceux qui regardent la femme comme un homme imparfait ont tort sans doute : mais l’analogie extérieure est pour eux. Jusqu’à l’âge nubile, les enfants des deux sexes n’ont rien d’apparent qui les distingue ; même visage, même figure, même teint, même voix, tout est égal : les filles sont des enfants, les garçons sont des enfants ; le même nom suffit à des êtres si semblables. Les mâles en qui l’on empêche le développement ultérieur du sexe gardent cette conformité toute leur vie ; ils sont toujours de grands enfants, et les femmes, ne perdant point cette même conformité, semblent, à bien des égards, ne jamais être autre chose.
Mais l’homme, en général, n’est pas fait pour rester toujours dans l’enfance. Il en sort au temps prescrit par la nature ; et ce moment de crise, bien qu’assez court, a de longues influences.
Comme le mugissement de la mer précède de loin la tempête, cette orageuse révolution s’annonce par le murmure des passions naissantes ; une fermentation sourde avertit de l’approche du danger. Un changement dans l’humeur, des emportements fréquents, une continuelle agitation d’esprit, rendent l’enfant presque indisciplinable. Il devient sourd à la voix qui le rendait docile ; c’est un lion dans sa fièvre ; il méconnaît son guide, il ne veut plus être gouverné.
Aux signes moraux d’une humeur qui s’altère se joignent des changements sensibles dans la figure. Sa physionomie se développe et s’empreint d’un caractère ; le coton rare et doux qui croît au bas de ses joues brunit et prend de la consistance. Sa voix mue, ou plutôt il la perd : il n’est ni enfant ni homme et ne peut prendre le ton d’aucun des deux. Ses yeux, ces organes de l’âme, qui n’ont rien dit jusqu’ici, trouvent un langage et de l’expression ; un feu naissant les anime, leurs regards plus vifs ont encore une sainte innocence, mais ils n’ont plus leur première imbécillité : il sent déjà qu’ils peuvent trop dire ; il commence à savoir les baisser et rougir ; il devient sensible avant de savoir ce qu’il sent ; il est inquiet sans raison de l’être. Tout cela peut venir lentement et vous laisser du temps encore : mais si sa vivacité se rend trop impatiente, si son emportement se change en fureur, s’il irrite et s’attendrit d’un instant à l’autre, s’il verse des pleurs sans sujet, si, près des objets qui commencent à devenir dangereux pour lui, son pouls s’élève et son oeil s’enflamme, si la main d’une femme se posant sur la sienne le fait frissonner, s’il se trouble ou s’intimide auprès d’elle, Ulysse, ô sage Ulysse, prends garde à toi ; les outres que tu fermais avec tant de soin sont ouvertes ; les vents sont déjà déchaînés ; ne quitte plus un moment le gouvernail, ou tout est perdu.
Forced to learn on his own, he relies on his own reason rather than that of others; for to give nothing to opinion means to give nothing to authority. Moreover, most of our mistakes stem less from ourselves than from others. Through this continuous practice, a mental vigor is developed, similar to the strength one gains for the body through work and fatigue. Another advantage is that progress is made only in proportion to one’s own abilities. The mind, just like the body, can carry only what it is capable of handling. When the intellect absorbs information before storing it in memory, what is retained later becomes truly its own; whereas overloading the memory without its awareness risks leaving it empty of anything genuinely meaningful.
Émile possesses little knowledge, but what he does know truly belongs to him; he knows nothing in a superficial way. Among the few things he knows and knows well, the most important is that there are many things he does not know yet, but that one day he may come to understand—many more than other men do and will never know in their lives, and countless others that no man will ever learn at all. He has a universal mind, not because of acquired knowledge, but because of his ability to acquire it; an open-minded, intelligent spirit, ready to embrace everything. And as Montaigne said, he may not be well-informed, but at least he is capable of being educated. All I need is for him to learn to discern the usefulness of whatever he does and the reason behind whatever he believes. For once again, my goal is not to impart knowledge to him, but to teach him how to acquire it when needed, to help him appreciate its true value, and to make him cherish truth above all else[389]. With this approach, one may progress slowly, but one will never take a useless step, nor will one be forced to regress.
Émile possesses only natural and purely physical knowledge. He does not even know the name of this discipline, nor what metaphysics and morality are. He understands the essential relationships between humans and objects, but nothing about the moral relationships between people. He is poorly capable of generalizing ideas or making abstractions. He recognizes common qualities in certain objects without reflecting on those qualities in themselves. He understands abstract concepts through geometric figures and algebraic symbols; these tools serve as the supports upon which his senses rely to grasp these abstractions. He does not seek to understand things in their essence, but only through the relationships that are relevant to him. He evaluates everything that is foreign to him solely in relation to himself—and this evaluation is always accurate and certain. Fantasy or convention play no role in his judgment. He places greater value on what is most useful to him; and by never departing from this approach, he gives no weight to public opinion at all.
Émile is diligent, temperate, patient, resolute, and full of courage. His imagination, being entirely unstimulated, never exaggerates the dangers that face him; he is little affected by suffering and knows how to endure it with perseverance, because he has never learned to resist the will of fate. As for death, he does not yet truly understand what it is; but, having grown accustomed to submitting without resistance to the laws of necessity, when it comes time to die, he will die without moaning or resisting—because such is the only way nature permits in this abhorred moment for all. To live freely and attach little importance to human possessions is indeed the best way to learn how to die.
In short, Émile possesses virtue in all things that relate to himself. To acquire also the social virtues, he merely lacks the knowledge of the relationships that require them; he simply needs the insights that his mind is more than ready to receive.
He considers himself without regard for others and finds it acceptable that others do not think of him at all. He asks for nothing from anyone and believes he owes nothing to anyone. He is alone in human society; he counts only on himself. He has even more right than others to rely on himself, for at his age, he represents everything one could possibly be. He makes no mistakes, or at most those that are inevitable for us all; he possesses no vices, or at most those from which no man can entirely free himself. He has a healthy body, agile limbs, a fair and unbiased mind, and a heart that is free from passions. His self-esteem, the first and most natural of all sentiments, is still barely developed. Without disturbing anyone’s peace, he has lived contentedly, happily, and freely, as much as nature permitted. Do you truly believe that a child who has reached such a state by the age of fifteen has lost what came before?
End of the book “Third Part: Of Education” by Émile.
Book Four
How swiftly we pass through this world! The first quarter of our lives passes before we even learn how to make use of it; the last quarter continues long after we have ceased to enjoy it. At first, we do not know how to live; soon afterwards, we are no longer able to do so. And in the interval between these two futile extremes, three-quarters of the time that remains to us is consumed by sleep, work, pain, constraints, and all kinds of suffering. Life is short—not because it lasts for such a brief period, but because we have hardly any time at all to truly enjoy it. Though the moment of death lies far removed from the moment of birth, life is still too brief whenever this interval is not filled to its full potential.
We are born, so to speak, in two stages: once to exist, and then to live; once for the species, and once for gender. Those who regard a woman as an imperfect man are undoubtedly mistaken—but for them, the external resemblance is sufficient. Until the age of marriage, children of both sexes have nothing apparent that distinguishes them; the same face, the same figure, the same complexion, the same voice—everything is equal. Girls are children, boys are children; the same name is enough for beings so similar. Males whose sexual development is prevented retain this similarity throughout their lives; they remain forever “big children,” and women, by not losing this same resemblance, seem, in many respects, never to become anything else.
But man, in general, is not meant to remain in childhood forever. He emerges from it at a time prescribed by nature; and this moment of crisis, although quite brief, has far-reaching consequences.
Just as the roar of the sea foretells a storm long before it arrives, this tempestuous revolution is signaled by the murmurs of emerging passions; a silent ferment warns of the approaching danger. A change in mood, frequent outbursts of emotion, and a constant agitation of the mind render the child almost uncontrollable. He becomes deaf to the voice that once made him obedient; he is like a lion in its fever—he no longer recognizes his guide and refuses to be governed any longer.
The moral signs of a changing mood are accompanied by visible changes in one’s appearance. One’s physiognomy develops and takes on a distinct character; the soft, delicate cotton that grows at the bottom of their cheeks darkens and becomes firmer. Their voice changes—rather, they lose their childlike innocence: they are neither child nor man, and thus cannot adopt the tone of either. Their eyes, these organs of the soul which had remained silent until now, suddenly find a language and expression; a new vitality animates them. Their gaze, though sharper, still retains a kind of holy innocence—but it no longer possesses that naive simplicity of earlier years. They begin to realize that their expressions might say too much; they learn to lower their eyes and blush at appropriate moments. They become sensitive before even understanding what they are feeling; they feel anxious for no apparent reason. All these changes can occur gradually, giving you time to prepare. But if their liveliness becomes impatient, if their enthusiasm turns into rage, if they alternate between irritability and tenderness, if they weep without cause, if their pulse quickens and their eyes glow in the presence of things that might harm them, if the touch of a woman’s hand makes them tremble, if they become nervous or timid around her—O wise Ulysses, beware! The vessels you once sealed so carefully are now open; the winds of change have already begun to blow. Do not let go of the rudder for a single moment, or everything will be lost.
Costretto ad imparare da solo, utilizza la propria ragione e non quella altrui; poiché, per non dare nulla all’opinione altrui, non si deve dare nulla nemmeno all’autorità; e la maggior parte dei nostri errori deriva meno da noi stessi che dagli altri. Da questo esercizio continuo deve derivare una vigore mentale simile a quella che il corpo acquisisce attraverso il lavoro e la fatica. Un altro vantaggio è che si progredisce soltanto in proporzione delle proprie forze: lo spirito, come il corpo, può portare solo ciò che è in grado di sopportare. Quando l’intelletto assimila le informazioni prima di depositarle nella memoria, ciò che ne ricava successivamente appartiene a lui stesso; al contrario, sovraccaricando la memoria a sua insaputa, si rischia di non riuscire mai a trarne nulla di veramente utile.
Émile possiede poche conoscenze, ma quelle che ha sono davvero sue; non sa nulla a metà. Tra le poche cose che conosce e che conosce bene, la più importante è il fatto che ci sono molte altre che ignora e che un giorno potrà imparare, molte di più di quante altri uomini sappiano e che lui non saprà mai in vita sua, e ancora infinite altre che nessun uomo saprà mai. Ha uno spirito universale, non grazie alle conoscenze acquisite, ma per la capacità di ottenerle; uno spirito aperto, intelligente, pronto a tutto. E, come dice Montaigne, se non istruito, almeno educabile. Mi basta che sappia trovare lo scopo di ogni azione che compie e il motivo di ogni credenza che nutre. Perché, ancora una volta, il mio obiettivo non è quello di fornirgli la scienza, ma di insegnargli ad acquisirla quando necessario, di fargli apprezzare esattamente il suo valore e di farlo amare la verità sopra ogni cosa[389]. Con questo metodo si progredisce poco, ma non si compie mai un passo inutile, e non si è costretti a retrocedere.
Émile possiede soltanto conoscenze naturali e puramente fisiche; non conosce nemmeno il nome di questa disciplina, né cosa siano la metafisica e la morale. Conosce i rapporti essenziali dell’uomo con le cose, ma non quelli morali tra gli uomini. È poco capace di generalizzare idee o di fare astrazioni; riconosce qualità comuni in alcuni oggetti senza riflettere su tali qualità in sé stesse. Conosce l’estensione astratta attraverso le figure della geometria, e la quantità astratta attraverso i simboli dell’algebra. Queste figure e questi simboli costituiscono il supporto di queste astrazioni, su cui si basano le sue percezioni. Non cerca di conoscere le cose per la loro natura, ma soltanto attraverso i rapporti che lo interessano. Valuta ciò che gli è estraneo solo in relazione a sé stesso; e questa valutazione è precisa e sicura. La fantasia o le convenzioni non hanno alcun ruolo in questo processo. Dà maggiore importanza a ciò che gli è più utile, e, rimanendo sempre fedele a questo modo di considerare le cose, non dà alcuna importanza all’opinione altrui.
Émile è laborioso, temperante, paziente, deciso e pieno di coraggio. La sua immaginazione, del tutto spenta, non gli fa mai sopravvalutare i pericoli; è sensibile solo a pochi mali e sa sopportarli con costanza, perché non ha imparato a lottare contro il destino. Per quanto riguarda la morte, non ne comprende ancora bene il significato; ma, abituato ad accettare senza resistenza la legge della necessità, quando dovrà morire lo farà senza gemere e senza dibattersi; è tutto ciò che la natura permette in questo momento tanto odiato da tutti. Vivere liberamente e non attaccarsi troppo alle cose umane è il miglior modo per imparare a morire.
In breve, in Émile vi è tutta la virtù che riguarda se stesso. Per possedere anche le virtù sociali, gli manca soltanto la conoscenza delle relazioni che ne richiedono l’esercizio; gli mancano semplicemente quelle lucide intuizioni che il suo intelletto è più che pronto ad acquisire.
Si considera senza tener conto degli altri e ritiene giusto che gli altri non pensino a lui. Non chiede nulla a nessuno e non crede di dover nulla a nessuno. È solo nella società umana; conta soltanto su se stesso. Ha anche più diritto di chiunque altro di contare su se stesso, perché è tutto ciò che si può essere alla sua età. Non commette errori, o ne commette soltanto quelli che sono inevitabili per noi; non ha vizi, o ne ha soltanto quelli da cui nessun uomo può garantirsi di essere esente. Ha un corpo sano, membra agili, uno spirito giusto e privo di pregiudizi, un cuore libero e senza passioni. L’amor proprio, il primo e più naturale di tutti, in lui è ancora appena sviluppato. Senza disturbare il riposo di nessuno, ha vissuto contento, felice e libero, per quanto la natura glielo abbia permesso. Ritenete forse che un bambino che sia arrivato a quindici anni in questo modo abbia perso ciò che aveva prima?
Fine del libro Terzo di Émile, o sull’Educazione.
Libro Quarto
Quanto rapidamente trascorriamo il nostro tempo su questa terra! Il primo quarto della vita passa prima ancora che ne conosciamo lo scopo; l’ultimo quarto continua a scorrere anche dopo che abbiamo smesso di goderne. All’inizio non sappiamo come vivere; presto non possiamo più farlo; e, nel periodo intermedio tra queste due estremità inutili, i tre quarti del tempo che ci rimane vengono sprecati dal sonno, dal lavoro, dal dolore, dalle costrizioni e da ogni sorta di sofferenze. La vita è breve: non tanto per la scarsità del tempo che dura, quanto perché di quel poco tempo quasi non ne abbiamo alcuno per godercelo veramente. Anche se il momento della morte è lontano da quello della nascita, la vita rimane comunque troppo breve quando questo intervallo non viene pienamente sfruttato.
Si potrebbe dire che nasciamo in due fasi: la prima per esistere, la seconda per vivere; una legata alla specie, l’altra al sesso. Coloro che considerano la donna come un “uomo imperfetto” hanno sicuramente torto, ma per loro esiste questa analogia esteriore. Fino all’età nubile, i bambini di entrambi i sessi non presentano nulla di evidente che li distingua: stesso viso, stessa figura, stesso incarnato, stessa voce. Tutto è uguale; le ragazze sono bambine, i ragazzi sono bambini. Lo stesso nome basta per indicare esseri così simili. Gli uomini a cui viene impedito lo sviluppo ulteriore del loro sesso mantengono questa somiglianza per tutta la vita; rimangono sempre “bambini grandi”, mentre le donne, non perdendo mai questa stessa caratteristica, sembrano, in molti aspetti, non essere mai altro che ciò che sono.
Ma in generale, l’uomo non è fatto per rimanere sempre nell’infanzia. Ne esce nel momento stabilito dalla natura; e questo momento di crisi, sebbene piuttosto breve, ha influenze molto profonde.
Proprio come il ruggito del mare preannuncia da lontano la tempesta, questa rivoluzione tumultuosa si annuncia attraverso i mormori delle passioni che nascono; una fermentazione silenziosa avverte dell’avvicinarsi del pericolo. Un cambiamento d’umore, scatti di collera frequenti, un’agitazione continua dello spirito rendono il bambino quasi indisciplinabile. Diventa sordo alla voce che un tempo lo rendeva docile; è come un leone in preda alla febbre; non riconosce più chi lo guida e non vuole più essere guidato.
Ai segni morali di un umore che cambia, si aggiungono modificazioni evidenti nel suo aspetto fisico: il suo viso si sviluppa e assume caratteristiche specifiche; il cotone morbido e raro che cresce sulle sue guance si scurisce e diventa più consistente. La sua voce cambia, o meglio, la perde: non è più un bambino né un uomo, e quindi non può assumere il tono di nessuno dei due. I suoi occhi, quegli organi dell’anima che fino ad ora non avevano espresso nulla, trovano ora un linguaggio e un’espressione; un fuoco interno li anima, i loro sguardi, più vivaci, conservano ancora una sorta di innocenza sacra, ma non hanno più quell’ingenuità infantile di prima: lui già sente che possono dire troppo, inizia a imparare a abbassarli e ad arrossire, diventa sensibile prima ancora di comprendere ciò che prova, è inquieto senza motivo. Tutto questo può avvenire lentamente, lasciandoci ancora del tempo, ma se la sua vivacità diventa troppo impaziente, se il suo entusiasmo si trasforma in furia, se a volte si irrita e altre volte si commuove senza motivo, se versa lacrime senza motivo, se, vicino agli oggetti che cominciano a rappresentare un pericolo per lui, il suo battito cardiaco accelera e il suo sguardo si infiamma, se la mano di una donna che gli tocca la mano lo fa tremare, se si turbava o si intimidiva in sua presenza. O Ulisse, saggio Ulisse, fai attenzione a te stesso: le “casse” che avevi chiuso con tanta cura sono ora aperte, i venti sono già scatenati, non abbandonare mai il timone, altrimenti tutto sarà perduto.
C’est ici la seconde naissance dont j’ai parlé ; c’est ici que l’homme naît véritablement à la vie, et que rien d’humain n’est étranger à lui. Jusqu’ici nos soins n’ont été que des jeux d’enfant ; ils ne prennent qu’à présent une véritable importance. Cette époque où finissent les éducations ordinaires est proprement celle où la nôtre doit commencer ; mais, pour bien exposer ce nouveau plan, reprenons de plus haut l’état des choses qui s’y rapportent.
Nos passions sont les principaux instruments de notre conservation : c’est donc une entreprise aussi vaine que ridicule de vouloir les détruire ; c’est contrôler la nature, c’est réformer l’ouvrage de Dieu. Si Dieu disait à l’homme d’anéantir les passions qu’il lui donne, Dieu voudrait et ne voudrait pas ; il se contredirait lui-même. Jamais il n’a donné cet ordre insensé, rien de pareil n’est écrit dans le coeur humain ; et ce que Dieu veut qu’un homme fasse, il ne le lui fait pas dire par un autre homme, il le lui dit lui-même, il l’écrit au fond de son coeur.
Or je trouverais celui qui voudrait empêcher les passions de naître presque aussi fou que celui qui voudrait les anéantir ; et ceux qui croiraient que tel a été mon projet jusqu’ici m’auraient sûrement fort mal entendu.
Mais raisonnerait-on bien, si, de ce qu’il est dans la nature de l’homme d’avoir des passions, on allait conclure que toutes les passions que nous sentons en nous et que nous voyons dans les autres sont naturelles ? Leur source est naturelle, il est vrai ; mais mille ruisseaux étrangers l’ont grossie ; c’est un grand fleuve qui s’accroît sans cesse, et dans lequel on retrouverait à peine quelques gouttes de ses premières eaux. Nos passions naturelles sont très bornées ; elles sont les instruments de notre liberté, elles tendent à nous conserver. Toutes celles qui nous subjuguent et nous détruisent nous viennent d’ailleurs ; la nature ne nous les donne pas, nous nous les approprions à son préjudice.
La source de nos passions, l’origine et le principe de toutes les autres, la seule qui naît avec l’homme et ne le quitte jamais tant qu’il vit, est l’amour de soi : passion primitive, innée, antérieure à toute autre, et dont toutes les autres ne sont, en un sens, que des modifications. En ce sens, toutes, si l’on veut, sont naturelles. Mais la plupart de ces modifications ont des causes étrangères sans lesquelles elles n’auraient jamais lieu ; et ces mêmes modifications, loin de nous être avantageuses, nous sont nuisibles ; elles changent le premier objet et vont contre leur principe : c’est alors que l’homme se trouve hors de la nature, et se met en contradiction avec soi.
L’amour de soi-même est toujours bon, et toujours conforme à l’ordre. Chacun étant chargé spécialement de sa propre conservation, le premier et le plus important de ses soins est et doit être d’y veiller sans cesse : et comment y veillerait-il ainsi, s’il n’y prenait le plus grand intérêt ?
Il faut donc que nous nous aimions pour nous conserver, il faut que nous nous aimions plus que toute chose ; et, par une suite immédiate du même sentiment, nous aimons ce qui nous conserve. Tout enfant s’attache à sa nourrice : Romulus devait s’attacher à la louve qui l’avait allaité. D’abord cet attachement est purement machinal. Ce qui favorise le bien-être d’un individu l’attire ; ce qui lui nuit le repousse : ce n’est là qu’un instinct aveugle. Ce qui transforme cet instinct en sentiment, l’attachement en amour, l’aversion en haine, c’est l’intention manifestée de nous nuire ou de nous être utile. On ne se passionne pas pour les êtres insensibles qui ne suivent que l’impulsion qu’on leur donne ; mais ceux dont on attend du bien ou du mal par leur disposition intérieure, par leur volonté, ceux que nous voyons agir librement pour ou contre, nous inspirent des sentiments semblables à ceux qu’ils nous montrent. Ce qui nous sert, on le cherche ; mais ce qui nous veut servir, on l’aime. Ce qui nous nuit, on le fuit ; mais ce qui nous veut nuire, on le hait.
Le premier sentiment d’un enfant est de s’aimer lui-même ; et le second, qui dérive du premier, est d’aimer ceux qui l’approchent ; car, dans l’état de faiblesse où il est, il ne connaît personne que par l’assistance et les soins qu’il reçoit. D’abord l’attachement qu’il a pour sa nourrice et sa gouvernante n’est qu’habitude. Il les cherche, parce qu’il a besoin d’elles et qu’il se trouve bien de les avoir ; c’est plutôt connaissance que bienveillance. Il lui faut beaucoup de temps pour comprendre que non seulement elles lui sont utiles, mais qu’elles veulent l’être ; et c’est alors qu’il commence à les aimer.
Un enfant est donc naturellement enclin à la bienveillance, parce qu’il voit que tout ce qui l’approche est porté à l’assister, et qu’il prend de cette observation l’habitude d’un sentiment favorable à son espèce ; mais, à mesure qu’il étend ses relations, ses besoins, ses dépendances actives ou passives, le sentiment de ses rapports à autrui s’éveille, et produit celui des devoirs et des préférences. Alors l’enfant devient impérieux, jaloux, trompeur, vindicatif. Si on le plie à l’obéissance ne voyant point l’utilité de ce qu’on lui commande, il l’attribue au caprice, à l’intention de le tourmenter, et il se mutine. Si on lui obéit à lui-même, aussitôt que quelque chose lui résiste, il y voit une rébellion, une intention de lui résister ; il bat la chaise ou la table pour avoir désobéi. L’amour de soi, qui ne regarde qu’à nous, est content quand nos vrais besoins sont satisfaits ; mais l’amour-propre, qui se compare, n’est jamais content et ne saurait l’être, parce que ce sentiment, en nous préférant aux autres, exige aussi que les autres nous préfèrent aux autres, exige aussi que les autres nous préfèrent à eux ; ce qui est impossible. Voilà comment les passions douces et affectueuses naissent de l’amour de soi, et comment les passions haineuses et irascibles naissent de l’amour-propre. Ainsi, ce qui rend l’homme essentiellement bon est d’avoir peu de besoins, et de peu se comparer aux autres ; ce qui le rend essentiellement méchant est d’avoir beaucoup de besoins, et de tenir beaucoup à l’opinion. Sur ce principe il est aisé de voir comment on peut diriger au bien ou au mal toutes les passions des enfants et des hommes. Il est vrai que, ne pouvant vivre toujours seuls, ils vivront difficilement toujours bons : cette difficulté même augmentera nécessairement avec leurs relations ; et c’est en ceci surtout que les dangers de la société nous rendent l’art et les soins plus indispensables pour prévenir dans le coeur humain la dépravation qui naît de ses nouveaux besoins.
L’étude convenable à l’homme est celle de ses rapports. Tant qu’il ne se connaît que par son être physique, il doit s’étudier par ses rapports avec les choses : c’est l’emploi de son enfance ; quand il commence à sentir son être moral, il doit s’étudier par ses rapports avec les hommes : c’est l’emploi de sa vie entière, à commencer au point où nous voilà parvenus.
Sitôt que l’homme a besoin d’une compagne, il n’est plus un être isolé, son coeur n’est plus seul. Toutes ses relations avec son espèce, toutes les affections de son âme naissent avec celle-là. Sa première passion fait bientôt fermenter les autres.
Le penchant de l’instinct est indéterminé. Un sexe est attiré vers l’autre : voilà le mouvement de la nature. Le choix, les préférences, l’attachement personnel, sont l’ouvrage des lumières, des préjugés, de l’habitude : il faut du temps et des connaissances pour nous rendre capables d’amour : on n’aime qu’après avoir jugé, on ne préfère qu’après avoir comparé. Ces jugements se font sans qu’on s’en aperçoive, mais ils n’en sont pas moins réels. Le véritable amour, quoi qu’on en dise, sera toujours honoré des hommes : car, bien que ses emportements nous égarent, bien qu’il n’exclue pas du coeur qui le sent des qualités odieuses, et même qu’il en produise, il en suppose pourtant toujours d’estimables, sans lesquelles on serait hors d’état de le sentir. Ce choix qu’on met en opposition avec la raison nous vient d’elle. On a fait l’amour aveugle, parce qu’il a de meilleurs yeux que nous, et qu’il voit des rapports que nous ne pouvons apercevoir. Pour qui n’aurait nulle idée de mérite ni de beauté, toute femme serait également bonne, et la première venue serait toujours la plus aimable. Loin que l’amour vienne de la nature, il est la règle et le frein de ses penchants : c’est par lui qu’excepté l’objet aimé, un sexe n’est plus rien pour l’autre.
This is the second birth of which I spoke; it is here that man truly begins to live a life in its true sense, and that nothing human becomes alien to him. Until now, our efforts have been but child’s games; it is only now that they begin to assume real significance. This period, at the end of ordinary forms of education, is precisely the time when our own educational approach must begin. But in order to explain this new framework properly, let us first review more thoroughly the circumstances related to it.
Our passions are the primary instruments of our survival; therefore, attempting to destroy them is an endeavor as futile as ridiculous. Such an attempt would mean trying to control nature, to reform God’s creation. If God were to command man to annihilate the very passions He has granted him, He would be contradicting Himself—wanting one thing and yet opposing it at the same time. He has never given such a foolish order; nothing of the sort is written in the human heart. And whatever God wants a man to do, He does not instruct another man to tell him; He tells him himself, He writes it into the depths of his heart.
Or I would consider anyone who sought to prevent the emergence of passions almost as mad as those who tried to eradicate them; and those who believed that such has been my intention all along would surely have greatly misunderstood me.
But would it be right to conclude, based on the fact that it is human nature to have passions, that all the passions we experience within ourselves and observe in others are natural? It is true that their source is natural; yet countless external influences have contributed to their formation. They have become like a great river that continues to grow, in which barely any traces of its original waters can be found. Our natural passions are quite limited; they are tools for our freedom, intended to help us preserve ourselves. All those passions, however, that subjugate and destroy us come from other sources; nature does not give them to us; we seize them at its expense.
The source of our passions, the origin and principle of all others—the only one that is born with man and never leaves him as long as he lives—is self-love: a primitive, innate passion that precedes all others, and of which all other passions are, in a sense, merely modifications. In this regard, they are all, so to speak, natural. But most of these modifications have external causes without which they would never come about; moreover, these very modifications, far from being beneficial to us, are actually harmful. They alter the original object of our desires and go against their very nature. It is then that man finds himself outside of nature and in conflict with himself.
Self-love is always good and always in accordance with order. Since each person is specifically responsible for their own preservation, the primary and most important duty of care is—and must be—to vigilantly attend to it at all times: how else could one do so if they did not take the greatest interest in it?
Therefore, we must love one another in order to preserve ourselves; we must love one another more than anything else. And as a direct consequence of this same sentiment, we love whatever helps us to preserve ourselves. Every child attaches itself to its nurse; Romulus must have attached himself to the wolf that nursed him. At first, this attachment is purely mechanical—what promotes an individual’s well-being attracts them; what harms them repels them. But it is merely an instinct. What transforms this instinct into a true feeling, turns this attachment into love and this aversion into hate, is the explicit intention of that being to harm or help us. We do not become passionate about insensible beings that act solely on impulse; but those from whom we expect good or evil due to their inherent nature or their will, those we see acting freely for our benefit or against it—these inspire in us feelings similar to those they display toward us. What serves us, we seek after; but what intends to serve us, we love. What harms us, we avoid; but what intends to harm us, we hate.
A child’s first feeling is to love itself; and the second, which arises from the first, is to love those who approach it. For in its state of weakness, it knows no one but through the assistance and care it receives. At first, the attachment it feels toward its nurse and governess is merely out of habit. It seeks them because it needs them and finds comfort in their presence; this is more a recognition than genuine affection. It takes a long time for the child to understand that not only are they useful to it, but that they also intend to be so; and it is then that it begins to love them.
Therefore, a child is naturally inclined toward kindness, because he sees that everything that comes near him is intended to assist him, and from this observation he develops a favorable attitude toward his own species. However, as he expands his relationships, his needs, and his active or passive dependencies, his awareness of his connections with others begins to awaken, giving rise to feelings of duty and preference. At this point, the child becomes demanding, jealous, deceitful, and vengeful. If he is forced to obey without understanding the purpose of what is commanded of him, he attributes it to caprice or a desire to torment him, and he may even rebel. If people yield to his whims, any resistance he encounters immediately appears to him as an act of rebellion or defiance; he might hit a chair or a table out of anger at being disobeyed. Self-love, which focuses solely on ourselves, is satisfied when our true needs are met; but pride, which involves comparison with others, is never content and can never be satisfied, because this sentiment, by placing us above others, also demands that others place us above themselves—a requirement that is inherently impossible. Thus, gentle and affectionate passions arise from self-love, while hateful and irritable passions stem from pride. It is evident then that what makes a person inherently good is having few needs and being less concerned with how others perceive us; whereas what makes a person inherently bad is having many needs and caring too much about what others think of us. Based on this principle, it is clear how we can guide all the passions of children and adults toward goodness or evil. It is true that since people cannot always live alone, it will be difficult for them to remain good at all times; indeed, this difficulty will inevitably increase as their social interactions expand. And it is precisely in this regard that the dangers of society make it even more essential to employ skill and care in order to prevent the corruption that arises from new human needs.
The proper study for man is the examination of his relationships with other things. As long as he knows himself only through his physical existence, he must study himself in terms of his relationships with external objects; this constitutes the purpose of his childhood. Once he begins to perceive his moral nature, he must then study himself in relation to other human beings; this is the purpose of his entire life, starting from the point where we currently stand.
The moment a man needs a companion, he is no longer an isolated being; his heart is no longer alone. All his relationships with his species, all the affections of his soul, arise from that need. His first passion soon begins to trigger others.
The inclination of instinct is indeterminate. One sex is drawn toward the other: such is the movement of nature. Choice, preferences, and personal attachments, however, are the result of reason, prejudice, and habit. It takes time and knowledge to become capable of love; we only come to love after judging, and only to prefer after comparing. These judgments are made without us even realizing it, yet they are all the same real. True love, whatever people may say, will always be respected by humans—for, although its fervor sometimes leads us astray, although it does not exclude from the heart that feels it any despicable qualities, and even sometimes gives rise to them, it always assumes the existence of admirable ones without which it would be impossible to experience such love at all. This choice that we place in opposition to reason actually comes from it. We have acted out of blind passion, for love possesses eyes far sharper than ours and sees relationships that we are unable to perceive. For someone who has no notion of merit or beauty whatsoever, every woman would seem equally good, and the first one who came along would always be considered the most lovely. Far from being a product of nature, love is in fact the rule and restraint upon its inclinations; it is through love that, apart from the beloved object, one sex becomes nothing to the other.
Ecco qui la seconda nascita di cui ho parlato; è in questo momento che l’uomo nasce veramente alla vita, e che nulla di umano gli è estraneo. Fino ad ora i nostri sforzi non sono stati altro che giochi da bambini; solo ora assumono un vero significato. Questo periodo, in cui terminano le educazioni ordinarie, è proprio quello in cui la nostra educazione deve realmente iniziare; ma per spiegare bene questo nuovo approccio, riprendiamo dall’inizio lo stato delle cose che ad esso sono relative.
Le nostre passioni sono gli strumenti principali della nostra sopravvivenza; pertanto è un’impresa tanto vana quanto ridicola cercare di distruggerle. Significherebbe cercare di controllare la natura, di modificare l’opera di Dio. Se Dio ordinasse all’uomo di annientare le passioni che gli ha dato, ciò significherebbe che Dio volesse e allo stesso tempo non volesse; si contraddirebbe quindi da solo. Mai Egli ha dato un simile ordine assurdo; nulla del genere è scritto nel cuore umano. E ciò che Dio vuole che un uomo faccia, non lo fa dire da un altro uomo, ma lo dice lui stesso, lo scrive nel profondo del suo cuore.
O forse colui che volesse impedire la nascita delle passioni sarebbe quasi altrettanto pazzo di colui che volesse annientarle; e coloro che credessero che questo fosse stato finora il mio progetto mi avrebbero sicuramente frainteso profondamente.
Ma si ragionerebbe davvero correttamente se, considerando che è insito nella natura umana avere passioni, si concludesse che tutte le passioni che proviamo in noi stessi e che osserviamo negli altri siano naturali? È vero che la loro origine è naturale; tuttavia, mille influenze estranee ne hanno ampliato il flusso; si tratta di un grande fiume che continua ad ingrossarsi, nel quale difficilmente si riescono a riconoscere alcune gocce delle sue acque originarie. Le nostre passioni naturali sono molto limitate; esse rappresentano gli strumenti della nostra libertà e tendono a preservarci. Tuttavia, quelle che ci sottomettono e ci distruggono provengono da altre fonti; la natura non ce le dona, noi le assumiamo a suo scapito.
La fonte delle nostre passioni, l’origine e il principio di tutte le altre, l’unica che nasce con l’uomo e non lo abbandona mai finché vive, è l’amore di sé: una passione primitiva, innata, anteriore a qualsiasi altra, e della quale tutte le altre, in un certo senso, non sono che modifiche. In questo senso, tutte, si potrebbe dire, sono naturali. Ma la maggior parte di queste modifiche ha cause esterne senza le quali non avrebbero mai avuto luogo; e queste stesse modifiche, lontano dal esserci vantaggiose, ci sono dannose; cambiano l’oggetto principale della passione e vanno contro il loro stesso principio: è allora che l’uomo si trova al di fuori della natura e entra in contraddizione con se stesso.
L’amore per se stessi è sempre positivo e sempre in linea con l’ordine naturale delle cose. Poiché ognuno ha la responsabilità esclusiva della propria conservazione, il primo e più importante compito da assolvere è quello di vegliare costantemente su di essa: e come potrebbe farlo, se non ne prendesse il massimo interesse?
Dunque dobbiamo amarci per poterci preservare; dobbiamo amarci più di ogni altra cosa; e, come conseguenza immediata di questo stesso sentimento, amiamo ciò che ci aiuta a sopravvivere. Ogni bambino si attacca alla propria nutrice: Romolo doveva attaccarsi alla lupa che lo aveva allattato. Inizialmente questo legame è puramente meccanico: ciò che favorisce il benessere di un individuo lo attrae; ciò che gli nuoce lo allontana. Ma è solo un istinto cieco. Ciò che trasforma questo istinto in sentimento, quel legame in amore, quell’avversione in odio, è l’intenzione esplicita di farci del bene o del male. Non ci appassioniamo degli esseri insensibili che seguono soltanto le spinte che ricevono; ma coloro da cui ci aspettiamo del bene o del male a causa della loro natura interna, della loro volontà. Coloro che vediamo agire liberamente a nostro favore o contro di noi, ispirano in noi sentimenti simili a quelli che essi stessi manifestano. Ciò che ci è utile lo cerchiamo; ma ciò che vuole esserci utile, lo amiamo. Ciò che ci nuoce lo evitiamo; ma ciò che vuole nuocerci, lo odiamo.
Il primo sentimento di un bambino è quello di amarsi stesso; il secondo, che ne deriva, è quello di amare coloro che gli stanno vicini, perché, nello stato di debolezza in cui si trova, conosce le persone soltanto attraverso l’aiuto e le cure che riceve. All’inizio, l’affetto che prova per la sua nutrice e la sua governante non è altro che abitudine: le cerca perché ne ha bisogno e perché si sente bene in loro compagnia; si tratta piuttosto di conoscenza che di vera benevolenza. Gli occorre molto tempo per capire che non solo queste persone gli sono utili, ma che lo vogliono davvero aiutare; ed è allora che inizia a amarle veramente.
Un bambino è quindi naturalmente incline alla benevolenza, perché vede che tutto ciò che gli si avvicina tende ad aiutarlo, e trae da questa osservazione l’abitudine di provare un sentimento favorevole verso la sua stessa specie; ma man mano che estende le sue relazioni, i suoi bisogni, le sue dipendenze, attive o passive, il senso dei suoi rapporti con gli altri si risveglia e genera in lui il concetto di doveri e preferenze. Allora il bambino diventa prepotente, geloso, ingannevole, vendicativo. Se viene costretto all’obbedienza senza comprendere l’utilità di ciò che gli viene ordinato, attribuisce tale comportamento al capriccio o all’intenzione di tormentarlo e si ribella. Se invece gli si obbedisce ciecamente, ogni volta che qualcosa gli resiste, interpreta questo come un atto di ribellione o di ostilità; per questo colpisce sedie o tavoli perché non ha obbedito. L’amore di sé, che si concentra esclusivamente su di noi, è soddisfatto quando i nostri veri bisogni vengono appagati; ma l’amor-propre, che ci fa confrontare con gli altri, non è mai soddisfatto e non potrebbe esserlo, perché questo sentimento, preferendoci agli altri, richiede anche che gli altri ci preferiscano a loro stessi, il che è impossibile. Ecco come le passioni dolci e affettuose nascono dall’amore di sé, e come quelle odiose e irascibili derivino dall’amor-propre. Quindi, ciò che rende l’uomo essenzialmente buono è avere pochi bisogni e non curarsi molto dell’opinione altrui; ciò che lo rende essenzialmente cattivo è avere molti bisogni e dare grande importanza all’opinione degli altri. Su questa base, è facile comprendere come si possano guidare verso il bene o verso il male tutte le passioni dei bambini e degli uomini. È vero che, non potendo vivere sempre da soli, sarà difficile per loro rimanere sempre buoni; questa difficoltà aumenterà inevitabilmente con lo sviluppo delle loro relazioni sociali; ed è proprio in questo contesto che i pericoli della società rendono ancora più indispensabili l’arte e le attenzioni necessarie per prevenire nella mente umana la corruzione che nasce dai nuovi bisogni che la vita sociale comporta.
Lo studio adatto all’uomo è quello dei suoi rapporti con le cose. Finché si conosce soltanto attraverso il proprio essere fisico, deve studiarsi attraverso i propri rapporti con le cose: questo costituisce l’uso della sua infanzia; quando inizia a percepire il proprio essere morale, deve studiarsi attraverso i propri rapporti con gli altri uomini: questo rappresenta l’uso di tutta la sua vita, a partire dal punto in cui ci troviamo attualmente.
Non appena l’uomo ha bisogno di una compagna, non è più un essere isolato; il suo cuore non è più solo. Tutte le sue relazioni con la sua specie, tutte le affezioni della sua anima nascono insieme a lei. La sua prima passione fa presto germogliare le altre.
La tendenza dell’istinto è indeterminata: un sesso è attratto dall’altro; questo è il movimento della natura. Le scelte, le preferenze, gli affetti personali sono invece il risultato delle luoghi comuni, dei pregiudizi e dell’abitudine: serve tempo e conoscenza per essere in grado di amare; si ama soltanto dopo aver giudicato, si preferisce qualcuno solo dopo averlo confrontato con altri. Questi giudizi avvengono senza che ce ne rendiamo conto, ma sono comunque reali. L’amore vero, per quanto si possa dire il contrario, sarà sempre rispettato dagli uomini: perché, anche se le sue passioni ci confondono, anche se non esclude dal cuore di chi lo prova qualità odiose, anzi ne genera alcune, esso presuppone comunque sempre qualità degne di stima, senza le quali sarebbe impossibile provarlo. Questa scelta che mettiamo in contrasto con la ragione deriva proprio da essa: abbiamo amato ciecamente perché l’amore possiede occhi migliori dei nostri e vede relazioni che noi non riusciamo a percepire. Per chi non avesse alcuna idea di merito o bellezza, ogni donna sarebbe ugualmente buona, e la prima che incontrasse sarebbe sempre la più amabile. Lontano dall’essere una conseguenza della natura, l’amore ne è invece la regola e il freno: è grazie a esso che, ad eccezione dell’oggetto amato, un sesso non ha più alcun significato per l’altro.
La préférence qu’on accorde, on veut l’obtenir ; l’amour doit être réciproque. Pour être aimé, il faut se rendre aimable ; pour être préféré, il faut se rendre plus aimable qu’un autre, plus aimable que tout autre, au moins aux yeux de l’objet aimé. De là les premiers regards sur ses semblables ; de là les premières comparaisons avec eux, de là l’émulation, les rivalités, la jalousie. Un coeur plein d’un sentiment qui déborde aime à s’épancher : du besoin d’une maîtresse naît bientôt celui d’un ami. Celui qui sent combien il est doux d’être aimé voudrait l’être de tout le monde, et tous ne sauraient vouloir des préférences, qu’il n’y ait beaucoup de mécontents. Avec l’amour et l’amitié naissent les dissensions, l’inimitié, la haine. Du sein de tant de passions diverses je vois l’opinion s’élever un trône inébranlable, et les stupides mortels, asservis à son empire, ne fonder leur propre existence que sur les jugements d’autrui.
Étendez ces idées, et vous verrez d’où vient à notre amour-propre la forme que nous lui croyons naturelle ; et comment l’amour de soi, cessant d’être un sentiment absolu, devient orgueil dans les grandes âmes, vanité dans les petites, et dans toutes se nourrit sans cesse aux dépens du prochain. L’espèce de ces passions, n’ayant point son germe dans le coeur des enfants, n’y peut naître d’elle-même ; c’est nous seuls qui l’y portons, et jamais elles n’y prennent racine que par notre faute ; mais il n’en est plus ainsi du coeur du jeune homme : quoi que nous puissions faire, elles y naîtront malgré nous. Il est donc temps de changer de méthode.
Commençons par quelques réflexions importantes sur l’état critique dont il s’agit ici. Le passage de l’enfance à la puberté n’est pas tellement déterminé par la nature qu’il ne varie dans les individus selon les tempéraments, et dans les peuples selon les climats. Tout le monde sait les distinctions observées sur ce point entre les pays chauds et les pays froids, et chacun voit que les tempéraments ardents sont formés plus tôt que les autres : mais on peut se tromper sur les causes, et souvent attribuer au physique ce qu’il faut imputer au moral ; c’est un des abus les plus fréquents de la philosophie de notre siècle. Les instructions de la nature sont tardives et lentes ; celles des hommes sont presque toujours prématurées. Dans le premier cas, les sens éveillent l’imagination ; dans le second, l’imagination éveille les sens ; elle leur donne une activité précoce qui ne peut manquer d’énerver, d’affaiblir d’abord les individus, puis l’espèce même à la longue. Une observation plus générale et plus sûre que celle de l’effet des climats est que la puberté et la puissance du sexe est toujours plus hâtive chez les peuples instruits et policés que chez les peuples ignorants et barbares[390]. Les enfants ont une sagacité singulière pour démêler à travers toutes les singeries de la décence les mauvaises moeurs qu’elle couvre. Le langage épuré qu’on leur dicte, les leçons d’honnêteté qu’on leur donne, le voile du mystère qu’on affecte de tendre devant leurs yeux, sont autant d’aiguillons à leur curiosité. À la manière dont on s’y prend, il est clair que ce qu’on feint de leur cacher n’est que pour le leur apprendre ; et c’est, de toutes les instructions qu’on leur donne, celle qui leur profite le mieux.
Consultez l’expérience, vous comprendrez à quel point cette méthode insensée accélère l’ouvrage de la nature et ruine le tempérament. C’est ici l’une des principales causes qui font dégénérer les races dans les villes. Les jeunes gens, épuisés de bonne heure, restent petits, faibles, mal faits, vieillissent au lieu de grandir, comme la vigne à qui l’on fait porter du fruit au printemps languit et meurt avant l’automne.
Il faut avoir vécu chez des peuples grossiers et simples pour connaître jusqu’à quel âge une heureuse ignorance y peut prolonger l’innocence des enfants. C’est un spectacle à la fois touchant et risible d’y voir les deux sexes, livrés à la sécurité de leurs coeurs, prolonger dans la fleur de l’âge et de la beauté des jeux naïfs de l’enfance, et montrer par leur familiarité même la pureté de leurs plaisirs. Quand enfin cette aimable jeunesse vient à se marier, les deux époux, se donnant mutuellement les prémices de leur personne, en sont plus chers l’un à l’autre ; des multitudes d’enfants, sains et robustes, deviennent le gage d’une union que rien n’altère, et le fruit de la sagesse de leurs premiers ans.
Si l’âge où l’homme acquiert la conscience de son sexe diffère autant par l’effet de l’éducation que par l’action de la nature, il suit de là qu’on peut accélérer et retarder cet âge selon la manière dont on élèvera les enfants ; et si le corps gagne ou perd de la consistance à mesure qu’on retarde ou qu’on accélère ce progrès, il suit aussi que, plus on s’applique à le retarder, plus un jeune homme acquiert de vigueur et de force. Je ne parle encore que des effets purement physiques : on verra bientôt qu’ils ne se bornent pas là.
De ces réflexions je tire la solution de cette question si souvent agitée, s’il convient d’éclairer les enfants de bonne heure sur les objets de leur curiosité, ou s’il vaut mieux leur donner le change par de modestes erreurs. Je pense qu’il ne faut faire ni l’un ni l’autre. Premièrement, cette curiosité ne leur vient point sans qu’on y ait donné lieu. Il faut donc faire en sorte qu’ils ne l’aient pas. En second lieu, des questions qu’on n’est pas forcé de résoudre n’exigent point qu’on trompe celui qui les fait : il vaut mieux lui imposer silence que de lui répondre en mentant. Il sera peu surpris de cette loi, si l’on a pris soin de l’y asservir dans les choses indifférentes. Enfin, si l’on prend le parti de répondre, que ce soit avec la plus grande simplicité, sans mystère, sans embarras, sans sourire. Il y a beaucoup moins de danger à satisfaire la curiosité de l’enfant qu’à l’exciter.
Que vos réponses soient toujours graves, courtes, décidées, et sans jamais paraître hésiter. Je n’ai pas besoin d’ajouter qu’elles doivent être vraies. On ne peut apprendre aux enfants le danger de mentir aux hommes, sans sentir, de la part des hommes, le danger plus grand de mentir aux enfants. Un seul mensonge avéré du maître à l’élève ruinerait à jamais tout le fruit de l’éducation.
Une ignorance absolue sur certaines matières est peut-être ce qui conviendrait le mieux aux enfants : mais qu’ils apprennent de bonne heure ce qu’il est impossible de leur cacher toujours. Il faut, ou que leur curiosité ne s’éveille en aucune manière, ou qu’elle soit satisfaite avant l’âge où elle n’est plus sans danger. Votre conduite avec votre élève dépend beaucoup en ceci de sa situation particulière, des sociétés qui l’environnent, des circonstances où l’on prévoit qu’il pourra se trouver, etc. Il importe ici de ne rien donner au hasard ; et si vous n’êtes pas sûr de lui faire ignorer jusqu’à seize ans la différence des sexes, ayez soin qu’il l’apprenne avant dix.
Je n’aime point qu’on affecte avec les enfants un langage trop épuré, ni qu’on fasse de longs détours, dont ils s’aperçoivent, pour éviter de donner aux choses leur véritable nom. Les bonnes moeurs, en ces matières, ont toujours beaucoup de simplicité ; mais des imaginations souillées par le vice rendent l’oreille délicate, et forcent de raffiner sans cesse sur les expressions. Les termes grossiers sont sans conséquence ; ce sont les idées lascives qu’il faut écarter.
Quoique la pudeur soit naturelle à l’espèce humaine, naturellement les enfants n’en ont point. La pudeur ne naît qu’avec la connaissance du mal : et comment les enfants, qui n’ont ni ne doivent avoir cette connaissance, auraient-ils le sentiment qui en est l’effet ? Leur donner des leçons de pudeur et d’honnêteté, c’est leur apprendre qu’il y a des choses honteuses et déshonnêtes, c’est leur donner un désir secret de connaître ces choses-là. Tôt ou tard ils en viennent à bout, et la première étincelle qui touche à l’imagination accélère à coup sûr l’embrasement des sens. Quiconque rougit est déjà coupable ; la vraie innocence n’a honte de rien.
Les enfants n’ont pas les mêmes désirs que les hommes ; mais, sujets comme eux à la malpropreté qui blesse les sens, ils peuvent de ce seul assujettissement recevoir les mêmes leçons de bienséance. Suivez l’esprit de la nature, qui, plaçant dans les mêmes lieux les organes des plaisirs secrets et ceux des besoins dégoûtants, nous inspire les mêmes soins à différents âges, tantôt par une idée et tantôt par une autre ; à l’homme par la modestie, à l’enfant par la propreté.
The preference that one desires to obtain; love must be mutual. To be loved, one must make oneself lovable; to be preferred, one must make oneself more lovable than another—more lovable than anyone else, at least in the eyes of the person beloved. Hence come those first glances at one’s peers; hence the initial comparisons with them; hence emulation, rivalry, and jealousy. A heart filled with such overflowing affection seeks to express itself: from the need for a lover soon arises the need for a friend as well. He who feels how sweet it is to be loved desires to be loved by everyone, and were it not for the existence of many dissatisfied individuals, everyone would seek preferential treatment. With love and friendship come discord, enmity, and hatred. Amidst all these diverse passions, I see an invincible throne rise—the judgment of others becomes the foundation upon which foolish mortals build their very existence.
Expand these ideas, and you will see where our self-esteem derives the form that we regard as its natural state; and how self-love, ceasing to be an absolute sentiment, becomes pride in great souls, vanity in lesser ones, and in all cases constantly feeds at the expense of others. This kind of passion, since it has no seed in the hearts of children, cannot arise there on its own; it is we who bring it there, and it never takes root there except through our own fault. But this is not the case with the heart of a young man: whatever we may do, such passions will arise within him against our will. It is therefore time to change our approach.
Let us begin with some important reflections on the critical stage we are discussing here. The transition from childhood to adolescence is not so much determined by nature that it does not vary among individuals depending on their temperaments, and among peoples depending on their climates. Everyone is aware of the differences observed in this regard between hot and cold countries; it is also clear that more passionate temperaments develop earlier than others. However, we can often misinterpret the causes of these phenomena, attributing to physical factors what should actually be attributed to moral ones—this is one of the most common abuses in the philosophy of our century. Nature’s guidance is slow and delayed; human instruction, on the other hand, is almost always premature. In the first case, the senses stimulate imagination; in the second case, imagination stimulates the senses, giving them an undue activity that, in the long run, must either enliven or weaken both individuals and the species as a whole. A more general and reliable observation than those relating to the effects of climate is that adolescence and sexual maturity tend to occur earlier in civilized and well-regulated peoples than in ignorant and barbaric ones[390]. Children possess a remarkable ability to discern, amidst all the pretenses of decency, the truly immoral behaviors that such pretenses attempt to conceal. The purified language taught to them, the lessons in honesty, and the veil of mystery that is deliberately drawn around certain matters only serve to arouse their curiosity. It is evident that whatever we pretend to hide from them is actually intended to be taught to them—and among all the instruction they receive, this is undoubtedly the most beneficial.
Examine this practice closely, and you will understand to what extent this absurd method accelerates the workings of nature but destroys one’s temperament. This is one of the main reasons why races degenerate in urban environments. Young people, exhausted at an early age, remain small, weak, and poorly developed; they age instead of growing, just like a vine that is forced to bear fruit in spring and withers away before autumn arrives.
One must have lived among simple and unrefined peoples to understand to what extent a happy ignorance can preserve the innocence of children throughout their early years. It is both touching and amusing to see both sexes, safe within the confines of their pure hearts, continuing the naive games of childhood in the prime of their youth and beauty, and their very familiarity with one another revealing the purity of their pleasures. When at last this lovely youth comes to marry, the two spouses, by giving each other the first steps toward a deeper connection, come to cherish each other even more; numerous healthy and robust children then become the guarantee of a union that remains unaltered throughout time, and the fruit of the wisdom gained in their early years.
If the age at which a man comes to realize his own sex differs so much as a result of education as it does due to the influence of nature, it follows that this age can be accelerated or delayed depending on the way in which children are raised. Moreover, if the body gains or loses in strength as this process is slowed down or accelerated, it also means that the more one endeavors to delay this development, the more vigor and strength a young man will acquire. I am still only referring to purely physical effects; it will soon become clear that these effects are not limited to this realm.
From these reflections, I have arrived at a solution to this often debated question: whether it is appropriate to enlighten children early on about the subjects that arouse their curiosity, or whether it is better to divert them by leading them to believe modest errors. I believe neither approach is right. Firstly, such curiosity does not arise in them without some provocation; therefore, we must ensure that they do not develop it at all. Secondly, questions that do not necessarily require answers do not warrant deceiving those who pose them; it is better to silence them than to lie to them. If we have carefully taught them this principle in matters of little importance, they will be less surprised by it. Finally, if we choose to answer their questions, we should do so with the utmost simplicity—without mystery, without hesitation, and without any pretense. Satisfying a child’s curiosity is far less dangerous than arousing it in the first place.
May your responses always be serious, brief, decisive, and never hesitant in any way. It goes without saying that they must also be true. One cannot teach children the dangers of lying to adults, without simultaneously recognizing the even greater danger posed by adults lying to children. A single verified lie committed by a teacher towards a student would forever destroy all the benefits of education.
Absolute ignorance in certain areas may actually be what is best for children: but they must learn at an early age what cannot always be hidden from them. It is necessary either to prevent their curiosity from arising at all, or to satisfy it before they reach an age at which it would become dangerous. Your approach toward your student depends greatly on his particular circumstances, the societies surrounding him, and the situations in which he may find himself, etc. In this regard, nothing must be left to chance; and if you are not certain that he will remain ignorant of the difference between sexes until the age of sixteen, make sure he learns about it before the age of ten.
I do not like when people use overly refined language with children, nor do I approve of making long detours—of which they are certainly aware—in order to avoid using the true names for things. In such matters, good manners always involve simplicity; but tainted imaginations, corrupted by vice, make delicate ears sensitive and force one to constantly refine one’s expressions. Vulgar terms are harmless in themselves; it is the lewd or indecent ideas that must be avoided.
Although modesty is natural to the human species, children naturally lack it. Modesty arises only with the understanding of what is wrong; how then could children, who possess no such knowledge and should not have any, experience the feelings that modesty induces? To teach them about modesty and honesty is to inform them that there are things that are shameful and dishonest—which in turn gives them a secret desire to learn about those things. Sooner or later, they will inevitably come into contact with them, and the first spark that touches their imagination will surely accelerate the ignition of their desires. Anyone who blushes is already guilty; true innocence knows no shame.
Children do not have the same desires as adults; yet, since they too are subject to the same impurities that can offend our senses, they can, through this very experience, learn the same lessons in decency. Observe the wisdom of nature—since it has placed the organs of secret pleasures and those of repulsive necessities in the same locations, it inspires us to maintain the same standards of cleanliness at different stages of life, sometimes through one means and sometimes through another: modesty for adults, cleanliness for children.
La preferenza che si riceve si desidera ardentemente; l’amore deve essere reciproco. Per essere amati, è necessario rendersi amabili; per essere preferiti, bisogna rendersi più amabili di un altro, almeno agli occhi della persona amata. Da qui nascono i primi sguardi verso i propri simili, le prime comparazioni con loro, nonché l’emulazione, le rivalità e la gelosia. Un cuore pieno di sentimenti che traboccano desidera esprimersi; dal bisogno di un’amante nasce presto quello di un amico. Chi prova quanto sia dolce essere amato vorrebbe esserlo da tutti, ma se tutti volessero ricevere preferenze, ci sarebbero molti insoddisfatti. Con l’amore e l’amicizia sorgono anche dissensioni, inimicizie e odio. Tra tante passioni diverse, vedo emergere un trono ineguagliabile; gli stupidi mortali, schiavi del suo dominio, fondano la propria esistenza soltanto sui giudizi altrui.
Estendete queste idee, e vedrete da dove deriva la forma che attribuiamo al nostro orgoglio; e come l’amore di sé, cessando di essere un sentimento assoluto, diventa orgoglio nelle grandi anime, vanità in quelle piccole, e in tutte si nutre costantemente a scapito del prossimo. Questo tipo di passioni, non avendo il proprio germe nel cuore dei bambini, non può nascere spontaneamente; siamo noi stessi a introdurle lì, e mai possono radicarsi se non per nostra colpa; ma non è più così per il cuore del giovane: qualunque cosa facciamo, queste passioni nasceranno comunque contro la nostra volontà. È quindi giunto il momento di cambiare approccio.
Iniziamo con alcune riflessioni importanti sullo stato critico di cui si tratta in questo caso. Il passaggio dall’infanzia alla pubertà non è determinato tanto dalla natura quanto da fattori individuali legati al temperamento, e da fattori culturali legati ai climi. Tutti conoscono le differenze osservabili a questo proposito tra i paesi caldi e quelli freddi; inoltre, è evidente che i temperamenti più appassionati si sviluppano prima rispetto ad altri. Tuttavia, è facile sbagliarsi nelle cause di questi fenomeni, attribuendo spesso a fattori fisici ciò che in realtà dipende da fattori morali: questo rappresenta uno degli abusi più comuni nella filosofia del nostro secolo. Gli insegnamenti della natura sono spesso tardivi e lenti; quelli umani, invece, sono quasi sempre prematuri. Nel primo caso, i sensi stimolano l’immaginazione; nel secondo caso, è l’immaginazione a stimolare i sensi, dando loro un’attività precoce che, a lungo andare, non può fare altro che indebolire sia gli individui che la specie stessa. Un’osservazione più generale e affidabile di quella relativa agli effetti dei climi è che la pubertà e la potenza sessuale sono sempre più precoci nei popoli istruiti e civili rispetto a quelli ignoranti e barbari[390]. I bambini possiedono una saggezza particolare nel riconoscere, tra tutte le apparenze della decenza, quelle cattive abitudini che essa cerca di nascondere. Il linguaggio purificato che viene loro insegnato, le lezioni di onestà che ricevono, il velo del mistero che si cerca di porre davanti ai loro occhi: tutto ciò rappresenta soltanto stimoli alla loro curiosità. Dal modo in cui ci si avvicina a questo argomento, è evidente che ciò che fingiamo di nascondere loro serve in realtà ad insegnarglielo; ed è proprio questa l’insegnanza che gli fa maggiormente beneficio.
Consultate quest’esperienza e comprenderete fino a che punto questo metodo assurdo acceleri il processo naturale ma distrugga il temperamento umano. Questa è una delle principali cause del degrado delle razze nelle città: i giovani, esausti fin da piccoli, rimangono di statura bassa, deboli e malaticci; invecchiano senza crescere, proprio come la vite a cui si fa produrre il frutto troppo presto, appassisce e muore prima dell’autunno.
È necessario aver vissuto tra popoli rozzi e semplici per comprendere fino a quale età una felice ignoranza possa prolungare l’innocenza dei bambini. È uno spettacolo al tempo stesso commovente e ridicolo vedere i due sessi, lasciati alla sicurezza dei propri sentimenti, continuare nei giochi ingenui dell’infanzia, nella piena fioritura dell’età e della bellezza, e mostrare con la loro stessa familiarità la purezza dei loro piaceri. Quando finalmente questa deliziosa giovinezza si sposa, i due coniugi, donandosi reciprocamente le prime esperienze della vita coniugale, diventano ancora più cari l’uno per l’altro; molte bambine sane e robuste nascono come garanzia di un’unione che nulla può turbare, e come frutto della saggezza dei loro primi anni.
Se l’età in cui l’uomo acquisisce la consapevolezza del proprio sesso differisce, sia a causa dell’influenza dell’educazione che per l’azione della natura, ne consegue che tale età può essere accelerata o ritardata a seconda del modo in cui si educano i bambini; e poiché il corpo acquista o perde in consistenza man mano che questo processo viene ritardato o accelerato, ne deriva anche che più ci si impegna a ritardarlo, più un giovane acquisisce vigore e forza. Parlo ancora solo degli effetti puramente fisici; presto vedremo che essi non si fermano qui.
Da queste riflessioni traggo la soluzione a questa questione così spesso dibattuta: se sia opportuno istruire i bambini fin da piccoli sugli oggetti della loro curiosità, o se sia meglio distrarli con errori “modesti”. Penso che non si debba fare né l’una né l’altra cosa. Primo, questa curiosità non sorge in loro senza che qualcuno l’abbia suscitata; quindi è necessario impedire che la sviluppino. In secondo luogo, domande per le quali non si è obbligati a fornire risposte non richiedono di ingannare chi le pone: è meglio farlo tacere piuttosto che rispondere mentendo. Non sarà affatto sorpreso da questa regola, se in precedenza gli è stata insegnata anche nelle cose insignificanti. Infine, se si decide comunque di rispondere, bisogna farlo con la massima semplicità, senza misteri, senza imbarazzi, senza sorrisi. Soddisfare la curiosità di un bambino rappresenta molto meno pericolo che stimolarla.
Che le vostre risposte siano sempre serie, brevi, decise e che non appaia mai alcuna esitazione nel pronunciarle. Non c’è bisogno di aggiungere che devono essere vere. Non si può insegnare ai bambini il pericolo di mentire agli uomini, senza rendersi conto del pericolo ancora maggiore rappresentato dal fatto che gli uomini mentano ai bambini. Una sola menzogna rivelata da parte dell’insegnante verso lo studente potrebbe distruggere per sempre tutti i frutti dell’educazione.
Un’ignoranza assoluta su alcune materie potrebbe essere proprio ciò che conviene di più ai bambini: ma è necessario che imparino fin da piccoli ciò che non può essere loro nascosto per sempre. È indispensabile che la loro curiosità non si risvegli affatto, oppure che venga soddisfatta prima dell’età in cui potrebbe diventare pericolosa. Il modo in cui vi comportate con il vostro allievo dipende molto dalla sua situazione particolare, dalle società che lo circondano, dalle circostanze in cui si prevede possa trovarsi, ecc. È fondamentale non lasciare nulla al caso; e se non siete sicuri di poterlo tenere all’ignaro della differenza tra i sessi fino ai sedici anni, fate in modo che la apprenda prima dei dieci.
Non mi piace che si usi con i bambini un linguaggio troppo purificato, né che si facciano lunghe deviazioni, di cui loro stessi si rendono conto, al solo scopo di evitare di dare alle cose il loro vero nome. Le buone maniere, in queste materie, sono sempre molto semplici; ma immaginazioni corrotte dal vizio rendono l’orecchio sensibile e costringono a perfezionare continuamente le espressioni. I termini volgari non hanno alcuna conseguenza negativa; sono invece le idee licenziose che bisogna evitare.
Sebbene la pudicizia sia naturale alla specie umana, è ovvio che i bambini non la possiedano. La pudicizia nasce soltanto con la conoscenza del male; e come potrebbero i bambini, che non hanno né devono avere tale conoscenza, provare quel sentimento che ne è l’effetto? Insegnare loro la pudicizia e l’onestà significa insegnare loro che esistono cose vergognose e disoneste, significa suscitare in loro il desiderio di conoscerle. Prima o poi finiscono per scoprirle, e la prima scintilla che tocca l’immaginazione accelera sicuramente l’“incendio” dei sensi. Chiunque arrossisce è già colpevole; l’innocenza vera non ha vergogna di nulla.
I bambini non hanno gli stessi desideri degli uomini; tuttavia, essendo anch’essi soggetti alla sporcizia che offende i sensi, possono trarre dalle stesse circostanze le stesse lezioni di decenza. Seguite lo spirito della natura: essa, collocando negli stessi luoghi gli organi dei piaceri segreti e quelli dei bisogni disgustosi, ci ispira a prendere cura di noi stessi in età diverse, ora attraverso un’idea, ora attraverso un’altra; all’uomo attraverso la modestia, al bambino attraverso la pulizia.
Je ne vois qu’un bon moyen de conserver aux enfants leur innocence ; c’est que tous ceux qui les entourent la respectent et l’aiment. Sans cela, toute la retenue dont on tâche d’user avec eux se dément tôt ou tard ; un sourire, un clin d’oeil, un geste échappé, leur disent tout ce qu’on cherche à leur taire ; il leur suffit, pour l’apprendre, de voir qu’on le leur a voulu cacher. La délicatesse de tours et d’expressions dont se servent entre eux les gens polis, supposant des lumières que les enfants ne doivent pas avoir, est tout à fait déplacée avec eux ; mais quand on honore vraiment leur simplicité, l’on prend aisément, en leur parlant, celle des termes qui leur conviennent. Il y a une certaine naïveté de langage qui sied et qui plaît à l’innocence : voilà le vrai ton qui détourne un enfant d’une dangereuse curiosité. En lui parlant simplement de tout, on ne lui laisse pas soupçonner qu’il reste rien de plus à lui dire. En joignant aux mots grossiers les idées déplaisantes qui leur conviennent, on étouffe le premier feu de l’imagination : on ne lui défend pas de prononcer ces mots et d’avoir ces idées ; mais on lui donne, sans qu’il y songe, de la répugnance à les rappeler. Et combien d’embarras cette liberté naïve ne sauve-t-elle point à ceux qui, la tirant de leur propre coeur, disent toujours ce qu’il faut dire, et le disent toujours comme ils l’ont senti !
Comment se font les enfants ? Question embarrassante qui vient assez naturellement aux enfants, et dont la réponse indiscrète ou prudente décide quelquefois de leurs moeurs et de leur santé pour toute leur vie. La manière la plus courte qu’une mère imagine pour s’en débarrasser sans tromper son fils, est de lui imposer silence. Cela serait bon, si on l’y eût accoutumé de longue main dans des questions indifférentes, et qu’il ne soupçonnât pas du mystère à ce nouveau ton. Mais rarement elle s’en tient là. C’est le secret des gens mariés, lui dira-t-elle ; de petits garçons ne doivent point être si curieux. Voilà qui est fort bien pour tirer d’embarras la mère : mais qu’elle sache que, piqué de cet air de mépris, le petit garçon n’aura pas un moment de repos qu’il n’ait appris le secret des gens mariés, et qu’il ne tardera pas de l’apprendre.
Qu’on me permette de rapporter une réponse bien différente que j’ai entendu faire à la même question, et qui me frappa d’autant plus, qu’elle partait d’une femme aussi modeste dans ses discours que dans ses manières, mais qui savait au besoin fouler aux pieds, pour le bien de son fils et pour la vertu, la fausse crainte du blâme et les vains propos des plaisants. Il n’y avait pas longtemps que l’enfant avait jeté par les urines une petite pierre qui lui avait déchiré l’urètre ; mais le mal passé était oublié. Maman, dit le petit étourdi, comment se font les enfants ? — Mon fils, répond la mère sans hésiter, les femmes les pissent avec des douleurs qui leur coûtent quelquefois la vie. Que les fous rient, et que les sots soient scandalisés : mais que les sages cherchent si jamais ils trouveront une réponse plus judicieuse et qui aille mieux à ses fins.
D’abord l’idée d’un besoin naturel et connu de l’enfant détourne celle d’une opération mystérieuse. Les idées accessoires de la douleur et de la mort couvrent celle-là d’un voile de tristesse qui amortit l’imagination et réprime la curiosité ; tout porte l’esprit sur les suites de l’accouchement, et non pas sur ses causes. Les infirmités de la nature humaine, des objets dégoûtants, des images de souffrance, voilà les éclaircissements où mène cette réponse, si la répugnance qu’elle inspire permet à l’enfant de les demander. Par où l’inquiétude des désirs aura-t-elle occasion de naître dans des entretiens ainsi dirigés ? Et cependant vous voyez que la vérité n’a point été altérée, et qu’on n’a point eu besoin d’abuser son élève au lieu de l’instruire.
Vos enfants lisent ; ils prennent dans leurs lectures des connaissances qu’ils n’auraient pas s’ils n’avaient point lu. S’ils étudient, l’imagination s’allume et s’aiguise dans le silence du cabinet. S’ils vivent dans le monde, ils entendent un jargon bizarre, ils voient des exemples dont ils sont frappés : on leur a si bien persuadé qu’ils étaient hommes, que, dans tout ce que font les hommes en leur présence, ils cherchent aussitôt comment cela peut leur convenir : il faut bien que les actions d’autrui leur servent de modèle, quand les jugements d’autrui leur servent de loi. Des domestiques qu’on fait dépendre d’eux, par conséquent intéressés à leur plaire, leur font leur cour aux dépens des bonnes moeurs ; des gouvernantes rieuses leur tiennent à quatre ans des propos que la plus effrontée n’oserait leur tenir à quinze. Bientôt elles oublient ce qu’elles ont dit ; mais ils n’oublient pas ce qu’ils ont entendu. Les entretiens polissons préparent les moeurs libertines : le laquais fripon rend l’enfant débauché ; et le secret de l’un sert de garant à celui de l’autre.
L’enfant élevé selon son âge est seul. Il ne connaît d’attachements que ceux de l’habitude ; il aime sa soeur comme sa montre, et son ami comme son chien. Il ne se sent d’aucun sexe, d’aucune espèce : l’homme et la femme lui sont également étrangers ; il ne rapporte à lui rien de ce qu’ils font ni de ce qu’ils disent : il ne le voit ni ne l’entend, ou n’y fait nulle attention ; leurs discours ne l’intéressent pas plus que leurs exemples : tout cela n’est point fait pour lui. Ce n’est pas une erreur artificieuse qu’on lui donne par cette méthode, c’est l’ignorance de la nature. Le temps vient où la même nature prend soin d’éclairer son élève ; et c’est alors seulement qu’elle l’a mis en état de profiter sans risque des leçons qu’elle lui donne. Voilà le principe : le détail des règles n’est pas de mon sujet ; et les moyens que je propose en vue d’autres objets servent encore d’exemple pour celui-ci.
Voulez-vous mettre l’ordre et la règle dans les passions naissantes, étendez l’espace durant lequel elles se développent, afin qu’elles aient le temps de s’arranger à mesure qu’elles naissent. Alors ce n’est pas l’homme qui les ordonne, c’est la nature elle-même ; votre soin n’est que de la laisser arranger son travail. Si votre élève était seul, vous n’auriez rien à faire ; mais tout ce qui l’environne enflamme son imagination. Le torrent des préjugés l’entraîne : pour le retenir, il faut le pousser en sens contraire. Il faut que le sentiment enchaîne l’imagination, et que la raison fasse taire l’opinion des hommes. La source de toutes les passions est la sensibilité, l’imagination détermine leur pente. Tout être qui sent ses rapports doit être affecté quand ces rapports s’altèrent et qu’il en imagine ou qu’il en croit imaginer de plus convenables à sa nature. Ce sont les erreurs de l’imagination qui transforment en vices les passions de tous les êtres bornés, même des anges, s’ils en ont[391] : car il faudrait qu’ils connussent la nature de tous les êtres, pour savoir quels rapports conviennent le mieux à la leur.
Voici donc le sommaire de toute la sagesse humaine dans l’usage des passions : I° sentir les vrais rapports de l’homme tant dans l’espèce que dans l’individu ; 2° ordonner toutes les affections de l’âme selon ces rapports.
Mais l’homme est-il maître d’ordonner ses affections selon tels ou tels rapports ? Sans doute, s’il est maître de diriger son imagination sur tel ou tel objet, ou de lui donner telle ou telle habitude. D’ailleurs, il s’agit moins ici de ce qu’un homme peut faire sur lui-même que de ce que nous pouvons faire sur notre élève par le choix des circonstances où nous le plaçons. Exposer les moyens propres à maintenir dans l’ordre de la nature, c’est dire assez comment il en peut sortir.
Tant que sa sensibilité reste bornée à son individu, il n’y a rien de moral dans ses actions ; ce n’est que quand elle commence à s’étendre hors de lui, qu’il prend d’abord les sentiments, ensuite les notions du bien et du mal, qui le constituent véritablement homme et partie intégrante de son espèce. C’est donc à ce premier point qu’il faut d’abord fixer nos observations.
Elles sont difficiles en ce que, pour les faire, il faut rejeter les exemples qui sont sous nos yeux, et chercher ceux où les développements successifs se font selon l’ordre de nature.
I see only one good way to preserve children’s innocence: that all those around them respect and love it. Without this, all the restraint we try to exercise towards them is sooner or later rendered ineffective; a smile, a wink, an inadvertent gesture tell them everything we seek to hide from them. For them to understand these things, it is enough for them to realize that we tried to conceal them from them. The subtlety of manners and expressions used by polite people among themselves—mannerisms that assume levels of understanding children should not yet possess—is entirely inappropriate when dealing with them. But when we truly honor their simplicity, it becomes easy for us to choose words that are suitable for them when speaking to them. There is a certain naivety in language that suits and pleases innocence; such a tone is what keeps a child from developing dangerous curiosity. By speaking to them simply about everything, we prevent them from even suspecting that there is more to be told. And by associating crude words with unpleasant ideas that go well with them, we stifle the first flames of imagination in their minds: we do not forbid them from using those words or harboring those ideas; but without them even realizing it, we make them feel repulsion towards them. How many difficulties such a naive freedom avoids for those who, drawing upon their own hearts, always say what needs to be said—and always say it as they have truly felt it!
How are children born? An embarrassing question that naturally arises in the minds of young children, and whose indiscreet or cautious response can sometimes determine their behavior and health for the rest of their lives. The shortest way a mother can think of to avoid answering this question without deceiving her son is to force him to remain silent. This would be acceptable if he had been accustomed to such silence in relation to other trivial matters, and if he were not aware of any mystery surrounding this new demand. But rarely does she stop there. “It’s a secret between married people,” she might tell him; “little boys shouldn’t be so curious.” This certainly helps the mother out of a difficult situation—but let her know that, provoked by this tone of disdain, the little boy will not rest until he discovers the “secret of married people,” and it won’t take long before he does.
Permit me to share a very different response I heard to the same question—it struck me all the more because it came from a woman who was so modest in both her speech and her manners, yet who, when necessary, would trample underfoot, for the sake of her son and virtue, the false fears of criticism and the empty words of those who seek amusement. Not long ago, the child had passed a small stone in his urine, which caused a tear in his urethra; but the past pain had already been forgotten. “Mom,” said the little boy, “how are children made?” “My son,” replied the mother without hesitation, “women give birth to them through pain that sometimes costs their lives. Let the fools laugh, and let the stupid be shocked—but may the wise seek to find a more sensible answer that better serves its purpose.”
Firstly, the notion of an inherent and well-known natural need in children dispels the idea of any mysterious process involved. Secondary concepts such as pain and death cast a veil of sadness over this subject, dulling imagination and suppressing curiosity; everything tends to focus the mind on the consequences of childbirth rather than its causes. The imperfections of human nature, disgusting objects, and images of suffering—these are the “explanations” that result from such responses, provided that the aversion they inspire enables children to inquire about them. How, then, could any anxiety arising from desires arise in discussions guided in this manner? Yet, as you can see, the truth has not been distorted in the slightest, and there has been no need to deceive or manipulate the child rather than educate him.
Your children read; through their reading, they acquire knowledge that they would not have otherwise obtained. If they study, their imagination is kindled and sharpened in the quiet of their studies. But if they live in the world, they hear strange jargon and see examples that leave a deep impression on them. People have so effectively convinced them that they are men that, in everything people do in their presence, they immediately try to figure out how it might apply to themselves. After all, when others’ judgments serve as their laws, others’ actions must surely serve as their models. Domestic servants, who are dependent on them and therefore eager to please them, flatter them at the expense of good manners. Laughing governesses teach four-year-olds things that even the boldest person would not dare to say to fifteen-year-olds. Soon, the governesses forget what they said; but the children never forget what they heard. Indelicate conversations prepare the way for licentious behavior: a shameless lackey turns a child into a depraved individual; and the secrecy of one serves as a cover for the other.
A child raised according to his age is alone. He knows only those attachments that arise from habit; he loves his sister as he would his watch, and his friend as he would his dog. He feels no belonging to either sex or species: both men and women are equally foreign to him; nothing they do or say relates to him—he neither sees nor hears them, nor does he pay any attention to them. Their words and actions interest him no more than their examples; none of this is meant for him. This is not some artificial mistake resulting from such a method—it is simply ignorance of human nature. Eventually, nature itself will take care of enlightening this child; and it is only then that he will be in a position to safely benefit from the lessons she offers him. Such is the principle at work. The details of these rules are not within my subject matter; moreover, the methods I suggest for other purposes can still serve as examples for this one as well.
Would you like to bring order and discipline to these emerging passions, to extend the space within which they develop, so that they have time to organize themselves as they arise? Then it is not man who imposes order upon them, but nature itself; your role is merely to allow her to carry out her work. If your student were alone, you would have nothing to do at all; but everything around him inflames his imagination. The torrent of preconceptions carries him along; to hold him back, one must push him in the opposite direction. It is necessary for emotion to guide imagination, and for reason to silence the opinions of men. The source of all passions is sensibility; imagination determines their intensity. Any being that perceives its own relationships will be affected when these relationships change, and when it imagines—or believes it imagines—other relationships that seem more suitable to its nature. It is the errors of imagination that transform the passions of even the most limited beings into vices, including angels, if such existed[391]: for they would need to understand the nature of all beings in order to know which relationships are best suited to their own.
Here, then, is the summary of all human wisdom in the use of passions: 1° to perceive the true relationships of man, both within the species and as an individual; 2° to arrange all the emotions of the soul according to these relationships.
But is man truly in control of arranging his affections according to certain relationships? Certainly, if he is able to direct his imagination toward a particular object or to cultivate certain habits in it. After all, what is at issue here is less what a man can do within himself than what we can do for our students by choosing the circumstances in which we place them. To outline the means that can be used to maintain order within human nature is, in essence, to show how one can escape from its disarray.
So long as his sensitivity remains confined to his individual self, there is nothing moral in his actions; it is only when it begins to extend beyond himself that he begins to acquire those sentiments—and subsequently, those notions of good and evil—which truly constitute him as a human being and an integral part of his species. It is at this very first stage that we must begin our observations.
They are difficult in the sense that, in order to accomplish them, one must reject those examples that are right before our eyes and seek out those cases where successive developments occur in accordance with the natural order.
Vedo un solo modo per preservare l’innocenza dei bambini: che coloro che sono intorno a loro la rispettino e la amino. Altrimenti, ogni cautela che si cerca di adottare con loro viene presto vanificata; un sorriso, un battito di ciglia, un gesto involontario rivelano loro tutto ciò che si cerca di nascondere. Basta che vedano che si è cercato di tenerglielo nascosto per capirlo. La delicatezza dei modi e delle espressioni utilizzati dalle persone “civili” tra loro, basata su presupposte di “cultura” che i bambini non dovrebbero possedere, è del tutto inappropriata con loro. Ma quando si rispetta davvero la loro semplicità, è facile scegliere, nel parlare con loro, termini adatti a loro. Esiste una certa ingenuità nel linguaggio che si addice all’innocenza. Questo è il vero tono che può distogliere un bambino da una curiosità pericolosa. Parlando semplicemente di tutto con loro, non gli si lascia nemmeno sospettare che ci possa essere qualcos’altro da dire. Aggiungendo ai termini volgari idee spiacevoli ma adatte a loro, si soffoca il primo slancio dell’immaginazione. Non si impedisce loro di pronunciare quei termini o di avere quelle idee. Ma si fa sì che, senza nemmeno rendersene conto, provino disgusto per esse. E quante difficoltà questa “naive libertà” non risolve per coloro che, traiendola dal proprio cuore, dicono sempre ciò che è necessario dire, e lo dicono sempre come l’hanno sentito!
Come nascono i bambini? Una domanda imbarazzante che spesso viene posta dai bambini stessi, e la cui risposta, sia indiscreta che prudente, a volte determina il loro comportamento e la loro salute per tutta la vita. Il modo più semplice che una madre possa trovare per eludere questa domanda senza ingannare suo figlio è imporgli il silenzio. Questo potrebbe funzionare, se il bambino fosse abituato da tempo a rispondere in modo simile a domande di poco conto, e non sospettasse che ci fosse qualche mistero dietro quel tono. Ma raramente le madri si limitano a questo. Gli diranno: “È un segreto delle persone sposate; i bambini piccoli non dovrebbero essere così curiosi”. Questo può certamente aiutare la madre ad uscire dall’imbarazzo. Ma lei dovrebbe sapere che, offeso da quel tono di disprezzo, il bambino non smetterà mai di cercare di scoprire quel “segreto”, e prima o poi ci riuscirà.
Permettetemi di riportare una risposta molto diversa da quella che ho sentito dare alla stessa domanda; questa risposta mi ha colpito ancora di più, poiché proveniva da una donna estremamente modesta sia nei suoi discorsi che nel suo comportamento, ma che, quando necessario, sapeva calpestare sotto i piedi, per il bene di suo figlio e per la virtù, le false paure del biasimo e le vane parole dei vanitosi. Non molto tempo prima, il bambino aveva espulso con l’urina una piccola pietra che gli aveva lacerato l’uretere; ma quel dolore era ormai dimenticato. “Mamma”, disse il piccolo, “come si fanno i bambini?” “Figlio mio”, rispose la madre senza esitare, “le donne li partoriscono con dolori che a volte possono costare loro la vita”. Che ridano i pazzi e che si scandalizzino gli sciocchi. Ma che i saggi cercino di trovare una risposta più giusta e più efficace.
Innanzitutto, l’idea di un bisogno naturale e conosciuto da parte del bambino allontana quella di un’operazione misteriosa. Le idee associate al dolore e alla morte avvolgono questo concetto in un velo di tristezza che attenua l’immaginazione e reprime la curiosità; tutto porta l’attenzione verso le conseguenze del parto, e non verso le sue cause. Le infermità della natura umana, gli oggetti disgustosi, le immagini di sofferenza: ecco i “spiegamenti” a cui conduce questa risposta, purché il disgusto che essa suscita permetta al bambino di chiederli. Da dove mai potrebbe nascere l’inquietudine legata ai desideri in conversazioni così dirette? Eppure si vede chiaramente che la verità non è stata alterata, e che non è stato necessario abusare dell’allievo al posto di instruirlo.
I vostri figli leggono; attraverso la lettura acquisiscono conoscenze che altrimenti non avrebbero. Se studiano, nell’isolamento della loro stanza l’immaginazione si accende e si affina. Se vivono nel mondo, ascoltano un gergo strano, vedono esempi che li colpiscono profondamente: sono stati così convinti di essere “uomini” che, in tutto ciò che gli uomini fanno davanti a loro, cercano immediatamente il modo in cui quelle azioni possano essi stessi adottarle. È inevitabile che le azioni altrui servano da modello, quando i giudizi altrui diventano la loro legge. I domestici, essendo dipendenti da loro e quindi interessati a compiacerli, li lusingano a scapito delle buone maniere; le governanti, con discorsi volgari, insegnano ai bambini cose che nemmeno la donna più audace oserebbe dire a un quindicenne. Presto quelle donne dimenticano ciò che hanno detto; ma i bambini non dimenticano ciò che hanno sentito. Conversazioni licenziose preparano il terreno per comportamenti libertini: il servitore disonesto rende il bambino corrotto; e il segreto di uno diventa garanzia per quello dell’altro.
Un bambino educato in modo appropriato alla sua età è solo. Conosce soltanto legami derivanti dall’abitudine; ama sua sorella come un orologio, e suo amico come un cane. Non si riconosce appartenente a nessun sesso, a nessuna specie: l’uomo e la donna gli sono entrambi estranei; non trova nulla di interessante in ciò che fanno o dicono: né li vede né li ascolta, né vi presta attenzione; i loro discorsi e i loro esempi non lo interessano affatto: tutto ciò non è stato creato per lui. Non si tratta di un errore intenzionale causato da questo metodo educativo, ma dell’ignoranza della natura stessa. Arriverà il momento in cui la stessa natura si occuperà di illuminare il bambino; e sarà solo allora che egli sarà in grado di trarre profitto senza rischi dalle lezioni che gli vengono impartite. Ecco il principio fondamentale: i dettagli delle regole non rientrano nel mio argomento; inoltre, i metodi che propongo per altri scopi possono servire anche come esempi applicabili a questo caso.
Volete forse imporre ordine e regola alle passioni che nascono? Allungate lo spazio nel quale si sviluppano, in modo che abbiano il tempo di organizzarsi man mano che emergono. In tal caso, non è l’uomo a dar loro ordine, ma la natura stessa; il vostro compito consiste semplicemente nel lasciarla svolgere il suo lavoro. Se il vostro allievo fosse solo, non avreste nulla da fare; tuttavia, tutto ciò che lo circonda infiamma la sua immaginazione. Il torrente dei pregiudizi lo trascina con sé: per trattenerlo, è necessario spingerlo nella direzione opposta. È necessario che il sentimento guidi l’immaginazione e che la ragione soffochi le opinioni umane. La fonte di tutte le passioni è la sensibilità; l’immaginazione ne determina l’intensità. Qualsiasi essere che percepisca i propri rapporti con gli altri deve essere influenzato quando questi rapporti cambiano, e quando immagina – o crede di immaginare – che esistano relazioni più adatte alla sua natura. Sono proprio gli errori dell’immaginazione a trasformare in vizi le passioni di tutti gli esseri limitati, persino degli angeli, se ne avessero[391]: infatti, gli angeli dovrebbero conoscere la vera natura di ogni essere per capire quali relazioni siano realmente adatte alla loro.
Ecco quindi il riassunto di tutta la saggezza umana nell’uso delle passioni: 1) comprendere i veri rapporti dell’uomo sia nella specie che nell’individuo; 2) ordinare tutte le emozioni dell’anima in base a questi rapporti.
Ma l’uomo è davvero in grado di ordinare le proprie affezioni secondo determinati rapporti? Senza dubbio, se è in grado di dirigere la propria immaginazione verso un certo oggetto o di darle certe abitudini. Del resto, qui non si tratta tanto di ciò che un uomo può fare su se stesso, quanto di ciò che possiamo fare sul nostro allievo attraverso la scelta delle circostanze in cui lo mettiamo. Indicare i mezzi idonei a mantenere le cose nell’ordine naturale significa, in sostanza, indicare come sia possibile farle uscire da tale ordine.
Finché la sua sensibilità rimane limitata all’individuo stesso, non c’è nulla di morale nelle sue azioni; è solo quando essa inizia a estendersi al di fuori di lui che egli acquisisce, prima i sentimenti e poi le nozioni del bene e del male, che lo rendono veramente un uomo e una parte integrante della sua specie. È quindi a questo primo livello che dobbiamo fissare le nostre osservazioni.
Sono difficili perché, per realizzarle, è necessario rifiutare gli esempi che abbiamo sotto gli occhi e cercare quelli in cui i processi di sviluppo avvengono secondo l’ordine naturale.
Un enfant façonné, poli, civilisé, qui n’attend que la puissance de mettre en oeuvre les instructions prématurées qu’il a reçues, ne se trompe jamais sur le moment où cette puissance lui survient. Loin de l’attendre, il l’accélère, il donne à son sang une fermentation précoce, il sait quel doit être l’objet de ses désirs, longtemps même avant qu’il les éprouve. Ce n’est pas la nature qui l’excite, c’est lui qui la force : elle n’a plus rien à lui apprendre, en le faisant homme ; il l’était par la pensée longtemps avant de l’être en effet.
La véritable marche de la nature est plus graduelle et plus lente. Peu à peu le sang s’enflamme, les esprits s’élaborent, le tempérament se forme. Le sage ouvrier qui dirige la fabrique a soin de perfectionner tous ses instruments avant de les mettre en oeuvre : une longue inquiétude précède les premiers désirs, une longue ignorance leur donne le change ; on désire sans savoir quoi. Le sang fermente et s’agite ; une surabondance de vie cherche à s’étendre au dehors. L’oeil s’anime et parcourt les autres êtres, on commence à prendre intérêt à ceux qui nous environnent, on commence à sentir qu’on n’est pas fait pour vivre seul : c’est ainsi que le coeur s’ouvre aux affections humaines, et devient capable d’attachement.
Le premier sentiment dont un jeune homme élevé soigneusement est susceptible n’est pas l’amour, c’est l’amitié. Le premier acte de son imagination naissante est de lui apprendre qu’il a des semblables, et l’espèce l’affecte avant le sexe. Voilà donc un autre avantage de l’innocence prolongée : c’est de profiter de la sensibilité naissante pour jeter dans le coeur du jeune adolescent les premières semences de l’humanité : avantage d’autant plus précieux que c’est le seul temps de la vie où les mêmes soins puissent avoir un vrai succès.
J’ai toujours vu que les jeunes gens corrompus de bonne heure, et livrés aux femmes et à la débauche, étaient inhumains et cruels ; la fougue du tempérament les rendait impatient, vindicatifs, furieux ; leur imagination, pleine d’un seul objet, se refusait à tout le reste ; ils ne connaissaient ni pitié ni miséricorde ; ils auraient sacrifié père, mère, et l’univers entier au moindre de leurs plaisirs. Au contraire, un jeune homme élevé dans une heureuse simplicité est porté par les premiers mouvements de la nature vers les passions tendres et affectueuses : son coeur compatissant s’émeut sur les peines de ses semblables ; il tressaille d’aise quand il revoit son camarade, ses bras savent trouver des étreintes caressantes, ses yeux savent verser des larmes d’attendrissement ; il est sensible à la honte de déplaire, au regret d’avoir offensé. Si l’ardeur d’un sang qui s’enflamme le rend vif, emporté, colère, on voit le moment d’après toute la bonté de son coeur dans l’effusion de son repentir ; il pleure, il gémit sur la blessure qu’il a faite ; il voudrait au prix de son sang racheter celui qu’il a versé ; tout son emportement s’éteint, toute sa fierté s’humilie devant le sentiment de sa faute. Est-il offensé lui-même : au fort de sa fureur, une excuse, un mot le désarme ; il pardonne les torts d’autrui d’aussi bon coeur qu’il répare les siens. L’adolescence n’est l’âge ni de la vengeance ni de la haine ; elle est celui de la commisération, de la clémence, de la générosité. Oui, je le soutiens et je ne crains point d’être démenti par l’expérience, un enfant qui n’est pas mal né, et qui a conservé jusqu’à vingt ans son innocence, est à cet âge le plus généreux, le meilleur, le plus aimant et le plus aimable des hommes. On ne vous a jamais rien dit de semblable ; je le crois bien ; vos philosophes, élevés dans toute la corruption des collèges, n’ont garde de savoir cela.
C’est la faiblesse de l’homme qui le rend sociable ; ce sont nos misères communes qui portent nos coeurs à l’humanité : nous ne lui devrions rien si nous n’étions pas hommes. Tout attachement est un signe d’insuffisance : si chacun de nous n’avait nul besoin des autres, il ne songerait guère à s’unir à eux. Ainsi de notre infirmité même naît notre frêle bonheur. Un être vraiment heureux est un être solitaire ; Dieu seul jouit d’un bonheur absolu ; mais qui de nous en a l’idée ? Si quelque être imparfait pouvait se suffire à lui-même, de quoi jouirait-il selon nous ? Il serait seul, il serait misérable. Je ne conçois pas que celui qui n’a besoin de rien puisse aimer quelque chose : je ne conçois pas que celui qui n’aime rien puisse être heureux.
Il suit de là que nous nous attachons à nos semblables moins par le sentiment de leurs plaisirs que par celui de leurs peines ; car nous y voyons bien mieux l’identité de notre nature et les garants de leur attachement pour nous. Si nos besoins communs nous unissent par intérêt, nos misères communes nous unissent par affection. L’aspect d’un homme heureux inspire aux autres moins d’amour que d’envie ; on l’accuserait volontiers d’usurper un droit qu’il n’a pas en se faisant un bonheur exclusif ; et l’amour-propre souffre encore en nous faisant sentir que cet homme n’a nul besoin de nous. Mais qui est-ce qui ne plaint pas le malheureux qu’il voit souffrir ? Qui est-ce qui ne voudrait pas le délivrer de ses maux s’il n’en coûtait qu’un souhait pour cela ? L’imagination nous met à la place du misérable plutôt qu’à celle de l’homme heureux ; on sent que l’un de ces états nous touche de plus près que l’autre. La pitié est douce, parce qu’en se mettant à la place de celui qui souffre, on sent pourtant le plaisir de ne pas souffrir comme lui. L’envie est amère, en ce que l’aspect d’un homme heureux, loin de mettre l’envieux à sa place, lui donne le regret de n’y pas être. Il semble que l’un nous exempte des maux qu’il souffre, et que l’autre nous ôte les biens dont il jouit.
Voulez-vous donc exciter et nourrir dans le coeur d’un jeune homme les premiers mouvements de la sensibilité naissante, et tourner son caractère vers la bienfaisance et vers la bonté ; n’allez point faire germer en lui l’orgueil, la vanité, l’envie, par la trompeuse image du bonheur des hommes ; n’exposez point d’abord à ses yeux la pompe des cours, le faste des palais, l’attrait des spectacles ; ne le promenez point dans les cercles, dans les brillantes assemblées, ne lui montrez l’extérieur de la grande société qu’après l’avoir mis en état de l’apprécier en elle-même. Lui montrer le monde avant qu’il connaisse les hommes, ce n’est pas le former, c’est le corrompre ; ce n’est pas l’instruire, c’est le tromper.
Les hommes ne sont naturellement ni rois, ni grands, ni courtisans, ni riches ; tous sont nés nus et pauvres, tous sujets aux misères de la vie, aux chagrins, aux maux, aux besoins, aux douleurs de toute espèce ; enfin, tous sont condamnés à la mort. Voilà ce qui est vraiment de l’homme ; voilà de quoi nul mortel n’est exempt. Commencez donc par étudier de la nature humaine ce qui en est le plus inséparable, ce qui constitue le mieux l’humanité.
À seize ans l’adolescent sait ce que c’est que souffrir ; car il a souffert lui-même ; mais à peine sait-il que d’autres êtres souffrent aussi ; le voir sans le sentir n’est pas le savoir, et, comme je l’ai dit cent fois, l’enfant n’imaginant point ce que sentent les autres ne connaît de maux que les siens : mais quand le premier développement des sens allume en lui le feu de l’imagination, il commence à se sentir dans ses semblables, à s’émouvoir de leurs plaintes et à souffrir de leurs douleurs. C’est alors que le triste tableau de l’humanité souffrante doit porter à son coeur le premier attendrissement qu’il ait jamais éprouvé.
A child who is shaped, polished, and civilized, who merely awaits the power to put into action those premature instructions he has received, never mistakes the moment when such power arrives. Far from waiting for it, he accelerates its arrival; he induces an early “fermentation” within his own being. He already knows what the object of his desires should be—long before he actually experiences them. It is not nature that excites him; rather, it is he who forces nature to act upon him. Nature has nothing left to teach him in making him a man; he was already a man in thought long before he became one in reality.
The true process of nature is gradual and slow. Gradually, the blood begins to heat up, the mind develops, and one’s temperament takes shape. The wise craftsman who oversees a workshop takes great care to perfect all his tools before putting them into use: long periods of deliberation precede initial desires, and prolonged ignorance gives rise to those desires; one desires something without yet knowing what it is. The blood ferments and stirs; an abundance of life seeks to extend beyond oneself. The eye comes alive and begins to observe other beings; one begins to take interest in those around us and realizes that we are not meant to live alone. It is in this way that the heart opens itself to human emotions and becomes capable of forming attachments.
The first emotion that a carefully raised young man is capable of experiencing is not love, but friendship. The first act of his budding imagination is to teach him that he has peers; the concept of “species” affects him before the notion of “sex.” Thus, another advantage of prolonged innocence lies in the ability to use this newly developing sensitivity to plant the first seeds of humanity in the heart of the young adolescent—an advantage all the more precious since it is the only time in life when such efforts can truly be successful.
I have always observed that young men who are corrupted at an early age and exposed to women and debauchery become inhumane and cruel; the intensity of their temperament makes them impatient, vengeful, and furious. Their imaginations, focused on a single object, reject everything else; they know neither pity nor mercy, and would sacrifice their parents or even the entire world for the slightest of their pleasures. On the contrary, a young man raised in a happy and simple environment is naturally inclined toward tender and affectionate passions from an early age: his compassionate heart is moved by the sufferings of others; he feels joy when he sees a friend again, his arms know how to give gentle hugs, and his eyes can shed tears of compassion. He is sensitive to the shame of displeasing others and regrets having offended them. If the fervor of his blood makes him hot-tempered and impulsive, one moment later, the kindness of his heart is evident in his expressions of repentance; he weeps and mourns for the harm he has caused, willing to give his own life to atone for it. All his anger subsides, and all his pride is humbled in the face of his realization of his mistake. If he himself is offended, even at the height of his fury, an excuse or a few kind words can disarm him; he forgives others’ wrongs just as readily as he makes amends for his own. Adolescence is not the time for vengeance or hatred; it is the time for compassion, mercy, and generosity. Indeed, I dare say this without fear of being contradicted by experience—a child who is not born into misfortune and retains his innocence until the age of twenty is, at that time, the most generous, kind, loving, and pleasant person among men. You have never heard anything like this before; well, I believe that is true; your philosophers, having been raised in the midst of all the corruption of colleges, have no idea about such things.
It is human weakness that makes us sociable; it is our common miseries that bind our hearts to one another: were we not human, we would owe nothing to one another. Any form of attachment is a sign of inadequacy; if each of us had no need for others, we would hardly think of uniting with them. It is from our very imperfections that arises our fragile happiness. A truly happy being is a solitary being; only God enjoys absolute happiness—but who among us even possesses such an idea? If some imperfect being were capable of satisfying all its own needs, what would it have to enjoy, according to us? It would be alone, and miserable. I cannot conceive that one who needs nothing could love anything; I cannot conceive that one who loves nothing could be happy.
It follows therefore that we attach ourselves to our fellow beings less out of sympathy for their pleasures than out of compassion for their sufferings; for in these, we can more clearly see the essence of our own nature and the reasons why they should feel attached to us. If our common needs bring us together out of self-interest, then our shared misfortunes unite us through affection. The sight of a happy person inspires in others less love than envy; one would readily accuse such a person of usurping a right they do not possess by enjoying happiness exclusively; and our own self-esteem is further wounded when we realize that this person has no need for us at all. But who, then, does not feel sorry for the unfortunate person they see suffering? Who would not want to free them from their misfortunes, if it merely required a wish to do so? Imagination puts us in the place of the sufferer, rather than that of the happy one; we naturally feel that one state affects us more deeply than the other. Compassion is sweet, because by putting ourselves in the sufferer’s position, we still experience the pleasure of not being in their pain. Envy, on the other hand, is bitter, for the sight of a happy person only makes us regret that we are not in their place; it seems as if such happiness exempts us from their suffering and takes away from us the blessings they enjoy.
Do you truly wish to awaken and nurture within the heart of a young man the first stirrings of his budding sensibility, and to direct his character towards kindness and benevolence? Do not allow pride, vanity, or envy to take root in him through the deceptive allure of human happiness; do not first expose him to the pomp of courts, the splendor of palaces, or the allure of spectacles; do not lead him into circles or brilliant gatherings. Only after preparing him to appreciate the inner essence of high society should you show him its outward manifestations. To present him with the world before he understands human nature is not to educate him—it is to corrupt him; it is not to instruct him—it is to deceive him.
Men are not naturally kings, nobles, courtiers, or rich; all are born naked and poor, subject to the miseries of life, to sorrow, to suffering, to needs, and to various kinds of pain; ultimately, all are condemned to death. This is what man truly is; this is something from which no mortal can escape. Therefore, begin by studying that aspect of human nature which is most inseparable from it, that which constitutes what it essentially is.
At the age of sixteen, the adolescent already knows what it means to suffer; for he has himself suffered. But he hardly realizes that other beings also suffer; to see suffering without experiencing it is not to truly understand it. And, as I have said a hundred times, since a child cannot imagine what others feel, he is only aware of his own misfortunes. However, when the initial development of his senses kindles the fire of imagination within him, he begins to identify with his fellow beings, to be moved by their complaints, and to share in their pains. It is then that the sad panorama of a suffering humanity evokes in him the first feelings of compassion he has ever experienced.
Un bambino educato, raffinato, civilizzato, che attende soltanto di disporre della forza necessaria per mettere in atto quelle istruzioni premature che ha ricevuto, non si sbaglia mai sul momento in cui tale forza gli viene data. Lontano dall’aspettarla, egli la accelera, stimola precocemente il proprio sviluppo interiore; sa già quale debba essere l’oggetto dei suoi desideri, molto prima di provarli effettivamente. Non è la natura a eccitarlo, ma lui stesso che la costringe ad agire: essa non ha più nulla da insegnargli nel farlo diventare un uomo; egli lo era già nella sua mente, molto tempo prima di esserlo realmente.
Il vero processo dello sviluppo naturale è più graduale e lento. Poco a poco il sangue si infiamma, gli spiriti si formano, il temperamento prende forma. Il saggio artigiano che dirige la sua attività si impegna a perfezionare tutti gli strumenti prima di utilizzarli: un lungo periodo di riflessione precede i primi desideri, una lunga ignoranza ne è la causa; si desidera senza sapere esattamente cosa. Il sangue fermenta e si agita; una sovrabbondanza di vita cerca di espandersi all’esterno. Lo sguardo si anima e osserva gli altri esseri; iniziamo a interessarci a coloro che ci circondano, cominciamo a rendersi conto di non essere fatti per vivere da soli: è così che il cuore si apre alle emozioni umane e diventa capace di provare affetto.
Il primo sentimento che un giovane educato con cura può provare non è l’amore, ma l’amicizia. Il primo atto della sua immaginazione nascente consiste nel rendersi conto di avere dei simili; la specie lo colpisce prima del sesso. Ecco quindi un altro vantaggio dell’innocenza protratta: quello di poter sfruttare la sensibilità appena sviluppata per seminare nel cuore dell’adolescente i primi germogli dell’umanità. Un vantaggio tanto più prezioso in quanto rappresenta l’unica fase della vita in cui gli stessi sforzi possono avere un vero successo.
Ho sempre visto che i giovani corrotti fin da piccoli, abbandonati alle donne e al vizio, sono crudeli e spietati; la passione del loro temperamento li rende impazienti, vendicativi, furiosi; la loro immaginazione, concentrata su un solo oggetto, rifiuta tutto il resto; non conoscono né pietà né misericordia; sarebbero disposti a sacrificare padre, madre e l’intero universo per il minimo dei loro piaceri. Al contrario, un giovane educato in una felice semplicità è spinto dai primi impulsi della natura verso passioni tenere e affettuose: il suo cuore compassionevole si commuove di fronte alle sofferenze dei suoi simili; prova gioia nel rivedere un amico, le sue braccia sanno offrire abbracci dolci, i suoi occhi sanno versare lacrime di commozione; è sensibile alla vergogna di offendere, al rimorso di aver causato dolore. Se la passione di un sangue infuocato lo rende impulsivo e irascibile, subito dopo si manifesta tutta la bontà del suo cuore attraverso il pentimento; piange, geme per il danno che ha causato; sarebbe disposto a sacrificare la propria vita per riparare il male fatto. Tutto il suo impeto si placa, tutta la sua fierezza si umilia di fronte al riconoscimento del proprio errore. Se viene offeso lui stesso, anche nel pieno della sua furia, una scusa o una parola lo placano; perdona gli altri con lo stesso cuore con cui ripara i propri torti. L’adolescenza non è l’epoca della vendetta né dell’odio; è il tempo della compassione, della clemenza, della generosità. Sì, lo affermo senza paura di essere smentito dall’esperienza: un bambino nato onestamente e che ha conservato la propria innocenza fino ai vent’anni è, in quell’età, l’uomo più generoso, migliore, più amorevole e più affabile. Non vi è mai stato detto nulla del genere; lo credo davvero. I vostri filosofi, cresciuti nell’ambiente corrotto degli istituti di formazione, non hanno certo modo di saperlo.
È la debolezza dell’uomo che lo rende socievole; sono le nostre miserie comuni che portano i nostri cuori verso l’umanità: non gli dovremmo nulla se non fossimo esseri umani. Qualsiasi legame è un segno di insufficienza: se ognuno di noi non avesse alcun bisogno degli altri, probabilmente non penserebbe nemmeno a unirsi a loro. Ed è proprio dalla nostra stessa imperfezione che nasce la nostra fragile felicità. Un essere veramente felice è un essere solitario; solo Dio gode di una felicità assoluta. Ma chi di noi ne ha anche solo un’idea? Se qualche essere imperfetto potesse bastare a se stesso, di cosa godrebbe secondo noi? Sarebbe solo, e sarebbe infelice. Non riesco a immaginare che colui che non ha bisogno di nulla possa amare qualcosa; non riesco a immaginare che colui che non ama nulla possa essere felice.
Da ciò deriva che ci attacciamo ai nostri simili meno per il sentimento dei loro piaceri che per quello delle loro sofferenze; infatti in queste ultime vediamo molto più chiaramente l’identità della nostra natura e i motivi del loro affetto per noi. Se i nostri bisogni comuni ci uniscono per interesse, le nostre miserie comuni ci uniscono per affetto. L’aspetto di una persona felice ispira negli altri meno amore che invidia; si sarebbe disposti a accusarla di usurpare un diritto che non possiede, godendo di una felicità esclusiva; e l’orgoglio soffre ancora di più nel farci sentire che tale persona non ha alcun bisogno di noi. Ma chi non si compiange il malheurevole che vede soffrire? Chi non vorrebbe liberarlo dai suoi mali, se ciò richiedesse soltanto un desiderio? L’immaginazione ci mette nel posto del misero, piuttosto che in quello dell’uomo felice; si sente che uno di questi stati ci tocca più da vicino dell’altro. La pietà è dolce, perché mettendoci al posto di chi soffre, proviamo comunque il piacere di non soffrire come lui. L’invidia è amara, poiché l’aspetto di una persona felice, invece di far sentire all’invidioso di trovarsi nella sua stessa situazione, gli fa provare rimpianto per non esserci. Sembra che uno di questi stati ci esenti dai mali che soffre, mentre l’altro ci privi dei beni di cui gode.
Volete dunque suscitare e nutrire nel cuore di un giovane gli primi germi della sensibilità che sta nascendo, e orientare il suo carattere verso la benevolenza e la bontà? Non fate sì che in lui nascano l’orgoglio, la vanità, l’invidia attraverso l’illusoria immagine della felicità umana; non mostrategli prima di tutto lo sfarzo delle corti, il lusso dei palazzi, l’attrattiva degli spettacoli; non portatelo nei circoli, nelle brillanti assemblee. Mostrategli soltanto l’esterno della grande società dopo averlo reso in grado di comprenderla nel suo vero significato. Mostrargli il mondo prima che conosca le persone non significa educarlo, ma corromperlo; non significa istruirlo, ma ingannarlo.
Gli uomini, per natura, non sono né re, né nobili, né cortigiani, né ricchi; tutti nascono nudi e poveri, tutti sono soggetti alle miserie della vita, ai dolori, ai mali, ai bisogni e a ogni sorta di sofferenze; infine, tutti sono condannati alla morte. Questo è ciò che realmente costituisce l’uomo; nessun essere umano ne è esente. Pertanto, iniziate studiando della natura umana ciò che le è più strettamente legato, ciò che la caratterizza essenzialmente.
A sedici anni, l’adolescente sa già cosa significhi soffrire; infatti ha sofferto lui stesso; ma appena comincia a rendersi conto che anche altri esseri soffrono; vederli soffrire senza sentirne personalmente la pena non significa davvero comprenderne il dolore. E, come ho detto centinaia di volte, un bambino, che non riesce nemmeno a immaginare ciò che provano gli altri, conosce dei mali soltanto quelli propri. Ma quando lo sviluppo dei sensi accende in lui il fuoco dell’immaginazione, comincia a identificarsi nei suoi simili, a commuoversi per le loro sofferenze e a provare dolore per i loro mali. È allora che il triste spettacolo dell’umanità sofferente suscita in lui la prima forma di compassione che abbia mai provato.
Si ce moment n’est pas facile à remarquer dans vos enfants, à qui vous en prenez-vous ? Vous les instruisez de si bonne heure à jouer le sentiment, vous leur en apprenez sitôt le langage, que parlant toujours sur le même ton, ils tournent vos leçons contre vous-même, et ne vous laissent nul moyen de distinguer quand, cessant de mentir, ils commencent à sentir ce qu’ils disent. Mais voyez mon Émile ; à l’âge où je l’ai conduit il n’a ni senti ni menti. Avant de savoir ce que c’est qu’aimer, il n’a dit à personne, Je vous aime bien ; on ne lui a point prescrit la contenance qu’il devait prendre en entrant dans la chambre de son père, de sa mère, ou de son gouverneur malade ; on ne lui a point montré l’art d’affecter la tristesse qu’il n’avait pas. Il n’a feint de pleurer sur la mort de personne ; car il ne sait ce que c’est que mourir. La même insensibilité qu’il a dans le coeur est aussi dans ses manières. Indifférent à tout, hors à lui-même, comme tous les autres enfants, il ne prend intérêt à personne ; tout ce qui le distingue est qu’il ne veut point paraître en prendre, et qu’il n’est pas faux comme eux.
Émile, ayant peu réfléchi sur les êtres sensibles, saura tard ce que c’est que souffrir et mourir. Les plaintes et les cris commenceront d’agiter ses entrailles ; l’aspect du sang qui coule lui fera détourner les yeux ; les convulsions d’un animal expirant lui donneront je ne sais quelle angoisse avant qu’il sache d’où lui viennent ces nouveaux mouvements. S’il était resté stupide et barbare, il ne les aurait pas ; s’il était plus instruit, il en connaîtrait la source : il a déjà trop comparé d’idées pour ne rien sentir, et pas assez pour concevoir ce qu’il sent.
Ainsi naît la pitié, premier sentiment relatif qui touche le coeur humain selon l’ordre de la nature. Pour devenir sensible et pitoyable, il faut que l’enfant sache qu’il y des êtres semblables à lui qui souffrent ce qu’il a souffert, qui sentent les douleurs qu’il a senties, et d’autres dont il doit avoir l’idée, comme pouvant les sentir aussi. En effet, comment nous laissons-nous émouvoir à la pitié, si ce n’est en nous transportant hors de nous et nous identifiant avec l’animal souffrant, en quittant, pour ainsi dire, notre être pour prendre le sien ? Nous ne souffrons qu’autant que nous jugeons qu’il souffre ; ce n’est pas dans nous, c’est dans lui que nous souffrons. Ainsi nul ne devient sensible que quand son imagination s’anime et commence à le transporter hors de lui.
Pour exciter et nourrir cette sensibilité naissante, pour la guider ou la suivre dans sa pente naturelle, qu’avons-nous donc à faire, si ce n’est d’offrir au jeune homme des objets sur lesquels puisse agir la force expansive de son coeur, qui le dilatent, qui l’étendent sur les autres êtres, qui le fassent partout retrouver hors de lui ; d’écarter avec soin ceux qui le resserrent, le concentrent, et tendent le ressort du moi humain ; c’est-à-dire, en d’autres termes, d’exciter en lui la bonté, l’humanité, la commisération, la bienfaisance, toutes les passions attirantes et douces qui plaisent naturellement aux hommes, et d’empêcher de naître l’envie, la convoitise, la haine, toutes les passions repoussantes et cruelles, qui rendent, pour ainsi dire, la sensibilité non seulement nulle, mais négative, et font le tourment de celui qui les éprouve ?
Je crois pouvoir résumer toutes les réflexions précédentes en deux ou trois maximes précises, claires et faciles à saisir.
PREMIÈRE MAXIME
Il n’est pas dans le coeur humain de se mettre à la place des gens qui sont plus heureux que nous, mais seulement de ceux qui sont plus à plaindre.
Si l’on trouve des exceptions à cette maxime, elles sont plus apparentes que réelles. Ainsi l’on ne met pas à la place du riche ou du grand auquel on s’attache ; même en s’attachant sincèrement, on ne fait que s’approprier une partie de son bien-être. Quelquefois on l’aime dans ses malheurs ; mais, tant qu’il prospère, il n’a de véritable ami que celui qui n’est pas la dupe des apparences, et qui le plaint plus qu’il ne l’envie, malgré sa prospérité.
On est touché du bonheur de certains états, par exemple de la vie champêtre et pastorale. Le charme de voir ces bonnes gens heureux n’est point empoisonné par l’envie ; on s’intéresse à eux véritablement. Pourquoi cela ? Parce qu’on se sent maître de descendre à cet état de paix et d’innocence, et de jouir de la même félicité ; c’est un pis-aller qui ne donne que des idées agréables, attendu qu’il suffit d’en vouloir jouir pour le pouvoir. Il y a toujours du plaisir à voir ses ressources, à contempler son propre bien, même quand on n’en veut pas user.
Il suit de là que, pour porter un jeune homme à l’humanité, loin de lui faire admirer le sort brillant des autres, il faut le lui montrer par les côtés tristes ; il faut le lui faire craindre. Alors, par une conséquence évidente, il doit se frayer une route au bonheur, qui ne soit sur les traces de personne.
DEUXIÈME MAXIME
On ne plaint jamais dans autrui que les maux dont on ne se croit pas exempt soi-même.
« Non ignara mali, miseris succurrere disco. »
Je ne connais rien de si beau, de si profond, de si touchant, de si vrai, que ce vers-là.
Pourquoi les rois sont-ils sans pitié pour leurs sujets ? C’est qu’ils comptent de n’être jamais hommes. Pourquoi les riches sont-ils si durs pour les pauvres ? C’est qu’ils n’ont pas peur de le devenir. Pourquoi la noblesse a-t-elle un si grand mépris pour le peuple ? C’est qu’un noble ne sera jamais roturier. Pourquoi les Turcs sont-ils généralement plus humains, plus hospitaliers que nous ? C’est que, dans leur gouvernement tout à fait arbitraire, la grandeur et la fortune des particuliers étant toujours précaires et chancelantes, ils ne regardent point l’abaissement et la misère comme un état étranger à eux[392] ; chacun peut être demain ce qu’est aujourd’hui celui qu’il assiste. Cette réflexion, qui revient sans cesse dans les romans orientaux, donne à leur lecture je ne sais quoi d’attendrissant que n’a point tout l’apprêt de notre sèche morale.
N’accoutumez donc pas votre élève à regarder du haut de sa gloire les peines des infortunés, les travaux des misérables ; et n’espérez pas lui apprendre à les plaindre, s’il les considère comme lui étant étrangers. Faites-lui bien comprendre que le sort de ces malheureux peut être le sien, que tous leurs maux sont sous ses pieds, que mille événements imprévus et inévitables peuvent l’y plonger d’un moment à l’autre. Apprenez-lui à ne compter ni sur la naissance, ni sur la santé, ni sur les richesses ; montrez-lui toutes les vicissitudes de la fortune ; cherchez-lui les exemples toujours trop fréquents de gens qui, d’un état plus élevé que le sien, sont tombés au-dessous de celui de ces malheureux ; que ce soit par leur faute ou non, ce n’est pas maintenant de quoi il est question ; sait-il seulement ce que c’est que faute ? N’empiétez jamais sur l’ordre de ses connaissances, et ne l’éclairez que par les lumières qui sont à sa portée : il n’a pas besoin d’être fort savant pour sentir que toute la prudence humaine ne peut lui répondre si dans une heure il sera vivant ou mourant ; si les douleurs de la néphrétique ne lui feront point grincer les dents avant la nuit ; si dans un mois il sera riche ou pauvre, si dans un an peut-être il ne ramera point sous le nerf de boeuf dans les galères d’Alger. Surtout n’allez pas lui dire tout cela froidement comme son catéchisme ; qu’il voie, qu’il sente les calamités humaines : ébranlez, effrayez son imagination des périls dont tout homme est sans cesse environné ; qu’il voie autour de lui tous ces abîmes, et qu’à vous les entendre décrire, il se presse contre vous de peur d’y tomber. Nous le rendrons timide et poltron, direz-vous. Nous verrons dans la suite ; mais quant à présent, commençons par le rendre humain ; voilà surtout ce qui nous importe.
TROISIÈME MAXIME
La pitié qu’on a du mal d’autrui ne se mesure pas sur la quantité de ce mal, mais sur le sentiment qu’on prête à ceux qui le souffrent.
If it is not easy to notice this in your children, then whom can you blame? You teach them so early on to pretend to feel certain emotions; you teach them the language of deception at such a young age, that because they always speak in the same tone, they turn these lessons against you themselves, leaving you with no way to tell when they stop lying and begin to truly feel what they say. But look at my Émile: at the age I brought him up, he neither felt nor lied. Before he even understood what love was, he never said to anyone, “I like you very much.” No one instructed him on how to behave when entering his parents’ or tutor’s sickroom; no one taught him the art of feigning sadness—something he did not possess in reality. He never pretended to mourn over anyone’s death, because he did not even know what it meant to die. The same indifference that exists in his heart is also reflected in his behavior. Indifferent to everything but himself, just like all other children, he shows no interest in others. What distinguishes him is that he does not try to pretend to care, and he is not deceitful like them.
Émile, having given little thought to sentient beings, will only come to understand what it means to suffer and die much later. Laments and cries will begin to stir his emotions; the sight of blood flowing will make him turn away his gaze; the convulsions of an animal in its final moments will fill him with unease before he even realizes the cause of these reactions. If he had remained ignorant and barbaric, he would not have experienced such things; if he were more knowledgeable, he would understand their origins. He has already made too many comparisons between different ideas to remain indifferent, yet not enough to truly comprehend what he is feeling.
Thus arises compassion—the first relative emotion that touches the human heart, according to the order of nature. For a child to become capable of feeling compassion and empathy, it is necessary for him to understand that there are other beings like himself who suffer what he has suffered, who feel the same pains he has felt; moreover, he must also conceive that these other beings might be able to experience those same feelings as well. Indeed, how could we ever be moved by compassion if it were not because our minds are transported out of ourselves and identify with the suffering animal, in a sense leaving our own existence behind to embrace its? We only suffer to the extent that we believe it is suffering; it is not within us that we suffer, but within it. Hence, no one becomes capable of feeling compassion until their imagination begins to carry them beyond themselves.
To stimulate and nurture this nascent sensitivity, to guide it or allow it to follow its natural course—what else do we need to do, but to provide the young man with objects upon which the expansive force of his heart can act? Objects that will enlarge his heart, extend it towards other beings, and enable him to find these qualities within himself. We must also carefully avoid those things that narrow or concentrate his mind, tightening the springs of the human ego. In other words, we should encourage in him kindness, humanity, compassion, and generosity—those gentle and attractive passions that naturally please humans—and prevent the emergence of envy, greed, and hatred—those repulsive and cruel sentiments that render sensitivity not only useless but even destructive, causing great suffering to those who experience them.
I believe I can summarize all the preceding reflections in two or three precise, clear, and easy-to-understand maxims.
FIRST PRINCIPLE
It is not within human nature to try to put ourselves in the shoes of people who are happier than us; rather, it is only those who are more worthy of pity that we consider from this perspective.
If any exceptions to this maxim exist, they are more apparent than real. Thus, one does not truly replace oneself with the rich or the powerful person to whom one attaches oneself; even if one does so sincerely, one is merely appropriating a portion of their well-being. Sometimes one loves such people in their misfortunes; but as long as they prosper, their true friend is only those who are not deceived by appearances and who feel more pity for them than envy, despite their success.
One is moved by the happiness of certain ways of living, such as those in rural and pastoral settings. The charm of seeing these good people happy is not tainted by envy; one truly takes an interest in them. Why is that? Because one feels capable of descending into that state of peace and innocence and enjoying the same felicity oneself; it is a step backward that only brings pleasant thoughts, for all one needs to do is desire to enjoy it in order to be able to do so. There is always pleasure in contemplating one’s own resources and wealth, even when one has no intention of making use of them.
It follows therefore that, in order to lead a young man towards humanity, far from making him admire the brilliant fortunes of others, it is necessary to show him those aspects that are sad; it is necessary to make him fear them. Consequently, and as a logical outcome thereof, he must forge his own path to happiness, one that does not follow in the footsteps of anyone else.
SECOND MAXIM
One never complains in others about those evils from which one believes oneself to be exempt.
“Not ignorant of evil, I seek to assist those in misery.”
I know nothing that is so beautiful, so profound, so moving, so true as that line of poetry.
Why are kings so merciless toward their subjects? It is because they never intend to be considered ordinary men. Why are the rich so cruel towards the poor? It is because they have no fear of becoming poor themselves. Why does the nobility hold such contempt for the common people? It is because a noble will never become a commoner. Why are the Turks, in general, more humane and hospitable than we are? It is because, under their completely arbitrary form of government, where the wealth and status of individuals are always precarious and unstable, they do not regard poverty and misery as something foreign to themselves[392]; anyone could become tomorrow what those they see today are. This constant reflection in Eastern novels gives their readings a certain tenderness that our dry moralities lack entirely.
Therefore, do not accustom your student to looking down upon the sufferings of the unfortunate and the labors of the miserable from the heights of his own glory; nor expect to teach him to feel compassion for them if he regards them as strangers to himself. Make him understand clearly that the fate of these unfortunate people could be his own, that all their misfortunes lie within his reach, and that countless unexpected and inevitable events could plunge him into the same situation at any moment. Teach him not to rely on birth, health, or wealth; show him all the vicissitudes of fortune; point out to him the all-too-frequent examples of people who, from a position higher than his own, have ended up below those unfortunate souls—whether through their own fault or not is not the question now; does he even know what it means to be at fault? Never interfere with the order of his knowledge; enlighten him only with those lights that are within his grasp. He does not need to be highly learned to realize that all human prudence cannot guarantee whether he will live or die in an hour, whether the pains of nephritis will make him grind his teeth before nightfall, whether he will be rich or poor in a month, or perhaps end up rowing under the oar of a bull in the galeras of Algiers. Above all, do not present this information to him in a cold, didactic manner; let him see and feel the calamities of humanity firsthand—shake and frighten his imagination with the dangers that surround every man at all times; let him see these abysses all around him, and as you describe them to him, let him cling to you out of fear of falling into them. You may say that this will make him timid and cowardly. We shall see in the future; but for now, our goal is above all to make him human.
THIRD MAXIM
The compassion we feel for the suffering of others is not measured by the extent of that suffering, but by the feelings we attribute to those who are experiencing it.
Se questo momento non è facile da notare nei vostri figli, a chi ne date la colpa? Li insegnate fin da piccoli ad esprimere sentimenti, imparate loro subito il linguaggio delle emozioni; e poiché parlano sempre con lo stesso tono, trasformano le vostre lezioni contro di voi stessi, impedendovi di capire quando, smettendo di mentire, iniziano davvero a provare ciò che dicono. Ma guardate mio figlio Émile: all’età in cui l’ho educato, non aveva né sentimenti né capacità di mentire. Prima ancora di sapere cosa significasse amare, non aveva mai detto a nessuno “Vi voglio bene”; non gli era stato insegnato come comportarsi entrando nella stanza di suo padre, di sua madre o del suo precettore malato; non gli era stata mostrata l’arte di fingere tristezza, poiché non la provava davvero. Non aveva mai finto di piangere per la morte di nessuno, perché non sapeva nemmeno cosa significasse morire. La stessa indifferenza che mostra nel suo cuore si riflette anche nei suoi modi: indifferente a tutto, tranne che a se stesso – come tutti gli altri bambini – non prova interesse per nessuno. L’unica differenza è che lui non cerca affatto di nasconderlo, e non mente come fanno loro.
Émile, avendo poco riflettuto sugli esseri sensibili, scoprirà troppo tardi cosa significhi soffrire e morire. Le lamentele e i gridi cominceranno a scuotere le sue viscere; la vista del sangue che scorre lo farà distogliere lo sguardo; le convulsioni di un animale morente gli procureranno una sorta di angoscia, prima ancora che capisca da dove derivino questi nuovi movimenti. Se fosse rimasto stupido e barbaro, non li avrebbe provati; se fosse stato più istruito, ne avrebbe conosciuto la causa: ha già confrontato troppe idee per non percepire nulla, ma non abbastanza per comprendere ciò che prova.
Ecco così che nasce la pietà, il primo sentimento relativo che tocca il cuore umano secondo l’ordine della natura. Affinché diventi effettivamente sensibile e susciti compassione, è necessario che il bambino comprenda che esistono esseri simili a lui che soffrono ciò che ha sofferto lui, che provano le stesse dolori; inoltre, deve avere l’idea che anche altri possano provare gli stessi sentimenti. Infatti, come possiamo essere commossi dalla pietà, se non immaginando di uscire da noi stessi e di identificarci con l’animale sofferente, lasciando, per così dire, il nostro essere per assumere il suo? Soffriamo soltanto quando riteniamo che un altro stia soffrendo; non è in noi, ma in lui che proviamo dolore. Pertanto, nessuno diventa effettivamente sensibile se la sua immaginazione non si anima e non inizia a trasportarlo al di fuori di sé stesso.
Per stimolare e nutrire questa sensibilità nascente, per guidarla o lasciarla seguire la sua naturale inclinazione, cosa dobbiamo fare, se non offrire al giovane oggetti su cui possa esercitare la forza espansiva del proprio cuore: oggetti che lo dilatino, che lo estendano verso gli altri esseri, che gli permettano di ritrovare, al di fuori di sé stesso, ciò che cerca; e che, al contempo, eliminiamo con cura tutto ciò che potrebbe restringerlo, concentrarlo, e accentuare la tensione del “io” umano? In altre parole: dobbiamo stimolare in lui la bontà, l’umanità, la compassione, la benevolenza, tutte quelle passioni dolci e attraenti che naturalmente piacciono agli uomini; e dobbiamo impedire che nascano invidia, avidità, odio, tutte quelle passioni repellenti e crudeli che rendono la sensibilità non solo inutile, ma addirittura negativa, causando sofferenza a chi le prova.
Credo di poter riassumere tutte le riflessioni precedenti in due o tre massime precise, chiare e facilmente comprensibili.
PRIMA MASSIMA
Non è insito nel cuore umano il desiderio di mettersi nei panni delle persone più fortunate di noi, ma soltanto di quelle che meritano più compassione.
Se si trovano eccezioni a questa massima, queste sono più apparenti che reali. Non si sostituisce dunque il ricco o il potente a cui ci si attacca; anche se lo si fa con sincerità, non si fa altro che appropriarsi di una parte del suo benessere. A volte lo si ama nei suoi mali; ma finché prospera, l’unico vero amico che ha è colui che non è ingannato dalle apparenze e che lo compiange più di quanto lo invidi, nonostante la sua fortuna.
Si è commossi dalla felicità di alcuni stati di vita, ad esempio quello rurale e pastorale. Il fascino di vedere queste persone buone e felici non viene contaminato dall’invidia; ci si interessa sinceramente a loro. Perché? Perché ci sentiamo in grado di scendere in quel stato di pace e innocenza e di godere della stessa felicità; si tratta di un passo indietro che porta soltanto a idee piacevoli, poiché basta volerle sperimentare per poterle realizzare. C’è sempre del piacere nel vedere le proprie risorse, nel contemplare il proprio bene, anche quando non si ha intenzione di farne uso.
Da ciò deriva che, per condurre un giovane verso l’umanità, invece di fargli ammirare la brillante sorte degli altri, è necessario mostrargli i suoi aspetti tristi e farlo temere. Di conseguenza, egli dovrà percorrere da solo una strada verso la felicità, che non segua le orme di nessuno.
SECONDA MASSIMA
Non si lamenta mai negli altri dei mali di cui non si ritiene di essere esenti oneself.
“Non ignorare i mali; è questo il mio compito: aiutare i miseri.”
Non conosco nulla di così bello, così profondo, così commovente, così vero come quel verso.
Perché i re sono senza pietà nei confronti dei loro sudditi? Perché considerano di non dover mai diventare esseri umani. Perché i ricchi sono così crudeli verso i poveri? Perché non temono di diventarli a loro volta. Perché la nobiltà disprezza tanto il popolo? Perché un nobile non diventerà mai una persona comune. Perché i Turchi sono generalmente più umani e ospitalieri di noi? Perché, nel loro governo totalmente arbitrario, la grandezza e la ricchezza delle persone sono sempre precarie e instabili; quindi non considerano l’umiliazione e la povertà come qualcosa che li riguardi poco o nulla[392]. Ognuno potrebbe domani trovarsi nella stessa condizione di chi oggi assiste alle loro sofferenze. Questa riflessione, che ricorre costantemente nei romanzi orientali, conferisce alla loro lettura un fascino particolare, che la nostra morale rigida e asciutta non possiede affatto.
Non abituate quindi il vostro allievo a guardare con disprezzo le sofferenze degli sfortunati e i lavori dei miseri, né sperate di insegnargli a compiangerli se li considera estranei a sé stesso. Fategli comprendere chiaramente che il destino di questi infelici può essere anche il suo, che tutti i loro mali sono a portata di mano, e che mille eventi imprevisti e inevitabili possono farlo cadere in quella stessa condizione da un momento all’altro. Insegnategli a non contare né sulla nascita, né sulla salute, né sulle ricchezze; mostrategli tutte le incertezze della fortuna; fategli conoscere quegli esempi troppo frequenti di persone che, partendo da una condizione più elevata della sua, sono finite al di sotto di quella degli sfortunati; che sia per colpa loro o meno, questo non è il momento di discuterne; sa forse lui stesso cosa significhi commettere un errore? Non sovrapponetevi mai all’ordine delle sue conoscenze, e illuminatelo soltanto con quelle luci che siano alla sua portata: non ha bisogno di essere molto erudito per rendersi conto che tutta la prudenza umana non può garantirgli se tra un’ora sarà vivo o morto, se i dolori della malattia non gli faranno stringere i denti prima di notte, se tra un mese sarà ricco o povero, o forse tra un anno non finirà nelle galere di Algeri. Soprattutto, non ditegli tutto questo in modo freddo e meccanico, come fareste con il catechismo; lasciate che veda e senta personalmente le calamità umane: scuotete e spaventate la sua immaginazione di fronte ai pericoli che circondano ogni uomo; fate sì che veda intorno a sé tutti questi abissi, e che, ascoltandovi descriverli, si aggrappi a voi per paura di cadervi dentro. Direte che così lo renderemo timido e codardo. Vedremo in seguito; ma per ora, l’importante è rendere umano il nostro allievo: questo è ciò che davvero conta.
TERZA MASSIMA
La compassione che si prova per il dolore altrui non si misura in base alla gravità di tale dolore, ma in base al sentimento che si attribuisce alle persone che lo soffrono.
On ne plaint un malheureux qu’autant qu’on croit qu’il se trouve à plaindre. Le sentiment physique de nos maux est plus borné qu’il ne semble ; mais c’est par la mémoire qui nous en fait sentir la continuité, c’est par l’imagination qui les étend sur l’avenir, qu’ils nous rendent vraiment à plaindre. Voilà, je pense, une des causes qui nous endurcissent plus aux maux des animaux qu’à ceux des hommes, quoique la sensibilité commune dût également nous identifier avec eux. On ne plaint guère un cheval de charretier dans son écurie, parce qu’on ne présume pas qu’en mangeant son foin il songe aux coups qu’il a reçus et aux fatigues qui l’attendent. On ne plaint pas non plus un mouton qu’on voit paître, quoiqu’on sache qu’il sera bientôt égorgé, parce qu’on juge qu’il ne prévoit pas son sort. Par extension l’on s’endurcit ainsi sur le sort des hommes ; et les riches se consolent du mal qu’ils font aux pauvres, en les supposant assez stupides pour n’en rien sentir. En général je juge du prix que chacun met au bonheur de ses semblables par le cas qu’il paraît faire d’eux. Il est naturel qu’on fasse bon marché du bonheur des gens qu’on méprise. Ne vous étonnez donc plus si les politiques parlent du peuple avec tant de dédain, ni si la plupart des philosophes affectent de faire l’homme si méchant.
C’est le peuple qui compose le genre humain ; ce qui n’est pas peuple est si peu de chose que ce n’est pas la peine de le compter. L’homme est le même dans tous les états : si cela est, les états les plus nombreux méritent le plus de respect. Devant celui qui pense, toutes les distinctions civiles disparaissent : il voit les mêmes passions, les mêmes sentiments dans le goujat et dans l’homme illustre ; il n’y discerne que leur langage, qu’un coloris plus ou moins apprêté ; et si quelque différence essentielle les distingue, elle est au préjudice des plus dissimulés. Le peuple se montre tel qu’il est, et n’est pas aimable : mais il faut bien que les gens du monde se déguisent ; s’ils se montraient tels qu’ils sont, ils feraient horreur.
Il y a, disent encore nos sages, même dose de bonheur et de peine dans tous les états. Maxime aussi funeste qu’insoutenable : car, si tous sont également heureux, qu’ai-je besoin de m’incommoder pour personne ? Que chacun reste comme il est : que l’esclave soit maltraité, que l’infirme souffre, que le gueux périsse ; il n’y a rien à gagner pour eux à changer d’état. Ils font l’énumération des peines du riche, et montrent l’inanité de ses vains plaisirs : quel grossier sophisme ! les peines du riche ne lui viennent point de son état, mais de lui seul, qui en abuse. Fût-il plus malheureux que le pauvre même, il n’est point à plaindre, parce que ses maux sont tous son ouvrage, et qu’il ne tient qu’à lui d’être heureux. Mais la peine du misérable lui vient des choses, de la rigueur du sort qui s’appesantit sur lui. Il n’y a point d’habitude qui lui puisse ôter le sentiment physique de la fatigue, de l’épuisement, de la faim : le bon esprit ni la sagesse ne servent de rien pour l’exempter des maux de son état. Que gagne Épictète de prévoir que son maître va lui casser la jambe ? la lui casse-t-il moins pour cela ? il a par-dessus son mal le mal de la prévoyance. Quand le peuple serait aussi sensé que nous le supposons stupide, que pourrait-il être autre que ce qu’il est ? que pourrait-il faire autre que ce qu’il fait ? Étudiez les gens de cet ordre, vous verrez que, sous un autre langage, ils ont autant d’esprit et plus de bon sens que vous. Respectez donc votre espèce ; songez qu’elle est composée essentiellement de la collection des peuples ; que, quand tous les rois et tous les philosophes en seraient ôtés, il n’y paraîtrait guère, et que les choses n’en iraient pas plus mal. En un mot, apprenez à votre élève à aimer tous les hommes, et même ceux qui les déprisent ; faites en sorte qu’il ne se place dans aucune classe, mais qu’il se retrouve dans toutes ; parlez devant lui du genre humain avec attendrissement, avec pitié même, mais jamais avec mépris. Homme, ne déshonore point l’homme.
C’est par ces routes et d’autres semblables, bien contraires à celles qui sont frayées, qu’il convient de pénétrer dans le coeur d’un jeune adolescent pour y exciter les premiers mouvements de la nature, le développer et l’étendre sur ses semblables ; à quoi j’ajoute qu’il importe de mêler à ces mouvements le moins d’intérêt personnel qu’il est possible ; surtout point de vanité, point d’émulation, point de gloire, point de ces sentiments qui nous forcent de nous comparer aux autres ; car ces comparaisons ne se font jamais sans quelque impression de haine contre ceux qui nous disputent la préférence, ne fût-ce que dans notre propre estime. Alors il faut s’aveugler ou s’irriter, être un méchant ou un sot : tâchons d’éviter cette alternative. Ces passions si dangereuses naîtront tôt ou tard, me dit-on, malgré nous. Je ne le nie pas : chaque chose a son temps et son lieu ; je dis seulement qu’on ne doit pas leur aider à naître.
Voilà l’esprit de la méthode qu’il faut se prescrire. Ici les exemples et les détails sont inutiles, parce qu’ici commence la division presque infinie des caractères, et que chaque exemple que je donnerais ne conviendrait pas peut-être à un sur cent mille. C’est à cet âge aussi que commence, dans l’habile maître, la véritable fonction de l’observateur et du philosophe, qui sait l’art de sonder les coeurs en travaillant à les former. Tandis que le jeune homme ne songe point encore à se contrefaire, et ne l’a point encore appris, à chaque objet qu’on lui présente on voit dans son air, dans ses yeux, dans son geste, l’impression qu’il en reçoit : on lit sur son visage tous les mouvements de son âme ; à force de les épier, on parvient à les prévoir, et enfin à les diriger.
On remarque en général que le sang, les blessures, les cris, les gémissements, l’appareil des opérations douloureuses, et tout ce qui porte aux sens des objets de souffrance, saisit plus tôt et plus généralement tous les hommes. L’idée de destruction, étant plus composée, ne frappe pas de même ; l’image de la mort touche plus tard et plus faiblement, parce que nul n’a par divers soi l’expérience de mourir : il faut avoir vu des cadavres pour sentir les angoisses des agonisants. Mais quand une fois cette image s’est bien formée dans notre esprit, il n’y a point de spectacle plus horrible à nos yeux, soit à cause de l’idée de destruction totale qu’elle donne alors par les sens, soit parce que, sachant que ce moment est inévitable pour tous les hommes, on se sent plus vivement affecté d’une situation à laquelle on est sûr de ne pouvoir échapper.
Ces impressions diverses ont leurs modifications et leurs degrés, qui dépendent du caractère particulier de chaque individu et de ses habitudes antérieures ; mais elles sont universelles, et nul n’en est tout à fait exempt. Il en est de plus tardives et de moins générales, qui sont plus propres aux âmes sensibles ; ce sont celles qu’on reçoit des peines morales, des douleurs internes, des afflictions, des langueurs, de la tristesse. Il y a des gens qui ne savent être émus que par des cris et des pleurs ; les longs et sourds gémissements d’un coeur serré de détresse ne leur ont jamais arraché des soupirs ; jamais l’aspect d’une contenance abattue, d’un visage hâve et plombé, d’un oeil éteint et qui ne peut plus pleurer, ne les fit pleurer eux-mêmes, les maux de l’âme ne sont rien pour eux : ils sont jugés, la leur ne sent rien ; n’attendez d’eux que rigueur inflexible, endurcissement, cruauté. Ils pourront être intègres et justes, jamais cléments, généreux, pitoyables. Je dis qu’ils pourront être justes, si toutefois un homme peut l’être quand il n’est pas miséricordieux.
Mais ne vous pressez pas de juger les jeunes gens par cette règle, surtout ceux qui, ayant été élevés comme ils doivent l’être, n’ont aucune idée des peines morales qu’on ne leur a jamais fait éprouver, car, encore une fois, ils ne peuvent plaindre que les maux qu’ils connaissent ; et cette apparente insensibilité, qui ne vient que de l’ignorance, se change bientôt en attendrissement, quand ils commencent à sentir qu’il y a dans la vie humaine mille douleurs qu’ils ne connaissaient pas. Pour mon Émile, s’il a eu de la simplicité et du bon sens dans son enfance, je suis bien sûr qu’il aura de l’âme et de la sensibilité dans sa jeunesse ; car la vérité des sentiments tient beaucoup à la justesse des idées.
We only pity a unfortunate person to the extent that we believe they truly deserve our sympathy. The physical sensation of our own suffering is often more limited than it appears; it is through memory that we become aware of its continuity, and through imagination that we extend those sufferings into the future—these factors are what truly make them worthy of pity. I believe this is one of the reasons why we find it easier to endure the misfortunes of animals than those of humans, even though our shared sensibility should make us empathize with both. We rarely feel sorry for a cart horse in its stable, because we assume it does not remember the blows it has received or the hardships that await it; nor do we pity a sheep grazing in the field, even knowing it will soon be slaughtered, because we imagine it is unaware of its fate. By extension, we become callous to the suffering of human beings as well; the wealthy console themselves for the harm they cause to the poor by assuming those poor are too stupid to feel anything. In general, I judge how much value people place on the happiness of their fellow humans by the way they treat them. It is only natural to dismiss the happiness of those we despise. Therefore, do not be surprised if politicians speak of the common people with such disdain, nor if most philosophers pretend to view human nature as inherently wicked.
It is the people who constitute the human race; what is not part of the people is so insignificant that it is not even worth considering. Man remains the same in all his states of being: if this is true, then the most numerous and widespread forms of existence deserve the greatest respect. In the presence of one who thinks critically, all civil distinctions vanish—such a person sees the same passions and feelings in both the commoner and the illustrious; what distinguishes them is merely their language, or the degree to which their expressions are refined or crude. And if there were any essential differences between them, these would be to the disadvantage of those who are most concealed in their true nature. The people reveal themselves as they truly are—and they are not necessarily likable. But it is inevitable that those living in society must disguise themselves; if they showed themselves as they really are, they would inspire horror.
Our sages also say that there is an equal amount of happiness and suffering in all states of existence. What a fatal and unbearable maxim! For if everyone were equally happy, why should I go to the trouble of helping anyone? Let each one remain as they are: let the slave be mistreated, the sick suffer, the beggar perish; changing their state would bring them no advantage at all. They list the sufferings of the rich and point out the futility of their vain pleasures—what a crude sophism! The rich’s troubles do not stem from their social status, but from themselves, who abuse it. Even if they were more miserable than the poor, they are not worthy of pity, for their misfortunes are all of their own making, and it is entirely up to them to be happy. But the suffering of the wretched comes from external forces, from the harshness of fate that weighs upon them. No habit can eradicate the physical sensations of fatigue, exhaustion, or hunger; neither a good mind nor wisdom can free them from the evils of their condition. What does Epictetus gain from anticipating that his master will break his leg? Does that make it any less likely to happen? In addition to his own suffering, he now suffers from the anticipation of it. Even if the common people were as sensible as we suppose they are foolish, what could they be other than what they are? What could they do other than what they do? Study such people, and you will find that, in different words, they possess just as much intelligence and good sense as you do. Therefore, respect your own kind; remember that it is essentially composed of various peoples, and that the absence of all kings and philosophers would hardly make any difference, nor would things be worse off. In short, teach your students to love all men—even those who despise them—and to consider themselves part of every class. Speak of humanity before them with compassion and even pity, but never with contempt. Man, do not dishonor man.
It is through such paths—and others similar to them, which are quite the opposite of those that are commonly trodden—that one must penetrate into the -heart of a young adolescent in order to awaken within him the first stirrings of nature, to nurture and expand these impulses toward his peers. Moreover, it is essential to mix as little personal interest as possible into these endeavors; above all, no vanity, no emulation, no desire for glory—no feelings that compel us to compare ourselves with others. For such comparisons always carry with them some degree of hatred toward those who compete with us for favor, even if it is merely in our own estimation. To indulge in such sentiments means either to become cruel or foolish; let us strive to avoid this dilemma. These deadly passions, it is said, will arise sooner or later regardless of our efforts. I do not deny it: everything has its time and place; I merely assert that we must not give them any encouragement to manifest themselves.
This is the essence of the method one must adopt. Here, examples and details are useless, for it is at this point that the nearly infinite division of characteristics begins, and any example I might give might not apply to even one in a hundred thousand cases. It is also at this age that, in the skilled teacher, the true function of the observer and philosopher begins—to know the art of examining hearts while working to shape them. While the young man has yet no thought of deceiving others, nor has he learned how to do so, for every object presented to him, one can see in his expression, in his eyes, in his gestures, the impression it makes on him; one can read all the movements of his soul on his face. By observing them closely enough, one comes to anticipate them—and ultimately, to guide them.
It is generally observed that blood, wounds, screams, groans, the sight of painful operations, and everything that presents to our senses images of suffering, affect all men more quickly and more universally. The concept of destruction, being more complex in nature, does not have such an immediate impact; the image of death strikes later and less powerfully, because no one personally experiences death firsthand: one must have seen corpses to understand the agonies of those in their final moments. But once this image takes firm hold in our minds, there is no sight more horrifying—either because of the notion of total destruction it evokes through our senses, or because, knowing that such an end is inevitable for all men, we are deeply affected by a situation from which we are certain we cannot escape.
These various impressions undergo modifications and vary in degree, depending on the particular nature of each individual and their previous habits; yet they are universal, and no one is entirely exempt from them. There are also more recent and less widespread types of these impressions, which are more characteristic of sensitive souls—they are those elicited by moral suffering, internal pain, affliction, longing, and sadness. Some people can only be moved by cries and tears; the long, dull groans of a heart crushed by distress never provoke them to sigh; nor does the sight of a dejected demeanor, a haggard face, or eyes that have lost the ability to cry ever bring them to tears. For such people, the sufferings of the soul mean nothing—they judge others with rigidity, hardness, and cruelty. They may be honest and just, but they can never be kind, generous, or compassionate. I say they can be just, if it is even possible for a man to be just without being merciful.
But do not rush to judge young people by this rule, especially those who, having been raised in the proper way, have no idea of the moral sufferings that have never been imposed upon them. For, once again, they can only complain about the evils that they are aware of; and this apparent insensitivity, which stems merely from ignorance, soon gives way to compassion when they begin to realize that there are countless pains in human life that they were previously unaware of. As for my Émile, if he possessed simplicity and good sense in his childhood, I am certain that he will have a kind heart and sensitivity in his youth; for the truth of one’s feelings depends greatly on the accuracy of one’s understanding.
Si lamenta di un infelice soltanto nella misura in cui si ritiene che abbia motivo di lamentarsi. La percezione fisica dei nostri mali è più limitata di quanto sembri; ma è attraverso la memoria che ne percepiamo la continuità, è attraverso l’immaginazione che li estendiamo al futuro che diventano davvero motivo di dolore per noi. Questa, credo, sia una delle ragioni per cui siamo più induriti nei confronti dei mali degli animali rispetto a quelli degli uomini, nonostante la sensibilità comune dovrebbe farci sentire uguali a loro. Si lamenta raramente di un cavallo da carriaggio nella sua stalla, perché non si presume che, mangiando il suo fieno, pensi ai colpi che ha ricevuto e alle fatiche che lo aspettano; allo stesso modo, non ci si commuove per una pecora che pascola, anche se sappiamo che presto sarà macellata, perché si ritiene che non preveda il proprio destino. Per estensione, ci induriamo così anche di fronte al destino degli uomini; e i ricchi si consolano del male che fanno ai poveri, supponendo che questi siano abbastanza stupidi da non sentirne nulla. In generale, giudico il valore che ognuno attribuisce alla felicità dei propri simili in base al modo in cui sembra trattarli. È naturale sottovalutare la felicità delle persone che si disprezza. Quindi, non meravigliatevi se i politici parlano del popolo con tanto disprezzo, né se la maggior parte dei filosofi finge di considerare l’uomo una creatura malvagia.
È il popolo a costituire la specie umana; ciò che non è popolo è così poco importante da non meritare nemmeno di essere considerato. L’uomo è lo stesso in tutti gli stati sociali: se questo è vero, allora gli stati più numerosi meritano il massimo rispetto. Di fronte a colui che riflette, tutte le distinzioni sociali scompaiono: egli vede le stesse passioni, gli stessi sentimenti sia nel plebeo che nell’uomo illustre; riconosce soltanto il loro linguaggio e un colore diverso, più o meno evidente. E se esiste qualche differenza essenziale tra di loro, essa è a scapito proprio di quelli che si nascondono di più. Il popolo si mostra così com’è, e non è certo affabile; ma coloro che vivono nel mondo devono pur travestirsi: se si mostrassero tali come sono veramente, susciterebbero orrore in tutti.
Dicono ancora i nostri saggi che in tutti gli stati esiste la stessa quantità di felicità e di dolore. Un principio tanto funesto quanto insostenibile: infatti, se tutti fossero ugualmente felici, perché dovrei io sopportare disagi per qualcuno? Che ognuno rimanga com’è: che lo schiavo venga maltrattato, che il malato soffra, che il povero muoia; non avrebbero alcun vantaggio cambiando stato. Elencano i dolori del ricco e dimostrano l’inutilità dei suoi vani piaceri: quale grossolano sofismo! I dolori del ricco non derivano dal suo stato, ma da lui stesso, che ne abusa. Anche se fosse più sfortunato del povero, non meriterebbe compassione, perché i suoi mali sono tutti frutto delle sue stesse azioni, e dipende soltanto da lui essere felice. Ma il dolore del misero deriva dalle circostanze, dalla crudeltà del destino che si abbatte su di lui. Nessuna abitudine può togliergli la sensazione fisica della fatica, dell’esaurimento, della fame; né il buon senso né la saggezza possono salvarlo dai mali del suo stato. Che guadagna Epitteto nel prevedere che il suo padrone gli romperà una gamba? Gliela rompe forse per questo motivo? In tal caso, sopra al proprio dolore ha anche il dolore della previsione. Anche se il popolo fosse così saggio quanto noi supponiamo che sia stupido, cosa potrebbe essere diverso da ciò che è? Cosa potrebbe fare diversamente da ciò che fa? Studiate queste persone e vedrete che, con altri termini, possiedono lo stesso spirito e più buon senso di voi. Rispettate quindi la vostra specie; pensate che è composta essenzialmente dalla somma di tutti i popoli; che, se tutti i re e tutti i filosofi venissero eliminati, non cambierebbe molto, e le cose non andrebbero certo peggio. In breve, insegnate al vostro discepolo ad amare tutti gli uomini, anche quelli che li disprezzano; fate in modo che non si collochi in nessuna classe, ma che si trovi in tutte; parlate di fronte a lui dell’umanità con tenerezza, persino con compassione, ma mai con disprezzo. Uomo, non disonorate l’uomo.
È attraverso queste strade e altre simili, ben diverse da quelle solitamente percorse, che si deve penetrare nel “cuore” di un giovane adolescente per suscitare in lui i primi impulsi della natura, svilupparli e estenderli verso i suoi simili; inoltre, è importante mescolare a questi impulsi il minor numero possibile di interessi personali; soprattutto, niente vanità, niente competizione, niente gloria, nessun sentimento che ci spinga a confrontarci con gli altri: poiché tali confronti portano sempre a provare odio verso coloro che ci contendono la preferenza, anche solo nella nostra stessa valutazione di noi stessi. Allora si finisce per essere ciechi o irritabili, persone malvagie o stupide. Cerchiamo dunque di evitare questa alternativa. Si dice che queste passioni così pericolose nasceranno prima o poi, a nostro discapito. Non lo nego: ogni cosa ha il suo tempo e il suo luogo; dico soltanto che non dobbiamo aiutarle a nascere.
Ecco lo spirito del metodo che si deve adottare. Qui gli esempi e i dettagli sono inutili, perché qui inizia quella divisione quasi infinita dei caratteri umani; inoltre, ogni esempio che potrei fornire potrebbe non essere appropriato nemmeno per un caso su centomila. È proprio in questa età che, nel maestro abile, inizia la vera funzione dell’osservatore e del filosofo: colui che sa l’arte di esaminare i cuori lavorando al loro stesso formamento. Mentre il giovane non ha ancora pensato a simulare comportamenti, né ha ancora imparato a farlo, davanti a ogni oggetto che gli viene presentato si può leggere nell’espressione del suo volto, nei suoi occhi, nel suo gesto l’impressione che ne riceve; sul suo viso si possono leggere tutti i movimenti della sua anima. Continuando ad osservarlo attentamente, si riesce infine a prevederli e, alla fine, anche a guidarli.
Si osserva generalmente che il sangue, le ferite, i gridi, i gemiti, l’insieme delle operazioni dolorose, e tutto ciò che fa sì che i sens percepiscano oggetti di sofferenza, colpiscono tutti gli uomini più rapidamente e in modo più diffuso. L’idea della distruzione, essendo più complessa, non ha lo stesso effetto; l’immagine della morte colpisce più tardi e in modo meno intenso, perché nessuno ha personalmente sperimentato la morte: è necessario aver visto dei cadaveri per comprendere le angosie degli agonizzanti. Tuttavia, quando un’immagine del genere si forma chiaramente nella nostra mente, non esiste spettacolo più orribile ai nostri occhi, sia a causa dell’idea di distruzione totale che essa evoca attraverso i sensi, sia perché, sapendo che quel momento è inevitabile per tutti gli uomini, ci sentiamo profondamente colpiti da una situazione dalla quale siamo certi di non poter sfuggire.
Queste diverse impressioni presentano modifiche e gradi diversi, che dipendono dal carattere particolare di ciascun individuo e dalle sue abitudini precedenti; tuttavia sono universali, e nessuno ne è del tutto esente. Esistono poi impressioni più recenti e meno diffuse, proprie soprattutto delle anime sensibili: si tratta di quelle che derivano da sofferenze morali, dolori interni, afflizioni, malinconie o tristezze. Ci sono persone che possono essere commosse soltanto da grida e pianti; i lunghi e sommessi gemiti di un cuore stretto nella disperazione non riescono mai a strappare loro un sospiro; l’aspetto di una persona sconvolta, con il viso pallido e cupo, con gli occhi spenti che non possono più piangere, non suscita in loro alcuna emozione. Per queste persone, i mali dell’anima non significano nulla: sono giudici spietati, duri, crudeli. Potranno essere onesti e giusti, ma mai compassionevoli, generosi o misericordiosi. Dico che potranno essere giusti, purché sia possibile esserlo senza provare pietà.
Ma non affrettatevi a giudicare i giovani secondo questa regola, soprattutto coloro che, essendo stati educati nel modo dovuto, non hanno alcuna idea delle sofferenze morali che mai sono state loro inflitte; infatti, possono lamentare soltanto i mali che conoscono. E questa apparente insensibilità, che deriva unicamente dall’ignoranza, si trasforma presto in compassione quando cominciano a rendersi conto che nella vita umana esistono migliaia di dolori di cui prima non erano a conoscenza. Per quanto riguarda il mio Émile, se nell’infanzia ha dimostrato semplicità e buon senso, sono certo che nella giovinezza possiederà anima e sensibilità; perché la veridicità dei sentimenti dipende molto dalla correttezza delle idee.
Mais pourquoi le rappeler ? Plus d’un lecteur me reprochera sans doute l’oubli de mes premières résolutions et du bonheur constant que j’avais promis à mon élève. Des malheureux, des mourants, des spectacles de douleur et de misère ! quel bonheur, quelle jouissance pour un jeune coeur qui naît à la vie ! Son triste instituteur, qui lui destinait une éducation si douce, ne le fait naître que pour souffrir. Voilà ce qu’on dira : que m’importe ? j’ai promis de le rendre heureux, non de faire qu’il parût l’être. Est-ce ma faute si, toujours dupe de l’apparence, vous la prenez pour la réalité ?
Prenons deux jeunes gens sortant de la première éducation et entrant dans le monde par deux portes directement opposées. L’un monte tout à coup sur l’Olympe et se répand dans la plus brillante société ; on le mène à la cour, chez les grands, chez les riches, chez les jolies femmes. Je le suppose fêté partout, et je n’examine pas l’effet de cet accueil sur sa raison ; je suppose qu’elle y résiste. Les plaisirs volent au-devant de lui, tous les jours de nouveaux objets l’amusent ; il se livre à tout avec un intérêt qui vous séduit. Vous le voyez attentif, empressé, curieux ; sa première admiration vous frappe ; vous l’estimez content : mais voyez l’état de son âme ; vous croyez qu’il jouit ; moi, je crois qu’il souffre.
Qu’aperçoit-il d’abord en ouvrant les yeux ? des multitudes de prétendus biens qu’il ne connaissait pas, et dont la plupart, n’étant qu’un moment à sa portée, ne semblent se montrer à lui que pour lui donner le regret d’en être privé. Se promène-t-il dans un palais, vous voyez à son inquiète curiosité qu’il se demande pourquoi sa maison paternelle n’est pas ainsi. Toutes ses questions vous disent qu’il se compare sans cesse au maître de cette maison, et tout ce qu’il trouve de mortifiant pour lui dans ce parallèle aiguise sa vanité en la révoltant. S’il rencontre un jeune homme mieux mis que lui, je le vois murmurer en secret contre l’avarice de ses parents. Est-il plus paré qu’un autre, il a la douleur de voir cet autre l’effacer ou par sa naissance ou par son esprit, et toute sa dorure humiliée devant un simple habit de drap. Brille-t-il seul dans une assemblée, s’élève-t-il sur la pointe du pied pour être mieux vu ; qui est-ce qui n’a pas une disposition secrète à rabaisser l’air superbe et vain d’un jeune fat ? Tout s’unit bientôt comme de concert ; les regards inquiétants d’un homme grave, les mots railleurs d’un caustique ne tardent pas d’arriver jusqu’à lui ; et, ne fût-il dédaigné que d’un seul homme, le mépris de cet homme empoisonne à l’instant les applaudissements des autres.
Donnons-lui tout, prodiguons-lui les agréments, le mérite ; qu’il soit bien fait, plein d’esprit, aimable : il sera recherché des femmes ; mais en le recherchant avant qu’il les aime, elles le rendront plutôt fou qu’amoureux : il aura de bonnes fortunes ; mais il n’aura ni transports ni passion pour les goûter. Ses désirs toujours prévenus, n’ayant jamais le temps de naître, au sein des plaisirs il ne sent que l’ennui de la gêne : le sexe fait pour le bonheur du sien le dégoûte et le rassasie même avant qu’il le connaisse ; s’il continue à le voir, ce n’est plus que par vanité ; et quand il s’y attacherait par un goût véritable, il ne sera pas seul jeune, seul brillant, seul aimable, et ne trouvera pas toujours dans ses maîtresses des prodiges de fidélité.
Je ne dis rien des tracasseries, des trahisons, des noirceurs, des repentirs de toute espèce inséparables d’une pareille vie. L’expérience du monde en dégoûte, on le sait ; je ne parle que des ennuis attachés à la première illusion.
Quel contraste pour celui qui, renfermé jusqu’ici dans le sein de sa famille et de ses amis, s’est vu l’unique objet de toutes leurs attentions, d’entrer tout à coup dans un ordre de choses où il est compté pour si peu ; de se trouver comme noyé dans une sphère étrangère, lui qui fit si longtemps le centre de la sienne ! Que d’affronts, que d’humiliations ne faut-il pas qu’il essuie, avant de perdre, parmi les inconnus, les préjugés de son importance pris et nourris parmi les siens ! Enfant, tout lui cédait, tout s’empressait autour de lui : jeune homme, il faut qu’il cède à tout le monde ; ou pour peu qu’il s’oublie et conserve ses anciens airs, que de dures leçons vont le faire rentrer en lui-même ! L’habitude d’obtenir aisément les objets de ses désirs le porte à beaucoup désirer, et lui fait sentir des privations continuelles. Tout ce qui le flatte le tente ; tout ce que d’autres ont, il voudrait l’avoir : il convoite tout, il porte envie à tout le monde, il voudrait dominer partout ; la vanité le ronge, l’ardeur des désirs effrénés enflamme son jeune coeur ; la jalousie et la haine y naissent avec eux ; toutes les passions dévorantes y prennent à la fois leur essor ; il en porte l’agitation dans le tumulte du monde ; il la rapporte avec lui tous les soirs ; il rentre mécontent de lui et des autres ; il s’endort plein de mille vains projets, troublé de mille fantaisies, et son orgueil lui peint jusque dans ses songes les chimériques biens dont le désir le tourmente, et qu’il ne possédera de sa vie. Voilà votre élève ! voyons le mien.
Si le premier spectacle qui le frappe est un objet d tristesse, le premier retour sur lui-même est un sentiment de plaisir. En voyant de combien de maux il est exempt, il se sent plus heureux qu’il ne pensait l’être. Il partage les peines de ses semblables ; mais ce partage est volontaire et doux. Il jouit à la fois de la pitié qu’il a pour leurs maux, et du bonheur qui l’en exempte ; il se sent dans cet état de force qui nous étend au-delà de nous, et nous fait porter ailleurs l’activité superflue à notre bien-être. Pour plaindre le mal d’autrui, sans doute il faut le connaître, mais il ne faut pas le sentir. Quand on a souffert, ou qu’on craint de souffrir, on plaint ceux qui souffrent ; mais tandis qu’on souffre, on ne plaint que soi. Or si, tous étant assujettis aux misères de la vie, nul n’accorde aux autres que la sensibilité dont il n’a pas actuellement besoin pour lui-même, il s’ensuit que la commisération doit être un sentiment très doux, puisqu’elle dépose en notre faveur, et qu’au contraire un homme dur est toujours malheureux, puisque l’état de son coeur ne lui laisse aucune sensibilité surabondante qu’il puisse accorder aux peines d’autrui.
Nous jugeons trop du bonheur sur les apparences : nous le supposons où il est le moins ; nous le cherchons où il ne saurait être : la gaieté n’en est qu’un signe très équivoque. Un homme gai n’est souvent qu’un infortuné qui cherche à donner le change aux autres et à s’étourdir lui-même. Ces gens si riants, si ouverts, si sereins dans un cercle, sont presque tous tristes et grondeurs chez eux, et leurs domestiques portent la peine de l’amusement qu’ils donnent à leurs sociétés. Le vrai contentement n’est ni gai ni folâtre ; jaloux d’un sentiment si doux, en le goûtant on y pense, on le savoure, on craint de l’évaporer. Un homme vraiment heureux ne parle guère et ne rit guère ; il resserre, pour ainsi dire, le bonheur autour de son coeur. Les jeux bruyants, la turbulente joie, voilent les dégoûts et l’ennui. Mais la mélancolie est amie de la volupté : l’attendrissement et les larmes accompagnent les plus douces jouissances, et l’excessive joie elle-même arrache plutôt des pleurs que des cris.
Si d’abord la multitude et la variété des amusements paraissent contribuer au bonheur, si l’uniformité d’une vie égale paraît d’abord ennuyeuse, en y regardant mieux, on trouve, au contraire, que la plus douce habitude de l’âme consiste dans une modération de jouissance qui laisse peu de prise au désir et au dégoût. L’inquiétude des désirs produit la curiosité, l’inconstance : le vide des turbulents plaisirs produit l’ennui. On ne s’ennuie jamais de son état quand on n’en connaît point de plus agréable. De tous les hommes du monde, les sauvages sont les moins curieux et les moins ennuyés ; tout leur est indifférent : ils ne jouissent pas des choses, mais d’eux ; ils passent leur vie à ne rien faire, et ne s’ennuient jamais.
L’homme du monde est tout entier dans son masque. N’étant presque jamais en lui-même, il y est toujours étranger, et mal à son aise quand il est forcé d’y rentrer. Ce qu’il est n’est rien, ce qu’il paraît est tout pour lui.
But why remind them of it? More than one reader will surely reproach me for forgetting my initial resolutions and the constant happiness I had promised my student. Misfortunes, deaths, scenes of pain and misery! What happiness, what delight for a young heart that is born into life! His poor teacher, who had intended to provide him with such a gentle education, actually causes him to suffer from the very beginning. People will say: “What does it matter to me?” I promised to make him happy, not merely to make him seem happy. Is it my fault if you, always deceived by appearances, take them for reality?
Take two young men who have just completed their primary education and enter the world through two completely opposite paths. One of them suddenly rises to the Olympus and becomes part of the most dazzling society; he is introduced to courts, to the powerful, to the rich, to beautiful women. I assume he is celebrated everywhere, but I do not consider the effect of such reception on his reason; I suppose it resists it. Pleasures come rushing towards him every day, and new delights amuse him constantly; he engages in everything with an interest that would surely attract you. You see him attentive, eager, curious; his first expressions of admiration strike you; you think he is content. But look at the state of his soul: you may believe he is enjoying himself, but I believe he is suffering.
What does he first see upon opening his eyes? A multitude of so-called possessions that he does not know; most of which, merely within reach for a moment, seem to appear before him only to fill him with regret at being deprived of them. If he wanders through a palace, one can see from his anxious curiosity that he wonders why his own family home is not like this. All his questions reveal that he constantly compares himself to the owner of this house; and whatever he finds humiliating in this comparison only fuels his vanity, though it also provokes rebellion in him. If he encounters a young man better dressed than himself, I imagine him secretly cursing the greed of his parents. If he is more elegantly attired than another, he suffers seeing that person overshadow him—whether by birth or intellect—and all his splendor is humiliated before a simple garment made of cloth. If he stands out alone in a gathering, if he tiptoes forward to be noticed better; who among us does not secretly harbor the desire to humble the haughty and vain demeanor of such a young fool? Soon, everything seems to conspire against him: the uneasy glances of serious people, the mocking words of those who are sharp-tongued—soon enough, these reach him. And even if he is only despised by one person, that person’s scorn is enough to poison the praise of all the others.
Let us give him everything—endow him with all pleasures and merits; let him be handsome, witty, and charming—he will surely be sought after by women. But if they pursue him before he feels any affection for them, it will rather drive him mad than make him fall in love. He may enjoy good fortune, but he will never experience true passion or fervor. His desires, always anticipated and never given the chance to arise, will leave him feeling only the annoyance of restraint amidst all these pleasures. The very sex, created for the happiness of its partner, will disgust and even satisfy him before he even comes to know it properly. If he continues to pursue it, it is merely out of vanity. And were he truly to develop a genuine fondness for it, he would not be the only young, handsome, and charming man around, nor would his women always prove themselves utterly faithful.
I say nothing about the troubles, betrayals, darknesses, and regrets of every kind that are inseparable from such a life. One’s experience of the world inevitably leads to disgust; I am only referring to the difficulties associated with that first illusion.
What a contrast for one who, until now confined within the circle of his family and friends, had been the sole object of all their attention, to suddenly find himself in a situation where he is considered so insignificant; to be as if submerged in a foreign realm, when for so long he had been the center of his own! How many insults and humiliations must he endure before losing, among strangers, those preconceptions about his importance that were nurtured among his own people! As a child, everything yielded to him; everyone rushed to serve him. But as a young man, he must now yield to everyone else. Or, if he dares to forget himself and retain his former airs, how harsh lessons await him to make him turn inward! The habit of easily obtaining whatever he desires leads him to crave many things, causing him to constantly experience privations. Everything that flatters him tempts him; he wants everything others have. He covets everything, envies everyone, seeks to dominate everywhere. Vanity gnaws at him; the fervor of his unbridled desires burns within his young heart. Jealousy and hatred arise alongside them; all devouring passions flourish simultaneously. He carries this turmoil with him in the chaos of the world; he takes it home with him every evening. He goes to bed dissatisfied with himself and others, filled with countless vain plans and fanciful thoughts. His pride paints for him, even in his dreams, those illusory possessions whose desire torments him—possessions he will never attain in this life. Such is your student, now let us see mine.
If the first thing that strikes us is something that causes us sorrow, then our first reflection upon ourselves brings a feeling of pleasure. When we realize how much suffering we are spared, we feel happier than we had thought possible. We share in the pains of our fellow beings; but this sharing is voluntary and gentle. We take delight both in the compassion we feel for their sufferings and in the happiness that exempts us from those same hardships. In this state of being, our influence extends beyond ourselves, enabling us to channel our surplus energy towards the well-being of others. To pity someone else’s suffering, it is certainly necessary to understand it; but it is not essential to experience it oneself. When we have suffered or fear suffering, we pity those who are in pain; yet while we are suffering ourselves, we can only pity ourselves. Now, since everyone is subject to the miseries of life, and no one offers others more than the degree of sensitivity that they themselves do not currently need for their own sake, it follows that compassion must be a very gentle emotion—since it benefits us personally. On the contrary, a heart that is hardened lacks such surplus sensitivity, and therefore such a person is always unhappy.
We judge happiness too much by its outward appearances: we assume it to exist where it is least likely; we seek it in places where it could never be found. Happiness is but a very ambiguous sign of true contentment. A cheerful man is often merely an unfortunate one who tries to deceive others and distract himself. Those people who seem so joyful, so open, so serene in the company of others, are almost always sad and grumpy when alone, and their servants bear the burden of the amusement they provide for their guests. True satisfaction is neither cheerful nor frivolous; one is jealous of such a gentle emotion—when experiencing it, one contemplates it, savors it, and fears losing it. A truly happy person speaks little and laughs seldom; they seem to enclose happiness within themselves. Noisy games and boisterous joy merely mask displeasure and boredom. But melancholy is the companion of true pleasure: tenderness and tears often accompany the sweetest delights, and even extreme joy more often brings tears than laughter.
At first glance, it may seem that the multitude and variety of pleasures contribute to happiness; likewise, the uniformity of a monotonous life may appear tedious. Yet upon closer inspection, it becomes clear that the true essence of contentment lies in a moderation of enjoyment—such that desires and aversions are kept at bay. The incessant pursuit of desires gives rise to curiosity and instability; whereas the emptiness of fleeting pleasures leads to boredom. One can never grow weary of one’s current state of being when there is no more pleasing alternative. Of all people in the world, savages are the least curious and the least bored; everything is indifferent to them. They do not derive pleasure from things themselves, but rather from their very existence. They spend their lives doing nothing at all—and yet they never experience boredom.
The man of the world exists entirely within his mask. Since he is almost never himself, he is always an outsider within it, and feels uneasy whenever forced to return to being himself. What he truly is means nothing to him; what he appears to be is everything.
Ma perché ricordarlo? Senza dubbio, molti lettori mi rimprovereranno per aver dimenticato le mie prime risoluzioni e la felicità costante che avevo promesso al mio allievo. Malati, moribondi, spettacoli di dolore e miseria. Che felicità, che gioia per un giovane cuore che nasce nella vita! Il suo triste insegnante, che gli destinava un’educazione così dolce, lo fa nascere soltanto per farlo soffrire. Si dirà: “Ma a me cosa importa? Ho promesso di renderlo felice, non di far sì che sembrasse felice”. È colpa mia se voi, sempre ingannati dall’apparenza, la considerate la realtà?
Prendiamo due giovani che, appena terminata la prima istruzione, entrano nel mondo attraverso due porte completamente opposte. Uno di loro sale improvvisamente sull’Olimpo e si immerge nella società più brillante; viene introdotto alla corte, tra i potenti, i ricchi e le donne belle. Immagino che venga festeggiato ovunque, ma non esamino l’effetto di tale accoglienza sulla sua ragione. Suppongo semplicemente che essa riesca a resistervi. I piaceri gli si presentano uno dopo l’altro; ogni giorno nuovi oggetti lo divertono; si dedica a tutto con un interesse davvero affascinante. Lo vedete attento, sollecito, curioso. La sua prima ammirazione vi colpisce; lo ritenete soddisfatto. Ma guardate lo stato della sua anima: voi credete che stia godendo. Io, invece, credo che soffra.
Cosa vede per primo aprendo gli occhi? Una miriade di cosiddetti beni che non conosceva, e la maggior parte dei quali, essendo momentaneamente a portata di mano, sembrano mostrargliisi soltanto per fargli provare il rimpianto di non possederli. Se si aggira in un palazzo, dalla sua curiosità ansiosa si evince che si chiede perché la sua casa paterna non sia simile a quella. Tutte le sue domande rivelano che si compara costantemente al padrone di quel luogo, e tutto ciò che trova di umiliante in questo confronto alimenta la sua vanità, suscitandone l’irritazione. Se incontra un giovane più ben vestito di lui, lo vedo mormorare segretamente contro l’avarizia dei suoi genitori. Se è meglio abbigliato di un altro, soffre nel vedere quest’ultimo eclissarlo, sia per nascita che per intelligenza; tutta la sua eleganza viene umiliata davanti a un semplice abito di stoffa. Se brilla da solo in una riunione, si alza in punta di piedi per essere visto meglio. Chi non ha, nel profondo del cuore, l’istinto di umiliare quell’aria superba e vanitosa di un giovane presuntuoso? Presto tutto si unisce contro di lui: gli sguardi preoccupati delle persone serie, le parole ironiche dei sarcastici. E anche se viene disprezzato da una sola persona, il disprezzo di quell’individuo avvelena all’istante tutti gli applausi degli altri.
Diamogli tutto: concediamogli i piaceri e i meriti; che sia bello, intelligente, affabile. Sarà corteggiato dalle donne; ma se lo cercano prima che lui le ami, queste lo renderanno più pazzo che innamorato. Avrà fortuna, ma non proverà né trasporto né passione nel godersela. I suoi desideri, sempre prevenuti e mai lasciati nascere, gli faranno percepire soltanto il fastidio della costrizione tra i piaceri. Il sesso, creato per rendere felice l’altro, lo disgusta e lo sazia ancor prima che lui lo conosca; se continua a frequentarlo, è solo per vanità. E se si attaccasse veramente a esso, non sarebbe più l’unico giovane, l’unico brillante, l’unico affabile. E nelle sue amanti non troverebbe mai prove di fedeltà.
Non parlo delle seccature, delle tradizioni, delle oscurezze, dei rimpianti di ogni sorta che sono inseparabili da una vita del genere. Si sa bene che l’esperienza del mondo ci disgusta; io parlo soltanto degli inconvenienti legati alla prima illusione.
Che contrasto per colui che, fino ad ora rinchiuso tra i suoi familiari e amici e oggetto di tutte le loro attenzioni, improvvisamente si trova in un ambiente in cui viene considerato di scarsa importanza; come se fosse sommerso in una sfera estranea, lui che per tanto tempo è stato il centro della propria! Quanti affronti, quante umiliazioni deve subire prima di perdere, tra gli sconosciuti, quegli pregiudizi riguardo alla propria importanza che aveva acquisito e alimentato tra i suoi simili! Da bambino, tutto gli cedeva il passo, tutti si affrettavano intorno a lui; da giovane, invece, deve cedere davanti a tutti. O anche solo se si dimentica di sé stesso e mantiene i suoi vecchi modi, quante dure lezioni dovrà subire per tornare in sé! L’abitudine di ottenere facilmente ciò che desidera lo spinge a desiderare molto, facendogli provare continui privazioni. Tutto ciò che lo lusinga lo tenta; tutto ciò che gli altri hanno, lui vorrebbe averlo. Desidera ogni cosa, invidia tutti, vuole dominare ovunque; la vanità lo consuma, l’ardore dei desideri frenetici infiamma il suo giovane cuore; gelosia e odio nascono insieme ad essi; tutte le passioni divoranti prendono piede contemporaneamente. Porta con sé questa agitazione nel tumulto del mondo, la riporta a casa ogni sera. Rientra insoddisfatto di sé stesso e degli altri, si addormenta pieno di vani progetti, turbato da mille fantasie. Il suo orgoglio gli dipinge nei sogni quei beni chimerici che il desiderio tormenta, ma che non possiederà mai in vita sua. Ecco il vostro allievo. Ora vediamo il mio.
Se il primo spettacolo che colpisce una persona è uno spettacolo di tristezza, il primo momento in cui essa riflette su se stessa prova un senso di piacere. Vedendo di quanti mali è esente, si sente più felice di quanto pensasse di essere. Condivide le sofferenze dei suoi simili; ma questa condivisione è volontaria e dolce. Godette sia della compassione che prova per i loro dolori, sia della felicità che questo gli procura; si sente in uno stato di forza che ci estende al di là di noi stessi, facendoci portare altrove l’attività superflua al nostro benessere. Per compiangere il male altrui, è certamente necessario conoscerlo, ma non è necessario sentirlo personalmente. Quando si è sofferto, o si teme di soffrire, si compiangono coloro che soffrono; ma mentre si soffre, si compiange soltanto se stessi. Ora, poiché tutti sono soggetti alle miserie della vita, nessuno concede agli altri altro che la sensibilità di cui non ha attualmente bisogno per sé stesso; ne consegue che la compassione debba essere un sentimento molto dolce, poiché agisce a nostro favore; al contrario, una persona dura è sempre infelice, poiché lo stato del suo cuore non le lascia alcuna sensibilità in eccesso da poter dedicare alle sofferenze altrui.
Valutiamo troppo il felicità in base alle apparenze: la supponiamo dove è meno presente; la cerchiamo dove non potrebbe mai esistere. La gioia non è che un segno molto ambiguo di essa. Un uomo allegro spesso non è altro che un infelice che cerca di ingannare gli altri e di distrarsi da sé stesso. Quelle persone così ridiche, aperte, serene in compagnia, sono quasi tutte tristi e irritabili nella loro vita privata; i loro domestici subiscono le conseguenze del divertimento che offrono alle loro società. Il vero soddisfazione non è né allegro né frivolo: gelosi di un sentimento così dolce, quando lo si sperimenta, ci si sofferma su di esso, se ne gode appieno, e si teme di farlo svanire. Un uomo veramente felice parla poco e ride raramente; potremmo dire che “stringe” il proprio felicità attorno al cuore. I giochi rumorosi, la gioia tumultuosa nascondono spesso disgusto e noia. Ma la malinconia è amica della voluttà: l’emozione e le lacrime accompagnano i piaceri più dolci. E persino l’eccessiva gioia spesso provoca lacrime, piuttosto che grida di felicità.
Se inizialmente la moltitudine e la varietà dei divertimenti sembrano contribuire al felicità, se l’uniformità di una vita monotona appare noiosa, osservandola più attentamente si scopre invece che l’abitudine più dolce per l’anima consiste in una moderazione nel godere che lascia poco spazio al desiderio e al disgusto. L’inquietudine dei desideri genera curiosità e instabilità; il vuoto di piaceri tumultuosi, invece, provoca noia. Non ci si annoia mai nella propria condizione quando non se ne conosce nessuna più piacevole. Tra tutti gli uomini del mondo, i selvaggi sono quelli meno curiosi e meno annoiati; tutto per loro è indifferente: non godono delle cose, ma di sé stessi; trascorrono la vita senza fare nulla e non si annoiano mai.
L’uomo di mondo è interamente racchiuso nel proprio “maschera”. Poiché quasi mai si trova in se stesso, vi è sempre estraneo, e si sente a disagio quando viene costretto a rientrarvi. Quello che è veramente non conta nulla; ciò che appare, invece, rappresenta tutto per lui.
Je ne puis m’empêcher de me représenter, sur le visage du jeune homme dont j’ai parlé ci-devant, je ne sais quoi d’impertinent, de doucereux, d’affecté, qui déplaît, qui rebute les gens unis, et sur celui-ci du mien, une physionomie intéressante et simple, qui montre le contentement, la véritable sérénité de l’âme, qui inspire l’estime, la confiance, et qui semble n’attendre que l’épanchement de l’amitié pour donner la sienne à ceux qui l’approchent. On croit que la physionomie n’est qu’un simple développement de traits déjà marqués par la nature. Pour moi, je penserais qu’outre ce développement, les traits du visage d’un homme viennent insensiblement à se former et prendre de la physionomie par l’impression fréquente et habituelle de certaines affections de l’âme. Ces affections se marquent sur le visage, rien n’est plus certain ; et quand elles tournent en habitude, elles y doivent laisser des impressions durables. Voilà comment je conçois que la physionomie annonce le caractère, et qu’on peut quelquefois juger de l’un par l’autre, sans aller chercher des explications mystérieuses qui supposent des connaissances que nous n’avons pas.
Un enfant n’a que deux affections bien marquées, la joie et la douleur : il rit ou il pleure ; les intermédiaires ne sont rien pour lui ; sans cesse il passe de l’un de ces mouvements à l’autre. Cette alternative continuelle empêche qu’ils ne fassent sur son visage aucune impression constante, et qu’il ne prenne de la physionomie : mais dans l’âge où, devenu plus sensible, il est plus vivement, ou plus constamment affecté, les impressions plus profondes laissent des traces plus difficiles à détruire ; et de l’état habituel de l’âme résulte un arrangement de traits que le temps rend ineffaçables. Cependant il n’est pas rare de voir des hommes changer de physionomie à différents âges. J’en ai vu plusieurs dans ce cas ; et j’ai toujours trouvé que ceux que j’avais pu bien observer et suivre avaient aussi changé de passions habituelles. Cette seule observation, bien confirmée, me paraîtrait décisive, et n’est pas déplacée dans un traité d’éducation, où il importe d’apprendre à juger des mouvements de l’âme par les signes extérieurs.
Je ne sais si, pour n’avoir pas appris à imiter des manières de convention et à feindre des sentiments qu’il n’a pas, mon jeune homme sera moins aimable, ce n’est pas de cela qu’il s’agit ici : je sais seulement qu’il sera plus aimant, et j’ai bien de la peine à croire que celui qui n’aime que lui puisse assez bien se déguiser pour plaire autant que celui qui tire de son attachement pour les autres un nouveau sentiment de bonheur. Mais, quant à ce sentiment même, je crois en avoir assez dit pour guider sur ce point un lecteur raisonnable, et montrer que je ne me suis pas contredit.
Je reviens donc à ma méthode, et je dis : Quand l’âge critique approche, offrez aux jeunes gens des spectacles qui les retiennent, et non des spectacles qui les excitent ; donnez le change à leur imagination naissante par des objets qui, loin d’enflammer leurs sens, en répriment l’activité. Éloignez-les des grandes villes, où la parure et l’immodestie des femmes hâtent et préviennent les leçons de la nature, où tout présente à leurs yeux des plaisirs qu’ils ne doivent connaître que quand ils sauront les choisir. Ramenez-les dans leurs premières habitations, où la simplicité champêtre laisse les passions de leur âge se développer moins rapidement ; ou si leur goût pour les arts les attache encore à la ville, prévenez en eux, par ce goût même, une dangereuse oisiveté. Choisissez avec soin leurs sociétés, leurs occupations, leurs plaisirs : ne leur montrez que des tableaux touchants, mais modestes, qui les remuent sans les séduire, et qui nourrissent leur sensibilité sans émouvoir leurs sens. Songez aussi qu’il y a partout quelques excès à craindre, et que les passions immodérées font toujours plus de mal qu’on n’en veut éviter. Il ne s’agit pas de faire de votre élève un garde-malade, un frère de la charité, d’affliger ses regards par des objets continuels de douleurs et de souffrances, de le promener d’infirme en infirme, d’hôpital en hôpital, et de la Grève aux prisons ; il faut le toucher et non l’endurcir à l’aspect des misères humaines. Longtemps frappé des mêmes spectacles, on n’en sent plus les impressions ; l’habitude accoutume à tout ; ce qu’on voit trop on ne l’imagine plus, et ce n’est que l’imagination qui nous fait sentir les maux d’autrui : c’est ainsi qu’à force de voir mourir et souffrir, les prêtres et les médecins deviennent impitoyables. Que votre élève connaisse donc le sort de l’homme et les misères de ses semblables ; mais qu’il n’en soit pas trop souvent le témoin. Un seul objet bien choisi, et montré dans un jour convenable, lui donnera pour un mois d’attendrissement et de réflexions. Ce n’est pas tant ce qu’il voit, que son retour sur ce qu’il a vu, qui détermine le jugement qu’il en porte ; et l’impression durable qu’il reçoit d’un objet lui vient moins de l’objet même que du point de vue sous lequel on le porte à se le rappeler. C’est ainsi qu’en ménageant les exemples, les leçons, les images, vous émousserez longtemps l’aiguillon des sens, et donnerez le change à la nature en suivant ses propres directions.
À mesure qu’il acquiert des lumières, choisissez des idées qui s’y rapportent ; à mesure que nos désirs s’allument, choisissez des tableaux propres à les réprimer. Un vieux militaire, qui s’est distingué par ses moeurs autant que par son courage, m’a raconté que, dans sa première jeunesse, son père, homme de sens, mais très dévot, voyant son tempérament naissant le livrer aux femmes, n’épargna rien pour le contenir ; mais enfin, malgré tous ses soins, le sentant prêt à lui échapper, il s’avisa de le mener dans un hôpital de vérolés, et, sans le prévenir de rien, le fit entrer dans une salle où une troupe de ces malheureux expiaient, par un traitement effroyable, le désordre qui les y avait exposés. À ce hideux aspect, qui révoltait à la fois tous les sens, le jeune homme faillit se trouver mal. « Va, misérable débauché, lui dit alors le père d’un ton véhément, suis le vil penchant qui t’entraîne ; bientôt tu seras trop heureux d’être admis dans cette salle, où, victime des plus infâmes douleurs, tu forceras ton père à remercier Dieu de ta mort. »
Ce peu de mots, joints à l’énergique tableau qui frappait le jeune homme, lui firent une impression qui ne s’effaça jamais. Condamné par son état à passer sa jeunesse dans les garnisons, il aima mieux essuyer toutes les railleries de ses camarades que d’imiter leur libertinage. « J’ai été homme, me dit-il, j’ai eu des faiblesses ; mais parvenu jusqu’à mon âge, je n’ai jamais pu voir une fille publique sans horreur. » Maître, peu de discours ; mais apprenez à choisir les lieux, les temps, les personnes, puis donnez toutes vos leçons en exemples, et soyez sûr de leur effet.
I cannot help but imagine that on the face of the young man I mentioned earlier, there is something impertinent, insincerely sweet, and affected—which repels those who are united in spirit; whereas on my own face, there is an expression that is both interesting and simple, one that reveals contentment and true serenity of soul, one that inspires respect and trust, and seems to await only the expression of friendship in order to return it to those who approach me. One might think that facial features are merely a natural development of inherent traits. But for me, I believe that beyond this natural development, the lines of a man’s face gradually take shape and are shaped by the frequent and habitual expressions of certain emotions within his soul. These emotions are clearly reflected on the face; when they become habits, they leave lasting impressions there. Such is my understanding of how facial expression reveals one’s character—and how we can sometimes judge one person’s character from their facial features, without resorting to mysterious explanations that require knowledge beyond what we possess.
A child possesses only two distinctly expressed emotions: joy and sorrow; he either laughs or cries; intermediate states mean nothing to him; he constantly shifts from one of these states to the other. This continuous alternation prevents any permanent impression from being formed on his face, and thus prevents the development of a fixed facial expression. However, as a child grows older and becomes more sensitive, his emotions become more intense or more persistent, and these deeper impressions leave traces that are harder to erase. Over time, the habitual state of his soul results in a particular arrangement of facial features that becomes permanent. Nevertheless, it is not uncommon for people to change their facial expressions as they age. I have seen several cases like this; and in every instance, those individuals whom I was able to observe closely found that their habitual emotions had also changed. This observation alone, when properly verified, seems to me to be decisive—and it is certainly relevant in a treatise on education, where it is important to learn how to judge the workings of the soul through external signs.
I do not know whether, because he has not learned to imitate conventional manners or to feign feelings that he does not possess, my young man will be less kind; that is not what is at issue here. I only know that he will be kinder, and I find it hard to believe that someone who loves only himself could manage to disguise himself well enough to be as pleasing as someone who derives new happiness from his attachment to others. But as for this very feeling itself, I believe I have said enough to guide a reasonable reader in this regard and to show that I have not contradicted myself.
I therefore return to my method and say: When the critical age approaches, offer young people such performances that hold their attention, rather than those that excite them; satisfy their budding imaginations with objects that, far from inflaming their senses, restrain their activity. Keep them away from large cities, where women’s ostentation and immodesty hasten and prevent the natural lessons that life should teach; where everything presents them with pleasures that they should only come to know when they are able to choose for themselves. Bring them back to their rural homes, where simple country living allows the passions of their age to develop more slowly; or if their taste for the arts still draws them to the city, use that very interest to prevent a dangerous idleness in them. Carefully select their company, their pursuits, and their amusements: show them only touching but modest scenes that move them without seducing them, and that nourish their sensitivity without arousing their senses. Also remember that excess exists everywhere, and unrestrained passions always cause more harm than one wishes to avoid. It is not your goal to turn your student into a nurse or a charity worker, to fill their eyes with constant images of pain and suffering, to lead them from one hospital to another, or from the streets to prisons; rather, you should affect them, but not harden them, through the sight of human misery. After being exposed to the same scenes for too long, one no longer feels their impact; habit makes everything seem ordinary; what is seen too often is no longer imagined, and it is only imagination that enables us to feel the suffering of others—just as priests and doctors become heartless from seeing death and pain too often. Let your student understand the fate of humanity and the miseries of his fellow beings; but let him not be their witness too often. A single well-chosen object, presented at the right time, can bring him months of compassion and reflection. It is not so much what he sees as his subsequent reflection on what he has seen that determines his judgment; and the lasting impression an object leaves on him comes less from the object itself than from the perspective from which it is presented to him. In this way, by carefully selecting examples, lessons, and images, you can sustain the sensitivity of the senses for a long time and guide nature in its own natural course.
As one gains more knowledge, one should choose ideas that are in line with it; as our desires grow stronger, one should select practices that are capable of suppressing them. An old soldier, who had distinguished himself both by his courage and his moral integrity, told me that in his early youth, his father—a sensible man but deeply pious—saw how his temperament was naturally inclined toward women and did everything possible to restrain it. However, in the end, realizing that his efforts were failing, his father decided to take him to a leprosy hospital. Without informing him of what lay ahead, he led him into a room where a group of these unfortunate people endured terrible suffering as punishment for their sins. At this horrifying sight, which shocked every sense, the young man nearly fainted. “Go, wretched sinner,” his father said angrily, “follow that vile temptation; soon you will be grateful to be admitted to this place, where you will suffer the most abominable pains and force your father to thank God for your death.”
These few words, combined with the vivid image that struck the young man, left an impression on him that never faded. Condemned by his circumstances to spend his youth in military garrisons, he would rather endure all the mockery of his comrades than indulge in their licentious behavior. “I have been a man,” he said to himself, “and I have had my weaknesses; but even at my age, I have never been able to look at a prostitute without feeling disgust.” My lord, few words are needed; but learn to choose the right place, the right time, and the right people, and then convey all your teachings through examples—be assured that they will be effective.
Non posso fare a meno di immaginare, sul volto del giovane di cui ho parlato poco fa, qualcosa di impertinente, di dolcevole, di affettato, che dispiace e respinge le persone sincere; mentre sul mio volto c’è un’espressione interessante e semplice, che mostra la soddisfazione, la vera serenità dell’anima, che ispira stima e fiducia, e sembra attendere soltanto l’espansione dell’amicizia per donare la propria a chi si avvicina. Si potrebbe pensare che il volto sia semplicemente un’espressione naturale dei tratti già presenti nella persona. Ma io credo che, oltre a questo sviluppo naturale, i tratti del viso di un uomo si formino gradualmente sotto l’influenza delle emozioni frequenti e abituali dell’anima; queste emozioni si riflettono sul volto in modo inequivocabile, e quando diventano abitudini, lasciano impronte durature. Ecco come concepisco il rapporto tra il volto e il carattere: a volte è possibile giudicare uno dall’altro, senza ricorrere a spiegazioni misteriose che presuppongono conoscenze di cui non disponiamo.
Un bambino possiede soltanto due emozioni ben definite: la gioia e il dolore; ride o piange; gli stati intermedi non significano nulla per lui; passa continuamente da un’emozione all’altra. Questo alternarsi costante impedisce che sul suo viso si formi alcuna impressione permanente, impedendogli così lo sviluppo di una fisionomia stabile. Tuttavia, in età più avanzata, quando diventa più sensibile e le sue emozioni diventano più intense o più costanti, queste impressioni profonde lasciano tracce più difficili da cancellare; e lo stato abituale dell’anima determina un insieme di lineamenti del viso che il tempo rende indelebili. Tuttavia non è raro vedere persone cambiare fisionomia con l’avanzare degli anni; ne ho osservati molti in questo caso, e ho sempre notato che anche le loro passioni abituali erano cambiate. Questa semplice osservazione, ben confermata, mi sembra decisiva; e non è affatto fuori luogo in un trattato sull’educazione, dove è importante imparare a giudicare i movimenti dell’anima attraverso i segni esteriori.
Non so se, per non aver imparato a imitare comportamenti convenzionali né a fingere sentimenti che in realtà non possiede, il mio giovane uomo sarà meno affettuoso. Ma non è di questo che si tratta: so soltanto che sarà più amorevole. Mi riesce difficile credere che colui che ama solo se stesso possa riuscire a fingere così bene da piacere tanto quanto colui che trova nel proprio attaccamento agli altri una nuova fonte di felicità. Tuttavia, riguardo a questo sentimento stesso, credo di aver detto abbastanza per guidare in questa materia un lettore ragionevole, e dimostrare che non mi sono contraddetto.
Torno quindi alla mia metodologia e dico: quando si avvicina l’età critica, offrite ai giovani spettacoli che li tengano occupati, e non quelli che li eccitino; soddisfate la loro immaginazione nascente con oggetti che, invece di infiammare i loro sensi, ne inibiscono l’attività. Allontanateli dalle grandi città, dove l’eleganza e l’immodestia delle donne accelerano e anticipano le “lezioni” della natura; dove tutto presenta loro piaceri che dovrebbero conoscere soltanto quando sapranno sceglierli con saggezza. Riportateli nelle loro prime dimore, dove la semplicità rurale permette alle passioni della loro età di svilupparsi più lentamente; e se il loro interesse per le arti li attacca ancora alla città, prevetete, proprio grazie a questo interesse, un’ozio pericolosa. Scegliete con cura le loro compagnie, le loro occupazioni, i loro divertimenti: mostrate loro soltanto dipinti commoventi ma modesti, che li toccino senza sedurli e che nutrano la loro sensibilità senza eccitare i loro sensi. Ricordate anche che ovunque ci sono degli eccessi da temere, e che le passioni incontrollate causano sempre più danni di quanto si voglia evitare. Non si tratta di trasformare il vostro allievo in un “infermiere” o in un “fratello della carità”, né di far soffrire i suoi occhi con continui spettacoli di dolore e sofferenza, né di portarlo da un ospedale all’altro, dalla prigione alla miseria; bisogna toccare il suo cuore, ma non indurirlo di fronte alle miserie umane. Se si viene esposti troppo a lungo agli stessi spettacoli, le impressioni svaniscono; l’abitudine ci abitua a tutto; ciò che vediamo troppo spesso smette di commuoverci. È soltanto l’immaginazione che ci fa sentire i mali altrui: è così che, a forza di vedere morire e soffrire, preti e medici diventano spietati. Che il vostro allievo conosca quindi il destino dell’uomo e le miserie dei suoi simili, ma che non ne sia troppo spesso testimone. Un solo oggetto ben scelto, mostrato nel momento giusto, potrà suscitare in lui un mese di commozione e riflessione. Non è tanto ciò che vede, quanto il ricordo di ciò che ha visto a determinare la sua opinione. E l’impressione duratura che riceve da un oggetto deriva meno dall’oggetto stesso che dal punto di vista da cui viene presentato. È così che, gestendo con cura gli esempi, le lezioni e le immagini, si può stimolare a lungo la sensibilità umana, seguendo naturalmente le direzioni stabilite dalla natura stessa.
Man mano che si acquisiscono delle conoscenze, è necessario scegliere idee in armonia con esse; man mano che i nostri desideri si intensificano, è opportuno scegliere comportamenti capaci di reprimerli. Un vecchio militare, che si era distinto sia per il proprio coraggio che per le proprie virtù morali, mi raccontò che, nella sua giovinezza, suo padre – un uomo saggio ma profondamente devoto –, vedendo che il suo temperamento lo portava verso comportamenti licenziosi, non risparmiò nulla nel tentativo di contenerlo. Tuttavia, nonostante tutti i suoi sforzi, quando si rese conto che il figlio era sul punto di perdere il controllo su se stesso, decise di portarlo in un ospedale per le malattie veneree e, senza avvertirlo, lo fece entrare in una sala dove un gruppo di questi sfortunati subiva trattamenti orribili come punizione dei loro vizi. Di fronte a quell’aspetto disgustoso che offendeva tutti i sensi, il giovane rischiò di svenire. “Vai, miserabile dissoluto”, gli disse allora suo padre con tono furioso, “segue pure quella vile inclinazione che ti spinge. Presto sarai troppo felice di essere ammesso in questa sala, dove, vittima dei dolori più atroci, costringerai tuo padre a ringraziare Dio per la tua morte”.
Queste poche parole, unite al vivido quadro che colpì il giovane, gli lasciarono un’impressione che non si cancellò mai. Condannato dal suo stato a trascorrere la sua giovinezza nelle guarnigioni, preferì subire tutte le derisioni dei suoi compagni piuttosto che imitare il loro comportamento libertino. “Sono stato un uomo”, si diceva, “ho avuto delle debolezze; ma arrivato a questa età, non ho mai potuto guardare una donna di lusso senza provare orrore”. Maestro, pochi discorsi, ma imparate a scegliere i luoghi, i tempi, le persone, e date tutte le vostre lezioni attraverso esempi concreti; sarete sicuri del loro effetto.
L’emploi de l’enfance est peu de chose : le mal qui s’y glisse n’est point sans remède ; et le bien qui s’y fait peut venir plus tard. Mais il n’en est pas ainsi du premier âge où l’homme commence véritablement à vivre. Cet âge ne dure jamais assez pour l’usage qu’on en doit faire, et son importance exige une attention sans relâche : voilà pourquoi j’insiste sur l’art de le prolonger. Un des meilleurs préceptes de la bonne culture est de tout retarder tant qu’il est possible. Rendez les progrès lents et sûrs ; empêchez que l’adolescent ne devienne homme au moment où rien ne lui reste à faire pour le devenir. Tandis que le corps croît, les esprits destinés à donner du baume au sang et de la force aux fibres se forment et s’élaborent. Si vous leur faites prendre un cours différent, et que ce qui est destiné à perfectionner un individu serve à la formation d’un autre, tous deux restent dans un état de faiblesse, et l’ouvrage de la nature demeure imparfait. Les opérations de l’esprit se sentent à leur tour de cette altération ; et l’âme, aussi débile que le corps, n’a que des fonctions faibles et languissantes. Des membres gros et robustes ne font ni le courage ni le génie ; et je conçois que la force de l’âme n’accompagne pas celle du corps, quand d’ailleurs les organes de la communication des deux substances sont mal disposés. Mais, quelque bien disposés qu’ils puissent être, ils agiront toujours faiblement, s’ils n’ont pour principe qu’un sang épuisé, appauvri, et dépourvu de cette substance qui donne de la force et du jeu à tous les ressorts de la machine. Généralement on aperçoit plus de vigueur d’âme dans les hommes dont les jeunes ans ont été préservés d’une corruption prématurée, que dans ceux dont le désordre a commencé avec le pouvoir de s’y livrer ; et c’est sans doute une des raisons pourquoi les peuples qui ont des moeurs surpassent ordinairement en bon sens et en courage les peuples qui n’en ont pas. Ceux-ci brillent uniquement par je ne sais quelles petites qualités déliées, qu’ils appellent esprit, sagacité, finesse ; mais ces grandes et nobles fonctions de sagesse et de raison, qui distinguent et honorent l’homme par de belles actions, par des vertus, par des soins véritablement utiles, ne se trouvent guère que dans les premiers.
Les maîtres se plaignent que le feu de cet âge rend la jeunesse indisciplinable, et je le vois : mais n’est-ce pas leur faute ? Sitôt qu’ils ont laissé prendre à ce feu son cours par les sens, ignorent-ils qu’on ne peut plus lui en donner un autre ? Les longs et froids sermons d’un pédant effaceront-ils dans l’esprit de son élève l’image des plaisirs qu’il a conçus ? banniront-ils de son coeur les désirs qui le tourmentent ? amortiront-ils l’ardeur d’un tempérament dont il sait l’usage ? ne s’irritera-t-il pas contre les obstacles qui s’opposent au seul bonheur dont il ait l’idée ? Et, dans la dure loi qu’on lui prescrit sans pouvoir la lui faire entendre, que verra-t-il, sinon le caprice et la haine d’un homme qui cherche à le tourmenter ? Est-il étrange qu’il se mutine et le haïsse à son tour ?
Je conçois bien qu’en se rendant facile on peut se rendre plus supportable, et conserver une apparente autorité. Mais je ne vois pas trop à quoi sert l’autorité qu’on ne garde sur son élève qu’en fomentant les vices qu’elle devrait réprimer ; c’est comme si, pour calmer un cheval fougueux, l’écuyer le faisait sauter dans un précipice.
Loin que ce feu de l’adolescent soit un obstacle à l’éducation, c’est par lui qu’elle se consomme et s’achève ; c’est lui qui vous donne une prise sur le coeur d’un jeune homme, quand il cesse d’être moins fort que vous. Ses premières affections sont les rênes avec lesquelles vous dirigez tous ses mouvements : il était libre, et je le vois asservi. Tant qu’il n’aimait rien, il ne dépendait que de lui-même et de ses besoins ; sitôt qu’il aime, il dépend de ses attachements. Ainsi se forment les premiers liens qui l’unissent à son espèce. En dirigeant sur elle sa sensibilité naissante, ne croyez pas qu’elle embrassera d’abord tous les hommes, et que ce mot de genre humain signifiera pour lui quelque chose. Non, cette sensibilité se bornera premièrement à ses semblables ; et ses semblables ne seront point pour lui des inconnus, mais ceux avec lesquels il a des liaisons, ceux que l’habitude lui a rendus chers ou nécessaires, ceux qu’il voit évidemment avoir avec lui des manières de penser et de sentir communes, ceux qu’il voit exposés aux peines qu’il a souffertes et sensibles aux plaisirs qu’il a goûtés, ceux, en un mot, en qui l’identité de nature plus manifestée lui donne une plus grande disposition à s’aimer. Ce ne sera qu’après avoir cultivé son naturel en mille manières, après bien des réflexions sur ses propres sentiments et sur ceux qu’il observera dans les autres, qu’il pourra parvenir à généraliser ses notions individuelles sous l’idée abstraite d’humanité, et joindre à ses affections particulières celles qui peuvent l’identifier avec son espèce.
En devenant capable d’attachement, il devient sensible à celui des autres[393], et par là même attentif aux signes de cet attachement. Voyez-vous quel nouvel empire vous allez acquérir sur lui ? Que de chaînes vous avez mises autour de son coeur avant qu’il s’en aperçût ! Que ne sentira-t-il point quand, ouvrant les yeux sur lui-même, il verra ce que vous avez fait pour lui ; quand il pourra se comparer aux autres jeunes gens de son âge, et vous comparer aux autres gouverneurs ! Je dis quand il le verra, mais gardez-vous de le lui dire ; si vous le lui dites, il ne le verra plus. Si vous exigez de lui de l’obéissance en retour des soins que vous lui avez rendus, il croira que vous l’avez surpris : il se dira qu’en feignant de l’obliger gratuitement, vous avez prétendu le charger d’une dette, et le lier par un contrat auquel il n’a point consenti. En vain vous ajouterez que ce que vous exigez de lui n’est que pour lui-même : vous exigez enfin, et vous exigez en vertu de ce que vous avez fait sans son aveu. Quand un malheureux prend l’argent qu’on feint de lui donner, et se trouve enrôlé malgré lui, vous criez à l’injustice : n’êtes-vous pas plus injuste encore de demander à votre élève le prix des soins qu’il n’a point acceptés ?
L’ingratitude serait plus rare si les bienfaits à usure étaient moins connus. On aime ce qui nous fait du bien ; c’est un sentiment si naturel ! L’ingratitude n’est pas dans le coeur de l’homme, mais l’intérêt y est : il y a moins d’obligés ingrats que de bienfaiteurs intéressés. Si vous me vendez vos dons, je marchanderai sur le prix ; mais si vous feignez de donner pour vendre ensuite à votre mot, vous usez de fraude : c’est d’être gratuits qui les rend inestimables. Le coeur ne reçoit de lois que de lui-même ; en voulant l’enchaîner on le dégage ; on l’enchaîne en le laissant libre.
Quand le pêcheur amorce l’eau, le poisson vient, et reste autour de lui sans défiance ; mais quand, pris à l’hameçon caché sous l’appât, il sent retirer la ligne, il tâche de fuir. Le pêcheur est-il le bienfaiteur ? le poisson est-il l’ingrat ? Voit-on jamais qu’un homme oublié par son bienfaiteur l’oublie ? Au contraire, il en parle toujours avec plaisir, il n’y songe point sans attendrissement : s’il trouve occasion de lui montrer par quelque service inattendu qu’il se ressouvient des siens, avec quel contentement intérieur il satisfait alors sa gratitude ! Avec quelle douce joie il se fait reconnaître ! Avec quel transport il lui dit : Mon tour est venu ! Voilà vraiment la voix de nature ; jamais un vrai bienfait ne fit d’ingrat.
The use of childhood is of little significance; the harm that may arise therein is not without remedy, and the good that can be accomplished during this time may still be achieved later on. However, this is not the case with early infancy, the age in which a person truly begins to live. This period is never long enough for the purposes for which it should be utilized, and its importance demands constant attention; hence my emphasis on the art of prolonging it. One of the best principles of good upbringing is to delay everything possible. Make progress slow but steady; prevent adolescents from becoming adults at a time when nothing remains for them to do to achieve that status. While the body grows, those mental faculties destined to nourish the blood and strengthen the tissues are also forming and developing. If these processes are disrupted, and what is meant to perfect one individual is instead used to shape another, both will remain in a state of weakness, and nature’s work will remain unfinished. The operations of the mind will also be affected by such disruption; and the soul, just as weak as the body, will have only feeble and sluggish functions. Large and robust limbs do not necessarily bring courage or genius; and I believe that the strength of the soul does not accompany that of the body when the organs responsible for the interaction between these two substances are poorly developed. Yet, no matter how well-developed these organs may be, their effects will always be weak if the blood is depleted, impoverished, and lacking in that substance which gives vigor and vitality to all bodily functions. Generally speaking, one observes greater spiritual vigor in those whose youth has been spared premature corruption than in those whose misbehavior began at an age when they had the capacity to engage in such behavior. This is undoubtedly one of the reasons why peoples with well-regulated morals usually surpass others in good judgment and courage. Those latter groups may shine only through certain delicate qualities that they call spirit, wit, or finesse; but those great and noble faculties of wisdom and reason—those that distinguish and honor a person through virtuous actions, true generosity, and truly useful endeavors—are found far more often among the former group.
The masters complain that the passions of this age render youth unruly, and I see it to be so—but isn’t it their own fault? Once they allow these passions to take hold through the senses, don’t they realize that it is impossible to direct them in another direction? Will long, tedious sermons delivered by pedants erase from a student’s mind the images of pleasures he has conceived? Will they banish from his heart those desires that torment him? Will they diminish the intensity of a temperament for which he knows how to make use? Won’t he become irritated by all the obstacles that stand in the way of the only happiness he can conceive? And in the harsh laws that are imposed upon him without any attempt to make them understandable, what will he see but the caprice and hatred of a man who seeks to torment him? Is it really strange that he should rebel and hate in turn?
I certainly understand that by being easy to deal with, one can become more tolerable and maintain an apparent authority. But I don’t see what use there is in an authority that is only maintained over a student by fostering the vices that it should be preventing; it’s like trying to calm a wild horse by making it leap into a precipice.
Far from being an obstacle to education, the fire of adolescence is precisely through it that education is carried out and brought to completion; it is through it that one gains control over the heart of a young man, once he is no longer weaker than oneself. His first affections are those bonds through which one directs all his actions: he was once free, and now I see him bound. As long as he loves nothing, he depends only on himself and his own needs; but the moment he begins to love, he becomes dependent on those he has attached himself to. In this way are formed the first ties that bind him to his species. By directing his nascent sensitivity toward his fellow humans, do not believe that he will immediately embrace all men, or that the term “humanity” will hold any meaning for him. No—his sensitivity will initially be limited to those who are like him; and these “like him” will not be strangers to him, but rather those with whom he shares common ways of thinking and feeling, those who suffer the same pains or enjoy the same pleasures as he does, in short, those with whom a clearer affinity in nature creates a stronger inclination toward mutual affection. It is only after having cultivated his natural tendencies in countless ways, and after much reflection on his own feelings and those he observes in others, that he will be able to generalize his individual perceptions into the abstract concept of humanity, and thus unite his particular affections with those that truly bind him to his species.
By becoming capable of forming attachments, one becomes sensitive to the feelings of others[393], and thus attentive to the signs of such attachment. See what new power you will gain over him! How many “chains” you have already placed around his heart without him even realizing it! What will he not feel when, by looking within himself, he discovers what you have done for him; when he is able to compare himself with other young people of his age, and you with other “guides” or mentors? I say “when he sees it,” but be careful not to tell him yourself; if you do, he will no longer see it. If you demand obedience from him in return for the care you have shown him, he will think you have caught him off guard. He will believe that by pretending to give him these things freely, you have actually imposed a debt upon him and bound him by a contract he never agreed to. In vain will you argue that what you ask of him is only for his own good; in the end, you are still demanding it—on the basis of what you have done without his consent. When a poor person takes money that is supposedly given to them, only to find themselves forced into something against their will, you cry out against injustice. But aren’t you even more unjust when you demand payment from your “student” for care he never accepted?
Ingratitude would be rarer if the benefits bestowed through exploitation were less well-known. We love what does us good; it is such a natural sentiment! Ingratitude is not inherent in the human heart, but greed is: there are fewer ungrateful recipients than selfish benefactors. If you sell me your gifts, I will haggle over the price; but if you pretend to give them only to sell them later at your own terms, you are engaging in deceit. It is precisely because they are given freely that they become truly invaluable. The heart accepts no laws other than those imposed by itself; trying to chain it down only frees it; trying to bind it while leaving it free only ensnares it further.
When the fisherman casts his line into the water, the fish comes and stays around him without any fear; but once it is hooked by the hidden bait and feels the line being pulled back, it tries to escape. Is the fisherman the benefactor? Is the fish the ungrateful one? Has anyone ever seen a man who has been forgotten by his benefactor forget about him in return? On the contrary, he always speaks of him with pleasure and thinks of him without any resentment. If he finds an opportunity to repay this kindness in some unexpected way, how great is the inner satisfaction he feels in expressing his gratitude! How sweet is the joy he experiences when he is recognized for his good deeds! And with what fervor he declares, “It’s my turn now!” Such truly is the voice of nature—never has a genuine act of kindness resulted in ingratitude.
L’uso dell’infanzia è di poca importanza: il male che vi si insinua non è privo di rimedio; e il bene che vi si compie può manifestarsi in seguito. Ma non lo stesso vale per la prima età, durante la quale l’uomo inizia veramente a vivere. Questa età non dura mai abbastanza per permettere di sfruttarla al meglio, e la sua importanza richiede un’attenzione costante: è per questo che insisto sull’arte di prolungarla. Uno dei migliori precetti della buona educazione consiste nel ritardare tutto quanto sia possibile. Fai sì che i progressi avvengano lentamente e con sicurezza; impedisce che l’adolescente diventi adulto proprio nel momento in cui non gli resta più nulla da fare per esserlo. Mentre il corpo cresce, gli spiriti destinati a rinfrescare il sangue e rafforzare le fibre si formano e si sviluppano. Se li fai procedere in modo diverso, e ciò che è destinato a perfezionare un individuo viene utilizzato invece per la formazione di un altro, entrambi rimarranno in uno stato di debolezza, e l’opera della natura resterà incompleta. Anche le funzioni mentali ne risentiranno; e l’anima, altrettanto debole del corpo, avrà solo funzioni deboli e languide. Membri robusti non generano né coraggio né genio; e capisco bene che la forza dell’anima non accompagni quella del corpo, quando gli organi che collegano queste due sostanze sono mal disposti. Ma, per quanto ben disposti possano essere, agiranno sempre in modo debole, se non hanno come base un sangue esausto, impoverito e privo di quella sostanza che dà forza e vitalità a tutti i meccanismi del corpo. In generale, si osserva una maggiore vigore d’anima negli uomini la cui giovinezza è stata preservata da una corruzione prematura, rispetto a coloro la cui disordinazione ha iniziato proprio quando avevano la possibilità di indulgere in essa; e questo è probabilmente uno dei motivi per cui i popoli che hanno determinate abitudini superano di solito, in senso comune e coraggio, i popoli che ne sono privi. Questi ultimi brillano soltanto per alcune piccole qualità raffinate, che chiamano spirito, saggezza, finezza; ma quelle grandi e nobili funzioni di saggezza e ragione, che distinguono e onorano l’uomo attraverso azioni belle, virtù e preoccupazioni veramente utili, si trovano quasi esclusivamente nei primi.
Gli insegnanti si lamentano che il “fuoco” di quest’età renda i giovani indisciplinati, e lo vedo anch’io. Ma non è forse colpa loro? Non appena permettono a questo “fuoco” di prendere slancio attraverso i sensi dei ragazzi, non sanno forse che non si può più imprimergli una direzione diversa? I lunghi e noiosi sermoni di un pedante riusciranno davvero a cancellare dall’animo dello studente l’immagine dei piaceri che ha concepito? Riusciranno a bandire dal suo cuore i desideri che lo tormentano? Saranno in grado di attenuare la passione di un temperamento di cui conosce bene le potenzialità negative? Non si infurierà forse contro gli ostacoli che si frappongono all’unico vero felicità che possa immaginare? E, nella dura legge che gli viene imposta senza che possa comprenderne il senso, cosa vedrà, se non il capriccio e l’odio di un uomo che cerca soltanto di tormentarlo? Non è forse strano che lui stesso si ribelli e inizi a odiare quell’insegnante?
Capisco bene che rendere qualcosa più facile possa renderlo anche più tollerabile e permettere di mantenere un’apparente autorità. Tuttavia, non vedo a cosa serva un’autorità che si esercita sul proprio allievo soltanto incoraggiando i vizi che dovrebbe invece reprimere; è come se, per calmare un cavallo indomabile, l’istruttore lo facesse saltare in un precipizio.
Lontano dal rappresentare un ostacolo nell’educazione, questo “fuoco dell’adolescenza” è proprio ciò che permette che essa si compia e si concluda; è grazie a esso che si riesce ad entrare in contatto con il cuore di un giovane, quando quest’ultimo smette di essere più debole di noi. I suoi primi affetti sono le “redini” con cui possiamo guidare tutti i suoi movimenti: prima era libero, e ora lo vediamo asservito. Finché non ama nulla, dipende soltanto da se stesso e dai propri bisogni; ma non appena inizia ad amare, diventa dipendente dalle persone a cui si lega. Così si formano i primi legami che lo uniscono alla sua stessa specie. Guidando la sua sensibilità nascente verso i suoi simili, non crediate che questi li abbraccieranno tutti immediatamente, né che il concetto di “umanità” abbia per lui un significato immediato. No: questa sensibilità si limiterà inizialmente ai suoi simili; e questi non saranno per lui degli sconosciuti, ma coloro con cui ha legami, coloro che l’abitudine gli ha resi cari o necessari, coloro che, chiaramente, condividono con lui modi di pensare e sentire simili, coloro che conosce e che hanno sofferto le stesse pene o goduto degli stessi piaceri. In altre parole, coloro con cui esiste una naturale affinità che lo spinge a provare sentimenti di amore. Solo dopo aver coltivato il proprio carattere in mille modi, dopo molte riflessioni sui propri sentimenti e su quelli altrui, sarà possibile generalizzare queste percezioni individuali sotto l’idea astratta di “umanità” e unire i propri affetti particolari a quelli che lo legano alla sua specie.
Diventando capace di provare affetto, un giovane diventa sensibile agli affetti altrui[393] e, di conseguenza, attento ai segni di tale affetto. Vedete quale nuovo potere acquisirete su di lui. Quante “catene” avete già messo intorno al suo cuore senza che se ne accorgesse! Che cosa non sentirà quando, guardandosi dentro, scoprirà ciò che avete fatto per lui; quando potrà confrontarsi con gli altri giovani della sua età e voi con gli altri educatori. Dico “quando lo scoprirà”, ma fate attenzione a non dirglielo mai: se glielo dite, non lo scoprirà più. Se pretendete da lui obbedienza in cambio dei cura che gli avete prestato, crederà di essere stato ingannato; penserà che, fingendo di farlo gratuitamente, abbiate cercato di imporgli un debito e di legarlo a un contratto che non ha mai accettato. Inutilmente aggiungerete che ciò che chiedete è soltanto per il suo bene. Alla fine, state comunque esigendo qualcosa in base a ciò che avete fatto senza il suo consenso. Quando un povero prende denaro che gli viene offerto apparentemente gratuitamente e si ritrova costretto ad accettarlo contro la sua volontà, voi gridate all’ingiustizia. Ma non siete forse ancora più ingiusti nel chiedere al vostro discepolo il prezzo di cure che non ha mai accettato?
L’ingratitudine sarebbe più rara se i benefici concessi a scopo di lucro fossero meno noti. Amiamo ciò che ci fa del bene; è un sentimento così naturale! L’ingratitudine non risiede nel cuore dell’uomo, ma nell’interesse: ci sono meno persone ingrate nei confronti dei benefattori interessati. Se mi vendete i vostri doni, negozierò sul prezzo; ma se fingete di donare soltanto per poi rivendere ciò che avete dato, state commettendo frode: è proprio l’atto gratuito a rendere i doni inestimabili. Il cuore riceve leggi soltanto da sé stesso; cercando di incatenarlo, in realtà lo si libera; invece, lasciandolo libero, lo si incatena.
Quando il pescatore getta l’amo, il pesce viene e rimane intorno a lui senza diffidenza; ma quando, catturato dall’amo nascosto sotto esca, sente tirare la linea, cerca di fuggire. Il pescatore è forse un benefattore? Il pesce è forse ingrato? Si è mai visto un uomo dimenticato dal proprio benefattore che a sua volta lo dimentichi? Al contrario, ne parla sempre con piacere, non ci pensa senza commozione; e se trova l’occasione di dimostrargli la propria gratitudine con un servizio inaspettato, con quale soddisfazione interiore compie allora il proprio dovere! Con quale dolce gioia si fa riconoscere! Con quale emozione gli dice: “È arrivato il mio turno!” Questa davvero è la voce della natura; nessun vero atto di benevolenza ha mai generato ingratitudine.
Si donc la reconnaissance est un sentiment naturel, et que vous n’en détruisiez pas l’effet par votre faute, assurez-vous que votre élève, commençant à voir le prix de vos soins, y sera sensible, pourvu que vous ne les ayez point mis vous-même à prix, et qu’ils vous donneront dans son coeur une autorité que rien ne pourra détruire. Mais, avant de vous être bien assuré de cet avantage, gardez de vous l’ôter en vous faisant valoir auprès de lui. Lui vanter vos services, c’est les lui rendre insupportables ; les oublier, c’est l’en faire souvenir. Jusqu’à ce qu’il soit temps de le traiter en homme, qu’il ne soit jamais question de ce qu’il vous doit, mais de ce qu’il se doit. Pour le rendre docile, laissez-lui toute sa liberté ; dérobez-vous pour qu’il vous cherche ; élevez son âme au noble sentiment de la reconnaissance, en ne lui parlant jamais que de son intérêt. Je n’ai point voulu qu’on lui dît que ce qu’on faisait était pour son bien, avant qu’il fût en état de l’entendre ; dans ce discours il n’eût vu que votre dépendance, et il ne vous eût pris que pour son valet. Mais maintenant qu’il commence à sentir ce que c’est qu’aimer, il sent aussi quel doux lien peut unir un homme à ce qu’il aime ; et, dans le zèle qui vous fait occuper de lui sans cesse, il ne voit plus l’attachement d’un esclave, mais l’affection d’un ami. Or rien n’a tant de poids sur le coeur humain que la voix de l’amitié bien reconnue ; car on sait qu’elle ne nous parle jamais que pour notre intérêt. On peut croire qu’un ami se trompe, mais non qu’il veuille nous tromper. Quelquefois on résiste à ses conseils, mais jamais on ne les méprise.
Nous entrons enfin dans l’ordre moral : nous venons de faire un second pas d’homme. Si c’en était ici le lieu, j’essaierais de montrer comment des premiers mouvements du coeur s’élèvent les premières voix de la conscience, et comment des sentiments d’amour et de haine naissent les premières notions du bien et du mal : je ferais voir que justice et bonté ne sont point seulement des mots abstraits, de purs êtres moraux formés par l’entendement, mais de véritables affections de l’âme éclairée par la raison, et qui ne sont qu’un progrès ordonné de nos affections primitives ; que, par la raison seule, indépendamment de la conscience, on ne peut établir aucune loi naturelle ; et que tout le droit de la nature n’est qu’une chimère, s’il n’est fondé sur un besoin naturel au coeur humain[394]. Mais je songe que je n’ai point à faire ici des traités de métaphysique et de morale, ni des cours d’étude d’aucune espèce ; il me suffit de marquer l’ordre et le progrès de nos sentiments et de nos connaissances relativement à notre constitution. D’autres démontreront peut-être ce que je ne fais qu’indiquer ici.
Mon Émile n’ayant jusqu’à présent regardé que lui-même, le premier regard qu’il jette sur ses semblables le porte à se comparer avec eux ; et le premier sentiment qu’excite en lui cette comparaison est de désirer la première place. Voilà le point où l’amour de soi se change en amour-propre, et où commencent à naître toutes les passions qui tiennent à celle-là. Mais pour décider si celles de ces passions qui domineront dans son caractère seront humaines et douces, ou cruelles et malfaisantes, si ce seront des passions de bienveillance et de commisération, ou d’envie et de convoitise, il faut savoir à quelle place il se sentira parmi les hommes, et quels genres d’obstacles il pourra croire avoir à vaincre pour parvenir à celle qu’il veut occuper.
Pour le guider dans cette recherche, après lui avoir montré les hommes par les accidents communs à l’espèce, il faut maintenant les lui montrer par leurs différences. Ici vient la mesure de l’inégalité naturelle et civile, et le tableau de tout l’ordre social.
Il faut étudier la société par les hommes, et les hommes par la société : ceux qui voudront traiter séparément la politique et la morale n’entendront jamais rien à aucune des deux. En s’attachant d’abord aux relations primitives, on voit comment les hommes en doivent être affectés, et quelles passions en doivent naître : on voit que c’est réciproquement par le progrès des passions que ces relations se multiplient et se resserrent. C’est moins la force des bras que la modération des coeurs qui rend les hommes indépendants et libres. Quiconque désire peu de chose tient à peu de gens ; mais confondant toujours nos vains désirs avec nos besoins physiques, ceux qui ont fait de ces derniers les fondements de la société humaine ont toujours pris les effets pour les causes, et n’ont fait que s’égarer dans tous leurs raisonnements.
Il y a dans l’état de nature une égalité de fait réelle et indestructible, parce qu’il est impossible dans cet état que la seule différence d’homme à homme soit assez grande pour rendre l’un dépendant de l’autre. Il y a dans l’état civil une égalité de droit chimérique et vaine, parce que les moyens destinés à la maintenir servent eux-mêmes à la détruire, et que la force publique ajoutée au plus fort pour opprimer le faible rompt l’espèce d’équilibre que la nature avait mis entre eux[395]. De cette première contradiction découlent toutes celles qu’on remarque dans l’ordre civil entre l’apparence et la réalité. Toujours la multitude sera sacrifiée au petit nombre, et l’intérêt public à l’intérêt particulier ; toujours ces noms spécieux de justice et de subordination serviront d’instruments à la violence et d’armes à l’iniquité : d’où il suit que les ordres distingués qui se prétendent utiles aux autres ne sont en effet utiles qu’à eux-mêmes aux dépens des autres ; par où l’on doit juger de la considération qui leur est due selon la justice et la raison. Reste à voir si le rang qu’ils se sont donné est plus favorable au bonheur de ceux qui l’occupent, pour savoir quel jugement chacun de nous doit porter de son propre sort. Voilà maintenant l’étude qui nous importe ; mais pour la bien faire, il faut commencer par connaître le coeur humain.
S’il ne s’agissait que de montrer aux jeunes gens l’homme par son masque, on n’aurait pas besoin de le leur montrer, ils le verraient toujours de reste ; mais, puisque le masque n’est pas l’homme, et qu’il ne faut pas que son vernis le séduise, en leur peignant les hommes, peignez-les leur tels qu’ils sont, non pas afin qu’ils les haïssent, mais afin qu’ils les plaignent et ne leur veuillent pas ressembler. C’est, à mon gré, le sentiment le mieux entendu que l’homme puisse avoir sur son espèce.
Dans cette vue, il importe ici de prendre une route opposée à celle que nous avons suivie jusqu’à présent, et d’instruire plutôt le jeune homme par l’expérience d’autrui que par la sienne. Si les hommes le trompent, il les prendra en haine ; mais si, respecté d’eux, il les voit se tromper mutuellement, il en aura pitié. Le spectacle du monde, disait Pythagore, ressemble à celui des jeux olympiques : les uns y tiennent boutique et ne songent qu’à leur profit ; les autres y payent de leur personne et cherchent la gloire ; d’autres se contentent de voir les jeux, et ceux-ci ne sont pas les pires.
Je voudrais qu’on choisît tellement les sociétés d’un jeune homme, qu’il pensât bien de ceux qui vivent avec lui ; et qu’on lui apprît à si bien connaître le monde, qu’il pensât mal de tout ce qui s’y fait. Qu’il sache que l’homme est naturellement bon, qu’il le sente, qu’il juge de son prochain par lui-même ; mais qu’il voie comment la société déprave et pervertit les hommes ; qu’il trouve dans leurs préjugés la source de tous leurs vices ; qu’il soit porté à estimer chaque individu, mais qu’il méprise la multitude ; qu’il voie que tous les hommes portent à peu près le même masque, mais qu’il sache aussi qu’il y a des visages plus beaux que le masque qui les couvre.
Cette méthode, il faut l’avouer, a ses inconvénients et n’est pas facile dans la pratique ; car, s’il devient observateur de trop bonne heure, si vous l’exercez à épier de trop près les actions d’autrui, vous le rendrez médisant et satirique, décisif et prompt à juger ; il se fera un odieux plaisir de chercher à tout de sinistres interprétations, et à ne voir en bien rien même de ce qui est bien. Il s’accoutumera du moins au spectacle du vice, et à voir les méchants sans horreur, comme on s’accoutume à voir les malheureux sans pitié. Bientôt la perversité générale lui servira moins de leçon que d’excuse : il se dira que si l’homme est ainsi, il ne doit pas vouloir être autrement.
Therefore, if gratitude is a natural sentiment, and you do not destroy its effect through your own fault, ensure that your student, as he begins to recognize the value of your care, will be sensitive to it—provided that you have not yourself put a price on those cares, and that they grant you an authority in his heart that nothing can destroy. But before you are fully certain of this advantage, take care not to lose it by seeking to impress him with your own merits. To praise your services to him is to make them unbearable; to forget about them is to remind him of them. Until the time comes when he can be treated as an equal, never mention what he owes you, but only what he owes himself. To make him obedient, grant him all his freedom; hide yourself so that he must seek you out; elevate his soul with the noble sentiment of gratitude, always speaking to him only of his own interests. I have never wanted people to tell him that what is done for him is for his own good, until he is in a position to understand it; otherwise, he would see only your dependence and regard you merely as his servant. But now that he begins to understand what love truly is, he also realizes the tender bond that can unite a man with what he loves. And in the zeal you show in constantly caring for him, he no longer sees the attachment of a slave, but the affection of a friend. Indeed, nothing has more power over the human heart than the voice of a well-appreciated friendship—for we know that it never speaks except for our own good. We may believe that a friend might err, but we can never doubt his sincerity. Sometimes we resist his advice, but we never despise it.
We have finally entered the realm of moral order: we have just taken a second step forward as human beings. If this were the appropriate place, I would attempt to show how the first stirrings of the heart give rise to the earliest voices of conscience, and how feelings of love and hate lead to the formation of our initial notions of good and evil. I would demonstrate that justice and kindness are not merely abstract concepts or purely moral entities created by reason alone, but rather genuine emotions of the soul enlightened by reason—emotions that represent a orderly progression of our primitive inclinations. I would also argue that reason alone, independent of conscience, cannot establish any natural laws; indeed, all so-called “natural rights” are nothing but illusions unless they are grounded in some inherent human need[394]. But I realize that I have no need to engage in treatises on metaphysics or morality here, nor to deliver lectures on any particular subject. It is sufficient for me to outline the order and progression of our emotions and knowledge as they relate to our natural constitution. Others may perhaps go further to prove what I merely suggest here.
Since my Émile has until now only looked at himself, the first time he looks at his fellow humans, he begins to compare himself to them; and the first emotion this comparison arouses in him is the desire to occupy the highest position. This is the point at which self-love transforms into pride, and at which all those passions that are related to it begin to emerge. But in order to determine whether these passions will be humane and kind, or cruel and harmful—whether they will be driven by benevolence and compassion, or by envy and greed—we must understand what place he will feel himself occupying among people, and what kinds of obstacles he may believe he must overcome in order to attain the position he desires.
In order to guide him in this search, after having shown him men through the common characteristics inherent in their species, it is now necessary to present them to him through their differences. Here lies the measure of natural and civil inequality, as well as the framework that defines the entire social order.
We must study society through men, and men through society: those who attempt to separate politics from morality will never understand either of them properly. By examining the primitive relationships that exist among people, we can see how they influence one another and what passions arise from them; it is also clear that it is the development of these passions that leads to the expansion and deepening of these relationships. It is not so much the strength of physical power as the moderation of human sentiments that makes men independent and free. Those who desire little are bound to few people; but since we constantly confuse our vain desires with our physical needs, those who have made these physical necessities the foundation of human society have always mistaken effects for causes, leading them astray in all their reasoning.
In the state of nature, there exists a real and indestructible equality in fact, because it is impossible for the differences between individuals to be sufficient to render one dependent on another. In civil society, however, there is only a fictitious and futile equality in law, since the means intended to maintain it actually serve to destroy it; moreover, when public force is used by the stronger to oppress the weaker, it disrupts that delicate balance which nature had established between them[395]. This initial contradiction gives rise to all those inconsistencies that can be observed in civil society between appearance and reality. Always, the many will be sacrificed for the few, and the general interest will be subordinated to particular interests; always, these deceptive notions of justice and submission will serve as instruments for violence and weapons for injustice. It follows therefore that those hierarchical systems which claim to be beneficial to others are in fact only beneficial to themselves at the expense of others—this is how we should judge the true value they deserve according to justice and reason. What remains to be determined is whether the status these systems confer actually contributes to the happiness of those who occupy it; this is the question upon which our own fate depends. Now, this is the study that truly matters to us; but to conduct it properly, we must first understand the nature of the human heart.
If it were merely a matter of showing young people what man really is through his mask, there would be no need to do so at all; they would see it for themselves anyway. But since the mask is not the man himself, and since one must not let its superficial appearance deceive them, when you depict men to them, paint them as they truly are—not in order that they hate them, but so that they may feel pity for them and desire not to become like them. In my opinion, this is the most enlightened attitude a person can hold toward his own species.
From this perspective, it is essential to take a path opposite to the one we have followed so far, and to instruct the young man through the experiences of others rather than through his own. If people deceive him, he will hate them; but if, being respected by them, he sees them deceiving each other, he will feel pity for them. The spectacle of the world, said Pythagoras, is akin to that of the Olympic games: some people set up stalls there and think only of their own profit; others risk their lives in pursuit of glory; and yet there are those who simply watch the games, and these are not the worst.
I would wish that the societies in which a young man is placed were such that he would hold those who live with him in high regard; and that he was taught to understand the world so well that he would dismiss everything that happens within it as worthless. He should know that human nature is inherently good, feel this himself, and judge his fellow men by the standards set by humanity itself. Yet he should also see how society corrupts and perverts people; recognize that prejudice lies at the root of all vice; be inclined to respect every individual, but to despise the masses; and understand that while all men wear roughly the same “mask,” there are also faces far more beautiful than those masks.
This method, it must be admitted, has its disadvantages and is not easy to apply in practice; for if one becomes an observer too early on, if one practices eavesdropping on others’ actions too closely, it will make one cynical and satirical, decisive, and quick to judge. One will take perverse pleasure in seeking sinister interpretations of everything, and will fail to see anything good even in what is truly good. At the very least, one will become accustomed to the sight of vice and to looking at the wicked without horror, just as one becomes accustomed to seeing the unfortunate without pity. Soon, the general state of corruption will serve less as a lesson than as an excuse for one’s own behavior: one will say that if humans are inherently such, then they must not wish to be otherwise.
Se quindi la riconoscenza è un sentimento naturale, e se non ne distruggete l’effetto per colpa vostra, assicuratevi che il vostro allievo, avendo iniziato a comprendere il valore delle vostre cure, ne sia sensibile, a condizione che voi stessi non abbiate mai messo un prezzo a tali cure e che queste non gli conferiscano nel suo cuore un’autorità che nulla possa distruggere. Ma, prima di esservi assicurati di questo vantaggio, fate attenzione a non eliminarlo cercando di farvi valere davanti a lui. Elogiare i vostri sforzi significa renderli insopportabili; dimenticarli significa farglieli ricordare. Fino a quando non sarà il momento di trattarlo come un uomo, non parlate mai di ciò che vi deve, ma di ciò che si deve a se stesso. Per renderlo docile, lasciategli tutta la sua libertà; nascondetevi affinché vi cerchi; elevate il suo spirito al nobile sentimento della riconoscenza, parlandogli sempre solo del suo interesse. Non ho voluto che gli si dicesse che ciò che si faceva era per il suo bene, prima che fosse in grado di comprenderlo; in questo modo avrebbe visto soltanto la vostra dipendenza da lui e vi avrebbe considerato soltanto come il suo servitore. Ma ora che inizia a comprendere cosa significhi amare, capisce anche quale dolce legame possa unire un uomo a ciò che ama; e nel zelo con cui vi occupate di lui senza sosta, non vede più l’attaccamento di uno schiavo, ma l’affetto di un amico. Ora, nulla ha più peso sul cuore umano della voce dell’amicizia ben riconosciuta; perché si sa che essa parla sempre solo del nostro interesse. Si può credere che un amico si sbagli, ma non che voglia ingannarci. A volte ci si resiste ai suoi consigli, ma mai li si disprezza.
Entriamo finalmente nell’ambito della morale: abbiamo appena compiuto un secondo passo verso la condizione umana. Se qui fosse il luogo adatto, cercherei di dimostrare come dai primi movimenti del cuore nascano le prime voci della coscienza, e come da sentimenti d’amore e d’odio emergano le prime nozioni di bene e male. Vorrei mostrare che giustizia e bontà non sono semplicemente termini astratti o entità morali create dall’intelletto, ma vere emozioni dell’anima illuminate dalla ragione, e che rappresentano soltanto un progresso ordinato delle nostre affezioni primitive. Vorrei anche dimostrare che, attraverso la sola ragione, indipendentemente dalla coscienza, non si può stabilire alcuna legge naturale; e che tutto il diritto naturale non è altro che una chimera, se non si basa su un bisogno innato del cuore umano[394]. Tuttavia, so di non dover qui scrivere trattati di metafisica o morale, né tenere lezioni di alcun tipo; mi basta indicare l’ordine e il progresso dei nostri sentimenti e delle nostre conoscenze in relazione alla nostra natura umana. Altri forse potranno dimostrare ciò che io qui soltanto accenno.
Il mio Émile, fino ad ora avendo guardato soltanto se stesso, nel suo primo sguardo verso i suoi simili inizia a confrontarsi con loro; e il primo sentimento che questa comparazione suscita in lui è il desiderio di occupare il primo posto. Ecco il momento in cui l’amore di sé si trasforma in amor-propre, e in cui cominciano a nascere tutte le passioni che ne derivano. Ma per stabilire se queste passioni saranno umane e gentili, o crudeli e malvagie, se saranno caratterizzate da benevolenza e compassione, o da invidia e avidità, è necessario sapere quale posizione ritiene di occupare tra gli uomini, e quali ostacoli potrebbe dover superare per raggiungere quel posto che desidera.
Per guidarlo in questa ricerca, dopo avergli mostrato gli uomini attraverso gli accidenti comuni alla specie, è ora necessario mostrarli anche attraverso le loro differenze. È qui che si misura l’ineguaglianza naturale e civile, e si delinea l’intero ordine sociale.
È necessario studiare la società attraverso gli uomini, e gli uomini attraverso la società: coloro che vorranno trattare separatamente politica e morale non comprenderanno mai nulla di nessuna delle due. Concentrandosi innanzitutto sulle relazioni primitive, si può vedere in che modo queste influenzino gli esseri umani e quali passioni ne derivino; si può anche constatare come sia proprio il progresso delle passioni a far moltiplicare e rinserrare tali relazioni. È meno la forza fisica che la moderazione dei sentimenti ad rendere gli uomini indipendenti e liberi. Chi desidera poco ha bisogno di poche persone; ma confondendo sempre i nostri vani desideri con i nostri bisogni fisici, coloro che hanno fatto di questi ultimi le basi della società umana hanno sempre scambiato gli effetti per le cause, perdendosi così in tutti i loro ragionamenti.
Nello stato di natura esiste un’uguaglianza di fatto reale e indestruttibile, poiché in tale stato è impossibile che la sola differenza tra gli uomini sia abbastanza grande da rendere uno dipendente dall’altro. Nello stato civile, invece, esiste un’uguaglianza di diritto illusoria e vana, poiché i mezzi destinati a mantenerla servono in realtà a distruggerla; inoltre, la forza pubblica, utilizzata dal più forte per opprimere il debole, rompe quell’equilibrio che la natura aveva stabilito tra gli uomini[395]. Da questa prima contraddizione derivano tutte quelle che si osservano nell’ordine civile tra apparenza e realtà: sempre la maggioranza sarà sacrificata alla minoranza, e l’interesse pubblico all’interesse privato; sempre questi nomi apparentemente nobili di giustizia e sottomissione serviranno da strumenti alla violenza e da armi all’ingiustizia. Da ciò si deduce che gli ordini sociali, che si proclamano utili agli altri, sono in realtà utili soltanto a coloro che li detengono, a scapito degli altri; ed è proprio su questa base che possiamo giudicare il rispetto che dovrebbero loro essere attribuiti secondo la giustizia e la ragione. Resta da vedere se il rango sociale che si sono attribuiti sia effettivamente vantaggioso per la felicità di coloro che lo occupano; questo è l’argomento su cui dobbiamo concentrarci ora. Ma per studiarlo correttamente, è necessario innanzitutto comprendere il cuore umano.
Se si trattasse semplicemente di mostrare ai giovani l’uomo attraverso il suo “maschera”, non ci sarebbe bisogno di farlo: lo vedrebbero comunque sempre; ma poiché il maschera non è l’uomo, e non deve essere il suo aspetto esteriore a sedurli, quando dipingete gli uomini, dipingeteli per come sono veramente, non affinché li odino, ma affinché provino compassione per loro e non desiderino assomigliarvi. A mio parere, questo è il sentimento più profondo che l’uomo possa avere verso la sua stessa specie.
Da questo punto di vista, è necessario seguire una strada opposta a quella che abbiamo percorso finora, e istruire il giovane piuttosto attraverso l’esperienza altrui che attraverso la propria. Se gli uomini lo ingannano, ne proverà odio; ma se, rispettato da loro, li vede ingannarsi a vicenda, ne avrà pietà. “Lo spettacolo del mondo”, diceva Pitagora, “assomiglia a quello dei giochi olimpici: alcuni vi partecipano soltanto per il proprio interesse; altri vi dedicano la propria persona in cerca di gloria; altri si accontentano semplicemente di osservare i giochi, e questi ultimi non sono certo i peggiori”.
Vorrei che si scegliessero con molta attenzione le compagnie di un giovane, in modo che egli avesse una buona opinione di coloro che vivono con lui; e che gli si insegnasse a conoscere così bene il mondo da giudicare negativamente tutto ciò che vi accade. Che sapesse che l’uomo è per natura buono, che lo sentisse dentro di sé, e che giudicasse i suoi simili in base a se stesso; ma che vedesse anche come la società corrompa e pervertisca gli uomini; che scoprisse nei loro pregiudizi la fonte di tutti i loro vizi; che fosse portato ad apprezzare ogni individuo, ma a disprezzare la moltitudine; che riconoscesse che tutti gli uomini indossano più o meno lo stesso “maschera”, ma che sapesse anche esistere volti più belli di quel velo che li nasconde.
Devo ammettere che questo metodo presenta dei svantaggi e non è facile da applicare nella pratica; infatti, se una persona inizia troppo presto ad osservare attentamente le azioni altrui, diventerà meschina e sarcastica, decisa e pronta a giudicare. Troverà un piacere perverso nel cercare interpretazioni sinistre di tutto ciò che accade, e non vedrà nulla di positivo nemmeno in ciò che è davvero buono. Si abituerà almeno allo spettacolo del vizio e ai malvagi senza provare orrore, proprio come ci si abitua a vedere i disgraziati senza compassione. Presto, la perversione generale non gli servirà più da lezione, ma piuttosto da scusa: penserà che, se l’uomo è fatto così, non può certo voler essere diverso.
Que si vous voulez l’instruire par principe et lui faire connaître avec la nature du coeur humain l’application des causes externes qui tournent nos penchants en vices, en le transportant ainsi tout d’un coup des objets sensibles aux objets intellectuels, vous employez une métaphysique qu’il n’est point en état de comprendre ; vous retombez dans l’inconvénient, évité si soigneusement jusqu’ici, de lui donner des leçons qui ressemblent à des leçons, de substituer dans son esprit l’expérience et l’autorité du maître à sa propre expérience et au progrès de sa raison.
Pour lever à la fois ces deux obstacles et pour mettre le coeur humain à sa portée sans risquer de gâter le sien, je voudrais lui montrer les hommes au loin, les lui montrer dans d’autres temps ou dans d’autres lieux, et de sorte qu’il pût voir la scène sans jamais y pouvoir agir. Voilà le moment de l’histoire ; c’est par elle qu’il lira dans les coeurs sans les leçons de la philosophie ; c’est par elle qu’il les verra, simple spectateur, sans intérêt et sans passion, comme leur juge, non comme leur complice ni comme leur accusateur.
Pour connaître les hommes il faut les voir agir. Dans le monde on les entend parler ; ils montrent leurs discours et cachent leurs actions : mais dans l’histoire elles sont dévoilées, et on les juge sur les faits. Leurs propos même aident à les apprécier ; car, comparant ce qu’ils font à ce qu’ils disent, on voit à la fois ce qu’ils sont et ce qu’ils veulent paraître : plus ils se déguisent, mieux on les connaît.
Malheureusement cette étude a ses dangers, ses inconvénients de plus d’une espèce. Il est difficile de se mettre dans un point de vue d’où l’on puisse juger ses semblables avec équité. Un des grands vices de l’histoire est qu’elle peint beaucoup plus les hommes par leurs mauvais côtés que par les bons ; comme elle n’est intéressante que par les révolutions, les catastrophes, tant qu’un peuple croît et prospère dans le calme d’un paisible gouvernement, elle n’en dit rien ; elle ne commence à en parler que quand, ne pouvant plus se suffire à lui-même, il prend part aux affaires de ses voisins, ou les laisse prendre part aux siennes ; elle ne l’illustre que quand il est déjà sur son déclin : toutes nos histoires commencent où elles devraient finir. Nous avons fort exactement celle des peuples qui se détruisent ; ce qui nous manque est celle des peuples qui se multiplient ; ils sont assez heureux et assez sages pour qu’elle n’ait rien à dire d’eux : et en effet nous voyons, même de nos jours, que les gouvernements qui se conduisent le mieux sont ceux dont on parle le moins. Nous ne savons donc que le mal ; à peine le bien fait-il époque. Il n’y a que les méchants de célèbres, les bons sont oubliés ou tournés en ridicule : et voilà comment l’histoire, ainsi que la philosophie, calomnie sans cesse le genre humain.
De plus, il s’en faut bien que les faits décrits dans l’histoire soient la peinture exacte des mêmes faits tels qu’ils sont arrivés : ils changent de forme dans la tête de l’historien, ils se moulent sur ses intérêts, ils prennent la teinte de ses préjugés. Qui est-ce qui sait mettre exactement le lecteur au lieu de la scène pour voir un événement tel qu’il s’est passé ? L’ignorance ou la partialité déguise tout. Sans altérer même un trait historique, en étendant ou resserrant des circonstances qui s’y rapportent, que de faces différentes on peut lui donner ! Mettez un même objet à divers points de vue, à peine paraîtra-t-il le même, et pourtant rien n’aura changé que l’oeil du spectateur. Suffit-il, pour l’honneur de la vérité, de me dire un fait véritable en me le faisant voir tout autrement qu’il n’est arrivé ? Combien de fois un arbre de plus ou de moins, un rocher à droite ou à gauche, un tourbillon de poussière élevé par le vent ont décidé de l’événement d’un combat sans que personne s’en soit aperçu ! Cela empêche-t-il que l’historien ne vous dise la cause de la défaite ou de la victoire avec autant d’assurance que s’il eût été partout ? Or que m’importent les faits en eux-mêmes, quand la raison m’en reste inconnue ? et quelles leçons puis-je tirer d’un événement dont j’ignore la vraie cause ? L’historien m’en donne une, mais il la controuve ; et la critique elle-même, dont on fait tant de bruit, n’est qu’un art de conjecturer, l’art de choisir entre plusieurs mensonges celui qui ressemble le mieux à la vérité.
N’avez-vous jamais lu Cléopâtre ou Cassandre[396], ou d’autres livres de cette espèce ? L’auteur choisit un événement connu, puis, l’accommodant à ses vues, l’ornant de détails de son invention, de personnages qui n’ont jamais existé, et de portraits imaginaires, entasse fictions sur fictions pour rendre sa lecture agréable. Je vois peu de différence entre ces romans et vos histoires, si ce n’est que le romancier se livre davantage à sa propre imagination, et que l’historien s’asservit plus à celle d’autrui : à quoi j’ajouterai, si l’on veut, que le premier se propose un objet moral, bon ou mauvais, dont l’autre ne se soucie guère.
On me dira que la fidélité de l’histoire intéresse moins que la vérité des moeurs et des caractères ; pourvu que le coeur humain soit bien peint, il importe peu que les événements soient fidèlement rapportés : car, après tout, ajoute-t-on, que nous font des faits arrivés il y a deux mille ans ? On a raison si les portraits sont bien rendus d’après nature ; mais si la plupart n’ont leur modèle que dans l’imagination de l’historien, n’est-ce pas retomber dans l’inconvénient que l’on voulait fuir, et rendre à l’autorité des écrivains ce qu’on veut ôter à celle du maître ? Si mon élève ne doit voir que des tableaux de fantaisie, j’aime mieux qu’ils soient tracés de ma main que d’une autre ; ils lui seront du moins mieux appropriés.
Les pires historiens pour un jeune homme sont ceux qui jugent. Les faits ! les faits ! et qu’il juge lui-même ; c’est ainsi qu’il apprend à connaître les hommes. Si le jugement de l’auteur le guide sans cesse, il ne fait que voir par l’oeil d’un autre ; et quand cet oeil lui manque, il ne voit plus rien.
Je laisse à part l’histoire moderne, non seulement parce qu’elle n’a plus de physionomie et que nos hommes se ressemblent tous, mais parce que nos historiens, uniquement attentifs à briller, ne songent qu’à faire des portraits fortement coloriés, et qui souvent ne représentent rien[397]. Généralement les anciens font moins de portraits, mettent moins d’esprit et plus de sens dans leurs jugements ; encore y a-t-il entre eux un grand choix à faire, et il ne faut pas d’abord prendre les plus judicieux, mais les plus simples. Je ne voudrais mettre dans la main d’un jeune homme ni Polybe ni Salluste ; Tacite est le livre des vieillards ; les jeunes gens ne sont pas faits pour l’entendre : il faut apprendre à voir dans les actions humaines les premiers traits du coeur de l’homme, avant d’en vouloir sonder les profondeurs ; il faut savoir bien lire dans les faits avant de lire dans les maximes. La philosophie en maximes ne convient qu’à l’expérience. La jeunesse ne doit rien généraliser : toute son instruction doit être en règles particulières.
Thucydide est, à mon gré, le vrai modèle des historiens. Il rapporte les faits sans les juger ; mais il n’omet aucune des circonstances propres à nous en faire juger nous-mêmes. Il met tout ce qu’il raconte sous les yeux du lecteur ; loin de s’interposer entre les événements et les lecteurs, il se dérobe ; on ne croit plus lire, on croit voir. Malheureusement il parle toujours de guerre, et l’on ne voit presque dans ses récits que la chose du monde la moins instructive, savoir les combats. La Retraite des Dix mille et les Commentaires de César ont à peu près la même sagesse et le même défaut. Le bon Hérodote, sans portraits, sans maximes, mais coulant, naïf, plein de détails les plus capables d’intéresser et de plaire, serait peut-être le meilleur des historiens, si ces mêmes détails ne dégénéraient souvent en simplicités puériles, plus propres à gâter le goût de la jeunesse qu’à le former : il faut déjà du discernement pour le lire. Je ne dis rien de Tite-Live, son tour viendra ; mais il est politique, il et rhéteur, il est tout ce qui ne convient pas à cet âge.
Even if you wish to instruct him in principle and to make him aware, through the nature of the human heart, of how external causes can turn our inclinations into vices, by suddenly transferring him from the realm of sensible objects to that of intellectual objects, you are still employing a metaphysics that he is not capable of understanding. You are thus falling back into the very drawback that was so carefully avoided: giving him lessons that merely resemble lessons, and substituting in his mind the experience and authority of a teacher for his own experience and the progression of his own reason.
In order to overcome both of these obstacles and to make the human heart within reach without risking damaging it itself, I would like to show it the people in the distance—show them in other times or other places—so that it could observe the scenes without ever having the possibility of intervening in them. This is the moment of history; through it, it will be able to read into human hearts without the need for the lessons of philosophy. Through it, it will see them as mere spectators, devoid of interest or passion, serving as their judge—not their accomplice nor their accuser.
To understand men, one must observe their actions. In the world, people hear them speak; they display their words but conceal their deeds. However, in history, these deeds are revealed, and people judge them based on facts. Even their words help us assess them; for by comparing what they do with what they say, we can see both who they truly are and what they attempt to appear. The more they disguise themselves, the better we come to know them.
Unfortunately, this kind of study carries with it various dangers and disadvantages. It is difficult to adopt a perspective from which one can judge their fellow humans fairly. One of the major flaws of history is that it portrays people far more through their negative aspects than through their positive ones; since history is only interesting in terms of revolutions and catastrophes, it says nothing about a people when it is growing and prospering under the calm and stable governance of a good government. It only begins to talk about such peoples when they can no longer sustain themselves on their own and become involved in the affairs of their neighbors, or allow their neighbors to become involved in theirs; it only portrays them at a time when they are already in decline: all our histories begin where they should end. We have a very accurate account of those peoples who destroy themselves; what we lack is a history of those peoples who multiply and thrive. They are happy and wise enough that such a history would have nothing to say about them; indeed, even today, we can see that the governments that function best are those about which the least is said. Therefore, we only know about evil; good hardly ever makes history at all. Only the wicked become famous; the good are forgotten or ridiculed: and this is how history, just like philosophy, constantly slanderes the human race.
Furthermore, it is far from the case that the events described in a history are an exact portrayal of how they actually occurred: they take on a different form in the historian’s mind; they are shaped by his interests and colored by his prejudices. Who is able to accurately place the reader at the scene of an event so that he can see it as it happened? Ignorance or bias mask everything. Without altering even a single historical detail, merely by expanding or narrowing the surrounding circumstances, how many different aspects an event can assume! When viewed from different perspectives, the same object hardly seems to be the same, yet all that has changed is the observer’s perspective. Is it really necessary, for the sake of truth, that a true event be presented to me in a way that is entirely different from how it actually took place? How many times has the presence or absence of a single tree, a rock located slightly to the right or left, or a gust of wind that raised a cloud of dust determined the outcome of a battle without anyone even realizing it! Does this prevent the historian from stating with equal certainty the reasons for defeat or victory, as if he had been present at every event? But what does the truth of these events matter to me, when I remain ignorant of their underlying causes? And what lessons can I draw from an event whose true reason is unknown to me? The historian may offer me one explanation, but he merely arrives at it through reasoning; and criticism itself, all the fuss surrounding it, is nothing more than an art of speculation—an art of choosing, among many lies, that which most closely resembles the truth.
Have you ever read books like Cleopatra or Cassandre, or other works of this kind? The author chooses a well-known event and then, adapting it to his own purposes, embellishes it with details of his own invention, characters that never existed in reality, and imaginary portrayals. He piles fiction upon fiction merely to make the reading more enjoyable. I see little difference between such novels and your stories, except that the novelist indulges his own imagination far more, while the historian tries to remain faithful to someone else’s vision of events. Moreover, one might add that the novelist aims to convey some moral message, whether good or bad, whereas the historian cares little for such considerations.
One might say that the fidelity of the story is less important than the truthfulness of the manners and characters depicted; as long as the human heart is vividly portrayed, it matters little whether the events are faithfully recorded—after all, what do facts that happened two thousand years ago have to do with us today? There is some truth to this if the portraits are well-drawn according to reality; but if most of them are based merely on the historian’s imagination, isn’t that falling back into the very flaw we sought to avoid, and giving the authority of writers what we wish to strip away from the authority of the original creator? If my student is only to encounter works of fantasy, I would prefer they be created by my own hand rather than by someone else’s; at least they will be more in line with his own interests.
The worst historians for a young man are those who judge. The facts! the facts alone—let him judge for himself; only in this way can he learn to understand people. If the judgment of an author constantly guides him, he is merely seeing through the eyes of another; and when that perspective is taken away from him, he no longer sees anything at all.
I set aside modern history—not only because it has lost its distinctive characteristics and because our men all look alike today, but also because our historians, who are solely concerned with impressing others, only produce highly colored portraits that often say nothing at all[397]. In general, the ancients produced fewer such portraits and invested less wit but more sense in their judgments. Nevertheless, among them there is still a wide range from which to choose; one should not necessarily opt for the most judicious works, but rather the simplest. I would not want to hand a young man either Polybius or Sallustius; Tacitus is a book for the aged—young people are not suited to read it. One must first learn to discern in human actions the initial manifestations of a person’s character before attempting to explore its depths; one must be able to interpret facts properly before seeking to understand their underlying principles. Philosophy in the form of maxims is suitable only for those with prior experience. Youth should avoid generalizing; all of its education should consist in learning specific rules and guidelines.
In my opinion, Thucydides is the true model for historians. He reports the facts without judging them; yet he does not omit any circumstances that could lead us to form our own judgments. He presents everything he tells directly before the reader’s eyes—rather than intervening between the events and the readers, he withdraws himself entirely from the narrative. One no longer reads; one seems to see with one’s own eyes. Unfortunately, Thucydides always writes about war, and in his accounts, we find little beyond the least instructive aspect of human affairs: battles themselves. The Retreat of the Ten Thousand and Caesar’s Commentaries share roughly the same qualities and the same shortcomings. The good Herodotus, devoid of biographies or maxims but flowing, naive, and filled with details that are sure to interest and please, might well be considered the greatest of historians—if only those very details did not often degenerate into childish trivialities, more likely to corrupt than to cultivate the tastes of young people. One already needs considerable discernment to read him properly. As for Tite-Live, his turn will come later; but he is a politician and an orator—everything that is unsuitable for this age.
Se volete educarlo per principio e fargli comprendere, attraverso la natura del cuore umano, come le cause esterne trasformino i nostri impulsi in vizi, portandolo così improvvisamente dagli oggetti sensibili agli oggetti intellettuali, state utilizzando una metafisica che lui non è in grado di comprendere. In questo modo ricadiete nell’inconveniente, evitato con tanta cura finora: quello di impartirgli lezioni che assomigliano a semplici istruzioni, sostituendo nella sua mente l’esperienza personale e l’autorità dell’insegnante con quelle altrui.
Per superare entrambi questi ostacoli e rendere il cuore umano accessibile senza rischiare di danneggiarlo, vorrei mostrargli gli uomini da lontano, mostrarli in altri tempi o in altri luoghi, affinché potesse osservare la scena senza mai poter intervenire in essa. Questo è il momento della storia: attraverso di essa potrà leggere nei cuori delle persone senza bisogno delle lezioni della filosofia; attraverso di essa li vedrà, semplice spettatore, senza interessi né passioni, come loro giudice, non come loro complice né come loro accusatore.
Per conoscere gli uomini è necessario vederli agire. Nel mondo si sente parlare di loro; mostrano i propri discorsi ma nascondono le proprie azioni; tuttavia nella storia queste azioni vengono rivelate e si giudicano in base ai fatti. Anche le loro parole contribuiscono a comprenderli; infatti, confrontando ciò che fanno con ciò che dicono, si può vedere sia chi sono realmente sia ciò che cercano di apparire: più si mascherano, meglio li si conosce.
Purtroppo questo studio presenta dei pericoli, degli svantaggi di vario genere. È difficile assumere un punto di vista dal quale si possano giudicare i propri simili in modo equo. Uno dei grandi difetti della storia è che descrive gli uomini molto più attraverso i loro aspetti negativi che attraverso quelli positivi; poiché essa interessa soltanto alle rivoluzioni e alle catastrofi, finché un popolo cresce e prospera sotto il governo di una pace tranquilla, la storia non ne parla affatto; inizia a farlo solo quando, non riuscendo più a provvedere da solo ai propri bisogni, interviene negli affari dei suoi vicini o permette loro di intervenire nei propri; la storia lo illustra soltanto quando è già in declino: tutte le nostre storie iniziano dove dovrebbero finire. Abbiamo una descrizione molto precisa dei popoli che si autodistruggono; ciò che ci manca è quella dei popoli che si moltiplicano; essi sono abbastanza felici e saggi perché la storia non abbia nulla da dire su di loro; e infatti, anche ai giorni nostri, vediamo che i governi che si comportano meglio sono quelli di cui si parla meno. Quindi conosciamo soltanto il male; a malapena il bene riesce a fare epoca. Sono solo i cattivi a diventare famosi, i buoni vengono dimenticati o presi in giro: ed è così che la storia, proprio come la filosofia, diffama costantemente l’umanità.
Inoltre, è ben lungi dal vero che i fatti descritti nella storia siano una rappresentazione esatta di ciò che realmente è accaduto: essi cambiano forma nella mente dello storico, si adattano ai suoi interessi, assumono il colore dei suoi pregiudizi. Chi può davvero far sì che il lettore si trovi esattamente nel luogo della scena per vedere un evento così come è realmente avvenuto? L’ignoranza o la parzialità nascondono tutto. Senza nemmeno alterare un singolo dettaglio storico, semplicemente ampliando o restringendo le circostanze ad esso relative, si possono dare alla stessa storia interpretazioni completamente diverse! Mettete lo stesso evento sotto prospettive diverse: appaionterà quasi sempre diverso, eppure non cambierà nulla se non il punto di vista del lettore. Basta, per l’onore della verità, che mi venga raccontato un fatto reale in modo completamente diverso da come è realmente accaduto. Quante volte, la presenza o l’assenza di un albero, la posizione di una roccia a destra o a sinistra, un turbine di polvere sollevata dal vento hanno influenzato l’esito di uno scontro senza che nessuno se ne accorgesse! Eppure, ciò impedisce allo storico di raccontarci la causa della sconfitta o della vittoria con altrettanta certezza, come se fosse stato presente sul posto? Ma a me, che importanza hanno i fatti in sé, quando la loro vera ragione mi rimane sconosciuta? E quali lezioni posso trarre da un evento di cui ignoro la vera causa? Lo storico ne fornisce una, ma essa è frutto delle sue congetture; e anche la critica, di cui si parla tanto, non è altro che un’arte di ipotizzare, un’arte di scegliere tra diversi “mentimenti” quello che assomiglia di più alla verità.
Avete mai letto “Cleopatra” o “Cassandra”[396], o altri libri di questo genere? L’autore sceglie un evento noto, poi lo adatta alle proprie idee, arricchendolo di dettagli inventati, personaggi che non sono mai esistiti e descrizioni immaginarie; accumula così una serie di invenzioni per rendere la lettura piacevole. Non vedo molta differenza tra questi romanzi e le vostre storie, se non nel fatto che il romanziere si abbandona maggiormente alla propria fantasia, mentre lo storico si attiene più fedelmente a quella altrui; inoltre, si potrebbe aggiungere che il primo ha sempre un obiettivo morale, buono o cattivo, di cui lo storico invece si preoccupa molto poco.
Si dirà che la fedeltà alla storia interessa meno della veridicità nei costumi e nei caratteri; purché il cuore umano venga descritto con precisione, non importa se gli eventi siano riportati fedelmente: dopotutto, che cosa ci fanno fatti accaduti due migliaia di anni fa? Si ha ragione se i ritratti sono ben realizzati in base alla natura umana; ma se la maggior parte di essi si basa soltanto sull’immaginazione dello storico, non si ricade forse nello stesso inconveniente che si voleva evitare, restituendo all’autorità degli scrittori ciò che si vuole togliere all’autorità del maestro? Se il mio allievo deve confrontarsi soltanto con rappresentazioni di fantasia, preferisco che siano disegnate da me piuttosto che da un altro; almeno così saranno più adatte a lui.
I peggiori storici per un giovane sono quelli che giudicano al posto suo. I fatti! Solo i fatti, e che sia lui stesso a giudicare; è così che impara a conoscere gli uomini. Se il giudizio di chi scrive lo guida costantemente, egli non fa altro che vedere con gli occhi di un altro; e quando questi occhi gli mancano, non vede più nulla.
Lascio da parte la storia moderna, non solo perché ha perso ogni caratteristica distintiva e perché gli uomini di oggi si assomigliano tutti, ma anche perché i nostri storici, intenti unicamente a brillare, si limitano a creare ritratti fortemente coloriti che spesso non rappresentano nulla di reale[397]. In generale, gli antichi producevano meno ritratti e mettevano meno spirito e più senso nei loro giudizi; tuttavia, anche tra loro esisteva una grande scelta: non bisognava necessariamente scegliere i giudizi più saggi, ma quelli più semplici. Non vorrei mai dare in mano a un giovane né Polibio né Sallustio; Tacito è il libro degli anziani: i giovani non sono fatti per comprenderlo. Bisogna imparare a riconoscere nei fatti umani i primi segni del cuore dell’uomo, prima di voler sondarne le profondità; bisogna saper leggere bene nei fatti, prima di leggere nelle massime. La filosofia sotto forma di massime è adatta soltanto all’esperienza. La gioventù non deve generalizzare: tutta la sua educazione dovrebbe basarsi su regole particolari.
A mio parere, Tucidide è davvero il modello perfetto per gli storici. Riporta i fatti senza giudicarli; tuttavia non omette alcuna circostanza che possa spingerci a formulare noi stessi dei giudizi. Mette tutto ciò che racconta davanti agli occhi del lettore: lontano dall’intromettersi tra gli eventi e i lettori, si ritira in secondo piano; non sembra più che si legga, ma che si veda con i propri occhi. Purtroppo Tucidide parla sempre di guerre, e nei suoi resoconti si trova quasi esclusivamente ciò che nel mondo è meno istruttivo: cioè le battaglie. Anche la “Ritirata dei Diecimila” e i “Commentari di Cesare” presentano più o meno lo stesso livello di saggezza e gli stessi difetti. Il buon Erodoto, privo di ritratti e massime, ma fluido, ingenuo e ricco di dettagli capaci di interessare e piacere, sarebbe forse il miglior degli storici, se solo quegli stessi dettagli non degenerassero spesso in banalità infantili, più adatte a rovinare che a formare i gusti dei giovani: per leggerlo serve già un certo discernimento. Non parlo ancora di Tito Livio; arriverà il suo turno. Ma lui è politico, oratore, insomma, tutto ciò che non è adatto a quest’età.
L’histoire en général est défectueuse, en ce qu’elle ne tient registre que de fais sensibles et marqués, qu’on peut fixer par des noms, des lieux, des dates ; mais les causes lentes et progressives de ces faits, lesquelles ne peuvent s’assigner de même, restent toujours inconnues. On trouve souvent dans une bataille gagnée ou perdue la raison d’une révolution qui, même avant cette bataille, était déjà devenue inévitable. La guerre ne fait guère que manifester des événements déjà déterminés par des causes morales que les historiens savent rarement voir.
L’esprit philosophique a tourné de ce côté les réflexions de plusieurs écrivains de ce siècle ; mais je doute que la vérité gagne à leur travail. La fureur des systèmes s’étant emparée d’eux tous, nul ne cherche à voir les choses comme elles sont, mais comme elles s’accordent avec son système.
Ajoutez à toutes ces réflexions que l’histoire montre bien plus les actions que les hommes, parce qu’elle ne saisit ceux-ci que dans certains moments choisis, dans leurs vêtements de parade ; elle n’expose que l’homme public qui s’est arrangé pour être vu : elle ne le suit point dans sa maison, dans son cabinet, dans sa famille, au milieu de ses amis ; elle ne le peint que quand il représente : c’est bien plus son habit que sa personne qu’elle peint.
J’aimerais mieux la lecture des vies particulières pour commencer l’étude du coeur humain ; car alors l’homme a beau se dérober, l’historien le poursuit partout ; il ne lui laisse aucun moment de relâche, aucun recoin pour éviter l’oeil perçant du spectateur ; et c’est quand l’un croit mieux se cacher, que l’autre le fait mieux connaître. « Ceux, dit Montaigne, qui écrivent les vies, d’autant qu’ils s’amusent plus aux conseils qu’aux événements, plus à ce qui part du dedans qu’à ce qui arrive au dehors, ceux-là me sont plus propres : voilà pourquoi, en toutes sortes, c’est mon homme que Plutarque[398]. »
Il est vrai que le génie des hommes assemblés ou des peuples est fort différent du caractère de l’homme en particulier, et que ce serait connaître très imparfaitement le coeur humain que de ne pas l’examiner aussi dans la multitude ; mais il n’est pas moins vrai qu’il faut commencer par étudier l’homme pour juger les hommes, et que qui connaîtrait parfaitement les penchants de chaque individu pourrait prévoir tous leurs effets combinés dans le corps du peuple.
Il faut encore ici recourir aux anciens par les raisons que j’ai déjà dites, et de plus, parce que tous les détails familiers et bas, mais vrais et caractéristiques, étant bannis du style moderne, les hommes sont aussi parés par nos auteurs dans leurs vies privées que sur la scène du monde. La décence, non moins sévère dans les écrits que dans les actions, ne permet plus de dire en public que ce qu’elle permet d’y faire, et, comme on ne peut montrer les hommes que représentant toujours, on ne les connaît pas plus dans nos livres que sur nos théâtres. On aura beau faire et refaire cent fois la vie des rois, nous n’aurons plus de Suétones[399].
Plutarque excelle par ces mêmes détails dans lesquels nous n’osons plus entrer. Il a une grâce inimitable à peindre les grands hommes dans les petites choses ; et il est si heureux dans le choix de ses traits, que souvent un mot, un sourire, un geste lui suffit pour caractériser son héros. Avec un mot plaisant Annibal rassure son armée effrayée, et la fait marcher en riant à la bataille qui lui livra l’Italie ; Agésilas, à cheval sur un bâton, me fait aimer le vainqueur du grand roi ; César, traversant un pauvre village et causant avec ses amis, décèle, sans y penser, le fourbe qui disait ne vouloir qu’être l’égal de Pompée ; Alexandre avale une médecine et ne dit pas un seul mot : c’est le plus beau moment de sa vie ; Aristide écrit son propre nom sur une coquille, et justifie ainsi son surnom ; Philopoemen, le manteau bas, coupe du bois dans la cuisine de son hôte. Voilà le véritable art de peindre. La physionomie ne se montre pas dans les grands traits, ni le caractère dans les grandes actions ; c’est dans les bagatelles que le naturel se découvre. Les choses publiques sont ou trop communes ou trop apprêtées, et c’est presque uniquement à celles-ci que la dignité moderne permet à nos auteurs de s’arrêter.
Un des plus grands hommes du siècle dernier fut incontestablement M. de Turenne. On a eu le courage de rendre sa vie intéressante par de petits détails qui le font connaître et aimer ; mais combien s’est-on vu forcé d’en supprimer qui l’auraient fait connaître et aimer davantage ! Je n’en citerai qu’un, que je tiens de bon lieu, et que Plutarque n’eût eu garde d’omettre, mais que Ramsai n’eût eu garde d’écrire quand il l’aurait su.
Un jour d’été qu’il faisait fort chaud, le vicomte de Turenne, en petite veste blanche et en bonnet, était à la fenêtre dans son antichambre : un de ses gens survient, et, trompé par l’habillement, le prend pour un aide de cuisine avec lequel ce domestique était familier. Il s’approche doucement par derrière, et d’une main qui n’était pas légère lui applique un grand coup sur les fesses. L’homme frappé se retourne à l’instant. Le valet voit en frémissant le visage de son maître. Il se jette à genoux tout éperdu : Monseigneur, j’ai cru que c’était George. — Et quand c’eût été George, s’écrie Turenne en se frottant le derrière, il ne fallait pas frapper si fort. Voilà donc ce que vous n’osez dire, misérables ? Soyez donc à jamais sans naturel, sans entrailles ; trempez, durcissez vos coeurs de fer dans votre vile décence ; rendez-vous méprisables à force de dignité. Mais toi, bon jeune homme qui lis ce trait, et qui sens avec attendrissement toute la douceur d’âme qu’il montre, même dans le premier mouvement, ils aussi les petitesses de ce grand homme, dès qu’il était question de sa naissance et de son nom. Songe que c’est le même Turenne qui affectait de céder partout le pas à son neveu, afin qu’on vît bien que cet enfant était le chef d’une maison souveraine. Rapproche ces contrastes, aime la nature, méprise l’opinion, et connais l’homme.
Il y a bien peu de gens en état de concevoir les effets que des lectures ainsi dirigées peuvent opérer sur l’esprit tout neuf d’un jeune homme. Appesantis sur des livres dès notre enfance, accoutumés à lire sans penser, ce que nous lisons nous frappe d’autant moins que, portant déjà dans nous-mêmes les passions et les préjugés qui remplissent l’histoire et les vies des hommes, tout ce qu’ils font nous paraît naturel, parce que nous sommes hors de la nature, et que nous jugeons des autres par nous. Mais qu’on se représente un jeune homme élevé selon mes maximes, qu’on se figure mon Émile, auquel dix-huit ans de soins assidus n’ont eu pour objet que de conserver un jugement intègre et un coeur sain ; qu’on se le figure, au lever de la toile, jetant pour la première fois les yeux sur la scène du monde, ou plutôt, placé derrière le théâtre, voyant les acteurs prendre et poser leurs habits, et comptant les cordes et les poulies dont le grossier prestige abuse les yeux des spectateurs : bientôt à sa première surprise succéderont des mouvements de honte et de dédain pour son espèce ; il s’indignera de voir ainsi tout le genre humain, dupe de lui-même, s’avilir à ces jeux d’enfants ; il s’affligera de voir ses frères s’entre-déchirer pour des rêves, et se changer en bêtes féroces pour n’avoir pas su se contenter d’être hommes.
History, in general, is flawed in that it only records those tangible and significant events that can be identified by names, places, and dates; yet the slow, gradual causes behind these events—those which cannot be similarly pinpointed—remain forever unknown. Often, in a battle won or lost, one finds the reason for a revolution that, even before that battle, had already become inevitable. War merely serves to bring to light events that have already been determined by moral forces, which historians too rarely manage to discern.
The philosophical spirit has directed the reflections of many writers this century in this direction; yet I doubt that truth is enhanced by their work. Since the fervor for various systems has seized them all, none seek to see things as they actually are, but rather as they conform to their own systems of thought.
Add to all these considerations that history reveals actions far more than it does individuals, for it captures them only at certain chosen moments, in their ceremonial attire; it shows us only the public figure who has made an effort to be seen—never in his home, in his study, among his friends; it portrays him only when he is performing; in other words, it depicts far more his appearance than his true self.
I would prefer to begin the study of the human heart by examining individual lives; for in this way, no matter how much a man tries to hide, the historian pursues him everywhere, leaving him no moment of respite, no corner where he can escape the keen eye of the observer. And it is precisely when one thinks he is best hiding that he becomes most easily known. “Those,” Montaigne said, “who write biographies—since they find more pleasure in the inner motivations than in external events, and more in what arises from within a person than in what happens to him—those are the people who suit me best. For this reason, among all writers, Plutarch is my favorite.”
It is true that the genius of assembled men or peoples is quite different from the nature of an individual person; and it would be a very imperfect understanding of the human heart not to examine it also within the context of crowds. Yet it is equally true that one must begin by studying the individual in order to judge mankind as a whole; for those who thoroughly understood the inclinations of each individual could foresee all their combined effects within the collective body of a people.
Here too, we must resort to the ancients for the reasons I have already mentioned; moreover, because all those familiar, trivial yet true and characteristic details, having been banished from modern style, our authors present men in their private lives just as they do on the stage of public life. Decency, which is just as strict in writing as in action, no longer allows one to say in public what one is permitted to do there; and since people can only be depicted through representation, we know them no better in our books than on our theaters. No matter how many times we depict the lives of kings, we will never have another Tacitus[399].
Plutarch excels precisely in those details into which we no longer dare to delve. He possesses an unparalleled ability to portray great men through the smallest things; his choice of details is so fortunate that often a single word, a smile, or a gesture is enough to characterize his hero. With just one witty remark, Hannibal reassures his frightened army and leads them into battle with laughter—battle that would grant him Italy; on horseback, Agesilas, holding only a staff, makes me come to admire the conqueror of a mighty king; Caesar, passing through a humble village and chatting with his friends, inadvertently reveals the cunning man who claimed merely to wish to be equal to Pompey; Alexander swallows a medicine without uttering a word—this is the most splendid moment of his life; Aristide writes his own name on a shell, thus justifying his nickname; Philopoemen, wearing a loose cloak, cuts wood in his host’s kitchen. Such is the true art of portrayal. One’s character is not revealed through grand gestures, nor is one’s nature demonstrated through monumental deeds; it is in the smallest things that true nature unfolds itself. Public affairs are either too commonplace or too contrived, and it is almost exclusively to these trivial matters that modern dignity allows our writers to devote their attention.
One of the greatest men of the last century was undoubtedly Monsieur de Turenne. It took courage to make his life interesting by adding small details that helped people get to know and love him; yet how many such details had to be omitted, precisely because they would have made him even more known and beloved! I will mention only one such detail—one that comes from a reliable source, and one that Plutarch certainly would not have neglected to include, had he known about it; yet Ramsay, for his part, would never have written about it if he had been aware of it.
One hot summer day, the Viscount of Turenne, wearing a light white jacket and a hat, was by the window in his antechamber. One of his servants came in; mistaken by his attire, the servant took him for a kitchen aid with whom he was familiar. The servant approached quietly from behind and gave him a sharp blow on the buttocks with a rather forceful hand. The man turned around immediately. The servant, trembling, recognized his master’s face and fell to his knees in panic: “My lord, I thought it was George.” “Even if it had been George,” Turenne exclaimed, rubbing his rear, “you shouldn’t have hit him so hard. So this is what you dare not say, wretches? Then be forever devoid of natural feelings and compassion; let your hearts harden like iron through your vile decency; make yourselves despicable in the name of dignity. But you, good young man who read these words and feel with emotion all the kindness of heart that this great man displayed—even in such a trivial matter as his appearance—think of how, even regarding his birth and title, he was willing to humble himself before his nephew, just to show that this child was the head of a sovereign house. Consider these contrasts; love nature, despise public opinion, and truly understand what it means to be human.”
Very few people are capable of conceiving the effects that such guided readings can have on the fresh mind of a young man. From childhood, we are immersed in books and accustomed to reading without thinking; what we read strikes us all the less because, already filled with the passions and prejudices that permeate the stories and lives of men, everything they do seems natural to us—because we ourselves are outside of nature and judge others by our own standards. But imagine a young man raised according to my principles—imagine my Émile, to whom eighteen years of careful cultivation have been devoted solely to preserving an intact judgment and a healthy heart. Imagine him, upon opening a book for the first time, encountering the scenes of the world; or rather, standing behind the stage and watching the actors put on their costumes, counting the ropes and pulleys that the superficial glamour of theater uses to deceive the audience’s eyes. Soon, his initial surprise will give way to feelings of shame and disdain toward his own kind—he will be outraged to see all humanity deluding itself with such childish games; he will grieve to see his fellow beings tearing one another apart over mere dreams, turning into ferocious beasts simply because they failed to content themselves with being human.
In generale, la storia è imperfetta, poiché registra soltanto eventi sensibili e evidenti, che possono essere identificati attraverso nomi, luoghi e date; ma le cause lente e progressive di questi eventi, che non possono essere designate allo stesso modo, rimangono sempre sconosciute. Spesso si trova, in una battaglia vinta o persa, la ragione di una rivoluzione che, già prima di quella battaglia, era diventata inevitabile. La guerra serve soltanto a manifestare eventi che sono stati già determinati da cause morali, le quali gli storici raramente riescono a individuare.
Lo spirito filosofico ha indirizzato in questa direzione le riflessioni di molti scrittori di questo secolo; tuttavia dubito che la verità traggia beneficio dal loro lavoro. Poiché la passione per i vari sistemi filosofici li ha dominati tutti, nessuno cerca più di vedere le cose come sono realmente, ma soltanto come si adattano ai suoi propri principi teorici.
Aggiungete a tutte queste riflessioni che la storia mostra molto di più le azioni degli uomini che gli stessi uomini, perché li coglie soltanto in momenti specifici, nei loro abiti da cerimonia; mostra soltanto l’uomo pubblico che si è impegnato ad essere visto; non lo segue nella sua casa, nel suo studio, nella sua famiglia, tra i suoi amici; lo ritrae soltanto quando si presenta in pubblico: è molto di più il suo abito che la sua vera persona quello che viene rappresentato.
Preferirei iniziare lo studio del cuore umano attraverso la lettura delle vite particolari; infatti, anche se l’uomo cerca di nascondersi, lo storico lo segue ovunque, non gli lascia alcun momento di tregua, nessun angolo in cui possa sfuggire allo sguardo acuto dello spettatore; ed è proprio quando uno crede di riuscire a nascondersi meglio, che l’altro lo fa conoscere ancora meglio. “Coloro”, dice Montaigne, “che scrivono le vite, poiché si divertono di più ai consigli che agli eventi, di più a ciò che proviene dall’interno che a ciò che accade all’esterno, questi sono proprio quelli che mi interessano di più: è per questo motivo che, in ogni campo, Plutarco rappresenta il mio modello.”
È vero che il genio degli uomini riuniti o dei popoli è molto diverso dal carattere dell’uomo in particolare, e che conoscere molto imperfettamente il cuore umano significherebbe non esaminarlo anche nella sua dimensione collettiva; ma è altrettanto vero che bisogna innanzitutto studiare l’individuo per poter giudicare la massa umana, e che chi conoscesse perfettamente le inclinazioni di ogni singolo individuo potrebbe prevedere tutti gli effetti combinati di queste inclinazioni all’interno della comunità.
È ancora necessario ricorrere agli antichi per le ragioni che ho già menzionato, e inoltre perché tutti quei dettagli familiari e banali, ma veri e caratteristici, essendo stati esclusi dallo stile moderno, vengono descritti dai nostri autori sia nella vita privata delle persone che sul palcoscenico del mondo. La decenza, altrettanto rigorosa negli scritti quanto nelle azioni, non permette più di dire in pubblico ciò che si può fare, e poiché gli uomini possono essere mostrati soltanto attraverso rappresentazioni, non li conosciamo meglio nei nostri libri che nei nostri teatri. Per quanto si possa ripetere centinaia di volte la vita dei re, non avremo mai più i “Suetoni”[399].
Plutarco eccelle proprio in quei dettagli nei quali noi non osiamo più addentrarci. Possiede un’ingegnosità senza pari nel ritrarre i grandi uomini attraverso le piccole cose; è così abile nella scelta dei suoi elementi descrittivi che spesso basta una parola, un sorriso, un gesto per caratterizzare il suo eroe. Con una frase scherzosa Annibale rassicura il proprio esercito spaventato e lo conduce alla battaglia che gli porterà l’Italia; Agide, cavalcando su un bastone, mi fa amare il vincitore di quel grande re; Cesare, attraversando un povero villaggio e chiacchierando con i suoi amici, rivela, senza nemmeno pensarci, la natura astuta di colui che dichiarava di voler soltanto essere all’altezza di Pompeo; Alessandro ingoia una medicina senza dire una parola: è il momento più bello della sua vita; Aristide scrive il proprio nome su un guscio di conchiglia, dimostrando così il significato del suo soprannome; Filopemen, con il mantello abbassato, taglia la legna nella cucina del suo ospite. Ecco l’arte vera del ritratto. Il volto umano non si rivela attraverso i tratti più evidenti, né il carattere attraverso le azioni più grandi; è nelle piccole cose che la vera natura di una persona emerge. Le questioni pubbliche sono o troppo comuni o troppo artificiali, e quasi esclusivamente a queste che gli autori moderni permettono di dedicarsi.
Uno degli uomini più grandi del secolo scorso fu senza dubbio il signor di Turenne. Si è avuto il coraggio di rendere la sua vita interessante attraverso piccoli dettagli che lo fanno conoscere e amare; ma quante volte si è dovuto eliminare qualcosa che avrebbe potuto farlo conoscere e amare ancora di più! Ne citerò solo uno, che proviene da una fonte affidabile, e che Plutarco non avrebbe mai omesso di menzionare, ma che Ramsay non avrebbe mai scritto se l’avesse conosciuto.
Un giorno d’estate, quando faceva molto caldo, il visconte di Turenne, in una piccola camicia bianca e con un berretto, era alla finestra nella sua anticamera. Uno dei suoi servitori arrivò; ingannato dall’abbigliamento del padrone, lo scambiò per un aiuto cuoco con cui quel domestico aveva familiarità. Si avvicinò silenziosamente da dietro e, con una mano tutt’altro che delicata, gli diede un forte schiaffo sul sedere. L’uomo colpito si girò immediatamente; il servitore, tremando, vide il volto del suo padrone e si gettò in ginocchio, disperato: “Signore, ho pensato che fosse George, ” “E anche se fosse stato George,” esclamò Turenne massaggiandosi il sedere, “non bisognava colpire così forte. Ecco dunque ciò che non osate dire, miseri. Siate dunque per sempre privi di natura umana, senza cuore; immergete, indurite i vostri cuori di ferro nella vostra vile decenza. Rendetevi spregevoli a forza di dignità. Ma tu, buon giovane che leggi queste parole e che senti con commozione tutta la dolcezza d’animo che esse mostrano, anche nei gesti più banali, pensa: questi sono gli stessi Turenne che fingevano di cedere sempre il passo a suo nipote, affinché tutti vedessero chiaramente che quel ragazzo era il capo di una casa sovrana. Confronta questi contrasti, ama la natura, disprezza l’opinione altrui. E impara a conoscere davvero l’uomo.”
Sono ben poche le persone in grado di comprendere gli effetti che letture così direttamente indirizzate possono avere sull’animo ancora giovane e ingenuo di un ragazzo. Abituati fin dall’infanzia a leggere senza riflettere, ciò che leggiamo ci colpisce sempre meno, poiché già possediamo in noi le passioni e i pregiudizi che popolano le storie e le vite degli uomini; tutto ciò che fanno gli altri ci sembra naturale, perché noi stessi siamo al di fuori della natura, e giudichiamo gli altri secondo noi. Ma provate ad immaginare un giovane educato secondo i miei principi. Immaginate il mio Émile, a cui diciotto anni di cure costanti non hanno avuto altro scopo se non quello di preservare un giudizio integro e un cuore sano. Immaginatevelo, al momento del suo primo contatto con il mondo reale: mentre gli attori indossano i loro costumi e preparano la scena, lui osserva tutto questo con stupore. Poi, ben presto, prova vergogna e disprezzo per la sua stessa specie; si indigna nel vedere l’intera umanità ingannarsi da sola, degradarsi a giochi infantili. Si addolora nel vedere i suoi simili distruggersi a vicenda per dei sogni vani, trasformandosi in bestie feroci soltanto perché non sono riusciti a contentarsi di essere semplicemente uomini.
Certainement, avec les dispositions naturelles de l’élève, pour peu que le maître apporte de prudence et de choix dans ses lectures, pour peu qu’il le mette sur la voie des réflexions qu’il en doit tirer, cet exercice sera pour lui un cours de philosophie pratique, meilleur sûrement et mieux entendu que toutes les vaines spéculations dont on brouille l’esprit des jeunes gens dans nos écoles. Qu’après avoir suivi les romanesques projets de Pyrrhus, Cynéas lui demande quel bien réel lui procurera la conquête du monde, dont il ne puisse jouir dès à présent sans tant de tourments ; nous ne voyons là qu’un bon mot qui passe. Mais Émile y verra une réflexion très sage, qu’il eût faite le premier, et qui ne s’effacera jamais de son esprit, parce qu’elle n’y trouve aucun préjugé contraire qui puisse en empêcher l’impression. Quand ensuite, en lisant la vie de cet insensé, il trouvera que tous ses grands desseins ont abouti à s’aller faire tuer par la main d’une femme, au lieu d’admirer cet héroïsme prétendu, que verra-t-il dans tous les exploits d’un si grand capitaine, dans toutes les intrigues d’un si grand politique, si ce n’est autant de pas pour aller chercher cette malheureuse tuile qui devait terminer sa vie et ses projets par une mort déshonorante ?
Tous les conquérants n’ont pas été tués ; tous les usurpateurs n’ont pas échoué dans leurs entreprises, plusieurs paraîtront heureux aux esprits prévenus des opinions vulgaires : mais celui qui, sans s’arrêter aux apparences, ne juge du bonheur des hommes que par l’état de leurs coeurs, verra leurs misères dans leurs succès mêmes ; il verra leurs désirs et leurs soucis rongeants s’étendre et s’accroître avec leur fortune ; il les verra perdre haleine en avançant, sans jamais parvenir à leurs termes, il les verra semblables à ces voyageurs inexpérimentés qui, s’engageant pour la première fois dans les Alpes, pensent les franchir à chaque montagne, et, quand ils sont au sommet, trouvent avec découragement de plus hautes montagnes au-devant d’eux.
Auguste, après avoir soumis ses concitoyens et détruit ses rivaux, régit durant quarante ans le plus grand empire qui ait existé : mais tout cet immense pouvoir l’empêchait-il de frapper les murs de sa tête et de remplir son vaste palais de ses cris, en redemandant à Varus ses légions exterminées ? Quand il aurait vaincu tous ses ennemis, de quoi lui auraient servi ses vains triomphes, tandis que les peines de toute espèce naissaient sans cesse autour de lui, tandis que ses plus chers amis attentaient à sa vie et qu’il était réduit à pleurer la honte ou la mort de tous ses proches ? L’infortuné voulut gouverner le monde, et ne sut pas gouverner sa maison ! Qu’arriva-t-il de cette négligence ? Il vit périr à la fleur de l’âge son neveu, son fils adoptif, son gendre ; son petit-fils réduit à manger la bourre de son lit pour prolonger de quelques heures sa misérable vie ; sa fille et sa petite-fille, après l’avoir couvert de leur infamie, moururent l’une de misère et de faim dans une île déserte, l’autre en prison par la main d’un archer. Lui-même enfin, dernier reste de sa malheureuse famille, fut réduit par sa propre femme à ne laisser après lui qu’un monstre pour lui succéder. Tel fut le sort de ce maître du monde tant célébré pour sa gloire et son bonheur. Croirai-je qu’un seul de ceux qui les admirent les voulût acquérir au même prix ?
J’ai pris l’ambition pour exemple ; mais le jeu de toutes les passions humaines offre de semblables leçons à qui veut étudier l’histoire pour se connaître et se rendre sage aux dépens des morts. Le temps approche où la vie d’Antoine aura pour le jeune homme une instruction plus prochaine que celle d’Auguste. Émile ne se reconnaîtra guère dans les étranges objets qui frapperont ses regards durant ses nouvelles études ; mais il saura d’avance écarter l’illusion des passions avant qu’elles naissent ; et, voyant que de tous les temps elles ont aveuglé les hommes, il sera prévenu de la manière dont elles pourront l’aveugler à son tour, si jamais il s’y livre[400]. Ces leçons, je le sais, lui sont mal appropriées ; peut-être au besoin seront-elles tardives, insuffisantes : mais souvenez-vous que ce ne sont point celles que j’ai voulu tirer de cette étude. En la commençant, je me proposais un autre objet ; et sûrement, si cet objet est mal rempli, ce sera la faute du maître.
Songez qu’aussitôt que l’amour-propre est développé, le moi relatif se met en jeu sans cesse, et que jamais le jeune homme n’observe les autres sans revenir sur lui-même et se comparer avec eux. Il s’agit donc de savoir à quel rang il se mettra parmi ses semblables après les avoir examinés. Je vois, à la manière dont on fait lire l’histoire aux jeunes gens, qu’on les transforme, pour ainsi dire, dans tous les personnages qu’ils voient, qu’on s’efforce de les faire devenir tantôt Cicéron, tantôt Trajan, tantôt Alexandre ; de les décourager lorsqu’ils rentrent dans eux-mêmes ; de donner à chacun le regret de n’être que soi. Cette méthode a certains avantages dont je ne disconviens pas ; mais, quant à mon Émile, s’il arrive une seule fois, dans ces parallèles, qu’il aime mieux être un autre que lui, cet autre, fût-il Socrate, fût-il Caton, tout est manqué : celui qui commence à se rendre étranger à lui-même ne tarde pas à s’oublier tout à fait.
Ce ne sont point les philosophes qui connaissent le mieux les hommes ; ils ne les voient qu’à travers les préjugés de la philosophie ; et je ne sache aucun état où l’on en ait tant. Un sauvage nous juge plus sainement que ne fait un philosophe. Celui-ci sent ses vices, s’indigne des nôtres, et dit en lui-même : Nous sommes tous méchants ; l’autre nous regarde sans s’émouvoir, et dit : Vous êtes des fous. Il a raison, car nul ne fait le mal pour le mal. Mon élève est ce sauvage, avec cette différence qu’Émile, ayant plus réfléchi, plus comparé d’idées, vu nos erreurs de plus près, se tient plus en garde contre lui-même et ne juge que de ce qu’il connaît.
Ce sont nos passions qui nous irritent contre celles des autres ; c’est notre intérêt qui nous fait haïr les méchants ; s’ils ne nous faisaient aucun mal, nous aurions pour eux plus de pitié que de haine. Le mal que nous font les méchants nous fait oublier celui qu’ils se font à eux-mêmes. Nous leur pardonnerions plus aisément leurs vices, si nous pouvions connaître combien leur propre coeur les en punit. Nous sentons l’offense et nous ne voyons pas le châtiment ; les avantages sont apparents, la peine est intérieure. Celui qui croit jouir du fruit de ses vices n’est pas moins tourmenté que s’il n’eût point réussi ; l’objet est changé, l’inquiétude est la même ; ils ont beau montrer leur fortune et cacher leur coeur, leur conduite le montre en dépit d’eux : mais pour le voir, il n’en faut pas avoir un semblable.
Les passions que nous partageons nous séduisent ; celles qui choquent nos intérêts nous révoltent, et, par une inconséquence qui nous vient d’elles, nous blâmons dans les autres ce que nous voudrions imiter. L’aversion et l’illusion sont inévitables, quand on est forcé de souffrir de la part d’autrui le mal qu’on ferait si l’on était à sa place.
Certainly, given the natural disposition of a student, as long as the teacher exercises prudence and selects appropriate readings, and guides the student in the reflections they should derive from them, such an exercise will constitute a practical course in philosophy—far better and more meaningful than all the futile speculations that clutter the minds of young people in our schools. After following Pyrrhus’ romantic schemes, when Cynéas asks him what real benefit the conquest of the world would bring him, since he cannot enjoy it now without enduring so much suffering, we see nothing but a clever remark. But Émile will perceive therein a very wise reflection—one he might have made himself—and one that will never be forgotten, for there is no preconception in his mind to undermine its impact. Later, when reading the story of this fool, he will see how all his grand designs ended up with him being killed at the hands of a woman. Instead of admiring this so-called heroism, what else will he see in the exploits of such a “great captain,” in the intrigues of such a “great politician,” but a series of steps leading ultimately to that miserable death that brought an ignoble end to both his life and his ambitions?
Not all conquerors were killed; not all usurpers failed in their endeavors. Some may seem happy to those who are prejudiced by common opinions; but he who, without being deceived by appearances, judges the happiness of men solely by the state of their hearts, will see their miseries even in their successes. He will see how their desires and worries grow more intense as their fortunes increase; he will watch them struggle forward, never reaching their goals, just like those inexperienced travelers who, for the first time attempting to cross the Alps, think they can overcome each mountain in succession—only to find, upon reaching the summit, even higher peaks awaiting them ahead.
Augustus, after subduing his fellow citizens and destroying his rivals, ruled for forty years over the greatest empire that had ever existed. But did all this immense power prevent him from banging his head against the walls and filling his vast palace with his screams, as he demanded back from Varus his lost legions? When he had finally defeated all his enemies, what use would have been all these hollow triumphs, while all kinds of suffering kept arising around him, while his dearest friends plotted against his life, and he was forced to mourn the shame or death of everyone he loved? This unfortunate man sought to rule the world, yet failed to govern even his own household! What was the outcome of such negligence? He saw his nephew, his adopted son, his son-in-law perish in their prime; his grandson was reduced to eating the stuffing from his bed to prolong his miserable existence for a few more hours; his daughter and granddaughter, after bringing him shame upon himself, died one of hunger and misery on a deserted island, the other in prison at the hands of an archer. And finally, he himself—the last remnant of his unfortunate family—was reduced by his own wife to leaving behind only a monster as his successor. Such was the fate of this so-called master of the world, celebrated for his glory and happiness. Would anyone who admires him today wish to attain such things at the same cost?
I have taken ambition as an example; but the workings of all human passions offer similar lessons to anyone who wishes to study history in order to understand themselves and become wiser at the expense of those who have died. The time is approaching when Antoine’s life will provide the young man with lessons far more relevant than those offered by Augustus’s example. Émile will hardly recognize himself in the strange phenomena that will come before his eyes during his new studies; but he will know in advance how to ward off the illusions of passion before they even arise. And, seeing that throughout history these passions have always blinded men, he will be prepared to avoid falling victim to them himself, should he ever indulge them[400]. I know that these lessons are not entirely suited to him; perhaps they will come too late, or prove insufficient when needed. But remember, they were not the ones I intended to draw from this study in the first place. When I began it, I had another goal in mind; and surely, if that goal is not achieved, it will be the teacher’s fault.
Consider that as soon as self-esteem begins to develop, the relative self becomes constantly active in one’s thoughts; and that a young man never observes others without reflecting on himself and comparing himself to them. The question then arises: in what position will he place himself among his peers after examining them? From the way history is presented to young people, it seems that they are being transformed into all the characters they encounter—sometimes into Cicero, sometimes into Trajan, sometimes into Alexander. They are discouraged when they turn within themselves; and each one is made to regret being merely himself. This method has its advantages, which I do not deny; but as for my Émile, if at any time, in these comparisons, he prefers to be someone else rather than himself—whether that “someone else” be Socrates or Caton—then everything is lost. He who begins to regard himself as an other soon ends up forgetting who he really is.
It is not the philosophers who know men best; they see them only through the prejudices of philosophy. I do not know any state in which people are more influenced by such prejudices than in this one. A savage judges us more rightly than a philosopher would. The philosopher is aware of his own vices and is indignant at ours; he thinks to himself, “We are all wicked.” But the savage looks at us without emotion and says, “You are fools.” He is right, for no one does evil for the sake of evil itself. My student is that savage—except that Émile, having reflected more deeply, compared more ideas, and examined our mistakes more closely, is far more cautious in his judgments and judges only what he knows.
It is our own passions that make us resent those of others; it is our own interests that drive us to hate the wicked. If they caused us no harm at all, we would feel more pity than hatred for them. The evil that the wicked do to themselves makes us forget the harm they inflict upon others. We would be far more willing to forgive their vices if we could understand how much their own hearts punish them for them. We perceive the offense, but not the punishment; the advantages are obvious, while the suffering is inward. Those who think they reap the benefits of their vices are no less tormented than if they had never succeeded in them at all. The object may have changed, but the anxiety remains the same. No matter how much they display their wealth and hide their hearts, their behavior reveals them despite their attempts to conceal it; yet to truly understand this, one must share their own nature.
The passions that we share attract us; those that conflict with our interests provoke our disgust. And, due to this inconsistency inherent in them, we condemn in others what we ourselves would be willing to imitate. Aversion and illusion are inevitable when one is forced by others to endure the very harm that one would inflict if in their position.
Certamente, con le predisposizioni naturali dello studente, basta che l’insegnante dimostri prudenza e saggezza nelle sue letture, basta che lo indirizzi verso le riflessioni che da esse dovrebbero derivare; tale esercizio diventerà per lui un vero corso di filosofia pratica, sicuramente più efficace e comprensibile di tutte quelle vane speculazioni che confondono la mente dei giovani nelle nostre scuole. Dopo aver seguito i progetti romantici di Pirro, Cinegio gli chiede quale reale beneficio possa derivargli dalla conquista del mondo, di cui potrebbe godere già ora senza tante sofferenze; noi vediamo in questa domanda soltanto una battuta scherzosa. Ma Émile vi scorgerebbe una riflessione molto saggia, che avrebbe potuto fare lui stesso, e che non svanirebbe mai dalla sua mente, poiché non contiene alcun pregiudizio contrario in grado di ostacolarne l’impatto. E quando, in seguito, leggerà la storia di quell’uomo insensato, scoprirà che tutti i suoi grandi progetti si sono conclusi con la sua morte per mano di una donna; invece di ammirare questo presunto eroismo, cosa vedrà nei vari “imprese” di un così grande condottiero, nelle varie “intrighi” di un così abile politico, se non tanti passi verso quella sfortunata fine che ha distrutto la sua vita e i suoi piani con una morte disonorevole?
Non tutti i conquistatori sono stati uccisi; non tutti gli usurpatori hanno fallito nelle loro imprese; alcuni potrebbero sembrare felici a coloro che sono influenzati dalle opinioni comuni. Ma colui che, senza fermarsi alle apparenze, giudica la felicità degli uomini soltanto in base allo stato dei loro cuori, vedrà le loro miserie proprio nei loro stessi successi; vedrà i loro desideri e i loro timori crescere insieme alla loro fortuna; li vedrà affannarsi senza mai raggiungere il loro obiettivo, simili a quei viaggiatori inesperti che, avventurandosi per la prima volta nelle Alpi, pensano di poterle superare con ogni montagna che incontrano. Ma quando arrivano in cima, scoprono con disperazione che ci sono ancora montagne più alte davanti a loro.
Augusto, dopo aver sottomesso i suoi concittadini e distrutto i suoi rivali, regnò per quarant’anni sul più grande impero che fosse mai esistito; ma tutto quel immenso potere gli impediva forse di battere la testa contro le pareti e di riempire il suo vasto palazzo con i propri gridi, chiedendo a Varo le sue legioni sterminate? Quando avesse sconfitto tutti i suoi nemici, a cosa gli sarebbero serviti quei vani trionfi, mentre ogni sorta di sofferenze continuavano ad assalirlo senza tregua, mentre i suoi più cari amici cercavano di ucciderlo e lui era costretto a piangere per l’onta o la morte di tutti i suoi parenti? Quell’infortunato volle governare il mondo, ma non seppe governare nemmeno la propria famiglia! Cosa ne risultò di questa negligenza? Vide morire nella piena della giovinezza suo nipote, suo figlio adottivo, suo genero; suo nipote fu costretto a mangiare la paglia del proprio letto per prolungare di poche ore la propria misera esistenza; sua figlia e sua nipote, dopo averlo coperto di disonore, morirono una di fame e miseria in un’isola deserta, l’altra in prigione, uccisa da un arciere. Lui stesso, ultimo sopravvissuto della sua sfortunata famiglia, fu costretto dalla propria moglie a lasciare dopo di sé soltanto un mostro come successore. Questo fu il destino di quel sovrano del mondo tanto celebrato per la sua gloria e la sua fortuna. Credete davvero che qualcuno di coloro che lo ammirano vorrebbe ottenere lo stesso risultato allo stesso prezzo?
Ho preso l’ambizione come esempio; ma il gioco di tutte le passioni umane offre insegnamenti simili a chiunque voglia studiare la storia per conoscere se stesso e diventare saggio a spese dei morti. Si avvicina il momento in cui la vita di Antonio offrirà al giovane un insegnamento più diretto di quello di Augusto. Émile difficilmente si riconoscerà negli strani oggetti che attireranno la sua attenzione durante i suoi nuovi studi; ma saprà anticipatamente come scacciare le illusioni delle passioni prima ancora che nascano; e, vedendo che da sempre queste hanno accecato gli uomini, sarà avvertito del modo in cui potrebbero accecarlo a loro volta, se mai dovesse cedere alle loro tentazioni[400]. So bene che questi insegnamenti non sono del tutto adatti a lui; forse, nel momento del bisogno, saranno troppo tardi o insufficienti. Ma ricordate: non sono certo quelli che volevo trarre da questo studio. Iniziarlo, avevo in mente un altro scopo; e sicuramente, se questo scopo non viene realizzato, la colpa sarà del maestro.
Pensate che non appena lo orgoglio si sviluppa, il “io” relativo entra in gioco continuamente; e che un giovane non osserva mai gli altri senza riflettere su se stesso e confrontarsi con loro. Si tratta quindi di capire a quale posto si collocherà tra i suoi simili dopo averli esaminati. Noto, dal modo in cui si raccontano storie ai giovani, che essi vengono letteralmente trasformati in tutti i personaggi che vedono: si cerca di farli diventare ora Cicerone, ora Traiano, ora Alessandro; si cercano di scoraggiarli quando si rivolgono a se stessi; si fa sì che ogni ragazzo provi rimorso per non essere altro che sé stesso. Questo metodo ha alcuni vantaggi, dei quali non nego l’esistenza; ma per quanto riguarda il mio Émile, se anche solo una volta, in questi confronti, preferisse essere qualcun altro invece di sé stesso, quell’“altro”, anche se fosse Socrate o Catone, significherebbe che tutto è andato storto: chi inizia a considerarsi diverso da sé stesso finirà presto per dimenticarsi completamente.
Non sono i filosofi a conoscere meglio gli uomini; li vedono soltanto attraverso i pregiudizi della filosofia. E non conosco alcuno stato in cui si possano avere maggiori pregiudizi sugli esseri umani. Un selvaggio ci giudica più saggiamente di quanto faccia un filosofo: quest’ultimo è consapevole dei propri vizi, si indigna dei nostri, e pensa tra sé: “Siamo tutti malvagi”; il selvaggio, invece, ci osserva senza emozioni e dice: “Siete pazzi”. Ha ragione, perché nessuno compie il male soltanto per il male stesso. Il mio allievo è proprio quel selvaggio, con questa differenza: Émile, avendo riflettuto di più, confrontato più idee, osservato più da vicino i nostri errori, si guarda più attentamente da sé stesso e giudica soltanto ciò che conosce.
Sono le nostre passioni a farci irritare contro quelle degli altri; è il nostro interesse a farci odiare i malvagi; se non ci facessero alcun male, provheremmo per loro più pietà che odio. Il male che i malvagi ci fanno ci fa dimenticare quello che si infliggono a sé stessi. Gli perdoneremmo più facilmente i loro vizi, se potessimo conoscere quanto il loro stesso cuore li punisca. Sentiamo l’offesa, ma non vediamo la punizione; i vantaggi sono evidenti, mentre il dolore è interno. Colui che crede di godere dei frutti dei propri vizi non è meno tormentato di chi non abbia avuto successo; l’oggetto del tormento cambia, ma l’inquietudine rimane la stessa; possono anche mostrare la loro fortuna e nascondere il proprio cuore, ma il loro comportamento lo rivela comunque, anche contro la loro volontà; per vederlo, tuttavia, non è necessario avere lo stesso tipo di cuore.
Le passioni che condividiamo ci seducono; quelle che offendono i nostri interessi ci indignano, e, a causa di questa contraddizione insita in esse, condanniamo negli altri ciò che vorremmo imitare noi stessi. L’avversione e l’illusione sono inevitabili quando si è costretti ad subire da parte altrui il male che si infliggerebbe se si fosse al loro posto.
Que faudrait-il donc pour bien observer les hommes ? Un grand intérêt à les connaître, une grande impartialité à les juger, un coeur assez sensible pour concevoir toutes les passions humaines, et assez calme pour ne les pas éprouver. S’il est dans la vie un moment favorable à cette étude, c’est celui que j’ai choisi pour Émile : plus tôt ils lui eussent été étrangers, plus tard il leur eût été semblable. L’opinion dont il voit le jeu n’a point encore acquis sur lui d’empire ; les passions dont il sent l’effet n’ont point agité son coeur. Il est homme, il s’intéresse à ses frères ; il est équitable, il juge ses pairs. Or, sûrement, s’il les juge bien, il ne voudra être à la place d’aucun d’eux ; car le but de tous les tourments qu’ils se donnent, étant fondé sur des préjugés qu’il n’a pas, lui paraît un but en l’air. Pour lui, tout ce qu’il désire est à sa portée. De qui dépendrait-il, se suffisant à lui-même et libre de préjugés ? Il a des bras, de la santé[401], de la modération, peu de besoins et de quoi les satisfaire. Nourri dans la plus absolue liberté, le plus grand des maux qu’il conçoit est la servitude. Il plaint ces misérables rois, esclaves de tout ce qui leur obéit ; il plaint ces faux sages enchaînés à leur vaine réputation ; il plaint ces riches sots, martyrs de leur faste ; il plaint ces voluptueux de parade qui livrent leur vie entière à l’ennui, pour paraître avoir du plaisir. Il plaindrait l’ennemi qui lui ferait du mal à lui-même ; car, dans ses méchancetés, il verrait sa misère. Il se dirait : En se donnant le besoin de me nuire, cet homme a fait dépendre son sort du mien.
Encore un pas et nous touchons au but. L’amour-propre est un instrument utile, mais dangereux ; souvent il blesse la main qui s’en sert, et fait rarement du bien sans mal. Émile, en considérant son rang dans l’espèce humaine et s’y voyant si heureusement placé, sera tenté de faire honneur à sa raison de l’ouvrage de la vôtre, et d’attribuer à son mérite l’effet de son bonheur. Il se dira : Je suis sage, et les hommes sont fous. En les plaignant il les méprisera, en se félicitant il s’estimera davantage ; et, se sentant plus heureux qu’eux, il se croira plus digne de l’être. Voilà l’erreur la plus à craindre, parce qu’elle est la plus difficile à détruire. S’il restait dans cet état il aurait peu gagné à tous nos soins : et s’il fallait opter, je ne sais si je n’aimerais pas mieux encore l’illusion des préjugés que celle de l’orgueil.
Les grands hommes ne s’abusent point sur leur supériorité ; ils la voient, la sentent, et n’en sont pas moins modestes. Plus ils ont, plus ils connaissent tout ce qui leur manque. Ils sont moins vains de leur élévation sur nous qu’humiliés du sentiment de leur misère ; et, dans les biens exclusifs qu’ils possèdent, ils sont trop sensés pour tirer vanité d’un don qu’ils ne se sont pas fait. L’homme de bien peut être fier de sa vertu, parce qu’elle est à lui ; mais de quoi l’homme d’esprit est-il fier ? Qu’a fait Racine pour n’être pas Pradon ? Qu’a fait Boileau pour n’être pas Cotin ?
Ici c’est tout autre chose encore. Restons toujours dans l’ordre commun. Je n’ai supposé dans mon élève ni un génie transcendant, ni un entendement bouché. Je l’ai choisi parmi les esprits vulgaires pour montrer ce que peut l’éducation sur l’homme. Tous les cas rares sont hors des règles. Quand donc, en conséquence de mes soins, Émile préfère sa manière d’être, de voir, de sentir, à celle des autres hommes, Émile a raison ; mais quand il se croit pour cela d’une nature plus excellente, et plus heureusement né qu’eux, Émile a tort : il se trompe ; il faut le détromper, ou plutôt prévenir l’erreur, de peur qu’il ne soit trop tard ensuite pour la détruire.
Il n’y a point de folie dont on ne puisse guérir un homme qui n’est pas fou, hors la vanité ; pour celle-ci, rien n’en corrige que l’expérience, si toutefois quelque chose en peut corriger ; à sa naissance, au moins, on peut l’empêcher de croître. N’allez donc pas vous perdre en beaux raisonnements, pour prouver à l’adolescent qu’il est homme comme les autres et sujet aux mêmes faiblesses. Faites-le lui sentir, ou jamais il ne le saura. C’est encore ici un cas d’exception à mes propres règles ; c’est le cas d’exposer volontairement mon élève à tous les accidents qui peuvent lui prouver qu’il n’est pas plus sage que nous. L’aventure du bateleur serait répétée en mille manières, je laisserais aux flatteurs prendre tout leur avantage avec lui : si des étourdis l’entraînaient dans quelque extravagance, je lui en laisserais courir le danger : si des filous l’attaquaient au jeu, je le leur livrerais pour en faire leur dupe[402] ; je le laisserais encenser, plumer, dévaliser par eux ; et quand, l’ayant mis à sec, ils finiraient par se moquer de lui, je les remercierais encore en sa présence des leçons qu’ils ont bien voulu lui donner. Les seuls pièges dont je le garantirais avec soin seraient ceux des courtisanes. Les seuls ménagements que j’aurais pour lui seraient de partager tous les dangers que je lui laisserais courir et tous les affronts que je lui laisserais recevoir. J’endurerais tout en silence, sans plainte, sans reproche, sans jamais lui en dire un seul mot, et soyez sûr qu’avec cette discrétion bien soutenue, tout ce qu’il m’aura vu souffrir pour lui fera plus d’impression sur son coeur que ce qu’il aura souffert lui-même.
Je ne puis m’empêcher de relever ici la fausse dignité des gouverneurs qui, pour jouer sottement les sages, rabaissent leurs élèves, affectent de les traiter toujours en enfants, et de se distinguer toujours d’eux dans tout ce qu’ils leur font faire. Loin de ravaler ainsi leurs jeunes courages, n’épargnez rien pour leur élever l’âme ; faites-en vos égaux afin qu’ils le deviennent ; et, s’ils ne peuvent encore s’élever à vous, descendez à eux sans honte, sans scrupule. Songez que votre honneur n’est plus dans vous, mais dans votre élève ; partagez ses fautes pour l’en corriger ; chargez-vous de sa honte pour l’effacer ; imitez ce brave Romain qui, voyant fuir son armée et ne pouvant la rallier, se mit à fuir à la tête de ses soldats, en criant : Ils ne fuient pas, ils suivent leur capitaine. Fut-il déshonoré pour cela ? Tant s’en faut : en sacrifiant ainsi sa gloire, il l’augmenta. La force du devoir, la beauté de la vertu entraînent malgré nous nos suffrages et renversent nos insensés préjugés. Si je recevais un soufflet en remplissant mes fonctions auprès d’Émile, loin de me venger de ce soufflet, j’irais partout m’en vanter ; et je doute qu’il y eût dans le monde un homme assez vil[403] pour ne pas m’en respecter davantage.
So then, what is necessary in order to observe human beings properly? A deep interest in understanding them, utter impartiality in judging them, a heart sufficiently sensitive to comprehend all human passions—and yet calm enough to remain unaffected by them. If there is any particular moment in life favorable for such study, it is the one I have chosen for Émile: if he had met these people earlier, they would have been strangers to him; if he had met them later, he would have resembled them too much. The opinions he observes are not yet able to exert any influence over him; the passions he feels do not stir his heart at all. He is human; he cares about his fellow beings; he is fair in judging his peers. And surely, if he judges them well, he will never wish to exchange places with any of them—for the purposes behind all their suffering are based on prejudices that he does not share, and thus seem utterly futile to him. For him, everything he desires is within reach. Of whom could he depend, since he is self-sufficient and free from prejudice? He has strong arms, good health, moderation, few needs—and enough means to satisfy them all. Raised in utter freedom, the greatest evil he can conceive is slavery. He pities those wretched kings, slaves of everything that obeys them; he pities those so-called “sages” bound by their empty reputations; he pities those foolish rich men, victims of their own extravagance; he pities those vainly indulgent people who devote their entire lives to boredom just to appear to be enjoying themselves. He would even pity an enemy who caused him harm—for in such acts of malice, he would see only his own suffering reflected. He would think: “By creating the need to harm me, this person has tied his own fate to mine.”
One more step, and we will reach our goal. Self-esteem is a useful but dangerous tool; often it wounds the hand that uses it, and seldom brings good without harm. Émile, considering his place in the human race and seeing himself so fortunately positioned, will be tempted to attribute the fruits of your reasoning to his own merit, and to consider his own worth as the cause of his happiness. He will say to himself: “I am wise, while others are fools.” By pitying them, he will despise them; by rejoicing in his own lot, he will think more highly of himself. And feeling happier than they, he will believe himself more worthy of happiness. This is the error most to be feared, for it is also the hardest to overcome. If he remained in this state, all our efforts would be of little avail. And if I were forced to choose between them, I might prefer the illusion of prejudice to the illusion of pride.
Great men do not delude themselves about their superiority; they see it, they feel it, yet they remain modest. The more they possess, the more aware they are of what they lack. They take less pride in their superiority over us than they feel humbled by the awareness of their own shortcomings. And in those exclusive advantages they possess, they are too sensible to take pride in a gift that was not earned by their own efforts. A good person may be proud of their virtue, because it truly belongs to them; but what can a man of intellect be proud of? What did Racine do to avoid being Pradon? What did Boileau do to avoid being Cotin?
Here, it is something entirely different again. Let us remain within the common order of things. I did not assume in my student either a transcendent genius or a blocked understanding. I chose him from among ordinary people to demonstrate what education can achieve in a human being. All rare cases are exceptions to the rules. Therefore, when Émile, as a result of my guidance, prefers his own way of being, seeing, and feeling to those of other men, Émile is right; but when he believes himself to be of a superior nature and born more fortunate than them, Émile is wrong: he is mistaken. It is necessary to correct him—or rather, to prevent this mistake from occurring, lest it be too late to rectify it later on.
There is no madness from which a man who is not truly mad cannot be cured—except for vanity; and in the case of vanity, nothing but experience can correct it, if anything at all can; at least, one can prevent it from growing stronger at its inception. Therefore, do not indulge in lofty reasoning to prove to an adolescent that he is just like any other man and subject to the same weaknesses. Make him realize it yourself, for otherwise he will never understand. This is yet another exception to my own rules; it is a case where I willingly expose my student to all kinds of experiences that can prove to him that he is no wiser than we are. The adventures of a daredevil could be repeated in countless ways—I would allow flatterers to take full advantage of him; if some foolhardy people led him into excesses, I would let him face the dangers; if scammers tried to trick him at games of chance, I would hand him over to them to make their prey of him[402]; I would let them praise him, exploit him, and rob him bare. And when, after having drained him dry, they finally mocked him, I would still thank them in his presence for the lessons they had so willingly taught him. The only traps from which I would carefully protect him would be those posed by courtesans. The only precautions I would take would be to share with him all the dangers and humiliations I allowed him to face. I would endure everything in silence—without complaint, without reproach, never saying a word about it. And believe me, with such unwavering discretion, everything I endured for his sake would leave a deeper impression on his heart than anything he might have suffered himself.
I cannot help but point out here the false dignity of those governors who, in their foolish attempt to play the role of sages, belittle their students, pretending to treat them always as children and distinguishing themselves from them in everything they make them do. Far from weakening their young courage, spare no effort to elevate their souls; treat them as equals so that they may become such; and if they are still unable to rise to your level, descend to theirs without shame or hesitation. Remember that your honor lies no longer within you, but in your student; share their faults in order to correct them; take upon yourself their shame in order to erase it; imitate that brave Roman who, seeing his army flee and being unable to reunite it, began to flee himself at the head of his soldiers, shouting: “They are not fleeing—they are following their captain.” Was he dishonored for doing so? Far from it: by sacrificing his glory in this way, he actually enhanced it. The power of duty and the beauty of virtue draw our support against our will and overturn our foolish prejudices. If I were to receive a blow while performing my duties towards Émile, far from seeking revenge for that blow, I would go everywhere to boast about it; and I doubt there is a man in the world who would be vile enough not to respect me even more for it.
Quanto ci vorrebbe dunque per osservare bene gli uomini? Un grande interesse nel conoscerli, una grande imparzialità nel giudicarli, un cuore abbastanza sensibile da comprendere tutte le passioni umane, e abbastanza calmo da non provarle. Se nella vita esiste un momento particolarmente adatto a questo studio, è proprio quello che ho scelto per Émile: più presto gli uomini gli sarebbero stati estranei, più tardi li avrebbe trovati simili a sé stesso. L’opinione al cui gioco assiste non ha ancora acquisito su di lui alcun potere; le passioni il cui effetto percepisce non hanno ancora agitato il suo cuore. È un uomo, si interessa ai suoi simili; è equo, giudica i suoi pari. E certamente, se li giudica bene, non desidererà mai trovarsi al loro posto; poiché lo scopo di tutti i tormenti che si infliggono si basa su pregiudizi che lui stesso non condivide, tale scopo gli sembra del tutto irraggiungibile. Per lui, tutto ciò che desidera è a portata di mano. Di chi dipenderebbe, se fosse autosufficiente e libero da pregiudizi? Ha braccia, salute[401], moderazione, poche necessità e mezzi per soddisfarle. Cresciuto nella massima libertà, il più grande male che riesce a immaginare è la schiavitù. Piange quei miseri re, schiavi di tutto ciò che li obbedisce; piange quei falsi saggi incatenati alla loro vana reputazione; piange quei ricchi sciocchi, martiri del proprio lusso; piange quegli uomini dediti alle vanità che dedicano tutta la loro vita all’noia, solo per apparire felici. Piangerebbe anche il nemico che gli infliggesse dolore, perché nelle sue cattiverie vedrebbe soltanto la propria miseria. Si direbbe: “Dando origine al bisogno di farmi del male, quest’uomo ha legato il proprio destino al mio”.
Un altro passo e raggiungeremo il nostro obiettivo. L’orgoglio è uno strumento utile, ma pericoloso: spesso ferisce la mano che lo utilizza e raramente porta benefici senza causare danno. Émile, considerando il proprio posto nell’umanità e vedendosi così felicemente collocato, sarà tentato di attribuire i propri successi alla propria ragione piuttosto che a quella altrui, e di credere che sia il proprio merito a determinare la sua fortuna. Si dirà: “Io sono saggio, mentre gli uomini sono pazzi”. Piangendoli li disprezzerà, rallegrandosi di sé stesso si considererà ancora più degno di felicità; e, sentendosi più fortunato di loro, crederà di essere anche più meritevole di essa. Questa è l’errore più temibile, perché è anche il più difficile da correggere. Se rimanesse in questo stato, i nostri sforzi non avrebbero portato a grandi risultati; e se dovesse scegliere tra due possibilità, forse preferirei ancora l’illusione dei pregiudizi all’illusione dell’orgoglio.
I grandi uomini non si abusano della loro superiorità; la vedono, la sentono, eppure rimangono umili. Più hanno, più sono consapevoli di ciò che manca loro. Sono meno vanitosi della propria posizione superiore rispetto a noi che umiliati dal senso della propria povertà; e, nei beni esclusivi che possiedono, sono troppo saggi per andare fieri di un dono che non si sono guadagnati da soli. L’uomo virtuoso può essere orgoglioso della propria bontà, perché appartiene a lui; ma di cosa può essere orgoglioso l’uomo di spirito? Cosa ha fatto Racine per non essere considerato Pradon? Cosa ha fatto Boileau per non essere considerato Cotin?
Qui si tratta di qualcosa di completamente diverso. Restiamo sempre nell’ordine comune. Non ho mai supposto nel mio allievo né un genio straordinario né una mente ottusa; l’ho scelto tra gli individui ordinari per dimostrare ciò che l’educazione può fare sull’uomo. Tutti i casi rari esulano dalle regole generali. Quindi, quando Émile preferisce il proprio modo di essere, di vedere, di sentire a quello degli altri uomini, ha ragione; ma quando crede di essere di natura superiore e nato più fortunatamente di loro, si sbaglia: si inganna. È necessario correggerlo, o meglio prevenire questo errore, prima che sia troppo tardi per eliminarlo.
Non esiste follia dalla quale non si possa guarire un uomo che non sia davvero pazzo, tranne la vanità; per questa, nulla può correggerla se non l’esperienza, anche se forse qualcosa è in grado di farlo. Almeno, alla sua nascita, si può impedirle di crescere. Quindi, non perdete tempo in belle argomentazioni per dimostrare all’adolescente che è un uomo come tutti gli altri e soggetto alle stesse debolezze. Fateglielo capire, altrimenti non lo scoprirà mai da solo. Anche in questo caso si tratta di un’eccezione alle mie regole: si tratta di esporre volontariamente il mio allievo a tutti gli eventi che possano dimostrargli di non essere più saggio di noi. L’avventura del “battitore d’ali” potrebbe ripetersi in mille modi diversi; lascerei che i lusinghieri approfittassero al massimo della loro influenza su di lui. Se degli sciocchi lo trascinassero in qualche follia, gli permetterei di correrne il rischio. Se dei truffatori lo attaccassero ai giochi d’azzardo, lo lascerei cadere nelle loro mani per farne la loro vittima. Lo lascierei che venisse adorato, derubato, sfruttato da loro. E quando, dopo averlo messo “a secco”, finissero per prendergli gioco, li ringrazierei ancora davanti a lui per le “lezioni” che avevano voluto impartirgli. Gli unici pericoli dai quali lo proteggerei con cura sarebbero quelli rappresentati dalle cortigiane. L’unico riguardo che avrei per lui sarebbe quello di condividere con lui tutti i rischi e tutti gli affronti a cui lo esporrei. Sopporterei tutto in silenzio, senza lamentele, senza rimproveri, senza mai dirgli una parola. E credetemi: con questa discrezione assoluta, tutto ciò che avrà visto me soffrire per lui farà più impressione sul suo cuore di quanto non abbia fatto lui stesso a soffrire.
Non posso fare a meno di sottolineare qui la falsa dignità dei governanti che, nel tentativo sciocco di comportarsi da saggi, umiliano i loro allievi, fingono di trattarli sempre come bambini e si distinguono da loro in tutto ciò che li fanno fare. Lontano dal spegnere il loro giovane coraggio, non risparmiate nulla per elevare la loro anima; fatevene uguali affinché possano diventarlo; e se ancora non riescono a raggiungervi, scendete fino a loro senza vergogna, senza rimorsi. Ricordate che il vostro onore non risiede più in voi, ma nel vostro allievo: condividete i suoi errori per correggerli; assumetevi la sua vergogna per cancellarla; imitate quel nobile romano che, vedendo la propria armata disperdersi e non riuscendo a radunarla, iniziò a fuggire alla testa dei suoi soldati, gridando: “Non stanno fuggendo, seguono il loro capitano”. Fu forse disonorato per questo? Nient’affatto: sacrificando così la propria gloria, la aumentò. La forza del dovere, la bellezza della virtù portano inevitabilmente a cambiare le nostre opinioni sciocche e pregiudiziate. Se ricevessi un schiaffo nell’adempiere ai miei doveri verso Émile, invece di vendicarmene, ne andrei in giro a vantarmi; e dubito che esista al mondo un uomo abbastanza vile da non rispettarmi di più per questo.
Ce n’est pas que l’élève doive supposer dans le maître des lumières aussi bornées que les siennes et la même facilité à se laisser séduire. Cette opinion est bonne pour un enfant, qui, ne sachant rien voir, rien comparer, met tout le monde à sa portée, et ne donne sa confiance qu’à ceux qui savent s’y mettre en effet. Mais un jeune homme de l’âge d’Émile, et aussi sensé que lui, n’est plus assez sot pour prendre ainsi le change, et il ne serait pas bon qu’il le prit. La confiance qu’il doit avoir en son gouverneur est d’une autre espèce : elle doit porter sur l’autorité de la raison, sur la supériorité des lumières, sur les avantages que le jeune homme est en état de connaître, et dont il sent l’utilité pour lui. Une longue expérience l’a convaincu qu’il est aimé de son conducteur ; que ce conducteur est un homme sage, éclairé, qui, voulant son bonheur, sait ce qui peut le lui procurer. Il doit savoir que, pour son propre intérêt, il lui convient d’écouter ses avis. Or, si le maître se laissait tromper comme le disciple, il perdrait le droit d’en exiger de la déférence et de lui donner des leçons. Encore moins l’élève doit-il supposer que le maître le laisse à dessein tomber dans des pièges, et tend des embûches à sa simplicité. Que faut-il donc faire pour éviter à la fois ces deux inconvénients ? Ce qu’il y a de meilleur et de plus naturel : être simple et vrai comme lui ; l’avertir des périls auxquels il s’expose ; les lui montrer clairement, sensiblement, mais sans exagération, sans humeur, sans pédantesque étalage, surtout sans lui donner vos avis pour des ordres, jusqu’à ce qu’ils le soient devenus, et que ce ton impérieux soit absolument nécessaire. S’obstine-t-il après cela, comme il fera très souvent ? alors ne lui dites plus rien ; laissez-le en liberté, suivez-le, imitez-le, et cela gaiement, franchement ; livrez-vous, amusez-vous autant que lui, s’il est possible. Si les conséquences deviennent trop fortes, vous êtes toujours là pour les arrêter ; et cependant combien le jeune homme, témoin de votre prévoyance et de votre complaisance, ne doit-il pas être à la fois frappé de l’une et touché de l’autre ! Toutes ses fautes sont autant de liens, qu’il vous fournit pour le retenir au besoin. Or, ce qui fait ici le plus grand art du maître, c’est d’amener les occasions et de diriger les exhortations de manière qu’il sache d’avance quand le jeune homme cédera, et quand il s’obstinera, afin de l’environner partout des leçons de l’expérience, sans jamais l’exposer à de trop grands dangers.
Avertissez-le de ses fautes avant qu’il y tombe : quand il y est tombé, ne les lui reprochez point ; vous ne feriez qu’enflammer et mutiner son amour-propre. Une leçon qui révolte ne profite pas. Je ne connais rien de plus inepte que ce mot, Je vous l’avais bien dit. Le meilleur moyen de faire qu’il se souvienne de ce qu’on lui a dit est de paraître l’avoir oublié. Tout au contraire, quand vous le verrez honteux de ne vous avoir pas cru, effacez doucement cette humiliation par de bonnes paroles. Il s’affectionnera sûrement à vous en voyant que vous vous oubliez pour lui, et qu’au lieu d’achever de l’écraser, vous le consolez. Mais si à son chagrin vous ajoutez des reproches, il vous prendra en haine, et se fera une loi de ne vous plus écouter, comme pour vous prouver qu’il ne pense pas comme vous sur l’importance de vos avis.
Le tour de vos consolations peut encore être pour lui une instruction d’autant plus utile qu’il ne s’en défiera pas. En lui disant, je suppose, que mille autres font les mêmes fautes, vous le mettez loin de son compte ; vous le corrigez en ne paraissant que le plaindre : car, pour celui qui croit valoir mieux que les autres hommes, c’est une excuse bien mortifiante que de se consoler par leur exemple ; c’est concevoir que le plus qu’il peut prétendre est qu’ils ne valent pas mieux que lui.
Le temps des fautes est celui des fables. En censurant le coupable sous un masque étranger, on l’instruit sans l’offenser ; et il comprend alors que l’apologue n’est pas un mensonge, par la vérité dont il se fait l’application. L’enfant qu’on n’a jamais trompé par des louanges n’entend rien à la fable que j’ai ci-devant examinée, mais l’étourdi qui vient d’être la dupe d’un flatteur conçoit à merveille que le corbeau n’était qu’un sot. Ainsi, d’un fait il tire une maxime ; et l’expérience qu’il eût bientôt oubliée se grave, au moyen de la fable, dans son jugement. Il n’y a point de connaissance morale qu’on ne puisse acquérir par l’expérience d’autrui ou par la sienne. Dans les cas où cette expérience est dangereuse, au lieu de la faire soi-même, on tire sa leçon de l’histoire. Quand l’épreuve est sans conséquence, il est bon que le jeune homme y reste exposé ; puis, au moyen de l’apologue, on rédige en maximes les cas particuliers qui lui sont connus.
Je n’entends pas pourtant que ces maximes doivent être développées, ni même énoncées. Rien n’est si vain, si mal entendu, que la morale par laquelle on termine la plupart des fables ; comme si cette morale n’était pas ou ne devait pas être étendue dans la fable même, de manière à la rendre sensible au lecteur ! Pourquoi donc, en ajoutant cette morale à la fin, lui ôter le plaisir de la trouver de son chef ? Le talent d’instruire est de faire que le disciple se plaise à l’instruction. Or, pour qu’il s’y plaise, il ne faut pas que son esprit reste tellement passif à tout ce que vous lui dites, qu’il n’ait absolument rien à faire pour vous entendre. Il faut que l’amour-propre du maître laisse toujours quelque prise au sien ; il faut qu’il se puisse dire : Je conçois, je pénètre, j’agis, je m’instruis. Une des choses qui rendent ennuyeux le Pantalon de la comédie italienne, est le soin qu’il prend d’interpréter au parterre des platises qu’on n’entend déjà que trop. Je ne veux point qu’un gouverneur soit Pantalon, encore moins un auteur. Il faut toujours se faire entendre ; mais il ne faut pas toujours tout dire : celui qui dit tout dit peu de choses, car à la fin on ne l’écoute plus. Que signifient ces quatre vers que La Fontaine ajoute à la fable de la grenouille qui s’enfle ? A-t-il peur qu’on ne l’ait pas compris ? A-t-il besoin, ce grand peintre, d’écrire les noms au-dessous des objets qu’il peint ? Loin de généraliser par là sa morale, il la particularise, il la restreint en quelque sorte aux exemples cités, et empêche qu’on ne l’applique à d’autres. Je voudrais qu’avant de mettre les fables de cet auteur inimitable entre les mains d’un jeune homme, on en retranchât toutes ces conclusions par lesquelles il prend la peine d’expliquer ce qu’il vient de dire aussi clairement qu’agréablement. Si votre élève n’entend la fable qu’à l’aide de l’explication, soyez sûr qu’il ne l’entendra pas même ainsi.
Il importerait encore de donner à ces fables un ordre plus didactique et plus conforme aux progrès des sentiments et des lumières du jeune adolescent. Conçoit-on rien de moins raisonnable que d’aller suivre exactement l’ordre numérique du livre, sans égard au besoin ni à l’occasion ? D’abord le corbeau, puis la cigale[404], puis la grenouille, puis les deux mulets, etc. J’ai sur le coeur ces deux mulets, parce que je me souviens d’avoir vu un enfant élevé pour la finance, et qu’on étourdissait de l’emploi qu’il allait remplir, lire cette fable, l’apprendre, la dire, la redire cent et cent fois, sans en tirer jamais la moindre objection contre le métier auquel il était destiné. Non seulement je n’ai jamais vu d’enfants faire aucune application solide des fables qu’ils apprenaient, mais je n’ai jamais vu que personne se souciât de leur faire faire cette application. Le prétexte de cette étude est l’instruction morale ; mais le véritable objet de la mère et de l’enfant n’est que d’occuper de lui toute une compagnie, tandis qu’il récite ses fables ; aussi les oublie-t-il toutes en grandissant, lorsqu’il n’est plus question de les réciter, mais d’en profiter. Encore une fois, il n’appartient qu’aux hommes de s’instruire dans les fables ; et voici pour Émile le temps de commencer.
It is not that the student should assume that the teacher possesses the same limited knowledge as himself and the same susceptibility to being deceived. Such an attitude would be appropriate for a child, who, knowing nothing and unable to compare anything, considers everyone within his reach and trusts only those who truly deserve it. But a young man of Émile’s age, as sensible as he is, is no longer naive enough to fall for such tricks, nor would it be good for him to do so. The trust a young man should have in his mentor is of a different kind: it must be based on the authority of reason, on the superiority of knowledge, and on the benefits that the young man is capable of understanding and realizing for himself. Long experience has convinced him that he is loved by his guide; that this guide is a wise and enlightened person who truly wants his well-being and knows what will bring it to him. The student must realize that, for his own good, it is in his interest to follow the teacher’s advice. However, if the teacher were to be deceived just like the student, he would lose the right to demand respect or to give lessons. Even less should the student assume that the teacher deliberately leads him into traps or exploits his simplicity. So what is the best and most natural way to avoid these two problems? To be as simple and honest as the teacher; to warn the student of the dangers he faces; to present them clearly and sensibly, without exaggeration, without pedantry, and certainly not to impose one’s own opinions as commands until they have become the student’s own decisions. And if the student persists, as he often will, then say nothing more to him; let him be free, follow him, imitate him—happily and sincerely. Join in the fun and enjoy yourself just as much as he does, if that is possible. If the consequences become too severe, you are always there to stop them. And yet, how deeply moved the young man must be, seeing both your foresight and your flexibility! Every one of his mistakes becomes a tool for you to guide him when needed. The greatest skill of a teacher here lies in creating the right opportunities and framing the advice in such a way that the student can anticipate when he will yield and when he will persist—thus surrounding him with lessons drawn from experience, without ever exposing him to excessive danger.
Warn him of his mistakes before he commits them; once he has made them, do not reprimand him for them—doing so would only inflame and provoke his self-respect. A lesson that provokes resistance is of no use at all. I know of nothing more futile than that notion; I told you so. The best way to make him remember what has been said to him is to pretend to have forgotten it yourself. On the contrary, when you see him ashamed for not having believed you, gently erase that humiliation with kind words. He will surely grow fond of you if he sees that you put his interests before your own and that, rather than crushing him further, you comfort him. But if you add reprimands to his sorrow, he will hate you and resolve never to listen to you again—just to prove to you that he does not share your opinion about the importance of your advice.
Your attempts at consolation might still serve him as a useful lesson, especially since he will not resist them. By telling him that, I suppose, thousands of other people make the same mistakes, you are helping him to see things in perspective; you correct him without appearing to criticize him, simply by showing sympathy for him. For someone who believes himself to be better than other people, the idea of consoling oneself by their examples is truly humiliating—it implies that at best, they are no better than him.
The time for mistakes is also the time for fables. By condemning the guilty under a foreign guise, one educates them without offending them; and they then come to understand that the fable is not a lie, for it embodies truth in its narrative. A child who has never been deceived by flattery will not comprehend the meaning of the fable I have just discussed, but a naive person who has just become the victim of a flatterer will readily believe that the crow was nothing but a fool. In this way, one derives a moral lesson from a particular event; and an experience that would otherwise be quickly forgotten is imprinted upon one’s judgment through the medium of the fable. There is no moral knowledge that cannot be acquired through the experiences of others or through one’s own. In cases where such experience is dangerous, it is better to learn from the lessons of history rather than to endure them oneself. When the trial involved is harmless, it is beneficial for a young person to face it directly; and then, through the fable, those specific situations can be transformed into universal moral principles.
However, I do not believe that these maxims need to be elaborated upon or even stated explicitly. Nothing is more futile or poorly understood than the moral lesson that concludes most fables; it’s as if this moral could not or should not be developed within the very narrative of the fable itself, so that the reader can grasp it directly! Why, then, by adding this moral at the end, deprive the reader of the pleasure of discovering it for themselves? The true art of teaching lies in making the learner enjoy the learning process. For them to enjoy it, their mind must not remain too passive in response to what you say—after all, they should be engaged and actively involved in understanding. The teacher’s pride must always leave room for the learner’s own; the learner should feel capable of saying: “I understand, I comprehend, I act, I learn.” One of the things that makes the character Pantalone in Italian comedies so annoying is his tendency to repeat things that the audience already knows all too well. I would not want a governor to be like Pantalone, let alone an author. It is essential to make oneself heard, but it is also necessary not to say everything; those who say everything actually say very little, for eventually no one listens anymore. What do these four lines added by La Fontaine at the end of the fable about the frog that swells up mean? Is he afraid that people might not have understood him? Does this great artist really need to write the names of the objects he depicts underneath them? Far from generalizing his moral, he is actually limiting it to the specific examples cited, preventing it from being applied in other contexts. I would wish that before presenting the fables of this incomparable author to a young person, all these concluding remarks that he goes to such lengths to explain—so clearly and so pleasantly—were removed first. If your student can only understand the fable with the help of these explanations, be assured that they will not truly understand it at all.
It would still be necessary to arrange these fables in a more didactic order, one that is more in line with the progress of the emotions and the advancement of knowledge in young adolescents. Could anything be less reasonable than following the exact numerical sequence of the book, regardless of the needs or circumstances? First the crow, then the cicada[404], then the frog, then the two donkeys, and so on. I have a particular fondness for these two donkeys because I remember seeing a child who was being trained for a financial career; they overwhelmed him with the tasks he would have to perform—reading this fable, learning it by heart, reciting it, repeating it hundreds of times—and yet he never raised any objections to the profession that awaited him. Not only have I never seen children apply what they learned from these fables in a practical way, but I also haven’t noticed anyone making an effort to encourage them to do so. The pretext for this learning is moral instruction; but the real purpose, for both mother and child, is simply to keep everyone occupied while he recites his fables. As a result, by the time he grows up and it’s no longer about reciting them but about applying their lessons, he has forgotten them all. Once again, it is only men who should learn from these fables; and now is the time for Émile to begin.
Non è necessario che lo studente supponga che le conoscenze del maestro siano altrettanto limitate delle sue e che il maestro abbia la stessa facilità nel lasciarsi sedurre. Questo punto di vista può essere adatto a un bambino, che, non sapendo vedere nulla né confrontare nulla, considera tutti alla sua portata e confida solo in coloro che sanno davvero come comportarsi. Ma un giovane dell’età di Émile, così sensato quanto lui, non è più così ingenuo da cadere in tali trappole, e non sarebbe nemmeno opportuno che lo facesse. La fiducia che deve avere nel proprio insegnante è di natura diversa: deve basarsi sull’autorità della ragione, sulla superiorità delle conoscenze e sui vantaggi che il giovane è in grado di comprendere e di cui percepisce l’utilità per sé stesso. Una lunga esperienza lo ha convinto che il suo insegnante lo ama, che è una persona saggia ed erudita, che desidera il suo bene e sa quale sia il modo migliore per ottenerlo. Deve essere consapevole che, per il proprio interesse, è opportuno seguire i suoi consigli. Tuttavia, se l’insegnante si lasciasse ingannare come lo studente, perderebbe il diritto di chiedere rispetto e di impartire insegnamenti. Ancora meno lo studente dovrebbe pensare che l’insegnante lo induca intenzionalmente in trappole o tenda insidie alla sua semplicità. Quindi, cosa si deve fare per evitare entrambi questi inconvenienti? La cosa migliore e più naturale è essere semplici e sinceri come lui; avvertirlo dei pericoli a cui potrebbe esporre; mostrarli chiaramente e in modo comprensibile, ma senza esagerazioni, senza toni autoritari o pedanti. Se poi lo studente insiste, non diregli più nulla; lascialo fare, segui i suoi passi, imitalo, e farlo con gioia e sincerità. Se le conseguenze diventano troppo gravi, sei sempre lì per intervenire; eppure, quanto il giovane deve essere colpito dalla tua previdenza e dalla tua comprensione! Ogni sua “errore” diventa in realtà un mezzo per tenerlo sotto controllo, se necessario. Il vero segreto dell’insegnante sta nel creare le occasioni giuste e nell’indirizzare i suoi consigli in modo che lo studente sappia in anticipo quando cedere o quando insistere, così da far sì che ogni sua azione diventi un’occasione per imparare, senza mai esporlo a rischi troppo grandi.
Avvertitelo dei suoi errori prima che li commetta: una volta che li ha commessi, non rimproverarglieli, altrimenti non farete altro che alimentare e suscitare il suo orgoglio. Una lezione che provoca ribellione non è utile. Non conosco nulla di più inutile di questo consiglio. Ve l’avevo detto. Il modo migliore per far sì che si ricordi di ciò che gli è stato detto è fingere di averlo dimenticato. Al contrario, quando lo vedrete vergognarsi di non esservi creduto, cancellate dolcemente questa umiliazione con parole gentili. Sicuramente si affezionerà a voi se vi vedrà dimenticare se stesso per lui e, invece di schiacciarlo ulteriormente, lo consolate. Ma se aggiungete rimproveri al suo dolore, vi odierà e deciderà di non ascoltarvi più, come per dimostrare che non concorda con voi sull’importanza dei vostri pareri.
Il ciclo delle vostre consolazioni può ancora rappresentare per lui un insegnamento particolarmente utile, soprattutto perché non si opporrà ad esso. Dicendogli, presumo, che migliaia di altre persone commettono gli stessi errori, lo distogliete dal pensiero negativo; lo correggete senza sembrare altro che compiangerlo: infatti, per chi ritiene di valere più degli altri uomini, consolarsi con il loro esempio rappresenta una scusa davvero umiliante; significa ammettere che al massimo possano essere considerati uguali a lui.
Il tempo dei errori è anche il tempo delle favole. Censurando il colpevole sotto una maschera estranea, si gli insegna senza offenderlo; e allora egli comprende che l’apologo non è una menzogna, poiché rappresenta la verità applicata a un caso concreto. Un bambino che non è mai stato ingannato con lodi non capirà affatto il significato di quella favola che ho analizzato; ma lo sciocco che è appena stato vittima di un lusinghiero comprenderà facilmente che il corvo non era altro che uno stupido. Così, da un singolo fatto si trae una massima; e quell’esperienza che altrimenti sarebbe stata presto dimenticata, viene tramite la favola incisa nella sua mente. Non esiste alcuna conoscenza morale che non possa essere acquisita attraverso l’esperienza altrui o la propria. Nei casi in cui tale esperienza è pericolosa, invece di viverla personalmente, si trae una lezione dall’esempio altrui. Quando l’esperienza non comporta conseguenze negative, è utile che i giovani vi siano esposti; poi, attraverso le favole, si possono trasformare quei casi concreti in massime utili per la loro formazione morale.
Tuttavia, non ritengo che queste massime debbano essere sviluppate, né tantomeno enunciate. Niente è più vano, più frainteso di quella morale con cui si conclude la maggior parte delle favole; come se tale morale non fosse o non dovesse essere estesa all’interno stesso della favola, in modo da renderla comprensibile al lettore! Perché dunque, aggiungendo questa morale alla fine, privarla del piacere di essere scoperta autonomamente dal lettore? Il vero talento nell’insegnare consiste nel far sì che lo studente trovi piacevole l’apprendimento stesso. E affinché ciò avvenga, non è possibile che la sua mente rimanga totalmente passiva rispetto a quanto viene detto; deve essere data la possibilità di partecipare attivamente al processo di comprensione. L’amor proprio dell’insegnante deve sempre lasciare spazio a quello dello studente; deve permettergli di dire: “Comprendo, rifletto, agisco, imparo”. Una delle cose che rendono noiose le favole della commedia italiana è il fatto che vengano spiegate in modo eccessivamente dettagliato. Non voglio che un governatore sia come Pantalone, né tantomeno che un autore lo sia. È sempre necessario farsi comprendere; ma non è necessario dire tutto: chi dice tutto, in realtà dice poco, perché alla fine nessuno lo ascolta più. Cosa significano quei quattro versi che La Fontaine aggiunge alla favola della rana che si gonfia? Ha paura che qualcuno non li abbia capiti? Ha davvero bisogno, questo grande artista, di scrivere i nomi degli oggetti che dipinge sotto di essi? Lontano dall’universalizzare la sua morale, in realtà la limita agli esempi citati, impedendo così che venga applicata ad altri casi. Vorrei che, prima di mettere tra le mani di un giovane queste favole dell’autore incomparabile, venissero rimosse tutte quelle spiegazioni che egli si prende la briga di fornire, rendendo così il contenuto delle favole ancora più chiaro e piacevole da comprendere. Se lo studente comprende una favola soltanto grazie a queste spiegazioni, sappiate con certezza che non la comprenderà mai davvero in modo autonomo.
Sarebbe ancora necessario dare a queste favole un ordine più didattico e più in linea con i progressi dei sentimenti e delle conoscenze del giovane adolescente. Si può immaginare qualcosa di meno ragionevole che seguire esattamente l’ordine numerico del libro, senza tenere conto delle necessità o delle occasioni? Prima il corvo, poi la cicale, poi la rana, poi i due asini, ecc. Io tengo particolarmente a questi due asini nella mia memoria: ricordo di aver visto un bambino educato per la finanza, al quale si faceva leggere questa favola centinaia di volte, affinché la imparasse a memoria e potesse recitarla; tuttavia, questo non lo spinse mai ad avanzare alcuna obiezione riguardo al mestiere a cui era destinato. Non solo non ho mai visto bambini applicare concretamente le favole che imparavano, ma nessuno si è mai preoccupato di farlo fare. Il pretesto di questo studio è l’educazione morale; in realtà, lo scopo reale sia della madre che del bambino è semplicemente quello di tenere occupata un’intera compagnia mentre il bambino recita le sue favole; quindi, crescendo, le dimentica tutte, quando non si tratta più di recitarle, ma di trarne insegnamenti. Ancora una volta: solo gli uomini hanno il diritto di imparare dalle favole; ed è giunto il momento che Émile inizi questo percorso educativo.
Je montre de loin, car je ne veux pas non plus tout dire, les routes qui détournent de la bonne, afin qu’on apprenne à les éviter. Je crois qu’en suivant celle que j’ai marquée, votre élève achètera la connaissance des hommes et de soi-même au meilleur marché qu’il est possible ; que vous le mettrez au point de contempler les jeux de la fortune sans envier le sort de ses favoris, et d’être content de lui sans se croire plus sage que les autres. Vous avez aussi commencé à le rendre acteur pour le rendre spectateur : il faut achever ; car du parterre on voit les objets tels qu’ils paraissent, mais de la scène on les voit tels qu’ils sont. Pour embrasser le tout, il faut se mettre dans le point de vue ; il faut approcher pour voir les détails. Mais à quel titre un jeune homme entrera-t-il dans les affaires du monde ? Quel droit a-t-il d’être initié dans ces mystères ténébreux ? Des intrigues de plaisir bornent les intérêts de son âge ; il ne dispose encore que de lui-même ; c’est comme s’il ne disposait de rien. L’homme est la plus vile des marchandises, et, parmi nos importants droits de propriété, celui de la personne est toujours le moindre de tous.
Quand je vois que, dans l’âge de la plus grande activité, l’on borne les jeunes gens à des études purement spéculatives, et qu’après, sans la moindre expérience, ils sont tout d’un coup jetés dans le monde et dans les affaires, je trouve qu’on ne choque pas moins la raison que la nature, et je ne suis plus surpris que si peu de gens sachent se conduire. Par quel bizarre tour d’esprit nous apprend-on tant de choses inutiles, tandis que l’art d’agir est compté pour rien ? On prétend nous former pour la société, et l’on nous instruit comme si chacun de nous devait passer sa vie à penser seul dans sa cellule, ou à traiter des sujets en l’air avec des indifférents. Vous croyez apprendre à vivre à vos enfants, en leur enseignant certaines contorsions du corps et certaines formules de paroles qui ne signifient rien. Moi aussi, j’ai appris à vivre à mon Émile ; car je lui ai appris à vivre avec lui-même, et, de plus, à savoir gagner son pain. Mais ce n’est pas assez. Pour vivre dans le monde, il faut savoir traiter avec les hommes, il faut connaître les instruments qui donnent prise sur eux ; il faut calculer l’action et réaction de l’intérêt particulier dans la société civile, et prévoir si juste les événements, qu’on soit rarement trompé dans ses entreprises, ou qu’on ait du moins toujours pris les meilleurs moyens pour réussir. Les lois ne permettent pas aux jeunes gens de faire leurs propres affaires, et de disposer de leur propre bien : mais que leur serviraient ces précautions, si, jusqu’à l’âge prescrit, ils ne pouvaient acquérir aucune expérience ? Ils n’auraient rien gagné d’attendre, et seraient tout aussi neufs à vingt-cinq ans qu’à quinze. Sans doute il faut empêcher qu’un jeune homme, aveuglé par son ignorance, ou trompé pas ses passions, ne se fasse du mal à lui-même ; mais à tout âge il est permis d’être bienfaisant, à tout âge on peut protéger, sous la direction d’un homme sage, les malheureux qui n’ont besoin que d’appui.
Les nourrices, les mères s’attachent aux enfants par les soins qu’elles leur rendent ; l’exercice des vertus sociales porte au fond des coeurs l’amour de l’humanité : c’est en faisant le bien qu’on devient bon ; je ne connais point de pratique plus sûre. Occupez votre élève à toutes les bonnes actions qui sont à sa portée ; que l’intérêt des indigents soit toujours le sien ; qu’il ne les assiste pas seulement de sa bourse, mais de ses soins ; qu’il les serve, qu’il les protège, qu’il leur consacre sa personne et son temps ; qu’il se fasse leur homme d’affaires : il ne remplira de sa vie un si noble emploi. Combien d’opprimés, qu’on n’eût jamais écoutés, obtiendront justice, quand il la demandera pour eux avec cette intrépide fermeté que donne l’exercice de la vertu ; quand il forcera les portes des grands et des riches, quand il ira, s’il le faut, jusqu’au pied du trône faire entendre la voix des infortunés, à qui tous les abords sont fermés par leur misère, et que la crainte d’être punis des maux qu’on leur fait empêche même d’oser s’en plaindre !
Mais ferons-nous d’Émile un chevalier errant, un redresseur de torts, un paladin ? Ira-t-il s’ingérer dans les affaires publiques, faire le sage et le défenseur des lois chez les grands, chez les magistrats, chez le prince, faire le solliciteur chez les juges et l’avocat dans les tribunaux ? Je ne sais rien de tout cela. Les noms badins et ridicules ne changent rien à la nature des choses. Il fera tout ce qu’il sait être utile et bon. Il ne fera rien de plus, et il sait que rien n’est utile et bon pour lui de ce qui ne convient pas à son âge ; il sait que son premier devoir est envers lui-même ; que les jeunes gens doivent se défier d’eux, être circonspects dans leur conduite, respectueux devant les gens plus âgés, retenus et discrets à parler sans sujet, modestes dans les choses indifférentes, mais hardis à bien faire, et courageux à dire la vérité. Tels étaient ces illustres Romains qui, avant d’être admis dans les charges, passaient leur jeunesse à poursuivre le crime et à défendre l’innocence, sans autre intérêt que celui de s’instruire en servant la justice et protégeant les bonnes moeurs.
Émile n’aime ni le bruit ni les querelles, non seulement entre les hommes[405], pas même entre les animaux. Il n’excita jamais deux chiens à se battre ; jamais il ne fit poursuivre un chat par un chien. Cet esprit de paix est un effet de son éducation, qui n’ayant point fomenté l’amour-propre et la haute opinion de lui-même, l’a détourné de chercher ses plaisirs dans la domination et dans le malheur d’autrui. Il souffre quand il voit souffrir ; c’est un sentiment naturel. Ce qui fait qu’un jeune homme s’endurcit et se complaît à voir tourmenter un être sensible, c’est quand un retour de vanité le fait se regarder comme exempt des mêmes peines par sa sagesse ou par sa supériorité. Celui qu’on a garanti de ce tour d’esprit ne saurait tomber dans le vice qui en est l’ouvrage. Émile aime donc la paix. L’image du bonheur le flatte, et quand il peut contribuer à le produire, c’est un moyen de plus de le partager. Je n’ai pas supposé qu’en voyant des malheureux il n’aurait pour eux que cette pitié stérile et cruelle qui se contente de plaindre les maux qu’elle peut guérir. Sa bienfaisance active lui donne bientôt des lumières qu’avec un coeur plus dur il n’eût point acquises, ou qu’il eût acquises beaucoup plus tard. S’il voit régner la discorde entre ses camarades, il cherche à les réconcilier ; s’il voit des affligés, il s’informe du sujet de leurs peines ; s’il voit deux hommes se haïr, il veut connaître la cause de leur inimitié ; s’il voit un opprimé gémir des vexations du puissant et du riche, il cherche de quelles manoeuvres se couvrent ces vexations ; et, dans l’intérêt qu’il prend à tous les misérables, les moyens de finir leurs maux ne sont jamais indifférents pour lui. Qu’avons-nous donc à faire pour tirer parti de ces dispositions d’une manière convenable à son âge ? De régler ses soins et ses connaissances, et d’employer son zèle à les augmenter.
Je ne me lasse point de le redire : mettez toutes les leçons des jeunes gens en actions plutôt qu’en discours ; qu’ils n’apprennent rien dans les livres de ce que l’expérience peut leur enseigner. Quel extravagant projet de les exercer à parler, sans sujet de rien dire ; de croire leur faire sentir, sur les bancs d’un collège, l’énergie du langage des passions et toute la force de l’art de persuader, sans intérêt de rien persuader à personne ! Tous les préceptes de la rhétorique ne semblent qu’un pur verbiage à quiconque n’en sent pas l’usage pour son profit. Qu’importe à un écolier de savoir comment s’y prit Annibal pour déterminer ses soldats à passer les Alpes ? Si, au lieu de ces magnifiques harangues, vous lui disiez comment il doit s’y prendre pour porter son préfet à lui donner congé, soyez sûr qu’il serait plus attentif à vos règles.
I point them out from a distance, for I too do not wish to reveal everything; these paths that deviate from the right one are meant to teach people how to avoid them. I believe that by following the path I have marked, your student will acquire knowledge of human nature and of himself at the best possible cost. He will learn to regard the vicissitudes of fate without envying those who are favored by fortune, and to be content with himself without thinking himself wiser than others. You have also begun to train him to be both an actor and a spectator; this must be completed. For from the sidelines, one sees things as they appear, but from the stage, one sees them as they truly are. To grasp the whole picture, one must place oneself in the appropriate perspective; one must draw closer to see the details. But under what right would a young man engage in the affairs of the world? What right does he have to be initiated into these mysterious and often shady dealings? The pursuits of pleasure are all that his age permits him to engage in; at this moment, he possesses only himself—which is tantamount to possessing nothing at all. Man is the most base of all commodities, and among our important rights of property, the right to one’s own person is always the least valued of all.
When I see that, at the very age when one should be most active, young people are confined to purely speculative studies, and that afterwards, without any experience whatsoever, they are suddenly thrown into the world and into business, I believe that we are not only offending against nature but also against reason. It therefore comes as no surprise to me that so few people know how to behave properly. By what strange logic do we teach people so many things that are utterly useless, while the art of taking action is regarded as worthless? We claim to be preparing them for society, yet we educate them as if each of them were destined to spend their entire life thinking alone in their own isolation, or engaging in abstract discussions with indifferent people. You think you are teaching your children how to live by instructing them in certain physical movements and verbal formulas that have no real meaning. I too tried to teach my son Émile how to live; I taught him to live in harmony with himself and, moreover, to earn his own living. But that is not enough. To live in the world, one must know how to interact with other people, one must understand the tools needed to influence them; one must be able to anticipate the effects of one’s own interests within civil society and forecast events so accurately that one is rarely disappointed in one’s endeavors or always takes the best means to achieve success. The laws prevent young people from managing their own affairs and disposing of their own property, but what use would such precautions be if they could not gain any experience until the prescribed age? Waiting would bring them no advantage at all; they would still be as inexperienced at twenty-five as they were at fifteen. Certainly, it is necessary to prevent a young person from harming themselves due to ignorance or being misled by their passions, but at every age it is possible to act benevolently and, under the guidance of a wise person, to help those unfortunate souls who merely need support.
Nurses and mothers form bonds with children through the care they provide for them; the practice of social virtues instills in people’s hearts a love for humanity. It is by doing good that one becomes good oneself—I know of no more certain method. Engage your student in all those good deeds within his power; let the welfare of the poor always be his concern—not only should he assist them with his money, but also with his care; let him serve them, protect them, devote his person and time to them; let him become their champion in this world. In this way, he will fulfill the noblest purpose in life. How many oppressed people, who would otherwise go unheard, will finally see justice done when he seeks it for them with that fearless determination born of virtue? When he forces open the doors of the powerful and wealthy, when he—if necessary—goes straight to the foot of the throne to make the voices of the unfortunate heard, those whom their poverty bars every path forward, and who dare not even complain for fear of punishment.
But shall we make Émile a knight-errant, a champion of justice, a paladin? Will he interfere in public affairs, play the role of a sage and defender of the law among the nobles, the magistrates, the prince; will he act as a lobbyist before judges or an attorney in court? I know nothing about all this. Ridiculous and playful names change nothing at all about the nature of things. He will do whatever he knows to be useful and good. He will not do anything more, and he knows that nothing is useful or good for him unless it suits his age; he knows that his primary duty is towards himself; that young people must be cautious in their behavior, respectful towards those older than them, restrained and discreet in their speech, modest in matters of little importance, but brave in doing what is right and courageous in speaking the truth. Such were those illustrious Romans who, before being appointed to any public office, spent their youth pursuing criminals and defending the innocent, with no other aim than to learn by serving justice and upholding good morals.
Émile dislikes neither noise nor quarrels—not only among people[405], but not even among animals. He would never incite two dogs to fight; he would never urge a cat to be chased by a dog. This spirit of peace is the result of his upbringing, which, having done nothing to foster his self-esteem or his high opinion of himself, prevented him from seeking pleasure in dominating others or causing their suffering. He feels pain when he sees others suffer; it is a natural sentiment. What makes a young man become hardened and take delight in tormenting sentient beings is the return of vanity—when he begins to think that his wisdom or superiority exempts him from the same hardships. Someone who has been nurtured with such an attitude would never fall into the vices that arise from it. Therefore, Émile loves peace. The sight of happiness pleases him, and when he can contribute to its realization, it becomes another way for him to share in it. I have not assumed that when he sees the unfortunate, his pity for them is merely sterile and cruel—limited to lamenting harms that could have been prevented. His active benevolence quickly grants him insights that, with a harder-hearted person, might never have been obtained—or might have been acquired much later. If he sees discord among his friends, he tries to reconcile them; if he encounters those in distress, he inquires about the cause of their suffering; if he sees two people hating each other, he seeks to understand the reasons for their enmity; and if he observes a weak person suffering at the hands of the powerful or wealthy, he investigates the methods used to oppress them. In his concern for all the miserable, the means to end their suffering are never indifferent to him. So what should we do to make full use of these qualities in a way suitable to his age? We must organize his activities and broaden his knowledge, and encourage his enthusiasm to further develop them.
I cannot tire myself out of repeating it: put all the lessons taught to young people into practice rather than just into words; let them learn nothing from books that experience cannot teach them. What an absurd idea it is to train them in public speaking without giving them any real topics to discuss; to pretend that, sitting in a classroom, they can come to understand the power of language when expressing passion or the art of persuasion—yet with no actual need to persuade anyone of anything! To anyone who does not see the practical use of rhetoric, all its rules seem nothing but empty words. What does it matter to a student to know how Hannibal managed to motivate his soldiers to cross the Alps? If, instead of those grand speeches, you told him how he should go about getting his prefect to grant him leave, I am sure he would pay much more attention to your advice.
Mostro da lontano, perché non voglio nemmeno dire tutto; mostro le strade che deviano dalla retta via, affinché si impari a evitarle. Credo che seguendo quella che ho segnato, vostro discepolo acquisirà la conoscenza degli uomini e di se stesso al miglior prezzo possibile; lo renderete in grado di osservare i capricci del destino senza invidiare la sorte dei suoi favoriti, e di essere soddisfatto di sé senza credersi più saggio degli altri. Avete anche iniziato a farlo diventare attore per poi farne uno spettatore: bisogna portare a termine questo processo; perché dal palco gli oggetti appaiono come sono, ma sul palcoscenico si vedono per ciò che realmente sono. Per comprendere il tutto, è necessario mettersi nel punto di vista giusto; è necessario avvicinarsi per vedere i dettagli. Ma con quale diritto un giovane uomo entrerà negli affari del mondo? Qual è il suo diritto di essere iniziato in questi misteri oscuri? Le intrighi legati al piacere limitano gli interessi della sua età; lui possiede ancora solo se stesso, come se non possedesse nulla. L’uomo è la mercanzia più vile, e tra i nostri importanti diritti di proprietà, quello sulla propria persona è sempre il meno significativo di tutti.
Quando vedo che, nell’età in cui dovremmo essere più attivi, si limita gli giovani allo studio di argomenti puramente teorici, e che poi, senza alcuna esperienza pratica, vengono improvvisamente gettati nel mondo e nelle sue responsabilità, ritengo che ciò offenda tanto la ragione quanto la natura umana; non mi sorprende quindi che così poche persone sappiano comportarsi in modo appropriato. Con quale strano modo di pensare ci viene insegnato tanto di ciò che è inutile, mentre l’arte di agire viene considerata del tutto trascurabile? Si pretende di formarci per la società, ma ci si insegna come se ognuno di noi dovesse trascorrere la vita a riflettere da solo nella propria stanza, o a discutere di argomenti astratti con persone indifferenti. Credete davvero di insegnare ai vostri figli ad affrontare la vita, insegnandogli semplicemente alcune posture del corpo o alcune frasi prive di significato? Anch’io ho cercato di insegnare ad “Emile” ad affrontare la vita; gli ho insegnato a vivere con se stesso e, soprattutto, a guadagnarsi da vivere. Ma questo non basta. Per vivere nel mondo, è necessario saper interagire con le persone, conoscere gli strumenti utili per influenzarle, calcolare correttamente le conseguenze delle proprie azioni nella società civile e prevedere con precisione gli eventi futuri, in modo da raramente fallire nelle proprie imprese o, almeno, adottare sempre i metodi più efficaci per raggiungere i propri obiettivi. Le leggi non permettono ai giovani di gestire autonomamente le proprie affari o di disporre del proprio patrimonio; ma a che servirebbero queste precauzioni, se fino all’età prevista non potessero acquisire alcuna esperienza pratica? Aspettare non porterebbe a nulla: a venticinque anni sarebbero ancora altrettanto inesperti di quanto lo fossero a quindici. Certo, è necessario impedire che un giovane, accecato dall’ignoranza o traviato dalle proprie passioni, si danneggi da solo; ma a qualsiasi età è possibile essere utili agli altri, proteggere coloro che hanno bisogno di aiuto.
Le nutrici, le madri si legano ai bambini attraverso i cura che loro prestano; l’esercizio delle virtù sociali porta nel profondo del cuore l’amore per l’umanità: è facendo il bene che ci si rende buoni; non conosco alcuna pratica più sicura di questa. Occupatevi del vostro allievo in tutte le azioni buone che siano alla sua portata; che l’interesse dei poveri sia sempre il suo obiettivo; che li assista non solo con i suoi soldi, ma anche con la sua cura; che li serva, che li protegga, che dedichi loro la propria persona e il proprio tempo; che diventi il loro “uomo d’affari”: in questo modo realizzerà nella propria vita un compito davvero nobile. Quanti oppressi, che altrimenti non sarebbero mai stati ascoltati, otterranno giustizia, quando lui la chiederà per loro con quella fermezza coraggiosa che deriva dall’esercizio della virtù? Quando forzerà le porte dei potenti e dei ricchi, quando, se necessario, andrà fino ai piedi del trono per far sentire la voce degli sfortunati, a coloro i quali tutte le strade sono chiuse a causa della loro povertà, e il timore di essere puniti per i mali che subiscono impedisce persino di osare lamentarsi!
Ma renderemo Emile un cavaliere errante, un redentore di ingiustizie, un paladino? Intervenirà nelle questioni pubbliche, agirà da saggezza e difensore delle leggi presso i potenti, i magistrati, il principe; farà l’intercessore presso i giudici o l’avvocato nei tribunali? Non ne so nulla. I nomi scherzosi e ridicoli non cambiano la natura delle cose. Farà tutto ciò che ritiene utile e giusto. Nient’altro; sa bene che nulla di ciò che non è adatto alla sua età può essergli utile o giusto; sa che il suo primo dovere è verso se stesso; sa che i giovani devono diffidare di sé stessi, essere cauti nel loro comportamento, rispettosi verso gli anziani, discreti e misurati nel parlare, modesti nelle cose indifferenti, ma coraggiosi nel fare del bene e nel dire la verità. Così erano quegli illustri Romani che, prima di essere ammessi alle cariche pubbliche, trascorrevano la loro giovinezza a perseguire il crimine e a difendere l’innocenza, senza altro scopo se non quello di imparare servendo la giustizia e proteggendo le buone usanze.
Émile non ama né il rumore né le liti, né tant meno tra gli uomini[405], né tantomeno tra gli animali. Non incita mai due cani a combattere; non fa mai inseguire un gatto da un cane. Questo spirito di pace è il risultato della sua educazione, che, non avendo alimentato in lui l’orgoglio o un’elevata stima di sé, lo ha distolto dal cercare piacere nella dominazione e nel dolore altrui. Soffre quando vede soffrire; è un sentimento naturale. Ciò che fa sì che un giovane diventi spietato e si compiaccia nel vedere tormentare un essere sensibile, è il ritorno dell’orgoglio, che lo fa considerarsi esente dalle stesse sofferenze grazie alla sua saggezza o alla sua superiorità. Chi è protetto da questo tipo di mentalità non potrebbe mai cadere nei vizi che ne derivano. Émile ama quindi la pace; l’immagine della felicità lo compiace, e quando può contribuire a crearla, questo rappresenta un altro modo per condividerla. Non ho mai pensato che, vedendo i malheureux, provasse soltanto quella pietà sterile e crudele che si limita a lamentare i mali che potrebbe guarire. La sua attiva benevolenza gli fornisce ben presto delle conoscenze che, con un cuore più duro, non avrebbe mai acquisito, o le avrebbe acquisite molto più tardi. Se vede regnare il disaccordo tra i suoi compagni, cerca di riconciliarli; se vede persone afflitte, si informa sulla causa delle loro sofferenze; se vede due uomini che si odiano, vuole conoscere la ragione della loro inimicizia; se vede un oppresso gemere sotto le persecuzioni dei potenti e dei ricchi, cerca di capire quali siano i mezzi con cui queste persecuzioni avvengono; e, nell’interesse che nutre per tutti i miseri, i modi per porre fine ai loro mali non sono mai indifferenti per lui. Quindi, cosa dobbiamo fare per sfruttare al meglio queste inclinazioni, in modo appropriato alla sua età? Regolare le sue attività e le sue conoscenze, e utilizzare il suo zelo per ampliarle.
Non mi stancherò mai di ripeterlo: mettete tutte le lezioni impartite ai giovani in pratica, piuttosto che solo in parole; non lasciate che imparino dai libri ciò che l’esperienza può insegnare loro direttamente. Che idea assurda quella di esercitarli a parlare senza alcun argomento concreto da trattare; credete davvero di far loro comprendere, sui banchi di un collegio, l’efficacia del linguaggio delle passioni e tutta la forza dell’arte della persuasione, quando in realtà non c’è alcun interesse concreto a cui convincere qualcuno! Tutti i precetti della retorica sembrano soltanto parole vuote per chi non ne percepisce l’utilità personale. A che serve a uno studente sapere come Annibale riuscì a motivare i suoi soldati ad attraversare le Alpi? Se, invece di queste magnifiche orazioni, gli spiegaste come dovrebbe comportarsi per convincere il suo prefetto a concedergli le ferie, sono sicuro che presterebbe molta più attenzione alle vostre istruzioni.
Si je voulais enseigner la rhétorique à un jeune homme dont toutes les passions fussent déjà développées, je lui présenterais sans cesse des objets propres à flatter ses passions, et j’examinerais avec lui quel langage il doit tenir aux autres hommes pour les engager à favoriser ses désirs. Mais mon Émile n’est pas dans une situation si avantageuse à l’art oratoire ; borné presque au seul nécessaire physique, il a moins besoin des autres que les autres n’ont besoin de lui ; et n’ayant rien à leur demander pour lui-même, ce qu’il veut leur persuader ne le touche pas d’assez près pour l’émouvoir excessivement. Il suit de là qu’en général il doit avoir un langage simple et peu figuré. Il parle ordinairement au propre et seulement pour être entendu. Il est peu sentencieux, parce qu’il n’a pas appris à généraliser ses idées : il a peu d’images, parce qu’il est rarement passionné.
Ce n’est pas pourtant qu’il soit tout à fait flegmatique et froid ; ni son âge, ni ses moeurs, ni ses goûts ne le permettent : dans le feu de l’adolescence, les esprits vivifiants, retenus, et cohobés dans son sang, portent à son jeune coeur une chaleur qui brille dans ses regards, qu’on sent dans ses discours, qu’on voit dans ses actions. Son langage a pris de l’accent, et quelquefois de la véhémence. Le noble sentiment qui l’inspire lui donne de la force et de l’élévation : pénétré du tendre amour de l’humanité, il transmet en parlant les mouvements de son âme ; sa généreuse franchise a je ne sais quoi de plus enchanteur que l’artificieuse éloquence des autres ; ou plutôt lui seul est véritablement éloquent, puisqu’il n’a qu’à montrer ce qu’il sent pour le communiquer à ceux qui l’écoutent.
Plus j’y pense, plus je trouve qu’en mettant ainsi la bienfaisance en action et tirant de nos bons ou mauvais succès des réflexions sur leurs causes, il y a peu de connaissances utiles qu’on ne puisse cultiver dans l’esprit d’un jeune homme, et qu’avec tout le vrai savoir qu’on peut acquérir dans les collèges, il acquerra de plus une science plus importante encore, qui est l’application de cet acquis aux usages de la vie. Il n’est pas possible que, prenant tant d’intérêt à ses semblables, il n’apprenne de bonne heure à peser et apprécier leurs actions, leurs goûts, leurs plaisirs, et à donner en général une plus juste valeur à ce qui peut contribuer ou nuire au bonheur des hommes, que ceux qui, ne s’intéressant à personne, ne font jamais rien pour autrui. Ceux qui ne traitent jamais que leurs propres affaires se passionnent trop pour juger sainement des choses. Rapportant tout à eux seuls, et réglant sur leur seul intérêt les idées du bien et du mal, ils se remplissent l’esprit de mille préjugés ridicules, et dans tout ce qui porte atteinte à leur moindre avantage, ils voient aussitôt le bouleversement de tout l’univers.
Étendons l’amour-propre sur les autres êtres, nous le transformerons en vertu, et il n’y a point de coeur d’homme dans lequel cette vertu n’ait sa racine. Moins l’objet de nos soins tient immédiatement à nous-mêmes, moins l’illusion de l’intérêt particulier est à craindre ; plus on généralise cet intérêt, plus il devient équitable ; et l’amour du genre humain n’est autre chose en nous que l’amour de la justice. Voulons-nous donc qu’Émile aime la vérité, voulons-nous qu’il la connaisse ; dans les affaires tenons-le toujours loin de lui. Plus ses soins seront consacrés au bonheur d’autrui, plus ils seront éclairés et sages, et moins il se trompera sur ce qui est bien ou mal ; mais ne souffrons jamais en lui de préférence aveugle, fondée uniquement sur des acceptions de personnes ou sur d’injustes préventions. Et pourquoi nuirait-il à l’un pour servir l’autre ? Peu lui importe à qui tombe un plus grand bonheur en partage, pourvu qu’il concoure au plus grand bonheur de tous : c’est là le premier intérêt du sage après l’intérêt privé ; car chacun est partie de son espèce et non d’un autre individu.
Pour empêcher la pitié de dégénérer en faiblesse, il faut donc la généraliser et l’étendre sur tout le genre humain. Alors on ne s’y livre qu’autant qu’elle est d’accord avec la justice, parce que, de toutes les vertus, la justice est celle qui concourt le plus au bien commun des hommes. Il faut par raison, par amour pour nous, avoir pitié de notre espèce encore plus que de notre prochain ; et c’est une très grande cruauté envers les hommes que la pitié pour les méchants.
Au reste, il faut se souvenir que tous ces moyens, par lesquels je jette ainsi mon élève hors de lui-même, ont cependant toujours un rapport direct à lui, puisque non seulement il en résulte une jouissance intérieure, mais qu’en le rendant bienfaisant au profit des autres, je travaille à sa propre instruction.
J’ai d’abord donné les moyens, et maintenant j’en montre l’effet. Quelles grandes vues je vois s’arranger peu à peu dans sa tête ! Quels sentiments sublimes étouffent dans son coeur le germe des petites passions ! Quelle netteté de judiciaire, quelle justesse de raison je vois se former en lui de ses penchants cultivés, de l’expérience qui concentre les voeux d’une âme grande dans l’étroite borne des possibles, et fait qu’un homme supérieur aux autres, ne pouvant les élever à sa mesure, sait s’abaisser à la leur ! Les vrais principes du juste, les vrais modèles du beau, tous les rapports moraux des êtres, toutes les idées de l’ordre, se gravent dans son entendement ; il voit la place de chaque chose et la cause qui l’en écarte : il voit ce qui peut faire le bien et ce qui l’empêche. Sans avoir éprouvé les passions humaines, il connaît leurs illusions et leur jeu.
J’avance, attiré par la force des choses, mais sans m’en imposer sur les jugements des lecteurs. Depuis longtemps ils me voient dans le pays des chimères ; moi, je les vois toujours dans le pays des préjugés. En m’écartant si fort des opinions vulgaires, je ne cesse de les avoir présentes à mon esprit : je les examine, je les médite, non pour les suivre ni pour les fuir, mais pour les peser à la balance du raisonnement. Toutes les fois qu’il me force à m’écarter d’elles, instruit par l’expérience, je me tiens déjà pour dit qu’ils ne m’imiterons pas : je sais que, s’obstinant à n’imaginer possible que ce qu’ils voient, ils prendront le jeune homme que je figure pour un être imaginaire et fantastique, parce qu’il diffère de ceux auxquels ils le comparent ; sans songer qu’il faut bien qu’il en diffère, puisque, élevé tout différemment, affecté de sentiments tout contraires, instruit tout autrement qu’eux, il serait beaucoup plus surprenant qu’il leur ressemblât que d’être tel que je le suppose. Ce n’est pas l’homme de l’homme, c’est l’homme de la nature. Assurément il doit être fort étranger à leurs yeux.
En commençant cet ouvrage, je ne supposais rien que tout le monde ne pût observer ainsi que moi, parce qu’il est un point, savoir, la naissance de l’homme, duquel nous partons tous également : mais plus nous avançons, moi pour cultiver la nature, et vous pour la dépraver, plus nous nous éloignons les uns des autres. Mon élève, à six ans, différait peu des vôtres, que vous n’aviez pas encore eu le temps de défigurer ; maintenant ils n’ont plus rien de semblable ; et l’âge de l’homme fait, dont il approche, doit le montrer sous une forme absolument, différente, si je n’ai pas perdu tous mes soins. La quantité d’acquis est peut-être assez égale de part et d’autre ; mais les choses acquises ne se ressemblent point. Vous êtes étonnés de trouver à l’un des sentiments sublimes dont les autres n’ont pas le moindre germe ; mais considérez aussi que ceux-ci sont déjà tous philosophes et théologiens, avant qu’Émile sache seulement ce que c’est que philosophie et qu’il ait même entendu parler de Dieu.
Si donc on venait me dire : Rien de ce que vous supposez n’existe ; les jeunes gens ne sont point faits ainsi ; ils ont telle ou telle passion ; ils font ceci ou cela : c’est comme si l’on niait que jamais poirier fût un grand arbre, parce qu’on n’en voit que de nains dans nos jardins.
If I were to want to teach rhetoric to a young man whose passions had already been fully developed, I would constantly present him with things that would please those passions and examine with him the kind of language he should use when addressing other people in order to persuade them to support his desires. But my Émile is not in such an advantageous position for the art of oratory; being limited almost entirely to basic physical necessities, he has less need of others than others have of him. And since he has nothing to ask of them for himself, what he wants to persuade them to do does not affect him personally enough to move him deeply. Therefore, in general, he must use simple and unadorned language. He usually speaks directly and simply, just in order to be heard. He is not given to making grand statements, because he has not learned to generalize his ideas; he also lacks vivid imagery, because he is rarely filled with passion.
Yet he is by no means entirely calm and cold; neither his age, nor his habits, nor his tastes permit it. In the fervor of adolescence, the lively spirit within him, restrained and contained within his blood, brings a warmth to his young heart that shines in his eyes, is felt in his words, and is evident in his actions. His speech takes on an accent, and at times even a certain vehemence. The noble sentiments that inspire him give him strength and elevation; filled with tender love for humanity, he conveys the movements of his soul through his words. His generous frankness possesses an allure far surpassing the artificial eloquence of others; indeed, only he is truly eloquent, for he needs merely to express what he feels in order to share it with those who listen.
The more I think about it, the more I realize that by putting philanthropy into action in this way and reflecting on the causes of our successes and failures, there are very few useful knowledge areas that cannot be cultivated in the mind of a young person. Moreover, alongside all the genuine knowledge one can acquire in colleges, they will also gain an even more important skill: the ability to apply that knowledge to the practical aspects of life. It is impossible for someone who takes such great interest in their fellow human beings not to learn, at an early age, how to weigh and appreciate their actions, tastes, and pleasures—and, in general, to assign a more accurate value to everything that can contribute to or undermine people’s happiness, compared to those who care about no one else and never do anything for others. Those who only concern themselves with their own affairs become too biased to judge things objectively. By relating everything solely to themselves and basing their notions of good and evil on their own interests alone, they fill their minds with countless ridiculous prejudices; and in anything that might undermine even the slightest of their advantages, they immediately see it as a threat that could disrupt the entire world.
If we extend our self-love to other beings, we will transform it into virtue, and there is no human heart in which this virtue does not have its root. The less the object of our care is directly related to ourselves, the less we need to fear the illusion of self-interest; the more we generalize this interest, the more equitable it becomes—and love for humanity is nothing but love for justice within us. Therefore, if we want Émile to love truth, if we want him to understand it, let us always keep him away from things that are directly related to himself. The more his efforts are devoted to the happiness of others, the more enlightened and wise they will be, and the less he will err in judging what is good or bad. But never allow in him any blind preference based solely on personal considerations or unjust prejudices. And why should serving one person harm another? It matters little to him whom greater happiness benefits, so long as it contributes to the greatest happiness of all—this is the primary concern of a wise person, after his own interests; for each individual is part of his species, not of some other particular being.
In order to prevent compassion from degenerating into weakness, it is necessary to generalize and extend it to all of humanity. Therefore, we should engage in it only when it is in accordance with justice, for among all virtues, justice is the one that most contributes to the common good of mankind. Out of reason, and out of love for ourselves, we ought to feel more compassion for our own species than for our neighbors; and indeed, showing compassion toward the wicked is a very great cruelty towards human beings.
Furthermore, it must be remembered that all these means by which I cause my student to step outside of himself still have a direct connection with him; not only does it result in an inner pleasure for him, but by making him beneficial to others, I am also contributing to his own education.
I first provided the means, and now I show them in action. What great perspectives I see gradually taking shape in his mind! What sublime sentiments suppress within him the seeds of petty passions! What clarity of judgment, what precision of reason arise from the cultivation of his inclinations and from experience—which focuses the aspirations of a great soul within the narrow limits of the possible, enabling a person superior to others, who cannot elevate them to his own level, to know how to humble himself to theirs. The true principles of justice, the true models of beauty, all moral relationships between beings, and every concept of order are engraved in his understanding; he sees the proper place for everything and the reasons that prevent it from occupying that place; he understands what can bring about good and what hinders it. Without having experienced human passions himself, he is aware of their illusions and their nature.
I move forward, drawn by the force of things themselves, but without imposing my own judgments upon the readers. For a long time now, they have seen me in the land of fantasies; whereas I still see them in the land of prejudices. By distancing myself so greatly from common opinions, I never cease to keep them in my mind: I examine them, I ponder over them—not in order to follow or flee them, but to weigh them in the balance of reason. Whenever experience forces me to deviate from them, I am already convinced that they will not follow my example. I know that, by stubbornly insisting on only imagining what they themselves see, they will regard the young man I represent as an imaginary and fantastical being—because he differs from those with whom they compare him; without realizing that it is precisely because he differs from them that he is so surprising to them. He is not “the man of men”; he is “the man of nature.” Undoubtedly, he must seem utterly strange to their eyes.
When I began this work, I assumed that everyone could observe the same things as I did, because there is one point—namely, the origin of man—which we all start from equally; but the more we progressed, I in cultivating nature and you in corrupting it, the further apart we became. My student, at the age of six, was not much different from yours, who had not yet had time to be corrupted; now they are completely different. And the stage of human development that these children have reached should show them in an absolutely distinct form, if I have not lost all my efforts. The amount of knowledge acquired may be roughly equal on both sides; but the nature of that knowledge is entirely different. You are surprised to find in some of them sentiments of a sublime kind that others do not even possess at that age; but consider also that those children have already become philosophers and theologians, while Émile has yet to even learn what philosophy is or has ever heard of God.
Therefore, if someone were to come to me and say: “Nothing of what you assume exists; young people are not made in that way; they have such or such passions; they do this or that,” it would be as if one were to deny that a pear tree could ever be a large tree, just because we only see dwarf pear trees in our gardens.
Se volessi insegnare la retorica a un giovane le cui passioni fossero già tutte sviluppate, gli presenterei costantemente argomenti in grado di lusingarle e analizzerei con lui il tipo di linguaggio che deve utilizzare per indurli ad aiutare i suoi desideri. Ma il mio Émile non si trova in una situazione così favorevole all’arte oratoria: essendo limitato quasi esclusivamente alle necessità fisiche, ha meno bisogno degli altri di quanto gli altri abbiano bisogno di lui; e poiché non ha nulla da chiedere loro per sé stesso, ciò che vuole convincerli non lo tocca abbastanza da commuoverlo profondamente. Da ciò deriva che, in generale, deve utilizzare un linguaggio semplice e privo di metafore. Parla solitamente in modo diretto, esclusivamente per essere compreso. È poco incline a formulare sentenze generali, perché non ha imparato a generalizzare le proprie idee; possiede poche immagini mentali, perché raramente è colpito dalle passioni.
Tuttavia, non è affatto del tutto freddo e distaccato; né la sua età, né i suoi costumi, né i suoi gusti glielo permettono: nel fuoco dell’adolescenza, gli spiriti vivaci e vibranti contenuti nel suo sangue portano nel suo giovane cuore una passione che si riflette nei suoi sguardi, si percepisce nelle sue parole e si vede nelle sue azioni. Il suo modo di parlare assume un tono particolare, a volte persino una certa veemenza. Il nobile sentimento che lo ispira gli dona forza ed elevazione: pervaso dall’amore tenero per l’umanità, trasmette attraverso le parole i sentimenti del proprio animo; la sua generosa franchezza possiede un fascino che va oltre l’effetto artificioso dell’eloquenza altrui; o meglio, soltanto lui è veramente eloquente, poiché non ha bisogno di nulla se non di mostrare ciò che prova per poterlo condividere con coloro che lo ascoltano.
Più ci penso, più mi rendo conto che, mettendo in pratica la benevolenza e riflettendo sulle cause dei nostri successi o fallimenti, è possibile coltivare nel giovane molte conoscenze utili. Oltre a tutto il vero sapere che si può acquisire negli istituti di formazione, egli otterrà anche una scienza ancora più importante: l’applicazione di tale conoscenza alle esigenze della vita quotidiana. Non è possibile che, interessandosi così tanto ai suoi simili, un giovane non impari fin da piccolo a valutare con saggezza le loro azioni, i loro gusti, i loro piaceri, e a attribuire un valore più giusto a ciò che può contribuire o danneggiare la felicità umana, rispetto a coloro che, non interessandosi a nessuno, non fanno mai nulla per gli altri. Coloro che si occupano soltanto delle proprie faccende si lasciano prendere troppo dalle loro passioni e quindi sono incapaci di giudicare le cose con oggettività. Riferendo tutto solo a se stessi e regolando le proprie idee del bene e del male esclusivamente in base al proprio interesse personale, riempiono la propria mente di mille pregiudizi ridicoli; e in tutto ciò che potrebbe minacciare il loro minimo vantaggio, vedono immediatamente il caos in tutto l’universo.
Estendiamo l’orgoglio agli altri esseri, e lo trasformeremo in virtù; non esiste alcun cuore umano in cui questa virtù non abbia radici. Più l’oggetto delle nostre attenzioni è lontano da noi stessi, meno si deve temere l’illusione di un interesse particolare; più questo interesse viene generalizzato, più diventa equo. E l’amore per l’umanità non è altro, in noi, che l’amore per la giustizia. Vogliamo quindi che Émile ami la verità, vogliamo che la conosca. Ma nelle sue azioni, teniamolo sempre lontano da essa. Più i suoi sforzi saranno dedicati al benessere degli altri, più saranno illuminati e saggi. E meno si ingannerà su ciò che è giusto o sbagliato. Tuttavia, non permettiamo mai in lui una preferenza cieca, basata unicamente su considerazioni personali o su pregiudizi ingiusti. E perché dovrebbe danneggiare uno per servire un altro? A lui importa poco a chi spetti una maggiore felicità, purché ciò contribuisca al massimo bene di tutti. Questo è il primo interesse del saggio, dopo quello personale. Poiché ognuno appartiene alla propria specie, e non a un individuo particolare.
Per impedire che la compassione si trasformi in debolezza, è necessario generalizzarla e estenderla a tutta l’umanità. Si deve quindi provare compassione soltanto quando essa è in linea con la giustizia, poiché, tra tutte le virtù, la giustizia è quella che contribuisce maggiormente al bene comune degli uomini. Per ragion di logica, e per amore verso noi stessi, dobbiamo provare compassione per la nostra specie ancora più di quanto lo facciamo per il nostro prossimo; ed è una vera e propria crudeltà verso gli uomini provare compassione per i malvagi.
Del resto, bisogna ricordare che tutti questi mezzi, con i quali faccio uscire il mio allievo da se stesso, hanno comunque sempre un rapporto diretto con lui: non solo ne deriva una gioia interiore, ma rendendolo utile al bene degli altri, contribuisco anche alla sua stessa formazione.
Innanzitutto ho fornito i mezzi necessari, e ora mostro loro l’effetto che questi hanno prodotto. Che grandi prospettive si stanno gradualmente formando nella sua mente! Quanti sentimenti sublimi soffocano nel suo cuore il germe delle piccole passioni! Quanta chiarezza di giudizio, quanta precisione di ragionamento si stanno sviluppando in lui grazie alle sue inclinazioni coltivate e all’esperienza che concentra i desideri di un’anima nobile entro i limiti del possibile, permettendo a un uomo superiore agli altri di saper abbassarsi al loro livello quando non può elevarli al proprio! I veri principi della giustizia, i veri modelli della bellezza, tutti i rapporti morali tra gli esseri umani, tutte le idee legate all’ordine sociale, si imprimono nella sua mente; egli comprende perfettamente il posto che ogni cosa occupa e la causa che la allontana da quel posto; sa ciò che può portare al bene e ciò che lo impedisce. Senza aver mai sperimentato le passioni umane, conosce già le loro illusioni e i loro effetti negativi.
Proseguo, attratto dalla forza delle cose, ma senza impormi i giudizi dei lettori. Da tempo essi mi vedono nel regno delle chimere; io, invece, li vedo sempre nel regno dei pregiudizi. Allontanandomi così tanto dalle opinioni comuni, non smetto mai di tenerle presenti nella mia mente: le esamino, le rifletto, non per seguirle né per fuggirle, ma per pesarle sulla bilancia del ragionamento. Ogni volta che l’esperienza mi costringe ad allontanarmene, so già con certezza che essi non mi imiteranno: so infatti che, ostinandosi a considerare possibile soltanto ciò che vedono, considereranno questo giovane che rappresento un essere immaginario e fantastico, perché si differenzia da quelli a cui lo paragonano; senza rendersi conto che proprio per questa diversità – essendo stato educato in modo completamente diverso, colpito da sentimenti opposti, istruito in modo del tutto differente da loro – sarebbe molto più sorprendente se gli assomigliasse piuttosto che essere ciò che io immagino che sia. Non è l’uomo “dell’uomo”, ma l’uomo della natura. Sicuramente deve apparire loro estremamente strano.
All’inizio di quest’opera, non supponevo affatto che tutti potessero osservare ciò che ho osservato io stesso, poiché esiste un punto – ovvero la nascita dell’uomo – da cui partiamo tutti allo stesso modo; ma più procediamo nel nostro percorso – io per coltivare la natura, voi per corromperla – più ci allontaniamo l’uno dall’altro. Il mio allievo, a sei anni, non differiva molto dai vostri, poiché voi non avevate ancora avuto il tempo di distorcerne la natura; ora invece non hanno più nulla in comune; e l’età che questi raggiungono dovrebbe farli apparire sotto una forma assolutamente diversa, se solo io non avessi perso ogni cura nel loro educamento. La quantità di conoscenze acquisite potrebbe essere più o meno la stessa da entrambe le parti; ma queste conoscenze stesse non sono affatto simili. Vi sorprende che uno di questi bambini possieda già sentimenti sublimi di cui gli altri nemmeno hanno il germe; ma considerate anche che questi ultimi sono già tutti filosofi e teologi, mentre Émile non sa ancora nemmeno cosa sia la filosofia, né ha mai sentito parlare di Dio.
Quindi, se qualcuno venisse a dirmi: “Niente di ciò che supponi esiste; i giovani non sono fatti in questo modo; hanno questa o quella passione; fanno queste o quelle cose”, sarebbe come negare che il pero possa essere un albero grande, solo perché nei nostri giardini ne vediamo di piccoli.
Je prie ces juges, si prompts à la censure, de considérer que ce qu’ils disent là, je le sais tout aussi bien qu’eux, que j’y ai probablement réfléchi plus longtemps, et que, n’ayant nul intérêt à leur en imposer, j’ai droit d’exiger qu’ils se donnent au moins le temps de chercher en quoi je me trompe. Qu’ils examinent bien la constitution de l’homme, qu’ils suivent les premiers développements du coeur dans telle ou telle circonstance, afin de voir combien un individu peut différer d’un autre par la force de l’éducation ; qu’ensuite ils comparent la mienne aux effets que je lui donne ; et qu’ils disent en quoi j’ai mal raisonné : je n’aurai rien à répondre.
Ce qui me rend plus affirmatif, et, je crois, plus excusable de l’être, c’est qu’au lieu de me livrer à l’esprit de système, je donne le moins qu’il est possible au raisonnement et ne me fie qu’à l’observation. Je ne me fonde point sur ce que j’ai imaginé, mais sur ce que j’ai vu. Il est vrai que je n’ai pas renfermé mes expériences dans l’enceinte des murs d’une ville ni dans un seul ordre de gens ; mais, après avoir comparé tout autant de rangs et de peuples que j’en ai pu voir dans une vie passée à les observer, j’ai retranché comme artificiel ce qui était d’un peuple et non pas d’un autre, d’un état et non pas d’un autre, et n’ai regardé comme appartenant incontestablement à l’homme, que ce qui était commun à tous, à quelque âge, dans quelque rang, et dans quelque nation que ce fût.
Or, si, selon cette méthode, vous suivez dès l’enfance un jeune homme qui n’aura point reçu de forme particulière, et qui tiendra le moins qu’il est possible à l’autorité et à l’opinion d’autrui, à qui, de mon élève ou des vôtres, pensez-vous qu’il ressemblera le plus ? Voilà, ce me semble, la question qu’il faut résoudre pour savoir si je me suis égaré.
L’homme ne commence pas aisément à penser, mais sitôt qu’il commence, il ne cesse plus. Quiconque a pensé pensera toujours, et l’entendement une fois exercé à la réflexion ne peut plus rester en repos. On pourrait donc croire que j’en fais trop ou trop peu, que l’esprit humain n’est point naturellement si prompt à s’ouvrir, et qu’après lui avoir donné des facilités qu’il n’a pas, je le tiens trop longtemps inscrit dans un cercle d’idées qu’il doit avoir franchi.
Mais considérez premièrement que, voulant former l’homme de la nature, il ne s’agit pas pour cela d’en faire un sauvage et de le reléguer au fond des bois ; mais qu’enfermé dans le tourbillon social, il suffit qu’il ne s’y laisse entraîner ni par les passions ni par les opinions des hommes ; qu’il voie par ses yeux, qu’il sente par son coeur ; qu’aucune autorité ne le gouverne, hors celle de sa propre raison. Dans cette position, il est clair que la multitude d’objets qui le frappent, les fréquents sentiments dont il est affecté, les divers moyens de pourvoir à ses besoins réels, doivent lui donner beaucoup d’idées qu’il n’aurait jamais eues, ou qu’il eût acquises plus lentement. Le progrès naturel à l’esprit est accéléré, mais non renversé. Le même homme qui doit rester stupide dans les forêts doit devenir raisonnable et sensé dans les villes, quand il y sera simple spectateur. Rien n’est plus propre à rendre sage que les folies qu’on voit sans les partager ; et celui même qui les partage s’instruit encore, pourvu qu’il n’en soit pas la dupe et qu’il n’y porte pas l’erreur de ceux qui les font.
Considérez aussi que, bornés par nos facultés aux choses sensibles, nous n’offrons presque aucune prise aux notions abstraites de la philosophie et aux idées purement intellectuelles. Pour y atteindre il faut, ou nous dégager du corps auquel nous sommes si fortement attachés, ou faire d’objet en objet un progrès graduel et lent, ou enfin franchir rapidement et presque d’un saut l’intervalle par un pas de géant dont l’enfance n’est pas capable, et pour lequel il faut même aux hommes bien des échelons faits exprès pour eux. La première idée abstraite est le premier de ces échelons ; mais j’ai bien de la peine à voir comment on s’avise de les construire.
L’Être incompréhensible qui embrasse tout, qui donne le mouvement au monde et forme tout le système des êtres, n’est ni visible à nos yeux, ni palpable à nos mains ; il échappe à tous nos sens : l’ouvrage se montre, mais l’ouvrier se cache. Ce n’est pas une petite affaire de connaître enfin qu’il existe, et quand nous sommes parvenus là, quand nous nous demandons : quel est-il ? où est-il ? notre esprit se confond, s’égare, et nous ne savons plus que penser.
Locke veut qu’on commence par l’étude des esprits, et qu’on passe ensuite à celle des corps. Cette méthode est celle de la superstition, des préjugés, de l’erreur : ce n’est point celle de la raison, ni même de la nature bien ordonnée ; c’est se boucher les yeux pour apprendre à voir. Il faut avoir longtemps étudié les corps pour se faire une véritable notion des esprits, et soupçonner qu’ils existent. L’ordre contraire ne sert qu’à établir le matérialisme.
En effet, puisque nos sens sont les premiers instruments de nos connaissances, les êtres corporels et sensibles sont les seuls dont nous ayons immédiatement l’idée. Ce mot esprit n’a aucun sens pour quiconque n’a pas philosophé. Un esprit n’est qu’un corps pour le peuple et pour les enfants. N’imaginent-ils pas des esprits qui crient, qui parlent, qui battent, qui font du bruit ? Or on m’avouera que des esprits qui ont des bras et des langues ressemblent beaucoup à des corps. Voilà pourquoi tous les peuples du monde, sans excepter les Juifs, se sont fait des dieux corporels. Nous-mêmes, avec nos termes d’Esprit, de Trinité, de Personnes, sommes pour la plupart de vrais anthropomorphites[406]. J’avoue qu’on nous apprend à dire que Dieu est partout : mais nous croyons aussi que l’air est partout, au moins dans notre atmosphère ; et le mot esprit, dans son origine, ne signifie lui-même que souffle et vent. Sitôt qu’on accoutume les gens à dire des mots sans les entendre, il est facile après cela de leur faire dire tout ce qu’on veut.
Le sentiment de notre action sur les autres corps a dû d’abord nous faire croire que, quand ils agissaient sur nous, c’était d’une manière semblable à celle dont nous agissons sur eux. Ainsi l’homme a commencé par animer tous les êtres dont il sentait l’action. Se sentant moins fort que la plupart de ces êtres, faute de connaître les bornes de leurs puissance, il l’a supposée illimitée, et il en fit des dieux aussitôt qu’il en fit des corps. Durant les premiers âges, les hommes, effrayés de tout, n’ont rien vu de mort dans la nature. L’idée de la matière n’a pas été moins lente à se former en eux que celle de l’esprit, puisque cette première idée est une abstraction elle-même. Ils ont ainsi rempli l’univers de dieux sensibles. Les astres, les vents, les montagnes, les fleuves, les arbres, les villes, les maisons même, tout avait son âme, son dieu, sa vie. Les marmousets de Laban, les manitous des sauvages, les fétiches des Nègres, tous les ouvrages de la nature et des hommes ont été les premières divinités des mortels ; le polythéisme a été leur première religion, l’idolâtrie leur premier culte. Ils n’ont pu reconnaître un seul Dieu que quand, généralisant de plus en plus leurs idées, ils ont été en état de remonter à une première cause, de réunir le système total des êtres sous une seule idée, et de donner un sens au mot substance, lequel est au fond la plus grande des abstractions. Tout enfant qui croit en Dieu est donc nécessairement idolâtre, ou du moins anthropomorphite ; et quand une fois l’imagination a vu Dieu, il est bien rare que l’entendement le conçoive. Voilà précisément l’erreur où mène l’ordre de Locke.
Parvenu, je ne sais comment, à l’idée abstraite de la substance, on voit que, pour admettre une substance unique, il lui faudrait supposer des qualités incompatibles qui s’excluent mutuellement, telles que la pensée et l’étendue, dont l’une est essentiellement divisible, et dont l’autre exclut toute divisibilité. On conçoit d’ailleurs que la pensée, ou si l’on veut le sentiment, est une qualité primitive et inséparable de la substance à laquelle elle appartient ; qu’il en est de même de l’étendue par rapport à sa substance. D’où l’on conclut que les êtres qui perdent une de ces qualités perdent la substance à laquelle elle appartient, que par conséquent la mort n’est qu’une séparation de substances, et que les êtres où ces deux qualités sont réunies sont composés de deux substances auxquelles ces deux qualités appartiennent.
I beg these judges, so quick to pass judgment, to consider that what they are saying here, I know just as well as they do; in fact, I have probably thought about it far more thoroughly. Since I have no interest in imposing my views upon them, I have every right to demand that they at least take the time to examine in what way I may be mistaken. Let them carefully study the nature of the human being and observe how the heart develops under different circumstances, so as to see how much an individual can differ from another due to the influence of education. Then let them compare my approach with the results it produces; and let them tell me in what respects I have erred in my reasoning—I shall have nothing to reply to.
What makes me even more assertive—and, I believe, even more justified in being so—is that, rather than indulging in systematic reasoning, I minimize the use of logic and rely solely on observation. I do not base my conclusions on what I have imagined, but on what I have seen. It is true that I have not confined my observations to the boundaries of a particular city or to any one group of people; however, after comparing as many different classes and peoples as I could throughout my life, I have identified as artificial those characteristics that were specific to one people or one state, and I have considered only those traits to truly belong to humanity—those traits that are common to all men, regardless of age, social status, or nationality.
Or, if, according to this method, you follow from childhood on a young man who has not received any particular formation and who resists authority and the opinions of others as much as possible—whom, among my students or yours, do you think he will most resemble? This, I believe, is the question that must be answered in order to determine whether I have gone astray.
Man does not begin to think easily, but once he begins, he never stops. Anyone who has thought will always continue to think; and once the intellect is exercised in reflection, it can no longer remain at rest. One might therefore believe that I am either overdoing or underdoing it—that the human mind is not naturally so quick to engage in such pursuits, and that by providing it with facilitations it does not inherently possess, I am keeping it confined within a circle of ideas that it should have already transcended.
But first of all, consider that in order to shape man according to nature, it is not necessary to turn him into a savage and confine him in the depths of the woods; rather, while immersed in the whirlpool of society, it is sufficient that he be neither carried away by human passions nor influenced by others’ opinions. That he see with his own eyes and feel with his own heart; that no authority govern him except that of his own reason. In such a position, the multitude of things that surround him, the various emotions he experiences, and the different means available to satisfy his real needs must surely bring him many ideas that he would never have had otherwise, or that he would have acquired much more slowly. The natural progress of the mind is accelerated, but not reversed. The very same person who would remain ignorant in the forests would become reasonable and sensible in the cities, provided that he merely observes what happens around him without participating in it. Nothing is more conducive to wisdom than observing the follies of others without sharing them; and even those who indulge in such follies can still learn something, so long as they do not become their victims and do not adopt the errors of those who practice them.
Consider also that, being bound by our faculties to sensible things, we offer almost no basis for the abstract concepts of philosophy or for purely intellectual ideas. To attain them, one must either free oneself from the body to which one is so strongly attached, or make gradual and slow progress from one object to another, or finally leap over this gap in a single giant step—something that even children are incapable of doing, and for which humans themselves require many specially constructed steps. The first abstract concept is thus the first of these steps; yet I find it very difficult to understand how anyone could conceive of constructing them in such a manner.
That incomprehensible Being which embraces everything, which gives motion to the world and constitutes the entire system of beings, is neither visible to our eyes nor tangible to our hands; it eludes all our senses: the work is manifest, but the creator remains hidden. To finally come to acknowledge its existence is no trivial matter; and when we reach that point, when we ask ourselves: “What is it? Where is it?” our minds become confused and lost, and we are left utterly at a loss for words.
Locke wants us to begin by studying spirits and then move on to studying bodies. This method is the approach of superstition, prejudice, and error; it is not the method of reason, nor even of a well-ordered nature. It is like trying to learn to see by covering one’s eyes. One must study bodies for a long time before gaining a true understanding of spirits and even beginning to suspect their existence. The reverse order only serves to establish materialism.
Indeed, since our senses are the primary instruments of our knowledge, corporeal and sensory beings are the only ones about which we have immediate notions. The word “spirit” has no meaning for anyone who has never engaged in philosophical reflection. For ordinary people and children, a spirit is nothing but a body. Don’t they imagine spirits that cry, speak, strike, and make noise? Moreover, one must admit that spirits with arms and tongues closely resemble bodies. This is why all peoples of the world, without exception, have created corporeal deities for themselves. We ourselves, with our terms like “Spirit,” “Trinity,” and “Persons,” are in fact largely anthropomorphists[406]. I admit that we are taught to say that God is everywhere; but we also believe that air is everywhere, at least within our atmosphere. And the word “spirit,” in its origin, simply means breath or wind. Once people are accustomed to using words without truly understanding their meaning, it becomes easy to make them say whatever one wants.
The notion that our actions have an effect on other beings must first have led us to believe that, when those beings acted upon us, they did so in a manner similar to the way we act upon them. Thus, humans began by attributing consciousness and agency to all those beings whose effects they could perceive. Feeling themselves weaker than most of these beings—and lacking any knowledge of the limits of their power—humans assumed that such power was limitless, and thus they immediately regarded these beings as gods, just as they regarded them as physical entities. In the early ages, terrified by everything around them, humans saw no concept of death in nature. The idea of matter took as long to form in their minds as the idea of spirit did—after all, the notion of matter itself is an abstraction. As a result, they filled the universe with tangible deities: stars, winds, mountains, rivers, trees, cities, even houses—all had their own “soul,” their own “god,” their own “life.” The baboons of Laban, the talismans of savages, the fetishes of Africans—every creation of nature and humanity became the earliest deities of mortals. Polytheism was their first religion; idolatry, their first form of worship. It was only when humans began to generalize their concepts and conceive of a primary cause behind all phenomena, when they were able to integrate the entire system of existence under a single idea, and when they gave meaning to the term “substance” (which is, in essence, the greatest of abstractions) that they were able to recognize a single God. Therefore, every child who believes in God is necessarily an idolater—or, at least, an anthropomorphist. And once imagination has shaped the image of God, it is very rare for reason to grasp his true nature. This is precisely the error into which Locke’s philosophical framework leads us.
Having somehow arrived at the abstract concept of substance, it becomes clear that in order to admit the existence of a single substance, one would have to assume qualities that are incompatible with each other and thus mutually exclusive—such as thought and extension, where one is inherently divisible, while the other excludes any possibility of division. It is also understandable that thought, or rather sensation, is a primary quality that is inseparable from the substance to which it belongs; the same holds true for extension in relation to its corresponding substance. From this, we conclude that beings that lose one of these qualities also lose the substance to which that quality belongs; consequently, death is nothing more than a separation of such substances. And beings that possess both of these qualities are composed of two separate substances, each containing one of these qualities.
Prego questi giudici, così pronti a criticare, di considerare che ciò che dicono lo so anch’io altrettanto bene di loro, e probabilmente l’ho riflettuto più a lungo; poiché non ho alcun interesse a imporlo loro, ho il diritto di chiedere loro almeno il tempo necessario per capire in cosa mi sbaglio. Che esaminino attentamente la natura umana, che seguano lo sviluppo iniziale del cuore in diverse circostanze, per vedere quanto un individuo possa differire da un altro a causa dell’influenza dell’educazione; che poi confrontino la mia educazione con gli effetti che ne derivano; e che dicano in cosa ho ragionato male: non avrò nulla da rispondere.
Ciò che mi rende ancora più convinto, e credo anche più giustificato nel farlo, è il fatto che, invece di lasciarmi guidare da preconcetti sistematici, dedico il minor tempo possibile al ragionamento e mi affido esclusivamente all’osservazione. Non mi baso su ciò che ho immaginato, ma su ciò che ho visto. È vero che non ho limitato le mie esperienze entro i confini di una città o di un singolo gruppo sociale; tuttavia, dopo aver confrontato e osservato un gran numero di classi sociali e popoli nel corso della mia vita, ho ritenuto artificiale tutto ciò che era caratteristico di uno specifico popolo o stato, e ho considerato come appartenente indiscutibilmente all’uomo soltanto ciò che era comune a tutti, indipendentemente dall’età, dal rango sociale o dalla nazionalità.
Ora, se secondo questo metodo seguite fin dall’infanzia un giovane che non abbia ricevuto alcuna formazione particolare e che si attenga il meno possibile all’autorità e all’opinione altrui, a chi, tra il mio allievo o i vostri, pensate che assomiglierà di più? Questa, a mio parere, è la domanda che bisogna risolvere per capire se mi sia sbagliato.
L’uomo non inizia facilmente a pensare, ma non appena lo fa, non smette più di farlo. Chiunque abbia mai pensato continuerà sempre a farlo; inoltre, l’intelligenza, una volta allenata alla riflessione, non può più rimanere inattiva. Si potrebbe quindi credere che io esageri o che non faccia abbastanza: che lo spirito umano non sia naturalmente così pronto ad aprirsi alle idee, e che, dopo avergli fornito facilitazioni di cui non aveva bisogno, lo tenga troppo a lungo confinato in un ambito di pensieri che avrebbe dovuto già superare.
Ma considerate innanzitutto che, volendo formare l’uomo secondo le leggi della natura, non si tratta affatto di renderlo un selvaggio e di relegarlo nelle profondità della foresta; bensì, pur trovandosi immerso nel vortice sociale, è sufficiente che non si lasci trascinare né dalle passioni né dalle opinioni altrui; che possa vedere con i propri occhi, sentire con il proprio cuore; che nessuna autorità lo governi, se non quella della sua stessa ragione. In questa condizione, è evidente che la moltitudine di oggetti che lo circondano, i sentimenti frequenti che lo colpiscono, i diversi mezzi a disposizione per soddisfare i suoi bisogni reali debbano fornirgli molte idee che altrimenti non avrebbe mai avuto, o che avrebbe acquisito più lentamente. Il progresso naturale dell’intelligenza viene accelerato, ma non invertito. Lo stesso uomo che dovrebbe rimanere ignorante nelle foreste diventerà razionale e sensato nelle città, purché vi agisca soltanto come spettatore. Niente è più adatto a rendere sagge le persone delle follie che osservano senza parteciparvi; e colui stesso che le condivide impara comunque, a condizione di non esserne vittima né di condividere l’errore di coloro che le praticano.
Tenete anche presente che, essendo limitati dalle nostre facoltà alle cose sensibili, offriamo quasi nessuna possibilità di comprendere le nozioni astratte della filosofia e le idee puramente intellettuali. Per raggiungerle, è necessario o liberarsi dal corpo al quale siamo così strettamente legati, oppure compiere un progresso graduale e lento da oggetto a oggetto; in alternativa, è possibile superare rapidamente questa distanza con un “salto gigantesco”, un passo che l’uomo comune non è in grado di compiere, e per il quale gli esseri umani hanno bisogno addirittura di gradini appositamente costruiti per loro. La prima nozione astratta rappresenta proprio uno di questi gradini; tuttavia, fatico davvero a capire come si possa procedere nella costruzione di tali gradini.
L’Essere incomprensibile che abbraccia tutto, che dà movimento al mondo e forma l’intero sistema degli esseri, non è né visibile ai nostri occhi né palpabile alle nostre mani; sfugge a tutti i nostri sens: l’opera si mostra, ma il creatore si nasconde. Non è certo una cosa da poco riconoscere finalmente la sua esistenza. E quando arriviamo a questo punto, quando ci chiediamo: “Chi è? Dove si trova?”, la nostra mente si confonde, si perde, e non sappiamo più cosa pensare.
Locke vuole che si inizi con lo studio degli spiriti e solo successivamente con quello dei corpi. Questo metodo appartiene alla superstizione, ai pregiudizi, all’errore; non è certo il metodo della ragione, né tantomeno della natura ben ordinata. È come chi si copra gli occhi per imparare a vedere. Bisogna studiare a lungo i corpi per acquisire una vera concezione degli spiriti e anche solo sospettarne l’esistenza. Un ordine inverso, invece, serve soltanto a consolidare il materialismo.
Infatti, poiché i nostri sens sono gli strumenti primari delle nostre conoscenze, gli esseri corporei e sensoriali sono gli unici di cui abbiamo immediatamente un’idea. La parola “spirito” non ha alcun significato per chi non abbia mai riflettuto filosoficamente: per la gente comune e i bambini, lo spirito non è altro che un corpo. Non immaginano forse spiriti che gridano, parlano, battono le mani, fanno rumore? E si ammetterà che uno spirito dotato di braccia e lingua assomiglia molto a un corpo. Ecco perché tutti i popoli del mondo, senza eccezione dei Giudei, si sono creati dei dèi corporei. Anche noi, con i nostri termini come “Spirito”, “Trinità”, “Personaggi”, siamo nella maggior parte dei casi veri antropomorfi[406]. Ammetto che ci viene insegnato a dire che Dio è ovunque, ma crediamo anche che l’aria sia ovunque, almeno nella nostra atmosfera; e la parola “spirito”, nella sua origine, significa semplicemente “respiro” o “vento”. Non appena si abitua la gente a pronunciare parole senza comprenderne il vero significato, diventa facile farle dire qualsiasi cosa si desideri.
Il sentimento del nostro influenzo sugli altri esseri ci ha fatto credere, inizialmente, che quando questi agivano su di noi, lo facessero in modo simile a come noi agiamo su di loro. Così l’uomo ha cominciato ad attribuire una “vita” a tutti gli esseri di cui percepiva l’azione. Sentendosi più debole della maggior parte di questi esseri e non conoscendo i limiti delle loro capacità, ne ha ipotizzato l’infinità e li ha subito considerati dei “dèi”, così come considerava gli stessi esseri corpi materiali. Nei primi tempi, spaventati da tutto ciò che li circondava, gli uomini non vedevano nella natura nulla di mortale; l’idea della materia si è formata in loro con la stessa lentezza dell’idea dello spirito, poiché anche questa rappresenta un’astrazione. Così hanno riempito l’universo di “dèi” sensibili: le stelle, i venti, le montagne, i fiumi, gli alberi, le città, tutto aveva la sua anima, il suo dio, la sua vita. I piccoli animali, i talismani dei selvaggi, i fetichi dei Neri, tutti questi elementi della natura e dell’opera umana furono le prime divinità per gli esseri mortali; il politeismo fu la loro prima religione, l’idolatria il loro primo culto. Solo quando, generalizzando sempre di più le proprie idee, riuscirono a individuare una causa primordiale, ad unire l’intero sistema degli esseri sotto un’unica idea e a dare un senso al termine “sostanza” – che in fondo rappresenta la più grande delle astrazioni – poterono riconoscere un solo Dio. Quindi, ogni bambino che crede in Dio è necessariamente idolatra, o quanto meno tende ad antropomorfizzare le divinità; e quando l’immaginazione ha già concepito Dio, è molto raro che l’intelletto riesca a comprenderlo veramente. Questa è proprio l’errore in cui conduce il metodo di Locke.
Essendo giunto, in qualche modo, all’idea astratta di sostanza, si può notare che, per ammettere l’esistenza di una sola sostanza, sarebbe necessario ipotizzare qualità incompatibili tra loro, quali il pensiero e l’estensione: il primo è essenzialmente divisibile, mentre il secondo esclude qualsiasi forma di divisibilità. Si può inoltre comprendere che il pensiero, o meglio il sentimento, rappresenta una qualità primordiale e inscindibile dalla sostanza a cui appartiene; lo stesso vale per l’estensione rispetto alla sua sostanza. Da ciò si conclude che gli esseri che perdono una di queste qualità perdono anche la sostanza a cui appartengono; pertanto, la morte non è altro che una separazione di tali sostanze, e che gli esseri in cui queste due qualità sono unite sono composti da due sostanze distinte.
Or considérez maintenant quelle distance reste encore entre la notion des deux substances et celle de la nature divine ; entre l’idée incompréhensible de l’action de notre âme sur notre corps et l’idée de l’action de Dieu sur tous les êtres. Les idées de création, d’annihilation, d’ubiquité, d’éternité, de toute-puissance, celle des attributs divins, toutes ces idées qu’il appartient à si peu d’hommes de voir aussi confuses et aussi obscures qu’elles le sont, et qui n’ont rien d’obscur pour le peuple, parce qu’il n’y comprend rien du tout, comment se présenteront-elles dans toute leur force, c’est-à-dire dans toute leur obscurité, à de jeunes esprits encore occupés aux premières opérations des sens et qui ne conçoivent que ce qu’ils touchent ? C’est en vain que les abîmes de l’infini sont ouverts tout autour de nous ; un enfant n’en sait point être épouvanté ; ses faibles yeux n’en peuvent sonder la profondeur. Tout est infini pour les enfants ; ils ne savent mettre de bornes à rien ; non qu’ils fassent la mesure fort longue, mais parce qu’ils ont l’entendement court. J’ai même remarqué qu’ils mettent l’infini moins au-delà qu’en deçà des dimensions qui leur sont connues. Ils estimeront un espace immense bien plus par leurs pieds que par leurs yeux ; il ne s’étendra pas pour eux plus loin qu’ils ne pourront voir, mais plus loin qu’ils ne pourront aller. Si on leur parle de la puissance de Dieu, ils l’estimeront presque aussi fort que leur père. En toute chose, leur connaissance étant pour eux la mesure des possibles, ils jugent ce qu’on leur dit toujours moindre que ce qu’ils savent. Tels sont les jugements naturels à l’ignorance et à la faiblesse d’esprit. Ajax eût craint de se mesurer avec Achille, et défie Jupiter au combat, parce qu’il connaît Achille et ne connaît pas Jupiter. Un paysan suisse qui se croyait le plus riche des hommes, et à qui l’on tâchait d’expliquer ce que c’était qu’un roi, demandait d’un air fier si le roi pourrait bien avoir cent vaches à la montagne.
Je prévois combien de lecteurs seront surpris de me voir suivre tout le premier âge de mon élève sans lui parler de religion. À quinze ans il ne savait s’il avait une âme, et peut-être à dix-huit n’est-il pas encore temps qu’il l’apprenne ; car, s’il l’apprend plus tôt qu’il ne faut, il court risque de ne le savoir jamais.
Si j’avais à peindre la stupidité fâcheuse, je peindrais un pédant enseignant le catéchisme à des enfants ; si je voulais rendre un enfant fou, je l’obligerais d’expliquer ce qu’il dit en disant son catéchisme. On m’objectera que, la plupart des dogmes du christianisme étant des mystères, attendre que l’esprit humain soit capable de les concevoir, ce n’est pas attendre que l’enfant soit homme, c’est attendre que l’homme ne soit plus. À cela je réponds premièrement qu’il y a des mystères qu’il est non seulement impossible à l’homme de concevoir, mais de croire, et que je ne vois pas ce qu’on gagne à les enseigner aux enfants, si ce n’est de leur apprendre à mentir de bonne heure. Je dis de plus que, pour admettre les mystères, il faut comprendre au moins qu’ils sont incompréhensibles ; et les enfants ne sont pas même capables de cette conception-là. Pour l’âge où tout est mystère, il n’y a pas de mystères proprement dits.
Il faut croire en Dieu pour être sauvé. Ce dogme mal entendu est le principe de la sanguinaire intolérance, et la cause de toutes ces vaines instructions qui portent le coup mortel à la raison humaine en l’accoutumant à se payer de mots. Sans doute il n’y a pas un moment à perdre pour mériter le salut éternel : mais si, pour l’obtenir, il suffit de répéter certaines paroles, je ne vois pas ce qui nous empêche de peupler le ciel de sansonnets et de pies, tout aussi bien que d’enfants.
L’obligation de croire en suppose la possibilité. Le philosophe qui ne croit pas a tort, parce qu’il use mal de la raison qu’il a cultivée, et qu’il est en état d’entendre les vérités qu’il rejette. Mais l’enfant qui professe la religion chrétienne, que croit-il ? ce qu’il conçoit ; et il conçoit si peu ce qu’on lui fait dire, que si vous lui dites le contraire, il l’adoptera tout aussi volontiers. La foi des enfants et de beaucoup d’hommes est une affaire de géographie. Seront-ils récompensés d’être nés à Rome plutôt qu’à la Mecque ? On dit à l’un que Mahomet est le prophète de Dieu, et il dit que Mahomet est le prophète de Dieu ; on dit à l’autre que Mahomet est un fourbe, et il dit que Mahomet est un fourbe. Chacun des deux eût affirmé ce qu’affirme l’autre, s’ils se fussent trouvés transposés. Peut-on partir de deux dispositions si semblables pour envoyer l’un en paradis, l’autre en enfer[407] ? Quand un enfant dit qu’il croit en Dieu, ce n’est pas en Dieu qu’il croit, c’est à Pierre ou à Jacques qui lui disent qu’il y a quelque chose qu’on appelle Dieu ; et il le croit à la manière d’Euripide :
O Jupiter ! car de toi rien sinon
Je ne connais seulement que le nom[408]
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Nous tenons que nul enfant mort avant l’âge de raison ne sera privé du bonheur éternel ; les catholiques croient la même chose de tous les enfants qui ont reçu le baptême, quoiqu’ils n’aient jamais entendu parler de Dieu. Il y a donc des cas où l’on peut être sauvé sans croire en Dieu, et ces cas ont lieu, soit dans l’enfance, soit dans la démence, quand l’esprit humain est incapable des opérations nécessaires pour reconnaître la Divinité. Toute la différence que je vois ici entre vous et moi est que vous prétendez que les enfants ont à sept ans cette capacité, et que je ne la leur accorde pas même à quinze. Que j’aie tort ou raison, il ne s’agit pas ici d’un article de foi, mais d’une simple observation d’histoire naturelle.
Par le même principe, il est clair que tel homme, parvenu jusqu’à la vieillesse sans croire en Dieu, ne sera pas pour cela privé de sa présence dans l’autre vie si son aveuglement n’a pas été volontaire ; et je dis qu’il ne l’est pas toujours. Vous en convenez pour les insensés qu’une maladie prive de leurs facultés spirituelles, mais non de leur qualité d’homme, ni par conséquent du droit aux bienfaits de leur Créateur. Pourquoi donc n’en pas convenir pour ceux qui, séquestrés de toute société dès leur enfance, auraient mené une vie absolument sauvage, privés des lumières qu’on n’acquiert que dans le commerce des hommes ?[409] Car il est d’une impossibilité démontrée qu’un pareil sauvage pût jamais élever ses réflexions jusqu’à la connaissance du vrai Dieu. La raison nous dit qu’un homme n’est punissable que par les fautes de sa volonté, et qu’une ignorance invincible ne lui saurait être imputée à crime. D’où il suit que, devant la justice éternelle, tout homme qui croirait, s’il avait des lumières nécessaires, est réputé croire, et qu’il n’y aura d’incrédules punis que ceux dont le coeur se ferme à la vérité.
Gardons-nous d’annoncer la vérité à ceux qui ne sont pas en état de l’entendre, car c’est vouloir y substituer l’erreur. Il vaudrait mieux n’avoir aucune idée de la Divinité que d’en avoir des idées basses, fantastiques, injurieuses, indignes d’elle ; c’est un moindre mal de la méconnaître que de l’outrager. J’aimerais mieux, dit le bon Plutarque[410], qu’on crût qu’il n’y a point de Plutarque au monde, que si l’on disait que Plutarque est injuste, envieux, jaloux, et si tyran, qu’il exige plus qu’il ne laisse le pouvoir de faire.
Le grand mal des images difformes de la divinité qu’on trace dans l’esprit des enfants est qu’elles y restent toute leur vie, et qu’ils ne conçoivent plus, étant hommes, d’autre Dieu que celui des enfants. J’ai vu en Suisse une bonne et pieuse mère de famille tellement convaincue de cette maxime, qu’elle ne voulut point instruire son fils de la religion dans le premier âge, de peur que, content de cette instruction grossière, il n’en négligeât une meilleure à l’âge de raison. Cet enfant n’entendait jamais parler de Dieu qu’avec recueillement et révérence, et, sitôt qu’il en voulait parler lui-même, on lui imposait silence, comme sur un sujet trop sublime et trop grand pour lui. Cette réserve excitait sa curiosité, et son amour-propre aspirait au moment de connaître ce mystère qu’on lui cachait avec tant de soin. Moins on lui parlait de Dieu, moins on souffrait qu’il en parlât lui-même, et plus il s’en occupait : cet enfant voyait Dieu partout. Et ce que je craindrais de cet air de mystère indiscrètement affecté, serait qu’en allumant trop l’imagination d’un jeune homme on l’altérât sa tête, et qu’enfin l’on n’en fît un fanatique, au lieu d’en faire un croyant.
Or consider now the immense gap that still exists between the concepts of these two substances and the notion of divine nature; between the incomprehensible idea of how our soul influences our body and the concept of God’s influence over all beings. Ideas such as creation, annihilation, omnipresence, eternity, and omnipotence—these divine attributes—though few people are able to grasp them in their true complexity and obscurity—are not at all mysterious to the common folk, who simply do not understand them at all. How then will these ideas present themselves in all their fullness, that is, in all their obscurity, to young minds still engrossed in the basic perceptions of the senses and capable of understanding only what they can touch and see? In vain are the abysses of infinity opened all around us; a child is not terrified by them; its weak eyes cannot fathom their depth. To children, everything is infinite; they cannot conceive anything having limits—not because they attempt to measure too far, but because their understanding is limited. I have even noticed that they tend to place infinity less beyond the known dimensions than within them. They will consider a vast expanse of land to be much more significant because it lies within their reach than because they can see it; for them, it extends only as far as they are able to travel. If one speaks to them about God’s power, they will likely regard it as nearly as great as that of their father. In everything, since their knowledge defines what is possible for them, they always judge what is told to them to be less than what they already know. Such are the natural judgments born of ignorance and weak minds. Ajax would have feared to challenge Achilles, yet dared to defy Jupiter in battle—because he knew Achilles but not Jupiter. A Swiss farmer, who fancied himself the richest man alive and to whom someone tried to explain what a king was, asked proudly whether a king could really own a hundred cows in the mountains.
I anticipate how many readers will be surprised to see me follow my student throughout his entire early childhood without discussing religion with him. At fifteen years old, he didn’t even know whether he had a soul; perhaps at eighteen, it’s still not yet the right time for him to find out. For if he learns too early, there is a risk that he may never truly understand.
If I were to paint the annoying stupidity of such behavior, I would depict a pedant teaching catechism to children; if I wanted to portray a child going mad, I would force him to explain what he says while reciting his catechism. Some might argue that since most Christian dogmas are mysteries, waiting for the human mind to be capable of understanding them does not mean waiting for a child to become an adult—rather, it means waiting for humanity to cease existing at all. To this I reply first that there are mysteries that are not only impossible for humans to comprehend but also impossible to believe in; and I see no benefit in teaching such things to children, except perhaps in teaching them to lie from a very young age. Furthermore, to accept these mysteries, one must at least understand that they are incomprehensible—and children are not even capable of such an understanding. At an age where everything appears mysterious, there are, in fact, no true mysteries at all.
One must believe in God in order to be saved. This poorly understood doctrine is the principle of bloody intolerance and the cause of all those futile teachings that deal a fatal blow to human reason by habituating it to content itself with words alone. Without doubt, there is not a moment to lose if we wish to earn eternal salvation; but if obtaining it merely requires repeating certain words, I see no reason why we should not fill heaven with nightingales and doves, just as we would with children.
The obligation to believe implies the possibility of doing so. The philosopher who does not believe is in error, because he misuses the reason he has cultivated and is therefore capable of understanding the truths he rejects. But what does a child who professes the Christian religion really believe? What he conceives; yet he understands so little of what is being taught to him that if you told him the opposite, he would accept it just as readily. The faith of children and many adults is merely a matter of geography—will they be rewarded for being born in Rome rather than Mecca? One person is told that Muhammad is God’s prophet, and he believes it; another is told that Muhammad is a deceitful man, and he believes that too. Either of them would have affirmed what the other said if their positions had been reversed. Can two people with such similar beliefs be sent to heaven or hell[407]? When a child says he believes in God, it is not God himself he believes in, but Peter or James who tell him that there exists something called God; and he believes them in the same way that Euripides was believed.
Oh Jupiter! For from you there is nothing but.
I know only its name[408].
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We hold that no child who dies before reaching the age of reason shall be deprived of eternal happiness; Catholics believe the same about all children who have been baptized, even though they have never heard of God. Thus, there are cases in which one can be saved without believing in God, and these cases occur either in childhood or in madness, when the human mind is incapable of performing the necessary operations to recognize the Divinity. The only difference I see between you and me here is that you claim that children possess this ability at the age of seven, while I do not grant it to them even at fifteen. Whether I am right or wrong, this is not a matter of faith, but merely a simple observation based on natural history.
By the same principle, it is clear that a man who has lived to old age without believing in God will not, for that reason, be deprived of His presence in the afterlife, provided that his ignorance was not voluntary; and I claim that such ignorance is not always voluntary. You acknowledge this to be true in the case of the insane, whose illnesses may deprive them of their spiritual faculties but not of their human dignity or, consequently, of their right to the blessings of their Creator. Why then not admit the same for those who, isolated from all human society since childhood and leading a completely savage life, have been deprived of the light that can only be gained through interaction with others? For it is demonstrably impossible for such a savage to ever attain any understanding of the true God. Reason tells us that a man can only be punished for the sins committed by his own will, and that invincible ignorance cannot be considered a criminal offense. Therefore, before the eternal judgment, any man who would believe in God, if he possessed the necessary knowledge, would be deemed to believe; and only those whose hearts are closed to the truth would be punished as unbelievers.
Let us refrain from proclaiming the truth to those who are not in a state to hear it, for doing so would be tantamount to substituting error for it. It would be better to have no notion of the Divinity at all than to hold lowly, fantastical, and insulting views of it—views unworthy of it; it is less harmful to misunderstand it than to insult it. “I would rather,” said the good Plutarch[410], “that people believed there was no such person as Plutarch in the world, than that they should say he is unjust, envious, jealous, and a tyrant who demands more power than he actually possesses.”
The great danger of those distorted images of deity that are planted in the minds of children is that they remain there throughout their lives, and that as adults, they conceive of no other God than the one they learned as children. I once saw in Switzerland a good and pious mother who was so convinced by this idea that she refused to teach her son about religion at an early age, for fear that he, content with such rudimentary instruction, would neglect more thorough education when he reached maturity. This child never heard about God except in a solemn and reverent manner; and whenever he tried to speak of it himself, he was silenced, as if the subject were too sublime and too profound for him. Such restraint only aroused his curiosity, and his self-respect made him eager to uncover this mystery that was so carefully concealed from him. The less people talked about God to him, the more he seemed inclined to talk about it himself—and the more he devoted himself to its study. This child saw God everywhere. And what I fear most about such an ostentatiously mysterious approach is that it might overstimulate a young man’s imagination and distort his mind, turning him into a fanatic rather than a true believer.
Ora considerate quale distanza rimanga ancora tra il concetto delle due sostanze e quello della natura divina; tra l’idea incomprensibile dell’azione del nostro animo sul nostro corpo e l’idea dell’azione di Dio su tutti gli esseri. Le idee di creazione, di annientamento, di ubiquità, di eternità, di onnipotenza, quegli attributi divini. Tutte queste idee, che pochissime persone riescono a comprendere nella loro vera natura oscura e confusa, mentre per il popolo non hanno alcun significato, perché esso non ne comprende affatto il senso. Come si presenteranno dunque in tutta la loro forza, cioè in tutta la loro oscurità, a giovani menti ancora impegnate nelle prime percezioni sensoriali e che riescono a concepire soltanto ciò che toccano con i sensi? È inutile che gli abissi dell’infinito si aprano intorno a noi: un bambino non ne è affatto spaventato; i suoi deboli occhi non possono sondarne la profondità. Tutto appare infinito ai bambini; non sanno porre limiti a nulla. Non perché misurino troppo lontano, ma perché il loro intelletto è limitato. Ho persino notato che considerano l’infinito meno lontano di ciò che conoscono nelle dimensioni del mondo fisico. Un vasto spazio sembra loro più reale per via delle loro esperienze concrete che per via della vista. Non si estende oltre la portata dei loro occhi, ma oltre la distanza che possono percorrere con i piedi. Se gli si parla del potere di Dio, lo considereranno quasi pari a quello di loro padre. In ogni cosa, poiché la loro conoscenza è limitata ai concetti che riescono a comprendere, giudicano sempre ciò che viene detto come inferiore a ciò che sanno. Tali sono i giudizi naturali derivanti dall’ignoranza e dalla debolezza mentale. Achille avrebbe temuto di misurarsi con Ajax, e sfidava Giove in battaglia perché conosceva Achille ma non conosceva Giove. Un contadino svizzero, che si considerava il più ricco degli uomini, e a cui cercavano di spiegare cosa fosse un re, chiedeva con aria orgogliosa se un re potesse davvero possedere cento mucche in montagna.
Prevedo quanti lettori saranno sorpresi nel vedermi seguire tutto il primo periodo della vita del mio allievo senza parlargli di religione. A quindici anni non sapeva nemmeno se avesse un’anima, e forse a diciotto anni non è ancora il momento che lo scopra; perché, se lo scopre troppo presto, rischia di non saperlo mai davvero.
Se dovessi dipingere la stupidità fastidiosa, dipingerei un pedante che insegna il catechismo ai bambini; se volessi rendere un bambino pazzo, lo costringerei ad spiegare ciò che dice mentre recita il suo catechismo. Mi si obietterà che, poiché la maggior parte dei dogmi del cristianesimo sono misteri, aspettare che lo spirito umano sia in grado di comprenderli non significa aspettare che il bambino diventi adulto, ma piuttosto che l’uomo smetta di essere tale. A questo rispondo innanzitutto che ci sono misteri che non solo è impossibile per l’uomo comprendere, ma anche credere; inoltre, non vedo quale vantaggio ci sia nell’insegnarli ai bambini, se non quello di far loro imparare a mentire fin da piccoli. Aggiungo inoltre che, per accettare i misteri, è necessario almeno comprendere che sono incomprensibili; e i bambini non sono nemmeno in grado di raggiungere questa comprensione. Per l’età in cui tutto appare come un mistero, in realtà non esistono misteri veri e propri.
È necessario credere in Dio per essere salvati. Questo dogma malinteso è il principio di un’intolleranza spietata e la causa di tutte quelle istruzioni vane che infliggono un colpo mortale alla ragione umana, abituandola a accontentarsi delle parole. Senza dubbio non c’è un attimo da perdere per meritare la salvezza eterna; ma se, per ottenerla, basta ripetere alcune parole, non vedo cosa ci impedisca di popolare il cielo di “sansonnets” e “pie”, così come di bambini.
L’obbligo di credere presuppone l’esistenza della possibilità di credere. Il filosofo che non crede sbaglia, perché utilizza in modo errato la ragione che ha coltivato e si trova nella condizione di poter comprendere le verità che rifiuta. Ma il bambino che professa la religione cristiana, in cosa crede? Crede in ciò che gli viene insegnato; e comprende così poco ciò che gli viene detto, che se gli si dicesse il contrario, lo accetterebbe altrettanto volentieri. La fede dei bambini e di molti uomini è una questione legata alle loro condizioni culturali e sociali. Saranno forse ricompensati per essere nati a Roma piuttosto che alla Mecca? A uno si dice che Maometto sia il profeta di Dio, ed egli crede che Maometto sia il profeta di Dio; a un altro si dice che Maometto sia un impostore, ed egli crede che Maometto sia un impostore. Ognuno dei due avrebbe affermato ciò che afferma l’altro, se fossero stati posti nelle sue stesse condizioni. Si può davvero partire da due convinzioni così simili per mandare uno in paradiso e l’altro all’inferno[407]? Quando un bambino dice di credere in Dio, in realtà non crede in Dio, ma in Pietro o in Giacomo che gli dicono che esiste qualcosa chiamato Dio; e lui ci crede, nello stesso modo in cui lo farebbe Euripide.
Oh Giove! Poiché da te non vi è nulla se non.
Conosco soltanto il nome[408].
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Riteniamo che nessun bambino morto prima dell’età della ragione venga privato della felicità eterna; i cattolici credono la stessa cosa per tutti i bambini che hanno ricevuto il battesimo, anche se non hanno mai sentito parlare di Dio. Esistono quindi casi in cui si può essere salvati senza credere in Dio, e questi casi si verificano sia nell’infanzia che nella follia, quando lo spirito umano è incapace delle operazioni necessarie per riconoscere la Divinità. L’unica differenza tra voi e me riguarda il fatto che voi affermate che i bambini abbiano questa capacità già all’età di sette anni, mentre io non gliela attribuisco nemmeno a quindici anni. Che abbia torto o ragione, qui non si tratta di una questione di fede, ma semplicemente di un’osservazione sulla natura umana.
Per lo stesso principio, è evidente che un uomo che abbia raggiunto l’età avanzata senza credere in Dio non verrà per questo privato della sua presenza nell’altra vita, a condizione che la sua cecità non sia stata volontaria; e io affermo che questa cecità non sia sempre tale. Voi concordate sul fatto che gli insensati, privati delle loro facoltà spirituali a causa di una malattia, non perdano comunque la loro qualità umana, né quindi il diritto ai benefici del loro Creatore. Perché allora non dovremmo riconoscere lo stesso per coloro che, segregati da ogni società fin dall’infanzia e condotti una vita completamente selvaggia, siano rimasti privi delle luci che si acquisiscono soltanto attraverso il rapporto con gli altri esseri umani? [409] Infatti, è assolutamente impossibile che un simile individuo possa mai elevare le proprie riflessioni fino alla conoscenza del vero Dio. La ragione ci insegna che un uomo può essere punito soltanto per i peccati compiuti con la sua volontà, e che un’ignoranza invincibile non può essere considerata un crimine. Ne consegue quindi che, davanti alla giustizia eterna, ogni uomo che credesse, se possedesse le necessarie conoscenze, verrebbe ritenuto credente; e gli unici increduli puniti sarebbero coloro il cui cuore si chiude alla verità.
Dobbiamo fare attenzione a non annunciare la verità a coloro che non sono in grado di comprenderla, perché ciò equivarrebbe a sostituirla con l’errore. È meglio non avere alcuna idea della Divinità piuttosto che averne idee basse, fantastiche, offensive e indegne di Lei; è un male minore ignorarLa che offenderLa. “Preferirei”, disse il nobile Plutarco[410], “che si credesse che non esistesse alcun Plutarco al mondo, piuttosto che si dicesse che Plutarco sia ingiusto, invidioso, geloso e tiranno, che pretenda più di quanto lasci effettivamente il potere di fare”.
Il grave pericolo derivante da quelle immagini distorte della divinità che vengono inculcate nella mente dei bambini è che rimangano lì per tutta la loro vita, impedendo loro, da adulti, di concepire un altro Dio se non quello che hanno imparato da piccoli. In Svizzera ho conosciuto una brava e devota madre di famiglia così convinta di questa dottrina, che rifiutò di insegnare la religione a suo figlio nelle prime fasi della sua crescita, temendo che, accontentandosi di queste nozioni superficiali, egli trascurasse un’educazione più profonda in età più matura. Quel bambino non sentiva mai parlare di Dio se non con riverenza e timore; e ogni volta che cercava lui stesso di parlarne, gli veniva imposto il silenzio, come se si trattasse di un argomento troppo sublime e incomprensibile per lui. Questa riservatezza, invece di placare la sua curiosità, ne accendeva ancora di più l’interesse; il suo orgoglio anelava al momento in cui avrebbe potuto conoscere quel mistero che gli veniva così gelosamente nascosto. Più gli si parlava poco di Dio, più lui stesso era portato a parlarne; quell’infante vedeva Dio ovunque intorno a sé. E ciò che temerei di questo atteggiamento di mistero ostentatamente mantenuto sarebbe che, stimolando eccessivamente l’immaginazione di un giovane, si finisse per alterarne il modo di pensare, trasformandolo in un fanatico, invece che in un vero credente.
Mais ne craignons rien de semblable pour mon Émile, qui, refusant constamment son attention à tout ce qui est au-dessus de sa portée, écoute avec la plus profonde indifférence les choses qu’il n’entend pas. Il y en a tant sur lesquelles il est habitué à dire : Cela n’est pas de mon ressort, qu’une de plus ne l’embarrasse guère ; et, quand il commence à s’inquiéter de ces grandes questions, ce n’est pas pour les avoir entendu proposer, mais c’est quand le progrès naturel de ses lumières porte ses recherches de ce côté-là.
Nous avons vu par quel chemin l’esprit humain cultivé s’approche de ces mystères ; et je conviendrai volontiers qu’il n’y parvient naturellement, au sein de la société même, que dans un âge plus avancé. Mais comme il y a dans la même société des causes inévitables par lesquelles le progrès des passions est accéléré, si l’on n’accélérait de même le progrès des lumières qui servent à régler ces passions, c’est alors qu’on sortirait véritablement de l’ordre de la nature, et que l’équilibre serait rompu. Quand on n’est pas maître de modérer un développement trop rapide, il faut mener avec la même rapidité ceux qui doivent y correspondre ; en sorte que l’ordre ne soit point interverti, que ce qui doit marcher ensemble ne soit point séparé, et que l’homme, tout entier à tous les moments de sa vie, ne soit pas à tel point par une de ses facultés, et à tel autre point par les autres.
Quelle difficulté je vois s’élever ici ! difficulté d’autant plus grande qu’elle est moins dans les choses que dans la pusillanimité de ceux qui n’osent la résoudre. Commençons au moins par oser la proposer. Un enfant doit être élevé dans la religion de son père : on lui prouve toujours très bien[411] que cette religion, quelle qu’elle soit, est la seule véritable : que toutes les autres ne sont qu’extravagance et absurdité. La force des arguments dépend absolument sur ce point du pays où l’on les propose. Qu’un Turc, qui trouve le christianisme si ridicule à Constantinople, aille voir comment on trouve le mahométisme à Paris ! C’est surtout en matière de religion que l’opinion triomphe. Mais nous qui prétendons secouer son joug en toute chose, nous qui ne voulons rien donner à l’autorité, nous qui ne voulons rien enseigner à notre Émile qu’il ne pût apprendre de lui-même par tout pays, dans quelle religion l’élèverons-nous ? à quelle secte agrégerons-nous l’homme de la nature ? La réponse est fort simple, ce me semble ; nous ne l’agrégerons ni à celle-ci ni à celle-là, mais nous le mettrons en état de choisir celle où le meilleur usage de sa raison doit le conduire.
Incedo per ignes
Suppositos cineri doloso.[412]
N’importe : le zèle et la bonne foi m’ont jusqu’ici tenu lieu de prudence : j’espère que ces garants ne m’abandonneront point au besoin. Lecteurs, ne craignez pas de moi des précautions indignes d’un ami de la vérité : je n’oublierai jamais ma devise ; mais il m’est trop permis de me défier de mes jugements. Au lieu de vous dire ici de mon chef ce que je pense, je vous dirai ce que pensait un homme qui valait mieux que moi. Je garantis la vérité des faits qui vont être rapportés, ils sont réellement arrivés à l’auteur du papier que je vais transcrire : c’est à vous de voir si l’on peut en tirer des réflexions utiles sur le sujet dont il s’agit. Je ne vous propose point le sentiment d’un autre ou le mien pour règle ; je vous l’offre à examiner.
« Il y a trente ans que, dans une ville d’Italie, un jeune homme expatrié se voyait réduit à la dernière misère. Il était né calviniste ; mais, par les suites d’une étourderie, se trouvant fugitif, en pays étranger, sans ressource, il changea de religion pour avoir du pain. Il y avait dans cette ville un hospice pour les prosélytes : il y fut admis. En l’instruisant sur la controverse, on lui donna des doutes qu’il n’avait pas, et on lui apprit le mal qu’il ignorait : il entendit des dogmes nouveaux, il vit des moeurs encore plus nouvelles ; il les vit, et faillit en être la victime. Il voulut fuir, on l’enferma ; il se plaignit, on le punit de ses plaintes : à la merci de ses tyrans, il se vit traiter en criminel pour n’avoir pas voulu céder au crime. Que ceux qui savent combien la première épreuve de la violence et de l’injustice irrite un jeune coeur sans expérience se figurent l’état du sien. Des larmes de rage coulaient de ses yeux, l’indignation l’étouffait : il implorait le ciel et les hommes, il se confiait à tout le monde, et n’était écouté de personne. Il ne voyait que de vils domestiques soumis à l’infâme qui l’outrageait, ou des complices du même crime qui se raillaient de sa résistance et l’excitaient à les imiter. Il était perdu sans un honnête ecclésiastique qui vint à l’hospice pour quelque affaire, et qu’il trouva le moyen de consulter en secret. L’ecclésiastique était pauvre et avait besoin de tout le monde : mais l’opprimé avait encore plus besoin de lui ; et il n’hésita pas à favoriser son évasion, au risque de se faire un dangereux ennemi.
« Échappé au vice pour rentrer dans l’indigence, le jeune homme luttait sans succès contre sa destinée : un moment il se crut au-dessus d’elle. À la première lueur de fortune ses maux et son protecteur furent oubliés. Il fut bientôt puni de cette ingratitude : toutes ses espérances s’évanouirent ; sa jeunesse avait beau le favoriser, ses idées romanesques gâtaient tout. N’ayant ni assez de talents, ni assez d’adresse pour se faire un chemin facile, ne sachant être ni modéré ni méchant, il prétendit à tant de choses qu’il ne sut parvenir à rien. Retombé dans sa première détresse, sans pain, sans asile, prêt à mourir de faim, il se ressouvint de son bienfaiteur.
Il y retourne, il le trouve, il en est bien reçu : sa vue rappelle à l’ecclésiastique une bonne action qu’il avait faite ; un tel souvenir réjouit toujours l’âme. Cet homme était naturellement humain, compatissant ; il sentait les peines d’autrui par les siennes, et le bien-être n’avait point endurci son coeur ; enfin les leçons de la sagesse et une vertu éclairée avaient affermi son bon naturel. Il accueille le jeune homme, lui cherche un gîte, l’y recommande ; il partage avec lui son nécessaire, à peine suffisant pour deux. Il fait plus, il l’instruit, le console, il lui apprend l’art difficile de supporter patiemment l’adversité. Gens à préjugés, est-ce d’un prêtre, est-ce en Italie que vous eussiez espéré tout cela ?
« Cet honnête ecclésiastique était un pauvre vicaire savoyard, qu’une aventure de jeunesse avait mis mal avec son évêque, et qui avait passé les monts pour chercher les ressources qui lui manquaient dans son pays. Il n’était ni sans esprit ni sans lettres ; et avec une figure intéressante il avait trouvé des protecteurs qui le placèrent chez un ministre pour élever son fils. Il préférait la pauvreté à la dépendance, et il ignorait comment il faut se conduire chez les grands. Il ne resta pas longtemps chez celui-ci ; en le quittant, il ne perdit point son estime, et comme il vivait sagement et se faisait aimer de tout le monde, il se flattait de rentrer en grâce auprès de son évêque, et d’en obtenir quelque petite cure dans les montagnes pour y passer le reste de ses jours. Tel était le dernier terme de son ambition.
Un penchant naturel l’intéressait au jeune fugitif, et le lui fit examiner avec soin. Il vit que la mauvaise fortune avait déjà flétri son coeur, que l’opprobre et le mépris avaient abattu son courage, et que sa fierté, changée en dépit amer, ne lui montrait dans l’injustice et la dureté des hommes que le vice de leur nature et la chimère de la vertu. Il avait vu que la religion ne sert que de masque à l’intérêt, et le culte sacré de sauvegarde à l’hypocrisie : il avait vu, dans la subtilité des vaines disputes, le paradis et l’enfer mis pour prix à des jeux de mots ; il avait vu la sublime et primitive idée de la Divinité défigurée par les fantasques imaginations des hommes ; et, trouvant que pour croire en Dieu il fallait renoncer au jugement qu’on avait reçu de lui, il prit dans le même dédain nos ridicules rêveries et l’objet auquel nous les appliquons. Sans rien savoir de ce qui est, sans rien imaginer sur la génération des choses, il se plongea dans sa stupide ignorance avec un profond mépris pour tous ceux qui pensaient en savoir plus que lui.
But we need not fear anything of the sort for my Émile, who, constantly refusing to pay attention to anything that lies beyond his understanding, listens with utter indifference to matters that he does not even hear. There are so many things about which he is accustomed to saying, “That is not within my sphere of concern,” that one more such matter hardly troubles him at all; and when he begins to worry about these important issues, it is not because he has heard them being discussed, but rather because the natural progression of his enlightenment leads his inquiries in that direction.
We have seen the path by which the cultivated human mind approaches these mysteries; and I am willing to admit that such progress, within the framework of society itself, only occurs at a more advanced stage of life. However, since there are inevitable factors within the same society that accelerate the development of certain passions, if we do not likewise accelerate the growth of those insights and knowledge that serve to regulate these passions, then we would truly be departing from the order established by nature, and balance would be disrupted. When we are unable to control a process that develops too rapidly, it is necessary to promote other aspects that should correspond to it at just as fast a pace; in this way, order will not be disrupted, what is meant to proceed together will not be separated, and man, in every moment of his life, will not be unbalanced in one aspect while being overly developed in another.
What a difficulty I see rising here! A difficulty all the greater because it lies less in the nature of things themselves than in the cowardice of those who dare not confront it. Let us at least begin by daring to raise it. A child should be raised within the religion of his father; one can always demonstrate to him very clearly[411] that this particular religion, whatever it may be, is the only true one—that all others are nothing but extravagance and absurdity. The strength of such arguments depends entirely on the context in which they are presented. How could a Turk, who finds Christianity so ridiculous in Constantinople, understand how Islam is viewed in Paris! It is especially in matters of religion that public opinion holds supreme power. But we, who claim to shake the yoke of authority in every realm, who refuse to submit to any authority whatsoever, and who insist that our children learn everything for themselves from whatever country or religion they may find themselves in—in what religion shall we raise them? To which sect shall we assign a person born into this world? The answer seems quite simple to me: we shall not assign him to either one; instead, we will enable him to choose for himself the religion that offers the best use of his reason.
Destroyed by fire.
“Suppositos cineri doloso.”[412]
Whatever: zeal and good faith have thus far served me in place of prudence; I hope these guarantees will not abandon me in need. Readers, do not fear that I will take precautions unworthy of a friend of truth: I will never forget my motto; but it is entirely justified for me to doubt my own judgments. Instead of telling you here what I personally think, I will relate what a man worth more than I once thought. I guarantee the truth of the facts that will be presented; they indeed occurred to the author of the document I am about to transcribe. It is up to you to determine whether these facts can lead to useful reflections on the subject in question. I do not offer you the opinions of another or my own as a rule to follow; I present them for your examination.
“Thirty years ago, in a city in Italy, a young man who had emigrated found himself reduced to the utmost poverty. He was born a Calvinist; but, as a result of a foolish mistake, he found himself a fugitive in a foreign country, with no means of support. To survive, he changed his religion. In that city, there was an asylum for converts; he was admitted there. As they instructed him about the theological controversies, they planted doubts in his mind that he had not previously possessed, and they revealed to him evils of which he was ignorant. He heard new doctrines and witnessed even more bizarre customs; he saw them, and nearly became their victim. When he tried to escape, he was imprisoned; when he complained, he was punished for it. At the mercy of his oppressors, he was treated as a criminal simply because he refused to commit crime. Those who know how deeply the first encounter with violence and injustice can wound an inexperienced young heart should try to imagine what he endured. Tears of rage streamed down his face; indignation choked him. He pleaded with heaven and with men, confided in everyone—but no one listened to him. All he saw were vile servants who obeyed the man who insulted him, or accomplices in the same crimes who mocked his resistance and encouraged him to follow their example. He was utterly lost—until an honest clergyman happened to visit the asylum on some matter, and he managed to consult him in secret. The clergyman was poor himself and needed everyone’s help; but the oppressed man needed him even more. Without hesitation, the clergyman helped him escape, risking thereby making a dangerous enemy for himself.”
“Having escaped vice only to fall into poverty, the young man struggled in vain against his fate: for a time, he believed himself above it. But at the first glimmer of fortune, his troubles and his protector were forgotten. Soon, he was punished for this ingratitude—all his hopes vanished. Despite the favor of youth, his romantic ideals ruined everything. Lacking both sufficient talent and skill to succeed easily, and unable to be either moderate or cruel, he aspired to too much and achieved nothing. Back in his former dire straits—without food, without shelter, on the verge of starvation—he remembered his benefactor.”
He returns there, finds him, and is received kindly; his appearance reminds the clergyman of a good deed he had done in the past—such memories always bring joy to the soul. This man was naturally kind and compassionate; he shared others’ sufferings as if they were his own, and prosperity had not hardened his heart. Moreover, the teachings of wisdom and virtuous principles had strengthened his good nature. He welcomed the young man, found him a place to stay, and took care of him; he even shared with him what was barely enough for two people. He did more than that—he taught him, comforted him, and taught him the difficult art of patiently enduring adversity. People filled with prejudice—would you have expected such things from a priest, or in Italy at all?
“This honest clergyman was a poor Savoyard vicar whose youthful misadventures had led to a rift with his bishop. He had crossed the mountains in search of resources that were lacking in his homeland. He was neither lacking in wit nor education; and, with his pleasing appearance, he managed to find protectors who placed him under the care of a minister so that he could raise his son. He preferred poverty to dependence and had no idea how one should behave in the presence of the powerful. He did not stay with this minister for long; upon leaving, he retained his respect for him. Living a virtuous life and winning the affection of everyone around him, he hoped to regain the favor of his bishop and perhaps obtain a small parish in the mountains where he could spend the rest of his days. Such was the pinnacle of his ambitions.”
A natural inclination drew him toward this young fugitive, and he examined him carefully. He saw that misfortune had already withered the boy’s heart, that shame and scorn had broken his courage, and that his pride, reduced to bitter resentment, made him see in the injustice and cruelty of men merely the vices inherent in their nature and the illusion of virtue. He realized that religion was nothing but a mask for self-interest, that sacred rituals were nothing but instruments of hypocrisy; he saw in the subtleties of futile debates how heaven and hell were offered as rewards for mere wordplay; he saw how the sublime and primal concept of God had been distorted by human fantasy. And since he believed that to believe in God meant to abandon the judgment that God himself had given us, he dismissed with equal disdain our ridiculous delusions and the objects to which we assign them. Knowing nothing of what truly is, and imagining nothing about how things are created, he plunged into his own foolish ignorance, filled with profound contempt for all those who thought they knew more than him.
Ma non dobbiamo temere nulla del genere per il mio Émile, che, rifiutando costantemente di prestare attenzione a tutto ciò che va al di là delle sue capacità, ascolta con la massima indifferenza quelle cose che non comprende. Ci sono così tante questioni su cui è abituato a dire: “Questo non rientra nella mia sfera di competenza”, che l’aggiunta di un’altra non lo disturba affatto; e quando inizia a preoccuparsi di queste grandi questioni, non è perché le ha sentite proposte, ma perché il naturale progresso delle sue conoscenze spinge le sue ricerche in quella direzione.
Abbiamo visto attraverso quale percorso lo spirito umano coltivato si avvicini a questi misteri; e sono disposto ad ammettere che ciò avvenga naturalmente, all’interno della stessa società, soltanto in età più avanzata. Tuttavia, poiché nella stessa società esistono cause inevitabili che accelerano lo sviluppo delle passioni, se non si accelerasse allo stesso modo lo sviluppo delle conoscenze che servono a regolare queste passioni, allora si uscirebbe veramente dall’ordine naturale e l’equilibrio verrebbe distrutto. Quando non si è in grado di moderare uno sviluppo troppo rapido, bisogna promuovere con la stessa rapidità anche quegli elementi che devono ad esso corrispondere; affinché l’ordine non venga alterato, che ciò che deve procedere insieme non venga separato, e che l’uomo, in ogni momento della sua vita, non sia in uno stato di squilibrio a causa di alcuna delle sue facoltà rispetto alle altre.
Che difficoltà si presenta qui! Una difficoltà tanto maggiore in quanto risiede meno nelle cose stesse che nella codardia di coloro che non osano affrontarla. Cominciamo almeno ad avere il coraggio di proporla. Un bambino deve essere educato nella religione del padre: gli si dimostra sempre chiaramente[411] che questa religione, qualunque essa sia, è l’unica vera; che tutte le altre non sono altro che esagerazioni e assurdità. La forza degli argomenti dipende interamente dal contesto in cui vengono presentati. Un turco, che trovi il cristianesimo ridicolo a Costantinopoli, dovrebbe andare a vedere come si considera il mahometanesimo a Parigi! È soprattutto in materia di religione che l’opinione pubblica ha la meglio. Ma noi, che pretendiamo di scuotere il suo giogo in ogni ambito, che non vogliamo dare nulla all’autorità, che non vogliamo insegnare al nostro figlio nulla che non possa imparare da solo in qualsiasi paese e con qualsiasi religione. In quale setta lo educeremo? La risposta mi sembra molto semplice: non lo educheremo né in questa né in quella religione, ma lo metteremo in condizione di scegliere quella nella quale il miglior uso della sua ragione possa guidarlo.
Avanzo tra le fiamme.
“Suppositi cineri doloso.”[412]
Che importa: finora la zelo e la buona fede mi sono sostituite della prudenza; spero che questi garanti non mi abbandonino nel momento del bisogno. Lettori, non temete che io adotti precauzioni indegne di un amico della verità: non dimenticherò mai il mio principio guida; ma ho tutto il diritto di dubitare dei miei giudizi. Invece di dirvi qui ciò che penso personalmente, vi racconterò ciò che pensava un uomo che valeva più di me. Garantisco la veridicità dei fatti che verranno riportati: sono realmente accaduti all’autore del documento che sto per trascrivere; spetta a voi valutare se si possano trarne riflessioni utili sull’argomento in questione. Non vi propongo il punto di vista di un altro o il mio come regola da seguire; ve lo offro semplicemente per esaminarlo.
“Trent’anni fa, in una città d’Italia, un giovane emigrato si trovava ridotto alla più estrema miseria. Era nato calvinista; ma, a causa di un errore, si ritrovò fuggitivo in terra straniera, senza risorse, e cambiò religione pur di avere del cibo. In quella città esisteva un ospizio per i convertiti: vi fu ammesso. Mentre gli venivano spiegate le dottrine della sua nuova fede, gli furono instillati dubbi che in realtà non possedeva e gli vennero rivelati aspetti negativi di quella religione che prima ignorava. Ascoltò dogmi nuovi, vide costumi ancora più strani; li vide, e rischiò di ne diventare vittima. Tentò di fuggire, ma fu rinchiuso; si lamentò, ma le sue lamentele furono punite. A disposizione dei suoi oppressori, fu trattato come un criminale soltanto perché non aveva voluto commettere crimini. Chiunque sappia quanto la prima esperienza di violenza e ingiustizia possa ferire il cuore di un giovane inesperto possa immaginare lo stato d’animo in cui si trovava. Lacrime di rabbia gli scorrevano dagli occhi; l’indignazione lo soffocava. Implorò il cielo e gli uomini, confidò in tutti, ma nessuno lo ascoltò. Intorno a lui c’erano soltanto servitori spregevoli sottomessi al suo aguzzino, o complici dello stesso crimine che si prendevano gioco della sua resistenza e lo incoraggiavano ad imitarli. Era perso, finché non arrivò un onesto ecclesiastico in visita all’ospizio per qualche motivo; riuscì a consultarlo in segreto. L’ecclesiastico era povero e aveva bisogno di tutti, ma il oppresso aveva ancora più bisogno di lui. E l’ecclesiastico non esitò ad aiutarlo a fuggire, rischiando di crearsi un pericoloso nemico.”
“Scampato al vizio per ritrovarsi nella povertà, il giovane lottava senza successo contro il proprio destino: a un certo punto credette di poterlo dominare. Ma non appena comparve la prima opportunità di fortuna, i suoi mali e il suo protettore furono dimenticati. Presto fu punito per questa ingratitudine: tutte le sue speranze svanirono; nonostante la sua giovinezza e le sue idee romantiche, nulla riuscì a realizzare. Non avendo né abbastanza talenti né abilità per farsi strada con facilità, e non sapendo essere né moderato né malvagio, pretendeva troppo e quindi non ottenne nulla. Tornato nella sua prima condizione di miseria, senza cibo né rifugio, pronto a morire di fame, si ricordò finalmente del suo benefattore.”
Torna laggiù, lo trova e viene accolto con favore: la sua vista ricorda al prete un buon atto che aveva compiuto; un tale ricordo rallegra sempre l’anima. Quest’uomo era naturalmente umano, compassionevole; provava le sofferenze degli altri come se fossero le sue proprie, e la felicità non aveva reso il suo cuore insensibile; inoltre, gli insegnamenti della saggezza e una virtù illuminata avevano rafforzato la sua buona natura. Accoglie il giovane, gli trova un rifugio, lo raccomanda a qualcuno; condivide con lui le sue scarse risorse, appena sufficienti per entrambi. Fa di più: lo insegna, lo consola e gli insegna l’arte difficile di sopportare pazientemente le avversità. O gente prevenuta. Avreste mai sperato tutto questo da un prete, o in Italia?
“Questo onesto ecclesiastico era un povero vescovo ausiliare savoiardo, il quale, a causa di un’avventura giovanile, aveva avuto dei dissidi con il proprio vescovo e aveva lasciato le montagne alla ricerca delle risorse che gli mancavano nel suo paese. Non era né privo di intelligenza né di cultura; e, grazie al suo aspetto interessante, riuscì a trovare dei protettori che lo misero al servizio di un ministro affinché questi potesse educare suo figlio. Preferiva la povertà alla dipendenza dagli altri, e non sapeva come comportarsi in mezzo alle persone influenti. Non rimase a lungo presso quel ministro; al momento della sua partenza, non perse l’ammirazione di nessuno, e poiché viveva saggiamente e si guadagnava l’affetto di tutti, sperava di riconquistare la stima del proprio vescovo e di ottenere una piccola parrocchia nelle montagne dove trascorrere il resto dei suoi giorni. Questo era l’ultimo traguardo della sua ambizione.”
Un naturale interesse lo spingeva a osservare attentamente quel giovane fuggitivo; notò che la sfortuna aveva già segnato il suo cuore, che l’infamia e il disprezzo avevano spezzato il suo coraggio, e che la sua fierezza, trasformata in amara rassegnazione, gli faceva vedere nell’ingiustizia e nella durezza degli uomini soltanto i vizi della loro natura e l’illusione della virtù. Aveva visto come la religione non fosse altro che un velo per nascondere gli interessi personali, e come il culto sacro servisse solo a mascherare l’ipocrisia; aveva visto, nella complessità delle dispute vane, il paradiso e l’inferno offerti in premio a giochi di parole; aveva visto l’idea sublime e primitiva della Divinità deformata dalle fantasie umane. E, ritenendo che per credere in Dio fosse necessario rinunciare al giudizio che gli esseri umani ne avevano ricevuto, disdegnava allo stesso modo le nostre ridicole fantasticherie e l’oggetto a cui le applichiamo. Senza conoscere nulla di ciò che realmente esiste, senza immaginare nulla riguardo alla genesi delle cose, si immerse nella sua stolta ignoranza con profondo disprezzo per tutti coloro che pensavano di sapere più di lui.
« L’oubli de toute religion conduit à l’oubli des devoirs de l’homme. Ce progrès était déjà plus d’à moitié fait dans le coeur du libertin. Ce n’était pas pourtant un enfant mal né ; mais l’incrédulité, la misère, étouffant peu à peu le naturel, l’entraînement rapidement à sa perte, et ne lui préparaient que les moeurs d’un gueux et la morale d’un athée.
« Le mal, presque inévitable, n’était pas absolument consommé. Le jeune homme avait des connaissances, et son éducation n’avait pas été négligée. Il était dans cet âge heureux où le sang en fermentation commence d’échauffer l’âme sans l’asservir aux fureurs des sens. La sienne avait encore tout son ressort. Une honte native, un caractère timide suppléaient à la gêne et prolongeaient pour lui cette époque dans laquelle vous maintenez votre élève avec tant de soins. L’exemple odieux d’une dépravation brutale et d’un vice sans charme, loin d’animer son imagination, l’avait amortie. Longtemps le dégoût lui tint lieu de vertu pour conserver son innocence ; elle ne devait succomber qu’à de plus douces séductions.
« L’ecclésiastique vit le danger et les ressources. Les difficultés ne le rebutèrent point : il se complaisait dans son ouvrage ; il résolut de l’achever, et de rendre à la vertu la victime qu’il avait arrachée à l’infamie. Il s’y prit de loin pour exécuter son projet : la beauté du motif animait son courage et lui inspirait des moyens dignes de son zèle. Quel que fût le succès, il était sûr de n’avoir pas perdu son temps. On réussit toujours quand on ne veut que bien faire.
« Il commença par gagner la confiance du prosélyte en ne lui vendant point ses bienfaits, en ne se rendant point importun, en ne lui faisant point de sermons, en se mettant toujours à sa portée, en se faisant petit pour s’égaler à lui. C’était, ce me semble, un spectacle assez touchant de voir un homme grave devenir le camarade d’un polisson, et la vertu se prêter au ton de la licence pour en triompher plus sûrement. Quand l’étourdi venait lui faire ses folles confidences, et s’épancher avec lui, le prêtre l’écoutait, le mettait à son aise ; sans approuver le mal il s’intéressait à tout : jamais une indiscrète censure ne venait arrêter son babil et resserrer son coeur ; le plaisir avec lequel il se croyait écouté augmentait celui qu’il prenait à tout dire. Ainsi se fit sa confession générale sans qu’il songeât à rien confesser.
« Après avoir bien étudié ses sentiments et son caractère, le prêtre vit clairement que, sans être ignorant pour son âge, il avait oublié tout ce qu’il lui importait de savoir, et que l’opprobre où l’avait réduit la fortune étouffait en lui tout vrai sentiment du bien et du mal. Il est un degré d’abrutissement qui ôte la vie à l’âme ; et la voix intérieure ne sait point se faire entendre à celui qui ne songe qu’à se nourrir. Pour garantir le jeune infortuné de cette mort morale dont il était si près, il commença par réveiller en lui l’amour-propre et l’estime de soi-même : il lui montrait un avenir plus heureux dans le bon emploi de ses talents ; il ranimait dans son coeur une ardeur généreuse par le récit des belles actions d’autrui ; en lui faisant admirer ceux qui les avaient faites, il lui rendait le désir d’en faire de semblables. Pour le détacher insensiblement de sa vie oisive et vagabonde, il lui faisait faire des extraits de livres choisis ; et, feignant d’avoir besoin de ces extraits, il nourrissait en lui le noble sentiment de la reconnaissance. Il l’instruisait indirectement par ces livres ; il lui faisait reprendre assez bonne opinion de lui-même pour ne pas se croire un être inutile à tout bien, et pour ne vouloir plus se rendre méprisable à ses propres yeux.
« Une bagatelle fera juger de l’art qu’employait cet homme bienfaisant pour élever insensiblement le coeur de son disciple au-dessus de la bassesse, sans paraître songer à son instruction. L’ecclésiastique avait une probité si bien reconnue et un discernement si sûr, que plusieurs personnes aimaient mieux faire passer leurs aumônes par ses mains que par celles des riches curés des villes. Un jour qu’on lui avait donné quelque argent à distribuer aux pauvres, le jeune homme eut, à ce titre, la lâcheté de lui en demander. Non, dit-il, nous sommes frères, vous m’appartenez, et je ne dois pas toucher à ce dépôt pour mon usage. Ensuite il lui donna de son propre argent autant qu’il en avait demandé. Des leçons de cette espèce sont rarement perdues dans le coeur des jeunes gens qui ne sont pas tout à fait corrompus.
« Je me lasse de parler en tierce personne ; et c’est un soin fort superflu ; car vous sentez bien, cher concitoyen, que ce malheureux fugitif c’est moi-même : je me crois assez loin des désordres de ma jeunesse pour oser les avouer, et la main qui m’en tira mérite bien qu’aux dépens d’un peu de honte je rende au moins quelque honneur à ses bienfaits.
« Ce qui me frappait le plus était de voir, dans la vie privée de mon digne maître, la vertu sans hypocrisie, l’humanité sans faiblesse, des discours toujours droits et simples, et une conduite toujours conforme à ces discours. Je ne le voyais point s’inquiéter si ceux qu’il aidait allaient à vêpres, s’ils se confessaient souvent, s’ils jeûnaient les jours prescrits, s’ils faisaient maigre, ni leur imposer d’autres conditions semblables, sans lesquelles, dût-on mourir de misère, on n’a nulle assistance à espérer des dévots.
« Encouragé par ses observations, loin d’étaler moi-même à ses yeux le zèle affecté d’un nouveau converti, je ne lui cachais point trop mes manières de penser, et ne l’en voyais pas plus scandalisé. Quelquefois j’aurais pu me dire : il me passe mon indifférence pour le culte que j’ai embrassé en faveur de celle qu’il me voit aussi pour le culte dans lequel je suis né ; il sait que mon dédain n’est plus une affaire de parti. Mais que devais-je penser quand je l’entendais quelquefois approuver des dogmes contraires à ceux de l’Église romaine, et paraître estimer médiocrement toutes ses cérémonies ? Je l’aurais cru protestant déguisé si je l’avais vu moins fidèle à ces mêmes usages dont il semblait faire assez peu de cas ; mais, sachant qu’il s’acquittait sans témoin de ses devoirs de prêtre aussi ponctuellement que sous les yeux du public, je ne savais plus que juger de ces contradictions. Au défaut près qui jadis avait attiré sa disgrâce et dont il n’était pas trop bien corrigé, sa vie était exemplaire, ses moeurs étaient irréprochables, ses discours honnêtes et judicieux. En vivant avec lui dans la plus grande intimité, j’apprenais à le respecter chaque jour davantage ; et tant de bontés m’ayant tout à fait gagné le coeur, j’attendais avec une curieuse inquiétude le moment d’apprendre sur quel principe il fondait l’uniformité d’une vie aussi singulière.
« Ce moment ne vint pas sitôt. Avant de s’ouvrir à son disciple, il s’efforça de faire germer les semences de raison et de bonté qu’il jetait dans son âme. Ce qu’il y avait en moi de plus difficile à détruire était une orgueilleuse misanthropie, une certaine aigreur contre les riches et les heureux du monde, comme s’ils l’eussent été à mes dépens, et que leur prétendu bonheur eût été usurpé sur le mien. La folle vanité de la jeunesse, qui regimbe contre l’humiliation, ne me donnait que trop de penchant à cette humeur colère, et l’amour-propre, que mon mentor tâchait de réveiller en moi, me portant à la fierté, rendait les hommes encore plus vils à mes yeux, et ne faisait qu’ajouter pour eux le mépris à la haine.
« Sans combattre directement cet orgueil, il l’empêcha de se tourner en dureté d’âme ; et sans m’ôter l’estime de moi-même, il la rendit moins dédaigneuse pour mon prochain. En écartant toujours la vaine apparence et me montrant les maux réels qu’elle couvre, il m’apprenait à déplorer les erreurs de mes semblables, à m’attendrir sur leurs misères, et à les plaindre plus qu’à les envier. Ému de compassion sur les faiblesses humaines par le profond sentiment des siennes, il voyait partout les hommes victimes de leurs propres vices et de ceux d’autrui ; il voyait les pauvres gémir sous le joug des riches, et les riches sous le joug des préjugés. Croyez-moi, disait-il, nos illusions, loin de nous cacher nos maux, les augmentent, en donnant un prix à ce qui n’en a point, et nous rendant sensibles à mille fausses privations que nous ne sentirions pas sans elles. La paix de l’âme consiste dans le mépris de tout ce qui peut la troubler : l’homme qui fait le plus cas de la vie est celui qui sait le moins en jouir, et celui qui aspire le plus avidement au bonheur est toujours le plus misérable.
“The forgetting of all religion leads to the forgetting of man’s duties. This progress had already been made more than halfway in the heart of the libertine. He was not, after all, a naturally bad person; but incredulity and misery gradually stifled his innate nature, rapidly leading him toward its ruin, and preparing him only for the behavior of a beggar and the morals of an atheist.”
“Evil, almost inevitable as it was, had not yet been fully realized. The young man possessed knowledge, and his education had not been neglected. He was at that happy age when the blood in flux begins to stir the soul without enslaving it to the passions of the senses. His spirit still retained all its vitality. An innate sense of shame and a timid nature compensated for his lack of experience and prolonged for him that period in which educators take such great care to preserve their students’ innocence. The repugnant example of brutal depravity and tasteless vice, far from inspiring his imagination, had actually weakened it. For a long time, disgust served as his virtue, enabling him to maintain his innocence; it was only to be overcome by more subtle temptations.”
“The clergyman saw both the dangers and the resources at hand. The difficulties did not deter him; he took pleasure in his endeavor and resolved to complete it, to restore to virtue the victim he had saved from disgrace. He approached the task with great determination: the beauty of the cause inspired his courage and led him to devise means worthy of his zeal. No matter what the outcome, he was certain he had not wasted his time. Success is always guaranteed when one’s only intention is to do good.”
“He began by winning the proselyte’s trust by not offering him his own benefits, by not being intrusive, by not preaching at him, by always staying within his reach, by making himself seem humble so as to be on an equal footing with him. It was, in my opinion, a rather touching sight to see a serious man become the companion of a fool, and virtue adopt the tone of licentiousness in order to triumph over it more surely. When the foolish young man came to share his wild confidences with him and pour out his thoughts, the priest listened to him and made him feel at ease; without approving of the wrongs he committed, he showed interest in everything. Never did any indiscreet criticism stop his chatter or chill his heart. The pleasure he took in thinking he was being listened to only increased his eagerness to speak freely. In this way, he made what might be called a ‘general confession’—without actually confessing anything at all.”
“After carefully examining his feelings and character, the priest clearly saw that, although not ignorant for his age, he had forgotten everything that it was important for him to know; moreover, the disgrace brought upon him by poverty had stifled in him any true sense of what is right and wrong. There is a degree of ignorance that deprives one’s soul of life; and the inner voice cannot be heard by those who think only about satisfying their own desires. In order to save this unfortunate young man from this moral death which was so close to him, the priest began by awakening in him his self-respect and self-esteem. He showed him a brighter future if he made good use of his talents; he kindled within him a spirit of generosity by telling stories of others’ noble deeds; and by making him admire those who had performed such acts, he inspired in him the desire to do the same. To gradually draw him away from his idle and wandering lifestyle, the priest had him read selected passages from books; and by pretending to need these readings himself, he cultivated in him a noble sense of gratitude. Indirectly, through these books, the priest educated him; he helped him regain a decent opinion of himself, so that he would no longer consider himself useless to any good cause, nor wish to bring himself into disrepute in his own eyes.”
“Such a trivial matter serves as an example of the art this benevolent man employed to gradually raise his disciple’s heart above baseness, without seemingly giving any thought to his own instruction. This clergyman enjoyed such well-known integrity and sound judgment that many people preferred to give their alms through his hands rather than those of the wealthy priests in the towns. One day, when he was given some money to distribute among the poor, the young man had the audacity to ask him for a portion of it. ‘No,’ he said, ‘we are brothers; you belong to me, and I must not touch this money for my own use.’ Then he gave him as much of his own money as he had requested. Lessons like this rarely fail to make an impression on young people who are not entirely corrupt.”
“I am tired of speaking in the third person; and such precaution is utterly unnecessary, for you surely understand, my dear fellow citizen, that this unfortunate fugitive is none other than myself. I believe I have moved far enough away from the disorders of my youth to dare confess them, and the hand that helped me escape deserves at least some recognition for its kindness, even if it comes at the cost of a little shame.”
“What struck me most was the sight of, in the private life of my worthy master, virtue without hypocrisy, humanity without weakness, speeches that were always straightforward and simple, and a conduct that always conformed to those speeches. I never saw him worry about whether those he helped attended evening prayers, whether they confessed their sins frequently, whether they observed the prescribed days of fasting, or whether they followed any other similar requirements. Without such conditions, one might die in misery yet expect no assistance from devout people at all.”
“Encouraged by his observations, far from displaying before him the feigned zeal of a newly converted individual, I did not conceal my ways of thinking from him, and yet I saw no sign that he was scandalized by them. Sometimes I might have thought to myself: ‘He tolerates my indifference toward the religion I have embraced in favor of that one which he seems to regard with equal indifference; he knows that my disdain is no matter of party.’ But what was I to think when I heard him sometimes approve doctrines contrary to those of the Roman Church and seem to regard all its ceremonies as mediocre? If I had seen him less faithful to those very customs which he seemed to despise so much, I might have thought he was a disguised Protestant; but since I knew that he fulfilled his priestly duties just as punctually in private as in public, I no longer knew how to interpret these contradictions. Apart from the fault that had once brought him disgrace and from which he had not yet fully recovered, his life was exemplary, his manners irreproachable, and his speeches honest and judicious. Living with him in the closest intimacy, I came to respect him more and more every day; and since so many kindnesses had completely won my heart, I awaited with curious anxiety the moment when I would learn on what principle he based the consistency of such a singular life.”
“That moment did not come so soon. Before opening himself to his disciple, he strove to nurture the seeds of reason and goodness that he had sown in his soul. What was most difficult to eradicate within me was a proud form of misanthropy—a certain bitterness toward the rich and the fortunate of the world, as if their happiness were at my expense, and as if their supposed joy had been stolen from mine. The foolish vanity of youth, which resists humiliation, gave me an excessive tendency toward such anger; and my pride, which my mentor tried to awaken within me, leading me to arrogance, made men seem even more despicable in my eyes, adding only contempt to my hatred for them.”
“Without directly confronting that pride, he prevented it from turning into hardness of heart; and without stripping me of my self-respect, he made it less dismissive toward others. By always pointing out the false appearances and revealing the real evils they conceal, he taught me to regret the mistakes of my fellow humans, to feel compassion for their sufferings, and to pity them rather than envy them. Moved by deep empathy for his own weaknesses, he saw in everyone the victim of both their own vices and those of others; he saw the poor groaning under the yoke of the rich, and the rich under the burden of prejudice. ‘Believe me,’ he said, ‘our illusions, far from hiding our troubles, only exacerbate them by giving value to what has no value at all, and making us sensitive to countless false privations that we would not experience without them. The peace of the soul lies in despising everything that can disturb it: the man who attaches the greatest importance to life is the one who knows least how to enjoy it; and the one who thirsts most ardently for happiness is always the most miserable.’”
“L’oblio di qualsiasi religione conduce all’oblio dei doveri dell’uomo. Questo progresso era già stato compiuto per più della metà nel cuore del libertino. Tuttavia, non si trattava di un individuo mal nato; ma l’incredulità e la povertà, soffocando gradualmente la natura umana, spingendola rapidamente verso la perdizione, gli preparavano soltanto abitudini da mendicante e una morale da ateo.”
“Il male, quasi inevitabile, non era ancora completamente irreversibile. Il giovane possedeva delle conoscenze, e la sua educazione non era stata trascurata. Si trovava in quella felice età in cui il sangue, in fermento, comincia a riscaldare l’anima senza sottometterla alle furie dei sensi; la sua anima conservava ancora tutta la sua forza vitale. Un senso innato di vergogna e un carattere timido compensavano le sue difficoltà e gli permettevano di prolungare quel periodo in cui si cerca con tanta cura di preservare l’innocenza dei giovani. L’esempio orribile di una depravazione brutale e di un vizio privo di attrattiva, invece di stimolare la sua immaginazione, l’aveva addirittura inibita. Per molto tempo, il disgusto gli servì da virtù per mantenere la propria innocenza; essa cadde soltanto sotto l’influenza di seduzioni più dolci.”
“L’eclesiastico vedeva sia i pericoli che le risorse. Le difficoltà non lo scoraggiarono: si compiaceva nel suo lavoro; decise di portarlo a termine e di restituire alla virtù la vittima che aveva strappato all’infamia. Prese iniziative tempestive per realizzare il suo progetto: la bellezza dell’obiettivo alimentava il suo coraggio e gli ispirava metodi degni del suo zelo. Qualunque fosse stato il risultato, era certo di non aver perso tempo. Si riesce sempre quando si vuole solo fare del bene.”
“Iniziò conquistando la fiducia del neofita senza mai vendergli i propri benefici, senza mai essere importuno, senza mai tenere prediche, mettendosi sempre alla sua portata e umiliandosi per essere suo pari. Penso che fosse davvero commovente vedere un uomo serio diventare l’amico di uno scapestrato, e la virtù adattarsi al tono della licenziosità per trionfarvi più sicuramente. Quando lo sciocco veniva a confidargli le sue follie e a sfogarsi con lui, il prete lo ascoltava e lo metteva a suo agio; senza mai approvare i suoi errori, si interessava a tutto ciò che diceva. Mai una critica indiscreta interrompeva il suo chiacchiericcio o restringeva il suo cuore; il piacere che provava nel sentirsi ascoltato aumentava ancora di più il divertimento che trovava nel parlare liberamente. Così fece la sua “confessione generale”, senza nemmeno rendersi conto di ciò che stava confessando.”
Dopo aver attentamente studiato i suoi sentimenti e il suo carattere, il prete comprese chiaramente che, sebbene non fosse ignorante per la sua età, aveva dimenticato tutto ciò che era importante sapere; inoltre, l’umiliazione causata dalla povertà soffocava in lui ogni vero senso del bene e del male. Esiste un grado di ignoranza che priva l’anima della vita interiore; la voce della coscienza non riesce a farsi sentire da chi pensa soltanto a soddisfare i propri bisogni materiali. Per salvare quel giovane sfortunato da questa morte morale a cui era così vicino, il prete iniziò col risvegliare in lui l’amor proprio e la stima di sé stesso: gli mostrò un futuro più felice attraverso il buon utilizzo dei suoi talenti; rinfocolò nel suo cuore l’entusiasmo per le azioni nobili raccontandogli quelle altrui; facendogli ammirare coloro che le avevano compiute, gli suscitò il desiderio di imitarli. Per allontanarlo gradualmente da una vita oziosa e vagabonda, gli fece leggere estratti di libri selezionati; fingendo di aver bisogno di quegli estratti, coltivò in lui il nobile sentimento della riconoscenza. Attraverso questi libri, lo istruì in modo indiretto; gli fece riprendere una buona opinione di sé stesso, affinché non si considerasse un essere inutile a qualsiasi scopo nobile e smettesse di disprezzarsi agli occhi propri.
“Un piccolo gesto bastò a far giudicare l’arte con cui quell’uomo benevolo cercava di elevare gradualmente il cuore del suo discepolo al di sopra della volgarità, senza che sembrasse mai pensare all’insegnamento da impartire. Quel prete godeva di una tale onestà e di un tale discernimento che molte persone preferivano destinare le loro offerte attraverso le sue mani piuttosto che quelle dei ricchi parroci delle città. Un giorno, quando gli fu dato del denaro da distribuire ai poveri, il giovane ebbe la viltà di chiedergliene una parte. ‘No’, disse, ‘siamo fratelli; voi mi appartenete e non dovrei toccare quel denaro per mio uso personale’. Poi gli diede, dal proprio portafoglio, la stessa somma che aveva richiesto. Lezioni del genere difficilmente vengono dimenticate nel cuore dei giovani che non sono completamente corrotti.”
“Mi stanco di parlare in terza persona; è davvero un’inutile precauzione. Poiché voi stesso, caro concittadino, capite bene che quel sfortunato fuggitivo sono io stesso: credo di essere ormai abbastanza lontano dai disordini della mia giovinezza per osarli ammettere. E la mano che mi ha aiutato merita davvero che, a scapito di un po’ di vergogna, renda almeno un po’ di onore ai suoi benefici.”
“Quello che mi colpiva di più era vedere, nella vita privata del mio nobile maestro, la virtù senza ipocrisia, l’umanità senza debolezze, discorsi sempre retti e semplici, e un comportamento sempre in linea con tali discorsi. Non lo vedevo mai preoccuparsi se coloro che aiutava andassero a messa, se si confessassero spesso, se digiunassero nei giorni prescritti o se osservassero altre pratiche simili; né imponeva loro condizioni del genere, senza le quali, anche se si morisse di miseria, non ci sarebbe stata alcuna speranza di ricevere aiuto da parte dei devoti.”
“Incoraggiato dalle sue osservazioni, invece di mostrargli davanti agli occhi l’zelo affettato di un nuovo convertito, non gli nascondevo troppo le mie opinioni e non lo vedevo affatto scandalizzato. A volte avrei potuto pensare: ‘La mia indifferenza verso la religione che ho adottato è simile alla sua indifferenza verso quella nella quale sono nato; sa che il mio disprezzo non deriva da alcuna questione di fede’. Ma cosa dovevo pensare quando lo sentivo a volte approvare dottrine contrarie a quelle della Chiesa romana e mostrarsi poco interessato alle sue cerimonie? Avrei potuto credere che fosse un protestante mascherato, se non avesse dimostrato una tale fedeltà agli stessi riti di cui sembrava disprezzare l’importanza; tuttavia, sapendo che adempiva ai suoi doveri di sacerdote con la stessa puntualità sia in privato che in pubblico, non sapevo più come interpretare queste contraddizioni. A parte quel difetto che un tempo aveva causato la sua disgrazia e dal quale non era del tutto guarito, la sua vita era esemplare, i suoi costumi irreprensibili, i suoi discorsi onesti e saggi. Vivendo con lui in grande intimità, imparavo ad rispettarlo sempre di più; e poiché tante sue bontà mi avevano completamente conquistato il cuore, aspettavo con curiosità il momento in cui avrei scoperto su quale principio basasse l’uniformità di una vita così straordinaria.”
“Quel momento non arrivò subito. Prima di aprirsi al suo discepolo, si sforzò di far germogliare nelle sue anime i semi della ragione e della bontà che vi aveva seminati. Quello che in me era più difficile da distruggere era un’orgogliosa misantropia, una certa amarezza verso i ricchi e i felici del mondo, come se fossero stati fortunati a mie spese, e se la loro presunta felicità fosse stata usurpata alla mia. La folle vanità della giovinezza, che si ribella all’umiliazione, mi spingeva troppo verso quell’umore irascibile; l’amor proprio, che il mio maestro cercava di risvegliare in me, portandomi alla fierezza, rendeva gli uomini ancora più spregevoli ai miei occhi, e non faceva altro che aggiungere al loro odio anche il disprezzo.”
“Senza combattere direttamente quell’orgoglio, egli impedì che si trasformasse in durezza d’animo; e senza togliermi la stima di me stesso, ne rese il sentimento meno sprezzante verso il prossimo. Allontanando sempre le vane apparenze e mostrandomi i veri mali che esse nascondono, egli mi insegnò a deplorare gli errori dei miei simili, a commuovermi per le loro miserie e a compiangere loro piuttosto che invidiarli. Commosso dalla compassione per le debolezze umane a causa della profonda consapevolezza delle proprie, egli vedeva ovunque gli uomini vittime dei propri vizi e di quelli altrui; vedeva i poveri soffrire sotto il giogo dei ricchi e i ricchi sotto il giogo dei pregiudizi. Credetemi,” diceva, “le nostre illusioni, lontano dal nascondere i nostri mali, li aumentano, dando valore a ciò che non ne ha alcuno e rendendoci sensibili a mille false privazioni di cui non ci accorgeremmo senza di esse. La pace dell’anima consiste nel disprezzare tutto ciò che può disturbarla: l’uomo che dà più importanza alla vita è colui che ne sa meno godere, e colui che aspira con maggiore avidità al felicità è sempre il più miserabile.”
« Ah ! quels tristes tableaux ! m’écriais-je avec amertume : s’il faut se refuser à tout, que nous a donc servi de naître ? et s’il faut mépriser le bonheur même, qui est-ce qui sait être heureux ? C’est moi, répondit un jour le prêtre d’un ton dont je fus frappé. Heureux, vous ! si peu fortuné, si pauvre, exilé, persécuté, vous êtes heureux ! Et qu’avez-vous fait pour l’être ? Mon enfant, reprit-il, je vous le dirai volontiers.
« Là-dessus il me fit entendre qu’après avoir reçu mes confessions il voulait me faire les siennes. J’épancherai dans votre sein, me dit-il en m’embrassant, tous les sentiments de mon coeur. Vous me verrez, sinon tel que je suis, au moins tel que je me vois moi-même. Quand vous aurez reçu mon entière profession de foi, quand vous connaîtrez bien l’état de mon âme, vous saurez pourquoi je m’estime heureux, et, si vous pensez comme moi, ce que vous avez à faire pour l’être. Mais ces aveux ne sont pas l’affaire d’un moment ; il faut du temps pour vous exposer tout ce que je pense sur le sort de l’homme et sur le vrai prix de la vie : prenons une heure, un lieu commode pour nous livrer paisiblement à cet entretien.
« Je marquai de l’empressement à l’entendre. Le rendez-vous ne fut pas renvoyé plus tard qu’au lendemain matin. On était en été, nous nous levâmes à la pointe du jour.
La nature étalait à nos yeux toute sa magnificence
Il me mena hors de la ville, sur une haute colline, au-dessous de laquelle passait le Pô, dont on voyait le cours à travers les fertiles rives qu’il baigne ; dans l’éloignement, l’immense chaîne des Alpes couronnait le paysage ; les rayons du soleil levant rasaient déjà les plaines, et projetant sur les champs par longues ombres les arbres, les coteaux, les maisons, enrichissaient de mille accidents de lumière le plus beau tableau dont l’oeil humain puisse être frappé. On eût dit que la nature étalait à nos yeux toute sa magnificence pour en offrir le texte à nos entretiens. Ce fut là qu’après avoir quelque temps contemplé ces objets en silence, l’homme de paix me parla ainsi : »
Profession de foi du Vicaire savoyard[413]
Mon enfant, n’attendez de moi ni des discours savants ni de profonds raisonnements. Je ne suis pas un grand philosophe, et je me soucie peu de l’être. Mais j’ai quelquefois du bon sens, et j’aime toujours la vérité. Je ne veux pas argumenter avec vous, ni même tenter de vous convaincre ; il me suffit de vous exposer ce que je pense dans la simplicité de mon coeur. Consultez le vôtre durant mon discours ; c’est tout ce que je vous demande. Si je me trompe, c’est de bonne foi ; cela suffit pour que mon erreur ne me soit point imputée à crime : quand vous vous tromperiez de même, il y aurait peu de mal à cela. Si je pense bien, la raison nous est commune, et nous avons le même intérêt à l’écouter ; pourquoi ne penseriez-vous pas comme moi ?
Je suis né pauvre et paysan, destiné par mon état à cultiver la terre ; mais on crut plus beau que j’apprisse à gagner mon pain dans le métier de prêtre, et l’on trouva le moyen de me faire étudier. Assurément ni mes parents ni moi ne songions guère à chercher en cela ce qui était bon, véritable, utile, mais ce qu’il fallait savoir pour être ordonné. J’appris ce qu’on voulait que j’apprisse, je dis ce qu’on voulait que je disse, je m’engageai comme on voulut, et je fus fait prêtre. Mais je ne tardai pas à sentir qu’en m’obligeant de n’être pas homme j’avais promis plus que je ne pouvais tenir.
On nous dit que la conscience est l’ouvrage des préjugés ; cependant, je sais par mon expérience qu’elle s’obstine à suivre l’ordre de la nature contre toutes les lois des hommes. On a beau nous défendre ceci ou cela, le remords nous reproche toujours faiblement ce que nous permet la nature bien ordonnée, à plus forte raison ce qu’elle nous prescrit. O bon jeune homme, elle n’a rien dit encore à vos sens : vivez longtemps dans l’état heureux où sa voix est celle de l’innocence. Souvenez-vous qu’on l’offense encore plus quand on la prévient que quand on la combat ; il faut commencer par apprendre à résister pour savoir quand on peut céder sans crime.
Dès ma jeunesse j’ai respecté le mariage comme la première et la plus sainte institution de la nature. M’étant ôté le droit de m’y soumettre, je résolus de ne le point profaner ; car, malgré mes classes et mes études, ayant toujours mené une vie uniforme et simple, j’avais conservé dans mon esprit toute la clarté des lumières primitives : les maximes du monde ne les avaient point obscurcies, et ma pauvreté m’éloignait des tentations qui dictent les sophismes du vice.
Cette résolution fut précisément ce qui me perdit ; mon respect pour le lit d’autrui laissa mes fautes à découvert. Il fallut expier le scandale : arrêté, interdit, chassé, je fus bien plus la victime de mes scrupules que de mon incontinence ; et j’eus lieu de comprendre, aux reproches dont ma disgrâce fut accompagnée, qu’il ne faut souvent qu’aggraver la faute pour échapper au châtiment.
Peu d’expériences pareilles mènent loin un esprit qui réfléchit. Voyant par de tristes observations renverser les idées que j’avais du juste, de l’honnête, et de tous les devoirs de l’homme, je perdais chaque jour quelqu’une des opinions que j’avais reçues ; celles qui me restaient ne suffisant plus pour faire ensemble un corps qui pût se soutenir par lui-même, je sentis peu à peu s’obscurcir dans mon esprit l’évidence des principes, et, réduit enfin à ne savoir plus que penser, je parvins au même point où vous êtes ; avec cette différence, que mon incrédulité, fruit tardif d’un âge plus mûr, s’était formée avec plus de peine, et devait être plus difficile à détruire.
J’étais dans ces dispositions d’incertitude et de doute que Descartes exige pour la recherche de la vérité. Cet état est peu fait pour durer, il est inquiétant et pénible ; il n’y a que l’intérêt du vice ou la paresse de l’âme qui nous y laisse. Je n’avais point le coeur assez corrompu pour m’y plaire ; et rien ne conserve mieux l’habitude de réfléchir que d’être plus content de soi que de sa fortune.
Je méditais donc sur le triste sort des mortels flottant sur cette mer des opinions humaines, sans gouvernail, sans boussole, et livrés à leurs passions orageuses, sans autre guide qu’un pilote inexpérimenté qui méconnaît sa route, et qui ne sait ni d’où il vient ni où il va. Je me disais : J’aime la vérité, je la cherche, et ne puis la reconnaître ; qu’on me la montre et j’y demeure attaché : pourquoi faut-il qu’elle se dérobe à l’empressement d’un coeur fait pour l’adorer ?
Quoique j’aie souvent éprouvé de plus grands maux, je n’ai jamais mené une vie aussi constamment désagréable que dans ces temps de trouble et d’anxiétés, où, sans cesse errant de doute en doute, je ne rapportais de mes longues méditations qu’incertitude, obscurité, contradictions sur la cause de mon être et sur la règle de mes devoirs.
Comment peut-on être sceptique par système et de bonne foi ? je ne saurais le comprendre. Ces philosophes, ou n’existent pas, ou sont les plus malheureux des hommes. Le doute sur les choses qu’il nous importe de connaître est un état trop violent pour l’esprit humain : il n’y résiste pas longtemps ; il se décide malgré lui de manière ou d’autre, et il aime mieux se tromper que ne rien croire.
Ce qui redoublait mon embarras, était qu’étant né dans une Église qui décide tout, qui ne permet aucun doute, un seul point rejeté me faisait rejeter tout le reste, et que l’impossibilité d’admettre tant de décisions absurdes me détachait aussi de celles qui ne l’étaient pas. En me disant : Croyez tout, on m’empêchait de rien croire, et je ne savais plus où m’arrêter.
Je consultai les philosophes, je feuilletai leurs livres, j’examinai leurs diverses opinions ; je les trouvai tous fiers, affirmatifs, dogmatiques, même dans leur scepticisme prétendu, n’ignorant rien, ne prouvant rien, se moquant les uns des autres ; et ce point commun à tous me parut le seul sur lequel ils ont tous raison. Triomphants quand ils attaquent, ils sont sans vigueur en se défendant. Si vous pesez les raisons, ils n’en ont que pour détruire ; si vous comptez les voies, chacun est réduit à la sienne ; ils ne s’accordent que pour disputer ; les écouter n’était pas le moyen de sortir de mon incertitude.
“Ah! What sad scenes these are!” I exclaimed with bitterness. “If one must reject everything, then what use was it at all to be born? And if one must even despise happiness itself, who is there then who can truly be happy?” “It is me,” the priest replied one day, in a tone that struck me deeply. “You! So unfortunate, so poor, exiled, persecuted—yet you are happy! And what have you done to earn such happiness?” “My child,” he continued, “I will tell you gladly.”
“He then told me that after having heard my confessions, he wished to share his own with me. ‘I will pour out before you,’ he said, kissing me, ‘all the sentiments of my heart. You will see me, not perhaps as I really am, but at least as I see myself. Once you have heard my entire confession and come to understand the state of my soul, you will know why I consider myself happy—and if you think as I do, you will also understand what it takes for you to be happy too. But such confessions cannot be made in a moment; it takes time to explain to you all that I believe about the fate of mankind and the true value of life. Let us take an hour and find a comfortable place to engage in this conversation in peace.’”
“I listened to him with great eagerness. The meeting was not postponed until the next morning at the earliest. It was summer, so we got up at dawn.”
Nature displayed before our eyes all its splendor.
He led me out of the city, onto a high hill from which the Po River could be seen flowing beneath us, its course visible through the fertile banks it washed; in the distance, the immense chain of the Alps crowned the landscape. The rays of the rising sun already touched the plains, casting long shadows across the fields—trees, hills, houses—all creating a myriad of light effects that enriched the most beautiful scene ever laid before the human eye. It was as if nature were unfolding all its splendor before us, offering it as a backdrop for our conversation. There, after some time in silent contemplation of these sights, the man of peace spoke to me thus:
The Profession of Faith of the Savoyard Vicar[413]
My child, do not expect from me either learned speeches nor profound reasoning. I am not a great philosopher, and I care little to be one. But sometimes I possess common sense, and I always love the truth. I do not wish to argue with you, nor even try to convince you; it is enough for me to express what I think in the simplicity of my heart. Listen to your own heart as I speak; that is all I ask of you. If I am mistaken, it is out of good faith; and that alone is sufficient so that my error should not be considered a crime. If you were to make the same mistake, there would be little harm in that. If I am right, then reason is common to us both, and we have the same interest in listening to it. Why should you not think as I do?
I was born poor and a peasant, destined by my circumstances to work the land; yet it was deemed more desirable for me to learn how to earn my living through the priesthood, and means were found to allow me to study. Certainly, neither my parents nor I gave much thought to whether what I was learning was good, true, or useful—only whether it was necessary for me to be ordained a priest. I learned what they wanted me to learn, said what they wanted me to say, pledged myself as they desired, and I was ordained a priest. But it did not take long before I realized that by being forced to renounce being a human being, I had promised more than I could possibly keep.
We are told that consciousness is the product of prejudices; yet, from my own experience, I know that it stubbornly follows the order of nature, in defiance of all human laws. No matter how much we try to defend one thing or another, remorse will always gently reproach us for doing what a well-ordered nature allows us to do—let alone what it actually commands us to do. Oh, good young man, she has yet said nothing to your senses; live for a long time in that happy state where her voice is the voice of innocence. Remember: offending her is even more grievous when we try to warn her rather than fight against her; we must first learn how to resist before knowing when it is permissible to yield without committing any sin.
From my youth onward, I have regarded marriage as the foremost and most sacred institution of nature. Having renounced for myself the right to submit to it, I resolved not to profane it; for, despite my social class and education, having always led a uniform and simple life, I had preserved in my mind all the clarity of the primitive lights of reason. The maxims of the world had not obscured them, and my poverty kept me away from those temptations that give rise to the sophisms of vice.
It was precisely this resolution that led to my downfall; my respect for the privacy of others exposed my faults. I had to atone for this scandal: arrested, banned, exiled, I was far more a victim of my own scruples than of my indiscretion. And it was through the reproaches that accompanied my disgrace that I came to understand how often one can only make things worse in order to escape punishment.
Few experiences of this kind can lead a thoughtful mind very far. As I observed through sad and disheartening observations how my notions of what was just, honest, and what constituted all human duties were being overturned, I lost day by day some of the beliefs I had once held. Those that remained were no longer sufficient to form a coherent system of thought that could stand on its own. Gradually, the clarity of these principles began to fade from my mind. Eventually, reduced to nothing more than the ability to think, I reached the same state you are in now—except that my skepticism, being the late result of a more mature age, had taken far longer to develop and was therefore far harder to overcome.
I was in that state of uncertainty and doubt that Descartes considered necessary for the pursuit of truth. Such a state is hardly sustainable; it is unsettling and troublesome. Only the allure of vice or the laziness of the soul can keep us in it. My heart was not sufficiently corrupted to find pleasure in such a state; moreover, nothing preserves the habit of reflection better than being more satisfied with oneself than with one’s fortune.
I thus pondered over the sad fate of mortals adrift on this sea of human opinions—without a rudder, without a compass, and at the mercy of their tempestuous passions, with no guide other than an inexperienced helmsman who fails to recognize his own course, and who knows neither where he comes from nor where he is going. I said to myself: I love truth; I seek it, yet I cannot recognize it when it presents itself before me; if someone were to show it to me, I would cling to it firmly—so why must it elude the eager pursuit of a heart destined to adore it?
Although I have often endured greater sufferings, I have never led a life that was so consistently unpleasant as during these times of turmoil and anxiety. Constantly drifting from one doubt to another, my long meditations only yielded uncertainty, obscurity, and contradictions regarding the cause of my existence and the nature of my duties.
How can one be skeptical by system and in good faith at the same time? I simply cannot understand that. These philosophers either do not exist at all or are the most unfortunate of men. Doubt regarding things that it is essential for us to know is a state too intense for the human mind; it cannot endure it for long. One is compelled, whether consciously or unconsciously, to take one position or another, and one would rather be wrong than believe nothing at all.
What doubled my embarrassment was the fact that, having been born into a Church that decides everything and allows no doubt at all, the rejection of just one point meant that I had to reject everything else as well. Moreover, the impossibility of accepting so many absurd decisions also led me to distance myself from those that were not absurd. By telling me to believe in everything, they actually prevented me from believing in anything at all, and I no longer knew where to draw the line.
I consulted the philosophers, I read their books, I examined their various opinions; I found them all proud, assertive, dogmatic—even in their so-called skepticism—they knew nothing, they proved nothing, and they mocked each other. And this common trait among them seemed to me to be the only point on which they were all right. Triumphant when they attacked, they lacked strength when defending themselves. If you weighed their arguments, they had only those intended to destroy; if you counted their different approaches, each was confined to his own; they agreed only in arguing; listening to them was not a way to resolve my uncertainty.
“Ah! Che tristi scene, ”, esclamavo con amarezza: “Se dobbiamo rifiutare tutto, a che scopo allora è servito nascere? E se dobbiamo disprezzare persino la felicità, chi mai sa davvero cosa significhi essere felici?” “Io”, rispose un giorno il prete con un tono che mi colpì profondamente. “Felice, voi! Così poco fortunato, così povero, esiliato, perseguitato, eppure siete felice! E cosa avete fatto per esserlo?” “Mio figlio”, continuò, “ve lo dirò volentieri.”
“Mi disse che, dopo aver ricevuto le mie confessioni, voleva ora condividere le sue con me. ‘In te riverserò tutti i sentimenti del mio cuore’, mi disse abbracciandomi. ‘Vedrai, se non proprio come sono realmente, almeno come mi vedo io stesso. Quando avrai ascoltato tutta la mia confessione, quando conoscerai bene lo stato della mia anima, capirai perché mi considero felice. E, se pensi come me, saprai anche cosa devi fare per essere felice tu stesso.’ Ma queste confidenze non possono essere espresse in un momento; serve del tempo per esporre tutto ciò che penso sul destino dell’uomo e sul vero valore della vita. Prendiamo un’ora, un luogo comodo, per dedicarci tranquillamente a questa conversazione.’”
“Fui molto desideroso di ascoltarlo. L’appuntamento fu fissato per il giorno seguente al mattino. Eravamo in estate, quindi ci alzammo all’alba.”
La natura ci mostrava davanti ai nostri occhi tutta la sua maestosità.
Mi portò fuori dalla città, su un’alta collina, sotto la quale scorreva il Po; si poteva vedere il suo corso attraverso le fertili rive che bagnava. In lontananza, l’immensa catena delle Alpi incorniciava il paesaggio; i raggi del sole nascente già illuminavano le pianure, proiettando lunghe ombre sugli alberi, sui colli e sulle case, arricchendo di mille giochi di luce il più bel panorama che l’occhio umano possa ammirare. Si sarebbe detto che la natura stesse dispiegando davanti ai nostri occhi tutta la sua maestosità, per offrirci un soggetto ideale per i nostri discorsi. Fu lì che, dopo aver contemplato in silenzio quei paesaggi per qualche tempo, quell’uomo di pace mi disse:
Testo di fede del Vicario Savoiardo[413]
Mio bambino, non aspettarti da me né discorsi eruditi né ragionamenti profondi. Non sono un grande filosofo, e in realtà non mi interessa affatto esserlo. Ma a volte ho del buon senso, e amo sempre la verità. Non voglio discutere con te, né tantomeno cercare di convincerti; mi basta esporre ciò che penso con la semplicità del mio cuore. Consulta il tuo cuore durante il mio discorso: è tutto ciò che ti chiedo. Se mi sbaglio, lo faccio in buona fede; questo basta perché il mio errore non venga considerato un crimine. Se anche tu ti sbagliassi allo stesso modo, non ci sarebbe nulla di male in questo. Se ho ragione, la ragione è comune a entrambi, e abbiamo lo stesso interesse ad ascoltarla; perché allora non dovresti pensare come me?
Sono nato povero e contadino; il mio status mi destinava a coltivare la terra. Tuttavia, si ritenne più opportuno che imparassi a guadagnarmi da vivere nel mestiere del sacerdote, e si trovò il modo di farmi studiare. Certamente, né io né i miei genitori pensavamo davvero a cercare in tutto ciò ciò che fosse buono, vero o utile, ma soltanto ciò che era necessario per essere ordinato sacerdote. Ho imparato ciò che si voleva che imparassi, ho detto ciò che si voleva che dicessi, mi sono impegnato come si voleva, e sono stato fatto sacerdote. Tuttavia, non ho impiegato molto tempo per rendersi conto che, obbligandomi a non essere un “uomo normale”, avevo promesso più di quanto potessi mantenere.
Ci si dice che la coscienza sia l’opera dei pregiudizi; tuttavia, so per esperienza che essa insiste nel seguire l’ordine della natura, nonostante tutte le leggi umane. Per quanto ci si possa difendere da questo o da quello, il rimorso ci rimprovera sempre, anche se in modo debole, ciò che la natura ordinata ci permette; e con ancora maggiore motivo ciò che ci prescrive. Oh buon giovane, lei non ha ancora detto nulla ai tuoi sensi: vive a lungo nello stato felice in cui la sua voce è quella dell’innocenza. Ricorda che si offende ancora di più quando si avverte la coscienza piuttosto che combatterla; bisogna prima imparare a resistere, per poi sapere quando si può cedere senza commettere peccato.
Fin da giovane ho rispettato il matrimonio come la prima e più sacra istituzione della natura. Essendomi tolto il diritto di sottomettermici, decisi di non profanarlo; poiché, nonostante le mie classi sociali e i miei studi, avevo sempre condotto una vita uniforme e semplice, avevo conservato nella mia mente tutta la chiarezza delle luci primitive: le massime del mondo non le avevano offuscate, e la mia povertà mi teneva lontano dalle tentazioni che ispirano i sofismi del vizio.
Fu proprio questa risoluzione a perdermi; il mio rispetto per i diritti altrui rese le mie colpe evidenti. Fu necessario espiare lo scandalo: arrestato, proibito, espulso, fui molto più vittima dei miei scrupoli che della mia incontinenza; e dai rimproveri che accompagnarono la mia sfortuna compresi che spesso è sufficiente aggravare il peccato per evitare la punizione.
Pochissime esperienze del genere possono portare lontano uno spirito che riflette con attenzione. Vedendo, attraverso osservazioni tristi e dolorose, come le mie idee riguardo a ciò che è giusto, onesto e ai doveri dell’uomo venissero sovvertite, ogni giorno perdevo una di quelle convinzioni che avevo acquisito; quelle che mi rimanevano non erano più sufficienti per formare un insieme coerente di idee in grado di reggersi da sole. Gradualmente, nella mia mente, l’evidenza stessa dei principi fondamentali divenne sempre meno chiara; ridotto infine a non sapere più cosa pensare, arrivai allo stesso punto in cui vi trovate voi, con questa differenza: la mia incredulità, frutto tardivo di un’età più matura, si era formata con maggiore difficoltà e doveva quindi risultare più difficile da eliminare.
Ero in quelle condizioni di incertezza e dubbio che Descartes richiedeva per la ricerca della verità. Questo stato non è adatto a durare a lungo; è inquietante e penoso. Solo l’interesse al vizio o la pigrizia dell’anima ci fanno rimanere in esso. Non avevo un cuore abbastanza corrotto da trovarvi piacere. E nulla mantiene meglio l’abitudine di riflettere che essere più soddisfatti di sé stessi che della propria fortuna.
Pensavo quindi al triste destino dei mortali che galleggiano su questo mare di opinioni umane, senza timone, senza bussola, e abbandonati alle loro passioni tempestose, con come unico guida un pilota inesperto che ignora la propria rotta e non sa né da dove viene né dove va. Mi dicevo: amo la verità, la cerco, ma non riesco a riconoscerla; se qualcuno me la mostrasse, mi attaccherei immediatamente a essa. Perché allora deve eludere gli sforzi di un cuore destinato ad adorarla?
Anche se ho spesso sperimentato sofferenze più grandi, non ho mai vissuto una vita così costantemente spiacevole come in questi tempi di turbolenza e ansia, in cui, vagando continuamente da un dubbio all’altro, le mie lunghe riflessioni non mi hanno portato che incertezze, oscurità e contraddizioni riguardo alla causa della mia esistenza e alle regole dei miei doveri.
Come si può essere scettici in modo sistematico e con buona fede? Non riesco a comprenderlo. Questi filosofi, o non esistono affatto, o sono gli uomini più sfortunati del mondo. Il dubbio riguardo alle cose che è importante conoscere rappresenta uno stato troppo violento per la mente umana: essa non vi resiste a lungo; si decide, in un modo o nell’altro, contro la propria volontà, e preferisce sbagliarsi piuttosto che non credere affatto in nulla.
Ciò che aumentava ulteriormente il mio imbarazzo era il fatto che, essendo nato in una Chiesa che decide tutto e che non permette alcun dubbio, l’aver rifiutato anche un solo punto significava che dovevo rifiutare tutto il resto; inoltre, l’impossibilità di accettare tante decisioni assurde mi allontanava anche da quelle che invece non lo erano. Quando mi si diceva “Credete in tutto”, in realtà mi si impediva di credere in nulla, e non sapevo più dove fermarmi.
Consultai i filosofi, sfogliai i loro libri, esaminai le loro varie opinioni; li trovai tutti orgogliosi, assertivi, dogmatici, anche nel loro presunto scetticismo: nessuno di loro ignorava nulla, ma nessuno provava nulla; si prendevano in giro a vicenda. E questo punto in comune tra tutti mi parve l’unico su cui avessero davvero ragione. Triumfanti quando attaccavano, diventavano deboli quando si difendevano. Se si valutano le loro argomentazioni, esse servono soltanto a distruggere; se si contano i diversi punti di vista, ognuno rimane fermo sulla propria posizione; si accordano solo nel discutere. Ascoltarli non era certo il modo per uscire dalla mia incertezza.
Je conçus que l’insuffisance de l’esprit humain est la première cause de cette prodigieuse diversité de sentiments, et que l’orgueil est la seconde. Nous n’avons point la mesure de cette machine immense, nous n’en pouvons calculer les rapports ; nous n’en connaissons ni les premières lois ni la cause finale ; nous nous ignorons nous-mêmes ; nous ne connaissons ni notre nature ni notre principe actif ; à peine savons-nous si l’homme est un être simple ou composé : des mystères impénétrables nous environnent de toutes parts ; ils sont au-dessus de la région sensible ; pour les percer nous croyons avoir de l’intelligence, et nous n’avons que de l’imagination. Chacun se fraye, à travers ce monde imaginaire, une route qu’il croit la bonne ; nul ne peut savoir si la sienne mène au but. Cependant nous voulons tout pénétrer, tout connaître. La seule chose que nous ne savons point, est d’ignorer ce que nous ne pouvons savoir. Nous aimons mieux nous déterminer au hasard, et croire ce qui n’est pas, que d’avouer qu’aucun de nous ne peut voir ce qui est. Petite partie d’un grand tout dont les bornes nous échappent, et que son auteur livre à nos folles disputes, nous sommes assez vains pour vouloir décider ce qu’est ce tout en lui-même, et ce que nous sommes par rapport à lui.
Quand les philosophes seraient en état de découvrir la vérité, qui d’entre eux prendrait intérêt à elle ? Chacun sait bien que son système n’est pas mieux fondé que les autres ; mais il le soutient parce qu’il est à lui. Il n’y en a pas un seul qui, venant à connaître le vrai et le faux, ne préférât le mensonge qu’il a trouvé à la vérité découverte par un autre. Où est le philosophe qui, pour sa gloire, ne tromperait pas volontiers le genre humain ? Où est celui qui, dans le secret de son coeur, se propose un autre objet que de se distinguer ? Pourvu qu’il s’élève au-dessus du vulgaire, pourvu qu’il efface l’éclat de ses concurrents, que demande-t-il de plus ? L’essentiel est de penser autrement que les autres. Chez les croyants il est athée, chez les athées il serait croyant.
Le premier fruit que je tirai de ces réflexions fut d’apprendre à borner mes recherches à ce qui m’intéressait immédiatement, à me reposer dans une profonde ignorance sur tout le reste, et à ne m’inquiéter, jusqu’au doute, que des choses qu’il m’importait de savoir.
Je compris encore que, loin de me délivrer de mes doutes inutiles, les philosophes ne feraient que multiplier ceux qui me tourmentaient et n’en résoudraient aucun. Je pris donc un autre guide et je me dis : Consultons la lumière intérieure, elle m’égarera moins qu’ils ne m’égarent, ou, du moins, mon erreur sera la mienne, et je me dépraverai moins en suivant mes propres illusions qu’en me livrant à leurs mensonges.
Alors, repassant dans mon esprit les diverses opinions qui m’avaient tour à tour entraîné depuis ma naissance, je vis que, bien qu’aucune d’elles ne fût assez évidente pour produire immédiatement la conviction, elles avaient divers degrés de vraisemblance, et que l’assentiment intérieur s’y prêtait ou s’y refusait à différentes mesures. Sur cette première observation, comparant entre elles toutes ces différentes idées dans le silence des préjugés, je trouvai que la première et la plus commune était aussi la plus simple et la plus raisonnable, et qu’il ne lui manquait, pour réunir tous les suffrages, que d’avoir été proposée la dernière. Imaginez tous vos philosophes anciens et modernes ayant d’abord épuisé leurs bizarres systèmes de force, de chances, de fatalité, de nécessité, d’atomes, de monde animé, de matière vivante, de matérialisme de toute espèce, et après eux tous, l’illustre Clarke[414] éclairant le monde, annonçant enfin l’Être des êtres et le dispensateur des choses : avec quelle universelle admiration, avec quel applaudissement unanime n’eût point été reçu ce nouveau système, si grand, si consolant, si sublime, si propre à élever l’âme, à donner une base à la vertu, et en même temps si frappant, si lumineux, si simple, et, ce me semble, offrant moins de choses incompréhensibles à l’esprit humain qu’il n’en trouve d’absurdes en tout autre système ! Je me disais : Les objections insolubles sont communes à tous, parce que l’esprit de l’homme est trop borné pour les résoudre ; elles ne prouvent donc contre aucun par préférence : mais quelle différence entre les preuves directes ! celui-là seul qui explique tout ne doit-il pas être préféré quand il n’a pas plus de difficulté que les autres ?
Portant donc en moi l’amour de la vérité pour toute philosophie, et pour toute méthode une règle facile et simple qui me dispense de la vaine subtilité des arguments, je reprends sur cette règle l’examen des connaissances qui m’intéressent, résolu d’admettre pour évidentes toutes celles auxquelles, dans la sincérité de mon coeur, je ne pourrai refuser mon consentement, pour vraies toutes celles qui me paraîtront avoir une liaison nécessaire avec ces premières, et de laisser toutes les autres dans l’incertitude, sans les rejeter ni les admettre, et sans me tourmenter à les éclaircir quand elles ne mènent à rien d’utile pour la pratique.
Mais qui suis-je ? quel droit ai-je de juger les choses ? et qu’est-ce qui détermine mes jugements ? S’ils sont entraînés, forcés par les impressions que je reçois, je me fatigue en vain à ces recherches, elles ne se feront point, ou se feront d’elles-mêmes sans que je me mêle de les diriger. Il faut donc tourner d’abord mes regards sur moi pour connaître l’instrument dont je veux me servir, et jusqu’à quel point je puis me fier à son usage.
J’existe, et j’ai des sens par lesquels je suis affecté. Voilà la première vérité qui me frappe et à laquelle je suis forcé d’acquiescer. Ai-je un sentiment propre de mon existence, ou ne la sens-je que par mes sensations ? Voilà mon premier doute, qu’il m’est, quant à présent, impossible de résoudre. Car, étant continuellement affecté de sensations, ou immédiatement, ou par la mémoire, comment puis-je savoir si le sentiment du moi est quelque chose hors de ces mêmes sensations, et s’il peut être indépendant d’elles ?
Mes sensations se passent en moi, puisqu’elles me font sentir mon existence ; mais leur cause m’est étrangère, puisqu’elles m’affectent malgré que j’en aie, et qu’il ne dépend de moi ni de les produire ni de les anéantir. Je conçois donc clairement que ma sensation qui est en moi, et sa cause ou son objet qui est hors de moi, ne sont pas la même chose.
Ainsi, non seulement j’existe, mais il existe d’autres êtres, savoir, les objets de mes sensations ; et quand ces objets ne seraient que des idées, toujours est-il vrai que ces idées ne sont pas moi.
Or, tout ce que je sens hors de moi et qui agit sur mes sens, je l’appelle matière ; et toutes les portions de matière que je conçois réunies en êtres individuels, je les appelle des corps. Ainsi toutes les disputes des idéalistes et des matérialistes ne signifient rien pour moi : leurs distinctions sur l’apparence et la réalité des corps sont des chimères.
Me voici déjà tout aussi sûr de l’existence de l’univers que de la mienne. Ensuite je réfléchis sur les objets de mes sensations ; et, trouvant en moi la faculté de les comparer, je me sens doué d’une force active que je ne savais pas avoir auparavant.
Apercevoir, c’est sentir ; comparer, c’est juger ; juger et sentir ne sont pas la même chose. Par la sensation, les objets s’offrent à moi séparés, isolés, tels qu’ils sont dans la nature ; par la comparaison, je les remue, je les transporte pour ainsi dire, je les pose l’un sur l’autre pour prononcer sur leur différence ou sur leur similitude, et généralement sur tous leurs rapports. Selon moi la faculté distinctive de l’être actif ou intelligent est de pouvoir donner un sens à ce mot est. Je cherche en vain dans l’être purement sensitif cette force intelligente qui superpose et puis qui prononce ; je ne la saurais voir dans sa nature. Cet être passif sentira chaque objet séparément, ou même il sentira l’objet total formé des deux ; mais, n’ayant aucune force pour les replier l’un sur l’autre, il ne les comparera jamais, il ne les jugera point.
I concluded that the inadequacy of the human mind is the primary cause of this astonishing diversity of emotions, and that pride is the secondary cause. We possess no measure of this immense mechanism; we are unable to calculate its relationships; we know neither its fundamental laws nor its ultimate cause; we even lack understanding of ourselves—we do not know our nature or our active principle. We hardly even know whether man is a simple being or one composed of multiple elements. Impenetrable mysteries surround us on every side; they lie beyond the realm of the senses. In attempting to comprehend them, we believe we possess intelligence, but all we have is imagination. Each of us blunders along a path through this imaginary world, believing it to be the right one; yet no one can know for certain whether their path leads to the goal. Nevertheless, we wish to understand everything, to know everything. The only thing we truly do not know is that we cannot know what there is to know. We would rather rely on chance and believe what is not true than admit that none of us can perceive what is real. We are but a tiny part of a vast whole whose boundaries elude us, and whose nature is left to our futile debates. Yet we are so arrogant as to attempt to determine what this whole truly is and what our place within it is.
When philosophers were in a position to discover the truth, which one of them would take any interest in it? Everyone knows quite well that their own system is no more well-founded than any other; yet they defend it because it belongs to them. Not a single one of them, upon learning what is true and what is false, would not prefer the lie they had chosen over the truth discovered by another. Where is the philosopher who, for the sake of his own glory, would not willingly deceive humanity? Where is he who, in the secret of his heart, has any goal other than to distinguish himself from others? So long as he rises above the common crowd, so long as he overshadows the brilliance of his competitors—what more could he possibly desire? The essential thing is to think differently from everyone else. Among believers, he would be an atheist; among atheists, he would be a believer.
The first benefit I derived from these reflections was learning to limit my research to what interested me immediately, to accept a state of profound ignorance regarding everything else, and to worry, only when in doubt, about things that it truly mattered for me to know.
I also came to understand that, far from freeing me from my unnecessary doubts, philosophers would only multiply those that tormented me and fail to resolve any of them. Therefore, I chose another guide and said to myself: Let us consult the light within; it will lead me less astray than they will, or at least, if I err, it will be my own error, and I shall suffer less in following my own delusions than in submitting to their lies.
Then, as I reviewed in my mind the various opinions that had successively influenced me since my birth, I realized that although none of them was sufficiently clear and convincing to immediately earn my assent, they all possessed different degrees of plausibility, and that my inner inclination would either agree with some of them or resist others to varying extent. Based on this initial observation, as I compared all these different ideas in the silence of preconceived notions, I found that the first and most common among them was also the simplest and most reasonable. It lacked only one thing to gain universal acceptance: namely, to have been proposed last among all others. Imagine all your ancient and modern philosophers having first exhausted their bizarre systems involving force, chance, fate, necessity, atoms, a living world, organic matter, and all sorts of materialism; and then, after them all, the illustrious Clarke[414] coming forward to illuminate the world and finally reveal the Being of Beings and the Creator of all things: how universally admired, how unanimously applauded would not this new system have been if it had appeared! How great, how comforting, how sublime, how perfectly suited it is to elevate the soul, to provide a foundation for virtue—and at the same time, how strikingly clear, how brilliantly logical, how simply understandable compared to all other absurd systems! I thought to myself: Insoluble objections are common to all systems because the human mind is too limited to resolve them; therefore, they cannot be used as decisive evidence against any particular system. But what a difference there is between direct and conclusive proofs! Surely that system which can explain everything ought to be preferred, even if it presents no more difficulties than others.
Therefore, carrying within me a love for truth in all philosophy, and adopting as my guide a simple and easy rule that frees me from the need for vain subtlety in argumentation, I proceed to examine those knowledge areas that interest me based on this principle. I am determined to accept as evident everything to which, in the sincerity of my heart, I cannot refuse my assent; to regard as true anything that seems to have a necessary connection with these fundamental truths; and to leave all other matters in uncertainty—neither rejecting nor accepting them, and avoiding the bother of attempting to clarify them when they offer no practical benefit.
But who am I? What right do I have to judge things? And what determines my judgments? If they are influenced, compelled by the impressions I receive, then I am wasting my effort in such inquiries—these inquiries will not take place, or they will happen on their own without my intervention. Therefore, I must first turn my attention within myself in order to understand the instrument I wish to use and to determine to what extent I can trust its reliability.
I exist, and I possess senses through which I am affected. This is the first truth that strikes me and to which I am forced to acknowledge. Do I have a direct sense of my own existence, or do I merely perceive it through my sensations? This is my first doubt, one that I am currently unable to resolve. For, since I am constantly affected by sensations—either directly or through memory—how can I know whether the sensation of “self” is something separate from these sensations themselves, and whether it can be independent of them?
My sensations occur within me, for they enable me to perceive my own existence; yet their cause is foreign to me, since they affect me regardless of whether I desire them or not, and it is neither up to me to produce them nor to eliminate them. Thus, I clearly understand that my sensation, which exists within me, and its cause or object, which lies outside of me, are not the same thing.
Thus, not only do I exist, but there are also other beings—namely, the objects of my sensations; and even if these objects were merely ideas, it remains true that these ideas are not me.
Or, everything that I perceive outside of myself and that affects my senses, I call matter; and all those portions of matter that I conceive as being gathered together into individual entities, I call bodies. Thus, all the debates between idealists and materialists mean nothing to me: their distinctions regarding the appearance and reality of bodies are mere illusions.
I find myself now just as certain of the existence of the universe as I am of my own existence. Then I reflect on the objects of my sensations; and, discovering within me the ability to compare them, I feel that I possess an active power which I did not know I had before.
To perceive is to feel; to compare is to judge; but to judge and to feel are not the same thing. Through sensation, objects present themselves to me separately, isolated, as they exist in nature; through comparison, I bring them into relation with each other, so to speak—I place one against another in order to determine their differences or similarities, and in general, all their relationships. In my view, the distinctive capacity of an active or intelligent being lies in its ability to give meaning to these perceptions. In a purely sensory being, I seek in vain for that intelligent power which combines these perceptions and then draws conclusions from them; I cannot perceive it within its natural essence. Such a passive being will perceive each object separately, or even the whole formed by two objects together; but since it lacks the ability to combine them, it will never compare them or judge them.
Ripensai che la limitatezza dell’intelletto umano fosse la prima causa di questa straordinaria diversità di sentimenti, e l’orgoglio la seconda. Non possediamo alcuna misura di questa immensa “macchina” umana; non riusciamo nemmeno a calcolarne i rapporti interni; non conosciamo né le sue leggi fondamentali né la causa ultima del suo funzionamento; ci ignoriamo completamente: non sappiamo nulla della nostra natura né del principio attivo che ci governa; a malapena sappiamo se l’uomo sia un essere semplice o composto. Misteri incomprensibili ci circondano da tutte le parti; essi trascendono la portata della nostra percezione sensibile. Per penetrarli, crediamo di disporre di intelligenza, ma in realtà possediamo soltanto immaginazione. Ognuno si apre un sentiero in questo mondo immaginario, convinto che sia quello giusto; nessuno può però sapere se tale sentiero conduca effettivamente al vero obiettivo. Eppure vogliamo comprendere tutto, conoscere ogni cosa. L’unica cosa che non sappiamo è proprio ignorare ciò che non possiamo conoscere. Preferiamo decidere a caso, credere in cose false, piuttosto che ammettere che nessuno di noi può vedere la verità. Piccola parte di un tutto immenso le cui dimensioni ci sfuggono, e il cui autore ci lascia liberi di discutere follemente, siamo abbastanza vanitosi da voler decidere cosa sia questo “tutto” in sé stesso, e cosa siamo noi rispetto ad esso.
Quando i filosofi fossero in grado di scoprire la verità, chi di loro ne proverebbe interesse? Ognuno sa bene che il proprio sistema non è più fondato degli altri; ma lo sostiene perché appartiene a lui. Non c’è nemmeno uno solo che, venendo a conoscenza di ciò che è vero e di ciò che è falso, non preferirebbe la menzogna che ha trovato alla verità scoperta da un altro. Dove si trova il filosofo che, per la propria gloria, non ingannerebbe volentieri l’umanità? Dove si trova colui che, nel segreto del proprio cuore, si prefigge uno scopo diverso da quello di distinguersi dagli altri? Basta che si elevi al di sopra della gente comune, basta che oscuri il fulgore dei suoi concorrenti. Che cosa chiede di più? L’essenziale è pensare in modo diverso dagli altri. Tra i credenti, sarebbe un ateo; tra gli atei, sarebbe un credente.
Il primo risultato che ottenni da queste riflessioni fu imparare a limitare le mie ricerche a ciò che mi interessava immediatamente, ad accontentarmi di una profonda ignoranza su tutto il resto, e a preoccuparmi, solo nel caso di dubbio, delle cose che era davvero importante sapere.
Compresi ancora che, lontano dal liberarmi dai miei dubbi inutili, i filosofi non facevano altro che moltiplicarne quelli che mi tormentavano, senza risolverne nemmeno uno. Così presi un altro “guida” e mi dissi: “Consultiamo la luce interiore; essa mi ingannerà meno di quanto lo facciano loro. O, almeno, il mio errore sarà soltanto mio, e mi corromperò meno seguendo le mie stesse illusioni che cedendo ai loro inganni.”
Allora, ripassando nella mia mente le varie opinioni che mi avevano influenzato sin dalla mia nascita, mi resi conto che, sebbene nessuna di esse fosse abbastanza evidente da suscitare immediatamente convinzione, ognuna presentava diversi gradi di verosimiglianza, e che il mio consenso interiore si adattasse o si rifiutasse di accettarle in misura variabile. Basandomi su questa prima osservazione, confrontando tutte queste idee nel silenzio dei pregiudizi, scoprii che la prima e più comune tra esse era anche la più semplice e la più ragionevole; le mancava soltanto di essere stata proposta per ultima affinché raccogliesse tutti i consensi. Immaginate tutti i vostri filosofi antichi e moderni che, dopo aver esaurito i loro sistemi bizzarri riguardo alla forza, alle probabilità, al destino, alla necessità, agli atomi, al mondo animato, alla materia vivente e a ogni sorta di materialismo, lasciano poi che l’illustre Clarke illumini il mondo, annunciando finalmente l’Essere degli esseri e il Dispensatore delle cose: con quale ammirazione universale, con quale applauso unanime non sarebbe stato accolto questo nuovo sistema, così grande, così consolante, così sublime, così adatto a elevare l’anima, a fornire una base alla virtù, e al contempo così chiaro, così luminoso, così semplice, e che, a mio parere, offriva meno cose incomprensibili per l’intelletto umano di quante ne troviamo in ogni altro sistema! Mi dicevo: le obiezioni insolubili sono comuni a tutti, perché lo spirito umano è troppo limitato per risolverle; quindi non dimostrano nulla contro nessuno in particolare. Ma quale differenza c’è tra le prove dirette! Solo colui che spiega tutto dovrebbe essere preferito, soprattutto quando non presenta maggiori difficoltà degli altri.
Poiché porto in me l’amore per la verità e, verso qualsiasi metodo filosofico, una regola semplice e facile che mi dispensa dalla vana sottigliezza degli argomenti, riprendo il mio esame delle conoscenze che mi interessano basandomi su questa regola. Sono deciso ad ammettere come evidenti tutte quelle a cui, con sincerità nel cuore, non potrò rifiutare di dare il mio consenso; le considererò vere tutte quelle che mi sembreranno avere un legame necessario con queste prime. Lascierò invece tutte le altre nell’incertezza, senza rifiutarle né accettarle, e senza tormentarmi nel tentativo di chiarirle quando non portano a nulla di utile per la pratica.
Ma chi sono io? Qual diritto ho di giudicare le cose? E cosa determina i miei giudizi? Se questi sono influenzati, forzati dalle impressioni che ricevo, mi stanco invano in queste ricerche: esse non avverranno mai, o avverranno da sole, senza che io intervenga a guidarle. Pertanto, devo prima rivolgere lo sguardo su me stesso per conoscere l’“strumento” che intendo utilizzare e fino a che punto posso fidarmi del suo uso.
Esisto, e possiedo sensi attraverso i quali vengo influenzato. Questa è la prima verità che mi colpisce e alla quale sono costretto ad acconsentire. Ho una percezione autonoma della mia esistenza, o la percepisco soltanto attraverso le mie sensazioni? Questo è il mio primo dubbio; al momento, è impossibile per me risolverlo. Poiché vengo continuamente influenzato da sensazioni, sia in modo diretto che attraverso la memoria, come posso sapere se il sentimento del “io” sia qualcosa di separato da queste stesse sensazioni, e se possa essere indipendente da esse?
Le mie sensazioni avvengono dentro di me, poiché mi fanno percepire la mia esistenza; ma la loro causa mi è estranea, poiché mi influenzano nonostante io non abbia alcun controllo su di esse, né sulla loro produzione né sulla loro scomparsa. Quindi comprendo chiaramente che la mia sensazione, che si trova dentro di me, e la sua causa o il suo oggetto, che esistono al di fuori di me, non sono la stessa cosa.
Pertanto, non solo io esisto, ma esistono anche altri esseri, ovvero gli oggetti delle mie sensazioni; e anche se questi oggetti fossero soltanto idee, è comunque vero che queste idee non sono me stesso.
Ogni cosa che percepisco all’esterno di me stesso e che agisce sui miei sensi, la chiamo materia; e tutte le parti di materia che concepisco riunite in entità individuali, le chiamo corpi. Pertanto, tutte le discussioni tra idealisti e materialisti non hanno alcun significato per me: le loro distinzioni riguardo all’apparenza e alla realtà dei corpi sono semplicemente chimere.
Ora sono altrettanto certo dell’esistenza dell’universo quanto della mia stessa esistenza. Poi rifletto sugli oggetti delle mie percezioni; e, trovando in me la capacità di confrontarli, mi rendo conto di disporre di una forza attiva di cui prima non ero consapevole.
Percepire significa sentire; confrontare significa giudicare; giudicare e sentire non sono la stessa cosa. Attraverso la sensazione, gli oggetti mi si presentano separati, isolati, così come sono nella natura; attraverso il confronto, li metto in relazione tra loro, li “posiziono” l’uno sull’altro per stabilire le loro differenze o somiglianze, e in generale tutti i loro rapporti. Secondo me, la facoltà distintiva dell’essere attivo o intelligente consiste proprio nel poter dare un senso a ciò che percepiamo. Cerco invano nell’essere puramente sensitivo quella forza intellettiva che permette di confrontare e giudicare gli oggetti; non riesco a individuarla nella sua natura stessa. Questo essere passivo percepirà ogni oggetto separatamente, o anche l’oggetto complessivo formato da due elementi; ma, non avendo alcuna capacità per metterli in relazione tra loro, non li confronterà mai, né li giudicherà mai.
Voir deux objets à la fois, ce n’est pas voir leurs rapports ni juger de leurs différences ; apercevoir plusieurs objets les uns hors des autres n’est pas les nombrer. Je puis avoir au même instant l’idée d’un grand bâton et d’un petit bâton sans les comparer, sans juger que l’un est plus petit que l’autre, comme je puis voir à la fois ma main entière, sans faire le compte de mes doigts[415]. Ces idées comparatives, plus grand, plus petit, de même que les idées numériques d’un, de deux, etc., ne sont certainement pas des sensations, quoique mon esprit ne les produise qu’à l’occasion de mes sensations.
On nous dit que l’être sensitif distingue les sensations les unes des autres par les différences qu’ont entre elles ces mêmes sensations : ceci demande explication. Quand les sensations sont différentes, l’être sensitif les distingue par leurs différences : quand elles sont semblables, il les distingue parce qu’il sent les unes hors des autres. Autrement, comment dans une sensation simultanée distinguerait-il deux objets égaux ? il faudrait nécessairement qu’il confondît ces deux objets et les prît pour le même, surtout dans un système où l’on prétend que les sensations représentatives de l’étendue ne sont point étendues.
Quand les deux sensations à comparer sont aperçues, leur impression est faite, chaque objet est senti, les deux sont sentis, mais leur rapport n’est pas senti pour cela. Si le jugement de ce rapport n’était qu’une sensation, et me venait uniquement de l’objet, mes jugements ne me tromperaient jamais, puisqu’il n’est jamais faux que je sente ce que je sens.
Pourquoi donc est-ce que je me trompe sur le rapport de ces deux bâtons, surtout s’ils ne sont pas parallèles ? Pourquoi, dis-je, par exemple, que le petit bâton est le tiers du grand, tandis qu’il n’en est que le quart ? Pourquoi l’image, qui est la sensation, n’est-elle pas conforme à son modèle, qui est l’objet ? C’est que je suis actif quand je juge, que l’opération qui compare est fautive, et que mon entendement, qui juge les rapports, mêle ses erreurs à la vérité des sensations qui ne montrent que les objets.
Ajoutez à cela une réflexion qui vous frappera, je m’assure, quand vous y aurez pensé ; c’est que, si nous étions purement passifs dans l’usage de nos sens, il n’y aurait entre eux aucune communication ; il nous serait impossible de connaître que le corps que nous touchons et l’objet que nous voyons sont le même. Ou nous ne sentirions jamais rien hors de nous, ou il y aurait pour nous cinq substances sensibles, dont nous n’aurions nul moyen d’apercevoir l’identité.
Qu’on donne tel ou tel nom à cette force de mon esprit qui rapproche et compare mes sensations ; qu’on l’appelle attention, méditation, réflexion, ou comme on voudra ; toujours est-il vrai qu’elle est en moi et non dans les choses, que c’est moi seul qui la produis, quoique je ne la produise qu’à l’occasion de l’impression que font sur moi les objets. Sans être maître de sentir ou de ne pas sentir, je le suis d’examiner plus ou moins ce que je sens.
Je ne suis donc pas simplement un être sensitif et passif, mais un être actif et intelligent, et, quoi qu’en dise la philosophie, j’oserai prétendre à l’honneur de penser. Je sais seulement que la vérité est dans les choses et non pas dans mon esprit qui les juge, et que moins je mets du mien dans les jugements que j’en porte, plus je suis sûr d’approcher de la vérité : ainsi ma règle de me livrer au sentiment plus qu’à la raison est confirmée par la raison même.
M’étant, pour ainsi dire, assuré de moi-même, je commence à regarder hors de moi, et je me considère avec une sorte de frémissement, jeté, perdu dans ce vaste univers, et comme noyé dans l’immensité des êtres, sans rien savoir de ce qu’ils sont[416], ni entre eux, ni par rapport à moi. Je les étudie, je les observe ; et, le premier objet qui se présente à moi pour les comparer, c’est moi-même.
Tout ce que j’aperçois par les sens est matière, et je déduis toutes les propriétés essentielles de la matière des qualités sensibles qui me la font apercevoir, et qui en sont inséparables. Je la vois tantôt en mouvement et tantôt en repos[417], d’où j’infère que ni le repos ni le mouvement ne lui sont essentiels ; mais le mouvement étant une action, est l’effet d’une cause dont le repos n’est que l’absence. Quand donc rien n’agit sur la matière, elle ne se meut point, et, par cela même qu’elle est indifférente au repos et au mouvement, son état naturel est d’être en repos.
J’aperçois dans les corps deux sortes de mouvements, savoir, mouvement communiqué, et mouvement spontané ou volontaire. Dans le premier, la cause motrice est étrangère au corps mû, et dans le second elle est en lui-même. Je ne conclurai pas de là que le mouvement d’une montre, par exemple, est spontané ; car si rien d’étranger au ressort n’agissait sur lui, il ne tendrait point à se redresser, et ne tirerait pas la chaîne. Par la même raison, je n’accorderai point non plus la spontanéité aux fluides, ni au feu même qui fait leur fluidité[418].
Vous me demanderez si les mouvements des animaux sont spontanés ; je vous dirai que je n’en sais rien, mais que l’analogie est pour l’affirmative. Vous me demanderez encore comment je sais donc qu’il y a des mouvements spontanés ; je vous dirai que je le sais parce que je le sens. Je veux mouvoir mon bras et je le meus, sans que ce mouvement ait d’autre cause immédiate que ma volonté. C’est en vain qu’on voudrait raisonner pour détruire en moi ce sentiment, il est plus fort que toute évidence ; autant vaudrait me prouver que je n’existe pas.
S’il n’y avait aucune spontanéité dans les actions des hommes, ni dans rien de ce qui se fait sur la terre, on n’en serait que plus embarrassé à imaginer la première cause de tout mouvement. Pour moi, je me sens tellement persuadé que l’état naturel de la matière est d’être en repos, et qu’elle n’a par elle-même aucune force pour agir, qu’en voyant un corps en mouvement je juge aussitôt, ou que c’est un corps animé, ou que ce mouvement lui a été communiqué. Mon esprit refuse tout acquiescement à l’idée de la matière non organisée se mouvant d’elle-même, ou produisant quelque action.
Cependant cet univers visible est matière, matière éparse et morte[419], qui n’a rien dans son tout de l’union, de l’organisation, du sentiment commun des parties d’un corps animé, puisqu’il est certain que nous qui sommes parties ne nous sentons nullement dans le tout. Ce même univers est en mouvement, et dans ses mouvements réglés, uniformes, assujettis à des lois constantes, il n’a rien de cette liberté qui paraît dans les mouvements spontanés de l’homme et des animaux. Le monde n’est donc pas un grand animal qui se meuve de lui-même ; il y a donc de ses mouvements quelque cause étrangère à lui, laquelle je n’aperçois pas ; mais la persuasion intérieure me rend cette cause tellement sensible, que je ne puis voir rouler le soleil sans imaginer une force qui le pousse, ou que ; si la terre tourne, je crois sentir une main qui la fait tourner.
S’il faut admettre des lois générales dont je n’aperçois point les rapports essentiels avec la matière, de quoi serai-je avancé ? Ces lois, n’étant point des êtres réels, des substances, ont donc quelque autre fondement qui m’est inconnu. L’expérience et l’observation nous ont fait connaître les lois du mouvement ; ces lois déterminent les effets sans montrer les causes ; elles ne suffisent point pour expliquer le système du monde et la marche de l’univers. Descartes avec des dés fermait le ciel et la terre ; mais il ne put donner le premier branle à ces dés, ni mettre en jeu sa force centrifuge qu’à l’aide d’un mouvement de rotation. Newton a trouvé la loi de l’attraction ; mais l’attraction seule réduirait bientôt l’univers en une masse immobile : à cette loi il a fallu joindre une force projectile pour faire décrire des courbes aux corps célestes. Que Descartes nous dise quelle loi physique a fait tourner ses tourbillons ; que Newton nous montre la main qui lança les planètes sur la tangente de leurs orbites.
To see two objects at once is not to perceive their relations nor to judge their differences; to glimpse several objects one beside the other is not to count them. I can have at the same instant the idea of a large stick and a small stick without comparing them, without judging that one is smaller than the other—as I can see my entire hand at once without counting my fingers[415]. These comparative ideas, such as “larger” or “smaller,” as well as numerical ideas like “one,” “two,” etc., are certainly not sensations, even though my mind produces them only in response to my sensations.
We are told that the sentient being distinguishes sensations from one another by the differences among those very sensations themselves: this requires clarification. When sensations are different, the sentient being distinguishes them precisely because of their differences; when they are similar, it distinguishes them simply because it perceives them as separate from one another. Otherwise, how could it distinguish two equal objects within a simultaneous sensation? It would necessarily confuse these two objects and take them for the same, especially in a system where it is claimed that sensations representing extension are themselves not extended.
When the two sensations to be compared are perceived, their impression is made, each object is felt, both are felt—but their relation is not thereby felt. If the judgment of this relation were merely a sensation itself, and came solely from the object, my judgments could never deceive me, since it would never be false that I feel what I feel.
Why then do I err in judging the relation between these two sticks, especially if they are not parallel? Why, for example, do I say that the small stick is one-third the size of the large one, when it is actually only one-quarter? Why does the image—the sensation—fail to correspond to its model—the object? The reason is that I am active when I judge, that the operation of comparison is flawed, and that my intellect, which judges relations, mixes its own errors with the truth of the sensations, which show only the objects themselves.
Add to this a reflection that will strike you, I am sure, once you think about it: if we were purely passive in the use of our senses, there would be no communication among them; it would be impossible for us to know that the body we touch and the object we see are one and the same. Either we would never feel anything outside ourselves, or there would be five distinct sensory substances for us, none of which we could ever perceive as identical.
Let us give whatever name we wish to that force within my mind which brings together and compares my sensations—call it attention, meditation, reflection, or whatever you like; yet it remains true that it is in me and not in things, that I alone produce it, even though I produce it only in response to the impressions made upon me by objects. Without being master of whether or not to feel, I am master of examining more or less closely what I feel.
I am therefore not merely a sensitive and passive being, but an active and intelligent one, and despite what philosophy may say, I dare to claim the honor of thinking. I know only that truth lies in things, not in my mind which judges them, and that the less I bring of myself into the judgments I make, the closer I am to the truth: thus my rule of surrendering more to feeling than to reason is confirmed by reason itself.
Having, so to speak, assured myself of myself, I begin to look outward, and I consider myself with a kind of trembling, cast out, lost in this vast universe, and as if drowned in the immensity of beings, knowing nothing of what they are[416], neither among themselves nor in relation to me. I study them, I observe them; and the first object that presents itself to me for comparison is myself.
Everything I perceive through the senses is matter, and I deduce all the essential properties of matter from the sensible qualities that allow me to perceive it—and which are inseparable from it. Sometimes I see it in motion, sometimes at rest[417]; from this I infer that neither rest nor motion is essential to it. But since motion is an action, it is the effect of a cause, while rest is merely the absence of that cause. Thus, when nothing acts upon matter, it does not move; and precisely because it is indifferent to rest and motion, its natural state is to remain at rest.
I perceive in bodies two kinds of motion: communicated motion and spontaneous or voluntary motion. In the former, the driving cause is external to the moving body; in the latter, it is within the body itself. I will not conclude from this that the motion of a watch, for example, is spontaneous; for if nothing external to the spring acted upon it, it would not tend to unwind, nor would it pull the chain. For the same reason, I will not grant spontaneity either to fluids or even to fire itself, which causes their fluidity[418].
You will ask me whether the movements of animals are spontaneous; I will tell you that I do not know, but that analogy points toward affirmation. You will ask me again how I know, then, that there are spontaneous movements; I will tell you that I know because I feel them. I want to move my arm and I move it, without this movement having any immediate cause other than my will. It is futile to try to reason against this feeling within me—it is stronger than any evidence; it would be just as difficult to prove to me that I do not exist.
If there were no spontaneity in human actions, nor in anything else that happens on earth, we would be even more puzzled trying to imagine the first cause of all motion. As for me, I am so convinced that the natural state of matter is to be at rest, and that it has no inherent force to act on its own, that when I see a body in motion, I immediately judge either that it is an animate body, or that this motion has been imparted to it. My mind refuses to accept the idea of unorganized matter moving by itself or producing any action.
Yet this visible universe is matter, scattered and dead[419], lacking in its entirety any union, organization, or shared feeling among the parts of an animate body—since it is certain that we, who are parts, do not feel ourselves at all within the whole. This same universe is in motion, and in its regulated, uniform motions, subject to constant laws, it lacks the freedom that seems evident in the spontaneous movements of humans and animals. The world is therefore not a great animal that moves by itself; there must therefore be some cause external to it behind its movements, a cause that I do not perceive. Yet an inner conviction makes this cause so palpable to me that I cannot watch the sun roll without imagining a force pushing it, or—if the earth rotates—I feel as if a hand were turning it.
If we must admit general laws whose essential connections with matter I do not perceive, what good would it do me? Since these laws are not real beings, not substances, they must have some other foundation unknown to me. Experience and observation have revealed to us the laws of motion; these laws determine effects without showing causes; they are insufficient to explain the system of the world and the course of the universe. Descartes, with dice, sealed up heaven and earth; yet he could not set those dice in motion, nor could he activate their centrifugal force except by means of a rotational movement. Newton discovered the law of gravitation; yet gravitation alone would soon reduce the universe to an immobile mass: to this law, one had to add a propulsive force to make celestial bodies describe curved paths. Let Descartes tell us which physical law made his whirlpools spin; let Newton show us the hand that launched the planets along the tangents of their orbits.
Vedere due oggetti contemporaneamente non significa percepire i loro rapporti né valutare le loro differenze; notare diversi oggetti uno accanto all’altro non equivale a contarli. Posso avere, nello stesso istante, l’idea di un bastone lungo e di uno corto senza confrontarli, senza giudicare che uno sia più piccolo dell’altro, così come posso vedere tutta la mia mano senza contare le mie dita[415]. Queste idee comparative – “più grande”, “più piccolo” – così come le idee numeriche (“uno”, “due”, ecc. – non sono certamente sensazioni, anche se il mio spirito le genera soltanto in relazione alle mie percezioni sensoriali.
Ci viene detto che l’essere sensibile distingue le diverse sensazioni tra loro in base alle differenze che esistono tra di esse: ciò richiede una spiegazione. Quando le sensazioni sono diverse, l’essere sensibile le distingue proprio per queste differenze; quando invece sono simili, le distingue perché le percepisce come separate l’una dall’altra. Altrimenti, come potrebbe distinguere due oggetti uguali all’interno di una singola sensazione simultanea? Sarebbe inevitabile che confondesse questi due oggetti e li considerasse identici, soprattutto in un sistema in cui si sostiene che le sensazioni, essendo rappresentative dell’estensione, non siano esse stesse estensioni.
Quando le due sensazioni da confrontare vengono percepite, la loro impressione si forma; ogni oggetto viene percepito, entrambe le sensazioni vengono percepite, ma il loro rapporto non viene necessariamente percepito. Se il giudizio su questo rapporto fosse semplicemente una sensazione, proveniente unicamente dall’oggetto, i miei giudizi non mi ingannerebbero mai, poiché non è mai falso che io percepisca ciò che percepisco.
Perché mai mi sbaglio riguardo al rapporto tra questi due bastoni, soprattutto se non sono paralleli? Perché, ad esempio, penso che il piccolo bastone sia un terzo di quello grande, quando in realtà ne è solo un quarto? Perché l’immagine, che rappresenta una sensazione, non corrisponde al suo modello, che è l’oggetto stesso? È perché, quando giudico, sono io ad agire attivamente; l’operazione di confronto che effettuo è errata, e la mia intelligenza, che valuta questi rapporti, mescola le sue errori con la verità delle sensazioni, le quali mostrano soltanto gli oggetti stessi.
Aggiungete a questo una riflessione che, ne sono certo, vi colpirà non appena ci penserete: se fossimo puramente passivi nell’uso dei nostri sensi, non esisterebbe alcuna comunicazione tra di essi; sarebbe impossibile per noi comprendere che il corpo che tocchiamo e l’oggetto che vediamo siano la stessa cosa. O non percepiremmo mai nulla al di fuori di noi, o esisterebbero per noi cinque sostanze sensibili, delle quali non avremmo alcun modo per riconoscere l’identità.
Che si chiami attenzione, meditazione, riflessione, o come si voglia; è certo che questa forza del mio spirito, che avvicina e confronta le mie sensazioni, esiste in me e non nelle cose; sono soltanto io a generarla, anche se lo faccio solo in occasione delle impressioni che gli oggetti mi fanno. Senza poter decidere di sentire o meno, posso però decidere di esaminare più o meno attentamente ciò che percepisco.
Quindi, non sono semplicemente un essere sensibile e passivo, ma un essere attivo e intelligente; e, nonostante ciò che possa dire la filosofia, oso pretendere l’onore di pensare. So soltanto che la verità si trova nelle cose, e non nel mio spirito che le giudica; e che più mi astengo dal mettere il mio giudizio personale nei miei ragionamenti, più sono sicuro di avvicinarmi alla verità. Così, la mia regola di affidarmi più al sentimento che alla ragione viene confermata proprio dalla ragione stessa.
Essendomi, per così dire, assicurato di me stesso, inizio a guardare al di fuori di me; mi considero con una sorta di trepidazione, gettato e perso in questo vasto universo, come sommerso nell’immensità degli esseri, senza sapere nulla di ciò che sono – né tra loro, né rispetto a me. Li studio, li osservo; e il primo oggetto che mi viene in mente per confrontarli, è proprio io stesso.
Tutto ciò che percepisco attraverso i sensi è materia; deduco tutte le proprietà essenziali della materia dalle qualità sensoriali che me la fanno percepire e che ne sono inseparabili. La vedo a volte in movimento, a volte in riposo[417], da ciò inferisco che né il riposo né il movimento siano essenziali per essa; ma poiché il movimento è un’azione, esso è l’effetto di una causa, mentre il riposo non è altro che l’assenza di tale causa. Quindi, quando nulla agisce sulla materia, questa non si muove; e proprio perché è indifferente sia al riposo che al movimento, lo stato naturale di essa è quello di essere in riposo.
Nel corpo si osservano due tipi di movimento: il movimento comunicato e il movimento spontaneo o volontario. Nel primo caso, la causa motrice è esterna al corpo stesso; nel secondo, essa risiede all’interno di esso. Da questo non concluderò che il movimento di un orologio sia spontaneo: infatti, se nulla di esterno alla molla agisse su di esso, essa non tenderebbe a ripristinare la sua posizione originale e non tirerebbe la catena. Per lo stesso motivo, non attribuirò nemmeno carattere spontaneo ai fluidi, né tantomeno al fuoco che ne determina l’fluidità[418].
Mi chiederete se i movimenti degli animali siano spontanei; vi risponderò che non lo so, ma che l’analogia sembra indicare affermativamente. Mi chiederete ancora come possa essere certo dell’esistenza di tali movimenti spontanei; vi dirò che lo so perché lo percepisco direttamente. Voglio muovere il mio braccio e lo muovo, senza che questo movimento abbia alcuna altra causa immediata se non la mia volontà. È inutile cercare di razionalizzare per distruggere in me questa percezione: è più forte di qualsiasi evidenza; sarebbe come volermi dimostrare che non esisto affatto.
Se nelle azioni degli uomini, e in tutto ciò che avviene sulla terra, non vi fosse alcuna spontaneità, sarebbe ancora più difficile immaginare la causa primaria di ogni movimento. Personalmente, sono così convinto che lo stato naturale della materia sia quello di riposo, e che essa stessa non possieda alcuna forza per agire, che, quando vedo un corpo in movimento, immediatamente deduco che si tratti di un corpo animato, o che quel movimento gli sia stato trasferito da un’altra entità. La mia mente rifiuta categoricamente l’idea che la materia non organizzata possa muoversi da sé stessa o compiere qualche azione.
Tuttavia, questo universo visibile è materia, materia dispersa e morta; nel suo insieme, non vi è alcuna unione, alcuna organizzazione, nessun sentimento comune tra le sue parti, poiché è certo che noi, essendo delle sue parti, non ci sentiamo affatto parte di un tutto. Lo stesso universo è in movimento, e nei suoi movimenti regolati, uniformi, soggetti a leggi costanti, non vi è alcuna traccia di quella libertà che si osserva nei movimenti spontanei dell’uomo e degli animali. Quindi il mondo non è un grande animale che si muove da solo; i suoi movimenti devono quindi avere una causa esterna a esso, una causa che io non riesco a individuare chiaramente; tuttavia, una convinzione interiore mi fa percepire questa causa in modo così evidente, che non posso assistere al movimento del sole senza immaginare una forza che lo spinge; e se la terra gira, credo di poter percepire una “mano” che la fa ruotare.
Se dobbiamo ammettere leggi generali le cui relazioni essenziali con la materia non mi sono chiare, di cosa avrò realmente compreso? Queste leggi, non essendo entità reali o sostanze concrete, devono quindi avere un fondamento diverso da quello che mi è noto. L’esperienza e l’osservazione ci hanno fatto conoscere le leggi del movimento; queste leggi determinano gli effetti senza spiegare le cause; tuttavia non sono sufficienti a comprendere il sistema del mondo e il corso dell’universo. Descartes, con i suoi “dischi”, cercò di spiegare il funzionamento del cielo e della terra; ma non riuscì a dare loro il primo impulso né ad attivare la loro forza centrifuga se non attraverso un movimento di rotazione. Newton scoprì la legge dell’attrazione; tuttavia, l’attrazione da sola ridurrebbe presto l’universo in una massa immobile: a questa legge fu necessario aggiungere una forza proiettile per far descrivere ai corpi celesti delle traiettorie curvilinee. Che Descartes ci dica quale legge fisica abbia fatto girare i suoi “turbini”; che Newton ci mostri chi abbia lanciato le pianete lungo la tangente delle loro orbite.
Les premières causes du mouvement ne sont point dans la matière ; elle reçoit le mouvement et le communique, mais elle ne le produit pas. Plus j’observe l’action et réaction des forces de la nature agissant les unes sur les autres, plus je trouve que, d’effets en effets, il faut toujours remonter à quelque volonté pour première cause ; car supposer un progrès de causes à l’infini, c’est n’en point supposer du tout. En un mot, tout mouvement qui n’est pas produit par un autre ne peut venir que d’un acte spontané, volontaire ; les corps inanimés n’agissent que par le mouvement, et il n’y a point de véritable action sans volonté. Voilà mon premier principe. Je crois donc qu’une volonté meut l’univers et anime la nature. Voilà mon premier dogme, ou mon premier article de foi.
Comment une volonté produit-elle une action physique et corporelle ? je n’en sais rien, mais j’éprouve en moi qu’elle la produit. Je veux agir, et j’agis ; je veux mouvoir mon corps, et mon corps se meut ; mais qu’un corps inanimé et en repos vienne à se mouvoir de lui-même ou produise le mouvement, cela est incompréhensible et sans exemple. La volonté m’est connue par ses actes, non par sa nature. Je connais cette volonté comme cause motrice ; mais concevoir la matière productrice du mouvement, c’est clairement concevoir un effet sans cause, c’est ne concevoir absolument rien.
Il ne m’est pas plus possible de concevoir comment ma volonté meut mon corps, que comment mes sensations affectent mon âme. Je ne sais pas même pourquoi l’un de ces mystères a paru plus explicable que l’autre. Quant à moi, soit quand je suis passif, soit quand je suis actif, le moyen d’union des deux substances me paraît absolument incompréhensible. Il est bien étrange qu’on parte de cette incompréhensibilité même pour confondre les deux substances, comme si des opérations de natures si différentes s’expliquaient mieux dans un seul sujet que dans deux.
Le dogme que je viens d’établir est obscur, il est vrai ; mais enfin il offre un sens, et il n’a rien qui répugne à la raison ni à l’observation : en peut-on dire autant du matérialisme ? N’est-il pas clair que si le mouvement était essentiel à la matière, il en serait inséparable, il y serait toujours en même degré, toujours le même dans chaque portion de matière, il serait incommunicable, il ne pourrait ni augmenter ni diminuer, et l’on ne pourrait pas même concevoir la matière en repos ? Quand on me dit que le mouvement ne lui est pas essentiel, mais nécessaire, on veut me donner le change par des mots qui seraient plus aisés à réfuter s’ils avaient un peu plus de sens. Car, ou le mouvement de la matière lui vient d’elle-même, et alors il lui est essentiel, ou, s’il lui vient d’une cause étrangère, il n’est nécessaire à la matière qu’autant que la cause motrice agit sur elle : nous rentrons dans la première difficulté.
Les idées générales et abstraites sont la source des plus grandes erreurs des hommes ; jamais le jargon de la métaphysique n’a fait découvrir une seule vérité, et il a rempli la philosophie d’absurdités dont on a honte, sitôt qu’on les dépouille de leurs grands mots. Dites-moi, mon ami, si, quand on vous parle d’une force aveugle répandue dans toute la nature, on porte quelque véritable idée à votre esprit. On croit dire quelque chose par ces mots vagues de force universelle, de mouvement nécessaire, et l’on ne dit rien du tout. L’idée du mouvement n’est autre chose que l’idée du transport d’un lieu à un autre : il n’y a point de mouvement sans quelque direction ; car un être individuel ne saurait se mouvoir à la fois dans tous les sens. Dans quel sens donc la matière se meut-elle nécessairement ? Toute la matière en corps a-t-elle un mouvement uniforme, ou chaque atome a-t-elle un mouvement propre ? Selon la première idée, l’univers entier doit former une masse solide et indivisible ; selon la seconde, il ne doit former qu’un fluide épars et incohérent, sans qu’il soit jamais possible que deux atomes se réunissent. Sur quelle direction se fera ce mouvement commun de toute la matière ? Sera-ce en droite ligne, en haut, en bas, à droite ou à gauche ? Si chaque molécule de matière a sa direction particulière, quelles seront les causes de toutes ces directions et de toutes ces différences ? Si chaque atome ou molécule de matière ne faisait que tourner sur son propre centre, jamais rien ne sortirait de sa place, et il n’y aurait point de mouvement communiqué ; encore même faudrait-il que ce mouvement circulaire fût déterminé dans quelque sens. Donner à la matière le mouvement par abstraction, c’est dire des mots qui ne signifient rien ; et lui donner un mouvement déterminé, c’est supposer une cause qui le détermine. Plus je multiplie les forces particulières, plus j’ai de nouvelles causes à expliquer, sans jamais trouver aucun agent commun qui les dirige. Loin de pouvoir imaginer aucun ordre dans le concours fortuit des éléments, je n’en puis pas même imaginer le combat, et le chaos de l’univers m’est plus inconcevable que son harmonie. Je comprends que le mécanisme du monde peut n’être pas intelligible à l’esprit humain ; mais sitôt qu’un homme se mêle de l’expliquer, il doit dire des choses que les hommes entendent.
Si la matière mue me montre une volonté, la matière mue selon de certaines lois me montre une intelligence : c’est mon second article de foi. Agir, comparer, choisir, sont les opérations d’un être actif et pensant : donc cet être existe. Où le voyez-vous exister ? m’allez-vous dire. Non seulement dans les cieux qui roulent, dans l’astre qui nous éclaire ; non seulement dans moi-même, mais dans la brebis qui paît, dans l’oiseau qui vole, dans la pierre qui tombe, dans la feuille qu’emporte le vent.
Je juge de l’ordre du monde quoique j’en ignore la fin, parce que pour juger de cet ordre il me suffit de comparer les parties entre elles, d’étudier leur concours, leurs rapports, d’en remarquer le concert. J’ignore pourquoi l’univers existe ; mais je ne laisse pas de voir comment il est modifié : je ne laisse pas d’apercevoir l’intime correspondance par laquelle les êtres qui le composent se prêtent un secours mutuel. Je suis comme un homme qui verrait pour la première fois une montre ouverte, et qui ne laisserait pas d’en admirer l’ouvrage, quoiqu’il ne connût pas l’usage de la machine et qu’il n’eût point vu le cadran. Je ne sais, dirait-il, à quoi le tout est bon ; mais je vois que chaque pièce est faite pour les autres ; j’admire l’ouvrier dans le détail de son ouvrage, et je suis bien sûr que tous ces rouages ne marchent ainsi de concert que pour une fin commune qu’il m’est impossible d’apercevoir.
Comparons les fins particulières, les moyens, les rapports ordonnés de toute espèce, puis écoutons le sentiment intérieur ; quel esprit sain peut se refuser à son témoignage ? À quels yeux non prévenus l’ordre sensible de l’univers n’annonce-t-il pas une suprême intelligence ? Et que de sophismes ne faut-il point entasser pour méconnaître l’harmonie des êtres et l’admirable concours de chaque pièce pour la conservation des autres ? Qu’on me parle tant qu’on voudra de combinaisons et de chances ; que vous sert de me réduire au silence, si vous ne pouvez m’amener à la persuasion ? Et comment m’ôterez-vous le sentiment involontaire qui vous dément toujours malgré moi ? Si les corps organisés se sont combinés fortuitement de mille manières avant de prendre des formes constantes, s’il s’est formé d’abord des estomacs sans bouches, des pieds sans têtes, des mains sans bras, des organes imparfaits de toute espèce qui sont péris faute de pouvoir se conserver, pourquoi nul de ces informes essais ne frappe-t-il plus nos regards ? Pourquoi la nature s’est-elle enfin prescrit des lois auxquelles elle n’était pas d’abord assujettie ? Je ne dois point être surpris qu’une chose arrive lorsqu’elle est possible, et que la difficulté de l’événement est compensée par la quantité des jets ; j’en conviens. Cependant, si l’on venait me dire que des caractères d’imprimerie projetés au hasard ont donné l’Énéide tout arrangée, je ne daignerais pas faire un pas pour aller vérifier le mensonge. Vous oubliez, me dira-t-on, la quantité des jets. Mais de ces jets-là combien faut-il que j’en suppose pour rendre la combinaison vraisemblable ? Pour moi, qui n’en vois qu’un seul, j’ai l’infini à parier contre un que son produit n’est point l’effet du hasard. Ajoutez que des combinaisons et des chances ne donneront jamais que des produits de même nature que les éléments combinés, que l’organisation et la vie ne résulteront point d’un jet d’atomes, et qu’un chimiste combinant des mixtes ne les fera point sentir et penser dans son creuset[420].
The primary causes of motion do not lie in matter itself; matter receives motion and transmits it, but it does not produce it. The more I observe the interaction of natural forces upon each other, the more I realize that, effect after effect, one must always trace back to some will as the ultimate cause. For to assume an infinite progression of causes would mean to assume no causes at all. In short, any motion that is not produced by another must arise from a spontaneous, voluntary act; inanimate objects act solely through motion, and there is no true action without will. This is my first principle. Therefore, I believe that a will moves the universe and gives life to nature. This is my first dogma, or my first article of faith.
How can a will produce a physical and bodily action? I have no idea, but I feel within myself that it does so. I want to act, and I act; I want to move my body, and my body moves. However, the idea that an inanimate and at rest object could move on its own or generate motion is utterly incomprehensible and without any precedent. The will is known to me through its effects, not through its nature. I know this will as a causal agent that motivates action; but to conceive of matter as the source of motion would be tantamount to conceiving of an effect without a cause—which is simply impossible.
It is just as impossible for me to understand how my will moves my body, as it is impossible to comprehend how my sensations affect my soul. I don’t even know why one of these mysteries seemed more explicable than the other. As for me, whether in a passive state or an active state, the means by which these two substances come together seem absolutely incomprehensible to me. It is truly strange that people should start from this very incomprehensibility in order to confuse the two substances, as if operations of such different natures could be better explained within a single entity than within two separate ones.
The doctrine I have just established is indeed obscure; but at least it possesses some meaning, and it contains nothing that contradicts reason or observation. Can the same be said of materialism? Isn’t it clear that if motion were essential to matter, it would be inseparable from it, present in the same degree in every portion of matter, incapable of increase or decrease, and that we would even be unable to conceive of matter at rest? When people tell me that motion is not essential to matter but merely necessary for it, they are trying to confuse me with terms that would be easier to refute if they had more meaning. For either motion arises from within matter itself—in which case it is essential to it—or it comes from some external cause; in the latter case, it is only necessary to matter to the extent that the motivating force exerts an effect upon it. In either case, we are faced with the same fundamental difficulty.
General and abstract ideas are the source of mankind’s greatest errors; never has the jargon of metaphysics revealed a single truth, and it has filled philosophy with absurdities that bring shame whenever one strips them of their grandiose terminology. Tell me, my friend, whether when someone speaks to you about some blind force permeating the entire nature, they actually convey any true idea to your mind. With these vague terms like “universal force” or “necessary motion,” one thinks they are saying something meaningful, but in reality, they say nothing at all. The concept of motion is merely the notion of being transported from one place to another; there can be no motion without some direction, for an individual entity could not move in every direction simultaneously. So in what direction does matter necessarily move? Does all material substance move in a uniform manner, or does each atom have its own unique motion? According to the first view, the entire universe would have to form a solid, indivisible mass; according to the second, it would merely consist of a dispersed, incoherent fluid, with no possibility of two atoms ever coming together. In what direction would this universal motion take place? Would it be in a straight line, upward, downward, to the right, or to the left? If each molecule of matter has its own particular direction, then what are the causes behind all these directions and differences? If every atom or molecule merely rotated around its own center, nothing would ever move from its place, and there would be no collective motion at all; moreover, such circular motion would have to be directed in some specific manner. To attribute motion to matter in an abstract sense is simply to use words that mean nothing; to assign it a definite direction is to assume the existence of a cause that determines it. The more particular forces I consider, the more new causes I must explain, yet I never find any common agent that directs them all. Far from being able to conceive any order in the random interaction of elements, I cannot even imagine their conflict—indeed, the chaos of the universe seems far more inconceivable than its harmony. I understand that the workings of the world may not be comprehensible to the human mind; but whenever someone attempts to explain it, they must speak in terms that people can understand.
If the movement of matter reveals to me a will, then the fact that matter moves according to certain laws demonstrates to me an intelligence—this is my second article of faith. To act, to compare, to choose—are these not the operations of a being that is active and capable of thought? Therefore, such a being must exist. Where do you see it exist? you may ask. Not only in the heavens that roll, in the star that shines upon us; not only within me, but also in the lamb that grazes, in the bird that flies, in the stone that falls, in the leaf carried away by the wind.
I judge the order of the world, even though I ignore its end, because to judge this order it is sufficient for me to compare its various parts, to study their interaction, their relationships, and to observe how they work together in harmony. I do not know why the universe exists; but I am well aware of the way in which it is structured—and of the intricate correspondence that allows its constituent elements to support one another. I am like a man who sees an open watch for the first time; he may not understand how it functions or what its purpose is, but he can still admire the craftsmanship of its design and observe how all its parts work together in perfect harmony, even if he cannot fathom the ultimate goal for which they were created.
Let us compare the particular ends, the means, and the orderly relationships of all species; then let us listen to the voice of our inner conscience. What healthy mind could possibly reject its testimony? To eyes unprejudiced, isn’t the sensible order of the universe a sign of some supreme intelligence? And how many sophisms must one resort to in order to ignore the harmony among living beings and the wonderful way in which each component contributes to the preservation of the whole? You may talk all you want about combinations and chance; but what good does it do to silence me if you cannot convince me? And how can you ever erase from me that instinctive feeling which, against my will, always refutes your arguments? If organized bodies were formed by sheer chance in countless ways before eventually taking on stable forms—if there were initially stomachs without mouths, feet without heads, hands without arms, or various imperfect organs that perished because they lacked the means to survive—why do none of these chaotic attempts still exist before our eyes today? Why did nature ultimately establish laws to which it was not originally bound? I should not be surprised if something happens when it is possible, and if the difficulty of that event is compensated by the sheer number of attempts; I admit that. However, if someone were to tell me that randomly arranged printing characters produced the entire Odyssey in its final form, I would not even bother to verify such a lie. “You’re forgetting,” they might say, “the countless attempts that were made.” But how many of those attempts would I have to assume in order for this combination to seem plausible? For me, since I see only one such attempt, the infinite odds are against the possibility that its result could be mere chance. Moreover, combinations and chance can never produce anything other than things of the same nature as the elements that combine; organization and life cannot arise from a random mixture of atoms; and no chemist, no matter how skillfully he combines substances, can make them exhibit sensations or thoughts within his laboratory.
Le prime cause del movimento non risiedono nella materia; essa riceve il movimento e lo trasmette, ma non lo produce. Più osservo l’azione e la reazione delle forze della natura che agiscono le une sulle altre, più mi rendo conto che, di effetto in effetto, bisogna sempre risalire a una qualche volontà come causa primaria; perché supporre un progresso infinito delle cause significherebbe in realtà non supporne alcuna. In breve, ogni movimento che non è prodotto da un altro può provenire soltanto da un atto spontaneo, volontario; i corpi inanimati agiscono soltanto attraverso il movimento, e non esiste vera azione senza volontà. Questo è il mio primo principio. Pertanto credo che una volontà muova l’universo e animi la natura. Questo è il mio primo dogma, o il mio primo articolo di fede.
Come una volontà produce un’azione fisica e corporea? Non lo so, ma sento dentro di me che lo fa. Voglio agire, e agisco; voglio muovere il mio corpo, e il mio corpo si muove; ma che un corpo inanimato e fermo possa muoversi da solo o produrre movimento, questo è incomprensibile e senza esempio. La volontà mi è conosciuta attraverso i suoi atti, non attraverso la sua natura. Conosco questa volontà come causa motrice; ma concepire la materia che produce il movimento significa chiaramente concepire un effetto senza causa, significa non concepire assolutamente nulla.
Non mi è affatto possibile comprendere come la mia volontà muova il mio corpo, così come non riesco a capire in che modo le mie sensazioni influenzino la mia anima. Non so nemmeno perché uno di questi misteri sia sembrato più spiegabile dell’altro. Per quanto mi riguarda, sia quando sono passivo che quando sono attivo, il mezzo attraverso cui queste due “substanze” interagiscono mi appare assolutamente incomprensibile. È davvero strano che si parta proprio da questa stessa incomprensibilità per confondere le due sostanze, come se operazioni di natura così diversa potessero essere meglio spiegate in un solo soggetto piuttosto che in due.
Il dogma che ho appena enunciato è certamente oscuro; tuttavia offre un senso chiaro e non contiene nulla che contraddica né la ragione né l’osservazione. Si può dire lo stesso del materialismo? Non è forse evidente che, se il movimento fosse essenziale alla materia, ne sarebbe inscindibile, esisterebbe sempre nella stessa misura in ogni sua parte, non potrebbe aumentare né diminuire, e non si potrebbe nemmeno concepire la materia in stato di quiete? Quando mi si dice che il movimento non è essenziale alla materia, ma soltanto necessario, si cerca di confondermi con termini che sarebbero più facili da confutare se avessero un significato più chiaro. Infatti, o il movimento della materia deriva da essa stessa, e in tal caso è essenziale; oppure, se deriva da una causa esterna, è necessario alla materia soltanto nella misura in cui tale causa agisce su di essa. In entrambi i casi, ci ritroviamo di fronte alla stessa difficoltà.
Le idee generali e astratte sono la fonte dei più grandi errori degli uomini; mai il gergo della metafisica ha permesso di scoprire una sola verità, anzi ha riempito la filosofia di assurdità di cui ci si vergogna non appena le si priva delle loro parole grandiose. Ditemi, amico mio: quando vi si parla di una forza cieca diffusa in tutta la natura, vi viene davvero in mente qualche idea concreta? Si crede di dire qualcosa con queste espressioni vaghe come “forza universale”, “movimento necessario”, ma in realtà non si dice assolutamente nulla. L’idea di movimento non è altro che l’idea del trasporto di un oggetto da un luogo a un altro: non esiste movimento senza una direzione precisa, poiché un essere individuale non potrebbe muoversi contemporaneamente in tutti i sensi. In quale direzione, dunque, la materia si muove necessariamente? Tutta la materia ha forse un movimento uniforme, oppure ogni atomo possiede un movimento proprio? Secondo la prima ipotesi, l’universo intero dovrebbe formare una massa solida e indivisibile; secondo la seconda, dovrebbe essere solo un fluido disperso e incoerente, senza che sia mai possibile che due atomi si uniscano. In quale direzione avverrà questo movimento comune di tutta la materia? Sarà in linea retta, verso l’alto, verso il basso, a destra o a sinistra? Se ogni molecola di materia ha una sua direzione particolare, quali saranno le cause di tutte queste differenze? Se ogni atomo o molecola si muovesse soltanto attorno al proprio centro, nulla uscirebbe mai dal suo posto e non ci sarebbe alcun movimento condiviso; inoltre, anche questo movimento circolare dovrebbe essere determinato in una direzione precisa. Dare alla materia un movimento in modo astratto significa pronunciare parole prive di significato; darle invece un movimento definito significa ipotizzare una causa che lo determini. Più aumento il numero delle forze particolari, più devo spiegare nuove cause, senza mai riuscire a trovare un agente comune che le guidi. Lontano dall’immaginare un qualsiasi ordine nel concorso casuale degli elementi, non riesco nemmeno a concepire il loro “combattimento”; il caos dell’universo mi appare ancora più incomprensibile della sua armonia. Capisco che il meccanismo del mondo possa non essere comprensibile per l’intelletto umano; ma non appena qualcuno cerca di spiegarlo, deve necessariamente pronunciare parole che gli altri possano comprendere.
Se il movimento della materia mi dimostra una volontà, allora il movimento della materia secondo determinate leggi mi dimostra un’intelligenza: questa è la mia seconda convinzione profonda. Agire, confrontare, scegliere sono operazioni di un essere attivo e pensante; quindi tale essere esiste. Dove lo vedete esistere? Mi chiederete voi. Non solo nei cieli che ruotano, nell’astro che ci illumina; non solo in me stesso, ma anche nella pecora che pascola, nell’uccello che vola, nella pietra che cade, nella foglia portata via dal vento.
Valuto l’ordine del mondo, anche se ignoro la sua fine, perché per giudicarlo mi basta confrontare le sue parti tra loro, studiarne il reciproco rapporto e osservarne l’armonia complessiva. Non so perché l’universo esista; ma riesco comunque a comprendere in che modo sia strutturato: noto chiaramente la stretta correlazione che lega gli esseri che lo compongono, permettendo loro di aiutarsi reciprocamente. Sono come un uomo che veda per la prima volta un orologio aperto e non smette di ammirarne la complessità, anche se non conosce il suo funzionamento né ha mai visto il quadrante. Potrebbe dire: “Non so a cosa serva tutto questo; ma vedo chiaramente che ogni singola parte è stata creata per interagire con le altre; ammiro l’ingegnosità di chi l’ha costruito, e sono sicuro che tutti questi meccanismi agiscano insieme soltanto per uno scopo comune, che però mi è impossibile comprendere”.
Confrontiamo le finalità particolari, i mezzi e le relazioni ordinate di ogni specie, poi ascoltiamo il sentimento interno: quale spirito sano può rifiutarsi della sua testimonianza? A quali occhi non prevenuti l’ordine sensibile dell’universo non annuncia una suprema intelligenza? E quanti sofismi non bisogna accumulare per negare l’armonia degli esseri e il meraviglioso concorso di ogni parte nel mantenimento delle altre? Parlate pure di combinazioni e casualità; a che vi serve ridurmi al silenzio, se non riuscite a convincermi? E come potrete togliermi quel sentimento involontario che, contro la mia volontà, continua sempre a contraddire le vostre affermazioni? Se i corpi organizzati si sono combinati casualmente in mille modi prima di assumere forme stabili, se all’inizio si sono formati stomaci senza bocche, piedi senza teste, mani senza braccia, organi imperfetti di ogni tipo che sono periti perché incapaci di preservarsi, perché nessuno di questi tentativi informi colpisce più i nostri occhi? Perché la natura si è infine imposta leggi a cui prima non era soggetta? Non dovrei sorprendermi se qualcosa accade quando è possibile, e se la difficoltà dell’evento viene compensata dalla quantità dei fattori coinvolti; lo ammetto. Tuttavia, se qualcuno venisse a dirmi che caratteri tipografici proiettati casualmente hanno prodotto l’“Eneide” completamente organizzata, non mi degnerei nemmeno di muovermi per verificare questa menzogna. “Dimenticate”, mi direte, “la quantità dei fattori coinvolti”. Ma quanta di quella quantità devo supporre perché la combinazione possa sembrarmi plausibile? Per me, che ne vedo soltanto uno, ho l’infinito da scommettere contro un singolo elemento il cui prodotto non può essere il risultato del caso. Aggiungete pure che combinazioni e casualità non possono mai produrre risultati di natura diversa dagli elementi che si combinano; che l’organizzazione e la vita non possono derivare da un semplice insieme di atomi; che un chimico, anche combinando sostanze diverse, non riuscirà a farle “sentire” o “pensare” nel suo crogiolo.
J’ai lu Nieuwentit avec surprise, et presque avec scandale[421]. Comment cet homme a-t-il pu vouloir faire un livre des merveilles de la nature, qui montent la sagesse de son auteur ? Son livre serait aussi gros que le monde, qu’il n’aurait pas épuisé son sujet ; et sitôt qu’on veut entrer dans les détails, la plus grande merveille échappe, qui est l’harmonie et l’accord du tout. La seule génération des corps vivants et organisés est l’abîme de l’esprit humain ; la barrière insurmontable que la nature a mise entre les diverses espèces, afin qu’elles ne se confondissent pas, montre ses intentions avec la dernière évidence. Elle ne s’est pas contentée d’établir l’ordre, elle a pris des mesures certaines pour que rien ne pût le troubler.
Il n’y a pas un être dans l’univers qu’on ne puisse, à quelque égard, regarder comme le centre commun de tous les autres, autour duquel ils sont tous ordonnés, en sorte qu’ils sont tous réciproquement fins et moyens les uns relativement aux autres. L’esprit se confond et se perd dans cette infinité de rapports, dont pas un n’est confondu ni perdu dans la foule. Que d’absurdes suppositions pour déduire toute cette harmonie de l’aveugle mécanisme de la matière mue fortuitement ! Ceux qui nient l’unité d’intention qui se manifeste dans les rapports de toutes les parties de ce grand tout, ont beau couvrir leur galimatias d’abstractions, de coordinations, de principes généraux, de termes emblématiques ; quoi qu’ils fassent, il m’est impossible de concevoir un système d’êtres si constamment ordonnés, que je ne conçoive une intelligence qui l’ordonne. Il ne dépend pas de moi de croire que la matière passive et morte a pu produire des êtres vivants et sentants, qu’une fatalité aveugle a pu produire des êtres intelligents, que ce qui ne pense point a pu produire des êtres qui pensent.
Je crois donc que le monde est gouverné par une volonté puissante et sage ; je le vois, ou plutôt je le sens, et cela m’importe à savoir. Mais ce même monde est-il éternel ou créé ? Y a-t-il un principe unique des choses ? Y en a-t-il deux ou plusieurs ? Et quelle est leur nature ? Je n’en sais rien, et que m’importe. À mesure que ces connaissances me deviendront intéressantes, je m’efforcerai de les acquérir ; jusque-là je renonce à des questions oiseuses qui peuvent inquiéter mon amour-propre, mais qui sont inutiles à ma conduite et supérieures à ma raison.
Souvenez-vous toujours que je n’enseigne point mon sentiment, je l’expose. Que la matière soit éternelle ou créée, qu’il y ait un principe passif ou qu’il n’y en ait point ; toujours est-il certain que le tout est un, et annonce une intelligence unique ; car je ne vois rien qui ne soit ordonné dans le même système, et qui ne concoure à la même fin, savoir la conservation du tout dans l’ordre établi. Cet être qui veut et qui peut, cet être actif par lui-même, cet être enfin, quel qu’il soit, qui meut l’univers et ordonne toutes choses, je l’appelle Dieu. Je joins à ce nom les idées d’intelligence, de puissance, de volonté, que j’ai rassemblées, et celle de bonté qui en est une suite nécessaire ; mais je n’en connais pas mieux l’être auquel je l’ai donné ; il se dérobe également à mes sens et à mon entendement ; plus j’y pense, plus je me confonds ; je sais très certainement qu’il existe, et qu’il existe par lui-même : je sais que mon existence est subordonnée à la sienne, et que toutes les choses qui me sont connues sont absolument dans le même cas. J’aperçois Dieu partout dans ses oeuvres ; je le sens en moi, je le vois tout autour de moi ; mais sitôt que je veux le contempler en lui-même, sitôt que je veux chercher où il est, ce qu’il est, quelle est sa substance, il m’échappe et mon esprit troublé n’aperçoit plus rien.
Pénétré de mon insuffisance, je ne raisonnerai jamais sur la nature de Dieu, que je n’y sois forcé par le sentiment de ses rapports avec moi. Ces raisonnements sont toujours téméraires, un homme sage ne doit s’y livrer qu’en tremblant et sûr qu’il n’est pas fait pour les approfondir : car ce qu’il y a de plus injurieux à la Divinité n’est pas de n’y point penser, mais d’en mal penser.
Après avoir découvert ceux de ses attributs par lesquels je conçois mon existence, je reviens à moi, et je cherche quel rang j’occupe dans l’ordre des choses qu’elle gouverne, et que je puis examiner. Je me trouve incontestablement au premier par mon espèce ; car, par ma volonté et par les instruments qui sont en mon pouvoir pour l’exécuter, j’ai plus de force pour agir sur tous les corps qui m’environnent, ou pour me prêter ou me dérober comme il me plaît à leur action, qu’aucun d’eux n’en a pour agir sur moi malgré moi par la seule impulsion physique ; et, par mon intelligence, je suis le seul qui ait inspection sur le tout. Quel être ici-bas, hors l’homme, sait observer tous les autres, mesurer, calculer, prévoir leurs mouvements, leurs effets, et joindre, pour ainsi dire, le sentiment de l’existence commune à celui de son existence individuelle ? Qu’y a-t-il de si ridicule à penser que tout est fait pour moi, si je suis le seul qui sache tout rapporter à lui ?
Il est donc vrai que l’homme est le roi de la terre qu’il habite[422] ; car non seulement il dompte tous les animaux, non seulement il dispose des éléments par son industrie, mais lui seul sur la terre en sait disposer, et il s’approprie encore, par la contemplation, les astres mêmes dont il ne peut approcher. Qu’on me montre un autre animal sur la terre qui sache faire usage du feu, et qui sache admirer le soleil. Quoi ! je puis observer, connaître les êtres et leurs rapports ? je puis sentir ce que c’est qu’ordre, beauté, vertu ; je puis contempler l’univers, m’élever à la main qui le gouverne ; je puis aimer le bien, le faire ; et je me comparerais aux bêtes ! Ame abjecte, c’est ta triste philosophie qui te rend semblable à elles : ou plutôt tu veux en vain t’avilir, ton génie dépose contre tes principes, ton coeur bienfaisant dément ta doctrine, et l’abus même de tes facultés prouve leur excellence en dépit de toi.
Pour moi qui n’ai point de système à soutenir, moi, homme simple et vrai, que la fureur d’aucun parti n’entraîne et qui n’aspire point à l’honneur d’être chef de secte, content de la place où Dieu m’a mis, je ne vois rien, après lui, de meilleur que mon espèce ; et si j’avais choisir ma place dans l’ordre des êtres, que pourrais-je choisir de plus que d’être homme ?
Cette réflexion m’enorgueillit moins qu’elle ne me touche ; car cet état n’est point de mon choix, et il n’était pas dû au mérite d’un être qui n’existait pas encore. Puis-je me voir ainsi distingué sans me féliciter de remplir ce poste honorable, et sans bénir la main qui m’y a placé ? De mon premier retour sur moi naît dans mon coeur un sentiment de reconnaissance et de bénédiction pour l’auteur de mon espèce, et de ce sentiment mon premier hommage à la Divinité bienfaisante. J’adore la puissance suprême et je m’attendris sur ses bienfaits. Je n’ai pas besoin qu’on m’enseigne ce culte, il m’est dicté par la nature elle-même. N’est-ce pas une conséquence naturelle de l’amour de soi, d’honorer ce qui nous protège, et d’aimer ce qui nous veut du bien ?
Mais quand, pour connaître ensuite ma place individuelle dans mon espèce, j’en considère les divers rangs[423] et les hommes qui les remplissent, que deviens-je ? Quel spectacle ! Où est l’ordre que j’avais observé ? Le tableau de la nature ne m’offrait qu’harmonie et proportions, celui du genre humain ne m’offre que confusion, désordre ! Le concert règne entre les éléments, et les hommes sont dans le chaos ! Les animaux sont heureux, leur roi seul est misérable ! O sagesse, où sont tes lois ? O Providence, est-ce ainsi que tu régis le monde ? Être bienfaisant, qu’est devenu ton pouvoir ? Je vois le mal sur la terre.
I read Nieuwentit with surprise—and almost with scandal[421]. How could such a man have wished to write a book about the wonders of nature, which only serve to highlight the wisdom of their author? Even if his book were as vast as the world itself, it would still fall short of encompassing all these wonders; and whenever one attempts to delve into the details, the greatest marvel of all eludes us—namely, the harmony and unity that underlie everything. The very existence of living, organized organisms represents the profound depths of the human mind; the insurmountable barriers that nature has established between different species, to prevent them from mixing together, clearly demonstrate its intentions with utmost clarity. Nature has not merely established order; it has also taken concrete measures to ensure that nothing can disturb that order.
There is not a single being in the universe that one cannot, in some way or other, regard as the common center around which all others are arranged; in such a way that they are all mutually purposeful and instrumental relative to each other. The mind becomes lost and confused in this infinite web of relationships, not one of which is lost or obscured within it. What absurd assumptions are required to derive all this harmony from the blind mechanism of matter moving by chance! Those who deny the unity of purpose that manifests itself in the relationships between all parts of this great whole—no matter how they try to cover up their nonsense with abstractions, coordinations, general principles, or symbolic terms—however much they may do, it is impossible for me to conceive a system of beings so constantly organized without also conceiving an intelligence that brings about that order. It is not up to me to believe that passive and dead matter could give rise to living and sentient beings; that some blind fate could produce intelligent creatures; that what does not think at all could give birth to beings that do think.
I therefore believe that the world is governed by a powerful and wise will; I see it, or rather, I sense it, and it is important for me to know this. But is this very world eternal, or was it created? Is there one single principle underlying all things? Or are there two or more principles? And what is their nature? I do not know, and it matters little to me. As these knowledge become of interest to me, I will endeavor to acquire them; until then, I renounce such futile questions that may disturb my self-respect, but which are useless for guiding my actions and beyond the grasp of my reason.
Always remember that I do not teach my feelings; I merely expose them. Whether matter is eternal or created, whether there is a passive principle or not, it is certain that the whole is one and indicates a single intelligence. For I see nothing that is not organized within the same system and does not contribute to the same end—namely, the preservation of the whole in its established order. This being that wills and that can, this being active in itself, this being—whatever it may be—that moves the universe and ordains all things, I call God. To this name I attach the concepts of intelligence, power, and will, which I have gathered together, as well as the concept of goodness, which is a necessary consequence thereof; yet I do not know any better about the being to whom I have given this name. It eludes both my senses and my understanding; the more I think about it, the more confused I become. I am very certain that it exists—and that it exists by itself. I know that my own existence is subordinate to its existence, and that all things that are known to me are in exactly the same situation. I perceive God everywhere in his works; I feel him within me, I see him all around me; but whenever I try to contemplate him in himself, whenever I attempt to discover where he is, what he is, what his essence is, he eludes me, and my troubled mind can perceive nothing at all.
Convinced of my own inadequacy, I will never attempt to reason about the nature of God, unless compelled to do so by the awareness of His relationship to me. Such reasoning is always presumptuous; a wise man should engage in it only with trembling and in the knowledge that he is not destined to pursue it further. For what could be more offensive to Divinity than not to think about It at all—let alone to think of It in a wrong way?
After discovering those aspects of my nature through which I understand my own existence, I turn my attention inward and seek to determine what place I occupy within the order of things that it governs and that I can examine. Undoubtedly, I am at the forefront in my own species; for through my will and the means at my disposal to carry it out, I possess more power than any other being to act upon all those surrounding me—or to either utilize their influence or resist it as I please. Moreover, through my intelligence, I am the sole one who possesses the ability to comprehend the whole of this realm. What being on earth, apart from man, is capable of observing all others, measuring and calculating their movements and effects, and thus integrating the perception of their collective existence with that of his own individual existence? What is so ridiculous about the idea that everything exists for my benefit, if I am the only one who knows how to relate it all to myself?
It is therefore true that man is the king of the earth on which he lives[422]; for not only does he dominate all animals, not only does he harness the elements through his ingenuity, but he alone on earth knows how to make use of them. Moreover, by means of contemplation, he even comes to understand the stars themselves, though he cannot approach them. Show me another animal on earth that can make use of fire or that is capable of admiring the sun! How so? I can observe and understand beings and their relationships; I can perceive what order, beauty, and virtue are; I can contemplate the universe and lift my gaze toward the hand that governs it; I can love the good and pursue it. And yet, would I compare myself to beasts?! Wretched soul, it is your pitiful philosophy that makes you resemble them; or rather, you vainly attempt to degrade yourself. Your intellect rebels against your own principles; your kind-hearted heart denies the truth of your doctrines; and even the misuse of your faculties proves their excellence, despite you.
For me, who possess no system to defend, who am but a simple and genuine man, unled by the fury of any party and seeking neither the honor of leading a sect, but content with the place that God has assigned me, I see nothing in this world superior to my own condition. And if I were to choose my place in the order of beings, what could I possibly desire more than to be human?
This thought fills me with less pride than it moves me to emotion; for this state is not of my own choosing, nor was it earned by the merits of a being that did not yet exist. How can I regard myself as distinguished in this way without rejoicing at occupying such an honorable position, and without blessing the hand that placed me there? Upon first reflecting upon myself, a sense of gratitude and praise arises in my heart toward the Creator of my existence, and from this feeling comes my first act of worship toward the benevolent Deity. I adore the supreme power and am filled with reverence for its benefits. I need no one to teach me this worship; it is dictated to me by nature itself. Is not this a natural consequence of self-love—to honor that which protects us, and to love that which wishes us well?
But when, in order to understand my own place within my species, I consider its various ranks[423] and the people who occupy them, what do I find? What a spectacle! Where is the order that I had observed before? The picture of nature presented only harmony and proportion; yet the picture of humanity shows nothing but confusion and disorder! Harmony reigns among the elements, but humans are plunged into chaos! Animals are happy—only their king is miserable! O Wisdom, where are your laws? O Providence, is this how you govern the world? Benevolence, what has become of your power? I see evil everywhere on earth.
Ho letto “Nieuwentit” con sorpresa, e quasi con scandalo[421]. Come ha potuto quest’uomo voler scrivere un libro sulle meraviglie della natura, che esaltano la saggezza del suo autore? Il suo libro sarebbe grande quanto il mondo stesso, eppure non riuscirebbe mai a esaurire l’argomento; e non appena si cerca di entrare nei dettagli, sfugge la meraviglia più grande di tutte: l’armonia e l’accordo del tutto. La sola generazione dei corpi viventi e organizzati rappresenta l’abisso dell’intelletto umano; la barriera insormontabile che la natura ha posto tra le diverse specie, affinché queste non si confondessero, dimostra con chiarezza le sue intenzioni. Non si è limitata a stabilire un ordine: ha preso misure precise per impedire che nulla lo disturbasse.
Non esiste nell’universo un essere che non si possa, in qualche modo, considerare il centro comune di tutti gli altri, attorno al quale essi sono tutti disposti in modo tale da essere reciprocamente fini e mezzi l’uno rispetto all’altro. Lo spirito si confonde e si perde in questa infinità di relazioni, nessuna delle quali, tuttavia, rimane confusa o perduta nella loro moltitudine. Quante assurde supposizioni sono necessarie per dedurre tutta questa armonia dal meccanismo cieco della materia che si muove casualmente! Coloro che negano l’unità di intento che si manifesta nelle relazioni tra tutte le parti di questo grande tutto, per quanto possano coprire il loro discorso confuso con astrazioni, coordinazioni, principi generali e termini simbolici, non riescono comunque a spiegare come un sistema di esseri così costantemente ordinati possa esistere senza l’intervento di un’intelligenza che lo organizzi. Non dipende da me credere che la materia passiva e morta sia stata in grado di generare esseri viventi e sensibili, che una fatalità cieca abbia potuto produrre esseri intelligenti, che ciò che non pensa possa dare vita a esseri capaci di pensare.
Credo quindi che il mondo sia governato da una volontà potente e saggia; la vedo, o meglio la percepisco, e questo è importante per me saperlo. Ma è questo stesso mondo eterno o creato? Esiste un principio unico di tutte le cose? Ne esistono due o più? E qual è la loro natura? Non lo so, e che importanza ha? Man mano che queste conoscenze diventeranno interessanti per me, mi sforzerò di acquisirle; fino ad allora rinuncio a domande inutili che potrebbero turbare il mio orgoglio, ma che sono prive di significato per la mia condotta e al di là della portata della mia ragione.
Ricordate sempre che io non insegno i miei sentimenti, ma li espongo semplicemente. Che la materia sia eterna o creata, che esista un principio passivo o che non ne esista alcuno; è comunque certo che il tutto è uno e indica l’esistenza di un’intelligenza unica. Non vedo nulla infatti che non sia ordinato secondo lo stesso sistema e che non contribuisca allo stesso scopo: la conservazione del tutto nell’ordine stabilito. Questo essere che vuole e che può, questo essere attivo per sua stessa natura, questo essere, qualunque esso sia, che muove l’universo e ordina tutte le cose, lo chiamo Dio. Aggiungo a questo nome le idee di intelligenza, potenza e volontà, che ho raccolto, nonché quella di bontà, che ne è una conseguenza necessaria; ma non conosco meglio l’essere a cui ho attribuito questi attributi. Si nasconde sia ai miei sensi che alla mia ragione; più ci penso, più mi confondo. So con certezza che esiste, e che esiste per sé stesso; so anche che la mia esistenza è subordinata alla sua, e che tutte le cose che conosco si trovano nella stessa condizione. Vedo Dio ovunque nelle sue opere; lo sento in me stesso, lo vedo intorno a me. Ma non appena cerco di contemplarlo in se stesso, non appena cerco di scoprire dove sia, cosa sia, quale sia la sua essenza, mi sfugge. E la mia mente, confusa, non riesce più a comprendere nulla.
Consapevole della mia insufficienza, non ragionerò mai sulla natura di Dio, se non costretto dal sentimento dei suoi rapporti con me. Tali riflessioni sono sempre temerarie; un uomo saggio dovrebbe dedicarvisi solo con timore, convinto di non essere adatto a approfondirle. Infatti, ciò che è più offensivo per la Divinità non è il non pensarci affatto, ma pensarci in modo errato.
Dopo aver scoperto quali sono gli attributi grazie ai quali concepisco la mia esistenza, torno su me stesso e cerco di capire quale posizione occupo nell’ordine delle cose che essa governa e che posso esaminare. Mi trovo indubbiamente al primo posto per la mia specie; infatti, con la mia volontà e gli strumenti a mia disposizione per attuarla, ho più potere di qualsiasi altro essere per agire su tutti i corpi che mi circondano, o per assumerne o sottrarmene l’azione a mio piacimento; nessun altro, invece, può agire su di me contro la mia volontà, attraverso semplici forze fisiche. Inoltre, grazie alla mia intelligenza, sono l’unico che possiede la capacità di comprendere il tutto nel suo insieme. Qual essere al mondo, all’infuori dell’uomo, è in grado di osservare tutti gli altri esseri, di misurarli, di calcolarne i movimenti e gli effetti, e di unire, per così dire, la consapevolezza della propria esistenza individuale a quella dell’esistenza comune? Che cosa c’è di ridicolo nel pensare che tutto sia fatto per me, se sono l’unico che sa collegare ogni cosa a sé stesso?
È quindi vero che l’uomo è il re della terra su cui vive[422]; non solo domina tutti gli animali, non solo dispone degli elementi grazie alla sua ingegnosità, ma è l’unico ad essere in grado di utilizzare al meglio le risorse della terra e, attraverso la contemplazione, anche delle stelle a cui non può avvicinarsi. Mostratemi un altro animale sulla terra che sappia utilizzare il fuoco o ammirare il sole. Io posso osservare, conoscere gli esseri e i loro rapporti; posso percepire cosa significhino ordine, bellezza, virtù; posso contemplare l’universo, elevarmi verso la forza che lo governa; posso amare il bene e agire secondo esso. Eppure mi paragonerei alle bestie! Oh anima meschina, è proprio questa tua triste filosofia a renderti simile a loro. O meglio: tenti invano di umiliarti; il tuo ingegno si ribella ai tuoi principi, il tuo cuore benevolo smentisce le tue dottrine. E persino l’abuso delle tue facoltà dimostra la loro eccellenza, nonostante te.
Per me, che non ho alcun sistema da difendere, io, uomo semplice e sincero, per il quale la furia di nessuna fazione rappresenta una tentazione e che non aspiro affatto all’onore di essere a capo di una setta, contento della posizione che Dio mi ha assegnato, non vedo nulla, dopo Dio stesso, di meglio della mia condizione umana; e se dovessi scegliere il mio posto nell’ordine degli esseri, cosa potrei desiderare di più se non essere un uomo?
Questo pensiero non mi riempie di orgoglio quanto di commozione; poiché tale stato non è frutto della mia scelta, né deriva dai meriti di un essere che ancora non esisteva. Come posso considerarmi così privilegiato senza rallegrarmi di occupare questa nobile posizione, e senza ringraziare la mano che me l’ha concessa? Non appena rifletto su me stesso, nel mio cuore nasce un sentimento di gratitudine e di benedizione verso colui che ha creato la mia specie; da questo sentimento deriva il mio primo omaggio alla Divinità benevola. Amo il potere supremo e mi commuovo davanti ai suoi benefici. Non ho bisogno che qualcuno mi insegni questo culto: esso mi viene dettato dalla stessa natura. Non è forse una conseguenza naturale dell’amore di sé onorare ciò che ci protegge e amare ciò che ci vuole bene?
Ma quando, per comprendere poi il mio ruolo individuale all’interno della mia specie, considero i diversi ranghi che essa presenta e gli uomini che li occupano, cosa divento io? Che spettacolo. Dove è l’ordine che avevo osservato in natura? Il quadro della natura mi offriva soltanto armonia e proporzioni; quello dell’umanità, invece, solo confusione e disordine. Tra gli elementi regna l’armonia, mentre gli uomini vivono nel caos. Gli animali sono felici; solo il loro re è misero. O saggezza, dove sono le tue leggi? O Provvidenza, è davvero così che governi il mondo? Essere benevoli, cosa ne è stato del tuo potere? Io vedo il male sulla terra.
Croiriez-vous, mon bon ami, que de ces tristes réflexions et de ces contradictions apparentes se formèrent dans mon esprit les sublimes idées de l’âme, qui n’avaient point jusque-là résulté de mes recherches ? En méditant sur la nature de l’homme, j’y crus découvrir deux principes distincts, dont l’un l’élevait à l’étude des vérités éternelles, à l’amour de la justice et du beau moral, aux régions du monde intellectuel dont la contemplation fait les délices du sage, et dont l’autre le ramenait bassement en lui-même, l’asservissait à l’empire des sens, aux passions qui sont leurs ministres, et contrariait par elles tout ce que lui inspirait le sentiment du premier[424]. En me sentant entraîné, combattu par ces deux mouvements contraires je me disais : Non, l’homme n’est point un : je veux et je ne veux pas, je me sens à la fois esclave et libre ; je vois le bien, je l’aime, et je fais le mal ; je suis actif quand j’écoute la raison, passif quand mes passions m’entraînent ; et mon pire tourment quand je succombe est de sentir que j’ai pu résister.
Jeune homme, écoutez avec confiance, je serai toujours de bonne foi. Si la conscience est l’ouvrage des préjugés, j’ai tort, sans doute, et il n’y a point de morale démontrée ; mais si se préférer à tout est un penchant naturel à l’homme, et si pourtant le premier sentiment de la justice est inné dans le coeur humain, que celui qui fait de l’homme un être simple lève ces contradictions, et je ne reconnais plus qu’une substance.
Vous remarquerez que, par ce mot de substance, j’entends en général l’être doué de quelque qualité primitive, et abstraction faite de toutes modifications particulières ou secondaires. Si donc toutes les qualités primitives qui nous sont connues peuvent se réunir dans un même être, on ne doit admettre qu’une substance ; mais s’il y en a qui s’excluent mutuellement, il y a autant de diverses substances qu’on peut faire de pareilles exclusions. Vous réfléchirez sur cela ; pour moi, je n’ai besoin, quoi qu’en dise Locke, de connaître la matière que comme étendue et divisible, pour être assuré qu’elle ne peut penser ; et quand un philosophe viendra me dire que les arbres sentent et que les roches pensent[425], il aura beau m’embarrasser dans ses arguments subtils, je ne puis voir en lui qu’un sophiste de mauvaise foi, qui aime mieux donner le sentiment aux pierres que d’accorder une âme à l’homme.
Supposons un sourd qui nie l’existence des sons, parce qu’ils n’ont jamais frappé son oreille. Je mets sous ses yeux un instrument à corde, dont je fais sonner l’unisson par un autre instrument caché : le sourd voit frémir la corde ; je lui dis : C’est le son qui fait cela. Point du tout, répond-il ; la cause du frémissement de la corde est en elle-même ; c’est une qualité commune à tous les corps de frémir ainsi. Montrez-moi donc, reprends-je, ce frémissement dans les autres corps, ou du moins sa cause dans cette corde. Je ne puis, réplique le sourd ; mais, parce que je ne conçois pas comment frémit cette corde, pourquoi faut-il que j’aille expliquer cela par vos sons, dont je n’ai pas la moindre idée ? C’est expliquer un fait obscur par une cause encore plus obscure. Ou rendez-moi vos sons sensibles, ou je dis qu’ils n’existent pas.
Plus je réfléchis sur la pensée et sur la nature de l’esprit humain, plus je trouve que le raisonnement des matérialistes ressemble à celui de ce sourd. Ils sont sourds, en effet, à la voix intérieure qui leur crie d’un ton difficile à méconnaître : Une machine ne pense point, il n’y a ni mouvement ni figure qui produise la réflexion : quelque chose en toi cherche à briser les liens qui le compriment ; l’espace n’est pas ta mesure, l’univers entier n’est pas assez grand pour toi : tes sentiments, tes désirs, ton inquiétude, ton orgueil même, ont un autre principe que ce corps étroit dans lequel tu te sens enchaîné.
Nul être matériel n’est actif par lui-même, et moi je le suis. On a beau me disputer cela, je le sens, et ce sentiment qui me parle est plus fort que la raison qui le combat. J’ai un corps sur lequel les autres agissent et qui agit sur eux ; cette action réciproque n’est pas douteuse ; mais ma volonté est indépendante de mes sens ; je consens ou je résiste, je succombe ou je suis vainqueur, et je sens parfaitement en moi-même quand je fais ce que j’ai voulu faire, ou quand je ne fais que céder à mes passions. J’ai toujours la puissance de vouloir, non la force d’exécuter. Quand je me livre aux tentations, j’agis selon l’impulsion des objets externes. Quand je me reproche cette faiblesse, je n’écoute que ma volonté ; je suis esclave par mes vices, et libre par mes remords ; le sentiment de ma liberté ne s’efface en moi que quand je me déprave, et que j’empêche enfin la voix de l’âme de s’élever contre la loi du corps.
Je ne connais la volonté que par le sentiment de la mienne, et l’entendement ne m’est pas mieux connu. Quand on me demande quelle est la cause qui détermine ma volonté, je demande à mon tour quelle est la cause qui détermine mon jugement : car il est clair que ces deux causes n’en font qu’une ; et si l’on comprend bien que l’homme est actif dans ses jugements, que son entendement n’est que le pouvoir de comparer et de juger, on verra que sa fierté n’est qu’un pouvoir semblable, ou dérivé de celui-là ; il choisit le bon comme il a jugé le vrai ; s’il juge faux, il choisit mal. Quelle est donc la cause qui détermine sa volonté ? C’est son jugement. Et quelle est la cause qui détermine son jugement ? C’est sa faculté intelligente, c’est sa puissance de juger ; la cause déterminante est en lui-même. Passé cela, je n’entends plus rien.
Sans doute je ne suis pas libre de ne pas vouloir mon propre bien, je ne suis pas libre de vouloir mon mal ; mais ma liberté consiste en cela même que je ne puis vouloir que ce qui m’est convenable, ou que j’estime tel, sans que rien d’étranger à moi me détermine. S’ensuit-il que je ne sois pas mon maître, parce que je ne suis pas le maître d’être un autre que moi ?
Le principe de toute action est dans la volonté d’un être libre ; on ne saurait remonter au-delà. Ce n’est pas le mot de liberté qui ne signifie rien, c’est celui de nécessité. Supposer quelque acte, quelque effet qui ne dérive pas d’un principe actif, c’est vraiment supposer des effets sans cause, c’est tomber dans le cercle vicieux. Ou il n’y a point de première impulsion, ou toute première impulsion n’a nulle cause antérieure, et il n’y a point de véritable volonté sans liberté. L’homme est donc libre dans ses actions, et, comme tel, animé d’une substance immatérielle, c’est mon troisième article de foi. De ces trois premiers vous déduirez aisément tous les autres, sans que je continue à les compter.
Would you believe, my good friend, that it was from these sad reflections and these apparent contradictions that in my mind arose those sublime ideas concerning the nature of the soul—which had not previously resulted from any of my own inquiries? In contemplating the nature of man, I believed I had discovered two distinct principles: one that elevated him towards the pursuit of eternal truths, towards love for justice and noble morality, towards those realms of the intellectual world whose contemplation brings joy to the wise; and the other that brought him down into self-centeredness, enslaving him to the dominion of the senses and passions, and causing him to act against everything inspired by the first principle[424]. Feeling myself torn apart by these opposing forces, I would say to myself: “No, man is not one unified being; I want to do this and yet I refuse to do it; I feel both enslaved and free at the same time; I see what is right and love it, yet I commit wrongs; I am active when I follow reason, but passive when my passions drive me forward; and my greatest torment is realizing that I could have resisted.”
Young man, listen to me with confidence; I will always be honest and sincere. If conscience is the product of prejudice, then I am undoubtedly in error, and there is no such thing as demonstrable morality. But if placing oneself above everything else is a natural inclination of human nature, and if the first sense of justice is innate in the human heart, then let him who considers man a simple being resolve these contradictions—and I shall recognize only one essence.
You will notice that by the term “substance,” I generally mean something that possesses some primitive quality, abstracting from all particular or secondary modifications. Therefore, if all the primitive qualities that we know of can be attributed to a single being, then there can only be one substance; but if some of these qualities exclude each other, then there are as many different substances as such exclusions are possible. You should reflect on this. For my part, regardless of what Locke may say, I need merely to understand matter in terms of its extension and divisibility in order to be certain that it cannot think. And when some philosopher comes to tell me that trees can feel and rocks can think[425], no matter how sophisticated his arguments may be, I see in him nothing but a dishonest sophist who would rather attribute sensations to stones than grant a soul to humans.
Suppose there is a deaf person who denies the existence of sounds, because they have never reached his ears. I place a stringed instrument before him and make it produce sound with the help of another hidden instrument; the deaf person sees the string vibrating. I tell him: “It is the sound that causes this.” “Not at all,” he replies; “the cause of the string’s vibration lies within itself; it is simply a property common to all vibrating objects.” “Then show me,” I insist, “this vibration in other objects, or at least its cause in this particular string.” “I cannot,” the deaf person responds; “but since I cannot understand how this string vibrates, why should I try to explain it through sounds of which I have no conception at all? That would be explaining something obscure with an even more obscure cause. Either make your sounds perceptible to me, or I declare they do not exist at all.”
The more I reflect on thought and the nature of the human mind, the more I realize that the reasoning of materialists resembles that of this deaf man. Indeed, they are deaf to the inner voice that cries out to them in a tone that is impossible to ignore: A machine does not think; there is no movement or form that can give rise to reflection. Something within you strives to break free from the bonds that constrain it; space is not your measure, and not even the entire universe is large enough for you. Your emotions, your desires, your anxiety, and even your pride are governed by principles other than those of this narrow body in which you feel imprisoned.
No material being is active in its own right; I, however, am. Despite what others may say against this, I feel it myself, and this feeling within me is stronger than the reason that tries to oppose it. I possess a body upon which others act, and which in turn acts upon them; this mutual influence is undeniable. Yet my will is independent of my senses—I can consent or resist, succumb or prevail. I am fully aware of what I choose to do, whether it is acting according to my own will or simply yielding to my passions. I always possess the power to will, but not necessarily the strength to carry out my desires. When I give in to temptations, I act under the influence of external stimuli. But when I reproach myself for this weakness, I listen only to my will. I am a slave to my vices, and free through my remorse. The sense of my own freedom vanishes within me only when I degenerate completely, when I finally silence the voice of my soul against the laws of my body.
I know what will is only through the perception of my own will; as for understanding, it is no less obscure to me. When someone asks what causes my will, I in turn ask what causes my judgment—for it is clear that these two causes are essentially one and the same. If one truly understands that man is active in his judgments, and that his understanding is merely the ability to compare and judge, then it becomes evident that his “pride” is but a similar capacity, or one derived from that ability. He chooses what is good precisely because he has judged what is true; if he judges wrongly, he chooses poorly. So, what is the cause that determines his will? It is his judgment. And what is the cause that determines his judgment? It is his intellectual faculty, his power to judge—the decisive factor lies within him. Beyond this, I see nothing further.
Perhaps I am not free from desiring my own good; perhaps I am not free from wishing for my own harm. But my freedom lies precisely in the fact that I can only desire what is suitable for me, or what I consider to be such, without any external influence determining my choices. Does this mean that I am not my own master, just because I cannot control what makes me someone other than myself?
The principle of all action lies in the will of a free being; one cannot go any further than that. It is not the word “freedom” that is meaningless, but rather the word “necessity.” To assume that some act or effect arises without a causal principle is to suppose effects without causes, which leads into a vicious circle. Either there is no initial impulse at all, or every initial impulse has no prior cause; and there can be no true will without freedom. Therefore, man is free in his actions, and as such, endowed with an immaterial substance—this is my third article of faith. From these three fundamental principles, you can easily derive all others, without my needing to list them further.
Crederebbe davvero, mio caro amico, che da queste tristi riflessioni e da queste apparenti contraddizioni siano nate nella mia mente quelle sublimi idee dell’anima che, fino ad allora, non erano emerse dalle mie ricerche? Meditando sulla natura umana, credetti di scoprirvi due principi distinti: uno che la elevava allo studio delle verità eterne, all’amore della giustizia e del bello morale, verso quelle regioni del mondo intellettuale la cui contemplazione è il vero piacere del saggio; l’altro invece che la riduceva a livelli bassi, asservendola al dominio dei sensi e delle passioni, e contrastando con esse tutto ciò che il primo principio le ispirava[424]. Sentendomi trascinato e combattuto da questi due opposti impulsi, mi dicevo: “No, l’uomo non è un essere unitario; voglio una cosa e ne voglio un’altra allo stesso tempo; mi sento sia schiavo che libero; vedo il bene, lo amo, eppure compio il male; sono attivo quando ascolto la ragione, passivo quando le mie passioni mi guidano. E il mio più grande tormento è rendersi conto di aver potuto resistere”.
Giovane uomo, ascoltate con fiducia: sarò sempre sincero e onesto. Se la coscienza è il prodotto dei pregiudizi, allora ho sicuramente torto, e non esiste alcuna morale dimostrata; ma se preferire qualcosa a tutto rappresenta un istinto naturale nell’uomo, e se il primo sentimento di giustizia è innato nel cuore umano, allora chi rende l’uomo un essere semplice risolve queste contraddizioni. E in quel caso, non riconosco più che una sola realtà.
Noterete che, con questo termine di “sostanza”, intendo in generale l’essere dotato di qualche qualità primitiva, prescindendo da tutte le modifiche particolari o secondarie. Pertanto, se tutte le qualità primitive che ci sono note possono riunirsi in un unico essere, dobbiamo ammettere l’esistenza di una sola sostanza; ma se alcune di queste qualità si escludono a vicenda, allora esisteranno tante sostanze diverse quante saranno le possibili combinazioni di tali esclusioni. Rifletteteci bene: per quanto ne dica Locke, a me basta conoscere la materia soltanto come estensione e divisibile per essere certo che essa non può pensare; e quando un filosofo verrà a dirmi che gli alberi sentono e che le rocce pensano[425], per quanto possa complicarmi con argomentazioni sofisticate, vedrò in lui soltanto uno sofista di cattiva fede, che preferisce attribuire sentimenti alle pietre piuttosto che riconoscere un’anima all’uomo.
Supponiamo un sordo che neghi l’esistenza dei suoni, perché questi non hanno mai raggiunto le sue orecchie. Gli mostro uno strumento a corde e faccio suonare un tasto con un altro strumento nascosto: il sordo vede la corda tremare; gli dico: “È il suono che provoca questo fenomeno”. “Assolutamente no”, risponde lui; “la causa del tremore della corda è intrinseca a essa stessa; è una qualità comune a tutti i corpi quella di tremare in questo modo”. “Allora mostratemi, dico io, questo tremore negli altri corpi, o almeno la sua causa in questa corda”, replico. “Non posso farlo”, risponde il sordo; “ma poiché non riesco a comprendere come questa corda possa tremare, perché dovrei cercare di spiegarlo con i suoni di cui non ho la minima idea? Significherebbe spiegare un fatto oscuro con una causa ancora più oscura. O rendete i vostri suoni percepibili, o affermo che non esistono affatto”.
Più rifletto sul pensiero e sulla natura dell’intelligenza umana, più mi rendo conto che il ragionamento dei materialisti assomiglia a quello di quel sordo. Infatti, essi sono sordi alla voce interiore che loro grida in un tono difficile da ignorare: una macchina non pensa; non esiste alcun movimento o forma che possa generare il pensiero. Qualcosa dentro di te cerca di spezzare i legami che ti opprimono; lo spazio non è la tua misura, l’universo intero non è abbastanza grande per te. I tuoi sentimenti, i tuoi desideri, la tua inquietudine, persino il tuo orgoglio hanno una natura diversa da quella di questo corpo ristretto in cui ti senti incatenato.
Nessun essere materiale è attivo di per sé stesso, mentre io lo sono. Anche se qualcuno potrebbe contestarlo, io lo sento chiaramente; questo sentimento che mi parla è più forte della ragione che cerca di opporglisi. Ho un corpo su cui gli altri agiscono e che a sua volta agisce su di loro; questa azione reciproca è innegabile. Tuttavia, la mia volontà è indipendente dai miei sensi: posso consentire o resistere, soccombere o vincere, e percepisco perfettamente in me stesso quando faccio ciò che ho voluto fare, oppure quando mi arrendo semplicemente alle mie passioni. Ho sempre la capacità di voler, ma non la forza di agire. Quando mi lascio tentare, agisco seguendo l’impulso degli oggetti esterni; quando mi rimprovero questa debolezza, ascolto soltanto la mia volontà. Sono schiavo dei miei vizi, e libero dai miei rimorsi. Il sentimento della mia libertà scompare in me solo quando mi depravo, quando finalmente impedisco alla voce dell’anima di ergersi contro la legge del corpo.
Conosco la mia volontà soltanto attraverso il sentimento che essa suscita in me; quanto al mio intelletto, non ne ho una conoscenza altrettanto chiara. Quando mi si chiede quale sia la causa che determina la mia volontà, io rispondo che è la stessa causa che determina il mio giudizio: infatti è evidente che queste due facoltà costituiscono in realtà una sola entità. Se si comprende bene che l’uomo è attivo nei propri giudizi, e che il proprio intelletto non è altro che la capacità di confrontare e valutare le cose, allora si vedrà che anche la sua volontà deriva da questa stessa capacità; sceglie ciò che ritiene giusto, proprio come ha ritenuto vero. Se sbaglia nel giudizio, sceglie male. Quindi, qual è la causa che determina la sua volontà? È il suo giudizio stesso. E quale è la causa che determina questo giudizio? È la sua facoltà intellettiva, cioè la sua capacità di ragionare e giudicare; la causa decisiva risiede quindi in lui stesso. Oltre a ciò, non riesco più a comprendere nulla.
Senza dubbio, non sono libero dal desiderare il mio bene, né libero dal voler il mio male; ma la mia libertà consiste proprio nel fatto che posso desiderare soltanto ciò che mi è conveniente o che ritengo tale, senza che nulla di estraneo a me influisca sulla mia volontà. Ne consegue forse che non sia padrone di me stesso, solo perché non sono in grado di decidere di essere qualcun altro diverso da me?
Il principio di ogni azione risiede nella volontà di un essere libero; non si può andare oltre questo principio. Non è la parola “libertà” a non significare nulla, ma quella “necessità”. Supporre che qualche atto o effetto derivi da un principio passivo significa davvero supporre effetti senza causa, cioè cadere in un circolo vizioso. O non esiste alcuna spinta iniziale, oppure ogni spinta iniziale è priva di una causa precedente; e non esiste vera volontà senza libertà. L’uomo è quindi libero nelle sue azioni, e, in quanto tale, animato da una sostanza immateriale: questa è la mia terza dottrina di fede. Da queste tre premesse potrete facilmente dedurre tutte le altre, senza che io debba continuare a elencarle.
Si l’homme est actif et libre, il agit de lui-même ; tout ce qu’il fait librement n’entre point dans le système ordonné de la Providence, et ne peut lui être imputé. Elle ne veut point le mal que fait l’homme, en abusant de la liberté qu’elle lui donne ; mais elle ne l’empêche pas de le faire, soit que de la part d’un être si faible ce mal soit nul à ses yeux, soit qu’elle ne pût l’empêcher sans gêner sa liberté et faire un mal plus grand en dégradant sa nature. Elle l’a fait libre afin qu’il fît non le mal, mais le bien par choix. Elle l’a mis en état de faire ce choix en usant bien des facultés dont elle l’a doué ; mais elle a tellement borné ses forces, que l’abus de la liberté qu’elle lui laisse ne peut troubler l’ordre général. Le mal que l’homme fait retombe sur lui sans rien changer au système du monde, sans empêcher que l’espèce humaine elle-même ne se conserve malgré qu’elle en ait. Murmurer de ce que Dieu ne l’empêche pas de faire le mal, c’est murmurer de ce qu’il la fit d’une nature excellente, de ce qu’il mit à ses actions la moralité qui les ennoblit, de ce qu’il lui donna droit à la vertu. La suprême jouissance est dans le contentement de soi-même ; c’est pour mériter ce contentement que nous sommes placés sur la terre et doués de la liberté, que nous sommes tentés par les passions et retenus par la conscience. Que pouvait de plus en notre faveur la puissance divine elle-même ? Pouvait-elle mettre de la contradiction dans notre nature et donner le prix d’avoir bien fait à qui n’eut pas le pouvoir de mal faire ? Quoi ! pour empêcher l’homme d’être méchant, fallait-il le borner à l’instinct et le faire bête ? Non, Dieu de mon âme, je ne te reprocherai jamais de l’avoir faite à ton image, afin que je pusse être libre, bon et heureux comme toi.
C’est l’abus de nos facultés qui nous rend malheureux et méchants. Nos chagrins, nos soucis, nos peines, nous viennent de nous. Le mal moral est incontestablement notre ouvrage, et le mal physique ne serait rien sans nos vices, qui nous l’ont rendu sensible. N’est-ce pas pour nous conserver que la nature nous fait sentir nos besoins ? La douleur du corps n’est-elle pas un signe que la machine se dérange, et un avertissement d’y pourvoir ? La mort… Les méchants n’empoisonnent-ils pas leur vie et la nôtre ? Qui est-ce qui voudrait toujours vivre ? La mort est le remède aux maux que vous vous faites ; la nature a voulu que vous ne souffrissiez pas toujours. Combien l’homme vivant dans la simplicité primitive est sujet à peu de maux ! Il vit presque sans maladies ainsi que sans passions, et ne prévoit ni ne sent la mort ; quand il la sent, ses misères la lui rendent désirable : dès lors elle n’est plus un mal pour lui. Si nous nous contentions d’être ce que nous sommes, nous n’aurions point à déplorer notre sort ; mais pour chercher un bien-être imaginaire, nous nous donnons mille maux réels. Qui ne sait pas supporter un peu de souffrance doit s’attendre à beaucoup souffrir. Quand on a gâté sa constitution par une vie déréglée, on la veut rétablir par des remèdes ; au mal qu’on sent on ajoute celui qu’on craint ; la prévoyance de la mort la rend horrible et l’accélère ; plus on la veut fuir, plus on la sent ; et l’on meurt de frayeur durant toute sa vie, en murmurant contre la nature des maux qu’on s’est faits en l’offensant.
Homme, ne cherche plus l’auteur du mal ; cet auteur, c’est toi-même. Il n’existe point d’autre mal que celui que tu fais ou que tu souffres, et l’un et l’autre te vient de toi. Le mal général ne peut être que dans le désordre, et je vois dans le système du monde un ordre qui ne se dément point. Le mal particulier n’est que dans le sentiment de l’être qui souffre ; et ce sentiment, l’homme ne l’a pas reçu de la nature, il se l’est donné. La douleur a peu de prise sur quiconque, ayant peu réfléchi, n’a ni souvenir ni prévoyance. Ôtez nos funestes progrès, ôtez nos erreurs et nos vices, ôtez l’ouvrage de l’homme, et tout est bien.
Où tout est bien, rien n’est injuste. La justice est inséparable de la bonté ; or la bonté est l’effet nécessaire d’une puissance sans borne et de l’amour de soi, essentiel à tout être qui se sent. Celui qui peut tout étend, pour ainsi dire, son existence avec celle des êtres. Produire et conserver sont l’acte perpétuel de la puissance ; elle n’agit point sur ce qui n’est pas ; Dieu n’est pas le Dieu des morts, il ne pourrait être destructeur et méchant sans se nuire. Celui qui peut tout ne peut vouloir que ce qui est bien[426]. Donc l’Être souverainement bon parce qu’il est souverainement puissant, doit être aussi souverainement juste, autrement il se contredirait lui-même ; car l’amour de l’ordre qui le produit s’appelle bonté, et l’amour de l’ordre qui le conserve s’appelle justice.
Dieu, dit-on, ne doit rien à ses créatures. Je crois qu’il leur doit tout ce qu’il leur promit en leur donnant l’être. Or c’est leur promettre un bien que de leur en donner l’idée et de leur en faire sentir le besoin. Plus je rentre en moi, plus je me consulte, et plus je lis ces mots écrits dans mon âme : Sois juste, et tu seras heureux. Il n’en est rien pourtant, à considérer l’état présent des choses ; le méchant prospère, et le juste reste opprimé. Voyez aussi quelle indignation s’allume en nous quand cette attente est frustrée ! La conscience s’élève et murmure contre son auteur ; elle lui crie en gémissant : Tu m’as trompé !
Je t’ai trompé, téméraire ! et qui te l’a dit ? Ton âme est-elle anéantie ? As-tu cessé d’exister ? O Brutus, ô mon fils ! ne souille point ta noble vie en la finissant ; ne laisse point ton espoir et ta gloire avec ton corps aux champs de Philippes. Pourquoi dis-tu : La vertu n’est rien, quand tu vas jouir du prix de la tienne ? Tu vas mourir, penses-tu : non, tu vas vivre, et c’est alors que je tiendrai tout ce que je t’ai promis.
On dirait, aux murmures des impatients mortels, que Dieu leur doit la récompense avant le mérite, et qu’il est obligé de payer leur vertu d’avance. Oh ! soyons bons premièrement, et puis nous serons heureux. N’exigeons pas le prix avant la victoire, ni le salaire avant le travail. Ce n’est point dans la lice, disait Plutarque[427], que les vainqueurs de nos jeux sacrés sont couronnés, c’est après qu’ils l’ont parcourue.
Si l’âme est immatérielle, elle peut survivre au corps ; et si elle lui survit, la Providence est justifiée. Quand je n’aurais d’autre preuve de l’immatérialité de l’âme que le triomphe du méchant et l’oppression du juste en ce monde, cela seul m’empêcherait d’en douter. Une si choquante dissonance dans l’harmonie universelle me ferait chercher à la résoudre. Je me dirais : Tout ne finit pas pour nous avec la vie, tout rentre dans l’ordre à la mort. J’aurais, à la vérité, l’embarras de me demander où est l’homme, quand tout ce qu’il avait de sensible est détruit. Cette question n’est plus une difficulté pour moi, sitôt que j’ai reconnu deux substances. Il est très simple que, durant ma vie corporelle, n’apercevant rien que par mes sens, ce qui ne leur est point soumis m’échappe. Quand l’union du corps et de l’âme est rompue, je conçois que l’un peut se dissoudre, et l’autre se conserver. Pourquoi la destruction de l’un entraînerait-elle la destruction de l’autre ? Au contraire, étant de natures si différentes, ils étaient, par leur union, dans un état violent ; et quand cette union cesse, ils rentrent tous deux dans leur état naturel : la substance active et vivante regagne toute la force qu’elle employait à mouvoir la substance passive et morte. Hélas ! je le sens trop par mes vices, l’homme ne vit qu’à moitié durant sa vie, et la vie de l’âme ne commence qu’à la mort du corps.
If man is active and free, he acts of his own will; everything he does freely does not fall within the orderly system of Providence, and therefore cannot be attributed to it. Providence does not desire the evil that man commits when he abuses the freedom it has granted him; yet it does not prevent him from doing so—either because such evil is insignificant in its eyes when committed by a being so weak, or because preventing it would interfere with his freedom and cause even greater harm by demeaning his nature. God made man free so that he might choose to do good, not evil. It placed within his power the means to make this choice by endowing him with various faculties; yet it also limited his abilities in such a way that the abuse of this freedom does not disrupt the overall order of the world. The evil that man commits reverts upon himself alone, without altering the fundamental structure of reality or preventing the continuation of the human race. To complain that God does not prevent men from doing evil is to complain that it created them with an excellent nature, endowed their actions with morality that dignifies them, and granted them the capacity for virtue. The supreme joy lies in self-contentment; it is for the sake of earning this joy that we are placed on earth, given freedom, tempted by passions, and restrained by conscience. What more could divine power do in our favor? Could it create contradiction within our nature and reward those who lacked the ability to do evil for having done good? No! Oh God, I will never reproach you for having made me in your image—so that I might be free, good, and happy, just like you.
It is the abuse of our faculties that makes us unhappy and wicked. Our sorrows, worries, and pains all come from within ourselves. Moral evil is undoubtedly the product of our own actions; as for physical suffering, it would not exist at all were it not for our vices, which have made it tangible to us. Is it not precisely to preserve us that nature makes us aware of our needs? The pain in our bodies is not a sign that something within us is malfunctioning, but a warning that we must address the issue? And morte, don’t the wicked poison both their own lives and ours? Who would ever want to live forever? Death is the remedy for the evils we bring upon ourselves; nature itself has intended for us not to suffer endlessly. How much less suffering does a person lead when living in simple, primitive ways! They live almost free from illness and passions, and neither anticipate nor feel the approach of death. When it finally comes, their hardships make it seem desirable—even then, it is no longer considered a evil. If we were content to be what we are, we would have no reason to lament our fate. But in our pursuit of imagined happiness, we bring upon ourselves countless real evils. Those who cannot endure a little suffering must expect to suffer greatly. Once one has damaged their health through an irregular lifestyle, they seek to restore it through various remedies. To the pain they already feel, they add the fear of what might happen; the thought of death makes it seem even more terrifying and accelerates its onset. The more we try to escape it, the more vividly it becomes in our minds, and we die of fear throughout our entire existence, cursing nature for the evils we have brought upon ourselves by offending it.
Man, cease to seek for the author of evil; that author is you yourself. There is no other evil than that which you commit or that which you suffer, and both arise from within you. The general evil can only lie in disorder; yet I see in the order of the world a system that never fails. The particular evil arises solely from the feeling of suffering; and this feeling is not something man has received from nature—it is something he has created himself. Pain has little power over those who think little, for such people have neither memory nor foresight. Remove our terrible advancements, remove our mistakes and vices—remove all that is man’s doing—and then everything will be well.
Wherever everything is in good order, nothing can be considered unjust. Justice is inseparable from goodness; and goodness is the inevitable outcome of an infinite power and of self-love, which is essential to every being that feels. He who can do everything essentially extends his existence together with that of other beings. To produce and to preserve are the perpetual acts of this power; it does not act upon what does not exist; God is not the God of the dead—for were he destructive and evil, it would harm himself. He who can do everything can therefore desire only what is good[426]. Hence, the Being who is supremely good because he is supremely powerful must also be supremely just; otherwise, he would be contradicting himself. For the love of order that creates him is called goodness, and the love of order that preserves him is called justice.
It is said that God owes nothing to his creations. I believe, however, that he owes them everything he promised them when he granted them existence. Indeed, to promise something to someone is to give them the idea of that thing and make them aware of its necessity. The more I delve within myself, the more I reflect on these words inscribed in my soul: “Be just, and you will be happy.” Yet, in reality, this is not the case at all; the wicked prosper, while the righteous remain oppressed. Moreover, see how indignation arises within us when such expectations are frustrated! Conscience rises up and murmurs against its Creator, crying out in anguish: “You have deceived me!”
I have deceived you, foolhardy one! And who told you that? Has your soul been destroyed? Have you ceased to exist? Oh Brutus, my son! Do not tarnish your noble life by ending it; do not leave your hope and glory along with your body on the fields of Philippi. Why say that “virtue is nothing” when you are about to reap the rewards of your own virtue? You think you are going to die—no, you will live, and it will be then that I will keep all that I promised you.
From the murmurs of those impatient mortals, it seems that God owes them reward before they have earned it, and that he is obliged to pay for their virtue in advance. Oh! Let us first be good, and then we will be happy. Let us not demand payment before victory, nor wages before work. It is not on the starting line, said Plutarch[427], that the winners of our sacred contests are crowned; it is only after they have completed the race.
If the soul is immaterial, it can survive the body; and if it does survive it, then Providence is justified. Even if all I had to prove the immateriality of the soul were the triumph of the wicked and the oppression of the righteous in this world, that alone would prevent me from doubting it. Such a shocking discrepancy in the universal harmony would compel me to seek an explanation for it. I would say to myself: “Not everything ends for us with life; everything returns to order after death.” In fact, I would even be troubled by the question of what becomes of a person when all that is tangible about him is destroyed. But once I acknowledge the existence of two distinct substances, this question no longer presents any difficulty. It is quite logical that, during my earthly life, since I can only perceive things through my senses, everything that does not fall within their range remains invisible to me. When the union of body and soul is severed, it is entirely possible for one to cease to exist while the other remains intact. Why should the destruction of one necessarily lead to the destruction of the other? On the contrary, given their fundamentally different natures, their union was inherently unstable; and when that union ends, they each return to their natural state—the active, living substance regaining all the power it once used to animate the passive, dead substance. Alas! I too can attest to this through my own vices: man lives only half of his life truly; the life of the soul begins only after the death of the body.
Se l’uomo è attivo e libero, agisce di sua spontanea volontà; tutto ciò che fa liberamente non rientra nel sistema ordinato della Provvidenza e non può essere attribuito a quest’ultima. La Provvidenza non vuole il male che l’uomo compie abusando della libertà che gli ha concesso; tuttavia, non lo impedisce di farlo, sia perché, per un essere così debole, quel male è insignificante ai suoi occhi, sia perché impedirglielo significherebbe ostacolare la sua libertà e causare un danno ancora maggiore, degradando la sua natura. L’uomo è stato creato libero affinché potesse scegliere di compiere il bene, non il male. Gli sono state date le facoltà necessarie per fare questa scelta; tuttavia, le sue forze sono state limitate in modo che l’abuso della libertà che gli viene concessa non alteri l’ordine generale del mondo. Il male che l’uomo compie ricade su di lui stesso, senza influenzare in alcun modo il corso delle cose o impedire alla specie umana di continuare a esistere. Murmurare perché Dio non impedisce all’uomo di commettere il male significa rimproverarlo per averlo creato di una natura eccellente, per aver dato alle sue azioni la moralità che le rende nobili, per avergli concesso il diritto alla virtù. La massima gioia consiste nella soddisfazione di sé stesso; ed è proprio per meritare questa soddisfazione che siamo stati posti sulla terra e dotati della libertà, che siamo tentati dalle passioni e trattenuti dalla coscienza. Che cosa potrebbe aggiungere a nostro favore la stessa potenza divina? Potrebbe forse contraddire la nostra natura e rendere meritorio il compiere il bene a chi non ha nemmeno il potere di commettere il male? No, Dio mio. Non ti rimprovererò mai per avermi creato alla tua immagine, affinché possa essere libero, buono e felice come te.
È l’abuso delle nostre facoltà che ci rende infelici e malvagi. I nostri dolori, le nostre preoccupazioni, le nostre sofferenze derivano da noi stessi. Il male morale è indubbiamente il frutto delle nostre azioni; il male fisico, invece, non esisterebbe senza i nostri vizi, che lo hanno reso percepibile. Non è forse proprio per preservarci che la natura ci fa sentire i nostri bisogni? Il dolore del corpo non è forse un segno che il nostro organismo si sta danneggiando, e un avvertimento per intervenire tempestivamente? La morte. I malvagi non avvelenano forse sia la propria che la nostra vita? Chi vorrebbe vivere per sempre? La morte è il rimedio ai mali che ci infliggiamo; la natura ha voluto che non soffrissimo costantemente. Quanto poco soffre l’uomo che vive nella semplicità primordiale! Vive quasi senza malattie e senza passioni, non prevede né percepisce la morte; quando la incontra, le sue miserie la rendono addirittura desiderabile. In quel momento, la morte non è più un male per lui. Se ci accontentassimo di essere ciò che siamo, non avremmo motivo di lamentarci del nostro destino; ma nel cercare un benessere immaginario, ci infliggiamo mille dolori reali. Chi non sa sopportare un po’ di sofferenza deve aspettarsi di soffrire molto. Quando si danneggia la propria salute con uno stile di vita disordinato, si cerca di ripristinarla con rimedi; al dolore che si prova se ne aggiunge quello che si teme. La consapevolezza della morte la rende orribile e ne accelera l’arrivo; più ci sforziamo di evitarla, più la percepiamo. E moriamo di paura per tutta la vita, mormorando contro la natura dei mali che ci siamo inflitti offendola.
Uomo, non cercare più l’autore del male: quell’autore sei tu stesso. Non esiste altro male se non quello che tu compi o che tu subisci, e sia l’uno che l’altro proviene da te. Il male generale può esistere soltanto nel disordine, ma nel sistema del mondo vedo un ordine che non si smentisce mai. Il male particolare esiste solo nel sentimento di chi soffre; e questo sentimento, l’uomo non lo ha ricevuto dalla natura, se l’è dato da sé stesso. Il dolore ha poco potere su coloro che non riflettono, poiché non hanno né ricordi né previsioni. Eliminate i nostri progressi funesti, eliminate i nostri errori e i nostri vizi, eliminate l’opera dell’uomo, e tutto sarà bene.
Là dove tutto è giusto, nulla può essere considerato ingiusto. La giustizia è inseparabile dalla bontà; e la bontà è l’effetto necessario di una potenza infinita e dell’amore di sé, elemento essenziale di ogni essere che si sente esistere. Colui che può tutto, in qualche modo, estende la propria esistenza a quella degli altri esseri. Producere e conservare rappresentano l’atto perpetuo di questa potenza; essa non agisce su ciò che non esiste; Dio non è il Dio dei morti: non potrebbe essere distruttore e malvagio senza danneggiarsi stesso. Colui che può tutto non può desiderare se non ciò che è giusto[426]. Pertanto, l’Essere supremamente buono, in quanto è supremamente potente, deve anche essere supremamente giusto; altrimenti si contraddirebbe. L’amore per l’ordine che lo genera si chiama bontà, mentre l’amore per l’ordine che lo mantiene si chiama giustizia.
Si dice che Dio non debba nulla alle sue creature. Io credo invece che Gli debbano tutto ciò che Le ha promesso donando loro l’esistenza. Promettere loro un bene significa infatti dar loro l’idea di esso e far loro sentire il bisogno di esso. Più mi ritrovo in me stesso, più rifletto su queste cose, e più leggo queste parole scritte nella mia anima: “Sii giusto, e sarai felice”. Tuttavia, considerando lo stato attuale delle cose, questo non è affatto vero: il malvagio prospera, mentre il giusto rimane oppresso. E vedete anche quanta indignazione si accende in noi quando questa speranza viene delusa! La coscienza si solleva e mormora contro Colui che l’ha creata; ci grida con dolore: “Mi hai ingannato!”
Ti ho ingannato, temerario. E chi te l’ha detto? La tua anima è forse distrutta? Hai smesso di esistere? Oh, Bruto, oh mio figlio. Non contaminare la tua nobile vita con la sua fine; non lasciare che la tua speranza e la tua gloria vadano perdute insieme al tuo corpo sui campi di Filippo. Perché dici “La virtù non è nulla” proprio mentre stai per godere del premio della tua stessa virtù? Morirai. No, vivrai. E sarà allora che ti darò tutto ciò che ti ho promesso.
Si direbbe, dai mormori degli esseri mortali impazienti, che Dio debba loro la ricompensa prima ancora del merito, e che sia obbligato a pagare in anticipo per la loro virtù. Oh! Siamo buoni prima di tutto, e poi saremo felici. Non chiediamo il premio prima della vittoria, né lo stipendio prima del lavoro. Non è nella pista, diceva Plutarco[427], che i vincitori dei nostri giochi sacri vengono incoronati, ma dopo averla percorso.
Se l’anima è immateriale, può sopravvivere al corpo; e se sopravvive a esso, allora la Provvidenza è giustificata. Anche se non avessi altro argomento per dimostrare l’immaterialità dell’anima se non il trionfo del malvagio e l’oppressione del giusto in questo mondo, solo questo mi impedirebbe di dubitarne. Una tale discordanza così scioccante nell’armonia universale mi spingerebbe a cercare una spiegazione. Mi direi: “Non tutto finisce con noi alla morte; tutto ritorna all’ordine dopo la morte”. In realtà, mi troverei di fronte al problema di sapere dove vada l’uomo quando tutto ciò che è sensibile in lui viene distrutto. Ma questo problema non rappresenta più una difficoltà per me, ora che ho riconosciuto due sostanze diverse. È del tutto logico che, durante la mia vita corporea, poiché vedo soltanto attraverso i miei sensi, ciò che non è soggetto a essi mi sfugge. Quando l’unione tra corpo e anima si interrompe, capisco che uno dei due può dissolversi mentre l’altro rimane intatto. Perché la distruzione di uno dovrebbe comportare necessariamente quella dell’altro? Al contrario: essendo di nature così diverse, nella loro unione erano in uno stato di squilibrio; e quando questa unione finisce, entrambi ritornano al loro stato naturale: la sostanza attiva e vivente recupera tutta la forza che utilizzava per muovere la sostanza passiva e morta. Ahimè! Lo so troppo bene a causa dei miei vizi: l’uomo vive solo in parte durante la sua vita, e la vera vita dell’anima inizia soltanto dopo la morte del corpo.
Mais quelle est cette vie ? et l’âme est-elle immortelle par sa nature ? Mon entendement borné ne conçoit rien sans bornes : tout ce qu’on appelle infini m’échappe. Que puis-je nier, affirmer ? quels raisonnements puis-je faire sur ce que je ne puis concevoir ? Je crois que l’âme survit au corps assez pour le maintien de l’ordre : qui sait si c’est assez pour durer toujours ? Toutefois je conçois comment le corps s’use et se détruit par la division des parties : mais je ne puis concevoir une destruction pareille de l’être pensant ; et n’imaginant point comment il peut mourir, je présume qu’il ne meurt pas. Puisque cette présomption me console et n’a rien de déraisonnable, pourquoi craindrais-je de m’y livrer ?
Je sens mon âme, je la connais par le sentiment et par la pensée, je sais qu’elle est, sans savoir quelle est son essence ; je ne puis raisonner sur des idées que je n’ai pas. Ce que je sais bien, c’est que l’identité du moi ne se prolonge que par la mémoire, et que, pour être le même en effet, il faut que je me souvienne d’avoir été. Or, je ne saurais me rappeler, après ma mort, ce que j’ai été durant ma vie, que je ne me rappelle aussi ce que j’ai senti, par conséquent ce que j’ai fait ; et je ne doute point que ce souvenir ne fasse un jour la félicité des bons et le tourment des méchants. Ici-bas, mille passions ardentes absorbent le sentiment interne, et donnent le change aux remords. Les humiliations, les disgrâces qu’attire l’exercice des vertus, empêchent d’en sentir tous les charmes. Mais quand, délivrés des illusions que nous font le corps et les sens, nous jouirons de la contemplation de l’Être suprême et des vérités éternelles dont il est la source, quand la beauté de l’ordre frappera toutes les puissances de notre âme, et que nous serons uniquement occupés à comparer ce que nous avons fait avec ce que nous avons dû faire, c’est alors que la voix de la conscience reprendra sa force et son empire, c’est alors que la volupté pure qui naît du contentement de soi-même, et le regret amer de s’être avili, distingueront par des sentiments inépuisables le sort que chacun se sera préparé. Ne me demandez point, ô mon bon ami, s’il y aura d’autres sources de bonheur et de peines ; je l’ignore ; et c’est assez de celles que j’imagine pour me consoler de cette vie, et m’en faire espérer une autre. Je ne dis point que les bons seront récompensés ; car quel autre bien peut attendre un être excellent que d’exister selon sa nature ? Mais je dis qu’ils seront heureux, parce que leur auteur, l’auteur de toute justice, les ayant faits sensibles, ne les a pas faits pour souffrir ; et que, n’ayant point abusé de leur liberté sur la terre, ils n’ont pas trompé leur destination par leur faute : ils ont souffert pourtant dans cette vie, ils seront donc dédommagés dans une autre. Ce sentiment est moins fondé sur le mérite de l’homme que sur la notion de bonté qui me semble inséparable de l’essence divine. Je ne fais que supposer les lois de l’ordre observées, et Dieu constant à lui-même.[428]
Ne me demandez pas non plus si les tourments des méchants seront éternels ; je l’ignore encore, et n’ai point la vaine curiosité d’éclaircir des questions inutiles. Que m’importe ce que deviendront les méchants ? Je prends peu d’intérêt à leur sort. Toutefois j’ai peine à croire qu’ils soient condamnés à des tourments sans fin. Si la suprême justice se venge, elle se venge dès cette vie. Vous et vos erreurs, ô nations ! êtes ses ministres. Elle emploie les maux que vous vous faites à punir les crimes qui les ont attirés. C’est dans vos coeurs insatiables, rongés d’envie, d’avarice et d’ambition, qu’au sein de vos fausses prospérités les passions vengeresses punissent vos forfaits. Qu’est-il besoin d’aller chercher l’enfer dans l’autre vie ? il est dès celle-ci dans le coeur des méchants.
Où finissent nos besoins périssables, où cessent nos désirs insensés doivent cesser aussi nos passions et nos crimes. De quelle perversité de purs esprits seraient-ils susceptibles ? N’ayant besoin de rien, pourquoi seraient-ils méchants ? Si, destitués de nos sens grossiers, tout leur bonheur est dans la contemplation des êtres, ils ne sauraient vouloir que le bien ; et quiconque cesse d’être méchant peut-il être à jamais misérable ? Voilà ce que j’ai du penchant à croire, sans prendre peine à me décider là-dessus. O Être clément et bon ! quels que soient tes décrets, je les adore ; si tu punis les méchants, j’anéantis ma faible raison devant ta justice. Mais si les remords de ces infortunés doivent s’éteindre avec le temps, si leurs maux doivent finir, et si la même paix nous attend tous également un jour, je t’en loue. Le méchant n’est-il pas mon frère ? Combien de fois j’ai été tenté de lui ressembler ! Que, délivré de sa misère, il perde aussi la malignité qui l’accompagne ; qu’il soit heureux ainsi que moi : loin d’exciter ma jalousie, son bonheur ne fera qu’ajouter au mien.
C’est ainsi que, contemplant Dieu dans ses oeuvres, et l’étudiant par ceux de ses attributs qu’il m’importait de connaître, je suis parvenu à étendre et augmenter par degrés l’idée, d’abord imparfaite et bornée, que je me faisais de cet être immense. Mais si cette idée est devenue plus noble et plus grande, elle est aussi moins proportionnée à la raison humaine. À mesure que j’approche en esprit de l’éternelle lumière, son éclat m’éblouit, me trouble, et je suis forcé d’abandonner toutes les notions terrestres qui m’aidaient à l’imaginer. Dieu n’est plus corporel et sensible ; la suprême Intelligence qui régit le monde n’est plus le monde même : j’élève et fatigue en vain mon esprit à concevoir son essence. Quand je pense que c’est elle qui donne la vie et l’activité à la substance vivante et active qui régit les corps animés ; quand j’entends dire que mon âme est spirituelle et que Dieu est un esprit, je m’indigne contre cet avilissement de l’essence divine ; comme si Dieu et mon âme étaient de même nature ; comme si Dieu n’était pas le seul être absolu, le seul vraiment actif, sentant, pensant, voulant par lui-même, et duquel nous tenons la pensée, le sentiment, l’activité, la volonté, la liberté, l’être ! Nous ne sommes libres que parce qu’il veut que nous le soyons, et sa substance inexplicable est à nos âmes ce que nos âmes sont à nos corps. S’il a créé la matière, les corps, les esprits, le monde, je n’en sais rien. L’idée de création me confond et passe ma portée : je la crois autant que je la puis concevoir ; mais je sais qu’il a formé l’univers et tout ce qui existe, qu’il a tout fait, tout ordonné. Dieu est éternel, sans doute ; mais mon esprit peut-il embrasser l’idée de l’éternité ? Pourquoi me payer de mots sans idée ? Ce que je conçois, c’est qu’il est avant les choses, qu’il sera tant qu’elles subsisteront, et qu’il serait même au-delà, si tout devait finir un jour. Qu’un être que je ne conçois pas donne l’existence à d’autres êtres, cela n’est qu’obscur et incompréhensible ; mais que l’être et le néant se convertissent d’eux-mêmes l’un dans l’autre, c’est une contradiction palpable, c’est une claire absurdité.
Dieu est intelligent ; mais comment l’est-il ? L’homme est intelligent quand il raisonne, et la suprême Intelligence n’a pas besoin de raisonner ; il n’y a pour elle ni prémisses ni conséquences, il n’y a pas même de proposition : elle est purement intuitive, elle voit également tout ce qui est et tout ce qui peut être ; toutes les vérités ne sont pour elle qu’une seule idée, comme tous les lieux un seul point, et tous les temps un seul moment. La puissance humaine agit par des moyens, la puissance divine agit par elle-même. Dieu peut parce qu’il veut ; sa volonté fait son pouvoir. Dieu est bon ; rien n’est plus manifeste : mais la bonté dans l’homme est l’amour de ses semblables, et la bonté de Dieu est l’amour de l’ordre ; car c’est par l’ordre qu’il maintient ce qui existe, et lie chaque partie avec le tout. Dieu est juste ; j’en suis convaincu, c’est une suite de sa bonté ; l’injustice des hommes est leur oeuvre et non pas la sienne ; le désordre moral, qui dépose contre la Providence aux yeux des philosophes, ne fait que la démontrer aux miens. Mais la justice de l’homme est de rendre à chacun ce qui lui appartient, et la justice de Dieu, de demander compte à chacun de ce qu’il lui a donné.
But what is this life? And is the soul immortal by its very nature? My limited understanding cannot grasp anything without boundaries; everything that is called infinite eludes me. What can I deny or affirm? What reasoning can I employ regarding what I cannot comprehend? I believe that the soul survives the body long enough to maintain order in the world—but who knows if that is sufficient for it to endure forever? Nevertheless, I can understand how the body wears out and is destroyed through the separation of its parts; but I cannot conceive of a similar destruction of the thinking being. And since I cannot imagine how such a being could die, I assume that it does not die at all. Since this assumption brings me comfort and contains nothing unreasonable in it, why should I hesitate to embrace it?
I perceive my soul; I know it through feelings and thoughts. I know it exists, though I do not know what its essence is. I cannot reason about ideas that I do not possess. What I am certain of is that the identity of the self extends only through memory. To truly remain the same person, one must remember having been that person in the past. However, after my death, I would be unable to recall what I had done in this life unless I also remembered what I had felt—and thus what I had done. And I have no doubt that such memories will bring happiness to the good and torment to the wicked. Here on earth, a thousand intense passions obscure our inner feelings and mask our remorse. The humiliations and setbacks that come with practicing virtue prevent us from appreciating their true pleasures. But when, freed from the illusions created by the body and senses, we are able to contemplate the Supreme Being and the eternal truths from which he emanates, when the beauty of this order touches every aspect of our souls, and when we devote ourselves solely to comparing what we have done with what we ought to have done, then the voice of conscience will regain its power and authority. Then, the pure joy that arises from self-satisfaction and the bitter regret for having degraded ourselves will distinguish, through endless emotions, the fate that each of us has chosen for ourselves. Do not ask me, my dear friend, whether there are other sources of happiness and suffering; I do not know. But the ones I imagine are enough to comfort me in this life and give me hope for another. I am not saying that the good will be rewarded—for what greater good could an excellent being expect than to live according to its nature? But I say they will be happy because their Creator, the source of all justice, having made them capable of feeling, did not create them to suffer. Since they did not abuse their freedom on earth and did not betray their destiny through their own fault, they must have suffered in this life in order to be compensated in another. This belief is based less on human merit than on the concept of goodness, which seems inseparable from the divine essence. I am merely assuming that the laws of this order are upheld and that God remains true to himself.[428]
Do not ask me either whether the torments of the wicked will be eternal; I still do not know, and I possess no vain curiosity to seek answers to useless questions. What does it matter to me what happens to the wicked? I take little interest in their fate. However, I find it hard to believe that they are doomed to endless suffering. If supreme justice seeks vengeance, it avenges itself in this very life. You and your mistakes, oh nations! are its instruments. It uses the evils you inflict upon yourselves to punish the crimes that have brought them upon you. It is within your insatiable hearts, corroded by envy, greed, and ambition, that these vengeful passions punish your sins, even in the midst of your false prosperity. Why bother seeking hell in the afterlife? It exists right here, in the heart of the wicked.
Where our fleeting desires end, where our senseless ambitions cease, there too must our passions and crimes come to an end. What kind of perversity could pure spirits ever be capable of? Having no need for anything, why would they be evil? If, deprived of our coarse senses, all their happiness lies in the contemplation of beauty, they could only desire what is good; and anyone who ceases to be evil can surely never be miserable again. This is what I tend to believe, without even trying too hard to form a definite opinion on the matter. Oh, Kind and Good One! Whatever your decrees may be, I adore them all; if you punish the wicked, I submit my weak reason to your justice. But if the remorse of these unfortunate souls can fade over time, if their suffering must come to an end, and if we all shall one day share in the same peace, then I praise you for that. Is not the wicked also my brother? How many times have I been tempted to become like him! May he, freed from his misery, also be free from the malice that accompanies it; may he be happy just as I am—his happiness, far from arousing my jealousy, will only add to mine.
In this way, by contemplating God in his works and studying those attributes of His nature that it was important for me to understand, I was able to gradually expand and refine the initially imperfect and limited concept I had of this immense being. Yet, although this understanding has become nobler and more profound, it remains far from truly corresponding to human reason. The closer my mind approaches to that eternal light, the more its brilliance blinds and confuses me, forcing me to abandon all earthly notions that once helped me imagine God. God is no longer something tangible or perceptible; that supreme Intelligence which governs the world is not the world itself—my efforts to comprehend His essence are futile and exhausting. When I consider that it is He who bestows life and activity upon that living substance which rules over animate beings, when I hear that my soul is spiritual and that God is a spirit, I am outraged by such an demeaning view of divine nature. As if God and my soul were of the same essence; as if God were not the sole absolute being, the only one truly active, conscious, thinking, and willing in itself—through Him we possess thought, sensation, activity, will, freedom, and existence itself! We are free only because He chooses to grant us such freedom, and His incomprehensible nature is to our souls what our souls are to our bodies. Whether He created matter, bodies, spirits, or the entire world, I cannot know. The concept of creation confuses me and lies beyond my understanding; I believe it as much as I can grasp it, but I know that He formed the universe and everything that exists—He did it all, He ordered it all. God is eternal, undoubtedly; but can my mind truly encompass the idea of eternity? Why indulge me with words that lack any real meaning? What I can comprehend is that He existed before all things, that He will exist as long as they endure, and that even after everything ends, He will still be. That some being beyond my understanding gives life to other beings—this remains obscure and incomprehensible. But the notion that existence and non-existence can transform into each other is a blatant contradiction, an outright absurdity.
God is intelligent; but how is he intelligent? Man is intelligent when he reasons, but the supreme Intelligence does not need to reason at all; for it there are no premises or consequences, not even any propositions. Its understanding is purely intuitive—it sees everything that is and everything that could be. To it, all truths are but a single idea, just as all places are but a single point, and all times but a single moment. Human power acts through means; divine power acts in itself. God can do anything because he wills; his will is his power. God is good; nothing could be more evident than that. But human goodness consists in loving one’s fellow beings, while God’s goodness lies in loving order. For it is through order that God maintains what exists and connects every part with the whole. God is just; I am convinced of that—it is a consequence of his goodness. The injustice of men is their own doing, not God’s. The moral disorder that philosophers use to challenge Providence only serves to prove it to me. But human justice consists in giving each person what belongs to them; while God’s justice demands that each person account for what he has been given by God.
Ma cos’è questa vita? E l’anima è forse immortale per sua natura? La mia mente limitata non riesce a concepire nulla che non abbia confini: tutto ciò che viene chiamato “infinito” mi sfugge. Cosa posso negare, cosa posso affermare? Quali ragionamenti posso fare su ciò che non riesco nemmeno a immaginare? Credo che l’anima sopravviva al corpo abbastanza a lungo da mantenere l’ordine del mondo: ma chi sa se questo sia sufficiente perché essa duri per sempre? Tuttavia, riesco a comprendere come il corpo si consumi e si distrugga attraverso la divisione delle sue parti; ma non riesco a immaginare una distruzione simile per l’essere pensante. E poiché non riesco a concepire in alcun modo la sua morte, presumo che essa non muoia mai. Poiché questa supposizione mi consola e non contiene nulla di irragionevole, perché dovrei temerla?
Percepisco la mia anima; la conosco attraverso i sentimenti e i pensieri; so che esiste, ma non so quale sia la sua essenza. Non posso ragionare su idee di cui non dispongo. Quello che so con certezza è che l’identità del “io” si estende soltanto attraverso la memoria: per essere davvero lo stesso, devo ricordare di essere stato in passato. Ora, dopo la mia morte, non potrei ricordare ciò che sono stato nella vita se non ricordassi anche ciò che ho provato, e quindi ciò che ho fatto; e non dubito affatto che questo ricordo possa un giorno rappresentare la felicità per i buoni e il tormento per i cattivi. Qui sulla terra, mille passioni ardenti soffocano i sentimenti interiori e mascherano i rimorsi; umiliazioni e sfortune derivanti dall’esercizio delle virtù impediscono di percepirne tutti i piaceri. Ma quando, liberati dalle illusioni create dal corpo e dai sensi, godremo della contemplazione dell’Essere supremo e delle verità eterne da cui esso proviene, quando la bellezza dell’ordine universale colpirà tutte le facoltà del nostro spirito, e ci dedicheremo esclusivamente al confronto tra ciò che abbiamo fatto e ciò che avremmo dovuto fare, allora la voce della coscienza riacquisterà tutta la sua forza; allora la vera felicità, nata dal soddisfazione di sé stesso, e il dolore amaro per aver peccato distingueranno, con sentimenti infiniti, il destino che ognuno si sarà preparato. Non chiedetemi, oh mio caro amico, se esistano altre fonti di felicità e di dolore; non lo so. E queste che immagino sono sufficienti per consolarmi di questa vita e farmi sperare in un’altra. Non dico che i buoni saranno ricompensati. Poiché quale altro bene può attendere un essere eccellente se non quello di esistere secondo la sua natura? Dico soltanto che saranno felici, perché colui che li ha creati, l’autore di ogni giustizia, essendoli resi sensibili al bene, non li ha fatti per soffrire. E poiché non hanno abusato della loro libertà in questa vita, non hanno tradito la loro destinazione con i propri errori. Hanno sofferto. Ma saranno compensati nell’altra vita. Questo sentimento si basa meno sul merito dell’uomo che sulla nozione di bontà, che mi sembra inscindibile dall’essenza divina. Suppongo soltanto che le leggi dell’ordine universale vengano rispettate, e che Dio rimanga fedele a se stesso.[428]
Non chiedetemi nemmeno se i tormenti dei malvagi siano eterni; non lo so ancora, e non ho la vana curiosità di cercare di risolvere questioni inutili. Che mi importa di ciò che accadrà ai malvagi? Non mi interessa affatto il loro destino. Tuttavia, fatico a credere che siano condannati a tormenti senza fine. Se la suprema giustizia si vendica, lo fa già in questa vita. Voi e i vostri errori, o nazioni! siete i suoi ministri. Lei utilizza i mali che vi infliggete per punire i crimini che li hanno attirati. È nei vostri cuori insaziabili, divorati dall’invidia, dall’avarizia e dall’ambizione, che, all’interno delle vostre false prosperità, le passioni vendicative puniscono i vostri delitti. Che bisogno c’è di cercare l’inferno nell’altra vita? Esso esiste già in questa, nel cuore dei malvagi.
Dove finiscono i nostri bisogni effimeri, dove cessano i nostri desideri insensati, devono cessare anche le nostre passioni e i nostri crimini. Di quale perversità sarebbero capaci degli esseri puri? Non avendo bisogno di nulla, perché dovrebbero essere malvagi? Se, privati dei nostri sensi grossolani, tutto il loro bene risiedesse nella contemplazione delle cose, non desidererebbero altro che il bene; e chiunque smetta di essere malvagio può forse rimanere per sempre infelice? Questo è ciò che tendo a credere, senza alcuno sforzo per decidermi al riguardo. Oh Essere misericordioso e buono! Quali che siano i tuoi decreti, li amo tutti; se punisci i malvagi, anniento la mia debole ragione di fronte alla tua giustizia. Ma se i rimorsi di questi infelici devono spegnersi con il tempo, se i loro mali devono finire, e se lo stesso pace ci aspetta tutti un giorno, te ne lodo. Il malvagio non è forse mio fratello? Quante volte sono stato tentato di assomigliargli! Che, liberato dalla sua miseria, perda anche la malvagità che lo accompagna; che sia felice come me: lontano dall’inspirarmi invidia, la sua felicità non farà altro che aumentare la mia.
Ecco come, contemplando Dio nelle sue opere e studiandone gli attributi che mi era importante conoscere, sono riuscito a ampliare gradualmente quell’idea, inizialmente imperfetta e limitata, che avevo di quest’essere immenso. Tuttavia, sebbene questa idea sia diventata più nobile e più vasta, è anche meno in linea con la ragione umana. Man mano che il mio spirito si avvicina a quella luce eterna, il suo splendore mi abbaglia, mi confonde, e sono costretto ad abbandonare tutte le nozioni terrene che mi aiutavano a immaginarla. Dio non è più un essere corporeo e sensibile; quell’intelligenza suprema che governa il mondo non è più il mondo stesso: cerco invano di comprendere la sua essenza. Quando penso che sia proprio essa a dare vita e attività alla sostanza vivente che governa i corpi animati; quando sento dire che la mia anima è spirituale e che Dio è uno spirito, mi indigno di fronte a questa umiliazione dell’essenza divina. Come se Dio e la mia anima fossero della stessa natura; come se Dio non fosse l’unico essere assoluto, l’unico veramente attivo, che sente, pensa, vuole da sé stesso, e dal quale derivano in noi il pensiero, il sentimento, l’attività, la volontà, la libertà. Siamo liberi soltanto perché Lui vuole che lo siamo; la Sua sostanza inesplicabile è, per le nostre anime, ciò che le nostre anime sono per i nostri corpi. Se ha creato la materia, i corpi, gli spiriti, il mondo, non ne so nulla. L’idea stessa di creazione mi confonde e va al di là della mia comprensione: la credo tanto quanto riesco a concepirla, ma so che ha formato l’universo e tutto ciò che esiste, che ha fatto tutto, ha ordinato tutto. Dio è eterno, senza dubbio, ma il mio spirito può davvero abbracciare l’idea dell’eternità? Perché darmi parole prive di significato? Quello che riesco a comprendere è che Egli esiste prima di tutte le cose, che esisterà finché queste esisteranno, e che esisterebbe anche al di là di esse, se un giorno tutto dovesse finire. Che un essere che non riesco nemmeno a immaginare dia vita ad altri esseri, è qualcosa di oscuro e incomprensibile. Ma che l’essere e il nulla si trasformino l’uno nell’altro, è una contraddizione evidente, un’assurdità palese.
Dio è intelligente; ma in che modo lo è? L’uomo è intelligente quando ragiona, mentre l’intelligenza suprema non ha bisogno di ragionare: per essa non esistono premesse né conseguenze, nemmeno proposizioni; è puramente intuitiva: vede contemporaneamente tutto ciò che è e tutto ciò che può essere. Tutte le verità, per lei, non sono altro che un’unica idea, così come tutti i luoghi non sono altro che un unico punto, e tutti i tempi un unico momento. Il potere umano agisce attraverso mezzi, mentre il potere divino agisce in sé stesso. Dio può perché vuole; la sua volontà è il suo potere. Dio è buono; nulla è più evidente di questo. Ma la bontà nell’uomo consiste nell’amore per i propri simili, mentre la bontà di Dio consiste nell’amore per l’ordine: infatti è attraverso l’ordine che mantiene ciò che esiste e collega ogni parte al tutto. Dio è giusto; ne sono convinto: questa è una conseguenza della sua bontà. L’ingiustizia degli uomini è opera loro, non di Dio. Il disordine morale, che per i filosofi sembra contraddire la Provvidenza, in realtà ne costituisce la dimostrazione ai miei occhi. Ma la giustizia umana consiste nel restituire a ciascuno ciò che gli appartiene, mentre la giustizia di Dio consiste nel chiedere conto a ciascuno di ciò che Egli gli ha dato.
Que si je viens à découvrir successivement ces attributs dont je n’ai nulle idée absolue, c’est par des conséquences forcées, c’est par le bon usage de ma raison ; mais je les affirme sans les comprendre, et, dans le fond, c’est n’affirmer rien. J’ai beau me dire : Dieu est ainsi, je le sens, je me le prouve ; je n’en conçois pas mieux comment Dieu peut être ainsi.
Enfin, plus je m’efforce de contempler son essence infinie, moins je la conçois ; mais elle est, cela me suffit ; moins je la conçois, plus je l’adore. Je m’humilie, et lui dis : Être des êtres, je suis parce que tu es ; c’est m’élever à ma source que de te méditer sans cesse. Le plus digne usage de ma raison est de s’anéantir devant toi : c’est mon ravissement d’esprit, c’est le charme de ma faiblesse, de me sentir accablé de ta grandeur.
Après avoir ainsi, de l’impression des objets sensibles et du sentiment intérieur qui me porte à juger des causes selon mes lumières naturelles, déduit les principales vérités qu’il m’importait de connaître, il me reste à chercher quelles maximes j’en dois tirer pour ma conduite, et quelles règles je dois me prescrire pour remplir ma destination sur la terre, selon l’intention de celui qui m’y a placé. En suivant toujours ma méthode, je ne tire point ces règles des principes d’une haute philosophie, mais je les trouve au fond de mon coeur écrites par la nature en caractères ineffaçables. Je n’ai qu’à me consulter sur ce que je veux faire : tout ce que je sens être bien est bien, tout ce que je sens être mal est mal : le meilleur de tous les casuistes est la conscience ; et ce n’est que quand on marchande avec elle qu’on a recours aux subtilités du raisonnement. Le premier de tous les soins est celui de soi-même : cependant combien de fois la voix intérieure nous dit qu’en faisant notre bien aux dépens d’autrui nous faisons mal ! Nous croyons suivre l’impulsion de la nature, et nous lui résistons ; en écoutant ce qu’elle dit à nos sens, nous méprisons ce qu’elle dit à nos coeurs ; l’être actif obéit, l’être passif commande. La conscience est la voix de l’âme, les passions sont la voix du corps. Est-il étonnant que souvent ces deux langages se contredisent ? et alors lequel faut-il écouter ? Trop souvent la raison nous trompe, nous n’avons que trop acquis le droit de la récuser ; mais la conscience ne trompe jamais ; elle est le vrai guide de l’homme : elle est à l’âme ce que l’instinct est au corps[429] ; qui la suit obéit à la nature, et ne craint point de s’égarer. Ce point est important, poursuivit mon bienfaiteur, voyant que j’allais l’interrompre : souffrez que je m’arrête un peu plus à l’éclaircir.
Toute la moralité de nos actions est dans le jugement que nous en portons nous-mêmes. S’il est vrai que le bien soit bien, il doit l’être au fond de nos coeurs comme dans nos oeuvres, et le premier prix de la justice est de sentir qu’on la pratique. Si la bonté morale est conforme à notre nature, l’homme ne saurait être sain d’esprit ni bien constitué qu’autant qu’il est bon. Si elle ne l’est pas, et que l’homme soit méchant naturellement, il ne peut cesser de l’être sans se corrompre, et la bonté n’est en lui qu’un vice contre nature. Fait pour nuire à ses semblables comme le loup pour égorger sa proie, un homme humain serait un animal aussi dépravé qu’un loup pitoyable ; et la vertu seule nous laisserait des remords.
Rentrons en nous-mêmes, ô mon jeune ami ! examinons, tout intérêt personnel à part, à quoi nos penchants nous portent. Quel spectacle nous flatte le plus, celui des tourments ou du bonheur d’autrui ? Qu’est-ce qui nous est le plus doux à faire, et nous laisse une impression plus agréable après l’avoir fait, d’un acte de bienfaisance ou d’un acte de méchanceté ? Pour qui vous intéressez-vous sur vos théâtres ? Est-ce aux forfaits que vous prenez plaisir ? est-ce à leurs auteurs punis que vous donnez des larmes ? Tous nous est indifférent, disent-ils, hors notre intérêt : et, tout au contraire, les douceurs de l’amitié, de l’humanité, nous consolent dans nos peines : et, même dans nos plaisirs, nous serions trop seuls, trop misérables, si nous n’avions avec qui les partager. S’il n’y a rien de moral dans le coeur de l’homme, d’où lui viennent donc ces transports d’admiration pour les actions héroïques, ces ravissements d’amour pour les grandes âmes ? Cet enthousiasme de la vertu, quel rapport a-t-il avec notre intérêt privé ? Pourquoi voudrais-je être Caton qui déchire ses entrailles, plutôt que César triomphant ? Ôtez de nos coeurs cet amour du beau, vous ôtez tout le charme de la vie. Celui dont les viles passions ont étouffé dans son âme étroite ces sentiments délicieux ; celui qui, à force de se concentrer au dedans de lui, vient à bout de n’aimer que lui-même, n’a plus de transports, son coeur glacé ne palpite plus de joie ; un doux attendrissement n’humecte jamais ses yeux ; il ne jouit plus de rien ; le malheureux ne sent plus, ne vit plus ; il est déjà mort.
Mais, quel que soit le nombre des méchants sur la terre, il est peu de ces âmes cadavéreuses devenues insensibles, hors leur intérêt, à tout ce qui est juste et bon. L’iniquité ne plaît qu’autant qu’on en profite ; dans tout le reste on veut que l’innocent soit protégé. Voit-on dans une rue ou sur un chemin quelque acte de violence et d’injustice ; à l’instant un mouvement de colère et d’indignation s’élève au fond du coeur, et nous porte à prendre la défense de l’opprimé : mais un devoir plus puissant nous retient, et les lois nous ôtent le droit de protéger l’innocence. Au contraire, si quelque acte de clémence ou de générosité frappe nos yeux, quelle admiration, quel amour il nous inspire ! Qui est-ce qui ne se dit pas : J’en voudrais avoir fait autant ? Il nous importe sûrement fort peu qu’un homme ait été méchant ou juste il y a deux mille ans ; et cependant le même intérêt nous affecte dans l’histoire ancienne, que si tout cela s’était passé de nos jours. Que me font à moi les crimes de Catilina ? ai-je peur d’être sa victime ? Pourquoi donc ai-je de lui la même horreur que s’il était mon contemporain ? Nous ne haïssons pas seulement les méchants parce qu’ils nous nuisent, mais parce qu’ils sont méchants. Non seulement nous voulons être heureux, nous voulons aussi le bonheur d’autrui, et quand ce bonheur ne coûte rien au nôtre, il l’augmente. Enfin l’on a, malgré soi, pitié des infortunés ; quand on est témoin de leur mal, on en souffre. Les plus pervers ne sauraient perdre tout à fait ce penchant ; souvent il les met en contradiction avec eux-mêmes. Le voleur qui dépouille les passants couvre encore la nudité du pauvre ; et le plus féroce assassin soutient un homme tombant en défaillance.
On parle du cri des remords, qui punit en secret les crimes cachés et les met si souvent en évidence. Hélas ! qui de nous n’entendit jamais cette importune voix ? On parle par expérience ; et l’on voudrait étouffer ce sentiment tyrannique qui nous donne tant de tourment. Obéissons à la nature, nous connaîtrons avec quelle douceur elle règne, et quel charme on trouve, après l’avoir écoutée, à se rendre un bon témoignage de soi. Le méchant se craint et se fuit ; il s’égaye en se jetant hors de lui-même ; il tourne autour de lui des yeux inquiets, et cherche un objet qui l’amuse ; sans la satire amère, sans la raillerie insultante, il serait toujours triste ; le ris moqueur est son seul plaisir. Au contraire, la sérénité du juste est intérieure ; son ris n’est point de malignité, mais de joie ; il en porte la source en lui-même ; il est aussi gai seul qu’au milieu d’un cercle ; il ne tire pas son consentement de ceux qui l’approchent, il le leur communique.
Even if I were to discover these attributes one after another, of which I have no absolute understanding at all, it would be through inevitable consequences, through the proper use of my reason; yet I affirm them without truly understanding them, and in essence, that means affirming nothing at all. No matter how I tell myself: “God is thus,” I feel it, I prove it to myself—but I still have no real conception of how God can be in such a way.
Ultimately, the more I strive to comprehend its infinite essence, the less I seem to grasp it; yet it exists—and that is enough for me. The less I understand it, the more I adore it. I humble myself and say to it: “To be a being, I exist because you exist; to contemplate you endlessly is to ascend to my very source.” The most noble use of my reason is to vanish before you; it is my spiritual exultation, it is the charm of my weakness—to feel overwhelmed by your greatness.
After having thus deduced, from the impressions received by my senses and from the inner sentiments that prompt me to judge causes according to my natural understanding, the main truths that it was important for me to know, I now need to determine what maxims I should derive from them for my conduct, and what rules I should establish to fulfill my purpose on this earth, in accordance with the intention of the one who placed me here. By always following this method, I do not draw these rules from the principles of high philosophy; rather, I find them deep within my heart, inscribed there by nature in indelible characters. All I need to do is consult my own conscience regarding what I ought to do: whatever I feel to be good is good, and whatever I feel to be bad is bad. The best of all guides is one’s conscience; it is only when we act against its advice that we resort to the subtleties of reasoning. The foremost duty is towards oneself; yet how often does our inner voice tell us that by doing good at the expense of others, we are actually causing harm! We believe we are acting in accordance with nature’s impulses, but in reality we resist them; when we listen to what nature tells our senses, we dismiss what it says to our hearts. The active part of our being obeys, while the passive part commands. Conscience is the voice of the soul, while passions are the voice of the body. Is it then surprising that these two “voices” often contradict each other? And in such cases, which one should we listen to? Too often reason deceives us; indeed, we have too much right to reject it. But conscience never lies; it is the true guide for mankind. It is to the soul what instinct is to the body[429]. Whoever follows its guidance is acting in accordance with nature and need not fear going astray. This point is important, my benevolent friend continued, seeing that I was about to interrupt him. Allow me to pause for a moment and explain it further.
The entire morality of our actions lies in the judgment we form about them ourselves. If it is true that goodness is indeed good, then it must be so both in the depths of our hearts and in our actions. The greatest reward of justice is to feel that one is practicing it. If moral goodness is in accordance with our nature, then a man can only be sane and well-balanced to the extent that he is good. If it is not, and if a man is inherently evil, he cannot cease to be evil without corrupting himself; in such cases, goodness would merely be a vice against nature. Created to harm his fellow beings, just as a wolf is designed to slaughter its prey, a human being would be no more than a depraved animal—just as pitiable as a cruel wolf. It is only virtue that can leave us with a sense of remorse.
Let us turn within ourselves, oh my young friend! Examine, setting aside all personal interests, what our inclinations lead us toward. Which spectacle pleases us most—the sufferings or the happiness of others? What is it that brings us the greatest pleasure to do, and leaves us with a more pleasant aftertaste, whether an act of kindness or one of malice? For whom do you show interest in these theatrical performances? Do you take pleasure in the crimes that are committed? Or do your tears flow for their punished authors? They say that everything is indifferent to us, except for our own interests; but on the contrary, the sweetness of friendship and humanity comforts us in our troubles; and even in our pleasures, we would be too lonely, too miserable, if we had no one to share them with. If there is nothing moral in the human heart, where then come these bursts of admiration for heroic deeds, these raptures of love for great souls? What connection does this enthusiasm for virtue have with our personal interests? Why would I want to be Cato, tearing his own entrails, rather than Caesar triumphant? Remove this love for the beautiful from our hearts, and you remove all the charm of life. Those whose vile passions have stifled within their narrow souls these delicate sentiments; those who, by concentrating solely on themselves, end up loving only themselves—these people no longer experience any emotions; their hearts, frozen cold, no longer beat with joy; a gentle tenderness never moistens their eyes; they no longer find pleasure in anything; these unfortunate souls no longer feel, no longer live—they are already dead.
But, no matter how many evil people there are on earth, few of these soulless beings have become insensible to everything that is just and good, except insofar as it serves their own interests. Injustice is pleasing only so long as one benefits from it; in all other cases, we desire to see the innocent protected. When we witness some act of violence or injustice on a street or path, an instant of anger and indignation arises within us, prompting us to defend those who are oppressed. Yet a stronger duty holds us back, and laws deprive us of the right to protect innocence. On the contrary, when we see an act of kindness or generosity, what admiration and love it inspires in us! Who would not say to themselves: “I wish I had done the same?” It surely matters little to us whether a person was evil or righteous two thousand years ago; yet we are deeply affected by these events from ancient times, as if they had happened today. What do Catilina’s crimes have to do with me? Am I afraid of becoming his victim? Why then do I feel the same horror towards him as if he were my contemporary? We hate evil people not only because they harm us, but because they are evil themselves. Not only do we desire our own happiness, but we also want others to be happy; and when that happiness comes at no cost to ours, it even increases it. Finally, we can’t help but feel sympathy for the unfortunate; when we witness their suffering, it causes us pain. Even the most depraved among us cannot completely lose this inclination; often, it leads them to act against their own interests. The thief who robs passersby still covers the nakedness of the poor; and the most brutal assassin will stop to help a man in distress.
We speak of the cry of remorse, which secretly punishes hidden crimes and often brings them to light. Alas! who among us has never heard that persistent voice? We speak from experience; and we would gladly stifle this tyrannical sentiment that causes us so much suffering. Let us obey nature, and we will see with what gentleness it rules over us. After listening to it, one discovers how delightful it is to be true to oneself. The wicked fear and flee it; they seek amusement by escaping from within themselves, casting anxious glances around them in search of something that might entertain them. Without the bitter satire or insulting mockery, they would always be in sorrow; mocking laughter is their only source of pleasure. In contrast, the righteous person’s serenity comes from within; their laughter arises not from malice but from joy. They carry the source of this joy within themselves; they are just as happy alone as among others. They do not seek approval from those who approach them; rather, they share it with them.
Anche se dovessi scoprire successivamente questi attributi di cui non ho alcuna idea precisa, lo farei attraverso conseguenze inevitabili, grazie al corretto uso della mia ragione; tuttavia li affermo senza comprenderli veramente, e in fondo, questo significa non affermare nulla. Potrei anche dirmi: “Dio è così”, lo percepisco, me lo dimostro, ma non riesco comunque a comprendere meglio come Dio possa essere davvero così.
Infine, più mi sforzo di contemplare la sua essenza infinita, meno riesco a comprenderla; ma esiste, e questo mi basta; meno la comprendo, più la amo. Mi umilio e le dico: “Essere un essere. Esisto perché tu esisti; meditarti senza sosta significa elevarmi alla mia fonte stessa”. L’uso più degno della mia ragione è annientarsi davanti a te: questo è il mio estasiamento spirituale, è il fascino della mia debolezza. Sentirmi sopraffatto dalla tua grandezza.
Dopo aver così dedotto, a partire dall’impressione degli oggetti sensibili e dal sentimento interno che mi spinge a giudicare le cause in base alle mie luci naturali, le principali verità che mi era importante conoscere, mi resta da stabilire quali massime devo trarne per il mio comportamento, e quali regole devo seguire per adempiere al mio destino sulla terra, secondo l’intenzione di colui che mi vi ha posto. Seguendo sempre questa mia metodologia, non traggo queste regole dai principi di una filosofia elevata, ma le trovo nel profondo del mio cuore, scritte dalla natura con caratteri indelebili. Devo soltanto chiedermi cosa voglio fare: tutto ciò che sento essere giusto è giusto, tutto ciò che sento essere sbagliato è sbagliato; il miglior dei “casuisti” è la coscienza; e solo quando ci si affida a essa si ricorre alle sottigliezze del ragionamento. La prima delle preoccupazioni dovrebbe essere quella di sé stesso: tuttavia, quante volte la voce interiore ci dice che, facendo del bene agli altri a scapito nostro, in realtà stiamo facendo del male! Crediamo di seguire l’impulso della natura, ma in realtà gli resistiamo; ascoltando ciò che essa dice ai nostri sensi, disprezziamo ciò che dice al nostro cuore; l’essere attivo obbedisce, l’essere passivo comanda. La coscienza è la voce dell’anima, le passioni sono la voce del corpo. È sorprendente che spesso questi due “linguaggi” si contraddicano? E allora, quale dobbiamo ascoltare? Troppo spesso la ragione ci inganna; abbiamo acquisito troppo il diritto di rifiutarla. Ma la coscienza non mente mai; è il vero guida dell’uomo: è per l’anima ciò che l’istinto è per il corpo[429]. Chi la segue obbedisce alla natura e non teme di sbagliare. Questo punto è importante, continuò il mio benefattore, vedendo che stavo per interromperlo. Lasciate che mi soffermi ancora un po’ ad approfondirlo.
Tutta la moralità delle nostre azioni risiede nel giudizio che ne formuliamo noi stessi. Se è vero che il bene sia davvero bene, deve esserlo tanto nei nostri cuori quanto nelle nostre azioni; il primo premio della giustizia consiste proprio nel sentirsi impegnati nella sua pratica. Se la bontà morale è conforme alla nostra natura, l’uomo non può essere che sano di mente e ben costituito se è buono; altrimenti, se è malvagio per natura, non potrà smettere di esserlo senza corrompersi, e la bontà diventa in lui semplicemente un vizio contro natura. Creato per nuocere ai suoi simili, come il lupo per uccidere la sua preda, un uomo sarebbe un animale altrettanto depravato di un lupo misero; solo la virtù ci lascia dei rimorsi.
Rientriamo in noi stessi, o mio giovane amico! Esaminiamo, mettendo da parte ogni interesse personale, verso cosa ci spingono i nostri inclini. Quale spettacolo ci lusinga di più: quello delle sofferenze o della felicità altrui? Cosa è per noi più dolce da fare, e che ci lascia un’impressione più piacevole dopo averlo compiuto: un atto di benevolenza o uno di malvagità? Per chi ci interessiamo nei teatri in cui assistiamo a queste rappresentazioni? Ci divertiamo forse ai crimini commessi, o versiamo lacrime per i loro autori puniti? Dicono che tutto ciò sia indifferente per noi, se non per il nostro interesse personale. E invece, le dolcezze dell’amicizia e dell’umanità ci consolano nelle nostre sofferenze; e anche nei nostri piaceri, saremmo troppo soli, troppo miserabili, se non avessimo qualcuno con cui condividerli. Se nel cuore dell’uomo non esiste nulla di morale, da dove derivano allora questi slanci di ammirazione per le azioni eroiche, queste emozioni di amore per le grandi anime? Questo entusiasmo per la virtù, quale rapporto ha con il nostro interesse privato? Perché dovrei preferire di essere Catone che si strappa le viscere, piuttosto che Cesare trionfante? Eliminate dal nostro cuore questo amore per il bello, e toglierete via tutto il fascino della vita. Colui la cui anima ristretta ha soffocato in sé questi deliziosi sentimenti; colui che, concentrandosi soltanto su se stesso, finisce per amare solo se stesso, non prova più emozioni; il suo cuore, gelido, non palpita più di gioia; nessuna dolce commozione umida mai gli inumidisce gli occhi; non gode più di nulla. Quel povero infelice non sente più, non vive più. È già morto.
Ma, per quanto numerosi siano i malvagi sulla terra, poche sono quelle anime prive di sensibilità, che, al di fuori dei propri interessi personali, non provino alcun sentimento di rispetto per ciò che è giusto e buono. L’ingiustizia piace soltanto finché ne si trae profitto; in ogni altro caso, si desidera che l’innocente venga protetto. Quando si assiste in una strada o su un sentiero a qualche atto di violenza e ingiustizia, immediatamente nel cuore sorge un moto di rabbia e indignazione che ci spinge a difendere la vittima; tuttavia, un dovere più forte ci trattiene, e le leggi ci privano del diritto di proteggere l’innocenza. Al contrario, quando si assiste a qualche atto di clemenza o generosità, quale ammirazione, quale affetto ne derivano! Chi non penserebbe: “Anch’io vorrei aver fatto lo stesso”? A noi importa molto poco se un uomo è stato malvagio o giusto duemila anni fa; eppure lo stesso interesse ci colpisce quando si tratta di eventi avvenuti nell’antichità, come se fossero accaduti oggi. Che cosa mi importano i crimini di Catilina? Ho paura di diventarne vittima? E allora, perché provo per lui lo stesso orrore che se fosse mio contemporaneo? Non odiamo i malvagi soltanto perché ci nuociono, ma perché sono malvagi. Non vogliamo solo essere felici, ma anche il bene altrui; e quando questo bene non costa nulla al nostro, anzi lo aumenta. Infine, abbiamo sempre, contro la nostra volontà, pietà per gli sfortunati; quando assistiamo alla loro sofferenza, ne soffriamo noi stessi. Anche i più perversi non riescono a perdere completamente questo sentimento; spesso esso li porta a contraddire se stessi. Il ladro che deruba i passanti copre ancora la nudità del povero; e il più feroce assassino aiuta un uomo che sta per cadere in preda al collasso.
Si parla del grido dei rimorsi, che punisce in segreto i crimini nascosti e spesso li mette in evidenza. Ahimè, chi di noi non ha mai sentito questa voce importuna? Si parla per esperienza; e si vorrebbe soffocare questo sentimento tirannico che ci causa tanta sofferenza. Obbediamo alla natura: scopriremo con quanta dolcezza essa governa il mondo, e quale fascino si prova, dopo averla ascoltata, nel comportarsi rettamente verso se stessi. Il malvagio si teme e si fugge; si diverte allontanandosi da sé stesso; guarda intorno a sé con occhi ansiosi, cercando qualcosa che lo distragga. Senza la satira amara, senza le derisioni offensive, sarebbe sempre triste; il riso beffardo è l’unico suo piacere. Al contrario, la serenità del giusto è interiore: il suo riso non nasce dalla malvagità, ma dalla gioia; ne possiede la fonte dentro di sé stesso; è felice sia da solo che in mezzo ad altre persone; non trae conforto da coloro che lo circondano, ma lo dona loro.
Jetez les yeux sur toutes les nations du monde, parcourez toutes les histoires. Parmi tant de cultes inhumains et bizarres, parmi cette prodigieuse diversité de moeurs et de caractères, vous trouverez partout les mêmes idées de justice et d’honnêteté, partout les mêmes notions de bien et de mal. L’ancien paganisme enfanta des dieux abominables, qu’on eût punis ici-bas comme des scélérats, et qui n’offraient pour tableau du bonheur suprême que des forfaits à commettre et des passions à contenter. Mais le vice, armé d’une autorité sacrée, descendait en vain du séjour éternel, l’instinct moral le repoussait du coeur des humains. En célébrant les débauches de Jupiter, on admirait la continence de Xénocrate ; la chaste Lucrèce adorait l’impudique Vénus ; l’intrépide Romain sacrifiait à la Peur ; il invoquait le dieu qui mutila son père et mourait sans murmure de la main du sien. Les plus méprisables divinités furent servies par les plus grands hommes. La sainte voix de la nature, plus forte que celle des dieux, se faisait respecter sur la terre, et semblait reléguer dans le ciel le crime avec les coupables.
Il est donc au fond des âmes un principe inné de justice et de vertu, sur lequel, malgré nos propres maximes, nous jugeons nos actions et celles d’autrui comme bonne ou mauvaises, et c’est à ce principe que je donne le nom de conscience.
Mais à ce mot j’entends s’élever de toutes parts la clameur des prétendus sages : Erreurs de l’enfance, préjugés de l’éducation ! s’écrient-ils tous de concert. Il n’y a rien dans l’esprit humain que ce qui s’y introduit par l’expérience, et nous ne jugeons d’aucune chose que sur des idées acquises. Ils font plus : cet accord évident et universel de toutes les nations, ils l’osent rejeter ; et, contre l’éclatante uniformité du jugement des hommes, ils vont chercher dans les ténèbres quelque exemple obscur et connu d’eux seuls ; comme si tous les penchants de la nature étaient anéantis par la dépravation d’un peuple, et que, sitôt qu’il est des monstres, l’espèce ne fût plus rien. Mais que servent au sceptique Montaigne les tourments qu’il se donne pour déterrer en un coin du monde une coutume opposée aux notions de la justice[430] ? Que lui sert de donner aux plus suspects voyageurs l’autorité qu’il refuse aux écrivains les plus célèbres ? Quelques usages incertains et bizarres fondés sur des causes locales qui nous sont inconnues, détruiront-ils l’induction générale tirée du concours de tous les peuples, opposés en tout le reste, et d’accord sur ce seul point ? O Montaigne ! toi qui te piques de franchise et de vérité, sois sincère et vrai, si un philosophe peut l’être, et dis-moi s’il est quelque pays sur la terre où ce soit un crime de garder sa foi, d’être clément, bienfaisant, généreux ; où l’homme de bien soit méprisable, et le perfide honoré.
Chacun, dit-on, concourt au bien public pour son intérêt. Mais d’où vient donc que le juste y concourt à son préjudice ? Qu’est-ce qu’aller à la mort pour son intérêt ? Sans doute nul n’agit que pour son bien ; mais s’il est un bien moral dont il faut tenir compte, on n’expliquera jamais par l’intérêt propre que les actions des méchants. Il est même à croire qu’on ne tentera point d’aller plus loin. Ce serait une trop abominable philosophie que celle où l’on serait embarrassé des actions vertueuses ; où l’on ne pourrait se tirer d’affaire qu’en leur controuvant des intentions basses et des motifs sans vertu ; où l’on serait forcé d’avilir Socrate et de calomnier Régulus. Si jamais de pareilles doctrines pouvaient germer parmi nous, la voix de la nature, ainsi que celle de la raison, s’élèveraient incessamment contre elles, et ne laisseraient jamais à un seul de leurs partisans l’excuse de l’être de bonne foi.
Mon dessein n’est pas d’entrer ici dans des discussions métaphysiques qui passent ma portée et la vôtre, et qui, dans le fond, ne mènent à rien. Je vous ai déjà dit que je ne voulais pas philosopher avec vous, mais vous aider à consulter votre coeur. Quand tous les philosophes prouveraient que j’ai tort, si vous sentez que j’ai raison, je n’en veux pas davantage.
Il ne faut pour cela que vous faire distinguer nos idées acquises de nos sentiments naturels ; car nous sentons avant de connaître ; et comme nous n’apprenons point à vouloir notre bien et à fuir notre mal, mais que nous tenons cette volonté de la nature, de même l’amour du bon et la haine du mauvais nous sont aussi naturels que l’amour de nous-mêmes. Les actes de la conscience ne sont pas des jugements, mais des sentiments. Quoique toutes nos idées nous viennent du dehors, les sentiments qui les apprécient sont au dedans de nous, et c’est par eux seuls que nous connaissons la convenance ou disconvenance qui existe entre nous et les choses que nous devons respecter ou fuir.
Exister pour nous, c’est sentir ; notre sensibilité est incontestablement antérieure à notre intelligence, et nous avons eu des sentiments avant des idées[431]. Quelle que soit la cause de notre être, elle a pourvu à notre conservation en nous donnant des sentiments convenables à notre nature ; et l’on ne saurait nier qu’au moins ceux-là ne soient innés. Ces sentiments, quant à l’individu, sont l’amour de soi, la crainte de la douleur, l’horreur de la mort, le désir du bien-être. Mais si, comme on n’en peut douter, l’homme est sociable par sa nature, ou du moins fait pour le devenir, il ne peut l’être que par d’autres sentiments innés, relatifs à son espèce ; car, à ne considérer que le besoin physique, il doit certainement disperser les hommes au lieu de les rapprocher. Or c’est du système moral formé par ce double rapport à soi-même et à ses semblables que naît l’impulsion de la conscience. Connaître le bien, ce n’est pas l’aimer : l’homme n’en a pas la connaissance innée, mais sitôt que sa raison le lui fait connaître, sa conscience le porte à l’aimer : c’est ce sentiment qui est inné.
Je ne crois donc pas, mon ami, qu’il soit impossible d’expliquer par des conséquences de notre nature le principe immédiat de la conscience, indépendant de la raison même. Et quand cela serait impossible, encore ne serait-il pas nécessaire : car, puisque ceux qui nient ce principe admis et reconnu par tout le genre humain ne prouvent point qu’il n’existe pas, mais se contentent de l’affirmer ; quand nous affirmons qu’il existe, nous sommes tout aussi bien fondés qu’eux, et nous avons de plus le témoignage intérieur, et la voix de la conscience qui dépose pour elle-même. Si les premières lueurs du jugement nous éblouissent et confondent d’abord les objets à nos regards, attendons que nos faibles yeux se rouvrent, se raffermissent ; et bientôt nous reverrons ces mêmes objets aux lumières de la raison, tels que nous les montrait d’abord la nature : ou plutôt soyons plus simples et moins vains ; bornons-nous aux premiers sentiments que nous trouvons en nous-mêmes, puisque c’est toujours à eux que l’étude nous ramène quand elle ne nous a point égarés.
Conscience ! conscience ! instinct divin, immortelle et céleste voix ; guide assuré d’un être ignorant et borné, mais intelligent et libre ; juge infaillible du bien et du mal, qui rends l’homme semblable à Dieu, c’est toi qui fais l’excellence de sa nature et la moralité de ses actions ; sans toi je ne sens rien en moi qui m’élève au-dessus des bêtes, que le triste privilège de m’égarer d’erreurs en erreurs à l’aide d’un entendement sans règle et d’une raison sans principe.
Grâce au ciel, nous voilà délivrés de tout cet effrayant appareil de philosophie : nous pouvons être hommes sans être savants ; dispensés de consumer notre vie à l’étude de la morale, nous avons à moindres frais un guide plus assuré dans ce dédale immense des opinions humaines. Mais ce n’est pas assez que ce guide existe, il faut savoir le reconnaître et le suivre. S’il parle à tous les coeurs, pourquoi donc y en a-t-il si peu qui l’entendent ? Eh ! c’est qu’il nous parle la langue de la nature, que tout nous a fait oublier. La conscience est timide, elle aime la retraite et la paix ; le monde et le bruit l’épouvantent : les préjugés dont on la fait naître sont ses plus cruels ennemis ; elle fuit ou se tait devant eux : leur voix bruyante étouffe la sienne et l’empêche de se faire entendre ; le fanatisme ose la contrefaire, et dicter le crime en son nom. Elle se rebute enfin à force d’être éconduite ; elle ne nous parle plus, elle ne nous répond plus, et, après de si longs mépris pour elle, il en coûte autant de la rappeler qu’il en coûta de la bannir.
Look at all the nations of the world, examine all their histories. Amidst so many inhumane and bizarre cults, amidst this astonishing diversity of customs and personalities, you will find everywhere the same ideas of justice and honesty, the same concepts of good and evil. The ancient paganism gave birth to abhorrent gods—men who, if they existed in our world, would be punished as scoundrels, for their teachings offered nothing but incentives to commit crimes and indulge in passions. Yet vice, armed with a supposed sacred authority, descended in vain from the eternal realm; human moral instinct repelled it from people’s hearts. While people celebrated Jupiter’s debaucheries, they admired Xenocrates’ self-control; the chaste Lucrece worshiped the licentious Venus; the fearless Roman offered sacrifices to Fear—praying to the god who had mutilated his own father and dying without a word of complaint at the hands of his own son. Even the most despised deities were worshipped by the greatest men. The sacred voice of nature, louder than that of any deity, commanded respect on earth, as if it meant to banish crime and its perpetrators into the heavens.
Therefore, at the very core of our souls, there exists an innate principle of justice and virtue upon which, despite our own personal beliefs, we judge our own actions and those of others as good or bad. It is this principle that I refer to as conscience.
But at this very word, I hear the outcry of so-called wise men rising from all sides: “Childhood errors! Prejudices instilled by education!” they exclaim in unison. There is nothing in the human mind except what has been introduced through experience; we judge nothing but on the basis of ideas acquired through learning. They go even further: they dare to reject this evident and universal consensus among all nations; and, in defiance of the brilliant uniformity of human judgment, they seek out some obscure and little-known examples from their own sphere of knowledge, as if all the inclinations inherent in nature were destroyed by the corruption of a single people, and that once a race becomes monstrous, the entire species is doomed. But what good does such torment do to the skeptic Montaigne—whom it costs so much effort to dig up some custom in some remote corner of the world that contradicts our notions of justice[430]? What use is it for him to grant authority to the most questionable travelers, while denying it to the most renowned writers? Some uncertain and bizarre practices, based on local causes unknown to us, will they really undermine the universal inferences drawn from the collective experience of all peoples, who may differ in every other regard but agree on this single point? Oh Montaigne! You who pride yourself on honesty and truth—be sincere and truthful, if a philosopher can be so—and tell me: is there any country on earth where it is a crime to uphold one’s faith, to be kind, benevolent, generous; where the good man is despised and the treacherous are honored?
It is said that everyone acts in the public interest for their own benefit. But then why does a person who behaves justly do so at their own expense? What meaning can there be in facing death for one’s own advantage? Surely no one acts solely out of self-interest; but if there is some moral good that must also be taken into account, then the actions of evil people cannot ever be explained by mere self-interest. In fact, it would be utterly abhorrent to suppose that virtuous actions could be motivated by base intentions or unvirtuous motives—such a philosophy would force us to denigrate Socrates and slander Regulus. If such doctrines were ever to arise among us, the voice of nature and reason would rise relentlessly against them, leaving not a single supporter with any excuse for believing they were acting out of good faith.
My intention is not to engage in metaphysical discussions that lie beyond both my and your understanding, and which, in essence, lead to nothing. I have already told you that I do not wish to philosophize with you, but rather to help you listen to what your heart tells you. Even if all philosophers prove me wrong, as long as you feel that I am right, that will be enough for me.
All that is necessary for this is to distinguish between our acquired ideas and our natural sentiments; for we feel before we understand. And since we are not taught to desire what is good for us and to avoid what is bad, but rather possess such will naturally, just as the love of goodness and the hatred of evil are as natural to us as self-love, so too are the acts of conscience not judgments, but sentiments. Although all our ideas come from outside, the sentiments that evaluate them exist within us, and it is through these sentiments alone that we come to understand what is appropriate or inappropriate in our relationship with those things we ought to respect or avoid.
To exist for us means to feel; our sensitivity is undoubtedly prior to our intelligence, and we have experienced emotions before we had ideas[431]. Whatever the cause of our being, it has ensured our survival by endowing us with emotions that are appropriate to our nature; and it cannot be denied that at least these emotions are innate. For the individual, such emotions include self-love, fear of pain, horror of death, and the desire for well-being. But if man is, as one cannot doubt, inherently social—or at least destined to become so—he can only be so through other innate emotions related to his species; for if we consider only physical needs, they would surely lead to the dispersion of people rather than their bringing together. It is from this dual relationship—toward oneself and toward one’s fellow beings—that the impulse of conscience arises. To know what is good is not to love it: man does not have an innate understanding of it, but once his reason makes him aware of it, his conscience drives him to love it—and it is this emotion that is innate.
Therefore, I do not believe, my friend, that it is impossible to explain the immediate principle of consciousness by means of the consequences inherent in our nature, independently of reason itself. And even if it were impossible, it would still not be necessary; for since those who deny this principle, which is acknowledged and recognized by all mankind, fail to prove that it does not exist, but merely assert it, we who affirm its existence are just as well-founded as they are—and moreover, we have the testimony of our inner selves and the voice of conscience, which speaks on its own behalf. If the first glimmers of reason initially confuse us and make objects appear different to us, let us wait until our weak eyes open and strengthen; soon enough, we will see these same objects in the lights of reason, just as nature originally presented them to us. Or rather, let us be simpler and less vain—let us content ourselves with the first impressions that arise within us, for it is always to these that study leads us back when it has not led us astray.
Conscience! Conscience! That divine, immortal, and celestial voice; that sure guide for a being who is ignorant and limited, yet intelligent and free; that infallible judge of good and evil, which makes man resemble God—it is you who constitute the excellence of his nature and the morality of his actions. Without you, I feel within me nothing that could elevate me above the beasts, except for the sad privilege of wandering from error to error, guided by a mind without rules and a reason without principles.
Thank heaven, we are now free from all this terrifying apparatus of philosophy: we can be men without being scholars; spared the burden of spending our lives studying morality, we now have a guide far more reliable and less costly to navigate through this vast labyrinth of human opinions. But it is not enough for such a guide to exist; we must also know how to recognize it and follow it. If it speaks to everyone’s heart, then why are so few able to hear it? Ah, it is because it speaks to us in the language of nature—a language that everything else has made us forget. Conscience is timid; it seeks solitude and peace. The world and its noise terrify it; the prejudices that are imposed upon it are its most cruel enemies. It flees or remains silent in their presence; their loud voices drown out its own, preventing it from being heard. Fanaticism dares to counterfeit its voice and command crime in its name. Finally, conscience gives up in exasperation after being so often ignored; it no longer speaks to us, nor does it respond to us. And after such long-term disregard, it takes just as much effort to recall it as it did to banish it.
Osservate tutte le nazioni del mondo, esaminate tutte le storie. Tra tanti culti inumani e bizzarri, tra questa straordinaria diversità di costumi e caratteri, troverete ovunque le stesse idee di giustizia e onestà, ovunque le stesse nozioni di bene e male. L’antico paganesimo generava dei dèi orribili, che qui sulla terra verrebbero puniti come criminali, e i quali offrivano come immagine del massimo felicità soltanto atti criminosi da compiere e passioni da soddisfare. Ma il vizio, armato di un’autorità sacra, scendeva invano dal regno eterno; l’istinto morale lo respingeva dal cuore degli esseri umani. Celebrando le dissolutezze di Giove, si ammirava la castità di Senocrate; la casta Lucrezia adorava la licenziosa Venere; il coraggioso romano sacrificava alla Paura; invocava il dio che aveva mutilato suo padre e moriva senza un lamento per mano dello stesso. Anche le divinità più disprezzabili venivano venerate dai più grandi uomini. La sacra voce della natura, più potente di quella degli dèi, si faceva rispettare sulla terra, e sembrava relegare in cielo il crimine insieme ai suoi colpevoli.
Esiste quindi, nel profondo delle nostre anime, un principio innato di giustizia e virtù; su di esso, nonostante le nostre stesse massime, giudichiamo le nostre azioni e quelle altrui come buone o cattive. Ed è a questo principio che do il nome di coscienza.
Ma a queste parole si alza da tutte le parti l’urlo dei cosiddetti saggi: “Errori dell’infanzia, pregiudizi dell’educazione!”, esclamano tutti all’unisono. Non c’è nulla nell’intelletto umano se non ciò che vi viene introdotto attraverso l’esperienza, e noi giudichiamo ogni cosa soltanto in base a idee acquisite. Fanno di più: questo accordo evidente e universale tra tutte le nazioni, osano rifiutarlo; e, contro la luminosa uniformità del giudizio umano, vanno a cercare nelle tenebre qualche esempio oscuro e conosciuto soltanto da loro; come se tutti i inclinamenti della natura venissero annientati dalla corruzione di un popolo, e che, non appena esistono mostri, l’intera specie non esistesse più. Ma a cosa serve al scettico Montaigne tutto il tormento che si infligge per scoprire in qualche angolo del mondo una usanza contraria alle nozioni di giustizia? A cosa gli serve dare agli viaggiatori più sospetti l’autorità che rifiuta ai più celebri scrittori? Alcuni usanze incerte e bizzarre, basate su cause locali a noi sconosciute, distruggeranno forse l’induzione generale tratta dal concorso di tutte le nazioni, che in ogni altro aspetto sono opposte tra loro, ma concordano su questo unico punto? Oh Montaigne! tu che ti vanti di franchezza e verità, sii sincero e vero, se un filosofo può esserlo, e dimmi se esiste qualche paese al mondo dove sia un crimine mantenere la propria fede, essere gentili, buoni, generosi; dove l’uomo onesto sia disprezzato e il perfido onorato.
Si dice che ognuno agisca per il proprio interesse nel perseguire il bene pubblico. Ma da dove deriva allora il fatto che coloro che si dedicano al bene pubblico finiscano spesso per subirne dei danni? Che senso ha morire per il proprio interesse? Senza dubbio, nessuno agisce se non per il proprio bene; tuttavia, se esiste un bene morale da prendere in considerazione, le azioni dei malvagi non potranno mai essere spiegate semplicemente in termini di interesse personale. Anzi, si può dire che nessuno oserebbe andare oltre in questa interpretazione. Sarebbe una filosofia davvero abominabile quella che rendesse difficili da giustificare le azioni virtuose; una filosofia che costringesse a attribuire loro intenzioni basse e motivi disonesti; una filosofia che obbligasse a denigrare figure come Socrate o Régulo. Se mai simili dottrine dovessero germogliare tra di noi, la voce della natura e quella della ragione si alzerebbero incessantemente contro di esse, impedendo a nessuno dei loro sostenitori di trovare scuse basate sulla buona fede.
Il mio intento non è certo quello di entrare in discussioni metafisiche che esulano dalla mia e dalla vostra comprensione e che, in fondo, non portano a nulla. Vi ho già detto che non desidero filosofare con voi, ma aiutarvi ad ascoltare la vostra coscienza. Anche se tutti i filosofi dimostrassero che ho torto, se voi sentite che ho ragione, questo mi basterebbe.
Per farlo, basta che distinguiate le nostre idee acquisite dai nostri sentimenti naturali; infatti, sentiamo prima di conoscere; e poiché non impariamo a desiderare il bene e a evitare il male, ma possediamo questa volontà per natura, allo stesso modo l’amore per il bene e l’odio per il male ci sono naturali quanto l’amore per noi stessi. Gli atti della coscienza non sono giudizi, ma sentimenti. Sebbene tutte le nostre idee provengano dall’esterno, i sentimenti che le valutano si trovano dentro di noi, ed è solo attraverso di essi che conosciamo quale sia la convenienza o la disconvenienza tra noi e le cose che dobbiamo rispettare o evitare.
Esistere, per noi, significa sentire; la nostra sensibilità è indubbiamente anteriore alla nostra intelligenza, e abbiamo avuto sentimenti prima che idee[431]. Qualunque sia la causa del nostro essere, essa si è assicurata della nostra conservazione donandoci sentimenti adeguati alla nostra natura; e non si può negare che almeno questi siano innati. Per quanto riguarda l’individuo, questi sentimenti sono l’amore di sé, la paura del dolore, l’orrore della morte, il desiderio di benessere. Ma se, come non si può dubitare, l’uomo è per natura sociale, o almeno destinato a esserlo, ciò può avvenire soltanto attraverso altri sentimenti innati, relativi alla sua specie; infatti, considerando esclusivamente il bisogno fisico, questi sentimenti dovrebbero certamente allontanare gli uomini invece di avvicinarli. Ed è proprio dal sistema morale formato da questo doppio rapporto con se stesso e con i propri simili che nasce l’impulso della coscienza. Conoscere il bene non significa amarlo: l’uomo non ne ha la conoscenza innata, ma non appena la sua ragione gliela fa comprendere, la sua coscienza lo spinge ad amarlo; ed è questo sentimento che è innato.
Pertanto, caro amico, non credo che sia impossibile spiegare il principio immediato della coscienza, indipendente dalla ragione stessa, attraverso le conseguenze della nostra natura. E anche se ciò fosse impossibile, non sarebbe comunque necessario farlo: poiché coloro che negano questo principio, ammesso e riconosciuto da tutta l’umanità, non dimostrano affatto che non esista, ma si limitano ad affermarlo; mentre noi, quando lo affermiamo, abbiamo altrettanti motivi di credere in esso quanto loro, e inoltre disponiamo del testimone interno e della voce della coscienza stessa che ne parla per conto suo. Se le prime luci della ragione ci abbagliano e confondono all’inizio gli oggetti che vediamo, aspettiamo che i nostri occhi deboli si riprendano e si rafforzino; presto rivedremo quegli stessi oggetti sotto la luce della ragione, così come ci erano stati mostrati inizialmente dalla natura. O meglio ancora: siamo più semplici e meno vanitosi; limitiamoci ai primi sentimenti che troviamo in noi stessi, poiché è sempre a loro che lo studio ci riporta quando non ci ha fatto perdere la strada.
Conscienza! Conscienza! Istinto divino, voce immortale e celeste; guida sicura per un essere ignorante e limitato, ma intelligente e libero; giudice infallibile del bene e del male, che rende l’uomo simile a Dio. Sei tu che conferisci eccellenza alla sua natura e moralità alle sue azioni. Senza di te, in me non esiste nulla che mi elevi al di sopra delle bestie; esiste soltanto il triste privilegio di errare continuamente, grazie a un’intelligenza senza regole e a una ragione senza principi.
Grazie al cielo, siamo finalmente liberati da tutto questo spaventoso apparato di filosofia: possiamo essere uomini senza essere saggi; non dobbiamo più dedicare la nostra vita allo studio della morale e, con minori sforzi, disponiamo di una guida più sicura in questo immenso labirinto di opinioni umane. Ma non basta che questa guida esista: è necessario saperla riconoscere e seguirla. Se parla a tutti i cuori, perché allora così pochi la comprendono? Ebbene, è perché ci parla nella lingua della natura, una lingua che tutto ci ha fatto dimenticare. La coscienza è timida: ama il ritiro e la pace; il mondo e il rumore la spaventano; i pregiudizi da cui viene plasmata sono i suoi più crudeli nemici. Lei fugge o tace di fronte a loro; la loro voce fragorosa soffoca la sua, impedendole di farsi sentire; il fanatismo osa imitarla e proclamare il crimine in suo nome. Alla fine, esausta da tutti questi trattamenti disumani, lei smette di parlare con noi, smette di rispondere. E dopo tanto disprezzo nei suoi confronti, richiamarla costa lo stesso sforzo che l’aveva fatto bandire.
Combien de fois je me suis lassé dans mes recherches de la froideur que je sentais en moi ! Combien de fois la tristesse et l’ennui, versant leur poison sur mes premières méditations, me les rendirent insupportables ? Mon coeur aride ne donnait qu’un zèle languissant et tiède à l’amour de la vérité. Je me disais : Pourquoi me tourmenter à chercher ce qui n’est pas ? Le bien moral n’est qu’une chimère ; il n’y a rien de bon que les plaisirs des sens. Ô quand on a une fois perdu le goût des plaisirs de l’âme, qu’il est difficile de le reprendre ! Qu’il est plus difficile encore de le prendre quand on ne l’a jamais eu ! S’il existait un homme assez misérable pour n’avoir rien fait en toute sa vie dont le souvenir le rendît content de lui-même et bien aise d’avoir vécu, cet homme serait incapable de jamais se connaître ; et, faute de sentir quelle bonté convient à sa nature, il resterait méchant par force et serait éternellement malheureux. Mais croyez-vous qu’il y ait sur la terre entière un seul homme assez dépravé pour n’avoir jamais livré son coeur à la tentation de bien faire ? Cette tentation est si naturelle et si douce, qu’il est impossible de lui résister toujours ; et le souvenir du plaisir qu’elle a produit une fois suffit pour la rappeler sans cesse. Malheureusement elle est d’abord pénible à satisfaire ; on a mille raisons pour se refuser au penchant de son coeur ; la fausse prudence le resserre dans les bornes du moi humain ; il faut mille efforts de courage pour oser les franchir. Se plaire à bien faire est le prix d’avoir bien fait, et ce prix ne s’obtient qu’après l’avoir mérité. Rien n’est plus aimable que la vertu ; mais il en faut jouir pour la trouver telle. Quand on la veut embrasser, semblable au Protée de la fable, elle prend d’abord mille formes effrayantes, et ne se montre enfin sous la sienne qu’à ceux qui n’ont point lâché prise.
Combattu sans cesse par mes sentiments naturels qui parlaient pour l’intérêt commun, et par ma raison qui rapportait tout à moi, j’aurais flotté toute ma vie dans cette continuelle alternative, faisant le mal, aimant le bien, et toujours contraire à moi-même, si de nouvelles lumières n’eussent éclairé mon coeur, si la vérité, qui fixa mes opinions, n’eût encore assuré ma conduite et ne m’eût mis d’accord avec moi. On a beau vouloir établir la vertu par la raison seule, quelle solide base peut-on lui donner ? La vertu, disent-ils, est l’amour de l’ordre. Mais cet amour peut-il donc et doit-il l’emporter en moi sur celui de mon bien-être ? Qu’ils me donnent une raison claire et suffisante pour le préférer. Dans le fond leur prétendu principe est un pur jeu de mots ; car je dis aussi, moi, que le vice est l’amour de l’ordre, pris dans un sens différent. Il y a quelque ordre moral partout où il y a sentiment et intelligence. La différence est que le bon s’ordonne par rapport au tout, et que le méchant ordonne le tout par rapport à lui. Celui-ci se fait le centre de toutes choses ; l’autre mesure son rayon et se tient à la circonférence. Alors il est ordonné par rapport au centre commun, qui est Dieu, et par rapport à tous les cercles concentriques, qui sont les créatures. Si la Divinité n’est pas, il n’y a que le méchant qui raisonne, le bon n’est qu’un insensé.
Ô mon enfant, puissiez-vous sentir un jour de quel poids on est soulagé, quand, après avoir épuisé la vanité des opinions humaines et goûté l’amertume des passions, on trouve enfin si près de soi la route de la sagesse, le prix des travaux de cette vie, et la source du bonheur dont on a désespéré ! Tous les devoirs de la loi naturelle, presque effacés de mon coeur par l’injustice des hommes, s’y retracent au nom de l’éternelle justice qui me les impose et qui me les voit remplir. Je ne sens plus en moi que l’ouvrage et l’instrument du grand Être qui veut le bien, qui le fait, qui fera le mien par le concours de mes volontés aux siennes et par le bon usage de ma liberté : j’acquiesce à l’ordre qu’il établit, sûr de jouir moi-même un jour de cet ordre et d’y trouver ma félicité ; car quelle félicité plus douce que de se sentir ordonné dans un système où tout est bien ? En proie à la douleur, je la supporte avec patience, en songeant qu’elle est passagère et qu’elle vient d’un corps qui n’est point à moi. Si je fais une bonne action sans témoin, je sais qu’elle est vue, et je prends acte pour l’autre vie de ma conduite en celle-ci. En souffrant une injustice, je me dis : l’Être juste qui régit tout saura bien m’en dédommager, les besoins de mon corps, les misères de ma vie me rendent l’idée de la mort plus supportable. Ce seront autant de liens de moins à rompre quand il faudra tout quitter.
Pourquoi mon âme est-elle soumise à mes sens et enchaînée à ce corps qui l’asservit et la gêne ? Je n’en sais rien : suis-je entré dans les décrets de Dieu ? Mais je puis, sans témérité, former de modestes conjectures. Je me dis : Si l’esprit de l’homme fût resté libre et pur, quel mérite aurait-il d’aimer et suivre l’ordre qu’il verrait établi et qu’il n’aurait nul intérêt à troubler ? Il serait heureux, il est vrai ; mais il manquerait à son bonheur le degré le plus sublime, la gloire de la vertu et le bon témoignage de soi ; il ne serait que comme les anges ; et sans doute l’homme vertueux sera plus qu’eux. Unie à un corps mortel par des liens non moins puissants qu’incompréhensibles, le soin de la conservation de ce corps excite l’âme à rapporter tout à lui, et lui donne un intérêt contraire à l’ordre général, qu’elle est pourtant capable de voir et d’aimer ; c’est alors que le bon usage de sa liberté devient à la fois le mérite et la récompense, et qu’elle se prépare un bonheur inaltérable en combattant ses passions terrestres et se maintenant dans sa première volonté.
Que si, même dans l’état d’abaissement où nous sommes durant cette vie, tous nos premiers penchants sont légitimes ; si tous nos vices nous viennent de nous, pourquoi nous plaignons-nous d’être subjugués par eux ? pourquoi reprochons-nous à l’auteur des choses les maux que nous nous faisons et les ennemis que nous armons contre nous-mêmes ? Ah ! ne gâtons point l’homme ; il sera toujours bon sans peine, et toujours heureux sans remords. Les coupables qui se disent forcés au crime sont aussi menteurs que méchants : comment ne voient-ils point que la faiblesse dont ils se plaignent est leur propre ouvrage ; que leur première dépravation vient de leur volonté ; qu’à force de vouloir céder à leurs tentations, ils leur cèdent enfin malgré eux et les rendent irrésistibles ? Sans doute il ne dépend plus d’eux de n’être pas méchants et faibles, mais il dépendit d’eux de ne le pas devenir. O que nous resterions aisément maîtres de nous et de nos passions, même durant cette vie, si, lorsque nos habitudes ne sont point encore acquises, lorsque notre esprit commence à s’ouvrir, nous savions l’occuper des objets qu’il doit connaître pour apprécier ceux qu’il ne connaît pas ; si nous voulions sincèrement nous éclairer, non pour briller aux yeux des autres, mais pour être bons et sages selon notre nature, pour nous rendre heureux en pratiquant nos devoirs ! Cette étude nous paraît ennuyeuse et pénible, parce que nous n’y songeons que déjà corrompu par le vice, déjà livrés à nos passions. Nous fixons nos jugements et notre estime avant de connaître le bien et le mal ; et puis, rapportant tout à cette fausse mesure, nous ne donnons à rien sa juste valeur.
How many times have I grown weary in my searches, overwhelmed by the coldness within me! How often have sorrow and boredom poisoned my initial attempts at meditation, making them utterly unbearable? My parched heart offered only a lukewarm and feeble zeal for the pursuit of truth. I would ask myself: Why torment myself in seeking what does not exist? Moral goodness is but a chimera; there is nothing truly good except the pleasures of the senses. Oh, once one has lost the taste for the pleasures of the soul, how difficult it is to regain it! And even more so when one has never known such pleasures at all! If there were a man so wretched that his entire life had been devoid of any act that could bring him satisfaction or joy in living, such a man would never come to know himself; and lacking the awareness of the goodness inherent in his nature, he would be forced to remain evil and thus eternally unhappy. But do you truly believe that there is a single person on this entire earth who is so corrupt that they have never succumbed to the temptation to do good? This temptation is so natural and so enticing that it is impossible to resist it forever; the memory of even one moment of pleasure it has brought is enough to remind us of it constantly. Unfortunately, satisfying such a temptation is initially difficult; we have countless reasons to resist the inclinations of our hearts. False prudence confines us within the boundaries of the human ego; it takes immense courage to dare to transcend them. To find joy in doing good is the reward for having done good—and this reward can only be obtained after one has truly merited it. Nothing is more endearing than virtue; yet one must experience it firsthand to appreciate its true nature. When we attempt to embrace it, like the Proteus of mythology, it first assumes a thousand terrifying forms; only those who never lose hold of it will finally see it in its true guise.
I was constantly torn between my natural instincts, which advocated for the common good, and my reason, which focused everything on myself. Had it not been for new insights that illuminated my heart, and for the truth that settled my beliefs and guided my actions, I would have spent my entire life oscillating between doing evil and loving goodness—always in conflict with myself. No matter how much one may try to establish virtue solely through reason, what solid foundation can such an approach provide? They say virtue is the love of order—but can this love truly override my self-interest? Let them give me a clear and sufficient reason to prefer virtue over selfishness. In truth, their so-called principle is nothing but a mere play on words. For I too claim that vice is also a form of “love of order,” albeit in a different sense. Wherever there is sentiment and intelligence, there is some form of moral order. The difference lies in this: the good is ordered in relation to the whole, while the evil orders the whole in its own interests. The wicked makes itself the center of all things; the good measures its actions against a greater whole—God—and conforms to all concentric circles of creation. Without God, there would be only the reasoning of the wicked; the good would be nothing but ignorance.
Oh my child, may you one day come to understand how greatly one is relieved when, after having exhausted the vanity of human opinions and tasted the bitterness of passions, one finally finds so close at hand the path to wisdom, the true purpose of life’s endeavors, and the source of happiness for which one had despaired! All the duties imposed by natural law—almost erased from my heart by the injustices of men—reappear in the name of that eternal justice which imposes them upon me and watches over their fulfillment. I no longer perceive within myself anything but the instrument and agent of that great Being who desires goodness, who brings it about, and who will make my own will conform to His through my own free choice. I accept the order He establishes, certain that one day I too shall enjoy that order and find therein my own happiness—for what joy could be greater than to feel oneself part of a system in which everything is harmonious? When afflicted with pain, I endure it patiently, knowing it is transient and comes from a body that does not truly belong to me. If I perform a good deed without any witnesses, I know it is seen, and thus I prepare myself for the next life by living righteously in this one. When suffering injustice, I think: “That Just Being who governs all will surely compensate me.” The needs of my body and the hardships of my life make the thought of death more bearable—for when it comes time to leave everything behind, these ties will be one less thing to break.
Why is my soul subject to my senses and bound to this body that enslaves and hinders it? I know nothing about it: have I entered into God’s decrees? Yet I may, without presumption, make some modest conjectures. I say to myself: If the human spirit had remained free and pure, what merit would it have in loving and following the order that it sees established, since it has no interest in disturbing it? It would indeed be happy; but its happiness would lack the highest degree of sublimity—the glory of virtue and the good testimony it could give of itself. It would be no more than an angel; and surely the virtuous man will be more than that. United to a mortal body by bonds as powerful as they are incomprehensible, the concern for preserving this body induces the soul to regard everything in terms of its own interests, thus leading it to act against the general order that it is capable of understanding and loving. It is then that the proper use of one’s freedom becomes both the merit and the reward; by fighting against its earthly passions and remaining true to its original will, one prepares for an immutable happiness.
Indeed, even in the state of degradation in which we find ourselves during this life, all our initial inclinations are legitimate; if all our vices originate within us, why then do we complain of being enslaved by them? Why blame the creator for the evils we inflict upon ourselves and the enemies we arm against our own selves? Ah! Let us not corrupt humanity; it would remain good without effort and happy without remorse. Those who claim to be forced into crime are both liars and villains: how do they fail to see that the weakness they lament is their own creation; that their first degeneration stemmed from their own will; that by persistently yielding to temptation, they ultimately succumb to it against their will, making it irresistible? It is certainly not beyond their control to cease being evil and weak, but it was within their power to never become so. How easily we could remain masters of ourselves and our passions even in this life if, when our habits have not yet taken root and our minds are just beginning to awaken, we devoted them to the study of those things that must be known in order to appreciate what remains unknown; if we truly sought to enlighten ourselves, not for the sake of dazzling others, but in order to become good and wise according to our nature, and thus find happiness by fulfilling our duties! This pursuit seems tedious and arduous to us because we approach it already corrupted by vice, already enslaved by our passions. We form our judgments and opinions before even understanding what is good and what is evil; and then, measuring everything against this flawed standard, we fail to assign each thing its proper value.
Quante volte mi sono arreso, nelle mie ricerche, di fronte alla freddezza che sentivo dentro di me! Quante volte tristezza e noia, versando il loro veleno sulle mie prime meditazioni, le hanno rese insopportabili? Il mio cuore arido non suscitava in me che un interesse languido e tiepido per l’amore della verità. Mi dicevo: Perché tormentarmi cercando ciò che non esiste? Il bene morale è solo una chimera; non c’è nulla di buono se non i piaceri dei sensi. Oh, quando si è una volta perduta la passione per i piaceri dell’anima, quanto è difficile riacquistarla! E ancora più difficile quando non l’abbiamo mai avuta. Se esistesse un uomo così sfortunato da non aver mai compiuto nulla nella sua vita di cui il ricordo lo rendesse soddisfatto di sé stesso e felice di essere vissuto, quell’uomo sarebbe incapace di conoscere veramente se stesso; e, mancando la consapevolezza della bontà che è propria alla sua natura, rimarrebbe cattivo per forza e sarebbe eternamente infelice. Ma credete davvero che esista al mondo un solo uomo abbastanza corrotto da non aver mai ceduto alla tentazione di fare del bene? Questa tentazione è così naturale e dolce che è impossibile resistervi sempre; il ricordo del piacere che ha procurato una volta basta per farla riemergere continuamente. Purtroppo, all’inizio è difficile soddisfarla; ci sono mille ragioni per resistere al desiderio del proprio cuore; la falsa prudenza lo confina entro i limiti dell’ego umano; servono molti sforzi di coraggio per osare superarli. Godersi il piacere di fare del bene è il premio per averlo realmente compiuto, e questo premio si ottiene solo dopo esserne degni. Niente è più amabile della virtù, ma bisogna goderne per riconoscerla tale. Quando si cerca di abbracciarla, essa assume mille forme spaventose, e si mostra finalmente nella sua vera forma solo a coloro che non hanno mai mollato la presa.
Lottavo costantemente tra i miei sentimenti naturali, che parlavano nell’interesse comune, e la mia ragione, che considerava tutto in relazione a me stesso; avrei trascorso tutta la vita in questa continua alternanza di azioni contrarie: compiere il male, amare il bene, se non fossero state nuove luci a illuminare il mio cuore, se la verità non avesse fissato le mie opinioni, guidato le mie azioni e messo me stesso in armonia con me stesso. Si può forse stabilire la virtù soltanto attraverso la ragione? Quale solida base si può darle? Dicono che la virtù sia l’amore dell’ordine. Ma questo amore può davvero prevalere, in me, sull’amore del mio benessere? Ditemi una ragione chiara e sufficiente per preferire il bene al male. In realtà, il loro presunto principio non è altro che un gioco di parole: anch’io dico infatti che il vizio è l’amore dell’ordine, ma in senso diverso. Ovunque esistano sentimenti e intelligenza, c’è un certo ordine morale. La differenza sta nel fatto che il bene si organizza rispetto al tutto, mentre il male organizza il tutto a proprio vantaggio; quest’ultimo si fa centro di tutte le cose, l’altro misura il proprio raggio e si colloca alla periferia. Il bene è quindi ordinato rispetto al centro comune, che è Dio, e rispetto a tutti i cerchi concentrici che rappresentano le creature. Se non esistesse la Divinità, esisterebbe soltanto il male; in tal caso, solo il male potrebbe essere considerato “ragionevole”, mentre il bene sarebbe semplicemente follia.
Oh mio figlio, possa un giorno tu comprendere quanto si sia sollevati quando, dopo aver esaurito la vanità delle opinioni umane e assaporato l’amarezza delle passioni, si trova finalmente così vicino a sé la strada della saggezza, il vero significato dei propri sforzi in questa vita e la fonte di felicità di cui si era persa ogni speranza! Tutti i doveri imposti dalla legge naturale, quasi cancellati dal mio cuore a causa dell’ingiustizia umana, riaffiorano nel nome della giustizia eterna che me li impone e che vede come io li adempia. Non sento più in me altro che lo strumento e l’esecutore di quell’Essere supremo che desidera il bene, che lo realizza e che renderà anche il mio operato conforme al suo volere, attraverso la collaborazione delle mie volontà con le sue e attraverso il buon uso della mia libertà. Accetto l’ordine che egli stabilisce, certo di godere anch’io un giorno di quel medesimo ordine e di trovarvi la mia felicità; perché quale felicità potrebbe essere più dolce di quella di sentirsi inseriti in un sistema nel quale tutto è armonioso? Quando sono colpito dal dolore, lo sopporto con pazienza, pensando che sia temporaneo e derivi da un corpo che non mi appartiene. Se compio un’azione buona senza testimoni, so che viene vista; quindi, per la vita futura, considero questa mia condotta come un atto meritevole. Quando subisco un’ingiustizia, penso: “L’Essere giusto che governa tutto mi compenserà certamente”. I bisogni del mio corpo e le difficoltà della mia vita rendono l’idea della morte più sopportabile; in quel momento, saranno meno legami da spezzare quando dovrò lasciare tutto alle spalle.
Perché l’anima mia è soggetta ai miei sens e incatenata a questo corpo che la asservisce e la ostacola? Non lo so. Ho forse entrato nei disegni di Dio? Ma posso, senza presunzione, formulare alcune modeste congetture. Mi dico: se lo spirito dell’uomo fosse rimasto libero e puro, quale merito avrebbe nel voler seguire l’ordine che vede stabilirsi, e che non ha alcun interesse a turbare? Sì, sarebbe felice, ma al suo bene mancherebbero il grado più sublime, la gloria della virtù e il buon testimonio di sé stesso; sarebbe soltanto come gli angeli. E certamente l’uomo virtuoso sarà qualcosa di più di loro. Unito a un corpo mortale da legami altrettanto potenti quanto incomprensibili, la cura per la conservazione di quel corpo spinge l’anima a rapportare tutto a esso, e le dà un interesse contrario all’ordine generale che, tuttavia, è in grado di vedere e amare. È allora che il buon uso della propria libertà diventa sia il merito che la ricompensa; ed è così che si prepara un felicità immutabile, combattendo le proprie passioni terrene e mantenersi fedele alla propria volontà originale.
Anche se, nello stato di decadimento in cui ci troviamo in questa vita, tutti i nostri primi impulsi siano legittimi; anche se tutti i nostri vizi derivino da noi stessi, perché ci lamentiamo di essere soggiogati da loro? Perché attribuiamo al creatore dei mali quegli inconvenienti che causiamo a noi stessi e quegli nemici che creiamo contro di noi? Ah! Non roviniamo l’uomo: sarà sempre buono senza sforzo, e sempre felice senza rimorsi. I colpevoli che si dichiarano costretti al crimine sono tanto bugiardi quanto malvagi: come non vedono che la debolezza di cui si lamentano è frutto delle loro stesse azioni; che la loro prima corruzione deriva dalla loro volontà; che, cercando continuamente di cedere alle tentazioni, alla fine vi cedono contro la loro volontà, rendendole così irresistibili? Senz’altro, non dipende più da loro non essere malvagi e deboli, ma dipende da loro decidere di non diventarlo. Oh! Quanto facilmente potremmo dominare noi stessi e le nostre passioni, anche in questa vita, se, quando le nostre abitudini non sono ancora consolidate, quando il nostro spirito sta appena iniziando ad aprirsi, sapessimo occuparlo con argomenti che ci permettano di comprendere ciò che dobbiamo conoscere per apprezzare ciò che non conosciamo; se volessimo sinceramente illuminarci, non per brillare agli occhi degli altri, ma per essere buoni e saggi secondo la nostra natura, per renderci felici nel compiere i nostri doveri! Questo studio ci sembra noioso e faticoso, perché lo consideriamo solo quando siamo già corrotti dal vizio, già schiavi delle nostre passioni. Formuliamo i nostri giudizi e le nostre valutazioni prima ancora di conoscere il bene e il male; e poi, attribuendo tutto a questa falsa misura, non diamo a nulla il suo giusto valore.
Il est un âge où le coeur, libre encore, mais ardent, inquiet, avide du bonheur qu’il ne connaît pas, le cherche avec une curieuse incertitude, et, trompé par les sens, se fixe enfin sur sa vaine image, et croit le trouver où il n’est point. Ces illusions ont duré trop longtemps pour moi. Hélas ! je les ai trop tard connues, et n’ai pu tout à fait les détruire : elles dureront autant que ce corps mortel qui les cause. Au moins elles ont beau me séduire, elles ne m’abusent pas ; je les connais pour ce qu’elles sont ; en les suivant je les méprise ; loin d’y voir l’objet de mon bonheur, j’y vois son obstacle. J’aspire au moment où, délivré des entraves du corps, je serai moi sans contradiction, sans partage, et n’aurai besoin que de moi pour être heureux ; en attendant, je le suis dès cette vie, parce que j’en compte pour peu tous les maux, que je la regarde comme presque étrangère à mon être, et que tout le vrai bien que j’en peux retirer dépend de moi.
Pour m’élever d’avance autant qu’il se peut à cet état de bonheur, de force et de liberté, je m’exerce aux sublimes contemplations. Je médite sur l’ordre de l’univers, non pour l’expliquer par de vains systèmes, mais pour l’admirer sans cesse, pour adorer le sage auteur qui s’y fait sentir. Je converse avec lui, je pénètre toutes mes facultés de sa divine essence ; je m’attendris à ses bienfaits, je le bénis de ses dons ; mais je ne le prie pas. Que lui demanderais-je ? qu’il changeât pour moi le cours des choses, qu’il fît des miracles en ma faveur ? Moi qui dois aimer par-dessus tout l’ordre établi par sa sagesse et maintenu par sa providence, voudrais-je que cet ordre fût troublé pour moi ? Non, ce voeu téméraire mériterait d’être plutôt puni qu’exaucé. Je ne lui demande pas non plus le pouvoir de bien faire : pourquoi lui demander ce qu’il m’a donné ? Ne m’a-t-il pas donné la conscience pour aimer le bien, la raison pour le connaître, la liberté pour le choisir ? Si je fais le mal, je n’ai point d’excuse ; je le fais parce que je le veux : lui demander de changer ma volonté, c’est lui demander ce qu’il me demande ; c’est vouloir qu’il fasse mon oeuvre et que j’en recueille le salaire ; n’être pas content de mon état, c’est ne vouloir plus être homme, c’est vouloir autre chose que ce qui est, c’est vouloir le désordre et le mal. Source de justice et de vérité, Dieu clément et bon ! dans ma confiance en toi, le suprême voeu de mon coeur est que ta volonté soit faite. En y joignant la mienne, je fais ce que tu fais, j’acquiesce à ta bonté ; je crois partager d’avance la suprême félicité qui en est le prix.
Dans la juste défiance de moi-même, la seule chose que je lui demande, ou plutôt que j’attends de sa justice, est de redresser mon erreur si je m’égare et si cette erreur m’est dangereuse. Pour être de bonne foi je ne me crois pas infaillible : mes opinions qui me semblent les plus vraies sont peut-être autant de mensonges ; car quel homme ne tient pas aux siennes ? et combien d’hommes sont d’accord en tout ? L’illusion qui m’abuse a beau me venir de moi, c’est lui seul qui m’en peut guérir. J’ai fait ce que j’ai pu pour atteindre à la vérité ; mais sa source est trop élevée : quand les forces me manquent pour aller plus loin, de quoi puis-je être coupable ? c’est à elle à s’approcher.
Le bon prêtre avait parlé avec véhémence ; il était ému, je l’étais aussi. Je croyais entendre le divin Orphée chanter les premiers hymnes, et apprendre aux hommes le culte des dieux. Cependant je voyais des foules d’objections à lui faire : je n’en fis pas une, parce qu’elles étaient moins solides qu’embarrassantes, et que la persuasion était pour lui. À mesure qu’il me parlait selon sa conscience, la mienne semblait me confirmer ce qu’il m’avait dit.
Les sentiments que vous venez de m’exposer, lui dis-je, me paraissent plus nouveaux par ce que vous avouez ignorer que par ce que vous dites croire. J’y vois, à peu de chose près, le théisme ou la religion naturelle, que les chrétiens affectent de confondre avec l’athéisme ou l’irréligion, qui est la doctrine directement opposée. Mais, dans l’état actuel de ma foi, j’ai plus à remonter qu’à descendre pour adopter vos opinions, et je trouve difficile de rester précisément au point où vous êtes, à moins d’être aussi sage que vous. Pour être au moins aussi sincère, je veux consulter avec moi. C’est le sentiment intérieur qui doit me conduire à votre exemple ; et vous m’avez appris vous-même qu’après lui avoir longtemps imposé silence, le rappeler n’est pas l’affaire d’un moment. J’emporte vos discours dans mon coeur, il faut que je les médite. Si, après m’être bien consulté, j’en demeure aussi convaincu que vous, vous serez mon dernier apôtre, et je serai votre prosélyte jusqu’à la mort. Continuez cependant à m’instruire, vous ne m’avez dit que la moitié de ce que je dois savoir. Parlez-moi de la révélation, des écritures, de ces dogmes obscurs sur lesquels je vais errant dès mon enfance, sans pouvoir les concevoir ni les croire, et sans savoir ni les admettre ni les rejeter.
Oui, mon enfant, dit-il en m’embrassant, j’achèverai de vous dire ce que je pense ; je ne veux point vous ouvrir mon coeur à demi : mais le désir que vous me témoignez était nécessaire pour m’autoriser à n’avoir aucune réserve avec vous. Je ne vous ai rien dit jusqu’ici que je ne crusse pouvoir vous être utile et dont je ne fusse intimement persuadé. L’examen qui me reste à faire est bien différent ; je n’y vois qu’embarras, mystère, obscurité ; je n’y porte qu’incertitude et défiance. Je ne me détermine qu’en tremblant et je vous dis plutôt mes doutes que mon avis. Si vos sentiments étaient plus stables, j’hésiterais de vous exposer les miens ; mais, dans l’état où vous êtes, vous gagnerez à penser comme moi[432]. Au reste, ne donnez à mes discours que l’autorité de la raison ; j’ignore si je suis dans l’erreur. Il est difficile, quand on discute, de ne pas prendre quelquefois le ton affirmatif ; mais souvenez-vous qu’ici toutes mes affirmations ne sont que des raisons de douter. Cherchez la vérité vous-même : pour moi, je ne vous promets que de la bonne foi.
Vous ne voyez dans mon exposé que la religion naturelle : il est bien étrange qu’il en faille une autre. Par où connaîtrai-je cette nécessité ? De quoi puis-je être coupable en servant Dieu selon les lumières qu’il donne à mon esprit et selon les sentiments qu’il inspire à mon coeur ? Quelle pureté de morale, quel dogme utile à l’homme et honorable à son auteur puis-je tirer d’une doctrine positive, que je ne puisse tirer sans elle du bon usage de mes facultés ? Montrez-moi ce qu’on peut ajouter, pour la gloire de Dieu, pour le bien de la société, et pour mon propre avantage, aux devoirs de la loi naturelle, et quelle vertu vous ferez naître d’un nouveau culte, qui ne soit pas une conséquence du mien. Les plus grandes idées de la divinité nous viennent par la raison seule. Voyez le spectacle de la nature, écoutez la voix intérieure. Dieu n’a-t-il pas tout dit à nos yeux, à notre conscience, à notre jugement ? Qu’est-ce que les hommes nous diront de plus ? Leurs révélations ne font que dégrader Dieu, en lui donnant les passions humaines. Loin d’éclaircir les notions du grand Être, je vois que les dogmes particuliers les embrouillent ; que loin de les ennoblir, ils les avilissent ; qu’aux mystères inconcevables qui l’environnent ils ajoutent des contradictions absurdes ; qu’ils rendent l’homme orgueilleux, intolérant, cruel ; qu’au lieu d’établir la paix sur la terre, ils y portent le fer et le feu. Je me demande à quoi bon tout cela sans savoir me répondre. Je n’y vois que les crimes des hommes et les misères du genre humain.
On me dit qu’il fallait une révélation pour apprendre aux hommes la manière dont Dieu voulait être servi ; on assigne en preuve la diversité des cultes bizarres qu’ils ont institués, et l’on ne voit pas que cette diversité même vient de la fantaisie des révélations. Dès que les peuples se sont avisés de faire parler Dieu, chacun l’a fait parler à sa mode et lui a fait dire ce qu’il a voulu. Si l’on n’eût écouté que ce que Dieu dit au coeur de l’homme, il n’y aurait jamais eu qu’une religion sur la terre.
There is an age in which the heart, still free but fervent and anxious, longs for the happiness it does not yet know; it seeks it with a curious uncertainty, and, deceived by the senses, ultimately fixates on its vain image, believing it to be where it is not. Such illusions have lasted too long for me. Alas! I came to understand them too late, and was unable to destroy them entirely; they will endure as long as this mortal body that gives rise to them exists. At least, even though they seduce me, they do not deceive me; I know what they really are; in following them, I despise them; far from seeing them as the source of my happiness, I regard them as its obstacle. I look forward to the moment when, freed from the shackles of the body, I will be myself—uncontradicted, undivided—and will need nothing but myself to be happy. In the meantime, I am already happy in this life, for I consider all its evils to be insignificant; I regard it as almost foreign to my true self, and know that all the real good I can derive from it depends entirely on me.
In order to advance as much as possible towards this state of happiness, strength, and freedom, I engage in sublime contemplations. I meditate on the order of the universe—not in order to explain it through vain theories, but to admire it endlessly, to worship the wise Creator who manifests himself therein. I converse with Him; I let all my faculties penetrate into His divine essence. I am filled with gratitude for His benefits and bless Him for His gifts; yet I do not pray to Him. What could I ask Him for? That He change the course of events in my favor, that He perform miracles on my behalf? I, who ought above all to love the order established by His wisdom and maintained by His providence, would I wish for that order to be disturbed for me? No—such a presumptuous desire would deserve punishment rather than fulfillment. Nor do I ask Him for the power to do good; why should I ask for what He has already given me? Has He not granted me the conscience to love the good, reason to understand it, and freedom to choose it? If I commit evil, I have no excuse; I do so because I choose to. To ask Him to change my will would be to ask Him for what He demands of me—it would mean wanting Him to perform my actions and for me to receive their rewards. To be dissatisfied with my current state would be to refuse to be human, to desire something other than what exists, to seek chaos and evil. O God, source of justice and truth, merciful and good! In my trust in You, my supreme wish is that Your will be done. By joining My will to Yours, I do What You do; I accept Your goodness and believe that I already share in the supreme happiness that comes as its reward.
In a fair defiance of myself, the only thing I ask of her—or rather, what I expect from her justice—is to correct my errors if I have strayed and if those errors are dangerous to me. To be honest, I do not consider myself infallible: my opinions, which seem to me the most true, may well be lies; for what man does not cling to his own beliefs? And how many men agree on anything at all? Even if the illusion that deceives me comes from within me, it is only she who can cure me of it. I have done my best to seek the truth; but its source is too lofty. When I lack the strength to go further, what fault can I bear? It is up to her to come closer to me.
The good priest had spoken with fervor; he was moved, and so was I. I felt as if I were hearing the divine Orpheus singing the first hymns and teaching men how to worship the gods. Yet I saw numerous objections that I could have raised against him: I did not mention any of them, for they were more embarrassing than substantial, and persuasion was on his side. As he spoke according to his conscience, my own conscience seemed to confirm everything he had said to me.
“The sentiments you have just expressed to me,” I told him, “seem more novel to me precisely because you admit your ignorance regarding them than because you claim to believe in them. In essence, they represent what Christians falsely confuse with atheism or irreligion— doctrines that are actually its direct opposites. But in my current state of faith, it would take me more effort to adopt your views than to reject them. It would be difficult for me to remain exactly where you are, unless I were as wise as you. To at least be as sincere as you, I need time to reflect on these matters. It is the inner voice that must guide me in following your example; and you yourself have taught me that, even after suppressing such thoughts for a long time, it takes more than a moment to bring them back to mind. I will carry your words in my heart and ponder over them carefully. If, after careful reflection, I remain as convinced by them as you are, you shall be my last apostle, and I will be your disciple until my death. Please continue to teach me—you have only told me half of what I need to know. Tell me about revelation, the scriptures, and those obscure doctrines that have puzzled me since my childhood, preventing me from understanding or believing in them, and leaving me unable to either accept or reject them.”
“Yes, my child,” he said, kissing me, “I will finish telling you what I think; I do not wish to open my heart to you only partially. But the desire you have shown for me was necessary in order for me to feel free to be completely honest with you. Until now, I have told you nothing unless I believed it could be useful to you and was absolutely certain of its truth. The examination I still need to conduct is quite different; all I see there is confusion, mystery, obscurity—only uncertainty and doubt. I make up my mind only with trembling, and what I tell you are more my doubts than my opinions. If your feelings were more stable, I would hesitate to share mine with you; but in your current state, it will be beneficial for you to think as I do[432]. Nevertheless, give my words only the authority of reason; I myself do not know if I am wrong. It is difficult, when discussing something, not to adopt an assertive tone at times; but remember that all my statements here are merely reasons to doubt. Seek the truth for yourself; as for me, I can only promise you my good faith.”
In my exposition, you see only the natural religion; it is indeed strange that there should be another one. How can I come to know of this necessity? In what way could I be guilty of wrongdoing if I served God according to the light he sheds upon my mind and according to the sentiments he inspires in my heart? What purity of morals, what doctrines useful to mankind and honorable to their authors can I derive from a positive doctrine, when I can obtain the same benefits simply by making good use of my own faculties? Show me what can be added, for the glory of God, for the good of society, and for my own advantage, to the duties imposed by natural law; and tell me what virtue a new form of worship could bring forth, if it were anything other than a natural extension of my existing beliefs. The greatest ideas about divinity come to us solely through reason. Observe the spectacle of nature, listen to the voice within us—has God not already spoken clearly to our eyes, to our conscience, to our judgment? What more can humans have to tell us? Their revelations only degrade God by attributing human passions to him. Far from clarifying our understanding of this supreme Being, such doctrines only confuse it; far from elevating us, they humiliate us; instead of bringing peace to the world, they bring violence and destruction. I ask myself what all this is for, but find no answer. All I see are human sins and the sufferings of mankind.
It is said that a revelation was necessary in order to teach men how God desired to be worshipped; the diversity of strange cults they have established is cited as evidence in support of this claim. Yet it is overlooked that precisely this very diversity stems from the whims of those who claimed to receive revelations. Once peoples began to attempt to make God speak, each did so in their own way and made Him say whatever they desired. If people had only listened to what God speaks within the human heart, there would never have been more than one religion on earth.
È un’età in cui il cuore, ancora libero ma ardente e inquieto, brama la felicità che non conosce; la cerca con una curiosità incerta e, ingannato dai sensi, si fissa infine sulla sua immagine vana, credendo di trovarla dove in realtà non esiste. Queste illusioni sono durate troppo a lungo per me. Ahimè! Le ho conosciute troppo tardi e non sono riuscito a distruggerle del tutto: continueranno ad esistere finché esisterà questo corpo mortale che le causa. Almeno, anche se mi seducono, non mi ingannano; so perfettamente ciò che sono. Seguendole, le disprezzo; lontano dall’considerarle l’oggetto della mia felicità, le vedo come un ostacolo al mio benessere. Aspetto il momento in cui, liberato dalle catene del corpo, sarò me stesso, senza contraddizioni, senza divisioni. E allora avrò bisogno soltanto di me stesso per essere felice. Intanto, lo sono già in questa vita: poiché considero tutti i suoi mali insignificanti, la vedo quasi come qualcosa di estraneo al mio essere. E tutto il vero bene che posso trarne dipende da me stesso.
Per elevarmi il più possibile a questo stato di felicità, forza e libertà, mi esercito nelle sublimi contemplazioni. Medito sull’ordine dell’universo, non per spiegarlo con vani sistemi, ma per ammirarlo incessantemente, per adorare il saggio Autore che vi si manifesta. Converso con Lui, faccio penetrare tutte le mie facoltà nella Sua divina essenza; mi commuovo per i Suoi benefici, Lo benedico per i Suoi doni. Ma Non Lo prego. Che Gli chiederei? Che cambiasse il corso delle cose a mio favore, che compiesse miracoli in mio nome? Io, che dovrei amare soprattutto l’ordine stabilito dalla Sua saggezza e mantenuto dalla Sua provvidenza, vorrei forse che questo ordine fosse turbato per me? No. Un tale desiderio temerario meriterebbe piuttosto di essere punito che esaudito. Non Gli chiedo nemmeno il potere di compiere il bene: perché chiedergli ciò che Mi ha già dato? Non Mi ha forse dato la coscienza per amare il bene, la ragione per conoscerlo, la libertà per sceglierlo? Se faccio il male, non ho alcuna scusa; lo faccio perché lo voglio. Chiedergli di cambiare la Mia volontà significa chiedergli ciò che Lui stesso Mi chiede. Significherebbe voler che Lui compia il Mio operato e che Io ne riceva la ricompensa. Non essere soddisfatto del proprio stato significa non voler più essere uomo, significa volere qualcosa di diverso da ciò che esiste. Significa volere il disordine e il male. Fonte di giustizia e verità, Dio misericordioso e buono! Nella Mia fiducia in Te, il più alto desiderio del Mio cuore è che la Tua volontà si compia. Unendola alla Mia, faccio ciò che Tu fai; acconsento alla Tua bontà. Credo di condividere già in anticipo la suprema felicità che ne deriva.
Nella giusta sfida verso me stesso, l’unica cosa che gli chiedo, o meglio, ciò che aspetto dalla sua giustizia, è che corregga il mio errore se mi sbaglio e se tale errore possa rivelarsi pericoloso per me. Per essere sincero, non credo di essere infallibile: le mie opinioni, che mi sembrano le più vere, potrebbero in realtà essere menzogne; perché quale uomo non si attacca alle proprie convinzioni? E quanti uomini sono d’accordo su tutto? L’illusione che mi inganna, anche se proviene da me stesso, è solo lei a potermi guarire. Ho fatto del mio meglio per raggiungere la verità; ma la sua fonte è troppo elevata: quando mi mancano le forze per andare oltre, di cosa posso essere colpevole? È a lei che spetta avvicinarsi a me.
Il buon prete aveva parlato con veemenza; era commosso, e lo ero anch’io. Mi sembrava di sentire il divino Orfeo cantare i primi inni e insegnare agli uomini il culto degli dei. Tuttavia, mi venivano in mente molte obiezioni da sollevargli. Ma non ne sollevai nessuna: erano infatti meno fondate che imbarazzanti, e la persuasione era dalla sua parte. Man mano che lui parlava seguendo la coscienza sua, anche la mia sembrava confermare ciò che mi aveva detto.
“I sentimenti che mi avete appena esposto”, gli dissi, “mi sembrano più originali proprio perché ammettete di ignorarli, piuttosto che perché li ritenete veri. Vi vedo in essi, più o meno, il teismo o la religione naturale, che i cristiani fingono di confondere con l’ateismo o l’irreligione, che sono invece dottrine direttamente opposte. Ma, nella situazione attuale della mia fede, ho più bisogno di riflettere che di accettare immediatamente le vostre opinioni; trovo difficile rimanere esattamente al vostro livello, a meno di essere altrettanto saggio di voi. Per essere almeno altrettanto sincero, desidero consultarmi con me stesso. È il sentimento interiore che deve guidarmi verso il vostro esempio; e voi stessi mi avete insegnato che, dopo averlo a lungo ignorato, richiamarlo alla mente non è un compito che si possa affrontare in un istante. Porto con me i vostri discorsi nel mio cuore: devo rifletterci attentamente. Se, dopo aver ben ponderato, rimarrò altrettanto convinto di voi, voi sarete il mio ultimo apostolo e io sarò il vostro proselita fino alla morte. Continuate però a insegnarmi: mi avete detto soltanto metà di ciò che devo sapere. Parlatemi della rivelazione, delle scritture, di quei dogmi oscuri su cui ho vagato fin da bambino, senza riuscire a comprenderli né a crederci, senza sapere se accettarli o rifiutarli, ”
“Sì, mio bambino,” disse abbracciandomi, “concluderò di dirti ciò che penso; non voglio aprirti il mio cuore a metà. Ma il desiderio che mi hai dimostrato era necessario affinché io potessi essere completamente sincero con te. Non ti ho detto nulla finora se non ciò che ritenevo potesse esserti utile e di cui ero profondamente convinto. L’esame che mi resta da fare, invece, è molto diverso: vi vedo solo imbarazzo, mistero, oscurità. Non porto con me altro che incertezza e diffidenza. Mi decido a parlare tremando. E ti dico piuttosto i miei dubbi che la mia opinione definitiva. Se i tuoi sentimenti fossero più stabili, esiterei a condividere i miei; ma, nel tuo stato attuale, trarrai vantaggio nel pensare come faccio io. Comunque, attribuisci ai miei discorsi soltanto l’autorità della ragione: non so se mi sbaglio. È difficile, quando si discute, non assumere talvolta un tono affermativo. Ma ricorda che tutte le mie affermazioni sono soltanto motivi per dubitare. Cerca tu stesso la verità. Per quanto mi riguarda, ti prometto solo onestà.”
Nella mia esposizione vedete soltanto la religione naturale: è davvero strano che ne esista un’altra. Da dove posso conoscere questa necessità? Di cosa potrei essere colpevole servendo Dio secondo le luci che egli dona alla mia mente e secondo i sentimenti che ispira nel mio cuore? Quale purezza morale, quale dottrina utile all’uomo e onorevole al suo autore posso trarre da una dottrina positiva, se non posso ottenerle semplicemente facendo un buon uso delle mie facoltà? Mostratemi cosa si possa aggiungere, per la gloria di Dio, per il bene della società e per il mio stesso vantaggio, ai doveri della legge naturale. E quale virtù potrebbe nascere da un nuovo culto che non sia una conseguenza di quello naturale. Le più grandi idee sulla divinità ci vengono soltanto attraverso la ragione. Guardate lo spettacolo della natura, ascoltate la voce interiore. Dio non ci ha forse detto tutto attraverso i suoi segni, la nostra coscienza e il nostro giudizio? Cosa potranno dirci gli uomini in più? Le loro rivelazioni non fanno altro che degradare Dio, attribuendogli passioni umane. Lontano dal chiarire le nozioni su questo grande Essere, vedo che i dogmi particolari le confondono; lontano dall’illuminarle, le offuscano; ai misteri incomprensibili che lo circondano aggiungono contraddizioni assurde; rendono l’uomo orgoglioso, intollerante, crudele. Invece di stabilire la pace sulla terra, portano laggiù il ferro e il fuoco. Mi chiedo a cosa serva tutto questo, senza riuscire a trovare una risposta. Non vedo in tutto ciò se non i crimini degli uomini e le miserie dell’umanità.
Si dice che sia stata necessaria una rivelazione per insegnare agli uomini il modo in cui Dio voleva essere servito; si adduce come prova la diversità dei culti strani che hanno istituito, ma non si considera che proprio questa diversità derivi dalla fantasia delle stesse rivelazioni. Non appena i popoli hanno iniziato a far parlare Dio, ognuno lo ha fatto parlare a modo suo, facendogli dire ciò che voleva lui stesso. Se si fosse ascoltato soltanto ciò che Dio dice nel cuore dell’uomo, sulla terra non esisterebbe mai stata che una sola religione.
Il fallait un culte uniforme ; je le veux bien : mais ce point était-il donc si important qu’il fallût tout l’appareil de la puissance divine pour l’établir ? Ne confondons point le cérémonial de la religion avec la religion. Le culte que Dieu demande est celui du coeur ; et celui-là, quand il est sincère, est toujours uniforme. C’est avoir une vanité bien folle de s’imaginer que Dieu prenne un si grand intérêt à la forme de l’habit du prêtre, à l’ordre des mots qu’il prononce, aux gestes qu’il fait à l’autel, et à toutes ses génuflexions. Eh ! mon ami, reste de toute ta hauteur, tu seras toujours assez près de terre. Dieu veut être adoré en esprit et en vérité : ce devoir est de toutes les religions, de tous les pays, de tous les hommes. Quant au culte extérieur, s’il doit être uniforme pour le bon ordre, c’est purement une affaire de police ; il ne faut point de révélation pour cela.
Je ne commençai pas par toutes ces réflexions. Entraîné par les préjugés de l’éducation et par ce dangereux amour-propre qui veut toujours porter l’homme au-dessus de sa sphère, ne pouvant élever mes faibles conceptions jusqu’au grand Être, je m’efforçais de le rabaisser jusqu’à moi. Je rapprochais les rapports infiniment éloignés qu’il a mis entre sa nature et la mienne. Je voulais des communications plus immédiates, des instructions plus particulières ; et non content de faire Dieu semblable à l’homme, pour être privilégié moi-même parmi mes semblables, je voulais des lumières surnaturelles ; je voulais un culte exclusif ; je voulais que Dieu m’eût dit ce qu’il n’avait pas dit à d’autres, ou ce que d’autres n’auraient pas entendu comme moi.
Regardant le point où j’étais parvenu comme le point commun d’où partaient tous les croyants pour arriver à un culte plus éclairé, je ne trouvais dans les dogmes de la religion naturelle que les éléments de toute religion. Je considérais cette diversité de sectes qui règnent sur la terre et qui s’accusent mutuellement de mensonge et d’erreur ; je demandais, Quelle est la bonne ? Chacun me répondait, C’est la mienne ; chacun disait, Moi seul et mes partisans pensons juste ; tous les autres sont dans l’erreur. Et comment savez-vous que votre secte est la bonne ? Parce que Dieu l’a dit[433]. Et qui vous dit que Dieu l’a dit ? Mon pasteur, qui le sait bien. Mon pasteur me dit d’ainsi croire, et ainsi je crois : il m’assure que tous ceux qui disent autrement que lui mentent, et je ne les écoute pas.
Quoi ! pensais-je, la vérité n’est-elle pas une ? et ce qui est vrai chez moi peut-il être faux chez vous ? Si la méthode de celui qui suit la bonne route et celle de celui qui s’égare est la même, quel mérite ou quel tort a l’un de plus que l’autre ? Leur choix est l’effet du hasard ; le leur imputer est iniquité, c’est récompenser ou punir pour être né dans tel ou tel pays. Oser dire que Dieu nous juge ainsi, c’est outrager sa justice.
Ou toutes les religions sont bonnes et agréables à Dieu, ou, s’il en est une qu’il prescrive aux hommes, et qu’il les punisse de méconnaître, il lui a donné des signes certains et manifestes pour être distinguée et connue pour la seule véritable. Ces signes sont de tous les temps et de tous les lieux, également sensibles à tous les hommes, grands et petits, savants et ignorants, Européens, Indiens, Africains, Sauvages. S’il était une religion sur la terre hors de laquelle il n’y eût que peine éternelle, et qu’en quelque lieu du monde un seul mortel de bonne foi n’eût pas été frappé de son évidence, le Dieu de cette religion serait le plus inique et le plus cruel des tyrans.
Cherchons-nous donc sincèrement la vérité ? Ne donnons rien au droit de la naissance et à l’autorité des pères et des pasteurs, mais rappelons à l’examen de la conscience et de la raison tout ce qu’ils nous ont appris dès notre enfance. Ils ont beau me crier : Soumets ta raison ; autant m’en peut dire celui qui me trompe : il me faut des raisons pour soumettre ma raison.
Toute la théologie que je puis acquérir de moi-même par l’inspection de l’univers, et par le bon usage de mes facultés, se borne à ce que je vous ai ci-devant expliqué. Pour en savoir davantage, il faut recourir à des moyens extraordinaires. Ces moyens ne sauraient être l’autorité des hommes ; car, nul homme n’étant d’une autre espèce que moi, tout ce qu’un homme connaît naturellement, je puis aussi le connaître, et un autre homme peut se tromper aussi bien que moi : quand je crois ce qu’il dit, ce n’est pas parce qu’il le dit, mais parce qu’il le prouve. Le témoignage des hommes n’est donc au fond que celui de ma raison même, et n’ajoute rien aux moyens naturels que Dieu m’a donnés de connaître la vérité.
Apôtre de la vérité, qu’avez-vous donc à me dire dont je ne reste pas le juge ? Dieu lui-même a parlé : écoutez sa révélation. C’est autre chose. Dieu a parlé ! voilà certes un grand mot. Et à qui a-t-il parlé ? Il a parlé aux hommes. Pourquoi donc n’en ai-je rien entendu ? Il a chargé d’autres hommes de vous rendre sa parole. J’entends ! ce sont des hommes qui vont me dire ce que Dieu a dit. J’aimerais mieux avoir entendu Dieu lui-même ; il ne lui en aurait pas coûté davantage, et j’aurais été à l’abri de la séduction. Il vous en garantit en manifestant la mission de ses envoyés. Comment cela ? Par des prodiges. Et où sont ces prodiges ? Dans les livres. Et qui a fait ces livres ? Des hommes. Et qui a vu ces prodiges ? Des hommes qui les attestent. Quoi ! toujours des témoignages humains ! toujours des hommes qui me rapportent ce que d’autres hommes ont rapporté ! que d’hommes entre Dieu et moi ! Voyons toutefois, examinons, comparons, vérifions. O si Dieu eût daigné me dispenser de tout ce travail, l’en aurais-je servi de moins bon coeur ?
Considérez, mon ami, dans quelle horrible discussion me voilà engagé ; de quelle immense érudition j’ai besoin pour remonter dans les plus hautes antiquités, pour examiner, peser, confronter les prophéties, les révélations, les faits, tous les monuments de foi proposés dans tous les pays du monde, pour en assigner les temps, les lieux, les auteurs, les occasions ! Quelle justesse de critique m’est nécessaire pour distinguer les pièces authentiques des pièces supposées ; pour comparer les objections aux réponses, les traductions aux originaux ; pour juger de l’impartialité des témoins, de leur bon sens, de leurs lumières ; pour savoir si l’on n’a rien supprimé, rien ajouté, rien transposé, changé, falsifié ; pour lever les contradictions qui restent, pour juger quel poids doit avoir le silence des adversaires dans les faits allégués contre eux ; si ces allégations leur ont été connues ; s’ils en ont fait assez de cas pour daigner y répondre ; si les livres étaient assez communs pour que les nôtres leur parvinssent ; si nous avons été d’assez bonne foi pour donner cours aux leurs parmi nous, et pour y laisser leurs plus fortes objections telles qu’ils les avaient faites.
Tous ces monuments reconnus pour incontestables, il faut passer ensuite aux preuves de la mission de leurs auteurs ; il faut bien savoir les lois des sorts, les probabilités éventives, pour juger quelle prédiction ne peut s’accomplir sans miracle ; le génie des langues originales pour distinguer ce qui est prédiction dans ces langues, et ce qui n’est que figure oratoire ; quels faits sont dans l’ordre de la nature, et quels autres faits n’y sont pas ; pour dire jusqu’à quel point un homme adroit peut fasciner les yeux des simples, peut étonner même les gens éclairés ; chercher de quelle espèce doit être un prodige, et quelle authenticité il doit avoir, non seulement pour être cru, mais pour qu’on soit punissable d’en douter ; comparer les preuves des vrais et des faux prodiges, et trouver les règles sûres pour les discerner ; dire enfin pourquoi Dieu choisit, pour attester sa parole, des moyens qui ont eux-mêmes si grand besoin d’attestation, comme s’il se jouait de la crédulité des hommes, et qu’il évitât à dessein les vrais moyens de les persuader.
A uniform form of worship was necessary; I admit that fact—but was it really so important that the entire apparatus of divine power had to be employed to establish it? Let us not confuse the ceremonial aspects of religion with religion itself. The worship that God demands is that of the heart; and when sincere, such worship is always uniform. To imagine that God takes such great interest in the form of a priest’s robes, in the order of the words he pronounces, in the gestures he makes at the altar, or in all his acts of worship—is nothing but utter folly. My friend, remain as you are; you will always be close enough to God. God wants to be worshipped in spirit and in truth—this duty is common to all religions, all nations, and all people. As for external worship, if it must be uniform for the sake of good order, that is purely a matter of governance; such uniformity requires no divine revelation at all.
I did not begin with all these reflections. Driven by the prejudices of my education and by that dangerous self-esteem which always strives to place man above his proper sphere, unable to elevate my own feeble conceptions to the level of the Great Being, I instead tried to bring it down to my own level. I sought to draw closer those infinitely distant relationships that God had established between His nature and mine. I desired more immediate forms of communication, more specific revelations; and not content with making God seem like man in order to gain a privilege over my fellow humans, I also craved supernatural revelations—I wanted an exclusive form of worship; I longed for God to tell me things that He had not told others, or things that others would never hear in the same way as I.
Considering the point I had reached as the common starting point from which all believers set out on their journey toward a more enlightened form of worship, I found in the doctrines of natural religion merely the elements inherent in any religion whatsoever. I observed the diversity of sects that exist on earth, each accusing the others of falsehood and error; I asked myself: Which one is the right one? Each one replied: Mine is the right one; each claimed that only they and their followers held true beliefs, while all others were mistaken. And how do you know that your particular sect is the right one? Because God has said so[433]. And who tells you that God has said so? My pastor, who knows for sure. My pastor instructs me to believe in this way, and so I believe; he assures me that all those who hold different opinions are lying, and I do not listen to them.
“Why!”, I thought to myself, “Isn’t truth one and the same for everyone? If what is true for me could be false for you, then what difference does it make which path one follows? If the methods of those who are on the right path and those who wander are the same, what merit or fault does one have over the other? Their choices are merely the result of chance; to attribute them to their inherent nature would be unjust—it would be to reward or punish someone solely because they were born in a particular country. To claim that God judges us in this way is nothing short of insulting his justice.”
Either all religions are good and pleasing to God, or—if there is one particular religion that He prescribes for mankind and punishes those who reject it—then He must have provided clear and unmistakable signs to distinguish it from all others as the sole true religion. These signs exist throughout time and in every place, and they are accessible to all men, regardless of their status, knowledge, or origin—Europeans, Indians, Africans, or savages alike. If there were a single religion on earth for which failure to believe in it would entail eternal punishment, and yet not a single person of good faith in the world had ever been convinced of its truth, then the God of that religion would be the most unjust and cruel of tyrants.
Let us therefore seek the truth with sincerity. Let us give no credence to the right of birth or to the authority of fathers and pastors; rather, let us recall, through the examination of conscience and reason, everything they have taught us since our childhood. No matter how they may shout at me: “Submit your reason!” – it is as if someone who deceives me were telling me the same thing: I need reasons before I can submit my own reason.
All the theology that I can acquire on my own by examining the universe and by making proper use of my faculties is limited to what I have explained to you earlier. To learn more, one must resort to extraordinary means. Such means cannot be the authority of human beings; for since no human being is of a different nature from me, whatever a human being can know naturally, I can also know it. Moreover, another human being may err just as easily as I do. When I believe what he says, it is not because he says it, but because he proves it. Therefore, the testimony of human beings is essentially nothing more than the testimony of my own reason, and it adds nothing to the natural means that God has given me to understand the truth.
Apele of truth, what have you then to tell me that I would not be the judge of it myself? God himself has spoken: hear his revelation. That is something entirely different. God has spoken! Indeed, that is a weighty statement. But to whom did he speak? He spoke to men. Then why have I heard nothing of it? He entrusted his message to other men so that they might convey it to you. I hear that! It is men who will tell me what God has said. I would have preferred to hear God speak himself; it would not have cost him any more, and I would have been spared the temptation of human testimonies. He guarantees it to you by manifesting the mission of his messengers. How? Through miracles. But where are these miracles? In the books. And who wrote these books? Men. And who witnessed these miracles? Other men who attest to them. What! Always human testimonies! Always men telling me what other men have reported! How many men stand between God and me! Yet, let us examine, compare, verify. Oh, if only God had deigned to spare me all this effort—would I not have served him with even less sincerity?
Consider, my friend, into what horrible discussion I have been drawn; what immense erudition is required to delve into the most ancient times, to examine, weigh, and compare the prophecies, revelations, and facts—all those monuments of faith that exist in every corner of the world—to determine their origins, locations, authors, and contexts! What keen critical insight is needed to distinguish between authentic and spurious documents; to evaluate how objections match responses, and translations correspond to the originals; to assess the impartiality of witnesses, their common sense, and their knowledge; to ascertain whether anything has been deleted, added, altered, or fabricated; to resolve any remaining contradictions; and to weigh the significance of the silence of opponents regarding the claims made against them—whether these claims were even known to them, whether they deemed them worthy of response, whether such books were widely circulated that ours could have reached them, and whether we were honest enough to consider their arguments among our own.
All these monuments, which are acknowledged as indisputable, require further examination in terms of the evidence supporting the missions of their creators. It is essential to understand the laws of fate and the various probabilities involved in order to determine which predictions cannot come true without a miracle. One must also possess expertise in the original languages in order to distinguish between what constitutes genuine prophecy within those languages and what is merely rhetorical flourish. Furthermore, it is necessary to discern which events are within the natural order of things and which are not; to understand to what extent a clever individual can dazzle the eyes of the naive or even surprise those who are well-informed; to determine what kind of miracle must exist and what level of authenticity it must possess, not only in order for it to be believed, but also so that doubting it would warrant punishment. Finally, it is crucial to compare the evidence supporting true and false miracles and to establish reliable criteria for distinguishing between them. And above all, one must question why God chooses means that themselves require such strong confirmation to prove his word—as if he were playing with human credulity or deliberately avoiding the most effective ways to convince us.
Era necessario un culto uniforme; lo ammetto: ma era davvero così importante da richiedere l’intero apparato del potere divino per stabilirlo? Non confondiamo mai il cerimoniale della religione con la religione stessa. Il culto che Dio chiede è quello del cuore; e questo, quando è sincero, è sempre uniforme. È davvero una vanità folle immaginare che Dio prenda un tale interesse per la forma dell’abito del sacerdote, per l’ordine delle parole che pronuncia, per i gesti che compie all’altare, e per tutte le sue genuflessioni. Ehi, amico mio, rimani sempre con la tua dignità: sarai comunque abbastanza vicino alla realtà. Dio vuole essere adorato con lo spirito e nella verità; questo dovere è comune a tutte le religioni, a tutti i popoli, a tutti gli uomini. Quanto al culto esteriore, se deve essere uniforme per il buon ordine, si tratta puramente di una questione di disciplina; non è necessaria alcuna rivelazione per questo.
Non iniziai certo con tutte queste riflessioni. Trascinato dai pregiudizi dell’educazione e da quel pericoloso orgoglio che spinge sempre l’uomo a considerarsi al di sopra della propria condizione reale, non riuscendo ad elevare le mie deboli concezioni fino all’Essere supremo, cercavo invece di ridurlo al mio livello. Avvicinavo troppo i rapporti infinitamente distanti che esistono tra la sua natura e la mia; desideravo comunicazioni più immediate, istruzioni più dettagliate. E non contento di rendere Dio simile all’uomo per poter essere io stesso privilegiato rispetto ai miei simili, cercavo anche delle luci soprannaturali; volevo un culto esclusivo; volevo che Dio mi dicesse ciò che non aveva detto ad altri, o ciò che altri non avrebbero mai potuto ascoltare come me.
Considerando il punto a cui ero giunto come il punto comune da cui tutti i credenti partivano per raggiungere una forma di culto più illuminata, non trovavo nei dogmi della religione naturale altro che gli elementi caratteristici di qualsiasi religione. Osservavo quella varietà di sette che esistono sulla terra e che si accusano a vicenda di menzogna ed errore; mi chiedevo: “Qual è la vera religione?” Ognuno rispondeva: “La mia.” Ognuno sosteneva: “Solo io e i miei seguaci pensiamo correttamente; tutti gli altri sono in errore.” E come potete essere certi che la vostra setta sia quella giusta? Perché Dio lo ha detto[433]. E chi vi dice che Dio l’abbia detto? Il mio pastore, che ne è certo. Il mio pastore mi ordina di credere così, e io ci credo; mi assicura che tutti coloro che pensano diversamente da lui mentono, e io non li ascolto.
“Che cosa!”, pensavo, “la verità non è forse una sola? E ciò che è vero per me può forse essere falso per te? Se il metodo di colui che segue la retta strada e quello di colui che si perde sono gli stessi, quale merito o quale colpa ha l’uno rispetto all’altro? La loro scelta è frutto del caso; attribuirgliela sarebbe ingiusto, equivarrebbe a premiare o punire soltanto perché si è nati in questo o quel paese. Osare dire che Dio ci giudichi in questo modo significa insultare la sua giustizia.”
O tutte le religioni sono buone e gradite a Dio, oppure, se ne esiste una che Egli prescriva agli uomini e punisce coloro che la ignorano, allora Egli deve averle fornito segni certi e evidenti per distinguerla e riconoscerla come l’unica vera religione. Questi segni sono presenti in tutti i tempi e in tutti i luoghi, ed sono comprensibili da tutti gli uomini, grandi o piccoli, saggi o ignoranti, europei, indiani, africani o selvaggi. Se esistesse una religione al mondo la cui ignoranza comportasse soltanto punizioni eternhe, e se in qualche parte del mondo ci fosse anche solo un uomo di buona fede che non ne fosse stato convinto dalla sua evidenza, allora il Dio di quella religione sarebbe il più ingiusto e crudele dei tiranni.
Dobbiamo quindi cercare sinceramente la verità? Non dobbiamo dare alcun credito al diritto di nascita né all’autorità dei padri e dei pastori, ma ricordare, nell’esame della coscienza e della ragione, tutto ciò che ci hanno insegnato fin da bambini. Anche se mi gridano: “Sottometti la tua ragione”, tanto vale quanto chi mi inganna possa dirmi lo stesso: ho bisogno di ragioni per sottomettere la mia ragione stessa.
Tutta la teologia che posso acquisire da solo attraverso l’osservazione dell’universo e il buon uso delle mie facoltà si limita a ciò che vi ho appena spiegato. Per conoscere di più, è necessario ricorrere a mezzi straordinari. Tali mezzi non possono essere l’autorità degli uomini; infatti, poiché nessun uomo è di una specie diversa dalla mia, tutto ciò che un uomo conosce naturalmente posso conoscerlo anch’io, e un altro uomo può sbagliarsi altrettanto facilmente di me: quando credo in ciò che dice, non è perché lo dice lui, ma perché lo dimostra. Il testimone degli uomini non è quindi, in fondo, altro che il testimone della mia stessa ragione, e non aggiunge nulla ai mezzi naturali che Dio mi ha dato per conoscere la verità.
Apostolo della verità, che cosa avete da dirmi di cui io non possa essere il giudice? Dio stesso ha parlato: ascoltate la sua rivelazione. Questo è qualcosa di diverso. Dio ha parlato! Certamente, questa è una grande affermazione. E a chi ha parlato? Ha parlato agli uomini. Allora perché non ne ho sentito nulla io stesso? Ha incaricato altri uomini di portare a voi la sua parola. Capisco. Sono degli uomini che mi diranno ciò che Dio ha detto. Preferirei aver ascoltato Dio stesso: non gli sarebbe costato nulla in più, e io sarei stato al riparo da ogni seduzione. Lui vi garantisce tutto questo, manifestando la missione dei suoi inviati. Come? Attraverso dei miracoli. E dove sono questi miracoli? Nei libri. E chi ha scritto questi libri? Gli uomini. E chi ha visto questi miracoli? Altri uomini che ne fanno testimonianza. Che cosa! Sempre testimonianze umane. Sempre uomini che mi riferiscono ciò che altri uomini hanno raccontato. Quanti uomini ci sono tra Dio e me! Comunque, esaminiamo, confrontiamo, verifichiamo. Oh, se solo Dio avesse voluto risparmiarmi tutto questo lavoro. Lo avrei svolto con meno impegno, forse?
Considera, mio caro amico, in quale orribile discussione mi trovo coinvolto; quanta immensa erudizione mi è necessaria per risalire alle più antiche epoche, per esaminare, valutare e confrontare le profezie, le rivelazioni, i fatti, tutti quei documenti di fede presenti in ogni parte del mondo, per determinarne il tempo, il luogo, l’autore e le circostanze in cui sono stati redatti! Quanta precisione critica mi è richiesta per distinguere tra testi autentici e quelli supposti falsi; per confrontare le obiezioni con le risposte, le traduzioni con gli originali; per valutare l’imparzialità dei testimoni, il loro buon senso e la loro cultura; per verificare se non sia stato nulla omesso, aggiunto, alterato o falsificato; per risolvere le contraddizioni rimanenti, e per stabilire quale peso debba avere il silenzio degli avversari riguardo ai fatti loro addotti a sostegno delle loro tesi; se questi fatti siano stati noti loro; se ne abbiano dato abbastanza importanza da decidere di rispondervi; se quei libri fossero abbastanza diffusi perché i nostri potessero raggiungerli; e, infine, se noi abbiamo agito con sufficiente onestà nel prendere in considerazione le loro argomentazioni, lasciando che le loro obiezioni più convincenti venissero discusse tra di noi.
Tutti questi monumenti riconosciuti come incontestabili richiedono però ulteriori prove riguardo alla missione dei loro autori; è necessario conoscere bene le leggi del destino e le probabilità possibili per giudicare quali previsioni non possono avverarsi senza un miracolo; inoltre, è indispensabile disporre della competenza nelle lingue originali per distinguere ciò che in queste lingue rappresenta davvero una previsione e ciò che non è altro che retorica; è necessario capire quali fatti rientrano nell’ordine naturale e quali no; è anche importante comprendere fino a che punto un uomo abile possa ingannare le persone semplici, persino quelle istruite; infine, è essenziale analizzare di quale tipo debba essere un miracolo e quale autenticità deve possedere, non solo per essere creduto, ma anche perché dubitarne possa comportare conseguenze severe. È necessario inoltre confrontare le prove a sostegno dei veri e dei falsi miracoli e individuare regole sicure per distinguerli; infine, si deve comprendere perché Dio scelga mezzi che hanno essi stessi bisogno di essere confermati, come se scherzasse sulla credulità umana, evitando deliberatamente i veri metodi per convincere le persone.
Supposons que la majesté divine daigne s’abaisser assez pour rendre un homme l’organe de ses volontés sacrées ; est-il raisonnable, est-il juste d’exiger que tout le genre humain obéisse à la voix de ce ministre sans le lui faire connaître pour tel ? Y a-t-il de l’équité à ne lui donner, pour toutes lettres de créance, que quelques signes particuliers faits devant peu de gens obscurs, et dont tout le reste des hommes ne saura jamais rien que par ouï-dire ? Par tous les pays du monde, si l’on tenait pour vrais tous les prodiges que le peuple et les simples disent avoir vus, chaque secte serait la bonne ; il y aurait plus de prodiges que d’événements naturels ; et le plus grand de tous les miracles serait que là où il y a des fanatiques persécutés, il n’y eût point de miracles. C’est l’ordre inaltérable de la nature qui montre le mieux la sage main qui la régit ; s’il arrivait beaucoup d’exceptions, je ne saurais plus qu’en penser ; et pour moi, je crois trop en Dieu pour croire à tant de miracles si peu dignes de lui.
Qu’un homme vienne nous tenir ce langage : Mortels, je vous annonce la volonté du Très-Haut ; reconnaissez à ma voix celui qui m’envoie ; j’ordonne au soleil de changer sa course, aux étoiles de former un autre arrangement, aux montagnes de s’aplanir, aux flots de s’élever, à la terre de prendre un autre aspect. À ces merveilles, qui ne reconnaîtra pas à l’instant le maître de la nature ! Elle n’obéit point aux imposteurs ; leurs miracles se font dans des carrefours, dans des déserts, dans des chambres ; et c’est là qu’ils ont bon marché d’un petit nombre de spectateurs déjà disposés à tout croire. Qui est-ce qui m’osera dire combien il faut de témoins oculaires pour rendre un prodige digne de foi ? Si vos miracles, faits pour prouver votre doctrine, ont eux-mêmes besoin d’être prouvés, de quoi servent-ils ? autant valait n’en point faire.
Reste enfin l’examen le plus important dans la doctrine annoncée ; car, puisque ceux qui disent que Dieu fait ici-bas des miracles prétendent que le diable les imite quelquefois, avec les prodiges les mieux attestés, nous ne sommes pas plus avancés qu’auparavant ; et puisque les magiciens de Pharaon osaient, en présence même de Moïse, faire les mêmes signes qu’il faisait par l’ordre exprès de Dieu, pourquoi, dans son absence, n’eussent-ils pas, aux mêmes titres, prétendu la même autorité ? Ainsi donc, après avoir prouvé la doctrine par le miracle, il faut prouver le miracle par la doctrine[434], de peur de prendre l’oeuvre du démon pour l’oeuvre de Dieu. Que pensez-vous de ce dialèle[435] ?
Cette doctrine, venant de Dieu, doit porter le sacré caractère de la Divinité ; non seulement elle doit nous éclaircir les idées confuses que le raisonnement en trace dans notre esprit, mais elle doit aussi nous proposer un culte, une morale et des maximes convenables aux attributs par lesquels seuls nous concevons son essence. Si donc elle ne nous apprenait que des choses absurdes et sans raison, si elle ne nous inspirait que des sentiments d’aversion pour nos semblables et de frayeur pour nous-mêmes, si elle ne nous peignait qu’un Dieu colère, jaloux, vengeur, partial, haïssant les hommes, un Dieu de la guerre et des combats, toujours prêt à détruire et foudroyer, toujours parlant de tourments, de peines, et se vantant de punir même les innocents, mon coeur ne serait point attiré vers ce Dieu terrible, et je me garderais de quitter la religion naturelle pour embrasser celle-là ; car vous voyez bien qu’il faudrait nécessairement opter. Votre Dieu n’est pas le nôtre, dirais-je à ses sectateurs. Celui qui commence par se choisir un seul peuple et proscrire le reste du genre humain, n’est pas le père commun des hommes ; celui qui destine au supplice éternel le plus grand nombre de ses créatures n’est pas le Dieu clément et bon que ma raison m’a montré.
À l’égard des dogmes, elle me dit qu’ils doivent être clairs, lumineux, frappants par leur évidence. Si la religion naturelle est insuffisante, c’est par l’obscurité qu’elle laisse dans les grandes vérités qu’elle nous enseigne : c’est à la révélation de nous enseigner ces vérités d’une manière sensible à l’esprit de l’homme, de les mettre à sa portée, de les lui faire concevoir, afin qu’il les croie. La foi s’assure et s’affermit par l’entendement ; la meilleure de toutes les religions est infailliblement la plus claire : celui qui charge de mystères, de contradictions le culte qu’il me prêche, m’apprend par cela même à m’en défier. Le Dieu que j’adore n’est point un Dieu de ténèbres, il ne m’a point doué d’un entendement pour m’en interdire l’usage : me dire de soumettre ma raison, c’est outrager son auteur. Le ministre de la vérité ne tyrannise point ma raison, il l’éclaire.
Nous avons mis à part toute autorité humaine ; et, sans elle, je ne saurais voir comment un homme en peut convaincre un autre en lui prêchant une doctrine déraisonnable. Mettons un moment ces deux hommes aux prises, et cherchons ce qu’ils pourront se dire dans cette âpreté de langage ordinaire aux deux partis.
L’INSPIRÉ
La raison vous apprend que le tout est plus grand que sa partie ; mais moi je vous apprends, de la part de Dieu, que c’est la partie qui est plus grande que le tout.
LE RAISONNEUR
Et qui êtes-vous pour m’oser dire que Dieu se contredit ? et à qui croirai-je par préférence, de lui qui m’apprend par la raison les vérités éternelles, ou de vous qui m’annoncez de sa part une absurdité ?
L’INSPIRÉ
À moi, car mon instruction est plus positive ; et je vais vous prouver invinciblement que c’est lui qui m’envoie.
LE RAISONNEUR
Comment ? vous me prouverez que c’est Dieu qui vous envoie déposer contre lui ? Et de quel genre seront vos preuves pour me convaincre qu’il est plus certain que Dieu me parle par votre bouche que par l’entendement qu’il m’a donné ?
L’INSPIRÉ
L’entendement qu’il vous a donné ! Homme petit et vain ! comme si vous étiez le premier impie qui s’égare dans sa raison corrompue par le péché !
LE RAISONNEUR
Homme de Dieu, vous ne seriez pas non plus le premier fourbe qui donne son arrogance pour preuve de sa mission.
L’INSPIRÉ
Quoi ! les philosophes disent aussi des injures !
LE RAISONNEUR
Quelquefois, quand les saints leur en donnent l’exemple.
L’INSPIRÉ
Oh ! moi, j’ai le droit d’en dire, je parle de la part de Dieu.
LE RAISONNEUR
Il serait bon de montrer vos titres avant d’user de vos privilèges.
L’INSPIRÉ
Mes titres sont authentiques, la terre et les cieux déposeront pour moi Suivez bien mes raisonnements je vous prie.
LE RAISONNEUR
Vos raisonnements ! vous n’y pensez pas. M’apprendre que ma raison me trompe, n’est-ce pas réfuter ce qu’elle m’aura dit pour vous ? Quiconque veut récuser la raison doit convaincre sans servir d’elle. Car, supposons qu’en raisonnant vous m’ayez convaincu ; comment saurai-je si ce n’est point ma raison corrompue par le péché qui me fait acquiescer à ce que vous me dites ? D’ailleurs, quelle preuve, quelle démonstration pourrez-vous jamais employer plus évidente que l’axiome qu’elle doit détruire ? Il est tout aussi croyable qu’un bon syllogisme est un mensonge, qu’il l’est que la partie est plus grande que le tout.
L’INSPIRÉ
Quelle différence ! Mes preuves sont sans réplique ; elles sont d’un ordre surnaturel.
LE RAISONNEUR
Surnaturel ! Que signifie ce mot ? Je ne l’entends pas.
L’INSPIRÉ
Des changements dans l’ordre de la nature, des prophéties, des miracles, des prodiges de toute espèce.
LE RAISONNEUR
Des prodiges ! des miracles ! Je n’ai jamais rien vu de tout cela.
L’INSPIRÉ
D’autres l’ont vu pour vous. Des nuées de témoins… le témoignage des peuples…
LE RAISONNEUR
Le témoignage des peuples est-il d’un ordre surnaturel ?
L’INSPIRÉ
Non ; mais quand il est unanime, il est incontestable.
LE RAISONNEUR
Il n’y a rien de plus incontestable que les principes de la raison, et l’on ne peut autoriser une absurdité sur le témoignage des hommes. Encore une fois, voyons des preuves surnaturelles, car l’attestation du genre humain n’en est pas une.
L’INSPIRÉ
O coeur endurci ! la grâce ne vous parle point.
LE RAISONNEUR
Ce n’est pas ma faute ; car, selon vous, il faut avoir déjà reçu la grâce pour savoir la demander. Commencez donc à me parler au lieu d’elle.
L’INSPIRÉ
Ah ! c’est ce que je fais, et vous ne m’écoutez pas. Mais que dites-vous des prophéties ?
LE RAISONNEUR
Je dis premièrement que je n’ai pas plus entendu de prophéties que je n’ai vu de miracles. Je dis de plus qu’aucune prophétie ne saurait faire autorité pour moi.
L’INSPIRÉ
Satellite du démon ! et pourquoi les prophéties ne font-elles pas autorité pour vous ?
LE RAISONNEUR
Suppose that divine majesty were to condescend far enough as to make a man the instrument of its sacred wills; is it reasonable or just to demand that all of humanity should obey the voice of such an agent without even knowing it to be one? Is there any fairness in granting it merely a few special signs, witnessed by a handful of obscure individuals, so that the rest of mankind could never learn of them except through hearsay? If all the miracles claimed by common people and the ignorant were considered true throughout the world, every sect would claim to be the right one; there would be more miracles than natural events; and the greatest miracle of all would be that, where there are persecuted fanatics, there are no miracles at all. It is the unalterable order of nature that most clearly reveals the wise hand that governs it; if there were many exceptions, I would not know what to think thereof; and for my part, I believe too firmly in God to accept so many miracles that are so unworthy of it.
For a man to come and speak to us in such terms: “Fellow mortals, I announce to you the will of the Supreme One; recognize in my voice him who sends me. I command the sun to change its course, the stars to rearrange themselves, the mountains to flatten, the seas to rise, and the earth to take on a different form.” Who among these wonders would not immediately recognize the master of nature? Nature does not obey impostors; their miracles occur in alleys, deserts, or private chambers—and it is precisely there that they can easily attract a few spectators already willing to believe anything. Who dares to tell me how many eyewitnesses are needed to make a miracle credible? If your miracles, intended to prove your doctrine, themselves require proof, then what use are they at all? It would have been just as good not to perform them at all.
Finally, there remains the most important aspect of this doctrine: for since those who claim that God performs miracles on earth also assert that the devil sometimes imitates these miracles—even with the most well-documented wonders—we are no further along than before. Moreover, since Pharaoh’s magicians dared to perform the very same signs that Moses did, by God’s explicit command, why should they not, in his absence, have claimed the same authority on the same grounds? Thus, after having proven the doctrine through miracles, it is necessary to prove the miracle itself through the doctrine—lest we mistake the work of the devil for that of God. What do you think of this argument?
This doctrine, coming from God, must possess the sacred character of the Divinity; it must not only clarify the confused ideas that reason leaves in our minds, but it must also offer us a form of worship, morals, and principles that are consistent with the attributes by which we can conceive of His essence. If, therefore, it taught us only absurd and unreasonable things, if it inspired in us only feelings of aversion toward our fellow humans and fear for ourselves, if it portrayed God as angry, jealous, vengeful, partial, and hating towards mankind—a God of war and conflict, always ready to destroy and strike down, constantly speaking of torment and punishment, and even boasting about punishing the innocent—then my heart would not be drawn toward such a terrible God, and I would never abandon the natural religion for that one. For, as you can see, we must inevitably make a choice. “Your God is not ours,” I would say to its followers. He who begins by choosing one particular people and condemning the rest of humanity is certainly not the common father of all men; he who destines the majority of his creations to eternal suffering is surely not the kind and merciful God that my reason has led me to believe in.
Regarding dogmas, she tells me that they must be clear, lucid, and striking in their evidency. If natural religion is insufficient, it is due to the obscurity inherent in the great truths it teaches us. It is through revelation that these truths are to be taught to us in a manner understandable to the human mind, so that we may grasp them and believe in them. Faith is established and strengthened by reason; the best of all religions is inevitably the clearest. Whoever loads the worship he preaches with mysteries and contradictions is, by doing so, teaching me how to resist such teachings. The God I adore is not a God of darkness; He has not granted me reason merely to prohibit its use. To tell me to submit my intellect is to insult His authority. The messenger of truth does not tyrannize my reason; he enlightens it.
We have set aside all human authority; without it, I cannot see how one man could persuade another by preaching a unreasonable doctrine to him. Let us imagine these two men in a confrontation and try to understand what they might say to each other in such an intense exchange of ordinary language.
The Inspired one
Reason tells you that the whole is greater than its parts; but I tell you, from the mouth of God, that it is the part that is greater than the whole.
THE REASONER
And who are you to dare tell me that God is contradictory? To whom shall I believe, rather: him who teaches me the eternal truths through reason, or you who proclaim absurdities on his behalf?
The Inspired one
To me, for my instruction is of a more positive nature; and I will irrefutably prove to you that it is he who sends me.
THE REASONER
How? How will you prove to me that it is God who sends you to testify against Him? And what kind of evidence will you present to convince me that it is far more certain that God speaks to me through your mouth than through the understanding He has granted me?
The Inspired one
The understanding he has given you! What a small and worthless man—as if you were the first unbeliever to wander into the realm of corrupted reason tainted by sin!
THE REASONER
A man of God—you would not be the first cunning individual to use your arrogance as proof of your so-called “mission.”
The Inspired one
What! Philosophers also utter insults!
THE REASONER
Sometimes, when the saints set an example for them.
The Inspired one
Oh! I, I have the right to speak of it; I am speaking on behalf of God.
THE REASONER
It would be appropriate to display your credentials before exercising your privileges.
The Inspired one
My titles are authentic; heaven and earth will bear witness to my claims. Please follow my reasoning carefully.
THE REASONER
Your reasoning! You haven’t considered it properly at all. To be told that my reason deceives me is, isn’t it, to reject everything it has told me in your favor? Anyone who wants to refute reason must do so without relying on it itself. For suppose, through reasoning, you have convinced me; how can I know that what you are saying is not merely what my corrupted reason, tainted by sin, makes me accept? Moreover, what proof or demonstration could you ever use that is more evident than the very axiom that you claim to be refuting? It is just as plausible that a sound syllogism is a lie, as it is that a part is greater than its whole.
The Inspired one
What a difference! My proofs are irrefutable; they belong to a supernatural realm.
THE REASONER
Supernatural! What does this word mean? I don’t understand it.
The Inspired one
Changes in the order of nature, prophecies, miracles, and wonders of every kind.
THE REASONER
Miracles! Wonders! I have never seen anything like this before.
The Inspired one
Others have seen it for you. Crowds of witnesses, the testimonies of peoples.
THE REASONER
Is the testimony of peoples of a supernatural nature?
The Inspired one
No; but when it is unanimous, it is indisputable.
THE REASONER
There is nothing more indisputable than the principles of reason; one cannot allow any absurdity to be based on the testimony of human beings. Once again, let us seek supernatural evidence, for the testimony of humanity alone is not sufficient.
The Inspired one
Alas, hardened heart! Grace speaks not to you.
THE REASONER
It’s not my fault; because, in your view, one must already have received grace in order to know how to ask for it. So begin speaking to me instead of her.
The Inspired one
Ah! That’s exactly what I do, yet you don’t listen to me. But what about the prophecies? What do you think of them?
THE REASONER
First of all, I say that I have heard no prophecies any more than I have seen any miracles. Furthermore, I claim that no prophecy could hold any authority for me.
The Inspired one
A satellite of the demon! And why do not prophecies hold any authority for you?
THE REASONER
Supponiamo che la maestà divina si degni di abbassarsi abbastanza da rendere un uomo l’organo delle sue volontà sacre: è ragionevole, è giusto esigere che tutto il genere umano obbedisca alla voce di questo “ministro” senza farlo conoscere come tale? È equo concedergli, come unici “documenti d’autorità”, soltanto alcuni segni particolari fatti davanti a poche persone oscure, di cui il resto dell’umanità non saprà mai nulla se non per sentito dire? In tutti i paesi del mondo, se si considerassero veri tutti i miracoli che il popolo e le persone comuni dicono di aver visto, ogni setta sarebbe ritenuta la “giusta”; ci sarebbero più miracoli che eventi naturali. E il più grande di tutti i miracoli sarebbe che là dove ci sono fanatici perseguitati, non ci fossero affatto miracoli. È l’ordine inalterabile della natura a dimostrare al meglio la saggezza di quella mano che la governa; se ci fossero molte eccezioni, non saprei più cosa pensarne. E per quanto mi riguarda, credo troppo in Dio per credere in tanti miracoli così poco degni di Lui.
Se qualcuno venisse a parlarci in questo modo: “Uomini mortali, vi annuncio la volontà del Supremo; riconoscete nella mia voce colui che mi manda; ordino al sole di cambiare il suo corso, alle stelle di formare un altro disegno nel cielo, alle montagne di appiattirsi, ai flutti di sollevarsi, alla terra di assumere un aspetto diverso”. Di fronte a tali meraviglie, chi non riconoscerebbe immediatamente il padrone della natura? La natura non obbedisce agli impostori; i loro miracoli avvengono in luoghi desolati, in stanze chiuse, e sono proprio lì che riescono a ottenere facilmente un piccolo numero di spettatori già disposti a credere in qualsiasi cosa. Chi oserebbe dirmi quanti testimoni oculari siano necessari perché un miracolo sia considerato degno di fede? Se i vostri miracoli, fatti apposta per dimostrare la vostra dottrina, hanno bisogno loro stessi di essere verificati, a che servono allora? Meglio non farli affatto.
Resta infine l’esame più importante nella dottrina annunciata; poiché coloro che affermano che Dio compia miracoli quaggiù sostengono che il diavolo li imiti talvolta, anche con i prodigi meglio attestati, non siamo affatto più avanti di prima; e poiché i maghi di Faraone osavano, persino davanti a Mosè, compiere gli stessi segni che questi faceva per ordine esplicito di Dio, perché, in sua assenza, non avrebbero potuto, con gli stessi motivi, pretendere la stessa autorità? Pertanto, dopo aver dimostrato la dottrina attraverso il miracolo, bisogna dimostrare il miracolo attraverso la dottrina[434], per evitare di confondere l’opera del demonio con quella di Dio. Che ne pensate di questo dibattito[435]?
Questa dottrina, proveniente da Dio, deve possedere il carattere sacro della Divinità; non solo deve chiarirci le idee confuse che il ragionamento lascia nel nostro spirito, ma deve anche offrirci un culto, una morale e dei principi adeguati agli attributi attraverso i quali soltanto possiamo concepire la sua essenza. Se quindi ci insegnasse solo cose assurde e prive di senso, se ci ispirasse solo sentimenti di avversione verso i nostri simili e di paura per noi stessi, se ci descrivesse un Dio irato, geloso, vendicativo, parziale, che odia gli uomini, un Dio della guerra e dei combattimenti, sempre pronto a distruggere e a colpire con la sua furia, che parla solo di tormenti e punizioni, e si vanta di punire anche gli innocenti, il mio cuore non sarebbe attratto da questo Dio terribile, e mi guarderei bene dal abbandonare la religione naturale per adottarne un’altra; perché è evidente che dobbiamo necessariamente scegliere. Il vostro Dio non è il nostro, direi ai suoi seguaci. Colui che inizia selezionando un solo popolo e escludendo il resto dell’umanità non può essere considerato il padre comune di tutti gli uomini; colui che destina alla punizione eterna la maggior parte delle sue creature non può essere identificato con il Dio misericordioso e buono che la mia ragione mi ha mostrato.
Per quanto riguarda i dogmi, lei mi dice che devono essere chiari, luminosi, evidenti nella loro natura stessa. Se la religione naturale è insufficiente, è proprio a causa dell’oscurità che lascia nelle grandi verità che insegna: è necessario che queste verità vengano rivelate in modo comprensibile per l’intelletto umano, che siano rese accessibili e concepibili, affinché possiamo crederle. La fede si fortifica attraverso la ragione; la migliore delle religioni è inevitabilmente anche la più chiara. Chi carica il proprio culto di misteri e contraddizioni, in realtà mi insegna a diffidare di esso stesso. Il Dio che adoro non è un Dio delle tenebre; non mi ha dato un intelletto proprio per impedirmi di usarlo. Chiedermi di sottomettere la mia ragione significa insultare il suo autore. Il messaggero della verità non tyrannizza la mia ragione, ma la illumina.
Abbiamo messo da parte ogni autorità umana; e, senza di essa, non riesco a capire come un uomo possa convincere un altro predicandogli una dottrina irragionevole. Immaginiamo per un momento questi due uomini in uno scontro diretto, e cerchiamo cosa possano dirsi in quel contesto di parole aspre tipiche delle loro rispettive posizioni.
L’ISPIRATO
La ragione vi insegna che il tutto è più grande della sua parte; ma io vi dico, per volontà di Dio, che è la parte a essere più grande del tutto.
Il RAZIONIERE
E chi siete voi per osare dirmi che Dio si contraddice? A chi dovrei credere, preferibilmente: a Lui, che mi insegna attraverso la ragione le verità eterne, o a voi, che mi annunciate da Sua parte qualcosa di assurdo?
L’ISPIRATO
A me, poiché la mia formazione è di natura più concreta e pragmatica; e vi proverò in modo irrefutabile che è proprio lui a mandarmi.
Il RAZIONIERE
Come? Mi proverete che è Dio a mandarvi per accusarlo? E di che tipo saranno le vostre prove per convincermi che sia più certo che Dio mi parli attraverso la vostra bocca piuttosto che attraverso l’intelligenza che mi ha dato?
L’ISPIRATO
Quella comprensione che vi ha fornito. Uomo piccolo e vanitoso. Come se foste il primo irriverente a perdervi nella sua ragione corrotta dal peccato!
Il RAZIONIERE
Uomo di Dio, nemmeno tu saresti il primo ingannatore che usa la propria arroganza come prova della propria “missione”.
L’ISPIRATO
Che cosa! Anche i filosofi dicono insulti!
Il RAZIONIERE
A volte, quando i santi ne danno l’esempio.
L’ISPIRATO
Oh! Io ho il diritto di dirlo; parlo in nome di Dio.
Il RAZIONIERE
Sarebbe opportuno mostrare i vostri titoli prima di fare uso dei vostri privilegi.
L’ISPIRATO
I miei titoli sono autentici; la terra e il cielo testimonieranno a mio favore. Per favore, seguite attentamente le mie argomentazioni.
Il RAZIONIERE
I vostri ragionamenti. Non ci pensate nemmeno! Scoprire che la mia ragione mi inganna, non significa forse confutare tutto ciò che essa mi ha detto a vostro favore? Chiunque voglia negare il potere della ragione deve convincere senza ricorrervi. Perché, supponiamo che, attraverso i vostri ragionamenti, siate riusciti a convincermi. Come posso essere certo che non sia stata la mia ragione, corrotta dal peccato, ad indurmi ad accettare ciò che dite? Inoltre, quale prova, quale dimostrazione potreste mai utilizzare più evidente dell’axioma stesso che volete distruggere? È altrettanto plausibile che un buon sillogismo sia una menzogna, quanto che una parte sia maggiore del tutto.
L’ISPIRATO
Che differenza! Le mie prove sono irrefutabili; appartengono a un ordine soprannaturale.
Il RAZIONIERE
Soprannaturale. Che significa questa parola? Non la capisco.
L’ISPIRATO
Cambiamenti nell’ordine della natura, profezie, miracoli, fenomeni straordinari di ogni sorta.
Il RAZIONIERE
Miracoli! Prodigi! Non ho mai visto nulla del genere in vita mia.
L’ISPIRATO
Altri lo hanno visto per voi. Schiere di testimoni, la testimonianza dei popoli.
Il RAZIONIERE
Il testimone delle genti appartiene forse a un ordine soprannaturale?
L’ISPIRATO
No; ma quando è unanime, è indiscutibile.
Il RAZIONIERE
Non c’è nulla di più incontestabile dei principi della ragione, e non si può dare credito a un’assurdità basata sulle testimonianze umane. Ancora una volta, cerchiamo prove soprannaturali: l’affermazione dell’umanità stessa, infatti, non ne rappresenta una.
L’ISPIRATO
Oh cuore indurito. La grazia non ti parla affatto.
Il RAZIONIERE
Non è colpa mia; perché, secondo voi, bisogna aver già ricevuto la grazia per sapere come chiederla. Quindi iniziate a parlare con me, invece di parlarle lei.
L’ISPIRATO
Ah! È proprio quello che faccio, e voi non mi ascoltate. Ma cosa ne dite delle profezie?
Il RAZIONIERE
Prima di tutto, affermo di non aver sentito alcuna profezia, né visto alcun miracolo. Inoltre, sostengo che nessuna profezia possa avere autorità per me.
L’ISPIRATO
Satellite del demone. E perché le profezie non hanno alcun valore per te?
Il RAZIONIERE
Parce que, pour qu’elles la fissent, il faudrait trois choses dont le concours est impossible ; savoir que j’eusse été témoin de la prophétie, que je fusse témoin de l’événement, et qu’il me fût démontré que cet événement n’a pu cadrer fortuitement avec la prophétie ; car, fût-elle plus précise, plus claire, plus lumineuse qu’un axiome de géométrie, puisque la clarté d’une prédiction faite au hasard n’en rend pas l’accomplissement impossible, cet accomplissement, quand il a lieu, ne prouve rien à la rigueur pour celui qui l’a prédit.
Voyez donc à quoi se réduisent vos prétendues preuves surnaturelles, vos miracles, vos prophéties. À croire tout cela sur la foi d’autrui, et à soumettre à l’autorité des hommes l’autorité de Dieu parlant à ma raison. Si les vérités éternelles que mon esprit conçoit pouvaient souffrir quelque atteinte, il n’y aurait plus pour moi nulle espèce de certitude ; et, loin d’être sûr que vous me parlez de la part de Dieu, je ne serais pas même assuré qu’il existe.
Voilà bien des difficultés, mon enfant, et ce n’est pas tout. Parmi tant de religions diverses qui se proscrivent et s’excluent mutuellement, une seule est la bonne, si tant est qu’une le soit. Pour la reconnaître il ne suffit pas d’en examiner une, il faut les examiner toutes ; et, dans quelque matière que ce soit, on ne doit pas condamner sans entendre[436] ; il faut comparer les objections aux preuves ; il faut savoir ce que chacun oppose aux autres, et ce qu’il leur répond. Plus un sentiment nous paraît démontré, plus nous devons chercher sur quoi tant d’hommes se fondent pour ne pas le trouver tel. Il faudrait être bien simple pour croire qu’il suffit d’entendre les docteurs de son parti pour s’instruire des raisons du parti contraire. Où sont les théologiens qui se piquent de bonne foi ? Où sont ceux qui, pour réfuter les raisons de leurs adversaires, ne commencent pas par les affaiblir ? Chacun brille dans son parti : mais tel au milieu des siens est tout fier de ses preuves qui ferait un fort sot personnage avec ces mêmes preuves parmi des gens d’un autre parti. Voulez-vous instruire dans les livres ; quelle érudition il faut acquérir ! que de langues il faut apprendre ! que de bibliothèques il faut feuilleter ! quelle immense lecture il faut faire ! Qui me guidera dans le choix ? Difficilement trouvera-t-on dans un pays les meilleurs livres du parti contraire, à plus forte raison ceux de tous les partis : quand on les trouverait, ils seraient bientôt réfutés. L’absent a toujours tort, et de mauvaises raisons dites avec assurance effacent aisément les bonnes exposées avec mépris. D’ailleurs souvent rien n’est plus trompeur que les livres et ne rend moins fidèlement les sentiments de ceux qui les ont écrits. Quand vous avez voulu juger de la foi catholique sur le livre de Bossuet, vous vous êtes trouvé loin de compte après avoir vécu parmi nous. Vous avez vu que la doctrine avec laquelle on répond aux protestants n’est point celle qu’on enseigne au peuple, et que le livre de Bossuet ne ressemble guère aux instructions du prône[437]. Pour bien juger d’une religion, il ne faut pas l’étudier dans les livres de ses sectateurs, il faut aller l’apprendre chez eux ; cela est fort différent. Chacun a ses traditions, son sens, ses coutumes, ses préjugés, qui font l’esprit de sa croyance, et qu’il y faut joindre pour en juger.
Combien de grands peuples n’impriment point de livres et ne lisent pas les nôtres ! Comment jugeront-ils de nos opinions ? comment jugerons-nous des leurs ? Nous les raillons, ils nous méprisent[438], et, si nos voyageurs les tournent en ridicule, il ne leur manque, pour nous le rendre, que de voyager parmi nous. Dans quel pays n’y a-t-il pas des gens sensés, des gens de bonne foi, d’honnêtes gens amis de la vérité, qui, pour la professer, ne cherchent qu’à la connaître ? Cependant chacun la voit dans son culte, et trouve absurdes les cultes des autres nations : donc ces cultes étrangers ne sont pas si extravagants qu’ils nous semblent, ou la raison que nous trouvons dans les nôtres ne prouve rien.
Nous avons trois principales religions en Europe. L’une admet une seule révélation, l’autre en admet deux, l’autre en admet trois. Chacune déteste, maudit les autres, les accuse d’aveuglement, d’endurcissement, d’opiniâtreté, de mensonge. Quel homme impartial osera juger entre elles, s’il n’a premièrement bien pesé leurs preuves, bien écouté leurs raisons ? Celle qui n’admet qu’une révélation est la plus ancienne, et paraît la plus sûre ; celle qui en admet trois est la plus moderne, et paraît la plus conséquente ; celle qui en admet deux, et rejette la troisième, peut bien être la meilleure, mais elle a certainement tous les préjugés contre elle, l’inconséquence saute aux yeux.
Dans les trois révélations, les livres sacrés sont écrits en des langues inconnues aux peuples qui les suivent. Les Juifs n’entendent plus l’hébreu, les Chrétiens n’entendent ni l’hébreu ni le grec ; les Turcs ni les Persans n’entendent point l’arabe ; et les Arabes modernes eux-mêmes ne parlent plus la langue de Mahomet. Ne voilà-t-il pas une manière bien simple d’instruire les hommes, de leur parler toujours une langue qu’ils n’entendent point ? On traduit ces livres, dira-t-on. Belle réponse ! Qui m’assurera que ces livres sont fidèlement traduits, qu’il est même possible qu’ils le soient ? Et quand Dieu fait tant que de parler aux hommes, pourquoi faut-il qu’il ait besoin d’interprète ?
Je ne concevrai jamais que ce que tout homme est obligé de savoir soit enfermé dans des livres, et que celui qui n’est à portée ni de ces livres, ni de gens qui les entendent soit puni d’une ignorance involontaire. Toujours des livres ! quelle manie ! Parce que l’Europe est pleine de livres, les Européens les regardent comme indispensables, sans songer que, sur les trois quarts de la terre, on n’en a jamais vu. Tous les livres n’ont-ils pas été écrits par des hommes ? Comment donc l’homme en aurait-il besoin pour connaître ses devoirs ? Et quels moyens avait-il de les connaître avant que ces livres fussent faits ? Ou il apprendra ses devoirs de lui-même, ou il est dispensé de les savoir.
Nos catholiques font grand bruit de l’autorité de l’Église ; mais que gagnent-ils à cela, s’il leur faut un aussi grand appareil de preuves pour établir cette autorité, qu’aux autres sectes pour établir directement leur doctrine ? L’Église décide que l’Église a droit de décider. Ne voilà-t-il pas une autorité bien prouvée ? Sortez de là, vous rentrez dans toutes nos discussions.
Connaissez-vous beaucoup de chrétiens qui aient pris la peine d’examiner avec soin ce que le judaïsme allègue contre eux ? Si quelques-uns en ont vu quelque chose, c’est dans les livres des chrétiens. Bonne manière de s’instruire des raisons de leurs adversaires ! Mais comment faire ? Si quelqu’un osait publier parmi nous des livres où l’on favoriserait ouvertement le judaïsme[439], nous punirions l’auteur, l’éditeur, le libraire[440]. Cette police est commode et sûre, pour avoir toujours raison. Il y a plaisir à réfuter des gens qui n’osent parler.
Ceux d’entre nous qui sont à portée de converser avec des Juifs ne sont guère plus avancés. Les malheureux se sentent à notre discrétion ; la tyrannie qu’on exerce envers eux les rend craintifs ; ils savent combien peu l’injustice et la cruauté coûtent à la charité chrétienne : qu’oseront-ils dire sans s’exposer à nous faire crier au blasphème ? L’avidité nous donne du zèle, et ils sont trop riches pour n’avoir pas tort. Les plus savants, les plus éclairés sont toujours les plus circonspects. Vous convertirez quelque misérable, payé pour calomnier sa secte ; vous ferez parler quelques vils fripiers, qui céderont pour vous flatter ; vous triompherez de leur ignorance ou de leur lâcheté, tandis que leurs docteurs souriront en silence de votre ineptie. Mais croyez-vous que dans des lieux où ils se sentiraient en sûreté l’on eût aussi bon marché d’eux ? En Sorbonne, il est clair comme le jour que les prédictions du Messie se rapportent à Jésus-Christ. Chez les rabbins d’Amsterdam, il est tout aussi clair qu’elles n’y ont pas le moindre rapport. Je ne croirai jamais avoir bien entendu les raisons des Juifs, qu’ils n’aient un état libre, des écoles, des universités, où ils puissent parler et disputer sans risque. Alors seulement nous pourrons savoir ce qu’ils ont à dire.
À Constantinople les Turcs disent leurs raisons, mais nous n’osons dire les nôtres ; là c’est notre tour de ramper. Si les Turcs exigent de nous pour Mahomet, auquel nous ne croyons point, le même respect que nous exigeons pour Jésus-Christ des Juifs qui n’y croient pas davantage, les Turcs ont-ils tort ? avons-nous raison ? sur quel principe équitable résoudrons-nous cette question ?
Because for them to do so, three things would be necessary, and the coincidence of all three is impossible: to know that I had witnessed the prophecy, to have been an eyewitness to the event itself, and to be convinced that this event could not have coincidentally matched the prophecy. For even if the prophecy were more precise, clearer, more lucid than a geometric axiom—since the clarity of a prediction made at random does not make its fulfillment impossible—such fulfillment, when it actually occurs, does not strictly prove anything for the person who made it.
See then to what your so-called supernatural proofs, your miracles, your prophecies, are reduced. They amount to believing all this on the word of others, and submitting the authority of God speaking to my reason to the authority of men. If the eternal truths conceived by my mind could in any way be shaken, there would be no certainty left for me at all; and far from being certain that you are speaking to me on God’s behalf, I would not even be certain that God exists.
These are indeed many difficulties, my child, and that is not all. Among so numerous diverse religions that reject and exclude each other, only one is truly the right one—if any one is. To recognize it, it is not enough to examine just one; they must all be examined. In any matter whatsoever, one should not condemn without listening carefully; one must compare objections with evidence, understand what each side presents against the others, and what responses are given to those arguments. The more a belief seems to us to be well-established, the more we ought to seek out on what so many people rely in order to prove that it is not as simple as it appears. It would be extremely naive to think that merely listening to one’s own side’s scholars is enough to understand the reasoning of the opposing party. Where are those theologians who truly strive for sincerity? Where are those who, in order to refute their adversaries’ arguments, do not first weaken those arguments themselves? Everyone shines within their own camp; but someone who is highly confident in their own proofs would undoubtedly appear foolish if those same proofs were presented by people from another faction. If you wish to gain knowledge through books, what a vast amount of learning is required! How many languages must be mastered! How many libraries must be consulted! What an immense amount of reading is necessary! Who will guide me in making such choices? It is hardly possible to find in one’s own country the best books of the opposing party, let alone those of all opposing factions; and even if they could be found, they would soon be refuted. The absent are always considered in error, and poor arguments presented with certainty can easily overshadow sound reasoning that is dismissed with disdain. Moreover, often nothing is more misleading than books themselves, which fail to faithfully convey the true intentions of their authors. When you tried to judge Catholic faith based on Bossuet’s book, you found yourself far from the truth after living among us. You saw that the doctrine used to respond to Protestants was not the same as what is taught to the common people, and that Bossuet’s book bore little resemblance to the teachings given in sermons. To truly judge a religion, one must not study it in the books of its adherents; one must go and learn it directly from them—that is quite different. Everyone has their own traditions, perceptions, customs, and prejudices, which shape the essence of their beliefs, and these must be taken into account in any judgment.
How many great peoples do not print books or read ours! How will they judge our opinions? How will we judge theirs? We mock them, and they despise us[438]; moreover, if our travelers were to ridicule them, all they would need to do in return is to travel among us. In what country, after all, are there not sensible people, people of good faith, honest individuals who love the truth and seek only to understand it in order to profess it? Yet each person sees the truth within their own religion and regards the religions of other nations as absurd; therefore, these foreign religions may not be so extravagant as they seem to us, or the reasons we find in our own religion may prove nothing at all.
We have three main religions in Europe. One acknowledges only one revelation; another admits two; the third admits three. Each of them hates and condemns the others, accusing them of blindness, stubbornness, obstinacy, and falsehood. What impartial man would dare to judge between them without first carefully weighing their arguments and listening attentively to their reasons? The religion that acknowledges only one revelation is the oldest and seems the most reliable; the one that admits three is the most modern and appears the most coherent; the one that admits two and rejects the third may well be the best, but it certainly carries all kinds of prejudices against itself, and its inconsistency is obvious to all.
In these three revelations, the sacred books are written in languages that are unknown to the peoples who receive them. The Jews no longer understand Hebrew; Christians understand neither Hebrew nor Greek; Turks and Persians do not understand Arabic; and even modern Arabs no longer speak the language of Muhammad. Is this not a very simple way to instruct people—talking to them in a language they cannot understand? One might say, “These books are translated.” But what a poor response! Who can assure me that these books are faithfully translated, or even that it is possible to translate them accurately? And if God goes to the trouble of speaking to humans directly, why would He need an interpreter at all?
I can never conceive that what every man is obliged to know should be confined within books, and that those who have neither access to these books nor to people who understand them should be punished for their involuntary ignorance. Always books! What an obsession! Because Europe is filled with books, Europeans regard them as indispensable, without realizing that in three-quarters of the world, such books have never even existed. Were not all books written by men? How then could man need them in order to understand his duties? And what means did he have to know these duties before such books were created? Either he must learn them for himself, or he is entirely exempt from needing to know them at all.
Our Catholics make much of the authority of the Church; but what do they gain from this? If it takes them just as much evidence to establish that authority as it does other sects to establish their own doctrines directly, then what is the point? The Church claims that it itself has the right to decide. Isn’t that an authority that is perfectly proven? But if you follow that logic, you end up right back in all our debates and arguments.
Do you know many Christians who have taken the trouble to carefully examine what Judaism claims against them? If any have done so, it has been through the books of Christians themselves. What a wonderful way to learn about the arguments of one’s opponents! But how can this be done? If anyone dared to publish among us books that openly promote Judaism[439], we would punish the author, the publisher, and the bookstore[440]. Such measures are convenient and sure to ensure that we are always in the right. It is truly satisfying to refute those who do not dare to speak out.
Those of us who have the opportunity to converse with Jews are not much further advanced in our understanding. These unfortunate people feel at our mercy; the tyranny inflicted upon them makes them fearful. They know all too well how little injustice and cruelty cost Christian charity—how dare they speak out without risking being accused of blasphemy? Our greed gives us zeal, but they are far too wealthy to be without fault. The most learned and enlightened among them are always the most cautious. You may convert some wretched individual, paid to slander their own faith; you may get some despicable scoundrels to speak out in your favor, willing to trade their principles for flattery; you may triumph over their ignorance or cowardice, but their scholars will silently smile at your ineptitude. Yet do you really believe that in places where they would feel safe, we could obtain them so easily? At the Sorbonne, it is as clear as day that the prophecies of the Messiah refer to Jesus Christ. But among the rabbins of Amsterdam, it is just as clear that those prophecies have no relevance whatsoever. I will never believe that I have truly understood the reasons of the Jews until they enjoy freedom, their own schools and universities, where they can speak and debate without risk. Only then will we be able to know what they really have to say.
In Constantinople, the Turks state their reasons, but we dare not state ours; it is our turn to grovel. If the Turks demand of us, for Mahomet whom we do not believe in, the same respect that we demand from Jews who also do not believe in Jesus Christ, are the Turks in error? Are we right? On what fair principle shall we resolve this issue?
Perché affinché ciò avvenisse, sarebbero necessarie tre condizioni la cui concorrenza è impossibile: che io fossi stato testimone della profezia, che fossi stato testimone dell’evento stesso, e che mi venisse dimostrato che tale evento non potesse essere avvenuto casualmente in accordo con quella profezia. Infatti, anche se la profezia fosse più precisa, chiara e luminosa di un axioma di geometria, poiché la chiarezza di una previsione fatta a caso non rende impossibile il suo avverarsi, tale avveramento, quando si verifica, in realtà non prova nulla, in termini rigorosi, per colui che l’aveva predetto.
Ecco dunque a cosa si riducono le vostre presunte prove soprannaturali, i vostri miracoli, le vostre profezie: a credere in tutto ciò sulla parola altrui, e a sottomettere all’autorità degli uomini l’autorità di Dio che parla alla mia ragione. Se le verità eterne che il mio spirito concepisce potessero subire qualche offesa, non esisterebbe più per me alcuna certezza; e, lontano dall’essere sicuro che voi mi parliate da parte di Dio, non sarei nemmeno certo che Egli esista.
Ecco davvero molte difficoltà, mio caro. E non è tutto. Tra tante religioni diverse che si escludono a vicenda, una sola è la vera; ammesso che ne esista davvero una. Per riconoscerla, non basta esaminarne una sola: bisogna esaminarle tutte. In qualsiasi materia si tratti, non si deve condannare senza ascoltare attentamente; bisogna confrontare le obiezioni con le prove, conoscere ciò che ognuno oppone agli altri e quale risposta dà loro. Più un’idea ci sembra evidente, più dobbiamo cercare su cosa si basino tante persone per ritenerla tale. Sarebbe davvero troppo semplicistico credere che basti ascoltare i teologi del proprio partito per comprendere le ragioni dell’avversario. Dove sono quei teologi che si impegnano con sincerità? Dove sono coloro che, per confutare le argomentazioni degli avversari, non iniziano prima a indebolirle? Ogniuno brilla nel proprio partito. Ma colui che è orgoglioso delle proprie prove potrebbe sembrare un vero sciocco se quelle stesse prove venissero presentate da persone di un altro partito. Se si vuole imparare qualcosa dai libri, quanta erudizione bisogna acquisire. Quante lingue bisogna imparare. Quante biblioteche bisogna consultare. Quanta lettura immensa è necessaria! Chi mi guiderà nella scelta dei libri da leggere? In un paese dato, sarà difficile trovare i migliori testi dell’avversario. Figuriamoci quelli di tutti i partiti: anche se li si trovassero, verrebbero presto confutati. L’assente ha sempre torto. E ragioni sbagliate, espresse con sicurezza, spesso cancellano facilmente argomentazioni valide e presentate con rispetto. Inoltre, spesso nulla è più ingannevole dei libri. E nulla riproduce fedelmente i sentimenti di coloro che li hanno scritti. Quando avete cercato di comprendere la fede cattolica attraverso il libro di Bossuet, vi siete resi conto di quanto foste lontani dalla verità dopo aver vissuto tra di noi. Avete visto che la dottrina con cui si risponde ai protestanti non è quella che viene insegnata al popolo. E che il libro di Bossuet non assomiglia affatto alle istruzioni fornite durante le prediche. Per giudicare correttamente una religione, non basta studiarla nei libri dei suoi seguaci: bisogna andare a impararla direttamente tra loro. È tutta un’altra cosa. Ognuno ha le proprie tradizioni, il proprio modo di pensare, le proprie abitudini, i propri pregiudizi. E sono questi elementi che costituiscono lo “spirito” della propria fede. E bisogna tenerli tutti in considerazione per poterla giudicare veramente.
Quanti grandi popoli non stampano libri e non leggono i nostri! Come potranno giudicare le nostre opinioni? E come potremo noi giudicare le loro? Noi li deridiamo, loro ci disprezzano[438]; e se i nostri viaggiatori li mettessero in ridicolo, a loro basterebbe viaggiare tra di noi per farlo altrettanto con noi. In quale paese non esistono persone sensate, oneste, amiche della verità, che cercano soltanto di conoscerla affinché possano professarla? Eppure ognuno la vede nel proprio culto e ritiene assurdi i culti delle altre nazioni: quindi questi culti stranieri non sono così stravaganti come ci sembrano, oppure la ragione che troviamo nei nostri culti non prova nulla.
In Europa esistono tre religioni principali. Una ammette una sola rivelazione, un’altra ne ammette due, e l’ultima ne ammette tre. Ognuna di esse odia e maledice le altre, accusandole di cecità, d’ostinazione, di pregiudizio e di menzogna. Quale uomo imparziale oserebbe giudicarle, se prima non avesse attentamente valutato le loro prove e ascoltato le loro argomentazioni? Quella che ammette una sola rivelazione è la più antica e sembra la più sicura; quella che ne ammette tre è la più moderna e sembra la più coerente; quella che ne ammette due e rifiuta la terza potrebbe ben essere la migliore, ma certamente possiede tutti i pregiudizi contro di sé, e l’incoerenza delle sue posizioni è evidente.
Nelle tre rivelazioni, i libri sacri sono scritti in lingue sconosciute ai popoli che li seguono. I Giudei non comprendono più l’ebraico, i Cristiani non comprendono né l’ebraico né il greco; i Turchi e i Persiani non comprendono affatto l’arabo; e nemmeno gli stessi Arabi moderni parlano più la lingua di Maometto. Non è forse questo un modo molto semplice per “insegnare” agli uomini, parlando loro sempre in una lingua che non comprendono? Si dirà che questi libri vengono tradotti. Bella risposta! Chi mi può garantire che tali traduzioni siano fedeli al testo originale, o anche solo che sia possibile farlo con precisione? E se Dio stesso si prende la briga di parlare agli uomini, perché dovrebbe aver bisogno di un interprete?
Non riesco mai a concepire che ciò che ogni uomo è obbligato a sapere sia confinato nei libri, e che colui che non ha né accesso a questi libri né alle persone che li comprendono venga punito per un’ignoranza involontaria. Sempre i libri, che mania! Poiché l’Europa è piena di libri, gli europei li considerano indispensabili, senza pensare che, in tre quarti della terra, nessuno li abbia mai visti. Tutti i libri, dopotutto, sono stati scritti da uomini. Come potrebbe quindi l’uomo averne bisogno per conoscere i propri doveri? E con quali mezzi avrebbe potuto conoscerli prima che questi libri venissero creati? O impara da solo i propri doveri, o è dispensato dal saperli.
I nostri cattolici fanno molto rumore sull’autorità della Chiesa; ma cosa ne guadagnano, se per dimostrare tale autorità hanno bisogno di un apparato di prove altrettanto complesso di quello che altre sette utilizzano per affermare direttamente le proprie dottrine? La Chiesa decide che lei stessa abbia il diritto di decidere. Non è forse questa un’autorità ben dimostrata? Ma uscite da questo ragionamento: vi ritrovate inevitabilmente coinvolti in tutte le nostre discussioni.
Conoscete molti cristiani che si siano presi la briga di esaminare con attenzione ciò che il giudaismo sostiene contro di loro? Se qualcuno l’ha fatto, è stato attraverso i libri dei cristiani. Ottimo modo per conoscere le ragioni dei propri avversari! Ma come procedere? Se qualcuno osasse pubblicare tra di noi libri che promuovessero apertamente il giudaismo[439], puniremmo l’autore, l’editore e il libraio[440]. Questa “polizia” è comoda e sicura. Perché permette sempre di avere ragione. È davvero piacevole confutare persone che non osano nemmeno parlare.
Coloro tra noi che hanno l’opportunità di conversare con gli Ebrei non sono certo più avanti di loro. Quei sfortunati si sentono alla nostra mercé; la tirannia che subiscono li rende timidi; sanno bene quanto poco costino ingiustizia e crudeltà alla carità cristiana. Come oserebbero esprimersi senza rischiare di essere accusati di blasfemia? L’avidità ci spinge ad agire con zelo, ma loro sono troppo ricchi per non avere torto. I più eruditi, i più illuminati sono sempre i più cauti. Convertirete qualche miserabile, pagato per diffamare la sua setta; farete parlare alcuni spregevoli individui che cederanno solo per compiacervi; trionferete sulla loro ignoranza o sulla loro codardia, mentre i loro “dottori” sorridranno in silenzio della vostra incompetenza. Ma credete davvero che in luoghi dove si sentirebbero al sicuro la situazione sarebbe altrettanto favorevole per loro? Alla Sorbona è chiaro come il giorno che le profezie del Messia si riferiscono a Gesù Cristo; tra i rabbini di Amsterdam, invece, è altrettanto evidente che tali profezie non abbiano alcun fondamento. Non crederò mai di aver davvero compreso le ragioni degli Ebrei, finché non avranno uno stato libero, scuole, università dove poter parlare e discutere senza rischi. Solo allora potremo sapere veramente cosa hanno da dire.
A Costantinopoli i Turchi espongono le loro ragioni, ma noi non osiamo esporre le nostre; è il nostro turno di inchinarci. Se i Turchi ci chiedono, per Maometto in cui non crediamo, lo stesso rispetto che noi chiediamo ai Giudei, che non credono in Gesù Cristo, hanno i Turchi torto? abbiamo ragione? su quale principio equo possiamo risolvere questa questione?
Les deux tiers du genre humain ne sont ni Juifs, ni Mahométans, ni Chrétiens ; et combien de millions d’hommes n’ont jamais ouï parler de Moïse, de Jésus-Christ, ni de Mahomet ! On le nie ; on soutient que nos missionnaires vont partout. Cela est bientôt dit. Mais vont-ils dans le coeur de l’Afrique encore inconnue, et où jamais Européen n’a pénétré jusqu’à présent ? Vont-ils dans la Tartarie méditerranée suivre à cheval les hordes ambulantes, dont jamais étranger n’approche, et qui, loin d’avoir ouï parler du pape, connaissent à peine le grand lama ? Vont-ils dans les continents immenses de l’Amérique, où des nations entières ne savent pas encore que des peuples d’un autre monde ont mis les pieds dans le leur ? Vont-ils au Japon, dont leurs manoeuvres les ont fait chasser pour jamais, et où leurs prédécesseurs ne sont connus des générations qui naissent que comme des intrigants rusés, venus un zèle hypocrite pour s’emparer doucement de l’empire ? Vont-ils dans les harems des princes de l’Asie annoncer l’Évangile à des milliers de pauvres esclaves ? Qu’ont fait les femmes de cette partie du monde pour qu’aucun missionnaire ne puisse leur prêcher la foi ? Iront-elles toutes en enfer pour avoir été recluses ?
Quand il serait vrai que l’Évangile est annoncé par toute la terre, qu’y gagnerait-on ? la veille du jour que le premier missionnaire est arrivé dans un pays, il y est sûrement mort quelqu’un qui n’a pu l’entendre. Or, dites-moi ce que nous ferons de ce quelqu’un-là. N’y eût-il dans tout l’univers qu’un seul homme à qui l’on n’aurait jamais prêché Jésus-Christ, l’objection serait aussi forte pour ce seul homme que pour le quart du genre humain.
Quand les ministres de l’Évangile se sont fait entendre aux peuples éloignés, que leur ont-ils dit qu’on pût raisonnablement admettre sur leur parole, et qui ne demandât pas la plus exacte vérification ? Vous m’annoncez un Dieu né et mort il y a deux mille ans, à l’autre extrémité du monde, dans je ne sais quelle petite ville, et vous me dites que tous ceux qui n’auront point cru à ce mystère seront damnés. Voilà des choses bien étranges pour les croire si vite sur la seule autorité d’un homme que je ne connais point ! Pourquoi votre Dieu a-t-il fait arriver si loin de moi les événements dont il voulait m’obliger d’être instruit ? Est-ce un crime d’ignorer ce qui se passe aux antipodes ? Puis-je deviner qu’il y a eu dans un autre hémisphère un peuple hébreu et une ville de Jérusalem ? Autant vaudrait m’obliger de savoir ce qui se fait dans la lune. Vous venez, dites-vous, me l’apprendre ; mais pourquoi n’êtes-vous pas venu l’apprendre à mon père ? ou pourquoi damnez-vous ce bon vieillard pour n’en avoir jamais rien su ? Doit-il être éternellement puni de votre paresse, lui qui était si bon, si bienfaisant, et qui ne cherchait que la vérité ? Soyez de bonne foi, puis mettez-vous à ma place : voyez si je dois, sur votre seul témoignage, croire toutes les choses incroyables que vous me dites, et concilier tant d’injustices avec le Dieu juste que vous m’annoncez. Laissez-moi, de grâce, aller voir ce pays lointain où s’opérèrent tant de merveilles inouïes dans celui-ci[441], que j’aille savoir pourquoi les habitants de cette Jérusalem ont traité Dieu comme un brigand. Ils ne l’ont pas, dites-vous, reconnu pour Dieu. Que ferai-je donc, moi qui n’en ai jamais entendu parler que par vous ? Vous ajoutez qu’ils ont été punis, dispersés, opprimés, asservis, qu’aucun d’eux n’approche plus de la même ville. Assurément ils ont bien mérité tout cela ; mais les habitants d’aujourd’hui, que disent-ils du déicide de leurs prédécesseurs ? Ils le nient, ils ne reconnaissent pas non plus Dieu pour Dieu. Autant valait donc laisser les enfants des autres.
Quoi ! dans cette même ville où Dieu est mort, les anciens ni les nouveaux habitants ne l’ont point reconnu, et vous voulez que je le reconnaisse, moi qui suis né deux mille ans après à deux mille lieues de là ! Ne voyez-vous pas qu’avant que j’ajoute foi à ce livre que vous appelez sacré, et auquel je ne comprends rien, je dois savoir par d’autres que vous quand et par qui il a été fait, comment il s’est conservé, comment il vous est parvenu, ce que disent dans le pays, pour leurs raisons, ceux qui le rejettent, quoiqu’ils sachent aussi bien que vous tout ce que vous m’apprenez ? Vous sentez bien qu’il faut nécessairement que j’aille en Europe, en Asie, en Palestine, examiner tout par moi-même : il faudrait que je fusse fou pour vous écouter avant ce temps-là.
Non seulement ce discours me paraît raisonnable, mais je soutiens que tout homme sensé doit, en pareil cas, parler ainsi et renvoyer bien loin le missionnaire qui, avant la vérification des preuves, veut se dépêcher de l’instruire et de le baptiser. Or, je soutiens qu’il n’y a pas de révélation contre laquelle les mêmes objections n’aient autant et plus de force que contre le christianisme[442]. D’où il suit que s’il n’y a qu’une religion véritable, et que tout homme soit obligé de la suivre sous peine de damnation, il faut passer sa vie à les étudier toutes, à les approfondir, à les comparer, à parcourir les pays où elles sont établies. Nul n’est exempt du premier devoir de l’homme, nul n’a droit de se fier au jugement d’autrui. L’artisan qui ne vit que de son travail, le laboureur qui ne sait pas lire, la jeune fille délicate et timide, l’infirme qui peut à peine sortir de son lit, tous, sans exception, doivent étudier, méditer, disputer, voyager, parcourir le monde : il n’y aura plus de peuple fixe et stable ; la terre entière ne sera couverte que de pèlerins allant à grands frais, et avec de longues fatigues, vérifier, comparer, examiner par eux-mêmes les cultes divers qu’on y suit. Alors, adieu les métiers, les arts, les sciences humaines, et toutes les occupations civiles : il ne peut plus y avoir d’autre étude que celle de la religion : à grand-peine celui qui aura joui de la santé la plus robuste, le mieux employé son temps, le mieux usé de sa raison, vécu le plus d’années, saura-t-il dans sa vieillesse à quoi s’en tenir ; et ce sera beaucoup s’il apprend avant sa mort dans quel culte il aurait dû vivre.
Voulez-vous mitiger cette méthode, et donner la moindre prise à l’autorité des hommes ? À l’instant vous lui rendez tout ; et si le fils d’un Chrétien fait bien de suivre, sans un examen profond et impartial, la religion de son père, pourquoi le fils d’un Turc ferait-il mal de suivre de même la religion du sien[443] ? Je défie tous les intolérants de répondre à cela rien qui contente un homme sensé.
Pressés par ces raisons, les uns aiment mieux faire Dieu injuste, et punir les innocents du péché de leur père, que de renoncer à leur barbare dogme. Les autres se tirent d’affaire en envoyant obligeamment un ange instruire quiconque, dans une ignorance invincible, aurait vécu moralement bien. La belle invention que cet ange ! Non contents de nous asservir à leurs machines, ils mettent Dieu lui-même dans la nécessité d’en employer.
Voyez, mon fils, à quelle absurdité mènent l’orgueil et l’intolérance, quand chacun veut abonder dans son sens, et croire avoir raison exclusivement au reste du genre humain. Je prends à témoin ce Dieu de paix que j’adore et que je vous annonce, que toutes mes recherches ont été sincères ; mais voyant qu’elles étaient, qu’elles seraient toujours sans succès, et que je m’abîmais dans un océan sans rives, je suis revenu sur mes pas, et j’ai resserré ma foi dans mes notions primitives. Je n’ai jamais pu croire que Dieu m’ordonnât, sous peine de l’enfer, d’être savant. J’ai donc refermé tous les livres. Il en est un seul ouvert à tous les yeux, c’est celui de la nature. C’est dans ce grand et sublime livre que j’apprends à servir et adorer son divin auteur. Nul n’est excusable de n’y pas lire, parce qu’il parle à tous les hommes une langue intelligible à tous les esprits. Quand je serais né dans une île déserte, quand je n’aurais point vu d’autre homme que moi, quand je n’aurais jamais appris ce qui s’est fait anciennement dans un coin du monde ; si j’exerce ma raison, si je la cultive, si j’use bien des facultés immédiates que Dieu me donne, j’apprendrai de moi-même à le connaître, à l’aimer, à aimer ses oeuvres, à vouloir le bien qu’il veut, et à remplir pour lui plaire tous mes devoirs sur la terre. Qu’est-ce que tout le savoir des hommes m’apprendra de plus ?
Two-thirds of the human race are neither Jews, nor Muslims, nor Christians; and how many millions of people have never even heard of Moses, Jesus Christ, or Muhammad! People deny this; they claim that our missionaries go everywhere. But do they really go to the heart of Africa, a region still unknown to Europeans? Do they follow those nomadic tribes in the Mediterranean Tartary, regions where no foreigner has ever set foot before—and where people, having never even heard of the Pope, barely know anything about the great Lama? Will they venture into the vast continents of America, where entire nations still have no idea that peoples from another world have already set foot on their lands? Will they go to Japan, where their earlier attempts to spread their faith led to their permanent expulsion, and where their predecessors are remembered only as cunning schemers who came with hypocritical zeal to gradually seize control of the empire? And will they enter the harems of Asian princes to proclaim the Gospel to thousands of poor slaves? What have the women of this part of the world done to deserve that no missionary is allowed to preach the faith to them? Will they all be sent to hell for having been confined in such places?
If it were true that the Gospel was proclaimed throughout the entire earth, what would be gained by that? On the very day before the first missionary arrived in a certain country, someone there surely died without ever having heard it preached. Now, tell me what we would do about that person. Even if there were only one single man in the entire universe to whom Jesus Christ had never been preached, the objection would be just as valid for that one man as it is for a quarter of the human race.
When the ministers of the Gospel went to speak to distant peoples, what did they tell them that one could reasonably believe on their word, without requiring the most thorough verification? You tell me about a God who was born and died two thousand years ago, in some small town at the other end of the world, and you claim that everyone who does not believe in this mystery will be damned. Such strange things—how can I believe them so quickly, based solely on the word of a man whom I do not even know? Why did your God make these events happen so far from me, if he wanted me to learn about them? Is it a crime to ignore what is happening on the other side of the earth? How can I possibly know that there was once a Hebrew people and a city called Jerusalem in another hemisphere? It would be just as unreasonable to expect me to know what happens on the moon. You say you are here to tell me these things; but why didn’t you come and tell my father? Or why do you condemn that good old man for never having heard of them? Must he be punished forever for your laziness, when he was such a kind and benevolent person who sought only the truth? Be honest with me—put yourself in my place: would you believe all these incredible things just because of your word, and reconcile so many injustices with the righteous God you preach? Please allow me to go and see that distant land where so many wonders took place; I want to understand why the inhabitants of that Jerusalem treated God like a bandit. You say they did not recognize him as God. What am I supposed to do, then, since I have never even heard of him except from you? You also say they were punished, scattered, oppressed, enslaved—none of them live near that city anymore. Surely they deserved all that; but what do the people today say about the blasphemy of their ancestors? They deny it; they too do not recognize God as God. In that case, it would have been just as good to leave those people alone.
How! In the very same city where God died, neither the old nor the new inhabitants recognized Him; and you want me to recognize Him, I who was born two thousand years later, two thousand miles away from there! Don’t you see that before I can believe in this book that you call sacred—of which I understand nothing—I must first learn from others when and by whom it was written, how it was preserved, how it came into your hands, what those who reject it say in their own countries for their own reasons—even though they know just as well as you all that you are telling me? You surely realize that I must necessarily go to Europe, Asia, Palestine, and examine everything for myself. It would take me to be mad to listen to you before doing so.
Not only does this argument seem reasonable to me, but I also maintain that any sensible person would speak in this manner under such circumstances and would dismiss outright any missionary who, before verifying the evidence, rushes to instruct and baptize others. Moreover, I assert that there is no revelation against which the same objections could be raised with equal or even greater force than those raised against Christianity[442]. Therefore, if there is only one true religion, and if every person is obliged to follow it lest they face damnation, then one must spend their entire life studying all religions, delving into them, comparing them, and traveling to the countries where they are practiced. No one is exempt from this primary duty of humanity; no one has the right to rely on the judgment of others. The artisan who lives solely by his work, the illiterate farmer, the delicate and shy young girl, the infirm person who can barely leave bed—everyone, without exception, must study, meditate, debate, travel, and explore the world. There will no longer be any settled or stable populations; the entire earth will be covered only with pilgrims who, at great expense and through long hardships, will personally verify, compare, and examine the various religions practiced there. Then, farewell to professions, arts, humanities, and all civil occupations—there will be no other pursuit but the study of religion. Even those who have enjoyed the best health, spent their time most productively, used their reason most wisely, and lived the longest lives will hardly know what to believe in their old age; and it will be a great fortune if they learn before dying which religion they should have followed.
Do you wish to soften this method and give even the slightest foothold to human authority? At present, you grant it everything; and if a Christian son does well in following, without thorough and impartial examination, the religion of his father, why should a Turkish son do wrong in following likewise the religion of his own father[443]? I defy all intolerants to offer any answer that would satisfy a reasonable person.
For these reasons, some people would rather make God unjust and punish the innocent for the sins of their fathers than abandon their barbaric dogmas. Others get out of trouble by conveniently sending an angel to instruct those who, out of utter ignorance, might have led moral lives. What a clever invention this angel is! Not content with enslaving us to their mechanisms, they even force God himself to use such devices.
Look, my son, to what absurdity pride and intolerance lead when everyone insists on adhering to their own opinions and believes they alone are right while all others are wrong. I swear before this God of peace whom I adore and whom I proclaim to you that all my inquiries have been sincere; but seeing that they were—and always would be—unfruitful, and realizing that I was wandering in an endless sea without shores, I turned back and clung once more to my original beliefs. I could never believe that God would command me, under the threat of hell, to become knowledgeable. So I closed all those books. There is only one book open to everyone’s eyes, and that is the book of nature. It is in this great and sublime book that I learn to serve and adore its divine Author. No one can be excused for not reading it, for it speaks to all men in a language that every mind can understand. Even if I had been born on a deserted island, if I had never seen another human being, if I had never learned anything about what happened in distant parts of the world—still, by using my reason, by cultivating it, and by making good use of the abilities God has granted me, I could have come to know Him, love Him, adore His works, desire what He desires, and fulfill all my duties on earth to please Him. What more could all human knowledge teach me?
Due terzi dell’umanità non sono né Ebrei, né Musulmani, né Cristiani; e quanti milioni di uomini non hanno mai nemmeno sentito parlare di Mosè, di Gesù Cristo o di Maometto! Si nega questa realtà; si sostiene che i nostri missionari vadano ovunque. Ma davvero vanno nel cuore dell’Africa ancora sconosciuta, dove nessun europeo è mai penetrato fino ad oggi? Vanno nella Tartaria mediterranea per seguire a cavallo le orde nomadi, di cui nessun straniero si avvicina mai, e che, lontano dall’aver sentito parlare del papa, conoscono appena il grande lama? Vanno nei vasti continenti dell’America, dove intere nazioni non sanno ancora che popoli di un altro mondo hanno messo piede nel loro? Vanno in Giappone, da cui le loro manovre li hanno costretti ad andarsene per sempre, e dove i loro predecessori sono conosciuti dalle generazioni attuali soltanto come intrighiastici astuti, venuti con un zelo ipocrita per conquistare lentamente l’impero? Vanno nei harem dei principi asiatici per annunciare l’Evangelo a migliaia di povere schiave? Cosa hanno fatto le donne di questa parte del mondo perché nessun missionario possa predicare loro la fede? Andranno tutte all’inferno soltanto perché sono state rese prigioniere?
Se fosse vero che l’Evangelo viene proclamato in tutto il mondo, a cosa ci servirebbe? La vigilia del giorno in cui il primo missionario arrivò in un certo paese, sicuramente qualcuno vi morì senza aver potuto ascoltarlo. Ditemi allora cosa faremmo di quella persona. Anche se nell’universo esistesse soltanto una singola persona a cui non fosse mai stato predicato Gesù Cristo, l’obiezione sarebbe altrettanto valida per quell’una persona quanto lo è per un quarto dell’umanità intera.
Quando i ministri dell’Evangelo si fecero sentire presso i popoli lontani, cosa dissero loro che si potesse ragionevolmente accettare sulla loro parola, senza richiedere alcuna verifica accurata? Mi dite di un Dio nato e morto due migliaia di anni fa, all’altra estremità del mondo, in una piccola città sconosciuta, e mi dite che tutti coloro che non crederanno a questo mistero saranno dannati. Sono davvero cose strane da credere così rapidamente, sulla sola autorità di un uomo che non conosco affatto! Perché il vostro Dio ha fatto sì che gli eventi di cui voleva che fossi informato avvenissero così lontano da me? È forse un crimine ignorare ciò che accade agli antipodi? Posso forse immaginare che in un altro emisfero esistesse un popolo ebraico e una città chiamata Gerusalemme? Sarebbe lo stesso che costringermi a sapere ciò che avviene sulla luna. Dite di venire a dirmelo; ma perché non siete venuti a dirlo a mio padre? O perché condannate quel buon vecchio per non averne mai saputo nulla? Deve forse essere punito eternamente per la vostra pigrizia, lui che era così buono, così benefattore, e che cercava solo la verità? Siate onesti, mettetevi al mio posto: vedete se dovrei, sulla sola vostra testimonianza, credere in tutte queste cose incredibili che mi dite, e conciliare tante ingiustizie con il Dio giusto che mi annunciate. Lasciatemi, per favore, andare a vedere quel paese lontano dove avvennero tali meraviglie inaudite; voglio sapere perché gli abitanti di quella Gerusalemme trattarono Dio come un brigante. Dicono che non lo riconobbero come Dio. Cosa farò allora io, che non ne ho mai sentito parlare se non da voi? Aggiungete che furono puniti, dispersi, oppressi, schiavizzati. Che nessuno di loro si avvicina più a quella città. Sicuramente meritavano tutto ciò; ma cosa dicono gli abitanti di oggi del crimine dei loro antenati? Lo negano. Anche loro non riconoscono Dio come Dio. Allora, forse sarebbe stato meglio lasciare che fossero i figli degli altri a decidere.
Che cosa! Nella stessa città in cui Dio è morto, né gli antichi né i nuovi abitanti lo hanno riconosciuto; e voi volete che io lo riconosca io, che sono nato duemila anni dopo, a due migliaia di leghe di distanza! Non vedete forse che, prima di credere in questo libro che voi chiamate sacro – e di cui non capisco nulla – devo sapere da altri quando e da chi è stato scritto, come è stato conservato, come vi è arrivato, cosa dicono, per le loro ragioni, coloro che lo rifiutano, anche se sanno, proprio come voi, tutto ciò che mi state raccontando? Capite bene che è assolutamente necessario che io vada in Europa, in Asia, in Palestina, per esaminare tutto personalmente. Sarei pazzo a ascoltarvi prima di allora.
Non solo questo discorso mi sembra ragionevole, ma sostengo anche che ogni uomo sensato debba, in simili circostanze, parlare in questo modo e respingere decisamente quei missionari che, prima di verificare le prove, si affrettano a istruire e battezzare le persone. Ora, affermo che non esiste alcuna rivelazione contro cui queste stesse obiezioni non abbiano lo stesso peso, se non addirittura maggiore, rispetto al cristianesimo[442]. Da ciò consegue che, se esiste una sola religione vera e ogni uomo è obbligato a seguirla altrimenti rischia la dannazione eterna, allora bisogna trascorrere tutta la vita a studiare tutte le religioni possibili, ad approfondirle, a confrontarle e a viaggiare nei paesi in cui sono diffuse. Nessuno è esentato dal primo dovere dell’uomo; nessuno ha il diritto di fidarsi del giudizio altrui. L’artigiano che vive solo del proprio lavoro, il contadino analfabeta, la ragazza timida e delicata, il malato che a stento può lasciare il letto: tutti, senza eccezione, devono studiare, riflettere, discutere, viaggiare e esplorare il mondo. Non ci saranno più popoli stabili e sedentari; tutta la terra sarà coperta da pellegrini che, a grandi spese e con grandi fatiche, andranno a verificare, confrontare ed esaminare personalmente i diversi culti praticati in quel luogo. Allora, addio ai mestieri, alle arti, alle scienze umane e a tutte le altre attività civili: non potrà più esserci altro studio se non quello della religione. A malapena colui che avrà goduto della salute più robusta, che avrà utilizzato al meglio il proprio tempo e la propria ragione, che avrà vissuto per molti anni, saprà nella sua vecchiaia a quale credo attenersi; e sarà molto se prima di morire riuscirà a capire in quale culto avrebbe dovuto vivere.
Volete forse mitigare questo metodo e dare anche solo una minima possibilità all’autorità umana? In questo modo le restituite tutto; e se il figlio di un cristiano fa bene a seguire, senza alcun esame approfondito e imparziale, la religione di suo padre, perché mai il figlio di un turco dovrebbe fare male a seguire allo stesso modo la religione del proprio padre[443]? Metto alla prova tutti gli intolleranti: non sono in grado di fornire una risposta che possa soddisfare una persona ragionevole.
Spinti da queste ragioni, alcuni preferiscono far sì che Dio sia ingiusto e punisca gli innocenti per il peccato dei loro padri, piuttosto che rinunciare ai loro barbari dogmi. Altri si liberano facilmente della responsabilità inviando gentilmente un angelo a istruire coloro che, nella loro invincibile ignoranza, avrebbero comunque vissuto moralmente bene. Che bella invenzione. Questo angelo! Non contenti di asservirci alle loro macchinazioni, costringono persino Dio ad utilizzarle.
Vedi, figlio mio, a quale assurdità portano l’orgoglio e l’intolleranza, quando ognuno vuole ostinarsi nella propria opinione, credendo di avere ragione esclusivamente rispetto al resto dell’umanità. Chiamo a testimone questo Dio della pace che amo e vi annuncio: tutte le mie ricerche sono state sincere; ma vedendo che erano, e sempre sarebbero, senza successo, e che mi perdevo in un oceano senza confini, ho cambiato idea e ho rafforzato la mia fede nelle nozioni primitive. Non ho mai potuto credere che Dio mi ordinasse, sotto pena dell’inferno, di essere sapiente; quindi ho chiuso tutti i libri. C’è però un solo libro aperto a tutti gli occhi: quello della natura. È in questo grande e sublime libro che imparo a servire e ad amare il suo divino autore. Nessuno può essere scusato se non lo legge, perché parla a tutti gli uomini una lingua comprensibile a tutti gli spiriti. Anche se fossi nato in un’isola deserta, senza aver mai visto nessun altro uomo, anche se non avessi mai appreso ciò che è accaduto in passato in qualche angolo del mondo; se esercitassi la mia ragione, se la coltivassi, se utilizzassi al meglio le facoltà che Dio mi ha dato, imparerei da solo a conoscerlo, ad amarlo, ad amare le sue opere, a desiderare il bene che lui desidera e a compiere tutti i miei doveri sulla terra per compiacerlo. Cosa potrebbe insegnarmi tutto il sapere umano di più?
À l’égard de la révélation, si j’étais meilleur raisonneur ou mieux instruit, peut-être sentirais-je sa vérité, son utilité pour ceux qui ont le bonheur de la reconnaître ; mais si je vois en sa faveur des preuves que je ne puis combattre, je vois aussi contre elle des objections que je ne puis résoudre. Il y a tant de raisons solides pour et contre, que, ne sachant à quoi me déterminer, je ne l’admets ni ne la rejette ; je rejette seulement l’obligation de la reconnaître, parce que cette obligation prétendue est incompatible avec la justice de Dieu, et que, loin de lever par-là les obstacles au salut, il les eût multipliés, il les eût rendus insurmontables pour la grande partie du genre humain. À cela près, je reste sur ce point dans un doute respectueux. Je n’ai pas la présomption de me croire infaillible : d’autres hommes ont pu décider ce qui me semble indécis ; je raisonne pour moi et non pas pour eux ; je ne les blâme ni ne les imite : leur jugement peut être meilleur que le mien ; mais il n’y a pas de ma faute si ce n’est pas le mien.
Je vous avoue aussi que la sainteté de l’Évangile parle à mon cœur, et auquel j’aurais même regret de trouver quelque bonne réponse. Voyez les livres des philosophes avec toute leur pompe ; qu’ils sont petits près de celui-là ! Se peut-il qu’un livre à la fois si sublime et si simple soit l’ouvrage des hommes ? Se peut-il que celui dont il fait l’histoire ne soit qu’un homme lui-même ? Est-ce là le ton d’un enthousiaste ou d’un ambitieux sectaire ? Quelle douceur, quelle pureté dans ses moeurs ! quelle grâce touchante dans ses instructions ! quelle élévation dans ses maximes ! quelle profonde sagesse dans ses discours ! quelle présence d’esprit, quelle finesse et quelle justesse dans ses réponses ! quel empire sur ses passions ! Où est l’homme, où est le sage qui sait agir, souffrir et mourir sans faiblesse et sans ostentation ? Quand Platon peint son juste imaginaire[444] couvert de tout l’opprobre du crime, et digne de tous les prix de la vertu, il peint trait pour trait Jésus-Christ : la ressemblance est si frappante, que tous les pères l’ont sentie, et qu’il n’est pas possible de s’y tromper. Quels préjugés, quel aveuglement[445] ne faut-il point avoir pour oser comparer le fils de Sophronisque au fils de Marie ? Quelle distance de l’un à l’autre ! Socrate, mourant sans douleur, sans ignominie, soutint aisément jusqu’au bout son personnage ; et si cette facile mort n’eût honoré sa vie, on douterait si Socrate, avec tout son esprit, fut autre chose qu’un sophiste. Il inventa, dit-on, la morale ; d’autres avant lui l’avaient mise en pratique ; il ne fit que dire ce qu’ils avaient fait, il ne fit que mettre en leçons leurs exemples. Aristide avait été juste avant que Socrate eût dit ce que c’était que justice ; Léonidas était mort pour son pays avant que Socrate eût fait un devoir d’aimer la patrie ; Sparte était sobre avant que Socrate eût loué la sobriété ; avant qu’il eût défini la vertu, la Grèce abondait en hommes vertueux.
Mais où Jésus avait-il pris chez les siens cette morale élevée et pure dont lui seul a donné les leçons et l’exemple[446] ? Du sein du plus furieux fanatisme la plus haute sagesse se fit entendre ; et la simplicité des plus héroïques vertus honora le plus vil de tous les peuples. La mort de Socrate, philosophant tranquillement avec ses amis, est la plus douce qu’on puisse désirer ; celle de Jésus expirant dans les tourments, injurié, raillé, maudit de tout un peuple, est la plus horrible qu’on puisse craindre. Socrate prenant la coupe empoisonnée bénit celui qui la lui présente et qui pleure ; Jésus, au milieu d’un supplice affreux, prie pour ses bourreaux acharnés. Oui, si la vie et la mort de Socrate sont d’un sage, la vie et la mort de Jésus sont d’un Dieu. Dirons-nous que l’histoire de l’Évangile est inventée à plaisir ? Mon ami, ce n’est pas ainsi qu’on invente ; et les faits de Socrate, dont personne ne doute, sont moins attestés que ceux de Jésus-Christ. Au fond c’est reculer la difficulté sans la détruire ; il serait plus inconcevable que plusieurs hommes d’accord[447] eussent fabriqué ce livre, qu’il ne l’est qu’un seul en ait fourni le sujet. Jamais les auteurs juifs n’eussent trouvé ni ce ton ni cette morale ; et l’Évangile a des caractères de vérité si grands, si frappants, si parfaitement inimitables, que l’inventeur en serait plus étonnant que le héros. Avec tout cela, ce même Évangile est plein de choses incroyables, de choses qui répugnent à la raison, et qu’il est impossible à tout homme sensé de concevoir ni d’admettre. Que faire au milieu de toutes ces contradictions ? Être toujours modeste et circonspect, mon enfant ; respecter en silence ce qu’on ne saurait ni rejeter, ni comprendre, et s’humilier devant le grand Être qui seul sait la vérité.
Voilà le scepticisme involontaire où je suis resté ; mais ce scepticisme ne m’est nullement pénible, parce qu’il ne s’étend pas aux points essentiels à la pratique, et que je suis bien décidé sur les principes de tous mes devoirs. Je sers Dieu dans la simplicité de mon coeur. Je ne cherche à savoir que ce qui importe à ma conduite. Quant aux dogmes qui n’influent ni sur les actions ni sur la morale, et dont tant de gens se tourmentent, je ne m’en mets nullement en peine. Je regarde toutes les religions particulières comme autant d’institutions salutaires qui prescrivent dans chaque pays une manière uniforme d’honorer Dieu par un culte public, et qui peuvent toutes avoir leurs raisons dans le climat, dans le gouvernement, dans le génie du peuple, ou dans quelque autre cause locale qui rend l’une préférable à l’autre, selon les temps et les lieux. Je les crois toutes bonnes quand on y sert Dieu convenablement. Le culte essentiel est celui du coeur. Dieu n’en rejette point l’hommage, quand il est sincère, sous quelque forme qu’il lui soit offert. Appelé dans celle que je professe au service de l’Église, j’y remplis avec toute l’exactitude possible les soins qui me sont prescrits, et ma conscience me reprocherait d’y manquer volontairement en quelque point. Après un long interdit vous savez que j’obtins, par le crédit de M. de Mellarède, la permission de reprendre mes fonctions pour m’aider à vivre. Autrefois je disais la messe avec la légèreté qu’on met à la longue aux choses les plus graves quand on les fait trop souvent ; depuis mes nouveaux principes, je la célèbre avec plus de vénération : je me pénètre de la majesté de l’Être suprême, de sa présence, de l’insuffisance de l’esprit humain, qui conçoit si peu ce qui se rapporte à son auteur. En songeant que je lui porte les voeux du peuple sous une forme prescrite, je suis avec soin tous les rites ; je récite attentivement, je m’applique à n’omettre jamais ni le moindre mot ni la moindre cérémonie : quand j’approche du moment de la consécration, je me recueille pour la faire avec toutes les dispositions qu’exige l’Église et la grandeur du sacrement ; je tâche d’anéantir ma raison devant la suprême intelligence ; je me dis : Qui es-tu pour mesurer la puissance infinie ? Je prononce avec respect les mots sacramentaux, et je donne à leur effet toute la foi qui dépend de moi. Quoi qu’il en soit de ce mystère inconcevable, je ne crains pas qu’au jour du jugement je sois puni pour l’avoir jamais profané dans mon coeur.
Honoré du ministère sacré, quoique dans le dernier rang, je ne ferai ni ne dirai jamais rien qui me rende indigne d’en remplir les sublimes devoirs. Je prêcherai toujours la vertu aux hommes, je les exhorterai toujours à bien faire ; et, tant que je pourrai, je leur en donnerai l’exemple. Il ne tiendra pas à moi de leur rendre la religion aimable ; il ne tiendra pas à moi d’affermir leur foi dans les dogmes vraiment utiles et que tout homme est obligé de croire : mais à Dieu ne plaise que jamais je leur prêche le dogme cruel de l’intolérance ; que jamais je les porte à détester leur prochain, à dire à d’autres hommes : Vous serez damnés[448]. Si j’étais dans un rang plus remarquable, cette réserve pourrait m’attirer des affaires ; mais je suis trop petit pour avoir beaucoup à craindre, et je ne puis guère tomber plus bas que je ne suis. Quoi qu’il arrive, je ne blasphémerai point contre la justice divine, et ne mentirai point contre le Saint-Esprit.
Regarding this revelation, if I were a better reasoner or more knowledgeable, perhaps I would perceive its truth and its usefulness for those who are fortunate enough to recognize it; but if I see evidence in its favor that I cannot refute, I also see objections against it that I cannot resolve. There are so many sound reasons both for and against it that, not knowing how to decide, I neither accept nor reject it; I merely refuse to be compelled to acknowledge it, because this supposed obligation is incompatible with the justice of God. Far from removing obstacles to salvation, such an obligation would multiply them and render them insurmountable for the vast majority of humanity. Apart from this, I remain in a respectful state of doubt on this matter. I do not presume to be infallible; other people may have reached conclusions that seem indecisive to me. I reason for myself, not for them; I neither blame them nor imitate them—their judgment may be better than mine—but if it is not correct, the fault lies not with me.
I must also confess that the sanctity of the Gospel speaks directly to my heart; in fact, I would even regret finding any good response to it. Look at the books of philosophers with all their pomp and circumstance—how insignificant they are compared to this one! How is it possible that a book so sublime and yet so simple could be the work of mere men? How can the man whose life it describes be anything other than a human being himself? Is this the tone of an enthusiast or of an ambitious zealot? What gentleness, what purity in his manners! What touching grace in his teachings! What elevation in his maxims! What profound wisdom in his speeches! What quick wit, what finesse, and what accuracy in his responses! What mastery over his passions! Where is the man, where is the sage who knows how to act, suffer, and die without weakness or ostentation? When Plato portrays his ideal just man covered in all the disgrace of crime, yet worthy of all the rewards of virtue, he is depicting Jesus Christ word for word—the resemblance is so striking that every theologian has recognized it, and there is no possibility of misunderstanding it. What prejudices, what blindness must one possess to dare to compare the son of Sophroniscus with the son of Mary! What a vast difference between the two! Socrates died without pain, without humiliation, maintaining his character to the very end; and if this peaceful death had not honored his life, one might wonder whether Socrates, with all his wisdom, was anything more than a sophist. It is said that he invented morality; but others had already put it into practice long before him—he merely stated what they had done, he merely took their examples as lessons to be learned. Aristide had been just long before Socrates defined what justice meant; Leonidas had died for his country before Socrates expounded the duty of loving one’s nation; Sparta was a land of temperance before Socrates praised sobriety; and long before he defined virtue, Greece was already full of virtuous men.
But where did Jesus obtain from his own people this noble and pure morality, of which he alone was the teacher and example[446]? From the depths of the most furious fanaticism, the highest wisdom spoke; and the simplicity of the most heroic virtues brought honor to the most vile among all peoples. The death of Socrates, who calmly discussed philosophy with his friends, is the gentlest death one could wish for; whereas the death of Jesus, dying in torment, insulted, mocked, and cursed by an entire people, is the most horrible death one can fear. Socrates, taking the poisoned cup, blessed him who offered it to him while weeping; Jesus, amidst terrible suffering, prayed for his relentless torturers. Indeed, if the life and death of Socrates belong to a sage, then the life and death of Jesus belong to a God. Shall we say that the story of the Gospel is invented out of mere amusement? My friend, such things are not invented; and the deeds of Socrates, about which no one doubts, are less attested than those of Jesus Christ. In truth, this merely shifts the difficulty without resolving it; it would be even more inconceivable that many people in agreement[447] could have fabricated such a book, than that a single person could have conceived its subject matter. The Jewish authors could never have produced such a tone or such morality; and the Gospel possesses such undeniable signs of truth—so striking, so utterly unparalleled—that any would-be inventor would be even more astonishing than the hero himself. Yet, despite all this, the Gospel is full of things that are incredible, things that defy reason, and that no sensible person can possibly conceive or accept. What is one to do in the face of all these contradictions? Always remain humble and cautious, my child; silently respect what one cannot reject or understand, and humble oneself before the great Being who alone knows the truth.
Such was the involuntary skepticism I remained stuck in; yet this skepticism brought me no distress at all, for it did not extend to those matters that are essential to practice, and I was firm in my beliefs regarding the principles underlying all my duties. I serve God with the simplicity of my heart. I seek only to understand what is relevant to my conduct. As for those dogmas that have no influence on actions or morality, and which cause so much distress to many people, I concern myself not at all with them. I regard all particular religions as beneficial institutions that prescribe a uniform manner of honoring God through public worship in each country; each of them may have its reasons rooted in the local climate, government, character of the people, or some other local factor that makes one religion preferable to another, depending on time and place. I believe they are all good when used properly for serving God. The essential form of worship is that of the heart. God does not reject such sincere devotion, no matter in what form it is offered. Called upon to serve the Church in the form I profess, I carry out my duties with utmost diligence; my conscience would never allow me to fail in this regard willingly. After a long period of prohibition, I obtained, through the assistance of Mr. de Mellarède, permission to resume my duties in order to support myself. In the past, I said mass with the kind of carelessness that often arises when one performs serious tasks too frequently; but since adopting these new principles, I now celebrate it with greater reverence. I immerse myself in the majesty of the Supreme Being, in His presence, and in the inadequacy of human understanding when it comes to matters relating to Him. Knowing that I am offering the people’s prayers in a prescribed form, I follow all the rituals with great care; I recite the words attentively and make sure not to omit a single word or ceremony. When the moment of consecration arrives, I gather myself in deep devotion, performing the rites in accordance with what the Church requires and the dignity of the sacrament. I strive to set aside my own reasoning before this supreme intelligence; I tell myself: “What am I, that I might measure Your infinite power?” I pronounce the sacred words with respect and give them all the faith that is within my power. Whatever the nature of this incomprehensible mystery may be, I have no fear that on the day of judgment I will be punished for having ever profaned it in my heart.
Honorably appointed to this sacred ministry, albeit in the lowest rank, I will never do or say anything that would render me unworthy of fulfilling its noble duties. I will always preach virtue to people, exhort them to do good, and wherever possible, set an example for them. It is not my role to make religion seem appealing to them; nor is it my duty to strengthen their faith in those doctrines that are truly beneficial and that every man is obliged to believe. But may God never allow me to preach the cruel doctrine of intolerance, or to incite them to hate their neighbors and tell others: “You will be damned.” If I held a more prominent position, such caution might attract unwanted attention; but I am too insignificant to fear much, and it is impossible for my situation to worsen any further. No matter what happens, I will never blaspheme against divine justice or lie about the Holy Spirit.
Per quanto riguarda questa rivelazione, se fossi un ragionatore più acuto o meglio istruito, forse riuscirei a percepire la sua verità, il suo valore per coloro che hanno la fortuna di comprenderla; ma se vedo delle prove a suo favore che non posso confutare, vedo anche obiezioni contro di essa che non riesco a risolvere. Ci sono così tante ragioni valide sia a favore che contro, che, non sapendo a quale decisione orientarmi, né la accetto né la rifiuto; rifiuto soltanto l’obbligo di riconoscerla, perché questo presunto obbligo è incompatibile con la giustizia di Dio, e anzi, invece di eliminare gli ostacoli al salvataggio dell’umanità, li avrebbe moltiplicati, rendendoli insormontabili per la maggior parte delle persone. A parte questo, rimango su questo punto in un rispettoso dubbio. Non ho l’arroganza di credere di essere infallibile: altri uomini hanno potuto giungere a conclusioni che a me sembrano incerte; io ragiono per me stesso, non per loro; non li biasimo né li imito: il loro giudizio può essere migliore del mio; ma se non è il mio, non è certo colpa mia.
Vi confesso anche che la santità dell’Evangelo parla al mio cuore; anzi, mi dispiacerebbe se riuscissi a trovarvi una qualche risposta “buona”. Guardate i libri dei filosofi, con tutta la loro pompa. Quanto sono insignificanti rispetto a quello! È possibile che un libro così sublime e al contempo così semplice sia l’opera di un uomo? È possibile che colui di cui racconta la storia non sia altro che un uomo comune? Questo è davvero il tono di un entusiasta o di un settario ambizioso? Quanta dolcezza, quanta purezza nelle sue azioni! Quanta grazia toccante nelle sue istruzioni! Quanto elevamento nelle sue massime! Quanta profonda saggezza nei suoi discorsi! Quanta prontezza di spirito, quanta finezza e quanta precisione nelle sue risposte! Quanto dominio sulle proprie passioni. Dove è l’uomo, dove è il saggio che sa agire, soffrire e morire senza debolezze né ostentazione? Quando Platone descrive il suo immaginario giusto coperto da tutta l’infamia del crimine, e degno di tutti i premi della virtù, sta in realtà ritraendo letteralmente Gesù Cristo: la somiglianza è così evidente che tutti gli studiosi se ne sono resi conto, e non c’è modo di sbagliarsi. Quanti pregiudizi, quanta cecità bisogna avere per osare paragonare il figlio di Sofronisco al figlio di Maria. Quanta differenza tra i due! Socrate, morendo senza dolore né umiliazione, mantenne con facilità fino alla fine il ruolo che si era attribuito; e se questa morte “facile” non avesse onorato la sua vita, si potrebbe dubitare che Socrate, con tutto il suo intelletto, fosse qualcosa di diverso da un sofista. Si dice che abbia inventato la morale. Ma altri l’avevano già messa in pratica prima di lui; egli non fece altro che esprimere ciò che loro avevano fatto, e insegnare attraverso i loro esempi. Aristide era stato giusto prima che Socrate definisse cosa fosse la giustizia; Leonida era morto per il suo paese prima che Socrate enunciasse il dovere di amare la patria; Sparta era sobria prima che Socrate lodasse la sobrietà. Prima ancora che egli definisse la virtù, la Grecia era già piena di uomini virtuosi.
Ma da dove Gesù aveva tratto tra i suoi simili quella morale elevata e pura di cui solo Lui fu l’insegnante e l’esempio[446]? Dal cuore del fanatismo più furioso si fece sentire la saggezza più alta; e la semplicità delle virtù più eroiche onorò il popolo più vile tra tutti. La morte di Socrate, che conversava tranquillamente con i suoi amici, è la più dolce che si possa desiderare; quella di Gesù, che morì tra le torture, insultato, deriso, maledetto da un intero popolo, è la più orribile che si possa temere. Socrate, prendendo la coppa avvelenata, benedisse colui che gliela presentava e che piangeva; Gesù, nel mezzo di un supplizio atroce, pregò per i suoi crudeli torturatori. Sì, se la vita e la morte di Socrate sono quelle di un saggio, la vita e la morte di Gesù sono quelle di un Dio. Diremo forse che la storia dell’Evangelo sia stata inventata a piacimento? Amico mio, non è così che si inventano le storie; e i fatti di Socrate, di cui nessuno dubita, sono meno attestati di quelli di Gesù Cristo. In fondo, questo significa solo eludere la difficoltà senza eliminarla davvero; sarebbe ancora più inverosimile che diversi uomini d’accordo[447] avessero inventato quel libro, piuttosto che che un solo uomo ne avesse fornito il soggetto. Gli autori ebrei non avrebbero mai trovato né quel tono né quella morale; e l’Evangelo presenta caratteristiche di verità così evidenti, così straordinarie, così perfettamente inimitabili, che chi lo avrebbe inventato sarebbe ancora più sorprendente del protagonista stesso della storia. Eppure, proprio quell’Evangelo è pieno di cose incredibili, di cose che contraddicono la ragione, e che nessun uomo sensato può concepire o accettare. Che cosa si può fare di fronte a tutte queste contraddizioni? Essere sempre umili e cauti, mio caro; rispettare in silenzio ciò che non si può né rifiutare né comprendere, e umiliarsi davanti all’Essere supremo che solo conosce la verità.
Ecco il scetticismo involontario in cui sono rimasto; ma questo scetticismo non mi causa alcun disagio, perché non si estende ai punti essenziali per la pratica quotidiana, e perché sono assolutamente deciso riguardo ai principi su cui si fondano tutti i miei doveri. Servo Dio con la semplicità del mio cuore; cerco di conoscere soltanto ciò che è importante per il mio comportamento. Quanto ai dogmi che non influiscono né sulle azioni né sulla morale, e di cui tante persone si preoccupano, non mi curo affatto di loro. Considero tutte le religioni particolari come istituzioni utili, che in ogni paese prescrivono un modo uniforme per onorare Dio attraverso il culto pubblico; ognuna di esse può avere le sue ragioni legate al clima, al governo, allo spirito del popolo, o ad altre cause locali che rendono una religione preferibile all’altra, a seconda dei tempi e dei luoghi. Le ritengo tutte valide, purché si serva Dio in modo appropriato. Il culto essenziale è quello del cuore; Dio non rifiuta mai l’omaggio di chi lo offre sinceramente, in qualsiasi forma sia. Chiamato a servire nell’Église con la forma che io pratico, adempio con la massima attenzione ai doveri che mi sono stati imposti; la mia coscienza mi rimprovererebbe se trascurassi volontariamente anche solo un dettaglio. Dopo una lunga interdizione, grazie al credito di Monsieur de Mellarède, ho ottenuto il permesso di riprendere le mie funzioni per poter vivere. In passato celebravo la messa con quella leggerezza che si acquisisce, con il tempo, verso le cose più serie quando vengono ripetute troppo spesso; da quando ho adottato nuovi principi, la celebro con maggiore reverenza: mi immedesimo nella maestosità dell’Essere supremo, nella sua presenza, nell’insufficienza dell’intelligenza umana, che comprende così poco ciò che riguarda il suo Creatore. Pensando di portare i voti del popolo sotto una forma stabilita dall’Église, rispetto con cura tutti i riti; recito attentamente le preghiere, mi sforzo di non omettere mai una parola o una cerimonia; quando arriva il momento della consacrazione, mi raccolgo per compiere il rito con tutte le dovute devozioni; cerco di annullare la mia ragione di fronte all’intelligenza suprema; mi dico: “Chi sono io per misurare la potenza infinita di Dio?” Pronuncio con rispetto le parole sacramentali e attribuisco loro tutta la fede che dipende da me. Qualunque sia il significato di questo mistero incomprensibile, non temo di essere punito, nel giorno del giudizio, per averlo mai profanato nel mio cuore.
Onorato dal ministero sacro, anche se occupo un rango inferiore, non farò mai nulla che possa rendermi indegno di adempiere ai suoi nobili doveri. Predicherò sempre la virtù agli uomini, li esorterò sempre a comportarsi rettamente; e finché ne avrò la possibilità, darò loro l’esempio. Non spetterà a me rendere la religione attraente per gli uomini; non spetterà a me rafforzare la loro fede nei dogmi veramente utili e che ogni uomo è obbligato ad accettare. Ma che Dio non voglia mai che io predichi loro il dogma crudele dell’intolleranza, o che li induca a odiare i loro simili, dicendo ad altri: “Voi sarete dannati”. Se fossi in una posizione più importante, questa riservatezza potrebbe attirarmi delle difficoltà; ma sono troppo insignificante per temere molto. E non posso certo cadere più in basso di quanto non sia già. Qualunque cosa accada, non blasmerò mai la giustizia divina, né mentirò contro lo Spirito Santo.
J’ai longtemps ambitionné l’honneur d’être curé ; je l’ambitionne encore, mais je ne l’espère plus. Mon bon ami, je ne trouve rien de si beau que d’être curé. Un bon curé est un ministre de bonté, comme un bon magistrat est un ministre de justice. Un curé n’a jamais de mal à faire ; s’il ne peut pas toujours faire le bien par lui-même, il est toujours à sa place quand il le sollicite, et souvent il l’obtient quand il sait se faire respecter. O si jamais dans nos montagnes j’avais quelque cure de bonnes gens à desservir ! je serais heureux, car il me semble que je ferais le bonheur de mes paroissiens. Je ne les rendrais pas riches, mais je partagerais leur pauvreté ; j’en ôterais la flétrissure et le mépris, plus insupportable que l’indigence. Je leur ferais aimer la concorde et l’égalité, qui chassent souvent la misère, et la font toujours supporter. Quand ils verraient que je ne serais en rien mieux qu’eux, et que pourtant je vivrais content, ils apprendraient à se consoler de leur sort et à vivre contents comme moi. Dans mes instructions je m’attacherais moins à l’esprit de l’Église qu’à l’esprit de l’Évangile, où le dogme est simple et la morale sublime, où l’on voit peu de pratiques religieuses et beaucoup d’oeuvres de charité. Avant de leur enseigner ce qu’il faut faire, je m’efforcerais toujours de le pratiquer afin qu’ils vissent bien tout ce que je leur dis, je le pense. Si j’avais des protestants dans mon voisinage ou dans ma paroisse, je ne les distinguerais point de mes vrais paroissiens en tout ce qui tient à la charité chrétienne ; je les porterais tous également à s’entr’aimer, à se regarder comme frères, à respecter toutes les religions, et à vivre en paix chacun dans la sienne. Je pense que solliciter quelqu’un de quitter celle où il est né, c’est le solliciter de mal faire, et par conséquent faire mal soi-même. En attendant de plus grandes lumières, gardons l’ordre public ; dans tout pays respectons les lois, ne troublons point le culte qu’elles prescrivent ; ne portons point les citoyens à la désobéissance ; car nous ne savons point certainement si c’est un bien pour eux de quitter leurs opinions pour d’autres, et nous savons très certainement que c’est un mal de désobéir aux lois.
Je viens, mon jeune ami, de vous réciter de bouche ma profession de foi telle que Dieu la lit dans mon coeur : vous êtes le premier à qui je l’aie faite ; vous êtes le seul peut-être à qui je la ferai jamais. Tant qu’il reste quelque bonne croyance parmi les hommes, il ne faut point troubler les âmes paisibles, ni alarmer la foi des simples par des difficultés qu’ils ne peuvent résoudre et qui les inquiètent sans les éclairer. Mais quand une fois tout est ébranlé, on doit conserver le tronc aux dépens des branches. Les consciences agitées, incertaines, presque éteintes, et dans l’état où j’ai vu la vôtre, ont besoin d’être affermies et réveillées ; et, pour les établir sur la base des vérités éternelles, il faut achever d’arracher les piliers flottants auxquels elles pensent tenir encore.
Vous êtes dans l’âge critique où l’esprit s’ouvre à la certitude, où le coeur reçoit sa forme et son caractère, et où l’on se détermine pour toute la vie, soit en bien, soit en mal. Plus tard, la substance est durcie, et les nouvelles empreintes ne marquent plus. Jeune homme, recevez dans votre âme, encore flexible, le cachet de la vérité. Si j’étais plus sûr de moi-même, j’aurais pris avec vous un ton dogmatique et décisif : mais je suis homme, ignorant, sujet à l’erreur ; que pouvais-je faire ? Je vous ai ouvert mon coeur sans réserve ; ce que je tiens pour sûr, je vous l’ai donné pour tel ; je vous ai donné mes doutes pour des doutes, mes opinions pour des opinions ; je vous ai dit mes raisons de douter et de croire. Maintenant, c’est à vous de juger : vous avez pris du temps ; cette précaution est sage et me fait bien penser de vous. Commencez par mettre votre conscience en état de vouloir être éclairée. Soyez sincère avec vous-même. Appropriez-vous de mes sentiments ce qui vous aura persuadé, rejetez le reste. Vous n’êtes pas encore assez dépravé par le vice pour risquer de mal choisir. Je vous proposerais d’en conférer entre nous ; mais sitôt qu’on dispute on s’échauffe ; la vanité, l’obstination s’en mêlent, la bonne foi n’y est plus. Mon ami, ne disputez jamais, car on n’éclaire par la dispute ni soi ni les autres. Pour moi, ce n’est qu’après bien des années de méditation que j’ai pris mon parti : je m’y tiens ; ma conscience est tranquille, mon coeur est content. Si je voulais recommencer un nouvel examen de mes sentiments, je n’y porterais pas un plus pur amour de la vérité ; et mon esprit, déjà moins actif, serait moins en état de la connaître. Je resterai comme je suis, de peur qu’insensiblement le goût de la contemplation, devenant une passion oiseuse, ne m’attiédît sur l’exercice de mes devoirs, et de peur de retomber dans mon premier pyrrhonisme, sans retrouver la force d’en sortir. Plus de la moitié de ma vie est écoulée ; je n’ai plus que le temps qu’il me faut pour en mettre à profit le reste, et pour effacer mes erreurs par mes vertus. Si je me trompe, c’est malgré moi. Celui qui lit au fond de mon coeur sait bien que je n’aime pas mon aveuglement. Dans l’impuissance de m’en tirer par mes propres lumières, le seul moyen qui me reste pour en sortir est une bonne vie ; et si des pierres mêmes Dieu peut susciter des enfants à Abraham, tout homme a droit d’espérer d’être éclairé lorsqu’il s’en rend digne.
Si mes réflexions vous amènent à penser comme je pense, que mes sentiments soient les vôtres, et que nous ayons la même profession de foi, voici le conseil que je vous donne : N’exposez plus votre vie aux tentations de la misère et du désespoir ; ne la traînez plus avec ignominie à la merci des étrangers, et cessez de manger le vil pain de l’aumône. Retournez dans votre patrie, reprenez la religion de vos pères, suivez-la dans la sincérité de votre coeur, et ne la quittez plus : elle est très simple et très sainte ; je la crois de toutes les religions qui sont sur la terre celle dont la morale est la plus pure et dont la raison se contente le mieux. Quant aux frais du voyage, n’en soyez point en peine, on y pourvoira. Ne craignez pas non plus la mauvaise honte d’un retour humiliant ; il faut rougir de faire une faute, et non de la réparer. Vous êtes encore dans l’âge où tout se pardonne, mais où l’on ne pèche plus impunément. Quand vous voudrez écouter votre conscience, mille vains obstacles disparaîtront à sa voix. Vous sentirez que, dans l’incertitude où nous sommes, c’est une inexcusable présomption de professer une autre religion que celle où l’on est né, et une fausseté de ne pas pratiquer sincèrement celle qu’on professe. Si l’on s’égare, on s’ôte une grande excuse au tribunal du souverain juge. Ne pardonnera-t-il pas plutôt l’erreur où l’on fut nourri, que celle qu’on osa choisir soi-même ?
Mon fils, tenez votre âme en état de désirer toujours qu’il y ait un Dieu, et vous n’en douterez jamais. Au surplus, quelque parti que vous puissiez prendre, songez que les vrais devoirs de la religion sont indépendants des institutions des hommes ; qu’un coeur juste est le vrai temple de la Divinité ; qu’en tout pays et dans toute secte, aimer Dieu par-dessus tout et son prochain comme soi-même, est le sommaire de la loi ; qu’il n’y a point de religion qui dispense des devoirs de la morale ; qu’il n’y a de vraiment essentiels que ceux-là ; que le culte intérieur est le premier de ces devoirs, et que sans la foi nulle véritable vertu n’existe.
For a long time, I aspired to the honor of becoming a priest; I still aspire to it, but I no longer hold any hope. My dear friend, I find nothing more beautiful than being a priest. A good priest is a minister of kindness, just as a good magistrate is a minister of justice. A priest never encounters difficulties in his duties; if he cannot always do good himself, he is still in the right place when he seeks to do so, and often succeeds when he knows how to command respect. Oh, if only I could serve some good people in our mountains! I would be happy, for it seems to me that I would bring happiness to my parishioners. I would not make them rich, but I would share their poverty; I would remove from it the shame and contempt that are even more unbearable than poverty itself. I would teach them to love harmony and equality, which often drive away misery and always help people endure it. When they saw that I was no better than them in any way, yet lived contentedly, they would learn to console themselves in their lot and live happily like me. In my teachings, I would place less emphasis on the spirit of the Church than on the spirit of the Gospel—where doctrine is simple and morality is sublime, where there are few religious practices but many acts of charity. Before teaching them what they should do, I would always strive to practice it myself, so that they could see with their own eyes that everything I said was truly what I believed. If there were Protestants in my neighborhood or in my parish, I would treat them no differently from my true parishioners in matters related to Christian charity; I would encourage all of them to love one another, to regard each other as brothers, to respect all religions, and to live in peace within their own beliefs. I believe that asking someone to leave the religion in which they were born is tantamount to asking them to do wrong—and therefore to do wrong oneself. Until we receive greater enlightenment, let us maintain public order; in every country, let us respect the laws and not disturb the worship they prescribe; let us not incite citizens to disobedience—for we are certainly not sure whether it is good for them to abandon their beliefs for others, but we know for certain that disobeying the law is wrong.
My young friend, I have just recited to you in words my own profession of faith as God sees it in my heart: you are the first person to whom I have made it; perhaps you will also be the only one to whom I ever make it again. So long as there is any good faith among men, we must not disturb the peace of their souls, nor alarm the faith of the simple with difficulties that they cannot resolve and that only cause them anxiety without providing them with enlightenment. But once everything has been shaken, we must preserve the main trunk at the expense of the branches. Troubled, uncertain, and nearly extinguished consciences—such as I saw yours to be—need to be strengthened and awakened; and in order to establish them on the basis of eternal truths, it is necessary to completely remove those fragile supports upon which they still seem to rely.
You are at that critical age when the mind opens to certainty, when the heart takes on its form and character, and when one makes lifelong decisions, for good or for ill. Later on, the substance becomes hardened, and new impressions can no longer be made. Young man, receive in your still-flexible soul the imprint of truth. If I were more certain of myself, I would have spoken to you in a dogmatic and decisive tone; but I am but a human being, ignorant and subject to error—what could I do? I opened my heart to you without reservation; what I regarded as certain, I presented to you as such; I shared my doubts and opinions with you. Now it is up to you to judge. You have taken your time—a wise precaution that speaks well of you. Begin by preparing your conscience to be enlightened. Be sincere with yourself. Adopt from my sentiments whatever has convinced you; reject the rest. You are not yet so corrupted by vice as to risk making a wrong choice. I would suggest discussing this further with you; but once debate begins, tempers heat up, vanity and obstinacy get involved, and good faith is lost. My friend, never argue, for through argument neither oneself nor others can be enlightened. It was only after many years of reflection that I settled on my views; I stick to them, and my conscience is at peace, my heart content. If I were to reconsider my beliefs now, I would not bring with me a purer love of truth; my mind, already less active, would be less capable of understanding it. I will remain as I am, for fear that the taste for contemplation, if it becomes a futile passion, might make me neglect my duties and cause me to fall back into my former skepticism, never to recover the strength to emerge from it. More than half of my life has passed; I have only the time left to make use of the rest and to correct my mistakes through virtue. If I err, it is against my will. He who reads into my heart knows well that I do not love my own ignorance. In my inability to extricate myself through my own understanding, the only way out is to live a good life; and if even stones can give birth to children for Abraham, then every man has reason to hope to be enlightened if he deserves it.
If my reflections lead you to think in the same way I do, if my sentiments become yours, and if we share the same faith, then here is my advice for you: cease to expose your life to the temptations of poverty and despair; do not drag it through ignominy at the mercy of strangers, and stop eating the vile bread of alms. Return to your homeland, embrace the religion of your ancestors, follow it with sincerity of heart, and never abandon it—for it is simple and holy. I believe that among all religions on earth, its morals are the purest, and its teachings satisfy reason best. As for the expenses of your journey, do not worry; they will be provided for. Nor fear the shame of a humiliating return; one should be ashamed of making a mistake, not of correcting it. You are still at an age where everything is forgiven—but not where one can sin without consequences. When you listen to your conscience, all vain obstacles will vanish before its voice. You will realize that, in this uncertain world, it would be unforgivable presumption to profess a different religion from the one in which one was born, and it would be hypocrisy not to practice sincerely the faith one has embraced. If one strays from the right path, they lose a great excuse before the judgment of the supreme Judge. Will He not rather forgive the error one was led to believe than the sin one dared to choose for oneself?
My son, keep your soul in a state of constant desire for the existence of God, and you will never doubt it. Moreover, no matter what choice you make, remember that the true duties of religion are independent of human institutions; that a righteous heart is the true temple of the Divine; that in every country and among every sect, to love God above all else and one’s neighbor as oneself is the essence of the law; that there is no religion that exempts one from moral obligations; that only these duties are truly essential; and that inner worship is the foremost of these duties. Without faith, no true virtue exists.
Ho a lungo ambitato l’onore di essere parroco; ancora oggi lo ambisco, ma non ci spero più. Amico mio, non vedo nulla di più bello nell’essere parroco. Un buon parroco è un ministro della bontà, proprio come un buon magistrato è un ministro della giustizia. Un parroco non incontra mai difficoltà nel compiere il bene; se non può sempre fare del bene personalmente, è comunque al suo posto quando lo chiede, e spesso riesce a ottenerlo se sa farsi rispettare. Oh, se solo nelle nostre montagne avessi la responsabilità di servire persone buone. Sarei felice, perché credo che così potrei rendere felici i miei parrocchiani. Non li renderò ricchi, ma condividerò la loro povertà; eliminerò dalla loro vita l’umiliazione e il disprezzo, che sono ancora più insopportabili della stessa povertà. Farò sì che amino l’armonia e l’uguaglianza, che spesso allontanano la miseria e la rendono sopportabile. Quando vedranno che non sono affatto migliore di loro eppure vivo felice, impareranno a consolarsi del proprio destino e a vivere contenti come me. Nelle mie istruzioni mi concentrerò meno sull’essenza della Chiesa che sull’essenza dell’Evangelo: dove il dogma è semplice e la morale sublime, dove si vedono poche pratiche religiose ma molte opere di carità. Prima di insegnare loro ciò che devono fare, mi impegnerò sempre a farlo personalmente, affinché possano vedere con i propri occhi che tutto ciò che dico lo penso davvero. Se avessi protestanti nel mio vicinato o nella mia parrocchia, non li distinguerei dai miei veri parrocchiani in quanto riguarda le pratiche della carità cristiana; li incoraggerei tutti a volersi bene, a considerarsi fratelli, a rispettare tutte le religioni e a vivere in pace ognuno nella propria. Penso che chiedere a qualcuno di abbandonare la religione nella quale è nato significhi chiedergli di compiere il male, e quindi di far del male anche a se stesso. Nel frattempo, in attesa di maggiori “luci”, manteniamo l’ordine pubblico; in ogni paese rispettiamo le leggi, non disturbiamo il culto che esse prescrivono, non incitiamo i cittadini alla disobbedienza, perché non sappiamo con certezza se sia un bene per loro abbandonare le proprie opinioni per altre; sappiamo invece con certezza che è un male disobbedire alle leggi.
Mio giovane amico, vi ho appena recitato ad alta voce la mia professione di fede, così come Dio la legge nel mio cuore: siete il primo a cui l’abbia rivelata; forse siete anche l’unico a cui la rivelerò mai. Finché esisterà anche solo una briciola di vera fede tra gli uomini, non dobbiamo turbare le anime pacifiche né allarmare la fede dei semplici con difficoltà che non sono in grado di risolvere e che li preoccupano senza illuminarli. Ma quando tutto è ormai vacillante, bisogna salvare il “tronco” a scapito delle “ramificazioni”. Le coscienze agitate, incerte, quasi estinte, come quella che ho visto nella vostra, hanno bisogno di essere rafforzate e risvegliate; e per stabilirle sulle verità eterne, è necessario eliminare definitivamente quei “pilastri” instabili a cui ancora si aggrappano.
Siete in quell’età critica in cui lo spirito si apre alla certezza, in cui il cuore riceve la sua forma e il suo carattere, e in cui ci si decide per tutta la vita, sia verso il bene che verso il male. Più tardi, la sostanza del cuore diventa rigida, e le nuove impronte non riescono più a lasciare traccia. Giovane uomo, accetta nella tua anima, ancora flessibile, il sigillo della verità. Se fossi più sicuro di me stesso, avrei usato un tono dogmatico e deciso con te; ma sono un uomo, ignorante, soggetto all’errore. Cosa potevo fare? Ti ho aperto il mio cuore senza riserve: ciò che ritengo certo, te l’ho presentato come tale; i miei dubbi li ho considerati semplicemente dubbi, le mie opinioni come tali; ti ho esposto le ragioni per cui dubito e per cui credo. Ora tocca a te giudicare: hai preso del tempo. Questa precauzione è saggia, e mi fa pensare bene di te. Inizia prima di tutto mettendo la tua coscienza in condizione di voler essere illuminata. Sii sincero con te stesso. Assumi i miei sentimenti solo se ti hanno convinto; rifiuta il resto. Non sei ancora abbastanza corrotto dal vizio da rischiare di scegliere male. Ti avrei proposto di discuterne insieme; ma non appena si inizia a discutere, ci si scalda la testa. L’orgoglio e l’ostinazione intervengono, e la buona fede scompare. Amico mio, non discutere mai: con le discussioni né tu né gli altri potete arrivare alla verità. Per me, è stato solo dopo molti anni di riflessione che ho preso una decisione. Mi attengo a essa; la mia coscienza è tranquilla, il mio cuore è soddisfatto. Se volessi riesaminare ancora i miei sentimenti, non lo farei con un amore più puro per la verità. E la mia mente, ormai meno attiva, sarebbe meno in grado di comprenderla. Rimarrò come sono, per paura che gradualmente il desiderio di contemplare, diventando una passione vana, non mi distolga dall’esercizio dei miei doveri. E per paura di ricadere nel mio primo “pirronismo”, senza riuscire più a liberarmene. Più della metà della mia vita è già trascorsa. Non ho più che il tempo necessario per sfruttare il resto e per correggere i miei errori con le mie virtù. Se mi sbaglio, è contro la mia volontà. Chi legge nel profondo del mio cuore sa bene che non amo la mia stessa ignoranza. Nella impossibilità di liberarmene con le mie sole forze, l’unico modo per farlo è condurre una vita retta. E se anche delle pietre Dio può suscitare figli in Abramo, ogni uomo ha il diritto di sperare di essere illuminato, quando ne è degno.
Se le mie riflessioni vi inducono a pensare come penso io, se i miei sentimenti sono i vostri e se condividiamo la stessa fede, ecco il consiglio che vi do: non esponete più la vostra vita alle tentazioni della povertà e del dispero; non trascinate più la vostra esistenza in modo ignominioso alla mercé degli stranieri, e smettete di mangiare quel pane vile ottenuto con l’elemosina. Tornate nella vostra patria, riprendete la religione dei vostri antenati, seguitela con sincerità nel vostro cuore e non abbandonatela mai: è molto semplice e molto santa; credo che, tra tutte le religioni esistenti sulla terra, sia quella la cui morale è più pura e la cui ragione ne è più soddisfatta. Per quanto riguarda i costi del viaggio, non preoccupatevi: verranno coperti. Non temete nemmeno l’umiliazione di un ritorno sconfortante; bisogna vergognarsi di commettere un errore, ma non di correggerlo. Siete ancora in quell’età in cui tutto può essere perdonato, ma in cui non si pecca più impunemente. Quando vorrete ascoltare la vostra coscienza, mille ostacoli vani scompariranno al suo richiamo. Sentirete che, nell’incertezza in cui ci troviamo, è un’arroganza inescusabile professare una religione diversa da quella in cui siamo nati, e una falsità non praticare sinceramente quella che si professa. Se ci perdiamo, ci togliamo una grande scusa davanti al tribunale del giudice supremo. Non perdonerà forse più l’errore in cui siamo stati educati, piuttosto che quello che abbiamo osato scegliere da soli?
Mio figlio, mantieni sempre il tuo animo nel desiderio che esista un Dio, e non dubitare mai di ciò. Inoltre, qualunque posizione tu possa assumere, ricorda che i veri doveri della religione sono indipendenti dalle istituzioni umane; che un cuore giusto è il vero tempio della Divinità; che in ogni paese e in ogni setta, amare Dio sopra ogni cosa e il prossimo come se fosse sé stesso rappresenta l’essenza stessa della legge; che non esiste alcuna religione che possa dispensare dai doveri della morale; che soltanto questi doveri sono veramente essenziali; che il culto interiore è il primo di questi doveri, e che senza fede non esiste alcuna vera virtù.
Fuyez ceux qui, sous prétexte d’expliquer la nature, sèment dans les coeurs des hommes de désolantes doctrines, et dont le scepticisme apparent est cent fois plus affirmatif et plus dogmatique que le ton décidé de leurs adversaires. Sous le hautain prétexte qu’eux seuls sont éclairés, vrais, de bonne foi, ils nous soumettent impérieusement à leurs décisions tranchantes, et prétendent nous donner pour les vrais principes des choses les inintelligibles systèmes qu’ils ont bâtis dans leur imagination. Du reste, renversant, détruisant, foulant aux pieds tout ce que les hommes respectent, ils ôtent aux affligés la dernière consolation de leur misère, aux puissants et aux riches le seul frein de leurs passions ; ils arrachent du fond des coeurs le remords du crime, l’espoir de la vertu, et se vantent encore d’être les bienfaiteurs du genre humain. Jamais, disent-ils, la vérité n’est nuisible aux hommes. Je le crois comme eux, et, c’est, à mon avis, une grande preuve que ce qu’ils enseignent n’est pas la vérité. [449]
Bon jeune homme, soyez sincère et vrai sans orgueil ; sachez être ignorant : vous ne tromperez ni vous ni les autres. Si jamais vos talents cultivés vous mettent en état de parler aux hommes, ne leur parlez jamais que selon votre conscience, sans vous embarrasser s’ils vous applaudiront. L’abus du savoir produit l’incrédulité. Tout savant dédaigne le sentiment vulgaire ; chacun en veut avoir un à soi. L’orgueilleuse philosophie mène au fanatisme. Évitez ces extrémités ; restez toujours ferme dans la voie de la vérité, ou de ce qui vous paraîtra l’être dans la simplicité de votre coeur, sans jamais vous en détourner par vanité ni par faiblesse. Osez confesser Dieu chez les philosophes ; osez prêcher l’humanité aux intolérants. Vous serez seul de votre parti peut-être ; mais vous porterez en vous-même un témoignage qui vous dispensera de ceux des hommes. Qu’ils vous aiment ou vous haïssent, qu’ils lisent ou méprisent vos écrits, il n’importe. Dites ce qui est vrai, faites ce qui est bien ; ce qui importe à l’homme est de remplir ses devoirs sur la terre ; et c’est en s’oubliant qu’on travaille pour soi. Mon enfant, l’intérêt particulier nous trompe ; il n’y a que l’espoir du juste qui ne trompe point.
J’ai transcrit cet écrit, non comme une règle des sentiments qu’on doit suivre en matière de religion, mais comme un exemple de la manière dont on peut raisonner avec son élève, pour ne point s’écarter de la méthode que j’ai tâché d’établir. Tant qu’on ne donne rien à l’autorité des hommes, ni aux préjugés du pays où l’on est né, les seules lumières de la raison ne peuvent, dans l’institution de la nature, nous mener plus loin que la religion naturelle ; c’est à quoi je me borne avec mon Émile. S’il en doit avoir une autre, je n’ai plus en cela le droit d’être son guide ; c’est à lui seul de la choisir.
Nous travaillons de concert avec la nature, et tandis qu’elle forme l’homme physique, nous tâchons de former l’homme moral ; mais nos progrès ne sont pas les mêmes. Le corps est déjà robuste et fort, que l’âme est encore languissante et faible ; et quoi que l’art humain puisse faire, le tempérament précède toujours la raison. C’est à retenir l’un et à exciter l’autre que nous avons jusqu’ici donné tous nos soins, afin que l’homme fût toujours un, le plus qu’il était possible. En développant le naturel, nous avons donné le change à sa sensibilité naissante ; nous l’avons réglé en cultivant la raison. Les objets intellectuels modéraient l’impression des objets sensibles. En remontant au principe des choses, nous l’avons soustrait à l’empire des sens ; il était simple de s’élever de l’étude de la nature à la recherche de son auteur.
Quand nous en sommes venus là, quelles nouvelles prises nous nous sommes données sur notre élève ! que de nouveaux moyens nous avons de parler à son coeur ! C’est alors seulement qu’il trouve son véritable intérêt à être bon, à faire le bien loin des regards des hommes, et sans y être forcé par les lois, à être juste entre Dieu et lui, à remplir son devoir, même aux dépens de sa vie, et à porter dans son coeur la vertu, non seulement pour l’amour de l’ordre, auquel chacun préfère toujours l’amour de soi, mais pour l’amour de l’auteur de son être, amour qui se confond avec ce même amour de soi, pour jouir enfin du bonheur durable que le repos d’une bonne conscience et la contemplation de cet Être suprême lui promettent dans l’autre vie, après avoir bien usé de celle-ci. Sortez de là, je ne vois plus qu’injustice, hypocrisie et mensonge parmi les hommes. L’intérêt particulier, qui, dans la concurrence, l’emporte nécessairement sur toutes choses, apprend à chacun d’eux à parer le vice du masque de la vertu. Que tous les autres hommes fassent mon bien aux dépens du leur ; que tout se rapporte à moi seul ; que tout le genre humain meure, s’il le faut, dans la peine et dans la misère pour m’épargner un moment de douleur ou de faim : tel est le langage intérieur de tout incrédule qui raisonne. Oui, je le soutiendrai toute ma vie, quiconque a dit dans son coeur : il n’y a point de Dieu, et parle autrement, n’est qu’un menteur ou un insensé.
Lecteur, j’aurai beau faire, je sens bien que vous et moi ne verrons jamais mon Émile sous les mêmes traits ; vous vous le figurez toujours semblable à vos jeunes gens, toujours étourdi, pétulant, volage, errant de fête en fête, d’amusement en amusement, sans jamais pouvoir se fixer à rien. Vous rirez de me voir faire un contemplatif, un philosophe, un vrai théologien, d’un jeune homme ardent, vif, emporté, fougueux, dans l’âge le plus bouillant de la vie. Vous direz : Ce rêveur poursuit toujours sa chimère ; en nous donnant un élève de sa façon, il ne le forme pas seulement, il le crée, il le tire de son cerveau ; et, croyant toujours suivre la nature, il s’en écarte à chaque instant. Moi, comparant mon élève aux vôtres, je trouve à peine ce qu’ils peuvent avoir de commun. Nourri si différemment, c’est presque un miracle s’il leur ressemble en quelque chose. Comme il a passé son enfance dans toute la liberté qu’ils prennent dans leur jeunesse, il commence à prendre dans sa jeunesse la règle à laquelle on les a soumis enfants : cette règle devient leur fléau, ils la prennent en horreur, ils n’y voient que la longue tyrannie des maîtres, ils croient ne sortir de l’enfance qu’en secouant toute espèce de joug[450], ils se dédommagent alors de la longue contrainte où on les a tenus, comme un prisonnier, délivré des fers, étend, agite et fléchit ses membres.
Émile, au contraire, s’honore de se faire homme, et de s’assujettir au joug de la raison naissante ; son corps, déjà formé, n’a plus besoin des mêmes mouvements, et commence à s’arrêter de lui-même, tandis que son esprit, à moitié développé, cherche à son tour à prendre l’essor. Ainsi l’âge de raison n’est pour les uns que l’âge de la licence ; pour l’autre, il devient l’âge du raisonnement.
Flee from those who, under the pretext of explaining nature, sow desolate doctrines in people’s hearts; whose apparent skepticism is actually a hundred times more assertive and dogmatic than the resolute tone of their opponents. Under the haughty pretense that only they are enlightened, true, and sincere, they imperiously impose their categorical decisions upon us, claiming to impart to us the true principles of things through those incomprehensible systems they have constructed in their own imaginations. Moreover, by overturning, destroying, and trampling underfoot everything that people hold in respect, they strip the afflicted of even the last consolation in their misery, and the powerful and wealthy of any restraint on their passions; they erase from people’s hearts both remorse for wrongdoing and hope for virtue—and yet they still boast of being the benefactors of humanity. “Never,” they say, “has truth been harmful to mankind.” I believe them just as they do—but in my view, this is precisely a great proof that what they teach is not the truth. [449]
Good young man, be sincere and true without pride; learn to accept your own ignorance—for you will neither deceive yourself nor others. If ever your cultivated talents place you in a position where you must speak before men, always speak according to your conscience, without worrying whether they will applaud you or not. The abuse of knowledge leads to skepticism. Every scholar despises vulgar sentiments; yet everyone desires to possess some form of them for themselves. Proud philosophy inevitably leads to fanaticism. Avoid these extremes; always remain steadfast on the path of truth—or what seems true to you in the simplicity of your heart—never deviating from it out of vanity or weakness. Dare to confess God among philosophers; dare to preach humanity to those who are intolerant. You may be alone in your convictions, but within you will carry a testimony that will suffice you without the support of others. Whether they love you or hate you, whether they read or despise your writings, it matters not. Speak the truth and do good; what truly matters for man is to fulfill his duties on this earth—for by forgetting oneself, one serves oneself best. My child, personal interests always deceive us; only the hope of the righteous never deceives.
I have transcribed this text not as a set of rules for sentiments that must be followed in matters of religion, but as an example of how one can reason with one’s student, so as not to deviate from the method I have tried to establish. As long as one does not give any credence to the authority of men or to the prejudices of the country in which one was born, the only lights of reason can, within the framework established by nature, lead us no further than natural religion; that is what I limit my efforts to with my student Émile. If he needs another belief system, I no longer have the right to be his guide in that matter; it is up to him alone to choose it.
We work in conjunction with nature; while it forms the physical human being, we strive to shape the moral human being—yet our progress in these areas is not the same. The body is already robust and strong, whereas the soul remains weak and feeble. No matter what human art can accomplish, temperament always precedes reason. It has been our constant endeavor to nurture one and stimulate the other, so that man might become as perfect as possible. By developing nature’s inherent qualities, we balanced its innate sensitivity; by cultivating reason, we guided it in its development. Intellectual objects helped moderate the impact of sensory experiences. By seeking the origins of all things, we elevated our understanding beyond the realm of the senses—it was natural to progress from studying nature to seeking its creator.
By the time we had reached this point, what new insights we gained about our student! What new means we possessed to reach his heart! It was only then that he truly found his true motivation to be good, to do good—far away from the eyes of men, and not compelled by laws—but to be just between God and himself, to fulfill his duty, even at the cost of his life, and to carry virtue in his heart, not merely out of love for order (which everyone always prefers to self-love), but out of love for the Creator of his being—a love that is one and the same with that self-love—so as to ultimately enjoy the lasting happiness that a good conscience and contemplation of this supreme Being promise in the afterlife, after having made proper use of this one. But leave such things behind; I see nothing but injustice, hypocrisy, and lies among men. That particular interest which, in the competition of life, necessarily prevails over everything else teaches each person to disguise vice under the mask of virtue. Let all other men seek my benefit at their own expense; let everything be centered around me alone; let the entire human race perish, if necessary, in pain and misery, so as to spare me a moment of suffering or hunger—such is the inner language of every unbeliever who reasons in this way. Yes, I will uphold this belief throughout my life: anyone who says in his heart, “There is no God,” and yet speaks otherwise, is nothing but a liar or a fool.
Reader, no matter what I do, I feel that you and I will never perceive my Émile in the same light; you always imagine him to be just like your own young men—always foolish, impetuous, capricious, wandering from one party to another, from one amusement to another, never able to settle down on anything. You will laugh at me for portraying a passionate, lively, fervent young man in the prime of life as a contemplative, a philosopher, a true theologian. You will say: “This dreamer is still chasing his own illusions; by giving us a student of his kind, he is not merely educating him—he is creating him, shaping him out of his own mind.” And yet, believing that he is following nature, he is in fact constantly deviating from it. When I compare my student to yours, I can hardly find any common ground between them. Raised so differently, it would be almost a miracle if he had anything in common with them at all. Having spent his childhood in the complete freedom that your young men enjoy, he now begins to adopt the discipline that was imposed upon them when they were children—yet this very discipline becomes their curse. They loathe it; they see in it nothing but the long tyranny of masters. They believe that they can only escape the constraints of childhood by shaking off every kind of yoke[450], and thus they compensate for the long oppression they have suffered, just as a prisoner freed from chains stretches and moves its limbs freely.
On the contrary, Émile takes pride in becoming a man and submitting to the yoke of emerging reason; his body, now fully formed, no longer requires the same movements and begins to restrain itself spontaneously, while his mind, still half-developed, strives to take its own flight. Thus, for some, the age of reason is merely an age of indulgence; for others, it becomes the age of rational thought.
Fuggite da coloro che, sotto il pretesto di spiegare la natura, seminano nei cuori degli uomini dottrine desolanti; il loro apparente scetticismo è in realtà cento volte più assertivo e dogmatico del tono deciso dei loro avversari. Con l’arrogante pretesto di essere gli unici illuminati, veri e sinceri, ci impongono con autorità le loro decisioni definitive, pretendendo di fornirci come principi veri delle cose quei sistemi incomprensibili che hanno costruito nella loro immaginazione. Inoltre, rovesciando, distruggendo e calpestando tutto ciò che gli uomini rispettano, tolgono ai sofferenti l’ultima consolazione nella loro miseria, ai potenti e ai ricchi l’unico freno alle loro passioni; strappano dai cuori umani il rimorso del crimine e la speranza nella virtù, e si vantano ancora di essere i benefattori dell’umanità. “Mai”, dicono, “la verità è dannosa agli uomini”. Io ci credo come loro, ma questo, a mio parere, è una grande prova che ciò che insegnano non sia la verità. [449]
Buon giovane, sii sincero e vero senza orgoglio; impara ad accettare di non sapere: così non ingannerai né te stesso né gli altri. Se mai i tuoi talenti sviluppati ti permetteranno di parlare agli uomini, parla sempre secondo la tua coscienza, senza preoccuparti se ti applaudiranno o meno. L’abuso della conoscenza genera l’incredulità; ogni sapiente disprezza i sentimenti comuni, ma tutti ne desiderano almeno un po’. La filosofia orgogliosa conduce al fanatismo. Evita queste estremità; rimani sempre fedele alla strada della verità, o a ciò che ti sembra tale nella semplicità del tuo cuore, senza mai deviare per vanità o debolezza. Osa confessare Dio tra i filosofi; osa predicare l’umanità agli intolleranti. Forse sarai solo nel tuo cammino, ma porterai dentro di te una testimonianza che ti renderà indipendente da quella degli altri. Che ti amino o ti odino, che leggano o disprezzino i tuoi scritti, non importa. Dice ciò che è vero, fai ciò che è giusto; l’unica cosa importante per un uomo è adempiere ai propri doveri sulla terra; e è nell’obliarsi di sé stesso che si lavora veramente per se stessi. Mio figlio, l’interesse personale ci inganna; solo la speranza nel giusto non tradisce mai.
Ho trascritto questo testo non come una regola di comportamento da seguire in materia religiosa, ma come un esempio di come si possa ragionare con il proprio allievo, senza deviare dal metodo che ho cercato di stabilire. Finché non si dà credito né all’autorità umana né ai pregiudizi del paese in cui si è nati, le sole luci della ragione non possono, nell’ambito delle istituzioni naturali, portarci oltre la religione naturale; è a questo che mi limito con il mio Émile. Se dovesse averne un’altra, io non avrei più il diritto di esserne il suo guida; spetterebbe a lui stesso sceglierla.
Lavoriamo in armonia con la natura: mentre essa forma il corpo umano, noi ci sforziamo di formare l’anima umana; tuttavia i nostri progressi non sono gli stessi. Il corpo è già robusto e forte, mentre l’anima è ancora debole e incerta; e per quanto l’arte umana possa fare, il temperamento precede sempre la ragione. È proprio prendendo in considerazione questi aspetti che abbiamo dedicato tutti i nostri sforzi fino ad oggi, al fine di rendere l’uomo il più completo possibile. Sviluppando il naturale, abbiamo mitigato la sua sensibilità innata; regolamentandola, abbiamo coltivato la ragione. Gli oggetti intellettuali hanno moderato l’impatto degli oggetti sensoriali. Raggiungendo le radici delle cose stesse, abbiamo liberato l’intelletto dall’influenza dei sensi; è stato facile passare dalla conoscenza della natura alla ricerca del suo creatore.
Quando siamo giunti a questo punto, quali nuove strade ci siamo aperte per comprendere il nostro allievo! Quanti nuovi mezzi abbiamo ora per raggiungere il suo cuore! È solo allora che egli scopre il vero interesse nel comportarsi bene, nel compiere il bene lontano dagli sguardi degli uomini, e senza essere costretto dalle leggi; nell’essere giusto davanti a Dio, nel adempiere al proprio dovere, anche a scapito della propria vita, e nel portare nella propria anima la virtù, non solo per amore dell’ordine – che tutti preferiscono sempre all’amore di sé stesso – ma per amore dell’autore del proprio essere, un amore che si confonde con quell’amore di sé stesso; per godere infine della felicità duratura che il riposo di una coscienza pulita e la contemplazione di quell’Essere supremo gli promettono nell’altra vita, dopo aver ben vissuto questa. Uscite da questo ambiente: non vedo più tra gli uomini che ingiustizia, ipocrisia e menzogne. L’interesse particolare, che nella concorrenza prevale inevitabilmente su tutto, insegna a ciascuno di loro a mascherare il vizio con l’apparenza della virtù. Che tutti gli altri uomini facciano il mio bene a scapito del proprio; che tutto ruoti soltanto intorno a me; che l’intero genere umano muoia, se necessario, nella sofferenza e nella miseria pur di risparmiarmi un momento di dolore o di fame: questo è il linguaggio interiore di ogni incredulo che ragiona. Sì, lo sosterrò per tutta la mia vita: chiunque dica nel proprio cuore “Non esiste Dio” e parli altrimenti, non è altro che un mentitore o un insensato.
Lettore, per quanto io possa fare, sento chiaramente che tu e io non vedremo mai il mio Émile con gli stessi tratti; tu lo immagini sempre simile ai tuoi giovani: sempre sbalordito, petulante, capriccioso, che va da una festa all’altra, da un divertimento all’altro, senza mai riuscire a stabilirsi su nulla. Riderai se lo vedrò comportarsi come un contemplatore, un filosofo, un vero teologo, quando invece è un giovane appassionato, vivace, impulsivo, fervente, nell’età più vibrante della vita. Dirai: “Questo sognatore continua sempre a inseguire le sue chimere; dandoci uno studente del suo tipo, non lo sta semplicemente formando, lo sta creando, lo sta plasmando con il proprio cervello. E, credendo di seguire la natura, in realtà se ne allontana in ogni momento”. Io, confrontando il mio studente con i vostri, scopro a malapena qualcosa che abbiano in comune. Nutrito in modo così diverso, è quasi un miracolo se in qualche cosa assomiglia a loro. Poiché ha trascorso l’infanzia nella totale libertà che voi giovani godete, ora, nella sua giovinezza, inizia ad adottare le regole alle quali sono stati sottomessi da bambini. Ma queste regole diventano il suo flagello: le odia, le considera una lunga tirannia da parte degli insegnanti. Crede di liberarsi dell’infanzia solo scuotendo ogni sorta di giogo. E così si vendica della lunga costrizione a cui è stato sottoposto, come un prigioniero liberato dalle catene, che allunga, muove e flette i propri arti.
Al contrario, Émile si onora nel diventare un uomo e nel sottomettersi al giogo della ragione che sta nascendo; il suo corpo, ormai formato, non ha più bisogno degli stessi movimenti e inizia a fermarsi da solo, mentre la sua mente, ancora parzialmente sviluppata, cerca a sua volta di prendere slancio. Così, l’età della ragione rappresenta per alcuni soltanto l’epoca della libertà; per altri, diventa invece l’epoca del ragionamento.
Voulez-vous savoir lesquels d’eux ou de lui sont mieux en cela dans l’ordre de la nature ? considérez les différences dans ceux qui en sont plus ou moins éloignés : observez les jeunes gens chez les villageois, et voyez s’ils sont aussi pétulants que les vôtres. « Durant l’enfance des sauvages, dit le sieur Le Beau, on les voit toujours actifs, et s’occupant sans cesse à différents jeux qui leur agitent le corps ; mais à peine ont-ils atteint l’âge de l’adolescence, qu’ils deviennent tranquilles, rêveurs ; ils ne s’appliquent plus guère qu’à des jeux sérieux ou de hasard[451]. » Émile, ayant été élevé dans toute la liberté des jeunes paysans et des jeunes sauvages, doit changer et s’arrêter comme eux en grandissant. Toute la différence est qu’au lieu d’agir uniquement pour jouer ou pour se nourrir, il a, dans ses travaux et dans ses jeux, appris à penser. Parvenu donc à ce terme par cette route, il se trouve tout disposé pour celle où je l’introduis : les sujets de réflexion que je lui présente irritent sa curiosité, parce qu’ils sont beaux par eux-mêmes, qu’ils sont tout nouveaux pour lui, et qu’il est en état de les comprendre. Au contraire, ennuyés, excédés de vos fades leçons, de vos longues morales, de vos éternels catéchismes, comment vos jeunes gens ne se refuseraient-ils pas à l’application d’esprit qu’on leur a rendue triste, aux lourds préceptes dont on n’a cessé de les accabler, aux méditations sur l’auteur de leur être, dont on a fait l’ennemi de leurs plaisirs ? Ils n’ont conçu pour tout cela qu’aversion, dégoût, ennui ; la contrainte les en a rebutés : le moyen désormais qu’ils s’y livrent quand ils commencent à disposer d’eux ? Il leur faut du nouveau pour leur plaire, il ne leur faut plus rien de ce qu’on dit aux enfants. C’est la même chose pour mon élève ; quand il devient homme, je lui parle comme à un homme, et ne lui dis que des choses nouvelles ; c’est précisément parce qu’elles ennuient les autres qu’il doit les trouver de son goût.
Voilà comme je lui fais doublement gagner du temps, en retardant au profit de la raison le progrès de la nature. Mais ai-je en effet retardé ce progrès ? Non ; je n’ai fait qu’empêcher l’imagination de l’accélérer ; j’ai balancé par des leçons d’une autre espèce des leçons précoces que le jeune homme reçoit d’ailleurs. Tandis que le torrent de nos institutions l’entraîne, l’attirer en sens contraire par d’autres institutions, ce n’est pas l’ôter de sa place, c’est l’y maintenir.
Le vrai moment de la nature arrive enfin, il faut qu’il arrive. Puisqu’il faut que l’homme meure, il faut qu’il se reproduise, afin que l’espèce dure et que l’ordre du monde soit conservé. Quand, par les signes dont j’ai parlé, vous pressentirez le moment critique, à l’instant quittez avec lui pour jamais votre ancien ton. C’est votre disciple encore, mais ce n’est plus votre élève. C’est votre ami, c’est un homme, traitez-le désormais comme tel.
Quoi ! faut-il abdiquer mon autorité lorsqu’elle m’est le plus nécessaire ? Faut-il abandonner l’adulte à lui-même au moment qu’il sait le moins se conduire, et qu’il fait les plus grands écarts ? Faut-il renoncer à mes droits quand il lui importe le plus que j’en use ? Vos droits ! Qui vous dit d’y renoncer ? ce n’est qu’à présent qu’ils commencent pour lui. Jusqu’ici vous n’en obteniez rien que par force ou par ruse ; l’autorité, la loi du devoir lui étaient inconnues ; il fallait le contraindre ou le tromper pour vous faire obéir. Mais vous voyez de combien de nouvelles chaînes vous avez environné son coeur. La raison, l’amitié, la reconnaissance, mille affections, lui parlent d’un ton qu’il ne peut méconnaître. Le vice ne l’a point encore rendu sourd à leur voix. Il n’est sensible encore qu’aux passions de la nature. La première de toutes, qui est l’amour de soi, le livre à vous ; l’habitude vous le livre encore. Si le transport d’un moment vous l’arrache, le regret vous le ramène à l’instant ; le sentiment qui l’attache à vous est le seul permanent ; tous les autres passent et s’effacent mutuellement. Ne le laissez point corrompre, il sera toujours docile, il ne commence d’être rebelle que quand il est déjà perverti.
J’avoue bien que si, heurtant de front ses désirs naissants, vous alliez sottement traiter de crimes les nouveaux besoins qui se font sentir à lui, vous ne seriez pas longtemps écouté ; mais sitôt que vous quitterez ma méthode, je ne vous réponds plus de rien. Songez toujours que vous êtes le ministre de la nature ; vous n’en serez jamais l’ennemi.
Mais quel parti prendre ? On ne s’attend ici qu’à l’alternative de favoriser ses penchants ou de les combattre, d’être son tyran ou son complaisant ; et tous deux ont de si dangereuses conséquences, qu’il n’y a que trop à balancer sur le choix.
Le premier moyen qui s’offre pour résoudre cette difficulté est de le marier bien vite ; c’est incontestablement l’expédient le plus sûr et le plus naturel. Je doute pourtant que ce soit le meilleur, ni le plus utile. Je dirai ci-après mes raisons ; en attendant, je conviens qu’il faut marier les jeunes gens à l’âge nubile. Mais cet âge vient pour eux avant le temps ; c’est nous qui l’avons rendu précoce ; on doit le prolonger jusqu’à la maturité.
S’il ne fallait qu’écouter les penchants et suivre les indications, cela serait bientôt fait : mais il y a tant de contradictions entre les droits de la nature et nos lois sociales, que pour les concilier il faut gauchir et tergiverser sans cesse : il faut employer beaucoup d’art pour empêcher l’homme social d’être tout à fait artificiel.
Sur les raisons ci-devant exposées, j’estime que, par les moyens que j’ai donnés, et d’autres semblables, on peut au moins étendre jusqu’à vingt ans l’ignorance des désirs et la pureté des sens : cela est si vrai, que, chez les Germains, un jeune homme qui perdait sa virginité avant cet âge en restait diffamé : et les auteurs attribuent, avec raison, à la continence de ces peuples durant leur jeunesse la vigueur de leur constitution et la multitude de leurs enfants.
On peut même beaucoup prolonger cette époque, et il y a peu de siècles que rien n’était plus commun dans la France même. Entre autres exemples connus, le père de Montaigne, homme non moins scrupuleux et vrai que fort et bien constitué, jurait s’être marié vierge à trente-trois ans, après avoir servi longtemps dans les guerres d’Italie ; et l’on peut voir dans les écrits du fils quelle vigueur et quelle gaîté conservait le père à plus de soixante ans. Certainement l’opinion contraire tient plus à nos moeurs et à nos préjugés, qu’à la connaissance de l’espèce en général.
Je puis donc laisser à part l’exemple de notre jeunesse : il ne prouve rien pour qui n’a pas été élevé comme elle. Considérant que la nature n’a point là-dessus de terme fixe qu’on ne puisse avancer ou retarder, je crois pouvoir, sans sortir de sa loi, supposer Émile resté jusque-là par mes soins dans sa primitive innocence, et je vois cette heureuse époque prête à finir. Entouré de périls toujours croissants, il va m’échapper, quoi que je fasse, à la première occasion, et cette occasion ne tardera pas à naître ; il va suivre l’aveugle instinct des sens ; il y a mille à parier contre un qu’il va se perdre. J’ai trop réfléchi sur les moeurs des hommes pour ne pas voir l’influence invincible de ce premier moment sur le reste de sa vie. Si je dissimule et feins de ne rien voir, il se prévaut de ma faiblesse ; croyant me tromper, il me méprise, et je suis le complice de sa perte. Si j’essaye de le ramener, il n’est plus temps, il ne m’écoute plus ; je lui deviens incommode, odieux, insupportable ; il ne tardera guère à se débarrasser de moi. Je n’ai donc plus qu’un parti raisonnable à prendre ; c’est de le rendre comptable de ses actions à lui-même, de le garantir au moins des surprises de l’erreur, et de lui montrer à découvert les périls dont il est environné. Jusqu’ici je l’arrêtais par son ignorance ; c’est maintenant par des lumières qu’il faut l’arrêter.
Do you wish to know which of them—or him—is superior in this regard, according to the order of nature? Consider the differences among those who are more or less distant from this state: observe the young people in the villages and see if they are as lively and energetic as yours. “During the childhood of savages,” says Monsieur Le Beau, “one always sees them active, constantly engaged in various games that keep their bodies in motion; but once they reach adolescence, they become quiet and dreamy; they devote themselves mostly to serious or chance games[451].” Émile, having been raised with the freedom of young peasants and savages, must also change and stop behaving like them as he grows up. The only difference is that, instead of acting solely for the sake of playing or eating, he has learned to think through his work and play. Having reached this stage in this way, he is now fully prepared for the next phase I intend to introduce: the subjects of reflection I present to him arouse his curiosity because they are beautiful in themselves, entirely new to him, and within his ability to understand them. On the contrary, your young people, bored and overwhelmed by your dull lessons, long moral lectures, and endless catechisms, would surely resist applying the kind of mental effort that has been made so tedious for them, or enduring those heavy precepts that have constantly weighed upon them, or engaging in meditations about the Creator of their existence, which have become the enemy of their pleasures. They have only felt aversion, disgust, and boredom toward all these things; they have been turned off by the coercion involved. So what remains now, when they begin to take control of their own lives? They need something new to please them—they can no longer tolerate anything that is meant for children. The same is true for my student: when he becomes a man, I speak to him as a man and tell him only things that are new to him. It is precisely because these things annoy others that they must seem pleasing to him.
In this way, I enable him to gain time twice over, by delaying the progress of nature in favor of reason. But have I truly delayed that progress? No; I have merely prevented imagination from accelerating it. By offering lessons of another kind, I have counteracted the premature lessons that the young man would otherwise receive. Just as the torrent of our institutions carries him forward, drawing him in the opposite direction with other institutions does not remove him from his place—it actually keeps him there.
The true moment of nature has finally arrived; it must happen. Since man must die, he must also reproduce in order for the species to endure and the order of the world to be preserved. When, through the signs I have mentioned, you perceive this critical moment, then immediately abandon your former manner of speaking forever. He is still your disciple, but no longer your student. He is your friend, he is a man—treat him accordingly from now on.
How! Must I relinquish my authority precisely when it is most needed? Must I abandon the adult at a time when he knows least how to behave himself and commits the greatest mistakes? Must I give up my rights just when they are most essential to him? Your rights! Who tells you to renounce them? It is only now that they begin to mean anything to him. Until now, you could obtain nothing from him but by force or trickery; authority and the law of duty were unknown to him; you had to coerce or deceive him in order to make him obey. But see how many new bonds you have now tied around his heart. Reason, friendship, gratitude, a thousand tender sentiments—they all speak to him in a tone he cannot fail to recognize. Vice has not yet made him deaf to their voices; he is still only responsive to the passions of nature. The foremost of these passions—the love of oneself—is your first teacher; habit also teaches him this lesson. If momentary enthusiasm carries him away, regret soon brings him back to you; the affection that binds him to you is the only one that endures; all others pass and fade away. Do not let it corrupt him—he will always remain obedient. It is only when he has already been corrupted that he begins to resist.
I must admit that if, in confronting his emerging desires, you were to foolishly label the new needs that arise within him as crimes, you would not be listened to for long; but the moment you abandon my approach, I can no longer guarantee anything for you. Always remember that you are the agent of nature; you will never become its enemy.
But which course should one take? Here, one is only faced with the alternative of either indulging in one’s inclinations or fighting against them—of being either one’s own tyrant or one’s own complacenter; and both choices carry exceedingly dangerous consequences, making the decision all the more difficult to make.
The first means available to overcome this difficulty is to marry them off as soon as possible; undoubtedly, this is the safest and most natural solution. However, I doubt that it is either the best or the most useful approach. I will explain my reasons later; for now, I agree that young people should be married at the age of puberty. But this age arrives for them too early; we are the ones who have made it premature; it must be extended until they reach full maturity.
If one were merely to listen to one’s inclinations and follow the guidance offered, it would be done in no time; but there are so many contradictions between the rights of nature and our social laws that, in order to reconcile them, one must constantly compromise and hesitate. Much skill is required in order to prevent a society-based on these laws from becoming entirely artificial.
For the reasons stated above, I believe that, through the means I have outlined and others similar to them, it is at least possible to extend the period during which desires remain unknown and the senses remain pure until the age of twenty. This is so true that, among the Germans, a young man who lost his virginity before this age was considered to be dishonored; and scholars rightly attribute the strength of their constitution and the high birth rate of their people to the restraint exercised by these peoples during their youth.
One can even considerably extend this period; it was only a few centuries ago that such practices were still common even in France itself. To take well-known examples: Montaigne’s father, a man as scrupulous and genuine as he was strong and healthy, swore that he had married a virgin at the age of thirty-three, after having served for many years in the Italian wars; and one can see from the writings of his son how vigorous and cheerful his father remained even in his sixties. Undoubtedly, the opposite opinion is more rooted in our customs and prejudices than in any true understanding of human nature as a whole.
I can therefore set aside the example of our youth: it proves nothing to those who were not raised in the same way. Considering that nature does not establish any fixed time limit for this process, which can be advanced or delayed at will, I believe I can assume, without departing from its laws, that Émile has so far remained, under my care, in his original innocence—but I see that this happy period is about to end. Surrounded by dangers that grow ever more threatening, he will escape me at the first opportunity, and such an opportunity is bound to arise soon; he will follow the blind instincts of his senses, and there is a thousand to one chance that he will lose himself. Having thought too deeply about human nature, I am well aware of the invincible influence of this initial moment on the rest of one’s life. If I conceal the truth and pretend not to see anything, he will take advantage of my weakness; believing he has deceived me, he will despise me, and I shall become an accomplice in his downfall. If I try to bring him back, it will be too late—he will no longer listen to me; I will become a nuisance to him, even hateful and unbearable, and he will soon get rid of me. Therefore, the only reasonable course left for me is to make him accountable for his own actions, to protect him at least from the surprises of error, and to reveal to him clearly the dangers that surround him. Until now, I have restrained him through his ignorance; now it is necessary to stop him through enlightenment.
Volete sapere quali di loro, o di lui, siano più avanti in questo senso, secondo l’ordine della natura? Considerate le differenze tra coloro che sono più o meno lontani da tale stato: osservate i giovani dei villaggi e vedete se sono altrettanto vivaci quanto i vostri. “Durante l’infanzia dei selvaggi”, dice il signor Le Beau, “li si vede sempre attivi, impegnati costantemente in vari giochi che mantengono il loro corpo in movimento; ma non appena raggiungono l’età dell’adolescenza, diventano tranquilli, sognatori; si dedicano soltanto a giochi seri o casuali[451].” Émile, essendo stato allevato nella stessa libertà dei giovani contadini e dei selvaggi, dovrà cambiare e fermarsi come loro crescendo. L’unica differenza è che, invece di agire soltanto per giocare o per nutrirsi, ha imparato a pensare nei suoi lavori e nei suoi giochi. Pertanto, raggiunto questo stadio attraverso questo percorso, si trova perfettamente preparato per quello che gli propongo io: i temi di riflessione che gli presento stimolano la sua curiosità, perché sono belli in sé stessi, completamente nuovi per lui e al suo livello di comprensione. Al contrario, i vostri giovani, annoiati dalle vostre noiose lezioni, dalle lunghe prediche morali, dai soliti catechismi, come potrebbero non rifiutare quell’impegno mentale che viene reso così triste per loro, quei pesanti insegnamenti che continuano ad assillarli, quelle meditazioni sull’autore della loro esistenza che vengono presentate come un ostacolo ai loro piaceri? Hanno provato soltanto avversione, disgusto, noia per tutto ciò; la costrizione li ha allontanati da queste cose. E ora, quando iniziano a prendere in mano la propria vita, che cosa possono trovare di interessante per loro? Hanno bisogno di qualcosa di nuovo per divertirsi. Non vogliono più nulla di ciò che si dice ai bambini. Lo stesso vale per il mio allievo: quando diventa un uomo, gli parlo come a un uomo e gli dico soltanto cose nuove; proprio perché queste cose annoiano gli altri, lui deve trovarle piacevoli.
Ecco come gli faccio guadagnare tempo in duplice modo: ritardando, a vantaggio della ragione, il progresso della natura. Ma ho davvero ritardato questo progresso? No; ho semplicemente impedito all’immaginazione di accelerarlo; ho bilanciato, con lezioni di un altro tipo, quelle precoci che il giovane riceve comunque. Mentre il flusso delle nostre istituzioni lo trascina in una certa direzione, attirarlo nella direzione opposta attraverso altre istituzioni non significa toglierlo dal suo posto, ma mantenerlo proprio lì.
Il vero momento della natura arriva finalmente; deve necessariamente accadere. Poiché l’uomo deve morire, deve anche riprodursi, affinché la specie possa sopravvivere e l’ordine del mondo venga mantenuto. Quando, attraverso i segni di cui ho parlato, percepirete questo momento critico, abbandonate immediatamente il vostro vecchio modo di comportarvi. È ancora vostro discepolo, ma non più vostro allievo. È vostro amico, è un uomo: trattatelo ora come tale.
Che cosa! Dovrei abdicare alla mia autorità proprio quando è più necessaria? Dovrei lasciare che l’adulto si affidi a se stesso nel momento in cui sa meno come comportarsi e commette i peggiori errori? Dovrei rinunciare ai miei diritti proprio quando è più importante che io li eserciti? I vostri diritti. Chi vi dice di rinunciarvi? Solo ora stanno iniziando a significare qualcosa per lui. Fino ad ora, non ne avete ottenuto nulla se non con la forza o l’inganno; l’autorità, la legge del dovere gli erano sconosciute; bisognava costringerlo o ingannarlo affinché vi obbedisse. Ma vedete quante nuove “catene” avete intorno al suo cuore. La ragione, l’amicizia, la riconoscenza, mille altre emozioni gli parlano in un tono che non può ignorare. Il vizio non l’ha ancora reso sordo a queste voci; lui è ancora sensibile soltanto alle passioni naturali. La prima di tutte, l’amore per se stesso, è il libro che vi parla di lui; l’abitudine ve lo insegna ancora. Se, per un momento, qualche emozione forte lo allontana da voi, il rimorso lo riporta subito indietro. Il sentimento che lo lega a voi è l’unico permanente; tutti gli altri passano e si cancellano a vicenda. Non lasciate che venga corrotto: sarà sempre docile. Inizia soltanto ad essere ribelle quando è già pervertito.
Ammetto che, se vi impegnaste stupidamente a considerare come crimini i nuovi bisogni che emergono in lui, contrastandoli direttamente con i suoi desideri appena nati, non verreste ascoltati a lungo; ma non appena abbandonerete il mio metodo, non vi garantisco più nulla. Ricordate sempre che siete i ministri della natura, e che non potrete mai esserne nemici.
Ma quale decisione prendere? Qui ci si trova di fronte all’alternativa di favorire i propri desideri o di combatterli, di essere il loro tiranno o il loro complice; e entrambe queste scelte hanno conseguenze estremamente pericolose, tanto che è davvero difficile decidere quale sia la migliore.
Il primo mezzo che si presenta per risolvere questa difficoltà è sposare i giovani il prima possibile; senza dubbio questo è l’espediente più sicuro e più naturale. Tuttavia, dubito che sia anche il migliore o il più utile. Dirò in seguito le mie ragioni; intanto, concordo sul fatto che sia necessario sposare i giovani all’età nubile. Ma per loro questa età arriva troppo presto; siamo noi ad averla resa anticipata; bisogna quindi prolungarla fino alla maturità.
Se bastasse ascoltare le proprie inclinazioni e seguire le indicazioni naturali, tutto sarebbe risolto in breve tempo; ma ci sono troppe contraddizioni tra i diritti della natura e le nostre leggi sociali, per cui per conciliarli è necessario oscillare continuamente e procedere con molta cautela, al fine di evitare che l’uomo sociale diventi completamente artificiale.
Per le ragioni sopra esposte, ritengo che, con i mezzi che ho indicato e altri simili, si possa almeno estendere fino a vent’anni l’ignoranza dei desideri e la purezza dei sensi: è così vero che, tra i Germani, un giovane che perdesse la sua verginità prima di quell’età ne risentiva gravemente la reputazione; inoltre, gli autori attribuiscono, con ragione, alla continenza di questi popoli durante la loro giovinezza la forza della loro costituzione fisica e la numerosità dei loro figli.
Si può persino prolungare molto questo periodo; solo pochi secoli fa, in Francia stesso, molte cose erano ancora comuni. Tra gli esempi noti, il padre di Montaigne, uomo altrettanto scrupoloso e sincero quanto forte e ben strutturato fisicamente, giurava di essere sposato vergine a trentatré anni, dopo aver servito a lungo nelle guerre d’Italia; e si può leggere negli scritti del figlio quale vigore e quale allegria il padre conservasse ancora oltre i sessant’anni. Certamente, l’opinione contraria deriva più dalle nostre abitudini e dai nostri pregiudizi che dalla conoscenza della natura umana in generale.
Posso quindi mettere da parte l’esempio della nostra giovinezza: esso non prova nulla per chi non è stato educato come lei. Considerando che la natura non ha in questo campo termini fissi che si possano anticipare o ritardare, credo di poter, senza violare le sue leggi, supporre che Émile sia rimasto fino ad ora, grazie alle mie cure, nella sua innocenza originale. Ma vedo che questa felice epoca è sul punto di finire. Circondato da pericoli sempre crescenti, mi sfuggirà, qualunque cosa faccia, alla prima occasione. E questa occasione non tarderà ad arrivare: seguirà l’istinto cieco dei sensi. Ci sono mille probabilità contro una che si perda. Ho riflettuto troppo sulle abitudini umane per non riconoscere l’influenza invincibile di quel primo momento sulla restante parte della sua vita. Se nascondo la verità e fingo di non vedere nulla, approfitta della mia debolezza; credendo di ingannarmi, mi disprezza. E io divento il complice della sua rovina. Se cerco di riportarlo sulla retta via, è troppo tardi: non mi ascolta più. Divento per lui un ostacolo fastidioso, odioso, insopportabile. E presto si libererà di me. Non mi resta quindi che una scelta ragionevole: fargli rendere conto delle sue azioni da solo, almeno proteggerlo dalle sorprese dell’errore. E mostrargli chiaramente i pericoli che lo circondano. Fino ad ora l’ho trattenuto a causa della sua ignoranza; ora bisogna fermarlo con le luci della ragione.
Ces nouvelles instructions sont importantes, et il convient de reprendre les choses de plus haut. Voici l’instant de lui rendre, pour ainsi dire, mes comptes ; de lui montrer l’emploi de son temps et du mien ; de lui déclarer ce qu’il est et ce que je suis ; ce que j’ai fait, ce qu’il a fait ; ce que nous nous devons l’un à l’autre ; toutes ses relations morales, tous les engagements qu’il a contractés, tous ceux qu’on a contractés avec lui, à quel point il est parvenu dans le progrès de ses facultés, quel chemin lui reste à faire, les difficultés qu’il y trouvera, les moyens de franchir ces difficultés ; en quoi je lui puis aider encore, en quoi lui seul peut désormais s’aider, enfin le point critique où il se trouve, les nouveaux périls qui l’environnent, et toutes les solides raisons qui doivent l’engager à veiller attentivement sur lui-même avant d’écouter ses désirs naissants.
Songez que, pour conduire un adulte, il faut prendre le contrepied de tout ce que vous avez fait pour conduire un enfant. Ne balancez point à l’instruire de ces dangereux mystères que vous lui avez cachés si longtemps avec tant de soin. Puisqu’il faut enfin qu’il les sache, il importe qu’il ne les apprenne ni d’un autre, ni de lui-même, mais de vous seul : puisque le voilà désormais forcé de combattre, il faut, de peur de surprise, qu’il connaisse son ennemi.
Jamais les jeunes gens qu’on trouve savants sur ces matières, sans savoir comment ils le sont devenus, ne le sont devenus impunément. Cette indiscrète instruction, ne pouvant avoir un objet honnête, souille au moins l’imagination de ce qui la reçoivent, et les dispose aux vices de ceux qui la donnent. Ce n’est pas tout ; des domestiques s’insinuent ainsi dans l’esprit d’un enfant, gagnent sa confiance, lui font envisager son gouverneur comme un personnage triste et fâcheux ; et l’un des sujets favoris de leurs secrets colloques est de médire de lui. Quand l’élève en est là, le maître peut se retirer, il n’a plus rien de bon à faire.
Mais pourquoi l’enfant se choisit-il des confidents particuliers ? Toujours par la tyrannie de ceux qui le gouvernent. Pourquoi se cacherait-il d’eux, s’il n’était forcé de s’en cacher ? Pourquoi s’en plaindrait-il, s’il n’avait nul sujet de s’en plaindre ? Naturellement ils sont ses premiers confidents ; on voit, à l’empressement avec lequel il vient leur dire ce qu’il pense, qu’il croit ne l’avoir pensé qu’à moitié jusqu’à ce qu’il le leur ait dit. Comptez que si l’enfant ne craint de votre part ni sermon ni réprimande, il vous dira toujours tout, et qu’on n’osera lui rien confier qu’il vous doive taire, quand on sera bien sûr qu’il ne vous taira rien.
Ce qui me fait le plus compter sur ma méthode, c’est qu’en suivant ses effets le plus exactement qu’il m’est possible, je ne vois pas une situation dans la vie de mon élève qui ne me laisse de lui quelque image agréable. Au moment même où les fureurs du tempérament l’entraînent, et où, révolté contre la main qui l’arrête, il se débat et commence à m’échapper, dans ses agitations, dans ses emportements, je retrouve encore sa première simplicité ; son coeur, aussi pur que son corps, ne connaît pas plus le déguisement que le vice ; les reproches ni le mépris ne l’ont point rendu lâche ; jamais la vile crainte ne lui apprit à se déguiser. Il a toute l’indiscrétion de l’innocence ; il est naïf sans scrupule ; il ne sait encore à quoi sert de tromper. Il ne se passe pas un mouvement dans son âme que sa bouche ou ses yeux ne le disent ; et souvent les sentiments qu’il éprouve me sont connus plus tôt qu’à lui.
Tant qu’il continue de m’ouvrir ainsi librement son âme, et de me dire avec plaisir ce qu’il sent, je n’ai rien à craindre, le péril n’est pas encore proche ; mais s’il devient plus timide, plus réservé, que j’aperçoive dans ses entretiens le premier embarras de la honte, déjà l’instinct se développe, déjà la notion du mal commence à s’y joindre, il n’y a plus un moment à perdre ; et, si je ne me hâte de l’instruire, il sera bientôt instruit malgré moi.
Plus d’un lecteur, même en adoptant mes idées, pensera qu’il ne s’agit ici que d’une conversation prise au hasard avec le jeune homme, et que tout est fait. Oh ! que ce n’est pas ainsi que le coeur humain se gouverne ! Ce qu’on dit ne signifie rien si l’on n’a préparé le moment de le dire. Avant de semer, il faut labourer la terre : la semence de la vertu lève difficilement ; il faut de longs apprêts pour lui faire prendre racine. Une des choses qui rendent les prédications le plus inutiles est qu’on les fait indifféremment à tout le monde sans discernement et sans choix. Comment peut-on penser que le même sermon convienne à tant d’auditeurs si diversement disposés, si différents d’esprit, d’humeurs, d’âges, de sexes, d’états et d’opinions ? Il n’y en a peut-être pas deux auxquels ce qu’on dit à tous puisse être convenable ; et toutes nos affections ont si peu de constance, qu’il n’y a peut-être pas deux moments dans la vie de chaque homme où le même discours fît sur lui la même impression. Jugez si, quand les sens enflammés aliènent l’entendement et tyrannisent la volonté, c’est le temps d’écouter les graves leçons de la sagesse. Ne parlez donc jamais raison aux jeunes gens, même en âge de raison, que vous ne les ayez premièrement mis en état de l’entendre. La plupart des discours perdus le sont bien plus par la faute des maîtres que par celle des disciples. Le pédant et l’instituteur disent à peu près les mêmes choses : mais le premier les dit à tout propos ; le second ne les dit que quand il est sûr de leur effet.
Comme un somnambule, errant durant son sommeil, marche en dormant sur les bords d’un précipice, dans lequel il tomberait s’il était éveillé tout à coup ; ainsi mon Émile, dans le sommeil de l’ignorance, échappe à des périls qu’il n’aperçoit point : si je l’éveille en sursaut, il est perdu. Tâchons premièrement de l’éloigner du précipice, et puis nous l’éveillerons pour le lui montrer de plus loin.
La lecture, la solitude, l’oisiveté, la vie molle et sédentaire, le commerce des femmes et des jeunes gens : voilà les sentiers dangereux à frayer à son âge, et qui le tiennent sans cesse à côté du péril. C’est par d’autres objets sensibles que je donne le change à ses sens, c’est en traçant un autre cours aux esprits que je les détourne de celui qu’ils commençaient à prendre ; c’est en exerçant son corps à des travaux pénibles que j’arrête l’activité de l’imagination qui l’entraîne. Quand les bras travaillent beaucoup, l’imagination se repose ; quand le corps est bien las, le coeur ne s’échauffe point. La précaution la plus prompte et la plus facile est de l’arracher au danger local. Je l’emmène d’abord hors des villes, loin des objets capables de le tenter. Mais ce n’est pas assez ; dans quel désert, dans quel sauvage asile échappera-t-il aux images qui le poursuivent ? Ce n’est rien d’éloigner les objets dangereux, si je n’en éloigne aussi le souvenir ; si je ne trouve l’art de le détacher de tout, si je ne le distrais de lui-même, autant valait le laisser où il était.
Émile sait un métier, mais ce métier n’est pas ici notre ressource ; il aime et entend l’agriculture, mais l’agriculture ne nous suffit pas : les occupations qu’il connaît deviennent une routine ; en s’y livrant, il est comme ne faisant rien ; il pense à toute autre chose ; la tête et les bras agissent séparément. Il lui faut une occupation nouvelle qui l’intéresse par sa nouveauté, qui le tienne en haleine, qui lui plaise, qui l’applique, qui l’exerce, une occupation dont il se passionne, et à laquelle il soit tout entier. Or, la seule qui me paraît réunir toutes ces conditions est la chasse.
Un violent exercice étouffe les sentiments tendres
These new instructions are important, and it is necessary to start from the very beginning. This is the moment to explain to him, in a way of speaking, what I have done; to show him how his time and mine have been spent; to tell him who he is and who I am; what I have accomplished, what he has accomplished; what we owe each other; all his moral obligations, all the commitments he has made, as well as those made with him; to what extent he has progressed in the development of his abilities, what path remains before him, the difficulties he will face, and the means to overcome them; in what ways I can still assist him, and in what ways only he himself can help himself now; finally, to understand the critical situation he is in, the new dangers that surround him, and all the compelling reasons why he must pay close attention to himself before giving in to his emerging desires.
Consider that, in order to teach an adult how to drive, one must do the very opposite of everything that was done when teaching a child. Do not impart these dangerous secrets to them now, after having concealed them so carefully for so long. Since they must ultimately learn them, it is essential that they do so neither from anyone else nor through self-study, but solely from you. For now, since they are forced to fight, it is necessary, to avoid any surprises, that they know their enemy.
Young people who are found to be knowledgeable in these matters, without anyone knowing how they acquired such knowledge, could not have done so without suffering some consequences. Such indiscreet instruction, since it cannot have any honest purpose, at the very least corrupts the imagination of those who receive it and predisposes them to the vices of those who impart it. Moreover, servants often take advantage of this to influence a child’s mind, gain their trust, and make the child regard their guardian as a sad and unpleasant person; one of the favorite topics in their secret conversations is to slander that guardian. Once the student has reached this state, the teacher can simply withdraw—there is nothing good left to be done.
But why does a child choose particular confidants for himself? Always because of the tyranny of those who govern him. Why would he hide anything from them, if he were not forced to do so? Why would he complain about anything, if he had no reason to do so? Naturally, they are his first confidants; one can see, from the eagerness with which he goes to tell them what he thinks, that he believes he only half-realized these thoughts until he shared them with them. Be assured that if a child fears neither sermons nor reprimands from you, he will always tell you everything. And when people are certain that he will not keep anything secret from you, they will dare to confide in him anything that he should keep hidden.
What gives me the greatest confidence in my method is that, by observing its effects as accurately as possible, I never encounter a situation in my student’s life that does not leave me with some pleasant impression of him. Even at the moment when his temper drives him to rebellion, and when, resisting the hand that tries to hold him back, he struggles and begins to escape from my control, amidst all his agitation and fervor, I still see the simplicity that was once his hallmark. His heart, as pure as his body, knows nothing of deceit or vice; neither reproaches nor scorn have made him weak; never has base fear taught him how to disguise himself. He possesses the sheer innocence of one who is untouched by experience; he is naive yet without any sense of guilt; he does not yet understand the purpose of deception. Every emotion that arises in his soul is immediately expressed through his words or his eyes; often, I am aware of his feelings even before he is himself.
As long as he continues to open his soul to me so freely and to tell me with pleasure what he feels, I have nothing to fear—the danger is not yet near. But if he becomes more timid, more reserved, if I notice the first signs of shame in his conversations, then the instinct begins to develop, and the notion of evil starts to emerge. There is no time to lose; if I do not hurry to instruct him, he will soon be instructed against my will.
More than one reader, even if they adopt my ideas, will think that what is described here is merely a casual conversation with the young man, and that nothing more was intended. Oh! But such is not how the human heart is governed. What one says means nothing unless the right moment to say it has been carefully prepared. Before sowing, one must plow the soil; the seeds of virtue take root only with great difficulty, and long preparations are needed for them to flourish. One of the reasons why sermons often prove utterly useless is that they are delivered indiscriminately to everyone, without any consideration for individual differences in disposition, temperament, age, gender, social status, or opinions. How can it be assumed that the same sermon will suit listeners who are so diverse in these respects? There are probably not two people among whom what is said could be appropriate; moreover, since our emotions are so fickle, there may not even be two moments in a person’s life when the same speech would have the same effect on them. Consider, then, whether it is really the right time to impart the serious lessons of wisdom when the senses are inflamed, obscuring reason and overwhelming will. Therefore, never try to reason with young people, even if they are old enough to understand; first, you must prepare them to be receptive to your words. In fact, more sermons are lost due to the mistakes of their preachers than because of those who listen to them. The pedant and the teacher say roughly the same things; but the former delivers them at every opportunity, while the latter reserves them only for times when he is certain they will be effective.
Like a somnambulist, wandering in his sleep, he walks while asleep on the edge of a precipice—into which he would fall if suddenly awakened; just so, my Émile, in the sleep of ignorance, avoids dangers that he is not even aware of. If I were to wake him abruptly, he would be lost. Let us first try to keep him away from the precipice, and then we can awaken him and show him the danger from a safer distance.
Reading, solitude, idleness, a sedentary and easy life, the commerce of women and young men—these are the dangerous paths to pursue at his age, and they constantly keep him in peril. It is through other sensory objects that I distract his senses; it is by directing his thoughts along different avenues that I turn them away from the ones they have begun to follow; it is by making his body engage in laborious tasks that I halt the activity of his imagination, which otherwise would lead him astray. When one’s arms are constantly busy, the imagination rests; when the body is thoroughly exhausted, the heart does not become heated. The quickest and easiest precaution is to remove him from the immediate danger. I first take him away from cities, far from all objects that might tempt him. But that is not enough; in what desert, in what remote refuge can he escape from those images that pursue him? It is of no use to remove dangerous objects if I do not also erase their memories from his mind; if I cannot find a way to distract him from them, if I cannot divert his attention away from himself, it would be just as good to leave him where he was.
Émile possesses a particular skill, but this skill is not our resource here; he has an interest in and knowledge of agriculture, yet agriculture alone is not sufficient for us: the activities he knows how to perform become mere routine; when engaged in them, it’s as if he is doing nothing at all; his mind wanders elsewhere; his head and his hands seem to operate independently. What he needs is a new occupation that appeals to him because of its novelty, that keeps him engaged, that pleases him, that requires his full attention and effort—a pursuit that fills him with passion and engages him wholeheartedly. And in my view, the only activity that meets all these criteria is hunting.
Violent exercise stifles tender emotions.
Queste nuove istruzioni sono importanti, e è necessario riprendere tutto da capo. È giunto il momento di fargli, per così dire, il rendiconto delle mie azioni; di mostrargli come utilizzare il suo tempo e il mio; di spiegargli chi è lui e chi sono io; cosa ho fatto io, cosa ha fatto lui; cosa ci dobbiamo a vicenda; tutte le sue relazioni morali, tutti gli impegni che ha assunto, quelli che abbiamo preso con lui, fino a quale punto sia progredito nel sviluppo delle sue capacità, quale strada gli rimanga da percorrere, quali difficoltà incontrerà, i mezzi per superarle; in cosa posso ancora aiutarlo, in cosa può ora aiutarsi da solo, e infine in quale situazione critica si trovi, quali nuovi pericoli lo circondino, e tutte le valide ragioni che dovrebbero spingerlo a prendersi cura di sé con attenzione prima di ascoltare i suoi desideri emergenti.
Pensate che, per guidare un adulto, sia necessario agire esattamente nel contrario di ciò che avete fatto per guidare un bambino. Non rivelategli mai questi pericolosi segreti che gli avete nascosti con tanta cura per tanto tempo. Poiché ormai deve saperli, è fondamentale che non li apprenda da altri, né da sé stesso, ma soltanto da voi: poiché è costretto a combattere, è necessario che conosca il suo nemico, per evitare sorprese.
Gli giovani che si dimostrano esperti in queste materie, senza che si sappia come abbiano acquisito tale conoscenza, non lo hanno fatto certo senza conseguenze negative. Questa forma di istruzione indiscreta, essendo priva di qualsiasi scopo onesto, finisce per contaminare l’immaginazione di coloro che la ricevono e li predisposta ai vizi di coloro che la impartiscono. Non basta: i domestici approfittano di questa situazione per insinuarsi nella mente di un bambino, guadagnarsi la sua fiducia e fargli considerare il proprio tutore come una persona triste e sgradevole; uno degli argomenti preferiti dei loro segreti colloqui è proprio diffamarlo. Quando lo studente arriva a questo punto, l’insegnante può tranquillamente ritirarsi: non ha più nulla di positivo da fare.
Ma perché un bambino sceglie dei confidenti particolari? Sempre a causa della tirannia di coloro che lo governano. Perché dovrebbe nascondersi da loro, se non fosse costretto a farlo? E perché dovrebbe lamentarsi con loro, se non avesse motivi per farlo? Naturalmente, essi sono i suoi primi confidenti; si vede, dall’urgenza con cui va a raccontare loro ciò che pensa, che crede di averlo pensato solo in parte fino al momento in cui lo dice. Potete essere certi che, se un bambino non teme né prediche né rimproveri da parte vostra, vi dirà sempre tutto; e nessuno oserebbe confidargli qualcosa che dovesse tenere per sé, una volta sicuri che non ve lo nasconderà.
Ciò che mi fa fidare maggiormente nel mio metodo è il fatto che, osservandone gli effetti con la massima precisione possibile, non riesco a individuare nessuna situazione nella vita del mio allievo che non mi lasci un’immagine positiva di lui. Nel momento stesso in cui le furie del suo temperamento lo spingono ad agire e, ribellandosi alla mano che cerca di fermarlo, si dibatte e inizia a sfuggirmi, nelle sue agitazioni, nei suoi impeti, ritrovo ancora la sua semplicità originale; il suo cuore, tanto puro quanto il suo corpo, non conosce né l’inganno né il vizio; né le rimproveri né il disprezzo lo hanno reso debole; mai la vile paura gli ha insegnato a nascondere i propri sentimenti. Ha tutta l’innocenza della purezza; è ingenuo senza alcun rimorso; non sa ancora a cosa serva ingannare gli altri. Non passa un solo momento nella sua anima che la sua bocca o i suoi occhi non ne rivelino il contenuto; spesso, io conosco i suoi sentimenti prima ancora che lui stesso li percepisca.
Finché continua ad aprirmi liberamente il suo cuore e a raccontarmi con piacere ciò che prova, non ho nulla da temere: il pericolo non è ancora vicino. Ma se diventa più timido, più riservato, se nei suoi discorsi noto i primi segni di imbarazzo o vergogna, allora l’istinto del male inizia a svilupparsi e la consapevolezza del male stesso comincia ad emergere. Non c’è più tempo da perdere: se non mi affretto ad educarlo, sarà presto educato contro la mia volontà.
Molti lettori, anche adottando le mie idee, penseranno che si tratti soltanto di una conversazione casuale con quel giovane, e che tutto sia già stato detto. Oh! Ma non è così che il cuore umano viene guidato. Ciò che si dice non ha alcun significato se non si è preparato adeguatamente il momento in cui pronunciarlo. Prima di seminare, bisogna arare la terra: il seme della virtù cresce con difficoltà; servono lunghi preparativi affinché possa attecchire. Una delle ragioni per cui i prediche risultano spesso inutili è che vengono pronunciate senza discernimento e senza selezione, rivolte a tutti indistintamente. Come si può pensare che lo stesso sermone sia adatto a ascoltatori così diversi per disposizione d’animo, carattere, età, sesso, condizioni sociali e opinioni? Probabilmente non esistono due persone alle quali ciò che viene detto possa essere davvero appropriato; inoltre, tutte le nostre emozioni sono estremamente instabili. Quindi, probabilmente, non esistono due momenti diversi nella vita di una stessa persona nei quali lo stesso discorso possa avere lo stesso effetto su di lei. Giudicate voi stesso: quando i sensi sono eccitati e distolgono l’intelligenza, quando la volontà viene dominata da impulsi irrazionali, non è certo il momento adatto per ascoltare le severe lezioni della saggezza. Quindi, mai parlate di ragione ai giovani, nemmeno quando sono già in età di comprenderla, se prima non li avete resi realmente capaci di ascoltarvi. La maggior parte dei discorsi che vengono perduti lo è, più spesso, a causa degli insegnanti che a causa degli studenti. Il pedante e l’insegnante dicono più o meno le stesse cose; ma il primo le pronuncia in ogni occasione, mentre il secondo le dice soltanto quando è certo del loro effetto.
Come un sonnambulo che vaga durante il sonno, cammina dormendo sul bordo di un precipizio dal quale cadrebbe se improvvisamente si svegliasse; così anche mio figlio Émile, nel sonno dell’ignoranza, sfugge a pericoli che non riesce nemmeno a percepire: se lo sveglio all’improvviso, è perduto. Cerchiamo prima di tutto di allontanarlo dal precipizio, e poi lo sveglieremo per farglielo vedere da una distanza maggiore.
La lettura, la solitudine, l’ozio, una vita molle e sedentaria, gli incontri tra donne e giovani: ecco i sentieri pericolosi da percorrere a quell’età, e che lo tengono costantemente in prossimità del pericolo. È attraverso altri stimoli sensoriali che distolgo i suoi sensi da quelli verso cui tendevano; è guidando la sua mente verso altre direzioni che la allontano da quella che aveva già intrapreso; è facendo svolgere il suo corpo in lavori faticosi che arresto l’attività dell’immaginazione che lo spingeva verso il pericolo. Quando le braccia lavorano molto, l’immaginazione si riposa; quando il corpo è stanco, il cuore non si eccita più. La precauzione più rapida e semplice consiste nel allontanarlo dal pericolo immediato. Prima di tutto lo porto fuori dalle città, lontano da tutti gli oggetti capaci di tentarlo. Ma questo non basta: in quale deserto, in quale rifugio selvaggio potrà sfuggire alle immagini che lo inseguono? Non basta semplicemente allontanare gli oggetti pericolosi, se non si allontana anche il ricordo di essi; se non si trova il modo di distoglierlo da tutto ciò che può attirarlo verso il pericolo. In tal caso, sarebbe meglio lasciarlo dove si trovava.
Émile conosce un mestiere, ma questo mestiere non rappresenta una risorsa per noi; ama e comprende l’agricoltura, ma l’agricoltura da sola non ci basta: le attività che conosce diventano routine; dedicandosi ad esse, è come se non facesse nulla; pensa a molte altre cose; la mente e le mani agiscono separatamente. Gli serve un’occupazione nuova, che lo interessi per la sua novità, che lo tenga in movimento, che gli piaccia, che lo impegni completamente, un’occupazione per cui si appassioni e nella quale possa immergersi totalmente. Ora, l’unica attività che mi sembra soddisfare tutte queste condizioni è la caccia.
Un intenso sforzo soffoca i sentimenti teneri.
Si la chasse est jamais un plaisir innocent, si jamais elle est convenable à l’homme, c’est à présent qu’il y faut avoir recours. Émile a tout ce qu’il faut pour y réussir ; il est robuste, adroit, patient, infatigable. Infailliblement il prendra du goût pour cet exercice ; il y mettra toute l’ardeur de son âge ; il y perdra, du moins pour un temps, les dangereux penchants qui naissent de la mollesse. La chasse endurcit le coeur aussi bien que le corps ; elle accoutume au sang, à la cruauté. On a fait Diane ennemie de l’amour ; et l’allégorie est très juste : les langueurs de l’amour ne naissent que dans un doux repos ; un violent exercice étouffe les sentiments tendres. Dans les bois, dans les lieux champêtres, l’amant, le chasseur sont si diversement affectés, que sur les mêmes objets ils portent des images toutes différentes. Les ombrages frais, les bocages, les doux asiles du premier, ne sont pour l’autre que des viandis, des forts, des remises ; où l’un n’entend que chalumeaux, que rossignols, que ramages, l’autre se figure les cors et les cris des chiens ; l’un n’imagine que dryades et nymphes, l’autre que piqueurs, meutes et chevaux. Promenez-vous en campagne avec ces deux sortes d’hommes ; à la différence de leur langage, vous connaîtrez bientôt que la terre n’a pas pour eux un aspect semblable, et que le tour de leurs idées et aussi divers que le choix de leurs plaisirs.
Je comprends comment ces goûts se réunissent et comment on trouve enfin du temps pour tout. Mais les passions de la jeunesse ne se partagent pas ainsi : donnez-lui une seule occupation qu’elle aime, et tout le reste sera bientôt oublié. La variété des désirs vient de celle des connaissances, et les premiers plaisirs qu’on connaît sont longtemps les seuls qu’on recherche. Je ne veux pas que toute la jeunesse d’Émile se passe à tuer des bêtes, et je ne prétends pas même justifier en tout cette féroce passion ; il me suffit qu’elle serve assez à suspendre une passion plus dangereuse pour me faire écouter de sang-froid parlant d’elle, et me donner le temps de la peindre sans l’exciter.
Il est des époques dans la vie humaine qui sont faites pour n’être jamais oubliées. Telle est, pour Émile, celle de l’instruction dont je parle ; elle doit influer sur le reste de ses jours. Tâchons donc de la graver dans sa mémoire en sorte qu’elle ne s’en efface point. Une des erreurs de notre âge est d’employer la raison trop nue, comme si les hommes n’étaient qu’esprit. En négligeant la langue des signes qui parlent à l’imagination, l’on a perdu le plus énergique des langages. L’impression de la parole est toujours faible, et l’on parle au coeur par les yeux bien mieux que par les oreilles. En voulant tout donner au raisonnement, nous avons réduit en mots nos préceptes ; nous n’avons rien mis dans les actions. La seule raison n’est point active ; elle retient quelquefois, rarement elle excite, et jamais elle n’a rien fait de grand. Toujours raisonner est la manie des petits esprits. Les âmes fortes ont bien un autre langage ; c’est par ce langage qu’on persuade et qu’on fait agir.
J’observe que, dans les siècles modernes, les hommes n’ont plus de prise les uns sur les autres que par la force et par l’intérêt, au lieu que les anciens agissaient beaucoup plus par la persuasion, par les affections de l’âme, parce qu’ils ne négligeaient pas la langue des signes. Toutes les conventions se passaient avec solennité pour les rendre plus inviolables : avant que la force fût établie, les dieux étaient les magistrats du genre humain ; c’est par-devant eux que les particuliers faisaient leurs traités, leurs alliances, prononçaient leurs promesses ; la face de la terre était le livre où s’en conservaient les archives. Des rochers, des arbres, des monceaux de pierres consacrés par ces actes, et rendus respectables aux hommes barbares étaient les feuillets de ce livre, ouvert sans cesse à tous les yeux. Le puits du serment, le puits du vivant et du voyant, le vieux chêne de Mambré, le monceau du témoin ; voilà quels étaient les monuments grossiers, mais augustes, de la sainteté des contrats ; nul n’eût osé d’une main sacrilège attenter à ces monuments ; et la foi des hommes était plus assurée par la garantie de ces témoins muets, qu’elle ne l’est aujourd’hui par toute la vaine rigueur des lois.
Dans le gouvernement, l’auguste appareil de la puissance royale en imposait aux peuples. Des marques de dignité, un trône, un sceptre, une robe de pourpre, une couronne, un bandeau, étaient pour eux des choses sacrées. Ces signes respectés leur rendaient vénérable l’homme qu’ils en voyaient orné : sans soldats, sans menaces, sitôt qu’il parlait il était obéi. Maintenant qu’on affecte d’abolir ces signes[452], qu’arrive-t-il de ce mépris ? Que la majesté royale s’efface de tous les coeurs, que les rois ne se font plus obéir qu’à force de troupes, et que le respect des sujets n’est que dans la crainte du châtiment. Les rois n’ont plus la peine de porter leur diadème, ni les grands les marques de leurs dignités ; mais il faut avoir cent mille bras toujours prêts pour faire exécuter leurs ordres. Quoique cela leur semble plus beau peut-être, il est aisé de voir qu’à la longue cet échange ne leur tournera pas à profit.
Ce que les anciens ont fait avec l’éloquence est prodigieux : mais cette éloquence ne consistait pas seulement en beaux discours bien arrangés ; et jamais elle n’eut plus d’effet que quand l’orateur parlait le moins. Ce qu’on disait le plus vivement ne s’exprimait pas par des mots, mais par des signes ; on ne le disait pas, on le montrait. L’objet qu’on expose aux yeux ébranle l’imagination, excite la curiosité, tient l’esprit dans l’attente de ce qu’on va dire : et souvent cet objet seul a tout dit. Thrasybule et Tarquin coupant des têtes de pavots, Alexandre appliquant son sceau sur la bouche de son favori, Diogène marchant devant Zénon, ne parlaient-ils pas mieux que s’ils avaient fait de longs discours ? Quel circuit de paroles eût aussi bien rendu les mêmes idées ? Darius, engagé dans la Scythie avec son armée, reçoit de la part du roi des Scythes un oiseau, une grenouille, une souris et cinq flèches. L’ambassadeur remet son présent, et s’en retourne sans rien dire. De nos jours cet homme eût passé pour fou. Cette terrible harangue fut entendue, et Darius n’eut plus grande hâte que de regagner son pays comme il put. Substituez une lettre à ces signes ; plus elle sera menaçante, et moins elle effrayera ; ce ne sera qu’une fanfaronnade dont Darius n’eût fait que rire.
Que d’attention chez les Romains à la langue des signes ! Des vêtements divers selon les âges, selon les conditions ; des toges, des saies, des prétextes, des bulles, des laticlaves, des chaires, des licteurs, des faisceaux, des haches, des couronnes d’or, d’herbes, de feuilles, des ovations, des triomphes : tout chez eux était appareil, représentation, cérémonie, et tout faisait impression sur les coeurs des citoyens. Il importait à l’état que le peuple s’assemblât en tel lieu plutôt qu’en tel autre ; qu’il vît ou ne vît pas le Capitole ; qu’il fût ou ne fût pas tourné du côté du sénat ; qu’il délibérât tel ou tel jour par préférence. Les accusés changeaient d’habit, les candidats en changeaient ; les guerriers ne vantaient pas leurs exploits, ils montraient leurs blessures. À la mort de César, j’imagine un de nos orateurs, voulant émouvoir le peuple, épuiser tous les lieux communs de l’art pour faire une pathétique description de ses plaies, de son sang, de son cadavre : Antoine, quoique éloquent, ne dit point tout cela ; il fait apporter le corps. Quelle rhétorique !
Mais cette digression m’entraîne insensiblement loin de mon sujet, ainsi que font beaucoup d’autres, et mes écarts sont trop fréquents pour pouvoir être longs et tolérables : je reviens donc.
Ne raisonnez jamais sèchement avec la jeunesse. Revêtez la raison d’un corps si vous voulez la lui rendre sensible. Faites passer par le coeur le langage de l’esprit, afin qu’il se fasse entendre. Je le répète, les arguments froids peuvent déterminer nos opinions, non nos actions ; ils nous font croire et non pas agir ; on démontre ce qu’il faut penser, et non ce qu’il faut faire. Si cela est vrai pour tous les hommes, à plus forte raison l’est-il pour les jeunes gens encore enveloppés dans leurs sens, et qui ne pensent qu’autant qu’ils imaginent.
If hunting is ever an innocent pleasure, if it is at all suitable for man, then now is the time to resort to it. Émile possesses everything necessary to succeed in it; he is strong, skillful, patient, and indefatigable. Inevitably, he will take a liking to this activity; he will devote to it all the enthusiasm of his age; and at least for a time, he will lose those dangerous inclinations that arise from indulgence. Hunting toughens both the heart and the body; it accustoms one to bloodshed and cruelty. One has made Diana the enemy of love; and this metaphor is very apt: the languorous sentiments of love arise only in a state of gentle ease; intense exertion stifles tender feelings. In the woods, in the countryside, the lover and the hunter are affected in such different ways that they perceive the same objects through entirely distinct perspectives. The cool shadows, the groves, and the peaceful retreats that delight one lover are nothing but prey, traps, and hideouts for the other; where one hears only the chirping of birds and the rustling of leaves, the other imagines the howls of hounds and the barking of dogs; where one sees only nymphs and dryads, the other thinks of hunters, packs of dogs, and horses. Take these two kinds of men on a walk in the countryside; despite their different ways of speaking, you will soon realize that the earth appears differently to them, and that the course of their thoughts is just as varied as the nature of their pleasures.
I understand how these interests can come together and how one can finally find time for everything. But the passions of youth do not operate in this way: give them just one activity that they enjoy, and everything else will soon be forgotten. The diversity of desires stems from the variety of knowledge, and the first pleasures one experiences are often the only ones one seeks after for a long time. I don’t want all of Émile’s youth to be spent killing animals, nor do I claim to justify such a fierce passion in every case; it is enough if it helps to suppress a more dangerous inclination, allowing me to discuss it calmly and giving me the time to depict it without arousing it.
There are times in human life that are destined never to be forgotten. For Émile, such a time is the one related to his education—an experience that will influence the rest of his life. Let us therefore strive to engrave this education deeply in his memory so that it never fades away. One of the mistakes of our age is to rely too solely on reason, as if humans were merely intellectual beings. By neglecting the language of symbols that speak to the imagination, we have lost one of the most powerful means of communication. The impact of spoken words is always weak; indeed, it is far more effective to speak to the heart through the eyes than through the ears. In attempting to convey everything solely through reasoning, we have reduced our teachings to mere words—leaving nothing behind in action. Reason alone is not active; it can at best retain information, but rarely inspire action, and it has never accomplished anything truly great. To reason incessantly is merely the habit of weak-minded individuals. Strong souls possess a different language—one through which we persuade and motivate others to act.
I observe that in modern times, men have no means of affecting one another except through force and interest, whereas in ancient times, much more reliance was placed on persuasion and the affections of the soul—since the language of signs was not neglected at that time. All agreements were concluded with solemnity, in order to make them more inviolable. Before force came into play, gods served as the rulers of mankind; it was before them that individuals made their treaties, alliances, and promises. The surface of the earth itself was the book in which these agreements were recorded. Rocks, trees, and piles of stones consecrated by such acts, and thus held in reverence by barbarian peoples, served as the pages of this eternal record, open for all to see. The “well of the oath,” the ancient oak of Mambré, and other such monuments—though simple in form—were indeed august symbols of the sanctity of contracts. No one would have dared to desecrate them; and the faith of men was thus far more secure under the guarantee of these silent witnesses than it is today under all the arbitrary rigors of law.
In the government, the majestic symbols of royal power imposed themselves upon the peoples. Symbols of dignity—a throne, a scepter, a purple robe, a crown, a bandage—were regarded as sacred by them. These revered signs made the person adorned with them seem venerable in their eyes; without soldiers or threats, obedience was ensured whenever they spoke. Now, however, these symbols are pretended to be abolished[452]. What happens as a result of this contempt? The majesty of kings disappears from all hearts; kings are now forced to rely solely on troops to ensure obedience, and the respect of their subjects is merely born out of fear of punishment. Kings no longer bother to wear their crowns, nor do the nobles display the signs of their dignity; yet they must now have hundreds of thousands of arms always at their disposal to enforce their orders. Although this may seem more impressive on the surface, it is clear that in the long run, such a system will not benefit them in the slightest.
What the ancients achieved through oratory is truly remarkable; yet this art did not merely consist in well-crafted speeches. Its greatest effect was often achieved when the speaker said the least. What was conveyed most vividly was not expressed in words, but through gestures and symbols—people did not “say” it, they “showed” it. When an object is presented before one’s eyes, it stirs the imagination, arouses curiosity, and keeps the mind eagerly awaiting what will follow; often, that single object alone conveys everything that needs to be said. Thrasybule and Tarquin beheading poppies, Alexander placing his seal on the mouth of his favorite, Diogenes walking in front of Zeno—did they not communicate more effectively than if they had delivered lengthy speeches? What sequence of words could have conveyed the same ideas just as well? When Darius was stationed in Scythia with his army, the Scythian king presented him with a bird, a frog, a mouse, and five arrows. The ambassador simply returned these gifts without saying a word. In our day, such a person would be considered insane. Yet this seemingly meaningless gesture was heard, and Darius hurried back to his country as quickly as possible. Replace these symbols with letters—if they are more threatening, they will be less effective in frightening anyone; they would merely amount to empty bravado that Darius would have dismissed with a laugh.
What attention the Romans paid to the language of symbols! Different garments depending on age and social status; togas, robes, sashes, decrees, shoulder straps, chairs, lictors, fasces, axes, crowns made of gold, leaves, ovations, triumphs—everything among them was a form of display, representation, ceremony, and everything had the power to move the hearts of their citizens. It was important for the state that the people gather in one place rather than another; that they see or not see the Capitol; that they face the senate or not; that they deliberate on certain days preferentially. Accused persons would change their clothing, candidates would do the same; warriors did not boast about their exploits but showed their wounds. At the death of Caesar, I imagine one of our orators, wishing to move the crowd, would exhaust all the conventional rhetorical tropes in order to deliver a poignant description of his wounds, his blood, his corpse—yet Antonius, despite being eloquent, did not say any of this; he simply had the body brought forward. What rhetoric!
But this digression gradually leads me away from my subject, just as many other things do; moreover, these deviations occur too frequently to be prolonged or acceptable. Therefore, I will return to my main topic.
Never reason with the young in a dry, formal manner. Clothe reason in tangible forms if you wish to make it understandable to them. Let the language of the mind be conveyed through the heart, so that it may be heard. I repeat: cold arguments may determine our opinions, but not our actions; they make us believe, not act. We demonstrate what should be thought, not what should be done. If this is true for all men, it is all the more true for young people, who are still immersed in their senses and think only through what they imagine.
Se mai la caccia è stata un piacere innocente, se mai è stata adatta all’uomo, è ora che si debba ricorrervi. Émile possiede tutto ciò che serve per riuscirci: è robusto, abile, paziente, instancabile. Inevitabilmente svilupperà un gusto per questo sport; vi metterà tutta la passione della sua età; almeno per un certo periodo, perderà quelle pericolose inclinazioni che nascono dalla debolezza. La caccia rafforza sia il cuore che il corpo; abitua all’uso del sangue, alla crudeltà. Si è fatto di Diana l’avversaria dell’amore. E l’analogia è molto appropriata: le tenerezze dell’amore nascono soltanto in un dolce riposo; un esercizio violento soffoca i sentimenti teneri. Nei boschi, nei luoghi campestri, l’amante e il cacciatore sono profondamente diversi nel modo in cui reagiscono agli stessi oggetti: per l’uno, gli ombreggi freschi, i boschetti, i ripari dolci rappresentano soltanto prede, trappole, nascondigli; per l’altro, sono soltanto immagini di cacciatori, cani, rumori di inseguimenti. Camminate in campagna con queste due tipologie di persone: a parte la diversità del loro linguaggio, noterete presto che la terra non ha lo stesso aspetto per entrambi, e che i loro pensieri, così come i loro piaceri, sono profondamente diversi.
Capisco come questi gusti possano unirsi e come si riesca finalmente a trovare del tempo per tutto. Ma le passioni della gioventù non si condividono in questo modo: datele un’unica occupazione che le piaccia, e il resto verrà presto dimenticato. La varietà dei desideri deriva dalla diversità delle conoscenze, e i primi piaceri che si sperimentano sono spesso gli unici che si cercano per molto tempo. Non voglio che tutta la gioventù di Émile trascorra uccidendo animali, e non pretendo nemmeno di giustificare del tutto questa feroce passione; mi basta che serva a placare una passione ancora più pericolosa, così da poter parlare di essa con calma e avere il tempo di descriverla senza eccitarla.
Ci sono periodi nella vita umana che sono fatti per non essere mai dimenticati. Per Émile, tale periodo è quello dell’educazione di cui parlo; esso dovrà influenzare il resto dei suoi giorni. Cerchiamo quindi di imprimere queste idee nella sua memoria in modo che non vengano mai dimenticate. Uno degli errori del nostro tempo consiste nell’utilizzare la ragione in modo troppo astratto, come se gli esseri umani fossero soltanto intelletti. Ignorando il linguaggio dei segni che parlano all’immaginazione, abbiamo perso il mezzo più potente per comunicare. L’impressione prodotta dalle parole è sempre debole; parlare al cuore attraverso gli occhi è molto più efficace che farlo attraverso le orecchie. Volendo affidare tutto alla ragione, abbiamo ridotto i nostri insegnamenti a semplici parole; non abbiamo però messo nulla nelle azioni concrete. La sola ragione, infatti, non è attiva: a volte ricorda, raramente stimola, e mai ha realizzato nulla di grande. Pensare sempre in termini razionali è la caratteristica delle menti deboli. Gli spiriti forti, invece, possiedono un altro linguaggio: è attraverso questo linguaggio che si persuade e si induce alle azioni.
Osservo che, nei secoli moderni, gli uomini non hanno più alcun legame reciproco se non attraverso la forza e l’interesse, mentre gli antichi agivano molto di più attraverso la persuasione e le affezioni dell’anima, poiché non trascuravano il linguaggio dei segni. Tutte le convenzioni venivano stipulate con solennità al fine di renderle più inviolabili: prima che la forza diventasse l’unico strumento per stabilire i rapporti tra gli uomini, gli dèi erano i “magistrati” dell’umanità; davanti a loro le persone concludevano trattati, alleanze e pronunciavano promesse; la superficie della terra costituiva il libro in cui venivano conservate queste testimonianze. Rocce, alberi, cumuli di pietre consacrati da tali atti e rispettati dagli uomini primitivi rappresentavano i “fogli” di questo libro, sempre aperto davanti agli occhi di tutti. Il pozzo del giuramento, il vecchio quercio di Mambré, ecco quali erano i monumenti rozzi, ma sacri, della validità dei contratti; nessuno avrebbe osato attentare a questi simboli con un atto sacrilego; e la fiducia degli uomini era più salda grazie alla garanzia di questi testimoni silenziosi, di quanto non lo sia oggi con tutta la rigidezza delle leggi.
Nel governo, l’imponente struttura del potere reale impondeva rispetto ai popoli. Segni di dignità come un trono, uno scettro, una veste porpora, una corona e un nastro erano considerati per loro cose sacre. Questi simboli li facevano rispettare l’uomo che li indossava: senza soldati, senza minacce, bastava che parlasse perché venisse obbedito. Ora che si cerca di abolire questi segni[452], cosa ne consegue? La maestà reale scompare dai cuori di tutti; i re riescono a farsi obbedire soltanto con l’uso della forza militare, e il rispetto dei sudditi si riduce alla sola paura delle punizioni. I re non hanno più bisogno di indossare la loro corona, né i nobili i segni della loro dignità; tuttavia è necessario disporre di centomila braccia sempre pronte ad eseguire i loro ordini. Anche se questo potrebbe sembrare più “bello”, è facile intuire che, a lungo andare, questo cambiamento non porterà loro alcun vantaggio.
Quello che gli antichi riuscirono a fare attraverso l’eloquenza è davvero straordinario: ma tale eloquenza non consisteva soltanto in bei discorsi ben congegnati; e mai ebbe maggior effetto quando l’oratore parlava meno. Ciò che veniva espresso con maggiore intensità non avveniva attraverso le parole, ma attraverso dei segni: non si diceva, si mostrava. L’oggetto presentato agli occhi scuoteva l’immaginazione, stimolava la curiosità, teneva l’intelletto in attesa di ciò che sarebbe stato detto. E spesso, soltanto quell’oggetto bastava a esprimere tutto. Thrasybule e Tarquin tagliando le teste dei papaveri, Alessandro apponendo il proprio sigillo sulla bocca del suo favorito, Diogene camminando davanti a Zenone, non parlavano forse meglio di quanto avrebbero potuto fare con lunghi discorsi? Quale serie di parole avrebbe potuto esprimere altrettanto efficacemente le stesse idee? Dario, impegnato in Scizia con il suo esercito, ricevette dal re degli Sciti un uccello, una rana, un topo e cinque frecce. L’ambasciatore consegnò il dono e se ne tornò senza dire nulla. Oggi, quest’uomo sarebbe considerato pazzo. Quell’“orazione” terribile fu ascoltata. E Dario non ebbe alcuna fretta di tornare nel suo paese, per quanto possibile in fretta. Sostituite questi segni con una lettera: più essa sarà minacciosa, meno spaventerà. Sarà soltanto una fanfaronata di cui Dario avrebbe riso.
Quanta attenzione i Romani dedicavano al linguaggio dei segni! Abiti diversi a seconda dell’età e delle condizioni sociali; toge, mantelli, pretesti ufficiali, decreti imperiali, laticlavi, sedie d’onore, littori, fasci, asce, corone dorate fatte di erbe o foglie. Tutto in loro era un simbolo, una rappresentazione, una cerimonia; tutto aveva il potere di commuovere i cuori dei cittadini. Per lo Stato era importante che il popolo si radunasse in un luogo piuttosto che in un altro; che vedesse o meno il Campidoglio; che fosse rivolto verso il senato o no; che deliberasse in un determinato giorno per preferenza. Gli imputati cambiavano abito, i candidati facevano lo stesso; i guerrieri non si vantavano delle loro imprese, ma mostravano le proprie ferite. Alla morte di Cesare, immagino uno dei nostri oratori, volendo commuovere il popolo, esaurire tutti gli stereotipi retorici per descrivere in modo pathetico le sue ferite, il suo sangue, il suo cadavere. Antonio, pur essendo eloquente, non disse nulla di tutto ciò; fece semplicemente portare il corpo. Che retorica!
Ma questa digressione mi allontana gradualmente dal mio argomento, proprio come fanno molte altre; inoltre, questi deviazamenti sono troppo frequenti per poter essere prolungati e tollerabili. Quindi torno al tema principale.
Non ragionate mai in modo freddo con i giovani. Indossate la ragione attraverso il corpo, se volete renderla percepibile a loro; fate passare attraverso il cuore il linguaggio dell’intelletto, affinché possa essere ascoltato. Lo ripeto: gli argomenti freddi possono influenzare le nostre opinioni, ma non le nostre azioni; ci fanno credere, ma non agire; dimostriamo ciò che bisogna pensare, ma non ciò che bisogna fare. Se questo è vero per tutti gli uomini, tanto più lo è per i giovani, ancora avvolti nei loro sensi e che pensano soltanto nella misura in cui immaginano.
Je me garderai donc bien, même après les préparations dont j’ai parlé, d’aller tout d’un coup dans la chambre d’Émile lui faire lourdement un long discours sur le sujet dont je veux l’instruire. Je commencerai par émouvoir son imagination ; je choisirai le temps, le lieu, les objets les plus favorables à l’impression que je veux faire ; j’appellerai, pour ainsi dire, toute la nature à témoin de nos entretiens ; j’attesterai l’Être éternel, dont elle est l’ouvrage, de la vérité de mes discours ; je le prendrai pour juge entre Émile et moi ; je marquerai la place où nous sommes, les rochers, les bois, les montagnes qui nous entourent pour monuments de ses engagements et des miens ; je mettrai dans mes yeux, dans mon accent, dans mon geste, l’enthousiasme et l’ardeur que je lui veux inspirer. Alors je lui parlerai et il m’écoutera, je m’attendrirai et il sera ému. En me pénétrant de la sainteté de mes devoirs je lui rendrai les siens plus respectables ; j’animerai la force du raisonnement d’images et de figures ; je ne serai point long et diffus en froides maximes, mais abondant en sentiments qui débordent ; ma raison sera grave et sentencieuse, mais mon coeur n’aura jamais assez dit. C’est alors qu’en lui montrant tout ce que j’ai fait pour lui, je le lui montrerai comme fait pour moi-même, il verra dans ma tendre affection la raison de tous mes soins. Quelle surprise, quelle agitation je vais lui donner en changeant tout à coup de langage ! au lieu de lui rétrécir l’âme en lui parlant toujours de son intérêt, c’est du mien seul que je lui parlerai désormais, et je le toucherai davantage ; j’enflammerai son jeune coeur de tous les sentiments d’amitié, de générosité, de reconnaissance, que j’ai fait naître, et qui sont si doux à nourrir. Je le presserai contre mon sein en versant sur lui des larmes d’attendrissement ; je lui dirai : Tu es mon bien, mon enfant, mon ouvrage ; c’est de ton bonheur que j’attends le mien : si tu frustres mes espérances, tu me voles vingt ans de ma vie, et tu fais le malheur de mes vieux jours. C’est ainsi qu’on se fait écouter d’un jeune homme, et qu’on grave au fond de son coeur le souvenir de ce qu’on lui dit.
Jusqu’ici j’ai tâché de donner des exemples dans la manière dont un gouverneur doit instruire son disciple dans les occasions difficiles. J’ai tenté d’en faire autant dans celle-ci ; mais, après bien des essais, j’y renonce, convaincu que la langue française est trop précieuse pour supporter jamais dans un livre la naïveté des premières instructions sur certains sujets.
La langue française est, dit-on, la plus chaste des langues ; je la crois, moi, la plus obscène : car il me semble que la chasteté d’une langue ne consiste pas à éviter avec soin les tours déshonnêtes, mais à ne les pas avoir. En effet, pour les éviter, il faut qu’on y pense ; et il n’y a point de langue où il soit plus difficile de parler purement en tout sens que la française. Le lecteur, toujours plus habile à trouver des sens obscènes que l’auteur à les écarter, se scandalise et s’effarouche de tout. Comment ce qui passe par des oreilles impures ne contracterait-il pas leur souillure ? Au contraire, un peuple de bonnes moeurs a des termes propres pour toutes choses ; et ces termes sont toujours honnêtes, parce qu’ils sont toujours employés honnêtement. Il est impossible d’imaginer un langage plus modeste que celui de la Bible, précisément parce que tout y est dit avec naïveté. Pour rendre immodestes les mêmes choses, il suffit de les traduire en français. Ce que je dois dire à mon Émile n’aura rien que d’honnête et de chaste à son oreille ; mais, pour le trouver tel à la lecture, il faudrait avoir un coeur aussi pur que le sien.
Je penserais même que des réflexions sur la véritable pureté du discours et sur la fausse délicatesse du vice pourraient tenir une place utile dans les entretiens de morale où ce sujet nous conduit ; car, en apprenant le langage de l’honnêteté, il doit apprendre aussi celui de la décence, et il faut bien qu’il sache pourquoi ces deux langages sont si différents. Quoi qu’il en soit, je soutiens qu’au lieu des vains préceptes, dont on rebat avant le temps les oreilles de la jeunesse, et dont elle se moque à l’âge où ils seraient de raison ; si l’on attend, si l’on prépare le moment de se faire entendre ; qu’alors on lui expose les lois de la nature dans toute leur vérité ; qu’on lui montre la sanction de ces mêmes lois dans les maux physiques et moraux qu’attire leur infractions sur les coupables ; qu’en lui parlant de cet inconcevable mystère de la génération, l’on joigne à l’idée de l’attrait que l’auteur de la nature donne à cet acte celle de l’attachement exclusif qui le rend délicieux, celle des devoirs de fidélité, de pudeur, qui l’environnent, et qui redoublent son charme en remplissant son objet ; qu’en lui peignant le mariage, non seulement comme la plus douce des sociétés, mais comme le plus inviolable et le plus saint de tous les contrats, on lui dise avec force toutes les raisons qui rendent un noeud si sacré respectable à tous les hommes, et qui couvrent de haine et de malédictions quiconque ose en souiller la pureté ; qu’on lui fasse un tableau frappant et vrai des horreurs de la débauche, de son stupide abrutissement, de la pente insensible par laquelle un premier désordre conduit à tous, et traîne enfin celui qui s’y livre à sa perte ; si, dis-je, on lui montre avec évidence comment au goût de la chasteté tiennent la santé, la force, le courage, les vertus, l’amour même, et tous les vrais biens de l’homme ; je soutiens qu’alors on lui rendra cette même chasteté désirable et chère, et qu’on trouvera son esprit docile aux moyens qu’on lui donnera pour la conserver : car tant qu’on la conserve, on la respecte ; on ne la méprise qu’après l’avoir perdue.
Il n’est point vrai que le penchant au mal soit indomptable, et qu’on ne soit pas maître de le vaincre avant d’avoir pris l’habitude d’y succomber. Aurélius Victor dit[453] que plusieurs hommes transportés d’amour achetèrent volontairement de leur vie une nuit de Cléopâtre, et ce sacrifice n’est pas impossible à l’ivresse de la passion. Mais supposons que l’homme le plus furieux, et qui commande le moins à ses sens, vît l’appareil du supplice, sûr d’y périr dans les tourments un quart d’heure après ; non seulement cet homme, dès cet instant, deviendrait supérieur aux tentations, il lui en coûterait même peu de leur résister : bientôt l’image affreuse dont elles seraient accompagnées le distrairait d’elles ; et, toujours rebutées, elles se lasseraient de revenir. C’est la seule tiédeur de notre volonté qui fait toute notre faiblesse, et l’on est toujours fort pour faire ce qu’on veut fortement ; Volenti nihil difficile. Oh ! si nous détestions le vice autant que nous aimons la vie, nous nous abstiendrions aussi aisément d’un crime agréable que d’un poison mortel dans un mets délicieux.
Comment ne voit-on pas que, si toutes les leçons qu’on donne sur ce point à un jeune homme sont sans succès, c’est qu’elles sont sans raison pour son âge, et qu’il importe à tout âge de revêtir la raison des formes qui la fassent aimer ? Parlez-lui gravement quand il le faut ; mais que ce que vous lui dites ait toujours un attrait qui le force à vous écouter. Ne combattez pas ses désirs avec sécheresse ; n’étouffez pas son imagination, guidez-la de peur qu’elle n’engendre des monstres. Parlez-lui de l’amour, des femmes, des plaisirs ; faites qu’il trouve dans vos conversations un charme qui flatte son jeune coeur ; n’épargnez rien pour devenir son confident : ce n’est qu’à ce titre que vous serez vraiment son maître. Alors ne craignez plus que vos entretiens l’ennuient ; il vous fera parler plus que vous ne voudrez.
Therefore, even after making the preparations I have mentioned, I would never suddenly go into Émile’s room to deliver a long and earnest speech on the subject I wish to instruct him about. I would begin by stirring his imagination; I would choose the right time, place, and objects that would best convey the impression I desired; I would, so to speak, invite nature itself to witness our conversation; I would invoke the Eternal Being, of whom nature is a work, to attest to the truth of my words; I would present Him as a judge between Émile and me; I would mark the rocks, forests, and mountains surrounding us as witnesses to his promises and mine; I would infuse my eyes, tone of voice, and gestures with the enthusiasm and fervor I wished to inspire in him. Then I would speak to him, and he would listen; I would become moved, and he would be touched. By imbuing myself with the sanctity of my duties, I would make his own obligations seem even more honorable; I would use vivid images and metaphors to strengthen the power of reasoning; I would not dwell on cold maxims, but rather express myself through overflowing emotions; my reason would be grave and persuasive, but my heart would never cease speaking. In this way, by showing him everything I had done for him, I would present it as if it were done for myself—he would see in my tender affection the reason behind all my care for him. What a surprise, what an agitation such a sudden change in approach would bring to him! Instead of narrowing his horizons by always speaking of his own interests, I would now speak solely of mine, and thus touch him more deeply; I would kindle in his young heart all those sentiments of friendship, generosity, and gratitude that I had nurtured—and which are so delightful to nurture. I would press him against my bosom, shedding tears of emotion; I would tell him: “You are my treasure, my child, my creation; your happiness is the source of mine own happiness. If you crush my hopes, you steal twenty years from my life and bring sorrow to my old age.” This is how one can make a young man listen—and how one can engrave the memory of what is said deep into his heart.
Thus far, I have tried to provide examples of how a governor should instruct his disciple in difficult circumstances. I also attempted to do the same in this case; but after many attempts, I give up, convinced that the French language is too precious to tolerate the naivety of such introductory instructions on certain subjects within a book.
It is said that the French language is the purest of all languages; I, however, believe it to be the most obscene: for I think that the purity of a language does not lie in carefully avoiding indecent expressions, but rather in never using them at all. Indeed, to avoid them requires deliberate thought; and there is no language in which it is more difficult to speak purely in every sense than French. The reader, far more adept at finding obscene meanings than the author at preventing them, is scandalized and horrified by everything. How could anything that passes through impure ears not become tainted by them? On the contrary, a people of good morals possesses proper terms for all things; and these terms are always honest, because they are always used in an honest manner. It is impossible to imagine a more modest language than that of the Bible, precisely because everything in it is expressed with innocence. To render the same things indecent, it is sufficient to translate them into French. What I have to say to my Émile will sound entirely honest and pure to his ears; but to find it truly so upon reading it, one would need a heart as pure as his own.
I would even say that reflections on the true purity of speech and on the false delicacy of vice could play a useful role in moral discussions; for by learning the language of honesty, one must also learn the language of decency, and it is essential to understand why these two languages are so different. In any case, I argue that instead of empty precepts that are prematurely presented to young people and that they laugh at when they would be most appropriate; if we wait, if we prepare the right moment to convey our message; if we present to them the laws of nature in all their truth; if we show them the consequences of violating these laws, both in physical and moral suffering for those who commit wrongdoing; if, when discussing this incomprehensible mystery of reproduction, we combine the idea of the natural attraction inherent in this act with the sense of exclusive devotion that makes it so delightful, as well as the duties of fidelity and modesty that surround it and enhance its allure by fulfilling its purpose; if we depict marriage not only as the sweetest form of society but also as the most inviolable and sacred of all relationships, then we will convey to them all the reasons why such a bond is so revered by everyone, and why those who dare to defile its purity deserve hatred and condemnation; if we paint a vivid and truthful picture of the horrors of debauchery, its stupid degradation, and the inevitable downward spiral that one initial lapse leads to, ultimately resulting in ruin for those who indulge in it; if we clearly demonstrate how the pursuit of chastity is linked to health, strength, courage, virtue, even love, and all the true blessings of human life; then I believe we will make this very chastity desirable and cherished by them, and their minds will be open to accepting the means necessary to preserve it. For as long as one preserves chastity, they respect it; only after losing it do they begin to despise it.
It is not true that a tendency toward evil is invincible, or that one cannot overcome it unless they have first grown accustomed to yielding to it. Aurelius Victor states[453] that many men, driven by passion, willingly sacrificed their lives for a single night with Cleopatra—and such a sacrifice is not impossible when one is overwhelmed by the fervor of desire. But suppose the most furious man, the one who least controls his senses, were to see the instruments of torture and know that he would die in agony within fifteen minutes; not only would he immediately become stronger than those temptations, it would cost him little effort to resist them. Soon, the terrible images associated with those tormentors would distract him from their allure; and, constantly repelled, they would eventually cease to return. It is merely the weakness of our will that makes us vulnerable—yet we are always strong enough to do whatever we resolve to do firmly. “Nothing is difficult for one who is determined.” Oh! if we hated vice as much as we cherish life, we would refrain from committing even the most pleasing of sins just as easily as we would avoid consuming a deadly poison in a delicious meal.
How is it possible not to see that, if all the lessons given on this subject to a young man prove unsuccessful, it is because they are unsuitable for his age? At every stage of life, it is essential to present reason in forms that make it appealing. Speak to him seriously when necessary; but ensure that what you say always possesses an appeal that compels him to listen. Do not combat his desires in a harsh manner; do not stifle his imagination—rather, guide it so that it does not give rise to harmful or monstrous ideas. Talk to him about love, women, and pleasures; make sure your conversations possess a charm that pleases his young heart. Spare no effort to become his confidant—for only in that role can you truly be his master. Then, do not worry that your discussions will bore him; he will seek your company more eagerly than you might expect.
Quindi, anche dopo le preparazioni di cui ho parlato, mi asterrò assolutamente dal recarmi improvvisamente nella stanza di Émile per fargli un lungo discorso sull’argomento che desidero insegnargli. Comincerò col stimolare la sua immaginazione; sceglierò il momento, il luogo e gli oggetti più adatti a suscitare l’impressione che voglio trasmettergli; chiamerò, per così dire, tutta la natura a testimoniare delle nostre conversazioni; invocherò l’Essere Eterno, di cui essa è l’opera, a confermare la veridicità dei miei discorsi; lo prenderò come giudice tra me ed Émile; segnerò con precisione il luogo in cui ci troviamo, le rocce, i boschi, le montagne che ci circondano, affinché diventino testimonianze dei suoi impegni e dei miei. Metterò nel mio sguardo, nel mio tono di voce, nel mio gesto tutto l’entusiasmo e la passione che desidero ispirargli. Allora gli parlerò e lui mi ascolterà; mi commuoverò e anche lui sarà toccato. Rendendomi conto della sacralità dei miei doveri, renderò i suoi ancora più rispettabili; darò vita alla forza del ragionamento attraverso immagini e metafore; non sarò prolisso in fredde massime, ma ricco di sentimenti che traboccano dall’animo; la mia ragione sarà seria e persuasiva, ma il mio cuore parlerà senza sosta. In quel momento, mostrandogli tutto ciò che ho fatto per lui, gli farò capire che l’ho fatto anche per me stesso; vedrà nella mia affettuosa premura la ragione di tutti i miei sforzi. Che sorpresa, che emozione gli procurerò cambiando improvvisamente tono! Invece di restringere il suo spirito parlandogli sempre del suo interesse personale, parlerò ora soltanto del mio, e lo commuoverò ancora di più; infiammerò il suo giovane cuore con tutti quei sentimenti di amicizia, generosità e riconoscenza che ho suscitato in lui, e che sono così dolci da coltivare. Lo stringerò al mio petto versandogli lacrime di commozione; gli dirò: “Tu sei il mio bene, il mio bambino, l’opera mia; dal tuo felicità dipende la mia stessa felicità: se deludi le mie speranze, mi rubi vent’anni della mia vita e rendi infelici i miei ultimi anni”. È così che si riesce ad essere ascoltati da un giovane uomo, e che si imprime nel profondo del suo cuore il ricordo di ciò che gli si dice.
Finora ho cercato di fornire esempi del modo in cui un governante dovrebbe istruire il proprio discepolo nelle situazioni difficili. Ho provato a farlo anche in questo caso; tuttavia, dopo molti tentativi, rinuncio, convinto che la lingua francese sia troppo preziosa per poter tollerare, all’interno di un libro, la naïvetà delle prime istruzioni su certi argomenti.
Si dice che la lingua francese sia la più casta tra tutte le lingue; io, invece, credo che sia la più oscena: perché mi sembra che la “castità” di una lingua non consista nel evitare con cura i termini volgari o indecenti, ma nel non averne affatto bisogno. Infatti, per evitarli, è necessario pensarci attentamente; e non esiste lingua in cui sia più difficile parlare in modo puro, in ogni senso, della francese. Il lettore, sempre più abile nel individuare significati osceni di quanto lo sia l’autore nell’escluderli, si scandalizza e si spaventa di tutto. Come potrebbe ciò che passa attraverso orecchie impure non contaminarle? Al contrario, un popolo dalle buone maniere possiede termini specifici per ogni cosa; e questi termini sono sempre onesti, perché vengono sempre usati in modo onesto. È impossibile immaginare una lingua più modesta di quella della Bibbia, proprio perché tutto vi è espresso con semplicità e sincerità. Per rendere osceni gli stessi concetti, basta tradurli in francese. Quello che devo dire al mio Émile non avrà nulla di indecente o volgare alle sue orecchie; ma per considerarlo tale nella lettura, sarebbe necessario avere un cuore altrettanto puro del suo.
Penso persino che riflessioni sulla vera purezza del discorso e sulla falsa delicatezza del vizio possano svolgere un ruolo utile nei dibattiti morali; infatti, imparando il linguaggio dell’onestà, è necessario anche imparare quello della decenza, e bisogna assolutamente comprendere perché questi due linguaggi siano così diversi. In ogni caso, sostengo che, invece di insegnamenti vani che vengono ripetuti troppo presto alle giovani menti e di cui queste si prendono gioco quando sarebbe opportuno farli riflettere seriamente; se ci si aspetta il momento giusto e si prepara adeguatamente per farsi ascoltare, allora si possono esporre loro le leggi della natura nella loro intera verità, mostrare come queste stesse leggi comportino conseguenze negative, sia fisiche che morali, quando vengono violate; parlando con loro di questo mistero incomprensibile della generazione, si può unire all’idea dell’attrazione che la natura esercita su questo atto anche quella del legame esclusivo che lo rende così piacevole, nonché dei doveri di fedeltà e pudore che lo circondano e che raddoppiano il suo fascino; descrivendo il matrimonio non solo come la società più dolce, ma anche come il contratto più sacro e inviolabile di tutti, si possono esporre con forza tutte le ragioni per cui un legame così sacro merita rispetto da parte di tutti gli uomini, e si può far sì che chi osa contaminarne la purezza venga odiato e maledetto; inoltre, si possono fornire loro immagini vivide e reali delle orrori della dissolutezza, del suo stupido obnubilamento, della strada insidiosa lungo cui un primo errore conduce a tutti gli altri disordini, portando infine chi vi si abbandona alla rovina; se, dico io, si può dimostrare loro chiaramente come il gusto per la castità sia legato alla salute, alla forza, al coraggio, alle virtù, all’amore stesso e a tutti i veri beni dell’uomo, allora si renderà questa stessa castità desiderabile e preziosa, e si otterrà che il loro spirito diventi docile nei confronti dei mezzi che verranno proposti per mantenerla: infatti, finché la si mantiene, la si rispetta; solo dopo averla persa si inizia a disprezzarla.
Non è vero che la tendenza al male sia indomabile, né che non si possa vincerla una volta presa l’abitudine di cederle. Aurelio Vittore afferma[453] che molti uomini, sopraffatti dall’amore, sono stati disposti a sacrificare volontariamente la propria vita per trascorrere una notte con Cleopatra; un simile sacrificio non è nemmeno impossibile quando si è presi dalla follia della passione. Ma supponiamo che l’uomo più irragionevole, quello che meno riesce a controllare i propri sensi, veda l’apparato del supplizio e sappia di dover morire tra atroci sofferenze entro un quarto d’ora: non solo in quel momento diventerebbe capace di resistere alle tentazioni, ma gli costerebbe anche poco farlo; presto l’immagine orribile che queste tentazioni comportano lo distoglierebbero da esse, e, sempre respinte, alla fine si stancherebbero di tornare. È soltanto la debolezza della nostra volontà a renderci così vulnerabili; quando invece vogliamo qualcosa con determinazione, nulla ci sembra impossibile, “Volenti nihil difficile”. Oh! Se odiassimo il vizio tanto quanto amiamo la vita, ci astenneremmo altrettanto facilmente da un crimine piacevole quanto da un veleno mortale presente in un cibo delizioso.
Come si può non rendersi conto che, se tutte le lezioni che si impartiscono in questo ambito a un giovane risultano inefficaci, è perché esse non sono appropriate alla sua età, e che, a qualsiasi età, sia importante che le idee vengano presentate in forme tali da essere apprezzate? Parlate con lui seriamente quando è necessario; ma ciò che dite debba sempre possedere un fascino tale da costringerlo ad ascoltare. Non contrastate i suoi desideri in modo brusco; non soffocate la sua immaginazione, guidatela piuttosto affinché non generi idee negative o pericolose. Parlategli d’amore, di donne, di piaceri; fate sì che nelle vostre conversazioni trovi un fascino in grado di compiacere il suo giovane cuore; non risparmiate nulla per diventare il suo confidente: solo in questo modo potrete davvero essere il suo maestro. Allora non temete più che le vostre conversazioni lo noiano; sarà lui stesso a farvi parlare più di quanto vorreste.
Je ne doute pas un instant que, si sur ces maximes j’ai su prendre toutes les précautions nécessaires, et tenir à mon Émile les discours convenables à la conjoncture où le progrès des ans l’a fait arriver, il ne vienne de lui-même au point où je veux le conduire, qu’il ne se mette avec empressement sous ma sauvegarde, et qu’il ne me dise avec toute la chaleur de son âge, frappé des dangers dont il se voit environné : O mon ami, mon protecteur, mon maître, reprenez l’autorité que vous voulez déposer au moment qu’il m’importe le plus qu’elle vous reste ; vous ne l’aviez jusqu’ici que par ma faiblesse, vous l’aurez maintenant par ma volonté, et elle m’en sera plus sacrée. Défendez-moi de tous les ennemis qui m’assiègent, et surtout de ceux que je porte avec moi, et qui me trahissent ; veillez sur votre ouvrage, afin qu’il demeure digne de vous. Je veux obéir à vos lois, je le veux toujours, c’est ma volonté constante ; si jamais je vous désobéis, ce sera malgré moi : rendez-moi libre en me protégeant contre mes passions qui me font violence ; empêchez-moi d’être leur esclave, et forcez-moi d’être mon propre maître en n’obéissant point à mes sens, mais à ma raison.
Quand vous aurez amené votre élève à ce point (et s’il n’y vient pas, ce sera votre faute), gardez-vous de le prendre trop vite au mot, de peur que, si jamais votre empire lui paraît trop rude, il ne se croie en droit de s’y soustraire en vous accusant de l’avoir surpris. C’est en ce moment que la réserve et la gravité sont à leur place ; et ce ton lui en imposera d’autant plus, que ce sera la première fois qu’il vous l’aura vu prendre.
Vous lui direz donc : Jeune homme, vous prenez légèrement des engagements pénibles ; il faudrait les connaître pour être en droit de les former : vous ne savez pas avec quelle fureur les sens entraînent vos pareils dans le gouffre des vices, sous l’attrait du plaisir. Vous n’avez point une âme abjecte, je le sais bien ; vous ne violerez jamais votre foi ; mais combien de fois peut-être vous vous repentirez de l’avoir donnée ! combien de fois vous maudirez celui qui vous aime, quand, pour vous dérober aux maux qui vous menacent, il se verra forcé de vous déchirer le coeur ! Tel qu’Ulysse, ému du chant des Sirènes, criait à ses conducteurs de le déchaîner, séduit par l’attrait des plaisirs, vous voudrez briser les liens qui vous gênent ; vous m’importunerez de vos plaintes ; vous me reprocherez ma tyrannie quand je serai le plus tendrement occupé de vous ; en ne songeant qu’à vous rendre heureux, je m’attirerai votre haine. O mon Émile, je ne supporterai jamais la douleur de t’être odieux ; ton bonheur même est trop cher à ce prix. Bon jeune homme, ne voyez-vous pas qu’en vous obligeant à m’obéir, vous m’obligez à vous conduire, à m’oublier pour me dévouer à vous, à n’écouter ni vos plaintes, ni vos murmures, à combattre incessamment vos désirs et les miens. Vous m’imposez un joug plus dur que le vôtre. Avant de nous en charger tous deux, consultons nos forces ; prenez du temps, donnez-m’en pour y penser, et sachez que le plus lent à promettre est toujours le plus fidèle à tenir.
Sachez aussi vous-même que plus vous vous rendez difficile sur l’engagement, et plus vous en facilitez l’exécution. Il importe que le jeune homme sente qu’il promet beaucoup, et que vous promettez encore plus. Quand le moment sera venu, et qu’il aura, pour ainsi dire, signé le contrat, changez alors de langage, mettez autant de douceur dans votre empire que vous avez annoncé de sévérité. Vous lui direz : Mon jeune ami, l’expérience vous manque, mais j’ai fait en sorte que la raison ne vous manquât pas. Vous êtes en état de voir partout les motifs de ma conduite ; il ne faut pour cela qu’attendre que vous soyez de sang-froid. Commencez toujours par obéir, et puis demandez-moi compte de mes ordres ; je serai prêt, à vous en rendre raison sitôt que vous serez en état de m’entendre, et je ne craindrai jamais de vous prendre pour juge entre vous et moi. Vous promettez d’être docile, et moi je promets de n’user de cette docilité que pour vous rendre le plus heureux des hommes. J’ai pour garant de ma promesse le sort dont vous avez joui jusqu’ici. Trouvez quelqu’un de votre âge qui ait passé une vie aussi douce que la vôtre, et je ne vous promets plus rien.
Après l’établissement de mon autorité, mon premier soin sera d’écarter la nécessité d’en faire usage. Je n’épargnerai rien pour m’établir de plus en plus dans sa confiance, pour me rendre de plus en plus le confident de son coeur et l’arbitre de ses plaisirs. Loin de combattre les penchants de son âge, je les consulterai pour en être le maître ; j’entrerai dans ses vues pour les diriger, je ne lui chercherai point aux dépens du présent un bonheur éloigné. Je ne veux point qu’il soit heureux une fois, mais toujours, s’il est possible.
Ceux qui veulent conduire sagement la jeunesse pour la garantir des pièges des sens lui font horreur de l’amour, et lui feraient volontiers un crime d’y songer à son âge, comme si l’amour était fait pour les vieillards. Toutes ces leçons trompeuses que le coeur dément ne persuadent point. Le jeune homme, conduit par un instinct plus sûr, rit en secret des tristes maximes auxquelles il feint d’acquiescer, et n’attend que le moment de les rendre vaines. Tout cela est contre la nature. En suivant une route opposée, j’arriverai plus sûrement au même but. Je ne craindrai point de flatter en lui le doux sentiment dont il est avide ; je le lui peindrai comme le suprême bonheur de la vie, parce qu’il l’est en effet ; en le lui peignant, je veux qu’il s’y livre ; en lui faisant sentir quel charme ajoute à l’attrait des sens l’union des coeurs, je le dégoûterai du libertinage, et je le rendrai sage en le rendant amoureux.
Qu’il faut être borné pour ne voir dans les désirs naissants d’un jeune homme qu’un obstacle aux leçons de la raison ! Moi, j’y vois le vrai moyen de le rendre docile à ces mêmes leçons. On n’a de prise sur les passions que par les passions ; c’est par leur empire qu’il faut combattre leur tyrannie, et c’est toujours de la nature elle-même qu’il faut tirer les instruments propres à la régler.
Émile n’est pas fait pour rester toujours solitaire ; membre de la société, il en doit remplir les devoirs. Fait pour vivre avec les hommes, il doit les connaître. Il connaît l’homme en général ; il lui reste à connaître les individus. Il sait ce qu’on fait dans le monde : il lui reste à voir comment on y vit. Il est temps de lui montrer l’extérieur de cette grande scène dont il connaît déjà tous les jeux cachés. Il n’y portera plus l’admiration stupide d’un jeune étourdi, mais le discernement d’un esprit droit et juste. Ses passions pourront l’abuser, sans doute ; quand est-ce qu’elles n’abusent pas ceux qui s’y livrent ? mais au moins il ne sera point trompé par celles des autres. S’il les voit, il les verra de l’oeil du sage, sans être entraîné par leurs exemples ni séduit par leurs préjugés.
Comme il y a un âge propre à l’étude des sciences, il y en a un pour bien saisir l’usage du monde. Quiconque apprend cet usage trop jeune le suit toute sa vie, sans choix, sans réflexion, et, quoique avec suffisance, sans jamais bien savoir ce qu’il fait. Mais celui qui l’apprend et qui en voit les raisons, le suit avec plus de discernement, et par conséquent avec plus de justesse et de grâce. Donnez-moi un enfant de douze ans qui ne sache rien du tout, à quinze ans je dois vous le rendre aussi savant que celui que vous avez instruit dès le premier âge, avec la différence que le savoir du vôtre ne sera que dans sa mémoire, et que celui du mien sera dans son jugement. De même, introduisez un jeune homme de vingt ans dans le monde ; bien conduit, il sera dans un an plus aimable et plus judicieusement poli que celui qu’on y aura nourri dès son enfance : car le premier, étant capable de sentir les raisons de tous les procédés relatifs à l’âge, à l’état, au sexe, qui constituent cet usage, les peut réduire en principes, et les étendre aux cas non prévus ; au lieu que l’autre, n’ayant que sa routine pour toute règle, est embarrassé sitôt qu’on l’en sort.
I do not doubt for a moment that, if I have taken all the necessary precautions in accordance with these principles and addressed my Émile with words suited to the circumstances in which time has brought him, he will of his own accord reach the point I wish to lead him to; he will eagerly place himself under my protection and, with the whole fervor of his youth, tell me: “Oh my friend, my protector, my master, take back the authority you wish to relinquish at a time when it is more important than ever that you retain it. Until now, you held it only because of my weakness; from now on, you will hold it because of my own will—and then it will be even more sacred to me. Defend me against all the enemies who assail me, especially those whom I carry within myself and who betray me. Watch over your work so that it remains worthy of you. I want to obey your laws—I always have wanted to; it is my constant resolve. If I ever disobey you, it will be against my will. Free me by protecting me from the passions that overpower me; prevent me from becoming their slave, and force me to be my own master by not yielding to my senses but to reason.”
When you have brought your student to this point (and if they have not reached it on their own, then it will be your fault), be careful not to take their words too literally, for fear that if your approach ever seems too harsh to them, they might feel entitled to resist by accusing you of catching them off guard. It is at this moment that restraint and seriousness are most appropriate; and such a tone will carry even more weight with them, since it will be the first time they have seen you adopt it.
You will therefore tell him: “Young man, you are undertaking obligations that are somewhat difficult; one must first understand them in order to be entitled to fulfill them. You do not know with what intensity the senses can drag your kind into the abyss of vices, under the allure of pleasure. I am well aware that you do not possess a degraded soul; you will never betray your promises. But how many times may you regret having made them! How many times may you curse the one who loves you, when he is forced to tear your heart apart in order to save you from the evils that threaten you! Just as Ulysses, moved by the song of the Sirens, shouted for his helmsmen to untie him, so you too will desire to break free from the bonds that hinder you. You will harass me with your complaints; you will reproach me for my ‘tyranny’ when I am merely trying to make you happy. In doing so, you will incur my hatred. Oh, my Émile, I could never bear the pain of being loathed by you; even your happiness is too precious to pay such a price.” My dear young man, do you not see that by forcing me to obey you, you are also forcing me to guide you, to forget myself in order to devote myself entirely to you, to ignore both your complaints and murmurs, and to constantly struggle against both your desires and mine? You are imposing upon me a yoke even heavier than yours own. Before undertaking this together, let us assess our respective strengths; take some time to consider it carefully, and remember that those who are slow to promise are often the most faithful in keeping their word.
Also remember for yourself that the more you make the commitment difficult to fulfill, the easier it will actually be in execution. It is important that the young man feel that he is making significant promises, and that you are making even greater ones. When the time comes—and when he has, so to speak, signed the contract—change your tone; show as much gentleness in your approach as you had promised severity before. You will say to him: “My dear friend, you may lack experience, but I have ensured that you do not lack reason. You are in a position to understand the motives behind my actions; all you need is to calm down and reflect carefully. Always obey first, and then ask me to justify my orders. I will be ready to explain myself as soon as you are able to listen, and I will never hesitate to let you judge between us. You promise to be obedient, and I promise to use that obedience solely to make you the happiest man possible. The fate you have enjoyed so far is my guarantee for this promise.” Try to find someone of your age who has led a life as peaceful and happy as yours—if you cannot, then I mean nothing by my promises at all.
Once my authority has been established, my first priority will be to eliminate the need to ever use it. I will spare no effort to gain his increasing trust, to become the confidant of his heart and the arbiter of his pleasures. Far from opposing the inclinations of his age, I will take them into consideration in order to guide them; I will seek not to obtain for him a distant happiness at the expense of the present. I do not want him to be happy only once, but always, if it is possible.
Those who wish to guide the youth wisely and protect them from the pitfalls of sensual pleasures make them loathe love; at such a young age, they would even consider it a crime to think about it, as if love were meant only for the elderly. All these deceptive teachings, which the heart itself denies, are utterly ineffective. Guided by a more reliable instinct, the young man secretly laughs at these sad maxims that he feigns to accept, and waits only for the right moment to prove them false. All of this goes against nature. By following a different path, I will surely achieve the same goal. I will not hesitate to nurture in him the tender sentiments he craves; I will depict love as the supreme happiness of life, because it indeed is. In doing so, I hope to encourage him to pursue it; by showing him how the union of hearts enhances the allure of sensual pleasures, I will turn him away from licentiousness and make him wise through love.
What kind of obstinacy is it to see in the budding desires of a young man nothing but an obstacle to the lessons of reason! For me, they represent the very means to make him obedient to those very lessons. We can only grasp passion through passion itself; it is through its power that we must combat its tyranny, and it is always from nature itself that we must draw the tools necessary to regulate it.
Émile is not destined to remain alone forever; as a member of society, he must fulfill its duties. Being meant to live among people, he must get to know them. He already has an understanding of humanity in general; what remains is for him to learn about individual cases. He knows what people do in the world, but he still needs to see how they actually live it. It is time to show him the outer aspects of this great realm, of which he already understands all its hidden complexities. He will no longer regard it with the foolish admiration of a naive young man, but with the discerning eye of a clear-headed and just person. His passions may well deceive him—after all, when do they never deceive those who indulge in them?—but at least he will not be deceived by others’ passions. When he observes them, he will see them through the eyes of a sage, unled by their examples and unswayed by their prejudices.
Just as there is a particular age for the study of sciences, there is also a certain time in life when one can truly grasp the proper manner of conducting oneself in the world. Anyone who learns this way too early will follow it throughout their life, without choice or reflection—and, although they may function adequately, they will never truly understand what they are doing. But those who learn it and understand its reasons will apply it with greater discernment, and thus with more accuracy and grace. Give me a twelve-year-old child who knows nothing at all; by fifteen, I can ensure that he is as knowledgeable as another whom you have taught from an early age. The difference is that the knowledge of the latter would remain merely in his memory, while the former’s understanding would be reflected in his judgment. Similarly, if you introduce a twenty-year-old man into society, with proper guidance, he will become more pleasant to be around and more skillfully polite within a year than someone who has been raised there since childhood. For the first man is capable of recognizing the reasons behind all the customs and practices related to age, status, and gender that govern social behavior; he can grasp these principles and apply them to unforeseen situations. In contrast, the latter person, relying solely on habitual routines, would be at a loss whenever faced with new circumstances.
Non dubito affatto che, se su queste massime ho preso tutte le precauzioni necessarie e ho tenuto con mio figlio Emil discorsi appropriati alla situazione in cui lo hanno portato gli anni, egli arriverà da solo al punto verso cui desidero guidarlo; si metterà volentieri sotto la mia protezione e mi dirà, con tutta la passione della sua età, colpito dai pericoli che lo circondano: “Oh mio amico, mio protettore, mio maestro, riprendete l’autorità che volete abbandonare proprio nel momento in cui è più importante che essa rimanga nelle vostre mani. Fino ad ora l’avevate solo a causa della mia debolezza; ora l’avrete per volontà mia, e allora sarà ancora più sacra per me. Proteggetemi da tutti gli nemici che mi assediano, soprattutto da quelli che porto con me stesso e che mi tradiscono. Vegliate sul vostro lavoro, affinché rimanga degno di voi. Voglio obbedire alle vostre leggi: lo voglio sempre; è la mia volontà costante. Se mai vi disobbedirò, sarà contro la mia volontà. Restituitemi la libertà proteggendomi dalle mie passioni che mi assalgono; impedite che io diventi loro schiavo, e costringetemi a essere il mio stesso padrone, obbedendo non ai miei sensi, ma alla mia ragione.”
Quando avrete portato il vostro allievo a questo punto (e se non ci arriva, sarà colpa vostra), fate attenzione a non prendere troppo sul serio le sue parole, nel timore che, se un giorno il vostro “regno” gli sembrasse troppo rigido, possa ritenersi in diritto di sfuggirvi accusandovi di averlo colto di sorpresa. È in questo momento che la riservatezza e la gravità sono davvero necessarie; e tale tono avrà su di lui un effetto ancora maggiore, poiché sarà la prima volta che lo vedrete adottarlo.
Gli direte quindi: “Giovane uomo, assumi impegni piuttosto ardui; per essere in grado di adempiervi, dovresti prima conoscerne la natura: non sai con quanta furia i sensi trascinino i tuoi simili verso il baratro dei vizi, sotto l’attrazione del piacere. So bene che non hai un’anima meschina; non violerai mai la tua parola. Ma quante volte potresti pentirti di averla data! Quante volte maledirai colui che ti ama, quando, per salvarti dai mali che ti minacciano, dovrà costringersi a strapparti il cuore! Proprio come Ulisse, commosso dal canto delle Sirene, gridava ai suoi compagni di liberarlo. Sedotto dall’attrazione del piacere, vorrai spezzare i legami che ti impediscono di essere libero; mi disturberai con le tue lamentele; mi incolperai della mia ‘tirannia’ quando sarò il più premuroso nel prendermi cura di te. Pensando soltanto a renderti felice, attirerò la tua odio. Oh mio Émile, non potrei mai sopportare il dolore di essere odiato da te; anche il tuo bene è troppo prezioso per un simile prezzo”. Buon giovane, non capisci forse che obbligandomi ad obbedirti, mi costringi a guidarti, a dimenticarmi di me stesso per dedicarmi interamente a te, a non ascoltare né le tue lamentele né i tuoi mormori, a combattere incessantemente i tuoi desideri e i miei. Mi imponi un giogo ancora più duro del tuo. Prima di assumerci entrambi questa responsabilità, valutiamo insieme le nostre forze; prenditi del tempo, dammi il tempo di rifletterci. E sappi che colui che promette più lentamente è sempre il più fedele nell’adempire alle sue promesse”.
Sappiate anche voi stesso che più rendete difficile l’adempimento di un impegno, più ne facilitate in realtà l’esecuzione. È importante che il giovane senta di dover promettere molto, e che voi promettiate ancora di più. Quando arriverà il momento giusto, e lui avrà, per così dire, “firmato il contratto”, cambiate allora tono: usate tanta dolcezza nel vostro comportamento quanta severità avevate annunciato in precedenza. Gli direte: “Mio giovane amico, ti manca l’esperienza, ma ho fatto in modo che non ti mancasse la ragione. Sei in grado di comprendere i motivi della mia condotta; basta che tu ritrovi la calma necessaria per farlo. Obbedisci prima di tutto, e poi chiedimi spiegazioni sui miei ordini; sarò pronto a risponderti non appena sarai in grado di ascoltarmi, e non temerò mai di farti da giudice tra noi due”. Prometti di essere docile, e io prometto di utilizzare questa tua docilità soltanto per renderti l’uomo più felice possibile. Ho il destino che hai vissuto finora come garanzia della mia promessa. Trova qualcuno della tua età che abbia trascorso una vita altrettanto serena, e allora non ti prometterò più nulla.
Dopo aver stabilito la mia autorità, il mio primo impegno sarà quello di eliminare ogni necessità di farne uso. Non risparmierò nulla per guadagnarmi sempre più la sua fiducia, per diventare il confidente del suo cuore e l’arbitro dei suoi piaceri. Lontano dall’oppormi ai desideri della sua età, li consulterò affinché io possa esserne il padrone; mi allineerò alle sue intenzioni per guidarle, e non cercherò di procurargli un felicità lontana a scapito del presente. Non voglio che sia felice una volta sola, ma sempre, se ciò è possibile.
Coloro che desiderano guidare saggiamente la gioventù per proteggerla dai pericoli dei sens le fanno odiare l’amore; a quell’età, le farebbero persino considerare un crimine anche solo pensarci, come se l’amore fosse destinato soltanto agli anziani. Tutte queste lezioni ingannevoli, contrarie alla natura umana, non riescono a convincere nessuno. Il giovane, guidato da un istinto più saggio, ride in segreto di quelle tristi massime alle quali finge di dare credito, e aspetta soltanto il momento giusto per dimostrare quanto siano vane. Seguendo una strada opposta, raggiungerò con maggiore sicurezza lo stesso scopo: non temerò di esaltare in lui quel sentimento dolce di cui è avido; gli descriverò l’amore come il massimo della felicità nella vita, perché in realtà lo è; facendoglielo comprendere, voglio che si dedichi a esso; mostrandogli quale fascino aggiunga all’attrazione dei sensi l’unione dei cuori, lo farò disprezzare il libertinaggio e lo renderò saggio, rendendolo innamorato.
Che limitatezza è quella di considerare i desideri che nascono in un giovane soltanto un ostacolo alle lezioni della ragione! Io invece vi vedo il vero mezzo per renderlo docile a queste stesse lezioni. Le passioni si possono controllare solo attraverso altre passioni; è proprio attraverso il loro dominio che bisogna combattere la loro tirannia, e sono sempre dalla natura stessa che bisogna trarre gli strumenti adatti per regolarle.
Émile non è destinato a rimanere sempre solo; essendo un membro della società, deve adempiere ai suoi doveri. Essendo fatto per vivere con gli uomini, deve conoscerli. Conosce l’uomo in generale; gli resta da conoscere gli individui. Sa ciò che si fa nel mondo; gli resta da scoprire come si vive realmente in esso. È giunto il momento di fargli conoscere l’aspetto esteriore di questa grande scena, di cui conosce già tutti i “giocchi nascosti”. Non proverà più verso di essa quell’ammirazione stupida tipica di un giovane inesperto, ma un giudizio critico e equilibrato. Le sue passioni potranno senz’altro ingannarlo; quando mai non ingannano coloro che si lasciano travolgere da esse? Ma almeno non sarà tratto in inganno dalle passioni altrui. Se le osserverà, le vedrà con gli occhi di un saggio, senza essere influenzato dai loro esempi né sedotto dai loro pregiudizi.
Poiché esiste un’età propria allo studio delle scienze, esiste anche un’età adatta per comprendere appieno il modo corretto di comportarsi nel mondo. Chi impara questo comportamento in età troppo giovane lo segue per tutta la vita, senza scelte, senza riflessioni; e, sebbene possa farlo in modo sufficiente, non riesce mai a comprendere veramente ciò che fa. Ma colui che impara queste regole e ne comprende le ragioni le segue con maggiore discernimento, e di conseguenza con maggiore precisione e grazia. Datemi un bambino di dodici anni che non sappia assolutamente nulla: a quindici anni dovrei renderlo altrettanto erudito di colui che avete istruito fin dalla prima infanzia. Con la differenza che la conoscenza del vostro ragazzo risiederebbe soltanto nella sua memoria, mentre quella del mio si baserebbe sul suo giudizio. Allo stesso modo, introducete un giovane di vent’anni nel mondo: se ben guidato, in un anno diventerà più affabile e più raffinatamente educato di colui che è stato allevato fin dalla nascita. Poiché il primo è in grado di comprendere le ragioni alla base di ogni comportamento, in relazione all’età, allo status sociale, al sesso; può quindi generalizzare queste regole anche nei casi non previsti. Mentre l’altro, avendo come unica guida la routine, si trova sempre in difficoltà non appena questa viene messa in discussione.
Les jeunes demoiselles françaises sont toutes élevées dans des couvents jusqu’à ce qu’on les marie. S’aperçoit-on qu’elles aient peine alors à prendre ces manières qui leur sont si nouvelles ? et accusera-t-on les femmes de Paris d’avoir l’air gauche, embarrassé, et d’ignorer l’usage du monde pour n’y avoir pas été mises dès leur enfance ? Ce préjugé vient des gens du monde eux-mêmes, qui, ne connaissant rien de plus important que cette petite science, s’imaginent faussement qu’on ne peut s’y prendre de trop bonne heure pour l’acquérir.
Il est vrai qu’il ne faut pas non plus trop attendre. Quiconque a passé toute sa jeunesse loin du grand monde y porte le reste de sa vie un air embarrassé, contraint, un propos toujours hors de propos, des manières lourdes et maladroites, dont l’habitude d’y vivre ne le défait plus, et qui n’acquièrent qu’un nouveau ridicule par l’effort de s’en délivrer. Chaque sorte d’instruction a son temps propre qu’il faut connaître, et ses dangers qu’il faut éviter. C’est surtout pour celle-ci qu’ils se réunissent ; mais je n’y expose pas non plus mon élève sans précaution pour l’en garantir.
Quand ma méthode remplit d’un même objet toutes les vues, et quand, parant un inconvénient, elle en prévient un autre, je juge alors qu’elle est bonne, et que je suis dans le vrai. C’est ce que je crois voir dans l’expédient qu’elle me suggère ici. Si je veux être austère et sec avec mon disciple, je perdrai sa confiance, et bientôt il se cachera de moi. Si je veux être complaisant, facile, ou fermer les yeux, de quoi lui sert d’être sous ma garde ? Je ne fais qu’autoriser son désordre, et soulager sa conscience aux dépens de la mienne. Si je l’introduis dans le monde avec le seul projet de l’instruire, il s’instruira plus que je ne veux. Si je l’en tiens éloigné jusqu’à la fin, qu’aura-t-il appris de moi ? Tout, peut-être, hors l’art le plus nécessaire à l’homme et au citoyen, qui est de savoir vivre avec ses semblables. Si je donne à ces soins une utilité trop éloignée, elle sera pour lui comme nulle, il ne fait cas que du présent. Si je me contente de lui fournir des amusements, quel bien lui fais-je ? il s’amollit et ne s’instruit point.
Rien de tout cela. Mon expédient seul pourvoit à tout. Ton coeur, dis-je au jeune homme, a besoin d’une compagne ; allons chercher celle qui te convient : nous ne la trouverons pas aisément peut-être, le vrai mérite est toujours rare ; mais ne nous pressons ni ne nous rebutons point. Sans doute il en est une et nous la trouverons à la fin, ou du moins celle qui en approche le plus. Avec un projet si flatteur pour lui je l’introduis dans le monde. Qu’ai-je besoin d’en dire davantage ? Ne voyez-vous pas que j’ai tout fait ?
En lui peignant la maîtresse que je lui destine, imaginez si je saurai m’en faire écouter, si je saurai lui rendre agréables et chères les qualités qu’il doit aimer, si je saurai disposer tous ses sentiments à ce qu’il doit rechercher ou fuir. Il faut que je sois le plus maladroit des hommes, si je ne le rends d’avance passionné sans savoir de qui. Il n’importe que l’objet que je lui peindrai soit imaginaire, il suffit qu’il le dégoûte de ceux qui pourraient le tenter, il suffit qu’il trouve partout des comparaisons qui lui fassent préférer sa chimère aux objets réels qui le frapperont : et qu’est-ce que le véritable amour lui-même, si ce n’est chimère, mensonge, illusion ? On aime bien plus l’image qu’on se fait que l’objet auquel on l’applique. Si l’on voyait ce qu’on aime exactement tel qu’il est, il n’y aurait plus d’amour sur la terre. Quand on cesse d’aimer, la personne qu’on aimait reste la même qu’auparavant, mais on ne la voit plus la même ; le voile du prestige tombe, et l’amour s’évanouit. Or, en fournissant l’objet imaginaire, je suis maître des comparaisons, et j’empêche aisément l’illusion des objets réels.
Je ne veux pas pour cela qu’on trompe un jeune homme en peignant un modèle de perfection qui ne puisse exister ; mais je choisirai tellement les défauts de sa maîtresse, qu’ils lui conviennent, qu’ils lui plaisent, et qu’ils servent à corriger les siens. Je ne veux pas non plus qu’on lui mente, en affirmant faussement que l’objet qu’on lui peint existe ; mais s’il se complaît à l’image, il lui souhaitera bientôt un original. Du souhait à la supposition, le trajet est facile ; c’est l’affaire de quelques descriptions adroites qui, sous des traits plus sensibles, donneront à cet objet imaginaire un plus grand air de vérité. Je voudrais aller jusqu’à le nommer ; je dirais en riant : Appelons Sophie votre future maîtresse : Sophie est un nom de bon augure : si celle que vous choisirez ne le porte pas, elle sera digne au moins de le porter ; nous pouvons lui en faire honneur d’avance. Après tous ces détails, si, sans affirmer[454], sans nier, on s’échappe par des défaites, ses soupçons se changeront en certitude ; il croira qu’on lui fait mystère de l’épouse qu’on lui destine, et qu’il la verra quand il sera temps. S’il en est une fois là, et qu’on ait bien choisi les traits qu’il faut lui montrer, tout le reste est facile ; on peut l’exposer dans le monde presque sans risque : défendez-le seulement de ses sens, son coeur est en sûreté.
Mais, soit qu’il personnifie ou non le modèle que j’aurai su lui rendre aimable, ce modèle, s’il est bien fait, ne l’attachera pas moins à tout ce qui lui ressemble, et ne lui donnera pas moins d’éloignement pour tout ce qui ne lui ressemble pas, que s’il avait un objet réel. Quel avantage pour préserver son coeur des dangers auxquels sa personne doit être exposée, pour réprimer ses sens par son imagination, pour l’arracher surtout à ces donneuses d’éducation qui la font payer si cher, et ne forment un jeune homme à la politesse qu’en lui ôtant toute honnêteté ! Sophie est si modeste ! de quel oeil verra-t-il leurs avances ? Sophie a tant de simplicité ! comment aimera-t-il leurs airs ? il y a trop loin de ses idées à ses observations, pour que celles-ci lui soient jamais dangereuses.
Tous ceux qui parlent du gouvernement des enfants suivent les mêmes préjugés et les mêmes maximes, parce qu’ils observent mal et réfléchissent plus mal encore. Ce n’est ni par le tempérament ni par le sens que commence l’égarement de la jeunesse, c’est par l’opinion. S’il était ici question des garçons qu’on élève dans les collèges, et des filles qu’on élève dans les couvents, je ferais voir que cela est vrai, même à leur égard ; car les premières leçons que prennent les uns et les autres, les seules qui fructifient sont celles du vice ; et ce n’est pas la nature qui les corrompt, c’est l’exemple. Mais abandonnons les pensionnaires des collèges et des couvents à leurs mauvaises moeurs ; elles seront toujours sans remède. Je ne parle que de l’éducation domestique. Prenez un jeune homme élevé sagement dans la maison de son père en province, et l’examinez au moment qu’il arrive à Paris, ou qu’il entre dans le monde ; vous le trouverez pensant bien sur les choses honnêtes, et ayant la volonté même aussi saine que la raison ; vous lui trouverez du mépris pour le vice et de l’horreur pour la débauche ; au nom seul d’une prostituée, vous verrez dans ses yeux le scandale de l’innocence. Je soutiens qu’il n’y en a pas un qui pût se résoudre à entrer seul dans les tristes demeures de ces malheureuses, quand même il en saurait l’usage, et qu’il en sentirait le besoin.
French young ladies are all raised in convents until they get married. Does one really notice that they have difficulty adopting these ways of behavior, which are so new to them? And would one blame the women of Paris for appearing awkward and embarrassed, and for not knowing how to conduct themselves in society simply because they were not taught such things from a young age? This prejudice comes from those who live in society itself; people who consider this superficial knowledge to be of utmost importance falsely believe that one cannot begin learning it too early.
It is true that one should not wait too long either. Anyone who has spent their entire youth away from the world of society will carry for the rest of their life an air of embarrassment and restraint, speak inappropriately at all times, and behave in a clumsy and awkward manner. The habit of living in such conditions no longer helps them overcome these shortcomings; on the contrary, trying to escape them only leads to further ridicule. Every kind of education has its own proper time to be pursued and its own dangers to be avoided. It is especially for this type of education that people gather together; yet I do not expose my student to it without taking precautions to protect him.
When my method fills all perspectives with the same object, and when, by mitigating one inconvenience, it prevents another, I consider it to be good and believe that I am on the right path. This is what I perceive in the approach it suggests to me here. If I am harsh and strict with my disciple, I will lose his trust, and soon he will begin to hide from me. If I am lenient, accommodating, or turn a blind eye, what use is it for him to be under my protection? In doing so, I would only be allowing his disorder to continue and soothing his conscience at the expense of mine own. If I introduce him into the world with the sole intention of educating him, he will learn more than I intend. But if I keep him away from it until the end, what will he have learned from me? Perhaps everything except the most essential skill for a person and a citizen: the ability to live in harmony with others. If I assign too distant or impractical purposes to these efforts, they will be of no real benefit to him; he will only care about the present moment. And if I merely provide him with entertainment, what good does that do? He will become soft-hearted and learn nothing.
Nothing of all that. My own scheme is sufficient to take care of everything. Your heart, I say to the young man, needs a companion; let us go and find one who suits you. We may not find her easily—for true merit is always rare—but let us neither hurry nor give up hope. Surely there is such a person, and we will eventually find her, or at least one who comes closest to her ideals. With a plan so flattering to him, I introduce him into society. What more do I need to say? Don’t you see that I have done everything?
By depicting to him the ideal woman I have in mind for him, imagine how I could make him listen to me, how I could make the qualities he ought to admire seem pleasant and desirable to him, how I could direct all his feelings towards what he should seek or avoid. If I fail to arouse his passion without letting him know for whom it is directed, then I must be the most inept of men. It doesn’t matter whether the image I paint for him is imaginary; it is enough if it makes him loathe those real women who might tempt him, if it leads him to prefer a fantasy to any actual woman who might attract him. And what is true love itself, if not a fantasy, a lie, an illusion? We love far more the image we create in our minds than the actual person to whom that image is applied. If we saw exactly what we loved as it really is, there would be no love left in the world. When love ends, the person we once loved remains the same, but we no longer see them in the same light; the veil of illusion falls away, and love disappears. By providing him with this imaginary image, I control those comparisons he makes and easily prevent him from being deceived by real people.
I do not wish for that reason that a young man should be deceived by being presented with an ideal image of perfection that cannot possibly exist in reality; but I would choose the faults in his future wife in such a way that they suit her, please her, and even help to correct her own shortcomings. Nor do I want anyone to lie to him by falsely claiming that the person depicted in the painting truly exists; yet if he takes pleasure in the image, he will soon begin to desire the real person behind it. The transition from desire to assumption is quite easy; a few skillful descriptions, presented in more appealing terms, can give this imaginary figure an air of authenticity. I would even go so far as to give her a name: let us jokingly call her Sophie—after all, it is a name of good fortune. If the woman you choose does not bear that name, she will at least be worthy of it; we can honor her with it in advance. After all these considerations, if, without outright affirmation or denial, we manage to create doubt through subtle hints, his suspicions will turn into certainty. He will believe that we are keeping the identity of his future wife a secret from him—and he will see her when the time is right. Once that happens, and if we have carefully chosen the qualities to reveal to him, everything else becomes easy; we can present her to the world with almost no risk at all—just protect her from her own senses, for her heart will be safe.
But whether he embodies or not the ideal that I might have made him likable, such an ideal, if well-conceived, will still attach him to everything that resembles it and cause him to distance himself from anything that does not; just as if it were a real entity. What advantage would it be in protecting his heart from the dangers to which his person is inevitably exposed, in restraining his senses through imagination, and especially in saving him from those so-called “educators” who make him pay such a high price for what little they truly teach—those who shape a young man’s manners by stripping him of all honesty! Sophie is so modest; how could he possibly accept their advances? Sophie is so simple-minded; how could he find any charm in their pretenses? There is such a gap between her ideals and the realities she observes that those observations can never pose any danger to her.
All those who talk about governing children follow the same prejudices and adhere to the same principles, because they observe poorly and think even less clearly. It is not through temperament or instinct that youth begin to stray onto the wrong path; it is through opinion. If we were discussing the boys raised in colleges and the girls educated in convents, I could prove this to be true even in their case, for the first lessons they receive—and the only ones that truly have an impact—are those that teach vice. It is not nature that corrupts them, but example. But let us leave the students of colleges and convents to their bad habits; they will remain incurable. I am referring only to home education. Take a young man who has been raised wisely in his father’s household in the countryside; examine him when he arrives in Paris or enters society. You will find that he holds decent views on honest matters and possesses both a sound will and clear reasoning. He will despise vice and loathe debauchery; at the mere mention of a prostitute, you will see in his eyes the outrage of innocence itself. I assert that not a single such person would be willing to enter those miserable homes of wretched women, even if he knew how to use them or felt the need to do so.
Le giovani signorine francesi vengono tutte educate in convento fino al momento del loro matrimonio. Si nota forse che a quel punto faticano molto ad assumere quei modi di comportamento che per loro sono completamente nuovi? E si potrà davvero biasimare le donne di Parigi per il loro aspetto goffo, imbarazzato, e per la loro ignoranza delle regole della società, solo perché non sono state educate a queste cose fin da piccole? Questo pregiudizio proviene proprio dalle persone del mondo stesso, che, non conoscendo nulla di più importante di questa “piccola scienza”, si immaginano erroneamente che non si possa iniziare ad apprenderla abbastanza presto.
È vero che non si dovrebbe nemmeno aspettare troppo a lungo. Chiunque abbia trascorso tutta la sua giovinezza lontano dal mondo “grande” porta per il resto della vita un’aria imbarazzata, forzata; i suoi discorsi sono sempre fuori luogo, i suoi modi goffi e maldestri. L’abitudine a vivere in quel modo non gli permette più di liberarsene, e ogni tentativo di farlo aggiunge solo nuovo ridicolo alla sua situazione. Ogni tipo di istruzione ha il suo tempo appropriato da conoscere e i suoi pericoli da evitare. È soprattutto per questo che le persone si riuniscono. Ma non espongo nemmeno il mio allievo senza prendere alcune precauzioni per garantirne la sicurezza.
Quando il mio metodo riesce a rendere tutte le prospettive conformi allo stesso oggetto, e quando, eliminando un inconveniente, ne previene un altro, allora ritengo che sia efficace e che io sia sulla retta strada. È ciò che credo di vedere nell’approccio che mi suggerisce in questo caso. Se voglio essere severo e rigido con il mio discepolo, perderò la sua fiducia e presto si allontanerà da me. Se invece sono indulgente, accomodante o chiudo un occhio su alcuni aspetti, a che gli serve stare sotto la mia protezione? In tal caso, non faccio altro che incoraggiare il suo disordine e alleviare la sua coscienza a scapito della mia. Se lo introduco nel mondo con l’intento esclusivo di educarlo, imparerà più di quanto io desideri. Ma se lo tengo lontano fino alla fine, cosa avrà realmente imparato da me? Forse tutto, tranne l’arte più necessaria per un uomo e un cittadino: quella di saper vivere in armonia con i propri simili. Se attribuisco a questi insegnamenti un’utilità troppo remota, essa sarà per lui come niente; lui si interessa soltanto al presente. E se mi limito a fornirgli divertimenti, quale beneficio gli porto? Si indebolisce e non impara nulla.
Niente di tutto ciò. Il mio solo stratagemma basta a risolvere ogni cosa. Il tuo cuore, dico al giovane, ha bisogno di una compagna; andiamo a cercare quella che ti si addice: forse non la troveremo facilmente, il vero merito è sempre raro; ma né ci affrettiamo né ci scoraggiamo. Sicuramente esiste qualcuna e alla fine la troveremo, o almeno quella che le è più simile. Con un progetto così lusinghiero per lui, lo presento nel mondo. Cosa ho bisogno di aggiungere? Non vedete forse che ho fatto tutto ciò che era necessario?
Rappresentandogli nella mia pittura la donna che gli destino, immaginate se riuscirò a fargliela apprezzare, se sarò in grado di rendere piacevoli e preziose quelle qualità che dovrebbe amare, se riuscirò a indirizzare tutti i suoi sentimenti verso ciò che deve cercare o evitare. Devo essere davvero il più inadeguato degli uomini, se non riesco a farlo innamorare fin dall’inizio senza che sappia di chi si tratta. Non importa che l’oggetto che gli dipingo sia immaginario: basta che lo faccia disprezzare coloro che potrebbero tentarlo, basta che trovi ovunque delle comparazioni che lo inducano a preferire la sua “immaginazione” agli oggetti reali. E cos’è l’amore vero, se non un’illusione, una menzogna, un’inganno? Si ama molto di più l’immagine che ci si fa dell’oggetto amato, piuttosto che l’oggetto stesso. Se vedessimo esattamente com’è ciò che amiamo, non esisterebbe più amore al mondo. Quando smettiamo di amare, la persona che amavamo rimane la stessa, ma non la vediamo più allo stesso modo; il velo del prestigio cade, e l’amore svanisce. Ora, fornendo un oggetto immaginario, ho il controllo su queste “comparazioni” e posso facilmente evitare che le realtà concrete generino illusioni.
Non voglio che si inganni un giovane descrivendogli un modello di perfezione che in realtà non può esistere; ma sceglierò con cura i difetti della sua futura compagna, in modo che siano adatti a lui, gli piacciano e contribuiscano a correggere i suoi difetti. Non voglio nemmeno che gli si menta, affermando falsamente che l’immagine descritta esista davvero; ma se si compiace di quell’immagine, presto desidererà vedere l’originale. Dal desiderio alla supposizione il passo è breve: basteranno alcune descrizioni abili, presentate con toni più persuasivi, per conferire a quell’oggetto immaginario un aspetto di veridicità. Vorrei persino darle un nome. Direi ridendo: “Chiamiamo Sophie la tua futura compagna: Sophie è un nome portentoso; anche se quella che sceglierai non lo porta, sarà comunque degna di portarlo. Possiamo onorarla già ora”. Dopo tutti questi dettagli, se, senza affermare né negare nulla, si riesce ad evitare errori, i suoi sospetti diventeranno certezze; crederà che gli si nasconda l’identità della futura moglie e la vedrà quando sarà il momento giusto. Se arriva a quel punto, e se si sono scelti bene i tratti da mostrarle, il resto sarà facile. Si può presentarla al mondo quasi senza rischi: basta proteggerla dai suoi sensi. Il suo cuore è al sicuro.
Ma, che rappresenti o meno il modello che avrei potuto rendere attraente attraverso di lui, questo modello, se ben congegnato, non lo attaccherà certo meno a tutto ciò che gli assomiglia, né gli farà provare maggiore distacco per tutto ciò che non gli assomiglia, proprio come se esistesse realmente. Quale vantaggio potrebbe rappresentare questo modo per proteggere il suo cuore dai pericoli a cui la sua persona è esposta, per moderare i suoi sensi attraverso l’immaginazione, e soprattutto per allontanarlo da quelle “educatrici” che fanno pagare così caro il loro servizio, formando un giovane soltanto privandolo di ogni onestà! Sophie è così modesta, con quale occhio potrà considerare le loro avances? Sophie ha tanta semplicità, come potrebbe apprezzare i loro modi affettati? C’è troppa differenza tra le sue idee e le sue osservazioni, per cui queste ultime non possano mai rivelarsi pericolose per lei.
Tutti coloro che parlano della guida dei bambini seguono gli stessi pregiudizi e le stesse massime, perché osservano male e riflettono ancora peggio. Non è né il temperamento né l’intelligenza a causare l’errore nella giovinezza, ma l’opinione altrui. Se qui si trattasse dei ragazzi educati nei collegi o delle ragazze cresciute nei conventi, dimostrerei che ciò vale anche per loro; infatti le prime lezioni che ricevono sono quelle del vizio, e non è la natura a corromperli, ma l’esempio. Ma lasciamo i ragazzi dei collegi e dei conventi alle loro cattive abitudini: queste rimarranno sempre irremediabili. Parlo soltanto dell’educazione familiare. Prendete un giovane educato con saggezza nella casa di suo padre in provincia, e osservatelo quando arriva a Parigi o entra nel mondo: troverete che pensa bene delle cose oneste, che ha una volontà altrettanto sana quanto la ragione; proverà disprezzo per il vizio e orrore per la depravazione; solo il nome di una prostituta susciterà in lui disgusto e scandalo. Sostengo che non esista nessuno che possa decidere di entrare da solo nelle tristi dimore di queste sfortunate, anche se conoscesse il loro uso o ne avesse bisogno.
À six mois de là, considérez de nouveau le même jeune homme, vous ne le reconnaîtrez plus ; des propos libres, des maximes du haut ton, des airs dégagés le feraient prendre pour un autre homme, si ses plaisanteries sur sa première simplicité, sa honte quand on la lui rappelle, ne montraient qu’il est le même et qu’il en rougit. O combien il s’est formé dans peu de temps ! D’où vient un changement si grand et si brusque ? Du progrès du tempérament ? Son tempérament n’eût-il pas fait le même progrès dans la maison paternelle ? et sûrement il n’y eût pris ni ce ton ni ces maximes. Des premiers plaisirs des sens ? Tout au contraire : quand on commence à s’y livrer, on est craintif, inquiet, on fuit le grand jour et le bruit. Les premières voluptés sont toujours mystérieuses, la pudeur les assaisonne et les cache : la première maîtresse ne rend pas effronté, mais timide. Tout absorbé dans un état si nouveau pour lui, le jeune homme se recueille pour le goûter, et tremble toujours de le perdre. S’il est bruyant, il n’est ni voluptueux ni tendre ; tant qu’il se vante, il n’a pas joui.
D’autres manières de penser ont produit seules ces différences. Son coeur est encore le même, mais ses opinions ont changé. Ses sentiments, plus lents à s’altérer, s’altéreront enfin par elles ; et c’est alors seulement qu’il sera véritablement corrompu. À peine est-il entré dans le monde qu’il y prend une seconde éducation tout opposée à la première, par laquelle il apprend à mépriser ce qu’il estimait et à estimer ce qu’il méprisait : on lui fait regarder les leçons de ses parents et de ses maîtres comme un jargon pédantesque, et les devoirs qu’ils lui ont prêchés comme une morale puérile qu’on doit dédaigner étant grand. Il se croit obligé par honneur à changer de conduite ; il devient entreprenant sans désirs et fat par mauvaise honte. Il raille les bonnes moeurs avant d’avoir pris du goût pour les mauvaises, et se pique de débauche sans savoir être débauché. Je n’oublierai jamais l’aveu d’un jeune officier aux gardes suisses, qui s’ennuyait beaucoup des plaisirs bruyants de ses camarades, et n’osait s’y refuser de peur d’être moqué d’eux : « Je m’exerce à cela, disait-il, comme à prendre du tabac malgré ma répugnance : le goût viendra par l’habitude ; il ne faut pas toujours être enfant. »
Ainsi donc, c’est bien moins de la sensualité que de la vanité qu’il faut préserver un jeune homme entrant dans le monde : il cède plus aux penchants d’autrui qu’aux siens, et l’amour-propre fait plus de libertins que l’amour.
Cela posé, je demande s’il en est un sur la terre entière mieux armé que le mien contre tout ce qui peut attaquer ses moeurs, ses sentiments, ses principes ; s’il en est un plus en état de résister au torrent. Car contre quelle séduction n’est-il pas en défense ? Si ses désirs l’entraînent vers le sexe, il n’y trouve point ce qu’il cherche, et son coeur préoccupé le retient. Si ses sens l’agitent et le pressent, où trouvera-t-il à les contenter ? L’horreur de l’adultère et de la débauche l’éloigne également des filles publiques et des femmes mariées, et c’est toujours par l’un de ces deux états que commencent les désordres de la jeunesse. Une fille à marier peut être coquette ; mais elle ne sera pas effrontée, elle n’ira pas se jeter à la tête d’un jeune homme qui peut l’épouser s’il la croit sage ; d’ailleurs elle aura quelqu’un pour la surveiller. Émile, de son côté, ne sera pas tout à fait livré à lui-même ; tous deux auront au moins pour gardes la crainte et la honte, inséparables des premiers désirs ; ils ne passeront point tout d’un coup aux dernières familiarités, et n’auront pas le temps d’y venir par degrés sans obstacles. Pour s’y prendre autrement, il faut qu’il ait déjà pris leçon de ses camarades, qu’il ait appris d’eux à se moquer de sa retenue, à devenir insolent à leur imitation. Mais quel homme au monde est moins imitateur qu’Émile ? Quel homme se mène moins par le ton plaisant que celui qui n’a point de préjugés et ne sait rien donner à ceux des autres ? J’ai travaillé vingt ans à l’armer contre les moqueurs : il leur faudra plus d’un jour pour en faire leur dupe ; car le ridicule n’est à ses yeux que la raison des sots, et rien ne rend plus insensible à la raillerie que d’être au-dessus de l’opinion. Au lieu de plaisanteries, il lui faut des raisons ; et, tant qu’il en sera là, je n’ai pas peur que de jeunes fous me l’enlèvent ; j’ai pour moi la conscience et la vérité. S’il faut que le préjugé s’y mêle, un attachement de vingt ans est aussi quelque chose : on ne lui fera jamais croire que je l’aie ennuyé de vaines leçons ; et dans un coeur droit et sensible, la voix d’un ami fidèle et vrai saura bien effacer les cris de vingt séducteurs. Comme il n’est alors question que de lui montrer qu’ils le trompent, et qu’en feignant de le traiter en homme ils le traitent réellement en enfant, j’affecterai d’être toujours simple, mais grave et clair dans mes raisonnements, afin qu’il sente que c’est moi qui le traite en homme. Je lui dirai :
« Vous voyez que votre seul intérêt, qui est le mien, dicte mes discours, je n’en peux avoir aucun autre. Mais pourquoi ces jeunes gens veulent-ils vous persuader ? C’est qu’ils veulent vous séduire : ils ne vous aiment point, ils ne prennent aucun intérêt à vous ; ils ont pour tout motif un dépit secret de voir que vous valez mieux qu’eux ; ils veulent vous rabaisser à leur petite mesure, et ne vous reprochent de vous laisser gouverner qu’afin de vous gouverner eux-mêmes. Pouvez-vous croire qu’il y eût à gagner pour vous dans ce changement ? Leur sagesse est-elle donc si supérieure, et leur attachement d’un jour est-il plus fort que le mien ? Pour donner quelque poids à leur raillerie, il faudrait en pouvoir donner à leur autorité ; et quelle expérience ont-ils pour élever leurs maximes au-dessus des nôtres ? Ils n’ont fait qu’imiter d’autres étourdis, comme ils veulent être imités à leur tour. Pour se mettre au-dessus des prétendus préjugés de leurs pères, ils s’asservissent à ceux de leurs camarades. Je ne vois point ce qu’ils gagnent à cela : mais je vois qu’ils y perdent sûrement deux grands avantages, celui de l’affection paternelle, dont les conseils sont tendres et sincères, et celui de l’expérience, qui fait juger de ce qu’on connaît ; car les pères ont été enfants, et les enfants n’ont pas été pères.
« Mais les croyez-vous sincères au moins dans leurs folles maximes ? Pas même cela, cher Émile ; ils se trompent pour vous tromper ; ils ne sont point d’accord avec eux-mêmes : leur coeur les dément sans cesse, et souvent leur bouche les contredit. Tel d’entre eux tourne en dérision tout ce qui est honnête, qui serait au désespoir que sa femme pensât comme lui. Tel autre poussera cette indifférence de moeurs jusqu’à celles de la femme qu’il n’a point encore, ou, pour comble d’infamie, à celles de la femme qu’il a déjà. Mais allez plus loin, parlez-lui de sa mère, et voyez s’il passera volontiers pour être un enfant d’adultère et le fils d’une femme de mauvaise vie, pour prendre à faux le nom d’une famille, pour en voler le patrimoine à l’héritier naturel ; enfin s’il se laissera patiemment traiter de bâtard. Qui d’entre eux voudra qu’on rende à sa fille le déshonneur dont il couvre celle d’autrui ? Il n’y en a pas un qui n’attentât même à votre vie, si vous adoptiez avec lui, dans la pratique, tous les principes qu’il s’efforce de vous donner. C’est ainsi qu’ils décèlent enfin leur inconséquence, et qu’on sent qu’aucun d’eux ne croit ce qu’il dit. Voilà des raisons, cher Émile : pesez les leurs, s’ils en ont, et comparez. Si je voulais user comme eux de mépris et de raillerie, vous les verriez prêter le flanc au ridicule autant peut-être et plus que moi. Mais je n’ai pas peur d’un examen sérieux. Le triomphe des moqueurs est de courte durée ; la vérité demeure, et leur rire insensé s’évanouit. »
Six months later, if you look at the same young man again, you will no longer recognize him; his free speech, his bold maxims, his casual demeanor would make one think he was another person—were it not for his jokes about his former simplicity and his shame when that is brought to mind, which show that he is still the same person and that he is actually ashamed of it. How much he has changed in such a short time! Where does such a great and sudden change come from? From the development of his temperament? But wouldn’t his temperament have developed in the same way at home? And surely he would not have acquired that tone or those maxims there. From the initial pleasures of the senses? On the contrary: when one begins to indulge in them, one is timid and anxious; one avoids the bright light and noise. The first pleasures are always mysterious; modesty tempers and conceals them. A young man’s first love does not make him bold, but rather shy. Completely absorbed in this new state for him, he refrains from indulging too deeply, always fearing that he might lose it. If he is boisterous, it is not because he is truly enjoying himself or tender-hearted; as long as he is boasting, it means he has not yet truly experienced pleasure.
Other ways of thinking have alone produced these differences. His heart remains the same, but his opinions have changed. His sentiments, being slower to alter, will eventually be influenced by these new ideas; and it is only then that he will truly be corrupted. As soon as he enters the world, he begins a second form of education entirely opposed to the first—one that teaches him to despise what he once valued and to value what he once despised. He is made to regard the teachings of his parents and teachers as pedantic jargon, and the virtues they urge upon him as childish morality that should be scorned when one grows up. Out of a sense of honor, he feels compelled to change his behavior; he becomes ambitious without true desire, and lazy out of false shame. He mocks virtue before even developing a taste for vice, and prides himself on debauchery without truly understanding what it means to be depraved. I will never forget the confession of a young officer in the Swiss Guards—who found his comrades’ noisy amusements utterly tedious but dared not refuse them for fear of being ridiculed: “I’m practicing this, he said, just as I would smoke tobacco despite my aversion to it—the habit will eventually cultivate a taste; one can’t always be a child.”
Thus, it is less a matter of sensuality than of vanity that needs to be preserved in a young man entering the world: he yields more to the inclinations of others than to his own, and self-esteem leads to more licentious behavior than love itself.
Having made this point clear, I ask whether there exists anyone on earth better equipped than myself to defend against everything that might attack his morals, his sentiments, his principles; whether there is anyone more capable of resisting such temptations. For against what kind of allure is he not on guard? If his desires lead him toward sexual matters, he finds nothing there that he seeks, and his troubled heart holds him back. If his senses stir him and urge him on, where can he find satisfaction for them? The horror of adultery and debauchery keeps him away from both prostitutes and married women, yet it is precisely through one of these two paths that the troubles of youth often begin. A marriageable girl may be coquettish, but she will not be brazen; she will not rush headlong into the arms of a young man who might marry her if he thought her sensible—after all, someone will be watching over her. On Emile’s side, too, he will not be entirely on his own; at least fear and shame, inseparable from the first stirrings of desire, will act as guards for both of them. They will not suddenly leap into the deepest forms of intimacy without any gradual progression or obstacles. To proceed otherwise would mean that Emile had already learned from his peers to mock his restraint, to become insolent in their imitation. But which man in the world is less apt to imitate others than Emile? Which man behaves less in a manner pleasing to others than one who has no prejudices and knows nothing to offer them? I have spent twenty years preparing him to resist those who mock him; it will take them more than a day to succeed in deceiving him—for to him, ridicule is merely the expression of foolishness, and nothing makes one less susceptible to mockery than being above the opinions of others. Instead of mere jokes, he needs reasons; and as long as he possesses these reasons, I have no fear that some young fools will take him away from me—I have conscience and truth on my side. If prejudice must be involved, then twenty years of attachment mean something too: they will never make him believe that I have bored him with empty lessons; and in a heart that is upright and sensitive, the voice of a faithful and true friend will surely be able to silence the cries of twenty deceivers. Since all that is needed is to show him that they are deceiving him, that by treating him as an adult they are actually treating him like a child, I will simply and clearly present my arguments, so that he may see that it is I who am treating him with respect as an adult. I will tell him:
“You see that your only interest—and therefore my own—dictates my words; I cannot have any other motive. But why do these young men want to persuade you? It is because they wish to seduce you: they do not love you, they hold no genuine interest in you. Their sole reason is a secret resentment at seeing that you are better than them; they want to reduce you to their own petty standards, and they only complain that you allow yourself to be governed by others in order to be able to govern you themselves. Can you truly believe that there is any advantage for you in such a change? Is their ‘wisdom’ really so much superior, and is their fleeting attachment stronger than mine? To give any weight to their mockery, one would need to acknowledge the authority of their claims; but what experience do they have to elevate their principles above ours? They have merely imitated other fools, just as they themselves hope to be imitated in turn. In order to appear superior to the so-called prejudices of their fathers, they submit themselves to the prejudices of their peers. I see no advantage in this for them—but I am certain that they lose two great things: the affection of a father, whose advice is tender and sincere, and the wisdom that comes from experience, which enables one to judge based on what one has known oneself. For fathers have once been children, and children have never been fathers.”
“But do you really believe they are sincere in their absurd maxims? Not even that, dear Émile; they deceive you in order to deceive you further; they are not consistent with themselves at all: their hearts constantly contradict what their mouths say. Some of them mock everything that is honest; they would be desperate if their wives thought the same as them. Others go so far as to exhibit such moral indifference towards a woman they do not yet have—or, to add insult to injury, towards one they already have. But take it one step further: mention their mother to them, and see if they would willingly accept being called the child of an adulterer and the son of a woman of low virtue, if they would stoop to using the false name of a family or steal its inheritance from the legitimate heir; in short, if they would patiently endure being labeled bastards. Who among them would allow their own daughter to bear the disgrace they heap upon others’ daughters? Not one of them would hesitate to take your life if you actually embraced all the principles they profess to advocate. In this way, their inconsistency is finally revealed, and it becomes clear that none of them truly believes what they say. These are my reasons, dear Émile: weigh theirs against these, if they have any, and make up your own mind. If I were to adopt their attitude of scorn and mockery, you would see them exposed to ridicule just as often—and perhaps even more so—than I would. But I am not afraid of a serious examination. The triumph of mockers is short-lived; the truth endures, and their foolish laughter fades away.”
A sei mesi di distanza, se consideraste di nuovo lo stesso giovane, non lo riconoscereste più: parole libere, massime pronunciate con tono deciso, un atteggiamento disinvolto potrebbero farlo sembrare un’altra persona. Se non fosse per le sue battute riguardo alla propria prima ingenuità, e per il suo imbarazzo quando gli viene ricordata, si capirebbe che è sempre lo stesso e che ne arrossisce. Quanto si è trasformato in così poco tempo! Da dove deriva un cambiamento così grande e improvviso? Dallo sviluppo del suo temperamento? Forse il suo temperamento avrebbe fatto lo stesso percorso anche nella casa paterna. E sicuramente non avrebbe assunto quel tono né quelle massime. Dai primi piaceri dei sensi? Al contrario: quando si inizia a indulgerli, si è timidi, ansiosi; si evita la luce del giorno e il rumore. Le prime voluttà sono sempre misteriose. La pudicizia le rende più intense e le nasconde. La prima “amante” non rende una persona sfacciata, ma timida. Assorbito in uno stato così nuovo per lui, il giovane si concentra per goderselo. E continua a temere di perderlo. Se è rumoroso, non è né appassionato né tenero. Finché si vanta, non ha davvero goduto.
Altre modalità di pensare hanno prodotto soltanto queste differenze. Il suo cuore è ancora lo stesso, ma le sue opinioni sono cambiate. I suoi sentimenti, più lenti a modificarsi, alla fine subiranno anch’essi questi cambiamenti; ed è solo allora che egli sarà veramente corrotto. Appena entra nel mondo, riceve una seconda educazione completamente opposta alla prima: gli viene insegnato a disprezzare ciò che un tempo stimava e ad apprezzare ciò che un tempo disprezzava; gli si fa considerare le lezioni dei suoi genitori e dei suoi maestri come un gergo pedante, e i doveri che gli sono stati inculcati come una morale infantile da disdegnare quando si diventa adulti. Si ritiene obbligato, per onore, a cambiare comportamento; diventa intraprendente senza desideri veri e, per vergogna, diventa pigro. Riduce in ridicolo le buone maniere prima ancora di aver sviluppato un vero interesse per quelle cattive, e si vanta della sua dissolutezza senza nemmeno rendersi conto di esserlo davvero. Non dimenticherò mai l’ammissione di un giovane ufficiale delle guardie svizzere: si annoiava molto dei divertimenti rumorosi dei suoi compagni e non osava rifiutarli per paura di essere deriso; “Mi esercito in queste cose”, diceva, “come se praticassi il fumo nonostante la mia avversione: con l’abitudine arriverà anche il gusto; non si può sempre comportarsi da bambini”.
Quindi, è molto meno la sensualità che la vanità ciò che bisogna preservare in un giovane che entra nel mondo: egli cede più ai desideri altrui che ai propri, e l’orgoglio genera più libertini dell’amore stesso.
Detto questo, mi chiedo se esista qualcuno in tutto il mondo meglio armato del mio per resistere a tutto ciò che potrebbe minacciare i suoi costumi, i suoi sentimenti, i suoi principi; se esiste qualcuno più in grado di sfidare le tentazioni. Confronto a quale seduzione non si trova forse nella difensiva? Se i suoi desideri lo spingono verso il sesso, non vi trova ciò che cerca, e il suo cuore preoccupato lo trattiene indietro; se i suoi sensi lo agitano e lo sollecitano, dove potrà soddisfarli? L’orrore dell’adulterio e della dissolutezza lo allontanano sia dalle prostitute che dalle donne sposate, e sono proprio questi due stati a generare spesso i disordini nella gioventù. Una ragazza da marito può essere civetta, ma non sarà audace; non si lancerà certo tra le braccia di un giovane che potrebbe sposarla se la ritiene saggia; inoltre, avrà qualcuno che la sorvegli. Da parte sua, Émile non sarà del tutto lasciato a se stesso; entrambi avranno almeno la paura e l’onore come “guardie” dei loro primi desideri; non passeranno subito alle ultime forme di familiarità, e non avranno il tempo di procedere gradualmente senza ostacoli. Per affrontare la situazione in modo diverso, dovrebbe prima aver imparato dai suoi compagni a prendersi gioco della sua riservatezza, ad diventare insolente seguendo il loro esempio. Ma quale uomo al mondo è meno propenso a imitare gli altri di Émile? Quale uomo si comporta in modo più disinvolto e senza pregiudizi di colui che non ha nulla da offrire agli altri? Ho lavorato vent’anni per prepararlo a resistere ai derisori: loro avranno bisogno di molto tempo per ingannarlo. Perché, ai suoi occhi, il ridicolo è soltanto l’arma dei sciocchi; e nulla rende più insensibile alle battute chi si trova al di sopra dell’opinione altrui. Invece delle battute, gli servono ragioni. E finché ne avrà bisogno, non temo che qualche giovane pazzo possa portarmelo via; ho dalla mia parte la coscienza e la verità. Se dovesse intervenire il pregiudizio, vent’anni di affetto contano pur sempre qualcosa: nessuno potrà mai convincerlo che gli abbia insegnato cose inutili. E in un cuore retto e sensibile, la voce di un amico fedele e sincero sarà più efficace dei clamori di venti seduttori. Poiché si tratta semplicemente di fargli capire che lo stanno ingannando, che fingendo di trattarlo da adulto in realtà lo trattano come un bambino, fingerò sempre di essere semplice, ma serio e chiaro nelle mie spiegazioni, affinché senta che sono io a trattarlo da adulto. Gli dirò.
“Vedete che il vostro unico interesse, che è anche il mio, determina le mie parole: non posso avere altri motivi. Ma perché questi giovani vogliono convincervi? È perché vogliono sedurvi: non vi amano, non provano alcun interesse per voi; il loro unico scopo è la gelosia segreta nel vedervi migliori di loro; vogliono ridurvi al loro livello e vi rimproverano soltanto perché vi lasciate guidare da loro, affinché possano governarvi loro stessi. Potete davvero credere che in questo cambiamento ci sia qualcosa di vantaggioso per voi? La loro saggezza è davvero così superiore, e il loro attaccamento, anche se momentaneo, più forte del mio? Per dare un qualche peso alle loro derisioni, sarebbe necessario riconoscere l’autorità che sostengono; ma quale esperienza hanno loro per elevare le loro massime al di sopra delle nostre? Hanno semplicemente imitato altri sciocchi, proprio come vogliono essere imitati a loro volta. Per considerarsi superiori ai presunti pregiudizi dei loro padri, si sottomettono invece a quelli dei loro coetanei. Non vedo quale vantaggio ne traggano; so soltanto che ne perdono sicuramente due grandi benefici: l’affetto paterno, i cui consigli sono teneri e sinceri, e l’esperienza, che permette di giudicare in base a ciò che si conosce; infatti, i padri sono stati bambini, e i bambini non sono mai stati padri.”
“Ma credete davvero che siano sinceri, anche solo nelle loro assurde massime? Nemmeno questo. Caro Émile, si ingannano soltanto per ingannarvi; non sono nemmeno coerenti con se stessi: il loro cuore li contraddice costantemente, e spesso le loro parole vanno contro ciò che pensano. Alcuni di loro deridono tutto ciò che è onesto; altri arrivano addirittura all’indifferenza verso la donna che non hanno ancora, o, per completare l’infamia, verso quella che già hanno. Ma andiamo oltre: parlate loro della loro madre. Vedrete se saranno disposti ad accettare di essere considerati figli illegittimi, figli di donne di vita dissoluta, a prendere il nome di una famiglia altrui, a rubarne l’eredità all’erede legittimo. E soprattutto, se saranno disposti ad accettare pazientemente di essere chiamati bastardi. Chi di loro vorrebbe che alla propria figlia venisse restituito lo stesso disonore che infligge agli altri? Non c’è nessuno che non vi attaccherebbe anche la vita, se voi adottaste con lui, nella pratica, tutti i principi che cerca di farvi accettare. Ecco come, alla fine, rivelano la loro incoerenza. Si capisce chiaramente che nessuno di loro crede davvero a ciò che dice. Queste sono le ragioni, caro Émile: valutate le loro, se ne hanno, e confrontatele con le vostre. Se volessi comportarmi come loro, usando disprezzo e derisione, vedreste che anche loro sarebbero altrettanto esposti al ridicolo, o forse ancora di più. Ma non ho paura di un esame serio: la vittoria dei beffatori è di breve durata; la verità rimane sempre, e il loro riso insensato svanisce.”
Vous n’imaginez pas comment, à vingt ans, Émile peut être docile. Que nous pensons différemment ! Moi, je ne conçois pas comment il a pu l’être à dix ; car quelle prise avais-je sur lui à cet âge ? Il m’a fallu quinze ans de soins pour me ménager cette prise. Je ne l’élevais pas alors, je le préparais pour être élevé. Il l’est maintenant assez pour être docile ; il reconnaît la voix de l’amitié, et il sait obéir à la raison. Je lui laisse, il est vrai, l’apparence de l’indépendance, mais jamais il ne me fut mieux assujetti, car il l’est parce qu’il veut l’être. Tant que je n’ai pu me rendre maître de sa volonté, je le suis demeuré de sa personne ; je ne le quittais pas d’un pas. Maintenant je le laisse quelquefois à lui-même, parce que je le gouverne toujours. En le quittant je l’embrasse, et je lui dis d’un air assuré : Émile, je te confie à mon ami ; je te livre à son coeur honnête ; c’est lui qui me répondra de toi.
Ce n’est pas l’affaire d’un moment de corrompre des affections saines qui n’ont reçu nulle altération précédente, et d’effacer des principes dérivés immédiatement des premières lumières de la raison. Si quelque changement s’y fait durant mon absence, elle ne sera jamais assez longue, il ne saura jamais assez bien se cacher de moi pour que je n’aperçoive pas le danger avant le mal, et que je ne sois pas à temps d’y porter remède. Comme on ne se déprave pas tout d’un coup, on n’apprend pas tout d’un coup à dissimuler ; et si jamais homme est maladroit en cet art, c’est Émile, qui n’eut de sa vie une seule occasion d’en user.
Par ces soins et d’autres semblables je le crois si bien garanti des objets étrangers et des maximes vulgaires, que j’aimerais mieux le voir au milieu de la plus mauvaise société de Paris, que seul dans sa chambre ou dans un parc, livré à toute l’inquiétude de son âge. On a beau faire, de tous les ennemis qui peuvent attaquer un jeune homme, le plus dangereux et le seul qu’on ne peut écarter, c’est lui-même : cet ennemi pourtant n’est dangereux que par notre faute ; car, comme je l’ai dit mille fois, c’est par la seule imagination que s’éveillent les sens. Leur besoin proprement n’est point un besoin physique : il n’est pas vrai que ce soit un vrai besoin. Si jamais objet lascif n’eût frappé nos yeux, si jamais idée déshonnête ne fût entrée dans notre esprit, jamais peut-être ce prétendu besoin ne fût fait sentir à nous ; et nous serions demeurés chastes, sans tentations, sans efforts et sans mérite. On ne sait pas quelles fermentations sourdes certaines situations et certains spectacles excitent dans le sang de la jeunesse, sans qu’elle sache démêler elle-même la cause de cette première inquiétude, qui n’est pas facile à calmer, et qui ne tarde pas à renaître. Pour moi, plus je réfléchis à cette importante crise et à ses causes prochaines ou éloignées, plus je me persuade qu’un solitaire élevé dans un désert, sans livres, sans instruction et sans femmes, y mourrait vierge à quelque âge qu’il fût parvenu.
Mais il n’est pas ici question d’un sauvage de cette espèce. En élevant un homme parmi ses semblables et pour la société, il est impossible, il n’est même pas à propos de le nourrir toujours dans cette salutaire ignorance ; et ce qu’il y a de pis pour la sagesse est d’être savant à demi. Le souvenir des objets qui nous ont frappés, les idées que nous avons acquises, nous suivent dans la retraite, la peuplent, malgré nous, d’images plus séduisantes que les objets mêmes, et rendent la solitude aussi funeste à celui qui les y porte, qu’elle est utile à celui qui s’y maintient toujours seul.
Veillez donc avec soin sur le jeune homme, il pourra se garantir de tout le reste ; mais c’est à vous de le garantir de lui. Ne le laissez seul ni jour ni nuit, couchez tout au moins dans sa chambre : qu’il ne se mette au lit qu’accablé de sommeil et qu’il en sorte à l’instant qu’il s’éveille. Défiez-vous de l’instinct sitôt que vous ne vous y bornez plus : il est bon tant qu’il agit seul ; il est suspect dès qu’il se mêle aux institutions des hommes : il ne faut pas le détruire, il faut le régler ; et cela peut-être est plus difficile que de l’anéantir. Il serait très dangereux qu’il apprît à votre élève à donner le change à ses sens et à suppléer aux occasions de les satisfaire : s’il connaît une fois ce dangereux supplément, il est perdu. Dès lors il aura toujours le corps et le coeur énervés ; il portera jusqu’au tombeau les tristes effets de cette habitude, la plus funeste à laquelle un jeune homme puisse être assujetti. Sans doute il vaudrait mieux encore… Si les fureurs d’un tempérament ardent deviennent invincibles, mon cher Émile, je te plains ; mais je ne balancerai pas un moment, je ne souffrirai point que la fin de la nature soit éludée. S’il faut qu’un tyran te subjugue, je te livre par préférence à celui dont je peux te délivrer : quoi qu’il arrive, je t’arracherai plus aisément aux femmes qu’à toi.
Jusqu’à vingt ans le corps croît, il a besoin de toute sa substance : la continence est alors dans l’ordre de la nature, et l’on n’y manque guère qu’aux dépens de sa constitution. Depuis vingt ans la continence est un devoir de morale ; elle importe pour apprendre à régner sur soi-même, à rester le maître de ses appétits. Mais les devoirs moraux ont leurs modifications, leurs exceptions, leurs règles. Quand la faiblesse humaine rend une alternative inévitable, de deux maux préférons le moindre ; en tout état de cause il vaut mieux commettre une faute que de contracter un vice.
Souvenez-vous que ce n’est plus de mon élève que je parle ici, c’est du vôtre. Ses passions, que vous avez laissées fermenter, vous subjuguent : cédez-leur donc ouvertement, et sans lui déguiser sa victoire. Si vous savez la lui montrer dans son vrai, il en sera moins fier que honteux, et vous vous ménagerez le droit de le guider durant son égarement, pour lui faire au moins éviter les précipices. Il importe que le disciple ne fasse rien que le maître ne le sache et ne le veuille, pas même ce qui est mal ; et il vaut cent fois mieux que le gouverneur approuve une faute et se trompe, que s’il était trompé par son élève, et que la faute se fît sans qu’il en sût rien. Qui croit devoir fermer les yeux sur quelque chose se voit bientôt forcé de les fermer sur tout : le premier abus toléré en amène un autre ; et cette chaîne ne finit plus qu’au renversement de tout ordre et au mépris de toute loi.
Une autre erreur que j’ai déjà combattue, mais qui ne sortira jamais des petits esprits, c’est d’affecter toujours la dignité magistrale, et de vouloir passer pour un homme parfait dans l’esprit de son disciple. Cette méthode est à contresens. Comment ne voient-ils pas qu’en voulant affermir leur autorité ils la détruisent ; que pour faire écouter ce qu’on dit il faut se mettre à la place de ceux à qui l’on s’adresse, et qu’il faut être homme pour savoir parler au coeur humain ? Tous ces gens parfaits ne touchent ni ne persuadent : on se dit toujours qu’il leur est bien aisé de combattre des passions qu’ils ne sentent pas. Montrez vos faiblesses à votre élève, si vous voulez le guérir des siennes : qu’il voie en vous les mêmes combats qu’il éprouve, qu’il apprenne à se vaincre à votre exemple, et qu’il ne dise pas comme les autres : Ces vieillards, dépités de n’être plus jeunes, veulent traiter les jeunes gens en vieillards : et parce que tous leurs désirs sont éteints, ils nous font un crime des nôtres.
Montaigne dit qu’il demandait un jour au seigneur de Langey combien de fois, dans ses négociations d’Allemagne, il s’était enivré pour le service du roi[455]. Je demanderais volontiers au gouverneur de certain jeune homme combien de fois il est entré dans un mauvais lieu pour le service de son élève. Combien de fois ? Je me trompe. Si la première n’ôte à jamais au libertin le désir d’y rentrer, s’il n’en rapporte le repentir et la honte, s’il ne verse dans votre sein des torrents de larmes, quittez-le à l’instant ; il n’est qu’un monstre, ou vous n’êtes qu’un imbécile ; vous ne lui servirez jamais à rien. Mais laissons ces expédients extrêmes, aussi tristes que dangereux, et qui n’ont aucun rapport à notre éducation.
You cannot imagine how docile Émile can be at the age of twenty. How different our ways of thinking are! I myself cannot understand how he could have been so obedient at ten; for what influence did I really have over him at that age? It took me fifteen years of care to gain that influence over him. At that time, I was not actually raising him—I was preparing him to be raised properly. Now he is old enough to be docile; he recognizes the voice of friendship and knows how to obey reason. True, I allow him to appear independent, but he has never been more thoroughly under my control, for he submits willingly. As long as I was unable to dominate his will, I actually dominated his person entirely; I never left his side for a moment. Now I sometimes let him be on his own, but I still govern him completely. Before parting, I kiss him and say to him with confidence: “Émile, I am entrusting you to my friend; I am placing you in the care of his honest heart—he will be responsible for you.”
It is not possible in the course of a single moment to corrupt healthy affections that have never undergone any prior alteration, nor to erase principles that were immediately derived from the first lights of reason. If any change were to occur during my absence, such absence would never be long enough, and the perpetrator would never manage to hide it well enough from me so that I could not perceive the danger before the harm was done, and thus take timely action to remedy it. Just as one does not degenerate overnight, one also does not learn to conceal things overnight; and if there is anyone who is inept at this art, it is Émile, who in his entire life never had a single occasion to use such skills.
Through such care and similar measures, I believe him to be fully protected from the influence of vulgar objects and immoral ideas. In fact, I would rather see him in the midst of the worst society in Paris than alone in his room or in a park, exposed to all the troubles inherent to his age. No matter what we do, among all the enemies that can assail a young man, the most dangerous—and indeed the only one that cannot be completely avoided—is himself. Yet this enemy is dangerous only because of our own faults; for, as I have said countless times, it is solely through imagination that our senses are awakened. Their so-called “needs” are not truly physical needs at all. If no tempting objects had ever come before our eyes, if no immoral ideas had ever entered our minds, such needs would never have existed; we would remain chaste, free from temptation, without having to make any efforts or earn any merit in doing so. One cannot fathom the subtle influences that certain situations and sights can exert on the blood of youth, especially when they are unable to recognize the true causes of these initial troubles—troubles that are difficult to calm down and that soon resurface. For my part, the more I reflect on this critical moment and its various causes, whether immediate or distant, the more convinced I become that a young man raised alone in a desert, without books, education, or women, would remain virginal until the end of his life, no matter how old he might grow.
But it is not a member of this species that is referred to here. By raising a man among his own kind and for the sake of society, it is impossible—even futile—to always keep him in this state of beneficial ignorance; moreover, the worst thing for wisdom is to be half-wise. The memories of things that have impressed us, the ideas we have acquired, follow us into solitude, filling it, against our will, with images far more enticing than the things themselves, and making solitude as harmful to those who carry them within them as it is beneficial to those who always remain alone.
Therefore, take great care of this young man; he will be able to ensure his own safety in everything else—but it is your duty to ensure his safety from himself. Do not leave him alone, day or night; at the very least, sleep in his room. Let him go to bed only when utterly exhausted by sleep and wake up as soon as he wakes. Beware of his instincts whenever you no longer limit them: they are harmless when he acts on his own, but become suspicious whenever he interferes with human institutions. We must not destroy him, but regulate him—and perhaps this is even more difficult than destroying him altogether. It would be extremely dangerous if he taught your student how to deceive his senses and create artificial opportunities to satisfy them; once he knows this dangerous art, he is lost. From that moment on, his body and mind will always be in a state of agitation; he will carry with him until his death the tragic consequences of such an habit—the most fatal one a young man can fall into. Perhaps it would even be better. If the fierce passions of an ardent temperament become uncontrollable, my dear Émile, I feel sorry for you; but I will not hesitate for a moment, and I will not allow the natural order of things to be overturned. If a tyrant must subjugate you, I would rather hand you over to one whom I can save than to one from whom I cannot free you. No matter what happens, it will be easier for me to rescue you from women than from yourself.
Until the age of twenty, the body continues to grow and requires all its nutrients; abstinence at this stage is in accordance with the laws of nature, and it generally does not harm one’s physical constitution. After the age of twenty, abstinence becomes a moral duty; it is essential for learning to control oneself and remain the master of one’s desires. However, moral duties have their variations, exceptions, and rules. When human weakness makes it inevitable to choose between two evils, it is better to opt for the lesser of them; in any case, it is always preferable to make a mistake than to develop a vice.
Remember that it is no longer my student I am speaking of here, but yours. His passions, which you have allowed to fester, now dominate you: therefore yield to them openly, without concealing his victory from him. If you show him the truth about it, he will feel less pride than shame, and you will thus retain the right to guide him in his error, at least to prevent him from falling into peril. It is essential that a disciple never do anything that his teacher does not know or desire—even something that is wrong. It would be far better for a ruler to approve of a mistake and be mistaken than for him to be deceived by his student, resulting in the mistake occurring without his knowledge. Those who think they should turn a blind eye to certain things will soon find themselves forced to turn a blind eye to everything; one tolerated abuse leads to another, and this chain ends only in the overthrow of all order and the contempt for all laws.
Another mistake that I have often confronted—and one that will never vanish from the minds of narrow-minded individuals—is the attempt to always maintain an air of magisterial dignity and to present oneself as a perfect man in the eyes of one’s disciple. This approach is utterly counterproductive. How can they not realize that by trying to reinforce their authority, they are actually undermining it? To be heard, one must put oneself in the shoes of those to whom one speaks; and to speak to the human heart, one must be a true man. All these so-called “perfect” individuals neither touch nor persuade others—because people always think to themselves that it must be easy for them to combat passions they themselves do not feel. If you wish to help your disciple overcome his own flaws, show him your own weaknesses. Let him see in you the same struggles he faces; let him learn to conquer himself by your example. And never say, like others, “These old men, frustrated by their loss of youth, try to treat young people as if they were old themselves. Because all their own desires have died out, they blame us for ours.”
Montaigne says that one day he asked the lord of Langey how many times, during his negotiations in Germany, he had gotten drunk in order to serve the king[455]. I would gladly ask the governor of a certain young man how many times he has gone to bad places in order to serve his “pupil.” How many times? I mistake myself. If that first experience does not forever remove from that person the desire to return to such behavior, if it does not bring him repentance and shame, if it does not cause him to shed torrents of tears before you, then leave him immediately; he is either a monster, or you are an idiot—you will never be of any use to him. But let us put aside these extreme measures, which are both sad and dangerous, and have nothing to do with our education.
Non potete immaginare quanto, a vent’anni, Émile possa essere docile. Pensiamo in modi così diversi! Io stesso non riesco a capire come sia stato possibile che lo fosse già a dieci anni; infatti, a quell’età, quale influenza avevo su di lui? Mi sono serviti quindici anni di cure per conquistare quel controllo. Allora non lo educavo, ma lo preparavo ad essere educato. Ora è abbastanza maturo da essere docile: riconosce la voce dell’amicizia e sa obbedire alla ragione. Gli lascio, è vero, l’apparenza dell’indipendenza, ma non è mai stato più sottomesso a me, perché lo è volontariamente. Finché non sono riuscito a dominare la sua volontà, l’ho dominato personalmente; non lo lasciavo mai un istante. Ora, a volte, lo lascio da solo, ma lo controllo comunque. Prima di andarmene, lo abbraccio e gli dico con fiducia: “Émile, ti affido al mio amico. Ti consegno al suo onesto cuore; sarà lui a rispondere per te”.
Non è affatto possibile corrompere in un istante affetti sani che non hanno mai subito alcun cambiamento prima, né cancellare principi che derivano direttamente dalle prime luci della ragione. Se qualche cambiamento dovesse verificarsi durante la mia assenza, essa non sarebbe mai abbastanza lunga, e quel cambiamento non riuscirebbe mai a nascondersi abbastanza bene da non farmi percepire il pericolo prima che si manifesti il danno, permettendomi così di intervenire in tempo. Poiché nessuno diventa improvvisamente corrotto, né impara improvvisamente ad nascondere le proprie azioni; e se c’è qualcuno che è particolarmente maldestro in questo campo, quello è Émile, il quale nella sua vita non ebbe mai l’occasione di doverlo fare.
Con questi e altri simili mezzi, credo che sia ben protetto dagli oggetti estranei e dalle idee volgari; preferirei vederlo nel mezzo della peggiore società di Parigi, piuttosto che solo nella sua stanza o in un parco, esposto a tutte le preoccupazioni tipiche dell’età sua. Nonostante tutto, tra tutti gli nemici che possono attaccare un giovane, il più pericoloso e l’unico che non possiamo eliminare è proprio lui stesso. Questo nemico, tuttavia, diventa pericoloso soltanto a causa nostra; perché, come ho detto mille volte, sono soltanto le nostre fantasie ad eccitare i sensi. Il cosiddetto “bisogno” dei giovani non è in realtà un bisogno fisico. Se mai qualche oggetto provocante fosse entrato nei nostri occhi, se mai qualche idea indecente fosse penetrata nella nostra mente, forse quel presunto “bisogno” non ci sarebbe mai stato percepito; e saremmo rimasti casti, senza tentazioni, senza sforzi. Non si sa quali fermentazioni nascoste certe situazioni e certi spettacoli possano suscitare nel sangue dei giovani. Senza che essi riescano a comprendere la vera causa di quella inquietudine che non è facile placare e che presto ritorna. Per quanto mi riguarda, più rifletto su questa importante crisi e sulle sue cause, più sono convinto che un giovane solitario, cresciuto in un deserto, senza libri, senza istruzione e senza donne, morirebbe vergine a qualsiasi età raggiungesse.
Ma qui non si tratta di un selvaggio di questa specie. Educare un uomo tra i suoi simili e per la società è impossibile; anzi, non è nemmeno opportuno nutrirlo sempre in questa salutare ignoranza. E ciò che è peggio per la saggezza è essere sapienti a metà. I ricordi degli oggetti che ci hanno colpito, le idee che abbiamo acquisito, ci seguono nella solitudine, popolandola, contro la nostra volontà, di immagini più seducenti degli oggetti stessi; e rendono la solitudine tanto funesta per chi la porta con sé, quanto utile per chi vi rimane sempre da solo.
Pertanto, prendetevi cura con attenzione di questo giovane: egli potrà garantirsi tutto il resto da solo; ma è a voi dovere assicurarlo dalla sua stessa natura pericolosa. Non lasciatelo mai solo, né di giorno né di notte; almeno dormite nella sua stanza: che si corichi soltanto quando è estremamente stanco e si alzi non appena si sveglia. Diffidate del suo istinto naturale non appena smettete di limitarlo: è innocuo quando agisce da solo, ma diventa sospetto non appena interferisce nelle abitudini umane. Non dobbiamo distruggerlo, ma regolarne il comportamento; e forse questo è ancora più difficile che annientarlo del tutto. Sarebbe estremamente pericoloso se insegnasse al vostro allievo a ingannare i propri sensi e a cercare modi per soddisfarli: una volta che conoscerà questo pericoloso artificio, sarà irrimediabilmente perduto. Da quel momento in poi, il suo corpo e la sua mente saranno costantemente stimolati; porterà con sé fino alla morte gli effetti negativi di questa abitudine, la più funesta a cui un giovane possa essere sottoposto. Senza dubbio, sarebbe ancora meglio. Se le furie di un temperamento appassionato diventano incontrollabili, mio caro Émile, mi dispiace per te; ma non esiterò nemmeno per un istante: non permetterò che la natura umana venga sfidata. Se dovesse esserci bisogno che un tiranno ti sottometta, preferirei consegnarti a colui di cui posso liberarti. In ogni caso, ti strapperei via dalle donne molto più facilmente di quanto possa farlo da te stesso.
Fino ai vent’anni, il corpo cresce e ha bisogno di tutta la sua sostanza; in questo periodo, la continenza rientra nell’ordine naturale, e ci si astiene soltanto a scapito della propria costituzione fisica. Dopo i vent’anni, la continenza diventa un dovere morale; è importante per imparare a dominarsi e a restare padroni dei propri desideri. Tuttavia, i doveri morali presentano modifiche, eccezioni e regole specifiche. Quando la debolezza umana rende inevitabile una scelta tra due mali, preferiamo quello minore; in ogni caso, è meglio commettere un errore che sviluppare un vizio.
Ricordate che qui non parlo più del mio allievo, ma del vostro. Le sue passioni, che avete lasciato crescere in lui, lo dominano: arrendetevi quindi apertamente a esse, senza nascondere la sua sconfitta. Se riuscite a fargliela comprendere nella sua vera natura, ne proverà vergogna piuttosto che orgoglio, e vi riserverete così il diritto di guidarlo nel suo errore, almeno per impedirgli di cadere in pericoli. È fondamentale che l’allievo non faccia nulla di ciò che il maestro non conosce o non desidera, nemmeno ciò che è sbagliato; è cento volte meglio che il governante approvi un errore e si inganni, piuttosto che essere ingannato dal proprio allievo e che l’errore avvenga senza che se ne accorga. Chi ritiene di dover chiudere gli occhi su qualcosa finirà presto per doverli chiudere su tutto: il primo abuso tollerato ne porta a un altro; e questa catena non termina mai se non con la rovina di ogni ordine e il disprezzo per tutte le leggi.
Un’altra errore contro cui ho già combattuto, ma che non uscirà mai dai piccoli cervelli, è quella di ostentare sempre una dignità magistrale e di voler apparire agli occhi del proprio discepolo come un uomo perfetto. Questo approccio è completamente errato. Come non capiscono che, cercando di affermare la propria autorità, in realtà la distruggono? Per far ascoltare ciò che si dice, bisogna mettersi al posto di coloro a cui si parla e essere veramente uomini per saper parlare al cuore umano. Tutti questi presunti “uomini perfetti” non riescono né a toccare né a convincere: si pensa sempre che sia facile per loro combattere passioni che in realtà non provano. Mostrate ai vostri discepoli le vostre debolezze, se volete guarirli dalle loro: che vedano in voi gli stessi conflitti che sperimentano loro, che imparino a vincersi seguendo il vostro esempio. E che non dicano come fanno gli altri: “Questi anziani, delusi per non essere più giovani, vogliono trattare i giovani come se fossero anziani anch’essi; e perché tutti i loro desideri sono spenti, ci attribuiscono i nostri stessi errori”.
Montaigne racconta che un giorno chiese al signor di Langey quante volte, durante le sue trattative in Germania, si fosse ubriacato al servizio del re[455]. Io chiederei volentieri al governatore di quel giovane quante volte sia entrato in luoghi sconvenienti al servizio del suo allievo. Quante volte? Mi sbaglio. Se la prima volta non toglie per sempre al libertino il desiderio di tornarci, se non gli provoca rimorso e vergogna, se non gli fa versare fiumi di lacrime, allora lasciatelo immediatamente: è solo un mostro, o voi siete soltanto degli idioti; non gli servirete mai a nulla. Ma lasciamo da parte questi estremi rimedi, così tristi e pericolosi, che non hanno alcun rapporto con la nostra educazione.
Que de précautions à prendre avec un jeune homme bien né avant de l’exposer au scandale des moeurs du siècle ! Ces précautions sont pénibles, mais elles sont indispensables ; c’est la négligence en ce point qui perd toute la jeunesse ; c’est par le désordre du premier âge que les hommes dégénèrent, et qu’on les voit devenir ce qu’ils sont aujourd’hui. Vils et lâches dans leurs vices mêmes, ils n’ont que de petites âmes, parce que leurs corps usés ont été corrompus de bonne heure ; à peine leur reste-t-il assez de vie pour se mouvoir. Leurs subtiles pensées marquent des esprits sans étoffe ; ils ne savent rien sentir de grand et de noble ; ils n’ont ni simplicité ni vigueur ; abjects en toute chose, et bassement méchants, ils ne sont que vains, fripons, faux ; ils n’ont pas même assez de courage pour être d’illustres scélérats. Tels sont les méprisables hommes que forme la crapule de la jeunesse : s’il s’en trouvait un seul qui sût être tempérant et sobre, qui sût, au milieu d’eux, préserver son coeur, son sang, ses moeurs, de la contagion de l’exemple, à trente ans il écraserait tous ces insectes, et deviendrait leur maître avec moins de peine qu’il n’en eut à rester le sien.
Pour peu que la naissance ou la fortune eût fait pour Émile, il serait cet homme s’il voulait l’être : mais il les mépriserait trop pour daigner les asservir. Voyons-le maintenant au milieu d’eux, entrant dans le monde, non pour y primer, mais pour le connaître et pour y trouver une compagne digne de lui.
Dans quelque rang qu’il puisse être né, dans quelque société qu’il commence à s’introduire, son début sera simple et sans éclat : à Dieu ne plaise qu’il soit assez malheureux pour y briller ! Les qualités qui frappent au premier coup d’oeil ne sont pas les siennes ; il ne les a ni ne les veut avoir. Il met trop peu de prix aux jugements des hommes pour en mettre à leurs préjugés, et ne se soucie point qu’on l’estime avant que de le connaître. Sa manière de se présenter n’est ni modeste ni vaine, elle est naturelle et vraie ; il ne connaît ni gêne ni déguisement, et il est au milieu d’un cercle ce qu’il est seul et sans témoin. Sera-t-il pour cela grossier, dédaigneux, sans attention pour personne ? Tout au contraire ; si seul il ne compte pas pour rien les autres hommes, pourquoi les compterait-il pour rien, vivant avec eux ? Il ne les préfère point à lui dans ses manières, parce qu’il ne les préfère pas à lui dans son coeur ; mais il ne leur montre pas non plus une indifférence qu’il est bien éloigné d’avoir ; s’il n’a pas les formules de la politesse, il a les soins de l’humanité. Il n’aime à voir souffrir personne ; il n’offrira pas sa place à un autre par simagrée, mais il la lui cédera volontiers par bonté, si, le voyant oublié, il juge que cet oubli le mortifie ; car il en coûtera moins à mon jeune homme de rester debout volontairement, que de voir l’autre y rester par force.
Quoique en général Émile n’estime pas les hommes, il ne leur montrera point de mépris, parce qu’il les plaint et s’attendrit sur eux. Ne pouvant leur donner le goût des biens réels, il leur laisse les biens de l’opinion dont ils se contentent, de peur que, les leur ôtant à pure perte, il ne les rendît plus malheureux qu’auparavant. Il n’est donc point disputeur ni contredisant ; il n’est pas non plus complaisant et flatteur ; il dit son avis sans combattre celui de personne, parce qu’il aime la liberté par-dessus toute chose, et que la franchise en est un des plus beaux droits.
Il parle peu, parce qu’il ne se soucie guère qu’on s’occupe de lui, par la même raison il ne dit que des choses utiles : autrement, qu’est-ce qui l’engagerait à parler ? Émile est trop instruit pour être jamais babillard. Le grand caquet vient nécessairement, ou de la prétention à l’esprit, dont je parlerai ci-après, ou du prix qu’on donne à des bagatelles ; dont on croit sottement que les autres font autant de cas que nous. Celui qui connaît assez de choses pour donner à toutes leur véritable prix, ne parle jamais trop ; car il sait apprécier aussi l’attention qu’on lui donne et l’intérêt qu’on peut prendre à ses discours. Généralement les gens qui savent peu parlent beaucoup, et les gens qui savent beaucoup parlent peu. Il est simple qu’un ignorant trouve important tout ce qu’il sait, et le dise à tout le monde. Mais un homme instruit n’ouvre pas aisément son répertoire ; il aurait trop à dire, et il voit encore plus à dire après lui ; il se tait.
Loin de choquer les manières des autres, Émile s’y conforme assez volontiers, non pour paraître instruit des usages, ni pour affecter les airs d’un homme poli, mais au contraire de peur qu’on ne le distingue, pour éviter d’être aperçu ; et jamais il n’est plus à son aise que quand on ne prend pas garde à lui.
Quoique entrant dans le monde, il en ignore absolument les manières ; il n’est pas pour cela timide et craintif ; s’il se dérobe, ce n’est point par embarras, c’est que pour bien voir, il faut n’être pas vu ; car ce qu’on pense de lui ne l’inquiète guère, et le ridicule ne lui fait pas la moindre peur. Cela fait qu’étant toujours tranquille et de sang-froid, il ne se trouble point par la mauvaise honte. Soit qu’on le regarde ou non, il fait toujours de son mieux ce qu’il fait ; et, toujours tout à lui pour bien observer les autres, il saisit leurs manières avec une aisance que ne peuvent avoir les esclaves de l’opinion. On peut dire qu’il prend plutôt l’usage du monde, précisément parce qu’il en fait peu de cas.
Ne vous trompez pas cependant sur sa contenance, et n’allez pas la comparer à celle de vos jeunes agréables. Il est ferme et non suffisant ; ses manières sont libres et non dédaigneuses : l’air insolent n’appartient qu’aux esclaves, l’indépendance n’a rien d’affecté. Je n’ai jamais vu d’homme ayant de la fierté dans l’âme en montrer dans son maintien : cette affectation est bien plus propre aux âmes viles et vaines, qui ne peuvent en imposer que par là. Je lis dans un livre[456] qu’un étranger se présentant un jour dans la salle du fameux Marcel, celui-ci lui demanda de quel pays il était : « Je suis Anglais, répond l’étranger. — Vous, Anglais ! réplique le danseur ; vous seriez de cette île où les citoyens ont part à l’administration publique, et sont une portion de la puissance souveraine ![457] Non, monsieur ; ce front baissé, ce regard timide, cette démarche incertaine, ne m’annoncent que l’esclave titré d’un électeur. »
Je ne sais si ce jugement montre une grande connaissance du vrai rapport qui est entre le caractère d’un homme et son extérieur. Pour moi, qui n’ai pas l’honneur d’être maître à danser, j’aurais pensé tout le contraire. J’aurais dit : « Cet Anglais n’est pas courtisan, je n’ai jamais ouï dire que les courtisans eussent le front baissé et la démarche incertaine : un homme timide chez un danseur pourrait bien ne l’être pas dans la chambre des Communes. » Assurément, ce M. Marcel-là doit prendre ses compatriotes pour autant de Romains.
Quand on aime, on veut être aimé. Émile aime les hommes, il veut donc leur plaire. À plus forte raison il veut plaire aux femmes ; son âge, ses moeurs, son projet, tout concourt à nourrir en lui ce désir. Je dis ses moeurs, car elles y font beaucoup ; les hommes qui en ont sont les vrais adorateurs des femmes. Ils n’ont pas comme les autres je ne sais quel jargon moqueur de galanterie ; mais ils ont un empressement plus vrai, plus tendre, et qui part du coeur. Je connaîtrais près d’une jeune femme un homme qui a des moeurs et qui commande à la nature, entre cent mille débauchés. Jugez de ce que doit être Émile avec un tempérament tout neuf, et tant de raisons d’y résister ! Pour auprès d’elles, je crois qu’il sera quelquefois timide et embarrassé ; mais sûrement cet embarras ne leur déplaira pas, et les moins friponnes n’auront encore que trop souvent l’art d’en jouir et de l’augmenter. Au reste, son empressement changera sensiblement de forme selon les états. Il sera plus modeste et plus respectueux pour les femmes, plus vif et plus tendre auprès des filles à marier. Il ne perd point de vue l’objet de ses recherches, et c’est toujours à ce qui les lui rappelle qu’il marque le plus d’attention.
What precautions must be taken when exposing a well-born young man to the scandals of the century’s morals! Such precautions are tedious, but they are indispensable; it is precisely negligence in this regard that ruins all youth. It is through the disorder of early years that men degenerate and become what they are today—vile and cowardly even in their vices, possessing only weak souls, for their worn-out bodies were corrupted at an early age; they barely have enough life left to move at all. Their subtle thoughts indicate minds lacking substance; they are incapable of feeling anything grand or noble; they possess neither simplicity nor vigor. Abject in everything and vilely malicious, they are nothing but vain, dishonest, and deceitful; they don’t even have the courage to be truly terrible scoundrels. Such are the despicable people whom the vices of youth create. If there were just one among them who could practice moderation and sobriety, who could preserve his heart, his blood, his morals from being corrupted by such examples—at thirty years old, he would crush all these “insects” and become their master, with less effort than it would take him to remain master of himself.
Had Émile been born into a better family or possessed greater wealth, he could have become that kind of man if he had chosen to; but he despises such advantages too much to bother to exploit them. Let us now imagine him among them, entering the world not in order to succeed there, but to understand it and to find a companion worthy of him.
No matter what rank he is born into, or in what society he begins to integrate himself, his beginning will be simple and unremarkable—may God forbid that he should be unfortunate enough to stand out in any way! The qualities that catch one’s attention at first glance are not his own; he possesses them not nor does he desire them. He attaches too little importance to what people think of him to care about their prejudices, and he is indifferent to whether others consider him worthy of respect before he even gets to know them. His way of presenting himself is neither modest nor vain; it is natural and genuine. He knows nothing of embarrassment or pretense, and in the midst of a crowd, he is just what he is, without any need for witnesses. Will this make him crude, disdainful, or indifferent to others? On the contrary—if he considers other people insignificant when alone, why should he regard them as such while living among them? He does not prefer them to himself in his behavior, because he does not prefer them to himself in his heart; yet he is far from being indifferent to them. If he lacks the formalities of politeness, he at least possesses the kindness of humanity. He does not wish to see anyone suffer, and he will not give up his place for someone else out of mere formality—but he will gladly do so out of kindness, if he sees that person neglected and feels it causes them distress. For my young man, it would cost him less effort to stand firm on his own than to watch another person be forced to do the same.
Although in general Émile does not hold men in high regard, he does not show them any contempt, for he feels pity for them and takes compassion toward them. Unable to give them the desire for real possessions, he allows them to content themselves with the riches of opinion, for fear that if those were taken away from them without any gain, it would make them even more unhappy than before. Therefore, he is neither argumentative nor confrontational; nor is he obsequious or flattering. He expresses his opinions without opposing anyone’s views, because above all things, he loves freedom, and honesty is one of its most beautiful manifestations.
He speaks little because he cares little whether people pay attention to him; for the same reason, he only says things that are useful—otherwise, what would motivate him to speak? Émile is too well-educated to ever be chatty. Excessive talk necessarily stems either from a pretense of being intelligent, which I will discuss later, or from overvaluing trivial matters; people foolishly assume that others attach as much importance to them as we do. Those who know enough to assign the proper value to things never talk too much, because they also understand the attention others pay them and the interest their words might arouse. In general, those who know little talk a lot, while those who know much talk little. It is only natural for an ignorant person to find everything he knows important and to share it with everyone. But a well-informed person does not readily open up; there would be too much to say, and moreover, they realize there will be even more to say afterward—so they remain silent.
Far from shocking the ways of others, Émile quite willingly conforms to them—not in order to appear knowledgeable about social customs or to put on the airs of a polite man, but on the contrary, out of fear that he might be noticed and thus avoided; and he is never more at ease than when no one pays attention to him.
Although he enters the world, he is utterly ignorant of its ways; yet this does not make him shy or fearful. When he avoids certain situations, it is not out of embarrassment, but because in order to observe things clearly, one must remain unnoticed. What others think of him hardly concerns him at all, and ridicule fills him with no fear whatsoever. As a result, he remains calm and composed at all times, and is not disturbed by any sense of shame. Whether observed or not, he always does his best in whatever he undertakes; and since his entire attention is focused on observing others, he grasps their manners with an ease that those enslaved by public opinion can never attain. One might say that he learns the ways of the world precisely because he attaches so little importance to them.
Do not, however, be mistaken about its nature; do not compare it to that of your charming young ladies. It is firm, yet not overbearing; its manners are free, yet not disdainful—such an insolent air belongs only to slaves; independence, on the other hand, has nothing to do with affectation. I have never seen a man who truly possessed pride in his soul display it in his manner; such pretense is much more characteristic of base and vain souls, who can impose themselves only through such means. In a book[456], I read that one day a stranger entered the hall of the famous Marcel, who asked him where he came from. “I am English,” replied the stranger. “You, English!” exclaimed the dancer. “Would you be from that island where citizens share in public administration and are part of the sovereign power?![457] No, sir; that bowed head, that timid gaze, that uncertain gait—these tell me only of a slave who is called an ‘elector.’”
I do not know whether this judgment demonstrates a profound understanding of the true relationship that exists between a man’s character and his outward appearance. For someone like me, who does not have the honor of being a master dancer, I would have thought the very opposite. I would have said: “This Englishman is not a courtier; I have never heard of courtiers having bowed heads and uncertain manners. A man who is timid when dancing may well be bold in the House of Commons.” Undoubtedly, this Mr. Marcel must regard his fellow countrymen as nothing short of Romans.
When one loves, one wants to be loved. Émile loves men; therefore, he wants to please them. All the more so does he want to please women—his age, his manners, his intentions—all contribute to nurturing this desire within him. I say “his manners,” for they play a significant role in this matter; men who possess such manners are the true admirers of women. They do not use that mocking jargon of gallantry common among others; instead, their eagerness is more genuine, more tender, and comes from the heart. I could recognize a man with such manners among a hundred thousand debauchees near a young woman. Imagine what Émile must be like, with his fresh temperament and so many reasons to resist such temptations! Around women, I believe he may sometimes feel shy and awkward; but surely such embarrassment would not displeasure them, and even the least frivolous among them would often know how to take pleasure in it and even intensify it. Moreover, his eagerness will change significantly depending on the situation. He will be more modest and respectful toward women, and more lively and tender when approaching young girls who are about to get married. He never loses sight of the goal of his pursuit—and it is always those things that remind him of them that receive his greatest attention.
Quante precauzioni bisogna prendere con un giovane di buona famiglia prima di esporlo allo scandalo delle costumi di questo secolo! Queste precauzioni sono noiose, ma indispensabili; è proprio la negligenza in questo campo che rovina tutta la gioventù. È attraverso il disordine dell’età infantile che gli uomini degenerano e diventano ciò che sono oggi: vili e codardi anche nei loro vizi, hanno soltanto menti meschine, perché i loro corpi logori sono stati corrotti fin da piccoli; a malapena riescono a vivere abbastanza a lungo per muoversi. I loro pensieri subdoli caratterizzano spiriti privi di sostanza; non sanno provare nulla di grande e nobile; mancano sia della semplicità che della forza; sono spregevoli in tutto e malvagi fino al fondo, non sono altro che vanitosi, ladri, falsi. Non hanno nemmeno il coraggio di essere dei veri scellerati. Ecco gli uomini disprezzabili che la depravazione giovanile genera: se ci fosse anche solo uno di loro che sapesse essere moderato e sobrio, che riuscisse, in mezzo a loro, a preservare il proprio cuore, il proprio sangue, le proprie virtù dalla contaminazione dell’esempio. A trent’anni schiaccerebbe tutti questi “insetti” e diventerebbe il loro padrone con meno sforzo di quanto ne servisse per rimanere il padrone di se stesso.
Se solo la nascita o la fortuna avessero favorito Émile, egli sarebbe potuto diventare quell’uomo che desiderava essere; ma li disprezzava troppo per degnarsi di sottomettervisi. Ora vediamolo in mezzo a loro, che entra nel mondo non per dominarlo, ma per conoscerlo e per trovare una compagna degna di lui.
Qualunque posizione sociale possa occupare, in qualsiasi ambiente si introduca, il suo inizio sarà semplice e senza splendore. Che Dio non voglia che sia abbastanza sfortunato da dover brillare in quel contesto! Le qualità che colpiscono immediatamente l’occhio non sono sue; non le possiede né desidera possederle. Dà troppo poco valore ai giudizi degli uomini per dare importanza ai loro pregiudizi, e non si cura affatto di essere stimato prima ancora di essere conosciuto. Il modo in cui si presenta non è né umile né vanitoso: è naturale e sincero. Non conosce né imbarazzi né finzioni; in mezzo a un gruppo di persone, è ciò che è veramente, senza alcun testimone. Sarà forse per questo scortese, sprezzante, indifferente verso tutti? Niente affatto: se da solo non dà importanza agli altri esseri umani, perché dovrebbe darne importanza mentre vive con loro? Non li preferisce a sé stesso nei suoi comportamenti, perché non li preferisce nel proprio cuore; ma non mostra nemmeno verso di loro un’indifferenza che in realtà non prova affatto. Se non possiede le formule della cortesia, possiede almeno i sentimenti dell’umanità: non vuole che nessuno soffra, e non offrirà la propria posizione a qualcun altro per pura formalità, ma la cederà volentieri per bontà, se vedrà che quell’altro viene trascurato e ne sentirà umiliazione. Perché per il mio giovane uomo sarà meno costoso rimanere in piedi di sua volontà, che vedere l’altro costretto a farlo contro la sua volontà.
Sebbene in generale Émile non stimi gli uomini, non li mostrerà mai disprezzo, perché li compiange e si commuove per loro. Non potendo dar loro il gusto dei beni reali, lascia loro i beni dell’opinione di cui si accontentano, per paura che, togliendoglieli senza alcun motivo, non li rendesse ancora più sfortunati di prima. Pertanto, non è né un polemista né un contraddittore; non è nemmeno lusinghiero o adulante; esprime il proprio parere senza contrastare quello degli altri, perché ama la libertà sopra ogni cosa, e la franchezza ne è uno dei più bei diritti.
Parla poco, perché non gli interessa affatto che gli altri si occupino di lui; per la stessa ragione dice soltanto cose utili: altrimenti, cosa lo spingerebbe a parlare? Émile è troppo istruito per essere mai chiacchierone. Il gran chiacchiericcio deriva necessariamente o dalla presunzione di possedere intelligenza, di cui parlerò in seguito, oppure dal valore che si attribuisce a cose insignificanti; si crede scioccamente che gli altri le considerino altrettanto importanti quanto noi. Chi conosce abbastanza cose da poterne apprezzare veramente il valore non parla mai troppo; sa infatti apprezzare anche l’attenzione che gli viene rivolta e l’interesse che gli altri possono provare per i suoi discorsi. In generale, le persone che sanno poco parlano molto, mentre quelle che sanno molto parlano poco. È naturale che un ignorante ritenga importante tutto ciò che sa e lo dica a tutti; ma una persona istruita non apre facilmente il proprio “repertorio” di argomenti da trattare: avrebbe troppo da dire, e soprattutto vede l’importanza di ciò che dice dopo di sé, quindi tace.
Lontano dal voler scandalizzare i modi altrui, Émile vi si conforma piuttosto volentieri, non per dare l’impressione di conoscere le usanze del mondo, né per assumere l’aria di una persona educata, ma al contrario, per paura di essere notato, per evitare di attirare l’attenzione; e mai si sente più a suo agio quando nessuno fa caso a lui.
Sebbene entri nel mondo, non conosce affatto le sue usanze; ciò tuttavia non lo rende timido o pauroso; se si nasconde, non è per imbarazzo, ma perché per osservare bene gli altri bisogna non essere visti; infatti ciò che la gente pensa di lui non lo preoccupa affatto, e il ridicolo non gli incute alcuna paura. Per questo motivo, essendo sempre tranquillo e calmo, non si turbava mai per motivi legati alla vergogna. Che lo si osservi o meno, faceva sempre del suo meglio in ciò che faceva; e, essendo completamente concentrato nell’osservare gli altri, riusciva a comprendere le loro abitudini con una facilità che gli schiavi delle opinioni altrui non possono avere. Si può dire che impara ad adattarsi alle usanze del mondo proprio perché le considera di scarsa importanza.
Tuttavia, non fraintendetevi riguardo al suo contenuto, e non fatela paragonare a quello delle vostre giovani donne affascinanti. È risoluta, ma non eccessivamente; i suoi modi sono liberi, ma non sprezzanti: l’aria insolente appartiene soltanto agli schiavi, mentre l’indipendenza non ha nulla di affettato. Non ho mai visto un uomo che avesse vera fierezza nell’anima dimostrarla nel proprio comportamento; tale affettazione è piuttosto tipica delle anime vili e vanitose, le quali possono imporsi soltanto in questo modo. Leggo in un libro[456] che un giorno un estraneo si presentò nella sala del famoso Marcel, il quale gli chiese da quale paese provenisse: “Sono inglese”, rispose l’estraneo. “Voi, inglese!”, replicò il ballerino; “Voi sareste di quell’isola dove i cittadini partecipano all’amministrazione pubblica e fanno parte del potere sovrano![457] No, signore; questa fronte bassa, questo sguardo timido, questi passi incerti mi rivelano soltanto uno schiavo che si fa chiamare elettore.”
Non so se questo giudizio dimostri una profonda conoscenza del vero rapporto che esiste tra il carattere di un uomo e il suo aspetto esteriore. Per me, che non ho l’onore di essere maestro di danza, avrei pensato il contrario: “Questo inglese non è un cortigiano; non ho mai sentito dire che i cortigiani abbiano la fronte bassa e il passo incerto. Un uomo timido in una sala da ballo potrebbe benissimo non esserlo nella Camera dei Comuni.” Sicuramente, questo signor Marcel deve considerare i suoi connazionali come veri Romani.
Quando si ama, si vuole essere amati. Émile ama gli uomini, quindi vuole piacergli. Con ancora maggiore motivo vuole piacere alle donne; la sua età, i suoi costumi, i suoi progetti, tutto contribuisce a nutrire in lui questo desiderio. Dico “i suoi costumi”, perché hanno un’importanza fondamentale: gli uomini che ne sono dotati sono i veri adoratori delle donne. Non utilizzano, come gli altri, quel gergo derisorio e banale della galanteria; al contrario, il loro impegno è più sincero, più tenero, e nasce dal cuore. Riconoscerei facilmente, accanto a una giovane donna, un uomo che possiede davvero tali costumi e sa dominare i propri impulsi, tra centomila libertini. Immaginate dunque quale debba essere Émile, con un temperamento così fresco e tante ragioni per resistere alle tentazioni. Accanto a loro, credo che a volte possa apparire timido e imbarazzato; ma sicuramente questo imbarazzo non gli dispiacerà. E le donne meno frivole avranno spesso l’arte di goderselo e di intensificarlo. In ogni caso, il suo modo di comportarsi cambierà notevolmente a seconda delle circostanze: sarà più modesto e rispettoso con le donne adulte, più vivace e tenero con le ragazze da sposare. Non perde mai di vista l’obiettivo dei suoi desideri. E è sempre su ciò che gli ricorda loro questo obiettivo che concentra la sua attenzione.
Personne ne sera plus exact à tous les égards fondés sur l’ordre de la nature, et même sur le bon ordre de la société ; mais les premiers seront toujours préférés aux autres ; et il respectera davantage un particulier plus vieux que lui, qu’un magistrat de son âge. Étant donc pour l’ordinaire un des plus jeunes des sociétés où il se trouvera, il sera toujours un des plus modestes, non par la vanité de paraître humble, mais par un sentiment naturel et fondé sur la raison. Il n’aura point l’impertinent savoir-vivre d’un jeune fat, qui, pour amuser la compagnie, parle plus haut que les sages et coupe la parole aux anciens : il n’autorisera point, pour sa part, la réponse d’un vieux gentilhomme à Louis XV, qui lui demandait lequel il préférait de son siècle ou de celui-ci : « Sire, j’ai passé ma jeunesse à respecter les vieillards, et il faut que je passe ma vieillesse à respecter les enfants. »
Ayant une âme tendre et sensible, mais n’appréciant rien sur le taux de l’opinion, quoiqu’il aime à plaire aux autres, il se souciera peu d’en être considéré. D’où il suit qu’il sera plus affectueux que poli, qu’il n’aura jamais d’airs ni de faste, et qu’il sera plus touché d’une caresse que de mille éloges. Par les mêmes raisons il ne négligera ni ses manières ni son maintien ; il pourra même avoir quelque recherche dans sa parure, non pour paraître un homme de goût, mais pour rendre sa figure agréable ; il n’aura point recours au cadre doré, et jamais l’enseigne de la richesse ne souillera son ajustement.
On voit que tout cela n’exige point de ma part un étalage de préceptes, et n’est qu’un effet de sa première éducation. On nous fait un grand mystère de l’usage du monde ; comme si, dans l’âge où l’on prend cet usage, on ne le prenait pas naturellement, et comme si ce n’était pas dans un coeur honnête qu’il faut chercher ses premières lois ! La véritable politesse consiste à marquer de la bienveillance aux hommes ; elle se montre sans peine quand on en a ; c’est pour celui qui n’en a pas qu’on est forcé de réduire en art ses apparences.
« Le plus malheureux effet de la politesse d’usage est d’enseigner l’art de se passer des vertus qu’elle imite. Qu’on nous inspire dans l’éducation l’humanité et la bienfaisance, nous aurons la politesse, ou nous n’en aurons plus besoin.
« Si nous n’avons pas celle qui s’annonce par les grâces, nous aurons celle qui annonce l’honnête homme et le citoyen ; nous n’aurons pas besoin de recourir à la fausseté.
« Au lieu d’être artificieux pour plaire, il suffira d’être bon ; au lieu d’être faux pour flatter les faiblesses des autres, il suffira d’être indulgent.
« Ceux avec qui l’on aura de tels procédés n’en seront ni enorgueillis ni corrompus ; ils n’en seront que reconnaissants, et en deviendront meilleurs. [458]«
Il me semble que si quelque éducation doit produire l’espèce de politesse qu’exige ici M. Duclos, c’est celle dont j’ai tracé le plan jusqu’ici.
Je conviens pourtant qu’avec des maximes si différentes, Émile ne sera point comme tout le monde, et Dieu le préserve de l’être jamais ! Mais, en ce qu’il sera différent des autres, il ne sera ni fâcheux, ni ridicule : la différence sera sensible sans être incommode. Émile sera, si l’on veut, un aimable étranger. D’abord on lui pardonnera ses singularités en disant : Il se formera. Dans la suite on sera tout accoutumé à ses manières ; et voyant qu’il n’en change pas, on les lui pardonnera encore en disant : Il est fait ainsi.
Il ne sera point fêté comme un homme aimable, mais on l’aimera sans savoir pourquoi ; personne ne vantera son esprit, mais on le prendra volontiers pour juge entre les gens d’esprit : le sien sera net et borné, il aura le sens droit et le jugement sain. Ne courant jamais après les idées neuves, il ne saurait se piquer d’esprit. Je lui ai fait sentir que toutes les idées salutaires et vraiment utiles aux hommes ont été les premières connues, qu’elles font de tout temps les seuls vrais liens de la société, et qu’il ne reste aux esprits transcendants qu’à se distinguer par des idées pernicieuses et funestes au genre humain. Cette manière de se faire admirer ne le touche guère : il sait où il doit trouver le bonheur de sa vie, et en quoi il peut contribuer au bonheur d’autrui. La sphère de ses connaissances ne s’étend pas plus loin que ce qui est profitable. Sa route est étroite et bien marquée ; n’étant point tenté d’en sortir, il reste confondu avec ceux qui la suivent ; il ne veut ni s’égarer ni briller. Émile est un homme de bon sens, et ne veut pas être autre chose : on aura beau vouloir l’injurier par ce titre, il s’en tiendra toujours honoré.
Quoique le désir de plaire ne le laisse plus absolument indifférent sur l’opinion d’autrui, il ne prendra de cette opinion que ce qui se rapporte immédiatement à sa personne, sans se soucier des appréciations arbitraires qui n’ont de loi que la mode ou les préjugés. Il aura l’orgueil de vouloir bien faire tout ce qu’il fait, même de le vouloir faire mieux qu’un autre : à la course il voudra être le plus léger ; à la lutte, le plus fort ; au travail, le plus habile ; aux jeux d’adresse, le plus adroit ; mais il cherchera peu les avantages qui ne sont pas clairs par eux-mêmes, et qui ont besoin d’être constatés par le jugement d’autrui, comme d’avoir plus d’esprit qu’un autre, de parler mieux, d’être plus savant, etc. ; encore moins ceux qui ne tiennent point du tout à la personne, comme d’être d’une plus grande naissance, d’être estimé plus riche, plus en crédit, plus considéré, d’en imposer par un plus grand faste.
Aimant les hommes parce qu’ils sont ses semblables, il aimera surtout ceux qui lui ressemblent le plus, parce qu’il se sentira bon ; et, jugeant de cette ressemblance par la conformité des goûts dans les choses morales, en tout ce qui tient au bon caractère, il sera fort aise d’être approuvé. Il ne se dira pas précisément : Je me réjouis parce qu’on m’approuve ; mais, je me réjouis parce qu’on approuve ce que j’ai fait de bien ; je me réjouis de ce que les gens qui m’honorent se font honneur : tant qu’ils jugeront aussi sainement, il sera beau d’obtenir leur estime.
Étudiant les hommes par leurs moeurs dans le monde, comme il les étudiait ci-devant par leurs passions dans l’histoire, il aura souvent lieu de réfléchir sur ce qui flatte ou choque le coeur humain. Le voilà philosophant sur les principes du goût ; et voilà l’étude qui lui convient durant cette époque.
Plus on va chercher loin les définitions du goût, et plus on s’égare : le goût n’est que la faculté de juger ce qui plaît ou déplaît au plus grand nombre. Sortez de là, vous ne savez plus ce que c’est que le goût. Il ne s’ensuit pas qu’il y ait plus de gens de goût que d’autres ; car, bien que la pluralité juge sainement de chaque objet, il y a peu d’hommes qui jugent comme elle sur tous ; et, bien que le concours des goûts les plus généraux fasse le bon goût, il y a peu de gens de goût, de même qu’il y a peu de belles personnes, quoique l’assemblage des traits les plus communs fasse la beauté.
Il faut remarquer qu’il ne s’agit pas ici de ce qu’on aime parce qu’il nous est utile, ni de ce qu’on hait parce qu’il nous nuit. Le goût ne s’exerce que sur les choses indifférentes ou d’un intérêt d’amusement tout au plus, et non sur celles qui tiennent à nos besoins : pour juger de celles-ci, le goût n’est pas nécessaire, le seul appétit suffit. Voilà ce qui rend si difficiles, et, ce semble, si arbitraires les pures décisions du goût ; car, hors l’instinct qui le détermine, on ne voit plus la raison de ses décisions. On doit distinguer encore ses lois dans les choses morales et ses lois dans les choses physiques. Dans celles-ci, les principes du goût semblent absolument inexplicables[459]. Mais il importe d’observer qu’il entre du moral dans tout ce qui tient à l’imitation[460] : ainsi l’on explique des beautés qui paraissent physiques et qui ne le sont réellement point. J’ajouterai que le goût a des règles locales qui le rendent en mille choses dépendant des climats, des moeurs, du gouvernement, des choses d’institution ; qu’il en a d’autres qui tiennent à l’âge, au sexe, au caractère, et que c’est en ce sens qu’il ne faut pas disputer des goûts.
No one will ever be entirely accurate in all respects that depend on the order of nature, or even on the proper order of society; yet the former will always be preferred to the latter. Moreover, a person will show greater respect for an older individual than for a magistrate of his own age. Since, on average, he will be among the youngest in any society where he finds himself, he will also always be one of the most modest—not out of vanity in pretending humility, but out of a natural and reason-based sentiment. He will not possess that impertinent savoir-vivre characteristic of a young fool who, in order to amuse those around him, speaks louder than the wise and cuts off the elders’ speeches. Nor will he ever allow an elderly gentleman to respond to King Louis XV’s question about which era he preferred—his own or the present one—by saying: “Sire, I spent my youth respecting the elderly; therefore, I must spend my old age respecting the children.”
Having a tender and sensitive soul, yet not caring at all about what others think of him—though he enjoys pleasing them—he will care little whether they regard him favorably or not. Therefore, he will be more affectionate than polite, never show any pretense or extravagance, and a single touch will move him more deeply than a thousand compliments. For the same reasons, he will not neglect his manners or appearance; in fact, he may even go to some lengths to dress well—not to appear someone of good taste, but simply because it makes him look pleasing. He will never use gilded frames for his pictures, and the symbols of wealth will never mar his attire.
It is evident that all this does not require me to expound any precepts; it is merely a result of one’s initial education. We are made to regard the ways in which people interact with each other as something mysterious and complicated; as if, at the age when we begin to engage in such interactions, we do not naturally understand how to do so, and as if these rules should not be sought within an honest heart! True politeness consists in showing kindness towards others; it comes effortlessly to those who possess it. It is only for those who lack it that one is forced to turn the act of appearing polite into a sort of art.
“The most unfortunate consequence of conventional courtesy is that it teaches people how to do without the virtues it pretends to embody. If we were instilled with humanity and kindness in our upbringing, we would naturally possess courtesy; otherwise, we would have no need for it at all.”
“If we do not possess that which is characterized by grace and beauty, we shall at least have what signifies an honest man and a good citizen; in that case, we will not need to resort to falsehood.”
“Rather than being artificial in order to please others, it is enough to be genuine; rather than being false in order to cater to people’s weaknesses, it is enough to be kind and understanding.”
“Those who are treated in such a way will neither be arrogant nor corrupted; they will only feel grateful and become better as a result. [458]”
It seems to me that if any education is capable of producing the kind of politeness that Mr. Duclos demands here, it is the one I have outlined so far.
I acknowledge, however, that with such vastly different principles, Émile will not be like everyone else—and may God prevent him from ever being so! But insofar as he differs from others, he will neither be unpleasant nor ridiculous: the difference will be noticeable without being inconvenient. Émile, in other words, will be what one might call a “pleasant stranger.” At first, people will forgive his peculiarities, thinking, “He is still learning.” Later on, they will become accustomed to his ways; and seeing that he does not change them, they will forgive him even more, saying, “That’s just the way he is.”
He will not be celebrated as a kind man, but people will love him without knowing why; no one will praise his intellect, yet people will readily regard him as an authority among those of discernment—his judgment will be clear and straightforward, his sense right, and his reasoning sound. Never pursuing novel ideas, he would have no desire to show off his wit. I made him understand that all truly beneficial and useful ideas for humanity were known long ago; they have always been the only true bonds that unite society. To those with lofty aspirations, all that remains is to distinguish themselves by ideas harmful and destructive to mankind. Such a way of gaining admiration holds little appeal for him—he knows where to find the happiness in his life and how he can contribute to the happiness of others. The scope of his knowledge extends no further than what is beneficial. His path is narrow and well-marked; since he feels no temptation to deviate from it, he remains one among those who follow it—neither wishing to stray nor seeking to stand out. Émile is a man of sound judgment, and he has no desire to be anything else. No matter how much some might wish to insult him for this very reason, he will always take pride in it.
Although the desire to please others no longer leaves him completely indifferent to their opinions, he will only consider those aspects of these opinions that are directly related to his own person, without caring about arbitrary evaluations that are based solely on fashion or prejudice. He will take pride in doing everything he does well—and even in doing it better than others: in racing, he will strive to be the lightest; in fighting, the strongest; in work, the most skilled; in games of skill, the most adroit. However, he will rarely seek those advantages that are not self-evident and that require the judgment of others—such as being considered more intelligent, speaking better, or being more knowledgeable, etc. Moreover, he will pay even less attention to those advantages that have nothing to do with his own person, such as coming from a higher social class, being perceived as richer, more trustworthy, or more respected, or gaining prestige through greater extravagance.
Loving men because they are his own kind, he will especially love those who resemble him most, for then he will feel good about himself; and by judging this resemblance through the similarity of tastes in moral matters, in all that relates to a good character, he will take great pleasure in being approved. He may not precisely say to himself: “I am happy because people approve of me”; but rather: “I am happy because they approve of what I have done right; I am happy because those who honor me are honoring themselves.” As long as they continue to judge things in such a sound manner, it will be delightful to earn their respect.
By studying men through their manners in the world, just as he had previously studied them through their passions in history, he would often find himself reflecting on what pleases or shocks the human heart. Thus, he engages in philosophical inquiry into the principles of taste; and this is precisely the kind of study that suits him during this period.
The more one seeks definitions of taste in distant places, the more one gets lost; taste is merely the ability to judge what pleases or displeases the general majority. Step back from such notions, and you will no longer know what taste really is. It does not follow, therefore, that there are more people with good taste than others; for although the multitude can judge each object rightly, few people judge all things in the same way as it does. Moreover, even though the combination of the most common qualities constitutes beauty, there are still few people who truly possess good taste—just as there are few beautiful people, despite the fact that the combination of the most ordinary features creates beauty.
It must be noted that what we like here is not necessarily what is useful to us, nor what we hate what harms us. Taste operates only on things that are indifferent or at most of merely recreational interest, and not on those that are essential to our needs; to judge these latter, taste is not necessary—mere desire is sufficient. This is precisely why pure decisions based on taste seem so difficult and, one might say, so arbitrary, for beyond the instinct that guides them, we cannot discern any reason behind their choices. We must also distinguish between the laws of taste in moral matters and those in physical matters. In the latter case, the principles of taste appear absolutely inexplicable[459]. However, it is important to recognize that morality plays a role in everything related to imitation[460]; thus, we can explain certain beauties that seem physical but are not in reality so. I would also add that taste has local regulations that make it vary greatly depending on climate, customs, government, and social institutions; moreover, there are other factors such as age, gender, and personality that influence taste, and it is in this sense that we should not debate about people’s different tastes.
Nessuno sarà più rigorosamente fedele, sotto tutti gli aspetti legati all’ordine naturale e persino al buon ordine sociale; tuttavia, i primi saranno sempre preferiti ai secondi; si rispetterà molto di più un individuo più anziano di sé che un funzionario della sua stessa età. Essendo quindi generalmente tra i più giovani nelle società in cui si troverà, sarà sempre anche tra i più umili, non per vanità nel mostrarsi umile, ma per un sentimento naturale e fondato sulla ragione. Non avrà quella condotta scortese tipica dei giovani presuntuosi che, per divertire la compagnia, parlano più forte dei saggi e interrompono gli anziani; né permetterà a nessuno di rispondere in modo irrispettoso a un vecchio gentiluomo quando Luigi XV gli chiederà quale epoca preferisca, la sua o quella attuale: “Sire, ho trascorso la mia giovinezza rispettando gli anziani, e devo trascorrere la mia vecchiaia rispettando i bambini.”
Avendo un’anima tenera e sensibile, ma senza curarsi affatto dell’opinione altrui, sebbene ami compiacere gli altri, non si preoccuperà molto di essere considerato tale. Di conseguenza, sarà più affettuoso che cortese, non avrà mai atteggiamenti o sfarzi e sarà più commosso da un gesto d’affetto che da mille lodi. Per le stesse ragioni, non trascurerà né i suoi modi né il suo aspetto; anzi, potrebbe anche curare un po’ del proprio abbigliamento, non per apparire una persona raffinata, ma per rendere il proprio viso attraente. Non ricorrerà mai a ornamenti dorati e l’insegna della ricchezza non sporcherà mai i suoi abiti.
Si può vedere che tutto ciò non richiede da parte mia alcuna esposizione di precetti, e rappresenta semplicemente l’effetto della sua prima educazione. Ci viene tenuto nascosto il vero significato dell’uso del mondo; come se, all’età in cui si impara a usarlo, ciò non avvenisse naturalmente, e come se le sue prime regole non dovessero essere cercate in un cuore onesto! La vera cortesia consiste nel dimostrare benevolenza verso gli altri; essa si manifesta facilmente quando ne si possiede; è solo per coloro che ne sono privi che si è costretti a rendere artificiosi i propri comportamenti.
“L’effetto più negativo della cortesia convenzionale è quello di insegnare l’arte di fare a meno delle virtù che essa stessa imita. Se nell’educazione ci venissero inculcate umanità e benevolenza, avremmo la cortesia, oppure non ne avremmo più bisogno.”
“Se non possediamo quella che si manifesta attraverso le grazie, avremo comunque quella che caratterizza l’uomo onesto e il cittadino; non avremo quindi bisogno di ricorrere alla falsità.”
“Invece di essere artificiali al fine di piacere, basterà semplicemente essere buoni; invece di essere falsi per compiacere le debolezze altrui, basterà essere indulgenti.”
“Coloro con cui si adottano tali metodi non ne saranno né lusingati né corrotti; saranno soltanto grati e diventeranno migliori a causa di ciò.” [458]
Mi sembra che, se esiste un’educazione in grado di produrre quella sorta di cortesia che il signor Duclos richiede qui, sia proprio quella la cui struttura ho delineato finora.
Concordo tuttavia sul fatto che, con massime così diverse, Émile non sarà come tutti gli altri. E che Dio lo protegga dal diventarlo mai! Ma, nella misura in cui sarà diverso dagli altri, non sarà né sgradevole né ridicolo: la differenza sarà evidente senza essere fastidiosa. Émile sarà, per così dire, uno “straniero amabile”. All’inizio gli si perdoneranno le sue peculiarità, dicendo: “Si sta formando”. In seguito ci si abituerà completamente alle sue maniere; e vedendolo rimanere invariato, gli si perdoneranno ancora, dicendo: “È fatto così”.
Non sarà celebrato come un uomo amabile, ma verrà amato senza che si sappia il motivo; nessuno esalterà il suo intelletto, ma verrà volentieri considerato un giudice tra le persone di spirito: il suo pensiero sarà chiaro e limitato, avrà un senso retto e un giudizio sano. Non inseguendo mai idee nuove, non proverà mai l’ambizione di distinguersi per la sua intelligenza. Gli ho fatto comprendere che tutte le idee salutari e veramente utili all’uomo sono state conosciute fin dai tempi antichi; esse costituiscono da sempre i soli veri legami tra le persone, e che agli intelletti eccezionali non resta altro che distinguersi per idee dannose e funeste per l’umanità. Questo modo di essere ammirato non lo interessa affatto: sa dove trovare la felicità nella sua vita e in cosa può contribuire al benessere degli altri. L’ambito delle sue conoscenze non va oltre ciò che è realmente utile. La sua strada è stretta e ben definita; non essendo tentato di uscire da essa, rimane unito a coloro che la percorrono; non desidera né perderese né brillare. Émile è un uomo di buon senso, e non vuole essere altro: anche se qualcuno volesse insultarlo per questo motivo, lui ne sarebbe sempre onorato.
Sebbene il desiderio di piacere non lo lasci più assolutamente indifferente all’opinione altrui, egli prenderà in considerazione soltanto ciò che riguarda direttamente la sua persona, senza curarsi delle valutazioni arbitrarie che hanno come unica base la moda o i pregiudizi. Avrà l’orgoglio di voler fare bene tutto ciò che fa, anzi di volerlo fare meglio degli altri: nella corsa vorrà essere il più veloce; nella lotta, il più forte; nel lavoro, il più abile; nei giochi d’abilità, il più destro; ma cercherà raramente quei vantaggi che non sono evidenti di per sé e che richiedono la valutazione altrui, come ad esempio avere più intelligenza degli altri, parlare meglio, essere più sapiente, ecc.; ancora meno quei vantaggi che non hanno alcuna relazione con la sua persona stessa, come appartenere a una famiglia più nobile, essere considerato più ricco, più influente, più rispettato, o impressionare gli altri con un maggior lusso.
Amando gli uomini perché sono suoi simili, amerà soprattutto coloro che gli assomigliano di più, perché si sentirà buono; e, giudicando questa somiglianza in base alla conformità dei gusti nelle cose morali, in tutto ciò che riguarda il buon carattere, sarà molto felice di essere approvato. Non si dirà esattamente: “Mi rallegro perché mi viene dato il plauso”; ma piuttosto: “Mi rallegro perché vengono apprezzati le cose buone che ho fatto; mi rallegro del fatto che le persone che mi onorano si onorino a loro volta”. Finché giudicheranno in modo altrettanto saggio, sarà bello ottenere il loro rispetto.
Studiando gli uomini attraverso i loro costumi nel mondo, così come li aveva studiati in precedenza attraverso le loro passioni nella storia, avrà spesso l’occasione di riflettere su ciò che lusinga o offende il cuore umano. Ecco quindi un filosofo che si interroga sui principi del gusto; ed ecco lo studio che gli conviene in questo periodo.
Più ci si allontana nella ricerca delle definizioni del gusto, più ci si perde: il gusto non è altro che la capacità di giudicare ciò che piace o dispiace alla maggioranza delle persone. Uscite da questa logica: non saprete più cosa significhi davvero avere gusto. Ciò non significa necessariamente che ci siano più persone con buon gusto rispetto ad altre; perché, sebbene la maggioranza possa giudicare correttamente ogni oggetto, pochi sono coloro che giudicano allo stesso modo su tutto; e, anche se l’unione dei gusti più diffusi costituisce ciò che si definisce “buon gusto”, ci sono poche persone veramente dotate di buon gusto, proprio come ci sono poche belle persone, anche se l’insieme dei tratti più comuni costituisce la bellezza.
È importante notare che qui non si tratta di ciò che amiamo perché ci è utile, né di ciò che odiamo perché ci nuoce. Il gusto si esercita soltanto su cose indifferenti o al massimo di interesse ludico, e non su quelle che riguardano i nostri bisogni: per giudicare queste ultime, il gusto non è necessario, basta l’appetito. È proprio questo che rende così difficili, e a volte così arbitrarie, le decisioni puramente basate sul gusto; infatti, al di fuori dell’istinto che le determina, non si riesce più a comprendere la ragione delle loro scelte. Bisogna inoltre distinguere le leggi del gusto nelle cose morali da quelle nelle cose fisiche: in queste ultime, i principi del gusto sembrano assolutamente inspiegabili[459]. Tuttavia è importante osservare che in tutto ciò che riguarda l’imitazione entra un elemento morale[460]; così si possono spiegare alcune bellezze che appaiono fisiche, ma che in realtà non lo sono. Aggiungerei inoltre che il gusto segue regole locali che lo rendono, in molte circostanze, dipendente dal clima, dalle usanze, dal governo e da altre istituzioni; esistono inoltre regole legate all’età, al sesso e al carattere, ed è proprio in questo senso che non si dovrebbero discutere dei gusti delle persone.
Le goût est naturel à tous les hommes, mais ils ne l’ont pas tous en même mesure, il ne se développe pas dans tous au même degré, et, dans tous, il est sujet à s’altérer par diverses causes. La mesure du goût qu’on peut avoir dépend de la sensibilité qu’on a reçue ; sa culture et sa forme dépendent des sociétés où l’on a vécu. Premièrement il faut vivre dans des sociétés nombreuses pour faire beaucoup de comparaisons. Secondement il faut des sociétés d’amusement et d’oisiveté ; car, dans celles d’affaires, on a pour règle, non le plaisir, mais l’intérêt. En troisième lieu il faut des sociétés où l’inégalité ne soit pas trop grande, où la tyrannie de l’opinion soit modérée, et où règne la volupté plus que la vanité ; car, dans le cas contraire, la mode étouffe le goût ; et l’on ne cherche plus ce qui plaît, mais ce qui distingue.
Dans ce dernier cas, il n’est plus vrai que le bon goût est celui du plus grand nombre. Pourquoi cela ? Parce que l’objet change. Alors la multitude n’a plus de jugement à elle, elle ne juge plus que d’après ceux qu’elle croit plus éclairés qu’elle ; elle approuve, non ce qui est bien, mais ce qu’ils ont approuvé. Dans tous les temps, faites que chaque homme ait son propre sentiment ; et ce qui est le plus agréable en soi aura toujours la pluralité des suffrages.
Les hommes, dans leurs travaux, ne font rien de beau que par imitation. Tous les vrais modèles du goût sont dans la nature. Plus nous nous éloignons du maître, plus nos tableaux sont défigurés. C’est alors des objets que nous aimons que nous tirons nos modèles ; et le beau de fantaisie, sujet au caprice et à l’autorité, n’est plus rien que ce qui plaît à ceux qui nous guident.
Ceux qui nous guident sont les artistes, les grands, les riches ; et ce qui les guide eux-mêmes est leur intérêt ou leur vanité. Ceux-ci, pour étaler leurs richesses, et les autres pour en profiter, cherchent à l’envi de nouveaux moyens de dépense. Par là le grand luxe établit son empire, et fait aimer ce qui est difficile et coûteux : alors le prétendu beau, loin d’imiter la nature, n’est tel qu’à force de la contrarier. Voilà comment le luxe et le mauvais goût sont inséparables. Partout où le goût est dispendieux, il est faux.
C’est surtout dans le commerce des deux sexes que le goût, bon ou mauvais, prend sa forme ; sa culture est un effet nécessaire de l’objet de cette société. Mais, quand la facilité de jouir attiédit le désir de plaire, le goût doit dégénérer ; et c’est là, ce me semble, une autre raison des plus sensibles, pourquoi le bon goût tient aux bonnes moeurs.
Consultez le goût des femmes dans les choses physiques et qui tiennent au jugement des sens ; celui des hommes dans les choses morales et qui dépendent plus de l’entendement. Quand les femmes seront ce qu’elles doivent être, elles se borneront aux choses de leur compétence, et jugeront toujours bien ; mais depuis qu’elles se sont établies les arbitres de la littérature, depuis qu’elles se sont mises à juger les livres et à en faire à toute force, elles ne connaissent plus rien. Les auteurs qui consultent les savantes sur leurs ouvrages sont toujours sûrs d’être mal conseillés : les galants qui les consultent sur leur parure sont toujours ridiculement mis. J’aurai bientôt occasion de parler des vrais talents de ce sexe, de la manière de les cultiver, et des choses sur lesquelles ses décisions doivent alors être écoutées.
Voilà les considérations élémentaires que je poserai pour principes en raisonnant avec mon Émile sur une matière qui ne lui est rien moins qu’indifférente dans la circonstance où il se trouve, et dans la recherche dont il est occupé. Et à qui doit-elle être indifférente ? La connaissance de ce qui peut être agréable ou désagréable aux hommes n’est pas seulement nécessaire à celui qui a besoin d’eux, mais encore à celui qui veut leur être utile : il importe même de leur plaire pour les servir ; et l’art d’écrire n’est rien moins qu’une étude oiseuse quand on l’emploie à faire écouter la vérité.
Si, pour cultiver le goût de mon disciple, j’avais à choisir entre des pays où cette culture est encore à naître et d’autres où elle aurait déjà dégénéré, je suivrais l’ordre rétrograde ; je commencerais sa tournée par ces derniers, et je finirais par les premiers. La raison de ce choix est que le goût se corrompt par une délicatesse excessive qui rend sensible à des choses que le gros des hommes n’aperçoit pas ; cette délicatesse mène à l’esprit de discussion ; car plus on subtilise les objets, plus ils se multiplient : cette subtilité rend le tact plus délicat et moins uniforme. Il se forme alors autant de goûts qu’il y a de têtes. Dans les disputes sur la préférence, la philosophie et les lumières s’étendent ; et c’est ainsi qu’on apprend à penser. Les observations fines ne peuvent guère être faites que par des gens très répandus, attendu qu’elles frappent après toutes les autres, et que les gens peu accoutumés aux sociétés nombreuses y épuisent leur attention sur les grands traits. Il n’y a pas peut-être à présent un lieu policé sur la terre où le goût général soit plus mauvais qu’à Paris. Cependant c’est dans cette capitale que le bon goût se cultive ; et il paraît peu de livres estimés dans l’Europe dont l’auteur n’ait été se former à Paris. Ceux qui pensent qu’il suffit de lire les livres qui s’y font se trompent : on apprend beaucoup plus dans la conversation des auteurs que dans leurs livres ; et les auteurs eux-mêmes ne sont pas ceux avec qui l’on apprend le plus. C’est l’esprit des sociétés qui développe une tête pensante, et qui porte la vue aussi loin qu’elle peut aller. Si vous avez une étincelle de génie, allez passer une année à Paris : bientôt vous serez tout ce que vous pouvez être, ou vous ne serez jamais rien.
On peut apprendre à penser dans les lieux où le mauvais goût règne ; mais il ne faut pas penser comme ceux qui ont ce mauvais goût, et il est bien difficile que cela n’arrive quand on reste avec eux trop longtemps. Il faut perfectionner par leurs soins l’instrument qui juge, en évitant de l’employer comme eux. Je me garderai de polir le jugement d’Émile jusqu’à l’altérer ; et, quand il aura le tact assez fin pour sentir et comparer les divers goûts des hommes, c’est sur des objets plus simples que je le ramènerai fixer le sien.
Je m’y prendrai de plus loin encore pour lui conserver un goût pur et sain. Dans le tumulte de la dissipation je saurai me ménager avec lui des entretiens utiles ; et, les dirigeant toujours sur des objets qui lui plaisent, j’aurai soin de les lui rendre aussi amusants qu’instructifs. Voici le temps de la lecture et des livres agréables ; voici le temps de lui apprendre à faire l’analyse du discours, de le rendre sensible à toutes les beautés de l’éloquence et de la diction. C’est peu de chose d’apprendre les langues pour elles-mêmes ; leur usage n’est pas si important qu’on croit ; mais l’étude des langues mène à celle de la grammaire générale. Il faut apprendre le latin pour bien savoir le français ; il faut étudier et comparer l’un et l’autre pour entendre les règles de l’art de parler.
Il y a d’ailleurs une certaine simplicité de goût qui va au coeur, et qui ne se trouve que dans les écrits des anciens. Dans l’éloquence, dans la poésie, dans toute espèce de littérature, il les retrouvera, comme dans l’histoire, abondants en choses, et sobres à juger. Nos auteurs, au contraire, disent peu et prononcent beaucoup. Nous donner sans cesse leur jugement pour loi n’est pas le moyen de former le nôtre. La différence des deux goûts se fait sentir dans tous les monuments et jusque sur les tombeaux. Les nôtres sont couverts d’éloges ; sur ceux des anciens on lisait des faits.
Sta, viator ; beroem calcas.
Quand j’aurais trouvé cette épitaphe sur un monument antique, j’aurais d’abord deviné qu’elle était moderne ; car rien n’est si commun que des héros parmi nous ; mais chez les anciens ils étaient rares. Au lieu de dire qu’un homme était un héros, ils auraient dit ce qu’il avait fait pour l’être. À l’épitaphe de ce héros comparez celle de l’efféminé Sardanapale :
J’ai bâti Tarse et Anchiale en un jour, et maintenant je suis mort.
Taste is natural to all men, but not all possess it to the same extent; it does not develop in the same way among everyone, and in all cases, it is subject to alteration due to various reasons. The degree of taste one can have depends on the sensitivity one has been endowed with; its cultivation and form are shaped by the societies in which one has lived. Firstly, one must live in populous societies in order to make numerous comparisons. Secondly, such societies must provide opportunities for amusement and leisure; for in business-oriented societies, pleasure is not the guiding principle, but rather profit. Thirdly, these societies must be ones where inequality is not too great, where the tyranny of public opinion is moderated, and where indulgence prevails over vanity; otherwise, fashion will stifle true taste, and people will no longer seek what pleases them, but rather what distinguishes them from others.
In this final case, it is no longer true that good taste corresponds to what the majority approves of. Why? Because the object in question has changed. Consequently, the multitude no longer possesses its own judgment; it judges only on the basis of those it believes to be more enlightened than itself; it approves not of what is truly good, but of what they have approved. At all times, ensure that each person possesses their own independent judgment; and what is inherently pleasing will always gain the support of the majority.
In their endeavors, men accomplish nothing truly beautiful except through imitation. All true models of taste can be found in nature. The further we deviate from the original model, the more distorted our creations become. It is then from these objects that we draw our inspirations; and the beauty of imagination, which is subject to caprice and authority, is merely what pleases those who guide us.
Those who guide us are the artists, the great ones, the rich; and what guides them is their own interest or vanity. These individuals, in order to display their wealth, and those others, in order to take advantage of it, eagerly seek new ways to spend money. In this way, extreme luxury establishes its dominion and makes people admire what is difficult and expensive to obtain. Thus, what is supposedly beautiful far from imitating nature; rather, it exists only through its deliberate opposition to it. Such is how luxury and bad taste are inseparable. Wherever taste leads to extravagance, it is necessarily false.
It is especially in the exchange between the sexes that taste, whether good or bad, takes shape; its cultivation is an inevitable consequence of the nature of such social interactions. However, when the ease of obtaining pleasure weakens the desire to please others, taste inevitably degenerates. And here, in my opinion, lies another very compelling reason why good taste is closely linked to virtuous behavior.
Consider the tastes of women in matters that relate to the senses and physical pleasures; those of men, on the other hand, pertain more to moral matters and depend largely upon reason. When women become what they ought to be, they will limit themselves to matters within their competence and will always make sound judgments. But since they have assumed the role of arbiters in literature, since they have begun to judge books and insist on doing so, they no longer understand anything at all. Authors who seek advice from these women regarding their works are always certain to be misadvised; men who consult them about matters of fashion end up in ridiculous situations. I will soon have the opportunity to discuss the true talents of this sex, how they should be cultivated, and in what areas their opinions should be heeded.
These are the fundamental considerations I will take as principles when reasoning with my Émile on a subject that is, at present, utterly indifferent to him and unrelated to the research he is engaged in. And why should it be indifferent to him? Understanding what can please or displeasure people is not only necessary for those who need them, but also for those who wish to be useful to them; indeed, pleasing them is even essential in order to serve them effectively. Moreover, the art of writing is nothing but a futile endeavor when it is used merely to convey truth.
If, in order to cultivate the tastes of my disciple, I were forced to choose between countries where such culture is still in its infancy and others where it has already degenerated, I would follow a reverse order: I would begin his journey with those latter countries and end it with the former. The reason for this choice is that taste deteriorates due to excessive delicacy, which makes one sensitive to things that most people fail to perceive; such delicacy leads to a propensity for debate, for as objects are made more subtle, they multiply in number—this subtlety renders taste more refined but also less uniform. Thus, as many tastes exist as there are individuals. In disputes over preferences, philosophy and enlightenment flourish; and it is in this way that one learns to think. Fine observations can hardly be made by those who live in isolated places, for they only come into play after all other factors have been considered, while those unaccustomed to large societies exhaust their attention on broader aspects. Perhaps there is not a single civilized place on earth where the general standards of taste are worse than those in Paris. Yet it is in this capital that true taste is cultivated; and it seems that few respected books in Europe were written by authors who did not first receive their education in Paris. Those who think that reading the books produced there is sufficient for learning are mistaken: one learns much more from the conversations of authors themselves than from their writings—and yet the authors are not necessarily those from whom one gains the most knowledge. It is the spirit of society that develops a thoughtful mind and enables one to see as far as possible. If you possess even a spark of genius, spend a year in Paris: soon you will have achieved all that you are capable of becoming—or you will never achieve anything at all.
One can learn to think in places where bad taste prevails; but one must not think in the same way as those who possess such bad taste, and it is very difficult to avoid doing so when one spends too much time with them. One must refine the instrument of judgment through their own efforts, while avoiding using it in the same manner as they do. I would never go so far as to polish Émile’s judgment to the point of altering it; rather, once his taste has become refined enough to perceive and compare the various tastes of human beings, I will guide him to focus it on simpler objects.
I will take even greater precautions to preserve for him a pure and healthy taste. Amidst the chaos of indulgence, I will know how to engage in useful conversations with him; and by always directing these conversations towards subjects that please him, I will ensure they are both entertaining and instructive. Now is the time for reading and pleasant books; now is the time to teach him how to analyze speeches and to make him aware of all the beauties of oratory and diction. Learning languages merely for their own sake is of little value; their practical use is not as important as one might think. However, the study of languages leads to the study of general grammar. One must learn Latin in order to truly understand French; it is necessary to study and compare both languages in order to grasp the rules of the art of speaking.
Indeed, there exists a certain simplicity of taste that touches the heart and that can be found only in the writings of the ancients. In oratory, poetry, and all forms of literature, one finds this same quality—in history as well—abundant in details yet restrained in judgment. Our authors, on the other hand, say little but speak much. To constantly take their judgments as our own laws is not the way to form our own judgment. The difference between these two tastes is evident in every monument and even on ancient tombs; ours are covered with praises, while those of the ancients bear records of facts.
Halt, traveler; put on your shoes.
If I had found such an epitaph on an ancient monument, I would have immediately realized that it was modern; for nothing is more common than heroes among us today; but in ancient times, they were rare. Instead of simply stating that a man was a hero, they would have described what he had done to deserve that title. Compare the epitaph of this hero with that of the effeminate Sardanapale.
I built Tarsus and Anchiala in one day, and now I am dead.
Il gusto è naturale in tutti gli uomini, ma non tutti lo possiedono nella stessa misura; non si sviluppa allo stesso grado in tutti, e inoltre può subire variazioni a causa di diverse circostanze. L’intensità del gusto che una persona può avere dipende dalla sensibilità che le è stata data; la sua coltivazione e la sua forma sono influenzate dalle società in cui ha vissuto. Prima di tutto, è necessario vivere in società numerose per poter effettuare molte comparazioni; in secondo luogo, sono indispensabili società dedicate al divertimento e allo svago, poiché in quelle dedicate agli affari la regola dominante non è il piacere, ma l’interesse. Infine, sono necessarie società in cui l’ineguaglianza non sia troppo marcata, in cui la tirannia dell’opinione pubblica sia moderata, e in cui prevalga la voluttà sulla vanità; altrimenti, la moda soffoca il gusto, e le persone cercano non ciò che piace, ma ciò che distingue.
In questo ultimo caso, non è più vero che il buon gusto sia quello della maggioranza. Perché? Perché l’oggetto in questione cambia. Allora la moltitudine non ha più un giudizio proprio; essa giudica soltanto in base a coloro che ritiene più illuminati di sé; approva, non ciò che è realmente buono, ma ciò che loro hanno approvato. In ogni tempo, lasciate che ognuno abbia il proprio sentimento personale; e ciò che è intrinsecamente piacevole otterrà sempre la maggioranza dei voti.
Gli uomini, nei loro lavori, non creano nulla di bello se non attraverso l’imitazione. Tutti i veri modelli del gusto si trovano nella natura. Più ci allontaniamo dal modello originale, più i nostri opere risultano deformate. È allora dagli oggetti che amiamo che traiamo i nostri modelli; e il bello frutto dell’immaginazione, soggetto al capriccio e all’autorità altrui, non è altro che ciò che piace a coloro che ci guidano.
Coloro che ci guidano sono gli artisti, i grandi, i ricchi; e ciò che li guida loro stessi è il loro interesse o la loro vanità. Questi, per ostentare le proprie ricchezze, e quelli per ne trarre profitto, cercano con avidità nuovi modi di spendere. Così il lusso estremo stabilisce il proprio dominio, facendo amare ciò che è difficile e costoso; in questo modo, ciò che viene considerato bello, lontano dall’imitare la natura, lo è soltanto a condizione di contrariarla. Ecco come il lusso e il cattivo gusto siano inseparabili: ovunque il gusto sia dispendioso, è falso.
È soprattutto nel commercio tra i due sessi che il gusto, buono o cattivo che sia, prende forma; la sua coltivazione è un effetto necessario dell’oggetto di questa società. Tuttavia, quando la facilità di godere attenua il desiderio di piacere, il gusto deve degenerare; ed è proprio in questo che, a mio parere, si trova un’altra ragione molto evidente del perché il buon gusto sia legato alle buone maniere.
Esaminate i gusti delle donne riguardo alle cose fisiche e legate ai sensi; quelli degli uomini riguardo alle cose morali e che dipendono maggiormente dall’intelletto. Quando le donne saranno ciò che dovrebbero essere, si limiteranno a occuparsi di ciò che rientra nella loro competenza e giudicheranno sempre correttamente; ma da quando sono diventate arbitri della letteratura, da quando hanno iniziato a giudicare i libri e a farlo con troppa insistenza, non sanno più nulla. Gli autori che chiedono consiglio alle donne sui loro lavori sono sempre sicuri di ricevere suggerimenti errati; gli uomini che le consultano riguardo al proprio abbigliamento finiscono sempre per apparire ridicoli. Presto avrò l’occasione di parlare dei veri talenti di questo sesso, del modo in cui possono essere coltivati e delle questioni su cui le loro decisioni dovrebbero essere ascoltate.
Ecco le considerazioni elementari che porrò come principi fondamentali quando discuterò con mio figlio Émile su una materia che, nella situazione in cui si trova e nell’indagine a cui è impegnato, non gli è affatto indifferente. E a chi dovrebbe essere indifferente? La conoscenza di ciò che può essere piacevole o sgradevole agli uomini non è necessaria soltanto a colui che ha bisogno di loro, ma anche a colui che vuole essergli utile: anzi, è addirittura importante compiacerli per poterli servire efficacemente; e l’arte di scrivere non è altro che uno studio inutile quando viene utilizzata soltanto per far ascoltare la verità.
Se, per coltivare il gusto del mio discepolo, dovessi scegliere tra paesi in cui questa cultura è ancora agli albori e altri in cui essa sarebbe già degenerata, seguirei un ordine inverso: inizierei la sua formazione con questi ultimi e finirei con i primi. La ragione di questa scelta è che il gusto si corrompe a causa di una delicatezza eccessiva che rende sensibili a cose che la maggior parte delle persone non percepisce; tale delicatezza conduce allo spirito della discussione, poiché più si analizzano gli oggetti, più questi si moltiplicano; questa analisi rende il gusto più raffinato ma anche meno uniforme. Così, si formano quanti gusti quante sono le persone. Nei dibattiti su questioni di preferenza, la filosofia e le luci si diffondono; ed è proprio in questo modo che si impara a pensare. Le osservazioni accurate possono essere fatte soltanto da persone molto colte, poiché esse emergono dopo tutte le altre considerazioni, e coloro che non sono abituati alle società numerose sprecano la loro attenzione sui tratti più evidenti delle cose. Forse al giorno d’oggi non esiste nessun luogo civile sulla terra dove il gusto generale sia peggiore di quello di Parigi. Tuttavia, è proprio in questa capitale che si coltiva il buon gusto; e sembra che pochi siano i libri stimati in Europa i cui autori non siano stati formati a Parigi. Coloro che pensano che basti leggere i libri scritti lì si sbagliano: si impara molto di più nelle conversazioni con gli autori che nei loro stessi libri; e gli autori, in realtà, non sono sempre le persone da cui si ottiene il maggior insegnamento. È lo spirito delle società a sviluppare una mente pensante e ad ampliare la visione umana fino ai suoi limiti. Se avete anche solo un barlume di genio, andate a trascorrere un anno a Parigi: presto diventerete tutto ciò che potete essere, o non sarete mai nulla.
Si può imparare a pensare in luoghi dove regna la cattiva gusto; ma non bisogna pensare come coloro che hanno tale cattivo gusto, e è molto difficile evitare di farlo se si trascorre troppo tempo con loro. È necessario perfezionare, sotto la loro guida, lo strumento che permette di giudicare, evitando di usarlo nello stesso modo in cui lo usano loro. Mi asterrò dal perfezionare il giudizio di Émile al punto di alterarlo; e quando avrà un tatto abbastanza fine da riconoscere e confrontare i diversi gusti umani, lo indirizzerò verso oggetti più semplici affinché possa fissare il proprio gusto su di essi.
Mi impegnerò ancora di più per preservargli un gusto puro e sano. Nel tumulto delle distrazioni, saprò intrattenermi con lui su argomenti utili; guidando sempre le nostre conversazioni verso cose che gli piacciono, mi assicurerò che siano al contempo divertenti ed istruttive. Ora è il momento della lettura e dei libri piacevoli; ora è il momento di insegnargli ad analizzare i discorsi, di renderlo sensibile a tutte le bellezze dell’eloquenza e della dizione. Imparare le lingue per loro stesse non significa molto; il loro uso non è così importante come si crede; ma lo studio delle lingue conduce allo studio della grammatica generale. È necessario imparare il latino per comprendere bene il francese; bisogna studiare e confrontare i due linguaggi per comprendere le regole dell’arte del parlare.
Esiste inoltre una certa semplicità di gusto che tocca il cuore e che si trova soltanto negli scritti degli antichi. Nell’oratoria, nella poesia, in ogni genere di letteratura, la si ritrova; allo stesso modo, nella storia, gli antichi erano abbondanti nelle descrizioni dei fatti, ma sobri nel giudizio. I nostri autori, al contrario, dicono poco e pronunciano molto. Dare costantemente il loro giudizio come legge non è certo il modo per formare il proprio. La differenza tra questi due gusti si manifesta in tutti i monumenti, persino sulle tombe: le nostre sono ricoperte di elogi; su quelle degli antichi si leggevano soltanto fatti concreti.
Ecco, viaggiatore; indossa queste calzature.
Se avessi trovato questa epigrafe su un monumento antico, avrei subito intuito che fosse moderna; infatti nulla è più comune di eroi tra di noi, mentre nell’antichità erano rari. Invece di dire semplicemente che un uomo era un eroe, gli antichi avrebbero descritto ciò che aveva fatto per esserlo. Confrontate l’epigrafe di questo eroe con quella dell’effeminato Sardanapale.
Ho costruito Tarsa e Anzio in un solo giorno, e ora sono morto.
Laquelle dit plus, à votre avis ? Notre style lapidaire, avec son enflure, n’est bon qu’à souffler des nains. Les anciens montraient les hommes au naturel, et l’on voyait que c’étaient des hommes. Xénophon honorant la mémoire de quelques guerriers tués en trahison dans la retraite des dix mille : Ils moururent, dit-il, irréprochables dans la guerre et dans l’amitié. Voilà tout : mais considérez, dans cet éloge si court et si simple, de quoi l’auteur devait avoir le coeur plein. Malheur à qui ne trouve pas cela ravissant !
On lisait ces mots gravés sur un marbre aux Thermopyles :
Passant, va dire à Sparte que nous sommes morts ici pour obéir à ses saintes lois.
On voit bien que ce n’est pas l’Académie des inscriptions qui a composé celle-là[461].
Je suis trompé si mon élève, qui donne si peu de prix aux paroles, ne porte sa première attention sur ces différences, et si elles n’influent sur le choix de ses lectures. Entraîné par la mâle éloquence de Démosthène, il dira : C’est un orateur ; mais en lisant Cicéron, il dira : C’est un avocat.
En général, Émile prendra plus de goût pour les livres des anciens que pour les nôtres ; par cela seul qu’étant les premiers, les anciens sont les plus près de la nature, et que leur génie est plus à eux. Quoi qu’en aient pu dire La Motte et l’abbé Terrasson, il n’y a point de vrai progrès de raison dans l’espèce humaine, parce que tout ce qu’on gagne d’un côté on le perd de l’autre ; que tous les esprits partent toujours du même point, et que le temps qu’on emploie à savoir ce que d’autres ont pensé étant perdu pour apprendre à penser soi-même, on a plus de lumières acquises et moins de vigueur d’esprit. Nos esprits sont comme nos bras, exercés à tout faire avec des outils, et rien par eux-mêmes. Fontenelle disait que toute cette dispute sur les anciens et les modernes se réduisait à savoir si les arbres d’autrefois étaient plus grands que ceux d’aujourd’hui. Si l’agriculture avait changé, cette question ne serait pas impertinente à faire.
Après l’avoir ainsi fait remonter aux sources de la pure littérature, je lui en montre aussi les égouts dans les réservoirs des modernes compilateurs : journaux, traductions, dictionnaires ; il jette un coup d’oeil sur tout cela, puis le laisse pour n’y jamais revenir. Je lui fais entendre, pour le réjouir, le bavardage des académies ; je lui fais remarquer que chacun de ceux qui les composent vaut toujours mieux seul qu’avec le corps : là-dessus il tirera de lui-même la conséquence de l’utilité de tous ces beaux établissements.
Je le mène aux spectacles ; pour étudier, non les moeurs, mais le goût ; car c’est là surtout qu’il se montre à ceux qui savent réfléchir. Laissez les préceptes et la morale, lui dirais-je ; ce n’est pas ici qu’il faut les apprendre. Le théâtre n’est pas fait pour la vérité ; il est fait pour flatter, pour amuser les hommes ; il n’y a point d’école où l’on apprenne si bien l’art de leur plaire et d’intéresser le coeur humain. L’étude du théâtre mène à celle de la poésie ; elles ont exactement le même objet. Qu’il ait une étincelle de goût pour elle, avec quel plaisir il cultivera les langues des poètes, le grec, le latin, l’italien ! Ces études seront pour lui des amusements sans contrainte, et n’en profiteront que mieux ; elles lui seront délicieuses dans un âge et des circonstances où le coeur s’intéresse avec tant de charme à tous les genres de beauté faits pour le toucher. Figurez-vous d’un côté mon Émile, et de l’autre un polisson de collège, lisant le quatrième livre de l’Énéide, ou Tibulle, ou le Banquet de Platon : quelle différence ! Combien le coeur de l’un est remué de ce qui n’affecte pas même l’autre ! O bon jeune homme ! arrête, suspends ta lecture, je te vois trop ému ; je veux bien que le langage de l’amour te plaise, mais non pas qu’il t’égare ; sois homme sensible, mais sois homme sage. Si tu n’es que l’un des deux, tu n’es rien. Au reste, qu’il réussisse ou non dans les langues mortes, dans les belles-lettres, dans la poésie, peu m’importe. Il n’en vaudra pas moins s’il ne sait rien de tout cela, et ce n’est pas de tous ces badinages qu’il s’agit dans son éducation.
Mon principal objet, en lui apprenant à sentir et aimer le beau dans tous les genres, est d’y fixer ses affections et ses goûts, d’empêcher que ses appétits naturels ne s’altèrent, et qu’il ne cherche un jour dans sa richesse les moyens d’être heureux, qu’il doit trouver plus près de lui. J’ai dit ailleurs que le goût n’était que l’art de se connaître en petites choses[462] et cela est très vrai ; mais puisque c’est d’un tissu de petites choses que dépend l’agrément de la vie, de tels soins ne sont rien moins qu’indifférents ; c’est par eux que nous apprenons à la remplir des biens mis à notre portée, dans toute la vérité qu’ils peuvent avoir pour nous. Je n’entends point ici les biens moraux qui tiennent à la bonne disposition de l’âme, mais seulement ce qui est de sensualité, de volupté réelle, mis à part les préjugés et l’opinion.
Qu’on me permette, pour mieux développer mon idée, de laisser un moment Émile, dont le coeur pur et sain ne peut plus servir de règle à personne, et de chercher en moi-même un exemple plus sensible et plus rapproché des moeurs du lecteur.
Il y a des états qui semblent changer la nature, et refondre, soit en mieux, soit en pis, les hommes qui les remplissent. Un poltron devient brave en entrant dans le régiment de Navarre. Ce n’est pas seulement dans le militaire que l’on prend l’esprit de corps, et ce n’est pas toujours en bien que ses effets se font sentir. J’ai pensé cent fois avec effroi que si j’avais le malheur de remplir aujourd’hui tel emploi que je pense en certains pays, demain je serais presque inévitablement tyran, concussionnaire, destructeur du peuple, nuisible au prince, ennemi par état de toute humanité, de toute équité, de toute espèce de vertu.
De même, si j’étais riche, j’aurais fait tout ce qu’il faut pour le devenir ; je serais donc insolent et bas, sensible et délicat pour moi seul, impitoyable et dur pour tout le monde, spectateur dédaigneux des misères de la canaille, car je ne donnerais plus d’autre nom aux indigents, pour faire oublier qu’autrefois je fus de leur classe. Enfin je ferais de ma fortune l’instrument de mes plaisirs, dont je serais uniquement occupé ; et jusque-là je serais comme tous les autres.
Mais en quoi je crois que j’en différerais beaucoup, c’est que je serais sensuel et voluptueux plutôt qu’orgueilleux et vain, et que je me livrerais au luxe de mollesse bien plus qu’au luxe d’ostentation. J’aurais même quelque honte d’étaler trop ma richesse, et je croirais toujours voir l’envieux que j’écraserais de mon faste dire à ses voisins à l’oreille : Voilà un fripon qui a grand-peur de n’être pas connu pour tel.
De cette immense profusion de biens qui couvrent la terre, je chercherais ce qui m’est le plus agréable et que je puis le mieux m’approprier. Pour cela, le premier usage de ma richesse serait d’en acheter du loisir et la liberté, à quoi j’ajouterais la santé, si elle était à prix ; mais comme elle ne s’achète qu’avec la tempérance, et qu’il n’y a point sans la santé de vrai plaisir dans la vie, je serais tempérant par sensualité.
Je resterais toujours aussi près de la nature qu’il serait possible pour flatter les sens que j’ai reçus d’elle, bien sûr que plus elle mettrait du sien dans mes jouissances, plus j’y trouverais de réalité. Dans le choix des objets d’imitation je la prendrais toujours pour modèle ; dans mes appétits je lui donnerais la préférence ; dans mes goûts je la consulterais toujours ; dans les mets je voudrais toujours ceux dont elle fait le meilleur apprêt et qui passent par le moins de mains pour parvenir sur nos tables. Je préviendrais les falsifications de la fraude, j’irais au-devant du plaisir. Ma sotte et grossière gourmandise n’enrichirait point un maître d’hôtel ; il ne me vendrait point au poids de l’or du poison pour du poisson ; ma table ne serait point couverte avec appareil de magnifiques ordures et charognes lointaines ; je prodiguerais ma propre peine pour satisfaire ma sensualité, puisque alors cette peine est un plaisir elle-même, et qu’elle ajoute à celui qu’on en attend. Si je voulais goûter un mets du bout du monde, j’irais, comme Apicius, plutôt l’y chercher, que de l’en faire venir[463], car les mets les plus exquis manquent toujours d’un assaisonnement qu’on n’apporte pas avec eux et qu’aucun cuisinier ne leur donne, l’air du climat qui les a produits.
Which one, in your opinion, says more? Our laconic style, with its exaggeration, is good only for portraying dwarfs. The ancients showed people in their natural state, and it was clear that they were human beings. Xenophon honored the memory of some warriors who died in betrayal during the retreat of the Ten Thousand: They died, he said, without any fault in either war or friendship. That’s all; but consider what the author must have had in his heart to compose such a brief and simple eulogy. Alas for those who do not find it delightful!
These words were inscribed on a marble tablet at the Thermopyles:
Go tell Sparta that we died here in obedience to its holy laws.
It is clear that it was not the Academy of Inscriptions that composed this one[461].
I would be mistaken if my student, who attaches so little importance to words, did not first notice these differences and if they did not influence his choice of readings. Influenced by the eloquent style of Demosthenes, he might say: “This is an orator”; but when reading Cicero, he might say: “This is a lawyer.”
In general, Émile will find more pleasure in the books of the ancients than in ours; simply because being earlier in time, the ancients are closer to nature, and their genius is more truly their own. Despite what La Motte and Abbé Terrasson may have said, there is no real progress of reason in the human species, for whatever is gained on one side is lost on another; all minds start from the same point, and the time spent learning what others have thought is time wasted on learning to think for oneself. As a result, we acquire more knowledge but lose more mental vigor. Our minds are like our arms—used only to perform tasks with tools, never to act independently. Fontenelle said that all this debate about the ancients and the moderns boils down to whether the trees of old were larger than those of today. If agriculture had changed, such a question would not be so irrelevant.
After having thus traced its origins back to the very essence of pure literature, I also show him its “sewers” within the reservoirs of modern compilers: newspapers, translations, dictionaries. He takes a quick look at all these things and then leaves them behind, never to return to them. To delight him, I let him hear the chatter of academies; I point out to him that each individual who constitutes such institutions is always better off on their own than as part of the collective. From this, he will draw his own conclusion about the usefulness of all these splendid institutions.
I take him to performances; not to study manners, but to cultivate taste—for that is where it truly manifests itself among those who know how to think. “Forget precepts and morality,” I would say to him; “that is not where one should learn them.” The theater is not meant for truth; it is designed to flatter and entertain people. There is no other place where one can learn so well the art of pleasing them and capturing the human heart. Studying theater leads one to the study of poetry; they have exactly the same purpose. If he possesses even a spark of taste for it, how gladly he will cultivate the languages of poets—Greek, Latin, Italian! Such studies will be for him sources of enjoyment without restraint, and he will benefit greatly from them. They will be delightful to him at an age and in circumstances where the heart is so captivated by all forms of beauty meant to touch it. Imagine, on one hand, my Émile, and on the other, some rascal from a boarding school reading the fourth book of the Aeneid, or Tibullus, or Plato’s Symposium: what a difference! How much more moved is one’s heart by such things than the other’s at all! Oh, good young man! Stop, pause your reading—I see you are too affected. I want you to enjoy the language of love, but not to let it lead you astray; be sensitive, but also wise. If you are only one of these two, then you are nothing at all. After all, whether he succeeds in learning dead languages, in the arts, or in poetry, it matters little to me. He will still be worth something even if he knows nothing of all this—and it is certainly not all these frivolous pursuits that matter in his education.
My main objective, in teaching him to recognize and appreciate beauty in all its forms, is to fix his affections and tastes in these areas, to prevent his natural desires from being corrupted, and to ensure that he does not seek the means to happiness in his wealth—means that he should actually find much closer to him. I have said elsewhere that taste is merely the art of understanding oneself through small things[462], and this is absolutely true; but since the quality of life depends on such details, paying attention to them is nothing short of essential. Through them, we learn how to fill our lives with the goods that are within our reach, in all their true value for us. By “goods,” I do not mean those moral qualities that depend on the right state of one’s soul, but only those things related to sensual pleasure and genuine enjoyment—excluding prejudices and opinions.
Permit me, in order to further develop my idea, to set aside for a moment Émile—whose pure and healthy heart can no longer serve as a model for anyone—and to seek within myself an example that is more tangible and closer to the ways of thinking of the reader.
There are certain states that seem to change the nature of those who inhabit them, reshaping them—either for the better or for the worse. A coward may become brave upon joining the regiment of Navarre. It is not only in the military that a sense of camaraderie is forged, and its effects are not always positive. I have often thought with dread that if I were unfortunate enough to occupy such a position as exists in certain countries today, I would almost inevitably become a tyrant, a destroyer of the people, harmful to the ruler, and an enemy to all humanity, fairness, and virtue.
In the same way, if I were rich, I would have done everything necessary to become so; I would therefore be arrogant and contemptible towards myself, sensitive and delicate only for my own sake, merciless and harsh towards everyone else, and a disdainful observer of the miseries of the common people—for I would no longer give any other name to the poor, in order to forget that I once belonged to their class. In short, I would use my wealth as a tool for my own pleasures, and that would be all I would concern myself with; otherwise, I would be just like everyone else.
But what I believe would set me apart significantly is that I would be sensual and indulgent rather than proud and vain, and I would pursue the luxury of comfort far more than the luxury of ostentation. In fact, I might even feel some shame in flaunting my wealth too much, and I would always imagine that the envy I crushed with my extravagance was whispering to its neighbors: “Look at this fool—he’s terrified that people won’t recognize him for what he really is.”
Among this immense abundance of goods that covers the earth, I would seek out what brings me the greatest pleasure and what I can most readily acquire for myself. For this purpose, my first use of my wealth would be to buy leisure and freedom; in addition, I would also seek health, if it were something that could be purchased. But since health can only be obtained through moderation, and since there is no true pleasure in life without health, I would practice moderation out of sensuality itself.
I would always remain as close to nature as it is possible to do so without offending the senses that she has granted me. Indeed, the more she contributes to my pleasures, the more real they seem to me. In choosing objects for imitation, I would always take her as my model; in satisfying my desires, I would give her priority; in forming my tastes, I would always consult her; and when it came to food, I would always seek those dishes that she prepares with the greatest care and that have passed through the fewest hands before reaching our tables. I would prevent any falsifications or frauds, and I would always strive to enhance the pleasure I experience. My foolish and crude gluttony would not enrich a chef; he would not sell me poison disguised as gold in exchange for fish. My table would not be covered with lavish waste or distant carcasses. I would willingly go to great lengths to satisfy my sensual desires, for such effort itself is a form of pleasure—and it even enhances the enjoyment one expects to derive from food. If I desired to taste a dish from the far corners of the world, I would seek it out myself, just as Apicius did, rather than having it brought to me[463]. For the most exquisite dishes always lack something that cannot be added afterward—something that no chef can provide: the very essence of the climate in which they were grown.
Qual altro potrebbe aggiungere, a vostro parere? Il nostro stile lapidario, con la sua enfasi retorica, è adatto soltanto a descrivere figure insignificanti. Gli antichi, invece, mostravano gli uomini nella loro natura reale, e si vedeva chiaramente che erano uomini. Senofonte onora la memoria di alcuni guerrieri uccisi in tradimento durante la ritirata dei Diecimila: “Morirono”, dice, “senza alcun rimprovero né nella guerra né nell’amicizia”. Ecco tutto. Ma considerate, in questo elogio così breve e semplice, di cosa doveva essere pieno il cuore dell’autore. Che sfortuna per chi non trovi questa descrizione incantevole!
Si leggevano queste parole incise su una stele di marmo alle Termopili:
Vieni, e digli a Sparta che siamo morti qui per obbedire alle sue sacre leggi.
È evidente che non è stata l’Accademia delle iscrizioni a comporre quel testo[461].
Sarei ingannato se il mio studente, che dà così poco valore alle parole, non prestasse la sua prima attenzione a queste differenze e se queste non influenzassero la scelta dei suoi libri da leggere. Spinto dall’eloquenza persuasiva di Demostene, dirà: “Questo è un oratore”; ma leggendo Cicerone, dirà: “Questo è un avvocato”.
In generale, a Émile piaceranno di più i libri degli antichi rispetto ai nostri; semplicemente perché, essendo i primi, gli antichi sono più vicini alla natura e il loro genio appartiene loro in modo più autentico. Nonostante quanto abbiano potuto dire La Motte e l’abate Terrasson, non esiste alcun vero progresso della ragione nell’umanità: tutto ciò che si guadagna da un lato si perde dall’altro; tutti gli intelletti partono sempre dallo stesso punto, e il tempo impiegato a conoscere ciò che altri hanno pensato viene perso nel tentativo di imparare a pensare da soli. Di conseguenza, si acquisiscono più lumi ma si perde in forza mentale. I nostri intelletti sono come i nostri bracci: allenati ad utilizzare strumenti per fare qualsiasi cosa, ma incapaci di agire autonomamente. Fontenelle diceva che tutta questa discussione sugli antichi e sui moderni si riduceva a chiedersi se gli alberi di un tempo fossero più grandi di quelli di oggi; se l’agricoltura fosse cambiata, questa domanda non sarebbe affatto irrilevante.
Dopo averlo così riportato alle origini della vera letteratura, gli mostro anche i “canali di scolo” che ne derivano nei serbatoi dei moderni compilatori: giornali, traduzioni, dizionari; dà un’occhiata a tutto ciò e poi lo lascia perdere, senza mai più tornarci sopra. Gli faccio ascoltare, per divertirlo, i discorsi vuoti delle accademie; gli faccio notare che ognuno di coloro che le compongono vale sempre di più da solo che nel contesto del loro organismo collettivo: su questo punto trarrà da sé stesso la conclusione sull’utilità di tutti questi bei istituti.
Lo porto a teatro; non per studiare le usanze o i costumi delle persone, ma il loro gusto, perché è proprio lì che si manifesta veramente in coloro che sanno riflettere. Lasciate da parte gli insegnamenti e la morale, gli direi io: non è certo qui che bisogna impararli. Il teatro non è fatto per la verità; è fatto per compiacere, per divertire le persone; non esiste alcuna scuola in cui si possa imparare con tanta efficacia l’arte di piacere alle persone e di interessare il loro cuore. Lo studio del teatro conduce allo studio della poesia; hanno esattamente lo stesso scopo. Se possiede anche solo un barlume di gusto per la poesia, con quale piacere coltiverà le lingue dei poeti: il greco, il latino, l’italiano! Questi studi saranno per lui divertimenti senza alcuna costrizione, e ne trarrà maggior beneficio; saranno deliziosi in un’età e in circostanze in cui il cuore si interessa con tanto fascino a tutti i generi di bellezza che esistono. Immaginate, da un lato, il mio Émile, e dall’altro un monello di collegio che legge il quarto libro dell’Eneide, o Tibullo, o il Banchetto di Platone: quale differenza! Quanto più il cuore di uno è commosso da ciò che non commuove affatto l’altro. Oh, buon giovane! Fermati, interrompi la tua lettura; ti vedo troppo emozionato. Voglio bene che il linguaggio dell’amore ti piaccia, ma non che ti distragga; sii un uomo sensibile, ma anche saggio. Se sei solo uno di questi due, allora non sei nulla. Del resto, che abbia successo o meno nelle lingue morte, nelle lettere, nella poesia, poco mi importa. Non varrà comunque meno se non sa nulla di tutto questo. E non sono certo questi “giocchi” quelli di cui si tratta nella sua educazione.
Il mio obiettivo principale, nell’insegnargli a percepire e amare il bello in tutti i suoi aspetti, è quello di fissare le sue affezioni e i suoi gusti, impedendo che i suoi desideri naturali vengano alterati, e che un giorno non cerchi nella sua ricchezza i mezzi per essere felice, quando invece potrebbe trovarli molto più vicino a sé. Ho detto in altre occasioni che il gusto non è altro che l’arte di conoscere se stessi attraverso le piccole cose[462], e questo è assolutamente vero; ma poiché la qualità della vita dipende proprio da queste piccole cose, tale cura non è affatto trascurabile. È attraverso di essa che impariamo a rendere la nostra vita più piacevole, utilizzando i beni che ci sono a portata di mano, nella loro vera natura e nel loro reale valore per noi. Qui non intendo parlare dei beni morali legati alla buona disposizione dell’anima, ma soltanto di ciò che riguarda il lato sensuale, la vera voluttà, escludendo pregiudizi e opinioni personali.
Per esporre meglio il mio concetto, permettetemi di lasciare per un momento da parte Émile, il cui cuore puro e sano non può più servire da modello per nessuno, e di cercare in me stesso un esempio più concreto e più vicino alle abitudini del lettore.
Esistono stati che sembrano modificare la natura delle persone che li occupano, riformandole, sia in meglio che in peggio. Un individuo pigro diventa coraggioso entrando nel reggimento di Navarra. Non è solo nell’esercito che si sviluppa lo spirito di corpo, e i suoi effetti non sono sempre positivi. Ho pensato centinaia di volte con terrore che, se avessi la sfortuna di ricoprire oggi un certo incarico in alcuni paesi, domani diventerei quasi inevitabilmente un tiranno, un oppressore, un distruttore del popolo, dannoso per il principe e nemico di ogni forma di umanità, equità e virtù.
Allo stesso modo, se fossi ricco, farei di tutto per diventarlo; quindi sarei arrogante e meschino con me stesso, sensibile e delicato soltanto nei miei confronti, spietato e duro con tutti gli altri, un osservatore sprezzante delle miserie della gente comune, perché non darei altro nome ai poveri, per far dimenticare che un tempo anch’io appartenevo alla loro classe. Infine, farei della mia ricchezza lo strumento dei miei piaceri, di cui mi occuperei esclusivamente; e fino a quel momento, sarei come tutti gli altri.
Ma ciò in cui credo di differire molto da loro è che sarei sensuale e voluttuoso piuttosto che orgoglioso e vanitoso, e che mi abbandonerei al lusso della comodità molto più che a quello dell’ostentazione. Anzi, proverei persino vergogna nel mostrare troppo la mia ricchezza, e crederei sempre di vedere l’invidioso che io schiaccio con il mio sfarzo dire ai suoi vicini all’orecchio: “Ecco un furfante che ha molta paura di non essere riconosciuto per ciò che è”.
Di questa immensa abbondanza di beni che copre la terra, cercherei ciò che mi è più gradito e che posso possedere al meglio. A tal fine, il primo uso della mia ricchezza sarebbe quello di acquistare tempo libero e libertà; inoltre, aggiungerei anche la salute, se fosse possibile comprarla. Ma poiché essa si può ottenere soltanto con la temperanza, e senza salute non esiste vero piacere nella vita, io sarei moderato per senso di sensualità.
Rimarrei sempre così vicino alla natura quanto sia possibile, nel tentativo di soddisfare i sensi che essa mi ha donato; ovviamente, più la natura contribuisce alle mie gioie, più esse acquistano realtà per me. Nella scelta degli oggetti da imitare, la natura sarà sempre il mio modello; nei miei desideri le darò la preferenza; nei miei gusti la consulterò sempre; nei cibi vorrò soltanto quelli che essa stessa prepara con maggiore cura e che passano per il minor numero di mani prima di arrivare sulle nostre tavole. Preverrei le falsificazioni e le truffe, andando incontro al piacere stesso. La mia sciocca e grossolana gola non arricchirebbe mai un cuoco; egli non mi venderebbe veleno a peso d’oro in cambio di pesce; la mia tavola non sarebbe coperta da rifiuti lussuosi o cibi provenienti da luoghi lontani; dedicherei personalmente fatica e impegno per soddisfare i miei desideri sensuali, poiché tale sforzo stesso è un piacere e aggiunge valore a quello che ne si aspetta. Se volessi assaggiare un cibo proveniente dall’altro capo del mondo, andrei personalmente a cercarlo, come fece Apicio, piuttosto che farlo portare qui; infatti i cibi più raffinati mancano sempre di quel tocco speciale che non si può aggiungere con nulla e che nessun cuoco può fornire: l’essenza stessa del clima in cui sono stati coltivati.
Par la même raison, je n’imiterais pas ceux qui, ne se trouvant bien qu’où ils ne sont point, mettent toujours les saisons en contradiction avec elles-mêmes, et les climats en contradiction avec les saisons ; qui, cherchant l’été en hiver, et l’hiver en été, vont avoir froid en Italie et chaud dans le nord, sans songer qu’en croyant fuir la rigueur des saisons, ils la trouvent dans les lieux où l’on n’a point appris à s’en garantir. Moi, je resterais en place, ou je prendrais tout le contre-pied : je voudrais tirer d’une saison tout ce qu’elle a d’agréable, et d’un climat tout ce qu’il a de particulier. J’aurais une diversité de plaisirs et d’habitudes qui ne se ressembleraient point, et qui seraient toujours dans la nature, j’irais passer l’été à Naples, et l’hiver à Pétersbourg ; tantôt respirant un doux zéphyr, à demi couché dans les fraîches grottes de Tarente ; tantôt dans l’illumination d’un palais de glace, hors d’haleine, et fatigué des plaisirs du bal.
Je voudrais dans le service de ma table, dans la parure de mon logement, imiter par des ornements très simples la variété des saisons, et tirer de chacune toutes ses délices, sans anticiper sur celles qui la suivront. Il y a de la peine et non du goût à troubler ainsi l’ordre de la nature, à lui arracher des productions involontaires qu’elle donne à regret dans sa malédiction, et qui, n’ayant ni qualité ni saveur, ne peuvent ni nourrir l’estomac, ni flatter le palais. Rien n’est plus insipide que les primeurs ; ce n’est qu’à grands frais que tel riche de Paris, avec ses fourneaux et ses serres chaudes, vient à bout de n’avoir sur sa table toute l’année que de mauvais légumes et de mauvais fruits. Si j’avais des cerises quand il gèle, et des melons ambrés au coeur de l’hiver, avec quel plaisir les goûterais-je, quand mon palais n’a besoin d’être humecté ni rafraîchi ? Dans les ardeurs de la canicule, le lourd marron me serait-il fort agréable ? Le préférerais-je sortant de la poêle, à la groseille, à la fraise et aux fruits désaltérants qui me sont offerts sur la terre sans tant de soins ? Couvrir sa cheminée au mois de janvier de végétations forcées, de fleurs pâles et sans odeur, c’est moins parer l’hiver que déparer le printemps : c’est s’ôter le plaisir d’aller dans les bois chercher la première violette, épier le premier bourgeon, et s’écrier dans un saisissement de joie : Mortels, vous n’êtes pas abandonnées, la nature vit encore.
Pour être bien servi, j’aurais peu de domestiques : cela a déjà été dit, et cela est bon à redire encore. Un bourgeois tire plus de vrai service de son seul laquais qu’un duc des dix messieurs qui l’entourent. J’ai pensé cent fois qu’ayant à table mon verre à côté de moi, je bois à l’instant qu’il me plaît, au lieu que, si j’avais un grand couvert, il faudrait que vingt voix répétassent : à boire, avant que je pusse étancher ma soif. Tout ce qu’on fait par autrui se fait mal, comme qu’on s’y prenne. Je n’enverrais pas chez les marchands, j’irais moi-même ; j’irais pour que mes gens ne traitassent pas avec eux avant moi, pour choisir plus sûrement, et payer moins chèrement ; j’irais pour faire un exercice agréable, pour voir un peu ce qui se fait hors de chez moi ; cela récrée, et quelquefois cela instruit ; enfin j’irais pour aller, c’est toujours quelque chose. L’ennui commence par la vie trop sédentaire ; quand on va beaucoup, on s’ennuie peu. Ce sont de mauvais interprètes qu’un portier et des laquais ; je ne voudrais point avoir toujours ces gens-là entre moi et le reste du monde, ni marcher toujours avec le fracas d’un carrosse, comme si j’avais peur d’être abordé. Les chevaux d’un homme qui se sert de ses jambes sont toujours prêts ; s’ils sont fatigués ou malades, il le sait avant tout autre ; et il n’a pas peur d’être obligé de garder le logis sous ce prétexte, quand son cocher veut se donner du bon temps ; en chemin mille embarras ne le font point sécher d’impatience, ni rester en place au moment qu’il voudrait voler. Enfin, si nul ne nous sert jamais si bien que nous-mêmes, fût-on plus puissant qu’Alexandre et plus riche que Crésus, on ne doit recevoir des autres que les services qu’on ne peut tirer de soi.
Je ne voudrais point avoir un palais pour demeure ; car dans ce palais je n’habiterais qu’une chambre ; toute pièce commune n’est à personne, et la chambre de chacun de mes gens me serait aussi étrangère que celle de mon voisin. Les Orientaux, bien que très voluptueux, sont tous logés et meublés simplement. Ils regardent la vie comme un voyage, et leur maison comme un cabaret. Cette raison prend peu sur nous autres riches, qui nous arrangeons pour vivre toujours : mais j’en aurais une différente qui produirait le même effet. Il me semblerait que m’établir avec tant d’appareil dans un lieu serait me bannir de tous les autres, et m’emprisonner pour ainsi dire dans mon palais. C’est un assez beau palais que le monde ; tout n’est-il pas au riche quand il veut jouir ? Ubi bene, ibi patria ; c’est là sa devise ; ses lares sont les lieux où l’argent peut tout, son pays est partout où peut passer son coffre-fort, comme Philippe tenait à lui toute place forte où pouvait entrer un mulet chargé d’argent[464]. Pourquoi donc s’aller circonscrire par des murs et par des portes pour n’en sortir jamais ? Une épidémie, une guerre, une révolte me chasse-t-elle d’un lieu, je vais dans un autre, et j’y trouve mon hôtel arrivé avant moi. Pourquoi prendre le soin de m’en faire un moi-même, tandis qu’on en bâtit pour moi par tout l’univers ? Pourquoi, si pressé de vivre, m’apprêter de si loin des jouissances que je puis trouver dès aujourd’hui ? L’on ne saurait se faire un sort agréable en se mettant sans cesse en contradiction avec soi. C’est ainsi qu’Empédocle reprochait aux Agrigentins d’entasser les plaisirs comme s’ils n’avaient qu’un jour à vivre et de bâtir comme s’ils ne devaient jamais mourir[465].
D’ailleurs, que me sert un logement si vaste, ayant si peu de quoi le peupler, et moins de quoi le remplir ? Mes meubles seraient simples comme mes goûts ; je n’aurais ni galerie ni bibliothèque, surtout si j’aimais la lecture et que je me connusse en tableaux. Je saurais alors que de telles collections ne sont jamais complètes, et que le défaut de ce qui leur manque donne plus de chagrin que de n’avoir rien. En ceci l’abondance fait la misère : il n’y a pas un faiseur de collections qui ne l’ait éprouvé. Quand on s’y connaît, on n’en doit point faire ; on n’a guère un cabinet à montrer aux autres quand on sait s’en servir pour soi.
Le jeu n’est point un amusement d’homme riche, il est la ressource d’un désoeuvré ; et mes plaisirs me donneraient trop d’affaires pour me laisser bien du temps à si mal remplir. Je ne joue point du tout, étant solitaire et pauvre, si ce n’est quelquefois aux échecs, et cela de trop. Si j’étais riche, je jouerais moins encore, et seulement un très petit jeu, pour ne voir point de mécontent, ni l’être. L’intérêt du jeu, manquant de motif dans l’opulence, ne peut jamais se changer en fureur que dans un esprit mal fait. Les profits qu’un homme riche peut faire au jeu lui sont toujours moins sensibles que les pertes ; et comme la forme des jeux modérés, qui en use le bénéfice à la longue, fait qu’en général ils vont plus en pertes qu’en gains, on ne peut, en raisonnant bien, s’affectionner beaucoup à un amusement où les risques de toute espèce sont contre soi. Celui qui nourrit sa vanité des préférences de la fortune les peut chercher dans des objets beaucoup plus piquants, et ces préférences ne se marquent pas moins dans le plus petit jeu que dans le plus grand. Le goût du jeu, fruit de l’avarice et de l’ennui, ne prend que dans un esprit et dans un coeur vides ; et il me semble que j’aurais assez de sentiment et de connaissances pour me passer d’un tel supplément. On voit rarement les penseurs se plaire beaucoup au jeu, qui suspend cette habitude, ou la tourne sur d’arides combinaisons ; aussi l’un des biens, et peut-être le seul qu’ait produit le goût des sciences, est d’amortir un peu cette passion sordide ; on aimera mieux s’exercer à prouver l’utilité du jeu que de s’y livrer. Moi, je le combattrais parmi les joueurs, et j’aurais plus de plaisir à me moquer d’eux en les voyant perdre, qu’à leur gagner leur argent.
For the same reason, I would not imitate those who, being unsatisfied wherever they are, constantly contradict the nature of seasons and climates; who seek summer in winter and winter in summer, ending up suffering from cold in Italy and heat in the north, without realizing that by trying to escape the rigors of the seasons, they actually encounter them in places where people have never learned how to protect themselves from them. I, on the other hand, would remain where I am—or, rather, I would do the very opposite: I would seek out everything pleasant about a particular season and everything unique about a particular climate. My pleasures and habits would be diverse and never repetitive, always in harmony with nature. I might spend my summer in Naples and my winter in St. Petersburg—now basking in the gentle breezes of Tarentine caves, now immersed in the dazzling brilliance of a palace made of ice, exhausted yet thrilled by the delights of the ball.
In the decoration of my table, in the embellishment of my home, I would like to imitate, through very simple ornaments, the diversity of the seasons and to draw forth all the delights each one has to offer, without anticipating those that follow. To disturb the order of nature in this way, to snatch away from it those involuntary productions that it gives reluctantly, as if under a curse—productions that have neither quality nor flavor, nor the power to nourish the stomach or please the taste—is nothing short of tasteless. Nothing is more insipid than early fruits; it takes great effort for a wealthy man in Paris, with his ovens and hot greenhouses, to ensure that his table has only poor vegetables and bad fruit all year round. If I had cherries when it was freezing cold, and golden melons in the heart of winter, how gladly would I taste them, since my palate needs neither moisture nor refreshment? In the scorching heat of summer, would I find any pleasure in eating heavy, stale brown sugar? Would I prefer it to fresh raspberries, strawberries, and other refreshing fruits that grow naturally without such care? To cover one’s fireplace in January with forced vegetation, pale, odorless flowers—such an act is less a way to adorn winter than to spoil spring. It means depriving oneself of the joy of going into the woods to find the first violet, of watching the first buds appear, and exclaiming in delight: “Mortals, you are not abandoned; nature is still alive.”
To be well served, one would need few servants: this has been said before, and it is worth repeating again. A bourgeois derives far more real assistance from his single lackey than a duke from the ten men surrounding him. I have thought hundreds of times that, with my glass right beside me at the table, I can drink whenever I please, whereas if I had a formal serving staff, twenty people would have to repeat “Drink” before I could quench my thirst. Everything done through others is invariably done poorly, no matter how well-intentioned. I wouldn’t send someone else to shop for me; I would go myself. I would do it so that my own people wouldn’t negotiate with merchants on my behalf, so as to make more secure choices and pay less. I would do it for the pleasure of the experience, to see what goes on outside my home—it provides both recreation and sometimes enlightenment. After all, going somewhere is always better than staying put. Boredom begins with a too sedentary lifestyle; when one travels often, boredom is rare. Porters and lackeys are poor interpreters of our needs; I wouldn’t want to have them constantly between me and the rest of the world, nor would I want to travel always with the clatter of a carriage, as if I were afraid of being approached. A man who uses his own legs always has his horses ready; if they are tired or sick, he knows it sooner than anyone else—and he isn’t forced to stay at home on that pretext just because his coachman wants to have some fun. On the road, a thousand obstacles won’t make him impatient, nor will they prevent him from moving when he wishes to hurry. Finally, if no one can serve us as well as we can serve ourselves, then no matter how powerful we are than Alexander or how rich than Cresus, all we can expect from others is the same service we can provide for ourselves.
I would not wish to possess a palace as my residence; for in such a palace, I would inhabit only one room. No common space belongs to anyone, and the room of each of my servants would be as foreign to me as that of my neighbor. The Orientals, despite their love for luxury, all live and are furnished simply. They regard life as a journey and their home as a temporary shelter. This attitude has little appeal to us rich people, who always arrange our lives in such a way as to ensure comfort; but I could adopt a different approach that would achieve the same result. To me, setting up residence with all these comforts would mean excluding myself from everything else and essentially imprisoning myself within my palace. The world itself is indeed a quite beautiful palace; does not the rich man have everything at his disposal whenever he wishes to enjoy it? “Ubi bene, ibi patria” – this is their motto; their “lares” are those places where money can make everything possible, and their “country” is wherever their coffers can take them, just as Philip claimed ownership of any fortress into which a mule laden with gold could enter[464]. Why then confine ourselves within walls and gates, never to set foot outside? If an epidemic, war, or revolution drive me from one place, I simply go to another, where my “hotel” awaits me. Why go to the trouble of building my own home when others are building ones for me all over the world? Why, if I am so eager to live, prepare myself for pleasures that I could obtain right now? One cannot create a pleasant fate by constantly opposing oneself. This is precisely what Empédocles criticized the Agrigentines for doing: they piled up pleasures as if they had only one day left to live, and built their homes as if they would never die[465].
After all, what use is to me a house so large if I have so little to fill it with, and even less to populate it? My furniture would be as simple as my tastes; I would have neither a gallery nor a library, especially if I loved reading and had some knowledge of paintings. Then I would understand that such collections are never complete, and that the lack of what is missing causes more sorrow than having nothing at all. In this regard, abundance leads to poverty: there isn’t a single person who collects things who hasn’t experienced this. When one truly understands the value of these things, one should not pursue collecting them; when one knows how to make use of them for oneself, one hardly has anything to show others.
Gambling is not merely a pastime for the wealthy; it is a remedy for the idle and the bored. My own pleasures would keep me too busy to indulge in such an activity, which offers so little in return for so much time and effort. As I am solitary and poor, I hardly ever play at all—except occasionally at chess, but even then only occasionally. If I were rich, I would play even less, perhaps only in very minor games, simply to avoid causing or experiencing dissatisfaction. In the absence of proper motives, the allure of gambling can never lead to anything other than anger in a flawed mind. For a wealthy person, the potential gains from gambling are always outweighed by the losses; moreover, since moderate forms of gaming, when practiced over time, generally result in more losses than gains, it would be unreasonable to develop a fondness for an activity where the risks are invariably against one. Those who feed their vanity on the favoritism of fortune could seek far more satisfying objects upon which to base such preferences—yet these preferences are just as evident in minor games as in major ones. The taste for gambling, born out of greed and boredom, can only flourish in an empty mind and a hollow heart. I believe I possess enough sentiment and knowledge to do without such a pastime. It is rare to see thinkers take great pleasure in gambling; indeed, this habit is often replaced by more intellectual pursuits. Perhaps the greatest benefit of cultivating an interest in the sciences is that it helps to mitigate this despicable passion. One would prefer to engage in activities that demonstrate the usefulness of gaming than to indulge in it itself. As for me, I would fight against it among its practitioners—and I would find far more pleasure in mocking them as they lose their money than in helping them win it.
Per la stessa ragione, non imiterei coloro che, trovandosi in luoghi dove non dovrebbero essere, fanno sempre sì che le stagioni siano in contraddizione tra loro e i climi in contraddizione con le stagioni; coloro che cercano l’estate nell’inverno e l’inverno nell’estate, finendo per soffrire il freddo in Italia e il caldo nel nord, senza rendersi conto che, credendo di sfuggire alle rigidezze delle stagioni, in realtà le trovano proprio nei luoghi dove non si è imparato a proteggersene. Io, invece, rimarrei nel mio posto o farei esattamente il contrario: vorrei trarre da ogni stagione tutto ciò che ha di piacevole e da ogni clima tutto ciò che ha di particolare. Avrei una varietà di piaceri e abitudini che non si somiglierebbero mai tra loro, ma che rimarrebbero sempre in armonia con la natura; passerei l’estate a Napoli e l’inverno a San Pietroburgo: a volte respirando una dolce brezza, sdraiato nelle fresche grotte di Taranto; a volte, invece, immerso nella luce abbagliante di un palazzo di ghiaccio, senza fiato e stanco dei piaceri del ballo.
Vorrei, nel decoro della mia tavola e nell’arredamento della mia dimora, imitare con ornamenti molto semplici la varietà delle stagioni, e trarre da ciascuna di esse tutti i suoi piaceri, senza anticipare quelli che seguiranno. È uno sforzo, non un gusto, disturbare in questo modo l’ordine della natura, strapparle prodotti involontari che essa fornisce con riluttanza, e che, non avendo né qualità né sapore, non possono né nutrire lo stomaco né deliziare il palato. Niente è più insipido delle primizie; solo a grandi spese un ricco di Parigi, con i suoi forni e le sue serre riscaldate, riesce ad avere sulla sua tavola tutto l’anno soltanto verdure e frutti scadenti. Se avessi ciliegie quando gela, e meloni dorati nel cuore dell’inverno, con quale piacere li gusterei, quando il mio palato non ha bisogno né di umidità né di freschezza? Nelle torride giornate dell’estate, mi sarebbe davvero gradito quel pesante marrone appena uscito dalla padella. Lo preferirei alla fragola, al lampone e ai frutti dissetanti che ci vengono offerti sulla terra senza tanta fatica? Coprire il proprio camino a gennaio con piante artificiali, fiori pallidi e privi di profumo, è meno un modo per abbellire l’inverno che un modo per rovinare la primavera: è come privarsi del piacere di andare nei boschi alla ricerca della prima violetta, di osservare il primo germoglio, e di esclamare con gioia: “Uomini, non siete abbandonati. La natura vive ancora”.
Per essere ben servito, avrei bisogno di pochi domestici: è stato detto già, e vale la pena ripeterlo ancora. Un borghese trae maggior beneficio dal proprio solo lacchè che un duca dai dieci signori che lo circondano. Ho pensato centinaia di volte che, avendo il mio bicchiere accanto a me a tavola, posso bere quando voglio, invece di dover aspettare che venti voci mi dicano “bevi” prima di poter placare la mia sete. Tutto ciò che si fa tramite gli altri viene fatto male, indipendentemente dal modo in cui ci si avvicina. Non manderei mai i miei affari ai mercanti: andrei personalmente, per evitare che le persone che lavorano per me trattino con loro prima di me, per poter scegliere più liberamente e pagare meno. Andrei anche perché è un piacere fare qualcosa di personale, per vedere ciò che accade al di fuori della mia casa; questo mi diverte e a volte mi insegna anche qualcosa. In definitiva, andare significa comunque fare qualcosa. L’noia inizia con una vita troppo sedentaria: quando si viaggia molto, si annoia poco. I portieri e i lacchè sono cattivi interpreti dei nostri desideri; non vorrei mai che queste persone fossero sempre tra me e il resto del mondo, né che dovessi muovermi sempre con il rumore di una carrozza, come se avessi paura di essere avvicinato. I cavalli di una persona che si muove con le proprie gambe sono sempre pronti; se sono stanchi o malati, lo sa prima di chiunque altro. E non ha paura di dover rimanere a casa per questo motivo, quando il suo cocchiere vuole divertirsi. Lungo la strada, mille inconvenienti non lo fanno mai impazire né lo costringono ad aspettare nel momento in cui vorrebbe muoversi rapidamente. Infine, se nessuno ci serve mai così bene come possiamo farlo noi stessi, anche se fossimo più potenti di Alessandro e più ricchi di Crasso, non dovremmo ricevere dagli altri altro che i servizi che possiamo ottenere da soli.
Non vorrei affatto possedere un palazzo in cui abitare; infatti, in quel palazzo abiterei soltanto una stanza. Nessuna stanza comune appartiene a nessuno, e la camera di ciascuno dei miei servitori mi sarebbe altrettanto estranea quanto quella del mio vicino. Gli Orientali, pur essendo molto lussuriosi, vivono e si arredano in modo semplice. Considerano la vita come un viaggio e la loro casa come una locanda. Questo ragionamento non ha molto peso su di noi ricchi, che ci organizziamo per vivere sempre nel comfort; tuttavia, se lo applicassi anch’io, otterrei lo stesso risultato. Mi sembrerebbe che stabilirmi con tutto questo lusso in un luogo significherebbe escludermi da tutti gli altri e rinchiudermi, per così dire, nel mio palazzo. Il mondo è davvero un bel palazzo: non possiede forse tutto ciò di cui il ricco ha bisogno quando desidera godersi la vita? “Ubi bene, ibi patria”: questa è la sua massima; i suoi “lares” sono quei luoghi dove l’oro può fare tutto; il suo “paese” è ovunque possa viaggiare il suo forziere, proprio come Filippo considerava sue tutte le fortezze accessibili a un mulo carico d’oro[464]. Perché allora limitarmi entro muri e porte, impedendomi di uscire mai? Un’epidemia, una guerra, una rivolta mi scacciano da un luogo, vado in un altro, e lì trovo già pronto il mio “alloggio”. Perché prendersi la briga di costruirmene uno personalmente, quando ne vengono costruiti per me in tutto il mondo? Perché, se sono così desideroso di vivere bene, prepararmi con tanta anticipazione a piaceri che posso già trovare oggi stesso? Non si può certo crearsi una vita felice continuando a contraddire se stessi. È proprio ciò che Empedocle rimproverava agli Agrigentini: accumulavano piaceri come se avessero soltanto un giorno da vivere, e costruivano case come se non dovessero mai morire[465].
Del resto, a che mi serve una casa così vasta, se ho così poco con cui popolarla e ancora meno con cui riempirla? I miei mobili sarebbero semplici, come i miei gusti; non avrei né galleria né biblioteca, soprattutto se amassi la lettura e mi intendessi di quadri. Allora saprei che simili collezioni non sono mai complete, e che la mancanza di ciò che vi manca provoca più dolore che l’assenza totale di qualcosa. In questo senso, l’abbondanza porta alla povertà: non c’è nessuno che si dedichi alle collezioni che non abbia sperimentato questa realtà. Quando si conosce bene ciò che si possiede, non si dovrebbe cercare di accumularne altro; inoltre, quando si sa come utilizzare correttamente le proprie cose, non si ha quasi nulla da mostrare agli altri.
Il gioco non è un passatempo riservato agli uomini ricchi; è piuttosto uno strumento per chi si trova senza occupazioni. I miei divertimenti mi impegnerebbero troppo, lasciandomi poco tempo da dedicare a qualcosa di così poco proficuo. Io non gioco affatto, essendo solo e povero, tranne che a volte a scacchi, ma anche questo molto raramente. Se fossi ricco, giocerei ancora meno, e soltanto a giochi molto semplici, per evitare di suscitare o di subire dispiacimenti. Il fascino del gioco, privo di motivazioni nella ricchezza, può trasformarsi in furia soltanto in un’anima mal formata. I profitti che un uomo ricco può trarre dal gioco sono sempre inferiori alle perdite; inoltre, poiché i giochi moderati, se praticati con costanza, di solito comportano più perdite che guadagni, non si può davvero appassionarsi a un passatempo nel quale i rischi di ogni tipo sono a proprio svantaggio. Chi nutre la propria vanità attraverso le preferenze della fortuna potrebbe cercarle in oggetti molto più stimolanti, e queste preferenze si manifestano tanto nei giochi più semplici quanto in quelli più complessi. Il gusto per il gioco, frutto dell’avarizia e noia, nasce soltanto in un’anima e in un cuore vuoti; e mi sembra di avere abbastanza sensibilità e conoscenze per fare a meno di tale passatempo. Raramente si vedono i pensatori appassionarsi molto al gioco, che, o interrompe questa abitudine, o la orienta verso attività più proficue. Uno dei benefici, forse l’unico, derivanti dall’amore per le scienze è proprio quello di attenuare un po’ questa passione meschina; si preferirebbe dedicarsi allo studio dell’utilità stessa del gioco, piuttosto che indulgerci in esso. Io lo combatterei tra i giocatori, e mi divertirei di più a deriderli mentre perdono, che ad aiutarli a guadagnare il loro denaro.
Je serais le même dans ma vie privée et dans le commerce du monde. Je voudrais que ma fortune mît partout de l’aisance, et ne fît jamais sentir d’inégalité. Le clinquant de la parure est incommode à mille égards. Pour garder parmi les hommes toute la liberté possible, je voudrais être mis de manière que dans tous les rangs je parusse à ma place, et qu’on ne me distinguât dans aucun ; que, sans affectation, sans changement sur ma personne, je fusse peuple à la guinguette et bonne compagnie au Palais-Royal. Par-là plus maître de ma conduite, je mettrais toujours à ma portée les plaisirs de tous les états. Il y a, dit-on, des femmes qui ferment leur porte aux manchettes brodées, et ne reçoivent personne qu’en dentelle ; j’irais donc passer ma journée ailleurs ; mais si ces femmes étaient jeunes et jolies, je pourrais quelquefois prendre de la dentelle pour y passer la nuit tout au plus.
Le seul lien de mes sociétés serait l’attachement mutuel, la conformité des goûts, la convenance des caractères ; je m’y livrerais comme homme et non comme riche ; je ne souffrirais jamais que leur charme fût empoisonné par l’intérêt. Si mon opulence m’avait laissé quelque humanité, j’étendrais au loin mes services et mes bienfaits ; mais je voudrais avoir autour de moi une société et non une cour, des amis et non des protégés ; je ne serais point le patron de mes convives, je serais leur hôte. L’indépendance et l’égalité laisseraient à mes liaisons toute la candeur de la bienveillance ; et où le devoir ni l’intérêt n’entreraient pour rien, le plaisir et l’amitié feraient seuls la loi.
On n’achète ni son ami ni sa maîtresse. Il est aisé d’avoir des femmes avec de l’argent ; mais c’est le moyen de n’être jamais l’amant d’aucune. Loin que l’amour soit à vendre, l’argent le tue infailliblement. Quiconque paye, fût-il le plus aimable des hommes, par cela seul qu’il paye, ne peut être longtemps aimé. Bientôt il payera pour un autre, ou plutôt cet autre sera payé de son argent ; et, dans ce double lien, formé par l’intérêt, par la débauche, sans amour, sans honneur, sans vrai plaisir, la femme avide, infidèle et misérable, traitée par le vil qui reçoit comme elle traite le sot qui donne, reste ainsi quitte envers tous les deux. Il serait doux d’être libéral envers ce qu’on aime, si cela ne faisait un marché. Je ne connais qu’un moyen de satisfaire ce penchant avec sa maîtresse, sans empoisonner l’amour : c’est de lui tout donner et d’être ensuite nourri par elle. Reste à savoir où est la femme avec qui ce procédé ne fût pas extravagant.
Celui qui disait : Je possède Laïs sans qu’elle me possède, disait un mot sans esprit[466]. La possession qui n’est pas réciproque n’est rien : c’est tout au plus la possession du sexe, mais non pas de l’individu. Or, où le moral de l’amour n’est pas, pourquoi faire une si grande affaire du reste ? Rien n’est si facile à trouver. Un muletier est là-dessus plus près du bonheur qu’un millionnaire.
Oh ! si l’on pouvait développer assez les inconséquences du vice, combien, lorsqu’il obtient ce qu’il a voulu, on le trouverait loin de son compte ! Pourquoi cette barbare avidité de corrompre l’innocence, de se faire une victime d’un jeune objet qu’on eût dû protéger, et que de ce premier pas on traîne inévitablement dans un gouffre de misère dont il ne sortira qu’à la mort ? Brutalité, vanité, sottise, erreur, et rien davantage. Ce plaisir même n’est pas de la nature ; il est de l’opinion, et de l’opinion la plus vile, puisqu’elle tient au mépris de soi. Celui qui se sent le dernier des hommes craint la comparaison de tout autre, et veut passer le premier pour être moins odieux. Voyez si les plus avides de ce ragoût imaginaire sont jamais de jeunes gens aimables, dignes de plaire, et qui seraient plus excusables d’être difficiles. Non : avec de la figure, du mérite et des sentiments, on craint peu l’expérience de sa maîtresse ; dans une juste confiance, on lui dit : Tu connais les plaisirs, n’importe ; mon coeur t’en promet que tu n’as jamais connus.
Mais un vieux satyre usé de débauche, sans agrément, sans ménagement, sans égard, sans aucune espèce d’honnêteté, incapable, indigne de plaire à toute femme qui se connaît en gens aimables, croit suppléer à tout cela chez une jeune innocente, en gagnant de vitesse sur l’expérience, et lui donnant la première émotion des sens. Son dernier espoir est de plaire à la faveur de la nouveauté ; c’est incontestablement là le motif secret de cette fantaisie ; mais il se trompe, l’horreur qu’il fait n’est pas moins de la nature que n’en sont les désirs qu’il voudrait exciter. Il se trompe aussi dans sa folle attente : cette même nature a soin de revendiquer ses droits : toute fille qui se vend s’est déjà donnée ; et s’étant donnée à son choix, elle a fait la comparaison qu’il craint. Il achète donc un plaisir imaginaire, et n’en est pas moins abhorré.
Pour moi, j’aurais beau changer étant riche, il est un point où je ne changerai jamais. S’il ne me reste ni moeurs ni vertu, il me restera du moins quelque goût, quelque sens, quelque délicatesse ; et cela me garantira d’user ma fortune en dupe à courir après des chimères, d’épuiser ma bourse et ma vie à me faire trahir et moquer par des enfants. Si j’étais jeune, je chercherais les plaisirs de la jeunesse ; et, les voulant dans toute leur volupté, je ne les chercherais pas en homme riche. Si je restais tel que je suis, ce serait autre chose ; je me bornerais prudemment aux plaisirs de mon âge ; je prendrais les goûts dont je peux jouir, et j’étoufferais ceux qui ne feraient plus que mon supplice. Je n’irais point offrir ma barbe grise aux dédains railleurs des jeunes filles ; je ne supporterais point de voir mes dégoûtantes caresses leur faire soulever le coeur, de leur préparer à mes dépens les récits les plus ridicules, de les imaginer décrivant les vilains plaisirs du vieux singe, de manière à se venger de les avoir endurés. Que si des habitudes mal combattues avaient tourné mes anciens désirs en besoins, j’y satisferais peut-être, mais avec honte, mais en rougissant de moi. J’ôterais la passion du besoin, je m’assortirais le mieux qu’il me serait possible, et m’en tiendrais là : je ne me ferais plus une occupation de ma faiblesse, et je voudrais surtout n’en avoir qu’un seul témoin. La vie humaine a d’autres plaisirs, quand ceux-là lui manquent ; en courant vainement après ceux qui fuient, on s’ôte encore ceux qui nous sont laissés. Changeons de goûts avec les années, ne déplaçons pas plus les âges que les saisons : il faut être soi dans tous les temps, et ne point lutter contre la nature : ces vains efforts usent la vie et nous empêchent d’en user.
Le peuple ne s’ennuie guère, sa vie est active ; si ses amusements ne sont pas variés, ils sont rares ; beaucoup de jours de fatigue lui font goûter avec délices quelques jours de fêtes. Une alternative de longs travaux et de courts loisirs tient lieu d’assaisonnement aux plaisirs de son état. Pour les riches, leur grand fléau, c’est l’ennui ; au sein de tant d’amusements rassemblés à grands frais, au milieu de tant de gens concourant à leur plaire, l’ennui ; les consume et les tue, ils passent leur vie à le fuir et à en être atteints : ils sont accablés de son poids insupportable : les femmes surtout, qui ne savent plus ni s’occuper ni s’amuser, en sont dévorées sous le nom de vapeurs ; il se transforme pour elles en un mal horrible, qui leur ôte quelquefois la raison, et enfin la vie. Pour moi, je ne connais point de sort plus affreux que celui d’une jolie femme de Paris, après celui du petit agréable qui s’attache à elle, qui, changé de même en femme oisive, s’éloigne ainsi doublement de son état, et à qui la vanité d’être homme à bonnes fortunes fait supporter la langueur des plus tristes jours qu’ait jamais passés créature humaine.
I would be the same both in my private life and in worldly affairs. I wish that my wealth brought comfort wherever it went, never creating any sense of inequality. The ostentatiousness of adornment is inconvenient in countless ways. To maintain as much freedom as possible among men, I would want to appear in every social rank in a way that suited my place there, so that no one distinguished me from others; so that, without affectation or change in my appearance, I could be among the common people at a tavern or among the elite at the Palais-Royal. In this way, being more in control of my own behavior, I would always have access to the pleasures of all walks of life. It is said that some women shut their doors to men wearing embroidered cuffs and only receive visitors dressed in lace; in that case, I would go elsewhere to spend my day. But if those women were young and beautiful, perhaps I might occasionally choose to spend the night among them, even if it meant donning lace myself.
The only bond that could unite my companions would be mutual affection, similarity of tastes, and compatibility of personalities; I would engage in such relationships as a man, not as a rich person. I would never allow their charm to be tainted by selfish interests. If my wealth had allowed me to retain some humanity, I would extend my help and generosity far and wide. But I would want to surround myself with companions, not with sycophants; I would not be the patron of my guests, but their host. Independence and equality would ensure that my relationships were characterized by pure kindness and goodwill. Where neither duty nor self-interest would play any role, only pleasure and friendship would govern them.
One does not buy either one’s friend or one’s lover. It is easy to have women with money; but such a method ensures that one can never be the lover of any of them. Far from being something that can be sold, money inevitably kills love. Anyone who pays, no matter how charming he may be, cannot remain loved for long—soon, he will be paying for someone else, or rather, that person will be paid with his own money. In this dual relationship, shaped by greed and debauchery, without love, without honor, without true pleasure, the greedy, unfaithful, and miserable woman, treated by the despicable man who receives just as she treats the foolish man who gives, remains ultimately free from either of them. It would be lovely to be generous towards what one loves—if only such generosity did not turn into a form of trade. I know only one way to satisfy this desire with one’s lover without poisoning love itself: to give her everything and then rely on her for support. The question remains: where can one find a woman with whom such an arrangement would not be absurd?
He who said, “I possess Laïs without her possessing me,” was speaking a word devoid of meaning[466]. Possession that is not reciprocal is nothing at all; at best, it is merely possession of the body, but not of the individual. And where there is no moral dimension in love, why make such a big deal out of it? Nothing is easier to obtain. A muleteer is far closer to happiness in this regard than a millionaire.
Oh! if one could fully explore the consequences of vice, how far it would be found to have deviated from what its perpetrator intended! Why such a barbaric greed—to corrupt innocence, to make a young and defenseless being a victim of one’s own actions, and thus inevitably drag them into a abyss of misery from which they can only escape through death? Brutality, vanity, stupidity, error—nothing more than that. Even this so-called “pleasure” does not belong to nature; it is born of opinion—and the vilest kind of opinion at that, for it stems from self-disrespect. Those who feel themselves to be the lowest among men fear being compared to others and strive to appear superior in order to seem less despicable. Consider whether those most eager for this imaginary “delight” are ever kind and worthy young people—who would be more understandable if they were a bit difficult to please. No: with good looks, merit, and genuine feelings, one fears little the consequences of pursuing such desires; in honest trust, one might say to their partner: “You know what pleasures exist, but my heart promises you that you have never truly experienced any of them.”
But an old satyr, worn out by debauchery—without any charm, without gentleness, without respect, devoid of any sort of honesty, incapable and unworthy of pleasing any woman who knows what a kind man ought to be—believes that he can compensate for all these shortcomings in a young and innocent girl by gaining an advantage over experience and arousing in her the first sensual emotions. His last hope is to win her favor through novelty; undoubtedly, this is the secret motive behind his behavior. But he is mistaken: the horror he causes is just as inherent in nature as the desires he seeks to arouse. He is also wrong in his foolish expectations: nature itself ensures that its rights are asserted—any girl who sells herself has already given herself away; and by giving herself to him at his choice, she has made the comparison that he fears. In short, he buys an imaginary pleasure, yet remains utterly detested as a result.
For me, even if I became rich, there is one thing that I would never change. Even if I were left without morals or virtue, at least I would still have some taste, some sense, some delicacy; and that would ensure that I did not squander my fortune in chasing illusions, or exhaust my wealth and life by allowing children to betray and mock me. If I were young, I would seek the pleasures of youth; but since I desire them in all their intensity, I would not pursue them as a rich man. If I remained as I am now, that would be different; I would cautiously limit myself to the pleasures appropriate to my age, embrace those tastes from which I can truly enjoy life, and suppress those that would only bring me suffering. I would not offer my gray hair to the mocking disdain of young women; I could not bear to see how my repulsive advances stirred their hearts, or how they prepared the most ridiculous stories at my expense, imagining them describing the vile pleasures of an old man—just as a way to take revenge for having endured them themselves. If some uncontrolled habits had turned my former desires into necessities, perhaps I would satisfy them, but with shame, with embarrassment toward myself. I would strip passion from its role as a necessity, try my best to match myself to my circumstances, and stop making my weakness my own occupation—especially since I would want only one witness to it. Human life has other pleasures when these are lacking; in vainly chasing those that flee, we lose even those that are left to us. Let us change our tastes as the years go by, but let us not alter the nature of different ages any more than we alter the seasons: we must always be true to ourselves and not struggle against what is inherent in our nature—such futile efforts only exhaust our lives and prevent us from truly enjoying them.
The common people are hardly ever bored; their lives are active. Even if their amusements are not varied, they are at least rare. Many days of hard work make them relish the occasional few days of festivity. A balance between long hours of labor and short periods of leisure serves as a sort of “seasoning” to the pleasures of their existence. For the wealthy, however, boredom is their greatest scourge. Amidst so many costly amusements, surrounded by people who strive to please them, boredom consumes and kills them. They spend their lives fleeing it yet constantly being overcome by it; its unbearable weight crushes them—especially women, who no longer know how to work or entertain themselves, and are consumed by it under the guise of various “ailments.” For them, boredom becomes a terrible affliction that sometimes robs them of their reason and ultimately takes their lives. As for me, I know of no more miserable fate than that of a beautiful woman in Paris—especially after she has become attached to some pleasant young man who, in turn, also becomes an idle woman, thus doubly deviating from his proper place in life. And the vanity of being a man of easy fortune forces him to endure the longest and most sorrowful days that human beings have ever known.
Sarei lo stesso sia nella mia vita privata che nel mondo degli affari. Vorrei che la mia fortuna portasse ovunque agio e che mai suscitasse sensazioni di disuguaglianza. Lo sfarzo delle vesti è scomodo sotto mille aspetti. Per conservare tra gli uomini tutta la libertà possibile, vorrei essere vestito in modo da apparire sempre al mio posto in ogni ambiente, senza essere distinto in alcun modo; che, senza affettazioni né cambiamenti nel mio aspetto personale, fossi un uomo qualunque nei luoghi di divertimento e una compagnia degna nel Palais-Royal. In questo modo, avendo più controllo sul mio comportamento, potrei sempre godere dei piaceri di ogni ceto sociale. Si dice che ci siano donne che chiudono la loro porta a coloro che indossano maniche ricamate e non ricevono nessuno se non in abiti di seta; in tal caso, andrei altrove a trascorrere la giornata. Ma se queste donne fossero giovani e belle, forse qualche volta accetterei di passare la notte con loro, anche solo indossando abiti di seta.
L’unico legame tra le mie persone sarebbe l’affetto reciproco, la conformità dei gusti, la compatibilità dei caratteri; mi dedicherei a queste relazioni come uomo, e non come ricco; non permetterei mai che il loro fascino venisse contaminato dall’interesse. Se la mia ricchezza mi avesse lasciato un briciolo di umanità, estenderei i miei aiuti e i miei benefici a tutti; ma vorrei avere intorno a me delle persone con cui condividere le gioie della vita, non dei protetti o dei sottoposti. Non sarei il padrone dei miei ospiti, ma il loro ospite. L’indipendenza e l’uguaglianza darebbero alle mie relazioni tutta la purezza dell’affetto sincero; e là dove né dovere né interesse avrebbero alcun ruolo, solo piacere e amicizia regolerebbero le nostre interazioni.
Non si compra né l’amico né la amante di qualcuno. È facile avere donne con i soldi; ma in questo modo non si diventa mai l’amante di nessuna. Lontano dall’essere un bene vendibile, il denaro distrugge inevitabilmente l’amore. Chiunque paghi, per quanto possa essere l’uomo più affascinante, per il semplice fatto di pagare, non può essere amato a lungo. Presto dovrà pagare per un altro, o meglio, quell’altro sarà pagato con i suoi soldi. In questo doppio legame, formato dall’interesse e dalla lussuria, senza amore, senza onore, senza vero piacere, la donna avida, infedele e miserabile, trattata dal vile che riceve come lei tratta lo sciocco che dona, rimane così libera nei confronti di entrambi. Sarebbe bello essere generosi con ciò che si ama, se solo questo non trasformasse l’amore in un mercato. Conosco un solo modo per soddisfare questo desiderio con la propria amante, senza avvelenare il sentimento: darle tutto e poi farsi mantenere da lei. Resta da scoprire dove esista una donna con cui questo approccio non risulti assurdo.
Colui che diceva: “Io possiedo Laïs senza che lei mi possieda”, pronunciava parole prive di significato[466]. Una possessione che non è reciproca non ha alcun valore: al massimo rappresenta la possessione del corpo, ma non dell’individuo. Ora, dove manca il vero spirito dell’amore, perché dare tanta importanza al resto? Non c’è nulla di più facile da trovare. Un mulattiere è molto più vicino alla felicità in questo senso di un milionario.
Oh! Se solo si potessero esaminare a fondo le conseguenze del vizio. Quanto più lontano da ciò che si desidera si finisce per ritrovarsi, quando il vizio ottiene ciò che vuole! Perché questa barbara avidità di corrompere l’innocenza, di rendersi vittima di un giovane che avremmo dovuto proteggere. E perché, con quel primo passo, si trascina inevitabilmente in un abisso di miseria da cui non si uscirà se non con la morte? Brutalità, vanità, stupidità, errore. Nient’altro. Anche questo piacere non appartiene alla natura; è frutto dell’opinione, e della più vile opinione, poiché si basa sul disprezzo di sé stesso. Chi si sente l’ultimo degli uomini teme il confronto con gli altri e vuole essere considerato il primo per sembrare meno odioso. Vedete se i più avidi di questo “piacere” immaginario siano mai giovani attraenti, degni di essere amati. E se possano essere giustificati nel mostrarsi difficili da conquistare. No: con bellezza, meriti e sentimenti, non si teme affatto l’esperienza con la propria donna; in una fiducia sincera, le si dice: “Conosci i piaceri. Ma il mio cuore ti promette che tu non ne abbia mai conosciuti di simili”.
Ma un vecchio satiro logoro dalle dissolutezze, privo di grazia, di delicatezza, di rispetto, di qualsiasi forma di onestà, incapace e indegno di piacere a qualsiasi donna che conosca i veri valori dell’affetto, crede di poter compensare tutto ciò in una giovane innocente, accelerando il processo naturale dell’esperienza e suscitando in lei le prime emozioni sensuali. La sua ultima speranza è quella di piacere grazie alla novità; indubbiamente questo è il vero motivo nascosto di questa sua follia. Ma si sbaglia: l’orrore che provoca non è affatto meno naturale dei desideri che cerca di suscitare. Si sbaglia anche nella sua folle attesa: quella stessa natura, infatti, si assicura sempre i suoi diritti. Ogni ragazza che si “vende” si è già data a qualcuno; e avendosi data a lui, ha inevitabilmente fatto quella comparazione che lui teme. Quindi, in realtà, compra un piacere immaginario, e non per questo viene meno odiato.
Per me, anche se diventassi ricco, ci sarebbe qualcosa che non cambierei mai. Anche se mi rimanessero solo abitudini volgari e virtù perdute, avrei comunque alcuni gusti, qualche sensibilità, qualche delicatezza. E questo mi garantirebbe di non sprecare la mia fortuna inseguendo illusioni, di non esaurire il mio denaro e la mia vita facendomi tradire e deridere da dei giovani. Se fossi giovane, cercerei i piaceri tipici della mia età; ma, volendoli nella loro massima intensità, non li cercherei come un uomo ricco. Se rimanessi com’ero, farei le cose con prudenza: mi limiterei ai piaceri adatti alla mia età, mi concederei solo ciò di cui posso godere e soffocherei quelle passioni che non farebbero altro che tormentarmi. Non offrirei mai la mia barba grigia agli sguardi derisori delle giovani ragazze; non sopporterei di vedere le mie carezze disgustose suscitare in loro interesse, né di spendere il mio denaro e la mia vita per farle ascoltare storie ridicole o immaginare che descrivessero i piaceri volgari degli anziani. Se alcune abitudini difficili da combattere avessero trasformato i miei antichi desideri in bisogni, forse li soddisferei, ma con vergogna, arrossendo di me stesso. Eliminerei la passione dovuta al bisogno, mi adatterei il meglio possibile e mi fermerei lì: non farei più della mia debolezza un’occupazione principale, e soprattutto vorrei che ne avesse conoscenza solo una persona. La vita umana ha altri piaceri, quando quelli mancano; inseguendo invano ciò che fugge, si perdono anche quelle cose che ci sono rimaste. Cambiamo gusti con gli anni, ma non alteriamo le caratteristiche delle diverse età come facciamo con le stagioni: dobbiamo essere noi stessi in ogni momento, e non lottare contro la natura. Questi vani sforzi consumano la vita e ci impediscono di goderla davvero.
Il popolo non si annoia affatto; la sua vita è attiva. Se i suoi divertimenti non sono variati, allora sono rari; molti giorni di fatica gli permettono di godere con piacere di alcuni giorni di festa. Un alternarsi di lunghi lavori e brevi momenti di svago costituisce, per lui, l’equilibrio necessario tra i piaceri della sua condizione sociale. Per i ricchi, il loro grande flagello è la noia; tra tanti divertimenti costosi e molte persone che si impegnano a compiacerli, è proprio la noia quella che li consuma e li distrugge. Trascorrono la vita cercando di sfuggirle e allo stesso tempo esserne colpiti: sono schiacciati dal suo peso insopportabile, soprattutto le donne, che non sanno più né come occuparsi né come divertirsi, e vengono consumate da essa sotto il nome di “malattie nervose”. Per loro, la noia si trasforma in un male orribile che a volte le priva della ragione, e infine della vita stessa. Per quanto mi riguarda, non conosco sorte più terribile di quella di una bella donna di Parigi, o di quel giovane piacevole che si lega a lei: entrambi, trasformati allo stesso modo in persone oziose, si allontanano doppiamente dalla loro vera natura; e la vanità di essere considerati individui fortunati li costringe ad affrontare i giorni più tristi che l’umanità abbia mai conosciuto.
Les bienséances, les modes, les usages qui dérivent du luxe et du bon air, renferment le cours de la vie dans la plus maussade uniformité. Le plaisir qu’on veut avoir aux yeux des autres est perdu pour tout le monde : on ne l’a ni pour eux ni pour soi[467]. Le ridicule, que l’opinion redoute sur toute chose, est toujours à côté d’elle pour la tyranniser et pour la punir. On n’est jamais ridicule que par des formes déterminées : celui qui sait varier ses situations et ses plaisirs efface aujourd’hui l’impression d’hier : il est comme nul dans l’esprit des hommes ; mais il jouit, car il est tout entier à chaque heure et à chaque chose. Ma seule forme constante serait celle-là ; dans chaque situation je ne m’occuperais d’aucune autre, et je prendrais chaque jour en lui-même, comme indépendant de la veille et du lendemain. Comme je serais peuple avec le peuple, je serais campagnard aux champs ; et quand je parlerais d’agriculture, le paysan ne se moquerait pas de moi. Je n’irais pas me bâtir une ville en campagne, et mettre au fond d’une province les Tuileries devant mon appartement. Sur le penchant de quelque agréable colline bien ombragée, j’aurais une petite maison rustique, une maison blanche avec des contrevents verts ; et quoique une couverture de chaume soit en toute saison la meilleure, je préférerais magnifiquement, non la triste ardoise, mais la tuile, parce qu’elle a l’air plus propre et plus gai que le chaume, qu’on ne couvre pas autrement les maisons dans mon pays, et que cela me rappellerait un peu l’heureux temps de ma jeunesse. J’aurais pour cour une basse-cour, et pour écurie une étable avec des vaches, pour avoir du laitage que j’aime beaucoup. J’aurais un potager pour jardin, et pour parc un joli verger semblable à celui dont il sera parlé ci-après. Les fruits, à la discrétion des promeneurs, ne seraient ni comptés ni cueillis par mon jardinier ; et mon avare magnificence n’étalerait point aux yeux des espaliers superbes auxquels à peine on osât toucher. Or, cette petite prodigalité serait peu coûteuse, parce que j’aurais choisi mon asile dans quelque province éloignée où l’on voit peu d’argent et beaucoup de denrées, et où règnent l’abondance et la pauvreté.
Les folâtres jeux sont les premiers cuisiniers du monde
Là, je rassemblerais une société, plus choisie que nombreuse, d’amis aimant le plaisir et s’y connaissant, de femmes qui pussent sortir de leur fauteuil et se prêter aux jeux champêtres, prendre quelquefois, au lieu de la navette et des cartes, la ligne, les gluaux, le râteau des faneuses, et le panier des vendangeurs. Là, tous les airs de la ville seraient oubliés, et, devenus villageois au village, nous nous trouverions livrés à des foules d’amusements divers qui ne nous donneraient chaque soir que l’embarras du choix pour le lendemain. L’exercice et la vie active nous feraient un nouvel estomac et de nouveaux goûts. Tous nos repas seraient des festins, où l’abondance plairait plus que la délicatesse. La gaieté, les travaux rustiques, les folâtres jeux, sont les premiers cuisiniers du monde, et les ragoûts fins sont bien ridicules à des gens en haleine depuis le lever du soleil. Le service n’aurait pas plus d’ordre que d’élégance ; la salle à manger serait partout, dans le jardin, dans un bateau, sous un arbre ; quelquefois au loin, près d’une source vive, sur l’herbe verdoyante et fraîche, sous des touffes d’aunes et de coudriers ; une longue procession de gais convives porterait en chantant l’apprêt du festin ; on aurait le gazon pour table et pour chaise ; le bords de la fontaine serviraient de buffet, et le dessert pendrait aux arbres. Les mets seraient servis sans ordre, l’appétit dispenserait des façons ; chacun se préférant ouvertement à tout autre, trouverait bon que tout autre se préférât de même à lui : de cette familiarité cordiale et modérée naîtrait, sans grossièreté, sans fausseté, sans contrainte, un conflit badin plus charmant cent fois que la politesse, et plus fait pour lier les coeurs. Point d’importun laquais épiant nos discours, critiquant tout bas nos maintiens, comptant nos morceaux d’un oeil avide, s’amusant à nous faire attendre à boire, et murmurant d’un trop long dîner. Nous serions nos valets pour être nos maîtres, chacun serait servi par tous ; le temps passerait sans le compter ; le repas serait le repos, et durerait autant que l’ardeur du jour. S’il passait près de nous quelque paysan retournant au travail, ses outils sur l’épaule, je lui réjouirais le coeur par quelque bons propos, par quelques coups de bon vin qui lui feraient porter plus gaiement sa misère ; et moi j’aurais aussi le plaisir de me sentir émouvoir un peu les entrailles, et de me dire en secret : Je suis encore homme.
Si quelque fête champêtre rassemblait les habitants du lieu, j’y serais des premiers avec ma troupe ; si quelques mariages, plus bénis du ciel que ceux des villes, se faisaient à mon voisinage, on saurait que j’aime la joie, et j’y serais invité. Je porterais à ces bonnes gens quelques dons simples comme eux, qui contribueraient à la fête ; et j’y trouverais en échange des biens d’un prix inestimable, des biens si peu connus de mes égaux, la franchise et le vrai plaisir. Je souperais gaiement au bout de leur longue table ; j’y ferais chorus au refrain d’une vieille chanson rustique, et je danserais dans leur grange de meilleur coeur qu’au bal de l’Opéra.
Jusqu’ici tout est à merveille, me dira-t-on ; mais la chasse ? est-ce être en campagne que de n’y pas chasser ? J’entends : je ne voulais qu’une métairie, et j’avais tort. Je me suppose riche, il me faut donc des plaisirs exclusifs, des plaisirs destructifs : voici de tout autres affaires. Il me faut des terres, des bois, des gardes, des redevances, des honneurs seigneuriaux, surtout de l’encens et de l’eau bénite.
Fort bien. Mais cette terre aura des voisins jaloux de leurs droits et désireux d’usurper ceux des autres[468] ; nos gardes se chamailleront, et peut-être les maîtres : voilà des altercations, des querelles, des haines, des procès tout au moins : cela n’est déjà pas fort agréable. Mes vassaux ne verront point avec plaisir labourer leurs blés par mes lièvres, et leurs fèves par mes sangliers ; chacun, n’osant tuer l’ennemi qui détruit son travail, voudra du moins le chasser de son champ ; après avoir passé le jour à cultiver leurs terres, il faudra qu’ils passent la nuit à les garder, ils auront des mâtins, des tambours, des cornets, des sonnettes : avec tout ce tintamarre ils troubleront mon sommeil. Je songerai malgré moi à la misère de ces pauvres gens, et ne pourrai m’empêcher de me la reprocher. Si j’avais l’honneur d’être prince, tout cela ne me toucherait guère ; mais moi, nouveau parvenu, nouveau riche, j’aurais le coeur encore un peu roturier.
Ce n’est pas tout ; l’abondance du gibier tentera les chasseurs ; j’aurai bientôt des braconniers à punir ; il me faudra des prisons, des geôliers, des archers, des galères : tout cela me paraît assez cruel. Les femmes de ces malheureux viendront assiéger ma porte et m’importuner de leurs cris, ou bien il faudra qu’on les chasse, qu’on les maltraite. Les pauvres gens qui n’auront point braconné, et dont mon gibier aura fourragé la récolte, viendront se plaindre de leur côté : les uns seront punis pour avoir tué le gibier, les autres ruinés pour l’avoir épargné : quelle triste alternative ! Je ne verrai de tous côtés qu’objets de misère, je n’entendrai que gémissements : cela doit troubler beaucoup, ce me semble, le plaisir de massacrer à son aise des foules de perdrix et de lièvres presque sous ses pieds.
Etiquettes, fashions, and customs that stem from luxury and refinement confine the course of life within a most monotonous uniformity. The pleasure one seeks to enjoy in the eyes of others is lost for everyone: one cannot find it either for them or for oneself[467]. Ridicule, which public opinion fears in everything, is always present to tyrannize and punish us. One can only appear ridiculous through certain forms; those who know how to vary their situations and pleasures erase the impression left by yesterday; they are as if invisible in people’s minds; yet they truly enjoy life, for they are fully engaged in every moment and with every activity. My only constant “form” would be such: in every situation, I would focus on nothing else but the present day, treating it as independent of yesterday and tomorrow. If I were among the people, I would live like a countryman in the fields; and when I talked about agriculture, the farmer would not laugh at me. I would not build a city in the countryside or place the Tuileries in the middle of a province right next to my residence. On the slope of some pleasant, well-shaded hill, I would have a small, rustic house—white with green shutters; and although thatched roofs are the best in all seasons, I would prefer tiles, for they look neater and more cheerful than thatch, which is not commonly used in my country. It would remind me of the happy times of my youth. I would have a courtyard outside my house and a stable with cows to provide me with the milk I so enjoy. I would grow vegetables in my garden and have a lovely orchard, similar to the one mentioned later on. The fruits would be available for visitors to pick at will, without being counted or gathered by my gardener; and my “frugal extravagance” would not display dazzling displays of fruit that few would dare to touch. Yet such modest indulgence would not be costly, for I would have chosen to live in a remote province where money is scarce but goods are plentiful—where abundance and poverty coexist.
Frolicsome games are the world’s first “kitchen chefs.”
There, I would gather a group of friends—more select than numerous—who loved pleasure and knew well how to enjoy it; women who could leave their chairs and engage in outdoor activities, sometimes replacing shuttlecocks and cards with fishing lines, mud, rakes for gathering hay, and baskets for harvesting grapes. There, all the trappings of city life would be forgotten, and as we became villagers in a village setting, we would be immersed in a variety of amusements that would leave us with nothing but the dilemma of what to choose for the next day. Exercise and active living would give us new appetites and new tastes. Every meal would be a feast, where abundance was more appreciated than delicacy. Joy, rural work, and lighthearted games were the world’s finest “kitchen chefs”; whereas fancy dishes seemed utterly ridiculous to those who had been working since sunrise. The service would be neither overly orderly nor excessively elegant; the dining area could be anywhere—in the garden, on a boat, under a tree, or sometimes far away, by a babbling stream, on fresh, green grass, amidst clusters of willows and alders. A long procession of cheerful guests would sing as they prepared the feast; the grass would serve as both table and chairs, the edge of the stream as a buffet, and fruits would hang from the trees. Meals would be served in a casual manner; appetite would dictate the order of eating, and since everyone would openly prefer one another to anyone else, it would be only natural for others to feel the same way. From such cordial yet restrained familiarity would arise a lively, charming interaction—far more endearing than formal politeness—and far better suited to bonding hearts. There would be no annoying servants eavesdropping on our conversations, quietly criticizing our manners, greedily counting our food, making us wait for drinks, or complaining about the length of the meal. We would be our own servants, each served by all; time would pass unnoticed; meals would become a moment of rest, lasting as long as the heat of the day lasted. If a farmer passing by returned to his work, carrying his tools on his shoulder, I would cheer him up with kind words and a few drinks of good wine, helping him bear his hardships more cheerfully. And for me too, it would be a pleasure to feel my heart stir a little, and to secretly say to myself: I am still a man.
If some rural festival brought together the inhabitants of the place, I would be among the first to attend with my troupe; if any marriages, blessed more by heaven than those in the cities, took place in my vicinity, people would know that I loved joy, and I would surely be invited. I would bring simple gifts, like those of the local people, to contribute to the festivities; in return, I would find things of immeasurable value—things little known to my peers—such as sincerity and true happiness. I would enjoy a hearty meal at their long table, join in singing the refrain of an old rustic song, and dance in their barn with even greater pleasure than at the Opera Ball.
“So far, everything has gone wonderfully,” one might say; but what about hunting? Does staying in the country mean not hunting at all? I mean: I only wanted a small estate, and I was wrong. Assuming I am rich now, I need exclusive pleasures, destructive pleasures, in fact. Now that’s another matter entirely. I need land, forests, guards, dues, seignorial honors—and above all, incense and holy water.
Very well. But this land will have neighbors who are jealous of their rights and eager to usurp those of others[468]; our guards will quarrel with each other, and perhaps even the masters will do so: there will be arguments, disputes, hatreds, and at least lawsuits—none of which is particularly pleasant. My vassals would certainly not take pleasure in seeing their wheat being damaged by my hares or their beans destroyed by my wild boars; since no one dares to kill the enemy that destroys their labor, they will at least try to drive him away from their fields. After spending the day tending to their lands, they will have to spend the night guarding them. They will need dogs, drums, trumpets, and bells—all this noise will disturb my sleep. Unconsciously, I will think of the misery of these poor people and cannot help but feel guilty about it. If I had the honor of being a prince, all this would hardly affect me; but as a newcomer, as someone who has just become rich, I still have a somewhat rustic heart.
That’s not all; the abundance of game will tempt hunters, and soon I will have poachers to punish. I will need prisons, jailers, archers, and galeras—all of which seem rather cruel. The wives of these unfortunate people will come and besiege my door, harassing me with their cries; or else they will have to be chased away and mistreated. The poor people who have not poached, but whose crops have been damaged by my game, will also come to complain: some will be punished for killing the game, while others will be ruined for sparing it—what a sad choice! On every side, I will see only objects of misery; I will hear nothing but groans. This must greatly disturb the pleasure one derives from effortlessly slaughtering vast numbers of hares and rabbits right under one’s feet.
Le buone maniere, le modo di vestire, gli usi che derivano dal lusso e da una vita agiata confinano la routine quotidiana in un’uniformità assai monotona. Il piacere che si cerca di mostrare agli occhi degli altri viene perso da tutti: non lo si ha né per loro né per sé[467]. Il ridicolo, che l’opinione pubblica teme in ogni situazione, è sempre presente per dominarci e punirci. Si diventa ridicoli soltanto attraverso determinate forme di comportamento: chi sa variare le proprie situazioni e i propri piaceri cancella l’impressione lasciata il giorno prima; in quel momento non esiste più nella memoria degli altri, ma gode appieno, perché è completamente presente in ogni istante e per ogni cosa. La mia unica “forma” costante sarebbe proprio questa: in ogni situazione mi concentrerei soltanto su quella, considerando ogni giorno come qualcosa di separato dal precedente e dal successivo. Se fossi con la gente comune, vivrei come un contadino; quando parlassi di agricoltura, il contadino non si sarebbe preso gioco di me. Non costruirei mai una città in campagna, né metterei le Tuileries nel cuore di una provincia davanti al mio appartamento. Sulla pendenza di una collina ombreggiata e piacevole, avrei una piccola casa rustica, bianca con persiane verdi; anche se il tetto di paglia è la soluzione migliore in tutte le stagioni, preferirei decisamente le tegole, perché sembrano più pulite e allegre del pagliaio. E poi, nel mio paese non si coprono le case altrimenti che con il pagliaio. Questo mi ricorderebbe un po’ i bei tempi della mia giovinezza. Avrei un cortile sul retro della casa, un recinto per gli animali con delle mucche, così da poter bere latte fresco. Avrei anche un orto e un bel frutteto, come quello di cui parlerò più avanti. I frutti sarebbero a disposizione dei visitatori, senza che il mio giardiniere li contasse o li raccogliesse; la mia “generosità” non si manifesterebbe certo attraverso alberi rigogliosi ai quali pochi oserebbero avvicinarsi. Eppure, questa piccola forma di generosità non costerebbe molto: avrei scelto di vivere in una provincia remota, dove ci sono pochi soldi ma molte risorse, dove regnano abbondanza e povertà.
I giochi spensierati sono i primi “cuochi” del mondo.
Lì, radunerei un gruppo di amici, selezionati piuttosto che numerosi, che amino il piacere e ne conoscano i segreti; donne capaci di alzarsi dal loro divano e partecipare a giochi campestri, che talvolta, invece della navetta da gioco o delle carte, utilizzassero la linea, il fango, il rastrello dei mietitori o il cesto dei vendemmiatori. Lì, tutti gli aspetti della vita cittadina verrebbero dimenticati; diventando contadini in mezzo al villaggio, ci troveremmo immersi in una miriade di divertimenti diversi che ogni sera ci offrirebbero solo l’imbarazzo della scelta per il giorno seguente. L’esercizio fisico e la vita attiva ci darebbero un nuovo appetito e nuovi gusti; tutti i nostri pasti sarebbero vere feste, dove l’abbondanza avrebbe più valore della raffinatezza. La gioia, i lavori agricoli, i giochi spensierati, sono i veri “cuochi” del mondo; i piatti raffinati sembrano ridicoli per chi è costantemente sotto pressione fin dal sorgere del sole. Il servizio non avrebbe né ordine né eleganza; la sala da pranzo sarebbe ovunque: nel giardino, su una barca, sotto un albero. A volte, lontano, vicino a una sorgente fresca, sull’erba verde e rigogliosa. Una lunga processione di ospiti felici canterebbe mentre preparavamo il banchetto; l’erba sarebbe stata utilizzata come tavolo e sedie; i bordi della fontana avrebbero fatto da buffet, e i dolci sarebbero stati appesi agli alberi. I piatti sarebbero stati serviti senza ordine preciso. L’appetito avrebbe guidato ogni scelta; ognuno si sarebbe preferito apertamente agli altri, e tutti avrebbero trovato naturale che gli altri facessero lo stesso. Da questa familiarità cordiale e moderata sarebbe nato, senza volgarità, senza falsità, senza costrizioni, un modo di divertirsi più incantevole cento volte della formalità. E più adatto a unire i cuori. Nessun servitore importuno ci avrebbe ascoltati mentre parlavamo, né avrebbe criticato il nostro comportamento o contato i nostri bocconi con avidità. Non avremmo dovuto aspettare a lungo per bere. E nessuno si sarebbe lamentato che il pasto durasse troppo. Saremmo stati noi stessi i nostri servitori, e tutti ci avrebbero serviti. Il tempo sarebbe passato senza che ce ne accorgessimo. Il pasto sarebbe stato un momento di riposo. E sarebbe durato quanto l’intensità del giorno. Se qualcuno dei contadini fosse passato vicino a noi, tornando al lavoro con gli attrezzi in spalla, gli avrei rallegrato il cuore con parole gentili e qualche bicchiere di vino buono. E anch’io avrei provato la gioia di sentirmi un po’ commosso. E mi sarei detto in segreto: “Sono ancora un uomo”.
Se qualche festa campestre riunisse gli abitanti del luogo, sarei tra i primi ad esserci con la mia compagnia; se nei dintorni si celebrassero matrimoni, più benedetti dal cielo di quelli delle città, si saprebbe che amo la gioia e verrei certamente invitato. Porterei a queste brave persone doni semplici, simili ai loro, che contribuissero alla festa; in cambio riceverei cose di inestimabile valore, ben poco conosciute dai miei pari: la franchezza e il vero piacere. Mangierei felicemente attorno al loro lungo tavolo, canterei insieme al ritornello di una vecchia canzone rustica e ballerei nella loro stalla con più entusiasmo che al ballo dell’Opera.
Finora tutto è andato meravigliosamente, si dirà; ma la caccia? Significa forse essere in campagna senza praticare la caccia? Intendo dire: volevo soltanto una tenuta agricola, e mi sbagliavo. Ora che mi considero ricco, ho bisogno di piaceri esclusivi, piaceri distruttivi, per così dire: si tratta di questioni completamente diverse. Ho bisogno di terreni, di foreste, di guardie, di tributi, di onori signorili, soprattutto di incenso e acqua benedetta.
Bene. Ma questa terra avrà vicini invidiosi dei loro diritti e desiderosi di usurpare quelli degli altri[468]; i nostri guardiani si scontreranno, e forse anche i padroni. Ci saranno litigi, dispute, inimicizie, processi. Il che non è affatto piacevole. I miei vassalli non vedranno certo di buon occhio i miei conigli che arano il loro grano e i miei cinghiali che distruggono le loro fave; ognuno, senza osare uccidere il nemico che rovina il proprio lavoro, vorrà almeno scacciarlo dai propri campi. Dopo aver trascorso la giornata a coltivare la terra, dovranno passare la notte a proteggerla. Avranno cani da guardia, tamburi, cornetti, campane. Con tutto questo baccano disturberanno il mio sonno. Non potrò fare a meno di pensare alla miseria di questi poveri uomini e di rimproverarmelo. Se avessi l’onore di essere un principe, tutto ciò non mi toccherebbe affatto; ma io, che sono appena arrivato al potere, che sono appena diventato ricco, beh, il mio cuore è ancora un po’ “contadino”.
Non basta; l’abbondanza della selvaggina attirerà i cacciatori; presto dovrò punire dei bracconieri. Mi serviranno prigioni, carcerieri, arcieri, galere: tutto ciò mi sembra davvero crudele. Le donne di questi sfortunati verranno a bussare alla mia porta e a infastidirmi con i loro lamenti; oppure dovrò cacciarle, maltrattarle. I poveri che non avranno bracconato, e i cui raccolti saranno stati distrutti dalla mia selvaggina, verranno a lamentarsi a loro volta: alcuni saranno puniti per aver ucciso la selvaggina, altri rovinati per averla risparmiata. Che triste alternativa! Vedrò dappertutto solo persone in miseria, sentirò solo gemiti. Questo, penso, deve certo turbare molto il piacere di massacrare facilmente intere schiere di lepri e conigli, quasi ai propri piedi.
Voulez-vous dégager les plaisirs de leurs peines, ôtez en l’exclusion : plus vous les laisserez communs aux hommes, plus vous les goûterez toujours purs. Je ne ferai donc point tout ce que je viens de dire ; mais, sans changer de goûts, je suivrai celui que je me suppose à moindres frais. J’établirai mon séjour champêtre dans un pays où la chasse soit libre à tout le monde, et où j’en puisse avoir l’amusement sans embarras. Le gibier sera plus rare ; mais il y aura plus d’adresse à le chercher et de plaisir à l’atteindre. Je me souviendrai des battements de coeur qu’éprouvait mon père au vol de la première perdrix, et des transports de joie avec lesquels il trouvait le lièvre qu’il avait cherché tout le jour. Oui, je soutiens que, seul avec son chien, chargé de son fusil, de son carnier, de son fourniment, de sa petite proie, il revenait le soir, rendu de fatigue et déchiré des ronces, plus content de sa journée que tous vos chasseurs de ruelle, qui, sur un bon cheval, suivis de vingt fusils chargés, ne font qu’en changer, tirer, et tuer autour d’eux, sans art, sans gloire, et presque sans exercice. Le plaisir n’est donc pas moindre, et l’inconvénient est ôté quand on n’a ni terre à garder, ni braconnier à punir, ni misérable à tourmenter : voilà donc une solide raison de préférence. Quoi qu’on fasse, on ne tourmente point sans fin les hommes qu’on n’en reçoive aussi quelque malaise ; et les longues malédictions du peuple rendent tôt ou tard le gibier amer.
Encore un coup, les plaisirs exclusifs sont la mort du plaisir. Les vrais amusements sont ceux qu’on partage avec le peuple ; ceux qu’on veut avoir à soi seul, on ne les a plus. Si les murs que j’élève autour de mon parc m’en font une triste clôture, je n’ai fait à grands frais que m’ôter le plaisir de la promenade : me voilà forcé de l’aller chercher au loin. Le démon de la propriété infecte tout ce qu’il touche. Un riche veut être partout le maître et ne se trouve bien qu’où il ne l’est pas : il est forcé de se fuir toujours. Pour moi, je ferai là-dessus dans ma richesse, ce que j’ai fait dans ma pauvreté. Plus riche maintenant du bien des autres que je ne serai jamais du mien, je m’empare de tout ce qui me convient dans mon voisinage : il n’y a pas de conquérant plus déterminé que moi ; j’usurpe sur les princes mêmes ; je m’accommode sans distinction de tous les terrains ouverts qui me plaisent ; je leur donne des noms ; je fais de l’un mon parc, de l’autre ma terrasse, et m’en voilà le maître ; dès lors, je m’y promène impunément ; j’y reviens souvent pour maintenir la possession ; j’use autant que je veux le sol à force d’y marcher ; et l’on ne me persuadera jamais que le titulaire du fonds que je m’approprie tire plus d’usage de l’argent qu’il lui produit que j’en tire de son terrain. Que si l’on vient à me vexer par des fossés, par des haies, peu m’importe ; je prends mon parc sur mes épaules, et je vais le poser ailleurs ; les emplacements ne manquent pas aux environs, et j’aurai longtemps à piller mes voisins avant de manquer d’asile.
Voilà quelque essai du vrai goût dans le choix des loisirs agréables : voilà dans quel esprit on jouit ; tout le reste n’est qu’illusion, chimère, sotte vanité. Quiconque s’écartera de ces règles, quelque riche qu’il puisse être, mangera son or en fumier, et ne connaîtra jamais le prix de la vie.
On m’objectera sans doute que de tels amusements sont à la portée de tous les hommes, et qu’on n’a pas besoin d’être riche pour les goûter. C’est précisément à quoi j’en voulais venir. On a du plaisir quand on en veut avoir : c’est l’opinion seule qui rend tout difficile, qui chasse le bonheur devant nous ; et il est cent fois plus aisé d’être heureux que de le paraître. L’homme de goût et vraiment voluptueux n’a que faire de richesse ; il lui suffit d’être libre et maître de lui. Quiconque jouit de la santé et ne manque pas du nécessaire, s’il arrache de son coeur les biens de l’opinion, est assez riche ; c’est l’aurea mediocritas d’Horace. Gens à coffres-forts, cherchez donc quelque autre emploi de votre opulence, car pour le plaisir elle n’est bonne à rien. Émile ne saura pas tout cela mieux que moi ; mais, ayant le coeur plus pur et plus sain, il le sentira mieux encore, et toutes ses observations dans le monde ne feront que le lui confirmer[469].
En passant ainsi le temps, nous cherchons toujours Sophie, et nous ne la trouvons point. Il importait qu’elle ne se trouvât pas si vite, et nous l’avons cherchée où j’étais bien sûr qu’elle n’était pas. [470]
Enfin le moment presse ; il est temps de la chercher tout de bon, de peur qu’il ne s’en fasse une qu’il prenne pour elle, et qu’il ne connaisse trop tard son erreur. Adieu donc, Paris, ville célèbre, ville de bruit, de fumée et de boue, où les femmes ne croient plus à l’honneur ni les hommes à la vertu. Adieu, Paris : nous cherchons l’amour, le bonheur, l’innocence ; nous ne serons jamais assez loin de toi.
Fin du livre Quatrième d’ÉMILE ou DE L’ÉDUCATION
Sophie ou la femme
Sophie doit être femme comme Émile est homme, c’est-à-dire avoir tout ce qui convient à la constitution de son espèce et de son sexe pour remplir sa place dans l’ordre physique et moral. Commençons donc par examiner les conformités et les différences de son sexe et du nôtre.
En tout ce qui ne tient pas au sexe, la femme est homme : elle a les mêmes organes, les mêmes besoins, les mêmes facultés ; la machine est construite de la même manière, les pièces en sont les mêmes, le jeu de l’une est celui de l’autre, la figure est semblable ; et, sous quelque rapport qu’on les considère, ils ne diffèrent entre eux que du plus au moins.
En tout ce qui tient au sexe, la femme et l’homme ont partout des rapports et partout des différences : la difficulté de les comparer vient de celle de déterminer dans la constitution de l’un et de l’autre ce qui est du sexe et ce qui n’en est pas. Par l’anatomie comparée, et même à la seule inspection, l’on trouve entre eux des différences générales qui paraissent ne point tenir au sexe ; elles y tiennent pourtant, mais par des liaisons que nous sommes hors d’état d’apercevoir : nous ne savons jusqu’où ces liaisons peuvent s’étendre ; la seule chose que nous savons avec certitude est que tout ce qu’ils ont de commun est de l’espèce, et que tout ce qu’ils ont de différent est du sexe. Sous ce double point de vue, nous trouvons entre eux tant de rapports et tant d’oppositions, que c’est peut-être une des merveilles de la nature d’avoir pu faire deux êtres si semblables en les constituant si différemment.
Ces rapports et ces différences doivent influer sur le moral ; cette conséquence est sensible, conforme à l’expérience, et montre la vanité des disputes sur la préférence ou l’égalité des sexes : comme si chacun des deux, allant aux fins de la nature selon sa destination particulière, n’était pas plus parfait en cela que s’il ressemblait davantage à l’autre ! En ce qu’ils ont de commun ils sont égaux ; en ce qu’ils ont de différent ils ne sont pas comparables. Une femme parfaite et un homme parfait ne doivent pas plus se ressembler d’esprit que de visage, et la perfection n’est pas susceptible de plus et de moins.
Dans l’union des sexes chacun concourt également à l’objet commun, mais non pas de la même manière. De cette diversité naît la première différence assignable entre les rapports moraux de l’un et de l’autre. L’un doit être actif et fort, l’autre passif et faible : il faut nécessairement que l’un veuille et puisse, il suffit que l’autre résiste peu.
Ce principe établi, il s’ensuit que la femme est faite spécialement pour plaire à l’homme. Si l’homme doit lui plaire à son tour, c’est d’une nécessité moins directe : son mérite est dans sa puissance ; il plaît par cela seul qu’il est fort. Ce n’est pas ici la loi de l’amour, j’en conviens ; mais c’est celle de la nature, antérieure à l’amour même.
Would you like to separate the pleasures from their pains? Exclude them entirely: the more you make them common to all men, the purer you will always find them to be. Therefore, I will not do everything I have just mentioned; but, without changing my tastes, I will follow that which seems to me to require fewer efforts. I will settle in the countryside in a place where hunting is open to everyone, and where I can enjoy it without any obstacles. The game may be rarer; but there will be more skill required to hunt it and more pleasure in catching it. I will remember the excitement my father felt when he caught his first partridge, and the joy with which he would rejoice upon finding a hare that he had searched for all day. Yes, I assert that, alone with his dog, carrying his rifle, his game bag, his provisions, and his small catch, he would return home at night, tired and covered in thorns, yet more satisfied with his day than all those street hunters who, on a good horse, accompanied by twenty loaded rifles, merely change targets, fire, and kill around them—without any skill, without any glory, and almost without any real enjoyment. The pleasure is no less, and the disadvantages are eliminated when one has neither land to protect nor poachers to punish, nor miserable people to torment. This is indeed a solid reason for preferring such a way of life. No matter what one does, it is impossible to torment others endlessly without causing some suffering for oneself; and the long-standing curses of the people will eventually make even hunting taste bitter.
Once again, exclusive pleasures are the death of true enjoyment. The real joys are those shared with the people; those one seeks for oneself alone are no longer joys at all. If the walls I build around my park turn it into a sad enclosure, then in doing so I have only deprived myself of the pleasure of walking there—forcing me to seek such pleasures elsewhere. The demon of property contaminates everything it touches. A rich man wants to be master everywhere, yet he is truly at ease only where he is not the master; thus, he is constantly forced to flee. As for me, in my wealth I will do precisely what I did in my poverty. Now richer by the possessions of others than I could ever be by my own, I take whatever pleases me from those around me. There is no more determined conqueror than me—I usurp even the rights of princes, claim all open spaces that appeal to me, give them names, turn this one into a park and that into a terrace, and thus become their master. Then I may walk there unhindered, return often to maintain my “possession,” trample the soil as much as I wish simply by walking upon it—and no one will ever convince me that the true owner of the land I have taken enjoys it any more than I do. And if someone tries to annoy me with ditches or hedges, it matters little to me; I simply take my park on my shoulders and move it elsewhere. There are plenty of other places nearby, and it would take me a long time before I ran out of “neighbors” to plunder.
Here is an example of true taste in the selection of enjoyable leisure activities; this is the spirit in which one should pursue pleasure. Everything else is nothing but illusion, fantasy, and foolish vanity. Whoever deviates from these principles, no matter how wealthy he may be, will squander his wealth in vain and never come to understand the true value of life.
One might object that such pleasures are within the reach of everyone, and that one does not need to be rich to enjoy them. That is precisely what I wanted to point out. One takes pleasure whenever one wishes to; it is merely opinion that makes everything difficult and drives happiness away from us. In fact, it is a hundred times easier to be happy than to appear to be happy. A person of true taste and genuine sensuality has no need for wealth at all; freedom and self-control are far more important. Anyone who enjoys good health and does not lack the necessities of life, if they rid their hearts of the desires imposed by society, is already sufficiently rich—that is the “aurea mediocritas” mentioned by Horace. You wealthy people, then find some other way to employ your riches, for in matters of pleasure, they are utterly useless. Émile will understand all this just as well as I do; but since his heart is purer and healthier, he will feel it even more deeply, and all his observations about the world will only serve to confirm this truth for him[469].
In passing this time away in this way, we continue to search for Sophie, but we cannot find her. It would have been better if she had not been found so quickly; we searched in places where I was certain she could not have been. [470]
At last, the time has come; it is high time to seek her earnestly, for fear that he might create another one and mistake her for the real one, and realize his mistake too late. Adieu, then, Paris, famous city, city of noise, smoke, and mud, where women no longer believe in honor and men no longer believe in virtue. Adieu, Paris—we seek love, happiness, innocence; we will never be far enough away from you.
End of the book “Fourth Book by ÉMILE, or ON EDUCATION”
Sophie, or the Woman
Sophie must be a woman, just as Émile is a man; that is to say, she must possess everything necessary for her species and gender to fulfill her place within the physical and moral order of things. Let us therefore begin by examining the similarities and differences between her sex and ours.
In everything that has nothing to do with sex, a woman is an man: she possesses the same organs, the same needs, the same faculties; the physical structure is constructed in the same way, the components are identical, the functioning of one is similar to that of the other, and in every respect, they differ only in degree.
In everything related to sex, women and men everywhere have relationships with one another and also exhibit differences: the difficulty in comparing them arises from the challenge of determining what, within their respective constitutions, is inherent to sex and what is not. Through comparative anatomy, or even merely through observation, one can discern general differences between them that seem unrelated to sex; yet these differences are indeed related, albeit through connections that we are unable to perceive. We do not know to what extent these connections extend; the only thing we know with certainty is that whatever they have in common belongs to their species, while whatever distinguishes them relates to sex. From these two perspectives, we find so many relationships and contradictions between them that it is perhaps one of the wonders of nature that two beings so similar in essence can be constructed in such fundamentally different ways.
These relationships and differences must affect morale; this consequence is evident, in line with experience, and it demonstrates the futility of disputes over the superiority or equality of the sexes: as if each of the two, pursuing their natural purposes according to their particular destinies, were not just as perfect in that regard as if they resembled each other more closely! In what they have in common, they are equal; in what they differ, they cannot be compared. A perfect woman and a perfect man should not resemble each other more in mind than in appearance, and perfection itself is incapable of being greater or lesser in any way.
In the union of the sexes, each party contributes to the common goal in equal measure, but not in the same way. It is from this diversity that the first distinguishable difference arises in their moral relationships. One party must be active and strong; the other must be passive and weak: it is necessary for one to will and be able to act, while the other merely needs to resist minimally.
Once this principle is established, it follows that a woman is created specifically to please a man. If a man must also please her in turn, this is of less direct necessity: his merit lies in his strength; he pleases simply because he is strong. I admit that this is not the law of love; but it is the law of nature, which precedes love itself.
Volete forse separare i piaceri dai dolori? Eliminate questa distinzione: più li lasciate condivisi da tutti, più li godrete nella loro purezza originale. Quindi non farò tutto ciò che ho appena detto; ma, senza cambiare i miei gusti, seguirò quello che ritengo possa essere soddisfatto a minor costo. Mi stabilirò in campagna in una regione dove la caccia sia libera per tutti, e dove io possa divertirmici senza alcun ostacolo. La selvaggina sarà più rara; ma ci vorrà maggiore abilità nel cercarla e maggior piacere nell’ucciderla. Ricorderò i battiti del cuore di mio padre al momento della cattura della prima pernice, e l’estrema gioia che provava quando riusciva a prendere il coniglio che aveva cercato tutto il giorno. Sì, sostengo che, da solo con il suo cane, equipaggiato di fucile, cestino, viveri e la sua piccola preda, tornasse a casa alla sera, stanco e coperto di graffi, più soddisfatto della giornata di quanti dei vostri cacciatori che, su un buon cavallo, accompagnati da venti fucili carichi, si limitano a cambiare posto, sparare e uccidere senza arte, senza gloria e quasi senza sforzo. Il piacere quindi non è minore; inoltre, gli inconvenienti vengono eliminati quando non si ha terra da difendere, né bracconieri da punire, né miserabili da tormentare: questa è dunque una valida ragione per preferire questa vita. Qualunque cosa si faccia, infatti, non si può tormentare senza fine gli altri senza subirne a propria volta degli svantaggi; inoltre, le continue maledizioni del popolo rendono presto la selvaggina insapore da mangiare.
Ancora una volta, i piaceri esclusivi sono la morte stessa del piacere. I veri divertimenti sono quelli che si condividono con la gente; quelli che si desidera avere per sé soltanto non si hanno più. Se i muri che erigo intorno al mio parco ne fanno una triste recinzione, in realtà mi sto privando del piacere di passeggiarvi: sono costretto ad andarlo a cercare lontano. Il demone della proprietà contamina tutto ciò che tocca. Un ricco vuole essere padrone ovunque, ma si sente a suo agio soltanto dove non lo è; è quindi costretto a fuggire continuamente. Per quanto mi riguarda, nella mia ricchezza farò esattamente ciò che ho fatto nella povertà: ora possiedo più dei beni altrui di quanti ne possiederò mai dei miei; prendo tutto ciò che mi piace nei dintorni. Non c’è conquistatore più determinato di me: usurpo anche i diritti dei principi stessi; mi adatto senza distinzioni a tutti quei luoghi che mi piacciono; ne do loro nomi, ne faccio il mio parco o la mia terrazza, e divento il loro padrone. Allora posso passeggiarvi liberamente, torno spesso per mantenerne il possesso, uso il terreno quanto voglio, semplicemente camminandoci sopra. E nessuno riuscirà mai a convincermi che il proprietario di quel suolo da me appropriato ne tragga maggior beneficio dell’oro che produce. Se qualcuno cerca di infastidirmi con fossati o siepi, non mi importa: prendo il mio parco sulle spalle e lo porto altrove. Ci sono molti posti nei dintorni. E avrò bisogno di “predare” i miei vicini per molto tempo, prima di rimanere senza un rifugio.
Ecco un esempio di vero gusto nella scelta dei piaceri del tempo libero: è in questo modo che si gode veramente; tutto il resto non è che illusione, chimera, stupida vanità. Chiunque si allontani da queste regole, per quanto ricco possa essere, consumerà il proprio oro invano e non comprenderà mai il vero valore della vita.
Si obietterà senza dubbio che simili divertimenti sono accessibili a tutti gli uomini e che non è necessario essere ricchi per goderli. È proprio a questo che volevo arrivare: si prova piacere quando lo si desidera; è soltanto l’opinione altrui a rendere tutto difficile, a allontanare la felicità da noi; ed è cento volte più facile essere felici che sembrarlo. L’uomo dal gusto raffinato e veramente appassionato di piaceri non ha bisogno della ricchezza; gli basta essere libero e padrone di sé. Chiunque goda della salute e non manchi del necessario, se scaccia dai propri pensieri i beni considerati importanti dall’opinione altrui, è già abbastanza ricco: questa è l’‘aurea mediocritas’ di Orazio. Voi che possedete forzieri pieni d’oro, cercate pure un altro modo per utilizzare la vostra ricchezza, perché per il piacere essa non serve a nulla. Emile non imparerà tutto questo meglio di me; ma, avendo un cuore più puro e sano, ne percepirà l’importanza ancora meglio, e tutte le sue osservazioni sul mondo non faranno altro che confermarglielo[469].
Trascorrendo il tempo in questo modo, continuiamo a cercare Sophie, ma non la troviamo mai. Era importante che lei non venisse trovata così rapidamente. E l’abbiamo cercata proprio nei luoghi in cui sapevo certamente che non si trovasse. [470]
Finalmente è giunto il momento; è tempo di cercarla seriamente, per non rischiare che qualcun altro se ne impossessi credendola la vera, e scopra troppo tardi il proprio errore. Addio dunque, Parigi, città celebre, città di rumore, fumo e fango, dove le donne non credono più all’onore e gli uomini alla virtù. Addio, Parigi: cerchiamo l’amore, la felicità, l’innocenza; non saremo mai abbastanza lontani da te.
Fine del libro Quarto di ÉMILE o sull’Educazione
Sophie, o la donna
Sophie deve essere donna, proprio come Émile è uomo; in altre parole, deve possedere tutto ciò che è necessario per la sua natura e il suo sesso, al fine di occupare il proprio posto nell’ordine fisico e morale. Cominciamo quindi esaminando le somiglianze e le differenze tra il suo sesso e il nostro.
In tutto ciò che non riguarda il sesso, la donna è un uomo: possiede gli stessi organi, gli stessi bisogni, le stesse capacità; la “macchina umana” è costruita nello stesso modo, le sue parti sono identiche, il funzionamento di una è uguale a quello dell’altra, la struttura complessiva è simile; e, in qualsiasi modo si considerino, essi differiscono tra loro soltanto per gradi.
In tutto ciò che riguarda il sesso, donna e uomo presentano ovunque relazioni e differenze: la difficoltà di confrontarli deriva dal fatto che è impossibile stabilire, nella loro costituzione, cosa appartenga effettivamente al sesso e cosa no. Attraverso l’anatomia comparata, o anche semplicemente un esame visivo, si riscontrano tra loro differenze generali che a prima vista non sembrerebbero legate al sesso; in realtà lo sono, ma attraverso legami che noi non siamo in grado di percepire. Non sappiamo fino a che punto questi legami possano estendersi; l’unica cosa che sappiamo con certezza è che ciò che hanno in comune è la specie, mentre ciò che li differenzia è il sesso. Da questo doppio punto di vista, riscontriamo tra loro così tante relazioni e opposizioni, che probabilmente rappresenta una delle meraviglie della natura aver potuto creare due esseri così simili, pur configurandoli in modo così diverso.
Questi rapporti e queste differenze devono influenzare il morale; questa conseguenza è evidente, in linea con l’esperienza, e dimostra l’inutilità delle discussioni sulla preferenza o sull’uguaglianza dei sessi: come se ciascuno dei due, perseguendo i fini della natura secondo la propria destinazione particolare, non fosse altrettanto perfetto in questo senso di quanto lo sia nell’aspetto esteriore! In ciò che hanno in comune, sono uguali; in ciò che differiscono, non sono paragonabili. Una donna perfetta e un uomo perfetto non devono assomigliarsi né nello spirito né nel volto, e la perfezione non può essere né maggiore né minore a seconda di questi aspetti.
Nell’unione dei sessi, ciascuno contribuisce in modo equivalente all’obiettivo comune, ma non nello stesso modo. Da questa diversità nasce la prima differenza significativa nei rapporti morali tra i due partner: uno deve essere attivo e forte, l’altro passivo e debole; è necessario che uno voglia e possa agire, mentre all’altro basta resistere poco.
Una volta stabilito questo principio, ne consegue che la donna è fatta appositamente per piacere all’uomo. Se anche l’uomo deve a sua volta piacerle, questa necessità è meno diretta: il suo merito risiede nella sua forza; egli piace semplicemente perché è forte. Non si tratta qui della legge dell’amore, lo ammetto; ma della legge della natura, che esiste prima ancora dell’amore stesso.
Si la femme est faite pour plaire et pour être subjuguée, elle doit se rendre agréable à l’homme au lieu de le provoquer ; sa violence à elle est dans ses charmes ; c’est par eux qu’elle doit le contraindre à trouver sa force et à en user. L’art le plus sûr d’animer cette force est de la rendre nécessaire par la résistance. Alors l’amour-propre se joint au désir, et l’un triomphe de la victoire que l’autre lui fait remporter. De là naissent l’attaque et la défense, l’audace d’un sexe et la timidité de l’autre, enfin la modestie et la honte dont la nature arma le faible pour asservir le fort.
Qui est-ce qui peut penser qu’elle ait prescrit indifféremment les mêmes avances aux uns et aux autres, et que le premier à former des désirs doive être aussi le premier à les témoigner ? Quelle étrange dépravation de jugement ! L’entreprise ayant des conséquences si différentes pour les deux sexes, est-il naturel qu’ils aient la même audace à s’y livrer ? Comment ne voit-on pas qu’avec une si grande inégalité dans la mise commune, si la réserve n’imposait à l’un la modération que la nature impose à l’autre, il en résulterait bientôt la ruine de tous deux, et que le genre humain périrait par les moyens établis pour le conserver ? Avec la facilité qu’ont les femmes d’émouvoir les sens des hommes, et d’aller réveiller au fond de leurs coeurs les restes d’un tempérament presque éteint, s’il était quelque malheureux climat sur la terre où la philosophie eût introduit cet usage, surtout dans les pays chauds, où il naît plus de femmes que d’hommes, tyrannisés par elles, ils seraient enfin leurs victimes, et se verraient tous traîner à la mort sans qu’ils pussent jamais s’en défendre.
Si les femelles des animaux n’ont pas la même honte, que s’ensuit-il ? Ont-elles, comme les femmes, les désirs illimités auxquels cette honte sert de frein ? Le désir ne vient pour elles qu’avec le besoin ; le besoin satisfait, le désir cesse ; elles ne repoussent plus le mâle par feinte[471], mais tout de bon : elles font tout le contraire de ce que faisait la fille d’Auguste ; elles ne reçoivent plus de passagers quand le navire a sa cargaison. Même quand elles sont libres, leurs temps de bonne volonté sont courts et bientôt passés ; l’instinct les pousse et l’instinct les arrête. Où sera le supplément de cet instinct négatif dans les femmes, quand vous leur aurez ôté la pudeur ? Attendre qu’elles ne se soucient plus des hommes, c’est attendre qu’ils ne soient plus bons à rien.
L’Être suprême a voulu faire en tout honneur à l’espèce humaine : en donnant à l’homme des penchants sans mesure, il lui donne en même temps la loi qui les règle, afin qu’il soit libre et se commande à lui-même ; en le livrant à des passions immodérées, il joint à ces passions la raison pour les gouverner ; en livrant la femme à des désirs illimités, il joint à ces désirs la pudeur pour les contenir. Pour surcroît, il ajoute encore une récompense actuelle au bon usage de ses facultés, savoir le goût qu’on prend aux choses honnêtes lorsqu’on en fait la règle de ses actions. Tout cela vaut bien, ce me semble, l’instinct des bêtes.
Soit donc que la femelle de l’homme partage ou non ses désirs et veuille ou non les satisfaire, elle le repousse et se défend toujours, mais non pas toujours avec la même force, ni par conséquent avec le même succès. Pour que l’attaquant soit victorieux, il faut que l’attaqué le permette ou l’ordonne ; car que de moyens adroits n’a-t-il pas pour forcer l’agresseur d’user de force ! Le plus libre et le plus doux de tous les actes n’admet point de violence réelle, la nature et la raison s’y opposent : la nature, en ce qu’elle a pourvu le plus faible d’autant de force qu’il en faut pour résister quand il lui plaît ; la raison, en ce qu’une violence réelle est non seulement le plus brutal de tous les actes, mais le plus contraire à sa fin, soit parce que l’homme déclare ainsi la guerre à sa compagne, et l’autorise à défendre sa personne et sa liberté aux dépens même de la vie de l’agresseur, soit parce que la femme seule est juge de l’état où elle se trouve, et qu’un enfant n’aurait point de père si tout homme en pouvait usurper les droits.
Voici donc une troisième conséquence de la constitution des sexes, c’est que le plus fort soit le maître en apparence, et dépende en effet du plus faible ; et cela non par un frivole usage de galanterie, ni par une orgueilleuse générosité de protecteur, mais par une invariable loi de la nature, qui, donnant à la femme plus de facilité d’exciter les désirs qu’à l’homme de les satisfaire, fait dépendre celui-ci, malgré qu’il en ait, du bon plaisir de l’autre, et le contraint de chercher à son tour à lui plaire pour obtenir qu’elle consente à le laisser être le plus fort. Alors ce qu’il y a de plus doux pour l’homme dans sa victoire est de douter si c’est la faiblesse qui cède à la force, ou si c’est la volonté qui se rend ; et la ruse ordinaire de la femme est de laisser toujours ce doute entre elle et lui. L’esprit des femmes répond en ceci parfaitement à leur constitution : loin de rougir de leur faiblesse, elles en font gloire : leurs tendres muscles sont sans résistance : elles affectent de ne pouvoir soulever les plus légers fardeaux ; elles auraient honte d’être fortes. Pourquoi cela ? Ce n’est pas seulement pour paraître délicates, c’est par une précaution plus adroite ; elles se ménagent de loin des excuses et le droit d’être faibles au besoin.
Le progrès des lumières acquises par nos vices a beaucoup changé sur ce point les anciennes opinions parmi nous, et l’on ne parle plus guère de violences depuis qu’elles sont si peu nécessaires et que les hommes n’y croient plus[472] ; au lieu qu’elles sont très communes dans les hautes antiquités grecques et juives, parce que ces mêmes opinions sont dans la simplicité de la nature, et que la seule expérience du libertinage a pu les déraciner. Si l’on cite de nos jours moins d’actes de violence, ce n’est sûrement pas que les hommes soient plus tempérants, mais c’est qu’ils ont moins de crédulité, et que telle plainte, qui jadis eût persuadé des peuples simples, ne ferait de nos jours qu’attirer les ris des moqueurs ; on gagne davantage à se taire. Il y a dans le Deutéronome[473] une loi par laquelle une fille abusée était punie avec le séducteur, si le délit avait été commis dans la ville ; mais s’il avait été commis à la campagne ou dans des lieux écartés, l’homme seul était puni ; Car, dit la loi, la fille a crié et n’a point été entendue. Cette bénigne interprétation apprenait aux filles à ne pas se laisser surprendre en des lieux fréquentés.
L’effet de ces diversités d’opinions sur les moeurs est sensible. La galanterie moderne en est l’ouvrage. Les hommes, trouvant que leurs plaisirs dépendaient plus de la volonté du beau sexe qu’ils n’avaient cru, ont captivé cette volonté par des complaisances dont il les a bien dédommagés.
Voyez comment le physique nous amène insensiblement au moral, et comment de la grossière union des sexes naissent peu à peu les plus douces lois de l’amour. L’empire des femmes n’est point à elles parce que les hommes l’ont voulu, mais parce que ainsi le veut la nature : il était à elles avant qu’elles parussent l’avoir. Ce même Hercule, qui crut faire violence aux cinquante filles de Thespius, fut pourtant contraint de filer près d’Omphale ; et le fort Samson n’était pas si fort que Dalila. Cet empire est aux femmes, et ne peut leur être ôté, même quand elles en abusent : si jamais elles pouvaient le perdre, il y a longtemps qu’elles l’auraient perdu.
If a woman is meant to please and to be subdued, she must make herself pleasing to the man rather than provoke him; her “violence,” if any, lies in her charms—through them alone should she compel him to exert his strength and use it. The surest way to arouse this strength is to make it necessary through resistance. Thus, a woman’s self-respect combines with her desire, and one of these qualities helps her achieve the victory that the other secures for her. From this arise attack and defense, the audacity of one sex and the timidity of the other—finally, modesty and shame, tools nature has given to the weak in order to subdue the strong.
Who could possibly think that she would indifferently offer the same opportunities to both men and women, and that the first to develop desires should also be the first to give them expression? What a strange distortion of judgment! Since this practice has such vastly different consequences for the two sexes, is it really natural for them to have the same audacity in engaging in it? How can one fail to see that, with such an enormous disparity in the contributions each makes, if restraint were not imposed on one sex by nature in the same way as it is on the other, it would soon lead to the ruin of both, and humanity itself would perish through the very means meant to preserve it? Given how easily women can arouse men’s senses and awaken in their hearts the remnants of a temperament that has all but vanished, if such practices were introduced by philosophy in any unfortunate part of the world—especially in hot regions where there are more women than men—then those who were tyrannized by them would ultimately become their victims, and all would be led to destruction without any chance of resistance.
If female animals do not feel the same shame, what happens then? Do they, like women, possess those limitless desires for which shame serves as a restraint? For them, desire arises only in conjunction with need; once the need is satisfied, the desire ceases. They no longer reject the male in a pretended manner[471], but quite genuinely—they do the very opposite of what that daughter of Augustus did. They no longer accept any “passengers” once the ship has loaded its cargo. Even when they are free, their periods of willingness are short and soon pass; instinct drives them forward and then stops them again. Where will come that supplementary element of this negative instinct in women, once you have stripped them of their modesty? To expect them to stop caring about men would be to expect them to become good for nothing.
The Supreme Being intended to honor the human species in every way: by endowing man with boundless inclinations, He also provided him with the law to regulate them, so that he might be free and govern himself; by exposing him to unrestrained passions, He granted him reason to control them; and by giving woman limitless desires, He endowed her with modesty to restrain them. Moreover, He added an immediate reward for the proper use of these faculties—namely, the pleasure one derives from pursuing honorable pursuits when they become the guide of one’s actions. In my opinion, all this more than compensates for the instincts of beasts.
Whether or not a woman shares her husband’s desires and wishes to satisfy them, she always repels him and defends herself—though not always with equal strength, and therefore not always with equal success. For the attacker to succeed, it is necessary for the victim to allow it or even order it; for he possesses so many cunning means to force the aggressor to use violence! The most free and gentle of all acts permits no real violence at all—nature and reason oppose it: nature, in that it has endowed the weaker party with just enough strength to resist whenever it chooses; reason, in that real violence is not only the most brutal of all acts but also utterly contrary to its purpose. Either because such violence amounts to declaring war on one’s companion and allowing her to defend herself and her freedom at the cost of the attacker’s life, or because only the woman herself can determine her own situation—and a child would have no father if any man could usurp such rights.
Here, then, is a third consequence of the distinction between the sexes: that the stronger party appears to be in control, and indeed depends on the weaker one. This is not due to some frivolous display of gallantry or some proud generosity on the part of the protector, but rather to an immutable law of nature. Since women possess greater ability to arouse desires than men do to satisfy them, men, despite their strength, find themselves at the mercy of women’s whims and are compelled to strive to please them in order to gain their consent and thus be recognized as the stronger party. Thus, the sweetest aspect of a man’s “victory” lies in the doubt whether it is weakness that yields to strength or will that submits. Women’s usual tactic is to maintain this doubt between them. The nature of women perfectly reflects this constitutional difference: far from being ashamed of their weakness, they take pride in it. Their tender bodies seem incapable of bearing even the lightest burdens; they would be ashamed to be strong. Why? Not merely to appear delicate, but out of a more cunning consideration—they reserve for themselves the excuse and the right to be weak when necessary.
The progress of enlightenment brought about by our vices has greatly changed the old opinions among us on this matter; nowadays, violence is hardly mentioned anymore, since it is so seldom necessary and people no longer believe in its justification[472]. In ancient Greece and Judea, however, such acts were quite common—because those same beliefs were inherent in human nature itself, and only the experience of licentious behavior could eradicate them. If fewer violent incidents are reported today, it is certainly not because people have become more temperate, but rather because they are less credulous. A complaint that would once have convinced simple-minded people would now only draw ridicule; it is better to remain silent. In the Book of Deuteronomy[473], there is a law that prescribed punishment for both the girl who was abused and her seducer if the offense took place in a town; but if it occurred in the countryside or in remote areas, only the man would be punished—because, according to the law, “the girl cried out, but no one heard her.” This lenient interpretation actually taught girls to avoid being alone in places frequented by strangers.
The effect of these various opinions on manners is evident. Modern gallantry is the result of this. Men, realizing that their pleasures depended more on the will of the opposite sex than they had previously believed, sought to captivate that will through attentions and courtesies, which women duly rewarded them for.
See how physical nature gradually leads us to moral principles, and how from the crude union of the sexes the most tender laws of love arise. The dominion over men does not belong to women because men have so decreed it, but because nature itself ordains it thus: it belonged to them even before they realized it existed. That very Hercules, who thought he was overpowering the fifty daughters of Thespius, was ultimately forced to flee at the approach of Omphale; and the mighty Samson was not half so strong as Delilah. This dominion belongs to women, and it cannot be taken away from them, even when they abuse it—were it possible for them to lose it, they would have done so long ago.
Se la donna è fatta per piacere e per essere soggiogata, deve rendersi gradita all’uomo invece di provocarlo; la sua “violenza” risiede nei suoi fascini: è attraverso di essi che deve costringerlo a trovare la propria forza e ad usarla. L’arte più sicura per stimolare questa forza consiste nel renderla necessaria attraverso la resistenza. Allora l’orgoglio si unisce al desiderio, e uno dei due contribuisce alla vittoria che l’altro ottiene. Da ciò derivano l’attacco e la difesa, l’audacia di un sesso e la timidezza dell’altro; infine, la modestia e la vergogna, strumenti con cui la natura armi il debole per sottomettere il forte.
Chi può pensare che lei abbia prescritto indistintamente gli stessi comportamenti a tutti, e che colui che per primo prova desideri debba essere anche il primo ad esprimerli? Che strana depravazione del giudizio! Poiché questa pratica ha conseguenze così diverse per i due sessi, è forse naturale che abbiano la stessa audacia nel praticarla? Come non si comprende che, con una tale disparità nelle condizioni iniziali, se la moderazione non fosse imposta a uno dei due sessi dalla stessa natura che la impone all’altro, ne deriverebbe presto la rovina di entrambi, e l’intera umanità sarebbe distrutta dai mezzi stessi che dovrebbero servire a preservarla? Con la facilità con cui le donne riescono ad eccitare i sensi degli uomini e a risvegliare nei loro cuori i resti di un temperamento ormai quasi estinto, se esistesse qualche regione del mondo in cui questa pratica fosse diffusa, soprattutto nei paesi caldi dove nascono più donne che uomini, quegli uomini, dominati dalle donne, diventerebbero inevitabilmente le loro vittime e verrebbero trascinati verso la morte senza alcuna possibilità di difendersi.
Se le femmine degli animali non provano lo stesso imbarazzo, quali conseguenze ne derivano? Hanno forse, come le donne, desideri illimitati ai quali tale imbarazzo funge da freno? Per loro, il desiderio sorge soltanto quando esiste un bisogno; una volta soddisfatto il bisogno, anche il desiderio svanisce. Non respingono più il maschio in modo fittizio[471], ma lo fanno sinceramente: fanno esattamente l’opposto di ciò che faceva la figlia di Augusto; non accettano più “passageri” quando la nave ha già il suo carico. Anche quando sono libere, i loro periodi di disponibilità sono brevi e passano rapidamente; l’istinto le spinge, e l’istinto le ferma. Dove troveranno allora questo “supplemento” di istinto negativo, se vi avrete tolto la pudore? Aspettare che non si preoccupino più degli uomini significa aspettare che questi non siano più utili a nulla.
L’Essere supremo ha voluto rendere onore alla specie umana: dando all’uomo inclinazioni senza limiti, gli ha al contempo fornito la legge che le regola, affinché possa essere libero e governarsi da sé; esponendolo a passioni smisurate, ha unito a queste passioni la ragione per governarle; affidando la donna a desideri illimitati, ha unito a questi desideri la pudicizia per contenerli. Inoltre, ha aggiunto una ricompensa immediata al buon uso delle proprie facoltà: il piacere che si prova nel fare le cose oneste quando queste diventano la regola delle proprie azioni. Tutto ciò, a mio parere, vale ben più dell’istinto degli animali.
Che la donna condivida o meno i desideri dell’uomo e che voglia o meno soddisfarli, lei li respinge sempre e si difende, ma non sempre con la stessa forza, né quindi con lo stesso successo. Affinché l’attaccante possa trionfare, è necessario che la vittima lo permetta o lo ordini; infatti, quali mezzi abili non ha a disposizione per costringere l’aggressore ad usare la forza! Il più libero e il più dolce di tutti gli atti non ammette alcuna violenza reale: la natura e la ragione se ne oppongono. La natura, perché ha fornito al più debole la forza necessaria per resistere quando lo desidera; la ragione, perché una violenza reale è non solo il più brutale di tutti gli atti, ma anche il più contrario al suo scopo: sia perché l’uomo, con essa, dichiara guerra alla sua compagna e le permette di difendere la propria persona e la propria libertà anche a scapito della vita dell’aggressore, sia perché solo la donna può giudicare lo stato in cui si trova, e un bambino non avrebbe padre se ogni uomo potesse usurpare i suoi diritti.
Ecco quindi una terza conseguenza della natura stessa dei sessi: il più forte appare essere il padrone, ma in realtà dipende dal più debole; e ciò non avviene a causa di frivoli atteggiamenti galanti o di un’orgogliosa generosità da protettore, bensì per una legge immutabile della natura. Questa legge, dando alla donna maggiore facilità nel suscitare i desideri dell’uomo rispetto a lui nel soddisfarli, fa sì che quest’ultimo, nonostante le sue capacità, dipenda dal piacere dell’altra e sia costretto a cercare di compiacerla affinché acconsenta a lasciarlo essere il più forte. Quello che per l’uomo rappresenta il momento più dolce in questa “vittoria” è proprio il dubbio: si chiede se sia la debolezza a cedere alla forza o se sia la volontà ad arrendersi; e l’astuzia tipica della donna consiste nel mantenere sempre questo dubbio tra loro. Lo spirito delle donne risponde perfettamente alla loro natura: lontano dal vergognarsi della propria debolezza, ne vanno orgogliose; i loro muscoli delicati non presentano alcuna resistenza; fingono di non essere in grado di sollevare nemmeno i carichi più leggeri. Avrebbero vergogna di essere forti. Perché? Non solo per sembrare delicate, ma per una precauzione ancora più astuta: si riservano sempre le scuse e il diritto di essere deboli quando necessario.
I progressi delle luce acquisi attraverso i nostri vizi hanno modificato notevolmente le antiche opinioni al nostro riguardo; oggi si parla molto meno di violenze, poiché queste sono ormai assai poco necessarie e gli uomini non vi credono più[472]. Al contrario, nell’antica Grecia e in Israele tali atti erano estremamente comuni, poiché quelle stesse opinioni erano radicate nella semplicità della natura, e soltanto l’esperienza diretta del comportamento libertino riusciva a sradicarle. Se oggi si menzionano meno casi di violenza, non è certo perché gli uomini siano più temperanti, ma perché sono meno creduloni; una lamentela che un tempo avrebbe convinto i popoli semplici, oggi susciterebbe soltanto risate tra i derisori. È meglio tacere. Nel Deuteronomio[473] esiste una legge secondo cui una ragazza violentata veniva punita insieme al suo seduttore, se il crimine era avvenuto in città; ma se avveniva in campagna o in luoghi isolati, veniva punito soltanto l’uomo, poiché, diceva la legge, “la ragazza aveva gridato, ma nessuno l’aveva sentita”. Questa interpretazione “benigna” insegnava alle ragazze a non lasciarsi sorprendere in luoghi frequentati.
L’effetto di queste diverse opinioni sui costumi è evidente; la galanteria moderna ne è l’espressione concreta. Gli uomini, rendendosi conto che i loro piaceri dipendevano molto di più dalla volontà del sesso femminile di quanto avessero creduto in precedenza, hanno cercato di conquistare tale volontà attraverso atti di compiacimento che le donne hanno ricambiato con generosità.
Vedete come la fisica ci conduca insensibilmente verso il mondo morale, e come dall’unione più elementare dei sessi nascano gradualmente le leggi più dolci dell’amore. L’egemonia delle donne non appartiene loro perché gli uomini l’hanno voluta, ma perché così vuole la natura: esisteva già prima che esse apparissero in possesso di essa. Quel stesso Ercole, che credeva di poter violentare le cinquanta figlie di Teseo, fu costretto ad allontanarsi da Omfale; e il forte Samson non era così forte quanto Dalila. Quest’egemonia appartiene alle donne e non può essere loro tolta, nemmeno quando ne abusano: se mai potessero perderla, l’avrebbero già persa da molto tempo.
Il n’y a nulle parité entre les deux sexes quant à la conséquence du sexe. Le mâle n’est mâle qu’en certains instants, la femelle est femelle toute sa vie, ou du moins toute sa jeunesse ; tout la rappelle sans cesse à son sexe, et, pour en bien remplir les fonctions, il lui faut une constitution qui s’y rapporte. Il lui faut du ménagement durant sa grossesse ; il lui faut du repos dans ses couches ; il lui faut une vie molle et sédentaire pour allaiter ses enfants ; il lui faut, pour les élever, de la patience et de la douceur, un zèle, une affection que rien ne rebute ; elle sert de liaison entre eux et leur père, elle seule les lui fait aimer et lui donne la confiance de les appeler siens. Que de tendresse et de soin ne lui faut-il point pour maintenir dans l’union toute la famille ! Et enfin tout cela ne doit pas être des vertus, mais des goûts, sans quoi l’espèce humaine serait bientôt éteinte.
La rigidité des devoirs relatifs des deux sexes n’est ni ne peut être la même. Quand la femme se plaint là-dessus de l’injuste inégalité qu’y met l’homme, elle a tort ; cette inégalité n’est point une institution humaine, ou du moins elle n’est point l’ouvrage du préjugé, mais de la raison : c’est à celui des deux que la nature a chargé du dépôt des enfants d’en répondre à l’autre. Sans doute il n’est permis à personne de violer sa foi, et tout mari infidèle qui prive sa femme du seul prix des austères devoirs de son sexe est un homme injuste et barbare ; mais la femme infidèle fait plus, elle dissout la famille et brise tous les liens de la nature ; en donnant à l’homme des enfants qui ne sont pas à lui, elle trahit les uns et les autres, elle joint la perfidie à l’infidélité. J’ai peine à voir quel désordre et quel crime ne tient pas à celui-là. S’il est un état affreux au monde, c’est celui d’un malheureux père qui, sans confiance en sa femme, n’ose se livrer aux plus doux sentiments de son coeur, qui doute, en embrassant son enfant, s’il n’embrasse point l’enfant d’un autre, le gage de son déshonneur, le ravisseur du bien de ses propres enfants. Qu’est-ce alors que la famille, si ce n’est une société d’ennemis secrets qu’une femme coupable arme l’un contre l’autre, en les forçant de feindre de s’entr’aimer ?
Il n’importe donc pas seulement que la femme soit fidèle, mais qu’elle soit jugée telle par son mari, par ses proches, par tout le monde ; il importe qu’elle soit modeste, attentive, réservée, et qu’elle porte aux yeux d’autrui, comme en sa propre conscience, le témoignage de sa vertu. Enfin s’il importe qu’un père aime ses enfants, il importe qu’il estime leur mère. Telles sont les raisons qui mettent l’apparence même au nombre des devoirs des femmes, et leur rendent l’honneur et la réputation non moins indispensables que la chasteté. De ces principes dérive, avec la différence morale des sexes, un motif nouveau de devoir et de convenance, qui prescrit spécialement aux femmes l’attention la plus scrupuleuse sur leur conduite, sur leurs manières, sur leur maintien. Soutenir vaguement que les deux sexes sont égaux, et que leurs devoir sont les mêmes, c’est se perdre en déclamations vaines, c’est ne rien dire tant qu’on ne répondra pas à cela.
N’est-ce pas une manière de raisonner bien solide, de donner des exceptions pour réponse à des lois générales aussi bien fondées ? Les femmes, dites-vous, ne font pas toujours des enfants ! Non, mais leur destination propre est d’en faire. Quoi ! parce qu’il y a dans l’univers une centaine de grandes villes où les femmes, vivant dans la licence, font peu d’enfants, vous prétendez que l’état des femmes est d’en faire peu ! Et que deviendraient vos villes, si les campagnes éloignées, ou les femmes vivent plus simplement et plus chastement, ne réparaient la stérilité des dames ? Dans combien de provinces les femmes qui n’ont fait que quatre ou cinq enfants passent pour peu fécondes ![474] Enfin, que telle ou telle femme fasse peu d’enfants, qu’importe ? L’état de la femme est-il moins d’être mère ? et n’est-ce pas par des lois générales que la nature et les moeurs doivent pourvoir à cet état ?
Quand il y aurait entre les grossesses d’aussi longs intervalles qu’on le suppose, une femme changera-t-elle ainsi brusquement et alternativement de manière de vivre sans péril et sans risque ? Sera-t-elle aujourd’hui nourrice et demain guerrière ? Changera-t-elle de tempérament et de goûts comme un caméléon de couleurs ? Passera-t-elle tout à coup de l’ombre de la clôture et des soins domestiques aux injures de l’air, aux travaux, aux fatigues, aux périls de la guerre ? Sera-t-elle tantôt craintive[475] et tantôt brave, tantôt délicate et tantôt robuste ? Si les jeunes gens élevés dans Paris ont peine à supporter le métier des armes, des femmes qui n’ont jamais affronté le soleil, et qui savent à peine marcher, le supporteront-elles après cinquante ans de mollesse ? Prendront-elles ce dur métier à l’âge où les hommes le quittent ?
Il y a des pays où les femmes accouchent presque sans peine et nourrissent leurs enfants presque sans soin ; j’en conviens : mais dans ces mêmes pays les hommes vont demi-nus en tout temps, terrassent les bêtes féroces, portent un canot comme un havresac, font des chasses de sept ou huit cent lieues, dorment à l’air à plate terre, supportent des fatigues incroyables, et passent plusieurs jours sans manger. Quand les femmes deviennent robustes, les hommes le deviennent encore plus ; quand les hommes s’amollissent, les femmes s’amollissent davantage ; quand les deux termes changent également, la différence reste la même.
Platon, dans sa République, donne aux femmes les mêmes exercices qu’aux hommes ; je le crois bien. Ayant ôté de son gouvernement les familles particulières, et ne sachant plus que faire des femmes, il se vit forcé de les faire hommes. Ce beau génie avait tout combiné, tout prévu : il allait au-devant d’une objection que personne peut-être n’eût songé à lui faire ; mais il a mal résolu celle qu’on lui fait. Je ne parle point de cette prétendue communauté de femmes, dont le reproche tant répété prouve que ceux qui le lui font ne l’ont jamais lu ; je parle de cette promiscuité civile qui confond partout les deux sexes dans les mêmes emplois, dans les mêmes travaux, et ne peut manquer d’engendrer les plus intolérables abus ; je parle de cette subversion des plus doux sentiments de la nature, immolés à un sentiment artificiel qui ne peut subsister que par eux : comme s’il ne fallait pas une prise naturelle pour former des liens de convention ! comme si l’amour qu’on a pour ses proches n’était pas le principe de celui qu’on doit à l’état ! comme si ce n’était pas par la petite patrie, qui est la famille, que le coeur s’attache à la grande ! comme si ce n’était pas le bon fils, le bon mari, le bon père, qui font le bon citoyen !
Dès qu’une fois il est démontré que l’homme et la femme ne sont ni ne doivent être constitués de même, de caractère ni de tempérament, il s’ensuit qu’ils ne doivent pas avoir la même éducation. En suivant les directions de la nature, ils doivent agir de concert, mais ils ne doivent pas faire les mêmes choses ; la fin des travaux est commune, mais les travaux sont différents, et par conséquent les goûts qui les dirigent. Après avoir tâché de former l’homme naturel, pour ne pas laisser imparfait notre ouvrage, voyons comment doit se former aussi la femme qui convient à cet homme.
Voulez-vous toujours être bien guidé, suivez toujours les indications de la nature. Tout ce qui caractérise le sexe doit être respecté comme établi par elle. Vous dites sans cesse : les femmes ont tel et tel défaut que nous n’avons pas. Votre orgueil vous trompe ; ce seraient des défauts pour vous, ce sont des qualités pour elles ; tout irait moins bien si elles ne les avaient pas. Empêchez ces prétendus défauts de dégénérer, mais gardez-vous de les détruire.
There is no equality between the two sexes with regard to the consequences of their gender. A male is male only at certain moments; a female is female throughout her life, or at least during her youth. Everything constantly reminds her of her gender, and in order to fulfill its functions properly, she requires a physical constitution that is suited to it. She needs care during pregnancy, rest after childbirth, a soft and sedentary lifestyle for nursing her children; she must also possess patience, gentleness, zeal, and an affection that nothing can deter in raising them. She serves as the link between the children and their father; only she makes him love them and gives him the confidence to regard them as his own. How much tenderness and care are required of her in order to maintain the unity of the entire family! And all of this—these so-called “virtues”—are actually merely natural inclinations; otherwise, the human species would have long since disappeared.
The rigidity of the respective duties imposed on the two sexes is not and cannot be the same. When a woman complains about the unjust inequality imposed by men in this regard, she is wrong; such inequality is not the result of human institutions—or at least, it is not the product of prejudice, but of reason. Nature has entrusted one of the sexes with the responsibility of raising children, and that sex must account to the other for its actions. Certainly, no one is permitted to betray their commitments; any husband who is unfaithful and deprives his wife of the only reward that comes with fulfilling the solemn duties of her gender is an unjust and barbaric person. But an unfaithful woman does even more: she destroys the family and shatters all the bonds of nature. By giving a man children who are not his own, she betrays both of them, combining perfidy with infidelity. It is hard to imagine any greater disorder or crime than that. If there is any terrible state in the world, it is that of a miserable father who, lacking trust in his wife, dares not indulge in the tenderest sentiments of his heart; who, when embracing his child, doubts whether he is holding his own child—or perhaps someone else’s, the symbol of his own disgrace and the destroyer of his own children’s future. What, then, is a family, if not a society of hidden enemies, where a guilty woman forces one spouse to betray the other, forcing them to pretend to love each other?
It is therefore not merely important that a woman be faithful, but also that she be regarded as such by her husband, by her relatives, by everyone; it is essential that she be modest, attentive, reserved, and that she present to others, just as before her own conscience, evidence of her virtue. Lastly, if it is important for a father to love his children, it is equally important that he respect their mother. Such are the reasons that make appearance itself one of the duties of women, and render honor and reputation just as indispensable as chastity. From these principles, along with the moral differences between the sexes, arises a new basis for duty and propriety, which specifically requires women to exercise the greatest care over their behavior, manners, and appearance. To vaguely claim that the two sexes are equal and that their duties are the same is merely to engage in empty rhetoric; nothing meaningful will be said until this question is addressed properly.
Isn’t this a rather sound way of reasoning—using exceptions to counter such well-founded general laws? You say that women don’t always have children! But isn’t their very purpose in life to do so? How so? Just because there are hundreds of large cities where women, living in a licentious manner, have few children, does that mean it’s their natural state to have few children? And what would happen to those cities if women in the countryside lived more simply and chastely, thus reversing the sterility of urban women? In how many provinces are women who have only had four or five children considered infertile?! After all, whether a particular woman has few children or not—what does it matter? Isn’t a woman’s essential role still that of being a mother? And isn’t it precisely through general laws that nature and society should ensure this role is fulfilled?
If there were indeed such long intervals between pregnancies as is assumed, would a woman suddenly and alternately change her way of living in such a way as to avoid danger and risk? Would she be a nurse today and a warrior tomorrow? Would she change her temperament and tastes just like a chameleon that changes color? Would she suddenly shift from the shelter of a home and domestic duties to the harshness of the outdoors, to labor, fatigue, and the dangers of war? Would she sometimes be timid[475] and at other times brave, sometimes delicate and at other times strong? If young women raised in Paris have difficulty enduring military service, how could women who have never faced the sun and who can barely walk endure it after fifty years of ease and comfort? Would they take up such a difficult profession at an age when men usually leave it behind?
There are countries where women give birth with little difficulty and feed their children without much care; I admit that. But in these very same countries, men go around half-naked at all times, hunt fierce animals, carry canoes as if they were mere packs, undertake hunts spanning seven or eight hundred miles, sleep outdoors in the open air, endure incredible hardships, and go for several days without eating anything. When women become strong, men become even stronger; when men weaken, women weaken even more; and when both change in the same way, the difference remains unchanged.
In his Republic, Plato assigns women the same exercises as men; I believe this to be true. Having eliminated private families from his ideal state and having no other use for women, he was forced to treat them as men. This great mind had considered everything in advance, anticipating an objection that perhaps no one else would have thought of; yet he failed to address properly the one that was raised against him. I am not referring to that so-called equality between the sexes, whose repeated criticism proves that those who accuse Plato of it have never read his works. I am talking about that kind of civic promiscuity that blends the two sexes in the same roles and tasks, a practice that inevitably leads to the most intolerable abuses. I am speaking of the subversion of nature’s most tender sentiments, which are sacrificed to an artificial sentiment that can only survive at the expense of those natural bonds. It is as if convention alone were sufficient to establish relationships between people! As if the love one holds for one’s loved ones were not also the foundation of loyalty to the state! As if it were not through the small family that one’s heart becomes attached to the greater community! As if a good son, a good husband, a good father were not also what makes a good citizen!
Once it has been demonstrated that men and women are not, nor should they be, composed of the same elements, nor have the same character or temperament, it follows that they should not receive the same education. By following the guidance of nature, they must act together, but they must not perform the same tasks; the goal of their efforts is common, yet the tasks themselves are different, and consequently so are the interests and motivations that guide them. Having sought to shape the natural man in such a way as to ensure the perfection of our creation, let us now consider how the woman who is suited to this man should be shaped in turn.
If you truly wish to be properly guided, always follow the indications of nature. Everything that is inherent to one sex must be respected as having been established by nature itself. You constantly claim that women possess certain flaws that we do not have. Your pride deceives you; what you regard as flaws for them are actually qualities for them; without these traits, things would likely be much worse for them. Prevent these so-called flaws from degenerating, but be careful not to destroy them altogether.
Non esiste alcuna parità tra i due sessi in termini delle conseguenze legate al genere. L’uomo è maschio soltanto in alcuni momenti della sua vita; la donna, invece, lo è per tutta la vita, o almeno durante la sua giovinezza. Tutto ciò le ricorda costantemente il suo sesso, e affinché possa svolgere correttamente le sue funzioni, le è necessaria una costituzione fisica adatta a esse. Durante la gravidanza ha bisogno di cure particolari; dopo il parto deve riposare; per allattare i suoi figli, le occorrono una vita tranquilla e sedentaria, nonché pazienza, dolcezza, zelo e affetto inesauribili. Lei rappresenta il legame tra i figli e il padre; è lei a far sì che questi li amino e a dare al padre la fiducia necessaria per considerarli propri. Quanta tenerezza e cura non le sono richieste per mantenere unita l’intera famiglia! E infine, tutto ciò non dovrebbe essere considerato una virtù, ma piuttosto un istinto naturale; altrimenti, la specie umana sarebbe presto estinta.
La rigidità dei doveri relativi ai due sessi non è né può essere la stessa. Quando una donna si lamenta di questa ingiusta disuguaglianza imposta dall’uomo, ha torto: tale disuguaglianza non deriva da istituzioni umane, o quanto meno non è il risultato di pregiudizi, ma della ragione stessa. È a uno dei due sessi che la natura ha affidato la responsabilità di allevare i figli; quindi è a lui che spetta rispondere delle loro esigenze. Certamente nessuno ha il diritto di tradire la propria promessa coniugale, e ogni marito infedele che priva sua moglie del solo compenso legato ai doveri severi del proprio sesso è un uomo ingiusto e barbaro; ma una donna infedele fa di più: distrugge la famiglia e spezza tutti i legami naturali. Dando all’uomo figli che non sono suoi, tradisce sia lui che loro, unendo perfidia e infedeltà. È difficile immaginare quale disordine e quale crimine possano derivarne. Se esiste uno stato orribile al mondo, è quello di un povero padre che, senza fiducia nella propria moglie, non osa provare i sentimenti più dolci del proprio cuore; che, abbracciando il proprio figlio, dubita se in realtà stia abbracciando il figlio di un altro, il simbolo della propria vergogna, il rapitore dei beni dei propri stessi figli. Che cos’è allora la famiglia, se non una società di nemici segreti che una donna colpevole incita l’uno contro l’altro, costringendoli a fingere di amarsi?
Non basta quindi che una donna sia fedele, ma che sia considerata tale dal marito, dai suoi parenti, da tutti; è importante che sia modesta, attenta, riservata, e che presenti agli occhi degli altri, così come nella propria coscienza, la testimonianza della propria virtù. Infine, se è importante che un padre ami i propri figli, è altrettanto importante che apprezzi anche la loro madre. Sono queste le ragioni che rendono l’aspetto esteriore stesso uno dei doveri delle donne, e fanno sì che onore e reputazione siano per loro altrettanto indispensabili della castità stessa. Da questi principi deriva, in base alle differenze morali tra i sessi, un nuovo motivo di dovere e di convenienza che prescrive specificamente alle donne la massima attenzione nel comportamento, nei modi e nell’aspetto. Sostenere vagamente che i due sessi siano uguali e che i loro doveri siano gli stessi significa perdersi in dichiarazioni vane; non si dice nulla se non si risponde concretamente a questa domanda.
Non è forse un modo di ragionare molto solido, questo: fornire eccezioni come risposta a leggi generali così fondate? Dite che le donne non hanno sempre figli. Ma la loro vera destinazione è proprio quella di averne. Ebbene, solo perché in alcune grandi città le donne, vivendo in modo dissoluto, hanno pochi figli, voi pretendete che questo costituisca il loro normale stato naturale? E cosa diventerebbero queste città se le zone rurali, o le donne che conducono una vita più semplice e casta, non compensassero la sterilità delle donne cittadine? In quante province si considera che una donna che abbia avuto solo quattro o cinque figli sia poco fertile. Infine, che una donna abbia pochi figli o no, che importanza ha? Il ruolo fondamentale della donna non è forse quello di essere madre? E non sono forse le leggi generali a dover regolare questo aspetto naturale e sociale?
Se ci fossero davvero intervalli così lunghi tra una gravidanza e l’altra, come si può pensare, una donna cambierebbe forse improvvisamente e in modo alternato il proprio stile di vita, passando da uno privo di pericoli a uno pieno di rischi? Oggi sarebbe una nutrice e domani una guerriera? Cambierebbe il proprio temperamento e i propri gusti, come un cammello che cambia colore a seconda dell’ambiente? Passerebbe improvvisamente dall’ombra delle recinzioni e dei lavori domestici alle difficoltà, ai rischi e alle fatiche della guerra? Sarebbe a volte timida[475] e a volte coraggiosa, a volte delicata e a volte robusta? Se i giovani cresciuti a Parigi fanno fatica ad affrontare il mestiere delle armi, come riusciranno donne che non hanno mai visto il sole e che a malapena sanno camminare a sopportarlo dopo cinquant’anni di vita facile? Lo prenderanno in mano proprio all’età in cui gli uomini lo abbandonano?
Ci sono paesi in cui le donne partoriscono quasi senza dolore e nutrono i loro figli quasi senza alcuna cura; lo ammetto. Ma nello stesso identico paese gli uomini viaggiano seminudi in ogni momento, catturano animali feroci, portano un canotto come se fosse uno zaino, intraprendono battute di caccia che durano sette o ottocento miglia, dormono all’aperto sul terreno nudo, sopportano fatiche incredibili e passano diversi giorni senza mangiare. Quando le donne diventano forti, gli uomini lo diventano ancora di più; quando gli uomini si indeboliscono, le donne lo fanno ancora di più; anche quando entrambi i sessi cambiano allo stesso modo, la differenza rimane invariata.
Platone, nella sua “Repubblica”, assegna alle donne gli stessi esercizi degli uomini; ne sono convinto. Avendo eliminato dalle sue istituzioni politiche le famiglie private e non sapendo più cosa fare delle donne, fu costretto a trattarle come uomini. Questo grande genio aveva previsto tutto, anticipando obiezioni che forse nessuno avrebbe mai sollevato; tuttavia non riuscì a risolvere correttamente quelle che gli furono mosse. Non parlo di quella presunta “comunità delle donne”, la cui frequente critiche dimostra chiaramente che coloro che la denunciano non l’hanno mai letta; parlo invece di quella promiscuità civile che mescola i due sessi in tutti gli stessi compiti e lavori, e che inevitabilmente genera abusi intollerabili. Parlo della distruzione dei più dolci sentimenti naturali, sacrificati a un sentimento artificiale che può sopravvivere soltanto grazie a essi: come se non fosse necessario un legame naturale per stabilire relazioni basate su convenzioni! Come se l’amore per i propri cari non fosse la base di quello che si deve verso lo stato! Come se il buon figlio, il buon marito, il buon padre non costituissero già i presupposti di un buon cittadino!
Non appena si dimostra che uomo e donna non sono né devono essere costituiti allo stesso modo, né avere lo stesso carattere o temperamento, ne consegue che non devono ricevere la stessa educazione. Seguendo le indicazioni della natura, devono agire in armonia, ma non devono compiere le stesse azioni; l’obiettivo finale dei loro sforzi è lo stesso, ma i metodi per raggiungerlo sono diversi, e di conseguenza anche i gusti che li guidano sono differenti. Dopo aver cercato di formare l’uomo nella sua natura originale, affinché il nostro lavoro non rimanga imperfetto, vediamo ora come debba essere formata la donna adatta a questo uomo.
Se volete davvero essere guidati nel modo giusto, seguite sempre le indicazioni della natura. Tutto ciò che caratterizza il sesso femminile deve essere rispettato, poiché è stato stabilito dalla stessa natura. Dite spesso che le donne hanno certi difetti che noi non abbiamo. Il vostro orgoglio vi inganna: ciò che per voi sono difetti, per loro sono qualità; senza di essi, le cose andrebbero peggio. Impedite che questi cosiddetti difetti degenerino, ma fate attenzione a non distruggerli.
Les femmes, de leur côté, ne cessent de crier que nous les élevons pour être vaines et coquettes, que nous les amusons sans cesse à des puérilités pour rester plus facilement les maîtres ; elles s’en prennent à nous des défauts que nous leur reprochons. Quelle folie ! Et depuis quand sont-ce les hommes qui se mêlent de l’éducation des filles ? Qui est-ce qui empêche les mères de les élever comme il leur plaît ? Elles n’ont point de collèges : grand malheur ! Eh ! plût à Dieu qu’il n’y en eût point pour les garçons ! ils seraient plus sensément et plus honnêtement élevés. Force-t-on vos filles à perdre leur temps en niaiseries ? Leur fait-on malgré elles passer la moitié de leur vie à leur toilette, à votre exemple ? Vous empêche-t-on de les instruire et faire instruire à votre gré ? Est-ce notre faute si elles nous plaisent quand elles sont belles, si leurs minauderies nous séduisent, si l’art qu’elles apprennent de vous nous attire et nous flatte, si nous aimons à les voir mises avec goût, si nous leur laissons affiler à loisir les armes dont elles nous subjuguent ? Eh ! prenez le parti de les élever comme des hommes ; ils y consentiront de bon coeur. Plus elles voudront leur ressembler, moins elles les gouverneront, et c’est alors qu’ils seront vraiment les maîtres.
Toutes les facultés communes aux deux sexes ne leur sont pas également partagées ; mais prises en tout, elles se compensent. La femme vaut mieux comme femme et moins comme homme ; partout où elle fait valoir ses droits, elle a l’avantage ; partout où elle veut usurper les nôtres, elle reste au-dessous de nous. On ne peut répondre à cette vérité générale que par des exceptions ; constante manière d’argumenter des galants partisans du beau sexe.
Cultiver dans les femmes les qualités de l’homme, et négliger celles qui leur sont propres, c’est donc visiblement travailler à leur préjudice. Les rusées le voient trop bien pour en être les dupes ; en tâchant d’usurper nos avantages, elles n’abandonnent pas les leurs ; mais il arrive de là que, ne pouvant bien ménager les uns et les autres parce qu’ils sont incompatibles, elles restent au-dessous de leur portée sans se mettre à la nôtre, et perdent la moitié de leur prix. Croyez-moi, mère judicieuse, ne faites point de votre fille un honnête homme, comme pour donner un démenti à la nature ; faites-en une honnête femme, et soyez sûre qu’elle en vaudra mieux pour elle et pour nous.
S’ensuit-il qu’elle doive être élevée dans l’ignorance de toute chose, et bornée aux seules fonctions du ménage ? L’homme fera-t-il sa servante de sa compagne ? Se privera-t-il auprès d’elle du plus grand charme de la société ? Pour mieux l’asservir l’empêchera-t-il de rien sentir, de rien connaître ? En fera-t-il un véritable automate ? Non, sans doute ; ainsi ne l’a pas dit la nature, qui donne aux femmes un esprit si agréable et si délié ; au contraire, elle veut qu’elles pensent, qu’elles jugent, qu’elles aiment, qu’elles connaissent, qu’elles cultivent leur esprit comme leur figure ; ce sont les armes qu’elle leur donne pour suppléer à la force qui leur manque et pour diriger la nôtre. Elles doivent apprendre beaucoup de choses, mais seulement celles qu’il leur convient de savoir.
Soit que je considère la destination particulière du sexe, soit que j’observe ses penchants, soit que je compte ses devoirs, tout concourt également à m’indiquer la forme d’éducation qui lui convient. La femme et l’homme sont faits l’un pour l’autre, mais leur mutuelle dépendance n’est pas égale : les hommes dépendent des femmes par leurs désirs ; les femmes dépendent des hommes et par leurs désirs et par leurs besoins ; nous subsisterions plutôt sans elles qu’elles sans nous. Pour qu’elles aient le nécessaire, pour qu’elles soient dans leur état, il faut que nous le leur donnions, que nous voulions le leur donner, que nous les en estimions dignes ; elles dépendent de nos sentiments, du prix que nous mettons à leur mérite, du cas que nous faisons de leurs charmes et de leurs vertus. Par la loi même de la nature, les femmes, tant pour elles que pour leurs enfants, sont à la merci des jugements des hommes : il ne suffit pas qu’elles soient estimables, il faut qu’elles soient estimées ; il ne leur suffit pas d’être belles, il faut qu’elles plaisent ; il ne leur suffit pas d’être sages, il faut qu’elles soient reconnues pour telles ; leur honneur n’est pas seulement dans leur conduite, mais dans leur réputation, et il n’est pas possible que celle qui consent à passer pour infâme puisse jamais être honnête. L’homme, en bien faisant, ne dépend que de lui-même, et peut braver le jugement public ; mais la femme en bien faisant, n’a fait que la moitié de sa tâche, et ce que l’on pense d’elle ne lui importe pas moins que ce qu’elle est en effet. Il suit de là que le système de son éducation doit être à cet égard contraire à celui de la nôtre : l’opinion est le tombeau de la vertu parmi les hommes, et son trône parmi les femmes.
De la bonne constitution des mères dépend d’abord celle des enfants ; du soin des femmes dépend la première éducation des hommes ; des femmes dépendent encore leurs moeurs, leurs passions, leurs goûts, leurs plaisirs, leur bonheur même. Ainsi toute l’éducation des femmes doit être relative aux hommes. Leur plaire, leur être utiles, se faire aimer et honorer d’eux, les élever jeunes, les soigner grands, les conseiller, les consoler, leur rendre la vie agréable et douce : voilà les devoirs des femmes dans tous les temps, et ce qu’on doit leur apprendre dès leur enfance. Tant qu’on ne remontera pas à ce principe, on s’écartera du but, et tous les préceptes qu’on leur donnera ne serviront de rien pour leur bonheur ni pour le nôtre.
Mais, quoique toute femme veuille plaire aux hommes et doive le vouloir, il y a bien de la différence entre vouloir plaire à l’homme de mérite, à l’homme vraiment aimable, et vouloir plaire à ces petits agréables qui déshonorent leur sexe et celui qu’ils imitent. Ni la nature ni la raison ne peuvent porter la femme à aimer dans les hommes ce qui lui ressemble, et ce n’est pas non plus en prenant leurs manières qu’elle doit chercher à s’en faire aimer.
Lors donc que, quittant le ton modeste et posé de leur sexe, elles prennent les airs de ces étourdis, loin de suivre leur vocation, elles y renoncent ; elles s’ôtent à elles-mêmes les droits qu’elles pensent usurper. Si nous étions autrement, disent-elles, nous ne plairions point aux hommes. Elles mentent. Il faut être folle pour aimer les fous ; le désir d’attirer ces gens-là montre le goût de celle qui s’y livre. S’il n’y avait point d’hommes frivoles, elles se presseraient d’en faire ; et leurs frivolités sont bien plus son ouvrage que les siennes ne sont le leur. La femme qui aime les vrais hommes, et qui veut leur plaire, prend des moyens assortis à son dessein. La femme est coquette par état ; mais sa coquetterie change de forme et d’objet selon ses vues ; réglons ces vues sur celles de la nature, la femme aura l’éducation qui lui convient.
Les petites filles, presque en naissant, aiment la parure : non contentes d’être jolies, elles veulent qu’on les trouve telles : on voit dans leurs petits airs que ce soin les occupe déjà ; et à peine sont-elles en état d’entendre ce qu’on leur dit, qu’on les gouverne en leur parlant de ce qu’on pensera d’elles. Il s’en faut bien que le même motif très indiscrètement proposé aux petits garçons n’ait sur eux le même empire. Pourvu qu’ils soient indépendants et qu’ils aient du plaisir, ils se soucient fort peu de ce qu’on pourra penser d’eux. Ce n’est qu’à force de temps et de peine qu’on les assujettit à la même loi.
De quelque part que vienne aux filles cette première leçon, elle est très bonne. Puisque le corps naît pour ainsi dire avant l’âme, la première culture doit être celle du corps : cet ordre est commun aux deux sexes. Mais l’objet de cette culture est différent ; dans l’un cet objet est le développement des forces, dans l’autre il est celui des agréments : non que ces qualités doivent être exclusives dans chaque sexe, l’ordre seulement est renversé ; il faut assez de force aux femmes pour faire tout ce qu’elles font avec grâce ; il faut assez d’adresse aux hommes pour faire tout ce qu’ils font avec facilité.
On the other hand, women constantly complain that we raise them to be vain and coquettish, that we keep them entertained with childish antics in order to maintain our own dominance over them; they in turn criticize us for the very flaws that we reproach them for. What madness! And since when have men been involved in the education of girls? Who prevents mothers from raising their daughters in the way they choose? They don’t have colleges—what a great misfortune! Oh, if only there were none for boys either; they would be raised in a far more sensible and honorable manner. Are we forcing our daughters to waste their time on trivialities? Are we making them spend half their lives on their appearance, following your own example? Are we preventing them from receiving the education we wish for them? Is it our fault if they please us when they are beautiful, if their flirtatious behavior charms us, if the skills they learn from you attract and please us, if we enjoy seeing them dressed with taste, if we allow them to refine the very tools that ultimately subdue us? Oh! Choose to raise them like men—they will do so willingly. The more they strive to resemble them, the less control they will have over them, and it will be then that they will truly become the masters.
Not all abilities common to both sexes are equally distributed among them; but taken together, they compensate for each other. A woman is superior as a woman and inferior as a man; wherever she asserts her rights, she has the advantage; wherever she attempts to usurp ours, she remains inferior to us. This general truth can only be disputed by citing exceptions—a constant tactic employed by those gentlemen who advocate for the superiority of the female sex.
To cultivate in women the qualities characteristic of men, and to neglect those that are inherent to them, is clearly to work against their own interests. The cunning ones see this all too well to be deceived by such attempts; in striving to usurp our advantages, they do not abandon their own. Yet, because these qualities are incompatible with each other, they fail to achieve either set and end up falling short of their potential—without even reaching ours. Believe me, wise mother, do not make your daughter an honest man, as if to defy nature; make her an honest woman, and be assured that she will be better off both for herself and for us.
Does that mean they must be raised in ignorance of everything, confined solely to the duties of household management? Will men make their wives their servants rather than their companions? Will they deprive them of the greatest pleasures of society? In order to better enslave them, will they prevent them from feeling or knowing anything? Will they turn them into mere automata? No, certainly not; such is not nature’s intention. Nature endows women with an intellect that is both pleasant and delicate. On the contrary, it wants them to think, judge, love, know, and cultivate their minds as well as their appearance. These are the tools nature gives them to compensate for the lack of physical strength and to guide our own actions. They must learn many things, but only those that are appropriate for them to know.
Whether I consider the particular purpose of sex, observe its tendencies, or examine its duties, everything points in the same direction and indicates to me the form of education that is suitable for it. Women and men are created for each other, but their mutual dependence is not equal: men depend on women through their desires; women depend on men both through their desires and their needs; we could perhaps survive without them, but they could not survive without us. In order for women to have what they need and to maintain their proper state, it is necessary that we give it to them, that we wish to give it to them, that we consider them worthy of it; their well-being depends on our feelings, on the value we place on their merits, on how we regard their charms and virtues. By the very laws of nature, women, both for themselves and for their children, are at the mercy of men’s judgments: it is not enough for them to be considered worthy; they must also be actually regarded as such; it is not enough for them to be beautiful; they must also please; it is not enough for them to be wise; they must also be recognized as such. Their honor lies not only in their behavior but also in their reputation, and it is impossible for a woman who consents to be regarded as dishonorable to ever be honorable in reality. A man, by doing good, depends solely on himself and can brave public judgment; but a woman, by doing good, has only accomplished half of her task, and what people think of her matters just as much as what she actually is. It follows therefore that the system of her education must, in this regard, be the opposite of ours: opinion is the tomb of virtue among men, but its throne among women.
The proper constitution of mothers is, in the first place, essential for that of their children; the care taken by women determines the initial education of men; moreover, a woman’s morals, passions, tastes, pleasures—even her very happiness—depend on them. Therefore, all education for women must be oriented towards men. To please them, to be useful to them, to earn their love and respect, to raise them in their youth, care for them in adulthood, advise them, comfort them, and make their lives pleasant and comfortable—these are the duties of women throughout time, and these are the things that should be taught to them from a very young age. Until this principle is embraced, we will continue to deviate from our goal, and all the teachings given to women will be of no use whatsoever for either their happiness or ours.
But although every woman wishes to please men and indeed must desire to do so, there is a great difference between wanting to please a worthy man, a truly kind and admirable man, and wanting to please those superficially pleasant individuals who bring shame upon their own sex and the one they imitate. Neither nature nor reason can lead a woman to seek in men what resembles her own qualities; nor should she attempt to win their affection by adopting their manners.
Therefore, when they abandon the modest and restrained demeanor expected of their gender and adopt the airs of those frivolous individuals who fail to pursue their true calling, they are in fact giving up on it; they deprive themselves of the rights they imagine they have usurped. “If we were different,” they say, “we would not please men.” They lie. One must be mad to love fools; the desire to attract such people reveals the true nature of those who indulge in it. If there were no frivolous men, they would hasten to create them themselves; and their own frivolities are far more a product of their own choices than those men’s are. A woman who truly loves genuine men and wants to please them will adopt methods that align with her true intentions. Women are coquettish by nature; but their flirtatiousness takes different forms and targets depending on their goals. If we align these goals with those of nature, then women will receive the education that is truly suitable for them.
Little girls, almost from the moment they are born, love adornment; not content with simply being beautiful, they want others to perceive them as such. One can see from their little manners that this concern already occupies their minds. And barely are they old enough to understand what is said to them, they begin to be influenced by what others think of them. It is far from certain that the same, rather indiscreet approach would have the same effect on little boys. So long as they remain independent and enjoy themselves, they care very little about what others may think of them. It takes a great deal of time and effort to subject them to the same rules.
No matter where girls acquire this first lesson, it is very beneficial. Since the body, in a sense, is born before the soul, the first form of cultivation should be that of the body—this order is common to both sexes. However, the object of this cultivation differs: for one sex, it is the development of physical strength; for the other, it is the cultivation of grace and elegance. It is not that these qualities must be exclusive to one sex or the other; merely the order in which they are developed is reversed. Women need enough strength to perform all those things they do with grace, while men need enough agility to accomplish everything they do with ease.
Le donne, dal loro canto, non cessano di lamentarsi che le educiamo per renderle vanitose e frivole, che le intratteniamo continuamente con cose infantili soltanto per poterle dominare più facilmente; ci rimproverano dei difetti che a nostra volta loro attribuiamo. Che follia! E da quando sono gli uomini a occuparsi dell’educazione delle ragazze? Chi impedisce alle madri di educarle come desiderano? Non hanno scuole: grande sfortuna! Ah, se solo non ci fossero scuole nemmeno per i ragazzi, verrebbero educati in modo più sensato e onesto. Vi costringete forse le vostre figlie a sprecare il loro tempo in sciocchezze? Le fate passare metà della loro vita a curarsi l’aspetto, seguendo il vostro esempio? Vi impedite di educarle o di farle educare secondo i vostri desideri? È colpa nostra se ci piacciono quando sono belle, se le loro moinezze ci seducono, se l’arte che imparano da voi ci attira e ci compiace, se amiamo vederle vestite con gusto, se permettiamo loro di perfezionare liberamente quelle qualità grazie alle quali ci dominano? Ebbene, prendete la decisione di educarle come si farebbe con dei ragazzi: lo accetteranno di buon cuore. Più vorranno assomigliargli, meno riusciranno a governarli, e sarà allora che saranno davvero i padroni della situazione.
Non tutte le qualità comuni a entrambi i sessi sono ugualmente distribuite tra loro; tuttavia, nel complesso, si compensano a vicenda. La donna vale di più come donna e meno come uomo; ovunque esiga il rispetto dei propri diritti, ha il vantaggio; ovunque tenti di usurpare i nostri, rimane inferiore a noi. A questa verità generale non si può rispondere se non con delle eccezioni: è sempre questo il modo in cui gli ammiratori del bel sesso argomentano le loro tesi.
Coltivare nelle donne le qualità degli uomini e trascurare quelle che sono loro proprie significa chiaramente lavorare a loro svantaggio. Le donne astute se ne rendono perfettamente conto e non cadono nella trappola; cercando di usurpare i nostri vantaggi, non abbandonano certo i propri; ma poiché questi due aspetti sono incompatibili tra loro, non riescono a gestirli entrambi correttamente, rimangendo quindi al di sotto delle proprie possibilità senza riuscire ad eguagliare le nostre, e perdendo così metà del loro valore. Credetemi, madre saggia: non fate della vostra figlia un “uomo onesto”, come se voleste negare la natura stessa; fatene una donna onesta, e sarete certe che ne trarrà maggior beneficio sia per sé che per noi.
Ne consegue forse che debba essere educata nell’ignoranza di tutto, limitandosi esclusivamente alle funzioni domestiche? L’uomo renderà la sua compagna sua serva? Si priverà, in sua presenza, del più grande fascino della società? Per assoggettarla meglio, le impedirà di sentire, di conoscere qualsiasi cosa? La trasformerà in un vero automato? No, certamente no; la natura non ha voluto così: dona alle donne un’intelligenza piacevole e raffinata. Al contrario, vuole che pensino, giudichino, amino, conoscano, coltivino sia il proprio intelletto che il proprio aspetto. Queste sono le armi che le fornisce per compensare la mancanza di forza fisica e per guidare quella degli uomini. Devono imparare molte cose, ma soltanto quelle che è opportuno che conoscano.
Che io consideri lo scopo specifico del sesso, che osservi i suoi istinti o che tenga conto dei suoi doveri, tutto contribuisce ugualmente a indicarmi la forma di educazione che gli è adatta. Donna e uomo sono fatti l’uno per l’altro, ma la loro dipendenza reciproca non è uguale: gli uomini dipendono dalle donne per i loro desideri; le donne dipendono dagli uomini sia per i loro desideri che per i loro bisogni; sopravvivremmo meglio senza di loro che loro senza di noi. Affinché abbiano ciò di cui hanno bisogno, affinché siano nella condizione giusta, è necessario che noi glielo diamo, che vogliamo darlo loro, che li riteniamo degni di esserlo ricevuto; dipendono dai nostri sentimenti, dal valore che attribuiamo al loro merito, dal modo in cui consideriamo i loro pregi e le loro virtù. Per legge stessa della natura, le donne, sia per sé che per i loro figli, sono alla mercé del giudizio degli uomini: non basta che siano stimabili, è necessario che vengano effettivamente apprezzate; non basta che siano belle, è necessario che piacciano; non basta che siano sagge, è necessario che vengano riconosciute come tali; il loro onore non risiede solo nel loro comportamento, ma anche nella loro reputazione, e non è possibile che una donna che accetta di essere considerata disonesta possa mai essere onesta. L’uomo, agendo bene, dipende soltanto da se stesso e può sfidare il giudizio pubblico; ma la donna, agendo bene, ha compiuto solo metà del proprio dovere, e ciò che gli altri pensano di lei le importa tanto quanto ciò che è realmente. Da ciò deriva che il sistema educativo adatto a lei debba essere, in questo senso, opposto a quello adatto a noi: l’opinione pubblica rappresenta la tomba della virtù tra gli uomini e il trono della virtù tra le donne.
La buona costituzione delle madri dipende innanzitutto da quella dei bambini; la cura delle donne è fondamentale per l’educazione iniziale degli uomini; dalle donne dipendono anche i loro costumi, le loro passioni, i loro gusti, i loro piaceri e persino la loro felicità. Pertanto, tutta l’educazione delle donne deve essere rivolta agli uomini: compiacerli, essergli utili, farsi amare e rispettare da loro, educarli quando sono giovani, prendersi cura di loro quando sono adulti, consigliarli, consolarli, rendere la loro vita piacevole e dolce. Questi sono i doveri delle donne in ogni tempo, e è ciò che deve essere insegnato loro fin dall’infanzia. Finché non si tornerà a questo principio fondamentale, si continuerà ad allontanarsi dall’obiettivo reale; tutti gli insegnamenti dati alle donne non serviranno a nulla, né per la loro felicità né per la nostra.
Ma, sebbene ogni donna desideri piacere agli uomini e debba proprio farlo, esiste una grande differenza tra voler piacere all’uomo meritevole, all’uomo davvero affascinante, e voler piacere a quegli individui insignificanti che disonorano sia il proprio sesso che quello che imitano. Né la natura né la ragione possono spingere una donna ad amare negli uomini ciò che le è simile; inoltre, non è certo attraverso l’imitazione dei loro modi di comportarsi che lei può cercare di farsi amare da loro.
Quando, dunque, abbandonano il tono modesto e sereno tipico del loro sesso, assumono l’atteggiamento di quelle donne frivole che, lontane dal seguire la propria vocazione, vi rinunciano addirittura; si privano da sole dei diritti che pensano di usurpare. “Se fossimo diverse”, dicono, “non piacceremmo agli uomini”. Mentono. Bisogna essere folli per amare i folli; il desiderio di attrarre queste persone dimostra chiaramente quali siano le vere intenzioni di chi si dedica a loro. Se non esistessero uomini frivoli, esse stesse si affretterebbero a crearne; e le loro frivolezze sono certamente il risultato delle loro scelte, molto più di quanto le scelte degli uomini siano il risultato delle loro. La donna che ama gli uomini veri e desidera piacergli adotta metodi adeguati ai suoi scopi. La donna è per natura coquetta; ma la sua coquetteria assume forme e oggetti diversi a seconda dei suoi interessi. Se regoliamo questi interessi in base alle leggi della natura, allora la donna riceverà l’educazione che le conviene.
Le bambine, quasi fin dal momento della nascita, amano l’abbigliamento: non si accontentano di essere belle, vogliono anche che gli altri le considerino tali; nei loro piccoli modi si nota già quanto questo aspetto le preoccupi; e appena sono in grado di comprendere ciò che gli viene detto, vengono influenzate dal modo in cui si parla di loro. Tuttavia, lo stesso argomento, proposto in modo molto indiscreto ai bambini maschi, non ha su di loro lo stesso effetto. Finché sono indipendenti e provano piacere, non gli importa affatto di ciò che gli altri potrebbero pensare di loro; solo con molto tempo e sforzo si riesce a farli adattare a questa stessa regola.
Da qualunque origine derivi questa prima lezione per le ragazze, essa è certamente molto utile. Poiché il corpo, in un certo senso, nasce prima dell’anima, la prima forma di educazione deve riguardare proprio il corpo: questo ordine è comune a entrambi i sessi. Tuttavia, l’obiettivo di questa educazione è diverso: per le ragazze si tratta dello sviluppo delle forze fisiche, per gli uomini della perfezione dei movimenti e delle abilità manuali. Non che queste qualità debbano essere esclusive di un sesso o dell’altro; semplicemente l’ordine con cui vengono coltivate è invertito: le donne hanno bisogno di sufficienti forze per poter svolgere tutte quelle attività con grazia, gli uomini invece di sufficiente agilità per farlo con facilità.
Par l’extrême mollesse des femmes commence celle des hommes. Les femmes ne doivent pas être robustes comme eux, mais pour eux, pour que les hommes qui naîtront d’elles le soient aussi. En ceci, les couvents, où les pensionnaires ont une nourriture grossière, mais beaucoup d’ébats, de courses, de jeux en plein air et dans des jardins, sont à préférer à la maison paternelle, où une fille, délicatement nourrie, toujours flattée ou tancée, toujours assise sous les yeux de sa mère dans une chambre bien close, n’ose se lever, ni marcher, ni parler, ni souffler, et n’a pas un moment de liberté pour jouer, sauter, courir, crier, se livrer à la pétulance naturelle à son âge : toujours ou relâchement dangereux ou sévérité mal entendue ; jamais rien selon la raison. Voilà comment on ruine le corps et le coeur de la jeunesse.
Les filles de Sparte s’exerçaient, comme les garçons, aux jeux militaires, non pour aller à la guerre, mais pour porter un jour des enfants capables d’en soutenir les fatigues. Ce n’est pas là ce que j’approuve : il n’est pas nécessaire pour donner des soldats à l’état que les mères aient porté le mousquet et fait l’exercice à la prussienne ; mais je trouve qu’en général l’éducation grecque était très bien entendue en cette partie. Les jeunes filles paraissaient souvent en public, non pas mêlées avec les garçons, mais rassemblées entre elles. Il n’y avait presque pas une fête, pas un sacrifice, pas une cérémonie, où l’on ne vît des bandes de filles des premiers citoyens couronnées de fleurs, chantant des hymnes, formant des choeurs de danses, portant des corbeilles, des vases, des offrandes, et présentant aux sens dépravés des Grecs un spectacle charmant et propre à balancer le mauvais effet de leur indécente gymnastique. Quelque impression que fît cet usage sur les coeurs des hommes, toujours était-il excellent pour donner au sexe une bonne constitution dans la jeunesse par des exercices agréables, modérés, salutaires, et pour aiguiser et former son goût par le désir continuel de plaire, sans jamais exposer ses moeurs.
Sitôt que ces jeunes personnes étaient mariées, on ne les voyait plus en public ; renfermées dans leurs maisons, elles bornaient tous leurs soins à leur ménage et à leur famille. Telle est la manière de vivre que la nature et la raison prescrivent au sexe. Aussi de ces mères-là naissaient les hommes les plus sains, les plus robustes, les mieux faits de la terre ; et malgré le mauvais renom de quelques îles, il est constant que de tous les peuples du monde, sans en excepter même les Romains, on n’en cite aucun où les femmes aient été à la fois plus sages et plus aimables, et aient mieux réuni les moeurs à la beauté, que l’ancienne Grèce.
On sait que l’aisance des vêtements qui ne gênaient point le corps contribuait beaucoup à lui laisser dans les deux sexes ces belles proportions qu’on voit dans leurs statues, et qui servent encore de modèle à l’art quand la nature défigurée a cessé de lui en fournir parmi nous. De toutes ces entraves gothiques, de ces multitudes de ligatures qui tiennent de toutes parts nos membres en presse, ils n’en avaient pas une seule. Leurs femmes ignoraient l’usage de ces corps de baleine par lesquels les nôtres contrefont leur taille plutôt qu’elles ne la marquent. Je ne puis concevoir que cet abus, poussé en Angleterre à un point inconcevable, n’y fasse pas à la fin dégénérer l’espèce, et je soutiens même que l’objet d’agrément qu’on se propose en cela est de mauvais goût. Il n’est point agréable de voir une femme coupée en deux comme une guêpe ; cela choque la vue et fait souffrir l’imagination. La finesse de la taille a, comme tout le reste, ses proportions, sa mesure, passé laquelle elle est certainement un défaut : ce défaut serait même frappant à l’oeil sur le nu : pourquoi serait-il une beauté sous le vêtement !
Je n’ose presser les raisons sur lesquelles les femmes s’obstinent à s’encuirasser ainsi : un sein qui tombe, un ventre qui grossit, etc., cela déplaît fort, j’en conviens, dans une personne de vingt ans, mais cela ne choque plus à trente ; et comme il faut en dépit de nous être en tout temps ce qu’il plaît à la nature, et que l’oeil de l’homme ne s’y trompe point, ces défauts sont moins déplaisants à tout âge que la sotte affectation d’une petite fille de quarante ans.
Tout ce qui gêne et contraint la nature est de mauvais goût ; cela est vrai des parures du corps comme des ornements de l’esprit. La vie, la santé, la raison, le bien-être doivent aller avant tout ; la grâce ne va point sans l’aisance ; la délicatesse n’est pas la langueur, et il ne faut pas être malsaine pour plaire. On excite la pitié quand on souffre ; mais le plaisir et le désir cherchent la fraîcheur de la santé.
Les enfants des deux sexes ont beaucoup d’amusements communs, et cela doit être ; n’en ont-ils pas de même étant grands ? Ils ont aussi des goûts propres qui les distinguent. Les garçons cherchent le mouvement et le bruit ; des tambours, des sabots, de petits carrosses : les filles aiment mieux ce qui donne dans la vue et sert à l’ornement ; des miroirs, des bijoux, des chiffons, surtout des poupées : la poupée est l’amusement spécial de ce sexe ; voilà très évidemment son goût déterminé sur sa destination. Le physique de l’art de plaire est dans la parure : c’est tout ce que des enfants peuvent cultiver de cet art.
Voyez une petite fille passer la journée autour de sa poupée, lui changer sans cesse d’ajustement, l’habiller, la déshabiller cent et cent fois, chercher continuellement de nouvelles combinaisons d’ornements bien ou mal assortis, il n’importe ; les doigts manquent d’adresse, le goût n’est pas formé, mais déjà le penchant se montre ; dans cette éternelle occupation le temps coule sans qu’elle y songe ; les heures passent, elle n’en sait rien ; elle oublie les repas mêmes, elle a plus faim de parure que d’aliment. Mais, direz-vous, elle pare sa poupée et non sa personne. Sans doute ; elle voit sa poupée et ne se voit pas, elle ne peut rien faire pour elle-même, elle n’est pas formée, elle n’a ni talent ni force, elle n’est rien encore, elle est toute dans sa poupée, elle y met toute sa coquetterie. Elle ne l’y laissera pas toujours, elle attend le moment d’être sa poupée elle-même.
Voilà donc un premier goût bien décidé : vous n’avez qu’à le suivre et le régler. Il est sûr que la petite voudrait de tout son coeur savoir orner sa poupée, faire ses noeuds de manche, son fichu, son falbala, sa dentelle ; en tout cela on la fait dépendre si durement du bon plaisir d’autrui, qu’il lui serait bien plus commode de tout devoir à son industrie. Ainsi vient la raison des premières leçons qu’on lui donne : ce ne sont pas des tâches qu’on lui prescrit, ce sont des bontés qu’on a pour elle. Et en effet, presque toutes les petites filles apprennent avec répugnance à lire et à écrire ; mais, quant à tenir l’aiguille, c’est ce qu’elles apprennent toujours volontiers. Elles s’imaginent d’avance être grandes, et songent avec plaisir que ces talents pourront un jour leur servir à se parer.
Cette première route ouverte est facile à suivre : la couture, la broderie, la dentelle viennent d’elles-mêmes. La tapisserie n’est plus si fort à leur gré : les meubles sont trop loin d’elles, ils ne tiennent point à la personne, ils tiennent à d’autres opinions. La tapisserie est l’amusement des femmes ; de jeunes filles n’y prendront jamais un fort grand plaisir.
Ces progrès volontaires s’étendront aisément jusqu’au dessin, car cet art n’est pas indifférent à celui de se mettre avec goût : mais je ne voudrais point qu’on les appliquât au paysage, encore moins à la figure. Des feuillages, des fruits, des fleurs, des draperies, tout ce qui peut servir à donner un contour élégant aux ajustements, et à faire soi-même un patron de broderie quand on n’en trouve pas à son gré, cela leur suffit. En général, s’il importe aux hommes de borner leurs études à des connaissances d’usage, cela importe encore plus aux femmes, parce que la vie de celles-ci, bien que moins laborieuse, étant ou devant être plus assidue à leurs soins, et plus entrecoupée de soins divers, ne leur permet de se livrer par choix à aucun talent au préjudice de leurs devoirs.
Through the extreme softness of women begins the softness of men. Women do not need to be as robust as men, but rather for the sake of men—so that the men who are born of them may also be robust. In this regard, convents, where the residents eat a simple diet but engage in much physical activity, such as running, playing games outdoors, and in gardens, are preferable to the home environment. In the home, a girl, who is delicately nourished, constantly flattered or reprimanded, and always confined in a well-sealed room under her mother’s eye, dares not stand up, walk, speak, or even breathe freely. She lacks any moment of freedom to play, jump, run, shout, or indulge in the natural exuberance of her age. Such conditions either lead to dangerous laxity or misguided strictness; nothing in such a home is done according to reason. This is how the body and the heart of youth are ruined.
The girls of Sparta, like the boys, practiced military exercises—not in order to go to war, but so that one day they might give birth to children capable of enduring the hardships of warfare. This is not something I approve of: it is not necessary for a state to have soldiers if the mothers have never held a musket or participated in Prussian-style training; yet I believe that, overall, the Greek system of education was very well-designed in this regard. The young girls often appeared in public, not mixed with the boys but gathered together in their own groups. There was hardly any festival, sacrifice, or ceremony at which one could not see groups of daughters from prominent families, crowned with flowers, singing hymns, forming dance choruses, carrying baskets, vases, and offerings—presenting the Greek people’s perverted senses with a charming spectacle that effectively counteracted the negative effects of their indecent physical training. Whatever impact such practices might have had on men’s hearts, they were certainly excellent in helping women develop healthy constitutions during their youth through pleasant, moderate, and beneficial exercises, and in sharpening and shaping their tastes through a constant desire to please others, without ever compromising their morals.
As soon as these young women were married, they were no longer seen in public; confined to their homes, all their efforts were devoted to managing their households and caring for their families. Such is the way of life that nature and reason prescribe for women. It was from such mothers that the strongest, healthiest, and most well-built men in the world were born. And despite the poor reputation of certain islands, it is undeniable that among all the peoples of the earth—even including the Romans—none can be cited as having produced women who were at the same time more wise, more kind-hearted, and better able to combine virtue with beauty than those of ancient Greece.
It is well known that the ease of clothing that did not hinder the body greatly contributed to maintaining those beautiful proportions in both men and women that can be seen in their statues, and which still serve as models for art when nature, having become deformed among us, no longer provides such examples. Of all those Gothic restraints, of those numerous bonds that tightly constrain our limbs in every direction, they had not a single one. Their women were unaware of the use of those whalebone corsets that our women employ to distort their natural figures rather than enhance them. I cannot believe that such an abuse, carried to unimaginable extremes in England, will not ultimately lead to the degeneration of the species; indeed, I assert that the pleasure one seeks from such practices is of poor taste. It is certainly not pleasing to see a woman cut in half like a wasp; it shocks the eye and troubles the imagination. The delicacy of a figure, like everything else, has its proper proportions and measure; beyond that limit, it is undoubtedly a flaw—and such a flaw would be even more striking when the body is bare. So why should it be considered beautiful when covered in clothing?
I dare not delve too deeply into the reasons why women insist on covering themselves in such a manner: a sagging breast, a swelling belly, and so on—these indeed are quite displeasing, I admit, in a twenty-year-old woman, but they no longer shock anyone by thirty. And since we must always be what nature desires us to be, and since the human eye never deceives us in this regard, such physical imperfections are far less objectionable at any age than the foolish pretense of a forty-year-old girl.
Everything that hinders and restricts nature is of poor taste; this holds true both for the adornments of the body and for the embellishments of the mind. Life, health, reason, and well-being must come first; grace cannot exist without ease; delicacy is not synonymous with weakness, and one does not need to be unwell in order to be pleasing. Suffering evokes pity; but pleasure and desire seek the freshness of good health.
Children of both sexes have many common forms of entertainment, and it must be so; don’t they also share similar interests when they grow up? They also possess distinct preferences that distinguish them. Boys seek movement and noise—drums, horseshoes, small carts; girls, on the other hand, prefer things that are pleasing to the eye and serve as decorations—mirrors, jewelry, fabrics, especially dolls. The doll is the particular form of entertainment unique to this sex; it is clearly their innate preference, shaped by their natural inclination. The essence of the art of attracting others lies in adornment—this is all that children can cultivate in this regard.
Watch a little girl spend the whole day around her doll, constantly adjusting its fittings, dressing and undressing it hundreds of times over, endlessly experimenting with new combinations of ornaments—whether they match or not; her fingers lack skill, her taste is yet to be formed, but her inclination is already evident. In this endless activity, time passes unnoticed by her; hours go by without her even realizing it. She forgets about meals—even her hunger for food pales in comparison to her desire to dress up her doll. But you might say, she is dressing up her doll, not herself. Indeed; she sees her doll and not herself. She cannot do anything for herself—she is untrained, lacking both talent and strength. She is nothing yet, but everything through her doll. She puts all her coquetry into it. And she won’t keep it just as it is forever; she is waiting for the moment when she too will become her own doll.
Thus, we have a clear and determined starting point: you simply need to follow it and adjust it as necessary. It is certain that the little girl would wholeheartedly wish to learn how to dress her doll, how to tie her cuffs, make scarves, ribbons, and lace; yet in all these matters, she is made to depend so heavily on the whims of others that it would be far more convenient for her if she could rely solely on her own abilities. This is precisely why the first lessons we teach her are not tasks imposed upon her, but acts of kindness shown toward her. Indeed, nearly all little girls learn to read and write with reluctance; but when it comes to holding a needle, that is something they always learn willingly. They imagine themselves as adults in advance and look forward with pleasure to the day when these skills will enable them to adorn themselves.
This first path that has been opened is easy to follow: sewing, embroidery, and lace come naturally to them. Tapestry, however, no longer suits their tastes so well—furniture is too far away from them; it does not connect with the individual person directly, but rather with other opinions or influences. Tapestry is merely a pastime for women; young girls will never find much pleasure in it.
These voluntary efforts can easily be extended to the field of drawing, for this art is not indifferent to those who seek to cultivate their taste in such matters. However, I would not want them to be applied to landscape painting, let alone to figure drawing. Leaves, fruits, flowers, drapery—everything that can help to give elegant contours to garments, and that can even serve as a pattern for embroidery when none suitable is available—these are more than sufficient for such purposes. In general, if it is important for men to limit their studies to practical knowledge, it is all the more so for women. For although their lives are less laborious, they are required to devote much more time to their personal care and to various other duties, which does not allow them to freely pursue any artistic talent at the expense of their responsibilities.
Dalla estrema dolcezza delle donne inizia quella degli uomini. Le donne non devono essere robuste come loro, ma piuttosto che lo siano coloro che nasceranno da loro. A questo proposito, i conventi, dove le monache seguono una dieta semplice ma partecipano a molte attività fisiche, corse, giochi all’aperto e nei giardini, sono preferibili alla casa paterna: in quest’ultima, una ragazza, nutrita con cura, costantemente lusingata o rimproverata, sempre seduta sotto gli occhi di sua madre in una stanza ben chiusa, non osa alzarsi, camminare, parlare né respirare liberamente; non ha mai un momento di libertà per giocare, saltare, correre, gridare o esprimere la vivacità naturale della sua età. In questo modo si distrugge sia il corpo che il cuore della giovinezza.
Le ragazze di Sparta si allenavano, come i ragazzi, agli esercizi militari, non per andare in guerra, ma per poter un giorno dare alla luce bambini capaci di sopportarne le fatiche. Non è questo ciò che approvo: non è necessario, affinché lo stato abbia soldati, che le madri abbiano impugnato il moschetto e si siano esercitate secondo i metodi prussiani; tuttavia ritengo che, in generale, l’educazione greca fosse molto ben concepita in questo ambito. Le giovani ragazze comparivano spesso in pubblico, non mescolate con i ragazzi, ma riunite tra loro. Non c’era quasi nessuna festa, nessun sacrificio, nessuna cerimonia in cui non si vedessero gruppi di ragazze delle famiglie più nobili incoronate di fiori, che cantavano inni, formavano cori di danza, portavano cestini, vasi e offerte, offrendo ai sensi depravati dei Greci uno spettacolo incantevole e in grado di contrastare gli effetti negativi della loro ginnastica indecente. Qualunque fosse l’impressione che tale pratica avesse sui cuori degli uomini, rimaneva comunque eccellente nel fornire al sesso femminile una buona costituzione fisica nella giovinezza, attraverso esercizi piacevoli, moderati e salutari, e nel coltivare e formare il loro gusto attraverso il desiderio costante di piacere, senza mai esporre le loro virtù al rischio di corruzione.
Non appena queste giovani donne si sposavano, non venivano più viste in pubblico; chiuse nelle loro case, dedicavano tutte le loro attenzioni alla cura della casa e della famiglia. Questo è il modo di vivere che la natura e la ragione prescrivono al genere femminile. Ed è proprio da queste madri che nascevano gli uomini più sani, più forti e meglio dotati del mondo; e nonostante la cattiva reputazione di alcune isole, è certo che, tra tutti i popoli della terra, senza eccezione nemmeno dei Romani, non si trova nessuno in cui le donne siano state allo stesso tempo più sagge e più affascinanti, e abbiano meglio combinato le virtù con la bellezza, di quanto avvenisse nell’antica Grecia.
Si sa che la comodità degli abiti, che non ostacolavano il movimento del corpo, contribuiva in modo significativo a mantenere nei due sessi quelle belle proporzioni che si osservano nelle loro statue e che ancora oggi costituiscono modello per l’arte, quando la natura, ormai deformata, non è più in grado di fornirle tra di noi. Di tutte queste restrizioni tipiche del periodo gotico, di tutte quelle legature che comprimevano i nostri membri da ogni parte, loro ne erano completamente privi. Le loro donne ignoravano l’uso di quegli strumenti ingombranti con cui le nostre donne cercano di alterare la propria figura invece di lasciarla naturale. Non riesco a immaginare che un tale abuso, portato in Inghilterra a livelli inimmaginabili, non finisca per degenerare l’intera specie; anzi, sostengo che lo scopo che si nasconde dietro queste pratiche sia di cattivo gusto. Non è affatto piacevole vedere una donna “tagliata a metà” come una vespa: ciò offende la vista e tormenta l’immaginazione. La delicatezza della figura, come tutto il resto, ha le sue proporzioni, la sua misura; al di là di esse, diventa sicuramente un difetto. E questo difetto sarebbe ancora più evidente se la donna fosse nuda: perché mai dovrebbe essere considerato una bellezza quando è vestita?!
Non oso approfondire le motivi per cui le donne insistono nel coprirsi in questo modo: un seno che cade, un ventre che si ingrossa, ecc., certamente questi difetti sono molto sgradevoli in una persona di vent’anni, ma a trenta non suscitano più alcuna riprovazione; e poiché dobbiamo sempre essere ciò che la natura vuole da noi, e l’occhio umano non si inganna su questo punto, questi difetti risultano meno sgradevoli a qualsiasi età rispetto all’insulsa affettazione di una donna di quarant’anni.
Tutto ciò che ostacola e costringe la natura è di cattivo gusto; ciò vale sia per gli ornamenti del corpo che per quelli dell’anima. La vita, la salute, la ragione, il benessere devono venire prima di tutto; la grazia non può esistere senza agio; la delicatezza non equivale alla debolezza, e non è necessario essere malati per piacere agli altri. Suscitiamo compassione quando soffriamo; ma il piacere e il desiderio cercano sempre la freschezza della salute.
I bambini di entrambi i sessi hanno molti divertimenti in comune, e così deve essere; non ne avranno forse anche da adulti? Hanno però anche gusti propri che li distinguono. I ragazzi cercano movimento e rumore: tamburi, zoccoli, piccole carrozze; le ragazze preferiscono ciò che attira l’attenzione e serve all’ornamento: specchi, gioielli, stoffe, soprattutto bambole; la bambola rappresenta il divertimento specifico di questo sesso; è evidente che tale gusto sia determinato dalla loro natura. La componente fisica dell’arte di piacere risiede nell’abbigliamento: è tutto ciò che i bambini possono coltivare in questa arte.
Guardate una bambina che trascorre l’intera giornata attorno alla sua bambola: le cambia continuamente gli abiti, la veste e la spoglia centinaia di volte, cerca in modo incessante nuove combinazioni di ornamenti, anche se non sempre ben abbinati; le dita le mancano di destrezza, il suo gusto non è ancora formato, ma già si manifesta una certa inclinazione verso queste attività. In questa occupazione eterna, il tempo scorre senza che lei se ne accorga: le ore passano e lei non se ne rende conto; dimentica persino di mangiare. Ha più fame di ornamenti che di cibo. Ma direte forse che sta solo vestendo la sua bambola e non se stessa? Senza dubbio. Lei vede la sua bambola, ma non se stessa; non può fare nulla per sé stessa: non è ancora formata, non ha né talento né forza. Non è ancora nulla. Tutto ciò che è, lo mette nella sua bambola. Viene da chiedersi se un giorno lascerà mai quella bambola e diventerà lei stessa.
Ecco quindi una prima esperienza molto decisa: basta seguirne le indicazioni e regolarla secondo necessità. È certo che la bambina desidererebbe ardentemente imparare a decorare la sua bambola, a fare i nodi per le maniche, il fazzoletto, il fiocco, la merletta; in tutto ciò, però, viene costretta ad affidarsi interamente al piacere altrui, mentre sarebbe molto più comodo se potesse contare sulla propria abilità. Ecco dunque lo scopo delle prime lezioni che si impartiscono alle bambine: non si tratta di compiti imposti, ma di attenzioni e gentilezze rivolte a loro. Infatti, quasi tutte le bambine imparano con riluttanza a leggere e scrivere; ma impugnare l’ago, ecco ciò che imparano sempre volentieri. Si immaginano già grandi e pensano con piacere che questi talenti un giorno potranno esserci utili per vestirsi in modo elegante.
Questo primo percorso aperto è facile da seguire: il cucito, la ricamatura, la dentellatura vengono spontaneamente praticati dalle donne. La tappezzeria, invece, non soddisfa più i loro desideri: i mobili sono troppo lontani da esse; non rappresentano un legame personale con le persone che li utilizzano, ma piuttosto con altre opinioni o preferenze culturali. La tappezzeria è un passatempo per le donne; le giovani ragazze, invece, difficilmente ne trarranno grande piacere.
Questi progressi volontari si estenderanno facilmente anche al disegno, poiché quest’arte non è indifferente a quella di abbellire le cose con gusto; tuttavia, non vorrei che venissero applicati al paesaggio, né tantomeno alla figura. Foglie, frutti, fiori, drappeggi: tutto ciò che può servire a conferire un contorno elegante agli abiti, e a permettere di creare da soli modelli per il ricamo quando non se ne trova uno a piacere, è sufficiente. In generale, se per gli uomini è importante limitare i propri studi a conoscenze pratiche, questo è ancora più vero per le donne: poiché la loro vita, sebbene meno laboriosa, richiede un impegno costante nei propri doveri e è spesso interrotta da molteplici incombenze, non permette loro di dedicarsi liberamente a nessun talento a scapito dei propri obblighi.
Quoi qu’en disent les plaisants, le bon sens est également des deux sexes. Les filles en général sont plus dociles que les garçons, et l’on doit même user sur elles de plus d’autorité, comme je le dirai tout à l’heure ; mais il ne s’ensuit pas que l’on doive exiger d’elles rien dont elles ne puissent voir l’utilité ; l’art des mères est de la leur montrer dans tout ce qu’elles leur prescrivent, et cela est d’autant plus aisé, que l’intelligence dans les filles est plus précoce que dans les garçons. Cette règle bannit de leur sexe, ainsi que du nôtre, non seulement toutes les études oisives qui n’aboutissent à rien de bon et ne rendent pas même plus agréables aux autres ceux qui les ont faites, mais même toutes celles dont l’utilité n’est pas de l’âge, et où l’enfant ne peut la prévoir dans un âge plus avancé. Si je ne veux pas qu’on presse un garçon d’apprendre à lire, à plus forte raison je ne veux pas qu’on y force de jeunes filles avant de leur faire bien sentir à quoi sert la lecture ; et, dans la manière dont on leur montre ordinairement cette utilité, on suit bien plus sa propre idée que la leur. Après tout, où est la nécessité qu’une fille sache lire et écrire de si bonne heure ? Aura-t-elle si tôt un ménage à gouverner ? Il y en a bien peu qui ne fassent plus d’abus que d’usage de cette fatale science ; et toutes sont un peu trop curieuses pour ne pas l’apprendre sans qu’on les y force, quand elles en auront le loisir et l’occasion. Peut-être devraient-elles apprendre à chiffrer avant tout ; car rien n’offre une utilité plus sensible en tout temps, ne demande un plus long usage, et ne laisse tant de prise à l’erreur que les comptes. Si la petite n’avait les cerises de son goûter que par une opération d’arithmétique, je vous réponds qu’elle saurait bientôt calculer.
Je connais une jeune personne qui apprit à écrire plus tôt qu’à lire, et qui commença d’écrire avec l’aiguille avant que d’écrire avec la plume. De toute l’écriture elle ne voulut d’abord faire des O. Elle faisait incessamment des O grands et petits, des O de toutes les tailles, des O les uns dans les autres, et toujours tracés à rebours. Malheureusement un jour qu’elle était occupée à cet utile exercice, elle se vit dans un miroir ; et, trouvant que cette attitude contrainte lui donnait mauvaise grâce, comme une autre Minerve, elle jeta la plume, et ne voulut plus faire des O. Son frère n’aimait pas plus à écrire qu’elle ; mais ce qui le fâchait était la gêne, et non pas l’air qu’elle lui donnait. On prit un autre tour pour la ramener à l’écriture ; la petite fille était délicate et vaine, elle n’entendait point que son linge servît à ses soeurs ; on le marquait, on ne voulut plus le marquer ; il fallut le marquer elle-même : on conçoit le reste du progrès.
Justifiez toujours les soins que vous imposez aux jeunes filles, mais imposez-leur-en toujours. L’oisiveté et l’indocilité sont les deux défauts les plus dangereux pour elles, et dont on guérit le moins quand on les a contractés. Les filles doivent être vigilantes et laborieuses ; ce n’est pas tout : elles doivent être gênées de bonne heure. Ce malheur, si c’en est un pour elles, est inséparable de leur sexe ; et jamais elles ne s’en délivrent que pour en souffrir de bien plus cruels. Elles seront toute leur vie asservies à la gêne la plus continuelle et la plus sévère, qui est celle des bienséances. Il faut les exercer d’abord à la contrainte, afin qu’elle ne leur coûte jamais rien ; à dompter toutes leurs fantaisies, pour les soumettre aux volontés d’autrui. Si elles voulaient toujours travailler, on devrait quelquefois les forcer à ne rien faire. La dissipation, la frivolité, l’inconstance, sont des défauts qui naissent aisément de leurs premiers goûts corrompus et toujours suivis. Pour prévenir cet abus, apprenez-leur surtout à se vaincre. Dans nos insensés établissements, la vie de l’honnête femme est un combat perpétuel contre elle-même ; il est juste que ce sexe partage la peine des maux qu’il nous a causés.
Empêchez que les filles ne s’ennuient dans leurs occupations et ne se passionnent dans leurs amusements, comme il arrive toujours dans les éducations vulgaires, où l’on met, comme dit Fénelon, tout l’ennui d’un côté et tout le plaisir de l’autre. Le premier de ces deux inconvénients n’aura lieu, si on suit les règles précédentes, que quand les personnes qui seront avec elles leur déplairont. Une petite fille qui aimera sa mère ou sa mie travaillera tout le jour à ses côtés sans ennui ; le babil seul la dédommagera de toute sa gêne. Mais, si celle qui la gouverne lui est insupportable, elle prendra dans le même dégoût tout ce qu’elle fera sous ses yeux. Il est très difficile que celles qui ne se plaisent pas avec leurs mères plus qu’avec personne au monde puissent un jour tourner à bien ; mais, pour juger de leurs vrais sentiments, il faut les étudier, et non pas se fier à ce qu’elles disent ; car elles sont flatteuses, dissimulées, et savent de bonne heure se déguiser. On ne doit pas non plus leur prescrire d’aimer leur mère ; l’affection ne vient point par devoir, et ce n’est pas ici que sert la contrainte. L’attachement, les soins, la seule habitude, feront aimer la mère de la fille, si elle ne fait rien pour s’attirer sa haine. La gêne même où elle la tient, bien dirigée, loin d’affaiblir cet attachement, ne fera que l’augmenter, parce que la dépendance étant un état naturel aux femmes, les filles se sentent faites pour obéir.
Par la même raison qu’elles ont ou doivent avoir peu de liberté, elles portent à l’excès celle qu’on leur laisse ; extrêmes en tout, elles se livrent à leurs jeux avec plus d’emportement encore que les garçons : c’est le second des inconvénients dont je viens de parler. Cet emportement doit être modéré ; car il est la cause de plusieurs vices particuliers aux femmes, comme, entre autres, le caprice de l’engouement, par lequel une femme se transporte aujourd’hui pour tel objet qu’elle ne regardera pas demain. L’inconstance des goûts leur est aussi funeste que leur excès, et l’un et l’autre leur vient de la même source. Ne leur ôtez pas la gaieté, les ris, le bruit, les folâtres jeux ; mais empêchez qu’elles ne se rassasient de l’un pour courir à l’autre ; ne souffrez pas qu’un seul instant dans leur vie elles ne connaissent plus de frein. Accoutumez-les à se voir interrompre au milieu de leurs jeux, et ramener à d’autres soins sans murmurer. La seule habitude suffit encore en ceci, parce qu’elle ne fait que seconder la nature.
Il résulte de cette contrainte habituelle une docilité dont les femmes ont besoin toute leur vie, puisqu’elles ne cessent jamais d’être assujetties ou à un homme, ou aux jugements des hommes, et qu’il ne leur est jamais permis de se mettre au-dessus de ces jugements. La première et la plus importante qualité d’une femme est la douceur : faite pour obéir à un être aussi imparfait que l’homme, souvent si plein de vices, et toujours si plein de défauts, elle doit apprendre de bonne heure à souffrir même l’injustice et à supporter les torts d’un mari sans se plaindre ; ce n’est pas pour lui, c’est pour elle qu’elle doit être douce. L’aigreur et l’opiniâtreté des femmes ne font jamais qu’augmenter leurs maux et les mauvais procédés des maris ; ils sentent que ce n’est pas avec ces armes-là qu’elles doivent les vaincre. Le ciel ne les fit point insinuantes et persuasives pour devenir acariâtres ; il ne les fit point faibles pour être impérieuses ; il ne leur donna point une voix si douce pour dire des injures ; il ne leur fit point des traits si délicats pour les défigurer par la colère. Quand elles se fâchent, elles s’oublient : elles ont souvent raison de se plaindre, mais elles ont toujours tort de gronder. Chacun doit garder le ton de son sexe ; un mari trop doux peut rendre une femme impertinente ; mais, à moins qu’un homme ne soit un monstre, la douceur d’une femme le ramène, et triomphe de lui tôt ou tard.
No matter what the frivolous may say, common sense exists in both sexes. Girls are generally more obedient than boys, and indeed greater authority must be exercised over them, as I will mention later; but this does not mean that we should demand of them anything they cannot see to be useful. The art of a mother lies in showing her children the usefulness of whatever she prescribes for them, and this is all the easier since girls tend to develop intelligence earlier than boys. This rule prohibits, for both their sex and ours, not only all idle studies that lead to nothing good and do not even make those who engage in them more pleasant to others, but also any studies whose usefulness is beyond a child’s current age or understanding. If I would not have a boy forced to learn to read, then all the more should we refrain from forcing young girls to do so until they fully understand its purpose. Moreover, the way in which this purpose is usually presented to them reflects more our own ideas than theirs. After all, what is the need for a girl to know how to read and write at such a young age? Will she be managing a household so soon? Few people use this “fatal knowledge” for anything other than abuse; and most girls are too curious to refrain from learning it whenever they have the opportunity. Perhaps they should learn arithmetic first, for nothing offers more immediate practical usefulness, requires more sustained practice, or leaves more room for error than calculations. If a child had to count the number of cherries in her snack before she could eat them, I bet she would quickly master basic arithmetic.
I know a young person who learned to write before she could read, and who began by writing with a needle before using a pen. Of all forms of writing, she initially only wanted to create the letter “O.” She endlessly drew large and small O’s, O’s of various sizes, some nested inside others, always writing them in reverse. Unfortunately, one day, while engaged in this seemingly useful exercise, she saw herself in a mirror; realizing that this constrained posture gave her an unattractive appearance, she, like another Minerva, threw down her pen and refused to write any more O’s. Her brother didn’t enjoy writing any more than she did; but what annoyed him was the embarrassment it caused him, not the appearance it gave her. People tried various other methods to get her to start writing again. But the little girl was delicate and vain; she absolutely refused to allow her clothes to be used by her sisters. They were marked, then people stopped marking them; eventually, she was forced to mark them herself—and one can imagine the rest of her progress from there.
Always justify the constraints you impose on young girls, but never fail to impose them upon them. Idleness and disobedience are the two most dangerous flaws for them, and the ones that are hardest to overcome once acquired. Girls must be vigilant and diligent; moreover, they must learn to feel shame from a very early age. This so-called “misfortune,” if indeed it can be considered such for them, is inseparable from their gender; and they will never escape it, except at the cost of suffering far greater evils. Throughout their lives, they will be subjected to the most constant and severe form of restraint: the constraints imposed by propriety. First, they must be trained in obedience so that these rules never come to cost them anything; their whims must be tamed in order to submit them to the will of others. If they always wished to work, sometimes we would have to force them to do nothing at all. Indulgence, frivolity, and inconsistency are flaws that easily arise from their corrupt tastes from an early age. To prevent such excesses, above all, teach them to overcome themselves. In our absurd societal arrangements, the life of an honest woman is a constant struggle against herself; it is only fair that this gender should bear the consequences of the evils it has caused us.
Prevent girls from growing bored in their daily tasks and losing interest in their amusements—something that always happens in superficial educations, where, as Fénelon said, all the boredom is placed on one side and all the pleasure on the other. The first of these two problems will not occur if the aforementioned rules are followed; it will only happen when those who accompany them become unpleasant to them. A little girl who loves her mother or her nanny will work beside her all day without any boredom—only the companionship itself will compensate for any inconvenience she may face. But if the person in charge of her is unbearable, she will despise everything that happens in front of her eyes. It is very difficult for those who do not enjoy their mothers more than anyone else in the world to ever achieve happiness; yet to truly understand their feelings, one must study them carefully, rather than relying on what they say—for they are often flattering and deceitful, and learn to disguise their true intentions at an early age. Nor should we force them to love their mothers; affection does not arise from duty, and coercion is of no use in this regard. Affection, care, and the mere habit of being with one’s mother will make a daughter love her—so long as she does nothing to earn her mother’s hatred. Even the discomfort that such a relationship may cause, if handled properly, will not weaken this bond; on the contrary, it will strengthen it, for dependence is a natural state for women, and daughters naturally feel meant to obey their mothers.
For the very same reason why they have little or no freedom, they tend to overindulge in the freedom that is allowed them; being extreme in everything, they engage in their playful activities with even more fervor than boys do—this constitutes the second of the disadvantages I just mentioned. Such fervor must be moderated, for it is the root cause of several vices particular to women, such as the caprice and fickleness that make a woman today passionately devoted to one object only to dismiss it tomorrow. The inconsistency of their tastes is just as harmful as their excessiveness, and both stem from the same source. Do not deprive them of joy, laughter, noise, and playful activities; but prevent them from becoming satiated with one thing before rushing on to another; never allow a single moment in their lives to pass without any restraint. Teach them to accept interruptions while at play and to be readily diverted to other pursuits without complaint. In this regard, habit alone is sufficient, for it merely follows the natural order of things.
This constant constraint gives rise to a docility that women need throughout their lives, for they are never free from being subject to either a man or the judgments of men, and they are never allowed to place themselves above those judgments. The primary and most important quality of a woman is gentleness: destined to obey an being as imperfect as man—often full of vices and always laden with flaws—she must learn from an early age to endure injustice and tolerate her husband’s wrongs without complaint. It is not for him that she must be gentle, but for herself. Women’s bitterness and stubbornness only increase their suffering and their husbands’ harsh behavior; men know that such means will never enable them to overcome their wives. Heaven did not create women to be insinuating and persuasive in order for them to become nagging; it did not make them weak in order for them to be domineering; it did not endow them with a gentle voice to utter insults; nor did it give them delicate features to mar with anger. When women get angry, they forget themselves: they often have reason to complain, but they are always wrong to become harsh. Each should maintain the tone befitting their gender. A too-gentle husband may make his wife disrespectful; but unless a man is a monster, a woman’s gentleness will always bring him back to sanity and ultimately triumph over him.
Nonostante ciò che possano dire gli scherzatori, il buon senso è presente in entrambi i sessi. In generale, le ragazze sono più docili dei ragazzi, e bisogna persino esercitare su di loro un’autorità maggiore, come dirò tra poco; ma ciò non significa che si debba chiedere loro qualcosa di cui non possano comprendere l’utilità. L’arte delle madri consiste nel far loro vedere il valore di tutto ciò che impongono, e questo è ancora più facile poiché l’intelligenza nelle ragazze si sviluppa più precocemente che nei ragazzi. Questo principio esclude, sia dal loro sesso che dal nostro, non solo tutte quelle attività oziose che non portano a nulla di utile e che anzi non rendono più piacevoli coloro che le praticano, ma anche tutte quelle attività la cui utilità non è adatta all’età delle ragazze e di cui queste non possono prevedere i benefici in un momento successivo. Se non voglio che si costringa un ragazzo ad imparare a leggere, con ancora maggiore motivo non dovrei costringere le giovani ragazze a farlo prima di aver loro fatto chiaramente comprendere a cosa serve la lettura; e, nel modo in cui di solito si mostra loro questa utilità, si segue molto più l’idea propria che quella delle ragazze stesse. Dopotutto, qual è la necessità che una ragazza sappia leggere e scrivere così presto? Avrà già da governare una casa a quell’età? Molte donne usano questa “fatale scienza” più per abuso che per utilità; inoltre, tutte sono troppo curiose per non impararla senza essere costrette, non appena ne hanno l’opportunità. Forse dovrebbero prima imparare a fare i calcoli; poiché nulla offre un’utilità più immediata e richiede uno sforzo maggiore, né lascia spazio alle errori quanto i calcoli matematici. Se la bambina potesse ottenere le ciliegie del suo pasto solo attraverso operazioni aritmetiche, vi assicuro che imparerebbe rapidamente a calcolare.
Conosco una giovane che imparò a scrivere prima ancora di imparare a leggere, e iniziò a scrivere utilizzando l’ago piuttosto che la penna. Di tutta la scrittura, voleva innanzitutto tracciare soltanto lettere “O”. Ne disegnava continuamente di grandi e piccoli, di tutte le dimensioni, sovrapponendoli gli uni agli altri, e sempre scrivendoli al contrario. Purtroppo, un giorno, mentre era impegnata in questo “utile esercizio”, si vide riflessa in uno specchio; notando che quella posizione forzata le dava un aspetto poco grazioso, come un’altra Minerva, gettò via la penna e decise di non scrivere più lettere “O”. Anche suo fratello non amava scrivere quanto lei; ma ciò che lo infastidiva era il disagio che quella attività gli causava, e non l’aspetto che essa gli conferiva. Si cercarono altri metodi per farla tornare alla scrittura. La bambina era delicata e vanitosa: non voleva assolutamente che i suoi vestiti venissero utilizzati dalle sue sorelle; li si segnava, poi si smise di farlo. Alla fine, dovette essere lei stessa a segnarli. Si può immaginare il resto del suo percorso di apprendimento.
È sempre necessario giustificare i rigori che si impongono alle giovani ragazze, ma bisogna comunque imporli loro. L’ozio e l’indisciplina sono i due difetti più pericolosi per loro, e di questi ci si libera con difficoltà una volta che li si sono acquisiti. Le ragazze devono essere vigili e laboriose; non basta: devono anche imparare a sentirsi a disagio fin da giovani. Questo “danno”, se tale può essere considerato, è inscindibile dal loro sesso; e mai si libereranno di esso se non per soffrire di cose ancora più crudeli. Per tutta la vita saranno costrette ad osservare le regole della buona educazione, che rappresentano una sorta di schiavitù continua e severa. È necessario abituarle fin da piccole alla disciplina, affinché questa non gli costi nulla; bisogna domare tutte le loro fantasie per sottometterle al volere degli altri. Se volessero sempre lavorare, a volte sarebbe necessario costringerle a non fare nulla. La dissipazione, la frivolezza e l’incostanza sono difetti che nascono facilmente dai primi gusti corrotti che sviluppano. Per prevenire questi abusi, è fondamentale insegnare loro ad autocontrolarsi. Nei nostri sistemi sociali assurdi, la vita di una donna onesta è un continuo combattimento contro se stessa; è giusto che questo sesso condivida le conseguenze dei mali che ci ha causato.
È necessario impedire che le ragazze si annoiino nelle loro occupazioni e non si appassionino nei loro divertimenti, come accade sempre nelle educazioni volgari, dove, come dice Fénelon, si mette tutta la noia da un lato e tutto il piacere dall’altro. Il primo di questi due inconvenienti non si verificherà, se si seguono le regole precedenti, se non quando le persone che sono con loro risultano sgradevoli alle ragazze stesse. Una bambina che ama sua madre o la sua governante lavorerà tutto il giorno al suo fianco senza annoiarsi; solo il chiacchiericcio potrà compensarla di ogni disagio. Ma se colui che la guida le è insopportabile, lei proverà lo stesso disgusto per qualsiasi cosa faccia sotto i suoi occhi. È molto difficile che coloro che non si trovano a loro agio con le proprie madri possano un giorno avere successo nella vita; tuttavia, per giudicare i loro veri sentimenti, è necessario studiarle attentamente, e non fidarsi di ciò che dicono, poiché sono solite essere lusinghiere, dissimulate e sanno fin da piccole come nascondere le proprie vere emozioni. Non si dovrebbe nemmeno imporre loro di amare la madre; l’affetto non deriva dal dovere, e in questo caso la coercizione è del tutto inutile. L’attaccamento, le attenzioni, l’abitudine stessa faranno sì che una figlia ami sua madre, a condizione che questa non faccia nulla per suscitare il suo odio. Anzi, lo stesso disagio che la madre le provoca, se gestito con saggezza, non solo non indebolirà questo legame, ma lo rafforzerà ancora di più, poiché la dipendenza è uno stato naturale per le donne, e le ragazze si sentono destinate ad obbedire.
Per la stessa ragione per cui hanno o devono avere poca libertà, esagerano in quella che viene loro concessa; estreme in tutto, si dedicano ai loro giochi con ancora maggiore fervore dei ragazzi: questo è il secondo degli svantaggi di cui ho appena parlato. Questo eccesso deve essere moderato, poiché è la causa di molti vizi tipici delle donne, come, tra gli altri, l’instabilità dei loro gusti, per cui una donna oggi si dedica con entusiasmo a un certo oggetto, ma domani lo ignora completamente. L’inconstanza dei loro interessi è altrettanto dannosa dell’eccesso stesso, e entrambi derivano dalla stessa fonte. Non togliete loro la gioia, le risate, il rumore, i giochi spensierati; ma impedite che si sazieno di uno per correre verso un altro; non permettete che, nemmeno per un istante, nella loro vita manchi qualsiasi freno. Abituatele a essere interrotte mentre giocano e a dedicarsi ad altre attività senza lamentarsi. In questo caso, una sola abitudine è sufficiente, poiché essa semplicemente segue la natura stessa delle cose.
Il risultato di questa abituale coercizione è una docilità di cui le donne hanno bisogno per tutta la vita, poiché non smettono mai di essere sottomesse, sia a un uomo che ai giudizi degli uomini, e loro non viene mai permesso di porsi al di sopra di questi giudizi. La prima e più importante qualità di una donna è la dolcezza: essendo fatta per obbedire a un essere così imperfetto come l’uomo, spesso pieno di vizi e sempre pieno di difetti, deve imparare fin da giovane a sopportare anche l’ingiustizia e i torti di un marito senza lamentarsi; non è per lui, ma per sé stessa che deve essere dolce. L’amarezza e la testardaggine delle donne non fanno altro che aumentare i loro mali e le cattive azioni dei mariti; questi sentono che non sono queste armi quelle con cui possono sconfiggerli. Il cielo non le ha create insinuanti e persuasive per renderle acide; non le ha create deboli per farle diventare autoritarie; non loro ha dato una voce così dolce per dire offese; non loro ha dato tratti così delicati per deformarli con la rabbia. Quando si arrabbiano, si dimenticano di sé stesse: spesso hanno ragione di lamentarsi, ma hanno sempre torto di rimproverare. Ognuno deve mantenere il tono del proprio sesso; un marito troppo dolce può rendere una donna irrispettosa; ma, a meno che un uomo non sia un mostro, la dolcezza di una donna lo riporta alla ragione e, prima o poi, lo sconfigge.
Que les filles soient toujours soumises, mais que les mères ne soient pas toujours inexorables. Pour rendre docile une jeune personne, il ne faut pas la rendre malheureuse ; pour la rendre modeste, il ne faut pas l’abrutir ; au contraire, je ne serais pas fâché qu’on lui laissât mettre quelquefois un peu d’adresse, non pas à éluder la punition dans sa désobéissance, mais à se faire exempter d’obéir. Il n’est pas question de lui rendre sa dépendance pénible, il suffit de la lui faire sentir. La ruse est un talent naturel au sexe ; et, persuadé que tous les penchants naturels sont bons et droits par eux-mêmes, je suis d’avis qu’on cultive celui-là comme les autres : il ne s’agit que d’en prévenir l’abus.
Je m’en rapporte sur la vérité de cette remarque à tout observateur de bonne foi. Je ne veux point qu’on examine là-dessus les femmes mêmes : nos gênantes institutions peuvent les forcer d’aiguiser leur esprit. Je veux qu’on examine les filles, les petites filles, qui ne font pour ainsi dire que de naître : qu’on les compare avec les petits garçons de même âge ; et, si ceux-ci ne paraissent lourds, étourdis, bêtes, auprès d’elles, j’aurai tort incontestablement. Qu’on me permette un seul exemple pris dans toute la naïveté puérile.
Il est très commun de défendre aux enfants de rien demander à table ; car on ne croit jamais mieux réussir dans leur éducation qu’en la surchargeant de préceptes inutiles, comme si un morceau de ceci ou de cela n’était pas bientôt accordé ou refusé[476], sans faire mourir sans cesse un pauvre enfant d’une convoitise aiguisée par l’espérance. Tout le monde sait l’adresse d’un jeune garçon soumis à cette loi, lequel, ayant été oublié à table, s’avisa de demander du sel, etc. Je ne dirai pas qu’on pouvait le chicaner pour avoir demandé directement du sel et indirectement de la viande ; l’omission était si cruelle, que, quand il eût enfreint ouvertement la loi et dit sans détour qu’il avait faim, je ne puis croire qu’on l’en eût puni. Mais voici comment s’y prit, en ma présence, une petite fille de six ans dans un cas beaucoup plus difficile ; car, outre qu’il lui était rigoureusement défendu de demander jamais rien ni directement ni indirectement, la désobéissance n’eût pas été graciable, puisqu’elle avait mangé de tous les plats, hormis un seul, dont on avait oublié de lui donner, et qu’elle convoitait beaucoup.
Or, pour obtenir qu’on réparât cet oubli sans qu’on pût l’accuser de désobéissance, elle fit en avançant son doigt la revue de tous les plats, disant tout haut, à mesure qu’elle les montrait : J’ai mangé de ça, j’ai mangé de ça ; mais elle affecta si visiblement de passer sans rien dire celui dont elle n’avait point mangé, que quelqu’un s’en apercevant lui dit : Et de cela, en avez-vous mangé ? Oh ! non, reprit doucement la petite gourmande en baissant les yeux. Je n’ajouterai rien ; comparez : ce tour-ci est une ruse de fille, l’autre est une ruse de garçon.
Ce qui est bien, et aucune loi générale n’est mauvaise. Cette adresse particulière donnée au sexe est un dédommagement très équitable de la force qu’il a de moins ; sans quoi la femme ne serait pas la compagne de l’homme, elle serait son esclave : c’est par cette supériorité de talent qu’elle se maintient son égale, et qu’elle le gouverne en lui obéissant. La femme a tout contre elle, nos défauts, sa timidité, sa faiblesse ; elle n’a pour elle que son art et sa beauté. N’est-il pas juste qu’elle cultive l’un et l’autre ? Mais la beauté n’est pas générale ; elle périt par mille accidents, elle passe avec les années ; l’habitude en détruit l’effet. L’esprit seul est la véritable ressource du sexe : non ce sot esprit auquel on donne tant de prix dans le monde, et qui ne sert à rien pour rendre la vie heureuse, mais l’esprit de son état, l’art de tirer parti du nôtre, et de se prévaloir de nos propres avantages. On ne sait pas combien cette adresse des femmes nous est utile à nous-mêmes, combien elle ajoute de charme à la société des deux sexes, combien elle sert à réprimer la pétulance des enfants, combien elle contient de maris brutaux, combien elle maintient de bons ménages, que la discorde troublerait sans cela. Les femmes artificieuses et méchantes en abusent, je le sais bien ; mais de quoi le vice n’abuse-t-il pas ? Ne détruisons point les instruments du bonheur parce que les méchants s’en servent quelquefois à nuire.
On peut briller par la parure, mais on ne plaît que par la personne. Nos ajustements ne sont point nous ; souvent ils déparent à force d’être recherchés, et souvent ceux qui font le plus remarquer celle qui les porte sont ceux qu’on remarque le moins. L’éducation des jeunes filles est en ce point tout à fait à contresens. On leur promet des ornements pour récompense, on leur fait aimer les atours recherchés : Qu’elle est belle ! leur dit-on quand elles sont fort parées. Et tout au contraire on devrait leur faire entendre que tant d’ajustement n’est fait que pour cacher des défauts, et que le vrai triomphe de la beauté est de briller par elle-même. L’amour des modes est de mauvais goût, parce que les visages ne changent pas avec elles, et que la figure restant la même, ce qui lui sied une fois lui sied toujours.
Quand je verrais la jeune fille se pavaner dans ses atours, je paraîtrais inquiet de sa figure ainsi déguisée et de ce qu’on en pourra penser ; je dirais : Tous ces ornements la parent trop, c’est dommage : croyez-vous qu’elle en pût supporter de plus simples ? est-elle assez belle pour se passer de ceci ou de cela ? Peut-être sera-t-elle alors la première à prier qu’on lui ôte cet ornement, et qu’on juge : c’est le cas de l’applaudir, s’il y a lieu. Je ne la louerais jamais tant que quand elle serait le plus simplement mise. Quand elle ne regardera la parure que comme un supplément aux grâces de la personne et comme un aveu tacite qu’elle a besoin de secours pour plaire, elle ne sera point fière de son ajustement, elle en sera humble ; et si, plus parée que de coutume, elle s’entend dire, Qu’elle est belle ! elle en rougira de dépit.
Au reste, il y a des figures qui ont besoin de parure, mais il n’y en a point qui exigent de riches atours. Les parures ruineuses sont la vanité du rang et non de la personne, elles tiennent uniquement au préjugé. La véritable coquetterie est quelquefois recherchée, mais elle n’est jamais fastueuse ; et Junon se mettait plus superbement que Vénus. Ne pouvant la faire belle, tu la fais riche, disait Apelles à un mauvais peintre qui peignait Hélène fort chargée d’atours[477]. J’ai aussi remarqué que les plus pompeuses parures annonçaient le plus souvent de laides femmes ; on ne saurait avoir une vanité plus maladroite. Donnez à une jeune fille qui ait du goût, et qui méprise la mode, des rubans, de la gaze, de la mousseline et des fleurs ; sans diamants, sans pompons, sans dentelles[478], elle va se faire un ajustement qui la rendra cent fois plus charmante que n’eussent fait tous les brillants chiffons de la Duchapt.
That girls should always be submissive, but that mothers should not always be merciless. To make a young person docile, one must not make her unhappy; to make her modest, one must not brutify her. On the contrary, I would not object if she were allowed to use some cunning from time to time—not to evade punishment for her disobedience, but rather to find ways to be exempted from obeying certain commands. It is not necessary to make her dependence on others painful; it is enough to make her aware of it. Cunning is a natural talent of the female sex; and, convinced that all natural inclinations are good and legitimate in themselves, I believe that this one should be cultivated just like any other: it is only necessary to prevent its abuse.
I refer the truth of this observation to any well-intentioned observer. I do not wish for women themselves to be examined on this matter: our oppressive institutions may force them to sharpen their minds. Instead, let us examine young girls, little girls who are, so to speak, merely coming into this world; let us compare them with little boys of the same age. If those boys appear dull, confused, or even foolish in comparison to them, then I would undoubtedly be in error. Allow me to provide just one example, drawn from the pure naivety of childhood itself.
It is very common to advise children not to ask for anything at the table; for people always believe that overloading their education with unnecessary rules will lead to better results—as if asking for this or that would inevitably result in it being granted or refused[476], without causing a poor child to die of incessant longing fueled by hope. Everyone knows the story of a young boy who, having been forgotten at the table, dared to ask for salt, etc. I wouldn’t say that he could have been teased for asking for salt directly but indirectly for asking for meat; the omission was so cruel that, even if he had openly violated the rule and bluntly stated that he was hungry, I don’t believe he would have been punished for it. But here’s what happened in my presence to a six-year-old girl in a far more difficult situation: not only was it strictly forbidden for her to ask for anything, directly or indirectly, but disobedience would not have been tolerated at all—since she had already eaten every dish except one that had been forgotten and which she desired very much.
Or, in order to ensure that this oversight would be corrected without her being accused of disobedience, she pointed her finger at each dish one by one and said aloud as she showed them: “I ate this, I ate that”; but she deliberately skipped over the ones she had not eaten, so obviously that someone noticed and asked her, “And this one? Did you eat any of it?” “Oh no,” replied the little glutton softly, lowering her eyes. “I won’t say anything more; just compare: this trick is a girl’s trick, while that one is a boy’s trick.”
What is good is never bad in any general sense; this particular role assigned to women is a very fair compensation for the lesser strength they possess. Without it, women would not be companions to men, but their slaves—it is precisely through this superiority of talent that they remain their equals and are able to govern men by obeying them. Women have everything against them: our shortcomings, their own timidity, their weakness; all they have in their favor is their art and their beauty. Is it not just that they should cultivate both? But beauty is not universal; it can be destroyed by a thousand accidents, it fades with the years, and habit often diminishes its effect. Only the mind is the true resource of women—not that foolish intellect which is so highly valued in the world but rather the intelligence to make the best use of our own strengths and advantages. We cannot even begin to measure how useful this skill of women is for us all, how much charm it adds to the relationship between the sexes, how effectively it helps to restrain the impulsiveness of children, how many rough husbands it moderates, and how many marriages it preserves from discord. I know that cunning and wicked women sometimes abuse these abilities; but what virtue is not sometimes abused by those who are bent on evil? Let us not destroy the tools of happiness just because some wicked people may use them to cause harm.
One may shine through adornment, but it is only one’s inner self that truly attracts others. The attire we wear is not who we are; often, it stands out too much because it has been excessively crafted, and yet it is often the details that attract attention the least. In this regard, the education of young girls is entirely misguided. They are promised rewards in the form of ornaments, and they are taught to cherish elaborate attire—“How beautiful you are!” people say when they are dressed up elaborately. But on the contrary, we should teach them that such embellishments are merely meant to conceal flaws, and that the true triumph of beauty lies in shining naturally. The obsession with fashion is a sign of poor taste, for faces do not change with it; and since one’s appearance remains the same, what suits them once will always suit them.
When I see that young girl parading around in all her ornaments, I would seem concerned about her appearance in such attire and what others might think of it; I would say: “All these decorations make her look too fancy—what a pity. Do you think she could manage with something simpler? Is she really beautiful enough to do without this or that?” Perhaps then she would be the first to ask that those ornaments be removed, and we might decide whether such behavior deserves praise. I would never praise her more than when she was dressed in the simplest attire. When she viewed these adornments merely as additions to her natural beauty—and as a tacit admission that she needed help to please others—she would not be proud of them but rather humble. And if, dressed more elaborately than usual, someone were to say, “How beautiful she is!”, she would feel ashamed instead of pleased.
Furthermore, there are some figures that require adornment, but none that demand lavish attire. Such extravagant decorations are a sign of vanity related to social status rather than the individual itself; they depend entirely on preconceptions. True coquetry may sometimes be pursued, but it is never ostentatious; indeed, Juno could appear more splendidly than Venus. “Since you cannot make her beautiful, at least make her rich,” Apelles said to a poor painter who had depicted Helen dressed in excessive finery[477]. I have also observed that the most pompous decorations often accompany unattractive women; such vanity is truly clumsy. Give a young woman with good taste and who disdains fashion some ribbons, gauze, muslin, and flowers—without diamonds, tassels, or lace[478]—and she will create an outfit that makes her a hundred times more charming than all the dazzling fabrics of the Duchapt could ever do.
Che le ragazze siano sempre sottomesse, ma che le madri non siano sempre spietate. Per rendere docile una giovane persona, non è necessario renderla infelice; per renderla modesta, non è necessario renderla stupida; al contrario, non mi dispiacerebbe se le fosse permesso di mostrare talvolta un po’ di astuzia, non certo per eludere la punizione nella sua disobbedienza, ma per riuscire a essere esentata dall’obbedire. Non si tratta di rendere la sua dipendenza dolorosa, basta farle sentire l’esistenza di tale dipendenza. L’astuzia è un talento naturale del sesso femminile; e, convinto che tutti i naturali impulsi siano in sé buoni e giusti, sono dell’opinione che si debba coltivarli come gli altri: basta semplicemente prevenirne l’abuso.
Mi baso sulla veridicità di questa osservazione per convincere qualsiasi osservatore onesto. Non intendo nemmeno che si esamini a questo proposito le donne stesse: le nostre ingiuste istituzioni possono costringerle ad affinare il proprio intelletto. Voglio invece che si esaminino le ragazze, le bambine piccole, che praticamente non fanno altro che nascere; che vengano paragonate ai bambini di età simile. E se questi ultimi sembrassero lenti, stupidi o ignoranti rispetto a loro, allora avrei senza dubbio torto. Permettetemi di fornire un solo esempio tratto dalla più pura ingenuità infantile.
È molto comune impedire ai bambini di chiedere nulla a tavola; si ritiene infatti che l’educazione di loro possa avere successo solo se viene sovraccaricata di precetti inutili, come se non fosse possibile ottenere o rifiutare qualcosa in qualsiasi momento, senza che questo costi continuamente a un povero bambino una grande sofferenza dovuta alla sua brama stimolata dall’attesa. Tutti conoscono l’esempio di un ragazzo che, essendo stato dimenticato a tavola, chiese del sale, ecc. Non direi che si potesse rimproverarlo per aver chiesto direttamente il sale o indirettamente della carne; l’omissione era infatti così crudele che, anche se avesse infranto apertamente le regole e avesse detto senza mezzi termini di avere fame, non credo che sarebbe stato punito. Ma ecco come si comportò, davanti ai miei occhi, una bambina di sei anni in una situazione molto più difficile: poiché le era stato rigorosamente vietato chiedere qualsiasi cosa, né direttamente né indirettamente, e inoltre la sua disobbedienza non avrebbe potuto essere perdonata, visto che aveva già mangiato tutti i piatti tranne uno, di cui si era dimenticato di darle. Quel cibo le era molto desiderato.
Ora, per far sì che quel “dimenticato” venisse riparato senza che si potesse accusarla di disobbedienza, fece passare il dito su tutti i piatti, dicendo ad alta voce mentre li mostrava: “Ho mangiato questo, ho mangiato quest’altro”; ma simulò in modo così evidente di ignorare quei piatti che non aveva assaggiato, che qualcuno se ne accorse e le chiese: “E di questo, l’avete mangiato?” “Oh no”, rispose dolcemente la piccola golosa abbassando lo sguardo. “Non aggiungerò nulla; confrontate pure: questo modo di comportarsi è una astuzia da ragazza, quello invece è un’astuzia da ragazzo.”
Ciò che è giusto non può essere considerato male, e nessuna legge generale può essere ritenuta cattiva. Questa particolare predisposizione data al sesso femminile rappresenta un compenso molto equo per la minor forza che esso possiede; altrimenti, la donna non sarebbe la compagna dell’uomo, ma ne sarebbe la schiava: è proprio grazie a questa superiorità nel talento che lei riesce a mantenere il proprio ruolo di eguale e a governarlo obbedendogli. La donna ha contro di sé tutti i nostri difetti, la sua timidezza, la sua debolezza; l’unica cosa che possiede a suo favore è il proprio talento e la propria bellezza. Non è forse giusto che lei coltivi entrambi questi doni? Ma la bellezza non è universale: può essere distrutta da mille incidenti, svanisce con gli anni, l’abitudine ne riduce l’effetto. L’intelligenza, soltanto l’intelligenza, rappresenta il vero strumento per il successo del sesso femminile: non quella sciocca intelligenza che viene tanto apprezzata nel mondo e che in realtà non serve affatto a rendere la vita felice, ma quell’intelligenza specifica del proprio ruolo, quell’arte di sfruttare i nostri vantaggi e di trarne il meglio. Non si sa quanto questa abilità delle donne sia utile a noi stessi, quanto aggiunga fascino alla convivenza tra i due sessi, quanto aiuti a contenere la capricciosità dei bambini, quanto possa salvare matrimoni che altrimenti andrebbero in rovina. Le donne artificiose e malvagie ne abusano, lo so bene; ma di cosa non abusa il vizio? Non distruggiamo dunque gli strumenti del felicità solo perché i malvagi a volte li usano per fare del male.
Si può brillare con gli ornamenti, ma si piace davvero solo per ciò che si è veramente. I nostri abiti non rappresentano noi stessi; spesso risultano eccessivamente appariscenti a causa della loro raffinatezza, e spesso sono proprio quelli che attirano maggiormente l’attenzione su chi li indossa ad essere poi i meno notati. L’educazione delle giovani donne è in questo senso completamente errata: loro vengono promesse ricompense sotto forma di ornamenti e viene insegnato loro ad amare gli abiti eleganti; “Che bella!” si dice quando sono molto vestite. In realtà, invece, dovrebbe essere loro spiegato che tutto questo trucco serve soltanto a nascondere i difetti, e che il vero trionfo della bellezza consiste nel brillare per ciò che si è veramente. L’amore per le modo è di cattivo gusto: i volti, infatti, non cambiano con loro, e poiché la figura rimane sempre la stessa, ciò che le sta bene una volta le starà bene per sempre.
Quando vedessi quella ragazza pavoneggiarsi nei suoi abiti eleganti, sembrerei preoccupato per il suo aspetto così travestito e per ciò che gli altri potrebbero pensare di lei; direi: “Tutti questi ornamenti la rendono troppo appariscente. Peccato: credete che possa sopportarne di più semplici? È abbastanza bella da fare a meno di queste cose?” Forse allora sarebbe la prima ad chiedere che le vengano tolti quegli ornamenti, e si potrebbe giudicare se sia il caso di applaudirla. Non la loderei mai tanto quanto quando fosse vestita in modo molto semplice. Quando considerasse quegli abiti soltanto come un complemento alle sue grazie naturali, e come un’ammissione silenziosa del fatto che abbia bisogno di aiuti per piacere agli altri, non sarebbe orgogliosa del proprio aspetto. Ne sarebbe umile; e se, più adornata del solito, qualcuno le dicesse: “Che bella!”, ne arrossirebbe di disappunto.
Del resto, ci sono figure che hanno bisogno di ornamenti, ma nessuna richiede abiti lussuosi. Gli ornamenti eccessivi sono frutto della vanità del rango, non della persona stessa; dipendono unicamente dai pregiudizi altrui. La vera coquetteria, a volte, viene cercata, ma mai è sfarzosa; anzi, Giunone appariva più maestosa di Venere. “Non potendo renderla bella, la rendi ricca”, disse Apelle a un pittore maldestro che raffigurava Elena vestita con troppi ornamenti[477]. Ho anche notato che gli abiti più sfarzosi spesso appartengono a donne brutte; non si può immaginare una vanità più goffa. Date a una ragazza che abbia gusto e disprezi la moda dei vestiti, nastri, garze, mussoline e fiori; senza diamanti, pomponi o merletti[478], lei sarà in grado di crearsi un abbigliamento che la renderà cento volte più affascinante di quanto possano fare tutti i tessuti lussuosi della Duchapt.
Comme ce qui est bien est toujours bien, et qu’il faut être toujours le mieux qu’il est possible, les femmes qui se connaissent en ajustements choisissent les bons, s’y tiennent ; et, n’en changeant pas tous les jours, elles en sont moins occupées que celles qui ne savent à quoi se fixer. Le vrai soin de la parure demande peu de toilette. Les jeunes demoiselles ont rarement des toilettes d’appareil ; le travail, les leçons, remplissent leur journée ; cependant, en général, elles sont mises, au rouge près, avec autant de soin que les dames, et souvent de meilleur goût. L’abus de la toilette n’est pas ce qu’on pense, il vient bien plus d’ennui que de vanité. Une femme qui passe six heures à sa toilette n’ignore point qu’elle n’en sort pas mieux mise que celle qui n’y passe qu’une demi-heure ; mais c’est autant de pris sur l’assommante longueur du temps, et il vaut mieux s’amuser de soi que de s’ennuyer de tout. Sans la toilette, que ferait-on de la vie depuis midi jusqu’à neuf heures ? En rassemblant des femmes autour de soi, on s’amuse à les impatienter, c’est déjà quelque chose ; on évite les tête-à-tête avec un mari qu’on ne voit qu’à cette heure-là, c’est beaucoup plus ; et puis viennent les marchandes, les brocanteurs, les petits messieurs, les petits auteurs, les vers, les chansons, les brochures : sans la toilette on ne réunirait jamais si bien tout cela. Le seul profit réel qui tienne à la chose est le prétexte de s’étaler un peu plus que quand on est vêtue ; mais ce profit n’est peut-être pas si grand qu’on pense, et les femmes à toilette n’y gagnent pas tant qu’elles diraient bien. Donnez sans scrupule une éducation de femme aux femmes, faites qu’elles aiment les soins de leur sexe, qu’elles aient de la modestie, qu’elles sachent veiller à leur ménage et s’occuper dans leur maison ; la grande toilette tombera d’elle-même, et elles n’en seront mises que de meilleur goût.
La première chose que remarquent en grandissant les jeunes personnes, c’est que tous ces agréments étrangers ne leur suffisent pas, si elles n’en ont qui soient à elle. On ne peut jamais se donner la beauté, et l’on n’est pas si tôt en état d’acquérir la coquetterie ; mais on peut déjà chercher à donner un tour agréable à ses gestes, un accent flatteur à sa voix, à composer son maintien, à marcher avec légèreté, à prendre des attitudes gracieuses, et à choisir partout ses avantages. La voix s’étend, s’affermit, et prend du timbre ; les bras se développent, la démarche s’assure, et l’on s’aperçoit que, de quelque manière qu’on soit mise, il y a un art de se faire regarder. Dès lors il ne s’agit plus seulement d’aiguille et d’industrie ; de nouveaux talents se présentent, et font déjà sentir leur utilité.
Je sais que les sévères instituteurs veulent qu’on n’apprenne aux jeunes filles ni chant, ni danse, ni aucun des arts agréables. Cela me paraît plaisant ; et à qui veulent-ils donc qu’on les apprenne ? Aux garçons ? À qui des hommes ou des femmes appartient-il d’avoir ces talents par préférence ? À personne, répondront-ils ; les chansons profanes sont autant de crimes ; la danse est une invention du démon, une jeune fille ne doit avoir d’amusement que son travail et la prière. Voilà d’étranges amusements pour un enfant de dix ans ! Pour moi, j’ai grand-peur que toutes ces petites saintes qu’on force de passer leur enfance à prier Dieu ne passent leur jeunesse à tout autre chose, et ne réparent de leur mieux, étant mariées, le temps qu’elles pensent avoir perdu filles. J’estime qu’il faut avoir égard à ce qui convient à l’âge aussi bien qu’au sexe ; qu’une jeune fille ne doit pas vivre comme sa grand’mère ; qu’elle doit être vive, enjouée, folâtre, chanter, danser autant qu’il lui plaît, et goûter tous les innocents plaisirs de son âge ; le temps ne viendra que trop tôt d’être posée et de prendre un maintien plus sérieux.
Mais la nécessité de ce changement même est-elle bien réelle ? n’est-elle point peut-être encore un fruit de nos préjugés ? En n’asservissant les honnêtes femmes qu’à de tristes devoirs, on a banni du mariage tout ce qui pouvait le rendre agréable aux hommes. Faut-il s’étonner si la taciturnité qu’ils voient régner chez eux les en chasse, ou s’ils sont peu tentés d’embrasser un état si déplaisant ? À force d’outrer tous les devoirs, le christianisme les rend impraticables et vains ; à force d’interdire aux femmes le chant, la danse, et tous les amusements du monde, il les rend maussades, grondeuses, insupportables dans leurs maisons. Il n’y a point de religion où le mariage soit soumis à des devoirs si sévères, et point où un engagement si saint soit si méprisé. On a tant fait pour empêcher les femmes d’être aimables, qu’on a rendu les maris indifférents. Cela ne devrait pas être ; j’entends fort bien : mais moi je dis que cela devait être, puisque enfin les chrétiens sont hommes. Pour moi, je voudrais qu’une jeune Anglaise cultivât avec autant de soin les talents agréables pour plaire au mari qu’elle aura, qu’une jeune Albanaise les cultive pour le harem d’Ispahan. Les maris, dira-t-on, ne se soucient point trop de tous ces talents. Vraiment je le crois, quand ces talents, loin d’être employés à leur plaire, ne servent que d’amorce pour attirer chez eux de jeunes impudents qui les déshonorent. Mais pensez-vous qu’une femme aimable et sage, ornée de pareils talents, et qui les consacrerait à l’amusement de son mari, n’ajouterait pas au bonheur de sa vie, et ne l’empêcherait pas, sortant de son cabinet la tête épuisée, d’aller chercher des récréations hors de chez lui ? Personne n’a-t-il vu d’heureuses familles ainsi réunies, où chacun sait fournir du sien aux amusements communs ? Qu’il dise si la confiance et la familiarité qui s’y joint, si l’innocence et la douceur des plaisirs qu’on y goûte, ne rachètent pas bien ce que les plaisirs publics ont de plus bruyant ?
On a trop réduit en arts les talents agréables ; on les a trop généralisés ; on a tout fait maxime et précepte, et l’on a rendu fort ennuyeux aux jeunes personnes ce qui ne doit être pour elles qu’amusement et folâtres jeux. Je n’imagine rien de plus ridicule que de voir un vieux maître à danser ou à chanter aborder d’un air refrogné de jeunes personnes qui ne cherchent qu’à rire, et prendre pour leur enseigner sa frivole science un ton plus pédantesque et plus magistral que s’il s’agissait de leur catéchisme. Est-ce, par exemple, que l’art de chanter tient à la musique écrite ? ne saurait-on rendre sa voix flexible et juste, apprendre à chanter avec goût, même à s’accompagner, sans connaître une seule note ? Le même genre de chant va-t-il à toutes les voix ? la même méthode va-t-elle à tous les esprits ? On ne me fera jamais croire que les mêmes attitudes, les mêmes pas, les mêmes mouvements, les mêmes gestes, les mêmes danses conviennent à une petite brune vive et piquante, et à une grande belle blonde aux yeux languissants. Quand donc je vois un maître donner exactement à toutes deux les mêmes leçons, je dis : Cet homme suit sa routine, mais il n’entend rien à son art.
On demande s’il faut aux filles des maîtres ou des maîtresses. Je ne sais : je voudrais bien qu’elles n’eussent besoin ni des uns ni des autres, qu’elles apprissent librement ce qu’elles ont tant de penchant à vouloir apprendre, et qu’on ne vît pas sans cesse errer dans nos villes tant de baladins chamarrés. J’ai quelque peine à croire que le commerce de ces gens-là ne soit pas plus nuisible à de jeunes filles que leurs leçons ne leur sont utiles, et que leur jargon, leur ton, leurs airs, ne donnent pas à leurs écolières le premier goût des frivolités, pour eux si importantes, dont elles ne tarderont guère, à leur exemple, de faire leur unique occupation.
Since what is good is always good, and one must always strive to be the best one can be, women who understand the importance of proper grooming choose the right methods and stick to them; by not changing their habits daily, they find themselves less preoccupied than those who are unsure about what to do. True care for one’s appearance requires little effort in dressing. Young ladies rarely have elaborate outfits; work and studies fill their days. Nevertheless, they generally dress with as much attention to detail as adult women—and often with better taste. Excessive focus on grooming is not as much a matter of vanity as it is of boredom. A woman who spends six hours on her appearance knows well that she will not look any better than one who spends only half an hour; but at least she is occupying herself during those tedious hours, and it is far better to enjoy oneself rather than endure boredom. Without grooming, what would people do from noon until nine in the evening? By gathering women around oneself, one can amuse themselves by making them wait—this is something; one can also avoid tête-à-têtes with a husband whom one only sees at that time—it’s much better still. And then there are the merchants, peddlers, young men, minor authors, poems, songs, and pamphlets: without grooming, one would never be able to bring all these things together so conveniently. The only real benefit of grooming is the excuse it provides for putting on a bit more attire than when one is simply dressed; but this advantage may not be as significant as people think, and women who groom themselves may not gain as much from it as they imagine. Give women an honest education, teach them to cherish the qualities inherent in their gender, to be modest, to manage their households well, and to engage in productive activities within their homes—then excessive grooming will fade away on its own, and they will end up looking better indeed.
The first thing that young people notice as they grow up is that all these external attractions are not enough for them unless they possess some that are truly their own. One cannot give oneself beauty, nor is one ready to acquire grace at an early age; but one can already begin to strive to make one’s movements more pleasing, to give one’s voice a flattering tone, to cultivate one’s posture, to walk with lightness, to assume graceful attitudes, and to choose those aspects of oneself that are most advantageous. One’s voice develops, becomes stronger, and takes on a particular timbre; one’s arms grow stronger, and one’s gait becomes more steady. One then realizes that, no matter how one is dressed, there is indeed an art to attracting attention. At this point, it is no longer just a matter of skill and diligence; new talents begin to emerge and immediately prove their usefulness.
I know that strict teachers want young girls to be taught neither singing nor dancing, nor any other form of enjoyable art. To me, this seems quite pleasant; but then, to whom are these skills supposed to be taught? To boys? Who among men or women is supposed to possess such talents by preference? “To no one,” they would probably say; “profane songs are nothing but crimes; dancing is an invention of the devil—a young girl should have for her only amusement her work and prayer.” What strange forms of entertainment these seem to be for a ten-year-old child! As for me, I’m deeply concerned that all these little “saints” who are forced to spend their childhood praying to God will end up spending their youth doing something entirely different. Once married, they will try their best to make up for the time they supposedly wasted as girls. In my opinion, we must take into account both age and gender when deciding what is appropriate; a young girl should not live like her grandmother—she should be lively, cheerful, playful, sing, dance as much as she likes, and enjoy all the innocent pleasures of her age. The time will come far too soon for her to become serious and adopt a more solemn demeanor.
But is the necessity for such a change truly real? Or might it not yet be another product of our prejudices? By confining honest women to merely sad duties, we have banished from marriage everything that could make it pleasant for men. Should it surprise us then that the gloom and despondency they observe in their own homes drive them away, or that they are little inclined to embrace such an unpleasant state of affairs? By overemphasizing all duties to the point of making them impractical and futile, Christianity has rendered them unbearable; by forbidding women from singing, dancing, and all forms of worldly amusement, it has made them gloomy, grumbling, and insufferable within their own homes. There is no other religion in which marriage is subjected to such severe obligations, nor in which a so sacred commitment is so despised. So much has been done to prevent women from being charming that husbands have become indifferent. This should not be the case; I certainly understand why it might seem so, but I say it must have been intended this way, since after all Christians are men. For my part, I would wish that a young Englishwoman cultivate those qualities that please her husband with just as much care as a young Albanian woman would cultivate them for the harem of Isfahan. Some might argue that husbands do not place too much importance on such qualities. Indeed, I believe this to be true when these qualities are not used to please them but instead serve merely as bait to attract impudent young men who bring them shame. But consider whether a kind and wise woman, endowed with such talents and devoted to entertaining her husband, would not greatly enhance the happiness of their life—and prevent him from leaving his home exhausted in search of entertainment elsewhere? Has anyone ever seen happy families brought together in this way, where each member contributes to the common pleasures of the household? Let them tell me whether the trust and intimacy that arise within such a setting, as well as the innocence and sweetness of the joys shared there, do not more than compensate for the noise and commotion of public amusements.
In arts, pleasant talents have been either overly restricted or excessively generalized; everything has been turned into maxims and precepts, rendering what should be mere amusement and playful activities for young people exceedingly tedious. I cannot imagine anything more ridiculous than seeing an elderly dance or singing teacher approach young people who are simply there to enjoy themselves with a stern and pedantic attitude, as if he were imparting some profound wisdom rather than basic skills. For instance, does the art of singing truly depend on written music? Couldn’t one learn to make their voice flexible and accurate, to sing with taste, or even to accompany oneself on an instrument, without knowing a single note? Does the same style of singing suit all voices? Does the same method work for everyone? It is impossible to believe that the same poses, steps, movements, gestures, and dances are suitable for both a lively, spirited brunette and a tall, beautiful blonde with dreamy eyes. Whenever I see a teacher giving exactly the same instructions to both of them, I think: This person is just following a routine; he has no real understanding of his art.
People ask whether girls need either male or female teachers. I don’t know; I would wish they didn’t need either, that they could freely learn whatever they have such a strong desire to learn, and that we wouldn’t constantly see so many gaudy, unserious individuals wandering through our cities. It’s hard for me to believe that the company of such people is not just as harmful to young girls as their lessons are useless to them; that their jargon, tone, and manners don’t introduce them to those frivolities that, for them, are so important—and that they won’t soon follow their example and make those frivolities their only pursuit.
Poiché ciò che è buono è sempre buono, e bisogna sempre essere il meglio possibile, le donne che conoscono i propri limiti scelgono ciò che è giusto e vi si attengono; non cambiandosi ogni giorno, ne sono meno occupate di quelle che non sanno a cosa dedicarsi. Il vero cura dell’aspetto richiede pochi preparativi. Le giovani signorine raramente hanno bisogno di un trucco elaborato; il lavoro e le lezioni riempiono la loro giornata; tuttavia, in generale, sono vestite con cura, quasi quanto le signore, e spesso con gusto migliore. L’abuso del trucco non è come si pensa: deriva molto di più dall’noia che dalla vanità. Una donna che dedica sei ore al proprio trucco sa bene che non ne risulterà più bella di una che ci impiega solo mezz’ora; ma è comunque un modo per occupare meglio il tempo, e preferire divertirsi con se stesse che annoiarsi di tutto. Senza il trucco, cosa si farebbe dalla mezzogiorno alle nove di sera? Riunendo donne intorno a sé, si può divertirsi a farle impazientire, è già qualcosa; si possono evitare i colloqui in privato con un marito che si vede solo in quel momento, è molto meglio; e poi ci sono le commesse, i commercianti, i giovani signori, gli scrittori, i versi, le canzoni, le brochure, senza il trucco, tutto questo non verrebbe mai riunito così facilmente. L’unico vero vantaggio legato al trucco è il pretesto per apparire un po’ più curate rispetto a quando si è semplicemente vestite; ma forse questo vantaggio non è così grande come si pensa, e le donne che si trucchiano non ne guadagnano poi molto. Date senza esitazione un’educazione femminile alle donne, fate sì che amino prendersi cura di sé stesse, che abbiano modestia, che sappiano gestire la propria casa e occuparsi delle faccende domestiche, il trucco elaborato cadrà da solo, e saranno vestite con gusto ancora maggiore.
La prima cosa che i giovani notano crescendo è che tutti questi piaceri esterni non sono sufficienti per loro, a meno che non ne possiedano alcuni propri. Non si può mai donarsi la bellezza, e non si è ancora in grado di acquisire l’art della seduzione; tuttavia si può già cercare di rendere i propri gesti più gradevoli, di dare alla propria voce un tono affascinante, di curare il proprio portamento, di camminare con leggerezza, di assumere atteggiamenti aggraziati e di scegliere sempre ciò che rappresenta i propri punti di forza. La voce si sviluppa, diventa più chiara e prende un tono particolare; le braccia si allungano, il passo diventa più sicuro, e si scopre che, in qualsiasi modo ci si presenti, esiste sempre un modo per attirare l’attenzione degli altri. Da quel momento in poi, non si tratta più soltanto di diligenza e abilità; emergono nuovi talenti che già mostrano la loro utilità.
So che gli severi insegnanti vogliono che alle ragazze non vengano insegnati né canto, né danza, né alcuna delle arti piacevoli. A me sembra una cosa gradevole. E a chi, allora, vorrebbero che venissero insegnate? Ai ragazzi? A quali uomini o donne spetta per preferenza possedere questi talenti? A nessuno, risponderanno; le canzoni profane sono dei crimini; la danza è un’invenzione del diavolo. Una ragazza non dovrebbe avere altro divertimento se non il proprio lavoro e la preghiera. Che strani passatempi per una bambina di dieci anni! Per quanto mi riguarda, temo molto che tutte queste “piccole sante” costrette a trascorrere l’infanzia pregando Dio, trascorrano la giovinezza occupate in altre cose. E, una volta sposate, cerchino di recuperare il tempo che ritengono di aver perso come ragazze. Ritengo che si debba tenere conto sia dell’età che del sesso; una ragazza non dovrebbe vivere come sua nonna. Dovrebbe essere vivace, allegra, spensierata, cantare, ballare quanto le piaccia. E godersi tutti i piaceri innocenti della sua età. Il momento in cui dovrà assumere un comportamento più serio arriverà fin troppo presto.
Ma è davvero necessario questo cambiamento? Non è forse ancora il frutto dei nostri pregiudizi? Imponendo alle donne oneste soltanto doveri tristi, si è bandito dal matrimonio tutto ciò che avrebbe potuto renderlo piacevole per gli uomini. Bisogna meravigliarsi se la loro taciturnità li allontana da esso, o se sono poco tentati di intraprendere una vita così sgradevole? Esagerando tutti i doveri, il cristianesimo li rende impraticabili e vani; vietando alle donne il canto, la danza e tutti gli svaghi del mondo, le rende malinconiche, irascibili e insopportabili in casa. Non esiste alcuna religione in cui il matrimonio sia sottoposto a doveri così severi, né in cui un impegno così sacro venga tanto disprezzato. Si è fatto di tutto per impedire alle donne di essere affascinanti, al punto di rendere gli uomini indifferenti. Questo non dovrebbe essere; capisco bene il ragionamento. Ma io dico che doveva essere proprio così, visto che dopotutto i cristiani sono uomini. Personalmente, vorrei che una giovane inglese coltivasse con lo stesso impegno quei talenti che possono piacere al marito, come farebbe una giovane albanese per il harem di Isfahan. Si dirà che gli uomini non si curino troppo di questi talenti. Certo, quando tali talenti, invece di essere utilizzati per loro stesso piacere, servono soltanto ad attirare giovani dissoluti che li disonorano. Ma pensate: una donna affascinante e saggia, dotata di simili capacità e che le dedicasse al divertimento del proprio marito, non aggiungerebbe forse felicità alla loro vita? E non impedirebbe al marito, uscendo dal suo studio stanco e scoraggiato, di cercare distrazioni altrove. Non si sono mai viste famiglie felici così unite, in cui ognuno contribuisce con i propri talenti ai divertimenti comuni. Ditemi: la fiducia e l’intimità che regnano in queste famiglie, l’innocenza e la dolcezza dei piaceri che vi si sperimentano, non compensano forse ciò che i divertimenti pubblici hanno di troppo rumoroso e disordinato?
Si sono ridotti eccessivamente, nell’ambito delle arti, i talenti che possono procurare piacere; si è cercato di generalizzarli in modo indiscriminato; tutto è stato trasformato in massime e precetti, rendendo così estremamente noioso per le giovani persone ciò che dovrebbe essere soltanto fonte di divertimento e gioco spensierato. Non riesco a immaginare nulla di più ridicolo del vedere un anziano maestro di danza o di canto avvicinarsi con aria cupa a giovani donne che cercano solo di ridere, e utilizzare un tono così pedante e autoritario per insegnare loro le sue conoscenze frivole, come se si trattasse del loro catechismo. Ad esempio: l’arte del canto ha davvero a che fare con la musica scritta? Non si potrebbe rendere la propria voce più flessibile e precisa, imparare a cantare con gusto, persino ad accompagnarsi al pianoforte, senza conoscere nemmeno una nota? Lo stesso tipo di canto è adatto a tutte le voci? La stessa metodologia può essere efficace per tutti i tipi di intelligenza? Non riusciranno mai a convincermi che gli stessi movimenti, gli stessi passi, gli stessi gesti e le stesse danze siano adatti sia a una giovane donna bruna, vivace e spiritosa, sia a una bella ragazza bionda dai occhi malinconici. Quindi, quando vedo un maestro impartire esattamente le stesse lezioni a entrambe, penso: quest’uomo segue soltanto la routine, ma non capisce affatto l’essenza della sua arte.
Si chiede se alle ragazze servano maestri o insegnanti. Non lo so; vorrei davvero che non avessero bisogno né di l’uno né dell’altro, che potessero imparare liberamente ciò che hanno tanto desiderio di conoscere, e che nelle nostre città non si vedesse continuamente vagabondare tanti individui stravaganti. Difficilmente posso credere che il rapporto con queste persone non sia più dannoso per le giovani ragazze di quanto i loro insegnamenti possano essergli utili; inoltre, il loro gergo, il loro tono, i loro modi non inducano certamente le ragazze a prendere gusto alle frivolezze, che per loro sono così importanti, e dalle quali, presto o tardi, seguiranno l’esempio e ne faranno la propria unica occupazione.
Dans les arts qui n’ont que l’agrément pour objet tout peut servir de maître aux jeunes personnes : leur père, leur mère, leur frère, leur soeur, leurs amies, leurs gouvernantes, leur miroir, et surtout leur propre goût. On ne doit point offrir de leur donner leçon, il faut que ce soient elles qui la demandent ; on ne doit point faire une tâche d’une récompense ; et c’est surtout dans ces sortes d’études que le premier succès est de vouloir réussir. Au reste, s’il faut absolument des leçons en règle, je ne déciderai point du sexe de ceux qui les doivent donner. Je ne sais s’il faut qu’un maître à danser prenne une jeune écolière par sa main délicate et blanche, qu’il lui fasse accourcir la jupe, lever les yeux, déployer les bras, avancer un sein palpitant ; mais je sais bien que pour rien au monde je ne voudrais être ce maître-là.
Par l’industrie et les talents le goût se forme ; par le goût l’esprit s’ouvre insensiblement aux idées du beau dans tous les genres, et enfin aux notions morales qui s’y rapportent. C’est peut-être une des raisons pourquoi le sentiment de la décence et de l’honnêteté s’insinue plus tôt chez les filles que chez les garçons ; car, pour croire que ce sentiment précoce soit l’ouvrage des gouvernantes, il faudrait être fort mal instruit de la tournure de leurs leçons et de la marche de l’esprit humain. Le talent de parler tient le premier rang dans l’art de plaire ; c’est par lui seul qu’on peut ajouter de nouveaux charmes à ceux auxquels l’habitude accoutume les sens. C’est l’esprit qui non seulement vivifie le corps, mais qui le renouvelle en quelque sorte ; c’est par la succession des sentiments et des idées qu’il anime et varie la physionomie ; et c’est par les discours qu’il inspire que l’attention, tenue en haleine, soutient longtemps le même intérêt sur le même objet. C’est, je crois, par toutes ces raisons que les jeunes filles acquièrent si vite un petit babil agréable, qu’elles mettent de l’accent dans leurs propos, même avant que de les sentir, et que les hommes s’amusent sitôt à les écouter, même avant qu’elles puissent les entendre ; ils épient le premier moment de cette intelligence pour pénétrer ainsi celui du sentiment[479].
Les femmes ont la langue flexible ; elles parlent plus tôt, plus aisément et plus agréablement que les hommes. On les accuse aussi de parler davantage : cela doit être, et je changerais volontiers ce reproche en éloge ; la bouche et les yeux ont chez elles la même activité, et par la même raison. L’homme dit ce qu’il sait, la femme dit ce qui plaît ; l’un pour parler a besoin de connaissance, et l’autre de goût ; l’un doit avoir pour objet principal les choses utiles, l’autre les agréables. Leurs discours ne doivent avoir de formes communes que celles de la vérité.
On ne doit donc pas contenir le babil des filles, comme celui des garçons, par cette interrogation dure, À quoi cela est-il bon ? mais par cette autre, à laquelle il n’est pas plus aisé de répondre, Quel effet cela fera-t-il ? Dans ce premier âge, où, ne pouvant discerner encore le bien et le mal, elles ne sont les juges de personne, elles doivent s’imposer pour loi de ne jamais rien dire que d’agréable à ceux à qui elles parlent ; et ce qui rend la pratique de cette règle plus difficile est qu’elle reste toujours subordonnée à la première, qui est de ne jamais mentir.
J’y vois bien d’autres difficultés encore, mais elles sont d’un âge plus avancé. Quant à présent, il n’en peut coûter aux jeunes filles pour être vraies que de l’être sans grossièreté ; et comme naturellement cette grossièreté leur répugne, l’éducation leur apprend aisément à l’éviter. Je remarque en général, dans le commerce du monde, que la politesse des hommes est plus officieuse, et celle des femmes plus caressante. Cette différence n’est point d’institution, elle est naturelle. L’homme paraît chercher davantage à vous servir, et la femme à vous agréer. Il suit de là que, quoi qu’il en soit du caractère des femmes, leur politesse est moins fausse que la nôtre ; elle ne fait qu’étendre leur premier instinct ; mais quand un homme feint de préférer mon intérêt au sien propre, de quelque démonstration qu’il colore ce mensonge, je suis très sûr qu’il en fait un. Il n’en coûte donc guère aux femmes d’être polies, ni par conséquent aux filles d’apprendre à le devenir. La première leçon vient de la nature, l’art ne fait plus que la suivre, et déterminer suivant nos usages sous quelle forme elle doit se montrer. À l’égard de leur politesse entre elles, c’est tout autre chose ; elles y mettent un air si contraint et des attentions si froides, qu’en se gênant mutuellement elles n’ont pas grand soin de cacher leur gêne, et semblent sincères dans leur mensonge on ne cherchant guère à le déguiser. Cependant les jeunes personnes se font quelquefois tout de bon des amitiés plus franches. À leur âge la gaieté tient lieu de bon naturel ; et contentes d’elles, elles le sont de tout le monde. Il est constant aussi qu’elles se baisent de meilleur coeur et se caressent avec plus de grâce devant les hommes, fières d’aiguiser impunément leur convoitise par l’image des faveurs qu’elles savent leur faire envier.
Si l’on ne doit pas permettre aux jeunes garçons des questions indiscrètes, à plus forte raison doit-on les interdire à de jeunes filles dont la curiosité satisfaite ou mal éludée est bien d’une autre conséquence, vu leur pénétration à pressentir les mystères qu’on leur cache et leur adresse à les découvrir. Mais sans souffrir leurs interrogations, je voudrais qu’on les interrogeât beaucoup elles-mêmes, qu’on eût soin de les faire causer, qu’on les agaçât pour les exercer à parler aisément, pour les rendre vives à la riposte, pour leur délier l’esprit et la langue, tandis qu’on le peut sans danger. Ces conversations toujours tournées en gaieté, mais ménagées avec art et bien dirigées, feraient un amusement charmant pour cet âge, et pourraient porter dans les coeurs innocents de ces jeunes personnes les premières et peut-être les plus utiles leçons de morale qu’elles prendront de leur vie, en leur apprenant, sous l’attrait du plaisir et de la vanité, à quelles qualités les hommes accordent véritablement leur estime, et en quoi consiste la gloire et le bonheur d’une honnête femme.
On comprend bien que si les enfants mâles sont hors d’état de se former aucune véritable idée de religion, à plus forte raison la même idée est-elle au-dessus de la conception des filles : c’est pour cela même que je voudrais en parler à celles-ci de meilleure heure ; car s’il fallait attendre qu’elles fussent en état de discuter méthodiquement ces questions profondes, on courrait risque de ne leur en parler jamais. La raison des femmes est une raison pratique qui leur fait trouver très habilement les moyens d’arriver à une fin connue, mais qui ne leur fait pas trouver cette fin. La relation sociale des sexes est admirable. De cette société résulte une personne morale dont la femme est l’oeil et l’homme le bras, mais avec une telle dépendance l’une de l’autre, que c’est l’homme que la femme apprend ce qu’il faut voir, et de la femme que l’homme apprend ce qu’il faut faire. Si la femme pouvait remonter aussi bien que l’homme aux principes, et que l’homme eût aussi bien qu’elle l’esprit des détails, toujours indépendants l’un de l’autre, ils vivraient dans une discorde éternelle, et leur société ne pourrait subsister. Mais dans l’harmonie qui règne entre eux, tout tend à la fin commune ; on ne sait lequel met le plus du sien ; chacun suit l’impulsion de l’autre ; chacun obéit, et tous deux sont les maîtres.
Par cela même que la conduite de la femme est asservie à l’opinion publique, sa croyance est asservie à l’autorité. Toute fille doit avoir la religion de sa mère, et toute femme celle de son mari. Quand cette religion serait fausse, la docilité qui soumet la mère et la famille à l’ordre de la nature efface auprès de Dieu le péché de l’erreur. Hors d’état d’être juges elles-mêmes, elles doivent recevoir la décision des pères et des maris comme celle de l’Église.
In arts that have pleasure as their sole objective, anything can serve as a teacher for young people: their father, mother, brother, sister, friends, governesses, their own mirrors—and, above all, their own taste. One should not offer them lessons or force them to learn; rather, they must be the ones to ask for them. One should not turn a task into a form of reward; and it is especially in such pursuits that the first step towards success lies in the desire to succeed itself. Moreover, if lessons are absolutely necessary, I would never decide on the gender of those who should give them. I don’t know whether a dance teacher should take a young girl by her delicate, white hand, make her shorten her skirt, lift her eyes, stretch out her arms, or expose her trembling chest—but I certainly wouldn’t want to be that kind of teacher at all.
Through industry and talent, taste is formed; through taste, the mind gradually opens itself to the ideas of beauty in all its manifestations, and ultimately to the moral concepts associated with it. Perhaps this is one of the reasons why a sense of decency and honesty develops sooner in girls than in boys; for to believe that such an early development is the result of governesses’ instruction would be to show a profound ignorance of the nature of their lessons and of the way the human mind progresses. The talent for oratory holds the foremost place among the arts of pleasing; it is through it alone that one can add new charms to those that habit has already made familiar to the senses. It is the mind that not only gives life to the body but also, in a sense, renews it; it is through the succession of emotions and ideas that it animates and diversifies our facial expressions; and it is through speech that it enables attention, once captivated, to maintain focus on the same subject for an extended period. For all these reasons, I believe, young girls quickly acquire a pleasant ability to talk; they begin to emphasize certain words in their speech even before they are fully aware of what they are saying, and men find pleasure in listening to them even before they are able to understand them. They seize the first signs of this intellectual development in order to gain an insight into the budding of their emotions[479].
Women possess a more flexible tongue; they begin speaking earlier, more easily, and in a more pleasant manner than men. They are also accused of talking more—this must be so, and I would gladly turn this criticism into praise. For women, the mouth and the eyes perform the same functions, for the same reasons. A man speaks what he knows; a woman speaks what pleases others. One needs knowledge to speak; the other requires good taste. For one, the main focus of speech should be useful things; for the other, pleasant things. Their speeches should share only one common form: that of truth.
Therefore, we should not suppress the chatter of girls, just as we would do with that of boys, by asking the harsh question “What good is it?” but rather by another question that is just as difficult to answer: “What effect will it have?” At this early age, when they are still unable to distinguish between good and evil and therefore cannot judge anyone, they must make it their rule never to say anything except what is pleasing to those they speak to. What makes it even more difficult to adhere to this rule is that it is always subordinate to the first rule: never to lie.
I perceive many other difficulties as well, but they are of a more mature nature. For the time being, all that young girls need to do in order to be genuine is to be so without any rudeness; and since such rudeness is naturally repugnant to them, education teaches them how to avoid it easily. In general, I observe that in social interactions, men’s politeness tends to be more formal, while women’s is more affectionate. This difference arises not from convention but from nature itself. Men seem to strive more to serve you, while women seek to please you. It follows that, regardless of a woman’s true character, her politeness is less insincere than ours; it merely extends her innate instincts. However, when a man pretends to put my interests above his own, no matter how carefully he wraps this lie in polite words, I am certain that it is still a lie. Therefore, it costs women little effort to be polite, and thus it also costs girls little effort to learn to be so. The first lesson in politeness comes from nature; art merely follows it and determines, according to our customs, in what form it should be expressed. As for their politeness towards one another, that is quite different; they adopt such a constrained manner and display such cold attentiveness that, by making each other uncomfortable, they hardly bother to hide their discomfort, and seem sincere in their “lies” without even trying to disguise them. Nevertheless, young people sometimes form much more genuine friendships. At their age, cheerfulness serves as a substitute for true kindness; and content with themselves, they are content with everyone else as well. It is also common for them to kiss each other with greater sincerity and to behave in more graceful ways in front of men, proud that they can freely arouse others’ desire through the image of the favors they know how to bestow upon them.
If we must not allow young boys to ask impertinent questions, then all the more should such questions be prohibited from young girls, whose curiosity, when satisfied or poorly restrained, can have far more serious consequences, given their keen ability to perceive the mysteries that are hidden from them and their determination to uncover them. However, without suppressing their inquiries altogether, I would like us to encourage them to ask many questions ourselves, to stimulate them to talk, to provoke them into speaking freely and readily, in order to train them in eloquence and quick wit. Such conversations, always kept light-hearted but conducted with skill and direction, would provide delightful entertainment for this age group and could instill in the innocent hearts of these young women the first—and perhaps most valuable—morality lessons of their lives. By presenting these ideas through the allure of pleasure and vanity, we would teach them which qualities truly earn respect from men and what constitutes the glory and happiness of an honest woman.
It is easy to understand that if male children are unable to form any genuine concept of religion, then it is all the more impossible for female children to do so; precisely for this reason that I would like to talk to them about these matters at an earlier age. For if we waited until they were in a position to discuss these profound issues methodically, there would be a risk that we might never have the opportunity to do so. The reasoning of women is practical in nature; it enables them to find very clever ways to achieve a known goal, but it does not enable them to discover that goal itself. The social relationship between the sexes is truly admirable. From this relationship arises a moral entity in which the woman is the eye and the man the arm—yet with such a degree of interdependence that it is the man who teaches the woman what to see, and the woman who teaches the man what to do. If women were as capable as men of reasoning from fundamental principles, and if men had as much attention to detail as women, while still remaining completely independent of each other, they would live in perpetual discord, and their relationship could not endure. But within the harmony that exists between them, everything tends toward a common goal; it is hard to say which contributes more to its realization—each follows the impulse of the other; both obey, and yet both are masters.
In precisely the same way in which a woman’s behavior is governed by public opinion, her beliefs are subject to authority. Every daughter must follow the religion of her mother, and every wife that of her husband. Even if such religion were false, the obedience that submits both mother and family to the order of nature eliminates the sin of error in the eyes of God. Unable to judge for themselves, they must accept the decisions of their fathers and husbands just as they would accept those of the Church.
Nelle arti il cui unico scopo è il piacere, qualsiasi cosa può servire da modello per i giovani: i loro genitori, i loro fratelli, le loro sorelle, le loro amiche, le loro istitutrici, lo specchio, e soprattutto il loro stesso gusto. Non si deve né offrire né impartire lezioni; devono essere loro stessi a chiederle. Non si deve trasformare un compito in una ricompensa; ed è proprio in questo tipo di studi che il primo passo verso il successo consiste nel voler riuscire. Del resto, se fosse assolutamente necessario impartire lezioni secondo regole precise, non deciderei mai quale sesso dovessero avere coloro che le danno. Non so se un maestro di danza debba prendere per mano una giovane studentessa, farle accorciare la gonna, alzare lo sguardo, aprire le braccia. Ma so con certezza che, per nulla al mondo, vorrei essere quel maestro.
Attraverso l’industria e i talenti, il gusto si forma; attraverso il gusto, lo spirito si apre gradualmente alle idee del bello in tutti i campi, e infine alle nozioni morali ad esso correlate. Forse questa è una delle ragioni per cui il senso della decenza e dell’onestà si insinua più presto nelle ragazze che nei ragazzi; perché, credere che questo sentimento precoce sia frutto dell’influenza delle governanti significherebbe ignorare completamente la natura dei loro insegnamenti e lo sviluppo dello spirito umano. Il talento nel parlare occupa il primo posto nell’arte di piacere; è soltanto attraverso di esso che si possono aggiungere nuovi fascini a quelli ai quali l’abitudine ha abituato i sensi. È lo spirito che non solo dà vita al corpo, ma lo rinnova in qualche modo; è attraverso la successione dei sentimenti e delle idee che anima e varia il volto umano; ed è attraverso i discorsi che ispira l’attenzione, permettendole di mantenere a lungo lo stesso interesse su un medesimo oggetto. Credo che siano tutte queste ragioni quelle per cui le giovani ragazze acquisiscono così rapidamente una sorta di eloquio piacevole, che imparano a dare enfasi alle loro parole, anche prima di comprenderne il significato, e che gli uomini si divertono già ad ascoltarle, anche prima che siano in grado di parlare; essi attendono con impazienza il primo segno di questa intelligenza per poter comprendere anche i primi segni dei loro sentimenti[479].
Le donne hanno una lingua flessibile; parlano prima, più facilmente e in modo più piacevole degli uomini. Viene anche loro rimproverato di parlare troppo: questo deve essere vero, e io cambierei volentieri questo rimprovero in lode. La bocca e gli occhi nelle donne hanno la stessa attività, e per lo stesso motivo. L’uomo dice ciò che sa; la donna dice ciò che piace. Uno ha bisogno di conoscenza per parlare, l’altra di gusto; uno deve concentrarsi principalmente sulle cose utili, l’altra su quelle piacevoli. I loro discorsi non dovrebbero avere forme comuni se non quelle della verità.
Pertanto, non si dovrebbe reprimere il chiacchiericcio delle ragazze, come avviene per i ragazzi, con quella domanda severa: “A che serve tutto ciò?”, ma piuttosto con un’altra domanda alla quale non è altrettanto facile rispondere: “Che effetto avrà?” In questa prima età, in cui ancora non sono in grado di distinguere il bene dal male e non possono giudicare nessuno, devono considerare come legge fondamentale quella di non dire mai nulla se non ciò che possa essere gradito a coloro con cui parlano; e ciò che rende la pratica di questa regola ancora più difficile è il fatto che essa rimane sempre subordinata alla prima regola, ovvero quella di non mentire mai.
Vedo altre molte difficoltà in questo ambito, ma esse appartengono a un contesto più avanzato nel tempo. Per il momento, per le giovani ragazze essere sincere non richiede altro che comportarsi con dignità e senza volgarità; poiché tale volgarità è loro naturalmente ripugnante, l’educazione le insegna facilmente a evitarla. In generale, nel mondo sociale, si nota che la cortesia degli uomini è più formale, mentre quella delle donne è più affettuosa. Questa differenza non deriva da alcuna convenzione sociale, ma è naturale: l’uomo sembra cercare maggiormente di servire le donne, mentre queste desiderano piacergli. Di conseguenza, indipendentemente dal carattere delle donne, la loro cortesia è meno falsa della nostra; essa rappresenta semplicemente un’estensione del loro istinto naturale. Tuttavia, quando un uomo finge di preferire i miei interessi ai propri, per quanto possa mascherare questa menzogna con delle dichiarazioni apparentemente sincere, sono certo che si tratti comunque di una menzogna. Pertanto, non costa nulla alle donne essere cortesi, né alle ragazze imparare a esserlo. La prima lezione in questo senso viene dalla natura; l’arte serve soltanto ad affinarla e a determinarne la forma secondo i nostri usi sociali. Per quanto riguarda la loro cortesia reciproca, è tutta un’altra questione: esse la manifestano con un atteggiamento così forzato e delle attenzioni così fredde che, nel mostrarsi a vicenda imbarazzate, non si preoccupano nemmeno di nascondere il proprio disagio, sembrando quindi sincere anche quando mentono. Tuttavia, a volte le giovani donne stabiliscono amicizie più sincere. Alla loro età, la gioia sostituisce la vera natura umana; e essendo soddisfatte di sé stesse, lo sono di tutti. È anche vero che si baciano con maggiore affetto e si comportano in modo più grazioso davanti agli uomini, orgogliose di poter stimolare impunemente il loro desiderio attraverso l’immagine dei favori che sanno far loro invidiare.
Se non si deve permettere ai giovani ragazzi di porre domande indiscrete, tanto meno si dovrebbe farlo alle giovani ragazze: la loro curiosità, se soddisfatta o mal repressa, ha conseguenze molto diverse, considerando la loro capacità di intuire i misteri che ci si sforza di nascondere e il loro desiderio di scoprirli. Tuttavia, senza soffrire a causa delle loro domande, vorrei che fossero loro stesse ad essere interrogate spesso; che si facesse attenzione a farle parlare, che si stimolasse la loro loquacità per abituarle a esprimersi con facilità, per renderle pronte a rispondere prontamente e con vivacità, per liberare il loro spirito e la loro lingua, quando ciò è possibile senza pericolo. Queste conversazioni, sempre volte alla gioia ma condotte con arte e in modo appropriato, costituirebbero un divertimento delizioso per quell’età e potrebbero infondere nei cuori innocenti di queste giovani le prime e forse più utili lezioni di morale che riceveranno nella loro vita: insegnando loro, attraverso il fascino del piacere e della vanità, quali qualità gli uomini apprezzano veramente e in cosa consistono la gloria e la felicità di una donna onesta.
È facile comprendere che, se i bambini di sesso maschile sono incapaci di formarsi un’idea vera e propria della religione, tanto più tale idea è al di là delle capacità di comprensione delle ragazze: è proprio per questo motivo che vorrei parlarne loro il prima possibile; infatti, aspettare che siano in grado di discutere metodicamente queste questioni profonde significherebbe rischiare di non farlo mai. La ragione femminile è una ragione pratica che le permette di trovare con grande abilità i mezzi per raggiungere un fine conosciuto, ma non le consente di comprendere quel fine stesso. La relazione sociale tra i sessi è davvero meravigliosa: da questa relazione deriva una “persona morale” nella quale la donna rappresenta l’“occhio” e l’uomo il “braccio”, ma con una dipendenza reciproca tale che è l’uomo a insegnare alla donna ciò che deve vedere, e la donna a insegnare all’uomo ciò che deve fare. Se la donna fosse in grado di raggiungere gli stessi principi dell’uomo, e se l’uomo avesse lo stesso spirito di attenzione ai dettagli della donna, pur essendo entrambi indipendenti l’uno dall’altro, vivrebbero in un conflitto perpetuo e la loro relazione non potrebbe sopravvivere. Ma nell’armonia che regna tra loro, tutto tende verso lo stesso obiettivo comune; non si sa chi contribuisca di più; ciascuno segue l’impulso dell’altro; entrambi obbediscono, e insieme sono i “maestri” della loro relazione.
Proprio perché il comportamento della donna è soggetto all’opinione pubblica, anche la sua fede è sottomessa all’autorità altrui. Ogni ragazza deve seguire la religione di sua madre, e ogni donna quella di suo marito. Anche se tale religione fosse falsa, la docilità che sottopone madre e famiglia all’ordine naturale cancellerebbe, agli occhi di Dio, il peccato dell’errore. Essendo incapaci di giudicare da sole, devono accettare le decisioni dei padri e dei mariti come se fossero quelle della Chiesa.
Ne pouvant tirer d’elles seules la règle de leur foi, les femmes ne peuvent lui donner pour bornes celles de l’évidence et de la raison ; mais, se laissant entraîner par mille impulsions étrangères, elles sont toujours en deçà ou au-delà du vrai. Toujours extrêmes, elles sont toutes libertines ou dévotes ; on n’en voit point savoir réunir la sagesse à la piété. La source du mal n’est pas seulement dans le caractère outré de leur sexe, mais aussi dans l’autorité mal réglée du nôtre : le libertinage des moeurs la fait mépriser, l’effroi du repentir la rend tyrannique, et voilà comment on en fait toujours trop ou trop peu.
Puisque l’autorité doit régler la religion des femmes, il ne s’agit pas tant de leur expliquer les raisons qu’on a de croire, que de leur exposer nettement ce qu’on croit : car la foi qu’on donne à des idées obscures est la première source du fanatisme, et celle qu’on exige pour des choses absurdes mène à la folie ou à l’incrédulité. Je ne sais à quoi nos catéchismes portent le plus, d’être impie ou fanatique ; mais je sais bien qu’ils font nécessairement l’un ou l’autre.
Premièrement, pour enseigner la religion à de jeunes filles, n’en faites jamais pour elles un objet de tristesse et de gêne, jamais une tâche ni un devoir ; par conséquent ne leur faites jamais rien apprendre par coeur qui s’y rapporte, pas même les prières. Contentez-vous de faire régulièrement les vôtres devant elles, sans les forcer pourtant d’y assister. Faites-les courtes, selon l’instruction de Jésus-Christ. Faites-les toujours avec le recueillement et le respect convenables ; songez qu’en demandant à l’Être suprême de l’attention pour nous écouter, cela vaut bien qu’on en mette à ce qu’on va lui dire.
Il importe moins que de jeunes filles sachent sitôt leur religion, qu’il n’importe qu’elles la sachent bien, et surtout qu’elles l’aiment. Quand vous la leur rendez onéreuse, quand vous leur peignez toujours Dieu fâché contre elles, quand vous leur imposez en son nom mille devoirs pénibles qu’elles ne vous voient jamais remplir, que peuvent-elles penser, sinon que savoir son catéchisme et prier Dieu sont les devoirs des petites filles, et désirer d’être grandes pour s’exempter comme vous de tout cet assujettissement ? L’exemple ! l’exemple ! sans cela jamais on ne réussit à rien auprès des enfants.
Quand vous leur expliquez des articles de foi, que ce soit en forme d’instruction directe, et non par demandes et par réponses. Elles ne doivent jamais répondre que ce qu’elles pensent, et non ce qu’on leur a dicté. Toutes les réponses du catéchisme sont à contresens, c’est l’écolier qui instruit le maître ; elles sont même des mensonges dans la bouche des enfants, puisqu’ils expliquent ce qu’ils n’entendent point, et qu’ils affirment ce qu’ils sont hors d’état de croire. Parmi les hommes les plus intelligents, qu’on me montre ceux qui ne mentent pas en disant leur catéchisme.
La première question que je vois dans le nôtre est celle-ci : Qui vous a créée et mise au monde ? À quoi la petite fille, croyant bien que c’est sa mère, dit pourtant sans hésiter que c’est Dieu. La seule chose qu’elle voit là, c’est qu’à une demande qu’elle n’entend guère elle fait une réponse qu’elle n’entend point du tout.
Je voudrais qu’un homme qui connaîtrait bien la marche de l’esprit des enfants voulût faire pour eux un catéchisme. Ce serait peut-être le livre le plus utile qu’on eût jamais écrit, et ce ne serait pas, à mon avis, celui qui ferait le moins d’honneur à son auteur. Ce qu’il y a de bien sûr, c’est que, si ce livre était bon, il ne ressemblerait guère aux nôtres.
Un tel catéchisme ne sera bon que quand, sur les seules demandes, l’enfant fera de lui-même les réponses sans les apprendre ; bien entendu qu’il sera quelquefois dans le cas d’interroger à son tour. Pour faire entendre ce que je veux dire, il faudrait une espèce de modèle, et je sens bien ce qui me manque pour le tracer. J’essayerai du moins d’en donner quelque légère idée.
Je m’imagine donc que, pour venir à la première question de notre catéchisme, il faudrait que celui-là commençât à peu près ainsi :
LA BONNE
Vous souvenez-vous du temps que votre mère était fille ?
LA PETITE
Non, ma bonne.
LA BONNE
Pourquoi non, vous qui avez si bonne mémoire ?
LA PETITE
C’est que je n’étais pas au monde.
LA BONNE
Vous n’avez donc pas toujours vécu ?
LA PETITE
Non.
LA BONNE
Vivrez-vous toujours ?
LA PETITE
Oui.
LA BONNE
Êtes-vous jeune ou vieille ?
LA PETITE
Je suis jeune.
LA BONNE
Et votre grand-maman, est-elle jeune ou vieille ?
LA PETITE
Elle est vieille.
LA BONNE
A-t-elle été jeune ?
LA PETITE
Oui.
LA BONNE
Pourquoi ne l’est-elle plus ?
LA PETITE
C’est qu’elle a vieilli.
LA BONNE
Vieillirez-vous comme elle ?
LA PETITE
Je ne sais[480].
LA BONNE
Où sont vos robes de l’année passée ?
LA PETITE
On les a défaites.
LA BONNE
Et pourquoi les a-t-on défaites ?
LA PETITE
Parce qu’elles m’étaient trop petites.
LA BONNE
Et pourquoi vous étaient-elles trop petites ?
LA PETITE
Parce que j’ai grandi.
LA BONNE
Grandirez-vous encore ?
LA PETITE
Oh ! oui.
LA BONNE
Et que deviennent les grandes filles ?
LA PETITE
Elles deviennent femmes.
LA BONNE
Et que deviennent les femmes ?
LA PETITE
Elles deviennent mères.
LA BONNE
Et les mères, que deviennent-elles ?
LA PETITE
Elles deviennent vieilles.
LA BONNE
Vous deviendrez donc vieille ?
LA PETITE
Quand je serai mère.
LA BONNE
Et que deviennent les vieilles gens ?
LA PETITE
Je ne sais.
LA BONNE
Qu’est devenu votre grand-papa ?
LA PETITE
Il est mort[481].
LA BONNE
Et pourquoi est-il mort ?
LA PETITE
Parce qu’il était vieux.
LA BONNE
Que deviennent donc les vieilles gens ?
LA PETITE
Ils meurent.
LA BONNE
Et, vous, quand vous serez vieille, que…
LA PETITE, l’interrompant.
Oh ! ma bonne, je ne veux pas mourir.
LA BONNE
Mon enfant, personne ne veut mourir, et tout le monde meurt.
LA PETITE
Comment ! est-ce que maman mourra aussi ?
LA BONNE
Comme tout le monde. Les femmes vieillissent ainsi que les hommes, et la vieillesse mène à la mort.
LA PETITE
Que faut-il faire pour vieillir bien tard ?
LA BONNE
Vivre sagement tandis qu’on est jeune !
LA PETITE
Ma bonne, je serai toujours sage.
LA BONNE
Tant mieux pour vous. Mais, enfin, croyez-vous de vivre toujours ?
LA PETITE
Quand je serai bien vieille, bien vieille…
LA BONNE
Eh bien ?
LA PETITE
Enfin, quand on est si vieille, vous dites qu’il faut bien mourir.
LA BONNE
Vous mourrez donc une fois ?
LA PETITE
Hélas ! oui.
LA BONNE
Qui est-ce qui vivait avant vous ?
LA PETITE
Mon père et ma mère.
LA BONNE
Qui est-ce qui vivait avant eux ?
LA PETITE
Leur père et leur mère.
LA BONNE
Qui est-ce qui vivra après vous ?
LA PETITE
Mes enfants.
LA BONNE
Qui est-ce qui vivra après eux ?
LA PETITE
Leurs enfants, etc.
En suivant cette route, on trouve à la race humaine, par des inductions sensibles, un commencement et une fin, comme à toutes choses, c’est-à-dire un père et une mère qui n’ont eu ni père ni mère, et des enfants qui n’auront point d’enfants.[482]
Ce n’est qu’après une longue suite de questions pareilles que la première demande du catéchisme est suffisamment préparée. Mais de là jusqu’à la deuxième réponse, qui est pour ainsi dire la définition de l’essence divine, quel saut immense ! Quand cet intervalle sera-t-il rempli ? Dieu est un esprit ! Et qu’est-ce qu’un esprit ? Irai-je embarquer celui d’un enfant dans cette obscure métaphysique dont les hommes ont tant de peine à se tirer ? Ce n’est pas à une petite fille à résoudre ces questions, c’est tout au plus à elle à les faire. Alors je lui répondrais simplement : Vous me demandez ce que c’est que Dieu ; cela n’est pas facile à dire : on ne peut entendre, ni voir, ni toucher Dieu ; on ne le connaît que par ses oeuvres. Pour juger ce qu’il est, attendez de savoir ce qu’il a fait.
Since they cannot derive the rule of their faith from themselves alone, women can set no bounds to it other than those of evidence and reason; yet, carried away by a thousand foreign impulses, they always fall short of or overshoot the truth. Always extreme, they are either licentious or devout—there is not one among them who knows how to combine wisdom with piety. The source of evil lies not only in the exaggerated nature of their sex, but also in the poorly regulated authority of our own: the licentiousness of morals causes them to be despised, while the dread of repentance makes them tyrannical—and thus we always end up doing too much or too little.
Since authority must govern women’s religion, it is less important to explain to them the reasons why we believe what we do than to clearly present to them what we ourselves believe: for faith given to obscure ideas is the very first source of fanaticism, and faith demanded for absurd things leads either to madness or to disbelief. I don’t know whether our catechisms tend more toward impiety or fanaticism; but I do know that they necessarily lead to one or the other.
First, when teaching religion to young girls, never make it an object of sadness or embarrassment for them, never turn it into a task or duty; consequently, never have them learn anything by heart related to it—even prayers. Just regularly say your own prayers in front of them, though without forcing them to attend. Keep them brief, following Jesus Christ’s instruction. Always say them with the proper reverence and solemnity; remember that asking the Supreme Being for attention so that He may listen to us is well worth putting care into what we’re about to tell Him.
It matters less that young girls quickly learn their religion than that they learn it well—and above all, that they love it. When you make it burdensome for them, when you constantly portray God as angry at them, when you impose on them in His name a thousand tedious duties that they never see you fulfill, what can they think except that knowing their catechism and praying to God are the duties of little girls, and that they long to grow up so they can exempt themselves, just like you, from all this subjection? Example! Example! Without it, we’ll never succeed with children.
When you explain articles of faith to them, do so in a direct instructional form, not through questions and answers. They should never answer anything other than what they truly think, not what they’ve been told to say. All the answers in the catechism are backwards—it’s the student who teaches the teacher; indeed, they’re even lies coming out of children’s mouths, since they explain what they don’t understand and affirm what they’re utterly unable to believe. Among the most intelligent men, let someone show me those who don’t lie when reciting their catechism.
The first question I see in ours is this: Who created you and brought you into the world? To which the little girl, though believing it was her mother, nevertheless answers without hesitation that it was God. The only thing she sees there is that, in response to a question she hardly hears, she gives an answer she doesn’t hear at all.
I wish someone who knew well how children’s minds work would write a catechism for them. It might be the most useful book ever written, and in my opinion, it wouldn’t be the one that did least honor to its author. What’s certain is that if such a book were good, it would hardly resemble ours.
Such a catechism will be good only when, solely in response to questions, the child gives answers on its own without having learned them beforehand—of course, there will sometimes be occasions when the child asks questions in turn. To make clear what I mean, we’d need some sort of model, and I’m keenly aware of what’s lacking for me to sketch one out. At least I’ll try to give a slight idea of it.
So I imagine that, to get to the first question in our catechism, it would begin something like this:
THE NURSE
Do you remember when your mother was a girl?
THE LITTLE GIRL
No, nurse.
THE NURSE
Why not, you who have such a good memory?
THE LITTLE GIRL
Because I wasn’t born yet.
THE NURSE
So you haven’t always lived?
THE LITTLE GIRL
No.
THE NURSE
Will you live forever?
THE LITTLE GIRL
Yes.
THE NURSE
Are you young or old?
THE LITTLE GIRL
I’m young.
THE NURSE
And your grandmother, is she young or old?
THE LITTLE GIRL
She’s old.
THE NURSE
Was she young?
THE LITTLE GIRL
Yes.
THE NURSE
Why isn’t she young anymore?
THE LITTLE GIRL
Because she’s gotten old.
THE NURSE
Will you get old like her?
THE LITTLE GIRL
I don’t know[480].
THE NURSE
Where are your dresses from last year?
THE LITTLE GIRL
They’ve been taken apart.
THE NURSE
And why were they taken apart?
THE LITTLE GIRL
Because they were too small for me.
THE NURSE
And why were they too small for you?
THE LITTLE GIRL
Because I’ve grown.
THE NURSE
Will you keep growing?
THE LITTLE GIRL
Oh yes.
THE NURSE
And what happens to big girls?
THE LITTLE GIRL
They become women.
THE NURSE
And what happens to women?
THE LITTLE GIRL
They become mothers.
THE NURSE
And what happens to mothers?
THE LITTLE GIRL
They become old.
THE NURSE
So you’ll become old?
THE LITTLE GIRL
When I’m a mother.
THE NURSE
And what happens to old people?
THE LITTLE GIRL
I don’t know.
THE NURSE
What happened to your grandfather?
THE LITTLE GIRL
He died[481].
THE NURSE
And why did he die?
THE LITTLE GIRL
Because he was old.
THE NURSE
So what happens to old people?
THE LITTLE GIRL
They die.
THE NURSE
And you, when you’re old, what…
THE LITTLE GIRL, interrupting her.
Oh, nurse, I don’t want to die.
THE NURSE
My child, nobody wants to die, and everyone does die.
THE LITTLE GIRL
What! Will Mommy die too?
THE NURSE
Like everyone else. Women grow old just like men, and old age leads to death.
THE LITTLE GIRL
What should we do to grow old very late?
THE NURSE
Live wisely while you’re young!
THE LITTLE GIRL
Nurse, I’ll always be wise.
THE NURSE
That’s great for you. But still, do you really believe you’ll live forever?
THE LITTLE GIRL
When I’m really, really old…
THE NURSE
Well?
THE LITTLE GIRL
Well, when you’re that old, you say you have to die properly.
THE NURSE
So you’ll die once?
THE LITTLE GIRL
Alas, yes.
THE NURSE
Who lived before you?
THE LITTLE GIRL
My father and my mother.
THE NURSE
Who lived before them?
THE LITTLE GIRL
Their father and their mother.
THE NURSE
Who will live after you?
THE LITTLE GIRL
My children.
THE NURSE
Who will live after them?
THE LITTLE GIRL
Their children, and so on.
Following this path, we find for the human race, through sensible inductions, a beginning and an end, just as with everything else—that is, a father and a mother who had neither father nor mother, and children who won’t have any children.[482]
Only after a long series of similar questions is the first demand of the catechism sufficiently prepared. But from there to the second answer—which is, so to speak, the definition of the divine essence—what an immense leap! When will this interval be filled? God is a spirit! And what is a spirit? Would I take a child’s mind and plunge it into this obscure metaphysics that even adults struggle so hard to grasp? It’s not for a little girl to solve these questions—it’s at most for her to ask them. So I’d simply reply to her: You’re asking me what God is; that’s not easy to say: you can’t hear, see, or touch God; you only know Him through His works. To judge what He is, wait until you know what He has done.
Non potendo ricavare da sole la regola della loro fede, le donne non possono porle come confini quelli dell’evidenza e della ragione; ma, lasciandosi trascinare da mille impulsi estranei, esse si trovano sempre al di qua o al di là del vero. Sempre estreme, sono tutte libertine o devote; non se ne vede nessuna capace di unire saggezza e pietà. La fonte del male non risiede soltanto nel carattere esagerato del loro sesso, ma anche nell’autorità mal regolata del nostro: il libertinaggio dei costumi la fa disprezzare, il timore del pentimento la rende tirannica, ed ecco perché si finisce sempre per esagerare o per sottovalutare.
Poiché l’autorità deve regolare la religione delle donne, non si tratta tanto di spiegare loro le ragioni per cui si crede, quanto di illustrare chiaramente ciò che si crede: infatti, la fede che si dà a idee oscure è la prima fonte del fanatismo, e quella che si pretende per cose assurde conduce alla follia o all’incredulità. Non so dire se i nostri catechismi portino più a essere empio o fanatico; so però che necessariamente inducono all’uno o all’altro.
Innanzitutto, per insegnare la religione a giovani ragazze, non fate mai di essa un oggetto di tristezza e di imbarazzo, mai un compito o un dovere; pertanto, non fate loro imparare nulla «di cuore» in proposito, nemmeno le preghiere. Limitatevi a recitare regolarmente le vostre davanti a loro, senza tuttavia costringerle ad assistervi. Fatele brevi, secondo l’insegnamento di Gesù Cristo. Recitatele sempre con il dovuto raccoglimento e rispetto; pensate che, chiedendo all’Essere supremo attenzione per ascoltarci, vale la pena metterci tutto l’impegno possibile in ciò che andiamo a dirgli.
È meno importante che le giovani ragazze sappiano subito la loro religione, quanto invece che la conoscano bene e, soprattutto, che la amino. Quando la rendete onerosa per loro, quando gli dipingete sempre Dio arrabbiato contro di loro, quando in suo nome imposete loro mille doveri penosi che non vedono mai voi compiere, cosa possono pensare, se non che sapere il catechismo e pregare Dio siano doveri delle bambine, e desiderare di diventare grandi per esimersi come voi da tutto questo assoggettamento? L’esempio! L’esempio! Senza di esso, non si riesce mai a ottenere nulla dai bambini.
Quando spiegate loro articoli di fede, fatelo in forma diretta di istruzione, e non mediante domande e risposte. Esse devono rispondere sempre solo ciò che pensano, e non ciò che gli è stato dettato. Tutte le risposte del catechismo sono fuori contesto: è lo scolaro che istruisce il maestro; sono addirittura menzogne nella bocca dei bambini, poiché spiegano ciò che non comprendono affatto e affermano ciò che sono incapaci di credere. Tra gli uomini più intelligenti, mostratemi quelli che non mentono dicendo il loro catechismo.
La prima domanda che vedo nel nostro è questa: Chi vi ha creato e messo al mondo? A ciò la bambina, pur credendo che sia sua madre, risponde comunque senza esitazione che è Dio. L’unica cosa che vede, in realtà, è che a una domanda che quasi non sente fa una risposta che non sente affatto.
Vorrei che un uomo che conoscesse bene il funzionamento della mente dei bambini volesse scrivere per loro un catechismo. Sarebbe forse il libro più utile mai scritto, e non sarebbe, a mio parere, quello che farebbe meno onore al suo autore. Quel che è certo è che, se questo libro fosse buono, assomiglierebbe ben poco ai nostri.
Un tale catechismo sarà buono solo quando, sulla base delle sole domande, il bambino farà da sé le risposte senza impararle; naturalmente, qualche volta si troverà nella condizione di interrogare a sua volta. Per far capire ciò che intendo, servirebbe una specie di modello, e sento bene cosa mi manca per tracciarlo. Proverò almeno a darne una leggera idea.
Mi immagino quindi che, per arrivare alla prima domanda del nostro catechismo, bisognerebbe che quello cominciasse più o meno così:
LA BENEDETTA
Ti ricordi di quando tua madre era ragazza?
LA PICCOLA
No, mia cara.
LA BENEDETTA
Perché no, tu che hai così buona memoria?
LA PICCOLA
È che non ero al mondo.
LA BENEDETTA
Dunque non hai sempre vissuto?
LA PICCOLA
No.
LA BENEDETTA
Vivrà sempre?
LA PICCOLA
Sì.
LA BENEDETTA
Sei giovane o vecchia?
LA PICCOLA
Sono giovane.
LA BENEDETTA
E tua nonna, è giovane o vecchia?
LA PICCOLA
È vecchia.
LA BENEDETTA
È stata giovane?
LA PICCOLA
Sì.
LA BENEDETTA
Perché ora non lo è più?
LA PICCOLA
È perché è invecchiata.
LA BENEDETTA
Invecchierai come lei?
LA PICCOLA
Non lo so[480].
LA BENEDETTA
Dove sono le tue vesti dell’anno passato?
LA PICCOLA
Le hanno smontate.
LA BENEDETTA
E perché le hanno smontate?
LA PICCOLA
Perché mi stavano troppo piccole.
LA BENEDETTA
E perché ti stavano troppo piccole?
LA PICCOLA
Perché sono cresciuta.
LA BENEDETTA
Crescerai ancora?
LA PICCOLA
Oh! sì.
LA BENEDETTA
E che fine fanno le ragazze grandi?
LA PICCOLA
Diventano donne.
LA BENEDETTA
E le donne, che fine fanno?
LA PICCOLA
Diventano madri.
LA BENEDETTA
E le madri, che fine fanno?
LA PICCOLA
Diventano vecchie.
LA BENEDETTA
Tu dunque diventerai vecchia?
LA PICCOLA
Quando sarò madre.
LA BENEDETTA
E i vecchi, che fine fanno?
LA PICCOLA
Non lo so.
LA BENEDETTA
Che fine ha fatto tuo nonno?
LA PICCOLA
È morto[481].
LA BENEDETTA
E perché è morto?
LA PICCOLA
Perché era vecchio.
LA BENEDETTA
Che fine fanno dunque i vecchi?
LA PICCOLA
Morrono.
LA BENEDETTA
E tu, quando sarai vecchia, che…
LA PICCOLA, interrompendola.
Oh! mia cara, non voglio morire.
LA BENEDETTA
Bambina mia, nessuno vuole morire, e tutti muoiono.
LA PICCOLA
Come! Anche mamma morirà?
LA BENEDETTA
Come tutti. Le donne invecchiano come gli uomini, e la vecchiaia porta alla morte.
LA PICCOLA
Che cosa bisogna fare per invecchiare molto tardi?
LA BENEDETTA
Vivere saggiamente fin da giovani!
LA PICCOLA
Mia cara, io sarò sempre saggia.
LA BENEDETTA
Tanto meglio per te. Ma insomma, credi di vivere sempre?
LA PICCOLA
Quando sarò proprio vecchia, proprio vecchia…
LA BENEDETTA
Ebbene?
LA PICCOLA
Insomma, quando si è così vecchi, dici che bisogna morire bene.
LA BENEDETTA
Dunque morirai una sola volta?
LA PICCOLA
Ahimè! sì.
LA BENEDETTA
Chi viveva prima di te?
LA PICCOLA
Mio padre e mia madre.
LA BENEDETTA
Chi viveva prima di loro?
LA PICCOLA
Il loro padre e la loro madre.
LA BENEDETTA
Chi vivrà dopo di te?
LA PICCOLA
I miei figli.
LA BENEDETTA
Chi vivrà dopo di loro?
LA PICCOLA
I loro figli, eccetera.
Seguendo questa strada, si giunge alla razza umana, attraverso induzioni sensibili, a un inizio e a una fine, come per ogni cosa, cioè a un padre e a una madre che non hanno avuto né padre né madre, e a dei figli che non avranno figli.[482]
Solo dopo una lunga serie di domande simili la prima richiesta del catechismo è sufficientemente preparata. Ma da lì alla seconda risposta, che è per così dire la definizione dell’essenza divina, quale immenso salto! Quando verrà colmato questo intervallo? Dio è uno spirito! E cos’è uno spirito? Voglio forse imbarcare quello di un bambino in questa oscura metafisica da cui gli uomini faticano tanto a uscire? Non tocca a una bambina risolvere queste questioni, al massimo può solo farle. Allora le risponderei semplicemente: Mi chiedi cos’è Dio; non è facile dirlo: Dio non si può né udire, né vedere, né toccare; lo si conosce solo attraverso le sue opere. Per capire cosa sia, aspetta di sapere cosa ha fatto.
Si nos dogmes sont tous de la même vérité, tous ne sont pas pour cela de la même importance. Il est fort indifférent à la gloire de Dieu qu’elle nous soit connue en toutes choses ; mais il importe à la société humaine et à chacun de ses membres que tout homme connaisse et remplisse les devoirs que lui impose la loi de Dieu envers son prochain et envers soi-même. Voilà ce que nous devons incessamment nous enseigner les uns aux autres, et voilà surtout de quoi les pères et les mères sont tenus d’instruire leurs enfants. Qu’une vierge soit la mère de son créateur, qu’elle ait enfanté Dieu, ou seulement un homme auquel Dieu s’est joint ; que la substance du père et du fils soit la même, ou ne soit que semblable ; que l’esprit procède de l’un des deux qui sont le même, ou de tous deux conjointement, je ne vois pas que la décision de ces questions, en apparence essentielles, importe plus à l’espèce humaine que de savoir quel jour de la lune on doit célébrer la pâque, s’il faut dire le chapelet, jeûner, faire maigre, parler latin ou français à l’église, orner les murs d’images, dire ou entendre la messe, et n’avoir point de femme en propre. Que chacun pense là-dessus comme il lui plaira : j’ignore en quoi cela peut intéresser les autres ; quant à moi, cela ne m’intéresse point du tout. Mais ce qui m’intéresse, moi et tous mes semblables, c’est que chacun sache qu’il existe un arbitre du sort des humains, duquel nous sommes tous les enfants, qui nous prescrit à tous d’être justes, de nous aimer les uns les autres, d’être bienfaisants et miséricordieux, de tenir nos engagements envers tout le monde, même envers nos ennemis et les siens ; que l’apparent bonheur de cette vie n’est rien ; qu’il en est une autre après elle, dans laquelle cet Être suprême sera le rémunérateur des bons et le juge des méchants. Ces dogmes et les dogmes semblables sont ceux qu’il importe d’enseigner à la jeunesse, et de persuader à tous les citoyens. Quiconque les combat mérite châtiment, sans doute ; il est le perturbateur de l’ordre et l’ennemi de la société. Quiconque les passe, et veut nous asservir à ses opinions particulières, vient au même point par une route opposée ; pour établir l’ordre à sa manière, il trouble la paix ; dans son téméraire orgueil, il se rend l’interprète de la Divinité, il exige en son nom les hommages et les respects des hommes, il se fait Dieu tant qu’il peut à sa place : on devrait le punir comme sacrilège, quand on ne le punirait pas comme intolérant.
Négligez donc tous ces dogmes mystérieux qui ne sont pour nous que des mots sans idées, toutes ces doctrines bizarres dont la vaine étude tient lieu de vertus à ceux qui s’y livrent, et sert plutôt à les rendre fous que bons. Maintenez toujours vos enfants dans le cercle étroit des dogmes qui tiennent à la morale. Persuadez-leur bien qu’il n’y a rien pour nous d’utile à savoir que ce qui nous apprend à bien faire. Ne faites point de vos filles des théologiennes et des raisonneuses ; ne leur apprenez des choses du ciel que ce qui sert à la sagesse humaine ; accoutumez-les à se sentir toujours sous les yeux de Dieu, à l’avoir pour témoin de leurs actions, de leurs pensées, de leur vertu, de leurs plaisirs, à faire le bien sans ostentation, parce qu’il l’aime ; à souffrir le mal sans murmure, parce qu’il les en dédommagera ; à être enfin tous les jours de leur vie ce qu’elles seront bien aises d’avoir été lorsqu’elles comparaîtront devant lui. Voilà la véritable religion, voilà la seule qui n’est susceptible ni d’abus, ni d’impiété, ni de fanatisme. Qu’on en prêche tant qu’on voudra de plus sublimes ; pour moi, je n’en reconnais point d’autre que celle-là.
Au reste, il est bon d’observer que, jusqu’à l’âge où la raison s’éclaire et où le sentiment naissant fait parler la conscience, ce qui est bien ou mal pour les jeunes personnes est ce que les gens qui les entourent ont décidé tel. Ce qu’on leur commande est bien, ce qu’on leur défend est mal, elles n’en doivent pas savoir davantage : par où l’on voit de quelle importance est, encore plus pour elles que pour les garçons, le choix des personnes qui doivent les approcher et avoir quelque autorité sur elles. Enfin le moment vient où elles commencent à juger des choses par elles-mêmes, et alors il est temps de changer le plan de leur éducation.
J’en ai trop dit jusqu’ici peut-être. À quoi réduirons-nous les femmes, si nous ne leur donnons pour loi que les préjugés publics ? N’abaissons pas à ce point le sexe qui nous gouverne, et qui nous honore quand nous ne l’avons pas avili. Il existe pour toute l’espèce humaine une règle antérieure à l’opinion. C’est à l’inflexible direction de cette règle que se doivent rapporter toutes les autres : elle juge le préjugé même : et ce n’est qu’autant que l’estime des hommes s’accorde avec elle, que cette estime doit faire autorité pour nous.
Cette règle est le sentiment intérieur. Je ne répéterai point ce qui en a été dit ci-devant ; il me suffit de remarquer que si ces deux règles ne concourent à l’éducation des femmes, elle sera toujours défectueuse. Le sentiment sans l’opinion ne leur donnera point cette délicatesse d’âme qui par les bonnes moeurs de l’honneur du monde ; et l’opinion sans le sentiment n’en fera jamais que des femmes fausses et déshonnêtes, qui mettent l’apparence à la place de la vertu.
Il leur importe donc de cultiver une faculté qui serve d’arbitre entre les deux guides, qui ne laisse point égarer la conscience, et qui redresse les erreurs du préjugé. Cette faculté est la raison. Mais à ce mot que de questions s’élèvent ! Les femmes sont-elles capables d’un solide raisonnement ? Importe-t-il qu’elles le cultivent ? Le cultiveront-elles avec succès ? Cette culture est-elle utile aux fonctions qui leur sont imposées ? Est-elle compatible avec la simplicité qui leur convient ?
Les diverses manières d’envisager et de résoudre ces questions font que, donnant dans les excès contraires, les uns bornent la femme à coudre et filer dans son ménage avec ses servantes, et n’en font ainsi que la première servante du maître ; les autres, non contents d’assurer ses droits, lui font encore usurper les nôtres ; car la laisser au-dessus de nous dans les qualités propres à son sexe, et la rendre notre égale dans tout le reste, qu’est-ce autre chose que transporter à la femme la primauté que la nature donne au mari ?
La raison qui mène l’homme à la connaissance de ses devoirs n’est pas fort composée ; la raison qui mène la femme à la connaissance des siens est plus simple encore. L’obéissance et la fidélité qu’elle doit à son mari, la tendresse et les soins qu’elle doit à ses enfants, sont des conséquences si naturelles et si sensibles de sa condition, qu’elle ne peut, sans mauvaise foi, refuser son consentement au sentiment intérieur qui la guide, ni méconnaître le devoir dans le penchant qui n’est point encore altéré.
Je ne blâmerais pas sans distinction qu’une femme fût bornée aux seuls travaux de son sexe, et qu’on la laissât dans une profonde ignorance sur tout le reste ; mais il faudrait pour cela des moeurs publiques très simples, très saines ou une manière de vivre très retirée. Dans de grandes villes, et parmi des hommes corrompus, cette femme serait trop facile à séduire ; souvent sa vertu ne tiendrait qu’aux occasions. Dans ce siècle philosophe, il lui en faut une à l’épreuve ; il faut qu’elle sache d’avance et ce qu’on lui peut dire et ce qu’elle en doit penser.
If all our dogmas are based on the same truth, they are not necessarily of equal importance. It is utterly irrelevant to God’s glory whether we understand it in every detail; however, it is crucial for human society and for every one of its members that everyone recognize and fulfill the duties imposed upon them by God’s law toward their neighbors and themselves. This is what we must constantly teach one another, and especially what parents are responsible for instructing their children. Whether a virgin was the mother of her Creator, whether she gave birth to God or merely to a man to whom God joined himself; whether the essence of the Father and the Son is the same or merely similar; whether the Spirit proceeds from one of the two who are one or from both together—I see no greater significance for humanity in resolving these seemingly fundamental questions than in knowing which day of the month to celebrate Easter, whether to say prayers, fast, observe a diet, speak Latin or French in church, decorate walls with images, attend or listen to Mass, or whether to have a wife of one’s own. Let each person think as they please on these matters; I see no way in which this could concern others at all. As for me, it concerns me not at all. But what concerns me, and all my fellow human beings, is that everyone should know that there exists an arbiter of human fate, whose children we all are, who commands us all to be just, to love one another, to be kind and merciful, and to keep our promises toward everyone, even toward our enemies and their families. That the apparent happiness of this life means nothing; that there is another life after this, in which this supreme Being will be the rewarder of the good and the judge of the wicked. These dogmas—and similar ones—are those that it is essential to teach to the youth and to convince all citizens to embrace. Anyone who opposes them deserves punishment; they are surely disturbers of order and enemies of society. Anyone who accepts them and seeks to compel us to follow their particular opinions achieves the same end through a different means; in trying to establish order in their own way, they disrupt peace; in their reckless arrogance, they presume to act as interpreters of God, demanding homage and respect from men in His name, making themselves gods in place of Him. They should be punished as if they had committed sacrilege, if not as if they were intolerant.
Therefore, dismiss all these mysterious dogmas that are nothing but words devoid of meaning for us, all these bizarre doctrines whose futile study serves as a pretense of virtue for those who indulge in them—and in reality only drives them mad rather than good. Always keep your children within the narrow confines of dogmas that are rooted in morality. Convince them firmly that there is nothing useful for us to know except what teaches us how to do good. Do not turn your daughters into theologians or rationalists; teach them about heaven only what contributes to human wisdom. Accustom them to always feel God’s gaze upon them, to have Him as witness to their actions, thoughts, virtues, and pleasures. Encourage them to do good without ostentation, because He loves it; to endure evil without complaint, because He will reward them for it; and ultimately, to be every day of their lives exactly what they would wish to have been when they stand before Him. This is the true religion—the only one that is not susceptible to abuse, impiety, or fanaticism. Preach other doctrines as much as you like if they seem more sublime; but for me, I recognize no other than this one.
Furthermore, it is worth noting that, until the age at which reason begins to clarify itself and the emerging sentiments begin to influence consciousness, what is considered good or bad for young people is simply what those around them have decided to be so. What is commanded to them is deemed good, what is forbidden is deemed bad; they need not know any more than that. This underscores how crucial, even more so than for boys, the choice of the people who approach them and hold some authority over them is. Finally, comes the moment when they begin to judge things for themselves, and it is then time to adjust the direction of their education.
Perhaps I have said too much so far. To what will we reduce women if we grant them no authority other than public prejudices? Let us not degrade to such a degree the sex that governs us and that honours us when we do not ourselves degrade it. For all of humanity, there exists a rule that precedes opinion. All other rules must be subordinated to the unyielding guidance of this principle; it is even capable of judging prejudice itself. And it is only to the extent that human judgment coincides with it that such judgment can hold any authority for us.
This rule is the inner sentiment. I need not repeat what has already been said about it; it is sufficient to note that if these two rules do not work together in the education of women, such education will always be deficient. Without sentiment, mere opinion will not endow them with that delicacy of soul that comes from good manners and honor; and without sentiment, opinion will only turn them into false and dishonest women who place appearance over virtue.
It is therefore essential for them to cultivate a faculty that serves as an arbiter between these two guides, that does not allow the conscience to be misled, and that corrects the errors of prejudice. This faculty is reason. But how many questions arise at this point! Are women capable of sound reasoning? Is it important for them to cultivate it? Will they succeed in doing so? Is such cultivation useful for the roles that are assigned to them? Is it compatible with the simplicity that is appropriate for them?
The various ways in which these issues are considered and resolved lead to extremes: on one hand, some confine women to sewing and spinning within their households, alongside their maids, effectively reducing them to the status of the master’s first servant; on the other hand, those who are not content with merely ensuring their rights also allow women to usurp ours. For to place women above us in qualities inherent to their sex, and yet make them our equals in everything else, is nothing but to grant women the superiority that nature bestows upon men.
The reason that leads a man to understand his duties is not particularly complex; the reason that leads a woman to understand hers is even simpler. Obedience and fidelity toward her husband, as well as tenderness and care toward her children, are consequences so natural and obvious of her condition that she cannot, without malice, refuse to follow the inner impulses that guide her, nor can she fail to recognize duty in those inclinations that have not yet been corrupted.
I would not indiscriminately blame a woman for being born solely for the tasks inherent to her gender and for being left in utter ignorance of everything else; but for that, public morals would have to be very simple and healthy, or the way of life would have to be one of complete seclusion. In large cities, among corrupt men, such a woman would be too easily seduced; often, her virtue would depend merely on the circumstances surrounding her. In this philosophical century, she needs something that can stand the test of time—she must know in advance what people might say to her and what she ought to think about it.
Se i nostri dogmi provengono tutti dalla stessa verità, non è detto che abbiano tutti la stessa importanza. È del tutto indifferente per la gloria di Dio che essa ci sia conosciuta in tutte le cose; ma è importante per la società umana e per ogni suo membro che ognuno conosca e adempia ai doveri che la legge di Dio impone verso il prossimo e verso se stesso. Questo è ciò che dobbiamo insegnarci costantemente a vicenda, ed è soprattutto questo che genitori hanno il dovere di insegnare ai loro figli. Che una vergine sia la madre del suo Creatore, che abbia partorito Dio o semplicemente un uomo al quale Dio si è unito; che la sostanza del Padre e del Figlio sia la stessa o soltanto simile; che lo Spirito provenga da uno dei due che sono uguali o da entrambi insieme. Non vedo come la risoluzione di queste questioni, apparentemente essenziali, possa essere più importante per l’umanità di sapere in quale giorno del mese celebrare la Pasqua, se sia necessario recitare il rosario, digiunare, astenersi da cibi specifici, parlare latino o francese in chiesa, decorare le pareti con immagini, partecipare alla messa, o semplicemente non avere una moglie. Che ognuno pensi su queste cose come vuole: ignoro in che modo ciò possa interessare gli altri; quanto a me, non mi interessa affatto. Ma ciò che mi interessa, io e tutti i miei simili, è che ognuno sappia che esiste un arbitro del destino degli esseri umani, dal quale tutti noi proveniamo, che ci ordina di essere giusti, di amarci a vicenda, di essere benevoli e misericordiosi, di mantenere le nostre promesse verso tutti, anche verso i nostri nemici e quelli di loro; che il presunto benessere di questa vita non è nulla; che esista un’altra vita dopo di essa, nella quale quel Supremo Essere sarà il ricompensatore dei buoni e il giudice dei cattivi. Questi dogmi, e simili, sono quelli che è importante insegnare alla gioventù e convincere tutti i cittadini ad accettarli. Chiunque li combatta merita certamente di essere punito; è colui che perturba l’ordine e rappresenta un nemico della società. Chiunque, invece, li accetta e cerca di asservirci alle proprie opinioni particolari, arriva allo stesso risultato attraverso un percorso opposto: nel tentativo di stabilire l’ordine a modo suo, disturba la pace; nel suo orgoglio temerario, si proclama interprete della Divinità, pretende in suo nome omaggi e rispetto dagli uomini. Si comporta come Dio al posto suo: dovrebbe essere punito come sacrilego, se non come intollerante.
Pertanto, trascurate tutti questi dogmi misteriosi che per noi non sono altro che parole prive di significato, tutte queste dottrine strane le cui studi vane sostituiscono le vere virtù per coloro che vi si dedicano, e che anzi finiscono per renderli pazzi piuttosto che buoni. Mantenete sempre i vostri figli all’interno del ristretto ambito dei dogmi legati alla morale. Convinceteli bene che non c’è nulla di utile da sapere, se non ciò che ci insegna a comportarci rettamente. Non fate delle vostre figlie teologhe o filosofe; insegnate loro soltanto ciò che può servire alla saggezza umana. Abituatele a sentirsi sempre sotto lo sguardo di Dio, a considerarlo testimone delle loro azioni, dei loro pensieri, della loro virtù e dei loro piaceri; invitatele a compiere il bene senza ostentazione, perché Dio lo ama; ad affrontare il male senza lamentele, perché Egli le compenserà; e infine, a essere ogni giorno di loro vita ciò che saranno felici di essere quando si presenteranno davanti a Lui. Questa è la vera religione, l’unica che non può subire abusi, né generare impietà o fanatismo. Si possano predicare teorie più sublimi quante si vuole; per me, non ne riconosco altre se non questa.
Del resto, è bene osservare che, fino all’età in cui la ragione si schiarisce e i sentimenti nascenti fanno parlare la coscienza, ciò che è giusto o sbagliato per le giovani persone è ciò che coloro che le circondano hanno deciso sia tale. Ciò che loro viene ordinato è considerato giusto, ciò che viene loro vietato è considerato sbagliato; non devono sapere di più. Da questo si può comprendere quanto sia importante, ancora di più per loro che per i ragazzi, la scelta delle persone che devono avvicinarsi a loro e esercitare su di loro un certo potere. Infine, arriva il momento in cui cominciano a giudicare le cose da sole, e allora è il momento di modificare l’orientamento della loro educazione.
Forse ho detto troppo finora. A cosa ridurremo le donne, se non le forniremo come legge solo i pregiudizi comuni? Non abbassiamo a tal punto il sesso che ci governa e che ci onora, quando invece non lo abbiamo umiliato. Esiste, per tutta l’umanità, una regola anteriore all’opinione pubblica. È alla direzione inesorabile di questa regola che tutte le altre devono essere subordinate: essa giudica persino i pregiudizi stessi; e solo nella misura in cui la stima degli uomini è in accordo con essa, tale stima può avere autorità per noi.
Questa regola è il sentimento interno. Non ripeterò ciò che ne è stato detto in precedenza; mi basta osservare che se queste due regole non concorrono all’educazione delle donne, essa sarà sempre imperfetta. Il sentimento senza l’opinione non le darà quella delicatezza d’animo che deriva dalle buone maniere e dall’onore; e l’opinione senza il sentimento non farà mai di loro che donne false e disoneste, che mettono in mostra l’apparenza al posto della virtù.
Pertanto, per loro è fondamentale coltivare una facoltà che funga da arbitro tra questi due “guidi”, che non permetta alla coscienza di deviare e che corregga gli errori derivanti dai pregiudizi. Questa facoltà è la ragione. Ma quanti interrogativi sorgono davanti a questo termine. Le donne sono capaci di un ragionamento solido? È importante che lo coltivino? Riusciranno a farlo con successo? Questa coltivazione è utile alle funzioni che loro sono destinate ad esercitare? È compatibile con la semplicità che le caratterizza?
Le diverse modalità con cui queste questioni vengono considerate e risolte portano a estremi opposti: da un lato, si limita la donna al ruolo di cucire e filare in casa con le sue servitrici, riducendola così alla condizione della prima serva del padrone; dall’altro lato, non contenti di riconoscere i suoi diritti, si permette persino che usurpi i nostri; infatti, lasciarla superiore a noi nelle qualità proprie al suo sesso e renderla nostra eguale in tutto il resto, non è forse trasferire alla donna la supremazia che la natura attribuisce all’uomo?
La ragione che spinge l’uomo a conoscere i propri doveri non è molto complessa; quella che spinge la donna a conoscere i propri doveri è ancora più semplice. L’obbedienza e la fedeltà che ella deve al proprio marito, la tenerezza e le cure che deve ai propri figli, sono conseguenze così naturali e evidenti della sua condizione, che non può, senza malafede, rifiutare di seguire il sentimento interno che la guida, né negare l’esistenza di quel dovere nel desiderio che ancora non è stato alterato.
Non biasimerei senza distinzione una donna se fosse limitata esclusivamente ai compiti propri del suo sesso e se venisse lasciata in una profonda ignoranza su tutto il resto; ma ciò richiederebbe costumi sociali molto semplici e sani, o un modo di vivere molto ritirato. In grandi città, tra uomini corrotti, tale donna sarebbe troppo facile da sedurre; spesso la sua virtù dipenderebbe soltanto dalle circostanze. In questo secolo filosofico, essa ha bisogno di una prova concreta della propria integrità: deve sapere in anticipo sia ciò che le possono dire che ciò che deve pensare al riguardo.
D’ailleurs, soumise au jugement des hommes, elle doit mériter leur estime ; elle doit surtout obtenir celle de son époux ; elle ne doit pas seulement lui faire aimer sa personne, mais lui faire approuver sa conduite ; elle doit justifier devant le public le choix qu’il a fait, et faire honorer le mari de l’honneur qu’on rend à la femme. Or, comment s’y prendra-t-elle pour tout cela, si elle ignore nos institutions, si elle ne sait rien de nos usages, de nos bienséances, si elle ne connaît ni la source des jugements humains, ni les passions qui les déterminent ? Dès là qu’elle dépend à la fois de sa propre conscience et des opinions des autres, il faut qu’elle apprenne à comparer ces deux règles, à les concilier, et à ne préférer la première que quand elles sont en opposition. Elle devient le juge de ses juges, elle décide quand elle doit s’y soumettre et quand elle doit les récuser. Avant de rejeter ou d’admettre leurs préjugés, elle les pèse ; elle apprend à remonter à leur source, à les prévenir, à se les rendre favorables ; elle a soin de ne jamais s’attirer le blâme quand son devoir lui permet de l’éviter. Rien de tout cela ne peut bien se faire sans cultiver son esprit et sa raison.
Je reviens toujours au principe, et il me fournit la solution de toutes mes difficultés. J’étudie ce qui est, j’en recherche la cause, et je trouve enfin que ce qui est est bien. J’entre dans des maisons ouvertes dont le maître et la maîtresse font conjointement les honneurs. Tous deux ont eu la même éducation, tous deux sont d’une égale politesse, tous deux également pourvus de goût et d’esprit, tous deux animés du même désir de bien recevoir leur monde, et de renvoyer chacun content d’eux. Le mari n’omet aucun soin pour être attentif à tout : il va, vient, fait la ronde et se donne mille peines ; il voudrait être tout attention. La femme reste à sa place ; un petit cercle se rassemble autour d’elle, et semble lui cacher le reste de l’assemblée ; cependant il ne s’y passe rien qu’elle n’aperçoive, il n’en sort personne à qui elle n’ait parlé ; elle n’a rien omis de ce qui pouvait intéresser tout le monde ; elle n’a rien dit à chacun qui ne lui fût agréable ; et sans rien troubler à l’ordre, le moindre de la compagnie n’est pas plus oublié que le premier. On est servi, l’on se met à table : l’homme, instruit des gens qui se conviennent, les placera selon ce qu’il sait ; la femme, sans rien savoir, ne s’y trompera pas ; elle aura déjà lu dans les yeux, dans le maintien, toutes les convenances, et chacun se trouvera placé comme il veut l’être. Je ne dis point qu’au service personne n’est oublié. Le maître de la maison, en faisant la ronde, aura pu n’oublier personne ; mais la femme devine ce qu’on regarde avec plaisir et vous en offre ; en parlant à son voisin elle a l’oeil au bout de la table ; elle discerne celui qui ne mange point parce qu’il n’a pas faim, et celui qui n’ose se servir ou demander parce qu’il est maladroit ou timide. En sortant de table, chacun croit qu’elle n’a songé qu’à lui ; tous ne pensent pas qu’elle ait eu le temps de manger un seul morceau ; mais la vérité est qu’elle a mangé plus que personne.
Quand tout le monde est parti, l’on parle de ce qui s’est passé. L’homme rapporte ce qu’on lui a dit, ce qu’on dit et fait ceux avec lesquels il s’est entretenu. Si ce n’est pas toujours là-dessus que la femme est plus exacte, en revanche elle a vu ce qui s’est dit tout bas à l’autre bout de la salle ; elle sait ce qu’un tel a pensé, à quoi tenait tel propos ou tel geste ; il s’est fait à peine un mouvement expressif dont elle n’ait l’interprétation toute prête, et presque toujours conforme à la vérité.
Le même tour d’esprit qui fait exceller une femme du monde dans l’art de tenir maison, fait exceller une coquette dans l’art d’amuser plusieurs soupirants. Le manège de la coquetterie exige un discernement encore plus fin que celui de la politesse : car, pourvu qu’une femme polie le soit envers tout le monde, elle a toujours assez bien fait ; mais la coquette perdrait bientôt son empire par cette uniformité maladroite ; à force de vouloir obliger tous ses amants, elle les rebuterait tous. Dans la société, les manières qu’on prend avec tous les hommes ne laissent pas de plaire à chacun ; pourvu qu’on soit bien traité, l’on y regarde pas de si près sur les préférences ; mais en amour, une faveur qui n’est pas exclusive est une injure. Un homme sensible aimerait cent fois mieux être seul maltraité que caressé avec tous les autres, et ce qui lui peut arriver de pis est de n’être point distingué. Il faut donc qu’une femme qui veut conserver plusieurs amants persuade à chacun d’eux qu’elle le préfère, et qu’elle le lui persuade sous les yeux de tous les autres, à qui elle en persuade autant sous les siens.
Voulez-vous voir un personnage embarrassé, placez un homme entre deux femmes avec chacune desquelles il aura des liaisons secrètes, puis observez quelle sotte figure il y fera. Placez en même cas une femme entre deux hommes, et sûrement l’exemple ne sera pas plus rare ; vous serez émerveillé de l’adresse avec laquelle elle donnera le change à tous deux, et fera que chacun se rira de l’autre. Or, si cette femme leur témoignait la même confiance et prenait avec eux la même familiarité, comment seraient-ils un instant ses dupes ? En les traitant également, ne montrerait-elle pas qu’ils ont les mêmes droits sur elle ? Oh ! qu’elle s’y prend bien mieux que cela ! Loin de les traiter de la même manière, elle affecte de mettre entre eux de l’inégalité ; elle fait si bien que celui qu’elle flatte croit que c’est par tendresse, et que celui qu’elle maltraite croit que c’est par dépit. Ainsi chacun, content de son partage, la voit toujours s’occuper de lui, tandis qu’elle ne s’occupe en effet que d’elle seule.
Dans le désir général de plaire, la coquetterie suggère de semblables moyens : les caprices ne feraient que rebuter, s’ils n’étaient sagement ménagés ; et c’est en les dispensant avec art qu’elle en fait les plus fortes chaînes de ses esclaves.
Usa ogn’arte la donna, onde sia colte
Nella sua rete alcun novello amante ;
Nè con tutti, nè sempre un stesso volto
Serba ; ma cangia a tempo atto e sembiante[483].
À quoi tient tout cet art, si ce n’est à des observations fines et continuelles qui lui font voir à chaque instant ce qui se passe dans les coeurs des hommes, et qui la disposent à porter à chaque mouvement secret qu’elle aperçoit la force qu’il faut pour le suspendre ou l’accélérer ? Or, cet art s’apprend-il ? Non ; il naît avec les femmes ; elles l’ont toutes, et jamais les hommes ne l’ont eu au même degré. Tel est un des caractères distinctifs du sexe. La présence d’esprit, la pénétration, les observations fines sont la science des femmes ; l’habileté de s’en prévaloir est leur talent.
Furthermore, since she is subject to the judgment of others, she must deserve their respect; above all, she must earn the respect of her husband. She must not only make him love her person but also make him approve of her behavior. She must justify before the public the choice he has made and ensure that the husband receives the honor due to a woman. But how can she accomplish all this if she is ignorant of our institutions, if she knows nothing about our customs and manners, if she is unaware of the origins of human judgments or the passions that influence them? Since she depends both on her own conscience and on the opinions of others, she must learn to compare these two criteria, to reconcile them, and to give precedence to the first only when they are in conflict. She must become the judge of her judges, deciding when to submit to their judgment and when to reject it. Before rejecting or accepting their prejudices, she must weigh them carefully; she must learn to trace their origins, to prevent them from affecting her decisions, and to make them work in her favor. Above all, she must take care never to incur blame when her duty permits her to avoid it. None of this can be accomplished successfully without cultivating her mind and reason.
I always return to this principle, and it provides me with the solution to all my difficulties. I study what exists, seek its causes, and ultimately realize that what is is good enough. I enter houses where both the host and the hostess jointly receive guests. Both have received the same education, both are equally polite, both possess similar tastes and intellects, and both share the same desire to entertain their guests well and ensure everyone leaves satisfied. The husband goes to great lengths to attend to every detail; he moves about, makes sure everything is in order, and tries his best to be attentive to everything. The wife remains in her place; a small circle gathers around her, as if to shield her from the rest of the guests, yet she sees everything that happens, speaks with everyone, and ensures that nothing is overlooked or neglected. She says nothing that might not please anyone, and without disrupting the order of things, no one in the company feels forgotten. When it’s tempo to sit down for dinner, the husband, knowing who gets along well together, arranges the guests accordingly; the wife, without any prior knowledge, never makes a mistake—she reads all the necessary cues from people’s expressions and manners, and everyone ends up sitting where they wish to be. I’m not saying that anyone is forgotten during the service. The host, by checking around, might have ensured that no one was left behind; but the wife instinctively knows who is enjoying themselves and offers them what they desire. As she talks to her neighbors, she keeps an eye on everyone at the table; she notices those who don’t eat because they’re not hungry, and those who are too awkward or shy to serve themselves. After dinner, everyone thinks she only thought of them; few realize that she actually ate more than anyone else.
When everyone has left, people start talking about what happened. The man recounts what was told to him, as well as what those he spoke with said and did. Although the woman is not always more accurate in these matters, she witnessed what was whispered in the distant corners of the room; she knows what someone thought, what motivated a particular remark or gesture. There were hardly any expressive movements that she could not immediately interpret—and almost always, her interpretation corresponded to the truth.
The same mental disposition that enables a woman of the world to excel in the art of managing a household also allows a coquettish woman to delight multiple suitors. The practice of coquetry requires even greater discernment than politeness does—because while a polite woman who treats everyone equally is generally satisfactory, a coquettish woman would soon lose her influence due to such awkward uniformity; trying to please all her lovers would only drive them away. In society, the manner in which one behaves towards all men does not necessarily please each individual; as long as one is treated well, people do not pay too much attention to personal preferences. But in love, favor that is not exclusive is nothing but an insult. A sensitive man would far prefer to be mistreated alone than to be flattered while surrounded by many others—and the worst thing that could happen to him would be to receive no special treatment at all. Therefore, a woman who wants to keep multiple lovers must convince each of them that she prefers him—and do so in front of everyone else, as well as in their own eyes.
If you wish to see a person in an awkward situation, place a man between two women, each of whom he has secret relationships with, and observe the ridiculous expression his face will take. Place a woman in the same situation between two men, and surely this example would not be any rarer; you will be amazed at the skill with which she manages to deceive both of them, making each of them laugh at the other. Yet, if this woman showed them the same trust and treated them with equal familiarity, how could they for a moment become her victims? By treating them equally, would she not be demonstrating that they all have the same rights over her? Oh! She handles things far more cleverly than that. Far from treating them alike, she deliberately creates inequality between them; she makes the one she flatters believe it is out of tenderness, and the one she mistreats believe it is out of spite. In this way, each one, content with his share, sees her always attending to him, while in reality she is only caring for herself.
In the general desire to please others, coquetry employs similar tactics: if caprices were not handled with care, they would only lead to rejection; yet it is by employing them skillfully that coquetry turns them into the strongest bonds that bind its victims.
A woman should employ every art at her disposal, wherever it may lead her.
In her network, no new lover at all;
Neither with everyone, nor always the same face.
Serba; my change happens in an instant, both in action and in appearance[483].
What is the basis of all this art, if not meticulous and constant observation that enables one to perceive at every moment what takes place in the hearts of men, and that prepares one to apply the necessary force to either halt or accelerate any secret movement that is observed? And yet, is this art learned? No; it is inherent in women. They all possess it, whereas men have never possessed it to the same extent. Such is one of the distinctive characteristics of the female sex. Quick wit, perspicacity, and meticulous observation constitute a woman’s “science”; the ability to make use of them is her talent.
Del resto, essendo soggetta al giudizio degli uomini, deve meritare la loro stima; soprattutto, deve conquistare quella del proprio marito: non solo deve fargli amare la sua persona, ma anche fargli approvare il suo comportamento; deve giustificare davanti al pubblico la scelta che lui ha fatto e rendere onore al marito dell’onore che viene riconosciuto alla donna. Ma come riuscirà in tutto ciò se ignora le nostre istituzioni, se non conosce i nostri usi, le nostre convenienze, se non sa né la fonte dei giudizi umani né le passioni che li determinano? Poiché dipende sia dalla propria coscienza che dalle opinioni altrui, deve imparare a confrontare queste due regole, a conciliarle e a preferire la prima soltanto quando sono in opposizione. Diventa così il giudice dei propri giudici: decide quando deve sottomettersi a loro e quando può rifiutarli. Prima di respingere o accettare i loro pregiudizi, li valuta attentamente; impara a individuarne la fonte, a prevenirli, a renderli favorevoli a sé stessa; fa in modo che il proprio dovere le permetta sempre di evitare ogni biasimo. Niente di tutto ciò può essere realizzato senza coltivare il proprio spirito e la propria ragione.
Torno sempre a questo principio: esso mi fornisce la soluzione a tutte le mie difficoltà. Studio ciò che esiste, ne ricerco la causa e alla fine scopro che ciò che esiste è giusto. Entro in case aperte dove sia il padrone che la padrona svolgono insieme i loro doveri. Entrambi hanno ricevuto la stessa educazione, entrambi sono ugualmente cortesi, entrambi possiedono gusto e intelligenza, entrambi desiderano ardentemente accogliere bene le persone che vengono a trovarli e far sì che ognuno se ne vada soddisfatto. Il marito non trascura alcun dettaglio per essere attento a tutto: va avanti e indietro, si assicura che tutto sia in ordine e si impegna molto; vorrebbe davvero essere l’attenzione stessa. La moglie rimane al suo posto; un piccolo gruppo di persone si riunisce intorno a lei, come se le nascondesse il resto degli ospiti; tuttavia non succede nulla che lei non veda, nessuno esce senza che lei parli con lui; non ha tralasciato nulla di ciò che potrebbe interessare tutti, e non ha detto nulla a nessuno se non ciò che gli era gradito; e senza disturbare l’ordine generale, nessuno viene trascurato. Quando arriva il momento di mangiare, l’uomo, conoscendo bene le persone adatte a sedersi insieme, le sistema al posto giusto; la moglie, senza sapere nulla, non sbaglia mai; legge già negli sguardi e nel comportamento delle persone tutte le convenienze del caso, e ognuno si trova seduto esattamente dove desidera. Non sto dicendo che durante i servizi nessuno venga trascurato: il padrone di casa, facendo il giro della tavola, potrebbe non aver dimenticato nessuno; ma la moglie intuisce ciò che tutti desiderano vedere e lo offre loro; parlando con il suo vicino, tiene d’occhio l’intera tavola; riconosce chi non mangia perché non ha fame, e chi non osa servirsi o chiedere perché è goffo o timido. Dopo aver finito di mangiare, tutti pensano che lei abbia pensato solo a loro; in realtà, probabilmente ha mangiato più di chiunque altro.
Quando tutti se ne sono andati, si inizia a parlare di ciò che è accaduto. L’uomo racconta ciò che gli è stato detto, ciò che dicono e fanno le persone con cui ha conversato. Se non sempre la donna è più precisa in questi casi, lei invece ha visto ciò che è stato detto sottovoce all’altro capo della sala; sa cosa ha pensato una certa persona, quale fosse lo scopo di un determinato discorso o gesto; appena si verifica un movimento espressivo, lei ne ha già un’interpretazione pronta, e quasi sempre corrispondente alla verità.
Lo stesso modo di pensare che fa eccellere una donna del mondo nell’arte di gestire la casa, fa eccellere una civetta nell’arte di intrattenere più amanti contemporaneamente. L’arte della civetteria richiede un discernimento ancora più fine di quello necessario per essere educate: infatti, una donna educata basta che sia gentile con tutti, e questo è già sufficiente; ma una civetta, con questa sua uniformità goffa, perderebbe presto il proprio ascendente sugli uomini: cercando di compiacere tutti i suoi amanti, finirebbe per allontanarli tutti. Nella società, le maniere che si adottano con tutti gli uomini non sono destinate a piacere a ciascuno in particolare; basta essere trattati bene, e non ci si sofferma troppo sulle preferenze personali. Ma nell’amore, un favore che non è esclusivo equivale a un insulto. Un uomo sensibile preferirebbe di gran lunga essere maltrattato da una donna piuttosto che essere coccolato insieme ad altri; il peggio che possa capitargli è non essere affatto distinto da lei. Pertanto, una donna che vuole mantenere più amanti deve convincere ciascuno di loro che lo preferisce, e farlo davanti agli occhi di tutti gli altri, e allo stesso modo anche davanti ai suoi stessi occhi.
Volete vedere un personaggio imbarazzato? Mettete un uomo tra due donne con ciascuna delle quali avrà relazioni segrete, e osservate quale figura ridicola ne risulterà. Fate lo stesso con una donna tra due uomini: l’esempio non sarà certo meno frequente. Sarete sorpresi dall’abilità con cui lei riuscirà a ingannarli entrambi, facendo sì che ognuno si ridica dell’altro. Ora, se questa donna dimostrasse loro la stessa fiducia e assumesse con loro lo stesso tono di familiarità, come potrebbero anche solo per un istante diventare sue vittime? Trattandoli allo stesso modo, non dimostrerebbe forse che hanno tutti gli stessi diritti su di lei? Oh. Lei sa come fare molto meglio di così! Lontano dal trattarli ugualmente, fa in modo che esista un’ineguaglianza tra loro: fa sì che colui che lusinga creda che lo faccia per affetto, e colui che viene maltrattato pensi che lo faccia per dispetto. Così ognuno, contento della propria “parte” nell’equazione, la vede sempre occuparsi di sé, mentre in realtà lei si preoccupa soltanto di se stessa.
Nel desiderio generale di piacere, la civetteria suggerisce metodi simili: i capricci, se non gestiti con saggezza, finirebbero solo per allontanare le persone; è proprio offrendoli con abilità che essa ne fa le “catene” più potenti per tenere sotto controllo coloro a cui si rivolge.
La donna deve utilizzare ogni mezzo possibile per essere considerata colta.
Nella sua rete, nessun nuovo amante.
Né con tutti, né sempre lo stesso volto.
Serba; ma cambia in modo tempestivo aspetto e comportamento[483].
Di cosa dipende tutta questa arte, se non da osservazioni accurate e continue che le permettono di vedere in ogni momento ciò che avviene nei cuori degli uomini, e che la rendono capace di applicare, a ogni movimento segreto che percepisce, la forza necessaria per fermarlo o accelerarlo? Ora, questa arte si impara? No; nasce insieme alle donne; tutte le donne la possiedono, mentre gli uomini non l’hanno mai avuta nello stesso grado. Questo è uno dei tratti distintivi del sesso femminile. La prontezza di spirito, la perspicacia, le osservazioni accurate costituiscono la scienza delle donne; l’abilità di farne uso è il loro talento.
Voilà ce qui est, et l’on a vu pourquoi cela doit être. Les femmes sont fausses, nous dit-on. Elles le deviennent. Le don qui leur est propre est l’adresse et non pas la fausseté : dans les vrais penchants de leur sexe, même en mentant, elles ne sont point fausses. Pourquoi consultez-vous leur bouche, quand ce n’est pas elle qui doit parler ? Consultez leurs yeux, leur teint, leur respiration, leur air craintif, leur molle résistance : voilà le langage que la nature leur donne pour vous répondre. La bouche dit toujours non, et doit le dire ; mais l’accent qu’elle y joint n’est pas toujours le même, et cet accent ne sait point mentir. La femme n’a-t-elle pas les mêmes besoins que l’homme, sans avoir le même droit de les témoigner ? Son sort serait trop cruel, si, même dans les désirs légitimes, elle n’avait un langage équivalent à celui qu’elle n’ose tenir. Faut-il que sa pudeur la rende malheureuse ? Ne lui faut-il pas un art de communiquer ses penchants sans les découvrir ? De quelle adresse n’a-t-elle pas besoin pour faire qu’on lui dérobe ce qu’elle brûle d’accorder ! Combien ne lui importe-t-il point d’apprendre à toucher le coeur de l’homme, sans paraître songer à lui ! Quel discours charmant n’est-ce pas que la pomme de Galatée et sa fuite maladroite ! Que faudra-t-il qu’elle ajoute à cela ? Ira-t-elle dire au berger qui la suit entre les saules qu’elle n’y fuit qu’à dessein de l’attirer ? Elle mentirait, pour ainsi dire ; car alors elle ne l’attirerait plus. Plus une femme a de réserve, plus elle doit avoir d’art, même avec son mari. Oui, je soutiens qu’en tenant la coquetterie dans ses limites, on la rend modeste et vraie, on en fait une loi d’honnêteté.
La vertu est une, disait très bien un de mes adversaires ; on ne la décompose pas pour admettre une partie et rejeter l’autre. Quand on l’aime, on l’aime dans toute son intégrité ; et l’on refuse son coeur quand on peut, et toujours sa bouche aux sentiments qu’on ne doit point avoir. La vérité morale n’est pas ce qui est, mais ce qui est bien ; ce qui est mal ne devrait point être, et ne doit point être avoué, surtout quand cet aveu lui donne un effet qu’il n’aurait pas eu sans cela. Si j’étais tenté de voler, et qu’en le disant je tentasse un autre d’être mon complice, lui déclarer ma tentation ne serait-ce pas y succomber ? Pourquoi dites-vous que la pudeur rend les femmes fausses ? Celles qui la perdent le plus sont-elles au reste plus vraies que les autres ? Tant s’en faut ; elles sont plus fausses mille fois. On n’arrive à ce point de dépravation qu’à force de vices, qu’on garde tous, et qui ne règnent qu’à la faveur de l’intrigue et du mensonge[484]. Au contraire, celles qui ont encore de la honte, qui ne s’enorgueillissent point de leurs fautes, qui savent cacher leurs désirs à ceux mêmes qui les inspirent, celles dont ils en arrachent les aveux avec le plus de peine, sont d’ailleurs les plus vraies, les plus sincères, les plus constantes dans tous leurs engagements, et celles sur la foi desquelles on peut généralement le plus compter.
Je ne sache que la seule mademoiselle de l’Enclos qu’on ait pu citer pour exception connue à ces remarques. Aussi mademoiselle de l’Enclos a-t-elle passé pour un prodige. Dans le mépris des vertus de son sexe, elle avait, dit-on, conservé celles du nôtre : on vante sa franchise, sa droiture, la sûreté de son commerce, sa fidélité dans l’amitié ; enfin, pour achever le tableau de sa gloire, on dit qu’elle s’était faite homme. À la bonne heure. Mais, avec toute sa haute réputation, je n’aurais pas plus voulu de cet homme-là pour mon ami que pour ma maîtresse.
Tout ceci n’est pas si hors de propos qu’il paraît être. Je vois où tendent les maximes de la philosophie moderne en tournant en dérision la pudeur du sexe et sa fausseté prétendue ; et je vois que l’effet le plus assuré de cette philosophie sera d’ôter aux femmes de notre siècle le peu d’honneur qui leur est resté.
Sur ces considérations, je crois qu’on peut déterminer en général quelle espèce de culture convient à l’esprit des femmes, et sur quels objets on doit tourner leurs réflexions dès leur jeunesse.
Je l’ai déjà dit, les devoirs de leur sexe sont plus aisés à voir qu’à remplir. La première chose qu’elles doivent apprendre est à les aimer par la considération de leurs avantages ; c’est le seul moyen de les leur rendre faciles. Chaque état et chaque âge a ses devoirs. On connaît bientôt les siens pourvu qu’on les aime. Honorez votre état de femme, et dans quelque rang que le ciel vous place, vous serez toujours une femme de bien. L’essentiel est d’être ce que nous fit la nature ; on n’est toujours que trop ce que les hommes veulent que l’on soit.
La recherche des vérités abstraites et spéculatives, des principes, des axiomes dans les sciences, tout ce qui tend à généraliser les idées n’est point du ressort des femmes, leurs études doivent se rapporter toutes à la pratique ; c’est à elles à faire l’application des principes que l’homme a trouvés, et c’est à elles de faire les observations qui mènent l’homme à l’établissement des principes. Toutes les réflexions des femmes en ce qui ne tient pas immédiatement à leurs devoirs, doivent tendre à l’étude des hommes ou aux connaissances agréables qui n’ont que le goût pour objet ; car, quant aux ouvrages de génie, ils passent leur portée ; elles n’ont pas non plus assez de justesse et d’attention pour réussir aux sciences exactes, et, quant aux connaissances physiques, c’est à celui des deux qui est le plus agissant, le plus allant, qui voit le plus d’objets ; c’est à celui qui a le plus de force et qui l’exerce davantage, à juger des rapports des êtres sensibles et des lois de la nature. La femme, qui est faible et qui ne voit rien au dehors, apprécie et juge les mobiles qu’elle peut mettre en oeuvre pour suppléer à sa faiblesse, et ces mobiles sont les passions de l’homme. Sa mécanique à elle est plus forte que la nôtre, tous ses leviers vont ébranler le coeur humain. Tout ce que son sexe ne peut faire par lui-même, et qui lui est nécessaire ou agréable, il faut qu’elle ait l’art de nous le faire vouloir ; il faut donc qu’elle étudie à fond l’esprit de l’homme, non par abstraction l’esprit de l’homme en général, mais l’esprit des hommes qui l’entourent, l’esprit des hommes auxquels elle est assujettie, soit par la loi, soit par l’opinion. Il faut qu’elle apprenne à pénétrer leurs sentiments par leurs discours, par leurs actions, par leurs regards, par leurs gestes. Il faut que, par ses discours, par ses actions, par ses regards, par ses gestes, elle sache leur donner les sentiments qu’il lui plaît, sans même paraître y songer. Ils philosopheront mieux qu’elle sur le coeur humain ; mais elle lira mieux qu’eux dans le coeur des hommes. C’est aux femmes à trouver pour ainsi dire la morale expérimentale, à nous à la réduire en système. La femme a plus d’esprit, et l’homme plus de génie ; la femme observe, et l’homme raisonne : de ce concours résultent la lumière la plus claire et la science la plus complète que puisse acquérir de lui-même l’esprit humain, la plus sûre connaissance, en un mot, de soi et des autres qui soit à la portée de notre espèce. Et voilà comment l’art peut tendre incessamment à perfectionner l’instrument donné par la nature.
This is what it is, and we have seen why it must be so. Women are false, we are told; yet they become false precisely because of the very qualities that are inherent to them. The gift that belongs uniquely to them is grace and delicacy, not deceit: in their true inclinations, even when they lie, they are not false. Why do you consult their mouths, when it is not their mouths that should speak? Look at their eyes, their complexion, their breathing, their fearful demeanor, their subtle resistance—these are the languages that nature has given them to respond to you. The mouth always says “no,” and it must; but the tone it uses is not always the same, and that tone cannot lie. Does a woman not have the same desires as a man, yet not the same right to express them? Her fate would be too cruel if, even in legitimate desires, she had no means of communicating them other than what she dares not say aloud. Must her modesty necessarily make her unhappy? Does she not need an art to convey her feelings without revealing them? How indispensable is it for her to learn how to touch a man’s heart without seeming to intend to do so! What a charming “discourse” the apple of Galathea and its clumsy escape constitute! What more could she possibly add to that? Would she go and tell the shepherd following her among the willows that she was fleeing only in order to lure him closer? That would be lying, in a way; for if she did, she would no longer be luring him. The more reserve a woman maintains, the greater her art must be—even with her husband. Yes, I contend that by keeping coquetry within its proper limits, one can make it a virtue of honesty and modesty.
“Virtue is one whole entity,” one of my opponents said very well; we cannot break it down into its parts and accept some aspects while rejecting others. When we love virtue, we love it in its entirety; and when we can, we refuse to give voice to the sentiments that we ought not to have. Moral truth is not what exists in reality, but what is good; what is evil should not exist at all, and must not be acknowledged, especially when such acknowledgment would give it an effect that it otherwise would not have. If I were tempted to steal, and by confessing it I tried to induce someone else to become my accomplice, would declaring my temptation not be tantamount to giving in to that temptation? Why do you say that modesty makes women deceitful? Are those who lose it the most truly virtuous than others? Far from it; they are a thousand times more deceitful. Only through a life of vice—kept all the while, and only possible through intrigue and lies—can one reach such a state of depravity[484]. On the contrary, those who still feel shame, who do not take pride in their faults, who know how to hide their desires even from those who inspire them, and for whom such confessions are obtained with great difficulty, are indeed the most virtuous, the most sincere, the most steadfast in all their commitments—and it is generally upon their word that one can rely most.
I know of only one young lady from l’Enclos who could be cited as an exception to these remarks. Hence, she was regarded as a miracle. In her contempt for the virtues of her own sex, it was said that she retained those of our sex: her frankness, her integrity, the reliability of her dealings, her fidelity in friendship—finally, to complete this portrait of her glory, it was even claimed that she had assumed male characteristics. Well and good. But despite all her high reputation, I would not want such a “man” as my friend or my lover.
All of this is not so irrelevant as it may seem. I see where the maxims of modern philosophy are leading—toward mocking the supposed purity of sex and its alleged falsehoods; and I realize that the most certain effect of this philosophy will be to strip women in our century of the little honor that remains to them.
Based on these considerations, I believe it is possible to determine, in general, what kind of culture is suitable for the minds of women, and upon what subjects their thoughts should be directed from a young age onward.
I have already said that the duties associated with their gender are easier to recognize than to fulfill. The first thing they must learn is to love these duties by recognizing their advantages; it is the only way to make them easy to carry out. Every state of life and every age have their own duties. One soon comes to understand one’s own, as long as one loves them. Honor your role as a woman, and no matter what position heaven assigns you, you will always be a good woman. The essential thing is to be what nature has made us; it is far too often that we become what men want us to be.
The pursuit of abstract and speculative truths, of principles and axioms in the sciences—everything that aims to generalize ideas—is not within the scope of women’s abilities. Their studies must all be related to practical matters; it is their role to apply the principles discovered by men and to make those observations that lead men to establish new principles. All of a woman’s reflections on matters that are not directly related to her duties should aim toward the study of men or towards acquiring pleasant knowledge that serves merely for enjoyment. For as regards works of genius, they lie beyond her capacity; she also lacks the precision and attention required to succeed in the exact sciences. As for physical knowledge, it is the more active, more energetic individual who sees the most things; it is he who possesses greater strength and uses it more extensively—who is thus better able to discern the relationships between sensible beings and the laws of nature. The woman, being weak and unable to perceive much beyond her immediate surroundings, appreciates and judges those motives which she can employ to compensate for her own limitations, and these motives are men’s passions. Her “mechanics,” so to speak, are more powerful than ours; all her means are capable of affecting the human heart. Whatever her sex cannot accomplish on its own and that is necessary or pleasing to it, she must learn to make us desire it; therefore, she must thoroughly study the nature of men—not in an abstract way, but with regard to those men who surround her, those whom she is bound to by law or public opinion. She must learn to decipher their feelings through their words, actions, looks, and gestures. Through her own words, actions, looks, and gestures, she must be able to inspire in them the sentiments she desires, without even appearing to intend to do so. They may philosophize better than she about the human heart; but she will understand it more profoundly than they will. It is women who, in a sense, discover practical morality; it is our role to systematize it. Women possess greater intellect, while men have more genius; women observe, while men reason. From this combination arise the clearest insights and the most comprehensive knowledge that the human mind can attain on its own—indeed, the most certain understanding of oneself and of others within the reach of our species. And thus, art can constantly strive to perfect the instrument bestowed upon us by nature.
Ecco ciò che è, e si è visto perché debba essere così. Si dice che le donne siano false. Ma lo diventano per necessità. Il dono che le è proprio è l’astuzia, non la falsità: nei veri impulsi del loro sesso, anche quando mentono, non sono affatto false. Perché allora consultate la loro bocca, se non è lei stessa a dover parlare? Consultate i loro occhi, il loro colorito, il loro respiro, quell’aria timida, quella resistenza apparentemente debole: questo è il linguaggio che la natura le ha dato per rispondervi. La bocca dice sempre di no, ma l’intonazione con cui lo dice non è sempre la stessa, e quell’intonazione non sa mentire. La donna non ha forse gli stessi bisogni dell’uomo, senza però avere lo stesso diritto di esprimerli? Il suo destino sarebbe troppo crudele se, anche nei desideri legittimi, non avesse un linguaggio equivalente a quello che non osa utilizzare. Dovrebbe forse la sua pudore renderla infelice? Non le serve forse un modo per comunicare i suoi impulsi senza rivelarli apertamente? Di quanta abilità non ha bisogno per far sì che gli uomini le offrano ciò che arde dal desiderio di dar loro! Quanto le importa imparare a toccare il cuore dell’uomo, senza sembrare pensarci. Che discorso incantevole è quello della “Pomona di Galathea” e della sua fuga goffa. Cosa potrebbe aggiungere ancora? Andrà forse a dire al pastore che la segue tra i salici che fugge soltanto per attirarlo? In quel caso mentirebbe, perché allora non lo attirerebbe più. Più una donna ha riserve, più deve essere abile, anche con il proprio marito. Sì, affermo che, tenendo la civetteria entro i suoi limiti, si può renderla modesta e sincera, e trasformarla in una legge di onestà.
“La virtù è unica”, diceva molto bene uno dei miei avversari; non si può scomporre in parti per accettarne una e rifiutarne un’altra. Quando si ama la virtù, la si ama nella sua interezza; si rifiuta il suo cuore quando è possibile, e si negano sempre quelle parole che non dovrebbero essere pronunciate. La verità morale non è ciò che esiste, ma ciò che è giusto; ciò che è sbagliato non dovrebbe esistere, e soprattutto non dovrebbe essere ammesso, specialmente quando tale ammissione gli conferisce un effetto che altrimenti non avrebbe. Se fossi tentato di rubare, e dicendolo cercassi di convincere qualcuno a diventare mio complice, non sarebbe forse questo stesso atto di confessare la mia tentazione un modo per cederle? Perché dite che la pudore rende le donne false? Quelle che lo perdono maggiormente sono forse più sincere delle altre? Niente affatto; sono mille volte più false. Si arriva a questo livello di corruzione solo attraverso una serie di vizi, tutti mantenuti grazie all’inganno e alla menzogna[484]. Al contrario, quelle donne che ancora provano vergogna, che non si vantano dei propri errori, che sanno nascondere i propri desideri anche a coloro che li ispirano, e per cui tali confessioni costituiscono un vero sacrificio, sono proprio queste le più sincere, le più oneste, le più fedeli nei loro impegni. E su di loro si può generalmente contare con maggiore fiducia.
So soltanto che mademoiselle de l’Enclos è stata l’unica persona del suo sesso di cui si possa citare un esempio contrario a queste osservazioni; per questo motivo, fu considerata una vera meraviglia. Nonostante disprezzasse le virtù tipiche del proprio sesso, si diceva che avesse conservato quelle del nostro: si lodava la sua franchezza, la sua onestà, l’affidabilità nelle sue relazioni, la sua fedeltà nell’amicizia; infine, per completare il ritratto della sua gloria, si diceva addirittura che si fosse comportata come un uomo. Meno male. Ma, nonostante tutta questa alta reputazione, non vorrei mai che quell’“uomo” diventasse mio amico o mia amante.
Tutto ciò non è così fuori luogo come potrebbe sembrare. Capisco verso quale direzione tendono i principi della filosofia moderna, quando mettono in ridicolo la pudicizia del sesso e la sua presunta falsità; e vedo che l’effetto più certo di questa filosofia sarà quello di privare le donne del nostro secolo dell’unica onore che loro sia rimasta.
Sulla base di queste considerazioni, credo che si possa stabilire in generale quale tipo di cultura sia adatto allo spirito delle donne, e su quali argomenti dovrebbero concentrare i loro pensieri fin da giovani.
L’ho già detto: i doveri legati al loro sesso sono più facili da comprendere che da adempiere. La prima cosa che devono imparare è amarli, considerando i loro vantaggi; questo è l’unico modo per renderli realmente facili da eseguire. Ogni stato sociale e ogni età hanno i propri doveri. Basta amarli per conoscere rapidamente quali siano i propri. Onorate il vostro ruolo di donna: in qualunque posizione vi collochi il destino, sarete sempre donne virtuose. L’essenziale è essere ciò che la natura ci ha fatti; altrimenti si diventa soltanto ciò che gli uomini vogliono che si sia.
La ricerca di verità astratte e speculative, di principi e assiomi nelle scienze, tutto ciò che tende a generalizzare le idee non rientra nell’ambito delle competenze femminili; i loro studi devono essere rivolti esclusivamente alla pratica. È compito delle donne applicare i principi scoperti dagli uomini e effettuare quelle osservazioni che portano all’elaborazione di nuovi principi. Tutte le riflessioni femminili, in ciò che non riguarda direttamente i loro doveri, devono mirare allo studio degli uomini o alle conoscenze piacevoli, le quali hanno come oggetto esclusivo il gusto. Infatti, quanto agli opere di genio, esse trascendono la portata delle donne; queste non possiedono nemmeno l’accuratezza e l’attenzione necessarie per riuscire nelle scienze precise, e quanto alle conoscenze fisiche, spetta a colui che è più attivo, più dinamico, che vede un maggior numero di oggetti; spetta a colui che possiede più forza e la esercita in misura maggiore giudicare i rapporti tra gli esseri sensibili e le leggi della natura. La donna, essendo debole e non vedendo nulla al di fuori di sé, apprezza e valuta quei mezzi che può utilizzare per compensare la propria debolezza, e questi mezzi sono le passioni dell’uomo. La sua “meccanica” è più potente della nostra; tutti i suoi strumenti sono in grado di influenzare profondamente il cuore umano. Tutto ciò che il suo sesso non può fare da solo, e che le è necessario o piacevole, lei deve imparare ad indurci a desiderarlo; pertanto deve studiare a fondo lo spirito dell’uomo, non in modo astratto, ma quello degli uomini che la circondano, di quelli ai quali è soggetta, sia per legge che per opinione. Deve imparare a comprendere i loro sentimenti attraverso i loro discorsi, le loro azioni, i loro sguardi, i loro gesti; deve saper suscitare in loro i sentimenti che desidera, senza nemmeno sembrarlo fare. Gli uomini potranno filosofare meglio di lei sul cuore umano, ma lei sarà in grado di comprendere meglio di loro i sentimenti altrui. È alle donne quindi spettare di scoprire, per così dire, una morale basata sull’esperienza; a noi spetta ridurla in un sistema coerente. La donna possiede più intelligenza, l’uomo più genio; la donna osserva, l’uomo ragiona: da questa collaborazione derivano la luce più chiara e la scienza più completa che lo spirito umano possa acquisire da solo, la conoscenza più sicura, in breve, di sé stesso e degli altri, alla portata della nostra specie. Ed è così che l’arte può contribuire incessantemente al perfezionamento dell’strumento donato dalla natura.
Le monde est le livre des femmes : quand elles y lisent mal, c’est leur faute ; ou quelque passion les aveugle. Cependant la véritable mère de famille, loin d’être une femme du monde, n’est guère moins recluse dans sa maison que la religieuse dans son cloître. Il faudrait donc faire, pour les jeunes personnes qu’on marie, comme on fait ou comme on doit faire pour celles qu’on met dans des couvents : leur montrer les plaisirs qu’elles quittent avant de les y laisser renoncer, de peur que la fausse image de ces plaisirs qui leur sont inconnus ne vienne un jour égarer leurs coeurs et troubler le bonheur de leur retraite. En France les filles vivent dans des couvents, et les femmes courent le monde. Chez les anciens, c’était tout le contraire ; les filles avaient, comme je l’ai dit, beaucoup de jeux et de fêtes publiques ; les femmes vivaient retirées. Cet usage était plus raisonnable et maintenait mieux les moeurs. Une sorte de coquetterie est permise aux filles à marier ; s’amuser est leur grande affaire. Les femmes ont d’autres soins chez elles, et n’ont plus de maris à chercher ; mais elles ne trouveraient pas leur compte à cette réforme, et malheureusement elles donnent le ton. Mères, faites du moins vos compagnes de vos filles. Donnez-leur un sens droit et une âme honnête, puis ne leur cachez rien de ce qu’un oeil chaste peut regarder. Le bal, les festins, les jeux, même le théâtre, tout ce qui, mal vu, fait le charme d’une imprudente jeunesse, peut être offert sans risque à des yeux sains. Mieux elles verront ces bruyants plaisirs, plus tôt elles en seront dégoûtées.
J’entends la clameur qui s’élève contre moi. Quelle fille résiste à ce dangereux exemple ? À peine ont-elles vu le monde que la tête leur tourne à toutes ; pas une d’elles ne veut le quitter. Cela peut être : mais, avant de leur offrir ce tableau trompeur, les avez-vous bien préparées à le voir sans émotion ? Leur avez-vous bien annoncé les objets qu’il représente ? Les leur avez-vous bien peints tels qu’ils sont ? Les avez-vous bien armées contre les illusions de la vanité ? Avez-vous porté dans leur jeune coeur le goût des vrais plaisirs qu’on ne trouve point dans ce tumulte ? Quelles précautions, quelles mesures avez-vous prises pour les préserver du faux goût qui les égare ? Loin de rien opposer dans leur esprit à l’empire des préjugés publics, vous les avez nourris ; vous leur avez fait aimer d’avance tous les frivoles amusements qu’elles trouvent. Vous les leur faites aimer encore en s’y livrant. De jeunes personnes entrant dans le monde n’ont d’autre gouvernante que leur mère, souvent plus folle qu’elles, et qui ne peut leur montrer les objets autrement qu’elle ne les voit. Son exemple, plus fort que la raison même, les justifie à leurs propres yeux, et l’autorité de la mère est pour la fille une excuse sans réplique. Quand je veux qu’une mère introduise sa fille dans le monde, c’est en supposant qu’elle le lui fera voir tel qu’il est.
Le mal commence plus tôt encore. Les couvents sont de véritables écoles de coquetterie, non de cette coquetterie honnête dont j’ai parlé, mais de celle qui produit tous les travers des femmes et fait les plus extravagantes petites maîtresses. En sortant de là pour entrer tout d’un coup dans des sociétés bruyantes, de jeunes femmes s’y sentent d’abord à leur place. Elles ont été élevées pour y vivre ; faut-il s’étonner qu’elles s’y trouvent bien ? Je n’avancerai point ce que je vais dire sans crainte de prendre un préjugé pour une observation ; mais il me semble qu’en général, dans les pays protestants, il y a plus d’attachement de famille, de plus dignes épouses et de plus tendres mères que dans les pays catholiques ; et, si cela est, on ne peut douter que cette différence ne soit due en partie à l’éducation des couvents.
Pour aimer la vie paisible et domestique il faut la connaître ; il faut en avoir senti les douceurs dès l’enfance. Ce n’est que dans la maison paternelle qu’on prend du goût pour sa propre maison, et toute femme que sa mère n’a point élevée n’aimera point élever ses enfants. Malheureusement il n’y a plus d’éducation privée dans les grandes villes. La société y est si générale et si mêlée, qu’il ne reste plus d’asile pour la retraite, et qu’on est en public jusque chez soi. À force de vivre avec tout le monde, on n’a plus de famille ; à peine connaît-on ses parents : on les voit en étrangers ; et la simplicité des moeurs domestiques s’éteint avec la douce familiarité qui en faisait le charme. C’est ainsi qu’on suce avec le lait le goût des plaisirs du siècle et des maximes qu’on y voit régner.
On oppose aux filles une gêne apparente pour trouver des dupes qui les épousent sur leur maintien. Mais étudiez un moment ces jeunes personnes ; sous un air contraint elles déguisent mal la convoitise qui les dévore, et déjà on lit dans leurs yeux l’ardent désir d’imiter leurs mères. Ce qu’elles convoitent n’est pas un mari, mais la licence du mariage. Qu’a-t-on besoin d’un mari, avec tant de ressources pour s’en passer ? Mais on a besoin d’un mari pour couvrir ces ressources[485]. La modestie est sur leur visage, et le libertinage est au fond de leur coeur : cette feinte modestie elle-même en est un signe ; elles ne l’affectent que pour pouvoir s’en débarrasser plus tôt. Femmes de Paris et de Londres, pardonnez-le-moi, je vous supplie. Nul séjour n’exclut les miracles ; mais pour moi je n’en connais point ; et si une seule d’entre vous a l’âme vraiment honnête, je n’entends rien à vos institutions.
Toutes ces éducations diverses livrent également de jeunes personnes au goût des plaisirs du monde, et aux passions qui naissent bientôt de ce goût. Dans les grandes villes la dépravation commence avec la vie, et dans les petites elle commence avec la raison. De jeunes provinciales, instruites à mépriser l’heureuse simplicité de leurs moeurs, s’empressent à venir à Paris partager la corruption des nôtres ; les vices, ornés du beau nom de talents, sont l’unique objet de leur voyage ; et, honteuses en arrivant de se trouver si loin de la noble licence des femmes du pays, elles ne tardent pas à mériter d’être aussi de la capitale. Où commence le mal, à votre avis ? dans les lieux où on le projette, ou dans ceux où on l’accomplit ?
Je ne veux pas que de la province une mère sensée amène sa fille à Paris pour lui montrer ces tableaux si pernicieux pour d’autres ; mais je dis que quand cela serait, ou cette fille est mal élevée, ou ces tableaux seront peu dangereux pour elle. Avec du goût, du sens et l’amour des choses honnêtes, on ne les trouve pas si attrayants qu’ils le sont pour ceux qui s’en laissent charmer. On remarque à Paris les jeunes écervelées qui viennent se hâter de prendre le ton du pays, et se mettre à la mode six mois durant pour se faire siffler le reste de leur vie ; mais qui est-ce qui remarque celles, qui, rebutées de tout ce fracas, s’en retournent dans leur province, contentes de leur sort, après l’avoir comparé à celui qu’envient les autres ? Combien j’ai vu de jeunes femmes, amenées dans la capitale par des maris, complaisants et maîtres de s’y fixer, les en détourner elles-mêmes, repartir plus volontiers qu’elles n’étaient venues, et dire avec attendrissement la veille de leur départ : Ah ! retournons dans notre chaumière, on y vit plus heureux que dans les palais d’ici ! On ne sait pas combien il reste encore de bonnes gens qui n’ont point fléchi le genou devant l’idole, et qui méprisent son culte insensé. Il n’y a de bruyantes que les folles ; les femmes sages ne font point de sensation.
The world is the book of women: when they read it incorrectly, it is their own fault—or some passion blinds them. Yet the true mother of a family, far from being a woman of the world, is just as secluded in her home as a nun in her convent. Therefore, for young women who are about to be married, one should do what is done—or what ought to be done—for those who are sent into convents: show them the pleasures they are leaving behind before asking them to renounce them, lest a false image of these pleasures—unknown to them—some day lead them astray and disturb the happiness of their retirement. In France, girls live in convents, while women roam the world. Among the ancients, it was just the opposite: girls had many games and public festivities; women lived in seclusion. This practice was more reasonable and better preserved morality. A certain degree of coquetry is permitted to young women who are about to be married; having fun is their primary concern. Married women have other duties at home and no longer need to seek husbands; but they would not benefit from such reforms, and unfortunately, they set the trend. Mothers, at least be your daughters’ companions. Give them a sense of right conduct and an honest soul, and then hide nothing from them that a chaste eye can behold. Balls, feasts, games—even the theater—everything that, when viewed improperly, can allure imprudent youth can be safely offered to pure eyes. The better they understand these noisy pleasures, the sooner they will grow weary of them.
I hear the outcry rising against me. Which girl could resist such a dangerous example? The moment they set foot in the world, their heads begin to spin; not one of them wants to leave it. This might be understandable—but before presenting them with this deceptive image, have you truly prepared them to view it without emotion? Have you clearly informed them of the things it represents? Have you depicted them as they really are? Have you equipped them against the illusions of vanity? Have you instilled in their young hearts a taste for the true pleasures that cannot be found in such turmoil? What precautions have you taken to protect them from the false tastes that can lead them astray? Far from opposing the influence of public prejudices in their minds, you have actually nurtured them; you have made them fond of all those frivolous amusements they find. You even encourage them to indulge in them further. When young women enter the world, their only guide is their mother—often more foolish than they are—and she can show them things only as she herself sees them. Her example, more powerful than reason itself, justifies everything in their eyes, and the authority of a mother becomes an indisputable excuse for her daughter’s actions. When I want a mother to introduce her daughter into the world, I assume that she will show her it as it truly is.
Evil begins even sooner than that. Monasteries are in fact true schools of coquetry—not the honest kind of coquetry I have mentioned, but the kind that gives rise to all the faults of women and creates the most extravagant and capricious young ladies. When these young women leave monasteries and suddenly enter noisy societies, they initially feel at home there. They were raised to live in such environments; should it surprise us that they fit in well? I will not assert what I am about to say without fearing that my observation might be mistaken for a prejudice; but it seems to me that, generally speaking, in Protestant countries, there is greater devotion to family, more worthy wives, and more tender mothers than in Catholic countries. And if this is indeed the case, it is undoubtedly partly due to the influence of monastic education.
In order to love a peaceful and domestic life, one must first understand it; one must have experienced its pleasures since childhood. It is only within one’s own family that one comes to appreciate the value of one’s own home. Any woman who was not raised by her mother will never truly know how to raise her own children. Unfortunately, in big cities, private education no longer exists. Society has become so widespread and mixed that there is no longer any space for solitude; one is constantly in public, even within one’s own home. Living among everyone, one loses the concept of a family; one barely knows one’s own parents, treating them as strangers. And the simplicity of domestic customs fades away along with the gentle intimacy that once made them so charming. In this way, one comes to absorb, along with the milk, the influences of the pleasures and values prevalent in our society.
People claim that girls seem embarrassed to find husbands who would marry them solely for their appearance. But observe these young women for a moment; beneath their forced demeanor, they poorly conceal the greed that consumes them, and already one can see in their eyes the burning desire to imitate their mothers. What they truly desire is not a husband, but the freedom that marriage grants. What use is a husband when there are so many other ways to obtain what one wants? Yet they need a husband to cover up these other means[485]. Modesty appears on their faces, but licentiousness lies in their hearts; this very pretended modesty is a sign of it—they feign it only in order to get rid of it sooner. Ladies of Paris and London, forgive me, I implore you. No place is entirely devoid of miracles; but for myself, I know of none such. And if even one of you truly possesses an honest soul, then I have nothing to say about your ways.
All these various forms of education also expose young people to the pleasures of the world and to the passions that arise from such indulgences. In large cities, degeneration begins with life itself; in smaller towns, it begins with reason. Young women from the provinces, taught to despise the happy simplicity of their own ways of living, rush to Paris to share in the corruption of our society. Vices, cloaked in the beautiful guise of “talents,” become the sole purpose of their journey there. Upon arriving, they are ashamed to find themselves so far removed from the noble freedom of women in their hometowns; but before long, they too deserve to be considered part of the corrupt culture of the capital. Where do you think evil begins? In those places where it is conceived, or in those where it is carried out?
I do not want a sensible mother from the provinces to bring her daughter to Paris just to show her these paintings that are so harmful to others; but I say that if such a thing were to happen, either the girl is poorly raised, or these paintings pose little danger to her. With good taste, discernment, and a love for honest things, one would not find them so appealing as they seem to those who are easily captivated by them. In Paris, one notices those foolish young women who rush to adopt the local customs and follow the latest fashions for six months, only to be ridiculed for the rest of their lives; but who notices those others who, repulsed by all this noise, return to their provinces content with their lot, after having compared it to what others seek? How many young women have I seen, brought to the capital by accommodating husbands, who themselves urged them to stay; yet they left more willingly than they had come, and on the eve of their departure, they would say with emotion: “Ah! Let us return to our humble homes; we are happier there than in these palaces!” One does not know how many good people still remain who have not bowed down before this idol and who despise its senseless worship. Only fools make a fuss; wise women do not attract attention.
Il mondo è il libro delle donne: quando lo leggono male, la colpa è loro, o forse qualche passione le acceca. Tuttavia, la vera madre di famiglia, lontana dall’essere una donna mondana, non è certo meno reclusa in casa sua di quanto lo sia una suora nel suo convento. Pertanto, per le giovani donne che vengono date in sposa, dovremmo fare ciò che si fa – o che si dovrebbe fare – per quelle che vengono mandate nei conventi: mostrar loro i piaceri che stanno per abbandonare, prima di farle rinunciarvi, per evitare che un’immagine falsa di questi piaceri, a loro sconosciuti, possa un giorno confondere i loro cuori e turbare la felicità della loro vita ritirata. In Francia, le ragazze vivono nei conventi, mentre le donne frequentano il mondo. Negli antichi, era esattamente il contrario: le ragazze avevano molti giochi e feste pubbliche; le donne vivevano in ritiro. Questa usanza era più ragionevole e manteneva meglio i costumi sociali. Una certa forma di civetteria è permessa alle ragazze che stanno per sposarsi; divertirsi è la loro principale occupazione. Le donne, invece, hanno altri doveri in casa e non devono più cercare un marito. Ma questa riforma non le avrebbe certo giovato. E purtroppo sono proprio loro a stabilire le tendenze del momento. Madri, almeno fatevi compagnia alle vostre figlie. Insegnatele principi retti e un’anima onesta. E non nascondete loro nulla di ciò che uno sguardo puro può vedere. Il ballo, i banchetti, i giochi, persino il teatro: tutto ciò che, se mal visto, può sedurre una giovane imprudente, può essere offerto senza rischi a occhi puri. Più queste ragazze conosceranno questi piaceri rumorosi, prima ne saranno stanche.
Odo il clamore che si alza contro di me. Quale ragazza resiste a un esempio così pericoloso? Appena hanno visto il mondo, tutte perdono la testa; nessuna di loro vuole lasciarlo. Questo può essere. Ma prima di offrir loro questo quadro ingannevole, le avete davvero preparate ad affrontarlo senza emozioni? Le avete spiegate chiaramente gli oggetti che rappresenta? Le avete descritto con precisione com’è realmente? Le avete armate contro le illusioni della vanità? Avete insinuato nel loro giovane cuore il desiderio di quei veri piaceri che non si trovano in questo tumulto? Quali precauzioni, quali misure avete preso per proteggerle dal falso gusto che le può ingannare? Lontano dall’opporre qualcosa nel loro spirito all’influenza dei pregiudizi comuni, li avete anzi alimentati; le avete fatte amare in anticipo tutti quei divertimenti frivoli che trovano. Le fate ancora amare mentre vi si dedicano. Quando delle giovani donne entrano nel mondo, l’unica guida che hanno è la loro madre, spesso più folle di loro stesse, e che non può mostrar loro le cose se non come le vede lei stessa. Il suo esempio, più potente della ragione stessa, le giustifica ai loro occhi. E l’autorità della madre diventa per la figlia una scusa inattaccabile. Quando voglio che una madre introduca sua figlia nel mondo, lo faccio presupponendo che lei glielo mostri com’è realmente.
Il male inizia ancora prima di allora. I conventi sono vere e proprie scuole di civetteria, non quella civetteria onesta di cui ho parlato, ma quella che genera tutti i difetti delle donne e le trasforma in giovani amanti stravaganti. Uscendo dai conventi e entrando improvvisamente in società rumorose, queste giovani donne si sentono subito a loro agio: sono state educate apposta per vivere lì; bisogna forse meravigliarsi che si trovino bene? Non dirò ciò che sto per dire senza temere di confondere un pregiudizio con un’osservazione; tuttavia, mi sembra che, in generale, nei paesi protestanti ci sia maggiore attaccamento alla famiglia, mogli più degne e madri più amorevoli rispetto ai paesi cattolici; e se questo è vero, non si può dubitare che questa differenza sia in parte dovuta all’educazione fornita nei conventi.
Per amare una vita tranquilla e domestica, è necessario conoscerla; bisogna averne sperimentato le dolcezze fin dall’infanzia. Solo nella casa paterna si acquisisce il gusto per la propria casa, e ogni donna che non sia stata educata da sua madre non amerà mai educare i propri figli. Purtroppo, nelle grandi città non esiste più un’educazione privata. La società è così diffusa e mescolata che non rimane più alcun rifugio per la tranquillità domestica; si vive in pubblico anche nella propria casa. Vivendo costantemente con tutti, non si ha più una vera famiglia; a malapena si conoscono i propri genitori, li si considera degli estranei; e la semplicità delle abitudini domestiche scompare insieme alla dolce familiarità che ne faceva il fascino. È così che, fin da piccoli, si assorbe con il latte il gusto dei piaceri del mondo e delle idee che vi dominano.
Si attribuisce alle ragazze una sorta di imbarazzo nell’individuare uomini che le sposino soltanto per il loro aspetto esteriore. Ma osservate queste giovani per un momento: sotto un atteggiamento forzato, nascondono male la brama che le divora, e già nei loro occhi si legge il desiderio ardente di imitare le loro madri. Quello che desiderano non è un marito, ma la libertà che il matrimonio potrebbe offrire. Di che bisogno c’è di un marito, quando si dispongono di tante risorse per farne a meno? Ma ci vuole un marito per nascondere queste risorse. La modestia è sul loro viso, ma il lussurio è nel profondo del loro cuore: questa stessa modestia apparente ne è una prova; la mostrano soltanto per potersene liberare più facilmente in seguito. Donne di Parigi e di Londra, perdonatemi. Nessun luogo esclude i miracoli; ma io non ne conosco alcuno. E se anche una sola di voi possiede un’anima veramente onesta, allora non ho nulla da dire sulle vostre usanze.
Tutte queste diverse forme di educazione portano anche giovani persone a desiderare i piaceri del mondo e alle passioni che ne derivano. Nelle grandi città la corruzione inizia fin dalla nascita; nelle piccole città, invece, comincia già con l’uso della ragione. Giovani ragazze di provincia, educate a disprezzare la semplicità e la virtù delle loro usanze tradizionali, si affrettano a venire a Parigi per condividere la corruzione dei nostri costumi; i vizi, adornati dal bel nome di “talenti”, diventano l’unico scopo del loro viaggio. Arrivate qui, vergognose di trovarsi così lontane dalle nobili tradizioni delle donne del loro paese, non impiegano molto tempo ad adeguarsi anch’esse alle pratiche corrotte della capitale. Secondo voi, dove inizia il male? Nei luoghi in cui viene concepito, o in quelli in cui viene realizzato?
Non voglio che una madre sensata porti sua figlia a Parigi per farle vedere questi dipinti così dannosi per gli altri; ma dico che, se ciò dovesse accadere, o quella ragazza è mal educata, o quei dipinti non rappresentano un vero pericolo per lei. Con gusto, buon senso e amore per le cose oneste, non si trovano così attraenti come lo sono per coloro che si lasciano incantare da loro. A Parigi si notano quelle giovani sciocche che si affrettano ad assumere i costumi del posto e a seguire la moda per sei mesi, solo per essere derise per il resto della loro vita; ma chi nota quelle altre che, disgustate da tutto questo clamore, tornano nella loro provincia, contente del proprio destino, dopo averlo paragonato a quello che aspetta le altre? Quante giovani donne ho visto, portate nella capitale dai loro mariti compiacenti e desiderosi che si stabilissero lì, rifiutare di farlo e partire più volentieri di quanto fossero arrivate, dicendo con tenerezza la vigilia della loro partenza: “Ah! Torniamo nella nostra casetta di campagna. Lì si vive più felicemente che nei palazzi di qui!” Non si sa quante persone buone esistano ancora, quelle che non hanno mai inchinato il ginocchio davanti a quell’idolo e che disprezzano il suo culto insensato. Solo le folli fanno rumore; le donne sagge non creano sensazione alcuna.
Que si, malgré la corruption générale, malgré les préjugés universels, malgré la mauvaise éducation des filles, plusieurs gardent encore un jugement à l’épreuve, que sera-ce quand ce jugement aura été nourri par des instructions convenables, ou, pour mieux dire, qu’on ne l’aura point altéré par des instructions vicieuses ? car tout consiste toujours à conserver ou rétablir les sentiments naturels. Il ne s’agit point pour cela d’ennuyer de jeunes filles de vos longs prônes, ni de leur débiter vos sèches moralités. Les moralités pour les deux sexes sont la mort de toute bonne éducation. De tristes leçons ne sont bonnes qu’à faire prendre en haine et ceux qui les donnent et tout ce qu’ils disent. Il ne s’agit point, en parlant à de jeunes personnes, de leur faire peur de leurs devoirs, ni d’aggraver le joug qui leur est imposé par la nature. En leur exposant ces devoirs, soyez précise et facile ; ne leur laissez pas croire qu’on est chagrine quand on les remplit ; point d’air fâché, point de morgue. Tout ce qui doit passer au coeur doit en sortir ; leur catéchisme de morale doit être aussi court et aussi clair que leur catéchisme de religion, mais il ne doit pas être aussi grave. Montrez-leur dans les mêmes devoirs la source de leurs plaisirs et le fondement de leurs droits. Est-il si pénible d’aimer pour être aimée, de se rendre aimable pour être heureuse, de se rendre estimable pour être obéie, de s’honorer pour se faire honorer ? Que ces droits sont beaux ! qu’ils sont respectables ! qu’ils sont chers au coeur de l’homme quand la femme sait les faire valoir ! Il ne faut point attendre les ans ni la vieillesse pour en jouir. Son empire commence avec ses vertus ; à peine ses attraits se développent, qu’elle règne déjà par la douceur de son caractère et rend sa modestie imposante. Quel homme insensible et barbare n’adoucit pas sa fierté et ne prend pas des manières plus attentives près d’une fille de seize ans, aimable et sage, qui parle peu, qui écoute, qui met de la décence dans son maintien et de l’honnêteté dans ses propos, à qui sa beauté ne fait oublier ni son sexe ni sa jeunesse, qui sait intéresser par sa timidité même, et s’attirer le respect qu’elle porte à tout le monde ?
Ces témoignages, bien qu’extérieurs, ne sont point frivoles ; ils ne sont point fondés seulement sur l’attrait des sens ; ils partent de ce sentiment intime que nous avons tous, que les femmes sont les juges naturels du mérite des hommes. Qui est-ce qui veut être méprisé des femmes ? personne au monde, non pas même celui qui ne veut plus les aimer. Et moi, qui leur dis des vérités si dures, croyez-vous que leurs jugements me soient indifférents ? Non ; leurs suffrages me sont plus chers que les vôtres, lecteurs, souvent plus femmes qu’elles. En méprisant leurs moeurs, je veux encore honorer leur justice : peu m’importe qu’elles me haïssent, si je les force à m’estimer.
Que de grandes choses on ferait avec ce ressort, si l’on savait le mettre en oeuvre ? Malheur au siècle où les femmes perdent leur ascendant et où leurs jugements ne font plus rien aux hommes ! c’est le dernier degré de la dépravation. Tous les peuples qui ont eu des moeurs ont respecté les femmes. Voyez Sparte, voyez les Germains, voyez Rome, Rome le siège de la gloire et de la vertu, si jamais elles en eurent un sur la terre. C’est là que les femmes honoraient les exploits des grands généraux, qu’elles pleuraient publiquement les pères de la patrie, que leurs voeux ou leurs deuils étaient consacrés comme le plus solennel jugement de la république. Toutes les grandes révolutions y vinrent des femmes : par une femme Rome acquit la liberté, par une femme les plébéiens obtinrent le consulat, par une femme finit la tyrannie des décemvirs, par les femmes Rome assiégée fut sauvée des mains d’un proscrit. Galants Français, qu’eussiez-vous dit en voyant passer cette procession si ridicule à vos yeux moqueurs ? Vous l’eussiez accompagnée de vos huées. Que nous voyons d’un oeil différent les mêmes objets ! et peut-être avons-nous tous raison. Formez ce cortège de belles dames françaises, je n’en connais point de plus indécent : mais composez-le de Romaines, vous aurez tous les yeux des Volsques et le coeur de Coriolan.
Je dirai davantage, et je soutiens que la vertu n’est pas moins favorable à l’amour qu’aux autres droits de la nature, et que l’autorité des maîtresses n’y gagne pas moins que celle des femmes et des mères. Il n’y a point de véritable amour sans enthousiasme, et point d’enthousiasme sans un objet de perfection réel ou chimérique, mais toujours existant dans l’imagination. De quoi s’enflammeront des amants pour qui cette perfection n’est plus rien, et qui ne voient dans ce qu’ils aiment que l’objet du plaisir des sens ? Non, ce n’est pas ainsi que l’âme s’échauffe et se livre à ces transports sublimes qui font le délire des amants et le charme de leur passion. Tout n’est qu’illusion dans l’amour, je l’avoue ; mais ce qui est réel, ce sont les sentiments dont il nous anime pour le vrai beau qu’il nous fait aimer. Ce beau n’est point dans l’objet qu’on aime, il est l’ouvrage de nos erreurs. Eh ! qu’importe ? En sacrifie-t-on moins tous ses sentiments bas à ce modèle imaginaire ? En pénètre-t-on moins son coeur des vertus qu’on prête à ce qu’il chérit ? S’en détache-t-on moins de la bassesse du moi humain ? Où est le véritable amant qui n’est pas prêt à immoler sa vie à sa maîtresse ? et où est la passion sensuelle et grossière dans un homme qui veut mourir ? Nous nous moquons des paladins ? c’est qu’ils connaissaient l’amour, et que nous ne connaissons plus que la débauche. Quand ces maximes romanesques commencèrent à devenir ridicules, ce changement fut moins l’ouvrage de la raison que celui des mauvaises moeurs.
Dans quelque siècle que ce soit, les relations naturelles ne changent point, la convenance ou disconvenance qui en résulte reste la même, les préjugés sous le vain nom de raison n’en changent que l’apparence. Il sera toujours grand et beau de régner sur soi, fût-ce pour obéir à des opinions fantastiques ; et les vrais motifs d’honneur parleront toujours au coeur de toute femme de jugement qui saura chercher dans son état le bonheur de la vie. La chasteté doit être surtout une vertu délicieuse pour une belle femme qui a quelque élévation dans l’âme. Tandis qu’elle voit toute la terre à ses pieds, elle triomphe de tout et d’elle-même : elle s’élève dans son propre coeur un trône auquel tout vient rendre hommage ; les sentiments, tendres ou jaloux, mais toujours respectueux des deux sexes, l’estime universelle et la sienne propre, lui payent sans cesse en tribut de gloire les combats de quelques instants. Les privations sont passagères, mais le prix en est permanent. Quelle jouissance pour une âme noble, que l’orgueil de la vertu jointe à la beauté ! Réalisez une héroïne de roman, elle goûtera des voluptés plus exquises que les Laïs et les Cléopâtre ; et quand sa beauté ne sera plus, sa gloire et ses plaisirs resteront encore ; elle seule saura jouir du passé[486].
Indeed, despite the widespread corruption, despite universal prejudices, despite the poor education of girls, many of them still possess a judgment that remains uncorrupted. But what will happen when this judgment is nurtured by proper instruction—or, rather, when it is not tainted by harmful teachings? For after all, the goal is always to preserve or restore these natural sentiments. To achieve this, there is no need to bore young girls with long speeches or deliver dry moralities to them. Morality, for both sexes, is the death of any truly good education. Sad lessons are only useful if they lead to hatred toward those who teach them and everything they say. When speaking to young people, it is not necessary to frighten them about their duties or to add to the burden imposed upon them by nature. When explaining these duties, be clear and straightforward; do not give them the impression that fulfilling them brings displeasure—no angry expressions, no haughty demeanor. Everything that should enter their hearts must also come from there; their moral instruction should be as brief and clear as their religious instruction, but not as severe. Show them that within these very duties lie the sources of their pleasures and the foundations of their rights. Is it really so difficult to love in order to be loved, to make oneself lovable in order to be happy, to earn respect by being obedient, and to honor oneself in order to gain honor from others? How beautiful, how respectable, how cherished these rights are when a woman knows how to uphold them! There is no need to wait for age or old age to enjoy them. Her power begins with her virtues; as soon as her charms begin to develop, she already reigns through the gentleness of her character, making her modesty appear imposing. Which insensitive and barbaric man would not soften his pride and become more attentive in the presence of a sixteen-year-old girl—kind and wise, who speaks little but listens attentively, who maintains decency in her behavior and honesty in her words, whose beauty does not make one forget her gender or youth, who knows how to arouse sympathy through her very timidity, and thus earns the respect she holds for everyone around her?
These testimonies, though external in nature, are by no means frivolous; they are not based solely on the allure of the senses; they arise from that innate feeling we all possess—that women are the natural judges of a man’s merits. Who would wish to be despised by women? No one in the world, not even those who no longer desire to love them. And as for me, who speak to them such hard truths—do you think their judgments are indifferent to me? No; their opinions are dearer to me than yours, my readers, often even more “womanly” than theirs own. By despising their customs, I seek only to honor their justice: it matters little to me if they hate me, so long as I force them to respect me.
What great things might be accomplished with such determination, if only one knew how to put it into action! Alas, for this century in which women lose their influence and whose judgments no longer matter to men—what a final degree of degeneration! All peoples who have had decent morals have always respected women. Look at Sparta, the Germans, Rome—the very seat of glory and virtue, if such ever existed on earth. There, women honored the achievements of great generals; they wept publicly for the fathers of their nation; their wishes or their mourning were regarded as the most solemn judgments of the republic. All great revolutions there originated with women: it was a woman who freed Rome, another who granted the plebeians the right to hold the consulship; yet another ended the tyranny of the Decemviri; and it was women who saved besieged Rome from the hands of a fugitive. Gentlemen of France, what would you have said if you had seen such a procession pass by—so ridiculous in your eyes? You would have greeted it with jeers. How differently we view the same things today! And perhaps we are all right in our own ways. Suppose this procession were composed of beautiful French ladies—I know none more indecent than them—but replace them with Roman women, and you will have the gaze of the Volscians and the heart of Coriolanus.
I would go further to say that virtue is no less conducive to love than it is to the other rights inherent in human nature, and that the authority of a mistress is in no way inferior to that of a wife or mother. There can be no true love without enthusiasm, and there can be no enthusiasm without an object of perfection—real or imaginary, but always existing in the imagination. How could lovers, for whom such perfection means nothing and who see in what they love merely an object for sensual pleasure, possibly experience such fervor? No, it is not in this way that the soul is stirred and devoted to those sublime emotions that drive lovers to ecstasy and give their passion its charm. I admit that everything in love is illusion; but what is real are the sentiments that it arouses in us toward the true beauty it makes us adore. This beauty does not reside in the object of our love—it is the product of our own errors. But what does it matter? Do we sacrifice any less of our baser feelings for this imaginary ideal? Do we fail to fill our hearts with the virtues that we attribute to what we cherish? Do we become any less detached from the lowliness of the human ego? Where, then, is the true lover who is not willing to sacrifice his life for his beloved? And where, in a man who is determined to die for her, can there be anything but pure, sensual passion? We laugh at those chivalrous idealists—because they truly understood what love meant, whereas we today know only debauchery. When these romantic ideals began to seem ridiculous, it was less the result of reason than the influence of corrupt morals.
In any century that may come, natural relationships remain unchanged; the appropriateness or inappropriateness that arises from them stays the same, and prejudices, under the false guise of reason, merely alter their appearance. It will always be noble and beautiful to rule oneself, even if it means obeying fantastical opinions; and the true motives of honor will always speak to the heart of any discerning woman who knows how to seek happiness in her own condition. Chastity must especially be a delightful virtue for a beautiful woman who possesses some degree of elevation of soul. As she sees the entire world at her feet, she triumphs over everything and over herself; she raises a throne within her own heart to which all come to pay their respects; tender or jealous sentiments, yet always respectful of both sexes, universal admiration, and her own self-respect, constantly reward her with glory for the moments of struggle she endures. Privations are temporary, but the rewards they bring are permanent. What a joy it must be for a noble soul to possess the pride that comes from virtue combined with beauty! Imagine creating a heroine from a novel—she would experience pleasures far more exquisite than those of Laïs or Cleopatra; and when her beauty fades away, her glory and her joys will remain; only she will truly be able to enjoy the memories of the past[486].
Che, nonostante la corruzione generale, nonostante i pregiudizi universali, nonostante la scarsa educazione delle ragazze, molte di loro conservino ancora un giudizio critico e sano. Che cosa accadrà quando questo giudizio sarà stato nutrito da insegnamenti appropriati, o, per meglio dire, quando non verrà alterato da istruzioni nocive? Tutto dipende infatti dal mantenere o ripristinare i sentimenti naturali. Non si tratta certo di annoiare le giovani ragazze con lunghi discorsi noiosi, né di predicare loro morali secche e rigide. Le morali, per entrambi i sessi, rappresentano la morte di qualsiasi vera educazione. Lezioni tristi servono soltanto a far odiare coloro che le impartiscono e tutto ciò che dicono. Parlando con giovani donne, non bisogna spaventarle riguardo ai loro doveri, né aggravare il giogo imposto loro dalla natura. Spiegate loro questi doveri in modo chiaro e semplice; non lasciatele credere che si sia infastiditi quando li adempiono. Nessun tono severo, nessuna aria di disapprovazione. Tutto ciò che deve entrare nel loro cuore deve anche uscirne. Il loro “catechismo della morale” deve essere altrettanto breve e chiaro quanto quello della religione. Ma non deve essere così grave. Mostrate loro, nei medesimi doveri, la fonte dei loro piaceri e il fondamento dei loro diritti. È davvero così difficile amare per essere amate, rendersi amabili per essere felici, rendersi stimabili per essere ascoltate, onorarsi per essere rispettati? Che bei diritti, che rispettabili, che preziosi sono nel cuore di un uomo quando una donna sa farli valere! Non c’è bisogno di attendere gli anni o la vecchiaia per goderne. Il suo “regno” inizia con le sue virtù. Appena i suoi pregi si sviluppano, già regna attraverso la dolcezza del suo carattere. Che uomo insensibile e barbaro non addolcisce la propria fierezza e non assume modi più attenti vicino a una ragazza di sedici anni, amabile e saggia, che parla poco, ascolta, mantiene un comportamento dignitoso e dice cose oneste. Una ragazza la cui bellezza non fa dimenticare né il suo sesso né la sua giovane età. Che sa suscitare interesse anche con la propria timidezza, e guadagnarsi il rispetto di tutti.
Questi testimoniaggi, pur essendo esterni, non sono affatto frivoli; non si basano soltanto sull’attrazione dei sens; partono da quel sentimento intimo che tutti noi abbiamo, ovvero che le donne siano i giudici naturali del merito degli uomini. Chi vorrebbe essere disprezzato dalle donne? Nessuno al mondo, nemmeno colui che non vuole più amarle. E io, che dico loro verità così dure, credete forse che i loro giudizi mi siano indifferenti? No; il loro favore mi è più caro del vostro, lettori, spesso persino più “femminile” del loro stesso. Disprezzando le loro usanze, voglio comunque onorare la loro giustizia: non mi importa affatto che mi odino, purché io riesca a farle stimarmi.
Quante grandi cose si potrebbero realizzare con questa forza, se solo si sapesse come utilizzarla! Sventura a questo secolo in cui le donne perdono il loro ascendente e i loro giudizi non hanno più alcun peso sugli uomini. Questo è l’ultimo stadio della decadenza. Tutti i popoli che hanno avuto una vera moralità hanno sempre rispettato le donne: guardate Sparta, i Germani, Roma. Roma, la città dell’onore e della virtù, se mai ne esistette una sulla terra. Lì le donne onoravano le imprese dei grandi generali, piangevano pubblicamente per i padri della patria; i loro voti o i loro lutto erano considerati il giudizio più solenne della repubblica. Tutte le grandi rivoluzioni vennero guidate dalle donne: grazie a una donna Roma ottenne la libertà, grazie a una donna i plebei conquistarono il consolato, grazie a una donna finì la tirannia dei decemviri. E fu ancora una donna a salvare Roma assediata dalle mani di un proscritto. Oh, galanti francesi. Che cosa avreste detto vedendo passare questa processione così ridicola ai vostri occhi beffardi? L’avreste sicuramente accompagnata con le vostre derisioni. Ma noi vediamo gli stessi eventi con occhi diversi. E forse tutti abbiamo ragione. Formate pure questo corteo di belle dame francesi. Non ne conosco nessuna più indecente. Ma se lo comporrete di donne romane, avrete l’approvazione di tutti i Volsci e il cuore di Coriolano.
Dirò di più: sostengo che la virtù non sia meno favorevole all’amore che agli altri diritti della natura, e che l’autorità delle amanti non ne risulti diminuita rispetto a quella delle donne e delle madri. Non esiste un vero amore senza entusiasmo, e nessun entusiasmo senza un oggetto di perfezione, reale o immaginario, ma sempre esistente nell’immaginazione. Di cosa si potranno infiammare gli amanti per i quali questa perfezione non è più nulla, e che nel loro amore vedono soltanto l’oggetto del piacere dei sensi? No, non è così che l’anima si scalda e si abbandona a quegli estremi sentimenti che rendono folli gli amanti e incantevole la loro passione. Nell’amore tutto è illusione, lo ammetto; ma ciò che è reale sono i sentimenti che esso suscita in noi verso il vero bello che ci fa amare. Questo bello non risiede nell’oggetto amato, ma è il risultato dei nostri errori. Ebbene, che importanza ha? Per questo modello immaginario sacrificiamo forse meno i nostri sentimenti bassi? Inseriamo forse meno nelle nostre anime le virtù che attribuiamo a ciò che amiamo? Ci allontaniamo forse meno dalla bassezza dell’io umano? Dove si trova dunque l’amante vero, che non sia disposto a sacrificare la sua vita per la sua amata? E dove si trova la passione sensuale e volgare in un uomo che è pronto a morire per amore? Ci prendiamo gioco dei cavalieri erranti, perché loro conoscevano l’amore, mentre noi oggi conosciamo soltanto la dissolutezza. Quando queste massime romantiche iniziarono a diventare ridicole, questo cambiamento fu meno il risultato della ragione che quello delle cattive abitudini.
In qualsiasi secolo si viva, le relazioni naturali non cambiano; la convenienza o la disconvenienza che ne derivano rimangono uguali; gli pregiudizi, sotto il vano nome di ragione, cambiano soltanto in apparenza. È sempre nobile e bello dominare se stessi, anche se ciò significa obbedire a opinioni fantastiche; e i veri motivi d’onore parleranno sempre al cuore di ogni donna di buon senso che sappia cercare nella propria condizione la felicità della vita. La castità deve essere soprattutto una virtù deliziosa per una bella donna dotata di nobiltà d’animo: mentre vede tutta la terra ai suoi piedi, trionfa su tutto e su se stessa; si erge nel proprio cuore un trono al quale tutto viene a rendere omaggio; i sentimenti, teneri o gelosi, ma sempre rispettosi nei confronti di entrambi i sessi, l’ammirazione universale e quella che proviene da lei stessa le offrono costantemente tributi di gloria per i “combattimenti” di pochi istanti. Le privazioni sono temporanee, ma il loro prezzo è permanente. Che gioia per un’anima nobile essere orgogliosa della virtù unita alla bellezza! Immaginate una protagonista di romanzo: godrà di piaceri più squisiti di quelli di Lais o Cleopatra; e quando la sua bellezza sarà svanita, la sua gloria e i suoi piaceri rimarranno ancora. Solo lei saprà godere del passato[486].
Plus les devoirs sont grands et pénibles, plus les raisons sur lesquelles on les fonde doivent être sensibles et fortes. Il y a un certain langage dévot dont, sur les sujets les plus graves, on rebat les oreilles des jeunes personnes sans produire la persuasion. De ce langage trop disproportionné à leurs idées, et du peu de cas qu’elles en font en secret, naît la facilité de céder à leurs penchants, faute de raisons d’y résister tirées des choses mêmes. Une fille élevée sagement et pieusement a sans doute de fortes armes contre les tentations ; mais celle dont on nourrit uniquement le coeur ou plutôt les oreilles du jargon de la dévotion devient infailliblement la proie du premier séducteur adroit qui l’entreprend. Jamais une jeune et belle personne ne méprisera son corps, jamais elle ne s’affligera de bonne foi des grands péchés que sa beauté fait commettre ; jamais elle ne pleurera sincèrement et devant Dieu d’être un objet de convoitise, jamais elle ne pourra croire en elle-même que le plus doux sentiment du coeur soit une invention de Satan. Donnez-lui d’autres raisons en dedans et pour elle-même, car celles-là ne pénétreront pas. Ce sera pis encore si l’on met, comme on n’y manque guère, de la contradiction dans ses idées, et qu’après l’avoir humiliée en avilissant son corps et ses charmes comme la souillure du péché, on lui fasse ensuite respecter comme le temple de Jésus-Christ ce même corps qu’on lui a rendu si méprisable. Les idées trop sublimes et trop basses sont également insuffisantes et ne peuvent s’associer : il faut une raison à la portée du sexe et de l’âge. La considération du devoir n’a de force qu’autant qu’on y joint des motifs qui nous portent à le remplir.
Quae quia non liceat non facit, illa facit[487].
On ne se douterait pas que c’est Ovide qui porte un jugement si sévère.
Voulez-vous donc inspirer l’amour des bonnes moeurs aux jeunes personnes ; sans leur dire incessamment : Soyez sages, donnez-leur un grand intérêt à l’être ; faites-leur sentir tout le prix de la sagesse, et vous la leur ferez aimer. Il ne suffit pas de prendre cet intérêt au loin dans l’avenir, montrez-le-leur dans le moment même, dans les relations de leur âge, dans le caractère de leurs amants. Dépeignez-leur l’homme de bien, l’homme de mérite ; apprenez-leur à le reconnaître, à l’aimer, et à l’aimer pour elles ; prouvez-leur qu’amies, femmes, ou maîtresses, cet homme seul peut les rendre heureuses. Amenez la vertu par la raison ; faites-leur sentir que l’empire de leur sexe et tous ses avantages ne tiennent pas seulement à sa bonne conduite, à ses moeurs, mais encore à celles des hommes ; quelles ont peu de prise sur des âmes viles et basses, et qu’on ne sait servir sa maîtresse que comme on sait servir la vertu. Soyez sûr qu’alors, en leur dépeignant les moeurs de nos jours, vous leur en inspirerez un dégoût sincère ; en leur montrant les gens à la mode, vous les leur ferez mépriser ; vous ne leur donnerez qu’éloignement pour leurs maximes, aversion pour leurs sentiments, dédain pour leurs vaines galanteries ; vous leur ferez naître une ambition plus noble, celle de régner sur des âmes grandes et fortes, celle des femmes de Sparte, qui était de commander à des hommes. Une femme hardie, effrontée, intrigante, qui ne sait attirer ses amants que par la coquetterie, ni les conserver que par les faveurs, les fait obéir comme des valets dans les choses serviles et communes : dans les choses importantes et graves elle est sans autorité sur eux. Mais la femme à la fois honnête, aimable et sage, celle qui force les siens à la respecter, celle qui a de la réserve et de la modestie, celle en un mot qui soutient l’amour par l’estime, les envoie d’un signe au bout du monde, au combat, à la gloire, à la mort, où il lui plaît[488]. Cet empire est beau, ce me semble, et vaut bien la peine d’être acheté.
Voilà dans quel esprit Sophie a été élevée, avec plus de soin que de peine, et plutôt en suivant son goût qu’en le gênant. Disons maintenant un mot de sa personne, selon le portrait que j’en ai fait à Émile, et selon qu’il imagine lui-même l’épouse qui peut le rendre heureux.
Je ne redirai jamais trop que je laisse à part les prodiges. Émile n’en est pas un, Sophie n’en est pas un non plus. Émile est homme, et Sophie est femme ; voilà toute leur gloire. Dans la confusion des sexes qui règne entre nous, c’est presque un prodige d’être du sien.
Sophie est bien née, elle est d’un bon naturel ; elle a le coeur très sensible, et cette extrême sensibilité lui donne quelquefois une activité d’imagination difficile à modérer. Elle a l’esprit moins juste que pénétrant, l’humeur facile et pourtant inégale, la figure commune, mais agréable, une physionomie qui promet une âme et qui ne ment pas ; on peut l’aborder avec indifférence, mais non pas la quitter sans émotion. D’autres ont de bonnes qualités qui lui manquent ; d’autres ont à plus grande mesure celles qu’elle a ; mais nulle n’a des qualités mieux assorties pour faire un heureux caractère. Elle sait tirer parti de ses défauts mêmes ; et si elle était plus parfaite, elle plairait beaucoup moins.
Sophie n’est pas belle ; mais auprès d’elle les hommes oublient les belles femmes, et les belles femmes sont mécontentes d’elles-mêmes. À peine est-elle jolie au premier aspect ; mais plus on la voit et plus elle s’embellit ; elle gagne où tant d’autres perdent ; et ce qu’elle gagne, elle ne le perd plus. On peut avoir de plus beaux yeux, une plus belle bouche, une figure plus imposante ; mais on ne saurait avoir une taille mieux prise, un plus beau teint, une main plus blanche, un pied plus mignon, un regard plus doux, une physionomie plus touchante. Sans éblouir elle intéresse ; elle charme, et l’on ne saurait dire pourquoi.
Sophie aime la parure et s’y connaît ; sa mère n’a point d’autre femme de chambre qu’elle ; elle a beaucoup de goût pour se mettre avec avantage ; mais elle hait les riches habillements ; on voit toujours dans le sien la simplicité jointe à l’élégance ; elle n’aime point ce qui brille, mais ce qui sied. Elle ignore quelles sont les couleurs à la mode, mais elle sait à merveille celles qui lui sont favorables. Il n’y a pas une jeune personne qui paraisse mise avec moins de recherche et dont l’ajustement soit plus recherché ; pas une pièce du sien n’est prise au hasard, et l’art ne paraît dans aucune. Sa parure est très modeste en apparence, très coquette en effet ; elle n’étale point ses charmes ; elle les couvre, mais en les couvrant elle sait les faire imaginer. En la voyant on dit : Voilà une fille modeste et sage ; mais tant qu’on reste auprès d’elle, les yeux et le coeur errent sur toute sa personne sans qu’on puisse les en détacher, et l’on dirait que tout cet ajustement si simple n’est mis à sa place que pour en être ôté pièce à pièce par l’imagination.
Sophie a des talents naturels ; elle les sent, et ne les a pas négligés : mais n’ayant pas été à portée de mettre beaucoup d’art à leur culture, elle s’est contentée d’exercer sa jolie voix à chanter juste et avec goût, ses petits pieds à marcher légèrement, facilement, avec grâce, à faire la révérence en toutes sortes de situations sans gêne et sans maladresse. Du reste, elle n’a eu de maître à chanter que son père, de maîtresse à danser que sa mère ; et un organiste du voisinage lui a donné sur le clavecin quelques leçons d’accompagnement qu’elle a depuis cultivé seule. D’abord elle ne songeait qu’à faire paraître sa main avec avantage sur ces touches noires, ensuite elle trouva que le son aigre et sec du clavecin rendait plus doux le son de la voix ; peu à peu elle devint sensible à l’harmonie ; enfin, en grandissant, elle a commencé de sentir les charmes de l’expression, et d’aimer la musique pour elle-même. Mais c’est un goût plutôt qu’un talent ; elle ne sait point déchiffrer un air sur la note.
The greater and more arduous the duties are, the more compelling and substantial the reasons upon which they are based must be. There exists a certain devotional language that, when used in the most serious matters, is repeatedly poured into the ears of young people yet fails to persuade them. This language, being utterly disproportionate to their understanding, and coupled with their own indifference toward it in secret, makes it easy for them to yield to their inclinations, since they lack any solid reasons to resist them based on reality itself. A girl raised wisely and piously surely possesses strong defenses against temptation; but one whose heart—and more precisely, whose ears—are solely nourished by the jargon of devotion will inevitably become prey to the first cunning seducer who approaches her. Never will a young and beautiful woman despise her own body; never will she genuinely regret the grave sins that her beauty induces others to commit; never will she sincerely mourn before God for being an object of lust; nor will she ever believe that the tenderest emotions of the heart are inventions of Satan. Give her other reasons, internal reasons that resonate with her own nature, for otherwise those reasons will fail to penetrate her mind. It would be even worse if, as is all too common, her thoughts were filled with contradictions—if her body and charms were degraded as symbols of sin, only to be later revered as the temple of Jesus Christ. Ideals that are either too lofty or too vulgar are equally inadequate; what is needed is a reason that is appropriate to both sex and age. The concept of duty holds little power unless it is accompanied by motives that truly inspire us to fulfill it.
Whatever is not permitted is not done; therefore, whatever is permitted must be done[487].
One would never suspect that it is Ovid who delivers such a severe judgment.
Therefore, you must inspire in young people a love for virtue; rather than constantly telling them to be wise, you should make them take a deep interest in being virtuous themselves. Help them understand the true value of wisdom, and they will come to love it. It is not enough to speak of this future ideal; show them its importance right now, in the relationships of their age, in the behavior of those around them. Paint for them the image of a good man, a man of merit; teach them to recognize him, to love him—and to love him for their own sake. Prove to them that only such a man can truly make them happy, whether as friends, wives, or lovers. Bring virtue through reason; make them realize that the power and advantages of their sex depend not only on their own behavior but also on that of their men. Such power means little over vile and base souls; one can only serve one’s lover in the same way one serves virtue itself. Be assured that by depicting the morals of our times to them, you will genuinely inspire in them disgust for them; by showing them the people who follow fashion, you will make them despise them. You will only fill them with disdain for their principles, aversion for their sentiments, and mockery for their empty gallantries. Instead, foster in them a nobler ambition—the ambition to rule over great and strong souls, like the women of Sparta, who commanded men. A bold, shameless, scheming woman who attracts her lovers only through flirtatiousness and keeps them only through favors will have them obey her like servants in trivial matters; but in important and serious matters, she will hold no real authority over them. Yet a woman who is honest, kind, and wise—a woman who earns her husband’s respect through virtue—can send him, at her command, to the ends of the earth, into battle, toward glory, or even death. Such power is truly beautiful; it is well worth striving for.
Such was the spirit in which Sophie was raised—with more care than actual effort, and more in accordance with her own tastes than in order to restrain them. Now let us say a few words about her person, as I have depicted her to Émile, and as he himself imagines the kind of wife who could make him happy.
I cannot stress enough the fact that I set aside miracles entirely. Émile is not one of them, nor is Sophie. Émile is a man, and Sophie is a woman; that is all their glory. In the chaos of mixed genders that surrounds us, it is almost a miracle to belong to one’s proper sex.
Sophie is well-born and of a kind nature; her heart is extremely sensitive, and this extreme sensitivity sometimes gives rise to an imagination that is difficult to control. Her mind is less discerning than perceptive, her temperament is changeable yet uneven, her features are ordinary but pleasing, and her expression suggests a soul that does not deceive. One can approach her without much interest, but it is impossible to leave her without feeling something. Others possess good qualities that she lacks; others have, to a greater extent, those very qualities she has; yet none of them combine these qualities in such a way as to form a truly happy character. She knows how to make the most of even her own shortcomings; and if she were more perfect, she would probably be much less appealing.
Sophie is not beautiful; yet in her presence, men forget about beautiful women, and beautiful women themselves become dissatisfied with themselves. At first glance, she may seem merely pretty; but the more one gets to know her, the more attractive she becomes. Where so many others fail, she succeeds—and what she gains, she never loses again. One may have more beautiful eyes, a more lovely mouth, a more striking appearance; yet it is impossible to possess a more graceful figure, a more radiant complexion, fairer hands, more delicate feet, gentler gaze, or a more touching demeanor. Without dazzling others, she captivates them—and one cannot quite explain why.
Sophie loves attirements and has a great deal of knowledge in that regard; her mother has no other maid than her. She has excellent taste in dressing herself to advantage, but she hates ostentatious clothing. One can always see in her attire simplicity combined with elegance. She does not like what shines, but what suits her well. She may not know which colors are in fashion, but she knows perfectly which ones suit her. There is no other young woman who dresses in such a restrained yet meticulously crafted manner; not a single piece of her clothing is chosen at random—every detail reflects great skill. Her attire appears very modest on the surface, but in reality it is extremely charming. She does not display her charms outright; rather, she hides them, yet in doing so, she manages to make them seem even more alluring. When one sees her, one thinks, “Here is a modest and sensible girl.” But as soon as one spends time with her, one’s eyes and heart can’t help but wander over every part of her figure, unable to tear their gaze away. It seems that all this seemingly simple dressing is actually designed in such a way that it arouses the imagination to discover even more beneath it.
Sophie possesses natural talents; she is aware of them and has not neglected to cultivate them. However, since she had no opportunity to devote much effort to their refinement, she contented herself with using her beautiful voice to sing accurately and with taste, and her light, graceful feet to walk lightly and effortlessly, as well as to perform bows in various situations without any awkwardness or clumsiness. Moreover, she had only her father as a singing teacher and her mother as a dancing instructor; a neighboring organist also gave her some lessons in keyboard accompaniment, which she later continued to practice on her own. At first, she was simply interested in playing the keys skillfully with her hand; later, she realized that the sharp, dry sound of the clavier made her voice sound even more tender. Gradually, she began to appreciate musical harmony; and as she grew older, she started to understand the charms of expressive performance and came to love music for its own sake. But this is more of a taste than a true talent—she does not yet know how to read musical scores.
Più i doveri sono grandi e ardui, più le ragioni su cui si basano devono essere sensate e convincenti. Esiste un certo linguaggio devoto che, nei soggetti più gravi, viene ripetuto incessantemente alle giovani persone senza riuscire a persuaderle. Questo linguaggio, troppo inadeguato alle loro idee e del tutto ignorato da parte loro, rende facile cedere ai propri desideri, poiché mancano ragioni concrete per resistervi. Una ragazza educata saggiamente e devotamente dispone sicuramente di forti armi contro le tentazioni; ma quella la cui mente o, meglio detto, le cui orecchie vengono soltanto nutrite con il gergo della devozione diventa inevitabilmente preda del primo seduttore abile che si avvicini a lei. Mai una giovane e bella persona disprezzerà il proprio corpo, mai si lamenterà sinceramente dei grandi peccati che la sua bellezza induce; mai piangerà davanti a Dio di essere oggetto di desiderio, mai crederà che i sentimenti più dolci del cuore siano invenzioni di Satana. Bisogna darle altre ragioni, interiori e personali, poiché quelle esistenti non sono sufficienti. È ancora peggio quando, come spesso accade, si introducono contraddizioni nelle sue idee: dopo aver umiliato il suo corpo e i suoi attributi, considerandoli simboli di peccato, si pretende poi che rispetti quel stesso corpo come se fosse il tempio di Gesù Cristo. Le idee troppo sublimi o troppo volgari sono entrambe inadeguate; è necessaria una ragione comprensibile per l’età e il sesso della persona. La considerazione del dovere ha valore solo se accompagnata da motivi concreti che spingano a compierlo.
Ciò che non è permesso non viene fatto; ciò che invece è permesso viene sicuramente realizzato[487].
Non ci sarebbe da dubitare che sia Ovidio ad esprimere un giudizio così severo.
Volete davvero ispirare nelle giovani persone l’amore per le buone virtù, senza ripetergli continuamente: “Siate sagge”? Dategli un grande interesse per l’essere stesso; fate loro comprendere tutto il valore della saggezza, e allora essa sarà amata. Non basta considerare questo interesse come qualcosa che appartiene al futuro lontano: mostratelo loro nel momento presente, nelle relazioni tipiche della loro età, nel carattere dei loro amanti. Descrivete loro l’uomo virtuoso, l’uomo meritevole; insegnate loro a riconoscerlo, ad amarlo, e ad amarlo per il bene stesso di loro. Dimostrate loro che, come amiche, donne o amanti, solo quest’uomo può renderle felici. Portate la virtù attraverso la ragione; fate loro capire che l’influenza del loro sesso e tutti i suoi vantaggi dipendono non solo dal loro comportamento e dalle loro virtù, ma anche da quelle degli uomini. Quanto poco queste influenze possono avere su anime vili e meschine! Dimostrate loro che si può servire la propria donna soltanto come si serve la virtù stessa. Siete certo che, descrivendo loro le abitudini dei nostri tempi, susciterete in loro un sincero disgusto; mostrando loro le persone alla moda, le farete disprezzare. Darrete loro solo avversione per i loro principi, repulsione per i loro sentimenti, disprezzo per le loro vanità galanti. Farà nascere in loro un’ambizione più nobile: quella di dominare anime grandi e forti. Come facevano le donne di Sparta, che comandavano sugli uomini. Una donna audace, sfacciata, intrigante, che attira gli amanti solo con la civetteria, o li mantiene solo con favori, li fa obbedire come a servi in cose banali e ordinarie; nelle questioni importanti, però, non ha alcun potere su di loro. Ma una donna onesta, gentile e saggia, quella che costringe i propri uomini a rispettarla, quella che è riservata e modesta, insomma, quella che sostiene l’amore con l’ammirazione, quella che li manda, con un solo gesto, fino all’estremità del mondo, al combattimento, alla gloria, alla morte, dove vuole lei[488]. Questo potere è bello, e merita davvero di essere cercato.
Ecco in questo spirito che Sophie è stata educata: con più cura che sforzo, e piuttosto seguendo i suoi gusti che ostacolandoli. Ora parliamo un po’ di lei stessa, secondo il ritratto che ne ho fatto ad Émile, e secondo come lui stesso immagina la moglie che possa renderlo felice.
Non ripeterò mai abbastanza che lascio da parte i miracoli. Émile non ne è uno, né Sophie. Émile è un uomo, e Sophie è una donna; questa è tutta la loro gloria. Nella confusione dei sessi che regna tra di noi, essere appartenenti al proprio sesso è quasi un miracolo.
Sophie è nata bene, ha un buon carattere; il suo cuore è molto sensibile, e questa estrema sensibilità a volte le provoca un’attività dell’immaginazione difficile da moderare. Il suo intelletto è meno acuto che perspicace, il suo umore è facile, ma irregolare; il suo aspetto è comune, ma piacevole; i suoi tratti facciali promettono un’anima sincera e non ingannano mai. Si può avvicinarle con indifferenza, ma non si può lasciarla senza provare emozioni. Altre persone possiedono qualità positive che a lei mancano; altre hanno, in misura maggiore, quelle che lei ha; ma nessuna di queste persone possiede qualità più armoniose tra loro per formare un carattere davvero felice. Lei sa sfruttare anche i propri difetti; e se fosse ancora più perfetta, probabilmente piacerebbe molto meno.
Sophie non è bella; ma al suo fianco gli uomini dimenticano le donne belle, e le donne belle sono insoddisfatte di se stesse. A prima vista sembra appena attraente; ma più la si conosce, più diventa affascinante; ottiene ciò che tante altre perdono, e ciò che guadagna non lo perde mai più. Si possono avere occhi più belli, una bocca più bella, un viso più imponente; ma è difficile possedere una figura più armoniosa, una pelle più luminosa, una mano più bianca, un piede più grazioso, uno sguardo più dolce, un’espressione più commovente. Senza abbagliare, lei attira l’attenzione; incanta, e non si sa proprio perché.
Sophie ama il vestire e ne ha una grande conoscenza; sua madre non ha altra cameriera personale se non lei stessa. Ha un ottimo gusto nel vestirsi in modo elegante, ma detesta gli abiti troppo appariscenti. Nel suo abbigliamento si nota sempre la semplicità unita all’eleganza: non ama ciò che brilla, ma ciò che le sta bene. Non sa quali siano i colori di moda, ma conosce perfettamente quelli che le donano meglio. Non c’è nessuna giovane donna che si vesta in modo meno raffinato o il cui abbigliamento non sia attentamente studiato; nessun dettaglio del suo abito è scelto a caso, e non vi è traccia di artificio nella sua mise. Il suo abbigliamento appare molto sobrio all’aspetto, ma in realtà è estremamente grazioso: non ostenta i suoi pregi, ma li nasconde, e proprio così riesce a farli sembrare ancora più evidenti. Quando la si vede, si pensa: “Ecco una ragazza modesta e saggia”; ma non appena ci si avvicina, gli occhi e il cuore sono attratti da ogni parte del suo corpo, senza che si riesca a distoglierli; sembra quasi che tutta questa semplicità nell’abbigliamento sia stata studiata apposta per essere poi svelata, pezzo dopo pezzo, dall’immaginazione.
Sophie possiede talenti naturali; li percepisce e non li ha trascurati. Tuttavia, non avendo avuto l’opportunità di coltivarli con grande impegno, si è limitata ad esercitare la sua bella voce per cantare in modo corretto e con gusto, e i suoi piccoli piedi per camminare leggermente, agilmente e con grazia, per fare le riverenze in ogni situazione senza imbarazzo né goffaggine. Del resto, non ha avuto altri maestri se non suo padre nel canto e sua madre nella danza; inoltre, un organista del vicinato le ha dato alcune lezioni di accompagnamento al clavicembalo, che da allora ha continuato a perfezionare da sola. All’inizio, si preoccupava soltanto di eseguire correttamente i suoni di quel strumento; in seguito, scoprì che il suono acuto e secco del clavicembalo rendeva più dolce il timbro della sua voce; gradualmente iniziò a apprezzare l’armonia musicale; infine, crescendo, cominciò a percepire i fascini dell’espressione artistica e ad amare la musica per se stessa. Ma si tratta più di un gusto che di un vero talento: non sa leggere le note di una melodia.
Ce que Sophie sait le mieux, et qu’on lui a fait apprendre avec le plus de soin, ce sont les travaux de son sexe, même ceux dont on ne s’avise point, comme de tailler et coudre ses robes. Il n’y a pas un ouvrage à l’aiguille qu’elle ne sache faire, et qu’elle ne fasse avec plaisir ; mais le travail qu’elle préfère à tout autre est la dentelle, parce qu’il n’y en a pas un qui donne une attitude plus agréable, et où les doigts s’exercent avec plus de grâce et de légèreté. Elle s’est appliquée aussi à tous les détails du ménage. Elle entend la cuisine et l’office ; elle sait le prix des denrées ; elle en connaît les qualités ; elle sait fort bien tenir les comptes ; elle sert de maître d’hôtel à sa mère. Faite pour être un jour mère de famille elle-même, en gouvernant la maison paternelle, elle apprend à gouverner la sienne ; elle peut suppléer aux fonctions des domestiques, et le fait toujours volontiers. On ne sait jamais bien commander que ce qu’on sait exécuter soi-même : c’est la raison de sa mère pour l’occuper ainsi. Pour Sophie, elle ne va pas si loin ; son premier devoir est celui de fille, et c’est maintenant le seul qu’elle songe à remplir. Son unique vue est de servir sa mère, et de la soulager d’une partie de ses soins. Il est pourtant vrai qu’elle ne les remplit pas tous avec un plaisir égal. Par exemple, quoiqu’elle soit gourmande, elle n’aime pas la cuisine ; le détail en a quelque chose qui la dégoûte ; elle n’y trouve jamais assez de propreté. Elle est là-dessus d’une délicatesse extrême, et cette délicatesse poussée à l’excès est devenue un de ses défauts : elle laisserait plutôt aller tout le dîner par le feu, que de tacher sa manchette. Elle n’a jamais voulu de l’inspection du jardin par la même raison. La terre lui paraît malpropre ; sitôt qu’elle voit du fumier, elle croit en sentir l’odeur.
Elle doit ce défaut aux leçons de sa mère. Selon elle, entre les devoirs de la femme, un des premiers est la propreté ; devoir spécial, indispensable, imposé par la nature. Il n’y a pas au monde un objet plus dégoûtant qu’une femme malpropre, et le mari qui s’en dégoûte n’a jamais tort. Elle a tant prêché ce devoir à sa fille dès son enfance, elle en a tant exigé de propreté sur sa personne, tant pour ses hardes, pour son appartement, pour son travail, pour sa toilette, que toutes ces attentions, tournées en habitude prennent une assez grande partie de son temps et président encore à l’autre : en sorte que bien faire ce qu’elle fait n’est que le second de ses soins ; le premier est toujours de le faire proprement.
Cependant tout cela n’a point dégénéré en vaine affectation ni en mollesse ; les raffinements du luxe n’y sont pour rien. Jamais il n’entra dans son appartement que de l’eau simple ; elle ne connaît d’autre parfum que celui des fleurs, et jamais son mari n’en respirera de plus doux que son haleine. Enfin l’attention qu’elle donne à l’extérieur ne lui fait pas oublier qu’elle doit sa vie et son temps à des soins plus nobles ; elle ignore ou dédaigne cette excessive propreté du corps qui souille l’âme ; Sophie est bien plus que propre, elle est pure.
J’ai dit que Sophie était gourmande. Elle l’était naturellement ; mais elle est devenue sobre par habitude, et maintenant elle l’est par vertu. Il n’en est pas des filles comme des garçons, qu’on peut jusqu’à certain point gouverner par la gourmandise. Ce penchant n’est point sans conséquence pour le sexe ; il est trop dangereux de le lui laisser. La petite Sophie, dans son enfance, entrant seule dans le cabinet de sa mère, n’en revenait pas toujours à vide, et n’était pas d’une fidélité à toute épreuve sur les dragées et sur les bonbons. Sa mère la surprit, la reprit, la punit, la fit jeûner. Elle vint enfin à bout de lui persuader que les bonbons gâtaient les dents, et que de trop manger grossissait la taille. Ainsi Sophie se corrigea : en grandissant elle a pris d’autres goûts qui l’ont détournée de cette sensualité basse. Dans les femmes comme dans les hommes, sitôt que le coeur s’anime, la gourmandise n’est plus un vice dominant. Sophie a conservé le goût propre de son sexe ; elle aime le laitage et les sucreries ; elle aime la pâtisserie et les entremets, mais fort peu la viande ; elle n’a jamais goûté ni vin ni liqueurs fortes : au surplus, elle mange de tout très modérément ; son sexe, moins laborieux que le nôtre, a moins besoin de réparation. En toute chose, elle aime ce qui est bon et le sait goûter ; elle sait aussi s’accommoder de ce qui ne l’est pas, sans que cette privation lui coûte.
Sophie a l’esprit agréable sans être brillant, et solide sans être profond ; un esprit dont on ne dit rien, parce qu’on ne lui en trouve jamais ni plus ni moins qu’à soi. Elle a toujours celui qui plaît aux gens qui lui parlent, quoiqu’il ne soit pas fort orné, selon l’idée que nous avons de la culture de l’esprit des femmes ; car le sien ne s’est point formé par la lecture, mais seulement par les conversations de son père et de sa mère, par ses propres réflexions, et par les observations qu’elle a faites dans le peu de monde qu’elle a vu. Sophie a naturellement de la gaieté, elle était même folâtre dans son enfance ; mais peu à peu sa mère a pris soin de réprimer ses airs évaporés, de peur que bientôt un changement trop subit n’instruisît du moment qui l’avait rendu nécessaire. Elle est donc devenue modeste et réservée même avant le temps de l’être ; et maintenant que ce temps est venu, il lui est plus aisé de garder le ton qu’elle a pris, qu’il ne lui serait de le prendre sans indiquer la raison de ce changement. C’est une chose plaisante de la voir se livrer quelquefois par un reste d’habitude à des vivacités de l’enfance, puis tout d’un coup rentrer en elle-même, se taire, baisser les yeux et rougir : il faut bien que le terme intermédiaire entre les deux âges participe un peu de chacun des deux.
Sophie est d’une sensibilité trop grande pour conserver une parfaite égalité d’humeur, mais elle a trop de douceur pour que cette sensibilité soit fort importune aux autres ; c’est à elle seule qu’elle fait du mal. Qu’on dise un seul mot qui la blesse, elle ne boude pas, mais son coeur se gonfle ; elle tâche de s’échapper pour aller pleurer. Qu’au milieu de ses pleurs son père ou sa mère la rappelle, et dise un seul mot, elle vient à l’instant jouer et rire en s’essuyant adroitement les yeux et tâchant d’étouffer ses sanglots.
Elle n’est pas non plus tout à fait exempte de caprice : son humeur un peu trop poussée dégénère en mutinerie, et alors elle est sujette à s’oublier. Mais laissez-lui le temps de revenir à elle, et sa manière d’effacer son tort lui en fera presque un mérite. Si on la punit, elle est docile et soumise, et l’on voit que sa honte ne vient pas tant du châtiment que de la faute. Si on ne lui dit rien, jamais elle ne manque de la réparer d’elle-même, mais si franchement et de si bonne grâce, qu’il n’est pas possible d’en garder la rancune. Elle baiserait la terre devant le dernier domestique, sans que cet abaissement lui fît la moindre peine ; et sitôt qu’elle est pardonnée, sa joie et ses caresses montrent de quel poids son bon coeur est soulagé. En un mot, elle souffre avec patience les torts des autres, et répare avec plaisir les siens. Tel est l’aimable naturel de son sexe avant que nous l’ayons gâté. La femme est faite pour céder à l’homme et pour supporter même son injustice. Vous ne réduirez jamais les jeunes garçons au même point ; le sentiment intérieur s’élève et se révolte en eux contre l’injustice ; la nature ne les fit pas pour la tolérer.
Gravem
Pelidae stomachum cedere nescii.[489]
What Sophie knows best, and what has been taught to her with the greatest care, are the tasks associated with her gender—even those that people might not consider necessary, such as cutting and sewing her own clothes. There is no needlework she does not know how to perform, and she enjoys it all the more; but the task she prefers above all others is lace-making, for none other offers a more pleasing posture, nor allows one’s fingers to move with such grace and lightness. She has also devoted herself to every detail of household management. She understands how to cook and manage household chores; she knows the prices of various goods, their qualities, and is very adept at keeping accounts; she even acts as her mother’s personal assistant. Being destined one day to become a mother herself, by managing her own family, she learns how to govern a household; she is capable of taking on the duties of servants and always does so willingly. One can never command others effectively unless one knows how to perform those tasks oneself—this is precisely why her mother keeps her so occupied. For Sophie, however, her primary duty remains that of a daughter, and for now, that is the only role she focuses on. Her sole goal is to serve her mother and relieve her of some of the household chores. Nevertheless, it is true that she does not enjoy all these tasks equally. For instance, although she has a good appetite, she does not particularly like cooking; there is something about the process that disgusts her, and she never finds it clean enough. She is extremely particular about this, and this excessive delicacy has become one of her flaws: she would rather let an entire meal burn than stain her sleeve. For the same reason, she has never wanted to oversee the gardening; the soil seems unclean to her, and at the sight of manure, she immediately imagines its smell.
She owes this flaw to her mother’s teachings. In her view, among a woman’s duties, cleanliness is one of the foremost—a special, indispensable duty imposed by nature. There is no more repulsive thing in the world than a woman who is untidy, and a husband who finds her disgusting is never in the wrong. From her daughter’s childhood onward, she preached this duty so vigorously; she demanded such meticulous cleanliness in every aspect of her life—her clothing, her home, her work, her personal hygiene—that all these attentions, having become habits, consumed a large portion of her time and influenced even her other responsibilities. As a result, doing things well was merely secondary to ensuring they were done cleanly.
However, none of this degenerated into vain affectation or weakness; the refinements of luxury had nothing to do with it. She never brought anything but plain water into her apartment; she knew no other fragrance than that of flowers, and her husband would never smell anything sweeter than her own breath. Lastly, her attention to outward appearances did not make her forget that she owed her life and her time to more noble pursuits; she ignored or despised that excessive cleanliness of the body which can contaminate the soul. Sophie was not merely clean—she was pure.
I said that Sophie was fond of sweets. Naturally, she was; but out of habit, she became moderate in her consumption, and now, it is out of principle. Girls are not like boys—whom one can, to some extent, control through a love of sweets. This tendency has serious consequences for women; it is far too dangerous to allow it to persist. As a child, little Sophie would often enter her mother’s dressing room alone and not always come out empty-handed. Her fondness for candies and treats was not at all reliable. Her mother caught her, reprimanded her, punished her, and even made her fast. Eventually, she managed to convince Sophie that too many sweets damaged teeth and that overeating caused weight gain. Thus, Sophie corrected her habit. As she grew up, she developed other tastes that led her away from such base sensual pleasures. In both women and men, once the heart begins to stir, a love of sweets is no longer the dominant vice. Sophie retained the taste befitting her gender—she enjoyed dairy products and sweets, pastries and desserts, but very little meat. She had never tasted wine or strong liqueurs. Moreover, she ate everything in moderation. Her body, less physically demanding than ours, required less nourishment. In everything, she sought what was good and knew how to appreciate it; she also knew how to make do with what was not, without suffering greatly from such shortages.
Sophie possesses a pleasant but not brilliant intellect, and a solid but not profound understanding of things; an intellect about which one says nothing, because it never shows anything more or less than what is ordinary in one’s own case. She always manages to say what pleases those who speak to her, even though her speech is not particularly ornate, according to our notions of the cultivation of a woman’s mind. For her intellect was not shaped through reading, but merely through the conversations of her parents, her own reflections, and the observations she made in the limited world she had seen. Sophie naturally has a cheerful disposition; in fact, she was even rather lively as a child. But gradually, her mother took care to curb her frivolous tendencies, for fear that a sudden change might reveal the reasons that had necessitated such restraint. As a result, she became modest and reserved long before it would have been appropriate for her age; and now that the time has come for such behavior, it is much easier for her to maintain this demeanor than it would have been if she had to start adopting it without any clear explanation for the change. It is quite amusing to watch her occasionally indulge in some of the liveliness characteristic of childhood, only to suddenly withdraw into herself, fall silent, lower her eyes, and blush—after all, the transitional phase between two stages of life must inevitably retain elements from both.
Sophie possesses such great sensitivity that it is impossible for her to maintain a perfectly even mood, but she is also too kind-hearted for this sensitivity to cause much distress to others; it is only herself that she hurts with it. If someone says a single word that hurts her, she does not sulk, but her heart swells with emotion; she tries to find a way to go away and cry in privacy. Yet, if her father or mother calls her back while she is crying and says just one word, she immediately comes back, playing and laughing, while skillfully wiping away her tears and trying to suppress her sobs.
She is also not entirely free from caprice: her somewhat excessive moods can degenerate into mutiny, and then she is prone to forgetting herself. But give her time to recover, and the way in which she seeks to make amends almost turns this fault into a virtue. If punished, she becomes docile and submissive; it is clear that her shame arises not so much from the punishment itself as from the wrongdoing. If left unattended, she will always seek to correct her mistakes on her own—so readily and so willingly, in fact, that it is impossible to hold a grudge against her. She would kiss the ground before even the lowest-ranking servant, without feeling the slightest humiliation; and once forgiven, her joy and affection show how greatly her kind heart is relieved. In short, she endures the wrongs of others with patience and gladly makes amends for her own. Such was the lovely nature of her gender before we spoiled it. Women are meant to yield to men and even endure their injustice. You will never reduce young boys to the same state; an inner sense within them rises up in revolt against injustice—nature itself did not create them to tolerate it.
Gravem
You never knew how to yield your stomach to the Pelidae family.[489]
Quello che Sophie conosce meglio, e che le è stato insegnato con particolare cura, sono i compiti tipici del suo sesso, anche quelli che di solito non vengono considerati importanti, come tagliare e cucire le sue vestiti. Non c’è alcun lavoro a maglia che lei non sappia eseguire, e lo fa sempre con piacere; ma il compito che preferisce sopra tutti è la ricamatura, perché nessun altro le permette di assumere un’aria più graziosa e di esercitare le dita con maggior eleganza e leggerezza. Si è anche dedicata con impegno a tutti i dettagli della gestione domestica: conosce bene la cucina e le faccende domestiche, sa valutare il prezzo delle merci, ne conosce le qualità, sa tenere con precisione i conti e assiste sua madre nelle mansioni di padrona di casa. Essendo destinata un giorno a diventare lei stessa madre di famiglia, gestendo la casa paterna impara come farlo anche nella propria; è in grado di sostituire i domestici, e lo fa sempre volentieri. Si sa che si può comandare bene solo ciò che si sa eseguire personalmente: è per questa ragione che sua madre la occupa in questo modo. Per Sophie, però, le cose non vanno così lontano; il suo primo dovere è quello di figlia, e al momento è l’unico che tiene a compiere. Il suo unico obiettivo è servire sua madre e alleviarla da una parte dei suoi impegni. Tuttavia, non li svolge sempre con lo stesso piacere. Ad esempio, anche se le piace mangiare bene, non ama cucinare; i dettagli di questa attività le risultano spiacevoli e non trova mai abbastanza pulizia nei cibi che prepara. In questo è estremamente delicata, e questa delicatezza portata all’eccesso è diventata uno dei suoi difetti: preferirebbe lasciare che l’intero pasto andasse distrutto dal fuoco piuttosto che macchiarsi la manica. Per lo stesso motivo, non vuole mai occuparsi della cura del giardino: la terra le sembra sporca, e non appena vede del letame, crede di sentirne l’odore.
Questo difetto è dovuto alle lezioni ricevute da sua madre. Secondo lei, tra i doveri di una donna, uno dei primi è la pulizia; un dovere speciale, indispensabile, imposto dalla natura. Non esiste al mondo niente di più disgustoso di una donna sporca, e il marito che ne prova disgusto non sbaglia mai. Ha insegnato con tanta insistenza questo dovere alla sua figlia fin da piccola; ha richiesto sempre che fosse molto pulita nel suo aspetto personale, nelle sue vesti, nella sua casa, nel suo lavoro e nel suo modo di vestirsi. Tutte queste attenzioni, diventate abitudini, occupano una grande parte del suo tempo e influenzano anche le altre sue azioni; in tal modo, fare bene ciò che fa rappresenta soltanto il secondo dei suoi interessi principali; il primo è sempre quello di farlo in modo pulito.
Tuttavia, tutto ciò non si è trasformato in vana affettazione né in debolezza; i raffinamenti del lusso non c’entrano affatto. Nella sua stanza entrava soltanto acqua semplice; conosceva un solo profumo, quello dei fiori, e suo marito non ne avrebbe mai respirato uno più dolce del suo respiro stesso. Infine, l’attenzione che dedicava all’esterno non le faceva dimenticare che la sua vita e il suo tempo dovevano essere dedicati a cure più nobili; ignorava o disdegnava quella eccessiva pulizia del corpo che sporca l’anima. Sophie era molto di più che pulita: era pura.
Ho detto che Sophie era golosa. Lo era naturalmente; ma con il tempo è diventata moderata per abitudine, e ora lo è per virtù. Le ragazze, diversamente dai ragazzi, non possono essere guidate fino a un certo punto attraverso la gola. Questa tendenza ha delle conseguenze notevoli per il loro sesso. È troppo pericoloso lasciarla svilupparsi. Da bambina, Sophie, entrando da sola nella stanza di sua madre, non ne usciva sempre a mani vuote. Non era affatto fedele quando si trattava di caramelle e dolci. Sua madre la sorprendeva, la rimproverava, la puniva. Alla fine riuscì a farle capire che i dolci rovinano i denti e che mangiare troppo fa aumentare di peso. Così Sophie cambiò abitudini: crescendo, sviluppò altri gusti che la allontanarono da questa sorta di sensualità volgare. Sia nelle donne che negli uomini, non appena il cuore si anima, la gola non è più un vizio dominante. Sophie ha conservato i gusti tipici del suo sesso. Ama i latticini e i dolci; ama anche la pasticceria e gli dessert. Ma molto meno la carne. Non ha mai assaggiato vino né alcolici forti. In ogni caso, mangia tutto con grande moderazione. Il suo sesso, meno laborioso del nostro, ha bisogno di meno di compensazioni. In tutto ciò che fa, ama ciò che è buono e sa apprezzarlo. Sa anche accontentarsi di ciò che non lo è, senza che questa privazione le costi nulla.
Sophie possiede un intelletto piacevole, ma non eccezionale; è solida, ma non profonda; un’intelligenza di cui non si può dire nulla di particolare, perché non presenta mai né eccessi né difetti rispetto a quella delle persone comuni. Ha sempre dimostrato di possedere quel tipo di intelligenza che piace alle persone con cui parla, anche se non è particolarmente raffinata, secondo le nostre idee riguardo alla cultura intellettuale delle donne; infatti, il suo modo di pensare non si è formato attraverso la lettura, ma soltanto attraverso le conversazioni dei suoi genitori, le sue riflessioni personali e le osservazioni che ha fatto nel ristretto ambiente in cui ha vissuto. Sophie ha naturalmente un temperamento allegro; da bambina era persino scherzosa; ma gradualmente sua madre si è presa cura di reprimere i suoi comportamenti troppo frivoli, per evitare che un cambiamento improvviso rivelasse il motivo per cui tali atteggiamenti erano necessari. Così, è diventata modesta e riservata anche prima del tempo previsto; e ora che quel momento è arrivato, le è molto più facile mantenere il tono che ha assunto, piuttosto che dover iniziare da zero senza spiegare la ragione di questo cambiamento. È davvero divertente vederla, a volte, lasciarsi andare a qualche manifestazione di vivacità tipica dell’infanzia, per poi improvvisamente ritirarsi in se stessa, tacere, abbassare lo sguardo e arrossire: è evidente che il periodo intermedio tra questi due stati d’animo possieda alcune caratteristiche di entrambi.
Sophie possiede una sensibilità troppo profonda per mantenere sempre un umore perfettamente equilibrato, ma è così gentile che questa sua sensibilità non arreca fastidio agli altri; è soltanto a lei stessa che causa dolore. Basta che qualcuno dica una parola che la offenda, e lei non si arrabbia, ma il suo cuore si riempie di tristezza; cerca allora di allontanarsi per piangere in privato. Se, nel mezzo dei suoi pianti, suo padre o sua madre la chiamano e dicono una sola parola, lei subito torna a giocare e ridere, asciugandosi abilmente gli occhi e cercando di soffocare i singhiozzi.
Non è nemmeno del tutto priva di capricci: il suo umore, quando diventa eccessivo, degenera in ribellione, e allora tende a dimenticare ciò che ha fatto. Ma lasciatele il tempo di tornare in sé; il modo in cui cerca di rimediare ai suoi errori la rende quasi meritevole di lode. Se viene punita, è docile e sottomessa; si capisce che la sua vergogna deriva meno dalla punizione stessa che dall’errore commesso. Se non le si dice nulla, lei stessa troverà sempre il modo di rimediare, e lo farà con tale sincerità e disponibilità da rendere impossibile serbare rancore contro di lei. Bacierebbe la terra davanti all’ultimo dei suoi servitori senza che questo umiliante comportamento le causasse alcun dolore; e non appena viene perdonata, la sua gioia e i suoi gesti affettuosi dimostrano quanto il suo buon cuore sia sollevato. In breve, sopporta con pazienza gli errori altrui e rimedia con piacere ai propri. Questa è la natura gentile del suo sesso, prima che venisse corrotta da noi. La donna è fatta per cedere all’uomo e persino per tollerare la sua ingiustizia. I giovani ragazzi, invece, non possono essere ridotti allo stesso livello: in loro il sentimento interno si solleva e si ribella contro l’ingiustizia; la natura stessa non li ha creati per tollerarla.
“Gravem”.
Non sapevi che il ventre dei Pelidi poteva cedere.[489]
Sophie a de la religion, mais une religion raisonnable et simple, peu de dogmes et moins de pratiques de dévotion ; ou plutôt ne connaissant de pratique essentielle que la morale, elle dévoue sa vie entière à servir Dieu en faisant le bien. Dans toutes les instructions que ses parents lui ont données sur ce sujet, ils l’ont accoutumée à une soumission respectueuse, en lui disant toujours : « Ma fille, ces connaissances ne sont pas de votre âge ; votre mari vous en instruira quand il sera temps. » Du reste, au lieu de longs discours de piété, ils se contentent de la lui prêcher par leur exemple, et cet exemple est gravé dans son coeur.
Sophie aime la vertu ; cet amour est devenu sa passion dominante. Elle l’aime, parce qu’il n’y a rien de si beau que la vertu ; elle l’aime, parce que la vertu fait la gloire de la femme, et qu’une femme vertueuse lui paraît presque égale aux anges ; elle l’aime comme la seule route du vrai bonheur, et parce qu’elle ne voit que misère, abandon, malheur, opprobre, ignominie, dans la vie d’une femme déshonnête ; elle l’aime enfin comme chère à son respectable père, à sa tendre et digne mère : non contents d’être heureux de leur propre vertu, ils veulent l’être aussi de la sienne, et son premier bonheur à elle-même est l’espoir de faire le leur. Tous ces sentiments lui inspirent un enthousiasme qui lui élève l’âme et tient tous ses petits penchants asservis à une passion si noble. Sophie sera chaste et honnête jusqu’à son dernier soupir ; elle l’a juré dans le fond de son âme, et elle l’a juré dans un temps où elle sentait déjà tout ce qu’un tel serment coûte à tenir ; elle l’a juré quand elle en aurait dû révoquer l’engagement, si ses sens étaient faits pour régner sur elle.
Sophie n’a pas le bonheur d’être une aimable Française, froide par tempérament et coquette par vanité, voulant plutôt briller que plaire, cherchant l’amusement et non le plaisir. Le seul besoin d’aimer la dévore, il vient la distraire et troubler son coeur dans les fêtes ; elle a perdu son ancienne gaieté ; les folâtres jeux ne sont plus faits pour elle ; loin de craindre l’ennui de la solitude, elle la cherche ; elle y pense à celui qui doit la lui rendre douce : tous les indifférents l’importunent ; il ne lui faut pas une cour, mais un amant ; elle aime mieux plaire à un seul honnête homme, et lui plaire toujours, que d’élever en sa faveur le cri de la mode, qui dure un jour, et le lendemain se change en huée.
Les femmes ont le jugement plus tôt formé que les hommes : étant sur la défensive presque dès leur enfance, et chargées d’un dépôt difficile à garder, le bien et le mal leur sont nécessairement plus tôt connus. Sophie, précoce en tout, parce que son tempérament la porte à l’être, a aussi le jugement plus tôt formé que d’autres filles de son âge. Il n’y a rien à cela de fort extraordinaire ; la maturité n’est pas partout la même en même temps.
Sophie est instruite des devoirs et des droits de son sexe et du nôtre. Elle connaît les défauts des hommes et les vices des femmes ; elle connaît aussi les qualités, les vertus contraires, et les a toutes empreintes au fond de son coeur. On ne peut pas avoir une plus haute idée de l’honnête femme que celle qu’elle en a conçue, et cette idée ne l’épouvante point ; mais elle pense avec plus de complaisance à l’honnête homme, à l’homme de mérite ; elle sent qu’elle est faite pour cet homme-là, qu’elle en est digne, qu’elle peut lui rendre le bonheur qu’elle recevra de lui ; elle sent qu’elle saura bien le reconnaître ; il ne s’agit que de le trouver.
Les femmes sont les juges naturels du mérite des hommes, comme ils le sont du mérite des femmes : cela est de leur droit réciproque ; et ni les uns ni les autres ne l’ignorent. Sophie connaît ce droit et en use, mais avec la modestie qui convient à sa jeunesse, à son inexpérience, à son état ; elle ne juge que des choses qui sont à sa portée, et elle n’en juge que quand cela sert à développer quelque maxime utile. Elle ne parle des absents qu’avec la plus grande circonspection, surtout si ce sont des femmes. Elle pense que ce qui les rend médisantes et satiriques est de parler de leur sexe : tant qu’elles se bornent à parler du nôtre elles ne sont qu’équitables. Sophie s’y borne donc. Quant aux femmes, elle n’en parle jamais que pour en dire le bien qu’elle sait : c’est un honneur qu’elle croit devoir à son sexe ; et pour celles dont elle ne sait aucun bien à dire, elle n’en dit rien du tout, et cela s’entend.
Sophie a peu d’usage du monde ; mais elle est obligeante, attentive, et met de la grâce à tout ce qu’elle fait. Un heureux naturel la sert mieux que beaucoup d’art. Elle a une certaine politesse à elle qui ne tient point aux formules, qui n’est point asservie aux modes, qui ne change point avec elles, qui ne fait rien par usage, mais qui vient d’un vrai désir de plaire, et qui plaît. Elle ne sait point les compliments triviaux, et n’en invente point de plus recherchés ; elle ne dit pas qu’elle est très obligée, qu’on lui fait beaucoup d’honneur, qu’on ne prenne pas la peine, etc. Elle s’avise encore moins de tourner des phrases. Pour une attention, pour une politesse établie, elle répond par une révérence, ou par un simple Je vous remercie ; mais ce mot, dit de sa bouche, en vaut bien un autre. Pour un vrai service, elle laisse parler son coeur, et ce n’est pas un compliment qu’il trouve. Elle n’a jamais souffert que l’usage français l’asservît au joug des simagrées, comme d’étendre sa main, en passant d’une chambre à l’autre, sur un bras sexagénaire qu’elle aurait grande envie de soutenir. Quand un galant musqué lui offre cet impertinent service, elle laisse l’officieux bras sur l’escalier, et s’élance en deux sauts dans la chambre en disant qu’elle n’est pas boiteuse. En effet, quoiqu’elle ne soit pas grande, elle n’a jamais voulu de talons hauts ; elle a les pieds assez petits pour s’en passer.
Non seulement elle se tient dans le silence et dans le respect avec les femmes, mais même avec les hommes mariés, ou beaucoup plus âgés qu’elle ; elle n’acceptera jamais de place au-dessus d’eux que par obéissance, et reprendra la sienne au-dessous sitôt qu’elle le pourra ; car elle sait que les droits de l’âge vont avant ceux du sexe, comme ayant pour eux le préjugé de la sagesse, qui doit être honorée avant tout.
Avec les jeunes gens de son âge, c’est autre chose ; elle a besoin d’un ton différent pour leur en imposer, et elle sait le prendre sans quitter l’air modeste qui lui convient. S’ils sont modestes et réservés eux-mêmes, elle gardera volontiers avec eux l’aimable familiarité de la jeunesse ; leurs entretiens pleins d’innocence seront badins, mais décents ; s’ils deviennent sérieux, elle veut qu’ils soient utiles ; s’ils dégénèrent en fadeurs, elle les fera bientôt cesser, car elle méprise surtout le petit jargon de la galanterie, comme très offensant pour son sexe. Elle sait bien que l’homme qu’elle cherche n’a pas ce jargon-là, et jamais elle ne souffre volontiers d’un autre ce qui ne convient pas à celui dont elle a le caractère empreint au fond du coeur. La haute opinion qu’elle a des droits de son sexe, la fierté d’âme que lui donne la pureté de ses sentiments, cette énergie de la vertu qu’elle sent en elle-même et qui la rend respectable à ses propres yeux, lui font écouter avec indignation les propos doucereux dont on prétend l’amuser. Elle ne les reçoit point avec une colère apparente, mais avec un ironique applaudissement qui déconcerte, ou d’un ton froid auquel on ne s’attend point. Qu’un beau Phébus lui débite ses gentillesses, la loue avec esprit sur le sien, sur sa beauté, sur ses grâces, sur le prix du bonheur de lui plaire, elle est fille à l’interrompre, en lui disant poliment : « Monsieur, j’ai grand-peur de savoir ces choses-là mieux que vous ; si nous n’avons rien de plus curieux à nous dire, je crois que nous pouvons finir ici l’entretien. » Accompagner ces mots d’une grande révérence, et puis se trouver à vingt pas de lui n’est pour elle que l’affaire d’un instant. Demandez à vos agréables s’il est aisé d’étaler longtemps son caquet avec un esprit aussi rebours que celui-là.
Sophie has a religion, but it is a reasonable and simple one—few dogmas and even fewer practices of devotion. In fact, the only essential practice she acknowledges is morality; she devotes her entire life to serving God by doing good. In all the instructions her parents gave her on this subject, they taught her respect and obedience, always saying, “My daughter, such knowledge is not suitable for your age; your husband will instruct you when the time comes.” Moreover, instead of long speeches about piety, they simply practiced it themselves as an example, and that example is deeply ingrained in her heart.
Sophie loves virtue; this love has become her dominant passion. She loves it because there is nothing so beautiful as virtue; she loves it because virtue brings glory to a woman, and a virtuous woman seems to her almost equal to angels; she loves it as the only path to true happiness, and because she sees nothing but misery, abandonment, sorrow, disgrace, and humiliation in the life of an unchaste woman; she loves it finally because it is dear to her respected father and her tender and worthy mother: not content with their own virtue, they also wish to see her virtuous, and her greatest happiness lies in the hope of making them happy as well. All these feelings inspire in her an enthusiasm that elevates her soul and brings all her minor inclinations under the control of such a noble passion. Sophie will remain chaste and honest until her last breath; she swore it deep in her heart, and she did so at a time when she already understood the cost of keeping such a promise; she swore it even when she might have been tempted to break it, had her senses been able to dominate her.
Sophie is not fortunate enough to be that kind of pleasant Frenchwoman—cold by nature and coquettish out of vanity, preferring to shine rather than to please others, seeking amusement rather than true happiness. The desire to love consumes her; it distracts her and disturbs her heart during festivities. She has lost her former cheerfulness; those frivolous amusements are no longer suitable for her. Far from fearing the loneliness that might bring her sorrow, she seeks it out. In her thoughts, she remembers the one who could make her life sweet again. Yet all those indifferent people harass her. What she needs is not a court of admirers but a lover. She would rather please one honest man and always keep his affection than to raise the clamor of fashion—whose support lasts only for a day before turning into scorn the next.
Women develop their judgment more rapidly than men: being on the defensive almost from childhood and entrusted with values that are difficult to preserve, good and evil become necessarily clearer to them at an earlier age. Sophie, who was precocious in every regard because her temperament inclined her toward such early maturity, also developed her judgment sooner than other girls of her age. There is nothing particularly extraordinary about this; maturity does not progress uniformly everywhere at the same time.
Sophie is aware of the duties and rights of her own sex as well as those of our sex. She knows the shortcomings of men and the vices of women; she is also familiar with their qualities and virtues, and she has internalized all of them in her heart. One cannot have a higher notion of an honest woman than the one she has formed; moreover, this notion does not fill her with fear. Instead, she thinks with greater pleasure of an honest man, of a man of merit. She feels that she is meant for such a man, that she is worthy of him, and that she can bring him the happiness he will grant her. She believes that she will be able to recognize him when she meets him—now all that remains is to find him.
Women are the natural judges of a man’s merits, just as men are the judges of a woman’s merits; this is their mutual right, and neither party ignores it. Sophie knows of this right and makes use of it, but with the modesty befitting her youth, inexperience, and status. She only judges matters that fall within her understanding, and she does so only when it serves to promote some useful principle. She speaks about those who are absent with the greatest caution, especially if they are women. She believes that what makes women prone to slander and mockery is talking about their own sex; as long as they limit themselves to discussing our sex, they are merely fair. Sophie therefore confines herself to this practice. As for other women, she never speaks of them except to say only good things about them; she considers it an honor due to her own gender. As for those about whom she knows nothing good to say, she says nothing at all about them—and that goes without saying.
Sophie has little experience in the ways of the world; yet she is polite, attentive, and brings grace to everything she does. Her natural kindness serves her better than many artificial techniques. She possesses a kind of politeness that does not rely on formalities, is not bound by fashion, nor changes with the times; it arises from a genuine desire to please—and it indeed pleases. She knows nothing of trivial compliments, nor does she invent more elaborate ones; she does not say things like “I am very grateful” or “You are doing me a great honor” or “Please go to the trouble, ” Nor does she bother with flowery phrasing. For an act of attention or courtesy, she responds with a bow or simply, “Thank you.” But when these words come from her lips, they carry far more meaning than any other. When someone offers her a truly helpful service, she lets her heart speak—and what comes from her heart is nothing short of genuine gratitude. She has never allowed French conventions to force her into performative gestures, such as extending her hand across a staircase to support the arm of a sixty-year-old man—something she would be more than happy to do if asked. When some suitor offers her this impertinent assistance, she leaves that officious arm on the stairs and leaps up two steps at a time into the room, saying, “I’m not lame after all.” Indeed, although she is not tall, she has never wanted high heels; her feet are small enough to do without them.
Not only does she maintain silence and respect towards women, but even towards married men or those much older than her; she would never accept a position above them unless out of obedience, and she would immediately reclaim her rightful place below them whenever possible. For she knows that the rights derived from age take precedence over those based on gender, for age is associated with the prejudice of wisdom—which must always be honored above all else.
With young men of her age, it’s different; she needs to adopt a different tone to impress them, and she knows how to do so without losing the modesty that suits her. If they themselves are modest and reserved, she is happy to maintain with them that friendly familiarity characteristic of youth—their conversations, full of innocence, will be light-hearted but proper. If they become serious, she wants them to be useful; if their behavior degenerates into banality, she will quickly put an end to it, for she despises the trivial jargon of flirtation as particularly offensive to her own sex. She is well aware that the man she seeks does not use such language, and she would never willingly tolerate anything that does not suit someone whose character is deeply ingrained in her heart. Her firm belief in the rights of her own sex, the pride that comes from the purity of her feelings, and the energy of virtue she feels within herself—these qualities make her disdain those insincerely sweet words meant to amuse her. She does not respond with obvious anger, but with an ironic approval that confuses her interlocutor, or with a cold tone entirely unexpected. Even if a handsome man were to pour out all his flattery before her, praising her wit, beauty, grace, and the joy of pleasing her, she would be the one to interrupt him, saying politely: “Sir, I’m afraid I know these things better than you do. If we have nothing more interesting to discuss, I think we might as well end this conversation here.” Accompanying such words with a deep bow, and then walking away twenty steps away from him—for her, that would take but an instant. Ask your own charming companions if it is easy to prattle on for so long when faced with such an obtuse spirit.
Sophie ha una religione, ma una religione ragionevole e semplice: pochi dogmi e ancora meno pratiche di devozione. Più che altro, l’unica pratica essenziale che conosce è la morale; dedica quindi tutta la sua vita al servizio di Dio compiendo il bene. In tutte le istruzioni che i suoi genitori le hanno dato in questo senso, l’hanno abituata a una sottomissione rispettosa, dicendole sempre: “Mia figlia, queste conoscenze non sono adatte alla tua età; tuo marito te ne insegnerà quando sarà il momento”. Del resto, invece di lunghi discorsi sulla pietà, si limitano a predicarla con il loro esempio, e questo esempio è inciso nel suo cuore.
Sophie ama la virtù; questo amore è diventato la sua passione dominante. La ama perché non c’è nulla di più bello della virtù; la ama perché la virtù rende gloriosa una donna, e perché una donna virtuosa le sembra quasi pari agli angeli; la ama come l’unica strada verso il vero felicità, e perché nella vita di una donna disonesta vede solo miseria, abbandono, sventura, disprezzo e ignominia; la ama infine perché è cara al suo rispettabile padre, alla sua tenera e nobile madre: non contenti di essere felici per la propria virtù, essi desiderano anche che lei lo sia; il suo primo vero bene è quindi la speranza di renderli felici. Tutti questi sentimenti ispirano in lei un entusiasmo che eleva l’anima e fa sì che tutti i suoi piccoli desideri siano subordinati a una passione così nobile. Sophie sarà casta e onesta fino all’ultimo suo respiro; lo ha giurato nel profondo del suo cuore, e lo ha giurato in un momento in cui già sentiva quanto sia difficile mantenere un simile impegno; lo ha giurato proprio quando avrebbe dovuto revocare quella promessa, se i suoi sensi fossero stati capaci di dominarla.
Sophie non ha la fortuna di essere una gentile francese: fredda per temperamento e vanitosa per orgoglio, preferisce brillare piuttosto che piacere, cerca divertimento ma non vera felicità. Il solo desiderio di amare la consuma; durante le feste, cerca distrazioni che possano turbare il suo cuore. Ha perso la sua antica allegria; i giochi spensierati non sono più adatti a lei. Lontana dall’temere la noia della solitudine, anzi la cerca. Pensa a colui che potrebbe renderla felice. Ma tutti gli indifferenti la importunano. Non le serve una corte, ma un amante. Preferirebbe piacere a un solo uomo onesto e continuare ad essere gradita a lui, piuttosto che sollevare il grido della moda, che dura un giorno e il giorno dopo si trasforma in derisione.
Le donne sviluppano il proprio giudizio molto prima degli uomini: essendo costrette a stare sulla difensiva fin dall’infanzia e avendo la responsabilità di custodire qualcosa di prezioso e difficile da proteggere, il bene e il male diventano necessariamente più familiari per loro molto presto. Sophie, precoce in tutto perché il suo temperamento lo favorisce, sviluppa anch’essa il proprio giudizio prima delle altre ragazze della sua età. Non c’è nulla di straordinario in questo; la maturità non arriva sempre nello stesso momento per tutti.
Sophie conosce i doveri e i diritti del proprio sesso e del nostro; è a conoscenza dei difetti degli uomini e dei vizi delle donne; conosce anche le qualità e le virtù opposte, e tutte queste le sono impresse nel profondo del cuore. Non si può avere un’idea più elevata di una donna onesta di quella che lei ne ha; questa idea non la spaventa affatto; anzi, pensa con maggiore piacere all’uomo onesto, all’uomo meritevole; sente di essere fatta per quell’uomo, di esserne degna, e che può rendergli la felicità che riceverà da lui; sa bene come riconoscerlo. Ora, tutto ciò che le resta da fare è trovarlo.
Le donne sono i giudici naturali del merito degli uomini, così come gli uomini sono i giudici naturali del merito delle donne: questo fa parte dei loro diritti reciproci; e né gli uni né le altre lo ignorano. Sophie conosce questo diritto e lo esercita, ma con la modestia che si addice alla sua giovane età, alla sua inesperienza e al suo stato sociale; giudica soltanto di cose che rientrano nella sua sfera di conoscenza, e lo fa solo quando ciò serve a diffondere qualche massima utile. Parla degli assenti con la massima cautela, soprattutto se si tratta di donne. Ritiene che ciò che rende le donne maldicenti e satiriche sia parlare del proprio sesso; finché si limitano a parlare del nostro sesso, sono semplicemente equilibrate. Sophie si attiene quindi a questa regola. Per quanto riguarda le altre donne, ne parla mai se non per lodarne i meriti che conosce: ritiene sia un onore dovuto al proprio sesso; e per quelle di cui non conosce alcun merito positivo, non ne parla affatto, e questo è comprensibile.
Sophie conosce poco il mondo; ma è gentile, attenta e mette grazia in tutto ciò che fa. Una natura felice le serve meglio di molta arte. Possiede una certa cortesia che non dipende dalle formule convenzionali, che non segue le mode del momento, che non cambia al loro passaggio, ma deriva da un vero desiderio di piacere, e infatti piace davvero. Non conosce complimenti banali, né ne inventa di più raffinati; non dice mai di essere molto grata, che le si faccia un grande onore, che qualcuno si prenda la briga di farle qualcosa, ecc. E tanto meno si impegna a formulare frasi complicate. Per dimostrare attenzione o cortesia, risponde con un inchino o semplicemente con “Grazie”; ma quelle parole, pronunciate dalla sua bocca, valgono molto di più. Quando qualcuno le rende un vero servizio, lascia che sia il suo cuore a parlare, e non sono certo complimenti quelli che esprime in quel momento. Non ha mai voluto che le convenzioni francesi la costringessero a compiere gesti affettati, come tendere la mano passando da una stanza all’altra su un braccio di sessant’anni. Se un corteggiatore le offre questo “impertinente servizio”, lascia quel braccio sulle scale e si lancia nella stanza con due salti, dicendo che non è zoppa. Infatti, anche se non è alta, non ha mai voluto indossare tacchi alti. I suoi piedi sono abbastanza piccoli per poterne fare a meno.
Non solo si comporta in silenzio e con rispetto verso le donne, ma anche verso gli uomini sposati o molto più anziani di lei; non accetterà mai di occupare un posto superiore al loro se non per obbedienza, e riprenderà il proprio posto inferiore non appena ne avrà l’opportunità; perché sa che i diritti legati all’età hanno la precedenza su quelli legati al sesso, poiché questi ultimi sono considerati più importanti in base al pregiudizio della saggezza, che deve essere onorata prima di tutto.
Con i giovani della sua età è tutta un’altra cosa; ha bisogno di un tono diverso per imporsi su di loro, e sa come adottarlo senza perdere quell’aria modesta che le si addice. Se anche loro sono modesti e riservati, lei sarà felice di mantenere con loro quella cordiale familiarità tipica della gioventù; i loro dialoghi, pieni di innocenza, saranno scherzosi ma decorosi. Se invece diventano seri, vuole che siano utili; se iniziano a mostrare banalità, li farà smettere subito, perché disprezza soprattutto quel gergo banale della galanteria, ritenendolo profondamente offensivo per il suo sesso. Sa bene che l’uomo che cerca non possiede certo quel genere di linguaggio, e mai tollererà che qualcun altro utilizzi ciò che non si addice a colui il cui carattere è radicato nel profondo del suo cuore. L’alta stima che ha dei diritti del proprio sesso, l’orgoglio derivante dalla purezza dei suoi sentimenti, quell’energia della virtù che sente in sé stessa e che la rende rispettabile ai propri occhi, le fanno ascoltare con indignazione quelle parole dolciastre con cui si cerca di compiacerla. Non le riceve con una rabbia evidente, ma con un ironico complimento che sconcerta, o con un tono freddo del tutto inaspettato. Anche se un bel giovane le rivolge le sue lusinghe, lodandola per il suo aspetto, la sua bellezza, le sue grazie, o esaltando il piacere di compiacerla, lei è pronta a interromperlo con gentilezza, dicendogli: “Signore, temo di conoscere queste cose meglio di voi; se non abbiamo nulla di più interessante da dirci, credo che possiamo concludere qui la nostra conversazione.” Accompagnare queste parole con un profondo inchino, e poi allontanarsi da lui dopo soli venti passi, per lei è questione di un istante. Chiedete ai vostri amici se sia facile continuare a lungo a parlare in quel modo, con uno spirito così contraddittorio.
Ce n’est pas pourtant qu’elle n’aime fort à être louée, pourvu que ce soit tout de bon, et qu’elle puisse croire qu’on pense en effet le bien qu’on lui dit d’elle. Pour paraître touché de son mérite, il faut commencer par en montrer. Un hommage fondé sur l’estime peut flatter son coeur altier, mais tout galant persiflage est toujours rebuté ; Sophie n’est pas faite pour exercer les petits talents d’un baladin.
Avec une si grande maturité de jugement, et formée à tous égards comme une fille de vingt ans, Sophie, à quinze, ne sera point traitée en enfant par ses parents. À peine apercevront-ils en elle la première inquiétude de la jeunesse, qu’avant le progrès ils se hâteront d’y pourvoir ; ils lui tiendront des discours tendres et sensés. Les discours tendres et sensés sont de son âge et de son caractère. Si ce caractère est tel que je l’imagine, pourquoi son père ne lui parlerait-il pas à peu près ainsi :
« Sophie, vous voilà grande fille, et ce n’est pas pour l’être toujours qu’on le devient. Nous voulons que vous soyez heureuse : c’est pour nous que nous le voulons, parce que notre bonheur dépend du vôtre. Le bonheur d’une honnête fille est de faire celui d’un honnête homme : il faut donc penser à vous marier ; il y faut penser de bonne heure, car du mariage dépend le sort de la vie, et l’on n’a jamais trop de temps pour y penser.
« Rien n’est plus difficile que le choix d’un bon mari, si ce n’est peut-être celui d’une bonne femme. Sophie, vous serez cette femme rare, vous serez la gloire de notre vie et le bonheur de nos vieux jours ; mais, de quelque mérite que vous soyez pourvue, la terre ne manque pas d’hommes qui en ont encore plus que vous. Il n’y en a pas un qui ne dût s’honorer de vous obtenir, il y en a beaucoup qui vous honoreraient davantage. Dans ce nombre il s’agit d’en trouver un qui vous convienne, de le connaître, et de vous faire connaître à lui.
« Le plus grand bonheur du mariage dépend de tant de convenances, que c’est une folie de les vouloir toutes rassembler. Il faut d’abord s’assurer des plus importantes : quand les autres s’y trouvent, on s’en prévaut ; quand elles manquent, on s’en passe. Le bonheur parfait n’est pas sur la terre, mais le plus grand des malheurs, et celui qu’on peut toujours éviter, est d’être malheureux par sa faute.
« Il y a des convenances naturelles, il y en a d’institution, il y en a qui ne tiennent qu’à l’opinion seule. Les parents sont juges des deux dernières espèces, les enfants seuls le sont de la première. Dans les mariages qui se font par l’autorité des pères, on se règle uniquement sur les convenances d’institution et d’opinion : ce ne sont pas les personnes qu’on marie, ce sont les conditions et les biens ; mais tout cela peut changer ; les personnes seules restent toujours, elles se portent partout avec elles ; en dépit de la fortune, ce n’est que par les rapports personnels qu’un mariage peut être heureux ou malheureux.
« Votre mère était de condition, j’étais riche ; voilà les seules considérations qui portèrent nos parents à nous unir. J’ai perdu mes biens, elle a perdu son nom : oubliée de sa famille, que lui sert aujourd’hui d’être née demoiselle ? Dans nos désastres, l’union de nos coeurs nous a consolés de tout ; la conformité de nos goûts nous a fait choisir cette retraite ; nous y vivons heureux dans la pauvreté, nous nous tenons lieu de tout l’un à l’autre. Sophie est notre trésor commun ; nous bénissons le ciel de nous avoir donné celui-là et de nous avoir ôté tout le reste. Voyez, mon enfant, où nous a conduits la Providence : les convenances qui nous firent marier sont évanouies ; nous ne sommes heureux que par celles que l’on compta pour rien.
« C’est aux époux à s’assortir. Le penchant mutuel doit être leur premier lien ; leurs yeux, leurs coeurs doivent être leurs premiers guides ; car, comme leur premier devoir, étant unis, est de s’aimer, et qu’aimer ou n’aimer pas ne dépend point de nous-mêmes, ce devoir en emporte nécessairement un autre, qui est de commencer par s’aimer avant de s’unir. C’est là le droit de la nature, que rien ne peut abroger : ceux qui l’ont gênée par tant de lois civiles ont eu plus d’égard à l’ordre apparent qu’au bonheur du mariage et aux moeurs des citoyens. Vous voyez, ma Sophie, que nous ne vous prêchons pas une morale difficile. Elle ne tend qu’à vous rendre maîtresse de vous-même, et à nous en rapporter à vous sur le choix de votre époux.
« Après vous avoir dit nos raisons pour vous laisser une entière liberté, il est juste de vous parler aussi des vôtres pour en user avec sagesse. Ma fille, vous êtes bonne et raisonnable, vous avez de la droiture et de la piété, vous avez les talents qui conviennent à d’honnêtes femmes, et vous n’êtes pas dépourvue d’agréments ; mais vous êtes pauvre ; vous avez les biens les plus estimables, et vous manquez de ceux qu’on estime le plus. N’aspirez donc qu’à ce que vous pouvez obtenir, et réglez votre ambition, non sur vos jugements ni sur les nôtres, mais sur l’opinion des hommes. S’il n’était question que d’une égalité de mérite, j’ignore à quoi je devrais borner vos espérances ; mais ne les élevez point au-dessus de votre fortune, et n’oubliez pas qu’elle est au plus bas rang. Bien qu’un homme digne de vous ne compte pas cette inégalité pour un obstacle, vous devez faire alors ce qu’il ne fera pas : Sophie doit imiter sa mère, et n’entrer que dans une famille qui s’honore d’elle. Vous n’avez point vu notre opulence, vous êtes née durant notre pauvreté ; vous nous la rendez douce et vous la partagez sans peine. Croyez-moi, Sophie, ne cherchez point des biens dont nous bénissons le ciel de nous avoir délivrés ; nous n’avons goûté le bonheur qu’après avoir perdu la richesse.
« Vous êtes trop aimable pour ne plaire à personne, et votre misère n’est pas telle qu’un honnête homme se trouve embarrassé de vous. Vous serez recherchée, et vous pourrez l’être de gens qui ne nous vaudront pas. S’ils se montraient à vous tels qu’ils sont, vous les estimeriez ce qu’ils valent ; tout leur faste ne vous en imposerait pas longtemps ; mais, quoique vous ayez le jugement bon et que vous vous connaissiez en mérite, vous manquez d’expérience et vous ignorez jusqu’où les hommes peuvent se contrefaire. Un fourbe adroit peut étudier vos goûts pour vous séduire, et feindre auprès de vous des vertus qu’il n’aura point. Il vous perdrait Sophie, avant que vous vous en fussiez aperçue, et vous ne connaîtriez votre erreur que pour la pleurer. Le plus dangereux de tous les pièges, et le seul que la raison ne peut éviter, est celui des sens ; si jamais vous avez le malheur d’y tomber, vous ne verrez plus qu’illusions et chimères ; vos yeux se fascineront, votre jugement se troublera, votre volonté sera corrompue, votre erreur même vous sera chère ; et quand vous seriez en état de la connaître, vous n’en voudriez pas revenir. Ma fille, c’est à la raison de Sophie que je vous livre ; je ne vous livre point au penchant de son coeur. Tant que vous serez de sang-froid, restez votre propre juge ; mais sitôt que vous aimerez, rendez à votre mère le soin de vous.
« Je vous propose un accord qui vous marque notre estime et rétablisse entre nous l’ordre naturel. Les parents choisissent l’époux de leur fille, et ne la consultent que pour la forme : tel est l’usage. Nous ferons entre nous tout le contraire : vous choisirez, et nous serons consultés. Usez de votre droit, Sophie ; usez-en librement et sagement. L’époux qui vous convient doit être de votre choix et non pas du nôtre. Mais c’est à nous de juger si vous ne vous trompez pas sur les convenances, et si, sans le savoir, vous ne faites point autre chose que ce que vous voulez. La naissance, les biens, le rang, l’opinion, n’entreront pour rien dans nos raisons. Prenez un honnête homme dont la personne vous plaise et dont le caractère vous convienne : quel qu’il soit d’ailleurs, nous l’acceptons pour notre gendre. Son bien sera toujours assez grand, s’il a des bras, des moeurs, et qu’il aime sa famille. Son rang sera toujours assez illustre, s’il l’ennoblit par la vertu. Quand toute la terre nous blâmerait, qu’importe ? Nous ne cherchons pas l’approbation publique, il nous suffit de votre bonheur. »
Yet, it is not that she does not greatly enjoy being praised, so long as it is sincere and she can believe that people truly mean the good things they say about her. To appear genuinely moved by her merits, one must first demonstrate them. Praise based on genuine respect may flatter her proud heart, but any insincere flattery is always repulsive; Sophie is not destined to engage in the petty arts of a courtier.
With such great maturity of judgment, and being cultivated in every respect like a twenty-year-old girl, Sophie will not be treated as a child by her parents at the age of fifteen. As soon as they notice the first signs of youthful anxiety in her, they will promptly take steps to address them; they will speak to her in gentle and sensible terms. Such gentle and sensible words are precisely what is appropriate for her age and her character. If her character is indeed such as I imagine it to be, why should her father not speak to her in just this way?
“Sophie, you have now become a grown-up woman, and it’s not merely to remain one forever that we want you to be one. We want you to be happy—we want it for our own sake, because our happiness depends on yours. The happiness of an honest girl is to bring happiness to an honest man; therefore, you must consider getting married. You should start thinking about it early, for marriage determines the course of one’s life, and there is never too much time to do so.”
“Nothing is more difficult than choosing a good husband—perhaps except choosing a good wife. Sophie, you will be that rare woman; you will be the glory of our lives and the happiness of our old age. But no matter what merits you possess, the world is full of men who have even more. There isn’t a single one who would not consider it an honor to win you; indeed, many would honor you even more. Our task is to find one among them who suits you, to get to know him, and then to introduce you to each other.”
“The greatest happiness in marriage depends on so many considerations that it would be foolish to attempt to fulfill them all. One must first ensure compliance with the most important ones; when the others are present, they can be taken into account; when they are lacking, one can do without them. Perfect happiness does not exist on earth, but the greatest misfortune—and one that can always be avoided—is to be unhappy due to one’s own fault.”
“There are natural conveniences, there are those established by convention, and there are others that depend solely on public opinion. Parents are the judges of the latter two types; only children can be the judges of the first type. In marriages arranged by the authority of parents, one relies solely on conventional and societal considerations: it is not the individuals being married that matter, but rather the conditions and assets involved. However, all of these can change; the individuals themselves remain constant and carry them with them wherever they go. Despite differences in wealth, it is only through personal relationships that a marriage can be successful or unsuccessful.”
“Your mother came from a respectable family; I was wealthy—these were the only considerations that led our parents to unite us. I have lost my wealth; she has lost her social status: forgotten by her own family, what use is it to her now to have been born into a noble family? In the face of our misfortunes, the bond of our love has comforted us in everything; our similar tastes led us to choose this secluded life. Here we live happily in poverty, and each of us serves as the other’s whole world. Sophie is our common treasure; we bless heaven for giving us her and taking away everything else. See, my child, where Providence has led us: the considerations that brought us together when we married have vanished; we are only truly happy because of those things that were once considered insignificant.”
“It is the duty of husbands and wives to choose each other appropriately. Mutual attraction must be their primary bond; their eyes and hearts should be their first guides. For, since their foremost duty as united beings is to love one another—and since whether to love or not does not depend on us—this duty necessarily entails another: to begin by loving each other before uniting. This is the law of nature, which nothing can override. Those who have obstructed this natural order with numerous civil laws have placed more importance on superficial order than on the happiness of marriage and the morals of citizens. You see, my Sophie, that we are not preaching a difficult morality to you. It merely aims to make you the master of your own decisions—and to leave the choice of your husband to you.”
“After having explained to you our reasons for allowing you complete freedom, it is only right that we also discuss your own reasons in order for you to use that freedom wisely. My daughter, you are kind and reasonable; you possess integrity and piety, as well as the talents befitting an honest woman, and you are not lacking in charm either. However, you are poor—you have the most valuable possessions, yet you lack those that people consider most important. Therefore, aim only for what you can attain, and regulate your ambitions not according to your own judgments or ours, but based on what others think. If it were merely a matter of equal merit, I would not know where to set your hopes; but do not raise them above your actual circumstances, and never forget that your position is among the lowest. Although a man worthy of you would not consider such inequality an obstacle, you must do what he would not: Sophie must follow in her mother’s footsteps and enter only into a family that takes pride in her. You have never seen our wealth; you were born during our poverty, yet you make it pleasant for us and share it without complaint. Believe me, Sophie—do not seek after riches for which we are grateful to heaven that we have been spared them. We only came to truly understand happiness after having lost our wealth.”
“You are too kind-hearted to fail to please anyone, and your misfortune is not of such a nature that an honest man would feel embarrassed by you. You will be sought after—and by people who may not be worthy of you. If they showed you as they really are, you would judge them for what they are; all their pomp and circumstance would not impress you for long. But although you have good judgment and know your own merits, you lack experience and do not realize to what extent men can deceive others. A cunning villain could study your tastes in order to seduce you and pretend before you to possess virtues he does not truly possess. He might take Sophie away from you before you even realize it, and only then would you recognize your mistake—only to mourn it afterward. The most dangerous of all traps, and the only one that reason cannot prevent, is that which arises from the senses. If you are unfortunate enough to fall into it, you will see nothing but illusions and delusions. Your eyes will be deceived, your judgment will be clouded, your will will be corrupted, and even your mistake will seem dear to you. And when you finally come to recognize it, you will no longer wish to escape it. My daughter, I entrust you to Sophie’s reason—not to the inclinations of her heart. As long as you remain calm and clear-headed, be your own judge. But once you fall in love, leave the care for you to your mother.”
“I propose to you an arrangement that demonstrates our respect for you and restores the natural order between us. Parents choose their daughter’s husband and consult her only regarding the formalities: such is the custom. We will do the very opposite: you will make the choice, and we will be consulted. Use your right, Sophie; use it freely and wisely. The husband who suits you must be your choice, not ours. But it is our role to determine whether you have made the right decision in terms of social conveniences, and whether, without realizing it, you are not doing exactly what you desire. Birth, wealth, status, or public opinion will play no role in our considerations. Choose a decent man whose personality pleases you and whose character suits you; whatever he may be, we accept him as our son-in-law. His wealth will always be sufficient if he is hardworking, has good morals, and loves his family. His status will always be respectable if it is enhanced by virtue. Even if the whole world condemns us, what does it matter? We seek not public approval; your happiness is all that matters to us.”
Tuttavia, non è affatto che lei non ami essere lodata, purché le lodi siano sincere e lei possa credere davvero che ciò che le si dice sia vero. Per sembrare colpito dal suo merito, bisogna innanzitutto dimostrarlo con i fatti. Un complimento basato su autentica stima può lusingare il suo orgoglioso cuore, ma qualsiasi forma di galanteria ironica viene sempre rifiutata; Sophie non è certo adatta a esercitare quei piccoli talenti tipici dei cortigiani.
Con una tale maturità di giudizio, e formata sotto ogni aspetto come una ragazza di vent’anni, Sophie, a quindici anni, non verrà trattata come una bambina dai suoi genitori. Appena noteranno in lei i primi segni dell’inquietudine tipica dell’età giovanile, si affretteranno ad intervenire prima che la situazione peggiori; le rivolgeranno discorsi dolci e sensati. Discorsi dolci e sensati sono proprio ciò che si addice alla sua età e al suo carattere. Se questo carattere è davvero come me lo immagino, perché suo padre non dovrebbe parlarle più o meno in questo modo?
“Sophie, ora sei una ragazza adulta. Ma non è necessario diventarlo per sempre. Vogliamo che tu sia felice: lo vogliamo per noi stessi, perché il nostro bene dipende dal tuo. La felicità di una ragazza onesta consiste nel rendere felice un uomo onesto; quindi bisogna pensare al matrimonio. E farlo presto, perché dal matrimonio dipende il destino della vita. E non si ha mai abbastanza tempo per pensarci.”
“Niente è più difficile del scegliere un buon marito, forse solo che scegliere una buona moglie. Sophie, tu sarai quella donna rara, sarai la gloria della nostra vita e la felicità dei nostri ultimi anni; ma, per quanto meritevoli siano le tue qualità, sulla terra non mancano uomini che ne possiedano ancora di più delle tue. Non c’è nessuno che non si sentirebbe onorato di averti, e molti sarebbero addirittura lieti di onorarti ancora di più. Il compito ora è trovare uno di questi uomini che ti si adatti, conoscerlo, e farti conoscere da lui.”
“La massima felicità nel matrimonio dipende da così tante circostanze convenienti, che è follia cercare di riunirle tutte. Prima di tutto bisogna assicurarsi delle più importanti: quando queste sono presenti, si può fare a meno delle altre; quando mancano, si può comunque procedere senza di esse. La felicità perfetta non esiste sulla terra, ma la peggiore sfortuna, e quella che si può sempre evitare, è essere infelici a causa delle proprie colpe.”
“Esistono convenienze naturali, convenienze istituzionali e quelle che dipendono unicamente dall’opinione altrui. I genitori sono giudici delle ultime due categorie; solo i figli lo sono per le prime. Nei matrimoni celebrati per autorità paterna, ci si basa esclusivamente sulle convenienze istituzionali e sull’opinione pubblica: non sono le persone che vengono sposate, ma le condizioni economiche e i beni; tuttavia tutto ciò può cambiare. Le persone, invece, rimangono sempre uguali; le portano con sé ovunque vadano. Nonostante la fortuna, è soltanto attraverso i rapporti personali che un matrimonio può rivelarsi felice o infelice.”
“Tua madre proveniva da una famiglia nobile, io ero ricco; queste furono le uniche ragioni per cui i nostri genitori decisero di farci sposare. Ho perso i miei beni, lei ha perso il suo nome: dimenticata dalla sua famiglia, a che le serve ora essere nata signorina? Nei nostri disastri, l’unione dei nostri cuori ci ha consolato di tutto; la similitudine dei nostri gusti ci ha spinti a scegliere questa vita ritirata; qui viviamo felici nella povertà, ci completiamo a vicenda. Sophie è il nostro tesoro comune; ringraziamo il cielo per averci dato lei e per averci tolto tutto il resto. Vedi, mio bambino, dove ci ha portato la Provvidenza: le ragioni che ci avevano spinto a sposarci sono ormai svanite; siamo felici soltanto grazie a quelle che una volta venivano considerate insignificanti.”
“È compito dei coniugi scegliere reciprocamente il proprio partner. L’affinità reciproca deve essere il loro primo legame; i loro occhi, i loro cuori devono essere i loro primi guide. Poiché il loro primo dovere, essendo uniti, è quello di amarsi a vicenda, e poiché amare o non amare non dipende da noi stessi, questo dovere implica necessariamente un altro: quello di iniziare innanzitutto ad amarsi prima di unirsi. Questo è il diritto della natura, che nulla può annullare. Coloro che l’hanno ostacolata con tante leggi civili hanno prestato più attenzione all’ordine apparente che al benessere del matrimonio e alle virtù dei cittadini. Vedi, mia Sophie, che non ti insegniamo una morale difficile. Essa mira soltanto a farti diventare padrona di te stessa e a farci affidare a te nella scelta del tuo coniuge.”
“Dopo avervi spiegato le nostre ragioni per lasciarvi piena libertà, è giusto parlare anche delle vostre, affinché possiate usarla saggiamente. Mia figlia, siete buona e ragionevole; possedete onestà e pietà, avete i talenti che si addicono a una donna onesta, e non mancate di grazia. Ma siete povera: possedete le cose più preziose, ma vi mancano quelle che tutti considerano veramente importanti. Pertanto, aspirate soltanto a ciò che potete ottenere, e regolate la vostra ambizione non in base ai vostri giudizi o ai nostri, ma all’opinione degli altri. Se si trattasse semplicemente di un’uguaglianza di meriti, non so fino a dove dovrebbero estendersi le vostre speranze. Ma non elevarle al di sopra delle vostre possibilità, e ricordate che la vostra condizione sociale è tra le più basse. Anche se un uomo degno di voi non considererebbe questa disparità un ostacolo, voi dovreste fare ciò che lui non farebbe. Sophie deve imitare sua madre, e entrare soltanto in una famiglia che si onori della sua presenza. Non avete mai visto la nostra ricchezza: siete nata durante la nostra povertà; voi rendete questa condizione più sopportabile per noi e la condividete senza rimpianti. Credetemi, Sophie: non cercate beni di cui possiamo essere grati al cielo per esserci liberati. Abbiamo conosciuto la felicità soltanto dopo aver perso la ricchezza.”
“Siete troppo gentile per non piacere a tutti, e la vostra povertà non è tale da mettere in imbarazzo un uomo onesto nei vostri confronti. Sarete corteggiata, da persone che probabilmente non valgono nulla. Se vi mostrassero davvero com’sono veramente, li giudichereste per quello che sono; tutto il loro fasto non riuscirebbe a ingannarvi a lungo. Ma, anche se avete un buon giudizio e conoscete i vostri meriti, vi manca l’esperienza. Non sapete fino a che punto gli uomini siano capaci di fingere. Un individuo astuto potrebbe studiare i vostri gusti per sedurvi, fingendo virtù che in realtà non possiede. Vi perderebbe Sophie, prima ancora che ve ne accorgeste. E solo allora scoprireste il vostro errore, per poi piangerlo. Il pericolo più grande di tutti, l’unico che la ragione non può evitare, è quello offerto dai sensi. Se mai doveste cadere in esso, vedrete soltanto illusioni e fantasie. I vostri occhi saranno ingannati, il vostro giudizio si confonderà, la vostra volontà sarà corrotta. Anche l’errore stesso vi sembrerà prezioso. E quando finalmente ne sarete consapevoli, non vorrete più tornare alla realtà. Figlia mia, vi affido alla ragione di Sophie. Non vi affido ai sentimenti del suo cuore. Finché sarete calma e razionale, rimanete il giudice di voi stessa. Ma non appena inizierete ad amare, affidatevi a vostra madre.”
“Vi propongo un accord che dimostri la nostra stima per voi e che ripristini tra di noi l’ordine naturale. I genitori scelgono il marito per loro figlia, consultandola soltanto riguardo alla forma: è così che si usa. Noi faremo esattamente il contrario: sarete voi a scegliere, e noi verremo consultati. Usate il vostro diritto, Sophie; usatelo liberamente e saggiamente. Il marito adatto per voi deve essere scelto da voi, non da noi. Ma spetta a noi giudicare se non vi sbagliate riguardo alle convenienze, e se, senza saperlo, non fate altro che ciò che desiderate. La nascita, i beni, il rango, l’opinione pubblica non avranno alcun peso nelle nostre decisioni. Scegliete un uomo onesto, la cui persona vi piaccia e il cui carattere vi convenga; qualunque sia la sua condizione sociale, lo accetteremo come nostro genero. I suoi beni saranno sempre sufficientemente abbondanti, se ha braccia per lavorare, buone maniere e ama la sua famiglia. Il suo rango sarà sempre abbastanza illustre, se lo nobilita la virtù. Anche se tutta la terra ci condannasse, che importanza avrebbe? Non cerchiamo l’approvazione altrui; ci basta la vostra felicità.”
Lecteurs, j’ignore quel effet ferait un pareil discours sur les filles élevées à votre manière. Quant à Sophie, elle pourra n’y pas répondre par des paroles ; la honte et l’attendrissement ne la laisseraient pas aisément s’exprimer ; mais je suis bien sûr qu’il restera gravé dans son coeur le reste de sa vie, et que si l’on peut compter sur quelque résolution humaine, c’est sur celle qu’il lui fera faire d’être digne de l’estime de ses parents.
Mettons la chose au pis, et donnons-lui un tempérament ardent qui lui rende pénible une longue attente ; je dis que son jugement, ses connaissances, son goût, sa délicatesse, et surtout les sentiments dont son coeur a été nourri dans son enfance, opposeront à l’impétuosité de ses sens un contrepoids qui lui suffira pour les vaincre, ou du moins pour leur résister longtemps. Elle mourrait plutôt martyre de son état que d’affliger ses parents, d’épouser un homme sans mérite, et de s’exposer au malheur d’un mariage mal assorti. La liberté même qu’elle a reçue ne fait que lui donner une nouvelle élévation d’âme, et la rendre plus difficile sur le choix de son maître. Avec le tempérament d’une Italienne et la sensibilité d’une Anglaise, elle a, pour contenir son coeur et ses sens, la fierté d’une Espagnole, qui, même en cherchant un amant, ne trouve pas aisément celui qu’elle estime digne d’elle.
Il n’appartient pas à tout le monde de sentir quel ressort l’amour des choses honnêtes peut donner à l’âme, et quelle force on peut trouver en soi quand on veut être sincèrement vertueux. Il y a des gens à qui tout ce qui est grand paraît chimérique, et qui, dans leur basse et vile raison, ne connaîtront jamais ce que peut sur les passions humaines la folie même de la vertu. Il ne faut parler à ces gens-là que par des exemples : tant pis pour eux s’ils s’obstinent à les nier. Si je leur disais que Sophie n’est point un être imaginaire, que son nom seul est de mon invention, que son éducation, ses moeurs, son caractère, sa figure même ont réellement existé, et que sa mémoire coûte encore des larmes à toute une honnête famille, sans doute ils n’en croiraient rien ; mais enfin, que risquerai-je d’achever sans détour l’histoire d’une fille si semblable à Sophie, que cette histoire pourrait être la sienne sans qu’on dût en être surpris ? Qu’on la croie véritable ou non, peu importe ; j’aurai, si l’on veut, raconté des fictions, mais j’aurai toujours expliqué ma méthode, et j’irai toujours à mes fins.
La jeune personne, avec le tempérament dont je viens de charger Sophie, avait d’ailleurs avec elle toutes les conformités qui pouvaient lui en faire mériter le nom, et je le lui laisse. Après l’entretien que j’ai rapporté, son père et sa mère, jugeant que les partis ne viendraient pas s’offrir dans le hameau qu’ils habitaient, l’envoyèrent passer un hiver à la ville, chez une tante qu’on instruisit en secret du sujet de ce voyage ; car la fière Sophie portait au fond de son coeur le noble orgueil de savoir triompher d’elle ; et, quelque besoin qu’elle eût d’un mari, elle fût morte fille plutôt que de se résoudre à l’aller chercher.
Pour répondre aux vues de ses parents, sa tante la présenta dans les maisons, la mena dans les sociétés, dans les fêtes, lui fit voir le monde, ou plutôt l’y fit voir, car Sophie se souciait peu de tout ce fracas. On remarqua pourtant qu’elle ne fuyait pas les jeunes gens d’une figure agréable qui paraissaient décents et modestes. Elle avait dans sa réserve même un certain art de les attirer, qui ressemblait assez à de la coquetterie ; mais après s’être entretenue avec eux deux ou trois fois, elle s’en rebutait. Bientôt, à cet air d’autorité qui semblait accepter les hommages[490], elle substituait un maintien plus humble et une politesse plus repoussante. Toujours attentive sur elle-même, elle ne leur laissait plus l’occasion de lui rendre le moindre service : c’était dire qu’elle ne voulait pas être leur maîtresse.
Jamais les coeurs sensibles n’aimèrent les plaisirs bruyants, vain et stérile bonheur des gens qui ne sentent rien, et qui croient qu’étourdir sa vie c’est en jouir. Sophie, ne trouvant point ce qu’elle cherchait, et désespérant de le trouver ainsi, s’ennuya de la ville. Elle aimait tendrement ses parents, rien ne la dédommageait d’eux, rien n’était propre à les lui faire oublier ; elle retourna les joindre longtemps avant le terme fixé pour son retour.
À peine eut-elle repris ses fonctions dans la maison paternelle, qu’on vit qu’en gardant la même conduite elle avait changé d’humeur. Elle avait des distractions, de l’impatience, elle était triste et rêveuse, elle se cachait pour pleurer. On crut d’abord qu’elle aimait et qu’elle en avait honte : on lui en parla, elle s’en défendit. Elle protesta n’avoir vu personne qui pût toucher son coeur, et Sophie ne mentait point.
Cependant, sa langueur augmentait sans cesse, et sa santé commençait à s’altérer. Sa mère, inquiète de ce changement, résolut enfin d’en savoir la cause. Elle la prit en particulier, et mit en oeuvre auprès d’elle ce langage insinuant et ces caresses invincibles que la seule tendresse maternelle sait employer. Ma fille, toi que j’ai portée dans mes entrailles et que je porte incessamment dans mon coeur, verse les secrets du tien dans le sein de ta mère. Quels sont donc ces secrets qu’une mère ne peut savoir ? Qui est-ce qui plaint tes peines, qui est-ce qui les partage, qui est-ce qui veut les soulager, si ce n’est ton père et moi Ah ! mon enfant, veux-tu que je meure de ta douleur sans la connaître ?
Loin de cacher ses chagrins à sa mère, la jeune fille ne demandait pas mieux que de l’avoir pour consolatrice et pour confidente ; mais la honte l’empêchait de parler, et sa modestie ne trouvait point de langage pour décrire un état si peu digne d’elle que l’émotion qui troublait ses sens malgré qu’elle en eût. Enfin, sa honte même servant d’indice à sa mère, elle lui arracha ces humiliants aveux. Loin de l’affliger par d’injustes réprimandes, elle la consola, la plaignit, pleura sur elle ; elle était trop sage pour lui faire un crime d’un mal que sa vertu seule rendait si cruel. Mais pourquoi supporter sans nécessité un mal dont le remède était si facile et si légitime ? Que n’usait-elle de la liberté qu’on lui avait donnée ? Que n’acceptait-elle un mari ? que ne le choisissait-elle ? Ne savait-elle pas que son sort dépendait d’elle seule, et que, quel que fût son choix, il serait confirmé, puisqu’elle n’en pouvait faire un qui ne fût honnête ? On l’avait envoyée à la ville, elle n’y avait point voulu rester ; plusieurs partis s’étaient présentés, elle les avait tous rebutés. Qu’attendait-elle donc ? que voulait-elle ? Quelle inexplicable contradiction !
La réponse était simple. S’il ne s’agissait que d’un secours pour la jeunesse, le choix serait bientôt fait ; mais un maître pour toute la vie n’est pas si facile à choisir ; et, puisqu’on ne peut séparer ces deux choix, il faut bien attendre, et souvent perdre sa jeunesse, avant de trouver l’homme avec qui l’on veut passer ses jours. Tel était le cas de Sophie : elle avait besoin d’un amant, mais cet amant devait être son mari ; et, pour le coeur qu’il fallait au sien, l’un était presque aussi difficile à trouver que l’autre. Tous ces jeunes gens si brillants n’avaient avec elle que la convenance de l’âge, les autres leur manquaient toujours ; leur esprit superficiel, leur vanité, leur jargon, leurs moeurs sans règle, leurs frivoles imitations, la dégoûtaient d’eux. Elle cherchait un homme et ne trouvait que des singes ; elle cherchait une âme et n’en trouvait point.
Que je suis malheureuse ! disait-elle à sa mère ; j’ai besoin d’aimer, et je ne vois rien qui me plaise. Mon coeur repousse tous ceux qu’attirent mes sens. Je n’en vois pas un qui n’excite mes désirs, et pas un qui ne les réprime ; un goût sans estime ne peut durer. Ah ! ce n’est pas là l’homme qu’il faut à votre Sophie ! son charmant modèle est empreint trop avant dans son âme. Elle ne peut aimer que lui, elle ne peut rendre heureux que lui, elle ne peut être heureuse qu’avec lui seul. Elle aime mieux se consumer et combattre sans cesse, elle aime mieux mourir malheureuse et libre, que désespérée auprès d’un homme qu’elle n’aimerait pas et qu’elle rendrait malheureux lui-même ; il vaut mieux n’être plus, que de n’être que pour souffrir.
Readers, I do not know what effect such a speech would have on girls raised in your way. As for Sophie, she may not respond in words; shame and emotion would prevent her from expressing herself easily. But I am certain that it will be etched in her heart for the rest of her life. And if there is any human resolve worth relying upon, it is surely the one that this speech will inspire in her to earn the respect of her parents.
Let us assume the worst-case scenario: suppose she possesses an impetuous temperament that makes prolonged waiting unbearable for her. Yet I claim that her judgment, her knowledge, her taste, her sensitivity—and above all, the sentiments that have been nurtured in her heart since childhood—will provide her with the strength to counteract the impulsiveness of her senses, or at least to resist it for a long time. She would rather die as a martyr to her principles than cause pain to her parents, marry a man devoid of merit, or expose herself to the misfortune of an unsuitable marriage. Even the freedom she has been granted only serves to elevate her spirit further and make it all the more difficult for her to choose a “master.” With the temperament of an Italian woman and the sensitivity of an Englishwoman, she possesses the pride of a Spanish woman—who, even in seeking a lover, does not easily find one whom she deems worthy of her.
Not everyone is capable of realizing the immense strength that love for honest and virtuous things can impart to the soul, or the power one can draw from within oneself when determined to pursue sincerity and virtue. There are people for whom everything noble seems merely fanciful; driven by their petty and vile reasoning, they will never understand the impact even the madness of virtue can have on human passions. Such people should be addressed only through examples—let them deny them if they wish. If I were to tell them that Sophie is not a figment of my imagination, that her very name is my invention, that her upbringing, manners, character, and even her appearance actually existed, and that her memory still brings tears to the eyes of an entire honorable family, they would probably dismiss it as nonsense. But after all, what harm could there be in telling the unvarnished story of a girl so much like Sophie—a story that could very well be hers own without anyone being surprised? Whether people believe it or not is of little consequence; if one wants to, I may have merely told a fiction, but I would have clearly explained my approach and ultimately achieved my goal.
The young woman, with the temperament that I have just described in Sophie, possessed all the qualities that would truly warrant such a name; and I leave it to you to judge for yourselves. After the conversation I reported, her parents, believing that no suitors would come to their remote village, sent her to spend the winter in the city, at her aunt’s house. They secretly informed her of the purpose of this trip; for the proud Sophie harbored the noble ambition of proving herself superior to any suitor. No matter how desperate her need for a husband might have been, she would rather die unmarried than submit to such an arrangement.
To appease her parents’ concerns, her aunt introduced her to various households, took her to social gatherings and parties, and showed her the world—or rather, forced her to see it, for Sophie paid little attention to all that commotion. It was noticed, however, that she did not avoid young men of pleasing appearance who seemed decent and modest. In fact, there was even a certain art to her manner in attracting them, which resembled coquetry; but after engaging with them a couple of times, she would grow weary of them. Soon, that air of authority that seemed to accept their flattery gave way to a more humble demeanor and even more distasteful politeness. Always vigilant about herself, she no longer allowed them the slightest chance to render her any service—which was tantamount to saying that she did not wish to be their mistress.
The sensitive hearts of true lovers never sought out the noisy, vain, and sterile pleasures of those who feel nothing at all and believe that filling their lives with distractions is equivalent to enjoying them. Sophie, failing to find what she sought and despairing of ever doing so, grew weary of the city. She loved her parents deeply; nothing could compensate her for their absence, nor was there anything that could make her forget them. Therefore, she returned to join them long before the appointed time for her return.
No sooner had she resumed her duties in her father’s home than it became apparent that, despite maintaining the same behavior, her mood had changed. She became distracted, impatient, sometimes sad and dreamy, and would hide to cry. At first, people thought she must be in love and ashamed of it; they mentioned it to her, but she denied it. She insisted that she had not met anyone who could touch her heart—and Sophie was not lying.
However, her listlessness continued to grow, and her health began to deteriorate. Her mother, concerned by this change, finally decided to find out the cause. She took special care of her daughter and employed those subtle words and irresistible caresses that only a mother’s tenderness knows how to use. My daughter, whom I carried in my womb and who remains forever in my heart, pour out the secrets of your soul into your mother’s arms. What secrets could a mother possibly not know? Who else could share your pains, who else would wish to alleviate them, if not your father and me? Ah! my child, do you really want me to die of grief without even knowing what causes it?
Far from hiding her sorrows from her mother, the young girl would have welcomed her as a comforter and confidante; but shame prevented her from speaking, and her modesty found no words to describe such an emotion—which was so unworthy of her—that yet disturbed her senses despite her efforts to control it. Eventually, even her own shame served as an indication to her mother, forcing her to make these humiliating confessions. Instead of punishing her with unjust reprimands, her mother consoled her, pitied her, and wept for her; she was too wise to hold her daughter responsible for a misfortune that only her own virtue had made so cruel. But why endure such suffering when a remedy was so easy and just? Why not make use of the freedom that had been granted to her? Why not accept a husband—why not choose one? Did she not realize that her fate depended entirely on herself, and that whatever choice she made would be upheld, since there was no way she could make one that was not honorable? She had been sent to the city, but she refused to stay; several suitors approached her, but she rejected them all. What was she waiting for? What did she want? What an inexplicable contradiction!
The answer was simple. If it had merely been a matter of providing assistance to young people, the choice would have been made quickly; but finding a partner for life is not so easy. And since these two choices are inseparable, one must often wait—and sometimes lose one’s youth—before finding the person with whom one wishes to spend the rest of one’s life. Such was Sophie’s situation: she needed a lover, but that lover had to be her husband too; and for the kind of heart she required, each candidate was almost as difficult to find as the other. All these young men, so brilliant on the surface, shared with her only the compatibility of age; everything else was lacking in them. Their superficial minds, vanity, jargon, unrestrained behavior, and frivolous imitations repelled her. She searched for a man but found only fools; she sought a soul, but found none at all.
“How unhappy I am!” she said to her mother; “I need to love, but I see nothing that pleases me. My heart rejects everyone who attracts my senses. There isn’t a single one of them who does not arouse my desires—or who doesn’t also suppress them. A taste without respect for oneself cannot endure. Ah! Such a man is not right for your Sophie! His charming image is too deeply imprinted in her soul. She can only love him; she can only bring happiness to him; she can only be happy with him alone. She would rather burn herself out and fight endlessly, she would rather die unhappy but free, than live in despair beside a man whom she wouldn’t love—and who would make her miserable as well. It is better not to exist at all, than to exist only to suffer.”
Lettori, ignoro quale effetto avrebbe un discorso del genere sulle ragazze educate secondo i vostri metodi. Per quanto riguarda Sophie, forse non riuscirà a rispondere a parole; la vergogna e la commozione le impedirebbero di esprimersi facilmente; ma sono certo che tale discorso rimarrà impresso nel suo cuore per tutta la vita, e se c’è una risoluzione umana su cui poter contare, è proprio quella che le farà prendere: essere degna dell’ammirazione dei suoi genitori.
Supponiamo il peggio: che abbia un temperamento appassionato che renda difficile per lei un’attesa prolungata; affermo che il suo giudizio, le sue conoscenze, i suoi gusti, la sua delicatezza, e soprattutto i sentimenti che il suo cuore ha coltivato nell’infanzia, opporranno all’impetuosità dei suoi sensi un contrappeso sufficiente per vincerli, o almeno per resistervi a lungo. Preferirebbe morire martire della propria condizione piuttosto che causare dolore ai propri genitori, sposare un uomo senza meriti e esporre sé stessa alla sfortuna di un matrimonio infelice. Anche la libertà che le è stata concessa non fa altro che elevare ulteriormente il suo spirito, rendendola ancora più riluttante nel scegliere il proprio “padrone”. Con il temperamento di una italiana e la sensibilità di un’inglese, possiede la fierezza di una spagnola: anche nella ricerca di un amante, non trova facilmente colui che ritenga degno di lei.
Non tutti sono in grado di comprendere quale slancio possa dare all’anima l’amore per le cose oneste, e quale forza si possa trovare in sé stessi quando si desidera essere sinceramente virtuosi. Ci sono persone per cui tutto ciò che è nobile sembra irrealistico; con la loro ragione meschina e volgare, non comprenderanno mai l’influenza che anche la follia della virtù può esercitare sulle passioni umane. Con queste persone bisogna parlare solo attraverso esempi: peggio per loro se insistono nel negarli. Se dicessi loro che Sophie non è un essere immaginario, che il suo nome stesso è frutto della mia fantasia, che la sua educazione, i suoi modi, il suo carattere e persino il suo aspetto sono realmente esistiti, e che il ricordo di lei fa ancora versare lacrime a una famiglia onesta. Probabilmente non mi crederebbero; ma dopotutto, quale rischio correrò nel raccontare senza mezzi termini la storia di una ragazza così simile a Sophie, se questa storia potrebbe essere la sua stessa senza che nessuno si sorprenda? Che la credano vera o no, non importa: avrò comunque raccontato delle fandonie, ma avrò sempre spiegato il mio metodo e raggiunto i miei scopi.
La giovane donna, con il temperamento di cui ho appena parlato per Sophie, possedeva tutte le qualità che avrebbero potuto renderla degna di tale nome; e glielo lascio. Dopo l’interazione di cui ho riferito, i suoi genitori, ritenendo che nei villaggi in cui vivevano non ci sarebbero stati pretendenti adottivi, la mandarono a trascorrere l’inverno in città, da una zia a cui fu segretamente comunicato lo scopo di questo viaggio; perché la orgogliosa Sophie portava nel suo cuore il nobile desiderio di dimostrare di poter superare qualsiasi ostacolo. E per quanto avesse bisogno di un marito, sarebbe preferita morta piuttosto che acconsentire a cercarlo.
Per rispondere alle opinioni dei suoi genitori, sua zia la presentò in varie case, la portò in società, a feste, le fece conoscere il mondo, o meglio, glielo fece conoscere, perché Sophie non mostrava alcun interesse per tutto quel trambusto. Tuttavia, si notò che evitava accuratamente i giovani di aspetto gradevole che sembravano decenti e modesti. Anzi, nella sua riservatezza dimostrava addirittura un certo talento nel attirarli, il che assomigliava molto a una sorta di civetteria; ma dopo aver conversato con loro due o tre volte, li allontanava immediatamente. Presto, quel suo atteggiamento autoritario che sembrava accettare i loro omaggi[490] fu sostituito da un comportamento più umile e da una cortesia più distaccata. Sempre attenta a se stessa, non gli lasciava più alcuna opportunità di renderle qualche servizio, il che significava che non voleva affatto essere la loro “padrona”.
I cuori sensibili non hanno mai amato i piaceri rumorosi, vani e sterili, né la felicità di coloro che non provano nulla e credono che rendere la propria vita confusa significhi goderla. Sophie, non trovando ciò che cercava e disperando di trovarlo in quel modo, si stancò della città. Amava profondamente i suoi genitori; nulla le mancava in loro, nulla avrebbe potuto farle dimenticarli. Così, tornò da loro molto prima della data prevista per il suo ritorno.
Appena riprese le sue funzioni nella casa paterna, si notò che, pur mantenendo lo stesso comportamento di prima, il suo umore era cambiato. Era distratta, impaziente, spesso triste e sognante; si nascondeva per piangere. All’inizio si pensò che avesse trovato qualcuno che le aveva fatto nascere dei sentimenti e ne provasse vergogna; ne fu parlato con lei, ma lei negò categoricamente. Sostenne di non aver incontrato nessuno in grado di toccare il suo cuore, e Sophie non mentiva.
Tuttavia, la sua apatia aumentava costantemente e la sua salute iniziava a peggiorare. Sua madre, preoccupata per questo cambiamento, decise finalmente di scoprirne la causa. La prese da parte e utilizzò con lei quel linguaggio insinuante e quelle carezze irresistibili che solo la tenerezza materna sa esprimere. “Mia figlia, tu che ho portato nel mio grembo e che porto costantemente nel mio cuore, rivelami i segreti del tuo animo. Quali possono essere questi segreti che una madre non dovrebbe conoscere? Chi è colui che soffre con te, che condivide le tue pene, che vuole alleviarle, se non tuo padre e io? Ah, mia bambina. Vuoi davvero che io muoia di dolore per te senza nemmeno conoscerlo?”
Lontana dal nascondere i suoi dolori a sua madre, la giovane non desiderava altro che averla come consolatrice e confidente; ma l’umiliazione le impediva di parlare, e la sua modestia non trovava parole per descrivere uno stato così indegno di lei, quell’emozione che turbava i suoi sensi nonostante si sforzasse di contenerla. Alla fine, proprio quell’umiliazione divenne l’indice dei suoi sentimenti, e le fece pronunciare quelle umili confessioni. Lontana dall’addolorarla con rimproveri ingiusti, sua madre la consolò, pianse con lei; era troppo saggia per considerare un crimine quel male che soltanto la sua virtù rendeva così crudele. Ma perché sopportare inutilmente un dolore il cui rimedio era così facile e legittimo? Perché non approfittava della libertà che le era stata concessa? Perché non accettava un marito, o meglio ancora, non lo sceglieva lei stessa? Non sapeva forse che il suo destino dipendeva soltanto da lei, e che qualsiasi fosse la sua scelta, questa sarebbe stata confermata, poiché non poteva fare altro che una scelta onesta? L’avevano mandata in città, ma lei non aveva voluto restarvi; diversi pretendenti si erano presentati, ma li aveva tutti rifiutati. Allora, cosa aspettava? Cosa voleva? Che contraddizione inspiegabile.
La risposta era semplice: se si fosse trattato soltanto di un aiuto per la gioventù, la scelta sarebbe stata presto fatta; ma trovare un compagno per tutta la vita non è così facile. E poiché queste due scelte sono inseparabili, bisogna aspettare, e spesso perdere la propria giovinezza, prima di trovare l’uomo con cui si desidera trascorrere la vita. Era proprio questo il caso di Sophie: aveva bisogno di un amante, ma quell’amante doveva essere anche suo marito; e, per quel tipo di cuore che cercava, uno era quasi altrettanto difficile da trovare dell’altro. Tutti quei giovani così brillanti avevano con lei soltanto la convenienza dell’età; le altre qualità loro mancavano completamente. Il loro spirito superficiale, la loro vanità, il loro gergo, i loro costumi disordinati, le loro imitazioni frivole, tutto ciò la disgustava di loro. Cercava un uomo, e trovava soltanto scimmie; cercava un’anima, e non ne trovava alcuna.
“Che sfortuna!” diceva alla madre; “ho bisogno di amare, ma non vedo nulla che mi piaccia. Il mio cuore respinge tutti coloro che attraggono i miei sens. Non c’è nessuno che non susciti i miei desideri, o che non li reprima. Un sentimento privo di stima non può durare. Ah! Questo non è l’uomo adatto per Sophie. Il suo ideale è troppo profondamente radicato nella sua anima. Lei può amare solo lui, può rendere felice solo lui, può essere felice soltanto con lui. Preferirebbe consumarsi e lottare senza sosta, preferirebbe morire infelice ma libera, piuttosto che disperata accanto a un uomo che non amerebbe e che la renderebbe infelice anche lui. È meglio non essere più, piuttosto che esistere solo per soffrire, ”
Frappée de ces singularités, sa mère les trouva trop bizarres pour n’y pas soupçonner quelque mystère. Sophie n’était ni précieuse, ni ridicule. Comment cette délicatesse outrée avait-elle pu lui convenir, à elle à qui l’on n’avait rien tant appris dès son enfance, qu’à s’accommoder des gens avec qui elle avait à vivre, et à faire de nécessité vertu ? Ce modèle de l’homme aimable duquel elle était si enchantée, et qui revenait si souvent dans tous ses entretiens, fit conjecturer à sa mère que ce caprice avait quelque autre fondement qu’elle ignorait encore et que Sophie n’avait pas tout dit. L’infortunée, surchargée de sa peine secrète, ne cherchait qu’à s’épancher. Sa mère la presse, elle hésite ; elle se rend enfin, et sortant sans rien dire, elle entre un moment après, un livre à la main : Plaignez votre malheureuse fille, sa tristesse est sans remède, ses pleurs ne peuvent tarir. Vous en voulez savoir la cause : eh bien ! la voilà, dit-elle en jetant le livre sur la table. La mère prend le livre et l’ouvre : c’étaient les Aventures de Télémaque. Elle ne comprend rien d’abord à cette énigme ; à force de questions et de réponses obscures, elle voit enfin, avec une surprise facile à concevoir, que sa fille est la rivale d’Eucharis.
Sophie aimait Télémaque, et l’aimait avec une passion dont rien ne put la guérir. Sitôt que son père et sa mère connurent sa manie, ils en rirent, et crurent la ramener par la raison. Ils se trompèrent : la raison n’était pas toute de leur côté ; Sophie avait aussi la sienne et savait la faire valoir. Combien de fois elle les réduisit au silence en se servant contre eux de leurs propres raisonnements, en leur montrant qu’ils avaient fait tout le mal eux-mêmes, qu’ils ne l’avaient point formée pour un homme de son siècle ; qu’il faudrait nécessairement qu’elle adoptât les manières de penser de son mari, ou qu’elle lui donnât les siennes ; qu’ils lui avaient rendu le premier moyen impossible par la manière dont ils l’avaient élevée, et que l’autre était précisément ce qu’elle cherchait. Donnez-moi, disait-elle, un homme imbu de mes maximes, ou que j’y puisse amener, et je l’épouse ; mais jusque-là pourquoi me grondez-vous ? Plaignez-moi. Je suis malheureuse et non pas folle. Le coeur dépend-il de la volonté ? Mon père ne l’a-t-il pas dit lui-même ? Est-ce ma faute si j’aime ce qui n’est pas ? Je ne suis point visionnaire ; je ne veux point un prince, je ne cherche point Télémaque, je sais qu’il n’est qu’une fiction : je cherche quelqu’un qui lui ressemble. Et pourquoi ce quelqu’un ne peut-il exister, puisque j’existe, moi qui me sens un coeur si semblable au sien ? Non, ne déshonorons pas ainsi l’humanité ; ne pensons pas qu’un homme aimable et vertueux ne soit qu’une chimère. Il existe, il vit, il me cherche peut-être ; il cherche une âme qui le sache aimer. Mais quel est-il ? où est-il ? Je l’ignore : il n’est aucun de ceux que j’ai vus ; sans doute il n’est aucun de ceux que je verrai. O ma mère ! pourquoi m’avez-vous rendu la vertu trop aimable ? Si je ne puis aimer qu’elle, le tort en est moins à moi qu’à vous.
Amènerai-je ce triste récit jusqu’à sa catastrophe ? Dirai-je les longs débats qui la précédèrent ? Représenterai-je une mère impatientée changeant en rigueur ses premières caresses ? Montrerai-je un père irrité oubliant ses premiers engagements, et traitant comme une folle la plus vertueuse des filles ? Peindrai-je enfin l’infortunée, encore plus attachée à sa chimère par la persécution qu’elle lui fait souffrir, marchant à pas lents vers la mort, et descendant dans la tombe au moment qu’on croit l’entraîner à l’autel ? Non, j’écarte ces objets funestes. Je n’ai pas besoin d’aller si loin pour montrer par un exemple assez frappant, ce me semble, que, malgré les préjugés qui naissent des moeurs du siècle, l’enthousiasme de l’honnête et du beau n’est pas plus étranger aux femmes qu’aux hommes, et qu’il n’y a rien que, sous la direction de la nature, on ne puisse obtenir d’elles comme de nous.
On m’arrête ici pour me demander si c’est la nature qui nous prescrit de prendre tant de peine pour réprimer des désirs immodérés. Je réponds que non, mais qu’aussi ce n’est point la nature qui nous donne tant de désirs immodérés. Or, tout ce qui n’est pas elle est contre elle : j’ai prouvé cela mille fois.
Rendons à notre Émile sa Sophie : ressuscitons cette aimable fille pour lui donner une imagination moins vive et un destin plus heureux. Je voulais peindre une femme ordinaire ; et à force de lui élever l’âme j’ai troublé sa raison ; je me suis égaré moi-même. Revenons sur nos pas. Sophie n’a qu’un bon naturel dans une âme commune : tout ce qu’elle a de plus que les autres femmes est l’effet de son éducation.
Je me suis proposé dans ce livre de dire tout ce qui se pouvait faire, laissant à chacun le choix de ce qui est à sa portée dans ce que je puis avoir dit de bien. J’avais pensé dès le commencement à former de loin la compagne d’Émile, et à les élever l’un pour l’autre et l’un avec l’autre. Mais, en y réfléchissant, j’ai trouvé que tous ces arrangements trop prématurés étaient mal entendus, et qu’il était absurde de destiner deux enfants à s’unir avant de pouvoir connaître si cette union était dans l’ordre de la nature, et s’ils auraient entre eux les rapports convenables pour la former. Il ne faut pas confondre ce qui est naturel à l’état sauvage, et ce qui est naturel à l’état civil. Dans le premier état, toutes les femmes conviennent à tous les hommes, parce que les uns et les autres n’ont encore que la forme primitive et commune ; dans le second, chaque caractère étant développé par les institutions sociales, et chaque esprit ayant reçu sa forme propre et déterminée, non de l’éducation seule, mais du concours bien ou mal ordonné du naturel et de l’éducation, on ne peut plus les assortir qu’en les présentant l’un à l’autre pour voir s’ils se conviennent à tous égards, ou pour préférer au moins le choix qui donne le plus de ces convenances.
Le mal est qu’en développant les caractères l’état social distingue les rangs, et que l’un de ces deux ordres n’étant point semblable à l’autre, plus on distingue les conditions, plus on confond les caractères. De là les mariages mal assortis et tous les désordres qui en dérivent ; d’où l’on voit, par une conséquence évidente, que, plus on s’éloigne de l’égalité, plus les sentiments naturels s’altèrent ; plus l’intervalle des grands aux petits s’accroît, plus le lien conjugal se relâche ; plus il y a de riches et de pauvres, moins il y a de pères et de maris. Le maître ni l’esclave n’ont plus de famille, chacun des deux ne voit que son état.
Voulez-vous prévenir les abus et faire d’heureux mariages, étouffez les préjugés, oubliez les institutions humaines, et consultez la nature. N’unissez pas des gens qui ne se conviennent que dans une condition donnée, et qui ne se conviendront plus, cette condition venant à changer, mais des gens qui se conviendront dans quelque situation qu’ils se trouvent, dans quelque pays qu’ils habitent, dans quelque rang qu’ils puissent tomber. Je ne dis pas que les rapports conventionnels soient indifférents dans le mariage, mais je dis que l’influence des rapports naturels l’emporte tellement sur la leur, que c’est elle seule qui décide du sort de la vie, et qu’il y a telle convenance de goûts, d’humeurs, de sentiments, de caractères, qui devrait engager un père sage, fût-il prince, fût-il monarque, à donner sans balancer à son fils la fille avec laquelle il aurait toutes ces convenances, fût-elle née dans une famille déshonnête, fût-elle la fille du bourreau. Oui, je soutiens que, tous les malheurs imaginables dussent-ils tomber sur deux époux bien unis, ils jouiront d’un plus vrai bonheur à pleurer ensemble, qu’ils n’en auraient dans toutes les fortunes de la terre, empoisonnées par la désunion des coeurs.
Struck by these peculiarities, her mother found them too strange to not suspect some mystery behind them. Sophie was neither delicate nor ridiculous—so how could such an extreme form of delicacy suit her? After all, since childhood, she had been taught nothing but how to adapt to the people she lived with and to turn necessity into virtue. This model of the amiable man who so often appeared in their conversations led her mother to conjecture that there was some other reason behind this caprice—one that she still did not know, and that Sophie might not have revealed entirely. Overburdened by her secret sorrow, Sophie simply sought an outlet for it. When her mother pressed her for an explanation, she hesitated at first but eventually confessed. Leaving without a word, she returned moments later, holding a book in her hand: “Complain about your unfortunate daughter—her sadness is incurable, and her tears will never cease.” Her mother took the book and opened it; it was The Adventures of Telemachus. At first, she understood nothing about this enigma. But after many vague questions and answers, she finally realized, with understandable surprise, that her daughter was the rival of Eucharis.
Sophie loved Télémaque, and loved him with a passion from which nothing could cure her. As soon as her parents learned of her obsession, they laughed at it and believed they could reason her out of it. They were wrong: reason was not entirely on their side; Sophie had her own reasons too, and she knew how to make them heard. How many times did she silence them by using their own arguments against them, showing them that they themselves had caused all her suffering, that they had not raised her with the expectations of a man from her time; that she would either have to adopt her husband’s way of thinking or give him hers; that the first option was impossible due to the way they had raised her, and that the second was precisely what she sought. “Give me,” she said, “a man who is imbued with my principles, or one whom I can bring such principles to embrace, and I will marry him; but until then, why do you reproach me? Pity me instead. I am unhappy, not mad.” Does the heart depend on the will? Didn’t my father say so himself? Is it my fault that I love what does not exist? I am not delusional; I do not want a prince, nor do I seek Télémaque—I know he is but a fiction. What I seek is someone who resembles him. And why shouldn’t such a person exist, since I exist myself, with a heart so much like his? No, let us not dishonor humanity in this way; let us not believe that a kind and virtuous man is merely a chimera. He exists, he lives—he may be searching for me; he is probably looking for a soul that knows how to love him. But who is he? Where is he? I do not know; he is none of those I have met, and surely none of those I will meet. Oh my mother! Why have you made virtue seem so desirable? If I can only love it, then the fault lies less with me than with you.
Will I carry this sad story to its catastrophe? Will I describe the long debates that preceded it? Will I depict a mother whose patience turns into harshness after her initial tenderness? Will I show a father who, irritated, forgets his early promises and treats the most virtuous of daughters as if she were mad? Finally, will I paint the unfortunate girl, who, driven even more firmly to her illusion by the persecution she endures, slowly walks toward death—and descends into the grave at just the moment when one would think she is being led to the altar? No, I reject these gloomy themes. I need not go so far to demonstrate, in what I believe is a sufficiently convincing way, that despite the prejudices born of this century’s customs, the enthusiasm of the honest and the beautiful is no less common among women than among men—and that, under the guidance of nature, nothing is impossible for them, just as it is for us.
Here, I am asked whether it is nature that commands us to go to such great lengths to suppress unrestrained desires. I answer that no; yet neither is it nature that gives rise to these unrestrained desires. Anything that is not nature is, therefore, contrary to nature—something I have proven thousands of times over.
Let us return Sophie to our Émile: let us revive this kind-hearted girl so that she may have a less vivid imagination and a happier fate. I wanted to depict an ordinary woman; but in trying to elevate her soul, I disturbed her reason; I even lost my own way. Let us return to a more realistic approach. Sophie possesses only a good nature within an average soul; everything that sets her apart from other women is the result of her education.
In this book, I have sought to describe everything that can be done, leaving it up to each individual to decide what is within their means based on what I have said about the good things one can do. From the very beginning, I had in mind the idea of fostering a bond between Émile and another person, and of raising them together for one another’s benefit. But upon reflection, I realized that such premature arrangements were poorly understood, and it would be absurd to destin two children to unite before it was even possible to determine whether such a union was in accordance with the laws of nature, or whether they possessed the appropriate qualities to form a healthy relationship. One must not confuse what is natural in the state of wilderness with what is natural within the context of civil society. In the former state, all women are suitable for all men, because both parties still possess only their primitive and common forms; in the latter state, since each individual’s character has been shaped by social institutions, and each mind has acquired its own distinct and determined form—not merely through education, but also through the combined influence of nature and upbringing—then it becomes necessary to carefully consider whether they are compatible in every respect, or at least to make the choice that offers the greatest likelihood of such compatibility.
The problem is that, as social structures develop and distinctions in rank are established, since one of these two orders is fundamentally different from the other, the more these distinctions are emphasized, the more the inherent characteristics of individuals become blurred. This leads to mismatched marriages and all the resulting disorders. It is thus evident that the further we move away from equality, the more natural sentiments are distorted; the greater the gap between the wealthy and the poor becomes, the weaker marital bonds are; and the more there are rich and poor, the fewer true fathers and husbands exist. Neither the master nor the slave can truly form a family—each only sees their own social status.
Do you wish to prevent abuse and ensure happy marriages? Then suppress prejudice and forget about human institutions—look instead to nature. Do not unite people who are only compatible under certain conditions, for those conditions may change, rendering their relationship unsustainable. Instead, unite people who will get along well no matter the circumstances, the country they live in, or the social status they may attain. I am not saying that conventional relationships are irrelevant in marriage, but I am saying that the influence of natural compatibility far outweighs that of convention. It is this natural affinity for tastes, moods, sentiments, and character that should guide a wise father—whether prince or monarch—to give his son without hesitation the daughter with whom such harmony exists, even if she comes from an dishonorable family or is the daughter of a executioner. Indeed, I believe that no amount of misfortune could ever overshadow the true happiness that arises from two deeply connected spouses who share common bonds, even in the face of all adversities brought on by their divided hearts.
Colpita da queste stranezze, sua madre le trovò troppo bizzarre per non sospettare che ci fosse qualche mistero dietro di esse. Sophie non era né preziosa né ridicola. Come mai quella delicatezza eccessiva poteva adattarsi a lei, a una persona a cui fin dall’infanzia si era insegnato soprattutto ad adattarsi alle persone con cui doveva vivere e a trasformare la necessità in virtù? Quel modello di uomo amabile di cui Sophie era così incantata, e che ricorreva così spesso nelle sue conversazioni, fece supporre a sua madre che quel capriccio avesse qualche altro motivo, ancora sconosciuto, e che Sophie non avesse detto tutto. La sfortunata, sopraffatta dal suo dolore segreto, cercava soltanto di sfogarsi. Sua madre la pressava; lei esitava. Alla fine si decise a confessare tutto: uscì senza dire una parola, poi tornò poco dopo con un libro in mano. “Piangete per vostra figlia sfortunata. La sua tristezza è senza rimedio, i suoi pianti non possono cessare. Volete sapere la causa? Ebbene, eccola”, disse gettando il libro sul tavolo. Sua madre prese il libro e lo aprì: erano le “Avventure di Telèmaco”. All’inizio non capì nulla di quella enigmatica situazione; dopo molte domande e risposte oscure, finalmente comprese, con grande sorpresa, che sua figlia era la rivale di Eucharis.
Sophie amava Télémaque, e lo amava con una passione di cui nulla poté curarla. Non appena suo padre e sua madre vennero a conoscenza della sua ossessione, ne risero, credendo di poterla placare con la ragione. Si sbagliavano: la ragione non era dalla loro parte; Sophie aveva anch’essa la sua ragione, e sapeva come farla valere. Quante volte riuscì a farli tacere, utilizzando contro di loro le stesse argomentazioni che loro avevano usato, dimostrando loro che erano stati loro stessi a causare tutto il male, che non l’avevano educata per un uomo del suo tempo; che era inevitabile che adottasse i modi di pensare di suo marito, o che gli desse i suoi; che avevano reso impossibile il primo modo a causa del modo in cui l’avevano cresciuta, e che l’altro era proprio ciò che lei cercava. “Datemi”, diceva, “un uomo imbevuto delle mie idee, o uno che io possa rendere tale; lo sposerò. Ma fino ad allora, perché mi rimproverate? Piangete per me. Sono infelice, ma non pazza. Il cuore dipende forse dalla volontà? Non l’ha forse detto anche mio padre? È colpa mia se amo ciò che non esiste? Non sono una visionaria. Non voglio un principe, non cerco Télémaque; so che è solo una finzione. Cerco qualcuno che gli assomigli. E perché questo qualcuno non potrebbe esistere, se io esisto, io che sento di avere un cuore così simile al suo? No. Non disonorate così l’umanità. Non pensate che un uomo gentile e virtuoso sia solo una chimera. Esiste, vive. Forse mi sta cercando. Cerca un’anima che sappia amarlo. Ma chi è? Dove si trova? Lo ignoro. Non è nessuno di quelli che ho conosciuto. Probabilmente non è nemmeno nessuno di quelli che conoscerò. Oh, mia madre. Perché avete reso la virtù così attraente per me? Se posso amare solo lei, il torto è meno mio che vostro, ”
Riuscirò ad portare questo triste racconto fino alla sua catastrofe? Racconterò i lunghi dibattiti che l’hanno preceduta? Rappresenterò una madre impaziente che trasforma la tenerezza delle sue prime carezze in durezza? Mostrerò un padre irritato che dimentica le proprie promesse iniziali e tratta come una folle la ragazza più virtuosa? Infine, descriverò l’infortunata, ancora più legata alla sua illusione a causa delle persecuzioni che subisce, che cammina lentamente verso la morte, e che scende nella tomba proprio nel momento in cui si crede di condurla all’altare? No, scarto questi argomenti funesti. Non ho bisogno di andare così lontano per dimostrare, con un esempio abbastanza evidente, che, nonostante i pregiudizi derivanti dalle usanze di questo secolo, l’entusiasmo dell’onesto e del bello non è affatto estraneo alle donne quanto agli uomini. E che, sotto la guida della natura, non c’è nulla che non si possa ottenere da loro, proprio come da noi.
Mi fermo qui per chiedermi se sia davvero la natura a imporci lo sforzo di reprimere desideri smisurati. Rispondo di no; tuttavia, nemmeno la natura stessa ci dona tali desideri. Ora, tutto ciò che non proviene dalla natura è in contraddizione con essa: l’ho dimostrato mille volte.
Ridiamo a nostro Émile la sua Sophie: risvegliamo questa cara ragazza affinché possieda un’immaginazione meno vivace e un destino più felice. Volevo ritrarre una donna ordinaria; ma cercando di elevare il suo spirito, ho turbato la sua ragione. E anch’io mi sono perso nel cammino. Torniamo indietro: Sophie possiede soltanto un buon carattere in un’anima comune; tutto ciò che ha in più rispetto alle altre donne è il risultato della sua educazione.
In questo libro mi sono proposto di dire tutto ciò che si poteva fare, lasciando a ciascuno la libertà di scegliere ciò che rientra nelle sue possibilità, tra quanto ho potuto dire di positivo. Fin dall’inizio avevo pensato di far sì che Émile e la sua compagna crescessero insieme, l’uno per l’altra e insieme. Tuttavia, riflettendoci meglio, ho capito che tutti questi piani troppo prematuri erano errati: era assurdo destinare due bambini a unirsi prima ancora di sapere se tale unione fosse conforme alla natura e se loro avessero tra loro i rapporti adeguati per formarla. Non si deve confondere ciò che è naturale nello stato selvaggio con ciò che è naturale nello stato civile. Nello stato selvaggio, tutte le donne sono adatte a tutti gli uomini, perché entrambi hanno ancora solo la forma primitiva e comune; nello stato civile, invece, poiché ogni carattere è formato dalle istituzioni sociali e ogni spirito ha ricevuto una forma propria e determinata – non soltanto dall’educazione, ma anche dal concorso, buono o cattivo che sia, tra natura ed educazione – si possono abbinare gli esseri umani solo dopo aver verificato se siano adatti l’uno all’altro sotto tutti gli aspetti, oppure almeno scegliendo quella combinazione che offre il maggior numero di tali adattamenti.
Il male sta nel fatto che, sviluppando i caratteri individuali, lo stato sociale stabilisce delle gerarchie; poiché questi due ordini non sono simili tra loro, più si distinguono le condizioni sociali, più si confondono i caratteri umani. Da ciò derivano matrimoni infelici e tutti gli disordini che ne conseguono. È evidente quindi che, quanto più ci si allontana dall’uguaglianza, tanto più si alterano i sentimenti naturali; quanto maggiore diventa il divario tra i ricchi e i poveri, tanto più si indebolisce il legame coniugale; quanto più aumenta la disparità sociale, meno ci sono veri padri e mariti. Né il signore né lo schiavo hanno più una vera famiglia: ognuno di loro considera soltanto il proprio stato sociale.
Volete prevenire gli abusi e realizzare matrimoni felici? Allora soffocate i pregiudizi, dimenticate le istituzioni umane e consultate la natura. Non unite persone che si adattano l’una all’altra soltanto in determinate circostanze, poiché tali condizioni potrebbero cambiare; unite invece persone che si convengono indipendentemente dalla situazione in cui si trovino, dal paese in cui vivano o dal rango sociale che possano raggiungere. Non dico che i rapporti convenzionali siano irrilevanti nel matrimonio, ma affermo che l’influenza dei legami naturali prevale di gran lunga su quelli convenzionali; è proprio questa affinità naturale a determinare il destino di una vita. Esistono infatti tali somiglianze di gusti, umori, sentimenti e caratteri che dovrebbero spingere un padre saggio – anche se fosse principe o monarca – a concedere senza esitazione alla propria figlia l’uomo con cui condividerebbe tutte queste affinità, anche se questi provenisse da una famiglia disonesta o fosse addirittura il figlio di un boia. Sì, sostengo che, anche se due coniugi ben uniti dovessero affrontare tutti i mali immaginabili, godrebbero di una felicità più vera e autentica nel piangere insieme, rispetto a quanto potrebbero provare tra tutte le ricchezze del mondo, se i loro cuori fossero divisi.
Au lieu donc de destiner dès l’enfance une épouse à mon Émile, j’ai attendu de connaître celle qui lui convient. Ce n’est point moi qui fais cette destination, c’est la nature ; mon affaire est de trouver le choix qu’elle a fait. Mon affaire, je dis la mienne et non celle du père ; car en me confiant son fils, il me cède sa place, il substitue mon droit au sien ; c’est moi qui suis le vrai père d’Émile, c’est moi qui l’ai fait homme. J’aurais refusé de l’élever si je n’avais pas été le maître de le marier à son choix, c’est-à-dire au mien. Il n’y a que le plaisir de faire un heureux qui puisse payer ce qu’il en coûte pour mettre un homme en état de le devenir.
Mais ne croyez pas non plus que j’ai attendu, pour trouver l’épouse d’Émile, que je le misse en devoir de la chercher. Cette feinte recherche n’est qu’un prétexte pour lui faire connaître les femmes, afin qu’il sente le prix de celle qui lui convient. Dès longtemps Sophie est trouvée ; peut-être Émile l’a-t-il déjà vue ; mais il ne la reconnaîtra que quand il en sera temps.
Quoique l’égalité des conditions ne soit pas nécessaire au mariage, quand cette égalité se joint aux autres convenances, elle leur donne un nouveau prix ; elle n’entre en balance avec aucune, mais la fait pencher quand tout est égal.
Un homme, à moins qu’il ne soit monarque, ne peut pas chercher une femme dans tous les états ; car les préjugés qu’il n’aura pas, il les trouvera dans les autres ; et telle fille lui conviendrait peut-être, qu’il ne l’obtiendrait pas pour cela. Il y a donc des maximes de prudence qui doivent borner les recherches d’un père judicieux. Il ne doit point vouloir donner à son élève un établissement au-dessus de son rang, car cela ne dépend pas de lui. Quand il le pourrait, il ne devrait pas le vouloir encore ; car qu’importe le rang au jeune homme, du moins au mien ? Et cependant, en montant, il s’expose à mille maux réels qu’il sentira toute sa vie. Je dis même qu’il ne doit pas vouloir compenser des biens de différentes natures, comme la noblesse et l’argent, parce que chacun des deux ajoute moins de prix à l’autre qu’il n’en reçoit d’altération ; que de plus on ne s’accorde jamais sur l’estimation commune ; qu’enfin la préférence que chacun donne à sa mise prépare la discorde entre deux familles, et souvent entre deux époux.
Il est encore fort différent pour l’ordre du mariage que l’homme s’allie au-dessus ou au-dessous de lui. Le premier cas est tout à fait contraire à la raison ; le second y est plus conforme. Comme la famille ne tient à la société que par son chef, c’est l’état de ce chef qui règle celui de la famille entière. Quand il s’allie dans un rang plus bas, il ne descend point, il élève son épouse ; au contraire, en prenant une femme au-dessus de lui, il l’abaisse sans s’élever. Ainsi, dans le premier cas, il y a du bien sans mal, et dans le second, du mal sans bien. De plus, il est dans l’ordre de la nature que la femme obéisse à l’homme. Quand donc il la prend dans un rang inférieur, l’ordre naturel et l’ordre civil s’accordent, et tout va bien. C’est le contraire quand, s’alliant au-dessus de lui, l’homme se met dans l’alternative de blesser son droit ou sa reconnaissance, et d’être ingrat ou méprisé. Alors la femme, prétendant à l’autorité, se rend le tyran de son chef ; et le maître, devenu l’esclave, se trouve la plus ridicule et la plus misérable des créatures. Tels sont ces malheureux favoris que les rois de l’Asie honorent et tourmentent de leur alliance, et qui, dit-on, pour coucher avec leurs femmes, n’osent entrer dans le lit que par le pied.
Je m’attends que beaucoup de lecteurs, se souvenant que je donne à la femme un talent naturel pour gouverner l’homme, m’accuseront ici de contradiction : ils se tromperont pourtant. Il y a bien de la différence entre s’arroger le droit de commander, et gouverner celui qui commande. L’empire de la femme est un empire de douceur, d’adresse et de complaisance ; ses ordres sont des caresses, ses menaces sont des pleurs. Elle doit régner dans la maison comme un ministre dans l’état, en se faisant commander ce qu’elle veut faire. En ce sens il est constant que les meilleurs ménages sont ceux où la femme a le plus d’autorité : mais quand elle méconnaît la voix du chef, qu’elle veut usurper ses droits et commander elle-même, il ne résulte jamais de ce désordre que misère, scandale et déshonneur.
Reste le choix entre ses égales et ses inférieures ; et je crois qu’il y a encore quelque restriction à faire pour ces dernières ; car il est difficile de trouver dans la lie du peuple une épouse capable de faire le bonheur d’un honnête homme : non qu’on soit plus vicieux dans les derniers rangs que dans les premiers, mais parce qu’on y a peu d’idée de ce qui est beau et honnête, et que l’injustice des autres états fait voir à celui-ci la justice dans ses vices mêmes.
Naturellement l’homme ne pense guère. Penser est un art qu’il apprend comme tous les autres, et même plus difficilement. Je ne connais pour les deux sexes que deux classes réellement distinguées : l’une des gens qui pensent, l’autre des gens qui ne pensent point ; et cette différence vient presque uniquement de l’éducation. Un homme de la première de ces deux classes ne doit point s’allier dans l’autre ; car le plus grand charme de la société manque à la sienne lorsque, ayant une femme, il est réduit à penser seul. Les gens qui passent exactement la vie entière à travailler pour vivre n’ont d’autre idée que celle de leur travail ou de leur intérêt, et tout leur esprit semble être au bout de leurs bras. Cette ignorance ne nuit ni à la probité ni aux moeurs ; souvent même elle y sert ; souvent on compose avec ses devoirs à force d’y réfléchir, et l’on finit par mettre un jargon à la place des choses. La conscience est le plus éclairé des philosophes : on n’a pas besoin de savoir les Offices de Cicéron pour être homme de bien ; et la femme du monde la plus honnête sait peut-être le moins ce que c’est qu’honnêteté. Mais il n’en est pas moins vrai qu’un esprit cultivé rend seul le commerce agréable ; et c’est une triste chose pour un père de famille qui se plaît dans sa maison, d’être forcé de s’y renfermer en lui-même, et de ne pouvoir s’y faire entendre à personne.
D’ailleurs, comment une femme qui n’a nulle habitude de réfléchir élèvera-t-elle ses enfants ? Comment discernera-t-elle ce qui leur convient ? Comment les disposera-t-elle aux vertus qu’elle ne connaît pas, au mérite dont elle n’a nulle idée ? Elle ne saura que les flatter ou les menacer, les rendre insolents ou craintifs ; elle en fera des singes maniérés ou d’étourdis polissons, jamais de bons esprits ni des enfants aimables.
Therefore, instead of assigning a wife to my Émile from a young age, I waited until I found the one who was right for him. It is not I who make this choice; it is nature. My role is merely to discover the decision that nature has already made. I say “my role,” not the father’s; for by entrusting his son to me, he cedes his place to me, replacing his own rights with mine. It is I who am Émile’s true father; it is I who have shaped him into a man. I would have refused to raise him if I had not had the authority to arrange his marriage according to my own choices, which are also his choices. Only the joy of creating a happy person can justify the effort required to bring someone to that state.
But do not think either that I waited to find Émile’s wife until I instructed him to look for her. This pretended search is merely a pretext to introduce him to various women, so that he may come to appreciate the value of the one who suits him. Sophie has already been found; perhaps Émile has seen her before; but he will only recognize her when the time is right.
Although equality of conditions is not necessary for marriage, when such equality is combined with other appropriate considerations, it adds a new value to them; it does not compete with any of these other factors, but rather makes the overall balance more favorable when all things are equal.
A man, unless he is a monarch, cannot seek a wife from all social classes; for the prejudices he may not possess himself will surely be present in others; and there might be a girl who suits him perfectly, yet he would not be able to obtain her for that reason alone. Therefore, there are certain principles of prudence that must limit the choices made by a judicious father. He should not seek to provide his daughter with a status beyond her social rank, for this is not within his control. Even if it were possible for him to do so, he still ought not to desire it; for what importance does social standing hold for a young woman, at least in my opinion? Moreover, by seeking such advancement, one exposes oneself to countless real troubles that will affect one’s entire life. I would even say that one should not attempt to balance different kinds of advantages, such as nobility and wealth, because each of these diminishes the value of the other; furthermore, there is never any consensus on how they should be valued; and lastly, the preference given by one party to its own social status often leads to discord between two families—and sometimes even between two spouses.
The order of marriage is quite different depending on whether a man marries someone above or below himself. In the first case, it is entirely contrary to reason; in the second, it is more in accordance with it. Since a family is bound to society only through its head, the status of this head determines the status of the entire family. When a man marries someone below him, he does not lower himself but elevates his wife; conversely, when he takes a woman above him, he lowers her without raising himself. Thus, in the first case, there is good without harm; in the second, there is harm without good. Moreover, it is natural for a woman to obey her husband. Therefore, when a man marries someone below him, both natural and civil order are preserved, and everything goes well. The opposite occurs when a man marries someone above him, forcing himself into a situation where he either violates his own rights or reputation, or becomes ungrateful and despised. In such cases, the woman, claiming authority over her husband, turns into his tyrant; and the husband, reduced to a slave, becomes the most ridiculous and miserable of creatures. These are those unfortunate “favored ones” that the kings of Asia honor yet torment through their marriages—those who, it is said, dare not enter the bed with their wives except from the foot end.
I expect that many readers, recalling that I attribute to women a natural ability to govern men, will accuse me of inconsistency here; yet they would be mistaken. There is indeed a difference between claiming the right to command and actually governing those who hold that power. A woman’s “empire” is one of gentleness, tact, and compliance; her orders are like caresses, her threats like tears. She should rule the household in just the same way as a minister governs a state—by ensuring that those under her authority do exactly what she wishes them to do. In this sense, it is undeniable that the best households are those where women hold the greatest authority. But when they ignore the voice of their husband, attempt to usurp his rights, and take charge themselves, such disorder always leads to misery, scandal, and disgrace.
One is thus faced with the choice between equals and inferiors; and I believe that further restrictions should be imposed on the latter group. For it is difficult to find among the lowest strata of society a wife capable of bringing happiness to an honest man. Not that people in these lower ranks are any more virtuous than those in higher ones, but because there is little awareness of what is beautiful and honorable there; moreover, the injustice inherent in other social classes makes it seem to such individuals that virtue itself lies in their own vices.
Naturally, man thinks very little. Thinking is an art that he learns, just like all other arts—even if it is a far more difficult one. For both sexes, I know of only two truly distinct classes: those who think and those who do not think; and this difference arises almost entirely from education. A man belonging to the first of these classes should not associate with those of the second; for the greatest pleasures of society are denied to him when, having a wife, he is forced to think alone. Those who spend their entire lives working merely to make a living have no thoughts other than those related to their work or their own interests; all their energy seems to be concentrated solely on their daily tasks. This ignorance does not harm integrity or morals; in fact, it often serves them well. People often manage to fulfill their duties through careful consideration of them—and in the end, they end up using jargon instead of clear language to express themselves. Conscience is the wisest of all philosophers: one does not need to know Cicero’s “Orations” to be a good person; and perhaps the most honest woman in society knows the least about what honesty actually means. Nevertheless, it is undeniable that only a cultivated mind can make social interactions truly enjoyable. For a family man who takes pleasure in his own home, it is a sad thing to be forced to isolate himself there and to have no one with whom he can communicate.
After all, how can a woman who is utterly unaccustomed to thinking properly raise her children? How will she be able to discern what is best for them? How can she instill in them the virtues of which she knows nothing, or the qualities of merit she has no concept of? She will only know how to flatter or threaten them, turn them into either insolent or timid individuals; she will produce well-mannered but foolish creatures, never good souls or kind children.
Pertanto, invece di destinare fin dall’infanzia una moglie a mio figlio Émile, ho atteso di conoscere quella che fosse adatta a lui. Non sono io a decidere questa scelta, ma la natura; il mio compito è trovare quella che lei ha già fatto. Parlo del mio compito, non di quello del padre: infatti, affidandomi suo figlio, egli mi cede il proprio posto, sostituendo il proprio diritto con il mio; sono io il vero padre di Émile, sono stato io a farne un uomo. Avrei rifiutato di educarlo se non fossi stato il responsabile di farlo sposare con la persona che lui stesso avrebbe scelto, o meglio, con quella che io avevo scelto per lui. Solo il piacere di rendere qualcuno felice può compensare i costi necessari per portarlo in condizioni di diventarlo davvero.
Ma non crediate nemmeno che abbia aspettato di far assumere a Émile il compito di cercare una moglie per poi trovarla io stessa. Questa ricerca apparente non è altro che un pretesto per fargli conoscere le donne, affinché possa apprezzare davvero quella che gli conviene. Sophie è stata trovata da molto tempo; forse Émile l’ha già vista. Ma la riconoscerà solo quando sarà il momento giusto.
Sebbene l’uguaglianza delle condizioni non sia necessaria per il matrimonio, quando tale uguaglianza si unisce alle altre convenienze, le conferisce un nuovo valore; essa non entra in competizione con nessuna di queste altre condizioni, ma le fa prevalere quando tutto è ugualmente considerato.
Un uomo, a meno che non sia un monarca, non può cercare una donna in tutti gli strati sociali; poiché i pregiudizi che non possiede li troverà negli altri; e una ragazza che potrebbe essere adatta a lui potrebbe comunque non essere disponibile. Esistono quindi principi di prudenza che devono limitare le ricerche di un padre sagace. Non deve cercare di dare alla propria figlia uno status superiore al suo, poiché ciò non dipende da lui; e anche se potesse farlo, non dovrebbe volerlo fare; poiché, per quanto riguarda lo status sociale, che importanza ha per un giovane. Almeno per me? Eppure, cercando di migliorare la propria posizione, si espongono a mille problemi reali che si sentiranno per tutta la vita. Dico persino che non dovrebbe cercare di compensare con beni di natura diversa, come la nobiltà e il denaro; poiché ciascuno di questi due elementi aggiunge meno valore all’altro di quanto ne subisca alterazione; inoltre, non si riesce mai a raggiungere un accordo comune sulla loro valutazione; infine, la preferenza che ognuno dà al proprio status sociale prepara il terreno per i disaccordi tra due famiglie, e spesso anche tra due coniugi.
L’ordine del matrimonio è ancora molto diverso a seconda che l’uomo si unisca a una donna di rango superiore o inferiore al proprio. Nel primo caso, tale unione è completamente contraria alla ragione; nel secondo, invece, vi corrisponde maggiormente. Poiché la famiglia è legata alla società soltanto attraverso il suo capofamiglia, lo stato di questo capofamiglia determina lo stato dell’intera famiglia. Quando l’uomo si unisce a una donna di rango inferiore, non si abbassa, ma eleva la propria moglie; al contrario, se sceglie una donna di rango superiore, la degrada senza elevare se stesso. Quindi, nel primo caso, c’è del bene senza male; nel secondo, invece, c’è del male senza bene. Inoltre, è nell’ordine naturale che la donna obbedisca all’uomo. Pertanto, quando l’uomo sceglie una donna di rango inferiore, sia l’ordine naturale che quello civile coincidono, e tutto va per il meglio. Al contrario, se si unisce a una donna di rango superiore, l’uomo si trova di fronte alla scelta di offendere i propri diritti o la propria gratitudine, oppure di essere ingrato o disprezzato. In tal caso, la donna, pretendendo autorità, diventa la tiranna del proprio marito; e il marito, trasformato in schiavo, si trova tra le creature più ridicole e più misere. Questi sono quegli sfortunati favoriti che i re dell’Asia onorano e tormentano con il loro matrimonio; si dice persino che, per giacere con le loro donne, non osino entrare nel letto se non dal piede.
Mi aspetto che molti lettori, ricordando che attribuisco alla donna un talento naturale per governare l’uomo, mi accusino di contraddizione; tuttavia si sbaglieranno. C’è davvero una differenza tra arrogarsi il diritto di comandare e governare colui che comanda. L’impero della donna è un impero di dolcezza, abilità e compiacimento: i suoi ordini sono carezze, le sue minacce sono lacrime. Deve regnare in casa come un ministro nello stato, facendosi comandare ciò che vuole lei stessa fare. In questo senso è vero che i migliori nuclei familiari sono quelli in cui la donna ha il maggior potere; ma quando ignora la voce del capofamiglia, quando cerca di usurpare i suoi diritti e di comandare lei stessa, tale disordine porta sempre solo miseria, scandalo e disonore.
Resta quindi la scelta tra le proprie pari e quelle inferiori; e credo che per queste ultime ci siano ancora delle restrizioni da imporre; infatti è difficile trovare, tra le persone più umili della società, una moglie in grado di rendere felice un uomo onesto: non perché nelle classi inferiori la malvagità sia maggiore rispetto a quelle superiori, ma perché lì mancano quasi completamente le idee di ciò che è bello e onesto, e perché l’ingiustizia degli altri strati sociali fa sì che queste persone considerino giuste anche le proprie azioni malvagie.
Naturalmente, l’uomo pensa molto raramente. Pensare è un’arte che impara, come tutte le altre, e anzi in modo ancora più difficile. Conosco soltanto due categorie distinte per entrambi i sessi: coloro che pensano e coloro che non pensano affatto; e questa differenza deriva quasi esclusivamente dall’educazione. Un uomo appartenente alla prima di queste categorie non dovrebbe mai unirsi a coloro che appartengono alla seconda; infatti, la maggior parte dei piaceri della società gli viene negata quando, avendo una moglie, è costretto a pensare da solo. Le persone che trascorrono tutta la loro vita a lavorare per vivere non hanno altra preoccupazione se non quella del proprio lavoro o del proprio interesse; tutto il loro spirito sembra concentrarsi esclusivamente nelle attività pratiche quotidiane. Questa ignoranza non nuoce né alla probità né ai costumi; anzi, spesso è addirittura vantaggiosa: molte volte si riesce a adempiere ai propri doveri solo riflettendoci attentamente, e alla fine si finisce per sostituire le parole vere con un gergo convenzionale. La coscienza è il “filosofo” più illuminato di tutti; non c’è bisogno di conoscere gli scritti di Cicerone per essere una brava persona; e la donna più onesta del mondo probabilmente sa molto poco su ciò che significa davvero l’onestà. Tuttavia, è innegabile che solo uno spirito coltivato possa rendere piacevole la convivenza sociale; ed è davvero triste per un padre di famiglia che si trova a suo agio in casa propria essere costretto a ritirarsi nel proprio mondo interiore e a non riuscire a comunicare con nessuno.
Del resto, come potrebbe una donna che non ha alcuna abitudine di riflettere educare i propri figli? Come riuscirà a capire ciò che è meglio per loro? Come li insegnerà le virtù di cui non conosce nulla, il merito di cui non ha la minima idea? Sarà in grado soltanto di lusingarli o minacciarli, di renderli arroganti o timidi; ne farà degli esseri sciocchi e affettati, mai persone intelligenti né bambini amorevoli.
Il ne convient donc pas à un homme qui a de l’éducation de prendre une femme qui n’en ait point, ni par conséquent dans un rang où l’on ne saurait en avoir. Mais j’aimerais encore cent fois mieux une fille simple et grossièrement élevée, qu’une fille savante et bel esprit, qui viendrait établir dans ma maison un tribunal de littérature dont elle se ferait la présidente. Une femme bel esprit est le fléau de son mari, de ses enfants, de ses amis, de ses valets, de tout le monde. De la sublime élévation de son beau génie, elle dédaigne tous ses devoirs de femme, et commence toujours par se faire homme à la manière de mademoiselle de l’Enclos. Au dehors, elle est toujours ridicule et très justement critiquée, parce qu’on ne peut manquer de l’être aussitôt qu’on sort de son état et qu’on n’est point fait pour celui qu’on veut prendre. Toutes ces femmes à grands talents n’en imposent jamais qu’aux sots. On sait toujours quel est l’artiste ou l’ami qui tient la plume ou le pinceau quand elles travaillent ; on sait quel est le discret homme de lettres qui leur dicte en secret leurs oracles. Toute cette charlatanerie est indigne d’une honnête femme. Quand elle aurait de vrais talents, sa prétention les avilirait. Sa dignité est d’être ignorée ; sa gloire est dans l’estime de son mari : ses plaisirs sont dans le bonheur de sa famille. Lecteurs, je m’en rapporte à vous-mêmes, soyez de bonne foi : lequel vous donne meilleure opinion d’une femme en entrant dans sa chambre, lequel vous la fait aborder avec plus de respect, de la voir occupée des travaux de son sexe, des soins de son ménage, environnée des hardes de ses enfants, ou de la trouver écrivant des vers sur sa toilette, entourée de brochures de toutes les sortes et de petits billets peints de toutes les couleurs ? Toute fille lettrée restera fille toute sa vie, quand il n’y aura que des hommes sensés sur la terre.
Quaeris cur nolim te ducere, Galla ? diserta es.[491]
Après ces considérations vient celle de la figure ; c’est la première qui frappe et la dernière qu’on doit faire, mais encore ne la faut-il pas compter pour rien. La grande beauté me paraît plutôt à fuir qu’à rechercher dans le mariage. La beauté s’use promptement par la possession ; au bout de six semaines, elle n’est plus rien pour le possesseur, mais ses dangers durent autant qu’elle. À moins qu’une belle femme ne soit un ange, son mari est le plus malheureux des hommes ; et quand elle serait un ange, comment empêchera-t-elle qu’il ne soit sans cesse entouré d’ennemis ? Si l’extrême laideur n’était pas dégoûtante, je la préférerais à l’extrême beauté ; car en peu de temps l’une et l’autre étant nulle pour le mari, la beauté devient un inconvénient et la laideur un avantage. Mais la laideur qui produit le dégoût est le plus grand des malheurs ; ce sentiment, loin de s’effacer, augmente sans cesse et se tourne en haine. C’est un enfer qu’un pareil mariage ; il vaudrait mieux être morts qu’unis ainsi.
Désirez en tout la médiocrité, sans en excepter la beauté même. Une figure agréable et prévenante, qui n’inspire pas l’amour, mais la bienveillance, est ce qu’on doit préférer ; elle est sans préjudice pour le mari, et l’avantage en tourne au profit commun : les grâces ne s’usent pas comme la beauté ; elles ont de la vie, elles se renouvellent sans cesse, et au bout de trente ans de mariage, une honnête femme avec des grâces plaît à son mari comme le premier jour.
Telles sont les réflexions qui m’ont déterminé dans le choix de Sophie. Élève de la nature ainsi qu’Émile, elle est faite pour lui plus qu’aucune autre ; elle sera la femme de l’homme. Elle est son égale par la naissance et par le mérite, son inférieure par la fortune. Elle n’enchante pas au premier coup d’oeil, mais elle plaît chaque jour davantage. Son plus grand charme n’agit que par degrés ; il ne se déploie que dans l’intimité du commerce ; et son mari le sentira plus que personne au monde. Son éducation n’est ni brillante ni négligée ; elle a du goût sans étude, des talents sans art, du jugement sans connaissances. Son esprit ne sait pas, mais il est cultivé pour apprendre ; c’est une terre bien préparée qui n’attend que le grain pour rapporter. Elle n’a jamais lu de livre que Barrême et Télémaque, qui lui tomba par hasard dans les mains ; mais une fille capable de se passionner pour Télémaque a-t-elle un coeur sans sentiment et un esprit sans délicatesse ? O l’aimable ignorance ! Heureux celui qu’on destine à l’instruire ! Elle ne sera point le professeur de son mari, mais son disciple ; loin de vouloir l’assujettir à ses goûts, elle prendra les siens. Elle vaudra mieux pour lui que si elle était savante ; il aura le plaisir de lui tout enseigner. Il est temps enfin qu’ils se voient ; travaillons à les rapprocher.
Nous partons de Paris tristes et rêveurs. Ce lieu de babil n’est pas notre centre. Émile tourne un oeil de dédain vers cette grande ville, et dit avec dépit : Que de jours perdus en vaines recherches ! Ah ! ce n’est pas là qu’est l’épouse de mon coeur. Mon ami, vous le saviez bien, mais mon temps ne vous coûte guère, et mes maux vous font peu souffrir. Je le regarde fixement, et je lui dis sans m’émouvoir : Émile, croyez-vous ce que vous dites ? À l’instant, il me saute au cou tout confus, et me serre dans ses bras sans répondre. C’est toujours sa réponse quand il a tort.
Nous voici par les champs en vrais chevaliers errants ; non pas comme ceux cherchant les aventures, nous les fuyons au contraire en quittant Paris ; mais imitant assez leur allure errante, inégale, tantôt piquant des deux, et tantôt marchant à petits pas. À force de suivre ma pratique, on en aura pris enfin l’esprit ; et je n’imagine aucun lecteur encore assez prévenu par les usages pour nous supposer tous deux endormis dans une bonne chaise de poste bien fermée, marchant sans rien voir, sans rien observer, rendant nul pour nous l’intervalle du départ à l’arrivée, et, dans la vitesse de notre marche, perdant le temps pour le ménager.
Les hommes disent que la vie est courte, et je vois qu’ils s’efforcent de la rendre telle. Ne sachant pas l’employer, ils se plaignent de la rapidité du temps, et je vois qu’il coule trop lentement à leur gré. Toujours pleins de l’objet auquel ils tendent, ils voient à regret l’intervalle qui les en sépare : l’un voudrait être à demain, l’autre au mois prochain, l’autre à dix ans de là ; nul ne veut vivre aujourd’hui ; nul n’est content de l’heure présente, tous la trouvent trop lente à passer. Quand ils se plaignent que le temps coule trop vite, ils mentent ; ils payeraient volontiers le pouvoir de l’accélérer ; ils emploieraient volontiers leur fortune à consumer leur vie entière ; et il n’y en a peut-être pas un qui n’eût réduit ses ans à très peu d’heures s’il eût été le maître d’en ôter au gré de son ennui celles qui lui étaient à charge, et au gré de son impatience celles qui le séparaient du moment désiré. Tel passe la moitié de sa vie à se rendre de Paris à Versailles, de Versailles à Paris, de la ville à la campagne, de la campagne à la ville, et d’un quartier à l’autre, qui serait fort embarrassé de ses heures s’il n’avait le secret de les perdre ainsi, et qui s’éloigne exprès de ses affaires pour s’occuper à les aller chercher : il croit gagner le temps qu’il y met de plus, et dont autrement il ne saurait que faire ; ou bien, au contraire, il court pour courir, et vient en poste sans autre objet que de retourner de même. Mortels, ne cesserez-vous jamais de calomnier la nature ? Pourquoi vous plaindre que la vie est courte puisqu’elle ne l’est pas encore assez à votre gré ? S’il est un seul d’entre vous qui sache mettre assez de tempérance à ses désirs pour ne jamais souhaiter que le temps s’écoule, celui-là ne l’estimera point trop courte ; vivre et jouir seront pour lui la même chose ; et, dût-il mourir jeune, il ne mourra que rassasié de jours.
Therefore, it is not appropriate for a man of education to marry a woman who is uneducated, nor indeed for someone in a position where such a marriage would be socially acceptable. Yet, I would far prefer a simple-minded girl with little education to a learned and clever woman who would come into my home and establish what might be called a “literary tribunal,” with herself as its president. A clever woman is a scourge to her husband, children, friends, servants, and everyone around her. With her so-called “sublime” intellectual abilities, she dismisses all her duties as a wife and always behaves in a manner more suited to a man—just like Madame de l’Enclos. Outside of the home, she is invariably ridiculous and deserves severe criticism, because one cannot help but feel that way whenever she steps out of her proper role and tries to assume one that does not suit her at all. All these highly talented women impress only fools. One always knows who the artist or friend is who holds the pen or brush when they are working; one also knows who the discreet literary man is who secretly dictates their “oracles.” Such charlatanism is utterly unworthy of an honest woman. If she truly possessed genuine talent, her very pretensions would degrade it. Her dignity lies in being unknown; her glory lies in her husband’s respect for her; her pleasures lie in the happiness of her family. My readers, I appeal to your own judgment: which image of a woman gives you a better impression—when you enter her room, when you approach her with greater respect, when you see her engaged in tasks befitting her gender, taking care of her household, surrounded by her children’s clothes, or finding her writing verses while getting dressed, surrounded by various pamphlets and colorful notes? As long as there are sensible men on this earth, any learned woman will always remain a woman.
“Why do you refuse to let me guide you, Galla? You are alone.” [491]
After these considerations comes the issue of appearance; it is the first thing that strikes one’s attention and the last that should be taken into account, yet it should not be entirely disregarded either. In marriage, great beauty seems to me something to be avoided rather than sought after. Beauty fades rapidly with possession; after six weeks, it means nothing to the one who possesses it, but its dangers endure just as long. Unless a beautiful woman is an angel, her husband is the most unhappy of men; and even if she were an angel, how could she prevent him from being constantly surrounded by enemies? If extreme ugliness were not repulsive, I would prefer it to extreme beauty; for in both cases, after a short time, they become worthless to the husband—beauty becomes a disadvantage, and ugliness a advantage. But ugliness that induces disgust is the greatest of misfortunes; such feelings do not fade away but grow stronger over time, turning into hatred. Such a marriage is nothing but hell; it would be better to be dead than to be united in such a way.
Desire mediocrity in everything, without even excluding beauty itself. A pleasing and affable appearance that does not inspire love but rather kindness is what one should prefer; it causes no harm to the husband, and its advantages benefit both parties. Graceful qualities do not wear out like physical beauty; they are full of vitality, constantly renewing themselves. Even after thirty years of marriage, an honest woman with graceful manners will continue to please her husband just as much as on the first day.
Such were the considerations that led me to choose Sophie. Being a child of nature, just like Émile, she is meant for him more than any other; she will be the woman of his life. She is his equal in birth and merit, though inferior to him in fortune. She may not captivate at first sight, but she grows more endearing with each passing day. Her greatest charm unfolds gradually, only within the intimacy of their relationship; and her husband will feel it more deeply than anyone else in the world. Her education is neither brilliant nor neglected; she possesses good taste without formal learning, talents without artistry, and judgment without extensive knowledge. Her mind may not possess great erudition, but it is well-prepared to learn; she is like fertile ground awaiting only the right seeds to yield a rich harvest. She has never read a single book except Barrême and Télémaque, which happened to fall into her hands by chance; but can a girl who takes such delight in Télémaque truly be without passion or sensitivity? Oh, the delightful innocence of ignorance! How fortunate is he whom she is destined to teach! She will not be his teacher, but his disciple; far from trying to impose her own tastes on him, she will adopt his. She will be even more valuable to him if she is uneducated; he will have the pleasure of teaching her everything himself. It is finally time for them to meet; let us work together to bring them closer.
We leave Paris in a state of sadness and longing. This place of noise and chaos is not our true home. Émile casts a disdainful glance at this great city and says with frustration: “What countless days have been wasted in vain searches! Ah, she is not here, my beloved.” My friend, you knew it all along, but my time costs you little, and my suffering causes you no pain. I look at him straight in the eyes and say, without any emotion: “Émile, do you truly believe what you are saying?” At that moment, he throws himself into my arms, utterly confused, and holds me tightly without uttering a word. That is always his response when he is in error.
Here we are, wandering through the fields like true knights-errant; not in search of adventures, but rather fleeing from them as we left Paris. Yet we imitate their erratic, uneven gait—now galloping at full speed, now moving at a slow trot. By constantly practicing this manner of travel, one would eventually come to understand it fully. I cannot imagine any reader, sufficiently accustomed to such practices, assuming that both of us are merely asleep inside a well-sealed carriage, traveling without seeing anything or observing anything at all—making the entire journey from departure to arrival meaningless for us, and losing all sense of time in the haste of our progress.
Men say that life is short, and I see that they strive to make it such. Not knowing how to make use of it, they complain about the speed of time, yet I observe that it moves far too slowly for their liking. Always preoccupied with the goals they pursue, they regret the interval that separates them from those goals: one wishes to be tomorrow, another next month, still another ten years from now; none of them wants to live in the present; no one is satisfied with the current moment; all consider it too slow to pass by. When they complain that time passes too quickly, they are lying; they would gladly pay any price to hasten its progress; they would willingly spend their entire fortune just to consume their lives in haste. Perhaps not a single one of them would not reduce his years to mere hours if he had the power to erase those hours that cause him distress due to boredom, or to speed up those moments that separate him from the desired future. Thus, many people spend half their lives traveling back and forth between Paris and Versailles, from town to country, from one neighborhood to another. They would be greatly troubled if they did not have this way of wasting their time, and they deliberately distract themselves from their affairs just to go looking for them again. They think they are saving time by taking these extra steps, time which otherwise they would not know what to do with; or perhaps, on the contrary, they run around in vain, traveling just to return back where they started. Mortal beings, will you never cease to slander nature? Why complain that life is short, when it is not long enough for your desires? If there were even one of you who could exercise enough restraint over his desires so as never to wish for time to pass faster, that person would not consider life too brief; living and enjoying things would mean the same thing to him; and even if he died young, he would die having experienced enough days.
Pertanto, non è appropriato che un uomo istruito prenda una donna ignorante, né tantomeno che ciò avvenga in un ambiente dove tale matrimonio non sia considerato conveniente. Preferirei cento volte di più una ragazza semplice e scarsamente educata a una donna colta e intelligente che venisse a stabilire nella mia casa un “tribunale della letteratura”, assumendosi il ruolo di sua presidente. Una donna intellettualmente superiore è una maledizione per suo marito, i suoi figli, i suoi amici, i suoi servitori, e per tutti. A causa della sua presunta superiorità, disprezza ogni dovere femminile e si comporta sempre come un uomo. Come mademoiselle de l’Enclos, per esempio. All’esterno, appare sempre ridicola e merita giustamente critiche: non si può evitare di considerarla tale non appena esce dal suo ruolo naturale e non è adatta a quello che cerca di assumere. Tutte queste donne dotate di grandi talenti impressionano soltanto gli ignoranti. Si sa sempre chi sia l’artista o l’amico che le aiuta nel loro lavoro; si conosce anche il “riservato” letterato che segretamente le suggerisce i testi da scrivere. Tutto questo è indegno di una donna onesta. Se possedesse davvero talenti veri, la sua presunzione li degraderebbe. La sua dignità sta nell’essere ignorata; la sua gloria nella stima di suo marito; i suoi piaceri nel benessere della sua famiglia. Lettori, vi chiedo: quale immagine di una donna vi viene in mente quando entrate nella sua stanza? Chi la rispetta di più, chi la vede impegnata nei compiti tipici del suo sesso, nell’occuparsi della casa, dei suoi figli, o che la trova mentre scrive versi davanti al suo specchio, circondata da libri e biglietti dipinti di ogni colore? Una ragazza colta rimarrà sempre una ragazza, finché esisteranno uomini sensati al mondo.
“Perché non ti portiamo con noi, Galla? La strada è deserta.” [491]
Dopo queste considerazioni, viene quella relativa all’aspetto fisico della persona; è la prima cosa che colpisce l’occhio e l’ultima a cui si dovrebbe dare importanza, ma nemmeno questa va trascurata del tutto. La grande bellezza, a mio parere, nel matrimonio è piuttosto qualcosa da evitare che da cercare. La bellezza, infatti, si consuma rapidamente con la frequentazione quotidiana; dopo sei settimane, per colui che la possiede non ha più alcun valore, ma i suoi “pericoli” durano altrettanto a lungo. A meno che una donna bella non sia davvero un angelo, suo marito è l’uomo più sfortunato del mondo; e anche se fosse un angelo, come potrebbe impedire che il marito venga costantemente circondato da nemici? Se la bruttezza estrema non fosse così disgustosa, la preferirei alla bellezza estrema; infatti, in poco tempo, sia l’una che l’altra diventano prive di qualsiasi valore per il marito: la bellezza si trasforma in un svantaggio, mentre la bruttezza diventa un vantaggio. Ma una bruttezza che suscita disgusto rappresenta il più grande dei mali; questo sentimento, invece di attenuarsi, aumenta costantemente e si trasforma in odio. Un matrimonio del genere è un vero inferno; sarebbe meglio essere morti piuttosto che vivere uniti in questo modo.
Desiderate in tutto la mediocrità, senza eccezione nemmeno per la bellezza stessa. Un volto gradevole e attraente, che non ispiri amore ma benevolenza, è ciò che si dovrebbe preferire; non arreca alcun danno al marito, e il vantaggio derivante da esso è comune a entrambi: le grazie, diversamente dalla bellezza, non si consumano con il tempo; sono piene di vitalità, si rinnovano continuamente, e dopo trent’anni di matrimonio, una donna onesta dotata di grazie piace al proprio marito esattamente come il primo giorno.
Sono state queste riflessioni a determinarmi nella scelta di Sophie. Essendo, come Émile, una creatura nata per la natura, lei è fatta apposta per lui più di chiunque altra; sarà la donna dell’uomo. È sua pari per nascita e meriti, ma inferiore per fortuna. Non incanta a prima vista, ma piace sempre di più con il passare dei giorni. Il suo maggior fascino si manifesta gradualmente; si rivela soltanto nell’intimità della vita quotidiana, e suo marito lo percepirà meglio di chiunque altro al mondo. La sua educazione non è né brillante né trascurata: ha gusto senza aver studiato, talenti senza arte, giudizio senza conoscenze. Il suo spirito non sa molto, ma è preparato ad imparare; è come una terra ben coltivata che attende soltanto il seme per dare frutto. Non ha mai letto altro che Barrême e Télémaque, libri che le sono capitati per caso tra le mani; ma una ragazza capace di appassionarsi per Télémaque può forse avere un cuore privo di sentimenti e uno spirito privo di delicatezza? Oh, l’adorabile ignoranza. Che fortuna colui a cui è destinata! Non sarà certo la maestra di suo marito, ma la sua discepola; lontana dall’imporgli i propri gusti, ne assumerà lei stessa quelli di lui. Sarà per lui molto più preziosa se non fosse istruita: avrà il piacere di insegnarle tutto lui stesso. È finalmente giunto il momento che si incontrino; lavoriamo dunque perché possano avvicinarsi.
Partiamo da Parigi tristi e sognanti. Questo luogo di caos non è il nostro centro. Émile getta uno sguardo di disprezzo verso questa grande città e dice con rabbia: “Quanti giorni sprecati in vane ricerche! Ah. Non è certo qui che si trova la moglie del mio cuore”. Amico mio, lo sapevi bene. Ma il mio tempo non ti costa nulla, e i miei dolori non ti causano alcun dolore. Lo guardo fisso e gli dico senza emozione: “Émile, credi davvero a quello che dici?”. All’istante, mi getta al collo confuso e mi stringe tra le braccia senza rispondere. È sempre questa la sua risposta quando ha torto.
Eccoci dunque nei campi, veri cavalieri erranti; non come quelli che cercano avventure, ma anzi ne fuggiamo lasciando Parigi; tuttavia imitiamo abbastanza il loro modo di viaggiare, incerto e irregolare: a volte avanziamo velocemente, altre volte camminiamo adagio. Seguendo costantemente questo modo di procedere, alla fine chiunque ci legga capirà certamente le nostre intenzioni; non riesco infatti a immaginare alcun lettore abbastanza abituato a queste usanze da pensare che noi due stiamo dormendo tranquillamente in una comoda carrozza, viaggiando senza vedere nulla, senza osservare nulla, rendendo così inutile per noi il tempo trascorso dal momento della partenza a quello dell’arrivo, e perdendo, nella velocità del nostro viaggio, ogni possibilità di godercelo appieno.
Gli uomini dicono che la vita sia breve, e vedo che si sforzano proprio di renderla tale. Non sapendo come utilizzarla, si lamentano della rapidità del tempo; invece, vedo che loro lo fanno scorrere troppo lentamente a loro piacimento. Sempre concentrati sull’obiettivo verso cui tendono, rimpiangono il lasso di tempo che li separa da esso: uno vorrebbe essere già domani, un altro tra un mese, un altro tra dieci anni; nessuno vuole vivere nel presente; nessuno è soddisfatto dell’ora attuale, tutti la trovano troppo lenta a passare. Quando si lamentano che il tempo scorra troppo velocemente, mentono: pagherebbero volentieri il potere di accelerarlo; spenderebbero volentieri tutta la loro fortuna per consumare in un istante tutta la loro vita. E forse non c’è nessuno tra loro che non ridurrebbe i propri anni a poche ore, se potesse togliere quelle che lo infastidiscono secondo il proprio disgusto, e quelle che lo separano dal momento desiderato secondo la propria impazienza. Molti trascorrono metà della loro vita andando avanti e indietro tra Parigi e Versailles, dalla città alla campagna, e da un quartiere all’altro. Queste persone si troverebbero in grande imbarazzo riguardo al tempo che hanno a disposizione, se non possedessero il “segreto” di perderlo in questo modo. Si allontanano apposta dalle loro occupazioni solo per andare a cercarle. Pensano di guadagnare il tempo che impiegano in più, e che altrimenti non saprebbero come utilizzare. Oppure, al contrario, corrono soltanto per correre, e viaggiano a tutta velocità senza alcun vero scopo, se non quello di tornare indietro allo stesso modo. O mortali, smetterete mai di diffamare la natura? Perché vi lamentate che la vita sia breve, se in realtà non lo è ancora abbastanza a vostro piacimento? Se ci fosse anche solo una persona tra voi che sapesse moderare i propri desideri al punto da non desiderare mai che il tempo scorresse. Quella persona non lo considererebbe certo troppo breve. Vivere e godersi la vita sarebbero per lei la stessa cosa. E, anche se morisse giovane, morirebbe soddisfatta dei giorni vissuti.
Quand je n’aurais que cet avantage dans ma méthode, par cela seul il la faudrait préférer à toute autre. Je n’ai point élevé mon Émile pour désirer ni pour attendre mais pour jouir ; et quand il porte ses désirs au-delà du présent, ce n’est point avec une ardeur assez impétueuse pour être importuné de la lenteur du temps. Il ne jouira pas seulement du plaisir de désirer, mais de celui d’aller à l’objet qu’il désire ; et ses passions sont tellement modérées qu’il est toujours plus où il est qu’où il sera.
Nous ne voyageons donc point en courriers, mais en voyageurs. Nous ne songeons pas seulement aux deux termes, mais à l’intervalle qui les sépare. Le voyage même est un plaisir pour nous. Nous ne le faisons point tristement assis et comme emprisonnés dans une petite cage bien fermée. Nous ne voyageons point dans la mollesse et dans le repos des femmes. Nous ne nous ôtons ni le grand air, ni la vue des objets qui nous environnent, ni la commodité de les contempler à notre gré quand il nous plaît. Émile n’entra jamais dans une chaise de poste, et ne court guère en poste s’il n’est pressé. Mais de quoi jamais Émile peut-il être pressé ? D’une seule chose, de jouir de la vie. Ajouterai-je et de faire du bien quand il le peut ? Non, car cela même est jouir de la vie.
Je ne conçois qu’une manière de voyager plus agréable que d’aller à cheval ; c’est d’aller à pied. On part à son moment, on s’arrête à sa volonté, on fait tant et si peu d’exercice qu’on veut. On observe tout le pays ; on se détourne à droite, à gauche ; on examine tout ce qui nous flatte ; on s’arrête à tous les points de vue. Aperçois-je une rivière, je la côtoie ; un bois touffu, je vais sous son ombre ; une grotte, je la visite ; une carrière, j’examine les minéraux. Partout où je me plais, j’y reste. À l’instant que je m’ennuie, je m’en vais. Je ne dépends ni des chevaux ni du postillon. Je n’ai pas besoin de choisir des chemins tout faits, des routes commodes ; je passe partout où un homme peut passer ; je vois tout ce qu’un homme peut voir ; et, ne dépendant que de moi-même, je jouis de toute la liberté dont un homme peut jouir. Si le mauvais temps m’arrête et que l’ennui me gagne, alors je prends des chevaux. Si je suis las… Mais Émile ne se lasse guère ; il est robuste ; et pourquoi se lasserait-il ? Il n’est point pressé. S’il s’arrête, comment peut-il s’ennuyer ? Il porte partout de quoi s’amuser. Il entre chez un maître, il travaille ; il exerce ses bras pour reposer ses pieds.
Voyager à pied, c’est voyager comme Thalès, Platon et Pythagore. J’ai peine à comprendre comment un philosophe peut se résoudre à voyager autrement, et s’arracher à l’examen des richesses qu’il foule aux pieds et que la terre prodigue à sa vue. Qui est-ce qui, aimant un peu l’agriculture ; ne veut pas connaître les productions particulières au climat des lieux qu’il traverse, et la manière de les cultiver ? Qui est-ce qui, ayant un peu de goût pour l’histoire naturelle, peut se résoudre à passer un terrain sans l’examiner, un rocher sans l’écorner, des montagnes sans herboriser, des cailloux sans chercher des fossiles ? Vos philosophes de ruelles étudient l’histoire naturelle dans des cabinets ; ils ont des colifichets ; ils savent des noms, et n’ont aucune idée de la nature. Mais le cabinet d’Émile est plus riche que ceux des rois ; ce cabinet est la terre entière. Chaque chose y est à sa place : le naturaliste qui en prend soin a rangé le tout dans un fort bel ordre : Daubenton ne ferait pas mieux.
Combien de plaisirs différents on rassemble par cette agréable manière de voyager ! sans compter la santé qui s’affermit, l’humeur qui s’égaye. J’ai toujours vu ceux qui voyageaient dans de bonnes voitures bien douces, rêveurs, tristes, grondants ou souffrants ; et les piétons toujours gais, légers et contents de tout. Combien le coeur rit quand on approche du gîte ! Combien un repas grossier paraît savoureux ! Avec quel plaisir on se repose à table ! Quel bon sommeil on fait dans un mauvais lit ! Quand on ne veut qu’arriver, on peut courir en chaise de poste ; mais quand on veut voyager, il faut aller à pied.
Si, avant que nous ayons fait cinquante lieues de la manière que j’imagine, Sophie n’est pas oubliée, il faut que je ne sois guère adroit, ou qu’Émile soit bien peu curieux ; car, avec tant de connaissances élémentaires, il est difficile qu’il ne soit pas tenté d’en acquérir davantage. On n’est curieux qu’à proportion qu’on est instruit ; il sait précisément assez pour vouloir apprendre.
Cependant, un objet en attire un autre, et nous avançons toujours. J’ai mis à notre première course un terme éloigné : le prétexte en est facile ; en sortant de Paris, il faut aller chercher une femme au loin.
Quelque jour, après nous être égarés plus qu’à l’ordinaire dans des vallons, dans des montagnes où l’on n’aperçoit aucun chemin, nous ne savons plus retrouver le nôtre. Peu nous importe, tous chemins sont bons, pourvu qu’on arrive : mais encore faut-il arriver quelque part quand on a faim. Heureusement nous trouvons un paysan qui nous mène dans sa chaumière ; nous mangeons de grand appétit son maigre dîner. En nous voyant si fatigués, si affamés, il nous dit : Si le bon Dieu vous eût conduits de l’autre côté de la colline, vous eussiez été mieux reçus… vous auriez trouvé une maison de paix… des gens si charitables… de si bonnes gens !… Ils n’ont pas meilleur coeur que moi, mais ils sont plus riches, quoiqu’on dise qu’ils l’étaient bien plus autrefois… Ils ne pâtissent pas, Dieu merci ; et tout le pays se sent de ce qui leur reste.
À ce mot de bonnes gens, le coeur du bon Émile s’épanouit. Mon ami, dit-il en me regardant, allons à cette maison dont les maîtres sont bénis dans le voisinage : je serais bien aise de les voir ; peut-être seront-ils bien aises de nous voir aussi. Je suis sûr qu’ils nous recevront bien : s’ils sont des nôtres, nous serons des leurs.
La maison bien indiquée, on part, on erre dans les bois, une grande pluie nous surprend en chemin ; elle nous retarde sans nous arrêter. Enfin l’on se retrouve, et le soir nous arrivons à la maison désignée. Dans le hameau qui l’entoure, cette seule maison, quoique simple, a quelque apparence. Nous nous présentons, nous demandons l’hospitalité. L’on nous fait parler au maître ; il nous questionne, mais poliment : sans dire le sujet de notre voyage, nous disons celui de notre détour. Il a gardé de son ancienne opulence la facilité de connaître l’état des gens dans leurs manières ; quiconque a vécu dans le grand monde se trompe rarement là-dessus : sur ce passeport nous sommes admis.
On nous montre un appartement fort petit, mais propre et commode ; on y fait du feu, nous y trouvons du linge, des nippes, tout ce qu’il nous faut. Quoi ! dit Émile tout surpris, on dirait que nous étions attendus ! O que le paysan avait bien raison ! quelle attention ! quelle bonté ! quelle prévoyance ! et pour des inconnus ! Je crois être au temps d’Homère. Soyez sensible à tout cela, lui dis-je, mais ne vous en étonnez pas ; partout où les étrangers sont rares, ils sont bien venus : rien ne rend plus hospitalier que de n’avoir pas souvent besoin de l’être : c’est l’affluence des hôtes qui détruit l’hospitalité. Du temps d’Homère on ne voyageait guère, et les voyageurs étaient bien reçus partout Nous sommes peut-être les seuls passagers qu’on ait vus ici de toute l’année. N’importe, reprend-il, cela même est un éloge de savoir se passer d’hôtes, et de les recevoir toujours bien.
Séchés et rajustés, nous allons rejoindre le maître de la maison ; il nous présente à sa femme ; elle nous reçoit, non pas seulement avec politesse, mais avec bonté. L’honneur de ses coups d’oeil est pour Émile. Une mère, dans le cas où elle est, voit rarement sans inquiétude, ou du moins sans curiosité, entrer chez elle un homme de cet âge.
If this were the only advantage of my method, it alone would justify preferring it to any other. I have not raised my child Émile with the intention of making him desire or wait for anything, but rather to enable him to enjoy things directly. When he directs his desires beyond the present moment, it is not with such impetuous fervor that he would be disturbed by the slowness of time. He will not only enjoy the pleasure of desiring something, but also the pleasure of attaining the object of his desire; and his passions are so well moderated that he is always in a better state where he is than where he will be in the future.
We therefore do not travel as couriers, but as travelers. We consider not only the two terms themselves, but also the interval that separates them. The act of traveling itself is a pleasure for us. We do not undertake it in a sad manner, seated and imprisoned within a tightly closed cage. We do not travel in the comfort and ease of women’s lives. We do not deprive ourselves of the fresh air, the sight of the objects surrounding us, or the convenience of observing them at our own will, whenever we desire. Émile never boarded a post chaise, and only rarely traveled by post unless he was in urgent need. But what could ever urge Émile to hurry? Only one thing: to enjoy life. Should I add that he also strives to do good whenever possible? No, for doing good is itself a form of enjoying life.
I can think of only one way to travel more pleasantly than on horseback, and that is to walk on foot. One sets off at one’s own convenience, stops whenever desired, and exercises as much or as little as one wishes. One can observe the entire countryside; turn right or left at will; examine whatever pleases one; stop at every interesting spot. If I see a river, I follow its banks; if there is a thick forest, I seek its shade; if I come across a cave, I explore it; if there is a quarry, I study the minerals. Wherever I enjoy myself, I stay there; the moment I grow bored, I leave. I am not dependent on horses or postillions. I don’t need to follow pre-made paths or convenient roads; I can go wherever a man can go, see whatever a man can see—and, since I depend solely on myself, I enjoy all the freedom that a man can enjoy. If bad weather prevents me from continuing, or if boredom sets in, then I simply take horses. If I am tired, but Émile is hardly ever tired; he is robust, and why should he be? He has no hurry. If he stops, how could he possibly get bored? He always has something to entertain himself with. He might go to a household, work there, and use his strength to rest his feet.
To travel on foot is to travel in the way of Thales, Plato, and Pythagoras. I find it hard to understand how a philosopher could be willing to travel any other way, and refrain from examining the riches that lie before his eyes and that nature bestows upon him. Who, if they have even a slight interest in agriculture, would not wish to learn about the specific products of the local climate and how they should be cultivated? And who, if they have any appreciation for natural history, could bear to pass by a piece of land without examining it, a rock without studying it, mountains without collecting plants, or stones without searching for fossils? Your street philosophers study natural history in their study rooms; they have labels and know some names, but they have no real understanding of nature. Yet Émile’s “study room” is richer than those of kings—for this “study room” is the entire earth itself. Everything is in its proper place; the naturalist who takes care of it has arranged everything in perfect order—not even Daubenton could do better.
How many different pleasures are gathered through this delightful way of traveling! Not to mention the improved health and the lightened mood it brings. I have always seen those who travel in comfortable, soft carriages to be dreamy, sad, grumbling, or suffering; while pedestrians are always cheerful, carefree, and content with everything. How much one’s heart laughs when approaching a place of rest! How delicious even the simplest meal seems! With what pleasure one can rest at the table! What good sleep one can get in a poor bed! When one simply wants to arrive somewhere, one can travel by post chaise; but when one truly wishes to journey, one must walk on foot.
If, by the time we have traveled fifty miles in the manner I imagine, Sophie has not been forgotten, it must mean that I am not very clever, or that Émile is remarkably uncurious; for, given his level of basic knowledge, it would be difficult for him not to feel the desire to acquire more. One becomes curious only in proportion to one’s level of education; he already knows enough to want to learn more.
However, one object attracts another, and we continue to move forward. I set an arbitrary end to our first journey; the pretext was simple: after leaving Paris, we needed to go far away to find a woman.
One day, after getting lost more than usual in valleys and mountains where not a single path was visible, we were unable to find our way back. It didn’t really matter much to us; any path would do, as long as it led somewhere—especially since we were hungry. Fortunately, we came across a farmer who took us to his thatched cottage. We ate his meager meal with great relish. Seeing how tired and hungry we were, he said to us: “If only God had led you on the other side of the hill, you would have been received even better. You would have found a house of peace, people so kind and good-hearted. Their hearts are no worse than mine, but they are richer, although it is said they used to be much richer in the past. Thank God, they do not suffer; and the whole region benefits from what they have.”
At the mention of these good people, the kind heart of Émile blossomed with joy. “My friend,” he said, looking at me, “let’s go to this house whose owners are blessed in the neighborhood; I would be very pleased to meet them; perhaps they will also be happy to see us. I am sure they will welcome us warmly: if they are among our kind, then we are among theirs.”
We set off for the house that was clearly indicated, but we got lost in the woods. A heavy rain caught us by surprise on the way; it delayed us without stopping us in our progress. Finally, we managed to find our way back, and by evening we arrived at the designated house. In the small village surrounding it, this single house, though simple, had a certain presence. We went to introduce ourselves and asked for hospitality. We were told to speak with the owner; he questioned us politely. Without mentioning the purpose of our journey, we explained why we had taken such a detour. Having retained from his former opulence the ability to discern people’s character through their manners, he quickly understood our situation. Anyone who has lived in the high society rarely makes mistakes in such matters; based on this “passport,” we were granted permission to stay.
They showed us a very small apartment, but clean and comfortable; they lit a fire there, and we found clothes, necessities—everything we needed. “Oh!” exclaimed Émile in surprise, “it seems as if we were expected! How right that countryman was! What attention, what kindness, what foresight—and all for strangers! I feel as if I have returned to the times of Homer.” “Be grateful for all this,” I said to him, “but don’t be surprised; wherever foreigners are rare, they are always well received. Nothing makes a place less hospitable than the frequent need to be hospitable itself—it is the abundance of guests that destroys true hospitality. In Homer’s time, people rarely traveled, and travelers were always welcome everywhere. Perhaps we are the only visitors this place has seen all year long. Anyway,” he added, “even that is a testament to the skill of knowing how to do without guests—and yet always receiving them well.”
Having dried ourselves and straightened our clothes, we went to join the host of the house; he introduced us to his wife, who received us not only with politeness but also with kindness. The honor of her glances was reserved for Émile. A mother, in such a situation, would rarely fail to feel concerned—or at least curious—when a man of that age entered her home.
Se nella mia metodologia avessi soltanto questo vantaggio, essa dovrebbe essere preferita a qualsiasi altra. Non ho educato mio figlio Émile con l’intento di farlo desiderare o aspettare qualcosa, ma per permettergli di godere; e quando i suoi desideri si estendono oltre il presente, non lo fa con un’ardore così impetuoso da essere disturbato dalla lentezza del tempo. Non godrà soltanto del piacere di desiderare, ma anche di quello di raggiungere l’oggetto che desidera; inoltre, le sue passioni sono così moderate che è sempre più dove si trova di quanto non sarà in futuro.
Pertanto, non viaggiamo come corrieri, ma come viaggiatori. Non pensiamo soltanto ai due termini del viaggio, ma anche all’intervallo che li separa; il viaggio stesso rappresenta per noi un piacere. Non lo facciamo in modo triste, seduti e imprigionati in una piccola gabbia ben chiusa; non viaggiamo nella comodità e nel riposo tipici delle donne. Non ci priviamo né dell’aria fresca, né della vista degli oggetti che ci circondano, né della possibilità di ammirarli a nostro piacimento, quando ne abbiamo voglia. Émile non è mai salito su una carrozza postale e raramente viaggia in fretta, se non è costretto a farlo. Ma di cosa potrebbe mai essere costretto Émile? Solo di una cosa: di godersi la vita. Aggiungerei anche che, quando possibile, cerca di fare del bene. No, perché anche questo fa parte del godersi la vita.
Non concepisco alcun modo di viaggiare più piacevole di quello a piedi: si parte quando si vuole, ci si ferma quando si desidera, si fa esercizio quanto si preferisce. Si può osservare tutto il paesaggio; si può deviare a destra o a sinistra, si possono esaminare tutte le cose che ci piacciono, si può fermarsi in qualsiasi punto ci interessi. Se vedo un fiume, lo costeggio; se c’è una foresta rigogliosa, vi entro per ripararmi dall’ombra; se trovo una grotta, la visito; se c’è una miniera, esamino i minerali. Dove mi diverte di stare, resto lì; non appena inizio ad annoiarmi, me ne vado. Non dipendo né dai cavalli né dal postiglione; non ho bisogno di scegliere strade già tracciate o vie comode: posso passare ovunque un uomo possa passare, vedere tutto ciò che un uomo può vedere. E, essendo indipendente da ogni altra cosa, godo di tutta la libertà di cui un uomo può disporre. Se il cattivo tempo mi impedisce di viaggiare o se inizio ad annoiarmi, allora prendo i cavalli. Ma Émile raramente si stanca: è robusto e, dopotutto, perché dovrebbe stancarsi? Non ha alcuna fretta; se si ferma, come potrebbe annoiarsi? Porta sempre con sé qualcosa con cui divertirsi: entra in una casa, lavora. Si esercita per riposare i piedi.
Viaggiare a piedi significa viaggiare come Talete, Platone e Pitagora. Non riesco proprio a capire come un filosofo possa decidere di viaggiare in altro modo, rinunciando all’esame delle ricchezze che calpesta sotto i piedi e che la terra gli offre davanti agli occhi. Chi, amando un po’ l’agricoltura, non desidera conoscere le produzioni specifiche del clima dei luoghi che attraversa, nonché il modo in cui possono essere coltivate? E chi, avendo un minimo di interesse per la storia naturale, può accontentarsi di attraversare un terreno senza esaminarlo, una roccia senza studiarla da vicino, delle montagne senza raccogliere erbe o cercare fossili? I vostri filosofi di strada studiano la storia naturale nei loro studi; hanno dei libretti con i nomi delle cose, ma non hanno alcuna vera comprensione della natura stessa. Ma lo studio di Émile è più ricco di quelli dei re: questo “studio” è l’intera terra. Ogni cosa vi è al suo posto; il naturalista che se ne prende cura ha sistemato tutto in un ordine assai preciso. Nemmeno Daubenton farebbe di meglio.
Quanti piaceri diversi si raccolgono con questo delizioso modo di viaggiare! Per non parlare della salute che migliora e dell’umore che si rallegra. Ho sempre visto coloro che viaggiavano in belle carrozze morbide essere sognatori, tristi, lamentosi o sofferenti; mentre i pedoni erano sempre felici, leggeri e soddisfatti di tutto. Quanto ride il cuore quando si avvicina al luogo di riposo! Quanto un pasto semplice sembra delizioso! Con quale piacere ci si riposa a tavola! Quanto bene si dorme anche in un letto cattivo! Quando si vuole solo arrivare, si può viaggiare in carrozza; ma quando si vuole davvero godersi il viaggio, bisogna andare a piedi.
Sì, se prima di aver percorso cinquanta miglia nel modo che immagino, Sophie non è stata dimenticata, allora devo essere davvero poco abile, oppure Émile deve essere molto poco curioso. Poiché, con tali conoscenze elementari, è difficile che non sia tentato di acquisirne di più. Si è curiosi soltanto nella misura in cui si è istruiti; lui sa esattamente abbastanza per voler imparare ancora.
Tuttavia, un oggetto attira un altro, e continuiamo ad avanzare. Ho posto fine alla nostra prima “caccia” in modo piuttosto lontano nel tempo: il pretesto era semplice: uscendo da Parigi, bisognava andare lontano a cercare una donna.
Un giorno, dopo esserci smarriti più del solito in valli e montagne dove non si vedeva alcun sentiero, non riuscimmo più a ritrovare la nostra strada. Non ci importava molto: tutti i sentieri erano buoni, purché portassero da qualche parte. Ma bisognava pur arrivare da qualche parte quando si ha fame. Fortunatamente incontrammo un contadino che ci portò nella sua capanna; mangiammo con grande appetito il suo misero pasto. Vedendoci così stanchi e affamati, ci disse: “Se il buon Dio vi avesse condotti dall’altra parte della collina, sareste stati accolti meglio. Avreste trovato una casa di pace, persone così caritatevoli, persone davvero buone! Non hanno un cuore migliore del mio, ma sono più ricchi. Anche se si dice che un tempo lo fossero molto di più. Grazie a Dio, non soffrono; e tutta la regione ne trae beneficio”.
All’udire queste parole di persone gentili, il cuore del buon Émile si riempì di gioia. “Amico mio”, mi disse guardandomi, “andiamo in quella casa i cui proprietari sono benedetti nel quartiere: mi piacerebbe molto vederli; forse anche a loro piacerà vederci. Sono sicuro che ci accoglieranno bene: se sono tra di noi, allora saremo anche noi tra di loro.”
La casa indicata con precisione. Partiamo, ma ci perdiamo nella foresta; una forte pioggia ci colpisce lungo la strada, rallentandoci senza però fermarci. Alla fine riusciamo a ritrovare la direzione giusta e, alla sera, arriviamo finalmente alla casa designata. Nel piccolo villaggio che la circonda, questa unica casa, sebbene semplice, ha comunque un certo aspetto dignitoso. Ci presentiamo e chiediamo ospitalità. Ci fanno parlare con il proprietario; ci interroga, ma in modo cortese. Senza menzionare lo scopo del nostro viaggio, gli raccontiamo della deviazione che abbiamo dovuto compiere. Ha conservato, dalla sua antica opulenza, la capacità di comprendere facilmente lo stato delle persone e i loro modi di comportarsi; chiunque abbia vissuto nel grande mondo difficilmente si sbaglia in questo campo. Grazie a questo “passaporto”, veniamo accettati.
Ci viene mostrato un appartamento molto piccolo, ma pulito e comodo; vi si accende il fuoco, troviamo biancheria, vestiti, tutto ciò di cui abbiamo bisogno. “Che cosa!”, esclama Émile sorpreso, “sembrerebbe che fossimo stati aspettati. Che uomo premuroso quel contadino! Quanta attenzione, quanta gentilezza, quanta previdenza. E tutto questo per degli sconosciuti! Credo di essere nel tempo di Omero, ” “Sii grato per tutto ciò”, gli dico, “ma non meravigliartene; ovunque gli stranieri siano rari, vengono sempre ben accolti: nulla rende più ospitale una persona che il fatto di non aver bisogno spesso di essere ospitale. È proprio l’eccesso di visitatori a distruggere la vera ospitalità. Ai tempi di Omero si viaggiava poco, e i viaggiatori venivano sempre ben accolti ovunque. Forse siamo gli unici passeggeri che siano stati visti qui in tutto l’anno. Comunque sia”, aggiunge lui, “anche questo è un complimento: sapere come fare a meno degli ospiti, e comunque riceverli sempre bene.”
Asciutti e sistemati, andremo a raggiungere il padrone di casa; ci presenta a sua moglie, che ci accoglie non solo con cortesia, ma anche con gentilezza. L’onore dei suoi sguardi è rivolto a Émile. Una madre, in una situazione del genere, raramente vede entrare nella propria casa un uomo di quell’età senza provare inquietudine, o almeno senza curiosità.
On fait hâter le souper pour l’amour de nous. En entrant dans la salle à manger, nous voyons cinq couverts : nous nous plaçons, il en reste un vide. Une jeune personne entre, fait une grande révérence, et s’assied modestement sans parler. Émile, occupé de sa faim ou de ses réponses, la salue, parle, et mange. Le principal objet de son voyage est aussi loin de sa pensée qu’il se croit lui-même encore loin du terme. L’entretien roule sur l’égarement des voyageurs. Monsieur, lui dit le maître de la maison, vous me paraissez un jeune homme aimable et sage ; et cela me fait songer que vous êtes arrivés ici, votre gouverneur et vous, las et mouillés, comme Télémaque et Mentor dans l’île de Calypso. Il est vrai, répond Émile, que nous trouvons ici l’hospitalité de Calypso. Son Mentor ajoute : Et les charmes d’Eucharis. Mais Émile connaît l’Odyssée et n’a point lu Télémaque ; il ne sait ce que c’est qu’Eucharis. Pour la jeune personne, je la vois rougir jusqu’aux yeux, les baisser sur son assiette, et n’oser souffler. La mère, qui remarque son embarras, fait signe au père, et celui-ci change de conversation. En parlant de sa solitude, il s’engage insensiblement dans le récit des événements qui l’y ont confiné ; les malheurs de sa vie, la constance de son épouse, les consolations qu’ils ont trouvées dans leur union, la vie douce et paisible qu’ils mènent dans leur retraite, et toujours sans dire un mot de la jeune personne ; tout cela forme un récit agréable et touchant qu’on ne peut entendre sans intérêt. Émile, ému, attendri, cesse de manger pour écouter. Enfin, à l’endroit où le plus honnête des hommes s’étend avec plus de plaisir sur l’attachement de la plus digne des femmes, le jeune voyageur, hors de lui, serre une main du mari, qu’il a saisie, et de l’autre prend aussi la main de la femme, sur laquelle il se penche avec transport en l’arrosant de pleurs. La naïve vivacité du jeune homme touche tout le monde ; mais la fille, plus sensible que personne à cette marque de son bon coeur, croit voir Télémaque affecté des malheurs de Philoctète. Elle porte à la dérobée les yeux sur lui pour mieux examiner sa figure ; elle n’y trouve rien qui démente la comparaison. Son air aisé a de la liberté sans arrogance ; ses manières sont vives sans étourderie ; sa sensibilité rend son regard plus doux, sa physionomie plus touchante : la jeune personne le voyant pleurer est près de mêler ses larmes aux siennes. Dans un si beau prétexte, une honte secrète la retient : elle se reproche déjà les pleurs prêts à s’échapper de ses yeux, comme s’il était mal d’en verser pour sa famille.
La mère, qui dès le commencement du souper n’a cessé de veiller sur elle, voit sa contrainte, et l’en délivre en l’envoyant faire une commission. Une minute après, la jeune fille rentre, mais si mal remise, que son désordre est visible à tous les yeux. La mère lui dit avec douceur : Sophie, remettez-vous ; ne cesserez-vous point de pleurer les malheurs de vos parents. Vous qui les en consolez, n’y soyez pas plus sensible qu’eux-mêmes.
À ce nom de Sophie, vous eussiez vu tressaillir Émile. Frappé d’un nom si cher, il se réveille en sursaut, et jette un regard avide sur celle qui l’ose porter. Sophie, ô Sophie ! est-ce vous que mon coeur cherche ? est-ce vous que mon coeur aime ? Il l’observe, il la contemple avec une sorte de crainte et de défiance. Il ne voit pas exactement la figure qu’il s’était peinte ; il ne sait si celle qu’il voit vaut mieux ou moins. Il étudie chaque trait, il épie chaque mouvement, chaque geste ; il trouve à tout mille interprétations confuses ; il donnerait la moitié de sa vie pour qu’elle voulût dire un seul mot. Il me regarde, inquiet et troublé ; ses yeux me font à la fois cent questions, cent reproches. Il semble me dire à chaque regard : Guidez-moi tandis qu’il est temps ; si mon coeur se livre et se trompe, je n’en reviendrai de mes jours.
Émile est l’homme du monde qui sait le moins se déguiser. Comment se déguiserait-il dans le plus grand trouble de sa vie, entre quatre spectateurs qui l’examinent, et dont le plus distrait en apparence est en effet le plus attentif ? Son désordre n’échappe point aux yeux pénétrants de Sophie ; les siens l’instruisent de reste qu’elle en est l’objet : elle voit que cette inquiétude n’est pas de l’amour encore ; mais qu’importe ? il s’occupe d’elle, et cela suffit : elle sera bien malheureuse s’il s’en occupe impunément.
Les mères ont des yeux comme leurs filles, et l’expérience de plus. La mère de Sophie sourit du succès de nos projets. Elle lit dans les coeurs des deux jeunes gens ; elle voit qu’il est temps de fixer celui du nouveau Télémaque ; elle fait parler sa fille. Sa fille, avec sa douceur naturelle, répond d’un ton timide qui ne fait que mieux son effet. Au premier son de cette voix, Émile est rendu ; c’est Sophie, il n’en doute plus. Ce ne la serait pas, qu’il serait trop tard pour s’en dédire.
C’est alors que les charmes de cette fille enchanteresse vont par torrents à son coeur, et qu’il commence d’avaler à longs traits le poison dont elle l’enivre. Il ne parle plus, il ne répond plus ; il ne voit que Sophie ; il n’entend que Sophie : si elle dit un mot, il ouvre la bouche ; si elle baisse les yeux, il les baisse ; s’il la voit soupirer, il soupire : c’est l’âme de Sophie qui paraît l’animer. Que la sienne a changé dans peu d’instants ! Ce n’est plus le tour de Sophie de trembler, c’est celui d’Émile. Adieu la liberté, la naïveté, la franchise. Confus, embarrassé, craintif, il n’ose plus regarder autour de lui, de peur de voir qu’on le regarde. Honteux de se laisser pénétrer, il voudrait se rendre invisible à tout le monde pour se rassasier de la contempler sans être observé. Sophie, au contraire, se rassure de la crainte d’Émile ; elle voit son triomphe, elle en jouit.
Nol mostra già, ben che in suo cor ne rida.
Elle n’a pas changé de contenance ; mais, malgré cet air modeste et ces yeux baissés, son tendre coeur palpite de joie, et lui dit que Télémaque est trouvé.
Si j’entre ici dans l’histoire trop naïve et trop simple peut-être de leurs innocentes amours, on regardera ces détails comme un jeu frivole, et l’on aura tort. On ne considère pas assez l’influence que doit avoir la première liaison d’un homme avec une femme dans le cours de la vie de l’un et de l’autre. On ne voit pas qu’une première impression, aussi vive que celle de l’amour ou du penchant qui tient sa place, a de longs effets dont on n’aperçoit point la chaîne dans le progrès des ans, mais qui ne cessent d’agir jusqu’à la mort. On nous donne, dans les traités d’éducation, de grands verbiages inutiles et pédantesques sur les chimériques devoirs des enfants ; et l’on ne nous dit pas un mot de la partie la plus importante et la plus difficile de toute l’éducation, savoir, la crise qui sert de passage de l’enfance à l’état d’homme. Si j’ai pu rendre ces essais utiles par quelque endroit, ce sera surtout pour m’y être étendu fort au long sur cette partie essentielle, omise par tous les autres, et pour ne m’être point laissé rebuter dans cette entreprise par de fausses délicatesses, ni effrayer par des difficultés de langue. Si j’ai dit ce qu’il faut faire, j’ai dit ce que j’ai dû dire : il m’importe fort peu d’avoir écrit un roman. C’est un assez beau roman que celui de la nature humaine. S’il ne se trouve que dans cet écrit, est-ce ma faute ? Ce devrait être l’histoire de mon espèce ? Vous qui la dépravez, c’est vous qui faites un roman de mon livre.
Une autre considération qui renforce la première, est qu’il ne s’agit pas ici d’un jeune homme livré dès l’enfance à la crainte, à la convoitise, à l’envie, à l’orgueil, et à toutes les passions qui servent d’instruments aux éducations communes ; qu’il s’agit d’un jeune homme dont c’est ici, non seulement le premier amour, mais la première passion de toute espèce ; que de cette passion, l’unique peut-être qu’il sentira vivement dans toute sa vie, dépend la dernière forme que doit prendre son caractère. Ses manières de penser, ses sentiments, ses goûts, fixés par une passion durable, vont acquérir une consistance qui ne leur permettra plus de s’altérer.
They hastened the preparation of dinner out of consideration for us. Upon entering the dining room, we saw five places set; we took our seats, and one place remained empty. A young woman entered, made a deep bow, and sat down modestly without saying a word. Émile, preoccupied with his hunger or his responses, greeted her, spoke with her, and continued eating. The main subject of his conversation was far from his thoughts, just as he believed himself to be still far from the end of his journey. The conversation turned to the misfortunes that often befall travelers. “Sir,” said the host, “you seem to me to be a kind and wise young man; this reminds me that you and your governor must have arrived here tired and wet, just like Télémaque and Mentor on the island of Calypso.” “Indeed,” replied Émile, “we have found the hospitality of Calypso here.” His mentor added, “And the charms of Eucharis as well.” But Émile knew nothing of the Odyssey or Télémaque; he had never even heard of Eucharis. As for the young woman, I could see her blush until her eyes turned red; she lowered her gaze to her plate and dared not breathe a word. The mother, noticing her embarrassment, signaled to her father, who then changed the subject of conversation. Speaking of his solitude, he gradually began to recount the events that had led him into it—his life’s misfortunes, the steadfastness of his wife, the comfort they found in their union, and the peaceful and happy life they led in their retreat—but he never mentioned the young woman at all. All these things together formed a pleasant and touching story that everyone listened to with great interest. Émile, moved and touched, stopped eating to listen. Finally, when the subject turned to the deep affection between the most honorable man and the most virtuous woman, the young traveler, overcome with emotion, took one hand of the husband and the other of the wife; leaning over them, he wept bitterly. The naive enthusiasm of the young man touched everyone; but the girl, more sensitive than anyone else to this expression of his kind heart, thought she saw Télémaque affected by Philoctetes’ misfortunes. She stole glances at him to examine his face more closely—and found nothing in it that contradicted her comparison. His demeanor was graceful without arrogance, his manners lively yet not foolish; his sensitivity made his gaze even gentler, his expression all the more touching. Seeing him weep, the young woman was on the verge of joining his tears. But out of some secret sense of shame, she restrained herself, reproaching herself for the tears that were about to flow—as if it would be wrong to shed them for her family.
The mother, who had not stopped watching over her since the beginning of the dinner, noticed her distress and freed her by sending her on a errand. A minute later, the young girl returned, but in such a state of agitation that her disarray was obvious to everyone. The mother said to her gently, “Sophie, calm down; will you never stop mourning your parents’ misfortunes? You, who are supposed to comfort them, should not be more affected by it than they are themselves.”
At the name Sophie, you would have seen Émile shudder. Struck by such a dear name, he jolted awake and cast an eager glance at those who dared bear it. Sophie, oh Sophie! Is it you that my heart seeks? Is it you that my heart loves? He observed her, gazing at her with both fear and suspicion. He did not see exactly the image he had imagined; he did not know whether the person before him was better or worse than what he had hoped. He studied every feature of her face, watched every movement and gesture; he found a thousand confused interpretations in everything she did. He would give half his life if only she would say one single word to him. He looked at me, anxious and troubled; his eyes seemed to ask me a hundred questions, to lay a hundred reproaches upon me. With each glance, it was as if he were saying: “Guide me while there is still time; if my heart gives itself away and I am mistaken, I will never recover.”
Émile is the most inept at disguising himself of all people. How could he possibly disguise himself in the midst of the greatest turmoil of his life, surrounded by four observers who are scrutinizing him—of whom the one who seems the least attentive is actually the most keen? His disarray does not escape Sophie’s piercing gaze; moreover, what she sees makes it clear to her that he is concerned about her. She realizes that this concern is not yet of a romantic nature. But what does it matter? As long as he is thinking of her, that is enough. She would be truly unhappy if he stopped doing so.
Mothers have eyes just like their daughters—and, moreover, they possess greater experience. Sophie’s mother smiles at the success of our projects. She reads the hearts of those two young people; she sees that it is time to decide on the fate of this new Télémaque; she encourages her daughter to speak up. Her daughter, with her natural gentleness, responds in a timid tone that only enhances its effect. At the first sound of this voice, Émile is instantly captivated—it must be Sophie; he has no doubt about it. If it weren’t her, it would be too late to change his mind.
It was then that the charms of this enchanting girl poured into his heart in torrents, and he began to drink eagerly the poison she was administering to him. He no longer spoke; he no longer answered questions. All he saw was Sophie; all he heard was Sophie. If she said a word, he opened his mouth; if she lowered her eyes, he did too; if he saw her sigh, he sighed in turn—it seemed as though it were Sophie’s very soul that animated him. How rapidly had his own nature changed in just a few moments! Now it was not Sophie who trembled, but Émile. Adieu to freedom, naivety, and frankness. Confused, embarrassed, and fearful, he no longer dared look around, afraid that someone might be watching him. Ashamed at allowing himself to be so affected by her, he wished he could become invisible to everyone, so that he could gaze at her without being observed. On the other hand, Sophie felt reassured by Émile’s fear; she saw her own triumph and took pleasure in it.
It already shows itself, even though it laughs at it within itself.
Her expression had not changed; yet, despite that modest demeanor and lowered eyes, her tender heart was beating with joy, telling her that Telemachus had been found.
If I were to delve too naively and simplistically into the innocent loves of their youth, such details might be regarded as frivolous playfulness—and that would be a mistake. We do not sufficiently consider the profound influence that a man’s first encounter with a woman can have on the lives of both parties. We fail to see how a first impression, as intense as that of love or attraction, can have lasting effects—effects whose chain of consequences we may not perceive throughout the years, but which continue to operate until death. In educational treatises, we are given much unnecessary and pedantic rhetoric about the fanciful duties of children; yet not a word is spoken about the most important and difficult aspect of education: that critical transition period from childhood to adulthood. If I have managed to make these reflections useful in any way, it is chiefly because I devoted considerable space to this essential topic, which all others seem to overlook. And I did so without being deterred by false delicacies or intimidated by linguistic difficulties. If I have stated what must be done, it is because that was what I had to say—since I care very little whether what I have written amounts to a “novel” or not. After all, the novel of human nature itself is quite a beautiful one. If it exists only in these pages, is that my fault? Shouldn’t it rather be considered the history of my species? You who criticize it are, in fact, creating your own “novels” out of my work.
Another consideration that reinforces the first point is that this young man is not one who, from a very early age, has been subjected to fear, greed, envy, pride, and all those passions that serve as instruments in conventional forms of education; rather, he is a young man for whom this is not only his first love but also his first passion of any kind. Perhaps this is the only passion he will ever experience intensely throughout his life, and it is upon this passion that the final form of his character will be determined. His ways of thinking, his feelings, and his tastes, being shaped by such a lasting passion, will acquire a stability that will prevent them from ever changing.
Si fa presto a preparare la cena per amor nostro. Entrando in sala da pranzo, vediamo cinque posti a tavola: ci sediamo, ma ne manca ancora uno. Entra una giovane donna, fa un profondo inchino e si siede modestamente senza dire una parola. Émile, occupato dal suo appetito o dalle sue risposte, la saluta, parla con lei e mangia. L’oggetto principale del suo viaggio è lontano dai suoi pensieri, proprio come lui crede di essere ancora lontano dalla sua meta finale. La conversazione verte sulle avventure dei viaggiatori. Il padrone di casa gli dice: “Signore, mi sembrate un giovane gentile e saggio; questo mi fa pensare che voi e il vostro tutore siate arrivati qui stanchi e bagnati, proprio come Telèmaco e Mentore sull’isola di Calipso”. “È vero”, risponde Émile, “che qui troviamo l’ospitalità di Calipso. E anche i piaceri offerti da Eucharis”, aggiunge il suo tutore. Ma Émile conosce solo l’Odissea e non ha mai letto il racconto di Telèmaco; non sa quindi cosa sia Eucharis. Quanto alla giovane donna, la vedo arrossire fino agli occhi, abbassare lo sguardo sul suo piatto e non osare nemmeno respirare. La madre, notando il suo imbarazzo, fa segno al padre, che cambia argomento di conversazione. Parlando della sua solitudine, inizia a raccontare gli eventi che lo hanno costretto a vivere lì; i disastri della sua vita, la fedeltà di sua moglie, le consolazioni che hanno trovato nella loro unione. E tutto questo senza mai menzionare la giovane donna. Il racconto risulta piacevole e commovente; Émile, commosso e toccato, smette di mangiare per ascoltare attentamente. Alla fine, nel momento in cui anche l’uomo più onesto si sofferma con piacere sul legame tra un uomo e una donna virtuosa, il giovane viaggiatore, sopraffatto dall’emozione, stringe una mano al marito e con l’altra afferra quella della donna, chinandosi su di lei in lacrime. La naturale vivacità del giovane commuove tutti; ma la ragazza, più sensibile di chiunque ad un simile segno di buon cuore, crede di vedere Telèmaco sopraffatto dai dolori di Filoctete. Nasconde lo sguardo su di lui per osservare meglio il suo viso; non trova nulla che contraddica questa interpretazione. Il suo aspetto è disinvolto ma senza arroganza, i suoi modi vivaci ma senza eccessi; la sua sensibilità rende il suo sguardo più dolce, il suo volto più commovente. Vedendolo piangere, la ragazza è sul punto di unire le sue lacrime alle sue. Ma una segreta vergogna la trattiene: si rimprovera già per le lacrime che stanno per scorrere giù dalle sue guance, come se fosse sbagliato versarle per la propria famiglia.
La madre, che fin dall’inizio della cena non aveva smesso di prendersi cura di lei, nota il suo stato di angoscia e la libera mandandola a svolgere una commissione. Un minuto dopo, la ragazza ritorna, ma in uno stato così pessimo che il suo disordine è evidente a tutti. La madre le dice con dolcezza: “Sophie, riprenditi. Non smetterai mai di piangere per le sfortune dei tuoi genitori? Tu, che dovresti consolarli, non essere più sensibile di loro stessi.”
A quel nome, Sophie. Avreste visto Émile tremare. Colpito da un nome così prezioso, si risveglia di scatto e lancia uno sguardo avido su colei che osa portarlo. Sophie. Oh Sophie! Sei tu che il mio cuore cerca? Sei tu che il mio cuore ama? La osserva, la contempla con una sorta di paura e diffidenza. Non vede esattamente il volto che si era immaginato; non sa se quella che vede sia migliore o peggiore. Studia ogni tratto del suo viso, osserva ogni movimento, ogni gesto. Trova mille interpretazioni confuse. Darebbe metà della sua vita per che lei volesse dire una sola parola. Mi guarda, inquieto e turbato. I suoi occhi mi pongono centinaia di domande, centinaia di rimproveri. Sembra dirmi, con ogni suo sguardo: Guidami, finché c’è ancora tempo. Se il mio cuore si arrende, o si sbaglia, non me ne riprenderò mai più.
Émile è l’uomo più incapace di nascondere le proprie emozioni. Come potrebbe mai fingere in un momento così difficile della sua vita, circondato da quattro spettatori che lo osservano attentamente, tra cui quello che sembra meno attento è in realtà il più vigile? Il suo disordine non sfugge agli occhi perspicaci di Sophie; anzi, questi occhi le fanno capire chiaramente che lui è l’oggetto delle sue preoccupazioni. Lei vede che questa inquietudine non ha ancora nulla a che fare con l’amore. Ma che importa? Lui si occupa di lei, e questo basta: sarà davvero molto infelice se lui dovesse smettere di farlo.
Le madri hanno occhi simili a quelli delle loro figlie, e in più possiedono un’esperienza maggiore. La madre di Sophie sorride per il successo dei nostri progetti; legge nei cuori dei due giovani e capisce che è giunto il momento di decidere quale sarà il futuro del nuovo “Télemaco”. Fa parlare sua figlia. Questa, con la sua dolcezza naturale, risponde in tono timido, il che rende le sue parole ancora più efficaci. Non appena sente quella voce, Émile è conquistato: è Sophie, ne è certo. Anche se non lo fosse, ormai sarebbe troppo tardi per cambiare idea.
È in quel momento che i fascini di questa incantevole ragazza affluiscono a piene mani nel suo cuore, e lui inizia ad assorbire avidamente il “veleno” con cui lei lo inebria. Non parla più, non risponde più; vede solo Sophie, sente solo Sophie: se lei dice una parola, lui apre la bocca; se lei abbassa lo sguardo, lui abbassa lo sguardo; se la vede sospirare, anche lui sospira. È l’anima di Sophie a sembrare guidare i suoi gesti. Quanto è cambiata la sua anima in pochi istanti! Ora non è più Sophie ad avere paura, ma Émile. Addio alla libertà, alla semplicità, alla franchezza. Confuso, imbarazzato, timido, non osa più guardarsi intorno, per paura di essere osservato. Vergognoso di lasciarsi influenzare da lei, vorrebbe diventare invisibile a tutti, solo per poterla ammirare senza essere visto. Sophie, invece, si rassicura nel vedere la paura di Émile; vede il proprio trionfo e ne gode.
Nol lo mostra già, anche se dentro di sé ne ride.
Il suo atteggiamento non è cambiato; tuttavia, nonostante quell’aspetto modesto e quegli occhi bassi, il suo tenero cuore palpita di gioia, e le dice che Telemaco è stato trovato.
Se entro in questo contesto storico, forse troppo ingenuo e semplice per descrivere le loro innocenti storie d’amore, si potrebbero considerare questi dettagli come frivoli giochi. Ma ci sbagliamo. Non si tiene abbastanza conto dell’influenza che il primo rapporto tra un uomo e una donna può avere sul corso della vita di entrambi. Non si comprende che un’impressione iniziale, per quanto intensa come quella dell’amore o di un sentimento profondo, possiede effetti duraturi: la loro catena di conseguenze non diventa evidente nel corso degli anni, ma continua ad agire fino alla morte. Nei trattati sull’educazione ci vengono forniti lunghi discorsi inutili e pedanti sui presunti doveri dei bambini. Ma non si dice una parola sulla parte più importante e difficile di tutta l’educazione: quella crisi decisiva che segna il passaggio dall’infanzia all’età adulta. Se sono riuscito a rendere questi saggi utili, è soprattutto perché mi sono soffermato a lungo su questa questione essenziale, trascurata da tutti gli altri; e non ho lasciato che false delicatezze o difficoltà linguistiche mi scoraggiassero in questo compito. Se ho detto ciò che era necessario dire, beh, mi è del tutto indifferente se il risultato sia stato un “romanzo”. Il vero romanzo, infatti, è quello sulla natura umana. E se esso esiste soltanto in quest’opera, è forse colpa mia? Dovrebbe essere la storia della mia specie. Voi che la denigrate, siete voi a trasformare il mio libro in un semplice romanzo.
Un’altra considerazione che rafforza la prima è che non si tratta di un giovane abbandonato fin dall’infanzia alla paura, alla brama, all’invidia, all’orgoglio e a tutte le passioni che fungono da strumenti nelle educazioni comuni; si tratta invece di un giovane il cui primo amore, ma anche la sua prima passione di qualsiasi tipo, è proprio questa. Dalla natura di questa passione – forse l’unica che proverà intensamente in tutta la sua vita – dipenderà l’ultima forma che assumerà il suo carattere. I suoi modi di pensare, i suoi sentimenti, i suoi gusti, formatisi attraverso una passione duratura, acquisiranno una consistenza tale da non permetter loro più di cambiare.
On conçoit qu’entre Émile et moi la nuit qui suit une pareille soirée ne se passe pas toute à dormir. Quoi donc ! la seule conformité d’un nom doit-elle avoir tant de pouvoir sur un homme sage ? N’y a-t-il qu’une Sophie au monde ? Se ressemblent-elles toutes d’âmes comme de nom ? Toutes celles qu’il verra sont-elles la sienne ? Est-il fou de se passionner ainsi pour une inconnue à laquelle il n’a jamais parlé ? Attendez, jeune homme, examinez, observez. Vous ne savez pas même encore chez qui vous êtes ; et, à vous entendre, on vous croirait déjà dans votre maison.
Ce n’est pas le temps des leçons, et celles-ci ne sont pas faites pour être écoutées. Elles ne font que donner au jeune homme un nouvel intérêt pour Sophie par le désir de justifier son penchant. Ce rapport des noms, cette rencontre qu’il croit fortuite, ma réserve même, ne font qu’irriter sa vivacité : déjà Sophie lui paraît trop estimable pour qu’il ne soit pas sûr de me la faire aimer.
Le matin, je me doute bien que, dans son mauvais habit de voyage, Émile tâchera de se mettre avec plus de soin. Il n’y manque pas ; mais je ris de son empressement à s’accommoder du linge de la maison. Je pénètre sa pensée ; je lis avec plaisir qu’il cherche, en se préparant des restitutions, des échanges, à s’établir une espèce de correspondance qui le mette en droit d’y renvoyer et d’y revenir.
Je m’étais attendu de trouver Sophie un peu plus ajustée aussi de son côté : je me suis trompé. Cette vulgaire coquetterie est bonne pour ceux à qui l’on ne veut que plaire. Celle du véritable amour est plus raffinée ; elle a bien d’autres prétentions. Sophie est mise encore plus simplement que la veille, et même plus négligemment, quoique avec une propreté toujours scrupuleuse. Je ne vois de la coquetterie dans cette négligence que parce que j’y vois de l’affectation. Sophie sait bien qu’une parure plus recherchée est une déclaration ; mais elle ne sait pas qu’une parure plus négligée en est une autre ; elle montre qu’on ne se contente pas de plaire par l’ajustement, qu’on veut plaire aussi par la personne. Eh ! qu’importe à l’amant comment on soit mise, pourvu qu’il voie qu’on s’occupe de lui ? Déjà sûre de son empire, Sophie ne se borne pas à frapper par ses charmes les yeux d’Émile, si son coeur ne va les chercher ; il ne lui suffit plus qu’il les voie, elle veut qu’il les suppose. N’en a-t-il pas assez vu pour être obligé de deviner le reste ?
Il est à croire que, durant nos entretiens de cette nuit, Sophie et sa mère n’ont pas non plus resté muettes ; il y a eu des aveux arrachés, des instructions données. Le lendemain on se rassemble bien préparés. Il n’y a pas douze heures que nos jeunes gens se sont vus ; ils ne se sont pas dit encore un seul mot, et déjà l’on voit qu’ils s’entendent. Leur abord n’est pas familier ; il est embarrassé, timide ; ils ne se parlent point ; leurs yeux baissés semblent s’éviter, et cela même est un signe d’intelligence ; ils s’évitent, mais de concert ; ils sentent déjà le besoin du mystère avant de s’être rien dit. En partant nous demandons la permission de venir nous-mêmes rapporter ce que nous emportons. La bouche d’Émile demande cette permission au père, à la mère, tandis que ses yeux inquiets, tournés sur la fille, la lui demandent beaucoup plus instamment. Sophie ne dit rien, ne fait aucun signe, ne paraît rien voir, rien entendre ; mais elle rougit ; et cette rougeur est une réponse encore plus claire que celle de ses parents.
On nous permet de revenir sans nous inviter à rester. Cette conduite est convenable ; on donne le couvert à des passants embarrassés de leur gîte, mais il n’est pas décent qu’un amant couche dans la maison de sa maîtresse.
À peine sommes-nous hors de cette maison chérie, qu’Émile songe à nous établir aux environs : la chaumière la plus voisine lui semble déjà trop éloignée ; il voudrait coucher dans les fossés du château. Jeune étourdi ! lui dis-je d’un ton de pitié, quoi ! déjà la passion vous aveugle ! Vous ne voyez déjà plus ni les bienséances ni la raison ! Malheureux ! vous croyez aimer, et vous voulez déshonorer votre maîtresse ! Que dira-t-on d’elle quand on saura qu’un jeune homme qui sort de sa maison couche aux environs ? Vous l’aimez, dites-vous ! Est-ce donc à vous de la perdre de réputation ? Est-ce là le prix de l’hospitalité que ses parents vous ont accordée ! Ferez-vous l’opprobre de celle dont vous attendez votre bonheur ? Eh ! qu’importent, répond-il avec vivacité, les vains discours des hommes et leurs injustes soupçons ? Ne m’avez-vous pas appris vous-même à n’en faire aucun cas ? Qui sait mieux que moi combien j’honore Sophie, combien je la veux respecter ? Mon attachement ne fera point sa honte, il fera sa gloire, il sera digne d’elle. Quand mon coeur et mes soins lui rendront partout l’hommage qu’elle mérite, en quoi puis-je l’outrager ? Cher Émile, reprends-je en l’embrassant, vous raisonnez pour vous : apprenez à raisonner pour elle. Ne comparez point l’honneur d’un sexe à celui de l’autre : ils ont des principes tout différents. Ces principes sont également solides et raisonnables, parce qu’ils dérivent également de la nature, et que la même vertu qui vous fait mépriser pour vous les discours des hommes vous oblige à les respecter pour votre maîtresse. Votre honneur est en vous seul, et le sien dépend d’autrui. Le négliger serait blesser le vôtre même, et vous ne vous rendez point ce que vous vous devez, si vous êtes cause qu’on ne lui rende pas ce qui lui est dû.
Alors, lui expliquant les raisons de ces différences, je lui fais sentir quelle injustice il y aurait à vouloir les compter pour rien. Qui est-ce qui lui a dit qu’il sera l’époux de Sophie, elle dont il ignore les sentiments, elle dont le coeur ou les parents ont peut-être des engagements antérieurs, elle qu’il ne connaît point, et qui n’a peut-être avec lui pas une des convenances qui peuvent rendre un mariage heureux ? Ignore-t-il que tout scandale est pour une fille une tache indélébile, que n’efface pas même son mariage avec celui qui l’a causé ? Eh ! quel est l’homme sensible qui veut perdre celle qu’il aime ? Quel est l’honnête homme qui veut faire pleurer à jamais à une infortunée le malheur de lui avoir plu ?
Le jeune homme, effrayé des conséquences que je lui fais envisager, et toujours extrême dans ses idées, croit déjà n’être jamais assez loin du séjour de Sophie : il double le pas pour fuir plus promptement ; il regarde autour de nous si nous ne sommes point écoutés ; il sacrifierait mille fois son bonheur à l’honneur de celle qu’il aime ; il aimerait mieux ne la revoir de sa vie que de lui causer un seul déplaisir. C’est le premier fruit des soins que j’ai pris dès sa jeunesse de lui former un coeur qui sache aimer.
Il s’agit donc de trouver un asile éloigné, mais à portée. Nous cherchons, nous nous informons : nous apprenons qu’à deux grandes lieues est une ville ; nous allons chercher à nous y loger, plutôt que dans les villages plus proches, où notre séjour deviendrait suspect. C’est là qu’arrive enfin le nouvel amant, plein d’amour, d’espoir, de joie et surtout de bons sentiments ; et voilà comment, dirigeant peu à peu sa passion naissante vers ce qui est bon et honnête, je dispose insensiblement tous ses penchants à prendre le même pli.
J’approche du terme de ma carrière ; je l’aperçois déjà de loin. Toutes les grandes difficultés sont vaincues, tous les grands obstacles sont surmontés ; il ne me reste plus rien de pénible à faire que de ne pas gâter mon ouvrage en me hâtant de le consommer. Dans l’incertitude de la vie humaine, évitons surtout la fausse prudence d’immoler le présent à l’avenir ; c’est souvent immoler ce qui est à ce qui ne sera point. Rendons l’homme heureux dans tous les âges, de peur qu’après bien des soins il ne meure avant de l’avoir été. Or, s’il est un temps pour jouir de la vie, c’est assurément la fin de l’adolescence, où les facultés du corps et de l’âme ont acquis leur plus grande vigueur, et où l’homme, au milieu de sa course, voit de plus loin les deux termes qui lui en font sentir la brièveté. Si l’imprudente jeunesse se trompe, ce n’est pas en ce qu’elle veut jouir, c’est en ce qu’elle cherche la jouissance où elle n’est point, et qu’en s’apprêtant un avenir misérable, elle ne sait pas même user du moment présent.
One can imagine that the night following such an evening between Émile and me would not be spent entirely in sleep. How could it be! Must the mere similarity of a name hold such power over a wise man? Is there only one Sophie in the world? Are they all alike, both in soul and in name? Are all those he will meet really his “Sophie”? Is he mad to become so passionate about an unknown woman whom he has never spoken to? Wait, young man—consider carefully, observe attentively. You don’t even know yet where you are; yet, from what you say, one would think you were already at home.
Now is not the time for lessons, and such lessons are not meant to be listened to. They merely arouse in the young man a new interest in Sophie—interest born out of his desire to justify his own inclination toward her. This connection between their names, this encounter that he believes to be purely coincidental, even my own reserve, all only serve to stimulate his eagerness: already, Sophie seems too worthy of his attention for him not to be certain that he will succeed in making me fall in love with her.
In the morning, I’m sure that, in his old and shabby traveling clothes, Émile will try to dress more carefully. He certainly doesn’t lack anything; but I laugh at his eagerness to use the household linen. I can read his thoughts: as he prepares for these exchanges and reciprocations, he’s actually trying to establish a sort of “correspondence” that would give him the right to send things back and receive them again.
I had expected to find Sophie somewhat more neatly dressed on her part; I was mistaken. Such vulgar coquetry is suitable for those whom one merely wants to please. The coquetry of true love, however, is far more refined; it has far greater ambitions. Sophie was dressed even more simply than the previous day, and even more carelessly, though with the same meticulous attention to cleanliness. I see nothing but affectation in this carelessness—because I perceive it as such. Sophie knows very well that more elaborate attire is a form of declaration; but she does not realize that less formal dress can be just as revealing. She shows that one does not seek to please merely through appearance, but also through the person oneself. Ah! What does it matter to a lover how one is dressed, so long as he sees that one takes care of him? Already certain of her power over him, Sophie does not limit herself to captivating Émile’s eyes with her charms—if only his heart would seek them out; it no longer suffices for him to see them; she wants him to imagine them as well. Hasn’t he seen enough to be forced to guess the rest?
It seems that during our conversations that night, neither Sophie nor her mother remained silent; there were confessions made and instructions given. The next day, we gathered well-prepared. It has not been twelve hours since our young people last saw each other; they have not exchanged a single word yet, but it is already evident that they understand each other. Their approach to one another is not familiar; it is awkward, timid—they do not speak to each other; their lowered eyes seem to avoid meeting, and even this is a sign of understanding. They avoid each other, but in coordination; they already feel the need for secrecy before having said a word. Before leaving, we ask for permission to come back ourselves and report what we have taken away. Émile asks for this permission with his mouth, addressing both the father and the mother, but his anxious eyes, fixed on Sophie, seem to request it even more urgently. Sophie says nothing, makes no gesture, appears not to see or hear anything; but she blushes—and this blush is an answer even clearer than that of her parents.
They allow us to return without inviting us to stay. Such behavior is proper; it provides shelter for passersby who are embarrassed about their lack of a place to stay, but it is not decent for a lover to sleep in the house of his mistress.
As soon as we left that beloved house, Émile began thinking about settling somewhere nearby; even the nearest thatched cottage seemed too far away to him—he wanted to sleep right in the castle’s moats! What a foolish young man! I said to him, filled with pity, “How? Already has passion blinded you? Can you no longer consider what is proper or reasonable? Unfortunate boy—you think you love her, but you are about to bring disgrace upon her! What will people say when they learn that a young man who has just left her home is sleeping in the vicinity? You claim to love her—yet is it your place to ruin her reputation? Is this the reward for the hospitality her parents have shown you? Will you bring shame upon the very one from whom you hope to derive your happiness?” “But what do people’s empty words and unjust suspicions matter?” he replied eagerly. “Haven’t you yourself taught me to disregard them all? Who knows better than I how much I respect Sophie, how deeply I wish to honor her? My devotion will not bring her any shame—it will bring her glory; it will be worthy of her. When my heart and care grant her everywhere the respect she deserves, how could I possibly insult her?” “Dear Émile,” I said, embracing him again, “you are reasoning from your own perspective—learn to reason for her. Do not compare the honor of one sex with that of another; their principles are fundamentally different. Yet these principles are equally sound and reasonable, for they both arise from nature. The very virtue that makes you dismiss men’s words forces you to respect those of your mistress. Your honor belongs solely to you, while hers depends on others. To neglect it would be to harm your own honor. If you cause her not to receive what she deserves, you are failing in your duty toward her.”
So, as I explained to him the reasons for these differences, I made him realize how unjust it would be to consider them meaningless. Who told him that he would become Sophie’s husband—someone whose feelings he doesn’t know about, someone whose heart or parents may have prior commitments, someone he doesn’t even know well, and who might not share with him the kind of mutual understanding necessary for a happy marriage? Doesn’t he realize that any scandal is an indelible stain on a girl’s reputation, one that even marriage to the person who caused it cannot erase? Oh! What sensible man would want to lose the one he loves? What honest man would want to cause a poor woman eternal sorrow because she happened to please him?
The young man, terrified by the consequences I make him consider, and still being extremely passionate in his ideas, already believes that he is never far enough away from Sophie’s presence; he doubles his pace in order to flee more quickly; he looks around us to see if we are not being overheard; he would sacrifice his own happiness a thousand times over for the honor of the one he loves; he would rather never see her again in his life than cause her the slightest displeasure. This is the first result of the efforts I have made since his youth to shape a heart that knows how to love.
Therefore, we must find a place of refuge that is far away yet within reach. We search and inquire; we learn that there is a town two miles away. We decide to try to secure lodging there, rather than in the nearby villages, where our stay might arouse suspicion. And then, at last, the new lover arrives—full of love, hope, joy, and above all, good intentions. In this way, by gradually directing his budding passions toward what is good and honest, I succeed in making all his inclinations take that same course.
I am approaching the end of my career; I can already see it in the distance. All the great difficulties have been overcome, all the major obstacles have been cleared away; nothing difficult remains for me to do, except not to ruin my work by rushing to complete it too hastily. In the uncertainty of human life, we must especially avoid the false prudence of sacrificing the present for the future—often sacrificing what is for what will never be. Let us make man happy in all stages of life, lest, after much effort, he die before ever truly experiencing happiness. And if there is a time to enjoy life, it is surely at the end of adolescence, when the faculties of both body and soul have reached their greatest strength, and when man, at the midpoint of his life’s journey, can see more clearly the two endpoints that remind him of its brevity. If the imprudent youth makes mistakes, it is not because he seeks pleasure itself, but because he seeks it in the wrong place; and by preparing himself for a miserable future, he fails to make the most of the present moment.
Si può immaginare che, tra Émile e me, la notte che segue una serata del genere non trascorra interamente dormendo. Ma via! La semplice somiglianza di un nome dovrebbe davvero avere tanto potere su un uomo saggio? Esiste solo una Sophie al mondo? Sono tutte simili tra loro, sia nell’anima che nel nome? Tutte quelle che incontrerà sono davvero la sua? È pazzo a innamorarsi così perdutamente di una sconosciuta con cui non ha mai parlato? Aspettate, giovane uomo. Esaminate, osservate. Non sapete nemmeno dove vi troviate; e, a giudicare da ciò che dite, si potrebbe pensare che siate già a casa vostra.
Non è il momento per le lezioni, e queste non sono fatte per essere ascoltate. Servono soltanto a suscitare nel giovane un nuovo interesse per Sophie, attraverso il desiderio di giustificare il proprio attaccamento verso di lei. Questa associazione di nomi, questo incontro che lui ritiene casuale, persino la mia reticenza, non fanno altro che alimentare la sua vivacità: già Sophie gli sembra troppo preziosa perché possa dubitare di riuscire a farmela amare.
La mattina, immagino bene che, nel suo vecchio e malandato abito da viaggio, Émile si sforzerà di vestirsi con maggiore cura. Non gli manca certo nulla; ma rido della sua fretta nel utilizzare i vestiti di casa. Intravedo chiaramente i suoi pensieri: mi diverte il fatto che, preparandosi a effettuare restituzioni e scambi, cerchi in realtà di stabilire una sorta di “corrispondenza” che gli permetta di inviare e ricevere quegli oggetti.
Mi aspettavo che Sophie fosse un po’ più curata anche lei nel suo aspetto; mi sono sbagliato. Questo tipo di volgare civetteria è adatto per coloro a cui si vuole semplicemente piacere. Quella dell’amore vero, invece, è molto più raffinata e ha obiettivi ben diversi. Sophie era ancora vestita in modo più semplice del giorno prima, persino con maggiore trascuratezza, sebbene mantenesse sempre una cura estrema della pulizia. Io vedo solo affettazione in questa trascuratezza. Sophie sa bene che un abbigliamento più elaborato rappresenta una dichiarazione d’amore; ma non si rende conto che anche un abbigliamento più semplice può avere lo stesso effetto: dimostra infatti che non basta piacere nell’aspetto esteriore, ma che bisogna piacere anche nel modo di essere. Ebbene, a chi ama importa davvero come si è vestita la persona amata, purché veda che ci si preoccupa per lui? Ormai sicura del proprio potere su Émile, Sophie non si limita a colpire i suoi occhi con il proprio fascino: se il suo cuore non va a cercare lì, le basta che lui li veda. Vuole addirittura che li immagini. Non ne ha forse già visto abbastanza per essere costretto a indovinare il resto?
Si può credere che, durante i nostri colloqui di questa notte, né Sophie né sua madre siano rimaste in silenzio; ci sono stati confessioni strappate via con la forza, istruzioni impartite. Il giorno dopo ci riuniamo, ben preparati. Non sono passate nemmeno dodici ore da quando i nostri giovani si sono visti; non si sono ancora detti una parola, eppure è evidente che si intendono. Il loro modo di approcciarsi non è affatto familiare; è imbarazzato, timido; non si parlano; i loro occhi bassi sembrano evitarsi a vicenda, e proprio questo è un segno di comprensione reciproca; si evitano, ma in modo coordinato; già sentono il bisogno del mistero, prima ancora di essersi detti nulla. Prima di andarcene, chiediamo il permesso di venire noi stessi a riferire ciò che portiamo via. La bocca di Émile chiede questo permesso al padre e alla madre, mentre i suoi occhi preoccupati, fissi sulla figlia, lo chiedono con molta più insistenza. Sophie non dice nulla, non fa alcun segno, sembra non vedere né sentire nulla; ma arrossisce. E questo rossore è una risposta ancora più chiara di quella dei suoi genitori.
Ci è permesso tornare senza che ci venga chiesto di restare. Questo comportamento è appropriato: si offre ospitalità a persone imbarazzate per non avere un posto dove dormire, ma non è decente che un amante dorma nella casa della sua amante.
Appena usciti da quella casa tanto amata, Émile pensa subito di stabilirci nelle vicinanze: la capanna più vicina gli sembra già troppo lontana; vorrebbe addirittura dormire nei fossati del castello. Che giovane sciocco! Gli dico con compassione: “Ma come! La passione vi ha già accecato. Non vedete più né le convenienze né la ragione. Povero ragazzo. Pensate davvero di amare, eppure volete disonorare la vostra padrona. Cosa diranno di lei quando sapranno che un giovane che esce dalla sua casa dorme nelle vicinanze? Laamate davvero? E allora è proprio a voi che spetta rovinarle la reputazione. È questo il prezzo dell’ospitalità che i suoi genitori vi hanno offerto? Volete diventare lo zimbello di colei da cui sperate la vostra felicità, ”. “Eh! Che importanza hanno le vane parole degli uomini e i loro ingiusti sospetti?” risponde lui con vivacità. “Non mi avete forse insegnato voi stesso a non darvi peso di tutto ciò? Chi meglio di me sa quanto onori Sophie, quanto desidero rispettarla. Il mio affetto non la renderà oggetto di disprezzo. Al contrario, sarà motivo della sua gloria. Quando il mio cuore e le mie attenzioni le renderanno ovunque l’onore che merita, in che modo potrei offenderla? Caro Émile, ” gli dico abbracciandolo, “voi ragionate per voi stesso. Imparate a ragionare anche per lei. Non paragonate mai l’onore di un sesso a quello dell’altro: hanno principi completamente diversi. Questi principi sono ugualmente solidi e razionali, perché derivano entrambi dalla natura. E la stessa virtù che vi fa disprezzare le parole degli uomini vi obbliga a rispettarle per la vostra padrona. Il vostro onore dipende solo da voi. Il suo, invece, dipende dagli altri. Negarlo significherebbe ferire anche il vostro onore. E non vi stareste rendendo giustizia se foste la causa del fatto che a lei non venga reso ciò che le spetta, ”
Allora, spiegandogli le ragioni di queste differenze, gli faccio comprendere quale ingiustizia ci sarebbe nel volerle considerare nulle e insignificanti. Chi gli ha detto che sarebbe diventato il marito di Sophie, una donna la cui opinione non conosce, la cui anima o i cui genitori potrebbero avere impegni precedenti, una donna che non conosce affatto e che forse non condivide con lui quelle condizioni necessarie perché un matrimonio possa essere felice? Non sa forse che per una ragazza ogni scandalo rappresenta una macchia indelebile, una macchia che nemmeno il matrimonio con colui che l’ha causato può cancellare? Ebbene, quale uomo sensibile vorrebbe perdere colei che ama? Qual uomo onesto vorrebbe far piangere per sempre una sfortunata per il solo fatto di essere stata amata da lui?
Il giovane, spaventato dalle conseguenze che gli faccio immaginare e sempre estremo nelle sue idee, crede di non essere mai abbastanza lontano dal luogo dove si trova Sophie; accelera il passo per fuggire più in fretta; guarda intorno a noi per verificare se qualcuno ci stia ascoltando; sarebbe disposto a sacrificare mille volte la sua felicità per onorare colei che ama; preferirebbe non rivederla mai piuttosto che causarle anche solo un minimo dispiacere. Questo è il primo frutto degli sforzi che ho compiuto fin da quando era giovane per formargli un cuore capace di amare veramente.
Si tratta quindi di trovare un rifugio lontano, ma alla portata di mano. Cerciamo, informiamoci: scopriamo che a due grandi leghe di distanza c’è una città; andremo a cercare di stabilirci lì, piuttosto che nei villaggi più vicini, dove il nostro soggiorno potrebbe destare sospetti. Ed è proprio in quel momento che arriva finalmente il nuovo amante, pieno d’amore, di speranza, di gioia e soprattutto di buoni sentimenti; ed ecco come, guidando gradualmente la sua passione nascente verso ciò che è buono e onesto, riesco a indirizzare insensibilmente tutti i suoi inclini nella stessa direzione.
Mi avvicino alla fine della mia carriera; la vedo già da lontano. Tutte le grandi difficoltà sono state superate, tutti gli ostacoli principali sono stati superati; non mi resta più nulla di difficile da fare, se non evitare di rovinare il mio lavoro affrettandomi a consumarlo. Nell’incertezza della vita umana, dobbiamo soprattutto evitare la falsa prudenza di sacrificare il presente per l’avvenire; spesso questo significa sacrificare ciò che è per ciò che non sarà mai. Rendiamo l’uomo felice in tutte le fasi della sua vita, per paura che, dopo tanti sforzi, muoia prima di aver conosciuto la vera felicità. E se c’è un momento giusto per godere della vita, è sicuramente alla fine dell’adolescenza, quando le facoltà del corpo e dell’anima hanno raggiunto il loro massimo vigore, e quando l’uomo, nel mezzo della sua esistenza, riesce a vedere più chiaramente i due limiti che ne fanno percepire la brevità. Se la giovinezza imprudente commette errori, non è certo perché desidera godere, ma perché cerca una felicità che in realtà non esiste, e, preparandosi un futuro miserabile, non sa nemmeno come sfruttare al meglio il momento presente.
Considérez mon Émile, à vingt ans passés, bien formé, bien constitué d’esprit et de corps, fort, sain, dispos, adroit, robuste, plein de sens, de raison, de bonté, d’humanité, ayant des moeurs, du goût, aimant le beau, faisant le bien, libre de l’empire des passions cruelles, exempt du joug de l’opinion, mais soumis à la loi de la sagesse, et docile à la voix de l’amitié ; possédant tous les talents utiles et plusieurs talents agréables, se souciant peu des richesses, portant sa ressource au bout de ses bras, et n’ayant pas peur de manquer de pain, quoi qu’il arrive. Le voilà maintenant enivré d’une passion naissante, son coeur s’ouvre aux premiers feux de l’amour : ses douces illusions lui font un nouvel univers de délices et de jouissance ; il aime un objet aimable, et plus aimable encore par son caractère que par sa personne ; il espère, il attend un retour qu’il sent lui être dû.
C’est du rapport des coeurs, c’est du concours des sentiments honnêtes, que s’est formé leur premier penchant : ce penchant doit être durable. Il se livre avec confiance, avec raison même, au plus charmant délire, sans crainte, sans regret, sans remords, sans autre inquiétude que celle dont le sentiment du bonheur est inséparable. Que peut-il manquer au sien ? Voyez, cherchez, imaginez ce qu’il lui faut encore, et qu’on puisse accorder avec ce qu’il a. Il réunit tous les biens qu’on peut obtenir à la fois ; on n’y en peut ajouter aucun qu’aux dépens d’un autre ; il est heureux autant qu’un homme peut l’être. Irai-je en ce moment abréger un destin si doux ? Irai-je troubler une volupté si pure ? Ah ! tout le prix de la vie est dans la félicité qu’il goûte. Que pourrais-je lui rendre qui valût ce que je lui aurais ôté ? Même en mettant le comble à son bonheur, j’en détruirais le plus grand charme. Ce bonheur suprême est cent fois plus doux à espérer qu’à obtenir ; on en jouit mieux quand on l’attend que quand on le goûte. O bon Émile, aime et sois aimé ! jouis longtemps avant que de posséder ; jouis à la fois de l’amour et de l’innocence ; fais ton paradis sur la terre en attendant l’autre : je n’abrégerai point cet heureux temps de ta vie ; j’en filerai pour toi l’enchantement ; je le prolongerai le plus qu’il sera possible. Hélas ! il faut qu’il finisse et qu’il finisse en peu de temps ; mais je ferai du moins qu’il dure toujours dans ta mémoire, et que tu ne te repentes jamais de l’avoir goûté.
Émile n’oublie pas que nous avons des restitutions à faire. Sitôt qu’elles sont prêtes, nous prenons des chevaux, nous allons grand train ; pour cette fois, en partant il voudrait être arrivé. Quand le coeur s’ouvre aux passions, il s’ouvre à l’ennui de la vie. Si je n’ai pas perdu mon temps, la sienne entière ne se passera pas ainsi.
Malheureusement la route est fort coupée et le pays difficile. Nous nous égarons ; il s’en aperçoit le premier, et, sans s’impatienter, sans se plaindre, il met toute son attention à retrouver son chemin ; il erre longtemps avant de se reconnaître, et toujours avec le même sang-froid. Ceci n’est rien pour vous, mais c’est beaucoup pour moi qui connais son naturel emporté : je vois le fruit des soins que j’ai mis dès son enfance à l’endurcir aux coups de la nécessité.
Nous arrivons enfin. La réception qu’on nous fait est bien plus simple et plus obligeante que la première fois ; nous sommes déjà d’anciennes connaissances. Émile et Sophie se saluent avec un peu d’embarras, et ne se parlent toujours point : que se diraient-ils en notre présence ? L’entretien qu’il leur faut n’a pas besoin de témoins. L’on se promène dans le jardin : ce jardin a pour parterre un potager très bien entendu ; pour parc, un verger couvert de grands et beaux arbres fruitiers de toute espèce, coupé en divers sens de jolis ruisseaux, et de plates-bandes pleines de fleurs. Le beau lieu ! s’écrie Émile plein de son Homère et toujours dans l’enthousiasme ; je crois voir le jardin d’Alcinoüs. La fille voudrait savoir ce que c’est qu’Alcinoüs, et la mère le demande. Alcinoüs, leur dis-je, était un roi de Corcyre, dont le jardin, décrit par Homère, est critiqué par les gens de goût, comme trop simple et trop peu paré[492]. Cet Alcinoüs avait une fille aimable, qui, la veille qu’un étranger reçut l’hospitalité chez son père, songea qu’elle aurait bientôt un mari. Sophie, interdite, rougit, baisse les yeux, se mord la langue ; on ne peut imaginer une pareille confusion. Le père, qui se plaît à l’augmenter, prend la parole, et dit que la jeune princesse allait elle-même laver le linge à la rivière. Croyez-vous, poursuit-il, qu’elle eût dédaigné de toucher aux serviettes sales, en disant qu’elles sentaient le graillon ? Sophie, sur qui le coup porte, oubliant sa timidité naturelle, s’excuse avec vivacité. Son papa sait bien que tout le menu linge n’eût point eu d’autre blanchisseuse qu’elle, si on l’avait laissée faire[493], et qu’elle en eût fait davantage avec plaisir, si on le lui eût ordonné. Durant ces mots, elle me regarde à la dérobée avec une inquiétude dont je ne puis m’empêcher de rire en lisant dans son coeur ingénu les alarmes qui la font parler. Son père a la cruauté de relever cette étourderie en lui demandant d’un ton railleur à quel propos elle parle ici pour elle, et ce qu’elle a de commun avec la fille d’Alcinoüs. Honteuse et tremblante, elle n’ose plus souffler, ni regarder personne. Fille charmante ! Il n’est plus temps de feindre : vous voilà déclarée en dépit de vous.
Bientôt cette petite scène est oubliée ou paraît l’être ; très heureusement pour Sophie, Émile est le seul qui n’y a rien compris. La promenade se continue, et nos jeunes gens, qui d’abord étaient à nos côtés, ont peine à se régler sur la lenteur de notre marche ; insensiblement ils nous précèdent, ils s’approchent, ils s’accostent à la fin ; et nous les voyons assez loin devant nous. Sophie semble attentive et posée ; Émile parle et gesticule avec feu : il ne paraît pas que l’entretien les ennuie. Au bout d’une grande heure on retourne, on les rappelle, ils reviennent, mais lentement à leur tour, et l’on voit qu’ils mettent le temps à profit. Enfin, tout à coup, leur entretien cesse avant qu’on soit à portée de les entendre, et ils doublent le pas pour nous rejoindre. Émile nous aborde avec un air ouvert et caressant ; ses yeux pétillent de joie ; il les tourne pourtant avec un peu d’inquiétude vers la mère de Sophie pour voir la réception qu’elle lui fera. Sophie n’a pas, à beaucoup près, un maintien si dégagé ; en approchant, elle semble toute confuse de se voir tête à tête avec un jeune homme, elle qui s’y est si souvent trouvée avec d’autres sans être embarrassée, et sans qu’on l’ait jamais trouvé mauvais. Elle se hâte d’accourir à sa mère, un peu essoufflée, en disant quelques mots qui ne signifient pas grand-chose, comme pour avoir l’air d’être là depuis longtemps.
À la sérénité qui se peint sur le visage de ces aimables enfants, on voit que cet entretien a soulagé leurs jeunes coeurs d’un grand poids. Ils ne sont pas moins réservés l’un avec l’autre, mais leur réserve est moins embarrassée ; elle ne vient plus que du respect d’Émile, de la modestie de Sophie, et de l’honnêteté de tous deux. Émile ose lui adresser quelques mots, quelquefois elle ose répondre, mais jamais elle n’ouvre la bouche pour cela sans jeter les yeux sur ceux de sa mère. Le changement qui paraît le plus sensible en elle est envers moi. Elle me témoigne une considération plus empressée, elle me regarde avec intérêt, elle me parle affectueusement, elle est attentive à ce qui peut me plaire ; je vois qu’elle m’honore de son estime, et qu’il ne lui est pas indifférent d’obtenir la mienne. Je comprends qu’Émile lui a parlé de moi ; on dirait qu’ils ont déjà comploté de me gagner : il n’en est rien pourtant, et Sophie elle-même ne se gagne pas si vite. Il aura peut-être plus besoin de ma faveur auprès d’elle, que de la sienne auprès de moi. Couple charmant !… En songeant que le coeur sensible de mon jeune ami m’a fait entrer pour beaucoup dans son premier entretien avec sa maîtresse, je jouis du prix de ma peine ; son amitié m’a tout payé.
Consider my Émile, at twenty years of age, well-educated, physically and mentally robust, strong, healthy, cheerful, skillful, sturdy, full of sense, reason, kindness, and humanity; he possesses good manners and taste, loves beauty, does good, is free from the dominion of cruel passions, exempt from the shackles of public opinion, but submits to the laws of wisdom and listens to the voice of friendship. He possesses all useful talents as well as several pleasant ones; he cares little for wealth, relies on his own efforts for support, and fears not lacking food no matter what happens. Now, he is intoxicated by a newly arising passion; his heart opens to the first flames of love. His gentle illusions create for him a new world of delights and pleasures; he loves someone who is lovely not only in person but also in character; he hopes—and waits—for a return that he feels he deserves.
It is from the interaction of hearts, from the exchange of honest sentiments, that their first inclinations arise; and these inclinations must be enduring. They are pursued with confidence, even with reason, in the most delightful of delusions—without fear, without regret, without remorse, and with no other concern than that which is inseparable from the feeling of happiness. What more could possibly be lacking to such a state? Look, search, imagine what else might be needed, and see if it can be combined with what already exists. It possesses all the blessings that one can attain at once; none can be added to it without at the same time taking away something else; it brings happiness to the utmost degree possible for a human being. How could I in this moment shorten such a blissful destiny? How could I disturb such pure delight? Ah! The whole value of life lies in the happiness that he enjoys. What could I possibly give him that would compensate for what I were to take away? Even if I were to perfect his happiness, I would destroy its greatest charm. This supreme happiness is a hundred times more delightful when anticipated than when actually obtained; one enjoys it even more while waiting for it than when experiencing it. Oh, dear Émile, love and be loved! Enjoy it for a long time before you come to possess it; taste both love and innocence at the same time; create your own paradise on earth while awaiting the other one: I will not shorten this happy period of your life; I will enhance its enchantment for you; I will prolong it as much as possible. Alas! It must end, and it will end in a short time; but at least I will ensure that it remains forever in your memory, and that you never regret having experienced it.
Émile does not forget that we have restitutions to make. As soon as they are ready, we mount our horses and set off at full speed; this time, he wishes he could arrive before we even leave. When the heart opens to passions, it also opens to the boredom of life. If I haven’t wasted my time, then his entire life will not be spent in such a way.
Unfortunately, the road is severely blocked, and the terrain is difficult to navigate. We get lost; he is the first to realize it, but without impatience or complaint, he concentrates entirely on finding our way back. He wanders for a long time before reorienting himself, always maintaining the same composure. This might seem trivial to you, but for me, who know his hot-tempered nature, it is a testament to the efforts I have made since his childhood to train him to endure the hardships of life.
We have finally arrived. The reception we receive is much simpler and more polite than the first time; we are already old acquaintances. Émile and Sophie greet each other with some embarrassment and still do not speak to one another: what could they possibly say in our presence? The conversation they need to have does not require any witnesses. We stroll around the garden; at its base lies a well-kept vegetable patch, and in the park, there is an orchard covered with large, beautiful fruit trees of all kinds, interspersed with lovely streams and flowerbeds. “What a beautiful place!” exclaims Émile, full of his Homeric enthusiasm; “I seem to see Alcinoüs’ garden.” The girl asks what Alcinoüs is, and her mother inquires as well. I tell them that Alcinoüs was a king of Corcyre, whose garden, described by Homer, is criticized by connoisseurs as being too simple and poorly decorated[492]. This Alcinoüs had a lovely daughter who, on the eve of a stranger receiving hospitality at her father’s home, thought to herself that she would soon have a husband. Sophie, taken aback, blushed, lowered her eyes, and bit her tongue; one could hardly imagine such confusion. The father, enjoying the situation, takes the initiative and says that the young princess used to wash laundry by the river herself. “Do you really think,” he continues, “she would have refused to touch those dirty towels, saying they smelled of grease?” Sophie, hit directly in the heart, forgets her natural shyness and quickly apologizes. Her father knows full well that all the delicate laundry would have been washed only by her if allowed[493], and that she would have done it with even more pleasure if ordered to. During this exchange, she looks at me stealthily, with an anxiety that makes me laugh as I read the alarms in her innocent heart. Her father has the cruelty to point out this foolishness, asking her in a mocking tone what she has to do with Alcinoüs’ daughter. Ashamed and trembling, she dares not breathe or look at anyone. What a charming girl! It’s no longer time to pretend: you have been revealed against your will.
Soon, this little scene is forgotten or seems to be forgotten; very fortunately for Sophie, Émile is the only one who has not understood anything at all. The walk continues, and our young friends, who were initially beside us, have difficulty adjusting to our slow pace. Gradually, they move ahead of us, getting closer and eventually pulling away; we see them quite far ahead. Sophie appears calm and composed; Émile talks and gesticulates enthusiastically—it seems that the conversation does not bore them in the slightest. After a long hour, we turn back and call them; they come back, but slowly this time, clearly taking their time to enjoy the walk. Suddenly, their conversation stops before we are able to hear what they are saying, and they quicken their pace to catch up with us. Émile approaches us with an open and friendly demeanor; his eyes shine with joy. However, he turns them toward Sophie’s mother with a hint of concern, waiting to see how she will receive him. Sophie, on the other hand, is far less at ease; as she gets closer, she seems visibly embarrassed to be face-to-face with a young man—something she has encountered many times before without any discomfort or embarrassment on either of their parts. She hurries over to her mother, a bit out of breath, and says a few meaningless words, as if she had been there for a long time already.
The serenity that appears on the faces of these kind children shows that this conversation has relieved their young hearts of a great burden. They are still reserved towards each other, but their reserve is less awkward; it now stems merely from Émile’s respect, Sophie’s modesty, and the honesty of both of them. Émile dares to address her occasionally, and sometimes she dares to respond, but she never opens her mouth without first looking into her mother’s eyes. The most noticeable change in her behavior towards me is evident; she shows me greater attention, looks at me with interest, speaks to me affectionately, and is attentive to whatever might please me. I can see that she holds me in high regard and that it matters to her to earn my favor as well. I understand that Émile must have spoken about me to her; one might think they had already conspired to win my favor over her—but that’s not the case at all; Sophie is not someone who can be won over so easily. Perhaps Émile will need my support with her more than she needs his with me. What a charming couple!. Thinking that my young friend’s sensitive heart has allowed me to play such an important role in their first conversation together, I feel that the effort I’ve put in was well worth it; his friendship has rewarded me in every way.
Considerate mio Émile: a vent’anni, ben educato, di corpo e mente robusto, sano, agile, forte, pieno di senso, ragione, bontà e umanità; con buone maniere, gusto, amore per il bello e incline al bene; libero dall’ dominio delle passioni crudeli e dal giogo dell’opinione pubblica, ma soggetto alla legge della saggezza e docile alla voce dell’amicizia; dotato di tutti i talenti utili e di molti altri piacevoli; poco preoccupato dalle ricchezze, in grado di fare fronte a qualsiasi difficoltà senza temere la mancanza di cibo. Ora è invaso da una passione appena nata: il suo cuore si apre ai primi sentimenti d’amore; dolci illusioni gli creano un nuovo mondo di delizie e piaceri; ama una persona amabile, ancora più preziosa per il suo carattere che per la sua bellezza; spera e attende un ritorno che sente essere dovuto.
È dal rapporto tra i cuori, è dalla condivisione di sentimenti onesti che si è formato il loro primo attaccamento: questo attaccamento deve essere duraturo. Si dona con fiducia, persino con ragionevolezza, al più incantevole degli estasi, senza paura, senza rimpianti, senza rimorsi, senza alcuna preoccupazione se non quella che è inscindibile dal sentimento della felicità. Cosa potrebbe mancare alla sua felicità? Guardate, cercate, immaginate ciò di cui ha ancora bisogno, e vedete se si possa accordare con ciò che già possiede. Riunisce tutti i beni che si possono ottenere contemporaneamente; non ne può essere aggiunto alcuno a scapito di altri; è felice nel modo più completo in cui un uomo possa esserlo. Andrò ora ad abbreviare un destino così dolce? Andrò a disturbare una voluttà così pura? Ah, tutto il valore della vita risiede nella felicità che egli prova. Cosa potrei dargli che valga ciò che gli avrei tolto? Anche se aumentassi al massimo la sua felicità, distruggerei il suo più grande incanto. Questa suprema felicità è cento volte più dolce da desiderare che da ottenere; si gode meglio quando si aspetta che quando si sperimenta. Oh, caro Émile, ama e fatti amare! Goditi a lungo prima di possedere; godi contemporaneamente dell’amore e dell’innocenza; costruisci il tuo paradiso sulla terra, nell’attesa di quello celeste. Non abbrevierò mai questo felice periodo della tua vita; ne prolungherò al massimo l’incanto. Ahimè, deve pur finire, e finirà in poco tempo. Ma farò almeno sì che duri per sempre nella tua memoria, e che tu non ti penta mai di averla provata.
Émile non dimentica che abbiamo delle restituzioni da effettuare. Non appena sono pronte, prendiamo i cavalli e partiamo a tutta velocità; questa volta, vorrebbe essere già arrivato prima di partire. Quando il cuore si apre alle passioni, si apre anche alla noia della vita. Se non ho perso tempo io, allora nemmeno tutto il suo tempo trascorrerà in questo modo.
Purtroppo la strada è completamente bloccata e il terreno è difficile da percorrere. Ci perdiamo; lui se ne accorge per primo e, senza impazientirsi né lamentarsi, dedica tutta la sua attenzione a ritrovare la direzione giusta. Perde molto tempo prima di riconoscere il cammino, ma sempre con lo stesso sangue freddo. Questo non rappresenta nulla per voi, ma è molto importante per me, che conosco la sua natura impulsiva: vedo i risultati degli sforzi che ho fatto fin da quando era bambino per renderlo più resistente alle difficoltà della vita.
Finalmente siamo arrivati. L’accoglienza che ci riservano è molto più semplice e cordiale rispetto alla prima volta; ormai siamo considerati vecchi conoscenti. Émile e Sophie si salutano con un po’ di imbarazzo e continuano a non parlarsi tra loro: cosa si direbbero davanti a noi? La conversazione che devono avere non ha bisogno di testimoni. Ci aggiriamo nel giardino: il giardino è circondato da un orto ben curato; come parco, c’è un frutteto pieno di alberi rigogliosi di ogni specie, attraversato da deliziosi ruscelli e bordato da aiuole fiorite. “Che bel posto!”, esclama Émile, ispirato dall’immaginario di Omero; “Penso di vedere il giardino di Alcinoe”. La ragazza chiede chi sia Alcinoe, e sua madre le spiega che era un re di Corcira il cui giardino, descritto da Omero, viene criticato dalle persone di gusto come troppo semplice e poco decorato. Questo Alcinoe aveva una figlia adorabile; la vigilia in cui un estraneo ricevette l’ospitalità presso suo padre, lei pensò che presto avrebbe avuto un marito. Sophie, imbarazzata, arrossisce, abbassa lo sguardo e si morde la lingua; non si può immaginare una confusione simile. Il padre, divertendosi a aumentarla, racconta che la giovane principessa andava personalmente a lavare i panni al fiume, “Credete davvero”, continua, “che avrebbe rifiutato di toccare le lenzuola sporche, dicendo che puzzavano di grasso?” Sophie, colpita da queste parole, dimentica la sua timidezza naturale e si scusa con vivacità. Suo padre sa bene che tutto il bucato non avrebbe trovato un’altra lavandaia se glielo avessero permesso. E che lei l’avrebbe fatto volentieri, se le fosse stato ordinato. Durante queste parole, lei mi guarda di nascosto con un’ansia che non posso fare a meno di notare. Leggo nel suo cuore ingenuo tutte le preoccupazioni che la fanno parlare in quel modo. Suo padre ha la crudeltà di sottolineare questa sua gaffe, chiedendole con tono ironico di quale argomento stia parlando e cosa abbia a che fare lei con la figlia di Alcinoe. Imbarazzata e tremante, non osa più parlare né guardare nessuno. Che cara ragazza. Ora non c’è più tempo per fingere: sei stata rivelata contro la tua volontà.
Ben presto quella piccola scena viene dimenticata o sembra essere stata dimenticata; molto fortunatamente per Sophie, Émile è l’unico che non ha capito nulla. La passeggiata prosegue, e i nostri giovani, che all’inizio erano al nostro fianco, faticano a adattarsi alla lentezza del nostro passo; gradualmente ci precedono, si avvicinano sempre di più, fino a trovarsi molto davanti a noi. Sophie sembra tranquilla e composta; Émile parla e gesticola con entusiasmo: non sembra affatto che la conversazione li annoi. Dopo un’ora, torniamo indietro e li chiamiamo; loro ritornano, ma lentamente anch’essi, e si capisce che approfittano del tempo a disposizione. Alla fine, improvvisamente, la loro conversazione si interrompe prima ancora che possiamo sentire ciò che dicono, e accelerano il passo per raggiungerci. Émile ci si avvicina con un’aria cordiale e affettuosa; i suoi occhi brillano di gioia. Tuttavia, getta uno sguardo un po’ preoccupato verso la madre di Sophie, per vedere come lei lo accoglierà. Sophie, invece, non sembra affatto così a suo agio; avvicinandosi, appare visibilmente imbarazzata all’idea di trovarsi faccia a faccia con un giovane. Lei, che in passato si è trovata molte volte in situazioni simili senza mai sentirsi a disagio. Si affretta ad avvicinarsi alla madre, un po’ ansimante, e dice alcune parole prive di significato, come se fosse lì da molto tempo.
La serenità che si legge sul viso di questi adorabili bambini dimostra che questa conversazione ha sollevato i loro giovani cuori da un grande peso. Sono ancora riservati l’uno con l’altro, ma la loro riservatezza non è più imbarazzante; deriva soltanto dal rispetto di Émile, dalla modestia di Sophie e dall’onestà di entrambi. Émile osa rivolgerle qualche parola, a volte lei osa rispondere, ma mai apre bocca senza guardare prima negli occhi di sua madre. Il cambiamento più evidente in lei riguarda me: mi dimostra una considerazione più affettuosa, mi guarda con interesse, parla con me con tenerezza e fa attenzione a ciò che può piacermi; capisco che mi onora con la sua stima e che le è importante conquistare anche la mia. Intuisco che Émile deve averle parlato di me. Sembra quasi che abbiano già concordato di “conquistarmi”: in realtà non è così, e Sophie non si conquista certo così facilmente. Forse avrà più bisogno del mio favore presso di lei, di quanto lui ne abbia bisogno presso di me. Che incantevole coppia! Pensando che il sensibile cuore del mio giovane amico mi abbia fatto partecipare in modo significativo al suo primo incontro con la sua ragazza, mi rendo conto del valore del mio impegno. La sua amicizia mi ha ripagato completamente.
Les visites se réitèrent. Les conversations entre nos jeunes gens deviennent plus fréquentes. Émile, enivré d’amour, croit déjà toucher à son bonheur. Cependant, il n’obtient point d’aveu formel de Sophie : elle l’écoute et ne lui dit rien. Émile connaît toute sa modestie ; tant de retenue l’étonne peu ; il sent qu’il n’est pas mal auprès d’elle ; il sait que ce sont les pères qui marient les enfants ; il suppose que Sophie attend un ordre de ses parents, il lui demande la permission de le solliciter ; elle ne s’y oppose pas. Il m’en parle ; j’en parle en son nom, même en sa présence. Quelle surprise pour lui d’apprendre que Sophie dépend d’elle seule, et que pour le rendre heureux elle n’a qu’à le vouloir ! Il commence à ne plus rien comprendre à sa conduite. Sa confiance diminue. Il s’alarme, il se voit moins avancé qu’il ne pensait l’être, et c’est alors que l’amour le plus tendre emploie son langage le plus touchant pour la fléchir.
Émile n’est pas fait pour deviner ce qui lui nuit : si on ne le lui dit, il ne le saura de ses jours, et Sophie est trop fière pour le lui dire. Les difficultés qui l’arrêtent feraient l’empressement d’une autre. Elle n’a pas oublié les leçons de ses parents. Elle est pauvre, Émile est riche, elle le sait. Combien il a besoin de se faire estimer d’elle ! Quel mérite ne lui faut-il point pour effacer cette inégalité ! Mais comment songerait-il à ces obstacles ? Émile sait-il s’il est riche ? Daigne-t-il même s’en informer ? Grâce au ciel, il n’a nul besoin de l’être, il sait être bienfaisant sans cela. Il tire le bien qu’il fait de son coeur, et non de sa bourse. Il donne aux malheureux son temps, ses soins, ses affections, sa personne ; et, dans l’estimation de ses bienfaits, à peine ose-t-il compter pour quelque chose l’argent qu’il répand sur les indigents.
Ne sachant à quoi s’en prendre de sa disgrâce, il l’attribue à sa propre faute : car qui oserait accuser de caprice l’objet de ses adorations ? L’humiliation de l’amour-propre augmente les regrets de l’amour éconduit. Il n’approche plus de Sophie avec cette aimable confiance d’un coeur qui se sent digne du sien ; il est craintif et tremblant devant elle. Il n’espère plus la toucher par la tendresse, il cherche à la fléchir par la pitié. Quelquefois sa patience se lasse, le dépit est prêt à lui succéder. Sophie semble pressentir ses emportements, et le regarde. Ce seul regard le désarme et l’intimide : il est plus soumis qu’auparavant.
Troublé de cette résistance obstinée et de ce silence invincible, il épanche son coeur dans celui de son ami. Il y dépose les douleurs de ce coeur navré de tristesse ; il implore son assistance et ses conseils. Quel impénétrable mystère ! Elle s’intéresse à mon sort, je n’en puis douter : loin de m’éviter, elle se plaît avec moi ; quand j’arrive, elle marque de la joie, et du regret quand je pars ; elle reçoit mes soins avec bonté ; mes services paraissent lui plaire ; elle daigne me donner des avis, quelquefois même des ordres. Cependant, elle rejette mes sollicitations, mes prières. Quand j’ose parler d’union, elle m’impose impérieusement silence ; et, si j’ajoute un mot, elle me quitte à l’instant. Par quelle étrange raison veut-elle bien que je sois à elle sans vouloir entendre parler d’être à moi ? Vous qu’elle honore, vous qu’elle aime et qu’elle n’osera faire taire, parlez, faites-la parler ; servez votre ami, couronnez votre ouvrage ; ne rendez pas vos soins funestes à votre élève : ah ! ce qu’il tient de vous fera sa misère, si vous n’achevez son bonheur.
Je parle à Sophie, et j’en arrache avec peu de peine un secret que je savais avant qu’elle me l’eût dit. J’obtiens plus difficilement la permission d’en instruire Émile : je l’obtiens enfin, et j’en use. Cette explication le jette dans un étonnement dont il ne peut revenir. Il n’entend rien à cette délicatesse ; il n’imagine pas ce que des écus de plus ou de moins font au caractère et au mérite. Quand je lui fais entendre ce qu’ils font au préjugés, il se met à rire, et, transporté de joie, il veut partir à l’instant, aller tout déchirer tout jeter, renoncer à tout, pour avoir l’honneur d’être aussi pauvre que Sophie, et revenir digne d’être son époux.
Hé quoi ! dis-je en l’arrêtant, et riant à mon tour de son impétuosité, cette jeune tête ne mûrira-t-elle point ? et, après avoir philosophé toute votre vie, n’apprendrez-vous jamais à raisonner ? Comment ne voyez-vous pas qu’en suivant votre insensé projet, vous allez empirer votre situation et rendre Sophie plus intraitable ? C’est un petit avantage d’avoir quelques biens de plus qu’elle, c’en serait un très grand de les lui avoir tous sacrifiés ; et si sa fierté ne peut se résoudre à vous avoir la première obligation, comment se résoudrait-elle à vous avoir l’autre ? Si elle ne peut souffrir qu’un mari puisse lui reprocher de l’avoir enrichie, souffrira-t-elle qu’il puisse lui reprocher de s’être appauvri pour elle ? Eh malheureux ! tremblez qu’elle ne vous soupçonne d’avoir eu ce projet. Devenez au contraire économe et soigneux pour l’amour d’elle, de peur qu’elle ne vous accuse de vouloir la gagner par adresse, et de lui sacrifier volontairement ce que vous perdrez par négligence.
Croyez-vous au fond que de grands biens lui fassent peur, et que ses oppositions viennent précisément des richesses ? Non, cher Émile ; elles ont une cause plus solide et plus grave dans l’effet que produisent ces richesses dans l’âme du possesseur. Elle sait que les biens de la fortune sont toujours préférés à tout par ceux qui les ont. Tous les riches comptent l’or avant le mérite. Dans la mise commune de l’argent et des services, ils trouvent toujours que ceux-ci n’acquittent jamais l’autre, et pensent qu’on leur en doit de reste quand on a passé sa vie à les servir en mangeant leur pain. Qu’avez-vous donc à faire, ô Émile ! pour la rassurer sur ses craintes ? Faites-vous bien connaître à elle ; ce n’est pas l’affaire d’un jour. Montrez-lui dans les trésors de votre âme noble de quoi racheter ceux dont vous avez le malheur d’être partagé. À force de constance et de temps, surmontez sa résistance ; à force de sentiments grands et généreux, forcez-la d’oublier vos richesses. Aimez-la, servez-la, servez ses respectables parents. Prouvez-lui que ces soins ne sont pas l’effet d’une passion folle et passagère, mais des principes ineffaçables gravés au fond de votre coeur. Honorez dignement le mérite outragé par la fortune : c’est le seul moyen de le réconcilier avec le mérite qu’elle a favorisé.
On conçoit quels transports de joie ce discours donne au jeune homme, combien il lui rend de confiance et d’espoir, combien son honnête coeur se félicite d’avoir à faire, pour plaire à Sophie, tout ce qu’il ferait de lui-même quand Sophie n’existerait pas, ou qu’il ne serait pas amoureux d’elle. Pour peu qu’on ait compris son caractère, qui est-ce qui n’imaginera pas sa conduite en cette occasion ?
The visits continued. The conversations between our young people grew more frequent. Émile, intoxicated with love, already believed he had attained his happiness. However, Sophie never gave him a formal confession of her feelings: she listened to him but said nothing. Émile was well aware of her modesty; such restraint did not surprise him. He felt that he was not unworthy of her; he knew that it was usually the parents who arranged marriages for their children; he assumed that Sophie was waiting for her parents’ permission before taking any action. He asked her for her consent, and she did not object. He told me about it, and I spoke on his behalf—even in his presence. How surprised he was when he learned that Sophie depended solely on herself, and that all she needed to make him happy was to wish it! He began to fail to understand her behavior at all. His confidence diminished. He grew anxious, realizing that he might not be as far along as he had thought; and it was then that the tenderest love used its most moving words to persuade her.
Émile is not destined to understand what harms him: if no one tells him, he will never know it in his lifetime, and Sophie is too proud to tell him. The difficulties that stop him would be quickly overcome by someone else. She has not forgotten the lessons her parents taught her. She is poor; Émile is rich—she knows that. How much he needs her respect! What merit does he not possess to erase this inequality? But how could Émile even consider such obstacles? Does he know at all that he is rich? Does he even bother to inquire about it? Fortunately, he has no need to be rich; he knows how to be kind without it. The good he does comes from his heart, not from his wallet. He gives to the poor his time, his care, his affection, his very person; and when evaluating the value of his kindness, he hardly dares to consider the money he distributes among those in need at all.
Not knowing what to make of his own misfortune, he attributes it to his own fault—for who would dare accuse of caprice the object of all his adoration? The humiliation of his self-respect only increases the regrets of this unrequited love. He no longer approaches Sophie with that friendly confidence born of a heart that feels worthy of hers; instead, he is fearful and trembling in her presence. He no longer hopes to win her over with tenderness; rather, he tries to move her through pity. Sometimes his patience gives way, and resentment takes its place. Sophie seems to sense his outbursts and watches him. That single look alone disarms him and fills him with timidity—he becomes even more submissive than before.
Troubled by this stubborn resistance and this invincible silence, he poursues his heart out to his friend, confiding in it the pains of a soul overwhelmed with sorrow; he implores for her assistance and her advice. What an impenetrable mystery! She cares about my fate—there is no doubt about it: far from avoiding me, she seems to enjoy my company; she shows joy when I arrive and regret when I leave; she accepts my care with kindness; my efforts seem to please her; she deigns to give me advice, and sometimes even orders. Yet, she rejects my overtures and prayers. Whenever I dare speak of union, she demands silence from me in an imperious manner; and if I add another word, she leaves me immediately. For what strange reason does she allow me to be with her yet refuse to hear any mention of being with me? You, whom she honors, whom she loves and who she would never dare silence—speak, make her speak; serve your friend, complete your work; do not render your care fatal to your disciple: ah! What she holds from you may bring her ruin if you do not ensure her happiness.
I speak to Sophie, and with little difficulty I extract a secret that I already knew before she told it to me. Obtaining Émile’s permission to inform him proves more difficult; but finally I succeed, and I do so. This revelation leaves him in such astonishment that he is unable to recover from it. He doesn’t understand the significance of such matters; he can’t imagine how a few extra or fewer coins can affect one’s character or merit. When I explain to him what they actually mean regarding preconceptions, he starts laughing, and overcome with joy, he immediately wants to set off—to tear everything up and throw it away, to give up everything—in order to gain the honor of being as poor as Sophie and thus be worthy of becoming her husband.
“Hé, what are you doing!” I said, stopping him and laughing at his impulsiveness. “Won’t this young head ever mature? After spending your whole life philosophizing, won’t you ever learn to reason properly? Don’t you see that by pursuing this foolish plan of yours, you will only make things worse for yourself and make Sophie even more unapproachable? It might be a small advantage to have a little more wealth than her, but it would be a huge mistake to sacrifice all of yours for her. If her pride cannot accept you owing her something first, how could it ever accept you owing her anything else? If she can’t bear the thought that her husband might blame her for making him richer, will she tolerate him blaming her for having become poorer for her sake? Oh, unfortunate man! Be afraid that she might suspect you had such intentions. On the contrary, be frugal and careful out of love for her—lest she accuse you of trying to win her over through cunning, and of deliberately sacrificing what you would lose through carelessness.”
Do you truly believe that great wealth makes her fearful, and that her opposition stems precisely from those riches? No, dear Émile; there is a more solid and serious cause for it in the effect that such wealth has on the soul of its possessor. She knows that for those who possess it, material possessions are always preferred to everything else. All the rich place gold above merit. In any shared effort involving money or services, they always believe that the latter can never fully compensate for the former; and they think they are even owed something in return when someone has spent their entire life serving them while eating their bread. So, what must you do, oh Émile, to reassure her regarding these fears? Let her get to know you truly; this is not something that can be accomplished in a day. Show her, with the treasures of your noble soul, what you are willing to give in exchange for those things you are unfortunate to share with her. Through perseverance and time, overcome her resistance; with great and generous sentiments, force her to forget about your wealth. Love her, serve her, and serve her respected parents. Prove to her that these efforts are not the result of some fleeting, foolish passion, but of principles etched forever in your heart. Honor properly that merit which fortune has offended—this is the only way to reconcile it with the merits that fortune itself has favored.
One can easily imagine the immense joy this speech must bring to the young man, how much confidence and hope it fills him with, and how gladly his honest heart takes pleasure in doing everything necessary to please Sophie—everything he would do anyway if Sophie did not exist, or if he were not in love with her. Once one understands his character, who could fail to imagine how he would behave in such a situation?
Le visite si ripetevano. Le conversazioni tra i nostri giovani diventavano sempre più frequenti. Émile, inebriato d’amore, credeva già di aver raggiunto la sua felicità. Tuttavia, Sophie non gli diede mai una conferma ufficiale dei suoi sentimenti: lo ascoltava senza dire nulla. Émile conosceva bene la sua modestia; quindi quella reticenza non lo sorprendeva affatto. Sentiva di piacerle, sapeva che erano i genitori a decidere del matrimonio dei figli. Suppose quindi che Sophie stesse aspettando un ordine dai suoi genitori e le chiese il permesso di corteggiarla; lei non si oppose. Ne parlò con me, e io ne parlai in suo nome, anche davanti a lei. Quale sorpresa per lui quando scoprì che Sophie dipendeva soltanto da se stessa, e che per renderlo felice bastava semplicemente che lo desiderasse! Cominciò allora a non capire più il comportamento di lei. La sua fiducia diminuì. Si allarmò, si rese conto di essere meno avanti di quanto pensasse. E fu in quel momento che l’amore più tenero utilizzò i mezzi più commoventi per convincerla a cedere.
Émile non è fatto per intuire ciò che gli nuoce: se nessuno glielo dice, non lo scoprirà mai in vita sua, e Sophie è troppo orgogliosa per farlo. Le difficoltà che lo ostacolano susciterebbero l’impegno di un’altra persona. Lei non ha dimenticato le lezioni dei suoi genitori: è povera, Émile è ricco, e lei lo sa. Quanto abbia bisogno lui di farsi stimare da lei! Quanti meriti debba accumulare per eliminare questa disuguaglianza. Ma come potrebbe mai pensare a tali ostacoli? Émile sa davvero di essere ricco? Si preoccupa anche solo di saperlo? Grazie al cielo, non ne ha affatto bisogno: sa essere generoso senza doverlo fare. Il bene che fa proviene dal suo cuore, non dalla sua borsa. Dà ai poveri il proprio tempo, le proprie cure, le proprie attenzioni, la propria persona; e, nell’valutare i propri gesti di carità, a malapena osa considerare importante l’argento che distribuisce agli indigenti.
Non sapendo quale ne fosse la causa, attribuiva la sua sfortuna a una propria colpa: chi, infatti, oserebbe accusare di capriccio l’oggetto dei suoi adoramenti? L’umiliazione del suo orgoglio aumentava il rimpianto per l’amore rifiutato. Non si avvicinava più a Sophie con quella fiduciosa affabilità tipica di chi si sente degno dell’amore di lei; era timido e tremante al suo cospetto. Non sperava più di commuoverla con la tenerezza, ma cercava di conquistarla attraverso la pietà. A volte la sua pazienza veniva meno, e il risentimento prendeva il sopravvento. Sophie sembrava intuire i suoi sbalzi d’umore e lo osservava. Solo quel suo sguardo lo disarmava e lo intimidiva: diventava ancora più sottomesso di prima.
Disturbato da questa ostinata resistenza e da questo invincibile silenzio, egli confida al suo amico i dolori del proprio cuore afflitto dalla tristezza; gli chiede aiuto e consigli. Che mistero incomprensibile! Lei si interessa alla mia sorte, non ne posso dubitare: lontano dal evitarmi, sembra gradire la mia compagnia; quando arrivo, mostra gioia, e rimpianto quando me ne vado; accetta con gentilezza le mie attenzioni; i miei sforzi sembrano piacerle; si degna persino di darmi consigli, a volte anche ordini. Tuttavia, rifiuta le mie richieste, le mie preghiere. Quando oso parlare di unione con lei, mi impone imperiosamente il silenzio; e se aggiungo una parola, se ne va immediatamente. Per quale strana ragione vuole che io sia al suo fianco senza voler ascoltare parlare di un legame reciproco? Tu, che lei onora, che ama e che non oserà mai far tacere, parla, fai sì che parli; aiuta il tuo amico, completa il tuo lavoro; non renda inutili i tuoi sforzi per il tuo discepolo: ah! ciò che egli possiede di te potrebbe diventare la sua rovina, se non completi la sua felicità.
Parlo con Sophie e ottengo senza difficoltà un segreto che già conoscevo prima ancora che lei me lo rivelasse. Ottenere invece il permesso di informare Émile risulta più difficile; alla fine ci riesco e lo faccio. Questa spiegazione lo getta in uno stupore dal quale non riesce a riprendersi. Lui non capisce affatto l’importanza di queste differenze materiali; non immagina nemmeno quanto possano influenzare il carattere e i meriti delle persone. Quando gli spiego quali siano le conseguenze di tali differenze sui pregiudizi altrui, lui ride e, travolto dalla gioia, vuole partire immediatamente per distruggere tutto, gettare via ogni cosa, rinunciare a tutto, pur di poter essere povero quanto Sophie e diventare degno di sposarla.
“Ehi, cosa fate!” dissi fermandolo e ridendo anch’io della sua impulsività. “Questa giovane testa non maturerà mai? E dopo aver filosofato per tutta la vita, non imparerete mai a ragionare? Non vedete che seguendo questo progetto insensato, peggiorerete solo la vostra situazione e renderete Sophie ancora più irraggiungibile? Avere qualche bene in più rispetto a lei è un piccolo vantaggio; sacrificarli tutti per lei sarebbe invece un grande errore. Se la sua orgoglio non le permette di avere verso di voi il primo dovere, come potrebbe mai accettare l’altro? Se non può sopportare che suo marito le rimproveri di averla arricchita, riuscirà a tollerare che lui le dica di essersi impoverito per lei? Ah, povero uomo. Tremate che lei non sospetti che abbiate avuto questo piano. Al contrario, siate parsimoniosi e premurosi per amor suo, per evitare che vi accusi di volerla conquistare con astuzia, sacrificando volontariamente ciò che perderete per negligenza.”
Credete davvero che grandi ricchezze possano spaventarla, e che le sue opposizioni derivino proprio da esse? No, caro Émile; la causa è più profonda e grave: riguarda l’effetto che queste ricchezze hanno sull’anima di chi le possiede. Lei sa bene che, per coloro che le hanno, i beni del mondo sono sempre preferiti a tutto il resto. Tutti i ricchi danno priorità all’oro rispetto al merito. Nella condivisione comune di denaro e servizi, pensano sempre che questi ultimi non siano mai sufficienti ad equilibrare i primi, e ritengono addirittura di doverne ricevere in più dopo aver trascorso tutta la vita a servirli. Allora, cosa dovete fare, oh Émile, per tranquillizzarla riguardo alle sue paure? Fatela conoscere meglio; non è un compito che si possa portare a termine in un giorno solo. Mostratele, nei tesori della vostra nobile anima, di cosa siete capace per redimere ciò di cui sfortunatamente condividete la proprietà. Con costanza e tempo, superate la sua resistenza; con sentimenti nobili e generosi, costringetela ad dimenticare le vostre ricchezze. Amatela, servitela, servite i suoi rispettabili genitori. Dimostratele che questi gesti non derivano da una passione folle e passeggera, ma da principi indelebili incisi nel profondo del vostro cuore. Onorate con dignità il merito offeso dalla fortuna: è l’unico modo per riconciliarlo con quel merito che essa stessa ha favorito.
Si può facilmente immaginare quale gioia profonda questo discorso provochi nel giovane uomo, quanto fiducia e speranza gli infonda, e come il suo onesto cuore si rallegri al pensiero di dover fare, per compiacere Sophie, esattamente ciò che farebbe comunque se Sophie non esistesse o se non fosse innamorato di lei. Basta comprendere un po’ il suo carattere per poter facilmente immaginare come si comporterebbe in questa situazione.
Me voilà donc le confident de mes deux bonnes gens et le médiateur de leurs amours ! Bel emploi pour un gouverneur ! Si beau que je ne fis de ma vie rien qui m’élevât tant à mes propres yeux, et qui me rendît si content de moi-même. Au reste, cet emploi ne laisse pas d’avoir ses agréments : je ne suis pas mal venu dans la maison ; l’on s’y fie à moi du soin d’y tenir les deux amants dans l’ordre : Émile, toujours tremblant de déplaire, ne fut jamais si docile. La petite personne m’accable d’amitiés dont je ne suis pas la dupe, et dont je ne prends pour moi que ce qui m’en revient. C’est ainsi qu’elle se dédommage indirectement du respect dans lequel elle tient Émile. Elle lui fait en moi mille tendres caresses, qu’elle aimerait mieux mourir que de lui faire à lui-même ; et lui qui sait que je ne veux pas nuire à ses intérêts, est charmé de ma bonne intelligence avec elle. Il se console quand elle refuse son bras à la promenade et que c’est pour lui préférer le mien. Il s’éloigne sans murmure en me serrant la main, et me disant tout bas de la voix et de l’oeil : Ami, parlez pour moi. Il nous suit des yeux avec intérêt ; il tâche de lire nos sentiments sur nos visages, et d’interpréter nos discours par nos gestes ; il sait que rien de ce qui se dit entre nous ne lui est indifférent. Bonne Sophie, combien votre coeur sincère est à son aise, quand, sans être entendue de Télémaque, vous pouvez vous entretenir avec son Mentor ! Avec quelle aimable franchise vous lui laissez lire dans ce tendre coeur tout ce qui s’y passe ! Avec quel plaisir vous lui montrez toute votre estime pour son élève ! Avec quelle ingénuité touchante vous lui laissez pénétrer des sentiments plus doux ! Avec quelle feinte colère vous renvoyez l’importun quand l’impatience le force à vous interrompre ! Avec quel charmant dépit vous lui reprochez son indiscrétion quand il vient vous empêcher de dire du bien de lui, d’en entendre, et de tirer toujours de mes réponses quelque nouvelle raison de l’aimer !
Ainsi parvenu à se faire souffrir comme amant déclaré, Émile en fait valoir tous les droits ; il parle, il presse, il sollicite, il importune. Qu’on lui parle durement, qu’on le maltraite, peu lui importe, pourvu qu’il se fasse écouter. Enfin il obtient, non sans peine, que Sophie de son côté veuille bien prendre ouvertement sur lui l’autorité d’une maîtresse, qu’elle lui prescrive ce qu’il doit faire, qu’elle commande au lieu de prier, qu’elle accepte au lieu de remercier, qu’elle règle le nombre et le temps des visites, qu’elle lui défende de venir jusqu’à tel jour et de rester passé telle heure. Tout cela ne se fait point par jeu, mais très sérieusement, et si elle accepta ces droits avec peine, elle en use avec une rigueur qui réduit souvent le pauvre Émile au regret de les lui avoir donnés. Mais, quoi qu’elle ordonne, il ne réplique point ; et souvent, en partant pour obéir, il me regarde avec des yeux pleins de joie qui me disent : Vous voyez qu’elle a pris possession de moi. Cependant, l’orgueilleuse l’observe en dessous, et sourit en secret de la fierté de son esclave.
Albane et Raphaël, prêtez-moi le pinceau de la volupté ! Divin Milton, apprends à ma plume grossière à décrire les plaisirs de l’amour et de l’innocence ! Mais non, cachez vos arts mensongers devant la sainte vérité de la nature. Ayez seulement des coeurs sensibles, des âmes honnêtes ; puis laisser errer votre imagination sans contrainte sur les transports de deux jeunes amants qui, sous les yeux de leurs parents et de leurs guides, se livrent sans trouble à la douce illusion qui les flatte, et, dans l’ivresse des désirs, s’avançant lentement vers le terme, entrelacent de fleurs et de guirlandes l’heureux lien qui doit les unir jusqu’au tombeau. Tant d’images charmantes m’enivrent moi-même ; je les rassemble sans ordre et sans suite ; le délire qu’elles me causent m’empêche de les lier. Oh ! qui est-ce qui a un coeur, et qui ne saura pas faire en lui-même le tableau délicieux des situations diverses du père, de la mère, de la fille, du gouverneur, de l’élève, et du concours des uns et des autres à l’union du plus charmant couple dont l’amour et la vertu puissent faire le bonheur ?
C’est à présent que, devenu véritablement empressé de plaire, Émile commence à sentir le prix des talents agréables qu’il s’est donnés. Sophie aime à chanter, il chante avec elle ; il fait plus, il lui apprend la musique. Elle est vive et légère, elle aime à sauter, il danse avec elle ; il change ses sauts en pas, il la perfectionne. Ces leçons sont charmantes, la gaieté folâtre les anime, elle adoucit le timide respect de l’amour : il est permis à un amant de donner ces leçons avec volupté ; il est permis d’être le maître de sa maîtresse.
On a un vieux clavecin tout dérangé ; Émile l’accommode et l’accorde ; il est facteur, il est luthier aussi bien que menuisier ; il eut toujours pour maxime d’apprendre à se passer du secours d’autrui dans tout ce qu’il pouvait faire lui-même. La maison est dans une situation pittoresque, il en tire différentes vues auxquelles Sophie a quelquefois mis la main, et dont elle orne le cabinet de son père. Les cadres n’en sont point dorés et n’ont pas besoin de l’être. En voyant dessiner Émile, en l’imitant, elle se perfectionne à son exemple ; elle cultive tous les talents, et son charme les embellit tous. Son père et sa mère se rappellent leur ancienne opulence en revoyant briller autour d’eux les beaux-arts, qui seuls la leur rendaient chère ; l’amour a paré toute leur maison ; lui seul y fait régner sans frais et sans peine les mêmes plaisirs qu’ils n’y rassemblaient autrefois qu’à force d’argent et d’ennui.
Comme l’idolâtre enrichit des trésors qu’il estime l’objet de son culte, et pare sur l’autel le dieu qu’il adore, l’amant a beau voir sa maîtresse parfaite, il lui veut sans cesse ajouter de nouveaux ornements. Elle n’en a pas besoin pour lui plaire ; mais il a besoin, lui, de la parer : c’est un nouvel hommage qu’il croit lui rendre, c’est un nouvel intérêt qu’il donne au plaisir de la contempler. Il lui semble que rien de beau n’est à sa place quand il n’orne pas la suprême beauté. C’est un spectacle à la fois touchant et risible, de voir Émile empressé d’apprendre à Sophie tout ce qu’il sait, sans consulter si ce qu’il lui veut apprendre est de son goût ou lui convient. Il lui parle de tout, il lui explique tout avec un empressement puéril ; il croit qu’il n’a qu’à dire et qu’à l’instant elle l’entendra ; il se figure d’avance le plaisir qu’il aura de raisonner, de philosopher avec elle ; il regarde comme inutile tout l’acquis qu’il ne peut point étaler à ses yeux ; il rougit presque de savoir quelque chose qu’elle ne sait pas.
Le voilà donc lui donnant une leçon de philosophie, de physique, de mathématiques, d’histoire, de tout en un mot. Sophie se prête avec plaisir à son zèle, et tâche d’en profiter. Quand il peut obtenir de donner ses leçons à genoux devant elle, qu’Émile est content ! Il croit voir les cieux ouverts. Cependant, cette situation, plus gênante pour l’écolière que pour le maître, n’est pas la plus favorable à l’instruction. L’on ne sait pas trop alors que faire de ses yeux pour éviter ceux qui les poursuivent, et quand ils se rencontrent la leçon n’en va pas mieux.
L’art de penser n’est pas étranger aux femmes, mais elles ne doivent faire qu’effleurer les sciences de raisonnement. Sophie conçoit tout et ne retient pas grand-chose. Ses plus grands progrès sont dans la morale et les choses du goût ; pour la physique, elle n’en retient que quelque idée des lois générales et du système du monde. Quelquefois, dans leurs promenades, en contemplant les merveilles de la nature, leurs coeurs innocents et purs osent s’élever jusqu’à son auteur : ils ne craignent pas sa présence, ils s’épanchent conjointement devant lui.
So here I was, acting as the confidant to these two kind-hearted people and the intermediary in their love affairs! What a remarkable role for a governor indeed! It was so satisfying that I never did anything in my life that would elevate me in my own eyes or make me feel so pleased with myself. Moreover, this role did have its pleasures: I was well received in their household; they trusted me to keep the two lovers on good terms. Émile, always afraid of offending anyone, was never so obedient. The young woman showered me with friendliness—though I was not deluded by it—and I only took for myself what was rightfully mine. In this way, she indirectly compensated for the respect she held Émile in high regard. Through me, she expressed to him all those tender sentiments that she would rather die than express directly to him herself. And he, knowing that I had no intention of harming his interests, was delighted by my good relationship with her. He took it in good spirit when she refused his arm on walks, preferring mine instead. He left without a word, shaking my hand and whispering to me, “Friend, speak for me.” He watched us with interest, trying to read our feelings from our faces and interpret our words through our gestures; he knew that nothing we said to each other was indifferent to him. Good Sophie, how truly at ease your sincere heart must be when you can converse with Émile’s mentor without being overheard by Télémaque! With what lovely openness you allow him to see all that passes in your tender heart! With what joy you show him how much you respect his student! With what touching innocence you let him glimpse into your softer feelings! And with what charming feigned anger you send away the intruder when his impatience forces you to stop talking about him—only to find new reasons in my responses to love him even more!
In this way, having managed to make himself suffer in the role of a declared lover, Émile asserts all the rights that come with it; he speaks, presses, begs, and even harasses others. Whether he is spoken to harshly or mistreated, it matters little to him—as long as his demands are heard. Finally, after much effort, he succeeds in getting Sophie to openly assume the authority of a mistress over him: she dictates what he must do, commands instead of asking, accepts without thanking, regulates the frequency and timing of their meetings, and forbids him from coming at certain times or staying beyond a certain hour. All of this is done very seriously, not as a joke. Though Sophie was reluctant to grant these rights, she exercises them with such rigidity that it often makes poor Émile regret having given them to her in the first place. Yet, no matter what she orders, he never protests. Often, as he leaves to obey her, he looks at me with eyes filled of joy, as if to say: “See how she has taken complete control over me.” Nevertheless, the proud Sophie observes him from beneath, secretly smiling at the pride of her “slave.”
Albane and Raphaël, lend me the brush of voluptuousness! Divine Milton, teach my clumsy pen how to describe the pleasures of love and innocence! But no—hide your deceitful arts before the sacred truth of nature. Let us only possess sensitive hearts and honest souls; then let our imagination roam freely through the emotions of two young lovers who, in the presence of their parents and mentors, indulge without restraint in the sweet illusions that flatter them. In the intoxication of desire, as they slowly move toward their destined union, may they weave with flowers and garlands the happy bond that will bind them together until death. Such charming images intoxicate me too; I gather them haphazardly, without any order or coherence—the frenzy they provoke prevents me from arranging them in any meaningful way. Oh! Who, if they have a heart at all, would not be able to create within themselves a vivid portrayal of all the various relationships that exist between a father, a mother, a daughter, a guardian, and a learner, and how each of these roles contributes to the union of the most delightful couple imaginable, whose love and virtue can bring true happiness?
It is now that, having truly become devoted to pleasing her, Émile begins to realize the value of those pleasant talents he has cultivated. Sophie loves to sing, so he sings with her; moreover, he teaches her music. She is lively and light-hearted, and enjoys dancing; so he transforms her simple dances into graceful steps, helping her to perfect them. These lessons are delightful; their playful joy softens the timid respect that love demands. It is permissible for a lover to offer such lessons with delight—indeed, it is even right to be the master of one’s beloved.
They have an old, out-of-order clavichord; Émile tunes and adjusts it himself. He is not only a maker of instruments but also a luthier and a carpenter. His motto has always been to learn to do everything himself, without relying on others. The house is in a picturesque setting, and Émile has created various compositions based on its views—some of which Sophie has occasionally helped to embellish, using them to decorate her father’s study. The frames of these paintings are not gilded, nor is such decoration necessary. By observing Émile drawing and imitating his techniques, Sophie improves her skills; she cultivates all kinds of talents, and her own charm adds even more beauty to everything she does. Her parents recall their former prosperity when they see the arts shining around them—arts that were once the sole source of their happiness. It is love that has adorned their entire home, allowing them to enjoy the same pleasures now without any expense or effort.
Just as an idolater enriches the treasures he believes to be the objects of his worship and adorns the deity he venerates on the altar, so too does a lover, despite seeing his beloved as perfect, constantly seek to add new embellishments to her. She doesn’t need them to be pleasing to him; but he needs to adorn her—because he believes this is another form of homage, another way to enhance the pleasure he derives from contemplating her. To him, nothing seems truly beautiful unless he has adorned that supreme beauty. It’s both touching and ridiculous to watch Émile eagerly teach Sophie everything he knows, without even considering whether what he teaches suits her taste or interests her at all. He talks about everything, explains everything with a childish fervor; he believes that as soon as he speaks, she will immediately understand. He anticipates the joy of reasoning and philosophizing with her; he deems all his knowledge useless unless he can share it with her; he even feels embarrassed to possess something she doesn’t know.
There he is, giving her lessons in philosophy, physics, mathematics, history—in short, everything. Sophie gladly complies with his enthusiasm and tries to make the most of it. How delighted Émile is when he gets to teach her while kneeling in front of her! He feels as if the heavens have opened up before him. However, this situation, which is more embarrassing for the student than for the teacher, is not particularly conducive to learning. One doesn’t quite know what to do with one’s eyes to avoid those that are fixed on them, and when their gazes do meet, the lesson suffers even further.
The art of thinking is not foreign to women, but they should only scratch the surface of the sciences of reasoning. Sophie grasps everything but retains little of it. Her greatest achievements lie in morality and matters of taste; as for physics, she only absorbs some general principles and an understanding of the world’s system. Sometimes, during their walks and while contemplating the wonders of nature, their innocent and pure hearts dare to ascend to its Creator: they fear not His presence and open their hearts to Him together.
Ecco quindi che divento il confidente di queste due brave persone e il mediatore dei loro amori. Che incarico per un governatore! Così bello che, in tutta la mia vita, non ho mai fatto nulla che mi elevasse tanto ai miei occhi o che mi rendesse così soddisfatto di me stesso. Del resto, questo incarico ha anche i suoi vantaggi: sono ben accolto in quella casa; si fidano di me affinché mantenga i due amanti nell’ordine. Émile, sempre timoroso di deludere, non è mai stato così docile. Quella giovane donna mi riversa su di me mille dimostrazioni d’affetto delle quali non sono vittima, e di cui prendo per me soltanto ciò che mi spetta. È così che si compensa, in modo indiretto, del rispetto che nutre per Émile. Gli invia attraverso di me mille tenere carezze, che preferirebbe morire piuttosto che fargli lei stessa. E lui, sapendo che non intendo mai nuocere ai suoi interessi, è incantato dalla mia buona intesa con lei. Si consola quando lei rifiuta il suo braccio per le passeggiate, preferendone il mio. Se ne va senza rimproveri, stringendomi la mano e sussurrandomi: “Amico, parla per me, ” Ci segue con interesse con lo sguardo; cerca di leggere i nostri sentimenti sui nostri volti, di interpretare le nostre parole attraverso i nostri gesti. Sa che nulla di ciò che diciamo tra noi può essergli indifferente. Buona Sophie, quanto è a suo agio il tuo sincero cuore quando, senza essere sentita da Télémaque, puoi conversare con il suo mentore! Con quale affabile franchezza gli permetti di leggere in quel tenero cuore tutto ciò che vi accade. Con quale piacere gli mostri tutta la tua stima per il suo allievo. Con quale toccante ingenuità gli lasci intravedere sentimenti ancora più dolci. Con quale simulata irritazione lo rimproveri quando l’impazienza lo spinge a interromperti. Con quale delizioso disappunto gli fai notare la sua indiscrezione quando viene a impedirti di parlare bene di lui, di ascoltare le sue parole, o di trarre sempre dalle mie risposte nuove ragioni per amarlo ancora di più!
Riuscendo così a farsi soffrire nel ruolo di amante dichiarato, Émile ne esige tutti i diritti: parla, insiste, supplica, importuna. Che gli si parli duramente, che venga maltrattato, poco gli importa, purché lo si ascolti. Alla fine ottiene, non senza difficoltà, che Sophie assuma apertamente su di lui l’autorità di una padrona: gli ordina cosa deve fare, comanda invece di pregare, accetta invece di ringraziare, stabilisce il numero e l’orario delle visite, gli vieta di venire fino a una certa data o di rimanere oltre un certo orario. Tutto ciò non avviene per scherzo, ma molto seriamente; e se lei accettava questi diritti con riluttanza, li esercitava con tale rigore da far spesso pentire il povero Émile di averli concessi. Ma, qualunque cosa lei ordinasse, lui non replicava mai; e spesso, mentre andava ad obbedire, mi guardava con occhi pieni di gioia, come per dirmi: “Vedete, lei ha preso il controllo su di me”. Tuttavia, l’orgogliosa Sophie lo osservava in segreto, sorridendo della fierezza del suo “schiavo”.
Albane e Raphaël, datemi il pennello della voluttà! Divino Milton, insegna alla mia rozza penna a descrivere i piaceri dell’amore e dell’innocenza. Ma no: nascondete le vostre arti mendaci di fronte alla sacra verità della natura. Abbiate soltanto cuori sensibili, anime oneste; poi lasciate che la vostra immaginazione si liberi senza restrizioni sui sentimenti di due giovani amanti che, sotto gli occhi dei loro genitori e dei loro guide, si abbandonano senza turbamenti all’illusione dolce che li lusinga. E, nell’estasi dei desideri, avanzando lentamente verso il loro destino, intreccino fiori e ghirlande per legare per sempre i loro cuori. Tante immagini incantevoli mi inebriano; le raccolgo senza ordine, senza logica. Il delirio che suscitano in me mi impedisce di organizzarle in modo coerente. Oh! Chi mai, possedendo un cuore, non saprebbe ritrarre nella propria mente le diverse situazioni in cui si trovano padre, madre, figlia, guida, e come ciascuno di loro contribuisca all’unione della coppia più incantevole, la cui amorevolezza e virtù possano garantire il vero felicità?
È proprio ora che, diventato veramente desideroso di compiacerla, Émile inizia a rendersi conto del valore dei talenti piacevoli che si è acquisito. Sophie ama cantare, lui canta con lei; fa di più: le insegna la musica. Lei è vivace e leggera, ama saltare, lui danza con lei; trasforma i suoi salti in passi di danza, perfezionandola. Queste lezioni sono incantevoli; la gioia spensierata che le caratterizza rende tutto più piacevole. Il timido rispetto tipico dell’amore viene così mitigato: a un amante è permesso impartire queste lezioni con piacere. È persino permesso essere il maestro della propria amata.
Abbiamo un vecchio clavicembalo completamente mal funzionante; Émile lo sistema e lo accorda: lui è fabbricante di strumenti musicali, liutaio e anche falegname; ha sempre avuto come principio imparare a fare da solo tutto ciò che poteva compiere. La casa si trova in una posizione pittoresca; Émile ne realizza diverse vedute, alcune delle quali Sophie ha talvolta modificato, utilizzandole per decorare lo studio di suo padre. I telai degli oggetti non sono dorati e non ne hanno bisogno. Guardando Émile disegnare e imitarlo, lei si perfeziona seguendo il suo esempio; coltiva tutti i talenti, e il suo fascino li rende ancora più preziosi. Suo padre e sua madre ricordano la loro antica opulenza vedendo risplendere intorno a loro le belle arti, che un tempo erano l’unica cosa che rendeva quella casa davvero bella; l’amore ha adornato tutta la loro dimora; è stato lui solo a far regnare in essa, senza spese e senza fatica, gli stessi piaceri che un tempo potevano essere ottenuti soltanto con molto denaro e molta fatica.
Proprio come l’idolatra accumula tesori che ritiene essere l’oggetto del proprio culto e rappresenta sul altare la divinità che adora, anche l’amante, pur vedendo la sua amata perfetta com’è, desidera continuamente aggiungerle nuovi ornamenti. Lei non ne ha bisogno per piacergli; ma lui ha bisogno di adornarla: è un nuovo omaggio che crede di renderle, è un nuovo interesse che attribuisce al piacere di contemplarla. Gli sembra che nulla sia al suo posto se non abbellisce quella bellezza suprema. È uno spettacolo al tempo stesso commovente e ridicolo vedere Émile impegnato a insegnare a Sophie tutto ciò che sa, senza nemmeno chiedersi se ciò che vuole insegnarle sia di suo gusto o le convenga. Le parla di tutto, le spiega tutto con un’impazienza infantile; crede che basti semplicemente parlare perché lei immediatamente capisca; si immagina in anticipo il piacere che proverà a discutere, a filosofare con lei; ritiene inutile tutto ciò che non può mostrarle; quasi arrossisce al pensiero di sapere qualcosa che lei ignora.
Ecco dunque lui che le impartisce lezioni di filosofia, fisica, matematica, storia, insomma, di tutto. Sophie si dedica con piacere a queste lezioni e cerca di trarne il massimo beneficio. Quando può tenere le lezioni in ginocchio davanti a lei, Émile è estremamente felice: ha l’impressione che i cieli si siano aperti per lui. Tuttavia, questa situazione, più imbarazzante per la studentessa che per l’insegnante, non è certo favorevole all’apprendimento. Non si sa proprio come fare per evitare di incrociare quegli occhi che sembrano seguirla ovunque. E quando i loro sguardi si incontrano, le lezioni vanno ancora peggio.
L’arte di pensare non è estranea alle donne, ma esse dovrebbero limitarsi a sfiorare le scienze del ragionamento. Sophie concepisce tutto, ma non trattiene molto; i suoi maggiori progressi si registrano nel campo della morale e delle questioni legate al gusto. Per quanto riguarda la fisica, ne ricava soltanto alcune idee sulle leggi generali e sul sistema del mondo. A volte, durante le loro passeggiate, ammirando le meraviglie della natura, i loro cuori innocenti e puri osano elevarsi fino al suo autore: non temono la sua presenza e si esprimono liberamente davanti a Lui.
Quoi ! deux amants dans la fleur de l’âge emploient leur tête-à-tête à parler de religion ! Ils passent leur temps à dire leur catéchisme ! Que sert d’avilir ce qui est sublime ? Oui, sans doute, ils le disent dans l’illusion qui les charme : ils se voient parfaits, ils s’aiment, ils s’entretiennent avec enthousiasme de ce qui donne un prix à la vertu. Les sacrifices qu’ils lui font la leur rendent chère. Dans des transports qu’il faut vaincre, ils versent quelquefois ensemble des larmes plus pures que la rosée du ciel, et ces douces larmes font l’enchantement de leur vie : ils sont dans le plus charmant délire qu’aient jamais éprouvé des âmes humaines. Les privations mêmes ajoutent à leur bonheur et les honorent à leurs propres yeux de leurs sacrifices. Hommes sensuels, corps sans âme, ils connaîtront un jour vos plaisirs, et regretteront toute leur vie l’heureux temps où ils se les sont refusés !
Malgré cette bonne intelligence, il ne laisse pas d’y avoir quelquefois des dissensions, même des querelles ; la maîtresse n’est pas sans caprice, ni l’amant sans emportement ; mais ces petits orages passent rapidement et ne font que raffermir l’union ; l’expérience même apprend à Émile à ne les plus tant craindre ; les raccommodements lui sont toujours plus avantageux que les brouilleries ne lui sont nuisibles. Le fruit de la première lui en a fait espérer autant des autres ; il s’est trompé : mais enfin, s’il n’en rapporte pas toujours un profit aussi sensible, il y gagne toujours de voir confirmé par Sophie l’intérêt sincère qu’elle prend à son coeur. On veut savoir quel est donc ce profit. J’y consens d’autant plus volontiers que cet exemple me donnera lieu d’exposer une maxime très utile et d’en combattre une très funeste.
Émile aime, il n’est donc pas téméraire ; et l’on conçoit encore mieux que l’impérieuse Sophie n’est pas fille à lui passer des familiarités. Comme la sagesse a son terme en toute chose, on la taxerait bien plutôt de trop de dureté que de trop d’indulgence ; et son père lui-même craint quelquefois que son extrême fierté ne dégénère en hauteur. Dans les tête-à-tête les plus secrets, Émile n’oserait solliciter la moindre faveur, pas même y paraître aspirer ; et quand elle veut bien passer son bras sous le sien à la promenade, grâce qu’elle ne laisse pas changer en droit, à peine ose-t-il quelquefois, en soupirant, presser ce bras contre sa poitrine. Cependant, après une longue contrainte, il se hasarde à baiser furtivement sa robe ; et plusieurs fois il est assez heureux pour qu’elle veuille bien ne pas s’en apercevoir. Un jour qu’il veut prendre un peu plus ouvertement la même liberté, elle s’avise de le trouver très mauvais. Il s’obstine, elle s’irrite, le dépit lui dicte quelques mots piquants ; Émile ne les endure pas sans réplique : le reste du jour se passe en bouderie, et l’on se sépare très mécontents.
Sophie est mal à son aise. Sa mère est sa confidente ; comment lui cacherait-elle son chagrin ? C’est sa première brouillerie ; et une brouillerie d’une heure est une si grande affaire ! Elle se repent de sa faute : sa mère lui permet de la réparer, son père le lui ordonne.
Le lendemain, Émile, inquiet, revient plus tôt qu’à l’ordinaire. Sophie est à la toilette de sa mère, le père est aussi dans la même chambre : Émile entre avec respect, mais d’un air triste. À peine le père et la mère l’ont-ils salué, que Sophie se retourne, et, lui présentant la main, lui demande, d’un ton caressant, comment il se porte. Il est clair que cette jolie main ne s’avance ainsi que pour être baisée : il la reçoit et ne la baise pas. Sophie, un peu honteuse, la retire d’aussi bonne grâce qu’il lui est possible. Émile, qui n’est pas fait aux manières des femmes, et qui ne sait à quoi le caprice est bon, ne l’oublie pas aisément et ne s’apaise pas si vite. Le père de Sophie, la voyant embarrassée, achève de la déconcerter par des railleries. La pauvre fille, confuse, humiliée, ne sait plus ce qu’elle fait, et donnerait tout au monde pour oser pleurer. Plus elle se contraint, plus son coeur se gonfle ; une larme s’échappe enfin malgré qu’elle en ait. Émile voit cette larme, se précipite à ses genoux, lui prend la main, la baise plusieurs fois avec saisissement. Ma foi, vous êtes trop bon, dit le père en éclatant de rire ; j’aurais moins d’indulgence pour toutes ces folles, et je punirais la bouche qui m’aurait offensé. Émile, enhardi par ce discours, tourne un oeil suppliant vers la mère, et, croyant voir un signe de consentement, s’approche en tremblant du visage de Sophie, qui détourne la tête, et, pour sauver la bouche, expose une joue de roses. L’indiscret ne s’en contente pas ; on résiste faiblement. Quel baiser, s’il n’était pas pris sous les yeux d’une mère ! Sévère Sophie, prenez garde à vous ; on vous demandera souvent votre robe à baiser, à condition que vous la refuserez quelquefois.
Après cette exemplaire punition, le père sort pour quelque affaire ; la mère envoie Sophie sous quelque prétexte, puis elle adresse la parole à Émile et lui dit d’un ton sérieux :
« Monsieur, je crois qu’un jeune homme aussi bien né, aussi bien élevé que vous, qui a des sentiments et des moeurs, ne voudrait pas payer du déshonneur d’une famille l’amitié qu’elle lui témoigne. Je ne suis ni farouche ni prude ; je sais ce qu’il faut passer à la jeunesse folâtre ; et ce que j’ai souffert sous mes yeux vous le prouve assez. Consultez votre ami sur vos devoirs ; il vous dira quelle différence il y a entre les jeux que la présence d’un père et d’une mère autorise et les libertés qu’on prend loin d’eux en abusant de leur confiance, et tournant en pièges les mêmes faveurs qui, sous leurs yeux, ne sont qu’innocentes. Il vous dira, Monsieur, que ma fille n’a eu d’autre tort avec vous que celui de ne pas voir, dès la première fois, ce qu’elle ne devait jamais souffrir ; il vous dira que tout ce qu’on prend pour faveur en devient une, et qu’il est indigne d’un homme d’honneur d’abuser de la simplicité d’une jeune fille pour usurper en secret les mêmes libertés qu’elle peut souffrir devant tout le monde. Car on sait ce que la bienséance peut tolérer en public ; mais on ignore où s’arrête, dans l’ombre du mystère, celui qui se fait seul juge de ses fantaisies. »
Après cette juste réprimande, bien plus adressée à moi qu’à mon élève, cette sage mère nous quitte, et me laisse dans l’admiration de sa rare prudence, qui compte pour peu qu’on baise devant elle la bouche de sa fille, et qui s’effraye qu’on ose baiser sa robe en particulier. En réfléchissant à la folie de nos maximes, qui sacrifient toujours à la décence la véritable honnêteté, je comprends pourquoi le langage est d’autant plus chaste que les coeurs sont plus corrompus, et pourquoi les procédés sont d’autant plus exacts que ceux qui les ont sont plus malhonnêtes.
En pénétrant, à cette occasion, le coeur d’Émile des devoirs que j’aurais dû plutôt lui dicter, il me vient une réflexion nouvelle, qui fait peut-être le plus d’honneur à Sophie, et que je me garde pourtant bien de communiquer à son amant ; c’est qu’il est clair que cette prétendue fierté qu’on lui reproche n’est qu’une précaution très sage pour se garantir d’elle-même. Ayant le malheur de se sentir un tempérament combustible, elle redoute la première étincelle et l’éloigne de tout son pouvoir. Ce n’est pas par fierté qu’elle est sévère, c’est par humilité. Elle prend sur Émile l’empire qu’elle craint de n’avoir pas sur Sophie ; elle se sert de l’un pour combattre l’autre. Si elle était plus confiante, elle serait bien moins fière. Ôtez ce seul point, quelle fille au monde est plus facile et plus douce ? qui est-ce qui supporte plus patiemment une offense ? qui est-ce qui craint plus d’en faire à autrui ? qui est-ce qui a moins de prétentions en tout genre, hors la vertu ? Encore n’est-ce pas de sa vertu qu’elle est fière, elle ne l’est que pour la conserver ; et quand elle peut se livrer sans risque au penchant de son coeur, elle caresse jusqu’à son amant. Mais sa discrète mère ne fait pas tous ces détails à son père même : les hommes ne doivent pas tout savoir.
How! Two lovers in the prime of their lives spending their intimate moments discussing religion! They spend all their time reciting their catechism! What use is there in demeaning what is sublime? Indeed, perhaps they do so out of an illusion that captivates them: they see themselves as perfect, they love each other, and they enthusiastically discuss what gives virtue its value. The sacrifices they make for it make it all the more precious to them. In moments of intense emotion, they sometimes shed tears purer than the morning dew, and these sweet tears bring enchantment to their lives—they are in the most delightful delirium that human souls have ever known. Even privations add to their happiness and make them regard their sacrifices with pride in their own eyes. Oh, sensual men, mere bodies without souls—some day you will experience your pleasures, but for the rest of your lives, you will regret the happy times when you refused yourselves such delights!
Despite this good intelligence, disagreements—even quarrels—sometimes still arise; the mistress is not without caprices, nor is the lover without impulsiveness. But these little storms pass quickly and only serve to strengthen their bond. Experience itself teaches Émile to fear them less and less; reconciliations always prove more beneficial to him than arguments ever are harmful. The success of their first attempt led him to expect the same from others—only to be disappointed. Nevertheless, even if he does not always reap such tangible benefits, he at least gains the confirmation that Sophie truly cares about his heart. One might wonder what this benefit is. I am all the more willing to explain it since this example will also allow me to illustrate a very useful maxim and to refute one that is extremely harmful.
Émile loves her; therefore, he is not presumptuous at all. It is even more understandable that the imperious Sophie would never tolerate any familiarity from him. Since wisdom has its limits in everything, one might rather accuse her of being too stern than too indulgent; indeed, even her father sometimes fears that her extreme pride might degenerate into arrogance. During their most private moments alone, Émile would not dare to ask for the slightest favor, nor even seem to desire it. And when she occasionally consented to place her arm under his during a walk—though she never allowed this to become a habit—he would only sometimes dare, in a sigh, to press that arm against his chest. However, after enduring such restraint for a long time, he finally ventured to kiss the hem of her dress furtively; on several occasions, he was fortunate enough for her not to notice at all. But one day, when he tried to take even more liberties, she found his behavior utterly unacceptable. He persisted, she became irritated, and out of spite, she said some sharp words to him. Émile could not endure this without responding; the rest of the day was spent in mutual resentment, and they parted ways very unhappily.
Sophie feels uneasy. Her mother is her confidante; how could she hide her sadness from her? It’s their first argument; and an argument that lasts just one hour is already such a big deal! She regrets her mistake: her mother allows her to make it right, while her father orders her to do so.
The next day, Émile, feeling anxious, returned earlier than usual. Sophie was helping her mother with her morning ablutions, and their father was also in the same room. Émile entered respectfully, but with a sad expression on his face. As soon as his parents greeted him, Sophie turned around, extended her hand to him, and asked in a gentle tone how he was doing. It was clear that this beautiful hand was offered only to be kissed; he took it but did not kiss it. Sophie, feeling somewhat embarrassed, quickly withdrew her hand as politely as possible. Émile, who was not accustomed to women’s ways and did not understand the purpose of such caprices, found it difficult to forget this incident and soon calmed down. Sophie’s father, seeing her upset, only added to her confusion with his teasing remarks. The poor girl, confused and humiliated, didn’t know what to do anymore and would have given anything just to be able to cry. The more she tried to hold back her emotions, the more they built up inside her; eventually, a tear escaped despite her efforts. Émile saw this tear, rushed to her knees, took her hand, and kissed it several times, overwhelmed with emotion. “My dear, you’re too kind,” said the father, bursting into laughter. “I wouldn’t be so indulgent with all these fools; I would punish anyone who dared to offend me in such a way.” Encouraged by these words, Émile looked at Sophie’s mother with a pleading gaze and, thinking he saw some sign of consent, approached her tremblingly. Sophie turned her head away, but in order to save her lips from being kissed, she exposed a cheek covered in rosy cheeks. The impudent boy was not satisfied with that; resistance was weak. What a kiss it would have been—if only it had taken place away from a mother’s eyes! “Sophie, be careful,” the father warned. “People will often ask you to let them kiss your lips—unless you refuse them sometimes.”
After this exemplary punishment, the father goes out on some business; the mother sends Sophie away under some pretext, and then she turns to Émile and says to him in a serious tone:
“Sir, I believe that a young man of your birth and upbringing, who possesses feelings and morals, would not wish to exchange the honor of a family for the friendship it offers him. I am neither stubborn nor prude; I understand the temptations that foolish youth face, and what I have suffered is proof enough of this. Consult your friend about your duties—he will tell you the difference between those freedoms permitted in the presence of parents and those liberties taken in their absence, when one abuses their trust and turns what should be innocent gestures into schemes. He will also tell you that my daughter’s only fault towards you was her failure to recognize at once what she should never have endured; he will explain how what is considered a favor can easily become a betrayal, and how it is unworthy of a man of honor to exploit a young girl’s innocence in secret for one’s own selfish desires. For everyone knows what propriety allows in public; but few know where the boundaries lie when one, in the shadows of secrecy, becomes their own judge of what is permissible.”
After this just reprimand, which was directed more at me than at my student, this wise mother left us, leaving me in admiration of her rare prudence—prudence that cared little whether one kissed her daughter’s mouth in front of her, but was horrified if anyone dared to kiss her dress. Reflecting on the madness of our principles, which always sacrifice true honesty for the sake of decency, I understand why language becomes all the purer the more corrupt people’s hearts are, and why procedures become all the more meticulous the more dishonest those who implement them are.
As I delved into Émile’s heart on this occasion and found the duties that I should have instructed him rather than leaving them unspoken, a new thought occurred to me—one that perhaps does Sophie the greatest honor, yet one that I would never dare share with her lover. It becomes clear that this so-called pride that is often blamed upon her is nothing more than a very wise precaution taken to protect herself. Unfortunately, she possesses a temperament that tends toward impulsiveness; therefore, she fears even the slightest spark and keeps it at bay with all her power. Her severity is not born of pride but of humility. She assumes over Émile the authority that she fears might lack over Sophie; she uses one to counteract the other. If she were more confident in herself, she would be far less proud. Remove this single aspect from her character—what girl in the world could be more gentle and kind? Who would endure an insult with greater patience? Who would fear causing harm to others even more than anything else? Who would have fewer pretensions of any kind, except for virtue itself? Yet, it is not her virtue that she takes pride in; she values it only because it safeguards her. And when she can safely give free rein to the inclinations of her heart, she even shows tenderness toward her lover. But even her discreet mother does not reveal all these details to her father—men should not know everything.
Che cosa! Due amanti nella piena fioritura dell’età dedicano i loro incontri a parlare di religione. Passano il tempo a recitare il loro catechismo. A che serve umiliare ciò che è sublime? Certo, lo fanno nell’illusione che li incanta: si vedono perfetti, si amano, discutono con entusiasmo di ciò che dà valore alla virtù. I sacrifici che compiono per essa la rendono ancora più preziosa ai loro occhi. In momenti di intensa emozione, versano a volte lacrime più pure della rugiada celeste. E queste dolci lacrime rendono la loro vita incantevole: vivono nel più affascinante delirio che le anime umane abbiano mai provato. Anche le privazioni aggiungono al loro felicità e li onorano ai loro stessi occhi per i sacrifici che compiono. Oh uomini sensuali, corpi senza anima. Un giorno conoscerete i vostri piaceri. E per tutta la vita rimpiangerete quel tempo felice in cui vi siete rifiutati di goderli!
Nonostante questa buona intesa, a volte sorgono dissensi, persino litigi; la padrona non è priva di capricci, né l’amante di impeti; ma questi piccoli conflitti passano rapidamente e servono soltanto a rafforzare l’unione; anche l’esperienza insegna ad Émile a non temerli più tanto; i riappacificamenti gli sono sempre più vantaggiosi delle discussioni, che invece gli sono dannose. Il risultato del primo caso gli aveva fatto sperare lo stesso anche per gli altri; si è sbagliato. Ma in ogni caso, anche se non ne trae sempre un beneficio così evidente, guadagna comunque nel vedere confermato da Sophie l’interesse sincero che lei prova per il suo cuore. Si vuole sapere quale sia questo beneficio. Lo spiego volentieri, poiché questo esempio mi darà l’occasione di enunciare un principio molto utile e di confutare uno molto dannoso.
Émile ama; quindi non è affatto temerario. E si può ancora meglio capire che la rigida e imperiosa Sophie non sia il tipo di donna da cui ci si possa aspettare comportamenti affettuosi o familiari. Poiché in ogni cosa esiste un limite alla saggezza, si potrebbe anzi definirla troppo dura piuttosto che troppo indulgente. E persino suo padre a volte teme che la sua estrema fierezza possa trasformarsi in arroganza. Nei momenti di intimità più segreti, Émile non oserebbe nemmeno chiedere un favore, né sembrare di desiderarlo; e quando lei, per gentilezza, gli mette il braccio sotto il proprio durante una passeggiata, lui a malapena osa, con un sospiro, stringerlo contro il proprio petto. Tuttavia, dopo lunga repressione, si azzarda a baciarle furtivamente la gonna. E più volte ha la fortuna che lei non se ne accorga. Un giorno, quando cerca di prendersi quella stessa libertà in modo ancora più aperto, lei lo trova davvero molto sconveniente. Lui insiste; lei si irrita; il dispetto le fa dire alcune parole pungenti. Émile non le tollera senza rispondere. Il resto della giornata trascorre in silenzio e rancore. E si separano entrambi molto infastiditi.
Sophie si sent a disagio. Sua madre è la sua confidente; come potrebbe nasconderle il suo dolore? È la prima volta che hanno un disaccordo. E un disaccordo di un’ora rappresenta davvero una questione importante! Si pente del proprio errore: sua madre le permette di rimediare, suo padre le ordina di farlo.
Il giorno dopo, Émile, inquieto, tornò più presto del solito. Sophie era nella stanza dove sua madre si stava vestendo; anche il padre si trovava nella stessa stanza. Émile entrò con rispetto, ma con un’aria triste. Appena i genitori lo salutarono, Sophie si girò verso di lui, gli tese la mano e, con tono affettuoso, gli chiese come stesse. Era evidente che quella bella mano veniva offerta soltanto per essere baciata; Émile la prese, ma non la baciò. Sophie, un po’ imbarazzata, ritirò la mano il più gentilmente possibile. Émile, che non era abituato alle maniere delle donne e non capiva a cosa servisse quel capriccio, non riuscì facilmente a dimenticarlo né a calmarsi subito. Il padre di Sophie, vedendola in imbarazzo, la confuse ancora di più con le sue battute. La povera ragazza, confusa e umiliata, non sapeva più cosa fare e avrebbe dato qualsiasi cosa pur di osare piangere. Più si sforzava di trattenersi, più il suo cuore si riempiva di dolore; alla fine una lacrima le scivolò giù dal viso nonostante i suoi tentativi di trattenerla. Émile vide quella lacrima, si precipitò ai suoi piedi, le prese la mano e la baciò più volte con emozione. “Ma davvero, sei troppo buono”, disse il padre ridendo; “io non sarei così indulgente con tutte queste sciocchezze, e punirei chi osasse offendermi in quel modo”. Émile, incoraggiato da quelle parole, guardò supplicante la madre e, credendo di vedere un segno di consenso, si avvicinò tremando al viso di Sophie, che però girò la testa via. E così, pur salvando la sua bocca, espose una guancia di rose. L’indiscreto non si accontentò di questo; la resistenza di Sophie fu debole. Che bacio, se solo non fosse avvenuto sotto gli occhi di una madre! “Sophie, fai attenzione a te. Qualcuno potrebbe chiederti spesso di baciare la tua ‘veste’, ma tu dovrai rifiutare qualche volta”.
Dopo questa esemplare punizione, il padre esce per qualche commissione; la madre, con qualche pretesto, manda via Sophie, poi si rivolge a Émile e gli dice con tono serio:
“Signore, credo che un giovane di nascita e educazione così nobili come la vostra, che possiede sentimenti e principi morali, non vorrebbe pagare con l’infamia della propria famiglia l’amicizia che essa gli dimostra. Non sono né timida né pudica; so bene quali errori può commettere la gioventù leggera. E ciò che ho sofferto davanti ai miei occhi lo dimostra ampiamente. Consultate il vostro amico riguardo ai vostri doveri: vi dirà quale sia la differenza tra i comportamenti consentiti in presenza di genitori e le libertà che si prendono lontano da loro, abusando della loro fiducia e trasformando in trappole quelle stesse attenzioni che, sotto i loro occhi, sono semplicemente innocenti. Vi dirà, signore, che mia figlia non ha commesso altro errore con voi se non quello di non rendersi conto, fin dalla prima volta, di ciò che non avrebbe mai dovuto sopportare. Vi dirà che tutto ciò che viene considerato un favore diventa in realtà una prepotenza, e che è indegno di un uomo onesto abusare della semplicità di una giovane per usurpare segretamente le stesse libertà che lei potrebbe accettare apertamente davanti a tutti. Perché si sa ciò che la decenza permette in pubblico. Ma non si sa fino a dove possa spingersi, nell’oscurità del segreto, chi si autoproclama giudice dei propri capricci.”
Dopo questa giusta rimprovera, rivolta più a me che al mio allievo, questa saggia madre ci lascia, lasciandomi ammirato per la sua rara prudenza: le importa poco se qualcuno bacia davanti a lei le labbra di sua figlia, ma si spaventa molto se qualcuno osa baciare, in particolare, il suo abito. Riflettendo sulla follia delle nostre massime, che sempre sacrificano la vera onestà alla decenza, capisco perché il linguaggio sia tanto più casto quanto i cuori siano più corrotti, e perché le procedure siano tanto più precise quanto coloro che le adottano siano più disonesti.
In quell’occasione, entrando nel cuore di Émile e constatando i doveri che avrei dovuto piuttosto imporgli, mi venne in mente un nuovo pensiero che, forse, onora molto Sophie, ma di cui mi astengo assolutamente dal parlarne con il suo amante. È evidente che quella cosiddetta fierezza di cui le viene rimproverato non è altro che una precauzione molto saggia per proteggersi da se stessa. Avendo la sfortuna di possedere un temperamento “infiammabile”, teme la prima scintilla e la allontana con ogni mezzo possibile. Non è per fierezza che è severa, ma per umiltà. Assume su Émile l’autorità che teme di non avere su Sophie; utilizza l’uno per contrastare l’altra. Se fosse più fiduciosa in se stessa, sarebbe molto meno orgogliosa. Eliminate questo solo aspetto: quale ragazza al mondo potrebbe essere più gentile e dolce? Chi sopporta con maggiore pazienza un insulto? Chi teme di farne uno agli altri? Chi ha meno pretese in ogni ambito, tranne che nella virtù? Eppure non è proprio della sua virtù che è orgogliosa, ma solo del fatto di poterla conservare. E quando può concedersi senza rischi ai desideri del suo cuore, si mostra addirittura affettuosa con il suo amante. Ma la sua discreta madre non rivela tutti questi dettagli nemmeno a suo padre: gli uomini non devono sapere tutto.
Loin même qu’elle semble s’enorgueillir de sa conquête, Sophie en est devenue encore plus affable et moins exigeante avec tout le monde, hors peut-être le seul qui produit ce changement. Le sentiment de l’indépendance n’enfle plus son noble coeur. Elle triomphe avec modestie d’une victoire qui lui coûte sa liberté. Elle a le maintien moins libre et le parler plus timide depuis qu’elle n’entend plus le mot d’amant sans rougir ; mais le contentement perce à travers son embarras, et cette honte elle-même n’est pas un sentiment fâcheux. C’est surtout avec les jeunes survenants que la différence de sa conduite est le plus sensible. Depuis qu’elle ne les craint plus, l’extrême réserve qu’elle avait avec eux s’est beaucoup relâchée. Décidée dans son choix, elle se montre sans scrupule gracieuse aux indifférents ; moins difficile sur leur mérite depuis qu’elle n’y prend plus d’intérêt, elle les trouve toujours assez aimables pour des gens qui ne lui seront jamais rien.
Si le véritable amour pouvait user de coquetterie, j’en croirais même voir quelques traces dans la manière dont Sophie se comporte avec eux en présence de son amant. On dirait que non contente de l’ardente passion dont elle l’embrase par un mélange exquis de réserve et de caresse, elle n’est pas fâchée encore d’irriter cette même passion par un peu d’inquiétude ; on dirait qu’égayant à dessein ses jeunes hôtes, elle destine au tourment d’Émile les grâces d’un enjouement qu’elle n’ose avoir avec lui : mais Sophie est trop attentive, trop bonne, trop judicieuse, pour le tourmenter en effet. Pour tempérer ce dangereux stimulant, l’amour et l’honnêteté lui tiennent lieu de prudence : elle sait l’alarmer et le rassurer précisément quand il faut ; et si quelquefois elle l’inquiète, elle ne l’attriste jamais. Pardonnons le souci qu’elle donne à ce qu’elle aime à la peur qu’elle a qu’il ne soit jamais assez enlacé.
Mais quel effet ce petit manège fera-t-il sur Émile ? Sera-t-il jaloux ? ne le sera-t-il pas ? C’est ce qu’il faut examiner : car de telles digressions entrent aussi dans l’objet de mon livre et m’éloignent peu de mon sujet.
J’ai fait voir précédemment comment, dans les choses qui ne tiennent qu’à l’opinion, cette passion s’introduit dans le coeur de l’homme. Mais en amour c’est autre chose ; la jalousie paraît alors tenir de si près à la nature, qu’on a bien de la peine à croire qu’elle n’en vienne pas ; et l’exemple même des animaux, dont plusieurs sont jaloux jusqu’à la fureur, semble établir le sentiment opposé sans réplique. Est-ce l’opinion des hommes qui apprend aux coqs à se mettre en pièces, et aux taureaux à se battre jusqu’à la mort ?
L’aversion contre tout ce qui trouble et combat nos plaisirs est un mouvement naturel, cela est incontestable. Jusqu’à certain point le désir de posséder exclusivement ce qui nous plaît est encore dans le même cas. Mais quand ce désir, devenu passion, se transforme en fureur ou en une fantaisie ombrageuse et chagrine appelée jalousie, alors c’est autre chose ; cette passion peut être naturelle, ou ne l’être pas : il faut distinguer.
L’exemple tiré des animaux a été ci-devant examiné dans le Discours sur l’Inégalité ; et maintenant que j’y réfléchis de nouveau, cet examen me paraît assez solide pour oser y renvoyer les lecteurs. J’ajouterai seulement aux distinctions que j’ai faites dans cet écrit que la jalousie qui vient de la nature tient beaucoup à la puissance du sexe, et que, quand cette puissance est ou paraît être illimitée, cette jalousie est à son comble ; car le mâle alors, mesurant ses droits sur ses besoins, ne peut jamais voir un autre mâle que comme un importun concurrent. Dans ces mêmes espèces, les femelles, obéissant toujours au premier venu, n’appartiennent aux mâles que par le droit de conquête, et causent entre eux des combats éternels.
Au contraire, dans les espèces où un s’unit avec une, où l’accouplement produit une sorte de lien moral, une sorte de mariage, la femelle, appartenant par son choix au mâle qu’elle s’est donné, se refuse communément à tout autre ; et le mâle ayant pour garant de sa fidélité cette affection de préférence, s’inquiète aussi moins de la vue des autres mâles, et vit plus paisiblement avec eux. Dans ces espèces, le mâle partage le soin des petits ; et par une de ces lois de la nature qu’on n’observe point sans attendrissement, il semble que la femelle rende au père l’attachement qu’il a pour ses enfants.
Or, à considérer l’espèce humaine dans sa simplicité primitive, il est aisé de voir, par la puissance bornée du mâle et par la tempérance de ses désirs, qu’il est destiné par la nature à se contenter d’une seule femelle ; ce qui se confirme par l’égalité numérique des individus des deux sexes, au moins dans nos climats ; égalité qui n’a pas lieu, à beaucoup près, dans les espèces où la plus grande force des mâles réunit plusieurs femelles à un seul. Et bien que l’homme ne couve pas comme le pigeon, et que n’ayant pas non plus des mamelles pour allaiter, il soit à cet égard dans la classe des quadrupèdes, les enfants sont si longtemps rampants et faibles, que la mère et eux se passeraient difficilement de l’attachement du père, et des soins qui en sont l’effet.
Toutes les observations concourent donc à prouver que la fureur jalouse des mâles, dans quelques espèces d’animaux, ne conclut point du tout pour l’homme ; et l’exception même des climats méridionaux, où la polygamie est établie, ne fait que mieux confirmer le principe, puisque c’est de la pluralité des femmes que vient la tyrannique précaution des maris, et que le sentiment de sa propre faiblesse porte l’homme à recourir à la contrainte pour éluder les lois de la nature.
Parmi nous, où ces mêmes lois, en cela moins éludées, le sont dans un sens contraire et plus odieux, la jalousie a son motif dans les passions sociales plus que dans l’instinct primitif. Dans la plupart des liaisons de galanterie, l’amant hait bien plus ses rivaux qu’il n’aime sa maîtresse ; s’il craint de n’être pas seul écouté, c’est l’effet de cet amour-propre dont j’ai montré l’origine, et la vanité pâtit en lui bien plus que l’amour. D’ailleurs nos maladroites institutions ont rendu les femmes si dissimulées[494], et ont si fort allumé leurs appétits, qu’on peut à peine compter sur leur attachement le mieux prouvé, et qu’elles ne peuvent plus marquer de préférences qui rassurent sur la crainte des concurrents.
Pour l’amour véritable, c’est autre chose. J’ai fait voir, dans l’écrit déjà cité, que ce sentiment n’est pas aussi naturel que l’on pense ; et il y a bien de la différence entre la douce habitude qui affectionne l’homme à sa compagne, et cette ardeur effrénée qui l’enivre des chimériques attraits d’un objet qu’il ne voit plus tel qu’il est. Cette passion, qui ne respire qu’exclusions et préférences, ne diffère en ceci de la vanité, qu’en ce que la vanité, exigeant tout et n’accordant rien, est toujours inique ; au lieu que l’amour, donnant autant qu’il exige, est par lui-même un sentiment rempli d’équité. D’ailleurs plus il est exigeant, plus il est crédule : la même illusion qui le cause le rend facile à persuader. Si l’amour est inquiet, l’estime est confiante ; et jamais l’amour sans estime n’exista dans un coeur honnête, parce que nul n’aime dans ce qu’il aime que les qualités dont il fait cas.
Tout ceci bien éclairci, l’on peut dire, à coup sûr, de quelle sorte de jalousie Émile sera capable ; car, puisqu’à peine cette passion a-t-elle un germe dans le coeur humain, sa forme est déterminée uniquement par l’éducation. Émile amoureux et jaloux ne sera point colère, ombrageux, méfiant, mais délicat, sensible et craintif ; il sera plus alarmé qu’irrité ; il s’attachera bien plus à gagner sa maîtresse qu’à menacer son rival ; il l’écartera, s’il peut, comme un obstacle, sans le haïr comme un ennemi ; s’il le hait, ce ne sera pas pour l’audace de lui disputer un coeur auquel il prétend, mais pour le danger réel qu’il lui fait courir de le perdre ; son injuste orgueil ne s’offensera point sottement qu’on ose entrer en concurrence avec lui ; comprenant que le droit de préférence est uniquement fondé sur le mérite, et que l’honneur est dans le succès, il redoublera de soins pour se rendre aimable, et probablement il réussira. La généreuse Sophie, en irritant son amour par quelques alarmes, saura bien les régler, l’en dédommager ; et les concurrents, qui n’étaient soufferts que pour le mettre à l’épreuve, ne tarderont pas d’être écartés.
Far from appearing to take pride in her conquest, Sophie has become even more affable and less demanding towards everyone—perhaps except for the one person who caused this change. The sense of independence no longer fills her noble heart. She modestly triumphs over a victory that costs her her freedom. Her demeanor is now less free, and her speech more hesitant; she no longer blushes at the mention of “lover.” Yet contentment shines through her embarrassment, and even this shame is not a displeasing emotion. The difference in her behavior is most noticeable especially with the younger people who have recently arrived. No longer fearing them, her extreme reserve towards them has greatly eased. Having made up her mind, she shows no scruples in being gracious to those who are indifferent to her; less critical of their merits now that she takes no interest in them, she still finds them quite pleasant—after all, they will never mean anything to her.
If true love were capable of using coquetry, I would even believe that some traces of it could be seen in the way Sophie behaves towards them in the presence of her lover. It seems as if, not content with the intense passion she arouses in him through a delicate mix of reserve and tenderness, she is also willing to stir that very passion further with a hint of concern; it’s as though, deliberately delighting her young guests, she reserves for Émile the charms of an amusement she dares not display towards him. But Sophie is too attentive, too kind, too judicious to truly cause him pain. To counteract this dangerous stimulus, love and honesty serve her as prudence: she knows exactly when to alarm him and when to reassure him; and even when she occasionally worries him, she never makes him sad. Let us forgive the concern she shows for what she loves—she fears that it might never be held close enough to her heart.
But what effect will this little maneuver have on Émile? Will he be jealous? Or won’t he be? That is what we need to examine, for such digressions also fall within the scope of my book and do not deviate far from my main subject.
I have previously shown how, in matters that depend solely on opinion, such passion penetrates into the human heart. But in love, it is something entirely different; jealousy seems to be so closely bound to human nature that it is hard to believe it does not originate from it. Moreover, the example of animals—many of which are jealous to the point of fury—seems to provide irrefutable proof of this opposite sentiment. Is it human opinion that teaches roosters to fight themselves to death and bulls to battle until they perish?
The aversion toward anything that disturbs or interferes with our pleasures is a natural reaction—this is undeniable. To some extent, the desire to possess exclusively what pleases us falls into the same category. However, when this desire, having turned into passion, transforms into fury or into a gloomy and sorrowful fantasy known as jealousy, then it becomes something different; such passion may be natural, or it may not—it is necessary to make this distinction.
The example drawn from animals was previously examined in “Discourse on Inequality”; and now that I reflect upon it again, this examination seems sufficiently solid to warrant recommending it to readers. I would only add to the distinctions I made in that work that jealousy, being inherent in nature, is closely related to the power of the sex. When this power is actual or appears to be unlimited, jealousy reaches its extreme; for then, the male, when he compares his own rights with his own needs, can never regard another male as anything but an annoying competitor. In the same species, females, always obedient to the first male who approaches them, belong to males only through the right of conquest, and this leads to eternal conflicts among them.
On the contrary, in species where one individual mates with another, and where the act of mating establishes a kind of moral bond, akin to marriage, the female, by choosing to belong to a particular male, generally refuses any other; and since the male has this preference as evidence of her fidelity, he is less concerned about the presence of other males and can live more peacefully with them. In such species, the male also shares in the care of the offspring; and according to one of those laws of nature that always move us to compassion, it seems that the female reciprocates the affection that the male feels for his children.
Or, when one considers the human species in its primitive simplicity, it is easy to see that, given the male’s limited strength and his moderate desires, nature has destined him to be content with a single female; this is confirmed by the equal number of individuals of both sexes, at least in our climates. Such equality is far from the case in other species where the males’ greater strength enables them to have multiple females. Moreover, although man does not incubate his eggs like a pigeon and lacks mammary glands for nursing, he still belongs to the class of quadrupeds. Since children are so weak and crawl for such a long time after birth, both the mother and the children would hardly be able to do without the support and care provided by the father.
All observations thus converge to prove that the jealous fury of males in certain species of animals in no way applies to humans; and even the exception of tropical climates, where polygamy is practiced, only serves to reinforce this principle. For it is precisely from the plurality of women that men resort to tyrannical measures as a precautionary measure against their own weakness, and it is this awareness of their own frailty that drives them to use coercion in order to circumvent the laws of nature.
Among us, where these very laws—though less concealed in this regard—are applied in a contrary and more detestable manner, jealousy finds its origin more in social passions than in primitive instincts. In most cases of romantic intrigue, the lover hates his rivals far more than he loves his beloved; if he fears not being the sole recipient of her attention, it is due to that self-love whose origins I have already explained, and vanity plays a far greater role in this regard than love itself. Moreover, our poorly devised institutions have made women so cunning and have so greatly aroused their desires that one can hardly rely on even the most steadfast of their affections; they are no longer able to show preferences that would dispel concerns about potential rivals.
True love is something entirely different. As I have already shown in the previously cited text, this sentiment is not as natural as one might think; there is indeed a great difference between the gentle affection that binds a man to his companion and the frenzied passion that intoxicates him with the illusory allure of an object that he no longer sees for what it truly is. This kind of passion, which is characterized by exclusivity and preference, differs from vanity only in that vanity, demanding everything without giving anything in return, is always unjust; whereas love, giving as much as it demands, is inherently a sentiment filled with fairness. Moreover, the more demanding love is, the more credulous it tends to be—the very illusion that gives rise to it also makes it easy to persuade. If love is filled with anxiety, respect is confident; and true love without respect can never exist in an honest heart, for no one loves what they love except for the qualities they value in it.
Once all these points are clearly understood, it is possible to say with certainty what kind of jealousy Émile will be capable of; for as soon as this passion takes root in the human heart, its form is entirely determined by one’s upbringing. An enamored and jealous Émile will not be angry, resentful, or suspicious, but rather delicate, sensitive, and fearful; he will be more alarmed than irritated; he will strive far more to win the affection of his beloved than to threaten her rival; if possible, he will dismiss that rival as an obstacle, without hating him as an enemy; and if he does hate him, it will not be because of the rival’s audacity in competing for a heart he claims for himself, but because of the real danger that rival poses to losing that heart. His unjust pride will not be foolishly offended if someone dares to compete with him; realizing that the right to preference is based solely on merit and that honor lies in success, he will redouble his efforts to become likable—and he will probably succeed. The generous Sophie, by provoking his jealousy through a few warnings, will know how to calm it and compensate him for them; and those rivals who were only tolerated in order to test him will soon be dismissed.
Lontano dall’essere orgogliosa della propria conquista, Sophie è diventata ancora più affabile e meno esigente con tutti, forse tranne che con l’unica persona che ha causato questo cambiamento in lei. Il sentimento di indipendenza non gonfia più il suo nobile cuore. Lei vince con modestia una vittoria che le costa la sua libertà: il suo portamento è meno libero, il suo modo di parlare più timido, da quando non arrossisce più al suono della parola “amante”; ma la soddisfazione traspare attraverso il suo imbarazzo, e persino questa vergogna non è un sentimento negativo. La differenza nel suo comportamento risulta particolarmente evidente soprattutto con i giovani che arrivano dopo di lei: da quando non li teme più, la grande riservatezza che aveva nei loro confronti si è notevolmente allentata. Decisa nella propria scelta, mostra senza rimorsi gentilezza verso coloro che le sono indifferenti; meno severa nel giudicarne i meriti, poiché non vi interessa più, li trova comunque abbastanza affabili per persone che non le saranno mai nulla.
Se l’amore vero potesse ricorrere alla civetteria, credo che si potrebbero persino notare alcune tracce di essa nel modo in cui Sophie si comporta con loro in presenza del suo amante. Sembra che, non contenta della passione ardente che suscita in lui attraverso un mix squisito di riservatezza e tenerezza, non disde nemmeno stimolare ulteriormente quella stessa passione con un pizzico di preoccupazione; sembra che, divertendo intenzionalmente i suoi giovani ospiti, destini proprio a Émile le grazie di un’allegria che non osa mostrargli direttamente. Ma Sophie è troppo attenta, troppo gentile, troppo saggezza per tormentarlo davvero. Per moderare questo pericoloso stimolo, l’amore e l’onestà fungono da prudenza per lei: sa come allarmarlo e rassicurarlo esattamente nel momento giusto; e se talvolta lo preoccupa, non lo addolora mai. Perdoniamo quindi la premura che mostra per ciò che ama. È semplicemente la paura che lui non possa mai essere abbastanza stretto a lei.
Ma quale effetto avrà questo piccolo stratagemma su Émile? Sarà geloso? O non lo sarà? È ciò che dobbiamo esaminare: perché anche queste digressioni rientrano nell’ambito del mio libro e non mi allontanano affatto dal tema principale.
Ho già mostrato in precedenza come, nelle cose che dipendono unicamente dall’opinione umana, questa passione si insedi nel cuore dell’uomo. Ma nell’amore è tutta un’altra storia: la gelosia sembra essere così strettamente legata alla natura umana, che è difficile credere che non ne derivi direttamente; persino l’esempio degli animali, molti dei quali sono gelosi fino alla furia, sembra dimostrare in modo irrefutabile l’esistenza di questo sentimento. È forse l’opinione umana a insegnare ai galli di combattere tra loro e ai tori di lottare fino alla morte?
L’avversione verso tutto ciò che disturba e ostacola i nostri piaceri è un movimento naturale, questo è indiscutibile. Fino a un certo punto, il desiderio di possedere esclusivamente ciò che ci piace rientra nella stessa categoria. Ma quando questo desiderio, trasformatosi in passione, si trasforma in furia o in una fantasia oscura e dolorosa chiamata gelosia, allora è tutta un’altra cosa; questa passione può essere naturale, oppure no: bisogna fare distinzioni.
L’esempio tratto dagli animali è stato precedentemente esaminato nel “Discorso sull’Ineguaglianza”; e ora che ci ripenso, quest’esame mi sembra abbastanza solido per osare inviarlo di nuovo ai lettori. Aggiungerei soltanto alle distinzioni che ho fatto in quell’opera che la gelosia, derivante dalla natura stessa, è strettamente legata al potere del sesso; e che, quando questo potere è o sembra essere illimitato, anche la gelosia raggiunge il suo apice. Infatti, il maschio, misurando i propri diritti in base ai propri bisogni, non può mai considerare un altro maschio se non come un concorrente fastidioso. Nelle stesse specie, le femmine, essendo sempre disponibili al primo che si presenta, appartengono ai maschi soltanto per diritto di conquista, e questo porta a combattimenti eterni tra loro.
Al contrario, nelle specie in cui un individuo si unisce a un altro e il rapporto sessuale genera una sorta di legame morale, una sorta di matrimonio, la femmina, essendo appartenuta per scelta al maschio che si è data, rifiuta generalmente qualsiasi altro; e il maschio, avendo come garanzia della fedeltà della sua compagna questo affetto di preferenza, si preoccupa meno della presenza di altri maschi e vive più in armonia con loro. In queste specie, il maschio condivide anche la cura dei piccoli; e, secondo una di quelle leggi della natura che non si possono osservare senza commuoversi, sembra che la femmina restituisca al padre l’affetto che egli prova per i suoi figli.
Ora, considerando la specie umana nella sua semplicità primitiva, è facile constatare, dalla forza limitata del maschio e dalla moderazione dei suoi desideri, che la natura lo ha destinato a accontentarsi di una sola femmina; ciò viene confermato dall’uguaglianza numerica degli individui dei due sessi, almeno nei nostri climi; un’uguaglianza che non si riscontra affatto nelle specie in cui la maggiore forza dei maschi permette loro di avere più femmine. E sebbene l’uomo non covi come il piccione e non disponga nemmeno di mammelle per allattare, in questo senso appartiene alla classe dei quadrupedi; inoltre, i bambini rimangono per molto tempo incapaci di muoversi liberamente e sono estremamente deboli, quindi sia loro che la madre avrebbero bisogno dell’affetto e delle cure del padre.
Quindi, tutte le osservazioni concorrono a dimostrare che la furia gelosa dei maschi, in alcune specie di animali, non ha affatto alcuna rilevanza per l’uomo; e persino l’eccezione rappresentata dai climi meridionali, dove la poligamia è diffusa, conferma ulteriormente questo principio: infatti, è proprio dalla pluralità delle donne che derivano le misure tiranniche adottate dai mariti, e il senso della propria debolezza spinge l’uomo a ricorrere alla coercizione per eludere le leggi della natura.
Tra di noi, dove queste stesse leggi, sebbene meno eluse in questo caso, sono applicate in senso opposto e ancora più odioso, la gelosia trova il suo motivo nelle passioni sociali piuttosto che nell’istinto primordiale. Nella maggior parte delle relazioni amorose, l’amante odia molto di più i suoi rivali di quanto ami la sua amata; se teme di non essere l’unico ad essere ascoltato, è effetto di quell’amor proprio il cui origine ho già spiegato, e in lui la vanità soffre molto più dell’amore stesso. Inoltre, le nostre istituzioni mal concepite hanno reso le donne estremamente dissimulate[494], e hanno intensificato notevolmente i loro desideri; per questo motivo, è difficile fidarsi della loro fedeltà, e non riescono più a mostrare preferenze che possano tranquillizzare coloro che temono la concorrenza.
Per quanto riguarda l’amore vero, è tutta un’altra cosa. Ho già dimostrato, nel testo citato in precedenza, che questo sentimento non è così naturale come si crede; esiste infatti una grande differenza tra la dolce abitudine che lega un uomo alla sua compagna e quell’ardore frenetico che lo inebria di attrazioni illusorie riguardo a un oggetto che, in realtà, non è come lui lo vede. Questa passione, che si basa esclusivamente su esclusioni e preferenze, non differisce dalla vanità se non per il fatto che la vanità, richiedendo tutto senza dare nulla, è sempre ingiusta; mentre l’amore, dando tanto quanto chiede, è di per sé un sentimento pieno di equità. Del resto, più l’amore è esigente, più è credulo: proprio quell’illusione che lo genera lo rende facilmente persuasibile. Se l’amore è inquieto, l’estima è fiduciosa; e mai l’amore senza estima esisterà in un cuore onesto, perché nessuno ama ciò che ama se non per le qualità di cui si cura.
Ora che tutto questo è stato chiaramente spiegato, si può dire con certezza di quale tipo di gelosia Émile sarà capace; infatti, poiché questa passione ha appena un germe nel cuore umano, la sua forma è determinata esclusivamente dall’educazione. Un Émile innamorato e geloso non sarà arrabbiato, suscettibile o diffidente, ma delicato, sensibile e timido; sarà più preoccupato che irritato; si impegnerà molto di più a conquistare la sua amata che a minacciare il suo rivale; lo allontanerà, se possibile, come un ostacolo, senza odiarlo come un nemico; e se lo odierà, non sarà per l’audacia con cui quest’ultimo cerca di strappargli il cuore che lui stesso pretende, ma per il pericolo reale che costituisce nel farlo perdere. Il suo orgoglio ingiusto non si offenderà sciocamente se qualcuno osa competere con lui; comprendendo che il diritto alla preferenza si basa esclusivamente sul merito e che l’onore sta nel successo, si impegnerà ancora di più per rendersi amabile, e probabilmente riuscirà. La generosa Sophie, irritando il suo amore con alcune preoccupazioni, saprà sicuramente come gestirle e compensarlo; e i concorrenti, che esistevano soltanto per metterlo alla prova, non tarderanno ad essere allontanati.
Mais où me sens-je insensiblement entraîné ? O Émile, qu’es-tu devenu ? Puis-je reconnaître en toi mon élève ? Combien je te vois déchu ! Où est ce jeune homme formé si durement, qui bravait les rigueurs des saisons, qui livrait son corps aux plus rudes travaux et son âme aux seules lois de la sagesse ; inaccessible aux préjugés, aux passions ; qui n’aimait que la vérité, qui ne cédait qu’à la raison, et ne tenait à rien de ce qui n’était pas lui ? Maintenant, amolli dans une vie oisive, il se laisse gouverner par des femmes ; leurs amusements sont ses occupations, leurs volontés sont ses lois ; une jeune fille est l’arbitre de sa destinée ; il rampe et fléchit devant elle ; le grave Émile est le jouet d’un enfant !
Tel est le changement des scènes de la vie : chaque âge a ses ressorts qui le font mouvoir ; mais l’homme est toujours le même. À dix ans, il est mené par des gâteaux, à vingt par une maîtresse, à trente par les plaisirs, à quarante par l’ambition, à cinquante par l’avarice : quand ne court-il qu’après la sagesse ? Heureux celui qu’on y conduit malgré lui ! Qu’importe de quel guide on se serve, pourvu qu’il le mène au but ? Les héros, les sages eux-mêmes, ont payé ce tribut à la faiblesse humaine ; et tel dont les doigts ont cassé des fuseaux n’en fut pas pour cela moins grand homme.
Voulez-vous étendre sur la vie entière l’effet d’une heureuse éducation, prolongez durant la jeunesse les bonnes habitudes de l’enfance ; et, quand votre élève est ce qu’il doit être, faites qu’il soit le même dans tous les temps. Voilà la dernière perfection qu’il vous reste à donner à votre ouvrage. C’est pour cela surtout qu’il importe de laisser un gouverneur aux jeunes hommes ; car d’ailleurs il est peu à craindre qu’ils ne sachent pas faire l’amour sans lui. Ce qui trompe les instituteurs, et surtout les pères, c’est qu’ils croient qu’une manière de vivre en exclut une autre, et qu’aussitôt qu’on est grand on doit renoncer à tout ce qu’on faisait étant petit. Si cela était, à quoi servirait de soigner l’enfance, puisque le bon ou le mauvais usage qu’on en ferait s’évanouirait avec elle, et qu’en prenant des manières de vivre absolument différentes, on prendrait nécessairement d’autres façons de penser.
Comme il n’y a que de grandes maladies qui fassent solution de continuité dans la mémoire, il n’y a guère que de grandes passions qui la fassent dans les moeurs. Bien que nos goûts et nos inclinaisons changent, ce changement, quelquefois assez brusque, est adouci par les habitudes. Dans la succession de nos penchants, comme dans une bonne dégradation de couleurs, l’habile artiste doit rendre les passages imperceptibles, confondre et mêler les teintes, et, pour qu’aucune ne tranche, en étendre plusieurs sur tout son travail. Cette règle est confirmée par l’expérience ; les gens immodérés changent tous les jours d’affections, de goûts, de sentiments, et n’ont pour toute constance que l’habitude du changement ; mais l’homme réglé revient toujours à ses anciennes pratiques, et ne perd pas même dans sa vieillesse le goût des plaisirs qu’il aimait enfant.
Si vous faites qu’en passant dans un nouvel âge les jeunes gens ne prennent point en mépris celui qui l’a précédé, qu’en contractant de nouvelles habitudes ils n’abandonnent point les anciennes, et qu’ils aiment toujours à faire ce qui est bien, sans égard au temps où ils ont commencé, alors seulement vous aurez sauvé votre ouvrage, et vous serez sûrs d’eux jusqu’à la fin de leurs jours ; car la révolution la plus à craindre est celle de l’âge sur lequel vous veillez maintenant. Comme on le regrette toujours, on perd difficilement dans la suite les goûts qu’on y a conservés ; au lieu que, quand ils sont interrompus, on ne les reprend de la vie.
La plupart des habitudes que vous croyez faire contracter aux enfants et aux jeunes gens ne sont point de véritables habitudes, parce qu’ils ne les ont prises que par force, et que, les suivant malgré eux, ils n’attendent que l’occasion de s’en délivrer. On ne prend point le goût d’être en prison à force d’y demeurer ; l’habitude alors, loin de diminuer l’aversion, l’augmente. Il n’en est pas ainsi d’Émile, qui, n’ayant rien fait dans son enfance que volontairement et avec plaisir, ne fait, en continuant d’agir de même étant homme, qu’ajouter l’empire de l’habitude aux douceurs de la liberté. La vie active, le travail des bras, l’exercice, le mouvement, lui sont tellement devenus nécessaires, qu’il n’y pourrait renoncer sans souffrir. Le réduire tout à coup à une vie molle et sédentaire serait l’emprisonner, l’enchaîner, le tenir dans un état violent et contraint ; je ne doute pas que son humeur et sa santé n’en fussent également altérées. À peine peut-il respirer à son aise dans une chambre bien fermée ; il lui faut le grand air, le mouvement, la fatigue. Aux genoux même de Sophie, il ne peut s’empêcher de regarder quelquefois la campagne du coin de l’oeil, et de désirer de la parcourir avec elle. Il reste pourtant quand il faut rester ; mais il est inquiet, agité ; il semble se débattre ; il reste parce qu’il est dans les fers. Voilà donc, allez-vous dire, des besoins auxquels je l’ai soumis, des assujettissements que je lui ai donnés : et tout cela est vrai ; je l’ai assujetti à l’état d’homme.
Émile aime Sophie ; mais quels sont les premiers charmes qui l’ont attaché ? La sensibilité, la vertu, l’amour des choses honnêtes. En aimant cet amour dans sa maîtresse, l’aurait-il perdu pour lui-même ? À quel prix à son tour Sophie s’est-elle mise ? À celui de tous les sentiments qui sont naturels au coeur de son amant : l’estime des vrais biens, la frugalité, la simplicité, le généreux désintéressement, le mépris du faste et des richesses. Émile avait ces vertus avant que l’amour les eût imposées. En quoi donc Émile est-il véritablement changé ? Il a de nouvelles raisons d’être lui-même ; c’est le seul point où il soit différent de ce qu’il était.
Je n’imagine pas qu’en lisant ce livre avec quelque attention, personne puisse croire que toutes les circonstances de la situation où il se trouve se soient ainsi rassemblées autour de lui par hasard. Est-ce par hasard que, les villes fournissant tant de filles aimables, celle qui lui plaît ne se trouve qu’au fond d’une retraite éloignée ? Est-ce par hasard qu’il la rencontre ? Est-ce par hasard qu’ils se conviennent ? Est-ce par hasard qu’ils ne peuvent loger dans le même lieu ? Est-ce par hasard qu’il ne trouve un asile que si loin d’elle ? Est-ce par hasard qu’il la voit si rarement, et qu’il est forcé d’acheter par tant de fatigues le plaisir de la voir quelquefois ? Il s’effémine, dites-vous. Il s’endurcit, au contraire ; il faut qu’il soit aussi robuste que je l’ai fait pour résister aux fatigues que Sophie lui fait supporter.
Il loge à deux grandes lieues d’elle. Cette distance est le soufflet de la forge ; c’est par elle que je trempe les traits de l’amour. S’ils logeaient porte à porte, ou qu’il pût l’aller voir mollement assis dans un bon carrosse, il l’aimerait à son aise, il l’aimerait en Parisien. Léandre eût-il voulu mourir pour Héro, si la mer ne l’eût séparé d’elle ? Lecteur, épargnez-moi des paroles ; si vous êtes fait pour m’entendre, vous suivrez assez mes règles dans mes détails.
Les premières fois que nous sommes allés voir Sophie, nous avons pris des chevaux pour aller plus vite. Nous trouvons cet expédient commode, et à la cinquième fois nous continuons de prendre des chevaux. Nous étions attendus ; à plus d’une demi-lieue de la maison, nous apercevons du monde sur le chemin. Émile observe, le coeur lui bat ; il approche, il reconnaît Sophie, il se précipite à bas de son cheval, il part, il vole, il est aux pieds de l’aimable famille. Émile aime les beaux chevaux ; le sien est vif, il se sent libre, il s’échappe à travers champs : je le suis, je l’atteins avec peine, je le ramène. Malheureusement Sophie a peur des chevaux, je n’ose approcher d’elle. Émile ne voit rien ; mais Sophie l’avertit à l’oreille de la peine qu’il a laissé prendre à son ami. Émile accourt tout honteux, prend les chevaux, reste en arrière : il est juste que chacun ait son tour. Il part le premier pour se débarrasser de nos montures. En laissant ainsi Sophie derrière lui, il ne trouve plus le cheval une voiture aussi commode. Il revient essoufflé, et nous rencontre à moitié chemin.
Au voyage suivant Émile ne veut plus de chevaux.
But where am I being drawn along, unbeknownst to me? Oh Émile, what have you become? Can I still recognize in you my former student? How degraded you seem! Where is that young man who once endured the harshness of the seasons, who subjected his body to the toughest labor and his soul solely to the laws of wisdom; who was immune to prejudice and passion; who loved only truth, yielded only to reason, and held no attachment to anything that was not himself? Now, softened by a life of ease, he allows women to govern him; their amusements become his occupations, their wills become his laws; a young girl determines his fate; he grovels and bends before her. The once solemn Émile has become the plaything of a child!
Such is the nature of the changes that occur throughout life: each age has its own motives that drive it forward; yet man remains essentially the same. At ten years old, he is led by the allure of sweets; at twenty, by a teacher; at thirty, by pleasures; at forty, by ambition; at fifty, by greed—when does he not pursue wisdom instead? Happy he who is guided toward it against his will! What matters which guide one uses, so long as it leads them to their goal? Even heroes and sages have paid this price for human weakness; and one whose fingers have broken a spindle has not been any less of a great man because of that.
Do you wish to extend the effects of a sound education throughout one’s entire life? Then continue to cultivate the good habits formed in childhood during adolescence; and when your student has become what he ought to be, ensure that he remains the same at all times. This is the final perfection you still have to achieve in your work. It is for this very reason that it is important to provide young men with guidance; after all, there is little to fear that they will not know how to engage in love without such guidance. What deceives educators—and especially parents—is the belief that one way of living excludes another, and that once one grows up, one must abandon everything one did as a child. If this were true, what purpose would it serve to care for childhood, since whatever good or bad use was made of it would vanish with its end? Moreover, by adopting completely different ways of living, one would inevitably adopt different ways of thinking as well.
Since only severe illnesses can create discontinuities in our memory, it is chiefly intense passions that cause disruptions in our manners and habits. Although our tastes and inclinations change—sometimes quite abruptly—these changes are softened by the influence of habits. In the progression of our preferences, just as in a gradual transition of colors, a skilled artist must make these transitions imperceptible, blending and mixing tones so that none stand out separately; he must apply multiple shades throughout his work to ensure this effect. Experience confirms this principle: unrestrained people change their affections, tastes, and sentiments daily, and the only constancy they possess is the habit of change itself. In contrast, a well-disciplined person always returns to their old practices and even in old age retains the fondness for those pleasures they cherished in their youth.
If you ensure that as young people enter a new age, they do not despise the one that preceded it; if they adopt new habits without abandoning the old ones; and if they always strive to do what is right, regardless of when they began doing so, then only will you have succeeded in your endeavor, and you can be certain of their integrity throughout their lives. For the most dangerous transformation is precisely that which occurs during the age that you are currently overseeing. Just as people always regret losing the habits they acquired during a particular period, it is also very difficult to regain them once they are lost; whereas when those habits are interrupted, it becomes impossible to resume them in later life.
Most of the habits that you think you are making children and young people develop are not truly habits at all, because they have adopted them only against their will. By following these habits against their inclination, they are merely waiting for an opportunity to get rid of them. One does not develop a taste for being in prison by being forced to stay there; in such cases, the habit far from reducing aversion actually increases it. However, this is not the case with Émile. Having done everything in his childhood willingly and with pleasure, he continues to act in the same way as an adult, thereby adding the power of habit to the joys of freedom. Active life, physical labor, exercise, and movement have become so necessary for him that he could not give them up without suffering. Suddenly reducing his lifestyle to a sedentary and inactive existence would be tantamount to locking him up, chaining him down, and keeping him in a state of constant restraint and constraint; I have no doubt that both his temperament and health would suffer greatly as a result. He can hardly breathe comfortably in a well-sealed room; he needs the fresh air, movement, and exertion. Even while sitting at Sophie’s knees, he sometimes can’t help but glance at the countryside out of the corner of his eye and long to explore it with her. Nevertheless, he stays when he must stay; but he is restless, agitated, as if struggling against something. He stays because he is bound by chains. Well then, you might say, these are needs that I have imposed upon him, these are constraints that I have placed on him. And indeed, it is all true—I have forced him to embrace the ways of human life.
Émile loves Sophie; but what were the first qualities that attracted him to her? Sensitivity, virtue, and a love for honest things. By loving these qualities in his mistress, did he lose them within himself? At what cost did Sophie herself sacrifice them? At the cost of all those sentiments that are natural to the heart of her lover: respect for true values, frugality, simplicity, generous selflessness, and disdain for luxury and wealth. Émile already possessed these virtues before love made them a necessity in his life. So in what way has Émile truly changed? He now has new reasons to be himself; and that is the only aspect in which he is different from what he used to be.
I cannot imagine that anyone, who reads this book with even a modicum of attention, could believe that all the circumstances surrounding this situation have come together for him by mere chance. Is it by chance that, among so many pleasant girls in the cities, the one he likes happens to live in a remote and secluded place? Is it by chance that he meets her? Is it by chance that they get along well together? Is it by chance that they cannot live in the same place? Is it by chance that he can only find refuge so far away from her? Is it by chance that he sees her so rarely, and that he is forced to endure so much hardship just to have the pleasure of seeing her occasionally? You say he is weakening. On the contrary, he is growing stronger; he must be as robust as I was in order to withstand the hardships that Sophie makes him endure.
He lives two miles away from her. This distance is like the blast from a furnace; it is through it that I “temper” the traits of love. If they lived door to door, or if he could go to see her while sitting comfortably in a fine carriage, he would love her easily, he would love her in the way a Parisian does. Would Léandre have wanted to die for Héro if the sea had not separated them? Reader, spare me further words; if you are meant to understand me, you will follow my reasoning quite clearly in these details.
The first times we went to see Sophie, we took horses in order to go faster. We found this method convenient, and on the fifth time, we continued using horses. We were expected; more than half a mile away from the house, we saw people on the road. Émile observed everything, his heart beating fast; as he approached, he recognized Sophie, jumped off his horse, and rushed towards her. He was at the feet of that kind family in an instant. Émile loved beautiful horses; his own was lively and quick—he felt free as it galloped through the fields. I tried to catch up but barely managed; I finally brought it back. Unfortunately, Sophie was afraid of horses, so I didn’t dare approach her. Émile didn’t notice anything at first, but Sophie whispered in his ear about the trouble he had caused for his friend. Embarrassed, Émile quickly took the horses and stayed behind—it was only fair that everyone have their turn. He went ahead first to get rid of our mounts. By leaving Sophie behind, he found it much less convenient to travel by horse; he returned out of breath and met us halfway there.
On the next journey, Émile no longer wants any horses.
Ma dove mi sto lasciando trascinare, senza nemmeno accorgermene? Oh Émile, in che stato sei diventato! Riesco ancora a riconoscere in te il mio allievo? Quanto sei decaduto. Dove è finito quel giovane uomo, così forte e coraggioso, che affrontava le durezze delle stagioni, che dedicava il proprio corpo ai lavori più faticosi e l’anima soltanto alle leggi della saggezza; indifferente ai pregiudizi, alle passioni; che amava solo la verità, che si arrendeva soltanto alla ragione, e non teneva a nulla che non fosse lui stesso? Ora, diventato debole e pigro in una vita oziosa, si lascia guidare dalle donne; i loro divertimenti sono le sue occupazioni, le loro volontà sono le sue leggi; una giovane ragazza è l’arbitro del suo destino. Lui si umilia davanti a lei. Il serio Émile, diventato il giocattolo di un bambino!
Ecco come cambiano le fasi della vita: ogni età possiede i propri stimoli che la spingono ad agire; ma l’uomo rimane sempre lo stesso. A dieci anni, è guidato dai dolci; a venti, da un’insegnante; a trenta, dai piaceri; a quaranta, dall’ambizione; a cinquanta, dall’avarizia. Quando non corre forse soltanto alla ricerca della saggezza? Fortunato colui che viene guidato verso di essa contro la sua volontà! Che importanza ha il guida che si utilizza, purché porti al proprio obiettivo? Anche gli eroi e i saggi hanno pagato questo tributo alla debolezza umana; e colui il cui dito ha spezzato un fuso non è stato per questo meno grande uomo.
Volete estendere per tutta la vita gli effetti di un’educazione felice? Allungate durante l’adolescenza le buone abitudini acquisite nell’infanzia; e quando il vostro allievo diventa ciò che dovrebbe essere, fate sì che rimanga lo stesso in ogni momento. Questa è l’ultima perfezione che vi resta da aggiungere al vostro lavoro. È proprio per questo motivo che è importante lasciare un “guidatore” ai giovani uomini; del resto, non c’è molto da temere nel caso in cui non sappiano come comportarsi senza di lui. Ciò che inganna gli insegnanti, e soprattutto i genitori, è credere che un certo modo di vivere escluda altri modi, e che, non appena si diventa adulti, si debba rinunciare a tutto ciò che si faceva da bambini. Se fosse vero, a cosa servirebbe prendersi cura dell’infanzia, se il buon o cattivo uso che ne si farebbe scomparisse insieme ad essa? Inoltre, assumendo modi di vivere completamente diversi, si assumerebbero inevitabilmente anche altri modi di pensare.
Poiché solo le malattie gravi interrompono la continuità della memoria, sono soltanto le grandi passioni a interrompere la continuità dei costumi e delle abitudini umane. Sebbene i nostri gusti e le nostre inclinazioni cambino, questo cambiamento, talvolta piuttosto brusco, viene mitigato dalle abitudini. Nella successione dei nostri desideri, proprio come in una graduata alterazione dei colori, l’artista abile deve rendere questi passaggi impercettibili, confondere e mescolare le sfumature, e, affinché nessuna di esse risulti troppo evidente, distribuirle uniformemente su tutto il suo lavoro. Questa regola viene confermata dall’esperienza: le persone irregolari cambiano ogni giorno i propri affetti, i gusti, i sentimenti, e l’unica costanza che hanno è proprio l’abitudine al cambiamento; invece, l’uomo equilibrato ritorna sempre alle proprie vecchie abitudini e non perde nemmeno in vecchiaia il piacere di ciò che amava da bambino.
Se riuscite a far sì che, passando a una nuova età, i giovani non disprezzino quella precedente, se riesce loro ad acquisire nuove abitudini senza abbandonare quelle vecchie, e se continuano sempre a fare ciò che è giusto, indipendentemente dal momento in cui hanno iniziato, allora solo avrete salvato il vostro lavoro e potrete essere certi del loro comportamento fino alla fine dei loro giorni; perché la rivoluzione più temibile è proprio quella dell’età su cui state ora vegliando. Come si rimpiange sempre ciò che si è perduto, così è difficile recuperare in seguito i gusti che si sono conservati; al contrario, quando questi gusti vengono interrotti, non è più possibile riprenderli nella vita futura.
La maggior parte delle abitudini che si credono di far acquisire ai bambini e ai giovani non sono in realtà vere abitudini, poiché vengono assunte solo con la forza e, pur seguendole contro la loro volontà, essi attendono soltanto l’occasione per liberarsene. Non si acquisisce il desiderio di stare in prigione semplicemente rimanendovi a lungo; in tal caso, l’abitudine, invece di diminuire l’avversione, la aumenta. Non è così per Émile: poiché nella sua infanzia ha fatto tutto volontariamente e con piacere, continuando ad agire allo stesso modo da adulto, non fa altro che aggiungere il potere dell’abitudine alle gioie della libertà. La vita attiva, il lavoro manuale, l’esercizio fisico sono diventati per lui così necessari che non potrebbe rinunciarvi senza soffrire; ridurlo improvvisamente a una vita molle e sedentaria significherebbe imprigionarlo, incatenarlo, tenerlo in uno stato di violenza e costrizione. Non dubito che anche il suo umore e la sua salute ne risentirebbero negativamente. A malapena riesce a respirare liberamente in una stanza ben chiusa; ha bisogno dell’aria fresca, del movimento, della fatica. Anche seduto ai piedi di Sophie, non può fare a meno di gettare occasionalmente uno sguardo al paesaggio e di desiderare percorrerlo con lei. Tuttavia rimane quando è necessario; ma è inquieto, agitato, sembra lottare contro se stesso. Rimane perché è “incatenato”. Ebbene, si potrebbe dire che questi siano bisogni a cui l’ho costretto, vincoli che gli ho imposto. E tutto ciò è vero: l’ho reso “uomo”.
Émile ama Sophie; ma quali sono stati i primi attratti che lo hanno legato a lei? La sensibilità, la virtù, l’amore per le cose oneste. Amando questi valori nella sua amata, li avrebbe forse persi per sé stesso? A quale prezzo, a sua volta, Sophie si è sacrificata? Al prezzo di tutti quei sentimenti che sono naturali nel cuore del suo amante: la stima dei veri valori, la frugalità, la semplicità, il generoso disinteresse, il disprezzo per lo sfarzo e le ricchezze. Émile possedeva già queste virtù prima che l’amore le imponesse. In cosa, dunque, Émile è veramente cambiato? Ora ha nuove ragioni per essere se stesso; questo è l’unico aspetto in cui è diverso da ciò che era prima.
Non riesco a immaginare che, leggendo questo libro con un po’ di attenzione, qualcuno possa credere che tutte le circostanze della situazione in cui si trova siano state raccolte intorno a lui per caso. È forse per caso che, tra le molte città che offrono tante ragazze affascinanti, quella che gli piace si trovi proprio in una località remota e isolata? È forse per caso che l’abbia incontrata? È forse per caso che si siano trovati a loro agio insieme? È forse per caso che non possano soggiornare nello stesso luogo? È forse per caso che lui trovi rifugio così lontano da lei? È forse per caso che la veda così di rado, e che sia costretto a sopportare tante fatiche solo per poterla vedere occasionalmente? Dite che si sta indebolendo. Al contrario, si sta rafforzando; deve essere altrettanto robusto quanto lo sono stato io per resistere alle fatiche che Sophie gli impone.
La locanda si trova a due grandi leghe da lei. Questa distanza rappresenta il “soffio della fucina”: è attraverso di essa che “immerso” i tratti del mio amore nel fuoco dell’emozione. Se fossero vicini di casa, o se lui potesse andare a trovarla comodamente seduto in una bella carrozza, l’amerebbe con facilità, come un parigino. Léandre avrebbe voluto morire per Héro, se il mare non lo avesse separato da lei? Lettore, risparmiatemi parole inutili; se siete destinati a comprendermi, seguirete abbastanza le mie intenzioni nei dettagli che vi presento.
Le prime volte che siamo andati a trovare Sophie, abbiamo preso i cavalli per muoverci più velocemente. Abbiamo trovato questo sistema molto pratico, e alla quinta volta abbiamo continuato ad usare i cavalli. Eravamo attesi; a più di mezzo miglio dalla casa, abbiamo visto molte persone lungo la strada. Émile osservava attentamente; il suo cuore batteva forte mentre si avvicinava. Ha riconosciuto Sophie, è sceso di cavallo di corsa e si è precipitato verso quella cara famiglia. A Émile piacciono molto i bei cavalli; il suo era veloce e lui si sentiva libero. Si è lanciato attraverso i campi; l’ho seguito a fatica, riuscendo infine a riportarlo indietro. Purtroppo Sophie ha paura dei cavalli, quindi non oso avvicinarmi a lei. Émile non se ne accorge. Ma Sophie gli sussurra all’orecchio del dolore che ha causato al suo amico. Émile ritorna immediatamente, imbarazzato, prende i cavalli e si ferma indietro: è giusto che ognuno abbia la sua opportunità. Parte per primo per liberarci delle nostre monture. Lasciando Sophie da sola, non trova più un mezzo di trasporto altrettanto comodo. Torna ansimante e ci incontra a metà strada.
Nel viaggio successivo, Émile non vuole più cavalcare i cavalli.
Pourquoi ? lui dis-je ; nous n’avons qu’à prendre un laquais pour en avoir soin. Ah ! dit-il, surchargerons-nous ainsi la respectable famille ? Vous voyez bien qu’elle veut tout nourrir, hommes et chevaux. Il est vrai, reprends-je, qu’ils ont la noble hospitalité de l’indigence. Les riches, avares dans leur faste, ne logent que leurs amis ; mais les pauvres logent aussi les chevaux de leurs amis. Allons à pied, dit-il ; n’en avez-vous pas le courage, vous qui partagez de si bon coeur les fatigants plaisirs de votre enfant ? Très volontiers, reprends-je à l’instant : aussi bien l’amour, à ce qu’il me semble, ne veut pas être fait avec tant de bruit.
En approchant, nous trouvons la mère et la fille plus loin encore que la première fois. Nous sommes venus comme un trait. Émile est tout en nage : une main chérie daigne lui passer un mouchoir sur les joues. Il y aurait bien des chevaux au monde, avant que nous fussions désormais tentés de nous en servir.
Cependant, il est assez cruel de ne pouvoir jamais passer la soirée ensemble. L’été s’avance, les jours commencent à diminuer. Quoi que nous puissions dire, on ne nous permet jamais de nous en retourner de nuit ; et, quand nous ne venons pas dès le matin, il faut presque repartir aussitôt qu’on est arrivé. À force de nous plaindre et de s’inquiéter de nous, la mère pense enfin qu’à la vérité l’on ne peut nous loger décemment dans la maison, mais qu’on peut nous trouver un gîte au village pour y coucher quelquefois. À ces mots Émile frappe des mains, tressaillit de joie ; et Sophie, sans y songer, baise un peu plus souvent sa mère le jour qu’elle a trouvé cet expédient.
Peu à peu la douceur de l’amitié, la familiarité de l’innocence s’établissent et s’affermissent entre nous. Les jours prescrits par Sophie ou par sa mère, je viens ordinairement avec mon ami, quelquefois aussi je le laisse aller seul. La confiance élève l’âme, et l’on ne doit plus traiter un homme en enfant ; et qu’aurais-je avancé jusque-là, si mon élève ne méritait pas mon estime ? Il m’arrive aussi d’aller sans lui ; alors il est triste et ne murmure point : que serviraient ses murmures ? Et puis il sait bien que je ne vais pas nuire à ses intérêts. Au reste, que nous allions ensemble ou séparément, on conçoit qu’aucun temps ne nous arrête, tout fiers d’arriver dans un état à pouvoir être plaints. Malheureusement, Sophie nous interdit cet honneur, et défend qu’on vienne par le mauvais temps. C’est la seule fois que je la trouve rebelle aux règles que je lui dicte en secret.
Un jour qu’il est allé seul, et que je ne l’attends que le lendemain, je le vois arriver le soir même, et je lui dis en l’embrassant : Quoi ! cher Émile, tu reviens à ton ami ! Mais, au lieu de répondre à mes caresses, il me dit avec un peu d’humeur : Ne croyez pas que je revienne si tôt de mon gré, je viens malgré moi. Elle a voulu que je vinsse ; je viens pour elle et non pas pour vous. Touché de cette naïveté, je l’embrasse derechef, en lui disant : Âme franche, ami sincère, ne me dérobe pas ce qui m’appartient. Si tu viens pour elle, c’est pour moi que tu le dis : ton retour est son ouvrage, mais ta franchise est le mien. Garde à jamais cette noble candeur des belles âmes. On peut laisser penser aux indifférents ce qu’ils veulent ; mais c’est un crime de souffrir qu’un ami nous fasse un mérite de ce que nous n’avons pas fait pour lui.
Je me garde bien d’avilir à ses yeux le prix de cet aveu, en y trouvant plus d’amour que de générosité, et en lui disant qu’il veut moins s’ôter le mérite de ce retour que le donner à Sophie. Mais voici comment il me dévoile le fond de son coeur sans y songer : s’il est venu à son aise, à petits pas, et rêvant à ses amours, Émile n’est que l’amant de Sophie ; s’il arrive à grands pas, échauffé, quoique un peu grondeur, Émile est l’ami de son Mentor.
On voit par ces arrangements que mon jeune homme est bien éloigné de passer sa vie auprès de Sophie et de la voir autant qu’il voudrait. Un voyage ou deux par semaine bornent les permissions qu’il reçoit ; et ses visites, souvent d’une seule demi-journée, s’étendent rarement au lendemain. Il emploie bien plus de temps à espérer de la voir, ou à se féliciter de l’avoir vue, qu’à la voir en effet. Dans celui même qu’il donne à ses voyages, il en passe moins auprès d’elle qu’à s’en approcher ou s’en éloigner. Ses plaisirs vrais, purs, délicieux, mais moins réels qu’imaginaires, irritent son amour sans efféminer son coeur.
Les jours qu’il ne la voit point, il n’est pas oisif et sédentaire. Ces jours-là c’est Émile encore : il n’est point du tout transformé. Le plus souvent, il court les campagnes des environs, il suit son histoire naturelle ; il observe, il examine les terres, leurs productions, leur culture ; il compare les travaux qu’il voit à ceux qu’il connaît ; il cherche les raisons des différences : quand il juge d’autres méthodes préférables à celles du lieu, il les donne aux cultivateurs ; s’il propose une meilleure forme de charrue, il en fait faire sur ses dessins : s’il trouve une carrière de marne, il leur en apprend l’usage inconnu dans le pays ; souvent il met lui-même la main à l’oeuvre ; ils sont tout étonnés de lui voir manier leurs outils plus aisément qu’ils ne font eux-mêmes, tracer des sillons plus profonds et plus droits que les leurs, semer avec plus d’égalité, diriger des ados avec plus d’intelligence. Ils ne se moquent pas de lui comme d’un beau diseur d’agriculture : ils voient qu’il la sait en effet. En un mot, il étend son zèle et ses soins à tout ce qui est d’utilité première et générale ; même il ne s’y borne pas : il visite les maisons des paysans, s’informe de leur état, de leurs familles, du nombre de leurs enfants, de la quantité de leurs terres, de la nature du produit, de leurs débouchés, de leurs facultés, de leurs charges, de leurs dettes, etc. Il donne peu d’argent, sachant que, pour l’ordinaire, il est mal employé, mais il en dirige l’emploi lui-même, et le leur rend utile malgré qu’ils en aient. Il leur fournit des ouvriers, et souvent leur paye leurs propres journées pour les travaux dont ils ont besoin. À l’un il fait relever ou couvrir sa chaumière à demi tombée ; à l’autre il fait défricher sa terre abandonnée faute de moyens ; à l’autre il fournit une vache, un cheval, du bétail de toute espèce à la place de celui qu’il a perdu ; deux voisins sont près d’entrer en procès, il les gagne, il les accommode ; un paysan tombe malade, il le fait soigner, il le soigne lui-même[495] ; un autre est vexé par un voisin puissant, il le protège et le recommande ; de pauvres jeunes gens se recherchent, il aide à les marier ; une bonne femme a perdu son enfant chéri, il va la voir, il la console, il ne sort point aussitôt qu’il est entré ; il ne dédaigne point les indigents, il n’est point pressé de quitter les malheureux, il prend souvent son repas chez les paysans qu’il assiste, il l’accepte aussi chez ceux qui n’ont pas besoin de lui ; en devenant le bienfaiteur des uns et l’ami des autres, il ne cesse point d’être leur égal. Enfin, il fait toujours de sa personne autant de bien que de son argent.
“Why?” I asked him; “we could simply hire a servant to take care of it.” “Ah!” he said, “wouldn’t that burden this respectable family? You see for yourself that they want to provide food for everyone—men and horses alike.” “It’s true,” I replied, “that they exhibit the noble generosity of those in need. The rich, though stingy with their own luxuries, only invite their friends to stay with them; but the poor even accommodate their friends’ horses.” “Let’s walk instead,” he said. “Don’t you have the courage to do that, you who share so willingly the weary pleasures of your child?” “Very much so,” I replied immediately; “after all, love, in my opinion, doesn’t require such a fuss.”
As we approached, we found the mother and daughter even further away than the first time. We had moved with great speed. Émile was completely soaked in water; a kind hand took the trouble to wipe his cheeks with a towel. There must be many horses in the world, but now we would never consider using them.
However, it is quite cruel to never be able to spend evenings together. Summer is progressing, and the days are starting to get shorter. No matter what we say, we are never allowed to stay overnight; and when we don’t arrive in the morning, we have to leave almost as soon as we arrive. After much complaining and worrying about us, our mother finally decides that, in truth, it is not possible to provide us with proper lodging at home, but that we could perhaps find a place to stay in the village occasionally. At these words, Émile claps his hands in joy; and Sophie, without realizing it, kisses her mother a bit more often on the day she came up with this solution.
Gradually, the gentleness of friendship and the innocence of familiarity establish themselves between us. On the days prescribed by Sophie or her mother, I usually come accompanied by my friend; sometimes, however, I let him go alone. Trust elevates the soul, and one should no longer treat a man as a child. How far would I have progressed if my student did not deserve my respect? Sometimes I also go without him; then he feels sad, but he never complains—what good would such complaints be? Besides, he knows well that I would never harm his interests. In any case, whether we go together or separately, it is clear that nothing can stop us from striving to reach a state where we may be worthy of sympathy. Unfortunately, Sophie forbids us this honor and insists that we not come in bad weather. This is the only time I find her defying the rules I secretly impose upon her.
One day, when he had gone away alone and I was not expecting him until the next day, I saw him arrive that very evening. As I embraced him, I said, “Oh! Dear Émile, you have returned to your friend!” But instead of responding to my affectionate words, he replied in a somewhat grumpy tone, “Don’t think that I have come back so early of my own free will; I am coming against my will. She wanted me to come; I am here for her, not for you.” Touched by this innocence, I embraced him again and said, “Honest soul, sincere friend, do not hide from me what belongs to me. If you have come for her, then in reality you have come for me too: your return is her doing, but your honesty is mine. Always preserve this noble candor that is characteristic of noble souls. We may allow the indifferent to think whatever they wish; but it would be a crime for a friend to make us seem worthy of something we have not done for them.”
I make sure not to diminish in his eyes the value of this confession by implying that there is more love than generosity at play, or by suggesting that he wants less to deprive himself of the merit of this return than to bestow it upon Sophie. But here’s how he reveals the true nature of his feelings without even realizing it: when he comes quietly, step by step, lost in thoughts of his loves, Émile is merely Sophie’s lover; but when he arrives with greater enthusiasm, albeit somewhat gruff, Émile becomes his Mentor’s friend.
It is evident from these arrangements that my young man is far from being able to spend his life alongside Sophie and see her as often as he wishes. One or two trips per week constitute the only allowances he is granted; and his visits, which often last only half a day, rarely extend into the following day. He spends far more time hoping to see her or rejoicing in having seen her than actually spending time with her. Even within the time he sets aside for these trips, he spends less time with her than he does attempting to get closer to her or move away from her. His true, pure, and delightful pleasures—though less real than imagined—irritate his love but do not weaken his heart.
On the days when he does not see her, he is not idle or sedentary at all. On those days, he is still Émile; he has not changed in the slightest. Most of the time, he roams through the surrounding countryside, following the natural course of things. He observes and examines the lands, their produce, and their cultivation methods; he compares the work he sees with what he knows, and seeks to understand the reasons for any differences. When he deems other methods superior to those local, he advises the farmers to adopt them. If he proposes a better design for a plow, he has it made according to his drawings; if he discovers a source of marl, he teaches them how to use it—a practice unknown in that region. Often, he puts his own hands to work. The farmers are astonished to see him handle their tools more skillfully than they can themselves, draw furrows deeper and straighter, sow more evenly, and manage the animals with greater intelligence. They do not laugh at him as some mere talkative expert in agriculture; they realize that he truly understands what he is talking about. In short, he extends his zeal and care to everything that is of primary and universal usefulness. Moreover, he goes even further: he visits the farmers’ homes, inquires about their circumstances, their families, the number of their children, the size of their land, the quality of their crops, their prospects, their abilities, their burdens, their debts, and so on. He gives them little money, knowing that it is often misused, but he directs its use himself, ensuring that it is put to good use despite their limitations. He provides them with workers and often pays them with his own labor for the tasks they need. For one farmer, he helps to rebuild a half-collapsed thatched cottage; for another, he clears land that had been abandoned due to lack of means; for yet another, he provides a cow, a horse, or other livestock in place of what was lost. When two neighbors are about to argue, he mediates and settles their dispute; when a farmer falls ill, he takes care of him personally[495]; when someone is oppressed by a powerful neighbor, he defends and supports them; when poor young people seek to get married, he helps arrange it; when a kind woman loses her beloved child, he visits her, comforts her, and does not leave immediately after his visit. He does not disdain the poor or rush away from those in need; he often eats with the farmers he assists, as well as with those who do not require his help at all. By becoming the benefactor of some and the friend of others, he never ceases to be their equal. In short, he uses both his person and his money to do as much good as possible.
“Perché?”, gli dissi; “basta assumere un servitore per occuparsene”. “Ah!”, rispose lui, “non vorremo forse gravare così questa rispettabile famiglia? Vedete bene che cerca di provvedere a tutti: uomini e cavalli”. “È vero”, ripresi io, “che hanno quella nobile ospitalità tipica della povertà. I ricchi, avari nel loro lusso, ospitano solo i propri amici; ma i poveri ospitano anche i cavalli dei loro amici”. “Andiamo a piedi”, disse lui; “non ne avete il coraggio voi, che con tanto cuore condividete le faticose gioie del vostro bambino? Molto volentieri”, risposi immediatamente; “dopotutto, l’amore, a mio parere, non vuole essere vissuto con tutto questo rumore”.
Avvicinandoci, troviamo la madre e la figlia ancora più lontane di quanto le avessimo viste la prima volta. Siamo arrivati velocemente. Émile è tutto bagnato; una mano amorevole gli passa un fazzoletto sulle guance. Ci sarebbero molti cavalli al mondo, ma ormai non sentiamo più il desiderio di usarli.
Tuttavia, è piuttosto crudele non poter mai trascorrere la serata insieme. L’estate avanza, i giorni iniziano ad accorciarsi. Non importa cosa possiamo dire, a noi non viene mai permesso tornare di notte; e quando non veniamo subito al mattino, dobbiamo quasi ripartire non appena arrivati. Dopo tanto lamentarsi e preoccuparsi per noi, la madre finisce per pensare che, in realtà, non sia possibile ospitarci decentemente in casa, ma che si possa trovare un posto dove dormire nel villaggio, almeno di tanto in tanto. A queste parole, Émile batte le mani, felice; e Sophie, senza pensarci troppo, bacia sua madre un po’ più spesso il giorno in cui è stata trovata questa soluzione.
Poco a poco, la dolcezza dell’amicizia e la familiarità dell’innocenza si stabiliscono e si rafforzano tra di noi. Nei giorni stabiliti da Sophie o da sua madre, vengo solitamente con il mio amico; a volte, invece, lo lascio andare da solo. La fiducia eleva l’anima, e non si dovrebbe più trattare un uomo come un bambino. A che punto sarei arrivato se il mio allievo non meritasse la mia stima? A volte vado anche senza di lui; in quei momenti è triste, ma non si lamenta mai: a cosa servirebbero i suoi lamenti? Inoltre, sa bene che non intendo danneggiare i suoi interessi. Comunque sia, che andiamo insieme o separatamente, è evidente che nessun ostacolo ci può fermare. Siamo entrambi orgogliosi di essere arrivati a un punto in cui possiamo permetterci di essere “lamentati”. Purtroppo, Sophie ci vieta questo onore e proibisce di venire quando il tempo è cattivo. È l’unica volta in cui la trovo ribelle alle regole che le dico in segreto.
Un giorno, mentre era andato da solo e io lo aspettavo solo il giorno dopo, lo vedo arrivare la stessa sera e gli dico abbracciandolo: “Ma che cosa! Caro Émile, torni dal tuo amico!” Ma invece di rispondere alle mie carezze, mi dice con un po’ di malumore: “Non crediate che io sia tornato così presto di mia volontà; sono venuto contro la mia volontà. Lei ha voluto che venissi; vengo per lei, non per voi.” Commosso da questa ingenuità, lo abbraccio nuovamente e gli dico: “Anima sincera, amico leale, non nascondermi ciò che mi appartiene. Se vieni per lei, in realtà vieni anche per me: il tuo ritorno è opera sua, ma la tua sincerità è mia. Custodisci per sempre questa nobile candidezza delle belle anime. Si può lasciare che gli indifferenti pensino ciò che vogliono; ma è un crimine permettere a un amico di attribuirci meriti per qualcosa che non abbiamo fatto per lui.”
Mi guardo bene dal diminuire ai suoi occhi il valore di questa confessione, ritenendo che in essa ci sia più amore che generosità, e dicendogli che vuole meno togliersi il merito di questo ritorno che darlo a Sophie. Ma ecco come mi rivela senza pensarci il vero sentimento del suo cuore: se arriva con calma, passo dopo passo, e pensando alle sue amori, Émile è soltanto l’amante di Sophie; se arriva in fretta, eccitato, anche se un po’ brontolone, Émile è l’amico del suo Mentore.
Da questi accordi si evince chiaramente che il mio giovane è ben lontano dall’idea di trascorrere la sua vita al fianco di Sophie e di vederla quanto desidererebbe. Un viaggio o due a settimana rappresentano le uniche permessioni che riceve; inoltre, le sue visite, spesso di soli mezza giornata, si estendono raramente al giorno successivo. Impiega molto più tempo ad aspettare di vederla o a rallegrarsi di averla vista, piuttosto che a stare effettivamente con lei. Anche nel tempo che dedica ai viaggi, trascorre meno tempo in sua compagnia che nel prepararsi ad andarla a trovare o nel allontanarsene. I suoi veri piaceri, puri, deliziosi, ma meno reali di quanto immaginari, irritano il suo amore senza indebolire il suo cuore.
Nei giorni in cui non la vede, non è affatto pigro o sedentario; in quei giorni è ancora Émile: non è affatto cambiato. La maggior parte del tempo corre per le campagne circostanti, segue il corso naturale delle cose; osserva, esamina i terreni, le loro produzioni, il modo in cui vengono coltivati; confronta i metodi che vede con quelli che conosce; cerca le ragioni delle differenze: quando ritiene che altri metodi siano preferibili a quelli locali, li consiglia ai contadini; se propone una migliore forma di aratro, ne fa realizzare i disegni; se scopre un giacimento di marne, insegna loro come utilizzarlo, un uso sconosciuto nella zona; spesso si mette lui stesso all’opera: tutti sono sorpresi nel vederlo usare gli attrezzi con maggiore abilità di quanto facciano loro stessi, tracciare solchi più profondi e dritti, seminare in modo più uniforme, dirigere i lavori con maggiore intelligenza. Non si prendono gioco di lui come di un semplice chiacchierone agricolo: vedono che davvero ne sa. In breve, estende il suo zelo e le sue attenzioni a tutto ciò che è di primaria utilità; non si limita nemmeno a questo: visita le case dei contadini, si informa sul loro stato, sulle loro famiglie, sul numero dei loro figli, sulla quantità dei loro terreni, sulla natura del prodotto, sui loro mezzi di sussistenza, sulle loro difficoltà, ecc. Dà poco denaro, sapendo che di solito viene speso male, ma ne dirige personalmente l’uso, rendendolo utile nonostante le loro risorse limitate. Fornisce lavoratori ai contadini e spesso paga con i propri soldi i lavori di cui hanno bisogno: a uno fa riparare o costruire la sua capanna semi-distrutta; a un altro aiuta a bonificare i terreni abbandonati per mancanza di risorse; a un altro fornisce una mucca, un cavallo, bestiame di ogni tipo al posto di quello che ha perso; quando due vicini stanno per litigare, li media e li accomoda; se un contadino si ammala, lo cura personalmente[495]; se un altro è oppresso da un vicino potente, lo protegge e lo aiuta; se due giovani desiderano sposarsi, li aiuta a realizzare il loro sogno; se una donna ha perso il suo bambino amato, va a trovarla, la consola e non se ne va subito dopo essere entrato; non disprezza i poveri, non si affretta ad allontanarsi dai malheureux, spesso mangia nelle case dei contadini che aiuta, ma accetta anche l’ospitalità di quelli che non hanno bisogno di lui. Diventando il benefattore di alcuni e l’amico di altri, non smette mai di essere loro pari. Infine, fa sempre del bene sia con la sua persona che con i suoi soldi.
Quelquefois, il dirige ses tournées du côté de l’heureux séjour : il pourrait espérer d’apercevoir Sophie à la dérobée, de la voir à la promenade sans en être vu ; mais Émile est toujours sans détour dans sa conduite, il ne sait et ne veut rien éluder. Il a cette aimable délicatesse qui flatte et nourrit l’amour-propre du bon témoignage de soi. Il garde à la rigueur son ban, et n’approche jamais assez pour tenir du hasard ce qu’il ne veut devoir qu’à Sophie. En revanche, il erre avec plaisir dans les environs, recherchant les traces des pas de sa maîtresse, s’attendrissant sur les peines qu’elle a prises et sur les courses qu’elle a bien voulu faire par complaisance pour lui. La veille des jours qu’il doit la voir, il ira dans quelque ferme voisine ordonner une collation pour le lendemain. La promenade se dirige de ce côté sans qu’il y paraisse ; on entre comme par hasard ; on trouve des fruits, des gâteaux, de la crème. La friande Sophie n’est pas insensible à ces attentions, et fait volontiers honneur à notre prévoyance ; car j’ai toujours ma part au compliment, n’en eussé-je eu aucune au soin qui l’attire : c’est un détour de petite fille pour être moins embarrassée en remerciant. Le père et moi mangeons des gâteaux et buvons du vin : mais Émile est de l’écot des femmes, toujours au guet pour voler quelque assiette de crème où la cuillère de Sophie ait trempé.
À propos de gâteaux, je parle à Émile de ses anciennes courses. On veut savoir ce que c’est que ces courses ; je l’explique, on en rit ; on lui demande s’il sait courir encore. Mieux que jamais, répond-il ; je serais bien fâché de l’avoir oublié. Quelqu’un de la compagnie aurait grande envie de le voir, et n’ose le dire ; quelque autre se charge de la proposition ; il accepte : on fait rassembler deux ou trois jeunes gens des environs ; on décerne un prix, et, pour mieux imiter les anciens jeux, on met un gâteau sur le but. Chacun se tient prêt, le papa donne le signal en frappant des mains. L’agile Émile fend l’air, et se trouve au bout de la carrière qu’à peine mes trois lourdauds sont partis. Émile reçoit le prix des mains de Sophie, et, non moins généreux qu’Énée, fait des présents à tous les vaincus.
Au milieu de l’éclat du triomphe, Sophie ose défier le vainqueur, et se vante de courir aussi bien que lui. Il ne refuse point d’entrer en lice avec elle ; et, tandis qu’elle s’apprête à l’entrée de la carrière, qu’elle retrousse sa robe des deux côtés, et que, plus curieuse d’étaler une jambe fine aux yeux d’Émile que de le vaincre à ce combat, elle regarde si ses jupes sont assez courtes, il dit un mot à l’oreille de la mère ; elle sourit et fait un signe d’approbation. Il vient alors se placer à côté de sa concurrente ; et le signal n’est pas plus tôt donné, qu’on la voit partir comme un oiseau.
Les femmes ne sont pas faites pour courir ; quand elles fuient, c’est pour être atteintes. La course n’est pas la seule chose qu’elles fassent maladroitement, mais c’est la seule qu’elles fassent de mauvaise grâce : leurs coudes en arrière et collés contre leur corps leur donnent une attitude risible, et les hauts talons sur lesquels elles sont juchées les font paraître autant de sauterelles qui voudraient courir sans sauter.
Émile, n’imaginant point que Sophie coure mieux qu’une autre femme, ne daigne pas sortir de sa place, et la voit partir avec un sourire moqueur. Mais Sophie est légère et porte des talons bas ; elle n’a pas besoin d’artifice pour paraître avoir le pied petit ; elle prend les devants d’une telle rapidité, que, pour atteindre cette nouvelle Atalante, il n’a que le temps qu’il lui faut quand il l’aperçoit si loin devant lui. Il part donc à son tour, semblable à l’aigle qui fond sur sa proie ; il la poursuit, la talonne, l’atteint enfin tout essoufflée, passe doucement son bras gauche autour d’elle, l’enlève comme une plume, et, pressant sur son coeur cette douce charge, il achève ainsi la course, lui fait toucher le but la première, puis, criant Victoire à Sophie ! met devant elle un genou en terre, et se reconnaît le vaincu.
À ces occupations diverses se joint celle du métier que nous avons appris. Au moins un jour par semaine, et tous ceux où le mauvais temps ne nous permet pas de tenir la campagne, nous allons, Émile et moi, travailler chez un maître. Nous n’y travaillons pas pour la forme, en gens au-dessus de cet état, mais tout de bon et en vrais ouvriers. Le père de Sophie nous venant voir nous trouve tout de bon à l’ouvrage, et ne manque pas de rapporter avec admiration à sa femme et à sa fille ce qu’il a vu. Allez voir, dit-il, ce jeune homme à l’atelier, et vous verrez s’il méprise la condition du pauvre ! On peut imaginer si Sophie entend ce discours avec plaisir ! On en reparle, on voudrait le surprendre à l’ouvrage. On me questionne sans faire semblant de rien ; et, après s’être assurées d’un de nos jours, la mère et la fille prennent une calèche, et viennent à la ville le même jour.
En entrant dans l’atelier, Sophie aperçoit à l’autre bout un jeune homme en veste, les cheveux négligemment rattachés, et si occupé de ce qu’il fait qu’il ne la voit point : elle s’arrête et fait signe à sa mère. Émile, un ciseau d’une main et le maillet de l’autre, achève une mortaise ; puis il scie une planche et en met une pièce sous le valet pour la polir. Ce spectacle ne fait point rire Sophie ; il la touche, il est respectable. Femme, honore ton chef ; c’est lui qui travaille pour toi, qui te gagne ton pain, qui te nourrit : voilà l’homme.
Tandis qu’elles sont attentives à l’observer, je les aperçois, je tire Émile par la manche ; il se retourne, les voit, jette ses outils, et s’élance avec un cri de joie. Après s’être livré à ses premiers transports, il les fait asseoir et reprend son travail. Mais Sophie ne peut rester assise ; elle se lève avec vivacité, parcourt l’atelier, examine les outils, touche le poli des planches, ramasse des copeaux par terre, regarde à nos mains, et puis dit qu’elle aime ce métier, parce qu’il est propre. La folâtre essaye même d’imiter Émile. De sa blanche et débile main, elle pousse un rabot sur la planche ; le rabot glisse et ne mord point. Je crois voir l’Amour dans les airs rire et battre des ailes ; je crois l’entendre pousser des cris d’allégresse, et dire : Hercule est vengé.
Cependant, la mère questionne le maître. Monsieur, combien payez-vous ces garçons-là ? Madame, je leur donne à chacun vingt sous par jour, et je les nourris ; mais si ce jeune homme voulait, il gagnerait bien davantage, car c’est le meilleur ouvrier du pays. Vingt sous par jour, et vous les nourrissez ! dit la mère en nous regardant avec attendrissement. Madame, il en est ainsi, reprend le maître. À ces mots, elle court à Émile, l’embrasse, le presse contre son sein en versant sur lui des larmes, et sans pouvoir dire autre chose que de répéter plusieurs fois : Mon fils ! ô mon fils !
Après avoir passé quelque temps à causer avec nous, mais sans nous détourner : Allons-nous-en, dit la mère à sa fille ; il se fait tard, il ne faut pas nous faire attendre. Puis, s’approchant d’Émile, elle lui donne un petit coup sur la joue en lui disant : Eh bien ! bon ouvrier, ne voulez-vous pas venir avec nous ? Il lui répond d’un ton fort triste : Je suis engagé, demandez au maître. On demande au maître s’il veut bien se passer de nous. Il répond qu’il ne peut. J’ai, dit-il, de l’ouvrage qui presse et qu’il faut rendre après-demain. Comptant sur ces messieurs, j’ai refusé des ouvriers qui se sont présentés ; si ceux-ci me manquent, je ne sais plus où en prendre d’autres, et je ne pourrai rendre l’ouvrage au jour promis. La mère ne réplique rien ; elle attend qu’Émile parle. Émile baisse la tête est se tait. Monsieur, lui dit-elle un peu surprise de ce silence, n’avez-vous rien à dire à cela ? Émile regarde tendrement la fille et ne répond que ces mots : Vous voyez bien qu’il faut que je reste. Là-dessus les dames partent et nous laissent. Émile les accompagne jusqu’à la porte, les suit des yeux autant qu’il peut, soupire, et revient se mettre au travail sans parler.
Sometimes, he would direct his walks in the direction of her happy abode; he might hope to catch a glimpse of Sophie secretly, to see her walking in the park without being noticed by her. But Émile was always straightforward in his behavior; he knew nothing and wanted to avoid anything that could lead to misunderstandings. He possessed that charming delicacy which flatters and nourishes one’s self-respect when it comes to maintaining a good reputation. He strictly adhered to his routine and never approached her enough as to attribute anything to chance that he did not wish to owe solely to Sophie. On the other hand, he enjoyed wandering in the vicinity, searching for traces of his mistress’s footsteps, and feeling moved by the troubles she had taken and the efforts she had made out of kindness towards him. On the evenings before the days when he was expected to see her, he would go to a nearby farm and order some refreshments for the next day. His walk would take him in that direction in a seemingly casual manner; they would enter as if by chance, and find fruits, cakes, and cream waiting for them. The fond Sophie was not insensible to such attentions and always gladly acknowledged our foresight. For I always got my share of the praise—even if I had no role in the efforts that attracted it. It was merely a little girl’s way of avoiding embarrassment when expressing her gratitude. My father and I would eat cakes and drink wine, but Émile would always stay with the women, keeping a vigilant eye out for any chance to steal a spoonful of cream where Sophie’s spoon had been dipped.
Speaking of cakes, I mention to Émile his old races. People want to know what these races were like; I explain, and they laugh. They ask him if he can still run fast, and he replies that he can better than ever—he would be very disappointed if he had forgotten how to do it. Someone in the group really wants to see him run but dares not say so; another person takes up the idea, and he agrees. We gather two or three young men from the neighborhood, set up a prize, and, to better imitate the old games, we place a cake at the finish line. Everyone gets ready, and when the father claps his hands, the agile Émile soars through the air and reaches the end of the race before even my three heavier boys have started. Émile receives the prize from Sophie’s hands and, just as generous as Aeneas, gives gifts to all those who lost.
Amidst the brilliance of triumph, Sophie dares to challenge the winner and boasts that she can run just as fast as him. He does not refuse her challenge; and as she prepares to start at the starting line, pulling up her dress on both sides—and more eager to show off her slender legs in front of Émile than to win this race—she checks to see if her skirt is short enough. He then whispers something into the mother’s ear; she smiles and gives an approving sign. He takes his place next to his competitor, and the signal is given—the moment it is, she shoots off like a bird.
Women are not meant to run; when they flee, it is only so that they can be caught. Running is not the only thing they do clumsily, but it is the only thing they do with reluctance: their elbows bent back and pressed against their bodies give them a ridiculous posture, and the high heels they wear make them look like grasshoppers trying to run without jumping.
Émile, not imagining for a moment that Sophie could run faster than any other woman, refused to budge from his place and watched her leave with a mocking smile on his lips. But Sophie was light and wore low-heeled shoes; she needed no artificial means to appear to have small feet. She moved so swiftly that by the time Émile caught sight of her far ahead, it was only then that he had enough time to catch up. He set off in pursuit, like an eagle diving on its prey, chasing her relentlessly until he finally reached her, breathless. Gently placing his left arm around her, he lifted her up as if she were nothing but a feather. Holding her close to his heart, he completed the race, making sure she reached the finish line first. Then, shouting “Victory!” at Sophie, he knelt before her and admitted himself defeated.
In addition to these various occupations, there is also the craft that we have learned. At least once a week, and on all those days when bad weather prevents us from working in the countryside, Émile and I go to work for a master. We do not do it merely as a formality, as people who are above such labor; rather, we work sincerely and like true craftsmen. When Sophie’s father comes to see us, he finds us actually at work and does not fail to report to his wife and daughter what he has seen, with evident admiration. “Go and see that young man in the workshop,” he says, “and you’ll see if he really despises the lot of the poor! One can imagine how delighted Sophie must be when she hears such words. We talk about it again and again; we even want to catch him at work unexpectedly. People ask me questions in a seemingly casual way; and after making sure of one of our working days, the mother and daughter take a carriage and come to the town on the same day.”
Upon entering the workshop, Sophie sees at the other end a young man in a jacket, his hair carelessly tied back, so engrossed in what he is doing that he does not notice her at all. She stops and signals to her mother. Émile, holding a pair of scissors in one hand and a hammer in the other, is finishing a tenon; then he cuts a board and places it under the bench to polish it. This scene does not make Sophie laugh; it moves her—it is respectable. Woman, honor your husband; it is he who works for you, who earns your bread, who feeds you: such is a man.
As they watched him attentively, I saw them; I grabbed Émile by the sleeve. He turned around, saw them, threw down his tools, and rushed forward, shouting with joy. After indulging in his initial excitement, he made them sit down and resumed his work. But Sophie couldn’t stay still; she got up eagerly, wandered around the workshop, examined the tools, touched the smooth surface of the boards, picked up pieces of wood from the ground, looked at our hands, and then said that she loved this craft because it was clean. The playful girl even tried to imitate Émile. With her pale, weak hand, she pushed a plane across the board; but the plane slipped and left no mark. I seem to see Love laughing in the air and flapping its wings; I seem to hear it shouting with joy and saying: “Hercules has been avenged.”
However, the mother questioned the master. “Sir, how much do you pay these boys?” “Madam, I give each of them twenty sous a day and feed them; but if this young man wanted to, he could earn much more, for he is the best worker in the country.” “Twenty sous a day, and you feed them!” said the mother, looking at us with tenderness. “That’s indeed the case, madam,” replied the master. At these words, she ran up to Émile, embraced him, pressed him against her chest, and burst into tears, unable to say anything other than repeating repeatedly: “My son! Oh, my son!”
After spending some time chatting with us without ever leaving our side, the mother said to her daughter, “Let’s go; it’s getting late, and we shouldn’t keep anyone waiting.” Then, approaching Émile, she gave him a light tap on the cheek and asked, “Well, good worker, don’t you want to come with us?” He replied in a very sad tone, “I’m already engaged; ask the master.” They then asked the master if he would be willing to do without them, but he said he couldn’t. “I have urgent work to finish by tomorrow,” he explained. “Relying on these gentlemen, I refused other workers who offered their help; if they don’t show up, I won’t know where else to find help, and I won’t be able to deliver the work on time.” The mother said nothing; she waited for Émile to speak. He lowered his head and remained silent. “Sir,” she asked, a bit surprised by his silence, “don’t you have anything to say about this?” Émile looked at the girl tenderly and replied only, “You see for yourself that I must stay.” With that, the ladies left us. Émile watched them go until they reached the door, then returned to his work without another word.
A volte, dirige le sue escursioni verso il luogo dove trascorre felicemente il suo tempo: potrebbe sperare di intravedere Sophie di nascosto, di vederla mentre fa una passeggiata senza essere notato; ma Émile è sempre diretto e schietto nelle sue azioni, non sa né vuole nascondere nulla. Possiede quella gentile delicatezza che lusinga e nutre l’orgoglio di poter offrire un buon esempio di sé stesso. Rispetta rigorosamente le regole della cortesia, e non si avvicina mai abbastanza da far credere che ciò che riceve sia frutto del caso, quando in realtà lo deve soltanto a Sophie. Al contrario, si aggira con piacere nei dintorni, cercando tracce dei passi della sua amata, commuovendosi per le difficoltà che lei ha affrontato e per le corse che ha fatto per compiacerlo. La vigilia dei giorni in cui deve vederla, va in qualche fattoria vicina per ordinare un rinfresco per il giorno seguente. La passeggiata si dirige verso quel luogo in modo apparentemente casuale; si entra come se fosse una coincidenza, e si trovano frutta, dolci, panna. La vivace Sophie non è insensibile a queste attenzioni, e accetta volentieri la nostra premura; perché anch’io ho sempre la mia parte nei complimenti che riceve, anche se in realtà non ne merito alcuno per le cure che lei mi dedica: è una sorta di “gioco da bambina” per evitare di sentirsi imbarazzata quando deve ringraziarmi. Mio padre e io mangiamo dolci e beviamo vino; ma Émile rimane sempre con le donne, pronto a cogliere qualsiasi occasione per prendere un po’ di panna, dove la cucchiaia di Sophie ha già intinto.
A proposito di torte, parlo con Émile delle sue vecchie corse. Vogliamo sapere cosa siano queste corse; glielo spiego, tutti ridono; gli chiediamo se sappia ancora correre, “Molto meglio che mai”, risponde; “Sarei davvero dispiaciuto di aver dimenticato come si corre”. Qualcuno del gruppo ne ha molta voglia, ma non osa dirlo apertamente; un altro prende l’iniziativa e lui accetta. Si radunano due o tre giovani dei dintorni, si stabilisce un premio. E, per imitare meglio i giochi antichi, si mette una torta sul “punto di arrivo”. Tutti sono pronti; il padre dà il segnale battendo le mani. L’agile Émile sfreccia via, e arriva alla fine della pista prima ancora che i miei tre compagni pesanti abbiano iniziato la corsa. Émile riceve il premio dalle mani di Sophie. E, altrettanto generoso di Enea, regala dei doni a tutti coloro che sono stati sconfitti.
Nel mezzo dello splendore della vittoria, Sophie osa sfidare il vincitore e si vanta di correre altrettanto bene di lui. Lui non rifiuta affatto di competere con lei; e mentre lei si prepara a partire, sollevando la gonna da entrambi i lati, più curiosa di mostrare le sue gambe sottili agli occhi di Émile che di vincere quella gara, controlla se la sua gonna sia abbastanza corta. Lui le sussurra qualcosa all’orecchio; lei sorride e fa un cenno di approvazione. Poi si posiziona accanto alla sua rivale. Non appena viene dato il segnale di partenza, la vediamo scattare via come un uccello.
Le donne non sono fatte per correre; quando fuggono, è perché vogliono essere raggiunte. La corsa non è l’unica cosa che facciano in modo goffo, ma è l’unica che facciano con riluttanza: i gomiti piegati all’indietro e premuti contro il corpo conferiscono loro un’aria ridicola, e gli alti tacchi su cui camminano le fanno sembrare cavallette che cercano di correre senza saltare.
Émile, che non avrebbe mai immaginato che Sophie potesse correre più velocemente di qualsiasi altra donna, non si degnò nemmeno di muoversi dal suo posto e la vide partire con un sorriso beffardo. Ma Sophie era leggera e indossava scarpe con i tacchi bassi; non aveva bisogno di alcun artificio per sembrare avere i piedi piccoli. Correva così velocemente che Émile, quando la vide così lontana davanti a sé, ebbe appena il tempo necessario per raggiungerla. Partì allora anche lui, simile ad un’aquila che si abbatte sulla sua preda; la inseguì senza sosta, fino a quando non la raggiunse, completamente esausta. Le passò dolcemente il braccio sinistro attorno al corpo, la sollevò come se fosse una piuma e, tenendo stretta quella “dolce preda” contro il proprio cuore, completò la corsa, facendola arrivare prima di lui all’obiettivo. Poi, gridando “Vittoria!”, si inginocchiò davanti a lei, riconoscendosi sconfitto.
A queste diverse attività si aggiunge quella del mestiere che abbiamo imparato. Almeno un giorno alla settimana, e in tutti quei giorni in cui il cattivo tempo non ci permette di lavorare all’aperto, io ed Émile andiamo a lavorare da un maestro. Non lo facciamo per la forma, come persone che si considerano al di sopra di tale condizione, ma davvero, come veri operai. Quando il padre di Sophie viene a trovarci ci trova impegnati nel lavoro e non manca mai di raccontare con ammirazione a sua moglie e a sua figlia ciò che ha visto. “Andate a vedere”, dice, “questo giovane nell’officina. Vedrete se disprezza la condizione dei poveri! Si può immaginare quanto Sophie sia felice di sentire queste parole. Ne parlano spesso, vorrebbero sorprenderlo mentre lavora. Mi fanno domande in modo apparentemente casuale; e, dopo essersi assicurate di quale giorno sceglieremo per andare, la madre e la figlia prendono una carrozza e vengono in città lo stesso giorno.”
Entrando nell’atelier, Sophie vede all’altro capo un giovane in giacca, i capelli legati alla meglio, completamente assorto nel suo lavoro e quindi ignaro della sua presenza; si ferma e fa segno a sua madre. Émile, con un coltello da un lato e un martello dall’altro, sta completando una mortasa; poi taglia una tavola e ne posiziona un pezzo sotto il banco per lucidarla. Questa scena non fa ridere Sophie; la commuove, perché è rispettabile. Donna, onora il tuo capo: è lui che lavora per te, che ti guadagna da vivere, che ti nutre. Ecco l’uomo vero.
Mentre sono attente ad osservarlo, lo vedo; tiro Émile per la manica; si gira, le vede, getta via gli strumenti e si lancia verso di loro gridando di gioia. Dopo essersi lasciato andare ai primi suoi sentimenti di felicità, le fa sedere e riprende a lavorare. Ma Sophie non riesce a stare ferma; si alza con vivacità, percorre il laboratorio, esamina gli strumenti, tocca la superficie levigata delle assi, raccoglie i trucioli dal pavimento, guarda le nostre mani e poi dice che ama questo lavoro, perché è pulito. La vivace Sophie prova persino ad imitare Émile; con la sua mano bianca e debole spinge un raschietto sull’asse. Il raschietto scivola senza lasciare traccia. Penso di vedere l’Amore ridere e battere le ali nell’aria; penso di sentirlo esultare, gridando: “Eroce è vendicato”.
Tuttavia, la madre interroga il maestro: “Signore, quanto pagate questi ragazzi?” “Madama, gli do venti soldi al giorno a ciascuno e li nutro; ma se questo giovane volesse, potrebbe guadagnare molto di più, perché è il miglior lavoratore del paese.” “Venti soldi al giorno, e li nutrite!” dice la madre guardandoci con tenerezza. “È proprio così, madama,” risponde il maestro. Allora lei corre da Émile, lo abbraccia, lo stringe a sé versando lacrime e non riesce a dire altro che ripetere più volte: “Mio figlio, oh mio figlio!”
Dopo aver chiacchierato con noi per un po’, senza mai allontanarsi troppo, la madre disse alla figlia: “Andiamo via, è tardi ormai e non dobbiamo farli aspettare”. Poi, avvicinandosi a Émile, gli diede una piccola pacca sulla guancia e gli chiese: “Ebbene, bravo lavoratore, non vuoi venire con noi?” Lui rispose con un tono molto triste: “Sono impegnato; chiedete al padrone”. Si chiese quindi al padrone se fosse disposto a fare a meno di loro. Lui rispose che non poteva. “Ho del lavoro urgente da finire entro domani”, disse, “e contando su questi signori, ho rifiutato altri lavoratori che si erano presentati; se anche loro mi mancano, non so più dove trovarne altri. E non riuscirò a consegnare il lavoro entro la data prevista”. La madre non rispose nulla; aspettò che Émile parlasse. Lui abbassò lo sguardo e rimase in silenzio. “Signore”, gli disse lei, un po’ sorpresa da quel silenzio, “non avete nulla da aggiungere?” Émile guardò con tenerezza la ragazza e rispose soltanto: “Vedete bene che devo restare”. Dopo di ciò, le signore se ne andarono, lasciandoci soli. Émile le accompagnò fino alla porta, le seguì con lo sguardo per quanto poté, sospirò, e tornò a lavorare in silenzio.
En chemin, la mère, piquée, parle à sa fille de la bizarrerie de ce procédé ! Quoi ! dit-elle, était-il si difficile de contenter le maître sans être obligé de rester ? Et ce jeune homme si prodigue, qui verse l’argent sans nécessité, n’en sait-il plus trouver dans les occasions convenables ? O maman ! répond Sophie, à Dieu ne plaise qu’Émile donne tant de force à l’argent, qu’il s’en serve pour rompre un engagement personnel, pour violer impunément sa parole, et faire violer celle d’autrui ! Je sais qu’il dédommagerait aisément l’ouvrier du léger préjudice que lui causerait son absence ; mais cependant il asservirait son âme aux richesses, il s’accoutumerait à les mettre à la place de ses devoirs, et à croire qu’on est dispensé de tout, pourvu qu’on paye. Émile a d’autres manières de penser, et j’espère n’être pas cause qu’il en change. Croyez-vous qu’il ne lui en ait rien coûté de rester ? Maman, ne vous y trompez pas, c’est pour moi qu’il reste ; je l’ai bien vu dans ses yeux.
Ce n’est pas que Sophie soit indulgente sur les vrais soins de l’amour ; au contraire, elle est impérieuse, exigeante ; elle aimerait mieux n’être point aimée que de l’être modérément. Elle a le noble orgueil du mérite qui se sent, qui s’estime et qui veut être honoré comme il s’honore. Elle dédaignerait un coeur qui ne sentirait pas tout le prix du sien, qui ne l’aimerait pas pour ses vertus autant et plus que pour ses charmes ; un coeur qui ne lui préférerait pas son propre devoir, et qui ne la préférerait pas à toute autre chose. Elle n’a point voulu d’amant qui ne connût de loi que la sienne ; elle veut régner sur un homme qu’elle n’ait point défiguré. C’est ainsi qu’ayant avili les compagnons d’Ulysse, Circé les dédaigne, et se donne à lui seul, qu’elle n’a pu changer.
Mais ce droit inviolable et sacré mis à part, jalouse à l’excès de tous les siens, Sophie épie avec quel scrupule Émile les respecte, avec quel zèle il accomplit ses volontés, avec quelle adresse il les devine, avec quelle vigilance il arrive au moment prescrit ; elle ne veut ni qu’il retarde ni qu’il anticipe ; elle veut qu’il soit exact. Anticiper, c’est se préférer à elle ; retarder, c’est la négliger. Négliger Sophie ! cela n’arriverait pas deux fois. L’injuste soupçon d’une a failli tout perdre ; mais Sophie est équitable et sait bien réparer ses torts.
Un soir nous sommes attendus ; Émile a reçu l’ordre. On vient au-devant de nous ; nous n’arrivons point. Que sont-ils devenus ? Quel malheur leur est arrivé ? Personne de leur part ? La soirée s’écoule à nous attendre. La pauvre Sophie nous croit morts ; elle se désole, elle se tourmente ; elle passe la nuit à pleurer. Dès le soir on a expédié un messager pour s’informer de nous et rapporter de nos nouvelles le lendemain matin. Le messager revient accompagné d’un autre de notre part, qui fait nos excuses de bouche et dit que nous nous portons bien. Un moment après, nous paraissons nous-mêmes. Alors la scène change ; Sophie essuie ses pleurs, ou, si elle en verse, ils sont de rage. Son coeur altier n’a pas gagné à se rassurer sur notre vie : Émile vit, et s’est fait attendre inutilement.
À notre arrivée, elle veut s’enfermer. On veut qu’elle reste ; il faut rester : mais, prenant à l’instant son parti, elle affecte un air tranquille et content qui en imposerait à d’autres. Le père vient au-devant de nous et nous dit : Vous avez tenu vos amis en peine ; il y a ici des gens qui ne vous le pardonneront pas aisément. Qui donc, mon papa ? dit Sophie avec une manière de sourire le plus gracieux qu’elle puisse affecter. Que vous importe, répond le père, pourvu que ce ne soit pas vous ? Sophie ne réplique point, et baisse les yeux sur son ouvrage. La mère nous reçoit d’un air froid et composé. Émile embarrassé n’ose aborder Sophie. Elle lui parle la première, lui demande comment il se porte, l’invite à s’asseoir, et se contrefait si bien que le pauvre jeune homme, qui n’entend rien encore au langage des passions violentes, est la dupe de ce sang-froid, et presque sur le point d’en être piqué lui-même.
Pour le désabuser je vais prendre la main de Sophie, j’y veux porter mes lèvres comme je fais quelquefois : elle la retire brusquement, avec un mot de Monsieur si singulièrement prononcé, que ce mouvement involontaire la décèle à l’instant aux yeux d’Émile.
Sophie elle-même, voyant qu’elle s’est trahie, se contraint moins. Son sang-froid apparent se change en un mépris ironique. Elle répond à tout ce qu’on lui dit par des monosyllabes prononcés d’une voix lente et mal assurée, comme craignant d’y laisser trop percer l’accent de l’indignation. Émile, demi-mort d’effroi, la regarde avec douleur, et tâche de l’engager à jeter les yeux sur les siens pour y mieux lire ses vrais sentiments. Sophie, plus irritée de sa confiance, lui lance un regard qui lui ôte l’envie d’en solliciter un second. Émile, interdit et tremblant, n’ose plus, très heureusement pour lui, ni lui parler ni la regarder, car, n’eût-il pas été coupable, s’il eût pu supporter sa colère, elle ne lui eût jamais pardonné.
Voyant alors que c’est mon tour, et qu’il est temps de s’expliquer, je reviens à Sophie. Je reprends sa main, qu’elle ne retire plus, car elle est prête à se trouver mal. Je lui dis avec douceur : Chère Sophie, nous sommes malheureux ; mais vous êtes raisonnable et juste, vous ne nous jugerez pas sans nous entendre : écoutez-nous. Elle ne répond rien, et je parle ainsi :
« Nous sommes partis hier à quatre heures ; il nous était prescrit d’arriver à sept, et nous prenons toujours plus de temps qu’il ne nous est nécessaire afin de nous reposer en approchant d’ici. Nous avions déjà fait les trois quarts du chemin, quand des lamentations douloureuses nous frappent l’oreille ; elles partaient d’une gorge de la colline à quelque distance de nous. Nous accourons aux cris : nous trouvons un malheureux paysan qui, revenant de la ville un peu pris de vin sur son cheval, en était tombé si lourdement qu’il s’était cassé la jambe. Nous crions, nous appelons du secours ; personne ne répond ; nous essayons de remettre le blessé sur son cheval, nous n’en pouvons venir à bout : au moindre mouvement le malheureux souffre des douleurs horribles. Nous prenons le parti d’attacher le cheval dans le bois à l’écart ; puis, faisant un brancard de nos bras, nous y posons le blessé, et le portons le plus doucement qu’il est possible, en suivant ses indications sur la route qu’il fallait tenir pour aller chez lui. Le trajet était long ; il fallut nous reposer plusieurs fois. Nous arrivons enfin, rendus de fatigue ; nous trouvons avec une surprise amère que nous connaissions déjà la maison, et que ce misérable que nous rapportions avec tant de peine était le même qui nous avait si cordialement reçus le jour de notre première arrivée ici. Dans le trouble où nous étions tous, nous ne nous étions point reconnus jusqu’à ce moment.
« Il n’avait que deux petits enfants. Prête à lui en donner un troisième, sa femme fut si saisie en le voyant arriver, qu’elle sentit des douleurs aiguës et accoucha peu d’heures après. Que faire en cet état dans une chaumière écartée où l’on ne pouvait espérer aucun secours ? Émile prit le parti d’aller prendre le cheval que nous avions laissé dans le bois, de le monter, de courir à toute bride chercher un chirurgien à la ville. Il donna le cheval au chirurgien ; et, n’ayant pu trouver assez tôt une garde, il revint à pied avec un domestique, après vous avoir expédié un exprès, tandis qu’embarrassé, comme vous pouvez croire, entre un homme ayant une jambe cassée et une femme en travail, je préparais dans la maison tout ce que je pouvais prévoir être nécessaire pour le secours de tous les deux.
« Je ne vous ferai point le détail du reste ; ce n’est pas de cela qu’il est question. Il était deux heures après minuit avant que nous ayons eu ni l’un ni l’autre un moment de relâche. Enfin nous sommes revenus avant le jour dans notre asile ici proche, où nous avons attendu l’heure de votre réveil pour vous rendre compte de notre accident. »
On the way, angered, the mother spoke to her daughter about the absurdity of this behavior! “How could it have been so difficult,” she said, “to please the master without having to stay there?” And that young man, so generous in spending money needlessly—doesn’t he know how to find it when it’s appropriate to do so? “Oh, mother!” Sophie replied, “God forbid that Émile should give such power to money that he would use it to break a personal promise, to violate his own word without consequence, and to make others do the same! I know he could easily compensate the worker for any minor loss caused by his absence; but still, he would be enslaving his soul to wealth, getting used to putting money before his duties, and believing that one is exempt from everything as long as one pays. Émile thinks differently, and I hope I’m not the reason he changes his ways. Do you really think it cost him anything to stay? Mother, don’t delude yourself—he stays for my sake; I saw it in his eyes.”
It is not that Sophie is indulgent when it comes to the true essentials of love; on the contrary, she is imperious and demanding. She would rather not be loved at all than to be loved in a moderate way. She possesses the noble pride of one who recognizes their own merits, values themselves, and desires to be honored in accordance with what they consider honorable. She would despise a heart that does not appreciate the full worth of hers, that does not love her for her virtues as much as for her charms; a heart that would not place her own duties above everything else and that would not prefer her to anything else. She never wanted a lover who would obey only her own rules; she wants to rule over a man whom she has not distorted in any way. Just as Circe had previously degraded the companions of Ulysses, now she despises them all and gives herself solely to him, since she was unable to change him in any other way.
But apart from this inviolable and sacred right, which she is excessively jealous of over all others, Sophie watches with great scrupulousness how Émile respects it, with what zeal he fulfills her wishes, with what skill he anticipates them, and with what diligence he arrives at the prescribed moment; she does not want him to delay or to advance prematurely—she wants everything to be exact. To anticipate would mean placing oneself above her; to delay would mean neglecting her. To neglect Sophie! Such a thing would never happen twice. An unjust suspicion nearly cost her everything; but Sophie is fair, and she knows how to make amends for her wrongs.
One evening we were expected; Émile had received orders to come. They came out to meet us, but we never arrived. What had happened to them? What misfortune had befallen them? Was there no news from them at all? The evening passed while we waited for them. Poor Sophie thought we were dead; she was filled with grief and distress, spending the whole night in tears. That very evening a messenger was sent out to find us, and the next morning he returned with another one from our side, who apologized on our behalf and said that we were doing well. Soon after, we ourselves appeared. Then the situation changed completely; Sophie wiped away her tears, or if any more fell, they were of anger. Her proud heart had not been consoled by learning that we were alive—Émile was still alive, and all this waiting had been in vain.
Upon our arrival, she wants to lock herself away. We want her to stay; it’s necessary to stay—but, immediately taking her side, she assumes an air of calmness and contentment that would impress anyone else. The father comes up to us and says, “You’ve caused your friends a great deal of worry; there are people here who won’t easily forgive you.” “Who, dear father?” Sophie asks, wearing the most graceful smile she can muster. “It doesn’t matter to me,” the father replies, “as long as it’s not you.” Sophie says nothing and lowers her eyes to her work. The mother receives us with a cold and composed demeanor. Embarrassed, Émile dares not approach Sophie. She is the first to speak to him, asking how he is doing, inviting him to sit down—and she acts so convincingly that the poor young man, who still doesn’t understand the language of intense emotions, falls for this calmness and is almost tempted himself to become irritated by it.
To disabuse him, I take Sophie’s hand and intend to place my lips on it, as I sometimes do; but she pulls her hand away suddenly, accompanied by a word uttered by Monsieur in such a peculiar manner that this involuntary action immediately reveals everything to Émile’s eyes.
Sophie herself, realizing that she had betrayed herself, became less restrained. Her apparent composure turned into ironic disdain. She responded to everything that was said to her with monosyllables, spoken in a slow and hesitant voice, as if afraid of letting too much of her indignation show through. Émile, half-dead with fear, watched her in anguish and tried to urge her to look at him so that he could better read her true feelings. Sophie, further irritated by his persistence, gave him a look that made him lose the courage to ask for another chance. Émile, stunned and trembling, dared neither speak to her nor look at her anymore—thankfully for him, for if he had not been guilty, if he had been able to endure her anger, she would never have forgiven him.
Seeing that it was now my turn and that it was time to explain ourselves, I turned back to Sophie. I took her hand again; she didn’t pull it away this time, because she was ready to feel unwell. I said to her gently: “Dear Sophie, we are unhappy; but you are reasonable and just—you will not judge us without listening to what we have to say. Please listen to us.” She didn’t respond, so I continued speaking.
“We set off at four o’clock yesterday; we were instructed to arrive by seven, and we always take more time than necessary in order to rest as we approach here. We had already covered three-quarters of the distance when we heard painful lamentations coming from a spot on the hill not far from us. We rushed toward the sound and found a poor farmer who, having returned from the town after drinking some wine, had fallen off his horse so heavily that he had broken his leg. We cried out for help, but no one responded. We tried to put the injured man back on his horse, but we were unable to succeed; even the slightest movement caused him unbearable pain. We decided to tie the horse up in a secluded part of the woods, then made a stretcher out of our arms and placed the wounded man on it. We carried him as gently as possible, following the directions he gave us regarding the route to his home. The journey was long, and we had to rest several times. Finally, we arrived, exhausted. To our bitter surprise, we realized that we already knew this house, and that the poor man we were carrying with such difficulty was the very same one who had welcomed us so warmly on our first day here. In the confusion of the moment, we had not recognized each other until then.”
“He had only two young children. Ready to give him a third, his wife was so overcome upon seeing him arrive that she suffered intense pains and gave birth just a few hours later. What was to be done in such a situation in a remote cottage where no help could be expected? Émile decided to take the horse we had left in the woods, mount it, and ride at full speed to find a surgeon in the town. He gave the horse to the surgeon; but unable to find a nurse quickly enough, he returned on foot with a servant, after having sent you an urgent message. Meanwhile, caught in the dilemma of helping either a man with a broken leg or a woman in labor, I did my best to prepare everything necessary for their relief at home.”
“I will not go into detail about the rest; that is not what is at issue here. It was two hours after midnight before either of us managed to get a moment’s respite. Finally, we returned to our shelter near here before dawn, where we waited for the time of your awakening to inform you about what had happened to us.”
Durante il viaggio, la madre, offesa, parla alla figlia della stranezza di quel comportamento! “Ma come!”, dice, “non era forse possibile accontentare il padrone senza essere costretti a rimanere? E quel giovane così generoso, che spende denaro senza necessità, non riesce forse più a trovarlo nelle occasioni giuste?” “Mamma!”, risponde Sophie, “per l’amor di Dio, che Émile non dia tanto potere al denaro da usarlo per rompere un impegno personale, per violare impunemente la propria parola e quella degli altri! So che facilmente compenserebbe il lavoratore del lieve danno che la sua assenza gli causerebbe; ma comunque, sottometterebbe la propria anima alle ricchezze, si abituerebbe a metterle al posto dei propri doveri e crederebbe di essere esentato da tutto, purché paghi. Émile ha altri modi di pensare. E spero di non essere io la causa per cui cambierà. Credete davvero che non gli sia costato nulla rimanere? Mamma, non vi ingannate: lui rimane per me. L’ho visto chiaramente nei suoi occhi.”
Non è che Sophie sia indulgente riguardo ai veri doveri dell’amore; al contrario, è imperiosa, esigente: preferirebbe non essere amata piuttosto che essere amata in modo moderato. Possiede l’orgoglio nobile del merito, quello che si sente, che si stima e che vuole essere onorato come merita di essere onorato. Disprezzerebbe un cuore che non riconoscesse tutto il valore del suo, che non la amasse tanto per le sue virtù quanto per i suoi fascini; un cuore che non la preferisse al proprio dovere e a qualsiasi altra cosa. Non ha voluto un amante che seguisse soltanto le sue regole; vuole dominare un uomo che non abbia subito alterazioni a causa di lei. È così: dopo aver umiliato i compagni di Ulisse, Circe li disprezza e si dona soltanto a lui, perché non è riuscita a cambiarlo.
Ma a parte questo diritto inviolabile e sacro, gelosa fino all’eccesso di ogni altra cosa che le appartiene, Sophie osserva con quanta scrupolosità Émile lo rispetti, con quale zelo compia le sue volontà, con quale abilità le indovini, con quale attenzione arrivi nel momento prescritto; non vuole né che ritardi né che anticipi; vuole che sia puntuale. Anticipare significa preferirsi a lei; ritardare significa trascurarla. Trascurare Sophie. Questo non accadrebbe mai due volte. Un sospetto ingiusto ha rischiato di farle perdere tutto; ma Sophie è giusta e sa come rimediare ai propri torti.
Una sera fummo attesi; Émile ricevette l’ordine di venire a nostro incontro. Ma non arrivammo mai. Che fine avevano fatto? Quali disgrazie li avevano colpiti? Nessuna notizia da loro. La serata trascorse nell’attesa. Povera Sophie. Credeva che fossimo morti; si disperava, soffriva. Trascorse la notte in lacrime. Subito dopo fu inviato un messaggero per informarsi su di noi e riferire le nostre novità il giorno seguente. Il messaggero tornò accompagnato da un altro nostro emissario, che si scusò a nome nostro e disse che stavamo bene. Poco dopo apparimmo noi stessi. Allora la situazione cambiò: Sophie asciugò le lacrime. O, se ne versava ancora, erano di rabbia. Il suo orgoglio non aveva certo tratto beneficio dal sapere che eravamo vivi. Émile era vivo. E avevamo fatto attendere inutilmente tutti.
Al nostro arrivo, lei vuole chiudersi in camera. Vogliamo che resti; è necessario rimanere. Ma, prendendo immediatamente le sue parti, assume un’aria tranquilla e soddisfatta che potrebbe intimidire chiunque altro. Il padre ci viene incontro e ci dice: “Avete fatto preoccupare i vostri amici; qui ci sono persone che non vi perdoneranno facilmente.” “Ma chi, papà?” chiede Sophie con il sorriso più affabile che riesca a sfoggiare. “A te non importa, basta che non sia tu,” risponde il padre. Sophie non replica e abbassa lo sguardo sul suo lavoro. La madre ci accoglie con un’aria fredda e composta. Émile, imbarazzato, non osa avvicinarsi a Sophie. È lei ad essere la prima a parlargli: gli chiede come stia, lo invita a sedersi. E si comporta in modo così naturale che il povero giovane, che ancora non comprende il linguaggio delle passioni violente, cade vittima di questa calma apparente. E rischia persino di esserne offeso.
Per disilluderlo, prenderò la mano di Sophie e vi porterò le labbra, come faccio a volte. Lei la ritira bruscamente, con una parola pronunciata dal signore in modo così strano che quel gesto involontario la rivela immediatamente agli occhi di Émile.
Anche Sophie, rendendosi conto di essersi tradita, si impegna meno nel mantenere la sua compostezza esteriore; il suo apparente sangue freddo si trasforma in un disprezzo ironico. Risponde a tutto ciò che le viene detto con monosillabe pronunciati lentamente e con voce incerta, come se temesse di far trapelare troppo l’accento dell’indignazione. Émile, quasi morto di paura, la guarda con dolore e cerca di convincerla a guardarlo negli occhi per leggere meglio i suoi veri sentimenti. Sophie, ancora più irritata dalla sua insistenza, gli lancia uno sguardo tale da fargli perdere ogni desiderio di cercare un altro contatto visivo con lei. Émile, intimidito e tremante, non osa più né parlare né guardarla; per fortuna sua, se non fosse stato colpevole, anche se avesse potuto sopportare la sua rabbia, lei non gli avrebbe mai perdonato.
Vedendo quindi che era il mio turno e che era giunto il momento di spiegare, tornai da Sophie. Ripresi la sua mano, che lei non ritirò più, perché era pronta a sentirsi male. Le dissi dolcemente: “Carissima Sophie, siamo infelici; ma tu sei ragionevole e giusta, non ci giudicherai senza ascoltarci: ascoltaci”. Lei non rispose nulla, e io continuai così.
“Siamo partiti ieri alle quattro; ci era stato detto di arrivare alle sette, e noi prendiamo sempre più tempo del necessario per riposarci man mano che ci avviciniamo qui. Avevamo già percorso tre quarti della strada quando delle lamenti dolorose raggiunsero le nostre orecchie; provenivano da una collina, a qualche distanza da noi. Ci precipitammo verso quei suoni: trovammo un povero contadino che, tornando in città dopo aver bevuto un po’ di vino, era caduto dal cavallo con tale forza da rompersi una gamba. Gridammo chiamando aiuto; nessuno rispose. Provammo a rimettere il ferito in sella, ma non riuscimmo: ogni minimo movimento gli causava terribili dolori. Decidemmo quindi di legare il cavallo nel bosco, lontano da occhi indiscreti; poi, usando i nostri bracci come barelle, adagiamoci il ferito e lo portammo con la massima delicatezza possibile, seguendo le sue indicazioni sulla strada da prendere per raggiungere la sua casa. Il viaggio fu lungo; dovemmo fermarci più volte per riposare. Finalmente arrivammo, esausti; con amara sorpresa scoprimmo che conoscevamo già quella casa, e che quel poveretto che portavamo con tanta fatica era lo stesso che ci aveva accolto così calorosamente il giorno del nostro arrivo qui. Nel caos in cui eravamo tutti, non ci eravamo riconosciuti fino a quel momento.”
“Aveva soltanto due bambini piccoli. Pronta a dargliene un terzo, sua moglie fu così colpita nel vederlo arrivare che provò dolori intensi e partorì poche ore dopo. Cosa si poteva fare in una capanna remota, dove non si poteva sperare in alcun aiuto? Émile decise di prendere il cavallo che avevamo lasciato nel bosco, di montarlo e di correre a tutta velocità verso la città per cercare un chirurgo. Dopo aver dato il cavallo al chirurgo, non riuscendo a trovare abbastanza in fretta qualcuno che potesse assistere alla partorizione, tornò a piedi insieme a un domestico, dopo aver inviato un messaggero urgente da voi; intanto, trovandomi in una situazione molto difficile – tra un uomo con una gamba rotta e una donna che stava partorendo – preparavo in casa tutto ciò che ritenevo necessario per aiutare entrambi.”
“Non vi descriverò nei dettagli il resto; non è di questo che si tratta. Sono passate due ore dopo mezzanotte prima che uno di noi potesse riposare anche solo per un momento. Alla fine siamo tornati, prima dell’alba, nel nostro rifugio qui vicino, dove abbiamo atteso l’ora del vostro risveglio per raccontarvi quanto ci era accaduto.”
Je me tais sans rien ajouter. Mais, avant que personne parle, Émile s’approche de sa maîtresse, élève la voix et lui dit avec plus de fermeté que je ne m’y serais attendu : Sophie, vous êtes l’arbitre de mon sort, vous le savez bien. Vous pouvez me faire mourir de douleur ; mais n’espérez pas me faire oublier les droits de l’humanité : ils me sont plus sacrés que les vôtres, je n’y renoncerai jamais pour vous.
Sophie, à ces mots, au lieu de répondre, se lève, lui passe un bras autour du cou, lui donne un baiser sur la joue ; puis, lui tendant la main avec une grâce inimitable, elle lui dit : Émile, prends cette main : elle est à toi. Sois, quand tu voudras, mon époux et mon maître ; je tâcherai de mériter cet honneur.
À peine l’a-t-elle embrassé, que le père, enchanté, frappe des mains, en criant bis, bis, et Sophie, sans se faire presser, lui donne aussitôt deux baisers sur l’autre joue ; mais, presque au même instant, effrayée de tout ce qu’elle vient de faire, elle se sauve dans les bras de sa mère et cache dans ce sein maternel son visage enflammé de honte.
Je ne décrirai point la commune joie ; tout le monde la doit sentir. Après le dîner, Sophie demande s’il y aurait trop loin pour aller voir ces pauvres malades. Sophie le désire et c’est une bonne oeuvre. On y va : on les trouve dans deux lits séparés ; Émile en avait fait apporter un : on trouve autour d’eux du monde pour les soulager : Émile y avait pourvu. Mais au surplus tous deux sont si mal en ordre, qu’ils souffrent autant du malaise que de leur état. Sophie se fait donner un tablier de la bonne femme, et va la ranger dans son lit ; elle en fait ensuite autant à l’homme ; sa main douce et légère sait aller chercher tout ce qui les blesse, et faire poser plus mollement leurs membres endoloris. Ils se sentent déjà soulagés à son approche ; on dirait qu’elle devine tout ce qui fait leur mal. Cette fille si délicate ne se rebute ni de la malpropreté ni de la mauvaise odeur, et sait faire disparaître l’une et l’autre sans mettre personne en oeuvre, et sans que les malades soient tourmentés. Elle qu’on voit toujours si modeste et quelquefois si dédaigneuse, elle qui, pour tout au monde, n’aurait pas touché du bout du doigt le lit d’un homme, retourne et change le blessé sans aucun scrupule, et le met dans une situation plus commode pour y pouvoir rester longtemps. Le zèle de la charité vaut bien la modestie ; ce qu’elle fait, elle le fait si légèrement et avec tant d’adresse, qu’il se sent soulagé sans presque s’être aperçu qu’on l’ait touché. La femme et le mari bénissent de concert l’aimable fille qui les sert, qui les plaint, qui les console. C’est un ange du ciel que Dieu leur envoie, elle en a la figure et la bonne grâce, elle en a la douceur et la bonté. Émile attendri la contemple en silence. Homme, aime ta compagne. Dieu te la donne pour te consoler dans tes peines, pour te soulager dans tes maux : voilà la femme.
On fait baptiser le nouveau-né. Les deux amants le présentent, brûlant au fond de leurs coeurs d’en donner bientôt autant à faire à d’autres. Ils aspirent au moment désiré ; ils croient y toucher : tous les scrupules de Sophie sont levés, mais les miens viennent. Ils n’en sont pas encore où ils pensent : il faut que chacun ait son tour.
Un matin qu’ils ne se sont vus depuis deux jours, j’entre dans la chambre d’Émile une lettre à la main, et je lui dis en le regardant fixement : Que feriez-vous si l’on vous apprenait que Sophie est morte ? Il fait grand cri, se lève en frappant des mains, et, sans dire un seul mot, me regarde d’un oeil égaré. Répondez donc, poursuis-je avec la même tranquillité. Alors, irrité de mon sang-froid, il s’approche, les yeux enflammés de colère ; et, s’arrêtant dans une attitude presque menaçante : Ce que je ferais ?… je n’en sais rien ; mais ce que je sais, c’est que je ne reverrais de ma vie celui qui me l’aurait appris. Rassurez-vous, répondis-je en souriant : elle vit, elle se porte bien, elle pense à vous, et nous sommes attendus ce soir. Mais allons faire un tour de promenade, et nous causerons.
La passion dont il est préoccupé ne lui permet plus de se livrer, comme auparavant, à des entretiens purement raisonnés : il faut l’intéresser par cette passion même à se rendre attentif à mes leçons. C’est ce que j’ai fait par ce terrible préambule ; je suis bien sûr maintenant qu’il m’écoutera.
« Il faut être heureux, cher Émile : c’est la fin de tout être sensible ; c’est le premier désir que nous imprima la nature, et le seul qui ne nous quitte jamais. Mais où est le bonheur ? qui le sait ? Chacun le cherche, et nul ne le trouve. On use la vie à le poursuivre et l’on meurt sans l’avoir atteint. Mon jeune ami, quand à ta naissance je te pris dans mes bras, et qu’attestant l’Être suprême de l’engagement que j’osai contracter, je vouai mes jours au bonheur des tiens, savais-je moi-même à quoi je m’engageais ? Non : je savais seulement qu’en te rendant heureux j’étais sûr de l’être. En faisant pour toi cette utile recherche, je la rendais commune à tous deux.
« Tant que nous ignorons ce que nous devons faire, la sagesse consiste à rester dans l’inaction. C’est de toutes les maximes celle dont l’homme a le plus grand besoin, et celle qu’il sait le moins suivre. Chercher le bonheur sans savoir où il est, c’est s’exposer à le fuir, c’est courir autant de risques contraires qu’il y a de routes pour s’égarer. Mais il n’appartient pas à tout le monde de savoir ne point agir. Dans l’inquiétude où nous tient l’ardeur du bien-être, nous aimons mieux nous tromper à le poursuivre, que de ne rien faire pour le chercher : et, sortis une foi de la place où nous pouvons le connaître, nous n’y savons plus revenir.
« Avec la même ignorance j’essayai d’éviter la même faute. En prenant soin de toi, je résolus de ne pas faire un pas inutile et de t’empêcher d’en faire. Je me tins dans la route de la nature, en attendant qu’elle me montrât celle du bonheur. Il s’est trouvé qu’elle était la même, et qu’en n’y pensant pas je l’avais suivie.
« Sois mon témoin, sois mon juge ; je ne te récuserai jamais. Tes premiers ans n’ont pas été sacrifiés à ceux qui les doivent suivre ; tu as joui de tous les biens que la nature t’avait donnés. Des maux auxquels elle t’assujettit, et dont j’ai pu te garantir, tu n’as senti que ceux qui pouvaient t’endurcir aux autres. Tu n’en as jamais souffert aucun que pour en éviter un plus grand. Tu n’as connu ni la haine, ni l’esclavage. Libre et content, tu es resté juste et bon ; car la peine et le vice sont inséparables, et jamais l’homme ne devient méchant que lorsqu’il est malheureux. Puisse le souvenir de ton enfance se prolonger jusqu’à tes vieux jours ! Je ne crains pas que jamais ton bon coeur se la rappelle sans donner quelques bénédictions à la main qui la gouverna.
« Quand tu es entré dans l’âge de raison, je t’ai garanti de l’opinion des hommes ; quand ton coeur est devenu sensible, je t’ai préservé de l’empire des passions. Si j’avais pu prolonger ce calme intérieur jusqu’à la fin de ta vie, j’aurais mis mon ouvrage en sûreté, et tu serais toujours heureux autant qu’un homme peut l’être ; mais, cher Émile, j’ai eu beau tremper ton âme dans le Styx, je n’ai pu la rendre partout invulnérable ; il s’élève un nouvel ennemi que tu n’as pas encore appris à vaincre, et dont je n’ai pu te sauver. Cet ennemi, c’est toi-même. La nature et la fortune t’avaient laissé libre. Tu pouvais endurer la misère ; tu pouvais supporter les douleurs du corps, celles de l’âme t’étaient inconnues ; tu ne tenais à rien qu’à la condition humaine, et maintenant tu tiens à tous les attachements que tu t’es donnés ; en apprenant à désirer, tu t’es rendu l’esclave de tes désirs. Sans que rien change en toi, sans que rien t’offense, sans que rien touche à ton être, que de douleurs peuvent attaquer ton âme ! que de maux tu peux sentir sans être malade ! que de morts tu peux souffrir sans mourir ! Un mensonge, une erreur, un doute peut te mettre au désespoir.
I remain silent without adding anything further. But before anyone else could speak, Émile approached his mistress, raised his voice, and said to her with more determination than I had expected: Sophie, you are the arbiter of my fate; you know that well. You can make me die in agony; but do not expect to make me forget the rights of humanity—they are more sacred to me than yours; I will never renounce them for your sake.
Upon hearing these words, Sophie, instead of answering, rose up, placed her arm around his neck, and kissed him on the cheek; then, extending her hand with an incomparable grace, she said to him: “Émile, take this hand; it is yours. Be, whenever you wish, my husband and my master; I will try my best to deserve such honor.”
No sooner had she kissed him than the father, delighted, clapped his hands and cried, “Again, again!” And Sophie, without any hurry, immediately gave him two more kisses on the other cheek. But almost at the same moment, frightened by what she had just done, she ran into her mother’s arms and hid her face, flushed with shame, in that maternal embrace.
I shall not attempt to describe the universal joy that everyone must feel; after dinner, Sophie asks if it would be too far to go and see those poor sick people. Sophie desires to do so, and it is a good deed. We go there and find them in two separate beds; Émile had one brought for them. There is plenty of care around them to alleviate their suffering—Émile had taken care of that as well. However, both of them are in such poor condition that they suffer equally from their illness and their physical state. Sophie gets a apron from the kind woman and helps her tidy up the beds; she then does the same for the man. Her gentle and delicate hands know how to remove whatever causes them pain and help them rest more comfortably. They already feel relieved when she approaches; it seems as if she can sense everything that hurts them. This delicate girl is not repelled by filth or bad odors; she manages to eliminate both without causing anyone any discomfort or distress to the sick patients. She, who always appears so modest and sometimes even so disdainful—she, who would never touch a man’s bed for anyone else—now returns without hesitation to tend to the wounded man and makes his condition more comfortable so that he can stay there for a longer time. The zeal of charity is well worth modesty; what she does, she does so so lightly and skillfully that the person feels relieved without even realizing that they have been touched. Both the woman and the man jointly bless this kind girl who serves them, comforts them, and cares for them. She is an angel sent from heaven by God—she has his face and his kindness, her gentleness and her goodness. Émile, moved, watches her in silence. Men, love your companions. God gives you them to comfort you in your troubles and relieve you in your suffering—such is the nature of a wife.
The newborn is brought for baptism. The two lovers present him, burning with the desire to soon bring forth many more children for others. They long for the desired moment; they believe they are about to achieve it: all of Sophie’s reservations have been overcome, but mine arise instead. They are not yet where they think they are; everyone must have their turn.
One morning, after not seeing each other for two days, I entered Émile’s room with a letter in my hand and looked at him directly as I said, “What would you do if you were told that Sophie is dead?” He let out a loud cry, stood up, banging his hands together, and, without saying a word, stared at me with a bewildered expression. “So answer me,” I continued calmly. Then, irritated by my composure, he stepped forward, his eyes blazing with anger; and, stopping in a nearly threatening manner, he asked, “What would I do?. I don’t know; but what I do know is that I would never see again in this life the person who told me such news.” “Don’t worry,” I replied with a smile. “She is alive, she is well, she thinks of you, and we are expected this evening. But let’s go for a walk first and talk about it.”
The passion that consumes him no longer allows him to engage in purely rational discussions as he used to; it is necessary to arouse his interest through that very passion, so that he will pay attention to my lessons. That is exactly what I did with that terrible prelude—I am certain now that he will listen to me.
“One must be happy, dear Émile: for it is the end of all sensible existence; it is the first desire that nature implanted in us, and the only one that never leaves us. But where lies happiness? Who knows? Everyone seeks it, yet no one ever finds it. We spend our lives pursuing it, and we die without having attained it. My young friend, when I took you in my arms at your birth, and swore to the Supreme Being the commitment I dared to make, vowing to devote my life to your happiness—did I then know what I was undertaking? No: I only knew that by making you happy, I would surely be happy myself. By pursuing this goal for you, I made it a shared endeavor for us both.”
“Until we know what we must do, wisdom lies in staying inactive. Of all maxims, this is the one that humans need most, yet the one they least manage to follow. To seek happiness without knowing where it lies is to risk missing it entirely, to expose oneself to countless dangers along every possible path of error. But not everyone possesses the knowledge needed to refrain from acting. Driven by our desire for well-being, we prefer to pursue it in vain than to do nothing at all to find it; and once we leave the place where we might have understood it, we are unable to return.”
“With the same ignorance, I tried to avoid making the same mistake. By taking care of you, I resolved not to take any unnecessary steps and to prevent you from doing so as well. I stayed on the path laid by nature, waiting for it to show me the way to happiness. It turned out that it was the same path; without even realizing it, I had already been following it.”
“Be my witness, be my judge; I will never reject you. Your early years were not sacrificed for those that followed; you enjoyed all the blessings that nature had granted you. Among the evils to which she subjected you—and of which I was able to protect you—you felt only those that could make you stronger in the face of others. You never suffered any of them except in order to avoid greater suffering later on. You knew neither hatred nor slavery. Free and happy, you remained just and good; for pain and vice are inseparable, and man never becomes evil unless he is unhappy. May the memories of your childhood endure throughout your old age! I have no fear that your kind heart will ever forget them without bestowing some blessings upon the hand that guided it.”
“When you reached the age of reason, I ensured you the opinions of others; when your heart became sensitive, I protected you from the dominion of passions. If I could have preserved this inner calm throughout your life, I would have secured the success of my efforts, and you would have always been as happy as a man can be. But, dear Émile, despite having immersed your soul in the waters of the Styx, I was unable to make it invulnerable everywhere. A new enemy has risen—one that you have not yet learned to conquer, and one that I could not save you from. That enemy is you yourself. Nature and fortune had left you free; you could endure poverty, you could bear the physical pains—but the sufferings of the soul were unknown to you. You cared only for the condition of being human; now, you are attached to all those things you have created for yourself. By learning to desire, you have made yourself a slave to your own desires. Without anything changing within you, without anything offending you, without anything affecting your very being—what pains can assail your soul! What evils can you endure without actually falling ill! What ‘deaths’ can you suffer without truly dying! A lie, a mistake, a doubt, any of these can plunge you into despair.”
Taccio senza aggiungere nulla. Ma prima che qualcuno parlasse, Émile si avvicinò alla sua padrona, alzò la voce e le disse con una fermezza che non mi aspettavo: “Sophie, tu sei l’arbitra del mio destino; lo sai bene. Puoi farmi morire di dolore. Ma non sperare di farmi dimenticare i diritti dell’umanità: per me sono più sacri dei tuoi; non li rinuncierò mai per te.”
All’udire queste parole, Sophie, invece di rispondere, si alza, gli mette un braccio intorno al collo e gli dà un bacio sulla guancia; poi, tendendogli la mano con una grazia inimitabile, gli dice: “Émile, prendi questa mano: appartiene a te. Sii, quando vorrai, mio marito e mio padrone; cercherò di meritare questo onore”.
Appena lo ha baciato, il padre, incantato, inizia ad applaudire gridando “bis, bis”, e Sophie, senza essere sollecitata, gli dà immediatamente due baci sull’altra guancia; ma, quasi nello stesso istante, spaventata da ciò che ha appena fatto, fugge tra le braccia di sua madre e nasconde nel suo seno materno il viso arrossito dall’imbarazzo.
Non descriverò quella gioia comune; tutti dovrebbero sentirla. Dopo cena, Sophie chiede se sia troppo lontano andare a visitare quei poveri malati. Sophie lo desidera, e si tratta di un’azione nobile. Ci reciamo lì: li troviamo in due letti separati; Émile ne aveva fatto portare uno; intorno a loro c’è tutto ciò che può alleviare il loro dolore: Émile se n’era occupato personalmente. Tuttavia, entrambi sono in condizioni così precarie che soffrono tanto per la malattia quanto per lo stato fisico disastroso. Sophie prende un grembiule dalla donna di servizio e la aiuta a sistemarsi nel letto; fa lo stesso per l’uomo. La sua mano dolce e delicata sa trovare tutto ciò che li ferisce e aiutarli a posizionare più comodamente i loro membri doloranti. Già al suo arrivo si sentono sollevati; sembra che lei riesca a indovinare esattamente ciò che li tormenta. Questa ragazza così delicata non si ritrae né davanti alla sporcizia né dall’odore sgradevole, e sa eliminare entrambi questi problemi senza coinvolgere nessuno, e senza causare alcun disagio ai malati. Lei, che sembra sempre così modesta e a volte così sprezzante, lei che per chiunque altro non toccherebbe nemmeno con un dito il letto di un uomo, torna indietro e cambia le lenzuola del malato senza alcun rimorso, mettendolo in una posizione più comoda affinché possa riposare a lungo. Il zelo nella carità vale ben la modestia; ciò che fa lo fa con tale leggerezza e abilità che il malato si sente sollevato senza nemmeno accorgersi che è stato toccato. La donna e il marito ringraziano insieme questa cara ragazza che li serve, che li compiange, che li consola. È un angelo mandato dal cielo da Dio; ha il viso e la gentilezza di un angelo, la dolcezza e la bontà di un angelo. Émile, commosso, la guarda in silenzio. Uomini, amate le vostre compagne: Dio ve le dà per consolarvi nei vostri dolori, per alleviare i vostri mali. Questa è la donna.
Si fa battezzare il neonato. I due amanti lo presentano, con il desiderio ardente nel cuore di poter presto offrire lo stesso anche ad altri. Aspirano al momento tanto atteso; credono di esserci vicini. Tutti i rimorsi di Sophie sono svaniti, ma i miei emergono. Non sono ancora arrivati dove pensavano: bisogna che ognuno abbia la sua opportunità.
Un mattino, dopo due giorni di assenza reciproca, entro nella stanza di Émile con una lettera in mano e gli dico, guardandolo fisso negli occhi: “Cosa fareste se vi venisse detto che Sophie è morta?” Lui grida, si alza battendo le mani e, senza dire una parola, mi guarda con uno sguardo smarrito. “Allora rispondete”, continuo io con la stessa calma. Allora, irritato dalla mia freddezza, si avvicina a me con gli occhi pieni di rabbia; si ferma in un’aria quasi minacciosa e dice: “Cosa farei?. Non lo so; ma una cosa so: non rivedrei mai più in vita mia colui che mi avesse comunicato questa notizia.” “Rassicuratevi”, rispondo sorridendo, “sta bene, pensa a voi e ci aspetta stasera. Ma andiamo a fare una passeggiata e ne parleremo.”
La passione di cui è preoccupato non gli permette più, come in precedenza, di dedicarsi a conversazioni puramente razionali: è necessario interessarlo proprio attraverso quella passione affinché presti attenzione alle mie lezioni. È ciò che ho fatto con quel terribile preambolo; ora sono sicuro che mi ascolterà.
“È necessario essere felici, caro Émile: è la fine di ogni esistenza sensibile; è il primo desiderio che la natura ci ha inculcato, e l’unico che non ci abbandona mai. Ma dove si trova la felicità? Chi lo sa? Ognuno la cerca, e nessuno la trova. Si spende tutta la vita a inseguirla, e si muore senza averla raggiunta. Mio giovane amico, quando alla tua nascita ti presi tra le braccia e, giurando sull’Essere Supremo l’impegno che osai assumere, dedicai i miei giorni alla tua felicità, sapevo davvero a cosa mi impegnavo? No: sapevo soltanto che rendendoti felice, sarei stato anch’io certo di esserlo. Facendo per te questa ricerca utile, la rendevo comune a entrambi.”
“Finché ignoriamo ciò che dobbiamo fare, la saggezza consiste nel rimanere inattivi. È tra tutte le massime quella di cui l’uomo ha più bisogno, e quella che meno sa seguire. Cercare la felicità senza sapere dove si trovi significa esporsi al rischio di perderla; ci sono tantissimi modi per sbagliarsi nel cercarla. Ma non tutti sanno come non agire. Nell’ansia che ci provoca il desiderio di essere felici, preferiamo illuderci nella sua ricerca piuttosto che non fare nulla per cercarla. E una volta usciti dal luogo in cui possiamo conoscerla, non sappiamo più come tornarvi.”
“Con la stessa ignoranza, cercai di evitare lo stesso errore. Prendendomi cura di te, decisi di non compiere alcun passo inutile e di impedirti di farlo. Mi mantenni sulla strada tracciata dalla natura, aspettando che fosse lei a indicarmi la via verso la felicità. Si scoprì che era proprio quella strada; semplicemente, senza pensarci, l’avevo già seguita.”
“Sii il mio testimone, sii il mio giudice; non ti rinnegherò mai. I tuoi primi anni non sono stati sacrificati a coloro che dovevano seguirli; hai goduto di tutti i beni che la natura ti aveva donato. Dei mali a cui lei ti ha sottoposto, e dei quali ho potuto proteggerti, ne hai sentiti soltanto quelli che potevano renderti più forte di fronte agli altri. Non ne hai mai sofferto alcuno se non per evitare uno ancora peggiore. Non hai conosciuto né odio né schiavitù. Libero e felice, sei rimasto giusto e buono; perché il dolore e il vizio sono inseparabili, e l’uomo diventa cattivo soltanto quando è sfortunato. Possa il ricordo della tua infanzia durare fino ai tuoi ultimi giorni! Non temo che il tuo buon cuore non ricordi mai quegli anni senza inviare alcuna benedizione a chi li ha guidati.”
“Quando sei entrato nell’età della ragione, ti ho fatto conoscere l’opinione degli uomini; quando il tuo cuore è diventato sensibile, ti ho protetto dall’ dominio delle passioni. Se avessi potuto mantenere questa tranquillità interiore fino alla fine della tua vita, avrei reso il mio lavoro sicuro e tu saresti stato sempre felice, nel limite di ciò che un uomo può essere; ma, caro Émile, nonostante abbia immerso la tua anima nello Stige, non sono riuscito a renderla invulnerabile in ogni situazione. Sorge ora un nuovo nemico che non hai ancora imparato a sconfiggere, e di cui non ho potuto salvarti. Questo nemico sei tu stesso. La natura e la fortuna ti avevano lasciato libero: potevi sopportare la miseria, le sofferenze del corpo; quelle dell’anima erano per te sconosciute. Non desideravi nulla se non la condizione umana. E ora sei legato a tutti quegli affetti che hai creato da solo. Imparando a desiderare, ti sei reso schiavo dei tuoi stessi desideri. Senza che nulla in te cambi, senza che nulla ti offenda, senza che nulla tocchi la tua essenza, quante sofferenze possono colpire la tua anima! Quanti mali puoi provare senza ammalarti! Quanti “morti” puoi subire senza morire davvero. Un inganno, un errore, un dubbio possono gettarti nel dispero.”
« Tu voyais au théâtre les héros, livrés à des douleurs extrêmes, faire retentir la scène de leurs cris insensés, s’affliger comme des femmes, pleurer comme des enfants, et mériter ainsi les applaudissements publics. Souviens-toi du scandale que te causaient ces lamentations, ces cris, ces plaintes, dans des hommes dont on ne devait attendre que des actes de constance et de fermeté. Quoi ! disais-tu, tout indigné, ce sont là les exemples qu’on nous donne à suivre, les modèles qu’on nous offre à imiter ! A-t-on peur que l’homme ne soit pas assez petit, assez malheureux, assez faible, si l’on ne vient encore encenser sa faiblesse sous la fausse image de la vertu ? Mon jeune ami, sois plus indulgent désormais pour la scène : te voilà devenu l’un de ses héros.
« Tu sais souffrir et mourir : tu sais endurer la loi de la nécessité dans les maux physiques ; mais tu n’as point encore imposé de lois aux appétits de ton coeur ; et c’est de nos affections, bien plus que de nos besoins, que naît le trouble de notre vie. Nos désirs sont étendus, notre force est presque nulle. L’homme tient par ses voeux à mille choses, et par lui-même il ne tient à rien, pas même à sa propre vie ; plus il augmente ses attachements, plus il multiplie ses peines. Tout ne fait que passer sur la terre : tout ce que nous aimons nous échappera tôt ou tard, et nous y tenons comme s’il devait durer éternellement. Quel effroi sur le seul soupçon de la mort de Sophie ! As-tu donc compté qu’elle vivrait toujours ? Ne meurt-il personne à son âge ? Elle doit mourir, mon enfant, et peut-être avant toi. Qui sait si elle est vivante à présent même ? La nature ne t’avait asservi qu’à une seule mort, tu t’asservis à une seconde ; te voilà dans le cas de mourir deux fois.
« Ainsi soumis à tes passions déréglées, que tu vas rester à plaindre ! Toujours des privations, toujours des pertes, toujours des alarmes ; tu ne jouiras pas même de ce qui te sera laissé. La crainte de tout perdre t’empêchera de rien posséder ; pour n’avoir voulu suivre que tes passions, jamais tu ne les pourras satisfaire. Tu chercheras toujours le repos, il fuira toujours devant toi, tu seras misérable, et tu deviendras méchant. Et comment pourrais-tu ne pas l’être, n’ayant de loi que tes désirs effrénés ! Si tu ne peux supporter des privations involontaires, comment t’en imposeras-tu volontairement ? comment sauras-tu sacrifier le penchant au devoir et résister à ton coeur pour écouter ta raison ? Toi qui ne veux déjà plus voir celui qui t’apprendra la mort de ta maîtresse, comment verrais-tu celui qui voudrait te l’ôter vivante, celui qui t’oserait dire : Elle est morte pour toi, la vertu te sépare d’elle ? S’il faut vivre avec elle quoi qu’il arrive, que Sophie soit mariée ou non, que tu sois libre ou ne le sois pas, qu’elle t’aime ou te haïsse, qu’on te l’accorde ou qu’on te la refuse, n’importe, tu la veux, il la faut posséder à quelque prix que ce soit. Apprends-moi donc à quel crime s’arrête celui qui n’a de lois que les voeux de son coeur, et ne sait résister à rien de ce qu’il désire.
« Mon enfant, il n’y a point de bonheur sans courage, ni de vertu sans combat. Le mot de vertu vient de force ; la force est la base de toute vertu. La vertu n’appartient qu’à un être faible par sa nature, et fort par sa volonté ; c’est en cela seul que consiste le mérite de l’homme juste ; et quoique nous appelions Dieu bon, nous ne l’appelons pas vertueux, parce qu’il n’a pas besoin d’efforts pour bien faire. Pour t’expliquer ce mot si profané, j’ai attendu que tu fusses en état de m’entendre. Tant que la vertu ne coûte rien à pratiquer, on a peu besoin de la connaître. Ce besoin vient quand les passions s’éveillent : il est déjà venu pour toi.
« En t’élevant dans toute la simplicité de la nature, au lieu de te prêcher de pénibles devoirs, je t’ai garanti des vices qui rendent ces devoirs pénibles ; je t’ai moins rendu le mensonge odieux qu’inutile ; je t’ai moins appris à rendre à chacun ce qui lui appartient, qu’à ne te soucier que de ce qui est à toi ; je t’ai fait plutôt bon que vertueux. Mais celui qui n’est que bon ne demeure tel qu’autant qu’il a du plaisir à l’être : la bonté se brise et périt sous le choc des passions humaines ; l’homme qui n’est que bon n’est bon que pour lui.
« Qu’est-ce donc que l’homme vertueux ? C’est celui qui sait vaincre ses affections ; car alors il suit sa raison, sa conscience ; il fait son devoir ; il se tient dans l’ordre, et rien ne l’en peut écarter. Jusqu’ici tu n’étais libre qu’en apparence ; tu n’avais que la liberté précaire d’un esclave à qui l’on n’a rien commandé. Maintenant sois libre en effet ; apprends à devenir ton propre maître ; commande à ton coeur, ô Émile, et tu seras vertueux.
« Voilà donc un autre apprentissage à faire, et cet apprentissage est plus pénible que le premier : car la nature nous délivre des maux qu’elle nous impose, ou nous apprend à les supporter ; mais elle ne nous dit rien pour ceux qui nous viennent de nous ; elle nous abandonne à nous-mêmes ; elle nous laisse, victimes de nos passions, succomber à nos vaines douleurs, et nous glorifier encore des pleurs dont nous aurions dû rougir.
« C’est ici la première passion. C’est la seule peut-être qui soit digne de toi. Si tu la sais régir en homme, elle sera la dernière ; tu subjugueras toutes les autres, et tu n’obéiras qu’à celle de la vertu.
« Cette passion n’est pas criminelle, je le sais bien ; elle est aussi pure que les âmes qui la ressentent. L’honnêteté la forma, l’innocence l’a nourrie. Heureux amants ! les charmes de la vertu ne font qu’ajouter pour vous à ceux de l’amour ; et le doux lien qui vous attend n’est pas moins le prix de votre sagesse que celui de votre attachement. Mais dis-moi, homme sincère, cette passion si pure t’en a-t-elle moins subjugué ? t’en es-tu moins rendu l’esclave ? et si demain elle cessait d’être innocente, l’étoufferais-tu dès demain ? C’est à présent le moment d’essayer tes forces ; il n’est plus temps quand il les faut employer. Ces dangereux essais doivent se faire loin du péril. On ne s’exerce point au combat devant l’ennemi, on s’y prépare avant la guerre ; on s’y présente déjà tout préparé.
« C’est une erreur de distinguer les passions en permises et défendues, pour se livrer aux premières et se refuser aux autres. Toutes sont bonnes quand on en reste le maître ; toutes sont mauvaises quand on s’y laisse assujettir. Ce qui nous est défendu par la nature, c’est d’étendre nos attachements plus loin que nos forces : ce qui nous est défendu par la raison, c’est de vouloir ce que nous ne pouvons obtenir ; ce qui nous est défendu par la conscience n’est pas d’être tentés, mais de nous laisser vaincre aux tentations. Il ne dépend pas de nous d’avoir ou de n’avoir pas des passions, mais il dépend de nous de régner sur elles. Tous les sentiments que nous dominons sont légitimes ; tous ceux qui nous dominent sont criminels. Un homme n’est pas coupable d’aimer la femme d’autrui, s’il tient cette passion malheureuse asservie à la loi du devoir ; il est coupable d’aimer sa propre femme au point d’immoler tout à son amour.
« N’attends pas de moi de longs préceptes de morale ; je n’en ai qu’un seul à te donner, et celui-là comprend tous les autres. Sois homme ; retire ton coeur dans les bornes de ta condition. Étudie et connais ces bornes ; quelque étroites qu’elles soient, on n’est point malheureux tant qu’on s’y renferme ; on ne l’est que quand on veut les passer ; on l’est quand dans ses désirs insensés, on met au rang des possibles ce qui ne l’est pas ; on l’est quand on oublie son état d’homme pour s’en forger d’imaginaires, desquels on retombe toujours dans le sien. Les seuls biens dont la privation coûte sont ceux auxquels on croit avoir droit. L’évidente impossibilité de les obtenir en détache ; les souhaits sans espoir ne tourmentent point. Un gueux n’est point tourmenté du désir d’être roi ; un roi ne veut être dieu que quand il croit n’être plus homme.
“In the theater, you saw heroes subjected to extreme suffering—their senseless screams filling the stage, their grief resembling that of women, their tears like those of children—and yet they earned the public’s applause. Remember the scandal caused by such lamentations, such cries, such complaints from men who one would have expected to exhibit steadfastness and resilience. ‘How!’ you would exclaim in indignation, ‘are these the examples we are supposed to follow, the models we are meant to emulate? Is there any fear that humans might not be sufficiently weak, miserable, and powerless—if we don’t go so far as to glorify their weakness under the false guise of virtue?’ My young friend, be more tolerant now toward such performances. For you have become one of its heroes yourself.”
“You know how to suffer and die; you know how to endure the laws of necessity in physical suffering; but you have yet to impose any limits on the desires of your heart. It is our affections, far more than our needs, that cause the troubles in our lives. Our desires are endless, while our strength is almost nonexistent. Man clings to countless things through his desires, yet he holds onto nothing in himself—not even his own life. The more attachments he forms, the more pain he endures. Everything on this earth is transient; everything we love will eventually escape us, yet we cling to it as if it were meant to last forever. What terror arises at the mere thought of Sophie’s death! Did you really think she would live forever? Doesn’t anyone die at her age? She must die, my child, and perhaps before you. Who knows whether she is still alive even now? Nature had destined you for only one death; you have subjected yourself to a second one. Now you face the possibility of dying twice.”
“Thus subjected to your unrestrained passions, you will remain in constant sorrow! Always suffering privations, always facing losses, always in fear; you will not even be able to enjoy what is left to you. The fear of losing everything will prevent you from possessing anything at all; because you have only followed your desires, you will never be able to satisfy them. You will always seek peace, but it will always flee from you; you will live in misery and become evil. And how could you not be evil, when your only guide is your frenzied desire?! If you cannot endure involuntary privations, how can you impose them upon yourself willingly? How can you learn to sacrifice your inclinations for duty and resist your heart in order to listen to reason? You, who already refuse to see anyone who could teach you about the death of your ‘beloved’, how could you possibly accept someone who would want to take her away from you while she is still alive, someone who would dare tell you: ‘She is dead for you; virtue has separated you from her’? If it is necessary to live with her no matter what happens—whether Sophie is married or not, whether you are free or not, whether she loves you or hates you, whether she is given to you or refused—you must have her, at any cost. Therefore, teach me what crime those who follow only the desires of their hearts and cannot resist anything they desire commit.”
“My child, there is no happiness without courage, and no virtue without struggle. The word ‘virtue’ comes from the concept of strength; strength is the foundation of all virtue. Virtue belongs only to those who are weak by nature but strong through their will; in this alone lies the merit of a righteous person. And although we call God good, we do not call him virtuous, because he does not need to make any effort to do good. To explain this often-misused concept to you, I waited until you were in a position to understand me. As long as virtue requires no effort to practice, there is little need to know about it. That need arises when passions are awakened—and it has already arisen for you.”
“By raising you in the pure simplicity of nature, instead of preaching to you about burdensome duties, I have protected you from those vices that make such duties unbearable; I have made lying seem not only useless but also detestable to you; I have taught you less to give each person what belongs to them and more to care only about what is yours; I have made you kind rather than virtuous. But one who is merely kind remains kind only so long as they take pleasure in being kind: kindness breaks and perishes under the impact of human passions; a person who is merely kind is good only for themselves.”
“What then is a virtuous man? He is one who knows how to overcome his desires; for then he follows reason and conscience, fulfills his duties, and maintains order—nothing can cause him to deviate from it. Until now, you were free only in appearance; you possessed merely the fragile freedom of a slave to whom no commands are given. Now, be truly free; learn to become your own master. Command your heart, oh Emil, and you will be virtuous.”
“Here, then, is another lesson to be learned—and this lesson is even more difficult than the first: for nature frees us from the evils it imposes upon us, or teaches us how to endure them; but it says nothing about those evils that arise from within ourselves; it abandons us to our own fate, allowing us to suffer at the hands of our passions and to glory in those tears that we should rather be ashamed of.”
“Here lies the first and truest passion. Perhaps it is the only one worthy of you. If you know how to govern it in a manly way, it will become the supreme passion; you will subdue all others, and obey only the passion of virtue.”
“This passion is not criminal, I know that well; it is as pure as the souls that feel it. Honesty shaped it, and innocence nourished it. Happy lovers! The charms of virtue only add to those of love; and the sweet bond that awaits you is just as much a reward for your wisdom as for your devotion. But tell me, honest man—has this pure passion less enslaved you? Has it not made you its slave? And if tomorrow it were no longer innocent, would you suppress it immediately? Now is the time to test your strength; there will be no time left when it is needed. Such dangerous trials must be conducted far from danger. One does not practice combat in front of the enemy; one prepares for it before the war begins—one arrives already fully prepared.”
“To distinguish between permitted and forbidden passions and to indulge in the former while rejecting the latter is a mistake. All passions are good when one remains their master; all are evil when one allows them to enslave oneself. What nature prohibits us from doing is to extend our attachments beyond our means; what reason forbids us is to desire what we cannot obtain; what conscience warns us against is not being tempted, but allowing ourselves to be overcome by temptation. It does not depend on us to have or not to have passions, but on us to exercise control over them. All feelings that we can bring under our own dominion are legitimate; all those that escape our control are criminal. A man is not guilty of loving another person’s wife, as long as he keeps this unfortunate passion subject to the laws of duty; he is guilty, however, if he loves his own wife so much as to sacrifice everything for that love.”
“Do not expect me to give you long lectures on morality; I have only one rule to teach you, and that rule encompasses all others. Be a man; confine your desires within the limits of your condition. Study and understand those limits; no matter how narrow they may be, one is not unhappy so long as one stays within them. One becomes unhappy only when one tries to transcend them; when one, in one’s foolish desires, considers impossible things as possible; when one forgets one’s true nature as a human being and creates imaginary ones for oneself, only to fall back into reality once again. The only possessions whose loss truly causes suffering are those to which one believes oneself entitled. The obvious impossibility of obtaining them frees one from such sorrow; hopes that can never be fulfilled bring no torment. A beggar is not troubled by the desire to be king; a king only desires to be god when he believes himself no longer human.”
“Al teatro vedevi gli eroi, sopportare dolori estremi, far risuonare la scena dei loro gridi insensati, soffrire come donne, piangere come bambini, e meritare così gli applausi del pubblico. Ricordi lo scandalo che causavano quelle lamentazioni, quei gridi, quelle lamentele in uomini dai quali ci si sarebbe aspettati soltanto atti di costanza e fermezza, ‘Che cosa!’, dicevi indignato, ‘questi sono gli esempi che ci vengono dati da seguire, i modelli che ci vengono offerti da imitare? Si teme forse che l’uomo non sia abbastanza debole, abbastanza sfortunato, abbastanza inferiore, se non si viene ancora ad esaltare la sua debolezza sotto l’illusoria immagine della virtù?’ Amico mio, ora sii più indulgente verso il teatro: sei diventato uno dei suoi eroi.”
“Tu sai soffrire e morire; sai sopportare la legge della necessità nei mali fisici. Ma non hai ancora imposto alcuna regola ai desideri del tuo cuore; ed è proprio dalle nostre affezioni, molto più che dai nostri bisogni, che nasce il disordine nella nostra vita. I nostri desideri sono infiniti, la nostra forza è quasi nulla. L’uomo si attacca con i suoi desideri a mille cose, ma in realtà non si attacca a nulla, nemmeno alla propria vita; più aumentano i suoi legami, più si moltiplicano le sue sofferenze. Tutto, sulla terra, è effimero: ciò che amiamo ci sfugirà prima o poi, eppure lo consideriamo come se dovesse durare per sempre. Che terrore al solo pensiero della morte di Sophie! Hai forse creduto che lei avrebbe vissuto per sempre? Non muore forse nessuno alla sua età? Dovrà morire, mia bambina. E forse prima di te. Chi sa se è ancora viva in questo momento. La natura ti aveva destinato a una sola morte; tu stesso ti sei imposto una seconda. Ora ti trovi nella condizione di dover morire due volte.”
“Così soggetto alle tue passioni incontrollabili, resterai sempre a lamentarti! Privazioni continue, perdite costanti, allarmi perpetui. Non godrai nemmeno di ciò che ti verrà lasciato. La paura di perdere tutto ti impedirà di possedere qualsiasi cosa; per aver voluto seguire soltanto le tue passioni, non riuscirai mai a soddisfarle. Cercherai sempre il riposo, ma esso fuggirà sempre davanti a te. Sarai miserabile e diventerai malvagio. E come potresti non esserlo, se non hai altra legge se non i tuoi desideri folli! Se non riesci a sopportare privazioni involontarie, come potrai importele volontariamente? Come saprai sacrificare il dovere e resistere al tuo cuore per ascoltare la ragione? Tu che già non vuoi più vedere colui che ti insegna la morte della tua amata, come potresti sopportare colui che vorrebbe togliertela in vita, colui che oserebbe dirti: ‘È morta per te. La virtù ti separa da lei’? Se devi vivere con lei a tutti i costi, che Sophie sia sposata o no, che tu sia libero o no, che ti ami o ti odii, che ti venga concessa o rifiutata, non importa: la vuoi, deve essere tua a qualunque prezzo. Insegnami dunque quale crimine commette colui che non ha altra legge se non i desideri del proprio cuore, e che non sa resistere a nulla di ciò che desidera.”
“Mio figlio, non esiste felicità senza coraggio, né virtù senza lotta. La parola ‘virtù’ deriva dalla forza; la forza è la base di ogni virtù. La virtù appartiene soltanto a un essere debole per natura, ma forte per volontà; in questo solo consiste il merito dell’uomo giusto. E sebbene chiamiamo Dio ‘buono’, non lo chiamiamo ‘virtuoso’, perché a Lui non servono sforzi per fare del bene. Per spiegarti questo concetto così spesso profanato, ho aspettato che fossi in grado di comprendermi. Finché praticare la virtù non richiede alcuno sforzo, non c’è grande bisogno di conoscerla. Questo bisogno sorge quando le passioni si risvegliano. E per te, è già arrivato il momento.”
“Risalendo nella semplicità della natura, invece di predicarti doveri ardui e penosi, ti ho protetto dai vizi che rendono tali doveri ancora più difficili da compiere; non ti ho reso il mentire odioso, ma inutile; non ti ho insegnato a dare a ciascuno ciò che gli appartiene, ma soltanto a preoccuparti di ciò che è tuo; ti ho reso piuttosto buono che virtuoso. Tuttavia, colui che è soltanto buono rimane tale finché trova piacere nell’esserlo: la bontà si spezza e perisce sotto l’impatto delle passioni umane; l’uomo che è soltanto buono è buono soltanto per se stesso.”
“Che cos’è dunque l’uomo virtuoso? È colui che sa vincere le proprie passioni; perché allora segue la ragione, la propria coscienza; compie il proprio dovere; si mantiene nell’ordine, e nulla può distoglierlo da esso. Fino ad ora eri libero solo in apparenza; avevi soltanto la libertà precaria di uno schiavo a cui non viene ordinato nulla. Ora sii davvero libero; impara a diventare il tuo stesso padrone; comanda al tuo cuore, o Emilio, e sarai virtuoso.”
“Ecco quindi un altro insegnamento da apprendere, e questo insegnamento è più arduo del primo: poiché la natura ci libera dai mali che ci impone, o ci insegna ad affrontarli; ma non ci dice nulla riguardo a quelli che derivano da noi stessi; ci abbandona a noi stessi, ci lascia vittime delle nostre passioni, soccombere ai nostri dolori vani, e persino lodare quelle lacrime di cui avremmo dovuto vergognarci.”
“Questa è la prima passione. Forse l’unica degna di te. Se sai governarla con dignità da uomo, diventerà l’unica che conti davvero; sottometterai tutte le altre e obbedirai soltanto alla passione della virtù.”
“Questa passione non è criminale, lo so bene; è pura quanto le anime che la provano. L’onestà ne plasma i contorni, l’innocenza ne ha alimentato la crescita. Felici amanti! I fascini della virtù aggiungono solo di più a quelli dell’amore; e il dolce legame che vi aspetta non è certo meno un premio per la vostra saggezza che per il vostro affetto. Ma dimmi, uomo sincero: questa passione così pura ti ha forse reso meno schiavo di essa? Se domani cessasse di essere innocente, la soffocheresti immediatamente? Ora è il momento giusto per mettere alla prova le tue forze; non c’è più tempo quando esse sono necessarie. Questi pericolosi esperimenti devono essere fatti lontano dal pericolo. Non ci si allena al combattimento di fronte al nemico, ma ci si prepara prima della guerra; bisogna presentarsi già completamente pronti.”
“È un errore distinguere le passioni in quelle permesse e quelle proibite, per poi abbandonarsi alle prime e rifiutare le seconde. Tutte sono buone quando ne siamo i padroni; tutte sono cattive quando ci lasciamo dominare da esse. Quello che la natura ci vieta è estendere i nostri legami al di là delle nostre forze; quello che la ragione ci vieta è desiderare ciò che non possiamo ottenere; quello che la coscienza ci vieta non è essere tentati, ma lasciarsi vincere dalle tentazioni. Non dipende da noi avere o non avere passioni, ma dipende da noi dominarle. Tutti i sentimenti che dominiamo sono legittimi; tutti quelli che ci dominano sono criminali. Un uomo non è colpevole di amare la donna di un altro, se tiene questa infelice passione sottomessa alla legge del dovere; è colpevole, invece, di amare la propria moglie al punto di sacrificare tutto per il proprio amore.”
“Non aspettarti da me lunghe prediche morali; ne ho una sola da darti, e questa comprende tutte le altre. Sii uomo; confina il tuo cuore entro i limiti della tua condizione. Studia e conosci questi limiti; per quanto stretti siano, non si è infelici finché ci si attiene ad essi; si è infelici soltanto quando si cerca di superarli. Si è infelici quando, nei propri desideri insensati, si considera possibile ciò che in realtà non lo è; si è infelici quando si dimentica la propria condizione umana per crearne altre immaginarie, dalle quali si ritorna sempre alla propria reale condizione. Gli unici beni la cui perdita causa dolore sono quelli di cui si crede di avere diritto. L’ovvia impossibilità di ottenerli ci libera da tale dolore; i desideri senza speranza non tormentano. Un povero non soffre per il desiderio di diventare re; un re vuole essere dio soltanto quando crede di non essere più uomo.”
« Les illusions de l’orgueil sont la source de nos plus grands maux ; mais la contemplation de la misère humaine rend le sage toujours modéré. Il se tient à sa place, il ne s’agite point pour en sortir ; il n’use point inutilement ses forces pour jouir de ce qu’il ne peut conserver ; et, les employant toutes à bien posséder ce qu’il a, il est en effet plus puissant et plus riche de tout ce qu’il désire de moins que nous. Être mortel et périssable, irai-je me former des noeuds éternels sur cette terre, où tout change, où tout passe, et dont je disparaîtrai demain ? O Émile, ô mon fils ! en te perdant, que me resterait-il de moi ? Et pourtant il faut que j’apprenne à te perdre : car qui sait quand tu me seras ôté ?
« Veux-tu donc vivre heureux et sage, n’attache ton coeur qu’à la beauté qui ne périt point : que ta condition borne tes désirs, que tes devoirs aillent avant tes penchants : étends la loi de la nécessité aux choses morales ; apprends à perdre ce qui peut t’être enlevé ; apprends à tout quitter quand la vertu l’ordonne, à te mettre au-dessus des événements, à détacher ton coeur sans qu’ils le déchirent, à être courageux dans l’adversité, afin de n’être jamais misérable, à être ferme dans ton devoir, afin de n’être jamais criminel. Alors tu seras heureux malgré la fortune, et sage malgré les passions. Alors tu trouveras dans la possession même des biens fragiles une volupté que rien ne pourra troubler ; tu les posséderas sans qu’ils te possèdent, et tu sentiras que l’homme, à qui tout échappe, ne jouit que de ce qu’il sait perdre. Tu n’auras point, il est vrai, l’illusion des plaisirs imaginaires ; tu n’auras point aussi les douleurs qui en sont le fruit. Tu gagneras beaucoup à cet échange ; car ces douleurs sont fréquentes et réelles, et ces plaisirs sont rares et vains. Vainqueur de tant d’opinions trompeuses, tu le seras encore de celle qui donne un si grand prix à la vie. Tu passeras la tienne sans trouble et la termineras sans effroi ; tu t’en détacheras, comme de toutes choses. Que d’autres, saisis d’horreur, pensent en la quittant cesser d’être ; instruit de son néant, tu croiras commencer. La mort est la fin de la vie du méchant, et le commencement de celle du juste. »
Émile m’écoute avec une attention mêlée d’inquiétude. Il craint à ce préambule quelque conclusion sinistre. Il pressent qu’en lui montrant la nécessité d’exercer la force de l’âme, je veux le soumettre à ce dur exercice ; et, comme un blessé qui frémit en voyant approcher le chirurgien, il croit déjà sentir sur sa plaie la main douloureuse, mais salutaire, qui l’empêche de tomber en corruption.
Incertain, troublé, pressé de savoir où j’en veux venir, au lieu de répondre, il m’interroge, mais avec crainte. Que faut-il faire ? me dit-il presque en tremblant et sans oser lever les yeux. Ce qu’il faut faire, réponds-je d’un ton ferme, il faut quitter Sophie. Que dites-vous ? s’écrie-t-il avec emportement : quitter Sophie ! la quitter, la tromper, être un traître, un fourbe, un parjure !… Quoi ! reprends-je en l’interrompant, c’est de moi qu’Émile craint d’apprendre à mériter de pareils noms ? Non, continue-t-il avec la même impétuosité, ni de vous ni d’un autre ; je saurai, malgré vous, conserver votre ouvrage ; je saurai ne les pas mériter.
Je me suis attendu à cette première furie ; je la laisse passer sans m’émouvoir. Si je n’avais pas la modération que je lui prêche, j’aurais bonne grâce à la lui prêcher ! Émile me connaît trop pour me croire capable d’exiger de lui rien qui soit mal, et il sait bien qu’il ferait mal de quitter Sophie, dans le sens qu’il donne à ce mot. Il attend donc enfin que je m’explique. Alors je reprends mon discours.
« Croyez-vous, cher Émile, qu’un homme, en quelque situation qu’il se trouve, puisse être plus heureux que vous l’êtes depuis trois mois ? Si vous le croyez, détrompez-vous. Avant de goûter les plaisirs de la vie, vous en avez épuisé le bonheur. Il n’y a rien au-delà de ce que vous avez senti. La félicité des sens est passagère ; l’état habituel du coeur y perd toujours. Vous avez plus joui par l’espérance que vous ne jouirez jamais en réalité. L’imagination qui pare ce qu’on désire l’abandonne dans la possession. Hors le seul être existant par lui-même, il n’y a rien de beau que ce qui n’est pas. Si cet état eût pu durer toujours, vous auriez trouvé le bonheur suprême. Mais tout ce qui tient à l’homme se sent de sa caducité ; tout est fini, tout est passager dans la vie humaine : et quand l’état qui nous rend heureux durerait sans cesse, l’habitude d’en jouir nous en ôterait le goût. Si rien ne change au dehors, le coeur change ; le bonheur nous quitte, ou nous le quittons.
« Le temps que vous ne mesuriez pas s’écoulait durant votre délire. L’été finit, l’hiver s’approche. Quand nous pourrions continuer nos courses dans une saison si rude, on ne le souffrirait jamais. Il faut bien, malgré nous, changer de manière de vivre ; celle-ci ne peut plus durer. Je vois dans vos yeux impatients que cette difficulté ne vous embarrasse guère : l’aveu de Sophie et vos propres désirs vous suggèrent un moyen facile d’éviter la neige et de n’avoir plus de voyage à faire pour l’aller voir. L’expédient est commode sans doute : mais le printemps venu, la neige fond et le mariage reste ; il y faut penser pour toutes les saisons.
« Vous voulez épouser Sophie, et il n’y a pas cinq mois que vous la connaissez ! Vous voulez l’épouser, non parce qu’elle vous convient, mais parce qu’elle vous plaît ; comme si l’amour ne se trompait jamais sur les convenances, et que ceux qui commencent par s’aimer ne finissent jamais par se haïr ! Elle est vertueuse, je le sais ; mais en est-ce assez ? suffit-il d’être honnêtes gens pour se convenir ? ce n’est pas sa vertu que je mets en doute, c’est son caractère. Celui d’une femme se montre-t-il en un jour ? Savez-vous en combien de situations il faut l’avoir vue pour connaître à fond son humeur ? Quatre mois d’attachement vous répondent-ils de toute la vie ? Peut-être deux mois d’absence vous feront-ils oublier d’elle ; peut-être un autre n’attend-il que votre éloignement pour vous effacer de son coeur ; peut-être, à votre retour, la trouverez-vous aussi indifférente que vous l’avez trouvée sensible jusqu’à présent. Les sentiments ne dépendent pas des principes ; elle peut rester fort honnête et cesser de vous aimer. Elle sera constante et fidèle, je penche à le croire ; mais qui vous répond d’elle et qui lui répond de vous, tant que vous ne vous êtes point mis à l’épreuve ? Attendrez-vous, pour cette épreuve, qu’elle vous devienne inutile ? Attendrez-vous, pour vous connaître, que vous ne puissiez plus vous séparer ?
« Sophie n’a pas dix-huit ans ; à peine en passez-vous vingt-deux ; cet âge est celui de l’amour, mais non celui du mariage. Quel père et quelle mère de famille ! Eh ! pour savoir élever des enfants, attendez au moins de cesser de l’être. Savez-vous à combien de jeunes personnes les fatigues de la grossesse supportées avant l’âge ont affaibli la constitution, ruiné la santé, abrégé la vie ? Savez-vous combien d’enfants sont restés languissants et faibles, faute d’avoir été nourris dans un corps assez formé ? Quand la mère et l’enfant croissent à la fois, et que la substance nécessaire à l’accroissement de chacun des deux se partage, ni l’un ni l’autre n’a ce que lui destinait la nature : comment se peut-il que tous deux n’en souffrent pas ? Ou je connais fort mal Émile, ou il aimera mieux avoir plus tard une femme et des enfants robustes, que de contenter son impatience aux dépens de leur vie et de leur santé.
« Parlons de vous. En aspirant à l’état d’époux et de père, en avez-vous bien médité les devoirs ? En devenant chef de famille, vous allez devenir membre de l’état. Et qu’est-ce qu’être membre de l’état ? le savez-vous ? Vous avez étudié vos devoirs d’homme, mais ceux de citoyen, les connaissez-vous ? savez-vous ce que c’est que gouvernement, lois, patrie ? Savez-vous à quel prix il vous est permis de vivre, et pour qui vous devez mourir ? Vous croyez avoir tout appris, et vous ne savez rien encore. Avant de prendre une place dans l’ordre civil, apprenez à le connaître et à savoir quel rang vous y convient.
“The illusions of pride are the source of our greatest evils; but the contemplation of human misery always keeps the wise moderate. He remains in his place, does not strive to escape from it, and does not waste his strength in trying to enjoy what he cannot preserve. By using all his energy to truly possess what he has, he is in fact more powerful and richer than we are, despite desiring less. To be mortal and perishable—shall I form eternal bonds on this earth, where everything changes and passes away, and from which I will disappear tomorrow? Oh Émile, oh my son! If I lose you, what would be left of me? Yet I must learn to accept your loss, for who knows when you may be taken away from me?”
“Do you truly wish to live a happy and wise life? Then attach your heart only to that which never perishes—to beauty that endures forever. Let your desires be bounded by the conditions of your existence, and let your duties precede your inclinations. Extend the laws of necessity to moral matters; learn to accept what may be taken away from you; learn to give up everything when virtue demands it. Rise above events; detach your heart so that they cannot tear it apart; be brave in adversity, so that you will never be miserable; be steadfast in your duties, so that you will never commit a crime. Then you will be happy despite fortune and wise despite passions. You will find true pleasure even in the possession of fragile things—pleasure that nothing can disturb. You will possess them without being possessed by them, and you will realize that man, who loses everything, truly enjoys only what he is willing to give up. Indeed, you will not experience the illusions of imaginary pleasures, nor the pains that often accompany them. You will gain much from this exchange—for those pains are frequent and real, while those pleasures are rare and vain. By overcoming so many misleading opinions, you will also conquer the one that assigns such great value to life. You will live your life without disturbance and end it without fear; you will detach yourself from it, just as you do from all other things. While others tremble with horror at the thought of leaving this world, you, having understood its true nature, will feel as if you are beginning a new existence. For death is the end of the wicked’s life and the beginning of the righteous’s.”
Émile listens to me with attention mixed with concern. He fears that some sinister conclusion might follow from this prelude. He senses that by emphasizing the necessity of exerting the strength of the soul, I am attempting to subject him to this difficult trial; and, like a wounded person who shivers at the approach of a surgeon, he already believes he can feel the painful but healing hand that will prevent his wound from decaying.
Uncertain, troubled, eager to know where I was leading him, instead of answering, he questioned me—but with fear. “What should we do?” he asked, almost trembling and not daring to lift his eyes. “What needs to be done,” I replied firmly, “is to leave Sophie.” “What are you saying?” he exclaimed in agitation. “To leave her? To betray her? To become a traitor, a scoundrel, a perjurer!” “What!?” I interrupted him. “Is it from me that Émile fears learning to deserve such names?” “No,” he continued with the same fervor, “neither from you nor from anyone else. I will find a way, despite you, to preserve your ‘work’—I will make sure not to deserve it.”
I had expected this first outburst of anger; I let it pass without being affected by it. If I didn’t possess the moderation that I preach to him, how could I even pretend to advise him to practice it?! Émile knows me too well to believe I would ever demand anything harmful of him, and he is fully aware that leaving Sophie would be wrong, in the sense he gives to that word. So he is finally waiting for me to explain myself. And then I resume my reasoning.
“Do you truly believe, dear Émile, that a man, in whatever situation he may find himself, could be happier than you have been these past three months? If you do, then reconsider your opinion. Before you even tasted the pleasures of life, you had already exhausted its true happiness. There is nothing beyond what you have experienced. The felicity derived from the senses is fleeting; the ordinary state of the heart always loses something in such experiences. You have enjoyed things more through hope than you will ever truly experience them in reality. Imagination embellishes what we desire, but it abandons us once we possess it. Apart from the one being that exists in itself, nothing is beautiful unless it is imaginary. If this state could last forever, you would have found supreme happiness. But everything connected to human existence is marked by impermanence; everything in human life is transient. And if the state that brings us happiness could endure indefinitely, the habit of enjoying it would strip us of its taste. Even if nothing outside changes, our hearts change; happiness leaves us, or we leave it.”
“The time that you did not measure passed away during your delirium. Summer has ended; winter is approaching. If we could continue our journeys in such a harsh season, we would never endure it. Somehow, against our will, we must change the way we live; this old way can no longer continue. I see in your impatient eyes that this difficulty does not bother you much: Sophie’s confession and your own desires have suggested to you an easy way to avoid the snow and to no longer have to travel to see it. The solution is certainly convenient, but when spring comes, the snow will melt, and the marriage will still be there; we must consider this for all seasons to come.”
“You want to marry Sophie, and yet you have known her for less than five months! You want to marry her not because she suits you, but because you like her; as if love could never make a mistake about suitability, and as if those who begin by loving each other would never end up hating one another! I know she is virtuous; but is that enough? Is it enough to be honest people in order to be suitable for each other? It’s not her virtue that I doubt, but her character. Can a woman’s character be revealed in just one day? Do you know how many different situations one must experience in order to truly understand someone’s temperament? Four months of being together—does that guarantee the rest of their lives together? Perhaps two months of separation will make you forget her; perhaps another person is just waiting for you to distance yourself before she sweeps you out of her heart; perhaps, when you return, you will find her just as indifferent as you thought she was sensitive up until now. Feelings do not depend on principles; she can remain perfectly honest and yet stop loving you. I tend to believe she will be constant and faithful; but who can guarantee her behavior, and who can guarantee yours, until you have put yourselves to the test? Will you wait until she becomes useless to you before subjecting her to this test? Will you wait until you can no longer separate from each other before truly understanding one another?”
“Sophie is not eighteen years old; you yourself have just turned twenty-two. That age is the time for love, but not for marriage. What kind of parents would they be? Ah! To know how to raise children, one must at least wait until one is no longer raising them oneself. Do you realize how many young women, subjected to the hardships of pregnancy before reaching adulthood, have seen their constitutions weakened, their health ruined, and their lives shortened? Do you know how many children have remained weak and frail because they were not nourished in a body that was fully developed? When both the mother and the child grow at the same time, and the nutrients necessary for their growth are shared, neither of them receives what nature intended for them. How is it possible that they both do not suffer as a result? Either I know Émile very little, or he would prefer to have a strong wife and children in the future, rather than satisfying his impatience at the expense of their lives and health.”
“Let us talk about you. In aspiring to become a husband and a father, have you truly reflected on your duties? By becoming the head of a household, you will also become a member of society. But what does it mean to be a member of society? Do you know? You have studied your duties as a man, but do you understand your duties as a citizen? Do you know what government, laws, and homeland mean? Do you know at what cost you are allowed to live, and for whom you must die? You think you have learned everything, but in fact you know nothing yet. Before taking your place within the civil order, learn to understand it and determine what role is suitable for you.”
“Le illusioni dell’orgoglio sono la fonte dei nostri maggiori mali; ma la contemplazione della miseria umana rende il saggio sempre moderato. Lui rimane al proprio posto, non si agita per uscire da essa; non spreca inutilmente le proprie forze per godere di ciò che non può conservare; e, impiegandole tutte per possedere bene ciò che ha, è in realtà più potente e più ricco di tutto ciò che desidera. Più di noi. Essere mortale e destinato alla perdita: andrò forse a crearmi legami eterni su questa terra, dove tutto cambia, dove tutto passa, e dalla quale scomparirò domani? Oh Emile, oh mio figlio! Perdendoti, cosa mi resterebbe di me stesso? Eppure devo imparare ad accettare questa perdita. Chi sa infatti quando mi sarai tolto?”
“Vuoi forse vivere felice e saggio? Allora lega il tuo cuore soltanto alla bellezza che non perisce mai; limita i tuoi desideri in base alle tue condizioni, fai che i tuoi doveri precedano i tuoi appetiti; estendi la legge della necessità anche alle cose morali; impara a perdere ciò che può essere ti tolto, e ad abbandonare tutto quando la virtù lo ordina. Sii coraggioso di fronte all’avversità, affinché non diventi mai misero; sii fedele ai tuoi doveri, affinché non commetta mai crimini. Allora sarai felice nonostante la fortuna e saggio nonostante le passioni. Troverai nella stessa possesso di beni fragili una gioia che nulla potrà turbare; li possiederai senza che essi possedano te, e comprenderai che l’uomo, a cui tutto sfugge, gode soltanto di ciò che sa perdere. Non avrai certo l’illusione dei piaceri immaginari, né le sofferenze che ne derivano. Guadagnerai molto in questo scambio: quelle sofferenze sono frequenti e reali, mentre quei piaceri sono rari e vani. Vincitore di tante opinioni ingannevoli, sarai anche vincitore di quella che attribuisce un così grande valore alla vita. Trascorrerai la tua esistenza senza turbamenti e la concluderai senza paura; te ne distaccherai, come da tutte le cose. Mentre altri, presi dall’orrore, pensano che lasciare questa vita significhi cessare di esistere, tu, conoscendo il suo nulla, crederai invece di iniziare una nuova vita. La morte è la fine della vita del malvagio, e l’inizio di quella del giusto.”
Émile mi ascolta con un’attenzione mista di preoccupazione. Teme che da questo preambolo possano derivare conclusioni sinistre. Intuisce che, mostrandogli la necessità di esercitare la forza dell’anima, io voglia sottoporlo a questa dura prova; e, come un ferito che trema alla vista del chirurgo che si avvicina, crede già di sentire sulla sua ferita quella mano dolorosa, ma salutare, che lo impedirà di decadere.
Incerto, turbato, ansioso di sapere dove voglio arrivare, invece di rispondere, mi interroga, ma con paura. “Che cosa dobbiamo fare?”, mi chiede quasi tremando e senza osare alzare lo sguardo. “Quello che dobbiamo fare”, rispondo con fermezza, “è lasciare Sophie”. “Cosa dite?!”, esclama con impeto: “Lasciare Sophie, tradirla, essere un traditore, un furfante, un spergiuro, ”. “Ma no!”, interrompo io. “È di me che Émile teme di dover imparare a meritare nomi del genere?”. “No”, continua lui con la stessa impetuosità, “né di voi né di nessun altro. So come conservare il vostro ‘opera’, anche contro la vostra volontà. So come non meritarli”.
Mi aspettavo questa prima crisi di rabbia; la lascio passare senza commuovermi. Se non avessi la moderazione che gli predico, come potrei anche solo pretenderla da lui! Émile mi conosce troppo bene per credere che io possa chiedergli qualcosa di male, e sa benissimo che lasciare Sophie significherebbe fare del male, nel senso che lui dà a questa parola. Quindi aspetta finalmente che io mi spieghi. Allora riprendo il mio discorso.
“Credete davvero, caro Émile, che un uomo, in qualsiasi situazione si trovi, possa essere più felice di quanto lo siate voi da tre mesi? Se lo credete, sbagliatevi. Prima ancora di assaporare i piaceri della vita, ne avete esaurito la vera felicità. Non c’è nulla al di là di ciò che avete provato. La gioia dei sensi è effimera; lo stato normale del cuore ne perde sempre il sapore. Avete goduto di più nell’attesa che nella realtà stessa. L’immaginazione, che fa sembrare reali i nostri desideri, ci abbandona non appena li otteniamo. Oltre all’unica entità che esiste per sé stessa, nulla è bello se non ciò che è effimero. Se questo stato potesse durare per sempre, avreste trovato la felicità suprema. Ma tutto ciò che appartiene all’uomo è condannato alla caducità; nella vita umana tutto è finito, tutto è transitorio. E anche se lo stato che ci rende felici durasse senza fine, l’abitudine di goderne ci priverebbe del piacere stesso. Se nulla cambia all’esterno, il cuore cambia. La felicità ci abbandona, o noi la lasciamo andare.”
“Il tempo che voi non misuravate scorreva durante il vostro delirio. L’estate è finita, l’inverno si avvicina. Quando potremmo continuare le nostre corse in una stagione così rigida, nessuno lo sopporterebbe mai. Dobbiamo pur cambiare modo di vivere, nonostante noi; questo vecchio stile di vita non può più continuare. Vedo nei vostri occhi impazienti che questa difficoltà non vi preoccupa affatto: la confessione di Sophie e i vostri stessi desideri vi suggeriscono un modo facile per evitare la neve e non dover più viaggiare per andarla a vedere. L’espediente è certamente comodo. Ma quando arriverà la primavera, la neve si scioglierà e il matrimonio rimarrà. Bisogna pensarci per tutte le stagioni.”
“Volete sposare Sophie, eppure la conoscete da soli cinque mesi! Volete sposarla non perché sia adatta a voi, ma perché vi piace. Come se l’amore si sbagliasse mai riguardo alle convenienze, e come se coloro che iniziano innamorandosi non finissero mai per odiarsi! So che è virtuosa. Ma basta questo? È sufficiente essere persone oneste perché ci si adatti a vicenda? Non metto in dubbio la sua virtù, ma il suo carattere. Si può conoscere veramente il carattere di una donna in un solo giorno? Sapete quante situazioni diversi sono necessari per comprenderne appieno il temperamento? Quattro mesi di frequentazione vi bastano per garantire che durerà tutta la vita? Forse due mesi di lontananza vi faranno dimenticarla. Forse un altro periodo di separazione sarà sufficiente perché lei smetta di amarvi. O forse, al vostro ritorno, la troverete altrettanto indifferente di quanto l’abbiate trovata sensibile fino ad ora. I sentimenti non dipendono dai principi: può rimanere estremamente onesta eppure smettere di amarvi. Sarà costante e fedele. Credo di sì. Ma chi vi garantisce che lo sarà? E chi le garantisce che lo sarà lei, finché non avrete messo entrambi alla prova? Aspetterete che diventi inutile per voi prima di metterla alla prova? Aspetterete di non potervi più separare per conoscere veramente i vostri sentimenti verso di lei?”
“Sophie non ha ancora diciotto anni; tu ne hai appena ventidue; quest’età è quella dell’amore, ma non quella del matrimonio. Che genitori siete! Eh, per sapere come educare i figli, aspettate almeno di aver smesso di esserne voi stessi. Sapete quante giovani donne le fatiche della gravidanza, sopportate in età troppo precoce, abbiano indebolito la loro costituzione, rovinato la loro salute e accorciato la loro vita? Sapete quanti bambini siano rimasti deboli e malaticci, a causa di una nutrizione insufficiente in un corpo ancora immaturo? Quando madre e figlio crescono contemporaneamente, e le sostanze necessarie al loro sviluppo vengono condivise, nessuno dei due riceve ciò che la natura gli aveva destinato. Come potrebbero non soffrirne entrambi? O io conosco molto male Émile, oppure preferirà avere in futuro una moglie e dei figli robusti, piuttosto che soddisfare la propria impazienza a scapito della loro vita e della loro salute.”
“Parliamo di voi. Desiderando diventare marito e padre, avete davvero riflettuto sui doveri che ciò comporta? Diventando capofamiglia, entrate a far parte dello Stato. E cosa significa essere membri dello Stato? Lo sapete? Avete studiato i vostri doveri di uomo, ma quelli di cittadino li conoscete? Sapete cos’è il governo, le leggi, la patria? Sapete a quale prezzo vi è permesso vivere e per chi dovete morire? Pensate di aver imparato tutto, ma in realtà non sapete ancora nulla. Prima di assumere un posto nell’ordine civile, imparate prima a conoscerlo e a capire quale ruolo vi spetta.”
« Émile, il faut quitter Sophie : je ne dis pas l’abandonner ; si vous en étiez capable, elle serait trop heureuse de ne vous avoir point épousé : il la faut quitter pour revenir digne d’elle. Ne soyez pas assez vain pour croire déjà la mériter. O combien il vous reste à faire ! Venez remplir cette noble tâche ; venez apprendre à supporter l’absence ; venez gagner le prix de la fidélité, afin qu’à votre retour vous puissiez vous honorer de quelque chose auprès d’elle, et demander sa main, non comme une grâce, mais comme une récompense. »
Non encore exercé à lutter contre lui-même, non encore accoutumé à désirer une chose et à en vouloir une autre, le jeune homme ne se rend pas ; il résiste, il dispute. Pourquoi se refuserait-il au bonheur qui l’attend ? Ne serait-ce pas dédaigner la main qui lui est offerte que de tarder à l’accepter ? Qu’est-il besoin de s’éloigner d’elle pour s’instruire de ce qu’il doit savoir ? Et quand cela serait nécessaire, pourquoi ne lui laisserait-il pas, dans des noeuds indissolubles, le gage assuré de son retour ? Qu’il soit son époux, et il est prêt à me suivre ; qu’ils soient unis, et il la quitte sans crainte… Vous unir pour vous quitter, cher Émile, quelle contradiction ! Il est beau qu’un amant puisse vivre sans sa maîtresse ; mais un mari ne doit jamais quitter sa femme sans nécessité. Pour guérir vos scrupules, je vois que vos délais doivent être involontaires : il faut que vous puissiez dire à Sophie que vous la quittez malgré vous. Eh bien ! soyez content, et, puisque vous n’obéissez pas à la raison, reconnaissez un autre maître. Vous n’avez pas oublié l’engagement que vous avez pris avec moi. Émile, il faut quitter Sophie ; je le veux.
À ce mot il baisse la tête, se tait, rêve un moment, et puis, me regardant avec assurance, il me dit : Quand partons-nous ? Dans huit jours, lui dis-je ; il faut préparer Sophie à ce départ. Les femmes sont plus faibles, on leur doit des ménagements ; et cette absence n’étant pas un devoir pour elle comme pour vous, il lui est permis de la supporter avec moins de courage.
Je ne suis que trop tenté de prolonger jusqu’à la séparation de mes jeunes gens le journal de leurs amours ; mais j’abuse depuis longtemps de l’indulgence des lecteurs ; abrégeons pour finir une fois. Émile osera-t-il porter aux pieds de sa maîtresse la même assurance qu’il vient de montrer à son ami ? Pour moi, je le crois ; c’est de la vérité même de son amour qu’il doit tirer cette assurance. Il serait plus confus devant elle s’il lui en coûtait moins de la quitter ; il la quitterait en coupable, et ce rôle est toujours embarrassant pour un coeur honnête : mais plus le sacrifice lui coûte, plus il s’en honore aux yeux de celle qui le lui rend pénible. Il n’a pas peur qu’elle prenne le change sur le motif qui le détermine. Il semble lui dire à chaque regard : O Sophie ! lis dans mon coeur, et sois fidèle ; tu n’as pas un amant sans vertu.
La fière Sophie, de son côté, tâche de supporter avec dignité le coup imprévu qui la frappe. Elle s’efforce d’y paraître insensible ; mais, comme elle n’a pas, ainsi qu’Émile, l’honneur du combat et de la victoire, sa fermeté se soutient moins. Elle pleure, elle gémit en dépit d’elle, et la frayeur d’être oubliée aigrit la douleur de la séparation. Ce n’est pas devant son amant qu’elle pleure, ce n’est pas à lui qu’elle montre ses frayeurs ; elle étoufferait plutôt que de laisser échapper un soupir en sa présence : c’est moi qui reçois ses plaintes, qui vois ses larmes, qu’elle affecte de prendre pour confident. Les femmes sont adroites et savent se déguiser : plus elle murmure en secret contre ma tyrannie, plus elle est attentive à me flatter ; elle sent que son sort est dans mes mains.
Je la console, je la rassure, je lui réponds de son amant, ou plutôt de son époux : qu’elle lui garde la même fidélité qu’il aura pour elle, et dans deux ans il le sera, je le jure. Elle m’estime assez pour croire que je ne veux pas la tromper. Je suis garant de chacun des deux envers l’autre. Leurs coeurs, leur vertu, ma probité, la confiance de leurs parents, tout les rassure. Mais que sert la raison contre la faiblesse ? Ils se séparent comme s’ils ne devaient plus se voir.
C’est alors que Sophie se rappelle les regrets d’Eucharis et se croit réellement à sa place. Ne laissons point durant l’absence réveiller ces fantasques amours. Sophie, lui dis-je un jour, faites avec Émile un échange de livres. Donnez-lui votre Télémaque, afin qu’il apprenne à lui ressembler ; et qu’il vous donne le Spectateur, dont vous aimez la lecture. Étudiez-y les devoirs des honnêtes femmes, et songez que dans deux ans ces devoirs seront les vôtres. Cet échange plaît à tous deux, et leur donne de la confiance. Enfin vient le triste jour, il faut se séparer.
Le digne père de Sophie, avec lequel j’ai tout concerté, m’embrasse en recevant mes adieux ; puis, me prenant à part, il me dit ces mots d’un ton grave et d’un accent un peu appuyé : « J’ai tout fait pour vous complaire ; je savais que je traitais avec un homme d’honneur. Il ne me reste qu’un mot à vous dire : Souvenez-vous que votre élève a signé son contrat de mariage sur la bouche de ma fille. »
Quelle différence dans la contenance des deux amants ! Émile, impétueux, ardent, agité, hors de lui, pousse des cris, verse des torrents de pleurs sur les mains du père, de la mère, de la fille, embrasse en sanglotant tous les gens de la maison, et répète mille fois les mêmes choses avec un désordre qui ferait rire en toute autre occasion. Sophie, morne, pâle, l’oeil éteint, le regard sombre, reste en repos, ne dit rien, ne pleure point, ne voit personne, pas même Émile. Il a beau lui prendre les mains, la presser dans ses bras ; elle reste immobile, insensible à ses pleurs, à ses caresses, à tout ce qu’il fait ; il est déjà parti pour elle. Combien cet objet est plus touchant que la plainte importune et les regrets bruyants de son amant ! Il le voit, il le sent, il en est navré : je l’entraîne avec peine ; si je le laisse encore un moment, il ne voudra plus partir. Je suis charmé qu’il emporte avec lui cette triste image. Si jamais il est tenté d’oublier ce qu’il doit à Sophie, en la lui rappelant telle qu’il la vit au moment de son départ, il faudra qu’il ait le coeur bien aliéné si je ne le ramène pas à elle.
Des voyages
On demande s’il est bon que les jeunes gens voyagent, et l’on dispute beaucoup là-dessus. Si l’on proposait autrement la question, et qu’on demandât s’il est bon que les hommes aient voyagé, peut-être ne disputerait-on pas tant.
L’abus des livres tue la science. Croyant savoir ce qu’on a lu, on se croit dispensé de l’apprendre. Trop de lecture ne sert qu’à faire de présomptueux ignorants. De tous les siècles de littérature, il n’y en a point où l’on lût tant que dans celui-ci, et point où l’on fût moins savant ; de tous les pays de l’Europe, il n’y en a point où l’on imprime tant d’histoires, de relations de voyages qu’en France, et point où l’on connaisse moins le génie et les moeurs des autres nations. Tant de livres nous font négliger le livre du monde ; ou, si nous y lisons encore, chacun s’en tient à son feuillet. Quand le mot peut-on être Persan me serait inconnu, je devinerais, à l’entendre dire, qu’il vient du pays où les préjugés nationaux sont le plus en règne, et du sexe qui les propage le plus.
Un Parisien croit connaître les hommes, et ne connaît que les Français ; dans sa ville, toujours pleine d’étrangers, il regarde chaque étranger comme un phénomène extraordinaire qui n’a rien d’égal dans le reste de l’univers. Il faut avoir vu de près les bourgeois de cette grande ville, il faut avoir vécu chez eux, pour croire qu’avec tant d’esprit on puisse être aussi stupide. Ce qu’il y a de bizarre est que chacun d’eux a lu dix fois peut-être la description du pays dont un habitant va si fort l’émerveiller.
“Émile, you must leave Sophie: I am not saying to abandon her; if you were capable of doing so, she would be far happier for never having married you. You must leave her in order to become worthy of her again. Do not be so vain as to think you already deserve her. How much more you have to do! Come and fulfill this noble task; come and learn to endure separation; come and earn the reward of fidelity, so that when you return, you will be able to honor her in some way, and ask for her hand—not as a favor, but as a reward.”
Not yet accustomed to fighting against himself, not yet used to desiring one thing and craving another, the young man does not yield; he resists, he argues. Why should he refuse the happiness that awaits him? Would it not be tantamount to despising a hand extended toward him to delay in accepting it? What need is there to distance oneself from it in order to learn what one must know? And if it were necessary, why not leave her with bonds that cannot be broken, as a sure guarantee of his return? Let him become her husband, and he is ready to follow me; let them be united, and he leaves her without fear. To unite yourselves only to separate again, dear Émile, what a contradiction! It is acceptable for a lover to live without his mistress; but a husband must never leave his wife unless it is absolutely necessary. To dispel your doubts, I see that your delays must be involuntary: you must be able to tell Sophie that you are leaving her against your will. Well then! Be satisfied, and since you do not obey reason, acknowledge another master. You have not forgotten the promise you made to me. Émile, you must leave Sophie; I want it.
Upon hearing this, he lowered his head, fell silent, wandered in thought for a moment, and then, looking at me with confidence, said to me: “When shall we leave?” I replied, “In eight days; we must prepare Sophie for this departure.” Women are more fragile; we owe them consideration. Moreover, since this absence is not a duty for her, as it is for you, she is allowed to endure it with less courage.
I am greatly tempted to continue recording the loves of these young people until their separation; but I have for too long abused the readers’ indulgence; let us conclude this story once and for all. Will Émile dare to show his mistress the same confidence he just displayed toward his friend? As for me, I believe he will; it is precisely from the truth of his love that he must draw such confidence. He would feel even more embarrassed in her presence if leaving her did not cost him so much; he would leave her as a sinner, and such a role is always embarrassing for an honest heart. But the greater the sacrifice, the more it brings him honor in the eyes of the one who makes it difficult for him. He has no fear that she might misunderstand the true reason behind his actions. With every glance he seems to tell her: “O Sophie! Read my heart, and be faithful; you do not have an amant without virtue.”
On the other hand, the proud Sophie tries to bear with dignity this unexpected blow that has struck her. She strives to appear indifferent; but since she, unlike Émile, does not possess the honor associated with battle and victory, her resolve weakens. Despite herself, she weeps and moans, and the fear of being forgotten intensifies the pain of separation. It is not in front of her lover that she cries; it is not to him that she reveals her fears. She would rather suffocate than let out a sigh in his presence. It is me who receives her complaints, who sees her tears—tears that she pretends to confide in me. Women are cunning and know how to disguise themselves: the more she secretly complains about my “tyranny,” the more attentive she is to flatter me; she knows that her fate lies in my hands.
I console her, I reassure her, and I tell her about her lover—or rather, her husband: that she should remain as faithful to him as he will be to her, and in two years, he will be, I swear it. She trusts me enough to believe that I have no intention of deceiving her. I guarantee the loyalty of both of them towards each other. Their hearts, their virtue, my integrity, and the trust of their parents—all these things reassure her. But what use is reason against weakness? They part as if they were never meant to meet again.
It was then that Sophie remembered Eucharis’s regrets and truly felt that she was in her proper place. Let us not allow these fanciful loves to resurface during their separation. One day I said to Sophie, “Exchange books with Émile. Give him your ‘Télémaque’ so he can learn to become like you; and ask him to give you the ‘Spectateur,’ which you enjoy reading. Study in it the duties of a virtuous woman—and remember that in two years, those very duties will be yours.” This exchange pleased them both and strengthened their trust in each other. Finally, the sad day came, and they had to part ways.
Sophie’s worthy father, with whom I had discussed everything in detail, embraced me as I took my leave; then, taking me aside, he said these words in a grave tone and with a slightly emphatic accent: “I have done everything possible to please you; I knew that I was dealing with a man of honor. There is only one thing left for me to say: Remember that your student signed her marriage contract on my daughter’s lips.”
What a difference in their demeanor! Émile, impetuous, passionate, agitated, overwhelmed with emotion, shouts and weeps bitterly at the hands of his father, mother, and daughter; he kisses everyone in the house while sobbing, repeating the same words over and over again in such a disordered manner that it would bring laughter under other circumstances. Sophie, on the other hand, is listless, pale, with lifeless eyes and a dark expression; she remains motionless, saying nothing, not crying, avoiding everyone—even Émile. No matter how he takes her hands or presses her against his chest, she remains indifferent to his tears, his caresses, to everything he does; for her, he has already left. How much more touching is this scene than the incessant complaints and loud regrets of his lover! He sees her, he feels her presence, and it breaks his heart. With great difficulty do I manage to pull him away; if I let him stay another moment, he would refuse to leave. I am glad that he takes this sad image with him. If ever he is tempted to forget what he owes Sophie, reminding him of how she looked at the moment of his departure will surely make him return to her—unless my efforts are utterly in vain.
Travels
People often ask whether it is good for young people to travel, and there is much debate on this topic. If the question were phrased differently, and asked whether it is good for men to travel, perhaps there would be less controversy.
The abuse of books kills science. Believing one knows what one has read, one thinks oneself exempt from the need to learn. Excessive reading only produces presumptuous ignorants. Of all centuries of literature, none have seen as much reading as our own, yet none have been less knowledgeable; of all countries in Europe, none print so many histories and travel accounts as France, yet none understand less about the genius and customs of other nations. So many books make us neglect the “book of the world”; or, if we do read it, each person confines himself to his own page. If I were to hear someone use the word “Persian” and had no prior knowledge of it, I would immediately infer that it came from a country where national prejudices are most prevalent, and from a gender that spreads them most widely.
A Parisian believes he knows how people are, but in reality, he only knows the French. In his city, which is always full of foreigners, he regards every stranger as an extraordinary phenomenon, one with no equal anywhere else in the world. One must have seen up close the bourgeoisie of this great city, must have lived among them, to believe that such intelligence can lead to such stupidity. What’s bizarre is that each of them has probably read ten times over the descriptions of the country whose inhabitants will so greatly amaze them.
“Émile, devi lasciare Sophie: non dico abbandonarla; se fossi in grado di farlo, lei sarebbe troppo felice di non essersi sposata con te. Devi lasciarla per poter tornare degno di lei. Non essere così vanitoso da credere già di meritarla. Quanto ti resta ancora da fare! Vieni a compiere questa nobile missione; vieni ad imparare a sopportare la sua assenza; vieni a conquistare il premio della fedeltà, affinché al tuo ritorno tu possa onorarla in qualche modo e chiederle la mano non come una grazia, ma come una ricompensa.”
Non ancora abituato a lottare contro se stesso, non ancora avvezzato a desiderare una cosa e volerne un’altra, il giovane non si arrende; resiste, discute. Perché rifiutarsi della felicità che lo aspetta? Non sarebbe forse come disprezzare la mano che gli viene offerta se tardasse ad accettarla? Che bisogno c’è di allontanarsene per imparare ciò che deve sapere? E, anche se fosse necessario, perché non lasciarle, con legami indissolubili, la garanzia certa del suo ritorno? Che diventi sua moglie, ed è pronto a seguirmi; che siano uniti, e la lascia senza paura. Unirvi per poi separarvi, caro Émile, quale contraddizione! È bello che un amante possa vivere senza la sua amata; ma un marito non deve mai lasciare sua moglie se non vi è necessità. Per dissipare i vostri scrupoli, vedo che questi ritardi devono essere involontari: dovete poter dire a Sophie che la lasciate contro la vostra volontà. Ebbene! Siate soddisfatto. E, poiché non obbedite alla ragione, riconoscete un altro padrone. Non avete dimenticato l’impegno preso con me. Émile, dovete lasciare Sophie; lo voglio.
All’udire queste parole, abbassa la testa, tace per un momento, poi, guardandomi con fiducia, mi dice: “Quando partiamo?” Gli rispondo: “Tra otto giorni; dobbiamo preparare Sophie a questa partenza.” Le donne sono più deboli, si deve tener conto delle loro esigenze; inoltre, poiché questa assenza non rappresenta per lei un dovere, come lo è per te, le è permesso affrontarla con meno coraggio.
Sono troppo tentato di prolungare fino alla separazione dei miei giovani il resoconto dei loro amori; ma da tempo abuso della tolleranza dei lettori. Comprimiamo quindi questa storia una volta per tutte. Oserà Émile portare davanti alla sua amante la stessa sicurezza che ha appena dimostrato al suo amico? Io credo di sì; è proprio dalla veridicità del suo amore che deve trarre tale fiducia in sé stesso. Sarebbe ancora più imbarazzato davanti a lei se lasciarla gli costasse meno. La lascerebbe come un colpevole, e questo ruolo è sempre imbarazzante per un cuore onesto. Ma più il sacrificio gli costa, più si sente onorato agli occhi di colei che lo rende difficile da compiere. Non teme che lei possa fraintendere le motivazioni che lo spingono a farlo. Con ogni suo sguardo, sembra dirle: “O Sophie! Leggi nel mio cuore. E sii fedele. Non ho un amante senza virtù.”
La fiera Sophie, dal canto suo, cerca di sopportare con dignità il colpo inaspettato che l’ha colpita. Si sforza di sembrare insensibile; ma, poiché non possiede, come Émile, l’onore del combattimento e della vittoria, la sua fermezza vacilla. Piange, geme contro la sua volontà, e la paura di essere dimenticata acuisce il dolore della separazione. Non è davanti al suo amante che piange, non è a lui che mostra le sue paure; preferirebbe soffocare piuttosto che lasciarsi sfuggire un sospiro in sua presenza: sono io ad ascoltare le sue lamentele, ad assistere alle sue lacrime, che lei finge di considerare il suo confidente. Le donne sono abili e sanno come nascondersi: più mormora segretamente contro la mia “tirannia”, più si impegna a lusingarmi; sa bene che il suo destino è nelle mie mani.
La consolo, la rassicuro e le dico riguardo al suo amante, o meglio, a suo marito: che lei gli mantenga la stessa fedeltà che lui avrà per lei. E tra due anni lo sarà, lo giuro. Lei mi considera abbastanza affidabile da credere che non intenda ingannarla. Sono garante di entrambi l’uno verso l’altro. I loro cuori, la loro virtù, la mia onestà, la fiducia dei loro genitori, tutto questo la rassicura. Ma a cosa serve la ragione contro la debolezza? Si separano come se non dovessero più vedersi mai più.
È in quel momento che Sophie ricorda i rimpianti di Eucharis e si sente davvero al proprio posto. Non lasciamo che, durante l’assenza, questi fantasmi d’amore si risveglino. Un giorno le dissi: “Sophie, scambiate dei libri con Émile. Dategli il vostro ‘Télemaque’, affinché impari a comportarsi come voi; e che lui vi dia il ‘Spectateur’, che amate leggere. Studiatevi in quel libro i doveri di una donna onesta. Pensate che tra due anni quei doveri saranno anche i vostri.” Questo scambio piacque a entrambi e li rese più fiduciosi l’uno nell’altro. Infine arrivò il giorno triste, bisognava separarsi.
Il nobile padre di Sophie, con il quale avevo concordato ogni dettaglio, mi abbraccia mentre mi congedo; poi, prendendomi da parte, mi dice queste parole con tono grave e un accento un po’ enfatico: “Ho fatto tutto per compiacerla; sapevo di trattare con un uomo d’onore. Mi resta solo una cosa da dirle: ricordi che la tua allieva ha firmato il suo contratto di matrimonio sulle labbra di mia figlia.”
Che differenza nel comportamento dei due amanti! Émile, impetuoso, appassionato, agitato, fuori di sé, grida, versa lacrime copiose sulle mani del padre, della madre, della figlia; bacia, singhiozzando, tutte le persone presenti in casa e ripete mille volte le stesse cose con un tale disordine che in qualsiasi altra circostanza susciterebbe risate. Sophie, invece, è cupa, pallida, con lo sguardo spento; rimane immobile, non dice nulla, non piange, non vede nessuno, nemmeno Émile. Non importa quanto lui le prenda le mani o la stringa tra le sue braccia: lei rimane inerte, insensibile alle sue lacrime, ai suoi baci, a tutto ciò che fa. Lui è già “partito” per lei. Quanto questo quadro sia più commovente delle lamentele incessanti e dei rimpianti rumorosi del suo amante! Émile la vede, la sente, ne è profondamente addolorato; con difficoltà riesco a portarlo via; se lo lasciassi ancora un attimo, non vorrebbe più andarsene. Sono felice che porti con sé questa triste immagine di Sophie. Se mai dovesse essere tentato di dimenticare ciò che deve a lei, ricordandogliela così com’è nel momento della sua partenza, dovrebbe davvero avere un cuore molto corrotto, se non lo riportassi subito da lei.
Viaggi
Si discute molto su se sia giusto che i giovani viaggino. Se si ponesse la stessa domanda in modo diverso, chiedendo ad esempio se sia giusto che gli uomini viaggino, forse non ci sarebbero tante discussioni.
L’abuso dei libri uccide la scienza: credendo di sapere ciò che si è letto, si ritiene di non aver bisogno di imparare nulla. Troppa lettura non fa altro che creare ignoranti presuntuosi. Di tutti i secoli della letteratura, nessuno ha letto tanto quanto questo; eppure nessuno è meno sapiente. Di tutti i paesi d’Europa, nessuno stampa tante storie e relazioni di viaggio quanto la Francia; eppure nessuno conosce meno il genio e i costumi delle altre nazioni. Tanti libri ci fanno trascurare il “libro del mondo”; o, se ancora lo leggiamo, ognuno si limita alla propria pagina. Se qualcuno pronunciasse la parola “persiano” davanti a me, non la conoscerrei; tuttavia, sentendola usare, capirei immediatamente che proviene da un paese dove i pregiudizi nazionali sono più diffusi, e da un sesso che li diffonde maggiormente.
Un parigino crede di conoscere gli uomini, ma in realtà conosce soltanto i francesi; nella sua città, sempre piena di stranieri, considera ogni estraneo come un fenomeno straordinario, senza eguali nel resto dell’universo. Bisogna aver visto da vicino i borghesi di questa grande città, bisogna aver vissuto tra loro per credere che, con tanto spirito, si possa essere così stupidi. La cosa più bizzarra è che ognuno di loro ha probabilmente letto dieci volte la descrizione del paese che un suo connazionale andrà ad ammirare con tanta meraviglia.
C’est trop d’avoir à percer à la fois les préjugés des auteurs et les nôtres pour arriver à la vérité. J’ai passé ma vie à lire des relations de voyages, et je n’en ai jamais trouvé deux qui m’aient donné la même idée du même peuple. En comparant le peu que je pouvais observer avec ce que j’avais lu, j’ai fini par laisser là les voyageurs, et regretter le temps que j’avais donné pour m’instruire à leur lecture, bien convaincu qu’en fait d’observations de toute espèce il ne faut pas lire, il faut voir. Cela serait vrai dans cette occasion, quand tous les voyageurs seraient sincères, qu’ils ne diraient que ce qu’ils ont vu ou ce qu’ils croient, et qu’ils ne déguiseraient la vérité que par les fausses couleurs qu’elle prend à leurs yeux. Que doit-ce être quand il la faut démêler encore à travers leurs mensonges et leur mauvaise foi !
Laissons donc la ressource des livres qu’on vous vante à ceux qui sont faits pour se contenter. Elle est bonne, ainsi que l’art de Raymond Lulle, pour apprendre à babiller de ce qu’on ne sait point. Elle est bonne pour dresser des Platons de quinze ans à philosopher dans des cercles, et à instruire une compagnie des usages de l’Égypte et des Indes, sur la foi de Paul Lucas ou de Tavernier.
Je tiens pour maxime incontestable que quiconque n’a vu qu’un peuple, au lieu de connaître les hommes, ne connaît que les gens avec lesquels il a vécu. Voici donc encore une autre manière de poser la même question des voyages : Suffit-il qu’un homme bien élevé ne connaisse que ses compatriotes, ou s’il lui importe de connaître les hommes en général ? Il ne reste plus ici ni dispute ni doute. Voyez combien la solution d’une question difficile dépend quelquefois de la manière de la poser.
Mais, pour étudier les hommes, faut-il parcourir la terre entière ? Faut-il aller au Japon observer les Européens ? Pour connaître l’espèce, faut-il connaître tous les individus ? Non ; il y a des hommes qui se ressemblent si fort, que ce n’est pas la peine de les étudier séparément. Qui a vu dix Français les a vus tous. Quoiqu’on n’en puisse pas dire autant des Anglais et de quelques autres peuples, il est pourtant certain que chaque nation a son caractère propre et spécifique, qui se tire par induction, non de l’observation d’un seul de ses membres, mais de plusieurs. Celui qui a comparé dix peuples connaît les hommes, comme celui qui a vu dix Français connaît les Français.
Il ne suffit pas pour s’instruire de courir les pays ; il faut savoir voyager. Pour observer il faut avoir des yeux, et les tourner vers l’objet qu’on veut connaître. Il y a beaucoup de gens que les voyages instruisent encore moins que les livres, parce qu’ils ignorent l’art de penser, que, dans la lecture, leur esprit est au moins guidé par l’auteur, et que, dans leurs voyages, ils ne savent rien voir d’eux-mêmes. D’autres ne s’instruisent point, parce qu’ils ne veulent pas s’instruire. Leur objet est si différent que celui-là ne les frappe guère ; c’est grand hasard si l’on voit exactement ce que l’on ne se soucie point de regarder. De tous les peuples du monde, le Français est celui qui voyage le plus ; mais, plein de ses usages, il confond tout ce qui n’y ressemble pas. Il y a des Français dans tous les coins du monde. Il n’y a point de pays où l’on trouve plus de gens qui aient voyagé qu’on n’en trouve en France. Avec cela pourtant, de tous les peuples de l’Europe, celui qui en voit le plus les connaît le moins.
L’Anglais voyage aussi ; mais d’une autre manière ; il faut que ces deux peuples soient contraires en tout. La noblesse anglaise voyage, la noblesse française ne voyage point ; le peuple français voyage, le peuple anglais ne voyage point. Cette différence me paraît honorable au dernier. Les Français ont presque toujours quelque vue d’intérêt dans leur voyage ; mais les Anglais ne vont point chercher fortune chez les autres nations, si ce n’est par le commerce et les mains pleines ; quand ils voyagent, c’est pour y verser leur argent, non pour vivre d’industrie ; ils sont trop fiers pour aller ramper hors de chez eux. Cela fait aussi qu’ils s’instruisent mieux chez l’étranger que ne font les Français, qui ont un tout autre objet en tête. Les Anglais ont pourtant aussi leurs préjugés nationaux, ils en ont même plus que personne ; mais ces préjugés tiennent moins à l’ignorance qu’à la passion. L’Anglais a les préjugés de l’orgueil, et le Français ceux de la vanité.
Comme les peuples les moins cultivés sont généralement les plus sages, ceux qui voyagent le moins voyagent le mieux ; parce qu’étant moins avancés que nous dans nos recherches frivoles, et moins occupés des objets de notre vaine curiosité, ils donnent toute leur attention à ce qui est véritablement utile. Je ne connais guère que les Espagnols qui voyagent de cette manière. Tandis qu’un Français court chez les artistes d’un pays, qu’un Anglais en fait dessiner quelque antique, et qu’un Allemand porte son album chez tous les savants, l’Espagnol étudie en silence le gouvernement, les moeurs, la police, et il est le seul des quatre qui, de retour chez lui, rapporte de ce qu’il a vu quelque remarque utile à son pays.
Les anciens voyageaient peu, lisaient peu, faisaient peu de livres ; et pourtant on voit, dans ceux qui nous restent d’eux, qu’ils s’observaient mieux les uns les autres que nous n’observons nos contemporains. Sans remonter aux écrits d’Homère, le seul poète qui nous transporte dans les pays qu’il décrit, on ne peut refuser à Hérodote l’honneur d’avoir peint les moeurs dans son histoire, quoiqu’elle soit plus en narrations qu’en réflexions, mieux que ne font tous nos historiens en chargeant leurs livres de portraits et de caractères. Tacite a mieux décrit les Germains de son temps qu’aucun écrivain n’a décrit les Allemands d’aujourd’hui. Incontestablement ceux qui sont versés dans l’histoire ancienne connaissent mieux les Grecs, les Carthaginois, les Romains, les Gaulois, les Perses, qu’aucun peuple de nos jours ne connaît ses voisins.
Il faut avouer aussi que les caractères originaux des peuples, s’effaçant de jour en jour, deviennent en même raison plus difficiles à saisir. À mesure que les races se mêlent, et que les peuples se confondent, on voit peu à peu disparaître ces différences nationales qui frappaient jadis au premier coup d’oeil. Autrefois chaque nation restait plus renfermée en elle-même ; il y avait moins de communications, moins de voyages, moins d’intérêts communs ou contraires, moins de liaisons politiques et civiles de peuple à peuple, point tant de ces tracasseries royales appelées négociations, point d’ambassadeurs ordinaires ou résidant continuellement ; les grandes navigations étaient rares ; il y avait peu de commerce éloigné ; et le peu qu’il y en avait était fait ou par le prince même, qui s’y servait d’étrangers, ou par des gens méprisés, qui ne donnaient le ton à personne et ne rapprochaient point les nations. Il y a cent fois plus de liaisons maintenant entre l’Europe et l’Asie qu’il n’y en avait jadis entre la Gaule et l’Espagne : l’Europe seule était plus éparse que la terre entière ne l’est aujourd’hui.
Ajoutez à cela que les anciens peuples, se regardant la plupart comme autochtones ou originaires de leur propre pays, l’occupaient depuis assez longtemps pour avoir perdu la mémoire des siècles reculés où leurs ancêtres s’y étaient établis, et pour avoir laissé le temps au climat de faire sur eux des impressions durables : au lieu que, parmi nous, après les invasions des Romains, les récentes émigrations des barbares ont tout mêlé, tout confondu. Les Français d’aujourd’hui ne sont plus ces grands corps blonds et blancs d’autrefois ; les Grecs ne sont plus ces beaux hommes faits pour servir de modèles à l’art ; la figure des Romains eux-mêmes a changé de caractère, ainsi que leur naturel ; les Persans, originaires de Tartarie, perdent chaque jour de leur laideur primitive par le mélange du sang circassien ; les Européens ne sont plus Gaulois, Germains, Ibériens, Allobroges ; ils ne sont tous que des Scythes diversement dégénérés quant à la figure, et encore plus quant aux moeurs.
Voilà pourquoi les antiques distinctions des races, les qualités de l’air et du terroir marquaient plus fortement de peuple à peuple les tempéraments, les figures, les moeurs, les caractères, que tout cela ne peut se marquer de nos jours, où l’inconstance européenne ne laisse à nulle cause naturelle le temps de faire ses impressions, et où les forêts abattues, les marais desséchés, la terre plus uniformément, quoique plus mal cultivée, ne laisse plus, même au physique, la même différence de terre à terre et de pays à pays.
It is too much to have to penetrate both the prejudices of the authors and our own in order to reach the truth. I have spent my life reading travel accounts, but I have never found two of them that gave me the same understanding of the same people. By comparing what I could observe with what I had read, I eventually decided to set aside those travel books and regretted the time I had spent studying them, firmly convinced that in fact, when it comes to any kind of observation, one should not read—one should see for oneself. This would certainly be true if all travelers were sincere, if they only said what they had seen or what they believed, and if they did not distort the truth in the false colors it assumes in their eyes. But what must it be like when we still have to unravel the truth amidst their lies and deceit!
Let us therefore leave the wealth of books that are so highly praised to those who are content with superficial knowledge. They are useful, just like the writings of Raymond Lulle, for learning to talk about things one does not truly understand. They can also help fifteen-year-old “Platons” engage in philosophical discussions in circles, and instruct people about the customs of Egypt and India, based on the accounts of Paul Lucas or Tavernier.
I hold it as an indisputable maxim that anyone who has only known one particular group of people, rather than truly understanding humanity, knows only those individuals with whom he has lived. Thus, here is another way to formulate the same question regarding travel: Is it sufficient for a well-educated person to know only his own compatriots, or is it important for him to understand humanity as a whole? Here, there is no longer any room for dispute or doubt. See how the solution to a difficult question sometimes depends entirely on how it is phrased.
But in order to study human beings, is it necessary to travel throughout the entire world? Must one go to Japan to observe Europeans? In order to understand a species, is it essential to know every single individual within it? No; there are many people who are so much alike that there is no need to study them separately. Anyone who has met ten Frenchmen has essentially seen all of them. Although the same cannot necessarily be said of the English and some other peoples, it is certainly true that each nation possesses its own unique character, which can be discerned through induction—not by observing a single member of that nation, but by observing many of them. He who has compared ten different peoples truly understands human beings; just as he who has met ten Frenchmen truly knows what the French are like.
It is not enough to travel extensively in order to gain knowledge; one must also know how to travel properly. To observe something, one needs eyes—and one must direct them toward the object one wishes to understand. Many people learn far less from travel than from books, because they lack the art of thinking. In reading, at least the reader’s mind is guided by the author; but in traveling, such individuals fail to see anything about themselves. Others simply refuse to learn, because they have no desire to do so. Their interests are so different that they hardly pay attention to what matters; it is pure chance if they happen to notice something they have no intention of observing. Of all the peoples of the world, the French travel the most—but, immersed in their own customs, they confuse everything that does not conform to them. There are French people in every corner of the globe. No other country has as many people who have traveled as France. Yet, among all the European nations, the French are perhaps the ones who know the least about the world around them.
The English also travel; but in a different way. These two peoples must be completely opposed in every regard. The English nobility travels, while the French nobility does not; the French people travel, while the English people do not. This difference seems to me far more honorable on the latter’s part. The French almost always have some practical purpose in mind when they travel; but the English do not go to other nations in search of fortune, unless it is through commerce or with full pockets of money. When they travel, it is to spend their money there, not to make a living through their own efforts—they are too proud to do so. This also means that they learn more abroad than the French, who have entirely different motives for traveling. Nevertheless, the English also have their national prejudices; indeed, even more so than anyone else. But these prejudices stem less from ignorance than from passion. The English have the prejudices of pride, while the French have those of vanity.
Since the least cultivated peoples are generally the wisest, those who travel the least travel the best; for being less advanced than we in our frivolous pursuits and less preoccupied with the objects of our vain curiosity, they devote all their attention to what is truly useful. I know of few people who travel in this manner except the Spaniards. While a Frenchman rushes off to visit the artists of a particular country, an Englishman has them draw some ancient artifacts for him, and a German takes his album to meet with various scholars—only the Spaniard quietly studies the government, customs, and laws of the places he visits. Of these four types of travelers, he is the only one who, upon returning home, brings back insights useful to his own country.
The ancient people traveled little, read little, and wrote few books; yet, in what remains of their works, we can see that they observed one another more carefully than we observe our contemporaries today. Without going back to the writings of Homer—the only poet who transports us to the lands he describes—we cannot deny Herodotus the honor of having depicted the customs and manners of ancient peoples in his histories, even though those histories consist more in narration than in reflection. He did this better than any of our historians, who fill their books with descriptions of individuals and their personalities. Tacitus described the Germans of his time more accurately than any writer has done today regarding the Germans. Undoubtedly, those who are well-versed in ancient history know the Greeks, Carthaginians, Romans, Gauls, and Persians much better than any modern people know their own neighbors.
It must also be admitted that the original characteristics of various peoples, gradually fading away over time, become increasingly difficult to discern. As races mix and peoples merge, those national differences that once were immediately apparent are slowly disappearing. In the past, each nation remained more self-contained; there was less communication, fewer travels, fewer common or conflicting interests, and fewer political and civil ties between peoples—no such entanglements as diplomatic negotiations, no permanent embassies. Major voyages were rare, distant trade was limited, and whatever trade existed was conducted either by the sovereign himself, who employed foreigners for this purpose, or by people of low status who held no influence in shaping relations between nations. Today, there are far more connections between Europe and Asia than there were between Gaul and Spain in ancient times; indeed, Europe alone used to be more scattered in its territories than the entire world is today.
Add to this that the ancient peoples, considering themselves for the most part as indigenous or originating from their own lands, had inhabited those regions for such a long time that they had lost memory of the distant centuries in which their ancestors first settled there. Moreover, over time, the local climate had left lasting impressions on them—unlike among us, where, after the invasions of the Romans and recent migrations of barbarians, everything has been mixed up and confused. The French of today are no longer those tall, blond, fair-skinned people of old; the Greeks are no longer those beautiful men who could serve as models for art; even the appearance and nature of the Romans themselves have changed. The Persians, originally from Tartary, are losing their primitive ugliness day by day due to the mixing of their blood with that of the Circassians. And the Europeans are no longer Gauls, Germans, Iberos, or Allobroges—they are all but degenerated Scyths, differing greatly in both appearance and customs.
This is why the ancient distinctions based on race, as well as the qualities of the air and soil, used to distinguish more profoundly the temperaments, physiques, customs, and characteristics of different peoples than they can be distinguished today. In our times, European instability prevents any natural factor from having sufficient time to exert its influence; moreover, deforested areas, drained swamps, and increasingly uniform land—though less cultivated—no longer allow for significant physical differences between regions or countries.
È davvero troppo dover penetrare contemporaneamente nei pregiudizi degli autori e nei nostri per giungere alla verità. Ho trascorso tutta la mia vita a leggere resoconti di viaggi, ma non ne ho mai trovato due che mi dessero la stessa idea dello stesso popolo. Confrontando ciò che riuscivo a osservare con quanto avevo letto, alla fine ho abbandonato quei resoconti e ho rimpianto il tempo che avevo dedicato alla loro lettura, convinto che, per quanto riguarda qualsiasi tipo di osservazione, non si debba leggere, ma vedere. Questo sarebbe vero anche in questo caso, se tutti i viaggiatori fossero sinceri, se dicessero soltanto ciò che hanno visto o ciò che credono, e se non mascherassero la verità con le false interpretazioni che essa assume ai loro occhi. Ma come deve essere quando bisogna distinguerla ancora tra i loro bugi e la loro malafede!
Lasciamo quindi che le risorse offerte dai libri di cui ci parlano vengano utilizzate da coloro che sono destinati a accontentarsi di poco. Sono utili, così come l’arte di Raymond Lulle, per imparare a discutere di cose di cui non si conosce nulla. Sono adatti anche per far sì che ragazzi di quindici anni inizino a filosofare nei circoli, e per informare le persone sugli usi dell’Egitto e delle Indie, sulla base delle testimonianze di Paul Lucas o di Tavernier.
Ritengo che sia un principio indiscutibile il fatto che chi ha conosciuto soltanto un popolo, invece di conoscere gli uomini in generale, conosca soltanto le persone con cui ha vissuto. Ecco quindi un’altra maniera di porre la stessa domanda riguardo ai viaggi: basta che un uomo ben educato conosca soltanto i suoi connazionali, o è importante che conosca gli uomini nel loro insieme? Non rimangono più né dispute né dubbi. Si vede quanto a volte la risoluzione di una domanda difficile dipenda dal modo in cui viene posta.
Ma, per studiare gli uomini, è necessario viaggiare in tutto il mondo? È necessario recarsi in Giappone per osservare gli europei? Per conoscere una specie, è necessario conoscere tutti gli individui? No; ci sono degli uomini che si assomigliano così tanto da non essere necessario studiarli separatamente. Chi ha visto dieci francesi li ha visti tutti. Anche se lo stesso non si può dire degli inglesi e di alcuni altri popoli, è certo che ogni nazione possiede un carattere proprio e specifico, che si deduce attraverso l’induzione, non dall’osservazione di un solo suo membro, ma di molti. Chi ha confrontato dieci popoli conosce gli uomini, così come chi ha visto dieci francesi conosce i francesi.
Non basta viaggiare per imparare; è necessario saper viaggiare con intelligenza. Per osservare qualcosa, bisogna avere gli occhi e dirigerli verso l’oggetto che si vuole conoscere. Molti uomini traggono dagli viaggi meno insegnamenti dei libri, perché ignorano l’arte di pensare: nella lettura, almeno il loro spirito è guidato dall’autore; nei viaggi, invece, non sanno nemmeno osservare se stessi. Altri non imparano affatto, perché non vogliono imparare. Il loro obiettivo è così diverso da quello degli altri che raramente riescono a comprendere veramente ciò che li circonda; è pura fortuna se riescono a vedere esattamente ciò di cui non si curano nemmeno di osservare. Di tutti i popoli del mondo, il francese è probabilmente quello che viaggia di più; tuttavia, immerso nelle proprie abitudini, confonde tutto ciò che non le assomiglia. Ci sono francesi in ogni angolo della terra; non esiste paese dove si trovino più persone che hanno viaggiato rispetto alla Francia. Eppure, tra tutti i popoli d’Europa, è proprio il francese quello che conosce meno ciò che vede.
Gli inglesi viaggiano anch’essi; ma in modo diverso. Queste due nazioni devono essere opposte in tutto. La nobiltà inglese viaggia, mentre la nobiltà francese non viaggia affatto; il popolo francese viaggia, mentre il popolo inglese non viaggia. Questa differenza mi sembra vantaggiosa per gli inglesi. I francesi hanno quasi sempre uno scopo di interesse nel loro viaggio; ma gli inglesi non vanno a cercare fortuna in altre nazioni, se non attraverso il commercio. Quando viaggiano, lo fanno per investire i loro soldi, non per vivere del proprio lavoro; sono troppo orgogliosi per andare a mendicare altrove. Per questo motivo, si formano meglio all’estero rispetto ai francesi, che hanno obiettivi completamente diversi in mente. Gli inglesi hanno comunque i loro pregiudizi nazionali, anzi ne hanno più di chiunque altro; ma questi pregiudizi derivano meno dall’ignoranza che dalla passione. Gli inglesi hanno i pregiudizi dell’orgoglio, mentre i francesi quelli della vanità.
Poiché i popoli meno coltivati sono generalmente i più saggi, coloro che viaggiano di meno viaggiano nel modo migliore; poiché, essendo meno avanzati di noi nelle nostre ricerche frivole e meno occupati dagli oggetti della nostra vana curiosità, dedicano tutta la loro attenzione a ciò che è veramente utile. Conosco pochi esempi di persone che viaggino in questo modo, se non gli spagnoli. Mentre un francese si reca presso gli artisti di un paese, un inglese li incarica di disegnare qualche reperto antico, e un tedesco porta il proprio album da tutti i sapienti che incontra, lo spagnolo studia in silenzio il governo, le usanze, la polizia del luogo visitato; ed è l’unico dei quattro ad essere in grado, al suo ritorno in patria, di fornire osservazioni utili per il proprio paese.
Gli antichi viaggiavano poco, leggevano poco, scrivevano pochi libri; eppure si può notare, in ciò che di loro ci è rimasto, che si osservavano a vicenda molto meglio di quanto noi osserviamo i nostri contemporanei. Senza risalire agli scritti di Omero, l’unico poeta che ci trasporta nei paesi da lui descritti, non si può negare a Erodoto il merito di aver ritratto con precisione le usanze e i costumi dei popoli antichi, anche se la sua opera è più incentrata sul racconto che sulla riflessione. Meglio di tutti i nostri storici, che riempiono i loro libri di descrizioni di personaggi e caratteri, Tacito ha descritto i Germani del suo tempo meglio di quanto qualsiasi scrittore abbia fatto oggi per i tedeschi. Indubbiamente coloro che si dedicano allo studio della storia antica conoscono meglio i Greci, i Cartaginesi, i Romani, i Galli, i Persiani, di quanto qualsiasi popolo odierno conosca i suoi vicini.
Bisogna ammettere anche che i caratteri originali dei popoli, scomparendo giorno dopo giorno, diventano allo stesso tempo sempre più difficili da comprendere. Man mano che le razze si mescolano e i popoli si fondono tra loro, queste differenze nazionali che un tempo erano immediatamente evidenti tendono gradualmente a scomparire. In passato, ogni nazione rimaneva più chiusa in se stessa; c’erano meno comunicazioni, meno viaggi, meno interessi comuni o contrastanti, meno legami politici e civili tra i popoli; non esistevano quelle fastidiose procedure diplomatiche chiamate “negoziazioni”, né ambasciatori residenti in modo permanente; le grandi spedizioni marittime erano rare, il commercio a lungo raggio era limitato; e ciò che esisteva veniva svolto o dal principe stesso, che utilizzava stranieri per tale scopo, oppure da persone disprezzate, che non avevano alcun ascendente né contribuivano in alcun modo al legame tra le nazioni. Oggi, invece, esistono cento volte più collegamenti tra Europa e Asia rispetto a quanto ci fossero un tempo tra Gallia e Spagna; l’Europa da sola era più disseminata di quanto non lo sia oggi l’intera terra.
Aggiungete a ciò che i popoli antichi, considerandosi per lo più autoctoni o originari del proprio paese, lo abitavano da molto tempo, al punto di aver perso memoria dei secoli lontani in cui i loro antenati vi si erano stabiliti, e di aver permesso al clima di influenzarli in modo duraturo; al contrario, tra di noi, dopo le invasioni dei Romani e le recenti emigrazioni dei barbari, tutto è stato mescolato e confuso. I francesi di oggi non sono più quei grandi individui biondi e bianchi dell’antichità; i Greci non sono più quegli uomini bellissimi che potevano servire da modello per l’arte; anche il volto dei Romani stessi ha cambiato carattere, così come la loro natura; i Persiani, originari della Tartaria, perdono ogni giorno della loro bruttezza primitiva a causa del miscuglio di sangue circasso; gli europei non sono più Galli, Germanici, Iberici, Allobrogi; tutti sono ormai Sciti, diversamente degenerati sia nel fisico che nei costumi.
Ecco perché le antiche distinzioni tra le razze, le caratteristiche dell’aria e del terreno influenzavano in modo più marcato i temperamenti, le caratteristiche fisiche, i costumi e i tratti di personalità da popolo a popolo; oggi, invece, l’instabilità europea non lascia a nessuna causa naturale il tempo necessario per produrre tali effetti. Inoltre, le foreste abbattute, i laghi prosciugati e la terra, sebbene meno coltivata, sono diventate più omogenee; di conseguenza, nemmeno dal punto di vista fisico esistono più differenze significative tra una regione e un’altra.
Peut-être, avec de semblables réflexions, se presserait-on moins de tourner en ridicule Hérodote, Ctésias, Pline, pour avoir représenté les habitants de divers pays avec des traits originaux et des différences marquées que nous ne leur voyons plus. Il faudrait retrouver les mêmes hommes pour reconnaître en eux les mêmes figures ; il faudrait que rien ne les eût changés pour qu’ils fussent restés les mêmes. Si nous pouvions considérer à la fois tous les hommes qui ont été, peut-on douter que nous ne les trouvassions plus variés de siècle à siècle, qu’on ne les trouve aujourd’hui de nation à nation ?
En même temps que les observations deviennent plus difficiles, elles se font plus négligemment et plus mal ; c’est une autre raison du peu de succès de nos recherches dans l’histoire naturelle du genre humain. L’instruction qu’on retire des voyages se rapporte à l’objet qui les fait entreprendre. Quand cet objet est un système de philosophie, le voyageur ne voit jamais que ce qu’il veut voir ; quand cet objet est l’intérêt, il absorbe toute l’attention de ceux qui s’y livrent. Le commerce et les arts, qui mêlent et confondent les peuples, les empêchent aussi de s’étudier. Quand ils savent le profit qu’ils peuvent faire l’un avec l’autre, qu’ont-ils de plus à savoir ?
Il est utile à l’homme de connaître tous les lieux où l’on peut vivre, afin de choisir ensuite ceux où l’on peut vivre le plus commodément. Si chacun se suffisait à lui-même, il ne lui importerait de connaître que l’étendue du pays qui peut le nourrir. Le sauvage, qui n’a besoin de personne et ne convoite rien au monde, ne connaît et ne cherche à connaître d’autres pays que le sien. S’il est forcé de s’étendre pour subsister, il fuit les lieux habités par les hommes ; il n’en veut qu’aux bêtes, et n’a besoin que d’elles pour se nourrir. Mais pour nous, à qui la vie civile est nécessaire, et qui ne pouvons plus nous passer de manger des hommes, l’intérêt de chacun de nous est de fréquenter les pays où l’on en trouve le plus à dévorer. Voilà pourquoi tout afflue à Rome, à Paris, à Londres. C’est toujours dans les capitales que le sang humain se vend à meilleur marché. Ainsi l’on ne connaît que les grands peuples, et les grands peuples se ressemblent tous.
Nous avons, dit-on, des savants qui voyagent pour s’instruire ; c’est une erreur ; les savants voyagent par intérêt comme les autres. Les Platon, les Pythagore ne se trouvent plus, ou, s’il y en a, c’est bien loin de nous. Nos savants ne voyagent que par ordre de la cour ; on les dépêche, on les défraye, on les paye pour voir tel ou tel objet, qui très sûrement n’est pas un objet moral. Ils doivent tout leur temps à cet objet unique ; ils sont trop honnêtes gens pour voler leur argent. Si, dans quelque pays que ce puisse être, des curieux voyagent à leurs dépens, ce n’est jamais pour étudier les hommes, c’est pour les instruire. Ce n’est pas de science qu’ils ont besoin, mais d’ostentation. Comment apprendraient-ils dans leurs voyages à secouer le joug de l’opinion ? ils ne les font que pour elle.
Il y a bien de la différence entre voyager pour voir du pays ou pour voir des peuples. Le premier objet est toujours celui des curieux, l’autre n’est pour eux qu’accessoire. Ce doit être tout le contraire pour celui qui veut philosopher. L’enfant observe les choses en attendant qu’il puisse observer les hommes. L’homme doit commencer par observer ses semblables, et puis il observe les choses s’il en a le temps.
C’est donc mal raisonner que de conclure que les voyages sont inutiles, de ce que nous voyageons mal. Mais, l’utilité des voyages reconnue, s’ensuivra-t-il qu’ils conviennent à tout le monde ? Tant s’en faut ; ils ne conviennent au contraire qu’à très peu de gens ; ils ne conviennent qu’aux hommes assez fermes sur eux-mêmes pour écouter les leçons de l’erreur sans se laisser séduire, et pour voir l’exemple du vice sans se laisser entraîner. Les voyages poussent le naturel vers sa pente, et achèvent de rendre l’homme bon ou mauvais. Quiconque revient de courir le monde est à son retour ce qu’il sera toute sa vie : il en revient plus de méchants que de bons, parce qu’il en part plus d’enclins au mal qu’au bien. Les jeunes gens mal élevés et mal conduits contractent dans leurs voyages tous les vices des peuples qu’ils fréquentent, et pas une des vertus dont ces vices sont mêlés ; mais ceux qui sont heureusement nés, ceux dont on a bien cultivé le bon naturel et qui voyagent dans le vrai dessein de s’instruire, reviennent tous meilleurs et plus sages qu’ils n’étaient partis. Ainsi voyagera mon Émile : ainsi avait voyagé ce jeune homme, digne d’un meilleur siècle, dont l’Europe étonnée admira le mérite, qui mourut pour son pays à la fleur de ses ans, mais qui méritait de vivre, et dont la tombe, ornée de ses seules vertus, attendait pour être honorée qu’une main étrangère y semât des fleurs[496].
Tout ce qui se fait par raison doit avoir ses règles. Les voyages, pris comme une partie de l’éducation, doivent avoir les leurs. Voyager pour voyager, c’est errer, être vagabond ; voyager pour s’instruire est encore un objet trop vague : l’instruction qui n’a pas un but déterminé n’est rien. Je voudrais donner au jeune homme un intérêt sensible à s’instruire, et cet intérêt bien choisi fixerait encore la nature de l’instruction. C’est toujours la suite de la méthode que j’ai tâché de pratiquer.
Or, après s’être considéré par ses rapports physiques avec les autres êtres, par ses rapports moraux avec les autres hommes, il lui reste à se considérer par ses rapports civils avec ses concitoyens. Il faut pour cela qu’il commence par étudier la nature du gouvernement en général, les diverses formes de gouvernement, et enfin le gouvernement particulier sous lequel il est né, pour savoir s’il lui convient d’y vivre ; car, par un droit que rien ne peut abroger, chaque homme, en devenant majeur et maître de lui-même, devient maître aussi de renoncer au contrat par lequel il tient à la communauté, en quittant le pays dans lequel elle est établie. Ce n’est que par le séjour qu’il y fait après l’âge de raison qu’il est censé confirmer tacitement l’engagement qu’ont pris ses ancêtres. Il acquiert le droit de renoncer à sa patrie comme à la succession de son père ; encore le lieu de la naissance étant un don de la nature, cède-t-on du sien en y renonçant. Par le droit rigoureux, chaque homme reste libre à ses risques en quelque lieu qu’il naisse, à moins qu’il ne se soumette volontairement aux lois pour acquérir le droit d’en être protégé.
Je lui dirais donc par exemple : Jusqu’ici vous avez vécu sous ma direction, vous étiez hors d’état de vous gouverner vous-même. Mais vous approchez de l’âge où les lois, vous laissant la disposition de votre bien, vous rendent maître de votre personne. Vous allez vous trouver seul dans la société, dépendant de tout, même de votre patrimoine. Vous avez en vue un établissement ; cette vue est louable, elle est un des devoirs de l’homme ; mais, avant de vous marier, il faut savoir quel homme vous voulez être, à quoi vous voulez passer votre vie, quelles mesures vous voulez prendre pour assurer du pain à vous et à votre famille ; car, bien qu’il ne faille pas faire d’un tel soin sa principale affaire, il y faut pourtant songer une fois. Voulez-vous vous engager dans la dépendance des hommes que vous méprisez ? Voulez-vous établir votre fortune et fixer votre état par des relations civiles qui vous mettront sans cesse à la discrétion d’autrui, et vous forceront, pour échapper aux fripons, de devenir fripon vous-même ?
Là-dessus je lui décrirai tous les moyens possibles de faire valoir son bien, soit dans le commerce, soit dans les charges, soit dans la finance ; et je lui montrerai qu’il n’y en a pas un qui ne lui laisse des risques à courir, qui ne le mette dans un état précaire et dépendant, et ne le force de régler ses moeurs, ses sentiments, sa conduite, sur l’exemple et les préjugés d’autrui.
Perhaps, with such reflections, we would be less inclined to ridicule historians like Herodotus, Ctesias, or Pliny for depicting the inhabitants of various countries with distinctive traits and clear differences that we no longer observe in them. We would need to recognize the same individuals in different times and places; nothing should have changed them in order for them to remain the same. If we were able to consider all the people who have lived throughout history, could it be doubted that we would find them to vary from one century to another, just as they vary today from one nation to another?
At the same time as observations become more difficult to make, they are also conducted more carelessly and less thoroughly; this is another reason for the limited success of our research into the natural history of the human species. The knowledge gained from travels is related to the purpose for which those travels are undertaken. When the purpose of a journey is to study a philosophical system, the traveler will only see what he wants to see; when the purpose is profit, it absorbs all the attention of those who engage in such endeavors. Commerce and the arts, by bringing peoples together and mixing them up, also prevent them from studying one another. Once they know the benefits that can be derived from each other, what more is there for them to learn?
It is useful for humans to know all the places where it is possible to live, in order to then choose those where life can be led most conveniently. If each person were self-sufficient, they would only need to know the extent of the land that could provide them with food. The savage, who needs no one and desires nothing in this world, knows of and seeks to know no other lands but his own. If he is forced to expand his territory in order to survive, he avoids inhabited areas; he seeks only animals and needs them alone for nourishment. But for us, for whom civil life is essential and who can no longer do without consuming human beings, it is in our interest to frequent those lands where there are the greatest numbers of humans to exploit. This is why everything flows towards Rome, Paris, London—always into the capitals where human blood is sold at the best price. Thus, we only know about great nations, and all great nations resemble one another.
It is said that we have scholars who travel in order to gain knowledge; this is a mistake. Scholars travel for their own interests, just like everyone else. People like Plato and Pythagoras no longer exist; if there are any such people today, they are far removed from us. Our scholars only travel at the orders of the court; they are sent on missions, provided with expenses, and paid to examine certain things—things that are certainly not of moral significance. They devote all their time to these single objectives; they are too honest people to steal money. If, in any country whatsoever, some curious individuals travel at their own expense, it is never with the intention of studying people, but rather of “educating” them. What they need is not knowledge, but ostentation. How could they possibly use these travels to shake the yoke of public opinion? They do such things precisely because they want to uphold it.
There is indeed a difference between traveling to see a country or to see its people. The former purpose is always driven by curiosity; for those who pursue it, other aspects are merely incidental. For anyone seeking to engage in philosophical reflection, however, the situation is precisely the opposite. A child observes things in anticipation of eventually being able to observe people. Man, on the other hand, must begin by observing his own kind, and only then, if time permits, can he turn his attention to observing things themselves.
It would therefore be ill-reasoned to conclude that travel is useless merely because we often travel poorly. But even if the usefulness of travel is acknowledged, does that mean it is suitable for everyone? Far from it; in fact, it is suitable for very few people. Travel is only appropriate for those who are strong enough within themselves to listen to the lessons of error without being swayed by them, and to observe the examples of vice without being led astray by them. Travel tends to reinforce one’s natural inclinations, ultimately making a person either good or bad. Those who return from traveling are, in essence, what they will remain throughout their lives; more often, they return worse than when they left, for they usually carry with them more tendencies toward evil than toward goodness. Young people who are poorly raised and misbehaved will acquire all the vices of the peoples they encounter during their travels, without acquiring any of the virtues that might counteract those vices. However, those who are fortunate enough to be born with good natures and who travel with the genuine intention of learning will return home improved and wiser than before. Such will be my Émile’s approach to traveling—just as that young man did, a man worthy of a better era, whose merits were admired throughout Europe. He died for his country at the height of his life, but he deserved to live; his tomb, adorned only by his virtues, awaited the honor of having foreign hands lay flowers upon it[496].
Everything that is done out of reason must have its rules. Traveling, considered as a part of education, must also have its own rules. To travel merely for the sake of traveling is to wander, to be a vagrant; but to travel in order to gain knowledge is still an idea too vague—knowledge without a definite purpose is meaningless. I would like to give young people a tangible reason to pursue learning, and such a well-chosen motivation would in turn determine the nature of that learning. It is always the continuation of the method I have tried to apply throughout my efforts.
Or, after considering himself in terms of his physical relationships with other beings, and in terms of his moral relationships with other human beings, he must also consider himself in terms of his civil relations with his fellow citizens. To do this, he must first study the nature of government in general, the various forms of government, and finally the particular form of government under which he was born, in order to determine whether it is suitable for him to live within it. For by a right that nothing can abrogate, every man, upon reaching adulthood and becoming the master of himself, also becomes free to renounce the contractual obligations that bind him to the community by leaving the country in which it is established. It is only through his residence there after reaching the age of reason that he is deemed to tacitly confirm the commitments made by his ancestors. He thereby acquires the right to renounce his homeland, just as he would renounce the inheritance left by his father; yet since the place of birth is a gift from nature, one relinquishes a portion of what belongs to oneself by giving up that place. According to strict legal principles, every man remains free to face whatever risks may arise wherever he is born, unless he voluntarily submits himself to the laws in order to gain the protection they offer.
I would therefore tell him something like this: “Until now, you have lived under my guidance; you were unable to govern yourself. But you are approaching the age at which laws, by allowing you to dispose of your own property, grant you control over your own person. Soon, you will find yourself alone in society, dependent on everything—even on your own inheritance. You have a goal in mind: establishing yourself in life. This is a laudable aspiration and one of the duties of a man. However, before getting married, you must decide what kind of person you want to become, what purpose you wish to dedicate your life to, and what steps you intend to take to provide for yourself and your family. For although such considerations should not be your primary concern, it is still necessary to give them some thought. Do you wish to place yourself in a position of dependence on those whom you despise? Or do you want to build your fortune and secure your status through civil relationships that will constantly put you at the mercy of others—and force you, in order to avoid being cheated, to become a cheater yourself?”
In this regard, I will describe to him all the possible means by which he can assert his interests, whether in commerce, in public office, or in finance; and I will show him that not a single one of these means does not involve certain risks, does not place him in a precarious and dependent position, and does not force him to adjust his habits, sentiments, and behavior according to the examples and prejudices of others.
Forse, con riflessioni del genere, ci si astenerebbe meno dal prendere in giro Erodoto, Ctesia, Plinio per aver descritto gli abitanti di diversi paesi con tratti originali e differenze marcate che oggi non osserviamo più. Bisognerebbe riconoscere negli stessi individui le stesse caratteristiche; bisognerebbe che nulla li avesse cambiati affinché rimanessero sempre gli stessi. Se potessimo considerare tutti gli uomini che sono esistiti nel corso dei secoli, come possiamo dubitare che non li trovassimo ancora diversi da un’epoca all’altra, o che oggi non li trovassimo diversi a seconda della nazione?
Nello stesso momento in cui le osservazioni diventano più difficili, vengono anche effettuate con maggiore negligenza e meno accuratezza; questa è un’altra ragione del scarso successo delle nostre ricerche nella storia naturale dell’umanità. L’insegnamento che si ricava dai viaggi dipende dall’obiettivo per cui vengono intrapresi. Quando questo obiettivo è un sistema filosofico, il viaggiatore vede soltanto ciò che desidera vedere; quando l’obiettivo è il profitto, quest’ultimo assorbe tutta l’attenzione di coloro che si dedicano al viaggio. Il commercio e le arti, che mescolano e confondono i popoli, impediscono anche loro di studiarsi a vicenda. Quando sanno quale profitto possono trarre l’uno dall’altro, cosa hanno ancora da imparare?
È utile per l’uomo conoscere tutti i luoghi in cui è possibile vivere, al fine di poter poi scegliere quelli in cui si può vivere più comodamente. Se ognuno si bastasse a sé stesso, non avrebbe bisogno di conoscere altro che l’estensione del territorio che può nutrirlo. Il selvaggio, che ha bisogno di nessuno e non desidera nulla al mondo, conosce e cerca di conoscere soltanto il proprio paese. Se è costretto ad espandersi per sopravvivere, fugge dai luoghi abitati dagli uomini; desidera soltanto le bestie e ha bisogno solo di esse per nutrirsi. Ma per noi, a cui la vita civile è necessaria e che non possiamo più fare a meno di “mangiare” gli uomini, l’interesse di ciascuno di noi è quello di frequentare i paesi in cui ne si trovano il maggior numero. Ecco perché tutto converge verso Roma, Parigi, Londra: è sempre nelle capitali che il sangue umano viene venduto a miglior prezzo. Così, conosciamo soltanto le grandi nazioni, e tutte le grandi nazioni si assomigliano tra loro.
Si dice che abbiamo scienziati che viaggiano per istruirsi; è un errore: gli scienziati viaggiano per interesse, proprio come tutti gli altri. Gli Platoni, i Pitagora non esistono più, o, se esistono, sono molto lontani da noi. I nostri scienziati viaggiano soltanto su ordine della corte: vengono inviati, sostenuti economicamente e pagati per osservare questo o quell’oggetto, che certamente non ha nulla a che fare con la morale. Devono dedicare tutto il loro tempo a quest’unico oggetto; sono persone troppo oneste per rubarsi i propri soldi. Se in qualche paese ci sono curiosi che viaggiano a proprie spese, non è mai per studiare gli uomini, ma per “istruirli”. Non hanno bisogno di scienza, ma di vanità. Come potrebbero imparare, durante i loro viaggi, a liberarsi dal giogo dell’opinione pubblica? Li fanno soltanto per compiacerla.
C’è una grande differenza tra viaggiare per ammirare i paesaggi o per conoscere i popoli. Il primo scopo è sempre quello dei curiosi; per loro, l’aspetto culturale del luogo visitato rappresenta soltanto un elemento secondario. Per chi invece desidera riflettere filosoficamente, le cose sono esattamente il contrario: l’infante osserva le cose nella speranza di poter poi osservare gli esseri umani; l’uomo, invece, deve innanzitutto osservare i suoi simili e solo successivamente, se ne ha il tempo, può dedicarsi all’esplorazione delle cose stesse.
È quindi un errore logico concludere che i viaggi siano inutili solo perché noi li facciamo male. Tuttavia, anche ammesso l’utilità dei viaggi, ne consegue forse che siano adatti a tutti? Niente affatto; anzi, sono adatti soltanto a pochissime persone: soltanto a coloro che sono abbastanza forti dentro di sé da ascoltare le lezioni degli errori senza lasciarsi sedurre, e da osservare l’esempio del vizio senza seguirne l’esempio. I viaggi spingono la natura umana verso il suo percorso naturale, e finiscono per rendere l’uomo buono o cattivo a seconda delle circostanze. Chi ritorna da un lungo viaggio è, al suo ritorno, ciò che sarà per tutta la vita: di solito, i malvagi ne tornano in numero maggiore rispetto ai buoni, perché partono con una tendenza al male più forte di quella verso il bene. I giovani mal educati e cattivi, durante i loro viaggi, assorbono tutti i vizi dei popoli che incontrano, senza acquisire alcuna delle virtù che questi stessi popoli possiedono; mentre coloro che sono nati fortunatamente, i cui buoni istinti sono stati coltivati con cura e che viaggiano con lo scopo reale di imparare, tornano a casa migliori e più saggi di quanto fossero partiti. Così farà anche il mio Émile. Così fece quel giovane, degno di un’epoca migliore: la cui virtù fu ammirata da tutta Europa; che morì per il suo paese nel fiore degli anni. Ma che meritava davvero di vivere. E la cui tomba, ornata soltanto dalle sue virtù, attendeva soltanto che una mano straniera vi posasse dei fiori[496].
Tutto ciò che viene fatto per ragione deve avere le sue regole. I viaggi, considerati come una parte dell’educazione, devono anch’essi avere le loro regole. Viaggiare soltanto per il gusto di viaggiare significa errare, essere vagabondi; viaggiare per imparare è un obiettivo ancora troppo vago: un’istruzione che non ha uno scopo preciso non significa nulla. Vorrei dare al giovane un interesse concreto per l’apprendimento, e questo interesse, scelto con cura, determinerebbe anche la natura stessa dell’educazione. È sempre il seguito di un metodo coerente che ho cercato di applicare.
Ora, dopo essersi considerato in base ai suoi rapporti fisici con gli altri esseri, in base ai suoi rapporti morali con gli altri uomini, gli resta da considerarsi in base ai suoi rapporti civili con i suoi concittadini. Per farlo, deve innanzitutto studiare la natura del governo in generale, le diverse forme di governo e, infine, il governo particolare sotto il quale è nato, per capire se sia adatto a vivervi; poiché, per un diritto che nulla può revocare, ogni uomo, diventando maggiore e padrone di sé stesso, diventa anche padrone del diritto di rinunciare al patto con il quale è legato alla comunità, lasciando il paese in cui essa è stabilita. Solo rimanendo in quel luogo dopo aver raggiunto l’età della ragione, si può considerare che confermi tacitamente l’impegno preso dai propri antenati. Acquista così il diritto di rinunciare alla propria patria, proprio come al diritto di successione del proprio padre; tuttavia, poiché il luogo di nascita è un dono della natura, rinunciarvi significa anche rinunciare a una parte di sé stesso. Secondo questo rigido principio, ogni uomo rimane libero di affrontare i rischi che il luogo in cui nasce può comportare, a meno che non si sottometta volontariamente alle leggi per ottenere la protezione che queste possono offrire.
Gli direi quindi, ad esempio: “Fino ad ora avete vissuto sotto la mia guida; non eravate in grado di governarvi da soli. Ma state per raggiungere l’età in cui le leggi, lasciandovi la disposizione dei vostri beni, vi rendono padroni di voi stessi. Vi troverete quindi da soli nella società, dipendenti da tutto, persino dal vostro patrimonio. Avete in vista di stabilirvi; questo desiderio è lodevole e rappresenta uno dei doveri dell’uomo. Ma prima di sposarvi, è necessario sapere quale tipo di uomo vogliate diventare, a cosa vogliate dedicare la vostra vita, quali misure intendete prendere per garantire il pane a voi e alla vostra famiglia. Poiché, anche se non si dovrebbe considerare questa questione l’occupazione principale della propria vita, è comunque necessario pensarci almeno una volta. Volete infatti mettervi in condizioni di dipendenza da persone che disprezzate? Volete costruire la vostra fortuna e stabilire il vostro status attraverso relazioni civili che vi metteranno costantemente alla mercé degli altri, costringendovi, per evitare i truffatori, a diventare voi stessi truffatori?”
In merito a questo, gli descriverò tutti i mezzi possibili per far valere i suoi interessi, sia nel commercio che nelle cariche pubbliche o nella finanza; e gli dimostrerò che non c’è nessuno di questi mezzi che non comporti rischi, che non lo metta in una situazione precaria e dipendente, e che non lo costringa a regolare i suoi costumi, i suoi sentimenti e il suo comportamento seguendo gli esempi e i pregiudizi altrui.
Il y a, lui dirai-je, un autre moyen d’employer son temps et sa personne, c’est de se mettre au service, c’est-à-dire de se louer à très bon compte pour aller tuer des gens qui ne nous ont point fait de mal. Ce métier est en grande estime parmi les hommes, et ils font un cas extraordinaire de ceux qui ne sont bons qu’à cela. Au surplus, loin de vous dispenser des autres ressources, il ne vous les rend que plus nécessaires ; car il entre aussi dans l’honneur de cet état de ruiner ceux qui s’y dévouent. Il est vrai qu’ils ne s’y ruinent pas tous ; la mode vient même insensiblement de s’y enrichir comme dans les autres ; mais je doute qu’en vous expliquant comment s’y prennent pour cela ceux qui réussissent, je vous rende curieux de les imiter.
Vous saurez encore que, dans ce métier même, il ne s’agit plus de courage ni de valeur, si ce n’est peut-être auprès des femmes ; qu’au contraire le plus rampant, le plus bas, le plus servile, est toujours le plus honoré : que si vous vous avisez de vouloir faire tout de bon votre métier, vous serez méprisé, haï, chassé peut-être, tout au moins accablé de passe-droits et supplanté par tous vos camarades, pour avoir fait votre service à la tranchée, tandis qu’ils faisaient le leur à la toilette.
On se doute bien que tous ces emplois ne seront pas fort du goût d’Émile. Eh quoi ! me dira-t-il, ai-je oublié les jeux de mon enfance ? ai-je perdu mes bras ? ma force est-elle épuisée ? ne sais-je plus travailler ? Que m’importe tous vos beaux emplois et toutes les sottes opinions des hommes ? Je ne connais point d’autre gloire que d’être bienfaisant et juste ; je ne connais point d’autre bonheur que de vivre indépendant avec ce qu’on aime, en gagnant tous les jours de l’appétit et de la santé par son travail. Tous ces embarras dont vous me parlez ne me touchent guère. Je ne veux pour tout bien qu’une petite métairie dans quelque coin du monde. Je mettrai toute mon avarice à la faire valoir, et je vivrai sans inquiétude. Sophie et mon champ, et je serai riche.
Oui, mon ami, c’est assez pour le bonheur du sage d’une femme et d’un champ qui soient à lui ; mais ces trésors, bien que modestes, ne sont pas si communs que vous pensez. Le plus rare est trouvé par vous ; parlons de l’autre.
Un champ qui soit à vous, cher Émile ! et dans quel lieu le choisirez-vous ? En quel coin de la terre pourrez-vous dire : Je suis ici mon maître et celui du terrain qui m’appartient ? On sait en quels lieux il est aisé de se faire riche, mais qui sait où l’on peut se passer de l’être ? Qui sait où l’on peut vivre indépendant et libre sans avoir besoin de faire du mal à personne et sans crainte d’en recevoir ? Croyez-vous que le pays où il est toujours permis d’être honnête homme soit si facile à trouver ? S’il est quelque moyen légitime et sûr de subsister sans intrigue, sans affaire, sans dépendance, c’est, j’en conviens, de vivre du travail de ses mains, en cultivant sa propre terre : mais où est l’état où l’on peut se dire : La terre que je foule est à moi ? Avant de choisir cette heureuse terre, assurez-vous bien d’y trouver la paix que vous cherchez ; gardez qu’un gouvernement violent, qu’une religion persécutante, que des moeurs perverses ne vous y viennent troubler. Mettez-vous à l’abri des impôts sans mesure qui dévoreraient le fruit de vos peines, des procès sans fin qui consumeraient votre fonds. Faites en sorte qu’en vivant justement vous n’ayez point à faire votre cour à des intendants, à leurs substituts, à des juges, à des prêtres, à de puissants voisins, à des fripons de toute espèce, toujours prêts à vous tourmenter si vous les négligez. Mettez-vous surtout à l’abri des vexations des grands et des riches ; songez que partout leurs terres peuvent confiner à la vigne de Naboth[497]. Si votre malheur veut qu’un homme en place achète ou bâtisse une maison près de votre chaumière, répondez-vous qu’il ne trouvera pas le moyen, sous quelque prétexte, d’envahir votre héritage pour s’arrondir, ou que vous ne verrez pas, dès demain peut-être, absorber toutes vos ressources dans un large grand chemin ? Que si vous vous conservez du crédit pour parer à tous ces inconvénients, autant vaut conserver aussi vos richesses, car elles ne vous coûteront pas plus à garder. La richesse et le crédit s’étayent mutuellement ; l’un se soutient toujours mal sans l’autre.
J’ai plus d’expérience que vous, cher Émile ; je vois mieux la difficulté de votre projet. Il est beau pourtant, il est honnête, il vous rendrait heureux en effet : efforçons-nous de l’exécuter. J’ai une proposition à vous faire : consacrons les deux ans que nous avons pris jusqu’à votre retour à choisir un asile en Europe où vous puissiez vivre heureux avec votre famille, à l’abri de tous les dangers dont je viens de vous parler. Si nous réussissons, vous aurez trouvé le vrai bonheur vainement cherché par tant d’autres, et vous n’aurez pas regret à votre temps. Si nous ne réussissons pas, vous serez guéri d’une chimère ; vous vous consolerez d’un malheur inévitable, et vous vous soumettrez à la loi de la nécessité.
Je ne sais si tous mes lecteurs apercevront jusqu’où va nous mener cette recherche ainsi proposée ; mais je sais bien que si, au retour de ses voyages, commencés et continués dans cette vue, Émile n’en revient pas versé dans toutes les matières de gouvernement, de moeurs publiques, et de maximes d’état de toute espèce, il faut que lui ou moi soyons bien dépourvus, l’un d’intelligence, et l’autre de jugement.
Le droit politique est encore à naître, et il est à présumer qu’il ne naîtra jamais. Grotius, le maître de tous nos savants en cette partie, n’est qu’un enfant, et, qui pis est, un enfant de mauvaise foi. Quand j’entends élever Grotius jusqu’aux nues et couvrir Hobbes d’exécration, je vois combien d’hommes sensés lisent ou comprennent ces deux auteurs. La vérité est que leurs principes sont exactement semblables ; ils ne diffèrent que par les expressions. Ils diffèrent aussi par la méthode. Hobbes s’appuie sur des sophismes, et Grotius sur des poètes ; tout le reste leur est commun.
Le seul moderne en état de créer cette grande et inutile science eût été l’illustre Montesquieu. Mais il n’eut garde de traiter des principes du droit politique ; il se contenta de traiter du droit positif des gouvernements établis ; et rien au monde n’est plus différent que ces deux études.
Celui pourtant qui veut juger sainement des gouvernements tels qu’ils existent est obligé de les réunir toutes deux : il faut savoir ce qui doit être pour bien juger de ce qui est. La plus grande difficulté pour éclaircir ces importantes matières est d’intéresser un particulier à les discuter, de répondre à ces deux questions : Que m’importe ? et : Qu’y puis-je faire ? Nous avons mis notre Émile en état de répondre à toutes deux.
La deuxième difficulté vient des préjugés de l’enfance, des maximes dans lesquelles on a été nourri, surtout de la partialité des auteurs, qui, parlant toujours de la vérité dont ils ne se soucient guère, ne songent qu’à leur intérêt dont ils ne parlent point. Or le peuple ne donne ni chaires, ni pensions, ni places d’académies : qu’on juge comment ses droits doivent être établis par ces gens-là ! J’ai fait en sorte que cette difficulté fût encore nulle pour Émile. À peine sait-il ce que c’est que gouvernement ; la seule chose qui lui importe est de trouver le meilleur. Son objet n’est point de faire des livres ; et si jamais il en fait, ce ne sera point pour faire sa cour aux puissances, mais pour établir les droits de l’humanité.
Il reste une troisième difficulté, plus spécieuse que solide, et que je ne veux ni résoudre ni proposer : il me suffit qu’elle n’effraye point mon zèle ; bien sûr qu’en des recherches de cette espèce, de grands talents sont moins nécessaires qu’un sincère amour de la justice et un vrai respect pour la vérité. Si donc les matières de gouvernement peuvent être équitablement traitées, en voici, selon moi, le cas ou jamais.
Avant d’observer, il faut se faire des règles pour ses observations : il faut se faire une échelle pour y rapporter les mesures qu’on prend. Nos principes de droit politique sont cette échelle. Nos mesures sont les lois politiques de chaque pays.
Nos éléments seront clairs, simples, pris immédiatement dans la nature des choses. Ils se formeront des questions discutées entre nous, et que nous ne convertirons en principes que quand elles seront suffisamment résolues.
I would say to you that there is another way to employ one’s time and one’s person: to devote oneself to serving others, in other words, to offer one’s services for a very good price in order to go and kill people who have done us no harm at all. This profession is highly regarded among men, and those who are good only for this purpose are held in extraordinary esteem. Moreover, far from freeing you from other means of earning a living, it makes them even more necessary; for it also belongs to the dignity of this state to devote oneself to ruining those who choose it. It is true that not all people ruin themselves in doing so; indeed, there has even been a gradual trend toward gaining wealth through this path, just as in other occupations. But I doubt that by explaining to you how those who succeed manage to do it, I will arouse in you any desire to imitate them.
You will still come to realize that, even in this very profession, it is no longer a matter of courage or merit—perhaps except when dealing with women; on the contrary, what is most rampant, lowest, and most servile is always what is most honored. If you dare to do your job properly, you will be despised, hated, perhaps even driven away; at the very least, you will be overwhelmed by preferential treatment and supplanted by all your colleagues, simply because you performed your duties at the front line, while they spent their time attending to their personal grooming.
One can easily imagine that none of these occupations will please Émile. “What!”, he might say, “Have I forgotten the games of my childhood? Have I lost my strength? Am I no longer capable of working? What do all these fine jobs and the foolish opinions of people mean to me? I know no greater glory than being kind and just; I know no greater happiness than living independently with what I love, earning enough every day to satisfy my hunger and maintain my health through my own labor. All these troubles you speak of hardly concern me at all. All I desire is a small piece of land in some corner of the world. I will devote all my diligence to making it productive, and live without worry. Sophie, my field—and that would be enough for me to be rich.”
Yes, my friend, that is indeed enough for a wise man’s happiness—having a woman and a field to call his own; but such treasures, though modest, are not so common as you think. The rarer one has already been found by you; let us talk about the other one.
A field that truly belongs to you, dear Émile! But in what place will you choose it? In what corner of the earth can you say: “I am here—my master, and the master of this land that belongs to me”? People know where it is easy to become rich, but who knows where one can live independently and freely, without harming anyone or fearing harm from others? Do you believe that such a place, where it is always possible to be an honest man, is so easily found? If there exists any legitimate and sure way to survive without intrigue, without business dealings, without dependence, then it is, I agree, by working with one’s own hands and cultivating one’s own land. But where can one say: “The land I tread on belongs to me”? Before choosing such a fortunate land, make sure you find there the peace you seek; ensure that no violent government, no persecuting religion, and no corrupt morals will disturb you there. Protect yourself from excessive taxes that would devour the fruits of your labor, from endless lawsuits that would drain your resources. Ensure that by living justly, you do not have to curry favor with officials, their subordinates, judges, priests, powerful neighbors, or all sorts of scoundrels who are always ready to torment you if you ignore them. Above all, protect yourself from the oppressions of the wealthy and the powerful; remember that wherever they own land, it may border on Naboth’s vineyard[497]. If, by misfortune, some influential person buys or builds a house near your humble cottage, can you be sure that he will not find some pretext to encroach upon your inheritance for his own gain? Or that you will not see, perhaps tomorrow, all your resources consumed by the construction of some massive road? If you manage to preserve your credit to avoid all these troubles, then it is just as important to keep your wealth safe, for it will cost you no more effort to protect. Wealth and credit support each other; one cannot survive without the other.
I have more experience than you do, dear Émile; I see more clearly the difficulties involved in your project. It is indeed a beautiful project, honest, and it would truly bring you happiness—if only we could succeed in carrying it out. I have a suggestion for you: let us use the two years that have passed since your departure to find a place in Europe where you can live happily with your family, safe from all the dangers I just mentioned. If we succeed, you will have found the true happiness that so many others have sought in vain, and you will have no regrets about the time spent on this endeavor. If we fail, at least you will be free from an illusion; you can console yourself for an inevitable misfortune and submit to the laws of necessity.
I do not know whether all my readers will realize to what extent this line of inquiry will lead us; but I am certain that if, upon returning from his travels—travels begun and continued with this aim in mind—Émile does not emerge knowledgeable in all matters relating to government, public morals, and various principles of statecraft, then either he or I must be severely lacking in intelligence or judgment.
Political law is still in its infancy, and it can be assumed that it will never truly come into being. Grotius, the master of all our scholars in this field, is but a child—and, worse yet, a child of bad faith. When I hear people exalt Grotius to the skies while condemning Hobbes, I wonder how many sensible people actually read or understand these two authors. The truth is that their principles are exactly alike; they differ only in their expression. They also differ in methodology: Hobbes relies on sophisms, while Grotius draws upon poets; everything else they have in common.
The only modern figure capable of creating such a grand and ultimately useless science would have been the illustrious Montesquieu. However, he never ventured to address the principles of political law; he merely focused on the positive laws of established governments. And nothing in the world could be more different than these two areas of study.
Yet anyone who wishes to judge governments as they actually exist is obliged to consider both aspects: one must understand what ought to be in order to properly assess what is. The greatest difficulty in clarifying these important matters lies in arousing a person’s interest in discussing them and in answering these two questions: “What does it matter to me?” and “What can I do about it?” We have equipped our Émile with the means to answer both of these questions.
The second difficulty arises from the prejudices acquired in childhood, from the maxims with which one has been raised, and especially from the bias of those who write—people who, while always speaking of truth, care little for it themselves and think only of their own interests, about which they never speak. Moreover, the people do not grant professorships, pensions, or seats in academies; one can imagine how such people could determine what rights the common folk ought to have! I made sure that this difficulty posed no obstacle at all for Émile. He hardly even knows what governance is; the only thing that matters to him is to find what is best. His goal is not to write books; and if he ever does, it will not be in order to curry favor with those in power, but to establish the rights of humanity.
There remains a third difficulty, one that is more speculative than substantial, and one that I neither wish to resolve nor propose. It is sufficient for me that it do not deter my zeal; indeed, in inquiries of this kind, great talents are less necessary than a sincere love of justice and a true respect for the truth. Therefore, if the matters concerning governance can be addressed fairly, then this is, in my view, the perfect occasion to do so.
Before conducting any observations, one must establish rules for them: it is necessary to create a scale upon which to compare the measurements taken. Our principles of political law serve as this scale; our measures are the political laws of each country.
Our elements will be clear and simple, directly derived from the very nature of things. We will formulate these questions through discussions among us, and only convert them into principles once they have been sufficiently clarified.
Esiste, potrei dire, un altro modo per impiegare il proprio tempo e la propria persona: quello di mettersi al servizio degli altri, cioè di prestarsi a compiti disonori e pericolosi pur di uccidere persone che non ci hanno fatto alcun male. Questo mestiere è molto apprezzato dagli uomini, e coloro che sono adatti solo a farlo vengono considerati con grande rispetto. Inoltre, lontano dal dispensarvi da altre risorse, esso le rende ancora più necessarie; infatti, rientra nell’onore di questo “stato” distruggere coloro che vi si dedicano. È vero che non tutti si rovinano in questo modo; anzi, ultimamente è persino diventato possibile arricchirsi attraverso esso, proprio come avviene in altri ambiti. Ma dubito che spiegarvi come fanno coloro che ci riescono possa farvi desiderare di imitarli.
Saprete ancora che, anche in questo mestiere, non si tratta più di coraggio né di valore, forse tranne che nel caso delle donne; al contrario, ciò che è più spregevole, più meschino, più servile è sempre ciò che riceve il maggior onore: se vi azzardate a svolgere seriamente il vostro compito, verrete disprezzati, odiati, forse cacciati via, o comunque soppiantati da tutti i vostri compagni, solo perché avete prestato servizio in trincea, mentre loro lo facevano davanti allo specchio.
Si può ben dubitare che tutti questi lavori siano di gradimento ad Émile, “Ehi!”, mi dirà lui, “ho forse dimenticato i giochi della mia infanzia? Mi sono forse perso le braccia? La mia forza è forse esaurita? Non so più come lavorare. Che importanza hanno per me tutti questi bei lavori e tutte le sciocche opinioni degli uomini? Non conosco altra gloria se non quella di essere buono e giusto; non conosco altro felicità se non quella di vivere liberamente, con ciò che si ama, guadagnando ogni giorno cibo e salute attraverso il proprio lavoro. Tutti questi problemi di cui mi parlate non mi interessano affatto. Voglio soltanto una piccola tenuta in qualche angolo del mondo; dedicherò tutta la mia avarizia a farla fruttare, e vivrò senza preoccupazioni. Sophie, il mio campo, ed ecco che sarò ricco.”
Sì, mio amico, è sufficiente per la felicità di un saggio avere una donna e un campo che gli appartengano; ma questi tesori, sebbene modesti, non sono così comuni come tu pensi. Il più raro tra essi è proprio quello che hai trovato tu; parliamo dell’altro.
Un campo che sia tuo, caro Émile. In quale luogo lo sceglierai? In quale angolo della terra potrai dire: “Io sono qui, padrone di questa terra che mi appartiene”? Si sa in quali luoghi è facile arricchirsi, ma chi può sapere dove si possa vivere indipendentemente e liberamente, senza dover fare del male a nessuno e senza temerne le conseguenze? Credi davvero che esista un paese in cui sia sempre possibile essere persone oneste? Se esiste qualche modo legittimo e sicuro per sopravvivere senza intrighi, senza affari complicati, senza dipendenze da altri, allora è certamente vivendo del lavoro delle proprie mani, coltivando la propria terra. Ma dove si può trovare uno stato in cui si possa dire: “La terra che calpesto è mia”? Prima di scegliere questo luogo felice, assicurati bene di trovarvi pace; fai in modo che nessun governo violento, nessuna religione persecutrice, nessuna morale perversa vengano a disturbarti. Mettiti al riparo dalle tasse eccessive che divorerebbero i frutti del tuo lavoro, dai processi interminabili che consumerebbero le tue risorse. Assicurati che vivendo onestamente non debba inchinarti davanti a funzionari pubblici, giudici, preti o persone potenti e disoneste, sempre pronte a tormentarti se le ignori. Mettiti soprattutto al riparo dalle angherie dei ricchi e dei potenti. Ricorda che ovunque le loro terre possano confinare con quelle di altri. Se per sfortuna un uomo influente compra o costruisce una casa vicino alla tua capanna, puoi essere certo che troverà sempre il modo, sotto qualche pretesto, di usurpare i tuoi diritti. O forse domani stesso vedrai tutte le tue risorse distrutte a causa di lavori pubblici inutili? Se riesci a mantenere la tua reputazione onesta per evitare tutti questi problemi, allora è altrettanto importante conservare anche le tue ricchezze, perché non ti costeranno nulla nel mantenerle. La ricchezza e la reputazione si sostengono a vicenda; l’una non può esistere senza l’altra.
Ho più esperienza di voi, caro Émile; vedo meglio le difficoltà del vostro progetto. Tuttavia è bello, onesto, e vi renderebbe davvero felici: cerchiamo quindi di realizzarlo. Ho una proposta da farvi: dedichiamo i due anni trascorsi fino al vostro ritorno a scegliere un luogo in Europa dove potrete vivere felicemente con la vostra famiglia, al riparo da tutti i pericoli di cui vi ho parlato. Se riusciremo, avrete trovato la vera felicità che tanti altri hanno cercato invano, e non rimpiangerete il vostro tempo. Se falliremo, sarete liberati da un’illusione; vi consolerete di una sfortuna inevitabile e vi sottometterete alla legge della necessità.
Non so se tutti i miei lettori comprenderanno fino a dove ci porterà questa ricerca così proposta; ma so bene che, se, al ritorno dai suoi viaggi iniziati e proseguiti con questo scopo, Émile non dovesse tornare padrone di tutte le materie relative al governo, alle morali pubbliche e alle massime di stato di ogni genere, allora sia lui che io dovremmo essere davvero privi di intelligenza o di giudizio.
Il diritto politico è ancora in via di nascita, e si può presumere che non nascerà mai. Grotius, il maestro di tutti i nostri studiosi in questo campo, non è altro che un bambino, e, peggio ancora, un bambino di cattiva fede. Quando sento che Grotius viene esaltato all’apice della gloria mentre Hobbes viene coperto d’infamia, mi chiedo quante persone sensate leggano o comprendano davvero questi due autori. La verità è che i loro principi sono esattamente identici; si differenziano soltanto nelle espressioni e nel metodo di argomentazione. Hobbes si basa su sofismi, mentre Grotius si appoggia ai poeti. Tutto il resto è in comune tra loro.
L’unico moderno in grado di creare questa grande e inutile scienza sarebbe stato l’illustre Montesquieu. Tuttavia, egli non si dedicò affatto agli studi sui principi del diritto politico; si limitò a esaminare il diritto positivo dei governi già esistenti; e nulla al mondo è più diverso da queste due tipologie di studio.
Colui che desidera giudicare in modo saggio i governi così come esistono è costretto a considerare entrambi questi aspetti: è necessario conoscere ciò che deve essere per poter valutare correttamente ciò che è. La maggiore difficoltà nell’affrontare queste questioni importanti consiste nel motivare una persona ad interessarsi alla loro discussione, nel rispondere a queste due domande: “Che importanza ha per me?” e “Cosa posso fare al riguardo?”. Noi abbiamo preparato il nostro Émile affinché fosse in grado di rispondere a entrambe le domande.
La seconda difficoltà deriva dai pregiudizi dell’infanzia, dalle massime con cui si è stati educati, soprattutto dalla parzialità degli autori, i quali, parlando sempre della verità di cui non si curano affatto, pensano soltanto al proprio interesse, del quale non parlano mai. Ora, il popolo non fornisce né cattedre, né stipendi, né posti nelle accademie: si possa giudicare come i suoi diritti debbano essere stabiliti da queste persone! Ho fatto in modo che anche questa difficoltà fosse del tutto eliminata per Émile. Lui appena sa cosa significhi governare; l’unica cosa che gli interessa è trovare ciò che è migliore. Il suo scopo non è scrivere libri; e se mai lo farà, non sarà certo per compiacere i potenti, ma per stabilire i diritti dell’umanità.
Resta ancora una terza difficoltà, più specifica che reale, e di cui non intendo né risolvere i problemi né proporre soluzioni: mi basta che essa non scoraggi il mio impegno; ovviamente, in ricerche di questo tipo, sono meno necessari grandi talenti che un sincero amore per la giustizia e un vero rispetto per la verità. Se quindi le questioni relative al governo possono essere trattate in modo equo, secondo me questa è l’occasione perfetta per farlo.
Prima di osservare, è necessario stabilire delle regole per tali osservazioni: bisogna creare una scala su cui confrontare le misure che si effettuano. I nostri principi di diritto politico rappresentano proprio questa scala; le nostre leggi sono le norme politiche di ogni paese.
I nostri elementi saranno chiari, semplici, tratti direttamente dalla natura delle cose stesse. Si tratterà di domande che discuteremo tra noi, e le trasformeremo in principi soltanto quando saranno state sufficientemente chiarite.
Par exemple, remontant d’abord à l’état de nature, nous examinerons si les hommes naissent esclaves ou libres, associés ou indépendants ; s’ils se réunissent volontairement ou par force ; si jamais la force qui les réunit peut former un droit permanent, par lequel cette force antérieure oblige, même quand elle est surmontée par une autre, en sorte que, depuis la force du roi Nembrod, qui, dit-on, lui soumit les premiers peuples, toutes les autres forces qui ont détruit celle-là soient devenues iniques et usurpatoires, et qu’il n’y ait plus de légitimes rois que les descendants de Nembrod ou ses ayants cause ; ou bien si cette première force venant à cesser, la force qui lui succède oblige à son tour, et détruit l’obligation de l’autre, en sorte qu’on ne soit obligé d’obéir qu’autant qu’on y est forcé, et qu’on en soit dispensé sitôt qu’on peut faire résistance : droit qui, ce semble, n’ajouterait pas grand-chose à la force, et ne serait guère qu’un jeu de mots.
Nous examinerons si l’on ne peut pas dire que toute maladie vient de Dieu, et s’il s’ensuit pour cela que ce soit un crime d’appeler le médecin.
Nous examinerons encore si l’on est obligé en conscience de donner sa bourse à un bandit qui nous la demande sur le grand chemin, quand même on pourrait la lui cacher ; car enfin le pistolet qu’il tient est aussi une puissance.
Si ce mot de puissance en cette occasion veut dire autre chose qu’une puissance légitime, et par conséquent soumise aux lois dont elle tient son être.
Supposé qu’on rejette ce droit de force, et qu’on admette celui de la nature ou l’autorité paternelle comme principe des sociétés, nous rechercherons la mesure de cette autorité, comment elle est fondée dans la nature, si elle a d’autre raison que l’utilité de l’enfant, sa faiblesse et l’amour naturel que le père a pour lui ; si donc, la faiblesse de l’enfant venant à cesser, et sa raison à mûrir, il ne devient pas seul juge naturel de ce qui convient à sa conservation, par conséquent son propre maître, et indépendant de tout autre homme, même de son père ; car il est encore plus sûr que le fils s’aime lui-même, qu’il n’est sûr que le père aime le fils.
Si, le père mort, les enfants sont tenus d’obéir à leur aîné ou à quelque autre qui n’aura pas pour eux l’attachement naturel d’un père ; et si de race en race, il y aura toujours un chef unique, auquel toute la famille soit tenue d’obéir. Auquel cas on chercherait comment l’autorité pourrait jamais être partagée, et de quel droit il y aurait sur la terre entière plus d’un chef qui gouvernât le genre humain.
Supposé que les peuples se fussent formés par choix, nous distinguerons alors le droit du fait ; et nous demanderons si, s’étant ainsi soumis à leurs frères, oncles ou parents, non qu’ils y fussent obligés, mais parce qu’ils l’ont bien voulu, cette sorte de société ne rentre pas toujours dans l’association libre et volontaire.
Passant ensuite au droit d’esclavage, nous examinerons si un homme peut légitimement s’aliéner à un autre, sans restriction, sans réserve, sans aucune espèce de condition ; c’est-à-dire s’il peut renoncer à sa personne, à sa vie, à sa raison, à son moi, à toute moralité dans ses actions, et cesser en un mot d’exister avant sa mort, malgré la nature qui le charge immédiatement de sa propre conservation, et malgré sa conscience et sa raison qui lui prescrivent ce qu’il doit faire et ce dont il doit s’abstenir.
Que s’il y a quelque réserve, quelque restriction dans l’acte d’esclavage, nous discuterons si cet acte ne devient pas alors un vrai contrat, dans lequel chacun des deux contractants, n’ayant point en cette qualité de supérieur commun[498], restent leurs propres juges quant aux conditions du contrat, par conséquent libres chacun dans cette partie, et maîtres de le rompre sitôt qu’ils s’estiment lésés.
Que si donc un esclave ne peut s’aliéner sans réserve à son maître, comment un peuple peut-il s’aliéner sans réserve à son chef ? et si l’esclave reste juge de l’observation du contrat par son maître, comment le peuple ne restera-t-il pas juge de l’observation du contrat par son chef ?
Forcés de revenir ainsi sur nos pas, et considérant le sens de ce mot collectif de peuple, nous chercherons si, pour l’établir, il ne faut pas un contrat, au moins tacite, antérieur à celui que nous supposons.
Puisque avant de s’élire un roi le peuple est un peuple, qu’est-ce qui l’a fait tel sinon le contrat social ? Le contrat social est donc la base de toute société civile, et c’est dans la nature de cet acte qu’il faut chercher celle de la société qu’il forme.
Nous rechercherons quelle est la teneur de ce contrat, et si l’on ne peut pas à peu près l’énoncer par cette formule : « Chacun de nous met en commun ses biens, sa personne, sa vie, et toute sa puissance, sous la suprême direction de la volonté générale, et nous recevons en corps chaque membre comme partie indivisible du tout. »
Ceci supposé, pour définir les termes dont nous avons besoin, nous remarquerons qu’au lieu de la personne particulière de chaque contractant, cet acte d’association produit un corps moral et collectif, composé d’autant de membres que l’assemblée a de voix. Cette personne publique prend en général le nom de corps politique, lequel est appelé par ses membres état quand il est passif, souverain quand il est actif, puissance en le comparant à ses semblables. À l’égard des membres eux-mêmes, ils prennent le nom de peuple collectivement, et s’appellent en particulier citoyens, comme membres de la cité ou participants à l’autorité souveraine, et sujets, comme soumis à la même autorité.
Nous remarquons que cet acte d’association renferme un engagement réciproque du public et des particuliers, et que chaque individu, contractant pour ainsi dire avec lui-même, se trouve engagé sous un double rapport, savoir, comme membre du souverain envers les particuliers, et comme membre de l’état envers le souverain.
Nous remarquerons encore que nul n’étant tenu aux engagements qu’on n’a pris qu’avec soi, la délibération publique qui peut obliger tous les sujets envers le souverain, à cause des deux différents rapports sous lesquels chacun d’eux est envisagé, ne peut obliger l’état envers lui-même. Par où l’on voit qu’il n’y a ni ne peut y avoir d’autre loi fondamentale proprement dite que le seul pacte social. Ce qui ne signifie pas que le corps politique ne puisse, à certains égards, s’engager envers autrui ; car, par rapport à l’étranger, il devient un être simple, un individu.
Les deux parties contractantes, savoir chaque particulier et le public, n’ayant aucun supérieur commun qui puisse juger leurs différends, nous examinerons si chacun des deux reste le maître de rompre le contrat quand il lui plaît, c’est-à-dire d’y renoncer pour sa part sitôt qu’il se croit lésé.
Pour éclaircir cette question, nous observons que, selon le pacte social, le souverain ne pouvant agir que par des volontés communes et générales, ses actes ne doivent de même avoir que des objets généraux et communs ; d’où il suit qu’un particulier ne saurait être lésé directement par le souverain qu’ils ne le soient tous, ce qui ne se peut, puisque ce serait vouloir se faire du mal à soi-même. Ainsi le contrat social n’a jamais besoin d’autre garant que la force publique, parce que la lésion ne peut jamais venir que des particuliers ; et alors ils ne sont pas pour cela libres de leur engagement, mais punis de l’avoir violé.
Pour bien décider toutes les questions semblables, nous aurons soin de nous rappeler toujours que le pacte social est d’une nature particulière, et propre à lui seul, en ce que le peuple ne contracte qu’avec lui-même, c’est-à-dire le peuple en corps comme souverain, avec les particuliers comme sujets : condition qui fait tout l’artifice et le jeu de la machine politique, et qui seule rend légitimes, raisonnables et sans danger des engagements qui sans cela seraient absurdes, tyranniques et sujets aux plus énormes abus.
Les particuliers ne s’étant soumis qu’au souverain, et l’autorité souveraine n’étant autre chose que la volonté générale, nous verrons comment chaque homme, obéissant au souverain, n’obéit qu’à lui-même, et comment on est plus libre dans le pacte social que dans l’état de nature.
For instance, by first considering the state of nature, we will examine whether men are born as slaves or free, associated or independent; whether they come together willingly or by force; and whether the force that brings them together could ever establish a permanent right, whereby such initial force would continue to be binding even when overpowered by another force—so that, since the time of King Nembrod, who is said to have subdued the first peoples, all subsequent forces that overthrew him would thereby become unjust and usurping. It would also raise the question of whether there are any legitimate kings other than the descendants of Nembrod or those who succeeded him in power; or whether, when that initial force ceases to exist, the force that succeeds it would in turn become binding, thereby rendering obedience obligatory only when forced and exempting one from it whenever resistance is possible. Such a right, it seems, would add little to the actual power of a ruler and would amount little more than a mere play on words.
We will examine whether it cannot be said that every illness comes from God, and whether, consequently, calling a doctor would constitute a crime.
We will further consider whether it is one’s conscience to give one’s purse to a robber who demands it on the road, even though one could possibly hide it from him; after all, the pistol he holds is also a form of power.
If the term “power” in this context means something other than legitimate power—that is, power subject to the laws upon which its very existence depends—then.
Suppose we reject this right of force and acknowledge instead the authority of nature or paternal authority as the foundation of societies. Then we must examine the extent of this authority, how it is rooted in nature, and whether its basis lies solely in the child’s weakness and the natural love a father holds for him. If, indeed, the child’s weakness ceases and his reason matures, does he not then become the sole natural judge of what is necessary for his own preservation—consequently, his own master and independent of any other person, even his father? For it is far more certain that a son loves himself than that a father loves his son.
If, after the death of a father, his children are obliged to obey their elder brother or some other person who does not possess toward them the natural affection that a father would have; and if, from one generation to another, there always exists a single leader to whom the entire family is required to obey—then one would have to wonder how such authority could ever be shared, and on what basis it would be justified for there to be more than one ruler governing all of humanity.
Suppose that peoples were formed through free choice, then we would be able to distinguish between right and fact; and we would ask whether, by submitting themselves in this way to their brothers, uncles, or parents—not out of obligation, but because they chose to do so—such forms of society always fall within the category of voluntary and free association.
Moving on to the issue of slavery, we will examine whether a man can legitimately alienate himself from another person—without any restrictions, without any reservations, without any conditions whatsoever; in other words, whether he can renounce his own person, his life, his reason, his self, and all moral principles in his actions, and thus cease to exist before his death, despite the fact that nature immediately compels him to preserve himself, and despite his conscience and reason telling him what he must do and what he must refrain from doing.
If there are any reservations or restrictions inherent in the act of slavery, we shall discuss whether such an act does not then become a true contract, in which each of the two contracting parties, being neither in the position of common superior[498], remains the sole judge regarding the terms of the contract. Consequently, each party is free to terminate it whenever they feel aggrieved.
If, therefore, a slave cannot unreservedly ally himself to his master, how can a people unreservedly ally itself to its leader? And if the slave remains the judge of whether his master is fulfilling the terms of their agreement, how can the people not also be the judges of whether their leader is doing so?
Forced to retrace our steps in this manner, and considering the meaning of this collective term “people,” we will examine whether, in order to establish it, some kind of contract—even if merely tacit—precedes the one we assume to exist.
Since, before electing a king, the people are simply a people—what else could have made them such but the social contract? The social contract is therefore the foundation of any civil society, and it is in the nature of this act that we must seek to understand the nature of the society it forms.
We will ascertain what the content of this contract is, and whether it cannot be roughly expressed in these terms: “Each of us contributes his property, his person, his life, and all his abilities under the supreme direction of the general will, and we regard each member as an indivisible part of the whole.”
On this premise, in order to define the terms we need, we shall note that, rather than referring to the individual persons of each contracting party, this act of association creates a moral and collective entity, composed of as many members as the assembly has votes. This public entity is generally referred to as a political body; its members call it a state when it is passive, sovereign when it is active, and a power when compared to its counterparts. As for the members themselves, they are collectively called a people, and individually they are referred to as citizens—because they are members of the community or participants in its sovereign authority—or as subjects, because they are subject to that same authority.
We observe that this act of association entails a mutual commitment on the part of both the public and individuals. Each individual, in effect contracting with themselves, finds themselves bound by a dual relationship: firstly, as a member of the sovereign body towards the individuals; and secondly, as a member of the state towards the sovereign.
We may also note that since no one is bound by commitments that are made solely to oneself, the public deliberation that can obligate all subjects toward the sovereign—due to the two different perspectives from which each individual is considered—cannot, in turn, obligate the state itself. This demonstrates that there can be no other fundamental law, properly speaking, than the social pact itself. Nevertheless, this does not mean that the political body cannot, in certain respects, commit itself toward others; for, in relation to outsiders, it becomes a simple entity, an individual.
Since the two contracting parties—namely, each individual and the public—have no common superior who could adjudicate their disputes, we will examine whether either party remains free to terminate the contract at any time it deems appropriate, that is, to renounce it on its own initiative whenever it feels aggrieved.
To clarify this issue, we observe that, according to the social contract, since the sovereign can only act through common and general wills, his actions must likewise have common and general objectives. It follows therefore that no individual could be directly harmed by the sovereign unless all individuals were harmed, which is impossible, as that would amount to causing harm to oneself. Thus, the social contract never requires any other guarantee than public force, because any harm can only come from individuals themselves; and for this very reason, they are not free to break their commitments but are instead punished for doing so.
In order to make proper decisions regarding all similar issues, we must always keep in mind that the social pact is of a particular nature, unique to itself. In fact, the people contract it only with themselves—that is, the people as a collective, in their capacity as sovereigns, with individuals as subjects. This very condition constitutes the entire mechanism and functioning of the political system, and it is solely because of this that agreements made within this framework are legitimate, reasonable, and devoid of danger; otherwise, such agreements would be absurd, tyrannical, and prone to the most egregious abuses.
Since individuals submit only to the sovereign, and since sovereign authority is nothing but the general will, we will see how every man, by obeying the sovereign, in fact obeys only himself, and how one is thus freer within the social contract than in the state of nature.
Ad esempio, partendo innanzitutto dallo stato di natura, esamineremo se gli uomini nascano schiavi o liberi, associati o indipendenti; se si riuniscono volontariamente o per forza; se mai la forza che li unisce possa creare un diritto permanente, attraverso il quale tale forza precedente possa imporre obblighi anche quando viene sopraffatta da un’altra, in modo che, a partire dalla forza di Re Nembrod – che si dice abbia sottomesso i primi popoli – tutte le altre forze che l’hanno successivamente distrutta siano diventate ingiuste e usurpatrici, e che non esistano più re legittimi se non i discendenti di Nembrod o coloro che ne hanno ereditato il potere; oppure se, quando questa prima forza dovesse cessare di esistere, la forza che le succede possa a sua volta imporre obblighi e annullare quelli della precedente, in modo che si sia obbligati ad obbedire soltanto quando ciò viene imposto con la forza, e si possa essere esentati da tale obbligo non appena si riesce a resistere: un diritto che, a quanto pare, non aggiungerebbe molto alla forza stessa, e sarebbe poco più di una semplice giocata di parole.
Esamineremo se non si possa affermare che ogni malattia provenga da Dio, e se ciò significhi che chiamare il medico costituisca un crimine.
Esamineremo ancora se sia nostro dovere morale dare il proprio portafoglio a un bandito che ce lo chiede lungo la strada, anche se potremmo nasconderglielo; dopotutto, la pistola che tiene in mano rappresenta anch’essa una forma di potere.
Se in questa occasione il termine “potere” intende indicare qualcosa di diverso da un potere legittimo, e quindi soggetto alle leggi da cui deriva la sua esistenza.
Supponendo che questo diritto di forza venga rifiutato e che si ammetta invece quello della natura o l’autorità paterna come principio delle società, cercheremo di determinare la misura di tale autorità, come essa sia fondata nella natura, se abbia altre ragioni oltre all’utilità del bambino, alla sua debolezza e all’amore naturale che il padre prova per lui; e se, quindi, quando la debolezza del bambino scompare e la sua razionalità matura, egli non diventi da solo il giudice naturale di ciò che è necessario alla sua conservazione, e quindi il suo stesso padrone, indipendente da qualsiasi altro essere umano, persino dal proprio padre; perché è ancora più certo che un figlio si ami lui stesso, di quanto sia certo che un padre ami il figlio.
Sì, quando il padre muore, i figli sono tenuti ad obbedire al loro maggiore o a qualcun altro che non possiede nei loro confronti l’affetto naturale di un padre; e se, di generazione in generazione, ci sarà sempre un unico capo al quale tutta la famiglia dovrà obbedire, allora si dovrebbe chiedere come mai l’autorità possa essere divisa, e con quale diritto esisterebbe su tutta la terra più di un capo che governasse l’umanità.
Supponendo che i popoli si fossero formati per scelta, allora distingueremmo il diritto dal fatto; e ci chiederemmo se, essendosi così sottomessi ai loro fratelli, zii o genitori – non perché fossero obbligati, ma perché lo hanno voluto – questo tipo di società rientri sempre nell’ambito di un’associazione libera e volontaria.
Passando ora al diritto di schiavitù, esamineremo se un uomo possa legittimamente alienarsi da un altro, senza alcuna restrizione, senza riserve, senza alcuna condizione; in altre parole, se possa rinunciare alla propria persona, alla propria vita, alla propria ragione, al proprio io, a qualsiasi forma di moralità nelle proprie azioni, e cessare, in breve, di esistere prima della propria morte, nonostante la natura che gli imponga immediatamente il dovere di preservarsi, e nonostante la sua coscienza e la sua ragione che gli indicano ciò che deve fare e ciò da cui deve astenersi.
Se nell’atto di schiavitù esistono delle riserve o delle restrizioni, discuteremo se tale atto non debba allora essere considerato un vero contratto, nel quale entrambi i contraenti, non essendo in questa veste soggetti a una autorità comune[498], rimangono liberi di decidere autonomamente le condizioni del contratto e, di conseguenza, liberi di romperlo non appena si sentano lesi.
Se dunque uno schiavo non può legarsi incondizionatamente al proprio padrone, come potrebbe un popolo legarsi incondizionatamente al proprio capo? E se lo schiavo rimane il giudice dell’adempimento del contratto da parte del proprio padrone, come potrebbe il popolo non essere il giudice dell’adempimento del contratto da parte del proprio capo?
Costretti a tornare indietro di questo passo e considerando il significato di questa parola collettiva, “popolo”, cercheremo se, per stabilirla, non sia necessario un contratto, almeno tacito, precedente a quello che ipotizziamo.
Poiché, prima di eleggere un re, il popolo è ancora un popolo, cosa lo ha reso tale se non il CONTRATTO SOCIALE? Il contratto sociale è quindi la base di ogni società civile, e è nella natura di questo atto che bisogna cercare quella della società che esso FORMA.
Indagheremo su quale sia il contenuto di questo contratto, e se esso possa essere espresso approssimativamente con questa formula: “Ognuno di noi mette in comune i propri beni, la propria persona, la propria vita e tutta la propria forza, sotto la suprema direzione della volontà generale, e tutti noi consideriamo ogni membro come parte indivisibile del tutto”.
Supposto ciò, per definire i termini di cui abbiamo bisogno, noteremo che, al posto della persona individuale di ciascun contraente, questo atto di associazione dà vita a un ente morale e collettivo, composto dal numero di membri pari al numero di voci presenti nell’assemblea. Questo ente pubblico prende generalmente il nome di “corpo politico”; i suoi membri lo chiamano “stato” quando è passivo, “sovrano” quando è attivo, e “potenza” se paragonato ad altri simili enti. Per quanto riguarda i singoli membri, essi vengono collettivamente definiti “popolo”; individualmente, sono chiamati “cittadini”, in quanto membri della città o partecipanti all’autorità sovrana, e “sudditi”, poiché soggetti alla stessa autorità.
Notiamo che questo atto di associazione comporta un impegno reciproco tra il pubblico e i privati, e che ogni individuo, in qualche modo contrattando con se stesso, si trova vincolato da un doppio rapporto: da un lato, come membro dello Stato nei confronti dei privati; dall’altro, come membro del popolo sovrano nei confronti dello Stato.
Osserveremo ancora che, poiché nessuno è vincolato agli impegni presi soltanto con se stesso, la deliberazione pubblica, che può obbligare tutti i sudditi verso il sovrano a causa dei due diversi rapporti sotto cui ciascuno di loro viene considerato, non può obbligare lo Stato verso se stesso. Da ciò si deduce che non esiste, né può esistere, alcuna altra legge fondamentale in senso proprio, se non il semplice patto sociale. Ciò tuttavia non significa che il corpo politico non possa, in alcuni casi, impegnarsi verso altri; poiché, rispetto agli stranieri, esso diventa un essere semplice, un individuo.
Le due parti contraenti, ovvero ogni singolo individuo e il pubblico nel suo complesso, non avendo alcun superiore comune in grado di giudicare i loro dissidi, esamineremo se ciascuna delle due possa liberamente decidere di rescindere il contratto quando lo ritenga opportuno, ovvero rinunciarvi da un lato non appena si ritiene leso.
Per chiarire questa questione, osserviamo che, secondo il patto sociale, poiché il sovrano può agire soltanto attraverso volontà comuni e generali, anche i suoi atti devono avere oggetti comuni e generali; ne consegue quindi che un individuo non potrebbe essere danneggiato direttamente dal sovrano se non lo fossero tutti, il che è impossibile, poiché ciò significherebbe autoinfliggersi danno. Pertanto, il patto sociale non ha mai bisogno di alcuna altra garanzia se non quella della forza pubblica, poiché il danno può provenire soltanto dagli individui stessi; e in tal caso, questi non sono affatto liberi di violare tale impegno, ma vengono puniti per averlo fatto.
Per poter prendere decisioni corrette su tutte queste questioni simili, dobbiamo ricordare sempre che il patto sociale ha una natura particolare, propria solo a esso: il popolo infatti lo stipula soltanto con se stesso, cioè con il popolo nel suo insieme come sovrano e con i singoli individui come sudditi. Questa condizione costituisce l’intero meccanismo e l’equilibrio del sistema politico, ed è essa sola che rende legittimi, ragionevoli e privi di pericoli gli impegni che, altrimenti, sarebbero assurdi, tirannici e soggetti ai più gravi abusi.
Poiché i privati si sottomettono soltanto al sovrano, e l’autorità sovrana non è altro che la volontà generale, vedremo come ogni uomo, obbedendo al sovrano, in realtà obbedisca soltanto a se stesso, e come si possa essere più liberi nel patto sociale che nello stato di natura.
Après avoir fait la comparaison de la liberté naturelle avec la liberté civile quant aux personnes, nous ferons, quant aux biens, celle du droit de propriété avec le droit de souveraineté, du domaine particulier avec le domaine éminent. Si c’est sur le droit de propriété qu’est fondée l’autorité souveraine, ce droit est celui qu’elle doit le plus respecter ; il est inviolable et sacré pour elle tant qu’il demeure un droit particulier et individuel ; sitôt qu’il est considéré comme commun à tous les citoyens, il est soumis à la volonté générale, et cette volonté peut l’anéantir. Ainsi le souverain n’a nul droit de toucher au bien d’un particulier, ni de plusieurs ; mais il peut légitimement s’emparer du bien de tous, comme cela se fit à Sparte au temps de Lycurgue, au lieu que l’abolition des dettes par Solon fut un acte illégitime.
Puisque rien n’oblige les sujets que la volonté générale, nous rechercherons comment se manifeste cette volonté, à quels signes on est sûr de la reconnaître, ce que c’est qu’une loi, et quels sont les vrais caractères de la loi. Ce sujet est tout neuf : la définition de la loi est encore à faire.
À l’instant que le peuple considère en particulier un ou plusieurs de ses membres, le peuple se divise. Il se forme entre le tout et sa partie une relation qui en fait deux êtres séparés, dont la partie est l’un, et le tout, moins cette partie, est l’autre. Mais le tout moins une partie n’est pas le tout ; tant que ce rapport subsiste, il n’y a donc plus de tout, mais deux parties inégales.
Au contraire, quand tout le peuple statue sur tout le peuple, il ne considère que lui-même ; et s’il se forme un rapport, c’est de l’objet entier sous un point de vue à l’objet entier sous un autre point de vue, sans aucune division du tout. Alors l’objet sur lequel on statue est général, et la volonté qui statue est aussi générale. Nous examinerons s’il y a quelque autre espèce d’acte qui puisse porter le nom de loi.
Si le souverain ne peut parler que par des lois, et si la loi ne peut jamais avoir qu’un objet général et relatif également à tous les membres de l’état, il s’ensuit que le souverain n’a jamais le pouvoir de rien statuer sur un objet particulier ; et, comme il importe cependant à la conservation de l’état qu’il soit aussi décidé des choses particulières, nous rechercherons comment cela peut se faire.
Les actes du souverain ne peuvent être que des actes de volonté générale, des lois ; il faut ensuite des actes déterminants, des actes de force ou de gouvernement, pour l’exécution de ces mêmes lois ; et ceux-ci, au contraire, ne peuvent avoir que des objets particuliers. Ainsi l’acte par lequel le souverain statue qu’on élira un chef est une loi, et l’acte par lequel on élit ce chef en exécution de la loi n’est qu’un acte de gouvernement.
Voici donc un troisième rapport sous lequel le peuple assemblé peut être considéré, savoir, comme magistrat ou exécuteur de la loi qu’il a portée comme souverain[499].
Nous examinerons s’il est possible que le peuple se dépouille de son droit de souveraineté pour en revêtir un homme ou plusieurs ; car l’acte d’élection n’étant pas une loi, et dans cet acte le peuple n’étant pas souverain lui-même, on ne voit point comment alors il peut transférer un droit qu’il n’a pas.
L’essence de la souveraineté consistant dans la volonté générale, on ne voit point non plus comment on peut s’assurer qu’une volonté particulière sera toujours d’accord avec cette volonté générale. On doit bien plutôt présumer qu’elle y sera souvent contraire ; car l’intérêt privé tend toujours aux préférences, et l’intérêt public à l’égalité ; et, quand cet accord serait possible, il suffirait qu’il ne fût pas nécessaire et indestructible pour que le droit souverain n’en pût résulter.
Nous rechercherons si, sans violer le pacte social, les chefs du peuple, sous quelque nom qu’ils soient élus, peuvent jamais être autre chose que les officiers du peuple, auxquels il ordonne de faire exécuter les lois ; si ces chefs ne lui doivent pas compte de leur administration, et ne sont pas soumis eux-mêmes aux lois qu’ils sont chargés de faire observer.
Si le peuple ne peut aliéner son droit suprême, peut-il le confier pour un temps ? s’il ne peut se donner un maître, peut-il se donner des représentants ? cette question est importante et mérite discussion.
Si le peuple ne peut avoir ni souverain ni représentants, nous examinerons comment il peut porter ses lois lui-même ; s’il doit avoir beaucoup de lois ; s’il doit les changer souvent ; s’il est aisé qu’un grand peuple soit son propre législateur ;
Si le peuple romain n’était pas un grand peuple ;
S’il est bon qu’il y ait de grands peuples.
Il suit des considérations précédentes qu’il y a dans l’état un corps intermédiaire entre les sujets et le souverain ; et ce corps intermédiaire, formé d’un ou de plusieurs membres, est chargé de l’administration publique, de l’exécution des lois, et du maintien de la liberté civile et politique.
Les membres de ce corps s’appellent magistrats ou rois, c’est-à-dire gouverneurs. Le corps entier, considéré par les hommes qui le composent, s’appelle prince, et, considéré par son action, il s’appelle gouvernement.
Si nous considérons l’action du corps entier agissant sur lui-même, c’est-à-dire le rapport du tout au tout, ou du souverain à l’état, nous pouvons comparer ce rapport à celui des extrêmes d’une proportion continue, dont le gouvernement donne le moyen terme. Le magistrat reçoit du souverain les ordres qu’il donne au peuple ; et, tout compensé, son produit ou sa puissance est au même degré que le produit ou la puissance des citoyens, qui sont sujets d’un côté et souverains de l’autre. On ne saurait altérer aucun des trois termes sans rompre à l’instant la proportion. Si le souverain veut gouverner, ou si le prince veut donner des lois, ou si le sujet refuse d’obéir, le désordre succède à la règle, et l’état dissous tombe dans le despotisme ou dans l’anarchie.
Supposons que l’état soit composé de dix mille citoyens. Le souverain ne peut être considéré que collectivement et en corps ; mais chaque particulier a, comme sujet, une existence individuelle et indépendante. Ainsi le souverain est au sujet comme dix mille à un ; c’est-à-dire que chaque membre de l’état n’a pour sa part que la dix millième partie de l’autorité souveraine, quoiqu’il lui soit soumis tout entier. Que le peuple soit composé de cent mille hommes, l’état des sujets ne change pas et chacun porte toujours tout l’empire des lois, tandis que son suffrage, réduit à un cent millième, a dix fois moins d’influence dans leur rédaction. Ainsi, le sujet restant toujours un, le rapport du souverain augmente en raison du nombre des citoyens. D’où il suit que plus l’état s’agrandit, plus la liberté diminue.
Or, moins les volontés particulières se rapportent à la volonté générale, c’est-à-dire les moeurs aux lois, plus la force réprimante doit augmenter. D’un autre côté, la grandeur de l’état donnant aux dépositaires de l’autorité publique plus de tentations et de moyens d’en abuser, plus le gouvernement a de force pour contenir le peuple, plus le souverain doit en avoir à son tour pour contenir le gouvernement.
Il suit de ce double rapport que la proportion continue entre le souverain, le prince et le peuple n’est point une idée arbitraire, mais une conséquence de la nature de l’état. Il suit encore que l’un des extrêmes, savoir le peuple, étant fixe, toutes les fois que la raison doublée augmente ou diminue, la raison simple augmente ou diminue à son tour ; ce qui ne peut se faire sans que le moyen terme change autant de fois. D’où nous pouvons tirer cette conséquence, qu’il n’y a pas une constitution de gouvernement unique et absolue, mais qu’il doit y avoir autant de gouvernements différents en nature qu’il y a d’États différents en grandeur.
Si plus le peuple est nombreux, moins les moeurs se rapportent aux lois, nous examinerons si, par une analogie assez évidente, on ne peut pas dire aussi que plus les magistrats sont nombreux, plus le gouvernement est faible.
After making the comparison between natural liberty and civil liberty in relation to individuals, we will now compare property rights with sovereignty, and private domains with public domains. If sovereign authority is based on the right of property, then this right is precisely what it must respect most; it remains inviolable and sacred for the sovereign as long as it is considered a private and individual right. Once it is regarded as common to all citizens, it becomes subject to the general will, and this will may abolish it. Thus, the sovereign has no right to interfere with the property of an individual or several individuals; however, it may legitimately take possession of the property of all citizens, just as was done in Sparta during the time of Lycurgus—whereas Solon’s abolition of debts was considered an illegal act.
Since nothing obligates individuals except the general will, we shall seek to understand how this will manifests itself, what signs can be relied upon to recognize it, what a law actually is, and what its true characteristics are. This subject is entirely new: the definition of law still needs to be established.
The moment the people begin to consider one or more of its members separately, the people itself is divided. It forms a relationship between the whole and its part that turns them into two separate entities: the part becomes one entity, and the whole, minus that part, becomes the other. But the whole minus one part is not the whole; as long as this distinction persists, there is no longer a whole, but only two unequal parts.
On the contrary, when the whole people legislates for the whole people, it considers only itself; and if any relationship is established, it is merely one entire object viewed from one perspective and the same entire object viewed from another perspective, without any division of the whole. Thus, the object upon which legislation is enacted is universal, and the will that enacts it is likewise universal. We shall examine whether there exists some other kind of action that could be called a “law.”
If the sovereign can only speak through laws, and if a law can never have but a general application that applies equally to all members of the state, it follows that the sovereign can never possess the power to enact regulations concerning any particular matter. Yet, since it is essential for the maintenance of the state that certain specific matters also be decided upon, we must examine how this can be accomplished.
The acts of the sovereign can only be acts of general will, namely laws; subsequently, decisive acts—acts of force or governance—are required to enforce these very same laws; yet such acts can only concern particular matters. Thus, the act by which the sovereign decrees that a leader shall be elected is a law, whereas the act of actually electing that leader in order to implement the law is merely an act of governance.
Here, then, is a third way of viewing the assembled people: namely, as the magistrates or enforcers of the law that they have enacted as their sovereign authority[499].
We will examine whether it is possible for the people to renounce their right to sovereignty in order to grant it to one or more individuals; since the act of election is not a law, and in this act the people themselves are not sovereign, it is unclear how they could then transfer a right that they do not possess.
Since the essence of sovereignty lies in the general will, it is likewise impossible to ensure that any particular will will always be in agreement with this general will. On the contrary, it must be assumed that such particular wills will often be in opposition to it; for private interests always tend towards preference, while public interests strive for equality. Moreover, even if such agreement were possible, it would suffice for it not to be necessary or indestructible for the concept of sovereign right to arise from it.
We will examine whether, without violating the social pact, the leaders of the people—no matter under what name they are elected—can ever be anything other than officials of the people, who are commanded by the people to enforce the laws; and whether these leaders are not accountable to the people for their administration, nor are they themselves subject to the laws that they are tasked with ensuring are observed.
If a people cannot alienate its supreme right, can it then confer it upon someone for a temporary period? If it cannot appoint itself a master, can it at least appoint representatives? This question is important and deserves discussion.
If the people cannot have either a sovereign or representatives, we will examine how they can enact their own laws; whether they must have many laws; whether these laws must be changed frequently; and whether it is feasible for a large population to be its own legislator.
If the Roman people were not a great people;
It is good that there are great nations.
Following previous considerations, it is established that in such a state, there exists an intermediate body between the subjects and the sovereign; this intermediate body, consisting of one or several members, is responsible for the administration of public affairs, the enforcement of laws, and the maintenance of civil and political liberties.
The members of this body are called magistrates or kings, that is, rulers. The entire body, viewed by the people who compose it, is called a prince; and, viewed in terms of its functions, it is called a government.
If we consider the action of the entire body upon itself—that is, the relationship between the whole and the whole, or between the sovereign and the state—we can compare this relationship to that of the extremes in a continuous proportion, where the government represents the mean term. The magistrate receives orders from the sovereign, which he then issues to the people; and when all these elements are balanced, the result or power of the magistrate is equivalent to that of the citizens, who are subjects on one hand and sovereigns on the other. Altering any one of these three terms would immediately disrupt this proportion. If the sovereign seeks to govern, if the prince attempts to enact laws, or if a subject refuses to obey, disorder will replace order, and the state will fall into despotism or anarchy.
Suppose the state is composed of ten thousand citizens. The sovereign can only be considered collectively and as a whole; but each individual, as a subject, possesses an independent and individual existence. Thus, the sovereign relates to its subjects in the same proportion as ten thousand to one—meaning that each member of the state holds only one ten-thousandth of the sovereign authority, even though they are entirely subject to it. If the population consists of one hundred thousand people, the relationship between subjects remains unchanged; each individual still possesses the full power of the laws, yet their influence in their formulation is reduced by a hundredfold. In this way, since the individual subject remains the same, the relative power of the sovereign increases with the number of citizens. It follows therefore that as the state expands, freedom diminishes.
Or, the less that particular wills are in accordance with the general will—that is, the less that customs conform to laws—the greater the repressive power must be. On the other hand, the more that a large state provides those who hold public authority with greater temptations and means to abuse their power, the more force the government must have to restrain the people; consequently, the sovereign must likewise possess greater power to control the government.
It follows from this dual relationship that the proportional relationship between the sovereign, the prince, and the people is not an arbitrary notion, but rather a consequence of the nature of the state. It also follows that since one of these extremes—namely, the people—is fixed, whenever the combined power of the sovereign and the prince increases or decreases, the simple power of either one of them must likewise increase or decrease; and this cannot happen without the intermediate power changing accordingly. From this, we can conclude that there does not exist a single, absolute form of government; rather, there must be as many different forms of government as there are different sizes of states.
The greater the number of people, the less likely customs will conform to laws; we shall examine whether, by a rather obvious analogy, it is also possible to say that the greater the number of officials, the weaker the government becomes.
Dopo aver confrontato la libertà naturale con quella civile riguardo alle persone, faremo lo stesso per i beni, confrontando il diritto di proprietà con il diritto di sovranità, e il dominio privato con il dominio pubblico. Se l’autorità sovrana si fonda sul diritto di proprietà, allora questo diritto è quello che essa deve rispettare maggiormente; esso è inviolabile e sacro per lei finché rimane un diritto individuale e privato; non appena viene considerato comune a tutti i cittadini, diventa soggetto alla volontà generale, e questa volontà può annullarlo. Pertanto, il sovrano non ha alcun diritto di toccare il bene di un individuo o di più persone; ma può legittimamente prendere possesso del bene di tutti, come avvenne a Sparta ai tempi di Licurgo, al contrario di quanto accadde con l’abolizione dei debiti operata da Solone, che fu un atto illegittimo.
Poiché nulla obbliga gli individui se non la volontà generale, cercheremo di comprendere in che modo questa volontà si manifesta, quali siano i segni certi per riconoscerla, cos’è una legge e quali siano i suoi veri caratteri. Questo argomento è del tutto nuovo: la definizione stessa di legge deve ancora essere formulata.
Nel momento in cui il popolo considera in modo specifico uno o più dei suoi membri, il popolo si divide. Si forma una relazione tra il tutto e la sua parte, tale da renderli due entità separate: la parte è l’una, mentre il tutto, meno quella parte, è l’altra. Tuttavia, il tutto meno una parte non è più il tutto; finché questa relazione persiste, non esiste più un tutto, ma soltanto due parti disuguali tra loro.
Al contrario, quando tutto il popolo si pronuncia su tutto il popolo, considera soltanto se stesso; e se si stabilisce un rapporto, esso è tra l’oggetto nel suo insieme visto da un certo punto di vista e lo stesso oggetto nel suo insieme visto da un altro punto di vista, senza alcuna divisione del tutto. In tal caso, l’oggetto su cui si esprime la volontà collettiva è generale, e anche la volontà che si manifesta è di natura generale. Esamineremo ora se esista qualche altra forma di atto che possa essere definita “legge”.
Se il sovrano può parlare soltanto attraverso le leggi, e se la legge non può mai avere un oggetto generale che riguardi ugualmente tutti i membri dello stato, ne consegue che il sovrano non ha mai il potere di stabilire nulla riguardo a questioni particolari; tuttavia, poiché è essenziale per la conservazione dello stato che anche le questioni particolari siano regolate, cercheremo di capire come ciò possa essere realizzato.
Gli atti del sovrano possono essere soltanto atti di volontà generale, cioè leggi; per l’esecuzione di tali leggi sono necessari invece atti determinanti, atti di forza o di governo; e questi ultimi, al contrario, possono riguardare soltanto oggetti particolari. Così, l’atto con cui il sovrano stabilisce che debba essere eletto un capo è una legge, mentre l’atto con cui tale capo viene effettivamente eletto per l’esecuzione di quella legge non è altro che un atto di governo.
Ecco quindi un terzo rapporto attraverso il quale il popolo riunito può essere considerato, cioè come magistrato o esecutore della legge che esso stesso ha approvato in qualità di sovrano[499].
Esamineremo se sia possibile che il popolo si privi del proprio diritto di sovranità per trasferirlo a uno o più individui; poiché l’atto elettorale non costituisce una legge, e in tale atto il popolo stesso non è sovrano, non si vede come possa trasferire un diritto che in realtà non possiede.
Poiché l’essenza della sovranità risiede nella volontà generale, non si vede in alcun modo come si possa garantire che una volontà particolare sia sempre in accordo con questa volontà generale. È piuttosto dover presumere che spesso sia in contrasto con essa; infatti, l’interesse privato tende sempre verso le preferenze individuali, mentre l’interesse pubblico mira all’uguaglianza. E anche se un tale accordo fosse possibile, basterebbe che non fosse necessario né indistruttibile affinché il diritto sovrano non potesse derivarne.
Esamineremo se, senza violare il patto sociale, i capi del popolo, qualunque nome essi abbiano per essere eletti, possano mai essere altro che gli ufficiali del popolo a cui viene ordinato di far rispettare le leggi; se questi capi non debbano rendere conto della loro amministrazione al popolo stesso, e se non siano essi stessi soggetti alle leggi che hanno il compito di far osservare.
Se il popolo non può alienare il proprio diritto supremo, può forse affidarlo temporaneamente a qualcuno? Se non può nominarsi stesso un sovrano, può almeno eleggere dei rappresentanti? Questa domanda è importante e merita di essere discussa.
Se il popolo non può avere né un sovrano né dei rappresentanti, esamineremo come possa emanare da solo le proprie leggi; se debba aver molte leggi; se debba cambiarle spesso; e se sia facile per un grande popolo essere il proprio legislatore.
Se il popolo romano non fosse stato un grande popolo.
È positivo che esistano grandi popoli.
In seguito a considerazioni precedenti, si stabilisce che nello stato esista un corpo intermedio tra i sudditi e il sovrano; tale corpo intermedio, formato da uno o più membri, ha il compito di gestire l’amministrazione pubblica, far applicare le leggi e mantenere la libertà civile e politica.
I membri di questo corpo vengono chiamati magistrati o re, ovvero governanti. L’intero corpo, considerato da coloro che lo compongono, viene chiamato principe; considerato però in base alle sue funzioni, viene definito governo.
Se consideriamo l’azione di tutto il corpo umano su se stesso, cioè il rapporto tra il tutto e il tutto, o tra il sovrano e lo stato, possiamo paragonare questo rapporto a quello degli estremi di una proporzione continua, la cui media rappresenta il punto equilibrato. Il magistrato riceve dagli ordini del sovrano quelli che poi impartisce al popolo; e, tenendo conto di tutti questi elementi, il risultato delle sue azioni, ovvero il suo potere, è esattamente lo stesso di quello dei cittadini, i quali da un lato sono soggetti e dall’altro sovrani. Non si potrebbe modificare nessuno di questi tre termini senza rompere immediatamente quella proporzione equilibrata. Se il sovrano vuole governare, se il principe vuole emanare leggi, o se un suddito rifiuta di obbedire, il disordine sostituisce la regola e lo stato, distrutto in questo modo, cade nel dispotismo o nell’anarchia.
Supponiamo che lo stato sia composto da diecimila cittadini. Il sovrano può essere considerato soltanto in modo collettivo e come un tutto; tuttavia, ogni individuo possiede, in quanto soggetto, un’esistenza individuale e indipendente. Pertanto, il sovrano è, rispetto ai suoi sudditi, come diecimila a uno: cioè ogni membro dello stato possiede, per sé, soltanto la centesima parte dell’autorità sovrana, sebbene sia soggetto ad essa nella sua interezza. Anche se il popolo fosse composto da centomila uomini, lo stato dei sudditi non cambierebbe; ciascuno continuerebbe a possedere l’intero potere delle leggi, mentre il suo voto, ridotto alla centesima parte, avrebbe dieci volte meno influenza sulla loro formulazione. In questo modo, poiché il soggetto rimane sempre lo stesso, il rapporto tra sovrano e cittadini aumenta in base al numero dei cittadini stessi. Da ciò consegue che, più lo stato si espande, minore diventa la libertà dei suoi individui.
Ogni volta che le volontà particolari sono meno in armonia con la volontà generale, cioè quando i costumi differiscono dalle leggi, è necessario aumentare la forza repressiva. D’altra parte, poiché la grandezza dello Stato offre ai detentori dell’autorità pubblica maggiori tentazioni e mezzi per abusarne, più il governo ha bisogno di potere per controllare il popolo, e più lo sovrano deve disporre di poteri equivalenti per contenere il governo stesso.
Da questo doppio rapporto deriva che la proporzione costante tra sovrano, principe e popolo non è un’idea arbitraria, ma una conseguenza della natura dello Stato. Deriva inoltre che, poiché uno degli estremi, ovvero il popolo, è fisso, ogni volta che la “ragione doppia” aumenta o diminuisce, anche la “ragione semplice” aumenta o diminuisce a sua volta; ciò non può avvenire senza che il termine medio cambi altrettante volte. Da ciò possiamo concludere che non esiste una costituzione di governo unica e assoluta, ma che devono esistere tanti governi diversi in natura quante sono gli Stati diversi per dimensioni.
Più il popolo è numeroso, meno le usanze corrispondono alle leggi; esamineremo se, attraverso un’analogia abbastanza evidente, si possa affermare altrettanto che più i magistrati sono numerosi, più il governo diventa debole.
Pour éclaircir cette maxime, nous distinguerons dans la personne de chaque magistrat trois volontés essentiellement différentes : premièrement, la volonté propre de l’individu, qui ne tend qu’à son avantage particulier ; secondement, la volonté commune des magistrats, qui se rapporte uniquement au profit du prince ; volonté qu’on peut appeler volonté de corps, laquelle est générale par rapport au gouvernement, et particulière par rapport à l’état dont le gouvernement fait partie ; en troisième lieu, la volonté du peuple ou la volonté souveraine, laquelle est générale, tant par rapport à l’état considéré comme le tout, que par rapport au gouvernement considéré comme partie du tout. Dans une législation parfaite, la volonté particulière et individuelle doit être presque nulle ; la volonté de corps propre au gouvernement très subordonnée ; et par conséquent la volonté générale et souveraine est la règle de toutes les autres. Au contraire, selon l’ordre naturel, ces différentes volontés deviennent plus actives à mesure qu’elles se concentrent ; la volonté générale est toujours la plus faible, la volonté de corps a le second rang, et la volonté particulière est préférée à tout ; en sorte que chacun est premièrement soi-même, et puis magistrat, et puis citoyen : gradation directement opposée à celle qu’exige l’ordre social.
Cela posé, nous supposerons le gouvernement entre les mains d’un seul homme. Voilà la volonté particulière et la volonté de corps parfaitement réunies, et par conséquent celle-ci au plus haut degré d’intensité qu’elle puisse avoir. Or, comme c’est de ce degré que dépend l’usage de la force, et que la force absolue du gouvernement, étant toujours celle du peuple, ne varie point, il s’ensuit que le plus actif des gouvernements est celui d’un seul.
Au contraire, unissons le gouvernement à l’autorité suprême, faisons le prince du souverain, et des citoyens autant de magistrats : alors la volonté de corps, parfaitement confondue avec la volonté générale, n’aura pas plus d’activité qu’elle, et laissera la volonté particulière dans toute sa force. Ainsi le gouvernement, toujours avec la même force absolue, sera dans son minimum d’activité.
Ces règles sont incontestables, et d’autres considérations servent à les confirmer. On voit, par exemple, que les magistrats sont plus actifs dans leur corps que le citoyen n’est dans le sien, et que par conséquent la volonté particulière y a beaucoup plus d’influence. Car chaque magistrat est presque toujours chargé de quelque fonction particulière du gouvernement ; au lieu que chaque citoyen pris à part, n’a aucune fonction de la souveraineté. D’ailleurs, plus l’état s’étend, plus sa force réelle augmente, quoiqu’elle n’augmente pas en raison de son étendue ; mais, l’état restant le même, les magistrats ont beau se multiplier, le gouvernement n’en acquiert pas une plus grande force réelle, parce qu’il est dépositaire de celle de l’état, que nous supposons toujours égale. Ainsi, par cette pluralité, l’activité du gouvernement diminue sans que sa force puisse augmenter.
Après avoir trouvé que le gouvernement se relâche à mesure que les magistrats se multiplient, et que, plus le peuple est nombreux, plus la force réprimante du gouvernement doit augmenter, nous conclurons que le rapport des magistrats au gouvernement doit être inverse de celui des sujets au souverain ; c’est-à-dire que plus l’état s’agrandit, plus le gouvernement doit se resserrer, tellement que le nombre des chefs diminue en raison de l’augmentation du peuple.
Pour fixer ensuite cette diversité de formes sous des dénominations plus précises, nous remarquerons en premier lieu que le souverain peut commettre le dépôt du gouvernement à tout le peuple ou à la plus grande partie du peuple, en sorte qu’il y ait plus de citoyens magistrats que de citoyens simples particuliers. On donne le nom de démocratie à cette forme de gouvernement.
Ou bien il peut resserrer le gouvernement entre les mains d’un moindre nombre, en sorte qu’il y ait plus de simples citoyens que de magistrats ; et cette forme porte le nom d’aristocratie.
Enfin il peut concentrer tout le gouvernement entre les mains d’un magistrat unique. Cette troisième forme est la plus commune, et s’appelle monarchie ou gouvernement royal.
Nous remarquerons que toutes ces formes, ou du moins les deux premières, sont susceptibles de plus et de moins, et ont même une assez grande latitude. Car la démocratie peut embrasser tout le peuple ou se resserrer jusqu’à la moitié. L’aristocratie, à son tour, peut de la moitié du peuple se resserrer indéterminément jusqu’aux plus petits nombres. La royauté même admet quelquefois un partage, soit entre le père et le fils, soit entre deux frères, soit autrement. Il y avait toujours deux rois à Sparte, et l’on a vu dans l’empire romain jusqu’à huit empereurs à la fois, sans qu’on pût dire que l’empire fût divisé. Il y a un point où chaque forme de gouvernement se confond avec la suivante ; et, sous trois dénominations spécifiques, le gouvernement est réellement capable d’autant de formes que l’état a de citoyens.
Il y a plus : chacun de ces gouvernements pouvant à certains égards se subdiviser en diverses parties, l’une administrée d’une manière et l’autre d’une autre, il peut résulter de ces trois formes combinées une multitude de formes mixtes, dont chacune est multipliable par toutes les formes simples.
On a de tout temps beaucoup disputé la meilleure forme de gouvernement, sans considérer que chacune est la meilleure en certains cas, et la pire en d’autres. Pour nous, si, dans les différents États, le nombre des magistrats[500] doit être inverse de celui des citoyens, nous conclurons qu’en général le gouvernement démocratique convient aux petits États, l’aristocratique aux médiocres, et le monarchique aux grands.
C’est par le fil de ces recherches que nous parviendrons à savoir quels sont les devoirs et les droits des citoyens, et si l’on peut séparer les uns des autres ; ce que c’est que la patrie, en quoi précisément elle consiste, et à quoi chacun peut connaître s’il a une patrie ou s’il n’en a point.
Après avoir ainsi considéré chaque espèce de société civile en elle-même, nous les comparerons pour en observer les divers rapports : les unes grandes, les autres petites ; les unes fortes, les autres faibles ; s’attaquant, s’offensant, s’entre-détruisant ; et, dans cette action et réaction continuelle, faisant plus de misérables et coûtant la vie à plus d’hommes que s’ils avaient tous gardé leur première liberté. Nous examinerons si l’on n’en a pas fait trop ou trop peu dans l’institution sociale ; si les individus soumis aux lois et aux hommes, tandis que les sociétés gardent entre elles l’indépendance de la nature, ne restent pas exposés aux maux des deux États, sans en avoir les avantages, et s’il ne vaudrait pas mieux qu’il n’y eût point de société civile au monde que d’y en avoir plusieurs. N’est-ce pas cet état mixte qui participe à tous les deux et n’assure ni l’un ni l’autre, per quem neutrum licet, nec tanquam in bello paratum esse, nec tanquam in pace securum[501] ? N’est-ce pas cette association partielle et imparfaite qui produit la tyrannie et la guerre ? et la tyrannie et la guerre ne sont-elles pas les plus grands fléaux de l’humanité ?
Nous examinerons enfin l’espèce de remèdes qu’on a cherchés à ces inconvénients par les ligues et confédérations, qui, laissant chaque état son maître au dedans, l’arment au dehors contre tout agresseur injuste. Nous rechercherons comment on peut établir une bonne association fédérative, ce qui peut la rendre durable, et jusqu’à quel point on peut étendre le droit de la confédération, sans nuire à celui de la souveraineté.
L’abbé de Saint-Pierre avait proposé une association de tous les États de l’Europe pour maintenir entre eux une paix perpétuelle. Cette association était-elle praticable ? et, supposant qu’elle eût été établie, était-il à présumer qu’elle eût duré ?[502] Ces recherches nous mènent directement à toutes les questions de droit public qui peuvent achever d’éclaircir celles du droit politique.
Enfin nous poserons les vrais principes du droit de la guerre, et nous examinerons pourquoi Grotius et les autres n’en ont donné que de faux.
Je ne serais pas étonné qu’au milieu de tous nos raisonnements, mon jeune homme, qui a du bon sens, me dît en m’interrompant : On dirait que nous bâtissons notre édifice avec du bois, et non pas avec des hommes, tant nous alignons exactement chaque pièce à la règle ! Il est vrai, mon ami ; mais songez que le droit ne se plie point aux passions des hommes, et qu’il s’agissait entre nous d’établir les vrais principes du droit politique. À présent que nos fondements sont posés, venez examiner ce que les hommes ont bâti dessus, et vous verrez de belles choses !
To clarify this maxim, we shall distinguish in the person of each magistrate three essentially different wills: first, the individual’s own will, which seeks solely his own particular advantage; second, the common will of the magistrates, which relates exclusively to the benefit of the prince—or what might be called the “will of the body,” which is general with respect to the government but particular with respect to the state of which the government is a part; third, the will of the people or the sovereign will, which is general both with respect to the state considered as a whole and with respect to the government considered as a part of that whole. In a perfect system of legislation, the individual and particular will should be almost non-existent; the “will of the body” belonging to the government should be highly subordinated; and consequently, the general and sovereign will should be the rule for all other wills. On the contrary, according to natural order, these different wills become more active as they converge; the general will is always the weakest, the “will of the body” comes in second place, and the individual will is preferred above all others—such that each person is first and foremost himself, then a magistrate, and only then a citizen: a hierarchy directly opposite to that required by social order.
Given this, let us assume that power is in the hands of one man alone. This represents the perfect union of a particular will and the will of the collective, and consequently, it embodies the highest possible intensity of such will. Now, since the use of force depends precisely on this intensity, and since the absolute power of government, being always that of the people, remains constant, it follows that the most effective form of government is one led by a single individual.
On the contrary, let us unite the government with supreme authority, make the prince the sovereign, and let citizens serve as magistrates: in this way, the will of the collective, perfectly merged with the general will, will exert no more influence than necessary, allowing the individual will to retain all its strength. Thus, the government, always wielding the same absolute power, will operate at its minimum level of activity.
These rules are indisputable, and other considerations serve to confirm them. For instance, it is evident that magistrates are more active within their respective bodies than citizens are within theirs; consequently, the will of individuals exerts much greater influence in those contexts. Each magistrate is almost always assigned some specific governmental function, whereas an individual citizen, taken separately, holds no such role in the exercise of sovereignty. Moreover, the larger the state, the greater its actual power becomes—though this increase does not stem directly from its territorial extent. However, if the state itself remains unchanged, even an increase in the number of magistrates will not enhance the government’s actual power, since it merely possesses the authority inherent in the state, which we assume to be constant. Thus, through such pluralism, the governmental apparatus becomes more active, yet its actual strength does not increase.
After observing that the government becomes less stringent as the number of officials increases, and that the more numerous the population is, the greater the repressive power of the government must be, we conclude that the relationship between officials and the government must be the opposite of that between subjects and the sovereign; in other words, the larger the state becomes, the more the government must become centralized, to the extent that the number of officials decreases as the population increases.
In order to designate this diversity of forms more precisely, we must first note that the sovereign may entrust the administration of the state to all or to the majority of the people, resulting in a situation where there are more citizens who hold governmental offices than those who are ordinary private citizens. This form of government is called democracy.
Or it may place power in the hands of a smaller number of people, so that there are more ordinary citizens than officials; and this form is called aristocracy.
Finally, it allows all power to be concentrated in the hands of a single magistrate. This third form is the most common and is called monarchy or royal government.
We will notice that all these forms, or at least the first two, are capable of varying to some extent and even possess considerable flexibility. For democracy can encompass the entire population or be limited to just half of it; aristocracy, on its turn, can range from involving half of the people to comprising only a very small number. Even monarchy sometimes allows for division of power, whether between father and son, between two brothers, or in other ways. Sparta always had two kings, and in the Roman empire, there were instances where as many as eight emperors ruled at the same time, without this being considered a sign that the empire was divided. There exists a point at which each form of government merges into the next; and under three specific denominations, governance is actually capable of taking on as many forms as there are citizens in a society.
Moreover: since each of these governments can, in certain respects, be subdivided into various parts—some administered in one way and others in another—the combination of these three forms can give rise to a multitude of mixed forms, each of which can be multiplied by all the simple forms.
For a long time, people have debated intensely about the best form of government, without realizing that each form may be the best in certain circumstances and the worst in others. In our view, if, in different states, the number of officials must be inversely proportional to the number of citizens, then it follows that, in general, democratic governance is suitable for small states, aristocratic governance for medium-sized ones, and monarchical governance for large states.
It is through the course of these investigations that we will be able to determine what the duties and rights of citizens are, and whether it is possible to separate one from the other; what a nation is, in what it precisely consists, and how each person can ascertain whether they possess a nation or not.
After having thus considered each type of civil society in itself, we will compare them in order to observe their various relationships: some are large, others small; some are strong, others weak; they attack one another, offend one another, and destroy one another; and in this continuous process of action and reaction, they produce more misery and claim the lives of more people than if all of them had retained their original freedom. We will examine whether too much or too little has been done in establishing these social institutions; whether individuals, subjected to laws and to other humans while societies maintain their independence inherent in their natural state, are not left exposed to the evils of both systems without enjoying any of their advantages; and whether it would not be better in the end to have no civil societies at all than to have many of them. Is not this mixed state one that possesses elements of both but fails to provide either; one that is neither truly prepared for war nor truly secure in peace[501]? Is not it precisely this partial and imperfect form of association that gives rise to tyranny and war? And are tyranny and war not indeed the greatest scourges upon humanity?
We will finally examine the kinds of remedies that have been sought to address these inconveniences through leagues and confederations—remedies that, while allowing each state to maintain its internal autonomy, also equip it to defend itself against any unjust aggressor from without. We will consider how a sound federal association can be established, what makes it sustainable, and to what extent the rights of such a confederation can be extended without compromising the sovereignty of individual states.
Abbot of Saint-Pierre had proposed an association of all the states of Europe in order to maintain perpetual peace among them. Was such an association feasible? And, assuming it had been established, could one expect it to have endured? [502] These inquiries lead us directly to all those questions of public law that can help to fully elucidate the issues of political law.
Finally, we will establish the true principles of the law of war and examine why Grotius and others have only provided false ones.
I would not be surprised if, amidst all our reasoning, my sensible young man were to interrupt me and say: “It seems as though we are building our edifice out of wood, rather than with people, since we align every single piece so precisely according to the rules!” Indeed, my friend; but consider that law does not yield to human passions, and that what was at stake here was establishing the true principles of political law. Now that our foundations have been laid, come and examine what people have built upon them—you will see some quite remarkable things!
Per chiarire questa massima, distingueremo nella persona di ogni magistrato tre volontà essenzialmente diverse: in primo luogo, la volontà propria dell’individuo, che tende esclusivamente al proprio interesse particolare; in secondo luogo, la volontà comune dei magistrati, che riguarda unicamente il bene del principe; questa volontà può essere definita “volontà di corpo”, poiché è generale rispetto al governo, ma particolare rispetto allo stato di cui il governo fa parte; in terzo luogo, la volontà del popolo o la volontà sovrana, che è generale sia rispetto allo stato considerato nel suo insieme, sia rispetto al governo considerato come sua parte. In una legislazione perfetta, la volontà particolare e individuale dovrebbe essere quasi inesistente; la volontà di corpo propria del governo dovrebbe essere strettamente subordinata; e quindi la volontà generale e sovrana deve costituire la regola per tutte le altre. Al contrario, secondo l’ordine naturale, queste diverse volontà diventano sempre più attive man mano che si concentrano; la volontà generale è sempre la meno potente, la volontà di corpo occupa il secondo posto, e la volontà particolare viene preferita a tutte le altre; in tal modo, ciascuno è prima di tutto sé stesso, poi magistrato, e infine cittadino: una gerarchia esattamente opposta a quella richiesta dall’ordine sociale.
Detto questo, supporremo che il governo sia nelle mani di un solo uomo. Ecco la volontà individuale e la volontà collettiva perfettamente unite, e quindi quella volontà nel grado più alto di intensità possibile. Ora, poiché è proprio da questo grado che dipende l’uso della forza, e poiché la forza assoluta del governo, essendo sempre quella del popolo, non varia mai, ne consegue che il governo più efficace sia quello di un solo uomo.
Al contrario, uniamo il governo all’autorità suprema, rendiamo il principe sovrano e i cittadini magistrati: in questo modo, la volontà collettiva, perfettamente fusa con la volontà generale, non avrà più alcuna influenza, lasciando così la volontà individuale libera di esprimersi completamente. Così il governo, pur mantenendo sempre la stessa forza assoluta, agirà nel modo meno invasivo possibile.
Queste regole sono incontestabili, e altre considerazioni servono a confermarle. Si può notare, ad esempio, che i magistrati sono più attivi nel loro ruolo rispetto al cittadino nel proprio; di conseguenza, la volontà individuale ha molto più influenza in ambito governativo. Infatti, ogni magistrato è quasi sempre incaricato di una funzione specifica all’interno del governo, mentre ogni singolo cittadino non svolge alcuna funzione legata alla sovranità. Inoltre, più lo Stato si estende, maggiore diventa la sua forza reale, anche se questa non aumenta in proporzione con l’estensione territoriale; tuttavia, se lo Stato rimane lo stesso, anche se i magistrati aumentano di numero, il governo non acquisisce una forza reale maggiore, poiché essa deriva comunque dalla forza dello Stato, che presumiamo essere sempre uguale. Quindi, attraverso questa pluralità dei magistrati, l’attività del governo diminuisce, senza che la sua forza possa aumentare.
Dopo aver constatato che il governo si allenta man mano che aumenta il numero dei magistrati, e che più il popolo è numeroso, maggior deve essere la forza repressiva del governo, concludiamo che il rapporto tra i magistrati e il governo debba essere inverso rispetto a quello tra i sudditi e il sovrano; in altre parole, più lo stato si espande, più il governo deve rafforzarsi, al punto che il numero dei capi diminuisca in seguito all’aumento della popolazione.
Per definire poi questa diversità di forme attraverso denominazioni più precise, noteremo innanzitutto che il sovrano può affidare l’amministrazione del governo a tutto il popolo o alla maggior parte di esso, in modo che ci siano più cittadini incaricati di funzioni pubbliche che cittadini comuni e privati. A questa forma di governo si dà il nome di democrazia.
Oppure può concentrare il potere di governo nelle mani di un numero più ristretto di persone, in modo che ci siano più cittadini comuni che funzionari pubblici; e questa forma di governo è chiamata aristocrazia.
Infine, permette di concentrare tutto il potere governativo nelle mani di un solo magistrato. Questa terza forma è la più comune e si chiama monarchia o governo regale.
Osserveremo che tutte queste forme di governo, o almeno le prime due, presentano una certa flessibilità e dispongono addirittura di un’ampia gamma di possibilità. La democrazia può infatti riguardare l’intero popolo oppure limitarsi soltanto alla sua metà; l’aristocrazia, invece, può estendersi da una parte del popolo fino a comprendere gruppi molto più ristretti. Anche la monarchia, talvolta, prevede una divisione del potere tra diversi membri della famiglia reale: a Sparta c’erano sempre due re, e nell’impero romano si sono verificati casi in cui contemporaneamente esistevano fino a otto imperatori, senza che ciò significasse necessariamente una divisione effettiva dell’impero. Esiste dunque un punto in cui ogni forma di governo tende a confondersi con quella successiva; e, sotto tre denominazioni specifiche, il governo è effettivamente in grado di assumere quante forme sia possibile, in base al numero dei cittadini che lo compongono.
Inoltre: poiché ciascuno di questi governi può, in alcuni aspetti, essere suddiviso in diverse parti – una amministrata in un certo modo e un’altra in un altro – dalla combinazione di queste tre forme possono derivare molteplici forme miste, ognuna delle quali è suscettibile di essere moltiplicata con tutte le forme semplici.
Si è sempre discusso molto sulla migliore forma di governo, senza considerare che ciascuna di esse possa rivelarsi la migliore in alcuni casi e la peggiore in altri. Per noi, se nel numero dei magistrati[500] nei diversi Stati deve esistere una proporzione inversa rispetto al numero dei cittadini, concluderemo che, in generale, il governo democratico sia adatto agli Stati piccoli, l’aristocratico a quelli di medie dimensioni, e il monarchico a quelli grandi.
È attraverso queste ricerche che riusciremo a comprendere quali siano i doveri e i diritti dei cittadini, e se sia possibile separarli l’uno dall’altro; cosa significhi la patria, in cosa essa consista esattamente, e come ognuno possa capire se ne ha una o meno.
Dopo aver considerato ciascun tipo di società civile in sé stessa, le confronteremo per osservarne i diversi rapporti: alcune grandi, altre piccole; alcune forti, altre deboli; che si attaccano, si offendono e si distruggono a vicenda; e, in questa continua azione e reazione reciproca, producono più miseri ed uccidono più persone di quante ne vivrebbero se tutti avessero conservato la loro libertà originale. Esamineremo se nell’istituzione sociale non si sia fatto né troppo né troppo poco; se gli individui sottomessi alle leggi e agli uomini, mentre le società mantengono tra di loro l’indipendenza che deriva dalla natura, non rimangano esposti ai mali di entrambi gli stati, senza però godere dei loro vantaggi; e se non sarebbe meglio che nel mondo non ci fossero affatto società civili piuttosto che ne esistessero molte. Non è forse questo stato misto quello che possiede caratteristiche di entrambi gli stati, senza però garantirne nessuno dei vantaggi, né permettere di essere pronti alla guerra, né di vivere in pace[501]? Non è forse questa associazione parziale e imperfetta quella che genera tirannia e guerre? E non sono forse la tirannia e la guerra i più grandi flagelli dell’umanità?
Esamineremo infine i tipi di rimedi che sono stati cercati per ovviare a questi inconvenienti attraverso leghe e confederazioni: queste, pur lasciando ogni Stato sotto il controllo interno del proprio sovrano, lo armano esternamente contro qualsiasi aggressore ingiusto. Cercheremo inoltre di capire come sia possibile stabilire un’efficace associazione federativa, quali siano i fattori che ne garantiscano la durata, e fino a che punto si possa estendere il potere della confederazione senza danneggiare quello della sovranità.
L’abate di Saint-Pierre aveva proposto l’istituzione di un’associazione che riunisse tutti gli Stati d’Europa al fine di mantenere tra loro una pace perpetua. Questa associazione era realizzabile? E, ammesso che fosse stata istituita, si poteva presumere che durasse a lungo?[502] Queste riflessioni ci portano direttamente a tutte le questioni di diritto pubblico che possono contribuire a chiarire ulteriormente quelle di diritto politico.
Infine, stabiliremo i veri principi del diritto della guerra e analizzeremo perché Grotius e gli altri ne hanno forniti solo delle rappresentazioni errate.
Non mi sorprenderebbe affatto se, tra tutte le nostre ragionamenti, il mio giovane amico, che possiede buon senso, mi interrompesse dicendo: “Sembra proprio che stiamo costruendo il nostro edificio con del legno, e non con degli uomini, visto quanto allineiamo perfettamente ogni singola parte seguendo le regole!” È vero, mio caro amico; ma pensate che il diritto non si piega alle passioni umane, e che il nostro compito era proprio quello di stabilire i veri principi del diritto politico. Ora che le nostre fondamenta sono state gettate, venite a vedere cosa gli uomini hanno costruito sopra. Vedrete davvero cose notevoli!
Alors je lui fais lire Télémaque et poursuivre sa route ; nous cherchons l’heureuse Salente, et le bon Idoménée rendu sage à force de malheurs. Chemin faisant, nous trouvons beaucoup de Protésilas, et point de Philoclès. Adraste, roi des Dauniens, n’est pas non plus introuvable[503]. Mais laissons les lecteurs imaginer nos voyages, ou les faire à notre place un Télémaque à la main ; et ne leur suggérons point des applications affligeantes que l’auteur même écarte ou fait malgré lui.
Au reste, Émile n’étant pas roi, ni moi dieu, nous ne nous tourmentons point de ne pouvoir imiter Télémaque et Mentor dans le bien qu’ils faisaient aux hommes : personne ne sait mieux que nous se tenir à sa place, et ne désire moins d’en sortir. Nous savons que la même tâche est donnée à tous ; que quiconque aime le bien de tout son coeur, et le fait de tout son pouvoir, l’a remplie. Nous savons que Télémaque et Mentor sont des chimères. Émile ne voyage pas en homme oisif, et fait plus de bien que s’il était prince. Si nous étions rois, nous ne serions plus bienfaisants. Si nous étions rois et bienfaisants, nous ferions sans le savoir mille maux réels pour un bien apparent que nous croirions faire. Si nous étions rois et sage, le premier bien que nous voudrions faire à nous-mêmes et aux autres serait d’abdiquer la royauté et de redevenir ce que nous sommes.
J’ai dit ce qui rend les voyages infructueux à tout le monde. Ce qui les rend encore plus infructueux à la jeunesse, c’est la manière dont on les lui fait faire. Les gouverneurs, plus curieux de leur amusement que de son instruction, la mènent de ville en ville, de palais en palais, de cercle en cercle ; ou, s’ils sont savants et gens de lettres, ils lui font passer son temps à courir des bibliothèques, à visiter des antiquaires, à fouiller de vieux monuments, à transcrire de vieilles inscriptions. Dans chaque pays, ils s’occupent d’un autre siècle ; c’est comme s’ils s’occupaient d’un autre pays ; en sorte qu’après avoir à grands frais parcouru l’Europe, livrés aux frivolités ou à l’ennui, ils reviennent sans avoir rien vu de ce qui peut les intéresser, ni rien appris de ce qui peut leur être utile.
Toutes les capitales se ressemblent, tous les peuples s’y mêlent, toutes les moeurs s’y confondent ; ce n’est pas là qu’il faut aller étudier les nations. Paris et Londres ne sont à mes yeux que la même ville. Leurs habitants ont quelques préjugés différents, mais ils n’en ont pas moins les uns que les autres, et toutes leurs maximes pratiques sont les mêmes. On sait quelles espèces d’hommes doivent se rassembler dans les cours. On sait quelles moeurs l’entassement du peuple et l’inégalité des fortunes doit partout produire. Sitôt qu’on me parle d’une ville composée de deux cent mille âmes, je sais d’avance comment on y vit. Ce que je saurais de plus sur les lieux ne vaut pas la peine d’aller l’appendre.
C’est dans les provinces reculées, où il y a moins de mouvement, de commerce, où les étrangers voyagent moins, dont les habitants se déplacent moins, changent moins de fortune et d’état, qu’il faut aller étudier le génie et les moeurs d’une nation. Voyez en passant la capitale, mais allez observer au loin le pays. Les Français ne sont pas à Paris, ils sont en Touraine ; les Anglais sont plus Anglais en Mercie qu’à Londres et les Espagnols, plus Espagnols en Galice qu’à Madrid. C’est à ces grandes distances qu’un peuple se caractérise et se montre tel qu’il est sans mélange ; c’est là que les bons et les mauvais effets du gouvernement se font mieux sentir, comme au bout d’un plus grand rayon al mesure des arcs est plus exacte.
Les rapports nécessaires des moeurs au gouvernement ont été si bien exposés dans le livre de l’Esprit des Lois, qu’on ne peut mieux faire que de recourir à cet ouvrage pour étudier ces rapports. Mais, en général, il y a deux règles faciles et simples pour juger de la bonté relative des gouvernements. L’une est la population. Dans tout pays qui se dépeuple, l’état tend à sa ruine ; et le pays qui peuple le plus, fût-il le plus pauvre, est infailliblement le mieux gouverné.[504]
Mais il faut pour cela que cette population soit un effet naturel du gouvernement et des moeurs ; car, si elle se faisait par des colonies, ou par d’autres voies accidentelles et passagères, alors elles prouveraient le mal par le remède. Quand Auguste porta des lois contre le célibat, ces lois montraient déjà le déclin de l’empire romain. Il faut que la bonté du gouvernement porte les citoyens à se marier, et non pas que la loi les y contraigne ; il ne faut pas examiner ce qui se fait par force, car la loi qui combat la constitution s’élude et devient vaine, mais ce qui se fait par l’influence des moeurs et par la pente naturelle du gouvernement ; car ces moyens ont seuls un effet constant. C’était la politique du bon abbé de Saint-Pierre de chercher toujours un petit remède à chaque mal particulier, au lieu de remonter à leur source commune, et de voir qu’on ne les pouvait guérir que tous à la fois. Il ne s’agit pas de traiter séparément chaque ulcère qui vient sur le corps d’un malade, mais d’épurer la masse du sang qui les produit tous. On dit qu’il y a des prix en Angleterre pour l’agriculture ; je n’en veux pas davantage : cela me prouve qu’elle n’y brillera pas longtemps.
La seconde marque de la bonté relative du gouvernement et des lois se tire aussi de la population, mais d’une autre manière, c’est-à-dire de sa distribution, et non pas de sa quantité. Deux États égaux en grandeur et en nombre d’hommes peuvent être fort inégaux en force ; et le plus puissant des deux est toujours celui dont les habitants sont le plus également répandus sur le territoire ; celui qui n’a pas de si grandes villes, et qui par conséquent brille le moins, battra toujours l’autre. Ce sont les grandes villes qui épuisent un état et font sa faiblesse : la richesse qu’elles produisent est une richesse apparente et illusoire ; c’est beaucoup d’argent et peu d’effet. On dit que la ville de Paris vaut une province au roi de France ; mais je crois qu’elle lui en coûte plusieurs ; que c’est à plus d’un égard que Paris est nourri par les provinces, et que la plupart de leurs revenus se versent dans cette ville et y restent, sans jamais retourner au peuple ni au roi. Il est inconcevable que, dans ce siècle de calculateurs, il n’y en ait pas un qui sache voir que la France serait beaucoup plus puissante si Paris était anéanti. Non seulement le peuple mal distribué n’est pas avantageux à l’état, mais il est plus ruineux que la dépopulation même, en ce que la dépopulation ne donne qu’un produit nul, et que la consommation mal entendue donne un produit négatif. Quand j’entends un Français et un Anglais, tout fiers de la grandeur de leurs capitales, disputer entre eux lequel de Paris ou de Londres contient le plus d’habitants, c’est pour moi comme s’ils disputaient ensemble lequel des deux peuples a l’honneur d’être le plus mal gouverné.
Étudiez un peuple hors de ses villes, ce n’est qu’ainsi que vous le connaîtrez. Ce n’est rien de voir la forme apparente d’un gouvernement, fardée par l’appareil de l’administration et par le jargon des administrateurs, si l’on n’en étudie aussi la nature par les effets qu’il produit sur le peuple et dans tous les degrés de l’administration. La différence de la forme au fond se trouvant partagée entre tous ces degrés, ce n’est qu’en les embrassant tous qu’on connaît cette différence. Dans tel pays, c’est par les manoeuvres des subdélégués qu’on commence à sentir l’esprit du ministère ; dans tel autre, il faut voir élire les membres du parlement pour juger s’il est vrai que la nation soit libre ; dans quelque pays que ce soit, il est impossible que qui n’a vu que les villes connaisse le gouvernement, attendu que l’esprit n’en est jamais le même pour la ville et pour la campagne. Or, c’est la campagne qui fait le pays, et c’est le peuple de la campagne qui fait la nation.
So I have him read Télémaque and continue on his journey; we seek the fortunate Salente, as well as the good Idoménée, who has been tempered by adversity and become wise. Along the way, we encounter many Protésilases, but no Philocles in sight. Adrasteus, king of the Daunians, is also nowhere to be found[503]. But let readers imagine our travels for themselves, or let them undertake such journeys themselves with a copy of Télémaque in hand; and let us not suggest to them any sad or distressing applications of these stories—applications that even the author himself would reject or pursue against his will.
After all, since Émile is not a king and I am not a god, we do not torment ourselves over our inability to imitate Télémaque and Mentor in the good they did for others: no one knows better than us how to remain in our proper place, nor does anyone desire to step out of it. We know that the same task is given to everyone; whoever loves goodness with all their heart and endeavors to do it with all their power has already fulfilled it. We also know that Télémaque and Mentor are nothing but figments of imagination. Émile does not travel as a idle man; he does more good than if he were a prince. If we were kings, we would no longer be benevolent. If we were both kings and benevolent, we would unknowingly cause countless real evils in the name of what we believe to be apparent good. If we were kings and wise, the first thing we would want to do for ourselves and others would be to abdicate our thrones and return to who we truly are.
I have stated what makes travel futile for everyone. What makes it even more futile for the youth is the way in which it is arranged for them. Governors, more interested in their amusement than in their education, lead them from one city to another, from one palace to another, from one social circle to another; or, if they are scholars and men of letters, they make them spend their time running between libraries, visiting antique dealers, examining old monuments, and transcribing ancient inscriptions. In each country, they focus on a different century; it’s as if they were exploring a different country altogether. As a result, after traveling throughout Europe at great expense, exposed to frivolity or boredom, they return having seen nothing that could interest them or learned anything that could be of use to them.
All capitals are similar; all peoples mix together there, and all customs blend into one another. That is not the place where one should go to study nations. In my eyes, Paris and London are essentially the same city. Their inhabitants may have some slight differences in prejudice, but they still share many of the same ones, and their practical principles are identical. One knows what kinds of people ought to gather in the courts of power; one also understands how the crowding of people and the inequality of fortunes inevitably lead to certain customs everywhere. Whenever someone mentions a city with a population of two hundred thousand souls, I can immediately imagine how life there must be organized. Whatever additional information I might gain about such a place would not be worth the effort of traveling there to obtain it.
It is in the remote provinces, where there is less movement and commerce, where foreigners travel less, and where the inhabitants move less, change their fortune or social status less, that one must go to study the nature and customs of a nation. One may visit the capital occasionally, but it is in the distant regions that one should observe the country truly. The French are not really in Paris; they are in Touraine. The English are more English in Mercia than they are in London, and the Spaniards are more Spanish in Galicia than they are in Madrid. It is at such great distances that a people reveals its true character, unaltered by mixture or influence. It is there that the good and bad effects of government are most clearly seen, just as the curvature of an arc is most accurately measured at its farthest point.
The necessary relationships between customs and government were so clearly expounded in The Spirit of Laws that one could hardly do better than refer to this work in order to study them. Nevertheless, in general, there are two simple and easy rules for judging the relative quality of governments. One of these is population: in any country where the population declines, the state tends towards ruin; whereas a country with the largest population, even if it were the poorest, is invariably the best-governed.[504]
But for this to happen, it is necessary that such a population be a natural result of the government and social customs; for if it were created through colonies or other accidental and temporary means, then such measures would prove to be a cure that actually causes more harm than good. When Augustus enacted laws against celibacy, those laws already indicated the decline of the Roman Empire. It is the kindness of the government that should encourage citizens to marry, not laws that force them to do so; one must not examine what is done through coercion, for a law that contradicts the natural order of things will inevitably fail and become meaningless. Instead, we should consider what is accomplished through the influence of customs and the inherent nature of governance, for only such methods can produce lasting results. It was precisely this approach that the good abbot of Saint-Pierre adopted—always seeking small remedies for individual problems, rather than addressing their common causes and realizing that they could only be truly cured together. It is not about treating each separate “ulcer” that appears on a sick person’s body individually, but about purifying the blood itself, which is the source of all those ailments. They say that there are rewards in England for agricultural achievements; I demand no more than that—such rewards prove only that agriculture there will not flourish for long.
The second indication of the relative goodness of a government and its laws also stems from the population—but in a different way, namely from its distribution, rather than its quantity. Two states that are equal in size and number of people can be very unequal in strength; and the more powerful of the two is always the one whose inhabitants are most evenly distributed across its territory—the one that does not have large cities, and therefore shines less, will always defeat the other. It is the large cities that exhaust a state and make it weak: the wealth they produce is apparent and illusory—it amounts to much money but little real effect. People say that the city of Paris is worth a province for the King of France; but I believe it costs him several provinces in reality. In many ways, Paris is sustained by the provinces, and most of their revenues flow into this city and remain there, never returning to the people or the king. It is inconceivable that, in this century of calculators, there isn’t anyone who realizes that France would be much stronger if Paris were destroyed. Not only is a poorly distributed population detrimental to a state, but it is even more destructive than a decline in population itself—since a decline in population results in no output at all, while poor distribution leads to negative outcomes. When I hear a Frenchman and an Englishman, both proud of the greatness of their capitals, arguing about which one, Paris or London, has more inhabitants, it seems to me as if they are competing to see which people have the misfortune of being governed in the worst way.
Study a people away from their cities—only then can you truly understand them. It is utterly insufficient to merely observe the apparent form of a government, as it is disguised by the machinery of administration and the jargon of bureaucrats. One must also examine its nature through the effects it has on the people and at all levels of governance. Since the difference in form is actually present at every level, it is only by considering them all that one can grasp this distinction. In some countries, one begins to sense the spirit of a ministry through the actions of its subordinates; in others, one must observe the election of parliamentary members to determine whether the nation is truly free; in any case, those who have only seen the cities cannot possibly understand how government really operates, for its nature is never the same in urban areas as it is in rural ones. Yet it is the countryside that constitutes a country, and it is the people of the countryside who make up a nation.
Allora gli faccio leggere il “Télemaco” e proseguire il suo viaggio; cerchiamo la felice Salente, e il buon Idomeneo, reso saggio a forza di disgrazie. Lungo la strada, incontriamo molti Protésilas, ma nessun Filocle. Nemmeno Adrasto, re dei Dauni, è reperibile[503]. Ma lasciamo che i lettori immaginino i nostri viaggi, o che li facciano al nostro posto, tenendo in mano il “Télemaco”; e non suggeriamo loro applicazioni dolorose che lo stesso autore evita o fa contro la sua volontà.
Del resto, poiché Émile non è re e io non sono dio, non ci tormenta il fatto di non poter imitare Telemaco e Mentor nel bene che facevano agli uomini: nessuno sa meglio di noi come comportarsi al proprio posto, e nessuno desidera più di uscire da esso. Sappiamo che lo stesso compito è dato a tutti; chiunque ami il bene con tutto il proprio cuore e lo compia con tutte le proprie forze, l’ha già adempiuto. Sappiamo che Telemaco e Mentor sono soltanto immagini ideali. Émile non viaggia come un uomo ozioso; fa più bene di quanto farebbe se fosse principe. Se fossimo re, non saremmo più buoni. Se fossimo re e buoni, commetteremmo senza saperlo mille veri mali per un bene apparente che crederemmo di realizzare. Se fossimo re e saggi, il primo bene che vorremmo fare a noi stessi e agli altri sarebbe abdicare al trono e tornare a essere ciò che siamo realmente.
Ho detto ciò che rende i viaggi infruttuosi per tutti; ciò che li rende ancora più infruttuosi per la gioventù, è il modo in cui vengono fatti. I governanti, più interessati al loro divertimento che alla loro istruzione, li portano da una città all’altra, da un palazzo all’altro, da un circolo all’altro; oppure, se sono persone colte e letterate, li fanno passare il tempo correndo tra biblioteche, visitando antiquari, esaminando antichi monumenti, trascrivendo vecchie iscrizioni. In ogni paese si occupano di un’epoca diversa; è come se si occupassero di un altro paese; così che, dopo aver speso molti soldi per viaggiare in Europa, essendo esposti a frivolezze o noia, tornano a casa senza aver visto nulla di ciò che potrebbe interessarli, né imparato nulla di ciò che potrebbe essere utile per loro.
Tutte le capitali si assomigliano; tutti i popoli vi si mescolano, tutte le usanze vi si confondono. Non è certo in questi luoghi che bisogna andare per studiare le nazioni. A mio parere, Parigi e Londra non sono altro che la stessa città: i loro abitanti hanno alcuni pregiudizi diversi, ma non ne mancano affatto; inoltre, tutte le loro pratiche quotidiane sono identiche. Si sa bene quali tipi di persone debbano radunarsi nelle corti. Si sa anche quali usanze derivino inevitabilmente dall’agglomeramento della popolazione e dall’ineguaglianza delle fortune. Non appena mi si parla di una città composta da duecentomila abitanti, so già come vi si vive. Quello che potrei scoprire sul posto non vale certo la pena di andarlo a cercare.
È nelle province remote, dove ci sono meno movimenti, meno commercio, dove gli stranieri viaggiano meno e i loro abitanti si spostano meno, cambiano meno fortuna e status sociale, che bisogna andare per studiare il genio e i costumi di un popolo. Si può visitare la capitale, ma è necessario osservare attentamente le zone più lontane del paese. I francesi non sono veramente a Parigi, ma nella Touraine; gli inglesi sono più “inglesi” in Mercia che a Londra, e gli spagnoli, più “spagnoli” in Galizia che a Madrid. È proprio a queste grandi distanze che un popolo si manifesta realmente per ciò che è, senza mescolanze; è lì che i buoni e i cattivi effetti del governo diventano più evidenti, proprio come la curvatura di un arco è più precisa all’estremità della sua lunghezza.
I rapporti necessari tra le usanze e il governo sono stati esposti con tale chiarezza nel libro “L’Esprit des Lois” che non si potrebbe fare di meglio che ricorrere a quest’opera per studiarli. Tuttavia, in generale, esistono due regole semplici ed efficaci per giudicare della bontà relativa dei governi: la prima riguarda la popolazione. In ogni paese che si spopolisce lo stato tende alla rovina; mentre il paese che conta più abitanti, anche se fosse il più povero, è inevitabilmente il meglio governato.[504]
Ma per questo è necessario che tale fenomeno sia un effetto naturale del governo e delle abitudini sociali; infatti, se si verificasse attraverso colonie o altri mezzi accidentali e temporanei, allora tali misure dimostrerebbero proprio il contrario di ciò che intendevano ottenere. Quando Augusto emanò leggi contro il celibato, queste stesse leggi segnarono già il declino dell’impero romano. È necessario che la bontà del governo spinga i cittadini a sposarsi, e non che sia la legge a costringerli a farlo; non bisogna esaminare ciò che avviene con la forza, poiché una legge che contrasta con le istituzioni naturali diventa inutile e inefficace. Bisogna invece considerare ciò che deriva dall’influenza delle abitudini sociali e dalla natura stessa del governo, poiché solo questi mezzi hanno un effetto duraturo. Era questa la politica dell’abate di Saint-Pierre: cercare sempre rimedi specifici per ogni singolo problema, invece di individuare le loro cause comuni e rendersi conto che si possono risolvere soltanto tutti insieme. Non si tratta di curare separatamente ogni “ulcera” che appare sul corpo di un malato, ma di purificare la “massa di sangue” che ne è la causa. Si dice che in Inghilterra ci siano premi per l’agricoltura; non ne voglio sapere nulla: questo mi dimostra soltanto che quell’industria non durerà a lungo.
La seconda dimostrazione della bontà relativa del governo e delle leggi deriva anch’essa dalla popolazione, ma in modo diverso: non dalla sua quantità, bensì dalla sua distribuzione sul territorio. Due Stati uguali per dimensioni e numero di abitanti possono essere molto disuguali per potenza; quello più forte è sempre quello i cui abitanti sono più uniformemente distribuiti sul territorio; quello che non possiede città grandi, e quindi appare meno potente, vincerà sempre sull’altro. Sono proprio le grandi città a esaurire le risorse di uno Stato e a renderlo debole: la ricchezza che producono è apparente e illusoria; si tratta di molto denaro, ma con scarso effettivo valore. Si dice che la città di Parigi valga una provincia per il re di Francia; ma io credo che in realtà gli costi molte province; che, sotto molti aspetti, sia proprio Parigi a essere sostenuto dalle province, e che la maggior parte dei loro ricavi vada a finire in quella città, senza mai tornare al popolo né al re. È inconcepibile che, in questo secolo di persone calcolatrici, non esista nessuno che si renda conto del fatto che la Francia sarebbe molto più potente se Parigi venisse distrutto. Non solo una popolazione mal distribuita non è vantaggiosa per lo Stato, ma rappresenta addirittura un pericolo maggiore della stessa decrescita demografica: quest’ultima infatti comporta soltanto un prodotto nullo, mentre una cattiva gestione delle risorse produce effetti negativi. Quando sento un francese e un inglese vantarsi con orgoglio della grandezza delle loro capitali, discutendo su quale di esse abbia più abitanti, per me è come se stessero litigando su quale dei due popoli abbia l’onore di essere il peggio governato.
Studiate un popolo al di fuori delle sue città: solo così potrete conoscerlo veramente. Non basta osservare la forma apparente di un governo, mascherata dall’apparato amministrativo e dal gergo degli funzionari; è necessario studiarne anche la natura attraverso gli effetti che produce sul popolo e in tutti i livelli dell’amministrazione. Poiché questa differenza nella forma si ripresenta in ogni livello, solo comprendendoli tutti interamente si può realmente comprenderla. In un certo paese, è attraverso le azioni dei subordinati che si può intuire lo spirito del governo; in un altro, bisogna osservare l’elezione dei membri del parlamento per capire se la nazione sia davvero libera; in qualsiasi caso, chi ha conosciuto solo le città non può comprendere veramente il funzionamento del governo, poiché lo spirito di quest’ultimo è sempre diverso nelle città e nelle campagne. Eppure, sono proprio le campagne a costituire il paese, e è il popolo delle campagne a formare la nazione.
Cette étude des divers peuples dans leurs provinces reculées, et dans la simplicité de leur génie originel, donne une observation générale bien favorable à mon épigraphe, et bien consolante pour le coeur humain ; c’est que toutes les nations, ainsi observées, paraissent en valoir beaucoup mieux ; plus elles se rapprochent de la nature, plus la bonté domine dans leur caractère ; ce n’est qu’en se renfermant dans les villes, ce n’est qu’en s’altérant à force de culture, qu’elles se dépravent, et qu’elles changent en vices agréables et pernicieux quelques défauts plus grossiers que malfaisants.
De cette observation résulte un nouvel avantage dans la manière de voyager que je propose, en ce que les jeunes gens, séjournant peu dans les grandes villes où règne une horrible corruption, sont moins exposés à la contracter, et conservent parmi des hommes plus simples, et dans des sociétés moins nombreuses, un jugement plus sûr, un goût plus sain, des moeurs plus honnêtes. Mais, au reste, cette contagion n’est guère à craindre pour mon Émile ; il a tout ce qu’il faut pour s’en garantir. Parmi toutes les précautions que j’ai prises pour cela, je compte pour beaucoup l’attachement qu’il a dans le coeur.
On ne sait plus ce que peut le véritable amour sur les inclinations des jeunes gens, parce que, ne le connaissant pas mieux qu’eux, ceux qui les gouvernent les en détournent. Il faut pourtant qu’un jeune homme aime ou qu’il soit débauché. Il est aisé d’en imposer par les apparences. On me citera mille jeunes gens qui, dit-on, vivent fort chastement sans amour ; mais qu’on me cite un homme fait, un véritable homme qui dise avoir ainsi passé sa jeunesse, et qui soit de bonne foi. Dans toutes les vertus, dans tous les devoirs, on ne cherche que l’apparence ; moi, je cherche la réalité, et je suis trompé s’il y a, pour y parvenir, d’autres moyens que ceux que je donne.
L’idée de rendre Émile amoureux avant de le faire voyager n’est pas de mon invention. Voici le trait qui me l’a suggérée.
J’étais à Venise en visite chez le gouverneur d’un jeune Anglais. C’était en hiver, nous étions autour du feu. Le gouverneur reçoit ses lettres de la poste. Il les lit, et puis en relit une tout haut à son élève. Elle était en Anglais : je n’y compris rien ; mais, durant la lecture, je vis le jeune homme déchirer de très belles manchettes de point qu’il portait, et les jeter au feu l’une après l’autre, le plus doucement qu’il put, afin qu’on ne s’en aperçût pas. Surpris de ce caprice je le regarde au visage, et je crois y voir de l’émotion ; mais les signes extérieurs des passions, quoique assez semblables chez tous les hommes, ont des différences nationales sur lesquelles il est facile de se tromper. Les peuples ont divers langages sur le visage, aussi bien que dans la bouche. J’attends la fin de la lecture, et puis montrant au gouverneur les poignets nus de son élève, qu’il cachait pourtant de son mieux, je lui dis : Peut-on savoir ce que cela signifie ?
Le gouverneur, voyant ce qui s’était passé, se mit à rire, embrassa son élève d’un air de satisfaction ; et, après avoir obtenu son consentement, il me donna l’explication que je souhaitais.
Les manchettes, me dit-il, que M. John vient de déchirer sont un présent qu’une dame de cette ville lui a fait il n’y a pas longtemps. Or vous saurez que M. John est promis dans son pays à une jeune demoiselle pour laquelle il a beaucoup d’amour, et qui en mérite encore davantage. Cette lettre est de la mère de sa maîtresse, et je vais vous en traduire l’endroit qui a causé le dégât dont vous avez été le témoin.
“Lucy ne quitte point les manchettes de lord John. Miss Betty Roldham vint hier passer l’après-midi avec elle, et voulut à toute force travailler à son ouvrage. Sachant que Lucy s’était levée aujourd’hui plus tôt qu’à l’ordinaire, j’ai voulu voir ce qu’elle faisait, et je l’ai trouvée occupée à défaire tout ce qu’avait fait hier miss Betty. Elle ne veut pas qu’il y ait dans son présent un seul point d’une autre main que la sienne.”
M. John sortit un moment après pour prendre d’autres manchettes, et je dis à son gouverneur : Vous avez un élève d’un excellent naturel ; mais parlez-moi vrai, la lettre de la mère de miss Lucy n’est-elle point arrangée ? N’est-ce point un expédient de votre façon contre la dame aux manchettes ? Non, me dit-il, la chose est réelle ; je n’ai pas mis tant d’art à mes soins ; j’y ai mis de la simplicité, du zèle, et Dieu a béni mon travail.
Le trait de ce jeune homme n’est point sorti de ma mémoire : il n’était pas propre à ne rien produire dans la tête d’un rêveur comme moi.
Il est temps de finir. Ramenons lord John à miss Lucy, c’est-à-dire Émile à Sophie. Il lui rapporte, avec un coeur non moins tendre qu’avant son départ, un esprit plus éclairé, et il rapporte dans son pays l’avantage d’avoir connu les gouvernements par tous leurs vices, et les peuples par toutes leurs vertus. J’ai même pris soin qu’il se liât dans chaque nation avec quelque homme de mérite par un traité d’hospitalité à la manière des anciens, et je ne serai pas fâché qu’il cultive ces connaissances par un commerce de lettres. Outre qu’il peut être utile et qu’il est toujours agréable d’avoir des correspondances dans les pays éloignés, c’est une excellente précaution contre l’empire des préjugés nationaux, qui, nous attaquant toute la vie, ont tôt ou tard quelque prise sur nous. Rien n’est plus propre à leur ôter cette prise que le commerce désintéressé de gens sensés qu’on estime, lesquels, n’ayant point ces préjugés et les combattant par les leurs, nous donnent les moyens d’opposer sans cesse les uns aux autres, et de nous garantir ainsi de tous. Ce n’est point la même chose de commercer avec les étrangers chez nous ou chez eux. Dans le premier cas, ils ont toujours pour le pays où ils vivent un ménagement qui leur fait déguiser ce qu’ils en pensent, ou qui leur en fait penser favorablement tandis qu’ils y sont ; de retour chez eux, ils en rabattent, et ne sont que justes. Je serais bien aise que l’étranger que je consulte eût vu mon pays, mais je ne lui en demanderai son avis que dans le sien.
Après avoir presque employé deux ans à parcourir quelques-uns des grands États de l’Europe et beaucoup plus des petits ; après en avoir appris les deux ou trois principales langues ; après y avoir vu ce qu’il y a de vraiment curieux, soit en histoire naturelle, soit en gouvernement, soit en arts, soit en hommes, Émile, dévoré d’impatience, m’avertit que notre terme approche. Alors je lui dis : Eh bien ! mon ami, vous vous souvenez du principal objet de nos voyages ; vous avez vu, vous avez observé : quel est enfin le résultat de vos observations ? À quoi vous fixez-vous ? Ou je me suis trompé dans ma méthode, ou il doit me répondre à peu près ainsi :
« À quoi je me fixe ? à rester tel que vous m’avez fait être, et à n’ajouter volontairement aucune autre chaîne à celle dont me chargent la nature et les lois. Plus j’examine l’ouvrage des hommes dans leurs institutions, plus je vois qu’à force de vouloir être indépendants, ils se font esclaves, et qu’ils usent leur liberté même en vains efforts pour l’assurer. Pour ne pas céder au torrent des choses, ils se font mille attachements ; puis, sitôt qu’ils veulent faire un pas, ils ne peuvent, et sont étonnés de tenir à tout. Il me semble que pour se rendre libre on n’a rien faire ; il suffit de ne pas vouloir cesser de l’être. C’est vous, ô mon maître, qui m’avez fait libre en m’apprenant à céder à la nécessité. Qu’elle vienne quand il lui plaît, je m’y laisse entraîner sans contrainte ; et comme je ne veux pas la combattre, je ne m’attache à rien pour me retenir. J’ai cherché dans nos voyages si je trouverais quelque coin de terre où je pusse être absolument mien ; mais en quel lieu parmi les hommes ne dépend-on plus de leurs passions ? Tout bien examiné, j’ai trouvé que mon souhait même était contradictoire ; car, dussé-je ne tenir à nulle autre chose, je tiendrais au moins à la terre où je me serais fixé ; ma vie serait attachée à cette terre comme celle des dryades l’était à leurs arbres ; j’ai trouvé qu’empire et liberté étant deux mots incompatibles, je ne pouvais être maître d’une chaumière qu’en cessant de l’être de moi.
Hoc erat in votis : modus agri ita magnus[505].
This study of various peoples in their remote provinces, and in the simplicity of their original nature, provides a general observation that is highly favorable to my epigraph and greatly comforting to the human heart; it shows that all nations, observed in this way, seem to be much more worthy of respect. The closer they are to nature, the more goodness prevails in their character. It is only by dwelling in cities and by being altered through excessive cultivation that they degenerate, and that what were once merely rough or undesirable flaws become pleasing yet harmful vices.
From this observation arises a new advantage in the way of traveling that I propose: young people, since they spend only a short time in large cities where horrible corruption prevails, are less exposed to it and maintain, among simpler people and in smaller societies, a more discerning judgment, healthier tastes, and more honest morals. Nevertheless, this kind of “contagion” is hardly something to fear for my Émile; he possesses everything necessary to protect himself against it. Among all the precautions I have taken, I consider his deep affection to be of great importance.
One no longer knows what true love can do to the inclinations of young people, because those who govern them, not knowing it any better than they do themselves, lead them astray. Yet a young man must either love or be corrupted. It is easy to impose such behavior through appearances. People will cite thousands of young men who, it is said, live very chaste lives without love; but let someone produce one single grown man, a true man, who claims to have spent his youth in this way and who is sincere in his statements. In all virtues and in all duties, people only seek appearances; I, on the other hand, seek reality, and I am deceived if there are other means to achieve it than those I propose.
The idea of making Émile fall in love before sending him on a journey is not my own creation. Here is the source that suggested it to me.
I was in Venice visiting the governor of a young Englishman. It was winter, and we were sitting around the fire. The governor received his letters from the post office; he read them, and then read one of them aloud to his student. It was written in English; I couldn’t understand a thing of it. But while he was reading, I saw the young man tear off some very beautiful lace cuffs he was wearing and throw them into the fire one by one, as gently as possible, so that no one would notice. Surprised by this caprice, I looked at his face and thought I saw signs of emotion on it; but the external expressions of passion, although quite similar among all men, vary from nation to nation, and it is easy to make mistakes in interpreting them. Different peoples have different ways of expressing themselves through their faces, just as they have different languages when they speak. I waited until the reading was over, and then, pointing to the student’s bare wrists—which he had tried so hard to hide—I asked the governor: “Can anyone understand what this means?”
Upon seeing what had happened, the governor began to laugh and embraced his student with evident satisfaction; and after obtaining his consent, he gave me the explanation I desired.
“The headlines,” he told me, “that Mr. John just tore up were a gift given to him not long ago by a lady from this town. You should know that Mr. John is engaged in his country to a young lady whom he loves very much—and who deserves even more of his love. This letter is from the mother of his sweetheart, and I will translate for you the part that caused the trouble you witnessed.”
“Lucy never leaves lord John’s side. Miss Betty Roldham came to spend the afternoon with her yesterday and insisted on helping with her work. Knowing that Lucy had gotten up earlier than usual today, I went to see what she was doing and found her undoing everything that Miss Betty had done the previous day. She refuses to allow a single stitch in her current work to be done by anyone other than herself.”
Mr. John left for a moment to get some more cuffs, and I said to his assistant: “You have a student of excellent nature; but tell me the truth—hasn’t the letter from Miss Lucy’s mother been fabricated? Isn’t it some sort of trick you’re using against that lady with the cuffs?” “No,” he replied, “it’s genuine. I didn’t put much artistry into my efforts; I simply applied simplicity and diligence, and God has blessed my work.”
The features of this young man have never left my memory; they were certainly capable of inspiring something in the mind of a dreamer like me.
It is time to conclude. Let us return Lord John to Miss Lucy—that is, let us bring Émile back to Sophie. He returns to her with a heart no less tender than before his departure, but with a mind more enlightened. Moreover, he brings back to his own country the advantage of having witnessed the various vices of governments and the various virtues of peoples. I even made sure that in every nation he met, he formed friendships based on the ancient custom of hospitality, and I would not object if he continued to cultivate these relationships through correspondence. Besides being useful and always pleasant, maintaining correspondence with distant countries is an excellent means of guarding against the influence of national prejudices—prejudices that assail us throughout our lives and sooner or later manage to take hold of us. Nothing is more effective in dispelling such prejudices than the disinterested exchanges between sensible people who respect each other; these people, lacking such prejudices themselves and combating them with their own rational views, provide us with the means to constantly counteract one another’s biases and thus protect ourselves against all of them. It is not the same thing to do business with foreigners in our own country as it is in theirs. In the first case, they always have an interest in preserving a favorable impression of the country where they live; once they return home, however, their views often become more critical. I would be glad if the foreigner I consulted had seen my country firsthand, but I would only ask for his opinion based on what he knows about his own country.
After spending nearly two years traveling through some of Europe’s larger states and many more of the smaller ones; after learning their main languages; after seeing all that was truly remarkable there, whether in natural history, government, the arts, or among the people—Émile, consumed by impatience, informed me that our time was coming to an end. I then said to him: “Well, my friend, you remember the main purpose of our travels; you have seen and observed everything. So what is, in the end, the conclusion of your observations? What are your conclusions?” Either I had erred in my approach, or he must have replied something like this:
“Upon what should I fix my attention? On remaining as you have made me, and on not voluntarily adding any additional chains to those that nature and law have imposed upon me. The more I examine the workings of human institutions, the clearer it becomes that in their efforts to be independent, they actually enslave themselves, and that they waste their freedom in vain attempts to secure it. In order not to be swept away by the forces of circumstance, they create countless ties and attachments; yet whenever they try to take a step forward, they find themselves unable to do so and are astonished by their own dependence on everything around them. It seems to me that in order to be free, one needs to do nothing at all; merely refuse to cease being free is enough. It is you, my master, who have made me free by teaching me to yield to necessity. Let it come when it wills; I let myself be carried along without resistance. And since I refuse to fight against it, I attach myself to nothing in order to hold onto freedom. In our travels, I sought to find some corner of the earth where I could truly be my own master; but in what place among humans can one truly escape the control of their passions? Upon careful consideration, I realized that even this desire was contradictory in itself—for even if I were attached to nothing else, I would still be bound to the land on which I settled; my life would be tied to that land just as the lives of the dryads were tied to their trees. I concluded that since power and freedom are incompatible concepts, I could never truly be master of a humble dwelling unless I first ceased being master of myself.”
This was their wish: that the method of farming should be on such a large scale.
Questo studio dei vari popoli nelle loro province remote, e nella semplicità del loro genio originale, offre un’osservazione generale molto favorevole al mio epigrafo, e molto consolante per il cuore umano: tutte le nazioni, osservate in questo modo, sembrano valere molto di più; più si avvicinano alla natura, più la bontà domina nel loro carattere; è solo restando confinate nelle città, è solo alterandosi a causa della cultura che si corrompono, e trasformano alcuni difetti più grossolani che dannosi in vizi piacevoli ma pericolosi.
Da questa osservazione deriva un nuovo vantaggio nel modo di viaggiare che propongo: i giovani, essendo soggetti a brevi soggiorni nelle grandi città dove regna una orribile corruzione, sono meno esposti al rischio di contrarla; inoltre, vivendo tra persone più semplici e in società meno numerose, mantengono un giudizio più sicuro, un gusto più sano e costumi più onesti. Tuttavia, questa “contagione” non rappresenta certo un pericolo per il mio Émile; possiede tutto ciò che è necessario per proteggersene. Tra tutte le precauzioni che ho preso a questo scopo, quella che ritengo particolarmente importante è l’affetto profondo che lui nutre nel proprio cuore.
Non si sa più cosa possa il vero amore sulle inclinazioni dei giovani, perché coloro che li guidano, non conoscendolo meglio di loro, li allontanano da esso. Tuttavia, un giovane deve necessariamente amare o essere corrotto. È facile imporre queste norme attraverso le apparenze. Mi si potranno citare mille giovani che, si dice, vivono in modo molto casto senza amore; ma mi si presenti pure un uomo adulto, un vero uomo che affermi di aver trascorso così la sua giovinezza, e che sia sincero. In tutte le virtù, in tutti i doveri, si cerca soltanto l’apparenza; io, invece, cerco la realtà. E mi ingannano se esistono altri mezzi per raggiungerla diversi da quelli che propongo io stesso.
L’idea di far innamorare Émile prima di farlo viaggiare non è mia; ecco il racconto che me l’ha suggerita.
Ero a Venezia in visita dal governatore di un giovane inglese. Era inverno e eravamo intorno al fuoco. Il governatore riceveva le sue lettere dalla posta; le leggeva, poi ne rileggeva una ad alta voce al suo allievo. Era scritta in inglese: non capivo nulla; ma, durante la lettura, vidi il giovane strappare delle bellissime maniche di pizzo che indossava e gettarle nel fuoco, una dopo l’altra, con la massima delicatezza possibile, affinché nessuno se ne accorgesse. Sorpreso da questo capriccio, lo guardai in faccia e credetti di scorgervi dell’emozione; ma i segni esteriori delle passioni, sebbene abbastanza simili in tutti gli uomini, presentano differenze nazionali su cui è facile sbagliarsi. I popoli hanno linguaggi diversi sul viso, così come nella parola. Aspettai la fine della lettura, poi mostrai al governatore i polsi nudi del suo allievo, che questi cercava comunque di nascondere il meglio possibile, e gli dissi: “Si può sapere cosa significa questo?”
Il governatore, vedendo ciò che era accaduto, iniziò a ridere e abbracciò il suo allievo con aria soddisfatta; e, dopo aver ottenuto il suo consenso, mi fornì la spiegazione che desideravo.
“Le maniche,” mi disse, “che il signor John ha appena strappato sono un regalo che una signora di questa città gli ha fatto poco tempo fa. Ora saprete che il signor John è fidanzato nel suo paese con una giovane signorina per la quale prova grande affetto, e che lei ne merita ancora di più. Questa lettera è della madre della sua fidanzata, e vi tradurrò la parte che ha causato il danno di cui siete stati testimoni.”
“Lucy non lascia mai le maniche del signor John. Ieri pomeriggio, la signorina Betty Roldham è venuta da lei e ha insistito per aiutarla nel suo lavoro. Sapendo che Lucy si era alzata oggi più presto del solito, sono andato a vedere cosa stesse facendo e l’ho trovata impegnata a rimuovere tutto ciò che la signorina Betty aveva fatto il giorno prima. Lei non vuole che nel suo lavoro ci sia anche solo un punto realizzato con mani diverse dalle sue.”
Un po’ dopo, il signor John uscì per prendere altre maniche, e io dissi al suo insegnante: “Avete un allievo di eccellente natura; ma ditemi la verità: la lettera della madre di miss Lucy non è stata forse modificata? Non è forse un espediente da voi escogitato per contrastare quella signora delle maniche?” Lui rispose: “No, tutto è vero; non ho messo troppa arte nei miei sforzi. Ho solo messo semplicità e impegno, e Dio ha benedetto il mio lavoro.”
Il tratto di questo giovane non è mai uscito dalla mia memoria: non era certo il tipo di carattere in grado di suscitare nulla nella mente di un sognatore come me.
È giunto il momento di concludere. Riportiamo lord John da miss Lucy, cioè Émile da Sophie. Lui le racconta, con un cuore altrettanto tenero di prima della sua partenza e con uno spirito più illuminato, i vantaggi derivanti dall’aver conosciuto i governi attraverso tutti i loro difetti e i popoli attraverso tutte le loro virtù. Ho persino fatto in modo che, in ogni nazione, stabilisse legami con persone meritevoli attraverso patti di ospitalità, alla maniera degli antichi; non mi dispiacerebbe affatto se continuasse a coltivare queste conoscenze attraverso lo scambio epistolare. Oltre al fatto che avere corrispondenze con paesi lontani possa essere utile e sempre piacevole, rappresenta anche un ottimo mezzo per contrastare l’influenza dei pregiudizi nazionali, che ci attaccano per tutta la vita e finiscono inevitabilmente per prendere il sopravvento su di noi. Niente è più adatto a eliminarli di uno scambio disinteressato con persone sagge e stimabili: queste, non avendo tali pregiudizi e combattendoli con i propri, ci forniscono i mezzi per opporre costantemente gli uni agli altri e così garantirci la protezione da tutti. Non è la stessa cosa commerciare con gli stranieri qui da noi o da loro: nel primo caso, essi hanno sempre cura di nascondere o esagerare positivamente ciò che pensano del paese in cui vivono; al ritorno a casa, invece, sono soltanto onesti. Mi sarebbe molto gradito che lo straniero con il quale parlo avesse visitato il mio paese, ma gli chiederò il suo parere soltanto nel suo ambiente.
Dopo aver impiegato quasi due anni per visitare alcuni dei grandi stati d’Europa e molti di quelli più piccoli; dopo aver imparato le loro due o tre lingue principali; dopo aver visto ciò che c’è di veramente interessante, sia nella storia naturale che nel governo, negli arti o nelle persone, Émile, divorato dall’impazienza, mi fece sapere che il termine del nostro viaggio si avvicinava. Allora gli dissi: “Bene, amico mio, ti ricordi lo scopo principale dei nostri viaggi? Hai visto, hai osservato. Qual è dunque il risultato delle tue osservazioni? A cosa ti orienti ora?” O mi sono sbagliato nella mia metodologia, oppure dovrebbe rispondermi più o meno così:
“A cosa mi attengo? A rimanere tale come voi mi avete fatto essere, e a non aggiungere volontariamente alcuna altra catena a quella che la natura e le leggi mi impongono. Più esamino le istituzioni umane, più vedo che, nel tentativo di essere indipendenti, gli uomini diventano schiavi e utilizzano persino la propria libertà in vani sforzi per garantirla. Per non cedere al corso delle cose, si legano a mille cose; ma non appena cercano di fare un passo avanti, non riescono e si meravigliano di essere così attaccati a tutto. Mi sembra che, per essere liberi, non ci sia nulla da fare: basta semplicemente non voler smettere di esserlo. Siete voi, o mio maestro, ad avermi reso libero, insegnandomi ad arrendermi alla necessità. Che venga quando vuole: mi lascio trascinare senza resistenza; e poiché non voglio combatterla, non mi attacco a nulla per trattenermi. Ho cercato nei nostri viaggi se esistesse qualche luogo dove potessi essere completamente mio; ma in quale parte del mondo si può davvero essere indipendenti dalle proprie passioni? Dopo averci pensato bene, ho capito che anche questo desiderio è contraddittorio: perché, anche se non tenessi a nulla altro, mi attaccherei comunque alla terra su cui mi fossi stabilito; la mia vita sarebbe legata a quella terra, proprio come quelle delle driadi erano legate ai loro alberi. Ho capito che impero e libertà sono due concetti incompatibili: quindi non posso essere padrone di una semplice dimora se non smetto di esserlo di me stesso.”
Ecco ciò che era stato deciso: il modo di coltivare la terra doveva essere estremamente efficace[505].
« Je me souviens que mes biens furent la cause de nos recherches. Vous prouviez très solidement que je ne pouvais garder à la fois ma richesse et ma liberté ; mais quand vous vouliez que je fusse à la fois libre et sans besoins, vous vouliez deux choses incompatibles, car je ne saurais me tirer de la dépendance des hommes qu’en rentrant sous celle de la nature. Que ferai-je donc avec la fortune que mes parents m’ont laissée ? Je commencerai par n’en point dépendre ; je relâcherai tous les liens qui m’y attachent. Si on me la laisse, elle me restera ; si on me l’ôte, on ne m’entraînera point avec elle. Je ne me tourmenterai point pour la retenir, mais je resterai ferme à ma place. Riche ou pauvre, je serai libre. Je ne le serai point seulement en tel pays, en telle contrée ; je le serai par toute la terre. Pour moi toutes les chaînes de l’opinion sont brisées ; je ne connais que celle de la nécessité. J’appris à les porter dès ma naissance, et je les porterai jusqu’à la mort, car je suis homme ; et pourquoi ne saurais-je pas les porter étant libre, puisque étant esclave il les faudrait bien porter encore, et celle de l’esclavage pour surcroît ?
« Que m’importe ma condition sur la terre ? que m’importe où que je sois ? Partout où il y a des hommes, je suis chez mes frères ; partout où il n’y en a pas, je suis chez moi. Tant que je pourrai rester indépendant et riche, j’ai du bien pour vivre, et je vivrai. Quand mon bien m’assujettira, je l’abandonnerai sans peine ; j’ai des bras pour travailler, et je vivrai. Quand mes bras me manqueront, je vivrai si l’on me nourrit, je mourrai si l’on m’abandonne ; je mourrai bien aussi quoiqu’on ne m’abandonne pas ; car la mort n’est pas une peine de la pauvreté, mais une loi de la nature. Dans quelque temps que la mort vienne, je la défie, elle ne me surprendra jamais faisant des préparatifs pour vivre ; elle ne m’empêchera jamais d’avoir vécu.
« Voilà mon père, à quoi je me fixe. Si j’étais sans passions, je serais, dans mon état d’homme, indépendant comme Dieu même, puisque, ne voulant que ce qui est, je n’aurais jamais à lutter contre la destinée. Au moins je n’ai qu’une chaîne, c’est la seule que je porterai jamais, et je puis m’en glorifier. Venez donc, donnez-moi Sophie, et je suis libre.”
« — Cher Émile, je suis bien aise d’entendre sortir de ta bouche des discours d’homme, et d’en voir les sentiments dans ton coeur. Ce désintéressement outré ne me déplaît pas à ton âge. Il diminuera quand tu auras des enfants, et tu seras alors précisément ce que doit être un bon père de famille et un homme sage. Avant tes voyages je savais quel en serait l’effet ; je savais qu’en regardant de près nos institutions, tu serais bien éloigné d’y prendre la confiance qu’elles ne méritent pas. C’est en vain qu’on aspire à la liberté sous la sauvegarde des lois. Des lois ! où est-ce qu’il y en a, et où est-ce qu’elles sont respectées ? Partout tu n’as vu régner sous ce nom que l’intérêt particulier et les passions des hommes. Mais les lois éternelles de la nature et de l’ordre existent. Elles tiennent lieu de loi positive au sage ; elles sont écrites au fond de son coeur par la conscience et par la raison ; c’est à celles-là qu’il doit s’asservir pour être libre ; et il n’y a d’esclave que celui qui fait mal, car il le fait toujours malgré lui. La liberté n’est dans aucune forme de gouvernement, elle est dans le coeur de l’homme libre ; il la porte partout avec lui. L’homme vil porte partout la servitude. L’un serait esclave à Genève, et l’autre libre à Paris.
« Si je te parlais des devoirs du citoyen, tu me demanderais peut-être où est la patrie, et tu croirais m’avoir confondu. Tu te tromperais pourtant, cher Émile ; car qui n’a pas une patrie a du moins un pays. Il y a toujours un gouvernement et des simulacres de lois sous lesquels il a vécu tranquille. Que le contrat social n’ait point été observé, qu’importe, si l’intérêt particulier l’a protégé comme aurait fait la volonté générale, si la violence publique l’a garanti des violences particulières, si le mal qu’il a vu faire lui a fait aimer ce qui était bien, et si nos institutions mêmes lui ont fait connaître et haïr leurs propres iniquités ? O Émile ! où est l’homme de bien qui ne doit rien à son pays ? Quel qu’il soit, il lui doit ce qu’il y a de plus précieux pour l’homme, la mortalité de ses actions et l’amour de la vertu. Né dans le fond d’un bois, il eût vécu plus heureux et plus libre ; mais n’ayant rien à combattre pour suivre ses penchants, il eût été bon sans mérite, il n’eût point été vertueux, et maintenant il sait l’être malgré ses passions. La seule apparence de l’ordre le porte à le connaître, à l’aimer. Le bien public, qui ne sert que de prétexte aux autres, est pour lui seul un motif réel. Il apprend à se combattre, à se vaincre, à sacrifier son intérêt à l’intérêt commun. Il n’est pas vrai qu’il ne tire aucun profit des lois ; elles lui donnent le courage d’être juste, même parmi les méchants. Il n’est pas vrai qu’elles ne l’ont pas rendu libre, elles lui ont appris à régner sur lui.
« Ne dis donc pas : que m’importe où je sois ? Il t’importe d’être où tu peux remplir tous tes devoirs ; et l’un de ces devoirs est l’attachement pour le lieu de ta naissance. Tes compatriotes te protégèrent, enfant, tu dois les aimer étant homme. Tu dois vivre au milieu d’eux, ou du moins en lieu d’où tu puisses leur être utile autant que tu peux l’être, et où ils sachent où te prendre si jamais ils ont besoin de toi. Il y a telle circonstance où un homme peut être plus utile à ses concitoyens hors de sa patrie que s’il vivait dans son sein. Alors il doit n’écouter que son zèle et supporter son exil sans murmure ; cet exil même est un de ses devoirs. Mais toi, bon Émile, à qui rien n’impose ces douloureux sacrifices, toi qui n’as pas pris le triste emploi de dire la vérité aux hommes, va vivre au milieu d’eux, cultive leur amitié dans un doux commerce, sois leur bienfaiteur, leur modèle : ton exemple leur servira plus que tous nos livres, et le bien qu’ils te verront faire les touchera plus que tous nos vains discours.
« Je ne t’exhorte pas pour cela d’aller vivre dans les grandes villes ; au contraire, un des exemples que les bons doivent donner aux autres est celui de la vie patriarcale et champêtre, la première vie de l’homme, la plus paisible, la plus naturelle et la plus douce à qui n’a pas le coeur corrompu. Heureux, mon jeune ami, le pays où l’on n’a pas besoin d’aller chercher la paix dans un désert ! Mais où est ce pays ? Un homme bienfaisant satisfait mal son penchant au milieu des villes, où il ne trouve presque à exercer son zèle que pour des intrigants ou pour des fripons. L’accueil qu’on y fait aux fainéants qui viennent y chercher fortune ne fait qu’achever de dévaster le pays, qu’au contraire il faudrait repeupler aux dépens des villes. Tous les hommes qui se retirent de la grande société sont utiles précisément parce qu’ils s’en retirent puisque tous ses vices lui viennent d’être trop nombreuse. Ils sont encore utiles lorsqu’ils peuvent ramener dans les lieux déserts de la vie de la culture et l’amour de leur premier état. Je m’attendris en songeant combien, de leur simple retraite, Émile et Sophie peuvent répandre de bienfaits autour d’eux, combien ils peuvent vivifier la campagne et ranimer le zèle éteint de l’infortuné villageois. Je crois voir le peuple se multiplier, les champs se fertiliser, la terre prendre une nouvelle parure, la multitude et l’abondance transformer les travaux en fêtes, les cris de joie et les bénédictions s’élever du milieu des jeux rustiques autour du couple aimable qui les a ranimés. On traite l’âge d’or de chimère, et c’en sera toujours une pour quiconque a le coeur et le goût gâtés. Il n’est pas même vrai qu’on le regrette, puisque ces regrets sont toujours vains. Que faudrait-il donc pour le faire renaître ? une seule chose, mais impossible, ce serait de l’aimer.
“I remember that my possessions were the reason behind our investigations. You argued very convincingly that I could not retain both my wealth and my freedom; but when you wanted me to be free yet without need for anything, you were asking for two things that are incompatible. For I could only escape the dependence on human beings by submitting to the laws of nature. So what shall I do with the fortune that my parents left me? First of all, I will not depend on it; I will break free from all the bonds that tie me to it. If it is left to me, it will remain; if it is taken away, it will not drag me down with it. I will not torment myself trying to hold onto it; I will simply remain steadfast in my place. Whether rich or poor, I will be free. Not merely in this country or that region, but throughout the entire world. For me, all the chains imposed by public opinion are broken; I am only bound by the laws of necessity. I learned to bear them from birth, and I will carry them until death, for I am a man. And why should I not be able to bear them if I am free? After all, if I were a slave, I would have to bear them anyway—perhaps even more so.”
“What does my condition on earth matter to me? What does it matter where I am? Wherever there are men, I am among my brothers; wherever there are no men, I am at home. As long as I can remain independent and wealthy, I have what is needed to live, and I will live. When my wealth makes me a slave to it, I will abandon it without hesitation; I have arms to work with, and I will live. When I no longer have those arms, I will live if someone feeds me; I will die if I am abandoned. Even if I am not abandoned, I will still die; for death is not a punishment of poverty, but a law of nature. No matter when death comes, I defy it; it will never catch me preparing to live; it will never prevent me from having lived.”
“Here is my father; this is what I aim to become. If I were without passions, in my human state, I would be independent just like God himself, for by desiring only what exists, I would never have to struggle against fate. At least I have only one chain—it is the only one I will ever bear—and I can take pride in it. Come, then, give me Sophie, and I shall be free.”
“— Dear Émile, I am truly pleased to hear you speak in the manner of a man, and to see the sentiments of a true gentleman in your heart. Such indifference at your age does not displease me at all; it will diminish when you have children, and then you will be precisely what a good father and a wise man ought to be. Before you went on these travels, I knew what their effect would be; I knew that upon closer examination of our institutions, you would realize how little trust they deserve. It is in vain to seek freedom under the protection of laws. Laws! Where are they? And where are they respected? Everywhere you have seen nothing but selfish interests and human passions under that name. But the eternal laws of nature and order exist; for the wise, they serve as positive laws. They are inscribed in their hearts by conscience and reason. It is to these laws that one must submit if he wishes to be free; and only he who acts wrongly is truly a slave—for he always does so against his will. Freedom lies not in any form of government; it resides in the heart of a free man, and he carries it with him wherever he goes. The vile man, on the other hand, brings slavery wherever he goes. One might be a slave in Geneva and free in Paris.”
“If I were to speak to you about the duties of a citizen, you might ask where the motherland lies, and you would think you had misunderstood me. But you would be mistaken, dear Émile; for anyone who does not have a motherland at least has a country. There is always a government and semblances of laws under which one can live in peace. Even if the social contract has not been observed, what matters? If individual interests have protected it just as the general will would have done, if public violence has shielded it from private violence, if the evil he has seen others commit has made him cherish what is good, and if even our institutions themselves have enabled him to recognize and hate their own injustices—where, then, O Émile, is the good man who owes nothing to his country? No matter who he is, he owes his country what is most precious to humanity: the discipline that comes from regulating one’s actions and the love of virtue. Even if born in the depths of a forest, he would live happier and more freely; but since he has nothing to fight for in following his inclinations, he would be good without merit—he would not be virtuous. Yet now, despite his passions, he knows how to be virtuous. The mere existence of order leads him to understand it and love it. The public good, which serves as a pretext for others, is for him a true motive. He learns to fight against himself, to conquer his desires, and to sacrifice his own interests for the common good. It is not true that he gains nothing from the laws; they give him the courage to be just, even among the wicked. It is not true that they do not make him free; they teach him how to govern himself.”
“Do not say, ‘What does it matter where I am?’ It matters to you to be where you can fulfill all your duties; and one of these duties is to feel loyalty toward the place where you were born. Your compatriots protected you when you were a child; as an adult, you must love them. You must live among them, or at least in a place where you can be useful to them to the greatest extent possible, and where they know where to turn if they ever need you. There are circumstances in which a man can be more useful to his fellow citizens outside his homeland than if he lived within it. In such cases, he must listen only to his conscience and endure exile without complaint; indeed, that very exile is one of his duties. But you, dear Émile, for whom no such painful sacrifices are required, you who have not taken on the sad role of telling people the truth—go live among them, cultivate their friendship through kind and gentle interactions, be their benefactor, their model: your example will be more beneficial to them than all our books, and the good they see you do will touch them more deeply than all our empty words.”
“I do not urge you to go live in the big cities for this reason; on the contrary, one of the examples that good people should set for others is the life of a patriarchal and rural existence—the first form of human life, the most peaceful, natural, and gentle, suitable only for those whose hearts are not corrupted. Happy, my young friend, the country where one does not need to seek peace in a desert! But where is such a country? A kind-hearted person can hardly satisfy his aspirations in the midst of cities, where he finds himself compelled to devote his efforts either to schemers or to scoundrels. The welcome given there to idlers who come seeking fortune only serves to destroy the land further; instead, it should be repopulated at the expense of the cities. All those who withdraw from large society are useful precisely because they do so—since all its vices stem from its excessive size. They remain useful even when they manage to bring culture and the love for a simpler way of life back to these deserted areas. I am moved by the thought of how Émile and Sophie, with their simple retreat, can bring so much good around them, how they can enliven the countryside and revive the dwindling enthusiasm of those unfortunate villagers. I seem to see the population multiplying, the fields becoming fertile, the land taking on a new beauty, and abundance turning labor into festivity, while cries of joy and blessings rise from the midst of these rustic pleasures, brought back by that loving couple. People often regard the Golden Age as a fantasy, but for those whose hearts and tastes have been corrupted, it will always remain one. It is not even true that we regret its loss, for such regrets are always futile. So what would be needed to bring it back? Only one thing—yet it is impossible: to love it.”
“Ricordo che i miei beni furono la causa delle nostre ricerche. Voi dimostravate in modo molto convincente che non potevo mantenere allo stesso tempo sia la mia ricchezza che la mia libertà; ma quando volevate che fossi libero e al contempo privo di bisogni, cercavate di ottenere due cose incompatibili tra loro, perché non potrei liberarmi dalla dipendenza dagli uomini se non ritornando sotto quella della natura. Quindi, cosa farò con la fortuna che i miei genitori mi hanno lasciato? Comincerò semplicemente non dipendendo da essa; scioglierò tutti i legami che mi tengono attaccato a essa. Se me la lasceranno, mi rimarrà; se me la toglieranno, non verranno a trascinarmi via con essa. Non mi tormenterò per cercare di tenerla, ma resterò fermo nella mia posizione. Che sia ricco o povero, sarò libero. Non lo sarò soltanto in questo paese, in questa regione; lo sarò in tutto il mondo. Per me tutte le catene dell’opinione umana sono spezzate; conosco solo quella della necessità. Ho imparato a sopportarla fin dalla mia nascita e la sopporterò fino alla morte, perché sono un uomo. E perché non dovrei essere in grado di sopportarla anche essendo libero, se essendo schiavo avrei comunque dovuto farlo, e in più con quella della schiavitù?”
“Che importanza ha la mia condizione sulla terra? Che importanza ha il luogo in cui mi trovo? Ovunque ci siano uomini, sono tra i miei fratelli; ovunque non ci siano uomini, sono a casa mia. Finché potrò rimanere indipendente e ricco, avrò tutto ciò di cui ho bisogno per vivere, e vivrò. Quando le mie risorse mi renderanno schiavo, le abbandonerò senza esitazione; ho braccia per lavorare, e vivrò. Quando non avrò più braccia, vivrò se qualcuno mi nutrirà, morirò se verrò abbandonato; morirò comunque, anche se nessuno mi abbandonerà, perché la morte non è una punizione della povertà, ma una legge della natura. Qualunque sia il momento in cui arriverà la morte, la sfido: non mi sorprenderà mai mentre faccio preparativi per vivere; non mi impedirà mai di aver vissuto.”
“Ecco mio padre: è a lui che mi attacco con determinazione. Se fossi privo di passioni, nella mia condizione umana sarei indipendente come Dio stesso, poiché desiderando soltanto ciò che esiste, non dovrei mai lottare contro il destino. Almeno ho una sola catena, è l’unica che porterò mai, e posso esserne orgoglioso. Venite dunque, datemi Sophie, e sarò libero.”
“Caro Émile, sono molto felice di sentirti pronunciare discorsi da uomo e di vedere nei tuoi sentimenti quelli di un vero uomo. Questo disinteresse estremo non mi dispiace affatto alla tua età; diminuirà quando avrai figli, e allora sarai esattamente ciò che deve essere un buon padre di famiglia e un uomo saggio. Prima delle tue viaggi sapevo quale ne sarebbe stato l’effetto; sapevo che, osservando da vicino le nostre istituzioni, tu saresti ben lontano dal nutrire in esse la fiducia che non meritano. È vano aspirare alla libertà sotto la protezione delle leggi. Leggi! Dove sono mai esistite, e dove vengono rispettate? Dappertutto si è visto, sotto questo nome, regnare soltanto l’interesse particolare e le passioni umane. Ma esistono leggi eternhe della natura e dell’ordine: per il saggio esse costituiscono la vera legge; sono scritte nel profondo del suo cuore dalla coscienza e dalla ragione. È a queste leggi che deve sottomettersi per essere libero; e schiavo è soltanto colui che agisce male, perché lo fa sempre contro la sua volontà. La libertà non risiede in alcuna forma di governo: risiede nel cuore dell’uomo libero. L’uomo vile, invece, porta ovunque con sé la schiavitù. Uno potrebbe essere schiavo a Ginevra e libero a Parigi.”
“Se ti parlassi dei doveri del cittadino, forse mi chiederesti dove si trovi la patria e penseresti di avermi frainteso. Ti sbaglieresti, caro Émile: chi non ha una patria ha almeno un paese in cui vivere tranquillamente. C’è sempre un governo e delle leggi sotto le quali si vive; che il ‘contratto sociale’ non sia stato rispettato, che importa? Se l’interesse individuale lo ha protetto, come avrebbe fatto la ‘volontà generale’, se la violenza pubblica lo ha difeso dalle violenze private, se il male che ha visto commettere gli ha fatto amare ciò che è giusto. E anche le nostre istituzioni gli hanno fatto conoscere e odiare le proprie ingiustizie. Oh Émile! Dove si trova dunque l’uomo buono che non debba nulla al proprio paese? Qualunque sia, egli gli deve ciò che è più prezioso per l’uomo: la possibilità di compiere azioni giuste e l’amore per la virtù. Anche se fosse nato nel profondo di una foresta, avrebbe vissuto più felicemente e liberamente. Ma non avendo nulla da combattere per seguire i propri desideri, sarebbe stato buono senza merito, non sarebbe stato virtuoso. Ora invece sa come esserlo nonostante le proprie passioni. Solo l’apparenza dell’ordine lo spinge a conoscerlo e ad amarlo. Il bene pubblico, che per gli altri è solo un pretesto, per lui è un vero motivo di agire. Impara a combattere se stesso, a vincere su sé stesso, a sacrificare i propri interessi per quelli del collettivo. Non è vero che le leggi non gli portino alcun beneficio: esse gli danno il coraggio di essere giusto, anche tra i malvagi. Non è vero che non lo abbiano reso libero: esse gli hanno insegnato a dominare se stesso.”
“Non dire mai: ‘A me che importa dove mi trovi?’ A te importa essere lì dove puoi adempiere a tutti i tuoi doveri; e uno di questi doveri è il rispetto per il luogo della tua nascita. I tuoi connazionali ti hanno protetto da bambino; ora, da uomo, devi amarli. Devi vivere tra di loro, o almeno in un luogo dove possa esserti utile nel modo migliore possibile, e dove sappiano dove trovarti se mai avessero bisogno di te. Ci sono circostanze in cui un uomo può essere più utile ai suoi concittadini lontano dalla propria patria che se vi vivesse al suo interno. In tal caso deve ascoltare soltanto il proprio dovere e sopportare l’esilio senza lamentarsi; anche quell’esilio è, in fondo, uno dei suoi doveri. Ma tu, caro Émile, a te che nulla impone questi dolorosi sacrifici, tu che non hai mai assunto il triste compito di dire la verità agli uomini, vai a vivere tra loro, coltiva la loro amicizia attraverso un rapporto gentile e affettuoso, sii il loro benefattore, il loro modello: il tuo esempio servirà loro più di tutti i nostri libri, e il bene che vedranno compiere ti renderà più amato di quanto possano farlo tutte le nostre parole vuote.”
“Non ti esorto affatto ad andare a vivere nelle grandi città; al contrario, uno degli esempi che i buoni dovrebbero dare agli altri è proprio quello di una vita patriarcale e campestre, la prima forma di vita umana, la più pacifica, la più naturale e la più dolce. Per fortuna, mio giovane amico, esistono luoghi in cui non c’è bisogno di cercare la pace in un deserto! Ma dove si trovano questi luoghi? Un uomo buono fatica a soddisfare i propri desideri nelle città, dove quasi non trova occasioni per manifestare il proprio zelo se non a favore di intrighanti o di furfanti. L’accoglienza riservata ai pigri che vanno lì in cerca di fortuna non fa altro che distruggere ulteriormente quei luoghi, i quali invece dovrebbero essere ripopolati a scapito delle città. Tutti coloro che si ritirano dalla grande società sono utili proprio perché lo fanno, poiché tutti i vizi della società derivano dal suo eccessivo numero di membri. Sono ancora più utili quando riescono a portare nei luoghi desolati la cultura e l’amore per la vita naturale. Pensando a come Émile e Sophie possano diffondere benefici intorno a loro con il semplice fatto di ritirarsi dalla società, come possano rivitalizzare la campagna e rinfrescare lo spirito dei poveri abitanti dei villaggi. Mi commuovo al pensiero di tutto ciò. Il popolo si moltiplicherà, i campi diventeranno fertili, la terra assumerà un aspetto nuovo. La moltitudine e l’abbondanza trasformeranno il lavoro in feste, mentre grida di gioia e benedizioni risuoneranno tra le attività rustiche condotte da quel caro coppia che ha ridato vita a tutto ciò. Si definisce l’età d’oro una chimera, ma per chi ha un cuore e un gusto corrotti, lo sarà sempre. Non è nemmeno vero che la si rimpianga, poiché questi rimpianti sono sempre vani. Quindi, cosa sarebbe necessario per farla rinascere? Una sola cosa, ma impossibile: amarla.”
« Il semble déjà renaître autour de l’habitation de Sophie ; vous ne ferez qu’achever ensemble ce que ses dignes parents ont commencé. Mais cher Émile, qu’une vie si douce ne te dégoûte pas des devoirs pénibles, si jamais ils te sont imposés : souviens-toi que les Romains passaient de la charrue au consulat. Si le prince ou l’état t’appelle au service de la patrie, quitte tout pour aller remplir, dans le poste qu’on t’assigne, l’honorable fonction de citoyen. Si cette fonction t’est onéreuse, il est un moyen honnête et sûr de t’en affranchir, c’est de la remplir avec assez d’intégrité pour qu’elle ne te soit pas longtemps laissée. Au reste, crains peu l’embarras d’une pareille charge ; tant qu’il y aura des hommes de ce siècle, ce n’est pas toi qu’on viendra chercher pour servir l’état. »
Que ne m’est-il permis de peindre le retour d’Émile auprès de Sophie et la fin de leurs amours, ou plutôt le commencement de l’amour conjugal qui les unit ! amour fondé sur l’estime qui dure autant que la vie, sur les vertus qui ne s’effacent point avec la beauté, sur les convenances des caractères qui rendent le commerce aimable et prolongent dans la vieillesse le charme de la première union. Mais tous ces détails pourraient plaire sans être utiles ; et jusqu’ici je me suis permis de détails agréables que ceux dont j’ai cru voir l’utilité. Quitterais-je cette règle à la fin de ma tâche ? Non ; je sens aussi bien que ma plume est lassée. Trop faible pour des travaux de si longue haleine, j’abandonnerais celui-ci s’il était moins avancé ; pour ne pas le laisser imparfait, il est temps que j’achève.
Enfin je vois naître le plus charmant des jours d’Émile, et le plus heureux des miens ; je vois couronner mes soins, et je commence d’en goûter le fruit. Le digne couple s’unit d’une chaîne indissoluble ; leur bouche prononce et leur coeur confirme des serments qui ne seront point vains : ils sont époux. En revenant du temple, ils se laissent conduire ; ils ne savent où ils sont, où ils vont, ce qu’on fait autour d’eux. Ils n’entendent point, ils ne répondent que des mots confus, leurs yeux troublés ne voient plus rien. O délire ! ô faiblesse humaine ! le sentiment du bonheur écrase l’homme, il n’est pas assez fort pour le supporter.
Il y a bien peu de gens qui sachent, un jour de mariage, prendre un ton convenable avec les nouveaux époux. La morne décence des uns et le propos léger des autres me semblent également déplacés. J’aimerais mieux qu’on laissât ces jeunes coeurs se replier sur eux-mêmes, et se livrer à une agitation qui n’est pas sans charme, que de les en distraire si cruellement pour les attrister par une fausse bienséance, ou pour les embarrasser par de mauvaises plaisanteries, qui, dussent-elle leur plaire en tout autre temps, leur sont très sûrement importunes un pareil jour.
Je vois mes deux jeunes gens, dans la douce langueur qui les trouble, n’écouter aucun des discours qu’on leur tient. Moi, qui veux qu’on jouisse de tous les jours de la vie, leur en laisserai-je perdre un si précieux ? Non, je veux qu’ils le goûtent, qu’ils le savourent, qu’il ait pour eux ses voluptés. Je les arrache à la foule indiscrète qui les accable, et, les menant promener à l’écart, je les rappelle à eux-mêmes en leur parlant d’eux. Ce n’est pas seulement à leurs oreilles que je veux parler, c’est à leurs coeurs ; et je n’ignore pas quel est le sujet unique dont ils peuvent s’occuper ce jour-là.
Mes enfants, leur dis-je en les prenant tous deux par la main, il y a trois ans que j’ai vu naître cette flamme vive et pure qui fait votre bonheur aujourd’hui. Elle n’a fait qu’augmenter sans cesse ; je vois dans vos yeux qu’elle est à son dernier degré de véhémence ; elle ne peut plus que s’affaiblir. » Lecteurs, ne voyez-vous pas les transports, les emportements, les serments d’Émile, l’air dédaigneux dont Sophie dégage sa main de la mienne, et les tendres protestations que leurs yeux se font mutuellement de s’adorer jusqu’au dernier soupir ? Je les laisse faire, et puis je reprends.
J’ai souvent pensé que si l’on pouvait prolonger le bonheur de l’amour dans le mariage, on aurait le paradis sur la terre. Cela ne s’est jamais vu jusqu’ici. Mais si la chose n’est pas tout à fait impossible, vous êtes bien dignes l’un et l’autre de donner un exemple que vous n’aurez reçu de personne, et que peu d’époux sauront imiter. Voulez-vous, mes enfants, que je vous dise un moyen que j’imagine pour cela, et que je crois être le seul possible ?
Ils se regardent en souriant et se moquent de ma simplicité. Émile me remercie nettement de ma recette, en me disant qu’il croit que Sophie en a une meilleure, et que, quant à lui, celle-là lui suffit. Sophie approuve, et paraît tout aussi confiante. Cependant à travers son air de raillerie, je crois démêler un peu de curiosité. J’examine Émile ; ses yeux ardents dévorent les charmes de son épouse ; c’est la seule chose dont il soit curieux, et tous mes propos ne l’embarrassent guère. Je souris à mon tour en disant en moi-même : Je saurai bientôt te rendre attentif.
La différence presque imperceptible de ces mouvements secrets en marque une bien caractéristique dans les deux sexes, et bien contraire aux préjugés reçus ; c’est que généralement les hommes sont moins constants que les femmes, et se rebutent plus tôt qu’elles de l’amour heureux. La femme pressent de loin l’inconstance de l’homme, et s’en inquiète[506] ; c’est ce qui la rend aussi plus jalouse. Quand il commence à s’attiédir, forcée à lui rendre pour le garder tous les soins qu’il prit autrefois pour lui plaire, elle pleure, elle s’humilie à son tour, et rarement avec le même succès. L’attachement et les soins gagnent les coeurs, mais ils ne les recouvrent guère. Je reviens à ma recette contre le refroidissement de l’amour dans le mariage.
Elle est simple et facile, reprends-je ; c’est de continuer d’être amants quand on est époux. En effet, dit Émile en riant du secret, elle ne nous sera pas pénible.
Plus pénible à vous qui parlez que vous ne pensez peut-être. Laissez-moi, je vous prie, le temps de m’expliquer.
Les noeuds qu’on veut trop serrer rompent. Voilà ce qui arrive à celui du mariage quand on veut lui donner plus de force qu’il n’en doit avoir. La fidélité qu’il impose aux deux époux est le plus saint de tous les droits ; mais le pouvoir qu’il donne à chacun des deux sur l’autre est de trop. La contrainte et l’amour vont mal ensemble, et le plaisir ne se commande pas. Ne rougissez point, ô Sophie ! et ne songez pas à fuir. À Dieu ne plaise que je veuille offenser votre modestie ! mais il s’agit du destin de vos jours. Pour un si grand objet, souffrez, entre un époux et un père, des discours que vous ne supporteriez pas ailleurs.
Ce n’est pas tant la possession que l’assujettissement qui rassasie, et l’on garde pour une fille entretenue un bien plus long attachement que pour une femme. Comment a-t-on pu faire un devoir des plus tendres caresses, et un droit des plus doux témoignages de l’amour ? C’est le désir mutuel qui fait le droit, la nature n’en connaît point d’autre. La loi peut restreindre ce droit, mais elle ne saurait l’étendre. La volupté est si douce par elle-même ! doit-elle recevoir de la triste gêne la force qu’elle n’aura pu tirer de ses propres attraits ? Non, mes enfants, dans le mariage les coeurs sont liés, mais les corps ne sont point asservis. Vous vous devez la fidélité, non la complaisance. Chacun des deux ne peut être qu’à l’autre, mais nul des deux ne doit être à l’autre qu’autant qu’il lui plaît.
“It seems that a new life is already emerging around Sophie’s home; you will merely complete together what her worthy parents began. But dear Émile, let such a gentle life not deter you from undertaking any difficult duties that may be imposed upon you: remember how the Romans moved from plowing the fields to holding high offices in government. If the prince or the state call upon you to serve your country, then leave everything behind and go forth to fulfill, in the role assigned to you, the honorable duty of a citizen. If this duty proves burdensome for you, there is an honest and sure way to free yourself from it—perform it with such integrity that it will not be prolonged beyond what is necessary. Moreover, fear not the inconvenience of such a responsibility; so long as there are men in this century, it will not be you they come to seek in order to serve the state.”
How I could depict Émile’s return to Sophie and the end of their love—or rather, the beginning of the conjugal love that binds them! A love based on respect that lasts a lifetime, on virtues that do not fade with beauty, on the compatibility of their personalities that makes their companionship pleasant and preserves the charm of their first union even in old age. But all these details might be pleasing without being truly useful; indeed, so far I have only included those details that I believed to be beneficial. Would I deviate from this rule at the end of my task? No; I can also feel that my pen is tired. Too weak for such a lengthy endeavor, I would abandon it if it were not already nearly complete; but to prevent it from remaining unfinished, it is time for me to bring it to an end.
At last, I see the most delightful day in Émile’s life, and the happiest day of my own; I see the fruits of my care finally bearing fruit. This worthy couple is united by an indissoluble bond; their lips utter vows, and their hearts confirm them—vows that will not prove vain: they are now husband and wife. Upon returning from the temple, they allow themselves to be guided; they do not know where they are, where they are going, or what is happening around them. They cannot hear; they respond only with incoherent words; their blurred eyes can see nothing anymore. Oh delirium! Oh human weakness! The sensation of happiness overwhelms a man; he is not strong enough to bear it.
Very few people know how to adopt an appropriate tone towards the newlyweds on a wedding day. Both the dull formality of some and the frivolous remarks of others seem utterly inappropriate to me. I would prefer that these young people be allowed to focus on themselves and indulge in a kind of excitement that is certainly not without charm, rather than having their attention distracted so cruelly—only to cause them distress through false propriety or to embarrass them with inappropriate jokes that, though they might enjoy at other times, are surely very annoying on such an occasion.
I see my two young people, lost in that gentle languor that troubles them, not listening to a single word of what is being said to them. I, who desire that they should enjoy every day of their lives, would I allow them to miss such a precious time? No; I want them to taste it, to savor it, to let it bring them its pleasures. I pull them away from the intrusive crowd that surrounds them and, taking them for a walk in solitude, I remind them of who they are by speaking of themselves. It is not only to their ears that I wish to speak; it is to their hearts too. And I am well aware of the one single subject upon which they can focus their attention on that day.
“Children,” I said, taking both of them by the hand, “three years ago, I saw this bright and pure flame come into being—the very flame that brings you happiness today. It has only grown stronger since then; I can see in your eyes that it has reached its utmost intensity; it can now only begin to weaken.” Reader, don’t you see Émile’s fervor, Sophie’s disdain as she pulls her hand away from mine, and the tender promises in their eyes as they swear to adore each other until their last breath? I let them be for a while, and then I continue.
I have often thought that if it were possible to extend the happiness of love within marriage, we would have paradise on earth. Such a thing has never been achieved before. But if it is not entirely impossible, then you two are more than worthy of setting an example that no one else has ever given you, and that few spouses will be able to emulate. Would you like me, my children, to tell you a method I have conceived for this purpose, which I believe to be the only one possible?
They look at each other and laugh at my simplicity. Émile expresses his sincere gratitude for my recipe, saying that he believes Sophie has one even better, but that for him, this one is sufficient. Sophie agrees, appearing just as confident. However, beneath her teasing demeanor, I sense a hint of curiosity. I observe Émile; his burning gaze is fixed on the charms of his wife—that is the only thing that interests him, and none of my remarks seem to embarrass him in the slightest. I smile to myself and think: I will soon find a way to capture your attention.
The almost imperceptible differences in these subtle movements mark a distinct characteristic between the two sexes—quite contrary to common prejudices. Generally speaking, men are less constant than women and become weary of happy love more quickly than they do. Women perceive a man’s fickleness at a distance and worry about it[506]; this is also what makes them more jealous. When a man begins to grow distant, the woman, forced to lavish all the same care upon him as he once did to win her affection, ends up crying and humiliating herself—yet rarely with the same success. Affection and care may win over hearts, but they seldom manage to restore them completely. I return now to my method for preventing the cooling of love within marriage.
“It’s simple and easy,” I repeat; it’s just about continuing to be lovers even after getting married. “Indeed,” Émile says, laughing at the secrecy, “it won’t be difficult for us at all.”
It must be even more difficult for you who speak without truly thinking. Please allow me some time to explain myself.
Ties that are strained too tightly will break. This is what happens to the bond of marriage when one tries to give it more strength than it deserves. The fidelity that marriage demands of both spouses is indeed the most sacred of all obligations; but the power that marriage grants to each spouse over the other is excessive. Coercion and love do not go well together, and pleasure cannot be forced. Do not blush, oh Sophie! and do not think of fleeing. May God never allow me to offend your modesty! But this concerns the destiny of your life. For such an important cause, endure, between a husband and a father, those words that you would not tolerate elsewhere.
It is not so much possession as submission that brings satisfaction, and one maintains far greater attachment to a maintained maiden than to a married woman. How could it be that the gentlest caresses have been made into a duty, and the sweetest expressions of love into a right? It is mutual desire that creates this right; nature knows none other. The law may restrict this right, but it cannot extend it. Pleasure is already so delightful in its own right—must it then receive from sad constraints the strength it could never derive from its own inherent allure? No, my children. In marriage, hearts are bound together, but bodies are not enslaved. You owe each other fidelity, not complacency. Each of you can belong only to the other, but neither of you is obliged to do so except to the extent that you wish to.
“Sembra che intorno all’abitazione di Sophie tutto stia già rinascendo; voi farete soltanto ciò che i suoi nobili genitori hanno iniziato. Ma caro Émile, che una vita così dolce non ti distolga dai doveri ardui, qualora ti vengano imposti: ricorda che i Romani passavano dalla ruota del contadino al consolato. Se il principe o lo stato ti chiamano a servire la patria, abbandona tutto per assumere, nel ruolo che ti verrà assegnato, l’onorevole funzione di cittadino. Se questa funzione ti risulta onerosa, esiste un modo onesto e sicuro per liberartene: svolgerla con sufficiente integrità, in modo che non ti venga più richiesta a lungo. Del resto, non temere troppo l’onere di una tale responsabilità; finché ci saranno uomini in questo secolo, non sarai tu quello scelto per servire lo stato.”
Che cosa mi è permesso di descrivere il ritorno di Émile da Sophie e la fine dei loro amori, o meglio, l’inizio dell’amore coniugale che li unisce! Un amore fondato sull’ammirazione che dura per tutta la vita, sulle virtù che non svaniscono con la bellezza, sulle affinità dei caratteri che rendono il rapporto reciproco piacevole e prolungano, anche nella vecchiaia, il fascino del primo incontro. Ma tutti questi dettagli potrebbero essere graditi senza essere realmente utili. E finora mi sono permesso di includere soltanto quelli che ritenevo davvero utili. Abbandonerei questa regola alla fine del mio compito? No; sento anche io che la mia penna è ormai stanca. Troppo debole per affrontare un lavoro così lungo e impegnativo, abbandonerei questo progetto se non fosse già a buon punto. Per evitare che rimanga incompleto, è giunto il momento di concluderlo.
Finalmente vedo nascere il giorno più incantevole per Émile, e il più felice per me; vedo coronarsi i miei sforzi, e inizio a gustarne i frutti. La nobile coppia si unisce in un legame indissolubile; le loro labbra pronunciano e i loro cuori confermano giuramenti che non saranno vani: sono marito e moglie. Tornando dal tempio, si lasciano guidare; non sanno dove si trovino, dove stiano andando, né cosa accada intorno a loro. Non sentono nulla, rispondono solo con parole confuse, i loro occhi confusi non vedono più nulla. Oh delirio! Oh debolezza umana. Il sentimento della felicità sovrasta l’uomo; non è abbastanza forte per sostenerlo.
Sono pochissime le persone che, in un giorno di matrimonio, sappiano assumere un tono appropriato nei confronti dei novelli sposi. Sia la noiosa dignità di alcuni che i discorsi frivoli di altri mi sembrano altrettanto inappropriati. Preferirei che questi giovani lasciassero che i loro sentimenti si concentrassero su se stessi e si abbandonassero a un’agitazione che, sebbene non priva di fascino, è certamente meno fastidiosa rispetto ai tentativi di distrarli in modo crudele, di rattristarli con una falsa dignità o di metterli in imbarazzo con battute volgari che, anche se potrebbero piacergli in altri momenti, in un giorno del genere sono sicuramente molto sgradevoli.
Vedo i miei due giovani, nella dolce languidezza che li affligge, non prestare attenzione a nessuno dei discorsi che loro vengono fatti ascoltare. Io, che desidero che godano appieno di ogni giorno della vita, permetterò loro di perdere uno così prezioso? No, voglio che lo assapori, che ne apprezzi tutte le delizie. Li tiro fuori dalla folla indiscretta che li sovrasta e, portandoli in un luogo appartato, li riporto a se stessi parlando di loro. Non voglio parlare soltanto alle loro orecchie, ma anche ai loro cuori; e non ignoro quale sia l’unico argomento di cui possono occuparsi in quel giorno.
“Miei figli,” dico prendendoli entrambi per mano, “tre anni fa ho visto nascere questa fiamma viva e pura che oggi vi rende felici. È cresciuta continuamente; vedo nei vostri occhi che è al suo massimo di intensità. Non può che indebolirsi.” Lettori, non vedete forse gli slanci d’emozione, le promesse appassionate di Émile, l’aria sprezzante con cui Sophie si libera dalla mia mano, e quelle tenere dichiarazioni con cui i loro occhi si giurano amore eterno fino all’ultimo respiro? Lascio che facciano ciò che desiderano, e poi riprendo il racconto.
Ho spesso pensato che, se fosse possibile prolungare la felicità dell’amore nel matrimonio, avremmo il paradiso sulla terra. Questo non è mai accaduto fino ad ora. Ma se ciò non è del tutto impossibile, voi due siete certamente degni di offrire un esempio che nessuno vi ha dato prima, e che pochi coniugi saranno in grado di imitare. Volete che vi racconti un metodo che ho immaginato per questo scopo, e che credo sia l’unico possibile?
Si guardano sorridendo e si prendono gioco della mia semplicità. Émile mi ringrazia sinceramente per la mia ricetta, dicendomi che crede che Sophie ne abbia una migliore, e che, per quanto lo riguarda, quella che ho io gli basta. Sophie approva e sembra altrettanto fiduciosa. Tuttavia, sotto quell’aspetto scherzoso, credo di percepire un pizzico di curiosità da parte sua. Esamino Émile: i suoi occhi ardenti divorano i fascini di sua moglie; è l’unica cosa che lo interessa davvero, e tutte le mie parole non sembrano turbarlo affatto. Sorrido anch’io, pensando tra me: Presto riuscirò a farti prestare attenzione.
La differenza quasi impercettibile in questi movimenti segreti evidenzia una caratteristica ben definita tra i due sessi, e questo è esattamente il contrario di quanto comunemente si ritiene: in generale, gli uomini sono meno costanti delle donne e si stancano più facilmente dell’amore felice. La donna percepisce da lontano l’incostanza dell’uomo e ne è preoccupata[506]; ed è proprio questo che la rende anche più gelosa. Quando l’uomo inizia a mostrare interesse per lei, lei, costretta a dedicargli tutti gli sforzi necessari per mantenerlo, piange e si umilia a sua volta, ma raramente con lo stesso successo. L’affetto e le attenzioni possono conquistare i cuori, ma difficilmente riescono a ripristinarne la fiducia. Torno ora alla mia “ricetta” per prevenire il raffreddamento dell’amore nel matrimonio.
È semplice e facile, ripeto; si tratta semplicemente di continuare ad essere amanti anche dopo essersi sposati. Infatti, dice Émile ridendo di questo “segreto”, non ci sarà alcuna difficoltà.
Più difficile per voi che parlate di quanto forse lo sia per voi che pensate. Permettetemi, vi prego, di avere il tempo di spiegarmi.
I nodi che si vogliono stringere troppo finiscono per spezzarsi. È ciò che accade al nodo del matrimonio quando si cerca di dargli più forza di quanta ne sia necessaria. La fedeltà che esso impone ai due coniugi è il diritto più sacro di tutti; ma il potere che conferisce a ciascuno dei due sull’altro è eccessivo. La costrizione e l’amore non vanno d’accordo, e il piacere non può essere imposto. Non arrossirete, o Sophie, e non pensate nemmeno a fuggire. Che Dio non voglia che io offenda la vostra modestia! Ma si tratta del destino dei vostri giorni. Per un motivo così importante, sopportate, tra un marito e un padre, discorsi che altrimenti non riuscireste ad accettare.
Non è tanto la proprietà quanto la sottomissione a saziare il desiderio; inoltre, si mantiene un legame molto più duraturo con una ragazza mantenuta che con una donna. Come si è potuto trasformare un atto di tenerezza in un dovere e un gesto d’amore in un diritto? È il desiderio reciproco a costituire il vero diritto; la natura non ne conosce altri. La legge può limitare questo diritto, ma non potrebbe mai estenderlo. Il piacere stesso è così dolce. Deve forse ricevere da vincoli spiacevoli quella forza che non avrebbe potuto trarre dai propri attratti naturali? No, miei figli: nel matrimonio i cuori sono legati, ma i corpi non sono asserviti. Vi dovete fedeltà, non compiacimento reciproco. Ciascuno dei due può appartenere soltanto all’altro, ma nessuno dei due deve appartenergli se non per sua volontà.
S’il est donc vrai, cher Émile, que vous vouliez être l’amant de votre femme, qu’elle soit toujours votre maîtresse et la sienne ; soyez amant heureux, mais respectueux ; obtenez tout de l’amour sans rien exiger du devoir, et que les moindres faveurs ne soient jamais pour vous des droits, mais des grâces. Je sais que la pudeur fuit les aveux formels et demande d’être vaincue ; mais avec de la délicatesse et du véritable amour, l’amant se trompe-t-il sur la volonté secrète ? Ignore-t-il quand le coeur et les yeux accordent ce que la bouche feint de refuser ? Que chacun des deux, toujours maître de sa personne et de ses caresses, ait droit de ne les dispenser à l’autre qu’à sa propre volonté. Souvenez-vous toujours que, même dans le mariage, le plaisir n’est légitime que quand le désir est partagé. Ne craignez pas, mes enfants, que cette loi vous tienne éloignés ; au contraire, elle vous rendra tous deux plus attentifs à vous plaire, et préviendra la satiété. Bornés uniquement l’un à l’autre, la nature et l’amour vous rapprocheront assez. »
À ces propos et d’autres semblables, Émile se fâche, se récrie ; Sophie, honteuse, tient son éventail sur ses yeux, et ne dit rien. Le plus mécontent des deux, peut-être, n’est pas celui qui se plaint le plus. J’insiste impitoyablement : je fais rougir Émile de son peu de délicatesse ; je me rends caution pour Sophie qu’elle accepte pour sa part le traité. Je la provoque à parler ; on se doute bien qu’elle n’ose me démentir. Émile, inquiet, consulte les yeux de sa jeune épouse ; il les voit, à travers leur embarras, pleins d’un trouble voluptueux qui le rassure contre le risque de la confiance. Il se jette à ses pieds, baise avec transport la main qu’elle lui tend, et jure que, hors la fidélité promise, il renonce à tout autre droit sur elle. Sois, lui dit-il, chère épouse, l’arbitre de mes plaisirs comme tu l’es de mes jours et de ma destinée. Dût ta cruauté me coûter la vie, je te rends mes droits les plus chers. Je ne veux rien devoir à ta complaisance, je veux tout tenir de ton coeur.
Bon Émile, rassure-toi : Sophie est trop généreuse elle-même pour te laisser mourir victime de ta générosité.
Le soir, prêt à les quitter, je leur dis du ton le plus grave qu’il m’est possible : Souvenez-vous tous deux que vous êtes libres, et qu’il n’est pas ici question des devoirs d’époux ; croyez-moi, point de fausse déférence. Émile, veux-tu venir ? Sophie le permet. Émile, en fureur, voudra me battre. Et vous Sophie, qu’en dites-vous ? faut-il que je l’emmène ? La menteuse, en rougissant, dira que oui. Charmant et doux mensonge, qui vaut mieux que la vérité !
Le lendemain… L’image de la félicité ne flatte plus les hommes : la corruption du vice n’a pas moins dépravé leur goût que leurs coeurs. Ils ne savent plus sentir ce qui est touchant ni voir ce qui est aimable. Vous qui, pour peindre la volupté, n’imaginez jamais que d’heureux amants nageant dans le sein des délices, que vos tableaux sont encore imparfaits ! vous n’en avez que la moitié la plus grossière ; les plus doux attraits de la volupté n’y sont point. O qui de vous n’a jamais vu deux jeunes époux, unis sous d’heureux auspices, sortant du lit nuptial, et portant à la fois dans leurs regards languissants et chastes l’ivresse des doux plaisirs qu’ils viennent de goûter, l’aimable sécurité de l’innocence, et la certitude alors si charmante de couler ensemble le reste de leurs jours ? Voilà l’objet le plus ravissant qui puisse être offert au coeur de l’homme ; voilà le vrai tableau de la volupté : vous l’avez vu cent fois sans le reconnaître ; vos coeurs endurcis ne sont plus faits pour l’aimer. Sophie, heureuse et paisible, passe le jour dans les bras de sa tendre mère ; c’est un repos bien doux à prendre après avoir passé la nuit dans ceux d’un époux.
Le surlendemain, j’aperçois déjà quelque changement de scène. Émile veut paraître un peu mécontent ; mais, à travers cette affectation, je remarque un empressement si tendre, et même tant de soumission, que je n’en augure rien de bien fâcheux. Pour Sophie, elle est gaie que la veille, je vois briller dans ses yeux un air satisfait ; elle est charmante avec Émile ; elle lui fait presque des agaceries dont il n’est plus dépité.
Ces changements sont peu sensibles ; mais ils ne m’échappent pas : je m’en inquiète, j’interroge Émile en particulier ; j’apprends qu’à son grand regret, et malgré toutes ses instances, il a fallu faire lit à part la nuit précédente. L’impérieuse s’est hâtée d’user de son droit. On a un éclaircissement : Émile se plaint amèrement, Sophie plaisante ; mais enfin, le voyant prêt à se fâcher tout de bon, elle lui jette un regard plein de douceur et d’amour, et, me serrant la main, ne prononce que ce seul mot, mais d’un ton qui va chercher l’âme : L’ingrat ! Émile est si bête qu’il n’entend rien à cela. Moi je l’entends ; j’écarte Émile, et je prends à son tour Sophie en particulier.
Je vois, lui dis-je, la raison de ce caprice. On ne saurait avoir plus de délicatesse ni l’employer plus mal à propos. Chère Sophie, rassurez-vous ; c’est un homme que je vous ai donné, ne craignez pas de le prendre pour tel : vous avez eu les prémices de sa jeunesse ; il ne l’a prodiguée à personne, il la conservera longtemps pour vous.
« Il faut, ma chère enfant, que je vous explique mes vues dans la conversation que nous eûmes tous trois avant-hier. Vous n’y avez peut-être aperçu qu’un art de ménager vos plaisirs pour les rendre durables. O Sophie ! elle eut un autre objet plus digne de mes soins. En devenant votre époux, Émile est devenu votre chef ; c’est à vous d’obéir, ainsi l’a voulu la nature. Quand la femme ressemble à Sophie, il est pourtant bon que l’homme soit conduit par elle ; c’est encore la loi de la nature ; et c’est pour vous rendre autant d’autorité sur son coeur que son sexe lui en donne sur votre personne, que je vous ai faite l’arbitre de ses plaisirs. Il vous en coûtera des privations pénibles ; mais vous régnerez sur lui si vous savez régner sur vous ; et ce qui s’est déjà passé me montre que cet art si difficile n’est pas au-dessus de votre courage. Vous régnerez longtemps par l’amour, si vous rendez vos faveurs rares et précieuses, si vous savez les faire valoir. Voulez-vous voir votre mari sans cesse à vos pieds, tenez-le toujours à quelque distance de votre personne. Mais, dans votre sévérité, mettez de la modestie, et non du caprice ; qu’il vous voie réservée, et non pas fantasque ; gardez qu’en ménageant son amour vous ne le fassiez douter du vôtre. Faites-vous chérir par vos faveurs et respecter par vos refus ; qu’il honore la chasteté de sa femme sans avoir à se plaindre de sa froideur.
« C’est ainsi, mon enfant, qu’il vous donnera sa confiance, qu’il écoutera vos avis, qu’il vous consultera dans ses affaires, et ne résoudra rien sans en délibérer avec vous. C’est ainsi que vous pouvez le rappeler à la sagesse quand il s’égare, le ramener par une douce persuasion, vous rendre aimable pour vous rendre utile, employer la coquetterie aux intérêts de la vertu, et l’amour au profit de la raison.
« Ne croyez pas avec tout cela que cet art même puisse vous servir toujours. Quelque précaution qu’on puisse prendre, la jouissance use les plaisirs, et l’amour avant tous les autres. Mais, quand l’amour a duré longtemps, une douce habitude en remplit le vide, et l’attrait de la confiance succède aux transports de la passion. Les enfants forment entre ceux qui leur ont donné l’être une liaison non moins douce et souvent plus forte que l’amour même. Quand vous cesserez d’être la maîtresse d’Émile, vous serez sa femme et son amie ; vous serez la mère de ses enfants. Alors, au lieu de votre première réserve, établissez entre vous la plus grande intimité ; plus de lit à part, plus de refus, plus de caprice. Devenez tellement sa moitié, qu’il ne puisse plus se passer de vous, et que, sitôt qu’il vous quitte, il se sente loin de lui-même. Vous qui fîtes si bien régner les charmes de la vie domestique dans la maison paternelle, faites-les régner ainsi dans la vôtre. Tout homme qui se plaît dans sa maison aime sa femme. Souvenez-vous que si votre époux vit heureux chez lui, vous serez une femme heureuse.
“Therefore, if it is true, dear Émile, that you wish to be your wife’s lover, and that she remain both your mistress and his; then be a happy lover, but one who respects her boundaries. Seek all that love can offer without demanding anything in return from duty, and let even the smallest favors never be regarded as rights, but as graces bestowed upon you. I know that modesty avoids explicit declarations and seeks to be conquered through delicacy and genuine affection; but with sensitivity and true love, can a lover truly misunderstand the secret desires of another’s heart? Can he not perceive when the heart and eyes agree in what the mouth pretends to refuse? Let each of you remain the master of his own person and his own caresses, and grant them only at your own will. Always remember that, even within marriage, pleasure is lawful only when desire is mutual. Do not fear that this rule will keep you apart; on the contrary, it will make you both more attentive to pleasing each other and prevent satiety. Bound solely to one another, nature and love will bring you close enough.”
On these and similar matters, Émile becomes angry and protests; Sophie, feeling ashamed, covers her eyes with her fan and says nothing. Perhaps the one most dissatisfied is not necessarily the one who complains the most. I press relentlessly; I make Émile blush at his lack of delicacy; I guarantee for Sophie that she will accept the terms herself. I provoke her to speak; of course, she dares not deny me. Émile, worried, looks into the eyes of his young wife; through their embarrassment, he sees a tumultuous, sensual excitement in them, which reassures him against any risk of her trusting too deeply. He falls at her feet, passionately kisses the hand she extends to him, and swears that beyond the fidelity they have promised each other, he renounces all other claims upon her. “Be,” he says, “my dear wife, the arbiter of my pleasures, just as you are the arbiter of my days and my destiny. Even if your cruelty were to cost me my life, I would give you my most cherished rights. I do not want to owe anything to your complacency; I want everything to come from your heart.”
Dear Émile, rest assured: Sophie is too generous herself to let you die as a victim of your own generosity.
In the evening, as I was ready to leave them, I said to them in the most serious tone possible: “Both of you must remember that you are free, and that what is at stake here is not the duties of spouses; believe me, there is no need for false deference. Émile, do you want to come? Sophie allows it. In a fit of rage, Émile will try to hit me. And you, Sophie, what do you think? Should I take him with me? That liar, blushing, will say yes. What a charming and gentle lie—far better than the truth!”
The next day. The image of happiness no longer pleases men: the corruption of vice has just as much corrupted their tastes as their hearts. They can no longer perceive what is touching or see what is lovely. You who, in depicting pleasure, never imagine but happy lovers bathing in the delights of love—how imperfect your paintings still are! You have captured only the grossest aspects; the sweetest charms of true pleasure are absent from them. Oh, who among you has never seen two young spouses, united under auspicious circumstances, emerging from their bridal bed, their eyes filled with both the intoxication of newfound pleasures and the serene confidence of innocence, as they look forward to spending the rest of their lives together? This is indeed the most enchanting sight that can be offered to a man’s heart; this is the true representation of pleasure. You have seen it a hundred times without recognizing it; your hardened hearts are no longer capable of appreciating it. Sophie, happy and peaceful, spends her days in the arms of her loving mother—what a gentle rest after having spent the night in those of her husband.
The day after, I already notice some change in their behavior. Émile tries to appear a bit dissatisfied; but behind this pretense, I detect such tenderness and even such submission that I don’t see anything particularly bad coming of it. As for Sophie, she is just as cheerful as the previous day; I can see a satisfied look in her eyes. She is charming with Émile; she even goes so far as to tease him a bit, yet he is no longer annoyed by it.
These changes are barely noticeable; but they do not escape me. I am concerned about them and specifically question Émile. I learn that, to his great regret—and despite all his efforts—it was necessary for them to sleep in separate rooms the night before. The imperious one had quickly exercised her right. We get some clarification: Émile complains bitterly, Sophie jokes; but finally, seeing that he is about to lose his temper completely, she looks at him with a gaze full of tenderness and love, and, taking my hand, she says only this one word—yet in a tone that reaches straight to the soul: “The ungrateful one!” Émile is so foolish that he doesn’t understand what she means by that. But I do; I push Émile aside and take Sophie aside to talk to her in private.
“I see,” I said to her, “the reason for this caprice. One could not be more delicate, nor use such delicacy in a more inappropriate manner. Dear Sophie, rest assured; he is the kind of man I have chosen for you—do not hesitate to treat him as such. You have experienced the early stages of his youth; he has never wasted it on anyone else, and he will reserve it for you for a long time to come.”
“My dear child, it is necessary for me to explain my views to you regarding the conversation we had all three together the day before yesterday. You may have perceived therein only a method of managing your own pleasures in order to make them last longer. Oh Sophie! There was another purpose, one far more worthy of my attention. By becoming your husband, Émile has become your superior; it is your duty to obey him—such is the will of nature. When a woman is like Sophie, it is still right for a man to be guided by her; this too is a law of nature. And it is precisely in order to grant you as much authority over his heart as his gender allows him to have over yours that I have made you the arbiter of his pleasures. It will require you to endure some painful sacrifices; but if you know how to govern yourself, you will reign over him. What has already happened proves that this seemingly difficult task is not beyond your courage. You will rule over him through love—for as long as you make your favors rare and precious, and know how to make them effective. If you want your husband to always be at your feet, keep him at a certain distance from you. But in your severity, show modesty, not caprice; let him see you reserved, not whimsical. Be careful not to make him doubt your love while seeking to nurture it through your favors. Let him respect the chastity of his wife without having any reason to complain about her coldness.”
“Such is the way, my child, in which he will place his trust in you, will listen to your opinions, will seek your counsel in his affairs, and will resolve nothing without discussing it with you. In this manner, you can remind him of wisdom when he strays from the right path, guide him through gentle persuasion, make yourself likable so as to be useful to him, use charm for the sake of virtue, and employ love to further the cause of reason.”
“Do not think, therefore, that this very art can always be of use to you. No matter what precautions one takes, the enjoyment of things eventually wears them down, and love is especially susceptible to this. But when love has endured for a long time, a tender habit fills the void it leaves behind, and the allure of trust replaces the fervor of passion. Children create a bond between those who give them life that is just as tender—and often even stronger—than love itself. When you cease to be Émile’s mistress, you will become his wife and his friend; you will be the mother of his children. Then, instead of your initial reserve, establish the greatest intimacy between you; no more separate bedrooms, no more refusals, no more caprices. Become such an integral part of his life that he can no longer do without you, and that whenever he is apart from you, he feels as if a part of himself is missing. You, who have managed to bring the joys of domestic life so successfully into your father’s home, do the same in yours. Every man who finds happiness in his own home loves his wife. Remember: if your husband is happy there, you will be a happy woman.”
Se dunque è vero, caro Émile, che desiderate essere l’amante di vostra moglie e che lei rimanga sempre sia la vostra che la sua padrona; siate un amante felice, ma rispettoso; ottenete tutto dall’amore senza chiedere nulla in nome del dovere, e che le più piccole attenzioni non siano mai considerate diritti, ma grazie. So che la pudicizia fugge dalle dichiarazioni esplicite e desidera essere conquistata con delicatezza e vero amore; ma con queste qualità, l’amante può davvero sbagliarsi riguardo alla volontà segreta della donna? Non ignora forse quando il cuore e gli occhi accordano ciò che la bocca finge di rifiutare? Che ciascuno dei due, rimanendo sempre padrone della propria persona e delle proprie carezze, abbia il diritto di concederle all’altro soltanto secondo la propria volontà. Ricordatevi sempre che, anche nel matrimonio, il piacere è legittimo solo quando il desiderio è condiviso. Non temete, miei cari, che questa regola vi tenga lontani l’uno dall’altro; al contrario, vi farà entrambi più attenti a compiacervi a vicenda e preverrà la noia. Limitandovi esclusivamente l’uno all’altro, la natura e l’amore vi avvicineranno abbastanza.
A proposito di queste cose e di altre simili, Émile si arrabbia, protesta; Sophie, imbarazzata, tiene il ventaglio davanti agli occhi e non dice nulla. Forse colui che è più insoddisfatto dei due non è proprio quello che si lamenta di più. Insisto senza pietà: faccio arrossire Émile per la sua mancanza di delicatezza; mi assumo la responsabilità di far accettare a Sophie il “patto” proposto. La provoco a parlare. E ovviamente lei non osa contraddirmi. Émile, preoccupato, guarda negli occhi della sua giovane moglie; vede, attraverso l’imbarazzo, uno sguardo pieno di desiderio che lo rassicura riguardo al rischio legato alla fiducia che lei potrebbe concedergli. Si getta ai suoi piedi, bacia con passione la mano che lei gli porge e giura che, fatta eccezione per la fedeltà promessa, rinuncia a ogni altro diritto su di lei. “Sii”, le dice, “l’arbitro dei miei piaceri, così come lo sei dei miei giorni e della mia sorte. Anche se la tua crudeltà dovesse costarmi la vita, ti cedo i miei diritti più preziosi. Non voglio dipendere dalla tua compiacenza. Voglio tutto dal tuo cuore.”
Caro Émile, tranquillizzati: Sophie è troppo generosa per permettere che tu muoia vittima della tua stessa generosità.
Quella sera, pronto a lasciarli, dissi loro con il tono più serio possibile: “Ricordate entrambi che siete liberi, e che qui non si tratta di doveri coniugali; credetemi, niente false riverenze. Émile, vuoi venire? Sophie lo permette. Émile, furioso, vorrà picchiarmi. E tu, Sophie, cosa ne dici? Devo portarlo con me? Quella bugiarda, arrossendo, dirà di sì. Un dolce e affascinante inganno, che vale più della verità!”
Il giorno dopo. L’immagine della felicità non incanta più gli uomini: la corruzione del vizio ha corrotto tanto i loro gusti quanto i loro cuori. Non sanno più percepire ciò che è commovente, né vedere ciò che è amabile. Voi, che per rappresentare la voluttà non immaginate altro che felici amanti immersi nelle delizie, i vostri dipinti sono ancora imperfetti! Ne mostrate soltanto la metà, la parte più grossolana; le più tenere attrazioni della voluttà vi mancano. Oh, quanti di voi non hanno mai visto due giovani sposi, uniti sotto felici auspici, uscire dal letto nuziale e portare nei loro sguardi languidi e casti l’ebbrezza dei dolci piaceri appena gustati, la tenera sicurezza dell’innocenza, e quella meravigliosa certezza di trascorrere insieme il resto della loro vita? Ecco l’oggetto più incantevole che possa essere offerto al cuore umano; ecco il vero ritratto della voluttà. L’avete visto centinaia di volte senza riconoscerlo; i vostri cuori induriti ormai non sono più fatti per amarlo. Sophie, felice e serena, trascorre le sue giornate tra le braccia della sua tenera madre. Che dolce riposo dopo aver trascorso la notte tra quelle di un marito!
Il giorno dopo, noto già alcuni cambiamenti nel comportamento dei due. Émile cerca di sembrare leggermente insoddisfatto; ma, dietro questa finzione, percepisco una premura così affettuosa e persino un tale grado di sottomissione da non temere nulla di negativo. Per quanto riguarda Sophie, è più allegra del giorno prima; nei suoi occhi brilla un’espressione soddisfatta; è incantevole con Émile. Gli fa quasi delle “prese in giro” di cui ormai non si lamenta più.
Questi cambiamenti sono appena percettibili; ma non mi sfuggono: ne sono preoccupato e interrogo in particolare Émile; scopro che, a suo grande rammarico e nonostante tutte le sue insistenze, la notte precedente è stato necessario dormire separati. L’“imperiosa” si è affrettata a esercitare il proprio diritto. Viene una spiegazione: Émile si lamenta amaramente, Sophie scherza; ma alla fine, vedendolo pronto ad arrabbiarsi sul serio, lei gli lancia uno sguardo pieno di dolcezza e amore, e, stringendomi la mano, pronuncia solo questa parola, ma con un tono che va dritto all’anima: “L’ingrato!” Émile è così sciocco da non capire nulla; io invece capisco perfettamente. Allora allontano Émile e prendo a parlare anch’io in privato con Sophie.
“Vedo”, gli dissi, “la ragione di questo capriccio. Non si potrebbe essere più delicati, né utilizzare tale delicatezza in modo più inappropriato. Cara Sophie, rassicuratevi: è un uomo che vi ho dato; non temete di considerarlo tale. Avete conosciuto i primi anni della sua giovinezza; non li ha sprecati con nessuno, e li conserverà a lungo per voi.”
“Mia cara bambina, devo spiegarti le mie idee riguardo alla conversazione che abbiamo avuto noi tre ieri. Forse hai visto in essa soltanto un modo per gestire i tuoi piaceri al fine di renderli duraturi. Oh Sophie! Esisteva un altro scopo, molto più degno della mia attenzione. Diventando tuo marito, Émile è diventato anche il tuo capo; spetta a te obbedirgli, così vuole la natura. Quando una donna è come Sophie, è comunque giusto che l’uomo sia guidato da lei. Questa è ancora una legge della natura. E proprio per darti tanto potere sul suo cuore, quanto il suo sesso gli dà su di te, ti ho fatta l’arbitra dei suoi piaceri. Ti costerà delle privazioni dolorose. Ma regnerai su di lui se saprai dominare te stessa; e ciò che è già accaduto mi dimostra che quest’arte, pur difficile, non è al di sopra del tuo coraggio. Regnerai a lungo attraverso l’amore, se renderai le tue attenzioni rare e preziose, se saprai farle valere. Vuoi vedere tuo marito sempre ai tuoi piedi? Tienilo sempre a una certa distanza da te. Ma nella tua severità, metti della modestia, non del capriccio. Fai sì che ti veda riservata, ma non capricciosa. Assicurati che nel gestire il suo amore non gli faccia dubitare del tuo affetto. Fatti amare dalle tue attenzioni e rispettare dai tuoi rifiuti. Che onori la castità di sua moglie senza doversi lamentare della sua freddezza, ”
“Ecco come, mio figlio, potrete ottenere la sua fiducia: ascolterà i vostri consigli, vi consulterà nelle sue faccende e non deciderà nulla senza discuterne con voi. È così che potrete richiamarlo alla saggezza quando si allontana da essa, riportarlo sulla retta via con parole dolci e persuasive, rendervi amabili affinché possiate essere utili, utilizzare la seduzione a beneficio della virtù e l’amore al servizio della ragione.”
“Non crediate che quest’arte possa sempre esservi d’aiuto. Per quanto si possano prendere precauzioni, il godimento logora i piaceri, soprattutto l’amore. Ma quando l’amore dura a lungo, un dolce abitudine colma il vuoto lasciato da esso, e l’attrazione della fiducia sostituisce le passioni intense. I bambini stabiliscono tra coloro che li hanno generati un legame non meno dolce, e spesso più forte dell’amore stesso. Quando smetterete di essere la padrona di Émile, diventerete sua moglie e sua amica; sarete anche la madre dei suoi figli. Allora, invece della riservatezza iniziale, stabilite tra voi la massima intimità: niente letti separati, nessun rifiuto, nessun capriccio. Diventate così parte integrante della sua vita che non possa più fare a meno di voi, e che, non appena vi lascia, si senta come se fosse lontano da sé stesso. Voi, che avete fatto sì che i piaceri della vita domestica regnassero nella casa paterna, fatele regnare anche nella vostra. Ogni uomo che si trova bene nella propria casa ama sua moglie. Ricordatevi: se vostro marito è felice a casa sua, voi sarete una donna felice.”
« Quant à présent, ne soyez pas si sévère à votre amant ; il a mérité plus de complaisance ; il s’offenserait de vos alarmes ; ne ménagez plus si fort sa santé aux dépens de son bonheur, et jouissez du vôtre. Il ne faut point attendre le dégoût ni rebuter le désir ; il ne faut point refuser pour refuser, mais pour faire valoir ce qu’on accorde. »
Ensuite, les réunissant, je dis devant elle à son jeune époux : Il faut bien supporter le joug qu’on s’est imposé. Méritez qu’il vous soit rendu léger. Surtout sacrifiez aux grâces, et n’imaginez pas vous rendre plus aimable en boudant. La paix n’est pas difficile à faire, et chacun se doute aisément des conditions. Le traité se signe par un baiser. Après quoi je dis à mon élève : Cher Émile, un homme a besoin toute sa vie de conseil et de guide. J’ai fait de mon mieux pour remplir jusqu’à présent ce devoir envers vous ; ici finit ma longue tâche et commence celle d’un autre. J’abdique aujourd’hui l’autorité que vous m’avez confiée, et voici désormais votre gouverneur.
Peu à peu le premier délire se calme, et leur laisse goûter en paix les charmes de leur nouvel état. Heureux amants ! dignes époux ! pour honorer leurs vertus, pour peindre leur félicité, il faudrait faire l’histoire de leur vie. Combien de fois, contemplant en eux mon ouvrage, je me sens saisi d’un ravissement qui fait palpiter mon coeur ! Combien de fois je joins leurs mains dans les miennes en bénissant la Providence et poussant d’ardents soupirs ! Que de baisers j’applique sur ces deux mains qui se serrent ! de combien de larmes de joie ils me les sentent arroser ! Ils s’attendrissent à leur tour en partageant mes transports. Leurs respectables parents jouissent encore une fois de leur jeunesse dans celle de leurs enfants ; ils recommencent pour ainsi dire de vivre en eux, ou plutôt ils connaissent pour la première fois le prix de la vie : ils maudissent leurs anciennes richesses qui les empêchèrent au même âge de goûter un sort si charmant. S’il y a du bonheur sur la terre, c’est dans l’asile où nous vivons qu’il faut le chercher.
Au bout de quelques mois, Émile entre un matin dans ma chambre, et me dit en m’embrassant : Mon maître, félicitez votre enfant ; il espère avoir bientôt l’honneur d’être père. Oh ! quels soins vont être imposés à notre zèle, et que nous allons avoir besoin de vous ! À Dieu ne plaise que je vous laisse encore élever le fils après avoir élevé le père. À Dieu ne plaise qu’un devoir si saint et si doux soit jamais rempli par un autre que moi, dussé-je aussi bien choisir pour lui qu’on a choisi pour moi-même ! Mais restez le maître des jeunes maîtres. Conseillez-nous, gouvernez-nous, nous serons dociles : tant que je vivrai, j’aurai besoin de vous. J’en ai plus besoin que jamais, maintenant que mes fonctions d’homme commencent. Vous avez rempli les vôtres ; guidez-moi pour vous imiter ; et reposez-vous, il en est temps.
Fin d’ÉMILE
Table des matières du titre
Liste des œuvres philosophiques et politiques
Liste générale des titres
ÉMILE ET SOPHIE
ou
LES SOLITAIRES
Jean-Jacques ROUSSEAU
ŒUVRE PHILOSOPHIQUE ET POLITIQUE
Liste générale des titres
Pour toutes remarques ou suggestions :
ou rendez-vous sur :
J. J. Rousseau : Oeuvres complètes
Œuvre philosophique et politique
“As for now, do not be so harsh on your lover; he deserves more indulgence. He would take offense at your concerns. Do not sacrifice his happiness at the expense of his health any longer, and enjoy your own happiness. One should not wait for disgust to arise, nor should one discourage desire; we should refuse not out of mere refusal, but in order to emphasize what we are willing to grant.”
Then, bringing them together, I said in front of her to her young husband: “One must endure the yoke one has imposed upon oneself. Earn it so that it becomes lighter for you. Above all, offer sacrifices for grace; do not imagine that sulking will make you more endearing. Peace is not difficult to achieve, and everyone can easily understand its conditions. A treaty is sealed with a kiss.” Afterward, I said to my student: “Dear Émile, a man needs advice and guidance throughout his life. I have done my best to fulfill this duty towards you; here ends my long task, and another’s begins. Today, I relinquish the authority you entrusted to me—this is now your new governor.”
Gradually, the first frenzy subsides, allowing them to peacefully enjoy the charms of their new state. Happy lovers! Dignified spouses! To honor their virtues and depict their happiness, one would need to write the story of their lives. How many times, as I observe their union in my creation, am I seized with rapture that makes my heart beat faster! How many times have I joined their hands in mine, blessing Providence and letting out fervent sighs! How many kisses have I placed on those hands clasped together! How many tears of joy have they felt them shed upon them! In turn, they too are moved by my emotions. Their respected parents once again enjoy the youth of their children; it is as if they are living through them anew, or rather, for the first time they truly understand the value of life. They regret their former riches, which prevented them from experiencing such a delightful fate at the same age. If there is any happiness on earth, it must be found in the shelter where we dwell.
After a few months, one morning Émile came into my room and, kissing me, said: “My master, congratulate your child; he hopes to have the honor of becoming a father soon.” Oh! What efforts will be required of our zeal, and how much we will need you then! May God never allow me to raise the son after having raised the father. May God never permit such a sacred and sweet duty to be fulfilled by anyone other than me, even if I could choose for him just as carefully as they chose for me! But please remain the teacher of these young teachers. Guide us, instruct us—we will be obedient. As long as I live, I will need you. Now more than ever, since my role as a man has begun, I need you. You have fulfilled your duty; now guide me so that I may follow in your footsteps. And rest, it is time for you to do so.
The End of ÉMILE
Table of Contents for the title
List of philosophical and political works
General list of titles
ÉMILE AND SOPHIE
ou
THE SOLITUDES
Jean-Jacques Rousseau
PHILOSOPHICAL AND POLITICAL WORK
General list of titles
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J. J. Rousseau: Complete Works
A philosophical and political work
“Per quanto riguarda il presente, non siate troppo severi con il vostro amante; merita più comprensione e affetto; si offenderebbe delle vostre preoccupazioni. Non mettete più a rischio la sua salute a scapito della sua felicità, e godetela voi stessi. Non bisogna aspettare che insorga il disgusto né scoraggiare il desiderio; non si deve rifiutare soltanto per il gusto di rifiutare, ma per dimostrare quanto si è disposti a concedere.”
In seguito, radunandoli tutti insieme, dissi davanti a lei al suo giovane marito: “È necessario sopportare con pazienza il giogo che ci si è imposto. Meritate che sia reso più leggero per voi. Soprattutto, dedicatevi alle grazie e non pensate di rendervi più amabili rimanendo in silenzio o arrabbiati. La pace non è difficile da ottenere, e tutti possono facilmente intuire le condizioni necessarie. Il trattato si firma con un bacio.” Dopo ciò dissi al mio allievo: “Caro Émile, un uomo ha bisogno per tutta la vita di consigli e guida. Ho fatto del mio meglio per adempiere a questo dovere nei tuoi confronti; qui finisce il mio lungo compito e inizia quello di un altro. Oggi rinuncio all’autorità che mi hai conferito. E ora, ecco il tuo nuovo governante.”
Poco a poco il primo delirio si placa, permettendo loro di godere in pace dei piaceri del loro nuovo stato. Felici amanti! Degni coniugi! Per onorare le loro virtù, per descrivere la loro felicità, sarebbe necessario scrivere la storia delle loro vite. Quante volte, osservandoli, mi sento invaso da un’estasi che fa battere forte il mio cuore! Quante volte unisco le loro mani alle mie, benedicendo la Provvidenza e emettendo profondi sospiri. Quanti baci poso su quelle due mani che si stringono l’una all’altra! Quante lacrime di gioia sento versare da parte loro. Anche loro si commuovono, condividendo le mie emozioni. I loro rispettabili genitori godono ancora una volta della loro giovinezza attraverso quella dei loro figli; in un certo senso, ricominciano a vivere attraverso di loro. O meglio, scoprono per la prima volta il vero valore della vita: maledicono le loro antiche ricchezze che, alla stessa età, li hanno impediti di godere di una sorte così incantevole. Se esiste felicità sulla terra, è proprio nell’asilo in cui viviamo che dobbiamo cercarla.
Dopo alcuni mesi, un mattino Émile entrò nella mia stanza e, baciandomi, mi disse: “Mio maestro, congratulazioni per vostro figlio; spera presto di avere l’onore di diventare padre”. Oh! Quanti sforzi saranno necessari dal nostro lato, e quanto avremo bisogno di voi. Per favore, non lasciate che io debba educare anche il figlio dopo aver educato il padre. Per favore, che nessun altro possa mai adempiere a un dovere così sacro e dolce come questo, anche se potessi scegliere per lui ciò che è stato scelto per me. Ma rimanete il maestro di questi giovani maestri: consigliatemi, guidatemi; saremo obbedienti. Finché vivrò, avrò bisogno di voi. Ora ne ho più bisogno che mai, visto che inizio a svolgere le mie funzioni di uomo. Avete adempiuto alle vostre responsabilità; guidatemi affinché possa imitarvi. E riposatevi, è giunto il momento”.
Fine di ÉMILE
Indice dei contenuti del titolo
Elenco delle opere filosofiche e politiche
Elenco generale dei titoli
ÉMILE E SOPHIE
ou
I solitari
Jean-Jacques Rousseau
Opera filosofica e politica
Elenco generale dei titoli
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J.-J. Rousseau: Opere complete
Opera filosofica e politica